{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Juillet-Août 1894", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "Juillet-Août         1894.                   TOME XIII. — N°s        7-8           14me       Année.\n\n\n\n\nLA\n JEUNE\n                 BELGIQUE\n                                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 181, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "SOMMAIRE:\n      Leconte de Lisle                                    ERNEST VERLANT.\n      Le Cerisier               fleuri                   IWAN GILKIN.\n      Le Monument De Coster                              LA JEUNE BELGIQUE.\n      A ceux de la Jeune Belgique                        HENRY MAUBEL.\n      Vers                                               VALÈRE G I L L E .\n      Fichez-nous la paix !                              ALBERT GIRAUD.\n      Le Rêve de Fra-Angelico                            H. FIERENS-GEVAERT.\n      Aux Cabarets de la Sambre                          MAURICE DES OMBIAUX.\n      Notes sur les Primitifs d'Espagne. Gothi­\n        ques wallons                                      JULES   DESTRÉE.\n\n      Littérature étrangère. Traduction de . .            PAUL TIBERGHIEN.\n      Chronique artistique :\n        Le Sillon; La Société des Beaux-Arts.             ERNEST VERLANT.\n      Memento                                             NEMO.\n\n\n\n\n         REDACTION                                                   BRUXELLES\nRUE V A N D E R L I N D E N ,   BRUXELLES.                      PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                    3r, rue des Paroissiens\n\n                                                                           PARIS\n   PRIX DU NUMÉRO                                           CHAMUEL,      LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                  29, rue de Trévise\n              fr. 1-50.\n                                                                            1894\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue mensuelle de littérature", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quel est l'homme politique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 301, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 387, "fin_caractere_exclue": 1130, "texte": "Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n   Fondateur : MAX W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n          Directeur ; ALBERT GIRAUD, 4, rue Vanderlinden.\n Secrétaire de la rédaction : M. MAURICE DESOMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n               7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                  des Capu­\ncines, 16, à Paris.\n\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert,        .\n  A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quel est l'homme politique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 301, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1130, "fin_caractere_exclue": 1584, "texte": "Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? 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GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 267, "page_fin": 277, "titre_corps": "Leconte de Lisle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Verlant", "ancre_debut": "LECONTE DE LISLE", "ancre_fin": "ERNEST VERLANT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE CERISIER FLEURI", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 302, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1831, "texte": "              LECONTE DE LISLE\n\n\n                          La          mort de Leconte de Lisle découronne la\n                                 poésie française. A la disparition de Victor\n                                 Hugo, l'empire poétique n'était pas tombé en\n                                 déshérence. Aujourd'hui seulement s'ouvre\n                                 l'interrègne, dans l'attente, qui se prolonge,\n                                    de nouveaux avènements. « La France a\n                                       perdu le dernier de ses grands poètes »,\n                                        a déclaré M. de Hérédia. S'il est le seul\n                  peut-être qui puisse parler ainsi, espérons cependant qu'il\n                  ne sera pas le seul dont les œuvres démentiront, devant\n                  l'avenir, ce jugement découragé.\n                     Bien qu'avancé en âge, Leconte de Lisle meurt prématu-\n                  rément. Les derniers poèmes qu'il a signés n'indiquent\n                  aucune décadence; sa maîtrise, complète dans son premier\n                recueil, est demeurée intacte jusqu'au bout. Certes, la vie\n                et la mort, la nature et l'histoire ne devaient plus lui révéler\n                d'aspects inaperçus. Mais l'interruption brusque de travaux\n                commencés que sa main pouvait achever sans faiblir n'en\n                est pas moins regrettable, pour ceux-là du moins que la\n                beauté touche plus encore que la nouveauté. Dans l'œuvre\nde Leconte de Lisle, où tout s'ordonne si harmonieusement selon le gré de\nla volonté la plus sagacs et la plus réfléchie, c'est une rupture de rythme\net un déséquilibre que la présence de fragments inachevés, de morceaux\nqu il n'a pu peser et repeser trois fois dans ses balances scrupuleuses. Le\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "                                        — 268 —\n\n  trait final, il eût convenu que le poète le traçât lui-même, à son heure\n choisie, et c'est la Mort qui, brutalement, a mis sa barre sur les feuillets,\n     Illustre pour un petit nombre, Leconte de Lisle demeure à peu près\n inconnu à la foule. L'autre jour, un journal gantois, rédigé par de vieux\n professeurs et des magistrats lettrés, lui attribuait la paternité de la Fille\n de Roland, au mépris de la gloire de M. de Bornier. A ses funérailles,\n M. Boissier, parlant officiellement au nom de l'Académie française,\n approuva fort certaine traduction du Râmâyana, qui n'a jamais existé.\n D'autres sans doute pensent que le titre de comte lui fut conféré en récom-\n pense de la confection de la Marseillaise. Mais les personnes mieux\n informées savent qu'il est l'auteur de Midi et d'un « libretto » pour\n M. Massenet, qu'il tenait à l'exactitude de l'orthographe, qu'il était\n bouddhiste et qu'il a fondé l'école de l'impassibilité.\n    Comme il avait négligé de se mésallier à la popularité, l'aurore de sa\n gloire fut très lente, enveloppée de brumes comme le'matin d'un jour d'été:\n c'est l'ardeur du soleil qui épaissit les vapeurs autour de son lever. La vie\n de Leconte de Lisle donne la mesure exacte de ce qui peut s'attacher\n aujourd'hui de célébrité à un grand poète qui n'est pas autre chose qu'un\n grand poète, qui cache sa vie, qui ne se mêle ni à la politique, ni au\n monde, ni au journalisme, qui ne prend pas le public pour confident de\n ses amours, qui n'entretient aucune légende autour de son nom, qui vit\ndans l'isolement naturel à toute pensée altière, à toute pudeur délicate.\n    « Ecris pour ta pfopre satisfaction et pour celle du petit nombre\nd'esprits éclairés qui te comprendront ; mais ne songe pas au succès popu-\nlaire, si tu ne veux sacrifier l'art pour plaire aux badauds (1) ». Telle était\nla règle de conduite que, tout jeune encore, il traçait à un ami, au moment\nmême où le courant du siècle l'emportait, avec toute sa génération, et plus\nloin et plus fort que les autres, vers les théories d'égalité sociale les plus chi-\nmériques. Ces théories, il n'en avait pas renié le principe vingt-cinq ans plus\ntard, il y est sans doute resté attaché jusqu'au bout : car c'était un esprit\nabsolu, spéculatif, presque immuable, très peu influencé par les événements\nparticuliers et par tout ce qui est contingent. Cela ne l'empêche pas d'avoir\npersévéré rigoureusement, d'autre part, dans sa doctrine d'art aristocra-\ntique. Toute sa vie, il a écarté la foule profane, dédaigné ses applaudisse-\nments, pratiqué la plus stricte probité littéraire, enseigné l'unique vénéra-\ntion du Beau, combattu la littérature bourgeoise ou populacière : attitude\n\n\n\n  (1) Lettres inédites, publiées par le Journal.\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2769, "texte": "                                      — 269 —\n\n exemplaire qui a sans doute haussé la conscience artistique de quelques-uns\n et dont la vertu ne périra pas avec lui.\n    C'est que, bien que philosophe et très passionné pour ses idées, Leconte\n de Lisle est avant tout un poète, écrivant pour assouvir des instincts esthé-\n tiques. Sa philosophie est contestable, comme elles sont toutes, même\n équivoque et retorse dans sa simplicité apparente, probablement parce\nqu'un poète, et surtout un poète objectif, ne peut avoir une seule manière de\npenser, alors que la curiosité, l'imagination et la sensibilité l'entraînent dans\ntant de voies diverses. Mais ce qui est indéniable, c'est la supériorité de\nsa puissance poétique. On a coutume de citer à son propos la parole de\nSpinoza et de dire qu'il considère les choses sous leur aspect d'éternité.\nL'application est admirablement juste, mais il fautajouter qu'il y découvre la\nbeauté sous le même aspect. On doit lui étendre ses paroles sur Victor Hugo :\n« Il a su transmuter la substance de tout en substance poétique, ce qui est la\ncondition expresse et première de l'art, l'unique moyen d'échapper au didac-\ntisme rimé, cette négation absolue de toute poésie (1) ». Pour cette opération\nd'alchimie, pour cette restitution du monde abstrait au monde des formes\n concrètes et sensibles, il est servi par la plus rare faculté d'évocation, par\nle plus infaillible discernement plastique. Il a l'image forte et juste, con-\ntinue et naturelle, la couleur pleine d'éclat, toute baignée de vie lumineuse,\nun relief énergique et expressif. Et les matériaux splendides que son imagi-\nnation élabore, son instinct et son art volontaire les trient, les groupent, les-\nassemblent avec une harmonieuse précision en constructions de magnifique\nordonnance, dont l'ornementation somptueuse ne contrarie jamais la pureté\ndes lignes, la netteté des .profils : tel, sur un haut promontoire grec, pro-\njeté sur le ciel et dominant la mer, un temple serein aux assises symé-\ntriques, fait de grâce et de force, d'élégance et de majesté.\n  Qu'on ouvre les Poèmes antiques, les Poèmes barbares, les Poèmes tra­\ngiques, partout on y entendra résonner, sur les douces flûtes ou sur les\ngrandes lyres, au-dessus du tumulte des passions, des imprécations et des\nblasphèmes humains,\n                  L'hymne mélodieux de la sainte Beauté!\n                  Elle seule survit, immuable, éternelle.\n                  La mort peut disperser les univers tremblants,\n                  Mais la beauté flamboie, et tout renaît en elle,\n                  Et les mondes encore roulent sous ses pieds blancs (2).\n  S'il faut maintenant s'arracher au prestige des beaux vers, à l'éblouisse-\n\n (1) Discours de réception à l'Académie française.\n (2; Hypatie.\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2787, "texte": "                                     — 270 —\n\n\nment des formes suaves ou augustes, pour tenter d'enfermer dans des défini-\ntions le contenu intellectuel de l'œuvre et d'analyser ses éléments, la tâche\nest malaisée et la matière obscurcie par mainte affirmation aussi décevante\nque catégorique. Une discussion critique complète ne laisserait peut-être\ndebout que bien peu de formules couramment répétées aujourd'hui.\n   Il y en a une qui semblait avoir fait son temps, mais qu'on voit cepen-\ndant reparaître toujours, tantôt franche, tantôt déguisée. Il n'est donc pas\ninutile de la rencontrer. Leconte de Lisle, depuis ses Poèmes antiques,\nest invariablement taxé d'impassibilité et de froideur. « Vous avez immolé en\nvous l'émotion personnelle, vaincu la passion, anéanti la sensation, étouffé\nle sentiment. » Ainsi s'exprimait M. Dumas fils, en le recevant à l'Académie.\n   Anéanti la sensation ! S'il s'agit, comme on peut croire, des sensations\nvoluptueuses, l'observation est fondée, car Leconte de Lisle n'est pas un\npoète de chair et de sang, mais le reproche est curieux, venant d'un mora-\nliste presque ascétique. Si l'expression garde sa portée générale, il est\nétrange, adressé au peintre de tant de paysages où tout est contour et cou-\nleur, inoubliables à force de traits particuliers et éclatants.\n   Quant au sentiment et à l'émotion trop personnelle, le caractère de\nLeconte de Lisle, ennemi de tout étalage, répugnait naturellement aux con-\nfidences et aux confessions publiques, où il voyait une vanité et une profa-\nnation gratuites (1) ». Son goût artistique rejetait pareillement la sensi-\nblerie : « Si nous admettons volontiers en France, pour articles de foi, et\nsans trop nous inquiéter de ce qu'ils signifient, certains apophtegmes, déci-\nsifs en raison même de leur banalité, tels que : la poésie est un cri du\ncœur, le génie réside tout entier dans le cœur; nous oublions plus volon-\ntiers encore que l'usage professionnel et immodéré des larmes offense la\npudeur des sentiments les plus sacrés (2) ». C'est cet usage professionnel\ndes larmes, cette spéculation sur les souffrances intimes, vraies ou feintes,\nqu'il anathématise dans son beau sonnet les Montreurs. Mais le sentiment\nen soi, il n'est pas nécessaire de démontrer que Leconte de Lisle ne le rejette\npas, lui l'auteur de ces tendres élégies voilées : Le Manchy et l'Illusion\nsuprême! Et comment le pourrait-il? Ne l'a-t-il pas dit lui-même :\n\n            Sombre douleur de l'homme, ô voix triste et profonde,\n            Plus forte que les bruits innombrables du monde,\n            Cri de l'âme, sanglot du cœur supplicié,\n            Qui t'entend sans frémir d'amour et de pitié (3)?\n\n\n  (1) Préface de la première édition des Poèmes antiques, 1852.\n  (2) Discours de réception.\n  (3) Bhagavat.\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2819, "texte": "                                    — 271     —\n\n\n   Seulement, d'ordinaire, et à la différence de beaucoup d'autres poètes, il\nfait du sentiment la matière d'une pensée, il l'englobe dans une haute géné-\nralisation, il l'élève au-dessus de sa propre individualité et de toute indivi-\ndualité éphémère vers le monde transcendental des idées. Et même quand\nil exprime le dédain de la passion reconnue vaine et l'ardeur vers une\nsereine et morne impassibilité philosophique, ce sentiment, certes, n'est\npas moins humain, a une certaine hauteur d'humanité.\n   Très détaché, très affranchi de lui-même, absorbé par ce qu'il voit devant\nlui, l'univers, nature et histoire, Leconte de Lisle cherche à l'embrasser\ntout entier. Il tend vers un objectivisme absolu qu'il ne réalise d'ailleurs\nqu'imparfaitement, et c'est la seule chose qu'il a voulue sans pouvoir l'exé-\ncuter comme il la voulait. Le fond de la pensée contemporaine au moins,\nil l'a montré, et ainsi par l'étroite fusion de la poésie et de la science, il\nretourne à l'inspiration collective. Rarement élégiaque, il est presque tou-\njours un poète épique, et le vrai poète épique d'un âge intellectuel.\n   Car, essentiellement, c'est un songeur de philosophies, un contemplateur\nd'idées. Un contemplateur plutôt qu'un inventeur et qu'un constructeur,\ncomme il est naturel chez un poète. Aussi rattacher toutes ses idées en un\nseul faisceau serait chose difficile, et souvent, en essayant de les accorder,\non ne ferait que les raccorder par des liens arbitraires.\n   Il semble cependant que la conception centrale autour de laquelle toutes\nles autres s'agitent plus qu'elles ne se distribuent, c'est la conception pan-\nthéiste. Athée, païen, bouddhiste, pessimiste, Leconte de Lisle est classifié\nle plus souvent sous l'une de ces rubriques. Mais si l'idée qui prédomine\nchez lui et qui apparaît toujours, nette ou confuse, à l'horizon ou à l'avant-\nplan de ses poèmes, est celle de l'identité de la vie universelle, de l'unité de\nforce et de substance à travers la nature illusoire et divine, c'est bien du\nnom de panthéiste qu'on doit l'appeler.\n   Voici une vision gracieuse et paradisiaque, comme il y en a de si cares-\nsantes chez ce grand poète épouvanté :\n           Ce sont des chœurs soudains, des chansons infinies,\n           Un long gazouillement d'appels joyeux     mêlé,\n           Ou des plaintes d'amour à des rires unies;\n           Et si douces, pourtant, flottent ses harmonies,\n           Que le repos de l'air n'en est jamais  troublé.\n           Mais l'âme s'en pénètre; elle se plonge,    entière,\n           Dans l'heureuse beauté de ce monde      charmant;\n           Elle se sent oiseau, fleur, eau vive et lumière;\n           Elle revêt ta robe, ô pureté première,\n           Et se repose en Dieu silencieusement (1).\n\n (1) Le Bernica.\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "                                   —    272\n\n\n  Autre exemple d'aboutissement à la pensée hindoue tu es cela, tu es le\nsoleil, dans un poème d'inspiration plus philosophique :\n            Sagesse et passions, vertus, vices des hommes,\n            Désirs, haines, amours, maux et félicité,\n            Tout rugit et chanta dans son cœur agité :\n            Il ne dit plus : Je suis! mais il pensa : Nous sommes (1).'\n\n     Dans ce panthéisme se manifeste indubitablement l'influence des paysages\n grandioses de l'île où le poète vécut son enfance et son adolescence dans la\n solitude et la concentration, hors de la société des hommes, en face d'une\n nature énorme et violente, qui crée et détruit sans repos, par séries innom-\n brables, les êtres indifférents. Là, dans la torpeur du midi tropical, il res-\n sentit l'évanouissement de la volonté individuelle, le désir vertigineux de\n s'absorber, de se fondre, de s'incorporer aux choses consubstantielles. Et si\n profondément que son âme devait en garder à jamais l'empreinte ineffa-\n çable, et que l'écho de ces premières sensations devait se prolonger au point\n de couvrir et de voiler les sensations survenantes. Avant de connaître la\n philosophie de l'Inde, qui allait dévorer sa jeune incroyance, fille de\n l'incroyance du siècle passé encore vivant dans cette lointaine Bourbon, il\n avait recommencé en lui l'éternelle vision de Brahma.\n     Plus tard sa curiosité critique d'intellectuel l'entraîna dans un long\n voyage à travers les âmes collectives des races et les siècles révolus, et\n depuis la Polynésie jusqu'à la Bretagne des druides et la Scandinavie des\n Skaldes, en passant par l'Egypte et le monde musulman, il vit germer,\n fleurir et mourir les dieux, comme dans la nature il avait épié la vie\n obscure et somnolente des plantes et des bêtes. Mais la seule pensée qu'il\naima, avec la pensée hindoue, mère de la sienne, ce fut la pensée grecque,\n panthéiste aussi, si l'on soulève le voile léger de ses mythes ; et déjà blessé\npar la vie, il se plongea dans la contemplation des images de beauté comme\ndans un apaisant nirvana. C'est en Grèce qu'il trouva sa vraie patrie,\nencore embellie par l'éloignement, aimée comme le souvenir purifié\n d'un mort. Incarné tour à tour dans ces deux mondes, il ne sortait pas de\nlui-même, semblable à ses dieux hindous dont la nature persiste dans\nl'avatar momentané.\n    Mais le cycle antique se ferme. — Antique ! Que ce mot antique, qu'il\nprodigue, est pour lui un grand mot, quel sens exalté il lui donne, comme\nil en consacre tout ce qui est vénérable, permanent, multiple et immémo-\nrial! — Avec l'antiquité, la Beauté s'exile :\n\n  (1) La Vision de Brahma.\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2393, "texte": "                                  — 273 —\n\n\n                 Dors, l'impure laideur est la reine du monde,\n                 Et nous avons perdu le chemin de Paros (1).\n\n   Le cycle chrétien tout entier lui parut barbare, c'est-à-dire e'tranger,\nAvec la Beauté, c'est la tradition idéale qu'elle symbolisait qui se perd :\n« Dante, Shakespeare et Milton n'ont prouvé que la force et la\nhauteur de leur génie individuel; leur langue et leurs conceptions sont\nbarbares. La sculpture s'est arrêtée à Phidias et à Lysippe; Michel-Ange\nn'a rien fécondé; son oeuvre, admirable en elle-même, a ouvert une voie\ndésastreuse. Que reste-t-il donc des siècles écoulés depuis la Grèce?\nQuelque individualités puissantes, quelques grandes œuvres sans lien et\nsans unité » (2).\n   Ce jugement sur l'art, absolu s'il en fut, englobe déjà un jugement porté\nsur la vie. Le moyen âge n'est pour Leconte. de Lisle que ténèbres abomi-\nnables, peuplées d'hommes imbéciles et féroces. Vingt poèmes pourraient\nêtre cités ici à l'appui de cette affirmation. Qu'on se borne à relire les\nSiècles maudits :\n                 Hideux siècles de foi, de lèpre et de famine...\n                 Siècles de haine atroce et jamais assouvie...\n                 O siècles d'égorgeurs, de lâches et de brutes...\n\n   En dépit d'un orthodoxe poème de jeunesse sur la Passion, renié plus\ntard, malgré ces strophes qui saluent au moins dans le Christ l'humanité\ndivine :\n             Car tu sièges auprès de tes égaux antiques,\n             Sous tes longs cheveux roux, dans ton ciel chaste et bleu;\n             Les âmes, en essaims de colombes mystiques,\n             Vont boire la rosée à tes lèvres de Dieu !\n             Et comme aux jours altiers de la force romaine,\n             Comme au déclin d'un siècle aveugle et révolté,\n             Tu n'auras pas menti, tant que la race humaine\n             Pleurera dans le temps et dans l'éternité (3) !\n\n   Malgré cela, le christianisme a été pour Leconte de Lisle une doctrine\nbarbare, ennemie et inassimilable. La conception du Djeu personnel qui\nest dans Qaïn lui a fourni un symbole de la révolte contre l'injustice et\nl'absurdité. Et il a éprouvé le besoin d'écrire un petit livre d'enseignement,\nun pamphlet qui est un pastiche de Voltaire, et où de petits faits\nminutieusement colligés tendent à démontrer, selon une méthode peu\n\n\n (1) Hypatie.\n (2) Préface.\n  (3) Le Nazaréen.\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "                                    — 274 —\n\nphilosophique, que « le christianisme n'a jamais exercé qu'une influence\ndéplorable sur les intelligences et sur les mœurs ».\n   Nous voilà assez loin, semble-t-il, de l'opinion exprimée par Leconte de\nLisle lui-même, selon laquelle « toutes les conceptions religieuses dont\nl'humanité a vécu ont été vraies à leur heure, puisqu'elles étaient les formes\nidéales de ses rêves et de ses espérances (1) ». Cette pensée ne séduit qu'un\nmoment son intelligence; mais jamais dans son cœur, où il a pu retrouver\nun état moral semblable à celui d'un Hindou ou d'un Grec, il ne semble\nqu'il ait retrouvé, par exemple, la tendre mysticité des Fioretti ou de\nl'Imitation.\n   Il se trouve donc que Leconte de Lisle, qu'on représente parfois comme\nune sorte de dilettante, comme un curieux à la sereine indifférence, est\naussi un croyant à sa manière. Il contemple, mais il juge, et passionné-\nment, et il choisit, et il réprouve. Aussi idéaliste qu'ont pu l'être les pro-\nphètes dont il rappelle parfois, comme dans le Talion, les véhémentes\n imprécations, il a gardé, au milieu de ses pires désespoirs, des sursauts\nd'âme occidentale et vivante, des rêves de monde futur élaborés suivant\nune sensibilité propre et très moderne.\n   Et cela s'accorde assez mal avec le bouddhisme. Sans doute son expé-\nrience de la vie et de la douleur a pris de bonne heure une forme méta-\n physique et ils sont innombrables les vers où il a exprimé sans se lasser,\n avec une magnificence ininterrompue et toujours nouvelle, la pensée fonda-\nmentale du pessimisme : l'identité du désir, de la passion, du mouvement,\nde la vie et de la douleur. Dans l'un de ses derniers poèmes, par exemple,\n on lit :\n                Tout n'était que lumière, amour, joie,    harmonie:\n                Et moi, bien qu'ébloui de ce monde     charmant,\n                J'avais au fond du cœur comme un gémissement,\n                Un douloureux soupir, une plainte infinie,\n                Très lointaine et très vague et triste amèrement.\n                C'est que devant ta grâce et ta beauté,     Nature!\n                Enfant qui n'avais rien souffert ni deviné, .\n                Je sentais croître en moi l'homme    prédestiné,\n                Et je pleurais, saisi de l'angoisse future,\n                Epouvanté de vivre, hélas! et d'être né (2).\n\n  Mais qu'il est loin, le plus souvent, de la rigueur de cette formule, et\ncombien son invocation à la Mort, partout répétée avec tant de lancinante\n\n\n  (1) Discours de réception.\n  (2) L'aigu bruissement.... (Revue des Deux Mondes,    15 octobre 1888.)\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "                                    — 275 —\n\nobstination, ressemble à l'épouvante de la Mort, au désir infatigable, mal-\ngré les malédictions dont il le charge, d'une immortalité à ses yeux impos-\nsible et néanmoins sublime !\n             Tombe, Astre glorieux, source et flambeau du jour !\n             Ta gloire en nappes d'or coule de ta blessure,\n             Comme d'un sein puissant tombe un suprême amour.\n             Meurs donc, tu renaîtras.' L'espérance en est sûre.\n             Mais qui rendra la vie et la flamme et la voix\n             Au cœur qui s'est brisé pour la dernière fois (1)!\n\n  Et dans l'Illusion suprême :\n             Ah! tout cela, jeunesse, amour, joie et pensée,\n             Chants de la mer et des forêts, souffles du ciel\n             Emportant à plein vol l'Espérance insensée,\n             Qu'est-ce que tout cela, qui n'est pas éternel?\n\n  Les vers si souvent cités qui terminent Dies iroeet les Poèmes antiques :\n             Et toi, divine Mort, où tout rentre et s'efface,\n             Accueille tes enfants dans ton sein étoile:\n             Affranchis-nous du temps, du nombre et de l'espace,\n             Et rends-nous le repos que la vie a troublé!\n\n   Ces vers n'ont une signification absolue que si on les sépare du reste de\nla pièce, qui est un hymne désolé aux jours anciens, à la jeunesse du\nmonde, à la vie forte, à la foi confiante, à la candeur divine, à l'amour, à la\npoésie, aux formes idéales des dieux. Tout cela ne doit il pas renaître?\nAssurément, le temps présent est mauvais. C'est aujourd'hui que\n             ... le mal éternel est dans sa plénitude (2).\n\n  C'est aujourd'hui, dans l'énervement et la veulerie des âmes, que l'on\nconnaît\n               La honte de penser et l'horreur d'être, un homme (3).\n   Le ciel est vide pour la première fois. Les hommes ont tué l'idéal avec\nles dieux. Le temps présent correspond à la décadence du paganisme, mais\nil est pire encore, surtout plus vil. Qu'on lise là-dessus le sonnet Aux\nmodernes :\n               Vous vivez lâchement, sans rêve, sans dessein.\n               Plus vieux, plus décrépits que la terre inféconde,\n               Châtrés des le berceau par le siècle assassin\n               De toute passion vigoureuse et profonde...\n\n\n (1) La Mort du soleil.\n  (2) Dies irœ.\n (3) A un Poète mort.\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "                                  — 276 —\n\n  Et l'Anathème, poème remarquablement parallèle à Dies iroe\n               Si nous vivions au siècle où les Dieux éphémères\n               Se couchaient pour mourir avec le monde ancien,\n               Et, de l'homme et du ciel détachant le lien,\n               Rentraient dans l'ombre auguste où résident les Mères,\n\n               Les regrets, les désirs, commeunventfurieux,\n               Ne courberaient encor que les âmes communes;\n               Il serait beau d'être homme en de telles fortuites,\n               Et d'offrir le combat au sort injurieux.\n\n               O mortelles langueurs, ô jeunesse en ruine,\n               Vous ne contenez plus que cendre et vanité!\n               L'amour, l'amour est mort avec la volupté;\n               Nous avons renié la passion divine!\n               Pour quel dieu désormais brûler l'orge et le sel?\n               Sur quel autel détruit verser les vins mystiques?\n               Pour qui faire chanter les lyres prophétiques\n               Et battre un même cœur dans l'homme universel?\n\n               O liberté, justice, ô passion du beau,\n               Dites-nous que votre heure est au bout de l'épreuve,\n               Et que l'Amant divin promis à l'âme veuve\n               Après trois jours aussi sortira du tombeau!\n               Eveillez, secouez vos forces enchaînées,\n               Faites courir la sève en nos sillons taris;\n               Faites étinceler, sous les myrtes fleuris,\n               Un glaive inattendu, comme aux Panathénées!...\n   Le bouddhiste qui lancerait au siècle et à l'avenir cet appel enthousiaste\nvers l'action, l'effort et la lutte virile, serait en vérité bien éloigné de la\nvraie méthode du salut, qui consiste dans l'extermination méthodique de\nla volonté par l'intelligence. Jamais Schopenhauer n'avouerait un disciple\nà ce point déçu par la volonté de vivre. Il ne reconnaîtrait pas non plus une\ninspiration pessimiste dans Çunacépa, qui est une sorte de Triomphe de\nl'Amour, ni dans ce grand poème de Qaïn, qui est une sorte de Promethée\ndélivré, où une prophétie de justice s'oppose à l'égoïsme, à la haine, à\" la\ndiscorde, à la guerre, où l'on entrevoit un univers futur, libéré des puis-\nsances malfaisantes, transformé en un nouvel Eden d'amour fraternel :\n               Et ce sera mon jour! Et, d'étoile en étoile,\n               Le bienheureux Eden longuement regretté\n               Verra renaître Abel sur mon cœur abrité...\n  Ainsi dans Leconte de Lisle alternent, comme ailleurs, comme dans\nSophocle par exemple, le génie le plus lumineux du plus héroïque moment\nde la Grèce, les deux conceptions opposées' qui se répondent dans l'huma-\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 931, "texte": "                                        — 277 —\n\nnité et qui s'opposent comme deux chœurs égaux. Lequel l'emportera?\nL'œuvre des dieux sera-t-elle bonne ou mauvaise? « Le Fruit sacré, désir\ndes siècles » que salue la Norne Verdandi (1), éclora-t-il? Qu'importe? dit\nla logique du philosophe, puisque tout doit finir et que tout est illusoire :\n                  Eclair, rêve sinistre, éternité qui ment,\n                  La Vie antique est faite inépuisablement\n                  Du tourbillon sans fin des apparences vaines (2).\n  Mais le cœur du poète proteste sans se lasser. C'est de cette antinomie\nirréductible de la destinée humaine, plus marquée que jamais dans nos\njours désabusés, las et incertains, qu'est fait le tragique grandiose, le\ndramatique eschyléen du poète qu'on a le plus accusé de s'être désintéressé\nde son temps et de l'humanité.\n\n                                                       ERNEST VERLANT\n\n\n\n\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 1636, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": " (1) La Légende    des     Nornes.\n (2) La   Maya.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 277, "page_fin": 280, "titre_corps": "Le Cerisier fleuri", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "LE CERISIER FLEURI", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE MONUMENT DE COSTER", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 312, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 931, "fin_caractere_exclue": 1636, "texte": "                  LE CERISIER FLEURI\n\n                                     L'ACACIA ROSE\n                         Sous le haut acacia rose\n                         La belle enfant au front mutin\n                                    Repose\n                         Au fond du fauteuil de rotin.\n                         Parfois, abandonnant sa tige,\n                         Une fleur sur son cœur pâmé\n                                    Voltige\n                         Comme un papillon parfumé.\n                         Tandis que son rêve l'enivre,\n                         Sa main laisse choir à demi\n                                   Le livre\n                         Que lui donna son jeune ami;\n\n\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1384, "texte": "                     — 278 —\n\n         Et c'est le doux livre où l'on s'aime,\n         Le beau livre, éternellement\n                     Le même,\n         De la victoire de l'amant.\n\n\n                          II\n\n                     ROMANCE\n\n       Un cygne rouge aux plumes de pivoine\n              Nage sur le lac bleu\n   Et traîne un bateau d'or incrusté de sardoine\n          Dans un léger brouillard de feu.\n\n       Dans le bateau sommeille une déesse.\n             Sa chaste nudité\n   Repose sur des fleurs que rajeunit sans cesse\n         La lumière de sa beauté.\n\n        Oiseau magique, où mènes-tu la barque\n                Et son divin trésor?\n    Vers quel pays de rêve? Auprès de quel monarque\n          Vêtu d'azur, de pourpre et d'or?\n\n       Mille parfums voltigent dans la brise ;\n                Tout le lac est fleuri.\n    Mon cœur brûle, mon cœur bondit, mon cœur se brise,\n         Car la déesse m'a souri.\n\n\n                          III\n\n                    LA FIANCÉE\n\nBeau comme le soleil au cœur des cieux changeants,\nBeau comme un souvenir, beau comme une prière,\nIl était le plus beau de tous les jeunes gens!\nSes yeux bleus étaient doux comme une eau printanière.\n\nSes baisers    ô délice! ô fleur du paradis!\nParfum joint au parfum, flamme à la flamme unie!\nComme les sons parfaits des instruments choisis\nS'accordent pour former une exquise harmonie,\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1502, "texte": "                       — 279 —\n\nAinsi, dans ses baisers, l'amour cherchait l'amour,\nSur les lèvres en feu l'âme possédait l'âme ;\nEt la terre et les cieux, et la nuit et le jour,\nTout était consumé dans notre ardente flamme.\n\nMalheureuse! Il n'est plus! En vain, en vain, hélas!\nMa voix, ma voix plaintive à toute heure l'appelle,\nIl n'est plus! Tout est mort pour mon cœur, triste et las,\nQui n'exhalera plus qu'une plainte éternelle.\n\n\n                           IV\n\n                        LE VIN\n\n    Ami, ne vois-tu point l'eau du fleuve qui passe?\n    Il coule vers la mer sans jamais revenir.\n    Ami, ne vois-tu point ta f ace dans la glace ?\n     Tes cheveux blancs jamais ne t'ont-ils fait gémir?\n\n    Hier encore ils étaient aussi noirs que l'ébène\n    Et, ce soir, on dirait qu'il neige sur ton front.\n    Qui sait ce qu'est la vie aime la coupe pleine\n    Et vide en souriant la coupe jusqu'au fond.\n\n    Le fifre et le tambour ne sont point nécessaires;\n    Ne cherchons que l'ivresse et le songe divin!\n    Laissons les saints et les sages à leurs affaires;\n    La gloire naît parfois dans un verre de vin.\n\n\n                           V\n\n                     EN BATEAU\n\n             L'eau clapote sous les rames.\n             Doucement le bateau glisse,\n             Où causent avec délice\n             Des poètes et des femmes.\n\n             Et les molles banderoles\n             Et les écharpes soyeuses\n             Claquent aux brises joyeuses\n             Avec les folles paroles.\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 728, "texte": "                                   — 280 —\n\n\n                       Et la voix grave et câline\n                       D'un chantant violoncelle\n                       Mêle sa douceur à celle\n                       D'une harpe cristalline.\n\n                       Les bonbons à la vanille\n                       Flattent les lèvres vermeilles\n                       Cependant que des bouteilles\n                       Jaillit le vin qui pétille.\n                       Ah! voguer sans but sur l'onde\n                       Qui balance la chaloupe!\n                       Ah! boire au fond de la coupe\n                       L'oubli des douleurs du monde!\n                                                          IWAN GILKIN\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 280, "page_fin": 281, "titre_corps": "Le Monument De Coster", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "LE MONUMENT DE COSTER", "ancre_fin": "LA JEUNE BELGIQUE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 315, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 735, "fin_caractere_exclue": 2071, "texte": "LE MONUMENT DE COSTER\n               L'auteur de la Légende d'Ulenspiegel vient d'obtenir justice:\n                le monument élevé à sa mémoire a été inauguré, le 22 juillet,\n                à Ixelles.\n                   Charles De Coster mourut le 9 mai 1879. Quinze ans sépa-\nrent sa mort obscure de son apothéose d'aujourd'hui. Quinze ans ! Etant\ndonné nos mœurs, c'est peu. Il y a décidément quelque chose de changé en\nBelgique. Le marbre, accoutumé chez nous à glorifier de vagues politiciens,\nn'a pas fait de façons; l'édilité ixelloise, à laquelle il convient de savoir gré,\nnon plus. Nous sommes en progrès, et c'est avec joie que nous voyons se\nlever sur la tombe d'un écrivain de race ce soleil des morts qu'on appelle la\ngloire.\n   Applaudissons, mais gardons-nous de tomber dans de vaines déplora-\ntions\n   Charles De Coster vécut ignoré et pauvre, mais il avait choisi librement\nla solitude et la pauvreté. Il n'était pas de ceux qui consentent à monnayer\nleur idéal d'artiste. On ne se l'imagine pas offrant aux grands journaux\nparisiens, l'article d'actualité fabriqué sur commande, conformément au\ngoût de la clientèle, d'après les dernières recettes du jour. Il eût refusé de\nplacer son génie en viager. La part qu'il a choisie, pour être posthume, n'en\nest pas moins la meilleure. Ne le plaignons pas : envions-le !\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "                                 — 28l —\n\n   Nous demandons la permission de le rappeler, — et si on nous la refuse,\nnous nous en passerons, — Charles De Coster fut, avec André Van Hasselt\net Octave Pirmez, un des écrivains français de Belgique vers l'abandon\ndesquels monta, il y a quatorze ans, l'hommage désintéressé de notre jeu-\nnesse. Car la génération de 1880, que l'on accusa souvent et que l'on\naccuse quelquefois encore d'irrévérence, fut seule à faire fleurir, sur la\ntombe de ses aînés, les immortelles tardives de la gloire. Nous vouâmes à\nces trois écrivains le culte de reconnaissance, de respect et d'admiration\nauquel leur donnaient droit la beauté de leur œuvre et la droiture de leur\nconscience.\n   Si nous allâmes à Charles De Coster, c'est qu'il eut le don du style, et\nce don fut chez nous, pendant cinquante ans, si rare que, lorsque nous\nlûmes, non sans préventions, la Légende d'Ulenspiegel; nous fûmes frappés\nd'étonnement. Oui, Charles De Coster eut le don du style, l'imagination\nverbale, le sens de la vie des mots ; il fut un poète en prose et il préluda,\npar une œuvre pittoresque et colorée, à notre romantisme, qui ne date point\nde 1830, mais d'hier.\n   La journée du 22 juillet 1894, espérons-le, ne restera pas sans lendemain.\nAndré Van Hasselt et Octave Pirmez — Octave Pirmez surtout — sont\ndes artistes dignes du marbre. Il serait consolant que le monument du\nsolitaire d'Acoz rappelât aux écrivains nouveaux, un peu trop enclins à\nl'oubli des maîtres, que nous eûmes en lui non seulement un écrivain magni-\nfique, d'une pureté et d'une noblesse incomparables, mais un haut et lumi-\nneux esprit, un penseur et un philosophe.\n   Le monument De Coster appelle le monument Pirmez.\n\n                                                 LA JEUNE BELGIQUE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 282, "page_fin": 284, "titre_corps": "À ceux de la Jeune Belgique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "A ceux de la Jeune Belgique", "ancre_fin": "Le 23 juillet", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS BONHEUR D AUTOMNE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 317, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2288, "texte": "A ceux de la Jeune Belgique.\n               M E S AMIS,\n\n\n              Mon impression sur la fête d'hier?...\n                  Les pompiers avaient de bien beaux uniformes.\n                  Cette fête, on prétend que c'est nous (1) qui l'avons com-\n               posée : je n'en suis pas sûr. Je n'y ai pas trouvé l'esprit que\nnous aimons. Nous c'est vous, moi, quelques autres dont les tendances\nesthétiques ne vont plus vers les mêmes points cardinaux, bien que nous\nayons tenu au chaud, pendant quelques années, un idéal de rénovation\nspirituelle un peu plus beau que celui qu'on nous a représenté hier.\n   Cette fête fut un événement sans précédent à Ixelles. Je souhaite qu'elle\nn'ait pas de lendemain au pays littéraire que nous habitons. Elle m'a fait\nsonger à ces parties de plaisirs en campagne qui commencent par de la joie\nfraîche et finissent par une jonchée de papiers maculés de graisse sur le\ngazon.\n   Je rêvais un ingénu et passionné cantique florentin pour célébrer le poète\nqui créa la douce figure de Nèle.\n   Suis-je trop pessimiste? Devrais-je me réjouir de voir la société belge,\ndans ce qu'elle a de plus officiel, venir à ses artistes et les fêter?\n   Dans cet officialisme, un homme est demeuré intéressant par son interro-\ngative attention à l'œuvre de lettres et d'art et par son respect pour De\nCoster, qu'il appelait « notre grand concitoyen ». Il sentait bien que cette\npersonnalité-là dépassait les limites de la cité ixelloise ; mais il ne voulait\npas toucher à l'esprit du poète à l'aspect duquel son regard s'émerveillait\ncomme devant l'incompréhensible mystère. Il y avait dans cette réserve un\npeu du devoir d'un mayeur borné par son territoire et beaucoup de la\nmodestie d'un homme impressionnable.\n   Nous avions décidé, n'est-ce pas? qu'on ne prononcerait qu'un seul\ndiscours. M. Leemans sans doute ne tenait pas à parler et il suffit de voir\nsa tête expressive de petit bourgmestre flamand, pratique, malicieux, un\npeu rêveur — qui sait ce qu'il y a d'indéfini à l'arrière de cet esprit positif\npar habitude, dont la réflexion se prolonge, et dans ces yeux bleus écar-\nquillés étrangement dont le regard s'évague, — il suffit de voir cette tête\n\n  (1) Voir la composition du Comité.\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2771, "texte": "                                 — 283 —\n\npour présumer qu'elle n'aspire pas à des effets d'éloquence. Mais les\nseconds de l'honorable mayeur ont peut-être senti les plumes de leur crête\nde claque frissonner de révolte à l'idée de cet effacement du pouvoir civil...\net nous avons eu deux discours.\n    Dira-t-on pourquoi les gosses, en défilant devant le monument, ont\nchanté tout le temps en flamand? On ne le dira pas. Emmanuel Hiel lui-\nmême n'en sait probablement rien, à moins qu'on ait voulu justifier ce mot\nd'un fonctionnaire à l'administration des Beaux-Arts : « Je n'ai rien lu de\nDe Coster. J'ignore le flamand. » Le mot est-il authentique? C'est\npeut-être un potin de vieille femme sourde.\n    Hélas ! si nous sommes enclins à accueillir les mots drôles et si nous\navons le cœur obscurci aujourd'hui, ce n'est pas seulement de la faute des\ncanards qui faisaient Coing! Coing! derrière la pierre commémorative. Il\ny avait vraiment trop d'appel à leur innocente ironie.\n    Pendant que Camille Lemonnier prononçait ses carillonnantes et somp-\ntueuses paroles, un drapeau, sorti on ne sait d'où, s'était avancé sournoi-\nsement et, comme personne n'avait fait le geste de l'arrêter ou de l'abattre,\nenhardi, il s'était planté au chevet du monument. L'inscription en lettres\nd'or sinuait aux plis de l'étoffe. Je réussis à lire : Œuvre des soirées popu­\nlaires rationnalistes.         ,\n    Qui a eu la stupide audace de planter là ce drapeau?\n   'Contrairement à ce qu'on avait prévu, l'esprit des politiciens et des\néconomistes a hanté malgré tout la fête et c'est pourquoi la chanson des\npetits n'avait pas de soleil au cœur et pourquoi la joie n'a pas levé.\n    Toutefois, nous savons maintenant que De Coster demeurait chez une\n fruitière et que la femme qui le soignait avait un lupus. Avec les Lettres à\n Elisa, voilà de quoi lui faire une renommée.\n    Rentrons chez nous et laissons passer le silence du temps.\n    La veille de l'inauguration, en contemplant le monument, un émoi reli-\n gieux m'était venu à l'aspect de ces images de pierre et de bronze sensibi-\n lisant l'œuvre d'un homme qui, méconnu, inconnu, trompé sur sa destinée\n par ses intimes amis, passa seul et souffrant, ses heures, à transcrire les\n paroles vives de son être. Il m'était étrange de penser que ce nom de De\n Coster sortait ainsi des limbes, qu'un mythe allait conquérir la rue, la\n foule, tout à coup, et doter le peuple d'un de ces noms vénérés que la tra-\n dition porte et que les enfants répètent avant de rien 'savoir.\n    Mais à quel prix cela !...\n    Aujourd'hui, je me dis qu'un autre temps valait mieux. Alors on ne\n  nous offrait ni prix ni décorations, les journaux bien placés se moquaient\n                                                                      '9\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 580, "texte": "                                  — 284 —\n\nde notre piété ; pourtant nos offrandes étaient pures et nous en revenions\nfortifiés comme par un acte religieux.\n   On a tort de dédaigner ceux qui gardent leur culte intact dans la véné-\nration d'un foyer. Ils ont des forces d'âme précieuses. Il y a d'essentielles\nqualités de sentiment qui deviennent plus que jamais nécessaires aux\nartistes le jour où ils ont avec eux les afficheurs publics et les badauds.\n                                                      HENRY     MAUBEL\n  Le 23 juillet.\n\n\n\n\n                                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 284, "page_fin": 288, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "VERS BONHEUR D AUTOMNE", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 319, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 580, "fin_caractere_exclue": 1806, "texte": "VERS\n                       BONHEUR D'AUTOMNE .\n\n             O merveille ! à travers la clématite rose\n             Comme un papillon d'or, sur ta lèvre vermeille\n             Palpite le soleil. Sommeille, enfant, je veille\n             Pour sauver ton réveil de tout souci morose.\n\n             Là-bas, dans la corbeille une rose s'est close,\n             Une abeille captive en son sein y sommeille,\n             Alourdi de parfums, pareil à cette abeille\n             Que ton cœur en mon cœur embaumé se repose!\n\n\n\n\n             O toi le plus aimé, mon désir, mon enfant,\n             Entends autour de toi ma pensée attentive\n             Chanter comme un essaim qu'un doux printemps active,\n             Endors-toi, mon amour vigilant te défend.\n\n             Dors encor! Je suivrai comme l'eût fait ta mère\n             Le sourire indécis de tes lèvres en fleur,\n             Cherchant dans ton sommeil le rêve ensorceleur\n             Qui l'enchante et le fuit comme un vain éphémère.\n\n             Je suivrai ce rayon, le front grave et pensif\n             Ainsi que, jeune et triste, assise sur la berge\n             Je regardais glisser une corolle vierge\n             Sur le ruisseau d'argent à l'ombre du massif.\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1701, "texte": "                   — 285 —\n\nMais non ! pour que jamais un souci ne t'effleure,\nJe saurai bien cacher mon trouble et mon effroi\nEt mes yeux sérieux refleuriront pour toi\nComme après un orage un lys s'entr'ouvre et fleure.\n\nJe serai le miroir de ton divin printemps\nOù, fier, tu te verras jeune, ardent et sauvage;\nSur ton visage aimé composant mon visage\nJe ferai refleurir la fleur de mes vingt ans.\n\nNe suis-je pas ta sœur, ta mère et ton amante?\nLaisse-toi donc aimer, toi, beau comme l'azur,\nViens près de moi chercher un abri tiède et sûr\nComme un ramier craintif qui fuirait la tourmente.\n\nVois, je suis ta servante, ordonne, ô mon vainqueur!\nJe ne vis que par toi, la flamme de ta vie.\nC'est ma vie, et c'est elle, enfant, que j'ai ravie\nPour rallumer ce soir la lampe de mon cœur.\n\nSois cruel ou sois bon, qu'importe ton caprice!\nLe bras qui frapperait serait encor béni ;\nN'aurai je pas volé le bonheur infini,\nL'ardente volupté d'un divin sacrifice?\n\nMais toi, si quelque jour, par le désir tenté\nTu veux, farouche et fier de ta folle jeunesse,\nExigeant que l'amour de mes lèvres renaisse,\nGoûter les fruits savants de ma maturité,\n\nJe t'abandonnerai mon corps, parfumé d'ambre,\nDe benjoin et de myrrhe; il sera le festin\nToujours prêt où j'aurai servi chaque matin\nLes épices, les fruits, la fraise et le gingembre.\n\nSi l'esprit triste ainsi qu'un immense horizon,\nAttiré par l'orgueil des nobles aventures\nTu t'enfuis, ô cruel! pour soigner tes blessures,\nJ'irai (attendre encore au seuil de la maison.\n\nEt quand tu reviendras, ô ma vie! ô mon âme!\nDe mon cœur jailliront des fontaines  d'amour,\nPar ma bouche et mes yeux bénissant ton retour,\nJe baignerai tes pieds de nard et de dictame.\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1529, "texte": "                   -   286   -\n\nMais cachez-lui, mon Dieu, mes suprêmes efforts,\nIlluminez mon front marqué du désespoir,\nCe soir, fermez ses yeux pour qu'il ne puisse voir\nMes ennuis dévorants et mes lâches remords;\n\nEpargnez-lui la lutte et l'épreuve des forts,\nEloignez de l'enfant la coupe du savoir,\nEt qu'il n'ouvre surtout mon cœur de marbre noir\nOù dort pour tout jamais la poussière des morts.\n\n\n          PERVIGILIUM VENERIS\n\n                       I\n\nQuand, les seins palpitants et les yeux allumés,\nVendangeuse ! tu viens, éperdue et farouche,\nDans ton ivresse ardente écraser sur ma bouche,\nComme des raisins d'or tes baisers parfumés,\nJe songe à tous les noirs tombeaux que j'ai fermés,\nJ'ai trop de souvenirs et plus rien ne me touche,\nEt je pleure, accoudé sur le bord de ta couche,\nLes impossibles vœux que mon cœur a formés.\nCrois-tu donc apaiser, pauvre image éphémère!\nPar tes fruits de la mort dérobés à la terre,\nSur mes lèvres de feu ma soif d'éternité?\nTu t'épuises en vain ; je t'aimerais peut-être\nSi tes philtres impurs pouvaient rendre à mon être\nLe sommeil du néant seul enfin convoité.\n\n                       II\n\nCette nuit, j'ai dompté tes désirs impudents\nMêlant aux voluptés les rires et les larmes,\nJ'ai vu, sous tes baisers, briller comme des armes,\nDans leur éclat cruel l'émail froid de tes dents.\n\nTu fus sauvage et belle en tes assauts ardents ;\nTu crois à ton triomphe et pourtant tu n'alarmes\nRien en mon cœur amer qui méprise tes charmes\nEt qui pleure d'avoir tes sens pour confidents.\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1485, "texte": "                   — 287 —\n\nEndors-toi maintenant, lasse guerrière et trouve\nCe sommeil vigoureux et sain de jeune louve,\nO toi qui peux dormir sans rêve et sans remords!\n\nCar sinon tu verrais, imprudente sibylle,\nLuire en mes yeux profonds l'âme de tous les morts,\nAinsi qu'en un sépulcre une lampe immobile.\n\n\n                      III\n\nTriomphe! J'ai vaincu la chair et je suis roi!\nO savante, puissante et fière Messaline,\nSous les folles ardeurs de ta lèvre saline\nMon corps vierge, dompté, n'a subi nul émoi.\nTu délirais, les sens exaspérés, mais moi,\nDardant plus froidement ma volonté féline,\nEn ce cœur qui te hait, te scrute et te câline,\nJ'amassais un trésor de splendeur et d'effroi.\n\nCuve donc maintenant tes péchés de démence!\nDans mon cerveau vibrant j'en ai fixé l'essence,\nIls revivent en lui dans un éclat plus beau.\n\nEt faisant la moisson cruelle des idées,\nJ'agite vers l'azur, comme un mortel flambeau,\nUn bouquet palpitant d'infâmes orchidées.\n\n\n                      IV\n\nEt toi, pourquoi ton cœur, le charmant prisonnier\nDe ta lèvre, m'appelle? En vain tu t'ingénies\nA murmurer encor des paroles bénies;\nTon chant m'attriste ainsi qu'un soleil printanier.\n\nQue ce jour, rêves-tu, sois notre jour dernier\nOù, découvrant enfin les pures harmonies,\nDans un baiser sans fin nos âmes réunies\nEn l'extase éternelle iront communier.\n\nHélas! ne vois-tu pas que la seule nature\nTriomphe; par ta voix, réclamant sa pâture,\nPour accomplir son œuvre elle enchante tes sens.\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1555, "texte": "                   — 288    -\n\nDéjà se sont troublés tes yeux, déjà se mêle\nUne étrange langueur à tes mots innocents;\nEn toi j'ai reconnu l'exigeante  femelle.\n\n                       V\nO vie! ô clair soleil ! La mésange et la huppe\nSur les calices d'or allument leurs couleurs.\nCe doux printemps t'invite aux baisers cajoleurs,\nObéis, sans savoir le dessein qui l'occupe.\n\nParfume de lilas ton corsage et ta jupe\nEt que ton cœur, grisé par l'haleine des fleurs,\nGazouille comme un ciel rempli d'oiseaux siffleurs\nEt tâche par ton chant de me f aire ta dupe.\n\nInvoque des amants réunis dans la mort,\nLe délire sublime et le divin transport;\nSois fière de tes vœux, sois fière de ton âme,\n\nEt nomme-moi ta Foi, ton Désir et ton Dieu\nQuand, soumis aux baisers que ton instinct réclame,\nJ'allume dans ta chair des ivresses de feu.\n\n                      VI\nL'orage gronde au loin, l'azur en feu pâlit,\nLes cyprès frissonnants heurtent leur pyramide,\nEt les ramiers craintifs que le soir intimide\nOnt fui l'ombre et l'horreur dont la forêt s'emplit.\n\nSoudain dressé, foulant les roses de ton lit,\nJ'écoute. La mer chante. Oh! ton regard humide\nNe me retiendra plus, astucieuse Armide ;\nLe charme s'est rompu, mon destin s'accomplit.\n\nJe me réveille enfin! Je fus servile et lâche,\nMais l'horizon m'appelle et j'ai compris ma tâche ;\nEt déchirant la nuit des fanfares du cor,\n\nJe fuirai, brandissant au bout de mon épée\nVers le ciel outragé, comme une toison d'or,\nLe trophée orgueilleux de ta tête coupée.\n                                        VALÈRE GILLE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 289, "page_fin": 292, "titre_corps": "Fichez-nous la paix !", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "FICHEZ NOUS LA PAIX", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE RÊVE DE FRA ANGELICO", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 324, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "FICHEZ-NOUS LA PAIX!\n  L'Art moderne — dont chacun des trois rédacteurs s'abstient de signer\nsa prose afin de donner plus d'autorité à la prose des deux autres — a\npublié, le 15 juillet, un numéro persillé d'incongruités. Quelques-unes sont\nrelatives à l'inauguration du monument élevé à Charles De Coster. La\nJeune Belgique a expliqué, sans adjectifs d'aucune espèce, dans sa livrai-\nson de juin, pourquoi elle n'a pas pris la parole. Ajouter un mot à ces\nexplications serait manquer de goût. Libre à l'Art moderne de faire des\nmoulinets et d'avaler des étoupes autour du bronze de la place Sainte-\nCroix : la Jeune Belgique ne l'imitera point. Il y a plusieurs façons d'hono-\nrer la mémoire de Charles De Coster.\n   Reste l'articulet intitulé La Décoration de Camille Lemonnier.\n   M. Camille Lemonnier n'étant pas encore un bronze, je ne me crois pas\ntenu à la même réserve.\n   Voici cet articulet :\n   « Parlant des décorations à attribuer à nos écrivains, après la gerbe qui\nvient de tomber avec une grâce éclectique sur nos peintres, le Soir a. tenu\nsur le compte de l'auteur du Mâle quelques propos où se dénonce son\nhabituelle irrévérence.\n   Camille Lemonnier lui a campé un billet en trois lignes dont Madame\nSans-gêne eût dit : Ça te la coupe, hein, mon bonhomme!\n   Il y dit : Qu'on me laisse tranquille avec cette faribole. Je n'en veux pas.\nJe n'en veux plus. Je n'en ai jamais voulu. J'ai mieux à faire que de tendre\nle bec de ce côté. Finissez de me prêter ces attitudes caricaturales.\n   Bravo ! Voilà qui va à son large esprit et à son grand cœur. En ceci,\ncomme en cent autres faits et gestes, l'homme est exemplaire et prompt en\nleçons de désintéressement, de modestie ou d'orgueil noble. Il s'ajoute aux\nrares qui dédaignent ces colifichets convoités par les médiocres comme\nmoyen de relever leur insuffisance et d'éteindre les controverses sur leur\ndouteux mérite. Il est bon de faire école en cette matière et de se dresser au-\ndessus et à l'écart du troupeau.\n   Il ne nous déplaisait pas pourtant de voir ce bel et vigoureux esprit\nobstruer la passe à l'entrée de laquelle est mouillée, serrée et impatiente, la\nflottille des criticules, des écrivicules et des artistaillons qu'on n'osait pas\ndécorer tant que Lemonnier apparaissait en insurmontable obstacle. C'était\n un amusant spectacle dont nous voici sevrés.\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "                                 — 290 —\n\n   Que va-t-il arriver? Est-ce que la ruée se produira, ou bien y aura-t-il\ndes imitateurs? Les paris sont ouverts. Nous donnons à cent contre un que\npersonne ne refusera, sauf un pu deux farouches, qu'on pourrait exposer\nau Musée Castan à côté du sauvage qui mange les serpents et se régale de\nverre cassé arrosé de pétrole 1865.\n   Ce serait très beau, nonobstant, que de voir cette grande leçon faire des\nconversions. On s'en est passé si longtemps de cette croix au pays littéraire.\nAbsolument comme on s'y passe d'être académicien. Pourquoi chan-\nger? »\n   Nous n'épiloguerons pas sur le refus de M. Camille Lemonnier. « La\nnouvelle, assure le Journal de Bruxelles, a surpris quelques gens, car\nM. Lemonnier a décliné ce que personne ne lui avait offert. » Mettons que\nM. Lemonnier se soit mépris sur un geste du gouvernement, ou, si l'on\npréfère, qu'il ait refusé le ruban que lui offrait M. Picard. Ce qui, dans\ntoutes les hypothèses, reste inexplicable, c'est la colère de l'Art moderne.\n   Il est vrai que ce journal est toujours furieux. Le 8 juillet, il écume\nparce que M. Camille Lemonnier, « candidat au ruban », n'est pas décoré.\nLe 15 juillet, M. Lemonnier ayant refusé de rester plus longtemps candidat,\nl'Art moderne écume encore. Aussi longtemps que M. Lemonnier— selon\nl'expression du Journal de Bruxelles — était le bouchon obstruant, pour\nles autres écrivains, la voie des honneurs officiels, l'Art moderne, dansant\nde colère, réclamait ces honneurs pour M. Lemonnier. Le bouchon Lemon-\nnier saute et l'Art moderne, dansant de plus en plus rageusement, d'ap-\npeler criticules, écrivicules et artistlcules ceux qui s'aviseraient d'accepter\nune distinction que l'Art moderne a sollicitée pour l'auteur du Mort, et à\nlaquelle l'auteur du Mort était candidat. D'où il résulte que c'est lorsqu'il\na sauté que le bouchon doit surtout boucher! Et l'Art moderne danse,\ndanse de plus en plus !\n   C'est fort bien dansé, sans doute; mais pourquoi diable dire ces choses\naux écrivains cités par le Soir, alors qu'elles ne regardent que l'un des trois\nrédacteurs de l'Art moderne, M. Octave Maus? Car M. Octave Maus a\nnon seulement été candidat au ruban, mais il a été enrubanné, et, circons-\ntance affreuse, dont nous frémissons, décoré sur le corps de M. Camille\nLemonnier! M. Octave Maus, décoré, bouchon présent, est donc plus cou-\npable qu'un autre M a u s — s i l'on peut imaginer un autre Maus — qui\naurait attendu hiérarchiquement la sortie du bouchon. M. Maus ferait donc\npartie de l'Armada des médiocres, soit comme écrivicule, soit comme artis-\nticule, soit comme criticule. Mettons écrivi-artisti-criti-cule, — pour\nabréger.\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "                                     — 291     —\n\n\n    Quelle situation! Vous la voyez, Messieurs, vous la voyez! L'Art\nmoderne, d'ordinaire peu mythologique, fait désormais concurrence au\nchien Cerbère, le toutou à trois têtes de la collection Pluton. L'une de ces\ntêtes est décorée, et les deux autres aboient lamentablement!...\n   On assure que la boutonnière de M. Maus, à peine ouverte au ruban,\ns'est brusquement refermée en signe de deuil.\n   Quant aux écrivains, voire même aux écrivicules français de Belgique,\nils sont fort embarrassés. Déjà ils ne savaient trop si, d'après l'Art moderne,\nil faut faire partie ou ne pas faire partie des jurys de peinture, composer ou\nne pas composer, pour le compte du gouvernement, des anthologies subsi-\ndiées, — chienne de mémoire, va! — briguer ou ne pas briguer la succes-\nsion de Jean Rousseau, accepter ou refuser les prix officiels. Voici main-\ntenant qu'ils ne savent plus s'il faut accepter ou refuser l'ordre de Léopold,\ns'ils doivent imiter M. Octave Maus ou suivre l'exemple de M. Camille\nLemonnier.\n\n           Montaigne eût dit : « Que Sais-je? » et Rabelais : « Peut-être! »\n\n . En attendant que l'Art moderne trouve la solution de ce délicat pro-\nblème, qu'il fiche la paix à ceux qui, comme nous, n'ont rien reçu, rien\ndemandé. Ou si le boucan lui est indispensable, qu'il fonde un ordre à lui,\net qu'il en décore ses protégés. L'ordre d'Edmond. Pourquoi pas? Le bijou\nserait naturellement un pavé d'ours en réduction, et le grand maître de\nl'ordre porterait, naturellement aussi, le titre de Provincial.\n   Rien n'est plus provincial, en effet, que ces agitations sans but, ces vio-\nlences à la cantonnade, cette danse incohérente, à perte d'haleine et à\ncloche-pied, sur les œufs pourris chers à M. Bloy. Province, oui, déplo-\nrablement province, votre polémique éternellement poissarde, vieux serpent\nmécanique qui se mord la queue! Province, cet hôtel de Rambouillet que\nvous élevez dans le quartier des Halles! Province, vos théories sur l'évolu-\ntion littéraire, sur l'identité du beau et du neuf, province, toutes les mau-\nvaises habitudes qui vous sont restées d'une ingurgitation quotidienne de\ndoctrinaires dans les Jardins Joyeux de la politique! Province, l'étrange\nvolupté de badaud que vous éprouvez à courir devant le premier orphéon\nlittéraire qui débouche dans votre rue, en vous exclamant à tue-tête : « Le\nvoilà ! Il arrive ! » quitte à le lâcher pour des Béni-Bouffe-Toujours plus\nrécents, si bien qu'à la fin de la journée vous vous trouvez, sans souffle,\ndans un quartier inconnu, la langue pendant sur le ventre, comme un\n tablier! Province, votre tic de vous faire inoculer, à l'âge mur, les maladies\n infantiles de la jeune littérature — quand on attrape la coqueluche à soixante\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1479, "texte": "                                                                                   ■ ' 1\n\n\n\n\n                                     — 292 —\n\nans, on est ridicule! Province, enfin, province, province, votre manie d'or-\nganiser et de contrôler le culte de lâtrie que chaque Belge majeur vous\nsemble tenu de rendre, sous peine d'être invectivé tous les dimanches, à la\ndivinité rousse de M. Camille Lemonnier !\n   Personne, parmi les nôtres, ne songe à nier le talent de M. Camille\nLemonnier, personne ne lui refuse l'éloge auquel il a droit; nous protes-\ntâmes quand on lui refusa le prix quinquennal; nous protestâmes aussi\nlorsqu'il fut en butte, de la part d'un parquet par trop pudibond, à des\ntracasseries ridicules ; mais personne d'entre nous n'entend prêter à\nM. Camille Lemonnier un serment de vassalité. A l'exception de M. Ray-\nmond Nyst, un homme-patois qui a ressuscité dans son œuvre tous les\ndialectes parlés, il y a quelques milliers d'années, dans les forêts vierges,\nM. Camille Lemonnier n'a chez nous ni fils ni élève. C'est pourquoi vous\nêtes profondément maladroit de vouloir nous forcer à saluer la pique où\nvous avez hissé le dernier feutre du romancier brabançon. Ces Gessleriana\nne prennent pas chez nous. Non seulement nous refusons le salut, mais\nnous renfonçons notre chapeau.\n  Et maintenant, s'il vous plaît encore de faire du bruit, allez ailleurs que\nsous nos fenêtres.\n                                                          ALBERT GIRAUD\n\n\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 292, "page_fin": 300, "titre_corps": "Le Rêve de Fra-Angelico", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hippolyte Fierens-Gevaert", "ancre_debut": "LE RÊVE DE FRA ANGELICO", "ancre_fin": "HIPPOLYTE FIERENS GEVAERT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 327, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 1479, "fin_caractere_exclue": 2329, "texte": "LE RÊVE DE FRA-ANGELICO (1)\n             Dans la petite cellule qu'éclairait la flamme vacillante d'un flam-\n              beau de cire, un moine, à genoux, priait devant une adorable\n              tête de Christ, seule image de piété qui ornât les murs jaunes\n              et bas de la chambre claustrale. La nuit se faisait. Ailleurs,\nles murmures de voix du dehors, qui s'entre-croisent, se réunissent et\nmontent vers le zénith, laissent errer un moment leurs souffles de petites\nâmes dans les ombres tremblantes du crépuscule ; ici pas un bruit, pas une\nlueur de vie qui vînt d'au delà des murailles crénelées, et pas une bouche\nqui s'ouvrît, pas une lèvre qui remuât dans le monastère à partir de neuf\nheures du soir\n\n\n  (1) D'après le tableau Le Couronnement de la Vierge et la prédelle représentant les\népisodes de la vie de saint Dominique.\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "    Au milieu de ce sommeil de la communauté, un dominicain épuisait les der-\nnières ardeurs de son être en d'occultes méditations. Son ravissement avait\nfait s'animer une fois de plus le beau Christ vers lequel s'élevaient ses prières.\nTout ce qui était en lui de pur, de bon, d'immatériel, se mêlait à la chair\npâle et vaporeuse du divin Jésus, entrait dans le sang du Sauveur, et ce con-\ntact que son âme ressentait dans le sein même du Maître, cette intussuscep-\ntion de l'extase produisait sur le corps amaigri du moine l'effet d'une lente\net bienfaisante caresse balsamique. Des larmes de bonheur roulèrent abon-\ndamment sur sa face illuminée, et quand elles vinrent glisser dans la com-\nmissure des lèvres, le frère but avidement leur rosée brûlante, comme\ns'il avait absorbé quelque substance eucharistique, et reçu, sous les appa-\nrences de pleurs amers, l'infinie divinité de Jésus-Christ.\n    Ce jour-là, la conscience de Fra-Angelico avait eu à lutter contre les\nsophismes d'habiles hérétiques. Appelé dans un château de l'Ombrie par\nun seigneur voisin, il s'y était rencontré avec deux ou trois docteurs qui\navaient quitté Rome à cause des troubles et étaient venus chercher dans le\nNord un calme momentané. L'on parlait alors beaucoup d'un petit livre\nnouveau, dont personne ne connaissait l'auteur, et qui, selon les savants\nhôtes du seigneur, allait fatalement entraîner les masses dans une doctrine\nstérile et néfaste.\n    — « La raison humaine, avait dit l'un d'eux, ne peut résister à ces hallu-\ncinations cénobitiques. Elle n'est déjà que trop encline à la paresse; nous\nla savons insuffisante et faible ; pourquoi dès lors la bercer de chimères\nqui la rejetteront dans de plus cruels désenchantements. »\n    Et le docteur, ouvrant l'Imitation de Jésus-Christ qu'il tenait entre les\nmains, tâchait de détruire par de spécieux commentaires le sens sublime\ndes paroles qu'il lisait : « Le portrait que l'auteur de l'Imitation trace d'un\nsaint, est-il bien fait pour évoquer en vous le souvenir de saint Dominique,\nle fondateur de votre ordre? .Ne sait-on pas, ajoutait-il, que Guzman fut\navant tout un politique avisé, amoureux de pouvoir et de domination?\nPourquoi nous venir parler de ses renoncements et de ses vertus? — Les\nsaints se regardaient comme un pur néant et le monde les méprisait; —\nc'est expliquer faiblement la raison pour laquelle certains d'entre eux\nsoulevèrent la haine et l'effroi. »\n    L'astucieux glosateur, qui espérait une réplique du dominicain, fut\ntrompé dans son attente. Fra-Angelico, en entendant ces paroles impies,\navait senti une douloureuse commotion dans tout son être, mais il n'avait\n pas eu la force de murmurer une protestation.\n    Le candide et pur grand homme était revenu le soir à son couvent,\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "                                  -   294-\n\nétrangement ébranlé. Ce mysticisme, que l'on paraissait tant redouter,\nétait pour lui un besoin ; seule, cette faculté d'amour lui donnait l'intuition\ndu monde fortuné qu'il faisait vivre sous ses pinceaux. Rentré dans le\ncalme monacal, il s'était agenouillé devant le Christ dont il avait tracé un\njour l'image en pleurant, et lui avait redemandé la paix de l'âme. Puis,\nlentement, Fra-Angelico s'était mis au lit en redisant la prière du soir.\nQuand il eut prononcé les dernières paroles du Credo, il s'endormit avec\nsérénité dans le silence poignant du cloître.\n\n\n\n   Vers minuit Fra-Angelico se leva pour réciter l'office. Mais il ne recon-\nnut plus l'endroit où il se trouvait; il était transporté dans une demeure\npalatiale, bordée de galeries ajourées et dont les murs en marbre blanc se\nrehaussaient de pilastres dorés. Son lit s'était transformé en une couche\nsomptueuse, sur laquelle s'étendait un tapis de velours bleu, brodé de\nfestons pâles. Un homme y sommeillait, enveloppé dans un grand manteau\nde cérémonie. Sa tête, qui respirait une dignité souveraine, était surmontée\nde la tiare papale. La nuit elle-même, recueillie et doucement rayonnante,\nsemblait prier devant cette figure majestueuse. Fra-Angelico, saisi de\nrespect, se prosterna pieusement, mais son léger mouvement ébranla le sol,\net le mur qui se dressait derrière lui oscilla et se renversa par degrés. Pris\nde frayeur, Angelico se leva, et d'un mouvement instinctif, avec un espoir\nde salut, posa ses mains tremblantes sur la lourde muraille. O surprise!\npar degrés aussi, sous sa poussée surhumaine, les pierres reprenaient leur\nposition normale. Alors une voix, qui sortait du fond de l'alcôve, prononça\ngravement cet arrêt : « Nous Innocent III, chef de la chrétienté, ratifions le\nplan de l'ordre religieux institué par notre bien-aimé serviteur Dominique,\n  Fra-Anglico se retourna vivement, mais le lit s'éloignait et la tragique\napparition s'effaçait rapidement derrière un nuage d'ombre.\n\n   A présent le dominicain errait sous le portique voûté de ce palais qui\ndéjà lui devenait familier. Le ciel d'un bleu sombre et profond s'essaimait\nd'un million de clartés ; une brise fraîche courait dans l'air tiède et Fra-\nAngelico, le corps tout inondé de grâce, s'arrêta pour contempler le firma-\nment étoile. Soudain, dans l'atmosphère obscurcie, il crut voir flotter deux\nformes pâles, imprécises, assez pareilles à un rayon de lune égaré, ou sem-\nblables plutôt au dernier et solitaire nuage blanc qui, à la fin des chaudes\njournées d'été, se gonfle comme la voile d'une barque au-dessus de l'horizon\nembrasé... Les vagues blancheurs en s'approchant prenaient les contours\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "                                  — 295 —\n\nde deux êtres humains. Elles s'enroulaient dans de longs manteaux, arra-\nchés par lambeaux à l'azur même du ciel. Tout un cortège d'astres illumi-\nnait d'un éclat extraordinaire le chemin parcouru par la vision et l'entourait\nd'une auréole divine. Et Angelico reconnut les visages de saint Pierre et\nde saint Paul qui se détachaient visiblement du ciel. Les deux vénérables\ndescendirent jusqu'à lui; le premier lui remit un bâton, l'autre un livre.\nPuis, sans dire une parole, ils regagnèrent l'immensité. Tous deux ressem-\nblèrent bientôt à une étoile vagabonde et leur point lumineux se perdit\nau milieu du scintillement de l'infini.\n\n   Insensiblement le jour se levait, un jour clair et doux. Au coin d'une\nvoie qui aboutissait devant le péristyle du palais, parut un cheval tout\nblanc, dont l'encolure se couvrait d'une longue crinière argentée. Tout à\ncoup Angelico entendit un cri douloureux vibrer à ses oreilles. Un jeune\nhomme qui traversait la place venait de rouler sous les pieds du cheval.\nUn vieillard, vêtu de la pourpre cardinalice, s'était déjà précipité et avait\nrelevé le corps inanimé du bel adolescent...\n   Rapidement le moribond est porté dans une maison voisine. Fra-Ange-\nlico y pénètre à son tour, au moment même où l'enfant exale son dernier\nsoupir. Autour du lit que l'on a disposé à la hâte se pressent des prélats,\ndes moines, des vicaires, quelques matrones et une jeune patricienne qui se\ntord les mains et pousse de longs gémissements. Angelico apprend que le\njeune homme est le neveu du cardinal Stefano di Fossa Nova... Tandis\nque l'assistance murmure une lugubre prière, Angelico sent couler un sang\nplus vif dans ses veines ; levé par une force irrésistible, son bras fait' un\ngeste que l'ampleur de la manche de bure rend plus grand et plus noble\nencore. La psalmodie mortuaire cesse : le blond Napoléone revient à la vie\net ressuscite miraculeusement.\n\n     Mais Angelico, dont le cœur se gonflait d'orgueil, vit subitement s'étendre\n'devant lui un paysage désolé. Une grande pierre tombale, triste et nue, y\n surmontait un tertre sablonné. La pierre se souleva. Le corps du Christ en\n surgit tout pâle, et resplendissant pourtant d'une vie nouvelle, d'une vie\n qui éclairait d'une aurore vermeille la colline abandonnée. Une plaie rouge\n et flamboyante ouvrait le flanc de la victime. La blessure ne saignait plus ;\n elle était comme le foyer brûlant autour duquel s'allumait l'éclatante\n  beauté de cette résurrection et Angelico comprit que jamais aucun homme,\n  si saint fût-il, ne renaîtrait dans une telle gloire d'immortalité.\n"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "                                  — 296 —\n\n    L'apparition s'était évanouie et le moine se retrouvait dans une jolie ville,\n où les maisons hautes et claires dessinaient leurs toits carrés sur un ciel\ntout bleu. Des bourgeois aisés, vêtus de robes pourpres, bordées d'hermine,\ndiscutaient avec animation dans les rues étroites. Fra-Angelico prit part\naux conversations et sut bientôt que l'hérésie régnait en maîtresse dans la\nville d'Albi, jadis si pieuse. Alors il entraîna les habitants dans une des\ndemeures les plus proches, et après avoir exposé les dogmes orthodoxes et\nréfuté les doctrines contraires à la foi catholique, il voulut confondre les\nmécréants qui ricanaient encore. Dans un feu de bois, autour duquel toute\nl'assistance faisait cercle, il jeta une Bible et un livre hérétique. Et pendant\nque le second se consumait rapidement, le livre saint flottait intact au-dessus\ndes flammes...\n\n   Au dehors, une clochette tinta midi. Fra-Angelico, qui se sentait vivre\nd'une existence surnaturelle, rejoignit en un moment ses frères déjà rassen-\nblés autour des tables du réfectoire. Il présidait, ayant seul le droit de décou-\nvrir sa tête et de rejeter sur le dos la cagoule monacale. Il était heureux,\nimmensément heureux de se voir au milieu de ses dominicains dont les\nsilhouettes blanches et presque fantômales s'immobilisaient sur les boise-\nries de la salle capitulaire. Les nappes éclatantes recouvraient les tables et\nse perlaient, par endroits, de la brillante étincelle d'une carafe de cristal,\nPoint de mets hélas !... Les moines allaient jeûner, car le dernier argent du\ncloître s'en était allé le matin même en charitables dons. Mais prodige\nincroyable! Fra-Angelico avait fait un signe de la main et du plafond,\noù couraient de grosses poutres cerclées de fer, deux anges aux ailes\nsemées d'étoiles descendirent d'un vol lent, très lent. Quand ils eurent\ngarni la table d'aliments ils s'élevèrent et disparurent en jetant un dernier\nsourire au saint abbé.\n\n    La nuit était revenue et Fra-Angelico s'était étendu de nouveau sur son\nlit de bois. Il dormait d'un sommeil paisible lorsqu'il entendit des mur-\nmures sourds à ses côtés et des pleurs étouffés. La plainte allait grandissant\nde minute en minute, et des sanglots traversaient l'air de la chambre.\nIl voulût se lever, mais il se sentit paralysé, incapable de faire un mouve-\nment, attaché, ligotté sur sa couchette. Il voulut ouvrir les yeux, et ses\npaupières, qui s'étaient si souvent ouvertes sur le ciel, restaient herméti-\nquement closes comme la pierre d'une tombe. Mais à travers la membrane\nbaissée il vit... Il vit d'abord dans la chambre obscure tous ses frères,\ngraves, recueillis, mornes, changés presque en statues et devenus aussi\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2645, "texte": "                                  — 297 —\n\n froids et aussi tristes que les moines de pierre placés dans les niches des\nportails. Fra-Andreo, son disciple aimé, ne parvenait plus à maîtriser\nsa douleur; il s'appuyait contre le mur et cachait son visage baigné de\nlarmes dans ses mains crispées. Dans la chambre rôdait un subtil parfum\nde violettes fanées, envolé sans doute du cimetière prochain\n   Enfin, par un suprême effort, Fra-Angelico réussit à se dresser sur sa\ncouche. Il adressa à ses frères un regard où se lisait une extase d'amour et\nprononça lentement, en guise d'exhortation dernière, la formule de leur\nrègle : Charitatem habete umilitalem servat, paupertate voluntaria possi-\ndete      mais épuisé par ces mots, il retomba sur son lit, tandis que les\nmoines, sur un rhythme très lent, entonnaient le funèbre De Profundis.\n   Une angoisse terrible étreignit Angelico au cœur. Elle fit place aussitôt\nà un bien-être délicieux.\n\n\n   Il était sur la Route du Ciel.\n   Un à un, il gravissait les degrés d'une échelle dorée; autour de lui des\nanges volaient gracieusement en s'enveloppant dans les draperies flottantes\ndes nuages bleus. L'un d'eux portait une couronne et deux autres soute-\nnaient un calice étincelant comme un soleil.\n   La montée dura longtemps sans que Fra-Angelico ressentît la moindre\nfatigue. Une poussière brillante, faite d'éclats de diamants et de perles,\ns'éparpillait dans l'immensité et frangeait les vapeurs moutonnantes d'un\nsplendide collier de feu. De tous les côtés il était entouré de nuages\nd'argent, de pourpre, d'azur et d'or. Un vent léger, où l'encens se mêlait\ndélicieusement aux parfums des roses et des œillets, faisait frissonner l'océan\nd'émeraude et d'opale qui roulait au-dessus de lui.\n   Angelico continuait à monter; mais le terrain sur lequel il marchait lui\nsemblait plus dur, plus inégal. En se baissant il vit qu'il foulait aux pieds\ndes trésors d'orfèvrerie, plus éblouissants que les riches offrandes qui\nornent les autels de la Vierge dans les grandes églises. C'étaient des vases\nantiques en cristal de roche et en porphyre ; des burettes montées en argent\ndoré; des boucliers en or émaillé portant des chiffres royaux; et encore des\nplaques en argent Et en or repoussé représentant des sujets saints. Toutes\nces merveilles s'amoncelaient et formaient des colonnes superbes qui se\ndressaient avec une splendeur hiératique des deux côtés de la route.\n   Les assises, composées de rétables peints, soutenaient des vierges en or;\nles chapiteaux se rehaussaient de calices transparents et la voûte qui les\ndominait, taillée en plein éther, apparut tout à coup, inondée de clartés\n"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2787, "texte": "                                  — 298 —\n\nplus pures, plus douces, plus irisées que toutes celles que le soleil reflète\ndans les miroirs triangulaires des cristaux ou dans les eaux bleues des\nrivières...\n   L'escalier, la colonnade, fuyaient derrière Angelico. Il se soutenait tout\nseul dans l'espace et d'autres personnages vêtus de magnifiques habits\nsacerdotaux se joignaient à lui. Il se regarda furtivement, tout confus de se\nvoir mêlé à une foule aussi brillante; mais son manteau de bure s'était\nchangé en ornements brodés et son cilice, aminci et léger, devenait une\naube sacrée, toute garnie de précieuses dentelles. La foule se pressait de\nplus en plus nombreuse ; il y avait des patriarches, des apôtres, des vierges,\ndes docteurs, des martyrs. Tous avaient des visages pâles et nacrés; on eût\ndit que le sang s'était retiré de leurs veines et que dans leur corps diaphanes\nleur âme s'était transformée en une petite étoile. Ils glissaient sur les\nnuages, et leurs pieds s'embarrassaient mollement dans les plis de leurs\nvêtements. Comme ils se rapprochaient de Fra-Angelico, le moine reconnut\navec respect les grandes figures des saintes histoires : Moïse, saint Jean-\nBaptiste, saint Pierre, saint Simon, saint André, saint Barthélemy, saint\nJacques le Mineur, saint Jean l'Evangéliste. Un grand nombre d'entre eus\nportaient des attributs sacrés : saint Marc ouvrait un livre couvert de\nsignes dorés, saint Augustin avait une plume à la main. Il constata qu'il\ntenait lui-même une tige de lys et un livre, les deux emblèmes de saint\nDominique, le chef de son ordre.\n   La brise à présent épandait le bruit d'une fanfare céleste. C'était une\nindéfinissable sonnerie qui retentissait, claire et gaie, comme le rire perlé\ndes anges et qui venait remplir les coeurs d'un enthousiasme fervent. Au\nfur et à mesure que s'enflait la joyeuse mélodie, une frêle musique de violes\net de cithares, toute parfumée de tendresse, arrivait par fragments, aussi\nvague et aussi harmonieuse que le murmure des zéphyrs en maraude...\nLes oreilles, les yeux, tout le corps subissait des caresses et des extases\ndans ces limbes enchantés. Fra-Angelico crut que la vie allait lui échapper\nen cet instant de suprême bonheur. 11 s'arrêta en proie à d'ineffables\ndélices ; mais ses yeux restèrent fixes, éperdus d'amour, de passion,\nd'enivrement.. ..\n   Devant lui, la dentelle brillante des nuages venait de s'entr'ouvrir : la\nVierge était là, plus blanche, plus belle et plus chaste que ne l'étaient les\njeunes filles de Fiesole lorsqu'elles paraissaient voilées de tulle, dans\nles cortèges fleuris de la Fête-Dieu. Son trône délicat et charmant était\nsurmonté d'un dais étoile, lequel était soutenu lui-même par de minces\ncolonettes torses. La merveilleuse miniature, taillée dans un ivoire veiné\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2957, "texte": "                                  — 299 —\n\net incrusté de métaux aux reflets vivants; offrait de curieuses analogies avec\nles chefs-d'œuvre de l'iconographie grecque et les plus fins ivoires byzan-\ntins. Le lumineux cathèdre s'exhaussait de neuf marches, formées de pétales\nentassés et durcis ; les degrés prenaient ainsi les teintes de neuf fleurs\ndifférentes qui parlaient au bienheureux leur symbolique langage. Une\nmosaïque faite de jaspe, de lazulites et de chrysopases pavait le ciel et\nentourait les degrés du trône d'une nappe plus éclatante cent fois et plus\nriche que les dallages historiés des basiliques.\n   Autour de la Vierge, dont la robe, tissée de rayons de soleil et parsemée\nde scintillements d'étoiles, glissait alanguie et mollement drapée sur la pre-\nmière marche du trône, un chœur de séraphins auréolés chantait, en\ns'accompagnant sur les harpes et les psaltérions, un cantique qui résumait\nl'éternité des joies célestes. Leurs voix vibraient, argentines, comme le\ntimbre pur des cloches de cristal, et vraiment, à voir ces beaux anges translu-\ncides pétris avec l'haleine colorée de Dieu, on comprenait que leur bouche\ndevait moduler seulement les psychiques mélodies des rêves et de l'amour.\nEt derrière les blanches théories, de longues trompettes dorées détachaient\nsur le clair azur leur pavillon vibrant, et lançaient au-dessus de tous les\nêtres « aux ailes de gaze » leur note triomphale et prolongée.\n   Toutes les gloires de l'Eglise, réunies autour de la mère de Dieu, chan-\ntaient la grâce de la Vierge Elue. Saint François d'Assise, saint Thomas\nd'Aquin, le roi David, saint Benoît, saint Antoine, saint Nicolas de Myre,\nCharlemagne, les apôtres saint Pierre, saint Mathias, saint Paul, saint\nJacques le Majeur unissaient leurs voix à celles de saint Philippe, de saint\nMatthieu, de saint Laurent, de saint Etienne, de saint Georges et de quatre\nsaintes : sainte Cécile couronnée de roses, sainte Madeleine offrant un vase\nde parfums, sainte Claire couverte d'un voile constellé de croix et d'étoiles,\nsainte Catherine d'Alexandrie, s'appuyant sur la roue, instrument de son\nmartyre.\n   La prière s'élevait, s'élevait. Elle devenait un hymne grandiose et solennel\nqui retentissait dans l'espace comme s'il était allé frapper les ogives\nsonores d'une haute cathédrale ; et toujours le chant cristallin des anges la\ndominait en variant à l'infini ses divines modulations. C'était le tribut de\ntoutes les adorations, de toutes les fidélités, de tous les espoirs qui montait\nde la terre, s'exhalait par la bouche des hommes sanctifiés et venait\nenvelopper la madone de son voile de désirs et d'encens. C'était le chant\n d'amour, de consolations et de respect de toute la chrétienté, qui mêlait\n sa liturgie frémissante et sévère aux accents sereins des voix angéliques ;\n c'était enfin toute l'Eglise puissante et dominatrice qui célébrait le couron-\n                                                                       21\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "                                   — 300 —\n\nnement de Marie et déposait son universel hommage devant l'autel\nembaumé de la Reine des Vierges.\n   Alors, pendant un très court moment, Angelico aperçut le Fils de Dieu,\nIl avait le teint pâle et la longue chevelure dorée du Christ qui ornait sa\ncellule. Mais rien ne pouvait dire la majesté et la grâce qui animaient ses\ntraits et sa démarche. Devant lui, la Vierge plia faiblement les genoux, et\nle divin martyr étendit les mains comme pour lui porter secours...\n   Quel miracle extraordinaire allait donc se produire?\n   Hélas ! La magie du décor s'effaçait comme par enchantement. Fra-\nAngelico gardait devant les yeux des visions prismatiques, mais les lignes\nse brisaient, et le frêle mirage se perdait sans retour. Un parfum de myrrhe,\nde lys et de palmes envahissait le moine et le grisait peu à peu. La pourpre\net l'azur tourbillonnaient autour de lui ; il était environné d'une immense\nroue giratoire, pareille d'abord au gigantesque arc-en-ciel, mais qui se rétré-\ncissait au fur et à mesure que s'accélérait sa descente. Car Angelico descen-\ndait; l'abîme s'ouvrait sous lui et le cercle de lumière qui l'entourait s'assom-\nbrissait par degrés et menaçait de l'étouffer entre ses murs refroidis...\n\n\n                                      ***\n   Un frisson d'angoisse réveilla le dominicain. Il reconnut avec stupeur\nles murs de stuc de sa cellule. Un gai rayon matinal luisait à travers\nl'unique lucarne de la chambrette et taquinait mutinement une dalle aus-\ntère. Fra-Angelico se frotta les yeux et repassa les phases de son sommeil.\nLes miracles qu'il avait accomplis n'étaient donc que des rêves, des songes\nvains. Et c'était précisément toute la légende de saint Dominique qu'il\navait revécue, cette légende que des contempteurs avaient essayé de\nnier la veille même. Mais Fra-Angelico pensa avec joie qu'il avait pu\nadmirer la Vierge et dans son esprit s'établissait cette logique irréfutable :\n« J'ai vu le ciel, donc saint Dominique, après avoir vécu comme un saint,\na regardé comme moi le trône de Marie. »\n   Hélas encore ! Ce doux poète alla jusqu'au bout de ses déductions.\nPrécipité du ciel il portait toujours la tige de lys et le livre du Révérend\nPère fondateur. Donc saint Dominique, lui aussi, s'était abîmé dans le\ngouffre. Et le doute, l'horrible doute, tenace et rongeur « qui se nourrit\nde nous comme le ver des morts », surgit de nouveau dans l'âme candide\ndu religieux.\n                                         HIPPOLYTE FIERENS-GEVAERT"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 301, "page_fin": 314, "titre_corps": "Aux Cabarets de la Sambre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Des Ombiaux", "ancre_debut": "AUX CABARETS DE LA SAMBRE", "ancre_fin": "MAURICE DES OMBIAUX", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Notes sur les Primitifs", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 2553, "texte": "AUX CABARETS DE LA SAMBRE\n                                                       A Louis DELATTRE\n\n              Les mardis et les jeudis après-midi, lorsque la tyrannique retenue\n                ne nous accaparait pas dans la grande salle d'études aux murs\n                blancs, aux pupitres et aux tableaux noirs et n'exerçait pas\n                nos doigts tachés d'encre à écrire, en une couple d'heures,\n quelques centaines de vers de Phèdre ou d'Ovide pour une leçon mal sue\net quand, délaissant l'extraction de la racine carrée, le bon La Fontaine,\n Cornélius Népos, César et Tite Live, distraits par une forte gelée qui nous\npinçait les oreilles et le bout du nez et faisait apparaître le sang à fleur de\npeau, nous faisions l'école buissonnière, nous allions glisser et patiner aux\nprés Jehu, proches de la demeure de notre ami le gros Désiré.\n   Là, après avoir vissé à nos talons et assujéti, à l'aide de courroies nom-\nbreuses, nos patins hollandais dont la lame se terminait par une courbe\nélégante, nous filions sur la glace, nous poursuivant les uns les autres en\npoussant des cris de joie et riant comme des fous aux culbutes que faisaient\nles maladroits, les novices et les audacieux. Nous jouions à « quiliet »\nsimple, à « quiliet » croisé, à « quiliet » en rond, aux barres, à la « dri-\nguaille », humant l'air vif à pleins poumons, dans un charmant paysage\nd'hiver.\n   Les formes noires des usines et des terris de charbonnages n'endeuil-\nlaient plus l'alentour, la neige avait tout recouvert, de sorte qu'on ne\nvoyait plus que des monticules blancs et de grandes carapaces blanches,\npercées çà et là de hautes colonnes surmontées d'un diadème de flammes\net d'un panache de fumée. Au loin s'étageaient les maisons toutes petites\nsur une colline crêtée d'une rangée d'arbres grêles se détachant sur l'azur\npâle, irisé par les faibles rayons du soleil prêt à disparaître.\n   Les bateaux, avec leurs carènes brunies et jaunies par la vase figée sur\nelles, aux cabines blanches et vertes, dormaient sur la Sambre dont ils\navaient brisé la glace. Leur sillage se peignait en un beau vert foncé et\nbrillant au milieu de la rivière couverte de gelée.\n   Des grands peupliers qui entouraient en plusieurs files les prés Jehu, les\nuns étaient restés bien droits, mais la plupart s'étaient légèrement inclinés\nsous les ouragans venus du sud-ouest. Ils s'élevaient gigantesques et noirs,\ndans le ciel pur et leurs ramilles zébraient le couchant de cuivre rouge où\nle soleil descendait lentement.\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2731, "texte": "                                  — 302 —\n\n\n    Les lames bleues de nos patins accrochaient encore quelques rayons ver-\n meils venus de l'horizon, puis un crépuscule rose se répandait sur la glace\n ornée d'arabesques, apaisant nos rires et nos cris et nous remplissant d'une\n  douce mélancolie.\n    Puis la glace devenait d'un gris terne, des ombres violettes baignaient les\n haies, les ramures des arbres flottaient dans une brume vermeille et le\n croissant pâle de la lune surgissait discrètement de l'azur.\n    Le soir venu, nous enlevions nos patins, d'un pas lourd et fatigué nous\n traversions le jardin auquel les tiges des choux décapités, émergeant de la\n neige, donnaient un air dévasté et lamentable. Nous entrions dans la maison\n de notre ami où s'allumaient les lampes. Nous nous affalions sur les chaises\n branlantes de l'estaminet, autour d'un gros poêle rouge.\n    La tiédeur de la salle et la fatigue nous emplissaient d'une douce quié-\n tude. On s'étirait paresseusement en se chauffant les pieds encore engourdis\n par le froid.\n    Nous buvions une bière aigre et très brune et un genièvre de bateliers,\n d'une force à nous emporter le palais. Nos appétits étaient terriblement\n aiguisés, nous faisions un festin avec les grosses galettes d'Henriette, la\n femme de Désiré, bien qu'elles fussent pareilles à de la terre glaise. Nous\n mangions avec délices des pommes de terre cuites au four et de grosses\n tartines beurrées, sans nous soucier de leur propreté plus que douteuse.\n Oh, que c'était bon! Les fricots savamment préparés par nos mamans\nexpertes en art culinaire n'ont jamais obtenu un semblable succès. Nous\nnous bourrions de pain et de patates comme les ouvriers flamands qui\nvenaient apaiser leur faim à la hâte à côté de nous, quelquefois.\n    Mais l'assaisonnement de ces repas primitifs, c'était la fringale qui nous\ntiraillait l'estomac, notre bien-être auprès du feu qui chantait, nôtre joie,\nnos rires, notre amphitryon si amène pour les quelques gros sous que nous\njettions sur le comptoir crasseux en bois blanc, dont la peinture imitait le\nchêne, et le décor dans lequel nous étions si à l'aise.\n   Au-dessus de la cheminée s'étalait une glace encadrée d'acajou, piquée\nd'une quantité de chiures de mouches, aux côtés de laquelle se tenaient les\ncarcasses de deux têtes d'énormes brochets à la gueule ornée de pointes de\nfer mises à la place des dents.\n   Derrière le comptoir, contre le mur, se trouvait le rayon dans lequel\nétaient alignés les verres à liqueurs, les chopes et les pintes, les bouteilles\nde genièvre, d'amer, d'eau de vie et de cassis.\n   Deux vases en porcelaine à dessins bleus desquels émergeaient de pous-\nsiéreuses fleurs artificielles, ornaient la planche supérieure.\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2562, "texte": "                                  — 303 —\n\n   Dans le coin, près de la fenêtre, était placé le billard anglais, à ponts, à\nprécipices et à sonnettes, dont les billes cognaient les clous en les faisant\ntintinabuler si joliment qu'on eût dit le refrain d'une boîte à musique du\ntemps passé.\n  Aux murs étaient accrochés les portraits en chromolithographie, ternies\npar la fumée, de l'archiduc Rodolphe et de la princesse Stéphanie, dans des\ncadres de paille adornés de faveurs bleues.\n   Le carrelage rouge était couvert de sable mêlé à de la boue et à des cra-\nchats.\n  Notre ami Désiré était un gros homme indolent. Dans son cabaret\njamais on ne le voyait se départir de sa nonchalance habituelle. Il ne fai-\nsait jamais un mouvement plus vite qu'un autre, marchait lentement et\npesamment et ne semblait se remuer qu'à regret. On eût dit qu'il était trop\nparesseux pour ouvrir complètement les yeux qui étaient toujours fermés à\ndemi. De sorte qu'il tenait la tête un peu renversée pour regarder ses inter-\nlocuteurs, d'un air bovin et pacifique.\n   Sa mise était pittoresque quoique sommaire. Il avait un vieux pantalon\nrapiécé à tant de places avec des morceaux d'étoffes différentes et même de\nla toile ou ravaudé ainsi qu'un bas, qu'on l'eût pris pour le vêtement d'un\narlequin immigré au pays noir. Une chemise bleue ou de couleur isabelle,\nselon les jours de la semaine, apparaissait entre le bâillement du pantalon\net du gilet, un gilet jadis noir mais devenu roussâtre, orné de manches en\nlustrine luisante.\n   Son langage correspondait à son aspect, il était lent, d'un ton de voix\nuniforme, moitié wallon et moitié français et aussi bigarré que son\npantalon.\n   Nous le trouvions souvent assis près du feu sur une chaise à bras, fumant\nsa pipe d'écume de Vienne qui avait d'extraordinaires et harmonieuses tona-\nlités de jaune, de brun et de roux. Quelquefois il travaillait à un grand filet\navec lequel il pêchait l'été. Nous nous groupions autour de lui et il nous\napprenait à filocher, à faire nous-mêmes nos aiguilles en les taillant dans\ndes boîtes à cigares.\n   Mais le plus souvent il ne faisait rien du tout, pris d'une telle paresse\n qu'il n'aurait même pas mis du charbon sur le feu ou retiré le lait bouillant\n qui débordait du pot.\n   Bien des fois, lorsqu'il n'avait qu'à tendre le bras pour empêcher le lait\n de se répandre en crépitant sur l'étuve, nous l'entendîmes crier à sa femme\n qui travaillait à la cuisine : « Henriette, dépêchez-vous, le lait court. » Et\n k femme, esclave docile, accourait saisir le poêlon par le manche en se\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2693, "texte": "                                     — 304 —\n\n  couvrant les mains de son tablier bleu et le plaçait sur la buse du poêle\n  pour retourner à sa besogne, sans même songer à maugréer contre l'apa-\n  thie de son gros homme de mari.\n     Mais si nous avions un service à lui demander, il nous satisfaisait aussi\n  vite que son indolence le lui permettait.\n     Ah, les belles histoires qu'il nous racontait des bateliers de Landrecies,\n  Lobbes, Thuin, Landelies et Marchienne.\n     Le bon Désiré avait alors une manière toute particulière de « pincer son\n  français ». Il nous faisait le plus bel étalage de cuirs et de velours que l'on\n  puisse rêver et n'employait jamais la troisième personne de l'imparfait, il\n  la remplaçait par la première : « Ils étions... » nous disait-il et cela faisait\n  notre joie et nous lui répondions de même.\n     Nous étions au courant des faits divers de la « marine » de Sambre et\n  Meuse. Nous y pensions le soir en écrivant nos devoirs et en étudiant nos\n  leçons. Les batailles surtout nous intéressaient; nous avions vu un jour,\n  chez notre ami, le grand Moclet de Thuin et Bernard de Landelies qui,\n  attirés par de vilains bougres dans un cabaret borgne au bord de la Sambre\n  à Marchienne, en avaient jeté une demi-douzaine dans la rivière et avaient\n  assommé les autres qui n'avaient pas déguerpi assez vite. Et nous avions\n  bu la goutte avec ces héros !\n     C'était encore chez Désiré que nous allions l'été. Nos canots et nos gugs\n se trouvaient dans un garage au bout du jardin de notre ami.\n     Nous ôtions nos vêtements de ville et nous revêtions nos vareuses dans\n une chambre voisine du cabaret que nous connaissions si bien.\n    Nous mettions nos barques à l'eau et partions, à toutes rames dans la\n Sambre dont les flots avaient des reflets d'émeraudes et de flammes, pour\n arriver aux grandes prairies de la rive droite dont la verdure rafraîchissait\n nos yeux.\n    Ah! quelles bonnes journées au grand soleil, à fortifier nos muscles!\n    Au pont de Marchienne, nous abordions devant l'auberge du Cheval\n blanc où nous entrions boire un petit vin blanc de France aigrelet et frais,\n servi par une piquante brunette qui se laissait de bonne grâce lutiner et\nembrasser. Il nous restait sur les lèvres le parfum pimenté de sa peau,\nsemblable à celui des oeillets après un orage.\n    Puis nous nous embarquions pour la Jambe-de-Bois, mettant en fureur\nles pêcheurs à la ligne assis sur les rives parce que, prétendaient-ils, nous\neffarouchions les poissons. Leur colère nous mettait en joie. On échangeait\nles pires injures et nous filions en leur faisant la nique.\n    L'écluse de la Jambe-de-Bois était souvent le but de nos promenades,\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2571, "texte": "                                  — 305 —\n\nNous nous y reposions en fumant des pipes, assis devant les rochers gris\net rougeâtres mis à nu par une entaille énorme faite dans la colline qui borde\nla rivière.\n   Nous écoutions l'écho répéter longuement dans les carrières les coups\ndonnés par les tailleurs de pierre, nous regardions les ouvriers travailler\ndans les chantiers où les carcasses énormes des bateaux, semblables à des\nsquelettes de cétacés, reposaient, tenues en l'air par une multitude de mor-\nceaux de bois.\n   Quand nous étions suffisamment rassasiés du paysage, nous entrions\ndans le cabaret de l'écluse où nous nous amusions à torturer l'amour exagéré\nde la patronne pour la propreté.\n   Nous nous plaisions à multiplier les traces de nos pieds mouillés sur les\ndalles de pierre bleue, luisantes comme un miroir, ce qui commençait déjà\nà tourmenter cette vénérable femme que la moindre poussière ou la moindre\ntrace d'humidité chez elle rendait malheureuse. Nous mettions le comble à\nson exaspération en débouchant nos pipes ou en crachant au milieu de la\nsalle et en frottant des allumettes à tête rouge sous ses tables si bien net-\ntoyées. Aussi refusait-elle de nous servir à boire, peu soucieuse de satisfaire\nd'aussi malpropres clients.\n   Quelquefois nous allions plus loin, jusqu'auprès de Landelies jolie dont\nnous apercevions les petites maisons blanches recouvertes de tuiles rouges\net d'ardoises violettes.\n   Nous revenions lorsque le soleil descendait à l'horizon et que nous\nvoguions dans l'or rouge de la rivière enflammée par le couchant.\n   Le crépuscule tombait avec ses voiles de gaze noire et nous passions\nauprès des laminoirs et les hauts fourneaux en feu qui se reflétaient dans\nl'eau tremblante.\n   On apercevait aussi des myriades de lumières piquant le soir dans l'alen-\ntour et les cheminées des usines innombrables dont les fumées blanches et\nroses s'échevelaient dans le ciel.\n   Les trains passaient sur les ponts avec un énorme fracas et des sifflements\net l'on voyait dans la nuit un grand panache blanc et la succession rapide\nde petits carrés lumineux.\n   Nous arrivions près de la maison de notre ami, entourée de hauts peu-\npliers, de pommiers et de poiriers feuillus. Il nous aidait à tirer nos barques\nde la Sambre, à les retourner pour les vider et à les rentrer au garage. Nous\nnous culbutions ensuite dans la rivière où l'on se faisait « boire des tasses »\nles uns aux autres. Une fois rhabillés, nous allions, fatigués, les reins cour-\n baturés, nous vautrer sur les bancs de la tonnelle où grimpaient une vigne\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2797, "texte": "                                  — 306 —\n\n  vierge et des capucines en fleurs. Nous allumions nos pipes et nous buvions\n  de la bière de Louvain en bouteilles, de la bière mousseuse qui nous pico-\n tait délicieusement dans le nez. Nous racontions nos gaudrioles et nos\n exploits à Désiré, qui nous écoutait toujours de son air benoît, même\n lorsque nous le « tirions en bouteille », selon son expression.\n    Ah, le bon Désiré! Si nous aimions à rire de lui, nous l'aimions bien\n aussi, nous l'aimions à notre manière, très égoïstement, d'ailleurs. Jamais\n nous n'eûmes avec lui le moindre conflit. Si sa mère, sa femme ou sa fille\n nous trouvaient parfois encombrants ou trop bruyants, le bon Désiré met-\n tait bon ordre à leurs plaintes. Nous étions les maîtres chez lui. Il accueil-\n lait bien les bonnes amies de rencontre que nous amenions sous la tonnelle\n et avec qui nous partagions les verres emplis de bière pâle galonnée d'écume\n et les baisers.\n    Désiré, son cabaret crasseux avec les gueules de brochets sur la cheminée,\n la tonnelle, la vigne vierge et les capucines, les prés Jehu, notre belle et\n capricieuse Sambre, nos après-midis, de patinage en hiver, nos promenades\n en barque l'été, nos culbutes dans la rivière, tout cela est inséparable en\n notre mémoire.\n    Chaque fois que nous apercevions le bonhomme, nous avions la sensa-\n tion, nous, petits citadins enfermés dans cette ville cerclée de fer et de feu,\nentourée de fumées noires, nous avions la sensation d'un enfant qui regarde\npar la fenêtre d'une maison triste et sombre, un beau jardin où d'autres\nêtres courent et folâtrent, libres et heureux, dans la verdure et le soleil.\nChaque fois que nous l'apercevions, une impression de joie s'emparait de\nnous aux souvenances confuses de tant d'heures folles. Il incarnait pour\nnous les moments d'absolue liberté de notre jeunesse où nous étions comme\ndes poulains dans une prairie, la vie au grand air, le charme de la lumière\néblouissante du soleil qui nous hâlaït la peau et nous enivrait.\n    Que de souvenirs sont ainsi évoqués. C'est l'histoire de notre petite per-\nsonnalité enfantine, l'histoire de nous vivant par nous-mêmes suivant notre\nvolonté et notre bon plaisir, indépendants de toute autorité et de toute\ninfluence, qui surgit à notre esprit lorsque apparaît notre ami le bon\nDésiré dont la bonté passive et l'indolence ne nous interdirent jamais\naucune fantaisie, mais favorisèrent et protégèrent toutes nos escapades de\ngamins espiègles et heureux de vivre.\n . Nous nous étions rappelé ces choses déjà lointaines en nous promenant\nun soir d'été que nous étions revenus au pays, le long de la Sambre où les\nbateaux, comme d'énormes bêtes allongées au repos, dormaient, que les\nhauts fourneaux lançaient dans la nuit leurs gerbes de flammes, que, des\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "                                   — 307 —\n\nfoyers incandescents des verreries s'échappaient des rayons qui répandaient,\nen angles immenses, un poudroiement d'or dans le ciel.\n   C'était une de ces nuits lumineuses de juin qui sont comme un jour\natténué, où les dernières lueurs de l'occident sont à peine éteintes que déjà\nl'on voit pointer à l'orient les reflets de l'aurore qui apparaîtra quelques\nheures après, effeuillant ses roses dans l'eblouissement vermeil du fir-\nmament.\n   Après la chaleur du jour, la tiédeur de la nuit semblait de la fraîcheur.\nEn ce soir diaphane, pénétrés par le charme des choses, nous nous étions\nplu à nous promener dans les souvenirs de notre enfance. Nous avions lon-\nguement parlé de notre ami, le bon Désiré. Nous nous étions informé du\nsort de nos pauvres barques qui n'étaient plus sous sa protection depuis que\nson propriétaire avait fait démolir notre garage.\n   Rentrés en ville, machinalement nous nous dirigeâmes, comme nous\navions accoutumé avant de quitter le pays, vers le cabaret où nous\nallions prendre « le bonnet de nuit » avant de réintégrer la maison\npaternelle.\n   Un de nos camarades, attiré par l'une des filles de la maison qui lui\naccordait ses faveurs, nous y avait conduit un soir et nous avions bientôt\ncontracté l'habitude de faire là quotidiennement notre dernière étape avant\nd'aller dormir.\n   C'est là que se terminaient les guilledous que nous courions à travers la\nville et que nous rencontrions souvent notre bon ami qui en était un hôte\nassidu.\n   L'endroit en valait la peine, étant des plus curieux à voir. L'enseigne :\nA la Marine de la Sambre, était peinte en lettres jaunes et vertes sur les\nvitres. A l'une des fenêtres étaient étalés des ancres, des crochets, de grosses\ncordes enroulées et d'autres objets nécessaires à la batellerie. A une autre\nfiguraient des pains aussi grands que des roues de charrette et un écriteau\nportant « Café à toute heure » sous une cafetière et une tasse sommairement\ndessinées.\n   Depuis longtemps, c'était le rendez-vous des bateliers. Ils venaient\ny acheter leurs fournitures et y trouver les affréteurs. Les marchés pour les\ntransports de charbon, de bois, de fer ou de grain étaient conclus à l'aide de\nforce libations de bière et de genièvre et quelquefois aussi, lorsqu'il fallait\nfaire donner la garde, grâce aux charmes blets de la mère Croupiaux, aux\ncharmes un peu frelatés de sa fille aînée ou à la saveur moins faisandée\nd'autres de ses filles qui débutaient à peine dans la carrière et, pour cette\nraison, avaient encore le teint d'une fraîcheur relative.\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2757, "texte": "                                    — 308     -\n\n     La mère Croupiaux, une ancienne connaissance de notre ami Désiré,\n étant une femme avisée, avait gagné de l'argent. A chaque voyage de\n bateau, elle empochait en bénéfice sur les consommations de boissons et\n d'amour une somme rondelette qui était son fret à elle, plus lucratif que\n l'autre. Comme elle faisait modérément la noce, elle ne dissipait pas tous\n ses profits, elle « plaçait sur hypothèques » et achetait des actions, ce qui\nlui permit de doter les aînées de ses filles et de les marier.\n    Les plus jeunes (elle avait une kyrielle d'enfants), élevées dans l'abon-\n dance, rêvèrent pour le tapis franc une autre clientèle que les bateliers.\n D'ailleurs, à l'époque où nous devînmes ses commensaux, les affaires ne\nmarchant plus aussi rondement que par le passé, les affréteurs, devenus\nnombreux, avaient ouvert presque tous des cabarets, de sorte que la con-\ncurrence était rude pour A la Marine de la Sambre.\n    Les mariniers y venaient encore, mais non plus pour leurs affaires;\nle plaisir seul les y amenait. Leur clientèle n'était donc plus solide et sûre\nainsi qu'autrefois, mais aléatoire comme celle des cabarets voisins.\n    La mère Croupiaux trouva du bon dans les projets de ses filles, sans\nvouloir cependant se lancer comme elles dans trop d'innovations Elle ne\ndemandait pas mieux que d'attirer les bourgeois, mais elle n'aurait 'pas\ncouru le risque de perdre ses vieux clients qui dépensaient bien et pour qui\nelle avait une sympathie ancienne, en les effrayant par trop de luxe et de\nhauteur.\n    Ses cadettes agissaient par ambition et par envie. Elles voulaient rivaliser\navec le Café de la Couronne, tenu par Joséphine Pigot, et avec l'Aigle\nbicéphale, tenu par les sœurs Larcher, qui n'étaient fréquentés que par des\nmessieurs de la ville et des industriels des environs.\n    La vieille ribaude se disait avec raison qu'elle avait mieux fait ses affaires\nque ses congénères, bien qu'elles eussent instrumenté dans une sphère plus\nélevée que la sienne, que les hommes de métier dépensent plus facilement\nque les bourgeois qui ne sont le plus souvent que des sans-le-sou bien\nhabillés et que d'ailleurs les sentiments qu'elle et ses pareilles exploitent ne\nvalent pas mieux, au contraire, dans le haut que dans le bas de la société.\n    C'est ce qui la décida à tenir ses filles par la bride et à agir avec la plus\ngrande circonspection.\n    Pour elle tous étaient égaux devant l'ordure ; les messieurs ne seraient\npas mieux traités que les mariniers.\n   Le tripot prit bientôt un air plus cossu, la tapisserie fut renouvelée ainsi\nque les banquettes qui couraient le long des murs. Quelques-unes des\nanciennes tables de bois furent remplacées par des tables à dessus de\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2919, "texte": "                                    — 309 —\n\nmarbre blanc, ainsi que le vieux comptoir sur le zinc duquel on avait\n« sifflé » tant de « gendarmes ». On remplaça aussi les vieilles chaises à\nsiège de paille. Aux murs, on suspendit de beaux cartons luisants, à lettres\ndorées, annonçant des vins de Champagne et de Moselle, des tableaux\nencadrés de Bass et C° pour les bières anglaises, le buveur gros et rougeaud\ntrempant avec avidité ses lèvres dans l'écume de la bière blonde et le coq\ndans les blés mouchetés de coquelicots, de la brasserie de Koekelberg. Mais\nla grosse mère Croupiaux prétendit garder à l'une des fenêtres les ancres,\nles crochets et les cordes qu'elle vendait aux bateliers, et le jeu de l'anneau\ndut rester dans son coin, malgré les tentatives auxquelles se livrèrent les\nfilles pour le faire disparaître. Le cabaret fut métamorphosé. La prévoyante\npatronne n'eut pas trop à se repentir d'en avoir modifié le vieil aspect. Les\nvieux clients, comme Désiré, furent bien un peu effarouchés par la somp-\ntuosité à laquelle ils n'étaient pas accoutumés, mais leurs appréhensions\nfurent vite calmées par l'aménité de la mère Croupiaux qu'ils retrouvèrent\ntoujours la même et nullement fière du luxe qui s'étalait chez elle.\n   De leur côté les deux filles attirèrent une nouvelle clientèle de jeunes\ngens et de vieux hommes, la cadette surtout. Elle avait du vice jusque dans\nles moindres replis de ses jupes. Son teint, ses grands yeux noirs et ses\ncheveux noirs, presque bleus, étaient pareils à ceux des bohémiennes.\nComme elles, lorsqu'elle n'était pas vêtue en souillon, ce qui lui arrivait\nsouvent, elle portait des robes et des colifichets où le rouge vif éclatait\ncomme une fanfare barbare de nature à attirer les dindons et les taureaux.\nLa verroterie faisait son bonheur, une broche, un bracelet, une bague, un\ncollier quelconque la fascinait. Mais le kummel, les élixirs, le cognac et le\nchampagne ne la séduisaient pas moins. Elle buvait tout ce que nous lui\noffrions, jusqu'à rouler d'ivresse sous la table. Toutefois, avant d'arriver à\ncette extrémité, elle passait par les crises les plus drôles de sauvagerie, de\ntendresse et de méchanceté.\n   Cela constituait pour nous un haut régal, c'est pourquoi nous man-\nquions rarement d'accompagner A la Marine de la Sambre, notre cama-\nrade sur qui la donzelle exerçait son affection. Elle était d'une jalousie féroce.\nChaque soir elle devenait juge d'instruction, procédait à un minutieux\ninterrogatoire auquel le malheureux devait répondre en rendant compte de\nses actions de la journée et de l'emploi de toutes les heures. Sa terrible\nmaîtresse avait une police bien organisée. Il était difficile de la tromper.\nQuand elle prévoyait un mensonge, et elle avait pour cela un instinct très\nsûr, elle lui allongeait sous la table un coup de pied sur le tibia, lui griffait\nles mains ou lui administrait des claques. Comme il était peu endurant,\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "                                  — 310 —\n\nnous assistions à des scènes d'un comique irrésistible où les belligérants\nallaient parfois jusqu'à se jeter à la tête le contenu des verres qui se trou-\nvaient sur la table. Ces petites explications étaient suivies d'explosions de\ntendresse. Elle devenait douce et câline, pleurait, implorait le pardon de\nnotre ami, pour se remettre à le griffer l'instant d'après, comme une chatte\nqu'elle était.\n   A son tour, il lui faisait d'amers reproches parce qu'elle s'était laissée\naller à une trop grande intimité avec l'un ou l'autre de ses camarades et les\ndisputes recommençaient de plus belle jusqu'au moment où nous les lais-\nsions seuls à leurs amours tumultueuses.\n   La Marine de la Sambre s'offrait donc à nous ce soir-là pour continuer\nà rafraîchir nos souvenirs.\n   De la rue déjà nous entendîmes avec étonnement la voix de notre ami le\nbon Désiré; lui, que nous connaissions si calme, si placide, poussait de\nvéritables hurlements. On se disputait sans doute; en ce cas, nous pren-\ndrions part à la querelle.\n   Nous ne dûmes pas en arriver là. Notre bon ami était dans les vignes du\n Seigneur et avait à ce moment l'ivresse triste et tapageuse. Il racontait une\nhistoire à laquelle ses interlocuteurs n'avaient pas l'air de comprendre\ngrand'chose ni de s'intéresser beaucoup.\n   Il y avait là un maréchal-ferrant, voisin de Désiré, le rouchat Constant\net deux autres débardeurs de notre connaissance. Nous ne pouvions mieux\nrencontrer à notre souhait.\n   Le rouchat Constant tenait aussi une bonne place dans notre mémoire.\nIl nous avait émerveillés, enfants, et amusés, plus tard, par sa force prodi-\ngieuse. Il était trapu et râblé, tordait une barre de fer sur son genou et la\nredressait sur la partie inférieure de son cou, entre les épaules. Il soulevait\nl'un de nous avec la chaise sur laquelle celui-là était assis et le maintenait\nen l'air à bras tendu. Il fallait voir alors les veines saillir de cette figure\ngrêlée, marquée de la petite vérole, avec de petits yeux gris, une bouche\nrouge et lippue, un menton carré, un nez gros et court, et des cheveux\ncouleur de sang caillé qui lui avaient valu le sobriquet de Rouchat.\n   Pour quelques œufs cuits durs que nous lui avions payés et qu'il avait\navalés sans même les dépouiller de leurs écailles, pour les pintes et les « gen-\ndarmes » que nous lui offrions à chaque rencontre, il nous avait bien\nsouvent tiré des mains de verriers ou de mauvais drôles, dans des bagarres\noù nous étions sur le point d'être rossés copieusement. Pour cent sous il se\nserait chargé d'assommer quelqu'un qui nous déplaisait. Enfin, nous possé-\ndions ses bonnes grâces et les nôtres lui étaient acquises.              . . .\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "                                  — 311    —\n\n\n    Les autres, qui étaient débardeurs comme le Rouchat, ne manquaient\n pas de pittoresque, mais leur originalité était éclipsée par celle de leur\n robuste camarade.\n   Notre arrivée fut saluée par des acclamations. Le bon Désiré et nos\namis du quai aux Grains se levèrent, ce qui était de leur part une marque\nde considération à laquelle nous fûmes très sensibles. De leur côté les deux\nfilles, qui commençaient à s'ennuyer en compagnie de ces vieux buveurs,\nnous accueillirent de leur mieux. On nous fit une véritable ovation.\n   Nous demandâmes à boire du petit vin blanc de Moselle qu'on nous\napporta tout frais de la cave et qui nous aida à nous mettre à un diapason\nde gaieté nécessaire pour fraterniser avec nos compagnons.\n   Notre ami Désiré reluisait. Il avait du linge dont la propreté devait\ndater de la matinée seulement. La transpiration de la journée, activée par\nles nombreux verres qu'il avait certainement ingurgités, n'avait pas trop\nterni son col à bords rabattus ni le devant de sa chemise orné d'une\ncravate noire. Un gilet et une jaquette noirs que son ventre arrondissaient\nlui donnaient un air cossu et respectable, auquel il ne nous avait pas\naccoutumés. Nous trinquâmes ensemble en nous rappelant le temps passé.\n   Les filles de la mère Croupiaux avaient été réveiller deux de leurs amies\npour nous être agréables et aussi pour nous aider à vider plus rapidement\nles bouteilles.\n   Le vin blanc de Moselle finissant par nous paraître trop aigre, surtout\naux femmes, on passa au champagne.\n   Désiré avait des alternatives bizarres de tristesse et de gaieté. Nous ne\nretrouvions plus la placidité immuable que nous lui avions connue naguère.\nA de certains moments, il cessait de s'intéresser à la conversation et prenait\nun air hébété, ce qui ne lui était d'ailleurs pas difficile. Puis il buvait un\ncoup et se remettait à nous parler lentement en nous regardant les yeux\nouverts à demi et de nouveau il retombait dans sa torpeur.\n   Nous étions fort intrigués. A la fin, l'un de nous voulant le tirer de cet\nétat comateux, lui demanda ce qui le chagrinait et quel était l'objet de la\ndiscussion à laquelle il semblait prendre une si bruyante part lorsque nous\nétions entrés.\n   Il nous regarda fixement, parut hésiter, puis sa poitrine haleta, la sueur\nperla sur son gros visage rougeaud : « Je l'ai tué ! » hurla-t-il en pleurant.\n« Je l'ai tué 1 » hurla-t-il.\n   Nous essayames de le calmer et de lui demander des détails, mais il était\nredevenu silencieux.\n   A la fin, l'une des filles à qui Désiré avait déjà raconté l'histoire voulut\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "                                   — 312    —\n\n\nbien nous faire le récit de ce qui préoccupait si fort notre ami en ce moment.\n   En 1870, après Sedan, lorsque l'armée allemande marchait vers Paris\npour l'assiéger, le beau-frère de Désiré qui était Français fut rappelé sous\nles armes.\n   Son départ eût été un désastre pour la famille de sa femme, car c'était lui\nqui pourvoyait à sa subsistance. Notre ami, qui avait alors dix-huit ans et\ngagnait un franc par jour, juste de quoi se suffire à lui-même, s'offrit à le\nremplacer. On accepta sa proposition avec reconnaissance. Il partit et fut\nincorporé dans l'armée de la Loire. Ils étaient quelques Belges dans la même\ncompagnie et on les avait mis ensemble. Ils allaient à la bataille en parlant\nde leur pays et de leurs bonnes amies. Le soir, auprès de grands feux de\nbois, ils jouaient au piquet en fumant des pipes, comme chez eux à la\nveillée.\n   Mais leur officier fut tué et remplacé par un lieutenant qui avait perdu\npresque tout son peloton dans une rencontre.\n   Il les prit immédiatement en grippe, leur vola leur jeu de cartes et les\nsépara. Il les traitait comme des chiens. « Sales Belges, sales cochons de\nBelges, leur disait-il, je vous ferai crever, bâtards de Prussiens. »\n   Il les chargeait des factions les plus avancées et les plus périlleuses qu'il\ns'ingéniait à trouver. A diverses reprises plusieurs d'entre eux pensèrent y\nrester.\n   Une fois, en venant relever Désiré d'une garde pendant laquelle celui-ci\navait donné l'alarme et failli laisser sa peau, l'officier l'appela espion d'Alle-\nmand.\n   — Oui. Nom de nom de nom, interrompit notre ami en frappant, de son\npoing, la table sur laquelle sautèrent les verres au grand effarement des\nfilles, il m'appela espion d'Allemand... Je fus sur le point de lui fourrer ma\nbaïonnette dans le ventre.... Mais l'idée de tuer un homme m'effraya, parce\nque je ne suis pas un méchant bougre, moi.\n   Après cela, le lieutenant devint de plus en plus insupportable. A la fin\ndeux des camarades furent tués par sa faute ; il les avait trop exposés dans\ndes avant-postes.\n   A ce moment Désiré poussa un hoquet formidable et se remit à larmoyer,\nIl continua son histoire en l'entrecoupant de sanglots et de hurlements.\n   Nous comprîmes que son bourreau l'avait conduit en faction à l'endroit\nmême où avaient été tués un peu auparavant ses compatriotes.\n   — Grosse brute de Belge, mets-toi là-bas, dit l'officier, nous verrons si tu\nseras plus malin que tes campagnons.\n   C'était par un soir de gel ; dans un bois, les arbres disséminaient leurs\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2599, "texte": "                                  —   3T3    -\n\nramilles givrées dans la lumière bleue de la lune, la neige criait sous les\npas.\n   — Je me dissimulai dans l'ombre d'un gros arbre, nous dit Désiré que\nl'on ne comprenait presque plus, tant il hoquetait. L'officier s'éloigna en\nm'envoyant une dernière injure. Il retournait faire tranquillement sa partie\nau cabaret du hameau dans lequel nous étions campés.\n   Sale Belge, grosse brute de Belge, espion d'Allemand, tout cela me bour-\ndonnait dans les oreilles et dans la tête. A côté de moi, je voyais le tronc\nd'un bouleau éclaboussé du sang de mes camarades tués la veille par les\nPrussiens.\n   Mon fusil était armé, j'avais le doigt sur la gâchette, le drôle s'en allait\npar un sentier bordé de hêtres, son large dos éclairé par la lune. Sale Belge,\ngrosse brute de Belge... Ah cochon! Je levai mon arme (il fit le geste\nd'épauler un fusil et de viser, geste plus expressif que sa parole embarras-\nsée) et crac. Je courus à travers la fumée. Il y avait un mort dans la neige.\n   Oui, je l'ai tué, proféra notre ami en s'abattant sur la table, faisant tré-\nbucher des verres qui se cassèrent sur le plancher. Je l'ai tué, s'écria-t-il en\nhurlant... Je sais bien que je n'ai pas bien agi, mais il m'avait trop injurié\net il fallait venger les camarades.\n   Sa désolation était grande. Il était en proie au remords de son action\ncoupable. Il scandait ses lamentations de coups sur le marbre qu'il marte-\nlait de son poing. « Je l'ai tué, je l'ai tué, beuglait-il, mais si c'était à\nrefaire, je tirerais encore parce qu'il nous avait trop maltraités. » Ses cris et\nses pleurs redoublaient et il nous demandait le pardon du meurtre qu'il\navait commis. « Est-ce que vous me prenez pour un assassin? Je suis tou-\njours votre ami, n'est-ce pas? »\n   Il fallut le calmer. Le rouchat Constant le regardait avec une admiration\nhébétée.\n   — T'as eu raison, Ziré, moi je l'y aurais fait sortir ses boyaux à cet\nanimal-là. T'as eu raison. Je vais encore boire un coup parce que\nn. de D. t'as eu raison.\n   Ils se remirent à boire du genièvre poivré, une espèce de vitriol qui leur\n mettait le feu au corps, jusqu'au moment où les débardeurs roulèrent sous\nla table. Désiré ne parlait plus que par monosyllabes depuis quelques\ninstants. S'il n'alla pas rejoindre les autres sur la « dure », c'est que son\nembonpoint ne lui permit pas de passer entre la table et la banquette sur\n laquelle il était assis.\n    Le jour commençait à blanchir les stores baissés des fenêtres et à faire\n pâlir l'éclat des lampes. Les filles qu'on ne lutinait plus somnolaient, vau-\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "                                    — 314 —\n\ntrées sur les bancs et les chaises et nous bâillions à nous décrocher la\nmâchoire. Nous quittâmes la Marine de la Sambre pour gagner notre lit.\n   Quelques semaines après, m'apercevant que ma barque était menacée\nd'une voie d'eau, je ramai jusqu'à la demeure de notre ami le bon Désiré,\naux prés Jehu, par-delà le pont de Louvain, pour la lui faire réparer.\n   Je débarquai un matin flamboyant d'été à notre ancienne terrasse d'abor-\ndage et entrai au cabaret familier.\n   Henriette, la femme de notre ami, nettoyait le parquet de carreaux\nrouges. Sa fille frottait le comptoir avec une loque grise. Les chaises et les\ntables étaient fourrées pêle-mêle dans un coin.\n   Je les saluai bruyamment. Est-ce que Désiré est ici, dis-jè.\n   Elles me regardèrent avec étonnement et stupeur. Henriette se mit à\npleurer.\n   — Ah, bien oui, Désiré, pauvre cher homme, s'il pouvait encore être ici!\n   — Vous ne savez donc pas qu'il est mort, me dit la fille, les larmes aux\nyeux.\n   Elles m'expliquèrent qu'on l'avait ramené, un matin, de la Marine de la\nSambre où il avait eu une attaque d'apoplexie. Il était mort peu de temps\naprès.\n                                                 M A U R I C E DES O M B I A U X\n\n\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 314, "page_fin": 319, "titre_corps": "Notes sur les Primitifs d’Espagne : Gothiques wallons", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Destrée", "ancre_debut": "Notes sur les Primitifs", "ancre_fin": "A continuer", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 349, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 1260, "fin_caractere_exclue": 2028, "texte": "Notes sur les Primitifs d'Espagne.\n                                  Fragment (1).\n\n                         GOTHIQUES WALLONS\n\n   ... Quand on a bien fureté dans ces quelques délicieuses salles du rez-de-\nchaussée, où la fraîcheur, le silence religieux de crypte, la quasi-solitude\nsont si propices à l'impression intégrale de ces œuvres de piété, de ces\ntriptyques aux cadres anciens et de ces panneaux d'autel aux fonds d'or,\nquand on a découvert successivement ANTONIO DEL RINCON, PEDRO\nBERRUGUETE, FERNANDO GALLEGOS et quelques autres tout à fait\nanonymes, artistes méritants et méconnus des premières aurores de l'art\nespagnol, dont rien, ailleurs qu'en ce Musée du Prado, ne se peut voir, on\n\n\n (1) Voyez la Jeune Belgique de 1894, nos de janvier, mars et mai.\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2801, "texte": "                                  — 315 —\n\nvient se prosterner, avec une ferveur un peu chauvine, devant l'incomparable\n splendeur des vieux maîtres des Flandres dont les œuvres robustes semblent\npeintes pour l'au-delà des temps...\n   Ils sont ici dignement représentés et l'on devine, à les voir si nombreux\net si honorés, l'influence prépondérante qu'ils eurent sur la formation des\npremiers artistes d'Espagne : trois JAN VAN EYCK, six ROGER VAN DER\nWEYDEN, un MEMLING, un des rares PETRUS CHRISTUS dont l'authen-\nticité ne soit point contestée, un BREUGHEL LE VIEUX : les Triomphes\nde la Mort qui est une émouvante merveille, sept JÉRÔME BOSCH, ce très\ncurieux créateur du fantastique grotesque, un GOSSART, un DE BLES et\nsept JOACHIM PATINIR.\n   Il n'est pas de collection européenne qui se puisse enorgueillir d'une\npareille richesse en œuvres de PATINIR; l'admirable National Gallery en\npossède six, mais ils sont loin d'être de la qualité de la Tentation de saint\nAntoine de Madrid. On peut trouver bizarre et presque humiliante cette\nimpuissance des musées belges à conserver et à réunir les productions de\nnos artistes nationaux, et déplorable qu'il faille, pour apprécier et com-\nprendre ceux-ci, courir à Madrid, à Londres ou à Vienne. Il en est ainsi\npour PATINIR, pour BOSCH et pour BREUGHEL, qui sont parmi ceux\ndont nous avons le plus le droit d'être fiers.\n   PATINIR, par exemple, comment le connaît-on chez nous? A Bruxelles\net à Anvers, son souvenir est assez pauvrement évoqué par des tableaux\nestimables qui ne se distinguent pas spécialement de la bonne tenue de la\nplupart des œuvres gothiques de son temps. Au plus pourrait-on y observer\nun souci particulier du paysage, un amour des verdures, des fleuves et du\nplein air que ses précurseurs et ses contemporains semblent avoir ignoré,\nTôt, les peintres flamands, observateurs de la vie, avaient célébré la nature,\nmais toujours à titre d'épisode et d'accessoire, souvent par le prétexte d'une\nfenêtre ouverte, ou d'un balcon, laissant voir un horizon en miniature.\nPATINIR, au contraire — et ceci est neuf— fait du paysage l'objet impor-\ntant et principal de son ambition esthétique. Sans doute, il ne s'affranchit\npoint des usages de son époque : sa peinture reste religieuse ; au premier\nplan, une Vierge ou un Saint, figure étudiée avec minutie, traitée avec sin-\ncérité et vigueur, noblement drapée de plis cassés et amples telles qu'elles\napparaissent chez les suivants de l'Ecole de Bruges sous des dais gaufrés\nd'or ou des architectures opulentes, mais cette figure, PATINIR l'établit en\nplein paysage : sa Vierge assise sur un monticule, son Saint à genoux dans\nles broussailles, et cela, parfois avec quelque gaucherie, avec une inhabileté\n à rattacher au décor le personnage conventionnel, à ce point que certaines\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "                                 — 316 —\n\nfigures paraissent avoir été ajoutées après coup, peut-être par une main\ndifférente. D'aucuns ont pensé, dit M. Fétis, à la collaboration de MOS-\nTERT, supposition toute gratuite, d'ailleurs, la personnalité de MOSTERT\nn'étant pas mieux précisée que celle de PATINIR.\n    La Fuite en Egypte a été un des sujets préférés par PATINIR. Il en\nexiste des variantes, à Anvers, à Vienne, à Londres et à Madrid, peut-\nêtre ailleurs. Occasion de paysage, occasion de peindre une Egypte de\nhaute fantaisie, avec les arbres et les buissons de la Belgique, des rivières\net des rochers et de vastes horizons accidentés aux lointains bleus. Vers le\nmême temps, Léonard de Vinci environnait aussi le mystère de ses Vierges\ndouces de l'azur obscurci de rocailles superposées ; mais je ne pense pas\nque Patinir ait obéi à l'influence d'Italie. On s'accorde, au contraire, à le\nreprésenter comme un des plus persistants gothiques et l'un des plus décidés\nà lutter contre la tendance qui déjà commençait à entraîner nos artistes vers\nFlorence et Rome.\n    L'analogie, au surplus, est. très superficielle : elle peut s'expliquer par\nl'observation simultanée d'un phénomène constant : à quelque distance et\nsurtout lorsqu'ils sont vus de haut, les horizons bleuissent sensiblement à\ncertaines heures du jour et du soir. Il y a là un effet de lumière, très réel,\nexagéré par l'artiste de la même manière qu'en mainte estampe d'Hokusaï.\n Le rapprochement est inattendu ; mais il y a dans les tableaux de Madrid\ncertains bleus particuliers, en teinte plate, qui l'imposent catégoriquement.\n    Ce sont des bosquets touffus aux frondaisons vertes, des vallées et des\ncoteaux, de gothiques villes hérissées de tours et de beffrois, de sinueuses\nroutes sur lesquelles chevauchent d'imperceptibles cavaliers, de grands ciels\njoyeux reflétés dans des rivières qui glissent ou s'étalent, et s'éloignent\n entre des rochers pointus, déchiquetés, éboulés en arcs, en grottes, en pro-\n montoires...\n    Cette nature mouvementée, — dont la perspective spéciale ne se conçoit\n bien que si on la suppose vue d'un endroit élevé, en sorte que l'horizon\n soit au-dessous du spectateur et non devant lui, ainsi que le supposent les\npeintres d'aujourd'hui, — ce paysage montagneux est-il de convention\n pure? Je n'en crois rien. Dans le petit Saint-Jérôme de Bruxelles, le fleuve\n dont les sinuosités fuient entre des rives boisées, entre des collines cou-\n ronnées de châteaux forts, fait songer au Rhin ; d'autres fois, certains coins\n rappellent bien fort les Ardennes et la Meuse (vues de haut, ne l'oublions\n pas). Et quand nous saurons que Patinir est né à Bouvignes, petite ville de\n l'ancien comté de Hainaut, située en face de Dinant, ne serons-nous pas\n fondés à croire que c'est son pays natal qu'il se complut à célébrer ainsi, ne\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2916, "texte": "                                  -   317:-\n\n  pourrons-nous pas légitimement considérer son œuvre comme un cantique-\n  filial à la terre wallonne dont il conta toute sa vie la poésie et la variété\n  d'aspects?\n      La vie de ce grand peintre est encore inconnue. On sait qu'il se maria\n  pour la seconde fois, en 1521, à Anvers, où il était inscrit à la Gilde Saint-\n  Luc depuis 1515. Albert Dürer assista à ses noces et fit son portrait :\n témoignage d'estime qui vaut bien de plus amples biographies. En 1524, il\n était mort, on ignore à quel âge. Son labeur a été dispersé, éparpillé à\n travers l'Europe, dédaigné, méconnu, caché sous dés attributions plus\n pompeuses et décoratives. L'affirmation la plus importante en est ce tableau\n de Madrid qui représente les Tentations de saint Antoine.\n     Très résolument, l'auteur a fait fi de la légende. Le désert classique est\n une contrée délicieuse, fertile et diverse. Le saint traditionnel est un sei-\n gneur de fort bonne mine, vêtu d'un élégant pourpoint de velours noir.\n     Il se trouve assis sur un gazon verdoyant, au sommet d'un tertre d'où se\n découvrent des lieues et des lieues de pays A gauche, sur une éminence\n rocheuse, l'ermitage cossu et confortable comme une petite abbaye ou une\néglise de bourg. Plus loin des rochers encore, à travers lesquels des chemins\nserpentent, un grand fleuve clair avec des barques et des bateaux sveltes,\nune petite ville aux tourelles crénelées ; puis encore des champs et des bois,\nun village avec un moulin à vent, et dans ces immensités verdoyantes, en\népisodes miniatures, deux ou trois tentations assez pareilles aux habituelles.\n    Mais revenons à l'élégant seigneur qui résiste bien mollement — et qui\nl'en blâmerait! — aux sollicitations des trois exquises damoiselles qui\nl'entourent. L'une, la main appuyée sur l'épaule d'Antoine, se penche gra-\ncieusement vers lui pour l'inviter à accepter une pomme, le fruit défendu, que\nlui présente la seconde jouvencelle, et la troisième ouvre les mains d'un geste\ndélicat et menu, délicieusement engageant. Elles sont toutes les trois ado-\nrables de jeunesse, d'amabilité et de charme, d'élégance aussi : parées,\ncomme pour une fête, en ces costumes superbes du temps, la gorge décou-\nverte par un décolletage carré, des manches bouffantes à crevés, de longues\nrobes traînantes d'une aisance infinie ; et leur peau fine est si blanche, leurs\ngestes sont si souples et si cajoleurs, leurs mains sont si princières, et leur\nsourire, leur regard est si calinement imploreur et attentif!\n    Derrière l'une de ces félines et séduisantes créatures, cachée aux regards-\ntroublés du saint, ricane une horrible vieille, édentée, ridée, au teint\nterreux, dont le corsage débraillé montre un sein flasque au bout allongé\net tordu comme une racine. Elle aussi est anxieuse et guette la défaillance\nd'Antoine; de ses méchants regards de bataille, de ses mains aux doigts:\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "                                  -   318    -\n\ncrochus, elle excite ses filles à redoubler de blandices, à précipiter la chute\nde cette volonté qui chancelle. Contraste d'allégorie facilement intelligible\net qui devait être dans les esprits vers le commencement du XVIe siècle,\npuisque nous retrouvons une disposition analogue dans l'assez insignifiante\nTentation d'HENRI DE BLES que possède le Musée de Bruxelles.\n   L'artiste qui a créé ces cinq personnages est un maître. Et le sentiment en\nest tellement pénétrant et subtil, le faire en est d'une telle souple et irrépro-\nchable science, la couleur en est si claire et si moderne, cela semble telle-\nment au-dessus de toutes les autres figures de PATINIR, tellement plus fort\nque le paysage, pourtant bien beau, qu'on se prend, malgré soi, à douter, à\nconjecturer quelque collaboration possible : le sourire d'enfant, la peau\nblanche, les gestes menus, la grâce aisée, la candeur aux dessous de perver.\nsite de ces trois tentatrices sont également la parure de la petite courtisane\ningénue qu'est Salomé dans le volet droit du triptyque de QUENTIN METSYS\nà Anvers. Et pourquoi pas? Le savant directeur du Musée du Prado, à qui\nj'en parlai, trouva l'explication plausible : PATINIR et METSYS vécurent à\nAnvers en même temps.\n   Mais il est inutile d'édifier — si ce n'est pour mieux caractériser mon\nimpression — des hypothèses peut-être injustes : laissons cette gloire\nentière à PATINIR et souhaitons que le musée de Bruxelles, enfin respectueux\nde cette mémoire, s'enrichisse d'une exacte copie de cette œuvre prestigieuse,\ntout au moins d'une bonne photographie, comme cela devrait être fait du\nreste pour toutes les œuvres de nos artistes nationaux que nous ravit\nl'étranger.\n   Voilà donc une très intéressante individualité qui vient démentir la bana-\nlité généralement accréditée : que la Wallonie est restée étrangère au déve-\nloppement artistique de notre race. C'est une croyance fort commune et qui\na toute l'autorité d'un cliché ; elle n'en est pas moins injustifiée et ne\ns'explique que par l'éclat exceptionnel des écoles des Flandres. Restituons\nà Vander Weyden son véritable nom et rappelons que ROGER DE LA\nPASTURE naquit à Tournay ; notons encore ce DE BLES, dit CIVETTA, né\nà Bouvignes, comme Patinir, et comme lui, mais à un degré moindre,\nartiste curieux, original et mal connu : se trouve de lui, au Prado, un petit\ntriptyque dont le panneau central représente l'Adoration des Mages et qui\nest joli, joli, d'une richesse capricieuse et peut-être un peu surchargée, avec\nces ornements contournés comme des ferronneries, dans les architectures\net les costumes, qui est une des caractéristiques de sa manière. Un précieux\n GOSSART se trouve non loin, qui fut donné à Philippe II par la com-\nmune de Louvain pour le remercier d'une dispense d'impôts à la suite d'une\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 784, "texte": "                                 — 319 —\n\npeste et qui offre une étrange combinaison d'influence : une vierge gothique\ndu pur style brugeois en un vestibule de marbres renaissance italienne,\nd'allure mantégnesque ; il nous fait penser que ce GOSSART était un autre\nenfant de Wallonie, souvent appelé JEAN DE MAUBEUGE O U . M A B U S I U S .\nOn pourrait citer enfin JEAN BELLEGAMBE de Douai et plus tard\nLAMBERT LOMBARD à Liége et constater ainsi qu'à l'époque sainte pour\nnotre art où les Flandres furent illuminées des Van Eyck, Memlinc et\nMetsys, les provinces méridionales de la Belgique produisirent et élevèrent\ndes artistes pour un essor commun vers un même idéal esthétique...\n\n                                                      JULES DESTRÉE\n    (A   continuer.)\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 319, "page_fin": 321, "titre_corps": "Littérature étrangère : Ave", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Dante-Gabriel Rossetti", "ancre_debut": "LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE", "ancre_fin": "DANTE GABRIEL ROSSETTI", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA CIGALE ET LE GRILLON", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 354, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 784, "fin_caractere_exclue": 2274, "texte": "LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE\n                                    AVE\n\n              Mère de la Joie pure, servante parfaite devant Dieu, maintenant\n               assise quatrième à côté des Trois, toi-même femme-Trinité,\n               — fille née à Dieu, mère du Christ depuis l'étable jusqu'à la\n               croix, épouse du Saint-Esprit, — oh! quand notre détresse\nest extrême, souviens-toi que de ceux que la mort peut frapper, tu fus un\njour la sœur! Pierre angulaire de l'humanité, base du grand Mystère,\nformée comme nous, et pourtant supérieure à nous!\n   Ne te rappelles-tu pas (lorsque le souffle lourd de juin échauffait les\nlongues journées dans Nazareth) ce soir où tu allas donner à tes fleurs un\npeu d'eau, afin qu'elles pussent vivre encore une nuit languissante dans\nles sables? Au loin les arbres étaient comme des tiges pâles contre le ciel\nfervide ; la mer, plus loin, soupirait éternellement, comme dans le som-\nmeil soupire la douleur humaine. Alors soudain la solennité s'approfondit,\ncomme pour un jour vers lequel tous les jours auraient été des pas dans\nles chemins cachés de Dieu : jusqu'à ce qu'un sentiment, pareil à la prière,\nqui est partout, comme Dieu, se recueillît autour de toi, et une voix te\n parla sans aucun son, étant la voix du silence: « Salut », disait-elle, « à toi\nqui es hautement favorisée ; le Seigneur est avec toi à jamais. Sois bénie\n entre toutes les femmes. »\n   Ah ! pensais-tu à la fin, quand d'abord cet Enfant fut nourri sur ton sein?\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "                                    -— 320 .T—\n\n\n Ou quand Il s'essayait à marcher autour de tes genoux, ta grande douleur\n   la vis-tu poindre alors ? Et dans toute Son enfance, année par année, man-\n   géant avec Lui la Pâque, discernas-tu confusément le sacrement plus saint,\n   et que près de vider le calice amer, Il romprait le pain et en mangerait? Ou\n  'bien la connaissance ne te vînt-elle pas avant ce jour marqué par le ciel où\n   Son pied franchit ton seuil pour aller où L'appelait Son père? Ou bien le\n   grand secret de Dieu fut-il alors encore gardé?\n      Non, je crois que le murmure en grandissait lentement, comme la crois-\n   sance à travers l'enfance. Le travail et le jeu, les choses banales de chaque\n   jour, t'inspiraient la vénération de desseins inaccomplis, et en toute ta\n   jeunesse, quelque chose te donnait la paix, comme la lumière naissante te\n   la donne quand tu as préparé ta lampe à la nuit et lavé tes vêtements dans\n   la rivière; et vers ton lit blanc était venue la vision qu'il était à toi et que\n   tu étais à Lui qui vit parmi les lys des champs. Oh ombre solennelle de la\n   fin, en ce sage esprit longtemps gardée! Oh fin terrible! et ces longues\n  années inconnues quand ce fut accompli!\n      Ne te rappelles-tu pas (quand le crépuscule s'en allant laissait obscure la\n  maison de Jean) entre les barreaux nus de la fenêtre la vaste veillée des étoiles?\n   Car toi, comme elles vigilantes, tu te levais de la place où tout le jour tu\n  avais préparé des vêtements pour Ses pauvres; et voyant le terme fixé durer\n  jours et nuits qui jamais n'apportaient le bruit de Son char s'approchant,\n -tu élevais à travers le désert inexploré des nuages ces regards qui disaient:\n « Combien de temps, ô Seigneur? » Alors le disciple qu'il aimait, devi-\n  nant, peut-être se sentait entraîné à demander ta bénédiction en Son nom,\n  et cette même pensée en vous deux, la même, mais silencieuse, alors vous\n  enveloppant, vous faisait pleurer ensemble, larmes longtemps retenues,\n  pauvres larmes de patience, muettes et lentes. Pourtant, Il disait : « Certes\n je viendrai bientôt », Celui qui par la vie et par la mort était rentré dans Sa\n demeure. Amen! Viens donc, Seigneur Jésus, viens!\n      Mais oh! quelle langue humaine peut dire ce jour où Michel vint enle-\n ver à' l'esprit fatigué, comme un voile, son pacte avec Gabriel, supporté\nlongtemps jusqu'au bout! Quelle pensée humaine peut approcher le\n mystère de maternité de l'instant où ton Bien-Aimé renouvela la douce\n communion rompue, Sa main gauche sous ta tête, et Sa droite t'embras-\nsant? Voici, Il était tien, et Le voici tel?\n- Mon âme, est-ce la Foi, l'Amour ou l'Espérance qui me la fait voir\n debout où la lumière du Trône est éclatante? A gauche, à droite, les\n chérubins, rangés, unis, volent vers un point d'or, et d'entre les séraphins,\n la gloire s'élève comme un hymne. O Mère Marie, ne dédaigne pas d'en-\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 349, "texte": "                                  — 321 —\n\n\ntendre, toi que revêtent les étoiles, qui vois et ne peux être vue ! Ecoute-nous\nenfin, O Reine Marie! Vers notre ombre incline ta face, te penchant dans\nta demeure cachée, ô Vierge Marie, pleine de grâce !\n\n                                           DANTE-GABRIEL         ROSSETTI\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 321, "page_fin": 321, "titre_corps": "Littérature étrangère : La Cigale et le Grillon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "John Keats", "ancre_debut": "LA CIGALE ET LE GRILLON", "ancre_fin": "PAUL TIBERGHIEN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 356, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 349, "fin_caractere_exclue": 1249, "texte": "LA CIGALE E T L E GRILLON\n\n    La poésie de la terre ne meurt jamais;\n    quand tous les oiseaux languissent de l'ardeur du soleil\n    et se cachent dans les arbres rafraîchissants, une voix court\n    le long des haies, autour du pré nouvellement fauché;\n    c'est la voix de la Cigale; elle préside\n    aux joies de l'été, elle n'a jamais fini\n    ses plaisirs ; car fatiguée de se réjouir,\n    elle se repose à l'aise sous une herbe douce.\n    La poésie de la terre ne finit jamais;\n    l'hiver, un soir solitaire, quand le gel\n    a fait le silence, du poêle s'élève argentin\n    le chant du Grillon, dans la chaleur croissant toujours,\n    et semblant être, à qui est presque perdu dans le sommeil,\n    la chanson de la Cigale parmi les collines herbeuses.\n                                                     JOHN KEATS\n                                           (Traduction   de PAUL TIBERGHIEN"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 322, "page_fin": 322, "titre_corps": "Chronique artistique : Le Sillon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Ernest Verlant", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "M Weygers", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Plusieurs personnes ont éprouvé", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 357, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "CHRONIQUE                        ARTISTIQUE\n                Le Sillon. — La Société des         Beaux-Arts.\n\n\n            Dépassant de loin celle du lapin, si honorable déjà, la fécondité\n             des gens des quat'z arts s'en va tout à l'heure disputer le\n             record à celle de l'esturgeon. Jamais le tableau n'a tant pul-\n             lulé. Jamais non plus le peintre n'a geint davantage et celui\nqui ne parvient pas à caser, simultanément, ici et là, vingt chefs-d'œuvre\nà la montre, crie comme un sourd qu'on étouffe son génie et qu'on veut\nl'empêcher de parvenir au public. Bien que le gros de la peinture se soit\ndirigé sur la foire d'Anvers, il nous en est resté de quoi faire de petites\nexpositions de toute espèce dans tous les coins. N'en retenons que deux,\ncar soyons bref. ..\n   Le jeune cercle Le Sillon a ouvert son second salonnet, tranquille et esti-\nmable comme le premier. La plupart de ses membres font preuve de talent\net paraissent en progrès. L'un de ceux qui ont le plus attiré l'attention, c'est\nM. Gustave Stevens, chez qui l'on constate l'abondance des dons naturels,\nune aimable facilité, une vision gracieuse et souple. En se concentrant\ndavantage, en serrant de plus près la forme et le caractère, comme il a com-\nmencé à le faire dans quelques dessins, M. Stevens évitera sans doute le\ndanger de tomber dans l'élégance convenue et superficielle où l'improvisa-\ntion pourrait l'entraîner. Il faut citer un animalier au coloris solide, chaud\net plein, M. Georges Berhier; un énergique descripteur des âpres sites\net des types bretons, M. Léon Bartholomé; des paysagistes dont plusieurs\nsemblent se souvenir beaucoup des scènes crépusculaires et nocturnes de\nM. Gilsoul : notamment M. Blieck, coloriste savoureux, et M. Verdussen,\ndont le Soir a une belle vigueur et un bel emportement. Les Esquisses\nalgériennes et les paysages brabançons de M. Madoux se recommandent\npar des qualités de finesse et de fraîcheur. En général, les artistes du Sillon\nont pour objectif la représentation directe du phénoménisme dans la\nnature. Seul M. Cuvelier semble faire exception. Son portrait de jeune fille,\nde coloration peu séduisante, pénètre au delà des formes, s'essaie à évoquer\nla vie intérieure, comme son dessin Souvenir, une belle tête douloureuse,\ncalme et pensive, aux yeux clos, un souvenir de certains Redon peut-être?\nParmi les dessins, nous ne voyons à mentionner encore que les impres-\nsions poétiques de M. Henri Meunier. Un seul sculpteur compte au\nSillon : M. 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Cela n'est pas méprisable. Il est bon de faire ou de tenter, comme\non peut, l'éducation de tous les genres de public, et si l'hypocrisie est un\nhommage que le vice rend à la vertu, le snobisme même, ce pharisa'isme de\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3357, "texte": "                                  -   323 —\n\nl'admiration, est un hommage que la mode rend à l'art. Malheureusement,\ndevant beaucoup d'oeuvres exposées dans ce Salon, la mode n'a rendu hom-\nmage qu'à elle-même, ou à l'argent.\n    Manifestement, la plupart des artistes étrangers invités n'ont été recher-\nchés que pour leurs situations officielles, leurs médailles, leurs décorations,\nle prestige des gros prix. Sollicités pour leur nom, ils se sont bornés le plus\nsouvent à envoyer des pancartes de visite avec leur nom au bas. Tel sir\nFrédéric Leighton, qui a une Clytie au ciel cartonneux et une statuette où\nla gentillesse s'allie à la lourdeur; tel M. Alma Tadema dont on présente\ndeux tableautins de peu d'intérêt; tel sir John Everett Millais, qui eut du\ntalent dans sa Veille de la Sainte-Agnès, par exemple, et qui n'a plus que\nde l'exactitude minutieuse dans son Ornithologist, une composition anec-\ndotique et sentimentale, bonne tout au plus pour fournir un hors texte au\n Christmas number de l'Illustrated London News; tel encore M. Hébert,\navec son éternelle Italienne nue, aux grands yeux de fièvre sur fond de ver-\ndure aigre, ou M. Roybet avec deux Trompettes Louis XIII d'une égale et\nlassante virtuosité, ou M. Bonnat, avec ses durs portraits où la couleur\n fécale des fonds reparaît dans les ombres, soulignant le ton plâtreux des\n chairs.\n    Mais que dire des Autrichiens et des Hongrois, de M. Munkacsy, chi-\n card, tapageur et tape-à-1'œil, de M. Benczur, chamarreur patenté, passe-\n mentier émérite, de M. Ferraris et von Angeli, qui sont des Herbo à\n clientèle princière, comme le nôtre est à clientèle de chasseurs-éclaireurs et\n d'orphéonistes? Que dire surtout des Italiens et des Espagnols qui rap-\n pellent les plus mauvais jours de l'histoire des Aquarellistes! Les Aquarel­\n listes avaient réussi à s'en débarrasser à la longue : les voici revenus, les\n mêmes ou leurs semblables, les Corrodi, les Sartorio, les Vannutelli et\n toute la tribu des tutti quanti. Les meilleurs, et de loin, sont, parmi les\n Italiens, M. Pasini, qui est un orientaliste très français, imitateur de\n Fromentin, et parmi les Espagnols, MM. Barbudo et Rico, qui ne font\n que perpétuer la peinture à paillettes de Fortuny. Le reste ou peu s'en faut,\n est insupportable, à commencer par les confitures et les crèmes fouettées de\n M. Raymond de Madrazo.\n     Les trois portraits qu'on expose de M. Lenbach ont déjà été vus ici et ne\n nous apprennent rien de nouveau ; cependant celui du régent de Bavière,\n résultat de manoeuvres compliquées, intéresse toujours par la pénétrante\n acuité de l'observation. Les paysages de M. Cazin défendent assez mal sa\n légitime renommée ; dans ce genre de peinture doux, calme, somnolent,\n où la couleur ne chante qu'à voix basse, les impressions vaporeuses de\n  M. Macaulay Stevenson ont plus de suavité et plus d'accent. Un autre\n peintre de Glasgow, M. Lavery, expose une Dame en noir d'un assez grand\n  charme, mais ses autres tableaux, un Croquet d'un effet cru, et le Soir, un\n  Besnard sans vie charnelle et sans souplesse, sont très inférieurs à ses der-\n  niers envois du Salon de Bruxelles. Relevons encore, parmi les tableaux\n  étrangers, un délicat Lever de lune de M. Billotte, une tête de matelot\n  stricte et figée de M me Demont-Breton et les colorations d'une harmonie\n  somptueuse de M. Brangwyn.\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "                                      324    -\n\n    Une salle entière est consacrée à M. Emile Wauters, et l'on voit s'y\n aligner deux douzaines de portraits, pour la plupart des pastels : de belles\n dames, toutes très gracieuses, avec de belles épaules, de beaux bras, de\n belles robes, etc. Cela intéresse prodigieusement les visiteuses et les entraîne\n à des gesticulations spasmodiques. Malheureusement ces figures de poupées\n ont des physionomies peu caractérisées, ces bras sont loin d'être d'un\n dessin irréprochable, ces poses sont inexpressives et artificielles, et pour\n tout dire ces portraits si distingués plaisent surtout par ce qu'ils ont de\n vulgaire. Seuls les accessoires sont d'une belle exécution; il est juste de dire\n que les accessoires jouent le rôle principal. Quelques portraits à l'huile sont\n bien supérieurs et rappellent mieux les fortes qualités de M. Wauters.\n Celui de M. Olin est excellent, très bien vu; mais celui de M me Caron est\n totalement dénué de noblesse, ce qui est presque incroyable.\n    Passer en revue tous les artistes belges qui participent au Salon des\nBeaux-Arts nous entraînerait à des redites fastidieuses. A côté de quelques\n amateurs ou professionnels négligeables, il y en a beaucoup de très\nméritants, mais en général ils exposent fort peu de choses inédites. Signa-\nlons seulement deux récents paysages, d'une éclatante et fraîche clarté, de\n M. Heymans, dont le procédé semble séduire M. Asselbergs ; le Domaine,\n de M. Gilsoul, une solennelle tombée de soir dans un parc seigneurial; un\n portrait de belle allure de M. Verheyden; trois paysages, aux puissantes\ncolorations admirablement fondues, de M. Binjé, toujours à la recherche\nd'harmonies nouvelles; un précieux portrait de jeune garçon, à la jolie tête\nétonnée, de M. Khnopff, qui expose aussi une figure sculptée expressive,\nmais peu consistante. La section de sculpture, à côté d'œuvres assez ordi-\nnaires, comprend encore quelques bons bustes de MM. Constantin Meunier,\nVinçotte, de Lalaing, et la gracieuse Psyché, exemplaire réduit en ivoire,\nde M. De Vigne.\n    Parmi les objets d'art, on remarque surtout — pour ne pas parler d'un\néventail ignoble, bêtement spirituel, de M. Béraud — de fines ciselures\nde M. Brateau, de belles verreries de M. Leveillé, d'intéressantes cérami-\nques de M. Bigot, de MM. Dalpayrat et Lesbros, des vases, des médailles.\ndes plaques sculptées de M. Fernand Dubois, un intérieur et un mobilier\nnéo-anglais de M. Hobé. Ceci est le côté « Champ-de-Mars » de cette expo-\nsition, d'ailleurs très « Palais de l'Industrie » pour le reste, sauf pour\nl'arrangement, religieusement calqué, jusque dans les moindres détails, sur\nla récente exposition de la Libre Esthétique.\n                                                       ERNEST VERLANT"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 325, "page_fin": 330, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "notre propre fonds", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 86, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 137, "texte": "Nos abonnés et nos acheteurs sont priés"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 181, "fin_caractere_exclue": 220, "texte": "de remarquer que la présente livraison,"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 267, "fin_caractere_exclue": 297, "texte": "étant de 64 pages, est double."}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 501, "fin_caractere_exclue": 540, "texte": "L'Express de Liége publie une chronique"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 591, "fin_caractere_exclue": 631, "texte": "signée « Maître Blasius », dont voici un"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 676, "fin_caractere_exclue": 702, "texte": "fragment caractéristique :"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 770, "fin_caractere_exclue": 810, "texte": "« Puisque nous parlons 'art et artistes,"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 857, "fin_caractere_exclue": 902, "texte": "c'est le moment peut-être' de faire au profit"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 948, "fin_caractere_exclue": 994, "texte": "et p o u r la meilleure édification des jeunes"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 995, "fin_caractere_exclue": 1035, "texte": "de maintenant quelques constatations qui"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 1079, "fin_caractere_exclue": 1098, "texte": "sont de l'histoire."}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 1170, "fin_caractere_exclue": 1210, "texte": "Leurs aînés se plaignent, avec une viva-"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 1256, "fin_caractere_exclue": 1302, "texte": "cité q u i , tout d'abord, paraît légitime, de"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 1346, "fin_caractere_exclue": 1386, "texte": "l'inattention dont le public a payé — en"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 1387, "fin_caractere_exclue": 1431, "texte": "monnaie de singe — leurs efforts vers l'ori-"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 1472, "fin_caractere_exclue": 1514, "texte": "ginalité. 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Maurice Barrès dans le Journal"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 934, "fin_caractere_exclue": 978, "texte": "Le reste ne vaut pas l'honneur d'être cite'."}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 1027, "fin_caractere_exclue": 1070, "texte": "Quant à la presse belge — n'en parlons pas."}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 1118, "fin_caractere_exclue": 1162, "texte": "Un journal rédigé par des professeurs d'uni-"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 1175, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "versilé, La Flandre libérale, a poussé le"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 1365, "fin_caractere_exclue": 1407, "texte": "souci de la vérité jusqu'à énumérer, parmi"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 1454, "fin_caractere_exclue": 1497, "texte": "les œuvres de Leconte de Lisle, la... 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Boissier n'a- t-il pas attri-"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 1876, "fin_caractere_exclue": 1915, "texte": "bué à Leconte de Lisle la traduction du"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 1969, "fin_caractere_exclue": 1979, "texte": "Ramayana ?"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 2207, "fin_caractere_exclue": 2245, "texte": "L'attitude de l'Art moderne mérite une"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 2297, "fin_caractere_exclue": 2338, "texte": "mention spéciale. Ce journal, trop occupé"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 2392, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "à insulter les écrivains qui se permettent de"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 2489, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "n'être pas de son avis, consacre à Leconte"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 2579, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "de Lisle, en dernière page, les lignes malin-"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 2676, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "gres et grincheuses que voici :"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 2771, "fin_caractere_exclue": 2813, "texte": "« Il est mort isolé. Son art admirablement"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 2866, "fin_caractere_exclue": 2911, "texte": "plastique et froid datait déjà. 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En dehors de l'enthousiasme et de la"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3321, "fin_caractere_exclue": 3367, "texte": "ferveur vivante et agissante, il s'aigrissait,"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3415, "fin_caractere_exclue": 3459, "texte": "ne tenant plus même à publier le livre qu'il"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3513, "fin_caractere_exclue": 3556, "texte": "laisse achevé et qui sera le quatrième tome"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3604, "fin_caractere_exclue": 3643, "texte": "de celte œuvre haute et large, dont les"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3701, "fin_caractere_exclue": 3742, "texte": "Poèmes antiques, les Barbares et les Tra­"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3797, "fin_caractere_exclue": 3836, "texte": "giques forment l'assise et les premiers"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3889, "fin_caractere_exclue": 3896, "texte": "étages."}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3989, "fin_caractere_exclue": 4030, "texte": "Il a ressuscité le monde théogonique uni-"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4082, "fin_caractere_exclue": 4126, "texte": "versel. Les légendes, depuis les norses jus-"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4177, "fin_caractere_exclue": 4224, "texte": "qu'aux persanes, il les fixait en des attitudes"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4269, "fin_caractere_exclue": 4312, "texte": "très soucieuses de beauté monotone. Son art"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4347, "fin_caractere_exclue": 4389, "texte": "est mégalithique. L'architecture des Luxor"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4445, "fin_caractere_exclue": 4490, "texte": "et des Karnak se dresse ainsi dans le désert."}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4543, "fin_caractere_exclue": 4581, "texte": "Blocs énormes, puissamment, d'après de"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4642, "fin_caractere_exclue": 4683, "texte": "textuelles formules, sculptés, empruntant"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4737, "fin_caractere_exclue": 4777, "texte": "aux aubes, aux midis et aux couchants la"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4833, "fin_caractere_exclue": 4877, "texte": "couleur horaire et la seule variété de leurs"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4929, "fin_caractere_exclue": 4972, "texte": "aspects. C'était un classique ayant en plus"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 5026, "fin_caractere_exclue": 5069, "texte": "le souci — jugé vain depuis — de la couleur"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 5120, "fin_caractere_exclue": 5127, "texte": "locale."}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 5218, "fin_caractere_exclue": 5260, "texte": "Les philosophies et les morales défilaient"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 141, "texte": "dans son œuvre, processionnellement. De"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 193, "fin_caractere_exclue": 233, "texte": "temps en temps un grand cri, mais que de"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 285, "fin_caractere_exclue": 323, "texte": "fois seulement le toujours même accom-"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 375, "fin_caractere_exclue": 418, "texte": "pagnement des cantiques banals. On défilait"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 512, "fin_caractere_exclue": 557, "texte": "à travers des portiques et des galeries, sans"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 609, "fin_caractere_exclue": 650, "texte": "que le sanctuaire soudainement éclatât en"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 702, "fin_caractere_exclue": 745, "texte": "or et en lumière, au bout du chemin. 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Pierre Quillard, semble"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3278, "fin_caractere_exclue": 3320, "texte": "avoir répondu d'avance, dans le Mercure, à"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3372, "fin_caractere_exclue": 3414, "texte": "l'inqualifiable article de l'Art moderne :"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3469, "fin_caractere_exclue": 3512, "texte": "« L'un des plus stupides reproches, dit-il,"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3564, "fin_caractere_exclue": 3603, "texte": "que l'on eut coutume d'adresser à cette"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3655, "fin_caractere_exclue": 3700, "texte": "œuvre, fut d'alléguer qu'elle n'allait pas au"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3752, "fin_caractere_exclue": 3796, "texte": "delà d'une facile beauté extérieure et pure-"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3848, "fin_caractere_exclue": 3888, "texte": "ment formelle, et que toute véhémence et"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 3940, "fin_caractere_exclue": 3985, "texte": "toute vie lui faisaient défaut; et c'était un"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4037, "fin_caractere_exclue": 4081, "texte": "jeu familier à la basse critique de comparer"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4133, "fin_caractere_exclue": 4176, "texte": "les poèmes de Leconte de Lisle à de froides"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4228, "fin_caractere_exclue": 4268, "texte": "images de marbre que nul Prométhée n'au-"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4320, "fin_caractere_exclue": 4346, "texte": "rait animées du feu divin."}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4402, "fin_caractere_exclue": 4444, "texte": "Il n'agrée point maintenant de discuter et"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4496, "fin_caractere_exclue": 4542, "texte": "de faire en de telles opinions le départ entre"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4594, "fin_caractere_exclue": 4641, "texte": "la mauvaise foi et la sottise, qui, d'ailleurs,"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4693, "fin_caractere_exclue": 4736, "texte": "ne sont pas incompatibles et s'épanouissent"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 4788, "fin_caractere_exclue": 4832, "texte": "volontiers dans les mêmes cervelles. 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Mais alors que d'autres se"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 95, "texte": "crurent quittes envers l'art et envers eux- le"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 136, "fin_caractere_exclue": 183, "texte": "mêmes quand ils eurent poussé tel quel le cours"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 225, "fin_caractere_exclue": 274, "texte": "cri arraché à leur chair sanglante par le versité"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 314, "fin_caractere_exclue": 353, "texte": "hasard des heures mauvaises, Leconte de"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 360, "fin_caractere_exclue": 403, "texte": "Lisle se haussa toujours jusqu'à une parole"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 455, "fin_caractere_exclue": 497, "texte": "d'humanité universelle et voulut que toute"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 544, "fin_caractere_exclue": 585, "texte": "glose devînt inutile, en éliminant de ses"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 630, "fin_caractere_exclue": 671, "texte": "poèmes une allusion indiscrète aux événe-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 712, "fin_caractere_exclue": 753, "texte": "ments particuliers qui leur avaient donné"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 800, "fin_caractere_exclue": 842, "texte": "naissance, et, comme il refusait fièrement"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 890, "fin_caractere_exclue": 935, "texte": "d'avertir et d'apitoyer, on déclara par arrêt"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 975, "fin_caractere_exclue": 1016, "texte": "sommaire que ses strophes étaient dénuées"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1059, "fin_caractere_exclue": 1091, "texte": "de sens et indigentes d'émotion."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1152, "fin_caractere_exclue": 1190, "texte": "Une telle esthétique cependant n'était"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1233, "fin_caractere_exclue": 1276, "texte": "point nouvelle ni extraordinaire, et Goethe"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1316, "fin_caractere_exclue": 1355, "texte": "ou Flaubert ne s'en fussent point émer-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1399, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "veillés aussi aisément que le peut faire par"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1484, "fin_caractere_exclue": 1525, "texte": "exemple M. Alexandre Dumas. Loin de déce-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1564, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "ler que le poète ait été incapable de se don-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1651, "fin_caractere_exclue": 1691, "texte": "ner à lui-même une explication du monde,"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1740, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "elle révèle un effort héroïque pour projeter"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1831, "fin_caractere_exclue": 1879, "texte": "dans l'infini et dans l'éternel ce qui fut aupa-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1922, "fin_caractere_exclue": 1965, "texte": "ravant le tressaillement momentané de l'in-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2015, "fin_caractere_exclue": 2055, "texte": "dividu. Il ne s'agit plus dès lors d'une"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2098, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "souffrance ou d'une joie simplement anec-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2184, "fin_caractere_exclue": 2229, "texte": "dotiques, mais la phrase ainsi proférée garde"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2269, "fin_caractere_exclue": 2312, "texte": "intacte à jamais sa valeur absolue et géné-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2320, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "rale parce qu'elle a révélé non point le"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2413, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "médiocre caprice sentimental d'un homme"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2498, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "quelconque, mais l'ensemble même de l'uni-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2583, "fin_caractere_exclue": 2627, "texte": "vers prenant conscience de soi, en une brus-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2674, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "que fulguration, dans cette pensée indivi-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2732, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "duelle."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2832, "fin_caractere_exclue": 2875, "texte": "Seuls les faibles d'esprit par naissance ou"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2921, "fin_caractere_exclue": 2962, "texte": "par mauvaise habitude ne comprirent point"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2976, "fin_caractere_exclue": 3021, "texte": "la décisive clarté d'une voix qui résumait et"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3071, "fin_caractere_exclue": 3114, "texte": "rendait perceptibles parl'impérieux pouvoir"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3153, "fin_caractere_exclue": 3195, "texte": "du rythme les balbutiements d'innombrables"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3241, "fin_caractere_exclue": 3281, "texte": "hommes, et sauvait du ténébreux silence,"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3327, "fin_caractere_exclue": 3368, "texte": "où les eût condamnées l'infirmité de leur"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3415, "fin_caractere_exclue": 3459, "texte": "bouche, leur angoisse et leur révolte magni-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3505, "fin_caractere_exclue": 3527, "texte": "fiquement exprimées. »"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3600, "fin_caractere_exclue": 3635, "texte": "« Basse critique », le mot restera."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4058, "fin_caractere_exclue": 4093, "texte": "LA LITTÉRATURE BELGE A L ÉTRANGER :"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4286, "fin_caractere_exclue": 4327, "texte": "On lit, sous ce titre, dans le Journal de"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4372, "fin_caractere_exclue": 4383, "texte": "Bruxelles :"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4466, "fin_caractere_exclue": 4504, "texte": "« A propos des fêtes enthousiastes qui"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4549, "fin_caractere_exclue": 4593, "texte": "ont célébré chez nous le retour du capitaine"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4641, "fin_caractere_exclue": 4681, "texte": "Jacques, le héros du Tanganika, le Petit"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4727, "fin_caractere_exclue": 4772, "texte": "Bleu publiait il y a quelques jours un excel-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4812, "fin_caractere_exclue": 4858, "texte": "lent article intitulé : Emballons-nous ! Selon"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4903, "fin_caractere_exclue": 4946, "texte": "notre confrère, qui a mille fois raison, le"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4993, "fin_caractere_exclue": 5031, "texte": "Belge ne s'enthousiasme guère pour les"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 5076, "fin_caractere_exclue": 5117, "texte": "choses belges; il semble se defier de ses"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 5140, "fin_caractere_exclue": 5184, "texte": "compatriotes et de sa patrie ; plus que tout"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 5234, "fin_caractere_exclue": 5275, "texte": "autre peuple, il donne raison au désolant"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 5322, "fin_caractere_exclue": 5364, "texte": "proverbe : Nul n'est prophète en son pays."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 5408, "fin_caractere_exclue": 5454, "texte": "L'esprit national, disait souvent à ses élèves"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 135, "texte": "regretté M. Thonissen, dans l'admirable"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 184, "fin_caractere_exclue": 224, "texte": "de droit pénal qu'il professait à l'uni-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 275, "fin_caractere_exclue": 313, "texte": "de Louvain, c'est l'esprit de dénigre-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 354, "fin_caractere_exclue": 359, "texte": "ment."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 412, "fin_caractere_exclue": 454, "texte": "Hélas! l'étranger connaît notre lamentable"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 498, "fin_caractere_exclue": 543, "texte": "défaut et le raille cruellement. Faut-il rap-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 586, "fin_caractere_exclue": 629, "texte": "peler les terribles jugements portés sur la"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 672, "fin_caractere_exclue": 711, "texte": "Belgique par Baudelaire? Notre mauvaise"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 754, "fin_caractere_exclue": 799, "texte": "réputation s'est répandue par toute l'Europe."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 843, "fin_caractere_exclue": 889, "texte": "Voici ce qu'écrit à cesujet un poète polonais,"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 936, "fin_caractere_exclue": 974, "texte": "H. M. Agricola (Henri Merzbach) : « Le"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1017, "fin_caractere_exclue": 1058, "texte": "Belge aime à bien manger et à mieux boire"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1108, "fin_caractere_exclue": 1148, "texte": "encore. Sur vingt habitations, il y a un"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1191, "fin_caractere_exclue": 1232, "texte": "cabaret... Le Belge est zwanzeur de nais-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1277, "fin_caractere_exclue": 1315, "texte": "sance; cette expression purement belge"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1356, "fin_caractere_exclue": 1398, "texte": "signifie : celui qui se fiche de tout, des"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1444, "fin_caractere_exclue": 1483, "texte": "grandes choses comme des petites. Cette"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1526, "fin_caractere_exclue": 1563, "texte": "bonne zwanze est un principe vénéneux"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 1610, "fin_caractere_exclue": 1650, "texte": "dans l'organisme social. 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Przes-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2140, "fin_caractere_exclue": 2183, "texte": "micki a mise en tête d'une traduction polo-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2230, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "naise des drames de M. Maurice Maeter-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2313, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "linck."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2373, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "Heureusement quelques publicistes bel-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2453, "fin_caractere_exclue": 2497, "texte": "ges s'efforcent, depuis plusieurs années, de"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2541, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "réagir; grâce à leurs efforts, les œuvres"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2628, "fin_caractere_exclue": 2672, "texte": "belges ne sont plus tout à fait inconnues du"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2717, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "peuple belge."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2784, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "Il est juste de mentionner aussi les grands"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2876, "fin_caractere_exclue": 2919, "texte": "prix officiels décernés à M. Lemonnier et à"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 2963, "fin_caractere_exclue": 2974, "texte": "M. Eekhoud."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3028, "fin_caractere_exclue": 3069, "texte": "Notre public reste pourtant très méfiant."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3115, "fin_caractere_exclue": 3151, "texte": "Avant d'accorder son admiration à un"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3196, "fin_caractere_exclue": 3239, "texte": "ouvrage littéraire dû à une plume belge, il"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3282, "fin_caractere_exclue": 3325, "texte": "faut que celui-ci ait reçu l'approbation de"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3369, "fin_caractere_exclue": 3413, "texte": "l'étranger; encore n'est-ce pas assez, c'est"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3460, "fin_caractere_exclue": 3503, "texte": "le placet parisien qui est exigé, peut-être"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3554, "fin_caractere_exclue": 3595, "texte": "parce que les journaux parisiens sont les"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3646, "fin_caractere_exclue": 3687, "texte": "seuls journaux étrangers lus en Belgique."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3741, "fin_caractere_exclue": 3781, "texte": "On nous saura gré, sans doute, de signa-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3832, "fin_caractere_exclue": 3880, "texte": "ler ici la faveur avec laquelle les écrivains de"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 3931, "fin_caractere_exclue": 3972, "texte": "1880 — les Jeunes-Belgique— sont accueil-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4023, "fin_caractere_exclue": 4053, "texte": "lis au delà de nos frontières."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4148, "fin_caractere_exclue": 4188, "texte": "Il est inutile de rappeler les succès de"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4239, "fin_caractere_exclue": 4281, "texte": "M. Maurice Maeterlinck, dont les ouvrages,"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4328, "fin_caractere_exclue": 4369, "texte": "grâce à un article célèbre du Figaro, ont"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4420, "fin_caractere_exclue": 4461, "texte": "fait le tour du monde et sont traduits en"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4505, "fin_caractere_exclue": 4546, "texte": "anglais, en allemand, en danois, en polo-"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4594, "fin_caractere_exclue": 4638, "texte": "nais, etc. L'Allemagne possède d'excellentes"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4682, "fin_caractere_exclue": 4724, "texte": "traductions de plusieurs ouvrages d'Albert"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4773, "fin_caractere_exclue": 4809, "texte": "Giraud, de Georges Eekhoud, d'autres"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4859, "fin_caractere_exclue": 4900, "texte": "encore. En Italie, des vers de MM. Valère"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 4947, "fin_caractere_exclue": 4990, "texte": "Gille, A. Giraud, F. Severin et Iwan Gilkin"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 5032, "fin_caractere_exclue": 5073, "texte": "ont été traduits et commentés dans divers"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 5118, "fin_caractere_exclue": 5137, "texte": "journaux et revues."}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 5192, "fin_caractere_exclue": 5231, "texte": "Le Parnasse de la Jeune Belgique a été,"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 5276, "fin_caractere_exclue": 5319, "texte": "l'an dernier, étudié consciencieusement par"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 5365, "fin_caractere_exclue": 5404, "texte": "l'éminent poète tchèque M. Vrchlicki. A"}, {"page_pdf": 362, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 5455, "fin_caractere_exclue": 5497, "texte": "Bordeaux, il y a quelques mois, un profes-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 97, "texte": "seur de littérature française à l'université de"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 141, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "Groningue donnait une remarquable confé-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 233, "fin_caractere_exclue": 270, "texte": "rence sur le même groupe d'écrivains."}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 274, "fin_caractere_exclue": 310, "texte": "Au mois de septembre dernier M. Wil-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 345, "fin_caractere_exclue": 383, "texte": "liam Sharp publiait dans le Nineteenth"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 437, "fin_caractere_exclue": 475, "texte": "Century — la « Revue des Deux Mondes »"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 528, "fin_caractere_exclue": 570, "texte": "de l'Angleterre — une longue étude sur les"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 622, "fin_caractere_exclue": 664, "texte": "poètes de la Jeune Belgique où leur « Par-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 665, "fin_caractere_exclue": 709, "texte": "nasse », œuvre collective de dix-huit poètes"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 756, "fin_caractere_exclue": 801, "texte": "belges, publiée en 1887, faisait l'objet d'un"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 854, "fin_caractere_exclue": 898, "texte": "examen détaillé. L'auteur signalait l'impor-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 933, "fin_caractere_exclue": 972, "texte": "tance du mouvement poétique en Belgique"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 973, "fin_caractere_exclue": 1018, "texte": "et n'hésitait pas à préférer quelques-uns des"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1072, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "Jeunes-Belgique aux meilleurs d'entre les"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1168, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "jeunes poètes français de la même généra-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1261, "fin_caractere_exclue": 1305, "texte": "tion. Tel est aussi le sentiment de M. Zénon"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1306, "fin_caractere_exclue": 1346, "texte": "Przesmicki, qui, à plusieurs reprises, a"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1404, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "publié des traductions de poèmes belges"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1501, "fin_caractere_exclue": 1542, "texte": "dans une importante revue de Cracovie, le"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1601, "fin_caractere_exclue": 1640, "texte": "Sviat (le Monde), qui prépare un volume"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1695, "fin_caractere_exclue": 1737, "texte": "de traductions des poètes de la Jeune Bel­"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1738, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "gique et qui, dans son introduction au"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1830, "fin_caractere_exclue": 1872, "texte": "théâtre de M. Maeterlinck, vient de consa-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1929, "fin_caractere_exclue": 1970, "texte": "crer une centaine de pages à ce groupe de"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2024, "fin_caractere_exclue": 2069, "texte": "poètes auquel se rattache le jeune et célèbre"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2070, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "dramaturge gantois."}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2263, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "Celte introduction, M. L. Wallner la"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2357, "fin_caractere_exclue": 2396, "texte": "résume et la commente dans le numéro de"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2453, "fin_caractere_exclue": 2496, "texte": "juin de la Jeune Belgique. Parlant du livre"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2497, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "de M. Przesmicki, M. Wallner dit : « L'ap-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2593, "fin_caractere_exclue": 2635, "texte": "parition du dit volume est donc importante"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2691, "fin_caractere_exclue": 2734, "texte": "à plusieurs titres, car ce fait indique non"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2789, "fin_caractere_exclue": 2832, "texte": "seulement qu'à l'étranger cette littérature"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2850, "fin_caractere_exclue": 2897, "texte": "(celle des poètes belges) a su attirer sur elle"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2898, "fin_caractere_exclue": 2942, "texte": "l'attention des esprits éminents, mais aussi"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2999, "fin_caractere_exclue": 3040, "texte": "qu'elle a déjà pris son rang au programme"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3096, "fin_caractere_exclue": 3138, "texte": "du concert européen poétique. Sa diffusion"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3192, "fin_caractere_exclue": 3233, "texte": "n'est, par conséquent, qu'une question de"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3288, "fin_caractere_exclue": 3335, "texte": "jours. Cette littérature affirme ainsi sa vita-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3336, "fin_caractere_exclue": 3379, "texte": "lité et accuse une physionomie sui generis."}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3429, "fin_caractere_exclue": 3472, "texte": "Cela est hors de doute ! La poésie belge..."}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3523, "fin_caractere_exclue": 3564, "texte": "ne l'aurait-on pas confondue à l'étranger"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3596, "fin_caractere_exclue": 3640, "texte": "avec la littérature française contemporaine,"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3692, "fin_caractere_exclue": 3733, "texte": "ou même ignorée, si dans ses créations ne"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3734, "fin_caractere_exclue": 3777, "texte": "vibrait une note particulière témoignant du"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3831, "fin_caractere_exclue": 3874, "texte": "talent original de ses poètes et si elle ne"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3923, "fin_caractere_exclue": 3948, "texte": "reflétait pas son pays? »"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4216, "fin_caractere_exclue": 4255, "texte": "Parmi les grandes revues étrangères qui"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4278, "fin_caractere_exclue": 4320, "texte": "contribuent le plus à répandre notre jeune"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4372, "fin_caractere_exclue": 4418, "texte": "littérature, il convient de citer et de remer-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4466, "fin_caractere_exclue": 4512, "texte": "cier particulièrement la Nouvelle        Revue"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4556, "fin_caractere_exclue": 4597, "texte": "internationale et son directeur, le baron"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4650, "fin_caractere_exclue": 4689, "texte": "Stock, qui emploie à servir notre cause"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4740, "fin_caractere_exclue": 4785, "texte": "toutes les ressources de son talent et de son"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4835, "fin_caractere_exclue": 4842, "texte": "esprit."}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4917, "fin_caractere_exclue": 4960, "texte": "La livraison de juillet de cette revue con-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 5008, "fin_caractere_exclue": 5049, "texte": "tient des interviews de M. Camille Lemon-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 5104, "fin_caractere_exclue": 5144, "texte": "nier, Iwan Gilkin, Albert Giraud, Edmond"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 140, "texte": "Picard, Georges Eekhoud, Maurice Maeter-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 191, "fin_caractere_exclue": 232, "texte": "linck et Emile Verhaeren sur le mouvement"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 321, "fin_caractere_exclue": 344, "texte": "littéraire en Belgique."}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 398, "fin_caractere_exclue": 436, "texte": "M. Lemonnier a caractérisé en quelques"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 487, "fin_caractere_exclue": 527, "texte": "mots élogieux le talent de chacun de nos"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 578, "fin_caractere_exclue": 621, "texte": "écrivains. M. Picard a donné de l'air à ses"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 715, "fin_caractere_exclue": 755, "texte": "paradoxes de l'âge de la pierre impolie."}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 811, "fin_caractere_exclue": 853, "texte": "On lira avec intérêt les déclarations sui-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 906, "fin_caractere_exclue": 932, "texte": "vantes de M. Iwan Gilkin :"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1028, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "« La mission de l'art est de créer le beau,"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1124, "fin_caractere_exclue": 1167, "texte": "de belles formes autour de belles idées. La"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1220, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "beauté est morale en elle-même; elle est"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1358, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "bienfaisante et élève l'esprit ; à quoi bon y"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1456, "fin_caractere_exclue": 1500, "texte": "chercher un but social. Ne confondons jamais"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1553, "fin_caractere_exclue": 1600, "texte": "les idées sociales et les idées du beau. L'idée"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1653, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "de la beauté est une vision spontanée qui"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1790, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "fait voir les objets dans leur essence."}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1885, "fin_caractere_exclue": 1928, "texte": "Je sais qu'il existe des écoles qui tâchent"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 1981, "fin_caractere_exclue": 2023, "texte": "de faire de l'art un instrument social. Je"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2122, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "m'oppose absolument à cette tendance, cela"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2217, "fin_caractere_exclue": 2258, "texte": "ne peut que nuire à l'art et au mouvement"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2311, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "social. Le salut pour l'artiste, voyez-vous,"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2408, "fin_caractere_exclue": 2451, "texte": "se trouve dans la vieille et toujours vraie"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2549, "fin_caractere_exclue": 2592, "texte": "formule : L'art pour l'art; surtout dans ce"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2645, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "pays où la politique et les sciences sociales"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2743, "fin_caractere_exclue": 2788, "texte": "exercent une grande attraction sur les jeunes"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2840, "fin_caractere_exclue": 2849, "texte": "cerveaux."}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 2953, "fin_caractere_exclue": 2998, "texte": "L'artiste doit être indépendant, c'est clair;"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3050, "fin_caractere_exclue": 3095, "texte": "cependant il serait inexact de dire que l'art"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3147, "fin_caractere_exclue": 3191, "texte": "n'a pas de lois — inexact et sot. Il y a des"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3243, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "lois, surtout dans la réalisation de l'œuvre"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3387, "fin_caractere_exclue": 3428, "texte": "d'art. On ne s'en saurait pas plus passer"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3480, "fin_caractere_exclue": 3522, "texte": "qu'un menuisier des lois sur la menuiserie"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3574, "fin_caractere_exclue": 3595, "texte": "pour faire une table."}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3650, "fin_caractere_exclue": 3691, "texte": "Et ces lois sont de deux sortes. Les lois"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3785, "fin_caractere_exclue": 3830, "texte": "générales, immuables, éternelles; et les lois"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3882, "fin_caractere_exclue": 3922, "texte": "techniques qui peuvent changer, se dété-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 3974, "fin_caractere_exclue": 4018, "texte": "riorer. Celles-ci varient à l'infini suivant"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4070, "fin_caractere_exclue": 4116, "texte": "l'idéal qui règne dansle public. Elles suivent"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4168, "fin_caractere_exclue": 4212, "texte": "la mode... dans ses grandes lignes, si j'ose"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4264, "fin_caractere_exclue": 4277, "texte": "ainsi parler."}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4332, "fin_caractere_exclue": 4371, "texte": "Chaque écrivain, plus il aura un tempé-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4422, "fin_caractere_exclue": 4465, "texte": "rament vigoureux, plus il aura d'idéal per-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4516, "fin_caractere_exclue": 4555, "texte": "sonnel, ce qui ne l'empêchera pas d'em-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4606, "fin_caractere_exclue": 4649, "texte": "ployer les règles générales de l'art qui ne"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4700, "fin_caractere_exclue": 4739, "texte": "sont que de la logique appliquée... Une"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4790, "fin_caractere_exclue": 4834, "texte": "figure de géométrie vue à travers des verres"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4885, "fin_caractere_exclue": 4913, "texte": "de différentes couleurs... »"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 4968, "fin_caractere_exclue": 5007, "texte": "M. Georges Eekhoud a réédité avec force"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 5058, "fin_caractere_exclue": 5103, "texte": "la théorie sur l'Art pour l'Art qu'il a déve-"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 5154, "fin_caractere_exclue": 5195, "texte": "loppée naguère dans la Nation. Voici com-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 54, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "ment il s'est exprimé à propos de- l'âme"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 146, "fin_caractere_exclue": 156, "texte": "wallonne :"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 241, "fin_caractere_exclue": 281, "texte": "« Inutile de nous diviser ostensiblement"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 300, "fin_caractere_exclue": 341, "texte": "en Wallons et en Flamands; la distinction"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 376, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "est fatale, je le répète, et indépendante de"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 466, "fin_caractere_exclue": 508, "texte": "notre velouté. Mieux vaut nous rapprocher."}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 560, "fin_caractere_exclue": 600, "texte": "C'est ce qu'on a compris à la Jeune Bel-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 657, "fin_caractere_exclue": 704, "texte": "gique. Il importait surtout de faire de la lit-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 741, "fin_caractere_exclue": 786, "texte": "térature française, d'écrire en bon français."}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 832, "fin_caractere_exclue": 874, "texte": "Nous avons fait la guerre aux flamingants,"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 927, "fin_caractere_exclue": 971, "texte": "c'est-à-dire aux politiciens flamands, comme"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 990, "fin_caractere_exclue": 1032, "texte": "nous la ferons aux wallonisants qui tente-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1034, "fin_caractere_exclue": 1075, "texte": "raient de détourner nos écrivains de leur"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1077, "fin_caractere_exclue": 1122, "texte": "but essentiel : l'art. Le reste est politique"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1173, "fin_caractere_exclue": 1212, "texte": "ou pédagogie; préoccupation de chauvins"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1268, "fin_caractere_exclue": 1285, "texte": "ou de cuistres. »"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1363, "fin_caractere_exclue": 1402, "texte": "Enfin, M. Maurice Maeterlinck a proféré"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1417, "fin_caractere_exclue": 1447, "texte": "ces paroles caractéristiques :"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1516, "fin_caractere_exclue": 1561, "texte": "« L'Art social c'est l'art-turpitude. Existe-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1612, "fin_caractere_exclue": 1655, "texte": "t-il une œuvre d'art social qui ne soit pas"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1703, "fin_caractere_exclue": 1739, "texte": "laide à faire pleurer les pierres? »"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1804, "fin_caractere_exclue": 1844, "texte": "« Je crois la littérature française plus"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1898, "fin_caractere_exclue": 1937, "texte": "indispensable qu'aucune autre. Elle est"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1996, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "peut-être l'unique gardienne en ce monde"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2095, "fin_caractere_exclue": 2131, "texte": "de la beauté parfaite d'autrefois. »"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2197, "fin_caractere_exclue": 2239, "texte": "Ces interviews, très fidèles, font honneur"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2288, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "à l'écrivain qui les a recueillies : M. le"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2380, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "vicomte Edouard Du Fresnel, secrétaire de"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2473, "fin_caractere_exclue": 2512, "texte": "la Nouvelle Revue       internationale."}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2845, "fin_caractere_exclue": 2883, "texte": "L'abondance des matières nous oblige à"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2934, "fin_caractere_exclue": 2978, "texte": "remettre au numéro suivant la suite de l'ar-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3026, "fin_caractere_exclue": 3067, "texte": "ticle de M. Léopold Wallner, la Chronique"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3122, "fin_caractere_exclue": 3163, "texte": "litte'raire de M. Iwan Gilkin, etc., etc."}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3498, "fin_caractere_exclue": 3536, "texte": "A propos de l'inauguration du monument"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3634, "fin_caractere_exclue": 3676, "texte": "d''Ulenspiegel, on lit dans le Courrier de"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3770, "fin_caractere_exclue": 3781, "texte": "Bruxelles :"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3880, "fin_caractere_exclue": 3921, "texte": "« Toutes les cervelles ixelloises sont en"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4020, "fin_caractere_exclue": 4060, "texte": "ébullition. Jugez donc! On a inauguré un"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4061, "fin_caractere_exclue": 4102, "texte": "monument, un mausolée, une fontaine tumu-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4103, "fin_caractere_exclue": 4144, "texte": "laire, comme on dit place Sainte-Croix, à"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4145, "fin_caractere_exclue": 4189, "texte": "de Costère et les érudits de la région tien-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4237, "fin_caractere_exclue": 4279, "texte": "nentàse montrer bien informés sur le monu-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4331, "fin_caractere_exclue": 4367, "texte": "ment et le héros qui en est l'objet."}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4425, "fin_caractere_exclue": 4464, "texte": "De là quelques erreurs inconscientes et"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4513, "fin_caractere_exclue": 4527, "texte": "involontaires."}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 107, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "Le buste porte une légende donnant la"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 196, "fin_caractere_exclue": 236, "texte": "date de la naissance 1825 et celle de la"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 288, "fin_caractere_exclue": 298, "texte": "mort 1870."}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 353, "fin_caractere_exclue": 374, "texte": "Entendu à ce propos :"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 429, "fin_caractere_exclue": 464, "texte": "Çà! ce-doit encore être un de 1830."}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 519, "fin_caractere_exclue": 558, "texte": "Un autre plus documenté et plus près de"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 610, "fin_caractere_exclue": 655, "texte": "la vérité : Descoster. On m'a dit que c'était"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 707, "fin_caractere_exclue": 739, "texte": "un grand éditeur ! (Historique.)"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 794, "fin_caractere_exclue": 830, "texte": "Renvoyé à l'administration communale"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 882, "fin_caractere_exclue": 925, "texte": "d'Ixelles pour inaugurerun cours de gloires"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 977, "fin_caractere_exclue": 988, "texte": "locales ! »"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1130, "fin_caractere_exclue": 1171, "texte": "La Coopérative artistique poursuit depuis"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1223, "fin_caractere_exclue": 1266, "texte": "quelque temps l'étude d'une vaste organisa-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1318, "fin_caractere_exclue": 1358, "texte": "tion qui comprendra tout le monde artis-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1410, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "tique."}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1471, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "Ce sera une Fédération syndicale des arts"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1564, "fin_caractere_exclue": 1611, "texte": "et métiers : peintres, sculpteurs, architectes,"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1663, "fin_caractere_exclue": 1702, "texte": "graveurs, musiciens, hommes de lettres,"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1754, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "artistes dramatiques. Elle s'est assurée, pour"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1852, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "cette étude préliminaire, le concours, d'avo-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 1949, "fin_caractere_exclue": 1995, "texte": "cats, de financiers et d'artistes. Le but sera"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2047, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "la création du palais des artistes, pour salles"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2146, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "de fêtes, expositions, concerts, théâtre, etc.,"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2245, "fin_caractere_exclue": 2287, "texte": "ainsi que la réalisation immédiate de tous"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2339, "fin_caractere_exclue": 2379, "texte": "les désiderata compris dans ses statuts;"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2431, "fin_caractere_exclue": 2472, "texte": "notamment la question importante des pen-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2524, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "sions, caisses des veuves et orphelins,"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2615, "fin_caractere_exclue": 2658, "texte": "secours mutuels, construction d'habitations"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2710, "fin_caractere_exclue": 2754, "texte": "et ateliers pour les membres, institution de"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2806, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "crédit, prêts d'honneur, etc., etc."}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2896, "fin_caractere_exclue": 2933, "texte": "Elle convoquera prochainement une as-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 2985, "fin_caractere_exclue": 3025, "texte": "semblée des délégués de tous les cercles"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3077, "fin_caractere_exclue": 3121, "texte": "artistiques du pays. A cette assemblée, elle"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3173, "fin_caractere_exclue": 3218, "texte": "présentera le projet provisoire de la consti-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3270, "fin_caractere_exclue": 3312, "texte": "tution des différents syndicats et donnera"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3364, "fin_caractere_exclue": 3399, "texte": "connaissance de son plan financier."}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3454, "fin_caractere_exclue": 3494, "texte": "Nous engageons vivement toutes les asso-"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3588, "fin_caractere_exclue": 3633, "texte": "ciations artistiques, journaux d'art, etc., à"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3728, "fin_caractere_exclue": 3769, "texte": "envoyer, dès à présent, les noms de leurs"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3833, "fin_caractere_exclue": 3876, "texte": "délégués au siège de la Société coopérative"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 3973, "fin_caractere_exclue": 4019, "texte": "artistique, 19, rue de la Banque, à Bruxelles."}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4198, "fin_caractere_exclue": 4236, "texte": "L'éditeur Lacomblez, de Bruxelles, qui"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4288, "fin_caractere_exclue": 4330, "texte": "consacre une grande partie de son activité"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4382, "fin_caractere_exclue": 4421, "texte": "à la publication des œuvres littéraires"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4473, "fin_caractere_exclue": 4512, "texte": "belges, fera paraître prochainement une"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 4564, "fin_caractere_exclue": 4605, "texte": "nouvelle édition de ce livre admirable de"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "Georges Eekhoud, les Nouvelles         Ker­"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 183, "texte": "messes. Il prépare également la publication"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 206, "fin_caractere_exclue": 247, "texte": "d'une œuvre inédite de notre compatriote,"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 301, "fin_caractere_exclue": 341, "texte": "Les Subversions, dont quelques fragments"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 388, "fin_caractere_exclue": 432, "texte": "ont déjà paru soit dans la Société nouvelle,"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 478, "fin_caractere_exclue": 506, "texte": "soit dans la Jeune Belgique."}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 509, "fin_caractere_exclue": 543, "texte": "Chez Paul Lacomblez aussi vient de"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 544, "fin_caractere_exclue": 586, "texte": "paraître la nouvelle édition des Contes de"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 587, "fin_caractere_exclue": 627, "texte": "mon village, l'œuvre savoureuse et forte"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 628, "fin_caractere_exclue": 649, "texte": "de M. Louis Delattre."}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1074, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "Notre secrétaire de la rédaction, M. Mau-"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1116, "fin_caractere_exclue": 1153, "texte": "rice Desombiaux, a reçu la décoration"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1154, "fin_caractere_exclue": 1183, "texte": "civique pour acte de courage."}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1187, "fin_caractere_exclue": 1225, "texte": "M. Camille Lemonnier n'ayant encore ni"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1226, "fin_caractere_exclue": 1272, "texte": "obtenu ni refusé cette distinction, l'attitude"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1315, "fin_caractere_exclue": 1354, "texte": "de M. Maurice Desombiaux est sévèrement"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1405, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "commentée par les esthètes."}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1682, "fin_caractere_exclue": 1719, "texte": "La main froide comme celle du serpent"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1770, "fin_caractere_exclue": 1815, "texte": "et « la forêt vierge dans laquelle la main de"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1860, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "l'homme n'a jamais mis le pied » de Ponson"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1943, "fin_caractere_exclue": 1986, "texte": "du Terrail sont devenues légendaires; voici"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2031, "fin_caractere_exclue": 2071, "texte": "un lapsus échappé à M. Emile Zola et qui"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2119, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "peut-être deviendra lui aussi célèbre. Dans"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2208, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "Lourdes, son dernier roman, on peut lire,"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2269, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "page 81, ligne 13, à la suite d'une énumé-"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2361, "fin_caractere_exclue": 2405, "texte": "ration de miracles produits par l'absorption"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2455, "fin_caractere_exclue": 2496, "texte": "de l'eau miraculeuse, celte phrase : « Ce"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 2588, "texte": "furent d'abord les sourds et les muets qui"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2637, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "entendaient et voyaient »."}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2731, "fin_caractere_exclue": 2773, "texte": "Le lapsus a passé en feuilleton (18 avril)"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2774, "fin_caractere_exclue": 2817, "texte": "et il n'a pas été corrigé dans le livre, du"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2818, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "moins dans les éditions actuelles. Rappelons"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2863, "fin_caractere_exclue": 2899, "texte": "que dans le même roman M. Zola s'est"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2900, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "rendu coupable d'une petite inexactitude"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2941, "fin_caractere_exclue": 2981, "texte": "qui tourmente le personnel de la gare de"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2982, "fin_caractere_exclue": 3026, "texte": "Lourdes. M. Zola fait passer dans cette gare"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 3027, "fin_caractere_exclue": 3071, "texte": "un train express qui ne s'arrête pas. Or, il"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 3072, "fin_caractere_exclue": 3118, "texte": "paraît que tous les trains express de la ligne"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "de Bayonne à Toulouse s'arrêtent à Lour-"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 205, "texte": "des. Et de deux."}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 257, "fin_caractere_exclue": 300, "texte": "Citons, pour finir, cette façon de s'expri-"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 350, "fin_caractere_exclue": 387, "texte": "mer du même auteur : « Elle mangea sa"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 437, "fin_caractere_exclue": 477, "texte": "boutique pour en faire un bachelier... »"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 679, "fin_caractere_exclue": 718, "texte": "La Jeune Belgique remercie chaleureuse-"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 768, "fin_caractere_exclue": 807, "texte": "ment le Journal de Bruxelles et le Soir"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 857, "fin_caractere_exclue": 900, "texte": "(M. Lucien Solvay) qui continuent à plaider"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 950, "fin_caractere_exclue": 993, "texte": "avec zèle et avec talent la cause des écri-"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1043, "fin_caractere_exclue": 1070, "texte": "vains français de Belgique,"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1278, "fin_caractere_exclue": 1314, "texte": "Une phrase attique de l'Art moderne:"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1367, "fin_caractere_exclue": 1404, "texte": "« Le subtil et colérique Woeste, très"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1454, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "redoutable, car il défend ses idées, et lui-"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1548, "fin_caractere_exclue": 1586, "texte": "même, à la façon du putois lâchant sur"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1636, "fin_caractere_exclue": 1678, "texte": "l'ennemi le jus fielleux de son derrière.»"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1731, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "Quand nous disons « de l'Art moderne»,"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1819, "fin_caractere_exclue": 1859, "texte": "nous nous trompons : cette phrase appar-"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1909, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "tient à M. Léon Bloy en personne."}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 1995, "fin_caractere_exclue": 2030, "texte": "Cet emprunt donne une saveur parti-"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2080, "fin_caractere_exclue": 2118, "texte": "culière à ce passage de l'interview de"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2168, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "M. Picard dans la Nouvelle Revue inter­"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2257, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "nationale :"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2321, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "« Une dernière observation : Nous avons"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2410, "fin_caractere_exclue": 2454, "texte": "été longtemps des imitateurs de l'art étran-"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2504, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "ger; des contrefacteurs, comme on disait,"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 2595, "fin_caractere_exclue": 2636, "texte": "des pirates. 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De Coster. Prix : fr. 0.50.\n\n                       GEORGES E E K H O U D\nNOUVELLES KERMESSES\n        Edition définitive. Un volume in-18 jésus. Prix : fr. 3-50.\n\n                         LOUIS DELATTRE\n\n    CONTES DE MON VILLAGE\n             avec introduction de GEORGES- E E K H O U D\n         Nouvelle édition. Un volume in-18 jésus. Prix: fr. 3-50.\n                           SOUS PRESSE :\n                    LOUIS DELATTRE\nL E S        M I R O I R S D E SON C O E U R ,\n                   avec préface d'ALBERT GIRAUD.\n\n                 EN      P R É P A R A T I O N              :\n                       GEORGES        EEKHOUD\n\n         COMMUNIONS SUBVERSIVES\n                          En v e n t e :\nVlLLIERS DE L'ISLE-ADAM : Morgane                                       fr. 5 00\nSur les Golfes (Journal d'une ignorante) . :                    1            50\nZOLA. (EMILE) : Lourdes                                                     3 50\nFRANCE (AN.) : Le Lys rouge                                                 3 50\nBLOY : Léon Bloy devant les cochons                    1                     25\nDE GONCOURT (Journal des). Tome VII                                         3 50\nPELADAN : L'Art idéaliste et mystique                                       3 50\nTOLSTOÏ : L'Esprit chrétien et le Patriotisme                               2 50\nBERNARDINI : La Littérature Scandinave                                      3 50\nBOIS (JULES) : L'Eternelle Poupée                                           3 50\nSAINT-SAËNS (C.) : Problèmes et mystères                                    2 00\nC H A M B E R L A I N (S.-HOUSTON) : Le Drame   wagnérien       .   .      3 50\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-07-n7-8-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Catalogue de la librairie Paul Lacomblez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 367, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 6049, "texte": "LACOMBLEZ\n                                           ÉDITEUR\n        31, R U E DES P A R O I S S I E N S ,                       BRUXELLES\n                             L i v r e s de fonds.\nBaudoux (F.), Rythmes vieux, gris et       Itiberê da Cunha (J.). Préludes . . fr. 3 »\n   roses                               fr. 3 50     Jenart (Aug.). Le Barbare                   2 »\nBrabant (V.). Notes de voyage . . .          1 »    Jeune Belgique (Le Parnasse de la). . 7 5 0\nBloy (Léon). Le Pal (4 num.), très rare. 4 »        Journal d'une ignorante : Sur les Golfes 1 50\n   Les 3 premiers numéros ensemble 1 »              Justus Severus Africus                       1 »\nBosiers E.). Harald-Roi . . . . . .          2 »    Kahn (Gustave). Chansons d'amant . . 3 50\nCarnet de chasse illustré                   15 »          —        Les Palais nomades         . 3 50\nChainaye (H.). L'Ame des choses . . 3 »             Lacomblez (Paul). Jeunes filles . . .       2 »\nCourouble (L.). Contes 6t souvenirs. . 3 50               —        Loth et ses filles . . .     2 »\nCudell (Ch ). Printemps sombre. . . 2 »             Landoy (Eug.). Evocations                   3 50\nDaCosta (G.).Grammaire en portefeuille 0 50               —        Maître Martin . . . . 0 50\nDaxhelet (A ) Pages de tendresse vague 3 50         Lautréamont (comte de). Les Chants de\n      —        Nouvelles de Wallonie . 3 50            Maldoror                                 3 50\nDe Coster (Ch.). La Légende d'Ulen-                 Lemonnier (C). Paroles pour Georges\n          spiegel                            5 »          —        Eekhoud             0          50\n      —         Légendes flamandes . . 3 50               —        Discours d'inauguration\n                  (Voir Lemonnier.)                    du monument Ch. De Coster, avec\nDelattre (Louis). Contes de mon village 3 50           extraits d' « Ulenspiegel » et por-\n      —      Les Miroirs de son Cœur. 3 50             trait de Ch. De Coster . . . . 0 50\nDelville (J.). Les Horizons hantés . . 3 50         Maeterlinck (Maurice). Les Aveugles\nDe Haulleville (baron P.). En vacances. 3 50                       (L'Intruse, Les Aveugles. 3 »\n      —      Portraits et silhouettes, 2 v. 7 »           —        La Princesse Maleine. . 3 50\n      —      J.-M.-J. Bodson. L'Apos-                     —        Serres chaudes. . . . 3 »\n                talat chez les Civilisés. 4 »             —         L'Ornementdesnocesspi-\nDemolder (E.) Contes d'Yperdamme . 3 »                                rituelles                 4 »\n      —         Impressions d'Art. . . 3 »                —        Les Sept Princesses . . 2 »\n      —         James Ensor . . . .          3 »          —        Pelléas et Mélisande . . 3 50\nDe Mallessan. PetiteCousine, comédie. 2 »                             (Voir Emerson.)\nDe Régnier. Le Bosquet de Psyché . 2 »              Mallarmé. Villiers de l'Isle-Adam . . 3 »\nDe Tallenay (J.). L'Invisible . . . .        3 50   Maubel (Henri). Miette                      2 50\nDesombiaux (M.). Vers de l'espoir . . 2 »                 —        Etude de jeune fille . . 3 50\nDestrée (Jules). Journal des Destrée . 1 »                —        Quelqu'un d'aujourd'hui. 3 50\nDulac (Paul). Vingt-cinq sonnets . . 1 50           Picard (E.). El Moghreb al Aksa . . 4 »\nDupont (A.). L'Envol des rêves . . .         2 »          —        Scènes de la vie judiciaire 4 »\nEekhoud (Georges) Nouvelles Kermesses 3 50                —        Vie simple                   3 »\n      —        La Nouvelle Carthage. . 4 »          Pierron (Sander). Pages de Charité        . 3 50\n      —        Les Fusillés de Malines . 3 50       Pléiade (La). Première année (188g) . 3 »\n      —        Au siècle de Shakespeare. 3 »        Poe (Edgar). Poésies complètes. . . 2 »\n      —        Kees Doorik                   3 50   Rodenbach Le Foyer et les champs . 1 »\n      —        Kermesses                     5 »    Rommelaere (J.). Ma semaine, 1892-93. 2 »\nElskamp (Max). Dominical . . . .             2 »          —        Ma semaine, 1894 . . .       2 »\n      —        Salutations, dont d'angé-            Severin (Fernand). Le Lys                   2 »\n   liques                                    3 50           —             Le Don d'enfance . 2 »\nEmerson. Sept Essais, avec préface de               Sigogne E.). Contes merveilleux . . 3 »\n   Maeterlinck                               3 50   Sluyts(Ch.). L'Appel des voix . . . . . . a . »\nGarnir (Georges). Les Charneux. . . 3 50                .—         Notes d'être                 3 »\n      —        Contes à Marjolaine . . 3 50         Tordeus (J.). Manuel de prononciation 2 »\nGilkin (Iwan). Stances dorées . . .          1 »    Van Doorslaer (H.). Sur l'Escaut. . . 3 50\nGille (Valère)LeChâteau desmerveilles 2 »           Van Lerberghe (Ch.). Les Flaireurs. . 1 «\nGiraud (Albert). Hors du siècle . . . 3 50          Verhaeren (E.). Les Apparus dans mes\n      —        Pierrot lunaire . . . .       2 »                      chemins                   2 »\n      —        Pierrot Narcisse . . .        2 »          —        Les Moines                   3 »\n      —        Dernières Fêtes. . . .        2 »    Villiers de l'Isle-Adam. Premières P o é -\n      —        Le Scribe                     1 »       sies                                     3 50\nHannon (Théo). Noëls fin de siècle . . 3 »                —        Morgane                      5 »\n      —        Au pays de Manneken-Pis 4 »          Waller (Max). La Flûte à Siebel. . , 3 50\nHanneuse (O ). La Reine Aléna. . (souscrit)               —        Daisy                        3 »\n      —        Sorella                       2 50   X. Y. Religion et progrès . . . (épuisé).\n\n              Dépôt des Revues Françaises :\n              La Plume, fr. 0-50; franco, fr. 1-55\n       Le Mercure de France, 1 franc ; franco, fr. 1-25\n            L'Ermitage, fr. 0-80 ; franco, fr. 0-90\n                     Bruxelles.— Imprimerie Ve Monnom,32, rue de l'Industrie\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 300, "texte": "Juillet-Août         1894.                   TOME XIII. — N°s        7-8           14me       Année.\n\n\n\n\nLA\n JEUNE\n                 BELGIQUE\n                                        SOMMAIRE:\n      Leconte de Lisle                                    ERNEST VERLANT.\n      Le Cerisier               fleuri                   IWAN GILKIN.\n      Le Monument De Coster                              LA JEUNE BELGIQUE.\n      A ceux de la Jeune Belgique                        HENRY MAUBEL.\n      Vers                                               VALÈRE G I L L E .\n      Fichez-nous la paix !                              ALBERT GIRAUD.\n      Le Rêve de Fra-Angelico                            H. FIERENS-GEVAERT.\n      Aux Cabarets de la Sambre                          MAURICE DES OMBIAUX.\n      Notes sur les Primitifs d'Espagne. Gothi­\n        ques wallons                                      JULES   DESTRÉE.\n\n      Littérature étrangère. Traduction de . .            PAUL TIBERGHIEN.\n      Chronique artistique :\n        Le Sillon; La Société des Beaux-Arts.             ERNEST VERLANT.\n      Memento                                             NEMO.\n\n\n\n\n         REDACTION                                                   BRUXELLES\nRUE V A N D E R L I N D E N ,   BRUXELLES.                      PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                    3r, rue des Paroissiens\n\n                                                                           PARIS\n   PRIX DU NUMÉRO                                           CHAMUEL,      LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                  29, rue de Trévise\n              fr. 1-50.\n                                                                            1894\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "                                                                            BELGIQUE\n    BELGIQUE                     NE       CRAINS\n\n\n               JEUNE\n\n\n\n\n                                                                  JEUNE\n                       LA\n\n\n\n\n                                                             LA\n                                 NE       CRAINS\n           Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n   Fondateur : MAX W A L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n          Directeur ; ALBERT GIRAUD, 4, rue Vanderlinden.\n Secrétaire de la rédaction : M. MAURICE DESOMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n               7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                  des Capu­\ncines, 16, à Paris.\n\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert,        .\n  A Gand : Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n\n\n\n\n   Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 19, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "              LECONTE DE LISLE\n\n\n                          La          mort de Leconte de Lisle découronne la\n                                 poésie française. A la disparition de Victor\n                                 Hugo, l'empire poétique n'était pas tombé en\n                                 déshérence. Aujourd'hui seulement s'ouvre\n                                 l'interrègne, dans l'attente, qui se prolonge,\n                                    de nouveaux avènements. « La France a\n                                       perdu le dernier de ses grands poètes »,\n                                        a déclaré M. de Hérédia. S'il est le seul\n                  peut-être qui puisse parler ainsi, espérons cependant qu'il\n                  ne sera pas le seul dont les œuvres démentiront, devant\n                  l'avenir, ce jugement découragé.\n                     Bien qu'avancé en âge, Leconte de Lisle meurt prématu-\n                  rément. Les derniers poèmes qu'il a signés n'indiquent\n                  aucune décadence; sa maîtrise, complète dans son premier\n                recueil, est demeurée intacte jusqu'au bout. Certes, la vie\n                et la mort, la nature et l'histoire ne devaient plus lui révéler\n                d'aspects inaperçus. Mais l'interruption brusque de travaux\n                commencés que sa main pouvait achever sans faiblir n'en\n                est pas moins regrettable, pour ceux-là du moins que la\n                beauté touche plus encore que la nouveauté. Dans l'œuvre\nde Leconte de Lisle, où tout s'ordonne si harmonieusement selon le gré de\nla volonté la plus sagacs et la plus réfléchie, c'est une rupture de rythme\net un déséquilibre que la présence de fragments inachevés, de morceaux\nqu il n'a pu peser et repeser trois fois dans ses balances scrupuleuses. Le\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "                                        — 268 —\n\n  trait final, il eût convenu que le poète le traçât lui-même, à son heure\n choisie, et c'est la Mort qui, brutalement, a mis sa barre sur les feuillets,\n     Illustre pour un petit nombre, Leconte de Lisle demeure à peu près\n inconnu à la foule. L'autre jour, un journal gantois, rédigé par de vieux\n professeurs et des magistrats lettrés, lui attribuait la paternité de la Fille\n de Roland, au mépris de la gloire de M. de Bornier. A ses funérailles,\n M. Boissier, parlant officiellement au nom de l'Académie française,\n approuva fort certaine traduction du Râmâyana, qui n'a jamais existé.\n D'autres sans doute pensent que le titre de comte lui fut conféré en récom-\n pense de la confection de la Marseillaise. Mais les personnes mieux\n informées savent qu'il est l'auteur de Midi et d'un « libretto » pour\n M. Massenet, qu'il tenait à l'exactitude de l'orthographe, qu'il était\n bouddhiste et qu'il a fondé l'école de l'impassibilité.\n    Comme il avait négligé de se mésallier à la popularité, l'aurore de sa\n gloire fut très lente, enveloppée de brumes comme le'matin d'un jour d'été:\n c'est l'ardeur du soleil qui épaissit les vapeurs autour de son lever. La vie\n de Leconte de Lisle donne la mesure exacte de ce qui peut s'attacher\n aujourd'hui de célébrité à un grand poète qui n'est pas autre chose qu'un\n grand poète, qui cache sa vie, qui ne se mêle ni à la politique, ni au\n monde, ni au journalisme, qui ne prend pas le public pour confident de\n ses amours, qui n'entretient aucune légende autour de son nom, qui vit\ndans l'isolement naturel à toute pensée altière, à toute pudeur délicate.\n    « Ecris pour ta pfopre satisfaction et pour celle du petit nombre\nd'esprits éclairés qui te comprendront ; mais ne songe pas au succès popu-\nlaire, si tu ne veux sacrifier l'art pour plaire aux badauds (1) ». Telle était\nla règle de conduite que, tout jeune encore, il traçait à un ami, au moment\nmême où le courant du siècle l'emportait, avec toute sa génération, et plus\nloin et plus fort que les autres, vers les théories d'égalité sociale les plus chi-\nmériques. Ces théories, il n'en avait pas renié le principe vingt-cinq ans plus\ntard, il y est sans doute resté attaché jusqu'au bout : car c'était un esprit\nabsolu, spéculatif, presque immuable, très peu influencé par les événements\nparticuliers et par tout ce qui est contingent. Cela ne l'empêche pas d'avoir\npersévéré rigoureusement, d'autre part, dans sa doctrine d'art aristocra-\ntique. Toute sa vie, il a écarté la foule profane, dédaigné ses applaudisse-\nments, pratiqué la plus stricte probité littéraire, enseigné l'unique vénéra-\ntion du Beau, combattu la littérature bourgeoise ou populacière : attitude\n\n\n\n  (1) Lettres inédites, publiées par le Journal.\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                                      — 269 —\n\n exemplaire qui a sans doute haussé la conscience artistique de quelques-uns\n et dont la vertu ne périra pas avec lui.\n    C'est que, bien que philosophe et très passionné pour ses idées, Leconte\n de Lisle est avant tout un poète, écrivant pour assouvir des instincts esthé-\n tiques. Sa philosophie est contestable, comme elles sont toutes, même\n équivoque et retorse dans sa simplicité apparente, probablement parce\nqu'un poète, et surtout un poète objectif, ne peut avoir une seule manière de\npenser, alors que la curiosité, l'imagination et la sensibilité l'entraînent dans\ntant de voies diverses. Mais ce qui est indéniable, c'est la supériorité de\nsa puissance poétique. On a coutume de citer à son propos la parole de\nSpinoza et de dire qu'il considère les choses sous leur aspect d'éternité.\nL'application est admirablement juste, mais il fautajouter qu'il y découvre la\nbeauté sous le même aspect. On doit lui étendre ses paroles sur Victor Hugo :\n« Il a su transmuter la substance de tout en substance poétique, ce qui est la\ncondition expresse et première de l'art, l'unique moyen d'échapper au didac-\ntisme rimé, cette négation absolue de toute poésie (1) ». Pour cette opération\nd'alchimie, pour cette restitution du monde abstrait au monde des formes\n concrètes et sensibles, il est servi par la plus rare faculté d'évocation, par\nle plus infaillible discernement plastique. Il a l'image forte et juste, con-\ntinue et naturelle, la couleur pleine d'éclat, toute baignée de vie lumineuse,\nun relief énergique et expressif. Et les matériaux splendides que son imagi-\nnation élabore, son instinct et son art volontaire les trient, les groupent, les-\nassemblent avec une harmonieuse précision en constructions de magnifique\nordonnance, dont l'ornementation somptueuse ne contrarie jamais la pureté\ndes lignes, la netteté des .profils : tel, sur un haut promontoire grec, pro-\njeté sur le ciel et dominant la mer, un temple serein aux assises symé-\ntriques, fait de grâce et de force, d'élégance et de majesté.\n  Qu'on ouvre les Poèmes antiques, les Poèmes barbares, les Poèmes tra­\ngiques, partout on y entendra résonner, sur les douces flûtes ou sur les\ngrandes lyres, au-dessus du tumulte des passions, des imprécations et des\nblasphèmes humains,\n                  L'hymne mélodieux de la sainte Beauté!\n                  Elle seule survit, immuable, éternelle.\n                  La mort peut disperser les univers tremblants,\n                  Mais la beauté flamboie, et tout renaît en elle,\n                  Et les mondes encore roulent sous ses pieds blancs (2).\n  S'il faut maintenant s'arracher au prestige des beaux vers, à l'éblouisse-\n\n (1) Discours de réception à l'Académie française.\n (2; Hypatie.\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "                                     — 270 —\n\n\nment des formes suaves ou augustes, pour tenter d'enfermer dans des défini-\ntions le contenu intellectuel de l'œuvre et d'analyser ses éléments, la tâche\nest malaisée et la matière obscurcie par mainte affirmation aussi décevante\nque catégorique. Une discussion critique complète ne laisserait peut-être\ndebout que bien peu de formules couramment répétées aujourd'hui.\n   Il y en a une qui semblait avoir fait son temps, mais qu'on voit cepen-\ndant reparaître toujours, tantôt franche, tantôt déguisée. Il n'est donc pas\ninutile de la rencontrer. Leconte de Lisle, depuis ses Poèmes antiques,\nest invariablement taxé d'impassibilité et de froideur. « Vous avez immolé en\nvous l'émotion personnelle, vaincu la passion, anéanti la sensation, étouffé\nle sentiment. » Ainsi s'exprimait M. Dumas fils, en le recevant à l'Académie.\n   Anéanti la sensation ! S'il s'agit, comme on peut croire, des sensations\nvoluptueuses, l'observation est fondée, car Leconte de Lisle n'est pas un\npoète de chair et de sang, mais le reproche est curieux, venant d'un mora-\nliste presque ascétique. Si l'expression garde sa portée générale, il est\nétrange, adressé au peintre de tant de paysages où tout est contour et cou-\nleur, inoubliables à force de traits particuliers et éclatants.\n   Quant au sentiment et à l'émotion trop personnelle, le caractère de\nLeconte de Lisle, ennemi de tout étalage, répugnait naturellement aux con-\nfidences et aux confessions publiques, où il voyait une vanité et une profa-\nnation gratuites (1) ». Son goût artistique rejetait pareillement la sensi-\nblerie : « Si nous admettons volontiers en France, pour articles de foi, et\nsans trop nous inquiéter de ce qu'ils signifient, certains apophtegmes, déci-\nsifs en raison même de leur banalité, tels que : la poésie est un cri du\ncœur, le génie réside tout entier dans le cœur; nous oublions plus volon-\ntiers encore que l'usage professionnel et immodéré des larmes offense la\npudeur des sentiments les plus sacrés (2) ». C'est cet usage professionnel\ndes larmes, cette spéculation sur les souffrances intimes, vraies ou feintes,\nqu'il anathématise dans son beau sonnet les Montreurs. Mais le sentiment\nen soi, il n'est pas nécessaire de démontrer que Leconte de Lisle ne le rejette\npas, lui l'auteur de ces tendres élégies voilées : Le Manchy et l'Illusion\nsuprême! Et comment le pourrait-il? Ne l'a-t-il pas dit lui-même :\n\n            Sombre douleur de l'homme, ô voix triste et profonde,\n            Plus forte que les bruits innombrables du monde,\n            Cri de l'âme, sanglot du cœur supplicié,\n            Qui t'entend sans frémir d'amour et de pitié (3)?\n\n\n  (1) Préface de la première édition des Poèmes antiques, 1852.\n  (2) Discours de réception.\n  (3) Bhagavat.\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                                    — 271     —\n\n\n   Seulement, d'ordinaire, et à la différence de beaucoup d'autres poètes, il\nfait du sentiment la matière d'une pensée, il l'englobe dans une haute géné-\nralisation, il l'élève au-dessus de sa propre individualité et de toute indivi-\ndualité éphémère vers le monde transcendental des idées. Et même quand\nil exprime le dédain de la passion reconnue vaine et l'ardeur vers une\nsereine et morne impassibilité philosophique, ce sentiment, certes, n'est\npas moins humain, a une certaine hauteur d'humanité.\n   Très détaché, très affranchi de lui-même, absorbé par ce qu'il voit devant\nlui, l'univers, nature et histoire, Leconte de Lisle cherche à l'embrasser\ntout entier. Il tend vers un objectivisme absolu qu'il ne réalise d'ailleurs\nqu'imparfaitement, et c'est la seule chose qu'il a voulue sans pouvoir l'exé-\ncuter comme il la voulait. Le fond de la pensée contemporaine au moins,\nil l'a montré, et ainsi par l'étroite fusion de la poésie et de la science, il\nretourne à l'inspiration collective. Rarement élégiaque, il est presque tou-\njours un poète épique, et le vrai poète épique d'un âge intellectuel.\n   Car, essentiellement, c'est un songeur de philosophies, un contemplateur\nd'idées. Un contemplateur plutôt qu'un inventeur et qu'un constructeur,\ncomme il est naturel chez un poète. Aussi rattacher toutes ses idées en un\nseul faisceau serait chose difficile, et souvent, en essayant de les accorder,\non ne ferait que les raccorder par des liens arbitraires.\n   Il semble cependant que la conception centrale autour de laquelle toutes\nles autres s'agitent plus qu'elles ne se distribuent, c'est la conception pan-\nthéiste. Athée, païen, bouddhiste, pessimiste, Leconte de Lisle est classifié\nle plus souvent sous l'une de ces rubriques. Mais si l'idée qui prédomine\nchez lui et qui apparaît toujours, nette ou confuse, à l'horizon ou à l'avant-\nplan de ses poèmes, est celle de l'identité de la vie universelle, de l'unité de\nforce et de substance à travers la nature illusoire et divine, c'est bien du\nnom de panthéiste qu'on doit l'appeler.\n   Voici une vision gracieuse et paradisiaque, comme il y en a de si cares-\nsantes chez ce grand poète épouvanté :\n           Ce sont des chœurs soudains, des chansons infinies,\n           Un long gazouillement d'appels joyeux     mêlé,\n           Ou des plaintes d'amour à des rires unies;\n           Et si douces, pourtant, flottent ses harmonies,\n           Que le repos de l'air n'en est jamais  troublé.\n           Mais l'âme s'en pénètre; elle se plonge,    entière,\n           Dans l'heureuse beauté de ce monde      charmant;\n           Elle se sent oiseau, fleur, eau vive et lumière;\n           Elle revêt ta robe, ô pureté première,\n           Et se repose en Dieu silencieusement (1).\n\n (1) Le Bernica.\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                                   —    272\n\n\n  Autre exemple d'aboutissement à la pensée hindoue tu es cela, tu es le\nsoleil, dans un poème d'inspiration plus philosophique :\n            Sagesse et passions, vertus, vices des hommes,\n            Désirs, haines, amours, maux et félicité,\n            Tout rugit et chanta dans son cœur agité :\n            Il ne dit plus : Je suis! mais il pensa : Nous sommes (1).'\n\n     Dans ce panthéisme se manifeste indubitablement l'influence des paysages\n grandioses de l'île où le poète vécut son enfance et son adolescence dans la\n solitude et la concentration, hors de la société des hommes, en face d'une\n nature énorme et violente, qui crée et détruit sans repos, par séries innom-\n brables, les êtres indifférents. Là, dans la torpeur du midi tropical, il res-\n sentit l'évanouissement de la volonté individuelle, le désir vertigineux de\n s'absorber, de se fondre, de s'incorporer aux choses consubstantielles. Et si\n profondément que son âme devait en garder à jamais l'empreinte ineffa-\n çable, et que l'écho de ces premières sensations devait se prolonger au point\n de couvrir et de voiler les sensations survenantes. Avant de connaître la\n philosophie de l'Inde, qui allait dévorer sa jeune incroyance, fille de\n l'incroyance du siècle passé encore vivant dans cette lointaine Bourbon, il\n avait recommencé en lui l'éternelle vision de Brahma.\n     Plus tard sa curiosité critique d'intellectuel l'entraîna dans un long\n voyage à travers les âmes collectives des races et les siècles révolus, et\n depuis la Polynésie jusqu'à la Bretagne des druides et la Scandinavie des\n Skaldes, en passant par l'Egypte et le monde musulman, il vit germer,\n fleurir et mourir les dieux, comme dans la nature il avait épié la vie\n obscure et somnolente des plantes et des bêtes. Mais la seule pensée qu'il\naima, avec la pensée hindoue, mère de la sienne, ce fut la pensée grecque,\n panthéiste aussi, si l'on soulève le voile léger de ses mythes ; et déjà blessé\npar la vie, il se plongea dans la contemplation des images de beauté comme\ndans un apaisant nirvana. C'est en Grèce qu'il trouva sa vraie patrie,\nencore embellie par l'éloignement, aimée comme le souvenir purifié\n d'un mort. Incarné tour à tour dans ces deux mondes, il ne sortait pas de\nlui-même, semblable à ses dieux hindous dont la nature persiste dans\nl'avatar momentané.\n    Mais le cycle antique se ferme. — Antique ! Que ce mot antique, qu'il\nprodigue, est pour lui un grand mot, quel sens exalté il lui donne, comme\nil en consacre tout ce qui est vénérable, permanent, multiple et immémo-\nrial! — Avec l'antiquité, la Beauté s'exile :\n\n  (1) La Vision de Brahma.\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                                  — 273 —\n\n\n                 Dors, l'impure laideur est la reine du monde,\n                 Et nous avons perdu le chemin de Paros (1).\n\n   Le cycle chrétien tout entier lui parut barbare, c'est-à-dire e'tranger,\nAvec la Beauté, c'est la tradition idéale qu'elle symbolisait qui se perd :\n« Dante, Shakespeare et Milton n'ont prouvé que la force et la\nhauteur de leur génie individuel; leur langue et leurs conceptions sont\nbarbares. La sculpture s'est arrêtée à Phidias et à Lysippe; Michel-Ange\nn'a rien fécondé; son oeuvre, admirable en elle-même, a ouvert une voie\ndésastreuse. Que reste-t-il donc des siècles écoulés depuis la Grèce?\nQuelque individualités puissantes, quelques grandes œuvres sans lien et\nsans unité » (2).\n   Ce jugement sur l'art, absolu s'il en fut, englobe déjà un jugement porté\nsur la vie. Le moyen âge n'est pour Leconte. de Lisle que ténèbres abomi-\nnables, peuplées d'hommes imbéciles et féroces. Vingt poèmes pourraient\nêtre cités ici à l'appui de cette affirmation. Qu'on se borne à relire les\nSiècles maudits :\n                 Hideux siècles de foi, de lèpre et de famine...\n                 Siècles de haine atroce et jamais assouvie...\n                 O siècles d'égorgeurs, de lâches et de brutes...\n\n   En dépit d'un orthodoxe poème de jeunesse sur la Passion, renié plus\ntard, malgré ces strophes qui saluent au moins dans le Christ l'humanité\ndivine :\n             Car tu sièges auprès de tes égaux antiques,\n             Sous tes longs cheveux roux, dans ton ciel chaste et bleu;\n             Les âmes, en essaims de colombes mystiques,\n             Vont boire la rosée à tes lèvres de Dieu !\n             Et comme aux jours altiers de la force romaine,\n             Comme au déclin d'un siècle aveugle et révolté,\n             Tu n'auras pas menti, tant que la race humaine\n             Pleurera dans le temps et dans l'éternité (3) !\n\n   Malgré cela, le christianisme a été pour Leconte de Lisle une doctrine\nbarbare, ennemie et inassimilable. La conception du Djeu personnel qui\nest dans Qaïn lui a fourni un symbole de la révolte contre l'injustice et\nl'absurdité. Et il a éprouvé le besoin d'écrire un petit livre d'enseignement,\nun pamphlet qui est un pastiche de Voltaire, et où de petits faits\nminutieusement colligés tendent à démontrer, selon une méthode peu\n\n\n (1) Hypatie.\n (2) Préface.\n  (3) Le Nazaréen.\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "                                    — 274 —\n\nphilosophique, que « le christianisme n'a jamais exercé qu'une influence\ndéplorable sur les intelligences et sur les mœurs ».\n   Nous voilà assez loin, semble-t-il, de l'opinion exprimée par Leconte de\nLisle lui-même, selon laquelle « toutes les conceptions religieuses dont\nl'humanité a vécu ont été vraies à leur heure, puisqu'elles étaient les formes\nidéales de ses rêves et de ses espérances (1) ». Cette pensée ne séduit qu'un\nmoment son intelligence; mais jamais dans son cœur, où il a pu retrouver\nun état moral semblable à celui d'un Hindou ou d'un Grec, il ne semble\nqu'il ait retrouvé, par exemple, la tendre mysticité des Fioretti ou de\nl'Imitation.\n   Il se trouve donc que Leconte de Lisle, qu'on représente parfois comme\nune sorte de dilettante, comme un curieux à la sereine indifférence, est\naussi un croyant à sa manière. Il contemple, mais il juge, et passionné-\nment, et il choisit, et il réprouve. Aussi idéaliste qu'ont pu l'être les pro-\nphètes dont il rappelle parfois, comme dans le Talion, les véhémentes\n imprécations, il a gardé, au milieu de ses pires désespoirs, des sursauts\nd'âme occidentale et vivante, des rêves de monde futur élaborés suivant\nune sensibilité propre et très moderne.\n   Et cela s'accorde assez mal avec le bouddhisme. Sans doute son expé-\nrience de la vie et de la douleur a pris de bonne heure une forme méta-\n physique et ils sont innombrables les vers où il a exprimé sans se lasser,\n avec une magnificence ininterrompue et toujours nouvelle, la pensée fonda-\nmentale du pessimisme : l'identité du désir, de la passion, du mouvement,\nde la vie et de la douleur. Dans l'un de ses derniers poèmes, par exemple,\n on lit :\n                Tout n'était que lumière, amour, joie,    harmonie:\n                Et moi, bien qu'ébloui de ce monde     charmant,\n                J'avais au fond du cœur comme un gémissement,\n                Un douloureux soupir, une plainte infinie,\n                Très lointaine et très vague et triste amèrement.\n                C'est que devant ta grâce et ta beauté,     Nature!\n                Enfant qui n'avais rien souffert ni deviné, .\n                Je sentais croître en moi l'homme    prédestiné,\n                Et je pleurais, saisi de l'angoisse future,\n                Epouvanté de vivre, hélas! et d'être né (2).\n\n  Mais qu'il est loin, le plus souvent, de la rigueur de cette formule, et\ncombien son invocation à la Mort, partout répétée avec tant de lancinante\n\n\n  (1) Discours de réception.\n  (2) L'aigu bruissement.... (Revue des Deux Mondes,    15 octobre 1888.)\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                                    — 275 —\n\nobstination, ressemble à l'épouvante de la Mort, au désir infatigable, mal-\ngré les malédictions dont il le charge, d'une immortalité à ses yeux impos-\nsible et néanmoins sublime !\n             Tombe, Astre glorieux, source et flambeau du jour !\n             Ta gloire en nappes d'or coule de ta blessure,\n             Comme d'un sein puissant tombe un suprême amour.\n             Meurs donc, tu renaîtras.' L'espérance en est sûre.\n             Mais qui rendra la vie et la flamme et la voix\n             Au cœur qui s'est brisé pour la dernière fois (1)!\n\n  Et dans l'Illusion suprême :\n             Ah! tout cela, jeunesse, amour, joie et pensée,\n             Chants de la mer et des forêts, souffles du ciel\n             Emportant à plein vol l'Espérance insensée,\n             Qu'est-ce que tout cela, qui n'est pas éternel?\n\n  Les vers si souvent cités qui terminent Dies iroeet les Poèmes antiques :\n             Et toi, divine Mort, où tout rentre et s'efface,\n             Accueille tes enfants dans ton sein étoile:\n             Affranchis-nous du temps, du nombre et de l'espace,\n             Et rends-nous le repos que la vie a troublé!\n\n   Ces vers n'ont une signification absolue que si on les sépare du reste de\nla pièce, qui est un hymne désolé aux jours anciens, à la jeunesse du\nmonde, à la vie forte, à la foi confiante, à la candeur divine, à l'amour, à la\npoésie, aux formes idéales des dieux. Tout cela ne doit il pas renaître?\nAssurément, le temps présent est mauvais. C'est aujourd'hui que\n             ... le mal éternel est dans sa plénitude (2).\n\n  C'est aujourd'hui, dans l'énervement et la veulerie des âmes, que l'on\nconnaît\n               La honte de penser et l'horreur d'être, un homme (3).\n   Le ciel est vide pour la première fois. Les hommes ont tué l'idéal avec\nles dieux. Le temps présent correspond à la décadence du paganisme, mais\nil est pire encore, surtout plus vil. Qu'on lise là-dessus le sonnet Aux\nmodernes :\n               Vous vivez lâchement, sans rêve, sans dessein.\n               Plus vieux, plus décrépits que la terre inféconde,\n               Châtrés des le berceau par le siècle assassin\n               De toute passion vigoureuse et profonde...\n\n\n (1) La Mort du soleil.\n  (2) Dies irœ.\n (3) A un Poète mort.\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                                  — 276 —\n\n  Et l'Anathème, poème remarquablement parallèle à Dies iroe\n               Si nous vivions au siècle où les Dieux éphémères\n               Se couchaient pour mourir avec le monde ancien,\n               Et, de l'homme et du ciel détachant le lien,\n               Rentraient dans l'ombre auguste où résident les Mères,\n\n               Les regrets, les désirs, commeunventfurieux,\n               Ne courberaient encor que les âmes communes;\n               Il serait beau d'être homme en de telles fortuites,\n               Et d'offrir le combat au sort injurieux.\n\n               O mortelles langueurs, ô jeunesse en ruine,\n               Vous ne contenez plus que cendre et vanité!\n               L'amour, l'amour est mort avec la volupté;\n               Nous avons renié la passion divine!\n               Pour quel dieu désormais brûler l'orge et le sel?\n               Sur quel autel détruit verser les vins mystiques?\n               Pour qui faire chanter les lyres prophétiques\n               Et battre un même cœur dans l'homme universel?\n\n               O liberté, justice, ô passion du beau,\n               Dites-nous que votre heure est au bout de l'épreuve,\n               Et que l'Amant divin promis à l'âme veuve\n               Après trois jours aussi sortira du tombeau!\n               Eveillez, secouez vos forces enchaînées,\n               Faites courir la sève en nos sillons taris;\n               Faites étinceler, sous les myrtes fleuris,\n               Un glaive inattendu, comme aux Panathénées!...\n   Le bouddhiste qui lancerait au siècle et à l'avenir cet appel enthousiaste\nvers l'action, l'effort et la lutte virile, serait en vérité bien éloigné de la\nvraie méthode du salut, qui consiste dans l'extermination méthodique de\nla volonté par l'intelligence. Jamais Schopenhauer n'avouerait un disciple\nà ce point déçu par la volonté de vivre. Il ne reconnaîtrait pas non plus une\ninspiration pessimiste dans Çunacépa, qui est une sorte de Triomphe de\nl'Amour, ni dans ce grand poème de Qaïn, qui est une sorte de Promethée\ndélivré, où une prophétie de justice s'oppose à l'égoïsme, à la haine, à\" la\ndiscorde, à la guerre, où l'on entrevoit un univers futur, libéré des puis-\nsances malfaisantes, transformé en un nouvel Eden d'amour fraternel :\n               Et ce sera mon jour! Et, d'étoile en étoile,\n               Le bienheureux Eden longuement regretté\n               Verra renaître Abel sur mon cœur abrité...\n  Ainsi dans Leconte de Lisle alternent, comme ailleurs, comme dans\nSophocle par exemple, le génie le plus lumineux du plus héroïque moment\nde la Grèce, les deux conceptions opposées' qui se répondent dans l'huma-\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                                        — 277 —\n\nnité et qui s'opposent comme deux chœurs égaux. Lequel l'emportera?\nL'œuvre des dieux sera-t-elle bonne ou mauvaise? « Le Fruit sacré, désir\ndes siècles » que salue la Norne Verdandi (1), éclora-t-il? Qu'importe? dit\nla logique du philosophe, puisque tout doit finir et que tout est illusoire :\n                  Eclair, rêve sinistre, éternité qui ment,\n                  La Vie antique est faite inépuisablement\n                  Du tourbillon sans fin des apparences vaines (2).\n  Mais le cœur du poète proteste sans se lasser. C'est de cette antinomie\nirréductible de la destinée humaine, plus marquée que jamais dans nos\njours désabusés, las et incertains, qu'est fait le tragique grandiose, le\ndramatique eschyléen du poète qu'on a le plus accusé de s'être désintéressé\nde son temps et de l'humanité.\n\n                                                       ERNEST VERLANT\n\n\n\n\n                  LE CERISIER FLEURI\n\n                                     L'ACACIA ROSE\n                         Sous le haut acacia rose\n                         La belle enfant au front mutin\n                                    Repose\n                         Au fond du fauteuil de rotin.\n                         Parfois, abandonnant sa tige,\n                         Une fleur sur son cœur pâmé\n                                    Voltige\n                         Comme un papillon parfumé.\n                         Tandis que son rêve l'enivre,\n                         Sa main laisse choir à demi\n                                   Le livre\n                         Que lui donna son jeune ami;\n\n\n (1) La Légende    des     Nornes.\n (2) La   Maya.\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "                     — 278 —\n\n         Et c'est le doux livre où l'on s'aime,\n         Le beau livre, éternellement\n                     Le même,\n         De la victoire de l'amant.\n\n\n                          II\n\n                     ROMANCE\n\n       Un cygne rouge aux plumes de pivoine\n              Nage sur le lac bleu\n   Et traîne un bateau d'or incrusté de sardoine\n          Dans un léger brouillard de feu.\n\n       Dans le bateau sommeille une déesse.\n             Sa chaste nudité\n   Repose sur des fleurs que rajeunit sans cesse\n         La lumière de sa beauté.\n\n        Oiseau magique, où mènes-tu la barque\n                Et son divin trésor?\n    Vers quel pays de rêve? Auprès de quel monarque\n          Vêtu d'azur, de pourpre et d'or?\n\n       Mille parfums voltigent dans la brise ;\n                Tout le lac est fleuri.\n    Mon cœur brûle, mon cœur bondit, mon cœur se brise,\n         Car la déesse m'a souri.\n\n\n                          III\n\n                    LA FIANCÉE\n\nBeau comme le soleil au cœur des cieux changeants,\nBeau comme un souvenir, beau comme une prière,\nIl était le plus beau de tous les jeunes gens!\nSes yeux bleus étaient doux comme une eau printanière.\n\nSes baisers    ô délice! ô fleur du paradis!\nParfum joint au parfum, flamme à la flamme unie!\nComme les sons parfaits des instruments choisis\nS'accordent pour former une exquise harmonie,\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                       — 279 —\n\nAinsi, dans ses baisers, l'amour cherchait l'amour,\nSur les lèvres en feu l'âme possédait l'âme ;\nEt la terre et les cieux, et la nuit et le jour,\nTout était consumé dans notre ardente flamme.\n\nMalheureuse! Il n'est plus! En vain, en vain, hélas!\nMa voix, ma voix plaintive à toute heure l'appelle,\nIl n'est plus! Tout est mort pour mon cœur, triste et las,\nQui n'exhalera plus qu'une plainte éternelle.\n\n\n                           IV\n\n                        LE VIN\n\n    Ami, ne vois-tu point l'eau du fleuve qui passe?\n    Il coule vers la mer sans jamais revenir.\n    Ami, ne vois-tu point ta f ace dans la glace ?\n     Tes cheveux blancs jamais ne t'ont-ils fait gémir?\n\n    Hier encore ils étaient aussi noirs que l'ébène\n    Et, ce soir, on dirait qu'il neige sur ton front.\n    Qui sait ce qu'est la vie aime la coupe pleine\n    Et vide en souriant la coupe jusqu'au fond.\n\n    Le fifre et le tambour ne sont point nécessaires;\n    Ne cherchons que l'ivresse et le songe divin!\n    Laissons les saints et les sages à leurs affaires;\n    La gloire naît parfois dans un verre de vin.\n\n\n                           V\n\n                     EN BATEAU\n\n             L'eau clapote sous les rames.\n             Doucement le bateau glisse,\n             Où causent avec délice\n             Des poètes et des femmes.\n\n             Et les molles banderoles\n             Et les écharpes soyeuses\n             Claquent aux brises joyeuses\n             Avec les folles paroles.\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "                                   — 280 —\n\n\n                       Et la voix grave et câline\n                       D'un chantant violoncelle\n                       Mêle sa douceur à celle\n                       D'une harpe cristalline.\n\n                       Les bonbons à la vanille\n                       Flattent les lèvres vermeilles\n                       Cependant que des bouteilles\n                       Jaillit le vin qui pétille.\n                       Ah! voguer sans but sur l'onde\n                       Qui balance la chaloupe!\n                       Ah! boire au fond de la coupe\n                       L'oubli des douleurs du monde!\n                                                          IWAN GILKIN\n\n\n\n\n       LE MONUMENT DE COSTER\n               L'auteur de la Légende d'Ulenspiegel vient d'obtenir justice:\n                le monument élevé à sa mémoire a été inauguré, le 22 juillet,\n                à Ixelles.\n                   Charles De Coster mourut le 9 mai 1879. Quinze ans sépa-\nrent sa mort obscure de son apothéose d'aujourd'hui. Quinze ans ! Etant\ndonné nos mœurs, c'est peu. Il y a décidément quelque chose de changé en\nBelgique. Le marbre, accoutumé chez nous à glorifier de vagues politiciens,\nn'a pas fait de façons; l'édilité ixelloise, à laquelle il convient de savoir gré,\nnon plus. Nous sommes en progrès, et c'est avec joie que nous voyons se\nlever sur la tombe d'un écrivain de race ce soleil des morts qu'on appelle la\ngloire.\n   Applaudissons, mais gardons-nous de tomber dans de vaines déplora-\ntions\n   Charles De Coster vécut ignoré et pauvre, mais il avait choisi librement\nla solitude et la pauvreté. Il n'était pas de ceux qui consentent à monnayer\nleur idéal d'artiste. On ne se l'imagine pas offrant aux grands journaux\nparisiens, l'article d'actualité fabriqué sur commande, conformément au\ngoût de la clientèle, d'après les dernières recettes du jour. Il eût refusé de\nplacer son génie en viager. La part qu'il a choisie, pour être posthume, n'en\nest pas moins la meilleure. Ne le plaignons pas : envions-le !\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                 — 28l —\n\n   Nous demandons la permission de le rappeler, — et si on nous la refuse,\nnous nous en passerons, — Charles De Coster fut, avec André Van Hasselt\net Octave Pirmez, un des écrivains français de Belgique vers l'abandon\ndesquels monta, il y a quatorze ans, l'hommage désintéressé de notre jeu-\nnesse. Car la génération de 1880, que l'on accusa souvent et que l'on\naccuse quelquefois encore d'irrévérence, fut seule à faire fleurir, sur la\ntombe de ses aînés, les immortelles tardives de la gloire. Nous vouâmes à\nces trois écrivains le culte de reconnaissance, de respect et d'admiration\nauquel leur donnaient droit la beauté de leur œuvre et la droiture de leur\nconscience.\n   Si nous allâmes à Charles De Coster, c'est qu'il eut le don du style, et\nce don fut chez nous, pendant cinquante ans, si rare que, lorsque nous\nlûmes, non sans préventions, la Légende d'Ulenspiegel; nous fûmes frappés\nd'étonnement. Oui, Charles De Coster eut le don du style, l'imagination\nverbale, le sens de la vie des mots ; il fut un poète en prose et il préluda,\npar une œuvre pittoresque et colorée, à notre romantisme, qui ne date point\nde 1830, mais d'hier.\n   La journée du 22 juillet 1894, espérons-le, ne restera pas sans lendemain.\nAndré Van Hasselt et Octave Pirmez — Octave Pirmez surtout — sont\ndes artistes dignes du marbre. Il serait consolant que le monument du\nsolitaire d'Acoz rappelât aux écrivains nouveaux, un peu trop enclins à\nl'oubli des maîtres, que nous eûmes en lui non seulement un écrivain magni-\nfique, d'une pureté et d'une noblesse incomparables, mais un haut et lumi-\nneux esprit, un penseur et un philosophe.\n   Le monument De Coster appelle le monument Pirmez.\n\n                                                 LA JEUNE BELGIQUE\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "                                       — 282 —\n\n\n\n\n          A ceux de la Jeune Belgique.\n               M E S AMIS,\n\n\n              Mon impression sur la fête d'hier?...\n                  Les pompiers avaient de bien beaux uniformes.\n                  Cette fête, on prétend que c'est nous (1) qui l'avons com-\n               posée : je n'en suis pas sûr. Je n'y ai pas trouvé l'esprit que\nnous aimons. Nous c'est vous, moi, quelques autres dont les tendances\nesthétiques ne vont plus vers les mêmes points cardinaux, bien que nous\nayons tenu au chaud, pendant quelques années, un idéal de rénovation\nspirituelle un peu plus beau que celui qu'on nous a représenté hier.\n   Cette fête fut un événement sans précédent à Ixelles. Je souhaite qu'elle\nn'ait pas de lendemain au pays littéraire que nous habitons. Elle m'a fait\nsonger à ces parties de plaisirs en campagne qui commencent par de la joie\nfraîche et finissent par une jonchée de papiers maculés de graisse sur le\ngazon.\n   Je rêvais un ingénu et passionné cantique florentin pour célébrer le poète\nqui créa la douce figure de Nèle.\n   Suis-je trop pessimiste? Devrais-je me réjouir de voir la société belge,\ndans ce qu'elle a de plus officiel, venir à ses artistes et les fêter?\n   Dans cet officialisme, un homme est demeuré intéressant par son interro-\ngative attention à l'œuvre de lettres et d'art et par son respect pour De\nCoster, qu'il appelait « notre grand concitoyen ». Il sentait bien que cette\npersonnalité-là dépassait les limites de la cité ixelloise ; mais il ne voulait\npas toucher à l'esprit du poète à l'aspect duquel son regard s'émerveillait\ncomme devant l'incompréhensible mystère. Il y avait dans cette réserve un\npeu du devoir d'un mayeur borné par son territoire et beaucoup de la\nmodestie d'un homme impressionnable.\n   Nous avions décidé, n'est-ce pas? qu'on ne prononcerait qu'un seul\ndiscours. M. Leemans sans doute ne tenait pas à parler et il suffit de voir\nsa tête expressive de petit bourgmestre flamand, pratique, malicieux, un\npeu rêveur — qui sait ce qu'il y a d'indéfini à l'arrière de cet esprit positif\npar habitude, dont la réflexion se prolonge, et dans ces yeux bleus écar-\nquillés étrangement dont le regard s'évague, — il suffit de voir cette tête\n\n  (1) Voir la composition du Comité.\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                                 — 283 —\n\npour présumer qu'elle n'aspire pas à des effets d'éloquence. Mais les\nseconds de l'honorable mayeur ont peut-être senti les plumes de leur crête\nde claque frissonner de révolte à l'idée de cet effacement du pouvoir civil...\net nous avons eu deux discours.\n    Dira-t-on pourquoi les gosses, en défilant devant le monument, ont\nchanté tout le temps en flamand? On ne le dira pas. Emmanuel Hiel lui-\nmême n'en sait probablement rien, à moins qu'on ait voulu justifier ce mot\nd'un fonctionnaire à l'administration des Beaux-Arts : « Je n'ai rien lu de\nDe Coster. J'ignore le flamand. » Le mot est-il authentique? C'est\npeut-être un potin de vieille femme sourde.\n    Hélas ! si nous sommes enclins à accueillir les mots drôles et si nous\navons le cœur obscurci aujourd'hui, ce n'est pas seulement de la faute des\ncanards qui faisaient Coing! Coing! derrière la pierre commémorative. Il\ny avait vraiment trop d'appel à leur innocente ironie.\n    Pendant que Camille Lemonnier prononçait ses carillonnantes et somp-\ntueuses paroles, un drapeau, sorti on ne sait d'où, s'était avancé sournoi-\nsement et, comme personne n'avait fait le geste de l'arrêter ou de l'abattre,\nenhardi, il s'était planté au chevet du monument. L'inscription en lettres\nd'or sinuait aux plis de l'étoffe. Je réussis à lire : Œuvre des soirées popu­\nlaires rationnalistes.         ,\n    Qui a eu la stupide audace de planter là ce drapeau?\n   'Contrairement à ce qu'on avait prévu, l'esprit des politiciens et des\néconomistes a hanté malgré tout la fête et c'est pourquoi la chanson des\npetits n'avait pas de soleil au cœur et pourquoi la joie n'a pas levé.\n    Toutefois, nous savons maintenant que De Coster demeurait chez une\n fruitière et que la femme qui le soignait avait un lupus. Avec les Lettres à\n Elisa, voilà de quoi lui faire une renommée.\n    Rentrons chez nous et laissons passer le silence du temps.\n    La veille de l'inauguration, en contemplant le monument, un émoi reli-\n gieux m'était venu à l'aspect de ces images de pierre et de bronze sensibi-\n lisant l'œuvre d'un homme qui, méconnu, inconnu, trompé sur sa destinée\n par ses intimes amis, passa seul et souffrant, ses heures, à transcrire les\n paroles vives de son être. Il m'était étrange de penser que ce nom de De\n Coster sortait ainsi des limbes, qu'un mythe allait conquérir la rue, la\n foule, tout à coup, et doter le peuple d'un de ces noms vénérés que la tra-\n dition porte et que les enfants répètent avant de rien 'savoir.\n    Mais à quel prix cela !...\n    Aujourd'hui, je me dis qu'un autre temps valait mieux. Alors on ne\n  nous offrait ni prix ni décorations, les journaux bien placés se moquaient\n                                                                      '9\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "                                  — 284 —\n\nde notre piété ; pourtant nos offrandes étaient pures et nous en revenions\nfortifiés comme par un acte religieux.\n   On a tort de dédaigner ceux qui gardent leur culte intact dans la véné-\nration d'un foyer. Ils ont des forces d'âme précieuses. Il y a d'essentielles\nqualités de sentiment qui deviennent plus que jamais nécessaires aux\nartistes le jour où ils ont avec eux les afficheurs publics et les badauds.\n                                                      HENRY     MAUBEL\n  Le 23 juillet.\n\n\n\n\n                                 VERS\n                       BONHEUR D'AUTOMNE .\n\n             O merveille ! à travers la clématite rose\n             Comme un papillon d'or, sur ta lèvre vermeille\n             Palpite le soleil. Sommeille, enfant, je veille\n             Pour sauver ton réveil de tout souci morose.\n\n             Là-bas, dans la corbeille une rose s'est close,\n             Une abeille captive en son sein y sommeille,\n             Alourdi de parfums, pareil à cette abeille\n             Que ton cœur en mon cœur embaumé se repose!\n\n\n\n\n             O toi le plus aimé, mon désir, mon enfant,\n             Entends autour de toi ma pensée attentive\n             Chanter comme un essaim qu'un doux printemps active,\n             Endors-toi, mon amour vigilant te défend.\n\n             Dors encor! Je suivrai comme l'eût fait ta mère\n             Le sourire indécis de tes lèvres en fleur,\n             Cherchant dans ton sommeil le rêve ensorceleur\n             Qui l'enchante et le fuit comme un vain éphémère.\n\n             Je suivrai ce rayon, le front grave et pensif\n             Ainsi que, jeune et triste, assise sur la berge\n             Je regardais glisser une corolle vierge\n             Sur le ruisseau d'argent à l'ombre du massif.\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                   — 285 —\n\nMais non ! pour que jamais un souci ne t'effleure,\nJe saurai bien cacher mon trouble et mon effroi\nEt mes yeux sérieux refleuriront pour toi\nComme après un orage un lys s'entr'ouvre et fleure.\n\nJe serai le miroir de ton divin printemps\nOù, fier, tu te verras jeune, ardent et sauvage;\nSur ton visage aimé composant mon visage\nJe ferai refleurir la fleur de mes vingt ans.\n\nNe suis-je pas ta sœur, ta mère et ton amante?\nLaisse-toi donc aimer, toi, beau comme l'azur,\nViens près de moi chercher un abri tiède et sûr\nComme un ramier craintif qui fuirait la tourmente.\n\nVois, je suis ta servante, ordonne, ô mon vainqueur!\nJe ne vis que par toi, la flamme de ta vie.\nC'est ma vie, et c'est elle, enfant, que j'ai ravie\nPour rallumer ce soir la lampe de mon cœur.\n\nSois cruel ou sois bon, qu'importe ton caprice!\nLe bras qui frapperait serait encor béni ;\nN'aurai je pas volé le bonheur infini,\nL'ardente volupté d'un divin sacrifice?\n\nMais toi, si quelque jour, par le désir tenté\nTu veux, farouche et fier de ta folle jeunesse,\nExigeant que l'amour de mes lèvres renaisse,\nGoûter les fruits savants de ma maturité,\n\nJe t'abandonnerai mon corps, parfumé d'ambre,\nDe benjoin et de myrrhe; il sera le festin\nToujours prêt où j'aurai servi chaque matin\nLes épices, les fruits, la fraise et le gingembre.\n\nSi l'esprit triste ainsi qu'un immense horizon,\nAttiré par l'orgueil des nobles aventures\nTu t'enfuis, ô cruel! pour soigner tes blessures,\nJ'irai (attendre encore au seuil de la maison.\n\nEt quand tu reviendras, ô ma vie! ô mon âme!\nDe mon cœur jailliront des fontaines  d'amour,\nPar ma bouche et mes yeux bénissant ton retour,\nJe baignerai tes pieds de nard et de dictame.\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "                   -   286   -\n\nMais cachez-lui, mon Dieu, mes suprêmes efforts,\nIlluminez mon front marqué du désespoir,\nCe soir, fermez ses yeux pour qu'il ne puisse voir\nMes ennuis dévorants et mes lâches remords;\n\nEpargnez-lui la lutte et l'épreuve des forts,\nEloignez de l'enfant la coupe du savoir,\nEt qu'il n'ouvre surtout mon cœur de marbre noir\nOù dort pour tout jamais la poussière des morts.\n\n\n          PERVIGILIUM VENERIS\n\n                       I\n\nQuand, les seins palpitants et les yeux allumés,\nVendangeuse ! tu viens, éperdue et farouche,\nDans ton ivresse ardente écraser sur ma bouche,\nComme des raisins d'or tes baisers parfumés,\nJe songe à tous les noirs tombeaux que j'ai fermés,\nJ'ai trop de souvenirs et plus rien ne me touche,\nEt je pleure, accoudé sur le bord de ta couche,\nLes impossibles vœux que mon cœur a formés.\nCrois-tu donc apaiser, pauvre image éphémère!\nPar tes fruits de la mort dérobés à la terre,\nSur mes lèvres de feu ma soif d'éternité?\nTu t'épuises en vain ; je t'aimerais peut-être\nSi tes philtres impurs pouvaient rendre à mon être\nLe sommeil du néant seul enfin convoité.\n\n                       II\n\nCette nuit, j'ai dompté tes désirs impudents\nMêlant aux voluptés les rires et les larmes,\nJ'ai vu, sous tes baisers, briller comme des armes,\nDans leur éclat cruel l'émail froid de tes dents.\n\nTu fus sauvage et belle en tes assauts ardents ;\nTu crois à ton triomphe et pourtant tu n'alarmes\nRien en mon cœur amer qui méprise tes charmes\nEt qui pleure d'avoir tes sens pour confidents.\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                   — 287 —\n\nEndors-toi maintenant, lasse guerrière et trouve\nCe sommeil vigoureux et sain de jeune louve,\nO toi qui peux dormir sans rêve et sans remords!\n\nCar sinon tu verrais, imprudente sibylle,\nLuire en mes yeux profonds l'âme de tous les morts,\nAinsi qu'en un sépulcre une lampe immobile.\n\n\n                      III\n\nTriomphe! J'ai vaincu la chair et je suis roi!\nO savante, puissante et fière Messaline,\nSous les folles ardeurs de ta lèvre saline\nMon corps vierge, dompté, n'a subi nul émoi.\nTu délirais, les sens exaspérés, mais moi,\nDardant plus froidement ma volonté féline,\nEn ce cœur qui te hait, te scrute et te câline,\nJ'amassais un trésor de splendeur et d'effroi.\n\nCuve donc maintenant tes péchés de démence!\nDans mon cerveau vibrant j'en ai fixé l'essence,\nIls revivent en lui dans un éclat plus beau.\n\nEt faisant la moisson cruelle des idées,\nJ'agite vers l'azur, comme un mortel flambeau,\nUn bouquet palpitant d'infâmes orchidées.\n\n\n                      IV\n\nEt toi, pourquoi ton cœur, le charmant prisonnier\nDe ta lèvre, m'appelle? En vain tu t'ingénies\nA murmurer encor des paroles bénies;\nTon chant m'attriste ainsi qu'un soleil printanier.\n\nQue ce jour, rêves-tu, sois notre jour dernier\nOù, découvrant enfin les pures harmonies,\nDans un baiser sans fin nos âmes réunies\nEn l'extase éternelle iront communier.\n\nHélas! ne vois-tu pas que la seule nature\nTriomphe; par ta voix, réclamant sa pâture,\nPour accomplir son œuvre elle enchante tes sens.\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "                   — 288    -\n\nDéjà se sont troublés tes yeux, déjà se mêle\nUne étrange langueur à tes mots innocents;\nEn toi j'ai reconnu l'exigeante  femelle.\n\n                       V\nO vie! ô clair soleil ! La mésange et la huppe\nSur les calices d'or allument leurs couleurs.\nCe doux printemps t'invite aux baisers cajoleurs,\nObéis, sans savoir le dessein qui l'occupe.\n\nParfume de lilas ton corsage et ta jupe\nEt que ton cœur, grisé par l'haleine des fleurs,\nGazouille comme un ciel rempli d'oiseaux siffleurs\nEt tâche par ton chant de me f aire ta dupe.\n\nInvoque des amants réunis dans la mort,\nLe délire sublime et le divin transport;\nSois fière de tes vœux, sois fière de ton âme,\n\nEt nomme-moi ta Foi, ton Désir et ton Dieu\nQuand, soumis aux baisers que ton instinct réclame,\nJ'allume dans ta chair des ivresses de feu.\n\n                      VI\nL'orage gronde au loin, l'azur en feu pâlit,\nLes cyprès frissonnants heurtent leur pyramide,\nEt les ramiers craintifs que le soir intimide\nOnt fui l'ombre et l'horreur dont la forêt s'emplit.\n\nSoudain dressé, foulant les roses de ton lit,\nJ'écoute. La mer chante. Oh! ton regard humide\nNe me retiendra plus, astucieuse Armide ;\nLe charme s'est rompu, mon destin s'accomplit.\n\nJe me réveille enfin! Je fus servile et lâche,\nMais l'horizon m'appelle et j'ai compris ma tâche ;\nEt déchirant la nuit des fanfares du cor,\n\nJe fuirai, brandissant au bout de mon épée\nVers le ciel outragé, comme une toison d'or,\nLe trophée orgueilleux de ta tête coupée.\n                                        VALÈRE GILLE\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                                 — 289 —\n\n\n\n\n           FICHEZ-NOUS LA PAIX!\n  L'Art moderne — dont chacun des trois rédacteurs s'abstient de signer\nsa prose afin de donner plus d'autorité à la prose des deux autres — a\npublié, le 15 juillet, un numéro persillé d'incongruités. Quelques-unes sont\nrelatives à l'inauguration du monument élevé à Charles De Coster. La\nJeune Belgique a expliqué, sans adjectifs d'aucune espèce, dans sa livrai-\nson de juin, pourquoi elle n'a pas pris la parole. Ajouter un mot à ces\nexplications serait manquer de goût. Libre à l'Art moderne de faire des\nmoulinets et d'avaler des étoupes autour du bronze de la place Sainte-\nCroix : la Jeune Belgique ne l'imitera point. Il y a plusieurs façons d'hono-\nrer la mémoire de Charles De Coster.\n   Reste l'articulet intitulé La Décoration de Camille Lemonnier.\n   M. Camille Lemonnier n'étant pas encore un bronze, je ne me crois pas\ntenu à la même réserve.\n   Voici cet articulet :\n   « Parlant des décorations à attribuer à nos écrivains, après la gerbe qui\nvient de tomber avec une grâce éclectique sur nos peintres, le Soir a. tenu\nsur le compte de l'auteur du Mâle quelques propos où se dénonce son\nhabituelle irrévérence.\n   Camille Lemonnier lui a campé un billet en trois lignes dont Madame\nSans-gêne eût dit : Ça te la coupe, hein, mon bonhomme!\n   Il y dit : Qu'on me laisse tranquille avec cette faribole. Je n'en veux pas.\nJe n'en veux plus. Je n'en ai jamais voulu. J'ai mieux à faire que de tendre\nle bec de ce côté. Finissez de me prêter ces attitudes caricaturales.\n   Bravo ! Voilà qui va à son large esprit et à son grand cœur. En ceci,\ncomme en cent autres faits et gestes, l'homme est exemplaire et prompt en\nleçons de désintéressement, de modestie ou d'orgueil noble. Il s'ajoute aux\nrares qui dédaignent ces colifichets convoités par les médiocres comme\nmoyen de relever leur insuffisance et d'éteindre les controverses sur leur\ndouteux mérite. Il est bon de faire école en cette matière et de se dresser au-\ndessus et à l'écart du troupeau.\n   Il ne nous déplaisait pas pourtant de voir ce bel et vigoureux esprit\nobstruer la passe à l'entrée de laquelle est mouillée, serrée et impatiente, la\nflottille des criticules, des écrivicules et des artistaillons qu'on n'osait pas\ndécorer tant que Lemonnier apparaissait en insurmontable obstacle. C'était\n un amusant spectacle dont nous voici sevrés.\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "                                 — 290 —\n\n   Que va-t-il arriver? Est-ce que la ruée se produira, ou bien y aura-t-il\ndes imitateurs? Les paris sont ouverts. Nous donnons à cent contre un que\npersonne ne refusera, sauf un pu deux farouches, qu'on pourrait exposer\nau Musée Castan à côté du sauvage qui mange les serpents et se régale de\nverre cassé arrosé de pétrole 1865.\n   Ce serait très beau, nonobstant, que de voir cette grande leçon faire des\nconversions. On s'en est passé si longtemps de cette croix au pays littéraire.\nAbsolument comme on s'y passe d'être académicien. Pourquoi chan-\nger? »\n   Nous n'épiloguerons pas sur le refus de M. Camille Lemonnier. « La\nnouvelle, assure le Journal de Bruxelles, a surpris quelques gens, car\nM. Lemonnier a décliné ce que personne ne lui avait offert. » Mettons que\nM. Lemonnier se soit mépris sur un geste du gouvernement, ou, si l'on\npréfère, qu'il ait refusé le ruban que lui offrait M. Picard. Ce qui, dans\ntoutes les hypothèses, reste inexplicable, c'est la colère de l'Art moderne.\n   Il est vrai que ce journal est toujours furieux. Le 8 juillet, il écume\nparce que M. Camille Lemonnier, « candidat au ruban », n'est pas décoré.\nLe 15 juillet, M. Lemonnier ayant refusé de rester plus longtemps candidat,\nl'Art moderne écume encore. Aussi longtemps que M. Lemonnier— selon\nl'expression du Journal de Bruxelles — était le bouchon obstruant, pour\nles autres écrivains, la voie des honneurs officiels, l'Art moderne, dansant\nde colère, réclamait ces honneurs pour M. Lemonnier. Le bouchon Lemon-\nnier saute et l'Art moderne, dansant de plus en plus rageusement, d'ap-\npeler criticules, écrivicules et artistlcules ceux qui s'aviseraient d'accepter\nune distinction que l'Art moderne a sollicitée pour l'auteur du Mort, et à\nlaquelle l'auteur du Mort était candidat. D'où il résulte que c'est lorsqu'il\na sauté que le bouchon doit surtout boucher! Et l'Art moderne danse,\ndanse de plus en plus !\n   C'est fort bien dansé, sans doute; mais pourquoi diable dire ces choses\naux écrivains cités par le Soir, alors qu'elles ne regardent que l'un des trois\nrédacteurs de l'Art moderne, M. Octave Maus? Car M. Octave Maus a\nnon seulement été candidat au ruban, mais il a été enrubanné, et, circons-\ntance affreuse, dont nous frémissons, décoré sur le corps de M. Camille\nLemonnier! M. Octave Maus, décoré, bouchon présent, est donc plus cou-\npable qu'un autre M a u s — s i l'on peut imaginer un autre Maus — qui\naurait attendu hiérarchiquement la sortie du bouchon. M. Maus ferait donc\npartie de l'Armada des médiocres, soit comme écrivicule, soit comme artis-\nticule, soit comme criticule. Mettons écrivi-artisti-criti-cule, — pour\nabréger.\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                                     — 291     —\n\n\n    Quelle situation! Vous la voyez, Messieurs, vous la voyez! L'Art\nmoderne, d'ordinaire peu mythologique, fait désormais concurrence au\nchien Cerbère, le toutou à trois têtes de la collection Pluton. L'une de ces\ntêtes est décorée, et les deux autres aboient lamentablement!...\n   On assure que la boutonnière de M. Maus, à peine ouverte au ruban,\ns'est brusquement refermée en signe de deuil.\n   Quant aux écrivains, voire même aux écrivicules français de Belgique,\nils sont fort embarrassés. Déjà ils ne savaient trop si, d'après l'Art moderne,\nil faut faire partie ou ne pas faire partie des jurys de peinture, composer ou\nne pas composer, pour le compte du gouvernement, des anthologies subsi-\ndiées, — chienne de mémoire, va! — briguer ou ne pas briguer la succes-\nsion de Jean Rousseau, accepter ou refuser les prix officiels. Voici main-\ntenant qu'ils ne savent plus s'il faut accepter ou refuser l'ordre de Léopold,\ns'ils doivent imiter M. Octave Maus ou suivre l'exemple de M. Camille\nLemonnier.\n\n           Montaigne eût dit : « Que Sais-je? » et Rabelais : « Peut-être! »\n\n . En attendant que l'Art moderne trouve la solution de ce délicat pro-\nblème, qu'il fiche la paix à ceux qui, comme nous, n'ont rien reçu, rien\ndemandé. Ou si le boucan lui est indispensable, qu'il fonde un ordre à lui,\net qu'il en décore ses protégés. L'ordre d'Edmond. Pourquoi pas? Le bijou\nserait naturellement un pavé d'ours en réduction, et le grand maître de\nl'ordre porterait, naturellement aussi, le titre de Provincial.\n   Rien n'est plus provincial, en effet, que ces agitations sans but, ces vio-\nlences à la cantonnade, cette danse incohérente, à perte d'haleine et à\ncloche-pied, sur les œufs pourris chers à M. Bloy. Province, oui, déplo-\nrablement province, votre polémique éternellement poissarde, vieux serpent\nmécanique qui se mord la queue! Province, cet hôtel de Rambouillet que\nvous élevez dans le quartier des Halles! Province, vos théories sur l'évolu-\ntion littéraire, sur l'identité du beau et du neuf, province, toutes les mau-\nvaises habitudes qui vous sont restées d'une ingurgitation quotidienne de\ndoctrinaires dans les Jardins Joyeux de la politique! Province, l'étrange\nvolupté de badaud que vous éprouvez à courir devant le premier orphéon\nlittéraire qui débouche dans votre rue, en vous exclamant à tue-tête : « Le\nvoilà ! Il arrive ! » quitte à le lâcher pour des Béni-Bouffe-Toujours plus\nrécents, si bien qu'à la fin de la journée vous vous trouvez, sans souffle,\ndans un quartier inconnu, la langue pendant sur le ventre, comme un\n tablier! Province, votre tic de vous faire inoculer, à l'âge mur, les maladies\n infantiles de la jeune littérature — quand on attrape la coqueluche à soixante\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "                                                                                   ■ ' 1\n\n\n\n\n                                     — 292 —\n\nans, on est ridicule! Province, enfin, province, province, votre manie d'or-\nganiser et de contrôler le culte de lâtrie que chaque Belge majeur vous\nsemble tenu de rendre, sous peine d'être invectivé tous les dimanches, à la\ndivinité rousse de M. Camille Lemonnier !\n   Personne, parmi les nôtres, ne songe à nier le talent de M. Camille\nLemonnier, personne ne lui refuse l'éloge auquel il a droit; nous protes-\ntâmes quand on lui refusa le prix quinquennal; nous protestâmes aussi\nlorsqu'il fut en butte, de la part d'un parquet par trop pudibond, à des\ntracasseries ridicules ; mais personne d'entre nous n'entend prêter à\nM. Camille Lemonnier un serment de vassalité. A l'exception de M. Ray-\nmond Nyst, un homme-patois qui a ressuscité dans son œuvre tous les\ndialectes parlés, il y a quelques milliers d'années, dans les forêts vierges,\nM. Camille Lemonnier n'a chez nous ni fils ni élève. C'est pourquoi vous\nêtes profondément maladroit de vouloir nous forcer à saluer la pique où\nvous avez hissé le dernier feutre du romancier brabançon. Ces Gessleriana\nne prennent pas chez nous. Non seulement nous refusons le salut, mais\nnous renfonçons notre chapeau.\n  Et maintenant, s'il vous plaît encore de faire du bruit, allez ailleurs que\nsous nos fenêtres.\n                                                          ALBERT GIRAUD\n\n\n\n\n     LE RÊVE DE FRA-ANGELICO (1)\n             Dans la petite cellule qu'éclairait la flamme vacillante d'un flam-\n              beau de cire, un moine, à genoux, priait devant une adorable\n              tête de Christ, seule image de piété qui ornât les murs jaunes\n              et bas de la chambre claustrale. La nuit se faisait. Ailleurs,\nles murmures de voix du dehors, qui s'entre-croisent, se réunissent et\nmontent vers le zénith, laissent errer un moment leurs souffles de petites\nâmes dans les ombres tremblantes du crépuscule ; ici pas un bruit, pas une\nlueur de vie qui vînt d'au delà des murailles crénelées, et pas une bouche\nqui s'ouvrît, pas une lèvre qui remuât dans le monastère à partir de neuf\nheures du soir\n\n\n  (1) D'après le tableau Le Couronnement de la Vierge et la prédelle représentant les\népisodes de la vie de saint Dominique.\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "    Au milieu de ce sommeil de la communauté, un dominicain épuisait les der-\nnières ardeurs de son être en d'occultes méditations. Son ravissement avait\nfait s'animer une fois de plus le beau Christ vers lequel s'élevaient ses prières.\nTout ce qui était en lui de pur, de bon, d'immatériel, se mêlait à la chair\npâle et vaporeuse du divin Jésus, entrait dans le sang du Sauveur, et ce con-\ntact que son âme ressentait dans le sein même du Maître, cette intussuscep-\ntion de l'extase produisait sur le corps amaigri du moine l'effet d'une lente\net bienfaisante caresse balsamique. Des larmes de bonheur roulèrent abon-\ndamment sur sa face illuminée, et quand elles vinrent glisser dans la com-\nmissure des lèvres, le frère but avidement leur rosée brûlante, comme\ns'il avait absorbé quelque substance eucharistique, et reçu, sous les appa-\nrences de pleurs amers, l'infinie divinité de Jésus-Christ.\n    Ce jour-là, la conscience de Fra-Angelico avait eu à lutter contre les\nsophismes d'habiles hérétiques. Appelé dans un château de l'Ombrie par\nun seigneur voisin, il s'y était rencontré avec deux ou trois docteurs qui\navaient quitté Rome à cause des troubles et étaient venus chercher dans le\nNord un calme momentané. L'on parlait alors beaucoup d'un petit livre\nnouveau, dont personne ne connaissait l'auteur, et qui, selon les savants\nhôtes du seigneur, allait fatalement entraîner les masses dans une doctrine\nstérile et néfaste.\n    — « La raison humaine, avait dit l'un d'eux, ne peut résister à ces hallu-\ncinations cénobitiques. Elle n'est déjà que trop encline à la paresse; nous\nla savons insuffisante et faible ; pourquoi dès lors la bercer de chimères\nqui la rejetteront dans de plus cruels désenchantements. »\n    Et le docteur, ouvrant l'Imitation de Jésus-Christ qu'il tenait entre les\nmains, tâchait de détruire par de spécieux commentaires le sens sublime\ndes paroles qu'il lisait : « Le portrait que l'auteur de l'Imitation trace d'un\nsaint, est-il bien fait pour évoquer en vous le souvenir de saint Dominique,\nle fondateur de votre ordre? .Ne sait-on pas, ajoutait-il, que Guzman fut\navant tout un politique avisé, amoureux de pouvoir et de domination?\nPourquoi nous venir parler de ses renoncements et de ses vertus? — Les\nsaints se regardaient comme un pur néant et le monde les méprisait; —\nc'est expliquer faiblement la raison pour laquelle certains d'entre eux\nsoulevèrent la haine et l'effroi. »\n    L'astucieux glosateur, qui espérait une réplique du dominicain, fut\ntrompé dans son attente. Fra-Angelico, en entendant ces paroles impies,\navait senti une douloureuse commotion dans tout son être, mais il n'avait\n pas eu la force de murmurer une protestation.\n    Le candide et pur grand homme était revenu le soir à son couvent,\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "                                  -   294-\n\nétrangement ébranlé. Ce mysticisme, que l'on paraissait tant redouter,\nétait pour lui un besoin ; seule, cette faculté d'amour lui donnait l'intuition\ndu monde fortuné qu'il faisait vivre sous ses pinceaux. Rentré dans le\ncalme monacal, il s'était agenouillé devant le Christ dont il avait tracé un\njour l'image en pleurant, et lui avait redemandé la paix de l'âme. Puis,\nlentement, Fra-Angelico s'était mis au lit en redisant la prière du soir.\nQuand il eut prononcé les dernières paroles du Credo, il s'endormit avec\nsérénité dans le silence poignant du cloître.\n\n\n\n   Vers minuit Fra-Angelico se leva pour réciter l'office. Mais il ne recon-\nnut plus l'endroit où il se trouvait; il était transporté dans une demeure\npalatiale, bordée de galeries ajourées et dont les murs en marbre blanc se\nrehaussaient de pilastres dorés. Son lit s'était transformé en une couche\nsomptueuse, sur laquelle s'étendait un tapis de velours bleu, brodé de\nfestons pâles. Un homme y sommeillait, enveloppé dans un grand manteau\nde cérémonie. Sa tête, qui respirait une dignité souveraine, était surmontée\nde la tiare papale. La nuit elle-même, recueillie et doucement rayonnante,\nsemblait prier devant cette figure majestueuse. Fra-Angelico, saisi de\nrespect, se prosterna pieusement, mais son léger mouvement ébranla le sol,\net le mur qui se dressait derrière lui oscilla et se renversa par degrés. Pris\nde frayeur, Angelico se leva, et d'un mouvement instinctif, avec un espoir\nde salut, posa ses mains tremblantes sur la lourde muraille. O surprise!\npar degrés aussi, sous sa poussée surhumaine, les pierres reprenaient leur\nposition normale. Alors une voix, qui sortait du fond de l'alcôve, prononça\ngravement cet arrêt : « Nous Innocent III, chef de la chrétienté, ratifions le\nplan de l'ordre religieux institué par notre bien-aimé serviteur Dominique,\n  Fra-Anglico se retourna vivement, mais le lit s'éloignait et la tragique\napparition s'effaçait rapidement derrière un nuage d'ombre.\n\n   A présent le dominicain errait sous le portique voûté de ce palais qui\ndéjà lui devenait familier. Le ciel d'un bleu sombre et profond s'essaimait\nd'un million de clartés ; une brise fraîche courait dans l'air tiède et Fra-\nAngelico, le corps tout inondé de grâce, s'arrêta pour contempler le firma-\nment étoile. Soudain, dans l'atmosphère obscurcie, il crut voir flotter deux\nformes pâles, imprécises, assez pareilles à un rayon de lune égaré, ou sem-\nblables plutôt au dernier et solitaire nuage blanc qui, à la fin des chaudes\njournées d'été, se gonfle comme la voile d'une barque au-dessus de l'horizon\nembrasé... Les vagues blancheurs en s'approchant prenaient les contours\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                                  — 295 —\n\nde deux êtres humains. Elles s'enroulaient dans de longs manteaux, arra-\nchés par lambeaux à l'azur même du ciel. Tout un cortège d'astres illumi-\nnait d'un éclat extraordinaire le chemin parcouru par la vision et l'entourait\nd'une auréole divine. Et Angelico reconnut les visages de saint Pierre et\nde saint Paul qui se détachaient visiblement du ciel. Les deux vénérables\ndescendirent jusqu'à lui; le premier lui remit un bâton, l'autre un livre.\nPuis, sans dire une parole, ils regagnèrent l'immensité. Tous deux ressem-\nblèrent bientôt à une étoile vagabonde et leur point lumineux se perdit\nau milieu du scintillement de l'infini.\n\n   Insensiblement le jour se levait, un jour clair et doux. Au coin d'une\nvoie qui aboutissait devant le péristyle du palais, parut un cheval tout\nblanc, dont l'encolure se couvrait d'une longue crinière argentée. Tout à\ncoup Angelico entendit un cri douloureux vibrer à ses oreilles. Un jeune\nhomme qui traversait la place venait de rouler sous les pieds du cheval.\nUn vieillard, vêtu de la pourpre cardinalice, s'était déjà précipité et avait\nrelevé le corps inanimé du bel adolescent...\n   Rapidement le moribond est porté dans une maison voisine. Fra-Ange-\nlico y pénètre à son tour, au moment même où l'enfant exale son dernier\nsoupir. Autour du lit que l'on a disposé à la hâte se pressent des prélats,\ndes moines, des vicaires, quelques matrones et une jeune patricienne qui se\ntord les mains et pousse de longs gémissements. Angelico apprend que le\njeune homme est le neveu du cardinal Stefano di Fossa Nova... Tandis\nque l'assistance murmure une lugubre prière, Angelico sent couler un sang\nplus vif dans ses veines ; levé par une force irrésistible, son bras fait' un\ngeste que l'ampleur de la manche de bure rend plus grand et plus noble\nencore. La psalmodie mortuaire cesse : le blond Napoléone revient à la vie\net ressuscite miraculeusement.\n\n     Mais Angelico, dont le cœur se gonflait d'orgueil, vit subitement s'étendre\n'devant lui un paysage désolé. Une grande pierre tombale, triste et nue, y\n surmontait un tertre sablonné. La pierre se souleva. Le corps du Christ en\n surgit tout pâle, et resplendissant pourtant d'une vie nouvelle, d'une vie\n qui éclairait d'une aurore vermeille la colline abandonnée. Une plaie rouge\n et flamboyante ouvrait le flanc de la victime. La blessure ne saignait plus ;\n elle était comme le foyer brûlant autour duquel s'allumait l'éclatante\n  beauté de cette résurrection et Angelico comprit que jamais aucun homme,\n  si saint fût-il, ne renaîtrait dans une telle gloire d'immortalité.\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                                  — 296 —\n\n    L'apparition s'était évanouie et le moine se retrouvait dans une jolie ville,\n où les maisons hautes et claires dessinaient leurs toits carrés sur un ciel\ntout bleu. Des bourgeois aisés, vêtus de robes pourpres, bordées d'hermine,\ndiscutaient avec animation dans les rues étroites. Fra-Angelico prit part\naux conversations et sut bientôt que l'hérésie régnait en maîtresse dans la\nville d'Albi, jadis si pieuse. Alors il entraîna les habitants dans une des\ndemeures les plus proches, et après avoir exposé les dogmes orthodoxes et\nréfuté les doctrines contraires à la foi catholique, il voulut confondre les\nmécréants qui ricanaient encore. Dans un feu de bois, autour duquel toute\nl'assistance faisait cercle, il jeta une Bible et un livre hérétique. Et pendant\nque le second se consumait rapidement, le livre saint flottait intact au-dessus\ndes flammes...\n\n   Au dehors, une clochette tinta midi. Fra-Angelico, qui se sentait vivre\nd'une existence surnaturelle, rejoignit en un moment ses frères déjà rassen-\nblés autour des tables du réfectoire. Il présidait, ayant seul le droit de décou-\nvrir sa tête et de rejeter sur le dos la cagoule monacale. Il était heureux,\nimmensément heureux de se voir au milieu de ses dominicains dont les\nsilhouettes blanches et presque fantômales s'immobilisaient sur les boise-\nries de la salle capitulaire. Les nappes éclatantes recouvraient les tables et\nse perlaient, par endroits, de la brillante étincelle d'une carafe de cristal,\nPoint de mets hélas !... Les moines allaient jeûner, car le dernier argent du\ncloître s'en était allé le matin même en charitables dons. Mais prodige\nincroyable! Fra-Angelico avait fait un signe de la main et du plafond,\noù couraient de grosses poutres cerclées de fer, deux anges aux ailes\nsemées d'étoiles descendirent d'un vol lent, très lent. Quand ils eurent\ngarni la table d'aliments ils s'élevèrent et disparurent en jetant un dernier\nsourire au saint abbé.\n\n    La nuit était revenue et Fra-Angelico s'était étendu de nouveau sur son\nlit de bois. Il dormait d'un sommeil paisible lorsqu'il entendit des mur-\nmures sourds à ses côtés et des pleurs étouffés. La plainte allait grandissant\nde minute en minute, et des sanglots traversaient l'air de la chambre.\nIl voulût se lever, mais il se sentit paralysé, incapable de faire un mouve-\nment, attaché, ligotté sur sa couchette. Il voulut ouvrir les yeux, et ses\npaupières, qui s'étaient si souvent ouvertes sur le ciel, restaient herméti-\nquement closes comme la pierre d'une tombe. Mais à travers la membrane\nbaissée il vit... Il vit d'abord dans la chambre obscure tous ses frères,\ngraves, recueillis, mornes, changés presque en statues et devenus aussi\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                                  — 297 —\n\n froids et aussi tristes que les moines de pierre placés dans les niches des\nportails. Fra-Andreo, son disciple aimé, ne parvenait plus à maîtriser\nsa douleur; il s'appuyait contre le mur et cachait son visage baigné de\nlarmes dans ses mains crispées. Dans la chambre rôdait un subtil parfum\nde violettes fanées, envolé sans doute du cimetière prochain\n   Enfin, par un suprême effort, Fra-Angelico réussit à se dresser sur sa\ncouche. Il adressa à ses frères un regard où se lisait une extase d'amour et\nprononça lentement, en guise d'exhortation dernière, la formule de leur\nrègle : Charitatem habete umilitalem servat, paupertate voluntaria possi-\ndete      mais épuisé par ces mots, il retomba sur son lit, tandis que les\nmoines, sur un rhythme très lent, entonnaient le funèbre De Profundis.\n   Une angoisse terrible étreignit Angelico au cœur. Elle fit place aussitôt\nà un bien-être délicieux.\n\n\n   Il était sur la Route du Ciel.\n   Un à un, il gravissait les degrés d'une échelle dorée; autour de lui des\nanges volaient gracieusement en s'enveloppant dans les draperies flottantes\ndes nuages bleus. L'un d'eux portait une couronne et deux autres soute-\nnaient un calice étincelant comme un soleil.\n   La montée dura longtemps sans que Fra-Angelico ressentît la moindre\nfatigue. Une poussière brillante, faite d'éclats de diamants et de perles,\ns'éparpillait dans l'immensité et frangeait les vapeurs moutonnantes d'un\nsplendide collier de feu. De tous les côtés il était entouré de nuages\nd'argent, de pourpre, d'azur et d'or. Un vent léger, où l'encens se mêlait\ndélicieusement aux parfums des roses et des œillets, faisait frissonner l'océan\nd'émeraude et d'opale qui roulait au-dessus de lui.\n   Angelico continuait à monter; mais le terrain sur lequel il marchait lui\nsemblait plus dur, plus inégal. En se baissant il vit qu'il foulait aux pieds\ndes trésors d'orfèvrerie, plus éblouissants que les riches offrandes qui\nornent les autels de la Vierge dans les grandes églises. C'étaient des vases\nantiques en cristal de roche et en porphyre ; des burettes montées en argent\ndoré; des boucliers en or émaillé portant des chiffres royaux; et encore des\nplaques en argent Et en or repoussé représentant des sujets saints. Toutes\nces merveilles s'amoncelaient et formaient des colonnes superbes qui se\ndressaient avec une splendeur hiératique des deux côtés de la route.\n   Les assises, composées de rétables peints, soutenaient des vierges en or;\nles chapiteaux se rehaussaient de calices transparents et la voûte qui les\ndominait, taillée en plein éther, apparut tout à coup, inondée de clartés\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "                                  — 298 —\n\nplus pures, plus douces, plus irisées que toutes celles que le soleil reflète\ndans les miroirs triangulaires des cristaux ou dans les eaux bleues des\nrivières...\n   L'escalier, la colonnade, fuyaient derrière Angelico. Il se soutenait tout\nseul dans l'espace et d'autres personnages vêtus de magnifiques habits\nsacerdotaux se joignaient à lui. Il se regarda furtivement, tout confus de se\nvoir mêlé à une foule aussi brillante; mais son manteau de bure s'était\nchangé en ornements brodés et son cilice, aminci et léger, devenait une\naube sacrée, toute garnie de précieuses dentelles. La foule se pressait de\nplus en plus nombreuse ; il y avait des patriarches, des apôtres, des vierges,\ndes docteurs, des martyrs. Tous avaient des visages pâles et nacrés; on eût\ndit que le sang s'était retiré de leurs veines et que dans leur corps diaphanes\nleur âme s'était transformée en une petite étoile. Ils glissaient sur les\nnuages, et leurs pieds s'embarrassaient mollement dans les plis de leurs\nvêtements. Comme ils se rapprochaient de Fra-Angelico, le moine reconnut\navec respect les grandes figures des saintes histoires : Moïse, saint Jean-\nBaptiste, saint Pierre, saint Simon, saint André, saint Barthélemy, saint\nJacques le Mineur, saint Jean l'Evangéliste. Un grand nombre d'entre eus\nportaient des attributs sacrés : saint Marc ouvrait un livre couvert de\nsignes dorés, saint Augustin avait une plume à la main. Il constata qu'il\ntenait lui-même une tige de lys et un livre, les deux emblèmes de saint\nDominique, le chef de son ordre.\n   La brise à présent épandait le bruit d'une fanfare céleste. C'était une\nindéfinissable sonnerie qui retentissait, claire et gaie, comme le rire perlé\ndes anges et qui venait remplir les coeurs d'un enthousiasme fervent. Au\nfur et à mesure que s'enflait la joyeuse mélodie, une frêle musique de violes\net de cithares, toute parfumée de tendresse, arrivait par fragments, aussi\nvague et aussi harmonieuse que le murmure des zéphyrs en maraude...\nLes oreilles, les yeux, tout le corps subissait des caresses et des extases\ndans ces limbes enchantés. Fra-Angelico crut que la vie allait lui échapper\nen cet instant de suprême bonheur. 11 s'arrêta en proie à d'ineffables\ndélices ; mais ses yeux restèrent fixes, éperdus d'amour, de passion,\nd'enivrement.. ..\n   Devant lui, la dentelle brillante des nuages venait de s'entr'ouvrir : la\nVierge était là, plus blanche, plus belle et plus chaste que ne l'étaient les\njeunes filles de Fiesole lorsqu'elles paraissaient voilées de tulle, dans\nles cortèges fleuris de la Fête-Dieu. Son trône délicat et charmant était\nsurmonté d'un dais étoile, lequel était soutenu lui-même par de minces\ncolonettes torses. La merveilleuse miniature, taillée dans un ivoire veiné\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "                                  — 299 —\n\net incrusté de métaux aux reflets vivants; offrait de curieuses analogies avec\nles chefs-d'œuvre de l'iconographie grecque et les plus fins ivoires byzan-\ntins. Le lumineux cathèdre s'exhaussait de neuf marches, formées de pétales\nentassés et durcis ; les degrés prenaient ainsi les teintes de neuf fleurs\ndifférentes qui parlaient au bienheureux leur symbolique langage. Une\nmosaïque faite de jaspe, de lazulites et de chrysopases pavait le ciel et\nentourait les degrés du trône d'une nappe plus éclatante cent fois et plus\nriche que les dallages historiés des basiliques.\n   Autour de la Vierge, dont la robe, tissée de rayons de soleil et parsemée\nde scintillements d'étoiles, glissait alanguie et mollement drapée sur la pre-\nmière marche du trône, un chœur de séraphins auréolés chantait, en\ns'accompagnant sur les harpes et les psaltérions, un cantique qui résumait\nl'éternité des joies célestes. Leurs voix vibraient, argentines, comme le\ntimbre pur des cloches de cristal, et vraiment, à voir ces beaux anges translu-\ncides pétris avec l'haleine colorée de Dieu, on comprenait que leur bouche\ndevait moduler seulement les psychiques mélodies des rêves et de l'amour.\nEt derrière les blanches théories, de longues trompettes dorées détachaient\nsur le clair azur leur pavillon vibrant, et lançaient au-dessus de tous les\nêtres « aux ailes de gaze » leur note triomphale et prolongée.\n   Toutes les gloires de l'Eglise, réunies autour de la mère de Dieu, chan-\ntaient la grâce de la Vierge Elue. Saint François d'Assise, saint Thomas\nd'Aquin, le roi David, saint Benoît, saint Antoine, saint Nicolas de Myre,\nCharlemagne, les apôtres saint Pierre, saint Mathias, saint Paul, saint\nJacques le Majeur unissaient leurs voix à celles de saint Philippe, de saint\nMatthieu, de saint Laurent, de saint Etienne, de saint Georges et de quatre\nsaintes : sainte Cécile couronnée de roses, sainte Madeleine offrant un vase\nde parfums, sainte Claire couverte d'un voile constellé de croix et d'étoiles,\nsainte Catherine d'Alexandrie, s'appuyant sur la roue, instrument de son\nmartyre.\n   La prière s'élevait, s'élevait. Elle devenait un hymne grandiose et solennel\nqui retentissait dans l'espace comme s'il était allé frapper les ogives\nsonores d'une haute cathédrale ; et toujours le chant cristallin des anges la\ndominait en variant à l'infini ses divines modulations. C'était le tribut de\ntoutes les adorations, de toutes les fidélités, de tous les espoirs qui montait\nde la terre, s'exhalait par la bouche des hommes sanctifiés et venait\nenvelopper la madone de son voile de désirs et d'encens. C'était le chant\n d'amour, de consolations et de respect de toute la chrétienté, qui mêlait\n sa liturgie frémissante et sévère aux accents sereins des voix angéliques ;\n c'était enfin toute l'Eglise puissante et dominatrice qui célébrait le couron-\n                                                                       21\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "                                   — 300 —\n\nnement de Marie et déposait son universel hommage devant l'autel\nembaumé de la Reine des Vierges.\n   Alors, pendant un très court moment, Angelico aperçut le Fils de Dieu,\nIl avait le teint pâle et la longue chevelure dorée du Christ qui ornait sa\ncellule. Mais rien ne pouvait dire la majesté et la grâce qui animaient ses\ntraits et sa démarche. Devant lui, la Vierge plia faiblement les genoux, et\nle divin martyr étendit les mains comme pour lui porter secours...\n   Quel miracle extraordinaire allait donc se produire?\n   Hélas ! La magie du décor s'effaçait comme par enchantement. Fra-\nAngelico gardait devant les yeux des visions prismatiques, mais les lignes\nse brisaient, et le frêle mirage se perdait sans retour. Un parfum de myrrhe,\nde lys et de palmes envahissait le moine et le grisait peu à peu. La pourpre\net l'azur tourbillonnaient autour de lui ; il était environné d'une immense\nroue giratoire, pareille d'abord au gigantesque arc-en-ciel, mais qui se rétré-\ncissait au fur et à mesure que s'accélérait sa descente. Car Angelico descen-\ndait; l'abîme s'ouvrait sous lui et le cercle de lumière qui l'entourait s'assom-\nbrissait par degrés et menaçait de l'étouffer entre ses murs refroidis...\n\n\n                                      ***\n   Un frisson d'angoisse réveilla le dominicain. Il reconnut avec stupeur\nles murs de stuc de sa cellule. Un gai rayon matinal luisait à travers\nl'unique lucarne de la chambrette et taquinait mutinement une dalle aus-\ntère. Fra-Angelico se frotta les yeux et repassa les phases de son sommeil.\nLes miracles qu'il avait accomplis n'étaient donc que des rêves, des songes\nvains. Et c'était précisément toute la légende de saint Dominique qu'il\navait revécue, cette légende que des contempteurs avaient essayé de\nnier la veille même. Mais Fra-Angelico pensa avec joie qu'il avait pu\nadmirer la Vierge et dans son esprit s'établissait cette logique irréfutable :\n« J'ai vu le ciel, donc saint Dominique, après avoir vécu comme un saint,\na regardé comme moi le trône de Marie. »\n   Hélas encore ! Ce doux poète alla jusqu'au bout de ses déductions.\nPrécipité du ciel il portait toujours la tige de lys et le livre du Révérend\nPère fondateur. Donc saint Dominique, lui aussi, s'était abîmé dans le\ngouffre. Et le doute, l'horrible doute, tenace et rongeur « qui se nourrit\nde nous comme le ver des morts », surgit de nouveau dans l'âme candide\ndu religieux.\n                                         HIPPOLYTE FIERENS-GEVAERT\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "                                  — 301 —\n\n\n\n AUX CABARETS DE LA SAMBRE\n                                                       A Louis DELATTRE\n\n              Les mardis et les jeudis après-midi, lorsque la tyrannique retenue\n                ne nous accaparait pas dans la grande salle d'études aux murs\n                blancs, aux pupitres et aux tableaux noirs et n'exerçait pas\n                nos doigts tachés d'encre à écrire, en une couple d'heures,\n quelques centaines de vers de Phèdre ou d'Ovide pour une leçon mal sue\net quand, délaissant l'extraction de la racine carrée, le bon La Fontaine,\n Cornélius Népos, César et Tite Live, distraits par une forte gelée qui nous\npinçait les oreilles et le bout du nez et faisait apparaître le sang à fleur de\npeau, nous faisions l'école buissonnière, nous allions glisser et patiner aux\nprés Jehu, proches de la demeure de notre ami le gros Désiré.\n   Là, après avoir vissé à nos talons et assujéti, à l'aide de courroies nom-\nbreuses, nos patins hollandais dont la lame se terminait par une courbe\nélégante, nous filions sur la glace, nous poursuivant les uns les autres en\npoussant des cris de joie et riant comme des fous aux culbutes que faisaient\nles maladroits, les novices et les audacieux. Nous jouions à « quiliet »\nsimple, à « quiliet » croisé, à « quiliet » en rond, aux barres, à la « dri-\nguaille », humant l'air vif à pleins poumons, dans un charmant paysage\nd'hiver.\n   Les formes noires des usines et des terris de charbonnages n'endeuil-\nlaient plus l'alentour, la neige avait tout recouvert, de sorte qu'on ne\nvoyait plus que des monticules blancs et de grandes carapaces blanches,\npercées çà et là de hautes colonnes surmontées d'un diadème de flammes\net d'un panache de fumée. Au loin s'étageaient les maisons toutes petites\nsur une colline crêtée d'une rangée d'arbres grêles se détachant sur l'azur\npâle, irisé par les faibles rayons du soleil prêt à disparaître.\n   Les bateaux, avec leurs carènes brunies et jaunies par la vase figée sur\nelles, aux cabines blanches et vertes, dormaient sur la Sambre dont ils\navaient brisé la glace. Leur sillage se peignait en un beau vert foncé et\nbrillant au milieu de la rivière couverte de gelée.\n   Des grands peupliers qui entouraient en plusieurs files les prés Jehu, les\nuns étaient restés bien droits, mais la plupart s'étaient légèrement inclinés\nsous les ouragans venus du sud-ouest. Ils s'élevaient gigantesques et noirs,\ndans le ciel pur et leurs ramilles zébraient le couchant de cuivre rouge où\nle soleil descendait lentement.\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "                                  — 302 —\n\n\n    Les lames bleues de nos patins accrochaient encore quelques rayons ver-\n meils venus de l'horizon, puis un crépuscule rose se répandait sur la glace\n ornée d'arabesques, apaisant nos rires et nos cris et nous remplissant d'une\n  douce mélancolie.\n    Puis la glace devenait d'un gris terne, des ombres violettes baignaient les\n haies, les ramures des arbres flottaient dans une brume vermeille et le\n croissant pâle de la lune surgissait discrètement de l'azur.\n    Le soir venu, nous enlevions nos patins, d'un pas lourd et fatigué nous\n traversions le jardin auquel les tiges des choux décapités, émergeant de la\n neige, donnaient un air dévasté et lamentable. Nous entrions dans la maison\n de notre ami où s'allumaient les lampes. Nous nous affalions sur les chaises\n branlantes de l'estaminet, autour d'un gros poêle rouge.\n    La tiédeur de la salle et la fatigue nous emplissaient d'une douce quié-\n tude. On s'étirait paresseusement en se chauffant les pieds encore engourdis\n par le froid.\n    Nous buvions une bière aigre et très brune et un genièvre de bateliers,\n d'une force à nous emporter le palais. Nos appétits étaient terriblement\n aiguisés, nous faisions un festin avec les grosses galettes d'Henriette, la\n femme de Désiré, bien qu'elles fussent pareilles à de la terre glaise. Nous\n mangions avec délices des pommes de terre cuites au four et de grosses\n tartines beurrées, sans nous soucier de leur propreté plus que douteuse.\n Oh, que c'était bon! Les fricots savamment préparés par nos mamans\nexpertes en art culinaire n'ont jamais obtenu un semblable succès. Nous\nnous bourrions de pain et de patates comme les ouvriers flamands qui\nvenaient apaiser leur faim à la hâte à côté de nous, quelquefois.\n    Mais l'assaisonnement de ces repas primitifs, c'était la fringale qui nous\ntiraillait l'estomac, notre bien-être auprès du feu qui chantait, nôtre joie,\nnos rires, notre amphitryon si amène pour les quelques gros sous que nous\njettions sur le comptoir crasseux en bois blanc, dont la peinture imitait le\nchêne, et le décor dans lequel nous étions si à l'aise.\n   Au-dessus de la cheminée s'étalait une glace encadrée d'acajou, piquée\nd'une quantité de chiures de mouches, aux côtés de laquelle se tenaient les\ncarcasses de deux têtes d'énormes brochets à la gueule ornée de pointes de\nfer mises à la place des dents.\n   Derrière le comptoir, contre le mur, se trouvait le rayon dans lequel\nétaient alignés les verres à liqueurs, les chopes et les pintes, les bouteilles\nde genièvre, d'amer, d'eau de vie et de cassis.\n   Deux vases en porcelaine à dessins bleus desquels émergeaient de pous-\nsiéreuses fleurs artificielles, ornaient la planche supérieure.\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                                  — 303 —\n\n   Dans le coin, près de la fenêtre, était placé le billard anglais, à ponts, à\nprécipices et à sonnettes, dont les billes cognaient les clous en les faisant\ntintinabuler si joliment qu'on eût dit le refrain d'une boîte à musique du\ntemps passé.\n  Aux murs étaient accrochés les portraits en chromolithographie, ternies\npar la fumée, de l'archiduc Rodolphe et de la princesse Stéphanie, dans des\ncadres de paille adornés de faveurs bleues.\n   Le carrelage rouge était couvert de sable mêlé à de la boue et à des cra-\nchats.\n  Notre ami Désiré était un gros homme indolent. Dans son cabaret\njamais on ne le voyait se départir de sa nonchalance habituelle. Il ne fai-\nsait jamais un mouvement plus vite qu'un autre, marchait lentement et\npesamment et ne semblait se remuer qu'à regret. On eût dit qu'il était trop\nparesseux pour ouvrir complètement les yeux qui étaient toujours fermés à\ndemi. De sorte qu'il tenait la tête un peu renversée pour regarder ses inter-\nlocuteurs, d'un air bovin et pacifique.\n   Sa mise était pittoresque quoique sommaire. Il avait un vieux pantalon\nrapiécé à tant de places avec des morceaux d'étoffes différentes et même de\nla toile ou ravaudé ainsi qu'un bas, qu'on l'eût pris pour le vêtement d'un\narlequin immigré au pays noir. Une chemise bleue ou de couleur isabelle,\nselon les jours de la semaine, apparaissait entre le bâillement du pantalon\net du gilet, un gilet jadis noir mais devenu roussâtre, orné de manches en\nlustrine luisante.\n   Son langage correspondait à son aspect, il était lent, d'un ton de voix\nuniforme, moitié wallon et moitié français et aussi bigarré que son\npantalon.\n   Nous le trouvions souvent assis près du feu sur une chaise à bras, fumant\nsa pipe d'écume de Vienne qui avait d'extraordinaires et harmonieuses tona-\nlités de jaune, de brun et de roux. Quelquefois il travaillait à un grand filet\navec lequel il pêchait l'été. Nous nous groupions autour de lui et il nous\napprenait à filocher, à faire nous-mêmes nos aiguilles en les taillant dans\ndes boîtes à cigares.\n   Mais le plus souvent il ne faisait rien du tout, pris d'une telle paresse\n qu'il n'aurait même pas mis du charbon sur le feu ou retiré le lait bouillant\n qui débordait du pot.\n   Bien des fois, lorsqu'il n'avait qu'à tendre le bras pour empêcher le lait\n de se répandre en crépitant sur l'étuve, nous l'entendîmes crier à sa femme\n qui travaillait à la cuisine : « Henriette, dépêchez-vous, le lait court. » Et\n k femme, esclave docile, accourait saisir le poêlon par le manche en se\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "                                     — 304 —\n\n  couvrant les mains de son tablier bleu et le plaçait sur la buse du poêle\n  pour retourner à sa besogne, sans même songer à maugréer contre l'apa-\n  thie de son gros homme de mari.\n     Mais si nous avions un service à lui demander, il nous satisfaisait aussi\n  vite que son indolence le lui permettait.\n     Ah, les belles histoires qu'il nous racontait des bateliers de Landrecies,\n  Lobbes, Thuin, Landelies et Marchienne.\n     Le bon Désiré avait alors une manière toute particulière de « pincer son\n  français ». Il nous faisait le plus bel étalage de cuirs et de velours que l'on\n  puisse rêver et n'employait jamais la troisième personne de l'imparfait, il\n  la remplaçait par la première : « Ils étions... » nous disait-il et cela faisait\n  notre joie et nous lui répondions de même.\n     Nous étions au courant des faits divers de la « marine » de Sambre et\n  Meuse. Nous y pensions le soir en écrivant nos devoirs et en étudiant nos\n  leçons. Les batailles surtout nous intéressaient; nous avions vu un jour,\n  chez notre ami, le grand Moclet de Thuin et Bernard de Landelies qui,\n  attirés par de vilains bougres dans un cabaret borgne au bord de la Sambre\n  à Marchienne, en avaient jeté une demi-douzaine dans la rivière et avaient\n  assommé les autres qui n'avaient pas déguerpi assez vite. Et nous avions\n  bu la goutte avec ces héros !\n     C'était encore chez Désiré que nous allions l'été. Nos canots et nos gugs\n se trouvaient dans un garage au bout du jardin de notre ami.\n     Nous ôtions nos vêtements de ville et nous revêtions nos vareuses dans\n une chambre voisine du cabaret que nous connaissions si bien.\n    Nous mettions nos barques à l'eau et partions, à toutes rames dans la\n Sambre dont les flots avaient des reflets d'émeraudes et de flammes, pour\n arriver aux grandes prairies de la rive droite dont la verdure rafraîchissait\n nos yeux.\n    Ah! quelles bonnes journées au grand soleil, à fortifier nos muscles!\n    Au pont de Marchienne, nous abordions devant l'auberge du Cheval\n blanc où nous entrions boire un petit vin blanc de France aigrelet et frais,\n servi par une piquante brunette qui se laissait de bonne grâce lutiner et\nembrasser. Il nous restait sur les lèvres le parfum pimenté de sa peau,\nsemblable à celui des oeillets après un orage.\n    Puis nous nous embarquions pour la Jambe-de-Bois, mettant en fureur\nles pêcheurs à la ligne assis sur les rives parce que, prétendaient-ils, nous\neffarouchions les poissons. Leur colère nous mettait en joie. On échangeait\nles pires injures et nous filions en leur faisant la nique.\n    L'écluse de la Jambe-de-Bois était souvent le but de nos promenades,\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                                  — 305 —\n\nNous nous y reposions en fumant des pipes, assis devant les rochers gris\net rougeâtres mis à nu par une entaille énorme faite dans la colline qui borde\nla rivière.\n   Nous écoutions l'écho répéter longuement dans les carrières les coups\ndonnés par les tailleurs de pierre, nous regardions les ouvriers travailler\ndans les chantiers où les carcasses énormes des bateaux, semblables à des\nsquelettes de cétacés, reposaient, tenues en l'air par une multitude de mor-\nceaux de bois.\n   Quand nous étions suffisamment rassasiés du paysage, nous entrions\ndans le cabaret de l'écluse où nous nous amusions à torturer l'amour exagéré\nde la patronne pour la propreté.\n   Nous nous plaisions à multiplier les traces de nos pieds mouillés sur les\ndalles de pierre bleue, luisantes comme un miroir, ce qui commençait déjà\nà tourmenter cette vénérable femme que la moindre poussière ou la moindre\ntrace d'humidité chez elle rendait malheureuse. Nous mettions le comble à\nson exaspération en débouchant nos pipes ou en crachant au milieu de la\nsalle et en frottant des allumettes à tête rouge sous ses tables si bien net-\ntoyées. Aussi refusait-elle de nous servir à boire, peu soucieuse de satisfaire\nd'aussi malpropres clients.\n   Quelquefois nous allions plus loin, jusqu'auprès de Landelies jolie dont\nnous apercevions les petites maisons blanches recouvertes de tuiles rouges\net d'ardoises violettes.\n   Nous revenions lorsque le soleil descendait à l'horizon et que nous\nvoguions dans l'or rouge de la rivière enflammée par le couchant.\n   Le crépuscule tombait avec ses voiles de gaze noire et nous passions\nauprès des laminoirs et les hauts fourneaux en feu qui se reflétaient dans\nl'eau tremblante.\n   On apercevait aussi des myriades de lumières piquant le soir dans l'alen-\ntour et les cheminées des usines innombrables dont les fumées blanches et\nroses s'échevelaient dans le ciel.\n   Les trains passaient sur les ponts avec un énorme fracas et des sifflements\net l'on voyait dans la nuit un grand panache blanc et la succession rapide\nde petits carrés lumineux.\n   Nous arrivions près de la maison de notre ami, entourée de hauts peu-\npliers, de pommiers et de poiriers feuillus. Il nous aidait à tirer nos barques\nde la Sambre, à les retourner pour les vider et à les rentrer au garage. Nous\nnous culbutions ensuite dans la rivière où l'on se faisait « boire des tasses »\nles uns aux autres. Une fois rhabillés, nous allions, fatigués, les reins cour-\n baturés, nous vautrer sur les bancs de la tonnelle où grimpaient une vigne\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "                                  — 306 —\n\n  vierge et des capucines en fleurs. Nous allumions nos pipes et nous buvions\n  de la bière de Louvain en bouteilles, de la bière mousseuse qui nous pico-\n tait délicieusement dans le nez. Nous racontions nos gaudrioles et nos\n exploits à Désiré, qui nous écoutait toujours de son air benoît, même\n lorsque nous le « tirions en bouteille », selon son expression.\n    Ah, le bon Désiré! Si nous aimions à rire de lui, nous l'aimions bien\n aussi, nous l'aimions à notre manière, très égoïstement, d'ailleurs. Jamais\n nous n'eûmes avec lui le moindre conflit. Si sa mère, sa femme ou sa fille\n nous trouvaient parfois encombrants ou trop bruyants, le bon Désiré met-\n tait bon ordre à leurs plaintes. Nous étions les maîtres chez lui. Il accueil-\n lait bien les bonnes amies de rencontre que nous amenions sous la tonnelle\n et avec qui nous partagions les verres emplis de bière pâle galonnée d'écume\n et les baisers.\n    Désiré, son cabaret crasseux avec les gueules de brochets sur la cheminée,\n la tonnelle, la vigne vierge et les capucines, les prés Jehu, notre belle et\n capricieuse Sambre, nos après-midis, de patinage en hiver, nos promenades\n en barque l'été, nos culbutes dans la rivière, tout cela est inséparable en\n notre mémoire.\n    Chaque fois que nous apercevions le bonhomme, nous avions la sensa-\n tion, nous, petits citadins enfermés dans cette ville cerclée de fer et de feu,\nentourée de fumées noires, nous avions la sensation d'un enfant qui regarde\npar la fenêtre d'une maison triste et sombre, un beau jardin où d'autres\nêtres courent et folâtrent, libres et heureux, dans la verdure et le soleil.\nChaque fois que nous l'apercevions, une impression de joie s'emparait de\nnous aux souvenances confuses de tant d'heures folles. Il incarnait pour\nnous les moments d'absolue liberté de notre jeunesse où nous étions comme\ndes poulains dans une prairie, la vie au grand air, le charme de la lumière\néblouissante du soleil qui nous hâlaït la peau et nous enivrait.\n    Que de souvenirs sont ainsi évoqués. C'est l'histoire de notre petite per-\nsonnalité enfantine, l'histoire de nous vivant par nous-mêmes suivant notre\nvolonté et notre bon plaisir, indépendants de toute autorité et de toute\ninfluence, qui surgit à notre esprit lorsque apparaît notre ami le bon\nDésiré dont la bonté passive et l'indolence ne nous interdirent jamais\naucune fantaisie, mais favorisèrent et protégèrent toutes nos escapades de\ngamins espiègles et heureux de vivre.\n . Nous nous étions rappelé ces choses déjà lointaines en nous promenant\nun soir d'été que nous étions revenus au pays, le long de la Sambre où les\nbateaux, comme d'énormes bêtes allongées au repos, dormaient, que les\nhauts fourneaux lançaient dans la nuit leurs gerbes de flammes, que, des\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "                                   — 307 —\n\nfoyers incandescents des verreries s'échappaient des rayons qui répandaient,\nen angles immenses, un poudroiement d'or dans le ciel.\n   C'était une de ces nuits lumineuses de juin qui sont comme un jour\natténué, où les dernières lueurs de l'occident sont à peine éteintes que déjà\nl'on voit pointer à l'orient les reflets de l'aurore qui apparaîtra quelques\nheures après, effeuillant ses roses dans l'eblouissement vermeil du fir-\nmament.\n   Après la chaleur du jour, la tiédeur de la nuit semblait de la fraîcheur.\nEn ce soir diaphane, pénétrés par le charme des choses, nous nous étions\nplu à nous promener dans les souvenirs de notre enfance. Nous avions lon-\nguement parlé de notre ami, le bon Désiré. Nous nous étions informé du\nsort de nos pauvres barques qui n'étaient plus sous sa protection depuis que\nson propriétaire avait fait démolir notre garage.\n   Rentrés en ville, machinalement nous nous dirigeâmes, comme nous\navions accoutumé avant de quitter le pays, vers le cabaret où nous\nallions prendre « le bonnet de nuit » avant de réintégrer la maison\npaternelle.\n   Un de nos camarades, attiré par l'une des filles de la maison qui lui\naccordait ses faveurs, nous y avait conduit un soir et nous avions bientôt\ncontracté l'habitude de faire là quotidiennement notre dernière étape avant\nd'aller dormir.\n   C'est là que se terminaient les guilledous que nous courions à travers la\nville et que nous rencontrions souvent notre bon ami qui en était un hôte\nassidu.\n   L'endroit en valait la peine, étant des plus curieux à voir. L'enseigne :\nA la Marine de la Sambre, était peinte en lettres jaunes et vertes sur les\nvitres. A l'une des fenêtres étaient étalés des ancres, des crochets, de grosses\ncordes enroulées et d'autres objets nécessaires à la batellerie. A une autre\nfiguraient des pains aussi grands que des roues de charrette et un écriteau\nportant « Café à toute heure » sous une cafetière et une tasse sommairement\ndessinées.\n   Depuis longtemps, c'était le rendez-vous des bateliers. Ils venaient\ny acheter leurs fournitures et y trouver les affréteurs. Les marchés pour les\ntransports de charbon, de bois, de fer ou de grain étaient conclus à l'aide de\nforce libations de bière et de genièvre et quelquefois aussi, lorsqu'il fallait\nfaire donner la garde, grâce aux charmes blets de la mère Croupiaux, aux\ncharmes un peu frelatés de sa fille aînée ou à la saveur moins faisandée\nd'autres de ses filles qui débutaient à peine dans la carrière et, pour cette\nraison, avaient encore le teint d'une fraîcheur relative.\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                                    — 308     -\n\n     La mère Croupiaux, une ancienne connaissance de notre ami Désiré,\n étant une femme avisée, avait gagné de l'argent. A chaque voyage de\n bateau, elle empochait en bénéfice sur les consommations de boissons et\n d'amour une somme rondelette qui était son fret à elle, plus lucratif que\n l'autre. Comme elle faisait modérément la noce, elle ne dissipait pas tous\n ses profits, elle « plaçait sur hypothèques » et achetait des actions, ce qui\nlui permit de doter les aînées de ses filles et de les marier.\n    Les plus jeunes (elle avait une kyrielle d'enfants), élevées dans l'abon-\n dance, rêvèrent pour le tapis franc une autre clientèle que les bateliers.\n D'ailleurs, à l'époque où nous devînmes ses commensaux, les affaires ne\nmarchant plus aussi rondement que par le passé, les affréteurs, devenus\nnombreux, avaient ouvert presque tous des cabarets, de sorte que la con-\ncurrence était rude pour A la Marine de la Sambre.\n    Les mariniers y venaient encore, mais non plus pour leurs affaires;\nle plaisir seul les y amenait. Leur clientèle n'était donc plus solide et sûre\nainsi qu'autrefois, mais aléatoire comme celle des cabarets voisins.\n    La mère Croupiaux trouva du bon dans les projets de ses filles, sans\nvouloir cependant se lancer comme elles dans trop d'innovations Elle ne\ndemandait pas mieux que d'attirer les bourgeois, mais elle n'aurait 'pas\ncouru le risque de perdre ses vieux clients qui dépensaient bien et pour qui\nelle avait une sympathie ancienne, en les effrayant par trop de luxe et de\nhauteur.\n    Ses cadettes agissaient par ambition et par envie. Elles voulaient rivaliser\navec le Café de la Couronne, tenu par Joséphine Pigot, et avec l'Aigle\nbicéphale, tenu par les sœurs Larcher, qui n'étaient fréquentés que par des\nmessieurs de la ville et des industriels des environs.\n    La vieille ribaude se disait avec raison qu'elle avait mieux fait ses affaires\nque ses congénères, bien qu'elles eussent instrumenté dans une sphère plus\nélevée que la sienne, que les hommes de métier dépensent plus facilement\nque les bourgeois qui ne sont le plus souvent que des sans-le-sou bien\nhabillés et que d'ailleurs les sentiments qu'elle et ses pareilles exploitent ne\nvalent pas mieux, au contraire, dans le haut que dans le bas de la société.\n    C'est ce qui la décida à tenir ses filles par la bride et à agir avec la plus\ngrande circonspection.\n    Pour elle tous étaient égaux devant l'ordure ; les messieurs ne seraient\npas mieux traités que les mariniers.\n   Le tripot prit bientôt un air plus cossu, la tapisserie fut renouvelée ainsi\nque les banquettes qui couraient le long des murs. Quelques-unes des\nanciennes tables de bois furent remplacées par des tables à dessus de\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                                    — 309 —\n\nmarbre blanc, ainsi que le vieux comptoir sur le zinc duquel on avait\n« sifflé » tant de « gendarmes ». On remplaça aussi les vieilles chaises à\nsiège de paille. Aux murs, on suspendit de beaux cartons luisants, à lettres\ndorées, annonçant des vins de Champagne et de Moselle, des tableaux\nencadrés de Bass et C° pour les bières anglaises, le buveur gros et rougeaud\ntrempant avec avidité ses lèvres dans l'écume de la bière blonde et le coq\ndans les blés mouchetés de coquelicots, de la brasserie de Koekelberg. Mais\nla grosse mère Croupiaux prétendit garder à l'une des fenêtres les ancres,\nles crochets et les cordes qu'elle vendait aux bateliers, et le jeu de l'anneau\ndut rester dans son coin, malgré les tentatives auxquelles se livrèrent les\nfilles pour le faire disparaître. Le cabaret fut métamorphosé. La prévoyante\npatronne n'eut pas trop à se repentir d'en avoir modifié le vieil aspect. Les\nvieux clients, comme Désiré, furent bien un peu effarouchés par la somp-\ntuosité à laquelle ils n'étaient pas accoutumés, mais leurs appréhensions\nfurent vite calmées par l'aménité de la mère Croupiaux qu'ils retrouvèrent\ntoujours la même et nullement fière du luxe qui s'étalait chez elle.\n   De leur côté les deux filles attirèrent une nouvelle clientèle de jeunes\ngens et de vieux hommes, la cadette surtout. Elle avait du vice jusque dans\nles moindres replis de ses jupes. Son teint, ses grands yeux noirs et ses\ncheveux noirs, presque bleus, étaient pareils à ceux des bohémiennes.\nComme elles, lorsqu'elle n'était pas vêtue en souillon, ce qui lui arrivait\nsouvent, elle portait des robes et des colifichets où le rouge vif éclatait\ncomme une fanfare barbare de nature à attirer les dindons et les taureaux.\nLa verroterie faisait son bonheur, une broche, un bracelet, une bague, un\ncollier quelconque la fascinait. Mais le kummel, les élixirs, le cognac et le\nchampagne ne la séduisaient pas moins. Elle buvait tout ce que nous lui\noffrions, jusqu'à rouler d'ivresse sous la table. Toutefois, avant d'arriver à\ncette extrémité, elle passait par les crises les plus drôles de sauvagerie, de\ntendresse et de méchanceté.\n   Cela constituait pour nous un haut régal, c'est pourquoi nous man-\nquions rarement d'accompagner A la Marine de la Sambre, notre cama-\nrade sur qui la donzelle exerçait son affection. Elle était d'une jalousie féroce.\nChaque soir elle devenait juge d'instruction, procédait à un minutieux\ninterrogatoire auquel le malheureux devait répondre en rendant compte de\nses actions de la journée et de l'emploi de toutes les heures. Sa terrible\nmaîtresse avait une police bien organisée. Il était difficile de la tromper.\nQuand elle prévoyait un mensonge, et elle avait pour cela un instinct très\nsûr, elle lui allongeait sous la table un coup de pied sur le tibia, lui griffait\nles mains ou lui administrait des claques. Comme il était peu endurant,\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "                                  — 310 —\n\nnous assistions à des scènes d'un comique irrésistible où les belligérants\nallaient parfois jusqu'à se jeter à la tête le contenu des verres qui se trou-\nvaient sur la table. Ces petites explications étaient suivies d'explosions de\ntendresse. Elle devenait douce et câline, pleurait, implorait le pardon de\nnotre ami, pour se remettre à le griffer l'instant d'après, comme une chatte\nqu'elle était.\n   A son tour, il lui faisait d'amers reproches parce qu'elle s'était laissée\naller à une trop grande intimité avec l'un ou l'autre de ses camarades et les\ndisputes recommençaient de plus belle jusqu'au moment où nous les lais-\nsions seuls à leurs amours tumultueuses.\n   La Marine de la Sambre s'offrait donc à nous ce soir-là pour continuer\nà rafraîchir nos souvenirs.\n   De la rue déjà nous entendîmes avec étonnement la voix de notre ami le\nbon Désiré; lui, que nous connaissions si calme, si placide, poussait de\nvéritables hurlements. On se disputait sans doute; en ce cas, nous pren-\ndrions part à la querelle.\n   Nous ne dûmes pas en arriver là. Notre bon ami était dans les vignes du\n Seigneur et avait à ce moment l'ivresse triste et tapageuse. Il racontait une\nhistoire à laquelle ses interlocuteurs n'avaient pas l'air de comprendre\ngrand'chose ni de s'intéresser beaucoup.\n   Il y avait là un maréchal-ferrant, voisin de Désiré, le rouchat Constant\net deux autres débardeurs de notre connaissance. Nous ne pouvions mieux\nrencontrer à notre souhait.\n   Le rouchat Constant tenait aussi une bonne place dans notre mémoire.\nIl nous avait émerveillés, enfants, et amusés, plus tard, par sa force prodi-\ngieuse. Il était trapu et râblé, tordait une barre de fer sur son genou et la\nredressait sur la partie inférieure de son cou, entre les épaules. Il soulevait\nl'un de nous avec la chaise sur laquelle celui-là était assis et le maintenait\nen l'air à bras tendu. Il fallait voir alors les veines saillir de cette figure\ngrêlée, marquée de la petite vérole, avec de petits yeux gris, une bouche\nrouge et lippue, un menton carré, un nez gros et court, et des cheveux\ncouleur de sang caillé qui lui avaient valu le sobriquet de Rouchat.\n   Pour quelques œufs cuits durs que nous lui avions payés et qu'il avait\navalés sans même les dépouiller de leurs écailles, pour les pintes et les « gen-\ndarmes » que nous lui offrions à chaque rencontre, il nous avait bien\nsouvent tiré des mains de verriers ou de mauvais drôles, dans des bagarres\noù nous étions sur le point d'être rossés copieusement. Pour cent sous il se\nserait chargé d'assommer quelqu'un qui nous déplaisait. Enfin, nous possé-\ndions ses bonnes grâces et les nôtres lui étaient acquises.              . . .\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                                  — 311    —\n\n\n    Les autres, qui étaient débardeurs comme le Rouchat, ne manquaient\n pas de pittoresque, mais leur originalité était éclipsée par celle de leur\n robuste camarade.\n   Notre arrivée fut saluée par des acclamations. Le bon Désiré et nos\namis du quai aux Grains se levèrent, ce qui était de leur part une marque\nde considération à laquelle nous fûmes très sensibles. De leur côté les deux\nfilles, qui commençaient à s'ennuyer en compagnie de ces vieux buveurs,\nnous accueillirent de leur mieux. On nous fit une véritable ovation.\n   Nous demandâmes à boire du petit vin blanc de Moselle qu'on nous\napporta tout frais de la cave et qui nous aida à nous mettre à un diapason\nde gaieté nécessaire pour fraterniser avec nos compagnons.\n   Notre ami Désiré reluisait. Il avait du linge dont la propreté devait\ndater de la matinée seulement. La transpiration de la journée, activée par\nles nombreux verres qu'il avait certainement ingurgités, n'avait pas trop\nterni son col à bords rabattus ni le devant de sa chemise orné d'une\ncravate noire. Un gilet et une jaquette noirs que son ventre arrondissaient\nlui donnaient un air cossu et respectable, auquel il ne nous avait pas\naccoutumés. Nous trinquâmes ensemble en nous rappelant le temps passé.\n   Les filles de la mère Croupiaux avaient été réveiller deux de leurs amies\npour nous être agréables et aussi pour nous aider à vider plus rapidement\nles bouteilles.\n   Le vin blanc de Moselle finissant par nous paraître trop aigre, surtout\naux femmes, on passa au champagne.\n   Désiré avait des alternatives bizarres de tristesse et de gaieté. Nous ne\nretrouvions plus la placidité immuable que nous lui avions connue naguère.\nA de certains moments, il cessait de s'intéresser à la conversation et prenait\nun air hébété, ce qui ne lui était d'ailleurs pas difficile. Puis il buvait un\ncoup et se remettait à nous parler lentement en nous regardant les yeux\nouverts à demi et de nouveau il retombait dans sa torpeur.\n   Nous étions fort intrigués. A la fin, l'un de nous voulant le tirer de cet\nétat comateux, lui demanda ce qui le chagrinait et quel était l'objet de la\ndiscussion à laquelle il semblait prendre une si bruyante part lorsque nous\nétions entrés.\n   Il nous regarda fixement, parut hésiter, puis sa poitrine haleta, la sueur\nperla sur son gros visage rougeaud : « Je l'ai tué ! » hurla-t-il en pleurant.\n« Je l'ai tué 1 » hurla-t-il.\n   Nous essayames de le calmer et de lui demander des détails, mais il était\nredevenu silencieux.\n   A la fin, l'une des filles à qui Désiré avait déjà raconté l'histoire voulut\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "                                   — 312    —\n\n\nbien nous faire le récit de ce qui préoccupait si fort notre ami en ce moment.\n   En 1870, après Sedan, lorsque l'armée allemande marchait vers Paris\npour l'assiéger, le beau-frère de Désiré qui était Français fut rappelé sous\nles armes.\n   Son départ eût été un désastre pour la famille de sa femme, car c'était lui\nqui pourvoyait à sa subsistance. Notre ami, qui avait alors dix-huit ans et\ngagnait un franc par jour, juste de quoi se suffire à lui-même, s'offrit à le\nremplacer. On accepta sa proposition avec reconnaissance. Il partit et fut\nincorporé dans l'armée de la Loire. Ils étaient quelques Belges dans la même\ncompagnie et on les avait mis ensemble. Ils allaient à la bataille en parlant\nde leur pays et de leurs bonnes amies. Le soir, auprès de grands feux de\nbois, ils jouaient au piquet en fumant des pipes, comme chez eux à la\nveillée.\n   Mais leur officier fut tué et remplacé par un lieutenant qui avait perdu\npresque tout son peloton dans une rencontre.\n   Il les prit immédiatement en grippe, leur vola leur jeu de cartes et les\nsépara. Il les traitait comme des chiens. « Sales Belges, sales cochons de\nBelges, leur disait-il, je vous ferai crever, bâtards de Prussiens. »\n   Il les chargeait des factions les plus avancées et les plus périlleuses qu'il\ns'ingéniait à trouver. A diverses reprises plusieurs d'entre eux pensèrent y\nrester.\n   Une fois, en venant relever Désiré d'une garde pendant laquelle celui-ci\navait donné l'alarme et failli laisser sa peau, l'officier l'appela espion d'Alle-\nmand.\n   — Oui. Nom de nom de nom, interrompit notre ami en frappant, de son\npoing, la table sur laquelle sautèrent les verres au grand effarement des\nfilles, il m'appela espion d'Allemand... Je fus sur le point de lui fourrer ma\nbaïonnette dans le ventre.... Mais l'idée de tuer un homme m'effraya, parce\nque je ne suis pas un méchant bougre, moi.\n   Après cela, le lieutenant devint de plus en plus insupportable. A la fin\ndeux des camarades furent tués par sa faute ; il les avait trop exposés dans\ndes avant-postes.\n   A ce moment Désiré poussa un hoquet formidable et se remit à larmoyer,\nIl continua son histoire en l'entrecoupant de sanglots et de hurlements.\n   Nous comprîmes que son bourreau l'avait conduit en faction à l'endroit\nmême où avaient été tués un peu auparavant ses compatriotes.\n   — Grosse brute de Belge, mets-toi là-bas, dit l'officier, nous verrons si tu\nseras plus malin que tes campagnons.\n   C'était par un soir de gel ; dans un bois, les arbres disséminaient leurs\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                                  —   3T3    -\n\nramilles givrées dans la lumière bleue de la lune, la neige criait sous les\npas.\n   — Je me dissimulai dans l'ombre d'un gros arbre, nous dit Désiré que\nl'on ne comprenait presque plus, tant il hoquetait. L'officier s'éloigna en\nm'envoyant une dernière injure. Il retournait faire tranquillement sa partie\nau cabaret du hameau dans lequel nous étions campés.\n   Sale Belge, grosse brute de Belge, espion d'Allemand, tout cela me bour-\ndonnait dans les oreilles et dans la tête. A côté de moi, je voyais le tronc\nd'un bouleau éclaboussé du sang de mes camarades tués la veille par les\nPrussiens.\n   Mon fusil était armé, j'avais le doigt sur la gâchette, le drôle s'en allait\npar un sentier bordé de hêtres, son large dos éclairé par la lune. Sale Belge,\ngrosse brute de Belge... Ah cochon! Je levai mon arme (il fit le geste\nd'épauler un fusil et de viser, geste plus expressif que sa parole embarras-\nsée) et crac. Je courus à travers la fumée. Il y avait un mort dans la neige.\n   Oui, je l'ai tué, proféra notre ami en s'abattant sur la table, faisant tré-\nbucher des verres qui se cassèrent sur le plancher. Je l'ai tué, s'écria-t-il en\nhurlant... Je sais bien que je n'ai pas bien agi, mais il m'avait trop injurié\net il fallait venger les camarades.\n   Sa désolation était grande. Il était en proie au remords de son action\ncoupable. Il scandait ses lamentations de coups sur le marbre qu'il marte-\nlait de son poing. « Je l'ai tué, je l'ai tué, beuglait-il, mais si c'était à\nrefaire, je tirerais encore parce qu'il nous avait trop maltraités. » Ses cris et\nses pleurs redoublaient et il nous demandait le pardon du meurtre qu'il\navait commis. « Est-ce que vous me prenez pour un assassin? Je suis tou-\njours votre ami, n'est-ce pas? »\n   Il fallut le calmer. Le rouchat Constant le regardait avec une admiration\nhébétée.\n   — T'as eu raison, Ziré, moi je l'y aurais fait sortir ses boyaux à cet\nanimal-là. T'as eu raison. Je vais encore boire un coup parce que\nn. de D. t'as eu raison.\n   Ils se remirent à boire du genièvre poivré, une espèce de vitriol qui leur\n mettait le feu au corps, jusqu'au moment où les débardeurs roulèrent sous\nla table. Désiré ne parlait plus que par monosyllabes depuis quelques\ninstants. S'il n'alla pas rejoindre les autres sur la « dure », c'est que son\nembonpoint ne lui permit pas de passer entre la table et la banquette sur\n laquelle il était assis.\n    Le jour commençait à blanchir les stores baissés des fenêtres et à faire\n pâlir l'éclat des lampes. Les filles qu'on ne lutinait plus somnolaient, vau-\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "                                    — 314 —\n\ntrées sur les bancs et les chaises et nous bâillions à nous décrocher la\nmâchoire. Nous quittâmes la Marine de la Sambre pour gagner notre lit.\n   Quelques semaines après, m'apercevant que ma barque était menacée\nd'une voie d'eau, je ramai jusqu'à la demeure de notre ami le bon Désiré,\naux prés Jehu, par-delà le pont de Louvain, pour la lui faire réparer.\n   Je débarquai un matin flamboyant d'été à notre ancienne terrasse d'abor-\ndage et entrai au cabaret familier.\n   Henriette, la femme de notre ami, nettoyait le parquet de carreaux\nrouges. Sa fille frottait le comptoir avec une loque grise. Les chaises et les\ntables étaient fourrées pêle-mêle dans un coin.\n   Je les saluai bruyamment. Est-ce que Désiré est ici, dis-jè.\n   Elles me regardèrent avec étonnement et stupeur. Henriette se mit à\npleurer.\n   — Ah, bien oui, Désiré, pauvre cher homme, s'il pouvait encore être ici!\n   — Vous ne savez donc pas qu'il est mort, me dit la fille, les larmes aux\nyeux.\n   Elles m'expliquèrent qu'on l'avait ramené, un matin, de la Marine de la\nSambre où il avait eu une attaque d'apoplexie. Il était mort peu de temps\naprès.\n                                                 M A U R I C E DES O M B I A U X\n\n\n\n\n     Notes sur les Primitifs d'Espagne.\n                                  Fragment (1).\n\n                         GOTHIQUES WALLONS\n\n   ... Quand on a bien fureté dans ces quelques délicieuses salles du rez-de-\nchaussée, où la fraîcheur, le silence religieux de crypte, la quasi-solitude\nsont si propices à l'impression intégrale de ces œuvres de piété, de ces\ntriptyques aux cadres anciens et de ces panneaux d'autel aux fonds d'or,\nquand on a découvert successivement ANTONIO DEL RINCON, PEDRO\nBERRUGUETE, FERNANDO GALLEGOS et quelques autres tout à fait\nanonymes, artistes méritants et méconnus des premières aurores de l'art\nespagnol, dont rien, ailleurs qu'en ce Musée du Prado, ne se peut voir, on\n\n\n (1) Voyez la Jeune Belgique de 1894, nos de janvier, mars et mai.\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                                  — 315 —\n\nvient se prosterner, avec une ferveur un peu chauvine, devant l'incomparable\n splendeur des vieux maîtres des Flandres dont les œuvres robustes semblent\npeintes pour l'au-delà des temps...\n   Ils sont ici dignement représentés et l'on devine, à les voir si nombreux\net si honorés, l'influence prépondérante qu'ils eurent sur la formation des\npremiers artistes d'Espagne : trois JAN VAN EYCK, six ROGER VAN DER\nWEYDEN, un MEMLING, un des rares PETRUS CHRISTUS dont l'authen-\nticité ne soit point contestée, un BREUGHEL LE VIEUX : les Triomphes\nde la Mort qui est une émouvante merveille, sept JÉRÔME BOSCH, ce très\ncurieux créateur du fantastique grotesque, un GOSSART, un DE BLES et\nsept JOACHIM PATINIR.\n   Il n'est pas de collection européenne qui se puisse enorgueillir d'une\npareille richesse en œuvres de PATINIR; l'admirable National Gallery en\npossède six, mais ils sont loin d'être de la qualité de la Tentation de saint\nAntoine de Madrid. On peut trouver bizarre et presque humiliante cette\nimpuissance des musées belges à conserver et à réunir les productions de\nnos artistes nationaux, et déplorable qu'il faille, pour apprécier et com-\nprendre ceux-ci, courir à Madrid, à Londres ou à Vienne. Il en est ainsi\npour PATINIR, pour BOSCH et pour BREUGHEL, qui sont parmi ceux\ndont nous avons le plus le droit d'être fiers.\n   PATINIR, par exemple, comment le connaît-on chez nous? A Bruxelles\net à Anvers, son souvenir est assez pauvrement évoqué par des tableaux\nestimables qui ne se distinguent pas spécialement de la bonne tenue de la\nplupart des œuvres gothiques de son temps. Au plus pourrait-on y observer\nun souci particulier du paysage, un amour des verdures, des fleuves et du\nplein air que ses précurseurs et ses contemporains semblent avoir ignoré,\nTôt, les peintres flamands, observateurs de la vie, avaient célébré la nature,\nmais toujours à titre d'épisode et d'accessoire, souvent par le prétexte d'une\nfenêtre ouverte, ou d'un balcon, laissant voir un horizon en miniature.\nPATINIR, au contraire — et ceci est neuf— fait du paysage l'objet impor-\ntant et principal de son ambition esthétique. Sans doute, il ne s'affranchit\npoint des usages de son époque : sa peinture reste religieuse ; au premier\nplan, une Vierge ou un Saint, figure étudiée avec minutie, traitée avec sin-\ncérité et vigueur, noblement drapée de plis cassés et amples telles qu'elles\napparaissent chez les suivants de l'Ecole de Bruges sous des dais gaufrés\nd'or ou des architectures opulentes, mais cette figure, PATINIR l'établit en\nplein paysage : sa Vierge assise sur un monticule, son Saint à genoux dans\nles broussailles, et cela, parfois avec quelque gaucherie, avec une inhabileté\n à rattacher au décor le personnage conventionnel, à ce point que certaines\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "                                 — 316 —\n\nfigures paraissent avoir été ajoutées après coup, peut-être par une main\ndifférente. D'aucuns ont pensé, dit M. Fétis, à la collaboration de MOS-\nTERT, supposition toute gratuite, d'ailleurs, la personnalité de MOSTERT\nn'étant pas mieux précisée que celle de PATINIR.\n    La Fuite en Egypte a été un des sujets préférés par PATINIR. Il en\nexiste des variantes, à Anvers, à Vienne, à Londres et à Madrid, peut-\nêtre ailleurs. Occasion de paysage, occasion de peindre une Egypte de\nhaute fantaisie, avec les arbres et les buissons de la Belgique, des rivières\net des rochers et de vastes horizons accidentés aux lointains bleus. Vers le\nmême temps, Léonard de Vinci environnait aussi le mystère de ses Vierges\ndouces de l'azur obscurci de rocailles superposées ; mais je ne pense pas\nque Patinir ait obéi à l'influence d'Italie. On s'accorde, au contraire, à le\nreprésenter comme un des plus persistants gothiques et l'un des plus décidés\nà lutter contre la tendance qui déjà commençait à entraîner nos artistes vers\nFlorence et Rome.\n    L'analogie, au surplus, est. très superficielle : elle peut s'expliquer par\nl'observation simultanée d'un phénomène constant : à quelque distance et\nsurtout lorsqu'ils sont vus de haut, les horizons bleuissent sensiblement à\ncertaines heures du jour et du soir. Il y a là un effet de lumière, très réel,\nexagéré par l'artiste de la même manière qu'en mainte estampe d'Hokusaï.\n Le rapprochement est inattendu ; mais il y a dans les tableaux de Madrid\ncertains bleus particuliers, en teinte plate, qui l'imposent catégoriquement.\n    Ce sont des bosquets touffus aux frondaisons vertes, des vallées et des\ncoteaux, de gothiques villes hérissées de tours et de beffrois, de sinueuses\nroutes sur lesquelles chevauchent d'imperceptibles cavaliers, de grands ciels\njoyeux reflétés dans des rivières qui glissent ou s'étalent, et s'éloignent\n entre des rochers pointus, déchiquetés, éboulés en arcs, en grottes, en pro-\n montoires...\n    Cette nature mouvementée, — dont la perspective spéciale ne se conçoit\n bien que si on la suppose vue d'un endroit élevé, en sorte que l'horizon\n soit au-dessous du spectateur et non devant lui, ainsi que le supposent les\npeintres d'aujourd'hui, — ce paysage montagneux est-il de convention\n pure? Je n'en crois rien. Dans le petit Saint-Jérôme de Bruxelles, le fleuve\n dont les sinuosités fuient entre des rives boisées, entre des collines cou-\n ronnées de châteaux forts, fait songer au Rhin ; d'autres fois, certains coins\n rappellent bien fort les Ardennes et la Meuse (vues de haut, ne l'oublions\n pas). Et quand nous saurons que Patinir est né à Bouvignes, petite ville de\n l'ancien comté de Hainaut, située en face de Dinant, ne serons-nous pas\n fondés à croire que c'est son pays natal qu'il se complut à célébrer ainsi, ne\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                                  -   317:-\n\n  pourrons-nous pas légitimement considérer son œuvre comme un cantique-\n  filial à la terre wallonne dont il conta toute sa vie la poésie et la variété\n  d'aspects?\n      La vie de ce grand peintre est encore inconnue. On sait qu'il se maria\n  pour la seconde fois, en 1521, à Anvers, où il était inscrit à la Gilde Saint-\n  Luc depuis 1515. Albert Dürer assista à ses noces et fit son portrait :\n témoignage d'estime qui vaut bien de plus amples biographies. En 1524, il\n était mort, on ignore à quel âge. Son labeur a été dispersé, éparpillé à\n travers l'Europe, dédaigné, méconnu, caché sous dés attributions plus\n pompeuses et décoratives. L'affirmation la plus importante en est ce tableau\n de Madrid qui représente les Tentations de saint Antoine.\n     Très résolument, l'auteur a fait fi de la légende. Le désert classique est\n une contrée délicieuse, fertile et diverse. Le saint traditionnel est un sei-\n gneur de fort bonne mine, vêtu d'un élégant pourpoint de velours noir.\n     Il se trouve assis sur un gazon verdoyant, au sommet d'un tertre d'où se\n découvrent des lieues et des lieues de pays A gauche, sur une éminence\n rocheuse, l'ermitage cossu et confortable comme une petite abbaye ou une\néglise de bourg. Plus loin des rochers encore, à travers lesquels des chemins\nserpentent, un grand fleuve clair avec des barques et des bateaux sveltes,\nune petite ville aux tourelles crénelées ; puis encore des champs et des bois,\nun village avec un moulin à vent, et dans ces immensités verdoyantes, en\népisodes miniatures, deux ou trois tentations assez pareilles aux habituelles.\n    Mais revenons à l'élégant seigneur qui résiste bien mollement — et qui\nl'en blâmerait! — aux sollicitations des trois exquises damoiselles qui\nl'entourent. L'une, la main appuyée sur l'épaule d'Antoine, se penche gra-\ncieusement vers lui pour l'inviter à accepter une pomme, le fruit défendu, que\nlui présente la seconde jouvencelle, et la troisième ouvre les mains d'un geste\ndélicat et menu, délicieusement engageant. Elles sont toutes les trois ado-\nrables de jeunesse, d'amabilité et de charme, d'élégance aussi : parées,\ncomme pour une fête, en ces costumes superbes du temps, la gorge décou-\nverte par un décolletage carré, des manches bouffantes à crevés, de longues\nrobes traînantes d'une aisance infinie ; et leur peau fine est si blanche, leurs\ngestes sont si souples et si cajoleurs, leurs mains sont si princières, et leur\nsourire, leur regard est si calinement imploreur et attentif!\n    Derrière l'une de ces félines et séduisantes créatures, cachée aux regards-\ntroublés du saint, ricane une horrible vieille, édentée, ridée, au teint\nterreux, dont le corsage débraillé montre un sein flasque au bout allongé\net tordu comme une racine. Elle aussi est anxieuse et guette la défaillance\nd'Antoine; de ses méchants regards de bataille, de ses mains aux doigts:\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "                                  -   318    -\n\ncrochus, elle excite ses filles à redoubler de blandices, à précipiter la chute\nde cette volonté qui chancelle. Contraste d'allégorie facilement intelligible\net qui devait être dans les esprits vers le commencement du XVIe siècle,\npuisque nous retrouvons une disposition analogue dans l'assez insignifiante\nTentation d'HENRI DE BLES que possède le Musée de Bruxelles.\n   L'artiste qui a créé ces cinq personnages est un maître. Et le sentiment en\nest tellement pénétrant et subtil, le faire en est d'une telle souple et irrépro-\nchable science, la couleur en est si claire et si moderne, cela semble telle-\nment au-dessus de toutes les autres figures de PATINIR, tellement plus fort\nque le paysage, pourtant bien beau, qu'on se prend, malgré soi, à douter, à\nconjecturer quelque collaboration possible : le sourire d'enfant, la peau\nblanche, les gestes menus, la grâce aisée, la candeur aux dessous de perver.\nsite de ces trois tentatrices sont également la parure de la petite courtisane\ningénue qu'est Salomé dans le volet droit du triptyque de QUENTIN METSYS\nà Anvers. Et pourquoi pas? Le savant directeur du Musée du Prado, à qui\nj'en parlai, trouva l'explication plausible : PATINIR et METSYS vécurent à\nAnvers en même temps.\n   Mais il est inutile d'édifier — si ce n'est pour mieux caractériser mon\nimpression — des hypothèses peut-être injustes : laissons cette gloire\nentière à PATINIR et souhaitons que le musée de Bruxelles, enfin respectueux\nde cette mémoire, s'enrichisse d'une exacte copie de cette œuvre prestigieuse,\ntout au moins d'une bonne photographie, comme cela devrait être fait du\nreste pour toutes les œuvres de nos artistes nationaux que nous ravit\nl'étranger.\n   Voilà donc une très intéressante individualité qui vient démentir la bana-\nlité généralement accréditée : que la Wallonie est restée étrangère au déve-\nloppement artistique de notre race. C'est une croyance fort commune et qui\na toute l'autorité d'un cliché ; elle n'en est pas moins injustifiée et ne\ns'explique que par l'éclat exceptionnel des écoles des Flandres. Restituons\nà Vander Weyden son véritable nom et rappelons que ROGER DE LA\nPASTURE naquit à Tournay ; notons encore ce DE BLES, dit CIVETTA, né\nà Bouvignes, comme Patinir, et comme lui, mais à un degré moindre,\nartiste curieux, original et mal connu : se trouve de lui, au Prado, un petit\ntriptyque dont le panneau central représente l'Adoration des Mages et qui\nest joli, joli, d'une richesse capricieuse et peut-être un peu surchargée, avec\nces ornements contournés comme des ferronneries, dans les architectures\net les costumes, qui est une des caractéristiques de sa manière. Un précieux\n GOSSART se trouve non loin, qui fut donné à Philippe II par la com-\nmune de Louvain pour le remercier d'une dispense d'impôts à la suite d'une\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                                 — 319 —\n\npeste et qui offre une étrange combinaison d'influence : une vierge gothique\ndu pur style brugeois en un vestibule de marbres renaissance italienne,\nd'allure mantégnesque ; il nous fait penser que ce GOSSART était un autre\nenfant de Wallonie, souvent appelé JEAN DE MAUBEUGE O U . M A B U S I U S .\nOn pourrait citer enfin JEAN BELLEGAMBE de Douai et plus tard\nLAMBERT LOMBARD à Liége et constater ainsi qu'à l'époque sainte pour\nnotre art où les Flandres furent illuminées des Van Eyck, Memlinc et\nMetsys, les provinces méridionales de la Belgique produisirent et élevèrent\ndes artistes pour un essor commun vers un même idéal esthétique...\n\n                                                      JULES DESTRÉE\n    (A   continuer.)\n\n\n\n\n      LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE\n                                    AVE\n\n              Mère de la Joie pure, servante parfaite devant Dieu, maintenant\n               assise quatrième à côté des Trois, toi-même femme-Trinité,\n               — fille née à Dieu, mère du Christ depuis l'étable jusqu'à la\n               croix, épouse du Saint-Esprit, — oh! quand notre détresse\nest extrême, souviens-toi que de ceux que la mort peut frapper, tu fus un\njour la sœur! Pierre angulaire de l'humanité, base du grand Mystère,\nformée comme nous, et pourtant supérieure à nous!\n   Ne te rappelles-tu pas (lorsque le souffle lourd de juin échauffait les\nlongues journées dans Nazareth) ce soir où tu allas donner à tes fleurs un\npeu d'eau, afin qu'elles pussent vivre encore une nuit languissante dans\nles sables? Au loin les arbres étaient comme des tiges pâles contre le ciel\nfervide ; la mer, plus loin, soupirait éternellement, comme dans le som-\nmeil soupire la douleur humaine. Alors soudain la solennité s'approfondit,\ncomme pour un jour vers lequel tous les jours auraient été des pas dans\nles chemins cachés de Dieu : jusqu'à ce qu'un sentiment, pareil à la prière,\nqui est partout, comme Dieu, se recueillît autour de toi, et une voix te\n parla sans aucun son, étant la voix du silence: « Salut », disait-elle, « à toi\nqui es hautement favorisée ; le Seigneur est avec toi à jamais. Sois bénie\n entre toutes les femmes. »\n   Ah ! pensais-tu à la fin, quand d'abord cet Enfant fut nourri sur ton sein?\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "                                    -— 320 .T—\n\n\n Ou quand Il s'essayait à marcher autour de tes genoux, ta grande douleur\n   la vis-tu poindre alors ? Et dans toute Son enfance, année par année, man-\n   géant avec Lui la Pâque, discernas-tu confusément le sacrement plus saint,\n   et que près de vider le calice amer, Il romprait le pain et en mangerait? Ou\n  'bien la connaissance ne te vînt-elle pas avant ce jour marqué par le ciel où\n   Son pied franchit ton seuil pour aller où L'appelait Son père? Ou bien le\n   grand secret de Dieu fut-il alors encore gardé?\n      Non, je crois que le murmure en grandissait lentement, comme la crois-\n   sance à travers l'enfance. Le travail et le jeu, les choses banales de chaque\n   jour, t'inspiraient la vénération de desseins inaccomplis, et en toute ta\n   jeunesse, quelque chose te donnait la paix, comme la lumière naissante te\n   la donne quand tu as préparé ta lampe à la nuit et lavé tes vêtements dans\n   la rivière; et vers ton lit blanc était venue la vision qu'il était à toi et que\n   tu étais à Lui qui vit parmi les lys des champs. Oh ombre solennelle de la\n   fin, en ce sage esprit longtemps gardée! Oh fin terrible! et ces longues\n  années inconnues quand ce fut accompli!\n      Ne te rappelles-tu pas (quand le crépuscule s'en allant laissait obscure la\n  maison de Jean) entre les barreaux nus de la fenêtre la vaste veillée des étoiles?\n   Car toi, comme elles vigilantes, tu te levais de la place où tout le jour tu\n  avais préparé des vêtements pour Ses pauvres; et voyant le terme fixé durer\n  jours et nuits qui jamais n'apportaient le bruit de Son char s'approchant,\n -tu élevais à travers le désert inexploré des nuages ces regards qui disaient:\n « Combien de temps, ô Seigneur? » Alors le disciple qu'il aimait, devi-\n  nant, peut-être se sentait entraîné à demander ta bénédiction en Son nom,\n  et cette même pensée en vous deux, la même, mais silencieuse, alors vous\n  enveloppant, vous faisait pleurer ensemble, larmes longtemps retenues,\n  pauvres larmes de patience, muettes et lentes. Pourtant, Il disait : « Certes\n je viendrai bientôt », Celui qui par la vie et par la mort était rentré dans Sa\n demeure. Amen! Viens donc, Seigneur Jésus, viens!\n      Mais oh! quelle langue humaine peut dire ce jour où Michel vint enle-\n ver à' l'esprit fatigué, comme un voile, son pacte avec Gabriel, supporté\nlongtemps jusqu'au bout! Quelle pensée humaine peut approcher le\n mystère de maternité de l'instant où ton Bien-Aimé renouvela la douce\n communion rompue, Sa main gauche sous ta tête, et Sa droite t'embras-\nsant? Voici, Il était tien, et Le voici tel?\n- Mon âme, est-ce la Foi, l'Amour ou l'Espérance qui me la fait voir\n debout où la lumière du Trône est éclatante? A gauche, à droite, les\n chérubins, rangés, unis, volent vers un point d'or, et d'entre les séraphins,\n la gloire s'élève comme un hymne. O Mère Marie, ne dédaigne pas d'en-\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                                  — 321 —\n\n\ntendre, toi que revêtent les étoiles, qui vois et ne peux être vue ! Ecoute-nous\nenfin, O Reine Marie! Vers notre ombre incline ta face, te penchant dans\nta demeure cachée, ô Vierge Marie, pleine de grâce !\n\n                                           DANTE-GABRIEL         ROSSETTI\n\n\n\n                    LA CIGALE E T L E GRILLON\n\n    La poésie de la terre ne meurt jamais;\n    quand tous les oiseaux languissent de l'ardeur du soleil\n    et se cachent dans les arbres rafraîchissants, une voix court\n    le long des haies, autour du pré nouvellement fauché;\n    c'est la voix de la Cigale; elle préside\n    aux joies de l'été, elle n'a jamais fini\n    ses plaisirs ; car fatiguée de se réjouir,\n    elle se repose à l'aise sous une herbe douce.\n    La poésie de la terre ne finit jamais;\n    l'hiver, un soir solitaire, quand le gel\n    a fait le silence, du poêle s'élève argentin\n    le chant du Grillon, dans la chaleur croissant toujours,\n    et semblant être, à qui est presque perdu dans le sommeil,\n    la chanson de la Cigale parmi les collines herbeuses.\n                                                     JOHN KEATS\n                                           (Traduction   de PAUL TIBERGHIEN).\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": "                                  — 322 —\n\n\n\n\n         CHRONIQUE                        ARTISTIQUE\n                Le Sillon. — La Société des         Beaux-Arts.\n\n\n            Dépassant de loin celle du lapin, si honorable déjà, la fécondité\n             des gens des quat'z arts s'en va tout à l'heure disputer le\n             record à celle de l'esturgeon. Jamais le tableau n'a tant pul-\n             lulé. Jamais non plus le peintre n'a geint davantage et celui\nqui ne parvient pas à caser, simultanément, ici et là, vingt chefs-d'œuvre\nà la montre, crie comme un sourd qu'on étouffe son génie et qu'on veut\nl'empêcher de parvenir au public. Bien que le gros de la peinture se soit\ndirigé sur la foire d'Anvers, il nous en est resté de quoi faire de petites\nexpositions de toute espèce dans tous les coins. N'en retenons que deux,\ncar soyons bref. ..\n   Le jeune cercle Le Sillon a ouvert son second salonnet, tranquille et esti-\nmable comme le premier. La plupart de ses membres font preuve de talent\net paraissent en progrès. L'un de ceux qui ont le plus attiré l'attention, c'est\nM. Gustave Stevens, chez qui l'on constate l'abondance des dons naturels,\nune aimable facilité, une vision gracieuse et souple. En se concentrant\ndavantage, en serrant de plus près la forme et le caractère, comme il a com-\nmencé à le faire dans quelques dessins, M. Stevens évitera sans doute le\ndanger de tomber dans l'élégance convenue et superficielle où l'improvisa-\ntion pourrait l'entraîner. Il faut citer un animalier au coloris solide, chaud\net plein, M. Georges Berhier; un énergique descripteur des âpres sites\net des types bretons, M. Léon Bartholomé; des paysagistes dont plusieurs\nsemblent se souvenir beaucoup des scènes crépusculaires et nocturnes de\nM. Gilsoul : notamment M. Blieck, coloriste savoureux, et M. Verdussen,\ndont le Soir a une belle vigueur et un bel emportement. Les Esquisses\nalgériennes et les paysages brabançons de M. Madoux se recommandent\npar des qualités de finesse et de fraîcheur. En général, les artistes du Sillon\nont pour objectif la représentation directe du phénoménisme dans la\nnature. Seul M. Cuvelier semble faire exception. Son portrait de jeune fille,\nde coloration peu séduisante, pénètre au delà des formes, s'essaie à évoquer\nla vie intérieure, comme son dessin Souvenir, une belle tête douloureuse,\ncalme et pensive, aux yeux clos, un souvenir de certains Redon peut-être?\nParmi les dessins, nous ne voyons à mentionner encore que les impres-\nsions poétiques de M. Henri Meunier. Un seul sculpteur compte au\nSillon : M. Weygers.\n   Plusieurs personnes ont éprouvé le besoin de doter Bruxelles d'une\nSociété des Beaux-Arts, dont le premier Salon a obtenu un grand succès\nmondain. Cela n'est pas méprisable. Il est bon de faire ou de tenter, comme\non peut, l'éducation de tous les genres de public, et si l'hypocrisie est un\nhommage que le vice rend à la vertu, le snobisme même, ce pharisa'isme de\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                                  -   323 —\n\nl'admiration, est un hommage que la mode rend à l'art. Malheureusement,\ndevant beaucoup d'oeuvres exposées dans ce Salon, la mode n'a rendu hom-\nmage qu'à elle-même, ou à l'argent.\n    Manifestement, la plupart des artistes étrangers invités n'ont été recher-\nchés que pour leurs situations officielles, leurs médailles, leurs décorations,\nle prestige des gros prix. Sollicités pour leur nom, ils se sont bornés le plus\nsouvent à envoyer des pancartes de visite avec leur nom au bas. Tel sir\nFrédéric Leighton, qui a une Clytie au ciel cartonneux et une statuette où\nla gentillesse s'allie à la lourdeur; tel M. Alma Tadema dont on présente\ndeux tableautins de peu d'intérêt; tel sir John Everett Millais, qui eut du\ntalent dans sa Veille de la Sainte-Agnès, par exemple, et qui n'a plus que\nde l'exactitude minutieuse dans son Ornithologist, une composition anec-\ndotique et sentimentale, bonne tout au plus pour fournir un hors texte au\n Christmas number de l'Illustrated London News; tel encore M. Hébert,\navec son éternelle Italienne nue, aux grands yeux de fièvre sur fond de ver-\ndure aigre, ou M. Roybet avec deux Trompettes Louis XIII d'une égale et\nlassante virtuosité, ou M. Bonnat, avec ses durs portraits où la couleur\n fécale des fonds reparaît dans les ombres, soulignant le ton plâtreux des\n chairs.\n    Mais que dire des Autrichiens et des Hongrois, de M. Munkacsy, chi-\n card, tapageur et tape-à-1'œil, de M. Benczur, chamarreur patenté, passe-\n mentier émérite, de M. Ferraris et von Angeli, qui sont des Herbo à\n clientèle princière, comme le nôtre est à clientèle de chasseurs-éclaireurs et\n d'orphéonistes? Que dire surtout des Italiens et des Espagnols qui rap-\n pellent les plus mauvais jours de l'histoire des Aquarellistes! Les Aquarel­\n listes avaient réussi à s'en débarrasser à la longue : les voici revenus, les\n mêmes ou leurs semblables, les Corrodi, les Sartorio, les Vannutelli et\n toute la tribu des tutti quanti. Les meilleurs, et de loin, sont, parmi les\n Italiens, M. Pasini, qui est un orientaliste très français, imitateur de\n Fromentin, et parmi les Espagnols, MM. Barbudo et Rico, qui ne font\n que perpétuer la peinture à paillettes de Fortuny. Le reste ou peu s'en faut,\n est insupportable, à commencer par les confitures et les crèmes fouettées de\n M. Raymond de Madrazo.\n     Les trois portraits qu'on expose de M. Lenbach ont déjà été vus ici et ne\n nous apprennent rien de nouveau ; cependant celui du régent de Bavière,\n résultat de manoeuvres compliquées, intéresse toujours par la pénétrante\n acuité de l'observation. Les paysages de M. Cazin défendent assez mal sa\n légitime renommée ; dans ce genre de peinture doux, calme, somnolent,\n où la couleur ne chante qu'à voix basse, les impressions vaporeuses de\n  M. Macaulay Stevenson ont plus de suavité et plus d'accent. Un autre\n peintre de Glasgow, M. Lavery, expose une Dame en noir d'un assez grand\n  charme, mais ses autres tableaux, un Croquet d'un effet cru, et le Soir, un\n  Besnard sans vie charnelle et sans souplesse, sont très inférieurs à ses der-\n  niers envois du Salon de Bruxelles. Relevons encore, parmi les tableaux\n  étrangers, un délicat Lever de lune de M. Billotte, une tête de matelot\n  stricte et figée de M me Demont-Breton et les colorations d'une harmonie\n  somptueuse de M. Brangwyn.\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "                                      324    -\n\n    Une salle entière est consacrée à M. Emile Wauters, et l'on voit s'y\n aligner deux douzaines de portraits, pour la plupart des pastels : de belles\n dames, toutes très gracieuses, avec de belles épaules, de beaux bras, de\n belles robes, etc. Cela intéresse prodigieusement les visiteuses et les entraîne\n à des gesticulations spasmodiques. Malheureusement ces figures de poupées\n ont des physionomies peu caractérisées, ces bras sont loin d'être d'un\n dessin irréprochable, ces poses sont inexpressives et artificielles, et pour\n tout dire ces portraits si distingués plaisent surtout par ce qu'ils ont de\n vulgaire. Seuls les accessoires sont d'une belle exécution; il est juste de dire\n que les accessoires jouent le rôle principal. Quelques portraits à l'huile sont\n bien supérieurs et rappellent mieux les fortes qualités de M. Wauters.\n Celui de M. Olin est excellent, très bien vu; mais celui de M me Caron est\n totalement dénué de noblesse, ce qui est presque incroyable.\n    Passer en revue tous les artistes belges qui participent au Salon des\nBeaux-Arts nous entraînerait à des redites fastidieuses. A côté de quelques\n amateurs ou professionnels négligeables, il y en a beaucoup de très\nméritants, mais en général ils exposent fort peu de choses inédites. Signa-\nlons seulement deux récents paysages, d'une éclatante et fraîche clarté, de\n M. Heymans, dont le procédé semble séduire M. Asselbergs ; le Domaine,\n de M. Gilsoul, une solennelle tombée de soir dans un parc seigneurial; un\n portrait de belle allure de M. Verheyden; trois paysages, aux puissantes\ncolorations admirablement fondues, de M. Binjé, toujours à la recherche\nd'harmonies nouvelles; un précieux portrait de jeune garçon, à la jolie tête\nétonnée, de M. Khnopff, qui expose aussi une figure sculptée expressive,\nmais peu consistante. La section de sculpture, à côté d'œuvres assez ordi-\nnaires, comprend encore quelques bons bustes de MM. Constantin Meunier,\nVinçotte, de Lalaing, et la gracieuse Psyché, exemplaire réduit en ivoire,\nde M. De Vigne.\n    Parmi les objets d'art, on remarque surtout — pour ne pas parler d'un\néventail ignoble, bêtement spirituel, de M. Béraud — de fines ciselures\nde M. Brateau, de belles verreries de M. Leveillé, d'intéressantes cérami-\nques de M. Bigot, de MM. Dalpayrat et Lesbros, des vases, des médailles.\ndes plaques sculptées de M. Fernand Dubois, un intérieur et un mobilier\nnéo-anglais de M. Hobé. Ceci est le côté « Champ-de-Mars » de cette expo-\nsition, d'ailleurs très « Palais de l'Industrie » pour le reste, sauf pour\nl'arrangement, religieusement calqué, jusque dans les moindres détails, sur\nla récente exposition de la Libre Esthétique.\n                                                       ERNEST VERLANT\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                                         — 325 —\n\n\n\n\n                                 MEMENTO\n    Nos abonnés et nos acheteurs sont priés et à sa digne compagne dame Pluche : grâce\nde remarquer que la présente livraison, 'à leurs efforts et à leurs bonnes mœurs, nos\nétant de 64 pages, est double.                 doux oncles De Monge, Loise et Charles\n                                               Tilman ne mourront pas sans bénir leur\n                                               successeur.\n   L'Express de Liége publie une chronique        11 est évident, n'est-ce pas ? que, du mo-\nsignée « Maître Blasius », dont voici un ment où deux artistes s'admirent entre eux,\nfragment caractéristique :                     ils perdent, par le fait même, toute espèce\n   « Puisque nous parlons 'art et artistes, de talent, et il est constant aussi que s'ils\nc'est le moment peut-être' de faire au profit se détestent et s'attaquent, les attaques et\net p o u r la meilleure édification des jeunes\nde maintenant quelques constatations qui les polémiques ont le même effet que l'ad-\nsont de l'histoire.                            miration mutuelle. Ce sont deux vérités\n    Leurs aînés se plaignent, avec une viva- d'expérience, qui se contredisent d'ailleurs\ncité q u i , tout d'abord, paraît légitime, de majestueusement. On voit d'ici Flaubert et\nl'inattention dont le public a payé — en\nmonnaie de singe — leurs efforts vers l'ori- Louis Bouilhet n'écrivant plus rien qui\nginalité. Tous ont des mots amers pour les vaille parce qu'ils s'estimaient littéraire-\npouvoirs publics, qui les ignorent, et pour ment, et Leconte de Lisle tombant au rang\nl'opinion qui ne vient pas bourdonner autour de rimailleur parce qu'il a cruellement atta-\nde leur jeune gloire.\n    Mais ce qu'ils se gardent d'avouer, c'est qué les décadents et les symbolistes !\nqu'ils ont tiré les premiers sur la foule,        Dans quel village vit donc Maître Blasius?\nd'abord bienveillante, qu'ils lui ont adressé\ndans leur patois, aussi bizarre qu'herméti-\n                                                  On   nous assure que Maître Blasius ne\nque, un, défi dont elle a fait son profit, non serait autre que M. Wilmotte.\npour riposter mais pour les condamner au          S'il en est ainsi, sa chronique commente\nsilence.                                       étrangement son fameux rapport.\n    Lorsqu'il y a dix ans environ, il se fit à\nBruxelles une poussée de jeunes artistes,         Toute réflexion faite, il se pourrait que\nqui avaient gardé un peu de la crinière et Maître Blasius et M. Wilmotte ne fussent\ndes mauvaises mœurs de l'arrière-faix ro- qu'un seul Tilman.\n mantique, certains eurent la naïveté de\n                                                  Nous avons trouvé dans la chronique de\ncroire qu'il naissait une génération d'écri-\nvains nationaux qui allaient donner à notre l'Express la phrase suivante :\npatrie, grande par les arts, le commerce et       « Vous parlerai-je plus en détail de ce livre\nl'industrie, le seul fleuron qui lui manquât. qui est un recueil et sur le frontispice\n    11 ne fallut pas longtemps pour qu'on duquel certaines timidités de plume accu-\nrevînt de ces prévisions optimistes et pour sent encore les traces du béguin littéraire\nqu'on se rendît un compte trop net des fraîchement décoiffé? »\n« voies et moyens » de la nouvelle école.         Oh! ce livre, qui est un recueil, sur le\n L'admiration mutuelle y fit les premiers frontispice duquel des timidités accusent\nravages ; la haine féroce et aveugle du\nbourgeois, haine quasi atavique, marqua les traces d'un béguin qui est décoiffé !\ndes symptômes plus précis de déséquilibre         Ce charabia ressemble trop au style du\net de mauvaise tenue morale ; enfin tout un rapport pour n'être pas de M. Wilmotte.\nsystème d'attaques personnelles et de polé-\n miques fielleuses ou brutales acheva l'édi-\n fication commune ; on enterra les fraîches\n espérances du début comme une blanche            La mort de Leconte de Lisle n'a guère\n dépouille de nouveau-né et on attendit\n autre chose. »                                inspiré les chroniqueurs parisiens. L'illustre\n    Tous nos compliments à maître Blasius défunt était trop exclusivement un poète\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "                                          — 326 —\n\npour que la presse quotidienne lui fît les         dans son œuvre, processionnellement. De\nfunérailles qu'elle réserve à ses élus.            temps en temps un grand cri, mais que de\n  Notons une belle étude en raccourci don-         fois seulement le toujours même accom-\n                                                   pagnement des cantiques banals. On défilait\nnée au Figaro par M. Robert de Bonnières,\n                                                   à travers des portiques et des galeries, sans\nun article ému de M. Coppée et quelques            que le sanctuaire soudainement éclatât en\nconsidérations d'esthétique présentées par         or et en lumière, au bout du chemin. Il est\nM. Maurice Barrès dans le Journal                  des pièces entières dans les Poèmes tra­\n                                                   giques, dont aucun .vers ne révèle le grand\n Le reste ne vaut pas l'honneur d'être cite'.      poète qu'était Leconte de Lisle. Heureuse-\nQuant à la presse belge — n'en parlons pas.        ment qu'on y rencontre l'Incantation du\nUn journal rédigé par des professeurs d'uni-       Loup.\nversilé, La Flandre libérale, a poussé le             Au théâtre, il donna les Erinnyes, drame\n                                                   grandiose, et qui restera avec Kain le plus\nsouci de la vérité jusqu'à énumérer, parmi         haut sommet où son esprit flamboya. »\nles œuvres de Leconte de Lisle, la... Fille           Voilà comment on honore les maîtres\nde Roland!!!                                       dans cette maison-là!\n   II convient d'ajouter que l'Académie               Nous pensions que la scie de la froideur\nfrançaise elle-même a donné l'exemple à            et de l'impassibilité ne servirait plus. Nous\nla presse. M. Boissier n'a- t-il pas attri-        nous trompions.\nbué à Leconte de Lisle la traduction du               L'esthétique de l'Art moderne pourrait\nRamayana ?                                         se résumer ainsi :\n                                                      a Le crottin frais est beaucoup plus chaud\n                                                   que le marbre. »\n   L'attitude de l'Art moderne mérite une             Quant aux Poèmes tragiques, le langage\nmention spéciale. Ce journal, trop occupé          de l'Art moderne est ahurissant. C'est dans\nà insulter les écrivains qui se permettent de      ce recueil que se trouvent Epiphanie, l'Astre\nn'être pas de son avis, consacre à Leconte         rouge, Sacra Fames, A un Poète mort et\nde Lisle, en dernière page, les lignes malin-      cette Illusion suprême qui est une des fleurs\ngres et grincheuses que voici :                    les plus belles de la poésie française !\n   « Il est mort isolé. Son art admirablement         Si l'on jugeait de cette façon le rédacteur\nplastique et froid datait déjà. Ceux de cette      de l'Art moderne, qu'en resterait-il?\nheure ne marchaient plus en son chemin.\nEt la tristesse ou peut-être la colère lui était\nvenue. Ce sont des poètes d'il y a vingt ans,\nles Heredia et les Dierkx, qui lui ont rendu          Un vrai poète, M. Pierre Quillard, semble\nl'hommage funèbre auquel certes il avait\ndroit. En dehors de l'enthousiasme et de la        avoir répondu d'avance, dans le Mercure, à\nferveur vivante et agissante, il s'aigrissait,     l'inqualifiable article de l'Art moderne :\nne tenant plus même à publier le livre qu'il          « L'un des plus stupides reproches, dit-il,\nlaisse achevé et qui sera le quatrième tome        que l'on eut coutume d'adresser à cette\nde celte œuvre haute et large, dont les            œuvre, fut d'alléguer qu'elle n'allait pas au\nPoèmes antiques, les Barbares et les Tra­          delà d'une facile beauté extérieure et pure-\ngiques forment l'assise et les premiers            ment formelle, et que toute véhémence et\nétages.                                            toute vie lui faisaient défaut; et c'était un\n   Il a ressuscité le monde théogonique uni-       jeu familier à la basse critique de comparer\nversel. Les légendes, depuis les norses jus-       les poèmes de Leconte de Lisle à de froides\nqu'aux persanes, il les fixait en des attitudes    images de marbre que nul Prométhée n'au-\ntrès soucieuses de beauté monotone. Son art        rait animées du feu divin.\nest mégalithique. L'architecture des Luxor             Il n'agrée point maintenant de discuter et\net des Karnak se dresse ainsi dans le désert.      de faire en de telles opinions le départ entre\nBlocs énormes, puissamment, d'après de             la mauvaise foi et la sottise, qui, d'ailleurs,\ntextuelles formules, sculptés, empruntant          ne sont pas incompatibles et s'épanouissent\naux aubes, aux midis et aux couchants la           volontiers dans les mêmes cervelles. Certes,\ncouleur horaire et la seule variété de leurs       le poêle n'échappait point à la loi commune,\naspects. C'était un classique ayant en plus        et chacune de ces œuvres qu'il avait libérées\nle souci — jugé vain depuis — de la couleur        du temps par sa volonté créatrice fut à sa\nlocale.                                            manière une œuvre de circonstance, enfantée\n   Les philosophies et les morales défilaient      dans la douleur. Mais alors que d'autres se\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                                        — 327 —\n\ncrurent quittes envers l'art et envers eux- le regretté M. Thonissen, dans l'admirable\nmêmes quand ils eurent poussé tel quel le cours de droit pénal qu'il professait à l'uni-\ncri arraché à leur chair sanglante par le versité de Louvain, c'est l'esprit de dénigre-\nhasard des heures mauvaises, Leconte de ment.\nLisle se haussa toujours jusqu'à une parole         Hélas! l'étranger connaît notre lamentable\nd'humanité universelle et voulut que toute défaut et le raille cruellement. Faut-il rap-\nglose devînt inutile, en éliminant de ses peler les terribles jugements portés sur la\npoèmes une allusion indiscrète aux événe- Belgique par Baudelaire? Notre mauvaise\nments particuliers qui leur avaient donné réputation s'est répandue par toute l'Europe.\nnaissance, et, comme il refusait fièrement Voici ce qu'écrit à cesujet un poète polonais,\nd'avertir et d'apitoyer, on déclara par arrêt H. M. Agricola (Henri Merzbach) : « Le\nsommaire que ses strophes étaient dénuées Belge aime à bien manger et à mieux boire\nde sens et indigentes d'émotion.                 encore. Sur vingt habitations, il y a un\n   Une telle esthétique cependant n'était cabaret... Le Belge est zwanzeur de nais-\npoint nouvelle ni extraordinaire, et Goethe sance; cette expression purement belge\nou Flaubert ne s'en fussent point émer- signifie : celui qui se fiche de tout, des\nveillés aussi aisément que le peut faire par grandes choses comme des petites. Cette\nexemple M. Alexandre Dumas. Loin de déce- bonne zwanze est un principe vénéneux\nler que le poète ait été incapable de se don- dans l'organisme social. Les plus grands\nner à lui-même une explication du monde, élans se figent sous la glace de la zwanze, les\nelle révèle un effort héroïque pour projeter plus hautes pensées périssent dans le gouffre\ndans l'infini et dans l'éternel ce qui fut aupa- de ce sempiternel désenchantement, etc. »\nravant le tressaillement momentané de l'in-         Ge jugement sévère est reproduit dans la\ndividu. Il ne s'agit plus dès lors d'une remarquable introduction que M. Z. Przes-\nsouffrance ou d'une joie simplement anec- micki a mise en tête d'une traduction polo-\ndotiques, mais la phrase ainsi proférée garde naise des drames de M. Maurice Maeter-\nintacte à jamais sa valeur absolue et géné- linck.\nrale parce qu'elle a révélé non point le             Heureusement quelques publicistes bel-\n médiocre caprice sentimental d'un homme ges s'efforcent, depuis plusieurs années, de\nquelconque, mais l'ensemble même de l'uni- réagir; grâce à leurs efforts, les œuvres\nvers prenant conscience de soi, en une brus- belges ne sont plus tout à fait inconnues du\n que fulguration, dans cette pensée indivi- peuple belge.\n duelle.                                             Il est juste de mentionner aussi les grands\n    Seuls les faibles d'esprit par naissance ou prix officiels décernés à M. Lemonnier et à\n par mauvaise habitude ne comprirent point M. Eekhoud.\n la décisive clarté d'une voix qui résumait et       Notre public reste pourtant très méfiant.\n rendait perceptibles parl'impérieux pouvoir Avant d'accorder son admiration à un\n du rythme les balbutiements d'innombrables ouvrage littéraire dû à une plume belge, il\n hommes, et sauvait du ténébreux silence, faut que celui-ci ait reçu l'approbation de\n où les eût condamnées l'infirmité de leur l'étranger; encore n'est-ce pas assez, c'est\n bouche, leur angoisse et leur révolte magni- le placet parisien qui est exigé, peut-être\n fiquement exprimées. »                           parce que les journaux parisiens sont les\n    « Basse critique », le mot restera.           seuls journaux étrangers lus en Belgique.\n                                                     On nous saura gré, sans doute, de signa-\n                                                  ler ici la faveur avec laquelle les écrivains de\n                                                  1880 — les Jeunes-Belgique— sont accueil-\n                                                  lis au delà de nos frontières.\n    LA LITTÉRATURE BELGE A L ÉTRANGER :\n                                                      Il est inutile de rappeler les succès de\n                                                  M. Maurice Maeterlinck, dont les ouvrages,\n    On lit, sous ce titre, dans le Journal de grâce à un article célèbre du Figaro, ont\n  Bruxelles :                                     fait le tour du monde et sont traduits en\n    « A propos des fêtes enthousiastes qui anglais, en allemand, en danois, en polo-\n  ont célébré chez nous le retour du capitaine nais, etc. L'Allemagne possède d'excellentes\n  Jacques, le héros du Tanganika, le Petit traductions de plusieurs ouvrages d'Albert\n  Bleu publiait il y a quelques jours un excel- Giraud, de Georges Eekhoud, d'autres\n  lent article intitulé : Emballons-nous ! Selon encore. En Italie, des vers de MM. Valère\n  notre confrère, qui a mille fois raison, le Gille, A. Giraud, F. Severin et Iwan Gilkin\n  Belge ne s'enthousiasme guère pour les ont été traduits et commentés dans divers\n  choses belges; il semble se defier de ses journaux et revues.\n  compatriotes et de sa patrie ; plus que tout        Le Parnasse de la Jeune Belgique a été,\n  autre peuple, il donne raison au désolant l'an dernier, étudié consciencieusement par\n  proverbe : Nul n'est prophète en son pays. l'éminent poète tchèque M. Vrchlicki. A\n   L'esprit national, disait souvent à ses élèves Bordeaux, il y a quelques mois, un profes-\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "                                         — 328 —\n\nseur de littérature française à l'université de   Picard, Georges Eekhoud, Maurice Maeter-\nGroningue donnait une remarquable confé-          linck et Emile Verhaeren sur le mouvement\nrence sur le même groupe d'écrivains.\n   Au mois de septembre dernier M. Wil-           littéraire en Belgique.\nliam Sharp publiait dans le Nineteenth               M. Lemonnier a caractérisé en quelques\nCentury — la « Revue des Deux Mondes »            mots élogieux le talent de chacun de nos\nde l'Angleterre — une longue étude sur les        écrivains. M. Picard a donné de l'air à ses\npoètes de la Jeune Belgique où leur « Par-\nnasse », œuvre collective de dix-huit poètes      paradoxes de l'âge de la pierre impolie.\nbelges, publiée en 1887, faisait l'objet d'un          On lira avec intérêt les déclarations sui-\nexamen détaillé. L'auteur signalait l'impor-        vantes de M. Iwan Gilkin :\ntance du mouvement poétique en Belgique\net n'hésitait pas à préférer quelques-uns des          « La mission de l'art est de créer le beau,\nJeunes-Belgique aux meilleurs d'entre les           de belles formes autour de belles idées. La\njeunes poètes français de la même généra-           beauté est morale en elle-même; elle est\ntion. Tel est aussi le sentiment de M. Zénon\nPrzesmicki, qui, à plusieurs reprises, a            bienfaisante et élève l'esprit ; à quoi bon y\npublié des traductions de poèmes belges             chercher un but social. Ne confondons jamais\ndans une importante revue de Cracovie, le           les idées sociales et les idées du beau. L'idée\nSviat (le Monde), qui prépare un volume             de la beauté est une vision spontanée qui\nde traductions des poètes de la Jeune Bel­\ngique et qui, dans son introduction au              fait voir les objets dans leur essence.\nthéâtre de M. Maeterlinck, vient de consa-             Je sais qu'il existe des écoles qui tâchent\ncrer une centaine de pages à ce groupe de           de faire de l'art un instrument social. Je\npoètes auquel se rattache le jeune et célèbre\ndramaturge gantois.                                 m'oppose absolument à cette tendance, cela\n                                                    ne peut que nuire à l'art et au mouvement\n    Celte introduction, M. L. Wallner la            social. Le salut pour l'artiste, voyez-vous,\n résume et la commente dans le numéro de            se trouve dans la vieille et toujours vraie\n juin de la Jeune Belgique. Parlant du livre\nde M. Przesmicki, M. Wallner dit : « L'ap-          formule : L'art pour l'art; surtout dans ce\nparition du dit volume est donc importante          pays où la politique et les sciences sociales\nà plusieurs titres, car ce fait indique non         exercent une grande attraction sur les jeunes\nseulement qu'à l'étranger cette littérature        cerveaux.\n(celle des poètes belges) a su attirer sur elle\nl'attention des esprits éminents, mais aussi           L'artiste doit être indépendant, c'est clair;\nqu'elle a déjà pris son rang au programme          cependant il serait inexact de dire que l'art\ndu concert européen poétique. Sa diffusion         n'a pas de lois — inexact et sot. Il y a des\nn'est, par conséquent, qu'une question de          lois, surtout dans la réalisation de l'œuvre\njours. Cette littérature affirme ainsi sa vita-\nlité et accuse une physionomie sui generis.        d'art. On ne s'en saurait pas plus passer\nCela est hors de doute ! La poésie belge...        qu'un menuisier des lois sur la menuiserie\nne l'aurait-on pas confondue à l'étranger          pour faire une table.\navec la littérature française contemporaine,          Et ces lois sont de deux sortes. Les lois\nou même ignorée, si dans ses créations ne\nvibrait une note particulière témoignant du        générales, immuables, éternelles; et les lois\ntalent original de ses poètes et si elle ne        techniques qui peuvent changer, se dété-\nreflétait pas son pays? »                          riorer. Celles-ci varient à l'infini suivant\n                                                   l'idéal qui règne dansle public. Elles suivent\n                                                   la mode... dans ses grandes lignes, si j'ose\n   Parmi les grandes revues étrangères qui         ainsi parler.\ncontribuent le plus à répandre notre jeune            Chaque écrivain, plus il aura un tempé-\nlittérature, il convient de citer et de remer-    rament vigoureux, plus il aura d'idéal per-\ncier particulièrement la Nouvelle        Revue    sonnel, ce qui ne l'empêchera pas d'em-\ninternationale et son directeur, le baron         ployer les règles générales de l'art qui ne\nStock, qui emploie à servir notre cause           sont que de la logique appliquée... Une\ntoutes les ressources de son talent et de son     figure de géométrie vue à travers des verres\nesprit.                                           de différentes couleurs... »\n   La livraison de juillet de cette revue con-        M. Georges Eekhoud a réédité avec force\ntient des interviews de M. Camille Lemon-         la théorie sur l'Art pour l'Art qu'il a déve-\nnier, Iwan Gilkin, Albert Giraud, Edmond          loppée naguère dans la Nation. Voici com-\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                                            — 329 —\n\n ment il s'est exprimé à propos de- l'âme             Le buste porte une légende donnant la\n wallonne :                                        date de la naissance 1825 et celle de la\n    « Inutile de nous diviser ostensiblement       mort 1870.\n en Wallons et en Flamands; la distinction            Entendu à ce propos :\n est fatale, je le répète, et indépendante de         Çà! ce-doit encore être un de 1830.\n notre velouté. Mieux vaut nous rapprocher.           Un autre plus documenté et plus près de\n C'est ce qu'on a compris à la Jeune Bel-          la vérité : Descoster. On m'a dit que c'était\n gique. Il importait surtout de faire de la lit-   un grand éditeur ! (Historique.)\n térature française, d'écrire en bon français.        Renvoyé à l'administration communale\n Nous avons fait la guerre aux flamingants,        d'Ixelles pour inaugurerun cours de gloires\n c'est-à-dire aux politiciens flamands, comme      locales ! »\n nous la ferons aux wallonisants qui tente-\n raient de détourner nos écrivains de leur\n but essentiel : l'art. Le reste est politique        La Coopérative artistique poursuit depuis\n ou pédagogie; préoccupation de chauvins           quelque temps l'étude d'une vaste organisa-\n ou de cuistres. »                                 tion qui comprendra tout le monde artis-\n    Enfin, M. Maurice Maeterlinck a proféré        tique.\nces paroles caractéristiques :                        Ce sera une Fédération syndicale des arts\n   « L'Art social c'est l'art-turpitude. Existe-   et métiers : peintres, sculpteurs, architectes,\nt-il une œuvre d'art social qui ne soit pas        graveurs, musiciens, hommes de lettres,\nlaide à faire pleurer les pierres? »               artistes dramatiques. Elle s'est assurée, pour\n   « Je crois la littérature française plus        cette étude préliminaire, le concours, d'avo-\nindispensable qu'aucune autre. Elle est            cats, de financiers et d'artistes. Le but sera\npeut-être l'unique gardienne en ce monde           la création du palais des artistes, pour salles\nde la beauté parfaite d'autrefois. »               de fêtes, expositions, concerts, théâtre, etc.,\n   Ces interviews, très fidèles, font honneur      ainsi que la réalisation immédiate de tous\nà l'écrivain qui les a recueillies : M. le         les désiderata compris dans ses statuts;\nvicomte Edouard Du Fresnel, secrétaire de          notamment la question importante des pen-\nla Nouvelle Revue       internationale.            sions, caisses des veuves et orphelins,\n                                                   secours mutuels, construction d'habitations\n                                                   et ateliers pour les membres, institution de\n                                                   crédit, prêts d'honneur, etc., etc.\n   L'abondance des matières nous oblige à             Elle convoquera prochainement une as-\nremettre au numéro suivant la suite de l'ar-       semblée des délégués de tous les cercles\nticle de M. Léopold Wallner, la Chronique          artistiques du pays. A cette assemblée, elle\nlitte'raire de M. Iwan Gilkin, etc., etc.          présentera le projet provisoire de la consti-\n                                                   tution des différents syndicats et donnera\n                                                   connaissance de son plan financier.\n                                                      Nous engageons vivement toutes les asso-\n   A propos de l'inauguration du monument\n                                                   ciations artistiques, journaux d'art, etc., à\nd''Ulenspiegel, on lit dans le Courrier de\n                                                   envoyer, dès à présent, les noms de leurs\nBruxelles :\n                                                   délégués au siège de la Société coopérative\n   « Toutes les cervelles ixelloises sont en\n                                                   artistique, 19, rue de la Banque, à Bruxelles.\nébullition. Jugez donc! On a inauguré un\nmonument, un mausolée, une fontaine tumu-\nlaire, comme on dit place Sainte-Croix, à\nde Costère et les érudits de la région tien-         L'éditeur Lacomblez, de Bruxelles, qui\nnentàse montrer bien informés sur le monu-         consacre une grande partie de son activité\nment et le héros qui en est l'objet.               à la publication des œuvres littéraires\n   De là quelques erreurs inconscientes et         belges, fera paraître prochainement une\ninvolontaires.                                     nouvelle édition de ce livre admirable de\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "                                         — 330 —\n\nGeorges Eekhoud, les Nouvelles         Ker­      de Bayonne à Toulouse s'arrêtent à Lour-\nmesses. Il prépare également la publication      des. Et de deux.\nd'une œuvre inédite de notre compatriote,          Citons, pour finir, cette façon de s'expri-\nLes Subversions, dont quelques fragments         mer du même auteur : « Elle mangea sa\nont déjà paru soit dans la Société nouvelle,     boutique pour en faire un bachelier... »\nsoit dans la Jeune Belgique.\n  Chez Paul Lacomblez aussi vient de\nparaître la nouvelle édition des Contes de\nmon village, l'œuvre savoureuse et forte\nde M. Louis Delattre.                              La Jeune Belgique remercie chaleureuse-\n                                                 ment le Journal de Bruxelles et le Soir\n                                                 (M. Lucien Solvay) qui continuent à plaider\n                                                 avec zèle et avec talent la cause des écri-\n                                                 vains français de Belgique,\n   Notre secrétaire de la rédaction, M. Mau-\nrice Desombiaux, a reçu la décoration\ncivique pour acte de courage.\n   M. Camille Lemonnier n'ayant encore ni\nobtenu ni refusé cette distinction, l'attitude      Une phrase attique de l'Art moderne:\nde M. Maurice Desombiaux est sévèrement             « Le subtil et colérique Woeste, très\ncommentée par les esthètes.                      redoutable, car il défend ses idées, et lui-\n                                                 même, à la façon du putois lâchant sur\n                                                 l'ennemi le jus fielleux de son derrière.»\n   La main froide comme celle du serpent            Quand nous disons « de l'Art moderne»,\net « la forêt vierge dans laquelle la main de    nous nous trompons : cette phrase appar-\nl'homme n'a jamais mis le pied » de Ponson       tient à M. Léon Bloy en personne.\ndu Terrail sont devenues légendaires; voici         Cet emprunt donne une saveur parti-\nun lapsus échappé à M. Emile Zola et qui         culière à ce passage de l'interview de\npeut-être deviendra lui aussi célèbre. Dans      M. Picard dans la Nouvelle Revue inter­\nLourdes, son dernier roman, on peut lire,        nationale :\npage 81, ligne 13, à la suite d'une énumé-          « Une dernière observation : Nous avons\nration de miracles produits par l'absorption     été longtemps des imitateurs de l'art étran-\nde l'eau miraculeuse, celte phrase : « Ce        ger; des contrefacteurs, comme on disait,\nfurent d'abord les sourds et les muets qui       des pirates. Ces vices ont disparu : nous\nentendaient et voyaient ».                       vivons désormais sur notre propre fonds.»\n   Le lapsus a passé en feuilleton (18 avril)\net il n'a pas été corrigé dans le livre, du\nmoins dans les éditions actuelles. Rappelons\nque dans le même roman M. Zola s'est\nrendu coupable d'une petite inexactitude\nqui tourmente le personnel de la gare de\nLourdes. M. Zola fait passer dans cette gare\nun train express qui ne s'arrête pas. Or, il\nparaît que tous les trains express de la ligne\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "               Paul LACOMBLEZ\n       ÉDITEUR DE LA JEUNE BELGIQUE\n                      31, rue des Paroissiens, 31\n                              BRUXELLES\n\n\n       VIENNENT D E P A R A I T R E .-\n          Charles D E COSTER\nBrochure avec portrait, publiée à l'occasion de l'inauguration du monument\n      élevé à la mémoire de Ch. De Coster. Prix : fr. 0.50.\n\n                       GEORGES E E K H O U D\nNOUVELLES KERMESSES\n        Edition définitive. Un volume in-18 jésus. Prix : fr. 3-50.\n\n                         LOUIS DELATTRE\n\n    CONTES DE MON VILLAGE\n             avec introduction de GEORGES- E E K H O U D\n         Nouvelle édition. Un volume in-18 jésus. Prix: fr. 3-50.\n                           SOUS PRESSE :\n                    LOUIS DELATTRE\nL E S        M I R O I R S D E SON C O E U R ,\n                   avec préface d'ALBERT GIRAUD.\n\n                 EN      P R É P A R A T I O N              :\n                       GEORGES        EEKHOUD\n\n         COMMUNIONS SUBVERSIVES\n                          En v e n t e :\nVlLLIERS DE L'ISLE-ADAM : Morgane                                       fr. 5 00\nSur les Golfes (Journal d'une ignorante) . :                    1            50\nZOLA. (EMILE) : Lourdes                                                     3 50\nFRANCE (AN.) : Le Lys rouge                                                 3 50\nBLOY : Léon Bloy devant les cochons                    1                     25\nDE GONCOURT (Journal des). Tome VII                                         3 50\nPELADAN : L'Art idéaliste et mystique                                       3 50\nTOLSTOÏ : L'Esprit chrétien et le Patriotisme                               2 50\nBERNARDINI : La Littérature Scandinave                                      3 50\nBOIS (JULES) : L'Eternelle Poupée                                           3 50\nSAINT-SAËNS (C.) : Problèmes et mystères                                    2 00\nC H A M B E R L A I N (S.-HOUSTON) : Le Drame   wagnérien       .   .      3 50\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "                     Paul LACOMBLEZ\n                                           ÉDITEUR\n        31, R U E DES P A R O I S S I E N S ,                       BRUXELLES\n                             L i v r e s de fonds.\nBaudoux (F.), Rythmes vieux, gris et       Itiberê da Cunha (J.). Préludes . . fr. 3 »\n   roses                               fr. 3 50     Jenart (Aug.). Le Barbare                   2 »\nBrabant (V.). Notes de voyage . . .          1 »    Jeune Belgique (Le Parnasse de la). . 7 5 0\nBloy (Léon). Le Pal (4 num.), très rare. 4 »        Journal d'une ignorante : Sur les Golfes 1 50\n   Les 3 premiers numéros ensemble 1 »              Justus Severus Africus                       1 »\nBosiers E.). Harald-Roi . . . . . .          2 »    Kahn (Gustave). Chansons d'amant . . 3 50\nCarnet de chasse illustré                   15 »          —        Les Palais nomades         . 3 50\nChainaye (H.). L'Ame des choses . . 3 »             Lacomblez (Paul). Jeunes filles . . .       2 »\nCourouble (L.). Contes 6t souvenirs. . 3 50               —        Loth et ses filles . . .     2 »\nCudell (Ch ). Printemps sombre. . . 2 »             Landoy (Eug.). Evocations                   3 50\nDaCosta (G.).Grammaire en portefeuille 0 50               —        Maître Martin . . . . 0 50\nDaxhelet (A ) Pages de tendresse vague 3 50         Lautréamont (comte de). Les Chants de\n      —        Nouvelles de Wallonie . 3 50            Maldoror                                 3 50\nDe Coster (Ch.). La Légende d'Ulen-                 Lemonnier (C). Paroles pour Georges\n          spiegel                            5 »          —        Eekhoud             0          50\n      —         Légendes flamandes . . 3 50               —        Discours d'inauguration\n                  (Voir Lemonnier.)                    du monument Ch. De Coster, avec\nDelattre (Louis). Contes de mon village 3 50           extraits d' « Ulenspiegel » et por-\n      —      Les Miroirs de son Cœur. 3 50             trait de Ch. De Coster . . . . 0 50\nDelville (J.). Les Horizons hantés . . 3 50         Maeterlinck (Maurice). Les Aveugles\nDe Haulleville (baron P.). En vacances. 3 50                       (L'Intruse, Les Aveugles. 3 »\n      —      Portraits et silhouettes, 2 v. 7 »           —        La Princesse Maleine. . 3 50\n      —      J.-M.-J. Bodson. L'Apos-                     —        Serres chaudes. . . . 3 »\n                talat chez les Civilisés. 4 »             —         L'Ornementdesnocesspi-\nDemolder (E.) Contes d'Yperdamme . 3 »                                rituelles                 4 »\n      —         Impressions d'Art. . . 3 »                —        Les Sept Princesses . . 2 »\n      —         James Ensor . . . .          3 »          —        Pelléas et Mélisande . . 3 50\nDe Mallessan. PetiteCousine, comédie. 2 »                             (Voir Emerson.)\nDe Régnier. Le Bosquet de Psyché . 2 »              Mallarmé. Villiers de l'Isle-Adam . . 3 »\nDe Tallenay (J.). L'Invisible . . . .        3 50   Maubel (Henri). Miette                      2 50\nDesombiaux (M.). Vers de l'espoir . . 2 »                 —        Etude de jeune fille . . 3 50\nDestrée (Jules). Journal des Destrée . 1 »                —        Quelqu'un d'aujourd'hui. 3 50\nDulac (Paul). Vingt-cinq sonnets . . 1 50           Picard (E.). El Moghreb al Aksa . . 4 »\nDupont (A.). L'Envol des rêves . . .         2 »          —        Scènes de la vie judiciaire 4 »\nEekhoud (Georges) Nouvelles Kermesses 3 50                —        Vie simple                   3 »\n      —        La Nouvelle Carthage. . 4 »          Pierron (Sander). Pages de Charité        . 3 50\n      —        Les Fusillés de Malines . 3 50       Pléiade (La). Première année (188g) . 3 »\n      —        Au siècle de Shakespeare. 3 »        Poe (Edgar). Poésies complètes. . . 2 »\n      —        Kees Doorik                   3 50   Rodenbach Le Foyer et les champs . 1 »\n      —        Kermesses                     5 »    Rommelaere (J.). Ma semaine, 1892-93. 2 »\nElskamp (Max). Dominical . . . .             2 »          —        Ma semaine, 1894 . . .       2 »\n      —        Salutations, dont d'angé-            Severin (Fernand). Le Lys                   2 »\n   liques                                    3 50           —             Le Don d'enfance . 2 »\nEmerson. Sept Essais, avec préface de               Sigogne E.). Contes merveilleux . . 3 »\n   Maeterlinck                               3 50   Sluyts(Ch.). L'Appel des voix . . . . . . a . »\nGarnir (Georges). Les Charneux. . . 3 50                .—         Notes d'être                 3 »\n      —        Contes à Marjolaine . . 3 50         Tordeus (J.). Manuel de prononciation 2 »\nGilkin (Iwan). Stances dorées . . .          1 »    Van Doorslaer (H.). Sur l'Escaut. . . 3 50\nGille (Valère)LeChâteau desmerveilles 2 »           Van Lerberghe (Ch.). Les Flaireurs. . 1 «\nGiraud (Albert). Hors du siècle . . . 3 50          Verhaeren (E.). Les Apparus dans mes\n      —        Pierrot lunaire . . . .       2 »                      chemins                   2 »\n      —        Pierrot Narcisse . . .        2 »          —        Les Moines                   3 »\n      —        Dernières Fêtes. . . .        2 »    Villiers de l'Isle-Adam. Premières P o é -\n      —        Le Scribe                     1 »       sies                                     3 50\nHannon (Théo). Noëls fin de siècle . . 3 »                —        Morgane                      5 »\n      —        Au pays de Manneken-Pis 4 »          Waller (Max). La Flûte à Siebel. . , 3 50\nHanneuse (O ). La Reine Aléna. . (souscrit)               —        Daisy                        3 »\n      —        Sorella                       2 50   X. Y. Religion et progrès . . . (épuisé).\n\n              Dépôt des Revues Françaises :\n              La Plume, fr. 0-50; franco, fr. 1-55\n       Le Mercure de France, 1 franc ; franco, fr. 1-25\n            L'Ermitage, fr. 0-80 ; franco, fr. 0-90\n                     Bruxelles.— Imprimerie Ve Monnom,32, rue de l'Industrie\n"}], "calendrier": {"precision": "intervalle", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1894-07-01", "preuve": "Juillet-août 1894, numéro double 7-8, couverture PDF 300.", "date_fin": "1894-08-31"}}