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TOME XIII. — N° 10                          14 me Année.\n\n\n\n\nA.\n JEUNE\n            BELGIQUE\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-10-n10-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 404, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 151, "fin_caractere_exclue": 1174, "texte": "SOMMAIRE:\n\n     Le Coq rouge                                GEORGES EEKHOUD.\n     Le Banquet                                  IWAN GILKIN.\n     Poèmes en prose. Communion                  ANDRÉ RUYTERS.\n     Odelettes arlequines                        VALÈRE GILLE.\n     Chronique littéraire :\n       Le Journal   des Goncourt                 ARNOLD GOFFIN.\n     Bibliographie musicale                      ERNEST CLOSSON.\n     Memento                              • • NEMO.\n\n\n\n\n       REDACTION                                           BRUXELLES\n 4RUEVANDERLINDEN , BRUXELLES.                        PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                          31, rue des Paroissiens\n                                                               PARIS\n   PRIX DU NUMÉRO                                  CHAMUEL,      LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                         29, rue de Trévise\n        fr. 0-75.\n                                                                 1894\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-10-n10-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue mensuelle de littérature", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quel est l'homme politique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 405, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 384, "fin_caractere_exclue": 1133, "texte": "Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n  Fondateur        : MAX W A L L E R        (MAURICE         WARLOMONT)\n              Directeur ; ALBERT GIRAUD, 4, rue Vanderlinden.\nSecrétaire de la rédaction : M. MAURICE DESOMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n               7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                  des Capu­\ncines, 16, à Paris.\n\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand ; Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-10-n10-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quel est l'homme politique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 405, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1133, "fin_caractere_exclue": 1587, "texte": "Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? 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GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-10-n10-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 363, "page_fin": 383, "titre_corps": "Le Coq rouge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Eekhoud", "ancre_debut": "LE COQ ROUGE", "ancre_fin": "GEORGES EEKHOUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE BANQUET", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 406, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1780, "texte": "LE COQ ROUGE (1)\n                                                               A VICTOR GILSOUL\n\n\n\n\n                               En un des affectifs villages de ce pauvre pays\n                               de Campine, un dimanche matin, et l'été...\n                                    Au milieu d'une placette occupée pres-\n                               que tout entière par le champ des morts,\n                               s'élève la petite église à la tour inachevée.\n                               Entre les maisons basses, cabarets ou bou-\n                               tiques formant une ceinture au cimetière,\n                               s'aperçoit, par échappées, la plaine immense\n                               traversée de « drèves ». Deux ou trois fer-\n              mes, les seules de la contrée, encapuchonnées de chaume\n               moussu d'où spirale la fumée de midi. Autour de ces chau-\n              mines, des fossés irriguant la lande et y ménageant des\n               oasis de pacages et de labours.\n                 Des sentiers zigzaguent parmi les taillis de jeunes chê-\n              nes, et des sapinières festonnent l'horizon de leur bordure\n              sombre. Rejoignant, tout là-bas, la ligne infinie de la terre,\n              pesant lourdement, despotiquement sur ce sol aplani, c'est\n              le ciel gris chargé de lavasses, mais dans lequel le soleil,\n               rédempteur déploie parfois de rouges apothéoses.\n En attendant la fin de la grand'messe, Jaak Corepain, le marchand de\n\n\n (0 Pour l'exposition et la partie documentaire de ce récit, l'auteur s'est inspiré d'une\nnouvelle de M. Snieders : Jan Schaeresliep.\n                                                                                25\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "                                     — 364 —\n\ncomplaintes, et la Belette, la poitrinaire chanteuse, ont adossé à la grille du\ncimetière leur tréteau et leur paravent peinturluré (1).\n   Mais aujourd'hui l'attention des villageois sera réclamée par un autre\nspectacle. Quel concurrent de Jaak a donc dressé son échafaudage à l'autre\nangle de la place, devant le porche même de l'église? S'agit-il de montreurs\nde chiens savants ou d'autres faiseurs de tours?\n   Non, tout à l'heure l'ingénieuse bienfaisance communale mettra les indi-\ngents, enfants ou vieillards, en adjudication et les livrera comme domes-\ntiques à celui qui s'engage à les nourrir pour le moins d'argent.\n   En voici une douzaine de ces pauvres : quelques tout vieux, presque des\ninvalides; une femme au chef branlant, une jeune fille idiote et même un\ngarçonnet de dix ans.\n   Comme le Sauveur, celui-ci était né, au plus fort de l'hiver, dans une\nétable où son père, le chaudronnier ambulant, et sa mère, le souffre-dou-\nleur de cet ivrogne, avaient obtenu l'hospitalité. La martyre mourait\nlorsque le mioche n'avait que six ans, et le bourreau ne tardait pas à\nsuccomber à une attaque de délirium tremens.\n   Aussitôt qu'il put se tenir sur ses jambes, l'orphelin, à charge de la com-\nmune, dut faire son apprentissage de vacher.\n   Régulièrement, après un an d'essai, les paysans, chez qui l'avait placé le\nbureau de bienfaisance, le renvoyaient à la tutelle publique, déclarant qu'ils\nne reprendraient plus ce polisson, même si on leur payait dix et vingt fois\nla pension convenue. Et voilà comment, pour la sixième fois, le fils du\nchaudronnier va devoir remonter sur le tréteau de ces enchères dérisoires.\n   A la différence de ses compagnons de misère accroupis au pied de l'écha-\n faudage en des attitudes affaissées et pitoyables, en attendant que l'on pro-\nnonce de nouveau sur leur sort, Rik s'est assis sur le rebord de la grille du\ncimetière et il sifflote en bayant à droite et à gauche aux pigeons qui volèrent\nsur la place ou aux corneilles virant autour du clocher. Tout à l'heure, en\nfixant les yeux vers un coin du cimetière, il s'est mis à siffler plus fort et\npersonne n'a vu le brouillard qui passait devant ses prunelles !\n   L'étrange, l'énigmatique enfant : Un maigriot élancé et nerveux, aux\nmouvements agiles comme ceux d'un jeune chat, avec des yeux d'un bleu\nsombre ciliés de noir, de beaux yeux hardis et scruteurs, pétillant de malice\neffrontée ou veloutés et réfléchis, presque somnambuliques ; la bouche assez\ngrande et charnue, au pli désenchanté, contrastant avec la fraîcheur can-\ndide des lèvres, le nez évasé aux narines faites pour humer les vastes par-\n\n  (1) Voir la Belelte dans les Kermesses.\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2875, "texte": "                                 — 365 —\n\nfums de l'aventure, le teint légèrement bistré, fouetté de rouge aux pom-\nmettes, des cheveux bouclés et très noirs, crépus à outrance, qui faisaient le:\ndésespoir de ses maîtres et qui, à peine taillés et tondus, repoussaient\ncomme l'herbe folle pour cacher des oreilles un peu grandes et retomber en\nfrisons capricieux jusqu'aux sourcils sur un front large et bombé. Ses der-\nniers patrons l'avaient affublé d'une manière de sac d'emballage calomniant\nlès proportions déjà heureuses de son corps de sain enfant et d'où émer-\ngeaient des bas de jambes et des bras grêles, mais fermes et fuselés.\n    La messe est finie. Les ouailles sortent lentement de l'église. Puis les\nhabitants des écarts et des hameaux isolés de la paroisse allongent le pas,\nsans s'attarder, pour regagner leurs chaumes avant midi. Les bigotes défi-\nlent, yeux baissés, devant la haie des jeunes farauds campés avec crânerie,\nl'air émoustillé, passant la revue des jeunes filles. Et après que se sont éloi-\ngnées les pataudes rieuses, les gars entrent au cabaret ou vont s'ébaudir en\nécoutant les dernières complaintes de Jaak Corepain.\n    Toutefois, la plupart des trôleurs s'arrêtent devant les tréteaux sur les-\nquels seront adjugés les pauvres. Dans l'attroupement des badauds, on\nremarque des bazines, fermières en grande toilette, l'air important de ména-\ngères se rendant au marché et ruminant des emplettes précédées de féroces\nmarchandages. Mais c'est surtout un remous de pyramidales casquettes de\nsoie noire flanquées chacune d'une paire d'oreilles écarquillées roses et\ntranslucides comme des coquillages, — une couche de visages poupards et\nde tignasses claires, un fouillis de kiels d'un indigo sombre s'harmonisant\n avec l'ardoise grise du ciel, ballonnant sur les dos ronds, force gaillards\n fessus culottés de noir entre les jambes écartées desquels se glissent les\n mioches avides de se faufiler au premier rang.\n    Voici le garde champêtre et à son arrivée le brouhaha s'apaise, même la\n voix nasarde et fêlée de la Belette s'est tue à l'autre angle de la place.\n A tour de rôle le garde fait monter sur les tréteaux les pauvres diables qu'il\n s'agit de placer. Un loustic, ce garde ! Estimant sans doute que l'opération\n lamentable à laquelle il procède a besoin d'être égayée le plus possible, il\n présente chacun de ces parias en un boniment burlesque et farci de scuri-\n lités. Et les pitauds hoquetants se trémoussent aux saillies du truculent\n champêtre.\n    — Nous avons preneur pour vingt francs... Allons, personne ne s'en\n chargerait pour moins?... Ceci vous représente un soldat de Napoléon....\n  Il ne joue plus du fusil mais des aiguilles à tricoter... Il sait peler les\n  pommes de terre et cuire la marmite aux vaches. — Voyons, pour dix-huit\n  francs!... Pour dix-sept ! Pour seize... Au surplus, c'est presque une femme\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "                                  — 366 —\n\ncet ancien militaire... Que dis-je, il vaut encore mieux qu'une femme, car il\nest muet comme un poisson!\n   Le vieux brave, tout usé, incapable de rendre encore le moindre service,\ns'efforce de sourire pour se concilier les chalands. Celui qui s'en em pêtr\nperdra certes au marché!\n   — C'est bien vu, vu et entendu, personne n'en veut plus. . adjugé.\n   Le pauvre vieux a tout de même trouvé un foyer pour y traîner sa misé-\nrable guenille.\n   Au suivant! Un paupérien à peine plus valide.\n   Des grigous qui désirent engager un domestique à peu de frais, tournent\nautour de la piètre marchandise humaine, ils palpent cette chair chrétienne\ncomme s'il s'agissait d'un bœuf. Parviendront-ils à faire rendre à ces épaves\nplus que ce qu'ils seront forcés de débourser pour leur entretien? La sueur\nsuprême de ces ilotes vaut-elle la peine d'être recueillie?\n    La plupart des simples assistent sans remords à cette traite et, ricaneurs,\nils ne se doutent pas de l'énormité de ce qui se passe; la conscience satis-\nfaite, ils sortent de l'église où il leur a été si souvent prêché de s'aimer les\nuns les autres !\n    — A ton tour, vaurien. Et vivement!\n    Et le garde hisse le petit Rik sur l'estrade en le tirant un peu par\nl'oreille.\n    Quoiqu'il y ait plus de force dans les membres de ce petiot que dans\ntoutes les carcasses réunies des marmiteux qui viennent de défiler, Rik sera\nd'un placement plus difficile encore. C'est, comme disent les porte-balles, une\nmarchandise de mauvaise défaite. Le garde lui-même ne s'en cache pas et\n « fait l'article » sans enthousiasme.\n    Après tous les maîtres que Rik a déjà servis, celui qui se chargera de ce\nmauvais sujet se fera largement rémunérer. Qui voudrait encore de ce\npetit sauvage, fainéant et rôdeur incorrigible, turbulent comme un fauve,\ndont le seul talent consiste à imiter le cri des animaux. L'indemnité que le\nbureau de bienfaisance alloue à ses gardiens compense à peine les amendes\nel les autres frais que le polisson leur procure. Qu'attendre aussi de bon\nde semblable graine de bohémien, enfantée dans le vagabondage, l'ivrognerie\net la maraude ?\n    L'enfant a-t-il conscience de ce mauvais gré, mais il enchérit encore sur\nson attitude impudente. Il se rengorge, provocant, et promène ses grands\nyeux d'aiglon par-dessus les têtes badaudes et béates levées vers lui. Il tient\nles mains enfoncées dans les poches. Et tandis que le garde champêtre fait\n de lui un éloge négatif, et mendie pour ainsi dire la charité des assistants,\n"}, {"page_pdf": 410, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2600, "texte": "                                  — 367 —\n\n Rik a des haussements d'épaules et des flageolements de jambes dédaigneux.\nAh! ce serait à dégoûter les meilleures âmes de s'intéresser à lui. La charité\npublique a tellement conscience des tares et des vices de ce fieffé paresseux,\nqu'elle consentirait à \"payer le maximum, soit 20 florins, à qui voudra bien\nl'en défaire. Et personne n'est appâté par ce fort tarif, même les plus cupides\nhésitent. Alors le garnement, comme pour narguer son triste destin et faire\nla nique à sa bonne mère la société, pousse à trois reprises un formidable\ncocorico et chaque fois en se piétant sur ses orteils à la façon d'un jeune\ncoq se redressant sur ses ergots.\n   La galerie éclate de rire et le garde champêtre allonge un maître soufflet\nà l'irrévérencieux galopin. Rik le reçoit sans broncher, sans même porter\nla main à la joue meurtrie.\n   Les paysans s'ébaudissent, s'affriolent en se poussant du coude, un peu\nscandalisés au fond, et songent de moins en moins à recueillir sous leur toit\nune pareille graine d'insubordination.\n   Donc il y a grand danger que Rik reste pour compte à la philanthropie\npublique.\n   Est-ce le fait de la brutalité du garde, mais, révoltée, bazine Boljans, la\nfermière des « Sureaux », a tiré son mari par le bras et lui dit : « Si nous le\nprenions chez nous, hein, notre homme? L'enfant a l'air intelligent et nous\navons précisément besoin d'un vacher. »\n   — Du diable! Y songes-tu? proteste le fermier.\n   — Och oui, baes Boljans, prends-moi ! intervient, d'une voix sourde et\ntendue, le petit, dont l'oreille fine a surpris la parole de la bonne femme et\nà qui revient son visage maternel : « Je travaillerai comme un cheval et\nvous pourrez me battre pour user vos mauvaises humeurs... Quand votre\ncoq dormira, c'est moi qui réveillerai vos gens! »\n   — C'est dit. Emmenons-le! insiste la charitable fermière, d'un ton indi-\nquant qu'elle aura le dernier mot. Avant que son époux ait eu le temps de\nprotester, elle fait signe au garde.\n   — Nous le prenons pour rien!... Arrive, petiot!\n   — Adjugé! proclame le garde, mais je ne vous dirai'point Proficiat!\n   Peu fier de son emplette, en effet, Boljans entraîne sa femme en bougon-\nnant, sans accorder un regard au petit paria qui, lui, n'a fait qu'un bond\ndu haut de l'estrade et qui suit ses nouveaux maîtres avec des turbulences\nde chien lâché.\n   L'acte inconsidéré des Boljans est sévèrement jugé par l'assistance. Des\néclats de rire et des lazzis, presque des huées, accompagnent leur retraite.\n Elle est pour le moins déplacée cette compassion témoignée à un incorri-\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "                                 -   368 —\n\ngible vaurien, à un incurable vagabond. Toute la journée on en glose dans\nles cabarets. C'est l'événement de ce dimanche : « Décidément bazine Bol-\njans est devenue folle ! — Ils éprouvent toujours le besoin de se distinguer!\n— Ils ne savent rien faire comme les autres!... Ils possèdent sans doute\ntrop d'argent, qu'ils introduisent pareille vermine dans la place... Autant\ny lâcher une bande de mulots... »\n   Le plus acharné à bêcher Boljans est précisément son voisin, le gros Gui-\ndon, un hâbleur, bouffi de vanité et d'arrogance, qui par son incurie et ses\nsottises accélère le déclin de sa ferme des « Cigognes » et qui assiste avec\nenvie à la prospérité croissante des « Sureaux ».\n\n\n                                       II\n\n   Rik était-il réellement si mauvais que cela ou son diable de caractère\nfarouche et turbulent l'emportait-il sur ses bonnes intentions; les exigences\nde son tempérament de sauvageon avaient-elles raison de sa reconnaissance?\nMais il justifia les pronostics les plus désobligeants des villageois, au point\nque la digne bazine Boljans regrettait souvent elle-même d'avoir cédé à un\nmouvement de pitié.\n   — Tu le Vois bien ! disait le baes. Quelle bénédiction!\n   — N'importe. Patientons encore! faisait la bazine.\n   Et ils poussaient cette patience jusqu'à reprendre le petit lutin à la fin de\nl'année.\n   Ce n'était pourtant pas faute de corrections que ce rejeton de traîne-les-\nroutes demeurait différent des autres gamins du village. Sans cesse les gifles\nlui pleuvaient sur la caboche, et les coups de pied au bas du dos. A tort\nou à raison, tout le monde venait se plaindre de lui à Boljans, et à chaque\ndénonciation il essuyait une souffletade ou une fessée.\n   Clic, clac ! C'était le curé à qui on avait volé des pommes et on ne pou-\nvait être évidemment que ce damné bohémien, car aussi gourmands et pico-\nreurs que fussent tous les autres enfants de la paroisse, aucun n'aurait osé\nescalader le mur du presbytère et commettre un vol presque sacrilège.\n   Clic, clac ! De la part du bourgmestre dont l'espiègle avait pourchassé\nles poules jusqu'à les faire sauter dans la mare, où l'une d'elles s'était\n noyée!\n   Clic, clac ! Parce qu'au lieu de surveiller les vaches, Rik les laisse cons-\n tamment s'échapper et paître sur les prés de Guidon. Et chaque mise en\n contravention vaut une amende à Boljans et une raclée à son vacher.\n   Avec cela, sale et négligé, fait comme un malandrin, ou mieux, comme\n"}, {"page_pdf": 412, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2873, "texte": "                                   -   369    -\n\nla poussière des routes qu'avaient battues ses parents. Plus souvent vautré\npar terre et dans l'herbe que planté sur ses jambes. La bazine passe son\ntemps à rapiécer ses nippes et il aurait l'air de porter l'habit d'Arlequin si\nbientôt toutes ces pièces de couleur et d'étoffe diverses ne s'enduisaient d'une\nuniforme patine de glèbe et de fauve.\n    Une chose indispose surtout le village contre lui : c'est une sorte de\nfierté assurément déplacée chez un être si chétif et d'extraction si louche. Il\nrestera souvent des jours sans adresser la parole ou même sans répondre à\nqui que ce soit. A ces accès de mutisme succèdent des crises de turbulence\net de joie désordonnée. S'il éclatera d'un rire sauvage et intempestif en\nentendant raconter des histoires tristes, en revanche il opposera une physio-\nnomie presque affligée à celui qui prétendait narrer des farces. L'heur ou\nle malheur d'autrui ne le touchait en rien.\n    Aux veillées il ne frémit point en entendant la légende du « Berger incen-\ndiaire » ou des histoires de batailles. Au contraire, plus le conte est sombre\net tragique, plus l'aventure est sanglante et belliqueuse, plus Rik respire\nallègrement et ses yeux, brillent alors d'un éclat intrépide qui le fait res-\nsembler aux héros ou même aux misérables qu'il envie.\n    Puis il est têtu à désespérer les pierres. Coupable, il n'avouera jamais sa\nfaute; innocent, il dédaigne de protester et il se laissera battre comme un\ndizeau de blé par son baes, sans répandre la moindre larme, sans accuser\ntrace d'émotion. Mais si un autre que Boljans s'avise de porter la main\nsur lui, il regimbe comme un jeune loup, à coups de patte, de griffe ou\nde dent, son adversaire fût-il bien plus fort que lui et, lorsqu'il a le dessous,\nil se laissera écharper plutôt que de se rendre ou de crier merci.\n    Entre tous ses ennemis, il n'en comptait pas de plus inconciliable que le\n brutal Guidon. Le vacher des Boljans étendait même sa haine à la fille\n unique de Guidon, la petite Annette, une douce blondine, inoffensive et\n timide, ayant à souffrir des mauvaises humeurs et de l'intempérance pater-\n nelles. Lorsque Rik rencontrait la petiote aux champs, il lui barrait le pas-\n sage, lui faisait d'effrayantes grimaces et ne la laissait passer qu'après l'avoir\n taquinée de cent manières. Une fois qu'elle revenait de traire les vaches, il\n renversa ses jarres de lait; une autre fois il la jeta dans un fossé d'où il la\n retirait ensuite couverte de boue jusqu'à la ceinture.\n     « Ah ! c'est donc vrai que vous êtes si vilain et si méchant que tous le\n disent ! » Et il y avait dans ce reproche de la blondine, s'interrompant de\n pleurer et de sangloter, comme une nuance de regret et de déception qui\n  troubla le tourmenteur. Toutefois, il lui tourna le dos et s'éloigna en sifflant\n  à la façon des merles.\n"}, {"page_pdf": 413, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "                                  — 370 —\n\n   A mesure que Rik grandissait, le maître des « Sureaux » avait tenté de\nl'initier aux diverses besognes d'un bon valet de ferme. Mais à toutes ces\nœuvres, le bizarre gamin apportait la même maladresse ou la même négli-\ngence. Il va courir sa quinzième année et, lorsqu'il guide la charrue, il\ntrace des sillons aussi capricieux que la marche du fermier des \" Cigognes \"\naprès les libations dominicales.\n    Au moins ferait-il un passable batteur en grange? Après un essai, Bol-\njans le renvoya à ses vaches : en jouant du fléau il perdait la mesure, ou\ntapait à faux, contrariant, plutôt qu'il n'aidait, le manœuvre attelé avec lui\nà cette besogne.\n    Ce fut bien pis, l'été, quand son baes l'essaya comme moissonneur. Par-\ntout où avait passé le piquet de Rik,.l'éteule avait près d'un pied de long!\n « C'est une honte ! Une véritable honte! » ne cessent de lui répéter ses bien-\n faiteurs..\n\n                                      III\n\n    Ils étaient même sur le point de renoncer à ses services, lorsqu'un événe-\nment le leur rendit presque cher. Pour se rendre à une pièce de terre assez\néloignée des « Sureaux », Boljans s'avisa de monter un étalon qui n'était plus\nsorti de l'écurie depuis quinze jours. A peine au dehors, la bête s'effraya et\nfit un si brusque écart que Boljans fut jeté hors de la selle. Avant qu'il eût\neu le temps de raccourcir les rênes et de retrouver l'équilibre, le cheval\ns'emporta si bien que le cavalier, un pied engagé dans l'étrier, la tête en\nbas, restait suspendu, ballottant comme un sac de farine, aux flancs de sa\nmonture. A tout instant il allait s'ouvrir le crâne sur le pavé ou se le faire\nécrabouiller par un coup de sabot. Le cheval lancé à fond de train et\nl'homme en détresse passèrent, sur la route, devant la prairie où Rik polis-\nsonnait en gardant les vaches. Il entendit les clameurs de la bazine Boljans\net des gens de la ferme courant, éperdus, à la chasse de l'animal.\n    — Arrêtez ! Arrêtez ! criaient-ils aux paysans qui arrivaient en sens\ninverse. Mais du plus loin que ceux-ci voyaient approcher cette trombe\nvivante, soulevant un tourbillon de poussière et arrachant des éclairs au\npavé, pris de panique ils se hâtaient de se jeter sur les accotements et de se\ngarer derrière les arbres.\n    Aussitôt qu'il eut avisé le cheval et reconnu son baes, Rik n'hésita pas\nun instant à enjamber le fossé et à se planter résolument au travers de la\nroute pour disputer le passage à la bête effrénée. Au moment où, écumante,\nles naseaux frémissants, elle fondait sur lui, il ne se détourna que tout juste\n"}, {"page_pdf": 414, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2863, "texte": "                                  -371       -\n\nassez pour se jeter à sa tête. Saisissant les rênes d'une main, se crampon-\nnant de l'autre à la crinière, il se raidissait, pesait de toute sa masse, et ses\npieds nus touchant le sol, les orteils râclaient le pavé et s'efforçaient de s'y\nincruster comme les dents d'un frein.\n    Le cheval emporta encore ses deux maîtres sur un parcours de quelques\nportées d'arbalète, puis sa course échevelée se ralentit et bientôt il ne fit\nplus que les traîner. Les autres valets arrivèrent alors à la rescousse de Rik\net achevèrent de maîtriser la fougueuse monture. Il était temps. Lorsqu'on\ndégagea Boljans, il avait le front écorché et plusieurs contusions au crâne ;\nheureusement le cuir seul était entamé. Rik était peut-être plus mal arrangé\nencore ; ses pauvres pieds, si calleux et si durillonnés cependant, à l'épreuve\ndes ronces et des cailloux du chemin, avaient été mis en lambeaux et ne\nreprésentaient que des moignons sanglants.\n    Cette prouesse conquit au petit vacher l'estime et le respect de beaucoup\nde villageois, mais ne suffit pas à lui rallier leurs sympathies. Son courage,\nqui les humiliait, fut taxé de témérité par les poltrons et les envieux. S'il\navait risqué sa vie, ce n'était point par amour pour son baes, c'était parce\nqu'il n'attachait aucun prix à l'existence, un présent de Dieu, dont la créa-\nture humaine ne saurait être assez parcimonieuse et jalouse ! En somme, il\n avait agi en désespéré et son prétendu héroïsme ne passa bientôt plus que\n pour une tentative de suicide.\n    Il ne tarda pas à donner une preuve plus criticable encore de ce courage\n mal placé.\n    Revenant de la ville par une nuit de gel, un colporteur raconta\n qu'il lui était apparu un étrange fantôme assis à son rouet et en train de\n filer paisiblement sa quenouille au mileu de la bruyère neigeuse. Le colpor-\n teur avait pris ses jambes à son cou et regagné son logis en invoquant le\n bon dieu, la vierge et tous les saints du paradis. Quelques gars, de ceux qui\n'passaient pour avoir du poil au menton, se postèrent étroitement groupés,\n plusieurs soirs de suite, en un endroit d'où leurs regards pouvaient embrasser\n la vaste plaine nue, mais ils eurent beau s'y morfondre depuis dix heures\n jusqu'à minuit, aucun fantôme ne daigna se montrer. Ils accusaient déjà le\n colporteur de s'être amusé à leurs dépens ou d'avoir tété encore plus ivre\n que d'habitude, lorsque le samedi suivant, s'étant rendus une dernière fois\n à l'affût du fantôme, ils aperçurent, en effet, une fileuse installée au milieu\n de la campagne déserte. Aussi peureux que le colporteur, toute la bande\n  s'empressa de tourner les talons et de détaler au plus vite. L'aventure ayant\n  été rapportée à Rik, selon son habitude il se moqua impitoyablement des\n  poltrons et s'engagea même à accoster le fantôme s'ils pouvaient réellement\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "                                  — 372 —\n\n le lui montrer. En conséquence, le samedi d'après, vers onze heures, la\n petite troupe, renforcée du vacher des « Sureaux », se rendit de nouveau à\n l'extrémité de la paroisse. Comme ils détournaient le dernier chaume du\n village et débouchaient devant la plaine, au dernier coup de onze heures:\n— Regarde, rega rde, le voilà ! - Les dents claquaient ; tous les bras tendaient\nvers le même point. Rik distingua, en effet, une pâle jeune fille occupée à filer\nsa toile aussi blanche que la neige qui l'entourait, ou que la clarté delalune\nqui mêlait ses rayons aux fils du lin, si bien que la diaphane apparition\n semblait tisser .une toile de neige avec les fils d'argent des astres nocturnes.\n    Rik n'avait pas tremblé ou reculé un instant. Il se dégagea de l'étreinte de\nses compagnons qui voulaient le retenir et sans même prendre la précau-\ntion de se signer, il marcha droit vers le fantôme. Les autres n'attendirent\npas même qu'il l'eût rejoint pour fuir éperdus et rentrer au village, certains\nque cette apparente fileuse de neige se trouverait être une rouge diablesse,\nune sœur du Berger incendiaire, qui l'envelopperait dans un suaire de feu.\n    A la profonde surprise de Rik, à mesure qu'il approchait, les regards\ntoujours franchement braqués sur le spectre, il lui trouvait des traits de\nressemblance avec une jeune mortelle du village. Il finit même par ne plus\ndouter : la mystérieuse fileuse n'était autre que la petite Annette, sa voisine,\nson souffre-douleur. Aussitôt qu'il l'eut reconnue il pressa le pas : « Vous\nAnnette, que faites-vous donc ici? En voilà une idée... »\n    — Rik, répondit-elle, plus émue et plus décontenancée que lui-même,\nsi vous avez vraiment un peu de cœur, ne me trahissez point. Vous saurez\ntoute la vérité. Chaque samedi je me rends à la veillée avecles autresfillesdu\nvillage, tantôt dans une ferme, tantôt dans l'autre, et comme mon père me\ngronde et me maltraite lorsque je n'ai point tissé une certaine longueur de\ntoile, je n'ose rentrer avant d'avoir complété ma tâche...\n    — Le barbare! grommela Rik entre ses dents. Mais, malheureuse, c'est\nfolie de votre part, vous mourrez de froid, il gèle à faire grelotter les morts\ndans leurs tombes...\n    C'était la première fois qu'il lui échappait un mot de compassion et\nAnnette en fut plus étonnée que de le voir...\n    — Vous ne direz rien à personne, pas même à vos baes, insista la jeune\nfille, car mon père me battrait !\n    — Je vous le jure, Annette, mais ne puis-je rien faire pour vous?\n    — Rien... Rien! Votre silence suffira !\n    Et Rik éprouva comme une vague joie qu'il y eût un secret entre eux.\n Un besoin de protection chevaleresque s'empara aussi de lui. L'ayant aidée\n à rassembler son attirail, il ne voulut jamais qu'elle se chargeât du rouet.\n"}, {"page_pdf": 416, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2649, "texte": "                                  -   373 —\n\n    Cheminant sans mot dire à ses côtés, dans la nuit éthérée, malgré le\nfroid il s'approchait à regret du logis. Il l'accompagna jusqu'au seuil des\n« Cigognes » où, avant de la quitter, il lui pressa longuement les mains,\navec un rauque bonsoir.\n     Le lendemain Rik raconta aux villageois scandalisés par son courage\nimpie et tout surpris de le voir encore vivant, qu'à son approche la fileuse\ns'était dissipée et fondue avec un bruit de vapeur d'eau bouillante.\n     Ce fut là son premier mensonge.\n     Depuis ce moment Rik traita sa blonde voisine avec une certaine cama-\nraderie timide et respectueuse, et cessa complètement de la taquiner. Il\nperdit beaucoup de sa turbulence. Comme il prenait un certain soin de sa\npersonne, qu'il liait plus intimement connaissance avec l'eau et le savon,\ns'initiait à l'utilité du démêloir, se donnait la peine de brosser ses culottes\n et d'entretenir l'empois et la propreté de ses blouses, les honnêtes gens\n le considérèrent avec plus d'attention et les Boljans les tout premiers\n admirent que ce brunet musclé et charnu, aux yeux peut-être trop grands\n et trop noirs, aux grosses lèvres et aux cheveux bouclés, ne représentait pas\n un gars trop mal découplé.\n     Malheureusement la besogne n'allait pas mieux. Au contraire ! Le goût\n de la rêverie l'emporte sur son humeur vagabonde. Au milieu de son tra-\n vail, il s'arrête court et, appuyé sur le mancheron de son araire ou la\n, paume de sa bêche, il s'abîme dans la contemplation du paysage ; caressant\n  de ses regards veloutés des arbres qu'il voit pourtant tous les jours et\n  s'attendrissant au ramage d'oiseaux dont le chant est pourtant toujours le\n  même.\n      Le dimanche de la kermesse il donna suite à un projet qu'il caressait\n  depuis longtemps et dont il ne s'ouvrit à personne. Après la soupe de midi,\n  il se fit le plus brave qu'il pût, mit sa belle culotte de drap noir, un kiel\n  flambant neuf, piqué de soie bleue à l'encolure et aux poignets, une haute\n  casquette de moire, et le gourdin à la main il s'engagea dans l'enclos des\n  « Cigognes », décidé à obtenir d'Annette qu'elle l'accompagnât le soir à la\n  danse.\n      Guidon, attiré par les aboiements du chien, intima, du seuil de la porte, à\n   l'intrus l'ordre de rebrousser chemin.\n      — Qui t'appelle ici, maudit bâtard, veux-tu bien t'en aller et vite...\n      Rik continua bravement, décidé à passer une fois pour toutes sur la\n   mauvaise humeur du père d'Annette et même à se le concilier.\n       — As-tu compris ou je lâche mon chien?\n       Et comme Rik marchait toujours, le sourire aux lèvres, le fermier déta-\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "                                    — 374 —\n\n  cha en effet le molosse qui tirait furieusement sur sa chaîne. Aussitôt la\n  bête se rua sur Rik avec un telle impétuosité qu'elle lui fendit la culotte\n  depuis le genou jusqu'à la cheville.\n     L'attaque avait été si brusque que Rik n'avait pu se mettre sur la défen-\n  sive; mais comme le dogue allait le mordre de nouveau, il lui asséna un\n  terrible coup de gourdin qui l'envoya rouler, aux trois quarts assommé,\n  à quelques mètres de là.\n     Le fermier des « Cigognes », qui avait ingurgité force alcool après la messe,\n se porta, le couteau à la main, au secours de son dogue : « Attends, misé-\n  rable, je vais te crever à ton tour! » Rik l'attendait impassible, un peu plus\n pâle, les yeux dardés dans les siens. Au plus fort des aboiements et des\n invectives, Annette s'était montrée sur le seuil de la ferme, et elle tordait\n vers Rik des bras suppliants. A sa vue le jeune homme résolut de ménager\n l'ivrogne. — Je me contenterai de parer les coups ! se dit-il.\n    Cependant d'autres personnes avaient été appelées par le tapage, entre\n autres le fermier Boljans, et au moment où Guidon s'élançait, le couteau\n levé, sur Rik, il empoigna le forcené et réussi à le désarmer, non sans\n se blesser lui-même. Deux ou trois autres témoins de cette scène s'étaient\n jetés de leur côté sur Rik et, parvenus à lui arracher le bâton avec\n lequel il décrivait de terribles moulinets, ils s'échignaient à le ramener au\n logis. Mais à présent la fureur avait pris possession de l'âme du garçon et\noubliant Annette, pour ne ressentir que l'insulte et l'agression dont il venait\nd'être victime, il se débattait pour courir sus à son ennemi et ne cessait de\ncrier en se tournant vers lui : « Ah! Guidon, prends garde ! Je ferai chanter\nle coq rouge sur ton toit ! »\n    Boljans l'ayant rejoint aux « Sureaux », le trouva pleurant de rage, la\npoitrine pantetante, farouche comme un désespéré qui rumine un mauvais\ncoup.\n    « Écoute, mon garçon, lui dit-il, c'en est trop, nous ne pouvons con-\ntinuer à vivre ainsi. Non seulement tu ne me rends aucun service, mais tu\nme vaux quantité de tracas. Par ta faute me voilà devenu l'ennemi du voi-\nsin, avec lequel nous ne nous entendions déjà que trop mal... Autrefois tu\nm'as sauvé la vie; sans moi il te saignait comme un porc. A présent nous\nsommes quittes !»\n    Le pauvre Rik ne répond rien. Décidément il n'aura jamais la moindre\nchance! Il sera toujours haissable et maudit! Il coule un regard doulou-\nreux vers la bazine, espérant qu'elle interviendra selon sa coutume. Mais\ncette fois elle ne dit mot, elle se détourne même.\n    Alors il monte rassembler ses nippes et quitte la ferme sans un adieu,\nsans dire où il va, sans regarder derrière lui.\n"}, {"page_pdf": 418, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2744, "texte": "                                  — 375 —\n\n    Cependant, les Boljans se sont couchés. Généralement, la conscience à\nl'aise, ils s'endorment tout de suite, mais ce soir ils demeurent éveillés, à se\nretourner sur leur couche, plus inquiets qu'ils ne se l'avouent l'un à l'autre\ndu sort de leur valet ; éprouvant presque du remords et n'osant parler de lui\nde peur de s'accabler de mutuels reproches.\n    Depuis longtemps les dernières orgues se sont tues, les danses ont cessé\net les amants ont étouffé leurs chuchotements et leurs baisers au seuil des\nportes séparatrices.\n    Comme les Boljaris viennent de recouvrer enfin le calme et l'oubli du\nsommeil, tout à coup une clameur et une lumière les réveillent.\n    Ce n'est pas encore le chant du coq, ce n'est pas non plus la clarté rose\nde l'aube.\n    O ciel! c'est un autre coq qui chante. Celui-ci a la voix du tocsin et le\nplumage de l'incendie, et ce plumage est si rouge qu'il colore de ses reflets\njusqu'aux parois de la soupente où dorment les Boljans et qu'il a traversé\nleurs paupières ! O ciel ! c'est la ferme des « Cigognes » qui flambe...\n    Boljans et sa femme à peine vêtus, lui, de ses chausses, elle, d'un jupon\nde dessous, se précipitent au dehors. Pauvre Guidon, et surtout pauvre\nAnnette! Qui les sauvera? Qui bravera les atteintes de ces flammes déjà\nmaîtresses de tout le bâtiment. Pour sûr le feu a pris de tous les côtés à la\n fois...\n    Mais tandis que les uns se taisent, immobiles, glacés d'horreur, que\nd'autres crient et se démènent, quelqu'un s'est résolument lancé dans la\n fournaise... Son action a été si prompte que les assistants n'ont même pas\neu le temps de le reconnaître. Quelques secondes... Le voilà, portant dans\n ses bras Annette évanouie. Mais c'est lui! Qui donc? Rik le vaurien! Le\n vacher des Boljans ! Hourrah ! Vive Rik !\n    Écartant la foule il dépose la jeune fille sur une botte de paille et indiffé-\n rent aux cris de jubilation qui l'exaltent et qui publient son héroïsme, il\n guette le retour à la vie de celle qu'il croyait haïr et qu'il aime.\n    Mortellement angoissé, il épie un mouvement des paupières et des lèvres\n et, l'oreille appliquée contre la poitrine de la jeune fille, il cherche à sur-\n prendre les battements de son cœur. Mais voilà que tout à coup, aussi\n rapidement que les souffles du ciel, le courant du sentiment public a\n tourné : les noëls se transforment en haros, les acclamations en huées!\n    — Oui, c'est lui ! C'est lui 1 A mort l'assassin! L'incendiaire! Le lâche!\n Tue! Tue! Haro! Hawourt !\n     Car les villageois se sont rappelé la querelle sanglante du garnement avec\n  le père d'Annette, et la sinistre menace qu'il proféra à plusieurs reprises :\n   « Je ferai chanter le coq rouge sur ton toit! »\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "                                  — 376 —\n\n   Et c'est qu'il a tenu sa diabolique parole :\n   Le coq a chanté. Il chante même encore! Secouant s'a crête flamboyante,\nfantastiquement dentelée, le voyez-vous courir et bondir, étoiler de ses\nergots de feu la ferme, la grange et l'étable! Il chante, le coq rouge; il\ntriomphe!\n   C'est ce maudit vagabond qui l'a lâché. Ah, il chante son hymne atroce\nde misère et de mort, de sang et de famine, le coq dévorateur échappé des\nbasses-cours de l'enfer ! Il a chanté le trépas du fermier et de ses domes-\ntiques, embrasés et étouffés sous ses ailes de feu et son cocorico néfaste a\nempêché qu'on entendît leurs cris de désespoir...\n   Et personne pour imposer silence au monstre. Il ne se taira que lorsqu'il\naura éparpillé en paillettes d'or, en fumée et en cendre les derniers vestiges\nde la ferme de Guidon.\n   Mais au moins pourra-t-on tirer vengeance du suppôt d'enfer qui lui a\ndonné la volée !\n   A mort ! A mort ! Arrêtez-le !\n   Rik n'entend toujours pas. Tout entier à scruter le retour à la vie de la\nbien-aimée.\n   Déjà des forcenés le bousculent, des poignes l'agrippent rageusement\npour le massacrer. Il ne sent pas plus qu'il n'écoute... Et il n'aurait pas\nencore entendu ce concert de malédictions si elle n'avait enfin ouvert les\nyeux. Et c'est le regard d'Annette qui lui fait comprendre ce que hurle et\nvomit autour de lui la foule ivre de représailles.\n   Annette a entendu avant lui et elle a cru aussitôt la voix publique...\n   Rik lit l'horreur et l'anathème dans ses yeux d'orpheline, et ces mains\nfraternelles, ces mains providentielles, ces mains de salut qui viennent de\nla disputer aux mortelles caresses de l'incendie, et qui la palpaient comme\nun trésor précieux et suprême, lâchent prise et la laissent retomber, de\nnouveau inanimée, sur la litière.\n   Annette l'a jugé avec les autres! Il ne songe point à tenter une justifica-\ntion, une résistance; à opposer ne fût-ce qu'un mot ou un geste à ce popu-\nlaire prêt à l'écharper.\n   Il passe pour infâme. Soit! Du moment qu'elle doute de lui, il n'est plus\nce qu'il voulait être, ce qu'il est. Il devient tel qu'elle le juge. Puisqu'il\ndésirait être, ne compter qu'à ses yeux...\n   Le garde champêtre et les gendarmes ont traversé la cohue. A la première\nsommation lui-même tend les mains à leurs entraves, après s'être détourné\npour ne jamais, ne jamais plus la revoir. Presque radieux, s'enorgueillis-\nsant de la haine qui l'entoure, il se laisse emmener ; fier surtout d'être seul\nà savoir la vérité.\n"}, {"page_pdf": 420, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2730, "texte": "                                — 377 —\n\n\n                                     IV\n   Son procès fut rapidement mené. Devant la justice, il se renferma dans\nune attitude taciturne et quasi-dédaigneuse. Comme il refusa de choisir un\ndéfenseur, on le pourvut d'un avocat d'office. Il y eut grande affluence de\nvillageois ; un interminable défilé de témoins, tous à charge, au nombre\ndesquels figurait Annette, la fille de Guidon. Elle ne chercha point à acca-\nbler le prévenu, mais elle dit simplement — non sans de fréquentes crises\nde larmes au souvenir de son père — ce qu'elle croyait être la vérité. Tout\nle temps qu'elle parla, Rik ne lui accorda pas le moindre regard, et, les\nyeux obstinément fixés sur les juges, sans un trouble, sans un tressaillement,\nil répondit d'une voix ferme par un « oui » ou par un « non » aux questions\nque lui posait le président. Et lorsque tirant, fatalement, de cet interroga-\ntoire de la fille de la victime, une conclusion écrasante contre Rik, le pré-\nsident se répandit en reproches et en objurgations grandiloquentes, insistant\nsur l'odieux de ce crime exécrable, sur cette infernale duplicité poussée par\nl'assassin jusqu'à vouloir se faire passer pour le sauveur d'une malheureuse\ndont il venait d'assassiner le père, lorsque la salle enfiévrée par ce mouve-\nment oratoire faisait entendre un sinistre grondement, l'incendiaire ne se\ndépartit point de son flegme cynique; mais les bras croisés, la tête rejetée\nen arrière, un indicible sourire tiraillait par moments sa lèvre adolescente\n et ses grands yeux noirs restaient fermes et secs.\n   Entre les autres témoins ce fut un assaut de racontars, une liste de pré-\nventions, un grossissement de toutes ses frasques et escapades, de ses\npauvres petits larcins d'enfant.\n   Les femmes, comme toujours, se distinguèrent dans cet ignoble remous\nde médisances et de délations, toutes tenant à jouer un rôle, avides de se\ndonner de l'importance, d'avoir vu et su des choses ignorées des autres\ncommères.\n   Seul le couple Boljans disputa le malheureux à l'opinion publique unani-\nmement acharnée contre lui : le baes raconta comment le prétendu sans-\ncœur lui avait sauvé la vie, et la femme rétrouva quelques traits fugitifs\nattestant le caractère droit et foncièrement probe de son petit domestique.\nL'accusé ne montra pas plus de trouble à ces témoignages sympathiques\nqu'aux vilenies jappées par une meute d'ennemis résolus à le perdre.\n    Dès la première audience les journaux s'accordèrent à lui trouver la\n figure des criminels-nés et lui découvrirent tous les stigmates énumérés dans\n les traités de Lombroso. L'alcoolisme de son père contribua aussi à le\n rendre odieux. Sa noble et originale figure fut déclarée repoussante. Les\n"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2723, "texte": "                                 — 378 —\n\nfeuilles illustrées s'ingénièrent à travestir en une caricature sinistre sa tête\nd'archange rebelle. Son attitude impassible, son hautain silence, lui alié-\nnèrent les cœurs les plus portés à la pitié.\n   Dans son réquisitoire le ministère public eut beau jeu, le prévenu lui fai-\nsait la partie par trop belle. L'avocat fut exécrable.\n   L'assistance exaspérée aurait presque réclamé le rétablissement de la peine\nde mort par représailles contre cet incendiaire rusé et « machiavélique » —\ncomme avait vaticiné le substitut du procureur royal.\n   On ne s'expliqua même pas la clémence des juges qui — le verdict, affir-\nmatif sur tous les points, rendu par le jury — firent bénéficier le scélérat de\ncette circonstance qu'il n'avait que dix-sept ans et qui, pour ce motif, se\nbornèrent à l'interner jusqu'à sa majorité dans une maison pénitentiaire.\n   Au sortir du Palais la voiture cellulaire fut presque mise en pièces. La\nfoule, l'immonde tourbe, la lie hypocrite et conforme, se distinguant comme\ntoujours par son zèle justicier.\n   Les Boljans recueillirent la jeune Annette, demeurée sans protecteurs et\nsans parents, et prenant en mains la gérance d'un héritage bien entamé,\ns'occupèrent de lui reconstituer un patrimoine.\n   Des mois s'écoulèrent. On apprit un jour que le boute-feu s'était évadé.\nLe village entier écuma et gémit, comme si on le frustrait de sa vengeance.\nJaak Corepain ajouta quelques couplets à la complainte de Rik et le Coq\nrouge. Les dimanches la Belette achevait ses restes de poumon sur cette\nchanson, à la même place où le petit vacher avait été exposé et adjugé\nquelques années auparavant!\n   Les Boljans furent mis en quarantaine à cause de leur déposition favo-\nrable au monstre, éternel déshonneur de l'humanité, comme avait dit aussi le\nmagistrat. Annette fut presque confondue dans cet opprobre pour avoir\naccepté le couvert, le gîte et les services de gens qui avaient tenté de « blan-\nchir le noir assassin de son père ».\n  ' Et voilà qu'au plus fort du tollé, de la fermentation et des cabales diri-\ngées contre les fermiers des « Sureaux », une nouvelle plus étrange encore\nque celle de l'évasion de Rik, une rumeur vraiment consternante bouleversa\net mit sens dessus dessous l'équitable communauté : un récidiviste mori-\nbond, détenu dans une maison de force, confessa à l'aumônier, puis à la\njustice, qu'il avait incendié la ferme de Guidon, parce que celui-ci l'avait\nchassé de la grange où il dormait.\n   Cette nouvelle fut accueillie d'abord avec une sorte de regret. On aurait\ndit de félins auxquels on arrache leur ration. Est-il rien de plus irritant\npour les mortels que de devoir revenir sur une conviction dans laquelle ils\n"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "                                    — 379 —\n\ns'étaient retranchés une fois pour toutes? Puis, après cette vilaine phase,\nle revirement se produisit avec une violence extrême, avec une sorte de\nfanatisme. Les accusateurs se sentirent coupables et iniques. Une soif d'ex-\npiation s'empara de la communauté.\n   Au prône, le pasteur, qui n'avait pas été des derniers à accabler la brebis\ngaleuse, engagea ses ouailles à demander pardon à Dieu du mal qu'ils\navaient causé à un juste.\n   Tous avaient contribué à le faire condamner; tous, sauf les Boljans;\naussi cette révélation foudroyante détermina-t-elle dans la paroisse une\nréaction générale en faveur des braves gens tenus depuis le procès en une\ninjurieuse et rancunière suspicion. Les villageois se prirent à les vénérer et\nà les exalter avec autant de frénésie qu'ils leur avaient jeté de la boue et des\npierres.\n   Le village entra dans une ère inattendue de pénitence et d'amélioration\nmorale, non pas renfrognée et austère, mais simple, mais évangélique.\n   Les commérages diminuèrent et, partant, les médisances et les venimeux\ncoups de langue. Les censeurs du prochain commencèrent par s'observer et\nse punir eux-mêmes. Les paysans aisés furent meilleurs et plus charitables\naux pauvres. Faute de pouvoir abroger légalement la coutume impie des\nadjudications d'indigents, par pénitence ou mieux par un véritable esprit\nde charité, les ménages se disputèrent les enfants sans parents et les vieil-\nlards sans famille.\n    La communauté n'entretint qu'un désir : revoir Rik, le faux incendiaire,\nmériter de le ravoir. Ah ! quelle rentrée triomphale ils lui ménageraient. Le\ncortège d'installation de leur pasteur avec ses cavalcadours rustiques et ses\nchars plus fleuris qu'un reposoir de mai ou que les rozenlands de la Saint-\n Pierre-et-Paul (1) pâliraient à côté de la bienvenue qu'ils comptaient sou-\n haiter à leur victime.\n   Aux veillées où elles s'entretenaient sans cesse du paria d'autrefois, les\n bonnes gens réduisaient à leur anodine et si normale importance tant d'es-\n piègleries et de fugues que le préjugé public lui avait imputées à crime. Cet\n incendiaire était donc un héros; ce gueux, un juste; cet assassin, un sau-\n veur !\n    L'exécration tournait en un véritable culte. Dans leur zèle de convertis,\n les villageois allumèrent un beau feu de joie du lot des complaintes flétris-\n santes que la Belette avait chantées de sa voix de sibylle poitrinaire. Et le\n\n\n  (1) Voir la Fête des saints Pierre et Paul dans les Nouvelles Kermesses.\n                                                                             26\n"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2698, "texte": "                                  — 380 —\n\nrimeur remplaça ces strophes injurieuses par une sorte de légende dans\nlaquelle le vil possédé de Satan se trouvait béatifié.\n    Le mystère qui continuait à planer sur son sort alimentait et pathétisait\ncette nostalgique idolâtrie.\n    La plus repentie était nécessairement Annette. Chacun compatit à sa\ndouleur. Hélas! n'avait-elle pas été, pour le pauvre garçon, la plus injuste,\nla plus implacable de toutes? Ne lui avait-elle point porté le coup du déses-\npoir? Et le fiel, dont les autres l'avaient abreuvé, était dictame comparé à\nson épouvantable reniement.\n    Aux « Sureaux », la publication de l'innocence du petit valet avait rem-\npli les fermiers et leur pensionnaire d'une joie profonde mélangée, chez\nAnnette, d'un remords indicible. Elle répandit des torrents de larmes, elle\nqui n'avait cru pleurer que son père.\n    Elle aima furieusement son sauveur, elle ne se l'imagina plus que dans\n un nimbe de flammes, héros naïf qui l'avait ravie — comme les paladins\n dont les images du porte-balle racontaient les travaux — aux flammes de la\n géhenne. Il l'avait sauvée et elle l'avait perdu à tout jamais. Peut-être com-\n prit-elle alors l'orgueil, la grandeur d'âme de l'infime garçon! Et, dans\n cette âme simple, l'amour frénétique s'aiguisa, s'exaspéra de toutes les lan-\n cinances du désespoir.\n    Annette et les Boljans vécurent dorénavant dans le souvenir du con-\n damné. Une gêne, une tension avait régné d'abord entre la jeune fille et ses\n bienfaiteurs, car, tandis qu'elle le croyait coupable, eux n'avaient jamais\n douté de son innocence.\n    Ah! ce que le cœur de l'orpheline conjurait son sauveur méconnu. Des\n fois, telle était la violence de son désespoir qu'elle aurait voulu mourir!\n Puis, d'autres jours, se sentant rongée par une de ces mystérieuses con-\n somptions morales, qui tuent lentement et implacablement, elle avait peut\n d'expirer avant de l'avoir revu, le temps de lui demander pardon, puis de\n s'éteindre à ses pieds sans même lui avouer un amour qu'elle n'était plus\n digne de lui porter, elle si aveugle et si injuste!...\n    Au village on s'étonnait de ne pas voir revenir l'exilé. S'il vivait que ne\n s'empressait-il de reparaître au grand jour, pour jouir de la confusion de\n ceux qui s'étaient acharnés à sa perte et l'avaient lâchement accablé!\n    Annette et la bazine Boljans firent force neuvaines, elles se rendirent\n même en pèlerinage à Brasschaet, où existe un sanctuaire fameux consacré\n à saint Antoine de Padoue, le patron des égarés, celui qui fait retrouver\n les trésors.\n   En gérant les biens d'Annette communément avec les leurs, les Boljans\nreconstituèrent le patrimoine de leur pupille.\n"}, {"page_pdf": 424, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2695, "texte": "                                  — 381 —\n\n    La ferme des « Cigognes » avait été dégrevée peu à peu, mais depuis sa\nreconstruction par les soins des Boljans, les gens du pays l'avaient débap-\ntisée et ils l'appelaient à présent le « Coq rouge », en souvenir de l'incendie.\n    Annette, âgée de vingt-deux ans, était devenue une héritière et beaucoup\nde jeunes gens rêvèrent de l'épouser. La douleur avait amati et spiritualisé\ndes formes qui sans cela eussent été par trop gourdes et plantureuses. Son\nvisage acquérait une distinction et un galbe que ne possèdent généralement\npoint les beautés villageoises.\n    Elle menait une vie de recluse, de béguine, toujours préoccupée de\nl'absent et soignant les dignes Boljans avec une tendresse filiale.\n    Combien de kermesses se sont passées, combien de danses a-t-elle écou-\ntées de sa chambre où elle prolongeait de pieuses veillées ! Le dimanche\nelle ne sortait que pour se rendre aux offices. Si son Rik ne revient pas, si\nDieu lui refuse cette grâce, alors elle ira le chercher au ciel ; il faudra bien\nqu'elle finisse par le retrouver.\n    D'abord dépités, les poursuivants éconduits s'étaient moqués de cette\ndévote et l'avaient même surnommée « la Poule du Coq rouge », mais\ndominés par le prestige de cette fidélité et de cette douleur, peu à peu, ils\nconsidérèrent Annette comme une créature sacrée, une femme élue, auprès\nde laquelle toute démarche amoureuse eût été une profanation. Les plus\ncupides et les plus entreprenants se désistèrent. Nul ne s'obstina à marcher\nsur les brisées du disparu.\n    Aux « Sureaux » la vie d'Annette et de ses protecteurs revêtait une gran-\ndeur, une importance auguste. D'honnêtes gens qu'ils étaient, ces Boljans\ndevenaient de saintes gens.\n    Une voix occulte leur garantissait le retour de Rik. Sans enfants, ils réso-\nlurent d'abandonner leurs biens à l'orpheline après lui avoir donné l'or-\nphelin pour époux. Mais ils ne dirent encore rien de ce délicieux rêve\nd'avenir à l'inconsolable.\n    La ferme contractait une vertu singulière. Le prestige des maîtres se\ncommuniqua aux domestiques et jusqu'aux choses. Les trivialités et la\nlicence disparaissaient des propos et des gestes. On eût dit ce: chaume\n imprégné d'une présence céleste. Ils communiaient avec la douleur, mais\n aussi avec l'espérance. Il est de ces intérieurs évangéliques qui magnifient\n jusqu'au symbolisme les simples travaux de la terre. Chez les Boljans on\n se serait cru chez un de ces « maîtres de la vigne » dont nous entre-\n tiennent les paraboles du Christ.\n    Aussi le village considérait-il cette ferme avec autant de respect que\n l'église. Ils en attendaient la toute-puissante médiation qui les réconcilierait\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "                                  — 382 —\n\navec Dieu. C'était là, par la pénitence et le remords d'Annette, que s'expiait\nleur commune injustice.\n    Peu à peu le charme s'étendit à la paroisse entière. L'atmosphère était\nprête : tiède, onctueuse et sainte. Une bonté irradiante saturait la contrée.\nC'était bien le berceau prédestiné où devait s'accomplir un acte de cette\njustice de la nature inconsciente.\n    Une caresse, une douceur suprême lénifia certaine vesprée de juillet. Il\nfaisait un recueillement de pâmoison mystique, délicieux jusqu'à la\nnavrance, tendre comme les larmes aux joues des mères qui pardonnent.\n    S'il est des pressentiments de malheur que conduisent les fluides éléments\net les ambiances, il est aussi d'occultes messagers, annonciateurs plus subtils\nencore des grâces et des bonnes nouvelles. La voix du rossignol se fondait\nen de mélodieuses rosées, le grillon n'avait jamais été plus musicien et les\narbres tremblaient ainsi que des fibres de harpes prophétiques.\n    Au degré de sainteté où en étaient arrivés les habitants des \" Sureaux \"\n ils devaient être les tout premiers sensibles à une telle langueur...\n    Qui s'avançait dans celte paix lumineuse? Un grand garçon basané,\n presque bronzé, la lèvre fournie d'une moustache épaisse, l'allure dégagée,\n portant dans sa personne quelque chose d'exotique, voire de légendaire.\n    Tous le reconnurent. Ils firent un grand cri, incapables d'ajouter un mot,\net se portèrent à sa rencontre. Il les reconnaissait aussi, les nommant à\ntour de rôle, de sa noble voix grave, comme les saints d'une litanie.\n    C'était bien le village, son village, tel qu'il l'avait quitté, les mêmes sen-\n tiers, la même bruyère florissante, la même petite tour en cône tronqué\n regardant par-dessus les tilleuls de la place.\n     Il ne l'avait racontée qu'à l'aubergiste, à l'entrée de la paroisse, et tous\n savaient déjà son histoire : son exode aux Indes, après son évasion, les\n combats surhumains où il voulait mourir, un bout de vieux journal qui lui\n apprend son innocence juridique, le congé que lui accorde son capitaine\n touché par le récit de ses malheurs...\n    Émerveillé, le village lui faisait escorte, mais discrètement, le suivant à\n distance : ils auraient voulu baiser la trace de ses souliers...\n     Le sacristain s'était mis à sonner les cloches qui dans le soir amortissaient\n leurs tintements. Ainsi bourdonnent très doucement les cloches au bord de\n la mer. On les dirait noyées de larmes, enflées de sanglots. Et ces cloches\n qui avaient sonné le tocsin et proclamé son anathème, semblaient repenties,\n elles aussi, et le suppliaient de leur pardonner, de leur être miséricor-\n dieux!...\n    Aux « Sureaux » la maisonnée s'agenouillait comme à l'angelus. Annette\n  éprouvait une terreur délicieuse.\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 842, "texte": "                                 — 383 —\n\n   Par la fenêtre ouverte elle le vit approcher. Avec les Boljans elle se pré-\ncipita au dehors. Il pressait le pas car il la voyait défaillir. Elle voulut se\njeter à ses genoux, mais il lui ouvrit les bras et, délicate, elle semblait\ns'enrouler autour de lui, avec des grâces et une faiblesse de liseron ; toute\nblanche, plus blanche encore que la fileuse de neige... Elle se sentait par-\ndonnée, chérie, indispensable.\n   Il la tient pour ne plus la quitter.\n   Ce qu'il y a d'eucharistique dans le couchant, ces rayons tièdes, câlins et\nfervents, dégage moins d'onction que le regard dont il enveloppe l'aimée.\nEt toute blanche et lumineuse elle ne représente que l'ombre de cette\nchaleur du pardon !\n                                                GEORGES      EEKHOUD\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-10-n10-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 383, "page_fin": 386, "titre_corps": "Le Banquet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "LE BANQUET", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "POÈME EN PROSE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 426, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 842, "fin_caractere_exclue": 1745, "texte": "LE BANQUET\n                                                         A ALBERT GIRAUD\n\n\n\n    De son vol membraneux aux rouges doigts phalliques,\n    En riant aux éclats, de son rire brutal,\n    Satan m'a transporté dans les siècles antiques\n    Sur la terrasse d'un palais oriental.\n\n    Les clairs porphyres par colonnes colossales\n    Sous les plafonds d'ébène incrusté de corail\n    Élèvent la splendeur despotique des salles\n    Où rutile un festin sur les tables d'émail.\n\n    Les femmes, les guerriers, les prêtres et les princes\n    Boivent les vins ardents où rit l'or du soleil,\n    Et les pages fluets, allongeant leurs bras minces,\n    Leur présentent les mets sur des plats de vermeil.\n\n    Moi, je me suis assis à la table royale\n    Où, vêtu de velours et couvert de bijoux,\n    Majestueusement préside, triste et pâle,\n    Un beau Christ orgueilleux aux profonds cheveux              roux.\n"}, {"page_pdf": 427, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1711, "texte": "                         — 384 —\n\nSa main blanche parfois sur mon poignet se pose.\nPar-delà la terrasse et les jardins en fleurs,\nDans les parfums mourants flotte un horizon rose\nQui reflète en nos yeux de sanglantes couleurs.\n— Seigneur, sans voir mes yeux qui cherchent tes prunelles,\nTu regardes au loin la terre et les longs flots\nDes générations aux vagues éternelles,\nEt ta religion faite de leurs sanglots.\n\nOffrant au monde en pleurs ton mépris secourable,\nTu fis de la douleur un culte ; désormais\nLa terre porte au flanc une plaie incurable\nEt les hommes ne se consoleront jamais.\n\nIls ne connaîtront plus la force ni la vie;\nIls n'adoreront plus la joie et la beauté;\nEl le sourire ami de la terre ravie\nNe les baignera plus de sa sérénité.\n\nC'en est fait pour toujours des splendides statues\nMontrant aux cœurs heureux l'homme divinisé;\nAu bois sacré les voix des nymphes se sont tues\nEt nul dieu ne naît plus du printemps épuisé.\n\nLa paix de la nature a fait place aux alarmes;\nLe plaisir a pour prix de sombres châtiments ;\nLa prière n'est plus qu'un long fleuve de larmes\nEt les hymnes sont pleins d'affreux gémissements.\n\nL'empyrée, où siégeaient, couronnés de lumière,\nLa jeunesse, l'amour et la gloire des dieux,\nRéponds, qu'en as-tu f ait? Une infâme tanière\nOù grouille un peuple infect d'esclaves et de gueux.\n\n0 Fils du Charpentier, né triste et misérable\nParmi de vils bestiaux sur les puants fumiers,\nAdoré par des rois au fond de votre étable,\nVous souvient-il encor de ceux que vous aimiez ?\n\nC'étaient de pauvres gens couverts de pauvres loques,\nDes mariniers poisseux, des ouvriers crasseux,\nDes filles de plaisir aux vêtements baroques,\nDes enfants du hasard, des voyous paresseux,\n"}, {"page_pdf": 428, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "                          — 385 —\n\nDes perclus, des lépreux, d'innombrables malades\nTraînant vers vous leur corps mangé de mille maux,\nEt des gamins chétifs, suivant vos promenades\nEt jetant sous vos pas des fleurs et des rameaux.\n\nTout ce peuple, à la voix qui calmait sa souffrance,\nCeux qui peinaient, ceux qu'on brisait, ceux qui saignaient,\nConquérants enflammés d'amour et d'espérance,\nFondaient votre royaume, où par vous ils régnaient.\nPartout ils suscitaient des troupes affamées\nD'esclaves déchaînés; décharnés et meurtris\nEt partout où passaient ces sinistres armées\nIl restait, sous le ciel, des croix sur des débris.\n\nC'en était fait, sans nous c'en était f ait du monde\nQu'allait envelopper la nuit sans lendemain :\nNous sommes descendus vers cette foule immonde\nEt nous vous avons pris doucement par la main.\n\nNous, les poètes, nous, les guerriers et les prêtres,\nNous vous avons conduit dans ce palais doré;\nEt ceux que l'univers reconnaît pour ses maîtres\nVous ont donné le sceptre et le manteau pourpré.\n\nDans vos cheveux ardents brûlent les pierreries,\nA votre cou neigeux pendent les colliers lourds\nEt dans les plis mouvants de vos robes fleuries\nDes fleuves de rubis coulent sur les velours.\n\nAutour de vous flamboie une forêt d'épées;\nLes évêques, les rois, le pape et l'empereur\nFont rouler à vos pieds mille têtes coupées\nAfin d'assurer l'ordre et de vaincre Terreur.\n\nNous voici treize à table, ivres, gorgés de viandes,\nDivinisant César sous le ciel insulté,\nEt des femmes de joie aux belles chairs friandes\nCouronnent tous nos sens de fleurs de volupté.\n\n0 Fils du Charpentier, que vous faut-il encore?\nQue cherche à l'horizon votre œil triste et songeur?\nPourquoi ces fleurs de sang qu'hélas ! je vois éclore\nSous la couronne d'or et là, sur votre cœur?\n"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 599, "texte": "                                    — 386 —\n\n     Pourquoi vous levez-vous? Le sang rouge ruisselle.\n     Le sang sort de vos pieds! Le sang sort de vos mains!\n     Seigneur, que faites-vous?... La nuit tombe. Une frêle\n     Lueur flotte, là-bas, dans les obscurs chemins...\n\n     Vers les pauvres grouillant dans leur noir marécage\n     Un pauvre est descendu. Voyez-vous,    voyez-rous,\n     Vous tous, dans l'ombre lourde où gronde un sourd orage,\n     Le Fils du Charpentier qui s'éloigne de nous?\n                                                              IWAN GILKIN\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-10-n10-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 386, "page_fin": 388, "titre_corps": "Poème en prose : Communion", "titre_sommaire": "Poèmes en prose. Communion", "rubrique": "", "signature_source": "André Ruyters", "ancre_debut": "POÈME EN PROSE", "ancre_fin": "ANDRÉ RUYTERS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ODELETTES ARLEQUINES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 429, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 599, "fin_caractere_exclue": 2240, "texte": "POÈME EN PROSE\n                                COMMUNION\n\n\n               C'était une longue allée où nous nous engageâmes, une longue\n                allée droite, de hêtres très hauts. Les troncs plantés régulière-\n                ment, à distances égales l'un de l'autre, laissaient voir le taillis\n                et fuyaient, deux à deux, vers le ciel, vers le ciel qu'on distin-\nguait au bout d'un violet sanglotant.\n   Vous, ce soir, ma très chère, vous portiez une robe aussi violette à\nparements de soie noire. Et nous nous sentions tristes comme le paysage.\nC'était une longue allée où nous nous engageâmes, vers le couchant le\nsoleil s'éteignait, doucement, pâli comme une fleur qui tombe et s'enfonce\ndans l'eau; vers l'orient de l'ombre pleuvait lentement. Et le ciel était violet,\nd'un violet mélancolique, mélancolique comme une plainte de violon,\nmélancolique comme une note mineure, frappée d'un doigt timide, en les\nténèbres sur le piano, violet comme votre robe, très chère, dame ineffable\nde mes pensées.\n   Vers le couchant le soleil s'éteignait, doucement, rose dans le ciel mauve,\npauvre astre défaillant! doucement rose, et aperçu dans l'entrebranchage\ndes hêtres, pèlerinant en file vers l'horizon, pèlerinant en file et drapés de\nmystère .. et aperçu dans les feuillages, au travers des tiges déjà rongées\npar l'hiver dévoreur, il donnait à la perspective de cette fin d'allée enallée\nl'aspect rêveur et mystérieux d'un vitrail d'église paiement éclairé et vu de\ntrès loin et représentant à la façon gothique une vierge martyre, en robe de\nbrocart, et blême sous un ciel violet — oh violet! intensement violet! Nos\n"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "                                  — 387 —\n\nâmes étaient tristes quand nous entrâmes sous l'abside si haute, sous les\nfeuilles où le vent, venu, venant, soufflait, chantait, soupirait, psalmodiait\nla litanie, la litanie infinie de son tourment.\n    Oh ! quel soir étrange ! Le crépuscule tombait sur les objets immobiles,\nsur les objets endormis. Des langueurs enlaçaient les troncs, étiraient les\nbroussailles si vertes et si bouffantes devant le ciel violet, où s'étiolait le\npauvre soleil. Il y avait un banc. Nous nous y assîmes. Et je dis : « Ne se\ncroirait-on pas transporté tout à coup dans un conte de Poe? » Oh! quel\nsoir étrange! Le crépuscule tombait sur les objets endormis. Vers le levant\nl'ombre descendante pleuvait de minute en minute accrue et sombrie. Le\nhaut des arbres, la tête des hêtres dodelinait. Étions-nous éveillés? C'était\ncomme un rêve ! Oh! musique de Gluck! Chatoyance d'harmonie! Nos\nâmes étaient tristes comme le paysage. Nous nous assîmes. — « Chère, ne\ntrouves-tu pas qu'il est des heures où l'âme s'avive et vit deux fois en la\nmême minute? » — Votre visage dans le clair-obscur du soir semblait\nd'émail, vos yeux s'agrandissaient comme les yeux énormes d'une tête de\nmort. Oh! quel soir étrange! Étions-nous éveillés? Des visions d'au-delà\npalpitaient entre nous. Et votre regard intensive m'annonçait quelque chose\nde grave et de mystérieux. Et tout à coup, oh chère! vos lèvres descellées\nmurmurèrent. — « Il est des heures où l'âme s'avive, où l'on vit deux fois\nen la même minute ! Comme ce soir avons-nous respiré l'ambiance des\nchoses? Qu'est-ce donc qui soulève notre esprit? L'on vient d'ouvrir la\n fenêtre de mon âme, et je vois !» — Et tu vois ! Oh chère ! et que vois-tu? »\n— « Je vois que je t'aime comme je ne t'ai jamais aimé. Je t'aime de toute\n ma force, de la force des arbres, de la force du crépuscule descendu dans\n mes veines, de la force du soleil disparu, de la force des choses mêmes. »\n Oh ! quel soir étrange ! Je voulus te baiser sur les lèvres, sur tes lèvres,\n diseuses sibylliques, claviers de volupté. Mais tu te reculas. — « Oh ! cette\n heure est sacrée ! Et je ne suis plus moi. Respecte dans mon corps la majesté\n des choses. C'est moi, tantôt, qui serai la Nuit! »— C'est toi, tantôt, qui\n seras la Nuit. Oh ! Je ne te compris pas. Mais ton visage m'arrêta. Et nous\n demeurâmes silencieux, solennellement silencieux... Vers le levant, l'ombre\n s'épaississait toujours et avançait. Les arbres, de ce côté, avaient abdiqué\n leurs contours et se noyaient dans le laisser-aller des ténèbres, dans la dis-\n solvante douceur des ténèbres... Et vers le couchant, le soleil étiolé, pauvre\n fleur, avait perdu ses pétales, ses pétales roses et le ciel violet pleurait des\n étoiles sur la mort de l'astre. C'est elle, tantôt, qui sera la Nuit ! Oh! quel\n soir étrange ! Oui, nous avons respiré l'ambiance des choses et nous ne\n  sommes plus nous! Autour du banc, les ombres tournoyantes ont valsé\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 743, "texte": "                                  — 388 —\n\nleur étreinte obscure et nous nevoyons plus que des profils sévères, des\ntaches d'opaque couleur et le ciel violet. Oh ! quel soir étrange ! Étions-nous\néveillés? Étions-nous morts? Morts? Oh! peut-être! Peut-être nos âmes se\njugeaient-elles libérées de la servitude charnelle et libres de par leur volonté\nnous jétaient-elles inconsciemment dans les sensations de l'au-delà. Peut-être\nla longue allée, dont les hêtres drapés de mystère s'en allaient, deux à deux\nvers le couchant, peut-être la longue allée conduisait-elle à l'au-delà,\nPourquoi n'avons-nous pas continué? Oh! quel soir étrange! N'est-ce pas?\nchère !\n                                                       ANDRÉ RUYTERS\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-10-n10-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 388, "page_fin": 392, "titre_corps": "Odelettes arlequines", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "ODELETTES ARLEQUINES", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 431, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 743, "fin_caractere_exclue": 1813, "texte": "ODELETTES ARLEQUINES\n                     PROPAGANDE PAR LE FAIT\n\n                   Aux balcons légers et fleuris\n                   De ma mignonne tour d'ivoire\n                   Je m'extasie et je souris ;\n                   Et sans plus songer à la gloire\n\n                   Au bout d'une tige de f leur,\n                   Pour charmer les heures trop brèves,\n                   Je gonfle d'un souffle railleur\n                   Les bulles roses de mes rêves.\n\n                   Dans les doux cieux ensoleillés\n                   Voyez voler ces petits mondes,\n                   Tous les globes arc-en-cielliés\n                   De mes chimères vagabondes.\n\n                   Mais d'un beau geste impertinent,\n                   Pour d'effroyables hécatombes,\n                   Dans les cafés, incontinent,\n                   Je lance, ô Tailhade! ces bombes.\n\n                   Et cependant qu'enluminés,\n                   Les vils bourgeois sont de frairies,\n                   Elles éclatent sur leur nez\n                   En poussière de pierreries.\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 939, "texte": "            — 389 —\n\n\n\n            LA LYRE\n\nDans l'azur l'or des papillons\n         Et des rayons\nVoltige; la clarté nouvelle\n         Partout ruisselle;\n\nEt tous les oiseaux de mon cœur\n         Chantent en chœur\nDans la clématite et le lierre\n         De la volière.\n\nO bel oiseau du paradis\n         Tu resplendis\nPrès des paons qui lustrent leurs queues\n         Vertes et bleues.\n\nEt, sifflant les geais affamés\n          Et déplumés,\nDans les fleurs sautille le merle\n          Aux yeux de perle.\n\nMais pinson, mésange, bouvreuil,\n         Corneille en deuil,\nTout ce monde léger admire\n         La blanche lyre\n\nQui, pour un doux musicien\n         Aérien,\nOuvre ses plumes où murmure\n         La brise pure.\n\nEt loin des esthètes massifs\n         Et convulsifs\nQui grattent leur vieille guitare\n         D'un doigt barbare,\n\nJe rêve que, prenant l'essor,\n         Mon âme d'or,\nIvre, sur cette flamme ailée\n         Chante étoilée.\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1276, "texte": "                   — 390 —\n\n\n                 LE FESTIN\n\n      Du lustre en feu les roses vives\n      Dansent comme des feux follets\n      Sur les verres dor des convives;\n      Mais parmi les fins gobelets,\n\n      Dans son vase couleur de lune,\n      La branche d'acacia blanc\n      Se meurt, et ses fleurs, une à une,\n      Glissent sur la nappe en tremblant.\n\n      Ainsi se passent nos années\n      Dans la main des dieux envieux :\n      Tantôt elles seront fanées,\n      Et nous serons bientôt très vieux.\n\n      Nous n'avons qu'une heure éphémère\n      A déguster ce chambertin;\n      A demain donc l'absinthe amère,\n      Aimons, buvons jusqu'au matin.\n\n      A la f olie ouvrons la porte,\n      L'ivresse est un rêve divin;\n      Que la Chimère nous emporte\n      Dans les vapeurs roses du vin !\n\n      Ma très belle, remplis ma coupe,\n      Le fou seul se ferait prier ;\n      Avant que de monter en croupe\n      Buvons le coup de l'étrier.\n\n\nODELETTE POUR CONSPUER LE MOYEN-AGE\n\n      A nous les fleurs, les arcs-en-ciel\n             Et les beaux livres!\n      Pillons les rayons et le miel,\n             Abeilles ivres.\n\n      Dans leurs rêves laissons les fous\n            Grossir les choses,\n      Aux frais jardins contentons-nous\n            D'aimer les roses.\n"}, {"page_pdf": 434, "page_imprimee": 391, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1369, "texte": "                   -   391    -\n\n       Rythmons des poèmes dorés\n             A l'harmonie .\n       De nos jeunes cœurs consacrés\n             A Polymnie.\n\n       Amis, conspuons le vieil art\n              Du moyen-âge.\n       Délire est roi : Fi du vieillard\n              Qui déménage !\n\n       Ce soir, je te prie à dîner,\n             Ma muse blonde;\n       Au dessert nous ferons tourner\n             La     Table-ronde.\n\n       Et pour quelque cycle futur\n             Et grandiose,\n       Tu pourras m'appeler Arthur;\n             Et si l'on glose,\n\n       Renvoyons Wilmotte piqué\n             Aux incunables,\n       Et verse-moi le doux tokai\n             Sous les érables.\n\n        Vive Bacchus et les anciens!\n              Il nous terrasse;\n        Aimons, buvons, rimons, les siens\n               Chassent d'Horace.\n\n\n                  BONIMENT\n\n                            « Quand on a frotté le nes; d'un plumitif\n                         et qu'on lui a cassé sur les reins son propre\n                         stick, sans compter quelques menues giffles,\n                         coups de poing mignons et coquets coups de\n                         pied... »                        EDM. P.\n\nC'est moi, Messieurs, moi, l'hercule du Nord,\nLe seul, l'unique! Entrez! Je vous assomme,\nPourvu qu'il soit chétif et faible, un homme,\n         Sans nul renfort.\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 963, "texte": "                    — 392 —\n\nQui trouverait mon pareil dans la Gaule?\nJe suis solide ainsi que le Pont-Neuf,\nZim, zim, boum, boum! J'étourdirais un bœuf\n         D'un coup de gaule.\n\nPalpez ce bras, admirez ces biceps;\nJe bats Milon, je battrais la campagne!\nQui veut lutter? Je tranche une montagne\n        Mieux que Lesseps.\n\nTous les matins, dans mon salon je jongle\nAvec deux cents kilos et je souris,\nEt je tiendrais le poids de mes écrits\n         Sur un seul ongle.\n\nDes débardeurs, des lutteurs en renom,\nSans me gêner, je fais une hécatombe.\nA qui le gant ou la canne ? Je tombe\n        L'homme-canon.\n\n Voyez voyez! lapin vivant, couleuvre,\nTout se digère en mon vaste abdomen,\nJ'avale aussi les vers de Verhaeren\n         Comme hors-d'œuvre.\n\nEcoutez donc, maçon, sous-off, troupier,\nComme mon front sous mon poing dur résonne ;\nC'est mon plus beau triomphe : Je raisonne\n         A coups de pied.\n\n                                         VALÈRE GILLE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-10-n10-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 393, "page_fin": 400, "titre_corps": "Chronique littéraire : Le Journal des Goncourt", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "BIBLIOGRAPHIE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 436, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 2823, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                  LE JOURNAL DES GONCOURT\n\n              Ce Journal, rédigé à l'intention de la postérité, M. de Goncourt\n               en livra d'abord trois volumes au public; plus tard, la nos-\n               talgie « de dire un rien la vérité que personne ne veut ou\n               n'ose dire, en attendant que, vingt ans après sa mort, ce\nJournal la dise tout entière » lui fit imprimer une seconde série, dont,\naffirmait-il, le troisième volume sera « le dernier qui paraîtra de mon\nvivant ».\n   Peut-être veut-il anticiper le bénéfice de l'outre-tombe et désire-t-il voir\nenvisager la troisième série, inaugurée aujourd'hui, comme posthume? Le\nrespect dû aux mânes l'autoriserait alors à déceler de suite cette vérité,\npromise à l'autre siècle... Le legs semble aventuré, d'ailleurs; et l'amnésie\nde l'époque pourrait le rendre caduc, à son échéance. La prudence conseil-\nlerait donc à M. de Goncourt de révéler, sans balancer davantage, la vérité\ninédite qu'il monopolise, et destinée, probablement, à éblouir le monde de\nl'évidence, méconnue jusqu'ici, de l'universel génie de MM. de Goncourt\net de la nullité corollaire des écrivains de leur génération et des suivantes...\n   « Nous morts, qui nous succédera? » (III, 226.) Cette formule d'anxiété\ningénue dénonce une presque attendrissante fatuité et excuse la prolixe\nautolâtrie des sept volumes du Journal, Sans vaine vergogne, ses auteurs\nconfessent ce prurit de l'amour-propre, cette démangeaison de l'éloge qui,\nle soir de l'apparition de Madame Gervaisais, par exemple, les chasse du\nlogis pour quêter l'aumône falsifiée des « vagues compliments des quel-\nconques ». (III, 26g.)\n   Blasé, maintenant, Edmond de Goncourt avoue ne savourer plus que\n« la jouissance de voir son nom imprimé : — la petite monnaie de la\ngloire ! » avance d'hoirie, sans doute, sur cette « gloire à perpétuité » qui\nse décevrait à perdurer moins de « cent mille années », un tel laps d'illus-\ntration compensant à peine le plaisir — « femmes, bouteilles de vin,\ncigares! » — dont son labeur littéraire l'a distrait! (VII, 277.)\n   Le principal mérite, en somme, et imprévu, du Journal sera de consti-\ntuer la véritable œuvre psychologique de ses rédacteurs, — unique et\ninconsciente : — Autopsie involontaire, d'une indiscutable et précieuse\n sincérité.\n    Cette ultième série achèvera, surtout, de préciser la physionomie morale\n de l'auteur de la Faustin, plus quinteux e t refrogné à chaque page, s'éver-\n tuant à marquer les coups du destin conjuré contre son repos, son argent\n ou sa réputation; signalant, avec quelle sardonique amertume, quelle\n dignité offensée! chaque compte rendu banal, chaque article irrévérencieux\n ou, même, tièdement laudatif. « L'adoration littéraire des Danois et Bot-\n"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3275, "texte": "                                       — 394 —\n\nniaques respectables, qui ne s'endormiraient point avant d'avoir lu une page\nde Chérie » (VII, 40) semble évidemment à M. de Goncourt l'e'tiage rai-\nsonnable du culte dû à ses livres...\n   L'originel et acharné guignon qui, à des moments durs, le réduisit à\nvivre avec 600 francs par mois (VII, 101) lui fournit un thème d'inépuisa-\nbles lamentations ; l'injustice ou l'insouciance de la critique dont Jules\nmourut (III, 329); ses « appréciations fadement bienveillantes » (V. 118);\nla « ligue du silence » (III, 272) ourdie autour de lui :\n   Mercredi 19 février 87. Avoir en portefeuille la PATRIE EN DANGER, cette pièce, la\npremière pièce vraiment documentée historiquement sur la Révolution, cette pièce dont\nle premier acte est une mise en scène si révélatrice du XVIIIe siècle, cette pièce dont le\ncinquième acte, par le tragique de la vie des prisons d'alors, est plus dramatique que les\ntableaux les plus dramatiques de Shakespeare, — et l'avoir en portefeuille cette pièce, au\nsu de tous les directeurs, en quête d'une pièce pour l'anniversaire de 1789, sans qu'aucun\nsonge à vous la demander, c'est vraiment pas de chance.\n\n   Infortune heureuse, il semble, car la PATRIE EN DANGER à la scène,\nl'absence, chez les chroniqueurs théâtraux, de la dévotion approbative du\ndramaturge, eût préparé à celui-ci de lancinantes ciguës !\n   Il se reproche et à son ami Daudet de semer, avec prodigalité, dans la\nconversation, des idées recueillies et utilisées par les jeunes à l'affût! — ces\njeunes, dont le désintéressé Zola déplore, de concert, l'avidité pécuniaire!\n(VII, 47, 91.) L'aplomb de Tartarin ne se déconcerte point! Daudet suren-\nchérit, encore, et déclare l'ambition de s'attacher un Eckermann qui tien-\ndrait sa comptabilité intellectuelle, Doit et Avoir.'\n   Edmond de Goncourt, lui, mystifie quelquefois l'Eckermann de son\nJournal en lui faisant copier des idées sorties de l'officine de M. Homais :\n  Les étrangers parlent haut en public, ils ont la conscience de parler une langue qu'ils\nsont seuls à comprendre. Le Français parle bas, parce qu'il se sait compris de tous, et\nparler la langue universelle. (III, 158.)\n   Vraiment, quand « on a mené un mouvement littéraire qui emportera\ntout » (V, 324) — « créé le roman naturiste français », la déveine est vexante\nde voir les « lettrés spiritualistes » chercher à prévenir sa diffusion en pro-\n pageant cette « littérature russe que Tolstoï, d'ailleurs, ni Dostoïewsky,\nn'ont inventée : ILS NOUS L'ONT PRISE, EN LA MAT1NANT TRÈS FORT\nDE POE!!! M. de Voguë a attribué à ces écrivains une originalité qu'ils\nn'avaient pas et leur a apporté une gloire qui nous était légitimement\ndue !! » (VII, 280.)\n   On conçoit que l'envie ronge leurs confrères; Taine, même! (III, 297),\nce Taine, qu'à l'applaudissement de l'auditoire naturiste et du subtil Zola,\nTourgueneff définit : « Un chien de chasse, sans odorat! » (V, 174.)\n   Malgré tout, « c'est ravivant et exaltant, tout de même, le succès brut,\nl'exposition insolente de son livre, de son livre, AUPRÈS DUQUEL ON SENT\nQUE LES AUTRES N'EXISTENT PAS. Je viens de voir, sur un boulevard\nneuf, une grande librairie, qui n'a en montre que la Fille Elisa, étalant\npar toutes ses vitrines MON NOM, MON NOM SEUL! »\n"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3190, "texte": "                                   — 395 —\n\n   Cette personnalité aiguë, ce delirium égotiste, exacerbés par l'âge,\ns'apaisent malaisément à la fin : « Quelque chose, triste pour le littéra-\nteur arrivé à l'apogée de notoriété qu'il peut acquérir de son vivant, le\ncoup de fouet du succès n'a plus d'aiguillon pour lui. » (V. 339.)\n   Que reste-t-il alors au vieil homme de lettres pour édulcorer ses colères,\npacifier les aigreurs et les déconvenues de son exigeante vanité? « La visite\nd'une Russe qui sollicite le bonheur de le voir; » — la tombée dans sa boîte\nd'un numéro du Sémaphore, de Marseille, qui cite son nom; apprendre\nqu'un très vieux indigent lit Chérie, à l'aide d'une lorgnette, dans l'exem-\nplaire du Gil Blas, placardé à la vitrine du journal; « satisfactions\nbêtes qui mettent du rose dans le noir de ses pensées ». (VI, 34, 299.) —\nOu, encore, la rencontre inopinée de M. de Montesquiou-Fezensac, muni\ndu bréviaire, apparié à la dévotion de ce chrétien amateur : — Madame\nGervaisais ! — « un léger dédommagement de tous les échecs de ces temps ».\n(VII, 191.)\n   Peines un peu mesquines, vite et à peu de frais consolées ! sensitivité à\nl'acclamation et au blâme qui engourdissent chez M. de Goncourt jusqu'au\ntact du ridicule ; constitutives, certes, à ses yeux, de cette nervosité moderne\ndont « les critiques ne pourront pas empêcher son frère et lui d'être les\nsaint Jean-Baptiste \". (VI, 19.)\n                                       ***\n   Depuis la disparition de son rédacteur initial, l'accent maussade, l'envie\nenragée, on ne sait quel âcre dépit prévalent dans le Journal; une sorte de\npuritarisme naturiste, une haine sectaire pour la pensée idéaliste, pour\ntoute pensée, même, dont les premiers volumes recélaient, déjà, les désas-\ntreux symptômes.\n   Le fleur délicat et vif, la superficielle mais fine vibratilité de la\nvision, l'éclat morbide, la fébrile essence de la phrase dissimu-\nlaient brillamment l'indigence intellectuelle de l'œuvre. L'ingénieux et\nfantaisiste esprit de Jules de Goncourt ornait ces fables froides : Charles\nDetnailly, Manette Salomon, des astragales imprévues de son style; il\nsauvait l'anguleuse disgrâce de la méthode, — à force d'habileté, usait\nl'abrupte saillie de l'observation vécue, du document brut impliqués parmi\nla fiction. L'écriture, après lui, se décharné, tout à coup, et s'engrisaille;\nle mica coloré qui la saupoudrait tombe et, seuls, ses défauts se perpétuent,\nexagérés encore : — cette singulière disjonction optique et cérébrale qui\nmorcelé jusqu'aux descriptions et empêche les matériaux fragmentés de ce\nréalisme de se rejointoyer, un lumineux émail en masquait la lézarde, aupa-\nravant; la Fille Elisa, Chérie, ont la figure, absolument, de procès-verbaux\nchronologiques de sensations, d'inventaires anatomiques rebutants et com-\npassés...\n   Quelque part (VI, 304), M. de Goncourt inculpe Stendhal de séche-\nresse!... Stendhal! cette âme de vertige et de flamme, et noble, subor-\ndonnée à un cerveau génial qu'elle ravissait d'ivresse lucide... Sécheresse!\nl'expression fière de la passion paroxysée, timide et clairvoyante!...\n                                                                       27\n"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3341, "texte": "                                 — 396 —\n\n   En vérité, M. de Goncourt nous montrerait, avec une égale autorité,\nBeyle anxieux des applaudissements publics, surveillant aux éventairès dès\nlibrairies « les couvertures des exemplaires exposés, qui se salissent, mélan-\ncoliquement n ou préoccupé, sans cesse, « de se continuer après sa mort...\nde laisser des images de sa personne, de sa maison... » (VI, 177, 269.)\n    Le désintéressement, dont se targue avec un si ostentatoire orgueil, et si\nréitéré, le romancier de la Faustin, est d'ordre strictement littéral, en\neffet, présuppose simplement l'absence du lucre, de tout appétit cupide. Sa\npropre personnalité offusque et obstrue trop son horizon pour lui permettre\nde saisir la courte portée de son abnégation et qu'une générosité prédomine,\nd'une plus altière catégorie, naïve et naturelle : cette abstraction de soi-\nmême, unique procréatrice, au dire de Gœthe, des œuvres immortelles...\n   Son hargneuse misanthropie s'alimente, non du dégoût éclairé ou de la\nlassitude de l'humanité, de la vacuité expérimentée des choses, mais, au\ncontraire, d'une fanatique vocation déçue de la gloire mondaine, de sa\nrancune, surtout, à l'égard des circonstances iniques et des gens qui le\nspolièrent du tribut légitime de popularité dû à son mérite. La « maladie\nde foie littéraire » de son frère, « tué par l'injustice de la critique », il en\nprit, certes, la survivance; mais cet ictère procède, chez lui, d'une ron-\ngeante jalousie, plutôt, des succès d'autrui, car, à son opinion, une gra-\ntuite et basse malveillance guide toujours les détracteurs de son talent ou de\nses procédés. A chaque page, l'acariâtre solipse expectore ses indignations\nenvers les aristarques, dont la vague approbation méprisée, l'applaudis-\n sement, « fadement bienveillant » même, deviendraient un hommage émol-\nlient à cet irascible amour-propre tellement aveugle et infatué que, sans\n faire trêve à ses piteuses doléances, il s'érige le rugueux piédestal d'un\n « contempteur carré » dont « la hautaine indépendance » nargue et répudie\n « les suffrages des quelconques ». (VII, 105.)\n    Le fallacieux Lombroso classerait, sans balancer, Edmond de Goncourt,\ndans les casiers de son anthropologie, parmi les mattoïdes mégalomanes!\n Les indices surabondent, diagnostiques de son apoplexie vaniteuse; le\n délire monomane, entr'autres, de la persécution : — une Moire gogue-\n narde se consacre à le contrecarrer, à métamorphoser, pour lui, les\n plus anodins événements en ténébreux complots tramés contre lui ou sa\n'célébrité. Un insidieux courriériste signale-t-il l'avilissement du bibelot\n japonais, le dessein s'avère, hypocrite et scélérat, de ruiner l'académie de\nGoncourt, dont les rentes futures fondent leur espoir sur les enchères riches\ndes collections de la Maison d'un artiste! (VII, 277.) La pluralité des livres\nen vogue dilue des idées émises, jadis, par les de Goncourt, porte les\nmarques criantes d'une identité, que la conspiration hostile de la presse les\nlaisse, seuls, à dénoncer. Ils rénovèrent, de fond en comble, le roman, l'his-\ntoire, fournirent des modèles universellement plagiés, sans que leurs con-\ntemporains aient paru s'en douter; — d'astucieux prosélytes, il est vrai, des\ndisciples honteux les pillent en les reniant! (VII, 108; V, 121.)\n\n                                      ***\n"}, {"page_pdf": 440, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3316, "texte": "                                  — 397 —\n\n   « La grande valeur, la grande originalité de Diderot - et personne ne\nl'a remarqué — c'est d'avoir introduit dans la grave et ordonnée prose du.\nlivre, la vivacité, le brio, le sautillement, le désordre un peu fou, le tinta-\nmarre, la vie fiévreuse de la conversation; de la conversation des artistes,\n— avec lesquels il est le premier écrivain français qui ait vécu en relations\ntout à fait intimes. »\n   Sans préméditation aucune, M. de Goncourt formule ainsi le plus exact\njugement sur son frère et lui : — Historiographes appliqués, fidèles et\nméritoires ils restituent, par les feuillets de leur Journal, ce mémorial\nd'instantanés, la physionomie, le verbe, le geste des personnages coudoyés\nou fréquentés; Taine, Renan, Sainte-Beuve, Gautier, toute la puissante\ngénération pensante dans la familiarité de laquelle ils vécurent, passe, pro-\nférant des mots que ses auditeurs, souvent, entendent mal ou dont leur\nsèche cursive pétrifie l'effusion, souligne l'éloquence d'une caractéristique\nraillerie.\n   Hugo disant à Edmond de Goncourt que, l'âge du pittoresque dépassé, vers\nleur maturité plénière, d'autres curiosités aimantent les intelligences actives,\nplus poignantes et redoutables, et attirantes de leur angoisse, — ce conseil\ndiscret du vieux poète, enveloppé d'onction paternelle et de majesté gra-\ncieuse, excite seulement chez son interlocuteur « une ironie pour cet argot\nmystique, creux et sonore, avec lequel pontifient des hommes comme Miche-\nlet, comme Hugo... » (V. 35.)\n   L'incisive perspicacité de telles notes accoutume le lecteur à la gravité\nahurissante de constatations comme celle-ci : « La poésie, il ne faut pas\nl'oublier, c'était autrefois toute l'invention, toute la création, toute l'ima-\ngination du temps passé... Aujourd'hui, il y a encore des versificateurs,\nmais plus de poètes, car toute l'invention, toute la création, toute l'imagi-\nnation du temps présent est dans la prose. » Aphorisme qui acquiert un\nsurcroît d'irréfutable rigueur lorsque l'on se rappelle ces lignes antérieures\ndu Journal : « Il me vient l'idée de publier un volume tiré de mes\nMémoires, sous ce titre : Poésies d'un prosateur. » (VII, 46, 259.)\n   La désolation de nerfs surexcités, tendus, grinçants à l'excès, cordes qui\njamais ne vibrèrent du son indicible d'une douleur tendre : des chocs, des\nréactions irritées, des heurts aigus, des rages, de mordantes rages d'êtres\nfins, lettrés, desséchés par l'exercice d'une littérature, idoine, d'ailleurs, à\nleur envergure mentale; par la culture intensive et mutuelle d'une vanité\ndont le dédoublement de leur personnalité favorisait l'essor effréné, par le\nrisible chagrin, surtout, d'être frustrés de la renommée viagère, du triomphe\nhoraire dispensés à tels de leurs confrères! Vainement leur demanderait-on\nune phrase infléchie, obombrée d'un peu de crépuscule et songeuse, ou la\ntrace exaltée d'un enivrement métaphysique.\n   Le sang-froid médical le plus stoïque et soutenu n'a jamais documenté\nune clinique comparable à celle qui clôt le troisième volume du Journal,\ndepuis les prodromes, sinistres précurseurs d'un mal mortel, jusqu'aux tics\net aux aberrations de l'agonie. On conçoit la possibilité féroce d'un tel\n dévouement professionnel, l'exaltante et cruelle folie, la résorption horréfiée\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3244, "texte": "                                  — 398 —\n\nde ses larmes qui l'inspirent; mais point, la transformation de ces Memo­\nranda funéraires en copie!\n   La concurrence affectueuse des Frères Zemganno, cette émulation, cette\nrivalité de métier qui atterre l'acrobate blessé lorsqu'il surprend le travail\nclandestin de son frère valide, sont l'autobiographie à peine travestie et\ncomme la transposition gymnastique de l'intimité littéraire des frères de\nGoncourt.\n   Cette sensibilité, si vive à la plus indulgente égratignure de la critique,\ncomporte de terribles points morts d'imperturbable égoïsme : Gavarni perd\nson fils Jean; ses amis le visitent et, ensuite, se remémorent, pour leur\nJournal, les phrases et les postures automatiques, la silhouette foudroyée,\nla grimace funèbre du pauvre artiste, croquent hâtivement le pittoresque\nde ce désespoir, l'apparence externe de ce deuil, sans faire jaillir, sous leur\nplume flegmatique, la décisive expression spontanée, qui en dévoilerait l'en-\ndedans oppressé, l'ombrageuse et souffrante réserve...\n   Ed. de Goncourt revendique, outre la priorité de tant d'autres initiatives,\nl'honneur d'avoir le mieux traduit, avec Jules, le frisson, la réalité con-\ntrastée, l'humeur inquiète de l'époque... Et c'est vrai, car les chapitres\nsuréminents de leurs ouvrages capitaux : Manette Salomon, Charles\nDemailly sténographient des conversations authentiques inscrites déjà et\nrepubliées, depuis, dans le Journal; mais l'éclat, l'emporte-pièce de ces\ndocuments tranchent sur la contexture du récit où ils s'encastrent ; et leur\nvéracité violente, au lieu de galvaniser la narration, lui préjudicie. La chaleur\nmanque, qui transfondrait les épisodes, observés et imaginaires, de l'œuvre,\nle principe de fusion capable de communiquer aux personnages des de Gon-\ncourt l'existence éternelle et impérieuse de l'art. Observateurs agiles,\nsoigneux annotateurs et loyaux, la propension nomenclatrice qui les anime,\nénumère, enregistre, classe tout le visible, l'éphémère aspect, l'accident\nmatériel du siècle, — mais l'âme, obstinément, déçoit leur transmutation,\ns'évapore de leur coupelle, étant subtile, impondérable et fluide...\n   Au prix de légères corrections, leur portrait de Sainte-Beuve (II, 66)\ndeviendrait celui du peintre : « Point de hautes idées, point de grandes\nexpressions, point de ces images qui détachent eh bloc une figure. » Impos-\nsible de plus adéquatement définir l'inhabileté foncière des Goncourt à\ncoordonner les faits, à engendrer de leur spécialité inféconde une concep-\ntion où l'exagérée importance que la dissociation leur confère disparaîtrait.\nL'absence d'un idéal philosophique, d'une habitude spéculative, sources\nde force et de conviction, centres de gravitation spirituelle, réduit leurs\ntravaux à la valeur d'une collection composite, réunie sans autre but qu'un\nchoix paradoxal et frivole.\n   Cette inaptitude provient d'une myopie mentale, à laquelle le détail, le\npartiel, seuls, sont évidents, et nativement déséquilibrée. Leur manie du\ncatalogue procède, sans conteste, de cette mécanique prédisposition à la\nminutie.\n   La prétention du titre de l'Histoire de la société franchise s'apparie mal\n à l'ordonnance rudimentaire d'un tel répertoire, plus ou moins synop-\n"}, {"page_pdf": 442, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3237, "texte": "                                — 399 —\n\ntique, résultat d'un louable et patient furetage, où d'ingénieux et menus\nrenseignements se classent, des anas, sur les modes, les chansons, le\nmeuble, les pamphlets, etc., des dernières et mouvementées années du\nXVIIIe siècle, .— sans connexité autre que la chronologie.\n   Ils discernent les choses non sous leur angle total, mais décomposées,\ndirait-on, en fractions successives : leurs méticuleuses descriptions, char-\nmantes d'acuité colorée, paraissent le compte rendu pictural d'une rétine\nultrasensible à la nuance, aveugle à la forme des objets ; d'une vision sen-\nsuelle que la pensée n'ordonnerait pas.\n   Aussi, jamais leur période ne cerne-t-elle de quelques épithètes sobrement\névocatives la semblance sentimentale,. la solennelle et vague splendeur,\nl'adorable beauté simple d'un site... Ils juxtaposent les vocables, invento-\nrient les éléments du spectacle dont l'émotion contagieuse n'a point prévalu\ncontre leur exactitude sceptique. Ces notations, si visiblement calquées de\nvisu, d'après nature, signifiées avec des adjectifs peintres, par le souvenir\nréveillé de la manière d'un petit maître quelconque, se revêtent comme\nd'un glacis artificiel et frigide: Paysages, décors de capitales ou contadins,\ncontemplés d'un regard analytique, sans trouble supérieur au plaisir ocu-\nlaire, et transcrits, privés d'ombres et de perspective, — sans horizon, — sur\nun fond brillant de laque chatoyante et polie.\n   Un papillotage de mots diaprés, de tons volages, de taches lustrées, de tou-\nches prismatiques de lumière ; un art exquis, tout de clarté, presque japo-\nnais, — véridique, tout à la fois, et postiche, — inexpert à la suggestion, au\nrêve.\n   Cette quiétude psychique, cette perspicuité éprise du fini, seulement,\nqu'aucun au-delà n'attire, rend raison de la prétention principale des Gon-\ncourt et, jusqu'à un certain point, la légitime. Leur psychologie féminine\ns'ourdit de sympathie congéniale, surtout ; participe de la complexion même\nde l'observateur, plutôt que de sa pénétration.\n   Sans invraisemblance, l'écrivain attribue ses impressions personnelles à\n Mme Gervaisais ; il déduit, avec une sagacité indulgente, les mobiles et pas-\nsions, la diplomatie amoureuse des maîtresses de Louis XV, pallie leur\nconduite de topiques excuses, s'émerveille de leur luxe, accompagne leur\nchute de sa pitié attendrie.\n   A propos de Chérie, cette délicate, frêle, amenuisée figurine de Saxe,\nfausse et délicieuse, une amie de l'auteur énonce cette judicieuse remarque :\n « Les sentiments des Goncourt sont bien des sentiments de femmes, mais\n pas assez maintenus dans le vague des aspirations féminines... masculinisés\npar l'auteur. »\n   La critique obéit, aussi, à la propension au vagué de son sexe : mascu­\nlinisés signifie, ici, précisés, définis, alourdis par leur version scriptu-\nrale. Car il apparaît nativement féminin, cet art nourri de simple et brute\nsensation, en sursauts, en petits cris et qui s'adonise et s'adule; cet art\n dénué de réflexion, qu'aucune cérébration n'ennoblit. Le côté immédiat et\n exigu, le relief multicolore et drôle des choses l'affriolent, l'image subite,\nl'improviste de la vie. Ses directions vont à la joliesse, à « la jolité », au\n"}, {"page_pdf": 443, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1161, "texte": "                                  — 400 —\n\ncolifichet fragile, à la mièvrerie tarabiscotée ; comme, aussi, ses nerfs le\nsubjuguent, ses vapeurs de petite-maîtresse littéraire, les crises trépignantes\nde sa vanité.\n\n   De Germinie Lacerteux à Chérie, à quelle œuvre que l'on recoure,\nroman ou histoire, les mêmes et énormes défauts se dénoncent, atténués,\njadis, à l'époque de Jules de Goncourt, par l'étincelante fantasia, la grâce\ncapiteuse et précaire du style ; — arides, à présent, et systématiques.\n   La pénombre, la demi-teinte, le clair-obscur manquèrent où ces laborieux\npolygraphes auraient pu interrompre leurs nomenclatures, et songer!\nAccessibles, seulement, à l'aléatoire félicité de la vogue conquise, à la\nmaniaque passion, aux engouements du collectionneur; — fermés à l'hal-\nlucination autant qu'à l'extase, ils n'atteignirent jamais cette température\nmorale, atmosphère fervente, climat nécessaire de la poésie...\n   Lacunes logiques, au reste, chez des âmes si déshéritées de mélancolie,\nincapables de religion, — d'enthousiasme, par conséquent, — et de\nlyrisme.\n                                                    ARNOLD GOFFIN\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-10-n10-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 400, "page_fin": 401, "titre_corps": "Bibliographie musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "E. 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Du Locle, — le massa-\ncreur de Salammbô de Flaubert, — ou Michel et Carré, — ceux du Faust\nde Gœthe.\n    M. E. Mathieu, qui nous envoie sa partition de la Jeunesse de Roland,\na parfaitement compris cette vérité. Dans son dernier opéra comme dans\nles œuvres pre'ce'dentes, il a e'té son propre librettiste. Si on peut lui repro-\ncher le style un peu suranné de ses livrets, il faut, d'autre part, recon-\nnaître leur caractère profondément scénique et théâtral. L'auteur est, dans\ntoute la force du terme, un homme de théâtre, qui connaît ses effets, et\ns'entend à les employer.\n  Le sujet de la Jeunesse de Roland est tiré de deux ballades de Uhland,\nPetit Roland (Klein Roland) et Roland Porte-bouclier (Roland-Schild-\n"}, {"page_pdf": 444, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "                                   —401—\n trager). Des deux ballades du grand poète allemand, M. Mathieu a tiré une\n action semi-historique, semi-légendaire, dont voici le fond :\n    Le roi Karl (Charlemagne) est poursuivi du désir de posséder l'escar-\n boucle magique que détient le géant de la Forêt des Ardennes, dans laquelle\n vit, avec son jeune fils Roland, dame Berte, la sœur du roi, qui l'a\nchassée de sa cour. Imma, la nièce du roi, promet sa main à quiconque vain-\ncra le géant et rapportera le talisman. Parmi les otages saxons détenus au\npalais d'Ingelheim, se trouve Sigmar, qui aime la jeune fille, dont il est\naimé. Il s'échappe et, avec Roland, s'en va dans la forêt à la recherche du\ngéant. Celui-ci succombe aux coups de Roland, et les deux héros reviennent\nvainqueurs à la cour du roi Karl, lequel accorde Imma à Sigmar et garde\nà sa cour Roland et sa mère Berte.\n    La manière du compositeur ne s'est pas profondément modifiée depuis\nRichilde. La muse de M. Mathieu, qui ne mord pas au fruit âpre de la\njeune école, se recommande par une évidente sincérité et une grande abon-\ndance mélodique. Bien que son inspiration ne porte pas l'empreinte d'une\noriginalité fortement accusée, il serait très difficile d'établir les affinités de\nM. Mathieu avec telle école. Il paraît osciller entre diverses tendances. Dans\nla Jeunesse de Roland, par exemple (où il est fait fréquemment emploi de\nleitmotivs), certains fragments affectent l'allure des œuvres lyriques des\nromantiques allemands, comme les opéras de Weber et ceux de la première\nmanière de Wagner, tandis que dans tels autres la recherche des sonorités\ndélicates et des fines harmonies trahit l'influence de l'école française.\nDans la Jeunesse de Roland, on remarque de beaux ensembles, des finales\nde grand effet, et certains préludes d'une jolie couleur poétique. Parmi les\nmorceaux les plus réussis, nous avons noté l'air de Sigmar au premier acte,\nla curieuse scène de Roland avec les Willis au deuxième et la scène déli-\ncate du réveil d'Imma qui ouvre le troisième acte.\n   Nous bornons là nos appréciations, nous réservant de revenir sur l'œuvre\nde M. Mathieu lors de sa représentation au Théâtre de la Monnaie.\n                                                                    E. C."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-10-n10-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 402, "page_fin": 406, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Chéret", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 84, "fin_caractere_exclue": 91, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 132, "texte": "A UN GENTILHOMME. — Votre attaque de"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 134, "fin_caractere_exclue": 174, "texte": "nerfs a deux excuses : votre impuissance"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 176, "fin_caractere_exclue": 216, "texte": "bien connue à répondre autrement que par"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 267, "fin_caractere_exclue": 310, "texte": "des injures, et votre agitation de candidat"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 359, "fin_caractere_exclue": 401, "texte": "perpétuel. 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En"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2840, "fin_caractere_exclue": 2884, "texte": "écrivant votre diatribe sur ta décoration de"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2928, "fin_caractere_exclue": 2965, "texte": "M. Lemonnier, vous m'avez rendu toute"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2985, "fin_caractere_exclue": 3029, "texte": "ma liberté. J'en ai usé, j'en userai encore."}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 3030, "fin_caractere_exclue": 3070, "texte": "Vous ne réussirez pas à faire dévier une"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 3071, "fin_caractere_exclue": 3112, "texte": "polémique littéraire en une querelle per-"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 3204, "fin_caractere_exclue": 3247, "texte": "sonnelle. Et s'il vous prenait fantaisie de"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 3339, "fin_caractere_exclue": 3378, "texte": "recommencer vos exploits de naguère, ce"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 3422, "fin_caractere_exclue": 3467, "texte": "n'est plus sur le pré qu'ils vous mèneraient."}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 3540, "fin_caractere_exclue": 3553, "texte": "ALBERT GIRAUD"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 227, "fin_caractere_exclue": 265, "texte": "Le présent numéro contient 44 pages au"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 315, "fin_caractere_exclue": 357, "texte": "lieu de 32, et compte pour u n e livraison"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 407, "fin_caractere_exclue": 418, "texte": "ordinaire.."}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "Les abonnés sont priés de le remarquer."}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 650, "fin_caractere_exclue": 694, "texte": "Notre ami et collaborateur J u l e s Destrée"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 744, "fin_caractere_exclue": 785, "texte": "vient d'être élu membre de la Chambre des"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 835, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "représentants."}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 901, "fin_caractere_exclue": 942, "texte": "C'est le premier Jeune-Belgique qui entre"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 992, "fin_caractere_exclue": 1005, "texte": "au Parlement."}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1058, "fin_caractere_exclue": 1097, "texte": "Bien que l'arrondissement d e Charleroi"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1147, "fin_caractere_exclue": 1192, "texte": "ne l'ait pas élu à ce titre, n o u s espérons"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1242, "fin_caractere_exclue": 1284, "texte": "qu'il défendra les revendications que nous"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1334, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "avons déjà formulées, et qu'il sera le ferme"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1428, "fin_caractere_exclue": 1470, "texte": "soutien de l'Art et de la Littérature vis-"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1520, "fin_caractere_exclue": 1545, "texte": "à-vis de nos gouvernants."}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1597, "fin_caractere_exclue": 1636, "texte": "Nous lui envoyons nos félicitations les"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1686, "fin_caractere_exclue": 1704, "texte": "plus chaleureuses."}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1756, "fin_caractere_exclue": 1797, "texte": "Ces félicitations s'adressent également à"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1847, "fin_caractere_exclue": 1889, "texte": "notre ami et ancien collaborateur Célestin"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 1939, "fin_caractere_exclue": 1947, "texte": "Demblon."}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2082, "fin_caractere_exclue": 2118, "texte": "On annonce la formation d'un 'groupe"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2168, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "européen de députés littérateurs. L'initiative"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2264, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "de cette excellente idée vient de Maurice"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2355, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "Barrès, qui espère rentrer bientôt au palais"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2449, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "Bourbon, et de Jules Destrée, q u i va entrer"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2544, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "à celui de la Nation."}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2618, "fin_caractere_exclue": 2656, "texte": "L'agence Havas annonce qu'ils viennent"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2706, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "de jeter les bases d'une entente interna-"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2797, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "tionale. La Belgique, la France, l'Italie,"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2889, "fin_caractere_exclue": 2927, "texte": "l'Espagne et le Portugal auraient déjà"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 2977, "fin_caractere_exclue": 2984, "texte": "adhéré."}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 3164, "fin_caractere_exclue": 3203, "texte": "Nous avons reçu une carte-lettre conte-"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 3297, "fin_caractere_exclue": 3338, "texte": "nant cette mauvaise plaisanterie : « Qui,"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 3379, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "d'après vous, est appelé à remplacer, dans"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 3468, "fin_caractere_exclue": 3512, "texte": "la gloire et l'estime des Jeunes, M. Gustave"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 3562, "fin_caractere_exclue": 3573, "texte": "Fréderix? »"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 85, "texte": "Nous n'avons pas jugé à propos d'y"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 139, "fin_caractere_exclue": 148, "texte": "répondre."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 355, "fin_caractere_exclue": 392, "texte": "M. de Larmodern (vieille famille bre-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 393, "fin_caractere_exclue": 424, "texte": "tonne) a passé par la Lorraine."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 428, "fin_caractere_exclue": 468, "texte": "En passant p a r la Lorraine, M. de Lar-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 514, "fin_caractere_exclue": 553, "texte": "modern a mis au jour les réflexions que"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 599, "fin_caractere_exclue": 606, "texte": "voici :"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 656, "fin_caractere_exclue": 693, "texte": "« Certaines villes paraissent — comme"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 747, "fin_caractere_exclue": 790, "texte": "tels terrains exceptionnellement favorables"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 836, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "à la floraison des roses — posséder sur"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 876, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "l'édosion des artistes, sur cette flore spé-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 921, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "ciale et fragile, rebelle aux acclimatations,"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1011, "fin_caractere_exclue": 1054, "texte": "une influence particulière. Pourquoi est-ce"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1092, "fin_caractere_exclue": 1133, "texte": "à Gand et non ailleurs (Bruges eût semblé"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1178, "fin_caractere_exclue": 1223, "texte": "bien mieux indiqué!) que surgit cette trinité"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1259, "fin_caractere_exclue": 1300, "texte": "de poètes dont l'art concentré et énigma-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1351, "fin_caractere_exclue": 1391, "texte": "tique, fait de terreurs, de frissons, de"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1400, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "visions cruelles ou tendres, a troublé ino-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1485, "fin_caractere_exclue": 1527, "texte": "pinément notre génération littéraire? Quel"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1572, "fin_caractere_exclue": 1613, "texte": "lien mystérieux rattache à la grande cité"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1655, "fin_caractere_exclue": 1698, "texte": "bourgeoise, hargneuse à tout idéal artisti-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1744, "fin_caractere_exclue": 1783, "texte": "que, pourrie de doctrinarisme imbécile,"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1828, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "Maurice Maeterlinck, Charles Van Ler-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1913, "fin_caractere_exclue": 1942, "texte": "berghe et Grégoire Le Roy ? »"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2003, "fin_caractere_exclue": 2037, "texte": "Oui, pourquoi sont-ils nés à Gand?"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2094, "fin_caractere_exclue": 2132, "texte": "Question redoutablement insoluble, qui"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2173, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "pèsera comme un cauchemar sur la poitrine"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2243, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "de notre génération."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2340, "fin_caractere_exclue": 2381, "texte": "Charles-Quint, il est vrai, vint au monde"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2417, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "à Gand, — ce fut même, insinuent les. his-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2505, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "toriens, dans les latrines, — mais nous"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2583, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "savons pourquoi. C'était afin de pouvoir"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2638, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "faire le calembour célèbre : « Je mettrais"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2730, "fin_caractere_exclue": 2770, "texte": "Paris dans mon Gand. » M. Eugène Robert,"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2800, "fin_caractere_exclue": 2846, "texte": "le spirituel avocat, vit aussi le jour a Gand,"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2847, "fin_caractere_exclue": 2888, "texte": "en chemin de fer. C'était afin de prouver"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2978, "fin_caractere_exclue": 3008, "texte": "qu'il était déjà progressiste."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3102, "fin_caractere_exclue": 3142, "texte": "Mais l'acte de Maurice, de Charles et de"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3234, "fin_caractere_exclue": 3276, "texte": "Grégoire demeure à tout jamais sans expli-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3348, "fin_caractere_exclue": 3355, "texte": "cation."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3445, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "Nous savons gré à M. de Larmodern"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3533, "fin_caractere_exclue": 3569, "texte": "d'avoir posé cet effrayant problème."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3661, "fin_caractere_exclue": 3700, "texte": "A notre tour maintenant d'en poser un :"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3774, "fin_caractere_exclue": 3813, "texte": "\" Pourquoi M. de Larmodern eût-il mieux"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3814, "fin_caractere_exclue": 3842, "texte": "fait de naître à Pontoise? »"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3844, "fin_caractere_exclue": 3883, "texte": "- C'est — ne cherchez pas — parce qu'il"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3935, "fin_caractere_exclue": 3957, "texte": "ne cesse d'en revenir."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 138, "texte": "M. de Larmodern publie un article inti-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 186, "fin_caractere_exclue": 202, "texte": "tulé La Zélande."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 252, "fin_caractere_exclue": 298, "texte": "Après l'esprit de clocher, l'esprit... d'esta-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 346, "fin_caractere_exclue": 351, "texte": "cade."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 474, "fin_caractere_exclue": 513, "texte": "M. de Larmodern — qui est infaillible —"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 554, "fin_caractere_exclue": 598, "texte": "attribue à M. Scribe le vers célèbre de Pon-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 646, "fin_caractere_exclue": 652, "texte": "sard :"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 694, "fin_caractere_exclue": 746, "texte": "Quand la borne est franchie il n'est plus de limite."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 797, "fin_caractere_exclue": 835, "texte": "Nous prenons note de la rectification."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 971, "fin_caractere_exclue": 1010, "texte": "M. de Larmodern, après avoir dédaigneu-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1055, "fin_caractere_exclue": 1091, "texte": "sement assimilé M. A'natole France à"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1134, "fin_caractere_exclue": 1177, "texte": "M. Francisque Sarcey, finit par reconnaître"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1224, "fin_caractere_exclue": 1258, "texte": "du talent à l'auteur du Lys rouge."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1309, "fin_caractere_exclue": 1350, "texte": "Voici le début de l'article consacré à ce"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1392, "fin_caractere_exclue": 1399, "texte": "roman :"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1449, "fin_caractere_exclue": 1484, "texte": "« ANATOLE FRANCE, que mit en relief"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1528, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "surtout la Rôtisserie de la reine Pédauque,"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1614, "fin_caractere_exclue": 1654, "texte": "apparaît actuellement, avec MAURICE BAR-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1699, "fin_caractere_exclue": 1743, "texte": "RES, en coryphée de cette catégorie spéciale"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1784, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "d'écrivains, éclose sur le terreau cosmopo-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1866, "fin_caractere_exclue": 1912, "texte": "lite de Paris, qu'on désigne par l'étiquette :"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 1960, "fin_caractere_exclue": 1999, "texte": "Ecole du Dandysme. Leurs œuvres, belles"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2047, "fin_caractere_exclue": 2090, "texte": "en général, se distinguent par une affecta-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2133, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "tion pour le RAFFINÉ en toutes choses :"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2215, "fin_caractere_exclue": 2242, "texte": "STYLE, images, tournures. »"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2293, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "Le style raffiné, les images raffinées, les"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2382, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "tournures raffinées de M. France !"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2467, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "Par opposition au style simple de MM."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2545, "fin_caractere_exclue": 2582, "texte": "Lemonnier, Mallarmé et Saint-Pol-Roux"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2624, "fin_caractere_exclue": 2637, "texte": "probablement!"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2688, "fin_caractere_exclue": 2729, "texte": "Macbeth avait tué le sommeil, et certains"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2771, "fin_caractere_exclue": 2799, "texte": "critiques tuent le ridicule."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 2939, "fin_caractere_exclue": 2977, "texte": "M. de Larmodern déplore que de la lec-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3056, "fin_caractere_exclue": 3098, "texte": "ture du Lys rouge il ne reste d'autre sen-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3190, "fin_caractere_exclue": 3233, "texte": "sation que celle de « quelques heures char-"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3324, "fin_caractere_exclue": 3347, "texte": "meusement consommées »."}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3405, "fin_caractere_exclue": 3441, "texte": "Que diable voulez-vous qu'il nous en"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3526, "fin_caractere_exclue": 3532, "texte": "reste?"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3620, "fin_caractere_exclue": 3657, "texte": "Des engelures? Ou une petite corne de"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3748, "fin_caractere_exclue": 3770, "texte": "rhinocéros sur le nez?"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3893, "fin_caractere_exclue": 3934, "texte": "L'abondance des sottises de l'Art moderne"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 3982, "fin_caractere_exclue": 4023, "texte": "nous oblige à remettre au prochain numéro"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 4071, "fin_caractere_exclue": 4109, "texte": "des poèmes de M. Maurice Cartuyvels et"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 4157, "fin_caractere_exclue": 4199, "texte": "la chronique littéraire de M. Iwan Gilkin."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 75, "fin_caractere_exclue": 76, "texte": "v"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 242, "fin_caractere_exclue": 285, "texte": ". Le comité administratif de la Coopérative"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 333, "fin_caractere_exclue": 378, "texte": "artistique a envoyé la lettre suivante au mi-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 428, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": "nistre de l'intérieur :"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 529, "fin_caractere_exclue": 552, "texte": "« Monsieur le Ministre,"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 698, "fin_caractere_exclue": 738, "texte": "Vous avez cru devoir accorder votre haut"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 739, "fin_caractere_exclue": 776, "texte": "patronage à une société anonyme ayant"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 832, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "pour objet la construction à Bruxelles d'un"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1068, "fin_caractere_exclue": 1087, "texte": "« Temple des Ans »."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1170, "fin_caractere_exclue": 1204, "texte": "Nous nous permettons de vous faire"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1260, "fin_caractere_exclue": 1299, "texte": "remarquer, Monsieur le Ministre, que ce"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1353, "fin_caractere_exclue": 1396, "texte": "projet est presque intégralement calqué sur"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1447, "fin_caractere_exclue": 1487, "texte": "celui que nous avons élaboré et dont les"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1533, "fin_caractere_exclue": 1573, "texte": "grandes lignes ont déjà été livrées à la"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1622, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "publicité. L'antériorité de l'idée nous re-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1715, "fin_caractere_exclue": 1759, "texte": "vient sans conteste; aussi avons-nous trouvé"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1811, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "étrange que vous accordez votre bienveil-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1904, "fin_caractere_exclue": 1947, "texte": "lant appui à une société anonyme plutôt que"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2001, "fin_caractere_exclue": 2044, "texte": "de l'octroyer à une société composée exclu-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2094, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "sivement d'artistes."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2169, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "La Coopérative artistique, qui connaît les"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2263, "fin_caractere_exclue": 2306, "texte": "desidérata et les intérêts de ceux-ci, peut"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2356, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "leur offrir de plus évidentes garanties qu'une"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2454, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "société poursuivant un but simplement"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "mercantile."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2643, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "Confiante dans votre équité et sachant la"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2707, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "sollicitude dont vous entourez les artistes,"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2801, "fin_caractere_exclue": 2842, "texte": "notre Société nous a chargés de protester"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2892, "fin_caractere_exclue": 2905, "texte": "près de vous."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2973, "fin_caractere_exclue": 3014, "texte": "Elle espère que vous ne lui refuserez pas"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3015, "fin_caractere_exclue": 3059, "texte": "une protection à laquelle elle a d'incontes-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3060, "fin_caractere_exclue": 3074, "texte": "tables droits."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3172, "fin_caractere_exclue": 3215, "texte": "Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, etc."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3299, "fin_caractere_exclue": 3341, "texte": "Leff. Secrétaire,          Le   Président,"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3395, "fin_caractere_exclue": 3433, "texte": "J. HENNEBICQ..     .      ALPH. MOTTE."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3719, "fin_caractere_exclue": 3757, "texte": "M. Paul Wauwermans, avocat à Bruxelles"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3810, "fin_caractere_exclue": 3857, "texte": "et l'un des secrétaires de l'Association artis-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3892, "fin_caractere_exclue": 3936, "texte": "tique et littéraire internationale, vient de"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4026, "fin_caractere_exclue": 4070, "texte": "publier sous ce titre : Le droit des auteurs"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4169, "fin_caractere_exclue": 4210, "texte": "en Belgique, un commentaire historique et"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4304, "fin_caractere_exclue": 4340, "texte": "doctrinal de la loi du 22 mars 1886."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4402, "fin_caractere_exclue": 4440, "texte": "La première partie de l'ouvrage est un"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4441, "fin_caractere_exclue": 4485, "texte": "très intéressant historique de la reconnais-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4486, "fin_caractere_exclue": 4528, "texte": "sance du droit des auteurs en Belgique. La"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4575, "fin_caractere_exclue": 4615, "texte": "troisième partie comprend une bibliogra-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4670, "fin_caractere_exclue": 4709, "texte": "phie du droit belge en matière de droit"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4765, "fin_caractere_exclue": 4774, "texte": "d'auteur."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 106, "fin_caractere_exclue": 143, "texte": "Dans la deuxième partie, qui forme le"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 240, "texte": "corps de l'ouvrage, après avoir défini la base"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 291, "fin_caractere_exclue": 332, "texte": "et la nature juridique du droit d'auteur,"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 383, "fin_caractere_exclue": 427, "texte": "ainsi que les objets de ce droit, M. Wauwer-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 478, "fin_caractere_exclue": 521, "texte": "mans fixe les règles spéciales aux diverses"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 572, "fin_caractere_exclue": 618, "texte": "catégories d'œuvres : littéraires, plastiques,"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 669, "fin_caractere_exclue": 694, "texte": "musicales et dramatiques."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 791, "fin_caractere_exclue": 830, "texte": "Il détermine ensuite les diverses caté-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 926, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "gories d'auteurs, la durée et les limites de"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1021, "fin_caractere_exclue": 1067, "texte": "leurs droits et des droits de leurs héritiers,"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1138, "fin_caractere_exclue": 1166, "texte": "donataires ou cessionnaires."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1220, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "Pour terminer, il examine longuement la"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1310, "fin_caractere_exclue": 1352, "texte": "question des actions en contrefaçon, droit"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1403, "fin_caractere_exclue": 1446, "texte": "de poursuite, réparations, procédure à sui-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1497, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "vre dans les divers cas de lésions."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1586, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "Le commentaire de M. Wauwermans en-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1672, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "visage toutes les questions intéressant la"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1765, "fin_caractere_exclue": 1810, "texte": "production artistique et littéraire. Il coor-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1861, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "donne judicieusement et pas à pas : la loi"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 1954, "fin_caractere_exclue": 2000, "texte": "spéciale de 1886, les lois générales régissant"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2051, "fin_caractere_exclue": 2093, "texte": "la propriété, et une jurisprudence parfois"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2144, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "un peu déconcertante."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2219, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "C'est un travail bien conçu, bien étudié et"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2313, "fin_caractere_exclue": 2355, "texte": "très clair. Nous le recommandons aux écri-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2406, "fin_caractere_exclue": 2453, "texte": "vains et aux artistes : ils pourront d'ailleurs"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2504, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "le consulter à leur aise chez Paul Lacom-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2596, "fin_caractere_exclue": 2639, "texte": "blez, qui se fera un plaisir de le communi-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2690, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "quer à nos amis."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2760, "fin_caractere_exclue": 2800, "texte": "N. B. Cet éloge d'un livre de M. W a u -"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2851, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "wermans a reçu l'approbation posthume de"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 2942, "fin_caractere_exclue": 2969, "texte": "Max Waller, qui a pardonné."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3128, "fin_caractere_exclue": 3168, "texte": "Ci un extrait profitable de la Dramatur­"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3266, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "gie hambourgeoise de Lessing :"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3350, "fin_caractere_exclue": 3391, "texte": "« Celui qui raisonne juste invente par là"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3484, "fin_caractere_exclue": 3527, "texte": "même, et qui veut inventer doit nécessaire-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3578, "fin_caractere_exclue": 3622, "texte": "ment savoir raisonner. Il n'y a vraiment que"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3673, "fin_caractere_exclue": 3715, "texte": "ceux qui n'ont d'aptitude ni pour l'une ni"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3766, "fin_caractere_exclue": 3809, "texte": "pour l'autre chose qui se figurent qu'elles"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3860, "fin_caractere_exclue": 3891, "texte": "peuvent subsister séparément. »"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 3990, "fin_caractere_exclue": 4025, "texte": "A méditer par les grands prêtres de"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4121, "fin_caractere_exclue": 4168, "texte": "l'Instinct et par tous les écrivains dont l'es-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4261, "fin_caractere_exclue": 4303, "texte": "thétique a une tendance à marcher à quatre"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4391, "fin_caractere_exclue": 4398, "texte": "pattes."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4539, "fin_caractere_exclue": 4574, "texte": "Le Cornélien moderne, — organe men-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4625, "fin_caractere_exclue": 4669, "texte": "suel littéraire, artistique et SATIRIQUE, —."}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4720, "fin_caractere_exclue": 4764, "texte": "n'est pas content des plaisanteries de bien-"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 4815, "fin_caractere_exclue": 4853, "texte": "venue que nous lui avons décochées. I1"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 54, "fin_caractere_exclue": 113, "texte": "paraît que nous avons laissé passer six mois        manger,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 204, "texte": "avant d'annoncer la naissance du petit.             aussi"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 245, "fin_caractere_exclue": 297, "texte": "Regrettons vivement. La prochaine fois            la"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 338, "fin_caractere_exclue": 393, "texte": "que le Cornélien, de plus en plus moderne,          que"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 423, "fin_caractere_exclue": 464, "texte": "lancera son premier numéro, nous l'annon-"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 519, "fin_caractere_exclue": 576, "texte": "cerons tout de suite.                               suite"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 616, "fin_caractere_exclue": 655, "texte": "M. Auguste Vierset publie dans un jour-"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 656, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "nal une série de poèmes dont nous déta-"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 748, "fin_caractere_exclue": 804, "texte": "chons avec plaisir le sonnet suivant, qui est       déjà"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 844, "fin_caractere_exclue": 903, "texte": "d'un coloriste remarquable :                        Mercure"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 988, "fin_caractere_exclue": 998, "texte": "situations"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1026, "fin_caractere_exclue": 1042, "texte": "LES FLAMANTS (1)"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1106, "fin_caractere_exclue": 1129, "texte": "En une hiératique pose,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1201, "fin_caractere_exclue": 1254, "texte": "Ils s'alignent, vivants rosiers,                  pas"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1293, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "Au marais que les balisiers"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1323, "fin_caractere_exclue": 1353, "texte": "Carminent de leur cyme éclose."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1448, "fin_caractere_exclue": 1505, "texte": "Ils pointent leur bec d'argyrose                  ramener"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1540, "fin_caractere_exclue": 1593, "texte": "Le long des graciles osiers;                      III"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1633, "fin_caractere_exclue": 1689, "texte": "Et des ailes, rouges brasiers,                    Birouk"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1711, "fin_caractere_exclue": 1737, "texte": "Émerge leur poitrine rose."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1809, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "C'est — dans la pourpre — un tendre éclair"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1854, "fin_caractere_exclue": 1882, "texte": "De pâle neige, un rire clair"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1885, "fin_caractere_exclue": 1918, "texte": "De blancheurs que le soleil dore."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1921, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "Et l'on dirait, sous le ciel bleu,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2018, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "Des cygnes au duvet d'aurore"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2112, "fin_caractere_exclue": 2138, "texte": "Rêvant sur une mer de feu."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2395, "fin_caractere_exclue": 2448, "texte": "Quelques pensées de Novalis, qui rap-            fort"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2456, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "pellent un peu les Menus propos de M. Mau-"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2543, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "rice Maeterlinck :"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2565, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "« De même que nous engraissons la terre"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2605, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "pour les plantes, de même, les plantes"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2644, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "engraissent l'air pour nous. Elles sont les"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2737, "fin_caractere_exclue": 2794, "texte": "enfants de la terre, et nous, les enfants de        daise"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2831, "fin_caractere_exclue": 2869, "texte": "l'éther. Nos poumons sont nos racines,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2926, "fin_caractere_exclue": 2995, "texte": "nous vivons lorsque nous respirons, et nous         caractéristiques."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3020, "fin_caractere_exclue": 3057, "texte": "commençons de vivre en respirant. Les"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3112, "fin_caractere_exclue": 3166, "texte": "enfants du ciel dévorent les filles de la           de"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3200, "fin_caractere_exclue": 3241, "texte": "terre; nous mangeons les plantes et elles"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3242, "fin_caractere_exclue": 3284, "texte": "prospèrent dans nos cendres. Notre acte de"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3285, "fin_caractere_exclue": 3323, "texte": "manger correspond à la fécondation des"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3379, "fin_caractere_exclue": 3421, "texte": "plantes. Concevoir est la jouissance fémi-"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3474, "fin_caractere_exclue": 3517, "texte": "nine, digérer celle de l'homme. (Un ivrogne"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3580, "fin_caractere_exclue": 3620, "texte": "est à comparer à une femme dissolue.) La"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3679, "fin_caractere_exclue": 3724, "texte": "fécondation est la suite de l'acte de manger;"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3744, "fin_caractere_exclue": 3787, "texte": "c'est l'opération inverse. A la fécondation"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3841, "fin_caractere_exclue": 3881, "texte": "s'oppose l'enfantement comme à l'acte de"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 4019, "fin_caractere_exclue": 4067, "texte": "(1) Et non les Flamands (note pour M. Wilmotte)."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 114, "fin_caractere_exclue": 146, "texte": "la conception. L'homme est femme"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 205, "fin_caractere_exclue": 242, "texte": "jusqu'à un certain point, de même que"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 298, "fin_caractere_exclue": 337, "texte": "femme est homme; est ce de là peut-être"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 394, "fin_caractere_exclue": 422, "texte": "naît la pudeur différente? »"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 478, "fin_caractere_exclue": 518, "texte": "Les lecteurs qui aiment ça trouveront la"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 577, "fin_caractere_exclue": 609, "texte": "dans le numéro d'août du Réveil."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 711, "fin_caractere_exclue": 747, "texte": "M. Georges Polti, à qui nous devions"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 805, "fin_caractere_exclue": 843, "texte": "la notation des gestes, publie dans le"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 904, "fin_caractere_exclue": 935, "texte": "une copieuse étude sur « les 36"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 999, "fin_caractere_exclue": 1013, "texte": "dramatiques »."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1069, "fin_caractere_exclue": 1103, "texte": "Car il y en a 36. Ni 35 ni 37, 36."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1159, "fin_caractere_exclue": 1198, "texte": "Faut-il que nous nous retenions pour ne"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1255, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "faire de plaisanteries scabreuses !"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1409, "fin_caractere_exclue": 1445, "texte": "La découverte de M. Polti consiste à"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1506, "fin_caractere_exclue": 1537, "texte": "au même dénominateur le Richard"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1594, "fin_caractere_exclue": 1630, "texte": "de Shakespeare et les Cinq Doigts de"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1690, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "de M. Décourcelle."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1764, "fin_caractere_exclue": 1806, "texte": "Il y a des gens qui s'amusent à s'embêter."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 1972, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": ". M... Henry Van de Velde va faire paraître"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2068, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "sur papier Ingres\" une plaquette de grand"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2191, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "luxe, intitulée Déblaiement d'Art."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2281, "fin_caractere_exclue": 2298, "texte": "L'Art est averti."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2352, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": ". Malheureusement, le papier Ingres est"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2449, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "vieux."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2511, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "Le papier Monet vaudrait mieux."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2698, "fin_caractere_exclue": 2736, "texte": "Le dernier numéro de la revue néerlan-"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2795, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "Van Nu en Straks est une merveille."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2883, "fin_caractere_exclue": 2925, "texte": "M. Georges Lemmen l'a orné d'illustrations"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 2996, "fin_caractere_exclue": 3019, "texte": "Au sommaire les noms de"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3072, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "MM. Vermeylen, Van Offel, Hegenscheidt,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3167, "fin_caractere_exclue": 3199, "texte": "Bom, Van Langendonck, etc., etc."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3339, "fin_caractere_exclue": 3378, "texte": "De M. Emile Verhaeren, dans le Réveil :"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3432, "fin_caractere_exclue": 3473, "texte": "Voici les marguilliers pacifiques et mous"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3527, "fin_caractere_exclue": 3579, "texte": "Qui font craquer leur stalle en pliant leurs genoux."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3634, "fin_caractere_exclue": 3678, "texte": "Pas si mous, s'ils font craquer leur stalle,"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3731, "fin_caractere_exclue": 3743, "texte": "pas si mous!"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3798, "fin_caractere_exclue": 3840, "texte": "Il est vrai que le poème se passe au temps"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3893, "fin_caractere_exclue": 3920, "texte": "des « peurs affirmatives »."}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 3975, "fin_caractere_exclue": 4017, "texte": "« Peurs affirmatives », qu'est-ce que cela"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 4070, "fin_caractere_exclue": 4093, "texte": "peut bien vouloir dire?"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "Nous avons une peur négative que l'auteur"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 144, "fin_caractere_exclue": 183, "texte": "ne réussisse jamais à nous expliquer ce"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 234, "fin_caractere_exclue": 240, "texte": "rébus."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 610, "fin_caractere_exclue": 649, "texte": "Nos lecteurs savent qu'un collaborateur"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 695, "fin_caractere_exclue": 732, "texte": "du Journal, M. Georges Docquois, a eu"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 785, "fin_caractere_exclue": 825, "texte": "l'idée originale de consulter un certain"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 875, "fin_caractere_exclue": 917, "texte": "nombre de poètes sur la question de savoir"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1050, "fin_caractere_exclue": 1096, "texte": "qui «dans la gloire et le respect des Jeunes »"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1190, "fin_caractere_exclue": 1218, "texte": "remplacera Leconte de Lisle."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1318, "fin_caractere_exclue": 1358, "texte": "Voici les résultats de ce vote étrange :"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1458, "fin_caractere_exclue": 1490, "texte": "Paul Verlaine, élu, 77 mentions."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1587, "fin_caractere_exclue": 1623, "texte": "José-Maria de Hérédia (38), Stéphane"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1717, "fin_caractere_exclue": 1753, "texte": "Mallarmé (36), Sully-Prudhomme (32),"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1845, "fin_caractere_exclue": 1884, "texte": "François Coppée (26), J. Richepin (21),"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1960, "fin_caractere_exclue": 2003, "texte": "Léon Dierx (15), Catulle Mendès (14), Henri"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2005, "fin_caractere_exclue": 2048, "texte": "de Régnier (11), Frédéric Mistral (9), Sil-"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2097, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "vestre (Armand) (6), Albert Samain (5),"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2186, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "F. Vielé-Griffin (5), Jean Moréas (4), Emile"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2280, "fin_caractere_exclue": 2322, "texte": "Zola (4), Auguste Vacquerie (4), de Strada"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2370, "fin_caractere_exclue": 2413, "texte": "(4), Anatole France (4), Adolphe Retté (4),"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2440, "fin_caractere_exclue": 2460, "texte": "Gabriel Vicaire (4)."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2466, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "Trois mentions : André Theuriet, Louis"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2506, "fin_caractere_exclue": 2544, "texte": "Le Cardonnel, Maurice Rollinat, Stuart"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 2554, "texte": "Merrill."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2650, "fin_caractere_exclue": 2686, "texte": "Deux mentions : Jean Aicard, Maurice"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2781, "fin_caractere_exclue": 2815, "texte": "Bouchor, Edmond Haraucourt, Clovis"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2911, "fin_caractere_exclue": 2948, "texte": "Hugues, Jean Lahor, Stephen Liegeard,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3045, "fin_caractere_exclue": 3081, "texte": "Albert Mérat, Raoul Ponchon et Emile"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3174, "fin_caractere_exclue": 3184, "texte": "Verhaeren."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3281, "fin_caractere_exclue": 3317, "texte": "Une mention : Emile Bergerat, Saint-"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3416, "fin_caractere_exclue": 3457, "texte": "Georges de Bouhélier, Paul Bourget, Henry"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3548, "fin_caractere_exclue": 3589, "texte": "Degron, Paul Déroulède, Auguste Dorchain,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3591, "fin_caractere_exclue": 3629, "texte": "Ernest Dupuy (?), Emile Goudeau, André"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3631, "fin_caractere_exclue": 3671, "texte": "Ibels, Gustave Kahn, Raymond de la Tail-"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3673, "fin_caractere_exclue": 3712, "texte": "hède, Auguste Lacaussade, Leygues, Mau-"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3714, "fin_caractere_exclue": 3758, "texte": "rice Maeterlinck, Joseph Mathieu (?), Pierre"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3760, "fin_caractere_exclue": 3800, "texte": "Quillard, Xavier de Ricard, Emile Riche-"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3802, "fin_caractere_exclue": 3847, "texte": "bourg (!), Henri Rochefort, S a i n t - P o l"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3849, "fin_caractere_exclue": 3887, "texte": "Roux, Emmanuel Signoret, Laurent Tail-"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3888, "fin_caractere_exclue": 3928, "texte": "hade, Daniel de Venancourt et... un élé-"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3930, "fin_caractere_exclue": 3941, "texte": "phant (!!!)"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3942, "fin_caractere_exclue": 3982, "texte": "' Il nous semble qu'il y avait lieu à un"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3984, "fin_caractere_exclue": 4028, "texte": "scrutin de ballottage, avec affiches électo-"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 4030, "fin_caractere_exclue": 4046, "texte": "rales de Chéret."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 4052, "fin_caractere_exclue": 4096, "texte": "La saison théâtrale      s'est rouverte    à"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 143, "texte": "Bruxelles et les reprises traditionnelles se"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 233, "texte": "succèdent sans grand fracas. Ces sortes"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 284, "fin_caractere_exclue": 326, "texte": "d'événements artistiques ne présentant pas"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 377, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "un intérêt très palpitant, nous attendrons,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 471, "fin_caractere_exclue": 511, "texte": "pour publier une Chronique musicale, que"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 562, "fin_caractere_exclue": 603, "texte": "la représentation d'une œuvre nouvelle ou"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 654, "fin_caractere_exclue": 692, "texte": "quelqu'un des grands concerts que l'on"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 743, "fin_caractere_exclue": 782, "texte": "nous promet nous en fournisse le sujet."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 833, "fin_caractere_exclue": 872, "texte": "En attendant, annonçons : A la Monnaie,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 923, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "Samson et Dalila, de Saint-Saëns, la"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1010, "fin_caractere_exclue": 1048, "texte": "Navarraise et le Portrait de Manon, de"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1147, "fin_caractere_exclue": 1187, "texte": "Massenet. Aux Concerts populaires, Fran-"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1269, "fin_caractere_exclue": 1312, "texte": "cesca di Rimini, de Paul Gilson, pour soli,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1409, "fin_caractere_exclue": 1452, "texte": "choeurs et orchestre, et la Symphonie céve-"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1541, "fin_caractere_exclue": 1581, "texte": "nole de d'Indy, pour piano et orchestre."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1674, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "Au Conservatoire, le Rheingold deWagner,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1804, "fin_caractere_exclue": 1843, "texte": "le Concerto de piano en ut mineur et la"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 1935, "fin_caractere_exclue": 1957, "texte": "Neuvième de Beethoven."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2056, "fin_caractere_exclue": 2095, "texte": "A la Société des Nouveaux Concerts (une"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2146, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": "entreprise tout récemment fondée), des"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2235, "fin_caractere_exclue": 2278, "texte": "concerts sous la direction de Hans Richter,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2329, "fin_caractere_exclue": 2368, "texte": "Ch. Bordes, Richard Strauss, Franz Ser-"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2419, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "vais, Kes et Mottl."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2607, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "Un cercle choral de dames vient de se"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2737, "fin_caractere_exclue": 2779, "texte": "fonder à Bruxelles sous le titre Pro Arte."}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2866, "fin_caractere_exclue": 2909, "texte": "Les répétitions auront lieu tous les jeudis"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 2999, "fin_caractere_exclue": 3043, "texte": "soir à la salle Erard, 4, rue Latérale. Pour"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3132, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "tous renseignements, s'adresser soit aux"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3235, "fin_caractere_exclue": 3275, "texte": "directeurs, MM. Ch. Léonard, 48, rue des"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3368, "fin_caractere_exclue": 3414, "texte": "Drapiers, et E . Closson, 82, rue de la Croix,"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 3508, "fin_caractere_exclue": 3546, "texte": "soit par écrit au local de la société."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1894-10-n10-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1894-001-013_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1894-001-013_f.pdf", "ocr_sha256": "a55d3d23f013e8ea477ecf49308afef987cfbb42907badab2a7070ba1702ee5c", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR D", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 450, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1446, "texte": "LACOMBLEZ\n      ÉDITEUR          DE LA J E U N E           BELGIQUE\n                     31, rue des Paroissiens, 31\n                             BRUXELLES\n\n\n                   VIENT DE PARAITRE\n                                DANS LA\n\n P E T I T E     COLLECTION                  DES           P O E T E S\n\n                     A L B E R T GIRAUD\n\nSOIRS DU SIÈCLE\n                                   II\n       S o u s la C o u r o n n e . — D e v a n t le   Sphynx.\n  Un volume sur papier de luxe, titre en couleur. Prix : 3 francs.\n              Restent quelques exemplaires Van Gelder,\n       sous couverture parchemin à                  5 francs.\n\n\n          POUR PARAITRE LE 5 NOVEMBRE\n                     LOUIS DELATTRE\n\n  Les Miroirs de Jeunesse\n              Un volume in-18 jésus. Prix : fr. 3-50.\nQuelques exemplaires sur hollande Van Gelder sous parchemin à fr. 7~50.\n\n\n                EN P R É P A R A T I O N               :\n\n\n                     NOVALIS\n   Traduction précédée d'une étude, par MAURICE MAETERLINCK.\n\n\n\n                          En vente :\nBARRÉS (M.) : Du Sang, de la Volupté et de la Mort.   . . . fr.     3 50\nBRUNETIÈRE (G.) : L'Evolution de la poésie lyrique en France\n   au X I X e siècle. Tome II                                       3 50\nGEFFROY (G.) : Le Cœur et l'Esprit                                  3 50\nVERLAINE : Epigrammes                                               3 60\n"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1835, "texte": "LAFORGUE (JULES) : Moralités légendaires. Tirage de luxe . fr,              6 00\n          —            Poésies complètes (y compris Derniers\n     Fers). Tirage de luxe                                                  6 00\nMALLARMÉ (STÉPHANE) : La Musique et les Lettres . . . .                     2 00\nROSNY (J.-H.) : L'Indomptée                                                 3 50\nVERLAINE (P.) : Epigrammes, avec frontispice de Cazal . . .                 3 50 .\nVIELÉ-GRIFFIN :                          πάλαι                              2 00\nLAFENESTRE (G.) : Catalogue illustré des Musées de Florence.\n    Un fort volume relié                        10                             00\nL'YMAGIER, n ° 1 . Publication trimestrielle in-8°, publiant des\n    images et des études sur les imagiers anciens et nouveaux .             3 50\n\n\n                   PRIME AUX ABONNÉS\n                                       DE LA\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                     LES\n\n\n        QUATRE FILS AYMON\n                 Un superbe volume in-4 0 de 240 pages\n                  ILLUSTRÉ\n  A CHAQUE PAGE DE COMPOSITIONS EN COULEUR\n                                           PAR\n\n                           GRASSET\nCe magnifique ouvrage, é d i t é à, 1 0 0 f r a n c s , sera fourni à nos abonnés\n                     par l'éditeur P. LACOMBLEZ\n\n            au prix de SOIXANTE FRANCS comptant\n                       OU 65 FRANCS PAYABLES :\n    25 fr. en souscrivant ; 20 fr. le 1er décembre et 20 fr. le 1er janvier.\n\n\n           Dépôt des Revues Françaises :\n            La Plume, fr. o-5o; franco, fr. 0-55\n      Le Mercure de France, 1 franc ; franco, fr. 1-25\n          L'Ermitage, fr. 0-80 ; franco, fr. 0-90\n              L'Ymagier,  3-50; franco, 3-60\n                 Bruxelles.— Imprimerie Ve Monnom, 32. rue de l'Industrie\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 404, "texte": "Octobre 1894.               TOME XIII. — N° 10                          14 me Année.\n\n\n\n\nA.\n JEUNE\n            BELGIQUE\n                               SOMMAIRE:\n\n     Le Coq rouge                                GEORGES EEKHOUD.\n     Le Banquet                                  IWAN GILKIN.\n     Poèmes en prose. Communion                  ANDRÉ RUYTERS.\n     Odelettes arlequines                        VALÈRE GILLE.\n     Chronique littéraire :\n       Le Journal   des Goncourt                 ARNOLD GOFFIN.\n     Bibliographie musicale                      ERNEST CLOSSON.\n     Memento                              • • NEMO.\n\n\n\n\n       REDACTION                                           BRUXELLES\n 4RUEVANDERLINDEN , BRUXELLES.                        PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                          31, rue des Paroissiens\n                                                               PARIS\n   PRIX DU NUMÉRO                                  CHAMUEL,      LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                         29, rue de Trévise\n        fr. 0-75.\n                                                                 1894\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "                                                                            BELGIQUE\n   BELGIQUE\n                                N E CRAINS\n\n\n\n\n                                                                  JEUNE\n               JEUNE\n                       LA\n\n\n\n\n                                                             LA\n                                N E CRAINS\n          Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                            PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n  Fondateur        : MAX W A L L E R        (MAURICE         WARLOMONT)\n              Directeur ; ALBERT GIRAUD, 4, rue Vanderlinden.\nSecrétaire de la rédaction : M. MAURICE DESOMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n               7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n\n\n   G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                  des Capu­\ncines, 16, à Paris.\n\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand ; Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, Marché Saint-Jacques.\n\n\n\n\n   Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 19, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                   LE COQ ROUGE (1)\n                                                               A VICTOR GILSOUL\n\n\n\n\n                               En un des affectifs villages de ce pauvre pays\n                               de Campine, un dimanche matin, et l'été...\n                                    Au milieu d'une placette occupée pres-\n                               que tout entière par le champ des morts,\n                               s'élève la petite église à la tour inachevée.\n                               Entre les maisons basses, cabarets ou bou-\n                               tiques formant une ceinture au cimetière,\n                               s'aperçoit, par échappées, la plaine immense\n                               traversée de « drèves ». Deux ou trois fer-\n              mes, les seules de la contrée, encapuchonnées de chaume\n               moussu d'où spirale la fumée de midi. Autour de ces chau-\n              mines, des fossés irriguant la lande et y ménageant des\n               oasis de pacages et de labours.\n                 Des sentiers zigzaguent parmi les taillis de jeunes chê-\n              nes, et des sapinières festonnent l'horizon de leur bordure\n              sombre. Rejoignant, tout là-bas, la ligne infinie de la terre,\n              pesant lourdement, despotiquement sur ce sol aplani, c'est\n              le ciel gris chargé de lavasses, mais dans lequel le soleil,\n               rédempteur déploie parfois de rouges apothéoses.\n En attendant la fin de la grand'messe, Jaak Corepain, le marchand de\n\n\n (0 Pour l'exposition et la partie documentaire de ce récit, l'auteur s'est inspiré d'une\nnouvelle de M. Snieders : Jan Schaeresliep.\n                                                                                25\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "                                     — 364 —\n\ncomplaintes, et la Belette, la poitrinaire chanteuse, ont adossé à la grille du\ncimetière leur tréteau et leur paravent peinturluré (1).\n   Mais aujourd'hui l'attention des villageois sera réclamée par un autre\nspectacle. Quel concurrent de Jaak a donc dressé son échafaudage à l'autre\nangle de la place, devant le porche même de l'église? S'agit-il de montreurs\nde chiens savants ou d'autres faiseurs de tours?\n   Non, tout à l'heure l'ingénieuse bienfaisance communale mettra les indi-\ngents, enfants ou vieillards, en adjudication et les livrera comme domes-\ntiques à celui qui s'engage à les nourrir pour le moins d'argent.\n   En voici une douzaine de ces pauvres : quelques tout vieux, presque des\ninvalides; une femme au chef branlant, une jeune fille idiote et même un\ngarçonnet de dix ans.\n   Comme le Sauveur, celui-ci était né, au plus fort de l'hiver, dans une\nétable où son père, le chaudronnier ambulant, et sa mère, le souffre-dou-\nleur de cet ivrogne, avaient obtenu l'hospitalité. La martyre mourait\nlorsque le mioche n'avait que six ans, et le bourreau ne tardait pas à\nsuccomber à une attaque de délirium tremens.\n   Aussitôt qu'il put se tenir sur ses jambes, l'orphelin, à charge de la com-\nmune, dut faire son apprentissage de vacher.\n   Régulièrement, après un an d'essai, les paysans, chez qui l'avait placé le\nbureau de bienfaisance, le renvoyaient à la tutelle publique, déclarant qu'ils\nne reprendraient plus ce polisson, même si on leur payait dix et vingt fois\nla pension convenue. Et voilà comment, pour la sixième fois, le fils du\nchaudronnier va devoir remonter sur le tréteau de ces enchères dérisoires.\n   A la différence de ses compagnons de misère accroupis au pied de l'écha-\n faudage en des attitudes affaissées et pitoyables, en attendant que l'on pro-\nnonce de nouveau sur leur sort, Rik s'est assis sur le rebord de la grille du\ncimetière et il sifflote en bayant à droite et à gauche aux pigeons qui volèrent\nsur la place ou aux corneilles virant autour du clocher. Tout à l'heure, en\nfixant les yeux vers un coin du cimetière, il s'est mis à siffler plus fort et\npersonne n'a vu le brouillard qui passait devant ses prunelles !\n   L'étrange, l'énigmatique enfant : Un maigriot élancé et nerveux, aux\nmouvements agiles comme ceux d'un jeune chat, avec des yeux d'un bleu\nsombre ciliés de noir, de beaux yeux hardis et scruteurs, pétillant de malice\neffrontée ou veloutés et réfléchis, presque somnambuliques ; la bouche assez\ngrande et charnue, au pli désenchanté, contrastant avec la fraîcheur can-\ndide des lèvres, le nez évasé aux narines faites pour humer les vastes par-\n\n  (1) Voir la Belelte dans les Kermesses.\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "                                 — 365 —\n\nfums de l'aventure, le teint légèrement bistré, fouetté de rouge aux pom-\nmettes, des cheveux bouclés et très noirs, crépus à outrance, qui faisaient le:\ndésespoir de ses maîtres et qui, à peine taillés et tondus, repoussaient\ncomme l'herbe folle pour cacher des oreilles un peu grandes et retomber en\nfrisons capricieux jusqu'aux sourcils sur un front large et bombé. Ses der-\nniers patrons l'avaient affublé d'une manière de sac d'emballage calomniant\nlès proportions déjà heureuses de son corps de sain enfant et d'où émer-\ngeaient des bas de jambes et des bras grêles, mais fermes et fuselés.\n    La messe est finie. Les ouailles sortent lentement de l'église. Puis les\nhabitants des écarts et des hameaux isolés de la paroisse allongent le pas,\nsans s'attarder, pour regagner leurs chaumes avant midi. Les bigotes défi-\nlent, yeux baissés, devant la haie des jeunes farauds campés avec crânerie,\nl'air émoustillé, passant la revue des jeunes filles. Et après que se sont éloi-\ngnées les pataudes rieuses, les gars entrent au cabaret ou vont s'ébaudir en\nécoutant les dernières complaintes de Jaak Corepain.\n    Toutefois, la plupart des trôleurs s'arrêtent devant les tréteaux sur les-\nquels seront adjugés les pauvres. Dans l'attroupement des badauds, on\nremarque des bazines, fermières en grande toilette, l'air important de ména-\ngères se rendant au marché et ruminant des emplettes précédées de féroces\nmarchandages. Mais c'est surtout un remous de pyramidales casquettes de\nsoie noire flanquées chacune d'une paire d'oreilles écarquillées roses et\ntranslucides comme des coquillages, — une couche de visages poupards et\nde tignasses claires, un fouillis de kiels d'un indigo sombre s'harmonisant\n avec l'ardoise grise du ciel, ballonnant sur les dos ronds, force gaillards\n fessus culottés de noir entre les jambes écartées desquels se glissent les\n mioches avides de se faufiler au premier rang.\n    Voici le garde champêtre et à son arrivée le brouhaha s'apaise, même la\n voix nasarde et fêlée de la Belette s'est tue à l'autre angle de la place.\n A tour de rôle le garde fait monter sur les tréteaux les pauvres diables qu'il\n s'agit de placer. Un loustic, ce garde ! Estimant sans doute que l'opération\n lamentable à laquelle il procède a besoin d'être égayée le plus possible, il\n présente chacun de ces parias en un boniment burlesque et farci de scuri-\n lités. Et les pitauds hoquetants se trémoussent aux saillies du truculent\n champêtre.\n    — Nous avons preneur pour vingt francs... Allons, personne ne s'en\n chargerait pour moins?... Ceci vous représente un soldat de Napoléon....\n  Il ne joue plus du fusil mais des aiguilles à tricoter... Il sait peler les\n  pommes de terre et cuire la marmite aux vaches. — Voyons, pour dix-huit\n  francs!... Pour dix-sept ! Pour seize... Au surplus, c'est presque une femme\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "                                  — 366 —\n\ncet ancien militaire... Que dis-je, il vaut encore mieux qu'une femme, car il\nest muet comme un poisson!\n   Le vieux brave, tout usé, incapable de rendre encore le moindre service,\ns'efforce de sourire pour se concilier les chalands. Celui qui s'en em pêtr\nperdra certes au marché!\n   — C'est bien vu, vu et entendu, personne n'en veut plus. . adjugé.\n   Le pauvre vieux a tout de même trouvé un foyer pour y traîner sa misé-\nrable guenille.\n   Au suivant! Un paupérien à peine plus valide.\n   Des grigous qui désirent engager un domestique à peu de frais, tournent\nautour de la piètre marchandise humaine, ils palpent cette chair chrétienne\ncomme s'il s'agissait d'un bœuf. Parviendront-ils à faire rendre à ces épaves\nplus que ce qu'ils seront forcés de débourser pour leur entretien? La sueur\nsuprême de ces ilotes vaut-elle la peine d'être recueillie?\n    La plupart des simples assistent sans remords à cette traite et, ricaneurs,\nils ne se doutent pas de l'énormité de ce qui se passe; la conscience satis-\nfaite, ils sortent de l'église où il leur a été si souvent prêché de s'aimer les\nuns les autres !\n    — A ton tour, vaurien. Et vivement!\n    Et le garde hisse le petit Rik sur l'estrade en le tirant un peu par\nl'oreille.\n    Quoiqu'il y ait plus de force dans les membres de ce petiot que dans\ntoutes les carcasses réunies des marmiteux qui viennent de défiler, Rik sera\nd'un placement plus difficile encore. C'est, comme disent les porte-balles, une\nmarchandise de mauvaise défaite. Le garde lui-même ne s'en cache pas et\n « fait l'article » sans enthousiasme.\n    Après tous les maîtres que Rik a déjà servis, celui qui se chargera de ce\nmauvais sujet se fera largement rémunérer. Qui voudrait encore de ce\npetit sauvage, fainéant et rôdeur incorrigible, turbulent comme un fauve,\ndont le seul talent consiste à imiter le cri des animaux. L'indemnité que le\nbureau de bienfaisance alloue à ses gardiens compense à peine les amendes\nel les autres frais que le polisson leur procure. Qu'attendre aussi de bon\nde semblable graine de bohémien, enfantée dans le vagabondage, l'ivrognerie\net la maraude ?\n    L'enfant a-t-il conscience de ce mauvais gré, mais il enchérit encore sur\nson attitude impudente. Il se rengorge, provocant, et promène ses grands\nyeux d'aiglon par-dessus les têtes badaudes et béates levées vers lui. Il tient\nles mains enfoncées dans les poches. Et tandis que le garde champêtre fait\n de lui un éloge négatif, et mendie pour ainsi dire la charité des assistants,\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "                                  — 367 —\n\n Rik a des haussements d'épaules et des flageolements de jambes dédaigneux.\nAh! ce serait à dégoûter les meilleures âmes de s'intéresser à lui. La charité\npublique a tellement conscience des tares et des vices de ce fieffé paresseux,\nqu'elle consentirait à \"payer le maximum, soit 20 florins, à qui voudra bien\nl'en défaire. Et personne n'est appâté par ce fort tarif, même les plus cupides\nhésitent. Alors le garnement, comme pour narguer son triste destin et faire\nla nique à sa bonne mère la société, pousse à trois reprises un formidable\ncocorico et chaque fois en se piétant sur ses orteils à la façon d'un jeune\ncoq se redressant sur ses ergots.\n   La galerie éclate de rire et le garde champêtre allonge un maître soufflet\nà l'irrévérencieux galopin. Rik le reçoit sans broncher, sans même porter\nla main à la joue meurtrie.\n   Les paysans s'ébaudissent, s'affriolent en se poussant du coude, un peu\nscandalisés au fond, et songent de moins en moins à recueillir sous leur toit\nune pareille graine d'insubordination.\n   Donc il y a grand danger que Rik reste pour compte à la philanthropie\npublique.\n   Est-ce le fait de la brutalité du garde, mais, révoltée, bazine Boljans, la\nfermière des « Sureaux », a tiré son mari par le bras et lui dit : « Si nous le\nprenions chez nous, hein, notre homme? L'enfant a l'air intelligent et nous\navons précisément besoin d'un vacher. »\n   — Du diable! Y songes-tu? proteste le fermier.\n   — Och oui, baes Boljans, prends-moi ! intervient, d'une voix sourde et\ntendue, le petit, dont l'oreille fine a surpris la parole de la bonne femme et\nà qui revient son visage maternel : « Je travaillerai comme un cheval et\nvous pourrez me battre pour user vos mauvaises humeurs... Quand votre\ncoq dormira, c'est moi qui réveillerai vos gens! »\n   — C'est dit. Emmenons-le! insiste la charitable fermière, d'un ton indi-\nquant qu'elle aura le dernier mot. Avant que son époux ait eu le temps de\nprotester, elle fait signe au garde.\n   — Nous le prenons pour rien!... Arrive, petiot!\n   — Adjugé! proclame le garde, mais je ne vous dirai'point Proficiat!\n   Peu fier de son emplette, en effet, Boljans entraîne sa femme en bougon-\nnant, sans accorder un regard au petit paria qui, lui, n'a fait qu'un bond\ndu haut de l'estrade et qui suit ses nouveaux maîtres avec des turbulences\nde chien lâché.\n   L'acte inconsidéré des Boljans est sévèrement jugé par l'assistance. Des\néclats de rire et des lazzis, presque des huées, accompagnent leur retraite.\n Elle est pour le moins déplacée cette compassion témoignée à un incorri-\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "                                 -   368 —\n\ngible vaurien, à un incurable vagabond. Toute la journée on en glose dans\nles cabarets. C'est l'événement de ce dimanche : « Décidément bazine Bol-\njans est devenue folle ! — Ils éprouvent toujours le besoin de se distinguer!\n— Ils ne savent rien faire comme les autres!... Ils possèdent sans doute\ntrop d'argent, qu'ils introduisent pareille vermine dans la place... Autant\ny lâcher une bande de mulots... »\n   Le plus acharné à bêcher Boljans est précisément son voisin, le gros Gui-\ndon, un hâbleur, bouffi de vanité et d'arrogance, qui par son incurie et ses\nsottises accélère le déclin de sa ferme des « Cigognes » et qui assiste avec\nenvie à la prospérité croissante des « Sureaux ».\n\n\n                                       II\n\n   Rik était-il réellement si mauvais que cela ou son diable de caractère\nfarouche et turbulent l'emportait-il sur ses bonnes intentions; les exigences\nde son tempérament de sauvageon avaient-elles raison de sa reconnaissance?\nMais il justifia les pronostics les plus désobligeants des villageois, au point\nque la digne bazine Boljans regrettait souvent elle-même d'avoir cédé à un\nmouvement de pitié.\n   — Tu le Vois bien ! disait le baes. Quelle bénédiction!\n   — N'importe. Patientons encore! faisait la bazine.\n   Et ils poussaient cette patience jusqu'à reprendre le petit lutin à la fin de\nl'année.\n   Ce n'était pourtant pas faute de corrections que ce rejeton de traîne-les-\nroutes demeurait différent des autres gamins du village. Sans cesse les gifles\nlui pleuvaient sur la caboche, et les coups de pied au bas du dos. A tort\nou à raison, tout le monde venait se plaindre de lui à Boljans, et à chaque\ndénonciation il essuyait une souffletade ou une fessée.\n   Clic, clac ! C'était le curé à qui on avait volé des pommes et on ne pou-\nvait être évidemment que ce damné bohémien, car aussi gourmands et pico-\nreurs que fussent tous les autres enfants de la paroisse, aucun n'aurait osé\nescalader le mur du presbytère et commettre un vol presque sacrilège.\n   Clic, clac ! De la part du bourgmestre dont l'espiègle avait pourchassé\nles poules jusqu'à les faire sauter dans la mare, où l'une d'elles s'était\n noyée!\n   Clic, clac ! Parce qu'au lieu de surveiller les vaches, Rik les laisse cons-\n tamment s'échapper et paître sur les prés de Guidon. Et chaque mise en\n contravention vaut une amende à Boljans et une raclée à son vacher.\n   Avec cela, sale et négligé, fait comme un malandrin, ou mieux, comme\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "                                   -   369    -\n\nla poussière des routes qu'avaient battues ses parents. Plus souvent vautré\npar terre et dans l'herbe que planté sur ses jambes. La bazine passe son\ntemps à rapiécer ses nippes et il aurait l'air de porter l'habit d'Arlequin si\nbientôt toutes ces pièces de couleur et d'étoffe diverses ne s'enduisaient d'une\nuniforme patine de glèbe et de fauve.\n    Une chose indispose surtout le village contre lui : c'est une sorte de\nfierté assurément déplacée chez un être si chétif et d'extraction si louche. Il\nrestera souvent des jours sans adresser la parole ou même sans répondre à\nqui que ce soit. A ces accès de mutisme succèdent des crises de turbulence\net de joie désordonnée. S'il éclatera d'un rire sauvage et intempestif en\nentendant raconter des histoires tristes, en revanche il opposera une physio-\nnomie presque affligée à celui qui prétendait narrer des farces. L'heur ou\nle malheur d'autrui ne le touchait en rien.\n    Aux veillées il ne frémit point en entendant la légende du « Berger incen-\ndiaire » ou des histoires de batailles. Au contraire, plus le conte est sombre\net tragique, plus l'aventure est sanglante et belliqueuse, plus Rik respire\nallègrement et ses yeux, brillent alors d'un éclat intrépide qui le fait res-\nsembler aux héros ou même aux misérables qu'il envie.\n    Puis il est têtu à désespérer les pierres. Coupable, il n'avouera jamais sa\nfaute; innocent, il dédaigne de protester et il se laissera battre comme un\ndizeau de blé par son baes, sans répandre la moindre larme, sans accuser\ntrace d'émotion. Mais si un autre que Boljans s'avise de porter la main\nsur lui, il regimbe comme un jeune loup, à coups de patte, de griffe ou\nde dent, son adversaire fût-il bien plus fort que lui et, lorsqu'il a le dessous,\nil se laissera écharper plutôt que de se rendre ou de crier merci.\n    Entre tous ses ennemis, il n'en comptait pas de plus inconciliable que le\n brutal Guidon. Le vacher des Boljans étendait même sa haine à la fille\n unique de Guidon, la petite Annette, une douce blondine, inoffensive et\n timide, ayant à souffrir des mauvaises humeurs et de l'intempérance pater-\n nelles. Lorsque Rik rencontrait la petiote aux champs, il lui barrait le pas-\n sage, lui faisait d'effrayantes grimaces et ne la laissait passer qu'après l'avoir\n taquinée de cent manières. Une fois qu'elle revenait de traire les vaches, il\n renversa ses jarres de lait; une autre fois il la jeta dans un fossé d'où il la\n retirait ensuite couverte de boue jusqu'à la ceinture.\n     « Ah ! c'est donc vrai que vous êtes si vilain et si méchant que tous le\n disent ! » Et il y avait dans ce reproche de la blondine, s'interrompant de\n pleurer et de sangloter, comme une nuance de regret et de déception qui\n  troubla le tourmenteur. Toutefois, il lui tourna le dos et s'éloigna en sifflant\n  à la façon des merles.\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "                                  — 370 —\n\n   A mesure que Rik grandissait, le maître des « Sureaux » avait tenté de\nl'initier aux diverses besognes d'un bon valet de ferme. Mais à toutes ces\nœuvres, le bizarre gamin apportait la même maladresse ou la même négli-\ngence. Il va courir sa quinzième année et, lorsqu'il guide la charrue, il\ntrace des sillons aussi capricieux que la marche du fermier des \" Cigognes \"\naprès les libations dominicales.\n    Au moins ferait-il un passable batteur en grange? Après un essai, Bol-\njans le renvoya à ses vaches : en jouant du fléau il perdait la mesure, ou\ntapait à faux, contrariant, plutôt qu'il n'aidait, le manœuvre attelé avec lui\nà cette besogne.\n    Ce fut bien pis, l'été, quand son baes l'essaya comme moissonneur. Par-\ntout où avait passé le piquet de Rik,.l'éteule avait près d'un pied de long!\n « C'est une honte ! Une véritable honte! » ne cessent de lui répéter ses bien-\n faiteurs..\n\n                                      III\n\n    Ils étaient même sur le point de renoncer à ses services, lorsqu'un événe-\nment le leur rendit presque cher. Pour se rendre à une pièce de terre assez\néloignée des « Sureaux », Boljans s'avisa de monter un étalon qui n'était plus\nsorti de l'écurie depuis quinze jours. A peine au dehors, la bête s'effraya et\nfit un si brusque écart que Boljans fut jeté hors de la selle. Avant qu'il eût\neu le temps de raccourcir les rênes et de retrouver l'équilibre, le cheval\ns'emporta si bien que le cavalier, un pied engagé dans l'étrier, la tête en\nbas, restait suspendu, ballottant comme un sac de farine, aux flancs de sa\nmonture. A tout instant il allait s'ouvrir le crâne sur le pavé ou se le faire\nécrabouiller par un coup de sabot. Le cheval lancé à fond de train et\nl'homme en détresse passèrent, sur la route, devant la prairie où Rik polis-\nsonnait en gardant les vaches. Il entendit les clameurs de la bazine Boljans\net des gens de la ferme courant, éperdus, à la chasse de l'animal.\n    — Arrêtez ! Arrêtez ! criaient-ils aux paysans qui arrivaient en sens\ninverse. Mais du plus loin que ceux-ci voyaient approcher cette trombe\nvivante, soulevant un tourbillon de poussière et arrachant des éclairs au\npavé, pris de panique ils se hâtaient de se jeter sur les accotements et de se\ngarer derrière les arbres.\n    Aussitôt qu'il eut avisé le cheval et reconnu son baes, Rik n'hésita pas\nun instant à enjamber le fossé et à se planter résolument au travers de la\nroute pour disputer le passage à la bête effrénée. Au moment où, écumante,\nles naseaux frémissants, elle fondait sur lui, il ne se détourna que tout juste\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "                                  -371       -\n\nassez pour se jeter à sa tête. Saisissant les rênes d'une main, se crampon-\nnant de l'autre à la crinière, il se raidissait, pesait de toute sa masse, et ses\npieds nus touchant le sol, les orteils râclaient le pavé et s'efforçaient de s'y\nincruster comme les dents d'un frein.\n    Le cheval emporta encore ses deux maîtres sur un parcours de quelques\nportées d'arbalète, puis sa course échevelée se ralentit et bientôt il ne fit\nplus que les traîner. Les autres valets arrivèrent alors à la rescousse de Rik\net achevèrent de maîtriser la fougueuse monture. Il était temps. Lorsqu'on\ndégagea Boljans, il avait le front écorché et plusieurs contusions au crâne ;\nheureusement le cuir seul était entamé. Rik était peut-être plus mal arrangé\nencore ; ses pauvres pieds, si calleux et si durillonnés cependant, à l'épreuve\ndes ronces et des cailloux du chemin, avaient été mis en lambeaux et ne\nreprésentaient que des moignons sanglants.\n    Cette prouesse conquit au petit vacher l'estime et le respect de beaucoup\nde villageois, mais ne suffit pas à lui rallier leurs sympathies. Son courage,\nqui les humiliait, fut taxé de témérité par les poltrons et les envieux. S'il\navait risqué sa vie, ce n'était point par amour pour son baes, c'était parce\nqu'il n'attachait aucun prix à l'existence, un présent de Dieu, dont la créa-\nture humaine ne saurait être assez parcimonieuse et jalouse ! En somme, il\n avait agi en désespéré et son prétendu héroïsme ne passa bientôt plus que\n pour une tentative de suicide.\n    Il ne tarda pas à donner une preuve plus criticable encore de ce courage\n mal placé.\n    Revenant de la ville par une nuit de gel, un colporteur raconta\n qu'il lui était apparu un étrange fantôme assis à son rouet et en train de\n filer paisiblement sa quenouille au mileu de la bruyère neigeuse. Le colpor-\n teur avait pris ses jambes à son cou et regagné son logis en invoquant le\n bon dieu, la vierge et tous les saints du paradis. Quelques gars, de ceux qui\n'passaient pour avoir du poil au menton, se postèrent étroitement groupés,\n plusieurs soirs de suite, en un endroit d'où leurs regards pouvaient embrasser\n la vaste plaine nue, mais ils eurent beau s'y morfondre depuis dix heures\n jusqu'à minuit, aucun fantôme ne daigna se montrer. Ils accusaient déjà le\n colporteur de s'être amusé à leurs dépens ou d'avoir tété encore plus ivre\n que d'habitude, lorsque le samedi suivant, s'étant rendus une dernière fois\n à l'affût du fantôme, ils aperçurent, en effet, une fileuse installée au milieu\n de la campagne déserte. Aussi peureux que le colporteur, toute la bande\n  s'empressa de tourner les talons et de détaler au plus vite. L'aventure ayant\n  été rapportée à Rik, selon son habitude il se moqua impitoyablement des\n  poltrons et s'engagea même à accoster le fantôme s'ils pouvaient réellement\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "                                  — 372 —\n\n le lui montrer. En conséquence, le samedi d'après, vers onze heures, la\n petite troupe, renforcée du vacher des « Sureaux », se rendit de nouveau à\n l'extrémité de la paroisse. Comme ils détournaient le dernier chaume du\n village et débouchaient devant la plaine, au dernier coup de onze heures:\n— Regarde, rega rde, le voilà ! - Les dents claquaient ; tous les bras tendaient\nvers le même point. Rik distingua, en effet, une pâle jeune fille occupée à filer\nsa toile aussi blanche que la neige qui l'entourait, ou que la clarté delalune\nqui mêlait ses rayons aux fils du lin, si bien que la diaphane apparition\n semblait tisser .une toile de neige avec les fils d'argent des astres nocturnes.\n    Rik n'avait pas tremblé ou reculé un instant. Il se dégagea de l'étreinte de\nses compagnons qui voulaient le retenir et sans même prendre la précau-\ntion de se signer, il marcha droit vers le fantôme. Les autres n'attendirent\npas même qu'il l'eût rejoint pour fuir éperdus et rentrer au village, certains\nque cette apparente fileuse de neige se trouverait être une rouge diablesse,\nune sœur du Berger incendiaire, qui l'envelopperait dans un suaire de feu.\n    A la profonde surprise de Rik, à mesure qu'il approchait, les regards\ntoujours franchement braqués sur le spectre, il lui trouvait des traits de\nressemblance avec une jeune mortelle du village. Il finit même par ne plus\ndouter : la mystérieuse fileuse n'était autre que la petite Annette, sa voisine,\nson souffre-douleur. Aussitôt qu'il l'eut reconnue il pressa le pas : « Vous\nAnnette, que faites-vous donc ici? En voilà une idée... »\n    — Rik, répondit-elle, plus émue et plus décontenancée que lui-même,\nsi vous avez vraiment un peu de cœur, ne me trahissez point. Vous saurez\ntoute la vérité. Chaque samedi je me rends à la veillée avecles autresfillesdu\nvillage, tantôt dans une ferme, tantôt dans l'autre, et comme mon père me\ngronde et me maltraite lorsque je n'ai point tissé une certaine longueur de\ntoile, je n'ose rentrer avant d'avoir complété ma tâche...\n    — Le barbare! grommela Rik entre ses dents. Mais, malheureuse, c'est\nfolie de votre part, vous mourrez de froid, il gèle à faire grelotter les morts\ndans leurs tombes...\n    C'était la première fois qu'il lui échappait un mot de compassion et\nAnnette en fut plus étonnée que de le voir...\n    — Vous ne direz rien à personne, pas même à vos baes, insista la jeune\nfille, car mon père me battrait !\n    — Je vous le jure, Annette, mais ne puis-je rien faire pour vous?\n    — Rien... Rien! Votre silence suffira !\n    Et Rik éprouva comme une vague joie qu'il y eût un secret entre eux.\n Un besoin de protection chevaleresque s'empara aussi de lui. L'ayant aidée\n à rassembler son attirail, il ne voulut jamais qu'elle se chargeât du rouet.\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "                                  -   373 —\n\n    Cheminant sans mot dire à ses côtés, dans la nuit éthérée, malgré le\nfroid il s'approchait à regret du logis. Il l'accompagna jusqu'au seuil des\n« Cigognes » où, avant de la quitter, il lui pressa longuement les mains,\navec un rauque bonsoir.\n     Le lendemain Rik raconta aux villageois scandalisés par son courage\nimpie et tout surpris de le voir encore vivant, qu'à son approche la fileuse\ns'était dissipée et fondue avec un bruit de vapeur d'eau bouillante.\n     Ce fut là son premier mensonge.\n     Depuis ce moment Rik traita sa blonde voisine avec une certaine cama-\nraderie timide et respectueuse, et cessa complètement de la taquiner. Il\nperdit beaucoup de sa turbulence. Comme il prenait un certain soin de sa\npersonne, qu'il liait plus intimement connaissance avec l'eau et le savon,\ns'initiait à l'utilité du démêloir, se donnait la peine de brosser ses culottes\n et d'entretenir l'empois et la propreté de ses blouses, les honnêtes gens\n le considérèrent avec plus d'attention et les Boljans les tout premiers\n admirent que ce brunet musclé et charnu, aux yeux peut-être trop grands\n et trop noirs, aux grosses lèvres et aux cheveux bouclés, ne représentait pas\n un gars trop mal découplé.\n     Malheureusement la besogne n'allait pas mieux. Au contraire ! Le goût\n de la rêverie l'emporte sur son humeur vagabonde. Au milieu de son tra-\n vail, il s'arrête court et, appuyé sur le mancheron de son araire ou la\n, paume de sa bêche, il s'abîme dans la contemplation du paysage ; caressant\n  de ses regards veloutés des arbres qu'il voit pourtant tous les jours et\n  s'attendrissant au ramage d'oiseaux dont le chant est pourtant toujours le\n  même.\n      Le dimanche de la kermesse il donna suite à un projet qu'il caressait\n  depuis longtemps et dont il ne s'ouvrit à personne. Après la soupe de midi,\n  il se fit le plus brave qu'il pût, mit sa belle culotte de drap noir, un kiel\n  flambant neuf, piqué de soie bleue à l'encolure et aux poignets, une haute\n  casquette de moire, et le gourdin à la main il s'engagea dans l'enclos des\n  « Cigognes », décidé à obtenir d'Annette qu'elle l'accompagnât le soir à la\n  danse.\n      Guidon, attiré par les aboiements du chien, intima, du seuil de la porte, à\n   l'intrus l'ordre de rebrousser chemin.\n      — Qui t'appelle ici, maudit bâtard, veux-tu bien t'en aller et vite...\n      Rik continua bravement, décidé à passer une fois pour toutes sur la\n   mauvaise humeur du père d'Annette et même à se le concilier.\n       — As-tu compris ou je lâche mon chien?\n       Et comme Rik marchait toujours, le sourire aux lèvres, le fermier déta-\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "                                    — 374 —\n\n  cha en effet le molosse qui tirait furieusement sur sa chaîne. Aussitôt la\n  bête se rua sur Rik avec un telle impétuosité qu'elle lui fendit la culotte\n  depuis le genou jusqu'à la cheville.\n     L'attaque avait été si brusque que Rik n'avait pu se mettre sur la défen-\n  sive; mais comme le dogue allait le mordre de nouveau, il lui asséna un\n  terrible coup de gourdin qui l'envoya rouler, aux trois quarts assommé,\n  à quelques mètres de là.\n     Le fermier des « Cigognes », qui avait ingurgité force alcool après la messe,\n se porta, le couteau à la main, au secours de son dogue : « Attends, misé-\n  rable, je vais te crever à ton tour! » Rik l'attendait impassible, un peu plus\n pâle, les yeux dardés dans les siens. Au plus fort des aboiements et des\n invectives, Annette s'était montrée sur le seuil de la ferme, et elle tordait\n vers Rik des bras suppliants. A sa vue le jeune homme résolut de ménager\n l'ivrogne. — Je me contenterai de parer les coups ! se dit-il.\n    Cependant d'autres personnes avaient été appelées par le tapage, entre\n autres le fermier Boljans, et au moment où Guidon s'élançait, le couteau\n levé, sur Rik, il empoigna le forcené et réussi à le désarmer, non sans\n se blesser lui-même. Deux ou trois autres témoins de cette scène s'étaient\n jetés de leur côté sur Rik et, parvenus à lui arracher le bâton avec\n lequel il décrivait de terribles moulinets, ils s'échignaient à le ramener au\n logis. Mais à présent la fureur avait pris possession de l'âme du garçon et\noubliant Annette, pour ne ressentir que l'insulte et l'agression dont il venait\nd'être victime, il se débattait pour courir sus à son ennemi et ne cessait de\ncrier en se tournant vers lui : « Ah! Guidon, prends garde ! Je ferai chanter\nle coq rouge sur ton toit ! »\n    Boljans l'ayant rejoint aux « Sureaux », le trouva pleurant de rage, la\npoitrine pantetante, farouche comme un désespéré qui rumine un mauvais\ncoup.\n    « Écoute, mon garçon, lui dit-il, c'en est trop, nous ne pouvons con-\ntinuer à vivre ainsi. Non seulement tu ne me rends aucun service, mais tu\nme vaux quantité de tracas. Par ta faute me voilà devenu l'ennemi du voi-\nsin, avec lequel nous ne nous entendions déjà que trop mal... Autrefois tu\nm'as sauvé la vie; sans moi il te saignait comme un porc. A présent nous\nsommes quittes !»\n    Le pauvre Rik ne répond rien. Décidément il n'aura jamais la moindre\nchance! Il sera toujours haissable et maudit! Il coule un regard doulou-\nreux vers la bazine, espérant qu'elle interviendra selon sa coutume. Mais\ncette fois elle ne dit mot, elle se détourne même.\n    Alors il monte rassembler ses nippes et quitte la ferme sans un adieu,\nsans dire où il va, sans regarder derrière lui.\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "                                  — 375 —\n\n    Cependant, les Boljans se sont couchés. Généralement, la conscience à\nl'aise, ils s'endorment tout de suite, mais ce soir ils demeurent éveillés, à se\nretourner sur leur couche, plus inquiets qu'ils ne se l'avouent l'un à l'autre\ndu sort de leur valet ; éprouvant presque du remords et n'osant parler de lui\nde peur de s'accabler de mutuels reproches.\n    Depuis longtemps les dernières orgues se sont tues, les danses ont cessé\net les amants ont étouffé leurs chuchotements et leurs baisers au seuil des\nportes séparatrices.\n    Comme les Boljaris viennent de recouvrer enfin le calme et l'oubli du\nsommeil, tout à coup une clameur et une lumière les réveillent.\n    Ce n'est pas encore le chant du coq, ce n'est pas non plus la clarté rose\nde l'aube.\n    O ciel! c'est un autre coq qui chante. Celui-ci a la voix du tocsin et le\nplumage de l'incendie, et ce plumage est si rouge qu'il colore de ses reflets\njusqu'aux parois de la soupente où dorment les Boljans et qu'il a traversé\nleurs paupières ! O ciel ! c'est la ferme des « Cigognes » qui flambe...\n    Boljans et sa femme à peine vêtus, lui, de ses chausses, elle, d'un jupon\nde dessous, se précipitent au dehors. Pauvre Guidon, et surtout pauvre\nAnnette! Qui les sauvera? Qui bravera les atteintes de ces flammes déjà\nmaîtresses de tout le bâtiment. Pour sûr le feu a pris de tous les côtés à la\n fois...\n    Mais tandis que les uns se taisent, immobiles, glacés d'horreur, que\nd'autres crient et se démènent, quelqu'un s'est résolument lancé dans la\n fournaise... Son action a été si prompte que les assistants n'ont même pas\neu le temps de le reconnaître. Quelques secondes... Le voilà, portant dans\n ses bras Annette évanouie. Mais c'est lui! Qui donc? Rik le vaurien! Le\n vacher des Boljans ! Hourrah ! Vive Rik !\n    Écartant la foule il dépose la jeune fille sur une botte de paille et indiffé-\n rent aux cris de jubilation qui l'exaltent et qui publient son héroïsme, il\n guette le retour à la vie de celle qu'il croyait haïr et qu'il aime.\n    Mortellement angoissé, il épie un mouvement des paupières et des lèvres\n et, l'oreille appliquée contre la poitrine de la jeune fille, il cherche à sur-\n prendre les battements de son cœur. Mais voilà que tout à coup, aussi\n rapidement que les souffles du ciel, le courant du sentiment public a\n tourné : les noëls se transforment en haros, les acclamations en huées!\n    — Oui, c'est lui ! C'est lui 1 A mort l'assassin! L'incendiaire! Le lâche!\n Tue! Tue! Haro! Hawourt !\n     Car les villageois se sont rappelé la querelle sanglante du garnement avec\n  le père d'Annette, et la sinistre menace qu'il proféra à plusieurs reprises :\n   « Je ferai chanter le coq rouge sur ton toit! »\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "                                  — 376 —\n\n   Et c'est qu'il a tenu sa diabolique parole :\n   Le coq a chanté. Il chante même encore! Secouant s'a crête flamboyante,\nfantastiquement dentelée, le voyez-vous courir et bondir, étoiler de ses\nergots de feu la ferme, la grange et l'étable! Il chante, le coq rouge; il\ntriomphe!\n   C'est ce maudit vagabond qui l'a lâché. Ah, il chante son hymne atroce\nde misère et de mort, de sang et de famine, le coq dévorateur échappé des\nbasses-cours de l'enfer ! Il a chanté le trépas du fermier et de ses domes-\ntiques, embrasés et étouffés sous ses ailes de feu et son cocorico néfaste a\nempêché qu'on entendît leurs cris de désespoir...\n   Et personne pour imposer silence au monstre. Il ne se taira que lorsqu'il\naura éparpillé en paillettes d'or, en fumée et en cendre les derniers vestiges\nde la ferme de Guidon.\n   Mais au moins pourra-t-on tirer vengeance du suppôt d'enfer qui lui a\ndonné la volée !\n   A mort ! A mort ! Arrêtez-le !\n   Rik n'entend toujours pas. Tout entier à scruter le retour à la vie de la\nbien-aimée.\n   Déjà des forcenés le bousculent, des poignes l'agrippent rageusement\npour le massacrer. Il ne sent pas plus qu'il n'écoute... Et il n'aurait pas\nencore entendu ce concert de malédictions si elle n'avait enfin ouvert les\nyeux. Et c'est le regard d'Annette qui lui fait comprendre ce que hurle et\nvomit autour de lui la foule ivre de représailles.\n   Annette a entendu avant lui et elle a cru aussitôt la voix publique...\n   Rik lit l'horreur et l'anathème dans ses yeux d'orpheline, et ces mains\nfraternelles, ces mains providentielles, ces mains de salut qui viennent de\nla disputer aux mortelles caresses de l'incendie, et qui la palpaient comme\nun trésor précieux et suprême, lâchent prise et la laissent retomber, de\nnouveau inanimée, sur la litière.\n   Annette l'a jugé avec les autres! Il ne songe point à tenter une justifica-\ntion, une résistance; à opposer ne fût-ce qu'un mot ou un geste à ce popu-\nlaire prêt à l'écharper.\n   Il passe pour infâme. Soit! Du moment qu'elle doute de lui, il n'est plus\nce qu'il voulait être, ce qu'il est. Il devient tel qu'elle le juge. Puisqu'il\ndésirait être, ne compter qu'à ses yeux...\n   Le garde champêtre et les gendarmes ont traversé la cohue. A la première\nsommation lui-même tend les mains à leurs entraves, après s'être détourné\npour ne jamais, ne jamais plus la revoir. Presque radieux, s'enorgueillis-\nsant de la haine qui l'entoure, il se laisse emmener ; fier surtout d'être seul\nà savoir la vérité.\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "                                — 377 —\n\n\n                                     IV\n   Son procès fut rapidement mené. Devant la justice, il se renferma dans\nune attitude taciturne et quasi-dédaigneuse. Comme il refusa de choisir un\ndéfenseur, on le pourvut d'un avocat d'office. Il y eut grande affluence de\nvillageois ; un interminable défilé de témoins, tous à charge, au nombre\ndesquels figurait Annette, la fille de Guidon. Elle ne chercha point à acca-\nbler le prévenu, mais elle dit simplement — non sans de fréquentes crises\nde larmes au souvenir de son père — ce qu'elle croyait être la vérité. Tout\nle temps qu'elle parla, Rik ne lui accorda pas le moindre regard, et, les\nyeux obstinément fixés sur les juges, sans un trouble, sans un tressaillement,\nil répondit d'une voix ferme par un « oui » ou par un « non » aux questions\nque lui posait le président. Et lorsque tirant, fatalement, de cet interroga-\ntoire de la fille de la victime, une conclusion écrasante contre Rik, le pré-\nsident se répandit en reproches et en objurgations grandiloquentes, insistant\nsur l'odieux de ce crime exécrable, sur cette infernale duplicité poussée par\nl'assassin jusqu'à vouloir se faire passer pour le sauveur d'une malheureuse\ndont il venait d'assassiner le père, lorsque la salle enfiévrée par ce mouve-\nment oratoire faisait entendre un sinistre grondement, l'incendiaire ne se\ndépartit point de son flegme cynique; mais les bras croisés, la tête rejetée\nen arrière, un indicible sourire tiraillait par moments sa lèvre adolescente\n et ses grands yeux noirs restaient fermes et secs.\n   Entre les autres témoins ce fut un assaut de racontars, une liste de pré-\nventions, un grossissement de toutes ses frasques et escapades, de ses\npauvres petits larcins d'enfant.\n   Les femmes, comme toujours, se distinguèrent dans cet ignoble remous\nde médisances et de délations, toutes tenant à jouer un rôle, avides de se\ndonner de l'importance, d'avoir vu et su des choses ignorées des autres\ncommères.\n   Seul le couple Boljans disputa le malheureux à l'opinion publique unani-\nmement acharnée contre lui : le baes raconta comment le prétendu sans-\ncœur lui avait sauvé la vie, et la femme rétrouva quelques traits fugitifs\nattestant le caractère droit et foncièrement probe de son petit domestique.\nL'accusé ne montra pas plus de trouble à ces témoignages sympathiques\nqu'aux vilenies jappées par une meute d'ennemis résolus à le perdre.\n    Dès la première audience les journaux s'accordèrent à lui trouver la\n figure des criminels-nés et lui découvrirent tous les stigmates énumérés dans\n les traités de Lombroso. L'alcoolisme de son père contribua aussi à le\n rendre odieux. Sa noble et originale figure fut déclarée repoussante. Les\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": "                                 — 378 —\n\nfeuilles illustrées s'ingénièrent à travestir en une caricature sinistre sa tête\nd'archange rebelle. Son attitude impassible, son hautain silence, lui alié-\nnèrent les cœurs les plus portés à la pitié.\n   Dans son réquisitoire le ministère public eut beau jeu, le prévenu lui fai-\nsait la partie par trop belle. L'avocat fut exécrable.\n   L'assistance exaspérée aurait presque réclamé le rétablissement de la peine\nde mort par représailles contre cet incendiaire rusé et « machiavélique » —\ncomme avait vaticiné le substitut du procureur royal.\n   On ne s'expliqua même pas la clémence des juges qui — le verdict, affir-\nmatif sur tous les points, rendu par le jury — firent bénéficier le scélérat de\ncette circonstance qu'il n'avait que dix-sept ans et qui, pour ce motif, se\nbornèrent à l'interner jusqu'à sa majorité dans une maison pénitentiaire.\n   Au sortir du Palais la voiture cellulaire fut presque mise en pièces. La\nfoule, l'immonde tourbe, la lie hypocrite et conforme, se distinguant comme\ntoujours par son zèle justicier.\n   Les Boljans recueillirent la jeune Annette, demeurée sans protecteurs et\nsans parents, et prenant en mains la gérance d'un héritage bien entamé,\ns'occupèrent de lui reconstituer un patrimoine.\n   Des mois s'écoulèrent. On apprit un jour que le boute-feu s'était évadé.\nLe village entier écuma et gémit, comme si on le frustrait de sa vengeance.\nJaak Corepain ajouta quelques couplets à la complainte de Rik et le Coq\nrouge. Les dimanches la Belette achevait ses restes de poumon sur cette\nchanson, à la même place où le petit vacher avait été exposé et adjugé\nquelques années auparavant!\n   Les Boljans furent mis en quarantaine à cause de leur déposition favo-\nrable au monstre, éternel déshonneur de l'humanité, comme avait dit aussi le\nmagistrat. Annette fut presque confondue dans cet opprobre pour avoir\naccepté le couvert, le gîte et les services de gens qui avaient tenté de « blan-\nchir le noir assassin de son père ».\n  ' Et voilà qu'au plus fort du tollé, de la fermentation et des cabales diri-\ngées contre les fermiers des « Sureaux », une nouvelle plus étrange encore\nque celle de l'évasion de Rik, une rumeur vraiment consternante bouleversa\net mit sens dessus dessous l'équitable communauté : un récidiviste mori-\nbond, détenu dans une maison de force, confessa à l'aumônier, puis à la\njustice, qu'il avait incendié la ferme de Guidon, parce que celui-ci l'avait\nchassé de la grange où il dormait.\n   Cette nouvelle fut accueillie d'abord avec une sorte de regret. On aurait\ndit de félins auxquels on arrache leur ration. Est-il rien de plus irritant\npour les mortels que de devoir revenir sur une conviction dans laquelle ils\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "                                    — 379 —\n\ns'étaient retranchés une fois pour toutes? Puis, après cette vilaine phase,\nle revirement se produisit avec une violence extrême, avec une sorte de\nfanatisme. Les accusateurs se sentirent coupables et iniques. Une soif d'ex-\npiation s'empara de la communauté.\n   Au prône, le pasteur, qui n'avait pas été des derniers à accabler la brebis\ngaleuse, engagea ses ouailles à demander pardon à Dieu du mal qu'ils\navaient causé à un juste.\n   Tous avaient contribué à le faire condamner; tous, sauf les Boljans;\naussi cette révélation foudroyante détermina-t-elle dans la paroisse une\nréaction générale en faveur des braves gens tenus depuis le procès en une\ninjurieuse et rancunière suspicion. Les villageois se prirent à les vénérer et\nà les exalter avec autant de frénésie qu'ils leur avaient jeté de la boue et des\npierres.\n   Le village entra dans une ère inattendue de pénitence et d'amélioration\nmorale, non pas renfrognée et austère, mais simple, mais évangélique.\n   Les commérages diminuèrent et, partant, les médisances et les venimeux\ncoups de langue. Les censeurs du prochain commencèrent par s'observer et\nse punir eux-mêmes. Les paysans aisés furent meilleurs et plus charitables\naux pauvres. Faute de pouvoir abroger légalement la coutume impie des\nadjudications d'indigents, par pénitence ou mieux par un véritable esprit\nde charité, les ménages se disputèrent les enfants sans parents et les vieil-\nlards sans famille.\n    La communauté n'entretint qu'un désir : revoir Rik, le faux incendiaire,\nmériter de le ravoir. Ah ! quelle rentrée triomphale ils lui ménageraient. Le\ncortège d'installation de leur pasteur avec ses cavalcadours rustiques et ses\nchars plus fleuris qu'un reposoir de mai ou que les rozenlands de la Saint-\n Pierre-et-Paul (1) pâliraient à côté de la bienvenue qu'ils comptaient sou-\n haiter à leur victime.\n   Aux veillées où elles s'entretenaient sans cesse du paria d'autrefois, les\n bonnes gens réduisaient à leur anodine et si normale importance tant d'es-\n piègleries et de fugues que le préjugé public lui avait imputées à crime. Cet\n incendiaire était donc un héros; ce gueux, un juste; cet assassin, un sau-\n veur !\n    L'exécration tournait en un véritable culte. Dans leur zèle de convertis,\n les villageois allumèrent un beau feu de joie du lot des complaintes flétris-\n santes que la Belette avait chantées de sa voix de sibylle poitrinaire. Et le\n\n\n  (1) Voir la Fête des saints Pierre et Paul dans les Nouvelles Kermesses.\n                                                                             26\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "                                  — 380 —\n\nrimeur remplaça ces strophes injurieuses par une sorte de légende dans\nlaquelle le vil possédé de Satan se trouvait béatifié.\n    Le mystère qui continuait à planer sur son sort alimentait et pathétisait\ncette nostalgique idolâtrie.\n    La plus repentie était nécessairement Annette. Chacun compatit à sa\ndouleur. Hélas! n'avait-elle pas été, pour le pauvre garçon, la plus injuste,\nla plus implacable de toutes? Ne lui avait-elle point porté le coup du déses-\npoir? Et le fiel, dont les autres l'avaient abreuvé, était dictame comparé à\nson épouvantable reniement.\n    Aux « Sureaux », la publication de l'innocence du petit valet avait rem-\npli les fermiers et leur pensionnaire d'une joie profonde mélangée, chez\nAnnette, d'un remords indicible. Elle répandit des torrents de larmes, elle\nqui n'avait cru pleurer que son père.\n    Elle aima furieusement son sauveur, elle ne se l'imagina plus que dans\n un nimbe de flammes, héros naïf qui l'avait ravie — comme les paladins\n dont les images du porte-balle racontaient les travaux — aux flammes de la\n géhenne. Il l'avait sauvée et elle l'avait perdu à tout jamais. Peut-être com-\n prit-elle alors l'orgueil, la grandeur d'âme de l'infime garçon! Et, dans\n cette âme simple, l'amour frénétique s'aiguisa, s'exaspéra de toutes les lan-\n cinances du désespoir.\n    Annette et les Boljans vécurent dorénavant dans le souvenir du con-\n damné. Une gêne, une tension avait régné d'abord entre la jeune fille et ses\n bienfaiteurs, car, tandis qu'elle le croyait coupable, eux n'avaient jamais\n douté de son innocence.\n    Ah! ce que le cœur de l'orpheline conjurait son sauveur méconnu. Des\n fois, telle était la violence de son désespoir qu'elle aurait voulu mourir!\n Puis, d'autres jours, se sentant rongée par une de ces mystérieuses con-\n somptions morales, qui tuent lentement et implacablement, elle avait peut\n d'expirer avant de l'avoir revu, le temps de lui demander pardon, puis de\n s'éteindre à ses pieds sans même lui avouer un amour qu'elle n'était plus\n digne de lui porter, elle si aveugle et si injuste!...\n    Au village on s'étonnait de ne pas voir revenir l'exilé. S'il vivait que ne\n s'empressait-il de reparaître au grand jour, pour jouir de la confusion de\n ceux qui s'étaient acharnés à sa perte et l'avaient lâchement accablé!\n    Annette et la bazine Boljans firent force neuvaines, elles se rendirent\n même en pèlerinage à Brasschaet, où existe un sanctuaire fameux consacré\n à saint Antoine de Padoue, le patron des égarés, celui qui fait retrouver\n les trésors.\n   En gérant les biens d'Annette communément avec les leurs, les Boljans\nreconstituèrent le patrimoine de leur pupille.\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                                  — 381 —\n\n    La ferme des « Cigognes » avait été dégrevée peu à peu, mais depuis sa\nreconstruction par les soins des Boljans, les gens du pays l'avaient débap-\ntisée et ils l'appelaient à présent le « Coq rouge », en souvenir de l'incendie.\n    Annette, âgée de vingt-deux ans, était devenue une héritière et beaucoup\nde jeunes gens rêvèrent de l'épouser. La douleur avait amati et spiritualisé\ndes formes qui sans cela eussent été par trop gourdes et plantureuses. Son\nvisage acquérait une distinction et un galbe que ne possèdent généralement\npoint les beautés villageoises.\n    Elle menait une vie de recluse, de béguine, toujours préoccupée de\nl'absent et soignant les dignes Boljans avec une tendresse filiale.\n    Combien de kermesses se sont passées, combien de danses a-t-elle écou-\ntées de sa chambre où elle prolongeait de pieuses veillées ! Le dimanche\nelle ne sortait que pour se rendre aux offices. Si son Rik ne revient pas, si\nDieu lui refuse cette grâce, alors elle ira le chercher au ciel ; il faudra bien\nqu'elle finisse par le retrouver.\n    D'abord dépités, les poursuivants éconduits s'étaient moqués de cette\ndévote et l'avaient même surnommée « la Poule du Coq rouge », mais\ndominés par le prestige de cette fidélité et de cette douleur, peu à peu, ils\nconsidérèrent Annette comme une créature sacrée, une femme élue, auprès\nde laquelle toute démarche amoureuse eût été une profanation. Les plus\ncupides et les plus entreprenants se désistèrent. Nul ne s'obstina à marcher\nsur les brisées du disparu.\n    Aux « Sureaux » la vie d'Annette et de ses protecteurs revêtait une gran-\ndeur, une importance auguste. D'honnêtes gens qu'ils étaient, ces Boljans\ndevenaient de saintes gens.\n    Une voix occulte leur garantissait le retour de Rik. Sans enfants, ils réso-\nlurent d'abandonner leurs biens à l'orpheline après lui avoir donné l'or-\nphelin pour époux. Mais ils ne dirent encore rien de ce délicieux rêve\nd'avenir à l'inconsolable.\n    La ferme contractait une vertu singulière. Le prestige des maîtres se\ncommuniqua aux domestiques et jusqu'aux choses. Les trivialités et la\nlicence disparaissaient des propos et des gestes. On eût dit ce: chaume\n imprégné d'une présence céleste. Ils communiaient avec la douleur, mais\n aussi avec l'espérance. Il est de ces intérieurs évangéliques qui magnifient\n jusqu'au symbolisme les simples travaux de la terre. Chez les Boljans on\n se serait cru chez un de ces « maîtres de la vigne » dont nous entre-\n tiennent les paraboles du Christ.\n    Aussi le village considérait-il cette ferme avec autant de respect que\n l'église. Ils en attendaient la toute-puissante médiation qui les réconcilierait\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "                                  — 382 —\n\navec Dieu. C'était là, par la pénitence et le remords d'Annette, que s'expiait\nleur commune injustice.\n    Peu à peu le charme s'étendit à la paroisse entière. L'atmosphère était\nprête : tiède, onctueuse et sainte. Une bonté irradiante saturait la contrée.\nC'était bien le berceau prédestiné où devait s'accomplir un acte de cette\njustice de la nature inconsciente.\n    Une caresse, une douceur suprême lénifia certaine vesprée de juillet. Il\nfaisait un recueillement de pâmoison mystique, délicieux jusqu'à la\nnavrance, tendre comme les larmes aux joues des mères qui pardonnent.\n    S'il est des pressentiments de malheur que conduisent les fluides éléments\net les ambiances, il est aussi d'occultes messagers, annonciateurs plus subtils\nencore des grâces et des bonnes nouvelles. La voix du rossignol se fondait\nen de mélodieuses rosées, le grillon n'avait jamais été plus musicien et les\narbres tremblaient ainsi que des fibres de harpes prophétiques.\n    Au degré de sainteté où en étaient arrivés les habitants des \" Sureaux \"\n ils devaient être les tout premiers sensibles à une telle langueur...\n    Qui s'avançait dans celte paix lumineuse? Un grand garçon basané,\n presque bronzé, la lèvre fournie d'une moustache épaisse, l'allure dégagée,\n portant dans sa personne quelque chose d'exotique, voire de légendaire.\n    Tous le reconnurent. Ils firent un grand cri, incapables d'ajouter un mot,\net se portèrent à sa rencontre. Il les reconnaissait aussi, les nommant à\ntour de rôle, de sa noble voix grave, comme les saints d'une litanie.\n    C'était bien le village, son village, tel qu'il l'avait quitté, les mêmes sen-\n tiers, la même bruyère florissante, la même petite tour en cône tronqué\n regardant par-dessus les tilleuls de la place.\n     Il ne l'avait racontée qu'à l'aubergiste, à l'entrée de la paroisse, et tous\n savaient déjà son histoire : son exode aux Indes, après son évasion, les\n combats surhumains où il voulait mourir, un bout de vieux journal qui lui\n apprend son innocence juridique, le congé que lui accorde son capitaine\n touché par le récit de ses malheurs...\n    Émerveillé, le village lui faisait escorte, mais discrètement, le suivant à\n distance : ils auraient voulu baiser la trace de ses souliers...\n     Le sacristain s'était mis à sonner les cloches qui dans le soir amortissaient\n leurs tintements. Ainsi bourdonnent très doucement les cloches au bord de\n la mer. On les dirait noyées de larmes, enflées de sanglots. Et ces cloches\n qui avaient sonné le tocsin et proclamé son anathème, semblaient repenties,\n elles aussi, et le suppliaient de leur pardonner, de leur être miséricor-\n dieux!...\n    Aux « Sureaux » la maisonnée s'agenouillait comme à l'angelus. Annette\n  éprouvait une terreur délicieuse.\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "                                 — 383 —\n\n   Par la fenêtre ouverte elle le vit approcher. Avec les Boljans elle se pré-\ncipita au dehors. Il pressait le pas car il la voyait défaillir. Elle voulut se\njeter à ses genoux, mais il lui ouvrit les bras et, délicate, elle semblait\ns'enrouler autour de lui, avec des grâces et une faiblesse de liseron ; toute\nblanche, plus blanche encore que la fileuse de neige... Elle se sentait par-\ndonnée, chérie, indispensable.\n   Il la tient pour ne plus la quitter.\n   Ce qu'il y a d'eucharistique dans le couchant, ces rayons tièdes, câlins et\nfervents, dégage moins d'onction que le regard dont il enveloppe l'aimée.\nEt toute blanche et lumineuse elle ne représente que l'ombre de cette\nchaleur du pardon !\n                                                GEORGES      EEKHOUD\n\n\n\n\n                       LE BANQUET\n                                                         A ALBERT GIRAUD\n\n\n\n    De son vol membraneux aux rouges doigts phalliques,\n    En riant aux éclats, de son rire brutal,\n    Satan m'a transporté dans les siècles antiques\n    Sur la terrasse d'un palais oriental.\n\n    Les clairs porphyres par colonnes colossales\n    Sous les plafonds d'ébène incrusté de corail\n    Élèvent la splendeur despotique des salles\n    Où rutile un festin sur les tables d'émail.\n\n    Les femmes, les guerriers, les prêtres et les princes\n    Boivent les vins ardents où rit l'or du soleil,\n    Et les pages fluets, allongeant leurs bras minces,\n    Leur présentent les mets sur des plats de vermeil.\n\n    Moi, je me suis assis à la table royale\n    Où, vêtu de velours et couvert de bijoux,\n    Majestueusement préside, triste et pâle,\n    Un beau Christ orgueilleux aux profonds cheveux              roux.\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "                         — 384 —\n\nSa main blanche parfois sur mon poignet se pose.\nPar-delà la terrasse et les jardins en fleurs,\nDans les parfums mourants flotte un horizon rose\nQui reflète en nos yeux de sanglantes couleurs.\n— Seigneur, sans voir mes yeux qui cherchent tes prunelles,\nTu regardes au loin la terre et les longs flots\nDes générations aux vagues éternelles,\nEt ta religion faite de leurs sanglots.\n\nOffrant au monde en pleurs ton mépris secourable,\nTu fis de la douleur un culte ; désormais\nLa terre porte au flanc une plaie incurable\nEt les hommes ne se consoleront jamais.\n\nIls ne connaîtront plus la force ni la vie;\nIls n'adoreront plus la joie et la beauté;\nEl le sourire ami de la terre ravie\nNe les baignera plus de sa sérénité.\n\nC'en est fait pour toujours des splendides statues\nMontrant aux cœurs heureux l'homme divinisé;\nAu bois sacré les voix des nymphes se sont tues\nEt nul dieu ne naît plus du printemps épuisé.\n\nLa paix de la nature a fait place aux alarmes;\nLe plaisir a pour prix de sombres châtiments ;\nLa prière n'est plus qu'un long fleuve de larmes\nEt les hymnes sont pleins d'affreux gémissements.\n\nL'empyrée, où siégeaient, couronnés de lumière,\nLa jeunesse, l'amour et la gloire des dieux,\nRéponds, qu'en as-tu f ait? Une infâme tanière\nOù grouille un peuple infect d'esclaves et de gueux.\n\n0 Fils du Charpentier, né triste et misérable\nParmi de vils bestiaux sur les puants fumiers,\nAdoré par des rois au fond de votre étable,\nVous souvient-il encor de ceux que vous aimiez ?\n\nC'étaient de pauvres gens couverts de pauvres loques,\nDes mariniers poisseux, des ouvriers crasseux,\nDes filles de plaisir aux vêtements baroques,\nDes enfants du hasard, des voyous paresseux,\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                          — 385 —\n\nDes perclus, des lépreux, d'innombrables malades\nTraînant vers vous leur corps mangé de mille maux,\nEt des gamins chétifs, suivant vos promenades\nEt jetant sous vos pas des fleurs et des rameaux.\n\nTout ce peuple, à la voix qui calmait sa souffrance,\nCeux qui peinaient, ceux qu'on brisait, ceux qui saignaient,\nConquérants enflammés d'amour et d'espérance,\nFondaient votre royaume, où par vous ils régnaient.\nPartout ils suscitaient des troupes affamées\nD'esclaves déchaînés; décharnés et meurtris\nEt partout où passaient ces sinistres armées\nIl restait, sous le ciel, des croix sur des débris.\n\nC'en était fait, sans nous c'en était f ait du monde\nQu'allait envelopper la nuit sans lendemain :\nNous sommes descendus vers cette foule immonde\nEt nous vous avons pris doucement par la main.\n\nNous, les poètes, nous, les guerriers et les prêtres,\nNous vous avons conduit dans ce palais doré;\nEt ceux que l'univers reconnaît pour ses maîtres\nVous ont donné le sceptre et le manteau pourpré.\n\nDans vos cheveux ardents brûlent les pierreries,\nA votre cou neigeux pendent les colliers lourds\nEt dans les plis mouvants de vos robes fleuries\nDes fleuves de rubis coulent sur les velours.\n\nAutour de vous flamboie une forêt d'épées;\nLes évêques, les rois, le pape et l'empereur\nFont rouler à vos pieds mille têtes coupées\nAfin d'assurer l'ordre et de vaincre Terreur.\n\nNous voici treize à table, ivres, gorgés de viandes,\nDivinisant César sous le ciel insulté,\nEt des femmes de joie aux belles chairs friandes\nCouronnent tous nos sens de fleurs de volupté.\n\n0 Fils du Charpentier, que vous faut-il encore?\nQue cherche à l'horizon votre œil triste et songeur?\nPourquoi ces fleurs de sang qu'hélas ! je vois éclore\nSous la couronne d'or et là, sur votre cœur?\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "                                    — 386 —\n\n     Pourquoi vous levez-vous? Le sang rouge ruisselle.\n     Le sang sort de vos pieds! Le sang sort de vos mains!\n     Seigneur, que faites-vous?... La nuit tombe. Une frêle\n     Lueur flotte, là-bas, dans les obscurs chemins...\n\n     Vers les pauvres grouillant dans leur noir marécage\n     Un pauvre est descendu. Voyez-vous,    voyez-rous,\n     Vous tous, dans l'ombre lourde où gronde un sourd orage,\n     Le Fils du Charpentier qui s'éloigne de nous?\n                                                              IWAN GILKIN\n\n\n\n\n                   POÈME EN PROSE\n                                COMMUNION\n\n\n               C'était une longue allée où nous nous engageâmes, une longue\n                allée droite, de hêtres très hauts. Les troncs plantés régulière-\n                ment, à distances égales l'un de l'autre, laissaient voir le taillis\n                et fuyaient, deux à deux, vers le ciel, vers le ciel qu'on distin-\nguait au bout d'un violet sanglotant.\n   Vous, ce soir, ma très chère, vous portiez une robe aussi violette à\nparements de soie noire. Et nous nous sentions tristes comme le paysage.\nC'était une longue allée où nous nous engageâmes, vers le couchant le\nsoleil s'éteignait, doucement, pâli comme une fleur qui tombe et s'enfonce\ndans l'eau; vers l'orient de l'ombre pleuvait lentement. Et le ciel était violet,\nd'un violet mélancolique, mélancolique comme une plainte de violon,\nmélancolique comme une note mineure, frappée d'un doigt timide, en les\nténèbres sur le piano, violet comme votre robe, très chère, dame ineffable\nde mes pensées.\n   Vers le couchant le soleil s'éteignait, doucement, rose dans le ciel mauve,\npauvre astre défaillant! doucement rose, et aperçu dans l'entrebranchage\ndes hêtres, pèlerinant en file vers l'horizon, pèlerinant en file et drapés de\nmystère .. et aperçu dans les feuillages, au travers des tiges déjà rongées\npar l'hiver dévoreur, il donnait à la perspective de cette fin d'allée enallée\nl'aspect rêveur et mystérieux d'un vitrail d'église paiement éclairé et vu de\ntrès loin et représentant à la façon gothique une vierge martyre, en robe de\nbrocart, et blême sous un ciel violet — oh violet! intensement violet! Nos\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "                                  — 387 —\n\nâmes étaient tristes quand nous entrâmes sous l'abside si haute, sous les\nfeuilles où le vent, venu, venant, soufflait, chantait, soupirait, psalmodiait\nla litanie, la litanie infinie de son tourment.\n    Oh ! quel soir étrange ! Le crépuscule tombait sur les objets immobiles,\nsur les objets endormis. Des langueurs enlaçaient les troncs, étiraient les\nbroussailles si vertes et si bouffantes devant le ciel violet, où s'étiolait le\npauvre soleil. Il y avait un banc. Nous nous y assîmes. Et je dis : « Ne se\ncroirait-on pas transporté tout à coup dans un conte de Poe? » Oh! quel\nsoir étrange! Le crépuscule tombait sur les objets endormis. Vers le levant\nl'ombre descendante pleuvait de minute en minute accrue et sombrie. Le\nhaut des arbres, la tête des hêtres dodelinait. Étions-nous éveillés? C'était\ncomme un rêve ! Oh! musique de Gluck! Chatoyance d'harmonie! Nos\nâmes étaient tristes comme le paysage. Nous nous assîmes. — « Chère, ne\ntrouves-tu pas qu'il est des heures où l'âme s'avive et vit deux fois en la\nmême minute? » — Votre visage dans le clair-obscur du soir semblait\nd'émail, vos yeux s'agrandissaient comme les yeux énormes d'une tête de\nmort. Oh! quel soir étrange! Étions-nous éveillés? Des visions d'au-delà\npalpitaient entre nous. Et votre regard intensive m'annonçait quelque chose\nde grave et de mystérieux. Et tout à coup, oh chère! vos lèvres descellées\nmurmurèrent. — « Il est des heures où l'âme s'avive, où l'on vit deux fois\nen la même minute ! Comme ce soir avons-nous respiré l'ambiance des\nchoses? Qu'est-ce donc qui soulève notre esprit? L'on vient d'ouvrir la\n fenêtre de mon âme, et je vois !» — Et tu vois ! Oh chère ! et que vois-tu? »\n— « Je vois que je t'aime comme je ne t'ai jamais aimé. Je t'aime de toute\n ma force, de la force des arbres, de la force du crépuscule descendu dans\n mes veines, de la force du soleil disparu, de la force des choses mêmes. »\n Oh ! quel soir étrange ! Je voulus te baiser sur les lèvres, sur tes lèvres,\n diseuses sibylliques, claviers de volupté. Mais tu te reculas. — « Oh ! cette\n heure est sacrée ! Et je ne suis plus moi. Respecte dans mon corps la majesté\n des choses. C'est moi, tantôt, qui serai la Nuit! »— C'est toi, tantôt, qui\n seras la Nuit. Oh ! Je ne te compris pas. Mais ton visage m'arrêta. Et nous\n demeurâmes silencieux, solennellement silencieux... Vers le levant, l'ombre\n s'épaississait toujours et avançait. Les arbres, de ce côté, avaient abdiqué\n leurs contours et se noyaient dans le laisser-aller des ténèbres, dans la dis-\n solvante douceur des ténèbres... Et vers le couchant, le soleil étiolé, pauvre\n fleur, avait perdu ses pétales, ses pétales roses et le ciel violet pleurait des\n étoiles sur la mort de l'astre. C'est elle, tantôt, qui sera la Nuit ! Oh! quel\n soir étrange ! Oui, nous avons respiré l'ambiance des choses et nous ne\n  sommes plus nous! Autour du banc, les ombres tournoyantes ont valsé\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "                                  — 388 —\n\nleur étreinte obscure et nous nevoyons plus que des profils sévères, des\ntaches d'opaque couleur et le ciel violet. Oh ! quel soir étrange ! Étions-nous\néveillés? Étions-nous morts? Morts? Oh! peut-être! Peut-être nos âmes se\njugeaient-elles libérées de la servitude charnelle et libres de par leur volonté\nnous jétaient-elles inconsciemment dans les sensations de l'au-delà. Peut-être\nla longue allée, dont les hêtres drapés de mystère s'en allaient, deux à deux\nvers le couchant, peut-être la longue allée conduisait-elle à l'au-delà,\nPourquoi n'avons-nous pas continué? Oh! quel soir étrange! N'est-ce pas?\nchère !\n                                                       ANDRÉ RUYTERS\n\n\n\n\n         ODELETTES ARLEQUINES\n                     PROPAGANDE PAR LE FAIT\n\n                   Aux balcons légers et fleuris\n                   De ma mignonne tour d'ivoire\n                   Je m'extasie et je souris ;\n                   Et sans plus songer à la gloire\n\n                   Au bout d'une tige de f leur,\n                   Pour charmer les heures trop brèves,\n                   Je gonfle d'un souffle railleur\n                   Les bulles roses de mes rêves.\n\n                   Dans les doux cieux ensoleillés\n                   Voyez voler ces petits mondes,\n                   Tous les globes arc-en-cielliés\n                   De mes chimères vagabondes.\n\n                   Mais d'un beau geste impertinent,\n                   Pour d'effroyables hécatombes,\n                   Dans les cafés, incontinent,\n                   Je lance, ô Tailhade! ces bombes.\n\n                   Et cependant qu'enluminés,\n                   Les vils bourgeois sont de frairies,\n                   Elles éclatent sur leur nez\n                   En poussière de pierreries.\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "            — 389 —\n\n\n\n            LA LYRE\n\nDans l'azur l'or des papillons\n         Et des rayons\nVoltige; la clarté nouvelle\n         Partout ruisselle;\n\nEt tous les oiseaux de mon cœur\n         Chantent en chœur\nDans la clématite et le lierre\n         De la volière.\n\nO bel oiseau du paradis\n         Tu resplendis\nPrès des paons qui lustrent leurs queues\n         Vertes et bleues.\n\nEt, sifflant les geais affamés\n          Et déplumés,\nDans les fleurs sautille le merle\n          Aux yeux de perle.\n\nMais pinson, mésange, bouvreuil,\n         Corneille en deuil,\nTout ce monde léger admire\n         La blanche lyre\n\nQui, pour un doux musicien\n         Aérien,\nOuvre ses plumes où murmure\n         La brise pure.\n\nEt loin des esthètes massifs\n         Et convulsifs\nQui grattent leur vieille guitare\n         D'un doigt barbare,\n\nJe rêve que, prenant l'essor,\n         Mon âme d'or,\nIvre, sur cette flamme ailée\n         Chante étoilée.\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "                   — 390 —\n\n\n                 LE FESTIN\n\n      Du lustre en feu les roses vives\n      Dansent comme des feux follets\n      Sur les verres dor des convives;\n      Mais parmi les fins gobelets,\n\n      Dans son vase couleur de lune,\n      La branche d'acacia blanc\n      Se meurt, et ses fleurs, une à une,\n      Glissent sur la nappe en tremblant.\n\n      Ainsi se passent nos années\n      Dans la main des dieux envieux :\n      Tantôt elles seront fanées,\n      Et nous serons bientôt très vieux.\n\n      Nous n'avons qu'une heure éphémère\n      A déguster ce chambertin;\n      A demain donc l'absinthe amère,\n      Aimons, buvons jusqu'au matin.\n\n      A la f olie ouvrons la porte,\n      L'ivresse est un rêve divin;\n      Que la Chimère nous emporte\n      Dans les vapeurs roses du vin !\n\n      Ma très belle, remplis ma coupe,\n      Le fou seul se ferait prier ;\n      Avant que de monter en croupe\n      Buvons le coup de l'étrier.\n\n\nODELETTE POUR CONSPUER LE MOYEN-AGE\n\n      A nous les fleurs, les arcs-en-ciel\n             Et les beaux livres!\n      Pillons les rayons et le miel,\n             Abeilles ivres.\n\n      Dans leurs rêves laissons les fous\n            Grossir les choses,\n      Aux frais jardins contentons-nous\n            D'aimer les roses.\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "                   -   391    -\n\n       Rythmons des poèmes dorés\n             A l'harmonie .\n       De nos jeunes cœurs consacrés\n             A Polymnie.\n\n       Amis, conspuons le vieil art\n              Du moyen-âge.\n       Délire est roi : Fi du vieillard\n              Qui déménage !\n\n       Ce soir, je te prie à dîner,\n             Ma muse blonde;\n       Au dessert nous ferons tourner\n             La     Table-ronde.\n\n       Et pour quelque cycle futur\n             Et grandiose,\n       Tu pourras m'appeler Arthur;\n             Et si l'on glose,\n\n       Renvoyons Wilmotte piqué\n             Aux incunables,\n       Et verse-moi le doux tokai\n             Sous les érables.\n\n        Vive Bacchus et les anciens!\n              Il nous terrasse;\n        Aimons, buvons, rimons, les siens\n               Chassent d'Horace.\n\n\n                  BONIMENT\n\n                            « Quand on a frotté le nes; d'un plumitif\n                         et qu'on lui a cassé sur les reins son propre\n                         stick, sans compter quelques menues giffles,\n                         coups de poing mignons et coquets coups de\n                         pied... »                        EDM. P.\n\nC'est moi, Messieurs, moi, l'hercule du Nord,\nLe seul, l'unique! Entrez! Je vous assomme,\nPourvu qu'il soit chétif et faible, un homme,\n         Sans nul renfort.\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "                    — 392 —\n\nQui trouverait mon pareil dans la Gaule?\nJe suis solide ainsi que le Pont-Neuf,\nZim, zim, boum, boum! J'étourdirais un bœuf\n         D'un coup de gaule.\n\nPalpez ce bras, admirez ces biceps;\nJe bats Milon, je battrais la campagne!\nQui veut lutter? Je tranche une montagne\n        Mieux que Lesseps.\n\nTous les matins, dans mon salon je jongle\nAvec deux cents kilos et je souris,\nEt je tiendrais le poids de mes écrits\n         Sur un seul ongle.\n\nDes débardeurs, des lutteurs en renom,\nSans me gêner, je fais une hécatombe.\nA qui le gant ou la canne ? Je tombe\n        L'homme-canon.\n\n Voyez voyez! lapin vivant, couleuvre,\nTout se digère en mon vaste abdomen,\nJ'avale aussi les vers de Verhaeren\n         Comme hors-d'œuvre.\n\nEcoutez donc, maçon, sous-off, troupier,\nComme mon front sous mon poing dur résonne ;\nC'est mon plus beau triomphe : Je raisonne\n         A coups de pied.\n\n                                         VALÈRE GILLE\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "                                 — 393 —\n\n\n\n         CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                  LE JOURNAL DES GONCOURT\n\n              Ce Journal, rédigé à l'intention de la postérité, M. de Goncourt\n               en livra d'abord trois volumes au public; plus tard, la nos-\n               talgie « de dire un rien la vérité que personne ne veut ou\n               n'ose dire, en attendant que, vingt ans après sa mort, ce\nJournal la dise tout entière » lui fit imprimer une seconde série, dont,\naffirmait-il, le troisième volume sera « le dernier qui paraîtra de mon\nvivant ».\n   Peut-être veut-il anticiper le bénéfice de l'outre-tombe et désire-t-il voir\nenvisager la troisième série, inaugurée aujourd'hui, comme posthume? Le\nrespect dû aux mânes l'autoriserait alors à déceler de suite cette vérité,\npromise à l'autre siècle... Le legs semble aventuré, d'ailleurs; et l'amnésie\nde l'époque pourrait le rendre caduc, à son échéance. La prudence conseil-\nlerait donc à M. de Goncourt de révéler, sans balancer davantage, la vérité\ninédite qu'il monopolise, et destinée, probablement, à éblouir le monde de\nl'évidence, méconnue jusqu'ici, de l'universel génie de MM. de Goncourt\net de la nullité corollaire des écrivains de leur génération et des suivantes...\n   « Nous morts, qui nous succédera? » (III, 226.) Cette formule d'anxiété\ningénue dénonce une presque attendrissante fatuité et excuse la prolixe\nautolâtrie des sept volumes du Journal, Sans vaine vergogne, ses auteurs\nconfessent ce prurit de l'amour-propre, cette démangeaison de l'éloge qui,\nle soir de l'apparition de Madame Gervaisais, par exemple, les chasse du\nlogis pour quêter l'aumône falsifiée des « vagues compliments des quel-\nconques ». (III, 26g.)\n   Blasé, maintenant, Edmond de Goncourt avoue ne savourer plus que\n« la jouissance de voir son nom imprimé : — la petite monnaie de la\ngloire ! » avance d'hoirie, sans doute, sur cette « gloire à perpétuité » qui\nse décevrait à perdurer moins de « cent mille années », un tel laps d'illus-\ntration compensant à peine le plaisir — « femmes, bouteilles de vin,\ncigares! » — dont son labeur littéraire l'a distrait! (VII, 277.)\n   Le principal mérite, en somme, et imprévu, du Journal sera de consti-\ntuer la véritable œuvre psychologique de ses rédacteurs, — unique et\ninconsciente : — Autopsie involontaire, d'une indiscutable et précieuse\n sincérité.\n    Cette ultième série achèvera, surtout, de préciser la physionomie morale\n de l'auteur de la Faustin, plus quinteux e t refrogné à chaque page, s'éver-\n tuant à marquer les coups du destin conjuré contre son repos, son argent\n ou sa réputation; signalant, avec quelle sardonique amertume, quelle\n dignité offensée! chaque compte rendu banal, chaque article irrévérencieux\n ou, même, tièdement laudatif. « L'adoration littéraire des Danois et Bot-\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "                                       — 394 —\n\nniaques respectables, qui ne s'endormiraient point avant d'avoir lu une page\nde Chérie » (VII, 40) semble évidemment à M. de Goncourt l'e'tiage rai-\nsonnable du culte dû à ses livres...\n   L'originel et acharné guignon qui, à des moments durs, le réduisit à\nvivre avec 600 francs par mois (VII, 101) lui fournit un thème d'inépuisa-\nbles lamentations ; l'injustice ou l'insouciance de la critique dont Jules\nmourut (III, 329); ses « appréciations fadement bienveillantes » (V. 118);\nla « ligue du silence » (III, 272) ourdie autour de lui :\n   Mercredi 19 février 87. Avoir en portefeuille la PATRIE EN DANGER, cette pièce, la\npremière pièce vraiment documentée historiquement sur la Révolution, cette pièce dont\nle premier acte est une mise en scène si révélatrice du XVIIIe siècle, cette pièce dont le\ncinquième acte, par le tragique de la vie des prisons d'alors, est plus dramatique que les\ntableaux les plus dramatiques de Shakespeare, — et l'avoir en portefeuille cette pièce, au\nsu de tous les directeurs, en quête d'une pièce pour l'anniversaire de 1789, sans qu'aucun\nsonge à vous la demander, c'est vraiment pas de chance.\n\n   Infortune heureuse, il semble, car la PATRIE EN DANGER à la scène,\nl'absence, chez les chroniqueurs théâtraux, de la dévotion approbative du\ndramaturge, eût préparé à celui-ci de lancinantes ciguës !\n   Il se reproche et à son ami Daudet de semer, avec prodigalité, dans la\nconversation, des idées recueillies et utilisées par les jeunes à l'affût! — ces\njeunes, dont le désintéressé Zola déplore, de concert, l'avidité pécuniaire!\n(VII, 47, 91.) L'aplomb de Tartarin ne se déconcerte point! Daudet suren-\nchérit, encore, et déclare l'ambition de s'attacher un Eckermann qui tien-\ndrait sa comptabilité intellectuelle, Doit et Avoir.'\n   Edmond de Goncourt, lui, mystifie quelquefois l'Eckermann de son\nJournal en lui faisant copier des idées sorties de l'officine de M. Homais :\n  Les étrangers parlent haut en public, ils ont la conscience de parler une langue qu'ils\nsont seuls à comprendre. Le Français parle bas, parce qu'il se sait compris de tous, et\nparler la langue universelle. (III, 158.)\n   Vraiment, quand « on a mené un mouvement littéraire qui emportera\ntout » (V, 324) — « créé le roman naturiste français », la déveine est vexante\nde voir les « lettrés spiritualistes » chercher à prévenir sa diffusion en pro-\n pageant cette « littérature russe que Tolstoï, d'ailleurs, ni Dostoïewsky,\nn'ont inventée : ILS NOUS L'ONT PRISE, EN LA MAT1NANT TRÈS FORT\nDE POE!!! M. de Voguë a attribué à ces écrivains une originalité qu'ils\nn'avaient pas et leur a apporté une gloire qui nous était légitimement\ndue !! » (VII, 280.)\n   On conçoit que l'envie ronge leurs confrères; Taine, même! (III, 297),\nce Taine, qu'à l'applaudissement de l'auditoire naturiste et du subtil Zola,\nTourgueneff définit : « Un chien de chasse, sans odorat! » (V, 174.)\n   Malgré tout, « c'est ravivant et exaltant, tout de même, le succès brut,\nl'exposition insolente de son livre, de son livre, AUPRÈS DUQUEL ON SENT\nQUE LES AUTRES N'EXISTENT PAS. Je viens de voir, sur un boulevard\nneuf, une grande librairie, qui n'a en montre que la Fille Elisa, étalant\npar toutes ses vitrines MON NOM, MON NOM SEUL! »\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "                                   — 395 —\n\n   Cette personnalité aiguë, ce delirium égotiste, exacerbés par l'âge,\ns'apaisent malaisément à la fin : « Quelque chose, triste pour le littéra-\nteur arrivé à l'apogée de notoriété qu'il peut acquérir de son vivant, le\ncoup de fouet du succès n'a plus d'aiguillon pour lui. » (V. 339.)\n   Que reste-t-il alors au vieil homme de lettres pour édulcorer ses colères,\npacifier les aigreurs et les déconvenues de son exigeante vanité? « La visite\nd'une Russe qui sollicite le bonheur de le voir; » — la tombée dans sa boîte\nd'un numéro du Sémaphore, de Marseille, qui cite son nom; apprendre\nqu'un très vieux indigent lit Chérie, à l'aide d'une lorgnette, dans l'exem-\nplaire du Gil Blas, placardé à la vitrine du journal; « satisfactions\nbêtes qui mettent du rose dans le noir de ses pensées ». (VI, 34, 299.) —\nOu, encore, la rencontre inopinée de M. de Montesquiou-Fezensac, muni\ndu bréviaire, apparié à la dévotion de ce chrétien amateur : — Madame\nGervaisais ! — « un léger dédommagement de tous les échecs de ces temps ».\n(VII, 191.)\n   Peines un peu mesquines, vite et à peu de frais consolées ! sensitivité à\nl'acclamation et au blâme qui engourdissent chez M. de Goncourt jusqu'au\ntact du ridicule ; constitutives, certes, à ses yeux, de cette nervosité moderne\ndont « les critiques ne pourront pas empêcher son frère et lui d'être les\nsaint Jean-Baptiste \". (VI, 19.)\n                                       ***\n   Depuis la disparition de son rédacteur initial, l'accent maussade, l'envie\nenragée, on ne sait quel âcre dépit prévalent dans le Journal; une sorte de\npuritarisme naturiste, une haine sectaire pour la pensée idéaliste, pour\ntoute pensée, même, dont les premiers volumes recélaient, déjà, les désas-\ntreux symptômes.\n   Le fleur délicat et vif, la superficielle mais fine vibratilité de la\nvision, l'éclat morbide, la fébrile essence de la phrase dissimu-\nlaient brillamment l'indigence intellectuelle de l'œuvre. L'ingénieux et\nfantaisiste esprit de Jules de Goncourt ornait ces fables froides : Charles\nDetnailly, Manette Salomon, des astragales imprévues de son style; il\nsauvait l'anguleuse disgrâce de la méthode, — à force d'habileté, usait\nl'abrupte saillie de l'observation vécue, du document brut impliqués parmi\nla fiction. L'écriture, après lui, se décharné, tout à coup, et s'engrisaille;\nle mica coloré qui la saupoudrait tombe et, seuls, ses défauts se perpétuent,\nexagérés encore : — cette singulière disjonction optique et cérébrale qui\nmorcelé jusqu'aux descriptions et empêche les matériaux fragmentés de ce\nréalisme de se rejointoyer, un lumineux émail en masquait la lézarde, aupa-\nravant; la Fille Elisa, Chérie, ont la figure, absolument, de procès-verbaux\nchronologiques de sensations, d'inventaires anatomiques rebutants et com-\npassés...\n   Quelque part (VI, 304), M. de Goncourt inculpe Stendhal de séche-\nresse!... Stendhal! cette âme de vertige et de flamme, et noble, subor-\ndonnée à un cerveau génial qu'elle ravissait d'ivresse lucide... Sécheresse!\nl'expression fière de la passion paroxysée, timide et clairvoyante!...\n                                                                       27\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "                                 — 396 —\n\n   En vérité, M. de Goncourt nous montrerait, avec une égale autorité,\nBeyle anxieux des applaudissements publics, surveillant aux éventairès dès\nlibrairies « les couvertures des exemplaires exposés, qui se salissent, mélan-\ncoliquement n ou préoccupé, sans cesse, « de se continuer après sa mort...\nde laisser des images de sa personne, de sa maison... » (VI, 177, 269.)\n    Le désintéressement, dont se targue avec un si ostentatoire orgueil, et si\nréitéré, le romancier de la Faustin, est d'ordre strictement littéral, en\neffet, présuppose simplement l'absence du lucre, de tout appétit cupide. Sa\npropre personnalité offusque et obstrue trop son horizon pour lui permettre\nde saisir la courte portée de son abnégation et qu'une générosité prédomine,\nd'une plus altière catégorie, naïve et naturelle : cette abstraction de soi-\nmême, unique procréatrice, au dire de Gœthe, des œuvres immortelles...\n   Son hargneuse misanthropie s'alimente, non du dégoût éclairé ou de la\nlassitude de l'humanité, de la vacuité expérimentée des choses, mais, au\ncontraire, d'une fanatique vocation déçue de la gloire mondaine, de sa\nrancune, surtout, à l'égard des circonstances iniques et des gens qui le\nspolièrent du tribut légitime de popularité dû à son mérite. La « maladie\nde foie littéraire » de son frère, « tué par l'injustice de la critique », il en\nprit, certes, la survivance; mais cet ictère procède, chez lui, d'une ron-\ngeante jalousie, plutôt, des succès d'autrui, car, à son opinion, une gra-\ntuite et basse malveillance guide toujours les détracteurs de son talent ou de\nses procédés. A chaque page, l'acariâtre solipse expectore ses indignations\nenvers les aristarques, dont la vague approbation méprisée, l'applaudis-\n sement, « fadement bienveillant » même, deviendraient un hommage émol-\nlient à cet irascible amour-propre tellement aveugle et infatué que, sans\n faire trêve à ses piteuses doléances, il s'érige le rugueux piédestal d'un\n « contempteur carré » dont « la hautaine indépendance » nargue et répudie\n « les suffrages des quelconques ». (VII, 105.)\n    Le fallacieux Lombroso classerait, sans balancer, Edmond de Goncourt,\ndans les casiers de son anthropologie, parmi les mattoïdes mégalomanes!\n Les indices surabondent, diagnostiques de son apoplexie vaniteuse; le\n délire monomane, entr'autres, de la persécution : — une Moire gogue-\n narde se consacre à le contrecarrer, à métamorphoser, pour lui, les\n plus anodins événements en ténébreux complots tramés contre lui ou sa\n'célébrité. Un insidieux courriériste signale-t-il l'avilissement du bibelot\n japonais, le dessein s'avère, hypocrite et scélérat, de ruiner l'académie de\nGoncourt, dont les rentes futures fondent leur espoir sur les enchères riches\ndes collections de la Maison d'un artiste! (VII, 277.) La pluralité des livres\nen vogue dilue des idées émises, jadis, par les de Goncourt, porte les\nmarques criantes d'une identité, que la conspiration hostile de la presse les\nlaisse, seuls, à dénoncer. Ils rénovèrent, de fond en comble, le roman, l'his-\ntoire, fournirent des modèles universellement plagiés, sans que leurs con-\ntemporains aient paru s'en douter; — d'astucieux prosélytes, il est vrai, des\ndisciples honteux les pillent en les reniant! (VII, 108; V, 121.)\n\n                                      ***\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                                  — 397 —\n\n   « La grande valeur, la grande originalité de Diderot - et personne ne\nl'a remarqué — c'est d'avoir introduit dans la grave et ordonnée prose du.\nlivre, la vivacité, le brio, le sautillement, le désordre un peu fou, le tinta-\nmarre, la vie fiévreuse de la conversation; de la conversation des artistes,\n— avec lesquels il est le premier écrivain français qui ait vécu en relations\ntout à fait intimes. »\n   Sans préméditation aucune, M. de Goncourt formule ainsi le plus exact\njugement sur son frère et lui : — Historiographes appliqués, fidèles et\nméritoires ils restituent, par les feuillets de leur Journal, ce mémorial\nd'instantanés, la physionomie, le verbe, le geste des personnages coudoyés\nou fréquentés; Taine, Renan, Sainte-Beuve, Gautier, toute la puissante\ngénération pensante dans la familiarité de laquelle ils vécurent, passe, pro-\nférant des mots que ses auditeurs, souvent, entendent mal ou dont leur\nsèche cursive pétrifie l'effusion, souligne l'éloquence d'une caractéristique\nraillerie.\n   Hugo disant à Edmond de Goncourt que, l'âge du pittoresque dépassé, vers\nleur maturité plénière, d'autres curiosités aimantent les intelligences actives,\nplus poignantes et redoutables, et attirantes de leur angoisse, — ce conseil\ndiscret du vieux poète, enveloppé d'onction paternelle et de majesté gra-\ncieuse, excite seulement chez son interlocuteur « une ironie pour cet argot\nmystique, creux et sonore, avec lequel pontifient des hommes comme Miche-\nlet, comme Hugo... » (V. 35.)\n   L'incisive perspicacité de telles notes accoutume le lecteur à la gravité\nahurissante de constatations comme celle-ci : « La poésie, il ne faut pas\nl'oublier, c'était autrefois toute l'invention, toute la création, toute l'ima-\ngination du temps passé... Aujourd'hui, il y a encore des versificateurs,\nmais plus de poètes, car toute l'invention, toute la création, toute l'imagi-\nnation du temps présent est dans la prose. » Aphorisme qui acquiert un\nsurcroît d'irréfutable rigueur lorsque l'on se rappelle ces lignes antérieures\ndu Journal : « Il me vient l'idée de publier un volume tiré de mes\nMémoires, sous ce titre : Poésies d'un prosateur. » (VII, 46, 259.)\n   La désolation de nerfs surexcités, tendus, grinçants à l'excès, cordes qui\njamais ne vibrèrent du son indicible d'une douleur tendre : des chocs, des\nréactions irritées, des heurts aigus, des rages, de mordantes rages d'êtres\nfins, lettrés, desséchés par l'exercice d'une littérature, idoine, d'ailleurs, à\nleur envergure mentale; par la culture intensive et mutuelle d'une vanité\ndont le dédoublement de leur personnalité favorisait l'essor effréné, par le\nrisible chagrin, surtout, d'être frustrés de la renommée viagère, du triomphe\nhoraire dispensés à tels de leurs confrères! Vainement leur demanderait-on\nune phrase infléchie, obombrée d'un peu de crépuscule et songeuse, ou la\ntrace exaltée d'un enivrement métaphysique.\n   Le sang-froid médical le plus stoïque et soutenu n'a jamais documenté\nune clinique comparable à celle qui clôt le troisième volume du Journal,\ndepuis les prodromes, sinistres précurseurs d'un mal mortel, jusqu'aux tics\net aux aberrations de l'agonie. On conçoit la possibilité féroce d'un tel\n dévouement professionnel, l'exaltante et cruelle folie, la résorption horréfiée\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "                                  — 398 —\n\nde ses larmes qui l'inspirent; mais point, la transformation de ces Memo­\nranda funéraires en copie!\n   La concurrence affectueuse des Frères Zemganno, cette émulation, cette\nrivalité de métier qui atterre l'acrobate blessé lorsqu'il surprend le travail\nclandestin de son frère valide, sont l'autobiographie à peine travestie et\ncomme la transposition gymnastique de l'intimité littéraire des frères de\nGoncourt.\n   Cette sensibilité, si vive à la plus indulgente égratignure de la critique,\ncomporte de terribles points morts d'imperturbable égoïsme : Gavarni perd\nson fils Jean; ses amis le visitent et, ensuite, se remémorent, pour leur\nJournal, les phrases et les postures automatiques, la silhouette foudroyée,\nla grimace funèbre du pauvre artiste, croquent hâtivement le pittoresque\nde ce désespoir, l'apparence externe de ce deuil, sans faire jaillir, sous leur\nplume flegmatique, la décisive expression spontanée, qui en dévoilerait l'en-\ndedans oppressé, l'ombrageuse et souffrante réserve...\n   Ed. de Goncourt revendique, outre la priorité de tant d'autres initiatives,\nl'honneur d'avoir le mieux traduit, avec Jules, le frisson, la réalité con-\ntrastée, l'humeur inquiète de l'époque... Et c'est vrai, car les chapitres\nsuréminents de leurs ouvrages capitaux : Manette Salomon, Charles\nDemailly sténographient des conversations authentiques inscrites déjà et\nrepubliées, depuis, dans le Journal; mais l'éclat, l'emporte-pièce de ces\ndocuments tranchent sur la contexture du récit où ils s'encastrent ; et leur\nvéracité violente, au lieu de galvaniser la narration, lui préjudicie. La chaleur\nmanque, qui transfondrait les épisodes, observés et imaginaires, de l'œuvre,\nle principe de fusion capable de communiquer aux personnages des de Gon-\ncourt l'existence éternelle et impérieuse de l'art. Observateurs agiles,\nsoigneux annotateurs et loyaux, la propension nomenclatrice qui les anime,\nénumère, enregistre, classe tout le visible, l'éphémère aspect, l'accident\nmatériel du siècle, — mais l'âme, obstinément, déçoit leur transmutation,\ns'évapore de leur coupelle, étant subtile, impondérable et fluide...\n   Au prix de légères corrections, leur portrait de Sainte-Beuve (II, 66)\ndeviendrait celui du peintre : « Point de hautes idées, point de grandes\nexpressions, point de ces images qui détachent eh bloc une figure. » Impos-\nsible de plus adéquatement définir l'inhabileté foncière des Goncourt à\ncoordonner les faits, à engendrer de leur spécialité inféconde une concep-\ntion où l'exagérée importance que la dissociation leur confère disparaîtrait.\nL'absence d'un idéal philosophique, d'une habitude spéculative, sources\nde force et de conviction, centres de gravitation spirituelle, réduit leurs\ntravaux à la valeur d'une collection composite, réunie sans autre but qu'un\nchoix paradoxal et frivole.\n   Cette inaptitude provient d'une myopie mentale, à laquelle le détail, le\npartiel, seuls, sont évidents, et nativement déséquilibrée. Leur manie du\ncatalogue procède, sans conteste, de cette mécanique prédisposition à la\nminutie.\n   La prétention du titre de l'Histoire de la société franchise s'apparie mal\n à l'ordonnance rudimentaire d'un tel répertoire, plus ou moins synop-\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "                                — 399 —\n\ntique, résultat d'un louable et patient furetage, où d'ingénieux et menus\nrenseignements se classent, des anas, sur les modes, les chansons, le\nmeuble, les pamphlets, etc., des dernières et mouvementées années du\nXVIIIe siècle, .— sans connexité autre que la chronologie.\n   Ils discernent les choses non sous leur angle total, mais décomposées,\ndirait-on, en fractions successives : leurs méticuleuses descriptions, char-\nmantes d'acuité colorée, paraissent le compte rendu pictural d'une rétine\nultrasensible à la nuance, aveugle à la forme des objets ; d'une vision sen-\nsuelle que la pensée n'ordonnerait pas.\n   Aussi, jamais leur période ne cerne-t-elle de quelques épithètes sobrement\névocatives la semblance sentimentale,. la solennelle et vague splendeur,\nl'adorable beauté simple d'un site... Ils juxtaposent les vocables, invento-\nrient les éléments du spectacle dont l'émotion contagieuse n'a point prévalu\ncontre leur exactitude sceptique. Ces notations, si visiblement calquées de\nvisu, d'après nature, signifiées avec des adjectifs peintres, par le souvenir\nréveillé de la manière d'un petit maître quelconque, se revêtent comme\nd'un glacis artificiel et frigide: Paysages, décors de capitales ou contadins,\ncontemplés d'un regard analytique, sans trouble supérieur au plaisir ocu-\nlaire, et transcrits, privés d'ombres et de perspective, — sans horizon, — sur\nun fond brillant de laque chatoyante et polie.\n   Un papillotage de mots diaprés, de tons volages, de taches lustrées, de tou-\nches prismatiques de lumière ; un art exquis, tout de clarté, presque japo-\nnais, — véridique, tout à la fois, et postiche, — inexpert à la suggestion, au\nrêve.\n   Cette quiétude psychique, cette perspicuité éprise du fini, seulement,\nqu'aucun au-delà n'attire, rend raison de la prétention principale des Gon-\ncourt et, jusqu'à un certain point, la légitime. Leur psychologie féminine\ns'ourdit de sympathie congéniale, surtout ; participe de la complexion même\nde l'observateur, plutôt que de sa pénétration.\n   Sans invraisemblance, l'écrivain attribue ses impressions personnelles à\n Mme Gervaisais ; il déduit, avec une sagacité indulgente, les mobiles et pas-\nsions, la diplomatie amoureuse des maîtresses de Louis XV, pallie leur\nconduite de topiques excuses, s'émerveille de leur luxe, accompagne leur\nchute de sa pitié attendrie.\n   A propos de Chérie, cette délicate, frêle, amenuisée figurine de Saxe,\nfausse et délicieuse, une amie de l'auteur énonce cette judicieuse remarque :\n « Les sentiments des Goncourt sont bien des sentiments de femmes, mais\n pas assez maintenus dans le vague des aspirations féminines... masculinisés\npar l'auteur. »\n   La critique obéit, aussi, à la propension au vagué de son sexe : mascu­\nlinisés signifie, ici, précisés, définis, alourdis par leur version scriptu-\nrale. Car il apparaît nativement féminin, cet art nourri de simple et brute\nsensation, en sursauts, en petits cris et qui s'adonise et s'adule; cet art\n dénué de réflexion, qu'aucune cérébration n'ennoblit. Le côté immédiat et\n exigu, le relief multicolore et drôle des choses l'affriolent, l'image subite,\nl'improviste de la vie. Ses directions vont à la joliesse, à « la jolité », au\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": "                                  — 400 —\n\ncolifichet fragile, à la mièvrerie tarabiscotée ; comme, aussi, ses nerfs le\nsubjuguent, ses vapeurs de petite-maîtresse littéraire, les crises trépignantes\nde sa vanité.\n\n   De Germinie Lacerteux à Chérie, à quelle œuvre que l'on recoure,\nroman ou histoire, les mêmes et énormes défauts se dénoncent, atténués,\njadis, à l'époque de Jules de Goncourt, par l'étincelante fantasia, la grâce\ncapiteuse et précaire du style ; — arides, à présent, et systématiques.\n   La pénombre, la demi-teinte, le clair-obscur manquèrent où ces laborieux\npolygraphes auraient pu interrompre leurs nomenclatures, et songer!\nAccessibles, seulement, à l'aléatoire félicité de la vogue conquise, à la\nmaniaque passion, aux engouements du collectionneur; — fermés à l'hal-\nlucination autant qu'à l'extase, ils n'atteignirent jamais cette température\nmorale, atmosphère fervente, climat nécessaire de la poésie...\n   Lacunes logiques, au reste, chez des âmes si déshéritées de mélancolie,\nincapables de religion, — d'enthousiasme, par conséquent, — et de\nlyrisme.\n                                                    ARNOLD GOFFIN\n\n\n\n\n        BIBLIOGRAPHIE MUSICALE\n\n              Maigre l'éloquent exemple de Richard Wagner, ils sont assez\n               rares les compositeurs qui se font les propres librettistes de\n               leurs opéras. C'est cependant là que réside la condition essen-\n               tielle de la fusion intime du drame et de la musique, la pré-\nconception de cette dernière accompagnant et guidant pour ainsi dire la\ncomposition du poème. Mieux vaut écrire un opéra sur son poème à soi,\n — présentât-il quelques imperfections, — que sur un livret absolument par-\n fait émané de la plume de spécialistes comme MM. Du Locle, — le massa-\ncreur de Salammbô de Flaubert, — ou Michel et Carré, — ceux du Faust\nde Gœthe.\n    M. E. Mathieu, qui nous envoie sa partition de la Jeunesse de Roland,\na parfaitement compris cette vérité. Dans son dernier opéra comme dans\nles œuvres pre'ce'dentes, il a e'té son propre librettiste. Si on peut lui repro-\ncher le style un peu suranné de ses livrets, il faut, d'autre part, recon-\nnaître leur caractère profondément scénique et théâtral. L'auteur est, dans\ntoute la force du terme, un homme de théâtre, qui connaît ses effets, et\ns'entend à les employer.\n  Le sujet de la Jeunesse de Roland est tiré de deux ballades de Uhland,\nPetit Roland (Klein Roland) et Roland Porte-bouclier (Roland-Schild-\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": "                                   —401—\n trager). Des deux ballades du grand poète allemand, M. Mathieu a tiré une\n action semi-historique, semi-légendaire, dont voici le fond :\n    Le roi Karl (Charlemagne) est poursuivi du désir de posséder l'escar-\n boucle magique que détient le géant de la Forêt des Ardennes, dans laquelle\n vit, avec son jeune fils Roland, dame Berte, la sœur du roi, qui l'a\nchassée de sa cour. Imma, la nièce du roi, promet sa main à quiconque vain-\ncra le géant et rapportera le talisman. Parmi les otages saxons détenus au\npalais d'Ingelheim, se trouve Sigmar, qui aime la jeune fille, dont il est\naimé. Il s'échappe et, avec Roland, s'en va dans la forêt à la recherche du\ngéant. Celui-ci succombe aux coups de Roland, et les deux héros reviennent\nvainqueurs à la cour du roi Karl, lequel accorde Imma à Sigmar et garde\nà sa cour Roland et sa mère Berte.\n    La manière du compositeur ne s'est pas profondément modifiée depuis\nRichilde. La muse de M. Mathieu, qui ne mord pas au fruit âpre de la\njeune école, se recommande par une évidente sincérité et une grande abon-\ndance mélodique. Bien que son inspiration ne porte pas l'empreinte d'une\noriginalité fortement accusée, il serait très difficile d'établir les affinités de\nM. Mathieu avec telle école. Il paraît osciller entre diverses tendances. Dans\nla Jeunesse de Roland, par exemple (où il est fait fréquemment emploi de\nleitmotivs), certains fragments affectent l'allure des œuvres lyriques des\nromantiques allemands, comme les opéras de Weber et ceux de la première\nmanière de Wagner, tandis que dans tels autres la recherche des sonorités\ndélicates et des fines harmonies trahit l'influence de l'école française.\nDans la Jeunesse de Roland, on remarque de beaux ensembles, des finales\nde grand effet, et certains préludes d'une jolie couleur poétique. Parmi les\nmorceaux les plus réussis, nous avons noté l'air de Sigmar au premier acte,\nla curieuse scène de Roland avec les Willis au deuxième et la scène déli-\ncate du réveil d'Imma qui ouvre le troisième acte.\n   Nous bornons là nos appréciations, nous réservant de revenir sur l'œuvre\nde M. Mathieu lors de sa représentation au Théâtre de la Monnaie.\n                                                                    E. C.\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "                                        — 402 —\n\n\n\n\n                                MEMENTO\n    A UN GENTILHOMME. — Votre attaque de\n nerfs a deux excuses : votre impuissance\n bien connue à répondre autrement que par           Le présent numéro contient 44 pages au\n des injures, et votre agitation de candidat     lieu de 32, et compte pour u n e livraison\n perpétuel. Morbus comitialis, disaient les      ordinaire..\n\"anciens.                                           Les abonnés sont priés de le remarquer.\n    Vous vous plaignez d'être en butte à des\n« personnalités ». Exhalée par vous, cette\n plainte est d'un comique irrésistible. S'ima-     Notre ami et collaborateur J u l e s Destrée\n gine-t-on saint Labre criant « Pouah ! » ou     vient d'être élu membre de la Chambre des\n Messaline glapissant « Shoking ? »              représentants.\n    Vous prétendez organiser la littérature,       C'est le premier Jeune-Belgique qui entre\n et lorsqu'on a le malheur de vous contredire,   au Parlement.\n de combattre une de vos idées alizées, de          Bien que l'arrondissement d e Charleroi\n marcher sur la queue de votre plus récente      ne l'ait pas élu à ce titre, n o u s espérons\n opinion, — vous ameutez les badauds en          qu'il défendra les revendications que nous\n criant qu'on en veut à votre personne.          avons déjà formulées, et qu'il sera le ferme\n    Est-ce que la littérature fait partie de     soutien de l'Art et de la Littérature vis-\n votre personne?                                 à-vis de nos gouvernants.\n    Vous aurez beau crier, vous ne m'empê-         Nous lui envoyons nos félicitations les\ncherez pas d'éplucher votre critique feuille     plus chaleureuses.\n à feuille, comme un artichaut. Votre person-      Ces félicitations s'adressent également à\n nalité m'est profondément indifférente ;        notre ami et ancien collaborateur Célestin\nmais, au point de vue artistique, je vous        Demblon.\ntiens pour un commis-voyageur en naïvetés\nsolennelles, un faiseur de monstres, un\n semeur de fous, une peste, un empoison-            On annonce la formation d'un 'groupe\nneur public. Je vous résisterai aussi long-      européen de députés littérateurs. L'initiative\ntemps que j'aurai la force de tenir une          de cette excellente idée vient de Maurice\nplume; et, chaque fois que vous exhiberez        Barrès, qui espère rentrer bientôt au palais\n dans votre Art moderne un de ces para-          Bourbon, et de Jules Destrée, q u i va entrer\ndoxes aux longues oreilles dont vous êtes le     à celui de la Nation.\nréjouissant ânier, je vous dénoncerai aux           L'agence Havas annonce qu'ils viennent\nAthéniens assemblés.                             de jeter les bases d'une entente interna-\n   Ne renversons donc point les rôles. En        tionale. La Belgique, la France, l'Italie,\nécrivant votre diatribe sur ta décoration de     l'Espagne et le Portugal auraient déjà\nM. Lemonnier, vous m'avez rendu toute            adhéré.\nma liberté. J'en ai usé, j'en userai encore.\nVous ne réussirez pas à faire dévier une\npolémique littéraire en une querelle per-\n                                                   Nous avons reçu une carte-lettre conte-\nsonnelle. Et s'il vous prenait fantaisie de\n                                                 nant cette mauvaise plaisanterie : « Qui,\nrecommencer vos exploits de naguère, ce d'après vous, est appelé à remplacer, dans\nn'est plus sur le pré qu'ils vous mèneraient. la gloire et l'estime des Jeunes, M. Gustave\n                           ALBERT GIRAUD         Fréderix? »\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "                                        — 403 —\n\n  Nous n'avons pas jugé à propos d'y              M. de Larmodern publie un article inti-\nrépondre.                                      tulé La Zélande.\n                                                 Après l'esprit de clocher, l'esprit... d'esta-\n                                               cade.\n   M. de Larmodern (vieille famille bre-\ntonne) a passé par la Lorraine.\n   En passant p a r la Lorraine, M. de Lar-      M. de Larmodern — qui est infaillible —\nmodern a mis au jour les réflexions que attribue à M. Scribe le vers célèbre de Pon-\nvoici :                                        sard :\n   « Certaines villes paraissent — comme Quand la borne est franchie il n'est plus de limite.\ntels terrains exceptionnellement favorables       Nous prenons note de la rectification.\nà la floraison des roses — posséder sur\nl'édosion des artistes, sur cette flore spé-\nciale et fragile, rebelle aux acclimatations,     M. de Larmodern, après avoir dédaigneu-\nune influence particulière. Pourquoi est-ce sement assimilé M. A'natole France à\nà Gand et non ailleurs (Bruges eût semblé M. Francisque Sarcey, finit par reconnaître\nbien mieux indiqué!) que surgit cette trinité du talent à l'auteur du Lys rouge.\nde poètes dont l'art concentré et énigma-         Voici le début de l'article consacré à ce\ntique, fait de terreurs, de frissons, de roman :\nvisions cruelles ou tendres, a troublé ino-      « ANATOLE FRANCE, que mit en relief\npinément notre génération littéraire? Quel surtout la Rôtisserie de la reine Pédauque,\nlien mystérieux rattache à la grande cité apparaît actuellement, avec MAURICE BAR-\nbourgeoise, hargneuse à tout idéal artisti- RES, en coryphée de cette catégorie spéciale\nque, pourrie de doctrinarisme imbécile, d'écrivains, éclose sur le terreau cosmopo-\nMaurice Maeterlinck, Charles Van Ler- lite de Paris, qu'on désigne par l'étiquette :\nberghe et Grégoire Le Roy ? »                  Ecole du Dandysme. Leurs œuvres, belles\n   Oui, pourquoi sont-ils nés à Gand?          en général, se distinguent par une affecta-\n   Question redoutablement insoluble, qui tion pour le RAFFINÉ en toutes choses :\npèsera comme un cauchemar sur la poitrine STYLE, images, tournures. »\nde notre génération.                              Le style raffiné, les images raffinées, les\n   Charles-Quint, il est vrai, vint au monde tournures raffinées de M. France !\nà Gand, — ce fut même, insinuent les. his-        Par opposition au style simple de MM.\ntoriens, dans les latrines, — mais nous Lemonnier, Mallarmé et Saint-Pol-Roux\nsavons pourquoi. C'était afin de pouvoir probablement!\nfaire le calembour célèbre : « Je mettrais        Macbeth avait tué le sommeil, et certains\nParis dans mon Gand. » M. Eugène Robert, critiques tuent le ridicule.\nle spirituel avocat, vit aussi le jour a Gand,\nen chemin de fer. C'était afin de prouver\n                                                  M. de Larmodern déplore que de la lec-\nqu'il était déjà progressiste.\n                                               ture du Lys rouge il ne reste d'autre sen-\n   Mais l'acte de Maurice, de Charles et de\n                                               sation que celle de « quelques heures char-\nGrégoire demeure à tout jamais sans expli-\n                                               meusement consommées ».\ncation.\n                                                 Que diable voulez-vous qu'il nous en\n   Nous savons gré à M. de Larmodern\n                                               reste?\nd'avoir posé cet effrayant problème.\n                                                  Des engelures? Ou une petite corne de\n   A notre tour maintenant d'en poser un :\n                                               rhinocéros sur le nez?\n   \" Pourquoi M. de Larmodern eût-il mieux\nfait de naître à Pontoise? »\n - C'est — ne cherchez pas — parce qu'il          L'abondance des sottises de l'Art moderne\nne cesse d'en revenir.                         nous oblige à remettre au prochain numéro\n                                               des poèmes de M. Maurice Cartuyvels et\n                                               la chronique littéraire de M. Iwan Gilkin.\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": "                                               404\n\n\n                      v                              Dans la deuxième partie, qui forme le\n                                                  corps de l'ouvrage, après avoir défini la base\n . Le comité administratif de la Coopérative      et la nature juridique du droit d'auteur,\nartistique a envoyé la lettre suivante au mi-     ainsi que les objets de ce droit, M. Wauwer-\nnistre de l'intérieur :                           mans fixe les règles spéciales aux diverses\n       « Monsieur le Ministre,                    catégories d'œuvres : littéraires, plastiques,\n                                                  musicales et dramatiques.\n   Vous avez cru devoir accorder votre haut\npatronage à une société anonyme ayant               Il détermine ensuite les diverses caté-\n pour objet la construction à Bruxelles d'un\n                                                  gories d'auteurs, la durée et les limites de\n                                                  leurs droits et des droits de leurs héritiers,\n« Temple des Ans ».\n                                                  donataires ou cessionnaires.\n   Nous nous permettons de vous faire                Pour terminer, il examine longuement la\nremarquer, Monsieur le Ministre, que ce           question des actions en contrefaçon, droit\nprojet est presque intégralement calqué sur       de poursuite, réparations, procédure à sui-\ncelui que nous avons élaboré et dont les          vre dans les divers cas de lésions.\ngrandes lignes ont déjà été livrées à la             Le commentaire de M. Wauwermans en-\npublicité. L'antériorité de l'idée nous re-       visage toutes les questions intéressant la\nvient sans conteste; aussi avons-nous trouvé      production artistique et littéraire. Il coor-\nétrange que vous accordez votre bienveil-         donne judicieusement et pas à pas : la loi\nlant appui à une société anonyme plutôt que       spéciale de 1886, les lois générales régissant\nde l'octroyer à une société composée exclu-       la propriété, et une jurisprudence parfois\nsivement d'artistes.                              un peu déconcertante.\n   La Coopérative artistique, qui connaît les        C'est un travail bien conçu, bien étudié et\ndesidérata et les intérêts de ceux-ci, peut       très clair. Nous le recommandons aux écri-\nleur offrir de plus évidentes garanties qu'une    vains et aux artistes : ils pourront d'ailleurs\nsociété poursuivant un but simplement             le consulter à leur aise chez Paul Lacom-\nmercantile.                                       blez, qui se fera un plaisir de le communi-\n   Confiante dans votre équité et sachant la      quer à nos amis.\nsollicitude dont vous entourez les artistes,         N. B. Cet éloge d'un livre de M. W a u -\nnotre Société nous a chargés de protester         wermans a reçu l'approbation posthume de\nprès de vous.                                     Max Waller, qui a pardonné.\n   Elle espère que vous ne lui refuserez pas\nune protection à laquelle elle a d'incontes-\ntables droits.\n                                                     Ci un extrait profitable de la Dramatur­\n   Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, etc.\n                                                  gie hambourgeoise de Lessing :\n  Leff. Secrétaire,          Le   Président,         « Celui qui raisonne juste invente par là\n   J. HENNEBICQ..     .      ALPH. MOTTE.\n                                                  même, et qui veut inventer doit nécessaire-\n                                                  ment savoir raisonner. Il n'y a vraiment que\n                                                  ceux qui n'ont d'aptitude ni pour l'une ni\n   M. Paul Wauwermans, avocat à Bruxelles         pour l'autre chose qui se figurent qu'elles\net l'un des secrétaires de l'Association artis-   peuvent subsister séparément. »\ntique et littéraire internationale, vient de\n                                                     A méditer par les grands prêtres de\npublier sous ce titre : Le droit des auteurs\n                                                  l'Instinct et par tous les écrivains dont l'es-\nen Belgique, un commentaire historique et\n                                                  thétique a une tendance à marcher à quatre\ndoctrinal de la loi du 22 mars 1886.\n                                                  pattes.\n   La première partie de l'ouvrage est un\ntrès intéressant historique de la reconnais-\nsance du droit des auteurs en Belgique. La           Le Cornélien moderne, — organe men-\ntroisième partie comprend une bibliogra-          suel littéraire, artistique et SATIRIQUE, —.\nphie du droit belge en matière de droit           n'est pas content des plaisanteries de bien-\nd'auteur.                                         venue que nous lui avons décochées. I1\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "                                               405 —\n\nparaît que nous avons laissé passer six mois        manger, la conception. L'homme est femme\navant d'annoncer la naissance du petit.             aussi jusqu'à un certain point, de même que\n  Regrettons vivement. La prochaine fois            la femme est homme; est ce de là peut-être\nque le Cornélien, de plus en plus moderne,          que naît la pudeur différente? »\nlancera son premier numéro, nous l'annon-              Les lecteurs qui aiment ça trouveront la\ncerons tout de suite.                               suite dans le numéro d'août du Réveil.\n\n\n\n   M. Auguste Vierset publie dans un jour-\nnal une série de poèmes dont nous déta-                M. Georges Polti, à qui nous devions\nchons avec plaisir le sonnet suivant, qui est       déjà la notation des gestes, publie dans le\nd'un coloriste remarquable :                        Mercure une copieuse étude sur « les 36\n                                                    situations dramatiques ».\n            LES FLAMANTS (1)                           Car il y en a 36. Ni 35 ni 37, 36.\n  En une hiératique pose,                              Faut-il que nous nous retenions pour ne\n  Ils s'alignent, vivants rosiers,                  pas faire de plaisanteries scabreuses !\n  Au marais que les balisiers\n  Carminent de leur cyme éclose.\n                                                       La découverte de M. Polti consiste à\n  Ils pointent leur bec d'argyrose                  ramener au même dénominateur le Richard\n  Le long des graciles osiers;                      III de Shakespeare et les Cinq Doigts de\n  Et des ailes, rouges brasiers,                    Birouk de M. Décourcelle.\n  Émerge leur poitrine rose.                           Il y a des gens qui s'amusent à s'embêter.\n  C'est — dans la pourpre — un tendre éclair\n  De pâle neige, un rire clair\n  De blancheurs que le soleil dore.\n  Et l'on dirait, sous le ciel bleu,                 . M... Henry Van de Velde va faire paraître\n  Des cygnes au duvet d'aurore                      sur papier Ingres\" une plaquette de grand\n  Rêvant sur une mer de feu.\n                                                    luxe, intitulée Déblaiement d'Art.\n                                                       L'Art est averti.\n                                                     . Malheureusement, le papier Ingres est\n   Quelques pensées de Novalis, qui rap-            fort vieux.\npellent un peu les Menus propos de M. Mau-             Le papier Monet vaudrait mieux.\nrice Maeterlinck :\n   « De même que nous engraissons la terre\npour les plantes, de même, les plantes\nengraissent l'air pour nous. Elles sont les           Le dernier numéro de la revue néerlan-\nenfants de la terre, et nous, les enfants de        daise Van Nu en Straks est une merveille.\nl'éther. Nos poumons sont nos racines,              M. Georges Lemmen l'a orné d'illustrations\nnous vivons lorsque nous respirons, et nous         caractéristiques. Au sommaire les noms de\ncommençons de vivre en respirant. Les               MM. Vermeylen, Van Offel, Hegenscheidt,\nenfants du ciel dévorent les filles de la           de Bom, Van Langendonck, etc., etc.\nterre; nous mangeons les plantes et elles\nprospèrent dans nos cendres. Notre acte de\nmanger correspond à la fécondation des                De M. Emile Verhaeren, dans le Réveil :\nplantes. Concevoir est la jouissance fémi-           Voici les marguilliers pacifiques et mous\nnine, digérer celle de l'homme. (Un ivrogne          Qui font craquer leur stalle en pliant leurs genoux.\nest à comparer à une femme dissolue.) La              Pas si mous, s'ils font craquer leur stalle,\nfécondation est la suite de l'acte de manger;       pas si mous!\nc'est l'opération inverse. A la fécondation           Il est vrai que le poème se passe au temps\ns'oppose l'enfantement comme à l'acte de            des « peurs affirmatives ».\n                                                      « Peurs affirmatives », qu'est-ce que cela\n (1) Et non les Flamands (note pour M. Wilmotte).   peut bien vouloir dire?\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "                                         — 406 —\n  Nous avons une peur négative que l'auteur       Bruxelles et les reprises traditionnelles se\nne réussisse jamais à nous expliquer ce           succèdent sans grand fracas. Ces sortes\nrébus.                                            d'événements artistiques ne présentant pas\n                                                  un intérêt très palpitant, nous attendrons,\n                                                  pour publier une Chronique musicale, que\n                                                  la représentation d'une œuvre nouvelle ou\n      Nos lecteurs savent qu'un collaborateur     quelqu'un des grands concerts que l'on\n  du Journal, M. Georges Docquois, a eu           nous promet nous en fournisse le sujet.\n  l'idée originale de consulter un certain        En attendant, annonçons : A la Monnaie,\n  nombre de poètes sur la question de savoir      Samson et Dalila, de Saint-Saëns, la\n                                                  Navarraise et le Portrait de Manon, de\n qui «dans la gloire et le respect des Jeunes »\n                                                  Massenet. Aux Concerts populaires, Fran-\n  remplacera Leconte de Lisle.\n                                                  cesca di Rimini, de Paul Gilson, pour soli,\n     Voici les résultats de ce vote étrange :\n                                                  choeurs et orchestre, et la Symphonie céve-\n     Paul Verlaine, élu, 77 mentions.\n                                                  nole de d'Indy, pour piano et orchestre.\n     José-Maria de Hérédia (38), Stéphane\n                                                  Au Conservatoire, le Rheingold deWagner,\n  Mallarmé (36), Sully-Prudhomme (32),\n                                                  le Concerto de piano en ut mineur et la\n François Coppée (26), J. Richepin (21),\n                                                  Neuvième de Beethoven.\n  Léon Dierx (15), Catulle Mendès (14), Henri\n de Régnier (11), Frédéric Mistral (9), Sil-        A la Société des Nouveaux Concerts (une\n vestre (Armand) (6), Albert Samain (5),          entreprise tout récemment fondée), des\n F. Vielé-Griffin (5), Jean Moréas (4), Emile     concerts sous la direction de Hans Richter,\n Zola (4), Auguste Vacquerie (4), de Strada       Ch. Bordes, Richard Strauss, Franz Ser-\n (4), Anatole France (4), Adolphe Retté (4),      vais, Kes et Mottl.\n Gabriel Vicaire (4).\n     Trois mentions : André Theuriet, Louis\n Le Cardonnel, Maurice Rollinat, Stuart\n Merrill.\n                                                    Un cercle choral de dames vient de se\n     Deux mentions : Jean Aicard, Maurice\n                                                  fonder à Bruxelles sous le titre Pro Arte.\n Bouchor, Edmond Haraucourt, Clovis\n                                                  Les répétitions auront lieu tous les jeudis\n Hugues, Jean Lahor, Stephen Liegeard,\n                                                  soir à la salle Erard, 4, rue Latérale. Pour\n Albert Mérat, Raoul Ponchon et Emile\n                                                  tous renseignements, s'adresser soit aux\n Verhaeren.\n                                                  directeurs, MM. Ch. Léonard, 48, rue des\n     Une mention : Emile Bergerat, Saint-\n                                                  Drapiers, et E . Closson, 82, rue de la Croix,\n Georges de Bouhélier, Paul Bourget, Henry\n                                                  soit par écrit au local de la société.\n Degron, Paul Déroulède, Auguste Dorchain,\n Ernest Dupuy (?), Emile Goudeau, André\n Ibels, Gustave Kahn, Raymond de la Tail-\n hède, Auguste Lacaussade, Leygues, Mau-\n rice Maeterlinck, Joseph Mathieu (?), Pierre\n Quillard, Xavier de Ricard, Emile Riche-\n bourg (!), Henri Rochefort, S a i n t - P o l\n Roux, Emmanuel Signoret, Laurent Tail-\nhade, Daniel de Venancourt et... un élé-\n phant (!!!)\n' Il nous semble qu'il y avait lieu à un\n scrutin de ballottage, avec affiches électo-\n rales de Chéret.\n\n\n\n  La saison théâtrale      s'est rouverte    à\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "               P a u l LACOMBLEZ\n      ÉDITEUR          DE LA J E U N E           BELGIQUE\n                     31, rue des Paroissiens, 31\n                             BRUXELLES\n\n\n                   VIENT DE PARAITRE\n                                DANS LA\n\n P E T I T E     COLLECTION                  DES           P O E T E S\n\n                     A L B E R T GIRAUD\n\nSOIRS DU SIÈCLE\n                                   II\n       S o u s la C o u r o n n e . — D e v a n t le   Sphynx.\n  Un volume sur papier de luxe, titre en couleur. Prix : 3 francs.\n              Restent quelques exemplaires Van Gelder,\n       sous couverture parchemin à                  5 francs.\n\n\n          POUR PARAITRE LE 5 NOVEMBRE\n                     LOUIS DELATTRE\n\n  Les Miroirs de Jeunesse\n              Un volume in-18 jésus. Prix : fr. 3-50.\nQuelques exemplaires sur hollande Van Gelder sous parchemin à fr. 7~50.\n\n\n                EN P R É P A R A T I O N               :\n\n\n                     NOVALIS\n   Traduction précédée d'une étude, par MAURICE MAETERLINCK.\n\n\n\n                          En vente :\nBARRÉS (M.) : Du Sang, de la Volupté et de la Mort.   . . . fr.     3 50\nBRUNETIÈRE (G.) : L'Evolution de la poésie lyrique en France\n   au X I X e siècle. Tome II                                       3 50\nGEFFROY (G.) : Le Cœur et l'Esprit                                  3 50\nVERLAINE : Epigrammes                                               3 60\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "LAFORGUE (JULES) : Moralités légendaires. Tirage de luxe . fr,              6 00\n          —            Poésies complètes (y compris Derniers\n     Fers). Tirage de luxe                                                  6 00\nMALLARMÉ (STÉPHANE) : La Musique et les Lettres . . . .                     2 00\nROSNY (J.-H.) : L'Indomptée                                                 3 50\nVERLAINE (P.) : Epigrammes, avec frontispice de Cazal . . .                 3 50 .\nVIELÉ-GRIFFIN :                          πάλαι                              2 00\nLAFENESTRE (G.) : Catalogue illustré des Musées de Florence.\n    Un fort volume relié                        10                             00\nL'YMAGIER, n ° 1 . Publication trimestrielle in-8°, publiant des\n    images et des études sur les imagiers anciens et nouveaux .             3 50\n\n\n                   PRIME AUX ABONNÉS\n                                       DE LA\n\n\nJEUNE BELGIQUE\n                                     LES\n\n\n        QUATRE FILS AYMON\n                 Un superbe volume in-4 0 de 240 pages\n                  ILLUSTRÉ\n  A CHAQUE PAGE DE COMPOSITIONS EN COULEUR\n                                           PAR\n\n                           GRASSET\nCe magnifique ouvrage, é d i t é à, 1 0 0 f r a n c s , sera fourni à nos abonnés\n                     par l'éditeur P. LACOMBLEZ\n\n            au prix de SOIXANTE FRANCS comptant\n                       OU 65 FRANCS PAYABLES :\n    25 fr. en souscrivant ; 20 fr. le 1er décembre et 20 fr. le 1er janvier.\n\n\n           Dépôt des Revues Françaises :\n            La Plume, fr. o-5o; franco, fr. 0-55\n      Le Mercure de France, 1 franc ; franco, fr. 1-25\n          L'Ermitage, fr. 0-80 ; franco, fr. 0-90\n              L'Ymagier,  3-50; franco, 3-60\n                 Bruxelles.— Imprimerie Ve Monnom, 32. rue de l'Industrie\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1894-10-01", "preuve": "Octobre 1894, numéro 10, couverture PDF 404 ; aucun jour imprimé."}}