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TOME XIV. — No 7                        15me Année.\n\n\n\n\nLA\n   JEUNE\n                  BELGIQUE\n                                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 299, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 176, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "SOMMAIRE:\n        Vers                                              VALÈRE GILLE.\n        La Littérature chez les Spillebout . . . .        ALBERT GIRAUD.\n        Convalescence                                     FRANZ ANSEL.\n        Quelques propos                                   IWAN GILKIN.\n        Vers                                              EDOUARD BERNAERT.\n        La Veille                                         ADRIEN GUILLON.\n        Chronique littéraire :\n          La Tétralogie : L'Anneau du Nibelung;\n             Histoires désobligeantes; Les Raisons de\n             Pascalin ; Sur Deux Nomarques de let­\n             tres ; L'Ami inconnu; Le Cœur et l'Es­\n             prit ; Après Amour ; Les Cheveux ; Elle ;\n              Vers l'âme                                  ARNOLD GOFFIN.\n          Eugenio de Castro . . . . . . . . .             I. G.\n        Memento . . . .             . . . . . .           NEMO.\n\n\n\n\n           REDACTION                                             BRUXELLES\n110, R U E D E L A L I M I T E ,   BRUXELLES.               PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                3I, rue des Paroissiens\n                                                                     PARIS\n     PRIX DU NUMÉRO                                       CHAMUEL,     LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                29, rue de Trévise\n                fr. 0-75.\n                                                                       1895\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Catalogue de la librairie Paul Lacomblez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ, éditeur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 6865, "texte": "LACOMBLEZ, éditeur\n              31, RUE DES PAROISSIENS, BRUXELLES\n\nArden (P.). Par les chemins . . . fr. 2 50         Itiberê da Cunha (J.). Préludes . . fr. 3 »\nBaudoux (F.). Rythmes vieux, gris et               Jenart (Aug.). Le Barbare                    2 »\n  roses                                     2 »    Jeune Belgique (Le Parnasse de la)., . 7 5 0\nBrabant (V.). Notes de voyage . . .         1 »    Journal d'une ignorante : Sur les Golfes 1 50\nBloy(Léon). Le Pal (4 num.), très rare. 4 »        Justus Severus Africus                       1 «\n   Les 3 premiers numéros ensemble 1 »             Kahn (Gustave). Chansons d'amant           . 3 50\nBoschot (A;. Faunesses et bacchantes. 1 50                —        Les Palais nomades           3 50\n               Mutin d'automne . . .        1 50   Krains (H.). Histoires lunatiques . . 3 »\n     —         Rêves blancs . . .         . 4 »    Lacomblez (Paul). Jeunes filles . . .        2 »\nBosiers E.). Harald-Roi                     2 »           —        Loth et ses filles . . .     2 »\nCarnet de chasse illustré . . . .\\ . 15 »          Landoy (Eug.). Evocations                    3 50\nCasier (J.). Flammes et flammèches . 1 50                 —        Maître Martin . . . . 0 50\nChainaye (H.). L'Ame des choses . . 3 »            Lautréamont (comte de). Les Chants de\nCourouble (L.). Contes et souvenirs. . 3 50            Maldoror                                 3 50\nCudell (Ch ). Printemps sombre. . . 2 »             Lemonnier C.) Paroles pour Georges\nDaCosta(G.) Grammaire en portefeuille 0 50                         Eekhoud             0          50\nDaxhelet(A ) Pages de tendresse vague 3 50                —        Discours d'inauguration\n     —         Nouvelles de Wallonie . 3 50            du monument Ch. De Coster, avec\nDe Coster (Ch.)- La Légende d'Ulen-                    extraits d'« Ulenspiegel » et por-\n          spiegel                           5 »        trait de Ch. De Coster . . . . 0 50\n     —          Légendes flamandes . . 3 50        Maeterlinck (Maurice). Les Aveugles\n                   (Voir Lemonnier.)                               (L'Intruse, Les Aveugles) 3 »\nDelattre (Louis). Contes de mon village 3 50              —        La Princesse Maleine. . 3 50\n     —       Les Miroirs de jeunesse . 3 50               —        Serres chaudes . . . .       3 »\nDelville (J.). Les Horizons hantés . . 3 50               —        L'Ornement des noces spi-\nDe Haulleville (baron P.). En vacances. 3 50                          rituelles                 4 »\n     —       Portraits et silhouettes, 2 v. 7 »           —        Les Sept Princesses . . 2 »\n     — J.-M.-J. Bodson. L'Apos-                           —        Pelléas et Mélisande       . 3 50\n                talat chez les Civilisés. 4 »                         (Voir Emerson.)\nDemolder (E.) Contes d'Yperdamme . 3 »                    —        Les Disciples à Sais et les\n      —         Impressions d'Art. . . 3 »            fragments de Novalis                      4 »\n      —         James Ensor . . . .         3 »    Mallarmé. Villiers de l'Isle-Adam . . 3 »\nDe Mallessan. Petite Cousine, comédie. 2 »         Maubel (Henry). Miette                       2 50\nDe Régnier (H.). Le Bosquet de Psyché 2 »                 —        h tude de jeune fille . . 3 50\nDe Tallenay (J.). L'Invisible . . . .       3 50          —        Quelqu'un d'aujourd'hui. 3 50\nDesombiaux (M.) Vers de l'espoir . . 2 »                  —        Une mesure pour rien         1 »\nDestrée (Jules). Journal des Destrée        1 »    Picard (E.). El Moghreb al Aksa . . 4 »\nDulac (Paul). Vingt-cinq sonnets . . 1 50                 —        Scènes de la vie judiciaire 4 »\nDupont (A.). L'Envol des rêves . . .        2 »           —        Vie simple                   2 »\nEekhoud (Georges)Nouvelles Kermesses 3 50                 —        Imogène, 1 vol. format\n      —        La Nouvelle Carthage. . 4 »                            eucologe                  4 »\n      —        Les Fusillés de Malines . 3 50             —        Comment on devient so-\n      —        Au siècle de Shakespeare. 3 »                          cialiste                  2 50\n      —        Kees Doorik. . . . . 3 50                  —           Id. (édition populaire) o 75\n      —        Kermesses                    5 »     Pierron (Sander). Pages de Charité . 3 50\n      —        Mes Communions . . .         5 »     Philopator. Libres propos d'un belge. 1 »\n Elskamp (Max). Dominical . . . .           2 »     Pléiade (La). Première année (1889) . 3 »\n      —        Salutations, dont d'angé-            Poe (Edgar). Poésies complètes. . . 2 »\n   liques                                   3 50    Rodenbach Le Foyer et les champs . 1 »\n      —        En Symbole vers l'Apos-              Rommelaere J.). Ma semaine, 1892-93. 2 »\n   tolat                                    3 50          —         Ma semaine, 1894 . . .      2 »\nEmerson Sept Essais, avec préface de                Severin (Fernand) Le Lys                    2 »\n   Maeterlinck                              3 5°             —            Le Don d'enfance . 2 »\nGalloy (A.). Au pays de Beaumont. . 2 50                  —         Un chant dans l'ombre . 3 »\nGarnir (Georges). Les Charneux. . . 3 50            Sigogne E.). Contes merveilleux . . 3 »\n      —        Contes à Marjolaine        . 3 50    Sluyts(Ch.). L'Appel des voix . . .         2 »\nGilkin (Iwan). Stances dorées . . . 1 »                   —         Notes d'être                3 »\nGille(Valère) Le Château des merveilles 2 »         Tordeus (J.). Manuel de prononciation 2 »\nGiraud (Albert). Hors du siècle . . .       3 50    Van Doorslaer (H.). Sur l'Escaut. . . 3 50\n      —        Hors du siècle. II : Sous            Van Lerberghe (Ch.). Les Flaireurs. . 1 »\n                  la Couronne. Devant le            Verhaeren (E.). Les Apparus dans mes\n                  Sphynx                    3 00                      chemins                   2 »\n      —        Pierrot lunaire . . . .      2 »           —         Les Moines . . . . . 3\n      —        Pierrot Narcisse . . .       2 »     Villiers de l'isle Adam. Premières Poésies 3 50\n      —        Dernières Fêtes. . . .       2 »                     Morgane                     5 »\n      —        Le Scribe                     1 »    Wagner (R.). L'Œuvre et la mission de\n Hannon (Théo). Noêls fin de siècle . . 3 «            ma vie (derniers exemplaires) . . 4 >'\n      —        Au pays de Manneken-Pis 4 »          Waller (Max). La Flûte à Siebel. .          3 50\nHanneuse (0 ). La Reine Aléna. . (souscrit).              —         Daisy                       3 »\n      —        Sorella                      2 50    X. Y. Religion et progrès . . . (épuisé)\n\n                     Bruxelles.— ImprimerieVeMonnom,32,rue de l'Industrie\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR D", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 301, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "LACOMBLEZ\n      ÉDITEUR             D E LA J E U N E             BELGIQUE\n                      3 1, rue des Paroissiens, 31\n                               BRUXELLES\n\n\n                 VIENNENT DE PARAITRE\n                      .   Fernand S E V E R I N\n\n      UN CHANT DANS L'OMBRE\n                                   POÉSIES\n                   Un volume in-32 raisin. Prix : 3 francs.\nIl a été tiré : 5 exemplaires sur pipier du Japon des manufactures impé-\n                     riales, à                                fr.  12 »\n                15 exemplaires sur papier de Hollande Van Gelder.   6 »\n\n\n                           Edmond PICARD\n\n         \"VIE                SIMPLE\n    Nouvelle édition. Un volume petit in-12        .     .   .   . fr.   2 »\n\n\n                           Paul     ARDEN\n\n       PAR LES CHEMINS\n             Un volume petit in-12     .   .   .   . fr.     2 50\n\n\n                    A. GALLOY & J          MOLLOY\n\n   AU P A Y S D E B E A U M O N T\n                             POÉSIES\n             Un volume in-18 Jésus . .         .   . fr.     2 50\n\n\n                           Hubert KRAINS\n\n   HISTOIRES LUNATIQUES\n             Un volume in-18 Jésus     . . . .         fr.   3 »\n\n\n                          Sous presse :\n     UNE CAMPAGNE AU PAYS NOIR\n                    PAR J U L E S    D E ST R É E\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 267, "page_fin": 273, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "VERS Ici ce qui est noble", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 302, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 1239, "texte": "VERS\n                          Ici, ce qui est noble a seul du prix\n                              GŒTHE. Le Parnasse     allemand.\n\n\n                 L'AGE     D'OR\nAube, sourire immense, ô jeunesse du monde!\nJe te salue, ô paix solennelle et profonde :\nC'est la première aurore et l'homme adolescent,\nSur les monts couronnés de thym, foule en dansant\nD'un pied léger la terre heureuse et printanière.\nLes lions et les ours sortent de leur tannière,\nAttirés par les chants de l'aède divin.\nLe voici, grave et doux, qui descend le ravin,\nLe front ceint du laurier et la lyre agrafée\nA sa ceinture d'or : reconnaissez Orphée.\nZeus lui parle et l'inspire et la clarté des cieux\nDe mystiques rayons illumine ses yeux.\nLe murmure touffu des forêts bruissantes\nSe mêle au bruit léger des fontaines naissantes ;\nL'azur religieux inonde l'archipel.\nSur la colline, où croît la bruyère, l'appel\nDes ramiers langoureux traîne dans le feuillage;\nLa mer sonore rampe et chante sur la plage,\nEt les Muses en chœur avec leurs belles voix\nSe répondent parmi les vallons et les bois;\nLe pâtre dort sous l'orme où la viorne grimpe,\nEt le rire des dieux éclate sous l'Olympe.\n                                                           17\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "                     — 268 —\n\n\n                    SOPHOCLE\n\nSophocle, nom si doux aux lèvres, demi-dieu\nQui, sur le promontoire éblouissant et bleu,\nConduis les chœurs sacrés enivrés d'harmonie!\nSalut céleste enfant, ô lumineux génie\nQui, les cheveux en fleurs, calme, superbe et nu,\nAux battements joyeux de ton cœur ingénu,\nSur les rivages d'or que la mer illumine\nPrès des autels dressés danses à Salaminel\n\nLa voix des dieux passait dans l'air spirituel\nQuand, accordant ta lyre au rythme universel\nQui modère la vie et gouverne les mondes,\nTu chantais, devinant les essences profondes,\nLa beauté, la douceur, la grâce et la vertu.\nMais le clair horizon s'assombrit : tout s'est tu; '\nL'ombre triste du soir traîne dans les ravines.\nSophocle est mort. Hélas! ses prières divines\nNe détourneront plus de la fière cité\nLa colère du ciel et le vent empesté;\nLes matelots pieux, pour calmer la tempête\nQui dans l'effroi des nuits s'amasse sur leur tête,\nNe réciteront plus ses hymnes frémissants ;\nSa patrie oubliera ses sublimes accents.\nIl est parmi les dieux; et c'est pourquoi   Lysandre,\nSur l'ordre de Bacchus, au plus fier, au plus tendre,\nAu plus harmonieux entre tous les mortels\nBâtit ce mausolée et para ces autels.\n\nGardien printànier du tombeau de Sophocle\nRampe paisiblement, ô lierre, sur le socle,\nRamène en cet enclos le silence et la paix.\nQu'il dorme doucement sous tes rameaux épais\nCelui qui tant de fois nous enseigna la voie\nDe la beauté parfaite ; et que partout on voie\nEclore la tendre rose et les myrtes voisins.\nQue la vigne touffue et fertile en raisins\nPrès du calice ardent du pavot écarlate\nCourbe autour de l'ormeau sa grappe délicate\nPour honorer ainsi le Poète pieux\nDont les chants désormais réjouissent les dieux\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1667, "texte": "                    — 269 —\n\n\n                     XAIPE\n\nJeune homme, sois heureux. Que la vierge amoureuse\nTe choisisse, admirant ta grâce vigoureuse,\nParmi les plus savants et parmi les plus beaux !\nL'heure est calme. Suivant la route des tombeaux\nOù le platane blanc allonge une ombre amie,\nDescends vers le Lycée ou vers l'Académie.\nDéjà le rossignol de silence enivré\nChante près de la source au fond du bois sacré;\nDans les rameaux dorés les brises se sont tues.\nIci, dans ces jardins pleins de nobles statues,\nDe parterres riants, de fleurs et de buissons,\nLes jeunes gens joyeux recueillent les leçons\nDes vieillards que respecte et qu'honore l'Attique.\nSi tu veux méditer sous le double portique,\nOu bien, lorsque la nuit rêve, errer à travers\nLes bosquets embaumés en récitant des vers,\nChoisis avec grand soin un ami de ton âge.\nQu'il soit doux, vertueux et vaillant. A l'ombrage\nDes oliviers, le front orné de joncs en fleurs\n Vous unirez vos voix; et les bonnes odeurs\nDu smylax et du pin dans les airs dispersées\nParfumeront vos cœurs et vos doctes pensées.\nSachant réaliser vos songes éclatants,\n Vous aimerez la vie et le jeune printemps\nLorsqu'au vent matinal le chêne vénérable\nMêlera son murmure à celui de l'érable.\n\n\n            HYMNE DIONYSIAQUE\n\nJe chanterai le dieu ceint du lierre bruyant,\nDionysos, l'éphèbe au cœur de flamme, ayant\nTendu les cordes d'or sur ma cythare creuse.\n\nO fils de Sémélé, la divine amoureuse,\nLes nymphes de Nysa t'ont bercé sur leur sein\nDans les antres dorés où bourdonnait l'essaim\nDes abeilles en feu qu'enivrait ton haleine.\nVoluptueux et fier tu grandis, et Silène\nDe doux vins et de miel parfumé te nourrit;\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1787, "texte": "                     — 270 —\n\nC'est Pan au front cornu qui lui-même t'apprit\nA moduler tes chants, posant tes doigts agiles\nSur la syrinx de canne ou de roseaux fragiles,\nEt, d'un pied cadencé foulant les tendres fleurs,\nA danser mollement près des sources en pleurs.\nHéroïque et superbe, et les regards humides,\nAux saints enlacements des êtres tu présides;\nTout ce qui vit t'adore et reconnaît ta loi.\nPortant le double thyrse et la coupe, c'est toi\nQui dispenses la force et répartis la sève;\nA ton souffle vainqueur la nature se lève,\nEt c'est pourquoi, le plus aimé des Immortels,\nNous avons couronné de roses tes autels.\n\nRoi du monde, Soleil, Foyer de l'énergie,\n Conduis dans la forêt ton cortège et l'orgie,\nExalte nos esprits et transporte nos cœurs,\nEt soudain embrasés de tes saintes fureurs\nNous irons célébrer tes souverains mystères.\nIo, Io! Voici, traîné par les panthères,\nLe dieu puissant et doux, imberbe et triomphant,\nPlus souple qu'une femme et plus beau qu'un enfant ;\nLa peau du léopard couvre sa hanche ronde.\nIl s'avance inspiré : sur son épaule blonde\nRoule sa chevelure aux flots ambrosiens.\nLes prêtres, les danseurs et les musiciens\nAux sauvages accents d'une étrange harmonie\nEnguirlandent son front et sa poitrine unie;\nLes nymphes font entendre au loin leurs belles voix,\nEt le bruit de leurs pieds enveloppe les bois.\n\n                     IDYLLE\n\nQue le pasteur Thyrsis reconduise nos chèvres.\nLa nuit fraîche s'avance : Amyntas, à tes lèvres\nQui sont pleines de miel ajuste tes pipeaux ;\nCe calme immense et pur conseille 'le repos.\nSi le bruissement des sapins à l'aurore\nSemble doux, tes chansons sont plus douces encore.\nDe ta flûte sonore aux sons mélodieux\nAnime ces bosquets où reposent les dieux;\nCette heure solennelle est agréable aux Muses.\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1894, "texte": "                     — 271   —\n\n\nAutour des tamaris les abeilles camuses\nOnt cessé désormais leur long bourdonnement.\nLe soir des monts obscurs descend furtivement,\nLes craintives perdrix s'appellent dans l'airelle.\nTandis que Daphnis tresse un piège à sauterelle\nAvec des brins de joncs-et des pailles de blé.\nToi, de nobles faveurs par les Grâces comblé,\nDans leur cage d'osier apporte ici nos grives.\nVoici, cher Amyntas, du lait et des olives;\nQuant à moi, couronné de roses et d'anis.\nJ'emplis indolemment ma coupe et je bénis\nLa Paix, reine des cœurs. Hâte-toi. Je réclame,\nPour ma couche, des fleurs : anémone ou cyclame.\nC'est bon. Quand les oiseaux bavards sont endormis\nJ'aime surtout à boire avec de doux amis,\nEt, près de la fontaine où s'abreuve la biche,\nA faire aussi griller la faine et le pois-chiche\nSous la cendre encor chaude ou sur les charbons vifs.\nMais cessons. Vois là-bas : à travers les grands ifs,\nLa lune se balance au sommet de l'Hymette.\nOr, que Zeus, protecteur des moissons, nous promette\nDes loisirs bienfaisants et joyeux, un bétail\nFertile et vigoureux, de belles têtes d'ail.\nDes figues, des raisins et de larges concombres.\nMaintenant sommeillons. Dans les bocages sombres\nLe funèbre hibou hue au seuil des tombeaux.\n C'est l'heure où le dieu Pan fait chanter les roseaux.\n\n\n              ÉPIGRAMME VOTIVE\nNicagoras que nul jamais n'a fait plier\nDédia ce fragment de son dur bouclier\nA Zeus, père des dieux. Jadis dans la mêlée,\nCette arme éblouissante, aujourd'hui mutilée,\nAbritait un guerrier sans peur du choc brutal\nDe la lance et des traits. Les lames de métal\nEt les cercles d'airain sont brisés; il ne reste\nIntact que le milieu. Mais ceci te l'atteste :\n Toujours au premier rang, Nicagoras vainqueur\nCombattit sans faiblir et sauva son sauveur.\nSache, en voyant ces fiers débris, Crétois ou Parthe,\nQu'il a bien observé les règlements de Sparte.\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1681, "texte": "                    — 272 —\n\n\n\n          ÉPIGRAMME       FUNÉRAIRE\n\nPour la patrie, ayant contre les ennemis\nEnvoyé ses huit fils orgueilleux mais soumis,\nDe ses pieuses mains, Démœnète, leur mère,\nDans un même tombeau sous la viorne amère\nLes a, ceints de laurier, ensemble ensevelis.\nTu n'as point vu ses yeux ardents de pleurs remplis.\nNul reproche brutal n'est sorti de sa bouche.\nElle a dit ces seuls mots, résignée et farouche,\nRefoulant dans son cœur les sanglots étouffants :\nPour toi j'avais, ô Sparte, élevé ces enfants.\n\n\n\n                   ANACREON\n\n Beaux éphèbes pleurez : Vous n'avez pas connu\nLe chantre aimé du dieu capripède et cornu\nQui-garde les troupeaux sous la vigne fertile,\nLe cygne de Téos, celui qui pour Bathyle,\nDans sa coupe mêlant les roses et le vin.\nFit résonner la lyre ardente, étant divin,\nAnacréon, l'amant du beau Smerdis le Thrace.\nLes hivers sur son front ne laissaient point de trace.\n Quand il menait le chœur sous les pampres tremblants\nLes vierges d'ionie aimaient ses cheveux blancs;\nEt délaissant la flûte aux tiges inégales,\nLa chanson des roseaux et celles des cigales,\nLes fiers adolescents, ravis en le voyant,\nLe couronnaient de fleurs et de lierre bruyant.\n Tandis que lui, rieur et bavard, toujours ivre\n Un peu, leur conseillait de jouir et de vivre\nSans songer au tombeau, sans craintes ni soucis.\nIls remplissaient sa coupe, et puis, l'ayant assis\nSous le myrte enivrant ou sous le frais mélèze,\nPour qu'il pût converser et s'abreuver à l'aise,\nIls le priaient, en lui portant les vins nouveaux,\nOubliant Héraclès et ses divins travaux.\nDe chanter près du saule où l'abeille se pose,\nDionysos, Eros, l'hyacinthe et la rose.\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1823, "texte": "                    — 273 —\n\n\n                LA FAUVETTE\nLa folle babillarde au joli casque noir\nQui, chaque jour, aux bords moussus de l'abreuvoir\nVenait lustrer sa plume, à l'heure où se reflète,\nDans les bassins moirés l'aurore violette,\nLa mutine fauvette, hôte de nos buissons.\nQui charmait nos loisirs de ses douces chansons,\nS'enivrant dans les fleurs de gouttes de rosée,\nEst morte. Hier encor sur le rosier posée\nElle rivalisait avec le vert grillon.\nDont les appels stridents vibraient dans le sillon.\nElle n'est plus, hélas! et j'ai creusé sa tombe\nPrès des genévriers où pleure la colombe.\nElle sommeille ici, sous ce tertre léger.\nSi ce hêtre t'abrite, ô toi, jeune berger\nDont l'âme par ses chants fut si souvent ravie,\nQu'un souvenir ému lui redonne la vie.\n\n                   MÉLÉAGRE\nArrête ici tes pas : cette tombe a reçu\nLe dernier fils des dieux. Sous le mouvant tissu\nDu lierre verdoyant et souple où se marie\nAu narcisse mourant l'églantine fleurie,\nSur le marbre votif, ô passant, lis le nom\nDe Méléagre aimé des Muses, compagnon\nDes Grâces. Méléagre en cet endroit repose\nA l'ombre du laurier, du myrte et de la rose\nQu'en jouant il aimait fixer d'un doigt errant\nAux tempes de Démo, dont le corps odorant\nExtasiait d'amour son cœur tremblant d'esclave.\nJamais lyre plus douce ou flûte plus suave\nN'éveillèrent l'écho champêtre des bosquets;\nEt dans l'heureuse et folle ivresse des banquets\nOù s'épanouissait le luxe de l'Asie,\nDe ses lèvres coulaient le miel et l'ambroisie.\nSpirituel ou tendre, ardent ou gracieux.\nIl chanta tour à tour Anticlée aux grands yeux,\nLa verte sauterelle à l'aile harmonieuse\nEt le safran qui croît à l'ombre de l'yeuse.\nTerre, salut! O toi qui gardes plus qu'un roi.\nSois-lui légère : il a pesé si peu sur toi.\n                                      VALÈRE G I L L E"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 274, "page_fin": 281, "titre_corps": "La Littérature chez les Spillebout", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "La Littérature chez les Spillebout", "ancre_fin": "ALBERT GIRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 309, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 54, "fin_caractere_exclue": 2509, "texte": "La Littérature chez les Spillebout.\n                                   A MM. JUI.ES DESTRÉE ET CÉLESTIN DEMRLON\n              e titre bizarre demande une explication, non seulement pour\n               nos lecteurs de l'étranger, mais pour tous les lecteurs belges\n               qui n'ont pas adopté le Moniteur comme publication de\n               chevet.\n   Ceux qu'un destin cruel condamne à la lecture assidue des Annales\nparlementaires remarquèrent un jour, en prenant connaissance d'un appel\n nominal, ce nom étrange digne d'attirer l'attention d'un Balzacflamand:\nSpillebout.\n   La première ivresse de la découverte passée, ils se demandèrent si la fan-\ntaisie des typographes n'avait pas donné naissance à ce législateur inconnu,\nPoint. Spillebout existait physiquement et parlementairement. Spillebout\nprenait part, avec une héroïque ponctualité, à tous les appels nominaux.\nSpillebout passait sa vie à répondre oui ou non, ou je m'abstiens, à l'appel\nde son nom mystérieux proféré par un secrétaire. Peut-être était-il capable\nde crier : Aux voix! tout comme un autre, et prenait-il part, dans une\nmesure ignorée, aux célèbres mouvements en sens divers. Mais Spillebout\nne discourait jamais. C'était un sage.\n   A cause de son obscurité même et de sa réapparition quotidienne dans\nles documents parlementaires, ce nom nous devint familier, et se mit à vol-\ntiger sur nos lèvres de poète. De patronymique, il devint commun : au lieu\nde dire un député, nous prîmes le plaisir de dire un spillebout. Quand l'un\nd'entre nous se rendait au Palais de la Nation, il nous prévenait qu'il allait\nchez les Spillebout. Ainsi, grâce à une généralisation bien naturelle, le mot\nspillebout finit par désigner le législateur moyen, le député fongible, le type\nde l'honorable qui n'a pas de type, l'expression la plus moderne de la médio-\ncrité élue. Les spillebout forment la majorité de tous les partis, la matière\npremière dans laquelle travaillent les chefs de bande et les ministres. Ils\nreprésentent, quelle que soit la couleur de leur drapeau, cet abominable\nesprit qui s'appelle l'esprit belge, c'est-à-dire la fascination exercée par toute\nmesquinerie sur les âmes mesquines, le besoin de la médiocrité, la nostal-\ngie du « sens commun », la haine de tout idéal qui dépasse la portée de\nManneken-Pis.\n   Voilà pourquoi MM. Jules Destrée et Célestin Demblon, ayant eu l'audace\nde signaler au gouvernement l'efflorescence de notre jeune école littéraire,\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3445, "texte": "                                        — 273 —\n\n nous n'avons pas pu nous empêcher d'intituler cet article « la Littérature\n chez les Spillebout ».\n   Avant eux, des hommes bien intentionnés, parmi lesquels feu Slinge-\n neycr, M. Buls et M. Vanderkindere, avaient essayé d'apprendre aux spil-\nlebout, avec tous les ménagements que leur état réclame, cette nouvelle,\nprofondément humiliante pour l'esprit belge, que nous avons de bons\nécrivains français moins vénérables que M. Coomans. Mais M. Jules Des-\ntrée et M. Célestin Demblon n'ont gardé aucune espèce de mesure. Au\nrisque de les tuer, ils ont fait ingurgiter aux spillebout une dose de littéra-\nture par trop féroce. M. Demblon a même poussé si loin l'oubli des conve-\nnances parlementaires, qu'il a récité des vers.\n   Voici ces incidents tels qu'ils sont rapportés dans le Mémorial des Spil-\nlebout :\n   M. DESTRÉE. — Puisqu'il faut entrer plus avant dans le budget, j'arrive à la littérature\n proprement dite. Celle-ci a pris en Belgique, depuis dix ou quinze ans, un développement\n inattendu. Il y a vingt-cinq ans, c'était une chose compromettante d'être littérateur, ainsi\n que l'a constaté M. Edmond Picard, avec l'autorité et la compétence spéciales qui le\ndistinguent.\n   M. DE GUCHTENAERE. — M. Picard parlait de la littérature française et non dé la littéra-\nture flamande illustrée par Henri Conscience.\n   M. ANSEELE (en flamand). — Vous l'avez affamé parce qu'il écrivait librement!\n   M. DESTRÉE. — Je ne connais pas la langue flamande; je ne parlerai donc que de la\nlittérature française.\n   M. ANSEELE. — Conscience a dû vendre sa conscience.\n   M. HUYSHAUWER. — C'est un mensonge !\n   M. DESTRÉE. — Quand on disait de quelqu'un, il y a trente ans, « c'est un artiste », on\nle déconsidérait. N'avons-nous pas, tout récemment et ici-même, entendu M. Coremans,\ndéputé de la métropole artistique d'Anvers, dire dédaigneusement de M. Le Jeune, un\ndes plus grands ministres de la justice que nous ayons e u s : C'est un artiste !\n   Il y a trente ans, tout était accaparé par les médiocres ; mais déjà alors des artistes de\nplume existaient, loin de l'Etat, inconnus dans leur pays: Octave Pirmez, qui avait des\nrentes, lui, et vivait dans sa retraite d'Acoz ; Charles De Coster, l'auteur d'Uylenspiegel',\nqui n'en avait pas et vécut misérablement ! Eh bien, l'Etat aurait dû lui permettre de\nvivre et peut-être de produire d'autres chefs-d'oeuvre! Il y avait encore Victor Arnould,\nqui se dirigea plus tard vers la politique ; Edmond Picard, qui se consacra surtout au\ndroit, mais qui est l'auteur de chefs-d'œuvre tels que l'Amiral et la Vie simple II y avait\nCamille Lemonnier, continuant à faire seul de l'art avec persévérance, dans un pays si\nhostile à l'art ! Il avait écrit Sedan, Un Mâle, Un Mort, et quand on lui refusa le prix\nquinquennal, ce fut le signal du ralliement d'où sortit la Jeune Belgique. Tout ce qu'il y\navait de vivant, d'intellectuel et de savant dans le pays offrit un banquet à Camille Lemon-\nnier. Cette belle manifestation eût été impossible avant cette époque, car la politique —\nl'odieuse politique ! — gâtait tout ! Les libéraux contestaient le mérite des catholiques et\nvice versa.\n  Des étudiants de Louvain, de Gand, et surtout des jeunes qui avaient la politique en\nhorreur, se réunirent et prirent pour guide Max Waller, ce garçon d'une gaîté et d'une\nespièglerie charmantes que nous avons eu la douleur de perdre trop tôt. Mais quand\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4105, "texte": "                                         — 276 —\n\n nous demandâmes â l'administration de Bruxelles d'honorer la mémoire de Waller, elle\n nous répondit qu'elle ne pouvait pas s'associer à une manifestation d'un caractère privé!\n    Dans cette Jeune Belgique— que M. Woeste ne comprend pas — il y avait Georges\nEekhoud, le chantre des polders, l'auteur des Milices de Saint-François       et de la Nou-\nvel le Carthage; il y avait Emile Verhaeren, Giraud, Gilkin, des poètes qui ont forcé\nl'admiration des lettrés français. Parmi les prosateurs, nous voyons Nautet, Demolder,\n Olivier Destrée, combien d'autres! Puis, plus tard, Delattre, Desombiaux et surtout\nMaeterlinck! Il avait écrit les Serres chaudes et la Princesse Maleine qu'on n'en savait\n rien en Belgique : il a fallu qu'un journaliste français révélât à notre pays ce grand\nauteur !\n    Les uns et les autres se groupèrent dans la Jeune Belgique, dans la Revue nouvelle,\ndans l'Art moderne, et, chose étrange, ils sont souvent plus lus à l'étranger, dans des tra-\nductions, que dans leur texte original.\n    Malgré les moqueries et les sarcasmes, ces gens n'en ont pas moins continué, augmen-\ntant la somme de gloire de leur patrie ! Ils ont ainsi vaincu l'indifférence du public, les\nrailleries de la presse et même l'hostilité officielle.\n                                                                   (Séance du 4 juillet.)\n\n   M. DEMBLON. — Mais j'ai surtout demandé la parole parce que M. le ministre de l'in-\ntérieur et des belles lettres a osé exprimer, à la tribune nationale, le doute incroyable que\nles Belges soient appréciés comme écrivains en France et le regret, non moins incroyable,\nque, dans notre pays de peinture, on délaisse en grande partie, à l'heure actuelle, la\ntradition picturale, pour faire de la littérature. Ces paroles appellent une courte réponse.\n   Oui, la peinture fut toujours l'art national par excellence en Flandre, comme la musique\nen Wallonie. Mais M. le ministre doit savoir que les éclosions d'art ne s'improvisent pas\net qu'elles se décrètent encore moins. Il n'est pas vrai, hélas! comme l'a dit Boileau,\nqu'un Mécène aisément puisse faire un Virgile. Rien qui ne soit fatal ici-bas. Les éclo-\nsions d'art ne font pas exception. Elles ont des causes historiques et physiologiques que\npersonne ne peut créer ni même modifier. Des historiens de l'art, Alfred Michiels et.\nsurtout Hippolyte Taine, ont parfaitement déterminé les causes de ces éclosions et des\nformes qu'elles ont prises. On s'explique fort bien pourquoi la littérature, la poésie, qui\nest le plus complet des arts, n'ait pu fleurir amplement à des époques où la langue fran-\nçaise n'était pas, en Belgique, d'un usage général et ne possédait encore qu'à l'état\nplus ou moins latent les qualités qui correspondent le mieux à notre idéal national.\nFélicitons-nous de la fécondité d'un pays qui, après nous avoir donné en quatre\nsiècles successifs les Van Eyck, Roland de Lattre, Rubens et Grétry, sans compter\nleur disciples, n'est nullement épuisé et fait lever aujourd'hui une soudaine moisson de\ngloire littéraire.\n   Les Wallons, d'ailleurs, parlent le français du même droit que les Bretons, les Cham-\npenois, les Normands, les Provençaux. Le français est leur langue : ils s'en servent, enfin,\npour exprimer largement et splendidement le rêve si profondément original de leur race,\nEt cette langue française est maintenant un instrument si merveilleux et si complet que\nla vraie jeunesse littéraire flamande elle-même l'emploie pour peindre aussi son rêve ; et\nsous cette forme, qui semble paraître étrangère à M. le ministre, l'idéal flamand s'affirme\navec un éclat que vos poètes de langue flamande n'avaient jamais révélé. C'est un fait. JE\nle constate simplement.\n   Je demande, en terminant, à M. le ministre d'examiner la proposition que vient de\nfaire Jules Destrée : établissement d'une librairie belge à Paris. De quelle manière!\n   J'avoue que je n'ai pas d'opinion faite à ce sujet. La question doit être mise à l'étude.\nMais, je le répète, je prends surtout la parole afin de rectifier une grave erreur, afin qu'on\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3584, "texte": "                                        — 277 —\n\n  ne dise pas demain, dans la Belgique entière, à la suite de M. le ministre de l'instruc-\n  tion publique, que les Français gardent une certaine méfiance à l'égard de notre littéra\n  ture. C'est le contraire qui est vrai ! Je n'en citerai qu'une preuve. Il y a quelques années\n  déjà, un critique français, — c'était M. de Wyzewa, — émerveillé par la lecture de cer-\n taines de nos œuvres, écrivait : Prenons garde, les Belges vont nous enlever la langue\n  française !\n     Voilà, M. le ministre, ce que les étrangers pensent et disent de nos poètes et de nos\n écrivains ! ( Très bien ! à gauche )\n     M. COREMANS. — Messieurs, si j'ai bien compris l'honorable M. Demblon, la conclusion\n positive de ce qu'il vient de dire serait la création, par le gouvernement, d'une espèce de\n comptoir de librairie pour le débit de nos livres de littérature française belge, à Paris.\n L'idée me paraît très peu pratique. La bonne marchandise finit toujours par trouver des\n acheteurs. Faites de bons ouvrages, messieurs de la littérature française en Belgique, et\n je ne doute pas que vous ne trouviez enfin quelque débit en France et même en\n Belgique.\n     Nous avons eu une littérature française en Suisse, par exemple, et pour ne citer que\nJean-Jacques Rousseau, Töpffer et Cherbuliez, ils ont trouvé des acheteurs en France et\n ailleurs.\n    M. DESTRÉE. — On a précisément créé une librairie suisse à Paris pour la vente des\nauteurs suisses.\n    M. COREMANS. — Avec l'argent du gouvernement suisse ?\n    Croyez-moi, ce n'est pas l'existence d'un comptoir de librairie suisse à Paris qui a pu\nfaire le succès de quelques littérateurs suisses de la langue française.\n    Jean-Jacques a écrit à Paris : alors déjà, comme aujourd'hui, Paris concentrait tout le\nmouvement littéraire de langue française.\n    Cette concentration est surtout vraie en matière de livres : on n'achète en France et en\nBelgique que ce qui vient de Paris. Je parle de la littérature française. La littérature\nbretonne, la littérature provençale, dont a parlé l'honorable membre, n'ont jamais trouvé\npour leurs œuvres de nombreux acheteurs, même en Bretagne, ni en Provence.\n    M. DEMBLON. — C'est une erreur !\n    M. LE PRÉSIDENT. — N'interrompez pas, je vous prie.\n    M. DEMBLON. — Je demande la parole.\n    M, COREMANS. — Je le répète, tout le mouvement littéraire français est concentré à\nParis. Et cela se comprend. Tous les grands hommes de province vont à Paris. Ils\ny tentent la fortune, réclament le baptême de la grande ville. N'avons-nous pas\nvu même nos grands hommes de provinces flamandes aller solliciter les suffrages des\ncritiques parisiens? Et, la camaraderie aidant, le succès a quelquefois répondu à leurs\nefforts.\n    Faites des chefs-d'œuvre. Monsieur Demblon, en langue française : et succès et clientèle\nsuivront. Faites des œuvres originales ; soyez vous-même ; soyez quelqu'un. Mais gardez-\nvous de crier au chef-d'œuvre à propos d'un roman où, à chaque chapitre, je dois\nm'écrier : Ceci est pris dans l'Assommoir, de Zola ; ceci dans Germinal ; ceci dans tel\nautre volume de Zola ! Un pasticheur ne sera jamais un homme de génie...\n    M. DESTRÉE. — Je demande la parole.\n    M. COREMANS. — ... et quoi qu'en disent les camarades dans leurs journaux, il n'est\npas un maître.\n    Laissons la littérature se produire librement ; les chefs-d'œuvre pourront manquer,\nmais au moins nous n'aurons pas la responsabilité des œuvres médiocres ou mau-\nvaises.\n    Mettre l'argent du gouvernement à créer un comptoir de librairie à Paris pour y débi-\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3897, "texte": "                                        — 278 —\n\nter aux Français des ouvrages d'auteurs belges ; comment pareille idée peut-elle éma-\nner d'un cerveau parfaitement équilibré? (Rires à droite.) Le gouvernement n'a pas à\ns'occuper de ces choses ; faites de bons ouvrages et la renommée et la clientèle suivront.\n   L'honorable M. Demblon, faisant une confusion dont, sans doute, il ne se rend pas\ncompte, dit, d'autre part, que c'est la littérature de patois qu'il faut encourager. Il y a,\ncomme patois principaux de langue française en Belgique, le patois de Mons, celui de\nNamur et celui de Liége. Chacun de ces patois compte des littérateurs amateurs qui font\ndes chansons charmantes quelquefois et des vaudevilles qui font rire. Mais je ne pense\npas précisément qu'il faille, par des encouragements pécuniaires, pousser à donner une\nefflorescence exagérée à ces littératures de patois.\n   Nous, Flamands, nous ne demandons aucun encouragement pour n'importe quelle lit-\ntérature de patois de langue flamande. Cependant, cette littérature fleurit : elle compte de\nnombreux amateurs, et je renvoie l'honorable M. Demblon à un travail considérable des\nfrères Léopold, des Néerlandais, qui ont publié deux gros volumes sur les patois de langue\nflamande. Dans un ouvrage intitulé Van de Weichsel tot de Schelde (De la Vistule à\nl'Escaut), ils ont rassemblé des bijoux admirables, vrais chefs-d'œuvre de nos différents\npatois flamands et saxons, avec leur prononciation et leur orthographe spéciales.\n   Mais est-ce cette littérature-là qu'il faut encourager? Je ne le crois pas. Qu'on encou-\nrage en Belgique la littérature néerlandaise d'un côté, la littérature française de l'autre:\nc'est bien. Mais laissons là les œuvres de patois français ou flamands. Quand je dis\n« encourager » la littérature, je me trompe peut-être : ce n'est pas d'encouragements que\ndoit vivre une littérature.\n   M. DEMBLON. — C'est vrai !\n   M. COREMANS. — Elle doit vivre d'elle-même, parce qu'elle répond à des besoins\nsociaux. Donnez satisfaction aux appétits artistiques et littéraires de l'humanité et vous\nn'aurez pas besoin des écus de M. le ministre de l'intérieur.\n   M. DEMBLON. — C'est ce que nous disons.\n   M. COREMANS. — Donc pas de protection gouvernementale en matière littéraire. Sous\nle régime du Roi-Soleil, on payait très bien les auteurs qui chantaient ses louanges ; on\nlaissait croupir dans la misère ceux qui n'entonnaient pas d'hymnes en son honneur. Ce\nsystème est odieux et injuste.\n   M. DEMBLON. — Nous sommes d'accord.\n   M. COREMANS. — Si nous sommes d'accord, il serait inutile que je continue. (Hilarité)\n   Créer à Paris un comptoir de librairie pour compte du gouvernement belge serait\nune dépense inutile. La camaraderie rend, d'ailleurs, plus de services qu'un comptoir.\nQu'un auteur belge produise une œuvre plus ou moins originale à certains égards, ne se\ntrouve-t-il pas bientôt un camarade original en France pour comparer l'auteur à Shakes-\npeare, au grand étonnement du monde littéraire des deux mondes? (Hilarité.)\n   Homère, Shakespeare, Rubens, Milton : qu'on les compare entre eux, qu'on les mette\nà la même hauteur. Mais être l'auteur de quelques petites pièces d'un théâtre de ma-\nrionnettes où les interjections « oh! o h ! » et « a h ! a h ! » remplacent trop souvent les\nautres parties du discours, et se voir comparé à Shakespeare, cela dépasse la mesure.\n   M. DESTRÉE. — Vous n'avez pas lu Shakespeare. (Nouvelles          interruptions.)\n   M. COREMANS. — J'ai lu au moins quatre fois autant que vous.\n   M. VANDERVELDE. — Avez-vous lu cet auteur?\n   M. COREMANS. — Certainement! et il n'y a rien de comparable dans ses œuvres a\ncelles de Shakespeare.\n   Je ne crois donc pas qu'il faille employer l'argent belge à faire débiter quelques livres,\nque la camaraderie aiderait à faire vendre : laissons pousser les moutons, ils feront leur\nchemin ! (Rires à droite.)\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3577, "texte": "                                        — 279 —\n\n     M. DEMBLON. — Je ne tiens pas essentiellement à l'instauration d'une librairie belge à\n  Paris; mais j'attache une grande importance à la littérature belge de langue française.\n J'ai dit que, de même qu'en France il y a une littérature bretonne, une littérature pro-\n vençale, etc , il y a dans notre pays une littérature française que nous pouvons revendiquer\n avec honneur.\n    Je n'ai pas donné au patois wallon une valeur exagérée, mais il répond à l'idéal modeste\n des ouvriers et des campagnards qui ne comprennent pas les grands théâtres : dès lors,\n il faut l'encourager.\n     M. Coremans a fait des allusions transparentes en disant qu'il y avait des écrivains\n belges qui imitaient les français, notamment Emile Zola. C'est de Camille Lemonnier\n qu'il veut certainement parler...\n    M. COREMANS. — Vous êtes donc de mon avis?\n    M. DEMBLON. — Oh! non! C'est une vieille critique et rien n'est moins exact.\n     Il est triste d'entendre des imputations semblables à l'adresse de Camille Lemonnier,\n qui a tant écrit et qui n'a pas 50 ans! Sans doute, chez tout écrivain, il y a des choses à\n contester; mais il ne faut pas oublier ses œuvres originales incontestables et qui ont une\n saveur et une couleur nationales.\n    N'oublions pas la faculté d'assimilation de nos artistes. Pour Rubens, par exemple, ce\n génie incomparable, ne peut-on retrouver le schema de certains peintres italiens, notam-\n ment le Titien? On lui reprochait aussi naguère ces imitations ! Or, qu'est-il resté de ces\n reproches? Un jour aussi on rendra justice à Lemonnier, dont maintes pages demeureront\n toujours ! Quant à Maeterlinck...\n     M. COOMANS. — Mais c'est une réclame cela !\n     M. DEMBLON. — Si vous le voulez, monsieur Coomans, je parlerai de l'Académie des\nfous.\n     M. COOMANS. — C'est un bon livre, cela, et je vous conseille de le lire. (On rit.)\n     M. LORAND. — Un très bon livre!\n  M. DEMBLON. — Je l'ai   lu.\n   M. COOMANS. — Il a eu six éditions, sans réclame! (Nouveaux rires.)\n   M. LORAND. — Et sans subside, j'espère?\n   M. DEMBLON. — On peut être très grand sans être comparable à Shakespeare. Et ce\nn'est pas parce qu'Octave Mirbeau a mis Maeterlinck au-dessus de Shakespeare qu'il faut\nlui dénier tout talent. Si l'on ne devait tenir compte que des écrivains qui égalent Shakes-\npeare, on devrait se borner à cinq ou six génies!\n   Mais on peut citer maints autres écrivains belges remarquables qui ont fait resplendir\nle génie flamand. Oyez, par exemple, ce beau sonnet d'Albert Giraud...\n   M. COREMANS. —                   Un sonnet sans défaut\n                                     Vaut seul un long poème !\n  M. DEMBLON. — C'est Boileau qui l'a dit, Ecoutez donc :\n\n                                 LES CONQUÉRANTS\n                                                                    A CAMILLE LEMONNIER.\n                       Ta gloire évoque en moi ces navires houleux,\n                       Que de fiers conquérants aux gestes magnétiques\n                       Poussaient dans l'infini des vierges Atlantiques\n                       Vers les Archipels d'or des lointains fabuleux.\n                       Ils mettaient à la voile en ces soirs merveilleux\n                       Où le ciel enflammé de rougeurs prophétiques\n                       Verse royalement ses richesses mystiques\n                       Dans le cœur dilaté des marins orgueilleux.\n                       Et les hommes du port demeurés sur les grèves\n                       Regardaient s'enfoncer les mâts comme des raves\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3648, "texte": "                                          — 280 —\n\n                        Dans l'éblouissement de l'horizon vermeil.\n                        Et leurs cerveaux obscurs à la fin de leur âge\n                        Se rappelaient encor le splendide mirage\n                        De ces grands vaisseaux noirs entrés dans le soleil !\n                                                                                (Bruit à droite.)\n   Vous relirez ce beau sonnet, Monsieur Coremans, et vous tâcherez de le comprendre.\n   M. DESTRÉE. — Margaritas        ante...\n   M. DE JONGHE d'ARDOYE. — Mais ce n'est plus le budget de l'intérieur, tout cela!\n(Protestations à l'extrême gauche.)\n   M. A. D E FUISSEAUX. — Ils ne comprennent rien à droite de ce qui concerne la litté-\nrature ! Il ne comprennent que les distributions de dividendes. (Bruit.)\n   M. DEMBLON. — Encourager l'art, sans distinction d'école ou d'artistes, voilà ce que\nM. Coremans n'a pas compris! Nous ne voulons pas que vous fassiez une sélection et\nque vous ne favorisiez que les écrivains officiels, dont la gloire a toujours été très éphé-\nmère. (Très bien! sur les bancs socialistes.)\n   M. DESTRÉE. — Je fais miennes toutes les paroles de notre ami Demblon, mais j'estime\nqu'il ne faut pas prolonger cette discussion littéraire, la Chambre ayant du reste démontré\npar son attitude qu'elle est loin d'être une académie.\n   M. DEMBLON. — Une académie de fous!\n   M. DESTRÉE — Nous sommes d'accord avec M. Coremans pour revendiquer l'indé-\npendance absolue de l'art : il ne peut être domestiqué. Mais nous croyons devoir préco-\nniser certaines mesures utiles, parmi lesquelles la création d'une librairie belge à Paris.\nQu'on examine si la chose est possible : elle aurait ce bon côté de favoriser tous les écri-\nvains belges indistinctement.\n   M. Coremans a essayé de diminuer l'efflorescence littéraire belge actuelle. Nous avons\ndes artistes littéraires que l'Europe imite, qui font partout des disciples, et c'est au par-\nlement national qu'on cherche à les diminuer au lieu de les montrer fièrement ! (Très\nbien ! sur les bancs socialistes.)\n   M. Coremans a parlé de camaraderie; il ignore sans doute qu'Octave Mirbeau ne con-\nnaissait pas Maeterlinck lorsque, à la lecture de ses œuvres, il écrivit ses articles du\nFigaro.\n   Quand nous voyons des jeunes manifester du talent, encourageons-les, n'appuyons pas\nde notre autorité l'indifférence de la bourgeoisie! Crions-leur : Bravo! au contraire, afin\nqu'ils dotent le pays de chefs-d'œuvre. (Très bien ! sur les mêmes bancs.)\n   M. COOMANS. — Il n'y a pas de littérature nationale : il n'y a qu'une littérature du bon\nsens dans le monde entier. (Bruit.)\n   M. COREMANS. — Je constate que M. Demblon a renoncé à son idée de la création d'un\ncomptoir de littérature belge à Paris...\n   M. DEMBLON. — Pas du tout! J'ai demandé l'étude de la question.\n   M. COREMANS. — O h ! cette étude ne coûtera guère et aboutira à un refus. Nous\nn'avons jamais demandé la création de comptoirs littéraires flamands à La Haye ou à\nAmsterdam.\n   Quant au sonnet que M. Demblon nous a déclamé, il nous l'a présenté comme un son-\nnet sans défauts; moi, je le trouve très peu clair et je demande notamment ce que peuvent\nbien être ces « vierges Atlantiques «dont il y est fait mention ? (On rit à droite.) Jeneles\nai jamais rencontrées jusqu'ici ! J'ai bien entendu-parler des vierges du Parnasse...\n   M. DESTRÉE. — Et des demi-vierges ! (Bruit.)\n   M. COREMANS. — Mais l'honorable membre ferait plaisir à la Chambre en les lui faisant\nconnaître d'un peu plus près !\n   M. DEMBLON. — Je renonce à expliquer à M. Coremans ce sonnet, qui me paraît\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2490, "texte": "                                    —    281   —\n\nsuffisamment clair par lui-même : ce serait faire injure à la Chambre que de l'expli-\nquer!\n  J'ajoute que je ne suis pas l'ami des hommes dont j'ai parlé et que je ne connais notam-\nment pas Maeterlinck.\n  M. COREMANS. — Et les vierges Atlantiques? (Nouveaux rires à droite.)\n  M. DEMULON. — Je vous l'expliquerai tantôt si vous le voulez.\n                                                             (Séance du 10 juillet.)\n\n   Et voilà.\n   Je me résigne très facilement, en ce qui me concerne, à ne pas être com-\npris par le spillebout Coremans et à écrire des sonnets qui, selon l'élégante\nexpression du spillebout de Jonghe d'Ardoye, ne sont pas le budget de l'in-\ntérieur. Mais j'aurais mauvaise grâce à m'étendre sur le côté personnel de\nl'incident. Je ne le rappelle que pour avoir l'occasion de répondre à un cor-\nrespondant anonyme, qui a cru m'embarrasser prodigieusement. « Vous\nvoyez bien, m'écrit-il, que les socialistes sont seuls à défendre la littérature\nau Parlement. N'est-il pas naturel, dans ces conditions, que les littérateurs\naillent vers le socialisme? »\n   Si mon correspondant anonyme a moins de quinze ans, je lui pardonne\nsa naïveté, sinon, pas. La confusion qu'il fait est par trop grossière. Si\nM.Jules Destrée et M. Célestin Demblon ont défendu à la Chambre notre\nmouvement littéraire, c'est tout simplement parce qu'avant de se lancer\ndans la politique et de s'asseoir parmi les spillebout, ils étaient ce qu'ils sont\nencore : des littérateurs. Si au lieu d'être les amis politiques de M. Vander-\nvelde, ils avaient été ceux de M. Bara, ou de M. Woeste, ou de M. l'abbé\nDaens, leur langage eût été le même.\n    La Jeune Belgique remercie cordialement ceux qui l'ont défendue, mais\nelle n'en maintient pas moins, avec la même énergie qu'auparavant, la\nnécessité de séparer la littérature et la politique. Elle ne fera pas même\nremarquer aux journaux ministériels que l'attitude des spillebout pourrait\n pousser plus d'un jeune écrivain, dénudé de philosophie, dans les bras du\n troisième parti. Nous sommes de ceux qui ne se fâchent point lorsqu'ils\n voient les « corps constitués » se conduire selon la loi qui préside à leur\n développement naturel. Nous nous inquiéterions seulement dans l'hypo-\n thèse, d'ailleurs, chimérique, où les spillebout, catholiques, libéraux ou\n socialistes, déclareraient qu'ils nous ont compris.\n\n\n                                                             A L B E R T GIRAUD"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 282, "page_fin": 282, "titre_corps": "Convalescence", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Ansel", "ancre_debut": "CONVALESCENCE", "ancre_fin": "1894", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 317, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "CONVALESCENCE\n    Ne parle qu'à voix basse, ô mon amie! et laisse\n    Tes mots harmonieux couler avec mollesse,\n\n    Pour que — les yeux mi-clos et le front renversé —\n    J'en sois jusqu'à la nuit languissamment bercé!\n\n    Lorsque ma bouche implore un aveu, ne prononce\n    Qu'une mystérieuse et tremblante réponse,\n\n    Où l'on ne sente encor se trahir qu'à demi\n    La complète union de l'amie à l'ami!\n\n    Voile un peu ce bonheur, si tu veux que je vive ;\n    Car mon faible regard craint sa clarté trop vive...\n\n    Même, pourquoi parler dans l'extase? et que sert\n    De troubler notre paix d'un aussi vain concert?\n\n    L'aveu qui de nos yeux attendris se dégage,\n    De notre chaste amour est le plus beau langage ;\n\n    Regardons-nous longtemps : c'est le seul entretien\n    Qui puisse encor verser tout mon cœur dans le tien!\n    Pour la tranquillité de nos béatitudes\n    Les mots sonnent trop haut, — les plus doux semblent rudes :\n\n    Car un bonheur si calme est un ange couché\n    Qui, s'éveillant au bruit, s'envole effarouché...\n    Que tes baisers soient lents à fleurir leurs corolles !\n    Ne presse ma langueur qu'en des étreintes molles!\n\n    De la sorte, en mon cœur déjà convalescent.\n    Par degrés lents et doux la guérison descend.\n    Mais il est frêle encore, — et lorsqu'un rien l'effleure,\n    Le voilà, cet enfant! qui s'attriste et qui pleure!\n\n                                              FRANZ ANSEL\nril 1894."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 283, "page_fin": 287, "titre_corps": "Quelques propos", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "QUELQUES PROPOS", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS LE PREMIER AMI", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 318, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "QUELQUES PROPOS\n               Action et réaction, c'est à peu près le mouvement de la jambe\n                gauche et le mouvement de la jambe droite. Quand l'une s'est\n                avancée, à l'autre d'en faire autant. La jambe droite est réac-\n                tionnaire de la jambe gauche et réciproquement.\n   Le balancier de l'horloge se meut de droite à gauche, puis de gauche à\ndroite. Les âmes naïves peuvent le prendre pour un pauvre réactionnaire\nqui revient sans cesse sur le chemin qu'il vient de parcourir; l'homme intel-\nligent regarde plus haut, il voit l'aiguille qui avance sur le cadran, il sait\nque dans le va-et-vient du balancier chacune de ses oscillations est un pas\nvers l'avenir.\n   Des deux mouvements du cœur, systole et diastole, l'un est la réaction de\nl'autre ; il serait un homme étonnamment progressif celui qui n'admettrait\nque l'un des deux mouvements et s'efforcerait d'empêcher l'autre par haine\nde la réaction !\n   Lorsqu'un mouvement touche à sa fin, rien n'est plus progressif que de\n passer à la réaction. Les attardés, les arriérés, les vraies « vieilles per-\n ruques » sont les hommes peu clairvoyants qui s'obstinent à pousser le\n balancier au delà de sa course naturelle, à faire un second pas de la même\n jambe, à aspirer de l'air lorsque les poumons sont déjà remplis.\n\n                                     ***\n   En France, le mouvement romantique, c'est-à-dire la littérature subjec-\ntive, individualiste et germanique touche à sa fin. Le romantisme réagissait\ncontre deux siècles de littérature classique : il déchaîna une véritable tem-\npête d'individualisme. Sous l'influence des idées de 1848 peu à peu une\nvague réaction se dessina et l'on vit s'ébaucher une littérature naturaliste,\nqui prétendait être objective. Elle ne fut objective et naturaliste qu'à demi\net son bruyant pontife, M. Zola, dans ses meilleurs ouvrages est encore tout\nruisselant de romantisme.\n   D'ailleurs, en face de l'école naturaliste se développaient les groupes\n mystiques, symbolistes, anarchistes, etc., où l'individualisme était poussé\n jusqu'aux plus invraisemblables excès. C'est le commencement de la fin.\n L'heure est venue de songer à la réaction.\n   Déjà au mois de janvier 1893 le directeur de la Jeune Belgique écrivait :\n                                                                      18\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2587, "texte": "                                    -   284    -\n\n« Proclamer cette réaction ce n'est pas reculer dans le passé, c'est marcher\nvers l'avenir. »\n\n\n   Depuis lors des faits nombreux sont venus lui donner raison. M. Brune-\ntière a publié son Evolution de la Poésie lyrique en France au XIXe siècle;\ndans cet ouvrage, peut-être dogmatique à l'excès, il établissait la presque\nidentité de ces termes : romantisme, lvrisme, subjectivisme ou individua-\nlisme et il concluait à la réaction. M. de Wyzeva vient de réunir en un\nvolume divers articles de critique. L'un de ces articles, inséré dans la Revue\nbleue du 24 novembre 1894, commence ainsi :\n   « J'ai une heureuse nouvelle à vous annoncer. Je crains seulement qu'elle\n« ne vous paraisse pas aussi heureuse qu'à moi ni même aussi certaine.. ..\n« Mais voici : il me semble que nous allons bientôt voir se lever ce fâcheux\n« brouillard qui depuis dix ans s'est appesanti sur l'esprit français. Toute\n   sorte de goûts et de besoins renaissent dans les âmes qu'on pouvait\n« croire à jamais disparues : le besoin de simplicité, le goût de l'ordre et de\n« la clarté. On se fatigue de l'abstrait et du compliqué, des symboles obs-\n   curs, des vagues théories, de cette indétermination qui sans cesse deve-\n   nait plus grande dans l'expression et dans la pensée. Je sais tels des mieux\n« doués des peintres et des poètes de ma génération qui s'occupent mainte-\n   tenant à réapprendre le dessin classique et l'ancien métier du vers. Et déjà\n« le public lui-même, par degrés, se reprend à aimer les tableaux bien des-\n   sinés, les poèmes bien rimes et la musique bien écrite. On a assez du\n« brouillard : les veux si longtemps voilés se rouvrent enfin à la pleine\n« lumière.\n   « C'est du moins ce qui me semble. Et il me semble aussi que, du même\n« coup, l'attention se détourne du Nord où si longtemps elle s'était\n« attardée. La période Scandinave de la littérature française me paraît déci-\n   dément approcher de sa fin. Les nouveaux génies septentrionaux qu'on\n« nous exhibera désormais risquent fort de nous ennuyer : nous avons notre\n« compte des surhommes et des femmes de la mer; les fiords ne nous\n« disent plus rien ; et il n'y a pas jusqu'à notre anglomanie qui ne com-\n   mence à se refroidir. »\n   La joie que donne cette réaction à M. de Wyzeva le rend peut-être un peu\ninjuste. Certes, il est temps que ce changement s'accomplisse; le moment\nest venu d'abandonner les surhommes et les femmes de la mer, mais il a\nété bon et utile de les recevoir; si cette utilité a cessé d'être, elle n'en a pas\npas moins existé à son heure.\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "                                   — 285       -\n\n   Mais c'est là, déjà, de l'histoire ancienne, et à n'envisager que le présent et\nl'avenir, M. de Wyzeva a mille fois raison et ses espérances sont aussi les\nnôtres.\n                                        ***\n\n   L'Art moderne disait dernièrement que l'art ne saurait être enfermé et\nimmobilisé dans des formules immuables. Nous en tombons volontiers\nd'accord. L'art change sans cesse. Ainsi l'humanité s'incarne dans des mil-\nlions d'individus différents, dans diverses races et diverses civilisations.\nNéanmoins, tous ces hommes sont des hommes et si fort qu'ils diffèrent ils\npossèdent une nature commune. Toutes leurs divergences se meuvent\nautour d'un point fixe qui leur est identique et immuable essence, laquelle\nest la loi de tous ces individus et de chacun d'entre eux (1).\n   De même, sous les changements de l'art se trouvent des éléments stables.\nQuand on dit que l'art n'a pas de loi on se trompe aussi profondément que\nlorsqu'on le proclame immobile et immuable.\n   La versification est un art et cet art a ses lois : lois universelles, vraies\ndans tous les temps et dans tous les lieux (cela se résume en ces deux\npoints : harmonie des sons et logique) ; — lois inhérentes à la race; — lois\nparticulières à l'époque, — enfin, lois personnelles à tel groupe ou à tel\nindividu.\n   Ce sont là, dirait-on, des couches de lois superposées, d'autant plus\nvariables qu'elles sont plus superficielles, d'autant plus immuables qu'elles\nsont plus profondes. Contre les lois universelles, rien à faire jamais. Contre\nles lois de la race, rien à faire aussi longtemps que la race est vivante et\nflorissante. Contre les lois inhérentes au lieu ou au moment on peut se\npermettre la révolte à tout moment et en tout lieu. Les règles particulières\nà une personne ou à une école peuvent être utilement niées par une autre\nécole ou une autre personne. D'habitude, les chefs-d'œuvre portent l'em-\npreinte également du cachet personnel de leur auteur, du sceau de leur\ntemps et de leur race, et du signe profond de l'art éternel.\n   La versification française, syllabique et rimée, est née au moyen âge\navec la langue française, de la même source latine ; elle s'est perfectionnée\n ou transformée avec la langue, au XVIe, au XVIIe, au XIXe siècles. C'est un\n produit organique et historique, conforme au génie de la race. Abolir la\n\n\n  (1) Même en admettant la transformation des espèces, on peut, au point de vue qui\nnous occupe et à raison de l'extrême lenteur de la transformation, considérer l'espèce\nhumaine comme fixe et immuable dans ses caractères essentiels.\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2613, "texte": "                                 — 286 —\n\nrime et le rythme syllabique, c'est violer la versification française dans son\nessence nationale, c'est faire œuvre vaine et stérile aussi longtemps que la\nrace française subsistera. Voilà pourquoi je combats le vers libre, qui est\nune aberration d'importation étrangère. Je lui fais la guerre non point parce\nque c'est une nouveauté, mais parce que c'est un dévoiement. Puisqu'il\nfaudra, tôt ou tard, sortir de la mauvaise voie, mieux vaut ne s'y pas engager\ndavantage.\n   Et s'il est vrai qu'une réaction vraiment française se préparé contre les\ninfluences exotiques, romantiques et individualistes, on peut penser si le\nmoment est bien choisi pour abandonner le vers traditionnel de la poésie\nfrançaise en faveur de cette mélopée sans loi objective, qui n'a d'autre\nrègle que le caprice de chacun et qui répugne au génie national !\n\n\n\n   Mais, me dira-t-on, qu'est-ce que cela vous fait et de quoi vous mêlez-\nvous?\n   Il serait plus sage que je me contentasse de faire des vers à ma guise sans\nprêcher personne. J'en conviens sans difficulté. Si j'étais Français et si je\nvivais à Paris, je m'inquiéterais fort peu, je crois, de ces inventions et de\nces controverses, sachant que le temps sépare le bon grain de l'ivraie et les\nbons vers des méchantes pantalonnades. Je m'efforcerais de pratiquer mon\nart du mieux que je pourrais, sans m'occuper de haranguer les passants.\n   Mais tel n'est pas mon cas. J'habite un petit pays, qui parle le français,\nmais qui ne pratiquait guère la poésie avant ces vingt dernières années.\nMes amis et moi nous avons tenté d'instaurer chez nous l'art de la poésie\nfrançaise; voilà pourquoi nous ne pourrions rester indifférents à ce qui\npeut favoriser nos efforts ou les contrarier.\n   Quand nous débutâmes, nous dûmes lutter avec violence contre les\nvieilles routines, les lourdes indifférences et les volontés hostiles. Le sol\nstérile et dur que nous voulions ensemencer, il fallait d'abord le briser et y\nfaire passer la charrue. Nous l'avons fait. Et le sillon à peine creusé, nous\ny jetâmes à pleines mains les premières semences poétiques. Beaucoup de\nplantes ont poussé et fleuri ; il en doit pousser et fleurir beaucoup d'autres\nencore. Mais il se trouve parmi nous des laboureurs insensés et des jardi-\nniers déments qui ne veulent point abandonner la bêche et la charrue, bien\nque le temps du labour soit passé, et qui s'obstinent à retourner le sol sans\nrelâche. C'est contre eux désormais que nous avons à défendre notre œuvre\net nos espérances.\n   Puisque les sciences occultes sont à la mode, je veux leur emprunter un\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1324, "texte": "                                 — 287 —\n\nsymbole. L'androgyne magique porte inscrit sur l'un de ses bras le mot\nsolve, et sur l'autre coagula. Dissoudre et coaguler, ou, selon le langage\ndes alchimistes, volatiliser et fixer, c'est l'a formule des réalisations. Abats\nles obstacles et accomplis ton œuvre. Ainsi avons-nous fait. Il nous a fallu\nd'abord déblayer le terrain. Nous avons abattu les vieilles ruines qui l'en-\ncombraient, employant avec un juvénile entrain la pioche et la mine. Le sol\naplani, la terre creusée, les premiers fondements établis, nous nous sommes\nmis à élever de notre mieux les premiers étages du monument poétique que\nnous rêvions de construire à la gloire de notre patrie et de consacrer à la\nMuse française. Que viennent donc faire ici les ignorants retardataires qui\nne cessent de parler de pic, de marteau, de levier, de poudre et de dynamite?\nLeur heure est passée. Il s'agit de bâtir. La place appartient à l'équerre et\nà la truelle! Mais il faut éloigner de nos travaux les fous dangereux. Nous\nimiterons donc les légendaires constructeurs du temple, qui, armés à la fois\nde la truelle et de l'épée, étaient toujours prêts à défendre leur œuvre sacrée\ncontre les assauts de l'ennemi.\n                                                       IWAN GILKIN\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 287, "page_fin": 288, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Édouard Bernaert", "ancre_debut": "VERS LE PREMIER AMI", "ancre_fin": "EDOUARD BERNAERT", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 322, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 1324, "fin_caractere_exclue": 2057, "texte": "VERS\n                          LE PREMIER AMI\n\n                Ses yeux brillaient d'un feu si clair\n                Que souvent j'ai voulu les prendre.\n                Je suis sûr qu'il dut me comprendre\n                Bien qu'il n'en eût pas toujours l'air.\n\n                J'aurais, le sens intime ouvert,\n                — Je n'ai cure de le prétendre —\n                Pu soupçonner une âme tendre\n                Dans la caresse de son flair.\n\n                Propre, jamais souillé de boue,\n                Il posait souvent à ma joue\n                Un baiser que je lui rendais.\n\n                Tel un ami vrai, doux et sage,\n                Tel m'apparaît dans mon bel âge\n                Le chien du docteur ostendais.\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1460, "texte": "                     — 288 —\n\n\n                  MON CHEVAL\n\nJe le veux mince et court, le rein froid, l'œil perfide,\nBai brun ou noir de jais; le crin soyeux et long;\nCou de cygne cambré; jument, hongre, étalon.\nN'importe; mais nerveux, galopant très rapide,\n\nTrottant haut et très sec, ruant à l'éperon;\nMordant rageusement son mors ; tendant sa bride ;\nEt sur un sol de neige ou sous un ciel torride\nMarchant du même pas rythmique et fanfaron.\n\nJe le veux vicieux, intraitable, fantasque :\nJe hais un cheval mou. toujours docile, flasque,\nEsclave au caractère uni comme un velours.\n\nMa grande volupté, c'est briser ses révoltes :\nC'est malgré ses reculs, ses cabrures, ses voltes.\nLe mener où je veux, maître, et maître toujours.\n\n\n         LE TOMBEAU DU CROYANT\n\nII dort sous le dais vert en la blanche coupole :\nSon cercueil est voilé d'éclatants  oripeaux,\nAccrochés aux parois s'effrangent des drapeaux\nEt sur le pavé rouge un bouquet s'étiole.\n\nAux vapeurs de l'encens l'acre odeur des troupeaux\nSe mêle, et l'oraison des nomades s'envole\nVers le ciel des houris où dans une auréole\nLe marabout savoure un éternel repos.\n\nPieds nus je suis entré dans la riante salle :\nAllah! je veux aussi toucher du front la dalle\nQui lui servait de couche, et baiser son burnous.\n\n\nSaïdna, si (ennuyant aux genoux du prophète\nIci tu viens parfois errer, l'âme inquiète,\nQue penses-tu de toi? que penses-tu de nous?\n\n                                  EDOUARD BERNAERT"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 289, "page_fin": 290, "titre_corps": "La Veille", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Adrien Guillon", "ancre_debut": "LA VEILLE", "ancre_fin": "ADRIEN GUILLON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 324, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "LA VEILLE\n              Les cigarettes brasillantes, tandis que les auditeurs suivaient du\n                regard, en des étirages de lignes paresseuses, la sinueuse indo-\n               lence de la fumée, bleue et transparente comme une aile de\n               libellule, René se mit à lire : « On a peur la veille des grands\njours pressentis, quand nous attend peut-être une joie décisive, où notre vie\ns'enroulera, pareille à de certaines plantes, autour d'un pieu. Une frayeur\nnous vient de sentir la fragilité de nos yeux devant le soleil qui descend ;\négalement un peu de suivre le battement d'horloge de notre cœur. On est\nsi mince chose : de l'eau dans le creux d'une main, et qui s'écoule, comme\nà regret, entre les doigts. Il en est qui meurent devant leur verre vidé, la\nlèvre humide encore d'une finale perle de vin, en des bras d'ivresse; mais\ntous n'ont pas cette inconscience, et peu vont la puiser dans une coupe. Le\nprésage d'une joie à goûter au lendemain, d'une joie qui vaudra toutes les\nautres, d'une joie meilleure que toutes les autres, fait que nous tremblons\nde ne pas en approcher et de trop tôt disparaître. On finit par se sentir très\nfaible sous le poids de cette idée, si faible qu'on cherche appui dans un vieux\net amical fauteuil, près des rideaux de mousseline. Les bons rideaux et le\nbeau jardin qu'ils voilent : un jardin d'avant la brise, où tous les lys sont\nrigides, où fuse un calme jet d'eau, où le chemin s'ourle d'une plate bande\nde violettes.\n   S'enveloppant tout entier de religieuse paix, par ce soleil lentement à la\ndérive sur une mer de pourpre, le paysage impose à toute préoccupation\npénible, un silence fait de sienne sérénité. Comme un défilé lent de chape-\nlet, naissent successivement une foule de pensées, puériles et si blanches\nqu'on pourrait dire : « Un vol blanc d'oiseaux s'est abattu sur le jardin,\nparmi les lys. »\n   Entre tant d'autres, une, surtout enfantine, m'incite à glisser la main\nsous une nappe de soleil. Comme pour celle de la table eucharistique,\ns'allongent mes cinq doigts, où la pudeur du sang afflue soudain, sous le\nbaiser de la lumière. Et je communie dans la vie, de tout l'embrasement de\nma main, dressée sur la gloire du crépuscule. Mes doigts, ainsi que des\ncires allumés, attestent mon cœur solide et sa résolution de longtemps\nvivre. Un ravissement de ce sang et de cette chair me passe dans les yeux\net dans tout l'être. Dans tout mon être un espoir se dresse et respire.\n   Car ce sang est l'essence de mon rêve et de ma foi : J'ai vu des arbres, oh\noui ! j'ai vu des arbres de printemps, mirer au soleil la sève de leurs\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2960, "texte": "                                   — 290 —\n\nbranches ; je me suis dit alors que mes mains se fleuriront de baisers, et mes\nlèvres d'autres baisers rendus; je me suis dit alors que mon amour pouvait\ngrandir et enclore tout le ciel.\n    Seigneur, je ne suis pas de ceux qu'étourdit le rire des chemins; la chan-\nson que de bouche en bouche on colporte est de la fausse joie ; je sais que le\nbonheur est au dedans de nous, qu'il faut le préserver des deux mains\ncomme une très petite lumière, contre la bourrasque. L'amour est sujet à\ns'éteindre aussi bien que nos yeux, à ne plus voir; car la nonpareille chair\nque tu fis, en preuve de la royauté de l'homme sur les choses, car la chair\n de la femme, en son manteau de chevelure, est bafouée. Il en est qui ne\n croient pas en son enfance, il en est qui, devant elle, n'éprouvent qu'un\n besoin de sarcasme ou de baisers déments. Je ne suis pas de ces gens-là, Sei-\n gneur !\n     Pour ton œuvre, dernière et suprême, je n'aurai que des fleurs étalées sur\n sa venue; je n'aurai que beaucoup d'adoration, et mes genoux dans le\n gazon et dans les fleurs; infiniment d'a'mour aussi, Seigneur! Je lui ferai,\n pour prix de son sourire et pour prix de sa beauté, l'offre de mon cœur et\n tout ce qu'il contient de pensées bonnes. Mes regards pour elle seule, ainsi\n que mes paroles, j'attendrai que sa main s'enferme dans la mienne. J'atten-\n drai que ses yeux soient aussi à moi seuls, et que j'y règne entier, de même\n que sur ses lèvres. Je goûterai les joies que l'on trouve à ces lèvres ; j'y pui-\n  serai ma force et la paix de mes veines ; j'y puiserai mon rêve et l'éclat de\n mes yeux ; et dans les yeux à elle, extasiée, en ces miroirs aussi je puiserai\n mes joies, je puiserai mes joies en ces miroirs d'extase.\n     Pour que j'atteigne mon espoir et que ma main cueille les joies, accor-\n  dez-moi des lendemains encore. Accordez-moi des lendemains pour affirmer\n  mon amour et pour en attester la magnificence à moi-même, pour en\n  éblouir mes propres regards. Accordez-moi des lendemains, pour que mon\n  cœur mûrisse et se dilate, pour que l'allée de mes yeux se pavoise, pour que\n  le rêve existe en mes mains jointes. Seigneur, que cela soit de par votre bonté\n  et votre toute-puissance, faites que mon cœur et mon être se réjouissent en\n  les clairs chemins d'allégresse ; faites que mon espoir soit moindre que la\n  réalité construite par vous ; faites que je me sente entraîner par les remous\n  d'une joie, grande et large comme la mer ! Faites aussi que je me noie dans\n  un tombeau de bonheur ; que je disparaisse, les pieds liés du plomb de mon\n  bonheur ; que nul effort tenté pour garder mes paupières ouvertes, je gagne\n  un songe d'éternité délicieuse. Car, toute l'envergure de mon espoir\n   déployée, le cœur empli d'un chant de gratitude, je m'en irai dormir dans\n   la paix profonde des épis nourriciers et des vignes. »\n                                                         ADRIEN GUILLON"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 291, "page_fin": 292, "titre_corps": "Chronique littéraire : La Tétralogie, L’Anneau du Nibelung", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "ancre_fin": "ce louable livre", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 326, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 84, "fin_caractere_exclue": 3281, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   La Tétralogie : L'Anneau               du Nibehing,         par RICHARD WAGNER (traduction par M M . de\nBrinn' Gaubast et B a r t h é l é m y ) P a r i s , D e n t u . — Histoires  désobligeantes,      par LÉON BLOY.\nParis, Dentu. - - Les Raisons de Pascalin,                      édition du Mercure      de France; Sur           Deux\nNomarques de lettres           ( B i b l i o t h è q u e de la Plume);      L'Ami     inconnu,     par M. LÉON\nRIOTOK. Paris, L e m e r r e . — Le Cœur et l'Esprit,                 par GUSTAVE G E F F R O Y . Paris, C h a r p e n -\ntier. — Après Amour,         p a r CH. DE ROUVRE. Paris, Bibliothèque d e la Plume.                         — Les\nCheveux, par LÉON T R I C O T . L i é g e , Miot. — Hélie, d r a m e , par LÉON PASCHAL. Revue\nwallonne. — Vers l'âme, p a r M. V. RF.MOUCHAMPS (collection du Réveil).\n\n\n\n              La conception originelle de Wagner avait rêvé, probablement,\n                pour Bayreuth, une sorte de temple de l'art allemand où con-\n                voquer à des féeries périodiques, des festivals sacrés, les\n                nations de la Germanie. La parfaite et intégrale exécution des\nœuvres de Bach, Beethoven, Haydn, Mozart, etc., les représentations du\nRing, auraient communiqué aux pèlerins de ces olympioniques musicales,\nravis à leur milieu et à leurs pensers ordinaires, une sorte de patriotisme\nintellectuel, de nouvelles notions et plus hautes ; traversé leur âme du\nsillage d'ennoblissants souvenirs, d'exemples souverains...\n   Le choix même des mythes ravivés par la prodigieuse volonté du maître\nne denonce-t-il point ce dessein? En effet, les chansons de geste norraines,\ncette tradition préhistorique et semi-fabuleuse des Eddas, des sagas Scan-\ndinaves et du Nibelungen-Nôt, les conflits théogoniques et politiques célé-\nbrés en ces épopées sont familiers au public allemand autant, certes, que\npouvait l'être l'histoire des Atrides ou d'Œdipe aux auditeurs d'Eschyle et\nde Sophocle.\n   Et, aussi, le cycle wagnérien porte, précisément, les marques des oeuvres\nhumaines prédestinées à la mémoire populaire, telles que l'Iliade et\nL'Odyssée, la Divine Comédie, le théâtre de Shakespeare, — accessibles\nsous leur aspect immédiat à la pluralité des intelligences, et prestigieuses;\net qui, toutefois, recèlent d'autres et infinies acceptions, virtuelles, seule-\nment, pour la catégorie supérieure des esprits. A l'égal de la vie même,\nelles apparaissent complexes et simples, littérales et mystérieuses ; et chacun\nen jouit selon l'amplitude de sa perspicacité esthétique, l'étendue de son\nhabilité d'étonnement et d'émotion.\n   La visible beauté du Temple luit aux yeux de la foule, la charme et fas-\ncine son rudimentaire instinct d'eurhythmie; mais le symbole qu'il pro-\nclame et glorifie, son hermétique splendeur, intrinsèque et plastique, sont\nefficaces pour l'unique initié...\n   — Les ouvrages de Wagner incitent à d'involontaires parallèles, à d'ellip-\ntiques assimilations, séduisantes, plutôt, souvent, qu'exactes : — on dirait,\npar exemple, que la mélodie et la polyphonie, — la prédominance de la\nligne ou de la couleur, — le structure grecque ou gothique, sont les formes\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3369, "texte": "                                  — 292 —\n\nnécessaires de deux imaginations opposées, entre lesquelles, parfois, l'admi-\nration hésite.\n   Gluck module la douleur individuelle d'Orphée et les inflexions de la\npériode musicale sculptent, pour ainsi dire, le profil mélodique du héros,\nla noble stature passionnée de l'hiérophante dont le seul aspect, sur l'horizon\nlumineux, domine et subjugue l'univers et perturbe le cours immuable du\nDestin.\n   La douleur de Wotan est celle du Monde, au milieu duquel, malgré sa\nsuprématie, le Dieu se sent impliqué et dont il subit les lois. Le monde\nconcourt, sans cesse, au drame, réfrène, paralyse ou précipite les actes des\npersonnages. La mer, le fleuve, la forêt, la montagne interviennent, élèvent\nla voix, s'énoncent par l'organe de leurs interprètes naturels, les oiseaux,\nles ondines, les elfes... La puissante frondaison orchestrale de la Tétra­\nlogie, l'enchevêtrement ramifié et prodigieux de ses thèmes ; ses motifs\nconducteurs amalgamés, modifiés, résorbés, en cette espèce d'atmosphère\nsymphonique ambiante, décor ondoyant, rideau fluide d'harmonies et de\nlueurs ; — toute cette énorme vie compliquée et multisonante résume la\nvision, d'abord panthéiste, du poète : — l'homme et la nature s'étayant,\nparticipant l'un de l'autre, antagonistes ou complices, mais indissociables.\n   Tout se subordonne et se présuppose; chaque geste, chaque parole,\nchaque désir vont retentir et se répercuter, rencontrer le secours ou l'obs-\ntacle, l'énergie favorable ou l'inertie adverse... Et cet organique conflit, la\nlutte et l'émulation éternelles, la hiérarchie armée des êtres et des choses\ns'expriment dans les accents sinués, la complexité des timbres, le choeur\nnuancé et sublime, les échos indéfinis de cette musique.\n   On ne peut laisser d'évoquer les estampes de Dürer, ses paysages habités\nde présences étranges : — forêts minutieuses où l'erratique chevauchée du\nseigneur, flanqué de la Folie et de la Mort, s'escorte de bêtes fourbues et\nhaletantes; — dont mille insatiables regards d'animaux rampants, velus,\nailés, juchés sur les arbres, surgis d'entre les taillis, — d'insectes hissés\nparmi les herbes et les fleurs, accompagnent et surveillent le passage.\n   Les architectes du moyen âge brodaient et enjolivaient leurs cathédrales\nd'une flore enchantée, les peuplaient d'une grouillante faune grimacière et\nchimérique qui, suspendue aux balustrades, réfugiée dans le chapiteau des\ncolonnes et les encoignures, introduit auprès de l'autel l'effigie embléma-\ntique de la nature inférieure, la rend, ainsi, témoin de la liturgie, l'associe\nsymboliquement, au culte... Et, en un sens analogue, l'œuvre total de\nWagner pourrait être envisagé comme le merveilleux et puissant édifice,\narcbouté de légendes, dont les assises et les étages se superposent pour\nériger très haut, dans l'azur et la gloire, le pur tabernacle de Parsifal...\n   Ces réflexions condensées à propos de la traduction de la Tétralogie, par\nMM. de Brinn' Gaubast et Barthélémy, serviront de compte rendu à cet\nexcellent volume auquel toute réclame, d'ailleurs, est inutile. Ces poèmes\ndramatiques, dont Wilder avait donné un si extravagant simulacre, en\nvoici une version littérale, autant que possible, subtile, et éclaircie d'un\ncommentaire musicographique et linguistique abondant et judicieux qui\najoute encore à l'attrait de ce louable livre."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 293, "page_fin": 293, "titre_corps": "Chronique littéraire : Histoires désobligeantes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "M Léon Bloy s est constitué", "ancre_fin": "Le cabinet de lecture", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Ces Raisons de Pascalin", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 328, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "M. Léon Bloy s'est constitué le héraut, ou mieux, le gonfalonier de\n nobles idées, de justes doctrines, à la vigoureuse défense desquelles il\n dépense un courage et une éloquence également extrêmes. Sa sincérité,\n certes, ne saurait être suspectée; mais l'on pourrait croire que son naturel\n tempérament belliqueux, l'ardeur polémique de son esprit ont dirigé son\n choix, à l'origine, plutôt que l'évidence de la vérité; — le discrédit actuel\n de celle-ci, la foule de ses détracteurs, offrant une carrière presque illimitée\nà l'audace et aux armes de l'écrivain...\n   — A l'analyse, et abstraction faite des invectives, les Propos d'un entre­\npreneur de démolitions, le Désespéré, Un Brelan d'excommuniés, ne\nlaissent qu'un assez maigre résidu de substance personnelle. Des phrases,\nsouvent, revêtent d'impérieuse et rude majesté, intiment d'un ton bellement\nhautain, presque providentiel, parfois, des opinions ou des dogmes absolus;\nmais l'accent monotonement outré, la virulence ininterrompue, l'extraor-\ndinaire vocabulaire, magniloquent et ordurier, de ce style oratoire; ces suc-\ncessifs ouragans d'injures érudites, en même temps, et poissardes, amènent\nle lecteur à une rapide satiété.\n   M. Bloy associe étrangement, en effet, à une rhétorique puissante, à des\nvirtuosités verbales excessives, une monstrueuse copromanie; la dilection,\non dirait presque la vocation, de l'hyperbole et de l'image scatologiques !\nC'est une façon de saint Jean-bouche-d'égoût!\n   La morbidité de ce phénomène se dénonce, surtout, en des ouvrages tels\nque ces Histoires désobligeantes ourdies, elles aussi, de vociférations et de\nfécales métaphores, sans plus l'excuse de la controverse ni de la colère. —\nCes contes sont satiriques, peut-être, dans l'intention de l'auteur; mais on\nn'affronte pas la souillure du cloaque, fût-ce pour s'instruire... Quel ensei-\ngnement — que l'on y chercherait, en vain, au reste, — quelle leçon\nrachèteraient l'ignominie de fictions semblables au conte qu'il intitule Le\ncabinet de lecture?...\n                                     ***\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 293, "page_fin": 294, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les Raisons de Pascalin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Ces Raisons de Pascalin", "ancre_fin": "nombre de pages intéressantes", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "comme aussi d ailleurs", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 328, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 2111, "fin_caractere_exclue": 2938, "texte": "Ces Raisons de Pascalin, publiées en cahiers revêtus d'une belle couver-\nture verte, volontiers on se les imaginerait composées, pendant ses heures\nde loisir, par quelque typo idéologue, dans l'intellect duquel toute la copie\nmanufacturée à l'atelier aurait déposé de successives et disparates allu-\nvions.\n   Il semble qu'on se promène en un roman d'Emile Souvestre, avec les\némules de Jérôme Paturot ou la troupe scolastique d'Argumentabor, parmi\ndes personnages affublés de noms anguleux comme des bonnets universi-\ntaires.\n  Agostinus, Ratiocine, Pascalin ont recueilli l'hoirie dialectique des phra-\nseurs verbeux et confus de 48. M. Riotor a associé à leurs confabulations\nencyclopédiques le type poétique de Thésaur, un bienfaisant sémite, doux\nà l'égal du caniche dont il porte le nom ennobli ! providence de ses loca-\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 224, "texte": "                                   — 294 —\n\ntaires et qui tient registre exact et catalogue de ses générosités. Malgré cet\nappareil allégorique un peu suranné, les Raisons de Pascalin comptent\nnombre de pages intéressantes; "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 294, "titre_corps": "Chronique littéraire : L’Ami inconnu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "comme aussi d ailleurs", "ancre_fin": "discrète et attendrie", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "et le petit volume", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 329, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 224, "fin_caractere_exclue": 331, "texte": "comme aussi, d'ailleurs, ce romande\nM. Riotor, L'Ami inconnu, d'une jolie tonalité, discrète et attendrie; "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 294, "titre_corps": "Chronique littéraire : Sur Deux Nomarques de lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "et le petit volume", "ancre_fin": "une dizaine de siècles", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Mentionnons pour réparer", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 329, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 331, "fin_caractere_exclue": 934, "texte": "et le\npetit volume où il a rassemblé des études sur Barbey d'Aurevilly, ce\nmonarque, et Léon Cladel, ce béotarque des lettres !\n   Deux véhémences, certes, mais sans parité possible; — spontanée et\nnative, chez l'un, effulguration de la tète intrépide de laquelle jaillit ce chef-\nd'œuvre effréné et lucide : Ce qui ne meurt pas; ampoulée et factice, chez le\nsecond, nourrie de regain révolutionnaire, de rubriques jacobines, et discou-\nrant par la bouche déclamatoire de fallacieux et loquaces rustiques, pauvres\nJacques qui cruellement compensaient le silence opprimé d'une dizaine de\nsiècles!...\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 294, "titre_corps": "Chronique littéraire : Le Cœur et l’Esprit", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Mentionnons pour réparer", "ancre_fin": "du critique de la Vie artistique", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "M Charles du Rouvre publie", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 329, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 934, "fin_caractere_exclue": 1282, "texte": "Mentionnons, pour réparer un oubli, le recueil de nouvelles et de contes\nde M. Gustave Geffroy, Le Cœur et l'Esprit. Ce livre de valeur réclamait\nune étude développée qui serait bien tardive actuellement — et au moins\ninutile, nul curieux d'analyse experte et délicate ne pouvant avoir négligé\nl'œuvre nouvelle du critique de la Vie artistique\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 294, "titre_corps": "Chronique littéraire : Après Amour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "M Charles du Rouvre publie", "ancre_fin": "un curieux problème psychologique", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "M Tricot chez Miot", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 329, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 1282, "fin_caractere_exclue": 1426, "texte": "M. 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Léon Paschal, dans la Revue wallonne, un « drame à la\nmanière ancienne » : Hélie.\n                                        * ■ * * -\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 294, "titre_corps": "Chronique littéraire : Vers l’âme", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "Arnold Goffin", "ancre_debut": "Il y a des phrases", "ancre_fin": "ARNOLD GOFFIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Eugenio de Castro", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 329, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 1641, "fin_caractere_exclue": 2106, "texte": "Il y a des phrases, des visions heureuses dans le Vers l'âme de\nM. Remouchamps, et l'écrivain peut s'écrier sans forfanterie : « J'ai réalisé\nquelques-uns de mes fantômes. » Fantômes qui, souvent, à la vérité,\nparaissent de notoires épouvantails échappés violemment de certains livres\nà la mode ; mais rhabillés, pour ainsi dire, d'un style original et expert.\n                                                          ARNOLD GOFFIN\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-017", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 296, "titre_corps": "Chronique littéraire : Eugenio de Castro", "titre_sommaire": "", "rubrique": "Chronique littéraire", "signature_source": "I. 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Eugenio de Castro, bien connu de nos lecteurs, est en\npasse d'acquérir la grande notoriété européenne En France, en Allemagne,\nen Angleterre, dans les pays du nord aussi bien que chez les nations méri-\ndionales, la renommée du jeune poète portugais se répand et, pensons-nous,\nc'est justice, car s'il ne nous est pas donné de lire dans le texte original ses\nvers, que des amateurs éclairés déclarent aussi remarquables pour leur har-\nmonie que pour la vigueur du style et la vivacité des images, nous nous en\nremettons à ces témoignages avec d'autant plus de confiance que diverses\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3377, "texte": "                                 — 203 —\n\n\ntraductions ont permis aux lecteurs français d'apprécier le talent de\nM. E. Je Castro en tenant compte des particuliarités de goût propres à\nchaque nation.\n     A l'heure présente, plusieurs jeunes revues françaises parlent de M. E. de\nCastro avec le plus vif enthousiasme. On remarque tout spécialement les\narticles de M. L.-P. de Brinn' Gaubast qui étudie avec une sympathie\nardente la jeune littérature portugaise et qui, dans cette nouvelle renais-\nsance lusitanienne dont il dit merveille, accorde la première place à l'auteur\nde Belkiss et de Interlunio.\n     Du temps que le jeune et aimable poète brésilien, M. Jean Itibéré da\nCunha, habitait Bruxelles, j'avais de temps en temps le plaisir de l'entendre\nme traduire, avec une verve toute originale, des chants poétiques de\nM. de Oliveira-Soarès et de M. Eugenio de Castro et il se plaisait à faire\nvaloir le langage vif et pittoresque et la musique riche et un peu sauvage\nparfois des vers de Oaristos et de Horas. Déjà, dans ses deux volumes\npubliés à Coïmbre en 1890 et 1891, M. E. de Castro accordait une grande\nimportance aux qualités de la forme poétique; il réemployait des maîtres\ndélaissés, il rajeunissait des rythmes anciens, presque oubliés, ou des genres\nabandonnés; on le loue aussi d'avoir assoupli — d'aucuns disent affranchi\n — le vers alexandrin et d'avoir restauré le vers libre : notre ignorance de la\n versification portugaise ne nous permet pas d'apprécier ces réformes et ces\n innovations ; il se peut qu'entre le vers libre portugais et le soi-disant vers\n libre de quelques jeunes prosateurs français, il n'y ait qu'un parallélisme\n apparent ; peut-être ce vers libre est-il aussi légitime que le vers libre des\n Allemands ou que le mélange irrégulier de vers réguliers qu'en français on\n a toujours appelé « vers libres » jusqu'au jour où les brouillons et les écer-\n velés, oublieux de l'art de La Fontaine et de Molière, ont follement appliqué\n à une sorte de prose musicale le nom qui appartenait en propre à une forme\n déterminée de vers. Je ne puis, à mon grand regret, examiner cette question\n et la discuter. Mais je ne saurais croire qu'un esprit net pousse la littérature\n de son pays dans des voies vagues et incertaines, ainsi que le font malheu-\n  reusement en France de jeunes écrivains qui en sont arrivés à ne plus savoir\n  distinguer les vers de la prose et qui auraient grand besoin de réentendre le\n  Bourgeois-Gentilhomme, si tant est qu'ils n'ignorent pas tout à fait leurs\n  classiques.\n       Mais laissons de côté la question du vers libre et louons M. E. de Castro\n  de ses autres entreprises rythmiques : on ne risque guère de s'égarer en\n  réveillant et en rajeunissant les anciens rythmes de sa race; c'est, au con-\n   traire, un travail pieux et toujours fécond: rappelons-nous ce que Gœthe\n   doit à la poésie populaire de l'Allemagne, ce que Victor Hugo doit à l'étude\n   du vers d'Agrippa d'Aubigné, de Ronsard et de Malherbe.\n       Parmi les éloges qu'on décerne à M. de Castro, il en est un qui frappe\n   tout particulièrement l'attention et qui requiert l'estime: M. de Castro, dit\n   un critique du Mercure de France, s'entend merveilleusement à rajeunir\n    les anciens sujets symboliques. C'est à nos yeux une aptitude maîtresse,\n    l'une de celles qui caractérisent les poètes de race, les vrais héritiers des\n"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3052, "texte": "                                        — 296 —\n\nchantres sacrés des anciens âges, qui dans leurs magnifiques symboles enfer-\nmaient les idées les plus hautes de l'humanité. Dans son œuvre, extraordi-\nnairement abondante, le jeune poète portugais marque une tendance très\ncaractérisée vers les grands sujets symboliques et légendaires ; je n'en veux\npour preuve que deux ouvrages récents : Belkis, reine de Saba (drame) et\nl'églogue intitulée Tirésias. J'emprunte à l'Ermitage l'analyse succincte de\nde ce dernier ouvrage :\n   Répondant à un chevrier, qui le plaint et qui l'interroge, Tirésias, aveugle et vieux, lui\ndéclare qu'il veut être envié. Il lui conte sa jeunesse heureuse et pastorale, les olympiades\nsereines vécues dans l'insouciance, à rêver, à dormir la nuit sous les étoiles, à jouir du\nmiel des abeilles, des fleurs des champs, de la beauté du jour, des merveilles de la Terre;\nil lui dit quelles aspirations vers l'absolu, nées de ces spectacles, sans doute, mais inas-\nsouvissables en eux, empoisonnèrent ensuite bientôt tous ses plaisirs, jusqu'à l'heure où,\npar un hasard, il ait surpris et contemplé, se baignant dans les eaux divines de l'Hippo-\ncrène, Minerve, en l'éternelle fraîcheur de sa nudité merveilleuse... Certes, outragée dans\nsa pudeur, la Déesse a fermé les yeux du téméraire ; mais qu'importe à ces yeux qu'em-\nplit, à tout jamais, la lumière d'une révélation surnaturelle !\n\n   Voici maintenant, d'après le Mercure de France, le canevas de Belkiss,\nreine de Saba, d'Axum et de Hymiar :\n   C'est, en somme, la lutte déchirante que se livrent la chair et l'âme, la chair de lareine\nde Saba (vierge que torture le désir), et sa jeune âme influencée par les désespérants\nconseils de son premier éducateur, le sage pessimiste Zophesamin. Ce dernier lui prêche\nle mépris et surtont la crainte des amours charnelles, tandis que la soif de luxure et la\npassion de l'Inconnu poussent invinciblement Belkiss vers Salomon, son idéal, qu'elle\nadore avant de l'avoir vu. La nature et l'instinct l'emportent, comme toujours, sur les\nsuggestions de la raison : Belkiss dort aux bras de Salomon, — et ne tarde point à cons-\ntater que Zophesamin n'avait pas menti; qu'« il est doux d'avoir un désir », mais que\n«réaliser ce désir équivaut à l'assassiner»; que « l a possession tue le bonheur », et\nqu'« il n'appartient qu'à ceux-là qui se créent continuellement d'irréalisables désirs, aveu-\nglément persuadés qu'ils les verront réalisés... » Délaissée, la reine de Saba ne survit\npointa la mortde sesillusions, et chante, en son délire, les strophes d'une vieille chanson,\nqui expriment, sous une forme poétique et vague, la doctrine de Schopenhauer (chère à\nl'auteur) sur la traîtrise de la nature.\n\n   Le critique du Mercure de France qualifie ce drame de «chef-d'œuvre».\nNous espérons qu'une traduction, annoncée d'ailleurs, permettra bientôt au\npublic français de s'associer en connaissance de cause et en toute sympa-\nthie à ce jugement.\n                                                                                  I. G."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-018", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 297, "page_fin": 298, "titre_corps": "Memento", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "MEMENTO", "ancre_fin": "Jeune Belgique", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": true, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 80, "fin_caractere_exclue": 87, "texte": "MEMENTO"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 125, "texte": "Le Coq mouille, afin de colorer son"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 126, "fin_caractere_exclue": 170, "texte": "pileux silence, déclare d'un petit ton pincé"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 215, "fin_caractere_exclue": 266, "texte": "qu'il se gardera de donner dans les polé-      dans"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 304, "fin_caractere_exclue": 357, "texte": "miques provinciales.                           contre"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 371, "fin_caractere_exclue": 411, "texte": "Venant du Coq mouillé, cette déclaration"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 456, "fin_caractere_exclue": 515, "texte": "est d'un comique irrésistible.                 provinciale,"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 542, "fin_caractere_exclue": 580, "texte": "La plupart des polémiques entamées par"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 581, "fin_caractere_exclue": 617, "texte": "la Jeune Belgique depuis son premier"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 618, "fin_caractere_exclue": 658, "texte": "numéro jusqu'en 1894, et dont la plupart"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 708, "fin_caractere_exclue": 757, "texte": "fuient menées soit par Max Waller soit par     du"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 793, "fin_caractere_exclue": 848, "texte": "M. 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Gustave Kahn, et nous nous rappelons"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 206, "fin_caractere_exclue": 245, "texte": "sa figure Pierrot neurasthénique, comme"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 300, "fin_caractere_exclue": 344, "texte": "dit M. Laurent Tailhade, ses gestes fins, sa"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 399, "fin_caractere_exclue": 441, "texte": "maigreur élancée, sa parole vive et frêle."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 500, "fin_caractere_exclue": 516, "texte": "Pauvre Pierrot !"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 782, "fin_caractere_exclue": 817, "texte": "A propos de l'incident provoqué par"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 873, "fin_caractere_exclue": 911, "texte": "M. 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Mais jamais"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1543, "fin_caractere_exclue": 1581, "texte": "nous n'avons eu un spectacle semblable"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1639, "fin_caractere_exclue": 1676, "texte": "celui d'aujourd'hui, et nous avons pu"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1738, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "assister à la déclamation d'un nharmant"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1834, "fin_caractere_exclue": 1872, "texte": "sonnet, commis en l'honneur de Camille"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1925, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": "Lemonnier et débité par Coquelin Demblon."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2019, "fin_caractere_exclue": 2060, "texte": "Et quand il nous a lancé en terminant son"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2077, "fin_caractere_exclue": 2118, "texte": "sonnet : « un grand espoir rentre dans le"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2119, "fin_caractere_exclue": 2157, "texte": "soleil », ma foi, nous avons pensé que"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2215, "fin_caractere_exclue": 2254, "texte": "Coquelin Demblon ferait bien de rentrer"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2282, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "dans la lune. »"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2378, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "Le sonnet dont il s'agit ayant paru le jour"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2469, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "même au Compte rendu analytique, le"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2558, "fin_caractere_exclue": 2594, "texte": "grimaud du XXe Siècle n'est donc pas"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2751, "fin_caractere_exclue": 2794, "texte": "excusable d'avoir travesti le dernier vers."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2846, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "Si M. d'Ursel faisait rédiger son journal"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2942, "fin_caractere_exclue": 2985, "texte": "par ses larbins, le XXe Siècle, serait sans"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3127, "fin_caractere_exclue": 3161, "texte": "doute plus exact et plus courtois."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3409, "fin_caractere_exclue": 3450, "texte": "A la suite de la « déconcertante campagne"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3500, "fin_caractere_exclue": 3545, "texte": "de charité» entreprise à Paris par Mlles Buf-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3688, "fin_caractere_exclue": 3727, "texte": "fet et Bru, accompagnées de M. M. Clau-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3780, "fin_caractere_exclue": 3823, "texte": "dius, la rédaction du Coq mouillé, déguisée"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3874, "fin_caractere_exclue": 3916, "texte": "en « miséreux », est allée chanter dans la"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4035, "fin_caractere_exclue": 4055, "texte": "cour des ministères."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4235, "fin_caractere_exclue": 4275, "texte": "Dans le Réveil de Gand, M. Maubel se la-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4307, "fin_caractere_exclue": 4346, "texte": "mente mélancolico-symboliquement au mi-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4347, "fin_caractere_exclue": 4390, "texte": "lieu d'un jardin d'acclimatation. Il décrit"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4391, "fin_caractere_exclue": 4429, "texte": "une maison vague dans un jardin vague,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4430, "fin_caractere_exclue": 4478, "texte": "lequel se trouve être le jardin du Parnasse, et,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4479, "fin_caractere_exclue": 4523, "texte": "ipsofacto, un parterre de cages animalières."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4524, "fin_caractere_exclue": 4565, "texte": "Les connaisseurs de devinettes prétendent"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4566, "fin_caractere_exclue": 4608, "texte": "que la maison symbolise la Jeune Belgique."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 114, "texte": "Hélas!..."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 169, "fin_caractere_exclue": 205, "texte": "Aux amateurs de symboles nous recom-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 257, "fin_caractere_exclue": 299, "texte": "mandons de méditer celui-ci. Apollon, dieu"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 351, "fin_caractere_exclue": 398, "texte": "de la lumière et de la poésie, fut un jour sol-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 450, "fin_caractere_exclue": 496, "texte": "licité par le jeune écrivain Phaéton, qui vou-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 548, "fin_caractere_exclue": 591, "texte": "lait essayer de conduire le divin quadrige."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 644, "fin_caractere_exclue": 688, "texte": "Le dieu, qui favorise volontiers la jeunesse"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 740, "fin_caractere_exclue": 779, "texte": "donna au jeune homme quelques bons con-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 831, "fin_caractere_exclue": 872, "texte": "seils, où il résuma les règles du métier."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 924, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "Mais Phaéton était un individualiste et un"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1018, "fin_caractere_exclue": 1061, "texte": "contempteur des lois du Parnasse; il traita"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1113, "fin_caractere_exclue": 1158, "texte": "Apollon de « vieux Boileau », fouetta l'atte-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1210, "fin_caractere_exclue": 1256, "texte": "lage et se mit à zigzaguer à sa guise; — (tra-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1308, "fin_caractere_exclue": 1353, "texte": "duction : il fit du vers libre, de la logique"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1405, "fin_caractere_exclue": 1448, "texte": "libre, des néologismes libres, des pataquès"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1500, "fin_caractere_exclue": 1542, "texte": "libres). On connaît la catastrophe finale,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1582, "fin_caractere_exclue": 1638, "texte": "à           M. Phaéton fut broyé et rôti. Ainsi en arri-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1690, "fin_caractere_exclue": 1737, "texte": "vera-t-il des livres écrits sans boussole, sans"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1789, "fin_caractere_exclue": 1833, "texte": "méthode, sans esthétique; le pilon et le feu"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1885, "fin_caractere_exclue": 1924, "texte": "les attendent, à moins que l'épicier..."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 1978, "fin_caractere_exclue": 2016, "texte": "Pour un symbole, mes enfants, voilà un"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2068, "fin_caractere_exclue": 2076, "texte": "symbole."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2173, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "On lit dans le Journal, sous la signature"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2266, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "de M. Mirbeau :"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2336, "fin_caractere_exclue": 2374, "texte": "M. René Barjeau vient d'avoir, dans le"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2426, "fin_caractere_exclue": 2468, "texte": "Gaulois, une miraculeuse idée. Cette idée,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2520, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "que Barnum regrettera toute sa vie de"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2609, "fin_caractere_exclue": 2653, "texte": "n'avoir pas eue le premier, consiste à exhi-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2705, "fin_caractere_exclue": 2750, "texte": "ber, dans des vitrines spéciales de l'Exposi-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2802, "fin_caractere_exclue": 2843, "texte": "tion de 1900, nos meilleurs gendelettres,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2895, "fin_caractere_exclue": 2941, "texte": "non pas en cire ou sur toile, ce qui ne serait"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 2993, "fin_caractere_exclue": 3033, "texte": "nullement miraculeux, mais vivants, oui,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3085, "fin_caractere_exclue": 3126, "texte": "Mesdames et Messieurs, vivants ! Philoso-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3178, "fin_caractere_exclue": 3219, "texte": "phes et historiens, poètes et romanciers,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3271, "fin_caractere_exclue": 3312, "texte": "critiques et dramaturges, journalistes de"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3364, "fin_caractere_exclue": 3405, "texte": "tout poil et de tout format, chacun, ama-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3457, "fin_caractere_exclue": 3499, "texte": "teur ou professionnel, y aurait sa placeet"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3551, "fin_caractere_exclue": 3591, "texte": "y exercerait publiquement ses fonctions,"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3643, "fin_caractere_exclue": 3687, "texte": "pourvu, toutefois, qu'il pût justifier d'une"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3739, "fin_caractere_exclue": 3779, "texte": "gloire quelconque ou d'une belle camara-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3831, "fin_caractere_exclue": 3873, "texte": "derie. On pourra voir et toucher! Les gen-"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 3925, "fin_caractere_exclue": 3965, "texte": "delettres à un mètre; comme la lune! Tel"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4017, "fin_caractere_exclue": 4034, "texte": "est le programme."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4110, "fin_caractere_exclue": 4152, "texte": "Plusieurs écrivains belges ont déjà envoyé"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4204, "fin_caractere_exclue": 4231, "texte": "leur adhésion à M. Barjeau."}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 4286, "fin_caractere_exclue": 4306, "texte": "Nous irons les voir."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR D", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 334, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1299, "texte": "LACOMBLEZ\n      É D I T E U R D E LA J E U N E                  BELGIQUE\n                     31, rue des Paroissiens,     31\n                              BRUXELLES\n\n\n                 VIENNENT DE PARAITRE\n                        Fernand S E V E R I N\n\n      UN CHANT DANS L'OMBRE\n                                   POÉSIES\n                   Un volume in-32 raisin. Prix : 3 francs.\nIl a été tiré : 5 exemplaires sur papier du Japon des manufactures impé-\n                      riales, à                               fr.  12 »\n                15 exemplaires sur papier de Hollande Van Gelder.   6 »\n\n\n                         Edmond PICARD\n\n         VIE                SIMPLE\n    Nouvelle édition. Un volume petit in-12       .     .   .   . fr.   2   »\n\n\n                          Paul     ARDEN\n\n       PAR LES CHEMINS\n             Un volume petit in-12 .      .   .   . fr.     2 50\n\n\n                    A. GALLOY & J. MOLLOY\n\n   AU P A Y S D E B E A U M O N T\n                             POÉSIES\n             Un volume in-18 jésus . .        .   . fr.     2 50\n\n\n                          Hubert KRAINS\n\n   HISTOIRES LUNATIQUES\n             Un volume in-18 jésus     . . . .        fr.   3 »\n\n\n                          Jules D E S T R É E\n\n    UNE CAMPAGNE AU PAYS NOIR\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-07-n7-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Catalogue de la librairie Paul Lacomblez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ, éditeur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 335, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 6816, "texte": "LACOMBLEZ, éditeur\n              31, RUE DES PAROISSIENS, BRUXELLES\n\nArden (P.). Par les chemins . . . fr. 2 50        Itiberê da Cunha (J.). Préludes . . fr. 3 »\nBaudoux (F.)- Rythmes vieux, pris et              Jenart (Aug.). Le Barbare                     2 »\n  roses                                    2 »    Jeune Belgique (Le Parnasse de la). . 7 50\nBrabant (V.). Notes de voyage . . .        1 »    Journal d'une ignorante : Sur les Golfes 1 50\nBloy(Léon). Le Pal (4 num.), très rare. 4 »       Justus Severus Africus                        1 »\n   Les 3 premiers numéros ensemble 1 »            Kahn (Gustave). Chansons d'amant           . 3 50\nBoschot (A). Faunesses et bacchantes. 1 50              —         Les Palais nomades . . 3 50\n               Matin d'automne . . .       1 50   Krains (H.). Histoires lunatiques . . 3 »\n     —         Rêves blancs . . .       . 4 »     Lacomblez (Paul). Jeunes filles . . .         2 »\nBosiers (E.). Harald-Roi                    2 »         —         Loth et ses filles . . .      2 »\nCarnet de chasse illustré                 15 »    Landoy (Eug.). Evocations                     3 50\nCasier (J.). Flammes et flammèches . 1 50               —         Maître Martin . . . .         o 50\nChainaye (H.). L'Ame des choses . . 3 »           Lautréamont (comte de). Les Chants de\nCourouble(L.). Contes et souvenirs. . 3 50           Maldoror                                   3 50\nCudell (Ch ). Printemps sombre. . . 2 »           Lemonnier (C). Paroles pour Georges\nDaCosta(G.).Grammaireen portefeuille 0 50                         Eekhoud            0            50\nDaxlielet (A ) Pages de tendresse vague 3 50            —         Discours d'inauguration\n     —         Nouvelles de Wallonie . 3 50          du monument Ch. De Coster, avec\nDe Coster (Ch.). La Légende d'UIen-                  extraits d'« Ulenspiegel » et por-\n          spiegel                          5 »       trait de Ch. De Coster . . . . 0 50\n     —          Légendes flamandes . . 3 50       Maeterlinck (Maurice). Les Aveugles\n                   (Voir Lemonnier.)                             (L'Intruse, Les Aveugles) 3 »\nDelattre (Louis). Contes de mon village 3 50            —         La Princesse Maleine. . 3 50\n     —       Les Miroirs de jeunesse . 3 50             —        Serres c h a u d e s . . . . 3 »\nDelville (J.). Les Horizons hantés . . 3 50             —         L'Ornement des noces spi-\nDe Haulleville (baron P.). En vacances. 3 50                        rituelles                   4 »\n     — Portraits et silhouettes, 2 v. 7 »               —        Les Sept Princesses . . 2 »\n     — J.-M.-J. Bodson. L'Apos-                         —        Pelléas et Mélisande        . 3 50\n                talat chez les Civilisés. 4 »                        (Voir Emerson.)\nDemoider (E.) Contes d'Yperdamme . 3 »                  —        Les Disciples à Sais et les\n     —          Impressions d'Art.         3 »       fragments de Novalis                       4 »\n     —          James Ensor . . . .        3 »    Mallarmé. Villiers de l'Isle-Adam . . 3 »\nDe Mallessan. Petite Cousine, comédie. 2 »        Maubel (Henry). Miette                        2 50\nDe Régnier (H.). Le Bosquet de Psyché 2 »               —        Etude de jeune fille . . 3 50\nDe Tallenay (].). L'Invisible . . . .      3 50         —        Quelqu'un d'aujourd'hui. 3 50\nDesombiaux (M.). Vers de l'espoir . . 2 »               —        Une mesure pour rien           1 »\nDestrée (Jules). Journal des Destrée . 1 »        Picard (E.). El Moghreb al Aksa . . 4 »\nDulac (Paul). Vingt-cinq sonnets . . 1 50               —         Scènes de la vie judiciaire 4 »\nDupont (A.). L'Envol des rêves . . .       2 »          —        Vie simple                     2 »\nEekhoud(Georges)Nouvelles Kermesses 3 50                —         Imogène, 1 vol. format\n      —        La Nouvelle Carthage. . 4 »                           eucologe                   4 »\n      —        Les Fusillés de Malines . 3 50           —         Comment on devient so-\n      —        Au siècle de Shakespeare. 3 »                         cialiste                   2 50\n      —        Kees Doorik                 3 50         —            Id. (édition populaire) o 75\n      —        Kermesses                   5 »    Pierron (Sander). Pages de Charité            3 50\n      —        Mes Communions . . . 5 »           Philopator. Libres propos d'un belge. 1 »\nElskamp (Max). Dominical . . . .           2 »    Pléiade (La). Première année (1889) . 3 »\n      —        Salutations, dont d'angé-          Poe (Edgar). Poésies complètes. . . 2 »\n   liques                                  3 50   Rodenbach Le Foyer et les champs . 1 »\n      —        En Symbole vers l'Apos-            Rommelaere ;J.). Ma semaine, 1892-93. 2 »\n   tolat                                   3 50         —         Ma semaine, 1894 . . .        2 »\nEmerson. Sept Essais, avec préface de             Severin (Fernand). Le Lys.          . . .     2 »\n   Maeterlinck                             3 50            —             Le Don d'enfance . 2 »\nGalloy (A.). Au pays de Beaumont. . 2 50                —         Un chant dans l'ombre . 3 »\nGarnir (Georges). Les Charneux. . . 3 50          Sigogne lE.). Contes merveilleux . . 3 »\n      —        Contes à Marjolaine • • 3 50       Sluyts(Ch.). L'Appel des voix . . .           2 »\nGilkin (Iwan). Stances dorées . . .         1 »         —         Notes d'être                  3 »\nGille(Valère) Le Château des merveilles 2 »       Tordeus (J.). Manuel de prononciation 2 »\nGiraud (Albert). Hors du siècle . . .      3 50   Van Doorslaer (H.). Sur l'Escaut. . . 3 50\n      —        Hors du siècle. II : Sous          Van Lerberghe (Ch.). Les Flaireurs. . 1 »\n                  la Couronne. Devant le          Verhaeren (E.). Les Apparus dans mes\n                  Sphynx                   3 00                      chemins                    2 »\n      —        Pierrot iunaire . . . .     2 »          —         Les Moines                    3 »\n      —        Pierrot Narcisse . . .      2 »    Villiers de l'Isle-Adam. Premières Poésies 3 50\n      —        Dernières Fêtes. . . .      2 »          —         Morgane                       5 »\n      —        Le Scribe           1          »   Wagner (R.). L'Œuvre et la mission de\nHannon (Théo). Noêls fin de siècle . . 3 «            ma vie (derniers exemplaires) . . 4 »\n      —        Au pays de Manneken-Pis 4 »        Waller (Max). La Flûte à Siebel.         . - 3 5 °\nHanneuse (0 ). La Reine Aléna. . (souscrit).            —         Daisy                         3 »\n      —        Sorella                     2 50    X. Y. Religion et progrès . . . (épuisé)\n\n                    Bruxelles. — ImprimerieVeMonnom, 32, rue de l'Industrie\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 299, "texte": "Juillet 1895.                          TOME XIV. — No 7                        15me Année.\n\n\n\n\nLA\n   JEUNE\n                  BELGIQUE\n                                          SOMMAIRE:\n        Vers                                              VALÈRE GILLE.\n        La Littérature chez les Spillebout . . . .        ALBERT GIRAUD.\n        Convalescence                                     FRANZ ANSEL.\n        Quelques propos                                   IWAN GILKIN.\n        Vers                                              EDOUARD BERNAERT.\n        La Veille                                         ADRIEN GUILLON.\n        Chronique littéraire :\n          La Tétralogie : L'Anneau du Nibelung;\n             Histoires désobligeantes; Les Raisons de\n             Pascalin ; Sur Deux Nomarques de let­\n             tres ; L'Ami inconnu; Le Cœur et l'Es­\n             prit ; Après Amour ; Les Cheveux ; Elle ;\n              Vers l'âme                                  ARNOLD GOFFIN.\n          Eugenio de Castro . . . . . . . . .             I. G.\n        Memento . . . .             . . . . . .           NEMO.\n\n\n\n\n           REDACTION                                             BRUXELLES\n110, R U E D E L A L I M I T E ,   BRUXELLES.               PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                3I, rue des Paroissiens\n                                                                     PARIS\n     PRIX DU NUMÉRO                                       CHAMUEL,     LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                29, rue de Trévise\n                fr. 0-75.\n                                                                       1895\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "        Paul LACOMBLEZ, éditeur\n              31, RUE DES PAROISSIENS, BRUXELLES\n\nArden (P.). Par les chemins . . . fr. 2 50         Itiberê da Cunha (J.). Préludes . . fr. 3 »\nBaudoux (F.). Rythmes vieux, gris et               Jenart (Aug.). Le Barbare                    2 »\n  roses                                     2 »    Jeune Belgique (Le Parnasse de la)., . 7 5 0\nBrabant (V.). Notes de voyage . . .         1 »    Journal d'une ignorante : Sur les Golfes 1 50\nBloy(Léon). Le Pal (4 num.), très rare. 4 »        Justus Severus Africus                       1 «\n   Les 3 premiers numéros ensemble 1 »             Kahn (Gustave). Chansons d'amant           . 3 50\nBoschot (A;. Faunesses et bacchantes. 1 50                —        Les Palais nomades           3 50\n               Mutin d'automne . . .        1 50   Krains (H.). Histoires lunatiques . . 3 »\n     —         Rêves blancs . . .         . 4 »    Lacomblez (Paul). Jeunes filles . . .        2 »\nBosiers E.). Harald-Roi                     2 »           —        Loth et ses filles . . .     2 »\nCarnet de chasse illustré . . . .\\ . 15 »          Landoy (Eug.). Evocations                    3 50\nCasier (J.). Flammes et flammèches . 1 50                 —        Maître Martin . . . . 0 50\nChainaye (H.). L'Ame des choses . . 3 »            Lautréamont (comte de). Les Chants de\nCourouble (L.). Contes et souvenirs. . 3 50            Maldoror                                 3 50\nCudell (Ch ). Printemps sombre. . . 2 »             Lemonnier C.) Paroles pour Georges\nDaCosta(G.) Grammaire en portefeuille 0 50                         Eekhoud             0          50\nDaxhelet(A ) Pages de tendresse vague 3 50                —        Discours d'inauguration\n     —         Nouvelles de Wallonie . 3 50            du monument Ch. De Coster, avec\nDe Coster (Ch.)- La Légende d'Ulen-                    extraits d'« Ulenspiegel » et por-\n          spiegel                           5 »        trait de Ch. De Coster . . . . 0 50\n     —          Légendes flamandes . . 3 50        Maeterlinck (Maurice). Les Aveugles\n                   (Voir Lemonnier.)                               (L'Intruse, Les Aveugles) 3 »\nDelattre (Louis). Contes de mon village 3 50              —        La Princesse Maleine. . 3 50\n     —       Les Miroirs de jeunesse . 3 50               —        Serres chaudes . . . .       3 »\nDelville (J.). Les Horizons hantés . . 3 50               —        L'Ornement des noces spi-\nDe Haulleville (baron P.). En vacances. 3 50                          rituelles                 4 »\n     —       Portraits et silhouettes, 2 v. 7 »           —        Les Sept Princesses . . 2 »\n     — J.-M.-J. Bodson. L'Apos-                           —        Pelléas et Mélisande       . 3 50\n                talat chez les Civilisés. 4 »                         (Voir Emerson.)\nDemolder (E.) Contes d'Yperdamme . 3 »                    —        Les Disciples à Sais et les\n      —         Impressions d'Art. . . 3 »            fragments de Novalis                      4 »\n      —         James Ensor . . . .         3 »    Mallarmé. Villiers de l'Isle-Adam . . 3 »\nDe Mallessan. Petite Cousine, comédie. 2 »         Maubel (Henry). Miette                       2 50\nDe Régnier (H.). Le Bosquet de Psyché 2 »                 —        h tude de jeune fille . . 3 50\nDe Tallenay (J.). L'Invisible . . . .       3 50          —        Quelqu'un d'aujourd'hui. 3 50\nDesombiaux (M.) Vers de l'espoir . . 2 »                  —        Une mesure pour rien         1 »\nDestrée (Jules). Journal des Destrée        1 »    Picard (E.). El Moghreb al Aksa . . 4 »\nDulac (Paul). Vingt-cinq sonnets . . 1 50                 —        Scènes de la vie judiciaire 4 »\nDupont (A.). L'Envol des rêves . . .        2 »           —        Vie simple                   2 »\nEekhoud (Georges)Nouvelles Kermesses 3 50                 —        Imogène, 1 vol. format\n      —        La Nouvelle Carthage. . 4 »                            eucologe                  4 »\n      —        Les Fusillés de Malines . 3 50             —        Comment on devient so-\n      —        Au siècle de Shakespeare. 3 »                          cialiste                  2 50\n      —        Kees Doorik. . . . . 3 50                  —           Id. (édition populaire) o 75\n      —        Kermesses                    5 »     Pierron (Sander). Pages de Charité . 3 50\n      —        Mes Communions . . .         5 »     Philopator. Libres propos d'un belge. 1 »\n Elskamp (Max). Dominical . . . .           2 »     Pléiade (La). Première année (1889) . 3 »\n      —        Salutations, dont d'angé-            Poe (Edgar). Poésies complètes. . . 2 »\n   liques                                   3 50    Rodenbach Le Foyer et les champs . 1 »\n      —        En Symbole vers l'Apos-              Rommelaere J.). Ma semaine, 1892-93. 2 »\n   tolat                                    3 50          —         Ma semaine, 1894 . . .      2 »\nEmerson Sept Essais, avec préface de                Severin (Fernand) Le Lys                    2 »\n   Maeterlinck                              3 5°             —            Le Don d'enfance . 2 »\nGalloy (A.). Au pays de Beaumont. . 2 50                  —         Un chant dans l'ombre . 3 »\nGarnir (Georges). Les Charneux. . . 3 50            Sigogne E.). Contes merveilleux . . 3 »\n      —        Contes à Marjolaine        . 3 50    Sluyts(Ch.). L'Appel des voix . . .         2 »\nGilkin (Iwan). Stances dorées . . . 1 »                   —         Notes d'être                3 »\nGille(Valère) Le Château des merveilles 2 »         Tordeus (J.). Manuel de prononciation 2 »\nGiraud (Albert). Hors du siècle . . .       3 50    Van Doorslaer (H.). Sur l'Escaut. . . 3 50\n      —        Hors du siècle. II : Sous            Van Lerberghe (Ch.). Les Flaireurs. . 1 »\n                  la Couronne. Devant le            Verhaeren (E.). Les Apparus dans mes\n                  Sphynx                    3 00                      chemins                   2 »\n      —        Pierrot lunaire . . . .      2 »           —         Les Moines . . . . . 3\n      —        Pierrot Narcisse . . .       2 »     Villiers de l'isle Adam. Premières Poésies 3 50\n      —        Dernières Fêtes. . . .       2 »                     Morgane                     5 »\n      —        Le Scribe                     1 »    Wagner (R.). L'Œuvre et la mission de\n Hannon (Théo). Noêls fin de siècle . . 3 «            ma vie (derniers exemplaires) . . 4 >'\n      —        Au pays de Manneken-Pis 4 »          Waller (Max). La Flûte à Siebel. .          3 50\nHanneuse (0 ). La Reine Aléna. . (souscrit).              —         Daisy                       3 »\n      —        Sorella                      2 50    X. Y. Religion et progrès . . . (épuisé)\n\n                     Bruxelles.— ImprimerieVeMonnom,32,rue de l'Industrie\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "               Paul LACOMBLEZ\n      ÉDITEUR             D E LA J E U N E             BELGIQUE\n                      3 1, rue des Paroissiens, 31\n                               BRUXELLES\n\n\n                 VIENNENT DE PARAITRE\n                      .   Fernand S E V E R I N\n\n      UN CHANT DANS L'OMBRE\n                                   POÉSIES\n                   Un volume in-32 raisin. Prix : 3 francs.\nIl a été tiré : 5 exemplaires sur pipier du Japon des manufactures impé-\n                     riales, à                                fr.  12 »\n                15 exemplaires sur papier de Hollande Van Gelder.   6 »\n\n\n                           Edmond PICARD\n\n         \"VIE                SIMPLE\n    Nouvelle édition. Un volume petit in-12        .     .   .   . fr.   2 »\n\n\n                           Paul     ARDEN\n\n       PAR LES CHEMINS\n             Un volume petit in-12     .   .   .   . fr.     2 50\n\n\n                    A. GALLOY & J          MOLLOY\n\n   AU P A Y S D E B E A U M O N T\n                             POÉSIES\n             Un volume in-18 Jésus . .         .   . fr.     2 50\n\n\n                           Hubert KRAINS\n\n   HISTOIRES LUNATIQUES\n             Un volume in-18 Jésus     . . . .         fr.   3 »\n\n\n                          Sous presse :\n     UNE CAMPAGNE AU PAYS NOIR\n                    PAR J U L E S    D E ST R É E\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "                   VERS\n                          Ici, ce qui est noble a seul du prix\n                              GŒTHE. Le Parnasse     allemand.\n\n\n                 L'AGE     D'OR\nAube, sourire immense, ô jeunesse du monde!\nJe te salue, ô paix solennelle et profonde :\nC'est la première aurore et l'homme adolescent,\nSur les monts couronnés de thym, foule en dansant\nD'un pied léger la terre heureuse et printanière.\nLes lions et les ours sortent de leur tannière,\nAttirés par les chants de l'aède divin.\nLe voici, grave et doux, qui descend le ravin,\nLe front ceint du laurier et la lyre agrafée\nA sa ceinture d'or : reconnaissez Orphée.\nZeus lui parle et l'inspire et la clarté des cieux\nDe mystiques rayons illumine ses yeux.\nLe murmure touffu des forêts bruissantes\nSe mêle au bruit léger des fontaines naissantes ;\nL'azur religieux inonde l'archipel.\nSur la colline, où croît la bruyère, l'appel\nDes ramiers langoureux traîne dans le feuillage;\nLa mer sonore rampe et chante sur la plage,\nEt les Muses en chœur avec leurs belles voix\nSe répondent parmi les vallons et les bois;\nLe pâtre dort sous l'orme où la viorne grimpe,\nEt le rire des dieux éclate sous l'Olympe.\n                                                           17\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "                     — 268 —\n\n\n                    SOPHOCLE\n\nSophocle, nom si doux aux lèvres, demi-dieu\nQui, sur le promontoire éblouissant et bleu,\nConduis les chœurs sacrés enivrés d'harmonie!\nSalut céleste enfant, ô lumineux génie\nQui, les cheveux en fleurs, calme, superbe et nu,\nAux battements joyeux de ton cœur ingénu,\nSur les rivages d'or que la mer illumine\nPrès des autels dressés danses à Salaminel\n\nLa voix des dieux passait dans l'air spirituel\nQuand, accordant ta lyre au rythme universel\nQui modère la vie et gouverne les mondes,\nTu chantais, devinant les essences profondes,\nLa beauté, la douceur, la grâce et la vertu.\nMais le clair horizon s'assombrit : tout s'est tu; '\nL'ombre triste du soir traîne dans les ravines.\nSophocle est mort. Hélas! ses prières divines\nNe détourneront plus de la fière cité\nLa colère du ciel et le vent empesté;\nLes matelots pieux, pour calmer la tempête\nQui dans l'effroi des nuits s'amasse sur leur tête,\nNe réciteront plus ses hymnes frémissants ;\nSa patrie oubliera ses sublimes accents.\nIl est parmi les dieux; et c'est pourquoi   Lysandre,\nSur l'ordre de Bacchus, au plus fier, au plus tendre,\nAu plus harmonieux entre tous les mortels\nBâtit ce mausolée et para ces autels.\n\nGardien printànier du tombeau de Sophocle\nRampe paisiblement, ô lierre, sur le socle,\nRamène en cet enclos le silence et la paix.\nQu'il dorme doucement sous tes rameaux épais\nCelui qui tant de fois nous enseigna la voie\nDe la beauté parfaite ; et que partout on voie\nEclore la tendre rose et les myrtes voisins.\nQue la vigne touffue et fertile en raisins\nPrès du calice ardent du pavot écarlate\nCourbe autour de l'ormeau sa grappe délicate\nPour honorer ainsi le Poète pieux\nDont les chants désormais réjouissent les dieux\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                    — 269 —\n\n\n                     XAIPE\n\nJeune homme, sois heureux. Que la vierge amoureuse\nTe choisisse, admirant ta grâce vigoureuse,\nParmi les plus savants et parmi les plus beaux !\nL'heure est calme. Suivant la route des tombeaux\nOù le platane blanc allonge une ombre amie,\nDescends vers le Lycée ou vers l'Académie.\nDéjà le rossignol de silence enivré\nChante près de la source au fond du bois sacré;\nDans les rameaux dorés les brises se sont tues.\nIci, dans ces jardins pleins de nobles statues,\nDe parterres riants, de fleurs et de buissons,\nLes jeunes gens joyeux recueillent les leçons\nDes vieillards que respecte et qu'honore l'Attique.\nSi tu veux méditer sous le double portique,\nOu bien, lorsque la nuit rêve, errer à travers\nLes bosquets embaumés en récitant des vers,\nChoisis avec grand soin un ami de ton âge.\nQu'il soit doux, vertueux et vaillant. A l'ombrage\nDes oliviers, le front orné de joncs en fleurs\n Vous unirez vos voix; et les bonnes odeurs\nDu smylax et du pin dans les airs dispersées\nParfumeront vos cœurs et vos doctes pensées.\nSachant réaliser vos songes éclatants,\n Vous aimerez la vie et le jeune printemps\nLorsqu'au vent matinal le chêne vénérable\nMêlera son murmure à celui de l'érable.\n\n\n            HYMNE DIONYSIAQUE\n\nJe chanterai le dieu ceint du lierre bruyant,\nDionysos, l'éphèbe au cœur de flamme, ayant\nTendu les cordes d'or sur ma cythare creuse.\n\nO fils de Sémélé, la divine amoureuse,\nLes nymphes de Nysa t'ont bercé sur leur sein\nDans les antres dorés où bourdonnait l'essaim\nDes abeilles en feu qu'enivrait ton haleine.\nVoluptueux et fier tu grandis, et Silène\nDe doux vins et de miel parfumé te nourrit;\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "                     — 270 —\n\nC'est Pan au front cornu qui lui-même t'apprit\nA moduler tes chants, posant tes doigts agiles\nSur la syrinx de canne ou de roseaux fragiles,\nEt, d'un pied cadencé foulant les tendres fleurs,\nA danser mollement près des sources en pleurs.\nHéroïque et superbe, et les regards humides,\nAux saints enlacements des êtres tu présides;\nTout ce qui vit t'adore et reconnaît ta loi.\nPortant le double thyrse et la coupe, c'est toi\nQui dispenses la force et répartis la sève;\nA ton souffle vainqueur la nature se lève,\nEt c'est pourquoi, le plus aimé des Immortels,\nNous avons couronné de roses tes autels.\n\nRoi du monde, Soleil, Foyer de l'énergie,\n Conduis dans la forêt ton cortège et l'orgie,\nExalte nos esprits et transporte nos cœurs,\nEt soudain embrasés de tes saintes fureurs\nNous irons célébrer tes souverains mystères.\nIo, Io! Voici, traîné par les panthères,\nLe dieu puissant et doux, imberbe et triomphant,\nPlus souple qu'une femme et plus beau qu'un enfant ;\nLa peau du léopard couvre sa hanche ronde.\nIl s'avance inspiré : sur son épaule blonde\nRoule sa chevelure aux flots ambrosiens.\nLes prêtres, les danseurs et les musiciens\nAux sauvages accents d'une étrange harmonie\nEnguirlandent son front et sa poitrine unie;\nLes nymphes font entendre au loin leurs belles voix,\nEt le bruit de leurs pieds enveloppe les bois.\n\n                     IDYLLE\n\nQue le pasteur Thyrsis reconduise nos chèvres.\nLa nuit fraîche s'avance : Amyntas, à tes lèvres\nQui sont pleines de miel ajuste tes pipeaux ;\nCe calme immense et pur conseille 'le repos.\nSi le bruissement des sapins à l'aurore\nSemble doux, tes chansons sont plus douces encore.\nDe ta flûte sonore aux sons mélodieux\nAnime ces bosquets où reposent les dieux;\nCette heure solennelle est agréable aux Muses.\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                     — 271   —\n\n\nAutour des tamaris les abeilles camuses\nOnt cessé désormais leur long bourdonnement.\nLe soir des monts obscurs descend furtivement,\nLes craintives perdrix s'appellent dans l'airelle.\nTandis que Daphnis tresse un piège à sauterelle\nAvec des brins de joncs-et des pailles de blé.\nToi, de nobles faveurs par les Grâces comblé,\nDans leur cage d'osier apporte ici nos grives.\nVoici, cher Amyntas, du lait et des olives;\nQuant à moi, couronné de roses et d'anis.\nJ'emplis indolemment ma coupe et je bénis\nLa Paix, reine des cœurs. Hâte-toi. Je réclame,\nPour ma couche, des fleurs : anémone ou cyclame.\nC'est bon. Quand les oiseaux bavards sont endormis\nJ'aime surtout à boire avec de doux amis,\nEt, près de la fontaine où s'abreuve la biche,\nA faire aussi griller la faine et le pois-chiche\nSous la cendre encor chaude ou sur les charbons vifs.\nMais cessons. Vois là-bas : à travers les grands ifs,\nLa lune se balance au sommet de l'Hymette.\nOr, que Zeus, protecteur des moissons, nous promette\nDes loisirs bienfaisants et joyeux, un bétail\nFertile et vigoureux, de belles têtes d'ail.\nDes figues, des raisins et de larges concombres.\nMaintenant sommeillons. Dans les bocages sombres\nLe funèbre hibou hue au seuil des tombeaux.\n C'est l'heure où le dieu Pan fait chanter les roseaux.\n\n\n              ÉPIGRAMME VOTIVE\nNicagoras que nul jamais n'a fait plier\nDédia ce fragment de son dur bouclier\nA Zeus, père des dieux. Jadis dans la mêlée,\nCette arme éblouissante, aujourd'hui mutilée,\nAbritait un guerrier sans peur du choc brutal\nDe la lance et des traits. Les lames de métal\nEt les cercles d'airain sont brisés; il ne reste\nIntact que le milieu. Mais ceci te l'atteste :\n Toujours au premier rang, Nicagoras vainqueur\nCombattit sans faiblir et sauva son sauveur.\nSache, en voyant ces fiers débris, Crétois ou Parthe,\nQu'il a bien observé les règlements de Sparte.\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                    — 272 —\n\n\n\n          ÉPIGRAMME       FUNÉRAIRE\n\nPour la patrie, ayant contre les ennemis\nEnvoyé ses huit fils orgueilleux mais soumis,\nDe ses pieuses mains, Démœnète, leur mère,\nDans un même tombeau sous la viorne amère\nLes a, ceints de laurier, ensemble ensevelis.\nTu n'as point vu ses yeux ardents de pleurs remplis.\nNul reproche brutal n'est sorti de sa bouche.\nElle a dit ces seuls mots, résignée et farouche,\nRefoulant dans son cœur les sanglots étouffants :\nPour toi j'avais, ô Sparte, élevé ces enfants.\n\n\n\n                   ANACREON\n\n Beaux éphèbes pleurez : Vous n'avez pas connu\nLe chantre aimé du dieu capripède et cornu\nQui-garde les troupeaux sous la vigne fertile,\nLe cygne de Téos, celui qui pour Bathyle,\nDans sa coupe mêlant les roses et le vin.\nFit résonner la lyre ardente, étant divin,\nAnacréon, l'amant du beau Smerdis le Thrace.\nLes hivers sur son front ne laissaient point de trace.\n Quand il menait le chœur sous les pampres tremblants\nLes vierges d'ionie aimaient ses cheveux blancs;\nEt délaissant la flûte aux tiges inégales,\nLa chanson des roseaux et celles des cigales,\nLes fiers adolescents, ravis en le voyant,\nLe couronnaient de fleurs et de lierre bruyant.\n Tandis que lui, rieur et bavard, toujours ivre\n Un peu, leur conseillait de jouir et de vivre\nSans songer au tombeau, sans craintes ni soucis.\nIls remplissaient sa coupe, et puis, l'ayant assis\nSous le myrte enivrant ou sous le frais mélèze,\nPour qu'il pût converser et s'abreuver à l'aise,\nIls le priaient, en lui portant les vins nouveaux,\nOubliant Héraclès et ses divins travaux.\nDe chanter près du saule où l'abeille se pose,\nDionysos, Eros, l'hyacinthe et la rose.\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                    — 273 —\n\n\n                LA FAUVETTE\nLa folle babillarde au joli casque noir\nQui, chaque jour, aux bords moussus de l'abreuvoir\nVenait lustrer sa plume, à l'heure où se reflète,\nDans les bassins moirés l'aurore violette,\nLa mutine fauvette, hôte de nos buissons.\nQui charmait nos loisirs de ses douces chansons,\nS'enivrant dans les fleurs de gouttes de rosée,\nEst morte. Hier encor sur le rosier posée\nElle rivalisait avec le vert grillon.\nDont les appels stridents vibraient dans le sillon.\nElle n'est plus, hélas! et j'ai creusé sa tombe\nPrès des genévriers où pleure la colombe.\nElle sommeille ici, sous ce tertre léger.\nSi ce hêtre t'abrite, ô toi, jeune berger\nDont l'âme par ses chants fut si souvent ravie,\nQu'un souvenir ému lui redonne la vie.\n\n                   MÉLÉAGRE\nArrête ici tes pas : cette tombe a reçu\nLe dernier fils des dieux. Sous le mouvant tissu\nDu lierre verdoyant et souple où se marie\nAu narcisse mourant l'églantine fleurie,\nSur le marbre votif, ô passant, lis le nom\nDe Méléagre aimé des Muses, compagnon\nDes Grâces. Méléagre en cet endroit repose\nA l'ombre du laurier, du myrte et de la rose\nQu'en jouant il aimait fixer d'un doigt errant\nAux tempes de Démo, dont le corps odorant\nExtasiait d'amour son cœur tremblant d'esclave.\nJamais lyre plus douce ou flûte plus suave\nN'éveillèrent l'écho champêtre des bosquets;\nEt dans l'heureuse et folle ivresse des banquets\nOù s'épanouissait le luxe de l'Asie,\nDe ses lèvres coulaient le miel et l'ambroisie.\nSpirituel ou tendre, ardent ou gracieux.\nIl chanta tour à tour Anticlée aux grands yeux,\nLa verte sauterelle à l'aile harmonieuse\nEt le safran qui croît à l'ombre de l'yeuse.\nTerre, salut! O toi qui gardes plus qu'un roi.\nSois-lui légère : il a pesé si peu sur toi.\n                                      VALÈRE G I L L E\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "                                    — 274 —\n\n\n\n       La Littérature chez les Spillebout.\n                                   A MM. JUI.ES DESTRÉE ET CÉLESTIN DEMRLON\n              e titre bizarre demande une explication, non seulement pour\n               nos lecteurs de l'étranger, mais pour tous les lecteurs belges\n               qui n'ont pas adopté le Moniteur comme publication de\n               chevet.\n   Ceux qu'un destin cruel condamne à la lecture assidue des Annales\nparlementaires remarquèrent un jour, en prenant connaissance d'un appel\n nominal, ce nom étrange digne d'attirer l'attention d'un Balzacflamand:\nSpillebout.\n   La première ivresse de la découverte passée, ils se demandèrent si la fan-\ntaisie des typographes n'avait pas donné naissance à ce législateur inconnu,\nPoint. Spillebout existait physiquement et parlementairement. Spillebout\nprenait part, avec une héroïque ponctualité, à tous les appels nominaux.\nSpillebout passait sa vie à répondre oui ou non, ou je m'abstiens, à l'appel\nde son nom mystérieux proféré par un secrétaire. Peut-être était-il capable\nde crier : Aux voix! tout comme un autre, et prenait-il part, dans une\nmesure ignorée, aux célèbres mouvements en sens divers. Mais Spillebout\nne discourait jamais. C'était un sage.\n   A cause de son obscurité même et de sa réapparition quotidienne dans\nles documents parlementaires, ce nom nous devint familier, et se mit à vol-\ntiger sur nos lèvres de poète. De patronymique, il devint commun : au lieu\nde dire un député, nous prîmes le plaisir de dire un spillebout. Quand l'un\nd'entre nous se rendait au Palais de la Nation, il nous prévenait qu'il allait\nchez les Spillebout. Ainsi, grâce à une généralisation bien naturelle, le mot\nspillebout finit par désigner le législateur moyen, le député fongible, le type\nde l'honorable qui n'a pas de type, l'expression la plus moderne de la médio-\ncrité élue. Les spillebout forment la majorité de tous les partis, la matière\npremière dans laquelle travaillent les chefs de bande et les ministres. Ils\nreprésentent, quelle que soit la couleur de leur drapeau, cet abominable\nesprit qui s'appelle l'esprit belge, c'est-à-dire la fascination exercée par toute\nmesquinerie sur les âmes mesquines, le besoin de la médiocrité, la nostal-\ngie du « sens commun », la haine de tout idéal qui dépasse la portée de\nManneken-Pis.\n   Voilà pourquoi MM. Jules Destrée et Célestin Demblon, ayant eu l'audace\nde signaler au gouvernement l'efflorescence de notre jeune école littéraire,\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                                        — 273 —\n\n nous n'avons pas pu nous empêcher d'intituler cet article « la Littérature\n chez les Spillebout ».\n   Avant eux, des hommes bien intentionnés, parmi lesquels feu Slinge-\n neycr, M. Buls et M. Vanderkindere, avaient essayé d'apprendre aux spil-\nlebout, avec tous les ménagements que leur état réclame, cette nouvelle,\nprofondément humiliante pour l'esprit belge, que nous avons de bons\nécrivains français moins vénérables que M. Coomans. Mais M. Jules Des-\ntrée et M. Célestin Demblon n'ont gardé aucune espèce de mesure. Au\nrisque de les tuer, ils ont fait ingurgiter aux spillebout une dose de littéra-\nture par trop féroce. M. Demblon a même poussé si loin l'oubli des conve-\nnances parlementaires, qu'il a récité des vers.\n   Voici ces incidents tels qu'ils sont rapportés dans le Mémorial des Spil-\nlebout :\n   M. DESTRÉE. — Puisqu'il faut entrer plus avant dans le budget, j'arrive à la littérature\n proprement dite. Celle-ci a pris en Belgique, depuis dix ou quinze ans, un développement\n inattendu. Il y a vingt-cinq ans, c'était une chose compromettante d'être littérateur, ainsi\n que l'a constaté M. Edmond Picard, avec l'autorité et la compétence spéciales qui le\ndistinguent.\n   M. DE GUCHTENAERE. — M. Picard parlait de la littérature française et non dé la littéra-\nture flamande illustrée par Henri Conscience.\n   M. ANSEELE (en flamand). — Vous l'avez affamé parce qu'il écrivait librement!\n   M. DESTRÉE. — Je ne connais pas la langue flamande; je ne parlerai donc que de la\nlittérature française.\n   M. ANSEELE. — Conscience a dû vendre sa conscience.\n   M. HUYSHAUWER. — C'est un mensonge !\n   M. DESTRÉE. — Quand on disait de quelqu'un, il y a trente ans, « c'est un artiste », on\nle déconsidérait. N'avons-nous pas, tout récemment et ici-même, entendu M. Coremans,\ndéputé de la métropole artistique d'Anvers, dire dédaigneusement de M. Le Jeune, un\ndes plus grands ministres de la justice que nous ayons e u s : C'est un artiste !\n   Il y a trente ans, tout était accaparé par les médiocres ; mais déjà alors des artistes de\nplume existaient, loin de l'Etat, inconnus dans leur pays: Octave Pirmez, qui avait des\nrentes, lui, et vivait dans sa retraite d'Acoz ; Charles De Coster, l'auteur d'Uylenspiegel',\nqui n'en avait pas et vécut misérablement ! Eh bien, l'Etat aurait dû lui permettre de\nvivre et peut-être de produire d'autres chefs-d'oeuvre! Il y avait encore Victor Arnould,\nqui se dirigea plus tard vers la politique ; Edmond Picard, qui se consacra surtout au\ndroit, mais qui est l'auteur de chefs-d'œuvre tels que l'Amiral et la Vie simple II y avait\nCamille Lemonnier, continuant à faire seul de l'art avec persévérance, dans un pays si\nhostile à l'art ! Il avait écrit Sedan, Un Mâle, Un Mort, et quand on lui refusa le prix\nquinquennal, ce fut le signal du ralliement d'où sortit la Jeune Belgique. Tout ce qu'il y\navait de vivant, d'intellectuel et de savant dans le pays offrit un banquet à Camille Lemon-\nnier. Cette belle manifestation eût été impossible avant cette époque, car la politique —\nl'odieuse politique ! — gâtait tout ! Les libéraux contestaient le mérite des catholiques et\nvice versa.\n  Des étudiants de Louvain, de Gand, et surtout des jeunes qui avaient la politique en\nhorreur, se réunirent et prirent pour guide Max Waller, ce garçon d'une gaîté et d'une\nespièglerie charmantes que nous avons eu la douleur de perdre trop tôt. Mais quand\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                                         — 276 —\n\n nous demandâmes â l'administration de Bruxelles d'honorer la mémoire de Waller, elle\n nous répondit qu'elle ne pouvait pas s'associer à une manifestation d'un caractère privé!\n    Dans cette Jeune Belgique— que M. Woeste ne comprend pas — il y avait Georges\nEekhoud, le chantre des polders, l'auteur des Milices de Saint-François       et de la Nou-\nvel le Carthage; il y avait Emile Verhaeren, Giraud, Gilkin, des poètes qui ont forcé\nl'admiration des lettrés français. Parmi les prosateurs, nous voyons Nautet, Demolder,\n Olivier Destrée, combien d'autres! Puis, plus tard, Delattre, Desombiaux et surtout\nMaeterlinck! Il avait écrit les Serres chaudes et la Princesse Maleine qu'on n'en savait\n rien en Belgique : il a fallu qu'un journaliste français révélât à notre pays ce grand\nauteur !\n    Les uns et les autres se groupèrent dans la Jeune Belgique, dans la Revue nouvelle,\ndans l'Art moderne, et, chose étrange, ils sont souvent plus lus à l'étranger, dans des tra-\nductions, que dans leur texte original.\n    Malgré les moqueries et les sarcasmes, ces gens n'en ont pas moins continué, augmen-\ntant la somme de gloire de leur patrie ! Ils ont ainsi vaincu l'indifférence du public, les\nrailleries de la presse et même l'hostilité officielle.\n                                                                   (Séance du 4 juillet.)\n\n   M. DEMBLON. — Mais j'ai surtout demandé la parole parce que M. le ministre de l'in-\ntérieur et des belles lettres a osé exprimer, à la tribune nationale, le doute incroyable que\nles Belges soient appréciés comme écrivains en France et le regret, non moins incroyable,\nque, dans notre pays de peinture, on délaisse en grande partie, à l'heure actuelle, la\ntradition picturale, pour faire de la littérature. Ces paroles appellent une courte réponse.\n   Oui, la peinture fut toujours l'art national par excellence en Flandre, comme la musique\nen Wallonie. Mais M. le ministre doit savoir que les éclosions d'art ne s'improvisent pas\net qu'elles se décrètent encore moins. Il n'est pas vrai, hélas! comme l'a dit Boileau,\nqu'un Mécène aisément puisse faire un Virgile. Rien qui ne soit fatal ici-bas. Les éclo-\nsions d'art ne font pas exception. Elles ont des causes historiques et physiologiques que\npersonne ne peut créer ni même modifier. Des historiens de l'art, Alfred Michiels et.\nsurtout Hippolyte Taine, ont parfaitement déterminé les causes de ces éclosions et des\nformes qu'elles ont prises. On s'explique fort bien pourquoi la littérature, la poésie, qui\nest le plus complet des arts, n'ait pu fleurir amplement à des époques où la langue fran-\nçaise n'était pas, en Belgique, d'un usage général et ne possédait encore qu'à l'état\nplus ou moins latent les qualités qui correspondent le mieux à notre idéal national.\nFélicitons-nous de la fécondité d'un pays qui, après nous avoir donné en quatre\nsiècles successifs les Van Eyck, Roland de Lattre, Rubens et Grétry, sans compter\nleur disciples, n'est nullement épuisé et fait lever aujourd'hui une soudaine moisson de\ngloire littéraire.\n   Les Wallons, d'ailleurs, parlent le français du même droit que les Bretons, les Cham-\npenois, les Normands, les Provençaux. Le français est leur langue : ils s'en servent, enfin,\npour exprimer largement et splendidement le rêve si profondément original de leur race,\nEt cette langue française est maintenant un instrument si merveilleux et si complet que\nla vraie jeunesse littéraire flamande elle-même l'emploie pour peindre aussi son rêve ; et\nsous cette forme, qui semble paraître étrangère à M. le ministre, l'idéal flamand s'affirme\navec un éclat que vos poètes de langue flamande n'avaient jamais révélé. C'est un fait. JE\nle constate simplement.\n   Je demande, en terminant, à M. le ministre d'examiner la proposition que vient de\nfaire Jules Destrée : établissement d'une librairie belge à Paris. De quelle manière!\n   J'avoue que je n'ai pas d'opinion faite à ce sujet. La question doit être mise à l'étude.\nMais, je le répète, je prends surtout la parole afin de rectifier une grave erreur, afin qu'on\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                                        — 277 —\n\n  ne dise pas demain, dans la Belgique entière, à la suite de M. le ministre de l'instruc-\n  tion publique, que les Français gardent une certaine méfiance à l'égard de notre littéra\n  ture. C'est le contraire qui est vrai ! Je n'en citerai qu'une preuve. Il y a quelques années\n  déjà, un critique français, — c'était M. de Wyzewa, — émerveillé par la lecture de cer-\n taines de nos œuvres, écrivait : Prenons garde, les Belges vont nous enlever la langue\n  française !\n     Voilà, M. le ministre, ce que les étrangers pensent et disent de nos poètes et de nos\n écrivains ! ( Très bien ! à gauche )\n     M. COREMANS. — Messieurs, si j'ai bien compris l'honorable M. Demblon, la conclusion\n positive de ce qu'il vient de dire serait la création, par le gouvernement, d'une espèce de\n comptoir de librairie pour le débit de nos livres de littérature française belge, à Paris.\n L'idée me paraît très peu pratique. La bonne marchandise finit toujours par trouver des\n acheteurs. Faites de bons ouvrages, messieurs de la littérature française en Belgique, et\n je ne doute pas que vous ne trouviez enfin quelque débit en France et même en\n Belgique.\n     Nous avons eu une littérature française en Suisse, par exemple, et pour ne citer que\nJean-Jacques Rousseau, Töpffer et Cherbuliez, ils ont trouvé des acheteurs en France et\n ailleurs.\n    M. DESTRÉE. — On a précisément créé une librairie suisse à Paris pour la vente des\nauteurs suisses.\n    M. COREMANS. — Avec l'argent du gouvernement suisse ?\n    Croyez-moi, ce n'est pas l'existence d'un comptoir de librairie suisse à Paris qui a pu\nfaire le succès de quelques littérateurs suisses de la langue française.\n    Jean-Jacques a écrit à Paris : alors déjà, comme aujourd'hui, Paris concentrait tout le\nmouvement littéraire de langue française.\n    Cette concentration est surtout vraie en matière de livres : on n'achète en France et en\nBelgique que ce qui vient de Paris. Je parle de la littérature française. La littérature\nbretonne, la littérature provençale, dont a parlé l'honorable membre, n'ont jamais trouvé\npour leurs œuvres de nombreux acheteurs, même en Bretagne, ni en Provence.\n    M. DEMBLON. — C'est une erreur !\n    M. LE PRÉSIDENT. — N'interrompez pas, je vous prie.\n    M. DEMBLON. — Je demande la parole.\n    M, COREMANS. — Je le répète, tout le mouvement littéraire français est concentré à\nParis. Et cela se comprend. Tous les grands hommes de province vont à Paris. Ils\ny tentent la fortune, réclament le baptême de la grande ville. N'avons-nous pas\nvu même nos grands hommes de provinces flamandes aller solliciter les suffrages des\ncritiques parisiens? Et, la camaraderie aidant, le succès a quelquefois répondu à leurs\nefforts.\n    Faites des chefs-d'œuvre. Monsieur Demblon, en langue française : et succès et clientèle\nsuivront. Faites des œuvres originales ; soyez vous-même ; soyez quelqu'un. Mais gardez-\nvous de crier au chef-d'œuvre à propos d'un roman où, à chaque chapitre, je dois\nm'écrier : Ceci est pris dans l'Assommoir, de Zola ; ceci dans Germinal ; ceci dans tel\nautre volume de Zola ! Un pasticheur ne sera jamais un homme de génie...\n    M. DESTRÉE. — Je demande la parole.\n    M. COREMANS. — ... et quoi qu'en disent les camarades dans leurs journaux, il n'est\npas un maître.\n    Laissons la littérature se produire librement ; les chefs-d'œuvre pourront manquer,\nmais au moins nous n'aurons pas la responsabilité des œuvres médiocres ou mau-\nvaises.\n    Mettre l'argent du gouvernement à créer un comptoir de librairie à Paris pour y débi-\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "                                        — 278 —\n\nter aux Français des ouvrages d'auteurs belges ; comment pareille idée peut-elle éma-\nner d'un cerveau parfaitement équilibré? (Rires à droite.) Le gouvernement n'a pas à\ns'occuper de ces choses ; faites de bons ouvrages et la renommée et la clientèle suivront.\n   L'honorable M. Demblon, faisant une confusion dont, sans doute, il ne se rend pas\ncompte, dit, d'autre part, que c'est la littérature de patois qu'il faut encourager. Il y a,\ncomme patois principaux de langue française en Belgique, le patois de Mons, celui de\nNamur et celui de Liége. Chacun de ces patois compte des littérateurs amateurs qui font\ndes chansons charmantes quelquefois et des vaudevilles qui font rire. Mais je ne pense\npas précisément qu'il faille, par des encouragements pécuniaires, pousser à donner une\nefflorescence exagérée à ces littératures de patois.\n   Nous, Flamands, nous ne demandons aucun encouragement pour n'importe quelle lit-\ntérature de patois de langue flamande. Cependant, cette littérature fleurit : elle compte de\nnombreux amateurs, et je renvoie l'honorable M. Demblon à un travail considérable des\nfrères Léopold, des Néerlandais, qui ont publié deux gros volumes sur les patois de langue\nflamande. Dans un ouvrage intitulé Van de Weichsel tot de Schelde (De la Vistule à\nl'Escaut), ils ont rassemblé des bijoux admirables, vrais chefs-d'œuvre de nos différents\npatois flamands et saxons, avec leur prononciation et leur orthographe spéciales.\n   Mais est-ce cette littérature-là qu'il faut encourager? Je ne le crois pas. Qu'on encou-\nrage en Belgique la littérature néerlandaise d'un côté, la littérature française de l'autre:\nc'est bien. Mais laissons là les œuvres de patois français ou flamands. Quand je dis\n« encourager » la littérature, je me trompe peut-être : ce n'est pas d'encouragements que\ndoit vivre une littérature.\n   M. DEMBLON. — C'est vrai !\n   M. COREMANS. — Elle doit vivre d'elle-même, parce qu'elle répond à des besoins\nsociaux. Donnez satisfaction aux appétits artistiques et littéraires de l'humanité et vous\nn'aurez pas besoin des écus de M. le ministre de l'intérieur.\n   M. DEMBLON. — C'est ce que nous disons.\n   M. COREMANS. — Donc pas de protection gouvernementale en matière littéraire. Sous\nle régime du Roi-Soleil, on payait très bien les auteurs qui chantaient ses louanges ; on\nlaissait croupir dans la misère ceux qui n'entonnaient pas d'hymnes en son honneur. Ce\nsystème est odieux et injuste.\n   M. DEMBLON. — Nous sommes d'accord.\n   M. COREMANS. — Si nous sommes d'accord, il serait inutile que je continue. (Hilarité)\n   Créer à Paris un comptoir de librairie pour compte du gouvernement belge serait\nune dépense inutile. La camaraderie rend, d'ailleurs, plus de services qu'un comptoir.\nQu'un auteur belge produise une œuvre plus ou moins originale à certains égards, ne se\ntrouve-t-il pas bientôt un camarade original en France pour comparer l'auteur à Shakes-\npeare, au grand étonnement du monde littéraire des deux mondes? (Hilarité.)\n   Homère, Shakespeare, Rubens, Milton : qu'on les compare entre eux, qu'on les mette\nà la même hauteur. Mais être l'auteur de quelques petites pièces d'un théâtre de ma-\nrionnettes où les interjections « oh! o h ! » et « a h ! a h ! » remplacent trop souvent les\nautres parties du discours, et se voir comparé à Shakespeare, cela dépasse la mesure.\n   M. DESTRÉE. — Vous n'avez pas lu Shakespeare. (Nouvelles          interruptions.)\n   M. COREMANS. — J'ai lu au moins quatre fois autant que vous.\n   M. VANDERVELDE. — Avez-vous lu cet auteur?\n   M. COREMANS. — Certainement! et il n'y a rien de comparable dans ses œuvres a\ncelles de Shakespeare.\n   Je ne crois donc pas qu'il faille employer l'argent belge à faire débiter quelques livres,\nque la camaraderie aiderait à faire vendre : laissons pousser les moutons, ils feront leur\nchemin ! (Rires à droite.)\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                                        — 279 —\n\n     M. DEMBLON. — Je ne tiens pas essentiellement à l'instauration d'une librairie belge à\n  Paris; mais j'attache une grande importance à la littérature belge de langue française.\n J'ai dit que, de même qu'en France il y a une littérature bretonne, une littérature pro-\n vençale, etc , il y a dans notre pays une littérature française que nous pouvons revendiquer\n avec honneur.\n    Je n'ai pas donné au patois wallon une valeur exagérée, mais il répond à l'idéal modeste\n des ouvriers et des campagnards qui ne comprennent pas les grands théâtres : dès lors,\n il faut l'encourager.\n     M. Coremans a fait des allusions transparentes en disant qu'il y avait des écrivains\n belges qui imitaient les français, notamment Emile Zola. C'est de Camille Lemonnier\n qu'il veut certainement parler...\n    M. COREMANS. — Vous êtes donc de mon avis?\n    M. DEMBLON. — Oh! non! C'est une vieille critique et rien n'est moins exact.\n     Il est triste d'entendre des imputations semblables à l'adresse de Camille Lemonnier,\n qui a tant écrit et qui n'a pas 50 ans! Sans doute, chez tout écrivain, il y a des choses à\n contester; mais il ne faut pas oublier ses œuvres originales incontestables et qui ont une\n saveur et une couleur nationales.\n    N'oublions pas la faculté d'assimilation de nos artistes. Pour Rubens, par exemple, ce\n génie incomparable, ne peut-on retrouver le schema de certains peintres italiens, notam-\n ment le Titien? On lui reprochait aussi naguère ces imitations ! Or, qu'est-il resté de ces\n reproches? Un jour aussi on rendra justice à Lemonnier, dont maintes pages demeureront\n toujours ! Quant à Maeterlinck...\n     M. COOMANS. — Mais c'est une réclame cela !\n     M. DEMBLON. — Si vous le voulez, monsieur Coomans, je parlerai de l'Académie des\nfous.\n     M. COOMANS. — C'est un bon livre, cela, et je vous conseille de le lire. (On rit.)\n     M. LORAND. — Un très bon livre!\n  M. DEMBLON. — Je l'ai   lu.\n   M. COOMANS. — Il a eu six éditions, sans réclame! (Nouveaux rires.)\n   M. LORAND. — Et sans subside, j'espère?\n   M. DEMBLON. — On peut être très grand sans être comparable à Shakespeare. Et ce\nn'est pas parce qu'Octave Mirbeau a mis Maeterlinck au-dessus de Shakespeare qu'il faut\nlui dénier tout talent. Si l'on ne devait tenir compte que des écrivains qui égalent Shakes-\npeare, on devrait se borner à cinq ou six génies!\n   Mais on peut citer maints autres écrivains belges remarquables qui ont fait resplendir\nle génie flamand. Oyez, par exemple, ce beau sonnet d'Albert Giraud...\n   M. COREMANS. —                   Un sonnet sans défaut\n                                     Vaut seul un long poème !\n  M. DEMBLON. — C'est Boileau qui l'a dit, Ecoutez donc :\n\n                                 LES CONQUÉRANTS\n                                                                    A CAMILLE LEMONNIER.\n                       Ta gloire évoque en moi ces navires houleux,\n                       Que de fiers conquérants aux gestes magnétiques\n                       Poussaient dans l'infini des vierges Atlantiques\n                       Vers les Archipels d'or des lointains fabuleux.\n                       Ils mettaient à la voile en ces soirs merveilleux\n                       Où le ciel enflammé de rougeurs prophétiques\n                       Verse royalement ses richesses mystiques\n                       Dans le cœur dilaté des marins orgueilleux.\n                       Et les hommes du port demeurés sur les grèves\n                       Regardaient s'enfoncer les mâts comme des raves\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "                                          — 280 —\n\n                        Dans l'éblouissement de l'horizon vermeil.\n                        Et leurs cerveaux obscurs à la fin de leur âge\n                        Se rappelaient encor le splendide mirage\n                        De ces grands vaisseaux noirs entrés dans le soleil !\n                                                                                (Bruit à droite.)\n   Vous relirez ce beau sonnet, Monsieur Coremans, et vous tâcherez de le comprendre.\n   M. DESTRÉE. — Margaritas        ante...\n   M. DE JONGHE d'ARDOYE. — Mais ce n'est plus le budget de l'intérieur, tout cela!\n(Protestations à l'extrême gauche.)\n   M. A. D E FUISSEAUX. — Ils ne comprennent rien à droite de ce qui concerne la litté-\nrature ! Il ne comprennent que les distributions de dividendes. (Bruit.)\n   M. DEMBLON. — Encourager l'art, sans distinction d'école ou d'artistes, voilà ce que\nM. Coremans n'a pas compris! Nous ne voulons pas que vous fassiez une sélection et\nque vous ne favorisiez que les écrivains officiels, dont la gloire a toujours été très éphé-\nmère. (Très bien! sur les bancs socialistes.)\n   M. DESTRÉE. — Je fais miennes toutes les paroles de notre ami Demblon, mais j'estime\nqu'il ne faut pas prolonger cette discussion littéraire, la Chambre ayant du reste démontré\npar son attitude qu'elle est loin d'être une académie.\n   M. DEMBLON. — Une académie de fous!\n   M. DESTRÉE — Nous sommes d'accord avec M. Coremans pour revendiquer l'indé-\npendance absolue de l'art : il ne peut être domestiqué. Mais nous croyons devoir préco-\nniser certaines mesures utiles, parmi lesquelles la création d'une librairie belge à Paris.\nQu'on examine si la chose est possible : elle aurait ce bon côté de favoriser tous les écri-\nvains belges indistinctement.\n   M. Coremans a essayé de diminuer l'efflorescence littéraire belge actuelle. Nous avons\ndes artistes littéraires que l'Europe imite, qui font partout des disciples, et c'est au par-\nlement national qu'on cherche à les diminuer au lieu de les montrer fièrement ! (Très\nbien ! sur les bancs socialistes.)\n   M. Coremans a parlé de camaraderie; il ignore sans doute qu'Octave Mirbeau ne con-\nnaissait pas Maeterlinck lorsque, à la lecture de ses œuvres, il écrivit ses articles du\nFigaro.\n   Quand nous voyons des jeunes manifester du talent, encourageons-les, n'appuyons pas\nde notre autorité l'indifférence de la bourgeoisie! Crions-leur : Bravo! au contraire, afin\nqu'ils dotent le pays de chefs-d'œuvre. (Très bien ! sur les mêmes bancs.)\n   M. COOMANS. — Il n'y a pas de littérature nationale : il n'y a qu'une littérature du bon\nsens dans le monde entier. (Bruit.)\n   M. COREMANS. — Je constate que M. Demblon a renoncé à son idée de la création d'un\ncomptoir de littérature belge à Paris...\n   M. DEMBLON. — Pas du tout! J'ai demandé l'étude de la question.\n   M. COREMANS. — O h ! cette étude ne coûtera guère et aboutira à un refus. Nous\nn'avons jamais demandé la création de comptoirs littéraires flamands à La Haye ou à\nAmsterdam.\n   Quant au sonnet que M. Demblon nous a déclamé, il nous l'a présenté comme un son-\nnet sans défauts; moi, je le trouve très peu clair et je demande notamment ce que peuvent\nbien être ces « vierges Atlantiques «dont il y est fait mention ? (On rit à droite.) Jeneles\nai jamais rencontrées jusqu'ici ! J'ai bien entendu-parler des vierges du Parnasse...\n   M. DESTRÉE. — Et des demi-vierges ! (Bruit.)\n   M. COREMANS. — Mais l'honorable membre ferait plaisir à la Chambre en les lui faisant\nconnaître d'un peu plus près !\n   M. DEMBLON. — Je renonce à expliquer à M. Coremans ce sonnet, qui me paraît\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                    —    281   —\n\nsuffisamment clair par lui-même : ce serait faire injure à la Chambre que de l'expli-\nquer!\n  J'ajoute que je ne suis pas l'ami des hommes dont j'ai parlé et que je ne connais notam-\nment pas Maeterlinck.\n  M. COREMANS. — Et les vierges Atlantiques? (Nouveaux rires à droite.)\n  M. DEMULON. — Je vous l'expliquerai tantôt si vous le voulez.\n                                                             (Séance du 10 juillet.)\n\n   Et voilà.\n   Je me résigne très facilement, en ce qui me concerne, à ne pas être com-\npris par le spillebout Coremans et à écrire des sonnets qui, selon l'élégante\nexpression du spillebout de Jonghe d'Ardoye, ne sont pas le budget de l'in-\ntérieur. Mais j'aurais mauvaise grâce à m'étendre sur le côté personnel de\nl'incident. Je ne le rappelle que pour avoir l'occasion de répondre à un cor-\nrespondant anonyme, qui a cru m'embarrasser prodigieusement. « Vous\nvoyez bien, m'écrit-il, que les socialistes sont seuls à défendre la littérature\nau Parlement. N'est-il pas naturel, dans ces conditions, que les littérateurs\naillent vers le socialisme? »\n   Si mon correspondant anonyme a moins de quinze ans, je lui pardonne\nsa naïveté, sinon, pas. La confusion qu'il fait est par trop grossière. Si\nM.Jules Destrée et M. Célestin Demblon ont défendu à la Chambre notre\nmouvement littéraire, c'est tout simplement parce qu'avant de se lancer\ndans la politique et de s'asseoir parmi les spillebout, ils étaient ce qu'ils sont\nencore : des littérateurs. Si au lieu d'être les amis politiques de M. Vander-\nvelde, ils avaient été ceux de M. Bara, ou de M. Woeste, ou de M. l'abbé\nDaens, leur langage eût été le même.\n    La Jeune Belgique remercie cordialement ceux qui l'ont défendue, mais\nelle n'en maintient pas moins, avec la même énergie qu'auparavant, la\nnécessité de séparer la littérature et la politique. Elle ne fera pas même\nremarquer aux journaux ministériels que l'attitude des spillebout pourrait\n pousser plus d'un jeune écrivain, dénudé de philosophie, dans les bras du\n troisième parti. Nous sommes de ceux qui ne se fâchent point lorsqu'ils\n voient les « corps constitués » se conduire selon la loi qui préside à leur\n développement naturel. Nous nous inquiéterions seulement dans l'hypo-\n thèse, d'ailleurs, chimérique, où les spillebout, catholiques, libéraux ou\n socialistes, déclareraient qu'ils nous ont compris.\n\n\n                                                             A L B E R T GIRAUD\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "                          — 282 —\n\n\n\n\n             CONVALESCENCE\n    Ne parle qu'à voix basse, ô mon amie! et laisse\n    Tes mots harmonieux couler avec mollesse,\n\n    Pour que — les yeux mi-clos et le front renversé —\n    J'en sois jusqu'à la nuit languissamment bercé!\n\n    Lorsque ma bouche implore un aveu, ne prononce\n    Qu'une mystérieuse et tremblante réponse,\n\n    Où l'on ne sente encor se trahir qu'à demi\n    La complète union de l'amie à l'ami!\n\n    Voile un peu ce bonheur, si tu veux que je vive ;\n    Car mon faible regard craint sa clarté trop vive...\n\n    Même, pourquoi parler dans l'extase? et que sert\n    De troubler notre paix d'un aussi vain concert?\n\n    L'aveu qui de nos yeux attendris se dégage,\n    De notre chaste amour est le plus beau langage ;\n\n    Regardons-nous longtemps : c'est le seul entretien\n    Qui puisse encor verser tout mon cœur dans le tien!\n    Pour la tranquillité de nos béatitudes\n    Les mots sonnent trop haut, — les plus doux semblent rudes :\n\n    Car un bonheur si calme est un ange couché\n    Qui, s'éveillant au bruit, s'envole effarouché...\n    Que tes baisers soient lents à fleurir leurs corolles !\n    Ne presse ma langueur qu'en des étreintes molles!\n\n    De la sorte, en mon cœur déjà convalescent.\n    Par degrés lents et doux la guérison descend.\n    Mais il est frêle encore, — et lorsqu'un rien l'effleure,\n    Le voilà, cet enfant! qui s'attriste et qui pleure!\n\n                                              FRANZ ANSEL\nril 1894.\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                                — 283 —\n\n\n\n\n              QUELQUES PROPOS\n               Action et réaction, c'est à peu près le mouvement de la jambe\n                gauche et le mouvement de la jambe droite. Quand l'une s'est\n                avancée, à l'autre d'en faire autant. La jambe droite est réac-\n                tionnaire de la jambe gauche et réciproquement.\n   Le balancier de l'horloge se meut de droite à gauche, puis de gauche à\ndroite. Les âmes naïves peuvent le prendre pour un pauvre réactionnaire\nqui revient sans cesse sur le chemin qu'il vient de parcourir; l'homme intel-\nligent regarde plus haut, il voit l'aiguille qui avance sur le cadran, il sait\nque dans le va-et-vient du balancier chacune de ses oscillations est un pas\nvers l'avenir.\n   Des deux mouvements du cœur, systole et diastole, l'un est la réaction de\nl'autre ; il serait un homme étonnamment progressif celui qui n'admettrait\nque l'un des deux mouvements et s'efforcerait d'empêcher l'autre par haine\nde la réaction !\n   Lorsqu'un mouvement touche à sa fin, rien n'est plus progressif que de\n passer à la réaction. Les attardés, les arriérés, les vraies « vieilles per-\n ruques » sont les hommes peu clairvoyants qui s'obstinent à pousser le\n balancier au delà de sa course naturelle, à faire un second pas de la même\n jambe, à aspirer de l'air lorsque les poumons sont déjà remplis.\n\n                                     ***\n   En France, le mouvement romantique, c'est-à-dire la littérature subjec-\ntive, individualiste et germanique touche à sa fin. Le romantisme réagissait\ncontre deux siècles de littérature classique : il déchaîna une véritable tem-\npête d'individualisme. Sous l'influence des idées de 1848 peu à peu une\nvague réaction se dessina et l'on vit s'ébaucher une littérature naturaliste,\nqui prétendait être objective. Elle ne fut objective et naturaliste qu'à demi\net son bruyant pontife, M. Zola, dans ses meilleurs ouvrages est encore tout\nruisselant de romantisme.\n   D'ailleurs, en face de l'école naturaliste se développaient les groupes\n mystiques, symbolistes, anarchistes, etc., où l'individualisme était poussé\n jusqu'aux plus invraisemblables excès. C'est le commencement de la fin.\n L'heure est venue de songer à la réaction.\n   Déjà au mois de janvier 1893 le directeur de la Jeune Belgique écrivait :\n                                                                      18\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "                                    -   284    -\n\n« Proclamer cette réaction ce n'est pas reculer dans le passé, c'est marcher\nvers l'avenir. »\n\n\n   Depuis lors des faits nombreux sont venus lui donner raison. M. Brune-\ntière a publié son Evolution de la Poésie lyrique en France au XIXe siècle;\ndans cet ouvrage, peut-être dogmatique à l'excès, il établissait la presque\nidentité de ces termes : romantisme, lvrisme, subjectivisme ou individua-\nlisme et il concluait à la réaction. M. de Wyzeva vient de réunir en un\nvolume divers articles de critique. L'un de ces articles, inséré dans la Revue\nbleue du 24 novembre 1894, commence ainsi :\n   « J'ai une heureuse nouvelle à vous annoncer. Je crains seulement qu'elle\n« ne vous paraisse pas aussi heureuse qu'à moi ni même aussi certaine.. ..\n« Mais voici : il me semble que nous allons bientôt voir se lever ce fâcheux\n« brouillard qui depuis dix ans s'est appesanti sur l'esprit français. Toute\n   sorte de goûts et de besoins renaissent dans les âmes qu'on pouvait\n« croire à jamais disparues : le besoin de simplicité, le goût de l'ordre et de\n« la clarté. On se fatigue de l'abstrait et du compliqué, des symboles obs-\n   curs, des vagues théories, de cette indétermination qui sans cesse deve-\n   nait plus grande dans l'expression et dans la pensée. Je sais tels des mieux\n« doués des peintres et des poètes de ma génération qui s'occupent mainte-\n   tenant à réapprendre le dessin classique et l'ancien métier du vers. Et déjà\n« le public lui-même, par degrés, se reprend à aimer les tableaux bien des-\n   sinés, les poèmes bien rimes et la musique bien écrite. On a assez du\n« brouillard : les veux si longtemps voilés se rouvrent enfin à la pleine\n« lumière.\n   « C'est du moins ce qui me semble. Et il me semble aussi que, du même\n« coup, l'attention se détourne du Nord où si longtemps elle s'était\n« attardée. La période Scandinave de la littérature française me paraît déci-\n   dément approcher de sa fin. Les nouveaux génies septentrionaux qu'on\n« nous exhibera désormais risquent fort de nous ennuyer : nous avons notre\n« compte des surhommes et des femmes de la mer; les fiords ne nous\n« disent plus rien ; et il n'y a pas jusqu'à notre anglomanie qui ne com-\n   mence à se refroidir. »\n   La joie que donne cette réaction à M. de Wyzeva le rend peut-être un peu\ninjuste. Certes, il est temps que ce changement s'accomplisse; le moment\nest venu d'abandonner les surhommes et les femmes de la mer, mais il a\nété bon et utile de les recevoir; si cette utilité a cessé d'être, elle n'en a pas\npas moins existé à son heure.\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                                   — 285       -\n\n   Mais c'est là, déjà, de l'histoire ancienne, et à n'envisager que le présent et\nl'avenir, M. de Wyzeva a mille fois raison et ses espérances sont aussi les\nnôtres.\n                                        ***\n\n   L'Art moderne disait dernièrement que l'art ne saurait être enfermé et\nimmobilisé dans des formules immuables. Nous en tombons volontiers\nd'accord. L'art change sans cesse. Ainsi l'humanité s'incarne dans des mil-\nlions d'individus différents, dans diverses races et diverses civilisations.\nNéanmoins, tous ces hommes sont des hommes et si fort qu'ils diffèrent ils\npossèdent une nature commune. Toutes leurs divergences se meuvent\nautour d'un point fixe qui leur est identique et immuable essence, laquelle\nest la loi de tous ces individus et de chacun d'entre eux (1).\n   De même, sous les changements de l'art se trouvent des éléments stables.\nQuand on dit que l'art n'a pas de loi on se trompe aussi profondément que\nlorsqu'on le proclame immobile et immuable.\n   La versification est un art et cet art a ses lois : lois universelles, vraies\ndans tous les temps et dans tous les lieux (cela se résume en ces deux\npoints : harmonie des sons et logique) ; — lois inhérentes à la race; — lois\nparticulières à l'époque, — enfin, lois personnelles à tel groupe ou à tel\nindividu.\n   Ce sont là, dirait-on, des couches de lois superposées, d'autant plus\nvariables qu'elles sont plus superficielles, d'autant plus immuables qu'elles\nsont plus profondes. Contre les lois universelles, rien à faire jamais. Contre\nles lois de la race, rien à faire aussi longtemps que la race est vivante et\nflorissante. Contre les lois inhérentes au lieu ou au moment on peut se\npermettre la révolte à tout moment et en tout lieu. Les règles particulières\nà une personne ou à une école peuvent être utilement niées par une autre\nécole ou une autre personne. D'habitude, les chefs-d'œuvre portent l'em-\npreinte également du cachet personnel de leur auteur, du sceau de leur\ntemps et de leur race, et du signe profond de l'art éternel.\n   La versification française, syllabique et rimée, est née au moyen âge\navec la langue française, de la même source latine ; elle s'est perfectionnée\n ou transformée avec la langue, au XVIe, au XVIIe, au XIXe siècles. C'est un\n produit organique et historique, conforme au génie de la race. Abolir la\n\n\n  (1) Même en admettant la transformation des espèces, on peut, au point de vue qui\nnous occupe et à raison de l'extrême lenteur de la transformation, considérer l'espèce\nhumaine comme fixe et immuable dans ses caractères essentiels.\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "                                 — 286 —\n\nrime et le rythme syllabique, c'est violer la versification française dans son\nessence nationale, c'est faire œuvre vaine et stérile aussi longtemps que la\nrace française subsistera. Voilà pourquoi je combats le vers libre, qui est\nune aberration d'importation étrangère. Je lui fais la guerre non point parce\nque c'est une nouveauté, mais parce que c'est un dévoiement. Puisqu'il\nfaudra, tôt ou tard, sortir de la mauvaise voie, mieux vaut ne s'y pas engager\ndavantage.\n   Et s'il est vrai qu'une réaction vraiment française se préparé contre les\ninfluences exotiques, romantiques et individualistes, on peut penser si le\nmoment est bien choisi pour abandonner le vers traditionnel de la poésie\nfrançaise en faveur de cette mélopée sans loi objective, qui n'a d'autre\nrègle que le caprice de chacun et qui répugne au génie national !\n\n\n\n   Mais, me dira-t-on, qu'est-ce que cela vous fait et de quoi vous mêlez-\nvous?\n   Il serait plus sage que je me contentasse de faire des vers à ma guise sans\nprêcher personne. J'en conviens sans difficulté. Si j'étais Français et si je\nvivais à Paris, je m'inquiéterais fort peu, je crois, de ces inventions et de\nces controverses, sachant que le temps sépare le bon grain de l'ivraie et les\nbons vers des méchantes pantalonnades. Je m'efforcerais de pratiquer mon\nart du mieux que je pourrais, sans m'occuper de haranguer les passants.\n   Mais tel n'est pas mon cas. J'habite un petit pays, qui parle le français,\nmais qui ne pratiquait guère la poésie avant ces vingt dernières années.\nMes amis et moi nous avons tenté d'instaurer chez nous l'art de la poésie\nfrançaise; voilà pourquoi nous ne pourrions rester indifférents à ce qui\npeut favoriser nos efforts ou les contrarier.\n   Quand nous débutâmes, nous dûmes lutter avec violence contre les\nvieilles routines, les lourdes indifférences et les volontés hostiles. Le sol\nstérile et dur que nous voulions ensemencer, il fallait d'abord le briser et y\nfaire passer la charrue. Nous l'avons fait. Et le sillon à peine creusé, nous\ny jetâmes à pleines mains les premières semences poétiques. Beaucoup de\nplantes ont poussé et fleuri ; il en doit pousser et fleurir beaucoup d'autres\nencore. Mais il se trouve parmi nous des laboureurs insensés et des jardi-\nniers déments qui ne veulent point abandonner la bêche et la charrue, bien\nque le temps du labour soit passé, et qui s'obstinent à retourner le sol sans\nrelâche. C'est contre eux désormais que nous avons à défendre notre œuvre\net nos espérances.\n   Puisque les sciences occultes sont à la mode, je veux leur emprunter un\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                                 — 287 —\n\nsymbole. L'androgyne magique porte inscrit sur l'un de ses bras le mot\nsolve, et sur l'autre coagula. Dissoudre et coaguler, ou, selon le langage\ndes alchimistes, volatiliser et fixer, c'est l'a formule des réalisations. Abats\nles obstacles et accomplis ton œuvre. Ainsi avons-nous fait. Il nous a fallu\nd'abord déblayer le terrain. Nous avons abattu les vieilles ruines qui l'en-\ncombraient, employant avec un juvénile entrain la pioche et la mine. Le sol\naplani, la terre creusée, les premiers fondements établis, nous nous sommes\nmis à élever de notre mieux les premiers étages du monument poétique que\nnous rêvions de construire à la gloire de notre patrie et de consacrer à la\nMuse française. Que viennent donc faire ici les ignorants retardataires qui\nne cessent de parler de pic, de marteau, de levier, de poudre et de dynamite?\nLeur heure est passée. Il s'agit de bâtir. La place appartient à l'équerre et\nà la truelle! Mais il faut éloigner de nos travaux les fous dangereux. Nous\nimiterons donc les légendaires constructeurs du temple, qui, armés à la fois\nde la truelle et de l'épée, étaient toujours prêts à défendre leur œuvre sacrée\ncontre les assauts de l'ennemi.\n                                                       IWAN GILKIN\n\n\n\n\n                                VERS\n                          LE PREMIER AMI\n\n                Ses yeux brillaient d'un feu si clair\n                Que souvent j'ai voulu les prendre.\n                Je suis sûr qu'il dut me comprendre\n                Bien qu'il n'en eût pas toujours l'air.\n\n                J'aurais, le sens intime ouvert,\n                — Je n'ai cure de le prétendre —\n                Pu soupçonner une âme tendre\n                Dans la caresse de son flair.\n\n                Propre, jamais souillé de boue,\n                Il posait souvent à ma joue\n                Un baiser que je lui rendais.\n\n                Tel un ami vrai, doux et sage,\n                Tel m'apparaît dans mon bel âge\n                Le chien du docteur ostendais.\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "                     — 288 —\n\n\n                  MON CHEVAL\n\nJe le veux mince et court, le rein froid, l'œil perfide,\nBai brun ou noir de jais; le crin soyeux et long;\nCou de cygne cambré; jument, hongre, étalon.\nN'importe; mais nerveux, galopant très rapide,\n\nTrottant haut et très sec, ruant à l'éperon;\nMordant rageusement son mors ; tendant sa bride ;\nEt sur un sol de neige ou sous un ciel torride\nMarchant du même pas rythmique et fanfaron.\n\nJe le veux vicieux, intraitable, fantasque :\nJe hais un cheval mou. toujours docile, flasque,\nEsclave au caractère uni comme un velours.\n\nMa grande volupté, c'est briser ses révoltes :\nC'est malgré ses reculs, ses cabrures, ses voltes.\nLe mener où je veux, maître, et maître toujours.\n\n\n         LE TOMBEAU DU CROYANT\n\nII dort sous le dais vert en la blanche coupole :\nSon cercueil est voilé d'éclatants  oripeaux,\nAccrochés aux parois s'effrangent des drapeaux\nEt sur le pavé rouge un bouquet s'étiole.\n\nAux vapeurs de l'encens l'acre odeur des troupeaux\nSe mêle, et l'oraison des nomades s'envole\nVers le ciel des houris où dans une auréole\nLe marabout savoure un éternel repos.\n\nPieds nus je suis entré dans la riante salle :\nAllah! je veux aussi toucher du front la dalle\nQui lui servait de couche, et baiser son burnous.\n\n\nSaïdna, si (ennuyant aux genoux du prophète\nIci tu viens parfois errer, l'âme inquiète,\nQue penses-tu de toi? que penses-tu de nous?\n\n                                  EDOUARD BERNAERT\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                                 — 289 —\n\n\n\n                         LA VEILLE\n              Les cigarettes brasillantes, tandis que les auditeurs suivaient du\n                regard, en des étirages de lignes paresseuses, la sinueuse indo-\n               lence de la fumée, bleue et transparente comme une aile de\n               libellule, René se mit à lire : « On a peur la veille des grands\njours pressentis, quand nous attend peut-être une joie décisive, où notre vie\ns'enroulera, pareille à de certaines plantes, autour d'un pieu. Une frayeur\nnous vient de sentir la fragilité de nos yeux devant le soleil qui descend ;\négalement un peu de suivre le battement d'horloge de notre cœur. On est\nsi mince chose : de l'eau dans le creux d'une main, et qui s'écoule, comme\nà regret, entre les doigts. Il en est qui meurent devant leur verre vidé, la\nlèvre humide encore d'une finale perle de vin, en des bras d'ivresse; mais\ntous n'ont pas cette inconscience, et peu vont la puiser dans une coupe. Le\nprésage d'une joie à goûter au lendemain, d'une joie qui vaudra toutes les\nautres, d'une joie meilleure que toutes les autres, fait que nous tremblons\nde ne pas en approcher et de trop tôt disparaître. On finit par se sentir très\nfaible sous le poids de cette idée, si faible qu'on cherche appui dans un vieux\net amical fauteuil, près des rideaux de mousseline. Les bons rideaux et le\nbeau jardin qu'ils voilent : un jardin d'avant la brise, où tous les lys sont\nrigides, où fuse un calme jet d'eau, où le chemin s'ourle d'une plate bande\nde violettes.\n   S'enveloppant tout entier de religieuse paix, par ce soleil lentement à la\ndérive sur une mer de pourpre, le paysage impose à toute préoccupation\npénible, un silence fait de sienne sérénité. Comme un défilé lent de chape-\nlet, naissent successivement une foule de pensées, puériles et si blanches\nqu'on pourrait dire : « Un vol blanc d'oiseaux s'est abattu sur le jardin,\nparmi les lys. »\n   Entre tant d'autres, une, surtout enfantine, m'incite à glisser la main\nsous une nappe de soleil. Comme pour celle de la table eucharistique,\ns'allongent mes cinq doigts, où la pudeur du sang afflue soudain, sous le\nbaiser de la lumière. Et je communie dans la vie, de tout l'embrasement de\nma main, dressée sur la gloire du crépuscule. Mes doigts, ainsi que des\ncires allumés, attestent mon cœur solide et sa résolution de longtemps\nvivre. Un ravissement de ce sang et de cette chair me passe dans les yeux\net dans tout l'être. Dans tout mon être un espoir se dresse et respire.\n   Car ce sang est l'essence de mon rêve et de ma foi : J'ai vu des arbres, oh\noui ! j'ai vu des arbres de printemps, mirer au soleil la sève de leurs\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "                                   — 290 —\n\nbranches ; je me suis dit alors que mes mains se fleuriront de baisers, et mes\nlèvres d'autres baisers rendus; je me suis dit alors que mon amour pouvait\ngrandir et enclore tout le ciel.\n    Seigneur, je ne suis pas de ceux qu'étourdit le rire des chemins; la chan-\nson que de bouche en bouche on colporte est de la fausse joie ; je sais que le\nbonheur est au dedans de nous, qu'il faut le préserver des deux mains\ncomme une très petite lumière, contre la bourrasque. L'amour est sujet à\ns'éteindre aussi bien que nos yeux, à ne plus voir; car la nonpareille chair\nque tu fis, en preuve de la royauté de l'homme sur les choses, car la chair\n de la femme, en son manteau de chevelure, est bafouée. Il en est qui ne\n croient pas en son enfance, il en est qui, devant elle, n'éprouvent qu'un\n besoin de sarcasme ou de baisers déments. Je ne suis pas de ces gens-là, Sei-\n gneur !\n     Pour ton œuvre, dernière et suprême, je n'aurai que des fleurs étalées sur\n sa venue; je n'aurai que beaucoup d'adoration, et mes genoux dans le\n gazon et dans les fleurs; infiniment d'a'mour aussi, Seigneur! Je lui ferai,\n pour prix de son sourire et pour prix de sa beauté, l'offre de mon cœur et\n tout ce qu'il contient de pensées bonnes. Mes regards pour elle seule, ainsi\n que mes paroles, j'attendrai que sa main s'enferme dans la mienne. J'atten-\n drai que ses yeux soient aussi à moi seuls, et que j'y règne entier, de même\n que sur ses lèvres. Je goûterai les joies que l'on trouve à ces lèvres ; j'y pui-\n  serai ma force et la paix de mes veines ; j'y puiserai mon rêve et l'éclat de\n mes yeux ; et dans les yeux à elle, extasiée, en ces miroirs aussi je puiserai\n mes joies, je puiserai mes joies en ces miroirs d'extase.\n     Pour que j'atteigne mon espoir et que ma main cueille les joies, accor-\n  dez-moi des lendemains encore. Accordez-moi des lendemains pour affirmer\n  mon amour et pour en attester la magnificence à moi-même, pour en\n  éblouir mes propres regards. Accordez-moi des lendemains, pour que mon\n  cœur mûrisse et se dilate, pour que l'allée de mes yeux se pavoise, pour que\n  le rêve existe en mes mains jointes. Seigneur, que cela soit de par votre bonté\n  et votre toute-puissance, faites que mon cœur et mon être se réjouissent en\n  les clairs chemins d'allégresse ; faites que mon espoir soit moindre que la\n  réalité construite par vous ; faites que je me sente entraîner par les remous\n  d'une joie, grande et large comme la mer ! Faites aussi que je me noie dans\n  un tombeau de bonheur ; que je disparaisse, les pieds liés du plomb de mon\n  bonheur ; que nul effort tenté pour garder mes paupières ouvertes, je gagne\n  un songe d'éternité délicieuse. Car, toute l'envergure de mon espoir\n   déployée, le cœur empli d'un chant de gratitude, je m'en irai dormir dans\n   la paix profonde des épis nourriciers et des vignes. »\n                                                         ADRIEN GUILLON\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                                                   —     291     —\n\n\n\n\n             CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n   La Tétralogie : L'Anneau               du Nibehing,         par RICHARD WAGNER (traduction par M M . de\nBrinn' Gaubast et B a r t h é l é m y ) P a r i s , D e n t u . — Histoires  désobligeantes,      par LÉON BLOY.\nParis, Dentu. - - Les Raisons de Pascalin,                      édition du Mercure      de France; Sur           Deux\nNomarques de lettres           ( B i b l i o t h è q u e de la Plume);      L'Ami     inconnu,     par M. LÉON\nRIOTOK. Paris, L e m e r r e . — Le Cœur et l'Esprit,                 par GUSTAVE G E F F R O Y . Paris, C h a r p e n -\ntier. — Après Amour,         p a r CH. DE ROUVRE. Paris, Bibliothèque d e la Plume.                         — Les\nCheveux, par LÉON T R I C O T . L i é g e , Miot. — Hélie, d r a m e , par LÉON PASCHAL. Revue\nwallonne. — Vers l'âme, p a r M. V. RF.MOUCHAMPS (collection du Réveil).\n\n\n\n              La conception originelle de Wagner avait rêvé, probablement,\n                pour Bayreuth, une sorte de temple de l'art allemand où con-\n                voquer à des féeries périodiques, des festivals sacrés, les\n                nations de la Germanie. La parfaite et intégrale exécution des\nœuvres de Bach, Beethoven, Haydn, Mozart, etc., les représentations du\nRing, auraient communiqué aux pèlerins de ces olympioniques musicales,\nravis à leur milieu et à leurs pensers ordinaires, une sorte de patriotisme\nintellectuel, de nouvelles notions et plus hautes ; traversé leur âme du\nsillage d'ennoblissants souvenirs, d'exemples souverains...\n   Le choix même des mythes ravivés par la prodigieuse volonté du maître\nne denonce-t-il point ce dessein? En effet, les chansons de geste norraines,\ncette tradition préhistorique et semi-fabuleuse des Eddas, des sagas Scan-\ndinaves et du Nibelungen-Nôt, les conflits théogoniques et politiques célé-\nbrés en ces épopées sont familiers au public allemand autant, certes, que\npouvait l'être l'histoire des Atrides ou d'Œdipe aux auditeurs d'Eschyle et\nde Sophocle.\n   Et, aussi, le cycle wagnérien porte, précisément, les marques des oeuvres\nhumaines prédestinées à la mémoire populaire, telles que l'Iliade et\nL'Odyssée, la Divine Comédie, le théâtre de Shakespeare, — accessibles\nsous leur aspect immédiat à la pluralité des intelligences, et prestigieuses;\net qui, toutefois, recèlent d'autres et infinies acceptions, virtuelles, seule-\nment, pour la catégorie supérieure des esprits. A l'égal de la vie même,\nelles apparaissent complexes et simples, littérales et mystérieuses ; et chacun\nen jouit selon l'amplitude de sa perspicacité esthétique, l'étendue de son\nhabilité d'étonnement et d'émotion.\n   La visible beauté du Temple luit aux yeux de la foule, la charme et fas-\ncine son rudimentaire instinct d'eurhythmie; mais le symbole qu'il pro-\nclame et glorifie, son hermétique splendeur, intrinsèque et plastique, sont\nefficaces pour l'unique initié...\n   — Les ouvrages de Wagner incitent à d'involontaires parallèles, à d'ellip-\ntiques assimilations, séduisantes, plutôt, souvent, qu'exactes : — on dirait,\npar exemple, que la mélodie et la polyphonie, — la prédominance de la\nligne ou de la couleur, — le structure grecque ou gothique, sont les formes\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "                                  — 292 —\n\nnécessaires de deux imaginations opposées, entre lesquelles, parfois, l'admi-\nration hésite.\n   Gluck module la douleur individuelle d'Orphée et les inflexions de la\npériode musicale sculptent, pour ainsi dire, le profil mélodique du héros,\nla noble stature passionnée de l'hiérophante dont le seul aspect, sur l'horizon\nlumineux, domine et subjugue l'univers et perturbe le cours immuable du\nDestin.\n   La douleur de Wotan est celle du Monde, au milieu duquel, malgré sa\nsuprématie, le Dieu se sent impliqué et dont il subit les lois. Le monde\nconcourt, sans cesse, au drame, réfrène, paralyse ou précipite les actes des\npersonnages. La mer, le fleuve, la forêt, la montagne interviennent, élèvent\nla voix, s'énoncent par l'organe de leurs interprètes naturels, les oiseaux,\nles ondines, les elfes... La puissante frondaison orchestrale de la Tétra­\nlogie, l'enchevêtrement ramifié et prodigieux de ses thèmes ; ses motifs\nconducteurs amalgamés, modifiés, résorbés, en cette espèce d'atmosphère\nsymphonique ambiante, décor ondoyant, rideau fluide d'harmonies et de\nlueurs ; — toute cette énorme vie compliquée et multisonante résume la\nvision, d'abord panthéiste, du poète : — l'homme et la nature s'étayant,\nparticipant l'un de l'autre, antagonistes ou complices, mais indissociables.\n   Tout se subordonne et se présuppose; chaque geste, chaque parole,\nchaque désir vont retentir et se répercuter, rencontrer le secours ou l'obs-\ntacle, l'énergie favorable ou l'inertie adverse... Et cet organique conflit, la\nlutte et l'émulation éternelles, la hiérarchie armée des êtres et des choses\ns'expriment dans les accents sinués, la complexité des timbres, le choeur\nnuancé et sublime, les échos indéfinis de cette musique.\n   On ne peut laisser d'évoquer les estampes de Dürer, ses paysages habités\nde présences étranges : — forêts minutieuses où l'erratique chevauchée du\nseigneur, flanqué de la Folie et de la Mort, s'escorte de bêtes fourbues et\nhaletantes; — dont mille insatiables regards d'animaux rampants, velus,\nailés, juchés sur les arbres, surgis d'entre les taillis, — d'insectes hissés\nparmi les herbes et les fleurs, accompagnent et surveillent le passage.\n   Les architectes du moyen âge brodaient et enjolivaient leurs cathédrales\nd'une flore enchantée, les peuplaient d'une grouillante faune grimacière et\nchimérique qui, suspendue aux balustrades, réfugiée dans le chapiteau des\ncolonnes et les encoignures, introduit auprès de l'autel l'effigie embléma-\ntique de la nature inférieure, la rend, ainsi, témoin de la liturgie, l'associe\nsymboliquement, au culte... Et, en un sens analogue, l'œuvre total de\nWagner pourrait être envisagé comme le merveilleux et puissant édifice,\narcbouté de légendes, dont les assises et les étages se superposent pour\nériger très haut, dans l'azur et la gloire, le pur tabernacle de Parsifal...\n   Ces réflexions condensées à propos de la traduction de la Tétralogie, par\nMM. de Brinn' Gaubast et Barthélémy, serviront de compte rendu à cet\nexcellent volume auquel toute réclame, d'ailleurs, est inutile. Ces poèmes\ndramatiques, dont Wilder avait donné un si extravagant simulacre, en\nvoici une version littérale, autant que possible, subtile, et éclaircie d'un\ncommentaire musicographique et linguistique abondant et judicieux qui\najoute encore à l'attrait de ce louable livre.\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                                  — 293 —\n\n\n\n   M. Léon Bloy s'est constitué le héraut, ou mieux, le gonfalonier de\n nobles idées, de justes doctrines, à la vigoureuse défense desquelles il\n dépense un courage et une éloquence également extrêmes. Sa sincérité,\n certes, ne saurait être suspectée; mais l'on pourrait croire que son naturel\n tempérament belliqueux, l'ardeur polémique de son esprit ont dirigé son\n choix, à l'origine, plutôt que l'évidence de la vérité; — le discrédit actuel\n de celle-ci, la foule de ses détracteurs, offrant une carrière presque illimitée\nà l'audace et aux armes de l'écrivain...\n   — A l'analyse, et abstraction faite des invectives, les Propos d'un entre­\npreneur de démolitions, le Désespéré, Un Brelan d'excommuniés, ne\nlaissent qu'un assez maigre résidu de substance personnelle. Des phrases,\nsouvent, revêtent d'impérieuse et rude majesté, intiment d'un ton bellement\nhautain, presque providentiel, parfois, des opinions ou des dogmes absolus;\nmais l'accent monotonement outré, la virulence ininterrompue, l'extraor-\ndinaire vocabulaire, magniloquent et ordurier, de ce style oratoire; ces suc-\ncessifs ouragans d'injures érudites, en même temps, et poissardes, amènent\nle lecteur à une rapide satiété.\n   M. Bloy associe étrangement, en effet, à une rhétorique puissante, à des\nvirtuosités verbales excessives, une monstrueuse copromanie; la dilection,\non dirait presque la vocation, de l'hyperbole et de l'image scatologiques !\nC'est une façon de saint Jean-bouche-d'égoût!\n   La morbidité de ce phénomène se dénonce, surtout, en des ouvrages tels\nque ces Histoires désobligeantes ourdies, elles aussi, de vociférations et de\nfécales métaphores, sans plus l'excuse de la controverse ni de la colère. —\nCes contes sont satiriques, peut-être, dans l'intention de l'auteur; mais on\nn'affronte pas la souillure du cloaque, fût-ce pour s'instruire... Quel ensei-\ngnement — que l'on y chercherait, en vain, au reste, — quelle leçon\nrachèteraient l'ignominie de fictions semblables au conte qu'il intitule Le\ncabinet de lecture?...\n                                     ***\n   Ces Raisons de Pascalin, publiées en cahiers revêtus d'une belle couver-\nture verte, volontiers on se les imaginerait composées, pendant ses heures\nde loisir, par quelque typo idéologue, dans l'intellect duquel toute la copie\nmanufacturée à l'atelier aurait déposé de successives et disparates allu-\nvions.\n   Il semble qu'on se promène en un roman d'Emile Souvestre, avec les\némules de Jérôme Paturot ou la troupe scolastique d'Argumentabor, parmi\ndes personnages affublés de noms anguleux comme des bonnets universi-\ntaires.\n  Agostinus, Ratiocine, Pascalin ont recueilli l'hoirie dialectique des phra-\nseurs verbeux et confus de 48. M. Riotor a associé à leurs confabulations\nencyclopédiques le type poétique de Thésaur, un bienfaisant sémite, doux\nà l'égal du caniche dont il porte le nom ennobli ! providence de ses loca-\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "                                   — 294 —\n\ntaires et qui tient registre exact et catalogue de ses générosités. Malgré cet\nappareil allégorique un peu suranné, les Raisons de Pascalin comptent\nnombre de pages intéressantes; comme aussi, d'ailleurs, ce romande\nM. Riotor, L'Ami inconnu, d'une jolie tonalité, discrète et attendrie; et le\npetit volume où il a rassemblé des études sur Barbey d'Aurevilly, ce\nmonarque, et Léon Cladel, ce béotarque des lettres !\n   Deux véhémences, certes, mais sans parité possible; — spontanée et\nnative, chez l'un, effulguration de la tète intrépide de laquelle jaillit ce chef-\nd'œuvre effréné et lucide : Ce qui ne meurt pas; ampoulée et factice, chez le\nsecond, nourrie de regain révolutionnaire, de rubriques jacobines, et discou-\nrant par la bouche déclamatoire de fallacieux et loquaces rustiques, pauvres\nJacques qui cruellement compensaient le silence opprimé d'une dizaine de\nsiècles!...\n\n   Mentionnons, pour réparer un oubli, le recueil de nouvelles et de contes\nde M. Gustave Geffroy, Le Cœur et l'Esprit. Ce livre de valeur réclamait\nune étude développée qui serait bien tardive actuellement — et au moins\ninutile, nul curieux d'analyse experte et délicate ne pouvant avoir négligé\nl'œuvre nouvelle du critique de la Vie artistique\n\n\n  M. Charles du Rouvre publie dans la Bibliothèque de la Plume un\nroman, Après amour, où il pose et résoud un curieux problème psycholo-\ngique; — M. Tricot, chez Miot, à Liége, un joli volume de contes, Les\nCheveux; et M. Léon Paschal, dans la Revue wallonne, un « drame à la\nmanière ancienne » : Hélie.\n                                        * ■ * * -\n\n\n\n\n   Il y a des phrases, des visions heureuses dans le Vers l'âme de\nM. Remouchamps, et l'écrivain peut s'écrier sans forfanterie : « J'ai réalisé\nquelques-uns de mes fantômes. » Fantômes qui, souvent, à la vérité,\nparaissent de notoires épouvantails échappés violemment de certains livres\nà la mode ; mais rhabillés, pour ainsi dire, d'un style original et expert.\n                                                          ARNOLD GOFFIN\n\n\n                              Eugenio de Castro.\n   Le nom de M. Eugenio de Castro, bien connu de nos lecteurs, est en\npasse d'acquérir la grande notoriété européenne En France, en Allemagne,\nen Angleterre, dans les pays du nord aussi bien que chez les nations méri-\ndionales, la renommée du jeune poète portugais se répand et, pensons-nous,\nc'est justice, car s'il ne nous est pas donné de lire dans le texte original ses\nvers, que des amateurs éclairés déclarent aussi remarquables pour leur har-\nmonie que pour la vigueur du style et la vivacité des images, nous nous en\nremettons à ces témoignages avec d'autant plus de confiance que diverses\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                                 — 203 —\n\n\ntraductions ont permis aux lecteurs français d'apprécier le talent de\nM. E. Je Castro en tenant compte des particuliarités de goût propres à\nchaque nation.\n     A l'heure présente, plusieurs jeunes revues françaises parlent de M. E. de\nCastro avec le plus vif enthousiasme. On remarque tout spécialement les\narticles de M. L.-P. de Brinn' Gaubast qui étudie avec une sympathie\nardente la jeune littérature portugaise et qui, dans cette nouvelle renais-\nsance lusitanienne dont il dit merveille, accorde la première place à l'auteur\nde Belkiss et de Interlunio.\n     Du temps que le jeune et aimable poète brésilien, M. Jean Itibéré da\nCunha, habitait Bruxelles, j'avais de temps en temps le plaisir de l'entendre\nme traduire, avec une verve toute originale, des chants poétiques de\nM. de Oliveira-Soarès et de M. Eugenio de Castro et il se plaisait à faire\nvaloir le langage vif et pittoresque et la musique riche et un peu sauvage\nparfois des vers de Oaristos et de Horas. Déjà, dans ses deux volumes\npubliés à Coïmbre en 1890 et 1891, M. E. de Castro accordait une grande\nimportance aux qualités de la forme poétique; il réemployait des maîtres\ndélaissés, il rajeunissait des rythmes anciens, presque oubliés, ou des genres\nabandonnés; on le loue aussi d'avoir assoupli — d'aucuns disent affranchi\n — le vers alexandrin et d'avoir restauré le vers libre : notre ignorance de la\n versification portugaise ne nous permet pas d'apprécier ces réformes et ces\n innovations ; il se peut qu'entre le vers libre portugais et le soi-disant vers\n libre de quelques jeunes prosateurs français, il n'y ait qu'un parallélisme\n apparent ; peut-être ce vers libre est-il aussi légitime que le vers libre des\n Allemands ou que le mélange irrégulier de vers réguliers qu'en français on\n a toujours appelé « vers libres » jusqu'au jour où les brouillons et les écer-\n velés, oublieux de l'art de La Fontaine et de Molière, ont follement appliqué\n à une sorte de prose musicale le nom qui appartenait en propre à une forme\n déterminée de vers. Je ne puis, à mon grand regret, examiner cette question\n et la discuter. Mais je ne saurais croire qu'un esprit net pousse la littérature\n de son pays dans des voies vagues et incertaines, ainsi que le font malheu-\n  reusement en France de jeunes écrivains qui en sont arrivés à ne plus savoir\n  distinguer les vers de la prose et qui auraient grand besoin de réentendre le\n  Bourgeois-Gentilhomme, si tant est qu'ils n'ignorent pas tout à fait leurs\n  classiques.\n       Mais laissons de côté la question du vers libre et louons M. E. de Castro\n  de ses autres entreprises rythmiques : on ne risque guère de s'égarer en\n  réveillant et en rajeunissant les anciens rythmes de sa race; c'est, au con-\n   traire, un travail pieux et toujours fécond: rappelons-nous ce que Gœthe\n   doit à la poésie populaire de l'Allemagne, ce que Victor Hugo doit à l'étude\n   du vers d'Agrippa d'Aubigné, de Ronsard et de Malherbe.\n       Parmi les éloges qu'on décerne à M. de Castro, il en est un qui frappe\n   tout particulièrement l'attention et qui requiert l'estime: M. de Castro, dit\n   un critique du Mercure de France, s'entend merveilleusement à rajeunir\n    les anciens sujets symboliques. C'est à nos yeux une aptitude maîtresse,\n    l'une de celles qui caractérisent les poètes de race, les vrais héritiers des\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                                        — 296 —\n\nchantres sacrés des anciens âges, qui dans leurs magnifiques symboles enfer-\nmaient les idées les plus hautes de l'humanité. Dans son œuvre, extraordi-\nnairement abondante, le jeune poète portugais marque une tendance très\ncaractérisée vers les grands sujets symboliques et légendaires ; je n'en veux\npour preuve que deux ouvrages récents : Belkis, reine de Saba (drame) et\nl'églogue intitulée Tirésias. J'emprunte à l'Ermitage l'analyse succincte de\nde ce dernier ouvrage :\n   Répondant à un chevrier, qui le plaint et qui l'interroge, Tirésias, aveugle et vieux, lui\ndéclare qu'il veut être envié. Il lui conte sa jeunesse heureuse et pastorale, les olympiades\nsereines vécues dans l'insouciance, à rêver, à dormir la nuit sous les étoiles, à jouir du\nmiel des abeilles, des fleurs des champs, de la beauté du jour, des merveilles de la Terre;\nil lui dit quelles aspirations vers l'absolu, nées de ces spectacles, sans doute, mais inas-\nsouvissables en eux, empoisonnèrent ensuite bientôt tous ses plaisirs, jusqu'à l'heure où,\npar un hasard, il ait surpris et contemplé, se baignant dans les eaux divines de l'Hippo-\ncrène, Minerve, en l'éternelle fraîcheur de sa nudité merveilleuse... Certes, outragée dans\nsa pudeur, la Déesse a fermé les yeux du téméraire ; mais qu'importe à ces yeux qu'em-\nplit, à tout jamais, la lumière d'une révélation surnaturelle !\n\n   Voici maintenant, d'après le Mercure de France, le canevas de Belkiss,\nreine de Saba, d'Axum et de Hymiar :\n   C'est, en somme, la lutte déchirante que se livrent la chair et l'âme, la chair de lareine\nde Saba (vierge que torture le désir), et sa jeune âme influencée par les désespérants\nconseils de son premier éducateur, le sage pessimiste Zophesamin. Ce dernier lui prêche\nle mépris et surtont la crainte des amours charnelles, tandis que la soif de luxure et la\npassion de l'Inconnu poussent invinciblement Belkiss vers Salomon, son idéal, qu'elle\nadore avant de l'avoir vu. La nature et l'instinct l'emportent, comme toujours, sur les\nsuggestions de la raison : Belkiss dort aux bras de Salomon, — et ne tarde point à cons-\ntater que Zophesamin n'avait pas menti; qu'« il est doux d'avoir un désir », mais que\n«réaliser ce désir équivaut à l'assassiner»; que « l a possession tue le bonheur », et\nqu'« il n'appartient qu'à ceux-là qui se créent continuellement d'irréalisables désirs, aveu-\nglément persuadés qu'ils les verront réalisés... » Délaissée, la reine de Saba ne survit\npointa la mortde sesillusions, et chante, en son délire, les strophes d'une vieille chanson,\nqui expriment, sous une forme poétique et vague, la doctrine de Schopenhauer (chère à\nl'auteur) sur la traîtrise de la nature.\n\n   Le critique du Mercure de France qualifie ce drame de «chef-d'œuvre».\nNous espérons qu'une traduction, annoncée d'ailleurs, permettra bientôt au\npublic français de s'associer en connaissance de cause et en toute sympa-\nthie à ce jugement.\n                                                                                  I. G.\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                                      — 297 —\n\n\n\n\n                              MEMENTO\n  Le Coq mouille, afin de colorer son\npileux silence, déclare d'un petit ton pincé     Le cinquième vent de l'esprit a soufflé\nqu'il se gardera de donner dans les polé-      dans la revue de M. Pierron. Il a soufflé\nmiques provinciales.                           contre M. Coppée.\n  Venant du Coq mouillé, cette déclaration       Cette polémique éolienne, loin d'être\nest d'un comique irrésistible.                 provinciale, est très boulevardière.\n  La plupart des polémiques entamées par\nla Jeune Belgique depuis son premier\nnuméro jusqu'en 1894, et dont la plupart         La dernière perle trouvée dans le fumier\nfuient menées soit par Max Waller soit par     du Coq rouge: M. Emile Verhaeren, dé-\nM. Albert Giraud, furent soulevées à la        peignant l'incendie d'un clocher, écrit :\ndemande expresse des beaux messieurs du        « Fracassante, avec heurts et chocs et sauts\nCoq mouillé.                                   et bondissements la première (cloche)\n    Un exemple parmi les plus récents afin C H O Y A ))\nde rafraîchir la mémoire de l'animal.             Choya????\n   Quand M. Albert Giraud ouvrit le feu          Voilà bien de tes verbes, Muse... dé­\ncontre M. Frédérix, ce ne fut assurément choyée !\npoint par animosité personnelle, mais sur\nles instances de quelques camarades               M. Maurice des Ombiaux vient de publier,\nmécontents du critique de l'Indépendance, à l'Office de publicité, un guide en Thudinie\net pour sauver d'un mauvais pas certain à l'usage des touristes lettrés.\nromancier dont M. Frédérix avait publié des\nlettres par trop enthousiastes.\n                                                  Un de nos amis de la première heure,\n    Détail piquant, et qui se rapporte à la M. Charles Sainctelette, a succombé aux\nsuite de la même campagne, la Jeune Bel- suites de la terrible maladie qui le minait\ngique refusa de publier des vers où M. V.... depuis longtemps.\nattaquait la personne du critique de l'Indé­      Ce brave et loyal garçon, qui fut un pas-\npendance, parce que ces vers de polémique sionné d'art et un fantaisiste spirituel, figura\nétaient mal fichus, grossiers et sans esprit. joyeusement, avec Charles-Henry de Tom-\nQuinze jours après M. V.... collaborait à beur, un disparu qui n'est pas oublié, parmi\nl'Indépendance, tout en continuant dans les fondateurs de la Basoche.\n l'Art moderne une campagne hallucinée\n                                                  Il fut un des boute-en-train de l'atelier\n contre le journal du bel air.\n                                               Dardenne, à l'époque où l'on chantait la\n    Edifiant, n'est-ce pas ?                   complainte :\n    Ceux d'entre nous qui tinrent la plume                Un peintre avait son atelier\n dans ces escarmouches littéraires ne regret-             Quarante, rue de l'Ecuyer.\n tent point ce qu'ils ont fait. Au besoin, ils    Ce souvenir mélancolique était dû à\n le referaient sans doute. Mais il sied mal à Charles Sainctelette, qui comptait beaucoup\n l'organe de MM. Eekhoud, Verhaeren et d'amis parmi nous.\n Demolder de nous reprocher nos polémi-\n ques. Elles n'étaient pas provinciales lors-     Edouard Dubus, le charmant poète de\n qu'elles s'engageaient pour leur défense ; Quand les violons sont partis, vient de mou-\n  elles ne le deviennent que lorsqu'elles sont rir à Paris, sans avoir pu donner la mesure\n  dirigées contre eux.                         de son talent plein de grâce et de joliesse.\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "                                          — 298 —\n\n   Nous le vîmes naguère, à Bruxelles, chez           Hélas!...\nM. Gustave Kahn, et nous nous rappelons               Aux amateurs de symboles nous recom-\nsa figure Pierrot neurasthénique, comme            mandons de méditer celui-ci. Apollon, dieu\ndit M. Laurent Tailhade, ses gestes fins, sa       de la lumière et de la poésie, fut un jour sol-\nmaigreur élancée, sa parole vive et frêle.         licité par le jeune écrivain Phaéton, qui vou-\n   Pauvre Pierrot !                                lait essayer de conduire le divin quadrige.\n                                                    Le dieu, qui favorise volontiers la jeunesse\n                                                   donna au jeune homme quelques bons con-\n  A propos de l'incident provoqué par              seils, où il résuma les règles du métier.\nM. Demblon à la Chambre, on lit ce qui             Mais Phaéton était un individualiste et un\nsuit dans le XX Siècle, le journal dirigé          contempteur des lois du Parnasse; il traita\npar M. d'Ursel :                                   Apollon de « vieux Boileau », fouetta l'atte-\n  « Nous savions qu'il y avait à gauche            lage et se mit à zigzaguer à sa guise; — (tra-\nplusieurs comédiens, tels les fameux frères        duction : il fit du vers libre, de la logique\nDefuisseaux, dans toutes les péripéties des        libre, des néologismes libres, des pataquès\ngrands débats parlementaires. Mais jamais          libres). On connaît la catastrophe finale,\nnous n'avons eu un spectacle semblable à           M. Phaéton fut broyé et rôti. Ainsi en arri-\ncelui d'aujourd'hui, et nous avons pu              vera-t-il des livres écrits sans boussole, sans\nassister à la déclamation d'un nharmant            méthode, sans esthétique; le pilon et le feu\nsonnet, commis en l'honneur de Camille             les attendent, à moins que l'épicier...\nLemonnier et débité par Coquelin Demblon.            Pour un symbole, mes enfants, voilà un\n  Et quand il nous a lancé en terminant son        symbole.\nsonnet : « un grand espoir rentre dans le\nsoleil », ma foi, nous avons pensé que                On lit dans le Journal, sous la signature\nCoquelin Demblon ferait bien de rentrer            de M. Mirbeau :\ndans la lune. »                                       M. René Barjeau vient d'avoir, dans le\n   Le sonnet dont il s'agit ayant paru le jour     Gaulois, une miraculeuse idée. Cette idée,\nmême au Compte rendu analytique, le                que Barnum regrettera toute sa vie de\ngrimaud du XXe Siècle n'est donc pas               n'avoir pas eue le premier, consiste à exhi-\n                                                   ber, dans des vitrines spéciales de l'Exposi-\nexcusable d'avoir travesti le dernier vers.        tion de 1900, nos meilleurs gendelettres,\n  Si M. d'Ursel faisait rédiger son journal        non pas en cire ou sur toile, ce qui ne serait\npar ses larbins, le XXe Siècle, serait sans        nullement miraculeux, mais vivants, oui,\n                                                   Mesdames et Messieurs, vivants ! Philoso-\ndoute plus exact et plus courtois.                 phes et historiens, poètes et romanciers,\n                                                   critiques et dramaturges, journalistes de\n                                                   tout poil et de tout format, chacun, ama-\n   A la suite de la « déconcertante campagne       teur ou professionnel, y aurait sa placeet\nde charité» entreprise à Paris par Mlles Buf-      y exercerait publiquement ses fonctions,\n                                                   pourvu, toutefois, qu'il pût justifier d'une\nfet et Bru, accompagnées de M. M. Clau-            gloire quelconque ou d'une belle camara-\ndius, la rédaction du Coq mouillé, déguisée        derie. On pourra voir et toucher! Les gen-\nen « miséreux », est allée chanter dans la         delettres à un mètre; comme la lune! Tel\n                                                   est le programme.\ncour des ministères.\n                                                      Plusieurs écrivains belges ont déjà envoyé\n                                                   leur adhésion à M. Barjeau.\n   Dans le Réveil de Gand, M. Maubel se la-           Nous irons les voir.\nmente mélancolico-symboliquement au mi-\nlieu d'un jardin d'acclimatation. Il décrit\nune maison vague dans un jardin vague,\nlequel se trouve être le jardin du Parnasse, et,\nipsofacto, un parterre de cages animalières.\nLes connaisseurs de devinettes prétendent\nque la maison symbolise la Jeune Belgique.\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "               Paul LACOMBLEZ\n      É D I T E U R D E LA J E U N E                  BELGIQUE\n                     31, rue des Paroissiens,     31\n                              BRUXELLES\n\n\n                 VIENNENT DE PARAITRE\n                        Fernand S E V E R I N\n\n      UN CHANT DANS L'OMBRE\n                                   POÉSIES\n                   Un volume in-32 raisin. Prix : 3 francs.\nIl a été tiré : 5 exemplaires sur papier du Japon des manufactures impé-\n                      riales, à                               fr.  12 »\n                15 exemplaires sur papier de Hollande Van Gelder.   6 »\n\n\n                         Edmond PICARD\n\n         VIE                SIMPLE\n    Nouvelle édition. Un volume petit in-12       .     .   .   . fr.   2   »\n\n\n                          Paul     ARDEN\n\n       PAR LES CHEMINS\n             Un volume petit in-12 .      .   .   . fr.     2 50\n\n\n                    A. GALLOY & J. MOLLOY\n\n   AU P A Y S D E B E A U M O N T\n                             POÉSIES\n             Un volume in-18 jésus . .        .   . fr.     2 50\n\n\n                          Hubert KRAINS\n\n   HISTOIRES LUNATIQUES\n             Un volume in-18 jésus     . . . .        fr.   3 »\n\n\n                          Jules D E S T R É E\n\n    UNE CAMPAGNE AU PAYS NOIR\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "         Paul LACOMBLEZ, éditeur\n              31, RUE DES PAROISSIENS, BRUXELLES\n\nArden (P.). Par les chemins . . . fr. 2 50        Itiberê da Cunha (J.). Préludes . . fr. 3 »\nBaudoux (F.)- Rythmes vieux, pris et              Jenart (Aug.). Le Barbare                     2 »\n  roses                                    2 »    Jeune Belgique (Le Parnasse de la). . 7 50\nBrabant (V.). Notes de voyage . . .        1 »    Journal d'une ignorante : Sur les Golfes 1 50\nBloy(Léon). Le Pal (4 num.), très rare. 4 »       Justus Severus Africus                        1 »\n   Les 3 premiers numéros ensemble 1 »            Kahn (Gustave). Chansons d'amant           . 3 50\nBoschot (A). Faunesses et bacchantes. 1 50              —         Les Palais nomades . . 3 50\n               Matin d'automne . . .       1 50   Krains (H.). Histoires lunatiques . . 3 »\n     —         Rêves blancs . . .       . 4 »     Lacomblez (Paul). Jeunes filles . . .         2 »\nBosiers (E.). Harald-Roi                    2 »         —         Loth et ses filles . . .      2 »\nCarnet de chasse illustré                 15 »    Landoy (Eug.). Evocations                     3 50\nCasier (J.). Flammes et flammèches . 1 50               —         Maître Martin . . . .         o 50\nChainaye (H.). L'Ame des choses . . 3 »           Lautréamont (comte de). Les Chants de\nCourouble(L.). Contes et souvenirs. . 3 50           Maldoror                                   3 50\nCudell (Ch ). Printemps sombre. . . 2 »           Lemonnier (C). Paroles pour Georges\nDaCosta(G.).Grammaireen portefeuille 0 50                         Eekhoud            0            50\nDaxlielet (A ) Pages de tendresse vague 3 50            —         Discours d'inauguration\n     —         Nouvelles de Wallonie . 3 50          du monument Ch. De Coster, avec\nDe Coster (Ch.). La Légende d'UIen-                  extraits d'« Ulenspiegel » et por-\n          spiegel                          5 »       trait de Ch. De Coster . . . . 0 50\n     —          Légendes flamandes . . 3 50       Maeterlinck (Maurice). Les Aveugles\n                   (Voir Lemonnier.)                             (L'Intruse, Les Aveugles) 3 »\nDelattre (Louis). Contes de mon village 3 50            —         La Princesse Maleine. . 3 50\n     —       Les Miroirs de jeunesse . 3 50             —        Serres c h a u d e s . . . . 3 »\nDelville (J.). Les Horizons hantés . . 3 50             —         L'Ornement des noces spi-\nDe Haulleville (baron P.). En vacances. 3 50                        rituelles                   4 »\n     — Portraits et silhouettes, 2 v. 7 »               —        Les Sept Princesses . . 2 »\n     — J.-M.-J. Bodson. L'Apos-                         —        Pelléas et Mélisande        . 3 50\n                talat chez les Civilisés. 4 »                        (Voir Emerson.)\nDemoider (E.) Contes d'Yperdamme . 3 »                  —        Les Disciples à Sais et les\n     —          Impressions d'Art.         3 »       fragments de Novalis                       4 »\n     —          James Ensor . . . .        3 »    Mallarmé. Villiers de l'Isle-Adam . . 3 »\nDe Mallessan. Petite Cousine, comédie. 2 »        Maubel (Henry). Miette                        2 50\nDe Régnier (H.). Le Bosquet de Psyché 2 »               —        Etude de jeune fille . . 3 50\nDe Tallenay (].). L'Invisible . . . .      3 50         —        Quelqu'un d'aujourd'hui. 3 50\nDesombiaux (M.). Vers de l'espoir . . 2 »               —        Une mesure pour rien           1 »\nDestrée (Jules). Journal des Destrée . 1 »        Picard (E.). El Moghreb al Aksa . . 4 »\nDulac (Paul). Vingt-cinq sonnets . . 1 50               —         Scènes de la vie judiciaire 4 »\nDupont (A.). L'Envol des rêves . . .       2 »          —        Vie simple                     2 »\nEekhoud(Georges)Nouvelles Kermesses 3 50                —         Imogène, 1 vol. format\n      —        La Nouvelle Carthage. . 4 »                           eucologe                   4 »\n      —        Les Fusillés de Malines . 3 50           —         Comment on devient so-\n      —        Au siècle de Shakespeare. 3 »                         cialiste                   2 50\n      —        Kees Doorik                 3 50         —            Id. (édition populaire) o 75\n      —        Kermesses                   5 »    Pierron (Sander). Pages de Charité            3 50\n      —        Mes Communions . . . 5 »           Philopator. Libres propos d'un belge. 1 »\nElskamp (Max). Dominical . . . .           2 »    Pléiade (La). Première année (1889) . 3 »\n      —        Salutations, dont d'angé-          Poe (Edgar). Poésies complètes. . . 2 »\n   liques                                  3 50   Rodenbach Le Foyer et les champs . 1 »\n      —        En Symbole vers l'Apos-            Rommelaere ;J.). Ma semaine, 1892-93. 2 »\n   tolat                                   3 50         —         Ma semaine, 1894 . . .        2 »\nEmerson. Sept Essais, avec préface de             Severin (Fernand). Le Lys.          . . .     2 »\n   Maeterlinck                             3 50            —             Le Don d'enfance . 2 »\nGalloy (A.). Au pays de Beaumont. . 2 50                —         Un chant dans l'ombre . 3 »\nGarnir (Georges). Les Charneux. . . 3 50          Sigogne lE.). Contes merveilleux . . 3 »\n      —        Contes à Marjolaine • • 3 50       Sluyts(Ch.). L'Appel des voix . . .           2 »\nGilkin (Iwan). Stances dorées . . .         1 »         —         Notes d'être                  3 »\nGille(Valère) Le Château des merveilles 2 »       Tordeus (J.). Manuel de prononciation 2 »\nGiraud (Albert). Hors du siècle . . .      3 50   Van Doorslaer (H.). Sur l'Escaut. . . 3 50\n      —        Hors du siècle. II : Sous          Van Lerberghe (Ch.). Les Flaireurs. . 1 »\n                  la Couronne. Devant le          Verhaeren (E.). Les Apparus dans mes\n                  Sphynx                   3 00                      chemins                    2 »\n      —        Pierrot iunaire . . . .     2 »          —         Les Moines                    3 »\n      —        Pierrot Narcisse . . .      2 »    Villiers de l'Isle-Adam. Premières Poésies 3 50\n      —        Dernières Fêtes. . . .      2 »          —         Morgane                       5 »\n      —        Le Scribe           1          »   Wagner (R.). L'Œuvre et la mission de\nHannon (Théo). Noêls fin de siècle . . 3 «            ma vie (derniers exemplaires) . . 4 »\n      —        Au pays de Manneken-Pis 4 »        Waller (Max). La Flûte à Siebel.         . - 3 5 °\nHanneuse (0 ). La Reine Aléna. . (souscrit).            —         Daisy                         3 »\n      —        Sorella                     2 50    X. Y. Religion et progrès . . . (épuisé)\n\n                    Bruxelles. — ImprimerieVeMonnom, 32, rue de l'Industrie\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1895-07-01", "preuve": "Juillet 1895, numéro 7, couverture PDF 299 ; deux pages publicitaires PDF 300-301 avant le corps PDF 302."}}