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TOME XIII. — No 5             14me              Année.\n\n\n\n\nA\n   JEUNE\n                    BELGIQUE\n                                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 226, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 185, "fin_caractere_exclue": 1493, "texte": "SOMMAIRE:\n         Les Bons Aoûterons                       LOUIS DELATTRE.\n         La Tentation de Sandro Botticelli . . . ALBERT GIRAUD.\n         Hélène (suite et fin) .                  ARNOLD GOFFIN.\n         Vers                                     M A U R I C E CARTUYVELS.\n         Notes sur les Primitifs d'Espagne (Frag­\n           ments)                                 JULES DESTRÉE.\n\n         Chronique littéraire :\n             Pauca Paucis; Joies errantes; Les Inat­\n               tentions et Sollicitudes; Nuits d'Epipliâ­\n               mes ; Il Poema delle Nozze . . . .         IWAN GILKIN.\n         Memento                                         NEMO.\n\n\n\n\n            REDACTION                                                 BRUXELLES\n4, rue V A N D E R L I N D E N ,   BRUXELLES.                    PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                     3I, rue des Paroissiens\n                                                                          PARIS\n     PRIX DU NUMÉRO                                           C H A M U E L , LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                         29, rue de Trévise\n          fr. 0-75.\n                                                                            1894\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue mensuelle de littérature", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quel est l'homme politique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 227, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 398, "fin_caractere_exclue": 1156, "texte": "Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                             PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n   Fondateur       : MAX W A L L E R (MAURICE                 WARLOMONT)\n               Directeur ; ALBERT GIRAUD, 4, rue Vanderlinden.\n Secrétaire de la rédaction : M. MAURICE DESOMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n               7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                   des      Capu­\ncines, 16, à Paris\n\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quel est l'homme politique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 227, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1156, "fin_caractere_exclue": 1610, "texte": "Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 19, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. 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GEORGES EEKHOUD\n\n\n\n\n                                   Le jeune homme de si peu de hardiesse qu'il\n                              me pria d'imprimer pour lui ces notes senti-\n                              mentales, je veux vous en toucher un mot.\n                                 Malgré qu'il ait déjà quelques poils blonds\n                              à sa lèvre, ah ! quel enfant il est encore ! Son\n                                caractère est contourné et contradictoire ; il\n                                   est plein de calcul et ne saurait résister à\n                                     son cœur. C'est, de mes amis, un des\n                 plus agréablement criblés de demi-vices ondoyants et follets\n                 qu'il m'amusa longtemps de regarder se lever, parader,\n                 parader trois petits tours et s'en aller...\n                   Que de fois, curieux et affriolé Aristée, ai-je poursuivi\n                 cette âme Protée?.. Au point qu'à présent je sais prédire de\n                 quel impudique gros mot il terminera, comme en se mo-\n              quant de lui-même, la phrase à prétentions renanesques et\n               ioniques et murmurée les yeux baissés avec une gravité gra-\n              cieuse faisant penser qu'il eût été de ces philosophes graveleux\n            , qui fréquentaient, à la Rôtisserie, avec M. Jérôme Coignard.\n                 Mais lui, surtout, veut plaire, et être celui qui plaît le\n              mieux; et c'est coquetterie bien plus que vanité.\n  Tels jours, où, de nous deux, je suis le plus fort, je le ferais ramper à\nroes pieds pour peu que je voulusse un trop long temps continuer de lui\n                                                                   14\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2672, "texte": "                                  — 202 —\n\nmarquer la froideur que j'affectais par caprice. Tandis que d'autres matins\noù il s'est levé le cœur gai, où son miroir lui a souri, où il a tourné joliment\nson nœud de cravate, bref, alors qu'excité par ces riens il tient la corde,\nvous devriez voir à l'œuvre notre despote coquet !\n   Dans cette aventure, que ses compagnons, sous le feu d'une conver-\nsation, l'oublient une minute, et voilà qu'il repousse bruyamment sa\nchaise ; et ses regards levés au plafond, simulant le détachement ou sem-\nblant étudier très attentivement la fumée de sa cigarette, signifient :\n« Heu! est-ce que je suis autre chose, ici, qu'un étranger, un intrus?.. »\nVite, il faut que nous nous penchions vers lui et le reprenions à bras le\ncorps, nous exclamant et le câlinant : « C'est toi ! Mais oui que c'est toi\nnotre préféré! » Il se rend à nos caresses et nous sourit; puis, comme ce\ntriomphe lui suffit, se dérobant tout à coup à nos protestations qui conti-\nnuaient, il prend cet air phlegmatique et morne auquel ses hauts cols\nanglais à la mode l'incitent depuis quelque temps.\n   N'est-ce pas l'étrange égoïsme d'un cœur avide et faible ? Je le regarde\nattirer ainsi, par mille manèges, tout être à soi, s'y coller une minute, pour\naprès le repousser et, lui, passer. Car son cœur fait le trottoir; elle est catin\nson âme, calculatrice et voluptueuse.\n   Ne vous méprenez pas à ce que je vous en conte. Tel quel, caressant et\nforcé, peut-être un peu faux, j'aime mon ami — à la façon de ces fruits\npleins de noyaux, qu'il faut manger lentement et attentivement en se\ngardant des coups de dents.\n   Ah! oui, le cher ami!... Et vous ai-je dit qu'il a conservé de son, enfance\nce parfum de blé mûr que fleure aussi la tête de certains gosses blonds?\nCette odeur de vie m'émeut étrangement : je suis pour lui plein de soins\net d'égards.\n   Je le flatte doucement. S'il me parle, sa marotte d'à présent, des questions\nde physiologie qu'il étudie, comme « la mécanique de l'amour », par quoi\nil se propose de dégoter Spinoza et Stendhal avec l'aide des précis tracés\ngraphiques qu'il veut inaugurer, ou « les transformations des cellules\nnerveuses sous l'action des excitants: gloire, alcool, etc. », je m'exclame\nadmirativement.\n   — Quel pittoresque! Quelle acuité! Quel sang-froid !...\n   Il est aux anges. Le sang jeune de ses lèvres s'avive, ses yeux brillent, et\ndans son col blanc la peau fine de son cou est plus rose.\n   Et c'est la récompense à ma patience, à mes soins de grande sœur\ncomplaisante pour cet enfant vicieux, de le voir, en ces moments, le plus\nbeau qu'il puisse être, excité et content de lui, éclatant et triomphant; et,\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "                                  — 203 —\n\ncette âme tantôt désemparée, glorieusement soulevée à présent et toutes ses\nvoiles au large éployées dans la brise.\n   Mais enfin voici ses pages où il voulut peut-être se montrer si intéres-\nsant, que le portrait que je crayonne ici il l'appellera une trahison. Dès\nlors, puisque je suis si loin, dirai-je, pour achever de le compromettre, que\nla première feuille, au-dessous du titre : Les Bons Aoûlerons, portait les\nmots plus explicites : ou le Fard de l'âme, qu'il a effacés, je ne sais\npourquoi ?\n\n                                      ***\n\n   Les aoûterons arrivent d'un lointain bourg des Campines. Le fermier\nd'ici leur a écrit que les blés s'aoûtent et les attendent. Dans le wagon, ils\ntiennent entre les genoux leurs bissacs et leurs outils : la faulx courte à\npoignée et le crochet. Le visage collé à la vitre, ils estiment les récoltes\nriveraines.\n   Aux gares wallonnes où ils changent de convoi, ils questionnent dans un\nbaragouin qui fait rire les gardes. Ils sont de haute stature; ils ont la face\nrouge et le poil pâle, l'air placide et miséreux malgré leurs casquettes de\nraide soie noire et leurs blouses de toile fraîches empesées mais trop courtes.\n   — Voilà des Flamands qui viennent faire l'août, dit-on, en les voyant.\n   A la ferme, avec leur tonneau de bière et leurs pains, ils occupent un coin\nde la grange vide, et ils dorment dans la paille. Leur travail est tout spécial :\nils scient les blés. Ils peinent dur. Ils ne se mêlent pas aux varlets, car ils\nne parlent que le patois de chez eux et, d'ailleurs, sont de nature taciturne.\n   Ces deux aoûterons, Koben et Piet, viennent ici depuis beaucoup de\nmoissons. Je commence à saisir leur langage; et si nous ne nous parlons,\nnous sommes pourtant bons camarades et nous sourions à chaque rencontre.\n   J'ai, dans la ferme, une chambre spacieuse aux murs chaulés garnis des\nimages véridiques de N.-S. J.-C. et de la Vierge. La cheminée y est ornée\nd'un rang de courges calebasses qui simulent des poires d'or. Les fenêtres\ndonnent sur les carrés d'un potager dont les espaliers sont quasi sous ma\nmain. Le lit est bourré de nouvelle paille d'avoine parfumée et bruissant\nsous le corps qui la froisse. Mais fi de la belle chambre ! La journée d'août\nl'a emplie d'un air surchauffé où je ne saurais dormir.\n   Je vais passer la nuit dans le grenier à foin des Flamands. Par l'échelle,\nje monte à l'étage où la claire-voie du plancher, presque nette de paille,\nattend la récolte qui s'apprête et bientôt la viendra gorger.\n   Dans l'obscurité, Koben l'aoûteron dort allongé sur l'aire. Je ne le vois\npas mais je l'entends; il est sous ma nichette et il ronfle. Après le souper\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2824, "texte": "                                    — 204 —\n\n  on lui remit à la ferme une lettre de son village. Koben ne sait pas lire; il\n  l'a tournée, retournée dans sa main, puis enfouie dans sa poche. Il a souri\n  comme toujours en balbutiant en français : « Bonne nuit à tous les\n  hommes! » et il est venu se coucher. Son frère Piet rentrera tantôt seule-\n  ment à la ferme ; celui-là lui déchiffrera la lettre et ils sauront ce qu'il y a\n  de nouveau là-bas. Koben, en attendant Piet, ronfle comme un bon mois-\n  sonneur ayant sué, de l'aube à la nuit, sous le soleil de la canicule.\n     Ce bruit me trouble ; et sur ma paille je ne parviens pas à m'endormir.\n     La baie du pignon qui m'abrite encadre un coin du verger. Dans la nuit,\n les têtes des pommiers dessinent de grosses boules sombres sous lesquelles\n des vaches couchées dans l'herbe respirent bruyamment. A droite, au loin,\n scintillent des globes électriques auréolés de mauve léger, décelant un bout\n de la vallée de Sambre dont le reste m'est caché : dix lieues carrées de vapeurs\n et de flammes qui renâclent sous la poigne humaine et dont les piaffements\n et les râles viennent ici mourir en un confus murmure se perdant dans l'im-\n  mensité du ciel d'août heureux infiniment, inaltérable et impassible.\n     Tout à coup je perçois le ronflement de l'aoûteron, dont ma rêverie se\n berçait inconsciemment. On dirait le va et vient sonore d'un soufflet de\n forge. Je suis ses intonations : il monte, monte, s'étrangle subitement, reste\n à court, suspendu, puis reprend, grave et lent, sa cadence régulière.\n     Cette machine travaillant si exactement pour si peu de soins, produisant\n tant de force à si peu de frais, comme après, au repos, elle se répare encore\n à bon compte ! Que voilà un problème physiologique réussi. Quelle élégante\ndémonstration, dirait Taine, quelle expérience bien conduite et péremp-\ntoire! — Et moi, ajouté-je à mon bénéfice, que je suis perspicace! Vite,\nrécompensons le complaisant objet de ma pénétration par une bonne\npensée de charité bien pitoyable, et méprisable un peu, naturellement,\ncomme il sied à la condescendance pour un fruste manouvrier, d'un jeune\nhomme qui vit, il est vrai, de la vie végétative d'ailleurs de mode aux\nvacances, mais goûte l'ivresse d'une nuit d'été, vous savez, et appelle les\nétoiles par leurs petits noms...\n    Oui, bon ! La part de pose est faite, et l'auto-examen avisé qui te sauvera\ndu gobage, puisqu'une noblesse prévue est moins ridicule; mais ne diras-tu\npas ce qui, au tréfond instinctif et généreux de ton âme, tressaille de ten-\ndresse émue et de fraternel amour pour cet homme endormi, un homme\nhors du monde, les yeux fermés et l'âme reclose?... Si, dis-le.\n\n                                      ***\n  Piet est rentré, il a déposé sa lanterne. Koben s'éveille et tout de suite lui\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2426, "texte": "                                  — 205 —\n\nmontre la lettre. A quoi rêvait-il donc, l'aoûteron, l'instant passé de son\nsommeil? De quelle voix étrange il dit :\n   — Frère Piet, tout de suite, lis la lettre. Tu vois, c'est une lettre qu'on\nm'a donnée et elle doit venir de chez nous. Je voudrais savoir la chose que\nje sens qui est arrivée.\n   — C'est vrai, répond Piet, elle vient de là-bas. Il est marqué Westerloo\nsur le timbre.\n   Ils parlent le flamand de Campine, mais je comprends presque tout\nce qu'ils disent. Ils sont assis dans le coin. Par la claire-voie du plancher,\nje vois la flamme jaune près d'une poussiéreuse toile d'araignée tendant\nle mur, et leurs grands traits mornes sous leurs cheveux jaunes piquetés\nde balles d'épis. Piet continue :\n   — C'est petite Trine qui écrit. Je reconnais son écriture. Koben, qu'est-\nce donc qu'il y aurait chez nous?\n   — Alors, c'est petite Trine? Tu vois cela déjà? Ahl lis, Piet, lis pour\nnous savoir.\n   Piet commence la lecture. Sa voix monotone souvent hésite sur un mot;\net il se penche un instant vers la lampe, puis continue son train. Il va len-\ntement et je sais à la volée me traduire ce que j'entends. Dès les premières\nphrases saisies, je sens que de si fortes émotions vont secouer mes amis les\naoûterons, que je veux les écouter jusqu'au bout. D'indiscrétion il n'y en a\npas là, car ce n'est pas une vaine curiosité, mais mon cœur qui pénètre\nleur secret et bat si fidèlement à l'unisson de leur cœur, que jamais eux ne\nm'en voudraient de mon intrusion.\n   Piet lisait :\n                                           « Liessel, sous Westerloo, le 4 août.\n\n       . « MON CHER       PÈRE,\n\n  a Grand'maman dit que je dois vous écrire et au grand mon oncle\n« Piet qui fait le mois d'août avec vous, car il faut vous apprendre que\n« maman Lena est revenue. Oui, c'est hier qu'elle est revenue. Comme\n« ça, grand'maman vint m'éveiller, car c'était pendant la nuit. Il faisait\n« tout noir. Elle me disait d'écouter. On frappait à petits coups à la\n« porte d'en bas avec un sabot; ça faisait toc! toc! puis plus rien.\n« Nous entendions aussi que quelqu'un pleurait sur le chemin et\n« je n'osais me lever. Puis, encore, on criait tout bas : « C'est moi!\n« C'est moi! » A la fin nous sommes descendues avec la lampe. J'ai\n« tiré le verrou pour regarder à la porte, et c'est maman Lena qui est\n« entrée. Oui, alors elle est entrée, maman Lena. Elle était si petite, si\n"}, {"page_pdf": 233, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "                                  —   206   —\n\n\n« petite ! E11e s'est mise à genoux devant grand'maman. Elle pleurait, elle\n« demandait : « Pardon ! Pardon ! » « Et à Trinette aussi » qu'elle disait,\n« et à Trinette aussi ! » Je pleurais et grand'maman pleurait : nous nous\n« embrassions tous les trois longtemps et alors j'entendais battre la poi-\n« trine de maman Lena, comme l'horloge. Après, nous sommes remontées\n« nous coucher. Maman Lena, en me serrant dans ses bras, me demandait\n« tout ce qui est arrivé ici. Je lui ai raconté que j'avais cousu votre pantalon\n« de toile et celui du mon oncle Piet, et raccommodé le bissac avec l'étoffe\n« du surplus. J'ai dit que vous étiez à la ferme Beyard avec mon oncle\n« Piet et que c'est moi qui allume l'étuve au matin. Maman Lena pleurait\n« tout le temps ; elle m'embrassait toujours et vous appelait, cher père,\n« ainsi : « Koben! mon bon Koben! » qu'elle disait maman Lena. Voilà,\n« aujourd'hui elle est encore malade de cela et elle est restée dans son lit.\n« Son visage est blanc comme les draps, ses yeux sont renfoncés dans sa\n« tête Grand'maman reste auprès d'elle. « C'est tout, Lena, qu'elle dit, c'est\n« tout, Lena ! » Elle dit aussi, grand'maman, que maman Lena est malade\n« parce qu'elle est triste. Mais bientôt, ça sera passé et vous ne devez pas\n« vous inquiéter, mon cher père et mon oncle Piet, car c'est seulement\n« parce qu'elle est triste, vous savez. Moi, je suis bien contente que maman\n« Lena est revenue. J'ai tiré ma tête de dessous son bras pour venir vous\n« écrire tout de suite la bonne nouvelle, et pour que vous soyez contents\n« tout de suite aussi qu'elle est revenue. Maintenant, je vous embrasse,\n« mon cher père et mon grand mon oncle Piet, et je vous dis au revoir\n« parce que le facteur de Westerloo va. bientôt passer et que j'ai mal dans\n« ma main.\n                                                    « Votre fille obéissante,\n                                                           TRINE. »\n\n\n    Ces dernières lignes devaient être serrées et bien embrouillées dans un\n coin du papier car Piet s'était collé à la lanterne et les lisait mot à mot. Il\n avalait souvent sa salive, le bon Piet, comme s'il avait la gorge contractée;\net, pour s'éclaircir la vue sans doute, il se frottait les yeux de tout son\npoing. Quand il se fut tu, Koben prit la lettre de ses mains, et longtemps\nil fixa cette feuille de la petite Trine, où il ne distinguait rien mais qui\nl'avait tant remué. Il dit enfin :\n   — Piet?\n   — Quoi, Koben ?\n   — Piet! Dieu, Piet, qu'est-ce qu'il faut faire?\n   — Eh bien voilà, Koben, je crois qu'il faut attendre et laisser rassir la\n"}, {"page_pdf": 234, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "                                   — 207 —\n\n chose, Koben, qu'il me semble. D'ailleurs moi, je dis bien ça, mais, à la\n vérité, c'est toi qui as eu la peine, c'est toi qui diras le mieux ce qu'il faut\n faire.\n    — Elle est revenue, Piet ! Elle est triste et elle pleure, que Trinette nous\n écrit sur sa lettre. C'est sûr, elle se repent... As-tu entendu, elle criait :\n « Koben, mon bon Koben! » Par Dieu, Piet, je n'ai plus la force de lui en\n vouloir, non, je ne saurais plus. Le Grand-Blanc l'avait entraînée, c'est lui\n qui paiera; c'est de lui le mal. Elle, elle est revenue, tu vois bien, sans que\n je dise rien, toute seule. Est-ce que je peux l'empêcher de se repentir, Piet?\n    — Koben, c'est ainsi que tu feras. Le Grand-Blanc paiera tout, nous y\n penserons plus tard. A elle, pardon, et c'est tout.\n    — Lena! Ah Leentje! Elle pleure à cette heure, nous dit Trinette. Elle\n est malade de m'appeler. Dis, comment as-tu lu qu'elle m'appelait?\n    Piet chercha le passage dans la lettre :\n   — « Maman Lena pleurait tout le temps; elle m'embrassait toujours et\nvous appelait, cher père, ainsi : « Koben, mon bon Koben ! » qu'elle disait\n maman Lena. »\n    — Mon bon Koben, répétait l'aoûteron, elle disait : Mon bon Koben !\nAh Leentje! Ma petite Leentje!... Piet, si vite on dévie ; si vite! Moi, c'est\n parce que ma faucille est ébréchée; et toi, parce que la tienne est trop\naffilée. On va, on va, et on se retrouve bien loin sur le côté. Est-ce qu'il ne\nfaut pas que le compagnon attende, alors, et donne le temps à l'autre de se\nremettre sur la ligne? Après, on repart à deux, en battant la cadence, et on\nva mieux... Ah, pauvre Leentje!\n   Ainsi parlaient les deux Flamands; et les mots sonores de Campine\nrésonnaient dans le grenier obscur ainsi qu'en une église. Je n'osai, de\nlongtemps, bouger dans la paille si bruissante qu'elle m'aurait décelé! Mais\nje désirais sur mon front un peu d'air de la nuit; à toute force, je m'aven-\nturai à ramper lentement vers la baie.\n   Minuit était passé. Le ciel était clair, profond et doux, doux comme\nKoben. J'y voyais rouler les étoiles dans leur ronde comme des yeux affec-\ntueux. La voie lactée tombait du zénith sur la masse noire du bosquet\ncouronnant la colline. A ma gauche Arcturus, la fraîche étoile du junévile\navril, allait plonger sous l'horizon; cependant que vers l'est, l'essaim des\n Pléiades prenait son essor, les blondes abeilles de l'été. La nuit était chaude ;\nles cieux pleins d'amour faisaient haleter la terre ; et leur ivresse, comme\nun subtil opium, s'insinuait et chantait en moi les mots divins qu'avait\nbalbutiés le pauvre rustre, sur l'aire.\n    Des larmes roulaient sur mes joues et je ne les essuyais pas. Je sentais\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "                                    — 208 —\n\n\nque je m'attendrissais sur moi-même, que je pleurais sur moi-même, et je\npleurais plus fort, parce que ces larmes flattaient mon âme. Je me faisais\ntout petit, et me laissais bercer dans les bras des choses mystérieuses et\nperfides au sein de la nuit câline.\n   Sur l'aire, la lumière était soufflée; les hommes s'étaient tus. L'un d'eux\nronfla bientôt après; l'autre ne savait s'endormir; il se tournait, se retour-\nnait dans la paille. C'était Koben, en qui la lettre de Liessel ne savait\nse taire.\n   Bientôt tomba sur moi un sommeil fiévreux où se renouvelaient vives et\nactives les images évoquées tantôt par la scène des Flamands. Sans cesse, je\nvoyais Trinette cousant le bissac pour l'août ; puis Lena, l'infidèle aimée,\ncriant « tout bas » dans la nuit ; Koben qui répétait : « Leentje ! Ah\nLeentje! » et moi-même pleurant à la fenêtre, sur la nuit caressante...\n\n                                        *   *   *   ■\n\n\n\n\n     Ces hallucinations me lassèrent et m'éveillèrent tout à coup comme la\n  pointe du jour piquait l'orient. Je sortis de la grange en secouant les brin-\n dilles de paille attachées à mes vêtements et courus au verger.\n     A cette heure, l'herbe neuve y est moirée d'une poudre de rosée où s'im-\n priment les pas. La brise matinale caresse comme un baiser; c'est le chaste\n népenthès des fièvres nocturnes, c'est l'aube. On ne pense à rien, on va libre\n de la vie. Mais les yeux et l'esprit se dessillent peu à peu dans la lumière\n qui vient, vient, et grandit; on dirait qu'elle coule sous un rideau levé par\n saccades.\n    Surgit le soleil. Le ciel d'azur et d'opale tressaille. La nature bouge,\n s'éveille et se lève toute jeune, toute belle, tout heureuse. Je ne vois l'homme\n nulle part encore et la terre me rit.\n    Cependant, les aoûterons sont sortis de la grange. Ils montent vers les\n blés de la colline et les faulx, sur leurs épaules, étincellent. Je ne puis\n détacher les yeux de leur groupe et mon souvenir de la nuit vêt leur sim-\n plicité d'une noblesse indicible. Ils m'ont vu, ils me crient de loin : « Salut! »\n Et je leur réponds :\n    — Salut, Koben et Piet, chers grands cœurs !\n    Ils ne me comprennent pas; ils me sourient et passent.\n    Les voilà aux blés, courbés sur les éteules, rapetisses devant la houle d'or.\nLe champ est illimité, me dis-je, et néanmoins ils le raseront. La sueur de\nleurs fronts est bonne ; leur part humaine est saine, et ils la voient — ô les\nheureux misérables! — c'est du pain ; comme tantôt, en la grange délabrée,\nj'ai vu la flamme de leurs cœurs, ô les bons aoûterons d'amour ! j'ai vu\nleur part de divin.\n"}, {"page_pdf": 236, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "                                  — 209 —\n\n    Une gaîté nouvelle doucement m'emplit le cœur. A mes pieds, l'eau de la\n mare fume et sa buée m'enveloppe ; les herbes ensoleillées y tremblent et\nmurmurent. La nature est forte et l'homme n'en est pas écrasé; il est digne;\n et je le sens.\n   Ce frémissement d'allégresse, non, ne l'appelez pas exaltation de pédant\ndécouvrant, au prix de quels torticolis, un rais de la lumière éternelle\nfiltrant du boisseau. C'est l'ivresse du départ vers le vague but de la vie;\nmélancolie fleurie des nouveaux espoirs invinciblement poussés au-dessus\ndes feuilles mortes, et joie d'apercevoir coupant la brume, au ras du flot\nmorne, la ligne des côtes verte et riante, et de crier et de s'entendre crier :\nTerre, terre ! C'est le miroitement des leurres qui éblouissent mon âme.\n   0 choses, il se croyait retors! Il vivait tout pour lui. Sa robe était\nluisante ; il bondissait dans le pré indifférent et heureux. Combien il aimait\nle bonheur, inassouviblement ! Alors, voilà que de pauvres manouvriers\nmurmurèrent des mots de tendresse sérieux et na'ifs ; comme la nourrice qui\nmâche le fenouil et dessille les yeux de son enfant en soufflant doucement\ndessus, ils éclaircirent sa vue qui, tout à coup, perça jusqu'aux médullaires\ntristesses du monde. Voyez, ô choses! Vous l'avez caressé un peu, vous lui\navez montré un coin du secret de votre peau tiède, et pour cette confidence,\nce semblant de confiance, il est tout à vous, il vous fait tous les serments.\nComme il y va, dans la naïve prière sensuelle de ses vingt ans excités!...\nC'est la vie, jusqu'à la mort.\n   — Dis? Vois-tu la mort restée cachée à tes yeux ; enfant, la vois-tu ?\n   C'est justement du moment où il l'a vue qu'il commença de vivre. C'est\nle sel des larmes qui le ragoûta à la vie. Il ne craint plus le malheur ; il\nl'acceptera.\n   — Sais-tu? Tout ce qui arrive n'aura plus, en passant près de toi, les\nfiers drapeaux de la gloire, et les tambours des batailles, et les flûtes des\namours. Ils se glisseront en toi à la dérobée, les événements, ternes et\ntristes. Mais sois crâne, laisse-les entrer; même, ouvre-leur tes portes; ne\nleur fais pas honte d'eux-mêmes, à ton mépris joins la pitié.\n   Il a dit oui ; c'est d'avoir su dire si hardiment oui qu'il est si heureux !\n   En lui conduisant sont petiot :\n   — Monsieur l'instituteur, — dit la mère, — n'est-ce pas, ne soyez pas\ntrop juste ! Laissez-le courir un peu encore, mon gamin !\n\n                                     ***\n  La cloche sonne et la ferme s'éveille. Les portes s'ouvrent ; la basse-\ncour vide ses poules dans les prairies ; les canards, se dandinant, descendent\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2112, "texte": "                                  — 210 —\n\n\n à la mare lisser leurs plumes. Veaux et génisses s'en viennent des étables\n retrouver les vaches sous les arbres.\n    Ecoutez ! une voix d'enfant les anime, un cristallin fleutis qui éclaire le\n matin lui-même. C'est la vachère; elle apparaît, pousse la barrière, et,\n faisant claqueter son fouet, elle bondit autour du troupeau tavelé.\n   — Hue donc, la Roussette! Toi, toi la Blanche! Ho, la garce, la garce!\n    Ce lutin qui crie a un visage tout rose. Les mèches de sa tignasse\njaune volettent devant ses yeux et elle les écarte par un geste de la tête. Elle\nest agile comme un orvet. Le bas de son visage est large; son menton\npointu lui donne un air aviné ; et aussi, à cause de la courtine profonde de\nsa lèvre supérieure fine et retroussée ainsi qu'aux petits enfants, sa bouche\nest souriante et innocente.\n   Parmi les buissons humides d'aiguail et brodés d'étincelantes toiles\nd'araignée, d'où elle chasse les bêtes, la maigriotte n'est-elle pas, chue dans\nl'herbe mouillée, une pomme de Calville verte et côtelée ? Si ! vous devez y\nmordre ; et le suc abondant et aigrelet agace vos gencives, tellement qu'il\nfaut bien y revenir et mordre de nouveau en la pulpe fraîche.\n   En bousculant les bêtes mugissantes et lentes, elle approche et sa voix\néclate plus jeune et plus joyeuse. Du milieu des roseaux, je me suis levé ;\nsaurais-je ne pas la suivre des yeux dans la prairie? Saurais-je?..\n   Mais pendant que je me réjouis à sa vue, que vient donc faire tout à\ncoup, en mémoire, un souvenir de la ville, vieille liaison et vieux ser-\nments! Souvenir chanci, que rabâches-tu dans la jeunesse du matin?\n   Repoussoir à la vision de l'enfant pétillante, hé ! il vient à mon péché\ndonner le coup de fion ; il s'allume juste au moment où je franchis la haie\net m'élance vers ce coup de vin du déjeuner, le maladroit souvenir! Et ma\nfringale pour la frisquette qui sent l'herbe et les bêtes, il l'avive encore en\nme montrant — lui qui voulait m'arrêter — un irrésistible adultère ver-\ndelet !\n                                                      Louis DELATTRE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 211, "page_fin": 214, "titre_corps": "La Tentation de Sandro Botticelli", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "La Tentation de Sandro Botticelli", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "HÉLÈNE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 238, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "La Tentation de Sandro Botticelli\n Par ce soir triste et pur, sur la blanche terrasse,\n          A l'ombre des verts orangers,\n L'enfant aux habits clairs, sonores et légers,\n          Parle avec quelqu'un à voix basse.\n « Que vois-tu donc — demande au rêveur convoité\n         L'Esprit invisible qui rôde —\n Dans les gouffres d'azur, de pourpre et d'émeraude\n         De ce crépuscule enchanté? »\n\n   J'y vois passer, au son de musiques étranges,\n          Dans l'or d'un nuage brûlé,\n Comme une île de lys, comme un jardin ailé,\n          Des anges, des anges, des anges! »\n\n « Enfant prédestiné — répond la sombre voix\n          Avec un morne éclat de rire —\n Ecoute! L'ombre parle : un ami va te dire\n          Quels sont les anges que tu vois.\n\n « Ceux-ci, bardés de fer, les ailes enflammées,\n         Pareils à des drapeaux     vivants,\n Lance au poing, à cheval sur la foudre et les vents,\n         Hérissent le front des armées.\n\n « Ils sonnent à plein souffle en de vastes clairons;\n          L'orgueil empanache leurs casques;\n La bave des serpents et le sang des tarasques\n          Dégouttent de leurs éperons.\n\n « Dans les autodafés, lorsqu'aux flammes béantes\n         On jette des juifs à braiser.\n Sur le cœur des bûchers ils volent se poser\n         Comme des abeilles géantes.\n\n « Ces anges, mon enfant, ce sont les visiteurs\n          Qui hantent les veilles hautaines\n Des pieux conquérants et des saints capitaines,\n          Des rois et des inquisiteurs ! »\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1696, "texte": "                     —   212   —\n\n\n« Je ne les ai pas vus ! » — répond à la voix sombre\n        L'enfant aux grands yeux    ignorants.\n« En voici de plus doux et de plus attirants,\n        — Reprend la Voix sombre dans l'ombre.\n\n« Leurs ailes, dans l'iris de leur nimbe de feu,\n        Leurs ailes couleur de pervenche\nFont vivre, sur l'argent de leur tunique blanche,\n        Le reflet d'un papillon bleu.\n\n« Le roi mage Gaspar, dans l'étable fleurie,\n          Regardait leur vol s'étoiler :\nSi leurs yeux sont si purs, c'est d'avoir vu couler\n          Le lait de la Vierge Marie.\n\n« Le moine franciscain, sur le bord des ruisseaux,\n        Leur parle dans l'or des vesprées,\nNaïf, comme à ses sœurs, les agnelles des prées,\n        Comme à ses frères, les oiseaux.\n\n« Et ceux-là, mon enfant, par les belles nuits calmes,\n         Sèment, pour louer Jésus-Christ,\nSur les simples de cœur et les pauvres d'esprit,\n         Le rêve ingénu de leurs palmes.\n\n« Tu les vois, n'est-ce pas? » dit le subtil rhéteur\n        Dont soudain tremble la voix sombre.\n« Je ne les ai pas vus'. » répond l'enfant dans l'ombre\n        « Et ceux-ci ? » — fait le tentateur.\n\n« La splendeur du couchant sur leurs pâles figures\n        S'attarde en longs baisers tremblants;\nDans leurs lourds cheveux roux s'ouvrent les yeux sanglants\n        Des spinelles et des ligures.\n\n« Leur nostalgique essor éploie en éventail\n         De grandes ailes chimériques\nPareilles en magie aux lumières féeriques\n         D'un mobile et vivant vitrail.\n\n« La beauté de l'enfant et celle de la femme\n         Se mêlent dans leur jeune chair ;\nOn dirait, à leur vol qui rougit le ciel clair,\n         Des pivoines dans une flamme.\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1693, "texte": "                      — 213 —\n\n\n« Des rebecs de bois rose et des luths de cristal\n        Vibrent sous leurs longues mains blondes :\nLa musique les roule en ses ondes profondes\n        Vers leur vague pays natal.\n\nu Ces anges, mon enfant, répandent leur lumière\n         Sur ceux dont les yeux  mécontents\nRêvent l'homme plus beau, les cieux plus éclatants,\n         La nature infâme plus fière,\n\n« Sur tous les pauvres fous sacrés qui, dans leurs vers,\n        Leurs chants, leurs marbres ou leurs toiles,\nFont, pour notre tourment, monter jusqu'aux étoiles\n        Leur image de l'univers ! »\n\n« Oh! ceux-là, je les vois — répond à la voix sombre\n        L'enfant aux geste langoureux —\nLeur cœur vole vers moi, mon cœur vole vers eux :\n       Leur bouche m'appelle dans l'ombre.\n\n« Je les vois, je les vois! Ils planent sur mon front!\n         Je les vois! Ils me f ont des signes!\nLes uns sont des ramiers et les autres, des cygnes!\n         Leurs ailes me couronneront! »\n\n« Sache-le donc, enfant : ces fantômes étranges,\n         Ces doux passants    mystérieux\nDont les yeux soucieux attirent tes grands y e u x ,\n         Ces anges ne sont pas des anges.\n\n« Tu leur donnes la vie en croyant les choisir :\n         Ce sont tes enfants, ô mon frère!\nLes élans incarnés de ta chair téméraire,\n         L'illusion de ton désir! »\n\n« Tu mens! ô sombre voix qui ris dans les ténèbres!\n       Malgré toi, mon rêve offensé,\nMon doux rêve offensé que ton rire a blessé\n       Luira dans des fresques célèbres! »\n\n« Adieu donc, mon enfant! Rêve en paix, mon vainqueur!\n        Mais tes anges mélancoliques,\nAux voûtes des couvents, aux murs des basiliques,\n        Diront le secret de ton cœur.\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 360, "texte": "                                  — 214 —\n\n          « Et moi, l'instigateur de ces œuvres sublimes,\n                  L'Esprit que tu n'entendra plus,\n          Dans le royaume obscur où pleurent mes élus,\n                  Je recueillerai tes victimes. »\n\n                                                       ALBERT GIRAUD\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 214, "page_fin": 221, "titre_corps": "Hélène (suite et fin)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "HÉLÈNE", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS LA MÈRE DES GRACQUES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 241, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 360, "fin_caractere_exclue": 2376, "texte": "HÉLÈNE\n                                    (Suite)\n\n              De trop subtiles représailles, dont l'indubitable dommage, la\n               trajectoire dévastatrice dans la quiétude du traître ne sont\n               pas immédiats et visibles, assouvissent mal l'appétence vindi-\n               cative d'une femme délaissée ; la félinité réveillée de l'amour,\nla résurrection fauve de l'instinct exigent de moins métaphysiques rançons,\nlégitiment le ténébreux et mélodramatique emploi de lâches embûches, de\nguets-apens très vils. Elle ne haussera point sa vindicte jusqu'à l'apparence\nstoïque, le strict dédain d'une captieuse et disvulnérable indifférence, plus\nmortifiante, cent fois, et perfide... Car, au définitif soulagement d'un lien\ndevenu odieux, la rage, les sanglots, l'invective éclatante déterminés par\nnotre tranquille prodition, font un commentaire délectable à notre vanité,\net doux ; tandis que l'inattendue insouciance, l'amiable acceptation désin-\nvolte de notre iniquité, sans aucun doute exaspéreraient notre lassitude, la\ntransmueraient en une rancune active et vénimeuse, à moins que l'offus-\nquante ingratitude — avérée enfin ! — de notre victime ne nous inclinât à\nquelque brève et péremptoire sentence de mépris.\n   Aussi excédé, probablement, d'un joug chaque jour alourdi, supporté par\nhabitude résignée et inertie d'âme, — l'abandonné jubilerait, certes, de sa\nlibération, si la priorité lui appartenait, de la rupture et que l'adversaire\nn'en eût point anticipé l'audacieuse initiative et usurpé ainsi une supériorité\ninsolente.\n   Bouleversée de cet épilogue, sanction insolite de tant d'ineffaçables\nheures, inapte à tout calcul, Hélène attendait quelque inspiratrice éven-\ntualité, se fiait à elle ne savait quelle impulsion expectative. Abasourdie, en\ncette dérive désorientée, peu incline à une aggravante analyse d'elle-même,\noù, s'imaginait-elle, sa rancœur se serait embrouillée et amoindrie ; — ren-\ndue, en outre, à la naturelle courte vue de son sexe et roidie, pourtant,\n"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2870, "texte": "                                  — 215 —\n\ncontre des incitations que son courroux altier condamnait, — malgré l'aper-\nception que sa revanche devait s'assortir à l'ordre extraordinaire de sentir où\nDelzire l'initia, — le projet la requit, une minute, d'un esclandre, riposte\nplus infaillible et palpable, dont elle savourerait le désastre plénier ; moyen\nexclusif et sûr, au moins, alors qu'une discrète et pourpensée vengeance\ns'émousserait à l'imperméable mutisme du félon, sans dénoncer l'effectif\ndégât de sa griève offense, ni même le trait barbelé rompu dans la plaie.\nPuis, cette finale réflexion, — judicieuse dans toute conjecture, hormis\ncelle-ci, — qu'en matière sentimentale, les hommes, pour éminents ou blasés\nqu'ils soient, se témoignent irritables aux sévices vulgaires, aux lieux-com-\nmuns violents du dépit et de la jalousie, la poussa — tant les mobiles de Del-.\nzire se dissimulaient ! — à lui interdire un futur retour repentant par d'irré-\nmissibles actes. Mais, ceux-ci, outrageants, au premier abord, devenaient\nun réel et puissant sédatif à la constriction morale de Delzire, édulcoraient\nles corrosifs reproches engendrés par la sagesse trop personnelle, l'insuffi-\nsante charité de sa conduite.\n   Mais si le chagrin émouvait Hélène à de trop verbeuses et triviales lamen-\ntations? Quoique expressives, au tréfond, de son simple amour, spontané\net irréfléchi, — la médiocrité d'âme démontrée par le geste mesquin de sa\npeine la déchoirait au niveau d'une quelconque, indigne d'un regard... Plus\nrocailleuse et dure, mais abrégée, une voie indirecte s'ouvrait ainsi, au but\nde Delzire : — la capacité reconnue d'une attitude vilaine, conséquence de\nconjonctures, décisives souvent chez les plus ordinaires créatures même,\nmajestueuses, tout à coup, d'affliction, et grandies, — aurait désauréolé\n Hélène, contaminé son souvenir de la tache visqueuse de cette déprimante\ndécouverte. Une corollaire mésestime s'en fût alimentée, compensation\nrétroactive et maligne de son initiale admiration ; volte-face, autant que\ntoute ses résolutions antérieures, romanesque, extravagante et — parache-\n vait l'incorruptible juge — et ridicule...\n   L'intuition qu'elle atteignit de l'esprit de Delzire, partielle et corroborée,\nà la longue, lorsque de fortuites coïncidences lui dévoilèrent le prisme pur\net sombre, la transparence morale timorée de ce caractère, — lui [commu-\nniqua l'indéfinissable et frileuse surprise d'une ascension parmi l'éther\nasphyxiant et glacé, — l'obsession physique, plutôt que la notion abstraite\net raisonnée.\n   Certes, la virtuelle magie de l'amour, des éclairs d'hyperacuité divinatrice,\nau cours de ces entretiens qui la laissaient hallucinée, en proie au dégoût\nde son insuffisance et ravie, lui démontrèrent de multiples aspects de cette\nâme, effarante d'intensité et de fièvre, foyer embrasé d'énergie tout intellec-\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "                                  — 2l6    —\n\n\n tuelle; — mais l'impromptue interruption de l'exaltante intimité où elle\n commençait à s'apprivoiser, la prosaïque escorte de sa tante substituée, à\nl'improviste, à celle de Delzire, la pétrifièrent dans sa stupéfaction, lui\nôtèrent jusqu'au pouvoir de se représenter encore la chaste maîtrise, la\nsalutaire tutelle, si allègrement et fièrement subies, — en situèrent même le\nregret dans l'illusoire et fantasque région de l'hyperbole.\n   — « Evoluai-je donc au sein d'un songe, soumise à une logique som-\nnambulique, pour avoir énoncé des mots dont la signification m'est, à\ncette heure, perdue? ou quelque chose, depuis, se serait retiré de moi qui\nm'interprétait mes paroles et mes actes, — je ne sais quoi, enfin, incom-\npréhensible et suréminent, qui héroïsait ma pensée, lui juxtaposait une\nessence étrangère?\n    « Cette ivresse extralucide, — point seulement la sève superlative, la\nvibratile aspiration diffuse, la trouble langueur, trop naturelles à mon âge,\nje le devine; — non, cette hypertrophie de sensibilité, d'autre part origi-\nnaire, cet élan généreux, ces effusions prodigues dont s'ailait le défilé\nmorne, naguère, des heures, transposaient mes plus volages impressions\nsur un rhythme éblouissant et lyrique, les sculptaient dans un relief lapi-\ndaire, avec l'inégalable magnificence de l'imprévu... Joies paroxystes, dont\nnulle intempérie n'entravait la croissance intégrale, l'essor épanoui ; et\ntoujours inédites ! — m'humilierai-je au point d'y reconnaître, à présent, les\ncréations perverses d'une griserie malsaine, effervescence réprimée par le.\nsort austère, et heureusement, car, prêtresse d'un culte démoniaque, m'eût-\nelle point menée, pour y sardoniquement secouer ma torpide cécité, au\nmilieu de la nausée et de l'abjection?...\n    « Mais, Delzire... Mais les vénéfices et les philtres de cet enchanteur\ndesquels, après m'en avoir saturé le sang, implacablement il me sevra, me\nvicient tout futur bonheur raisonnable, divulguent la neutralité horrible des\njours à échoir, la platitude laide de mon avenir, désormais ; et sans plus le\nchérir lui-même, peut-être, ni la contrée hantée que son génie préfère,\nl'inamissible mirage et la consomption m'anémieront de l'orbe de vie émer-\nveillante et sapide, où il m'avait transplantée...\n    « Il me montra l'excentrique patrie de grâce extrême et de ferveur, fabu-\nleuse et vermeille, puis, rapidement, referma sur ce spectacle, et pour jamais,\nes vantaux massifs des durs volets... Rien ne filtre au travers; pas une\ngoutte volatile, pas un rais de lumière, témoins de la réalité originelle de\nla vision évanouie; — lueurs profuses qui parfumeraient mon exil... »\n   Ce soir déchirant d'une journée désolée, où la fixe contemplation du\ndésastre approxima presque l'extase, le cœur comme déchiqueté sous\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "                                      217 —\n\n l'aiguillon d'un espoir aride, auquel, seule, sa duplicité connivente se com-\n plaisait, après des heures d'absurde espionnage et de sursaut à l'affût déri-\n soire du signe réconcilié, leurre dont elle voulait s'abuser encore, — elle\n écrivait, sans 4essein précis de les envoyer à Delzire, ces lignes dont la\nhardiesse, inspirée de ses alarmes, des nuées véhémentes qui oblitéraient sa\n douceur et sa modestie, lui parut, à l'instant de se dessaisir de sa lettre,\nimpliquer trop de gloses et trop divergentes, pour n'en point compromettre\nla sincérité à des yeux malévoles ou seulement distraits :\n    « C'est une de nos infériorités que des choses nous poignent ou nous\naliènent, principales, à nos yeux, dont l'énonciation verbale s'effarouche,\ndéjà, d'une possible apparence d'emphase, et que, cependant, telles,\ndéchues de leur exagération splendide, nous risquons d'écrire! La peur,\nplutôt, de ne point contracter l'attitude adéquate, le juste et vibrant accent\napparié engendre cette timidité et, surtout, l'absence prévue, chez l'audi-\nteur, de l'assonante attention illuminée, de l'effective sympathie, qui nous\ndétourneraient de déplorer la gratuite profanation, dans le moment même\noù elle ne serait pas encore tout entière accomplie...\n    « Jamais votre affection et ses sources ne m'induisirent à un doute;\nmais, au rebours, ma propre dignité! car comment saluer le prépotent\nesprit, le glorieux être nimbé d'une si intense passion et si sainte, en la\ndébile et incolore créature que je suis? A l'origine, le cercle enflammé de\ncette véhémente et contagieuse ardeur me timora ; cette fougue expansive,\nd'aussi pathétiques envolées me térébraient de l'horrible soupçon de n'être\nque l'arbitraire et fatidique prétexte, l'emblème, l'occasionnel insigne d'une\nrecrudescence de vitalité et d'art; — la contingence, le passant fortuits,\namplifiés dans la magnitude d'une imagination fastueuse, d'avoir surgi un\njour d'embellie; apparitions provocatrices de rêves auxquels elles ne parti-\ncipent pas, — tremplin, conculqué bientôt, d'une assomption vers quel-\nque chimère altissime, inexorable et superbe.\n    « . . . Quelquefois, pourtant, vous vous appuyiez à mon bras si absolu-\nment, avec un si démonstratif et juvénile abandon ! de votre personne s'irra-\ndiaient, m'exhaussant moi-même, des ondes généreuses de volonté et de\njeunesse ! Mais, voici, pourquoi, tout à coup, votre visage s'empourprer,\nvos yeux ternir et s'humecter, votre bras désenlacer la communicative\nétreinte?... Je sentais fondre sur moi et m'opprimer la consternation infinie,\ncomme au voisinage clandestin — cauchemar polaire! — du subit person-\nnage, intempestif et augurai... Vous pénétriez ma contrainte; mais votre\nregard se refusait au mien. L'angoisse, meurtrière de notre félicité, et que je\n reflétais sans la comprendre, vous en saviez le secret!... Vous pénétriez ma\n                                                                      15\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "                                 — 2l8    —\n\n\ncontrainte et que je n'osais vous interroger; comment, alors, aurais-je\njamais pu vous confesser mon amour?\n    « Et, d'ailleurs, ces sentiments, intenses, certes, au delà de leur malha-\nbile expression, ne vous appartiennent-ils toujours? En vérité, ceci émane\nde vous — exclusivement; — vous qui transfigurâtes la candide fille de\njadis en cette âme de transe et de crise. Ces protestations démentes, presque,\nsont-elles pas vôtres et ce langage? Vous me rendîtes capable des unes et\nde l'autre! — de souffrir, aussi, et d'y trouver, à la fin, une affreuse et\ndamnable volupté, — démoralisant baptême de la douleur— sans larmes!\nsacrement anathèmé, célébré à l'autel de l'imposture, sous des auspices\nsinistres.\n    « Et maintenant, étrangée de ceux que je devrais aimer, — comme\n chassée d'un Eden mensonger, — muette, insurgée d'avance contre\n toute possible compassion, le cours morbide, à moi-même inconnu, de ma\n pensée, me submerge de songeries et de soucis, dont la honte m'ac-\n cable, autant que l'orgueil. Les prestiges persistent et m'accompagnent\n jusqu'à la table familiale, de cette atmosphère, créée par vous, où je puisais\n une vie'accélérée et perspicace, mais respirable, je crois, seulement en votre\n compagnie, car l'air, depuis, s'en est aigri et m'oppresse... Cette frêle et\n instable unissonance, gravitation jumelle dans un cycle d'harmonie, pré-\n caire et suave ; pénombre ambiguë qui estompait la rudesse et l'inanité des\n  choses ; graciles fleurs accouplées, créoles, dépaysées en ces climats impla-\n  cables et que la première brise et la plus clémente étiole; cet ineffable et\n  rarissime accord, cette inconstante euphonie, vous semblez en appréhender\n  la reproduction, parer délibérément à ce que l'enviable et torturant délice\n  ne s'en renouvelle plus...\n     « Ces quelques heures, — souvenir vital, indestructible fragrance qui\n  aromatise le costume même de mon deuil; — ces conjonctions fugitives,\n  radieux délire taciturne, — aumône insigne dont je fus gratifiée, unique,\n  et qui, aussi, m'inspire une gratitude sans amertume, — en regrettez-vous\n  déjà la rapide condescendance?\n     « Hélas! ignorais-je chacun de vos pas préconçu, et que vous conviiez\n  mon frère, les matins, injuste suspicion de mon obéissance ; préventif ennui\n  de récriminations dont — oui, malgré cette lettre! — mon caractère éloi-\n  gnait la probabilité. Cette fatuité dernière m'induirait à sourire, presque,\n  cette fatuité, palliative d'une peine moindre, qu'en ces occasions votre\n  prudence vous sauvegardait contre vous-même...\n     « Sachez-le, mon mutisme, l'apparente subordination à des volontés si\n   barbarement promulguées, n'exprimaient rien davantage que mon hypo-\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2703, "texte": "                                  — 219 —\n\n crisie, une duplicité poltronne, l'épouvante qu'à une question univoque,\n inévitable, excédé, las, à la fin, de votre indifférence, une péremptoire\n réponse ne proscrivît les ambages à l'abri desquels je me trompais encore.\n Je m'étourdissais de prolixes raisonnements pour ne laisser sourdre en moi\n et m'envahir l'insidieux et virulent venin de l'évidence : — la présensation\nmentale d'une catastrophe suffit-elle pas à l'avérer? et j'imagine, même, ce\n présage en précipiter l'événement...\n    « Pauvre âme novice, sans gouvernail et désemparée, assaillie par une\nimprévisible bourrasque!... — Nous nous détournâmes l'un de l'autre,\ncomme si nous nous étions tout dit, — tout, en vérité, l'irréparable, et que\nchacun de nous dût traîner, dorénavant, la surcharge de deux consciences...\nAveux téméraires ; confidences réprouvées ! larves chuchotantes qui peuplent\nnotre sphère, dès lors, habitent notre intimité ; mythes indestructibles,\nfroides et blêmes effigies, interposées en nos mornes tête-à-tête, qui nous\nconjoignaient d'un pacte, fatalement haï, et nous infligeaient à tous deux le\nremords du crime d'un seul...\n   « La suggestion me lancine, parfois, que notre amour agonise de son\nombrageuse pureté, même; le trop limpide éther des sommets en a comburé\net jauni la vacillante et languide corolle. Mais, à élire une voie mieux selon\nl'humanité, le féerique chemin naturel du printemps, jonché de roses\ncapiteuses, je me figure, et balsamique, ne serait-il point échu déjà, l'instant\noù, accablés sous l'irrémissible opprobre et l'écœurement d'une action vile,\nsans doute, dans notre contrition éperdue, nous en maudirions mutuelle-\nment le complice?...\n   « Encore, si parjure, jugulé par un autre et tyrannique sentiment, vous\nme trahissiez! Mais à être ainsi délaissée, sans recours — atténuation\nironique! — à quelque probante jalousie, l'outrage s'aggrave indicible-\nment, car, où chercher qu'en mes propres imperfections, les motifs de votre\ninjure?...\n   « La vertu me déserta, après cette épreuve, la force et la grâce de la\ncrédulité; une lettre, donc, aujourd'hui, m'apparaîtrait ainsi qu'une for-\nmule de banale compatissance... Ou si, avec la légèreté railleuse et amicale,\nà l'aide de laquelle on rassure un enfant épeuré par de puérils fallaces, vous\nréfutez mon aberration, je verrai luire, au travers vos phrases amènes, à la\nflamme sèche d'une impatience irascible, la vague courtoisie condoléante\ndont, machinalement, l'on calme une rancœur que l'on ne partage point,\n— et importune...\n   « Dites des paroles péremptoires ; mais, je vous adjure, ne m'écrivez\npas, car ce choix me serait un signe suffisant — et très funeste... »\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "                                  — 220 —\n\n\n                                       X\n   Au débouché de la station, le rail contournait le parc du château et le\ncadre mobile de la portière déroulait devant Delzire comme le panorama\nabrégé d'un bonheur pour jamais révolu, et envisagé, du haut de ce wagon\nen mouvement, avec les yeux, dans la douloureuse et nostalgique perspec-\ntive de l'exil...\n   La paix claustrale des longues allées coutumières, rendues à leur médi-\ntation auguste et, bientôt, solitaire, défeuillées par la roide main convul-\nsive de l'hiver, — combien de fois son pas nerveux la trangressa, qui n'en\nfoulerait plus le sol !...\n   Un accident de lumière; le glacis d'un rayon sur la pourpre terne; les\nfeuillages érubescents ou mordorés ; le fût presque désargenté d'un tremble,\nentrevus dans la fuite accélérée du train, — un quinconce; la symétrie\nnoire d'une sapinière triangulaire ; à la crête d'une côte, le jet élégant d'un\npin arborant à l'extrémité de son tronc noueux sa cime conique et flexible;\n— chaque coin, chaque site devenait pour Delzire la rubrique matérielle\nde quelque réminiscence... Illustrations indélébiles d'un passé dont la loco-\nmotive essoufflée l'éloigné ; un passé où l'équilibre sublime régna entre\nl'âme et le monde que sa clarté réfracte, pareil au sillage d'une apothéose\nreligieuse et sanglante, à une pentecôte qui nous laisse éblouis et meilleurs.\nQuelles effluences spécieuses évapore ce décor forestier, quels sels revivi-\nfiants ! et voici la nonchalance merveilleuse et hautaine du lac, le velours\npâli des pelouses rivulaires, nobles aspects qui, pendant ses attentes au\nchêne du carrefour, résolvaient ses hésitations et ses sophismes. Puis, les\nconfins du domaine, les sentiers limitrophes, crayeux rubans sinués\npar les dépressions du terrain et coupés brusquement à pic, au ras\nd'horizons dont l'enchantement ne le saisirait plus... Apparences sensibles\nd'une époque vaporeuse, déjà, et fluide que la marche du convoi déroulait\navec l'exactitude illusionnaire et méticuleuse, l'hypermnésie précipitée d'un\nesprit moribond ; séparation plus poignante, peut-être, que son départ\nsùbreptice à l'aurore, sans adieux, sans nul regard, intimidé d'aspiration\ndésabusée et de mélancolie, fixé longtemps sur le chemin de sa disparition...\n  .... Une saison s'écoulerait et le cristal inaltéré de la pensée d'Hélène,\nobscurci d'une transitoire buée, reluirait ; une aube d'avril elle s'éveillerait\nen sursaut, étonnée d'elle-même et de la prodigieuse beauté des choses,\nsous l'azur miraculeux...\n   Et un jour, qui sait? très lointain, l'âcre fièvre et jusqu'aux vagues\nstigmates du combat abolis, — alors que, désisté de passion présente et\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 889, "texte": "                                — 221    —\n\n\nd'égoïsme, le vestige suprême de cette élégie se sera transféré dans la\nrégion sereine de la mémoire, — il reviendra vers ce lac, miroir pas-\nsager de sa perplexité, retremper sa misanthropie à Isœil, en cet asile où\nflorirent pour lui, fatal et suave bouquet, l'aptitude aux larmes, la voca-\ntion éphémère du sacrifice...\n   Impossible pèlerinage et trop humiliant ! Reparcourir, guéri, des\nparages desquels l'on se bannit, jadis, emportant le désespoir, imaginai-\nrement incurable, et la vanité de sa plaie! Privilège misérable et magnifique !\nreparaître sur le théâtre d'une défaite oubliée, y affronter la lutte, encore,\nresubir les affres primitives, pour se sentir navré de la même blessure,\nnouvelle, une fois de plus, et inconnue!...\n                                                     ARNOLD GOFFIN\n\n\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 221, "page_fin": 222, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Cartuyvels", "ancre_debut": "VERS LA MÈRE DES GRACQUES", "ancre_fin": "MAURICE CARTUYVELS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Notes sur les Primitifs", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 248, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 889, "fin_caractere_exclue": 2161, "texte": "VERS\n             LA MÈRE DES GRACQUES A OSTIE\n          Femme! où sont maintenant tes fils ensevelis,\n          Larges fronts de tribuns aux lueurs prophétiques!\n          Et ta villa d'Ostie où sous les blancs portiques\n          Ton hôte avec respect baisait tes doigts pâlis ?\n          Tu ramenais sur toi ta douleur aux longs plis,\n          Et, pleurant tes enfants par les soirs pathétiques,\n          Tu ne regrettais rien, mère des temps antiques,\n          Que leurs rêves brisés, avec eux abolis.\n          Et pensifs, et penchés sur le Tibre en silence,\n          Les lettrés de la Grèce et les rois accourus\n          Évoquaient, à fouir, les héros disparus...\n          Car Rome élargissait, là-bas, son orbe immense!\n          Et le fleuve à la mer, toujours calme et puissant,\n          Roulait des flots de boue avec des flots de sang.\n\n                              SALAMINE\n                                             « L'île nourricière des colombes.\n                                                                  ESCHYLE.\n\n            Déjà Lesbos décroît aux horizons aimés\n            Et le soupir brûlant des vents de Mitylène\n            Fraîchit. Obéissant à l'invisible haleine\n            La flotte immense glisse et fend les flots calmés.\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 724, "texte": "                                     — 222 —\n\n\n               Xerxès foule songeur ses coussins parfumés.\n               Et bercé sur sa nef aux ailes de phalène\n               Une Athènes de rêve où rit le ciel hellène\n               Se mire en ses yeux fous, indolents et charmés.\n               La brise qui se roule en ondes orageuses,\n               Dresse les seins gonflés de galères neigeuses\n               Et, d'une odeur d'Asie emplissant l'Archipel,\n                Vole éveiller, aux bords où l'azur s'illumine,\n                L'Hellade qui salue avec des cris d'appel\n                Les ramiers tournoyant autour de Salamine!\n                                                     MAURICE CARTUYVELS\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 222, "page_fin": 224, "titre_corps": "Notes sur les Primitifs d’Espagne : Gallegos, Morales, Valdès Léal", "titre_sommaire": "Notes sur les Primitifs d’Espagne (fragments)", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "Notes sur les Primitifs", "ancre_fin": "A continuer", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 249, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 724, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "Notes sur les Primitifs d'Espagne.\n                                  (Fragments) (1)\n\n               GALLEGOS, MORALES, VALDÈS LÉAL\n   ... De FERNANDO GALLEGOS, dans les salles des Primitifs au Musée\ndu Prado, une série de six tableaux représentant des scènes de la vie de\nsaint Jean-Baptiste. Noté surtout les nos 2156, la Naissance, et 2160, la\nDécollation. Dans le premier, c'est, sous un plafond à caissons, un lit à\ndais rouge où sainte Elisabeth étendue, coiffée d'une guimpe blanche aux\nplis roides, le corps indiqué sous une couverture olive, présente le nouveau-né\nà la Vierge vêtue d'un manteau bleu profond qui couvre une robe de velours\ncramoisi gaufré d'or. Derrière la Vierge, un personnage vieux et mince, et\ndevant elle, au premier plan, une petite fille aux airs de princesse ingénue,\nqui chauffe des langes à un brasero. Tout cela peint avec cette vigueur de\ncoloris, cette observation patiente et grave de la nature, qui fait la juste\ngloire des gothiques flamands.\n   La Décollation est plus fastueuse et plus étrange. Le saint est à genoux,\ndécapité, le col saignant, les bras ballants et morts. Il vient d'être occis\npar le bourreau, jeune homme long et mince aux allures d'araignée, qui\ndépose avec un sourire aimable la pauvre tête aux yeux éteints sur le plat\nque lui tend Salomé. Celle-ci est une petite fille candide qui regarde d'un\nair sérieux et interrogateur parfaitement incompréhensif du tragique de ce\nqui vient de se passer. Elle est parée d'une lourde robe à ramages et coiffée\nd'un turban d'où ses cheveux tombent ficelés en un boudin blanc. Dans les\n\n  (1) Voir ta Jeune Belgique, n°s de janvier et mars 1894.\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3100, "texte": "                                       — 223 —\n\n\nfonds, une architecture à deux compartiments avec Salomé offrant le rouge\nprésent d'un côté, au roi; de l'autre, à Hérodiade. Ce sont des personnages\ntrès observés et très vivants, pris séparément ; mais on sent un peu l'effort\nde l'artiste pour les grouper en la scène imaginée, ce qui leur donne l'aspect\nanguleux d'automates s'agitant dans des décors somptueux : réalisme\nmaniéré d'expression intense qui fait penser fortement à Stuerbout...\n   ... De Luis MORALES, à l'Académie de San-Fernando, m'arrête une\n Vierge soutenant le corps du Christ mort. Au pied de la croix; fond vague\net sombre. La mère triste tient pressé contre elle, de ses mains toutes\ngrandes ouvertes, aux doigts écartés comme pour mieux étreindre, de pauvres\ndoigts de vieille laborieuse, elle tient sous les bras le corps raidi, nu et\nblême du Christ. Sur la chair morte, comme de bois jaune, il y a des\ntraînées rouge sombre de sang séché, au front, sur les bras, au flanc troué.\nEt elle approche de son visage usé par les larmes, la face pâle aux yeux\nclos, aux lèvres bleues. Tout cela est d'un sentiment très profond, d'une\ngrande noblesse, d'une simplicité vraiment magistrale. Le dessin a la pré-\ncision un peu incisive de Vanderweyden ; l'émail savoureux de la couleur est\ndigne de Giovanni Bellini ; mais, bien qu'apparentée aux Primitifs des\nFlandres et de Venise, l'œuvre est autre cependant, d'une originalité réelle,\nd'un accent plus farouche et plus âpre...\n   ... De VALDÈS LÉAL (1), en la chapelle de la Caritad, à Séville, une toile\nterrible. C'est très mal éclairé et très sombre. Dans une sorte de cave basse,\ns'allonge dans l'obscur une perspective de cercueils, à demi ouverts. Dans\ncelui du premier plan : un cercueil revêtu de peluche pourpre qui s'est pour-\nrie, noircie, qui se détache ça et là, laissant voir le bois et les clous, un\névêque est livré aux vers. Il y a un grouillement effroyable de larves et\nd'insectes autour de la mitre, de la crosse, des vêtements sacerdotaux. Cela\nmonte, descend, s'agite, pullule avec une activité de destruction extraordi-\nnaire. La figure est épouvantable : le crâne apparaît, encore charnu; mais\nle nez a disparu, les dents ricanent atrocement, les yeux pourris ont un\nregard sans nom. Sous la somptuosité des draperies, on devine les chairs\nflasques, affaissées, qui se décomposent; les gants, les gants de peau gris-\nperle sont mous, presque vides, comme trop grands; on y soupçonne le\nlabeur vorace des nécrophages et l'un des doigts en est troué par un ver.\nDerrière ce cercueil, étendu dans l'autre sens, et davantage enfoncé dans la\nnuit, un autre, d'opulence égale, où l'on distingue laborieusement le\ncadavre d'un roi aux cheveux noirs, couché comme en un linceul dans un\ngrand manteau d'un blanc sale brodé sur l'épaule de la croix rouge des\n\n\n  (1) Valdès Léal : 1630-1691. — Parfaitement. — A ceux qui croiraient que je veux en\nfaire un primitif, qu'il me soit permis de signaler que ces notes sont des fragments épars;\npeut-être, dans l'ensemble, celle-ci, sur Valdès, trouvera sa raison d'être.\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1477, "texte": "                                      — 224 —\n\nchevaliers de Calatrava. Puis dans l'ombre, derrière, d'autres encore pour-\nrissant dans la nuit sépulcrale...\n   Au-dessus, une balance aux plateaux égaux remplis d'attributs peu dis-\ncernables, avec cette inscription ; Nimas, Nimenos. Une autre banderole\n formule assez inutilement le sens de l'évocation redoutable : Finis gloriae\nmundi. C'est bien la fin de la gloire du monde, la vanité suprême des\npompes et des souverainetés : méditation banale peut-être, mais qui, célé-\nbrée avec cette puissance, prend cette allure d'absolu et de définitif qui est\nle propre du symbole. Ainsi se vérifie encore, à l'occasion de cette œuvre,\nune des quelques inoubliables de l'art d'Espagne, l'absence, chez les artistes\nde cette nation, d'inquiétude de l'au-delà, leur impuissance des synthèses:\nvoici un Maître, qui cherchant (tout à fait exceptionnellement) à signifier\nune intention mystique évidente, l'essaie puérilement par des allégories et\ndes devises, tandis qu'il la profère splendidement par la représentation réa-\nliste d'un phénomène particulier : cadavres opulents dans un tombeau ! Et\nquels triomphes de couleur, quelles joies pour l'œil dans cette facture large\net vigoureuse, dans l'originalité et la violence de cette palette harmonisant\ndes rouges mystérieux, des blancs livides et des noirs funéraires.\n\n                                                              JULES DESTRÉE\n     (A    continuer.)\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 224, "page_fin": 227, "titre_corps": "Chronique littéraire : Pauca Paucis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "à leur insu", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Mme Marie Krysinska revendique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 251, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 1477, "fin_caractere_exclue": 2881, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   Pauca Paucis, par CLAIR TISSEUR. Un vol. in-8°, chez Bernoux et Cumin, éditeurs, à\nLyon. — Joies errantes, par MARIE KRYSINSKA. Un vol., Paris, Lemerre. — Les Inatten­\ntions et Sollicitudes, par FRANC-NOHAIN. Un vol., Paris, L. Vanier. — N u i t s d'Epipha-\nnies, par ANDRÉ FONTAINAS. Un vol., Paris, édition du Mercure de France. — Il Poema\ndelle Nozze, par ANTONIO SANTÉ MARTORELLI. Un vol., Sienne, Carlo Nava.\n\n   Pauca Paucis, tel est le titre d'un recueil de vers, luxueusement édité à\nLyon, dont l'auteur, M. Clair Tisseur, disait dans son avant-propos :\n« Ce recueil n'est pas pour le public. Il n'est destiné qu'à des amis, et\nencore en nombre infiniment restreint, car tout le monde n'est pas obligé\nd'avoir du goût pour les lignes inégales. » Le Destin, qui se plaît à\ndémentir nos prévisions, a forcé l'auteur de ce livre d'en tirer presque\naussitôt une deuxième édition, et c'était, ma foi, fort bien fait. M. Clair\nTisseur n'est plus un jeune homme. Une pièce charmante de ses \" Antho-\nlogica » nous apprend qu'il exerça jadis la profession d'architecte ; aujour-\nd'hui il a voué ses loisirs à la méditation et à la poésie. Ses vers ont attiré,\nà juste titre, l'attention des lettrés. Ce n'est pas cependant que son livre\nsoit sans défaut. Loin de là, il s'y trouve des pièces qui hurlent d'être\naccouplées. Que M. Clair Tisseur nous pardonne notre franchise : s'il\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "                                         — 225 —\n\n\nn'avait donné la mesure de son talent dans nombre de pièces vraiment\nadmirables, nous serions moins sévère; mais comment ne pas protester\nlorsque l'on trouve ces petits joyaux littéraires mêlés à des pièces d'un\nmauvais goût déplorable? (Voir les séries intitulées Nugœ, Varia.) L'on\nreste confondu en le voyant tantôt faire preuve d'un goût parfait, tantôt\nmontrer tout le contraire. Parlons d'abord des défauts de M. Clair Tisseur.\nIl est Lyonnais à l'excès, Lyonnais à fendre l'âme. Sa préface est destinée\nà gourmander l'ignorance et la grossièreté de ses concitoyens. Voilà des\npréoccupations qui peuvent trouver leur place dans une revue locale; elles\nfont peine à voir en tête d'un recueil de vers où la face grimaçante des\nbourgeois de Lyon ne devrait pas se dresser en face du pur profil des\nmuses antiques. Par malheur, cette critique ne concerne pas seulement la\npréface, elle s'applique aussi à plusieurs pièces de ce livre, qui serait beau-\ncoup plus beau s'il était de moitié moins gros.\n   Maintenant que voilà faite la part du diable, occupons nous de la part\ndes dieux; celle-ci est vraiment fort belle. M. Clair Tisseur a su aimer et\ncomprendre les poètes de l'antiquité grecque; il leur a demandé le secret de\nleur grâce, de leur fraîcheur, de leur éternelle jeunesse; et ces demi-dieux,\ntouchés, sans doute, de tant de ferveur, lui ont libéralement accordé ce\nqu'il souhaitait. Que l'on en juge par les deux pièces que nous transcri-\nvons ici.\n                                      L'HERMÈS\n             Sous Vyeuse bruyante un kermès est dressé,\n             Et le feuillage noir, par le vent balancé,\n             Fait flotter sur le marbre un voile translucide.\n             Un filet pur jaillit. La nymphe au pied fluide\n             S'échappe en murmurant parmi les blancs graviers.\n             Un bosquet toujours vert l'enlace, où, par milliers,\n             La fleur du myrte éclate en aigrette odorante.\n             Le jeune dieu, penchant sa tête bienveillante,\n             Semble montrer l'exèdre au passant, qui s'asseoit,\n             Détend son corps lassé, songe aux siens; puis il boit\n             Et lit, en invoquant la naïade propice :\n             C H E M I N E , VOYAGEUR, PENSANT A LA J U S T I C E .\n\n\n                                 ANNI NOVITAS\n             A l'âge où le cœur bout sous les forces obscures\n             Je m'écriais : « Doras, que tes livres sont pures'.\n             « Que le sein de Myrto palpite avec douceur !\n             « Pourtant elle n'est pas plus tendre que sa sœur.\n             « Que tes flancs, ô Clymene, ondulent avec grâce !\n             « Quelle nymphe, ô Mélite, en blancheur te surpasse ?\n             « Que le cou d'Amymone est rose et délicat,\n             « Mais combien les yeux noirs de Phormis ont d'éclat! »\n             Parmi les vierges, fleurs de vos saisons nouvelles,\n             Mon cœur, en était-il qui ne fussent point belles?\n\n  M. Clair Tisseur manie le vers avec une véritable maîtrise. Il n'a pas\ndédaigné de s'occuper des questions de métier, qui, de nos jours, préoc-\ncupent tant d'esprits. Il a publié un gros, un bien gros volume sur l'art de\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3183, "texte": "                                    —   226\n\n\nversifier. Il est persuadé, lui qui a écrit de si beaux vers classiques, que la\nversification traditionnelle a fait son temps, et certes l'opinion de l'homme\nqui a rimé les meilleures pièces de Pauca Paucis ne peut être négligée.\nMais il faudrait faire un gros livre aussi pour examiner, peser et réfuter. Je\ncrois que M. Clair Tisseur s'est laissé abuser un peu par le tapage de ceux\nque Verlaine appelle les « cymbalistes ». Le tapage n'est pas une raison.\n   Quoi qu'il en soit, M. Clair Tisseur s'est mis bravement à l'œuvre et a\nrimé d'après le système que ses études l'ont conduit à adopter. Ces pièces\noffrent un intérêt tout particulier. Telle d'entre elles, Epigramme grecque,\noù l'alexandrin est régulierement coupé en 4-4-4, est d'un rythme haletant\net monotone, qui fatigue avant qu'on n'arrive à la fin du morceau, bref et\njoli pourtant. L'expérience est défavorable ; elle démontre péremptoirement\nque l'alexandrin 6-6, (admettant les subdivisions variables des hémistiches)\nest autrement souple et varié et qu'il n'est pas bon d'employer le 4-4-4 sans\nmélange. Kléophas, en vers de dix syllabes diversement coupés, est mieux\nréussi. Dans Hélène et dans Patrokles nous trouvons un vers de quatorze\nsyllabes qui est fort beau, d'une harmonie large et majestueuse : il se\nmesure 4-4-6. De toutes les formes nouvelles ou peu usitées que préconise\nM. Clair Tisseur, celle-ci me semble être la meilleure. Toutefois, à bien\npeser les choses, la seconde partie de Pauca Paucis ne me paraît pas valoir\nla première.\n   Il nous faut dire un mot de la pensée de M. Clair Tisseur. Le poète est\nun théiste qui ne rend hommage qu'au dieu inconnu, Deo ignoto, et qui\nsystématiquement ne veut rien apprendre au sujet de sa divinité. Celle-ci\nexiste, il en est sûr, et cette certitude lui suffit. De là cette sérénité antique,\nencore accrue par le fait que, indifférent à toute détermination de la divi-\nnité, indifférent donc au nom sous lequel on la peut vénérer, M. Clair Tis-\nseur trouve un plaisir esthétique à lui rendre le nom sous lequel l'adoraient\nles poètes grecs, objet de ses amoureuses études ; dans son livre Dieu s'ap-\npelle Zeus.\n                        Suivant les rites des ancêtres\n                        Sur les flûtes, les barbytos.\n                        Sur les cithares de Délos,\n                        Célébrons ZEUS, père des êtres.\n  Ainsi chante le chœur ; puis vient un hymne vraiment grandiose, dont\nvoici le début :\n                Zeus, souverain des dieux, éternel,  tout-puissant,\n                Toi que, sous mille noms, du couchant à l'aurore,\n                Du Nil au Borysthène à genoux l'homme adore,\n                          Je te salue en frémissant.\n\n                    O Père, ô Zeus, tu fus,   tu es et tu seras.\n   Ce Zeus-là n'est pas précisément le dieu que vénéraient les personnages\ndes comédies d'Aristophane, et dont Socrate et Platon parlaient avec une\nmordante ironie; il n'en a gardé que le nom. Mais n'est-il pas piquant d'en-\ntendre, à travers les siècles, résonner l'inextinguible hymne de gloire en\nl'honneur des dieux de l'Hellade? Tour à tour on a dit d'André Chénier, de\n"}, {"page_pdf": 254, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 768, "texte": "                                 — 227 —\n\n\nGœthe, de Leconte de Lisle, de Louis Ménard : « C'est le dernier païen. »\nEn voici un nouveau. Il brûle l'encens orphique sur l'autel des dieux. Telle\nest la force des symboles auxquels la beauté et l'art ont assuré l'immorta-\nlité, qu'à travers les siècles, en des temps de science positive et de rationa-\nlisme, les dieux détrônés trouvent encore des adorateurs. Reconnaissons\ntoutefois que M. Ménard et M. Clair Tisseur n'ont pas en Jupiter la foi du\nberger d'Arcadie. Sous les noms anciens ils vénèrent des entités métaphy-\nsiques et ces païens ont passé par Alexandrie. Sont-ils bien sûrs de ne rien\ndevoir à l'Evangile? La « lumière qui éclaire tout homme venant au monde »\na peut-être brillé sur eux, à leur insu.\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 227, "page_fin": 227, "titre_corps": "Chronique littéraire : Joies errantes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "Mme Marie Krysinska revendique", "ancre_fin": "telles qu on nous les donne", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 254, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 768, "fin_caractere_exclue": 3055, "texte": "Mme Marie Krysinska revendique, non sans quelque raison, la paternité\n— ou la maternité — du vers libre, ses Rythmes pittoresques ayant été\nécrits en 1881-1882. Tout en se défendant d'avoir voulu être ni disciple\nde quelqu'un ni chef de quelque école, M me Marie Krysinska se livre à\nune apologie en sourdine de sa mélopée. Nous n'y voyons pas de mal\ndu moment que l'on n'y veut point voir des vers et que l'on ne s'efforce pas\nde proclamer, en dépit de l'évidence, l'identité du vers français et d'une\nsorte de prose ornée d'assonnances et partagée en petites lignes qui se\nsuivent, se raccourcissent et s'allongent au petit bonheur. Cette forme peut\navoir son charme et nous n'avons jamais demandé la tête de ceux qui la\npratiquent. Nous nous bornons à protester lorsqu'on donne à cette mélo-\npée le nom de « vers » et lorsqu'on affirme qu'elle est supérieure au vers\nfrançais et qu'elle est destinée à le supplanter. Une forme invertébrée ne\nsaurait être supérieure à une forme vertébrée, un lombric est moins parfait\nqu'un oiseau ou qu'un quadrupède ; une forme molle, indécise et artificielle\nne saurait supplanter une forme nette, claire et née, par un développement\nlent et régulier, du génie même de la langue nationale. Mais ce n'est point\nle moment de discuter ces questions Bornons-nous à constater que le soi-\ndisant vers libre qui devait supplanter le vers traditionnel est déjà en pleine\ndécadence. Récemment la Repue blanche parlait de « tentative avortée ».\nN'en sera-t-il pas de la mélopée comme de la peinture pointillée, que ses\nanciens admirateurs abandonnent déjà?\n   Tout cela n'empêche pas qu'il n'y ait de charmants morceaux dans le\nlivre de Mme Marie Krysinska, tel, entre autres, celui intitulé Oumé, qui\ncommence ainsi :\n                Oumé — Fleur-de-Prunier — la petite princesse\n                Japonaise — aux longs yeux,\n                Au teint de lotus doré,\n                                  Laisse errer\n                Ses doigts de fin ivoire\n                Sur les cordes tendues de la biva ;\n                Et de ses lèvres exquisement pâles\n                                 Monte une chanson.\n   Plusieurs des piécettes de Mme Krysinska sont fraîches et jolies : il faut\nn'en pas demander davantage et les accepter telles qu'on nous les donne."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 228, "page_fin": 228, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les Inattentions et Sollicitudes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "M Franc Nohain qui a lu", "ancre_fin": "difficile de faire autrement", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Nuits d Epiphanies tel est le titre", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 255, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 1521, "texte": "M. Franc-Nohain, qui a lu Jules Laforgue et qui a profité de ses lec-\ntures, emploie les versets assonnancés avec une verve étourdissante. Ces\nà-peu-près de vers conviennent merveilleusement à ces à-peu-près de pensées.\nCe sont des monocoquelogues plus fins, comme la Complainte de\nM. Benoît, ou des fantaisies qui feraient la joie d'Alphonse Allais : telles\nles pièces intitulées Quelques chameaux et Berceuse obscène.\n   Voici\n                        LA COMPLAINTE DE M. BENOIT\n        Dans sa coquette maison de campagne de        Saint-Mandé\n        Monsieur Benoît, hier matin, s'est suicidé.\n        On peut dire que c'est joliment désagréable pour sa famille.\n        Et il aurait peut-être aussi bien fait de se tenir   tranquille.\n        Avec ça que c'est une fâcheuse existence que je    prévois\n        (Dès lors) pour cette bonne madame Benoît.\n        Cette pauvre mademoiselle Benoît est également bien à plaindre,\n        Elle qui allait épouser un riche industriel de l'Indre.\n        Et te fils Benoît, un garçon si rangé et si    travailleur!...\n        Faut-il qu'il y ait des gens tout de même qui a du malheur !...\n        Le plus dégoûtant, c'est que c'est encore une histoire de femmes;\n        Monsieur Benoît était d'un naturel léger,       mesdames...\n        N'empêche que toute la famille est allée à l'enterrement,\n        Et il faut avouer qu'il leur était bien difficile de faire  autrement.\n\n                                      ***\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 228, "page_fin": 229, "titre_corps": "Chronique littéraire : Nuits d’Épiphanies", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "Nuits d Epiphanies tel est le titre", "ancre_fin": "Royal Chevaucheur fier ainsi qu un Printemps", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "C est un charmant et délicat petit recueil", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 255, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 1521, "fin_caractere_exclue": 3057, "texte": "Nuits d'Epiphanies, tel est le titre d'un livre de vers élégants et doux,\nd'une mélancolie charmante et fière, d'un jeune poète qui écoute chanter\ndu fond d'un castel de légende les voix mêlées des forêts remuées parle\nvent. Les voix sont douces et mélodieuses à plaisir; on y entend les chan-\nsons errantes des fées, les ballades capricieuses des ondines et parfois les\npropos mystérieusement compliqués des petits gnomes qui ne parlent des\ntrésors cachés qu'en phrases prudemment entortillées, afin, sans doute, que\nl'on ne puisse trouver la cachette et dérober les nobles émeraudes et les\npieux saphirs ainsi que les magiques escarboucles qu'ils ont dissimulés sous\nla mousse, au bord de l'étang des cygnes bleus, où nagent, à l'aube, des\nnymphes coiffées de lys et d'hélichryses.\n   Trois rois sont entrés dans la forêt des merveilles. Aux fenêtres du\nmanoir, les vierges qui se mirent dans des miroirs lumineux, les regardent\npasser. Cependant, dans les palais souterrains de l'Adversaire, la Mort\nprépare ses embûches. Par ses prestiges infernaux, elle suscite dans le lac\nféerique une île d'enchantements. Est-ce Cythère? sont-ce les jardins\nd'Armide? Qu'importe? Les rois vertueux passent et arrivent aux pieds de\nla femme sainte qui mettra au monde le miraculeux enfant. Telle est l'allé-\ngorie poétique de ce livre, où se déroule la chevauchée du poète à travers\nles voluptés profanes jusqu'au seuil du sanctuaire où il trouvera le bonheur:\nQuel est ce sanctuaire ? Le Temple de la Joie, dit-il, sans s'expliquer davan-\ntage.\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 637, "texte": "                                — 229 —\n\n   M. Fontainas mêle les vers réguliers et les versets de la mélopée. On ne\nsaurait l'accuser d'ignorer les beautés de la métrique traditionnelle, comme\nle prouvent ces vers musicaux :\n              Je l'ai suivi marchant sous la forêt nocturne\n              Le Chevaucheur Royal fier ainsi qu'un Printemps,\n              O fleurs de son visage et parfums de son rire,\n              Quelle équivoque nuit sous le ciel taciturne\n              Quel orage a flétri vos tiges, fleurs et rires\n              Du Royal Chevaucheur fier ainsi qu'un Printemps?\n                                      ***\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 229, "page_fin": 229, "titre_corps": "Chronique littéraire : Il Poema delle Nozze", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "C est un charmant et délicat petit recueil", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Dans sa prochaine chronique littéraire", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 256, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 637, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "C'est un charmant et délicat petit recueil de vers que Il Poema delle\nNozze, de M. Antonio Sante Martorelli. Le volume se compose de quinze\nélégants sonnets, dédiés à LL. EExc. le prince et la princesse Chigi,\nà l'occasion du mariage de leur fille. Les Italiens cultivent volontiers ce\ngenre de poésie de circonstance, qui chez eux a produit des œuvrettes\ngracieuses, non sans mérite. Pour M. Martorelli, ces poèmes constituent\nun intermède dans ses travaux littéraires. M. Martorelli est l'un des jeunes\nécrivains sur lesquels l'Italie littéraire a fondé ses espérances d'avenir.\nTravailleur infatigable, malgré sa grande jeunesse, il allie aux labeurs du\nprofessorat universitaire le culte passionné des lettres et de la poésie. De\nnombreuses revues publient ses articles de critique, qui sont remarqués.\nOn admire notamment une fort belle étude du talent du célèbre poète\nJean Marradi. M. Martorelli connaît et aime la littérature belge; les poètes\nde la Jeune Belgique lui doivent des notices et des traductions éparses\njusqu'à présent dans des publications diverses, mais qui seront vraisem-\nblablement réunies quelque jour. Du petit livre qu'il vient de publier, la\nJeune Belgique détachera dans son prochain numéro quelques sonnets\ndont elle présentera la traduction à ses lecteurs.\n\n                                                         IWAN GILKIN\n                                    ***\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 230, "page_fin": 232, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Maeterlinck", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 97, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "L'Art moderne parle du vers libre : « Il"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 270, "fin_caractere_exclue": 310, "texte": "importe peu qu'on le définisse, qu'on le"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 311, "fin_caractere_exclue": 353, "texte": "scrute ou qu'on l'analyse, une belle œuvre"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 409, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "le prouvant et l'expliquant beaucoup mieux"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 505, "fin_caractere_exclue": 546, "texte": "que les axiomes les plus imposants. 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Ces"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2129, "fin_caractere_exclue": 2169, "texte": "grands hommes n'étaient donc « pas assez"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2261, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "artistes pour employer tout leur temps à"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2325, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "produire » ? Si bien que l'Art moderne"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2388, "fin_caractere_exclue": 2427, "texte": "doit les prendre pour des pions ! ! ! !"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2717, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "Du Soir cette amusante notice sur les"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2829, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "poésies de M. Trachsel :"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2857, "fin_caractere_exclue": 2898, "texte": "« L'auteur, dit la préface, a cherché par"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2899, "fin_caractere_exclue": 2942, "texte": "le Cycle à exprimer une vision d'art totale"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2943, "fin_caractere_exclue": 2988, "texte": "« cyclique ». De là, pour la facilité expres-"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3036, "fin_caractere_exclue": 3080, "texte": "sive, une division du livre en trois parties"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3133, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "principales. Nous sommes encore avertis"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3223, "fin_caractere_exclue": 3258, "texte": "qu'un grand nombre des pièces de ce"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3321, "fin_caractere_exclue": 3364, "texte": "volume sont de la « musique littéraire » et"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3415, "fin_caractere_exclue": 3456, "texte": "que la durée des silences est marquée par"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3509, "fin_caractere_exclue": 3530, "texte": "des points. Exemple :"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3604, "fin_caractere_exclue": 3629, "texte": "La PAIRE :     Hou Hôôô !"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3713, "fin_caractere_exclue": 3725, "texte": "Hou Hôôô !.."}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3727, "fin_caractere_exclue": 3751, "texte": "LE VOYAGEUR : Hou Hôôô !"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3768, "fin_caractere_exclue": 3780, "texte": "Hou Hôôô!..."}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3797, "fin_caractere_exclue": 3829, "texte": "Que veux-tu, Pâtre des Nuits?..."}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3879, "fin_caractere_exclue": 3904, "texte": "LE PÂTRE :     Hou Hôôô !"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3989, "fin_caractere_exclue": 3999, "texte": "Hou Hôôô !"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4101, "fin_caractere_exclue": 4141, "texte": "Dans la Chevauchée les points sont natu-"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4233, "fin_caractere_exclue": 4275, "texte": "rellement plus rares, mais les onomatopées"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4368, "fin_caractere_exclue": 4401, "texte": "abondent, heureusement choisies :"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 166, "fin_caractere_exclue": 183, "texte": "Clic Clac ! Ohé !"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 252, "fin_caractere_exclue": 269, "texte": "Clic Clac ! Ohé I"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 365, "fin_caractere_exclue": 407, "texte": "Mais celles qui reviennent le plus souvent"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 460, "fin_caractere_exclue": 504, "texte": "sont, avec quelques variantes, les premières"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 556, "fin_caractere_exclue": 579, "texte": "citées. Autre exemple :"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 621, "fin_caractere_exclue": 672, "texte": ";                Je chante la Liberté, la Liberté !"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 731, "fin_caractere_exclue": 764, "texte": "Je chante, je chante la Liberté 1"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 823, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "Hou Hôôô,! Hou Hôôô ! Hou, Heïe Heïe"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 918, "fin_caractere_exclue": 926, "texte": "Hôôô!..."}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1024, "fin_caractere_exclue": 1062, "texte": "Ce chant se dit impetuoso et on aspire"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1114, "fin_caractere_exclue": 1153, "texte": "les H avec force — comme dans la langue"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1205, "fin_caractere_exclue": 1246, "texte": "d'Abd-el-Kader. Cela doit être d'un effet"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1298, "fin_caractere_exclue": 1342, "texte": "curieux, le soir dans la montagne ! Le poète"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1394, "fin_caractere_exclue": 1436, "texte": "use beaucoup des répétitions; c'est un des"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1488, "fin_caractere_exclue": 1530, "texte": "moyens les plus intéressants de sa musique"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1582, "fin_caractere_exclue": 1628, "texte": "littéraire. Ainsi cette fin de rêverie (qui se"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1680, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "dit morendo) :"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1751, "fin_caractere_exclue": 1789, "texte": "Du lac des magiques clairs de lune,..."}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1846, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "Dansez, dansez les libellules ;"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1934, "fin_caractere_exclue": 1967, "texte": "Dansez, dansez les libellules,..."}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2024, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "Dansez les libellules,"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2103, "fin_caractere_exclue": 2128, "texte": "Dansez les libellules,..."}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2185, "fin_caractere_exclue": 2196, "texte": "Dansez,...."}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2253, "fin_caractere_exclue": 2260, "texte": "Dansez,"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2317, "fin_caractere_exclue": 2324, "texte": "Dansez,"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2381, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "Dansez"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2481, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "Tout serait à citer de ces pages, solos et"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2575, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "« chœurs fictifs », mais voilà des points qui"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2672, "fin_caractere_exclue": 2713, "texte": "en disent plus long qu'on ne croit, écrit"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2806, "fin_caractere_exclue": 2828, "texte": "M. Remy de Gourmont. »"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 2996, "fin_caractere_exclue": 3035, "texte": "A la Chambre des représentants, M. Buls"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3087, "fin_caractere_exclue": 3132, "texte": "s'est occupé des beaux-arts et de la littéra-"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3184, "fin_caractere_exclue": 3222, "texte": "ture en Belgique. Nous ne sommes point"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3274, "fin_caractere_exclue": 3320, "texte": "toujours et en tout d'accord avec M. le bourg-"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3372, "fin_caractere_exclue": 3414, "texte": "mestre de Bruxelles, mais c'est un honneur"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3466, "fin_caractere_exclue": 3508, "texte": "pour la capitale que son premier magistrat"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3560, "fin_caractere_exclue": 3602, "texte": "s'occupe d'esthétique avec une réelle com-"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3654, "fin_caractere_exclue": 3696, "texte": "pétence et le sincère désir de bien faire."}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3835, "fin_caractere_exclue": 3877, "texte": "Feu M. Slingeneyer préconisait la création"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 3929, "fin_caractere_exclue": 3972, "texte": "de quelques sinécures à octroyer au besoin,"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4051, "fin_caractere_exclue": 4097, "texte": "à tel ou tel écrivain peu favorisé par la for-"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4193, "fin_caractere_exclue": 4232, "texte": "tune. M. Buls combat cette proposition."}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 4327, "fin_caractere_exclue": 4367, "texte": "Sans vouloir nous prononcer catégorique-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 45, "texte": "— 23l"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 99, "texte": "ment, nous inclinons plutôt vers la solution"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 176, "texte": "que préférait M. Slingeneyer."}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 340, "fin_caractere_exclue": 381, "texte": "Pour un écrivain il ne se peut guère agir"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 428, "fin_caractere_exclue": 468, "texte": "de lui faire une commande, comme si l'on"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 521, "fin_caractere_exclue": 566, "texte": "avait affaire à un peintre, à un sculpteur, à"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 613, "fin_caractere_exclue": 656, "texte": "un musicien; d'autre part, le subside n'est"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 793, "fin_caractere_exclue": 838, "texte": "certes pas la forme la plus agréable de l'en-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 884, "fin_caractere_exclue": 926, "texte": "couragement officiel. Où M. Buls a parfai-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 938, "fin_caractere_exclue": 982, "texte": "tement raison, c'est dans les conseils qu'il"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1032, "fin_caractere_exclue": 1076, "texte": "donne aux artistes et à M. l'État de s'occu-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1216, "fin_caractere_exclue": 1245, "texte": "per chacun de leurs affaires."}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1388, "fin_caractere_exclue": 1426, "texte": "L'abondance des matières nous oblige à"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1473, "fin_caractere_exclue": 1514, "texte": "remettre au prochain numéro une chronique"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1533, "fin_caractere_exclue": 1576, "texte": "de notre collaborateur M. Arnold Goffin sur"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1718, "fin_caractere_exclue": 1757, "texte": "le Mort, la pantomime de Camille Lemon-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1814, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "nier et des frères Martinetii."}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2097, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "Dans un concert de charité donné par le"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2275, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "chœur de dames que dirige M. Léonard,"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2359, "fin_caractere_exclue": 2401, "texte": "notre ami et collaborateur M. Ernest Clos-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2452, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "son a fait entendre deux compositions d'un"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2637, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "mérite et d'un grand charme, une chanson"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2732, "fin_caractere_exclue": 2772, "texte": "rustique et un lied composé sur un petit"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2822, "fin_caractere_exclue": 2860, "texte": "poème de M. lwan Gilkin : Le Nénuphar."}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2915, "fin_caractere_exclue": 2957, "texte": "Le poète remercie et félicite chaleureuse-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3096, "fin_caractere_exclue": 3116, "texte": "ment le compositeur."}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3375, "fin_caractere_exclue": 3415, "texte": "Dans le Journal de Bruxelles du 1er mai,"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3548, "fin_caractere_exclue": 3590, "texte": "M. Iwan Gilkin a plaidé la cause des huma-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3639, "fin_caractere_exclue": 3681, "texte": "nités classiques contre les adversaires du"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3729, "fin_caractere_exclue": 3770, "texte": "grec et du latin et contre les apôtres du"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3820, "fin_caractere_exclue": 3863, "texte": "latin de la décadence. Nous transcrivons le"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3910, "fin_caractere_exclue": 3929, "texte": "passage que voici :"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4092, "fin_caractere_exclue": 4133, "texte": "S'il s'agit de former une élite intellec-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4171, "fin_caractere_exclue": 4217, "texte": "tuelle, capable de recueillir l'héritage de ce"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4218, "fin_caractere_exclue": 4262, "texte": "que la terre a produit de plus parfait et de"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4310, "fin_caractere_exclue": 4353, "texte": "transmettre cet héritage intact aux généra-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4400, "fin_caractere_exclue": 4441, "texte": "tions futures, en y ajoutant les produits"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4490, "fin_caractere_exclue": 4531, "texte": "nouveaux de la haute culture de l'esprit,"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4581, "fin_caractere_exclue": 4623, "texte": "rien ne peut remplacer l'étude approfondie"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4671, "fin_caractere_exclue": 4717, "texte": "des humanités classiques. 11 est aisé de plai-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4764, "fin_caractere_exclue": 4805, "texte": "santer l'Académie et le style pompier. Je"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4857, "fin_caractere_exclue": 4901, "texte": "suis de ceux à qui ces plaisanteries ne sont"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 5016, "fin_caractere_exclue": 5058, "texte": "pas étrangères. 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Gilkin fut"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1434, "fin_caractere_exclue": 1472, "texte": "amenda dire un mot du fameux surmenage"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1522, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "scolaire :"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1585, "fin_caractere_exclue": 1624, "texte": "Il paraît que les élèves sont surmenés."}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1674, "fin_caractere_exclue": 1717, "texte": "J'ai suivi les cours d'humanités et de phi-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1767, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "losophieà l'institut Saint-Louis, à Bruxelles,"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1863, "fin_caractere_exclue": 1910, "texte": "de 1870 à 1878, et j'y ai fait ce que l'on peut"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 1960, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "appeler de brillantes études. Je ne me sou-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2053, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "viens pas d'avoir été « surmené » un seul"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 2144, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "jour. 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Albert Giraud, Ernest Verlant, Valère"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3328, "fin_caractere_exclue": 3371, "texte": "Gille, Fernand Severin, Louis Delattre,etc."}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3421, "fin_caractere_exclue": 3458, "texte": "Aucun de ces messieurs ne se souvient"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3508, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "d'avoir subi le moindre surmenage. J'ai"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3597, "fin_caractere_exclue": 3638, "texte": "fréquenté suffisamment, au temps de leurs"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3688, "fin_caractere_exclue": 3728, "texte": "études universitaires, MM. Emile Verhae-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3778, "fin_caractere_exclue": 3819, "texte": "ren, Georges Rodenbach, Max Waller, Jules"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3869, "fin_caractere_exclue": 3909, "texte": "Destrée et quelques autres jeunes hommes"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 3959, "fin_caractere_exclue": 3997, "texte": "connus du public pour pouvoir affirmer"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4047, "fin_caractere_exclue": 4088, "texte": "qu'eux non plus n'ont jamais été les vic-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4138, "fin_caractere_exclue": 4170, "texte": "times d'un surmenage quelconque."}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4269, "fin_caractere_exclue": 4309, "texte": "Ces témoignages ont leur valeur. En face"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4359, "fin_caractere_exclue": 4399, "texte": "de quelques professeurs fantaisistes qui"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4449, "fin_caractere_exclue": 4489, "texte": "croient surmener leurs élèves, voilà des"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4539, "fin_caractere_exclue": 4580, "texte": "élèves qui affirment qu'ils ne sont point"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 4630, "fin_caractere_exclue": 4670, "texte": "surmenés. 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Georges Eekhoud, des son-"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 5369, "fin_caractere_exclue": 5412, "texte": "nets (traduits) de M. A. S. Martorelli, une"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 5462, "fin_caractere_exclue": 5509, "texte": "chronique littéraire de M. A. Goffin, etc., etc"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 99, "texte": "Très réussi, le numéro d'avril de la Société"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 145, "fin_caractere_exclue": 186, "texte": "nouvelle. Y lire une nouvelle remarquable"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 215, "fin_caractere_exclue": 255, "texte": "de M. Eekhoud, Appol et Brouscart et une"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 308, "fin_caractere_exclue": 351, "texte": "excellente chronique, pleine de verve et de"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 403, "fin_caractere_exclue": 428, "texte": "vérité, signée H. Krains."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 655, "fin_caractere_exclue": 694, "texte": "Depuis quatre ou cinq mois la Revue des"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 793, "fin_caractere_exclue": 831, "texte": "Revues boude la Jeune Belgique. Fi, la"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 930, "fin_caractere_exclue": 947, "texte": "grosse méchante !"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1137, "fin_caractere_exclue": 1172, "texte": "La Petite Gironde rend compte d'une"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1199, "fin_caractere_exclue": 1239, "texte": "intéressante conférence faite à Bordeaux"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1291, "fin_caractere_exclue": 1334, "texte": "par M. Van Hamel, professeur de littérature"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1386, "fin_caractere_exclue": 1429, "texte": "française à l'Université de Groningue (Hol-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1479, "fin_caractere_exclue": 1487, "texte": "lande) :"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1678, "fin_caractere_exclue": 1719, "texte": "« M. Van Hamel, jeune encore, d'une belle"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1816, "fin_caractere_exclue": 1854, "texte": "stature, d'une physionomie extrêmement"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1955, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "intelligente, s'impose dès le début à son au-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2095, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "ditoire, par la facilité extraordinaire avec"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2200, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "laquelle il parle notre langue, par la netteté"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2344, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "de son débit, par la brillante richesse des"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2389, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "images..."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2578, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "M. Van Hamel entre dans le vif de son"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2709, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "sujet. Il parle d'abord en termes sympa-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2845, "fin_caractere_exclue": 2889, "texte": "thiques de l'éditeur Lacomblez, un Français,"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2984, "fin_caractere_exclue": 3028, "texte": "l'ami des poètes qu'il édite, le Lemerre, en"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3124, "fin_caractere_exclue": 3147, "texte": "un mot, de la Belgique."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3213, "fin_caractere_exclue": 3253, "texte": "Puis commence alors le défilé des poètes"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3348, "fin_caractere_exclue": 3390, "texte": "dont le conférencier doit nous entretenir."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3491, "fin_caractere_exclue": 3531, "texte": "C'est d'abord Albert Giraud, le rival de"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3626, "fin_caractere_exclue": 3668, "texte": "Leconte de Lisle et de José-Maria de Héré-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3670, "fin_caractere_exclue": 3707, "texte": "dia, ayant comme eux une forme impec-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3731, "fin_caractere_exclue": 3773, "texte": "cable, un vers imagé et sonore, avec, dans"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3826, "fin_caractere_exclue": 3866, "texte": "son œuvre, un courant de profonde mélan-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3919, "fin_caractere_exclue": 3925, "texte": "colie."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4111, "fin_caractere_exclue": 4151, "texte": "Vient ensuite Iwan Gilkin, pessimiste et"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4152, "fin_caractere_exclue": 4191, "texte": "amer, qu'on a pu appeler un Baudelaire,"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4210, "fin_caractere_exclue": 4256, "texte": "mais qui n'a pas, dit le conférencier, la sen-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4257, "fin_caractere_exclue": 4298, "texte": "sualité du poète des Fleurs du mal. C'est"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4299, "fin_caractere_exclue": 4331, "texte": "un Baudelaire plus intellectuel."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4336, "fin_caractere_exclue": 4377, "texte": "Emile Verhaeren, lui, fut d'abord natura-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4378, "fin_caractere_exclue": 4423, "texte": "liste, puis il est devenu mystique et triste."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4424, "fin_caractere_exclue": 4467, "texte": "I1 dédaigne la forme et enveloppe de belles"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4468, "fin_caractere_exclue": 4510, "texte": "idées dans une langue obscure, tourmentée,"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4511, "fin_caractere_exclue": 4551, "texte": "incompréhensible; nous ajouterions même,"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4552, "fin_caractere_exclue": 4580, "texte": "nous, parfaitement ridicule."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4585, "fin_caractere_exclue": 4627, "texte": "Le conférencier cite Séverin, qui fait des"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4628, "fin_caractere_exclue": 4674, "texte": "vers très doux, très corrects, très purs, puis"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4675, "fin_caractere_exclue": 4714, "texte": "il s'arrête à quelques poètes gantois :"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 104, "fin_caractere_exclue": 143, "texte": "Georges Rodenbach, Grégoire Leroy, Mau-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 196, "fin_caractere_exclue": 213, "texte": "rice Maeterlinck."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 269, "fin_caractere_exclue": 306, "texte": "Georges Rodenbach est très connu chez"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 359, "fin_caractere_exclue": 401, "texte": "nous; il habite Paris, il y est édité, une"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 454, "fin_caractere_exclue": 495, "texte": "pièce de lui est reçue à la Comédie-Fran-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 548, "fin_caractere_exclue": 554, "texte": "çaise."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 610, "fin_caractere_exclue": 651, "texte": "Grégoire Leroy a, paraît-il, renoncé à la"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 747, "fin_caractere_exclue": 791, "texte": "poésie ; il est devenu électricien, dans des"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 883, "fin_caractere_exclue": 928, "texte": "agences (?) Mais il a fait autrefois des vers"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 999, "fin_caractere_exclue": 1040, "texte": "d'une suave inspiration, d'un rythme sou-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1092, "fin_caractere_exclue": 1131, "texte": "ple, élégant, d'une langue simple, mais"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1183, "fin_caractere_exclue": 1196, "texte": "point banale."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1252, "fin_caractere_exclue": 1288, "texte": "Maeterlinck est un homme étrange.Ila"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1340, "fin_caractere_exclue": 1383, "texte": "des procédés littéraires dont il abuse, les"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1435, "fin_caractere_exclue": 1477, "texte": "répétitions de mots, par exemple. En cela,"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1529, "fin_caractere_exclue": 1574, "texte": "il imiterait les paysans flamands, et arrive-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1626, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "rait par moments, lui, le lettré, à des effets"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1771, "fin_caractere_exclue": 1814, "texte": "surprenants. C'est un sincère, et son œuvre"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 1906, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "est très curieuse. 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Le confé-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2801, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "rencier analyse quelques-uns de ces drames"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 2940, "fin_caractere_exclue": 2982, "texte": "et donne lecture de quelques scènes. L'une"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3079, "fin_caractere_exclue": 3122, "texte": "d'elles, d'une ineffable poésie, a été très"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3198, "fin_caractere_exclue": 3208, "texte": "applaudie."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3308, "fin_caractere_exclue": 3346, "texte": "M. Van Hamel, qui lit en vérilable ar-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3441, "fin_caractere_exclue": 3486, "texte": "tiste, a fait connaître à son auditoire, nous"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3582, "fin_caractere_exclue": 3624, "texte": "l'avons dit, des extraits des œuvres qu'il"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3719, "fin_caractere_exclue": 3729, "texte": "analysait."}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3784, "fin_caractere_exclue": 3824, "texte": "L'assemblée choisie qui s'était rendue à"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3875, "fin_caractere_exclue": 3917, "texte": "l'Athenée a fait fête à M. Van Hamel; elle"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 3968, "fin_caractere_exclue": 4012, "texte": "a chaleureusement applaudi en lui le lettré,"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4063, "fin_caractere_exclue": 4106, "texte": "le causeur, l'ami de la France et des Fran-"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 4202, "fin_caractere_exclue": 4209, "texte": "çais. »"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR D", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 260, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "LACOMBLEZ\n    ÉDITEUR         D E « LA J E U N E B E L G I Q U E »\n                    31, rue des Paroissiens,   31\n                            BRUXELLES\n\n\n\n               Dernières publications :\nSANDER PIERRON : Pages       de charité, avec préface de\n   Georges Eekhoud                                   fr. 3 50\nH. DE RÉGNIER : Le Bosquet de Psyché       . . . .       2 «\nH. VAN DOORSLAER : Sur l'Escaut, avec préface\n   d'Edmond Picard                                       3 50\nA. DAXHELET : Pages de tendresse vague . . . .           3 50\n        —          Nouvelles de Wallonie                 3 50\nS E P T ESSAIS D'EMERSON, traduits par I. Will, avec\n   préface de Maurice Maeterlinck                        3 50\nC H . D E COSTER : Légendes flamandes, avec préface\n   d'Emile Deschanel                                     3 50\nJEANNE TORDEUS : Manuel de prononciation, nou-\n   velle édition, avec préface d'Edouard Thierry         2 »\nEDMOND PICARD : Scènes de la Vie judiciaire . . .        4 »\n         —           El Moghreb al Aksa                  4 »\n         —           Vie Simple                          3 »\nGEORGES EEKHOUD : La Nouvelle Carthage, édition\n   définitive                                            4 »\n\n                       En v e n t e :\nLes Inattentions    et Sollicitudes    du poète FRANC\n  NOHAIN                                                     fr. 2   »\nJ.-M. D E HÉRÉDIA : La Nonne Alférez, illustré . .              2 »\nJ. PÉLADAN : Comment on devient artiste . . . .                 7 50\nG. RODENBACH : Musée de béguines                                3 50\nJ.-H. ROSNY : L'Impérieuse bonté                                3 50\nSTENDHAL : Lucien Leuwen (inédit)                               3 50\nH. T A I N E : Derniers Essais de critique et d'histoire .      3 50\nP. VERLAINE : Dans les limbes                                   3 »\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-05-n5-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Catalogue de la librairie Paul Lacomblez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR 31", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 261, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 5284, "texte": "LACOMBLEZ\n                                          ÉDITEUR\n\n        31, RUE DES PAROISSIENS, BRUXELLES\n                                L i v r e s de fonds.\nBaudoux, F. Rythmes vieux, gris et                Hannon, Théo. Noèls fin de siècle . fr. 3 »\n   roses                               fr. 3 50        —       Au pays de Manneken-Pis 4 »\nBrabant, V. Notes de voyage . . .            1 » Hanneuse, 0. La Reine Aléna . . (souscrit)\nBloy, Léon. Le Pal (4 num.), très rare. 4 »             —      Sorella                      2 50\n   Les 3 premiers numéros ensemble 1 » Itiberê da Cunha, J. Préludes . . .                  3 »\nBosiers, E. Harald-Roi                       2 » Jenart, Aug. Le Barbare                    2 »\nCarnet de chasse illustré                   15 » Jeune Belgique (Le Parnasse de la). . 7 5 0\nChainaya, H. L'Ame des choses . . .          3 » Justus Severus Africus                     1 »\nCourouble, L. Contes et souvenirs . . 3 50 Kahn, Gustave. Chansons d'amant • • 3 50\nCudell, Ch. Printemps sombre . . .           2 »        —      Les Palais nomades           3 50\nDa Costa, G. Grammaire en porte-                  Lacomblez, Paul. Jeunes filles . . .      2 »\n  feuille                                    o 50       —       Loth et ses filles . . .    2 »\nDaxhelet, A Pages de tendresse vague. 3 50 Landoy, Eug. Evocations                          3 50\n      —       Nouvelles de Wallonie . 3 50              —       Maître Martin . . . .       o 50\nDe Coster, Ch. La Légende d'Ulen-                 Lautréamont (comte de). Les Chants de\n  spiegel                                    5 »     Maldoror                               3 50\nDe Coster, Ch. Légendes flamandes . 3 50 Lemonnier, C. Paroles pour Georges\nDelattre, Louis. Contes de mon village. 3 50         Eekhoud                                0 50\nDelville, J. Les Horizons hantés          . 3 50 Maeterlinck, Maurice. Les Aveugles\nDe Haulleville (baron P.). En vacances. 3 50                    (L'Intruse, Les Aveugles. 3 »\n      —      Portraits et silhouettes, 2 v. 7 »         —       La Princesse Maleine, . 3 50\nDemolder, E. Contes d'Yperdamme . 3 »                   —       Serres chaudes . . . .      3 »\n      —         Impressions d'Art. . . 3 »              —       L'Ornement des noces spi-\n      —        James Ensor . . . .           3 »                   rituelles                4 »\nDe Mallessan. Petite Cousine, comédie. 2 »              —      Les Sept Princesses          2 »\nDe Régnier. Le Bosquet de Psyché . 2 »                  —       Pelléas et Mélisande . . 3 50\nDe Tallenay, J. L'Invisible . . . . 3 50                           (Voir Emerson.)\nDesombiaux, M. Vers de l'espoir . . 2 » Mallarmé. Villiers de l'Isle-Adam . . 3 »\nDestrée, Jules. Journal des Destrée          1 » Maubel, Henri. Miette                      2 50\nDulac, Paul. Vingt-cinq sonnets. . . 1 50               —       Etude de jeune fille . . 3 50\nDupont, A. L'Envol des rêves . . .           2 »        —       Quelqu'un d'aujourd'hui. 3 50\nEekhoud, Georges. Nouvelles Kermesses 3 50 Picard, E. El Moghreb al Aksa. . . 4 »\n      —        La Nouvelle Carthage. . 4 »              —       Scènes de la vie judiciaire 4 »\n      —        Les Fusillés de Malines . 3 50           —      Vie simple                   3 »\n      —       Au siècle de Shakespeare. 3 » Pléiade (La). Première année (1889) . 3 »\n      —       Kees Doorik                    3 50 Poe, Edgar. Poésies complètes . . .       2 »\n      —        Kermesses                     5 » Rodenbach. Le Foyer et les champs . 1 »\nElskamp, Max. Dominical                      2 » Severin, Fernand. Le Lys                   2 »\n     —        Salutations, dont d'angé-                   —            Le Don d'enfance . 2 »\n  liques                                     3 50 Sluyts, Ch. L'Appel des voix . . .        2 »\nEmerson. Sept Essais, avec préface de                   —       Notes d'être                3\n   Maeterlinck                               3 50 Tordeus, J. Manuel de prononciation . 2 »\nGarnir, Georges. Les Charneux . . . 3 5 0 Van Doorslaer, H. Sur l'Escaut . . .              3 50\n      —        Contes à Marjolaine . . 3 50 Van Lerberghe. Ch. Les Flaireurs . . 1 »\nGilkin, Iwan. Stances dorées. . . .          1 » Verhaeren, E. Les Apparus dans mes\nGille, Valère. Le Château des merveilles 2 »                       chemins                  2 »\nGiraud, Albert. Hors du siècle . . . 3 50               —       Les Moines                  3 »\n      —       Pierrot lunaire . . . .        2 » Villiers de l'Isle-Adam. Premières P o é -\n      —       Pierrot Narcisse . . .         2 «     sies                                   3 50\n      —        Dernières Fêtes. . . .        2 » Waller, Max. La Flûte à Siebel . .         3 50\n      —        Le Scribe                     1 «        —       Daisy                       3 »\n                                                  X. Y. Religion et progrès . . . (épuisé)\n\n             Dépôt des Revues Françaises :\n              La Plume, fr. o-50; franco, fr. o-55\n       Le Mercure de France, 1 franc; franco, fr. 1-25\n            L'Ermitage, fr. 0-80 ; franco, fr. 0-90\n                    Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom,32, rue de l'Industrie.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 226, "texte": "Mai                     1894.             TOME XIII. — No 5             14me              Année.\n\n\n\n\nA\n   JEUNE\n                    BELGIQUE\n                                            SOMMAIRE:\n         Les Bons Aoûterons                       LOUIS DELATTRE.\n         La Tentation de Sandro Botticelli . . . ALBERT GIRAUD.\n         Hélène (suite et fin) .                  ARNOLD GOFFIN.\n         Vers                                     M A U R I C E CARTUYVELS.\n         Notes sur les Primitifs d'Espagne (Frag­\n           ments)                                 JULES DESTRÉE.\n\n         Chronique littéraire :\n             Pauca Paucis; Joies errantes; Les Inat­\n               tentions et Sollicitudes; Nuits d'Epipliâ­\n               mes ; Il Poema delle Nozze . . . .         IWAN GILKIN.\n         Memento                                         NEMO.\n\n\n\n\n            REDACTION                                                 BRUXELLES\n4, rue V A N D E R L I N D E N ,   BRUXELLES.                    PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                     3I, rue des Paroissiens\n                                                                          PARIS\n     PRIX DU NUMÉRO                                           C H A M U E L , LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                         29, rue de Trévise\n          fr. 0-75.\n                                                                            1894\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "                                                                                 BELGIQUE\n    BELGIQUE\n                                  N E CRAINS\n\n\n\n\n                                                                   JEUNE\n                JEUNE\n\n\n\n\n                                                              LA\n                        LA\n                                 N E CRAINS\n           Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                             PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n   Fondateur       : MAX W A L L E R (MAURICE                 WARLOMONT)\n               Directeur ; ALBERT GIRAUD, 4, rue Vanderlinden.\n Secrétaire de la rédaction : M. MAURICE DESOMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n               7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                   des      Capu­\ncines, 16, à Paris\n\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n\n\n\n\n   Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 19, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "          LES BONS AOUTERONS\n\n                                               A M.   GEORGES EEKHOUD\n\n\n\n\n                                   Le jeune homme de si peu de hardiesse qu'il\n                              me pria d'imprimer pour lui ces notes senti-\n                              mentales, je veux vous en toucher un mot.\n                                 Malgré qu'il ait déjà quelques poils blonds\n                              à sa lèvre, ah ! quel enfant il est encore ! Son\n                                caractère est contourné et contradictoire ; il\n                                   est plein de calcul et ne saurait résister à\n                                     son cœur. C'est, de mes amis, un des\n                 plus agréablement criblés de demi-vices ondoyants et follets\n                 qu'il m'amusa longtemps de regarder se lever, parader,\n                 parader trois petits tours et s'en aller...\n                   Que de fois, curieux et affriolé Aristée, ai-je poursuivi\n                 cette âme Protée?.. Au point qu'à présent je sais prédire de\n                 quel impudique gros mot il terminera, comme en se mo-\n              quant de lui-même, la phrase à prétentions renanesques et\n               ioniques et murmurée les yeux baissés avec une gravité gra-\n              cieuse faisant penser qu'il eût été de ces philosophes graveleux\n            , qui fréquentaient, à la Rôtisserie, avec M. Jérôme Coignard.\n                 Mais lui, surtout, veut plaire, et être celui qui plaît le\n              mieux; et c'est coquetterie bien plus que vanité.\n  Tels jours, où, de nous deux, je suis le plus fort, je le ferais ramper à\nroes pieds pour peu que je voulusse un trop long temps continuer de lui\n                                                                   14\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "                                  — 202 —\n\nmarquer la froideur que j'affectais par caprice. Tandis que d'autres matins\noù il s'est levé le cœur gai, où son miroir lui a souri, où il a tourné joliment\nson nœud de cravate, bref, alors qu'excité par ces riens il tient la corde,\nvous devriez voir à l'œuvre notre despote coquet !\n   Dans cette aventure, que ses compagnons, sous le feu d'une conver-\nsation, l'oublient une minute, et voilà qu'il repousse bruyamment sa\nchaise ; et ses regards levés au plafond, simulant le détachement ou sem-\nblant étudier très attentivement la fumée de sa cigarette, signifient :\n« Heu! est-ce que je suis autre chose, ici, qu'un étranger, un intrus?.. »\nVite, il faut que nous nous penchions vers lui et le reprenions à bras le\ncorps, nous exclamant et le câlinant : « C'est toi ! Mais oui que c'est toi\nnotre préféré! » Il se rend à nos caresses et nous sourit; puis, comme ce\ntriomphe lui suffit, se dérobant tout à coup à nos protestations qui conti-\nnuaient, il prend cet air phlegmatique et morne auquel ses hauts cols\nanglais à la mode l'incitent depuis quelque temps.\n   N'est-ce pas l'étrange égoïsme d'un cœur avide et faible ? Je le regarde\nattirer ainsi, par mille manèges, tout être à soi, s'y coller une minute, pour\naprès le repousser et, lui, passer. Car son cœur fait le trottoir; elle est catin\nson âme, calculatrice et voluptueuse.\n   Ne vous méprenez pas à ce que je vous en conte. Tel quel, caressant et\nforcé, peut-être un peu faux, j'aime mon ami — à la façon de ces fruits\npleins de noyaux, qu'il faut manger lentement et attentivement en se\ngardant des coups de dents.\n   Ah! oui, le cher ami!... Et vous ai-je dit qu'il a conservé de son, enfance\nce parfum de blé mûr que fleure aussi la tête de certains gosses blonds?\nCette odeur de vie m'émeut étrangement : je suis pour lui plein de soins\net d'égards.\n   Je le flatte doucement. S'il me parle, sa marotte d'à présent, des questions\nde physiologie qu'il étudie, comme « la mécanique de l'amour », par quoi\nil se propose de dégoter Spinoza et Stendhal avec l'aide des précis tracés\ngraphiques qu'il veut inaugurer, ou « les transformations des cellules\nnerveuses sous l'action des excitants: gloire, alcool, etc. », je m'exclame\nadmirativement.\n   — Quel pittoresque! Quelle acuité! Quel sang-froid !...\n   Il est aux anges. Le sang jeune de ses lèvres s'avive, ses yeux brillent, et\ndans son col blanc la peau fine de son cou est plus rose.\n   Et c'est la récompense à ma patience, à mes soins de grande sœur\ncomplaisante pour cet enfant vicieux, de le voir, en ces moments, le plus\nbeau qu'il puisse être, excité et content de lui, éclatant et triomphant; et,\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "                                  — 203 —\n\ncette âme tantôt désemparée, glorieusement soulevée à présent et toutes ses\nvoiles au large éployées dans la brise.\n   Mais enfin voici ses pages où il voulut peut-être se montrer si intéres-\nsant, que le portrait que je crayonne ici il l'appellera une trahison. Dès\nlors, puisque je suis si loin, dirai-je, pour achever de le compromettre, que\nla première feuille, au-dessous du titre : Les Bons Aoûlerons, portait les\nmots plus explicites : ou le Fard de l'âme, qu'il a effacés, je ne sais\npourquoi ?\n\n                                      ***\n\n   Les aoûterons arrivent d'un lointain bourg des Campines. Le fermier\nd'ici leur a écrit que les blés s'aoûtent et les attendent. Dans le wagon, ils\ntiennent entre les genoux leurs bissacs et leurs outils : la faulx courte à\npoignée et le crochet. Le visage collé à la vitre, ils estiment les récoltes\nriveraines.\n   Aux gares wallonnes où ils changent de convoi, ils questionnent dans un\nbaragouin qui fait rire les gardes. Ils sont de haute stature; ils ont la face\nrouge et le poil pâle, l'air placide et miséreux malgré leurs casquettes de\nraide soie noire et leurs blouses de toile fraîches empesées mais trop courtes.\n   — Voilà des Flamands qui viennent faire l'août, dit-on, en les voyant.\n   A la ferme, avec leur tonneau de bière et leurs pains, ils occupent un coin\nde la grange vide, et ils dorment dans la paille. Leur travail est tout spécial :\nils scient les blés. Ils peinent dur. Ils ne se mêlent pas aux varlets, car ils\nne parlent que le patois de chez eux et, d'ailleurs, sont de nature taciturne.\n   Ces deux aoûterons, Koben et Piet, viennent ici depuis beaucoup de\nmoissons. Je commence à saisir leur langage; et si nous ne nous parlons,\nnous sommes pourtant bons camarades et nous sourions à chaque rencontre.\n   J'ai, dans la ferme, une chambre spacieuse aux murs chaulés garnis des\nimages véridiques de N.-S. J.-C. et de la Vierge. La cheminée y est ornée\nd'un rang de courges calebasses qui simulent des poires d'or. Les fenêtres\ndonnent sur les carrés d'un potager dont les espaliers sont quasi sous ma\nmain. Le lit est bourré de nouvelle paille d'avoine parfumée et bruissant\nsous le corps qui la froisse. Mais fi de la belle chambre ! La journée d'août\nl'a emplie d'un air surchauffé où je ne saurais dormir.\n   Je vais passer la nuit dans le grenier à foin des Flamands. Par l'échelle,\nje monte à l'étage où la claire-voie du plancher, presque nette de paille,\nattend la récolte qui s'apprête et bientôt la viendra gorger.\n   Dans l'obscurité, Koben l'aoûteron dort allongé sur l'aire. Je ne le vois\npas mais je l'entends; il est sous ma nichette et il ronfle. Après le souper\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "                                    — 204 —\n\n  on lui remit à la ferme une lettre de son village. Koben ne sait pas lire; il\n  l'a tournée, retournée dans sa main, puis enfouie dans sa poche. Il a souri\n  comme toujours en balbutiant en français : « Bonne nuit à tous les\n  hommes! » et il est venu se coucher. Son frère Piet rentrera tantôt seule-\n  ment à la ferme ; celui-là lui déchiffrera la lettre et ils sauront ce qu'il y a\n  de nouveau là-bas. Koben, en attendant Piet, ronfle comme un bon mois-\n  sonneur ayant sué, de l'aube à la nuit, sous le soleil de la canicule.\n     Ce bruit me trouble ; et sur ma paille je ne parviens pas à m'endormir.\n     La baie du pignon qui m'abrite encadre un coin du verger. Dans la nuit,\n les têtes des pommiers dessinent de grosses boules sombres sous lesquelles\n des vaches couchées dans l'herbe respirent bruyamment. A droite, au loin,\n scintillent des globes électriques auréolés de mauve léger, décelant un bout\n de la vallée de Sambre dont le reste m'est caché : dix lieues carrées de vapeurs\n et de flammes qui renâclent sous la poigne humaine et dont les piaffements\n et les râles viennent ici mourir en un confus murmure se perdant dans l'im-\n  mensité du ciel d'août heureux infiniment, inaltérable et impassible.\n     Tout à coup je perçois le ronflement de l'aoûteron, dont ma rêverie se\n berçait inconsciemment. On dirait le va et vient sonore d'un soufflet de\n forge. Je suis ses intonations : il monte, monte, s'étrangle subitement, reste\n à court, suspendu, puis reprend, grave et lent, sa cadence régulière.\n     Cette machine travaillant si exactement pour si peu de soins, produisant\n tant de force à si peu de frais, comme après, au repos, elle se répare encore\n à bon compte ! Que voilà un problème physiologique réussi. Quelle élégante\ndémonstration, dirait Taine, quelle expérience bien conduite et péremp-\ntoire! — Et moi, ajouté-je à mon bénéfice, que je suis perspicace! Vite,\nrécompensons le complaisant objet de ma pénétration par une bonne\npensée de charité bien pitoyable, et méprisable un peu, naturellement,\ncomme il sied à la condescendance pour un fruste manouvrier, d'un jeune\nhomme qui vit, il est vrai, de la vie végétative d'ailleurs de mode aux\nvacances, mais goûte l'ivresse d'une nuit d'été, vous savez, et appelle les\nétoiles par leurs petits noms...\n    Oui, bon ! La part de pose est faite, et l'auto-examen avisé qui te sauvera\ndu gobage, puisqu'une noblesse prévue est moins ridicule; mais ne diras-tu\npas ce qui, au tréfond instinctif et généreux de ton âme, tressaille de ten-\ndresse émue et de fraternel amour pour cet homme endormi, un homme\nhors du monde, les yeux fermés et l'âme reclose?... Si, dis-le.\n\n                                      ***\n  Piet est rentré, il a déposé sa lanterne. Koben s'éveille et tout de suite lui\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "                                  — 205 —\n\nmontre la lettre. A quoi rêvait-il donc, l'aoûteron, l'instant passé de son\nsommeil? De quelle voix étrange il dit :\n   — Frère Piet, tout de suite, lis la lettre. Tu vois, c'est une lettre qu'on\nm'a donnée et elle doit venir de chez nous. Je voudrais savoir la chose que\nje sens qui est arrivée.\n   — C'est vrai, répond Piet, elle vient de là-bas. Il est marqué Westerloo\nsur le timbre.\n   Ils parlent le flamand de Campine, mais je comprends presque tout\nce qu'ils disent. Ils sont assis dans le coin. Par la claire-voie du plancher,\nje vois la flamme jaune près d'une poussiéreuse toile d'araignée tendant\nle mur, et leurs grands traits mornes sous leurs cheveux jaunes piquetés\nde balles d'épis. Piet continue :\n   — C'est petite Trine qui écrit. Je reconnais son écriture. Koben, qu'est-\nce donc qu'il y aurait chez nous?\n   — Alors, c'est petite Trine? Tu vois cela déjà? Ahl lis, Piet, lis pour\nnous savoir.\n   Piet commence la lecture. Sa voix monotone souvent hésite sur un mot;\net il se penche un instant vers la lampe, puis continue son train. Il va len-\ntement et je sais à la volée me traduire ce que j'entends. Dès les premières\nphrases saisies, je sens que de si fortes émotions vont secouer mes amis les\naoûterons, que je veux les écouter jusqu'au bout. D'indiscrétion il n'y en a\npas là, car ce n'est pas une vaine curiosité, mais mon cœur qui pénètre\nleur secret et bat si fidèlement à l'unisson de leur cœur, que jamais eux ne\nm'en voudraient de mon intrusion.\n   Piet lisait :\n                                           « Liessel, sous Westerloo, le 4 août.\n\n       . « MON CHER       PÈRE,\n\n  a Grand'maman dit que je dois vous écrire et au grand mon oncle\n« Piet qui fait le mois d'août avec vous, car il faut vous apprendre que\n« maman Lena est revenue. Oui, c'est hier qu'elle est revenue. Comme\n« ça, grand'maman vint m'éveiller, car c'était pendant la nuit. Il faisait\n« tout noir. Elle me disait d'écouter. On frappait à petits coups à la\n« porte d'en bas avec un sabot; ça faisait toc! toc! puis plus rien.\n« Nous entendions aussi que quelqu'un pleurait sur le chemin et\n« je n'osais me lever. Puis, encore, on criait tout bas : « C'est moi!\n« C'est moi! » A la fin nous sommes descendues avec la lampe. J'ai\n« tiré le verrou pour regarder à la porte, et c'est maman Lena qui est\n« entrée. Oui, alors elle est entrée, maman Lena. Elle était si petite, si\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "                                  —   206   —\n\n\n« petite ! E11e s'est mise à genoux devant grand'maman. Elle pleurait, elle\n« demandait : « Pardon ! Pardon ! » « Et à Trinette aussi » qu'elle disait,\n« et à Trinette aussi ! » Je pleurais et grand'maman pleurait : nous nous\n« embrassions tous les trois longtemps et alors j'entendais battre la poi-\n« trine de maman Lena, comme l'horloge. Après, nous sommes remontées\n« nous coucher. Maman Lena, en me serrant dans ses bras, me demandait\n« tout ce qui est arrivé ici. Je lui ai raconté que j'avais cousu votre pantalon\n« de toile et celui du mon oncle Piet, et raccommodé le bissac avec l'étoffe\n« du surplus. J'ai dit que vous étiez à la ferme Beyard avec mon oncle\n« Piet et que c'est moi qui allume l'étuve au matin. Maman Lena pleurait\n« tout le temps ; elle m'embrassait toujours et vous appelait, cher père,\n« ainsi : « Koben! mon bon Koben! » qu'elle disait maman Lena. Voilà,\n« aujourd'hui elle est encore malade de cela et elle est restée dans son lit.\n« Son visage est blanc comme les draps, ses yeux sont renfoncés dans sa\n« tête Grand'maman reste auprès d'elle. « C'est tout, Lena, qu'elle dit, c'est\n« tout, Lena ! » Elle dit aussi, grand'maman, que maman Lena est malade\n« parce qu'elle est triste. Mais bientôt, ça sera passé et vous ne devez pas\n« vous inquiéter, mon cher père et mon oncle Piet, car c'est seulement\n« parce qu'elle est triste, vous savez. Moi, je suis bien contente que maman\n« Lena est revenue. J'ai tiré ma tête de dessous son bras pour venir vous\n« écrire tout de suite la bonne nouvelle, et pour que vous soyez contents\n« tout de suite aussi qu'elle est revenue. Maintenant, je vous embrasse,\n« mon cher père et mon grand mon oncle Piet, et je vous dis au revoir\n« parce que le facteur de Westerloo va. bientôt passer et que j'ai mal dans\n« ma main.\n                                                    « Votre fille obéissante,\n                                                           TRINE. »\n\n\n    Ces dernières lignes devaient être serrées et bien embrouillées dans un\n coin du papier car Piet s'était collé à la lanterne et les lisait mot à mot. Il\n avalait souvent sa salive, le bon Piet, comme s'il avait la gorge contractée;\net, pour s'éclaircir la vue sans doute, il se frottait les yeux de tout son\npoing. Quand il se fut tu, Koben prit la lettre de ses mains, et longtemps\nil fixa cette feuille de la petite Trine, où il ne distinguait rien mais qui\nl'avait tant remué. Il dit enfin :\n   — Piet?\n   — Quoi, Koben ?\n   — Piet! Dieu, Piet, qu'est-ce qu'il faut faire?\n   — Eh bien voilà, Koben, je crois qu'il faut attendre et laisser rassir la\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "                                   — 207 —\n\n chose, Koben, qu'il me semble. D'ailleurs moi, je dis bien ça, mais, à la\n vérité, c'est toi qui as eu la peine, c'est toi qui diras le mieux ce qu'il faut\n faire.\n    — Elle est revenue, Piet ! Elle est triste et elle pleure, que Trinette nous\n écrit sur sa lettre. C'est sûr, elle se repent... As-tu entendu, elle criait :\n « Koben, mon bon Koben! » Par Dieu, Piet, je n'ai plus la force de lui en\n vouloir, non, je ne saurais plus. Le Grand-Blanc l'avait entraînée, c'est lui\n qui paiera; c'est de lui le mal. Elle, elle est revenue, tu vois bien, sans que\n je dise rien, toute seule. Est-ce que je peux l'empêcher de se repentir, Piet?\n    — Koben, c'est ainsi que tu feras. Le Grand-Blanc paiera tout, nous y\n penserons plus tard. A elle, pardon, et c'est tout.\n    — Lena! Ah Leentje! Elle pleure à cette heure, nous dit Trinette. Elle\n est malade de m'appeler. Dis, comment as-tu lu qu'elle m'appelait?\n    Piet chercha le passage dans la lettre :\n   — « Maman Lena pleurait tout le temps; elle m'embrassait toujours et\nvous appelait, cher père, ainsi : « Koben, mon bon Koben ! » qu'elle disait\n maman Lena. »\n    — Mon bon Koben, répétait l'aoûteron, elle disait : Mon bon Koben !\nAh Leentje! Ma petite Leentje!... Piet, si vite on dévie ; si vite! Moi, c'est\n parce que ma faucille est ébréchée; et toi, parce que la tienne est trop\naffilée. On va, on va, et on se retrouve bien loin sur le côté. Est-ce qu'il ne\nfaut pas que le compagnon attende, alors, et donne le temps à l'autre de se\nremettre sur la ligne? Après, on repart à deux, en battant la cadence, et on\nva mieux... Ah, pauvre Leentje!\n   Ainsi parlaient les deux Flamands; et les mots sonores de Campine\nrésonnaient dans le grenier obscur ainsi qu'en une église. Je n'osai, de\nlongtemps, bouger dans la paille si bruissante qu'elle m'aurait décelé! Mais\nje désirais sur mon front un peu d'air de la nuit; à toute force, je m'aven-\nturai à ramper lentement vers la baie.\n   Minuit était passé. Le ciel était clair, profond et doux, doux comme\nKoben. J'y voyais rouler les étoiles dans leur ronde comme des yeux affec-\ntueux. La voie lactée tombait du zénith sur la masse noire du bosquet\ncouronnant la colline. A ma gauche Arcturus, la fraîche étoile du junévile\navril, allait plonger sous l'horizon; cependant que vers l'est, l'essaim des\n Pléiades prenait son essor, les blondes abeilles de l'été. La nuit était chaude ;\nles cieux pleins d'amour faisaient haleter la terre ; et leur ivresse, comme\nun subtil opium, s'insinuait et chantait en moi les mots divins qu'avait\nbalbutiés le pauvre rustre, sur l'aire.\n    Des larmes roulaient sur mes joues et je ne les essuyais pas. Je sentais\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "                                    — 208 —\n\n\nque je m'attendrissais sur moi-même, que je pleurais sur moi-même, et je\npleurais plus fort, parce que ces larmes flattaient mon âme. Je me faisais\ntout petit, et me laissais bercer dans les bras des choses mystérieuses et\nperfides au sein de la nuit câline.\n   Sur l'aire, la lumière était soufflée; les hommes s'étaient tus. L'un d'eux\nronfla bientôt après; l'autre ne savait s'endormir; il se tournait, se retour-\nnait dans la paille. C'était Koben, en qui la lettre de Liessel ne savait\nse taire.\n   Bientôt tomba sur moi un sommeil fiévreux où se renouvelaient vives et\nactives les images évoquées tantôt par la scène des Flamands. Sans cesse, je\nvoyais Trinette cousant le bissac pour l'août ; puis Lena, l'infidèle aimée,\ncriant « tout bas » dans la nuit ; Koben qui répétait : « Leentje ! Ah\nLeentje! » et moi-même pleurant à la fenêtre, sur la nuit caressante...\n\n                                        *   *   *   ■\n\n\n\n\n     Ces hallucinations me lassèrent et m'éveillèrent tout à coup comme la\n  pointe du jour piquait l'orient. Je sortis de la grange en secouant les brin-\n dilles de paille attachées à mes vêtements et courus au verger.\n     A cette heure, l'herbe neuve y est moirée d'une poudre de rosée où s'im-\n priment les pas. La brise matinale caresse comme un baiser; c'est le chaste\n népenthès des fièvres nocturnes, c'est l'aube. On ne pense à rien, on va libre\n de la vie. Mais les yeux et l'esprit se dessillent peu à peu dans la lumière\n qui vient, vient, et grandit; on dirait qu'elle coule sous un rideau levé par\n saccades.\n    Surgit le soleil. Le ciel d'azur et d'opale tressaille. La nature bouge,\n s'éveille et se lève toute jeune, toute belle, tout heureuse. Je ne vois l'homme\n nulle part encore et la terre me rit.\n    Cependant, les aoûterons sont sortis de la grange. Ils montent vers les\n blés de la colline et les faulx, sur leurs épaules, étincellent. Je ne puis\n détacher les yeux de leur groupe et mon souvenir de la nuit vêt leur sim-\n plicité d'une noblesse indicible. Ils m'ont vu, ils me crient de loin : « Salut! »\n Et je leur réponds :\n    — Salut, Koben et Piet, chers grands cœurs !\n    Ils ne me comprennent pas; ils me sourient et passent.\n    Les voilà aux blés, courbés sur les éteules, rapetisses devant la houle d'or.\nLe champ est illimité, me dis-je, et néanmoins ils le raseront. La sueur de\nleurs fronts est bonne ; leur part humaine est saine, et ils la voient — ô les\nheureux misérables! — c'est du pain ; comme tantôt, en la grange délabrée,\nj'ai vu la flamme de leurs cœurs, ô les bons aoûterons d'amour ! j'ai vu\nleur part de divin.\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "                                  — 209 —\n\n    Une gaîté nouvelle doucement m'emplit le cœur. A mes pieds, l'eau de la\n mare fume et sa buée m'enveloppe ; les herbes ensoleillées y tremblent et\nmurmurent. La nature est forte et l'homme n'en est pas écrasé; il est digne;\n et je le sens.\n   Ce frémissement d'allégresse, non, ne l'appelez pas exaltation de pédant\ndécouvrant, au prix de quels torticolis, un rais de la lumière éternelle\nfiltrant du boisseau. C'est l'ivresse du départ vers le vague but de la vie;\nmélancolie fleurie des nouveaux espoirs invinciblement poussés au-dessus\ndes feuilles mortes, et joie d'apercevoir coupant la brume, au ras du flot\nmorne, la ligne des côtes verte et riante, et de crier et de s'entendre crier :\nTerre, terre ! C'est le miroitement des leurres qui éblouissent mon âme.\n   0 choses, il se croyait retors! Il vivait tout pour lui. Sa robe était\nluisante ; il bondissait dans le pré indifférent et heureux. Combien il aimait\nle bonheur, inassouviblement ! Alors, voilà que de pauvres manouvriers\nmurmurèrent des mots de tendresse sérieux et na'ifs ; comme la nourrice qui\nmâche le fenouil et dessille les yeux de son enfant en soufflant doucement\ndessus, ils éclaircirent sa vue qui, tout à coup, perça jusqu'aux médullaires\ntristesses du monde. Voyez, ô choses! Vous l'avez caressé un peu, vous lui\navez montré un coin du secret de votre peau tiède, et pour cette confidence,\nce semblant de confiance, il est tout à vous, il vous fait tous les serments.\nComme il y va, dans la naïve prière sensuelle de ses vingt ans excités!...\nC'est la vie, jusqu'à la mort.\n   — Dis? Vois-tu la mort restée cachée à tes yeux ; enfant, la vois-tu ?\n   C'est justement du moment où il l'a vue qu'il commença de vivre. C'est\nle sel des larmes qui le ragoûta à la vie. Il ne craint plus le malheur ; il\nl'acceptera.\n   — Sais-tu? Tout ce qui arrive n'aura plus, en passant près de toi, les\nfiers drapeaux de la gloire, et les tambours des batailles, et les flûtes des\namours. Ils se glisseront en toi à la dérobée, les événements, ternes et\ntristes. Mais sois crâne, laisse-les entrer; même, ouvre-leur tes portes; ne\nleur fais pas honte d'eux-mêmes, à ton mépris joins la pitié.\n   Il a dit oui ; c'est d'avoir su dire si hardiment oui qu'il est si heureux !\n   En lui conduisant sont petiot :\n   — Monsieur l'instituteur, — dit la mère, — n'est-ce pas, ne soyez pas\ntrop juste ! Laissez-le courir un peu encore, mon gamin !\n\n                                     ***\n  La cloche sonne et la ferme s'éveille. Les portes s'ouvrent ; la basse-\ncour vide ses poules dans les prairies ; les canards, se dandinant, descendent\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "                                  — 210 —\n\n\n à la mare lisser leurs plumes. Veaux et génisses s'en viennent des étables\n retrouver les vaches sous les arbres.\n    Ecoutez ! une voix d'enfant les anime, un cristallin fleutis qui éclaire le\n matin lui-même. C'est la vachère; elle apparaît, pousse la barrière, et,\n faisant claqueter son fouet, elle bondit autour du troupeau tavelé.\n   — Hue donc, la Roussette! Toi, toi la Blanche! Ho, la garce, la garce!\n    Ce lutin qui crie a un visage tout rose. Les mèches de sa tignasse\njaune volettent devant ses yeux et elle les écarte par un geste de la tête. Elle\nest agile comme un orvet. Le bas de son visage est large; son menton\npointu lui donne un air aviné ; et aussi, à cause de la courtine profonde de\nsa lèvre supérieure fine et retroussée ainsi qu'aux petits enfants, sa bouche\nest souriante et innocente.\n   Parmi les buissons humides d'aiguail et brodés d'étincelantes toiles\nd'araignée, d'où elle chasse les bêtes, la maigriotte n'est-elle pas, chue dans\nl'herbe mouillée, une pomme de Calville verte et côtelée ? Si ! vous devez y\nmordre ; et le suc abondant et aigrelet agace vos gencives, tellement qu'il\nfaut bien y revenir et mordre de nouveau en la pulpe fraîche.\n   En bousculant les bêtes mugissantes et lentes, elle approche et sa voix\néclate plus jeune et plus joyeuse. Du milieu des roseaux, je me suis levé ;\nsaurais-je ne pas la suivre des yeux dans la prairie? Saurais-je?..\n   Mais pendant que je me réjouis à sa vue, que vient donc faire tout à\ncoup, en mémoire, un souvenir de la ville, vieille liaison et vieux ser-\nments! Souvenir chanci, que rabâches-tu dans la jeunesse du matin?\n   Repoussoir à la vision de l'enfant pétillante, hé ! il vient à mon péché\ndonner le coup de fion ; il s'allume juste au moment où je franchis la haie\net m'élance vers ce coup de vin du déjeuner, le maladroit souvenir! Et ma\nfringale pour la frisquette qui sent l'herbe et les bêtes, il l'avive encore en\nme montrant — lui qui voulait m'arrêter — un irrésistible adultère ver-\ndelet !\n                                                      Louis DELATTRE\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "                      — 211   —\n\n\n\n\nLa Tentation de Sandro Botticelli\n Par ce soir triste et pur, sur la blanche terrasse,\n          A l'ombre des verts orangers,\n L'enfant aux habits clairs, sonores et légers,\n          Parle avec quelqu'un à voix basse.\n « Que vois-tu donc — demande au rêveur convoité\n         L'Esprit invisible qui rôde —\n Dans les gouffres d'azur, de pourpre et d'émeraude\n         De ce crépuscule enchanté? »\n\n   J'y vois passer, au son de musiques étranges,\n          Dans l'or d'un nuage brûlé,\n Comme une île de lys, comme un jardin ailé,\n          Des anges, des anges, des anges! »\n\n « Enfant prédestiné — répond la sombre voix\n          Avec un morne éclat de rire —\n Ecoute! L'ombre parle : un ami va te dire\n          Quels sont les anges que tu vois.\n\n « Ceux-ci, bardés de fer, les ailes enflammées,\n         Pareils à des drapeaux     vivants,\n Lance au poing, à cheval sur la foudre et les vents,\n         Hérissent le front des armées.\n\n « Ils sonnent à plein souffle en de vastes clairons;\n          L'orgueil empanache leurs casques;\n La bave des serpents et le sang des tarasques\n          Dégouttent de leurs éperons.\n\n « Dans les autodafés, lorsqu'aux flammes béantes\n         On jette des juifs à braiser.\n Sur le cœur des bûchers ils volent se poser\n         Comme des abeilles géantes.\n\n « Ces anges, mon enfant, ce sont les visiteurs\n          Qui hantent les veilles hautaines\n Des pieux conquérants et des saints capitaines,\n          Des rois et des inquisiteurs ! »\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "                     —   212   —\n\n\n« Je ne les ai pas vus ! » — répond à la voix sombre\n        L'enfant aux grands yeux    ignorants.\n« En voici de plus doux et de plus attirants,\n        — Reprend la Voix sombre dans l'ombre.\n\n« Leurs ailes, dans l'iris de leur nimbe de feu,\n        Leurs ailes couleur de pervenche\nFont vivre, sur l'argent de leur tunique blanche,\n        Le reflet d'un papillon bleu.\n\n« Le roi mage Gaspar, dans l'étable fleurie,\n          Regardait leur vol s'étoiler :\nSi leurs yeux sont si purs, c'est d'avoir vu couler\n          Le lait de la Vierge Marie.\n\n« Le moine franciscain, sur le bord des ruisseaux,\n        Leur parle dans l'or des vesprées,\nNaïf, comme à ses sœurs, les agnelles des prées,\n        Comme à ses frères, les oiseaux.\n\n« Et ceux-là, mon enfant, par les belles nuits calmes,\n         Sèment, pour louer Jésus-Christ,\nSur les simples de cœur et les pauvres d'esprit,\n         Le rêve ingénu de leurs palmes.\n\n« Tu les vois, n'est-ce pas? » dit le subtil rhéteur\n        Dont soudain tremble la voix sombre.\n« Je ne les ai pas vus'. » répond l'enfant dans l'ombre\n        « Et ceux-ci ? » — fait le tentateur.\n\n« La splendeur du couchant sur leurs pâles figures\n        S'attarde en longs baisers tremblants;\nDans leurs lourds cheveux roux s'ouvrent les yeux sanglants\n        Des spinelles et des ligures.\n\n« Leur nostalgique essor éploie en éventail\n         De grandes ailes chimériques\nPareilles en magie aux lumières féeriques\n         D'un mobile et vivant vitrail.\n\n« La beauté de l'enfant et celle de la femme\n         Se mêlent dans leur jeune chair ;\nOn dirait, à leur vol qui rougit le ciel clair,\n         Des pivoines dans une flamme.\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                      — 213 —\n\n\n« Des rebecs de bois rose et des luths de cristal\n        Vibrent sous leurs longues mains blondes :\nLa musique les roule en ses ondes profondes\n        Vers leur vague pays natal.\n\nu Ces anges, mon enfant, répandent leur lumière\n         Sur ceux dont les yeux  mécontents\nRêvent l'homme plus beau, les cieux plus éclatants,\n         La nature infâme plus fière,\n\n« Sur tous les pauvres fous sacrés qui, dans leurs vers,\n        Leurs chants, leurs marbres ou leurs toiles,\nFont, pour notre tourment, monter jusqu'aux étoiles\n        Leur image de l'univers ! »\n\n« Oh! ceux-là, je les vois — répond à la voix sombre\n        L'enfant aux geste langoureux —\nLeur cœur vole vers moi, mon cœur vole vers eux :\n       Leur bouche m'appelle dans l'ombre.\n\n« Je les vois, je les vois! Ils planent sur mon front!\n         Je les vois! Ils me f ont des signes!\nLes uns sont des ramiers et les autres, des cygnes!\n         Leurs ailes me couronneront! »\n\n« Sache-le donc, enfant : ces fantômes étranges,\n         Ces doux passants    mystérieux\nDont les yeux soucieux attirent tes grands y e u x ,\n         Ces anges ne sont pas des anges.\n\n« Tu leur donnes la vie en croyant les choisir :\n         Ce sont tes enfants, ô mon frère!\nLes élans incarnés de ta chair téméraire,\n         L'illusion de ton désir! »\n\n« Tu mens! ô sombre voix qui ris dans les ténèbres!\n       Malgré toi, mon rêve offensé,\nMon doux rêve offensé que ton rire a blessé\n       Luira dans des fresques célèbres! »\n\n« Adieu donc, mon enfant! Rêve en paix, mon vainqueur!\n        Mais tes anges mélancoliques,\nAux voûtes des couvents, aux murs des basiliques,\n        Diront le secret de ton cœur.\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "                                  — 214 —\n\n          « Et moi, l'instigateur de ces œuvres sublimes,\n                  L'Esprit que tu n'entendra plus,\n          Dans le royaume obscur où pleurent mes élus,\n                  Je recueillerai tes victimes. »\n\n                                                       ALBERT GIRAUD\n\n\n\n                              HÉLÈNE\n                                    (Suite)\n\n              De trop subtiles représailles, dont l'indubitable dommage, la\n               trajectoire dévastatrice dans la quiétude du traître ne sont\n               pas immédiats et visibles, assouvissent mal l'appétence vindi-\n               cative d'une femme délaissée ; la félinité réveillée de l'amour,\nla résurrection fauve de l'instinct exigent de moins métaphysiques rançons,\nlégitiment le ténébreux et mélodramatique emploi de lâches embûches, de\nguets-apens très vils. Elle ne haussera point sa vindicte jusqu'à l'apparence\nstoïque, le strict dédain d'une captieuse et disvulnérable indifférence, plus\nmortifiante, cent fois, et perfide... Car, au définitif soulagement d'un lien\ndevenu odieux, la rage, les sanglots, l'invective éclatante déterminés par\nnotre tranquille prodition, font un commentaire délectable à notre vanité,\net doux ; tandis que l'inattendue insouciance, l'amiable acceptation désin-\nvolte de notre iniquité, sans aucun doute exaspéreraient notre lassitude, la\ntransmueraient en une rancune active et vénimeuse, à moins que l'offus-\nquante ingratitude — avérée enfin ! — de notre victime ne nous inclinât à\nquelque brève et péremptoire sentence de mépris.\n   Aussi excédé, probablement, d'un joug chaque jour alourdi, supporté par\nhabitude résignée et inertie d'âme, — l'abandonné jubilerait, certes, de sa\nlibération, si la priorité lui appartenait, de la rupture et que l'adversaire\nn'en eût point anticipé l'audacieuse initiative et usurpé ainsi une supériorité\ninsolente.\n   Bouleversée de cet épilogue, sanction insolite de tant d'ineffaçables\nheures, inapte à tout calcul, Hélène attendait quelque inspiratrice éven-\ntualité, se fiait à elle ne savait quelle impulsion expectative. Abasourdie, en\ncette dérive désorientée, peu incline à une aggravante analyse d'elle-même,\noù, s'imaginait-elle, sa rancœur se serait embrouillée et amoindrie ; — ren-\ndue, en outre, à la naturelle courte vue de son sexe et roidie, pourtant,\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                                  — 215 —\n\ncontre des incitations que son courroux altier condamnait, — malgré l'aper-\nception que sa revanche devait s'assortir à l'ordre extraordinaire de sentir où\nDelzire l'initia, — le projet la requit, une minute, d'un esclandre, riposte\nplus infaillible et palpable, dont elle savourerait le désastre plénier ; moyen\nexclusif et sûr, au moins, alors qu'une discrète et pourpensée vengeance\ns'émousserait à l'imperméable mutisme du félon, sans dénoncer l'effectif\ndégât de sa griève offense, ni même le trait barbelé rompu dans la plaie.\nPuis, cette finale réflexion, — judicieuse dans toute conjecture, hormis\ncelle-ci, — qu'en matière sentimentale, les hommes, pour éminents ou blasés\nqu'ils soient, se témoignent irritables aux sévices vulgaires, aux lieux-com-\nmuns violents du dépit et de la jalousie, la poussa — tant les mobiles de Del-.\nzire se dissimulaient ! — à lui interdire un futur retour repentant par d'irré-\nmissibles actes. Mais, ceux-ci, outrageants, au premier abord, devenaient\nun réel et puissant sédatif à la constriction morale de Delzire, édulcoraient\nles corrosifs reproches engendrés par la sagesse trop personnelle, l'insuffi-\nsante charité de sa conduite.\n   Mais si le chagrin émouvait Hélène à de trop verbeuses et triviales lamen-\ntations? Quoique expressives, au tréfond, de son simple amour, spontané\net irréfléchi, — la médiocrité d'âme démontrée par le geste mesquin de sa\npeine la déchoirait au niveau d'une quelconque, indigne d'un regard... Plus\nrocailleuse et dure, mais abrégée, une voie indirecte s'ouvrait ainsi, au but\nde Delzire : — la capacité reconnue d'une attitude vilaine, conséquence de\nconjonctures, décisives souvent chez les plus ordinaires créatures même,\nmajestueuses, tout à coup, d'affliction, et grandies, — aurait désauréolé\n Hélène, contaminé son souvenir de la tache visqueuse de cette déprimante\ndécouverte. Une corollaire mésestime s'en fût alimentée, compensation\nrétroactive et maligne de son initiale admiration ; volte-face, autant que\ntoute ses résolutions antérieures, romanesque, extravagante et — parache-\n vait l'incorruptible juge — et ridicule...\n   L'intuition qu'elle atteignit de l'esprit de Delzire, partielle et corroborée,\nà la longue, lorsque de fortuites coïncidences lui dévoilèrent le prisme pur\net sombre, la transparence morale timorée de ce caractère, — lui [commu-\nniqua l'indéfinissable et frileuse surprise d'une ascension parmi l'éther\nasphyxiant et glacé, — l'obsession physique, plutôt que la notion abstraite\net raisonnée.\n   Certes, la virtuelle magie de l'amour, des éclairs d'hyperacuité divinatrice,\nau cours de ces entretiens qui la laissaient hallucinée, en proie au dégoût\nde son insuffisance et ravie, lui démontrèrent de multiples aspects de cette\nâme, effarante d'intensité et de fièvre, foyer embrasé d'énergie tout intellec-\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "                                  — 2l6    —\n\n\n tuelle; — mais l'impromptue interruption de l'exaltante intimité où elle\n commençait à s'apprivoiser, la prosaïque escorte de sa tante substituée, à\nl'improviste, à celle de Delzire, la pétrifièrent dans sa stupéfaction, lui\nôtèrent jusqu'au pouvoir de se représenter encore la chaste maîtrise, la\nsalutaire tutelle, si allègrement et fièrement subies, — en situèrent même le\nregret dans l'illusoire et fantasque région de l'hyperbole.\n   — « Evoluai-je donc au sein d'un songe, soumise à une logique som-\nnambulique, pour avoir énoncé des mots dont la signification m'est, à\ncette heure, perdue? ou quelque chose, depuis, se serait retiré de moi qui\nm'interprétait mes paroles et mes actes, — je ne sais quoi, enfin, incom-\npréhensible et suréminent, qui héroïsait ma pensée, lui juxtaposait une\nessence étrangère?\n    « Cette ivresse extralucide, — point seulement la sève superlative, la\nvibratile aspiration diffuse, la trouble langueur, trop naturelles à mon âge,\nje le devine; — non, cette hypertrophie de sensibilité, d'autre part origi-\nnaire, cet élan généreux, ces effusions prodigues dont s'ailait le défilé\nmorne, naguère, des heures, transposaient mes plus volages impressions\nsur un rhythme éblouissant et lyrique, les sculptaient dans un relief lapi-\ndaire, avec l'inégalable magnificence de l'imprévu... Joies paroxystes, dont\nnulle intempérie n'entravait la croissance intégrale, l'essor épanoui ; et\ntoujours inédites ! — m'humilierai-je au point d'y reconnaître, à présent, les\ncréations perverses d'une griserie malsaine, effervescence réprimée par le.\nsort austère, et heureusement, car, prêtresse d'un culte démoniaque, m'eût-\nelle point menée, pour y sardoniquement secouer ma torpide cécité, au\nmilieu de la nausée et de l'abjection?...\n    « Mais, Delzire... Mais les vénéfices et les philtres de cet enchanteur\ndesquels, après m'en avoir saturé le sang, implacablement il me sevra, me\nvicient tout futur bonheur raisonnable, divulguent la neutralité horrible des\njours à échoir, la platitude laide de mon avenir, désormais ; et sans plus le\nchérir lui-même, peut-être, ni la contrée hantée que son génie préfère,\nl'inamissible mirage et la consomption m'anémieront de l'orbe de vie émer-\nveillante et sapide, où il m'avait transplantée...\n    « Il me montra l'excentrique patrie de grâce extrême et de ferveur, fabu-\nleuse et vermeille, puis, rapidement, referma sur ce spectacle, et pour jamais,\nes vantaux massifs des durs volets... Rien ne filtre au travers; pas une\ngoutte volatile, pas un rais de lumière, témoins de la réalité originelle de\nla vision évanouie; — lueurs profuses qui parfumeraient mon exil... »\n   Ce soir déchirant d'une journée désolée, où la fixe contemplation du\ndésastre approxima presque l'extase, le cœur comme déchiqueté sous\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                                      217 —\n\n l'aiguillon d'un espoir aride, auquel, seule, sa duplicité connivente se com-\n plaisait, après des heures d'absurde espionnage et de sursaut à l'affût déri-\n soire du signe réconcilié, leurre dont elle voulait s'abuser encore, — elle\n écrivait, sans 4essein précis de les envoyer à Delzire, ces lignes dont la\nhardiesse, inspirée de ses alarmes, des nuées véhémentes qui oblitéraient sa\n douceur et sa modestie, lui parut, à l'instant de se dessaisir de sa lettre,\nimpliquer trop de gloses et trop divergentes, pour n'en point compromettre\nla sincérité à des yeux malévoles ou seulement distraits :\n    « C'est une de nos infériorités que des choses nous poignent ou nous\naliènent, principales, à nos yeux, dont l'énonciation verbale s'effarouche,\ndéjà, d'une possible apparence d'emphase, et que, cependant, telles,\ndéchues de leur exagération splendide, nous risquons d'écrire! La peur,\nplutôt, de ne point contracter l'attitude adéquate, le juste et vibrant accent\napparié engendre cette timidité et, surtout, l'absence prévue, chez l'audi-\nteur, de l'assonante attention illuminée, de l'effective sympathie, qui nous\ndétourneraient de déplorer la gratuite profanation, dans le moment même\noù elle ne serait pas encore tout entière accomplie...\n    « Jamais votre affection et ses sources ne m'induisirent à un doute;\nmais, au rebours, ma propre dignité! car comment saluer le prépotent\nesprit, le glorieux être nimbé d'une si intense passion et si sainte, en la\ndébile et incolore créature que je suis? A l'origine, le cercle enflammé de\ncette véhémente et contagieuse ardeur me timora ; cette fougue expansive,\nd'aussi pathétiques envolées me térébraient de l'horrible soupçon de n'être\nque l'arbitraire et fatidique prétexte, l'emblème, l'occasionnel insigne d'une\nrecrudescence de vitalité et d'art; — la contingence, le passant fortuits,\namplifiés dans la magnitude d'une imagination fastueuse, d'avoir surgi un\njour d'embellie; apparitions provocatrices de rêves auxquels elles ne parti-\ncipent pas, — tremplin, conculqué bientôt, d'une assomption vers quel-\nque chimère altissime, inexorable et superbe.\n    « . . . Quelquefois, pourtant, vous vous appuyiez à mon bras si absolu-\nment, avec un si démonstratif et juvénile abandon ! de votre personne s'irra-\ndiaient, m'exhaussant moi-même, des ondes généreuses de volonté et de\njeunesse ! Mais, voici, pourquoi, tout à coup, votre visage s'empourprer,\nvos yeux ternir et s'humecter, votre bras désenlacer la communicative\nétreinte?... Je sentais fondre sur moi et m'opprimer la consternation infinie,\ncomme au voisinage clandestin — cauchemar polaire! — du subit person-\nnage, intempestif et augurai... Vous pénétriez ma contrainte; mais votre\nregard se refusait au mien. L'angoisse, meurtrière de notre félicité, et que je\n reflétais sans la comprendre, vous en saviez le secret!... Vous pénétriez ma\n                                                                      15\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "                                 — 2l8    —\n\n\ncontrainte et que je n'osais vous interroger; comment, alors, aurais-je\njamais pu vous confesser mon amour?\n    « Et, d'ailleurs, ces sentiments, intenses, certes, au delà de leur malha-\nbile expression, ne vous appartiennent-ils toujours? En vérité, ceci émane\nde vous — exclusivement; — vous qui transfigurâtes la candide fille de\njadis en cette âme de transe et de crise. Ces protestations démentes, presque,\nsont-elles pas vôtres et ce langage? Vous me rendîtes capable des unes et\nde l'autre! — de souffrir, aussi, et d'y trouver, à la fin, une affreuse et\ndamnable volupté, — démoralisant baptême de la douleur— sans larmes!\nsacrement anathèmé, célébré à l'autel de l'imposture, sous des auspices\nsinistres.\n    « Et maintenant, étrangée de ceux que je devrais aimer, — comme\n chassée d'un Eden mensonger, — muette, insurgée d'avance contre\n toute possible compassion, le cours morbide, à moi-même inconnu, de ma\n pensée, me submerge de songeries et de soucis, dont la honte m'ac-\n cable, autant que l'orgueil. Les prestiges persistent et m'accompagnent\n jusqu'à la table familiale, de cette atmosphère, créée par vous, où je puisais\n une vie'accélérée et perspicace, mais respirable, je crois, seulement en votre\n compagnie, car l'air, depuis, s'en est aigri et m'oppresse... Cette frêle et\n instable unissonance, gravitation jumelle dans un cycle d'harmonie, pré-\n caire et suave ; pénombre ambiguë qui estompait la rudesse et l'inanité des\n  choses ; graciles fleurs accouplées, créoles, dépaysées en ces climats impla-\n  cables et que la première brise et la plus clémente étiole; cet ineffable et\n  rarissime accord, cette inconstante euphonie, vous semblez en appréhender\n  la reproduction, parer délibérément à ce que l'enviable et torturant délice\n  ne s'en renouvelle plus...\n     « Ces quelques heures, — souvenir vital, indestructible fragrance qui\n  aromatise le costume même de mon deuil; — ces conjonctions fugitives,\n  radieux délire taciturne, — aumône insigne dont je fus gratifiée, unique,\n  et qui, aussi, m'inspire une gratitude sans amertume, — en regrettez-vous\n  déjà la rapide condescendance?\n     « Hélas! ignorais-je chacun de vos pas préconçu, et que vous conviiez\n  mon frère, les matins, injuste suspicion de mon obéissance ; préventif ennui\n  de récriminations dont — oui, malgré cette lettre! — mon caractère éloi-\n  gnait la probabilité. Cette fatuité dernière m'induirait à sourire, presque,\n  cette fatuité, palliative d'une peine moindre, qu'en ces occasions votre\n  prudence vous sauvegardait contre vous-même...\n     « Sachez-le, mon mutisme, l'apparente subordination à des volontés si\n   barbarement promulguées, n'exprimaient rien davantage que mon hypo-\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                                  — 219 —\n\n crisie, une duplicité poltronne, l'épouvante qu'à une question univoque,\n inévitable, excédé, las, à la fin, de votre indifférence, une péremptoire\n réponse ne proscrivît les ambages à l'abri desquels je me trompais encore.\n Je m'étourdissais de prolixes raisonnements pour ne laisser sourdre en moi\n et m'envahir l'insidieux et virulent venin de l'évidence : — la présensation\nmentale d'une catastrophe suffit-elle pas à l'avérer? et j'imagine, même, ce\n présage en précipiter l'événement...\n    « Pauvre âme novice, sans gouvernail et désemparée, assaillie par une\nimprévisible bourrasque!... — Nous nous détournâmes l'un de l'autre,\ncomme si nous nous étions tout dit, — tout, en vérité, l'irréparable, et que\nchacun de nous dût traîner, dorénavant, la surcharge de deux consciences...\nAveux téméraires ; confidences réprouvées ! larves chuchotantes qui peuplent\nnotre sphère, dès lors, habitent notre intimité ; mythes indestructibles,\nfroides et blêmes effigies, interposées en nos mornes tête-à-tête, qui nous\nconjoignaient d'un pacte, fatalement haï, et nous infligeaient à tous deux le\nremords du crime d'un seul...\n   « La suggestion me lancine, parfois, que notre amour agonise de son\nombrageuse pureté, même; le trop limpide éther des sommets en a comburé\net jauni la vacillante et languide corolle. Mais, à élire une voie mieux selon\nl'humanité, le féerique chemin naturel du printemps, jonché de roses\ncapiteuses, je me figure, et balsamique, ne serait-il point échu déjà, l'instant\noù, accablés sous l'irrémissible opprobre et l'écœurement d'une action vile,\nsans doute, dans notre contrition éperdue, nous en maudirions mutuelle-\nment le complice?...\n   « Encore, si parjure, jugulé par un autre et tyrannique sentiment, vous\nme trahissiez! Mais à être ainsi délaissée, sans recours — atténuation\nironique! — à quelque probante jalousie, l'outrage s'aggrave indicible-\nment, car, où chercher qu'en mes propres imperfections, les motifs de votre\ninjure?...\n   « La vertu me déserta, après cette épreuve, la force et la grâce de la\ncrédulité; une lettre, donc, aujourd'hui, m'apparaîtrait ainsi qu'une for-\nmule de banale compatissance... Ou si, avec la légèreté railleuse et amicale,\nà l'aide de laquelle on rassure un enfant épeuré par de puérils fallaces, vous\nréfutez mon aberration, je verrai luire, au travers vos phrases amènes, à la\nflamme sèche d'une impatience irascible, la vague courtoisie condoléante\ndont, machinalement, l'on calme une rancœur que l'on ne partage point,\n— et importune...\n   « Dites des paroles péremptoires ; mais, je vous adjure, ne m'écrivez\npas, car ce choix me serait un signe suffisant — et très funeste... »\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "                                  — 220 —\n\n\n                                       X\n   Au débouché de la station, le rail contournait le parc du château et le\ncadre mobile de la portière déroulait devant Delzire comme le panorama\nabrégé d'un bonheur pour jamais révolu, et envisagé, du haut de ce wagon\nen mouvement, avec les yeux, dans la douloureuse et nostalgique perspec-\ntive de l'exil...\n   La paix claustrale des longues allées coutumières, rendues à leur médi-\ntation auguste et, bientôt, solitaire, défeuillées par la roide main convul-\nsive de l'hiver, — combien de fois son pas nerveux la trangressa, qui n'en\nfoulerait plus le sol !...\n   Un accident de lumière; le glacis d'un rayon sur la pourpre terne; les\nfeuillages érubescents ou mordorés ; le fût presque désargenté d'un tremble,\nentrevus dans la fuite accélérée du train, — un quinconce; la symétrie\nnoire d'une sapinière triangulaire ; à la crête d'une côte, le jet élégant d'un\npin arborant à l'extrémité de son tronc noueux sa cime conique et flexible;\n— chaque coin, chaque site devenait pour Delzire la rubrique matérielle\nde quelque réminiscence... Illustrations indélébiles d'un passé dont la loco-\nmotive essoufflée l'éloigné ; un passé où l'équilibre sublime régna entre\nl'âme et le monde que sa clarté réfracte, pareil au sillage d'une apothéose\nreligieuse et sanglante, à une pentecôte qui nous laisse éblouis et meilleurs.\nQuelles effluences spécieuses évapore ce décor forestier, quels sels revivi-\nfiants ! et voici la nonchalance merveilleuse et hautaine du lac, le velours\npâli des pelouses rivulaires, nobles aspects qui, pendant ses attentes au\nchêne du carrefour, résolvaient ses hésitations et ses sophismes. Puis, les\nconfins du domaine, les sentiers limitrophes, crayeux rubans sinués\npar les dépressions du terrain et coupés brusquement à pic, au ras\nd'horizons dont l'enchantement ne le saisirait plus... Apparences sensibles\nd'une époque vaporeuse, déjà, et fluide que la marche du convoi déroulait\navec l'exactitude illusionnaire et méticuleuse, l'hypermnésie précipitée d'un\nesprit moribond ; séparation plus poignante, peut-être, que son départ\nsùbreptice à l'aurore, sans adieux, sans nul regard, intimidé d'aspiration\ndésabusée et de mélancolie, fixé longtemps sur le chemin de sa disparition...\n  .... Une saison s'écoulerait et le cristal inaltéré de la pensée d'Hélène,\nobscurci d'une transitoire buée, reluirait ; une aube d'avril elle s'éveillerait\nen sursaut, étonnée d'elle-même et de la prodigieuse beauté des choses,\nsous l'azur miraculeux...\n   Et un jour, qui sait? très lointain, l'âcre fièvre et jusqu'aux vagues\nstigmates du combat abolis, — alors que, désisté de passion présente et\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                                — 221    —\n\n\nd'égoïsme, le vestige suprême de cette élégie se sera transféré dans la\nrégion sereine de la mémoire, — il reviendra vers ce lac, miroir pas-\nsager de sa perplexité, retremper sa misanthropie à Isœil, en cet asile où\nflorirent pour lui, fatal et suave bouquet, l'aptitude aux larmes, la voca-\ntion éphémère du sacrifice...\n   Impossible pèlerinage et trop humiliant ! Reparcourir, guéri, des\nparages desquels l'on se bannit, jadis, emportant le désespoir, imaginai-\nrement incurable, et la vanité de sa plaie! Privilège misérable et magnifique !\nreparaître sur le théâtre d'une défaite oubliée, y affronter la lutte, encore,\nresubir les affres primitives, pour se sentir navré de la même blessure,\nnouvelle, une fois de plus, et inconnue!...\n                                                     ARNOLD GOFFIN\n\n\n\n\n                               VERS\n             LA MÈRE DES GRACQUES A OSTIE\n          Femme! où sont maintenant tes fils ensevelis,\n          Larges fronts de tribuns aux lueurs prophétiques!\n          Et ta villa d'Ostie où sous les blancs portiques\n          Ton hôte avec respect baisait tes doigts pâlis ?\n          Tu ramenais sur toi ta douleur aux longs plis,\n          Et, pleurant tes enfants par les soirs pathétiques,\n          Tu ne regrettais rien, mère des temps antiques,\n          Que leurs rêves brisés, avec eux abolis.\n          Et pensifs, et penchés sur le Tibre en silence,\n          Les lettrés de la Grèce et les rois accourus\n          Évoquaient, à fouir, les héros disparus...\n          Car Rome élargissait, là-bas, son orbe immense!\n          Et le fleuve à la mer, toujours calme et puissant,\n          Roulait des flots de boue avec des flots de sang.\n\n                              SALAMINE\n                                             « L'île nourricière des colombes.\n                                                                  ESCHYLE.\n\n            Déjà Lesbos décroît aux horizons aimés\n            Et le soupir brûlant des vents de Mitylène\n            Fraîchit. Obéissant à l'invisible haleine\n            La flotte immense glisse et fend les flots calmés.\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "                                     — 222 —\n\n\n               Xerxès foule songeur ses coussins parfumés.\n               Et bercé sur sa nef aux ailes de phalène\n               Une Athènes de rêve où rit le ciel hellène\n               Se mire en ses yeux fous, indolents et charmés.\n               La brise qui se roule en ondes orageuses,\n               Dresse les seins gonflés de galères neigeuses\n               Et, d'une odeur d'Asie emplissant l'Archipel,\n                Vole éveiller, aux bords où l'azur s'illumine,\n                L'Hellade qui salue avec des cris d'appel\n                Les ramiers tournoyant autour de Salamine!\n                                                     MAURICE CARTUYVELS\n\n\n\n\n      Notes sur les Primitifs d'Espagne.\n                                  (Fragments) (1)\n\n               GALLEGOS, MORALES, VALDÈS LÉAL\n   ... De FERNANDO GALLEGOS, dans les salles des Primitifs au Musée\ndu Prado, une série de six tableaux représentant des scènes de la vie de\nsaint Jean-Baptiste. Noté surtout les nos 2156, la Naissance, et 2160, la\nDécollation. Dans le premier, c'est, sous un plafond à caissons, un lit à\ndais rouge où sainte Elisabeth étendue, coiffée d'une guimpe blanche aux\nplis roides, le corps indiqué sous une couverture olive, présente le nouveau-né\nà la Vierge vêtue d'un manteau bleu profond qui couvre une robe de velours\ncramoisi gaufré d'or. Derrière la Vierge, un personnage vieux et mince, et\ndevant elle, au premier plan, une petite fille aux airs de princesse ingénue,\nqui chauffe des langes à un brasero. Tout cela peint avec cette vigueur de\ncoloris, cette observation patiente et grave de la nature, qui fait la juste\ngloire des gothiques flamands.\n   La Décollation est plus fastueuse et plus étrange. Le saint est à genoux,\ndécapité, le col saignant, les bras ballants et morts. Il vient d'être occis\npar le bourreau, jeune homme long et mince aux allures d'araignée, qui\ndépose avec un sourire aimable la pauvre tête aux yeux éteints sur le plat\nque lui tend Salomé. Celle-ci est une petite fille candide qui regarde d'un\nair sérieux et interrogateur parfaitement incompréhensif du tragique de ce\nqui vient de se passer. Elle est parée d'une lourde robe à ramages et coiffée\nd'un turban d'où ses cheveux tombent ficelés en un boudin blanc. Dans les\n\n  (1) Voir ta Jeune Belgique, n°s de janvier et mars 1894.\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                                       — 223 —\n\n\nfonds, une architecture à deux compartiments avec Salomé offrant le rouge\nprésent d'un côté, au roi; de l'autre, à Hérodiade. Ce sont des personnages\ntrès observés et très vivants, pris séparément ; mais on sent un peu l'effort\nde l'artiste pour les grouper en la scène imaginée, ce qui leur donne l'aspect\nanguleux d'automates s'agitant dans des décors somptueux : réalisme\nmaniéré d'expression intense qui fait penser fortement à Stuerbout...\n   ... De Luis MORALES, à l'Académie de San-Fernando, m'arrête une\n Vierge soutenant le corps du Christ mort. Au pied de la croix; fond vague\net sombre. La mère triste tient pressé contre elle, de ses mains toutes\ngrandes ouvertes, aux doigts écartés comme pour mieux étreindre, de pauvres\ndoigts de vieille laborieuse, elle tient sous les bras le corps raidi, nu et\nblême du Christ. Sur la chair morte, comme de bois jaune, il y a des\ntraînées rouge sombre de sang séché, au front, sur les bras, au flanc troué.\nEt elle approche de son visage usé par les larmes, la face pâle aux yeux\nclos, aux lèvres bleues. Tout cela est d'un sentiment très profond, d'une\ngrande noblesse, d'une simplicité vraiment magistrale. Le dessin a la pré-\ncision un peu incisive de Vanderweyden ; l'émail savoureux de la couleur est\ndigne de Giovanni Bellini ; mais, bien qu'apparentée aux Primitifs des\nFlandres et de Venise, l'œuvre est autre cependant, d'une originalité réelle,\nd'un accent plus farouche et plus âpre...\n   ... De VALDÈS LÉAL (1), en la chapelle de la Caritad, à Séville, une toile\nterrible. C'est très mal éclairé et très sombre. Dans une sorte de cave basse,\ns'allonge dans l'obscur une perspective de cercueils, à demi ouverts. Dans\ncelui du premier plan : un cercueil revêtu de peluche pourpre qui s'est pour-\nrie, noircie, qui se détache ça et là, laissant voir le bois et les clous, un\névêque est livré aux vers. Il y a un grouillement effroyable de larves et\nd'insectes autour de la mitre, de la crosse, des vêtements sacerdotaux. Cela\nmonte, descend, s'agite, pullule avec une activité de destruction extraordi-\nnaire. La figure est épouvantable : le crâne apparaît, encore charnu; mais\nle nez a disparu, les dents ricanent atrocement, les yeux pourris ont un\nregard sans nom. Sous la somptuosité des draperies, on devine les chairs\nflasques, affaissées, qui se décomposent; les gants, les gants de peau gris-\nperle sont mous, presque vides, comme trop grands; on y soupçonne le\nlabeur vorace des nécrophages et l'un des doigts en est troué par un ver.\nDerrière ce cercueil, étendu dans l'autre sens, et davantage enfoncé dans la\nnuit, un autre, d'opulence égale, où l'on distingue laborieusement le\ncadavre d'un roi aux cheveux noirs, couché comme en un linceul dans un\ngrand manteau d'un blanc sale brodé sur l'épaule de la croix rouge des\n\n\n  (1) Valdès Léal : 1630-1691. — Parfaitement. — A ceux qui croiraient que je veux en\nfaire un primitif, qu'il me soit permis de signaler que ces notes sont des fragments épars;\npeut-être, dans l'ensemble, celle-ci, sur Valdès, trouvera sa raison d'être.\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "                                      — 224 —\n\nchevaliers de Calatrava. Puis dans l'ombre, derrière, d'autres encore pour-\nrissant dans la nuit sépulcrale...\n   Au-dessus, une balance aux plateaux égaux remplis d'attributs peu dis-\ncernables, avec cette inscription ; Nimas, Nimenos. Une autre banderole\n formule assez inutilement le sens de l'évocation redoutable : Finis gloriae\nmundi. C'est bien la fin de la gloire du monde, la vanité suprême des\npompes et des souverainetés : méditation banale peut-être, mais qui, célé-\nbrée avec cette puissance, prend cette allure d'absolu et de définitif qui est\nle propre du symbole. Ainsi se vérifie encore, à l'occasion de cette œuvre,\nune des quelques inoubliables de l'art d'Espagne, l'absence, chez les artistes\nde cette nation, d'inquiétude de l'au-delà, leur impuissance des synthèses:\nvoici un Maître, qui cherchant (tout à fait exceptionnellement) à signifier\nune intention mystique évidente, l'essaie puérilement par des allégories et\ndes devises, tandis qu'il la profère splendidement par la représentation réa-\nliste d'un phénomène particulier : cadavres opulents dans un tombeau ! Et\nquels triomphes de couleur, quelles joies pour l'œil dans cette facture large\net vigoureuse, dans l'originalité et la violence de cette palette harmonisant\ndes rouges mystérieux, des blancs livides et des noirs funéraires.\n\n                                                              JULES DESTRÉE\n     (A    continuer.)\n\n\n\n           CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   Pauca Paucis, par CLAIR TISSEUR. Un vol. in-8°, chez Bernoux et Cumin, éditeurs, à\nLyon. — Joies errantes, par MARIE KRYSINSKA. Un vol., Paris, Lemerre. — Les Inatten­\ntions et Sollicitudes, par FRANC-NOHAIN. Un vol., Paris, L. Vanier. — N u i t s d'Epipha-\nnies, par ANDRÉ FONTAINAS. Un vol., Paris, édition du Mercure de France. — Il Poema\ndelle Nozze, par ANTONIO SANTÉ MARTORELLI. Un vol., Sienne, Carlo Nava.\n\n   Pauca Paucis, tel est le titre d'un recueil de vers, luxueusement édité à\nLyon, dont l'auteur, M. Clair Tisseur, disait dans son avant-propos :\n« Ce recueil n'est pas pour le public. Il n'est destiné qu'à des amis, et\nencore en nombre infiniment restreint, car tout le monde n'est pas obligé\nd'avoir du goût pour les lignes inégales. » Le Destin, qui se plaît à\ndémentir nos prévisions, a forcé l'auteur de ce livre d'en tirer presque\naussitôt une deuxième édition, et c'était, ma foi, fort bien fait. M. Clair\nTisseur n'est plus un jeune homme. Une pièce charmante de ses \" Antho-\nlogica » nous apprend qu'il exerça jadis la profession d'architecte ; aujour-\nd'hui il a voué ses loisirs à la méditation et à la poésie. Ses vers ont attiré,\nà juste titre, l'attention des lettrés. Ce n'est pas cependant que son livre\nsoit sans défaut. Loin de là, il s'y trouve des pièces qui hurlent d'être\naccouplées. Que M. Clair Tisseur nous pardonne notre franchise : s'il\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                                         — 225 —\n\n\nn'avait donné la mesure de son talent dans nombre de pièces vraiment\nadmirables, nous serions moins sévère; mais comment ne pas protester\nlorsque l'on trouve ces petits joyaux littéraires mêlés à des pièces d'un\nmauvais goût déplorable? (Voir les séries intitulées Nugœ, Varia.) L'on\nreste confondu en le voyant tantôt faire preuve d'un goût parfait, tantôt\nmontrer tout le contraire. Parlons d'abord des défauts de M. Clair Tisseur.\nIl est Lyonnais à l'excès, Lyonnais à fendre l'âme. Sa préface est destinée\nà gourmander l'ignorance et la grossièreté de ses concitoyens. Voilà des\npréoccupations qui peuvent trouver leur place dans une revue locale; elles\nfont peine à voir en tête d'un recueil de vers où la face grimaçante des\nbourgeois de Lyon ne devrait pas se dresser en face du pur profil des\nmuses antiques. Par malheur, cette critique ne concerne pas seulement la\npréface, elle s'applique aussi à plusieurs pièces de ce livre, qui serait beau-\ncoup plus beau s'il était de moitié moins gros.\n   Maintenant que voilà faite la part du diable, occupons nous de la part\ndes dieux; celle-ci est vraiment fort belle. M. Clair Tisseur a su aimer et\ncomprendre les poètes de l'antiquité grecque; il leur a demandé le secret de\nleur grâce, de leur fraîcheur, de leur éternelle jeunesse; et ces demi-dieux,\ntouchés, sans doute, de tant de ferveur, lui ont libéralement accordé ce\nqu'il souhaitait. Que l'on en juge par les deux pièces que nous transcri-\nvons ici.\n                                      L'HERMÈS\n             Sous Vyeuse bruyante un kermès est dressé,\n             Et le feuillage noir, par le vent balancé,\n             Fait flotter sur le marbre un voile translucide.\n             Un filet pur jaillit. La nymphe au pied fluide\n             S'échappe en murmurant parmi les blancs graviers.\n             Un bosquet toujours vert l'enlace, où, par milliers,\n             La fleur du myrte éclate en aigrette odorante.\n             Le jeune dieu, penchant sa tête bienveillante,\n             Semble montrer l'exèdre au passant, qui s'asseoit,\n             Détend son corps lassé, songe aux siens; puis il boit\n             Et lit, en invoquant la naïade propice :\n             C H E M I N E , VOYAGEUR, PENSANT A LA J U S T I C E .\n\n\n                                 ANNI NOVITAS\n             A l'âge où le cœur bout sous les forces obscures\n             Je m'écriais : « Doras, que tes livres sont pures'.\n             « Que le sein de Myrto palpite avec douceur !\n             « Pourtant elle n'est pas plus tendre que sa sœur.\n             « Que tes flancs, ô Clymene, ondulent avec grâce !\n             « Quelle nymphe, ô Mélite, en blancheur te surpasse ?\n             « Que le cou d'Amymone est rose et délicat,\n             « Mais combien les yeux noirs de Phormis ont d'éclat! »\n             Parmi les vierges, fleurs de vos saisons nouvelles,\n             Mon cœur, en était-il qui ne fussent point belles?\n\n  M. Clair Tisseur manie le vers avec une véritable maîtrise. Il n'a pas\ndédaigné de s'occuper des questions de métier, qui, de nos jours, préoc-\ncupent tant d'esprits. Il a publié un gros, un bien gros volume sur l'art de\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "                                    —   226\n\n\nversifier. Il est persuadé, lui qui a écrit de si beaux vers classiques, que la\nversification traditionnelle a fait son temps, et certes l'opinion de l'homme\nqui a rimé les meilleures pièces de Pauca Paucis ne peut être négligée.\nMais il faudrait faire un gros livre aussi pour examiner, peser et réfuter. Je\ncrois que M. Clair Tisseur s'est laissé abuser un peu par le tapage de ceux\nque Verlaine appelle les « cymbalistes ». Le tapage n'est pas une raison.\n   Quoi qu'il en soit, M. Clair Tisseur s'est mis bravement à l'œuvre et a\nrimé d'après le système que ses études l'ont conduit à adopter. Ces pièces\noffrent un intérêt tout particulier. Telle d'entre elles, Epigramme grecque,\noù l'alexandrin est régulierement coupé en 4-4-4, est d'un rythme haletant\net monotone, qui fatigue avant qu'on n'arrive à la fin du morceau, bref et\njoli pourtant. L'expérience est défavorable ; elle démontre péremptoirement\nque l'alexandrin 6-6, (admettant les subdivisions variables des hémistiches)\nest autrement souple et varié et qu'il n'est pas bon d'employer le 4-4-4 sans\nmélange. Kléophas, en vers de dix syllabes diversement coupés, est mieux\nréussi. Dans Hélène et dans Patrokles nous trouvons un vers de quatorze\nsyllabes qui est fort beau, d'une harmonie large et majestueuse : il se\nmesure 4-4-6. De toutes les formes nouvelles ou peu usitées que préconise\nM. Clair Tisseur, celle-ci me semble être la meilleure. Toutefois, à bien\npeser les choses, la seconde partie de Pauca Paucis ne me paraît pas valoir\nla première.\n   Il nous faut dire un mot de la pensée de M. Clair Tisseur. Le poète est\nun théiste qui ne rend hommage qu'au dieu inconnu, Deo ignoto, et qui\nsystématiquement ne veut rien apprendre au sujet de sa divinité. Celle-ci\nexiste, il en est sûr, et cette certitude lui suffit. De là cette sérénité antique,\nencore accrue par le fait que, indifférent à toute détermination de la divi-\nnité, indifférent donc au nom sous lequel on la peut vénérer, M. Clair Tis-\nseur trouve un plaisir esthétique à lui rendre le nom sous lequel l'adoraient\nles poètes grecs, objet de ses amoureuses études ; dans son livre Dieu s'ap-\npelle Zeus.\n                        Suivant les rites des ancêtres\n                        Sur les flûtes, les barbytos.\n                        Sur les cithares de Délos,\n                        Célébrons ZEUS, père des êtres.\n  Ainsi chante le chœur ; puis vient un hymne vraiment grandiose, dont\nvoici le début :\n                Zeus, souverain des dieux, éternel,  tout-puissant,\n                Toi que, sous mille noms, du couchant à l'aurore,\n                Du Nil au Borysthène à genoux l'homme adore,\n                          Je te salue en frémissant.\n\n                    O Père, ô Zeus, tu fus,   tu es et tu seras.\n   Ce Zeus-là n'est pas précisément le dieu que vénéraient les personnages\ndes comédies d'Aristophane, et dont Socrate et Platon parlaient avec une\nmordante ironie; il n'en a gardé que le nom. Mais n'est-il pas piquant d'en-\ntendre, à travers les siècles, résonner l'inextinguible hymne de gloire en\nl'honneur des dieux de l'Hellade? Tour à tour on a dit d'André Chénier, de\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "                                 — 227 —\n\n\nGœthe, de Leconte de Lisle, de Louis Ménard : « C'est le dernier païen. »\nEn voici un nouveau. Il brûle l'encens orphique sur l'autel des dieux. Telle\nest la force des symboles auxquels la beauté et l'art ont assuré l'immorta-\nlité, qu'à travers les siècles, en des temps de science positive et de rationa-\nlisme, les dieux détrônés trouvent encore des adorateurs. Reconnaissons\ntoutefois que M. Ménard et M. Clair Tisseur n'ont pas en Jupiter la foi du\nberger d'Arcadie. Sous les noms anciens ils vénèrent des entités métaphy-\nsiques et ces païens ont passé par Alexandrie. Sont-ils bien sûrs de ne rien\ndevoir à l'Evangile? La « lumière qui éclaire tout homme venant au monde »\na peut-être brillé sur eux, à leur insu.\n\n   Mme Marie Krysinska revendique, non sans quelque raison, la paternité\n— ou la maternité — du vers libre, ses Rythmes pittoresques ayant été\nécrits en 1881-1882. Tout en se défendant d'avoir voulu être ni disciple\nde quelqu'un ni chef de quelque école, M me Marie Krysinska se livre à\nune apologie en sourdine de sa mélopée. Nous n'y voyons pas de mal\ndu moment que l'on n'y veut point voir des vers et que l'on ne s'efforce pas\nde proclamer, en dépit de l'évidence, l'identité du vers français et d'une\nsorte de prose ornée d'assonnances et partagée en petites lignes qui se\nsuivent, se raccourcissent et s'allongent au petit bonheur. Cette forme peut\navoir son charme et nous n'avons jamais demandé la tête de ceux qui la\npratiquent. Nous nous bornons à protester lorsqu'on donne à cette mélo-\npée le nom de « vers » et lorsqu'on affirme qu'elle est supérieure au vers\nfrançais et qu'elle est destinée à le supplanter. Une forme invertébrée ne\nsaurait être supérieure à une forme vertébrée, un lombric est moins parfait\nqu'un oiseau ou qu'un quadrupède ; une forme molle, indécise et artificielle\nne saurait supplanter une forme nette, claire et née, par un développement\nlent et régulier, du génie même de la langue nationale. Mais ce n'est point\nle moment de discuter ces questions Bornons-nous à constater que le soi-\ndisant vers libre qui devait supplanter le vers traditionnel est déjà en pleine\ndécadence. Récemment la Repue blanche parlait de « tentative avortée ».\nN'en sera-t-il pas de la mélopée comme de la peinture pointillée, que ses\nanciens admirateurs abandonnent déjà?\n   Tout cela n'empêche pas qu'il n'y ait de charmants morceaux dans le\nlivre de Mme Marie Krysinska, tel, entre autres, celui intitulé Oumé, qui\ncommence ainsi :\n                Oumé — Fleur-de-Prunier — la petite princesse\n                Japonaise — aux longs yeux,\n                Au teint de lotus doré,\n                                  Laisse errer\n                Ses doigts de fin ivoire\n                Sur les cordes tendues de la biva ;\n                Et de ses lèvres exquisement pâles\n                                 Monte une chanson.\n   Plusieurs des piécettes de Mme Krysinska sont fraîches et jolies : il faut\nn'en pas demander davantage et les accepter telles qu'on nous les donne.\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "                                     — 228 —\n\n\n\n   M. Franc-Nohain, qui a lu Jules Laforgue et qui a profité de ses lec-\ntures, emploie les versets assonnancés avec une verve étourdissante. Ces\nà-peu-près de vers conviennent merveilleusement à ces à-peu-près de pensées.\nCe sont des monocoquelogues plus fins, comme la Complainte de\nM. Benoît, ou des fantaisies qui feraient la joie d'Alphonse Allais : telles\nles pièces intitulées Quelques chameaux et Berceuse obscène.\n   Voici\n                        LA COMPLAINTE DE M. BENOIT\n        Dans sa coquette maison de campagne de        Saint-Mandé\n        Monsieur Benoît, hier matin, s'est suicidé.\n        On peut dire que c'est joliment désagréable pour sa famille.\n        Et il aurait peut-être aussi bien fait de se tenir   tranquille.\n        Avec ça que c'est une fâcheuse existence que je    prévois\n        (Dès lors) pour cette bonne madame Benoît.\n        Cette pauvre mademoiselle Benoît est également bien à plaindre,\n        Elle qui allait épouser un riche industriel de l'Indre.\n        Et te fils Benoît, un garçon si rangé et si    travailleur!...\n        Faut-il qu'il y ait des gens tout de même qui a du malheur !...\n        Le plus dégoûtant, c'est que c'est encore une histoire de femmes;\n        Monsieur Benoît était d'un naturel léger,       mesdames...\n        N'empêche que toute la famille est allée à l'enterrement,\n        Et il faut avouer qu'il leur était bien difficile de faire  autrement.\n\n                                      ***\n   Nuits d'Epiphanies, tel est le titre d'un livre de vers élégants et doux,\nd'une mélancolie charmante et fière, d'un jeune poète qui écoute chanter\ndu fond d'un castel de légende les voix mêlées des forêts remuées parle\nvent. Les voix sont douces et mélodieuses à plaisir; on y entend les chan-\nsons errantes des fées, les ballades capricieuses des ondines et parfois les\npropos mystérieusement compliqués des petits gnomes qui ne parlent des\ntrésors cachés qu'en phrases prudemment entortillées, afin, sans doute, que\nl'on ne puisse trouver la cachette et dérober les nobles émeraudes et les\npieux saphirs ainsi que les magiques escarboucles qu'ils ont dissimulés sous\nla mousse, au bord de l'étang des cygnes bleus, où nagent, à l'aube, des\nnymphes coiffées de lys et d'hélichryses.\n   Trois rois sont entrés dans la forêt des merveilles. Aux fenêtres du\nmanoir, les vierges qui se mirent dans des miroirs lumineux, les regardent\npasser. Cependant, dans les palais souterrains de l'Adversaire, la Mort\nprépare ses embûches. Par ses prestiges infernaux, elle suscite dans le lac\nféerique une île d'enchantements. Est-ce Cythère? sont-ce les jardins\nd'Armide? Qu'importe? Les rois vertueux passent et arrivent aux pieds de\nla femme sainte qui mettra au monde le miraculeux enfant. Telle est l'allé-\ngorie poétique de ce livre, où se déroule la chevauchée du poète à travers\nles voluptés profanes jusqu'au seuil du sanctuaire où il trouvera le bonheur:\nQuel est ce sanctuaire ? Le Temple de la Joie, dit-il, sans s'expliquer davan-\ntage.\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "                                — 229 —\n\n   M. Fontainas mêle les vers réguliers et les versets de la mélopée. On ne\nsaurait l'accuser d'ignorer les beautés de la métrique traditionnelle, comme\nle prouvent ces vers musicaux :\n              Je l'ai suivi marchant sous la forêt nocturne\n              Le Chevaucheur Royal fier ainsi qu'un Printemps,\n              O fleurs de son visage et parfums de son rire,\n              Quelle équivoque nuit sous le ciel taciturne\n              Quel orage a flétri vos tiges, fleurs et rires\n              Du Royal Chevaucheur fier ainsi qu'un Printemps?\n                                      ***\n  C'est un charmant et délicat petit recueil de vers que Il Poema delle\nNozze, de M. Antonio Sante Martorelli. Le volume se compose de quinze\nélégants sonnets, dédiés à LL. EExc. le prince et la princesse Chigi,\nà l'occasion du mariage de leur fille. Les Italiens cultivent volontiers ce\ngenre de poésie de circonstance, qui chez eux a produit des œuvrettes\ngracieuses, non sans mérite. Pour M. Martorelli, ces poèmes constituent\nun intermède dans ses travaux littéraires. M. Martorelli est l'un des jeunes\nécrivains sur lesquels l'Italie littéraire a fondé ses espérances d'avenir.\nTravailleur infatigable, malgré sa grande jeunesse, il allie aux labeurs du\nprofessorat universitaire le culte passionné des lettres et de la poésie. De\nnombreuses revues publient ses articles de critique, qui sont remarqués.\nOn admire notamment une fort belle étude du talent du célèbre poète\nJean Marradi. M. Martorelli connaît et aime la littérature belge; les poètes\nde la Jeune Belgique lui doivent des notices et des traductions éparses\njusqu'à présent dans des publications diverses, mais qui seront vraisem-\nblablement réunies quelque jour. Du petit livre qu'il vient de publier, la\nJeune Belgique détachera dans son prochain numéro quelques sonnets\ndont elle présentera la traduction à ses lecteurs.\n\n                                                         IWAN GILKIN\n                                    ***\n   Dans sa prochaine chronique littéraire, M. Arnold Goffin s'occupera des\nlivres suivants : Sept Essais d'Emerson, le Bosquet de Psyché, par\nHenri de Regnier ; Pages de charité, par Sander-Pierron ; Vistas, par\nWilliam Sharp; Gueule-Rouge, par M. Renard, etc., etc.\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "                                            — 230 —\n\n\n\n\n                                  MEMENTO\n  L'Art moderne parle du vers libre : « Il                          Clic Clac ! Ohé !\n                                                                    Clic Clac ! Ohé I\nimporte peu qu'on le définisse, qu'on le\nscrute ou qu'on l'analyse, une belle œuvre            Mais celles qui reviennent le plus souvent\n\nle prouvant et l'expliquant beaucoup mieux         sont, avec quelques variantes, les premières\nque les axiomes les plus imposants. Elle,          citées. Autre exemple :\ndu moins, en donne la sensation profonde ;                Je chante la Liberté, la Liberté !\n                                                          Je chante, je chante la Liberté 1\nles théories n'en montrent que l'écorce et ne             Hou Hôôô,! Hou Hôôô ! Hou, Heïe Heïe\n                                                          Hôôô!...\nsont nécessaires qu'à ceux qui n'étant pas\nassez foncièrement poètes pour employer               Ce chant se dit impetuoso et on aspire\ntout leur temps à produire, épiloguent,            les H avec force — comme dans la langue\ndiscutent, tranchent, se fâchent, dogma-           d'Abd-el-Kader. Cela doit être d'un effet\ntisent et finissent par se faire prendre, à la     curieux, le soir dans la montagne ! Le poète\nlongue, pour des pions, »                          use beaucoup des répétitions; c'est un des\n   Lorsqu'on se rappelle que Léonard de            moyens les plus intéressants de sa musique\nVinci et R. Wagner, pour ne parler que de          littéraire. Ainsi cette fin de rêverie (qui se\nces deux maîtres incomparables, ont étudié         dit morendo) :\nminutieusement et savamment exposé la                   Du lac des magiques clairs de lune,...\n                                                        Dansez, dansez les libellules ;\nthéorie de leur art, on reste confondu                  Dansez, dansez les libellules,...\ndevant de pareilles proclamations. Ces                  Dansez les libellules,\n                                                        Dansez les libellules,...\ngrands hommes n'étaient donc « pas assez                Dansez,....\n                                                        Dansez,\nartistes pour employer tout leur temps à                Dansez,\nproduire » ? Si bien que l'Art moderne                  Dansez\ndoit les prendre pour des pions ! ! ! !\n                                                     Tout serait à citer de ces pages, solos et\n                                                   « chœurs fictifs », mais voilà des points qui\n                                                   en disent plus long qu'on ne croit, écrit\n   Du Soir cette amusante notice sur les\n                                                   M. Remy de Gourmont. »\npoésies de M. Trachsel :\n   « L'auteur, dit la préface, a cherché par\nle Cycle à exprimer une vision d'art totale\n« cyclique ». De là, pour la facilité expres-        A la Chambre des représentants, M. Buls\nsive, une division du livre en trois parties       s'est occupé des beaux-arts et de la littéra-\nprincipales. Nous sommes encore avertis            ture en Belgique. Nous ne sommes point\nqu'un grand nombre des pièces de ce                toujours et en tout d'accord avec M. le bourg-\nvolume sont de la « musique littéraire » et        mestre de Bruxelles, mais c'est un honneur\nque la durée des silences est marquée par          pour la capitale que son premier magistrat\ndes points. Exemple :                              s'occupe d'esthétique avec une réelle com-\n La PAIRE :     Hou Hôôô !                         pétence et le sincère désir de bien faire.\n                Hou Hôôô !..\n LE VOYAGEUR : Hou Hôôô !\n                Hou Hôôô!...\n                Que veux-tu, Pâtre des Nuits?...      Feu M. Slingeneyer préconisait la création\n LE PÂTRE :     Hou Hôôô !                         de quelques sinécures à octroyer au besoin,\n                Hou Hôôô !\n                                                   à tel ou tel écrivain peu favorisé par la for-\n   Dans la Chevauchée les points sont natu-\n                                                   tune. M. Buls combat cette proposition.\nrellement plus rares, mais les onomatopées\n                                                   Sans vouloir nous prononcer catégorique-\nabondent, heureusement choisies :\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                                        — 23l      —\n\n ment, nous inclinons plutôt vers la solution    indignes; mais, quand le temple est nettoyé\nque préférait M. Slingeneyer.                    et que les dieux immortels brillent sur les\n                                                 autels de leur éclat sublime et indestructible,\n   Pour un écrivain il ne se peut guère agir     les prétendus iconoclastes, s'ils sont de\nde lui faire une commande, comme si l'on         véritables adorateurs de la Beauté, tombent\navait affaire à un peintre, à un sculpteur, à    à genoux et chantent l'hymne de gloire qui\nun musicien; d'autre part, le subside n'est      retentira aussi longtemps qu'il y aura sur\n                                                 terre un cœur capable de comprendre et\ncertes pas la forme la plus agréable de l'en-    d'aimer Platon, Phidias, Homère et Sopho-\ncouragement officiel. Où M. Buls a parfai-       cle.\ntement raison, c'est dans les conseils qu'il        Si la foi, l'espérance et la charité nous\ndonne aux artistes et à M. l'État de s'occu-     viennent du Calvaire, la beauté nous vient\n                                                 d'Athènes. C'est la gloire des Papes de la\nper chacun de leurs affaires.                    Renaissance de l'avoir compris.\n                                                    Dans le même article, M. Gilkin fut\n   L'abondance des matières nous oblige à        amenda dire un mot du fameux surmenage\nremettre au prochain numéro une chronique        scolaire :\nde notre collaborateur M. Arnold Goffin sur         Il paraît que les élèves sont surmenés.\n                                                 J'ai suivi les cours d'humanités et de phi-\nle Mort, la pantomime de Camille Lemon-          losophieà l'institut Saint-Louis, à Bruxelles,\nnier et des frères Martinetii.                   de 1870 à 1878, et j'y ai fait ce que l'on peut\n                                                 appeler de brillantes études. Je ne me sou-\n                                                 viens pas d'avoir été « surmené » un seul\n  Dans un concert de charité donné par le        jour. Pas un de mes camarades, à ma con-\n                                                 naissance, n'a subi un plus triste sort.\nchœur de dames que dirige M. Léonard,            Cependant un grand nombre d'hommes\nnotre ami et collaborateur M. Ernest Clos-       graves et de personnes considérables affir-\nson a fait entendre deux compositions d'un       ment que l'on exténue le pauvre potache et\n                                                 qu'on va le tuer sous le poids d'un travail\nmérite et d'un grand charme, une chanson         excessif. N'osant, en présence de ces respec-\nrustique et un lied composé sur un petit         tables témoignages, accorder une entière\npoème de M. lwan Gilkin : Le Nénuphar.           créance à mes souvenirs, j'ai cru bon d'in-\nLe poète remercie et félicite chaleureuse-       terroger quelques amis. Je me suis adressé\n                                                 à des jeunes hommes de ma génération et\nment le compositeur.                             de la génération suivante; j'ai questionné\n                                                 MM. Albert Giraud, Ernest Verlant, Valère\n                                                 Gille, Fernand Severin, Louis Delattre,etc.\n   Dans le Journal de Bruxelles du 1er mai,      Aucun de ces messieurs ne se souvient\n                                                 d'avoir subi le moindre surmenage. J'ai\nM. Iwan Gilkin a plaidé la cause des huma-       fréquenté suffisamment, au temps de leurs\nnités classiques contre les adversaires du       études universitaires, MM. Emile Verhae-\ngrec et du latin et contre les apôtres du        ren, Georges Rodenbach, Max Waller, Jules\nlatin de la décadence. Nous transcrivons le      Destrée et quelques autres jeunes hommes\npassage que voici :                              connus du public pour pouvoir affirmer\n                                                 qu'eux non plus n'ont jamais été les vic-\n   S'il s'agit de former une élite intellec-     times d'un surmenage quelconque.\ntuelle, capable de recueillir l'héritage de ce\nque la terre a produit de plus parfait et de       Ces témoignages ont leur valeur. En face\ntransmettre cet héritage intact aux généra-      de quelques professeurs fantaisistes qui\ntions futures, en y ajoutant les produits        croient surmener leurs élèves, voilà des\nnouveaux de la haute culture de l'esprit,        élèves qui affirment qu'ils ne sont point\nrien ne peut remplacer l'étude approfondie       surmenés. A l'heure présente, je connais\ndes humanités classiques. 11 est aisé de plai-   plusieurs étudiants, et des plus brlliants,\nsanter l'Académie et le style pompier. Je        qui rient comme des petites folles quand on\nsuis de ceux à qui ces plaisanteries ne sont     leur demande s'ils ne souffrent point de\n                                                 l'excès des études.\npas étrangères. Mais si, à de certains mo-\nments, il est opportun et même nécessaire\nde pourfendre la routine classique et de\nsecouer ce que l'on appelle les vieilles per-      Notre prochain numéro contiendra une\nruques, les imbéciles seuls peuvent croire       nouvelle de M. Georges Eekhoud, des son-\nque c'est contre l'artclassique lui-même que     nets (traduits) de M. A. S. Martorelli, une\nl'on dirige ces coups. On en combat les          chronique littéraire de M. A. Goffin, etc., etc\npiètres gardiens, on en massacre les pontifes\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "                                          — 232 —\n\n\n   Très réussi, le numéro d'avril de la Société     Georges Rodenbach, Grégoire Leroy, Mau-\n nouvelle. Y lire une nouvelle remarquable          rice Maeterlinck.\n de M. Eekhoud, Appol et Brouscart et une              Georges Rodenbach est très connu chez\n excellente chronique, pleine de verve et de        nous; il habite Paris, il y est édité, une\n vérité, signée H. Krains.                          pièce de lui est reçue à la Comédie-Fran-\n                                                    çaise.\n                                                       Grégoire Leroy a, paraît-il, renoncé à la\n   Depuis quatre ou cinq mois la Revue des\n                                                    poésie ; il est devenu électricien, dans des\n Revues boude la Jeune Belgique. Fi, la\n                                                   agences (?) Mais il a fait autrefois des vers\n grosse méchante !\n                                                   d'une suave inspiration, d'un rythme sou-\n                                                   ple, élégant, d'une langue simple, mais\n     La Petite Gironde rend compte d'une           point banale.\n  intéressante conférence faite à Bordeaux             Maeterlinck est un homme étrange.Ila\n  par M. Van Hamel, professeur de littérature      des procédés littéraires dont il abuse, les\n  française à l'Université de Groningue (Hol-      répétitions de mots, par exemple. En cela,\n lande) :                                          il imiterait les paysans flamands, et arrive-\n                                                   rait par moments, lui, le lettré, à des effets\n     « M. Van Hamel, jeune encore, d'une belle\n                                                   surprenants. C'est un sincère, et son œuvre\n stature, d'une physionomie extrêmement\n                                                   est très curieuse. Une pièce de lui, citée par\n  intelligente, s'impose dès le début à son au-\n                                                   le conférencier, nous a rappelé Gérard de\n ditoire, par la facilité extraordinaire avec\n                                                   Nerval.\n laquelle il parle notre langue, par la netteté\n                                                      On sait qu'il a fait des drames. La Prin­\n de son débit, par la brillante richesse des\n images...                                        cesse Maleine, notamment, a fait beaucoup\n                                                  de bruit à Paris. Maeterlinck est plein de\n     M. Van Hamel entre dans le vif de son\n                                                   Shakespeare. A-t-il son génie? Le confé-\n sujet. Il parle d'abord en termes sympa-\n                                                   rencier analyse quelques-uns de ces drames\n thiques de l'éditeur Lacomblez, un Français,\n                                                  et donne lecture de quelques scènes. L'une\n l'ami des poètes qu'il édite, le Lemerre, en\n                                                  d'elles, d'une ineffable poésie, a été très\n un mot, de la Belgique.\n                                                  applaudie.\n    Puis commence alors le défilé des poètes\n                                                      M. Van Hamel, qui lit en vérilable ar-\n dont le conférencier doit nous entretenir.\n                                                  tiste, a fait connaître à son auditoire, nous\n    C'est d'abord Albert Giraud, le rival de\n                                                  l'avons dit, des extraits des œuvres qu'il\n Leconte de Lisle et de José-Maria de Héré-\n dia, ayant comme eux une forme impec-            analysait.\n cable, un vers imagé et sonore, avec, dans           L'assemblée choisie qui s'était rendue à\n son œuvre, un courant de profonde mélan-         l'Athenée a fait fête à M. Van Hamel; elle\n colie.                                           a chaleureusement applaudi en lui le lettré,\n                                                  le causeur, l'ami de la France et des Fran-\n    Vient ensuite Iwan Gilkin, pessimiste et\namer, qu'on a pu appeler un Baudelaire,           çais. »\nmais qui n'a pas, dit le conférencier, la sen-\nsualité du poète des Fleurs du mal. C'est\nun Baudelaire plus intellectuel.\n    Emile Verhaeren, lui, fut d'abord natura-\nliste, puis il est devenu mystique et triste.\nI1 dédaigne la forme et enveloppe de belles\nidées dans une langue obscure, tourmentée,\nincompréhensible; nous ajouterions même,\nnous, parfaitement ridicule.\n    Le conférencier cite Séverin, qui fait des\nvers très doux, très corrects, très purs, puis\nil s'arrête à quelques poètes gantois :\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "              Paul LACOMBLEZ\n    ÉDITEUR         D E « LA J E U N E B E L G I Q U E »\n                    31, rue des Paroissiens,   31\n                            BRUXELLES\n\n\n\n               Dernières publications :\nSANDER PIERRON : Pages       de charité, avec préface de\n   Georges Eekhoud                                   fr. 3 50\nH. DE RÉGNIER : Le Bosquet de Psyché       . . . .       2 «\nH. VAN DOORSLAER : Sur l'Escaut, avec préface\n   d'Edmond Picard                                       3 50\nA. DAXHELET : Pages de tendresse vague . . . .           3 50\n        —          Nouvelles de Wallonie                 3 50\nS E P T ESSAIS D'EMERSON, traduits par I. Will, avec\n   préface de Maurice Maeterlinck                        3 50\nC H . D E COSTER : Légendes flamandes, avec préface\n   d'Emile Deschanel                                     3 50\nJEANNE TORDEUS : Manuel de prononciation, nou-\n   velle édition, avec préface d'Edouard Thierry         2 »\nEDMOND PICARD : Scènes de la Vie judiciaire . . .        4 »\n         —           El Moghreb al Aksa                  4 »\n         —           Vie Simple                          3 »\nGEORGES EEKHOUD : La Nouvelle Carthage, édition\n   définitive                                            4 »\n\n                       En v e n t e :\nLes Inattentions    et Sollicitudes    du poète FRANC\n  NOHAIN                                                     fr. 2   »\nJ.-M. D E HÉRÉDIA : La Nonne Alférez, illustré . .              2 »\nJ. PÉLADAN : Comment on devient artiste . . . .                 7 50\nG. RODENBACH : Musée de béguines                                3 50\nJ.-H. ROSNY : L'Impérieuse bonté                                3 50\nSTENDHAL : Lucien Leuwen (inédit)                               3 50\nH. T A I N E : Derniers Essais de critique et d'histoire .      3 50\nP. VERLAINE : Dans les limbes                                   3 »\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "                    Paul LACOMBLEZ\n                                          ÉDITEUR\n\n        31, RUE DES PAROISSIENS, BRUXELLES\n                                L i v r e s de fonds.\nBaudoux, F. Rythmes vieux, gris et                Hannon, Théo. Noèls fin de siècle . fr. 3 »\n   roses                               fr. 3 50        —       Au pays de Manneken-Pis 4 »\nBrabant, V. Notes de voyage . . .            1 » Hanneuse, 0. La Reine Aléna . . (souscrit)\nBloy, Léon. Le Pal (4 num.), très rare. 4 »             —      Sorella                      2 50\n   Les 3 premiers numéros ensemble 1 » Itiberê da Cunha, J. Préludes . . .                  3 »\nBosiers, E. Harald-Roi                       2 » Jenart, Aug. Le Barbare                    2 »\nCarnet de chasse illustré                   15 » Jeune Belgique (Le Parnasse de la). . 7 5 0\nChainaya, H. L'Ame des choses . . .          3 » Justus Severus Africus                     1 »\nCourouble, L. Contes et souvenirs . . 3 50 Kahn, Gustave. Chansons d'amant • • 3 50\nCudell, Ch. Printemps sombre . . .           2 »        —      Les Palais nomades           3 50\nDa Costa, G. Grammaire en porte-                  Lacomblez, Paul. Jeunes filles . . .      2 »\n  feuille                                    o 50       —       Loth et ses filles . . .    2 »\nDaxhelet, A Pages de tendresse vague. 3 50 Landoy, Eug. Evocations                          3 50\n      —       Nouvelles de Wallonie . 3 50              —       Maître Martin . . . .       o 50\nDe Coster, Ch. La Légende d'Ulen-                 Lautréamont (comte de). Les Chants de\n  spiegel                                    5 »     Maldoror                               3 50\nDe Coster, Ch. Légendes flamandes . 3 50 Lemonnier, C. Paroles pour Georges\nDelattre, Louis. Contes de mon village. 3 50         Eekhoud                                0 50\nDelville, J. Les Horizons hantés          . 3 50 Maeterlinck, Maurice. Les Aveugles\nDe Haulleville (baron P.). En vacances. 3 50                    (L'Intruse, Les Aveugles. 3 »\n      —      Portraits et silhouettes, 2 v. 7 »         —       La Princesse Maleine, . 3 50\nDemolder, E. Contes d'Yperdamme . 3 »                   —       Serres chaudes . . . .      3 »\n      —         Impressions d'Art. . . 3 »              —       L'Ornement des noces spi-\n      —        James Ensor . . . .           3 »                   rituelles                4 »\nDe Mallessan. Petite Cousine, comédie. 2 »              —      Les Sept Princesses          2 »\nDe Régnier. Le Bosquet de Psyché . 2 »                  —       Pelléas et Mélisande . . 3 50\nDe Tallenay, J. L'Invisible . . . . 3 50                           (Voir Emerson.)\nDesombiaux, M. Vers de l'espoir . . 2 » Mallarmé. Villiers de l'Isle-Adam . . 3 »\nDestrée, Jules. Journal des Destrée          1 » Maubel, Henri. Miette                      2 50\nDulac, Paul. Vingt-cinq sonnets. . . 1 50               —       Etude de jeune fille . . 3 50\nDupont, A. L'Envol des rêves . . .           2 »        —       Quelqu'un d'aujourd'hui. 3 50\nEekhoud, Georges. Nouvelles Kermesses 3 50 Picard, E. El Moghreb al Aksa. . . 4 »\n      —        La Nouvelle Carthage. . 4 »              —       Scènes de la vie judiciaire 4 »\n      —        Les Fusillés de Malines . 3 50           —      Vie simple                   3 »\n      —       Au siècle de Shakespeare. 3 » Pléiade (La). Première année (1889) . 3 »\n      —       Kees Doorik                    3 50 Poe, Edgar. Poésies complètes . . .       2 »\n      —        Kermesses                     5 » Rodenbach. Le Foyer et les champs . 1 »\nElskamp, Max. Dominical                      2 » Severin, Fernand. Le Lys                   2 »\n     —        Salutations, dont d'angé-                   —            Le Don d'enfance . 2 »\n  liques                                     3 50 Sluyts, Ch. L'Appel des voix . . .        2 »\nEmerson. Sept Essais, avec préface de                   —       Notes d'être                3\n   Maeterlinck                               3 50 Tordeus, J. Manuel de prononciation . 2 »\nGarnir, Georges. Les Charneux . . . 3 5 0 Van Doorslaer, H. Sur l'Escaut . . .              3 50\n      —        Contes à Marjolaine . . 3 50 Van Lerberghe. Ch. Les Flaireurs . . 1 »\nGilkin, Iwan. Stances dorées. . . .          1 » Verhaeren, E. Les Apparus dans mes\nGille, Valère. Le Château des merveilles 2 »                       chemins                  2 »\nGiraud, Albert. Hors du siècle . . . 3 50               —       Les Moines                  3 »\n      —       Pierrot lunaire . . . .        2 » Villiers de l'Isle-Adam. Premières P o é -\n      —       Pierrot Narcisse . . .         2 «     sies                                   3 50\n      —        Dernières Fêtes. . . .        2 » Waller, Max. La Flûte à Siebel . .         3 50\n      —        Le Scribe                     1 «        —       Daisy                       3 »\n                                                  X. Y. Religion et progrès . . . (épuisé)\n\n             Dépôt des Revues Françaises :\n              La Plume, fr. o-50; franco, fr. o-55\n       Le Mercure de France, 1 franc; franco, fr. 1-25\n            L'Ermitage, fr. 0-80 ; franco, fr. 0-90\n                    Bruxelles. — Imprimerie Ve Monnom,32, rue de l'Industrie.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1894-05-01", "preuve": "Mai 1894, numéro 5, couverture PDF 226 ; aucun jour imprimé."}}