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TOME XIV. — No 3                                       15me Année.\n\n\n\n\nA\n  JEUNE\n                   BELGIQUE\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-03-n3-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 150, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 180, "fin_caractere_exclue": 1391, "texte": "SOMMAIRE:\n\n     Sonnets                                               VALÈRE GILLE.\n     Deux livres belges. I. Imogène;      II. Les Vil­\n       lages illusoires                           '...'.   1\\VAN GILKIN.\n     Histoire de la littérature française hors de\n       France, par Virgile Rossel                          ERNEST VERLANT.\n     Chronique musicale                                    ERNEST CLOSSON.\n      Chronique artistique :\n         Exposition      Pour l'Art                        KALOPHILE.\n      Memento                                              NEMO.\n\n\n\n\n        REDACTION                                                    BRUXELLES\n 110,RUED E   LA   LIMITE,   BRUXELLES.                       PAUL    LACOMBLEZ,         ÉDITEUR\n                                                                     31, rue des Paroissiens\n                                                                           PARIS\n   PRIX DU NUMÉRO                                          C H A M U E L , LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                      29, rue de Trévise\n        fr. 0-75.\n                                                                             1895\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-03-n3-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue mensuelle de littérature", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quel est l'homme politique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 151, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 359, "fin_caractere_exclue": 1100, "texte": "Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                          PARAISSANT I.E 5 DE CHAQUE MOIS\n\n  Fondateur      : M A X W A L L E R (MAURICE               WARLOMONT)\n             Directeur : IWAN GILKIN, 110, rue de la Limite.\nSecrétaire de la rédaction : M. MAURICE DESOMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n             7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n\n\n  G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                  des Capu­\ncines, 16, à Paris\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand ; Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, marché Saint-Jacques.\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-03-n3-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quel est l'homme politique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 151, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1100, "fin_caractere_exclue": 1554, "texte": "Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 21, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-03-n3-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 133, "page_fin": 138, "titre_corps": "Sonnets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "SONNETS ÉPIGRAMME ANTIQUE", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 152, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1196, "texte": "SONNETS\n              ÉPIGRAMME ANTIQUE\n                                                A ALBERT GIRAUD\n\nLe soleil a franchi le mont. A ce signal,\nMouillé d'or et d'azur, le paysage change ;\nLa vigne de l'auvent frissonne, et dans sa frange\nDe feuille en feuille glisse un frais rire vernal.\nLa vive poule d'eau rôde sur le chenal ;\nLes merles, dans les fleurs que la brise mélange,\nGazouillent; mais c'est toi, ma mutine mésange,\nQue j'appelle, en t'offrant ce présent matinal :\nDu mouron délicat, des gouttes de rosée,\nEt, pour que ta jeune âme amie en soit grisée,\nDu millet qu'aujourd'hui moi-même j'ai fauché.\nNotre berger sera jaloux. Sur la cabane,\nViens te poser et chante, afin qu'ici, couché,\nJe goûte un doux sommeil à l'ombre du platane.\n\n                        GLOIRE\nQuel feu surnaturel par ton' front projeté!\nL'Aurore marche avec ta jeunesse bénie;\nMiroir sacré du ciel, grâce, force, génie,\nLyre où vole, enflammé, l'hymne de la Beauté!\nEn l'extase d'amour où tu m'as transporté,\nJ'ai compris désormais l'éternelle harmonie :\nAu céleste foyer mon âme réunie\nA goûté la splendeur de la pure clarté.\n                                                            9\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1534, "texte": "                       -      134-\n\n\nTu vas enveloppé de parfums et de flammes ;\nSur tes lèvres en fleur vibrent les jeunes âmes.\nLa terre te bénit, fils des dieux exilés.\n\nIl jaillit de ton cœur des musiques profondes,\nEt je vois, noble enfant, en tes yeux étoiles,\nDans un divin concert, naître et chanter les inondes.\n\n\n                      HOMMAGE\n\nJeune homme, tu fus beau. Simple ou grand, tu n'as pas\nCouronné du divin laurier ton front auguste ;\nQu'importe qu'un haut f ait illustre ne s'incruste\nSur le cippe immortel qui fixe un fer trépas!\nEnivré d'harmonie au rythme de tes pas,\nJ'aimais à contempler ta jeunesse robuste ;\nQuel artiste sculpta ce visage et ce buste?\nTes yeux d'acier, dans quel glacier tu les trempas?\n\nTa grâce aurait été par la Grèce acclamée ;\nL'argent mat d'une coupe, ou l'onyx d'un camée\nEussent éternisé ton profil souverain.\n\nMais dans ce siècle vil vaine sera ta gloire.\nTon nom n'est point inscrit sur les lames d'airain :\nPour moi seul j'ai gravé ce médaillon d'ivoire.\n\n\n                    IMMORTALITÉ\n\nEh quoi! ce corps divin, déjà le temps l'accable;\nNul ne pourra bientôt le reconnaître tel.\nSeul, en mon cœur pieux, son triomphe immortel\nDans un pur souvenir demeure ineffaçable.\n\nMais non, tu survivras ; je le veux. Si le sable\nEnsevelit de même et les morts et l'autel,\nMieux qu'avec le ciseau, la laye ou le martel,\nJe saurai te sculpter un socle impérissable.\nJe volerai le feu sur ton front reflété\nAfin que dans mes vers sa sublime clarté\nTe redonne une vie inaltérable et fière.\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1534, "texte": "                        — 135 —\n\nOr donc, que ce sonnet te soit ton piédestal\nOù, jeune comme un dieu, beau comme la lumière,\nTu danseras au son des flûtes de cristal.\n\n\n                    MANSUÉTUDE\n\nMon frère, épargne-moi, puisque je ne t'envie\nNi ton butin sanglant, ni ta lutte sans trêve.\nCe monde est un mirage, une bulle qui crève;\nJe méprise ce songe et dédaigne la vie.\n\nVois! mon âme au désir ne s'est point asservie.\nQue craindre d'un enfant qui s'isole et qui rêve?\nJe te cède ma part d'une ivresse trop brève ;\nLaisse à ses pâles fleurs ma jeunesse ravie.\n\nTa clémente pitié ne m'est pas une offense.\nAime-moi : ma faiblesse est ma seule défense;\nJ'ai ceint mes longs cheveux de divines corolles.\nLivre ta bouche fière à ma bouche soumise\nAfin que dans ton cœur, grisé de mes paroles.\nJ'enfonce, en t'enlaçant, les ongles que j'aiguise.\n\n\n            LES DOCTEURS DE LA LOI\n\nTon amour ? lâcheté, ta charité? folie.\nCrois-nous, le temps n'est plus des vaines oraisons;\nCesse de marmotter aux portes des maisons,\nCar nous n'attendons rien de ton âme avilie.\n\nAssez, rêveur! Voici ta part; la loi te lie.\nNe tourne pas les yeux vers de faux horizons ;\nA la dure raison, obéis. Nous pesons,\nNous jugeons ; nous avons la force : romps ou plie.\nNotre cité nouvelle a des portes de fer ;\nElle se rit du ciel, ainsi que de l'enfer.\nTon Dieu? l'homme aujourd'hui le chasse et le renie.\nVa-t'en! Nous, d'un esprit méticuleux et froid,\nNous réglons le bonheur, la paix et l'harmonie.\nNous apportons, enfin, la justice et le droit.\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1487, "texte": "                       — 136 —\n\n\n\n                  LES P R O P H È T E S\n\nO terre ! entends encor les clameurs des Prophètes.\nNous les avons revus, ces sinistres hâbleurs,\nSemant partout la haine et la rage et les pleurs,\nEt criant anathème au milieu de nos fêtes.\n\nCourez de ville en ville, énergumènes ! faites\nReluire aux yeux hagards l'espoir des jours meilleurs,\nForgez les volontés aux brasiers des douleurs;\nLes soirs ensanglantés annoncent nos défaites.\n\nSubstituez surtout votre cœur maladif\nAu cœur dur et grossier de l'animal naïf\nQui se vautre avec joie en son heureuse fange.\n\nVous mentez ! quand, hurlant, vous traînez à vos pas\nCes brutes qu'en martyrs votre charité change :\nCes maux que vous clamez, elles n'en souffrent pas.\n\n\n                   LE DIEU NOIR\n                                                 A I\\VAN GlLKIN\n\n\nLe sol est âpre et nu : ni ronces, ni viornes.\nL'horizon fuit, mêlant la cendre au mâchefer;\nSeul, un bloc de granit calciné par l'enfer\nAssigne, tout à coup, à la terre ses bornes.\n\nSur le sommet, grandi par l'ombre, les yeux mornes\nEt le front ténébreux, sur son trône de fer,\nCourbé sous sa pensée, est assis Lucifer,\nFatal', énorme et noir, un cierge entre les cornes.\n\nDans la plaine, aux lueurs des torches, se débat,\nIvre là-bas, l'orgie infâme du sabbat.\nMais grave, Lui, le Dieu maudit au pied de chèvre,\n\nDans l'ennui méprisant de son éternité,\nRêve, immobile, un doigt appuyé sur la lèvre,\nEn regardant grouiller la vaine humanité.\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1399, "texte": "                        -   137   -\n\n\n\n\n                 LA T Ê T E DE MORT\n\nAu chevet de ton lit d'amour appelle et groupe\nTes amants furieux, vile esclave du Mal,\nEt, comme un orgueilleux et superbe animal,\nCambre, pour les tenter, et ta gorge et ta croupe.\nMais ne me compte plus parmi l'abjecte troupe\nQui t'assaille, en hurlant, de son désir brutal;\nJ'ai vu luire l'enfer dans tes yeux de métal,\nJ'ai bu la lie amère et je jette la coupe.\n\nVa-t'en perpétuer la race et le péché!\nEngendre, meurs, renais. De cet enfant, penché\nSur ta lèvre, assouvis l'instinct qui pleure et râle.\n\nObéis à la Bête immonde qui te mord :\nTue en nous l'idéal, fais de chaque homme un mâle,\nEt casque tes cheveux d'une tête de mort.\n\n\n\n                        L'ÉGLISE\n\nTes prêtres, ô Seigneur! m'ont enseigné la loi :\nFuis l'œuvre, crains la chair, renonce sans connaître,\nDevant le Dieu vengeur anéantis ton être;\nVoici les dogmes sûrs et précis, courbe toi.\n\nNous avons rédigé les articles de foi.\nApporte ton obole et sache te soumettre;\nMalheur à l'orgueilleux qui veut être son maître!\nObéis et suis nous, sans demander pourquoi.\n\nNous avons sur le roc bâti la forteresse.\nNous sommes les soldats du Christ : l'Eglise dresse\nSur le monde tremblant et le glaive et la croix.\n\nNous avons le pouvoir qui lie et qui délie.\nEt surtout, garde-toi de boire, ô toi qui crois,\nAux lèvres de Jésus l'amour et la folie.\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "                       — 138 -\n\n\n            LE TOMBEAU DU C H R I S T\n\nDieu mort! qui nous rendra ces beaux jours où ton nom\nChantait comme un baiser sur les lèvres crispées,\nOù les âmes de fer et dans la foi trempées\nBravaient, ivres d'amour, bûcher et cabanon?\nDe ces martyrs, ô Christ! que reste-t-il? sinon\nD'impassibles docteurs de robes et d'épées,\nEdictant, fiers du sceptre et des clefs usurpées,\nLa règle doctrinale ou bien le droit canon.\n\nIls ont tué l'esprit de ta parole sainte.\n Tu ne sortiras plus de la quadruple enceinte\nDe leur église où l'on te vend pour un denier.\nDu pommeau de leur glaive ils ont scellé ta tombe;\nEt nous n'entendrons plus ta voix, vain prisonnier,\nFrémir dans l'air heureux comme un vol de colombe.\n\n\n                        VANITÉ\n\nHâte-toi, car le temps est court; allons, travaille\nTends la toile, polis le marbre, fonds l'airain ;\nFais résonner la lyre ou façonne un quatrain,\nEt redresse le front, heureux de ta trouvaille.\nTu sais que tout s'écroule et qu'il n'est rien qui vaille\nLe pérennel éclat de ton art souverain;\nPrends l'essence de l'être et d'un esprit serein\nFixe-la, sans savoir que la foule te raille.\n\nPense à demain pourtant. Qu'importe un siècle ou deux;\nRien n'existe vraiment. Artiste vaniteux,\nDéjà le dernier jour de la Terre se lève.\n\nDemande aux astres morts leur secret redouté.\nTon œuvre est vain; et toi-même, tu n'es qu'un rêve\nD'un Dieu qui songe au fond de son éternité.\n\n                                          VALÈRE GILLE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-03-n3-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 139, "page_fin": 144, "titre_corps": "Deux livres belges : I. Imogène", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Deux livres belges", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "DEUX LIVRES BELGES", "ancre_fin": "profonde et durable impression", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 158, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "DEUX LIVRES BELGES\n                             I. — IMOGÈNE\n\n               L'apparition d'un livre de M. Edmond Picard est toujours, en\n                Belgique, un événement. Et c'est justice. M. Picard n'est pas\n                un homme ordinaire. Juriste de premier ordre, avocat émi-\n                nent, homme public des plus notoire, il occupe dans la litté-\nrature de son pays une place dont on ne saurait contester l'importance.\nCertes, en tant qu'artiste, il mérite de graves reproches : nous y viendrons\ntout à l'heure; mais à travers tous ses défauts apparaissent des qualités\nfoncières qui forcent toujours l'attention, souvent la sympathie.\n    D'abord, M. Picard pense. Les idées générales — scientifiques ou\nphilosophiques — éclosent naturellement dans son cerveau. Quand\nM. Picard a sérieusement médité un sujet, il le pénètre profondément et\nle traite avec une remarquable ampleur ; avec une remarquable originalité\naussi, car il possède ce don précieux d'être naturellement original, ce qui\ndevrait bien le dispenser de rechercher de factices bizarreries de forme,\naussi puériles qu'inutiles. La fréquentation des Jeunes-Belgique a été\nnuisible à M. Picard. C'était un homme mûr lorsqu'il a rencontré ces\njeunes gens, alors âgés d'une vingtaine d'années, en pleine maladie de\njeunesse, en proie à l'ivresse, à la fièvre, à la folie d'une exubérante puberté\nlittéraire. Au lieu de se borner à les accueillir avec une bienveillante indul-\ngence, M. Picard, mû par une sympathie généreuse mais excessive, poussa\nl'enthousiasme jusqu'à contracter la même maladie. Tandis que celle-ci,\nchez les mieux doués de ces jeunes écrivains, suivait son cours normal et\ncédait enfin la place à une véritable virilité artistique, M. Picard ne put ou\nne voulut pas s'en débarrasser; la forme de cet écrivain qui, lorsqu'il\ns'occupe du droit, est merveilleusement saine et vigoureuse, demeure\ninfirme et maladive lorsqu'il parle d'esthétique ; et s'il fait lui-même œuvre\nd'homme de lettres, d'étonnants enfantillages viennent de temps en temps\ndéfigurer une pensée habituellement haute et noble.\n    Ces défauts ne parviennent certes pas à paralyser l'étrange puissance des\nlivres de M. Picard. C'est que celui-ci possède, outre le don de penser et\n l'originalité naturelle, deux qualités de la plus grande valeur. D'abord, de\n même qu'il est naturellement original, il est spontanément pathétique. Il\n possède un cœur passionné, une âme brûlante et vibrante. De quoi qu'il\n parle, il n'en peut parler froidement. Sa parole bondissante a toujours des\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "                                   — 140 —\n\nélans de colère, d'amour ou d'enthousiasme. Dans ses écrits littéraires, tout\nest excessif : la passion l'entraîne où elle veut, tantôt dans le bien, tantôt\ndans le mal, et sa raison, si admirablement outillée qu'elle soit, n'est que la\nservante de ce cœur passionné, car au lieu de le dominer, de lui montrer\nune voie et de l'y guider, elle n'a d'autre souci que de justifier l'acte accom-\npli et la parole proférée. Elle le fait avec une singulière habileté : c'est une\nsavante avocate.\n   Cette puissance passionnelle est la qualité maîtresse de M. Picard. Et de\nmême qu'elle ne lui permet point de rester calme, elle empêche les autres\nhommes de demeurer froids devant lui. On l'aime ou on le déteste passion-\nnément. Parfois, on éprouve les deux sentiments à la fois. Le lecteur se\nsouvient-il de ce banquier allemand qui adorait la musique de Wagner,\nmais qui haïssait avec vigueur l'antisémitisme du grand dramaturge\nmusical? Sur la cheminée de son salon se trouvait un superbe buste du\nmaître : notre homme lui avait mis une couronne de laurier sur la tête et\nune corde au cou. C'est un peu comme cela que l'on voudrait traiter le\nbuste de M. Picard.\n   Ah! cette maudite esthétique du désordre, de l'anarchie, de la déforma-\ntion, de la décadence et de la démence!... Ah! ce coquin d'Art moderne,\nqui eût dû faire tant de bien et qui fait tant de mal !...\n   Si M. Picard possède un talent passionné et si par là il se rattache au\nromantisme, ses ouvrages révèlent la main savante d'un constructeur. Dans\nla série d'écrits qu'il a publiés sous ce titre collectif : Scènes de la pie judi­\nciaire, série avec laquelle son Imogène a mainte affinité, bien qu'il n'y soit\nplus question du droit, les irrégularités n'existent qu'à la surface : le fond\nest ordonné avec une méthode sûre, où se révèle l'esprit lucide de l'avocat,\naccoutumé à débrouiller les choses et à classer les idées. Relisez la Forge\nRoussel, l'Amiral, Mon oncle le Jurisconsulte, la Veillée de l'huissier,\nImogène, la mise en scène est simple et forte, admirablement une, et maint\nécrivain en renom y pourrait trouver une utile leçon d'art et un profitable\n modèle. M. Picard, qui dans ses écrits de critique se montre démolisseur\n aveugle, fanatique et systématique, apparaît, au contraire, dans ses ouvra-\n ges, comme un architecte habile, plein de science et de force. Qui expliquera\n ce contraste? Nous nous bornons à le signaler.\n    Il est temps de parler d'Imogène. C'est peut-être le meilleur ouvrage de\n M. Picard. Non qu'il soit sans défauts. Le style est malheureusement irré-\n gulier. Le plus souvent il est noble et émouvant ; parfois il se déforme,\n devient brutal, tourmenté, même baroque. Rien n'est plus regrettable, car,\n revêtant une armature vraiment belle et bien proportionnée, il suscite\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2982, "texte": "                               —      141—\n\n\nl'idée d'un corps admirable dont la peau serait, par endroits, rongée de la\nlèpre ; on dirait encore d'une statue aux formes pures, mais qu'une aberra-\ntion du sculpteur eût capricieusement semée de pustules, de verrues et de\nloupes. L'ensemble est harmonieux et pathétique; mais dès que l'on arrête\nle regard sur telle ou telle partie, quelle disgrâce ! Veut-on des exemples ?\nDès la deuxième page, l'auteur parle de « la mornitude des forces épui-\nsées ». Ailleurs on heurte, au détour d'une phrase, l'adverbe charmeuse-\nment, lequel est horrible et mal formé ; dirait-on « enchanteusement » ou\n« chasseusement » ? Ailleurs encore, ce sont des figures bistournées, malen-\ncontreuses et, au demeurant, peu délicates, du genre de celle-ci : « J'eus,\ncette fois, le sentiment fort que la résonnance féminine d'Imogène frappait\nl'accord plein avec ma virilité sonore. » Enfin l'on rencontre en plus d'un\nendroit des traits d'un pittoresque exorbitant; en voici un exemple : « O\nvieillesse prochaine! avec tes sensations d'horloge usée, d'engrenages\nédentés, de balancier aux pulsations hoquetantes... » L'ouvrage a pour\ncaractéristique une tendance constante à la synthèse, à la généralisation, à\nl'élimination du détail particulier et, le plus souvent, le style s'harmonise\navec cette tendance; voilà pourquoi un relief soudainement exagéré brise\nles lignes de la composition et interrompt le courant émotionnel. Il distrait\nbrusquement l'attention en même temps qu'il choque le goût.\n    Mais si tels sont les défauts qui déparent quelques pages d'Imogène, il\nest juste de reconnaître la belle et large éloquence du style, les périodes\namples et sonores, d'une grande allure oratoire, dont le rythme puissant a\nje ne sais quelle vertu à la fois imposante et émouvante.\n    Imogène est un petit traité de l'amour. On dirait une sorte de conte\nmoral, comme les aimait le XVIIIe siècle, mais pensé et écrit par un de nos\ncontemporains. On le rangera volontiers dans les bibliothèques près de\nl'Adolphe de Benjamin Constant, sur le rayon que dominent Julie, Wer­\nther et René. Mais Imogène possède une physionomie à part. Son origina-\nlité apparaît surtout si on la compare aux romans et nouvelles ayant trait\nà l'amour, qui ont paru depuis un quart de siècle, que dis-je? depuis trente\nou quarante ans! De ces nouvelles et de ces romans, les meilleurs sont ceux\nqui ont fait des âmes amoureuses une analyse aiguë et qui ont noté minutieu-\nsement leurs émotions les plus particulières. On y a fait surtout ce qu'on\nappelle de l'analyse psychologique. Loin d'analyser, M. Picard synthétise.\n L'homme et la femme qu'il met en scène sont à peine esquissés; tout trait\nparticulier est éliminé; toute idiosyncrasie est supprimée; quelques indica-\ntions seulement, absolument nécessaires pour que l'abstraction n'aille pas\njusqu'à la sécheresse : cet homme et cette femme appartiennent aux classes\ncultivées de la fin de notre siècle. Voilà tout.\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2875, "texte": "                                  —   142 —\n\n\n   Eh bien, au moyen de ces deux personnages ainsi généralisés, imperson-\nnalisés, presque réduits à l'abstraction, en bornant, d'autre part, l'action\ndu livre au schéma le plus simple de la passion, — la naissance, le déve-\nloppement, la décroissance puis la fin de l'amour, — sans une aventure,\nsans un incident, sans la plus petite tentative d'une péripétie quelconque\nM. Picard, accomplissant un véritable tour de force, est parvenu à écrire\nun livre profondément pathétique. L'intérêt de l'action, il a eu la hardiesse\nde le chercher non dans l'analyse morale, non dans l'observation psycho-\nlogique, mais dans les larges généralités de la métaphysique. Voilà ce qui\nfait l'originalité profonde et la valeur de ce petit livre, qui dépasse de plu-\nsieurs coudées le niveau des romans les plus « intellectuels » de ce temps,\n   Cette originalité consiste, bien entendu, dans le fait d'avoir bâti un\nroman sur le thème métaphysique dont il est question. Quant à ce thème\nlui-même, il n'appartient pas à M. Picard. Qu'importe? On n'invente pas\ntous les jours en métaphysique. La théorie de l'amour qui fait le fond\nd'Imogêne, est celle qui a été magistralement exposée par Schopenhauer :\nL'amour n'est, dans son essence, que la manifestation de la volonté qu'a la\nnature de perpétuer l'espèce. De simple besoin sexuel qu'est cette volonté\ndans les races animales inférieures, elle s'élève de degré en degré jusqu'à\nl'homme, chez qui elle met en jeu toutes les magies de l'imagination et du\nsentiment ; l'illusion amoureuse transforme le monde en un paradis lumi-\nneux et fleuri, fait à souhait pour les amants. Duperie nécessaire! Car\nl'égoïste raison humaine, qui a pour office de veiller à la conservation et\nau bien-être de l'individu, aurait bientôt montré à celui-ci les misères, les\nennuis et les douleurs qui résultent de la procréation et c'en serait fait de\nl'espèce ! La volonté de la nature enfin satisfaite, toutes ces féeries s'éva-\nnouissent ; il semble que l'on s'éveille d'un rêve ; les êtres qui s'aimaient\nredeviennent peu à peu étrangers l'un à l'autre; l'individu se retrouve seul\ndans l'univers hostile.\n   Tel est, en résumé, le phénomène que Schopenhauer décrit en savant et\nque M. Picard anime en artiste.\n   Mais il n'y a pas identité complète entre leurs deux pensées. Schopen-\nhauer affirme sa thèse avec le pessimisme ironique et brutal qui lui est fami-\nlier. M. Picard doute, se révolte, nie même, un moment, la loi qu'il avait\nd'abord clairement aperçue, et cherche au phénomène de l'amour une raison\nplus haute. Arrivé au point culminant de l'exaltation psychique, il nie le\nmotif physiologique, qui est pourtant la cause de toute son exaltation senti-\nmentale et intellectuelle et il s'écrie hardiment : « O compagne de mes\nillusions, fragile comme moi-même, j'ai aimé plus grande que toi! J'ai\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "                                     -    143    -\n\n\n aimé une force éternelle qui ne naît pas et qui ne meurt pas. J'ai aimé la\n Beauté et je l'ai confondue avec toi qui n'en fus que le support... » Et aus-\n sitôt, s'élevant plus haut encore, il pousse ce cri suprême : « Imogène, loin-\n taine Imogène, ce n'est pas toi que j'ai aimée! ce n'est pas la Beauté que\n j'ai aimée! c'est l'Harmonie ! »\n    Alors jaillit un hymne éloquent à l'Harmonie, qui serait un morceau\nvraiment admirable et parfait, si l'on en pouvait extirper quelques expres-\nsions malencontreuses, écrites à contre-sens, qui disent autre chose' que\n ce que l'auteur veut dire (1). Mais quelle élévation! quelle ampleur dans\n le langage ! Écoutez :\n    « Harmonie! loi suprême du monde! Tu règles les infiniment grands et\nles infiniment petits ! En toi se déversent comme en l'abîme ultime tous les\nefforts de la nature et des êtres vers le Bien et vers le Beau. Entité dernière\net irréductible à laquelle aboutissent, en leurs transformations de plus en\nplus simples, toutes les forces primitives, matérielles et morales... C'est toi\nqui animes l'universelle et inlassable aspiration vers un état meilleur. C'est\ntoi qui fais éclore toutes les espérances. C'est toi qui brilles inextinguible,\nconsolatrice et encourageante, au-dessus des misères, des souffrances et des\ndéceptions. C'est toi qui donnes la paix et la joie dès qu'on t'a conquise.\nC'est toi qui es le ressort toujours bandé de la perfection... Tu fais mou-\nvoir la matière et tu fais mouvoir les âmes. Par toi les mondes gravitent\ndans la superbe ordonnance des sphères. Par toi la Nature compose et\nvarie sans trève, pour l'ivresse de nos yeux, son manteau de couleur et de\nlumière. Par toi les passions, se mouvant dans une juste mesure, deviennent\ndes vertus et des forces salutaires... Les myriades d'atomes qu'agitent les\ninfatigables phénomènes n'ont la fièvre de l'activité que parce qu'ils cher-\nchent, avec la ténacité de l'irrésistible, la place et les rapports qui leur sont\nassignés dans l'ordre suprême fixé par toi et proposé à leurs efforts. On ne\nsouffre que parce qu'on ne te possède pas. S'il était possible d'imaginer un\ncommencement à l'Univers, ce serait à l'heure où tu fus rompue et tes\néléments dispersés, et une fin, à l'heure où tu serais reconquise. Le monde\nest un serpent coupé en morceaux dont les tronçons cherchent à se rejoindre,\n\n\n   (1) Par exemple ceci : « Corps premier qui résume et contient la multiplicité des\nautres... » Jamais, jamais on n'admettra que l'harmonie soit un corps. — Autre erreur :\n«Tu es l'Infini, car rien ne t'échappe. » Idée inadmissible. L'harmonie consistant en un\nrapport, suppose des parties. Donc, il ne saurait être question d'Infini. Plus haut que\nl'harmonie il y a l'unité, qui seule peut être infinie.\n   Plus loin encore l'auteur dit : « Tu es l'Absolu. » — Encore une fois, non! L'absolu\nne peut être que l'unité, et 1 harmonie implique la pluralité.\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2847, "texte": "                                  — 144 —\n\nun vaste édifice écroulé qui travaille à se reconstruire? Peut-être l'univer-\nselle évolution n'est-elle qu'une suite de créations et de ruptures d'harmonie.\nPeut-être est-ce le secret de l'existence du bien et du mal, et de la vie en son\nondulante, bizarre et inlassable agitation. »\n    Qui peut lire ces lignes éloquentes sans y saluer avec émotion un magni-\nfique reflet de la haute philosophie platonicienne? Et qui ne voit qu'il n'est\nvraiment point banal de faire planer un pareil hymne au-dessus d'une confes-\nsion d'amour?...\n    L'auteur a fort exactement décrit le phénomène de l'amour selon la doc-\ntrine schopenhauérienne. L'excitation sexuelle, chez les sujets richement\ndoués, a pour corollaire l'excitation intellectuelle ; le héros de cette nou-\nvelle philosophique se sent transporté par l'amour dans les plus hautes\nrégions idéales ; son esprit, échauffé en même temps que son cœur, détourne\nson attention du monde physique où l'amour se résume en un fait physiolo-\ngique : l'illusion qui le trompe, pour lui faire accepter et vouloir la vie avec\ntous ses phénomènes, avec son plus important phénomène qui est l'œuvre\nde la reproduction, l'illusion abuse son intelligence, lui cache la vérité gros-\nsière et masque l'impulsion sexuelle d'une fausse raison idéale. Il croit\nqu'en aimant une femme il aime l'harmonie. Il verra bientôt qu'il n'en est\nrien. Des que la crise amoureuse entre dans sa naturelle période de décrois-\nsance, que reste-t-il de cette harmonie prétendument incarnée dans la femme\naimée? L'auteur n'en parle plus. C'est que le mirage qui a trompé son\nhéros, pâlit et s'évanouit. S'il revenait sur le passé il serait forcé de dire :\n« Je me suis trompé. Je n'ai pas aimé Imogène parce qu'elle était une incar-\nnation de l'harmonie; mais l'amour qui m'enflammait pour une femme a\néchauffé mon esprit, qui s'est élevé jusqu'à l'intuition intense de l'harmonie\net qui l'a adorée. L'illusion m'a fait croire que l'harmonie était personnifiée\ndans cette femme, alors que, en réalité, cette femme n'était que le cristal\nmagique au travers duquel j'ai pu, un instant, apercevoir une grande idée. »\n    On ne doit pas moins admirer la dernière partie de ce petit livre que les\n précédentes. Le déclin de l'amour y est décrit avec autant de force, de\n sobriété et de pathétique que sa croissance et sa passagère apothéose. La\n rêverie amoureuse commencée dans la mélancolie, s'était précisée dans une\nmerveilleuse progression de lumière, de beauté et de bonheur; la décrépi-\ntude de l'amour n'est pas moins admirablement graduée; peu à peu la\n flamme magique baisse et les tristes ténèbres rétablissent leur empire.\n M. Picard a su terminer Imogène par quelques phrases d'une beauté grave\n et émouvante, qui laissent dans l'âme du lecteur une profonde et durable\n impression."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-03-n3-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 145, "page_fin": 154, "titre_corps": "Deux livres belges : II. Les Villages illusoires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Deux livres belges", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "II LES VILLAGES ILLUSOIRES", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Histoire de la littérature française", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "II. — LES VILLAGES ILLUSOIRES\n\n  Les Villages illusoires! Titre singulier, mais qui tient ses promesses.\nRien n'est certes plus illusoire que les villages de M. Emile Verhaeren.\nPour y arriver il faut recourir à un passeur d'eau ; malheureusement le\npasseur d'eau ne passe pas; il tient avec ténacité un roseau vert entre ses\ndents, mais il a beau s'évertuer, il ne parvient pas à quitter le bord. La\ntempête est trop forte. Mais la pluie ne laisse pas que d'être bizarre. « Ses\nongles systématiques tissent le vêtement, maille à maille, de dénuement\npour les maisons et les enclos des villages gris et vieillots. « Sur la rivière\nflottent des barques, où travaillent « les vieux pêcheurs de la démence ».\n                       Tel ouvre ses nasses\n                       Aux deuils passants qui le menacent;\n                       Et celui-là ramasse au bord\n                       Les épaves de son remords.\n  Le meunier n'est pas moins extraordinaire. On lui apporte successive-\nment les divers débris de sa femme, qu'on a coupée en morceaux : le doigt\ndont on avait ôté l'anneau, les seins, les yeux « fixes commes des\ncibles ». Enfin :\n                       Un aveugle, deux loqueteux,\n                       Un sourd et un boiteux,\n                       Lui apportèrent l'âme\n                       Infâme de sa femme.\n    Laissons le meunier « coudre son linceul, au tic-tac dur du moulin noir »\net occupons-nous de la neige. Dans les villages de M. Verhaeren la neige\ntombe non pas continûment, ou continuellement, ce qui serait banal et bon\ntout au plus pour un village ordinaire, elle tombe « indiscontinûment ».\nElle tombe aussi « myriadaire », ce qui n'est pas très compréhensible.\n    Le silence ne le cède pas à la neige en originalité. Depuis l'été il « n'a\npoint bougé dans la bruyère ». Il n'a pas bougé, pourtant il s'allonge, grâce\naux soirs qui « plongent par au-delà des montagnes de sable et des taillis\n infinissables, au fond lointain des loins ». Infinissables? parfaitement. Le\n silence mire « obstinément ses yeux abstraits » dans des marais. Ce n'est\n pas tout. Ce silence, qui ne se refuse rien, est « autoritaire » et il « inocule...\n l'inquiétude de l'inconnu ». Comme, d'ailleurs, il fait tout cela sans bouger,\n il copie effrontément la neige, lui vole son adverbe et « reste indiscontinû-\n ment le même ». Après le silence, le vent ; comme on le voit, pour illu-\n soires qu'ils soient, les villages de M. Verhaeren tiennent à rester métho-\n diques et isolent avec soin, sous une étiquette spéciale, toutes les curiosités\n qu'ils offrent au public. Le vent « râpe du fer ». Il « se déchire et se\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "                                   —   146 —\n\n\ndémembre ». Il est « fauché » par le moulin noir, mais il n'en a cure, car\nil « jeta la lune à bas ». Et\n                        ... n'en pouvant plus\n                        Tous les villages vermoulus\n                        Criaient comme des bêtes\n                        Sous la tempête.\n  Sous un vent qui se permet de telles prouesses, rien d'étonnant si les\nmeules brûlent. Aussitôt se produisent des phénomènes remarquables.\n                    Les tocsins cassent leurs bonds de sons\n                    Aux quatre murs de l'horizon.\n   La flamme est « virgulante », ce qui fait comprendre que « les obstiné-\nment silencieux, avec de la stupeur aux yeux, regardent ! »\n   Revenons aux habitants de ces prodigieux villages. Nous avons déjà fait\nla connaissance du passeur d'eau, des pêcheurs et du meunier. Voici le\nmenuisier. Le bonhomme a du faire jadis quelques études, car l'auteur lui\naccorde le titre de « menuisier du vieux savoir ». Un peu maniaque, pour-\ntant, ou retiré des affaires, car il ne s'occupe ni de raboter, ni de clouer, ni\nde confectionner des portes, des fenêtres et des armoires, voire des cercueils,\nce qui est le travail ordinaire des menuisiers dans les villages moins illu-\nsoires, mais il\n                    Fait des cercles et des carrés\n                    Tenacement pour démontrer\n                    Comment l'âme doit concevoir\n                    Les lois indubitables et fécondes\n                    Qui sont la règle et la clarté du   monde.\n  Ce menuisier surprenant « dit l'univers » et sur le faîte de son travail\n« chinoisement complexe », il « dresse Dieu ». Enfin, il daigne accorder\nun souvenir à la menuiserie :\n                        / / rabote ses arguments\n                        Et taille en deux toutes   répliques.\n   Il « raffine sur la substance », donne au mystère « un nom complémentaire »\n(le vieux traître!) il n'a rien « laissé d'impossible qu'il n'ait casé... en des\ntiroirs de syllogismes », il fait « l'éternité à coups d'équerre et de réglette».\nIl a pour voisins le curé et le médecin, « qui ramassent en ses travaux irré­\nductibles chacun pour soi des vérités incompatibles », ce qui ne laisse pas\nque d'être extraordinaire, puisque chacun de ces messieurs réduit à son\nusage ces travaux prétendument irréductibles, et y trouve des vérités incom-\npatibles.\n   Ces vérités incompatibles sont une jolie trouvaille; mais comment,\ndiantre! tant d'incompatibilité entre-t-elle dans l'irréductibilité? On voit\nbien que nous divaguons dans l'illusoire.\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2746, "texte": "                                   — 147 —\n\n  Après le menuisier, le sonneur. Celui-ci voit brûler la tour de l'église : il\nsonne éperdument le glas et périt, écrasé par la chute d'une cloche.\n                    Et la cloche qui défonça le terrain mou\n                    Fut son cercueil et fut son trou.\n   Telle est son oraison funèbre, dont la platitude lui convient à merveille.\nUn personnage plus intéressant appelle notre attention : c'est le fossoyeur.\nIl est peut-être né avant le déluge, car l'auteur dit : « Depuis toujours un\nhomme bêche la terre sèche. » Admirons en passant la description du cime-\ntière, « le jardin des ifs et des trépas », qui fait penser à la phrase célèbre :\n« J'ai perdu la tête et mon parapluie » ou cette autre : « Je suis sorti de chez\nmoi et d'embarras. » Tout à coup nous apprenons que, à l'instar du meu-\nnier et du menuisier, le fossoyeur n'est pas un fossoyeur ordinaire; il\nn'enterre pas les morts, mais « il amène et couche en terre sa durable misère\nhumaine ». Il enterre donc sa propre misère, et comme celle-ci est durable,\nil l'enterre probablement vivante, ce qui est horrible ; mais il la déterre sans\ndoute aussitôt puisqu'il ne cesse de la renterrer. C'est le fossoyeur-Pénélope.\nTous les jours arrivent vers lui des files de cercueils blancs. Ceux-ci sont\npleins des douleurs du fossoyeur, paraît-il; on ne s'explique pas très bien\npourquoi ces douleurs viennent de partout excepté du cœur même du fos-\n soyeur, puisque enfin ce sont ses propres douleurs. Mais n'insistons point\n sur ces mystères. Quelles sont les douleurs du fossoyeur? L'auteur nous les\n fait connaître :\n                  Voici ses désirs fous vers les soirs mortuaires,\n                  Voici ses deuils d'il ne sait quoi, voici ses pleurs\n                 Immobiles pour à jamais, en des suaires.\n                 Voici ses souvenirs et leurs regards usés\n                 A venir de si loin par à travers les heures...\n  Tout cela est terriblement compliqué, même pour le fossoyeur d'un\nvillage illusoire. Qu'est-ce que ce « désir fou vers des soirs mortuaires? »\nQue sont ces pleurs à jamais immobiles dans des suaires ? Les a-t-on con-\ngelés? Mais les plus étonnants sont ces souvenirs qui se sont usé les\nregards à venir de si loin !... Un autre cercueil blanc renferme\n                   Le geste de son vouloir en coup d'éclair.\n                   Qui gît inerte et qu'il ne peut redresser clair.\n  Cette dernière métaphore touche au comble de l'absurde : elle montre un\ngeste qui est pareil à un éclair, qui pourtant est inerte et qu'on ne peut\nredresser !...\n  Cependant les cercueils blancs ne cessent d'arriver de toute part ; ils vont\n« au long des champs, au long des clos, au long des bornes, au long de\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2839, "texte": "                                    -   148     -\n\nl'inconnu où l'effroi corne ». Pourquoi l'effroi corne-t-il dans l'inconnu?\nMystère. Le fossoyeur s'obstine à « cacher sous terre sa mort multiple et\nfragmentaire; » laissons-le à cette besogne et saluons le valet de ferme. Celui-\nci a été chassé pour avoir regardé de trop près la fermière; il court le monde\n                      Du port d'Anvers à Trébizonde,\n                      Jusqu'aux pays où l'or nouveau\n                      Monte des mains jusqu'au  cerveau.\n   Ce dernier renseignement n'est pas des plus précis ; mais peu importe. La\nfermière est morte, le fermier est mort; après « des ans et puis des ans » le\nvalet revient, rebâtit la ferme, déterre la fermière, dont le cadavre n'est plus\nde première fraîcheur, et renouvelle les exploits du célèbre sergent Bertrand.\nMême pour un village illusoire, il n'y a là qu'un simple sujet de com-\nplainte. Mais le cordier et le forgeron sont autrement intéressants. Le cordier\n                        Du fond du soir tourbillonnaire (!!!)\n                        Attire à lui les horizons.\n   C'est que, tout comme le menuisier qui se moquait pas mal de la menui-\nserie, le cordier songe à tout autre chose qu'à faire une corde; il tourne\nentre ses doigts une sorte de ficelle idéale, qui vient on ne sait d'où, mais\nqui a la propriété d'attirer l'horizon. Soit! Va pour cette ficelle ! Mais voilà\nque ces horizons ne sont pas des horizons, pas plus que le cordier n'est un\ncordier ni sa corde une corde.\n   Les horizons, ils sont là-bas, dit très judicieusement l'auteur, puis il les\ndécrit: « Regrets, fureurs, haines, combats, pleurs de silence ou pleurs de\nvoix (? ?) les horizons des autrefois      »\n   Et le cordier visionnaire attire à lui le passé : vie des pasteurs nomades,\nvie des hordes barbares, vie des chrétiens des croisades, etc.\n   Puis, le soir, qui était tourbillonnaire, devient divitiaire, et le cordier\nattire à lui les horizons du présent ; enfin le soir devient auréolaire et le\ncordier attire les horizons de l'avenir. Ici le cordier devient touchant : il voit\nun double escalier d'or dont les degrés sont bleus de l'or d'azur, sans\ndoute) et que gravissent le rêve et le savoir, qui, partis séparément, montent\nvers un palier unique; « là-haut, l'éclair s'éteint des chocs et des con­\ntraires ; le poing morne du doute entrouvre au clair ses doigts ; l'œil\nregarde s'unir dans l'essence les lois qui fragmentaient leurs feux EN DOC-\nTRINES HORAIRES ! ! ! » Que le cordier secoue un peu sa corde, peut-être\nattirera-t-il un horizon moins chaotique et moins cocasse.-\n   Quant au forgeron, il est de la même famille que le menuisier, le cordier\net le fossoyeur. C'est un forgeron allégorique, qui martèle « les pâles laines\nimmenses de la patience ». Et pour les forger, voici ce qu'il a jeté « dans\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "                                   —    149 —\n\nson brasier » (l'auteur a, sans doute, voulu dire : dans son creuset) ; il a jeté:\n« les cris d'opiniâtreté, la rage sourde et séculaire », puis « révoltes, deuils,\nviolences, colères, pour leur donner la trempe et la clarté du fer et de\nl'éclair ». Il forge les armes futures de la foule; la foule\n                     Fera surgir, avec ses bras impitoyables,\n                     L'univers neuf de l'utopie insatiable.\n\n  L'opération sera des plus simples et tout se passera au mieux :\n                   Les minutes s'envoleront d'ombre et de sang\n                   Et l'ordre éclora doux, généreux et puissant\n                   Puisqu'il sera la pure essence de la vie.\n   A ces paroles il est aisé de reconnaître dans notre forgeron un rêveur\nanarchiste. La profession de foi est claire et précise : on casse tout, et de la\ncasse sort spontanément l'ordre, ordre qui sera doux, généreux et puissant:\ntout cela doit infailliblement arriver pour ceux qui ont la foi du forgeron ;\net pourquoi? par l'opération de quelle force? Tout simplement parce que\ncet ordre, inconnu avant le grand chambardement, est précisément la pure\nessence de la vie. Voilà ce que les Darwin, les Haeckel, les Spencer et les\nBerthelot n'avaient pas encore trouvé. Mais qui peut savoir tout ce que sait\nun forgeron de patience?...\n   Nous avons passé en revue les vivants, il nous reste à parler du mort,\ncar le village a son mort.\n                       A u coin du bois est un cercueil.\n                       Avec un mort qui tient son œil,\n                       A vec un mort qui tient son cœur\n                       Comme une pierre en sa main droite.\n\n  Le poète, qui a attaché à cette pierre une importance extraordinaire, se\ndemande :\n                       Est-ce son œil, est-ce son cœur,\n                       Cette pierre qu'il tient en sa main   droite?\n\n  Il ne parvient pas à découvrir la vérité ; la pierre reste ou l'œil ou le\ncœur, ou tous les deux à la fois ; l'auteur s'écrie, sans éclaircir ce mystère :\n                        Ce cœur, caillou du tant souffrir,\n                        Cet œil, caillou du tant mourir...\n\n   Nous voilà bien avancés ! Le caillou du tant souffrir et le caillou du tant\nmourir ne sont pas des cailloux qu'on trouve sous le pied d'un cheval. La\nperplexité augmente. L'auteur, à la fin de l'histoire, se résigne à rester dans\nle doute et dit philosophiquement :\n                        Le caillou d'œil ou bien de cœur.\n                                                                         10\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2844, "texte": "                                      - 150 —\n\n  Nous ne saurons donc jamais la vérité; il faut accepter cette douloureuse\nénigme avec résignation.\n  Au sujet du mort le poème offre des renseignements plus précis :\n                 Le pauvre! — hélas! trop faible était sa tête\n                 Pour la volante au loin et sautante     tempête...\n                 Pauvre mort, cœur trop vrai,\n                 Trop clair d'Elle, trop noir de lui (???)\n\n   Cet effet de clair-obscur signifie que notre mort s'est tué par désespoir\nd'amour. Comme il n'existe aucun bon motif pour laisser le cadavre en son\ncercueil, au coin du bois, l'auteur demande avec raison qu'on l'emporte.\n   Notre exploration est terminée. Nous avons fait le tour des villages illu-\nsoires; il reste à juger ce que nous avons vu. Le village de M. Verhaeren\nn'est pas seulement illusoire, il est allégorique; tel est l'adjectif qu'il fallait\nmettre dans le titre du livre si l'on voulait donner à celui-ci un titre exact.\n Quant à la réalité, l'auteur n'en a cure. Il n'y a rien, absolument rien de\nréel dans ce livre. L'auteur a pris pour décor un pays pluvieux et y a dis-\nposé quelques fantoches symboliques, qui ne sont là que pour figurer des\nidées. La vieille science scolastique y apparaît déguisée en menuisier; la\nrévolte anarchiste est représentée par le forgeron, et ainsi de suite. La signi-\nfication de l'ensemble n'est pas des plus claires ; peut-être les villages illu-\nsoires figurent-ils le monde présent, où l'auteur, écœuré de l'immense\ndégoût que lui ont donné la nature et les hommes, enterre rageusement\ntoutes ses rancunes et rejette avec une naïveté extrême ses espérances et sa\nconfiance, je dirai même sa foi, vers de vagues rêveries de réformes sociales,\ntelles que les forment les cerveaux obscurs et brouillés de son cordier\nvisionnaire et de son forgeron révolté. Si telle est la portée du livre, on ne\nvoit pas pourquoi l'auteur a placé un tel sujet dans un tel cadre. En\ns'astreignant à transformer ses idées en figurines villageoises, il s'est imposé\nune mise en scène compliquée, dont il n'a tiré qu'un parti médiocre, faute\nde donner à son village plus de réalité. Celui-ci n'est qu'un village en pâte\nmolle, sans couleur, sans relief, sans consistance et sans vie; d'autre part,\nles idées de l'auteur sont mal représentées par les petites marionnettes qui\nles incarnent. En traitant ces idées sous une forme purement lyrique et\nsubjective, l'auteur des Soirs et des Débâcles eût su, nous n'en doutons pas,\nleur donner une autre puissance.\n   La distribution du livre est rigidement catégorique et symétrique. Là se\nrévèle une tendance particulière de l'esprit de M. Verhaeren. Déjà dans les\nFlambeaux noirs, où ses amis s'attendaient à trouver le déchaînement le\nplus lyrique de la folie, on avait découvert avec stupéfaction des compar-\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2643, "texte": "                                 — 151 —\n\n\ntiments soigneusement catalogués ; ici le classement symétrique est poussé\nbeaucoup plus loin ; nous avons déjà fait remarquer cette particularité, au\ndébut de notre article ; mais il est intéressant de rapprocher ce penchant à\nla classification de la haine systématique que l'auteur professe pour tout ce\nce qui ressemble à une règle, à une loi, à un ordre.\n   Le contraste est saisissant entre cette apparente régularité dans la divi-\nsion du livre, régularité qui se retrouve dans la composition de certaines\npièces, par exemple Le Cordier, et le désordre presque absolu qui règne à\nl'intérieur de ces divisions, dans la pensée et dans la phrase. Toutes les\nimages s'embrouillent, chevauchent les unes sur les autres et finissent par\nse fondre en une masse pâteuse et informe. Exemples :\n                Jadis, c'était la vie énorme, exaspérée,\n                Sauvagement pendue aux crins des étalons.\n                Soudaine, avec de grands éclairs à ses talons\n                Et vers l'espace immense immensément cabrée.\n\n  La vie est incarnée en une personne qui se pend aux crins des étalons, —\ncette personne est soudaine (?)... elle a des éclairs aux talons, et tout à coup\non constate que, se substituant aux étalons, c'est elle qui se cabre!...\n  Autre exemple :\n               Longue comme des fils sans fin, la longue pluie\n               Interminablement, à travers le jour gris\n               Râcle les carreaux verts avec ses ONGLES gris.\n\n  Dans la même phrase la pluie est assimilée à « des fils » et elle a des\nongles!... Dans ce village-là, les pommes de terre doivent avoir des dents.\n  Autre exemple :\n               Voici son rêve éclos en joie et oubliance\n               Qu'il a lâché dans les prés noirs de la science.\n               Qu'il a vêtu de braise et de flammes cueillies\n               — Ailes rouges — aux vols passants de la folie.\n\n   Remarquez l'imbroglio : le rêve est éclos, il est donc implicitement\ncomparé à une fleur; aussitôt il est lâché dans les prés, comme s'il s'agissait\nd'un chien ou d'un lapin ; il est d'ailleurs aussi vêtu, — et vêtu de braise\net de flammes, — lesquelles flammes sont des ailes rouges, — et ces ailes\nrouges sont cueillies, comme des fleurs...\n   Un écrivain tombe aisément dans le fatras incohérent quand il ne sait\npas au juste ce qu'il veut dire et qu'il ne cherche pas à penser clairement.\nOn fourre des à-peu-près d'idées dans des à-peu-près de mots et cela s'appelle\nle style poétique; quand les mots sont détournés de leur sens normal, le\nstyle devient « original et personnel », probablement parce que seul l'auteur\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2962, "texte": "                                     —   152   —\n\n\n\nsait, si Dieu le permet, ce qu'il a voulu dire. Il se trouve, aux jours présents,\nun nombre incroyable de sots, de gâteux, de dégénérés, de malades de toute\nsorte, de fous, d'imbéciles, de snobs, de saltimbanques et de marchands de\nfariboles pour se pâmer devant ces niaiseries, faire les yeux blancs et crier\nau miracle. Il n'y a là, hélas ! d'autre miracle que l'éternelle stupidité des\njobards qui se laissent imposer par ces messieurs des admirations fétides,\ndes chefs-d'œuvre en toc, un art de maison de santé, de ruisseau ou d'école\nprimaire.\n   Mais revenons à notre auteur. Nous avons noté d'une part le vague de sa\npensée, d'autre part la tendance à établir des divisions symétriques. On ne\ntarde pas à s'apercevoir, en examinant de plus près ces dernières, qu'elles\nsont tout extérieures, plus apparentes que réelles, et, en définitive, artificielles.\nDans le recensement du personnel des Villages illusoires, nous avons vu :\nle passeur d'eau, les pêcheurs, le meunier, le menuisier, le sonneur, le\nfossoyeur, le valet de ferme, le cordier, le forgeron... et le suicide! Si l'on\nse rappelle l'analyse de ces personnages, on constate bientôt que le meunier,\nle valet de ferme, le suicide et le sonneur ne sont là que pour faire nombre :\nils n'ont aucune signification distincte dans l'allégorie. Le passeur d'eau\nest certainement le même homme qui, après avoir été un peu pêcheur, se\nfait fossoyeur. A côté des hommes, il y a les choses, — l'auteur les a symé-\ntriquement entremêlés les uns aux autres, — ces choses sont : la pluie, la\nneige, le silence, lèvent; cette distribution, absolument arbitraire, a pour\nutilité principale de faire contrepoids aux sujets humains et de fournir â\nceux-ci des « entre-deux ». Au point de vue artistique, je ne critique point\nce procédé qui offre un avantage très réel, celui de reconstituer constamment\nle décor général ; mais je remarque que ces divisions n'ont d'autre raison\nd'être que le caprice de l'auteur. C'est arbitrairement que celui-ci les a\nétablies, sans s'appuyer sur la nécessité, sans créer un ordre véritablement\norganique. La structure du livre nous est donc révélée : désordre naturel,\navec de larges divisions artificielles et systématiques, imposées au sujet\na priori dans le seul but de le diviser coûte que coûte. Il y a là, dirait-on,\nun reste d'habitude classique : il semble que l'esprit de l'auteur, qui a reçu\ndans sa jeunesse une bonne et forte culture, se refuse instinctivement à\ns'abandonner tout à fait au désordre. Fassent les destins que ce soit le signe\ndu salut et le gage d'un retour futur à l'art sain et vigoureux auquel\nM. Verhaeren, dans ses premiers livres, paraissait avoir voué sa Muse!\n   Je rappelais plus haut la haine que l'auteur professe pour tout ce qui\nest règle ou loi. C'est cette haine qui l'a amené à abandonner la versifica-\ntion correcte pour une sorte de demi-versification lâche, molle, informe, où\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2854, "texte": "                                —    153   —\n\n\ntraînent encore quelques rimes, plus souvent de simples assonnances, et\ndont le rythme vacille tantôt sur un pied, tantôt sur vingt ou trente.\n    Levers libre de M. Verhaeren, dans le présent livre, diffère cependant du\nvers libre de la plupart des autres écrivains : il a gardé plus de rythme et\nplus d'assonnances. En somme, son art ressemble à une versification\nvolontairement vieillotte et barbare; c'est une imitation laborieuse du va-\ncomme-je-te-pousse des anciennes complaintes populaires. Mais dans\nquelle langue M. Verhaeren perpètre-t-il ses essais d'archaïsme! Une langue\nqui n'a plus rien de français, un baragouin d'Apache, faisant rouler les\nsvllabes pèle-mêle et bouleversant les mots dans un irrémédiable gâchis! Les\nvocables y sont pris les uns pour les autres ; les adjectifs choisis pour leur\nsonorité plutôt que pour leur sens : qu'est-ce donc qu'un « soir tourbillon-\nnaire », qu'une « pluie tenacement indéfinie », qu'un « caillou du tant souf-\nfrir » ou « du tant mourir » ? Tout cela, et mille choses semblables, c'est du\ncharabia triple, c'est un jargon digne des petites-maisons !\n    Hélas! était-ce donc à ces pitoyables hurlements de faux «homme\nsauvage » que devait en arriver l'un des jeunes poètes les plus brillamment\ndoués de la pléiade de 1880? Nul ne contestera la prodigieuse richesse de\nl'imagination de M. Verhaeren et la puissance de sa vision plastique. De\ncelle-ci, que reste-t-il? Elle nous montre encore des coins de paysages\nintenses, presque dramatiques... Mais pour le reste, elle s'est habituée à se\ncontenter d'images ébauchées, de représentations inachevées, dont les\nlambeaux se mêlent et s'embrouillent dans une inextricable confusion.\nL'imagination est toujours puissante, mais la raison et le goût ne la\ndirigent point et elle s'acharne aveuglément à fabriquer des monstres.\nRien n'est plus affligeant que ce spectacle et l'on ne peut s'empêcher dé-\ncrier à l'auteur : Rendez-nous donc le poète que vous étiez !\n   Quelle douloureuse chose que de devoir dire ces dures vérités à un artiste\nqu'on a admiré !...\n   On s'étonnera, peut-être, de nous voir critiquer le livre de M. Verhaeren\navec tant de vivacité. C'est que par la position éminente que M. Verhaeren\noccupe dans un parti littéraire, aujourd'hui, hélas ! nombreux et arrivé à\nune expansion effrayante, il se trouve désigné entre tous au feu de ses\nadversaires. Dans l'école de l'individualisme effréné, qui n'admet d'autre\nloi que le caprice de chacun, — ce que l'on appelle, par euphémisme, le\nlibre et complet épanouissement de la personnalité, — ses facultés peu\nordinaires, la très réelle et très vive ardeur de son imagination, son audace\net son outrance l'ont mis au premier rang. Il est, avec M.Maeterlinck,\ncelui de nos jeunes poètes que l'on connaît le plus en France et, dans les\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1583, "texte": "                                  —    154   -\n\n\njeunes revues françaises où fleurit l'anarchie intellectuelle, on le considère\ncomme l'un des plus brillants représentants de l'école. Cette école nous est\nodieuse, parce que nous haïssons le désordre qui en est l'unique principe,\nCette école, c'est notre conviction profonde, travaille activement à ruiner la\njeune littérature belge que M. Verhaeren nous a jadis aidés à fonder. Nous\nn'avons certes pas oublié qu'il fut des nôtres, qu'il collabora brillamment à\nla Jeune Belgique et que des liens d'amitié l'ont personnellement uni à\nceux qui ont à présent le chagrin de blâmer son art et de combattre son\ninfluence.\n   Mais on peut aimer M. Verhaeren et détester ses livres, — ceux du\nmoins qu'il écrit depuis la regrettable évolution de son talent. Nous le\nvoyons employer toutes ses forces à détruire ce que nous avons de plus\ncher. On nous pardonnera, il nous pardonnera peut-être lui-même, si nous\nne pouvons rester aussi calmes qu'il conviendrait, sans doute, et si la\ndéfection artistique d'un talent aussi considéré et aussi apte à fasciner la\njeunesse, nous émeut mille fois plus que les exemples et les prédications\nd'un étranger. M. Verhaeren est, en Belgique, le porte-drapeau de l'anarchie\nlittéraire, que nous sommes résolus à combattre, car, à nos yeux, l'avenir\nintellectuel et artistique de notre pays est en jeu. Nous blâme qui voudra,\nnous avons la conviction qu'en conduisant la Jeune Belgique à la bataille,\nnous obéissons à un devoir.\n                                                        IWAN GILKIN\n\n\n\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-03-n3-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 154, "page_fin": 158, "titre_corps": "Histoire de la littérature française hors de France, par Virgile Rossel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Verlant", "ancre_debut": "Histoire de la littérature française", "ancre_fin": "ERNEST VERLANT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 173, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1583, "fin_caractere_exclue": 2570, "texte": "Histoire de la littérature française hors de France\n                           par   VIRGILE ROSSEL\n\n             C'est le titre d'un ouvrage copieux et massif qu'un écrivain\n              suisse, M. Virgile Rossel, vient de consacrer à la littérature de\n              langue française en Suisse, en Belgique, au Canada, et même\n              en Hollande, en Suède, en Danemark, en Allemagne, en An-\ngleterre, en Russie et en Roumanie. Il y a une littérature française à Haïti,\nmais M. Rossel n'en veut rien savoir.\n   Le quart du volume se rapporte à la Belgique. Hélas ! Il ne faut pas lire\nce chapitre avec plus d'attention que l'auteur n'en a mis à l'écrire pour se\nconvaincre que la nécessité persiste de renfoncer en soi le désir qu'on pour-\nrait avoir de ne plus ignorer, grâce à M. Rossel, la littérature française au\nCanada, par exemple. Ce sera donc pour une autre fois, pour une autre vie\npeut-être.\n   L'auteur, né sans doute au pays de Vaud, nous a d'abord eu l'air de con-\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3417, "texte": "                                   — 155     -\n\n naître la Suisse comme s'il avait composé le Ranz des Vaches. En y regar-\n dant de plus près, on a le regret de s'apercevoir qu'il est assez peu familier\n avec son illustre compatriote Benjamin Constant pour lui attribuer une cer-\n taine tragédie de Wallstein, qui n'est autre, pensons-nous, que sa traduc-\n tion, d'ailleurs exécrable, du Wallenstein de Schiller. Voilà un bien petit\n détail, seulement il suffit à remplir le lecteur d'une méfiance probablement\n excessive. Mais ne parlons pas de la Suisse. Nous y perdrions notre ladin :\n laissons les Suisses se débrouiller entre eux.\n    Aurons-nous le courage de dire à M. Rossel que son chapitre sur la Bel-\n gique recèle quelques imperfections ? Nous ne pouvons nous y résigner\n qu'avec peine, songeant à la bienveillance extrême qu'il ne cesse de témoi-\n gner à notre pays et à tous ses écrivaius, même aux bons, depuis Eginhard\n et Suger, puisqu'il veut bien nous en faire cadeau, jusqu'aux plus récents.\n Son livre est pavé de bonnes intentions, à l'instar de l'Enfer du Dante,\ncomme le disait récemment un de nos législateurs les plus lettrés. Quand\n M. Rossel soulève un de ces pavés-là, c'est pour s'en servir à la manière de\nl'ours de la fable, qui devait être un ours bernois.\n   Cependant, puisqu'il se pique de fournir des notes « aussi exactes que\npossible » à ses lecteurs, et qu'il pousse parfois le scrupule jusqu'à les avertir\nqu'il n'a pour se guider, dans tel cas exceptionnel, que des renseignements\nde seconde main, il ne trouvera pas superflu qu'on lui signale ici quelques\npoints faibles ou quelques assertions peu vérifiées. Son ouvrage s'adresse à\nun public international ; il respire la gravité ; il est plein de références et\nd'indications de sources; il traite avec de grands développements un sujet\nnouveau ; il se recommande d'ailleurs, autant que nous en pouvons juger,\npar des recherches assez inédites sur le rôle important du protestantisme\ndans la diffusion de la langue et de l'esprit français, et sur la littérature\n« réfugiée » : toutes raisons qui peuvent l'accréditer, lui faire un sort, tout\nau moins un sort d'ouvrage à consulter, et lui conférer quelque autorité\nauprès de ceux qui ne l'auront pas lu. Il faut compter avec le panurgisme\ndes critiques trop pressés, avec la vivacité privilégiée des légendes. Ce gros\noiseau s'envole sur ses lourdes ailes de papier vers les bibliothèques où il ira\nnicher : il y pondra des œufs, d'où sortiront des canards, ou dont on nous\nfera des omelettes que nous devrons avaler. La Jeune Belgique et la Jeune\nBelgique ont donc intérêt à savoir « de quoi il retourne » pour consentir à\nun trope auquel M. Rossel n'hésite pas à recourir chaque fois qu'il n'en a\npas besoin.\n   Quelques menues gaffes montreront tout d'abord jusqu'où va cette préoc-\ncupation de l'exactitude dont M. Rossel se sait tant de gré. La moitié des\nnoms qu'il cite sont estropiés : là-dessus, il dame le pion à Larousse en\npersonne. C'est ainsi qu'il écrit Weydt, Coppixters, Tibergheim, de Halle-\nville, Pegameni, Cottier, Morkel, Descombriaux. Fautes vénielles, sans\ndoute, si elles ne dénptaient une habitude fâcheuse de transcrire au hasard\ndes notes fournies par des correspondants bénévoles et insoucieux, et de\njuger au petit bonheur des écrivains dont on n'a jamais entendu parler.\nPareillement, les dates sont souvent erronées, les titres des ouvrages\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3256, "texte": "                                  — 156 —\n\nméconnaissables. Voici mieux. M. Rosscl reproche vivement à M.Théodore\nHannon un volume intitulé Gaîtés malades, qu'il situe en 1883. Or, s'il\nn'est pas absurde d'imaginer qu'en 1883 M. Hannon aurait pu écrire les\n Gaîtés malades, il est certain que M. Hannon s'en est abstenu, prévoyant\nsans doute la désapprobation de M. Rossel. Ici le correspondant bénévole a\nété un correspondant facétieux. Ailleurs, M. Rossel, qui déclare, confor-\nmément à son titre, ne pas vouloir s'occuper des écrivains flamands, formule\ndes appréciations sur P. Van Duyse, sur Rosalie et Virginie Loveling,\ns'imaginant qu'il a affaire à des littérateurs de langue française, et c'est\ncomme si l'on donnait une place à Töppfer dans l'histoire de la littérature\nitalienne en Suisse, sous prétexte que Genève est en Suisse et que la Suisse\ncomprend le Tessin, où l'on parle l'italien. Il faut citer encore une phrase\nsur M. Maeterlinck : « Il donna ensuite la Princesse Maleine, l'Intruse,\nles Aveugles, qui passèrent d'abord inaperçus et que deux articles, l'un de\nM. Mirbeau dans le Figaro, l'autre de M. Frédérix dans l'Indépendance\nbelge, signalèrent au public lettré ». M. Frédérix transformé en « lanceur»\nde M. Maeterlinck : la plaisanterie est tellement admirable qu'on hésite à y\nreconnaître une fumisterie de M. Potvin. M. Rossel serait capable d'écrire\nque c'est M. Sarcey qui a découvert Ibsen, si on le lui mandait de Paris.\n   La critique de M. Rossel, si bien documentée, n'est pas moins judicieuse.\nApprenez que M. Max Elskamp est un « Coppée moderniste » et admirez\nla justesse de cette définition, qui dériderait un hippopotame. M. Gilkin\nest un « Baudelaire baudelairisant », ce qui est un signalement très précis,\nmais insuffisant tout de même, et ce qui implique qu'il y a des Baudelaire\nqui ne baudelairisent pas : que font-ils alors ? M. Giraud est appelé, par\nune notation sommaire et grossière, «un Banville plus redondant et plus\nfastueux », et comme pièce justificative, M. Rossel cite le beau sonnet\n                Ta gloire évoque en moi ces navires   houleux...\n\nqui assurément n'a rien de commun avec Banville.' Aussitôt après, il\nallègue les vers de Pierrot Narcisse :\n                                 ...Il est deux races.\n                Vieilles comme l'azur et comme la clarté...\npour donner un spécimen de la manière pimpante et sautillante de\nM. Giraud. Voilà deux épithètes admirablement choisies ! M. Rossel a le\nsens de l'éloge incongru et du mot qui disconvient. Et puis quelle est cette\naffectation ridicule, qui n'est d'ailleurs pas propre à M. Rossel — à qui\nrien n'est propre, pas même ses bévues — d'enfermer M. Giraud dans Ban-\nville et dans ses rondels bergamasques ? M. Giraud a cependant fait Hors\ndit Siècle et les Dernières fêtes, et si M. Rossel n'a pas lu ces livres, ou s'il\nne sait pas lire, de quel droit les juge-t-il?\n   « Ses scènes de mœurs bruxelloises ne sont banales ni par le style... »\nArrêtons-nous : tout le monde a reconnu Louis Hymans. — Un écrivain\nserré et sobre, c'est M. Camille Lemonnier. — A M. Eekhoud M. Rossel\noppose « un autre Flamand, plus dégourdi et plus fin, l'auteur capricieux,\nalerte et narquois des... » des Contes d'Yperdamme, parfaitement! « J'ai\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3522, "texte": "                                 — 137 —\n\nnommé, dit-il, M. Eugène Demolder ». Et c'est tout, et le lecteur doit\ns'imaginer après cela que les Contes d'Yperdamme ressemblent à ceux de\nLa Fontaine, à Candide et à la Rôtisserie de la Reine Pédauque. S'il avait\nà parler de Jordaens, M. Rossel dirait évidemment qu'il est mièvre, de\nTurner, qu'il est noir; il déplorerait le réalisme outré de Fra Angelico et\nvanterait l'idéalisme de Velasquez. — « Il a contenu les élans impétueux,\nblâmé les excès, surveillé le travail de toute cette jeunesse qui allait com-\npromettre, par des exagérations ou des sauts dans l'inconnu, le triomphe de\nla cause commune. » Qui n'a deviné qu'il s'agit ici de M. Picard, « l'un des\nmentors de la Jeune Belgique », le rédacteur « du code de la littérature nou-\nvelle!' » On ne pouvait, n'est-ce pas, apprécier avec plus de finesse le rôle\npondérateur et conservateur de M. Picard et la tournure dogmatiste de son\nesprit. Ici l'honnête lecteur doit croire que M. Picard est une manière de\npion, défiant des nouveautés, et que sa bonhomie tempère à peine son miso-\nnéisme. Et quel bonheur pour nous d'avoir un homme pareil, pour contre-\nbalancer l'expansion trop violente de « l'une des forces les plus actives, les\nmieux armées » de la Belgique de ce temps, c'est-à-dire de M. Potvin !\n    M. Rossel a entendu faire un livre prudent et modéré. A tous, jeunes ou\nvieux, il distribue tour à tour l'éloge restrictif et le blâme atténué, sans\nqu'il soit possible de découvrir ce qu'il aime et ce qu'il hait, ce qu'il pense\net ce qu'il sent. Il ne se lance dans une direction que pour revenir l'instant\nd'après dans la direction opposée. C'est un critique en escarpolette. Il doit\ntrouver que les amphisbènes pèlerins d'Echternach enfreignent les règles de\nl'impartialité en accordant trois pas au chemin qui est devant eux et deux\nseulement au chemin qui est derrière. Mis en présence d'opinions diverses\net opposées, M. Rossel n'a rien trouvé de mieux que de les frotter, de les\nuser l'une contre l'autre, de les réduire, de les désagréger, si bien qu'après\ntoutes ces confrications, il ne lui reste plus qu'une poussière morte qui flue\ndans la main et que le vent emporte à tous les diables.\n    Le tic oscillatoire de M. Rossel se manifeste surtout lorsque ce penseur\nbifrons est en proie aux idées générales. Il faut le voir en train d'essayer de\nsystématiser ses renseignements sur la Belgique, où il n'a de toute évidence\njamais mis les pieds. Citons quelques spécimens de ce gâchifouillis.\n    M. Rossel rapporte cette opinion de M. Nautet que la race belge est peu\n littéraire parce qu'elle est peu expansive, et il ajoute : « Ceci est vrai sur-\ntout de la race wallonne. Et pourquoi voudriez-vous qu'elle fût expansive,\n elle qui n'eut, sous son ciel monotone, dans ses vastes plaines tristes, que\n le droit d'accepter le joug et de s'user au travail? » M. Rossel croit que la\n Wallonie se distingue de la Flandre par l'étendue de ses plaines et la mono-\n tonie de son ciel, et parle des ancêtres des Wallons comme on parlerait des\n Russes sous la domination des Mongols, ou des Hébreux dans la servitude\n d'Egypte. Ailleurs, c'est une autre chanson : « Le Belge est brillant, mais\n un peu en surface, comme tout ce qui brille. L'esprit de société, favorisé\n par l'extraordinaire densité de la population et le perpétuel frottement,\n aiguise et dégourdit l'intelligence, s'il ne l'excite point a s'appliquer et à\n creuser. » M. Rossel croit qu'il y a des salons littéraires en Belgique, et\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3324, "texte": "                                   — 158 —\n\n cela ne l'étonné pas : car le pays est très peuplé et il est évident que dans\n un pays très peuplé les gens sont forcés de vivre dans un coude à coude\n continuel, pour économiser la place, ce qui ne peut manquer de favoriser\n l'esprit littéraire. « De là, continue notre ingénieux auteur, chez les Belges,\n le don de parler et d'écrire, comme en se jouant, même dans les classes\n peu cultivées. » Que voilà donc un portrait ressemblant ! Et quelle grande\n autorité nous allons reconnaître immédiatement à un peintre aussi perspi-\n cace lorsqu'il va se mêler de donner des conseil à son modèle !\n    D'abord, il prétend délimiter la tâche qui s'impose, selon lui, au littéra-\n teur belge : « d'être un intermédiaire actif et avisé entre les civilisations\n germanique et latine... de s'ériger en juge sympathique et clairvoyant de\nl'art et de la pensée chez ses voisins d'ouest. » Nous voilà donc confinés\n dans l'histoire et dans la critique, n'en déplaise aux tempéraments qui pour-\n raient ne pas s'en accommoder. Le génie créateur nous manque, les obser-\nvations si soigneuses de M. Rossel lui permettent de l'affirmer. Cependant,\nil nous concède à la page suivante quelque droit à la littérature d'imagina-\ntion, mais c'est à la condition formellement stipulée que « nous porterons\nnos regards vers Paris », que nous ne prétendrons pas « constituer un foyer\nou un centre de culture absolument indépendant ». Où a-t-il vu que nous\nayons des prétentions pareilles? Toutefois — le petit jeu de bascule continue\ntoujours — s'il ne faut pas « s'isoler », il ne faut pas non plus « s'asservir ».\nCar la Belgique littéraire est « un satellite qui reçoit sa lumière de l'astre\nprincipal »; mais, un peu plus bas, la France est « un grand courant où elle\ndoit amener, sans les frelater au préalable, les sources d'originalité qui\npeuvent jaillir de son sol ». Car il est bon « d'exprimer le génie de sa\nnation, de lui être strictement fidèle »; mais il est mauvais « de ne se tourner\nque vers les horizons étroits bornés par l'amour-propre national ». Nous\nvenons de résumer avec indulgence, et en leur conférant une clarté qu'elles\nn'ont pas, des pages d'admonitions vraiment profitables où M. Rossel flirte\navec deux idées contradictoires, comme don Juan avec ses deux maîtresses,\net ne sachant sur quel pied danser la danse des œufs, finit par la danser sur\nles mains.\n   Terminons par un éloge. Après s'être déclaré favorable aux innovations\nrythmiques avec le Belge Van Hasselt et le Suisse Rambert dont il admire\nce mot « très profond » que la prosodie française « nous condamne à une\néternelle infériorité », M. Rossel conseille sagement aux Suisses et aux\nBelges de respecter la langue française et de ne pas prétendre y substituer\nune langue adultérée par des jargons provinciaux. On voit qu'il aime le\nbon style, ce qui est louable, même quand cet amour s'exprime en un style\npeu sûr : « C'est grâce à son admirable fixité que le français a fait le tour du\nmonde... Nous possédons avec lui le précieux instrument d'une langue\nuniverselle; gardons-le! » Gardien jaloux de ce trésor, M. Rossel ne fait-il\npas penser au dragon qui, faute de pouvoir utiliser la puissance de\nl'anneau magique, se couche dessus?\n                                                      ERNEST VERLANT"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-03-n3-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 159, "page_fin": 162, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Closson", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE", "ancre_fin": "ERNEST CLOSSON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 178, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 2777, "texte": "CHRONIQUE MUSICALE\n                La période que nous venons de traverser se résume, musicale-\n                 ment, en deux événements à sensation : Francesca da Rimini\n                 aux Concerts Populaires et l'Or du Rhin au Conservatoire.\n                    Il serait bien tard pour parler de l'œuvre nouvelle de Gilson,\nsi elle n'était de celles dont l'impression qu'elles produisent, trop violente\nau premier jour, a besoin, pour être vérifiée, de l'atténuation d'un certain\néloignement. Et ici, la première impression, soumise à cette épreuve du\ntemps, n'en devient que plus ferme : Oui vraiment, notre art national\ncompte une œuvre de plus.\n    C'est intentionnellement que je dis : notre art national, car Francesca est\nune œuvre éminemment belge, parce que bien flamande... Ne vous récriez\npas !\n    Pour quiconque regarde, notre jeune école musicale est au moins aussi\ndivisée d'expression que notre littérature. Elle se divise très nettement en\ndeux camps de tendances bien divergentes. Ici, les musiciens wallons, —\nles César Franck, Erasme Raway, Th. Ysaye, Guill. Lekeu... — Là\nl'école flamande, à la tête de laquelle s'érige l'art massif de Peter Benoit,\navec les Gilson, Tinel, Mathieu, De Greef, Lunssens, etc. Les premiers,\nplus productifs, d'un art plus vif et plus spontané, se rattachent à la jeune\nécole française, — ainsi appelée parce qu'elle procède d'un maître liégeois.\nQue l'on admette ou non cette filiation, il est évident que l'on ne peut écrire\n « école wallonne ». En Allemagne, des critiques d'art autorisés et sérieux,\n— tel Otto Lessmann, — nomment couramment César Franck un « com-\n positeur français ». Mettez d'ailleurs en parallèle le Quintette de César\n Franck, celui de Vincent d'Indy, le Quatuor de Lekeu, le Concerto pour\ncordes de Chausson, la Rhapsodie wallonne de Th. Ysaye, la Sonate de\n Fauré, les mélodies de Duparc : en dehors de la personnalité de chacun\n d'eux, où est la différence d'écoles? Ils se confondent dans un même effort\n d'art et bien que nos nationaux l'emportent en général, par la fraîcheur et la\n richesse de l'inspiration, sur leurs amis de France, on ne saurait les séparer\n de ceux-ci.\n    Notre école flamande, au contraire, est bien elle-même. Moins suggestive,\n moins grouillante d'idées que la musique française, plus colorée et plus\n expansive que la musique allemande, elle occupe dans l'art contemporain\n une place bien à part, mais dangereuse en ce sens que, chaque fois qu'elle\n s'offre à la critique artistique, elle fait naître un malentendu et s'expose par-\n fois à être méjugée.\n    En écoutant la Francesca da Rimini, je me remémorais les ingénieux\n aperçus de M. Francis Nautct sur les tendances picturales d'une partie de\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3337, "texte": "                                      —    160    —\n\n\nnotre littérature (1), le caractère pictural du génie national, dont il voit la\nsynthèse esthétique dans la peinture flamande. Ces facultés picturales, cet\ninstinctif besoin des fortes colorations, ce matérialisme plantureux qu'il\ntrouve résumés en Jean Stobbaerts et qu'il rencontre encore chez Camille\nLemonnier, cette note inculte du génie de la race qu'il retrouve « à l'état de\nculture chez les romanciers et les poètes, combinée avec l'acquis de l'intellec-\ntualité, du savoir et de l'éducation », on les note aussi chez nos musiciens\nflamands, chez qui cet instinct atteint, semble-t-il, son maximum d'inten-\nsité. Mais, de là, un malentendu continuel entre le compositeur flamand et\nle critique, dont les tendances plutôt françaises l'incitent à chercher chez le\nmusicien une chose qu'il n'y saurait point trouver : cette spiritualité spéciale\net à fleur d'œuvre, réduisant à son minimum l'enveloppe formelle extérieure\nde la musique, pour y entasser le maximum de pensée, de manière que\nl'œuvre est moins une symphonie de sons que de la pensée vibrante.\nC'est à quoi nous ont habitués les œuvres de la jeune école française, et c'est\nce que l'on s'obstine à chercher en vain chez nos jeunes compositeurs fla-\nmands. Et notez que c'est précisément envers ceux que le reproche de man-\nquer dans leurs œuvres de substance intellectuelle touche le plus directement\nque l'on se garde de le formuler, parce qu'ici l'inconséquence de ce reproche\nse manifeste plus clairement : il en est ainsi de Peter Benoit, le maître aux\nconceptions symphoniques et chorales larges et plantureuses, aux jolis\nlieder de franche allure et de savoureuse sonorité, Peter Benoit, qui n'a\nd'équivalent qu'en peinture, se rapprochant plus, malgré une expression\nd'art différente, de Rubens et de Jordaens, que de n'importe quel musicien.\n   Tel est aussi — au fond, bien au fond — le tempérament musical de\nGilson, et s'il ne s'est pas encore affirmé tel, c'est que l'artiste n'est point\nencore arrivé à maturité. Mais c'est parce que ce tempérament est maîtrisé\njusqu'ici par les influences du dehors, — école russe et formules wagné-\nriennes, — parce que, d'autre part, il est combattu par l'intellectualité per-\nsonnelle, très profonde et très concentrée, du jeune maître, un liseur et un\nérudit, que l'on prend le change.\n   Mais la nature même des reproches témoignent en faveur de cette thèse.\n   Car, pour Francesca, l'opinion n'a pas été unanime. Le public a été\nenthousiasmé, la plupart des critiques ont suivi, — parce que c'est leur\nhabitude de se mettre au goût du jour, au lieu de tâcher de mettre celui-ci\nd'accord avec leur jugement à eux, — mais des plumes autorisées ont for-\nmulé plus d'une réserve. Et les reproches atteignent précisément ce qui me\nsemble constituer l'essence du tempérament pictural de Gilson : manque\nde profondeur dans la conception poétique, d'intensité d'expression, prédo-\nminance de l'orchestration et de la « matière » musicale.\n   Mais c'est précisément cette orchestration qui est la part de la couleur\ndans l'œuvre musicale. Le musicien, admirablement doué, s'enivre de\nsonorités formidables ou délicates, de timbres subtils, vigoureux, légers,\n\n (1) Histoire des Lettres   belges d'expression   française,   t. II, ch. IV, à propos de\nCnmille Lemonnier.\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3130, "texte": "                                  — 161\n\nbizarres, souvent neufs, toujours heureux. La symphonie orchestrale rutile\net flambe comme une cascade de perles, d'ors et de pierres précieuses...\n    Ah ! dame, peut-être que l'expression musicale proprement dite y perd\nun peu de son intensité... pour nous.\n    « Les œuvres de Gilson manquent « d'en-dessous », de substratum », me\ndisait un compositeur wallon.\n    « Je ne comprends pas la Mer », me déclarait un littérateur, un de ceux\nprécisément chez qui un flot de pensée frémissante et bouillonnante d'impa-\ntience s'aperçoit à travers le voile ténu et fragile d'une action dramatique\nélémentaire, de personnages de rêve.\n    Hé oui, vous ne l'aimez pas! Mais s'ensuit-il condamnation? Parce que\nl'expression musicale, telle que la conçoit un compositeur flamand, n'atteint\npas à l'intensité de celle d'un César Franck, devons-nous conclure à son\ninsuffisance? Race différente, esthétique différente, conception et réalisation\ndifférentes. Pour méjuger Gilson, on se place au point de vue restreint —\négoïste un peu — d'une école, au lieu de se mettre au point de vue abstrait\n sans lequel il n'y a pas de critique d'art possible.\n     De même qu'un campagnard des Flandres, malgré son expansion spé-\n ciale, et quelque sentimental qu'il puisse être, paraît froid à côté d'un paysan\n du terroir wallon, de même l'expression artistique du sentiment chez un\n artiste flamand a quelque chose de plus concentré, de plus intérieur. La\n fougue juvénile, les fantaisies et les caprices de l'imagination s'épanchent\n tout entiers dans les splendeurs du revêtement extérieur, dans le coloris\n pictural ou instrumental, qui devient somptueux; mais ne vous laissez pas\n éblouir par ce faste, allez au fond de l'œuvre, et vous trouverez le sentiment\n ému et ingénu, discret, même flegmatique à côté des expansions névro-\n pathiques de tant d'œuvres françaises modernes, mais du moins sincère et\n naturel dans sa sobriété.\n     Nous devrions pouvoir, une bonne fois, nous abstraire de nos. préférences\n  instinctives, et de quelque artiste qu'il s'agisse, le juger en regard du tempé-\n  rament de sa race, et non point selon le nôtre. « Considérer », comme dit\n  Taine, « les œuvres d'art comme des faits et des produits dont il faut marquer\n  le caractère et chercher les causes. Ne pas dire : « Méprisez l'art hollan-\n  dais, il est trop grossier, et ne goûtez que l'art italien » ou bien : « Méprisez\n  l'art gothique, il est maladif, et ne goûtez que l'art grec. »\n     Ce n'est pas déroger à la dignité de la critique que de juger un artiste en\n  regard de ses affinités naturelles, encore que ce milieu puisse nous être\n  étranger; et que nous importe, après tout, si l'œuvre est conçue en toute\n   sincérité d'inspiration, si l'outil est bon et la main-adroite?\n\n\n   Au Théâtre de la Monnaie, l'Enfance de Roland, de Mathieu, dont\n nous avons déjà entretenu nos lecteurs; Paillasse, de Leoncavallo, œuvre\n honnête mais impersonnelle, un des meilleurs succédanés de Cavalleria\n rusticana; Lohengrin avec Mme Bréma.\n   A l'Hôtel Ravenstein, série de remarquables conférences de M. Maurice\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 786, "texte": "                                  —    162   —\n\n\n\nKufferath sur l'Histoire de la musique. Chez Mlle Desmet, M. L. Wallner\npoursuit le cours de ses instructives causeries.\n   Aux Concerts populaires, le pianiste Busoni, qui a fait valoir son méca-\nnisme étourdissant dans d'ad hoc compositions de Liszt, etc. Quatrième\nsymphonie de Brahms, un peu froidement interprétée, et ouverture du\n Vaisseau-Fantôme. A la Société des Nouveaux Concerts, les chanteurs de\nla maîtrise de Saint-Gervais, dirigés par M. Ch. Bordes, qui a fait entendre\nune série d'ancienne musique polyphonique religieuse et profane. Au Con-\nservatoire, exécution intégrale de l'Or du Rhin, qui sera renouvelée au\nquatrième concert.\n                                                      E R N E S T CLOSSON\n\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-03-n3-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 162, "page_fin": 162, "titre_corps": "Chronique artistique : Exposition Pour l’Art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique artistique", "signature_source": "Kalophile", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "ancre_fin": "KALOPHILE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 181, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 786, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "CHRONIQUE                           ARTISTIQUE\n                           Exposition Pour l'Art.\n\n               La série est ouverte, les salles du Musée ne vont pas désemplir\n                jusqu'à l'été. Pour l'Art d'abord. A part quelques vulgarités\n                éclatantes et des tâtonnements, l'exposition n'est pas sans\n                intérêt.\n   L'influence de Gustave Moreau se fait sentir dans les ouvrages de ses\nélèves. Pourtant, si leurs toiles attirent justement l'attention, la composition\nest parfois peu harmonique. Citons MM. Rouault, Piot et Bussy.\n   Desvallières nous montre un Narcisse juché au haut d'un escalier sans\ndoute pour se mieux mirer dans une eau d'ailleurs absente.\n   Rousseau modèle des formes délicieuses de science et de grâce. De\nDelville, le portrait du Sar Peladan, malheureusement banal, étonne : L'Ange\ndes splendeurs est d'une grande pureté presque immatérielle et combien\ncharmants ses dessins au crayon bleu !\n   Les albums de lithographies de Dulac sont d'impressionnantes compo-\nsitions, grandioses d'effet tragique et les dessins de Wollès ont toujours un\ncaractère fort et précis de nature.\n   Fabry et Ottevaere ont travaillé beaucoup. Voilà de beaux effets lumi-\nneux de Coppens, des reliures et des étains charmants; une fillette veule de\nGandara, des plein air très vrais de Fichefet, une amusante Navarraise de\nL. Dardenne et toujours les sombres dessins rêveurs de A. Hannotiau.\n   M. J. de Rudder nous montre des bas-reliefs décoratifs beaucoup plus\nréussis en bronze qu'en porcelaine et Thys un vitrail fait, j'espère, sur\ncommande.\n                                                             KALOPHILE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-03-n3-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 163, "page_fin": 164, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "A Strindberg", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 84, "fin_caractere_exclue": 91, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 95, "fin_caractere_exclue": 133, "texte": "Où allons-nous? 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Levêque, où l'anarchie esthétique est"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4077, "fin_caractere_exclue": 4114, "texte": "malmenée et où l'on remarque le para-"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4162, "fin_caractere_exclue": 4180, "texte": "graphe que voici :"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4255, "fin_caractere_exclue": 4294, "texte": "« Libre esthétique! Voilà deux mots qui"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4295, "fin_caractere_exclue": 4339, "texte": "« s'injurient ; deux mots qui hurlent d'être"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4340, "fin_caractere_exclue": 4379, "texte": "« accouplés. Rien n'est moins libre que"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4433, "fin_caractere_exclue": 4478, "texte": "« l'Esthétique. 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Le premier devoir d'un"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3860, "fin_caractere_exclue": 3904, "texte": "artiste est d'être probe. En voulant imposer"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 3949, "fin_caractere_exclue": 3989, "texte": "à l'attention d'autrui dus œuvres ou des"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4031, "fin_caractere_exclue": 4076, "texte": "parties d'oeuvres qu'il ne juge pas dignes de"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4115, "fin_caractere_exclue": 4161, "texte": "vie, il trahit sa conscience ou se paie à trop"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4211, "fin_caractere_exclue": 4251, "texte": "bon compte la tête de ses contemporains."}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4392, "fin_caractere_exclue": 4432, "texte": "Sous le titre Pages retrouvées, la Plume"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4528, "fin_caractere_exclue": 4569, "texte": "publie   quelques vers qu'elle attribue à"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 4609, "fin_caractere_exclue": 4640, "texte": "Charles Baudelaire. Les voici :"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 80, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "LE CHIEN MORT"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 159, "fin_caractere_exclue": 210, "texte": "Nous étions tous les deux dans le jardin oii pousse"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 272, "fin_caractere_exclue": 301, "texte": "La violette au bord de l'eau."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 302, "fin_caractere_exclue": 354, "texte": "Et la main dans la main, sur l'étroit banc de mousse"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 410, "fin_caractere_exclue": 444, "texte": "Nous regardions le clair ruisseau."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 531, "fin_caractere_exclue": 582, "texte": "Car les eaux en chantant coulaient resplendissantes"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 592, "fin_caractere_exclue": 626, "texte": "Aux rayons du grand soleil d'or..."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 679, "fin_caractere_exclue": 728, "texte": "Sur un lit de gazon, parmi les fleurs brillantes,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 738, "fin_caractere_exclue": 771, "texte": "Devant nous gisait un chien mort."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 830, "fin_caractere_exclue": 875, "texte": "Les bousiers d'azur, avec les mouches vertes,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 934, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "Fourmillaient sur l'amas gluant;"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 994, "fin_caractere_exclue": 1040, "texte": "Le crâne était broyé, les entrailles ouvertes,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1050, "fin_caractere_exclue": 1076, "texte": "Le ventre suintait, béant."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1139, "fin_caractere_exclue": 1188, "texte": "Le sang s'était caillé dans les poils de la bête,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1248, "fin_caractere_exclue": 1275, "texte": "Coagulés en noirs grumeaux."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1276, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "Et l'odeur de la mort nous montait à la tête"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1389, "fin_caractere_exclue": 1424, "texte": "Pénétrant, acre, en nos cerveaux..."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1524, "fin_caractere_exclue": 1569, "texte": "J'entourai de mon bras sa taille bien-aintée,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1579, "fin_caractere_exclue": 1608, "texte": "Aussi flexible que les joncs,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1669, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "Et vers moi se pencha su tête parfumée,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1718, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "Qui m'inonda de cheveux blonds..."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1812, "fin_caractere_exclue": 1859, "texte": "Regarde, dis-ie alors, comme en cette carcasse,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1921, "fin_caractere_exclue": 1947, "texte": "En ce chien mort liquéfié,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2010, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "Un monde tout entier va, vient, passe et repasse,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2069, "fin_caractere_exclue": 2090, "texte": "Multicolore et varié!"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2161, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": "Dans ces orbites creux, entre ces crocs fétides,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2271, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "Vois, par ce printemps radieux,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2303, "fin_caractere_exclue": 2346, "texte": "Le rendez-vous d'amour des cloportes avides"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2404, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "Et des charançons noirs et bleus."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2541, "fin_caractere_exclue": 2591, "texte": "Les mouches à charbon, lustrant leurs fines ailes,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2601, "fin_caractere_exclue": 2632, "texte": "Pompent à deux les boyaux mous;"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2691, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "Regarde, les vois-tu, mâles avec femelles:"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2796, "fin_caractere_exclue": 2834, "texte": "C'est partout l'amour; aimons-nous!..."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2835, "fin_caractere_exclue": 2878, "texte": "Ma beauté regarda les insectes sans nombre,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2888, "fin_caractere_exclue": 2920, "texte": "Rougit et baissa ses yeux bleus,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2921, "fin_caractere_exclue": 2975, "texte": "Et, cherchant le mystère, au fond du grand bois sombre"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2984, "fin_caractere_exclue": 3014, "texte": "Nous disparûmes tous les deux."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3073, "fin_caractere_exclue": 3111, "texte": "— Signalons, pour terminer, le copieux"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3169, "fin_caractere_exclue": 3206, "texte": "numéro du Réveil (janvier) qui publie"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3345, "fin_caractere_exclue": 3386, "texte": "traduction de Novalis de Maeterlinck, des"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3437, "fin_caractere_exclue": 3478, "texte": "sonnets d'André Fontainas, et de la prose"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3527, "fin_caractere_exclue": 3564, "texte": "rythmée de Ch. Van Lerberghe qui nous"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3627, "fin_caractere_exclue": 3670, "texte": "fait de plus en plus regretter son silence."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3789, "fin_caractere_exclue": 3822, "texte": "Dans ce même numéro nous trouvons"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3871, "fin_caractere_exclue": 3915, "texte": "une lettre stupéfiante d'Albert Mockel, fai-"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3966, "fin_caractere_exclue": 4009, "texte": "sant la cour au prix quinquennal en la per-"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4062, "fin_caractere_exclue": 4095, "texte": "sonne de MM. Fréderix, Doutrepont"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4250, "fin_caractere_exclue": 4259, "texte": "Wilmotte."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4328, "fin_caractere_exclue": 4364, "texte": "« Je vais défendre Gustave Fréderix,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4410, "fin_caractere_exclue": 4451, "texte": "écrit le naïf trouvère de Pierreuse », et"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4510, "fin_caractere_exclue": 4520, "texte": "continue :"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4676, "fin_caractere_exclue": 4714, "texte": "« Oui, Gustave Fréderix. Il a été voué"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4752, "fin_caractere_exclue": 4795, "texte": "aux bêtes à propos de la Princesse Maleine;"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4851, "fin_caractere_exclue": 4892, "texte": "mais en vérité, les bêtes c'était nous. »"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4948, "fin_caractere_exclue": 4989, "texte": "Si M. Mockel parle au pluriel, c'est sans"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 5126, "fin_caractere_exclue": 5167, "texte": "doute qu'il se croit, comme René Ghil, un"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 5168, "fin_caractere_exclue": 5192, "texte": "Dieu en trois personnes."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 5196, "fin_caractere_exclue": 5236, "texte": "M. Mockel aura beau s'en défendre; faire"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 5237, "fin_caractere_exclue": 5283, "texte": "l'éloge, à propos d'un prix officiel, des mes-"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 5284, "fin_caractere_exclue": 5325, "texte": "sieurs chargés de distribuer les quelques"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 5326, "fin_caractere_exclue": 5368, "texte": "billets de mille dugouvernement, ressemble"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 5369, "fin_caractere_exclue": 5411, "texte": "à la flatterie papelarde d'un solliciteur."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 5415, "fin_caractere_exclue": 5458, "texte": "M. Friche s'est d'ailleurs chargé de répon-"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 158, "texte": "dre en un mot aux éloges de M. Mockel."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 216, "fin_caractere_exclue": 262, "texte": "Si ces messieurs, écrit-il, sont incapables de"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 359, "fin_caractere_exclue": 400, "texte": "juger la littérature contemporaine, pour-"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 502, "fin_caractere_exclue": 530, "texte": "quoi accepter ces fonctions?"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 643, "fin_caractere_exclue": 678, "texte": "Voilà donc où en est aujourd'hui la"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 786, "fin_caractere_exclue": 829, "texte": "dignité, la fierté de nos écrivains! Ils se"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 887, "fin_caractere_exclue": 924, "texte": "sont transformés en quémandeurs ou en"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 982, "fin_caractere_exclue": 993, "texte": "courtisans."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1101, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "Ils évalueront bientôt leurs oeuvres,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1196, "fin_caractere_exclue": 1238, "texte": "comme ces mercenaires qu'ils font semblant"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1333, "fin_caractere_exclue": 1379, "texte": "de mépriser si fort. Ils bazarderont leur sin-"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1482, "fin_caractere_exclue": 1523, "texte": "cérité pour quelques pièces de cent sous."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1630, "fin_caractere_exclue": 1668, "texte": "Mais la Jeune Belgique, du moins, con-"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1766, "fin_caractere_exclue": 1811, "texte": "tinuera à défendre sa littérature contre tout"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1869, "fin_caractere_exclue": 1911, "texte": "contrôle officiel et à rappeler aux jeunes"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1969, "fin_caractere_exclue": 2009, "texte": "écrivains le souci de leur liberté. Elle"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2117, "fin_caractere_exclue": 2160, "texte": "réclame aujourd'hui ce qu'elle n'a cessé de"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2218, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "réclamer : la suppression de tous les prix,"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2360, "fin_caractere_exclue": 2395, "texte": "subsides, encouragements, etc. etc."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2498, "fin_caractere_exclue": 2540, "texte": "Que l'on biffe le poste des belles-lettres"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2649, "fin_caractere_exclue": 2690, "texte": "du budget des Beaux-Arts. Nous ne faisons"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 2748, "fin_caractere_exclue": 2787, "texte": "pas de la littérature pour de l'argent."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3035, "fin_caractere_exclue": 3068, "texte": "B U L L E T I N BIBLIOGRAPHIQUE :"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3130, "fin_caractere_exclue": 3168, "texte": "H. de Nimal. — Vingt-cinq lettres iné-"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3207, "fin_caractere_exclue": 3249, "texte": "la                 dites du peintre Navez."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3310, "fin_caractere_exclue": 3344, "texte": "Fr. Coppée. — Contes tout simples."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3405, "fin_caractere_exclue": 3436, "texte": "H. Lavedan. — Les Marionnettes."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3497, "fin_caractere_exclue": 3526, "texte": "E. Lintilhac. — Les Félibres."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3587, "fin_caractere_exclue": 3626, "texte": "J. Sévrette. — Coriolan, par W. Shakes-"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3684, "fin_caractere_exclue": 3690, "texte": "peare."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3751, "fin_caractere_exclue": 3785, "texte": "A. Soubies. — La Comédie française"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3843, "fin_caractere_exclue": 3870, "texte": "depuis l'époque romantique."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 3931, "fin_caractere_exclue": 3965, "texte": "A. Bouillet. — Le Jugement dernier"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4023, "fin_caractere_exclue": 4061, "texte": "dans l'art aux dou\\e premiers siècles."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4096, "fin_caractere_exclue": 4149, "texte": "et                        G. Larroumet. — Meissonier."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4210, "fin_caractere_exclue": 4249, "texte": "H. Petitier. —Etude sur les Erinnyes de"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4307, "fin_caractere_exclue": 4324, "texte": "Leconte de Lislc."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4385, "fin_caractere_exclue": 4409, "texte": "Rav Nyst. — Un Prophète."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4452, "fin_caractere_exclue": 4509, "texte": "il                G. Veyrat. —La Caricature à travers les"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4567, "fin_caractere_exclue": 4575, "texte": "siècles."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4636, "fin_caractere_exclue": 4672, "texte": "R. Wagner. — Tristan et Yseult; tra-"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4730, "fin_caractere_exclue": 4751, "texte": "duction par Max Lyon."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4812, "fin_caractere_exclue": 4850, "texte": "J. Lorrain. — Sensations et Souvenirs."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 4911, "fin_caractere_exclue": 4944, "texte": "C. Mendès. — La Grive des vignes."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 5005, "fin_caractere_exclue": 5028, "texte": "J. Péladan. — Babylone."}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 5089, "fin_caractere_exclue": 5125, "texte": "A. Strindberg. — Plaidoyer d'un fou."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-03-n3-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR D", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 184, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1345, "texte": "LACOMBLEZ\n   ÉDITEUR          DE      LA J E U N E         BELGIQUE\n                  3 1, rue des Paroissiens, 31\n                          BRUXELLES\n\n\n              POUR PARAITRE LE 25 MARS\n\n     L E S D I S C I P L E S A SAIS\n                               ET\n\nLES F R A G M E N T S D E NOVALIS\n                      Traduction et étude de\n                 Maurice MAETERLINCK\n Un volume format Charpentier                          fr. 4 »\n Sur hollande Van Gelder extra, couverture parchemin . 10 »\n Sur japon impérial, couverture parchemin . . . .         20 »\n\n\n                      POUR FIN MARS\n                 Maurice MAETERLINCK\n\nSERBES CHAUDES\n             Nouvelle et superbe édition, in-32 raisin.\n  Sur fort vélin blanc                                  fr. 3 »\n  Sur hollande royal Van Gelder, couverture parchemin . 6 »\n  Sur japon de Tokio, couverture parchemin                  12 »\n\n\n            POUR PARAITRE INCESSAMMENT\n                   Hubert KRAINS\n\n HISTOIRES LUNATIQUES\n          Un volume in-16                      fr. 3   «\n\n                       SOUS PRESSE\n                     Fernand S E V E R I N\n\n LA CHANSON DOUCE\n                      Edmond PICARD\n\n             VIE            SIMPLE\n                        Nouvelle édition.\n\n                       Paul     ARDEN\n\n     PAR LES CHEMINS\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-03-n3-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Catalogue de la librairie Paul Lacomblez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ, éditeur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 185, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 6508, "texte": "LACOMBLEZ, éditeur\n              31, RUE DES PAROISSIENS, BRUXELLES\nBaudoux (F.)- Rythmes vieux, gris et                Jenart (Aug.). Le Barbare                   2 \"\n   roses                               fr. 2 »      Jeune Belgique (Le Parnasse de la). . 7 51\nBrabant (V.). Notes de voyage . . . 1 »             Journal d'une ignorante : Sur les Golfes 1 50,\nBloy(Léon). Le Pal (4 num.), très rare. 4 »         Justus Severus Africus                      1 »\n    Les 3 premiers numéros ensemble 1 »             Kahn (Gustave). Chansons d'amant. . 3 50\nBoschot (A,. Faunesses et bacchantes. 1 50                —         Les Palais nomades          3 50\n               Matin d'automne . . .        1 50     Lacomblez (Paul). Jeunes filles .\" '. . 2 »\nBosiers E.). Harald-Roi                     2 »           —         Loth et ses filles . . .    2 »\nCarnet de chasse illustré                  15 »      Landoy (Eug.). Evocations                  3 50\nCliainaye (H.). L'Ame des choses . . 3 »                  —         Maître Martin . . . . 0 50\nCourouble(L.). Contes et souvenirs. . 3 50           Lautréamont (comte de). Les Chants de\nCudell (Ch ). Printemps sombre. . . 2 »                Maldoror                                 3 50\nDa Costa (G.) Grammaire en portefeuille o 50         Lemonnier (C). Paroles pour Georges\n Daxhelet(A ) Pages de tendresse vague 3 50                         Eekhoud            0           50\n      —        Nouvelles de Wallonie . 3 50               —         Discours d'inauguration\nDe Coster (Ch.). La Légende d'Ulen-                    du monument Ch. De Coster, avec\n           spiegel                          5 »        extraits d'« Ulenspiegel » et por-\n      —         Légendes flamandes . . 3 50            trait de Ch. De Coster . . . . 0 50\n                   (Voir Lemonm'er.)                 Maeterlinck (Maurice). Les Aveugles\n Belattre (Louis). Contes de mo:i village 3 50                      (L'Intruse, Les Aveugles) 3 »\n      —       Les Miroirs de jeunesse . 3 50              —         La Princesse Maleine. . 3 50\n Delville (J.). Les Horizons hantés . . 3 50              —         Serres chaudes . . . .      3 »\n De Haulleville (baron P.). En vacances. 3 50             —          L'Ornementdesnocesspi-\n      —       Portraits et silhouettes,av. 7 »                         rituelles                4 \"\n      — J.-M.-J. Bodson. L'Apos-                          —         Les Sept Princesses . . 2 «\n                 talat chez les Civilisés. 4 »            —         Pelléas et Mélisande . . 3 50\n Demolder (E.) Contes d'Yperdamme . 3 »                                (Voir Emerson.)\n      —          Impressions d'Art. . . 3 »          Mallarmé. Villiers de l'Isle-Adam . . 3 »\n      —         James Knsor . . . .         3 »      Maubel (Henry). Miette                     2 50\n De Mallessan. Petite Cousine, comédie. 2 »               — Etude de jeune fille . . 3 50\n De Régnier. Le Bosquet de Psyché . 2 »                   —         Quelqu'un d'aujourd'hui. 3 50\n De Tallenay (J.). L'Invisible . . . .      3 50     Picard (E.). El Moghreb al Aksa . . 4 «\n Desombiaux (M.) Vers de l'espoir . . 2 «                 —         Scènes de la vie judiciaire 4 »\n Destrée (Jules). Journal des Destrée . 1 »               —         Vie simple                  3 »\n Dulac (Paul). Vingt-cinq sonnets . . 1 50                —         Imogène, 1 vol. format\n Dupont (A.). L'Envol des rêves . . .       2 »                        eucologe                 4 «\n Eekhoud (Georges) Nouvelles Kermesses 3 50               —         Comment on devient so-\n       —        La Nouvelle Carthage. . 4 »                            cialiste                 2 50\n       •—       Les Fusillés de Malines . 3 50            —            Id. (édition populaire) 0 75\n       —        Au siècle de Shakespeare. 3 »        Pierron (Sander). Pages de Charité . 3 50\n       —        Kees Doorik                 3 50     Philopator. Libres propos d'un belge.\n       —        Kermesses                   5 »      Pléiade (La). Première année (1889) . 3 »\n Elskamp (Max). Dominical . . . .           2 »      Poe (Edgar). Poésies complètes. . . 2 »\n       —        Salutations, dont d'angé-            Rodenbach Le Foyer et les champs . 1 »\n    liques                                  3 50     Rommelaere (J.) Ma semaine, 1892-93. 2 »\n Emerson. Sept Essais, avec préface de                     —         Ma semaine, 1894 . . .      2 »\n     Maeterlinck                            3 50     Severin (Fernand) Le Lys                    2 »\n Garnir (Georges). Les Charneux . . .       3 50              —            Le Don d'enfance . 2 »\n       —        Contes à Marjolaine . . 3 50         Sigogne E.). Contes merveilleux . . 3 »\n Gilkin (Iwan). Stances dorées . . .         1 »     Sluyts(Ch.). L Appel des voix . . .         2 »\n Gille(Valère) Le Château des merveilles 2 »               —         Notes d'être                3 »\n Giraud (Albert). Hors du siècle . . . 3 50          Tordeus (J.). Manuel de prononciation 2 »\n       —        Hors du siècle. II : Sous            Van Doorslaer (H.). Sur l'Escaut. . . 3 50\n                   la Couronne. Devant le            Van Lerberghe (Ch.). Les Flaireurs. . 1 »\n                   Sphynx                   3 00     Verhaeren (E.). Les Apparus dans mes\n       —        Pierrot lunaire . . . .     2 «                        chemins                   2 »\n        —       Pierrot Narcisse . . .      2 »            —         Les Moines                  3 »\n       —        Dernières Fêtes. . . .      2 «      Villiers de l'lsle Adam. Premiers Poésies 3 50\n       —        Le Scribe                    1 »           —                 Morgane             5 »\n Hannon (Théo). Noêls fin de siècle . . 3 »          Wagner (R.). L'Œuvre et la mission de\n       —        Au pays de Manneken-Pis 4 »             ma vie (derniers exemplaires) . . 4 »\n Hanneuse (0 ). La Reine Aléna. . (souscrit).        Waller (Max). La Flûte à Siebel. • .        3 50\n       —        Sorella                      2 50          —         Daisy                       3 »\n Itiberê da Cunha (J.). Préludes . . fr. 3 »         X. Y. Religion et progrès . . . (épuisé)\n\n                             EN\"            V E N T E\n                                     Emond PICARD\n\n                I M O G È N E\n        U N VOLUME FORMAT DES EUCOLOGES. PRIX : 4 FRANCS.\n                     Bruxelles.— ImprimerieVe'Monnom, 32, rue del Industrie\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 150, "texte": "Mars 1895.                       TOME XIV. — No 3                                       15me Année.\n\n\n\n\nA\n  JEUNE\n                   BELGIQUE\n                                      SOMMAIRE:\n\n     Sonnets                                               VALÈRE GILLE.\n     Deux livres belges. I. Imogène;      II. Les Vil­\n       lages illusoires                           '...'.   1\\VAN GILKIN.\n     Histoire de la littérature française hors de\n       France, par Virgile Rossel                          ERNEST VERLANT.\n     Chronique musicale                                    ERNEST CLOSSON.\n      Chronique artistique :\n         Exposition      Pour l'Art                        KALOPHILE.\n      Memento                                              NEMO.\n\n\n\n\n        REDACTION                                                    BRUXELLES\n 110,RUED E   LA   LIMITE,   BRUXELLES.                       PAUL    LACOMBLEZ,         ÉDITEUR\n                                                                     31, rue des Paroissiens\n                                                                           PARIS\n   PRIX DU NUMÉRO                                          C H A M U E L , LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                      29, rue de Trévise\n        fr. 0-75.\n                                                                             1895\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                                                                          BELGIQUE\n  BELGIQUE                    N E CRAINS\n\n\n\n\n                                                                 JEUNE\n             JEUNE\n                     LA\n\n\n\n\n                                                            LA\n                              N E CRAINS\n         Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                          PARAISSANT I.E 5 DE CHAQUE MOIS\n\n  Fondateur      : M A X W A L L E R (MAURICE               WARLOMONT)\n             Directeur : IWAN GILKIN, 110, rue de la Limite.\nSecrétaire de la rédaction : M. MAURICE DESOMBIAUX, 6, rue de Bériot.\n             7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n\n\n\n\n  G I L B L A S , journal quotidien français, boulevard                  des Capu­\ncines, 16, à Paris\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles : Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand ; Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, marché Saint-Jacques.\n\n\n\n\n   Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse? Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 21, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                  SONNETS\n              ÉPIGRAMME ANTIQUE\n                                                A ALBERT GIRAUD\n\nLe soleil a franchi le mont. A ce signal,\nMouillé d'or et d'azur, le paysage change ;\nLa vigne de l'auvent frissonne, et dans sa frange\nDe feuille en feuille glisse un frais rire vernal.\nLa vive poule d'eau rôde sur le chenal ;\nLes merles, dans les fleurs que la brise mélange,\nGazouillent; mais c'est toi, ma mutine mésange,\nQue j'appelle, en t'offrant ce présent matinal :\nDu mouron délicat, des gouttes de rosée,\nEt, pour que ta jeune âme amie en soit grisée,\nDu millet qu'aujourd'hui moi-même j'ai fauché.\nNotre berger sera jaloux. Sur la cabane,\nViens te poser et chante, afin qu'ici, couché,\nJe goûte un doux sommeil à l'ombre du platane.\n\n                        GLOIRE\nQuel feu surnaturel par ton' front projeté!\nL'Aurore marche avec ta jeunesse bénie;\nMiroir sacré du ciel, grâce, force, génie,\nLyre où vole, enflammé, l'hymne de la Beauté!\nEn l'extase d'amour où tu m'as transporté,\nJ'ai compris désormais l'éternelle harmonie :\nAu céleste foyer mon âme réunie\nA goûté la splendeur de la pure clarté.\n                                                            9\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "                       -      134-\n\n\nTu vas enveloppé de parfums et de flammes ;\nSur tes lèvres en fleur vibrent les jeunes âmes.\nLa terre te bénit, fils des dieux exilés.\n\nIl jaillit de ton cœur des musiques profondes,\nEt je vois, noble enfant, en tes yeux étoiles,\nDans un divin concert, naître et chanter les inondes.\n\n\n                      HOMMAGE\n\nJeune homme, tu fus beau. Simple ou grand, tu n'as pas\nCouronné du divin laurier ton front auguste ;\nQu'importe qu'un haut f ait illustre ne s'incruste\nSur le cippe immortel qui fixe un fer trépas!\nEnivré d'harmonie au rythme de tes pas,\nJ'aimais à contempler ta jeunesse robuste ;\nQuel artiste sculpta ce visage et ce buste?\nTes yeux d'acier, dans quel glacier tu les trempas?\n\nTa grâce aurait été par la Grèce acclamée ;\nL'argent mat d'une coupe, ou l'onyx d'un camée\nEussent éternisé ton profil souverain.\n\nMais dans ce siècle vil vaine sera ta gloire.\nTon nom n'est point inscrit sur les lames d'airain :\nPour moi seul j'ai gravé ce médaillon d'ivoire.\n\n\n                    IMMORTALITÉ\n\nEh quoi! ce corps divin, déjà le temps l'accable;\nNul ne pourra bientôt le reconnaître tel.\nSeul, en mon cœur pieux, son triomphe immortel\nDans un pur souvenir demeure ineffaçable.\n\nMais non, tu survivras ; je le veux. Si le sable\nEnsevelit de même et les morts et l'autel,\nMieux qu'avec le ciseau, la laye ou le martel,\nJe saurai te sculpter un socle impérissable.\nJe volerai le feu sur ton front reflété\nAfin que dans mes vers sa sublime clarté\nTe redonne une vie inaltérable et fière.\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                        — 135 —\n\nOr donc, que ce sonnet te soit ton piédestal\nOù, jeune comme un dieu, beau comme la lumière,\nTu danseras au son des flûtes de cristal.\n\n\n                    MANSUÉTUDE\n\nMon frère, épargne-moi, puisque je ne t'envie\nNi ton butin sanglant, ni ta lutte sans trêve.\nCe monde est un mirage, une bulle qui crève;\nJe méprise ce songe et dédaigne la vie.\n\nVois! mon âme au désir ne s'est point asservie.\nQue craindre d'un enfant qui s'isole et qui rêve?\nJe te cède ma part d'une ivresse trop brève ;\nLaisse à ses pâles fleurs ma jeunesse ravie.\n\nTa clémente pitié ne m'est pas une offense.\nAime-moi : ma faiblesse est ma seule défense;\nJ'ai ceint mes longs cheveux de divines corolles.\nLivre ta bouche fière à ma bouche soumise\nAfin que dans ton cœur, grisé de mes paroles.\nJ'enfonce, en t'enlaçant, les ongles que j'aiguise.\n\n\n            LES DOCTEURS DE LA LOI\n\nTon amour ? lâcheté, ta charité? folie.\nCrois-nous, le temps n'est plus des vaines oraisons;\nCesse de marmotter aux portes des maisons,\nCar nous n'attendons rien de ton âme avilie.\n\nAssez, rêveur! Voici ta part; la loi te lie.\nNe tourne pas les yeux vers de faux horizons ;\nA la dure raison, obéis. Nous pesons,\nNous jugeons ; nous avons la force : romps ou plie.\nNotre cité nouvelle a des portes de fer ;\nElle se rit du ciel, ainsi que de l'enfer.\nTon Dieu? l'homme aujourd'hui le chasse et le renie.\nVa-t'en! Nous, d'un esprit méticuleux et froid,\nNous réglons le bonheur, la paix et l'harmonie.\nNous apportons, enfin, la justice et le droit.\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "                       — 136 —\n\n\n\n                  LES P R O P H È T E S\n\nO terre ! entends encor les clameurs des Prophètes.\nNous les avons revus, ces sinistres hâbleurs,\nSemant partout la haine et la rage et les pleurs,\nEt criant anathème au milieu de nos fêtes.\n\nCourez de ville en ville, énergumènes ! faites\nReluire aux yeux hagards l'espoir des jours meilleurs,\nForgez les volontés aux brasiers des douleurs;\nLes soirs ensanglantés annoncent nos défaites.\n\nSubstituez surtout votre cœur maladif\nAu cœur dur et grossier de l'animal naïf\nQui se vautre avec joie en son heureuse fange.\n\nVous mentez ! quand, hurlant, vous traînez à vos pas\nCes brutes qu'en martyrs votre charité change :\nCes maux que vous clamez, elles n'en souffrent pas.\n\n\n                   LE DIEU NOIR\n                                                 A I\\VAN GlLKIN\n\n\nLe sol est âpre et nu : ni ronces, ni viornes.\nL'horizon fuit, mêlant la cendre au mâchefer;\nSeul, un bloc de granit calciné par l'enfer\nAssigne, tout à coup, à la terre ses bornes.\n\nSur le sommet, grandi par l'ombre, les yeux mornes\nEt le front ténébreux, sur son trône de fer,\nCourbé sous sa pensée, est assis Lucifer,\nFatal', énorme et noir, un cierge entre les cornes.\n\nDans la plaine, aux lueurs des torches, se débat,\nIvre là-bas, l'orgie infâme du sabbat.\nMais grave, Lui, le Dieu maudit au pied de chèvre,\n\nDans l'ennui méprisant de son éternité,\nRêve, immobile, un doigt appuyé sur la lèvre,\nEn regardant grouiller la vaine humanité.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                        -   137   -\n\n\n\n\n                 LA T Ê T E DE MORT\n\nAu chevet de ton lit d'amour appelle et groupe\nTes amants furieux, vile esclave du Mal,\nEt, comme un orgueilleux et superbe animal,\nCambre, pour les tenter, et ta gorge et ta croupe.\nMais ne me compte plus parmi l'abjecte troupe\nQui t'assaille, en hurlant, de son désir brutal;\nJ'ai vu luire l'enfer dans tes yeux de métal,\nJ'ai bu la lie amère et je jette la coupe.\n\nVa-t'en perpétuer la race et le péché!\nEngendre, meurs, renais. De cet enfant, penché\nSur ta lèvre, assouvis l'instinct qui pleure et râle.\n\nObéis à la Bête immonde qui te mord :\nTue en nous l'idéal, fais de chaque homme un mâle,\nEt casque tes cheveux d'une tête de mort.\n\n\n\n                        L'ÉGLISE\n\nTes prêtres, ô Seigneur! m'ont enseigné la loi :\nFuis l'œuvre, crains la chair, renonce sans connaître,\nDevant le Dieu vengeur anéantis ton être;\nVoici les dogmes sûrs et précis, courbe toi.\n\nNous avons rédigé les articles de foi.\nApporte ton obole et sache te soumettre;\nMalheur à l'orgueilleux qui veut être son maître!\nObéis et suis nous, sans demander pourquoi.\n\nNous avons sur le roc bâti la forteresse.\nNous sommes les soldats du Christ : l'Eglise dresse\nSur le monde tremblant et le glaive et la croix.\n\nNous avons le pouvoir qui lie et qui délie.\nEt surtout, garde-toi de boire, ô toi qui crois,\nAux lèvres de Jésus l'amour et la folie.\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "                       — 138 -\n\n\n            LE TOMBEAU DU C H R I S T\n\nDieu mort! qui nous rendra ces beaux jours où ton nom\nChantait comme un baiser sur les lèvres crispées,\nOù les âmes de fer et dans la foi trempées\nBravaient, ivres d'amour, bûcher et cabanon?\nDe ces martyrs, ô Christ! que reste-t-il? sinon\nD'impassibles docteurs de robes et d'épées,\nEdictant, fiers du sceptre et des clefs usurpées,\nLa règle doctrinale ou bien le droit canon.\n\nIls ont tué l'esprit de ta parole sainte.\n Tu ne sortiras plus de la quadruple enceinte\nDe leur église où l'on te vend pour un denier.\nDu pommeau de leur glaive ils ont scellé ta tombe;\nEt nous n'entendrons plus ta voix, vain prisonnier,\nFrémir dans l'air heureux comme un vol de colombe.\n\n\n                        VANITÉ\n\nHâte-toi, car le temps est court; allons, travaille\nTends la toile, polis le marbre, fonds l'airain ;\nFais résonner la lyre ou façonne un quatrain,\nEt redresse le front, heureux de ta trouvaille.\nTu sais que tout s'écroule et qu'il n'est rien qui vaille\nLe pérennel éclat de ton art souverain;\nPrends l'essence de l'être et d'un esprit serein\nFixe-la, sans savoir que la foule te raille.\n\nPense à demain pourtant. Qu'importe un siècle ou deux;\nRien n'existe vraiment. Artiste vaniteux,\nDéjà le dernier jour de la Terre se lève.\n\nDemande aux astres morts leur secret redouté.\nTon œuvre est vain; et toi-même, tu n'es qu'un rêve\nD'un Dieu qui songe au fond de son éternité.\n\n                                          VALÈRE GILLE\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                                 —   139   —\n\n\n\n\n            DEUX LIVRES BELGES\n                             I. — IMOGÈNE\n\n               L'apparition d'un livre de M. Edmond Picard est toujours, en\n                Belgique, un événement. Et c'est justice. M. Picard n'est pas\n                un homme ordinaire. Juriste de premier ordre, avocat émi-\n                nent, homme public des plus notoire, il occupe dans la litté-\nrature de son pays une place dont on ne saurait contester l'importance.\nCertes, en tant qu'artiste, il mérite de graves reproches : nous y viendrons\ntout à l'heure; mais à travers tous ses défauts apparaissent des qualités\nfoncières qui forcent toujours l'attention, souvent la sympathie.\n    D'abord, M. Picard pense. Les idées générales — scientifiques ou\nphilosophiques — éclosent naturellement dans son cerveau. Quand\nM. Picard a sérieusement médité un sujet, il le pénètre profondément et\nle traite avec une remarquable ampleur ; avec une remarquable originalité\naussi, car il possède ce don précieux d'être naturellement original, ce qui\ndevrait bien le dispenser de rechercher de factices bizarreries de forme,\naussi puériles qu'inutiles. La fréquentation des Jeunes-Belgique a été\nnuisible à M. Picard. C'était un homme mûr lorsqu'il a rencontré ces\njeunes gens, alors âgés d'une vingtaine d'années, en pleine maladie de\njeunesse, en proie à l'ivresse, à la fièvre, à la folie d'une exubérante puberté\nlittéraire. Au lieu de se borner à les accueillir avec une bienveillante indul-\ngence, M. Picard, mû par une sympathie généreuse mais excessive, poussa\nl'enthousiasme jusqu'à contracter la même maladie. Tandis que celle-ci,\nchez les mieux doués de ces jeunes écrivains, suivait son cours normal et\ncédait enfin la place à une véritable virilité artistique, M. Picard ne put ou\nne voulut pas s'en débarrasser; la forme de cet écrivain qui, lorsqu'il\ns'occupe du droit, est merveilleusement saine et vigoureuse, demeure\ninfirme et maladive lorsqu'il parle d'esthétique ; et s'il fait lui-même œuvre\nd'homme de lettres, d'étonnants enfantillages viennent de temps en temps\ndéfigurer une pensée habituellement haute et noble.\n    Ces défauts ne parviennent certes pas à paralyser l'étrange puissance des\nlivres de M. Picard. C'est que celui-ci possède, outre le don de penser et\n l'originalité naturelle, deux qualités de la plus grande valeur. D'abord, de\n même qu'il est naturellement original, il est spontanément pathétique. Il\n possède un cœur passionné, une âme brûlante et vibrante. De quoi qu'il\n parle, il n'en peut parler froidement. Sa parole bondissante a toujours des\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                                   — 140 —\n\nélans de colère, d'amour ou d'enthousiasme. Dans ses écrits littéraires, tout\nest excessif : la passion l'entraîne où elle veut, tantôt dans le bien, tantôt\ndans le mal, et sa raison, si admirablement outillée qu'elle soit, n'est que la\nservante de ce cœur passionné, car au lieu de le dominer, de lui montrer\nune voie et de l'y guider, elle n'a d'autre souci que de justifier l'acte accom-\npli et la parole proférée. Elle le fait avec une singulière habileté : c'est une\nsavante avocate.\n   Cette puissance passionnelle est la qualité maîtresse de M. Picard. Et de\nmême qu'elle ne lui permet point de rester calme, elle empêche les autres\nhommes de demeurer froids devant lui. On l'aime ou on le déteste passion-\nnément. Parfois, on éprouve les deux sentiments à la fois. Le lecteur se\nsouvient-il de ce banquier allemand qui adorait la musique de Wagner,\nmais qui haïssait avec vigueur l'antisémitisme du grand dramaturge\nmusical? Sur la cheminée de son salon se trouvait un superbe buste du\nmaître : notre homme lui avait mis une couronne de laurier sur la tête et\nune corde au cou. C'est un peu comme cela que l'on voudrait traiter le\nbuste de M. Picard.\n   Ah! cette maudite esthétique du désordre, de l'anarchie, de la déforma-\ntion, de la décadence et de la démence!... Ah! ce coquin d'Art moderne,\nqui eût dû faire tant de bien et qui fait tant de mal !...\n   Si M. Picard possède un talent passionné et si par là il se rattache au\nromantisme, ses ouvrages révèlent la main savante d'un constructeur. Dans\nla série d'écrits qu'il a publiés sous ce titre collectif : Scènes de la pie judi­\nciaire, série avec laquelle son Imogène a mainte affinité, bien qu'il n'y soit\nplus question du droit, les irrégularités n'existent qu'à la surface : le fond\nest ordonné avec une méthode sûre, où se révèle l'esprit lucide de l'avocat,\naccoutumé à débrouiller les choses et à classer les idées. Relisez la Forge\nRoussel, l'Amiral, Mon oncle le Jurisconsulte, la Veillée de l'huissier,\nImogène, la mise en scène est simple et forte, admirablement une, et maint\nécrivain en renom y pourrait trouver une utile leçon d'art et un profitable\n modèle. M. Picard, qui dans ses écrits de critique se montre démolisseur\n aveugle, fanatique et systématique, apparaît, au contraire, dans ses ouvra-\n ges, comme un architecte habile, plein de science et de force. Qui expliquera\n ce contraste? Nous nous bornons à le signaler.\n    Il est temps de parler d'Imogène. C'est peut-être le meilleur ouvrage de\n M. Picard. Non qu'il soit sans défauts. Le style est malheureusement irré-\n gulier. Le plus souvent il est noble et émouvant ; parfois il se déforme,\n devient brutal, tourmenté, même baroque. Rien n'est plus regrettable, car,\n revêtant une armature vraiment belle et bien proportionnée, il suscite\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                               —      141—\n\n\nl'idée d'un corps admirable dont la peau serait, par endroits, rongée de la\nlèpre ; on dirait encore d'une statue aux formes pures, mais qu'une aberra-\ntion du sculpteur eût capricieusement semée de pustules, de verrues et de\nloupes. L'ensemble est harmonieux et pathétique; mais dès que l'on arrête\nle regard sur telle ou telle partie, quelle disgrâce ! Veut-on des exemples ?\nDès la deuxième page, l'auteur parle de « la mornitude des forces épui-\nsées ». Ailleurs on heurte, au détour d'une phrase, l'adverbe charmeuse-\nment, lequel est horrible et mal formé ; dirait-on « enchanteusement » ou\n« chasseusement » ? Ailleurs encore, ce sont des figures bistournées, malen-\ncontreuses et, au demeurant, peu délicates, du genre de celle-ci : « J'eus,\ncette fois, le sentiment fort que la résonnance féminine d'Imogène frappait\nl'accord plein avec ma virilité sonore. » Enfin l'on rencontre en plus d'un\nendroit des traits d'un pittoresque exorbitant; en voici un exemple : « O\nvieillesse prochaine! avec tes sensations d'horloge usée, d'engrenages\nédentés, de balancier aux pulsations hoquetantes... » L'ouvrage a pour\ncaractéristique une tendance constante à la synthèse, à la généralisation, à\nl'élimination du détail particulier et, le plus souvent, le style s'harmonise\navec cette tendance; voilà pourquoi un relief soudainement exagéré brise\nles lignes de la composition et interrompt le courant émotionnel. Il distrait\nbrusquement l'attention en même temps qu'il choque le goût.\n    Mais si tels sont les défauts qui déparent quelques pages d'Imogène, il\nest juste de reconnaître la belle et large éloquence du style, les périodes\namples et sonores, d'une grande allure oratoire, dont le rythme puissant a\nje ne sais quelle vertu à la fois imposante et émouvante.\n    Imogène est un petit traité de l'amour. On dirait une sorte de conte\nmoral, comme les aimait le XVIIIe siècle, mais pensé et écrit par un de nos\ncontemporains. On le rangera volontiers dans les bibliothèques près de\nl'Adolphe de Benjamin Constant, sur le rayon que dominent Julie, Wer­\nther et René. Mais Imogène possède une physionomie à part. Son origina-\nlité apparaît surtout si on la compare aux romans et nouvelles ayant trait\nà l'amour, qui ont paru depuis un quart de siècle, que dis-je? depuis trente\nou quarante ans! De ces nouvelles et de ces romans, les meilleurs sont ceux\nqui ont fait des âmes amoureuses une analyse aiguë et qui ont noté minutieu-\nsement leurs émotions les plus particulières. On y a fait surtout ce qu'on\nappelle de l'analyse psychologique. Loin d'analyser, M. Picard synthétise.\n L'homme et la femme qu'il met en scène sont à peine esquissés; tout trait\nparticulier est éliminé; toute idiosyncrasie est supprimée; quelques indica-\ntions seulement, absolument nécessaires pour que l'abstraction n'aille pas\njusqu'à la sécheresse : cet homme et cette femme appartiennent aux classes\ncultivées de la fin de notre siècle. Voilà tout.\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                                  —   142 —\n\n\n   Eh bien, au moyen de ces deux personnages ainsi généralisés, imperson-\nnalisés, presque réduits à l'abstraction, en bornant, d'autre part, l'action\ndu livre au schéma le plus simple de la passion, — la naissance, le déve-\nloppement, la décroissance puis la fin de l'amour, — sans une aventure,\nsans un incident, sans la plus petite tentative d'une péripétie quelconque\nM. Picard, accomplissant un véritable tour de force, est parvenu à écrire\nun livre profondément pathétique. L'intérêt de l'action, il a eu la hardiesse\nde le chercher non dans l'analyse morale, non dans l'observation psycho-\nlogique, mais dans les larges généralités de la métaphysique. Voilà ce qui\nfait l'originalité profonde et la valeur de ce petit livre, qui dépasse de plu-\nsieurs coudées le niveau des romans les plus « intellectuels » de ce temps,\n   Cette originalité consiste, bien entendu, dans le fait d'avoir bâti un\nroman sur le thème métaphysique dont il est question. Quant à ce thème\nlui-même, il n'appartient pas à M. Picard. Qu'importe? On n'invente pas\ntous les jours en métaphysique. La théorie de l'amour qui fait le fond\nd'Imogêne, est celle qui a été magistralement exposée par Schopenhauer :\nL'amour n'est, dans son essence, que la manifestation de la volonté qu'a la\nnature de perpétuer l'espèce. De simple besoin sexuel qu'est cette volonté\ndans les races animales inférieures, elle s'élève de degré en degré jusqu'à\nl'homme, chez qui elle met en jeu toutes les magies de l'imagination et du\nsentiment ; l'illusion amoureuse transforme le monde en un paradis lumi-\nneux et fleuri, fait à souhait pour les amants. Duperie nécessaire! Car\nl'égoïste raison humaine, qui a pour office de veiller à la conservation et\nau bien-être de l'individu, aurait bientôt montré à celui-ci les misères, les\nennuis et les douleurs qui résultent de la procréation et c'en serait fait de\nl'espèce ! La volonté de la nature enfin satisfaite, toutes ces féeries s'éva-\nnouissent ; il semble que l'on s'éveille d'un rêve ; les êtres qui s'aimaient\nredeviennent peu à peu étrangers l'un à l'autre; l'individu se retrouve seul\ndans l'univers hostile.\n   Tel est, en résumé, le phénomène que Schopenhauer décrit en savant et\nque M. Picard anime en artiste.\n   Mais il n'y a pas identité complète entre leurs deux pensées. Schopen-\nhauer affirme sa thèse avec le pessimisme ironique et brutal qui lui est fami-\nlier. M. Picard doute, se révolte, nie même, un moment, la loi qu'il avait\nd'abord clairement aperçue, et cherche au phénomène de l'amour une raison\nplus haute. Arrivé au point culminant de l'exaltation psychique, il nie le\nmotif physiologique, qui est pourtant la cause de toute son exaltation senti-\nmentale et intellectuelle et il s'écrie hardiment : « O compagne de mes\nillusions, fragile comme moi-même, j'ai aimé plus grande que toi! J'ai\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                                     -    143    -\n\n\n aimé une force éternelle qui ne naît pas et qui ne meurt pas. J'ai aimé la\n Beauté et je l'ai confondue avec toi qui n'en fus que le support... » Et aus-\n sitôt, s'élevant plus haut encore, il pousse ce cri suprême : « Imogène, loin-\n taine Imogène, ce n'est pas toi que j'ai aimée! ce n'est pas la Beauté que\n j'ai aimée! c'est l'Harmonie ! »\n    Alors jaillit un hymne éloquent à l'Harmonie, qui serait un morceau\nvraiment admirable et parfait, si l'on en pouvait extirper quelques expres-\nsions malencontreuses, écrites à contre-sens, qui disent autre chose' que\n ce que l'auteur veut dire (1). Mais quelle élévation! quelle ampleur dans\n le langage ! Écoutez :\n    « Harmonie! loi suprême du monde! Tu règles les infiniment grands et\nles infiniment petits ! En toi se déversent comme en l'abîme ultime tous les\nefforts de la nature et des êtres vers le Bien et vers le Beau. Entité dernière\net irréductible à laquelle aboutissent, en leurs transformations de plus en\nplus simples, toutes les forces primitives, matérielles et morales... C'est toi\nqui animes l'universelle et inlassable aspiration vers un état meilleur. C'est\ntoi qui fais éclore toutes les espérances. C'est toi qui brilles inextinguible,\nconsolatrice et encourageante, au-dessus des misères, des souffrances et des\ndéceptions. C'est toi qui donnes la paix et la joie dès qu'on t'a conquise.\nC'est toi qui es le ressort toujours bandé de la perfection... Tu fais mou-\nvoir la matière et tu fais mouvoir les âmes. Par toi les mondes gravitent\ndans la superbe ordonnance des sphères. Par toi la Nature compose et\nvarie sans trève, pour l'ivresse de nos yeux, son manteau de couleur et de\nlumière. Par toi les passions, se mouvant dans une juste mesure, deviennent\ndes vertus et des forces salutaires... Les myriades d'atomes qu'agitent les\ninfatigables phénomènes n'ont la fièvre de l'activité que parce qu'ils cher-\nchent, avec la ténacité de l'irrésistible, la place et les rapports qui leur sont\nassignés dans l'ordre suprême fixé par toi et proposé à leurs efforts. On ne\nsouffre que parce qu'on ne te possède pas. S'il était possible d'imaginer un\ncommencement à l'Univers, ce serait à l'heure où tu fus rompue et tes\néléments dispersés, et une fin, à l'heure où tu serais reconquise. Le monde\nest un serpent coupé en morceaux dont les tronçons cherchent à se rejoindre,\n\n\n   (1) Par exemple ceci : « Corps premier qui résume et contient la multiplicité des\nautres... » Jamais, jamais on n'admettra que l'harmonie soit un corps. — Autre erreur :\n«Tu es l'Infini, car rien ne t'échappe. » Idée inadmissible. L'harmonie consistant en un\nrapport, suppose des parties. Donc, il ne saurait être question d'Infini. Plus haut que\nl'harmonie il y a l'unité, qui seule peut être infinie.\n   Plus loin encore l'auteur dit : « Tu es l'Absolu. » — Encore une fois, non! L'absolu\nne peut être que l'unité, et 1 harmonie implique la pluralité.\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                                  — 144 —\n\nun vaste édifice écroulé qui travaille à se reconstruire? Peut-être l'univer-\nselle évolution n'est-elle qu'une suite de créations et de ruptures d'harmonie.\nPeut-être est-ce le secret de l'existence du bien et du mal, et de la vie en son\nondulante, bizarre et inlassable agitation. »\n    Qui peut lire ces lignes éloquentes sans y saluer avec émotion un magni-\nfique reflet de la haute philosophie platonicienne? Et qui ne voit qu'il n'est\nvraiment point banal de faire planer un pareil hymne au-dessus d'une confes-\nsion d'amour?...\n    L'auteur a fort exactement décrit le phénomène de l'amour selon la doc-\ntrine schopenhauérienne. L'excitation sexuelle, chez les sujets richement\ndoués, a pour corollaire l'excitation intellectuelle ; le héros de cette nou-\nvelle philosophique se sent transporté par l'amour dans les plus hautes\nrégions idéales ; son esprit, échauffé en même temps que son cœur, détourne\nson attention du monde physique où l'amour se résume en un fait physiolo-\ngique : l'illusion qui le trompe, pour lui faire accepter et vouloir la vie avec\ntous ses phénomènes, avec son plus important phénomène qui est l'œuvre\nde la reproduction, l'illusion abuse son intelligence, lui cache la vérité gros-\nsière et masque l'impulsion sexuelle d'une fausse raison idéale. Il croit\nqu'en aimant une femme il aime l'harmonie. Il verra bientôt qu'il n'en est\nrien. Des que la crise amoureuse entre dans sa naturelle période de décrois-\nsance, que reste-t-il de cette harmonie prétendument incarnée dans la femme\naimée? L'auteur n'en parle plus. C'est que le mirage qui a trompé son\nhéros, pâlit et s'évanouit. S'il revenait sur le passé il serait forcé de dire :\n« Je me suis trompé. Je n'ai pas aimé Imogène parce qu'elle était une incar-\nnation de l'harmonie; mais l'amour qui m'enflammait pour une femme a\néchauffé mon esprit, qui s'est élevé jusqu'à l'intuition intense de l'harmonie\net qui l'a adorée. L'illusion m'a fait croire que l'harmonie était personnifiée\ndans cette femme, alors que, en réalité, cette femme n'était que le cristal\nmagique au travers duquel j'ai pu, un instant, apercevoir une grande idée. »\n    On ne doit pas moins admirer la dernière partie de ce petit livre que les\n précédentes. Le déclin de l'amour y est décrit avec autant de force, de\n sobriété et de pathétique que sa croissance et sa passagère apothéose. La\n rêverie amoureuse commencée dans la mélancolie, s'était précisée dans une\nmerveilleuse progression de lumière, de beauté et de bonheur; la décrépi-\ntude de l'amour n'est pas moins admirablement graduée; peu à peu la\n flamme magique baisse et les tristes ténèbres rétablissent leur empire.\n M. Picard a su terminer Imogène par quelques phrases d'une beauté grave\n et émouvante, qui laissent dans l'âme du lecteur une profonde et durable\n impression.\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                                 — 143 —\n\n\n                II. — LES VILLAGES ILLUSOIRES\n\n  Les Villages illusoires! Titre singulier, mais qui tient ses promesses.\nRien n'est certes plus illusoire que les villages de M. Emile Verhaeren.\nPour y arriver il faut recourir à un passeur d'eau ; malheureusement le\npasseur d'eau ne passe pas; il tient avec ténacité un roseau vert entre ses\ndents, mais il a beau s'évertuer, il ne parvient pas à quitter le bord. La\ntempête est trop forte. Mais la pluie ne laisse pas que d'être bizarre. « Ses\nongles systématiques tissent le vêtement, maille à maille, de dénuement\npour les maisons et les enclos des villages gris et vieillots. « Sur la rivière\nflottent des barques, où travaillent « les vieux pêcheurs de la démence ».\n                       Tel ouvre ses nasses\n                       Aux deuils passants qui le menacent;\n                       Et celui-là ramasse au bord\n                       Les épaves de son remords.\n  Le meunier n'est pas moins extraordinaire. On lui apporte successive-\nment les divers débris de sa femme, qu'on a coupée en morceaux : le doigt\ndont on avait ôté l'anneau, les seins, les yeux « fixes commes des\ncibles ». Enfin :\n                       Un aveugle, deux loqueteux,\n                       Un sourd et un boiteux,\n                       Lui apportèrent l'âme\n                       Infâme de sa femme.\n    Laissons le meunier « coudre son linceul, au tic-tac dur du moulin noir »\net occupons-nous de la neige. Dans les villages de M. Verhaeren la neige\ntombe non pas continûment, ou continuellement, ce qui serait banal et bon\ntout au plus pour un village ordinaire, elle tombe « indiscontinûment ».\nElle tombe aussi « myriadaire », ce qui n'est pas très compréhensible.\n    Le silence ne le cède pas à la neige en originalité. Depuis l'été il « n'a\npoint bougé dans la bruyère ». Il n'a pas bougé, pourtant il s'allonge, grâce\naux soirs qui « plongent par au-delà des montagnes de sable et des taillis\n infinissables, au fond lointain des loins ». Infinissables? parfaitement. Le\n silence mire « obstinément ses yeux abstraits » dans des marais. Ce n'est\n pas tout. Ce silence, qui ne se refuse rien, est « autoritaire » et il « inocule...\n l'inquiétude de l'inconnu ». Comme, d'ailleurs, il fait tout cela sans bouger,\n il copie effrontément la neige, lui vole son adverbe et « reste indiscontinû-\n ment le même ». Après le silence, le vent ; comme on le voit, pour illu-\n soires qu'ils soient, les villages de M. Verhaeren tiennent à rester métho-\n diques et isolent avec soin, sous une étiquette spéciale, toutes les curiosités\n qu'ils offrent au public. Le vent « râpe du fer ». Il « se déchire et se\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "                                   —   146 —\n\n\ndémembre ». Il est « fauché » par le moulin noir, mais il n'en a cure, car\nil « jeta la lune à bas ». Et\n                        ... n'en pouvant plus\n                        Tous les villages vermoulus\n                        Criaient comme des bêtes\n                        Sous la tempête.\n  Sous un vent qui se permet de telles prouesses, rien d'étonnant si les\nmeules brûlent. Aussitôt se produisent des phénomènes remarquables.\n                    Les tocsins cassent leurs bonds de sons\n                    Aux quatre murs de l'horizon.\n   La flamme est « virgulante », ce qui fait comprendre que « les obstiné-\nment silencieux, avec de la stupeur aux yeux, regardent ! »\n   Revenons aux habitants de ces prodigieux villages. Nous avons déjà fait\nla connaissance du passeur d'eau, des pêcheurs et du meunier. Voici le\nmenuisier. Le bonhomme a du faire jadis quelques études, car l'auteur lui\naccorde le titre de « menuisier du vieux savoir ». Un peu maniaque, pour-\ntant, ou retiré des affaires, car il ne s'occupe ni de raboter, ni de clouer, ni\nde confectionner des portes, des fenêtres et des armoires, voire des cercueils,\nce qui est le travail ordinaire des menuisiers dans les villages moins illu-\nsoires, mais il\n                    Fait des cercles et des carrés\n                    Tenacement pour démontrer\n                    Comment l'âme doit concevoir\n                    Les lois indubitables et fécondes\n                    Qui sont la règle et la clarté du   monde.\n  Ce menuisier surprenant « dit l'univers » et sur le faîte de son travail\n« chinoisement complexe », il « dresse Dieu ». Enfin, il daigne accorder\nun souvenir à la menuiserie :\n                        / / rabote ses arguments\n                        Et taille en deux toutes   répliques.\n   Il « raffine sur la substance », donne au mystère « un nom complémentaire »\n(le vieux traître!) il n'a rien « laissé d'impossible qu'il n'ait casé... en des\ntiroirs de syllogismes », il fait « l'éternité à coups d'équerre et de réglette».\nIl a pour voisins le curé et le médecin, « qui ramassent en ses travaux irré­\nductibles chacun pour soi des vérités incompatibles », ce qui ne laisse pas\nque d'être extraordinaire, puisque chacun de ces messieurs réduit à son\nusage ces travaux prétendument irréductibles, et y trouve des vérités incom-\npatibles.\n   Ces vérités incompatibles sont une jolie trouvaille; mais comment,\ndiantre! tant d'incompatibilité entre-t-elle dans l'irréductibilité? On voit\nbien que nous divaguons dans l'illusoire.\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                                   — 147 —\n\n  Après le menuisier, le sonneur. Celui-ci voit brûler la tour de l'église : il\nsonne éperdument le glas et périt, écrasé par la chute d'une cloche.\n                    Et la cloche qui défonça le terrain mou\n                    Fut son cercueil et fut son trou.\n   Telle est son oraison funèbre, dont la platitude lui convient à merveille.\nUn personnage plus intéressant appelle notre attention : c'est le fossoyeur.\nIl est peut-être né avant le déluge, car l'auteur dit : « Depuis toujours un\nhomme bêche la terre sèche. » Admirons en passant la description du cime-\ntière, « le jardin des ifs et des trépas », qui fait penser à la phrase célèbre :\n« J'ai perdu la tête et mon parapluie » ou cette autre : « Je suis sorti de chez\nmoi et d'embarras. » Tout à coup nous apprenons que, à l'instar du meu-\nnier et du menuisier, le fossoyeur n'est pas un fossoyeur ordinaire; il\nn'enterre pas les morts, mais « il amène et couche en terre sa durable misère\nhumaine ». Il enterre donc sa propre misère, et comme celle-ci est durable,\nil l'enterre probablement vivante, ce qui est horrible ; mais il la déterre sans\ndoute aussitôt puisqu'il ne cesse de la renterrer. C'est le fossoyeur-Pénélope.\nTous les jours arrivent vers lui des files de cercueils blancs. Ceux-ci sont\npleins des douleurs du fossoyeur, paraît-il; on ne s'explique pas très bien\npourquoi ces douleurs viennent de partout excepté du cœur même du fos-\n soyeur, puisque enfin ce sont ses propres douleurs. Mais n'insistons point\n sur ces mystères. Quelles sont les douleurs du fossoyeur? L'auteur nous les\n fait connaître :\n                  Voici ses désirs fous vers les soirs mortuaires,\n                  Voici ses deuils d'il ne sait quoi, voici ses pleurs\n                 Immobiles pour à jamais, en des suaires.\n                 Voici ses souvenirs et leurs regards usés\n                 A venir de si loin par à travers les heures...\n  Tout cela est terriblement compliqué, même pour le fossoyeur d'un\nvillage illusoire. Qu'est-ce que ce « désir fou vers des soirs mortuaires? »\nQue sont ces pleurs à jamais immobiles dans des suaires ? Les a-t-on con-\ngelés? Mais les plus étonnants sont ces souvenirs qui se sont usé les\nregards à venir de si loin !... Un autre cercueil blanc renferme\n                   Le geste de son vouloir en coup d'éclair.\n                   Qui gît inerte et qu'il ne peut redresser clair.\n  Cette dernière métaphore touche au comble de l'absurde : elle montre un\ngeste qui est pareil à un éclair, qui pourtant est inerte et qu'on ne peut\nredresser !...\n  Cependant les cercueils blancs ne cessent d'arriver de toute part ; ils vont\n« au long des champs, au long des clos, au long des bornes, au long de\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "                                    -   148     -\n\nl'inconnu où l'effroi corne ». Pourquoi l'effroi corne-t-il dans l'inconnu?\nMystère. Le fossoyeur s'obstine à « cacher sous terre sa mort multiple et\nfragmentaire; » laissons-le à cette besogne et saluons le valet de ferme. Celui-\nci a été chassé pour avoir regardé de trop près la fermière; il court le monde\n                      Du port d'Anvers à Trébizonde,\n                      Jusqu'aux pays où l'or nouveau\n                      Monte des mains jusqu'au  cerveau.\n   Ce dernier renseignement n'est pas des plus précis ; mais peu importe. La\nfermière est morte, le fermier est mort; après « des ans et puis des ans » le\nvalet revient, rebâtit la ferme, déterre la fermière, dont le cadavre n'est plus\nde première fraîcheur, et renouvelle les exploits du célèbre sergent Bertrand.\nMême pour un village illusoire, il n'y a là qu'un simple sujet de com-\nplainte. Mais le cordier et le forgeron sont autrement intéressants. Le cordier\n                        Du fond du soir tourbillonnaire (!!!)\n                        Attire à lui les horizons.\n   C'est que, tout comme le menuisier qui se moquait pas mal de la menui-\nserie, le cordier songe à tout autre chose qu'à faire une corde; il tourne\nentre ses doigts une sorte de ficelle idéale, qui vient on ne sait d'où, mais\nqui a la propriété d'attirer l'horizon. Soit! Va pour cette ficelle ! Mais voilà\nque ces horizons ne sont pas des horizons, pas plus que le cordier n'est un\ncordier ni sa corde une corde.\n   Les horizons, ils sont là-bas, dit très judicieusement l'auteur, puis il les\ndécrit: « Regrets, fureurs, haines, combats, pleurs de silence ou pleurs de\nvoix (? ?) les horizons des autrefois      »\n   Et le cordier visionnaire attire à lui le passé : vie des pasteurs nomades,\nvie des hordes barbares, vie des chrétiens des croisades, etc.\n   Puis, le soir, qui était tourbillonnaire, devient divitiaire, et le cordier\nattire à lui les horizons du présent ; enfin le soir devient auréolaire et le\ncordier attire les horizons de l'avenir. Ici le cordier devient touchant : il voit\nun double escalier d'or dont les degrés sont bleus de l'or d'azur, sans\ndoute) et que gravissent le rêve et le savoir, qui, partis séparément, montent\nvers un palier unique; « là-haut, l'éclair s'éteint des chocs et des con­\ntraires ; le poing morne du doute entrouvre au clair ses doigts ; l'œil\nregarde s'unir dans l'essence les lois qui fragmentaient leurs feux EN DOC-\nTRINES HORAIRES ! ! ! » Que le cordier secoue un peu sa corde, peut-être\nattirera-t-il un horizon moins chaotique et moins cocasse.-\n   Quant au forgeron, il est de la même famille que le menuisier, le cordier\net le fossoyeur. C'est un forgeron allégorique, qui martèle « les pâles laines\nimmenses de la patience ». Et pour les forger, voici ce qu'il a jeté « dans\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                                   —    149 —\n\nson brasier » (l'auteur a, sans doute, voulu dire : dans son creuset) ; il a jeté:\n« les cris d'opiniâtreté, la rage sourde et séculaire », puis « révoltes, deuils,\nviolences, colères, pour leur donner la trempe et la clarté du fer et de\nl'éclair ». Il forge les armes futures de la foule; la foule\n                     Fera surgir, avec ses bras impitoyables,\n                     L'univers neuf de l'utopie insatiable.\n\n  L'opération sera des plus simples et tout se passera au mieux :\n                   Les minutes s'envoleront d'ombre et de sang\n                   Et l'ordre éclora doux, généreux et puissant\n                   Puisqu'il sera la pure essence de la vie.\n   A ces paroles il est aisé de reconnaître dans notre forgeron un rêveur\nanarchiste. La profession de foi est claire et précise : on casse tout, et de la\ncasse sort spontanément l'ordre, ordre qui sera doux, généreux et puissant:\ntout cela doit infailliblement arriver pour ceux qui ont la foi du forgeron ;\net pourquoi? par l'opération de quelle force? Tout simplement parce que\ncet ordre, inconnu avant le grand chambardement, est précisément la pure\nessence de la vie. Voilà ce que les Darwin, les Haeckel, les Spencer et les\nBerthelot n'avaient pas encore trouvé. Mais qui peut savoir tout ce que sait\nun forgeron de patience?...\n   Nous avons passé en revue les vivants, il nous reste à parler du mort,\ncar le village a son mort.\n                       A u coin du bois est un cercueil.\n                       Avec un mort qui tient son œil,\n                       A vec un mort qui tient son cœur\n                       Comme une pierre en sa main droite.\n\n  Le poète, qui a attaché à cette pierre une importance extraordinaire, se\ndemande :\n                       Est-ce son œil, est-ce son cœur,\n                       Cette pierre qu'il tient en sa main   droite?\n\n  Il ne parvient pas à découvrir la vérité ; la pierre reste ou l'œil ou le\ncœur, ou tous les deux à la fois ; l'auteur s'écrie, sans éclaircir ce mystère :\n                        Ce cœur, caillou du tant souffrir,\n                        Cet œil, caillou du tant mourir...\n\n   Nous voilà bien avancés ! Le caillou du tant souffrir et le caillou du tant\nmourir ne sont pas des cailloux qu'on trouve sous le pied d'un cheval. La\nperplexité augmente. L'auteur, à la fin de l'histoire, se résigne à rester dans\nle doute et dit philosophiquement :\n                        Le caillou d'œil ou bien de cœur.\n                                                                         10\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "                                      - 150 —\n\n  Nous ne saurons donc jamais la vérité; il faut accepter cette douloureuse\nénigme avec résignation.\n  Au sujet du mort le poème offre des renseignements plus précis :\n                 Le pauvre! — hélas! trop faible était sa tête\n                 Pour la volante au loin et sautante     tempête...\n                 Pauvre mort, cœur trop vrai,\n                 Trop clair d'Elle, trop noir de lui (???)\n\n   Cet effet de clair-obscur signifie que notre mort s'est tué par désespoir\nd'amour. Comme il n'existe aucun bon motif pour laisser le cadavre en son\ncercueil, au coin du bois, l'auteur demande avec raison qu'on l'emporte.\n   Notre exploration est terminée. Nous avons fait le tour des villages illu-\nsoires; il reste à juger ce que nous avons vu. Le village de M. Verhaeren\nn'est pas seulement illusoire, il est allégorique; tel est l'adjectif qu'il fallait\nmettre dans le titre du livre si l'on voulait donner à celui-ci un titre exact.\n Quant à la réalité, l'auteur n'en a cure. Il n'y a rien, absolument rien de\nréel dans ce livre. L'auteur a pris pour décor un pays pluvieux et y a dis-\nposé quelques fantoches symboliques, qui ne sont là que pour figurer des\nidées. La vieille science scolastique y apparaît déguisée en menuisier; la\nrévolte anarchiste est représentée par le forgeron, et ainsi de suite. La signi-\nfication de l'ensemble n'est pas des plus claires ; peut-être les villages illu-\nsoires figurent-ils le monde présent, où l'auteur, écœuré de l'immense\ndégoût que lui ont donné la nature et les hommes, enterre rageusement\ntoutes ses rancunes et rejette avec une naïveté extrême ses espérances et sa\nconfiance, je dirai même sa foi, vers de vagues rêveries de réformes sociales,\ntelles que les forment les cerveaux obscurs et brouillés de son cordier\nvisionnaire et de son forgeron révolté. Si telle est la portée du livre, on ne\nvoit pas pourquoi l'auteur a placé un tel sujet dans un tel cadre. En\ns'astreignant à transformer ses idées en figurines villageoises, il s'est imposé\nune mise en scène compliquée, dont il n'a tiré qu'un parti médiocre, faute\nde donner à son village plus de réalité. Celui-ci n'est qu'un village en pâte\nmolle, sans couleur, sans relief, sans consistance et sans vie; d'autre part,\nles idées de l'auteur sont mal représentées par les petites marionnettes qui\nles incarnent. En traitant ces idées sous une forme purement lyrique et\nsubjective, l'auteur des Soirs et des Débâcles eût su, nous n'en doutons pas,\nleur donner une autre puissance.\n   La distribution du livre est rigidement catégorique et symétrique. Là se\nrévèle une tendance particulière de l'esprit de M. Verhaeren. Déjà dans les\nFlambeaux noirs, où ses amis s'attendaient à trouver le déchaînement le\nplus lyrique de la folie, on avait découvert avec stupéfaction des compar-\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                                 — 151 —\n\n\ntiments soigneusement catalogués ; ici le classement symétrique est poussé\nbeaucoup plus loin ; nous avons déjà fait remarquer cette particularité, au\ndébut de notre article ; mais il est intéressant de rapprocher ce penchant à\nla classification de la haine systématique que l'auteur professe pour tout ce\nce qui ressemble à une règle, à une loi, à un ordre.\n   Le contraste est saisissant entre cette apparente régularité dans la divi-\nsion du livre, régularité qui se retrouve dans la composition de certaines\npièces, par exemple Le Cordier, et le désordre presque absolu qui règne à\nl'intérieur de ces divisions, dans la pensée et dans la phrase. Toutes les\nimages s'embrouillent, chevauchent les unes sur les autres et finissent par\nse fondre en une masse pâteuse et informe. Exemples :\n                Jadis, c'était la vie énorme, exaspérée,\n                Sauvagement pendue aux crins des étalons.\n                Soudaine, avec de grands éclairs à ses talons\n                Et vers l'espace immense immensément cabrée.\n\n  La vie est incarnée en une personne qui se pend aux crins des étalons, —\ncette personne est soudaine (?)... elle a des éclairs aux talons, et tout à coup\non constate que, se substituant aux étalons, c'est elle qui se cabre!...\n  Autre exemple :\n               Longue comme des fils sans fin, la longue pluie\n               Interminablement, à travers le jour gris\n               Râcle les carreaux verts avec ses ONGLES gris.\n\n  Dans la même phrase la pluie est assimilée à « des fils » et elle a des\nongles!... Dans ce village-là, les pommes de terre doivent avoir des dents.\n  Autre exemple :\n               Voici son rêve éclos en joie et oubliance\n               Qu'il a lâché dans les prés noirs de la science.\n               Qu'il a vêtu de braise et de flammes cueillies\n               — Ailes rouges — aux vols passants de la folie.\n\n   Remarquez l'imbroglio : le rêve est éclos, il est donc implicitement\ncomparé à une fleur; aussitôt il est lâché dans les prés, comme s'il s'agissait\nd'un chien ou d'un lapin ; il est d'ailleurs aussi vêtu, — et vêtu de braise\net de flammes, — lesquelles flammes sont des ailes rouges, — et ces ailes\nrouges sont cueillies, comme des fleurs...\n   Un écrivain tombe aisément dans le fatras incohérent quand il ne sait\npas au juste ce qu'il veut dire et qu'il ne cherche pas à penser clairement.\nOn fourre des à-peu-près d'idées dans des à-peu-près de mots et cela s'appelle\nle style poétique; quand les mots sont détournés de leur sens normal, le\nstyle devient « original et personnel », probablement parce que seul l'auteur\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "                                     —   152   —\n\n\n\nsait, si Dieu le permet, ce qu'il a voulu dire. Il se trouve, aux jours présents,\nun nombre incroyable de sots, de gâteux, de dégénérés, de malades de toute\nsorte, de fous, d'imbéciles, de snobs, de saltimbanques et de marchands de\nfariboles pour se pâmer devant ces niaiseries, faire les yeux blancs et crier\nau miracle. Il n'y a là, hélas ! d'autre miracle que l'éternelle stupidité des\njobards qui se laissent imposer par ces messieurs des admirations fétides,\ndes chefs-d'œuvre en toc, un art de maison de santé, de ruisseau ou d'école\nprimaire.\n   Mais revenons à notre auteur. Nous avons noté d'une part le vague de sa\npensée, d'autre part la tendance à établir des divisions symétriques. On ne\ntarde pas à s'apercevoir, en examinant de plus près ces dernières, qu'elles\nsont tout extérieures, plus apparentes que réelles, et, en définitive, artificielles.\nDans le recensement du personnel des Villages illusoires, nous avons vu :\nle passeur d'eau, les pêcheurs, le meunier, le menuisier, le sonneur, le\nfossoyeur, le valet de ferme, le cordier, le forgeron... et le suicide! Si l'on\nse rappelle l'analyse de ces personnages, on constate bientôt que le meunier,\nle valet de ferme, le suicide et le sonneur ne sont là que pour faire nombre :\nils n'ont aucune signification distincte dans l'allégorie. Le passeur d'eau\nest certainement le même homme qui, après avoir été un peu pêcheur, se\nfait fossoyeur. A côté des hommes, il y a les choses, — l'auteur les a symé-\ntriquement entremêlés les uns aux autres, — ces choses sont : la pluie, la\nneige, le silence, lèvent; cette distribution, absolument arbitraire, a pour\nutilité principale de faire contrepoids aux sujets humains et de fournir â\nceux-ci des « entre-deux ». Au point de vue artistique, je ne critique point\nce procédé qui offre un avantage très réel, celui de reconstituer constamment\nle décor général ; mais je remarque que ces divisions n'ont d'autre raison\nd'être que le caprice de l'auteur. C'est arbitrairement que celui-ci les a\nétablies, sans s'appuyer sur la nécessité, sans créer un ordre véritablement\norganique. La structure du livre nous est donc révélée : désordre naturel,\navec de larges divisions artificielles et systématiques, imposées au sujet\na priori dans le seul but de le diviser coûte que coûte. Il y a là, dirait-on,\nun reste d'habitude classique : il semble que l'esprit de l'auteur, qui a reçu\ndans sa jeunesse une bonne et forte culture, se refuse instinctivement à\ns'abandonner tout à fait au désordre. Fassent les destins que ce soit le signe\ndu salut et le gage d'un retour futur à l'art sain et vigoureux auquel\nM. Verhaeren, dans ses premiers livres, paraissait avoir voué sa Muse!\n   Je rappelais plus haut la haine que l'auteur professe pour tout ce qui\nest règle ou loi. C'est cette haine qui l'a amené à abandonner la versifica-\ntion correcte pour une sorte de demi-versification lâche, molle, informe, où\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                                —    153   —\n\n\ntraînent encore quelques rimes, plus souvent de simples assonnances, et\ndont le rythme vacille tantôt sur un pied, tantôt sur vingt ou trente.\n    Levers libre de M. Verhaeren, dans le présent livre, diffère cependant du\nvers libre de la plupart des autres écrivains : il a gardé plus de rythme et\nplus d'assonnances. En somme, son art ressemble à une versification\nvolontairement vieillotte et barbare; c'est une imitation laborieuse du va-\ncomme-je-te-pousse des anciennes complaintes populaires. Mais dans\nquelle langue M. Verhaeren perpètre-t-il ses essais d'archaïsme! Une langue\nqui n'a plus rien de français, un baragouin d'Apache, faisant rouler les\nsvllabes pèle-mêle et bouleversant les mots dans un irrémédiable gâchis! Les\nvocables y sont pris les uns pour les autres ; les adjectifs choisis pour leur\nsonorité plutôt que pour leur sens : qu'est-ce donc qu'un « soir tourbillon-\nnaire », qu'une « pluie tenacement indéfinie », qu'un « caillou du tant souf-\nfrir » ou « du tant mourir » ? Tout cela, et mille choses semblables, c'est du\ncharabia triple, c'est un jargon digne des petites-maisons !\n    Hélas! était-ce donc à ces pitoyables hurlements de faux «homme\nsauvage » que devait en arriver l'un des jeunes poètes les plus brillamment\ndoués de la pléiade de 1880? Nul ne contestera la prodigieuse richesse de\nl'imagination de M. Verhaeren et la puissance de sa vision plastique. De\ncelle-ci, que reste-t-il? Elle nous montre encore des coins de paysages\nintenses, presque dramatiques... Mais pour le reste, elle s'est habituée à se\ncontenter d'images ébauchées, de représentations inachevées, dont les\nlambeaux se mêlent et s'embrouillent dans une inextricable confusion.\nL'imagination est toujours puissante, mais la raison et le goût ne la\ndirigent point et elle s'acharne aveuglément à fabriquer des monstres.\nRien n'est plus affligeant que ce spectacle et l'on ne peut s'empêcher dé-\ncrier à l'auteur : Rendez-nous donc le poète que vous étiez !\n   Quelle douloureuse chose que de devoir dire ces dures vérités à un artiste\nqu'on a admiré !...\n   On s'étonnera, peut-être, de nous voir critiquer le livre de M. Verhaeren\navec tant de vivacité. C'est que par la position éminente que M. Verhaeren\noccupe dans un parti littéraire, aujourd'hui, hélas ! nombreux et arrivé à\nune expansion effrayante, il se trouve désigné entre tous au feu de ses\nadversaires. Dans l'école de l'individualisme effréné, qui n'admet d'autre\nloi que le caprice de chacun, — ce que l'on appelle, par euphémisme, le\nlibre et complet épanouissement de la personnalité, — ses facultés peu\nordinaires, la très réelle et très vive ardeur de son imagination, son audace\net son outrance l'ont mis au premier rang. Il est, avec M.Maeterlinck,\ncelui de nos jeunes poètes que l'on connaît le plus en France et, dans les\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "                                  —    154   -\n\n\njeunes revues françaises où fleurit l'anarchie intellectuelle, on le considère\ncomme l'un des plus brillants représentants de l'école. Cette école nous est\nodieuse, parce que nous haïssons le désordre qui en est l'unique principe,\nCette école, c'est notre conviction profonde, travaille activement à ruiner la\njeune littérature belge que M. Verhaeren nous a jadis aidés à fonder. Nous\nn'avons certes pas oublié qu'il fut des nôtres, qu'il collabora brillamment à\nla Jeune Belgique et que des liens d'amitié l'ont personnellement uni à\nceux qui ont à présent le chagrin de blâmer son art et de combattre son\ninfluence.\n   Mais on peut aimer M. Verhaeren et détester ses livres, — ceux du\nmoins qu'il écrit depuis la regrettable évolution de son talent. Nous le\nvoyons employer toutes ses forces à détruire ce que nous avons de plus\ncher. On nous pardonnera, il nous pardonnera peut-être lui-même, si nous\nne pouvons rester aussi calmes qu'il conviendrait, sans doute, et si la\ndéfection artistique d'un talent aussi considéré et aussi apte à fasciner la\njeunesse, nous émeut mille fois plus que les exemples et les prédications\nd'un étranger. M. Verhaeren est, en Belgique, le porte-drapeau de l'anarchie\nlittéraire, que nous sommes résolus à combattre, car, à nos yeux, l'avenir\nintellectuel et artistique de notre pays est en jeu. Nous blâme qui voudra,\nnous avons la conviction qu'en conduisant la Jeune Belgique à la bataille,\nnous obéissons à un devoir.\n                                                        IWAN GILKIN\n\n\n\n\n    Histoire de la littérature française hors de France\n                           par   VIRGILE ROSSEL\n\n             C'est le titre d'un ouvrage copieux et massif qu'un écrivain\n              suisse, M. Virgile Rossel, vient de consacrer à la littérature de\n              langue française en Suisse, en Belgique, au Canada, et même\n              en Hollande, en Suède, en Danemark, en Allemagne, en An-\ngleterre, en Russie et en Roumanie. Il y a une littérature française à Haïti,\nmais M. Rossel n'en veut rien savoir.\n   Le quart du volume se rapporte à la Belgique. Hélas ! Il ne faut pas lire\nce chapitre avec plus d'attention que l'auteur n'en a mis à l'écrire pour se\nconvaincre que la nécessité persiste de renfoncer en soi le désir qu'on pour-\nrait avoir de ne plus ignorer, grâce à M. Rossel, la littérature française au\nCanada, par exemple. Ce sera donc pour une autre fois, pour une autre vie\npeut-être.\n   L'auteur, né sans doute au pays de Vaud, nous a d'abord eu l'air de con-\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                   — 155     -\n\n naître la Suisse comme s'il avait composé le Ranz des Vaches. En y regar-\n dant de plus près, on a le regret de s'apercevoir qu'il est assez peu familier\n avec son illustre compatriote Benjamin Constant pour lui attribuer une cer-\n taine tragédie de Wallstein, qui n'est autre, pensons-nous, que sa traduc-\n tion, d'ailleurs exécrable, du Wallenstein de Schiller. Voilà un bien petit\n détail, seulement il suffit à remplir le lecteur d'une méfiance probablement\n excessive. Mais ne parlons pas de la Suisse. Nous y perdrions notre ladin :\n laissons les Suisses se débrouiller entre eux.\n    Aurons-nous le courage de dire à M. Rossel que son chapitre sur la Bel-\n gique recèle quelques imperfections ? Nous ne pouvons nous y résigner\n qu'avec peine, songeant à la bienveillance extrême qu'il ne cesse de témoi-\n gner à notre pays et à tous ses écrivaius, même aux bons, depuis Eginhard\n et Suger, puisqu'il veut bien nous en faire cadeau, jusqu'aux plus récents.\n Son livre est pavé de bonnes intentions, à l'instar de l'Enfer du Dante,\ncomme le disait récemment un de nos législateurs les plus lettrés. Quand\n M. Rossel soulève un de ces pavés-là, c'est pour s'en servir à la manière de\nl'ours de la fable, qui devait être un ours bernois.\n   Cependant, puisqu'il se pique de fournir des notes « aussi exactes que\npossible » à ses lecteurs, et qu'il pousse parfois le scrupule jusqu'à les avertir\nqu'il n'a pour se guider, dans tel cas exceptionnel, que des renseignements\nde seconde main, il ne trouvera pas superflu qu'on lui signale ici quelques\npoints faibles ou quelques assertions peu vérifiées. Son ouvrage s'adresse à\nun public international ; il respire la gravité ; il est plein de références et\nd'indications de sources; il traite avec de grands développements un sujet\nnouveau ; il se recommande d'ailleurs, autant que nous en pouvons juger,\npar des recherches assez inédites sur le rôle important du protestantisme\ndans la diffusion de la langue et de l'esprit français, et sur la littérature\n« réfugiée » : toutes raisons qui peuvent l'accréditer, lui faire un sort, tout\nau moins un sort d'ouvrage à consulter, et lui conférer quelque autorité\nauprès de ceux qui ne l'auront pas lu. Il faut compter avec le panurgisme\ndes critiques trop pressés, avec la vivacité privilégiée des légendes. Ce gros\noiseau s'envole sur ses lourdes ailes de papier vers les bibliothèques où il ira\nnicher : il y pondra des œufs, d'où sortiront des canards, ou dont on nous\nfera des omelettes que nous devrons avaler. La Jeune Belgique et la Jeune\nBelgique ont donc intérêt à savoir « de quoi il retourne » pour consentir à\nun trope auquel M. Rossel n'hésite pas à recourir chaque fois qu'il n'en a\npas besoin.\n   Quelques menues gaffes montreront tout d'abord jusqu'où va cette préoc-\ncupation de l'exactitude dont M. Rossel se sait tant de gré. La moitié des\nnoms qu'il cite sont estropiés : là-dessus, il dame le pion à Larousse en\npersonne. C'est ainsi qu'il écrit Weydt, Coppixters, Tibergheim, de Halle-\nville, Pegameni, Cottier, Morkel, Descombriaux. Fautes vénielles, sans\ndoute, si elles ne dénptaient une habitude fâcheuse de transcrire au hasard\ndes notes fournies par des correspondants bénévoles et insoucieux, et de\njuger au petit bonheur des écrivains dont on n'a jamais entendu parler.\nPareillement, les dates sont souvent erronées, les titres des ouvrages\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "                                  — 156 —\n\nméconnaissables. Voici mieux. M. Rosscl reproche vivement à M.Théodore\nHannon un volume intitulé Gaîtés malades, qu'il situe en 1883. Or, s'il\nn'est pas absurde d'imaginer qu'en 1883 M. Hannon aurait pu écrire les\n Gaîtés malades, il est certain que M. Hannon s'en est abstenu, prévoyant\nsans doute la désapprobation de M. Rossel. Ici le correspondant bénévole a\nété un correspondant facétieux. Ailleurs, M. Rossel, qui déclare, confor-\nmément à son titre, ne pas vouloir s'occuper des écrivains flamands, formule\ndes appréciations sur P. Van Duyse, sur Rosalie et Virginie Loveling,\ns'imaginant qu'il a affaire à des littérateurs de langue française, et c'est\ncomme si l'on donnait une place à Töppfer dans l'histoire de la littérature\nitalienne en Suisse, sous prétexte que Genève est en Suisse et que la Suisse\ncomprend le Tessin, où l'on parle l'italien. Il faut citer encore une phrase\nsur M. Maeterlinck : « Il donna ensuite la Princesse Maleine, l'Intruse,\nles Aveugles, qui passèrent d'abord inaperçus et que deux articles, l'un de\nM. Mirbeau dans le Figaro, l'autre de M. Frédérix dans l'Indépendance\nbelge, signalèrent au public lettré ». M. Frédérix transformé en « lanceur»\nde M. Maeterlinck : la plaisanterie est tellement admirable qu'on hésite à y\nreconnaître une fumisterie de M. Potvin. M. Rossel serait capable d'écrire\nque c'est M. Sarcey qui a découvert Ibsen, si on le lui mandait de Paris.\n   La critique de M. Rossel, si bien documentée, n'est pas moins judicieuse.\nApprenez que M. Max Elskamp est un « Coppée moderniste » et admirez\nla justesse de cette définition, qui dériderait un hippopotame. M. Gilkin\nest un « Baudelaire baudelairisant », ce qui est un signalement très précis,\nmais insuffisant tout de même, et ce qui implique qu'il y a des Baudelaire\nqui ne baudelairisent pas : que font-ils alors ? M. Giraud est appelé, par\nune notation sommaire et grossière, «un Banville plus redondant et plus\nfastueux », et comme pièce justificative, M. Rossel cite le beau sonnet\n                Ta gloire évoque en moi ces navires   houleux...\n\nqui assurément n'a rien de commun avec Banville.' Aussitôt après, il\nallègue les vers de Pierrot Narcisse :\n                                 ...Il est deux races.\n                Vieilles comme l'azur et comme la clarté...\npour donner un spécimen de la manière pimpante et sautillante de\nM. Giraud. Voilà deux épithètes admirablement choisies ! M. Rossel a le\nsens de l'éloge incongru et du mot qui disconvient. Et puis quelle est cette\naffectation ridicule, qui n'est d'ailleurs pas propre à M. Rossel — à qui\nrien n'est propre, pas même ses bévues — d'enfermer M. Giraud dans Ban-\nville et dans ses rondels bergamasques ? M. Giraud a cependant fait Hors\ndit Siècle et les Dernières fêtes, et si M. Rossel n'a pas lu ces livres, ou s'il\nne sait pas lire, de quel droit les juge-t-il?\n   « Ses scènes de mœurs bruxelloises ne sont banales ni par le style... »\nArrêtons-nous : tout le monde a reconnu Louis Hymans. — Un écrivain\nserré et sobre, c'est M. Camille Lemonnier. — A M. Eekhoud M. Rossel\noppose « un autre Flamand, plus dégourdi et plus fin, l'auteur capricieux,\nalerte et narquois des... » des Contes d'Yperdamme, parfaitement! « J'ai\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                 — 137 —\n\nnommé, dit-il, M. Eugène Demolder ». Et c'est tout, et le lecteur doit\ns'imaginer après cela que les Contes d'Yperdamme ressemblent à ceux de\nLa Fontaine, à Candide et à la Rôtisserie de la Reine Pédauque. S'il avait\nà parler de Jordaens, M. Rossel dirait évidemment qu'il est mièvre, de\nTurner, qu'il est noir; il déplorerait le réalisme outré de Fra Angelico et\nvanterait l'idéalisme de Velasquez. — « Il a contenu les élans impétueux,\nblâmé les excès, surveillé le travail de toute cette jeunesse qui allait com-\npromettre, par des exagérations ou des sauts dans l'inconnu, le triomphe de\nla cause commune. » Qui n'a deviné qu'il s'agit ici de M. Picard, « l'un des\nmentors de la Jeune Belgique », le rédacteur « du code de la littérature nou-\nvelle!' » On ne pouvait, n'est-ce pas, apprécier avec plus de finesse le rôle\npondérateur et conservateur de M. Picard et la tournure dogmatiste de son\nesprit. Ici l'honnête lecteur doit croire que M. Picard est une manière de\npion, défiant des nouveautés, et que sa bonhomie tempère à peine son miso-\nnéisme. Et quel bonheur pour nous d'avoir un homme pareil, pour contre-\nbalancer l'expansion trop violente de « l'une des forces les plus actives, les\nmieux armées » de la Belgique de ce temps, c'est-à-dire de M. Potvin !\n    M. Rossel a entendu faire un livre prudent et modéré. A tous, jeunes ou\nvieux, il distribue tour à tour l'éloge restrictif et le blâme atténué, sans\nqu'il soit possible de découvrir ce qu'il aime et ce qu'il hait, ce qu'il pense\net ce qu'il sent. Il ne se lance dans une direction que pour revenir l'instant\nd'après dans la direction opposée. C'est un critique en escarpolette. Il doit\ntrouver que les amphisbènes pèlerins d'Echternach enfreignent les règles de\nl'impartialité en accordant trois pas au chemin qui est devant eux et deux\nseulement au chemin qui est derrière. Mis en présence d'opinions diverses\net opposées, M. Rossel n'a rien trouvé de mieux que de les frotter, de les\nuser l'une contre l'autre, de les réduire, de les désagréger, si bien qu'après\ntoutes ces confrications, il ne lui reste plus qu'une poussière morte qui flue\ndans la main et que le vent emporte à tous les diables.\n    Le tic oscillatoire de M. Rossel se manifeste surtout lorsque ce penseur\nbifrons est en proie aux idées générales. Il faut le voir en train d'essayer de\nsystématiser ses renseignements sur la Belgique, où il n'a de toute évidence\njamais mis les pieds. Citons quelques spécimens de ce gâchifouillis.\n    M. Rossel rapporte cette opinion de M. Nautet que la race belge est peu\n littéraire parce qu'elle est peu expansive, et il ajoute : « Ceci est vrai sur-\ntout de la race wallonne. Et pourquoi voudriez-vous qu'elle fût expansive,\n elle qui n'eut, sous son ciel monotone, dans ses vastes plaines tristes, que\n le droit d'accepter le joug et de s'user au travail? » M. Rossel croit que la\n Wallonie se distingue de la Flandre par l'étendue de ses plaines et la mono-\n tonie de son ciel, et parle des ancêtres des Wallons comme on parlerait des\n Russes sous la domination des Mongols, ou des Hébreux dans la servitude\n d'Egypte. Ailleurs, c'est une autre chanson : « Le Belge est brillant, mais\n un peu en surface, comme tout ce qui brille. L'esprit de société, favorisé\n par l'extraordinaire densité de la population et le perpétuel frottement,\n aiguise et dégourdit l'intelligence, s'il ne l'excite point a s'appliquer et à\n creuser. » M. Rossel croit qu'il y a des salons littéraires en Belgique, et\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "                                   — 158 —\n\n cela ne l'étonné pas : car le pays est très peuplé et il est évident que dans\n un pays très peuplé les gens sont forcés de vivre dans un coude à coude\n continuel, pour économiser la place, ce qui ne peut manquer de favoriser\n l'esprit littéraire. « De là, continue notre ingénieux auteur, chez les Belges,\n le don de parler et d'écrire, comme en se jouant, même dans les classes\n peu cultivées. » Que voilà donc un portrait ressemblant ! Et quelle grande\n autorité nous allons reconnaître immédiatement à un peintre aussi perspi-\n cace lorsqu'il va se mêler de donner des conseil à son modèle !\n    D'abord, il prétend délimiter la tâche qui s'impose, selon lui, au littéra-\n teur belge : « d'être un intermédiaire actif et avisé entre les civilisations\n germanique et latine... de s'ériger en juge sympathique et clairvoyant de\nl'art et de la pensée chez ses voisins d'ouest. » Nous voilà donc confinés\n dans l'histoire et dans la critique, n'en déplaise aux tempéraments qui pour-\n raient ne pas s'en accommoder. Le génie créateur nous manque, les obser-\nvations si soigneuses de M. Rossel lui permettent de l'affirmer. Cependant,\nil nous concède à la page suivante quelque droit à la littérature d'imagina-\ntion, mais c'est à la condition formellement stipulée que « nous porterons\nnos regards vers Paris », que nous ne prétendrons pas « constituer un foyer\nou un centre de culture absolument indépendant ». Où a-t-il vu que nous\nayons des prétentions pareilles? Toutefois — le petit jeu de bascule continue\ntoujours — s'il ne faut pas « s'isoler », il ne faut pas non plus « s'asservir ».\nCar la Belgique littéraire est « un satellite qui reçoit sa lumière de l'astre\nprincipal »; mais, un peu plus bas, la France est « un grand courant où elle\ndoit amener, sans les frelater au préalable, les sources d'originalité qui\npeuvent jaillir de son sol ». Car il est bon « d'exprimer le génie de sa\nnation, de lui être strictement fidèle »; mais il est mauvais « de ne se tourner\nque vers les horizons étroits bornés par l'amour-propre national ». Nous\nvenons de résumer avec indulgence, et en leur conférant une clarté qu'elles\nn'ont pas, des pages d'admonitions vraiment profitables où M. Rossel flirte\navec deux idées contradictoires, comme don Juan avec ses deux maîtresses,\net ne sachant sur quel pied danser la danse des œufs, finit par la danser sur\nles mains.\n   Terminons par un éloge. Après s'être déclaré favorable aux innovations\nrythmiques avec le Belge Van Hasselt et le Suisse Rambert dont il admire\nce mot « très profond » que la prosodie française « nous condamne à une\néternelle infériorité », M. Rossel conseille sagement aux Suisses et aux\nBelges de respecter la langue française et de ne pas prétendre y substituer\nune langue adultérée par des jargons provinciaux. On voit qu'il aime le\nbon style, ce qui est louable, même quand cet amour s'exprime en un style\npeu sûr : « C'est grâce à son admirable fixité que le français a fait le tour du\nmonde... Nous possédons avec lui le précieux instrument d'une langue\nuniverselle; gardons-le! » Gardien jaloux de ce trésor, M. Rossel ne fait-il\npas penser au dragon qui, faute de pouvoir utiliser la puissance de\nl'anneau magique, se couche dessus?\n                                                      ERNEST VERLANT\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                                  -   159    -\n\n\n\n\n           CHRONIQUE MUSICALE\n                La période que nous venons de traverser se résume, musicale-\n                 ment, en deux événements à sensation : Francesca da Rimini\n                 aux Concerts Populaires et l'Or du Rhin au Conservatoire.\n                    Il serait bien tard pour parler de l'œuvre nouvelle de Gilson,\nsi elle n'était de celles dont l'impression qu'elles produisent, trop violente\nau premier jour, a besoin, pour être vérifiée, de l'atténuation d'un certain\néloignement. Et ici, la première impression, soumise à cette épreuve du\ntemps, n'en devient que plus ferme : Oui vraiment, notre art national\ncompte une œuvre de plus.\n    C'est intentionnellement que je dis : notre art national, car Francesca est\nune œuvre éminemment belge, parce que bien flamande... Ne vous récriez\npas !\n    Pour quiconque regarde, notre jeune école musicale est au moins aussi\ndivisée d'expression que notre littérature. Elle se divise très nettement en\ndeux camps de tendances bien divergentes. Ici, les musiciens wallons, —\nles César Franck, Erasme Raway, Th. Ysaye, Guill. Lekeu... — Là\nl'école flamande, à la tête de laquelle s'érige l'art massif de Peter Benoit,\navec les Gilson, Tinel, Mathieu, De Greef, Lunssens, etc. Les premiers,\nplus productifs, d'un art plus vif et plus spontané, se rattachent à la jeune\nécole française, — ainsi appelée parce qu'elle procède d'un maître liégeois.\nQue l'on admette ou non cette filiation, il est évident que l'on ne peut écrire\n « école wallonne ». En Allemagne, des critiques d'art autorisés et sérieux,\n— tel Otto Lessmann, — nomment couramment César Franck un « com-\n positeur français ». Mettez d'ailleurs en parallèle le Quintette de César\n Franck, celui de Vincent d'Indy, le Quatuor de Lekeu, le Concerto pour\ncordes de Chausson, la Rhapsodie wallonne de Th. Ysaye, la Sonate de\n Fauré, les mélodies de Duparc : en dehors de la personnalité de chacun\n d'eux, où est la différence d'écoles? Ils se confondent dans un même effort\n d'art et bien que nos nationaux l'emportent en général, par la fraîcheur et la\n richesse de l'inspiration, sur leurs amis de France, on ne saurait les séparer\n de ceux-ci.\n    Notre école flamande, au contraire, est bien elle-même. Moins suggestive,\n moins grouillante d'idées que la musique française, plus colorée et plus\n expansive que la musique allemande, elle occupe dans l'art contemporain\n une place bien à part, mais dangereuse en ce sens que, chaque fois qu'elle\n s'offre à la critique artistique, elle fait naître un malentendu et s'expose par-\n fois à être méjugée.\n    En écoutant la Francesca da Rimini, je me remémorais les ingénieux\n aperçus de M. Francis Nautct sur les tendances picturales d'une partie de\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "                                      —    160    —\n\n\nnotre littérature (1), le caractère pictural du génie national, dont il voit la\nsynthèse esthétique dans la peinture flamande. Ces facultés picturales, cet\ninstinctif besoin des fortes colorations, ce matérialisme plantureux qu'il\ntrouve résumés en Jean Stobbaerts et qu'il rencontre encore chez Camille\nLemonnier, cette note inculte du génie de la race qu'il retrouve « à l'état de\nculture chez les romanciers et les poètes, combinée avec l'acquis de l'intellec-\ntualité, du savoir et de l'éducation », on les note aussi chez nos musiciens\nflamands, chez qui cet instinct atteint, semble-t-il, son maximum d'inten-\nsité. Mais, de là, un malentendu continuel entre le compositeur flamand et\nle critique, dont les tendances plutôt françaises l'incitent à chercher chez le\nmusicien une chose qu'il n'y saurait point trouver : cette spiritualité spéciale\net à fleur d'œuvre, réduisant à son minimum l'enveloppe formelle extérieure\nde la musique, pour y entasser le maximum de pensée, de manière que\nl'œuvre est moins une symphonie de sons que de la pensée vibrante.\nC'est à quoi nous ont habitués les œuvres de la jeune école française, et c'est\nce que l'on s'obstine à chercher en vain chez nos jeunes compositeurs fla-\nmands. Et notez que c'est précisément envers ceux que le reproche de man-\nquer dans leurs œuvres de substance intellectuelle touche le plus directement\nque l'on se garde de le formuler, parce qu'ici l'inconséquence de ce reproche\nse manifeste plus clairement : il en est ainsi de Peter Benoit, le maître aux\nconceptions symphoniques et chorales larges et plantureuses, aux jolis\nlieder de franche allure et de savoureuse sonorité, Peter Benoit, qui n'a\nd'équivalent qu'en peinture, se rapprochant plus, malgré une expression\nd'art différente, de Rubens et de Jordaens, que de n'importe quel musicien.\n   Tel est aussi — au fond, bien au fond — le tempérament musical de\nGilson, et s'il ne s'est pas encore affirmé tel, c'est que l'artiste n'est point\nencore arrivé à maturité. Mais c'est parce que ce tempérament est maîtrisé\njusqu'ici par les influences du dehors, — école russe et formules wagné-\nriennes, — parce que, d'autre part, il est combattu par l'intellectualité per-\nsonnelle, très profonde et très concentrée, du jeune maître, un liseur et un\nérudit, que l'on prend le change.\n   Mais la nature même des reproches témoignent en faveur de cette thèse.\n   Car, pour Francesca, l'opinion n'a pas été unanime. Le public a été\nenthousiasmé, la plupart des critiques ont suivi, — parce que c'est leur\nhabitude de se mettre au goût du jour, au lieu de tâcher de mettre celui-ci\nd'accord avec leur jugement à eux, — mais des plumes autorisées ont for-\nmulé plus d'une réserve. Et les reproches atteignent précisément ce qui me\nsemble constituer l'essence du tempérament pictural de Gilson : manque\nde profondeur dans la conception poétique, d'intensité d'expression, prédo-\nminance de l'orchestration et de la « matière » musicale.\n   Mais c'est précisément cette orchestration qui est la part de la couleur\ndans l'œuvre musicale. Le musicien, admirablement doué, s'enivre de\nsonorités formidables ou délicates, de timbres subtils, vigoureux, légers,\n\n (1) Histoire des Lettres   belges d'expression   française,   t. II, ch. IV, à propos de\nCnmille Lemonnier.\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                  — 161\n\nbizarres, souvent neufs, toujours heureux. La symphonie orchestrale rutile\net flambe comme une cascade de perles, d'ors et de pierres précieuses...\n    Ah ! dame, peut-être que l'expression musicale proprement dite y perd\nun peu de son intensité... pour nous.\n    « Les œuvres de Gilson manquent « d'en-dessous », de substratum », me\ndisait un compositeur wallon.\n    « Je ne comprends pas la Mer », me déclarait un littérateur, un de ceux\nprécisément chez qui un flot de pensée frémissante et bouillonnante d'impa-\ntience s'aperçoit à travers le voile ténu et fragile d'une action dramatique\nélémentaire, de personnages de rêve.\n    Hé oui, vous ne l'aimez pas! Mais s'ensuit-il condamnation? Parce que\nl'expression musicale, telle que la conçoit un compositeur flamand, n'atteint\npas à l'intensité de celle d'un César Franck, devons-nous conclure à son\ninsuffisance? Race différente, esthétique différente, conception et réalisation\ndifférentes. Pour méjuger Gilson, on se place au point de vue restreint —\négoïste un peu — d'une école, au lieu de se mettre au point de vue abstrait\n sans lequel il n'y a pas de critique d'art possible.\n     De même qu'un campagnard des Flandres, malgré son expansion spé-\n ciale, et quelque sentimental qu'il puisse être, paraît froid à côté d'un paysan\n du terroir wallon, de même l'expression artistique du sentiment chez un\n artiste flamand a quelque chose de plus concentré, de plus intérieur. La\n fougue juvénile, les fantaisies et les caprices de l'imagination s'épanchent\n tout entiers dans les splendeurs du revêtement extérieur, dans le coloris\n pictural ou instrumental, qui devient somptueux; mais ne vous laissez pas\n éblouir par ce faste, allez au fond de l'œuvre, et vous trouverez le sentiment\n ému et ingénu, discret, même flegmatique à côté des expansions névro-\n pathiques de tant d'œuvres françaises modernes, mais du moins sincère et\n naturel dans sa sobriété.\n     Nous devrions pouvoir, une bonne fois, nous abstraire de nos. préférences\n  instinctives, et de quelque artiste qu'il s'agisse, le juger en regard du tempé-\n  rament de sa race, et non point selon le nôtre. « Considérer », comme dit\n  Taine, « les œuvres d'art comme des faits et des produits dont il faut marquer\n  le caractère et chercher les causes. Ne pas dire : « Méprisez l'art hollan-\n  dais, il est trop grossier, et ne goûtez que l'art italien » ou bien : « Méprisez\n  l'art gothique, il est maladif, et ne goûtez que l'art grec. »\n     Ce n'est pas déroger à la dignité de la critique que de juger un artiste en\n  regard de ses affinités naturelles, encore que ce milieu puisse nous être\n  étranger; et que nous importe, après tout, si l'œuvre est conçue en toute\n   sincérité d'inspiration, si l'outil est bon et la main-adroite?\n\n\n   Au Théâtre de la Monnaie, l'Enfance de Roland, de Mathieu, dont\n nous avons déjà entretenu nos lecteurs; Paillasse, de Leoncavallo, œuvre\n honnête mais impersonnelle, un des meilleurs succédanés de Cavalleria\n rusticana; Lohengrin avec Mme Bréma.\n   A l'Hôtel Ravenstein, série de remarquables conférences de M. Maurice\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "                                  —    162   —\n\n\n\nKufferath sur l'Histoire de la musique. Chez Mlle Desmet, M. L. Wallner\npoursuit le cours de ses instructives causeries.\n   Aux Concerts populaires, le pianiste Busoni, qui a fait valoir son méca-\nnisme étourdissant dans d'ad hoc compositions de Liszt, etc. Quatrième\nsymphonie de Brahms, un peu froidement interprétée, et ouverture du\n Vaisseau-Fantôme. A la Société des Nouveaux Concerts, les chanteurs de\nla maîtrise de Saint-Gervais, dirigés par M. Ch. Bordes, qui a fait entendre\nune série d'ancienne musique polyphonique religieuse et profane. Au Con-\nservatoire, exécution intégrale de l'Or du Rhin, qui sera renouvelée au\nquatrième concert.\n                                                      E R N E S T CLOSSON\n\n\n\n\n         CHRONIQUE                           ARTISTIQUE\n                           Exposition Pour l'Art.\n\n               La série est ouverte, les salles du Musée ne vont pas désemplir\n                jusqu'à l'été. Pour l'Art d'abord. A part quelques vulgarités\n                éclatantes et des tâtonnements, l'exposition n'est pas sans\n                intérêt.\n   L'influence de Gustave Moreau se fait sentir dans les ouvrages de ses\nélèves. Pourtant, si leurs toiles attirent justement l'attention, la composition\nest parfois peu harmonique. Citons MM. Rouault, Piot et Bussy.\n   Desvallières nous montre un Narcisse juché au haut d'un escalier sans\ndoute pour se mieux mirer dans une eau d'ailleurs absente.\n   Rousseau modèle des formes délicieuses de science et de grâce. De\nDelville, le portrait du Sar Peladan, malheureusement banal, étonne : L'Ange\ndes splendeurs est d'une grande pureté presque immatérielle et combien\ncharmants ses dessins au crayon bleu !\n   Les albums de lithographies de Dulac sont d'impressionnantes compo-\nsitions, grandioses d'effet tragique et les dessins de Wollès ont toujours un\ncaractère fort et précis de nature.\n   Fabry et Ottevaere ont travaillé beaucoup. Voilà de beaux effets lumi-\nneux de Coppens, des reliures et des étains charmants; une fillette veule de\nGandara, des plein air très vrais de Fichefet, une amusante Navarraise de\nL. Dardenne et toujours les sombres dessins rêveurs de A. Hannotiau.\n   M. J. de Rudder nous montre des bas-reliefs décoratifs beaucoup plus\nréussis en bronze qu'en porcelaine et Thys un vitrail fait, j'espère, sur\ncommande.\n                                                             KALOPHILE\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                        — 163 —\n\n\n\n\n                                MEMENTO\n   Où allons-nous? Voici qu'une revuetle,        « Nombre, l'Harmonie, la Proportion. Libre\nqui en est encore à ses premiers vagisse-        « Esthétique ! c'est comme si on disait\nments, — faut-il nommer l'Art jeune (bibe-       « Justice libre, Vérité facultative. »\nron et bourrelet), pousse le sans-gêne jusqu'à      Et M. Vandeputte qui cocoricottait en\ntraiter M. Emile Verhaeren de fou, en lui        l'honneur de l'Art libre, ah! oui libre! oh!\n                                                 oui, libre! eh! oui, libre! oui, oui, libre !...\naccordant à peine l'adjectif « génial». Bébé\n                                                 Voilà qu'une partie de sa rédaction passe\nsera grondé.\n                                                 déjà à l'ennemi et se met à avoir du bon\n                                                 sens !...\n  Dans l'idem, un sieur Vandeputte se\nplaint de ce que la Jeune Belgique a publié\n                                                    Dans le Réveil, ces très justes remarques\nses vers en compagnie d'un article qui n'a\n                                                 de M.Albert Arnay, qui ne paraît goûter que\npas eu l'heur de lui plaire. La Jeune Bel­\n                                                 médiocrement l'anarchie esthétique :\ngique épargnera désormais au dit sieur de\n                                                    M. Jarry opine qu'il faut suggérer au\nsemblables regrets. « Panierus, paniera,         lieu de dire et faire dans la route des phrases\npanierum », disait jadis Max Waller.             un carrefour de tous les mots. La dissection\n                                                 ultérieure de l'œuvre exhume en somme\n                                                 toujours quelque chose de nouveau. Le\n   Lu. dans l'idem, des jappements compo- rapportée la phrase verbale, est-il stipulé\nsés de oh ! de ah ! de eh ! et de oui ! éjaculés page V, à tout sens qu'on y puisse trouver,\nen l'honneur des Communions de Georges est constant. C'est à ce credo que l'on pré-\n                                                 tend nous convertir.\nEckhoud.                                            Hé bien ! je n'en veux à aucun prix.\n   Littérature de petits épagneuls. Ouah ! Comment, le fait d'écrire ne consisterait\nouah ! ouah ! ..                                 donc plus à définir telles phases de la vie ou\n                                                 du rêve, mais par un assemblage maladroit\n                                                 ou savant de vocables n'ayant entre eux que\n                                                 d'incertaines liaisons, à éveiller — sous\n  L'Art jeune jappe de petites professions prétexte de prévoir tous les sens que peut\nde foi anarchistes. 11 annonce aussi la publi- trouver le lecteur — des sensations confuses,\ncation d'une revue qui, paraît-il, s'intitulera: des idées absconses. Dans ce cas pourquoi\n                                                 ne pas s'en tenir aux kaléidoscopes? Ce\nLe Coq rouge. On sait que par cette expres- serait de tous points la même chose.\nsion nos Campinois désignent l'incendie.            Et qu'on ne vienne pas me dire qu'il ne\nL'Art jeune salue avec enthousiasme en ce faut pas retrancher d'un livre les parties\ncoq rouge « le Coq assassin ». Cela devait que soi-même l'on trouve non seulement\n                                                 hésitantes mais très mauvaises « parce que,\nfinir par là. L'anarchie intellectuelle ne pour un motif qui nous échappe, ces choses\ntarde pas à dégénérer en anarchie militante. nous ont intéressé un instant puisque nous\n   Mais avec quelle surprise ne lit-on pas. les avons écrites ». Le premier devoir d'un\n                                                 artiste est d'être probe. En voulant imposer\ndans ce prodigieux Art jeune, un article de à l'attention d'autrui dus œuvres ou des\nM. Levêque, où l'anarchie esthétique est parties d'oeuvres qu'il ne juge pas dignes de\nmalmenée et où l'on remarque le para- vie, il trahit sa conscience ou se paie à trop\ngraphe que voici :                               bon compte la tête de ses contemporains.\n   « Libre esthétique! Voilà deux mots qui\n« s'injurient ; deux mots qui hurlent d'être\n« accouplés. Rien n'est moins libre que             Sous le titre Pages retrouvées, la Plume\n« l'Esthétique. L'Esthétique est une science:\n« la science du Beau. Le Beau en son             publie   quelques vers qu'elle attribue à\n« absolu, c'est l'Ordre, le Rythme, le Charles Baudelaire. Les voici :\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "                                                -    164     -\n                 LE CHIEN MORT                           dre en un mot aux éloges de M. Mockel.\nNous étions tous les deux dans le jardin oii pousse      Si ces messieurs, écrit-il, sont incapables de\n         La violette au bord de l'eau.\nEt la main dans la main, sur l'étroit banc de mousse     juger la littérature contemporaine, pour-\n         Nous regardions le clair ruisseau.\n                                                         quoi accepter ces fonctions?\nCar les eaux en chantant coulaient resplendissantes\n         Aux rayons du grand soleil d'or...                 Voilà donc où en est aujourd'hui la\nSur un lit de gazon, parmi les fleurs brillantes,\n         Devant nous gisait un chien mort.               dignité, la fierté de nos écrivains! Ils se\nLes bousiers d'azur, avec les mouches vertes,            sont transformés en quémandeurs ou en\n         Fourmillaient sur l'amas gluant;                courtisans.\nLe crâne était broyé, les entrailles ouvertes,\n         Le ventre suintait, béant.                         Ils évalueront bientôt leurs oeuvres,\nLe sang s'était caillé dans les poils de la bête,        comme ces mercenaires qu'ils font semblant\n         Coagulés en noirs grumeaux.\nEt l'odeur de la mort nous montait à la tête             de mépriser si fort. Ils bazarderont leur sin-\n         Pénétrant, acre, en nos cerveaux...\n                                                         cérité pour quelques pièces de cent sous.\nJ'entourai de mon bras sa taille bien-aintée,\n         Aussi flexible que les joncs,                      Mais la Jeune Belgique, du moins, con-\nEt vers moi se pencha su tête parfumée,\n         Qui m'inonda de cheveux blonds...               tinuera à défendre sa littérature contre tout\nRegarde, dis-ie alors, comme en cette carcasse,          contrôle officiel et à rappeler aux jeunes\n         En ce chien mort liquéfié,                      écrivains le souci de leur liberté. Elle\nUn monde tout entier va, vient, passe et repasse,\n         Multicolore et varié!                           réclame aujourd'hui ce qu'elle n'a cessé de\nDans ces orbites creux, entre ces crocs fétides,         réclamer : la suppression de tous les prix,\n         Vois, par ce printemps radieux,\nLe rendez-vous d'amour des cloportes avides              subsides, encouragements, etc. etc.\n        Et des charançons noirs et bleus.\n                                                            Que l'on biffe le poste des belles-lettres\nLes mouches à charbon, lustrant leurs fines ailes,\n         Pompent à deux les boyaux mous;                 du budget des Beaux-Arts. Nous ne faisons\nRegarde, les vois-tu, mâles avec femelles:               pas de la littérature pour de l'argent.\n        C'est partout l'amour; aimons-nous!...\nMa beauté regarda les insectes sans nombre,\n         Rougit et baissa ses yeux bleus,\nEt, cherchant le mystère, au fond du grand bois sombre\n        Nous disparûmes tous les deux.                     B U L L E T I N BIBLIOGRAPHIQUE :\n\n   — Signalons, pour terminer, le copieux                   H. de Nimal. — Vingt-cinq lettres iné-\nnuméro du Réveil (janvier) qui publie la                 dites du peintre Navez.\n                                                            Fr. Coppée. — Contes tout simples.\ntraduction de Novalis de Maeterlinck, des                   H. Lavedan. — Les Marionnettes.\nsonnets d'André Fontainas, et de la prose                   E. Lintilhac. — Les Félibres.\nrythmée de Ch. Van Lerberghe qui nous                       J. Sévrette. — Coriolan, par W. Shakes-\nfait de plus en plus regretter son silence.              peare.\n                                                            A. Soubies. — La Comédie française\n   Dans ce même numéro nous trouvons                     depuis l'époque romantique.\nune lettre stupéfiante d'Albert Mockel, fai-                A. Bouillet. — Le Jugement dernier\nsant la cour au prix quinquennal en la per-              dans l'art aux dou\\e premiers siècles.\nsonne de MM. Fréderix, Doutrepont et                        G. Larroumet. — Meissonier.\n                                                            H. Petitier. —Etude sur les Erinnyes de\nWilmotte.                                                Leconte de Lislc.\n   « Je vais défendre Gustave Fréderix,                     Rav Nyst. — Un Prophète.\nécrit le naïf trouvère de Pierreuse », et il                G. Veyrat. —La Caricature à travers les\ncontinue :                                               siècles.\n                                                            R. Wagner. — Tristan et Yseult; tra-\n   « Oui, Gustave Fréderix. Il a été voué                duction par Max Lyon.\naux bêtes à propos de la Princesse Maleine;                 J. Lorrain. — Sensations et Souvenirs.\nmais en vérité, les bêtes c'était nous. »                   C. Mendès. — La Grive des vignes.\n   Si M. Mockel parle au pluriel, c'est sans                J. Péladan. — Babylone.\n                                                            A. Strindberg. — Plaidoyer d'un fou.\ndoute qu'il se croit, comme René Ghil, un\nDieu en trois personnes.\n   M. Mockel aura beau s'en défendre; faire\nl'éloge, à propos d'un prix officiel, des mes-\nsieurs chargés de distribuer les quelques\nbillets de mille dugouvernement, ressemble\nà la flatterie papelarde d'un solliciteur.\n   M. Friche s'est d'ailleurs chargé de répon-\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "           Paul LACOMBLEZ\n   ÉDITEUR          DE      LA J E U N E         BELGIQUE\n                  3 1, rue des Paroissiens, 31\n                          BRUXELLES\n\n\n              POUR PARAITRE LE 25 MARS\n\n     L E S D I S C I P L E S A SAIS\n                               ET\n\nLES F R A G M E N T S D E NOVALIS\n                      Traduction et étude de\n                 Maurice MAETERLINCK\n Un volume format Charpentier                          fr. 4 »\n Sur hollande Van Gelder extra, couverture parchemin . 10 »\n Sur japon impérial, couverture parchemin . . . .         20 »\n\n\n                      POUR FIN MARS\n                 Maurice MAETERLINCK\n\nSERBES CHAUDES\n             Nouvelle et superbe édition, in-32 raisin.\n  Sur fort vélin blanc                                  fr. 3 »\n  Sur hollande royal Van Gelder, couverture parchemin . 6 »\n  Sur japon de Tokio, couverture parchemin                  12 »\n\n\n            POUR PARAITRE INCESSAMMENT\n                   Hubert KRAINS\n\n HISTOIRES LUNATIQUES\n          Un volume in-16                      fr. 3   «\n\n                       SOUS PRESSE\n                     Fernand S E V E R I N\n\n LA CHANSON DOUCE\n                      Edmond PICARD\n\n             VIE            SIMPLE\n                        Nouvelle édition.\n\n                       Paul     ARDEN\n\n     PAR LES CHEMINS\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "        Paul LACOMBLEZ, éditeur\n              31, RUE DES PAROISSIENS, BRUXELLES\nBaudoux (F.)- Rythmes vieux, gris et                Jenart (Aug.). Le Barbare                   2 \"\n   roses                               fr. 2 »      Jeune Belgique (Le Parnasse de la). . 7 51\nBrabant (V.). Notes de voyage . . . 1 »             Journal d'une ignorante : Sur les Golfes 1 50,\nBloy(Léon). Le Pal (4 num.), très rare. 4 »         Justus Severus Africus                      1 »\n    Les 3 premiers numéros ensemble 1 »             Kahn (Gustave). Chansons d'amant. . 3 50\nBoschot (A,. Faunesses et bacchantes. 1 50                —         Les Palais nomades          3 50\n               Matin d'automne . . .        1 50     Lacomblez (Paul). Jeunes filles .\" '. . 2 »\nBosiers E.). Harald-Roi                     2 »           —         Loth et ses filles . . .    2 »\nCarnet de chasse illustré                  15 »      Landoy (Eug.). Evocations                  3 50\nCliainaye (H.). L'Ame des choses . . 3 »                  —         Maître Martin . . . . 0 50\nCourouble(L.). Contes et souvenirs. . 3 50           Lautréamont (comte de). Les Chants de\nCudell (Ch ). Printemps sombre. . . 2 »                Maldoror                                 3 50\nDa Costa (G.) Grammaire en portefeuille o 50         Lemonnier (C). Paroles pour Georges\n Daxhelet(A ) Pages de tendresse vague 3 50                         Eekhoud            0           50\n      —        Nouvelles de Wallonie . 3 50               —         Discours d'inauguration\nDe Coster (Ch.). La Légende d'Ulen-                    du monument Ch. De Coster, avec\n           spiegel                          5 »        extraits d'« Ulenspiegel » et por-\n      —         Légendes flamandes . . 3 50            trait de Ch. De Coster . . . . 0 50\n                   (Voir Lemonm'er.)                 Maeterlinck (Maurice). Les Aveugles\n Belattre (Louis). Contes de mo:i village 3 50                      (L'Intruse, Les Aveugles) 3 »\n      —       Les Miroirs de jeunesse . 3 50              —         La Princesse Maleine. . 3 50\n Delville (J.). Les Horizons hantés . . 3 50              —         Serres chaudes . . . .      3 »\n De Haulleville (baron P.). En vacances. 3 50             —          L'Ornementdesnocesspi-\n      —       Portraits et silhouettes,av. 7 »                         rituelles                4 \"\n      — J.-M.-J. Bodson. L'Apos-                          —         Les Sept Princesses . . 2 «\n                 talat chez les Civilisés. 4 »            —         Pelléas et Mélisande . . 3 50\n Demolder (E.) Contes d'Yperdamme . 3 »                                (Voir Emerson.)\n      —          Impressions d'Art. . . 3 »          Mallarmé. Villiers de l'Isle-Adam . . 3 »\n      —         James Knsor . . . .         3 »      Maubel (Henry). Miette                     2 50\n De Mallessan. Petite Cousine, comédie. 2 »               — Etude de jeune fille . . 3 50\n De Régnier. Le Bosquet de Psyché . 2 »                   —         Quelqu'un d'aujourd'hui. 3 50\n De Tallenay (J.). L'Invisible . . . .      3 50     Picard (E.). El Moghreb al Aksa . . 4 «\n Desombiaux (M.) Vers de l'espoir . . 2 «                 —         Scènes de la vie judiciaire 4 »\n Destrée (Jules). Journal des Destrée . 1 »               —         Vie simple                  3 »\n Dulac (Paul). Vingt-cinq sonnets . . 1 50                —         Imogène, 1 vol. format\n Dupont (A.). L'Envol des rêves . . .       2 »                        eucologe                 4 «\n Eekhoud (Georges) Nouvelles Kermesses 3 50               —         Comment on devient so-\n       —        La Nouvelle Carthage. . 4 »                            cialiste                 2 50\n       •—       Les Fusillés de Malines . 3 50            —            Id. (édition populaire) 0 75\n       —        Au siècle de Shakespeare. 3 »        Pierron (Sander). Pages de Charité . 3 50\n       —        Kees Doorik                 3 50     Philopator. Libres propos d'un belge.\n       —        Kermesses                   5 »      Pléiade (La). Première année (1889) . 3 »\n Elskamp (Max). Dominical . . . .           2 »      Poe (Edgar). Poésies complètes. . . 2 »\n       —        Salutations, dont d'angé-            Rodenbach Le Foyer et les champs . 1 »\n    liques                                  3 50     Rommelaere (J.) Ma semaine, 1892-93. 2 »\n Emerson. Sept Essais, avec préface de                     —         Ma semaine, 1894 . . .      2 »\n     Maeterlinck                            3 50     Severin (Fernand) Le Lys                    2 »\n Garnir (Georges). Les Charneux . . .       3 50              —            Le Don d'enfance . 2 »\n       —        Contes à Marjolaine . . 3 50         Sigogne E.). Contes merveilleux . . 3 »\n Gilkin (Iwan). Stances dorées . . .         1 »     Sluyts(Ch.). L Appel des voix . . .         2 »\n Gille(Valère) Le Château des merveilles 2 »               —         Notes d'être                3 »\n Giraud (Albert). Hors du siècle . . . 3 50          Tordeus (J.). Manuel de prononciation 2 »\n       —        Hors du siècle. II : Sous            Van Doorslaer (H.). Sur l'Escaut. . . 3 50\n                   la Couronne. Devant le            Van Lerberghe (Ch.). Les Flaireurs. . 1 »\n                   Sphynx                   3 00     Verhaeren (E.). Les Apparus dans mes\n       —        Pierrot lunaire . . . .     2 «                        chemins                   2 »\n        —       Pierrot Narcisse . . .      2 »            —         Les Moines                  3 »\n       —        Dernières Fêtes. . . .      2 «      Villiers de l'lsle Adam. Premiers Poésies 3 50\n       —        Le Scribe                    1 »           —                 Morgane             5 »\n Hannon (Théo). Noêls fin de siècle . . 3 »          Wagner (R.). L'Œuvre et la mission de\n       —        Au pays de Manneken-Pis 4 »             ma vie (derniers exemplaires) . . 4 »\n Hanneuse (0 ). La Reine Aléna. . (souscrit).        Waller (Max). La Flûte à Siebel. • .        3 50\n       —        Sorella                      2 50          —         Daisy                       3 »\n Itiberê da Cunha (J.). Préludes . . fr. 3 »         X. Y. Religion et progrès . . . (épuisé)\n\n                             EN\"            V E N T E\n                                     Emond PICARD\n\n                I M O G È N E\n        U N VOLUME FORMAT DES EUCOLOGES. PRIX : 4 FRANCS.\n                     Bruxelles.— ImprimerieVe'Monnom, 32, rue del Industrie\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1895-03-01", "preuve": "Mars 1895, numéro 3, couverture PDF 150 ; aucun jour imprimé."}}