{"numero_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-201", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Nov.-Déc. 1895", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAI R E", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 436, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 198, "texte": "Nov.-Déc. 1895.                       TOME XIV. — Nos 11-12                                    15 me Année.\n\n\n\n\nLA\n       JEUNE\n                    BELGIQUE\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-202", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAI R E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 436, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 198, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "SOMMAI R E :\n           Notre transformation                                        LA J E U N E BELGIQUE.\n           Quinze années de littérature                                IWAN GILKIN.\n           Vers                                                        VALÈRE GILLE.\n           Alexandre Dumas                                             ALBERT GIRAUD.\n           Sonnets                                                     MAURICE CARTUYVELS.\n           Vers                                                      - FRANZ ANSEL.\n           Sagramor (Traduction par L . - P . de Brinn' Gaubast et\n                         Ph. Lebesgue)                                EUGENIO DE CASTRO.\n           Vers                                                       FRANCIS DE CROISSET.\n           Les Petites chapelles et leurs grands maîtres . . . .      DICK.\n           Les Ruches                                                 CHARLES VIANE.\n           Vers                   .                                   JEAN DELVILLE.\n           L'Album de la Jeune Belgique                               ERNEST CLOSSON.\n           Satan                   '.'                                IWAN GILKIN.\n           Le conte de Lisle .                                         HENRY HOUSSAYE.\n           Chronique littéraire :\n                Un critique belge : M. Eugène Gilbert . . . .         VALÈRE GILLE.\n           Chronique artistique. .                                    G. M. S.\n           Memento                                                    NEMO.\n           Table des matières.\n\n\n\n\n              REDACTION                                                     BRUXELLES\n110,   R U E DE LA L IM IT E ,   BRUXELLES.                            PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                            3I, rue des Paroissiens\n                                                                                  PARIS\n         NUMÉRO DOUBLE                                               CHAMUEL,        LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                              25, rue de Trévise\n                  fr. 1-50.\n                                                                                     1895\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-203", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue mensuelle de littérature", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Quel est l'homme politique", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 437, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 382, "fin_caractere_exclue": 1169, "texte": "Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                           PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n   Fondateur : MAX W A J L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n           Directeur : IWAN GILKIN, 110, rue de la Limite.\n                 7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n    Pour tout ce qui concerne l'Administration de la Revue, s'adresser\n                 à M. Hubert VAN DIJK, 65, rue Herry.\n\n\n\n   GIL H LAS,          journal quotidien français, boulevard             des Capu­\ncines, 16, à Paris.\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles: Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand ; Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, marché Saint-Jacques.\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-204", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Quel est l'homme politique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 437, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1169, "fin_caractere_exclue": 1624, "texte": "Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse?.Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 21, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.;\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-001", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 391, "page_fin": 392, "titre_corps": "Notre transformation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Jeune Belgique", "ancre_debut": "NOTRE TRANSFORMATION", "ancre_fin": "LA JEUNE BELGIQUE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 438, "page_imprimee": 391, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 944, "texte": "NOTRE TRANSFORMATION\n   La J E U N E BELGIQUE clôt sa première série. Elle cesse d'être\nmensuelle, elle devient hebdomadaire.\n   La raison de ce changement? Elle se trouve dans notre désir\nde donner plus d'extension à nos articles de critique et d'esthé-\ntique.\n\n\n         LA JEUNE BELGIQUE HEBDOMADAIRE\nparaîtra en fascicules de 8 pages, du format de la Revue bleue,\nin-4° à deux colonnes, avec couverture de couleur. Chaque\nnuméro renfermera un ou plusieurs articles d'esthétique ou de\ncritique, les comptes rendus des derniers ouvrages de littéra-\nture et d'art, des concerts, des représentations dramatiques,\ndes salons de peinture et de sculpture, des expositions particu-\nlières, un bulletin bibliographique très soigné, de nombreuses\n informations artistiques, des correspondances spéciales d'Alle-\n magne, d'Italie, du Portugal, de Russie, d'Angleterre, de\n Norvège, etc\n                                                            25\n"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 392, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 699, "texte": "                           — 392 —\n\n  Tous les trois mois, paraîtra\n\n\n   Un numéro anthologique\nexclusivement composé de morceaux choisis de nos meilleurs\npoètes et prosateurs.\n  Le dernier de l'année formera un magnifique\n\n\n     Album de la Jeune Belgique\nde 5o pages, ou plus, qui sera distribué gratuitement à tous\nnos abonnés.\n\n\n  L a Jeune Belgique hebdomadaire\ncoûtera 10 francs l'an. Toutefois pour\n\n       NOS ANCIENS                     ABONNÉS\nle prix reste fixé, pour 2 ans au moins, à 7 francs.\n   Et cependant\n\n\n    LA JEUNE BELGIQUE HEBDOMADAIRE\ncontiendra deux fois plus de papier et de texte que la Jeune\nBelgique mensuelle.\n\n                                    LA J E U N E BELGIQUE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-002", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 393, "page_fin": 410, "titre_corps": "Quinze années de littérature", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "QUINZE ANNÉES DE LITTÉRATURE", "ancre_fin": "tire tous les dormeurs de leur trop long sommeil", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 440, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "QUINZE ANNÉES DE LITTÉRATURE\n               Quinze années!... Qu'il est loin, ce beau jour de printemps,\n                où, à demi-couché dans le wagon qui me ramenait, étudiant\n                ambulant que j'étais, de Louvain à Bruxelles, je feuilletais\n                curieusement les premières livraisons d'une petite revue litté-\nraire qui venait de naître. Mon ami Albert Giraud me les avait données, à\nla sortie du cours, en m'engageant à collaborer. Ils étaient là, éparpillés\nsur la banquette, dans un chaud rayon de soleil, les petits cahiers bleus,\nqui portaient ce titre sonore : LA JEUNE BELGIQUE. Je lisais, je lisais\nfiévreusement. C'étaient des vers de mes amis Giraud, Rodenbach,Verhaeren,\ndes articles de Max Waller; il y avait aussi foule de signatures inconnues,\nmais les écrivains étaient tous, m'avait-on dit, de tout jeunes hommes, des\nétudiants comme moi. Et ils faisaient des vers, de vrais vers!... Enfin!\nc'était la réalisation de mon rêve de collégien : trouver quelques jeunes\n gens doués du don d'écrire et faire avec eux de la littérature, dans ce pays\n belge si rebelle aux lettres, et fonder ensemble une revue libre de toute\n attache avec les générations précédentes, trop affreusement philistines, afin\n de créer un mouvement littéraire original, jeune et indépendant. La revue\n était là, toute faite; il ne s'agissait plus que d'y écrire.\n    On écrivit. Avec quelle ardeur, avec quel enthousiasme, avec quel fana-\n tisme ceux qui prirent part aux débuts de la Jeune Belgique, ne l'ont pas\n oublié et ne l'oublieront jamais. Dès l'abord, il fallut se faire, de haute lutte,\n une place au soleil. Ce n'était pas facile. On ne se représente plus très bien\n aujourd'hui, au seuil de l'an de grâce 1896, ce qu'il fallait d'audace et de\n ténacité pour « faire de la littérature » ici il y a quinze ans. Avant 1880 la\n  Belgique, au point de vue littéraire, était un désert. Trois ou quatre artistes\n  de la plume, Pirmez, De Coster, Lemonnier et Hannon, écrivaient pour\n  eux-mêmes et pour une demi-douzaine d'amis, qui lisaient en se cachant,\n  de peur de se faire montrer au doigt. La a littérature » professionnelle était\n  exercée par des messieurs plus ou moins officiels, qui rédigeaient des choses\n  quelconques : papiers d'archives dans la semaine, cantates le dimanche. La\n  Jeune Belgique a naguère cité quelques échantillons de la poésie de\n  M. Ch. Potvin, un très estimable lettré qu'on eut le tort de prendre pour\n  un poète :\n                        C'était le temps où le bimane\n                        Vivant dans un champêtre enclos\n                        Avait le ton, la voix,  l'organe,\n                               Mais non les mots.\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2737, "texte": "                                  -   394\n\n   Plus lamentable encore était la Muse de M. Louis Hymans, qui a laissé\nde très honorables travaux politiques et historiques et beaucoup de coupables\nvers du genre de ceux qu'il offrit à la princesse Stéphanie à l'occasion de\nson mariage :\n                       Vous allez nous quitter, princesse,\n                       Pour devenir archiduchesse\n                       Et sur le trône des Habsbourg\n                       Faire asseoir le sang des Cobourg ! ! !\n\n   Ces messieurs et leurs amis étaient les maîtres du terrain que nous vou-\nlions conquérir. Ils avaient pour eux la presse quotidienne, les revues\ngraves et tout le public, qui ne lisait guère leurs œuvres mais qui, sur la\nfoi des gazettes, les tenait pour les seuls authentiques écrivains du pays-et\nqui n'entendait point remettre en question un fait si bien établi, au risque\nde se rompre la tête. Ce bon public s'était enfermé dans son opinion comme\ndans une citadelle, que les intéressés devaient défendre contre l'impudence\ndes assaillants.\n   Quel vaillant petit général nous conduisait à l'attaque ! Son inoubliable\nimage est toujours vivante dans nos coeurs. Il n'avait pas vingt ans. Fin,\nbrillant, souple et hardi comme la lame d'un fleuret, ce charmant jeune\nhomme, beau comme Raphaël adolescent, impertinent comme un page,\nadroit comme un diplomate, avait pris le commandement de notre petite\ntroupe sans demander la permission à personne et sans rencontrer la\nmoindre opposition. Il s'était emparé de la Jeune Belgique, en la rachetant\nà son fondateur, M. Albert Bauwens, et il y régnait en maître. Il est bon\nde le rappeler à quelques personnes qui l'ont oublié : Max Waller écoutait\nl'avis de tout le monde mais il se réservait la décision et n'entendait point\nqu'on discutât ses volontés. Rien n'était d'ailleurs plus utile; sans son\nautocratisme la Jeune Belgique n'eût jamais vécu. On ébaucha de nom-\nbreuses révoltes; mais il en eut toujours raison grâce à son habileté et à la\nfidélité absolue de deux de ses amis, M. Albert Giraud et moi : sans la\nmoindre vergogne, nous jouions chez les mécontents le rôle de traîtres;\nnous fîmes ainsi avorter plus d'une conspiration, pour le plus grand bien\nde la communauté. Au demeurant la discipline était excellente et les opé-\nrations peu compliquées : il n'y avait qu'à suivre Max Waller et on le\nsuivait. Il désignait l'ennemi qu'il fallait attaquer : les meilleures plumes\nse jetaient dessus et lui plantaient leur bec d'acier dans la chair vive.\nFûmes-nous assez cruels, assez injustes et assez cyniques ! Nous n'avions\npas la moindre retenue. On nous eût pris pour de jeunes peaux-rouges\nhurlant des chants sauvages, scalpant nos ennemis et dansant autour de\n"}, {"page_pdf": 442, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": "                                -   395   -\n\n notre revue comme autour d'un poteau de guerre. Nous arborions des\n chevelures de cowboy. Tout un hiver nous portâmes des vestons de velours\n gorge de pigeon, queue de paon, nèfle écrasée. On écarquillait les yeux en\n nous voyant passer. Waller s'était réservé le noir. Et il portait son veston\n de velours, ce mince jeune homme à la chevelure blonde, non comme un\n rapin en mal de Bohême, mais comme un jeune prince échappé d'une toile\n de Van Dyck. On se réunissait dans les arrière-boutiques des marchands\nde vin en faisant un vacarme horrible. Nul ne pouvait entrer s'il ne faisait\npartie de la bande. Le bruit s'en était répandu dans le public et l'on nous\nsoupçonna de former une société secrète où se mijotaient, peut-être, sous\nle couvert de la littérature, des choses redoutables. La Jeune Belgique! Ce\ntitre ne cachait-il point une association révolutionnaire du genre de la\nJeune Allemagne de 1848? Quelques adorateurs du futur suffrage universel\nvinrent, dit-on, rôder sous nos fenêtres. Tout cela nous donnait de\nl'importance. Les personnages que nous bafouions commirent la mala-\ndresse de se défendre et se défendirent fort mal. Vous pensez si on les\npiétina. Ce fut durant quelques années un véritable massacre! Cependant\non ne négligeait point le travail. A côté des articles de combat la Jeune\nBelgique publiait d'innombrables morceaux en vers ou en prose et, un à\nun, des livres s'échappaient des presses de l'imprimeur. C'était, après la\nMer élégante, de Rodenbach, son Hiver mondain ; c'était la Vie bête, de\nMax Waller; le Kees Doorik, de Georges Eekhoud; les Flamandes,\nd'Emile Vèrhaeren, et surtout, préludant aux délicieux rondels de Pierrot\nLunaire, c'était le terrible Scribe, d'Albert Giraud, qui mit toutes les\nvieilles écritoires à l'envers. Mais, juste ciel, quels adjectifs! Et aussi\nquels substantifs! Il y avait de quoi asphyxier toute une académie en une\ndemi-minute. Les antiques porte-plumes se fâchèrent ou essayèrent de\nricaner. Rien ne leur réussit. Au contraire, tout nous favorisait. Camille\nLemonnier, qui venait de publier le Mâle et qui lançait le Mort, nous\naccordait sa généreuse amitié et se plaçait à notre tête. M. Edmond Picard\nfondait l'Art moderne, et pris d'enthousiasme pour notre belle et vaillante\njeunesse, il nous comparait aux généraux imberbes de la grande Répu-\nblique (excusez du peu) et, tous les huit jours, claironnait notre gloire\nfuture chez ses lecteurs ébahis.\n   Un incident décisif assura notre victoire.\n\n\n\n  Au printemps de l'année 1883 le jury chargé de décerner le prix de litté-\nrature « pour le meilleur ouvrage publié pendant la dernière période quin-\n"}, {"page_pdf": 443, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "                                        — 396 —\n\nquennale », décida qu'il n'y avait pas lieu d'accorder ce prix. C'était une\ninsulte officielle adressée à nos écrivains et tout particulièrement à Camille\nLemonnier, qui, en ces cinq années, avait publié : Un coin de Village, les\nCharniers, Un Mâle, le Mort, Thérèse Monique, plus une Histoire des\nBeaux-Arts de 183o à 1880 et son étude sur la Belgique dans le Tour du\nMonde.\n   La Jeune Belgique avait conscience de l'importance de son rôle et savait\nqu'elle portait les destinées de notre renaissance littéraire ; elle s'indigna\ncria de colère et demanda à tous ceux qui, chez nous, ont le respect et\nl'amour de l'art, de réparer par une manifestation éclatante l'outrage infligé\nà celui que nous nous plaisions à appeler « notre maréchal de lettres »,\nL'appel de la Jeune Belgique fut entendu. Deux cent douze souscripteurs :\nécrivains, artistes, peintres, sculpteurs, musiciens, critiques d'art, — tous\nnos vrais intellectuels, — adhérèrent au banquet de protestation que la\nJeune Belgique offrait à Camille Lemonnier. Le 27 mai 1883 eut lieu ce\n« banquet de guerre » comme nous le qualifions alors, « qui dans l'histoire\nde notre littérature marquera le jour de sa renaissance et de notre\ntriomphe » (I). Ces paroles prophétiques devaient avoir une réalisation\nimmédiate en ceci, du moins, qu'à partir de ce jour nous n'eûmes plus\nguère à lutter contre les vieilles gardes qui avaient tenté de nous barrer la\nroute. La Jeune Belgique avait mesuré publiquement ses forces; elle avait\ninterrogé les lettrés, les artistes et la jeunesse : tous lui avaient apporté le\nsuffrage de leur sympathie et de leur confiance. C'était la victoire définitive,\nqui ne devait plus être suivie que de quelques coups de feu isolés.\n\n\n\n   Victorieuse de ce côté, la Jeune Belgique allait devoir aussitôt faire face\nà un nouvel ennemi, mille fois plus vivace et plus redoutable. C'est contre\nlui qu'elle lutte encore et qu'elle se prépare à livrer de nouvelles batailles.\nL'amorphisme de la routine académique, pionne et bourgeoise est abattu.\nIl reste à triompher de l'amorphisme des anarchistes de la littérature.\n   Depuis le banquet Lemonnier l'histoire des polémiques de la Jeune Bel­\ngique n'est qu'une série de combats livrés à l'Art moderne de M. Edmond\nPicard, lequel s'est fait le champion de toutes les hérésies artistiques que\nnous avions juré d'abattre.\n   Il importe de rappeler ici quels sont les principes que nous avons professés\n\n\n  (1) Cf. Jeune Belgique, t. It, 1883. pp. 24g et 290.\n"}, {"page_pdf": 444, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2692, "texte": "                                       — 397 —\n\n  dès la première heure, qui ont guidé tous nos efforts jusqu'aujourd'hui, qui\n  ont fait notre force et assuré, en dépit des ingrats qui l'oublient, l'admirable\n  épanouissement de notre renaissance littéraire. Ces principes, nous les avons\n  résumés en deux formules : l'art pour l'art et le culte de la forme.\n     La première de ces formules « signifiait que nous voulions être artistes,\n  rien qu'artistes. Elle signifiait encore que dans ses travaux d'art l'artiste\n doit poursuivre avant tout et au-dessus de tout son idéal artistique. Elle\n écartait les prétentions funestes des stériles théoriciens qui veulent réduire\n l'art à n'être que l'humble valet d'une doctrine quelconque            Notre for-\n mule, dont on peut ne point se préoccuper en d'autres pays, où elle est pra-\n tiquée sans conteste, était et est encore en Belgique d'une importance capi-\n tale (1) ».\n     La Belgique est, en effet, dévorée par la politique. Controverses sociales\n et préoccupations électorales, tel est, à peu près, tout l'horizon intellec-\n tuel de la plupart de nos hommes « intelligents ». Si dans notre pays\n rongé par ce chancre béotien, l'éclosion d'une littérature jeune, ardente et\n libre, devint tout d'un coup possible, il en faut chercher la raison dans le\n dégoût profond que toute la génération de 1880 ressentait pour « l'odieuse\n politique ».\n     « C'est superbe, écrivait au nom de tous ses amis M. G. Rodenbach, en\n « conviant le public au banquet Lemonnier! (J. B., t. II, 1883, p. 203.)\n « Toute une jeunesse travaille, veille, lutte et s'affirme: Ecœurée des pla­\n    titudes politiques, elle a trouvé ce dérivatif à son activité et cette ambi-\n    tion à sa vie. »\n    C'est de cette politique que nous nous affranchissions en proclamant\nl'art pour l'art. Cette formule nous permit de grouper de jeunes écrivains\nqui, sans elle, se fussent éparpillés dans nos divers partis et eussent promp-\ntement vu leur talent étouffé dans leur atmosphère. Aussi, les politiciens\nde toute couleur ont-ils toujours combattu cette formule, tantôt au nom\nde la morale, tantôt au nom du progrès social, tantôt au nom d'une méta-\nphysique frelatée et intéressée. Ils savent aussi bien que nous qu'en elle\nréside notre force et que c'est par elle que nous attisons dans l'élite de la\njeunesse le dédain des « affaires » et le culte désintéressé de l'art.\n    L'art n'est pas un instrument de persuasion au service d'une cause quel-\nconque. On ne met pas le cheval ailé sous le joug ; on ne l'attelle à aucune\ncharrue. Sa destinée n'est point de labourer la terre, mais de bondir dans\nles deux étoiles.\n\n (1) Jeune Belgique, t. X, 1891, p. 325.\n"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2926, "texte": "                                        -   398   —\n\n   L'art pour l'art n'est pas une formule philosophique : c'est, au con-\ntraire, une formule pratique, qui laisse intacte toute conviction religieuse\nphilosophique, politique et même esthétique. On nous a parfois reproché\nde ne lui avoir point préféré l'art pour le Beau. Mais qu'est-ce que le\nBeau? Sur ce point les philosophes ne sont pas près de s'entendre. Cette\nformule ouvre donc la porte aux controverses que nous avions précisément\npour but d'éviter. Mais tout artiste sait assez ce que c'est que l'art, son art,\nl'art qu'il pratique et dans lequel il aspire à la maîtrise. L'art pour l'art\nsignifiera pour lui qu'il doit placer son art au-dessus de tout, lui consacrer\nsa vie et ses forces, mettre en lui sa foi, son espérance et son amour, lui\nsacrifier tout, la fortune, les honneurs, la considération et même le succès.\nAinsi seulement l'on devient un véritable artiste et l'on obtient sinon la\ngloire du moins le droit d'y prétendre et de l'espérer.\n    La deuxième formule était : le culte de la forme. Elle est la conséquence\nlogique de la première. L'art vit, avant tout, de la beauté de la forme. Elle\nest le sine qua non de la véritable littérature. Ce n'est qu'entre les ouvrages\nécrits dans une forme suffisante qu'on peut établir une hiérarchie fondée\nsur la valeur de la pensée Nous n'avons fait, d'ailleurs, que suivre les\nsains préceptes d'un grand poète : Leconte de Lisle s'insurgeait contre la\ndistinction entre le fond et la forme. L'idée, disait-il, n'est pas derrière la\n phrase comme un objet derrière une vitre. Elle ne fait qu'un avec la pensée,\n puisqu'il est impossible de concevoir une idée qui soit pensée sans l'aide\n des mots. Penser, c'est prononcer une phrase intérieure; et les qualités de\n la pensée sont les qualités de cette phrase intérieure; et écrire c'est tout\nsimplement reproduire cette phrase. Donc, qui écrit mal pense mal. »\n    Mais encore, dira-t-on. quand vous proclamiez le culte de la forme, de\nquelle forme s'agissait-il?\n    Je cède la parole au fondateur de la Jeune Belgique. Dès la première\n année de nos efforts, Max Waller, avec une lucidité étonnante chez ce jeune\n homme de vingt ans, écrivait ces lignes que je vais transcrire et qui me\nvengeront avec éclat des accusations de quelques transfuges, car on n'a pas\n craint de dire que mon « exclusivisme » et mon « despotisme » ont détourné\n la Jeune Belgique des voies que lui avait tracées Max Waller et dénaturé\nles traditions de notre œuvre commune Lisez ! Vous verrez si Max Waller\nadmettait l'anarchie dans l'art et s'il eût ouvert sa revue aux sottises qu'on\nme reproche de combattre!\n\n  Mais, au fait, l'art nous offre-t-il de ces principes essentiels et généraux? Nous croyons\nqu'il faut répondre affirmativement à cette question. Nous ne prétendons pas assurément\nque le beau soit strictement attaché à l'observation de quelques règles immuables\n"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3357, "texte": "                                       — 399 —\n\nNotre siècle, — et c'est un de ses titres de gloire, — en brisant les moules trop étroits, en\ndétruisant les préjugés, a élargi le domaine de l'art ; il a montré que le Beau se plie sans\neffort à la diversité des races, des climats, des civilisations. Mais n'allons pas trop loin.\nCe désordre apparent cache une permanente unité. Creusez un peu plus profondément,\net, sous la variété des aspects, vous trouverez quelques règles fondamentales, nées de la\nraison humaine, lentement élaborées par les générations et que les siècles nous ont trans­\nmises comme un dépôt sacré. Ces règles délicates et sévères, le grand artiste s'y soumet\ninstinctivement, de même qu'instinctivement aussi l'artiste médiocre cherche à les éluder.\nLa mission du critique est de maintenir ces règles intactes et dans leur plein jour. Il n'a\npas l'inspiration voulue pour donner à l'homme le feu sacré; il se borne à repousser les\nimprudents qui, sous prétexte d'alimenter la flamme, veulent introduire dans le foyer\ncertaines matières qui ne pourraient que l'obscurcir ou l'éteindre (1).\n\n\n                                            * *\n   Au banquet Lemonnier apparaît déjà le germe du premier conflit. Au\nmilieu d'un discours vibrant, que nous couvrîmes d'applaudissements\nenthousiastes, M. Edmond Picard glissa un petit paragraphe auquel, dans\nle moment, nul ne voulut prendre garde.\n\n   A vous, les jeunes, s'écriait-il, de maintenir la liberté et la dignité reconquises. Ce\nqu'on voit dans vos travaux, c'est l'essor de l'art, et non son avilissement, comme on a\nosé le dire dans les régions académiques. Vos anciens ici présents devinent l'avenir qui\nvous est réservé. Ils démêlent de votre jeunesse exubérante tout ce qu'il y a de promesses.\nIls ne blâment rien en vous, parce que la chose qui serait blâmable ce serait l'excès de\nvotre ardeur et que celle-ci peut toujours être réprimée. D'un cœur passionné on fait\ntout, même un cœur sage. Laissez-vous aller librement à vos passions artistiques. Nous\ny applaudissons et nous plaignons ceux qui, en voyant leur libre et féconde expansion,\nse voilent la face et crient au scandale. Continuez, vous aurez toujours notre appui.\nVotre mission est de faire servir l'art à détruire les abus d'une société qui semble en\ndécadence, mais où se prépare en réalité l'éclosion d'un monde nouveau. Au-dessous de\nces classes bourgeoises, vieillies et corrompues, il en est d'autres éternellement saines\net jeunes. C'est de là que doit sortir la renaissance. Dans vos œuvres, ne décrivez plus\nsimplement vos sentiments personnels ou les épisodes charmants, mais restreints, de\nvotre existence. Allez au delà, venez dans nos villes, observez ce qui s'y passe, frappez\nsur ce qu'elles ont de honteux, éveillez les grands sentiments populaires et préparez\nainsi la marée qui submergera tout ce qui se passe d'avilissant autour de nous.\n\n  C'était la proclamation de l'art « social » ou « révolutionnaire » ; c'était\nla négation de notre formule l'art pour l'art. M. Picard est d'ailleurs\ndemeuré obstiné dans sa pensée comme nous demeurons fermes dans la\nnôtre.\n  La Jeune Belgique eut le bon goût de ne pas relever les paroles de\nM. Picard. Mais l'Art moderne insista. Nous répondîmes, cette fois, — en\n\n\n (1) Jeune Belgique, t. Ier, 1881-82, p. 123. (Du rôle de la Critique dans   l'Art.)\n"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "                                        —400—\naoût 1883, trois mois après le banquet Lemonnier, — en déclarant : « L'art\ndoit être l'art, et rien de plus. » Le mois suivant, M. Albert Giraud atta-\nquait de front la thèse de « l'art social ». Il montrait que l'Art moderne ne\nfaisait autre chose, au fond, que ressasser avec timidité et gaucherie les\ncélèbres paradoxes de Proudhon. Celui-ci définissait l'art : une représentation\nidéaliste de la nature et de nous mêmes en vue du perfectionnement\nphysique et moral de notre espèce.\n   Voilà, dans toute sa franchise, la formule de l'art utile, dont l'art social\nn'est qu'une application particulière.\n   Proudhon savait bien que sa définition était démentie par les chefs-\nd'œuvre de l'art; aussi s'écriait-il avec rage : Plût à Dieu que Luther eût\nexterminé les Raphaël, les Michel-Ange et leurs émules, tous ces orne­\nment ateurs de palais et d'églises !\n   Proudhon était logique. Quand on veut l'art utile à une politique, par\nexemple au socialisme, on souhaite la destruction de l'art qui illumine les\ngloires monarchiques et religieuses. M. Picard, qui prêche aujourd'hui\ncomme en 1883 l'art socialiste, n'a pas encore poussé le cri farouche de\nProudhon. Il devra le pousser un jour, s'il veut être logique et s'il n'a pas\npeur de montrer aux artistes ce qui se cache derrière ses tirades révolution-\nnaires.\n   M. Giraud terminait son article par ce sage avertissement :\n\n   Nous espérons que le jeune mouvement littéraire n'adoptera point les théories de\nl'art social. Cènes, nous ne doutons point de la conscience et du désintéressement de\nceux qui voudraient convertir les JEUNES BELGIQUE à cette doctrine, mais nous consi-\ndérons la théorie de l'enseignement comme pernicieuse. Si les nouveaux venus l'adop-\ntaient, ils abdiqueraient insensiblement, et par la force lente des choses, — la littérature\npour la politique, et la superbe révolte intellectuelle d'aujourd'hui s'anéantirait dans le\nplus piteux et le plus mérité des avortements.\n\n\n                                            ***\n   Après l'art social, ce fut l'art national. Autre guitare! L'Art moderne,\nayant lu, en 1884, la Légende du Parnasse contemporain, découvrit avec\némotion que nous ressemblions aux parnassiens français de 1866. Notre\nmouvement littéraire ne pouvait manquer de présenter des analogies avec\nle leur, car celui-ci était né comme le nôtre d'une réaction contre l'amor-\nphisme littéraire produit par l'exagération des préoccupations morales,\nphilantropiques, sociales, politiques, etc., etc. Toutes ces belles choses\navaient, après 1848, donné le jour à une littérature déplorable. Nous réagis-\nsions en Belgique comme les parnassiens de 1866 avaient réagi en France,\n"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2522, "texte": "                                 —401—\ndans des circonstances semblables, dans le même esprit et par les mêmes\nmoyens.\n   Consterné de ces analogies et désireux de nous arracher la direction du\njeune mouvement littéraire, l'Art moderne s'avisa de décréter que l'art\nserait national, qu'il fallait penser en belge et écrire en belge. Il devenait\nnécessaire d'observer le milieu national et le décrire dans le langage du cru.\nComme le français est le français, cette mirifique ordonnance ne voulait\nrien dire ou bien elle nous enjoignait de patoiser en marollien. Elle nous\nintimait l'ordre aussi de fixer nos regards sur notre sol et de ne plus lever\nles veux vers les choses éternelles. En admettant que les romanciers pussent\nsubir ce programme étroit, les poètes devaient le repousser avec colère et\nindignation.\n   Ils n'y faillirent point. La querelle fut si violente qu'elle se poursuivit\njusque sur le pré. Le duel de l'avenue de Lorraine ne put d'ailleurs mettre\nlin à une guerre de principes. Il consacra plutôt l'existence, en Belgique,\nde deux partis littéraires irréconciliables, groupés l'un autour de la Jeune\nBelgique, l'autre autour de l'Art moderne, c'est-à-dire de M. Edmond\nPicard.\n                                    * *\n   Un nouveau conflit éclata lorsqu'il prit fantaisie à M. Picard et à ses\namis de publier une anthologie d'auteurs belges et de la faire subsidier par\nle gouvernement. Nous ne pouvions point permettre qu'on nous présentât\nau public de cette manière. La Jeune Belgique n'avait cessé de protester\ncontre l'intrusion de l'Etat dans le domaine des lettres; sur ce point\nM. Picard, en 1883, nous exhortait à l'intransigeance; s'il lui plaisait de\nse retourner en 1887, il ne pouvait nous convenir de l'imiter. Et comme\nl'Art moderne menaçait de nous publier malgré nous, nous déjouâmes ses\nprojets en composant en toute hâte le Parnasse de la Jeune Belgique. Ce\nrecueil fit connaître au pays et à l'étranger la valeur de nos travaux-\npoétiques. Impuissants à rivaliser avec nous, les anthologistes subsidies se\ncontentèrent de publier un volume de prose et laissèrent les poètes tran-\nquilles.\n   Le Parnasse de la Jeune Belgique, par toutes les pièces de vers qu'il\ncontenait et par son titre même, attestait notre parenté artistique avec les\nparnassiens français.\n   Cependant, en France la jeunesse littéraire ébauchait un « mouvement\npoétique » qui, dirigé d'abord contre l'école naturaliste, ne devait pas\ntarder à se retourner contre la technique et l'esthétique des parnassiens.\n"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2758, "texte": "                                      — 402 —\n\n Deux poètes du recueil publié par Lemerre s'étaient installés aux extré-\n mités opposées de la poétique inaugurée par le romantisme et renouvelée\n par le parnasse ; ils étaient allés chacun aussi loin qu'on peut aller, et\n même au delà. Aussi dans le jargon de notre petit cénacle désignions-\n nous familièrement l'art de ces poètes sous ce nom : l'impasse Verlaine et\n l'impasse Mallarmé. Nous admirions beaucoup ces deux artistes mais nous\n considérions leur art comme un point d'arrivée et non comme un point de\n départ. Ce fut au contraire pour un point de départ qu'il fut pris par\n quelques jeunes poètes habitant Paris ou la province française. On vit alors\n se former d'innombrables groupes plus bizarres les uns que les autres.\n Symbolistes, décadents, déliquescents, magnificistes, occultistes, instru-\nmentistes-évolutifs, que sais-je encore! Plusieurs, avides de nouveauté et\ndésespérant d'en trouver dans leur inspiration, s'avisèrent de demander\nl'originalité à un bouleversement de la technique du vers ; après la versifi-\ncation, on s'en prit à la syntaxe et à la grammaire et l'on organisa un\nvaste gâchis, d'où la poésie française n'a pu encore se dégager. L'opération\nétait d'ailleurs conduite par un syndicat de jeunes étrangers, flamands,\naméricains, allemands, israélites, slaves, palicares et le reste : on y relève\ndes noms d'outre-frontière tels que Mme Marie Kryzinska, M. Vielé-\nGriffin, M. Papadiamantopoulos (Moréas), M. Gustave Kahn, M. Ver-\nhaeren, M. Maeterlinck, M. Elskamp, et bien d'autres, qui sonnent mal le\ndoux parler de France. L'atavisme inclinait sans doute leur instinct vers\ndes musiques étrangères et des rythmes exotiques. La tradition française\nn'était point dans leur chair et dans leur sang. Quoi qu'il en lût, le soi-\ndisant vers libre qu'ils créèrent et qui n'est qu'une sorte de prose poétique\nmal typographiée, ne rencontra chez Max Waller, notre directeur, qu'une\nhostilité nettement déclarée. Le vers libre fut rigoureusement proscrit de la\nJeune Belgique. Max Waller répugnait aux fluidités informes. Dans les\nmodulations de M. Vielé-Griffin il ne voyait que des « strophes enfantiles »\net pour lui M. Verhaeren était « un égaré » (1).\n   En 1889 Max Waller mourut. Il s'éteignit dans son printemps, comme\nune douce fleur qui se fane. Nous portons encore son deuil dans nos cœurs.\nM. Maubel prit pour un an la direction de la Jeune Belgique et maintint\ntrès exactement l'orientation que son fondateur lui avait donnée. Il devait\névoluer plus tard et quitter notre revue au moment même où nous procla-\nmions avec une énergie nouvelle les principes qui avaient présidé à sa nais-\nsance et à ses premières luttes.\n\n (1) Jeune Belgique, t. VI, 1887, p. 181.\n"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2831, "texte": "                                      — 403 —\n\n    A Paris, la révolution poétique gagnait du terrain. En Belgique, plu-\n sieurs petites revues, filles ou nièces de l'Art moderne, défendaient les\n mêmes idées. Que devait faire la Jeune Belgique? Les avis étaient partagés.\n Les uns demandaient qu'on restât fidèle a priori à la technique parnas-\n sienne et qu'on ne fît pas même aux nouveautés l'honneur de s'occuper\n d'elles. D'autres, et j'en étais, ne pouvaient se défendre d'une curiosité fort\n vive à leur endroit. Fallait-il les repousser sans examen? Et comment les\n étudier sans les pratiquer ou tout au moins sans les mettre sous les yeux de\n nos amis et de nos lecteurs ? L'intransigeance devait d'ailleurs avoir pour\n conséquence inévitable l'isolement. Ne convenait-il pas, au contraire, de\n nouer des relations avec les jeunes français, quitte à rompre plus tard si\n nos convictions l'exigeaient? C'était prendre contact avec nos futurs adver-\nsaires. Autrement, nous risquions de manœuvrer dans le vide. Ces raisons\nl'emportèrent et décidèrent du choix du nouveau directeur : on élut\n M. Valère Gille, le plus jeune des poètes du Parnasse de la Jeune Bel­\ngique. Agé de 23 ans, entreprenant, actif, libre de tout engagement, il était\nparfaitement à même de jouer le rôle que ses amis attendaient de lui. Il se\nmit en rapport avec les jeunes novateurs français, déclara que la Jeune\nBelgique était ouverte à toutes les tentatives nouvelles et publia des vers\nplus ou moins libres de MM. Vielé-Griffin, H. de Régnier, Hérold, Ver-\nhaeren, etc. Nous étions dans le mouvement et nous obtînmes la consi-\ndération de tous ceux qui consacraient leurs efforts à mettre en marme-\nlade la langue française, la versification, les idées et les sentiments. Ce fut\naussi pour notre revue une période de vie et d'expansion. J'aurais pu m'en\nféliciter, car, en poussant à ces rajeunissements, j'avais un peu mérité le\nnom de Hans Sachs que la Wallonie m'avait octroyé dans un moment de\nlyrisme; je devenais, au contraire, inquiet au fur et à mesure que je voyais\nse multiplier les productions informes des vers-libristes et nos poètes,\ny compris le jeune directeur de la Jeune Belgique, partageaient mes inquié-\ntudes. Quant à M. Albert Giraud, il ne dérageait point, parfois même il\nmenaçait de s'en aller. Sur ces entrefaites, au milieu de l'année 1891,\nM. Valère Gille, nommé à des fonctions officielles, abandonna la direction\nde la Jeune Belgique, et les propriétaires de la revue (1) me chargèrent de\nle remplacer.\n   Devenu directeur, je me bornai d'abord à laisser refroidir nos relations\navec les vers-libristes et je me mis, par devoir, à lire toutes les revues,\n\n  (1) De six qu'ils étaient du vivant «Je Max Waller, les propriétaires n'étaient plus que\ncinq : MM. G Eckhoud, A. Giraud, F. Nautet, H. Maubel et I. Gilkin.\n"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "                                  — 404 -\n\nles revuettes, les livres et les brochures qui nous parvenaient et que jus-\nqu'alors je m'étais contenté de feuilleter à l'occasion. Ces lectures m'ef-\nfrayèrent. Elles me donnèrent la conviction que le mouvement littéraire\nbelge, créé par nous, courait à sa perte en suivant dans ses erreurs la\njeune génération française. La France est assez riche pour se soucier\nmédiocrement d'une génération sacrifiée; mais chez nous c'était toute notre\nrenaissance littéraire qui menaçait de sombrer dans les sottises informes\ndont elle s'était éprise, et Dieu sait quand on pourrait recommencer!... Il\nimportait de pousser un cri d'alarme et de réagir sur l'heure Il importait\naussi de pouvoir prendre du champ, c'est-à-dire un nombre de numéros\nsuffisants pour livrer bataille. Je ne confiai mes projets qu'à MM. Giraud\net Valère Gille, afin de ne pas compromettre ma réélection, mais à peine\nnommé directeur pour l'année 1803 je lançai, dans le numéro de janvier\nle manifeste qui fut le point de départ de notre campagne.\n\n\n\n   Il fit un beau tapage, ameuta toutes les petites revues et provoqua parmi\nnous des scissions, fâcheuses assurément, mais inévitables et qui se prépa-\nraient depuis longtemps. Car nous mûrissions et les divergences de nos\ntendances artistiques ne pouvaient manquer d'éclater bientôt au grand\njour. La plupart de nos prosateurs étaient en 'réalité restés les adeptes de\nl'école naturaliste; ils pratiquaient l'art national, l'observation directe des\ncouches les plus basses de la société et de leurs tares, ils y joignaient de\nvagues théories physiologiques et une hostilité systématique contre « les\nbourgeois », c'est-à-dire tout ce qui ne porte point la blouse, n'a pas les\nmains caleuses et ne parle pas le langage des vachers. C'était, à peu de\nchose près, le programme de M. Zola au beau temps des Rougon Macquart.\nOn le corsa, depuis, d'un peu d'anarchie grammaticale, sentimentale et\nvaguement explosive. Ce n'est pas un reproche que je formule mais une\nsimple constatation. De leur côté, les poètes de la Jeune Belgique se déve-\nloppaient dans un sens diamétralement opposé. Sous l'influence des\nRythmes, ils s'éprenaient davantage, de jour en jour, de l'Ordre et de la\nBeauté. Au-dessus de tous les petits incidents et de toutes les querelles\npersonnelles, ces raisons profondes devaient, de toute nécessité, nous\nséparer les uns des autres.\n   Mes « Déclarations » de 1893 précipitèrent la rupture. Dans ce mani-\nfeste je signalais les dangers qui menaçaient notre jeune littérature; le\nramollissement de la forme, l'altération ridicule du langage, la niaiserie de\nla pensée érigées en dogme et le retour offensif de la politique qui à l'art\n"}, {"page_pdf": 452, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2956, "texte": "                                  — 405 —\n\n pour l'art substituait ces choses néfastes : l'art pour le socialisme, l'art\n  pour l'anarchie ou l'art pour la morale et la religion ; je conjurais les\n  jeunes hommes de lettres de se rallier de nouveau autour de nos formules :\n  l'art pour l'art et le culte de la forme; je déclarais la Jeune Belgique\n fermée non pas aux échantillons des sottises nouvelles mais à leur panégy-\n rique et à leur propagande ; sans mâcher les mots, j'annonçais la réaction\n contre les nouveautés ratées qui désolent encore la littérature française et\n j'écrivais : « Proclamer cette réaction ce n'est pas reculer dans le passé, c'est\n marcher vers l'avenir. » Enfin, je proposais à mes jeunes compatriotes de\n profiter des erreurs de la présente génération parisienne pour nous substi-\n tuer à elle par la qualité de nos productions poétiques, pour prendre sa\n place dans la chaîne de la tradition française en « forgeant dans notre\npatrie l'anneau d'or qui doit relier l'avenir au passé ».\n    Ces déclarations ne furent pas du goût de tout le monde. M. Eekhoud\n se retira du groupe des propriétaires de la Jeune Belgique; bientôt\n MM. Maubel et Nautet l'imitèrent. La scène fut assez plaisante. J'avais,\ndans le courant de l'été de 1893, convoqué chez moi les propriétaires de la\nJeune Belgique. Nous bûmes fraternellement le thé de la guerre. Grâce à\nla démission de M. Eekhoud, qui me faisait la partie belle, nous n'étions\nplus que quatre : d'une part, MM. Maubel et Nautet, d'autre part,\nM. Giraud et moi. Les premiers me dirent avec franchise que s'ils avaient\npu soupçonner mes desseins, jamais ils ne m'eussent élu directeur et qu'ils\nse proposaient de prendre leur revanche. Je répondis non moins franche-\nment que je voulais les entretenir de ma succession, qui devait s'ouvrir à\nla fin de l'année; que je considérais comme un devoir impérieux envers\nnotre jeune littérature de conserver à la Jeune Belgique l'orientation que\nje lui avais imprimée, que mon successeur devait donc être, à mon avis,\nM. Giraud, que je voterais pour lui et que j'avais obtenu de lui qu'il votât\npour lui-même : les voix allaient inévitablement se partager par égalité ;\ndans ces conjonctures, pas d'élection possible. Pour ma part, disais-je, je\nconserverai donc provisoirement la direction jusqu'à ce qu'on m'ait donné\nun successeur régulier, cela dût-il durer des années. MM. Maubel et\nNautet se retirèrent, un peu surpris, et le lendemain je reçus leur démis-\nsion. J'eus regret de notre séparation, mais je me consolai, car cette retraite,\nloin d'affaiblir nos efforts, nous délivrait d'une opposition qui pouvait\ndevenir gênante, et elle allait nous permettre d'attaquer l'ennemi avec plus\nde vigueur. La chance était pour nous. Sans la démission providentielle de\nM. Eekhoud, M. Giraud et moi nous étions battus à plate couture, la\ndirection passait en des mains hostiles et la fin de l'année 1893 eût vu la\nfin de notre campagne.\n"}, {"page_pdf": 453, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2786, "texte": "                                    — 406 - -\n\n     Depuis lors, au milieu de péripéties diverses, de raccommodements\n momentanés et de brouilles nouvelles, la petite guerre suivit son cours.\n  Elle acheva de nous séparer en prosateurs et en poètes. Les poètes restèrent\n pour la plupart fidèles à la Jeune Belgique. Dans l'autre camp, il n'y a guère\nque des prosateurs ou de faux poètes, qui, comme M. Verhaeren, tiennent\n leur Ivre à l'envers et n'écrivent en réalité qu'une prose burlesque, rythmée\n par on ne sait quels bobres madécasses. Tous ceux qui ont le cerveau\n brouillé et les idées en bouillie courent se faire affilier dans leurs officines.\n Ils y apprendront leur métier comme ils pourront. En attendant, l'Art\n moderne les encense et il admire d'avance les vers que ces messieurs feront\n plus tard. A leur place, je me méfierais : il n'a pas le don de seconde vue.\n Puis, il change si vite!...\n    Les dissidents de la Jeune Belgique fondèrent le Coq rouge. On m'a\nbeaucoup reproché la violence avec laquelle je les attaquai. Ne fallait-il\ndonc pas, dès le premier moment, les empêcher de se targuer de liens\ndésormais brisés et leur arracher jusqu'au dernier lambeau le prestige inhé-\nrent à ce titre de Jeune Belgique qui n'appartient plus qu'à nous? Je\nconnais peu la rancune. Si je lançai sur l'heure notre revue à l'attaque des\ntransfuges et les forçai de démasquer leur pensée, c'est qu'une telle tactique\ns'imposait. Je n'éprouvai qu'un moment de colère : mais il ne convient pas\nd'en reparler.\n    Ce que deviendront le Coq rouge et les petites revues qui prennent pour\nmot d'ordre son cocorico, peu nous chaut. Qu'ils vivotent ou qu'ils\nmeurent, l'avenir de nos déserteurs est fixé. En s'écartant de nous, ils se\nsont éloignés du foyer sacré qui leur communiquait sa flamme et sa vie.\nQuelques-uns d'entre eux le savent déjà. Quand ils s'interrogent avec fran-\nchise, ils sentent que le froid et la brume sont entrés dans leur âme. Pour\nnous, notre foi n'a point faibli : elle est plus ardente et plus lumineuse que\njamais. Dans notre temple, les places abandonnées par les fuyards ne sont\npas restées vides : de nouveaux poètes préludent aux chants que bientôt ils\nmêleront aux chants de leurs aînés. Ils sont les enfants de l'ordre et de\nl'harmonie. Ils savent que sans l'étude pieuse de la loi et le travail assidu\nl'inspiration demeure impuissante. Ailleurs on cultive pompeusement le\nchaos; la culture est facile mais les fruits seront dignes de l'arbre. On le\npourra bientôt voir.\n                                        ***\n    Il est inutile de reparler des dernières luttes de la Jeune Belgique; elles\nsont encore présentes à la mémoire de tous nos lecteurs. Nous avons salué\nd'un grand éclat de rire l'idée de l'Art moderne qui voulait nous isoler de\n"}, {"page_pdf": 454, "page_imprimee": 407, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3029, "texte": "                                — 407 —\n\nla tradition française et nous faire travailler à la formation d'un charabia\nprovincial!!! Le charme du patois n'a pu nous éblouir. Nous n'avons\njamais cessé, au point de vue de la littérature, de nous considérer comme\ndes Français. A cause du voisinage du flamand, notre parler est incorrect\net nous avons grand'peine à l'épurer ; cette épuration est pourtant un travail\nindispensable, qui réclame toute notre sollicitude. Hors de là point de salut.\n    C'est en nous plaçant à ce point de vue, en nous considérant comme des\nécrivains français habitant Bruxelles, Gand ou Liége au lieu de Paris,\nLyon ou Marseille, que nous avons regardé les intérêts de l'art français\ncomme les nôtres et combattu les influences que nous croyons funestes\npour lui. L'invasion des littératures du Nord, qui entraient dans les lettres\nfrançaises non pas en amies bienfaisantes mais en conquérantes dévasta-\ntrices, a trouvé chez nous une résistance vigoureuse. Les entreprises dirigées\ncontre les principes essentiels de la versification française ont aussi rencon-\ntré en nous des adversaires résolus : le pseudo vers libre, fondé sur l'igno-\nrance de la formation historique de la langue et du vers et sur la mécon-\nnaissance de leur constitution organique, était d'avance condamné à la sté-\nrilité, en dépit du nombre de jeunes hommes qu'il a séduits. Presque seuls\nnous avons lutté contre cette folie. Car, il faut le constater à regret, les\nmeilleurs critiques de la France l'ont laissée se développer sans prendre la\npeine d'étudier la question à fond ; les uns ont ébauché quelques phrases\nironiques, les autres ont montré une complaisance regrettable pour ces\ndangereuses erreurs ; bien peu ont eu le courage de détromper les égarés\net de défendre la lyre française contre les mains sacrilèges qui tentaient de\nla briser. Faut-il rappeler les jolis mais imprudents sourires de M. Anatole\n France, les tristes concessions de M. Mallarmé, les hésitations de M. Bru-\n netière? Heureusement, on leur peut opposer les excellentes Réflexions sur\n l'art des vers de M. Sully-Prudhomme, et les articles vraiment français\n de style et de pensée que M. Doumic, le jeune et savant critique de la\n Revue bleue et de la Revue des Deux-Mondes, a réunis en volume sous ce\n titre : Les Jeunes. Quant à la Jeune Belgique, elle a attaqué ces erreurs\n dangereuses avec la plus vive ardeur. Elle a pu, dans son dernier numéro,\n crier victoire en enregistrant la reculade de M. Vielé-Griffin, le théoricien\n en chef du vers libre. M. Vielé-Griffin rejette désormais la question de la\n forme du vers au second rang de son programme, et replace au premier\n l'esthétique du symbolisme. On renonce à défendre les positions qui ne sont\n plus défendables. C'est le commencement de la débâcle.\n   Nous avons eu à combattre enfin l'individualisme illimité, qui a engendré\nl'anarchie littéraire. Cet individualisme est le principe profond de la plupart\n                                                                       26\n"}, {"page_pdf": 455, "page_imprimee": 408, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2923, "texte": "                                  — 408 —\n\ndes hérésies artistiques contre lesquelles nous avons eu et aurons encore à\nbatailler. Il se retrouve au fond de la théorie du pseudo vers libre, car il\n substitue à une versification régulière, fondée sur des lois objectives, une\n « musique intérieure » que chacun module à sa fantaisie. Comme il ne m'est\npas possible de deviner quelle est la musique intérieure de chacun de mes\nvoisins, je ne saurais apprécier leur versification, faute d'en connaître le\nprincipe générateur. Une même anarchie règne dans les idées et a rompu\nnon seulement toute communauté d'homme à homme dans une même\nsociété, mais de pensée à pensée dans une même tête. La cervelle de la plu-\npart de nos écrivains est devenue une belle image du chaos. Dans la plupart\nde leurs ouvrages il faut renoncer à découvrir la moindre logique. Il est\ndifficile ne pas reconnaître là une maladie mentale. Cependant ceux qui en\nsont atteints en tirent vanité; ils se glorifient du désordre de leurs idées,\naccablent de leur dédain les autres hommes et, ne pouvant marquer ceux-ci\nau fer rouge, ils se contentent de les qualifier de « bourgeois ».\n   Depuis les temps héroï-comiques du romantisme, ce terme « bourgeois »,\néquivalent assez heureux du « philistin » allemand, a servi à désigner\nl'homme confiné dans les préoccupations étroites, mercantiles ou politiques,\nqui caractérisent les petits boutiquiers et les concierges aussi bien que les\nnégociants ou les banquiers exclusivement soucieux de la hausse du pétrole\nou du krach des mines de la Patagonie. Bourgeois, le gentleman fraqué de\nnoir et cravaté de blanc qui, le monocle vissé à l'arcade sourcilière,\ns'enquiert de la dot de sa danseuse et aligne dans une revue que personne\nne lit des études d'économie politique qui consistent en l'éloge périodique\nd'un ministre; bourgeois, le gros industriel qui, fatigué de son usine, va\nlorgner à l'Opéra le corps de ballet et se soucie de la musique dramatique\ncomme un brochet d'une montgolfière; bourgeois, le père de famille qui\nrecommande à sa progéniture de faire son chemin en se méfiant des séduc-\ntions des artistes plus encore que du sourire des belles dames qui ont des\nnotes à payer chez leur couturière; bourgeois enfin quiconque confond\ndans une même réprobation les étudiants, les rapins et les grands hommes.\n   Mais il est d'autres bourgeois et le mot a un tout autre sens lorsqu'il\ndésigne les hommes du tiers État, comme on disait au siècle dernier. En\nréalité la bourgeoisie constitue à présent le deuxième ordre social. Le\nclergé et la noblesse n'existant plus comme classes particulières, on peut\ndiviser la société en trois compartiments dont le premier est occupé par\nY aristocratie du sang, de l'argent et des fonctions publiques (clergé, armée,\ndiplomatie, haute banque, etc.), le second par la bourgeoisie (négociants,\nrentiers, industriels, employés), le troisième par le prolétariat.\n"}, {"page_pdf": 456, "page_imprimee": 409, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2884, "texte": "                                      — 409 —\n\n    Dans cette hiérarchie à trois degrés, la bourgeoisie est véritablement la\nclasse moyenne. En Belgique, cette classe est la plus forte, la plus indépen-\ndante et la plus intelligente. Elle forme la base de l'État. C'est sur elle que\ns'appuient tous les pouvoirs publics, car c'est elle qui constitue l'opinion\npublique. Quand elle parle on peut dire que la nation a parlé. Sa volonté\nfait la loi. C'est elle qui peuple le Sénat, la Chambre, les tribunaux, l'armée,\nles universités et les écoles, les académies et les conservatoires, non seule-\nment d'une foule de médiocres, mais aussi de quelques hommes supérieurs\nLa plupart des savants et des artistes sortent de son sein. Ainsi M. Picard\nest un bourgeois, M. Verhaeren et M. Eekhoud sont des bourgeois,\nRichard Wagner fut un grand bourgeois.\n    Mais certaines personnes intéressées à mêler les choses de l'art avec les\nchoses de la politique, ont joué impudemment sur les mots et ont tenu à\npeu près ce raisonnement : « Nous autres, anarchistes ou socialistes, nous\n haïssons le bourgeois; vous, artistes, esthètes et personnes sensibles, vous\n détestez le bourgeois : unissons-nous donc contre « l'ennemi commun. »\n     Halte-là! Il n'y a pas d'ennemi commun, Messeigneurs, et notre bour-\n geois n'est pas le vôtre! Quittons ces équivoques et marchons, s'il vous\n plaît, chacun à nos destinées, vous à la politique, qui commence par les\n discours incendiaires et finit par les sièges parlementaires de la Chambre et\n du Sénat, nous au labeur artistique, où, même sans lauriers et sans tapage,\n nous savons trouver de suffisants bonheurs.\n     Cette juste distinction entre le bourgeois du démagogue et le bourgeois\n de l'artiste, l'un des nôtres, M. Ernest Verlant, l'établit avec précision dans\n le Journal de Bruxelles au lendemain de la création de la « Section d'Art »\n de la Maison du Peuple de Bruxelles. La Jeune Belgique fit sien cet\n article, qui répondait à ses principes. Mais il ne s'en suit point que nous\n ayons conçu la moindre hostilité contre la propagande artistique en quel-\n que milieu qu'on la fasse. Si quelques esprits généreux s'efforcent d'initier\n les ouvriers intelligents des grandes villes aux sensations d'art raffinées,\n  s'ils y réussissent, et si, ce faisant, ils ne craignent point de débiliter les\n  énergies des travailleurs en développant outre mesure leur sensibilité par\n  des excitations disproportionnées avec leur vie, ce n'est pas à nous à les\n  blâmer (1).\n\n   (1) Les faits n'ont pas exactement répondu aux intentions et aux promesses des fonda-\n teurs de la dite « Section d'Art » : Ainsi, un beau soir, quelques écrivains venus là pour\n assister à une conférence littéraire, virent tout à coup le public se transformer en foule\n agitée par la passion politique et durent subir quelques Marseillaises non prévues par\n le programme.\n"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 410, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2061, "texte": "                                  — 410 —\n\n   On dit qu'on a pu amener rapidement plusieurs ouvriers à goûter la\nmusique des maîtres et la poésie d'Homère et de Shakespeare; on a dit la\nmême chose, parfois, aux environs de 1848. Après tout, c'est bien possible\net la tentative est, à coup sûr, intéressante. Je crois cependant qu'on fait\nfausse route et que l'éducation artistique du peuple, assurément possible\net souhaitable, en Belgique mille fois plus encore que dans les nations voi-\nsines, doit être demandée aux arts décoratifs, qui, par leur nature même\ns'adressent aux masses et peuvent souvent être pratiqués par les ouvriers.\nMais cela demanderait de longs développements, et il est temps de con-\nclure.\n\n\n\n   A l'heure présente les yeux clairvoyants voient poindre l'aurore d'une\n réaction contre les excès de l'exotisme, de l'individualisme, de la déliques-\n cence générale de la pensée et des formes. L'âme française sommeille comme\nla Belle-au-Bois-dormant, et son palais, au milieu de la forêt touffue, est\nenvahi par les ronces, les lianes, les herbes de toute espèce ainsi que par\ndes myriades d'insectes et d'oiseaux qui y ont fait leurs nids. Certes, quel-\nques-unes de ces ronces portent de belles roses, quelques-uns de ces oiseaux\nchantent de jolies chansons. Mais chanteurs ailés et plantes fleuries seraient\nmieux à leur place dans le parc que dans ces appartements, qu'après tout\nils souillent et dégradent. La princesse va-t-elle enfin s'éveiller? Ses gens,\nqui gisent de-ci, de-là, couverts de mousses vertes et de bêtes à bon Dieu,\nvont-ils renaître à la vie, nettoyer leurs habits brodés et leurs épées ?\nVa-t-on rendre à la forêt ce qui appartient à la forêt et aux hommes ce qui\nappartient aux hommes ? La royale enfant a entr'ouvert les yeux ; ses lèvres\nont frémi ; sur les blanches dentelles son bras charmant a bougé. Fasse le\nciel qu'elle se redresse sans tarder sur sa couche et que sa voix argentine\ntire tous les dormeurs de leur trop long sommeil !\n\n                                                         I\\VAN GlLKIN\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-003", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 411, "page_fin": 417, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "HELLAS", "ancre_fin": "VALÈRE GILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 458, "page_imprimee": 411, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 1699, "texte": "HELLAS\n            LA PRIÈRE D'HIPPOLYTE\n\nSalut, blanche Artémis ! Choisi parmi l'élite\nDes éphèbes pieux et chastes, Hippolyte,\nL'initié divin, le libre et fier chasseur,\n T'adresse sa prière ici, dans l'épaisseur\nDe ces sombres forêts.\n                          O Souveraine altière!\nDont l'esprit radieux domine la matière,\nPour toi j'ai dédaigné l'œuvre stérile et vain.\nM'enseignant les beautés de ton monde divin\nTu dissipas en moi l'erreur et le mensonge.\nTa clarté m'éblouit, et mon âme se plonge\nDans les pures splendeurs du royaume idéal.\nTu fus mon seul amour ; et mon chant nuptial\nPour toi seule vibra dans la forêt sauvage.\nLa fraîcheur de ton souffle emplissait le feuillage\nQuand je passais, humant l'air salubre des bois,\nÀ travers les halliers frissonnants, aux abois\nDe mes chiens vigoureux. A moi tu te révèles\nDans les taillis épaix pleins de clartés nouvelles;\nC'est toi qui, lorsque l'aube éveille les oiseaux,\nLances des flèches d'or parmi les verts rameaux.\nTu rôdes en ces lieux, et pourtant invisible;\nTu m'appelles : j'entends ta voix douce et terrible ;\nTu hantes les vallons où je reviens m'asseoir,\nPartout je te devine, et ton ombre, le soir,\nEntre les roseaux noirs glisse le long des berges.\n\nSalut, ô la plus belle entre toutes les Vierges,\nArtémis! au beau front d'ivoire, aux larges yeux\nOù triomphe l'azur resplendissant des cieux.\nJe t'apporte aujourd'hui la couronne fleurie\nTressée en ton honneur dans l'intacte prairie\nQue le pied des troupeaux, ni le cruel tranchant\nDe la faux n'ont jamais violée, où mon chant\nRésonna solitaire et libre, quand l'abeille\nButinait au printemps l'anémone vermeille.\n"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 412, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1713, "texte": "                    — 412 —\n\nSur les sommets déserts, sur ces autels, c'est là\nQu'en ta présence sainte, Hippolyte mêla\nL'églantine au safran pour sa pieuse offrande.\nO Déesse aux yeux clairs! reçois cette guirlande,\nEt daigne, étant propice à cet humble trésor,\nEn parer ce matin ta chevelure d'or.\n\n\n\n                    PINDARE\n\nO Thèbes au char d'or nous t'offrons nos lauriers!\nTu n'as pas enfanté de superbes guerriers,\nConquis un vaste empire ou chassé le barbare;\nTu fus, plus noble éclat, le berceau de Pindare.\nLes Muses aux beaux yeux l'avaient élu parmi\nTous tes enfants : un jour qu'il s'était endormi\nSous l'ombrage odorant des corbeilles de roses,\nDes abeilles avaient, entre ses lèvres roses,\nComme un présage heureux et gracieux du ciel,\nDistillé le trésor suave de leur miel.\nChéri de tous, il fut la voix d'or des gymnases;\nEt les vierges, portant les rameaux et les vases\nA ux fêtes d'Apollon, en conduisant les chœurs,\nChantaient ses hymnes saints qui transportaient les cœurs.\nLa Grèce l'acclamait, et dans l'île de Rhodes,\nA Lindos, on avait gravé ses fières odes\nSur le marbre neigeux du temple d'Athéné.\nOr, illustre et très vieux, ayant abandonné\nSon front sur les genoux du jeune Théoxène\nQui méditait ses vers à l'ombre du troène,\nIl exhala son âme, et l'on vit le dieu Pan,\nAu pied du Cithéron, entonner un péan\nDu noble citharède aimé de Proserpine.\nPlaton qui s'abreuvait à la source divine,\nA ux jeunes gens pensifs circulant à pas lents\nDans les jardins en /leurs sous les platanes blancs,\nRécitait ses beaux chants ; et plus tard A lexandre,\nLorsque Thèbes fut prise et fut réduite en cendre,\nOrdonna, pour l'honneur des vers mélodieux,\nD'épargner la maison du favori des dieux.\n"}, {"page_pdf": 460, "page_imprimee": 413, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1680, "texte": "                      -   413   -\n\n\n              SUR EROS ENDORMI\nDans la verte forêt à la cime azurée\nNous trouvâmes Eros, le fils de Cithérée,\nPlus jeune qu'une fleur, plus beau qu'un fruit   vermeil,\nEnchaîné par un calme et suave sommeil.\nSur un doux lit de mousse et de fougères sèches\nIl dormait. Ni son arc recourbé, ni ses flèches,\nNi son carquois léger ne brillaient en sa main ;\nIl les avait fixés aux arbres du chemin\nEt reposait tranquille et divin sous les roses,\nTandis que doucement, sur ses lèvres mi-closes,\nConstruisant à loisir leurs rayons parfumés,\nLes abeilles de moire en essaims enflammés,\nOublieuses du thym sauvage et de la menthe,\nBourdonnaient à l'entour de sa bouche charmante.\n\n                  EPITHALAME\n\nO nuit divine, sois propice ! ô toi qui leurres\nCes amants enlacés !. Et vous, les belles Heures,\nRetardez d'atteler vos chevaux d'or pour eux'.\nChers enfants, confondez vos efforts amoureux ;\nAimez-vous, aimez-vous ! Quand l'amante succombe.\nQue parmi les bosquets étoiles la colombe\nNe soupire pas plus! En vos jeux étourdis,\nEn vos charmants combats, que vos bras arrondis\nPlus fortement noués que la liane au chêne\nForment une puissante et délicate chaîne.\nRedoublez vos ardeurs, l'étoile brille encor.\nAimez-vous, aimez vous! Les coquillages d'or\nSeront moins bien unis que vos lèvres brûlantes.\nSurtout, n'éteignez pas ces lampes vigilantes :\nTémoins muets des doux mystères de l'amour,\nElles ne diront rien de leur secret au jour.\n\n                   LE PRÉSENT\n\nCher pasteur Menalkas accepte ce présent,\nCe vase façonné de mes mains, en creusant\nAvec le dur airain l'agathe transparente.\nPour toi je l'ai rempli d'une cire odorante.\n"}, {"page_pdf": 461, "page_imprimee": 414, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1728, "texte": "                     -   414 —\n\nMais regarde surtout comme il est ciselé :\nSur les bords délicats le lierre entremêlé.\nEncadrant un pays adorable et paisible,\nSerpente et se déploie en guirlande    flexible.\nAdmire le charmant et patient travail.\nPlus bas, sous un bosquet plein de fruits de corail,\nPrès d'une source vive, une vierge divine\nEst assise parmi les joncs, et l'on devine\nQu'elle rit au reflet qui frissonne sur l'eau.\nElle ajuste une rose à son léger bandeau\nSans savoir que, souffrant les cuisantes brûlures\nD'Eros, deux jeunes gens aux belles chevelures\nSe querellent. Non loin est une vigne encor,\nAux pampres verdoyants chargés de grappes d'or;\n Un jeune enfant la garde, assis dans une haie.\nIl chante les chansons dont son âme s'égaie;\nIl rit; tandis qu'à ses côtés en tapinois\nDans le buisson touffu, cauteleux et sournois,\nSe sont déjà glissés deux renards en maraude.\nL'un mange le raisin pesant, mais l'autre rôde\nDans les herbes, autour du déjeuner gonflant\nLa besace laissée à terre par l'enfant.\nMais le pâtre frivole et joyeux continue\nA moduler ses chants sur la flûte ténue.\n\n\n  LE COLLIER D'OPALES\n                  LA CLAIRIÈRE\n\nJe connais une étrange et secrète clairière.\nAu matin, dans le vert feuillage, la lumière\nY semble de la neige. Entre les peupliers\nTout scintille, l'air bleu, la source et les halliers;\nEt c'est au fond du bois comme une aube argentée.\nMais cette solitude est sans doute hantée\nPar les dieux enfantins, les espiègles esprits\nOu les sylphes moqueurs, car un soir, j'ai surpris\n— Retenu par le charme enchanteur d'un beau livre\nDans un brouillard d'azur, de rosée et de givre,\nLa lune qui, jetant ses voiles de couleurs.\nSur le gazon mouillé dansait parmi les fleurs.\n"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 415, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "                      -   415   -\n\n\n             LA T O I L E D'ARAIGNÉE\n\nDu saule pâle à la stellaire au cœur d'étoile\nLa vorace araignée avait tendu sa toile\nAinsi qu'un pont de tulle au-dessus du ruisseau\nLa tipule eût brisé ce fragile réseau ;\nMais les vapeurs du soir qui s'étaient condensées\nSur les mailles de fil et de givre tissées\nSemblaient en avoir fait une gaze d'argent\nOù ce matin, captive, en son reflet changeant,\nComme un insecte d'or dont l'aile est irisée,\nTremblait de tous ses feux la goutte de rosée.\n\n\n                  L'ÉGLANTIER\n\nIl est las de ses jeux, de l'arc et de la course :\nSes yeux charmeurs, ses yeux joyeux comme une source\nSe closent, et voici qu'il dort sous l'églantier\nDont le réseau fleuri l'enferme tout entier.\nMais un souffle frissonne : au bout de chaque tige,\nDoux papillon captif, un calice voltige,\nLe câline, s'enfuit, vient effleurer son front,\nEt, léger, sur sa bouche éclose se confond,\nSi bien qu'en cet instant l'abeille qui butine\nHésite entre la lèvre et la rose églantine.\n\n\n                     RÊVERIE\n\n Vois ce site enchanté, c'est notre propre rêve.\nLa fraîche nuit descend ; la lune qui se lève\nDans le parc, à travers les tilleuls argentés,\nSème sur les gazons ses flocons de clartés\nQui tremblent dans le gel scintillant de la mousse.\nC'est la lumière du silence, l'heure douce\nAux cœurs mystérieux que la vie affligea.\nLaissons le songe errer; hâtons-nous, car déjà\nLe jonc léger bruit sur l'étang qui s'irise,\nLe bocage gazouille aux rires de la brise\nEt, comme des esprits moqueurs, subtils et fous,\nL'ombre des feuilles glisse et danse autour de nous.\n"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 416, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1628, "texte": "                        416 —\n\n\n                  CRÉPUSCULE\n\nTu reviens, cher Esprit, avec le crépuscule.\nTon âme de parfum dans la brise circule:\nN'es-tu pas cet oiseau qui chante? Je te vois\nDans le nuage errant sur les fleurs ; c'est ta voix\nQui fait ce bruit touffu d'ailes parmi les feuilles.\nLes étoiles, ce sont les roses que tu cueilles.\nO doux rayons mystérieux ! l'ombre s'enfuit,\nLa clarté de tes yeux illumine la nuit.\n\n\n                     L'ÉTANG\n\nDerrière ce massif ombré de chèvrefeuille\nOù le parfum sucré du seringa t'accueille,\nEn suivant le ruisseau tu découvres l'étang\nQui, sous l'éventail d'or du cytise s'étend\nComme un clair ciel de fleurs, d'azur et de lumière;\nSur ses blancs nénuphars la huppe coutumière\nVole, vive, y lustrer sa plume le matin ;\nLa truite brusque saute en son flot argentin,\nEt c'est là que la nuit, glissant de branche en branche,\nLa lune curieuse et coquette se penche\nEt vient tout doucement, entre les fleurs des eaux,\nLisser sa chevelure aux peignes des roseaux.\n\n\n                 LES ÉCOLIERS\n\nLa forêt s'enivrait de son premier réveil;\nDans les arbres mouvants voltigeait le soleil,\nEt chaque feuille était un frisson d'or; des perles\nFusaient en mille feux quand s'envolaient les merles;\nL'aube resplendissait. Soudain, au fond du bois,\nJ'entendis gazouiller un chœur de fraîches voix\nEt je vis, dans l'azur bruinant sur les mousses,\nA travers le rideau léger des jeunes pousses,\nUne bande joyeuse et vive d'écoliers\nPortant des thyrses blancs, des gerbes, des colliers\nFaits de bouquets neigeux et de ramures vertes.\nSous les grappes dont leurs têtes étaient couvertes,\n"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 417, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1712, "texte": "                     -   417   —\n\nSous le myosotis, l'iris ou le muguet,\nPlus beaux, plus radieux encore, on distinguait\nLeurs doux yeux étoiles et leurs lièvres mouillées:\nMais le vent du matin passa dans les feuillées\nEt fit, magique effet, pleuvoir sur ces enfants\nLes lumineuses fleurs des rayons triomphants.\n\n            LES COROLLES D'AZUR\n\nSous la bryone au fin feuillage mon amie\nS'était comme une fleur doucement endormie.\nElle voyait sans doute en son rêve enchanté\nLe paradis avec des arbres de clarté,\nDes fontaines d'amour et de claires prairies\nOù des anges vêtus de magiques soieries,\nSur des luths de cristal, cachés dans les buissons,\nEn murmure exhalaient leurs mystiques chansons.\nElle leur souriait. Comme un jeune calice\nSa bouche délicate au corail rose et lisse\nCharmait les papillons de sa suave odeur ;\nLes lilas la veillaient. Mais un frelon rôdeur,\nAttiré par la fleur splendide et parfumée,\nBourdonna tout à coup sur le front de l'aimée.\nA ses songes, méchant, pourquoi tu la ravis?\nElle entr'ouvrit les yeux, ô merveille! et je vis\nSous les cils qui semblaient de la mousse irisée,\nDeux corolles d'azur étoiles de rosée.\n\n\n             LA P L U I E DE FLEURS\nDans le verger fleuri ce n'était qu'un sourire.\nTu semblais un joli papillon en délire;\nTu courais, tu dansais, folle parmi les fleurs.\nLes hôtes des pruniers, les divins gazouilleurs,\nSifflaient et s'appelaient dans la neige embaumée.\nTu t'arrêtas soudain, puis surprise et charmée,\nCar la brise effeuillait la flore des bosquets,\nTu fis sous cette pluie étrange de bouquets,\nDe ton éventail d'or voltiger dans les branches\nLes pétales ailés et les corolles blanches.\n\n                                         VALÈRE GILLE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-004", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 418, "page_fin": 426, "titre_corps": "Alexandre Dumas fils", "titre_sommaire": "Alexandre Dumas", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Giraud", "ancre_debut": "ALEXANDRE DUMAS FILS", "ancre_fin": "ALBERT GlRAUD", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNETS LAOCOON", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 465, "page_imprimee": 418, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 2567, "texte": "ALEXANDRE DUMAS FILS\n             Dans la remarquable et très élogieuse étude de M. Paul Bour-\n               get sur Alexandre Dumas fils, le poète des A veux constate\n               que le dramaturge de Francillon est un écrivain « peu préoc-\n               cupé des questions de l'art ».\n   Il serait difficile, en effet, même pour un admirateur passionné\nd'Alexandre Dumas fils, de soutenir sérieusement le contraire. Pour faire\nreculer ceux que le paradoxe allécherait, il suffirait de citer les aphorismes\nsur l'art que le romancier a semés dans l'Affaire Clemenceau. Certaine\npréface, ornée d'un inconcevable panégyrique de George Sand, nous paraît\nsusceptible de décourager plus d'un zélateur. Quant à la réponse au dis-\ncours de Leconte de Lisle, je ne sache pas que l'Académie française ait\njamais entendu méconnaître à ce point, avec une inintelligence plus lamen-\ntable, non seulement le génie d'un poète illustre, mais le génie poétique lui-\nmême. Ces preuves seraient tenues pour suffisantes, même si l'œuvre dra-\nmatique d'Alexandre Dumas fils ne portait la trace évidente du défaut\nconstaté par M. Bourget. L'auteur du Demi-Monde n'est pas un artiste. Le\nculte de la Beauté pure lui est inconnu. Homme de théâtre, il s'évertue à\nconcilier avec les conventions dramatiques la somme de vérité que l'on\npeut dire tout haut devant un public ; moraliste, il fait des efforts pour pré-\nparer les consciences à la revision des lois sur le mariage et la paternité, et\nfinit dans une sorte de mysticisme dont le moindre tort est de se dérober à\ntoute définition. Ce qu'il recherche ardemment, ce n'est pas le Beau,\ndevant lequel, au fond, il ne ressent qu'un enthousiasme convenu, ni le\nVrai pour le Vrai, tel qu'il se manifeste à l'homme de science, ni même le\nVrai pour le Beau, tel qu'il apparaît au romancier. Ce qu'il poursuit, c'est\nle Vrai pour le Bien, tel qu'il brille aux yeux du moraliste, mais avec cette\nparticularité que le moraliste des planches doit composer avec les règles de\nl'art dramatique et avec les préjugés de la foule.\n   « Au XVIIe siècle, écrit M. Paul Stapfer, le poète n'était pas ce qu'il est\ndevenu au XVIIIe siècle et au XIXe, un apôtre, un missionnaire, un\nsoldat, mettant la littérature au service d'une cause disputée... il n'était pas\nnon plus un pontife parlant avec une gravité comique de son sacerdoce et\naffectant des airs de grand prêtre de Dieu sur la terre, ce qui est le comble\ndu ridicule et du galimatias. Au siècle de Louis XIV, le poète était simple-\n"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 419, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2674, "texte": "                                 — 419 —\n\nment un artiste consciencieux, cultivant l'art à cause de l'art, soignant son\nstyle par amour du style, visant à la perfection pour elle-même... »\n   Alexandre Dumas fils, lorsqu'il voulut se hausser jusqu'au poème, mit\nau jour des vers quelconques, d'une banalité désespérante, d'une lâcheté de\ncontour et d'une impropriété de termes impardonnables. On en jugera par\nle morceau suivant, exhumé par un niais bien intentionné :\n\n                            LA FILLE DE JAÏRE\n              Elle était morte, hélas ! la brune jeune fille.\n              Malgré son cœur si pur, malgré son front si beau,\n              Comme une étoile meurt, des que le matin brille ;\n              Et de vieux fossoyeurs préparaient son tombeau !\n              Et sa mère pleurait et priait à sa couche,\n              Auprès de ce beau corps, à cette heure si froid;\n              L'âme en derniers soupirs s'échappait de sa bouche,\n              Comme d'un luth brisé la note qui décroît.\n              Un homme vint, portant au front une auréole,\n              Que le riche incrédule avait déjà proscrit,\n              Dont le pauvre écoutait la touchante parole,\n              Et que ceux qui l'aimaient appelaient Jésus-Christ...\n              Et le père pleurait et priait à sa porte;\n              Et Jésus qui passait le bénit de la main ;\n              Et le père lui dit : « Seigneur, ma fille est morte;\n              Morte.' et si vous vouliez, elle vivrait demain.\n              Vous pouvez faire encor que sa bouche sourie,\n              Rouvrir ses yeux au jour et son âme au bonheur;\n              Entrez, et je ferai, divin fils de Marie,\n              Du marbre de sa tombe un autel au Seigneur. »\n              C'était bien une morte à sa couche liée,\n              Une fleur abattue au-dessous du ciel bleu!\n              C'était bien la statue où l'âme est oubliée,\n              A qui l'art donne tout, hors le souffle de Dieu!\n              Eh bien, le saint apôtre anima la statue;\n              Il fit rentrer son âme en ce corps épuisé;\n              Il rendit le parfum à la fleur abattue;\n              Il rattacha la corde à ce beau luth brisé.\n              Et chacun le chanta dans son âme ravie,\n              Implorant un rayon de ce divin flambeau;\n              Alors il dit : \" Croyez! La foi, c'est l'autre vie,\n              Qu'étouffe bien souvent le doute, autre tombeau...»\n              Puis il alla semer cette loi qu'on révère,\n              Au-dessus de tout bruit faire entendre sa voix,\n              Et remontant au ciel, en passant au Calvaire,\n              Abriter ses bourreaux à l'ombre de sa croix!\n"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 420, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2892, "texte": "                                  — 420 —\n\n     Quant à l'auteur dramatique, à l'exemple de Voltaire et de Beaumarchais\n plus que Voltaire et que Beaumarchais, sans le don du style qui caractérise\n l'un et l'autre, il ne considère son art que comme un moyen. Mais Voltaire\n poussa l'esprit jusqu'au génie, et le fit pleuvoir en feu grégeois sur un\n monde qui se transformait; mais Beaumarchais eut un diable au corps,\n une flamme sensuelle, une vision chaude et pittoresque de la vie\n qu'Alexandre Dumas fils, nature cassante et froide, ne connut jamais. Cet\n esprit si vanté, à notre avis bien surfait, ne fut guère, sauf dans les rares\n moments où il aiguise la logique, que l'accompagnement un peu mécanique\n d'un talent médiocre, pour qui la beauté de la vie demeura voilée. Qu'il est\n pauvre et grêle, et qu'il sonne faux, cet esprit sans grâce et sans noblesse,\n qui se réduit, en somme, aux cliquetis de mots à la mode dans les salons\n et sur le boulevard. Jamais, ou presque jamais, le mot d'esprit ne jaillit de\nla situation : il naît du caprice de l'auteur, ou de son désir d'interrompre\nl'action pour récompenser la patience de l'auditoire. Prenez au hasard une\ncomédie d'Alexandre Dumas fils, enlevez les jeux de mots et les pointes :\nla comédie un peu plus nue, un peu plus lourde, reste intacte. Quant aux\nrépliques coupées, Murger en fit jadis d'aussi bonnes, et même de\nmeilleures, à la douzaine! Envoyez-les aux journaux : ce sont des nouvelles\nà la main !\n    Ce serait peut-être le moment d'examiner si le petit journalisme, dont les\ndébuts firent tant de tapage et qui ne fut pas sans exercer quelque influence\nsur la politique et les mœurs de notre temps, n'a pas contribué, par là-même,\nà modifier dans une certaine mesure la physionomie du théâtre contempo-\nrain. La nouvelle à la main, cette nouveauté plus ou moins neuve, amusa\nfort les esprits légers du second Empire. C'était un joli mirliton, sur lequel\non joua des ariettes joyeuses, des chansons sceptiques, et même des refrains\nde Fronde. Faut-il s'étonner beaucoup si les personnages de prédilection\nd'Augier, de Dumas fils et de leurs rivaux ont ce mirliton dans leur poche,\net l'embouchent à chaque instant soit pour dérider le spectateur, soit pour\nmener l'action, soit pour en tirer la moralité? M. de Ryons, Olivier de\nJalin, le docteur Rémonin, Lebonnard, Thouvenin et tant d'autres cory-\nphées d'Alexandre Dumas fils n'observent-ils pas les péripéties du drame\ncomme les premiers charivaristes observaient les événements du jour? Ne\npassent-ils pas, d'un air détaché, en semant autour d'eux, sur les héros de\nla comédie, une nuée de petits jugements taillés à facettes, aiguisés en\ntraits d'esprit? Ce sont les journalistes d'un journal parlé, qui apportent\nsur les planches l'atmosphère du Corsaire, du Nain jaune et du Figaro,\n    Je sais l'objection qu'on pourrait me faire : l'esclave de la comédie\n"}, {"page_pdf": 468, "page_imprimee": 421, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2901, "texte": "                                —     421—\n\n\nantique, le gracioso du théâtre espagnol, les valets de Molière et de\nRegnard ne se privent pas non plus d'égayer la situation par des plaisan-\nteries. Toutefois, si l'on y regarde avec soin, leur rôle est presque toujours\nsubalterne et se réduit, en même temps qu'ils dérident le spectateur, à\nrendre à l'amoureux de la comédie les petits services, au fond peu honnêtes,\nque comporte leur métier. Mais ils ne se mêlent ni de juger ni de mora-\nliser. Ce n'est point leur affaire, et ils préfèrent au ronron des maximes la\njoyeuse sonnerie des écus. Seul, le Figaro de Beaumarchais allie au désir\npeu platonique de faire fortune le souci d'une dignité naissante, et se\npermet envers le comte Almaviva des familiarités de comparaison et des\nhardiesses de jugement qui sonnent la fin d'un régime. Mais le Figaro de\nla Folle Journée a pour père un pamphlétaire incisif, un journaliste de\ngénie, un plaideur dont les mémoires ont passionné la France et porté un\ncoup terrible à l'institution du Parlement Maupeou. Si donc on m'oppo-\nsait le factotum d'Almaviva, je serais en droit de répondre qu'il annonce,\nà sa manière, les coryphées d'Alexandre Dumas fils. Faut-il encore, après\nles valets, citer les raisonneurs de la comédie classique? Molière ne les\nemploie guère, sauf dans le Tartufe, pour donner une satisfaction obligée\naux âmes religieuses, et, même lorsqu'il les emploie, il ne leur donne pas\nle rôle prédominant et absorbant qu'ils ont dans la comédie contempo-\nraine : celui d'un président des débats dramatiques. Il convient d'ajouter\nqu'Alexandre Dumas fils ne réserve pas son esprit aux seuls raisonneurs de\nson théâtre : tous ses personnages, même les plus instinctifs, font des mots\nqui sont autant de jugements sur leur condition et sur celle des autres. Il\nn'y a pas jusqu'aux enfants et aux figurants qui ne se mêlent de la partie.\n La petite fille de Monsieur Alphonse établit une nuance dramatique entre\nle mot mère et le mot maman; et le commissaire de police de la Princesse\n de Bagdad, chargé de constater un flagrant délit d'adultère, dit au comte\n de Hun : « Les Français n'aiment pas les maris qui font surprendre leur\n femme par le commissaire de police. »\n   Assurément, comme Alexandre Dumas fils avait de l'esprit, il ne résista\n point à la tentation d'en user, et comme il se croyait moraliste, d'en user\n dans un but déterminé. Mais il n'en reste pas moins vrai que les personnages\n d'Alexandre Dumas fils et de ses contemporains ont subi l'influence du\n petit journal, de la chronique et de la nouvelle à la main.\n   J'ai dit plus haut que cet esprit, cet esprit tant célébré par les chroni-\n queurs de l'époque, est d'une qualité inférieure. C'est l'esprit de mots, cet\n esprit qui, d'après Banville, dispense d'avoir continuellement de l'esprit.\n J'ajoute, non sans confusion, que cet esprit ne me paraît pas très person-\n"}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 422, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2906, "texte": "                                  — 422 —\n\n nel. Les meilleurs mots de Dumas fils, qui sont peut-être de Dumas père\n diffèrent-ils essentiellement des mots de M. Aurélien Scholl ou de M. Roche-\n fort? Je ne le pense pas. Et cependant ce sont ces mots, ces fameux mots\n que la critique suçait et resuçait jadis pendant des semaines, qui donnent\n une illusion de vie à la langue d'Alexandre Dumas fils. Otez ces vocalises\n qui n'ont rien de la grâce italienne des vocalises chantées : cette langue\n neutre, froide et sèche n'atteint pas au style. Elle manque de nerf, de\n muscles, de chair. Elle vaucansonne : elle ne vit pas.\n    Mais j'oublie peut-être qu'il s'agit d'un écrivain dramatique. Sans agiter\nla question de savoir si l'on naît ou si l'on devient dramaturge, je veux bien\nadmettre qu'Alexandre Dumas fils trouva dans son berceau, comme un\nhochet, le don, le fameux don du théâtre. C'est chose entendue, convenue,\n enregistrée, paraphée : Alexandre Dumas fils voit les choses sous l'angle qui\nest particulier à l'homme de théâtre. Il a l'optique, — ce mot dit tout; et\ncertes, quand on étudie les œuvres de sa maturité, il serait puéril de con-\ntester qu'il a ce que M. Paul Bourget appelle l'imagination des crises. Mais\ncette imagination, il ne fut pas seul à la posséder. Des industriels dénués\nde toute valeur intellectuelle, comme M. Sardou et M. d'Ennery, pour ne\nciter que ceux-là, ont aussi, au même degré, cette imagination tant célébrée.\nJe ne me donnerai pas le facile plaisir de tirer le rideau noir qui recouvre\nle portrait de M. Scribe, ce Marino Faliero du théâtre, resté « Monsieur »\ncomme Marino Faliero resta doge, et que malgré ses crimes notoires, nulle\ncritique ne parviendra jamais à décapiter, la peine capitale exigeant une\ntête, et M. Scribe n'étant pas capable de la fournir! Alexandre Dumas fils\nfut un homme de théâtre, dans la mesure où le furent un grand nombre de\nses contemporains. Et s'il les dépassa de quelques pouces, c'est pour des\nraisons auxquelles l'art dramatique demeure étranger.\n   Au fond, il n'est pas plus humain que M. Sardou, et, si l'on me poussait\nun peu, je dirais qu'il l'est moins que M. d'Ennery. Comme le dit fort bien\nM. Ernest Verlant, « si sa littérature s'applique à être une expression de la\nréalité, une littérature d'observation, il faut noter cependant que son champ\nd'observation est très réduit. Le sujet de ses pièces est peu varié. La Dame\naux Camélias, renversée, devient le Demi-Monde, comme Monsieur\nAlphonse est un retournement de la Femme de Claude. Denise rentre dans\nles Idées de M me Aubray. La Princesse Georges, la Princesse de Bagdad,\nFrancillon se font écho. Pareillement la mémoire a de la peine à distinguer\net à situer les personnages, l'homme trompeur et aimé, généralement\nstupide et ignoble — M. Alphonse, de Thauzette, le prince de Birac,\nCygneroy, de Riverolles; — la fille séduite qui est une sainte — voir\n"}, {"page_pdf": 470, "page_imprimee": 423, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2952, "texte": "                                 — 423 —\n\nL'Affaire Clemenceau et le Fils naturel, Denise et les Idées de Mme Aubray;\n— l'homme fort, le raisonneur, l'homme d'esprit — voir Passim; — la\nmauvaise femme telle qu'Iza, Césarine, l'Étrangère, Mme de Terremonde;\n— le prudent notaire, et caetera, mais il n'y a pas beaucoup d'et cœtera.\nLe monde de Dumas est un monde spécial, strictement cantonné, en dehors\nduquel rien n'existe pour lui. Il s'enferme dans un certain salon et l'idée\nne lui vient jamais d'ouvrir la fenêtre pour regarder dans la rue ou con-\ntempler l'horizon. « Et ces personnages sur lesquels il a concentré toute\nla force de son regard sont, comme toute, bien peu vivants. Je n'en vois-\nguère que trois à excepter, son Monsieur Aphonse, sa Madame Guichard\net sa Dame aux Camélias, bien que celle-ci, trop calquée sur nature, soit\nmoins un type qu'une individualité. »\n    On pourrait en dire autant de M. de Ryons, qui n'est qu'un portrait,\npeu idéalisé malgré son brillant ou plutôt son brillante, d'Alexandre Dumas\nfils lui-même. Ses personnages, tout comme ceux de M. Sardou et de\nM. d'Ennery, s'effacent derrière les conflits dramatiques qu'ils créent. Le\nsouvenir de certaines scènes survit fatalement à celui de leurs protagonistes.\n Et ces scènes, si on les considère à part, sont assurément fort belles. Mais\n si on ne les sépare point du drame dont elles font partie, elles perdent la\n moitié de leur intérêt. C'est que, suivant la juste observation de M. Paul\n Bourget, le moraliste empiète sur l'auteur dramatique. Le vrai devant servir\n à la proclamation du bien, le dramaturge, en choisissantla vérité qu'il étale,\n choisit la plus congrue à la démonstration qu'il médite. Et l'ayant choisie,\n il la tourne, la retourne, la presse et l'exprime, jusqu'à ce qu'elle consente\n à lui donner raison. Il faut que, dans le Fils naturel, le père soit\n ébloui par la fortune de Jacques Vignot; il faut, dans l'Ami des Femmes,\n que Madame de Simerose se confesse à de Ryons ; il faut que la Visite de\n noces tourne à une conception pessimiste et l'Etrangère, à une conception\n optimiste de la vie. Dans ces conditions, ce qu'il y a de réalité dans la\n matière dramatique s'altère et disparaît sous la mise en œuvre. La vérité\n n'éclate plus, comme la foudre, sur les sommets qui la provoquent : elle\n est artificiellement attirée, détournée et noyée, grâce au paratonnerre d'une\n  idée préconçue, dans l'eau croupie d'une contestable moralité.\n     Alexandre Dumas fils n'est qu'une sorte de Franklin de l'art dramatique.\n     C'est le moraliste qui a gâté l'homme de théâtre. Ce sont les thèses, les\n  célèbres thèses, qui donnent aux comédies d'Alexandre Dumas fils leur air\n  vieillot et passé. Que reste-t-il de la plupart de ses drames? Ce qui reste de\n  la Case de l'Oncle Tom.\n     Le résultat est tellement caractéristique qu'il a frappé l'Art moderne;\n                                                                       27\n"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": 424, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2763, "texte": "                                  — 424 —\n\n mais celui-ci ne se rend pas un compte exact de la portée du phénomène.\n    L'Art moderne, qui a toujours combattu, contre nous, la doctrine de\nl'art pour l'art, aurait dû, pour être logique, chanter les louanges de Dumas\nfils, qui fut un des plus brillants adeptes de l'art social. Les questions que\nl'Art moderne traite avec tant de dédain, et qui inspirèrent les œuvres\nd'Alexandre Dumas fils, étaient à l'ordre du jour, en France, de1850à\n 1880, et tout le monde s'en occupait avec passion. S'il n'en est plus ainsi\nc'est que le dramaturge a remporté, sur les mœurs ou sur la loi, une\nvictoire définitive. Et il en sera de même, fatalement, des œuvres inspirées\npar les questions sociales du moment, le jour où elles seront résolues ou\nenvisagées d'une autre façon. S'imagine-t-on que les nouvelles anarchistes\nà l'élucubration desquelles se complaisent certains de nos prosateurs ne\nperdront pas leur intérêt le jour où les coteries littéraires auront changé de\nfolie?\n   Comme on l'a fait observer avec raison, l'Art moderne s'est chargé lui-\nmême d'édifier le public sur la valeur de son esthétique. L'œuvre\nd'Alexandre Dumas fils, par sa caducité précoce, fait d'autant mieux valoir\nl'excellence des idées que nous n'avons cessé de défendre. Les comédies\nd'Alexandre Dumas fils, comme les tragédies philosophiques de Voltaire,\nont la valeur d'un clairon vertdegrisé retrouvé sur un vieux champ de\nbataille. Il a sonné la charge pour des combattants oubliés.\n   L'humanité quintessenciée de Racine est indépendante de l'action drama-\ntique très simple dont elle émane. L'humanité d'Alexandre Dumas fils est\nécrasée sous le poids des complications dramatiques nécessaires à la démons-\ntration de la thèse. Ce qui se passe dans l'âme d'Andromaque est d'une\nvérité générale; le drame qui se joue dans le cœur de Lionnette de Hun est\nd'une vérité relative, subordonnée à de telles conditions qu'elle en devient\nparadoxale, artificielle et transitoire. Bref, le théâtre de Dumas fils se\nmeurt parce qu'il n'est pas assez simple, et parce qu'il ne nous montre,\ndans des circonstances extraordinaires, que des acteurs exceptionnels. Dans\nquelques lustres, on tiendra des comédies comme la Princesse de Bagdad\net l'Etrangère pour de véritables monstruosités dramatiques, qui n'intéres-\nseront plus que de rares collectionneurs. Mais Racine ne cessera pas de\npartager l'immortelle jeunesse de Sophocle.\n   Si l'écrivain et le dramaturge semblent surfaits, que dire du penseur et\ndu moraliste ?\n   M. Paul Bourget, dans ses Essais de psychologie contemporaine, analyse\navec minutie le personnage de M. de Ryons, et prétend retrouver sous cette\nindividualité brillante quelques-uns des traits qui caractérisent notre gêné-\n"}, {"page_pdf": 472, "page_imprimee": 425, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2699, "texte": "                                 — 425 —\n\nration. M. Paul Bourget fait la partie belle à Dumas fils. M. de Ryons, en\neffet, si on lui ôte son esprit, et malgré son penchant à l'analyse potinière,\n— je ne trouve pas d'autre mot — apparaît comme une intelligence assez\npauvre. M. Paul Bourget dépasse vraiment la mesure lorsqu'à propos de\nce brillant et dangereux inutile, qui fait le mal par raisonnement, et le bien\npar caprice, il évoque la grande ombre de Schopenhauer.\n   Le pessimisme de M. de Ryons, qui n'est au fond qu'une crainte d'être\ndupe, a les mêmes racines sentimentales que celui du sculpteur Clemen-\nceau. M. de Ryons est un homme qui a souffert dans son enfance, et qui\ns'est juré de ne plus souffrir par le cœur. Il a traversé des milieux faciles et\ntout en étant incrédule, il en veut aux dieux qu'il n'a pas rencontrés. Quand\nil moralise, il a non seulement le ton ironique d'un mondain qui veut\nétonner, mais la sévérité outrée de quelqu'un dont la jeunesse n'a pas été\nédifiante. C'est un cœur qui ne bat plus que par curiosité, un esprit tran-\nchant et froid, un homme-bistouri.\n   Qu'il y ait quelques individus de cette espèce de par le monde, surtout\nparmi ceux que le Thomas Graindorge de Taine appelle les lurons positi-\nvistes, je le veux bien; mais le personnage ne se hausse pas au type. Il\nn'est en somme que le confident d'un autre personnage qui ne paraît point\ndans le drame : Alexandre Dumas fils lui-même. Et la morale du confident\n vaut celle de son maître.\n    On a beaucoup parlé du moraliste, — mais je voudrais bien que ses\n admirateurs me définissent sa morale, qui est complexe, confuse et contra-\n dictoire comme l'âme de celui qui la formule. Dumas est pessimiste dans Une\n Visite de Noces, mais Y Etrangère déborde d'un optimisme enfantin, qui\n eût fort réjoui Voltaire. Le commandant Montaiglin dit à sa femme :\n « Créature de Dieu, qui as pleuré et souffert, je te pardonne. » Mais\n Dumas fils crie : Tue la! au mari trompé. Indulgent pour Marguerite\n Gauthier, il est impitoyable pour la baronne d'Ange. M. Meilhac le traite,\n non sans raison, de mysogyne, et Mme Sarah Bernhardt n'a pas tort de le\n considérer comme un défenseur de la femme. M. de Ryons répand sur le\n sexe ennemi tous les poisons de son ironie, et Dumas fils réclame pour\n « la guenon du pays de Nod » les mêmes droits que la société accorde à\n l'homme.\n    Je trouve dans cette œuvre beaucoup de morales opposées, — mais je\n cherche en vain le moraliste.\n    Sa conception de Dieu est étrange. « La nature humaine, dit Mme de\n  Morancé dans Une Visite de noces, a ses évolutions successives, et Dieu a\n  eu la prévoyante bonté, voulant nous amener à la mort sans trop de fatigue\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1025, "texte": "                                   — 426 —\n\npour nous, d'échelonner tout le long de la route certains étonnements\ncertaines surprises qui nous redonnent envie de vivre au moment où nous\nne nous croyons plus bons qu'à mourir » C'est du Schopenhauer pour\nmirliton.\n   Le Dieu d'Alexandre Dumas fils ressemble à un auteur dramatique d'un\ngenre supérieur.\n   La célébrité de l'écrivain, qui date de 1852, deviendra-t-elle un jour de\nla gloire? J'ai dit les raisons qui m'en font douter. Cette individualité remar-\nquable, de qui rien ne passait inaperçu, ce parfait honnête homme, qui\nmoralisa toute sa vie au nom d'une morale mal définie, ce romancier\nbruyant, cet auteur dramatique envié risque fort d'être jugé sévèrement\npar les générations futures. Divers et contradictoire, il n'a pas de domi-\nnante, et la postérité, qui sculpte les grands morts en une attitude défini-\ntive, ne saura pas comment s'y prendre avec lui.\n\n                                                        ALBERT GlRAUD\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-005", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 426, "page_fin": 427, "titre_corps": "Sonnets", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Cartuyvels", "ancre_debut": "SONNETS LAOCOON", "ancre_fin": "MAURICE CARTUYVELS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS SOUS LES PEUPLIERS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 473, "page_imprimee": 426, "debut_caractere": 1025, "fin_caractere_exclue": 1847, "texte": "SONNETS\n                                LAOCOON\n\n          Sous l'archet de ta bouche, ô reine d'harmonie!\n          Si je râle, envahi d'un frisson doux et long.\n          Si tout mon corps frémit ainsi qu'un violon\n          Lorsque ma lèvre avec ta lèvre communie,\n\n          Si mon cœur, sous mes nerfs raidis jusqu'au talon,\n          Bat de l'aile comme un ramier à l'agonie!\n          Ce n'est pas que j'gnore, ô mon mauvais génie!\n          Que ta caresse est traître et ton baiser félon ;\n\n          Mais, immobilisé par ton œil qui fascine.\n          Enlisé lentement par la force assassine\n          De tes beaux bras autour de mes hanches rampants,\n\n          Pâle et voluptueux Laocoon, j'expie,\n          Dans l'étreinte de l'hydre à mes pieds accroupie\n          Mon rêve audacieux de charmeur de serpents.\n"}, {"page_pdf": 474, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 792, "texte": "                    — 427 —\n\n\n               TAPIS DE SALON\nLorsqu'aux poils somptueux des fauves, tu câlines\nTes flancs de velours pâle et tes membres ongles,\nLe bâillement sanglant des mufles dentelés\nS'allonge en souriant sous tes lèvres félines;\nEt je compte, pleurant mes grandeurs orphelines,\nTous mes rêves de gloire et d'amour écroulés\nSous ces lèvres aux bords si finement ourlés\nQui sucent les cerveaux ainsi que des pralines.\nQuelle odeur de fourrure exhale ton corps blond!\nJe prendrai quelque jour pour tapis de salon\nTon dos déshabillé des voiles de batiste :\nTa tête, ô Salomé! vengera Jean-Baptiste!\nEt tes dents ouvriront leurs reflets azurés\nDans le miroir sans fond de mes parquets cirés.\n\n                                 M A U R I C E CARTUYVELS\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-006", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 427, "page_fin": 432, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Frans Ansel", "ancre_debut": "VERS SOUS LES PEUPLIERS", "ancre_fin": "Septembre 1895", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SAGRAMOR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 474, "page_imprimee": 427, "debut_caractere": 792, "fin_caractere_exclue": 1444, "texte": "VERS\n             SOUS LES PEUPLIERS\n    Avec des fraîcheurs de brise marine\n    Le vent se jouait dans tes cheveux noirs,\n    Apportant vers nous l'odeur des beaux soirs.\n    Qui faisait frémir ta rose narine.\n     Le front appuyé contre ta poitrine.\n     Je m'alanguissais en des nonchaloirs\n     Où tes seins m'étaient de mois reposoirs\n     Jonchés de baisers - flore purpurine!\n     Tes bras à mon corps demeuraient liés,\n     Tandis que chantait la brise éolienne...\n     De ces soirs d'amour sous les peupliers\n     Où ta jeune ardeur surpassait la mienne,\n     Ah! pourquoi faut-il que je me souvienne.\n     Puisque tu les as toi-même oubliés!\n"}, {"page_pdf": 475, "page_imprimee": 428, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1383, "texte": "                     -   428   -\n\n\n\n\n                 RENONCEMENT\n\nA les bonheurs d'amante il faut que tu renonces,\nTrop de fiel désormais s'infiltrerait en eux;\nL'arbre des voluptés est un arbre épineux,\nEt les roses d'amour fleurissent dans les ronces.\n\n Tes aveux resteront à jamais sans réponses :\nIl me faut, en pleurant, dénouer ces chers nœuds\nQu'autrefois nous formions au jardin    lumineux\nOù le soleil d'avril riait sur les quinconces!...\n\nSans retour je vous quitte, édens favorisés\nOù j'écoutais s'unir le chant de mes baisers\nA la musique lente et molle de ses phrases!\n\nMais, loin de vos bosquets, loin de vos clairs abris,\nJe revivrai toujours nos sereines extases\nDans le morne abandon de mes soirs assombris\n\n\n           FUNÉRAILLES BLANCHES\n\n    La cloche a tinté son glas mortuaire :\n    Le cœur envahi d'un chagrin nouveau,\n    Nous allons porter à son froid caveau\n    Notre amour vêtu d'un pâle suaire.\n\n    Il ne viendra point foule au sanctuaire :\n    Notre amour était trop pur et trop beau,\n    Pour qu'un vil cortège aille à son tombeau\n    Et souille en passant ce chaste ossuaire!\n\n    Seuls, d'humbles enfants suivront le cercueil;\n    Tandis que, parés de blanc pour tout deuil,\n    Les prêtres diront une messe d'ange ;\n\n    Car ce doux amour ne sut point pécher :\n    Il naquit avec les fleurs du pêcher,\n    Et mourut sans tache avant la vendange.\n"}, {"page_pdf": 476, "page_imprimee": 429, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1508, "texte": "                       — 429 —\n\n\n              LA MER DÉCEVANTE\n\n                           I\n\nLorsqu'à nos pieds la mer se rit ou se lamente\nSur les rocs ténébreux ou sur le sable d'or,\nElle a des voix de sœur et des langueurs d'amante;\nMais l'amante et la sœur sont moins douces encor.\n\nO mer mélodieuse, ô mer calme et sereine'.\nToi dont le fier langage a consolé toujours\nLes simples qui venaient te confier leur peine,\nApporte-moi l'oubli des fragiles amours !\n\nApporte-moi l'oubli qui repose et soulage,\nL'oubli des vains bonheurs, l'oubli des maux    soufferts!...\nMélancolique et seul, j'ai cherché sur la plage\nLe sommeil que l'on trouve en tes vastes concerts.\n\n                          II\nMais ce tendre murmure exhalé par tes vagues\nRéveille ma souffrance au lieu de l'endormir :\nJe crois presser encor des doigts cerclés de bagues,\nEt sentir dans mes bras un buste aimé frémir.\n\nDes cheveux parfumés roulent sur mon épaule,\nOu de leur noir bandeau couronnent mon front blanc ;\nD'une invisible main la caresse me frôle,\nEt me voici, d'amour, tout pâle et tout tremblant!\nJe défaille à demi sous des senteurs perverses,\nJ'entends autour de moi comme un vol de baisers...\nO mer, tu m'as trahi ! les chants dont tu me berces\nRaillent ma foi déçue et mes espoir brisés.\n\n\n                   RÉSIGNATION\n\nUn doux vent d'espérance est venu m'embaumer.\nTroublant d'un chant connu la paix de mon asile,\nUne voix, que mon cœur ne cessa point d'aimer,\nM'appelle à fuir la grève ou ce long deuil m'exile :\n"}, {"page_pdf": 477, "page_imprimee": 430, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1764, "texte": "                      — 430 —\n\n\n « — Viens : sous mes lents baisers je guérirai ton front;\nDe mon pays lointain, j'entends bien que tu pleures.\nPour tes sommeils d'enfant mes bras se rouvriront,\nLe repos et l'amour enchanteront nos heures.\n\nUn souffle a traversé le soir tiède, et soudain\nVoici qu'en ma demeure une ivresse pénètre...\nEst-ce un printemps nouveau qui s'éveille au jardin?. .\nDes lys qui se mouraient semblent près d'y renaître.\n\nNe l'as-tu pas senti, ce souffle précurseur\nD'un immortel avril plein de langueur heureuse,\nTout murmurant encor des soupirs de ta sœur,\nCaresser en chantant la tête douloureuse'!\n\nCrois-en, malgré tes pleurs, ce divin messager :\nUne extase sans fin et de durables rêves\nNous seront le doux prix d'un exil passager;\nUn long enivrement paîra nos larmes brèves!\n\n— Pourquoi, ma sœur! pourquoi, jusqu'en ce calme abri.\nPar ta voix adorable apporter tant de trouble!\nJe m'étais résigné... de loin tu m'as souri,\nEt voilà qu'a ton chant ma tristesse redouble.\n\nJe ne veux pas prêter l'oreille à ton appel,\nNi voir le parc en fleur que ta main me désigne :\nLe cœur ne guérit pas d'un mal aussi cruel,\nEt celui-là fait bien qui pleure et se résigne.\n\nTrop de soirs endeuillés ont obscurci nos fronts\nPour que puisse un printemps les éclairer encore.'\nMais, au fond de nos yeux sombres, nous garderons\nLe consolant reflet des matins pleins d'aurore\n\nSur terre, un tel amour ne peut fleurir longtemps,\nEt d'un bonheur si pur on n'est pas deux fois ivre :\nDe son seul souvenir à tout jamais contents,\nRespirons ce parfum qui trouble et f ait revivre!\n\nCar il embaumera nos âmes jusqu'au jour\nOù dans la tombe froide il nous faudra  descendre;\nEt de lui renaîtra notre éternel amour.\nComme un lis idéal germé dans notre cendre! »\n"}, {"page_pdf": 478, "page_imprimee": 431, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1882, "texte": "                     -   431   -\n\n\n           LA COURONNE D'OMBRE\n\nSoucieux qu'un mystère à jamais t'environne,\nDe silence et de nuit j'ai fait une couronne\nA ta virginité puérile, et je veux,\nJe veux jusqu'à la mort laisser à tes cheveux\nCe modeste bandeau d'ombre et de quiétude.\nQu'un autre, en son orgueil, dise à la multitude\nSur quel sein chaste et doux son sommeil s'est bercé :\nMoi, je rends à ton front la paix qu'il ma versé...\nO ma farouche enfant, toi que la gloire afflige,\nCet éternel secret sera ton seul prestige !\nEt ton charme innocent de fantôme lointain\nSe fera tout entier de vague et d'incertain !\n\nAujourd'hui que sans moi ton exil erre et pleure,\nA l'heure où se souvient ma fierté triste, à l'heure\nOù, quand le crépuscule a calmé nos forêts,\nL'essaim de mes rappels et de mes blancs regrets\nPrend son vol nostalgique et vers toi s'oriente :\nJ'évoquerai parfois ta beauté souriante\nQu'assombrit à souhait le deuil des cheveux noirs,\nPour les cœurs pleins d'amour, pour les passants des soirs\nDont l'âme, en ces jours vils, de songes reste éprise,\nEt pour ce frère aîné qui l'eût si bien comprise !\nA ux yeux de ceux-là même il faut qu'un voile épais\nTe recouvre, tissé de ténèbre et de paix...\n\nLa tête ceinte ainsi d'une auréole obscure,\nTu ne leur sembleras que plus belle et plus pure ;\nEt, sans t'avoir jamais rencontrée, ils sauront\nQuelle idéale aurore illuminait ton front.\nDans le bleu demi-jour d'une allée endormie\nEux seuls contempleront, ô langoureuse amie\nDont une molle écharpe enveloppe les reins.\nTon spectre harmonieux parmi les airs sereins ;\nToute faible et confuse ils pourront même entendre\nTa parole : car c'est dans mon chant simple et tendre,\nUn rappel de ta voix qui d'échos en échos\nLeur parviendra le soir en soupirs musicaux !...\nDans le temple paisible où mon cœur te révère,\nEux seuls verront mes mains, jointes par la prière,\n"}, {"page_pdf": 479, "page_imprimee": 432, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 770, "texte": "                                        -    432     -\n\n\n           Désigner un autel, — mais ils n'apprendront point\n           Pour quelle vierge ainsi l'extase me les joint !\n           Du fond des saints abris que ma ferveur te crée.\n           Ton nom même — syllabe adorable et sacrée ! —\n           Dans un profane écho ne tombera jamais :\n           J'ensevelis en moi ce cher nom, que j'aimais\n           Comme un symbole blanc de ta grâce ingénue!\n\n           Et plus d'un t'aimera, qui ne t'aura connue\n           Qu'à la façon d'un ange invisible, à travers\n           Le doux brouillard d'azur dont te voilent mes vers.\n                                                                     F R A N S ANSEL\n    Septembre 1895\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-007", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 432, "page_fin": 434, "titre_corps": "Sagramor", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Eugenio de Castro", "ancre_debut": "SAGRAMOR 1", "ancre_fin": "PHILÉAS LEBESGUE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 479, "page_imprimee": 432, "debut_caractere": 770, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "SAGR AMOR (1)\n                P O È M E PORTUGAIS : IVe ÉPISODE, SCÈNE                  III.\n\nAssis à l'ombre d'un noyer, SAGRAMOR est en son jardin. Ses yeux, tout emplis d'abandon,\n  s'éclairent, par intervalles, de vives lueurs d'angoisse. Apparaît au fond du jardin\n  SOPHIA, petite vieille courbée, tout éclopée ; elle s'avance appuyée sur son bâton de\n  mendiante, et se rapproche de SAGRAMOR.\n\n\n                                            SOPHIA\n\n  Quelles épines vous poignardent, dites-le moi, seigneur... Déjà vos yeux\nqui sont deux mers, deux mers illuminées par des navires en flammes, vos\nyeux, vos pauvres yeux sont las d'avoir pleuré...\n\n\n   (1) F. FRANÇA AMADO, éditeur; Coimbra, 1895. — «Sous une forme le plus souvent dra-\nmatisée en vers chatoyants et splendides, Sagramor est l'histoire d'une Ame, développée\nau moyen de sept grands épisodes ou symboles, de nature lyrique, où nous sommes\nintroduits par un Prologue en prose. Chacun de ces symboles, subdivisé lui-même, repré-\nsente le cycle complet des phases de l'une des illusions qui successivement trompent cette\nAme à la recherche du Bonheur : jouissances de l'Amour, puissance de la Richesse, effica-\ncité du Voyage pour tuer l'Ennui renaissant, mirage d'impérissable Gloire dominatrice,\net l'espoir en la Science, et l'espoir en la Foi, et l'espoir en la compassion de la Nature,\nelle-même trop malheureuse pour consoler personne, et l'espoir en la Mort qui ne voudra\npas de lui, Sagramor a tout éprouvé, tout l'a déçu, et maintenant le voici qui pleure,\ndécouragé, cependant que devant ses yeux passent, criant leur satiété, leur inassouvis-\n"}, {"page_pdf": 480, "page_imprimee": 433, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3126, "texte": "                                       -    433     -\n\n\n                                      SAGRAMOR\n\n  Je pleure, vieille Sophia, l'ambition de la Gloire.. Mon cœur devenu\nveuf meurt de famine, de froid... Ah! combien j'en aurai vu fuir, des\nambitions! celle du Voyage, celle de l'Amour, celle de l'Or.... et enfin la\nGloire !\n                                           SOPHIA\n\n  Ecoutez-moi ! Pour vous distraire, je vais raconter une ancienne his-\ntoire....\n  En un jardin, où les marbres païens, tremblaient, blancs, dans les lacs,\net où les amants, les mains enlacées, passaient joyeux, échangeant des\ncaresses, une herbe aux lamentables feuilles, tristes comme une ombre de\nfossoyeur, était née parmi les jasmins, les tulipes et les roses, les oeillets\nd'une plate-bande.\n   Herbe plus triste que les soirs d'un lieu d'exil, parmi la multitude écla-\ntante de ces fleurs, elle rappelait, la pauvre! un glas d'enterrement, par un\ndimanche de procession...\n   Et les amants, semant comme des sequins leurs rires, s'en venaient, en\n\n\nsable faim d'ils ne savent quoi, les fantômes de Sardanapale, de Belkiss et de Salomon,\nCléopâtre, Caligula et Giles de Rais, Frère Gilde Santarem, Louis II et Baudelaire...\nSagramor aussi crie sa peine, et je ne sais si jamais poète a rencontré, pour la crier, des\naccents d'une plus douloureuse et pénétrante sincérité, scandés de plus sublimes san-\nglots ! C'est en vain qu'il se réfugie instinctivement, une suprême fois, dans le souvenir pur\net sacré de Celle qu'il aima la première; c'est en vain qu'à la suite de cette évocation le\nsollicitent, une suprême fois, les mêmes illusions que jadis, en lesquelles le vouloir-de-\nvivre, essence universelle des êtres et des choses, avait induit son ignorance : à chacune\ndes sept Voix câlines et fallacieuses, Sagramor ne répond que par de brèves paroles,\nexpressions simples et profondes de ses refus, de son indifférence, ou de son désespoir.\nAimer? n'a t-il donc pas aimé? « Les baisers : vertige et folie! D'amers poisons! Sur la\nbouche, des roses qui s'effeuillent; mais, au cœur, des blessures qui s'ouvrent... » — La\nRichesse? « De l'or?... pour quoi faire? Le Bonheur, nul n'en vend nulle part... » —\nVoyager? « La terre est petite .. » — Quant à la Gloire : « On dit que le monde doit\nfinir... » — Et déjà sonne la cinquième Voix: « Tu seras un Sage ! » (hélas, plût au destin\nqu'il n'eût jamais rien su !.. ) ; puis la sixième, celle de la Mort, puis la septième, celle de\nla Vie : « Moi, c'est moi qui suis la Mort conquérante, la mère du mystère, la mère du\nsecret... — Oh! ne me prends pas! Oh! va-t'en, va-t'en! Toi, j'ai peur de toi! — Moi,\nc'est moi la Vie! Mourir t'épouvante ?... tu vivras mille ans! — C'est assez souffert!... »;\npuis des voix encore, d'autres voix, d'innombrables \\oix anonymes : « Demande ! tous les\n plaisirs! les plus doux! les plus rares!... Est-ce roi que tu veux être?... étoile?... Allons,\nréponds-nous! dis-le, ce que tu veux? — Je ne sais... je ne sais pas .. »\n                                                        LOUIS-PILATE DE B R I N N '   GAUBAST\n\n    (Revue blanche, 15 août 1895.)\n"}, {"page_pdf": 481, "page_imprimee": 434, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2416, "texte": "                                   - 434 —\n\npassant le long de la plate-bande, y cueillir des tulipes, des roses et des jas-\nmins, des œillets qui étaient des bouches, des bouches de femmes. Mais\nl'herbe disgraciée du sort, triste même lorsque le soleil la vêtait d'or, l'herbe\ndéshéritée, personne qui la cueillit.\n   Il passa tant d'amants, pourtant, que la plate-bande resta sans fleurs...\nUne joie si grande, auparavant! et, maintenant, de si grandes douleurs...\nEt les amoureux, jamais plus, ne passèrent par là, roucouleurs... Et l'herbe\nalors chanta, voici comme elle chanta :\n   a Quel joli clair de lune se lève! que personne ne me plaigne ..\n   « J'ai été méprisée, bien méprisée, mais, ah! quel doux poids me fut ce\n« mépris ! Mes sœurs, les malheureuses ! étaient plus belles que moi .. Mais\n« aussi les a-t-on coupées; de moi, nul ne s'est occupé...\n   a Elles, que les amoureux donnaient à leurs amantes, les amantes les\n« ont mises dans leurs cheveux si blonds... Et les pauvres fleurs de chanter,\n« riantes, en leurs châteaux dorés... Mais (quelle triste mort pour de si\n « fraîches vies!) mais le lendemain, hélas! dans la boue des venelles, elles\n « se sont réveillées, méprisées et flétries...\n   « Tuées par leur beauté, par la beauté maudite, qui finit par mourir aux\n « mains qu'elle a séduites... Ah! combien il est doux d'avoir le visage laid,\n« lorsque l'âme est jolie...\n   « Méprisée, dédaignée de tous, c'est au mépris de tous que j'ai dû mon\n « salut; au lieu de m'en aller rouler parmi les fanges, j'ai appris à goûter\n   les biens de la solitude... Au lieu de m'en aller rampante, foulée aux\n « pieds, flétrie et souillée, dans la boue, je vis ici sereine, en paix, contem-\n   plant les nuages, les astres, et la douceur du clair de lune, et l'éclat du\n « soleil au couchant, tout en flammes ! Et, pour comble au bonheur fidèle\n« que mon âme retient attaché, je conserve en moi-même, ainsi qu'en un\n « tombeau, le secret de ma propre beauté qu'on ignore... »\n   Quand le soleil, l'été fini, s'en devint plus pâle et plus blond, l'herbe qu'on\ndédaignait mourut... et l'on put voir que ses racines, — étaient des racines\nd'or...\n\n                                                 E U G E N I O DE CASTRO\n\n                                   (Traduction   par   L o u i s - P I L A T E DE BRINN' GAUBAST\n                                                   et P H I L É A S L E B E S G U E . "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-008", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 435, "page_fin": 439, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Francis de Croisset", "ancre_debut": "VERS DEUX SONNETS CRUELS", "ancre_fin": "FRANCIS DE CROISSET", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES PETITES CHAPELLES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 482, "page_imprimee": 435, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 1445, "texte": "VERS\n           DEUX SONNETS CRUELS\n\n                          I\nTes baisers ennuyés ont un goût de métal,\nTes lèvres ont le froid de ton âme sceptique,\nLa factice langueur de ton œil magnétique\nCache la profondeur de ton mépris brutal.\n\nMais ce mépris m'est cher, car ton regard vénal\nNe me peut dérober, dans l'étreinte érotique,\nLa révolte des nerfs sous ta chair élastique\nEt le dégoût haineux sous ton rire banal.\n\nIl me plaît de te voir dans ta honte accablée,\nDe goûter le frisson de ta caresse onglée,\nDe humer la farouche odeur que tu répands;\nIl me plaît de sentir ton corps vendu se tordre,\nD'exaspérer l'injure en tes regards coupants,\nEt de baiser, vainqueur, la bouche qui veut mordre.\n\n                          II\nLes cernes violets de tes grands yeux luisants\nRacontent les baisers subis dans les nuits louches,\nLes marchés pleins d'ennui sur le hasard des couches,\nL'attente aux soirs glacés des moroses passants.\nOh! les douleurs du froid, les refus méprisants.\nL'hôtel douteux rempli de souvenirs farouches,\nLa rencontre lassée et haineuse des bouches,\nEt les réveils navrés des amours complaisants.\n\nMais lorsque délivrée enfin de ton supplice\nLe jour béni viendra d'une mort rédemptrice,\nForte de ton dégoût et de ton long ennui,\n\nVers Dieu tu vomiras un blasphème tragique\nEt le monde entendra, comme un chant symbolique,\nLa clameur de ta haine épouvanter la nuit.\n"}, {"page_pdf": 483, "page_imprimee": 436, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "                      — 436 —\n\n\n                  RÊVE ÉPIQUE\nIl a rêvé la gloire, et tout jeune il a vu\nDans la splendeur des soirs d'éblouissants cortèges\nSuivre son fier cheval galopant sur les neiges\nD'un nuage brillant sur le ciel noir tendu.\nIl écoutait claquer avec un bruit de guerre\nLes chiffons balancés des antiques drapeaux,\nEt les peuples vaincus, symboliques troupeaux.\nSe traînaient en courbant leur haine vers la terre.\n\nIl humait dans le vent une odeur de bravoure,\nSon sang fougueux chantait et les cuivres sonnants\nExcitaient sa fureur guerrière, qui savoure\nLe tumulte des chars et des tambours tonnants.\n\nRoi des hommes et prince enivré de la nue,\nDu grand ciel pavoisé se sentant le vainqueur,\nIl galopait, sauvage, à travers l'étendue.\nDes souffles d'infini faisaient bondir son cœur.\n\nLes nuages croulaient pareils à des désastres;\nSous son front se dressait ce désir triomphal :\nPrendre pour étendard et pour armoriai,\nL'espace bleu chargé de l'or rouge des astres.\n\n\n                HYMNE A VENUS\nVénus, aimable sœur des belles concubines,\nToi qui sèmes l'amour au cœur des débauchés,\nJe t'offre en souriant mes lèvres orphelines\nTout humides des pleurs de mes jeunes péchés !\n\nSi ma chair sait le mal, mon cœur est vierge encore,\nLe vent fou des baisers ne l'a pas effleuré,\nEt les femmes ployant ma beauté qui s'ignore\nOnt devant mes yeux clairs et froids souvent pleuré.\n\nCar c'est pour toi, Vénus, que ma candeur s'accouple\nAu vol bruyant et vif de mes désirs siffleurs;\nDans mon âme vibrant sous mon corps svelte et souple\nDorment mes souvenirs brillants comme des fleurs.\n"}, {"page_pdf": 484, "page_imprimee": 437, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "                     — 437 —\n\nTon corps est macéré dans l'encens érotique\nQue brûlèrent pour, toi les hommes et les dieux,\nEt des vagues d'amour au reflet magnétique\nDéroulent leur phosphore en la mer de tes yeux.\n\nVeux-tu que sur ma flûte à doubles trous, je chante\nUn air simple et naïf bien connu des bergers ?\nOn dit que sa saveur héroïque et touchante\nTrouble au fond des forêts les satyres légers.\n\nLa mousse des ruisseaux a des éclats de rire\nMoins jeunes, moins brillants et moins doux à la fois\nQue ce chant qui s'élève, ondule, rampe, expire,\nEn retombant brisé sur lui-même et sans voix.\n\nMon corps mince et savant a des membres agiles,\nMes yeux bleus sont luisants de désir, et mon sang\nDans mes veines se presse en battements fébriles !\nPrends sur tes seins aigus mon corps adolescent.\n\nDu talon à la nuque un frisson    d'allégresse\nFera vibrer mes nerfs tendus sous ton baiser;\nEt quand je faiblirai sous ta longue caresse\nTu verras dans mes yeux mon cœur agoniser!\n\n\n\n              HAUTBOIS D'AMOUR\n\nSur la couche moelleuse où de rouges tapis,\nEncadrent la pâleur de leurs jeunes visages,\nDeux enfants amoureux indolemment tapis\nReposent, fatigués des étreintes sauvages.\n\nElle frôle du bout de ses doigts allongés\nLe beau corps de l'ami dont la forme inconnue\nPrécise, en accusant des contours étrangers,\nLe précoce appétit de sa chair ingénue.\n\nLui, de son bras câlin soutient la nuque tiède\nDe l'enfant rougissante aux yeux     reconnaissants\nEt qui refuse, avec un sourire qui cède,\nD'offrir à son baiser ses seins adolescents.\n"}, {"page_pdf": 485, "page_imprimee": 438, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1483, "texte": "                     — 438 —\n\nLeur profil est si jeune et leurs corps si gamins\nQue le sexe parfois se dérobe, équivoque.\nOn ne discerne pas dans leurs yeux      enfantins\nLe regard qui promet du regard qui provoque\n\nEt quand sous le désir leurs instincts s'effarouchent,\nIl semble que l'on voit, noués et palpitants,\nD'un même arbre sortis, deux rameaux qu'au printemps\nUn vent tiède a mêlés pour que leurs fleurs se touchent.\n\n\n                     FATIGUE\n\nDans mon cœur imprudent et vieux de débauché,\nLe serpent d'un désir irritable et sceptique\nAu sourire ambigu de ta lèvre erotique\nA sifflé dans mon cœur la chanson du péché.\n\nL'aumône de ton corps à mon corps desséché!\nL'aumône de ta lèvre à ma lèvre extatique\nSera mon solennel et moqueur viatique\nMon sacrement suprême et ton premier marché!\n Ton baiser virginal et savant me délie\nDes mornes souvenirs d'un passé que j'oublie\nIls partent comme un vol d'oiseaux gris dans le soir!\n\nMon esprit ne voit plus, enivré de paresse,\nQue la pâle vapeur — nuages d'encensoir —\nDes baisers dont l'odeur mourante me caresse.\n\n\n                  MANDARINES\n\nJe hume le parfum musqué des mandarines.\nDans la chambre où mon feu me fait aimer l'hiver,\nIl mêle au ciel frileux de nos saisons chagrines\nL'exotisme imprévu d'un été chaud et vert.\n\nIl m'évoque le jeu lascif d'un corps hautain,\nDont les yeux démentaient la promesse des lèvres\nEt dont l'art unissait aux fraîcheurs du matin\nL'énervante chaleur des nuits lourdes de fièvre.\n"}, {"page_pdf": 486, "page_imprimee": 439, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 463, "texte": "                                 - 439 —\n\n         Ta bouche, œillet de pourpre écrasé dans du vin,\n         Savait faire en mon cœur, monter l'acre levain\n         Des sauvages désirs et des fièvres brûlantes,\n\n        Tandis que ion regard, faux, humide et moqueur,\n        Enfonçait dans ma chair des dagues nonchalantes\n        Et torturait mes nerfs en me glaçant le cœur.\n\n                                              FRANCIS DE C R O I S S E T\n\n\n\n\n       "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-009", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 439, "page_fin": 441, "titre_corps": "Les Petites Chapelles et leurs grands prêtres", "titre_sommaire": "Les Petites chapelles et leurs grands maîtres", "rubrique": "", "signature_source": "Dick", "ancre_debut": "LES PETITES CHAPELLES", "ancre_fin": "DICK", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 486, "page_imprimee": 439, "debut_caractere": 463, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "LES PETITES CHAPELLES\n               et leurs grands prêtres.\n             Depuis quelque temps, un certain nombre de jeunes artistes\n              cédant à un penchant éminemment belge, déjà observé par\n              Baudelaire, ne se sentent plus assez forts pour penser seuls\n              pour lutter individuellement; ils éprouvent le besoin de se\ngrouper en fédérations, de former des ligues, espèces de corps spéciaux des-\ntinés aux gardes civiques volontaires de l'art et auxquels ils ne manque que\nla cocarde et le trombone pour pouvoir faire figure aux enterrements et aux\nkermesses.\n   Oui, beaucoup de nos rapins en sont là. A les voir, avec leurs longs\ncheveux et leurs costumes d'un négligé si plein de recherche, on se les\nfigure dignes descendants des romantiques, amoureux d'indépendance,\nennemis jurés de tout mot d'ordre, de toute discipline et de toute hiérar-\nchie, chatouilleux du collier.\n   Eh bien non, ces bohèmes si pittoresques sont affiliés à une « chocheté »,\nont élu un bureau, un président et désormais ils vivent en bandes; s'ils\nparlent, c'est par l'organe d'un délégué, s'ils agissent, c'est en exécution\nd'un vote préalable, comme dans les sociétés de vogelpick.\n   Ces « chochetés » se remuent beaucoup et font encore plus parler d'elles.\nElles organisent des concours, elles distribuent aux vainqueurs des cou-\nverts d'argent et promènent les lauréats dans des chars, avec accompagne-\nment de lanternes vénitiennes et de cantates. Des communiqués envoyés à\ntous les journaux relatent les réunions de leurs comités, leurs délibérations,\n                                                                     28\n"}, {"page_pdf": 487, "page_imprimee": 440, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "                                   — 440      -\n\n leurs résolutions, leurs acclamations, leurs réclamations, les faits et gestes\n de leur président, de leur vice-président, de leur secrétaire et de leur tréso-\n rier. Elles défendent toutes les causes, celle de l'Art Social et celle de l'Art\n pour l'Art, l'individualisme à outrance et le collectivisme sans restrictions.\n Elles émettent des vœux et formulent des protestations.\n    Voulez-vous demander l'appui du gouvernement? passez par leur inter-\nmédiaire. S'agit-il au contraire de combattre la bureaucratie, elles partent\nen guerre au cri de : Plus de beaux-arts officiel (sic).\n   Toutes les réformes sont de leur compétence ; tous les abus, même avant\nqu'ils soient constatés, soulèvent leur indignation toujours éveillée. En un\nmot, elles se sont donné pour programme de résumer, diriger, monopoliser\ntoutes les manifestations de l'art.\n    Les meneurs de ce mouvement sont bien conformes au type du meneur si\nbien dépeint par Gustave Lebon dans son beau livre intitulé Psychologie\ndes foules. D'une cérébralité moyenne, d'une culture artistique très\nmédiocre, ils résument en eux les petites qualités et les petits défauts de la\nfoule dont ils se sont faits les chefs. Ajoutez à cela le génie de l'intrigue, la\nsouplesse, l'ambition à la fois démesurée et vulgaire, l'ignorance présomp-\ntueuse et un aplomb imperturbable, et vous aurez la physionomie d'un de\nces chefs de file, dignes élèves de Barnum et de Jean-Marie Farina.\n   On se demandera peut-être comment des fonctions aussi absorbantes\npeuvent s'allier avec la pratique de l'art auquel nous devons penser que ces\npersonnages presque officiels ont voué un culte exclusif? Quand on fait\npartie de tant de jurys et de comités, que l'on préside tant de réunions, que\nl'on rédige tant d'adresses et de programmes, que l'on assiste à tant de ban-\nquets et d'ouvertures, on doit trouver peu de loisirs pour peindre ou pour\nsculpter...\n   Mais ce sont là des questions indiscrètes. Chacun comprend l'art à sa\nfaçon. Les ouvriers qui se donnent pour mission de défendre leurs frères, en\nles faisant chômer, en provoquant des grèves, en organisant la résistance\naux patrons, continuent à se considérer comme des travailleurs, bien que\ntout le monde sache bien qu'ils ne travaillent plus. Pourquoi ne pourrait-on\npas être artiste de la même manière ? Après tout, l'art de se mettre à la tête\nde ses semblables est un art comme un autre et en s'y adonnant tout\nentiers, nos Présidents et Délégués ont peut-être enfin trouvé leur vraie\nvocation.\n   Quoi qu'il en soit, ces « chochetés » se donnent énormément de mal pour\njustifier leur raison d'être. Celle-ci, une coopérative, s'adresse aux gens de\nlettres et s'engage à leur fournir, en échange d'une modeste pièce de cent\n"}, {"page_pdf": 488, "page_imprimee": 441, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2541, "texte": "                                 — 441 —\n\nsous, la pâture intellectuelle. L'inévitable comité, qui s'est formé tout seul,\nfixe le menu et chaque associé reçoit à jour dit sa pitance qu'il est invité\nà avaler endéans un délai déterminé. Cette autre a pour objectif l'art\nappliqué, qu'elle pense avoir inventé et dont elle rebat les oreilles à tout\npropos, fût-ce à propos de boutons de sonnettes, de cure-dents, de canules\nde seringues ou d'un nouveau modèle de cercueil.\n   En voici une troisième, qui tient boutique ailleurs que sur un coin. Sur\nson enseigne se lit cette devise : Nul n'aura de talent que nous et nos amis.\nLes produits qu'elle écoule et dont elle a seule le dépôt pour la Belgique,\nsont tous admirables, inimitables. Et en avant la musique!\n   Tout ce bruit et toute cette réclame, ces concours annoncés à son de\ntrompe et à coups de grosse caisse, n'ont donné que des résultats assez\nminces ; il n'en est sorti aucune oeuvre d'art d'une réelle valeur.\n   Comment pourrait-il en être autrement? L'art vit de spontanéité et ne se\nlaisse pas mettre en régie. Et le véritable artiste résiste à qui veut l'embri-\ngader ; s'il sort de son atelier, ce ne sera pas pour emboiter le pas derrière\nun cartel ou une bannière de confrérie ; s'il ambitionne une récompense, il\nla rêve plus haute qu'un diplôme de mérite délivré par quelques médio-\ncrités prétentieuses constituées en jury.\n   Aussi les « chochetés » auront-elles beau redoubler de publicité, s'agiter\nsur leurs tréteaux, allécher les collaborateurs et les adhérents par l'appât de\nrécompenses même pécuniaires, l'attention se détourne d'elles. Déjà même\ncommencent à se manifester de-ci de-là des signes d'impatience. Des jour-\nnaux d'art et des revues ont murmuré contre les essais de dictature bou-\nlangiste.\n   Ce bloc enfariné, bientôt on soufflera dessus, tout le fait prévoir. Il n'en\nrestera rien et il faut espérer qu'on ne mettra rien à sa place. Les naïfs que\nl'éloquence des boniments et la splendeur des triomphes semi-officiels ont\npu un instant hypnotiser, ouvriront les yeux et rentreront dans leur atelier,\nseul endroit qui convienne pour faire de bonne peinture et de bonne sculp-\nture; quant aux malins, à ceux qui comptaient sur la camaraderie, les\njurys, les comités, les distributions de diplômes, les manifestes, etc., pour\nse créer une place à part et prépondérante, il n'y a pas à s'inquiéter autre-\nment des petites souffrances que pourra leur infliger leur ambition déçue.\n                                                                 DICK"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-010", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 442, "page_fin": 442, "titre_corps": "Les Ruches", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Viane", "ancre_debut": "LES RUCHES", "ancre_fin": "CHARLES VIANE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VERS LA PAROLE DU POÈTE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 489, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1100, "texte": "LES RUCHES\nAvec un bruit pareil à celui des marées,\nSous la virginité florale des pruniers,\nChuchotent, sourdement, les ruches affairées\nOù bourdonnent sans fin des fredons     coutumiers.\n\nAutour des vieux ruchers, mille graves abeilles,\nPortant l'âme des fleurs, hâtent leur vol nerveux.\nTout près, les pruniers blancs effeuillent leurs corbeilles\nSur le malade enfant qui repose sous eux.\n\nCouché dans son fauteuil, il rêve de gambades\nQuand ses pieds affaiblis pourront le soutenir :\nSon œil chante au plaisir ses premières aubades.'\n... L'enfant regarde les abeilles revenir;\n\nIl devine le miel dans le parfum que laisse\nAprès lui chaque insecte en son vol musical :\nIl voudrait y goûter... mais il sent sa faiblesse\nEt ne sait que humer le parfum     amical!\n\n— Tel, aussi, mon esprit est une ruche active\nD'où sortent mes pensers bourdonnant sous le ciel :\nJe ne puis les dompter, tant ma force est chétive,\nMais chacun de mes vers fleure un peu de leur miel!\n\n                                       C H A R L E S VIANE\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-011", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 442, "page_fin": 444, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Delville", "ancre_debut": "VERS LA PAROLE DU POÈTE", "ancre_fin": "JEAN DELVILLE", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 489, "page_imprimee": 442, "debut_caractere": 1100, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "VERS\n            LA PAROLE DU P O È T E\n                                            A ALBERT GIRAUD\n\nAllez, vous, cœurs tentés, et vous, âmes barbares,\nombres du prostibule où va régner le Mal,\nallez, lâches et fous, prodigues ou avares,\nruer vos appétits loin de notre idéal!\n"}, {"page_pdf": 490, "page_imprimee": 443, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1483, "texte": "                       — 443 —\n\nL'écho de vos festins monte parmi nos rêves\npour en troubler encor la divine douleur.\nAllez, là-bas, dans l'ombre et l'ivresse des glaives,\nboire le sang de joie en des coupes d'horreur!\n Destin universel de ces forces passives,\n o monde, que l'enfer a sans doute aimanté,\njamais tu ne verras notre azur enchanté.\n— Ici, tous les banquets ont de graves convives\net tous les fronts sont clairs comme le firmament :\non y boit, dans des lys, des larmes, noblement !\n\n\n                     MAGICA\n                                               A IWAN GlLKIN\n\n\n Voici l'heure où luiront tes beaux yeux de voyante,\npythonisse au cœur mûr prosternée en la nuit!\nParmi l'âme du monde est allé ton esprit\npour chercher les trésors que ton désir incante.\nLe feu spirituel qui résorbe ta chair\nembrasera soudain les gouffres de la vie ;\naux sabbats enchantés le pouvoir te convie,\nréalité du ciel ou rêve de l'enfer !\nL'aromate sacré dans les clairs réchauds brûle.\nL'univers est pour toi le pur enchantement\noù ton être ébloui plane sur l'élément.\nEt l'Ange que ton verbe évoque au crépuscule\nviendra réverbérer du fond du temple noir\nl'éclat de son front d'or au magique miroir !\n\n\n                      NATURE\n                                   A M. l'abbé HENRI MOELLER.\n\n\n La terre a fécondé. La vie est maternelle.\n La lumière n'est plus qu'un bercement d'amour\n et l'informe semence, en les splendeurs du jour,\njaillit aux voluptés de la force éternelle,\n"}, {"page_pdf": 491, "page_imprimee": 444, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1263, "texte": "                      — 444 —\n\nL'homme, comme un enfant et comme un animal,\nlaisse fluer son sang parmi la sève antique ;\ntoute la chair humaine, ou profane ou mystique,\nest ivre du puissant baiser de germinal.\nMais toi, penseur austère au cœur doux et lucide,\nqui regardes passer l'ivresse de l'Instinct,\ntu souris tristement à la Nature avide\n\nde ce quelle a donné comme un monstre enfantin,\ncar jamais rien ne vaut dans la matière infâme\nl'invisible soleil qui féconde ton âme !\n\n\n          LE SOURIRE DU CADAVRE\n                                              A POL DEMADE.\nAprès avoir souffert les souffrances prescrites,\naprès le rôle affreux, le dernier cri jeté,\nquand l'âme du mourant plein d'efforts insolites\ns'évade lentement vers son éternité,\n\nregardez, regardez, ô vivants hypocrites,\nsi le mort, à travers sa morne cécité,\nne voit pas mieux que vous les régions prédites,\ncadavre stupéfait de ce qui l'a quitté!\n\nVous qui ne priez point les choses immortelles\nqui remontent au sein des soleils créateurs,\nn'avez-vous pas senti la lumière en vos cœurs?\nNavez-vous jamais vu, de vos vagues prunelles,\nsous les tristes lueurs de votre esprit tremblant,\nau sourire des morts l'impossible néant?\n\n                                          JEAN   DELVILLE"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-012", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 445, "page_fin": 448, "titre_corps": "L’Album de la Jeune Belgique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernest Closson", "ancre_debut": "L Album de la Jeune Belgique", "ancre_fin": "ERNEST CLOSSON", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SATAN 1", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 492, "page_imprimee": 445, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "L'Album de la Jeune Belgique\n                       BIBLIOGRAPHIE MUSICALE\n\n Un ALBUM MUSICAL DE LA Jeune Belgique (quatorze mélodies, musique de Léopold\nWALLNER, sur les textes suivants : Chère, voici des fleurs, d'EDDY LEVIS; Silence et Tes\nYeux, d'ALBERT GIRAUD; Celle qui t'aime, de G. KAHN; la Madone, d'IvAN GILKIN ; les\nVoix, d'ALBERT GIRAUD; Echos de valses, de G. LE ROY; Solitude, de CH. VAN LER-\nBEHGHE; Désir, de FERNAND SÉVERIN ; Clair de Lune, de VALERE GILLE ; Lied et Chanson,\nde G. KAHN ; Résignation, d'ALBERT GIRAUD.\n\n\n               Si une Bibliographie musicale, même introduite dans une revue\n                littéraire, est digne de fixer l'attention de tous ceux qui\n                saisissent, sous ses contradictions apparentes, l'unité du mou-\n                vement intellectuel contemporain, à bien plus forte raison\ncette rubrique trouvera place ici, alors que l'examen d'une œuvre d'une\nportée littéraire autant que musicale, ainsi que la parenté intellectuelle\nexistant entre les auteurs, qui tous sont des nôtres (1), en concrétie l'intérêt.\n   Ce choix de poésies, toutes empruntées à notre revue, ce titre cyclique\nd'Album de la Jeune Belgique, affirme le vouloir d'une œuvre d'intime\ncommunauté; du moins est-ce sous cet aspect que j'aime à l'envisager, et\nne crois pas ainsi dépasser la pensée de l'auteur.\n   Nos lecteurs connaissent le Wallner littérateur, qui s'est révélé ici —\ntrop rarement — en des traductions de poésies russes, populaires et autres,\nmerveilleusement faites, dans une langue à laquelle son double caractère\nde familière simplicité, d'énergique et âpre acuité donnaient un cachet\nunique.\n   L'érudit musicographe qu'est notre collaborateur et ami est également\nconnu de tous ceux qui ont lu ses articles critiques ou suivi ses conférences\nsur l'Histoire du Piano et de sa littérature, dont il a recommencé cet hiver\nla série. Ici, nous avons affaire à un autre Wallner, encore trop peu connu :\nle compositeur.\n   Nombreux est son bagage musical, qui ne s'est encore ouvert, au large,\nque pour de rares privilégiés ; il y a là, en manuscrit, quantité de morceaux\npour piano, de mélodies, de pièces instrumentales, dont un grand nombre\n\n\n (1) Ou l'ont été au moment où leurs rimes se publiaient dans la Jeune Belgique.\n"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 446, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "                                  — 446 —\n\nremontant à une époque déjà lointaine de la carrière musicale de l'auteur,\nBien que le genre de certaines de ces compositions se ressentent de leur\nancienneté, il y a là nombre de pièces tout à fait remarquables. Je me\nsouviens notamment avec joie d'une série de morceaux pour piano réunis\nsous le titre de Souvenir du Pays natal (1), dont le pittoresque prime-sautier\net la fraîcheur d'inspiration requièrent encore ma pensée, et que l'on doit\nsouhaiter voir quelque jour livrés à la publicité.\n   Cependant, à la plus grande partie de cette vaste production musicale, je\npréfère l'Album qui fait l'objet de cet article, — sinon au point de vue par-\nticulier de chacune des mélodies qui le composent, du moins dans l'ensem-\nble, qui marque une phase décisive dans l'évolution de l'auteur et dessine\nnettement sa personnalité artistique, d'une intéressante complexité. On sent\nfort bien les diverses tendances de l'auteur, ses différentes prédilections, qui\nfusionnent, dans son œuvre, en un tout fort harmonieux. M. Wallner, théori-\ncien musical distingué, — chacun le sait, — affectionne naturellement les\nformes saines et robustes, le travail consciencieux et solide ; on le voit au\ntressage patient et savant de sa polyphonie, même au soin minutieux de son\nécriture, d'un fouillis presque fatigant dans certaines pièces, comme\nSilence et Tes Yeux. Très admirateur des maîtres du classicisme roman-\ntique, il est vaguement influencé de Schumann,|dont une des plus chères for-\nmules (voyez le Noyer) se retrouve dans ce rappel nostalgique du thème ini-\ntial, très schumanesque, de Solitude. Où le tempérament de l'auteur —\nfougueux et enthousiaste — se répercute admirablement, c'est dans la\nsuperbe envolée de Celle qui t'aime, où la terminaison, d'un goût délicat et\nd'un charme subtil fait si heureusement antithèse; c'est l'un des plus beaux\nmorceaux du recueil. Notons encore, dans la même note romantique, la\nsuperbe Madone, impressionnante et tragique, d'une tenue extrêmement\nnoble et d'une pénétrante beauté. Comme bien on pense, M. Wallner, ce\nRusse qui a du sang allemand dans les veines, ce natif d'un pays où la tra-\ndition populaire s'épanouit et parfume tout autour d'elle ainsi qu'une fleur,\nne saurait rester éloigné, dans ses créations artistiques, de la chanson popu-\nlaire, dont il a tout à la fois l'élan spontané, et certaines « formules » un\npeu anciennes qui lui tombent tout naturellement sous la plume et le\nrattachent aux anciennes tournures mélodiques. Du moins, ce sont les\ncaractères qui marquent cette Chanson : « Il était trois cavaliers... » d'un\nélan si hardiget d'une conception si originale, l'une des pièces les plus\ncurieuses de l'Album,\n\n\n  (1) L'Ukraine.\n"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 447, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2784, "texte": "                                  -   447 —\n\n   N'oublions pas enfin de remarquer chez ce « pédagogue », qu'on n'a pas\ncraint naguère, dans une polémique, d'incriminer de pédantisme et de ten-\ndances réactionnaires, l'irrésistible et juvénil désir vers l'harmonie moderne,\nraffinée, subtile, aux aspects curieux et aux contours imprévus. La moder-\nnité, voilà la caractéristique des dernières évolutions de cet esprit si mobile,\nde cette intelligence si richement organisée, à laquelle la double nationalité\nde M. Wallner, sa netteté de jugement assurent une conception également\nlucide du génie germanique, slave et latin, et où une mémoire étonnante,\nservie par un polyglottisme suffisant, a entassé des connaissances quasi\nencyclopédiques. Pour ceux qui le connaissent, il est tout le contraire du réac-\ntionnaire et de l'encroûté, — à moins que par ces mots on n'entende un\nesprit où les aspirations au progrès s'appuyent, comme chez M. Wallner,\nsur la science théorique, le savoir historique et la foi dans les lois immua-\nbles et intransgressibles du Beau artistique.\n   Ce goût de la modernité, qui se manifeste aussi bien dans la communauté\nd'aspiration qui l'a fait depuis longtemps se ranger parmi nous, que\ndans la part qu'il a prise à nos luttes artistiques, je le retrouve encore dans\nle raffinement harmonique qui paraît être, dans ces mélodies, la préoccupa-\ntion dominante de l'auteur ; c'est à cette tendance que l'on doit tant de belles\npages de l'Album, telles la dernière partie de la Madone, puis encore Échos\nde Valses, et le ravissant Clair de Lune, d'une profonde poésie. Le souci de\nla rareté harmonique est évident, il se trahit même parfois dans une voli-\ntion trop apparente de neuf quand même, comme dans cette cruelle\n« seconde mineure » qui commence Résignation.\n   De l'ensemble de caractères que l'on discerne dans cette musique,\nrésulte un art éminemment intéressant et très personnel. Original? Non\nsans doute, car l'originalité suppose une personnalité absolue, un art irré-\nductible et simple, dans l'acception scientifique de ce terme ; ce qui fait\nl'indéniable personnalité de la musique de M. Wallner, c'est l'extrême diver-\nsité des éléments primitifs — prédilections artistiques, influences psycholo-\ngiques et orignaires — qui s'agitent au fond.\n   Quant à la forme qu'il a choisie pour ces interprétations, elle diffère\nselon le caractère du poème et l'inspiration du moment, allant de la mélodie\nproprement dite à la forme du récitatif ou mélopée, — à laquelle on pour-\nrait peut-être reprocher une certaine monotonie rythmique. Et quant à\nl'accompagnement, il est, comme je le disais, très polyphonique, absolu-\nment concertant. Pas facile, parfois, ah, non !...\n\n  Voilà, dans une forme concise, un essai d'analyse du recueil que l'hon-\n"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 448, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 826, "texte": "                                   -448       -\n\nneur m'est échu de présenter au lecteur. Ne voulant pas ramener cette\nanalyse à un commentaire aride de chacune de ces quatorze mélodies, j'ai\ncru bien faire en me bornant à celles qui, tout en me paraissant le mieux\ninspirées, me fournissaient l'occasion d'une étude synthétique sur un com-\npositeur dont le mérite est trop peu reconnu encore. En tout état de cause\net en dehors de l'intérêt tout particulier qu'il présente pour nous, l'Album\nmusical de la Jeune Belgique doit être considéré comme l'un des plus\nremarquables recueils de mélodies depuis longtemps publiées chez nous.\nIl fait honneur au musicien qui les a conçues, comme aux poètes qui les\nont inspirées,\n                                                    E R N E S T CLOSSON\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-013", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 448, "page_fin": 455, "titre_corps": "Satan", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Iwan Gilkin", "ancre_debut": "SATAN 1", "ancre_fin": "IWAN GILKIN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 495, "page_imprimee": 448, "debut_caractere": 826, "fin_caractere_exclue": 1802, "texte": "SATAN(1)\n                        L'ESCALIER DU CŒUR\n\n         C'est l'escalier du cœur, — un royal escalier\n         Etageant dans le ciel ses blancs degrés d'opale,\n         Où des dieux lumineux, de palier en palier,\n         Mêlent aux astres d'or leur tête triomphale.\n\n         Leur sourire embaumé des roses du matin\n         Allume dans l'azur une divine aurore\n         Et la nuit les revoit, qui dans l'éther lointain\n         Font naître des soleils et des soleils encore.\n\n        L'éternelle beauté rayonne dans leurs yeux\n        Et l'éternel amour fait leurs lèvres de flamme.\n        — Mais l'escalier descend loin du séjour des dieux\n        Jusques aux souterrains tortueux de notre âme.\n         Sa spirale au milieu d'une morne épaisseur\n         Plonge et se tord, toujours plus étroite et plus sombre.\n         La torche tremble, siffle et halète de peur\n         Comme nous descendons au Royaume de l'Ombre.\n\n\n (1 D'un volume qui paraîtra prochainement.\n"}, {"page_pdf": 496, "page_imprimee": 449, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1640, "texte": "                      — 449 —\n\nVoici l'étage des caveaux, voici les morts.\nPuis les spectres en pleurs étendant leurs mains vides;\nVoici les Souvenirs poignants et les Remords\nErrant avec du sang sur leurs linceuls livides.\n\nPlus bas encor, voici les hontes, les péchés,\nLes criminelles et monstrueuses pensées !\nSur les degrés gluants, à demi détachés,\nBavent ignoblement des bêtes enlacées.\n\nVoici le gouffre noir d'où monte un vent glacé,\nPestilence mortelle et murmures funèbres !\nVoici le bord obscur que nul n'a dépassé,\nVoici l'Horreur sans nom, gardienne des Ténèbres.\n\nLà-bas, c'est le secret des épouvantements,\nLes végétations sourdes d'instincts énormes,\nLes appétits visqueux, les cauchemars déments,\nD'immenses lacs de pus et des tumeurs informes ;\n\nLà, c'est la région glaireuse de Satan\nOù tout n'est que suçoirs voraces et mâchoires,\nOù, comme un poulpe flasque et hideux, il attend\nL'heure de notre mort au fond des ondes noires.\n\n\n                    AUTREFOIS\n\nJ'ai respiré l'amour comme un bouquet de fleurs,\nDont les parfums légers et les fraîches couleurs\nFaisaient voltiger mes baisers, ivres de joie,\nTels que des papillons de velours et de soie.\n\nJ'ai savouré l'amour comme un fruit  succulent.\nQui fondrait dans la bouche, exquis, discret et lent.\n\nO coupes de saphir où mousse la lumière,\nLes yeux bleus m'ont versé l'ivresse printanière!\nO coupes de rubis où bouillonne le sang,\nLes bouches m'ont versé leur vertige puissant !\n\n— Tombez sur le passé, brumes de la mémoire!\nPuis, enveloppe-moi, nuit profonde, nuit noire,\nDans les plis désormais inertes du linceul\nOù je vais m'endormir froid, immobile et seul.\n"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 450, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1879, "texte": "                       — 450 —\n\n\n           LE DÉMON DU CALVAIRE\n\n                            I\n\nDans l'oratoire obscur, où brûle une veilleuse,\nA genoux pour dompter ma révolte orgueilleuse,\nJe fixe éperdûment mon regard éperdu\nSur un tableau, bizarre au vieux mur suspendu.\n\nLà roulent à grands flots sur les choses chagrines,\nAu fond d'un ciel verdâtre aux lueurs sous-marines,\nDes nuages houleux oit nagent des corbeaux.\nIl y passe parfois des rougeurs de flambeaux\nOu de lointains reflets de flammes infernales.\nEt le vent et la pluie et la grêle en rafales\nSoudain font rage avec de rauques      hurlements.,\nC'est la sinistre nuit des épouvantements.\nLes démons ailés d'ombre errent dans la tempête\nEt brûlent les rochers de leurs ongles. Au faîte\nD'un roc lugubre et noir on aperçoit des croix.\nDes brouillards ténébreux les baignent toutes trois\nMais on les voit surgir au feu des éclairs blêmes.\nEt des plaintes, des cris, des râles, des blasphèmes\nDominant le chaos hideux des éléments\nElèvent vers le ciel ces lourds gémissements :\n\n« Là-bas, dans le cachot, les bourreaux sans entrailles\n« Ont fait jaillir mon sang jusque sur les murailles.\n« Les lâches mont fouetté d'âpres verges de fer\n« Où pendaient les lambeaux pantelants de ma chair.\n« Les crachats se mêlaient aux soufflets sur ma face.\n« Puis, mourant, j'ai traîné ma croix sur cette place\n« Et dans mes pauvres mains et dans mes pieds des trous\n« Horribles ont subi la torture des clous.\n<; La croix, alors, ils l'ont dressée et dans la fosse\n« Lourdement f ait tomber avec un choc atroce\n« Où chaque plaie encore plus large a dû s'ouvrir.\n« Oh ! je souffre ! je souffre .'. Oh ! comme on peut souffrir !\n« Tout cela, Dieu puissant, mon Père, par ta faute !\n« Voilà ton univers ; voilà l'homme, son hôte ;\n« Voilà ton œuvre enfin, cet enfer monstrueux\n« Plein de crimes, d'horreurs, de forfaits tortueux,\n"}, {"page_pdf": 498, "page_imprimee": 451, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1883, "texte": "                     -   451   -\n\n« De souffrances sans nom et de sanglants délires.\n« D'affreux martyres, puis de plus affreux     martyres,\n  Du sang coulant à flots sur du sang mal séché,\nn Le voilà, ton chef-d'œuvre, ô Père, — ou ton péché!\n« Penses-tu l'expier, crois-tu sauver le monde\n« En me crucifiant sur cette croix immonde ?\n« Tout ce que tu veux faire avorte et c'est en vain\n« Que je laisse en ton nom couler mon sang divin.\n« La douleur, je la bois jusqu'au fond du calice.\n« Père, comment veux-tu que ton Fils te bénisse'!\n« Ah ! je ne voudrais pas être le créateur :\n« Les maux de l'univers me briseraient le cœur\n« Et je mourrais d'horreur en voyant mon ouvrage.\n« Mais tu vis sans remords et ton lâche courage\n« Regarde sans rougir ceux qui meurent pour toi.\n« Du fond des maux humains j'entends monter vers moi\n« Un horrible concert de sanglots et de râles.\n« Ils t'accusent, ô Père, et tes anges, tout pâles,\n« Sur l'escalier de feu des saintes visions\n« T'apportent l'encens noir des malédictions.\n« Etais-tu sage et tout-puissant lorsque ta force\n« Créa ce triste monde et peupla son écorce,\n« Ou la folie a-t-elle égaré tes esprits\n« Et la faiblesse fait trembler tes doigts surpris?\n« Moi qui souffre et qui meurs pour ta honte, ô mon Père,\n« Je t'accuse! Car c'est par Toi qu'on désespère;\n« C'est toi qui mets la haine au fond des cœurs malsains;\n« Tu formes les bourreaux après les assassins ;\n« Dans tous les paradis tu glisses la couleuvre;\n« Le Démon n'a rien fait de pire que ton œuvre\n« Et lui-même est ton fils, et le plus malheureux! »\n\n                         II\n\n— QUI frissonne ? A genoux sur les carreaux poudreux\nPrie un bel ange noir aux grands yeux      d'émeraude.\n— Et j'ai baisé ses pleurs sur sa chair tendre et chaude.\n\n                         III\n\nToutes les visions ont disparu ; mais mon\nTriste cœur arrosé par les pleurs du Démon\n"}, {"page_pdf": 499, "page_imprimee": 452, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1901, "texte": "                     -   452   -\n\nEt tout brûlant encor des flammes de ses lèvres\nRoulait mille pensers où bouillonnaient les fièvres.\n— « Quel monstre fais-tu donc, disais-je, ô Dieu puissant!\n« Quel noir Baal gorgé de larmes et de sang'.\n« Les fétiches honteux, les idoles terribles,\n« Les dieux mangeurs d'enfants moins que toi sont horribles.\n« Ta sagesse destine aux souillures les fleurs;\n« Tu créas par plaisir le monde et les douleurs\n  Et les milliers et les milliers de maux infâmes\n« Qui gangrènent les chairs et torturent les âmes.\n« C'est à toi que l'on doit et les os cariés\n« Et le sang noir dans les muscles putréfiés\n  Et la lèpre et la peste et les hideux ulcères\n« Et tous les maux secrets qui rongent nos viscères,\n« Et l'abrutissement des cerveaux ramollis.\n« Nous te devons aussi les jeunes cœurs salis\n« Et la honte, et l'envie et le meurtre et la guerre !\n« Que tes bienfaits sont grands, ô Seigneur, notre Père,\n  Toi qui fis les péchés et la mort et l'enfer,\n« Le crime et le bourreau, la victime et le fer !\n« Triple lâche, abusant de ta force infinie\n« Pour jouir de nos maux et de notre agonie,\n« Sache que nous valons mille fois mieux qu'un Dieu!\n« Notre mépris te frappe au fond de ton ciel bleu\n  Mais nous brûlons d'amour et de miséricorde :\n« Dieu, pour te rendre bon, que le Destin t'accorde\n« De n'être, un jour, qu'un homme et de pouvoir souffrir\n  Et de pouvoir aimer enfin jusqu'à mourir!... »\n\nOr, un homme eut pitié de ce Dieu misérable.\nIl assuma le poids de son œuvre exécrable\nEt tenta d'expier les crimes du Seigneur.\nO Christ! Le Créateur eut besoin d'un Sauveur !...\n\n\n\nIl était doux et pur comme un lys de lumière;\nLa bonté parfumait sa bouche printanière;\nSes doux propos chantaient comme de gais oiseaux.\nAu bord d'un lac tranquille, assis dans les roseaux,\nIl contait doucemeut de fraîches paraboles ;\nLes ailes de l'amour battaient dans ses paroles\n"}, {"page_pdf": 500, "page_imprimee": 453, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "                      -   453   -\n\nEl ceux qui l'écoutaient sentaient fondre leur cœur.\nIl chassait les démons, la haine et la rancœur\nD'un geste harmonieux et d'un calme sourire.\nSur la nature entière exerçant son empire\nIl n'avait qu'à parler, l'eau se changeait en vin\nEt pour nourrir un peuple il suffisait d'un pain.\nIl guérissait d'un mot, sous les obcurs portiques,\nLes aveugles, les sourds et les paralytiques\nEt quand il se penchait sur l'humaine douleur\nSes lèvres tendrement enfantaient le bonheur.\nDans la joie et l'amour il fondait son royaume.\nSur tous les cœurs blessés versant l'huile et le baume,\nIl faisait de la terre un jardin de douceur\n\nEt réparait le mal fait par le Créateur.\nQuand il se proclama Fils de l'Être-Suprême\nQuel était son dessein? Se disant Dieu lui-même\nAfin de laver Dieu de tous les maux humains\nVoulait-il, sur la croix où le clouaient nos mains,\nMontrer que le bourreau pour expier ses crimes\nDevenait la victime enfin de ses victimes?...\nQue ta cendre tressaille, ô Christ, dans le tombeau!\nL'univers n'est, hélas! ni meilleur ni plus beau.\n\nDieu, tu l'es devenu, comme le Bouddha, comme\nFrançois d'Assise, mais comme eux tu n'es qu'un homme,\nLe plus grand, le plus saint, le plus pur, le plus doux\nDes hommes, et l'on doit t'adorer à genoux.\nO Christ, on t'a fait Dieu pour mieux t'être infidèle.\nHomme, tout homme eût dû te prendre pour modèle,\nMais hypocritement ils ont dit : « Il est Dieu !\n« Et qui de nous pourrait être semblable à Dieu ? »\n— Dieu, tu t'as devenu dans l'idéal du monde\nPar ta pitié sans borne et par ta mort féconde\nQui nous donna l'amour, l'espérance et la foi\nEt seuls ceux-là sont Dieux qui sont pareils à toi.\nO Fils de l'Homme, ô Christ, je t'aime et je t'adore\nDe tous les feux du vaste amour qui me dévore,\nDe toute la pitié qui déchire mon cœur\nDès que j'entends gémir l'éternelle douleur,\nEt de l'ardent espoir où mon âme s'embrase :\nCar ta voix nous convie à la suprême extase.\n"}, {"page_pdf": 501, "page_imprimee": 454, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1381, "texte": "                     -   454   -\n\nTu nous as délivrés du joug de tous les dieux\nEt tu fais rayonner /'HOMME au plus haut des cieux !\n\n\n                         IV\n\nUn long rugissement ébranla l'oratoire.\nL'ange noir devant moi dressa sa tête noire\nEt son torse d'ébène et ses sinistres bras.\nIl leva sa tunique en riant aux éclats\nDu rire qui jadis incendia Sodome :\n« Baise humblement cela, cria-t-il : VOILA L'HOMME! »\n\n\n\n                     HYMNE\n\n Mon passé, je le vois dans tes yeux   souriants,\n Dans ta bouche de rose où l'amour rit d'éclore,\n       Dans ta joue aux fraîcheurs    d'aurore\n Et dans tes blonds cheveux où voltigent encore\n       Mille essaims de baisers friands.\n\n  Mon passé t'asseyait souvent sur ses genoux,\n  Riait à ton cher rire et demandait tes lèvres.\n         Nos chants, nos rêves et nos fièvres\n  Bondissaient à Venvi. comme de jeunes chèvres,\n        Dans nos sentiers joyeux et fous.\n\n  Mon présent est encore ivre de ta beauté,\n  De ta chaude tendresse et des pensers sublimes\n        Qui bercent au bord des abîmes\n  Nos deux cœurs palpitants sur les plus hautes cimes\n        De l'art et de la volupté.\n\n\n\n                  LE MARTYR\n\nLié brutalement au tronc noir d'un vieil arbre\nEt laissant le sang frais rougir ses membres blancs,\nLe fier jeune homme, nu, beau comme un dieu de marbre,\nAux flèches des bourreaux offre ses jeunes flancs.\n"}, {"page_pdf": 502, "page_imprimee": 455, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1090, "texte": "                    -   455   -\n\nMais leurs regards troublés craignent son regard tendre\nEt le rayonnement de sa chaste beauté\nEt, tremblants, ils voudriaent fuir plutôt que d'entendre\nSa caressante voix braver leur cruauté :\n\n« Pourquoi me frappez-vous ? Ma vie est innocente\n« Mon cœur adolescent n'est gonflé que d'amour ;\n« Mon esprit pur et doux et ma chair frémissante\n« Ne cherchaient qu'à fleurir à la grâce du jour.\n\n« Ne baissez point les yeux ! Vous m'aimez; je vous aime.\n« Mon sang coule et pourtant j'ai cessé de souffrir :\n« II inonde ma chair d'un bien-être suprême\n« Et je sens tout mon cœur se fondre et défaillir.\n\n« Que le ciel est brillant! Que la terre est splendide!\n« Quels parfums caressants voltigent dans les airs!\n« La brise f ait vibrer une clarté candide;\n« La lumière ruisselle et dissout l'univers.\n\n« Le monde entier n'est plus qu'une aveuglante flamme.\n« Elle brûle mes yeux, ivres de volupté,\n« Elle coule en mon corps... elle envahit mon âme...\n« 0 Mort!... suprême extase. . éternelle  clarté!...\n\n\n                                           IWAN GILKIN"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-014", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 456, "page_fin": 469, "titre_corps": "Leconte de Lisle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Houssaye", "ancre_debut": "LECONTE DE LISLE", "ancre_fin": "le tombeau de Leconte de Lisle", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 503, "page_imprimee": 456, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2563, "texte": "LECONTE DE LISLE\nM. HENRY HOUSSAYE ayant été élu par l'Académie française à la place vacante par la\n mort de M. LECONTE DE LISLE, y est venu prendre séance le 12 décembre 1895 et\n a prononcé le discours suivant :\n\n\n\n             MESSIEURS,\n\n\n   Mon respect pour l'Académie et ma reconnaissance envers elle ne sau-\nraient m'empêcher de dire qu'en m'appelant parmi vous vous avez sauté une\ngénération. Comme le Dormeur éveillé qui, dans le palais de Haroun-al-\nRaschid, faisait ce commandement à une dame du sérail : « Approchez-\nvous, la belle, et mordez-moi le bout du doigt, que je sache si je dors ou si\nje veille », je doute si je rêve, et je me demande si votre dernier élu n'est\npoint l'auteur du 41 e Fauteuil. Il paraît que c'est l'auteur de « 1815 «.Vous\navez donc voulu, Messieurs, honorer le père en la personne du fils et donner\nà un même nom, deux fois porté dans les lettres, l'immortalité dont vous\ndisposez.\n   La grande joie que j'éprouve aujourd'hui est troublée par un profond\nchagrin : celui de succéder à l'un des hommes que j'ai le plus aimés. En\n 1867, j'ai eu l'honneur d'être présenté à M. Leconte de Lisle, et, depuis\ncette époque, il ne s'est guère passé de mois, je dirais presque de semaine,\nsauf pendant l'année maudite qui met encore la France dans le deuil et\nl'Europe sous les armes, où je n'aie été le voir et l'écouter. M. Leconte de\nLisle habitait alors boulevard des Invalides un petit appartement au\ncinquième étage, décoré de belles photographies d'après les maîtres italiens\net de plâtres d'après l'antique auxquels la fumée de milliers de cigarettes\navait donné la patine d'or des vieux ivoires. C'était le temps de ces réunions\ndu samedi qui auront leur page dans l'histoire littéraire de notre siècle. Il\nvenait là très assidûment vingt-cinq ou trente jeunes gens unis par une sin-\ncère camaraderie intellectuelle. Chose digne de remarque, aucun des\nfamiliers de ce cénacle n'a failli à faire sa trouée dans cette âpre mêlée des\nlettres où la lutté pour la vie se complique et s'avive par la lutte pour le\nnom. Plusieurs d'entre eux sont aujourd'hui de votre compagnie.\n    Quel attrait sévère et charmant avaient ces soirées du samedi ! On causait\nlittérature, philosophie, sciences, histoire et surtout poésie avec le franc\nparler, l'enthousiasme, l'absolutisme des vingt ans. Par un mot ironique ou\nune réflexion juste et élevée, M. Leconte de Lisle nous rappelait de temps\n en temps à la raison, bien que le plus souvent il prît plaisir à laisser vaga-\n"}, {"page_pdf": 504, "page_imprimee": 457, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3142, "texte": "                                  -457      -\n\nbonder notre critique juvénile. Lui-même donnait parfois l'exemple de\nl'hyperbole en émettant gravement quelque proposition bouffonne ou\nquelque prodigieux paradoxe. Son regard prenait alors, sous le monocle,\nun éclat singulier, une expression véritablement satanique. Charles Bau-\ndelaire, qui fut, comme on sait, un grand mystificateur, a écrit : « Il ne me\ndéplairait pas, à moi qui suis tendre, raisonnable et croyant, de passer pour\nle pire des indifférents, des excentriques et des athées. » J'ai souvent pensé\nque M. Leconte de Lisle avait pris de son ami Baudelaire ce goût pour les\nprofessions de foi trompeuses et sarcastiques. Il trouvait des gens qui se\nlaissaient mystifier et il s'amusait à la comédie qu'il se donnait à lui-même.\nMais nous, qui le connaissions bien, nous n'étions pas dupes. Nous souriions,\nses yeux bleus s'adoucissaient, une joie malicieuse se reflétait sur son visage,\nil riait à son tour; et, dans tout le salon, c'était une explosion de rires fous.\nNous redevenions sérieux, pour écouter l'un de nos camarades lire quelque\nsonnet ou quelque court poème. Certains soirs nous obtenions, non sans\npeine, de M. Leconte de Lisle qu'il nous lût une de ses œuvres inédites.\nC'est ainsi que j'ai eu la bonne fortune d'entendre de sa voix mâle et vibrante,\nqui rythmait si merveilleusement les vers, Quaïn, les Siècles maudits, la Tête\nde Kenwharch, l'Holocauste et, beaucoup plus tard, au temps d'une inti-\nmité plus étroite, les Pantoums malais dont la divine musique chantera\ntoujours dans mon souvenir.\n    Les heures passaient, trop brèves à notre gré. Minuit avait sonné depuis\nlongtemps quand nous nous décidions à prendre congé de notre grand ami\net de la charmante femme qui avait apporté sa grâce simple et sa jeunesse au\nfoyer du poète. Nous partions, et le silence nocturne du boulevard des\n Invalides était troublé pendant quelques minutes par les dialogues à\nhautes voix, les rires sonores et le refrain d'une certaine « Marche tartare »\nque je suis heureux de n'être pas seul à me rappeler ici.\n    En ces temps lointains, on avait encore le sentiment du respect, je l'avoue\n avec confusion. Les jeunes gens daignaient admirer des œuvres publiées\n avant l'apparition des leurs, et témoigner quelque déférence aux grands\n écrivains qui les avaient précédés. Ils ne s'imaginaient pas, comme le font les\n révolutionnaires d'à présent, que l'art d'écrire datait seulement du jour où\n ils avaient pris la plume, et ne pensaient point que tout homme de lettres\n ayant dépassé quarante ans était bon à envoyer aux Incurables. Nous par-\n lions de Victor Hugo, de Théophile Gautier, de Leconte de Lisle, comme\n les soldats parlaient des maréchaux de France. On conçoit donc combien\n nous étions fiers et touchés de la cordialité de camarade que nous témoignait\n M. Leconte de Lisle, avec quelle reconnaissance nous écoutions ses con-\n seils, quel caractère de leçons prenaient pour nous ses paroles. Tantôt\n c'étaient des secrets de métier qu'il divulguait libéralement, tantôt des\n théories esthétiques et des principes généraux. Il disait : La science est le\n"}, {"page_pdf": 505, "page_imprimee": 458, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3184, "texte": "                                   — 458 —\n\nmoyen dont le but est l'art. Les cerveaux bien organisés résolvent la médi-\ntation en inspiration. Les dons naturels sont de peu de valeur s'ils ne sont\nfécondés par l'étude. On assure que le propre des poètes de génie est de\nchanter comme l'oiseau soupire. C'est bien possible, mais ne sachant pas la\nlangue des rossignols, des fauvettes et des serins, je dois m'en remettre à\nl'opinion de ces derniers. — Il s'insurgeait contre la distinction entre le\nfond et la forme. L'idée, s'écriait-il, n'est pas derrière la phrase comme un\nobjet derrière une vitre. Elle ne fait qu'un avec la pensée puisqu'il est\nimpossible de concevoir une idée qui soit pensée sans l'aide des mots. Pen-\nser, c'est prononcer une phrase intérieure ; et les qualités de la pensée sont\nles qualités de cette phrase intérieure; et écrire c'est tout simplement repro-\nduire cette phrase. Donc qui écrit mal pense mal. — Il disait encore : Seules\nsont durables les œuvres conçues sans aucune préoccupation des goûts du\npublic et dans le complet détachement de toute vanité et de tout intérêt per-\nsonnel. Celui qui poursuivra le succès le trouvera, mais pour un jour; il\nne fera pas longtemps de dupes, et son châtiment sera à brève échéance le\ndédain public, puis un irrévocable oubli. Il est absolument inutile d'écrire\nsi l'on ne se sent capable d'un travail patient et continu et si l'on n'a point le\nculte désintéressé de l'art, l'indifférence pour le succès et la sévérité à soi-\nmême.— M. Leconte de Lisle prêchait d'exemple. Sa critique égalait ses dons\ncréateurs et il l'exerçait sur lui-même, inflexiblement. C'est ainsi qu'il attein-\ngnit souvent à la perfection. Mais son hypercritique nous a fait perdre de\nbelles œuvres que l'impérieux poète n'avait point jugées dignes de lui. Peut-\non en douter quand on sait qu'il avait décidé de brûler le poème de Quaïn ?\nPour sauver ce chef-d'œuvre, il fallut les prières de M me Leconte de Lisle\net les ardentes remontrances d'un ami, qui est au milieu de vous, Messieurs,\net que je prends à témoin.\n   M. Charles-Marie-René Leconte de Lisle est né le 22 octobre 1818 à Saint-\n Paul, commune de l'île de la Réunion. Sa famille paternelle descend direc-\ntement de Michel Le Conte, sieur de Lisle et de Préval, mort à Pontorson\nle 15 octobre 1730. Son père, chirurgien militaire, quitta le service après\nWaterloo et émigra à l'île Bourbon ; il s'y maria en 1817 avec Mlle Suzanne\nde Lanux, d'une ancienne famille languedocienne établie aux colonies vers\n 1720 en la personne du marquis François de Lanux. Le régent avait exilé\nLanux à la suite de la conspiration de Cellamare. C'est du côté maternel\nque Leconte de Lisle était arrière-petit-neveu de Parny.\n   Leconte de Lisle vécut ses premières années dans cette féerique île Bour-\nbon où une brise continue et la multitude des sources tempèrent l'ardeur de\nla zone torride. Ses yeux s'ouvrirent dans la lumière intense et au milieu\nde la flore souriante et magnifique des pays tropicaux. Il vit les bois de\npalmistes et de lataniers, les allées de pamplemousses, les magnolias géants,\nles fleurs éclatantes, les nappes d'or vert des champs de cannes, les ravines\n"}, {"page_pdf": 506, "page_imprimee": 459, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3106, "texte": "                                  — 459 —\n\n ombreuses où volettent de bambous en bambous le cardinal et le colibri, les\n hautes montagnes que la neige couronne, et, à tous les points de l'horizon,\n au delà des récifs de corail, les flots couleur d'améthyste de l'océan Indien.\n Il eut la fortune de naître, comme un Grec, en pleine nature, au bord de la\n mer étincelante.\n    Son enfance fut studieuse. S'il faisait parfois l'école buissonnière, c'était\n pour aller lire à la bibliothèque de la ville Ivanhoë et Quentin Durward\n que le bénévole conservateur lui prêtait pendant les heures de classe. Il\naurait pu faire de moins bonnes lectures, car, cinquante ans plus tard, il\nrelisait encore Walter Scott, qu'il plaçait tout à fait au premier rang des\nromanciers et même des historiens. C'était, d'ailleurs, l'avis d'Augustin\nThierry. Leconte de Lisle aimait beaucoup aussi les romans d'aventures\nde celui que l'on appellerait le grand Dumas si, dans ce cas unique, l'épi-\nthète n'impliquait confusion de personnes.\n    Très jeune, il lut donc Walter Scott, mais il lut aussi Victor Hugo. Il a\ndit avec une suprême éloquence quelle révélation'furent pour lui les Orien­\ntales : « Ce fut comme une immense et brusque clarté illuminant la mer,\nles montagnes, les bois, la nature de mon pays dont, jusqu'alors, je n'avais\nentrevu la beauté et le charme étrange que dans les sensations confuses et\ninconscientes de l'enfance. » Dès ce jour, Leconte de Lisle comprit la\npoésie, ses enchantements, sa vertu et son objet, son but. Il eut comme la\ndivination de cette parole de Shelley : « La poésie nous force à sentir ce que\nnous percevons et à imaginer ce que nous connaissons. Elle crée à nouveau\nl'univers. »\n   M. Leconte de Lisle père ne voyait pas la nécessité que son fils créât à\nnouveau l'univers. En 1839, le jeune homme tut envoyé à Rennes pour y\nfaire son droit. Il y fonda une revue littéraire. Le titre n'avait rien de\nromantique, ni de poétique, ni de philosophique, ni de quoi que ce fût.\nC'était tout simplement la Variété. La Variété vécut un peu plus que les\nroses, du printemps de 1840 au printemps de 1841. Dans chacune des douze\nlivraisons j'ai lu des poésies, des études littéraires, des nouvelles de Leconte\nde Lisle. Il n'en a rien réimprimé. Si j'osais, je dirais qu'il a eu raisou. On\ny trouve quelques vers d'une belle venue, et quelques idées tout à la fois\njustes et originales; mais la langue est encore sans fermeté, sans précision,\nsans couleur. La pensée décèle l'âme, mais non la personnalité d'un poète.\nEn vain Leconte de Lisle a traversé les Océans et vécu sous le ciel des Tro-\npiques, le sentiment de la nature n'apparaît point chez lui. En vain les\nOrientales l'ont enivré, il procède bien plus de Lamartine que de Victor\nHugo, et chacun sait que seul Lamartine a pu faire de beaux vers lamarti-\nniens. En vain il admire André Chénier, son inspiration demeure toute\nchrétienne. Lui qui écrira Hypatie et la Vénus de Milo, il reproche véhé-\nmentement à l'auteur de l'Aveugle d'avoir eu « les dieux antiques et les\npoètes grecs comme unique foyer de lyrisme intérieur ».\n"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 460, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2987, "texte": "                                 — 460 —\n\n   Encore que Rennes ne soit pas précisément une ville enchanteresse,\nLeconte de Lisle s'y plaisait grâce au milieu intellectuel où il vivait. Il\naimait d'ailleurs la Bretagne pour son charme sévère et mélancolique ; il\nparcourut à pied tout le littoral depuis le Mont-Saint-Michel jusques à\nQuiheron. Dans ce pays de landes, de roches, de forêts et de brumes, il ne\nregrettait pas l'île natale à la lumière d'or. Il se souvenait que Bourbon\nn'était point un paradis terrestre pour tout le monde, notamment pour les\nnègres. Le régime du fouet sous lequel vivaient les esclaves le révoltait\ndans sa dignité d'homme ; les cris des suppliciés l'emplissaient de pitié et\nd'horreur. Il a conté en ce temps-là, dans une nouvelle de la Variété, com-\nment son indignation contre ces coutumes barbares fut cause que le poé-\ntique roman de son premier amour eut le plus imprévu des dénouements.\nIl aimait jusqu'à l'adoration une ravissante créole. Il ne lui avait jamais\nparlé, il ne savait même pas son nom ; mais il la voyait chaque dimanche\nsur le chemin de l'église, et, quand elle passait, il demeurait en extase. Un\njour qu'il se promenait à cheval, rêvant à elle, il la rencontra au détour\nd'une route comme elle revenait de Saint-Denis dans un manchy porté par\nhuit esclaves. Il s'arrêta pour la regarder, mais les lèvres corallines de la\nbelle créole s'entr'ouvrirent et il l'entendit crier d'une voix aigre et per-\nçante : « Louis, si le manchy n'est pas au quartier dans dix minutes, tu\nrecevras vingt-cinq coups de rotin. » Le jeune homme arrêta jd'un geste\nles porteurs nègres, puis il descendit de cheval, s'approcha du manchy et\nprenant un ton grave et triste, il dit : « Madame, je ne vous aime plus! »\nLeconte de Lisle ayant dépeint cette irascible personne comme une fille du\nsoleil au teint bistré et aux yeux de flamme, ce n'était pas sans doute la\nvierge blonde dont le souvenir lui a inspiré plus tard l'adorable pièce du\nManchy. Il y avait à Bourbon beaucoup de manchys et beaucoup de belles\ncréoles, et il y avait beaucoup de tendresee dans le cœur de Leconte de\nLisle.\n  En 1843, Leconte de Lisle fut impérativement rappelé à Bourbon par son\npère. Il ne tarda pas à sentir la nostalgie de la France. La jeunesse dorée\nde la colonie, — « une ménagerie béotienne », disait-il, — ne parlait pas la\nmême langue que lui. Intellectuellement, il était devenu un étranger dans\nson propre pays. C'était Ovide chez les Gètes :\n                Barbarus hic ego sum quia non intelligor illis!\n\n   A son ennui profond s'ajoutait le souci de discussions avec son père qui,\nle jugeant décidément incapable d'être avocat, voulait faire de lui un plan-\nteur. Leconte de Lisle, cela va sans dire, ne se voyait guère passant sa vie\nroi d'une plantation avec un rotin comme main de justice. Ses prières\nfinirent par triompher de la volonté paternelle ; il se rembarqua pour la\nFrance. Au cours de cette dernière traversée, Leconte de Lisle relâcha à\n"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 461, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3140, "texte": "                                 — 461 —\n\n Sainte-Hélène. Il m'a souvent exprimé l'impression d'horreur et de morne\ntristesse qu'il en avait ressentie. « C'est, disait-il, comme un immense cer-\n cueil fixé au milieu de l'Océan. » Cet immense cercueil était fait à la taille\ndu grand empereur que l'on y avait enfermé vivant.\n   Leconte de Lisle fut amené à Paris en 1845 par son ami Paul de Flotte,\nle chevalier errant de la démocratie. Il y retrouva plusieurs créoles,\nentre autres le fouriériste Laverdan qui le présenta à Victor Considérant.\nLe jeune poète fut admis au nombre des rédacteurs ordinaires — et extraor-\ndinaires — des journaux phalanstériens. Il écrivit pour la Démocratie\npacifique d'assez nombreux articles de critique et même de politique spécu-\nlative, nommément une page à la Montesquieu sur la Justice et le Droit.\nIl publia dans la Phalange ses premiers beaux poèmes : La Robe du Cen­\ntaure, Hylas, Niobé, Hypatie, la Vénus de Milo.\n   A l'approche de la trentième année, une transformation complète s'opère\nchez Leconte de Lisle. L'inspiration grecque, qu'il a méconnue d'abord,\npénètre, emplit, illumine son esprit. Le génie hellénique lui révèle son propre\ngénie II a la vision de son œuvre future ; il ordonne ses idées jusqu'alors\nconfuses, il maîtrise sa forme jusqu'alors rebelle. Dans la conception et\ndans l'expression, il marque sa personnalité souveraine et harmonique.\n   Les Grecs n'ont pas seulement créé les plus beaux monuments de l'art et\nde la pensée, l'Iliade et le Parthénon, l'Orestie et l'Œdipe- Roi, le Phédon\net la Naissance d'Athèna; ils ont aussi créé cette chose inconnue avant eux\net oubliée après eux pendant douze ou quinze siècles : la liberté. Leconte\nde Lisle était trop pénétré de l'esprit grec pour ne point avoir des senti-\nments démocratiques. Républicain de la veille, il était naturel qu'il saluât\ndans la révolution de Février le triomphe de ses propres idées. La réforme\nqui lui tenait le plus au cœur était l'abolition de l'esclavage dans les colo-\nnies. Dès 1846, il avait plaidé la cause des noirs à la Démocratie pacifique.\nPeu de jours après la révolution, il convoqua chez lui une vingtaine de\ncréoles et leur tint à peu près ce langage : Il serait noble et généreux\nd'adresser au gouvernement une pétition en faveur des nègres. Je sais bien\nque cette réforme pourra causer la ruine de nos familles et, par conséquent,\nde nous-mêmes, mais ce sera une loi de justice et d'humanité.\n   Les créoles, qui trouvaient pour la plupart que les nègres avaient été\nesclaves assez longtemps pour s'être habitués à l'esclavage, hésitaient.\nLeconte de Lisle les détermina et, séance tenante, il écrivit la pétition, la\nsigna, la fit signer à tous les assistants et l'expédia incontinent. Le gouver-\nnement provisoire décréta bientôt l'abolition de l'esclavage. A cette époque,\nLeconte de Lisle était en Bretagne, délégué par le « Club des Clubs » pour\npréparer les élections dans le département des Côtes-du-Nord. Les paysans\nbretons sont têtus ; il ne put les convertir aux idées du « Club des Clubs ».\nIl rentra très découragé à Paris où la prise d'armes et les sanglantes repré-\n"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 462, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3100, "texte": "                                  — 462 —\n\nsailles de Juin achevèrent d'ébranler sa foi à l'harmonie et à la fraternité\nrépublicaines.\n   Ses sentiments d'alors nous sont révélés dans une lettre à l'un de ses plus\nchers amis, M. Louis Ménard, qui, s'étant exilé à Londres, lui avait soumis\ndes vers écrits pour un almanach de propagande démocratique : « ... En\nvérité, n'es-tu pas souvent pris comme moi d'une immense pitié en songeant\nà ce misérable fracas de pygmées, à ces ambitions malsaines d'êtres infé-\nrieurs ? Ne t'enfonce pas dans cette atmosphère où tu ne saurais respirer...\nNe me dis pas que la lutte est ouverte entre les principes moraux que nous\nconfessons tous deux et les iniquités sociales. Il y a bien des siècles que\ncette lutte est commencée et elle se perpétuera jusqu'au jour où le globe\ns'en ira en poussière dans l'espace. Mais il n'est pas qu'une seule façon d'y\nprendre part. Les efforts et les modes d'efforts varient en raison de la diver-\nsité et de la hiérarchie des esprits, et les œuvres d'art pèsent dans la balance\nd'un autre poids que 100 millions d'almanachs démocratiques. J'aime à\ncroire — puisse le rapprochement monstrueux m'être pardonné! — que\nl'œuvre d'Homère comptera un peu plus dans la somme des efforts moraux\nde l'humanité que celle de Blanqui... Donnons notre vie pour nos idées\npolitiques et sociales, mais ne leur sacrifions pas notre intelligence, qui est\nd'un prix bien autre que la vie; car c'est grâce à elle que nous secouerons\nsur cette misérable terre la poussière de nos pieds pour monter à jamais\ndans les magnificences de la vie stellaire. »\n   Au moment où il écrivait cette lettre si belle et d'une raison si haute\n(septembre 1849), Leconte de Lisle luttait contre la misère. Le décret du\ngouvernement provisoire sur l'abolition de l'esclavage, ratifié par l'Assem-\nblée nationale, avait eu pour conséquence une révolution économique dans\nles colonies. Les planteurs de Bourbon étaient à peu près ruinés. Le frère\nde Leconte de Lisle, chargé de l'administration du domaine paternel, lui\nécrivit : « On m'a raconté je ne sais quelle histoire prétendant que tu t'es\nmis à la tête d'une manifestation de créoles en faveur de l'abolition de\nl'esclavage. Je t'estime incapable d'une pareille folie. » Leconte de Lisle\nrépondit à son frère : « Toutes les fois que j'aurai à choisir entre des inté-\nrêts personnels et la justice, je choisirai la justice. »\n   A dater de ce jour, il cessa de recevoir la pension mensuelle que, depuis\nson arrivée en France, lui servait sa famille et qui lui assurait une existence\nmodeste et indépendante. Leconte de Lisle n'en continua pas moins à vivre\nindépendant, mais durant de longues années il allait vivre pauvre. Il donna\ndes répétitions de grec et de latin. Ses vers ne trouvant pas d'éditeur, il\npensa à se procurer un peu d'argent avec une traduction de l'Iliade qu'il\navait commencée en des temps plus heureux sans souci de la vie matérielle,\nIl termina les douze premiers chants et les porta à l'éditeur Marc Ducloux.\nCelui-ci, ayant égaré le précieux manuscrit, offrit à Leconte de Lisle, pour\n"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 463, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3005, "texte": "                                  — 463 —\n\ntoute indemnité, de publier gratuitement ses poésies. Les volumes restèrent\nen magasin, et, quand les leçons de grec manquaient, Leconte de Lisle,\npour vivre, venait prendre à la librairie une dizaine d'exemplaires de son\nlivre et allait les vendre quelques sous aux bouquinistes des quais.\n   Et ce livre, c'était les Poèmes antiques! C'était Hélène, le Chant alterné,\nRéveil d'Hélios, les Etudes latines, Midi, Dies irœ! Tout de même,\nLeconte de Lisle pouvait trouver que tout n'est pas pour le mieux dans le\nmeilleur des mondes.\n   Après les Poèmes antiques, Leconte de Lisle publia les Poèmes et\nPoésies (1855), puis les Poèmes barbares (1862). Il ne puise plus aux seules\nsources grecques. Les Veddas, la Bible, le cycle runique, le Romancero,\nla sombre histoire du moyen-âge renouvellent son inspiration et diversifient\nson œuvre. Il fixe aussi dans ses deux recueils sa vision précise et vivante\ndes pays du soleil, du désert embrasé, des animaux sauvages. Souvenirs\nlointains de l'île Bourbon, impressions rapides mais profondes d'un court\nvoyage aux Indes, les Jungles, les Éléphants, le Désert, le Jaguar, l'Oasis,\nla Fontaine aux lianes, le Sommeil du condor, l'Albatros, sont des œuvres\nuniques dans la poésie française.\n   Leconte de Lisle s'était courageusement remis à traduire Homère. Son\nadmiration pour l'épopée grecque le poussait à en donner une version exacte\noù revivraient les premiers Hellènes dans leur caractère héroïque et rude.\nCette Iliade nouvelle dut certainement être une révélation, parfois un peu\ntroublante, pour tous ceux qui ne connaissaient les chants des vieux rhap-\nsodes que par les autres traducteurs. Dans sa belle traduction d'Homère et\ndans celles qu'il publia ensuite d'Hésiode, de Théocrite et des Tragiques,\nLeconte de Lisle a voulu la littéralité absolue. Le premier, il a restitué,\nsans aucune exception, leurs vrais noms aux divinités helléniques, réforme\nqui a maintenant triomphé. Il a réussi à rendre, avec un art extrême, les\nexpressions originales dans leur énergie ou leur grâce, les tournures parti-\nculières, presque le mot à mot du texte. Mais il n'a pu faire que le grec ne\nsoit pas le grec et que le français ne soit pas le français, que l'un ne soit\npas une langue synthétique et l'autre une langue analytique. Il n'a pu\nfaçonner le français, si ferme et si précis, à la souplesse du grec; et en raison\nmême de la rigoureuse exactitude de sa transcription, la lecture en est\nparfois un peu laborieuse. Je me rappelle une épigramme qui courut le\nmonde des lettres vers 1867 : « Pour comprendre les traductions de\nLeconte de Lisle, il faut un dictionnaire grec. » Certes, il n'en fallait pas\nun pour lire les Belles infidèles de Mme Dacier et les pompeux pastiches\ndeBitaubé!\n   Son œuvre d'helléniste terminée, Leconte de Lisle publia les Poèmes tra­\ngiques, où l'on retrouve la beauté des Poèmes antiques, le charme et l'ori-\nginalité des Poèmes et Poésies, la grandeur des Poèmes barbares ; il y a\n"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 464, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3056, "texte": "                                   — 464 —\n\n Hiéronymus, il y a l'Illusion suprême, il y a les Erinnyes. Les Erinnyes\n avaient été représentées à l'Odéon en 1873. A la première scène, on voulut\ns'égayer avec le dialogue des vieillards argiens, mais, dès l'entrée de Cly-\ntemnestre, la tragique beauté du drame imposa aux rieurs. On était dans\nl'émotion et dans la terreur comme naguères à Athènes quand on joua la\ntrilogie d'Eschyle.\n   Le 11 février 1886, l'Académie élut Leconte de Lisle au fauteuil de Vic-\ntor Hugo. Il était unanimement désigné pour cet héritage, bien qu'il n'y\neut entre les deux grands poètes ni parité ni parenté. Non seulement leur\nforme est très différente, mais leur inspiration, leur conception, leur but\ncontrastent d'une façon absolue. L'œuvre poétique de Victor Hugo,\nsublime, tumultueuse, immense, infinie, c'est l'Océan. L'œuvre de\nLeconte de Lisle, c'est un fleuve large et clair qui coule à travers l'histoire\net où se reflètent les peuples, les pays, les mâles héros et les autels des\nDieux morts. Victor Hugo est le plus grand des lyriques. Du lyrisme, il a\nla flamme, l'élan, l'impétuosité, l'hyperbole, la confusion, les développe-\nments sans fin. Leconte de Lisle est plutôt un poète épique, en employant\nce terme au sens d'historien des temps qui n'ont pas d'histoire. A côté de la\nLégende des Siècles, les poèmes de Leconte de Lisle semblent une Histoire\ndes Siècles, — histoire des mythes, des croyances et des aventures sacrées\nde l'humanité, histoire faite presque toute de légendes, mais à laquelle, par\nsa vision précise de la vie, des sentiments et des pensées des races ances-\ntrales, il a imprimé le caractère de la réalité.\n    Cette étude sincère, rigoureuse et pénétrante des temps antiques, cette\nrésurrection du passé par les forces unies de la poésie et de la science,\nc'étaient la tâche et l'objet que Leconte de Lisle avait assignés à son génie\ndès qu'il s'était senti en pleine possession de sa forme lyrique. « Nous\nsommes une génération savante, écrivait-il en 1852, dans la préface des\nPoèmes antiques. Manifeste non moins impérieux et peut-être plus person-\nnel que la préface de Cromwell. Les poètes ne sont plus écoutés parce qu'ils\nne reproduisent qu'une somme d'idées insuffisantes ; l'époque ne les entend\nplus parce qu'ils l'ont importunée de leurs plaintes stériles. Le thème per-\nsonnel et ses variations trop répétées ont épuisé l'attention. L'art et la\nscience longtemps séparés par des efforts divergents de l'intelligence doivent\ndonc tendre à s'unir étroitement, si ce n'est à se confondre. L'art a perdu\nsa spontanéité intuitive ou plutôt l'a épuisée. C'est à la science de lui rappe-\nler le sens de ses traditions oubliées qu'il fera revivre dans les formes qui\nlui sont propres. »\n    En préconisant l'étude des races disparues et en proclamant la nécessité\nde retremper la poésie aux sources vives des premières impressions de\nl'humanité, Leconte de Lisle paraissait rompre avec l'esprit de son temps.\n Illusion! Ce contemporain des brahmes et des aèdes se trouvait être très\n"}, {"page_pdf": 512, "page_imprimee": 465, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3091, "texte": "                                  — 465 —\n\nmoderne. Il inaugurait la réaction contre le romantisme. Il formulait, le\npremier, les idées latentes de sa génération où se développait le double\nbesoin d'une information précise et critique et de l'inspiration directe de la\nnature. Il concourait au grand mouvement scientifique et naturaliste qui,\nde Taine à Flaubert et de l'auteur du Demi-Monde et de la Visite de noces\nau poète des Trophées, a entraîné presque tous les écrivains.\n   Leconte de Lisle condamnait chez les romantiques l'excès de la subjecti-\nvité et l'inconsistance de la couleur locale. Ces deux critiques auraient pu\nse réduire à une seule, car la solidité et l'éclat de la couleur locale sont en\nraison directe de l'impersonnalité de l'écrivain. Relever les ruines, rappro-\ncher les pays lointains, faire mouvoir les foules bariolées, cette géniale ou\nlaborieuse reconstruction du décor n'est qu'un effort stérile si les person-\nnages que l'on met en scène ont les façons d'être et les façons de dire de nos\ncontemporains. Toute l'illusion se trouve détruite. Saint-Evremond disait\nde l'Alexandre de Racine : Alexandre et Porus devaient garder leurs carac-\ntères tout entiers. C'était à nous à les regarder sur les bords de l'Hydaspe,\ntels qu'ils étaient, et non pas à eux à venir, sur les bords de la Seine, étudier\nnotre naturel et prendre nos sentiments. » On pourrait appliquer ces paroles\nà bien des œuvres du romantisme. Victor Hugo lui-même a commis de\npareils anachronismes d'idées et de sentiments. Le grand poète fait souvent\nparler les Dieux et les Titans, les margraves et les bandits, au besoin même\nles étoiles et l'Océan, comme il aurait parlé, lui, Victor Hugo.\n   Le moi de Leconte de Lisle est plus discret. Dans ses poèmes, Hindous\ndes bords du Gange, Hellènes de la mer Egée et des montagnes de l'Argo-\nlide, barbares de toutes les époques et de toutes les contrées, pensent,\nagissent, parlent comme des Hindous, comme des Hellènes, comme des\nbarbares. Par un miracle d'objectivité, le poète s'incarne en eux. Il vit de\nleur vie, jouit de leurs joies naïves, souffre de leurs douleurs, s'emporte de\nleurs colères, s'apparente à leurs pensées, partage leurs croyances. Comme\neux, il voit le cours éblouissant et mystérieux du soleil, la mer en furie,\nl'éclair qui luit, l'arc-en-ciel qui brille. Comme eux, il entend le mugisse-\nment des vents, la plainte des vagues, le murmure des sources, le bruisse-\nment fatidique des feuilles, le fracas du tonnerre, toutes les voix douces ou\nterribles de la Terre et du Ciel. Comme eux, il reconnaît dans les phéno-\nmènes de la nature l'action hostile ou bienveillante des Dieux.\n   Non seulement il se pénètre de l'intelligence des races primitives et prend\nleur imagination vive et simple, mais il descend dans l'être même des ani-\nmaux sauvages et participe de leur instinct et de leurs sensations. Il exprime,\ncomme s'il la ressentait lui-même, cette malefaim impérieuse et sacrée qui\npousse l'aigle hors de son aire, fait sortir le tigre des jungles et torture dans\nla mer le requin vorace et jamais rassasié :\n"}, {"page_pdf": 513, "page_imprimee": 466, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2605, "texte": "                                    — 466 —\n\n             Cependant plein de faim dans sa peau flasque et rude,\n             Le sinistre rôdeur des steppes de la mer\n             Vient, va, tourne et, flairant au loin la solitude,\n             Entrebâille d'ennui ses mâchoires de fer.\n\n             Il ne sent que la chair qu'on broie et qu'on dépèce,\n             Et, toujours absorbé dans son rêve sanglant,\n             Au fond des masses d'eau, lourdes d'une ombre épaisse,\n             Il laisse errer son œil, terne, impassible et lent.\n\n  Leconte de Lisle perçoit l'angoisse de l'inconnu dans le hurlement des\nchiens :\n              Devant la lune errante aux livides clartés.\n\n   Avec les éléphants qui cheminent pesamment sous le soleil, en sueur, la\ntrompe aux dents et l'œil clos, il rêve du pays délaissé,\n              Des forêts de figuiers où s'abrita leur race.\n\n  Avec le condor des Cordillières, il a l'ivresse des espaces infinis :\n\n             Il râle de plaisir, il agite sa plume,\n             Il érige son cou musculeux et pelé.\n             Il s'enlève en fouettant l'âpre neige des Andes.\n             Dans un cri rauque il monte où n'atteint pas te vent\n             Et, loin du globe noir, loin de l'astre vivant,\n             Il dort dans l'air glacé, les ailes toutes grandes.\n\n   Aucun des poètes français, hormis peut-être Chénier, n'a su rester\naussi impersonnel que Leconte de Lisle. Tour à tour peintre d'épopées,\npaysagiste, animalier, nul n'a mieux réalisé dans ses œuvres cette pensée\nde Fénelon : « Afin qu'un ouvrage soit vraiment beau, il faut que l'auteur\ns'y oublie et me permette de l'oublier. »\n   Alors que Leconte de Lisle ne faisait qu'obéir à cette esthétique, on a\nconclu, naturellement, qu'il manquait de sensibilité. Admirable raisonne-\nment! Il taisait les battements de son cœur; donc ce cœur ne battait pas.\nIl s'abstenait de confidences ; donc il n'avait rien à dire. C'était un indiffé-\nrent, un impassible. Cet impassible, je l'ai vu si ému à la réception d'une\ndépêche contenant des nouvelles de l'enfant malade d'un ami, que ses doigts\ncrispés et tremblants avaient peine à ouvrir l'enveloppe. Et quelle que soit\nl'unité de son œuvre, si rigoureusement qu'il ait observé le principe de l'art\nimpersonnel, il a cependant laissé échapper dans plus d'un poème le secret\nde son âme tendre et désespérée :\n\n              Celui qui va goûter le sommeil sans aurore\n              Dont l'homme ni le Dieu n'ont pu rompre le sceau,\n              Chair qui va disparaître, âme qui s'évapore,\n              S'emplit des visions qui hantaient son berceau.\n"}, {"page_pdf": 514, "page_imprimee": 467, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2453, "texte": "                                 — 467 —\n\n             Rien du passé perdu qui soudain ne renaisse :\n            La montagne natale et les vieux tamarins,\n            Les chers morts qui l'aimaient au temps de sa jeunesse\n            Et qui dorment là-bas dans les sables marins.\n\n            Et tu renais aussi, fantôme diaphane\n            Qui fis battre son cœur pour la première fois,\n            Et fleur cueillie avant que le soleil te fane,\n            Ne parfumas qu'un jour l'ombre calme des bois.\n\n            O chère vision, toi qui répands encore,\n            De la plage lointaine oit tu dors à jamais,\n            Comme un mélancolique et doux reflet d'aurore\n            Au fond d'un cœur obscur et glacé désormais!\n\n            Les ans n'ont pas pesé sur ta grâce immortelle,\n            La tombe bienheureuse a sauvé ta beauté :\n            Il te revoit avec tes yeux divins, et telle\n            Que tu lui souriais en un monde enchanté!\n\n            Mais quand il s'en ira dans le muet mystère\n            Où tout ce qui vécut demeure enseveli,\n            Qui saura que ton âme a fleuri sur la terre,\n            O doux rêve, promis à l'infaillible oubli?\n\n            Et vous, joyeux soleil des naïves années,\n            Vous, éclatantes nuits de l'infini béant,\n            Qui versiez votre gloire aux mers illuminées,\n            L'esprit qui vous songea vous entraîne au néant.\n\n            Ah! tout cela, jeunesse, amour, joie et pensée,\n            Chants de la mers et des forêts, souffles du ciel\n            Emportant à plein vol l'Espérance insensée,\n            Qu'est-ce que tout cela qui n'est pas éternel?\n\n  Pour être plus rares dans l'œuvre de Leconte de Lisle, ces regrets des\némotions perdues, ces angoisses, ces accents désolés n'en sont peut-être que\nplus poignants parce qu'ils semblent plus sincères. Quand il dit à la foule\ndans l'inoubliable sonnet des Montreurs :\n\n            Je ne te vendrai pas mon ivresse, mon mal,\n            Je ne livrerai pas ma vie à tes huées,\n            Je ne danserai pas sur ton tréteau banal\n            Avec tes histrions et tes prostituées,\n\nce cri de révolte, hautain et douloureux, nous fait tressaillir. Les blessures\nde son cœur qu'il veut nous cacher, nous les voyons saignantes, profondes,\ninguérissables.\n  En laissant peut-être entendre, il y a quelques instants, que les épreuves\nde la vie influèrent sur le poète qui avait écrit dans l'aurore de ses vingt\nans :\n"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 468, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2960, "texte": "                                    — 468 —\n\n               Je me suis abreuvé dans l'âme universelle\n                   D'un amour immense et pieux,\n               Car je suis d'un pays où tout chante et ruisselle,\n                  Flots des mers et rayons des cieux,\n\nje crains d'avoir fait preuve d'une psychologie un peu simple. La tristesse\nde Leconte de Lisle a un caractère trop général, trop élevé et trop mâle\npour provenir des seules amertumes personnelles. Comme on l'a si bien\ndit, « Leconte de Lisle a transposé sa douleur sous la forme et dans l'ordre\nde l'angoisse métaphysique... Il a été la voix de tous ceux qui aspirent au\nrepos que la vie a troublé ». Oui, il a souffert, mais plus encore qu'il n'a\nsouffert, il a eu la pitié, puis l'indignation du mal universel. Erudit, il a lu\ndans le livre sanglant de l'histoire le long supplice de l'humanité; philosophe,\nil a demandé aux poèmes sacrés la raison des choses. Partout, il a vu la\nmisère, les larmes, la tyrannie, la permanence de la loi du plus fort, la\npérennité de l'Age de fer, la décevante Maïa,\n\n                  Le tourbillon sans fin des apparences vaines.\n\n Son âme généreuse et sensible s'est faite farouche et sombre, L'élégiaque\n chrétien qui était en lui est devenu un révolté, un pyrrhonien implacable,\n le poète altier et tragique du pessimisme.\n    En l'automne de sa vie où il trouva enfin la renommée avec la quiétude du\n lendemain et qui lui semblait d'autant plus doux que les autres saisons lui\n avaient été plus rigoureuses, un certain apaisement se produisit chez Leconte\n de Lisle. Il paraissait naïvement heureux qu'on l'admirât, qu'on lui fît fête,\n qu'on l'aimât. Peut-être est-ce sous l'influence inconsciente de ces sentiments\n qu'il abandonna l'épopée vengeresse des Etats du Diable, dont on n'a retrouvé\n qu'un seul fragment. Mais cela est une hypothèse gratuite, car, si l'homme\n semblait un peu rasséréné, le penseur demeurait douloureux et irrité. Il\nconservait son amertume, ses indignations, ses révoltes. Les moindres\nchoses l'exaspéraient, par exemple le débordement du bas naturalisme et les\n fantaisies passagères des décadents. « Sous ma sérénité apparente, écrivait-il\nà un ami, je suis plein de mépris et de colère, de sorte que mon impuissance\nà réfréner et à châtier ces inepties me rend absolument malheureux. » Il ne\npouvait comprendre que l'on se plût entre le ruisseau et la sentine, lui qui\navait aimé le parfum des fleurs tropicales, les embruns salubres de l'Océan,\nl'air pur des plus hauts sommets. Il ne concevait point que pour être origi-\nnal il fallût bouleverser la prosodie, torturer la syntaxe et grossir le voca-\nbulaire de barbarismes inintelligibles, lui qui, après Hugo, avait créé des\nrythmes et des mètres, s'était fait un vers absolument personnel, ample,\nnombreux, sculptural, et avait su exprimer tous les sentiments et toutes les\nidées de l'homme dans la langue la plus belle, la plus précise, la plus clas-\nsique.\n"}, {"page_pdf": 516, "page_imprimee": 469, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "                                  — 469 —\n\n    Leconte de Lisle est mort dans la gloire. Il avait hérité de Victor Hugo\n le sceptre d'or et le vert laurier. Sans être populaire, son nom était illustre.\n Son génie toujours fort et jeune lui inspirait à soixante-quinze ans les Par­\nfums et l'Enlèvement d'Europe'ia. Il a triomphalement appliqué sa théorie\n de l'union de la science avec la poésie. Doué par miracle de ces deux qua-\n lités contraires, l'esprit créateur et l'esprit critique, il a donné dans ses\n poèmes l'impression du Beau absolue. Par son retour aux sources grecques,\n il a renoué la tradition classique. Par son exemple et ses conseils,'il a eu une\n influence puissante et heureuse sur plusieurs générations de poètes. Il leur\n  a ouvert l'esprit aux idées générales et enseigné le respect de la règle, la\n  probité professionnelle, la sévérité pour soi-même. Comme l'a dit un de\n  de ses disciples préférés, il fut « leur conscience poétique ». L'œuvre de\n  Leconte de Lisle aura la durée de l'éclatant et pur Paros dans lequel il\n  semble qu'il l'ait taillée. Avec les plus grands poètes du XIXe siècle, il ira\n  de renaissance en renaissance. Il survit dans le cœur de ses amis. Il avait\n  écrit à une heure d'apaisement : « Les morts qu'on pleure sont plus heureux\n  que les vivants qu'on oublie, car ceux-ci ne sont que cendre et poussière,\n  tandis que ceux-là revivent dans les cœurs qui les regrettent. » Ces paroles,\n  il faut les inscrire sur le tombeau de Leconte de Lisle.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-015", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 469, "page_fin": 473, "titre_corps": "Chronique littéraire : Un critique belge, M. 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Mais ce\n ne fut pas son seul mérite. Doué d'une imagination généreuse, il défendit,\n non sans succès, des thèses personnelles et se livra à ce que l'on peut appeler\n la critique lyrique. On lui reprochait son manque d'érudition, mais il la\n compensait par son habileté à tirer d'un détail pittoresque des théories sub-\n tiles et originales. Ses erreurs même étaient intéressantes. Dédaignant\n l'étude fragmentaire des faits, il savait embrasser d'un coup d'œil les\n grandes lignes d'un sujet, et se jouer dans l'atmosphère plus libre des\n  hypothèses.\n"}, {"page_pdf": 517, "page_imprimee": 470, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3345, "texte": "                                    — 470      -\n\n     Tout autre est M. Ernest Verlant, qui détient avec lui le fameux sceptre\n  de la critique. A l'enthousiasme de M. Francis Nautet, il oppose un scepti-\n  cisme prudent. L'auteur des Lettres au Roi se livre tout entier à l'œuvre\n  qu'il analyse, la fait sienne et se l'assimile ; lui se garde avec soin de toute\n  chaleur, il l'observe et n'y participe pas. Il semble craindre d'avoir une\n  conviction, et s'en tire par un mot d'esprit, toujours du meilleur. Là où le\n premier n'aurait eu que des idées générales, il sépare et il analyse. Il se\n garde de considérer les choses dans leur ensemble ; c'est ainsi qu'il hésiterait\n même, je crois, à parler globalement de Victor Hugo, car il sait trop bien\n que le Victor Hugo des Odes et Ballades n'est pas le même que celui de la\n Fin de Satan, ni le Victor Hugo d'Hernani le même que celui de la Forêt\n mouillée. Dire : Victor Hugo, c'est ne voir qu'un bloc ; un esprit studieux\n découvrira sous cette appellation, une succession de consciences bien dis-\n tinctes.\n    Au nom de ces deux critiques il faut adjoindre celui de M. Eugène Gilbert.\n    Déjà connu par ses intéressantes chroniques de la Revue générale,\n Eugène Gilbert a tenté aujourd'hui de tracer l'historique du roman en\n France pendant le XIXe siècle (1).\n    Lorsque l'on songe à l'extraordinaire fortune du roman moderne depuis\nAtala, à l'indéfinie variété d'un genre, pour ainsi dire nouveau, passant de\nl'aventure à l'observation psychologique, de l'histoire à la science, tour à\ntour poétique, fantaisiste, réaliste, social, rustique ou symboliste, on se\nméfie presque instinctivement du critique assez téméraire pour oser s'atta-\nquer à un sujet aussi considérable et aussi complexe.\n    Quand, avec la Révolution française, le libre développement de l'individu\neut brisé le lien commun qui unissait la race française, un art nouveau\napparaît, plus restreint, plus personnel, se développant selon les aspirations\nde chacun. Le roman, l'épopée bougeoise, a trouvé un terrain propice; il\nva se multiplier avec une rapidité inouïe et susciter l'engouement de l'uni-\nvers entier. Avec Chateaubriand et Lamartine il raconte les vagues mélan-\ncolies des esprits inquiets d'infini, avec Stendhal il étudie le mécanisme\nsecret de l'âme, avec Vigny il se sauve d'un monde banal, avec Dumas il\nsatisfait les imaginations débridées, avec Gautier il s'éploie dans la fantai-\nsie, avec Balzac il étudie la foule, reflétant partout, sous mille formes diffé-\nrentes, l'impossibilité de vivre et l'effrayant pessimisme qui, depuis plus\nd'un siècle, mine la société contemporaine. Voilà l'énorme matière que\nM. Eugène Gilbert allait devoir étudier\n   Ce n'est point faire la philosophie complète du roman qu'il a voulu, c'est\nen tracer l'histoire. Expliquer l'art d'une époque, c'est comprendre l'époque\nelle-même ; cela n'est possible que lorsque la société est concentrée autour\nd'un noyau unique. Il suffit alors de reconstituer une civilisation à laquelle\npréside une seule direction et un seul but. Mais s'il s'agit de la France\nmorcelée d'aujourd'hui, projetant dans mille directions ses forces vives, un\npareil travail devient impossible. Il faudrait non seulement étudier chaque\n\n  (1) Le Roman en France pendant leXIXesiècle, par Eugène Gilbert. PLon et Nourrit,\néditeurs, Paris.\n"}, {"page_pdf": 518, "page_imprimee": 471, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3269, "texte": "                                 — 471 —\n\nmilieu, chaque famille qui produit un artiste, mais cet artiste lui-même\ncomme individu. On ne demandait jadis au critique que d'être historien ;\ndésormais il devra être historien, sociologue et même physiologiste. Il est\ntrop évident qu'actuellement certains cas littéraires sont du ressort de la\npathologie. La matière du Horla du malheureux Guy de Maupassant, par\nexemple, n'appartient-elle pas à la psychiatrie? La critique artistique\ninterviendra, elle, pour montrer comment l'écrivain a su la transformer en\nœuvre d'art.\n   M. Eugène Gilbert a vu cette difficulté insurmontable et s'est donc borné\nà l'historique du roman au XIXe siècle. Mais il n'a pas voulu se contenter\nd'une nomenclature rapide, ce qui eût abouti à une sorte de dictionnaire\ndes romanciers: il a tenté de préciser, en brièves appréciations, le rôle joué\npar chaque écrivain. Examinons comment l'auteur s'y est pris pour mener\nà bonne fin ce livre où plus de cinquante noms sont cités. Il a, tout d'abord,\ncherché à établir des points de repaire au moyen des grands événements\nlittéraires qui marquent l'évolution du roman : le romantisme avec Vigny,\nHugo, Dumas et Gautier, le réalisme avec Balzac et Flaubert, le natura-\nlisme avec Zola et son école; ces larges charpentes bien fixées, il reprend,\ndans l'ordre chronologique, tous les romanciers indistinctement, depuis\nChateaubriand jusqu'à Anatole France, en passant par tous les genres\nsecondaires où prennent place Feuillet, Ohnet, Mme de Ségur, Jules\nVerne, etc., etc.\n   Pour éclairer les origines immédiates du roman français, M. Eugène Gil-\nbert fait une large part à J.-J. Rousseau.\n   On s'est beaucoup occupé de ce laquais de génie depuis plusieurs années ;\non a vu en lui le père de toute la littérature actuelle. Dernièrement encore\nM. Brunetière, dans son Évolution de la poésie lyrique, lui attribuait la res-\nponsabilité du subjectivisme et du lyrisme dans l'art contemporain. C'est\nquelque peu exagérer son rôle. Jean-Jacques n'est que le beau-père du\nmouvement romantique. S'il a eu cette influence, la plus profonde et la\nplus universelle qui soit en littérature, c'est précisément parce que le terrain\nétait préparé. L'âme qui s'incarna en Rousseau était déjà, en puissance,\nl'âme de presque toute la France.\n   On est encore trop tenté, malgré l'exemple salutaire de Taine, en obser-\nvant une période littéraire, de considérer l'écrivain le plus marquant comme\nun phénomène spontané, comme un météore extraordinaire, alors qu'il fau-\ndrait le juger comme produit de causes antérieures, comme partie d'un sys-\ntème solaire. En art il n'y a pas de fait isolé, de comète, il y a des pléiades.\nCe n'est pas l'astre principal qu'il faut étudier en premier lieu, mais le\ngroupe entier, pour en déterminer l'origine et les causes.\n   Certes, dans l'histoire du roman, Jean-Jacques éblouit tout d'abord ; on ne\nvoit que lui, on ne constate que son influence sur Chateaubriand, sur\nMme de Staël, sur Sénancourt, sur tous les orateurs de la Révolution. Mais\nle petit horloger inquiet et rêveur de la Genève protestante, l'hôte sentimen-\ntal et complaisant des Charmettes à des précurseurs. Il en est un surtout\nauquel on devrait s'arrêter longuement, c'est l'abbé Prévost. On ne lit plus\n"}, {"page_pdf": 519, "page_imprimee": 472, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3426, "texte": "                                   — 47 2 —\n\n  aujourd'hui, j'en conviens, le Doyen de Killerine ou Cléveland, mais ces\n  oeuvres et surtout Manon firent une profonde impression au XVIIIe siècle.\n  Rousseau la subit plus que tout autre, et il l'avoue en ces termes : « La lec-\n  ture des malheurs imaginaires de Cléveland, faite avec fureur et souvent\n  interrompue, m'a fait faire, je crois, plus de mauvais sang que les miens. »\n     La sensibilité maladive, la peinture de la vie sauvage, le sentiment de la\n nature, le style éloquent et lyrique, tout ce qui fit le succès de Rousseau\n nous les retrouvons, à l'état embryonnaire, dans l'abbé Prévost. Déjà il\n introduit le moi dans la littérature, d'une façon détournée, il est vrai; mais\n sous le personnage de des Grieux, il est impossible de ne pas reconnaître le\n bénédictin tourmenté de Saint-Maur qui s'enfuit secrètement de l'abbaye de\n Saint-Germain-des-Prés. Si l'on rappelle, en outre, qu'il dota la France\n des traductions ou plutôt des adaptations de Paméla, de Clarisse et de\n Grandisson de Richardson, on se rendra compte facilement de toute\n l'influence qu'il eut dans la transformation du roman.\n     Nous aurions donc voulu voir M. Eugène Gilbert, puisqu'il s'occupait\n des origines, s'arrêter plus longuement à l'auteur de Manon Lescaut. Il est\n vrai que ce n'était à ses yeux qu'un chapitre préliminaire. C'est à partir de\n Chateaubriand qu'il entre complètement dans son sujet. Alors se déroule,\n comme un vaste panorama, l'histoire littéraire du XIXe siècle.\n    Nous ne saurions être toujours de l'avis de M. Eugène Gilbert dans cer-\n taines appréciations partielles Quand, reprenant l'expression d'un très\n superficiel critique, Paul Albert, il dit que Balzac ne voit dans la femme\n « qu'un être flottant qui n'appartient à aucune espèce », nous pourrions lui\n opposer certains romans où l'héroïne, douée d'une volonté toute virile, gou-\n verne l'action en jouant un rôle actif et conscient. Tel est le cas, entre beau-\n coup d'autres, de Mlle de Watteville dans Albert Savants On pourrait de\nmême s'étonner de ne pas rencontrer de Vigny à côté de Mérimée dans le\n chapitre consacré au conte et à la nouvelle. Servitude et Grandeur mili­\ntaires, publié en 1835, nous semble bien plus un récit, d'une beauté drama-\ntique intense, qu'un roman.\n    Mais dans une œuvre aussi considérable, Le roman en France pendant le\nXIXe siècle, il serait oiseux de s'arrêter à des détails de minime importance\nau détriment de l'ensemble. Personne ne songera à réclamer à l'auteur ses\npreuves, lorsqu'en passant il attribue avec certitude les Quinze joies de\nmariage à Ant. de La Salle; mais peut-être lui fera-t-on un reproche de\nn'avoir consacré aux écrivains français de nationalité belge qu'une note au\nbas d'une page, alors que les Suisses ont trouvé grâce à ses yeux. Charles Le\nGoffic, dans ses Romanciers d'aujourd'hui, a cru à bon droit devoir étu-\ndier nos écrivains ; en effet, nos conteurs et nos nouvellistes appartiennent à\nla littérature française au même titre que les Auvergnats. Les frontières poli-\ntiques ne peuvent limiter l'expression littéraire.\n    Cette restriction faite, admirons dans toute son ampleur et sa science\nl'œuvre si bien documentée de M. Eugène Gilbert. Ses pages sur Stendhal,\nsur Flaubert, sur Balzac, sur Zola sont d'un critique à l'intelligence ouverte\net sympathique, à l'expression nette et précise. Pouvoir comprendre et\n"}, {"page_pdf": 520, "page_imprimee": 473, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 357, "texte": "                                — 473 —\n\napprécier avec justesse et mesure des œuvres aussi disparates que René et\nle Rouge et le Noir, Madame Bovary et Thaïs, Un prêtre marié et Mon­\nsieur de Camors, Pot-Bouille et En Route, dénote un esprit large et un\nsens critique supérieur.\n                                                    VALÈRE GILLE\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-016", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 473, "page_fin": 476, "titre_corps": "Chronique artistique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. M. 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C'était\nl'ouverture de la « royale » exposition des aquarellistes.\n   Je m'y promenai rêveur dans l'étouffante gêne que vous causerait la\ndouce badauderie de dix mille personnes se pressant pour contempler...\nune souris et ses petits.\n    Voici, j'imagine, comment s'organise une pareille exposition. Repré-\nsentez-vous une usine, pas trop bien montée; tous les ans le comité\nd'administration distribue la besogne à ses employés en vue du dit étalage\net prie M. Stacquet d'avoir à produire, pour la date d'ouverture, huit\npetites « plages à Katwyk », M. Cassiers huit petits « gracht hollandais »\nau choix, M. Uytterschaut, huit petites « barques échouées », etc., etc.,\n sans oublier MM. Dell'Aqua, Vanseverdonck et autres. Il surfit de ce petit\n contingent bien placé, encadré, nettoyé, pour faire défiler dans les salles\n du musée des familles royales de tous pays, des officiers chamarrés et enfin\n tout l'officialisme de notre bonne ville. Et tout le monde est ravi, même\n nous.\n    Tout de même, en regardant bien, il y a trois belles choses le long de\n ces cimaises; ce sont : une belle tête de vieille de C. Meunier, un peu molle\n de contours mais où se lit une grande et simple bonté ; un portrait, Dans\n  la bibliothèque, de M lle Dora Hitz, et enfin de sombres et puissants sous-\n  bois de Walter Leistikow.\n    J'admettrais la belle couleur et la douce rêverie pastorale de M. Jacob\n  Smits, n'étaient ses triviales formes à peine dégrossies.\n     La Lys, à Gand, de Marcette, est d'un charmant chatoiement de rouges\n  et de verts, et M, Haegemans a quelques « clichés ». assez chauds. M. Tits\n"}, {"page_pdf": 521, "page_imprimee": 474, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3120, "texte": "                                   — 474 —\n\nnous montre une intéressante fantaisie sur le Glas d'Iwan Gilkin, et\n M. Cassiers s'est mis à dessiner un peu pour son Dimanche de novembre\nen Zélande, M. Stacquet, oh prodige! s'est essayé à nous offrir quelques\npetits bateaux qui au lieu d'« aller sur l'eau » vont tout simplement sur des\nnuages gris et malades. M. Devriendt paraît avoir beaucoup vu certains\ntableaux anglais un jour qu'il éprouvait un vif ressentiment du mal de\nmer. Il ne faut pas oublier M. Georges Hobé qui a trouvé des meubles\nque nous n'avions certainement plus vus depuis quinze jours et qui justi-\nfient le rang que nous lui avons vu donner dans quelque A rt moderne sous\nla rubrique : « Des artistes tels que Meunier, Mellery... Hobé ». C'est\nparfait.\n   Et voilà! N'est-ce pas que c'est intéressant?\n                                       ***\n     Par compensation il s'est ouvert au Cercle artistique un salon d'art\n photographique dû à la plus heureuse initiative. Et je ne crains pas de le\n dire : la somme d'intérêt apportée par celui-ci est de beaucoup supérieure\n à celle apportée par la « Royale société ». Et là justement cette comparai-\n son qui s'établira d'elle-même vient fort à l'appui d'une idée que j'avançais\n il y a quelques jours : que de pareils salons photographiques sont des plus\nprécieux à l'art pictural, car ils supplantent facilement les faux artistes, les\n faiseurs pour arrière-boutique, et en somme tous les peintres non-artistes,\nparce que sans imagination, sans rêve, sans idéal, ce sont ceux-là natu-\nrellement qui par leur niveau s'attirent la faveur et les encouragements du\npublic et des gouvernements.\n    Les vrais artistes seront heureux de cette manifestation : Le fréquent\ntriomphe de la photographie sur la peinture des petits paysages conven-\ntionnels, des natures mortes, des portraits seulement physiques, chiens,\nchats, etc., sera tellement éclatant que le public, si borné qu'il soit, sera\nbien forcé de tendre à s'élever, de viser plus haut pour arriver à apprécier\nl'art véritable. Personne ne regardera plus des « plages à Katwyck » et des\n « gracht hollandais » aquarellisés ; on sentira le rôle de l'art plus haut, à\njamais indifférent que l'on sera au résultat d'une heure d'habileté.\n    J'entends d'ici des gens objecter : « Il y aura toujours chez ces peintres-\nlà le mérite du savoir faire, la connaissance adroite du métier? » Vraiment?\nVoulez-vous me dire quelle place vous donnerez en art à un ouvrier qui\npendant quarante ans sculpte tous les jours un pommeau de canne en tête\nde boule-dogue ?\n    Est-ce autre chose que la routine d'un ouvrier inintelligent que cette\nrefabrication à chaque salon de peinture d'un tas de petits tableaux toujours\nles mêmes, toujours aussi vides et toujours précisément au diapason des\n« familles bourgeoises ».\n    Dans cet avenir que je souhaite proche, les amateurs qui voudront avoir\nchez eux une réelle œuvre d'art trouveront plus d'hommes à même de créer\nune page de rêve ou de pensée servie par un métier impeccable, alors que\nceux-là désireux de posséder une intéressante reproduction de nature\n"}, {"page_pdf": 522, "page_imprimee": 475, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3072, "texte": "                                 — 475 —\n\n s'adresseront à la photographie. Place aux vrais artistes, arrière les\n gâcheurs !\n    La première place du Salon photographique est disputée entre J. Craig\n Annan et Frederik Hollyer, le Braun des tableaux anglais, duquel par\n malheur une partie de l'envoi se trouve égarée.\n    Voyez par J. Craig Annan ce splendide portrait de S.-R. Crockett; à le\n contempler l'on est vaguement désorienté ; on ne peut admettre en somme\n que la photographie puisse donner semblable impression de vie spirituelle;\n le sujet y prêtait sans doute, car dans cette attitude et en ce regard douce-\nment baigné d'ombre, se devine une âme mélancolique et rêveuse ; auprès\nde lui ce portrait de vieille dame, d'une suprême distinction, et puis cette\n Miss Maud Rowat évoquant par la facture, dirais-je, une des belles pages\nde Whistler.\n    De lui encore, cette note ambrée et vibrante de couleur, un Verwée en\nroux : Charrue en Lombardie, et puis des effets dramatiques aux ciels de\ntourmente tels que les Montagnes noires... On songe avec tristesse à la\ntrente-sixième royale exposition aquarelliste (car c'est la trente-sixième!\nqu'était donc la première?).\n   L'architecture mouvante des ciels crépusculaires et orageux a beaucoup\nsollicité les exposants : Les rayons et les ombres, d'Hector Collart, une\nsplendide déchirure de lumière en « pleine pâte » ; Robinson : un troupeau\nécrasé par un ciel sans fin aux remous gigantesques ombrés d'ocre où court\nune chevauchée grandiose de nues ; le Port de la mer du Nord et Prélude\nde nuit, de A. Horsley Hinton; la Fin de l'orage, de M. Alexandre, bien\nconnu des artistes, et le Four o'clock, d'Alfred Géruzet, qui évoque d'une\nfaçon exquise la paix nostalgique des champs valonnés de Brabant.\n   Nous voici devant le splendide portrait de Walter Crane dû au goût de\nFrederick Hollyer : par la pose intelligente de la tête, les yeux sont douce-\nment ombrés et rendent d'une façon inouïe l'expression rêveuse du poète-\nillustrateur.\n   En un seul cas seulement, c'est mon avis, les photographes, si bien doués\nqu'ils soient, s'éloignent de leur tâche, c'est lorsque, par des moyens fac-\ntices d'arrangements, de trompe l'œil et de jeux de lumières, ils cherchent\nà faire du tableau dramatique ou la scène à effet quelconque. L'impuissance\nqui sera toujours évidente apparaît d'emblée en ce cas; ainsi M. Le Bègue\ndont seulement le Paysage avec figure réunit quelques éléments d'intérêt\nsans doute par hasard et à cause de sa ressemblance à certains tableaux\nanciens.\n   Dans ce genre M. Puyo a mieux réussi, bien que sa Vengeance soit\nbanale mais heureusement compensée par ce tour de force : La Lampe file,\ntout à fait charmant et moins cherché.\n    Il y a encore des visions embrumées de la Tamise, des nus en plein air\net des mers endormies ou scintillantes de lumière, des fleurs fragiles de\nMM. von Liebig, Alfieri, A. Cadby, Ralph.-W. Robinson, et une Etude\nde cygne, éclatante et décorative, de M. Gaston T'Serstevens.\n    Mais il faudrait citer tout le monde car les choses banales sont rares.\n"}, {"page_pdf": 523, "page_imprimee": 476, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 577, "texte": "                                — 476 —\n\n  Allez-y, Messieurs les photographes, les artistes vous tendent la main de\ntout cœur — et d'abord — en vous félicitant.\n\n                                                             G. M. S.\n\n   P.-S. — Parmi les artistes, ceux qui feuillettent encore parfois l'Art\nmoderne ont lu avec bienveillance les essais du jeune avocat L. H. sur\nleur camarade Jean Delville. Ils s'attendent à y lire bientôt les opinions\nesthétiques des surveillants de la « Maison d'Art ».\n\n                                                             G. M. 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Jadis c'étaient les... comment s'ap-        tiquer"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 148, "fin_caractere_exclue": 193, "texte": "pellent-ils? — les Toisoul et les Rency de la"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 246, "fin_caractere_exclue": 288, "texte": "Wallonie, puis les Vande Putte et les Ruy-"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 340, "fin_caractere_exclue": 384, "texte": "ters de Floréal, enfin les autres Toisoul et"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 436, "fin_caractere_exclue": 476, "texte": "Vande Putte de quelques autres revuettes"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 528, "fin_caractere_exclue": 573, "texte": "mortes et oubliées : ils étaient les premiers"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 625, "fin_caractere_exclue": 667, "texte": "entre les premiers et les plus forts parmi"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 719, "fin_caractere_exclue": 766, "texte": "les plus forts; tous, les uns après les autres,"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 818, "fin_caractere_exclue": 863, "texte": "devaient tomber les susdits « écrivains taris"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 915, "fin_caractere_exclue": 954, "texte": "ou desséchés » de la Jeune Belgique. Il"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1006, "fin_caractere_exclue": 1050, "texte": "paraît que ce n'est pas encore fait. On nous"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1102, "fin_caractere_exclue": 1141, "texte": "envoie une nouvelle bordée de moutards."}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1193, "fin_caractere_exclue": 1238, "texte": "Sera-ce la bonne, cette fois, ou faudra-t-il,"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1290, "fin_caractere_exclue": 1333, "texte": "dans trois ou quatre ans, quand paraîtra un"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1428, "fin_caractere_exclue": 1468, "texte": "Art plus Jeune, recommencer l'opération?"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1534, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "On peut faire dès à présent une constata-"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1663, "fin_caractere_exclue": 1702, "texte": "tion suggestive, l'Art moderne a prêché"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1748, "fin_caractere_exclue": 1793, "texte": "ceci, il a prêché cela, il a passé le temps à"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1839, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "défaire ce qu'il avait fait, à dénigrer ce qu'il"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 1933, "fin_caractere_exclue": 1977, "texte": "avait loué, à détruire ce qu'il avait essayé"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2066, "fin_caractere_exclue": 2106, "texte": "d'édifier. Les Pénélopes qui le rdéigent"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2152, "fin_caractere_exclue": 2192, "texte": "sont incapables de défendre trois années"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2238, "fin_caractere_exclue": 2281, "texte": "durant le même art et les mêmes artistes, à"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2327, "fin_caractere_exclue": 2368, "texte": "part quelques amis personnels. Cela s'ap-"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2458, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "pelle travailler au développement de l'Art"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2546, "fin_caractere_exclue": 2585, "texte": "en Belgique. Leur critique est un cours"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2631, "fin_caractere_exclue": 2672, "texte": "d'avortement. Les jeunes gens qui suivent"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2718, "fin_caractere_exclue": 2764, "texte": "leurs conseils n'aboutissent qu'à la stérilité"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2810, "fin_caractere_exclue": 2850, "texte": "où à la démence ; après quelques années,"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2892, "fin_caractere_exclue": 2933, "texte": "nos montreurs de fœtus les remplacent par"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 2974, "fin_caractere_exclue": 3019, "texte": "des avortons plus frais, afin de pouvoir con-"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3065, "fin_caractere_exclue": 3090, "texte": "tinuer leurs exhibitions."}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3145, "fin_caractere_exclue": 3185, "texte": "Le pis est qu'en prêchant l'extravagance"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3237, "fin_caractere_exclue": 3279, "texte": "systématique, la négligence de la forme et"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3331, "fin_caractere_exclue": 3374, "texte": "l'ignorance volontaire du métier, ils réus-"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3426, "fin_caractere_exclue": 3466, "texte": "sissent parfois à dévoyer pour la vie un"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3518, "fin_caractere_exclue": 3560, "texte": "esprit bien doué. Peut-être sera-ce le cas"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3615, "fin_caractere_exclue": 3654, "texte": "l'un des jeunes gens qu'ils viennent de"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3767, "fin_caractere_exclue": 3809, "texte": "Un mot pour finir, au sujet du petit jour-"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 3924, "fin_caractere_exclue": 3962, "texte": "Depuis plusieurs mois M. Picard, séna-"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4019, "fin_caractere_exclue": 4058, "texte": "socialiste, inonde le journal Le Peuple"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4113, "fin_caractere_exclue": 4153, "texte": "petits articles politiques. M. Verhaeren"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4209, "fin_caractere_exclue": 4248, "texte": "laissé échapper aucune occasion de pra-"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 477, "debut_caractere": 4307, "fin_caractere_exclue": 4344, "texte": "le petit journalisme dans le Progrès,"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 94, "texte": "la Nation et quelques autres feuilles déplo-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 147, "fin_caractere_exclue": 188, "texte": "rablement défuntes. Ces messieurs parlent"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 246, "fin_caractere_exclue": 287, "texte": "trop de corde dans la maison de plusieurs"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 346, "fin_caractere_exclue": 353, "texte": "pendus."}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 731, "fin_caractere_exclue": 764, "texte": "CONFÉRENCE DE M. ALBERT GIRAUD AU"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 824, "fin_caractere_exclue": 864, "texte": "<c SILLON ». — Le samedi 26 octobre a eu"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 921, "fin_caractere_exclue": 965, "texte": "lieu la dernière des trois conférences orga-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1017, "fin_caractere_exclue": 1057, "texte": "nisées par le Sillon. M. Albert Giraud a"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1116, "fin_caractere_exclue": 1159, "texte": "parlé de Leconte de Lisle, dont il a digne-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1212, "fin_caractere_exclue": 1253, "texte": "ment célébré l'œuvre, en un langage d'une"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1306, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "beauté achevée, et à propos de Leconte de"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1395, "fin_caractere_exclue": 1437, "texte": "Lisle il s'est attaqué, avec une éloquence"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1491, "fin_caractere_exclue": 1533, "texte": "incisive et nerveuse, à certaines opinions"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1588, "fin_caractere_exclue": 1627, "texte": "qui sont très répandues dans le public,"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1688, "fin_caractere_exclue": 1733, "texte": "même lettré, et qui lui ont fourni l'occasion"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1789, "fin_caractere_exclue": 1835, "texte": "d'élucider diverses questions difficiles d'es-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1889, "fin_caractere_exclue": 1898, "texte": "thétique."}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2068, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "D'abord la question de la modernité dans"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2110, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "l'art. M. Giraud n'a pas eu besoin d'insister"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2209, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "beaucoup pour établir que le poète de Qaïn"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2313, "fin_caractere_exclue": 2356, "texte": "ne peut être taxé d'archaïsme et d'artifice"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2406, "fin_caractere_exclue": 2448, "texte": "que par ceux qui s'arrêtent au décor, sans"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2507, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "pénétrer jusqu'à l'idée à travers l'enveloppe"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2604, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "extérieure."}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2702, "fin_caractere_exclue": 2742, "texte": "Un second grief du public contre Leconte"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2798, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "de Lisle se traduit par la fameuse accusa-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2892, "fin_caractere_exclue": 2936, "texte": "tion d'impassibilité. Elle part d'une confu-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2959, "fin_caractere_exclue": 3003, "texte": "sion entre la sensibilité commune et la sen-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3058, "fin_caractere_exclue": 3103, "texte": "sibilité artistique qui sont entre elles dans"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3155, "fin_caractere_exclue": 3191, "texte": "le même rapport que le monde réel et"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3248, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "le monde idéal. La seconde suppose évi-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3345, "fin_caractere_exclue": 3384, "texte": "demment la première, mais la réciproque"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3443, "fin_caractere_exclue": 3491, "texte": "n'est pas vraie, et s'il n'y a pas d'artiste qui"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3537, "fin_caractere_exclue": 3581, "texte": "n'ait du cœur, chose à la fois indispensable"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3634, "fin_caractere_exclue": 3678, "texte": "et insuffisante, il y a beaucoup de gens qui"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3681, "fin_caractere_exclue": 3720, "texte": "ont beaucoup de cœur et qui ne sont pas"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3775, "fin_caractere_exclue": 3816, "texte": "artistes, quelque imagination qu'ils s'en"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3874, "fin_caractere_exclue": 3882, "texte": "fassent."}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3959, "fin_caractere_exclue": 3994, "texte": "Au fond, dit M. Giraud, ce que l'on"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4053, "fin_caractere_exclue": 4097, "texte": "reproche à Leconte de Lisle, c'est de ne pas"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4149, "fin_caractere_exclue": 4192, "texte": "émouvoir à la façon de Musset, qu'il estime"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4342, "fin_caractere_exclue": 4385, "texte": "une déplorable façon. Depuis le romantisme,"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4436, "fin_caractere_exclue": 4478, "texte": "le mot de passion est spécialement affecté"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4499, "fin_caractere_exclue": 4540, "texte": "par la veulerie contempotaine à une seule"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4594, "fin_caractere_exclue": 4637, "texte": "et unique passion, l'amour, et l'amour dans"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4786, "fin_caractere_exclue": 4825, "texte": "ce qu'il a de plus personnel et de plus"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4889, "fin_caractere_exclue": 4933, "texte": "égoïste, l'amour qui confine au libertinage."}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4989, "fin_caractere_exclue": 5032, "texte": "Le lecteur moderne veut qu'on lui jette son"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 146, "texte": "morceau de passion tout cru, tout saignant;"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 200, "fin_caractere_exclue": 245, "texte": "il exige sa part de relatif et de contingent."}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 299, "fin_caractere_exclue": 345, "texte": "Et il trouve qu'il est frustré lorsqu'un poète"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 399, "fin_caractere_exclue": 439, "texte": "vraiment digne de ce nom « projette dans"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 493, "fin_caractere_exclue": 541, "texte": "l'infini et dans l'éternel, selon les paroles de"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 595, "fin_caractere_exclue": 636, "texte": "M. Pierre Quillard, ce qui fut auparavant"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 690, "fin_caractere_exclue": 728, "texte": "le tressaillement momentané de l'indi-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 782, "fin_caractere_exclue": 823, "texte": "vidu ». A qui cherche la vérité des appa-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 877, "fin_caractere_exclue": 920, "texte": "rences fugitives, la vérité photographique,"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 974, "fin_caractere_exclue": 1016, "texte": "doit échapper la vérité essentielle, parce"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1070, "fin_caractere_exclue": 1115, "texte": "qu'elle est trop vraie. Et c'est celui-là qui"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1169, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "accuse de manque de sincérité le poète qui"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1265, "fin_caractere_exclue": 1305, "texte": "ne lui jette pas, comme phonographié, le"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1359, "fin_caractere_exclue": 1394, "texte": "langage élémentaire de son émotion."}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1452, "fin_caractere_exclue": 1490, "texte": "Certes, Leconte de Lisle eut la pudeur"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1544, "fin_caractere_exclue": 1587, "texte": "de réfréner ses sentiments trop individuels"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1641, "fin_caractere_exclue": 1686, "texte": "et les réduisit à certaines confidences loin-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1740, "fin_caractere_exclue": 1787, "texte": "taines et voilées où s'exalte le souvenir épuré"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1842, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "d'un premier amour. I1 faut le louer de cette"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 1942, "fin_caractere_exclue": 1986, "texte": "impersonnalité et d'avoir obéi au conseil du"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2041, "fin_caractere_exclue": 2062, "texte": "vers de Victor Hugo :"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2167, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "Ami, cache ta vie et répands ton esprit!"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2264, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "Il n'est pas l'esclave de sa sensibilité, il la"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2365, "fin_caractere_exclue": 2404, "texte": "domine Ainsi son œuvre assume un carac-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2458, "fin_caractere_exclue": 2505, "texte": "tère intellectuel et universel, par lequel elle"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2559, "fin_caractere_exclue": 2602, "texte": "durera, tandis que certaines productions de"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2656, "fin_caractere_exclue": 2696, "texte": "poètes, tels que M. Paul Verlaine, étant"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2750, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "faites d'allusions à des circonstances indivi-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2850, "fin_caractere_exclue": 2890, "texte": "duelles, contiennent en elles-mêmes leur"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 2944, "fin_caractere_exclue": 2956, "texte": "propre mort."}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3013, "fin_caractere_exclue": 3055, "texte": "Telles sont, réduites à la sécheresse d'un"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3109, "fin_caractere_exclue": 3152, "texte": "résumé, les idées essentielles que M.Albert"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3206, "fin_caractere_exclue": 3246, "texte": "Giraud a développées brillamment et fait"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3300, "fin_caractere_exclue": 3342, "texte": "reluire sous tous leurs aspects dans cette"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3396, "fin_caractere_exclue": 3440, "texte": "conférence écoutée avec attention et applau-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3494, "fin_caractere_exclue": 3534, "texte": "die avec chaleur par un public nombreux."}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3626, "fin_caractere_exclue": 3631, "texte": "E. V."}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3735, "fin_caractere_exclue": 3772, "texte": "L'ANARCHIE LITTÉRAIRE. — M. Albert du"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3827, "fin_caractere_exclue": 3871, "texte": "Chastain a publié dans le Soir le très inté-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 3926, "fin_caractere_exclue": 3953, "texte": "ressant article que voici :"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4011, "fin_caractere_exclue": 4050, "texte": "Les conférences du Musée — cela ne vous"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4105, "fin_caractere_exclue": 4146, "texte": "a-t-il pas un joli parfum antique?— vien-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4201, "fin_caractere_exclue": 4246, "texte": "nent d'être brillamment clôturées par l'étude"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4301, "fin_caractere_exclue": 4339, "texte": "que M. Albert Giraud a consacrée à Le-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4394, "fin_caractere_exclue": 4433, "texte": "conte de Lisle, et dont le Soir a rendu"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4488, "fin_caractere_exclue": 4495, "texte": "compte."}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4553, "fin_caractere_exclue": 4590, "texte": "La Jeune Belgique, qui ne se contente"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4645, "fin_caractere_exclue": 4684, "texte": "pas de prêcher d'exemple et qui ne perd"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4739, "fin_caractere_exclue": 4782, "texte": "aucune occasion de défendre les saines tra-"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4837, "fin_caractere_exclue": 4885, "texte": "ditions littéraires, a livré là trois batailles,"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 4940, "fin_caractere_exclue": 4985, "texte": "trois glorieuses, qui resteront célèbres dans"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 478, "debut_caractere": 5040, "fin_caractere_exclue": 5088, "texte": "ses fastes, sous le titre de batailles des trois"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 92, "texte": "G : Gilkin, Gille et Giraud qui se sont fra-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 138, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "ternellement partagé la besogne et qui peu-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 233, "fin_caractere_exclue": 276, "texte": "vent maintenant se partager l'honneur de la"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 326, "fin_caractere_exclue": 355, "texte": "victoire, si victoire il y a."}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 423, "fin_caractere_exclue": 466, "texte": "Le premier s'était réservé la tâche d'expo-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 515, "fin_caractere_exclue": 558, "texte": "ser les règles qui doivent servir de base à"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 607, "fin_caractere_exclue": 652, "texte": "toute critique sérieuse, et on a dit ici-même"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 704, "fin_caractere_exclue": 741, "texte": "de quelle façon il s'en est acquitté."}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 799, "fin_caractere_exclue": 837, "texte": "Le second nous a montré, par des cita-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 856, "fin_caractere_exclue": 896, "texte": "tion, bien choisies et suffisamment pro-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 953, "fin_caractere_exclue": 997, "texte": "bantes, à quelles insanités on aboutit quand"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1048, "fin_caractere_exclue": 1091, "texte": "on veut s'affranchir de ces principes salu-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1114, "fin_caractere_exclue": 1121, "texte": "taires."}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1214, "fin_caractere_exclue": 1256, "texte": "Il ne restait donc plus, pour que la d é -"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1300, "fin_caractere_exclue": 1341, "texte": "monstration fût complète,' qu'à opposer à"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1393, "fin_caractere_exclue": 1437, "texte": "ces extravagantes élucubrations, d'incontes-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1489, "fin_caractere_exclue": 1531, "texte": "tables chefs-d'œuvre conformes aux lois de"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1581, "fin_caractere_exclue": 1622, "texte": "la prosodie française. 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Dieu soit loué s'il reste en-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2481, "fin_caractere_exclue": 2527, "texte": "core des jeunes gens épris d'idéal et capables"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2577, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "de se passionner pour autre chose que pour"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2671, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "la robe d'un cheval ou pour la jupe d'une"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2767, "fin_caractere_exclue": 2776, "texte": "danseuse."}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2868, "fin_caractere_exclue": 2910, "texte": "La lutte c'est la vie. 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L'avenir de la poésie est menacé;"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 5886, "fin_caractere_exclue": 5929, "texte": "et pour ceux qui ont la conviction profonde"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 137, "texte": "que la poésie est aussi indispensable à"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 188, "fin_caractere_exclue": 232, "texte": "l'homme que le pain, il y a bien là son quoi"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 283, "fin_caractere_exclue": 325, "texte": "s'émouvoir, de quoi perdre un peu de sang-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 376, "fin_caractere_exclue": 418, "texte": "froid. Mais ne devait-on pas s'y attendre?"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 469, "fin_caractere_exclue": 514, "texte": "Toute autorité est battue en brèche, en reli-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 565, "fin_caractere_exclue": 606, "texte": "gion, en politique, en morale. L'anarchie"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 657, "fin_caractere_exclue": 703, "texte": "est partout, dans les idées et dans les faits;"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 754, "fin_caractere_exclue": 794, "texte": "comment la littérature ferait-elle seule"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 845, "fin_caractere_exclue": 855, "texte": "exception?"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 910, "fin_caractere_exclue": 952, "texte": "Eh quoi, la prosodie serait la seule Bible"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1003, "fin_caractere_exclue": 1047, "texte": "respectée, le seul code qu'on ne chercherait"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1098, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "pas à détruire!"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1168, "fin_caractere_exclue": 1209, "texte": "Une réaction d'ailleurs était inévitable."}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1260, "fin_caractere_exclue": 1299, "texte": "Les régents du Parnasse avaient, conve-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1350, "fin_caractere_exclue": 1392, "texte": "nons-en, abusé de leur pouvoir, en confon-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1443, "fin_caractere_exclue": 1488, "texte": "dant trop souvent la versification et la poé-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1539, "fin_caractere_exclue": 1580, "texte": "sie, en donnant une importance exagérée à"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1631, "fin_caractere_exclue": 1670, "texte": "la rime qui n'est qu'un des éléments du"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1721, "fin_caractere_exclue": 1763, "texte": "vers, et en faisant de la consonne d'appui"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1814, "fin_caractere_exclue": 1856, "texte": "un véritable instrument de torture. N'ont-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 1907, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "ils pas eu le tort de décréter une infailli-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2002, "fin_caractere_exclue": 2042, "texte": "bilité nouvelle et de lancer tant d'ana-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2093, "fin_caractere_exclue": 2100, "texte": "thèmes?"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2156, "fin_caractere_exclue": 2199, "texte": "Il est arrivé ce qui arrive toujours en pa-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2251, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "reil cas : quand on ne sait ou quand on ne"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2345, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "veut pas faire une part légitime à la liberté,"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2443, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "on rend les révolutions nécessaires."}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2534, "fin_caractere_exclue": 2575, "texte": "Quelques-uns de ceux qui se sont insurgés"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2627, "fin_caractere_exclue": 2669, "texte": "contre les cerbères de la prosodie étaient"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2721, "fin_caractere_exclue": 2765, "texte": "indubitablement sincères et leurs tentatives"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2817, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "ne manquaient pas toutes d'intérêt. Certaines"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 2914, "fin_caractere_exclue": 2958, "texte": "de leurs revendications étaient justes et on"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 3010, "fin_caractere_exclue": 3051, "texte": "devra les mettre à profit pour renouveler"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 3103, "fin_caractere_exclue": 3144, "texte": "les rythmes, pour donner aux vers plus de"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 3196, "fin_caractere_exclue": 3237, "texte": "vigueur, de naturel et de souplesse. Mais"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 3289, "fin_caractere_exclue": 3329, "texte": "en poussant leur système à ses dernières"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 3381, "fin_caractere_exclue": 3425, "texte": "conséquences, ils sont arrivés à ce résultat"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 3477, "fin_caractere_exclue": 3519, "texte": "qu'au nom même de leurs principes, tout le"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 3571, "fin_caractere_exclue": 3612, "texte": "monde pouvait se dire poète. Cela n'a pas"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 3664, "fin_caractere_exclue": 3704, "texte": "manqué. Nous en avons vu alors de toutes"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 3756, "fin_caractere_exclue": 3800, "texte": "les couleurs. On mêlait des mots, au hasard,"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 3852, "fin_caractere_exclue": 3895, "texte": "les plus baroques du dictionnaire; on ponc-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 3947, "fin_caractere_exclue": 3990, "texte": "tuait à tort et à travers pour que cela eût"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 4043, "fin_caractere_exclue": 4084, "texte": "encore moins de sens, et l'on publiait ce"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 4136, "fin_caractere_exclue": 4181, "texte": "petit travail en se disant de l'école de Gus-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 4233, "fin_caractere_exclue": 4271, "texte": "tave Kahn, de Vielé-Griffin ou de René"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 4324, "fin_caractere_exclue": 4368, "texte": "Ghil. Et le fait est que lorsque l'on compa-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 4420, "fin_caractere_exclue": 4461, "texte": "raît ces imitations aux modèles, les plus"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 4514, "fin_caractere_exclue": 4559, "texte": "forts se trouvaient très embarrassés d'expli-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 4612, "fin_caractere_exclue": 4631, "texte": "quer la différence."}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 4687, "fin_caractere_exclue": 4727, "texte": "Et le public, toujours bon gogo, troublé"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 4780, "fin_caractere_exclue": 4823, "texte": "d'ailleurs par le tapage des réclames indé-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 4876, "fin_caractere_exclue": 4920, "texte": "pendanteset les coups de grosse caisse qu'on"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 4973, "fin_caractere_exclue": 5016, "texte": "battait furieusement aux portes des petites"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 5069, "fin_caractere_exclue": 5115, "texte": "chapelles littéraires, ne sut bientôt plus que"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 5168, "fin_caractere_exclue": 5210, "texte": "penser. Naturellement porté par sa naïveté"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 5263, "fin_caractere_exclue": 5306, "texte": "et son ignorance à admirer ce qu'il ne com-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 5359, "fin_caractere_exclue": 5400, "texte": "prend pas, et à s'écrier comme le person-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 5453, "fin_caractere_exclue": 5495, "texte": "nage de Molière : « Ah! que c'est beau, on"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 5548, "fin_caractere_exclue": 5592, "texte": "n'y voit goutte! » il finit par prendre pour"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 5645, "fin_caractere_exclue": 5685, "texte": "des merveilles les plus plates inepties."}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 5742, "fin_caractere_exclue": 5784, "texte": "Ce que j'ai entendu applaudir d'absurdités"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 5837, "fin_caractere_exclue": 5882, "texte": "dans les salons qui se piquent d'intellectua-"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 479, "debut_caractere": 5935, "fin_caractere_exclue": 5983, "texte": "lité et d'esthéticisme, c'est à n'y pas croire !"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 96, "texte": "Un de mes meilleurs amis auquel on"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 152, "fin_caractere_exclue": 193, "texte": "demandai!, un soir, dans un cercle ultra-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 251, "fin_caractere_exclue": 291, "texte": "élégant, de dire de ces vers amorphes et"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 343, "fin_caractere_exclue": 387, "texte": "élastiques que certaines revues avancées ont"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 439, "fin_caractere_exclue": 481, "texte": "mis à la mode, eut l'idée d'improviser une"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 509, "fin_caractere_exclue": 552, "texte": "pièce idiote qu'il attribua effrontément au"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 604, "fin_caractere_exclue": 648, "texte": "chef d'une des principales écoles décadentes"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 700, "fin_caractere_exclue": 745, "texte": "et qu'il intitula : Le Soir violet. 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L'expérience"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1336, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "fut, hélas! concluante, car s'il y eut des"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1393, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "'protestations au nom du bon goût et du"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1489, "fin_caractere_exclue": 1534, "texte": "bon sens, elles furent rares. L'auteur s'amu-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1585, "fin_caractere_exclue": 1628, "texte": "sait lui-même à critiquer sa pièce : « Vous"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1682, "fin_caractere_exclue": 1722, "texte": "trouvez cela beau, disait-il, mais c'est"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1779, "fin_caractere_exclue": 1820, "texte": "absurde ! » — « C'est que, lui répondait-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1877, "fin_caractere_exclue": 1917, "texte": "on, vous n'en sentez pas, comme nous, la"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1937, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "finesse. » O Molière !"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2036, "fin_caractere_exclue": 2073, "texte": "Un vers, surtout, était fort admiré :"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2110, "fin_caractere_exclue": 2148, "texte": "L'arbre souffle, le vent s'effeuille !"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2274, "fin_caractere_exclue": 2316, "texte": "On se pâmait à ce vent qui s'effeuille, et"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2366, "fin_caractere_exclue": 2406, "texte": "on le redemandait, comme le « quoi qu'on"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2461, "fin_caractere_exclue": 2480, "texte": "die » de Trissotin."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2557, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "Le public se laisse donc très facilement"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2648, "fin_caractere_exclue": 2691, "texte": "duper. Féroce dès qu'il voit qu'on se moque"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2713, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "de lui, il met du temps à s'en apercevoir,"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2810, "fin_caractere_exclue": 2854, "texte": "surtout quand il s'agit de choses qui deman-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2907, "fin_caractere_exclue": 2949, "texte": "dent, comme la poésie, une initiation spé-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3003, "fin_caractere_exclue": 3047, "texte": "ciale. Il a besoin qu'on fasse son éducation"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3101, "fin_caractere_exclue": 3119, "texte": "et qu'on le guide."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3202, "fin_caractere_exclue": 3244, "texte": "On lui a tellement répété qu'on avait ren-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3293, "fin_caractere_exclue": 3337, "texte": "versé toutes les anciennes règles, qu'en art"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3388, "fin_caractere_exclue": 3431, "texte": "on ne devait plus s'occuper que du symhole,"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3466, "fin_caractere_exclue": 3507, "texte": "et que plus une œuvre était obscure, plus"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3561, "fin_caractere_exclue": 3606, "texte": "elle était symbolique, qu'il s'est cru obligé"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3660, "fin_caractere_exclue": 3701, "texte": "d'admirer tout ce qui était contraire aux"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3720, "fin_caractere_exclue": 3765, "texte": "anciennes formules et tout ce qui était inin-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3816, "fin_caractere_exclue": 3827, "texte": "telligible."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3914, "fin_caractere_exclue": 3954, "texte": "Cette aberration ne durera pas toujours."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3991, "fin_caractere_exclue": 4031, "texte": "Il commence à soupçonner qu'on le berne,"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4088, "fin_caractere_exclue": 4128, "texte": "et il ne peut plus tarder à en être con-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4183, "fin_caractere_exclue": 4190, "texte": "vaincu."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4286, "fin_caractere_exclue": 4327, "texte": "Aussi les malins se ravisent. Ils ne sou-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4375, "fin_caractere_exclue": 4418, "texte": "tiennent plus que le manque de clarté tient"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4472, "fin_caractere_exclue": 4514, "texte": "lieu de tout mérite. L'un d'eux reprochait"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4566, "fin_caractere_exclue": 4607, "texte": "même, récemment, à l'un de ses confrères,"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4654, "fin_caractere_exclue": 4696, "texte": "d'avoir écrit un volume de deux mille vers"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4697, "fin_caractere_exclue": 4739, "texte": "trop énigmatiques. « Ne craignez rien, lui"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4793, "fin_caractere_exclue": 4833, "texte": "répondit l'autre, vous comprendrez, mais"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4835, "fin_caractere_exclue": 4876, "texte": "prenez patience. Ce volume est le premier"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4877, "fin_caractere_exclue": 4921, "texte": "d'une série de trente qui formeront un total"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5017, "fin_caractere_exclue": 5057, "texte": "-d'au moins cinquante mille vers, et mon"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5058, "fin_caractere_exclue": 5090, "texte": "idée n'apparaîtra qu'à la fin. »"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5159, "fin_caractere_exclue": 5199, "texte": "C'est déjà quelque chose, et il y a évi-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5248, "fin_caractere_exclue": 5288, "texte": "demment là une concession. Mais ce n'est"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5346, "fin_caractere_exclue": 5389, "texte": "pas seulement sur le fond qu'on juge néces-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5445, "fin_caractere_exclue": 5489, "texte": "saire d'en faire quelques unes, c'est aussi,"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5490, "fin_caractere_exclue": 5531, "texte": "chose plus grave, sur la forme elle-même."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5560, "fin_caractere_exclue": 5599, "texte": "Et qui donc oserait se montrer irrécon-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 110, "fin_caractere_exclue": 150, "texte": "ciliable, quand M. Mallarmé reconnaîtque"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 203, "fin_caractere_exclue": 249, "texte": "« la métrique naît des siècles, et que relati-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 302, "fin_caractere_exclue": 341, "texte": "vement à la qualité du français, aucune"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 394, "fin_caractere_exclue": 437, "texte": "invention privée ne surpassera le legs pro-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 490, "fin_caractere_exclue": 507, "texte": "sodique commun »."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 564, "fin_caractere_exclue": 602, "texte": "Il est vrai qu'il réclame ensuite pour"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 655, "fin_caractere_exclue": 698, "texte": "l'aède moderne le droit de « s'égarer à son"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 751, "fin_caractere_exclue": 796, "texte": "gré dans l'infinité des fleurettes et partout"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 849, "fin_caractere_exclue": 889, "texte": "où sa voix rencontre une notation, de la"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 942, "fin_caractere_exclue": 953, "texte": "cueillir »."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1009, "fin_caractere_exclue": 1049, "texte": "Mais la première déclaration est bonne à"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1102, "fin_caractere_exclue": 1143, "texte": "retenir et suffit pour condamner « ce jeu"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1196, "fin_caractere_exclue": 1237, "texte": "autour de la prosodie, avec des fragments"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1290, "fin_caractere_exclue": 1334, "texte": "de l'ancien vers », qui en serait l'infirma-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1387, "fin_caractere_exclue": 1392, "texte": "tion."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1448, "fin_caractere_exclue": 1487, "texte": "Qui défendra le legs prosodique commun,"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1540, "fin_caractere_exclue": 1583, "texte": "si les poètes s'égarent dans l'infinité des"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1636, "fin_caractere_exclue": 1680, "texte": "fleurettes, à la recherche de notations nou-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1733, "fin_caractere_exclue": 1777, "texte": "velles à cueillir? Et puis, qui sera juge de"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1830, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "ces notations, de leur opportunité et de leur"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1928, "fin_caractere_exclue": 1935, "texte": "valeur?"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 1991, "fin_caractere_exclue": 2031, "texte": "Le public ? Mais nous venons de voir que"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2084, "fin_caractere_exclue": 2101, "texte": "c'est impossible."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2157, "fin_caractere_exclue": 2196, "texte": "Le poète? Mais nous retomberions aussi-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2249, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "tôt dans l'anarchie."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2325, "fin_caractere_exclue": 2364, "texte": "Pour le moment, nous y sommes en plein,"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2417, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "et c'est un état si pitoyable, que tout le"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2512, "fin_caractere_exclue": 2552, "texte": "monde, dans le fond, voudrait en sortir;"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2605, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "nous en avons pour preuve le demi-aveu de"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2699, "fin_caractere_exclue": 2711, "texte": "M. Mallarmé."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2767, "fin_caractere_exclue": 2808, "texte": "Seulement, pour mettre fin à cette situa-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2861, "fin_caractere_exclue": 2905, "texte": "tion, il faudrait une autorité capable d'im-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 2958, "fin_caractere_exclue": 3001, "texte": "poser les règles traditionnelles et de con-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3054, "fin_caractere_exclue": 3099, "texte": "sacrer les innovations. Où est cetteautorité?"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3155, "fin_caractere_exclue": 3197, "texte": "J'en connais bien une; mais je craindrais,"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3250, "fin_caractere_exclue": 3291, "texte": "en nommant l'Académie française, de faire"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3344, "fin_caractere_exclue": 3386, "texte": "sourire ceux-là mêmes dont elle représente"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3439, "fin_caractere_exclue": 3464, "texte": "officiellement les idées."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3520, "fin_caractere_exclue": 3559, "texte": "Et cependant, quelle autre aristocratie"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3612, "fin_caractere_exclue": 3658, "texte": "peut servir d'arbitre dans les disputes litté-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3711, "fin_caractere_exclue": 3718, "texte": "raires?"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3774, "fin_caractere_exclue": 3814, "texte": "Ils sont là quarante qui ont de l'esprit"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3867, "fin_caractere_exclue": 3909, "texte": "comme quatre, et de quel salon aujourd'hui"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 3962, "fin_caractere_exclue": 3989, "texte": "pourrait-on en dire autant?"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4045, "fin_caractere_exclue": 4086, "texte": "Renan avait décidément raison. C'est sur-"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4139, "fin_caractere_exclue": 4181, "texte": "tout dans la république des lettres qu'une"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4234, "fin_caractere_exclue": 4281, "texte": "aristocratie forte et respectée est nécessaire."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4334, "fin_caractere_exclue": 4373, "texte": "Maison ne veut pas le comprendre; et il"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4426, "fin_caractere_exclue": 4470, "texte": "n'y a qu'à laisser aller les choses, et qu'à"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4523, "fin_caractere_exclue": 4564, "texte": "compter sur les excès de l'anarchie, pour"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4617, "fin_caractere_exclue": 4652, "texte": "nous en dégoûter et nous en guérir."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4785, "fin_caractere_exclue": 4792, "texte": "CORINNE"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 4976, "fin_caractere_exclue": 5016, "texte": "L' « ART MODERNE » ET LES ARTISTES. — Il"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5110, "fin_caractere_exclue": 5154, "texte": "est presqu'impossible qu'un jeune artiste de"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5207, "fin_caractere_exclue": 5247, "texte": "talent ne rencontre point sur son chemin"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5300, "fin_caractere_exclue": 5345, "texte": "l ' A r t moderne qui lui aboie aux chausses."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5398, "fin_caractere_exclue": 5444, "texte": "M. Jean Delville vient, à son tour, d'en faire"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5542, "fin_caractere_exclue": 5555, "texte": "l'expérience."}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 480, "debut_caractere": 5613, "fin_caractere_exclue": 5649, "texte": "M. Jean Delville a obtenu le prix de"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 87, "texte": "Rome. L'Académie de Bruxelles, dont il"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 145, "fin_caractere_exclue": 189, "texte": "fut l'élève, et les autorités communales ont"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 328, "fin_caractere_exclue": 366, "texte": "imaginé de faire au lauréat une entrée"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 418, "fin_caractere_exclue": 461, "texte": "triomphale : cortège, chars, lampions, fan-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 511, "fin_caractere_exclue": 556, "texte": "fares, discours, etc. L'Art moderne s'est fâ-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 606, "fin_caractere_exclue": 649, "texte": "ché tout rouge de rette inoffensive parade."}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 793, "fin_caractere_exclue": 829, "texte": "M. Delville a adressé à VArt moderne"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 879, "fin_caractere_exclue": 918, "texte": "une lettre mordante dont nous extrayons"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 971, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "le passage suivant :"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1161, "fin_caractere_exclue": 1203, "texte": "Vous le voyez, loin d'appeler ce joyeux et"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1250, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "naïf cortège un «carnaval «vous eussiez fait"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1338, "fin_caractere_exclue": 1381, "texte": "mieux de le qualifier : Le calvaire du Prix"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1427, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "de Rome. En effet, et tous les gens un peu"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1513, "fin_caractere_exclue": 1559, "texte": "lucides que le parti pris n'a pns fait loucher"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1603, "fin_caractere_exclue": 1647, "texte": "seront de cet avis, que j'étais là bien plus"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1690, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "en résigné qu'en triomphateur enivré de"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1775, "fin_caractere_exclue": 1819, "texte": "carillons, de fleurs et de fanfares. Ceux-là"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1865, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "auront de suite compris que si je n'ai pas"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1953, "fin_caractere_exclue": 1996, "texte": "lancé à la face enthousiasmée de mes accla-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2039, "fin_caractere_exclue": 2087, "texte": "mateurs populaires ou officiels l'invisible ric-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2129, "fin_caractere_exclue": 2175, "texte": "tus de ma souffrance intime, c'est que j'avais"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2219, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "jugé qu'il valait mieux savoir souffrir tout"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2303, "fin_caractere_exclue": 2347, "texte": "cela, le sourire aux lèvres, que de prendre,"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2388, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "comme vous l'auriez souhaité, une ridicule"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2476, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "attitude de matamore outrecuidant et d'op-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2562, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "poser à cette explosion de touchante sym-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2647, "fin_caractere_exclue": 2687, "texte": "pathie un orgueil aussi méchant qu'imbé-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2734, "fin_caractere_exclue": 2775, "texte": "cile. J'ai préféré redevenir un moment le"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2820, "fin_caractere_exclue": 2861, "texte": "très humble élève de l'Académie accédant,"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2905, "fin_caractere_exclue": 2949, "texte": "après de multiples refus, aux désirs enthou-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2993, "fin_caractere_exclue": 3035, "texte": "siastes de mes nouveaux et anciens condis-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3082, "fin_caractere_exclue": 3125, "texte": "ciples. Et c'est cela seul, Monsieur L. H.,"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3169, "fin_caractere_exclue": 3213, "texte": "qui m'a ému, parce que, malgré tout, j'avais"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3253, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "senti que dans leur acte de pure et admira-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3332, "fin_caractere_exclue": 3379, "texte": "tive exaltation c'est le « hautain » et « l'in-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3424, "fin_caractere_exclue": 3471, "texte": "transigeant » qu'ils fêtaient et non le lauréat"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3509, "fin_caractere_exclue": 3551, "texte": "du concours de Rome. En me laissant faire,"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3596, "fin_caractere_exclue": 3640, "texte": "j'étais conscient, absolument, mon bon petit"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3684, "fin_caractere_exclue": 3726, "texte": "Monsieur, et si vous avez cru voir sur mon"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3759, "fin_caractere_exclue": 3805, "texte": "dos une affiche de l'hôtel de ville, c'est que"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3807, "fin_caractere_exclue": 3847, "texte": "vous avez regardé mon postérieur du haut"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3900, "fin_caractere_exclue": 3941, "texte": "de la tribune rouge de la rue de Bavière."}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3989, "fin_caractere_exclue": 4029, "texte": "J'ai accompli un acte de volonté dont la"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4071, "fin_caractere_exclue": 4109, "texte": "secrète raison vous échappe. Mais vous"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4216, "fin_caractere_exclue": 4254, "texte": "saviez, comme beaucoup d'autres le sa-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4256, "fin_caractere_exclue": 4299, "texte": "vaient, qu'il faudrait être un enfant ou un"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4349, "fin_caractere_exclue": 4390, "texte": "gaga pour se laisser éblouir par quelques"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4392, "fin_caractere_exclue": 4434, "texte": "lampions et se laisser griser par quelques"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4479, "fin_caractere_exclue": 4521, "texte": "\"coups de battoirs et que mon devoir était"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4563, "fin_caractere_exclue": 4605, "texte": "de continuer cette martyrisante épreuve du"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4651, "fin_caractere_exclue": 4690, "texte": "concours de Rome jusqu'au bout! Au lieu"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4737, "fin_caractere_exclue": 4779, "texte": "de faire un silence intelligent et compré-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4781, "fin_caractere_exclue": 4824, "texte": "hensif sur cette popularité d'un soir, vous"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4866, "fin_caractere_exclue": 4910, "texte": "avez jugé nécessaire d'ajouter à cette « co-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4953, "fin_caractere_exclue": 4993, "texte": "médie » le cabotinage chicanier de votre"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 5004, "fin_caractere_exclue": 5047, "texte": "réquisitoire malveillant. A vrai dire, vous"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 5049, "fin_caractere_exclue": 5091, "texte": "avez été plus ébloui que moi de ces fleurs"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 5139, "fin_caractere_exclue": 5180, "texte": "et de ces lumières, sinon vous n'y auriez"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 5228, "fin_caractere_exclue": 5268, "texte": "jamais donné assez d'importance au point"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 5319, "fin_caractere_exclue": 5362, "texte": "d'étaler dans ce journal la preuve de votre"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 5389, "fin_caractere_exclue": 5431, "texte": "manque de tact et de votre conduite intem-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 98, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "pestive. Mais, avant de finir, je veux relever"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 194, "fin_caractere_exclue": 234, "texte": "votre méchante insinuation, but caché de"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 284, "fin_caractere_exclue": 327, "texte": "votre diatribe : celle d'essayer de me don-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 377, "fin_caractere_exclue": 417, "texte": "ner la posture à double face d'un Janus."}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 467, "fin_caractere_exclue": 510, "texte": "J'aurais chanté sur tous les tons des coco-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 560, "fin_caractere_exclue": 605, "texte": "ricos de coq rouge : dans « mes livres (sic),"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 655, "fin_caractere_exclue": 697, "texte": "dans mes articles, dans mes conversations,"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 747, "fin_caractere_exclue": 789, "texte": "dans mes œuvres (sic) » j'ai proclamé qu'à"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 839, "fin_caractere_exclue": 878, "texte": "l'Académie « on étouffe, on déforme, on"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 928, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "empoisonne» !!! Eh bien, ma petite« déesse"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1020, "fin_caractere_exclue": 1062, "texte": "irritée », vous mentez, ni plus ni moins !"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1112, "fin_caractere_exclue": 1156, "texte": "Jamais et nulle part je n'ai dit ni écrit de"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1204, "fin_caractere_exclue": 1249, "texte": "pareilles sottises, car j'ai toujours affirmé"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1295, "fin_caractere_exclue": 1337, "texte": "que celui qui sort de l'Académie émasculé,"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1382, "fin_caractere_exclue": 1426, "texte": "c'est qu'il n'était pas un mâle. L'Académie,"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1470, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "je l'ai répété souvent, aide au développe-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1560, "fin_caractere_exclue": 1602, "texte": "ment préliminaire des véritables vocations"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1648, "fin_caractere_exclue": 1689, "texte": "et j'ajoute ici : beaucoup de nos petites"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1730, "fin_caractere_exclue": 1774, "texte": "gloires à deux sous qui, sous prétexte d'es-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1820, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "thétique libre, dissimulent mal leur impuis-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1908, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "sance et vomissent sur les Olympes, feraient"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 1997, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "bien de retourner de temps à autre rue du"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2088, "fin_caractere_exclue": 2128, "texte": "Midi. L'Académie, souvenez-vous-en, Mon-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2176, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "sieur L. H., est instituée avant tout pour"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2264, "fin_caractere_exclue": 2302, "texte": "les jeunes artistes pauvres. Vous con-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2348, "fin_caractere_exclue": 2387, "texte": "naissez aussi bien et mieux que moi des"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2431, "fin_caractere_exclue": 2475, "texte": "artistes à rentes et à pignon sur rue qui se"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2519, "fin_caractere_exclue": 2561, "texte": "rappellent avec gratitude l'hospitalité de"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2604, "fin_caractere_exclue": 2646, "texte": "l'Académie à leur indigence passée. L'Aca-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2688, "fin_caractere_exclue": 2733, "texte": "démie facilite l'étude et le travail des com-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2776, "fin_caractere_exclue": 2819, "texte": "mençants et, malgré ses inconvénients acci-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2862, "fin_caractere_exclue": 2904, "texte": "dentels, je la défends contre des attaques"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 2950, "fin_caractere_exclue": 2992, "texte": "puériles et irréfléchies. Maintenant il ne"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3036, "fin_caractere_exclue": 3081, "texte": "vous reste plus qu'à me qualifier de« vieille"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3126, "fin_caractere_exclue": 3168, "texte": "perruque » ou de « vieux-jeune » en atten-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3214, "fin_caractere_exclue": 3252, "texte": "dant ma nomination de membre de l'Aca-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3297, "fin_caractere_exclue": 3331, "texte": "démie de Belgique, de France ou de"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3380, "fin_caractere_exclue": 3422, "texte": "Navarre et en attendant que je sois devenu"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3472, "fin_caractere_exclue": 3508, "texte": "Ministre des Beaux-Arts en Belgique,"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3552, "fin_caractere_exclue": 3594, "texte": "choses auxquelles j'aspire, je ne le cache"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3641, "fin_caractere_exclue": 3682, "texte": "pas, avec autant d'illusions que certains"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3727, "fin_caractere_exclue": 3757, "texte": "champions d'esthétique libre !"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3858, "fin_caractere_exclue": 3898, "texte": "Je crois inutile de vous dire combien je"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 3942, "fin_caractere_exclue": 3987, "texte": "désire la publication de ma présente justifi-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4030, "fin_caractere_exclue": 4069, "texte": "cation dans le prochain numéro de l'Art"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4110, "fin_caractere_exclue": 4118, "texte": "moderne."}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4194, "fin_caractere_exclue": 4214, "texte": "JEAN D E L V I L L E"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4307, "fin_caractere_exclue": 4347, "texte": "Cette lettre, qui respire la colère d'un"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4435, "fin_caractere_exclue": 4478, "texte": "véritable artiste irrité contre l'arrogance"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4522, "fin_caractere_exclue": 4561, "texte": "avocassière de quelques intrus dû monde"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4606, "fin_caractere_exclue": 4649, "texte": "artistique et littéraire, l'Art moderne l'a"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4691, "fin_caractere_exclue": 4735, "texte": "reproduite, en la faisant précéder de la pe-"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4825, "fin_caractere_exclue": 4864, "texte": "tite préface vénimeuse que voici, toute"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4911, "fin_caractere_exclue": 4951, "texte": "débordante des sentiments d'un véritable"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 4994, "fin_caractere_exclue": 5002, "texte": "Mécène :"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 5100, "fin_caractere_exclue": 5137, "texte": "Nous recevons du triomphateur du Prix"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 5181, "fin_caractere_exclue": 5226, "texte": "de Rome la lettre qu'on va lire, d'une petite"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 5276, "fin_caractere_exclue": 5317, "texte": "écriture  agitée qui donnerait beaucoup à"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 5363, "fin_caractere_exclue": 5387, "texte": "penser à un graphologue."}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 5440, "fin_caractere_exclue": 5480, "texte": "Décidément le cas de M.Jean Delville est"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 481, "debut_caractere": 5531, "fin_caractere_exclue": 5571, "texte": "plus grave qu'on le pouvait supposer. Ce"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 93, "texte": "qu'il répond, et la façon dont il répond, aux"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 140, "fin_caractere_exclue": 181, "texte": "obseevations que sa malheureuse faiblesse"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 212, "fin_caractere_exclue": 257, "texte": "a fait surgir en des milliers d'âmes et qu'un"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 258, "fin_caractere_exclue": 296, "texte": "de nos collaborateurs, Léon Hennebicq,"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 349, "fin_caractere_exclue": 389, "texte": "formulées si vaillamment, ouvre un hori-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 430, "fin_caractere_exclue": 469, "texte": "zon peu rassurant sur la psychologie de"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 470, "fin_caractere_exclue": 502, "texte": "« l'homme au chapeau Rembrandt »"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 567, "fin_caractere_exclue": 602, "texte": "Nous eussions pu, d'après une règle"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 661, "fin_caractere_exclue": 707, "texte": "qu'ont établie les devoirs de la courtoisie et"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 756, "fin_caractere_exclue": 796, "texte": "qu'a consacrée la jurisprudence, refuser"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 847, "fin_caractere_exclue": 888, "texte": "l'insertion de cette cahotante et souvent"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 938, "fin_caractere_exclue": 981, "texte": "inconvenante épître qui semble se ressentir"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1034, "fin_caractere_exclue": 1075, "texte": "de la griserie du soir fameux où le jeune"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1131, "fin_caractere_exclue": 1172, "texte": "vainqueur fut promené aux flambeaux, cym-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1223, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "bales retentissant, comme un bœuf gras de"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1313, "fin_caractere_exclue": 1356, "texte": "la peinture. Mieux vaut l'afficher au musée"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1404, "fin_caractere_exclue": 1440, "texte": "des Documents à conserver, parmi nos"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1492, "fin_caractere_exclue": 1500, "texte": "Curiosa."}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1676, "fin_caractere_exclue": 1711, "texte": "Le Prix de Rome porte rarement bon-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1765, "fin_caractere_exclue": 1804, "texte": "heur à qui le décroche, on le savait de"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1862, "fin_caractere_exclue": 1904, "texte": "reste. En voici un nouvel exemple. D'ordi-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1951, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "naire ce fut l'avenir qui se chargea de dé-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2041, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "montrer cette fâcheuse guigne. Il y a pro-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2134, "fin_caractere_exclue": 2169, "texte": "grès : c'est maintenant le présent."}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2231, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "Mais l'un n'empêche pas l'autre. Nous"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2320, "fin_caractere_exclue": 2361, "texte": "surveillerons le bonhomme et l'attendrons"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2417, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "à ses œuvres futures pour diagnostiquer"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2512, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "définitivement ce qu'il a dans la peau. Sou-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2604, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "haitons qu'il ne fasse point banqueroute"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2696, "fin_caractere_exclue": 2739, "texte": "l'Art comme la plupart de ses prédécesseurs"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2789, "fin_caractere_exclue": 2830, "texte": "qui eurent, du moins, le mérite de ne pas"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2881, "fin_caractere_exclue": 2924, "texte": "gonfler d'orgueil au point d'en péter comme"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2976, "fin_caractere_exclue": 3003, "texte": "la grenouille du Fabuliste."}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 3071, "fin_caractere_exclue": 3112, "texte": "Voici la pièce ! Et dire, que son auteur,"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 3157, "fin_caractere_exclue": 3202, "texte": "dans un discours (qu'on s'est accordé à trou-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 3249, "fin_caractere_exclue": 3290, "texte": "ver un peu longuet et margarineux) a fait"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 3341, "fin_caractere_exclue": 3381, "texte": "leçon à M. Gevaert en proclamant, contre"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 3432, "fin_caractere_exclue": 3475, "texte": "Musique, « qu'il n'y a que la ligne 1 » que"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 3522, "fin_caractere_exclue": 3564, "texte": "tout est « d'avoir de la ligne ! » Et ben,"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 3613, "fin_caractere_exclue": 3655, "texte": "merci ! T'as de la ligne, mon gentilhomme,"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 3702, "fin_caractere_exclue": 3743, "texte": "comme les z'homards y-z-ont des poils aux"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 3796, "fin_caractere_exclue": 3803, "texte": "pattes."}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 4257, "fin_caractere_exclue": 4298, "texte": "LA MUSIQUE A L'ACADÉMIE. — Le      diman-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 4351, "fin_caractere_exclue": 4388, "texte": "che 3 novembre, M. Gevaert, l'éminent"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 4443, "fin_caractere_exclue": 4483, "texte": "directeur du Conservatoire de Bruxelles,"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 4626, "fin_caractere_exclue": 4666, "texte": "président de l'Académie de Belgique pour"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 4718, "fin_caractere_exclue": 4758, "texte": "l'année courante, a prononcé un discours"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 4809, "fin_caractere_exclue": 4848, "texte": "sur la musique au XIXe siècle. Rarement"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 4994, "fin_caractere_exclue": 5036, "texte": "notre académie nationale a entendu d'aussi"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 5089, "fin_caractere_exclue": 5130, "texte": "intéressantes paroles. Esprit d'une vaste"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 5181, "fin_caractere_exclue": 5222, "texte": "compréhension et d'une érudition considé-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 5276, "fin_caractere_exclue": 5321, "texte": "rable, aussi accessible à toutes les nouveau-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 5461, "fin_caractere_exclue": 5503, "texte": "tés que prudent et judicieux dans le choix"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 5551, "fin_caractere_exclue": 5591, "texte": "de ses opinions, M. Gevaert sait obtenir"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 5610, "fin_caractere_exclue": 5652, "texte": "respect et l'admiration aussi bien de ceux"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 5704, "fin_caractere_exclue": 5745, "texte": "qui représentent dans les choses de l'art"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 97, "fin_caractere_exclue": 139, "texte": "nuance la plus conservatrice que des nova-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 211, "texte": "teurs les plus hardis."}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 297, "fin_caractere_exclue": 348, "texte": "a            Nous empruntons à l'Indépendance belge"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 398, "fin_caractere_exclue": 429, "texte": "le résumé de ce beau discours :"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 522, "fin_caractere_exclue": 563, "texte": "« La musique, l'art duXIXesiècle. » Cette"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 613, "fin_caractere_exclue": 660, "texte": "définition superlative n'a-t-elle rien de para-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 710, "fin_caractere_exclue": 755, "texte": "doxal? N'est-elle pas trop flatteuse pour les"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 805, "fin_caractere_exclue": 846, "texte": "musiciens? En se l'appropriant, l'orateur"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 896, "fin_caractere_exclue": 937, "texte": "paraît appréhender le reproche d'infatua-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 987, "fin_caractere_exclue": 1033, "texte": "tion professionnelle. Mais non, le fait est là"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1083, "fin_caractere_exclue": 1130, "texte": "qui frappe tous les yeux : de tous les arts, la"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1180, "fin_caractere_exclue": 1222, "texte": "musique est celui qui occupe la plus large"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1272, "fin_caractere_exclue": 1312, "texte": "place dans la vie contemporaine. Elément"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1362, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "obligé de distraction et de fête pour les"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1453, "fin_caractere_exclue": 1491, "texte": "masses, jouissance artistique pour une"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1541, "fin_caractere_exclue": 1582, "texte": "élite de plus en plus nombreuse, la musi-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1632, "fin_caractere_exclue": 1672, "texte": "que est passionnément aimée de nos popu-"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1722, "fin_caractere_exclue": 1764, "texte": "lations urbaines ; au théâtre, au concert,"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1814, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "dans la rue, partout elle attire la foule, à la"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 1911, "fin_caractere_exclue": 1950, "texte": "scène, le drame musical prend une place"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2000, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "prépondérante, menaçant de reléguer dans"}, {"page_pdf": 529, "page_imprimee": 482, "debut_caractere": 2090, "fin_caractere_exclue": 2133, "texte": "l'ombre la tragédie et le drame parlé. 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Ici un développement"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 134, "fin_caractere_exclue": 180, "texte": "sur le rôle de la musique à l'époque de l'hel-"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 223, "fin_caractere_exclue": 262, "texte": "lénisme classique, dans la Rome païenne"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 304, "fin_caractere_exclue": 320, "texte": "et au moyen âge."}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 403, "fin_caractere_exclue": 442, "texte": "Puis, l'orateur note ce phénomène, sans"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 487, "fin_caractere_exclue": 534, "texte": "analogue dansle passé, qui caractérise l'orien-"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 579, "fin_caractere_exclue": 622, "texte": "tation musicale de notre temps : les prédi-"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 668, "fin_caractere_exclue": 708, "texte": "lections vont aux formes qui exigent une"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 753, "fin_caractere_exclue": 798, "texte": "initiation technique. 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Et le directeur"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 1272, "fin_caractere_exclue": 1316, "texte": "du Conservatoire de Bruxelles fait une allu-"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 1327, "fin_caractere_exclue": 1368, "texte": "sion au Rheingold qui, sans entr'acte, et"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 1425, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "pendant deux heures et demie, attira, retint"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 1511, "fin_caractere_exclue": 1553, "texte": "et à plusieurs reprises ramena un nombreux"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 1600, "fin_caractere_exclue": 1640, "texte": "public. Il constate que le sentiment des"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 1684, "fin_caractere_exclue": 1726, "texte": "multitudes s'est ouvert plus largement aux"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 1771, "fin_caractere_exclue": 1814, "texte": "classiques du contrepoint : des maîtres in-"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 1862, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "connus d'hier figurent avec succès aux pro-"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 1952, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "grammes des concerts; toutes les manifes-"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 2036, "fin_caractere_exclue": 2083, "texte": "tations géniales de l'art sont accueillies avec"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 2128, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "une sympathie enthousiaste."}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 2229, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "Cette évolution du goût semble si incom-"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 483, "debut_caractere": 2314, "fin_caractere_exclue": 2356, "texte": "préhensible qu'on en nie la valeur. 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Arrivé"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 484, "debut_caractere": 4755, "fin_caractere_exclue": 4793, "texte": "« là, il me semble voir clairement que"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 484, "debut_caractere": 4879, "fin_caractere_exclue": 4922, "texte": "« chaque art demande, dès qu'il est aux li-"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 484, "debut_caractere": 4964, "fin_caractere_exclue": 5006, "texte": "ce mites de sa puiasance, à donner la main"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 484, "debut_caractere": 5051, "fin_caractere_exclue": 5098, "texte": "\" à l'art voisin, »                           —"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 106, "texte": "Or les poètes symbolistes ne se se sont        derne,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 139, "fin_caractere_exclue": 195, "texte": "pas adressés à la musique qui est vraiment       pousse,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 228, "fin_caractere_exclue": 280, "texte": "la musique.                                      des"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 319, "fin_caractere_exclue": 355, "texte": "Ils ont voulu faire de la musique au"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 409, "fin_caractere_exclue": 467, "texte": "moyen de la poésie seule.                        nouvelles"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 502, "fin_caractere_exclue": 551, "texte": "Ils ont ainsi conduit leur art au delà de     les"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 638, "fin_caractere_exclue": 644, "texte": "autres"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 682, "fin_caractere_exclue": 742, "texte": "ses limites, « dans l'incompréhensible, le       culisantes;"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 774, "fin_caractere_exclue": 829, "texte": "bizarre et l'absurde ».                          nesque"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 870, "fin_caractere_exclue": 925, "texte": "Tel est le tort des symbolistes, vers-li-     geoisisme"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 951, "fin_caractere_exclue": 964, "texte": "bristes, etc."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1094, "fin_caractere_exclue": 1097, "texte": "pas"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1186, "fin_caractere_exclue": 1193, "texte": "accorda"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1278, "fin_caractere_exclue": 1283, "texte": "vical"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1374, "fin_caractere_exclue": 1378, "texte": "qui,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1466, "fin_caractere_exclue": 1473, "texte": "forcent"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1560, "fin_caractere_exclue": 1563, "texte": "et,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1607, "fin_caractere_exclue": 1657, "texte": "LES CRIMINELS DANS L'ART. — M. Enrico          cer"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1695, "fin_caractere_exclue": 1758, "texte": "Ferri, professeur à l'Université de Rome, a      l'universalité"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1773, "fin_caractere_exclue": 1815, "texte": "donné à Bruxelles, le 28 novembre dernier,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1867, "fin_caractere_exclue": 1911, "texte": "une conférence sur les criminels dans l'art."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1912, "fin_caractere_exclue": 1954, "texte": "M. Ferri a obtenu un succès très vif, dû à"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1955, "fin_caractere_exclue": 2001, "texte": "la fois à son exotisme et à son talent de con-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2002, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "férencier. Le sujet qu'il a traité n'est pas"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2091, "fin_caractere_exclue": 2143, "texte": "précisément très neuf. La partie la plus ori- publié"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2178, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "ginale consistait à appliquer aux criminels   luxueuse"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2264, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "de l'art les divisions que l'école lombro-    1895."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2316, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "sienne a admises, dans la classification des"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2404, "fin_caractere_exclue": 2455, "texte": "criminels : les criminels-nés, les criminels-santes"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2493, "fin_caractere_exclue": 2543, "texte": "aliénés et les criminels par passion; et     d'une"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2579, "fin_caractere_exclue": 2631, "texte": "M. Ferri a indiqué dans Shakespeare trois    Murdoch"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2663, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "types correspondant à ces trois catégories : allongent,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2753, "fin_caractere_exclue": 2803, "texte": "Macbeth, criminel-né; Hamlel, criminel-      niers"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2843, "fin_caractere_exclue": 2891, "texte": "aliéné; Othello, criminel par passion.       qui"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2935, "fin_caractere_exclue": 2972, "texte": "Macbeth, criminel-né? hum ! hum! Mac-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3016, "fin_caractere_exclue": 3060, "texte": "beth ne tue pas pour tuer; c'est un brave et"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3106, "fin_caractere_exclue": 3149, "texte": "fidèle capitaine ; mais il est ambitieux et"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3195, "fin_caractere_exclue": 3240, "texte": "faible aux suggestions de sa passion, qui lui"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3282, "fin_caractere_exclue": 3323, "texte": "parle par la bouche de sa femme et par la"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3357, "fin_caractere_exclue": 3402, "texte": "voix des trois sorcières. Il tue pour devenir"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3486, "fin_caractere_exclue": 3529, "texte": "roi. L'ambition est une passion, tout comme"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3559, "fin_caractere_exclue": 3571, "texte": "la jalousie."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3652, "fin_caractere_exclue": 3691, "texte": "Passons. Dans le monde où l'on n'a rien"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3728, "fin_caractere_exclue": 3771, "texte": "lu, les thèses de M. Ferri ont provoqué des"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3804, "fin_caractere_exclue": 3846, "texte": "épilepsies d'enthousiasme. Une foule d'es-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3896, "fin_caractere_exclue": 3934, "texte": "thèbes découvraient Macbeth, Hamlet et"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3974, "fin_caractere_exclue": 4014, "texte": "Othello. Ils avaient, sans doute, mal lu"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4062, "fin_caractere_exclue": 4104, "texte": "Shakespeare et ignoraient certaines études"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4145, "fin_caractere_exclue": 4187, "texte": "qui, pour n'être point lombrosiennes, n'en"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4230, "fin_caractere_exclue": 4273, "texte": "sont pas moins fort intéressantes. L'Hamlet"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4320, "fin_caractere_exclue": 4358, "texte": "de M. Emile Montégut est de ce nombre."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4394, "fin_caractere_exclue": 4431, "texte": "Où allons-nous? Tandis que, devant la"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4484, "fin_caractere_exclue": 4523, "texte": "conférence de M. Enrico Ferri, M Picard"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4566, "fin_caractere_exclue": 4609, "texte": "crie d'admiration dans le Peuple, l'Art mo­"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 107, "fin_caractere_exclue": 138, "texte": "sous la plume de M. Ch. Gheude,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 196, "fin_caractere_exclue": 227, "texte": "à propos de la même conférence,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 281, "fin_caractere_exclue": 315, "texte": "gémissements douloureux. Ecoutez :"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 368, "fin_caractere_exclue": 408, "texte": "Ferri, dit M. Gheude, attaqua les écoles"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 468, "fin_caractere_exclue": 498, "texte": "— en peinture — et il eut pour"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 552, "fin_caractere_exclue": 588, "texte": "symboliques, les impressionnistes et"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 645, "fin_caractere_exclue": 681, "texte": "néophiles des paroles dures et ridi-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 743, "fin_caractere_exclue": 773, "texte": "disons plus : la critique pio-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 830, "fin_caractere_exclue": 866, "texte": "et la schlague prétentieuse du bour-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 926, "fin_caractere_exclue": 949, "texte": "impuissant et blagueur."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1002, "fin_caractere_exclue": 1044, "texte": "Chose étonnante, disons-nous, car n'est-il"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1098, "fin_caractere_exclue": 1136, "texte": "étrange de voir celui qui, en science,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1194, "fin_caractere_exclue": 1228, "texte": "ioute prédominance à l'examen cer-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1284, "fin_caractere_exclue": 1324, "texte": "et à l'abstraite pensée, déblatérer ceux"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1379, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "épris du mystérieux des choses, s'ef-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1474, "fin_caractere_exclue": 1510, "texte": "vers le pourquoi et le sens de tout,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1564, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "ayant la passion de la vue, veulent per-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1658, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "l'atmosphère englobant de son énigme"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1759, "fin_caractere_exclue": 1772, "texte": "du mouvement?"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 1824, "fin_caractere_exclue": 1866, "texte": "Ah ! le bon Fridolin et le méchant Ferri !"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2051, "fin_caractere_exclue": 2090, "texte": "Les collaborateurs de The Evergreen ont"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2144, "fin_caractere_exclue": 2177, "texte": "les deux premiers volumes de leur"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2233, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "édition : Printemps et automne"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2365, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "Le premier volume contient d'intéres-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2456, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "proses et plusieurs pièces lyriques"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2544, "fin_caractere_exclue": 2577, "texte": "grande perfection. M. W.-G. Brom-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2632, "fin_caractere_exclue": 2661, "texte": "développe, dans ses Jours qui"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2719, "fin_caractere_exclue": 2751, "texte": "l'influence des effluves printa-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2804, "fin_caractere_exclue": 2841, "texte": "sur le jeune peintre Mark et sa femme"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2892, "fin_caractere_exclue": 2931, "texte": "vont revivre les impressions d'avant le"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 2973, "fin_caractere_exclue": 3015, "texte": "renouveau en un pays encore glacé où finit"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3061, "fin_caractere_exclue": 3105, "texte": "par éclore toute fraîche l'œuvre tant litté-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3150, "fin_caractere_exclue": 3194, "texte": "raire que pictural du jeune artiste. Ensuite"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3241, "fin_caractere_exclue": 3281, "texte": "voici de délicieux vers de Hugo Laubach,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3324, "fin_caractere_exclue": 3356, "texte": "un Chant de jeunesse où il dit :"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3457, "fin_caractere_exclue": 3485, "texte": "Venez couronner le printemps"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3547, "fin_caractere_exclue": 3558, "texte": "De lauriers"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3613, "fin_caractere_exclue": 3647, "texte": "Comme les poètes et les chevaliers"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3706, "fin_caractere_exclue": 3726, "texte": "Aux lèvres de corail"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3785, "fin_caractere_exclue": 3803, "texte": "Décrétant la joie."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3853, "fin_caractere_exclue": 3894, "texte": "A citer aussi Germinal, Floréal, Prairial"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 3935, "fin_caractere_exclue": 3972, "texte": "d'Arthur Thomson; Un soir de juin, de"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4015, "fin_caractere_exclue": 4060, "texte": "Gabriel Setoun, c'est le roman d'une fillette"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4105, "fin_caractere_exclue": 4143, "texte": "souffrante qui meurt dans le rêve d'un"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4188, "fin_caractere_exclue": 4228, "texte": "amour ignoré; le Printemps au Languedoc,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4274, "fin_caractere_exclue": 4318, "texte": "de Dorothy Herbertson; la Vie et sa science,"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4366, "fin_caractere_exclue": 4389, "texte": "de Patrick Geddes, etc."}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4440, "fin_caractere_exclue": 4481, "texte": "L'édition si évocative d'anciennes publi-"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4524, "fin_caractere_exclue": 4563, "texte": "cations sur parchemin est ornée de fort"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 485, "debut_caractere": 4610, "fin_caractere_exclue": 4652, "texte": "jolies lithographies sur bois et de divers"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 88, "texte": "dessins : la Natura Naturans, de Robert"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 145, "fin_caractere_exclue": 187, "texte": "Burns est très décorative mais un peu trop"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 333, "fin_caractere_exclue": 373, "texte": "japonisante et la figure nue comme thème"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 426, "fin_caractere_exclue": 468, "texte": "principal est d'une esthétique trop libre;"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 523, "fin_caractere_exclue": 564, "texte": "Apollos school day et Out-faring, de John"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 619, "fin_caractere_exclue": 659, "texte": "Duncay, Cubs, de Wals, et When the girls"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 802, "fin_caractere_exclue": 841, "texte": "corne out to play, de Charles-H. Mackie"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 842, "fin_caractere_exclue": 885, "texte": "nous paraissent être les plus intéressants."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 888, "fin_caractere_exclue": 923, "texte": "Nous recevons à l'instant le second"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 924, "fin_caractere_exclue": 961, "texte": "volume : Automne. Nous le signalerons"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1014, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "dans notre prochain numéro."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1387, "fin_caractere_exclue": 1427, "texte": "L'éditeur Chamuel annonce, pour paraître"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1482, "fin_caractere_exclue": 1527, "texte": "le 15 janvier, les Petites Proses, de Georges"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1574, "fin_caractere_exclue": 1614, "texte": "Oudinot. Ce volume sera présenté par une"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1671, "fin_caractere_exclue": 1713, "texte": "préface de Louis-Pilate de Brinn' Gaubast."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2160, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "En janvier sera mise en vente la traduc-"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2251, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "tion-édition critique des Maîtres-Chanteurs"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2344, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "de Nürnberg. Comme celle de la Tétralogie"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2437, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "elle est due à Louis-Pilate de Brinn' Gau-"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2527, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "bast; comme elle, publiée chez Dentu;"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2624, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "comme elle, accompagnée d'un Avant-"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2716, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "propos et d'une Annotation philologique"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2809, "fin_caractere_exclue": 2850, "texte": "du traducteur; comme elle, enrichie d'une"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2903, "fin_caractere_exclue": 2943, "texte": "étude et d'un commentaire musicogaphique"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2997, "fin_caractere_exclue": 3024, "texte": "signés d'Edmond Barthélémy."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3269, "fin_caractere_exclue": 3304, "texte": "Une amusante prière de M. Jules Le-"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3361, "fin_caractere_exclue": 3396, "texte": "maître dans le Journal des Débats :"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3460, "fin_caractere_exclue": 3498, "texte": "« Seigneur, préservez-moi de la lourde"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3548, "fin_caractere_exclue": 3590, "texte": "manie d'assigner des rangs, à tout propos,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3628, "fin_caractere_exclue": 3672, "texte": "et de distribuer des prix d'un air assuré et"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3673, "fin_caractere_exclue": 3718, "texte": "péremptoire ; faites que je sente toujours la"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3719, "fin_caractere_exclue": 3767, "texte": "risible suffisance qu'il y a à dire : « Ceci est"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3768, "fin_caractere_exclue": 3812, "texte": "la pièce de ces dix dernières années », ou :"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3813, "fin_caractere_exclue": 3857, "texte": "«Un seul homme possède le style du théâtre»,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3858, "fin_caractere_exclue": 3903, "texte": "ou : « Ce drame anglais de la fin duXVIIesiè-"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3904, "fin_caractere_exclue": 3949, "texte": "cle surpasse et efface Shakespeare, et il s'y"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3950, "fin_caractere_exclue": 3993, "texte": "trouve une scène qui est la plus extraordi-"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3994, "fin_caractere_exclue": 4039, "texte": "naire et la plus puissante de tout le théâtre"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 4040, "fin_caractere_exclue": 4079, "texte": "ancien et moderne. » Comme si nous pou-"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 100, "fin_caractere_exclue": 144, "texte": "vions savoir ces choses-là, et comme si nous"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 196, "fin_caractere_exclue": 235, "texte": "pouvions être sûrs d'autre chose que de"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 287, "fin_caractere_exclue": 332, "texte": "l'impression que telle œuvre a faite sur nous"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 384, "fin_caractere_exclue": 425, "texte": "à tel moment! Montrez-moi bien, Seigneur,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 477, "fin_caractere_exclue": 522, "texte": "la vanité de pareils jugements et laissez-moi"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 574, "fin_caractere_exclue": 618, "texte": "goûter l'innocent plaisir de voir ces arrêts"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 670, "fin_caractere_exclue": 710, "texte": "rendus précisément par des gens aux yeux"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 762, "fin_caractere_exclue": 801, "texte": "de qui tout professeur est un cuistre »"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 978, "fin_caractere_exclue": 1013, "texte": "L'Art de parler, par Emile Sigogne,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1065, "fin_caractere_exclue": 1107, "texte": "chargé du cours d'éloquence à l'Université"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1159, "fin_caractere_exclue": 1195, "texte": "de Liége. Bruxelles, Paul Lacomblez."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1250, "fin_caractere_exclue": 1288, "texte": "Bien des ouvrages spéciaux traitent de"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1340, "fin_caractere_exclue": 1383, "texte": "l'art de la parole; mais chacun se limitant"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1435, "fin_caractere_exclue": 1481, "texte": "à une des parties de cet art, reste incomplet."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1533, "fin_caractere_exclue": 1573, "texte": "M. Sigogne a réuni dans cet ouvrage tout"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1625, "fin_caractere_exclue": 1670, "texte": "ce qui est essentiel à la culture de l'art de"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1722, "fin_caractere_exclue": 1768, "texte": "parler : émission de la voix, diction, articu-"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1820, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "lation, lecture et déclamation, respiration,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 1916, "fin_caractere_exclue": 1961, "texte": "physiologie et hygiène de la voix et de l'ap-"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2013, "fin_caractere_exclue": 2059, "texte": "pareil vocal, etc. Il passe ensuite à l'éduca-"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2111, "fin_caractere_exclue": 2156, "texte": "tion oratoire proprement dite, et après avoir"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2208, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "développé les règles de l'improvisation et"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2302, "fin_caractere_exclue": 2343, "texte": "de la composition du discours, il aborde,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2395, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "comme complément indispensable, l'analyse"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2488, "fin_caractere_exclue": 2526, "texte": "de l'éloquence dans ses genres divers."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2580, "fin_caractere_exclue": 2623, "texte": "Ce livre, bien fait, sera le bienvenu en ce"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2675, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "temps où chacun s'occupe chaque jour da-"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2767, "fin_caractere_exclue": 2808, "texte": "vantage des affaires publiques. Outre les"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2860, "fin_caractere_exclue": 2902, "texte": "professionnels, il intéresse tous ceux qui"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 2954, "fin_caractere_exclue": 2996, "texte": "ambitionnent la mission de nous instruire,"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3048, "fin_caractere_exclue": 3093, "texte": "de nous diriger, de débattre à un titre quel-"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3145, "fin_caractere_exclue": 3172, "texte": "conque nos intérêts divers."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3252, "fin_caractere_exclue": 3265, "texte": "(Communiqué.)"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3322, "fin_caractere_exclue": 3360, "texte": "ARTE, revue internationale d'art et de"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3412, "fin_caractere_exclue": 3456, "texte": "littérature; directeurs, MM. E. de Castro et"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3508, "fin_caractere_exclue": 3547, "texte": "M. da Silva Moreno. Coïmbra (Portugal)."}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 486, "debut_caractere": 3599, "fin_caractere_exclue": 3627, "texte": "Augusto d'Oliveira, éditeur."}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-018", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 487, "page_fin": 490, "titre_corps": "Table alphabétique des matières", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Anonyme", "ancre_debut": "TABLE ALPHABÉTIQUE", "ancre_fin": "Memento", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 534, "page_imprimee": 487, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 3847, "texte": "TABLE                              ALPHABÉTIQUE\n                                            DES MATIÈRES\n                     CONTENUES DANS LE TOME QUATORZIÈME DE\n\n                                      LA JEUNE            BELGIQUE\n\n\n                    A l é r i e l (Paul).                          C a r t u y v e l s (Maurice).\nL'Ame en exil :                                           La Mort du Basileus Nicéphore              .    50\n Prélude                                            57    Le Sorbet                                      121\n L'Eau du soir                                      58    Vers :\n Sagesse .                                          59      Hymne à la mer                               322\n Le Voyageur solitaire               . . . .        59      Le Décaméron                                 323\n Prière naïve                                       60      Sur un portrait de la Joconde .              323\n L'Ame en exil                                      61      Saint-Simon                                  365\n La Voix du souvenir                                62      Don Quichotte                                365\n Réveil   .     .     .                             62      Adieu au navire                              366\n                                                            Laocoon                                      426\n                    A n s e l (Frans).                      Tapis de Salon                               427\nLes Tendresses vagues :                                      C a r t u y v e l s (M.) et W i e n e r (P.)\n  Des fleurs dans les cheveux .                 .   207\n                                                          La Répétition interrompue.        .   .    .   299\n  En extase                                         207\n  Défaillance                                       208               de Castro (Eugenio).\n  Amour silencieux                                  208\n                                                          Obscurité                                      206\n  Convalescence                                     282\n                                                          Bal masqué                                     206\nLes Deux Exils :\n                                                          Présage                                        207\n  Nostalgie                                         367   Sagramor                                       433\n  L'Asile indifférent                               367\nVers :                                                                 Closson (Ernest).\n Sous les Peupliers                                 427   Chroniques musicales . 91, 159, 224, 258\n  Renoncement                                       428   L'Album de la Jeune Belgique . . 445\n Funérailles blanches                               428\n                                                                   de Croisset (Francis).\n  La Mer décevante                                  429\n  Résignation                                       429   L'ogresse                                      369\n  La Couronne d'ombre                 . . . .       431 Vers :\n                                                          Deux sonnets cruels                            435\n              B e r n a e r t (Edouard).                  Rêve épique                                    436\nVers :                                                    Hymne à Vénus                                  436\n  Le Premier Ami                                    287   Hautbois d'amour.   .              . . .       437\n  Mon cheval                                        288   Fatigue                                        438\n  Le Tombeau du croyant . . . .                     288   Mandarine                                      438\n"}, {"page_pdf": 535, "page_imprimee": 488, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5629, "texte": "                                                 — 488 —\n\n           D e l a t t r e (Louis).                       II. Les Villages illusoires . . .      145\nLe Conte de la petite vieille au chien.           25    France et Allemagne                      166\n                                                        Odelettes païennes :\n             D e l v i l l e (Jean).                      A Reine                                177\nLe Soir surnaturel                                51      A Albert Chapeaux                      178\n                                                          A Valere Gille                         179\nVers :\n                                                          A Marthe     . . . .         . . .     179\n Aurora                                           212\n                                                          A André Ruyters                        180\n Promo liber                                      213\n                                                          A une jeune            fille           180\n  Le Veau d'or                                    213\n                                                          A Ernest Verlant                       181\n Le Livre sacré                                   214\n                                                          A Robert                               182\n La Parole du Poète                               442\n                                                          A Albert Giraud                        183\n  Magica                                          443\n                                                        M. Mirbeau et la Jeune Belgique.     .    184\n  Nature                                          443\n                                                        Un tableau de Memling                    215\n  Le Sourire du cadavre          . . . .          444\n                                                        Salan :\n      D e s c a m p s (E.) (Chevalier).                   Messe d'orgueil                         239\n                                                          Jouvence                                240\nL'Apôtre                                           50\n                                                          La Chanson des forges . . . .           240\n             D e s t r é e (Jules).                       Charité                                241\n                                                          Roses saintes                          242\nNotes sur les Primitifs d'Espagne            .     82\n                                                          Satan                                  243\n                     Dick.                                Monfils                                243\n                                                        Quelques propos                          283\nLes Petites Chapelles et leurs grands\n                                                        Chronique littéraire                     294\n  maîtres                                         439\n                                                        Le Cerisier fleuri :\n            D u p o n t (Arthur).                         Floréal                                307\nL'Enfant royal                                     85     Madrigal                               308\n                                                          Certitude                              308\n           E e k h o u d (Georges).                       Ecrit sur un livre                     309\n                                                          La Feuille de saule                    309\nLa Dernière Lettre du matelot            .   .      5     Prosit!                                310\n              Gilkin ( I w a n ' .                        A un poète outragé                     310\n                                                          Mauvaise humeur                        311\nSatan :                                                   L'Amoureux                             311\n  La Chimère..    .                                75     Ardeur                                 311\n  L'Amour fossoyeur          .   .   .   .         76     Lied de mai                            312\n  L'Église                                         77     En marche                              313\n  Printemps    . .                                 78     Chant d'amour                          313\n  Boissons                                         78     Chevauchée                             314\n  Fleurs humaines                                  79     Le Pécheur                             315\n  Le Mépris                                        80   Le Vers libre                            315\n  Le Moribond                                      80   La Poésie nouvelle                       339\n  Le Sculpteur                                     81   Lamentable reculade                      371\nOdelettes païennes :                                    Quinze années de littérature . . .       393\n  A mes amis                                      106   Satan :\n  A Berthe                                        102     L'Escalier du cœur                     448\n  A Léandre                                       108     A utrefois                             449\n  Worlds fair                                     109     Le Démon du Calvaire      . . . .      450\nDeux livres belges :                                      Hymne                                  454\n  I. Imogene                                      139     Le Martyr                              454\n"}, {"page_pdf": 536, "page_imprimee": 489, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4628, "texte": "                                    -     489     -\n\n            Gille (Valère)                      Pindare                               412\n                                                Sur Eros endormi                      413\nPoèmes et Odelettes :\n                                                Epithalame                            413\n Eglogue                                  20\n                                               Le Présent                             413\n L'Aube. .                               20\n                                             Le Collier d'opale :\n Le Jour                                 21\n                                               La Clairière                           414\n La Nuit                                 21\n                                               La Toile d'araignée                    415\n A un ami                                21\n                                               L'Églantier.        . . . . . .        415\n  L'Archer                               22\n                                               Rêverie                                415\n Jeune Dieu                              22\n                                               Crépuscule .                           416\n Joueur de flûte                         23\n                                               L'étang                                416\n  Conseil                                24\n                                               Les Ecoliers                           416\nSonnets :                                      Les Corolles d'azur                    417\n Epigramme antique                      133    La Pluie desfleurs     . , . . .       417\n  Gloire                                133 Chroniques littéraires . 122, 218, 252, 329,\n  Hommage                               134                                          469.\n Immortalité......              .       134\n  Mansuétude                    .       135              Giraud (Albert).\n Les Docteurs de la loi . . . .         135 Dédicace obscure                           74\n Les Prophètes . . .         .          436 Rupture                                   197\n Le Dieu noir                           136 A propos d'un livre nouveau . , .         246\n La Tête de mort . .       . .          137 La Littérature chez les 5pillebout. .     274\n L'Église                       .       137 Le Tombeau de Baudelaire . . .            373\n  Tombeau du Christ                     138 Alexandre Dumas               fils        418\n  Vanité                                138\n Malédiction                            203                Goffln (Arnold).\n Révolte . . .                          204\n                                             Proses lyriques :\n A Louis Delattre                       204\n                                               Mirage                                  36\nVers :                                         L'Enfant prodigue      . . . : .      209\n L'âge d'or                             267    Impression obscure                     210\n Sophocle                               268     Vénus            florentine          211\n Χαιρε                                  269 En route                                  235\n Hymne dionysiaque . . . . .            269 Charles Baudelaire                       373\n Idylle                                 270 Chroniques littéraires . . 87, 186, 291,\n Epigramme votive                       271                                     324, 377\n Epigramme funéraire    . . . .         272\n                                                         Guillon (Adrien)\n Anacréon                               272\n La Fauvette                            273 La Veille                                289\n Méléagre                               273 Sensations brugeoisεs                    362\n Odelettes arlequines :\n A un conteur wallon                    347            H o u s s a y e (Arsène).\n Projection lumineuse                   349   Leconte de Lisle                         456\n Au poète A. Giraud                     350\n L'Horloge                              351            L a Jeune Belgique\n  Femmes savantes                       353\n Les Jeunes Files                       356   Le Budget des Beaux-Arts . . . .         175\n Banqueroute                            358   Notre transformation                     391\n Au matin                               360\n                                                       G. M. S. (Kalophile).\nHellas :\n  La prière d'Hippolyte . . . .         411   Chroniques artistiques . . . .       221,379\n"}, {"page_pdf": 537, "page_imprimee": 490, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2648, "texte": "                                                  490 —\n\n               Kalophile.                                         S é v e r i n (Fernand).\nChronique artistique . . .           94, 162, 191     Vers :\n                                                       Ephémère\n               K r a i n s (Hubert).                   L'Etranger\nLe Vagabond                                 .    38\n                                                                    T a l l e n a y (J. de)\n                  Mourzouck.                           Rêve brisé\nLe Coq rouge                                    217\n                                                                      Tutchew.\n                N o r d a u (Max).                            (Traduction de L. Wallner)\nDégénérescence                                  115     Poésies\n\n          O m b i a u x (des) (Maurice).                       V a n de P u t t e (Henri)\nLa Sorcière de Piéton                            63     En regardant le soleil.      .\nLe Diable chez Tave Nicole         . . .        101\n                                                                   V a z y (Ethelred).\n                Orban (Victor).                         Pour quelques bons amis. .\nVers :\n Aziyadé                                        369                V e r l a n t (Ernest).\n L'Oued-el- Ain                                 370    Histoire de la Littérature français\n                                                         hors de France      . . . . ' .\n              P i e r r o n (Sander).\n                                                                    V i a n e (Charles)\nDavid.                                           53\n                                                       Au moulin\n               Pierrot Lunaire.                        Hérodiade\nBallade du désir de Mme I. Will                        Les Ruches\n\n                                                                  V i e r s e t (Auguste).\n              Pignolle-Dufrane.\n                                                       Le Douar\nDescente d'Amatrice        . . . .              248\n                                                                  W a l l n e r (Léopold).\n          R e m o u c h a m p s (Victor).\n                                                       Voir    Tutcheiv.\nL'Idéal                                          86\n                                                                           Nemo.\n               R o m a n (Julien).                     Memento 97, 129, 163, 194, 229,2\nAspiration                                      248                                      333- 3\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-205", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ ÉDITEUR D", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 538, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1288, "texte": "LACOMBLEZ\n      É D I T E U R D E LA J E U N E                  BELGIQUE\n                      31, rue des Paroissiens,    3r\n                              BRUXELLES\n\n\n                 VIENNENT DE PARAITRE\n                        Fernand S E V E R I N\n\n      UN CHANT DANS L'OMBRE\n                                   POÉSIES\n                   Un volume in-32 raisin. Prix : 3 francs.\nII a été tiré : 5 exemplaires sur papier du Japon des manufactures impé-\n                     riales, à                                fr.  12 »\n                15 exemplaires sur papier de Hollande Van Gelder.   6 »\n\n\n                         Edmond PICARD\n\n         VIE                SIMPLE\n    Nouvelle édition. Un volume petit in-12       .     .   .   . fr.   2 »\n\n\n                          Paul     ARDEN\n\n       PAR LES CHEMINS\n             Un volume petit in-12    .   .   .   . fr.     2 50\n\n\n                   A. GALLOY & J. MOLLOY\n\n   AU P A Y S D E B E A U M O N T\n                             POÉSIES\n             Un volume in-18 Jésus . .        .   . fr.     2 50\n\n\n                          Hubert KRAINS\n\n  HISTOIRES LUNATIQUES\n             Un volume in-18 jésus    . . . .         fr.   3 »\n\n\n                         Jules DESTRÉE\n\n    UNE CAMPAGNE AU PAYS NOIR\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-belgique-1895-11-n11-12-206", "volume": "ELB-ULB-516421-1895-001-014_f", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2012/ELB-ULB-516421-1895-001-014_f.pdf", "ocr_sha256": "0d2e6793b05e55873cf097689435f81a174a0f4fd792afad2ec71934b2a473a1", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Catalogue de la librairie Paul Lacomblez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LACOMBLEZ, éditeur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 539, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 7045, "texte": "LACOMBLEZ, éditeur\n               31, RUE DES PAROISSIENS, BRUXELLES\n\nArden (P.). Par les chemins . . . fr. 2 50          Itiberê da Cunha (J.). Préludes . . fr. 3 »\nBaudoux (F.). Rythmes vieux, gris et                Jenart (Aug.). Le Barbare                     2 »\n  roses                                      2 »    Jeune Belgique (Le Parnasse de la). . 7 50\nBrabant (V.). Notes de voyage . . .          1 »    Journal d'une ignorante : Sur les Golfes 1 50\nBloy(Léon). Le Pal (4 num.), très rare. 4 »         Justus Severus Africus                        1 »\n  Les 3 premiers numéros ensemble 1 »               Kahn (Gustave). Chansons d'amant. . 3 50\nBoschot (A,'. Faunesses et bacchantes. 1 50               —         Les Palais nomades . . 3 50\n               Matin d'automne . . .         1 50   Krains (H.). Histoires lunatiques . . 3 »\n     —         Rêves blancs      . . . . 4          Lacomblez (Paul). Jeunes filles . . .         2 »\nBosiers (E.). Harald-Roi                     2 »          —         Loth et ses filles . . .      2 »\nCarnet de chasse illustré                   15 »    Landoy (Eug.). Evocations                     3 50\nCasier (J.). Flammes et flammèches . 1 50                 —         Maître Martin . . . . 0 50\nChainaye (H.). L'Ame des choses . . 3 »             Lautréamont (comte de). Les Chants de\nCourouble (L.). Contes et souvenirs. . 3 50            Maldoror                                   3 50\nCudell (Ch ). Printemps sombre. . . 2 »             Lemonnier (C.) Paroles pour Georges\nDaCosta(G.) Grammaire en portefeuille o 50                          Eekhoud                    : 0 50\nDaxhelet (A ) Pages de tendresse vague 3 50               —         Discours d'inauguration\n     —         Nouvelles de Wallonie . 3 50            du monument Ch. De Coster, avec\nDe Coster (Ch.). La Légende d'Ulen-                    extraits d'« Ulenspiegel » et por-\n          spiegel                            5 »       trait de Ch. De Coster . . .             .050\n     —          Légendes flamandes . . 3 50         Maeterlinck (Maurice). Les Aveugles\n                   (Voir Lemonnier.)                                (L'Intruse, Les Aveugles) 3 »\nDelattre (Louis). Contes de mon village 3 50              —         La Princesse Maleine. . 3 50\n     —        Les Miroirs de jeunesse . 3 50                        Serres chaudes . . . .        3 »\nDelville (J.). Les Horizons hantés . . 3 50               —         L'Ornement des noces spi-\nDe Haulleville (baron P.). En vacances. 3 50                           rituelles                 4 »\n     —       Portraits et silhouettes, 2 v. 7 »           —         Les Sept Princesses . . 2 »\n     — .J.-M.-J. Bodson. L'Apos-                          —         Pelléas et Mélisande . . 3 50\n                talat chez les Civilisés. 4 »                          (Voir Emerson.)\nDemolder (E.) Contes d'Yperdamme . 3 »                    —         Les Disciples à Sais et les\n     —          Impressions d'Art. . . 3 »             fragments de Novalis                       4 »\n     —          James Ensor . . . .          3 »    Mallarmé. Villiers de l'Isle-Adam . . 3 »\nDe Mallessan. Petite Cousine, comédie. 2 »          Maubel (Henry). Miette                        2 50\nDe Régnier (H.). Le Bosquet de Psyché 2 »                 —         Etude de jeune fille . . 3 50\nDe Tallenay (J.). L'Invisible . . . . 3 50                —         Quelqu'un d'aujourd'hui . 3 50\nDesombiaux (M.). Vers de l'espoir . . 2 »                 —         Une mesure pour rien          1 »\nDestrée (Jules). Journal des Destrée         1 »    Picard (E.). El Moghreb al Aksa . . 4 »\nDulac (Paul). Vingt-cinq sonnets . . 1 50                 —         Scènes de la vie judiciaire 4 »\nDupont (A.). L'Envol des rêves . . .         2 «          —         Vie simple                    2 »\nEekhoud(Georges)Nouvelles Kermesses 3 50                  —         Imogène, 1 vol. format\n      —        La Nouvelle Ca/thage. . 4 »                              eucologe                  4 »\n      —        Les Fusillés de Malines . 3. 50            —          Comment on devient so-\n      —        Au siècle de Shakespeare. 3 »                            cialiste                  2 50\n      —        Kees Doorik                   3 5°         —             Id. (édition populaire) 0 75\n      —        Kermesses                     5 »     Pierron (Sander). Pages de Charité . 3 50\n      —        Mes Communions . . .          5 »     Philopator. Libres propos d'un belge. 1 »\nElskamp (Max). Dominical . . . .             2 »     Pléiade (La). Première année (1889) . 3 »\n      —        Salutations, dont d'angé-             Poe (Edgar). Poésies complètes. . . 2 »\n   liques                                    3 50    Rodenbach Le Foyer et les champs . 1 »\n      —        En Symbole vers l'Apos-               Rommelaere (J.) Ma semaine, 1892-93. 2 »\n   tolat                                     3 50          —         Ma semaine, 1894 . . .       2 »\nEmerson. Sept Essais, avec préface de                Severin (Fernand). Le Lys                    2 »\n   Maeterlinck                               3 50            —              Le Don d'enfance . 2 »\nGalloy (A.). Au pays de Beaumont. . 2 50                  —          Un chant dans l'ombre . 3 »\nGarnir (Georges). Les Charneux. . . 3 50            Sigogne (E.). Contes merveilleux . . 3 »\n      —        Contes à Marjolaine        . 3 50    Sluyts(Ch.). L'Appel des voix . . .           2 «\nGilkin (Iwan). Stances dorées . . .           1 »          —         Notes d'être                 3 »\nGille(Valère) Le Château des merveilles 2 »         Tordeus (J.). Manuel de prononciation 2 »\nGiraud (Albert). Hors du siècle . . .        3 50    Van Doorslaer (H.). Sur l'Escaut. . . 3 50\n      —        Hors du siècle. II : Sous             Van Lerberghe (Ch.). Les Flaireurs. . 1 »\n                  la Couronne. Devant le             Verhaeren (E.). Les Apparus dans mes\n                  Sphynx                     3 00                       chemins                   2 »\n      —        Pierrot lunaire . . . .       2 »          —          Les Moines                   3 »\n                                                                                      rcs\n      —'       Pierrot Narcisse . . .        2 »     Villiers de l'Isle-Adam. Premiè Poésies 3 50\n      —        Dernières Fêtes. . . .        2 »                     Morgane                      5 »\n      —        Le Scribe                     1 »     Wagner (R.). L'Œuvre et la mission de\nHannon (Théo). Noëls fin de siècle . . 3 »              ma vie (derniers exemplaires) . . 4 »\n      —        Au pays de Manneken-Pis 4 »           Waller (Max). La Flûte à Siebel. .           3 50\nHanneuse (0 ). La Reine Aléna. . (souscrit).               —         Daisy                        3 »\n      —        Sorella                       2 50    X. Y. Religion et progrès . . . (épuisé)\n\n                     Bruxelles. — ImprimerieVeMonnom, 32, rue de l'Industrie\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 436, "texte": "Nov.-Déc. 1895.                       TOME XIV. — Nos 11-12                                    15 me Année.\n\n\n\n\nLA\n       JEUNE\n                    BELGIQUE\n                                         SOMMAI R E :\n           Notre transformation                                        LA J E U N E BELGIQUE.\n           Quinze années de littérature                                IWAN GILKIN.\n           Vers                                                        VALÈRE GILLE.\n           Alexandre Dumas                                             ALBERT GIRAUD.\n           Sonnets                                                     MAURICE CARTUYVELS.\n           Vers                                                      - FRANZ ANSEL.\n           Sagramor (Traduction par L . - P . de Brinn' Gaubast et\n                         Ph. Lebesgue)                                EUGENIO DE CASTRO.\n           Vers                                                       FRANCIS DE CROISSET.\n           Les Petites chapelles et leurs grands maîtres . . . .      DICK.\n           Les Ruches                                                 CHARLES VIANE.\n           Vers                   .                                   JEAN DELVILLE.\n           L'Album de la Jeune Belgique                               ERNEST CLOSSON.\n           Satan                   '.'                                IWAN GILKIN.\n           Le conte de Lisle .                                         HENRY HOUSSAYE.\n           Chronique littéraire :\n                Un critique belge : M. Eugène Gilbert . . . .         VALÈRE GILLE.\n           Chronique artistique. .                                    G. M. S.\n           Memento                                                    NEMO.\n           Table des matières.\n\n\n\n\n              REDACTION                                                     BRUXELLES\n110,   R U E DE LA L IM IT E ,   BRUXELLES.                            PAUL LACOMBLEZ, ÉDITEUR\n                                                                            3I, rue des Paroissiens\n                                                                                  PARIS\n         NUMÉRO DOUBLE                                               CHAMUEL,        LIBRAIRE-ÉDITEUR\n                                                                              25, rue de Trévise\n                  fr. 1-50.\n                                                                                     1895\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "   BELGIQUE\n\n\n\n\n                                                                           BELGIQUE\n                               N E CRAINS\n\n\n\n\n                                                                 JEUNE\n              JEUNE\n                      LA\n\n\n\n\n                                                            LA\n                               N E CRAINS\n\n          Revue mensuelle de littérature et d'art,\n                           PARAISSANT LE 5 DE CHAQUE MOIS\n\n   Fondateur : MAX W A J L L E R (MAURICE W A R L O M O N T )\n           Directeur : IWAN GILKIN, 110, rue de la Limite.\n                 7 francs par an — Union postale, fr. 8-50.\n    Pour tout ce qui concerne l'Administration de la Revue, s'adresser\n                 à M. Hubert VAN DIJK, 65, rue Herry.\n\n\n\n   GIL H LAS,          journal quotidien français, boulevard             des Capu­\ncines, 16, à Paris.\n\n\n  LA J E U N E B E L G I Q U E est en vente à Bruxelles: Chez Lacom-\nblez, 31, rue des Paroissiens, chez Rozez, à l'Office de Publicité et chez\nIstace, Galeries Saint-Hubert.\n  A Gand ; Chez Hoste, rue des Champs.\n  A Anvers : Chez Smeding, 44, marché Saint-Jacques.\n\n\n\n   Quel est l'homme politique, l'écrivain, l'artiste qui ne souhaite savoir\nce que l'on dit de lui dans la presse?.Mais le temps manque pour de telles\nrecherches.\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E , fondé en 1889, 21, boulevard\nMontmartre, à Paris, par M. GALLOIS, a pour objet de recueillir et de\ncommuniquer aux intéressés les extraits de tous les journaux du monde sur\nn'importe quel sujet.;\n   Le COURRIER D E LA P R E S S E lit 6,000 journaux par jour.\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "  NOTRE TRANSFORMATION\n   La J E U N E BELGIQUE clôt sa première série. Elle cesse d'être\nmensuelle, elle devient hebdomadaire.\n   La raison de ce changement? Elle se trouve dans notre désir\nde donner plus d'extension à nos articles de critique et d'esthé-\ntique.\n\n\n         LA JEUNE BELGIQUE HEBDOMADAIRE\nparaîtra en fascicules de 8 pages, du format de la Revue bleue,\nin-4° à deux colonnes, avec couverture de couleur. Chaque\nnuméro renfermera un ou plusieurs articles d'esthétique ou de\ncritique, les comptes rendus des derniers ouvrages de littéra-\nture et d'art, des concerts, des représentations dramatiques,\ndes salons de peinture et de sculpture, des expositions particu-\nlières, un bulletin bibliographique très soigné, de nombreuses\n informations artistiques, des correspondances spéciales d'Alle-\n magne, d'Italie, du Portugal, de Russie, d'Angleterre, de\n Norvège, etc\n                                                            25\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "                           — 392 —\n\n  Tous les trois mois, paraîtra\n\n\n   Un numéro anthologique\nexclusivement composé de morceaux choisis de nos meilleurs\npoètes et prosateurs.\n  Le dernier de l'année formera un magnifique\n\n\n     Album de la Jeune Belgique\nde 5o pages, ou plus, qui sera distribué gratuitement à tous\nnos abonnés.\n\n\n  L a Jeune Belgique hebdomadaire\ncoûtera 10 francs l'an. Toutefois pour\n\n       NOS ANCIENS                     ABONNÉS\nle prix reste fixé, pour 2 ans au moins, à 7 francs.\n   Et cependant\n\n\n    LA JEUNE BELGIQUE HEBDOMADAIRE\ncontiendra deux fois plus de papier et de texte que la Jeune\nBelgique mensuelle.\n\n                                    LA J E U N E BELGIQUE\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                                  -   393   -\n\n\n\n QUINZE ANNÉES DE LITTÉRATURE\n               Quinze années!... Qu'il est loin, ce beau jour de printemps,\n                où, à demi-couché dans le wagon qui me ramenait, étudiant\n                ambulant que j'étais, de Louvain à Bruxelles, je feuilletais\n                curieusement les premières livraisons d'une petite revue litté-\nraire qui venait de naître. Mon ami Albert Giraud me les avait données, à\nla sortie du cours, en m'engageant à collaborer. Ils étaient là, éparpillés\nsur la banquette, dans un chaud rayon de soleil, les petits cahiers bleus,\nqui portaient ce titre sonore : LA JEUNE BELGIQUE. Je lisais, je lisais\nfiévreusement. C'étaient des vers de mes amis Giraud, Rodenbach,Verhaeren,\ndes articles de Max Waller; il y avait aussi foule de signatures inconnues,\nmais les écrivains étaient tous, m'avait-on dit, de tout jeunes hommes, des\nétudiants comme moi. Et ils faisaient des vers, de vrais vers!... Enfin!\nc'était la réalisation de mon rêve de collégien : trouver quelques jeunes\n gens doués du don d'écrire et faire avec eux de la littérature, dans ce pays\n belge si rebelle aux lettres, et fonder ensemble une revue libre de toute\n attache avec les générations précédentes, trop affreusement philistines, afin\n de créer un mouvement littéraire original, jeune et indépendant. La revue\n était là, toute faite; il ne s'agissait plus que d'y écrire.\n    On écrivit. Avec quelle ardeur, avec quel enthousiasme, avec quel fana-\n tisme ceux qui prirent part aux débuts de la Jeune Belgique, ne l'ont pas\n oublié et ne l'oublieront jamais. Dès l'abord, il fallut se faire, de haute lutte,\n une place au soleil. Ce n'était pas facile. On ne se représente plus très bien\n aujourd'hui, au seuil de l'an de grâce 1896, ce qu'il fallait d'audace et de\n ténacité pour « faire de la littérature » ici il y a quinze ans. Avant 1880 la\n  Belgique, au point de vue littéraire, était un désert. Trois ou quatre artistes\n  de la plume, Pirmez, De Coster, Lemonnier et Hannon, écrivaient pour\n  eux-mêmes et pour une demi-douzaine d'amis, qui lisaient en se cachant,\n  de peur de se faire montrer au doigt. La a littérature » professionnelle était\n  exercée par des messieurs plus ou moins officiels, qui rédigeaient des choses\n  quelconques : papiers d'archives dans la semaine, cantates le dimanche. La\n  Jeune Belgique a naguère cité quelques échantillons de la poésie de\n  M. Ch. Potvin, un très estimable lettré qu'on eut le tort de prendre pour\n  un poète :\n                        C'était le temps où le bimane\n                        Vivant dans un champêtre enclos\n                        Avait le ton, la voix,  l'organe,\n                               Mais non les mots.\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "                                  -   394\n\n   Plus lamentable encore était la Muse de M. Louis Hymans, qui a laissé\nde très honorables travaux politiques et historiques et beaucoup de coupables\nvers du genre de ceux qu'il offrit à la princesse Stéphanie à l'occasion de\nson mariage :\n                       Vous allez nous quitter, princesse,\n                       Pour devenir archiduchesse\n                       Et sur le trône des Habsbourg\n                       Faire asseoir le sang des Cobourg ! ! !\n\n   Ces messieurs et leurs amis étaient les maîtres du terrain que nous vou-\nlions conquérir. Ils avaient pour eux la presse quotidienne, les revues\ngraves et tout le public, qui ne lisait guère leurs œuvres mais qui, sur la\nfoi des gazettes, les tenait pour les seuls authentiques écrivains du pays-et\nqui n'entendait point remettre en question un fait si bien établi, au risque\nde se rompre la tête. Ce bon public s'était enfermé dans son opinion comme\ndans une citadelle, que les intéressés devaient défendre contre l'impudence\ndes assaillants.\n   Quel vaillant petit général nous conduisait à l'attaque ! Son inoubliable\nimage est toujours vivante dans nos coeurs. Il n'avait pas vingt ans. Fin,\nbrillant, souple et hardi comme la lame d'un fleuret, ce charmant jeune\nhomme, beau comme Raphaël adolescent, impertinent comme un page,\nadroit comme un diplomate, avait pris le commandement de notre petite\ntroupe sans demander la permission à personne et sans rencontrer la\nmoindre opposition. Il s'était emparé de la Jeune Belgique, en la rachetant\nà son fondateur, M. Albert Bauwens, et il y régnait en maître. Il est bon\nde le rappeler à quelques personnes qui l'ont oublié : Max Waller écoutait\nl'avis de tout le monde mais il se réservait la décision et n'entendait point\nqu'on discutât ses volontés. Rien n'était d'ailleurs plus utile; sans son\nautocratisme la Jeune Belgique n'eût jamais vécu. On ébaucha de nom-\nbreuses révoltes; mais il en eut toujours raison grâce à son habileté et à la\nfidélité absolue de deux de ses amis, M. Albert Giraud et moi : sans la\nmoindre vergogne, nous jouions chez les mécontents le rôle de traîtres;\nnous fîmes ainsi avorter plus d'une conspiration, pour le plus grand bien\nde la communauté. Au demeurant la discipline était excellente et les opé-\nrations peu compliquées : il n'y avait qu'à suivre Max Waller et on le\nsuivait. Il désignait l'ennemi qu'il fallait attaquer : les meilleures plumes\nse jetaient dessus et lui plantaient leur bec d'acier dans la chair vive.\nFûmes-nous assez cruels, assez injustes et assez cyniques ! Nous n'avions\npas la moindre retenue. On nous eût pris pour de jeunes peaux-rouges\nhurlant des chants sauvages, scalpant nos ennemis et dansant autour de\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "                                -   395   -\n\n notre revue comme autour d'un poteau de guerre. Nous arborions des\n chevelures de cowboy. Tout un hiver nous portâmes des vestons de velours\n gorge de pigeon, queue de paon, nèfle écrasée. On écarquillait les yeux en\n nous voyant passer. Waller s'était réservé le noir. Et il portait son veston\n de velours, ce mince jeune homme à la chevelure blonde, non comme un\n rapin en mal de Bohême, mais comme un jeune prince échappé d'une toile\n de Van Dyck. On se réunissait dans les arrière-boutiques des marchands\nde vin en faisant un vacarme horrible. Nul ne pouvait entrer s'il ne faisait\npartie de la bande. Le bruit s'en était répandu dans le public et l'on nous\nsoupçonna de former une société secrète où se mijotaient, peut-être, sous\nle couvert de la littérature, des choses redoutables. La Jeune Belgique! Ce\ntitre ne cachait-il point une association révolutionnaire du genre de la\nJeune Allemagne de 1848? Quelques adorateurs du futur suffrage universel\nvinrent, dit-on, rôder sous nos fenêtres. Tout cela nous donnait de\nl'importance. Les personnages que nous bafouions commirent la mala-\ndresse de se défendre et se défendirent fort mal. Vous pensez si on les\npiétina. Ce fut durant quelques années un véritable massacre! Cependant\non ne négligeait point le travail. A côté des articles de combat la Jeune\nBelgique publiait d'innombrables morceaux en vers ou en prose et, un à\nun, des livres s'échappaient des presses de l'imprimeur. C'était, après la\nMer élégante, de Rodenbach, son Hiver mondain ; c'était la Vie bête, de\nMax Waller; le Kees Doorik, de Georges Eekhoud; les Flamandes,\nd'Emile Vèrhaeren, et surtout, préludant aux délicieux rondels de Pierrot\nLunaire, c'était le terrible Scribe, d'Albert Giraud, qui mit toutes les\nvieilles écritoires à l'envers. Mais, juste ciel, quels adjectifs! Et aussi\nquels substantifs! Il y avait de quoi asphyxier toute une académie en une\ndemi-minute. Les antiques porte-plumes se fâchèrent ou essayèrent de\nricaner. Rien ne leur réussit. Au contraire, tout nous favorisait. Camille\nLemonnier, qui venait de publier le Mâle et qui lançait le Mort, nous\naccordait sa généreuse amitié et se plaçait à notre tête. M. Edmond Picard\nfondait l'Art moderne, et pris d'enthousiasme pour notre belle et vaillante\njeunesse, il nous comparait aux généraux imberbes de la grande Répu-\nblique (excusez du peu) et, tous les huit jours, claironnait notre gloire\nfuture chez ses lecteurs ébahis.\n   Un incident décisif assura notre victoire.\n\n\n\n  Au printemps de l'année 1883 le jury chargé de décerner le prix de litté-\nrature « pour le meilleur ouvrage publié pendant la dernière période quin-\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": "                                        — 396 —\n\nquennale », décida qu'il n'y avait pas lieu d'accorder ce prix. C'était une\ninsulte officielle adressée à nos écrivains et tout particulièrement à Camille\nLemonnier, qui, en ces cinq années, avait publié : Un coin de Village, les\nCharniers, Un Mâle, le Mort, Thérèse Monique, plus une Histoire des\nBeaux-Arts de 183o à 1880 et son étude sur la Belgique dans le Tour du\nMonde.\n   La Jeune Belgique avait conscience de l'importance de son rôle et savait\nqu'elle portait les destinées de notre renaissance littéraire ; elle s'indigna\ncria de colère et demanda à tous ceux qui, chez nous, ont le respect et\nl'amour de l'art, de réparer par une manifestation éclatante l'outrage infligé\nà celui que nous nous plaisions à appeler « notre maréchal de lettres »,\nL'appel de la Jeune Belgique fut entendu. Deux cent douze souscripteurs :\nécrivains, artistes, peintres, sculpteurs, musiciens, critiques d'art, — tous\nnos vrais intellectuels, — adhérèrent au banquet de protestation que la\nJeune Belgique offrait à Camille Lemonnier. Le 27 mai 1883 eut lieu ce\n« banquet de guerre » comme nous le qualifions alors, « qui dans l'histoire\nde notre littérature marquera le jour de sa renaissance et de notre\ntriomphe » (I). Ces paroles prophétiques devaient avoir une réalisation\nimmédiate en ceci, du moins, qu'à partir de ce jour nous n'eûmes plus\nguère à lutter contre les vieilles gardes qui avaient tenté de nous barrer la\nroute. La Jeune Belgique avait mesuré publiquement ses forces; elle avait\ninterrogé les lettrés, les artistes et la jeunesse : tous lui avaient apporté le\nsuffrage de leur sympathie et de leur confiance. C'était la victoire définitive,\nqui ne devait plus être suivie que de quelques coups de feu isolés.\n\n\n\n   Victorieuse de ce côté, la Jeune Belgique allait devoir aussitôt faire face\nà un nouvel ennemi, mille fois plus vivace et plus redoutable. C'est contre\nlui qu'elle lutte encore et qu'elle se prépare à livrer de nouvelles batailles.\nL'amorphisme de la routine académique, pionne et bourgeoise est abattu.\nIl reste à triompher de l'amorphisme des anarchistes de la littérature.\n   Depuis le banquet Lemonnier l'histoire des polémiques de la Jeune Bel­\ngique n'est qu'une série de combats livrés à l'Art moderne de M. Edmond\nPicard, lequel s'est fait le champion de toutes les hérésies artistiques que\nnous avions juré d'abattre.\n   Il importe de rappeler ici quels sont les principes que nous avons professés\n\n\n  (1) Cf. Jeune Belgique, t. It, 1883. pp. 24g et 290.\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": "                                       — 397 —\n\n  dès la première heure, qui ont guidé tous nos efforts jusqu'aujourd'hui, qui\n  ont fait notre force et assuré, en dépit des ingrats qui l'oublient, l'admirable\n  épanouissement de notre renaissance littéraire. Ces principes, nous les avons\n  résumés en deux formules : l'art pour l'art et le culte de la forme.\n     La première de ces formules « signifiait que nous voulions être artistes,\n  rien qu'artistes. Elle signifiait encore que dans ses travaux d'art l'artiste\n doit poursuivre avant tout et au-dessus de tout son idéal artistique. Elle\n écartait les prétentions funestes des stériles théoriciens qui veulent réduire\n l'art à n'être que l'humble valet d'une doctrine quelconque            Notre for-\n mule, dont on peut ne point se préoccuper en d'autres pays, où elle est pra-\n tiquée sans conteste, était et est encore en Belgique d'une importance capi-\n tale (1) ».\n     La Belgique est, en effet, dévorée par la politique. Controverses sociales\n et préoccupations électorales, tel est, à peu près, tout l'horizon intellec-\n tuel de la plupart de nos hommes « intelligents ». Si dans notre pays\n rongé par ce chancre béotien, l'éclosion d'une littérature jeune, ardente et\n libre, devint tout d'un coup possible, il en faut chercher la raison dans le\n dégoût profond que toute la génération de 1880 ressentait pour « l'odieuse\n politique ».\n     « C'est superbe, écrivait au nom de tous ses amis M. G. Rodenbach, en\n « conviant le public au banquet Lemonnier! (J. B., t. II, 1883, p. 203.)\n « Toute une jeunesse travaille, veille, lutte et s'affirme: Ecœurée des pla­\n    titudes politiques, elle a trouvé ce dérivatif à son activité et cette ambi-\n    tion à sa vie. »\n    C'est de cette politique que nous nous affranchissions en proclamant\nl'art pour l'art. Cette formule nous permit de grouper de jeunes écrivains\nqui, sans elle, se fussent éparpillés dans nos divers partis et eussent promp-\ntement vu leur talent étouffé dans leur atmosphère. Aussi, les politiciens\nde toute couleur ont-ils toujours combattu cette formule, tantôt au nom\nde la morale, tantôt au nom du progrès social, tantôt au nom d'une méta-\nphysique frelatée et intéressée. Ils savent aussi bien que nous qu'en elle\nréside notre force et que c'est par elle que nous attisons dans l'élite de la\njeunesse le dédain des « affaires » et le culte désintéressé de l'art.\n    L'art n'est pas un instrument de persuasion au service d'une cause quel-\nconque. On ne met pas le cheval ailé sous le joug ; on ne l'attelle à aucune\ncharrue. Sa destinée n'est point de labourer la terre, mais de bondir dans\nles deux étoiles.\n\n (1) Jeune Belgique, t. X, 1891, p. 325.\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "                                        -   398   —\n\n   L'art pour l'art n'est pas une formule philosophique : c'est, au con-\ntraire, une formule pratique, qui laisse intacte toute conviction religieuse\nphilosophique, politique et même esthétique. On nous a parfois reproché\nde ne lui avoir point préféré l'art pour le Beau. Mais qu'est-ce que le\nBeau? Sur ce point les philosophes ne sont pas près de s'entendre. Cette\nformule ouvre donc la porte aux controverses que nous avions précisément\npour but d'éviter. Mais tout artiste sait assez ce que c'est que l'art, son art,\nl'art qu'il pratique et dans lequel il aspire à la maîtrise. L'art pour l'art\nsignifiera pour lui qu'il doit placer son art au-dessus de tout, lui consacrer\nsa vie et ses forces, mettre en lui sa foi, son espérance et son amour, lui\nsacrifier tout, la fortune, les honneurs, la considération et même le succès.\nAinsi seulement l'on devient un véritable artiste et l'on obtient sinon la\ngloire du moins le droit d'y prétendre et de l'espérer.\n    La deuxième formule était : le culte de la forme. Elle est la conséquence\nlogique de la première. L'art vit, avant tout, de la beauté de la forme. Elle\nest le sine qua non de la véritable littérature. Ce n'est qu'entre les ouvrages\nécrits dans une forme suffisante qu'on peut établir une hiérarchie fondée\nsur la valeur de la pensée Nous n'avons fait, d'ailleurs, que suivre les\nsains préceptes d'un grand poète : Leconte de Lisle s'insurgeait contre la\ndistinction entre le fond et la forme. L'idée, disait-il, n'est pas derrière la\n phrase comme un objet derrière une vitre. Elle ne fait qu'un avec la pensée,\n puisqu'il est impossible de concevoir une idée qui soit pensée sans l'aide\n des mots. Penser, c'est prononcer une phrase intérieure; et les qualités de\n la pensée sont les qualités de cette phrase intérieure; et écrire c'est tout\nsimplement reproduire cette phrase. Donc, qui écrit mal pense mal. »\n    Mais encore, dira-t-on. quand vous proclamiez le culte de la forme, de\nquelle forme s'agissait-il?\n    Je cède la parole au fondateur de la Jeune Belgique. Dès la première\n année de nos efforts, Max Waller, avec une lucidité étonnante chez ce jeune\n homme de vingt ans, écrivait ces lignes que je vais transcrire et qui me\nvengeront avec éclat des accusations de quelques transfuges, car on n'a pas\n craint de dire que mon « exclusivisme » et mon « despotisme » ont détourné\n la Jeune Belgique des voies que lui avait tracées Max Waller et dénaturé\nles traditions de notre œuvre commune Lisez ! Vous verrez si Max Waller\nadmettait l'anarchie dans l'art et s'il eût ouvert sa revue aux sottises qu'on\nme reproche de combattre!\n\n  Mais, au fait, l'art nous offre-t-il de ces principes essentiels et généraux? Nous croyons\nqu'il faut répondre affirmativement à cette question. Nous ne prétendons pas assurément\nque le beau soit strictement attaché à l'observation de quelques règles immuables\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "                                       — 399 —\n\nNotre siècle, — et c'est un de ses titres de gloire, — en brisant les moules trop étroits, en\ndétruisant les préjugés, a élargi le domaine de l'art ; il a montré que le Beau se plie sans\neffort à la diversité des races, des climats, des civilisations. Mais n'allons pas trop loin.\nCe désordre apparent cache une permanente unité. Creusez un peu plus profondément,\net, sous la variété des aspects, vous trouverez quelques règles fondamentales, nées de la\nraison humaine, lentement élaborées par les générations et que les siècles nous ont trans­\nmises comme un dépôt sacré. Ces règles délicates et sévères, le grand artiste s'y soumet\ninstinctivement, de même qu'instinctivement aussi l'artiste médiocre cherche à les éluder.\nLa mission du critique est de maintenir ces règles intactes et dans leur plein jour. Il n'a\npas l'inspiration voulue pour donner à l'homme le feu sacré; il se borne à repousser les\nimprudents qui, sous prétexte d'alimenter la flamme, veulent introduire dans le foyer\ncertaines matières qui ne pourraient que l'obscurcir ou l'éteindre (1).\n\n\n                                            * *\n   Au banquet Lemonnier apparaît déjà le germe du premier conflit. Au\nmilieu d'un discours vibrant, que nous couvrîmes d'applaudissements\nenthousiastes, M. Edmond Picard glissa un petit paragraphe auquel, dans\nle moment, nul ne voulut prendre garde.\n\n   A vous, les jeunes, s'écriait-il, de maintenir la liberté et la dignité reconquises. Ce\nqu'on voit dans vos travaux, c'est l'essor de l'art, et non son avilissement, comme on a\nosé le dire dans les régions académiques. Vos anciens ici présents devinent l'avenir qui\nvous est réservé. Ils démêlent de votre jeunesse exubérante tout ce qu'il y a de promesses.\nIls ne blâment rien en vous, parce que la chose qui serait blâmable ce serait l'excès de\nvotre ardeur et que celle-ci peut toujours être réprimée. D'un cœur passionné on fait\ntout, même un cœur sage. Laissez-vous aller librement à vos passions artistiques. Nous\ny applaudissons et nous plaignons ceux qui, en voyant leur libre et féconde expansion,\nse voilent la face et crient au scandale. Continuez, vous aurez toujours notre appui.\nVotre mission est de faire servir l'art à détruire les abus d'une société qui semble en\ndécadence, mais où se prépare en réalité l'éclosion d'un monde nouveau. Au-dessous de\nces classes bourgeoises, vieillies et corrompues, il en est d'autres éternellement saines\net jeunes. C'est de là que doit sortir la renaissance. Dans vos œuvres, ne décrivez plus\nsimplement vos sentiments personnels ou les épisodes charmants, mais restreints, de\nvotre existence. Allez au delà, venez dans nos villes, observez ce qui s'y passe, frappez\nsur ce qu'elles ont de honteux, éveillez les grands sentiments populaires et préparez\nainsi la marée qui submergera tout ce qui se passe d'avilissant autour de nous.\n\n  C'était la proclamation de l'art « social » ou « révolutionnaire » ; c'était\nla négation de notre formule l'art pour l'art. M. Picard est d'ailleurs\ndemeuré obstiné dans sa pensée comme nous demeurons fermes dans la\nnôtre.\n  La Jeune Belgique eut le bon goût de ne pas relever les paroles de\nM. Picard. Mais l'Art moderne insista. Nous répondîmes, cette fois, — en\n\n\n (1) Jeune Belgique, t. Ier, 1881-82, p. 123. (Du rôle de la Critique dans   l'Art.)\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": "                                        —400—\naoût 1883, trois mois après le banquet Lemonnier, — en déclarant : « L'art\ndoit être l'art, et rien de plus. » Le mois suivant, M. Albert Giraud atta-\nquait de front la thèse de « l'art social ». Il montrait que l'Art moderne ne\nfaisait autre chose, au fond, que ressasser avec timidité et gaucherie les\ncélèbres paradoxes de Proudhon. Celui-ci définissait l'art : une représentation\nidéaliste de la nature et de nous mêmes en vue du perfectionnement\nphysique et moral de notre espèce.\n   Voilà, dans toute sa franchise, la formule de l'art utile, dont l'art social\nn'est qu'une application particulière.\n   Proudhon savait bien que sa définition était démentie par les chefs-\nd'œuvre de l'art; aussi s'écriait-il avec rage : Plût à Dieu que Luther eût\nexterminé les Raphaël, les Michel-Ange et leurs émules, tous ces orne­\nment ateurs de palais et d'églises !\n   Proudhon était logique. Quand on veut l'art utile à une politique, par\nexemple au socialisme, on souhaite la destruction de l'art qui illumine les\ngloires monarchiques et religieuses. M. Picard, qui prêche aujourd'hui\ncomme en 1883 l'art socialiste, n'a pas encore poussé le cri farouche de\nProudhon. Il devra le pousser un jour, s'il veut être logique et s'il n'a pas\npeur de montrer aux artistes ce qui se cache derrière ses tirades révolution-\nnaires.\n   M. Giraud terminait son article par ce sage avertissement :\n\n   Nous espérons que le jeune mouvement littéraire n'adoptera point les théories de\nl'art social. Cènes, nous ne doutons point de la conscience et du désintéressement de\nceux qui voudraient convertir les JEUNES BELGIQUE à cette doctrine, mais nous consi-\ndérons la théorie de l'enseignement comme pernicieuse. Si les nouveaux venus l'adop-\ntaient, ils abdiqueraient insensiblement, et par la force lente des choses, — la littérature\npour la politique, et la superbe révolte intellectuelle d'aujourd'hui s'anéantirait dans le\nplus piteux et le plus mérité des avortements.\n\n\n                                            ***\n   Après l'art social, ce fut l'art national. Autre guitare! L'Art moderne,\nayant lu, en 1884, la Légende du Parnasse contemporain, découvrit avec\némotion que nous ressemblions aux parnassiens français de 1866. Notre\nmouvement littéraire ne pouvait manquer de présenter des analogies avec\nle leur, car celui-ci était né comme le nôtre d'une réaction contre l'amor-\nphisme littéraire produit par l'exagération des préoccupations morales,\nphilantropiques, sociales, politiques, etc., etc. Toutes ces belles choses\navaient, après 1848, donné le jour à une littérature déplorable. Nous réagis-\nsions en Belgique comme les parnassiens de 1866 avaient réagi en France,\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "                                 —401—\ndans des circonstances semblables, dans le même esprit et par les mêmes\nmoyens.\n   Consterné de ces analogies et désireux de nous arracher la direction du\njeune mouvement littéraire, l'Art moderne s'avisa de décréter que l'art\nserait national, qu'il fallait penser en belge et écrire en belge. Il devenait\nnécessaire d'observer le milieu national et le décrire dans le langage du cru.\nComme le français est le français, cette mirifique ordonnance ne voulait\nrien dire ou bien elle nous enjoignait de patoiser en marollien. Elle nous\nintimait l'ordre aussi de fixer nos regards sur notre sol et de ne plus lever\nles veux vers les choses éternelles. En admettant que les romanciers pussent\nsubir ce programme étroit, les poètes devaient le repousser avec colère et\nindignation.\n   Ils n'y faillirent point. La querelle fut si violente qu'elle se poursuivit\njusque sur le pré. Le duel de l'avenue de Lorraine ne put d'ailleurs mettre\nlin à une guerre de principes. Il consacra plutôt l'existence, en Belgique,\nde deux partis littéraires irréconciliables, groupés l'un autour de la Jeune\nBelgique, l'autre autour de l'Art moderne, c'est-à-dire de M. Edmond\nPicard.\n                                    * *\n   Un nouveau conflit éclata lorsqu'il prit fantaisie à M. Picard et à ses\namis de publier une anthologie d'auteurs belges et de la faire subsidier par\nle gouvernement. Nous ne pouvions point permettre qu'on nous présentât\nau public de cette manière. La Jeune Belgique n'avait cessé de protester\ncontre l'intrusion de l'Etat dans le domaine des lettres; sur ce point\nM. Picard, en 1883, nous exhortait à l'intransigeance; s'il lui plaisait de\nse retourner en 1887, il ne pouvait nous convenir de l'imiter. Et comme\nl'Art moderne menaçait de nous publier malgré nous, nous déjouâmes ses\nprojets en composant en toute hâte le Parnasse de la Jeune Belgique. Ce\nrecueil fit connaître au pays et à l'étranger la valeur de nos travaux-\npoétiques. Impuissants à rivaliser avec nous, les anthologistes subsidies se\ncontentèrent de publier un volume de prose et laissèrent les poètes tran-\nquilles.\n   Le Parnasse de la Jeune Belgique, par toutes les pièces de vers qu'il\ncontenait et par son titre même, attestait notre parenté artistique avec les\nparnassiens français.\n   Cependant, en France la jeunesse littéraire ébauchait un « mouvement\npoétique » qui, dirigé d'abord contre l'école naturaliste, ne devait pas\ntarder à se retourner contre la technique et l'esthétique des parnassiens.\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "                                      — 402 —\n\n Deux poètes du recueil publié par Lemerre s'étaient installés aux extré-\n mités opposées de la poétique inaugurée par le romantisme et renouvelée\n par le parnasse ; ils étaient allés chacun aussi loin qu'on peut aller, et\n même au delà. Aussi dans le jargon de notre petit cénacle désignions-\n nous familièrement l'art de ces poètes sous ce nom : l'impasse Verlaine et\n l'impasse Mallarmé. Nous admirions beaucoup ces deux artistes mais nous\n considérions leur art comme un point d'arrivée et non comme un point de\n départ. Ce fut au contraire pour un point de départ qu'il fut pris par\n quelques jeunes poètes habitant Paris ou la province française. On vit alors\n se former d'innombrables groupes plus bizarres les uns que les autres.\n Symbolistes, décadents, déliquescents, magnificistes, occultistes, instru-\nmentistes-évolutifs, que sais-je encore! Plusieurs, avides de nouveauté et\ndésespérant d'en trouver dans leur inspiration, s'avisèrent de demander\nl'originalité à un bouleversement de la technique du vers ; après la versifi-\ncation, on s'en prit à la syntaxe et à la grammaire et l'on organisa un\nvaste gâchis, d'où la poésie française n'a pu encore se dégager. L'opération\nétait d'ailleurs conduite par un syndicat de jeunes étrangers, flamands,\naméricains, allemands, israélites, slaves, palicares et le reste : on y relève\ndes noms d'outre-frontière tels que Mme Marie Kryzinska, M. Vielé-\nGriffin, M. Papadiamantopoulos (Moréas), M. Gustave Kahn, M. Ver-\nhaeren, M. Maeterlinck, M. Elskamp, et bien d'autres, qui sonnent mal le\ndoux parler de France. L'atavisme inclinait sans doute leur instinct vers\ndes musiques étrangères et des rythmes exotiques. La tradition française\nn'était point dans leur chair et dans leur sang. Quoi qu'il en lût, le soi-\ndisant vers libre qu'ils créèrent et qui n'est qu'une sorte de prose poétique\nmal typographiée, ne rencontra chez Max Waller, notre directeur, qu'une\nhostilité nettement déclarée. Le vers libre fut rigoureusement proscrit de la\nJeune Belgique. Max Waller répugnait aux fluidités informes. Dans les\nmodulations de M. Vielé-Griffin il ne voyait que des « strophes enfantiles »\net pour lui M. Verhaeren était « un égaré » (1).\n   En 1889 Max Waller mourut. Il s'éteignit dans son printemps, comme\nune douce fleur qui se fane. Nous portons encore son deuil dans nos cœurs.\nM. Maubel prit pour un an la direction de la Jeune Belgique et maintint\ntrès exactement l'orientation que son fondateur lui avait donnée. Il devait\névoluer plus tard et quitter notre revue au moment même où nous procla-\nmions avec une énergie nouvelle les principes qui avaient présidé à sa nais-\nsance et à ses premières luttes.\n\n (1) Jeune Belgique, t. VI, 1887, p. 181.\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "                                      — 403 —\n\n    A Paris, la révolution poétique gagnait du terrain. En Belgique, plu-\n sieurs petites revues, filles ou nièces de l'Art moderne, défendaient les\n mêmes idées. Que devait faire la Jeune Belgique? Les avis étaient partagés.\n Les uns demandaient qu'on restât fidèle a priori à la technique parnas-\n sienne et qu'on ne fît pas même aux nouveautés l'honneur de s'occuper\n d'elles. D'autres, et j'en étais, ne pouvaient se défendre d'une curiosité fort\n vive à leur endroit. Fallait-il les repousser sans examen? Et comment les\n étudier sans les pratiquer ou tout au moins sans les mettre sous les yeux de\n nos amis et de nos lecteurs ? L'intransigeance devait d'ailleurs avoir pour\n conséquence inévitable l'isolement. Ne convenait-il pas, au contraire, de\n nouer des relations avec les jeunes français, quitte à rompre plus tard si\n nos convictions l'exigeaient? C'était prendre contact avec nos futurs adver-\nsaires. Autrement, nous risquions de manœuvrer dans le vide. Ces raisons\nl'emportèrent et décidèrent du choix du nouveau directeur : on élut\n M. Valère Gille, le plus jeune des poètes du Parnasse de la Jeune Bel­\ngique. Agé de 23 ans, entreprenant, actif, libre de tout engagement, il était\nparfaitement à même de jouer le rôle que ses amis attendaient de lui. Il se\nmit en rapport avec les jeunes novateurs français, déclara que la Jeune\nBelgique était ouverte à toutes les tentatives nouvelles et publia des vers\nplus ou moins libres de MM. Vielé-Griffin, H. de Régnier, Hérold, Ver-\nhaeren, etc. Nous étions dans le mouvement et nous obtînmes la consi-\ndération de tous ceux qui consacraient leurs efforts à mettre en marme-\nlade la langue française, la versification, les idées et les sentiments. Ce fut\naussi pour notre revue une période de vie et d'expansion. J'aurais pu m'en\nféliciter, car, en poussant à ces rajeunissements, j'avais un peu mérité le\nnom de Hans Sachs que la Wallonie m'avait octroyé dans un moment de\nlyrisme; je devenais, au contraire, inquiet au fur et à mesure que je voyais\nse multiplier les productions informes des vers-libristes et nos poètes,\ny compris le jeune directeur de la Jeune Belgique, partageaient mes inquié-\ntudes. Quant à M. Albert Giraud, il ne dérageait point, parfois même il\nmenaçait de s'en aller. Sur ces entrefaites, au milieu de l'année 1891,\nM. Valère Gille, nommé à des fonctions officielles, abandonna la direction\nde la Jeune Belgique, et les propriétaires de la revue (1) me chargèrent de\nle remplacer.\n   Devenu directeur, je me bornai d'abord à laisser refroidir nos relations\navec les vers-libristes et je me mis, par devoir, à lire toutes les revues,\n\n  (1) De six qu'ils étaient du vivant «Je Max Waller, les propriétaires n'étaient plus que\ncinq : MM. G Eckhoud, A. Giraud, F. Nautet, H. Maubel et I. Gilkin.\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "                                  — 404 -\n\nles revuettes, les livres et les brochures qui nous parvenaient et que jus-\nqu'alors je m'étais contenté de feuilleter à l'occasion. Ces lectures m'ef-\nfrayèrent. Elles me donnèrent la conviction que le mouvement littéraire\nbelge, créé par nous, courait à sa perte en suivant dans ses erreurs la\njeune génération française. La France est assez riche pour se soucier\nmédiocrement d'une génération sacrifiée; mais chez nous c'était toute notre\nrenaissance littéraire qui menaçait de sombrer dans les sottises informes\ndont elle s'était éprise, et Dieu sait quand on pourrait recommencer!... Il\nimportait de pousser un cri d'alarme et de réagir sur l'heure Il importait\naussi de pouvoir prendre du champ, c'est-à-dire un nombre de numéros\nsuffisants pour livrer bataille. Je ne confiai mes projets qu'à MM. Giraud\net Valère Gille, afin de ne pas compromettre ma réélection, mais à peine\nnommé directeur pour l'année 1803 je lançai, dans le numéro de janvier\nle manifeste qui fut le point de départ de notre campagne.\n\n\n\n   Il fit un beau tapage, ameuta toutes les petites revues et provoqua parmi\nnous des scissions, fâcheuses assurément, mais inévitables et qui se prépa-\nraient depuis longtemps. Car nous mûrissions et les divergences de nos\ntendances artistiques ne pouvaient manquer d'éclater bientôt au grand\njour. La plupart de nos prosateurs étaient en 'réalité restés les adeptes de\nl'école naturaliste; ils pratiquaient l'art national, l'observation directe des\ncouches les plus basses de la société et de leurs tares, ils y joignaient de\nvagues théories physiologiques et une hostilité systématique contre « les\nbourgeois », c'est-à-dire tout ce qui ne porte point la blouse, n'a pas les\nmains caleuses et ne parle pas le langage des vachers. C'était, à peu de\nchose près, le programme de M. Zola au beau temps des Rougon Macquart.\nOn le corsa, depuis, d'un peu d'anarchie grammaticale, sentimentale et\nvaguement explosive. Ce n'est pas un reproche que je formule mais une\nsimple constatation. De leur côté, les poètes de la Jeune Belgique se déve-\nloppaient dans un sens diamétralement opposé. Sous l'influence des\nRythmes, ils s'éprenaient davantage, de jour en jour, de l'Ordre et de la\nBeauté. Au-dessus de tous les petits incidents et de toutes les querelles\npersonnelles, ces raisons profondes devaient, de toute nécessité, nous\nséparer les uns des autres.\n   Mes « Déclarations » de 1893 précipitèrent la rupture. Dans ce mani-\nfeste je signalais les dangers qui menaçaient notre jeune littérature; le\nramollissement de la forme, l'altération ridicule du langage, la niaiserie de\nla pensée érigées en dogme et le retour offensif de la politique qui à l'art\n"}, {"page_pdf": 452, "texte": "                                  — 405 —\n\n pour l'art substituait ces choses néfastes : l'art pour le socialisme, l'art\n  pour l'anarchie ou l'art pour la morale et la religion ; je conjurais les\n  jeunes hommes de lettres de se rallier de nouveau autour de nos formules :\n  l'art pour l'art et le culte de la forme; je déclarais la Jeune Belgique\n fermée non pas aux échantillons des sottises nouvelles mais à leur panégy-\n rique et à leur propagande ; sans mâcher les mots, j'annonçais la réaction\n contre les nouveautés ratées qui désolent encore la littérature française et\n j'écrivais : « Proclamer cette réaction ce n'est pas reculer dans le passé, c'est\n marcher vers l'avenir. » Enfin, je proposais à mes jeunes compatriotes de\n profiter des erreurs de la présente génération parisienne pour nous substi-\n tuer à elle par la qualité de nos productions poétiques, pour prendre sa\n place dans la chaîne de la tradition française en « forgeant dans notre\npatrie l'anneau d'or qui doit relier l'avenir au passé ».\n    Ces déclarations ne furent pas du goût de tout le monde. M. Eekhoud\n se retira du groupe des propriétaires de la Jeune Belgique; bientôt\n MM. Maubel et Nautet l'imitèrent. La scène fut assez plaisante. J'avais,\ndans le courant de l'été de 1893, convoqué chez moi les propriétaires de la\nJeune Belgique. Nous bûmes fraternellement le thé de la guerre. Grâce à\nla démission de M. Eekhoud, qui me faisait la partie belle, nous n'étions\nplus que quatre : d'une part, MM. Maubel et Nautet, d'autre part,\nM. Giraud et moi. Les premiers me dirent avec franchise que s'ils avaient\npu soupçonner mes desseins, jamais ils ne m'eussent élu directeur et qu'ils\nse proposaient de prendre leur revanche. Je répondis non moins franche-\nment que je voulais les entretenir de ma succession, qui devait s'ouvrir à\nla fin de l'année; que je considérais comme un devoir impérieux envers\nnotre jeune littérature de conserver à la Jeune Belgique l'orientation que\nje lui avais imprimée, que mon successeur devait donc être, à mon avis,\nM. Giraud, que je voterais pour lui et que j'avais obtenu de lui qu'il votât\npour lui-même : les voix allaient inévitablement se partager par égalité ;\ndans ces conjonctures, pas d'élection possible. Pour ma part, disais-je, je\nconserverai donc provisoirement la direction jusqu'à ce qu'on m'ait donné\nun successeur régulier, cela dût-il durer des années. MM. Maubel et\nNautet se retirèrent, un peu surpris, et le lendemain je reçus leur démis-\nsion. J'eus regret de notre séparation, mais je me consolai, car cette retraite,\nloin d'affaiblir nos efforts, nous délivrait d'une opposition qui pouvait\ndevenir gênante, et elle allait nous permettre d'attaquer l'ennemi avec plus\nde vigueur. La chance était pour nous. Sans la démission providentielle de\nM. Eekhoud, M. Giraud et moi nous étions battus à plate couture, la\ndirection passait en des mains hostiles et la fin de l'année 1893 eût vu la\nfin de notre campagne.\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": "                                    — 406 - -\n\n     Depuis lors, au milieu de péripéties diverses, de raccommodements\n momentanés et de brouilles nouvelles, la petite guerre suivit son cours.\n  Elle acheva de nous séparer en prosateurs et en poètes. Les poètes restèrent\n pour la plupart fidèles à la Jeune Belgique. Dans l'autre camp, il n'y a guère\nque des prosateurs ou de faux poètes, qui, comme M. Verhaeren, tiennent\n leur Ivre à l'envers et n'écrivent en réalité qu'une prose burlesque, rythmée\n par on ne sait quels bobres madécasses. Tous ceux qui ont le cerveau\n brouillé et les idées en bouillie courent se faire affilier dans leurs officines.\n Ils y apprendront leur métier comme ils pourront. En attendant, l'Art\n moderne les encense et il admire d'avance les vers que ces messieurs feront\n plus tard. A leur place, je me méfierais : il n'a pas le don de seconde vue.\n Puis, il change si vite!...\n    Les dissidents de la Jeune Belgique fondèrent le Coq rouge. On m'a\nbeaucoup reproché la violence avec laquelle je les attaquai. Ne fallait-il\ndonc pas, dès le premier moment, les empêcher de se targuer de liens\ndésormais brisés et leur arracher jusqu'au dernier lambeau le prestige inhé-\nrent à ce titre de Jeune Belgique qui n'appartient plus qu'à nous? Je\nconnais peu la rancune. Si je lançai sur l'heure notre revue à l'attaque des\ntransfuges et les forçai de démasquer leur pensée, c'est qu'une telle tactique\ns'imposait. Je n'éprouvai qu'un moment de colère : mais il ne convient pas\nd'en reparler.\n    Ce que deviendront le Coq rouge et les petites revues qui prennent pour\nmot d'ordre son cocorico, peu nous chaut. Qu'ils vivotent ou qu'ils\nmeurent, l'avenir de nos déserteurs est fixé. En s'écartant de nous, ils se\nsont éloignés du foyer sacré qui leur communiquait sa flamme et sa vie.\nQuelques-uns d'entre eux le savent déjà. Quand ils s'interrogent avec fran-\nchise, ils sentent que le froid et la brume sont entrés dans leur âme. Pour\nnous, notre foi n'a point faibli : elle est plus ardente et plus lumineuse que\njamais. Dans notre temple, les places abandonnées par les fuyards ne sont\npas restées vides : de nouveaux poètes préludent aux chants que bientôt ils\nmêleront aux chants de leurs aînés. Ils sont les enfants de l'ordre et de\nl'harmonie. Ils savent que sans l'étude pieuse de la loi et le travail assidu\nl'inspiration demeure impuissante. Ailleurs on cultive pompeusement le\nchaos; la culture est facile mais les fruits seront dignes de l'arbre. On le\npourra bientôt voir.\n                                        ***\n    Il est inutile de reparler des dernières luttes de la Jeune Belgique; elles\nsont encore présentes à la mémoire de tous nos lecteurs. Nous avons salué\nd'un grand éclat de rire l'idée de l'Art moderne qui voulait nous isoler de\n"}, {"page_pdf": 454, "texte": "                                — 407 —\n\nla tradition française et nous faire travailler à la formation d'un charabia\nprovincial!!! Le charme du patois n'a pu nous éblouir. Nous n'avons\njamais cessé, au point de vue de la littérature, de nous considérer comme\ndes Français. A cause du voisinage du flamand, notre parler est incorrect\net nous avons grand'peine à l'épurer ; cette épuration est pourtant un travail\nindispensable, qui réclame toute notre sollicitude. Hors de là point de salut.\n    C'est en nous plaçant à ce point de vue, en nous considérant comme des\nécrivains français habitant Bruxelles, Gand ou Liége au lieu de Paris,\nLyon ou Marseille, que nous avons regardé les intérêts de l'art français\ncomme les nôtres et combattu les influences que nous croyons funestes\npour lui. L'invasion des littératures du Nord, qui entraient dans les lettres\nfrançaises non pas en amies bienfaisantes mais en conquérantes dévasta-\ntrices, a trouvé chez nous une résistance vigoureuse. Les entreprises dirigées\ncontre les principes essentiels de la versification française ont aussi rencon-\ntré en nous des adversaires résolus : le pseudo vers libre, fondé sur l'igno-\nrance de la formation historique de la langue et du vers et sur la mécon-\nnaissance de leur constitution organique, était d'avance condamné à la sté-\nrilité, en dépit du nombre de jeunes hommes qu'il a séduits. Presque seuls\nnous avons lutté contre cette folie. Car, il faut le constater à regret, les\nmeilleurs critiques de la France l'ont laissée se développer sans prendre la\npeine d'étudier la question à fond ; les uns ont ébauché quelques phrases\nironiques, les autres ont montré une complaisance regrettable pour ces\ndangereuses erreurs ; bien peu ont eu le courage de détromper les égarés\net de défendre la lyre française contre les mains sacrilèges qui tentaient de\nla briser. Faut-il rappeler les jolis mais imprudents sourires de M. Anatole\n France, les tristes concessions de M. Mallarmé, les hésitations de M. Bru-\n netière? Heureusement, on leur peut opposer les excellentes Réflexions sur\n l'art des vers de M. Sully-Prudhomme, et les articles vraiment français\n de style et de pensée que M. Doumic, le jeune et savant critique de la\n Revue bleue et de la Revue des Deux-Mondes, a réunis en volume sous ce\n titre : Les Jeunes. Quant à la Jeune Belgique, elle a attaqué ces erreurs\n dangereuses avec la plus vive ardeur. Elle a pu, dans son dernier numéro,\n crier victoire en enregistrant la reculade de M. Vielé-Griffin, le théoricien\n en chef du vers libre. M. Vielé-Griffin rejette désormais la question de la\n forme du vers au second rang de son programme, et replace au premier\n l'esthétique du symbolisme. On renonce à défendre les positions qui ne sont\n plus défendables. C'est le commencement de la débâcle.\n   Nous avons eu à combattre enfin l'individualisme illimité, qui a engendré\nl'anarchie littéraire. Cet individualisme est le principe profond de la plupart\n                                                                       26\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "                                  — 408 —\n\ndes hérésies artistiques contre lesquelles nous avons eu et aurons encore à\nbatailler. Il se retrouve au fond de la théorie du pseudo vers libre, car il\n substitue à une versification régulière, fondée sur des lois objectives, une\n « musique intérieure » que chacun module à sa fantaisie. Comme il ne m'est\npas possible de deviner quelle est la musique intérieure de chacun de mes\nvoisins, je ne saurais apprécier leur versification, faute d'en connaître le\nprincipe générateur. Une même anarchie règne dans les idées et a rompu\nnon seulement toute communauté d'homme à homme dans une même\nsociété, mais de pensée à pensée dans une même tête. La cervelle de la plu-\npart de nos écrivains est devenue une belle image du chaos. Dans la plupart\nde leurs ouvrages il faut renoncer à découvrir la moindre logique. Il est\ndifficile ne pas reconnaître là une maladie mentale. Cependant ceux qui en\nsont atteints en tirent vanité; ils se glorifient du désordre de leurs idées,\naccablent de leur dédain les autres hommes et, ne pouvant marquer ceux-ci\nau fer rouge, ils se contentent de les qualifier de « bourgeois ».\n   Depuis les temps héroï-comiques du romantisme, ce terme « bourgeois »,\néquivalent assez heureux du « philistin » allemand, a servi à désigner\nl'homme confiné dans les préoccupations étroites, mercantiles ou politiques,\nqui caractérisent les petits boutiquiers et les concierges aussi bien que les\nnégociants ou les banquiers exclusivement soucieux de la hausse du pétrole\nou du krach des mines de la Patagonie. Bourgeois, le gentleman fraqué de\nnoir et cravaté de blanc qui, le monocle vissé à l'arcade sourcilière,\ns'enquiert de la dot de sa danseuse et aligne dans une revue que personne\nne lit des études d'économie politique qui consistent en l'éloge périodique\nd'un ministre; bourgeois, le gros industriel qui, fatigué de son usine, va\nlorgner à l'Opéra le corps de ballet et se soucie de la musique dramatique\ncomme un brochet d'une montgolfière; bourgeois, le père de famille qui\nrecommande à sa progéniture de faire son chemin en se méfiant des séduc-\ntions des artistes plus encore que du sourire des belles dames qui ont des\nnotes à payer chez leur couturière; bourgeois enfin quiconque confond\ndans une même réprobation les étudiants, les rapins et les grands hommes.\n   Mais il est d'autres bourgeois et le mot a un tout autre sens lorsqu'il\ndésigne les hommes du tiers État, comme on disait au siècle dernier. En\nréalité la bourgeoisie constitue à présent le deuxième ordre social. Le\nclergé et la noblesse n'existant plus comme classes particulières, on peut\ndiviser la société en trois compartiments dont le premier est occupé par\nY aristocratie du sang, de l'argent et des fonctions publiques (clergé, armée,\ndiplomatie, haute banque, etc.), le second par la bourgeoisie (négociants,\nrentiers, industriels, employés), le troisième par le prolétariat.\n"}, {"page_pdf": 456, "texte": "                                      — 409 —\n\n    Dans cette hiérarchie à trois degrés, la bourgeoisie est véritablement la\nclasse moyenne. En Belgique, cette classe est la plus forte, la plus indépen-\ndante et la plus intelligente. Elle forme la base de l'État. C'est sur elle que\ns'appuient tous les pouvoirs publics, car c'est elle qui constitue l'opinion\npublique. Quand elle parle on peut dire que la nation a parlé. Sa volonté\nfait la loi. C'est elle qui peuple le Sénat, la Chambre, les tribunaux, l'armée,\nles universités et les écoles, les académies et les conservatoires, non seule-\nment d'une foule de médiocres, mais aussi de quelques hommes supérieurs\nLa plupart des savants et des artistes sortent de son sein. Ainsi M. Picard\nest un bourgeois, M. Verhaeren et M. Eekhoud sont des bourgeois,\nRichard Wagner fut un grand bourgeois.\n    Mais certaines personnes intéressées à mêler les choses de l'art avec les\nchoses de la politique, ont joué impudemment sur les mots et ont tenu à\npeu près ce raisonnement : « Nous autres, anarchistes ou socialistes, nous\n haïssons le bourgeois; vous, artistes, esthètes et personnes sensibles, vous\n détestez le bourgeois : unissons-nous donc contre « l'ennemi commun. »\n     Halte-là! Il n'y a pas d'ennemi commun, Messeigneurs, et notre bour-\n geois n'est pas le vôtre! Quittons ces équivoques et marchons, s'il vous\n plaît, chacun à nos destinées, vous à la politique, qui commence par les\n discours incendiaires et finit par les sièges parlementaires de la Chambre et\n du Sénat, nous au labeur artistique, où, même sans lauriers et sans tapage,\n nous savons trouver de suffisants bonheurs.\n     Cette juste distinction entre le bourgeois du démagogue et le bourgeois\n de l'artiste, l'un des nôtres, M. Ernest Verlant, l'établit avec précision dans\n le Journal de Bruxelles au lendemain de la création de la « Section d'Art »\n de la Maison du Peuple de Bruxelles. La Jeune Belgique fit sien cet\n article, qui répondait à ses principes. Mais il ne s'en suit point que nous\n ayons conçu la moindre hostilité contre la propagande artistique en quel-\n que milieu qu'on la fasse. Si quelques esprits généreux s'efforcent d'initier\n les ouvriers intelligents des grandes villes aux sensations d'art raffinées,\n  s'ils y réussissent, et si, ce faisant, ils ne craignent point de débiliter les\n  énergies des travailleurs en développant outre mesure leur sensibilité par\n  des excitations disproportionnées avec leur vie, ce n'est pas à nous à les\n  blâmer (1).\n\n   (1) Les faits n'ont pas exactement répondu aux intentions et aux promesses des fonda-\n teurs de la dite « Section d'Art » : Ainsi, un beau soir, quelques écrivains venus là pour\n assister à une conférence littéraire, virent tout à coup le public se transformer en foule\n agitée par la passion politique et durent subir quelques Marseillaises non prévues par\n le programme.\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "                                  — 410 —\n\n   On dit qu'on a pu amener rapidement plusieurs ouvriers à goûter la\nmusique des maîtres et la poésie d'Homère et de Shakespeare; on a dit la\nmême chose, parfois, aux environs de 1848. Après tout, c'est bien possible\net la tentative est, à coup sûr, intéressante. Je crois cependant qu'on fait\nfausse route et que l'éducation artistique du peuple, assurément possible\net souhaitable, en Belgique mille fois plus encore que dans les nations voi-\nsines, doit être demandée aux arts décoratifs, qui, par leur nature même\ns'adressent aux masses et peuvent souvent être pratiqués par les ouvriers.\nMais cela demanderait de longs développements, et il est temps de con-\nclure.\n\n\n\n   A l'heure présente les yeux clairvoyants voient poindre l'aurore d'une\n réaction contre les excès de l'exotisme, de l'individualisme, de la déliques-\n cence générale de la pensée et des formes. L'âme française sommeille comme\nla Belle-au-Bois-dormant, et son palais, au milieu de la forêt touffue, est\nenvahi par les ronces, les lianes, les herbes de toute espèce ainsi que par\ndes myriades d'insectes et d'oiseaux qui y ont fait leurs nids. Certes, quel-\nques-unes de ces ronces portent de belles roses, quelques-uns de ces oiseaux\nchantent de jolies chansons. Mais chanteurs ailés et plantes fleuries seraient\nmieux à leur place dans le parc que dans ces appartements, qu'après tout\nils souillent et dégradent. La princesse va-t-elle enfin s'éveiller? Ses gens,\nqui gisent de-ci, de-là, couverts de mousses vertes et de bêtes à bon Dieu,\nvont-ils renaître à la vie, nettoyer leurs habits brodés et leurs épées ?\nVa-t-on rendre à la forêt ce qui appartient à la forêt et aux hommes ce qui\nappartient aux hommes ? La royale enfant a entr'ouvert les yeux ; ses lèvres\nont frémi ; sur les blanches dentelles son bras charmant a bougé. Fasse le\nciel qu'elle se redresse sans tarder sur sa couche et que sa voix argentine\ntire tous les dormeurs de leur trop long sommeil !\n\n                                                         I\\VAN GlLKIN\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "                      —   411   —\n\n\n\n\n                   HELLAS\n            LA PRIÈRE D'HIPPOLYTE\n\nSalut, blanche Artémis ! Choisi parmi l'élite\nDes éphèbes pieux et chastes, Hippolyte,\nL'initié divin, le libre et fier chasseur,\n T'adresse sa prière ici, dans l'épaisseur\nDe ces sombres forêts.\n                          O Souveraine altière!\nDont l'esprit radieux domine la matière,\nPour toi j'ai dédaigné l'œuvre stérile et vain.\nM'enseignant les beautés de ton monde divin\nTu dissipas en moi l'erreur et le mensonge.\nTa clarté m'éblouit, et mon âme se plonge\nDans les pures splendeurs du royaume idéal.\nTu fus mon seul amour ; et mon chant nuptial\nPour toi seule vibra dans la forêt sauvage.\nLa fraîcheur de ton souffle emplissait le feuillage\nQuand je passais, humant l'air salubre des bois,\nÀ travers les halliers frissonnants, aux abois\nDe mes chiens vigoureux. A moi tu te révèles\nDans les taillis épaix pleins de clartés nouvelles;\nC'est toi qui, lorsque l'aube éveille les oiseaux,\nLances des flèches d'or parmi les verts rameaux.\nTu rôdes en ces lieux, et pourtant invisible;\nTu m'appelles : j'entends ta voix douce et terrible ;\nTu hantes les vallons où je reviens m'asseoir,\nPartout je te devine, et ton ombre, le soir,\nEntre les roseaux noirs glisse le long des berges.\n\nSalut, ô la plus belle entre toutes les Vierges,\nArtémis! au beau front d'ivoire, aux larges yeux\nOù triomphe l'azur resplendissant des cieux.\nJe t'apporte aujourd'hui la couronne fleurie\nTressée en ton honneur dans l'intacte prairie\nQue le pied des troupeaux, ni le cruel tranchant\nDe la faux n'ont jamais violée, où mon chant\nRésonna solitaire et libre, quand l'abeille\nButinait au printemps l'anémone vermeille.\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": "                    — 412 —\n\nSur les sommets déserts, sur ces autels, c'est là\nQu'en ta présence sainte, Hippolyte mêla\nL'églantine au safran pour sa pieuse offrande.\nO Déesse aux yeux clairs! reçois cette guirlande,\nEt daigne, étant propice à cet humble trésor,\nEn parer ce matin ta chevelure d'or.\n\n\n\n                    PINDARE\n\nO Thèbes au char d'or nous t'offrons nos lauriers!\nTu n'as pas enfanté de superbes guerriers,\nConquis un vaste empire ou chassé le barbare;\nTu fus, plus noble éclat, le berceau de Pindare.\nLes Muses aux beaux yeux l'avaient élu parmi\nTous tes enfants : un jour qu'il s'était endormi\nSous l'ombrage odorant des corbeilles de roses,\nDes abeilles avaient, entre ses lèvres roses,\nComme un présage heureux et gracieux du ciel,\nDistillé le trésor suave de leur miel.\nChéri de tous, il fut la voix d'or des gymnases;\nEt les vierges, portant les rameaux et les vases\nA ux fêtes d'Apollon, en conduisant les chœurs,\nChantaient ses hymnes saints qui transportaient les cœurs.\nLa Grèce l'acclamait, et dans l'île de Rhodes,\nA Lindos, on avait gravé ses fières odes\nSur le marbre neigeux du temple d'Athéné.\nOr, illustre et très vieux, ayant abandonné\nSon front sur les genoux du jeune Théoxène\nQui méditait ses vers à l'ombre du troène,\nIl exhala son âme, et l'on vit le dieu Pan,\nAu pied du Cithéron, entonner un péan\nDu noble citharède aimé de Proserpine.\nPlaton qui s'abreuvait à la source divine,\nA ux jeunes gens pensifs circulant à pas lents\nDans les jardins en /leurs sous les platanes blancs,\nRécitait ses beaux chants ; et plus tard A lexandre,\nLorsque Thèbes fut prise et fut réduite en cendre,\nOrdonna, pour l'honneur des vers mélodieux,\nD'épargner la maison du favori des dieux.\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "                      -   413   -\n\n\n              SUR EROS ENDORMI\nDans la verte forêt à la cime azurée\nNous trouvâmes Eros, le fils de Cithérée,\nPlus jeune qu'une fleur, plus beau qu'un fruit   vermeil,\nEnchaîné par un calme et suave sommeil.\nSur un doux lit de mousse et de fougères sèches\nIl dormait. Ni son arc recourbé, ni ses flèches,\nNi son carquois léger ne brillaient en sa main ;\nIl les avait fixés aux arbres du chemin\nEt reposait tranquille et divin sous les roses,\nTandis que doucement, sur ses lèvres mi-closes,\nConstruisant à loisir leurs rayons parfumés,\nLes abeilles de moire en essaims enflammés,\nOublieuses du thym sauvage et de la menthe,\nBourdonnaient à l'entour de sa bouche charmante.\n\n                  EPITHALAME\n\nO nuit divine, sois propice ! ô toi qui leurres\nCes amants enlacés !. Et vous, les belles Heures,\nRetardez d'atteler vos chevaux d'or pour eux'.\nChers enfants, confondez vos efforts amoureux ;\nAimez-vous, aimez-vous ! Quand l'amante succombe.\nQue parmi les bosquets étoiles la colombe\nNe soupire pas plus! En vos jeux étourdis,\nEn vos charmants combats, que vos bras arrondis\nPlus fortement noués que la liane au chêne\nForment une puissante et délicate chaîne.\nRedoublez vos ardeurs, l'étoile brille encor.\nAimez-vous, aimez vous! Les coquillages d'or\nSeront moins bien unis que vos lèvres brûlantes.\nSurtout, n'éteignez pas ces lampes vigilantes :\nTémoins muets des doux mystères de l'amour,\nElles ne diront rien de leur secret au jour.\n\n                   LE PRÉSENT\n\nCher pasteur Menalkas accepte ce présent,\nCe vase façonné de mes mains, en creusant\nAvec le dur airain l'agathe transparente.\nPour toi je l'ai rempli d'une cire odorante.\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "                     -   414 —\n\nMais regarde surtout comme il est ciselé :\nSur les bords délicats le lierre entremêlé.\nEncadrant un pays adorable et paisible,\nSerpente et se déploie en guirlande    flexible.\nAdmire le charmant et patient travail.\nPlus bas, sous un bosquet plein de fruits de corail,\nPrès d'une source vive, une vierge divine\nEst assise parmi les joncs, et l'on devine\nQu'elle rit au reflet qui frissonne sur l'eau.\nElle ajuste une rose à son léger bandeau\nSans savoir que, souffrant les cuisantes brûlures\nD'Eros, deux jeunes gens aux belles chevelures\nSe querellent. Non loin est une vigne encor,\nAux pampres verdoyants chargés de grappes d'or;\n Un jeune enfant la garde, assis dans une haie.\nIl chante les chansons dont son âme s'égaie;\nIl rit; tandis qu'à ses côtés en tapinois\nDans le buisson touffu, cauteleux et sournois,\nSe sont déjà glissés deux renards en maraude.\nL'un mange le raisin pesant, mais l'autre rôde\nDans les herbes, autour du déjeuner gonflant\nLa besace laissée à terre par l'enfant.\nMais le pâtre frivole et joyeux continue\nA moduler ses chants sur la flûte ténue.\n\n\n  LE COLLIER D'OPALES\n                  LA CLAIRIÈRE\n\nJe connais une étrange et secrète clairière.\nAu matin, dans le vert feuillage, la lumière\nY semble de la neige. Entre les peupliers\nTout scintille, l'air bleu, la source et les halliers;\nEt c'est au fond du bois comme une aube argentée.\nMais cette solitude est sans doute hantée\nPar les dieux enfantins, les espiègles esprits\nOu les sylphes moqueurs, car un soir, j'ai surpris\n— Retenu par le charme enchanteur d'un beau livre\nDans un brouillard d'azur, de rosée et de givre,\nLa lune qui, jetant ses voiles de couleurs.\nSur le gazon mouillé dansait parmi les fleurs.\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "                      -   415   -\n\n\n             LA T O I L E D'ARAIGNÉE\n\nDu saule pâle à la stellaire au cœur d'étoile\nLa vorace araignée avait tendu sa toile\nAinsi qu'un pont de tulle au-dessus du ruisseau\nLa tipule eût brisé ce fragile réseau ;\nMais les vapeurs du soir qui s'étaient condensées\nSur les mailles de fil et de givre tissées\nSemblaient en avoir fait une gaze d'argent\nOù ce matin, captive, en son reflet changeant,\nComme un insecte d'or dont l'aile est irisée,\nTremblait de tous ses feux la goutte de rosée.\n\n\n                  L'ÉGLANTIER\n\nIl est las de ses jeux, de l'arc et de la course :\nSes yeux charmeurs, ses yeux joyeux comme une source\nSe closent, et voici qu'il dort sous l'églantier\nDont le réseau fleuri l'enferme tout entier.\nMais un souffle frissonne : au bout de chaque tige,\nDoux papillon captif, un calice voltige,\nLe câline, s'enfuit, vient effleurer son front,\nEt, léger, sur sa bouche éclose se confond,\nSi bien qu'en cet instant l'abeille qui butine\nHésite entre la lèvre et la rose églantine.\n\n\n                     RÊVERIE\n\n Vois ce site enchanté, c'est notre propre rêve.\nLa fraîche nuit descend ; la lune qui se lève\nDans le parc, à travers les tilleuls argentés,\nSème sur les gazons ses flocons de clartés\nQui tremblent dans le gel scintillant de la mousse.\nC'est la lumière du silence, l'heure douce\nAux cœurs mystérieux que la vie affligea.\nLaissons le songe errer; hâtons-nous, car déjà\nLe jonc léger bruit sur l'étang qui s'irise,\nLe bocage gazouille aux rires de la brise\nEt, comme des esprits moqueurs, subtils et fous,\nL'ombre des feuilles glisse et danse autour de nous.\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "                        416 —\n\n\n                  CRÉPUSCULE\n\nTu reviens, cher Esprit, avec le crépuscule.\nTon âme de parfum dans la brise circule:\nN'es-tu pas cet oiseau qui chante? Je te vois\nDans le nuage errant sur les fleurs ; c'est ta voix\nQui fait ce bruit touffu d'ailes parmi les feuilles.\nLes étoiles, ce sont les roses que tu cueilles.\nO doux rayons mystérieux ! l'ombre s'enfuit,\nLa clarté de tes yeux illumine la nuit.\n\n\n                     L'ÉTANG\n\nDerrière ce massif ombré de chèvrefeuille\nOù le parfum sucré du seringa t'accueille,\nEn suivant le ruisseau tu découvres l'étang\nQui, sous l'éventail d'or du cytise s'étend\nComme un clair ciel de fleurs, d'azur et de lumière;\nSur ses blancs nénuphars la huppe coutumière\nVole, vive, y lustrer sa plume le matin ;\nLa truite brusque saute en son flot argentin,\nEt c'est là que la nuit, glissant de branche en branche,\nLa lune curieuse et coquette se penche\nEt vient tout doucement, entre les fleurs des eaux,\nLisser sa chevelure aux peignes des roseaux.\n\n\n                 LES ÉCOLIERS\n\nLa forêt s'enivrait de son premier réveil;\nDans les arbres mouvants voltigeait le soleil,\nEt chaque feuille était un frisson d'or; des perles\nFusaient en mille feux quand s'envolaient les merles;\nL'aube resplendissait. Soudain, au fond du bois,\nJ'entendis gazouiller un chœur de fraîches voix\nEt je vis, dans l'azur bruinant sur les mousses,\nA travers le rideau léger des jeunes pousses,\nUne bande joyeuse et vive d'écoliers\nPortant des thyrses blancs, des gerbes, des colliers\nFaits de bouquets neigeux et de ramures vertes.\nSous les grappes dont leurs têtes étaient couvertes,\n"}, {"page_pdf": 464, "texte": "                     -   417   —\n\nSous le myosotis, l'iris ou le muguet,\nPlus beaux, plus radieux encore, on distinguait\nLeurs doux yeux étoiles et leurs lièvres mouillées:\nMais le vent du matin passa dans les feuillées\nEt fit, magique effet, pleuvoir sur ces enfants\nLes lumineuses fleurs des rayons triomphants.\n\n            LES COROLLES D'AZUR\n\nSous la bryone au fin feuillage mon amie\nS'était comme une fleur doucement endormie.\nElle voyait sans doute en son rêve enchanté\nLe paradis avec des arbres de clarté,\nDes fontaines d'amour et de claires prairies\nOù des anges vêtus de magiques soieries,\nSur des luths de cristal, cachés dans les buissons,\nEn murmure exhalaient leurs mystiques chansons.\nElle leur souriait. Comme un jeune calice\nSa bouche délicate au corail rose et lisse\nCharmait les papillons de sa suave odeur ;\nLes lilas la veillaient. Mais un frelon rôdeur,\nAttiré par la fleur splendide et parfumée,\nBourdonna tout à coup sur le front de l'aimée.\nA ses songes, méchant, pourquoi tu la ravis?\nElle entr'ouvrit les yeux, ô merveille! et je vis\nSous les cils qui semblaient de la mousse irisée,\nDeux corolles d'azur étoiles de rosée.\n\n\n             LA P L U I E DE FLEURS\nDans le verger fleuri ce n'était qu'un sourire.\nTu semblais un joli papillon en délire;\nTu courais, tu dansais, folle parmi les fleurs.\nLes hôtes des pruniers, les divins gazouilleurs,\nSifflaient et s'appelaient dans la neige embaumée.\nTu t'arrêtas soudain, puis surprise et charmée,\nCar la brise effeuillait la flore des bosquets,\nTu fis sous cette pluie étrange de bouquets,\nDe ton éventail d'or voltiger dans les branches\nLes pétales ailés et les corolles blanches.\n\n                                         VALÈRE GILLE\n"}, {"page_pdf": 465, "texte": "                                  -    418   -\n\n\n\n\n         ALEXANDRE DUMAS FILS\n             Dans la remarquable et très élogieuse étude de M. Paul Bour-\n               get sur Alexandre Dumas fils, le poète des A veux constate\n               que le dramaturge de Francillon est un écrivain « peu préoc-\n               cupé des questions de l'art ».\n   Il serait difficile, en effet, même pour un admirateur passionné\nd'Alexandre Dumas fils, de soutenir sérieusement le contraire. Pour faire\nreculer ceux que le paradoxe allécherait, il suffirait de citer les aphorismes\nsur l'art que le romancier a semés dans l'Affaire Clemenceau. Certaine\npréface, ornée d'un inconcevable panégyrique de George Sand, nous paraît\nsusceptible de décourager plus d'un zélateur. Quant à la réponse au dis-\ncours de Leconte de Lisle, je ne sache pas que l'Académie française ait\njamais entendu méconnaître à ce point, avec une inintelligence plus lamen-\ntable, non seulement le génie d'un poète illustre, mais le génie poétique lui-\nmême. Ces preuves seraient tenues pour suffisantes, même si l'œuvre dra-\nmatique d'Alexandre Dumas fils ne portait la trace évidente du défaut\nconstaté par M. Bourget. L'auteur du Demi-Monde n'est pas un artiste. Le\nculte de la Beauté pure lui est inconnu. Homme de théâtre, il s'évertue à\nconcilier avec les conventions dramatiques la somme de vérité que l'on\npeut dire tout haut devant un public ; moraliste, il fait des efforts pour pré-\nparer les consciences à la revision des lois sur le mariage et la paternité, et\nfinit dans une sorte de mysticisme dont le moindre tort est de se dérober à\ntoute définition. Ce qu'il recherche ardemment, ce n'est pas le Beau,\ndevant lequel, au fond, il ne ressent qu'un enthousiasme convenu, ni le\nVrai pour le Vrai, tel qu'il se manifeste à l'homme de science, ni même le\nVrai pour le Beau, tel qu'il apparaît au romancier. Ce qu'il poursuit, c'est\nle Vrai pour le Bien, tel qu'il brille aux yeux du moraliste, mais avec cette\nparticularité que le moraliste des planches doit composer avec les règles de\nl'art dramatique et avec les préjugés de la foule.\n   « Au XVIIe siècle, écrit M. Paul Stapfer, le poète n'était pas ce qu'il est\ndevenu au XVIIIe siècle et au XIXe, un apôtre, un missionnaire, un\nsoldat, mettant la littérature au service d'une cause disputée... il n'était pas\nnon plus un pontife parlant avec une gravité comique de son sacerdoce et\naffectant des airs de grand prêtre de Dieu sur la terre, ce qui est le comble\ndu ridicule et du galimatias. Au siècle de Louis XIV, le poète était simple-\n"}, {"page_pdf": 466, "texte": "                                 — 419 —\n\nment un artiste consciencieux, cultivant l'art à cause de l'art, soignant son\nstyle par amour du style, visant à la perfection pour elle-même... »\n   Alexandre Dumas fils, lorsqu'il voulut se hausser jusqu'au poème, mit\nau jour des vers quelconques, d'une banalité désespérante, d'une lâcheté de\ncontour et d'une impropriété de termes impardonnables. On en jugera par\nle morceau suivant, exhumé par un niais bien intentionné :\n\n                            LA FILLE DE JAÏRE\n              Elle était morte, hélas ! la brune jeune fille.\n              Malgré son cœur si pur, malgré son front si beau,\n              Comme une étoile meurt, des que le matin brille ;\n              Et de vieux fossoyeurs préparaient son tombeau !\n              Et sa mère pleurait et priait à sa couche,\n              Auprès de ce beau corps, à cette heure si froid;\n              L'âme en derniers soupirs s'échappait de sa bouche,\n              Comme d'un luth brisé la note qui décroît.\n              Un homme vint, portant au front une auréole,\n              Que le riche incrédule avait déjà proscrit,\n              Dont le pauvre écoutait la touchante parole,\n              Et que ceux qui l'aimaient appelaient Jésus-Christ...\n              Et le père pleurait et priait à sa porte;\n              Et Jésus qui passait le bénit de la main ;\n              Et le père lui dit : « Seigneur, ma fille est morte;\n              Morte.' et si vous vouliez, elle vivrait demain.\n              Vous pouvez faire encor que sa bouche sourie,\n              Rouvrir ses yeux au jour et son âme au bonheur;\n              Entrez, et je ferai, divin fils de Marie,\n              Du marbre de sa tombe un autel au Seigneur. »\n              C'était bien une morte à sa couche liée,\n              Une fleur abattue au-dessous du ciel bleu!\n              C'était bien la statue où l'âme est oubliée,\n              A qui l'art donne tout, hors le souffle de Dieu!\n              Eh bien, le saint apôtre anima la statue;\n              Il fit rentrer son âme en ce corps épuisé;\n              Il rendit le parfum à la fleur abattue;\n              Il rattacha la corde à ce beau luth brisé.\n              Et chacun le chanta dans son âme ravie,\n              Implorant un rayon de ce divin flambeau;\n              Alors il dit : \" Croyez! La foi, c'est l'autre vie,\n              Qu'étouffe bien souvent le doute, autre tombeau...»\n              Puis il alla semer cette loi qu'on révère,\n              Au-dessus de tout bruit faire entendre sa voix,\n              Et remontant au ciel, en passant au Calvaire,\n              Abriter ses bourreaux à l'ombre de sa croix!\n"}, {"page_pdf": 467, "texte": "                                  — 420 —\n\n     Quant à l'auteur dramatique, à l'exemple de Voltaire et de Beaumarchais\n plus que Voltaire et que Beaumarchais, sans le don du style qui caractérise\n l'un et l'autre, il ne considère son art que comme un moyen. Mais Voltaire\n poussa l'esprit jusqu'au génie, et le fit pleuvoir en feu grégeois sur un\n monde qui se transformait; mais Beaumarchais eut un diable au corps,\n une flamme sensuelle, une vision chaude et pittoresque de la vie\n qu'Alexandre Dumas fils, nature cassante et froide, ne connut jamais. Cet\n esprit si vanté, à notre avis bien surfait, ne fut guère, sauf dans les rares\n moments où il aiguise la logique, que l'accompagnement un peu mécanique\n d'un talent médiocre, pour qui la beauté de la vie demeura voilée. Qu'il est\n pauvre et grêle, et qu'il sonne faux, cet esprit sans grâce et sans noblesse,\n qui se réduit, en somme, aux cliquetis de mots à la mode dans les salons\n et sur le boulevard. Jamais, ou presque jamais, le mot d'esprit ne jaillit de\nla situation : il naît du caprice de l'auteur, ou de son désir d'interrompre\nl'action pour récompenser la patience de l'auditoire. Prenez au hasard une\ncomédie d'Alexandre Dumas fils, enlevez les jeux de mots et les pointes :\nla comédie un peu plus nue, un peu plus lourde, reste intacte. Quant aux\nrépliques coupées, Murger en fit jadis d'aussi bonnes, et même de\nmeilleures, à la douzaine! Envoyez-les aux journaux : ce sont des nouvelles\nà la main !\n    Ce serait peut-être le moment d'examiner si le petit journalisme, dont les\ndébuts firent tant de tapage et qui ne fut pas sans exercer quelque influence\nsur la politique et les mœurs de notre temps, n'a pas contribué, par là-même,\nà modifier dans une certaine mesure la physionomie du théâtre contempo-\nrain. La nouvelle à la main, cette nouveauté plus ou moins neuve, amusa\nfort les esprits légers du second Empire. C'était un joli mirliton, sur lequel\non joua des ariettes joyeuses, des chansons sceptiques, et même des refrains\nde Fronde. Faut-il s'étonner beaucoup si les personnages de prédilection\nd'Augier, de Dumas fils et de leurs rivaux ont ce mirliton dans leur poche,\net l'embouchent à chaque instant soit pour dérider le spectateur, soit pour\nmener l'action, soit pour en tirer la moralité? M. de Ryons, Olivier de\nJalin, le docteur Rémonin, Lebonnard, Thouvenin et tant d'autres cory-\nphées d'Alexandre Dumas fils n'observent-ils pas les péripéties du drame\ncomme les premiers charivaristes observaient les événements du jour? Ne\npassent-ils pas, d'un air détaché, en semant autour d'eux, sur les héros de\nla comédie, une nuée de petits jugements taillés à facettes, aiguisés en\ntraits d'esprit? Ce sont les journalistes d'un journal parlé, qui apportent\nsur les planches l'atmosphère du Corsaire, du Nain jaune et du Figaro,\n    Je sais l'objection qu'on pourrait me faire : l'esclave de la comédie\n"}, {"page_pdf": 468, "texte": "                                —     421—\n\n\nantique, le gracioso du théâtre espagnol, les valets de Molière et de\nRegnard ne se privent pas non plus d'égayer la situation par des plaisan-\nteries. Toutefois, si l'on y regarde avec soin, leur rôle est presque toujours\nsubalterne et se réduit, en même temps qu'ils dérident le spectateur, à\nrendre à l'amoureux de la comédie les petits services, au fond peu honnêtes,\nque comporte leur métier. Mais ils ne se mêlent ni de juger ni de mora-\nliser. Ce n'est point leur affaire, et ils préfèrent au ronron des maximes la\njoyeuse sonnerie des écus. Seul, le Figaro de Beaumarchais allie au désir\npeu platonique de faire fortune le souci d'une dignité naissante, et se\npermet envers le comte Almaviva des familiarités de comparaison et des\nhardiesses de jugement qui sonnent la fin d'un régime. Mais le Figaro de\nla Folle Journée a pour père un pamphlétaire incisif, un journaliste de\ngénie, un plaideur dont les mémoires ont passionné la France et porté un\ncoup terrible à l'institution du Parlement Maupeou. Si donc on m'oppo-\nsait le factotum d'Almaviva, je serais en droit de répondre qu'il annonce,\nà sa manière, les coryphées d'Alexandre Dumas fils. Faut-il encore, après\nles valets, citer les raisonneurs de la comédie classique? Molière ne les\nemploie guère, sauf dans le Tartufe, pour donner une satisfaction obligée\naux âmes religieuses, et, même lorsqu'il les emploie, il ne leur donne pas\nle rôle prédominant et absorbant qu'ils ont dans la comédie contempo-\nraine : celui d'un président des débats dramatiques. Il convient d'ajouter\nqu'Alexandre Dumas fils ne réserve pas son esprit aux seuls raisonneurs de\nson théâtre : tous ses personnages, même les plus instinctifs, font des mots\nqui sont autant de jugements sur leur condition et sur celle des autres. Il\nn'y a pas jusqu'aux enfants et aux figurants qui ne se mêlent de la partie.\n La petite fille de Monsieur Alphonse établit une nuance dramatique entre\nle mot mère et le mot maman; et le commissaire de police de la Princesse\n de Bagdad, chargé de constater un flagrant délit d'adultère, dit au comte\n de Hun : « Les Français n'aiment pas les maris qui font surprendre leur\n femme par le commissaire de police. »\n   Assurément, comme Alexandre Dumas fils avait de l'esprit, il ne résista\n point à la tentation d'en user, et comme il se croyait moraliste, d'en user\n dans un but déterminé. Mais il n'en reste pas moins vrai que les personnages\n d'Alexandre Dumas fils et de ses contemporains ont subi l'influence du\n petit journal, de la chronique et de la nouvelle à la main.\n   J'ai dit plus haut que cet esprit, cet esprit tant célébré par les chroni-\n queurs de l'époque, est d'une qualité inférieure. C'est l'esprit de mots, cet\n esprit qui, d'après Banville, dispense d'avoir continuellement de l'esprit.\n J'ajoute, non sans confusion, que cet esprit ne me paraît pas très person-\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": "                                  — 422 —\n\n nel. Les meilleurs mots de Dumas fils, qui sont peut-être de Dumas père\n diffèrent-ils essentiellement des mots de M. Aurélien Scholl ou de M. Roche-\n fort? Je ne le pense pas. Et cependant ce sont ces mots, ces fameux mots\n que la critique suçait et resuçait jadis pendant des semaines, qui donnent\n une illusion de vie à la langue d'Alexandre Dumas fils. Otez ces vocalises\n qui n'ont rien de la grâce italienne des vocalises chantées : cette langue\n neutre, froide et sèche n'atteint pas au style. Elle manque de nerf, de\n muscles, de chair. Elle vaucansonne : elle ne vit pas.\n    Mais j'oublie peut-être qu'il s'agit d'un écrivain dramatique. Sans agiter\nla question de savoir si l'on naît ou si l'on devient dramaturge, je veux bien\nadmettre qu'Alexandre Dumas fils trouva dans son berceau, comme un\nhochet, le don, le fameux don du théâtre. C'est chose entendue, convenue,\n enregistrée, paraphée : Alexandre Dumas fils voit les choses sous l'angle qui\nest particulier à l'homme de théâtre. Il a l'optique, — ce mot dit tout; et\ncertes, quand on étudie les œuvres de sa maturité, il serait puéril de con-\ntester qu'il a ce que M. Paul Bourget appelle l'imagination des crises. Mais\ncette imagination, il ne fut pas seul à la posséder. Des industriels dénués\nde toute valeur intellectuelle, comme M. Sardou et M. d'Ennery, pour ne\nciter que ceux-là, ont aussi, au même degré, cette imagination tant célébrée.\nJe ne me donnerai pas le facile plaisir de tirer le rideau noir qui recouvre\nle portrait de M. Scribe, ce Marino Faliero du théâtre, resté « Monsieur »\ncomme Marino Faliero resta doge, et que malgré ses crimes notoires, nulle\ncritique ne parviendra jamais à décapiter, la peine capitale exigeant une\ntête, et M. Scribe n'étant pas capable de la fournir! Alexandre Dumas fils\nfut un homme de théâtre, dans la mesure où le furent un grand nombre de\nses contemporains. Et s'il les dépassa de quelques pouces, c'est pour des\nraisons auxquelles l'art dramatique demeure étranger.\n   Au fond, il n'est pas plus humain que M. Sardou, et, si l'on me poussait\nun peu, je dirais qu'il l'est moins que M. d'Ennery. Comme le dit fort bien\nM. Ernest Verlant, « si sa littérature s'applique à être une expression de la\nréalité, une littérature d'observation, il faut noter cependant que son champ\nd'observation est très réduit. Le sujet de ses pièces est peu varié. La Dame\naux Camélias, renversée, devient le Demi-Monde, comme Monsieur\nAlphonse est un retournement de la Femme de Claude. Denise rentre dans\nles Idées de M me Aubray. La Princesse Georges, la Princesse de Bagdad,\nFrancillon se font écho. Pareillement la mémoire a de la peine à distinguer\net à situer les personnages, l'homme trompeur et aimé, généralement\nstupide et ignoble — M. Alphonse, de Thauzette, le prince de Birac,\nCygneroy, de Riverolles; — la fille séduite qui est une sainte — voir\n"}, {"page_pdf": 470, "texte": "                                 — 423 —\n\nL'Affaire Clemenceau et le Fils naturel, Denise et les Idées de Mme Aubray;\n— l'homme fort, le raisonneur, l'homme d'esprit — voir Passim; — la\nmauvaise femme telle qu'Iza, Césarine, l'Étrangère, Mme de Terremonde;\n— le prudent notaire, et caetera, mais il n'y a pas beaucoup d'et cœtera.\nLe monde de Dumas est un monde spécial, strictement cantonné, en dehors\nduquel rien n'existe pour lui. Il s'enferme dans un certain salon et l'idée\nne lui vient jamais d'ouvrir la fenêtre pour regarder dans la rue ou con-\ntempler l'horizon. « Et ces personnages sur lesquels il a concentré toute\nla force de son regard sont, comme toute, bien peu vivants. Je n'en vois-\nguère que trois à excepter, son Monsieur Aphonse, sa Madame Guichard\net sa Dame aux Camélias, bien que celle-ci, trop calquée sur nature, soit\nmoins un type qu'une individualité. »\n    On pourrait en dire autant de M. de Ryons, qui n'est qu'un portrait,\npeu idéalisé malgré son brillant ou plutôt son brillante, d'Alexandre Dumas\nfils lui-même. Ses personnages, tout comme ceux de M. Sardou et de\nM. d'Ennery, s'effacent derrière les conflits dramatiques qu'ils créent. Le\nsouvenir de certaines scènes survit fatalement à celui de leurs protagonistes.\n Et ces scènes, si on les considère à part, sont assurément fort belles. Mais\n si on ne les sépare point du drame dont elles font partie, elles perdent la\n moitié de leur intérêt. C'est que, suivant la juste observation de M. Paul\n Bourget, le moraliste empiète sur l'auteur dramatique. Le vrai devant servir\n à la proclamation du bien, le dramaturge, en choisissantla vérité qu'il étale,\n choisit la plus congrue à la démonstration qu'il médite. Et l'ayant choisie,\n il la tourne, la retourne, la presse et l'exprime, jusqu'à ce qu'elle consente\n à lui donner raison. Il faut que, dans le Fils naturel, le père soit\n ébloui par la fortune de Jacques Vignot; il faut, dans l'Ami des Femmes,\n que Madame de Simerose se confesse à de Ryons ; il faut que la Visite de\n noces tourne à une conception pessimiste et l'Etrangère, à une conception\n optimiste de la vie. Dans ces conditions, ce qu'il y a de réalité dans la\n matière dramatique s'altère et disparaît sous la mise en œuvre. La vérité\n n'éclate plus, comme la foudre, sur les sommets qui la provoquent : elle\n est artificiellement attirée, détournée et noyée, grâce au paratonnerre d'une\n  idée préconçue, dans l'eau croupie d'une contestable moralité.\n     Alexandre Dumas fils n'est qu'une sorte de Franklin de l'art dramatique.\n     C'est le moraliste qui a gâté l'homme de théâtre. Ce sont les thèses, les\n  célèbres thèses, qui donnent aux comédies d'Alexandre Dumas fils leur air\n  vieillot et passé. Que reste-t-il de la plupart de ses drames? Ce qui reste de\n  la Case de l'Oncle Tom.\n     Le résultat est tellement caractéristique qu'il a frappé l'Art moderne;\n                                                                       27\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "                                  — 424 —\n\n mais celui-ci ne se rend pas un compte exact de la portée du phénomène.\n    L'Art moderne, qui a toujours combattu, contre nous, la doctrine de\nl'art pour l'art, aurait dû, pour être logique, chanter les louanges de Dumas\nfils, qui fut un des plus brillants adeptes de l'art social. Les questions que\nl'Art moderne traite avec tant de dédain, et qui inspirèrent les œuvres\nd'Alexandre Dumas fils, étaient à l'ordre du jour, en France, de1850à\n 1880, et tout le monde s'en occupait avec passion. S'il n'en est plus ainsi\nc'est que le dramaturge a remporté, sur les mœurs ou sur la loi, une\nvictoire définitive. Et il en sera de même, fatalement, des œuvres inspirées\npar les questions sociales du moment, le jour où elles seront résolues ou\nenvisagées d'une autre façon. S'imagine-t-on que les nouvelles anarchistes\nà l'élucubration desquelles se complaisent certains de nos prosateurs ne\nperdront pas leur intérêt le jour où les coteries littéraires auront changé de\nfolie?\n   Comme on l'a fait observer avec raison, l'Art moderne s'est chargé lui-\nmême d'édifier le public sur la valeur de son esthétique. L'œuvre\nd'Alexandre Dumas fils, par sa caducité précoce, fait d'autant mieux valoir\nl'excellence des idées que nous n'avons cessé de défendre. Les comédies\nd'Alexandre Dumas fils, comme les tragédies philosophiques de Voltaire,\nont la valeur d'un clairon vertdegrisé retrouvé sur un vieux champ de\nbataille. Il a sonné la charge pour des combattants oubliés.\n   L'humanité quintessenciée de Racine est indépendante de l'action drama-\ntique très simple dont elle émane. L'humanité d'Alexandre Dumas fils est\nécrasée sous le poids des complications dramatiques nécessaires à la démons-\ntration de la thèse. Ce qui se passe dans l'âme d'Andromaque est d'une\nvérité générale; le drame qui se joue dans le cœur de Lionnette de Hun est\nd'une vérité relative, subordonnée à de telles conditions qu'elle en devient\nparadoxale, artificielle et transitoire. Bref, le théâtre de Dumas fils se\nmeurt parce qu'il n'est pas assez simple, et parce qu'il ne nous montre,\ndans des circonstances extraordinaires, que des acteurs exceptionnels. Dans\nquelques lustres, on tiendra des comédies comme la Princesse de Bagdad\net l'Etrangère pour de véritables monstruosités dramatiques, qui n'intéres-\nseront plus que de rares collectionneurs. Mais Racine ne cessera pas de\npartager l'immortelle jeunesse de Sophocle.\n   Si l'écrivain et le dramaturge semblent surfaits, que dire du penseur et\ndu moraliste ?\n   M. Paul Bourget, dans ses Essais de psychologie contemporaine, analyse\navec minutie le personnage de M. de Ryons, et prétend retrouver sous cette\nindividualité brillante quelques-uns des traits qui caractérisent notre gêné-\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "                                 — 425 —\n\nration. M. Paul Bourget fait la partie belle à Dumas fils. M. de Ryons, en\neffet, si on lui ôte son esprit, et malgré son penchant à l'analyse potinière,\n— je ne trouve pas d'autre mot — apparaît comme une intelligence assez\npauvre. M. Paul Bourget dépasse vraiment la mesure lorsqu'à propos de\nce brillant et dangereux inutile, qui fait le mal par raisonnement, et le bien\npar caprice, il évoque la grande ombre de Schopenhauer.\n   Le pessimisme de M. de Ryons, qui n'est au fond qu'une crainte d'être\ndupe, a les mêmes racines sentimentales que celui du sculpteur Clemen-\nceau. M. de Ryons est un homme qui a souffert dans son enfance, et qui\ns'est juré de ne plus souffrir par le cœur. Il a traversé des milieux faciles et\ntout en étant incrédule, il en veut aux dieux qu'il n'a pas rencontrés. Quand\nil moralise, il a non seulement le ton ironique d'un mondain qui veut\nétonner, mais la sévérité outrée de quelqu'un dont la jeunesse n'a pas été\nédifiante. C'est un cœur qui ne bat plus que par curiosité, un esprit tran-\nchant et froid, un homme-bistouri.\n   Qu'il y ait quelques individus de cette espèce de par le monde, surtout\nparmi ceux que le Thomas Graindorge de Taine appelle les lurons positi-\nvistes, je le veux bien; mais le personnage ne se hausse pas au type. Il\nn'est en somme que le confident d'un autre personnage qui ne paraît point\ndans le drame : Alexandre Dumas fils lui-même. Et la morale du confident\n vaut celle de son maître.\n    On a beaucoup parlé du moraliste, — mais je voudrais bien que ses\n admirateurs me définissent sa morale, qui est complexe, confuse et contra-\n dictoire comme l'âme de celui qui la formule. Dumas est pessimiste dans Une\n Visite de Noces, mais Y Etrangère déborde d'un optimisme enfantin, qui\n eût fort réjoui Voltaire. Le commandant Montaiglin dit à sa femme :\n « Créature de Dieu, qui as pleuré et souffert, je te pardonne. » Mais\n Dumas fils crie : Tue la! au mari trompé. Indulgent pour Marguerite\n Gauthier, il est impitoyable pour la baronne d'Ange. M. Meilhac le traite,\n non sans raison, de mysogyne, et Mme Sarah Bernhardt n'a pas tort de le\n considérer comme un défenseur de la femme. M. de Ryons répand sur le\n sexe ennemi tous les poisons de son ironie, et Dumas fils réclame pour\n « la guenon du pays de Nod » les mêmes droits que la société accorde à\n l'homme.\n    Je trouve dans cette œuvre beaucoup de morales opposées, — mais je\n cherche en vain le moraliste.\n    Sa conception de Dieu est étrange. « La nature humaine, dit Mme de\n  Morancé dans Une Visite de noces, a ses évolutions successives, et Dieu a\n  eu la prévoyante bonté, voulant nous amener à la mort sans trop de fatigue\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": "                                   — 426 —\n\npour nous, d'échelonner tout le long de la route certains étonnements\ncertaines surprises qui nous redonnent envie de vivre au moment où nous\nne nous croyons plus bons qu'à mourir » C'est du Schopenhauer pour\nmirliton.\n   Le Dieu d'Alexandre Dumas fils ressemble à un auteur dramatique d'un\ngenre supérieur.\n   La célébrité de l'écrivain, qui date de 1852, deviendra-t-elle un jour de\nla gloire? J'ai dit les raisons qui m'en font douter. Cette individualité remar-\nquable, de qui rien ne passait inaperçu, ce parfait honnête homme, qui\nmoralisa toute sa vie au nom d'une morale mal définie, ce romancier\nbruyant, cet auteur dramatique envié risque fort d'être jugé sévèrement\npar les générations futures. Divers et contradictoire, il n'a pas de domi-\nnante, et la postérité, qui sculpte les grands morts en une attitude défini-\ntive, ne saura pas comment s'y prendre avec lui.\n\n                                                        ALBERT GlRAUD\n\n\n\n\n                            SONNETS\n                                LAOCOON\n\n          Sous l'archet de ta bouche, ô reine d'harmonie!\n          Si je râle, envahi d'un frisson doux et long.\n          Si tout mon corps frémit ainsi qu'un violon\n          Lorsque ma lèvre avec ta lèvre communie,\n\n          Si mon cœur, sous mes nerfs raidis jusqu'au talon,\n          Bat de l'aile comme un ramier à l'agonie!\n          Ce n'est pas que j'gnore, ô mon mauvais génie!\n          Que ta caresse est traître et ton baiser félon ;\n\n          Mais, immobilisé par ton œil qui fascine.\n          Enlisé lentement par la force assassine\n          De tes beaux bras autour de mes hanches rampants,\n\n          Pâle et voluptueux Laocoon, j'expie,\n          Dans l'étreinte de l'hydre à mes pieds accroupie\n          Mon rêve audacieux de charmeur de serpents.\n"}, {"page_pdf": 474, "texte": "                    — 427 —\n\n\n               TAPIS DE SALON\nLorsqu'aux poils somptueux des fauves, tu câlines\nTes flancs de velours pâle et tes membres ongles,\nLe bâillement sanglant des mufles dentelés\nS'allonge en souriant sous tes lèvres félines;\nEt je compte, pleurant mes grandeurs orphelines,\nTous mes rêves de gloire et d'amour écroulés\nSous ces lèvres aux bords si finement ourlés\nQui sucent les cerveaux ainsi que des pralines.\nQuelle odeur de fourrure exhale ton corps blond!\nJe prendrai quelque jour pour tapis de salon\nTon dos déshabillé des voiles de batiste :\nTa tête, ô Salomé! vengera Jean-Baptiste!\nEt tes dents ouvriront leurs reflets azurés\nDans le miroir sans fond de mes parquets cirés.\n\n                                 M A U R I C E CARTUYVELS\n\n\n\n\n                     VERS\n             SOUS LES PEUPLIERS\n    Avec des fraîcheurs de brise marine\n    Le vent se jouait dans tes cheveux noirs,\n    Apportant vers nous l'odeur des beaux soirs.\n    Qui faisait frémir ta rose narine.\n     Le front appuyé contre ta poitrine.\n     Je m'alanguissais en des nonchaloirs\n     Où tes seins m'étaient de mois reposoirs\n     Jonchés de baisers - flore purpurine!\n     Tes bras à mon corps demeuraient liés,\n     Tandis que chantait la brise éolienne...\n     De ces soirs d'amour sous les peupliers\n     Où ta jeune ardeur surpassait la mienne,\n     Ah! pourquoi faut-il que je me souvienne.\n     Puisque tu les as toi-même oubliés!\n"}, {"page_pdf": 475, "texte": "                     -   428   -\n\n\n\n\n                 RENONCEMENT\n\nA les bonheurs d'amante il faut que tu renonces,\nTrop de fiel désormais s'infiltrerait en eux;\nL'arbre des voluptés est un arbre épineux,\nEt les roses d'amour fleurissent dans les ronces.\n\n Tes aveux resteront à jamais sans réponses :\nIl me faut, en pleurant, dénouer ces chers nœuds\nQu'autrefois nous formions au jardin    lumineux\nOù le soleil d'avril riait sur les quinconces!...\n\nSans retour je vous quitte, édens favorisés\nOù j'écoutais s'unir le chant de mes baisers\nA la musique lente et molle de ses phrases!\n\nMais, loin de vos bosquets, loin de vos clairs abris,\nJe revivrai toujours nos sereines extases\nDans le morne abandon de mes soirs assombris\n\n\n           FUNÉRAILLES BLANCHES\n\n    La cloche a tinté son glas mortuaire :\n    Le cœur envahi d'un chagrin nouveau,\n    Nous allons porter à son froid caveau\n    Notre amour vêtu d'un pâle suaire.\n\n    Il ne viendra point foule au sanctuaire :\n    Notre amour était trop pur et trop beau,\n    Pour qu'un vil cortège aille à son tombeau\n    Et souille en passant ce chaste ossuaire!\n\n    Seuls, d'humbles enfants suivront le cercueil;\n    Tandis que, parés de blanc pour tout deuil,\n    Les prêtres diront une messe d'ange ;\n\n    Car ce doux amour ne sut point pécher :\n    Il naquit avec les fleurs du pêcher,\n    Et mourut sans tache avant la vendange.\n"}, {"page_pdf": 476, "texte": "                       — 429 —\n\n\n              LA MER DÉCEVANTE\n\n                           I\n\nLorsqu'à nos pieds la mer se rit ou se lamente\nSur les rocs ténébreux ou sur le sable d'or,\nElle a des voix de sœur et des langueurs d'amante;\nMais l'amante et la sœur sont moins douces encor.\n\nO mer mélodieuse, ô mer calme et sereine'.\nToi dont le fier langage a consolé toujours\nLes simples qui venaient te confier leur peine,\nApporte-moi l'oubli des fragiles amours !\n\nApporte-moi l'oubli qui repose et soulage,\nL'oubli des vains bonheurs, l'oubli des maux    soufferts!...\nMélancolique et seul, j'ai cherché sur la plage\nLe sommeil que l'on trouve en tes vastes concerts.\n\n                          II\nMais ce tendre murmure exhalé par tes vagues\nRéveille ma souffrance au lieu de l'endormir :\nJe crois presser encor des doigts cerclés de bagues,\nEt sentir dans mes bras un buste aimé frémir.\n\nDes cheveux parfumés roulent sur mon épaule,\nOu de leur noir bandeau couronnent mon front blanc ;\nD'une invisible main la caresse me frôle,\nEt me voici, d'amour, tout pâle et tout tremblant!\nJe défaille à demi sous des senteurs perverses,\nJ'entends autour de moi comme un vol de baisers...\nO mer, tu m'as trahi ! les chants dont tu me berces\nRaillent ma foi déçue et mes espoir brisés.\n\n\n                   RÉSIGNATION\n\nUn doux vent d'espérance est venu m'embaumer.\nTroublant d'un chant connu la paix de mon asile,\nUne voix, que mon cœur ne cessa point d'aimer,\nM'appelle à fuir la grève ou ce long deuil m'exile :\n"}, {"page_pdf": 477, "texte": "                      — 430 —\n\n\n « — Viens : sous mes lents baisers je guérirai ton front;\nDe mon pays lointain, j'entends bien que tu pleures.\nPour tes sommeils d'enfant mes bras se rouvriront,\nLe repos et l'amour enchanteront nos heures.\n\nUn souffle a traversé le soir tiède, et soudain\nVoici qu'en ma demeure une ivresse pénètre...\nEst-ce un printemps nouveau qui s'éveille au jardin?. .\nDes lys qui se mouraient semblent près d'y renaître.\n\nNe l'as-tu pas senti, ce souffle précurseur\nD'un immortel avril plein de langueur heureuse,\nTout murmurant encor des soupirs de ta sœur,\nCaresser en chantant la tête douloureuse'!\n\nCrois-en, malgré tes pleurs, ce divin messager :\nUne extase sans fin et de durables rêves\nNous seront le doux prix d'un exil passager;\nUn long enivrement paîra nos larmes brèves!\n\n— Pourquoi, ma sœur! pourquoi, jusqu'en ce calme abri.\nPar ta voix adorable apporter tant de trouble!\nJe m'étais résigné... de loin tu m'as souri,\nEt voilà qu'a ton chant ma tristesse redouble.\n\nJe ne veux pas prêter l'oreille à ton appel,\nNi voir le parc en fleur que ta main me désigne :\nLe cœur ne guérit pas d'un mal aussi cruel,\nEt celui-là fait bien qui pleure et se résigne.\n\nTrop de soirs endeuillés ont obscurci nos fronts\nPour que puisse un printemps les éclairer encore.'\nMais, au fond de nos yeux sombres, nous garderons\nLe consolant reflet des matins pleins d'aurore\n\nSur terre, un tel amour ne peut fleurir longtemps,\nEt d'un bonheur si pur on n'est pas deux fois ivre :\nDe son seul souvenir à tout jamais contents,\nRespirons ce parfum qui trouble et f ait revivre!\n\nCar il embaumera nos âmes jusqu'au jour\nOù dans la tombe froide il nous faudra  descendre;\nEt de lui renaîtra notre éternel amour.\nComme un lis idéal germé dans notre cendre! »\n"}, {"page_pdf": 478, "texte": "                     -   431   -\n\n\n           LA COURONNE D'OMBRE\n\nSoucieux qu'un mystère à jamais t'environne,\nDe silence et de nuit j'ai fait une couronne\nA ta virginité puérile, et je veux,\nJe veux jusqu'à la mort laisser à tes cheveux\nCe modeste bandeau d'ombre et de quiétude.\nQu'un autre, en son orgueil, dise à la multitude\nSur quel sein chaste et doux son sommeil s'est bercé :\nMoi, je rends à ton front la paix qu'il ma versé...\nO ma farouche enfant, toi que la gloire afflige,\nCet éternel secret sera ton seul prestige !\nEt ton charme innocent de fantôme lointain\nSe fera tout entier de vague et d'incertain !\n\nAujourd'hui que sans moi ton exil erre et pleure,\nA l'heure où se souvient ma fierté triste, à l'heure\nOù, quand le crépuscule a calmé nos forêts,\nL'essaim de mes rappels et de mes blancs regrets\nPrend son vol nostalgique et vers toi s'oriente :\nJ'évoquerai parfois ta beauté souriante\nQu'assombrit à souhait le deuil des cheveux noirs,\nPour les cœurs pleins d'amour, pour les passants des soirs\nDont l'âme, en ces jours vils, de songes reste éprise,\nEt pour ce frère aîné qui l'eût si bien comprise !\nA ux yeux de ceux-là même il faut qu'un voile épais\nTe recouvre, tissé de ténèbre et de paix...\n\nLa tête ceinte ainsi d'une auréole obscure,\nTu ne leur sembleras que plus belle et plus pure ;\nEt, sans t'avoir jamais rencontrée, ils sauront\nQuelle idéale aurore illuminait ton front.\nDans le bleu demi-jour d'une allée endormie\nEux seuls contempleront, ô langoureuse amie\nDont une molle écharpe enveloppe les reins.\nTon spectre harmonieux parmi les airs sereins ;\nToute faible et confuse ils pourront même entendre\nTa parole : car c'est dans mon chant simple et tendre,\nUn rappel de ta voix qui d'échos en échos\nLeur parviendra le soir en soupirs musicaux !...\nDans le temple paisible où mon cœur te révère,\nEux seuls verront mes mains, jointes par la prière,\n"}, {"page_pdf": 479, "texte": "                                        -    432     -\n\n\n           Désigner un autel, — mais ils n'apprendront point\n           Pour quelle vierge ainsi l'extase me les joint !\n           Du fond des saints abris que ma ferveur te crée.\n           Ton nom même — syllabe adorable et sacrée ! —\n           Dans un profane écho ne tombera jamais :\n           J'ensevelis en moi ce cher nom, que j'aimais\n           Comme un symbole blanc de ta grâce ingénue!\n\n           Et plus d'un t'aimera, qui ne t'aura connue\n           Qu'à la façon d'un ange invisible, à travers\n           Le doux brouillard d'azur dont te voilent mes vers.\n                                                                     F R A N S ANSEL\n    Septembre 1895\n\n\n\n\n                             SAGR AMOR (1)\n                P O È M E PORTUGAIS : IVe ÉPISODE, SCÈNE                  III.\n\nAssis à l'ombre d'un noyer, SAGRAMOR est en son jardin. Ses yeux, tout emplis d'abandon,\n  s'éclairent, par intervalles, de vives lueurs d'angoisse. Apparaît au fond du jardin\n  SOPHIA, petite vieille courbée, tout éclopée ; elle s'avance appuyée sur son bâton de\n  mendiante, et se rapproche de SAGRAMOR.\n\n\n                                            SOPHIA\n\n  Quelles épines vous poignardent, dites-le moi, seigneur... Déjà vos yeux\nqui sont deux mers, deux mers illuminées par des navires en flammes, vos\nyeux, vos pauvres yeux sont las d'avoir pleuré...\n\n\n   (1) F. FRANÇA AMADO, éditeur; Coimbra, 1895. — «Sous une forme le plus souvent dra-\nmatisée en vers chatoyants et splendides, Sagramor est l'histoire d'une Ame, développée\nau moyen de sept grands épisodes ou symboles, de nature lyrique, où nous sommes\nintroduits par un Prologue en prose. Chacun de ces symboles, subdivisé lui-même, repré-\nsente le cycle complet des phases de l'une des illusions qui successivement trompent cette\nAme à la recherche du Bonheur : jouissances de l'Amour, puissance de la Richesse, effica-\ncité du Voyage pour tuer l'Ennui renaissant, mirage d'impérissable Gloire dominatrice,\net l'espoir en la Science, et l'espoir en la Foi, et l'espoir en la compassion de la Nature,\nelle-même trop malheureuse pour consoler personne, et l'espoir en la Mort qui ne voudra\npas de lui, Sagramor a tout éprouvé, tout l'a déçu, et maintenant le voici qui pleure,\ndécouragé, cependant que devant ses yeux passent, criant leur satiété, leur inassouvis-\n"}, {"page_pdf": 480, "texte": "                                       -    433     -\n\n\n                                      SAGRAMOR\n\n  Je pleure, vieille Sophia, l'ambition de la Gloire.. Mon cœur devenu\nveuf meurt de famine, de froid... Ah! combien j'en aurai vu fuir, des\nambitions! celle du Voyage, celle de l'Amour, celle de l'Or.... et enfin la\nGloire !\n                                           SOPHIA\n\n  Ecoutez-moi ! Pour vous distraire, je vais raconter une ancienne his-\ntoire....\n  En un jardin, où les marbres païens, tremblaient, blancs, dans les lacs,\net où les amants, les mains enlacées, passaient joyeux, échangeant des\ncaresses, une herbe aux lamentables feuilles, tristes comme une ombre de\nfossoyeur, était née parmi les jasmins, les tulipes et les roses, les oeillets\nd'une plate-bande.\n   Herbe plus triste que les soirs d'un lieu d'exil, parmi la multitude écla-\ntante de ces fleurs, elle rappelait, la pauvre! un glas d'enterrement, par un\ndimanche de procession...\n   Et les amants, semant comme des sequins leurs rires, s'en venaient, en\n\n\nsable faim d'ils ne savent quoi, les fantômes de Sardanapale, de Belkiss et de Salomon,\nCléopâtre, Caligula et Giles de Rais, Frère Gilde Santarem, Louis II et Baudelaire...\nSagramor aussi crie sa peine, et je ne sais si jamais poète a rencontré, pour la crier, des\naccents d'une plus douloureuse et pénétrante sincérité, scandés de plus sublimes san-\nglots ! C'est en vain qu'il se réfugie instinctivement, une suprême fois, dans le souvenir pur\net sacré de Celle qu'il aima la première; c'est en vain qu'à la suite de cette évocation le\nsollicitent, une suprême fois, les mêmes illusions que jadis, en lesquelles le vouloir-de-\nvivre, essence universelle des êtres et des choses, avait induit son ignorance : à chacune\ndes sept Voix câlines et fallacieuses, Sagramor ne répond que par de brèves paroles,\nexpressions simples et profondes de ses refus, de son indifférence, ou de son désespoir.\nAimer? n'a t-il donc pas aimé? « Les baisers : vertige et folie! D'amers poisons! Sur la\nbouche, des roses qui s'effeuillent; mais, au cœur, des blessures qui s'ouvrent... » — La\nRichesse? « De l'or?... pour quoi faire? Le Bonheur, nul n'en vend nulle part... » —\nVoyager? « La terre est petite .. » — Quant à la Gloire : « On dit que le monde doit\nfinir... » — Et déjà sonne la cinquième Voix: « Tu seras un Sage ! » (hélas, plût au destin\nqu'il n'eût jamais rien su !.. ) ; puis la sixième, celle de la Mort, puis la septième, celle de\nla Vie : « Moi, c'est moi qui suis la Mort conquérante, la mère du mystère, la mère du\nsecret... — Oh! ne me prends pas! Oh! va-t'en, va-t'en! Toi, j'ai peur de toi! — Moi,\nc'est moi la Vie! Mourir t'épouvante ?... tu vivras mille ans! — C'est assez souffert!... »;\npuis des voix encore, d'autres voix, d'innombrables \\oix anonymes : « Demande ! tous les\n plaisirs! les plus doux! les plus rares!... Est-ce roi que tu veux être?... étoile?... Allons,\nréponds-nous! dis-le, ce que tu veux? — Je ne sais... je ne sais pas .. »\n                                                        LOUIS-PILATE DE B R I N N '   GAUBAST\n\n    (Revue blanche, 15 août 1895.)\n"}, {"page_pdf": 481, "texte": "                                   - 434 —\n\npassant le long de la plate-bande, y cueillir des tulipes, des roses et des jas-\nmins, des œillets qui étaient des bouches, des bouches de femmes. Mais\nl'herbe disgraciée du sort, triste même lorsque le soleil la vêtait d'or, l'herbe\ndéshéritée, personne qui la cueillit.\n   Il passa tant d'amants, pourtant, que la plate-bande resta sans fleurs...\nUne joie si grande, auparavant! et, maintenant, de si grandes douleurs...\nEt les amoureux, jamais plus, ne passèrent par là, roucouleurs... Et l'herbe\nalors chanta, voici comme elle chanta :\n   a Quel joli clair de lune se lève! que personne ne me plaigne ..\n   « J'ai été méprisée, bien méprisée, mais, ah! quel doux poids me fut ce\n« mépris ! Mes sœurs, les malheureuses ! étaient plus belles que moi .. Mais\n« aussi les a-t-on coupées; de moi, nul ne s'est occupé...\n   a Elles, que les amoureux donnaient à leurs amantes, les amantes les\n« ont mises dans leurs cheveux si blonds... Et les pauvres fleurs de chanter,\n« riantes, en leurs châteaux dorés... Mais (quelle triste mort pour de si\n « fraîches vies!) mais le lendemain, hélas! dans la boue des venelles, elles\n « se sont réveillées, méprisées et flétries...\n   « Tuées par leur beauté, par la beauté maudite, qui finit par mourir aux\n « mains qu'elle a séduites... Ah! combien il est doux d'avoir le visage laid,\n« lorsque l'âme est jolie...\n   « Méprisée, dédaignée de tous, c'est au mépris de tous que j'ai dû mon\n « salut; au lieu de m'en aller rouler parmi les fanges, j'ai appris à goûter\n   les biens de la solitude... Au lieu de m'en aller rampante, foulée aux\n « pieds, flétrie et souillée, dans la boue, je vis ici sereine, en paix, contem-\n   plant les nuages, les astres, et la douceur du clair de lune, et l'éclat du\n « soleil au couchant, tout en flammes ! Et, pour comble au bonheur fidèle\n« que mon âme retient attaché, je conserve en moi-même, ainsi qu'en un\n « tombeau, le secret de ma propre beauté qu'on ignore... »\n   Quand le soleil, l'été fini, s'en devint plus pâle et plus blond, l'herbe qu'on\ndédaignait mourut... et l'on put voir que ses racines, — étaient des racines\nd'or...\n\n                                                 E U G E N I O DE CASTRO\n\n                                   (Traduction   par   L o u i s - P I L A T E DE BRINN' GAUBAST\n                                                   et P H I L É A S L E B E S G U E . )\n"}, {"page_pdf": 482, "texte": "                     -   435   -\n\n\n\n\n                    VERS\n           DEUX SONNETS CRUELS\n\n                          I\nTes baisers ennuyés ont un goût de métal,\nTes lèvres ont le froid de ton âme sceptique,\nLa factice langueur de ton œil magnétique\nCache la profondeur de ton mépris brutal.\n\nMais ce mépris m'est cher, car ton regard vénal\nNe me peut dérober, dans l'étreinte érotique,\nLa révolte des nerfs sous ta chair élastique\nEt le dégoût haineux sous ton rire banal.\n\nIl me plaît de te voir dans ta honte accablée,\nDe goûter le frisson de ta caresse onglée,\nDe humer la farouche odeur que tu répands;\nIl me plaît de sentir ton corps vendu se tordre,\nD'exaspérer l'injure en tes regards coupants,\nEt de baiser, vainqueur, la bouche qui veut mordre.\n\n                          II\nLes cernes violets de tes grands yeux luisants\nRacontent les baisers subis dans les nuits louches,\nLes marchés pleins d'ennui sur le hasard des couches,\nL'attente aux soirs glacés des moroses passants.\nOh! les douleurs du froid, les refus méprisants.\nL'hôtel douteux rempli de souvenirs farouches,\nLa rencontre lassée et haineuse des bouches,\nEt les réveils navrés des amours complaisants.\n\nMais lorsque délivrée enfin de ton supplice\nLe jour béni viendra d'une mort rédemptrice,\nForte de ton dégoût et de ton long ennui,\n\nVers Dieu tu vomiras un blasphème tragique\nEt le monde entendra, comme un chant symbolique,\nLa clameur de ta haine épouvanter la nuit.\n"}, {"page_pdf": 483, "texte": "                      — 436 —\n\n\n                  RÊVE ÉPIQUE\nIl a rêvé la gloire, et tout jeune il a vu\nDans la splendeur des soirs d'éblouissants cortèges\nSuivre son fier cheval galopant sur les neiges\nD'un nuage brillant sur le ciel noir tendu.\nIl écoutait claquer avec un bruit de guerre\nLes chiffons balancés des antiques drapeaux,\nEt les peuples vaincus, symboliques troupeaux.\nSe traînaient en courbant leur haine vers la terre.\n\nIl humait dans le vent une odeur de bravoure,\nSon sang fougueux chantait et les cuivres sonnants\nExcitaient sa fureur guerrière, qui savoure\nLe tumulte des chars et des tambours tonnants.\n\nRoi des hommes et prince enivré de la nue,\nDu grand ciel pavoisé se sentant le vainqueur,\nIl galopait, sauvage, à travers l'étendue.\nDes souffles d'infini faisaient bondir son cœur.\n\nLes nuages croulaient pareils à des désastres;\nSous son front se dressait ce désir triomphal :\nPrendre pour étendard et pour armoriai,\nL'espace bleu chargé de l'or rouge des astres.\n\n\n                HYMNE A VENUS\nVénus, aimable sœur des belles concubines,\nToi qui sèmes l'amour au cœur des débauchés,\nJe t'offre en souriant mes lèvres orphelines\nTout humides des pleurs de mes jeunes péchés !\n\nSi ma chair sait le mal, mon cœur est vierge encore,\nLe vent fou des baisers ne l'a pas effleuré,\nEt les femmes ployant ma beauté qui s'ignore\nOnt devant mes yeux clairs et froids souvent pleuré.\n\nCar c'est pour toi, Vénus, que ma candeur s'accouple\nAu vol bruyant et vif de mes désirs siffleurs;\nDans mon âme vibrant sous mon corps svelte et souple\nDorment mes souvenirs brillants comme des fleurs.\n"}, {"page_pdf": 484, "texte": "                     — 437 —\n\nTon corps est macéré dans l'encens érotique\nQue brûlèrent pour, toi les hommes et les dieux,\nEt des vagues d'amour au reflet magnétique\nDéroulent leur phosphore en la mer de tes yeux.\n\nVeux-tu que sur ma flûte à doubles trous, je chante\nUn air simple et naïf bien connu des bergers ?\nOn dit que sa saveur héroïque et touchante\nTrouble au fond des forêts les satyres légers.\n\nLa mousse des ruisseaux a des éclats de rire\nMoins jeunes, moins brillants et moins doux à la fois\nQue ce chant qui s'élève, ondule, rampe, expire,\nEn retombant brisé sur lui-même et sans voix.\n\nMon corps mince et savant a des membres agiles,\nMes yeux bleus sont luisants de désir, et mon sang\nDans mes veines se presse en battements fébriles !\nPrends sur tes seins aigus mon corps adolescent.\n\nDu talon à la nuque un frisson    d'allégresse\nFera vibrer mes nerfs tendus sous ton baiser;\nEt quand je faiblirai sous ta longue caresse\nTu verras dans mes yeux mon cœur agoniser!\n\n\n\n              HAUTBOIS D'AMOUR\n\nSur la couche moelleuse où de rouges tapis,\nEncadrent la pâleur de leurs jeunes visages,\nDeux enfants amoureux indolemment tapis\nReposent, fatigués des étreintes sauvages.\n\nElle frôle du bout de ses doigts allongés\nLe beau corps de l'ami dont la forme inconnue\nPrécise, en accusant des contours étrangers,\nLe précoce appétit de sa chair ingénue.\n\nLui, de son bras câlin soutient la nuque tiède\nDe l'enfant rougissante aux yeux     reconnaissants\nEt qui refuse, avec un sourire qui cède,\nD'offrir à son baiser ses seins adolescents.\n"}, {"page_pdf": 485, "texte": "                     — 438 —\n\nLeur profil est si jeune et leurs corps si gamins\nQue le sexe parfois se dérobe, équivoque.\nOn ne discerne pas dans leurs yeux      enfantins\nLe regard qui promet du regard qui provoque\n\nEt quand sous le désir leurs instincts s'effarouchent,\nIl semble que l'on voit, noués et palpitants,\nD'un même arbre sortis, deux rameaux qu'au printemps\nUn vent tiède a mêlés pour que leurs fleurs se touchent.\n\n\n                     FATIGUE\n\nDans mon cœur imprudent et vieux de débauché,\nLe serpent d'un désir irritable et sceptique\nAu sourire ambigu de ta lèvre erotique\nA sifflé dans mon cœur la chanson du péché.\n\nL'aumône de ton corps à mon corps desséché!\nL'aumône de ta lèvre à ma lèvre extatique\nSera mon solennel et moqueur viatique\nMon sacrement suprême et ton premier marché!\n Ton baiser virginal et savant me délie\nDes mornes souvenirs d'un passé que j'oublie\nIls partent comme un vol d'oiseaux gris dans le soir!\n\nMon esprit ne voit plus, enivré de paresse,\nQue la pâle vapeur — nuages d'encensoir —\nDes baisers dont l'odeur mourante me caresse.\n\n\n                  MANDARINES\n\nJe hume le parfum musqué des mandarines.\nDans la chambre où mon feu me fait aimer l'hiver,\nIl mêle au ciel frileux de nos saisons chagrines\nL'exotisme imprévu d'un été chaud et vert.\n\nIl m'évoque le jeu lascif d'un corps hautain,\nDont les yeux démentaient la promesse des lèvres\nEt dont l'art unissait aux fraîcheurs du matin\nL'énervante chaleur des nuits lourdes de fièvre.\n"}, {"page_pdf": 486, "texte": "                                 - 439 —\n\n         Ta bouche, œillet de pourpre écrasé dans du vin,\n         Savait faire en mon cœur, monter l'acre levain\n         Des sauvages désirs et des fièvres brûlantes,\n\n        Tandis que ion regard, faux, humide et moqueur,\n        Enfonçait dans ma chair des dagues nonchalantes\n        Et torturait mes nerfs en me glaçant le cœur.\n\n                                              FRANCIS DE C R O I S S E T\n\n\n\n\n       LES PETITES CHAPELLES\n               et leurs grands prêtres.\n             Depuis quelque temps, un certain nombre de jeunes artistes\n              cédant à un penchant éminemment belge, déjà observé par\n              Baudelaire, ne se sentent plus assez forts pour penser seuls\n              pour lutter individuellement; ils éprouvent le besoin de se\ngrouper en fédérations, de former des ligues, espèces de corps spéciaux des-\ntinés aux gardes civiques volontaires de l'art et auxquels ils ne manque que\nla cocarde et le trombone pour pouvoir faire figure aux enterrements et aux\nkermesses.\n   Oui, beaucoup de nos rapins en sont là. A les voir, avec leurs longs\ncheveux et leurs costumes d'un négligé si plein de recherche, on se les\nfigure dignes descendants des romantiques, amoureux d'indépendance,\nennemis jurés de tout mot d'ordre, de toute discipline et de toute hiérar-\nchie, chatouilleux du collier.\n   Eh bien non, ces bohèmes si pittoresques sont affiliés à une « chocheté »,\nont élu un bureau, un président et désormais ils vivent en bandes; s'ils\nparlent, c'est par l'organe d'un délégué, s'ils agissent, c'est en exécution\nd'un vote préalable, comme dans les sociétés de vogelpick.\n   Ces « chochetés » se remuent beaucoup et font encore plus parler d'elles.\nElles organisent des concours, elles distribuent aux vainqueurs des cou-\nverts d'argent et promènent les lauréats dans des chars, avec accompagne-\nment de lanternes vénitiennes et de cantates. Des communiqués envoyés à\ntous les journaux relatent les réunions de leurs comités, leurs délibérations,\n                                                                     28\n"}, {"page_pdf": 487, "texte": "                                   — 440      -\n\n leurs résolutions, leurs acclamations, leurs réclamations, les faits et gestes\n de leur président, de leur vice-président, de leur secrétaire et de leur tréso-\n rier. Elles défendent toutes les causes, celle de l'Art Social et celle de l'Art\n pour l'Art, l'individualisme à outrance et le collectivisme sans restrictions.\n Elles émettent des vœux et formulent des protestations.\n    Voulez-vous demander l'appui du gouvernement? passez par leur inter-\nmédiaire. S'agit-il au contraire de combattre la bureaucratie, elles partent\nen guerre au cri de : Plus de beaux-arts officiel (sic).\n   Toutes les réformes sont de leur compétence ; tous les abus, même avant\nqu'ils soient constatés, soulèvent leur indignation toujours éveillée. En un\nmot, elles se sont donné pour programme de résumer, diriger, monopoliser\ntoutes les manifestations de l'art.\n    Les meneurs de ce mouvement sont bien conformes au type du meneur si\nbien dépeint par Gustave Lebon dans son beau livre intitulé Psychologie\ndes foules. D'une cérébralité moyenne, d'une culture artistique très\nmédiocre, ils résument en eux les petites qualités et les petits défauts de la\nfoule dont ils se sont faits les chefs. Ajoutez à cela le génie de l'intrigue, la\nsouplesse, l'ambition à la fois démesurée et vulgaire, l'ignorance présomp-\ntueuse et un aplomb imperturbable, et vous aurez la physionomie d'un de\nces chefs de file, dignes élèves de Barnum et de Jean-Marie Farina.\n   On se demandera peut-être comment des fonctions aussi absorbantes\npeuvent s'allier avec la pratique de l'art auquel nous devons penser que ces\npersonnages presque officiels ont voué un culte exclusif? Quand on fait\npartie de tant de jurys et de comités, que l'on préside tant de réunions, que\nl'on rédige tant d'adresses et de programmes, que l'on assiste à tant de ban-\nquets et d'ouvertures, on doit trouver peu de loisirs pour peindre ou pour\nsculpter...\n   Mais ce sont là des questions indiscrètes. Chacun comprend l'art à sa\nfaçon. Les ouvriers qui se donnent pour mission de défendre leurs frères, en\nles faisant chômer, en provoquant des grèves, en organisant la résistance\naux patrons, continuent à se considérer comme des travailleurs, bien que\ntout le monde sache bien qu'ils ne travaillent plus. Pourquoi ne pourrait-on\npas être artiste de la même manière ? Après tout, l'art de se mettre à la tête\nde ses semblables est un art comme un autre et en s'y adonnant tout\nentiers, nos Présidents et Délégués ont peut-être enfin trouvé leur vraie\nvocation.\n   Quoi qu'il en soit, ces « chochetés » se donnent énormément de mal pour\njustifier leur raison d'être. Celle-ci, une coopérative, s'adresse aux gens de\nlettres et s'engage à leur fournir, en échange d'une modeste pièce de cent\n"}, {"page_pdf": 488, "texte": "                                 — 441 —\n\nsous, la pâture intellectuelle. L'inévitable comité, qui s'est formé tout seul,\nfixe le menu et chaque associé reçoit à jour dit sa pitance qu'il est invité\nà avaler endéans un délai déterminé. Cette autre a pour objectif l'art\nappliqué, qu'elle pense avoir inventé et dont elle rebat les oreilles à tout\npropos, fût-ce à propos de boutons de sonnettes, de cure-dents, de canules\nde seringues ou d'un nouveau modèle de cercueil.\n   En voici une troisième, qui tient boutique ailleurs que sur un coin. Sur\nson enseigne se lit cette devise : Nul n'aura de talent que nous et nos amis.\nLes produits qu'elle écoule et dont elle a seule le dépôt pour la Belgique,\nsont tous admirables, inimitables. Et en avant la musique!\n   Tout ce bruit et toute cette réclame, ces concours annoncés à son de\ntrompe et à coups de grosse caisse, n'ont donné que des résultats assez\nminces ; il n'en est sorti aucune oeuvre d'art d'une réelle valeur.\n   Comment pourrait-il en être autrement? L'art vit de spontanéité et ne se\nlaisse pas mettre en régie. Et le véritable artiste résiste à qui veut l'embri-\ngader ; s'il sort de son atelier, ce ne sera pas pour emboiter le pas derrière\nun cartel ou une bannière de confrérie ; s'il ambitionne une récompense, il\nla rêve plus haute qu'un diplôme de mérite délivré par quelques médio-\ncrités prétentieuses constituées en jury.\n   Aussi les « chochetés » auront-elles beau redoubler de publicité, s'agiter\nsur leurs tréteaux, allécher les collaborateurs et les adhérents par l'appât de\nrécompenses même pécuniaires, l'attention se détourne d'elles. Déjà même\ncommencent à se manifester de-ci de-là des signes d'impatience. Des jour-\nnaux d'art et des revues ont murmuré contre les essais de dictature bou-\nlangiste.\n   Ce bloc enfariné, bientôt on soufflera dessus, tout le fait prévoir. Il n'en\nrestera rien et il faut espérer qu'on ne mettra rien à sa place. Les naïfs que\nl'éloquence des boniments et la splendeur des triomphes semi-officiels ont\npu un instant hypnotiser, ouvriront les yeux et rentreront dans leur atelier,\nseul endroit qui convienne pour faire de bonne peinture et de bonne sculp-\nture; quant aux malins, à ceux qui comptaient sur la camaraderie, les\njurys, les comités, les distributions de diplômes, les manifestes, etc., pour\nse créer une place à part et prépondérante, il n'y a pas à s'inquiéter autre-\nment des petites souffrances que pourra leur infliger leur ambition déçue.\n                                                                 DICK\n"}, {"page_pdf": 489, "texte": "                      — 442 —\n\n\n\n\n              LES RUCHES\nAvec un bruit pareil à celui des marées,\nSous la virginité florale des pruniers,\nChuchotent, sourdement, les ruches affairées\nOù bourdonnent sans fin des fredons     coutumiers.\n\nAutour des vieux ruchers, mille graves abeilles,\nPortant l'âme des fleurs, hâtent leur vol nerveux.\nTout près, les pruniers blancs effeuillent leurs corbeilles\nSur le malade enfant qui repose sous eux.\n\nCouché dans son fauteuil, il rêve de gambades\nQuand ses pieds affaiblis pourront le soutenir :\nSon œil chante au plaisir ses premières aubades.'\n... L'enfant regarde les abeilles revenir;\n\nIl devine le miel dans le parfum que laisse\nAprès lui chaque insecte en son vol musical :\nIl voudrait y goûter... mais il sent sa faiblesse\nEt ne sait que humer le parfum     amical!\n\n— Tel, aussi, mon esprit est une ruche active\nD'où sortent mes pensers bourdonnant sous le ciel :\nJe ne puis les dompter, tant ma force est chétive,\nMais chacun de mes vers fleure un peu de leur miel!\n\n                                       C H A R L E S VIANE\n\n\n\n\n                     VERS\n            LA PAROLE DU P O È T E\n                                            A ALBERT GIRAUD\n\nAllez, vous, cœurs tentés, et vous, âmes barbares,\nombres du prostibule où va régner le Mal,\nallez, lâches et fous, prodigues ou avares,\nruer vos appétits loin de notre idéal!\n"}, {"page_pdf": 490, "texte": "                       — 443 —\n\nL'écho de vos festins monte parmi nos rêves\npour en troubler encor la divine douleur.\nAllez, là-bas, dans l'ombre et l'ivresse des glaives,\nboire le sang de joie en des coupes d'horreur!\n Destin universel de ces forces passives,\n o monde, que l'enfer a sans doute aimanté,\njamais tu ne verras notre azur enchanté.\n— Ici, tous les banquets ont de graves convives\net tous les fronts sont clairs comme le firmament :\non y boit, dans des lys, des larmes, noblement !\n\n\n                     MAGICA\n                                               A IWAN GlLKIN\n\n\n Voici l'heure où luiront tes beaux yeux de voyante,\npythonisse au cœur mûr prosternée en la nuit!\nParmi l'âme du monde est allé ton esprit\npour chercher les trésors que ton désir incante.\nLe feu spirituel qui résorbe ta chair\nembrasera soudain les gouffres de la vie ;\naux sabbats enchantés le pouvoir te convie,\nréalité du ciel ou rêve de l'enfer !\nL'aromate sacré dans les clairs réchauds brûle.\nL'univers est pour toi le pur enchantement\noù ton être ébloui plane sur l'élément.\nEt l'Ange que ton verbe évoque au crépuscule\nviendra réverbérer du fond du temple noir\nl'éclat de son front d'or au magique miroir !\n\n\n                      NATURE\n                                   A M. l'abbé HENRI MOELLER.\n\n\n La terre a fécondé. La vie est maternelle.\n La lumière n'est plus qu'un bercement d'amour\n et l'informe semence, en les splendeurs du jour,\njaillit aux voluptés de la force éternelle,\n"}, {"page_pdf": 491, "texte": "                      — 444 —\n\nL'homme, comme un enfant et comme un animal,\nlaisse fluer son sang parmi la sève antique ;\ntoute la chair humaine, ou profane ou mystique,\nest ivre du puissant baiser de germinal.\nMais toi, penseur austère au cœur doux et lucide,\nqui regardes passer l'ivresse de l'Instinct,\ntu souris tristement à la Nature avide\n\nde ce quelle a donné comme un monstre enfantin,\ncar jamais rien ne vaut dans la matière infâme\nl'invisible soleil qui féconde ton âme !\n\n\n          LE SOURIRE DU CADAVRE\n                                              A POL DEMADE.\nAprès avoir souffert les souffrances prescrites,\naprès le rôle affreux, le dernier cri jeté,\nquand l'âme du mourant plein d'efforts insolites\ns'évade lentement vers son éternité,\n\nregardez, regardez, ô vivants hypocrites,\nsi le mort, à travers sa morne cécité,\nne voit pas mieux que vous les régions prédites,\ncadavre stupéfait de ce qui l'a quitté!\n\nVous qui ne priez point les choses immortelles\nqui remontent au sein des soleils créateurs,\nn'avez-vous pas senti la lumière en vos cœurs?\nNavez-vous jamais vu, de vos vagues prunelles,\nsous les tristes lueurs de votre esprit tremblant,\nau sourire des morts l'impossible néant?\n\n                                          JEAN   DELVILLE\n"}, {"page_pdf": 492, "texte": "                                     — 445 —\n\n\n\n\n         L'Album de la Jeune Belgique\n                       BIBLIOGRAPHIE MUSICALE\n\n Un ALBUM MUSICAL DE LA Jeune Belgique (quatorze mélodies, musique de Léopold\nWALLNER, sur les textes suivants : Chère, voici des fleurs, d'EDDY LEVIS; Silence et Tes\nYeux, d'ALBERT GIRAUD; Celle qui t'aime, de G. KAHN; la Madone, d'IvAN GILKIN ; les\nVoix, d'ALBERT GIRAUD; Echos de valses, de G. LE ROY; Solitude, de CH. VAN LER-\nBEHGHE; Désir, de FERNAND SÉVERIN ; Clair de Lune, de VALERE GILLE ; Lied et Chanson,\nde G. KAHN ; Résignation, d'ALBERT GIRAUD.\n\n\n               Si une Bibliographie musicale, même introduite dans une revue\n                littéraire, est digne de fixer l'attention de tous ceux qui\n                saisissent, sous ses contradictions apparentes, l'unité du mou-\n                vement intellectuel contemporain, à bien plus forte raison\ncette rubrique trouvera place ici, alors que l'examen d'une œuvre d'une\nportée littéraire autant que musicale, ainsi que la parenté intellectuelle\nexistant entre les auteurs, qui tous sont des nôtres (1), en concrétie l'intérêt.\n   Ce choix de poésies, toutes empruntées à notre revue, ce titre cyclique\nd'Album de la Jeune Belgique, affirme le vouloir d'une œuvre d'intime\ncommunauté; du moins est-ce sous cet aspect que j'aime à l'envisager, et\nne crois pas ainsi dépasser la pensée de l'auteur.\n   Nos lecteurs connaissent le Wallner littérateur, qui s'est révélé ici —\ntrop rarement — en des traductions de poésies russes, populaires et autres,\nmerveilleusement faites, dans une langue à laquelle son double caractère\nde familière simplicité, d'énergique et âpre acuité donnaient un cachet\nunique.\n   L'érudit musicographe qu'est notre collaborateur et ami est également\nconnu de tous ceux qui ont lu ses articles critiques ou suivi ses conférences\nsur l'Histoire du Piano et de sa littérature, dont il a recommencé cet hiver\nla série. Ici, nous avons affaire à un autre Wallner, encore trop peu connu :\nle compositeur.\n   Nombreux est son bagage musical, qui ne s'est encore ouvert, au large,\nque pour de rares privilégiés ; il y a là, en manuscrit, quantité de morceaux\npour piano, de mélodies, de pièces instrumentales, dont un grand nombre\n\n\n (1) Ou l'ont été au moment où leurs rimes se publiaient dans la Jeune Belgique.\n"}, {"page_pdf": 493, "texte": "                                  — 446 —\n\nremontant à une époque déjà lointaine de la carrière musicale de l'auteur,\nBien que le genre de certaines de ces compositions se ressentent de leur\nancienneté, il y a là nombre de pièces tout à fait remarquables. Je me\nsouviens notamment avec joie d'une série de morceaux pour piano réunis\nsous le titre de Souvenir du Pays natal (1), dont le pittoresque prime-sautier\net la fraîcheur d'inspiration requièrent encore ma pensée, et que l'on doit\nsouhaiter voir quelque jour livrés à la publicité.\n   Cependant, à la plus grande partie de cette vaste production musicale, je\npréfère l'Album qui fait l'objet de cet article, — sinon au point de vue par-\nticulier de chacune des mélodies qui le composent, du moins dans l'ensem-\nble, qui marque une phase décisive dans l'évolution de l'auteur et dessine\nnettement sa personnalité artistique, d'une intéressante complexité. On sent\nfort bien les diverses tendances de l'auteur, ses différentes prédilections, qui\nfusionnent, dans son œuvre, en un tout fort harmonieux. M. Wallner, théori-\ncien musical distingué, — chacun le sait, — affectionne naturellement les\nformes saines et robustes, le travail consciencieux et solide ; on le voit au\ntressage patient et savant de sa polyphonie, même au soin minutieux de son\nécriture, d'un fouillis presque fatigant dans certaines pièces, comme\nSilence et Tes Yeux. Très admirateur des maîtres du classicisme roman-\ntique, il est vaguement influencé de Schumann,|dont une des plus chères for-\nmules (voyez le Noyer) se retrouve dans ce rappel nostalgique du thème ini-\ntial, très schumanesque, de Solitude. Où le tempérament de l'auteur —\nfougueux et enthousiaste — se répercute admirablement, c'est dans la\nsuperbe envolée de Celle qui t'aime, où la terminaison, d'un goût délicat et\nd'un charme subtil fait si heureusement antithèse; c'est l'un des plus beaux\nmorceaux du recueil. Notons encore, dans la même note romantique, la\nsuperbe Madone, impressionnante et tragique, d'une tenue extrêmement\nnoble et d'une pénétrante beauté. Comme bien on pense, M. Wallner, ce\nRusse qui a du sang allemand dans les veines, ce natif d'un pays où la tra-\ndition populaire s'épanouit et parfume tout autour d'elle ainsi qu'une fleur,\nne saurait rester éloigné, dans ses créations artistiques, de la chanson popu-\nlaire, dont il a tout à la fois l'élan spontané, et certaines « formules » un\npeu anciennes qui lui tombent tout naturellement sous la plume et le\nrattachent aux anciennes tournures mélodiques. Du moins, ce sont les\ncaractères qui marquent cette Chanson : « Il était trois cavaliers... » d'un\nélan si hardiget d'une conception si originale, l'une des pièces les plus\ncurieuses de l'Album,\n\n\n  (1) L'Ukraine.\n"}, {"page_pdf": 494, "texte": "                                  -   447 —\n\n   N'oublions pas enfin de remarquer chez ce « pédagogue », qu'on n'a pas\ncraint naguère, dans une polémique, d'incriminer de pédantisme et de ten-\ndances réactionnaires, l'irrésistible et juvénil désir vers l'harmonie moderne,\nraffinée, subtile, aux aspects curieux et aux contours imprévus. La moder-\nnité, voilà la caractéristique des dernières évolutions de cet esprit si mobile,\nde cette intelligence si richement organisée, à laquelle la double nationalité\nde M. Wallner, sa netteté de jugement assurent une conception également\nlucide du génie germanique, slave et latin, et où une mémoire étonnante,\nservie par un polyglottisme suffisant, a entassé des connaissances quasi\nencyclopédiques. Pour ceux qui le connaissent, il est tout le contraire du réac-\ntionnaire et de l'encroûté, — à moins que par ces mots on n'entende un\nesprit où les aspirations au progrès s'appuyent, comme chez M. Wallner,\nsur la science théorique, le savoir historique et la foi dans les lois immua-\nbles et intransgressibles du Beau artistique.\n   Ce goût de la modernité, qui se manifeste aussi bien dans la communauté\nd'aspiration qui l'a fait depuis longtemps se ranger parmi nous, que\ndans la part qu'il a prise à nos luttes artistiques, je le retrouve encore dans\nle raffinement harmonique qui paraît être, dans ces mélodies, la préoccupa-\ntion dominante de l'auteur ; c'est à cette tendance que l'on doit tant de belles\npages de l'Album, telles la dernière partie de la Madone, puis encore Échos\nde Valses, et le ravissant Clair de Lune, d'une profonde poésie. Le souci de\nla rareté harmonique est évident, il se trahit même parfois dans une voli-\ntion trop apparente de neuf quand même, comme dans cette cruelle\n« seconde mineure » qui commence Résignation.\n   De l'ensemble de caractères que l'on discerne dans cette musique,\nrésulte un art éminemment intéressant et très personnel. Original? Non\nsans doute, car l'originalité suppose une personnalité absolue, un art irré-\nductible et simple, dans l'acception scientifique de ce terme ; ce qui fait\nl'indéniable personnalité de la musique de M. Wallner, c'est l'extrême diver-\nsité des éléments primitifs — prédilections artistiques, influences psycholo-\ngiques et orignaires — qui s'agitent au fond.\n   Quant à la forme qu'il a choisie pour ces interprétations, elle diffère\nselon le caractère du poème et l'inspiration du moment, allant de la mélodie\nproprement dite à la forme du récitatif ou mélopée, — à laquelle on pour-\nrait peut-être reprocher une certaine monotonie rythmique. Et quant à\nl'accompagnement, il est, comme je le disais, très polyphonique, absolu-\nment concertant. Pas facile, parfois, ah, non !...\n\n  Voilà, dans une forme concise, un essai d'analyse du recueil que l'hon-\n"}, {"page_pdf": 495, "texte": "                                   -448       -\n\nneur m'est échu de présenter au lecteur. Ne voulant pas ramener cette\nanalyse à un commentaire aride de chacune de ces quatorze mélodies, j'ai\ncru bien faire en me bornant à celles qui, tout en me paraissant le mieux\ninspirées, me fournissaient l'occasion d'une étude synthétique sur un com-\npositeur dont le mérite est trop peu reconnu encore. En tout état de cause\net en dehors de l'intérêt tout particulier qu'il présente pour nous, l'Album\nmusical de la Jeune Belgique doit être considéré comme l'un des plus\nremarquables recueils de mélodies depuis longtemps publiées chez nous.\nIl fait honneur au musicien qui les a conçues, comme aux poètes qui les\nont inspirées,\n                                                    E R N E S T CLOSSON\n\n\n\n\n                              SATAN(1)\n                        L'ESCALIER DU CŒUR\n\n         C'est l'escalier du cœur, — un royal escalier\n         Etageant dans le ciel ses blancs degrés d'opale,\n         Où des dieux lumineux, de palier en palier,\n         Mêlent aux astres d'or leur tête triomphale.\n\n         Leur sourire embaumé des roses du matin\n         Allume dans l'azur une divine aurore\n         Et la nuit les revoit, qui dans l'éther lointain\n         Font naître des soleils et des soleils encore.\n\n        L'éternelle beauté rayonne dans leurs yeux\n        Et l'éternel amour fait leurs lèvres de flamme.\n        — Mais l'escalier descend loin du séjour des dieux\n        Jusques aux souterrains tortueux de notre âme.\n         Sa spirale au milieu d'une morne épaisseur\n         Plonge et se tord, toujours plus étroite et plus sombre.\n         La torche tremble, siffle et halète de peur\n         Comme nous descendons au Royaume de l'Ombre.\n\n\n (1 D'un volume qui paraîtra prochainement.\n"}, {"page_pdf": 496, "texte": "                      — 449 —\n\nVoici l'étage des caveaux, voici les morts.\nPuis les spectres en pleurs étendant leurs mains vides;\nVoici les Souvenirs poignants et les Remords\nErrant avec du sang sur leurs linceuls livides.\n\nPlus bas encor, voici les hontes, les péchés,\nLes criminelles et monstrueuses pensées !\nSur les degrés gluants, à demi détachés,\nBavent ignoblement des bêtes enlacées.\n\nVoici le gouffre noir d'où monte un vent glacé,\nPestilence mortelle et murmures funèbres !\nVoici le bord obscur que nul n'a dépassé,\nVoici l'Horreur sans nom, gardienne des Ténèbres.\n\nLà-bas, c'est le secret des épouvantements,\nLes végétations sourdes d'instincts énormes,\nLes appétits visqueux, les cauchemars déments,\nD'immenses lacs de pus et des tumeurs informes ;\n\nLà, c'est la région glaireuse de Satan\nOù tout n'est que suçoirs voraces et mâchoires,\nOù, comme un poulpe flasque et hideux, il attend\nL'heure de notre mort au fond des ondes noires.\n\n\n                    AUTREFOIS\n\nJ'ai respiré l'amour comme un bouquet de fleurs,\nDont les parfums légers et les fraîches couleurs\nFaisaient voltiger mes baisers, ivres de joie,\nTels que des papillons de velours et de soie.\n\nJ'ai savouré l'amour comme un fruit  succulent.\nQui fondrait dans la bouche, exquis, discret et lent.\n\nO coupes de saphir où mousse la lumière,\nLes yeux bleus m'ont versé l'ivresse printanière!\nO coupes de rubis où bouillonne le sang,\nLes bouches m'ont versé leur vertige puissant !\n\n— Tombez sur le passé, brumes de la mémoire!\nPuis, enveloppe-moi, nuit profonde, nuit noire,\nDans les plis désormais inertes du linceul\nOù je vais m'endormir froid, immobile et seul.\n"}, {"page_pdf": 497, "texte": "                       — 450 —\n\n\n           LE DÉMON DU CALVAIRE\n\n                            I\n\nDans l'oratoire obscur, où brûle une veilleuse,\nA genoux pour dompter ma révolte orgueilleuse,\nJe fixe éperdûment mon regard éperdu\nSur un tableau, bizarre au vieux mur suspendu.\n\nLà roulent à grands flots sur les choses chagrines,\nAu fond d'un ciel verdâtre aux lueurs sous-marines,\nDes nuages houleux oit nagent des corbeaux.\nIl y passe parfois des rougeurs de flambeaux\nOu de lointains reflets de flammes infernales.\nEt le vent et la pluie et la grêle en rafales\nSoudain font rage avec de rauques      hurlements.,\nC'est la sinistre nuit des épouvantements.\nLes démons ailés d'ombre errent dans la tempête\nEt brûlent les rochers de leurs ongles. Au faîte\nD'un roc lugubre et noir on aperçoit des croix.\nDes brouillards ténébreux les baignent toutes trois\nMais on les voit surgir au feu des éclairs blêmes.\nEt des plaintes, des cris, des râles, des blasphèmes\nDominant le chaos hideux des éléments\nElèvent vers le ciel ces lourds gémissements :\n\n« Là-bas, dans le cachot, les bourreaux sans entrailles\n« Ont fait jaillir mon sang jusque sur les murailles.\n« Les lâches mont fouetté d'âpres verges de fer\n« Où pendaient les lambeaux pantelants de ma chair.\n« Les crachats se mêlaient aux soufflets sur ma face.\n« Puis, mourant, j'ai traîné ma croix sur cette place\n« Et dans mes pauvres mains et dans mes pieds des trous\n« Horribles ont subi la torture des clous.\n<; La croix, alors, ils l'ont dressée et dans la fosse\n« Lourdement f ait tomber avec un choc atroce\n« Où chaque plaie encore plus large a dû s'ouvrir.\n« Oh ! je souffre ! je souffre .'. Oh ! comme on peut souffrir !\n« Tout cela, Dieu puissant, mon Père, par ta faute !\n« Voilà ton univers ; voilà l'homme, son hôte ;\n« Voilà ton œuvre enfin, cet enfer monstrueux\n« Plein de crimes, d'horreurs, de forfaits tortueux,\n"}, {"page_pdf": 498, "texte": "                     -   451   -\n\n« De souffrances sans nom et de sanglants délires.\n« D'affreux martyres, puis de plus affreux     martyres,\n  Du sang coulant à flots sur du sang mal séché,\nn Le voilà, ton chef-d'œuvre, ô Père, — ou ton péché!\n« Penses-tu l'expier, crois-tu sauver le monde\n« En me crucifiant sur cette croix immonde ?\n« Tout ce que tu veux faire avorte et c'est en vain\n« Que je laisse en ton nom couler mon sang divin.\n« La douleur, je la bois jusqu'au fond du calice.\n« Père, comment veux-tu que ton Fils te bénisse'!\n« Ah ! je ne voudrais pas être le créateur :\n« Les maux de l'univers me briseraient le cœur\n« Et je mourrais d'horreur en voyant mon ouvrage.\n« Mais tu vis sans remords et ton lâche courage\n« Regarde sans rougir ceux qui meurent pour toi.\n« Du fond des maux humains j'entends monter vers moi\n« Un horrible concert de sanglots et de râles.\n« Ils t'accusent, ô Père, et tes anges, tout pâles,\n« Sur l'escalier de feu des saintes visions\n« T'apportent l'encens noir des malédictions.\n« Etais-tu sage et tout-puissant lorsque ta force\n« Créa ce triste monde et peupla son écorce,\n« Ou la folie a-t-elle égaré tes esprits\n« Et la faiblesse fait trembler tes doigts surpris?\n« Moi qui souffre et qui meurs pour ta honte, ô mon Père,\n« Je t'accuse! Car c'est par Toi qu'on désespère;\n« C'est toi qui mets la haine au fond des cœurs malsains;\n« Tu formes les bourreaux après les assassins ;\n« Dans tous les paradis tu glisses la couleuvre;\n« Le Démon n'a rien fait de pire que ton œuvre\n« Et lui-même est ton fils, et le plus malheureux! »\n\n                         II\n\n— QUI frissonne ? A genoux sur les carreaux poudreux\nPrie un bel ange noir aux grands yeux      d'émeraude.\n— Et j'ai baisé ses pleurs sur sa chair tendre et chaude.\n\n                         III\n\nToutes les visions ont disparu ; mais mon\nTriste cœur arrosé par les pleurs du Démon\n"}, {"page_pdf": 499, "texte": "                     -   452   -\n\nEt tout brûlant encor des flammes de ses lèvres\nRoulait mille pensers où bouillonnaient les fièvres.\n— « Quel monstre fais-tu donc, disais-je, ô Dieu puissant!\n« Quel noir Baal gorgé de larmes et de sang'.\n« Les fétiches honteux, les idoles terribles,\n« Les dieux mangeurs d'enfants moins que toi sont horribles.\n« Ta sagesse destine aux souillures les fleurs;\n« Tu créas par plaisir le monde et les douleurs\n  Et les milliers et les milliers de maux infâmes\n« Qui gangrènent les chairs et torturent les âmes.\n« C'est à toi que l'on doit et les os cariés\n« Et le sang noir dans les muscles putréfiés\n  Et la lèpre et la peste et les hideux ulcères\n« Et tous les maux secrets qui rongent nos viscères,\n« Et l'abrutissement des cerveaux ramollis.\n« Nous te devons aussi les jeunes cœurs salis\n« Et la honte, et l'envie et le meurtre et la guerre !\n« Que tes bienfaits sont grands, ô Seigneur, notre Père,\n  Toi qui fis les péchés et la mort et l'enfer,\n« Le crime et le bourreau, la victime et le fer !\n« Triple lâche, abusant de ta force infinie\n« Pour jouir de nos maux et de notre agonie,\n« Sache que nous valons mille fois mieux qu'un Dieu!\n« Notre mépris te frappe au fond de ton ciel bleu\n  Mais nous brûlons d'amour et de miséricorde :\n« Dieu, pour te rendre bon, que le Destin t'accorde\n« De n'être, un jour, qu'un homme et de pouvoir souffrir\n  Et de pouvoir aimer enfin jusqu'à mourir!... »\n\nOr, un homme eut pitié de ce Dieu misérable.\nIl assuma le poids de son œuvre exécrable\nEt tenta d'expier les crimes du Seigneur.\nO Christ! Le Créateur eut besoin d'un Sauveur !...\n\n\n\nIl était doux et pur comme un lys de lumière;\nLa bonté parfumait sa bouche printanière;\nSes doux propos chantaient comme de gais oiseaux.\nAu bord d'un lac tranquille, assis dans les roseaux,\nIl contait doucemeut de fraîches paraboles ;\nLes ailes de l'amour battaient dans ses paroles\n"}, {"page_pdf": 500, "texte": "                      -   453   -\n\nEl ceux qui l'écoutaient sentaient fondre leur cœur.\nIl chassait les démons, la haine et la rancœur\nD'un geste harmonieux et d'un calme sourire.\nSur la nature entière exerçant son empire\nIl n'avait qu'à parler, l'eau se changeait en vin\nEt pour nourrir un peuple il suffisait d'un pain.\nIl guérissait d'un mot, sous les obcurs portiques,\nLes aveugles, les sourds et les paralytiques\nEt quand il se penchait sur l'humaine douleur\nSes lèvres tendrement enfantaient le bonheur.\nDans la joie et l'amour il fondait son royaume.\nSur tous les cœurs blessés versant l'huile et le baume,\nIl faisait de la terre un jardin de douceur\n\nEt réparait le mal fait par le Créateur.\nQuand il se proclama Fils de l'Être-Suprême\nQuel était son dessein? Se disant Dieu lui-même\nAfin de laver Dieu de tous les maux humains\nVoulait-il, sur la croix où le clouaient nos mains,\nMontrer que le bourreau pour expier ses crimes\nDevenait la victime enfin de ses victimes?...\nQue ta cendre tressaille, ô Christ, dans le tombeau!\nL'univers n'est, hélas! ni meilleur ni plus beau.\n\nDieu, tu l'es devenu, comme le Bouddha, comme\nFrançois d'Assise, mais comme eux tu n'es qu'un homme,\nLe plus grand, le plus saint, le plus pur, le plus doux\nDes hommes, et l'on doit t'adorer à genoux.\nO Christ, on t'a fait Dieu pour mieux t'être infidèle.\nHomme, tout homme eût dû te prendre pour modèle,\nMais hypocritement ils ont dit : « Il est Dieu !\n« Et qui de nous pourrait être semblable à Dieu ? »\n— Dieu, tu t'as devenu dans l'idéal du monde\nPar ta pitié sans borne et par ta mort féconde\nQui nous donna l'amour, l'espérance et la foi\nEt seuls ceux-là sont Dieux qui sont pareils à toi.\nO Fils de l'Homme, ô Christ, je t'aime et je t'adore\nDe tous les feux du vaste amour qui me dévore,\nDe toute la pitié qui déchire mon cœur\nDès que j'entends gémir l'éternelle douleur,\nEt de l'ardent espoir où mon âme s'embrase :\nCar ta voix nous convie à la suprême extase.\n"}, {"page_pdf": 501, "texte": "                     -   454   -\n\nTu nous as délivrés du joug de tous les dieux\nEt tu fais rayonner /'HOMME au plus haut des cieux !\n\n\n                         IV\n\nUn long rugissement ébranla l'oratoire.\nL'ange noir devant moi dressa sa tête noire\nEt son torse d'ébène et ses sinistres bras.\nIl leva sa tunique en riant aux éclats\nDu rire qui jadis incendia Sodome :\n« Baise humblement cela, cria-t-il : VOILA L'HOMME! »\n\n\n\n                     HYMNE\n\n Mon passé, je le vois dans tes yeux   souriants,\n Dans ta bouche de rose où l'amour rit d'éclore,\n       Dans ta joue aux fraîcheurs    d'aurore\n Et dans tes blonds cheveux où voltigent encore\n       Mille essaims de baisers friands.\n\n  Mon passé t'asseyait souvent sur ses genoux,\n  Riait à ton cher rire et demandait tes lèvres.\n         Nos chants, nos rêves et nos fièvres\n  Bondissaient à Venvi. comme de jeunes chèvres,\n        Dans nos sentiers joyeux et fous.\n\n  Mon présent est encore ivre de ta beauté,\n  De ta chaude tendresse et des pensers sublimes\n        Qui bercent au bord des abîmes\n  Nos deux cœurs palpitants sur les plus hautes cimes\n        De l'art et de la volupté.\n\n\n\n                  LE MARTYR\n\nLié brutalement au tronc noir d'un vieil arbre\nEt laissant le sang frais rougir ses membres blancs,\nLe fier jeune homme, nu, beau comme un dieu de marbre,\nAux flèches des bourreaux offre ses jeunes flancs.\n"}, {"page_pdf": 502, "texte": "                    -   455   -\n\nMais leurs regards troublés craignent son regard tendre\nEt le rayonnement de sa chaste beauté\nEt, tremblants, ils voudriaent fuir plutôt que d'entendre\nSa caressante voix braver leur cruauté :\n\n« Pourquoi me frappez-vous ? Ma vie est innocente\n« Mon cœur adolescent n'est gonflé que d'amour ;\n« Mon esprit pur et doux et ma chair frémissante\n« Ne cherchaient qu'à fleurir à la grâce du jour.\n\n« Ne baissez point les yeux ! Vous m'aimez; je vous aime.\n« Mon sang coule et pourtant j'ai cessé de souffrir :\n« II inonde ma chair d'un bien-être suprême\n« Et je sens tout mon cœur se fondre et défaillir.\n\n« Que le ciel est brillant! Que la terre est splendide!\n« Quels parfums caressants voltigent dans les airs!\n« La brise f ait vibrer une clarté candide;\n« La lumière ruisselle et dissout l'univers.\n\n« Le monde entier n'est plus qu'une aveuglante flamme.\n« Elle brûle mes yeux, ivres de volupté,\n« Elle coule en mon corps... elle envahit mon âme...\n« 0 Mort!... suprême extase. . éternelle  clarté!...\n\n\n                                           IWAN GILKIN\n"}, {"page_pdf": 503, "texte": "                                    — 456 —\n\n\n\n                 LECONTE DE LISLE\nM. HENRY HOUSSAYE ayant été élu par l'Académie française à la place vacante par la\n mort de M. LECONTE DE LISLE, y est venu prendre séance le 12 décembre 1895 et\n a prononcé le discours suivant :\n\n\n\n             MESSIEURS,\n\n\n   Mon respect pour l'Académie et ma reconnaissance envers elle ne sau-\nraient m'empêcher de dire qu'en m'appelant parmi vous vous avez sauté une\ngénération. Comme le Dormeur éveillé qui, dans le palais de Haroun-al-\nRaschid, faisait ce commandement à une dame du sérail : « Approchez-\nvous, la belle, et mordez-moi le bout du doigt, que je sache si je dors ou si\nje veille », je doute si je rêve, et je me demande si votre dernier élu n'est\npoint l'auteur du 41 e Fauteuil. Il paraît que c'est l'auteur de « 1815 «.Vous\navez donc voulu, Messieurs, honorer le père en la personne du fils et donner\nà un même nom, deux fois porté dans les lettres, l'immortalité dont vous\ndisposez.\n   La grande joie que j'éprouve aujourd'hui est troublée par un profond\nchagrin : celui de succéder à l'un des hommes que j'ai le plus aimés. En\n 1867, j'ai eu l'honneur d'être présenté à M. Leconte de Lisle, et, depuis\ncette époque, il ne s'est guère passé de mois, je dirais presque de semaine,\nsauf pendant l'année maudite qui met encore la France dans le deuil et\nl'Europe sous les armes, où je n'aie été le voir et l'écouter. M. Leconte de\nLisle habitait alors boulevard des Invalides un petit appartement au\ncinquième étage, décoré de belles photographies d'après les maîtres italiens\net de plâtres d'après l'antique auxquels la fumée de milliers de cigarettes\navait donné la patine d'or des vieux ivoires. C'était le temps de ces réunions\ndu samedi qui auront leur page dans l'histoire littéraire de notre siècle. Il\nvenait là très assidûment vingt-cinq ou trente jeunes gens unis par une sin-\ncère camaraderie intellectuelle. Chose digne de remarque, aucun des\nfamiliers de ce cénacle n'a failli à faire sa trouée dans cette âpre mêlée des\nlettres où la lutté pour la vie se complique et s'avive par la lutte pour le\nnom. Plusieurs d'entre eux sont aujourd'hui de votre compagnie.\n    Quel attrait sévère et charmant avaient ces soirées du samedi ! On causait\nlittérature, philosophie, sciences, histoire et surtout poésie avec le franc\nparler, l'enthousiasme, l'absolutisme des vingt ans. Par un mot ironique ou\nune réflexion juste et élevée, M. Leconte de Lisle nous rappelait de temps\n en temps à la raison, bien que le plus souvent il prît plaisir à laisser vaga-\n"}, {"page_pdf": 504, "texte": "                                  -457      -\n\nbonder notre critique juvénile. Lui-même donnait parfois l'exemple de\nl'hyperbole en émettant gravement quelque proposition bouffonne ou\nquelque prodigieux paradoxe. Son regard prenait alors, sous le monocle,\nun éclat singulier, une expression véritablement satanique. Charles Bau-\ndelaire, qui fut, comme on sait, un grand mystificateur, a écrit : « Il ne me\ndéplairait pas, à moi qui suis tendre, raisonnable et croyant, de passer pour\nle pire des indifférents, des excentriques et des athées. » J'ai souvent pensé\nque M. Leconte de Lisle avait pris de son ami Baudelaire ce goût pour les\nprofessions de foi trompeuses et sarcastiques. Il trouvait des gens qui se\nlaissaient mystifier et il s'amusait à la comédie qu'il se donnait à lui-même.\nMais nous, qui le connaissions bien, nous n'étions pas dupes. Nous souriions,\nses yeux bleus s'adoucissaient, une joie malicieuse se reflétait sur son visage,\nil riait à son tour; et, dans tout le salon, c'était une explosion de rires fous.\nNous redevenions sérieux, pour écouter l'un de nos camarades lire quelque\nsonnet ou quelque court poème. Certains soirs nous obtenions, non sans\npeine, de M. Leconte de Lisle qu'il nous lût une de ses œuvres inédites.\nC'est ainsi que j'ai eu la bonne fortune d'entendre de sa voix mâle et vibrante,\nqui rythmait si merveilleusement les vers, Quaïn, les Siècles maudits, la Tête\nde Kenwharch, l'Holocauste et, beaucoup plus tard, au temps d'une inti-\nmité plus étroite, les Pantoums malais dont la divine musique chantera\ntoujours dans mon souvenir.\n    Les heures passaient, trop brèves à notre gré. Minuit avait sonné depuis\nlongtemps quand nous nous décidions à prendre congé de notre grand ami\net de la charmante femme qui avait apporté sa grâce simple et sa jeunesse au\nfoyer du poète. Nous partions, et le silence nocturne du boulevard des\n Invalides était troublé pendant quelques minutes par les dialogues à\nhautes voix, les rires sonores et le refrain d'une certaine « Marche tartare »\nque je suis heureux de n'être pas seul à me rappeler ici.\n    En ces temps lointains, on avait encore le sentiment du respect, je l'avoue\n avec confusion. Les jeunes gens daignaient admirer des œuvres publiées\n avant l'apparition des leurs, et témoigner quelque déférence aux grands\n écrivains qui les avaient précédés. Ils ne s'imaginaient pas, comme le font les\n révolutionnaires d'à présent, que l'art d'écrire datait seulement du jour où\n ils avaient pris la plume, et ne pensaient point que tout homme de lettres\n ayant dépassé quarante ans était bon à envoyer aux Incurables. Nous par-\n lions de Victor Hugo, de Théophile Gautier, de Leconte de Lisle, comme\n les soldats parlaient des maréchaux de France. On conçoit donc combien\n nous étions fiers et touchés de la cordialité de camarade que nous témoignait\n M. Leconte de Lisle, avec quelle reconnaissance nous écoutions ses con-\n seils, quel caractère de leçons prenaient pour nous ses paroles. Tantôt\n c'étaient des secrets de métier qu'il divulguait libéralement, tantôt des\n théories esthétiques et des principes généraux. Il disait : La science est le\n"}, {"page_pdf": 505, "texte": "                                   — 458 —\n\nmoyen dont le but est l'art. Les cerveaux bien organisés résolvent la médi-\ntation en inspiration. Les dons naturels sont de peu de valeur s'ils ne sont\nfécondés par l'étude. On assure que le propre des poètes de génie est de\nchanter comme l'oiseau soupire. C'est bien possible, mais ne sachant pas la\nlangue des rossignols, des fauvettes et des serins, je dois m'en remettre à\nl'opinion de ces derniers. — Il s'insurgeait contre la distinction entre le\nfond et la forme. L'idée, s'écriait-il, n'est pas derrière la phrase comme un\nobjet derrière une vitre. Elle ne fait qu'un avec la pensée puisqu'il est\nimpossible de concevoir une idée qui soit pensée sans l'aide des mots. Pen-\nser, c'est prononcer une phrase intérieure ; et les qualités de la pensée sont\nles qualités de cette phrase intérieure; et écrire c'est tout simplement repro-\nduire cette phrase. Donc qui écrit mal pense mal. — Il disait encore : Seules\nsont durables les œuvres conçues sans aucune préoccupation des goûts du\npublic et dans le complet détachement de toute vanité et de tout intérêt per-\nsonnel. Celui qui poursuivra le succès le trouvera, mais pour un jour; il\nne fera pas longtemps de dupes, et son châtiment sera à brève échéance le\ndédain public, puis un irrévocable oubli. Il est absolument inutile d'écrire\nsi l'on ne se sent capable d'un travail patient et continu et si l'on n'a point le\nculte désintéressé de l'art, l'indifférence pour le succès et la sévérité à soi-\nmême.— M. Leconte de Lisle prêchait d'exemple. Sa critique égalait ses dons\ncréateurs et il l'exerçait sur lui-même, inflexiblement. C'est ainsi qu'il attein-\ngnit souvent à la perfection. Mais son hypercritique nous a fait perdre de\nbelles œuvres que l'impérieux poète n'avait point jugées dignes de lui. Peut-\non en douter quand on sait qu'il avait décidé de brûler le poème de Quaïn ?\nPour sauver ce chef-d'œuvre, il fallut les prières de M me Leconte de Lisle\net les ardentes remontrances d'un ami, qui est au milieu de vous, Messieurs,\net que je prends à témoin.\n   M. Charles-Marie-René Leconte de Lisle est né le 22 octobre 1818 à Saint-\n Paul, commune de l'île de la Réunion. Sa famille paternelle descend direc-\ntement de Michel Le Conte, sieur de Lisle et de Préval, mort à Pontorson\nle 15 octobre 1730. Son père, chirurgien militaire, quitta le service après\nWaterloo et émigra à l'île Bourbon ; il s'y maria en 1817 avec Mlle Suzanne\nde Lanux, d'une ancienne famille languedocienne établie aux colonies vers\n 1720 en la personne du marquis François de Lanux. Le régent avait exilé\nLanux à la suite de la conspiration de Cellamare. C'est du côté maternel\nque Leconte de Lisle était arrière-petit-neveu de Parny.\n   Leconte de Lisle vécut ses premières années dans cette féerique île Bour-\nbon où une brise continue et la multitude des sources tempèrent l'ardeur de\nla zone torride. Ses yeux s'ouvrirent dans la lumière intense et au milieu\nde la flore souriante et magnifique des pays tropicaux. Il vit les bois de\npalmistes et de lataniers, les allées de pamplemousses, les magnolias géants,\nles fleurs éclatantes, les nappes d'or vert des champs de cannes, les ravines\n"}, {"page_pdf": 506, "texte": "                                  — 459 —\n\n ombreuses où volettent de bambous en bambous le cardinal et le colibri, les\n hautes montagnes que la neige couronne, et, à tous les points de l'horizon,\n au delà des récifs de corail, les flots couleur d'améthyste de l'océan Indien.\n Il eut la fortune de naître, comme un Grec, en pleine nature, au bord de la\n mer étincelante.\n    Son enfance fut studieuse. S'il faisait parfois l'école buissonnière, c'était\n pour aller lire à la bibliothèque de la ville Ivanhoë et Quentin Durward\n que le bénévole conservateur lui prêtait pendant les heures de classe. Il\naurait pu faire de moins bonnes lectures, car, cinquante ans plus tard, il\nrelisait encore Walter Scott, qu'il plaçait tout à fait au premier rang des\nromanciers et même des historiens. C'était, d'ailleurs, l'avis d'Augustin\nThierry. Leconte de Lisle aimait beaucoup aussi les romans d'aventures\nde celui que l'on appellerait le grand Dumas si, dans ce cas unique, l'épi-\nthète n'impliquait confusion de personnes.\n    Très jeune, il lut donc Walter Scott, mais il lut aussi Victor Hugo. Il a\ndit avec une suprême éloquence quelle révélation'furent pour lui les Orien­\ntales : « Ce fut comme une immense et brusque clarté illuminant la mer,\nles montagnes, les bois, la nature de mon pays dont, jusqu'alors, je n'avais\nentrevu la beauté et le charme étrange que dans les sensations confuses et\ninconscientes de l'enfance. » Dès ce jour, Leconte de Lisle comprit la\npoésie, ses enchantements, sa vertu et son objet, son but. Il eut comme la\ndivination de cette parole de Shelley : « La poésie nous force à sentir ce que\nnous percevons et à imaginer ce que nous connaissons. Elle crée à nouveau\nl'univers. »\n   M. Leconte de Lisle père ne voyait pas la nécessité que son fils créât à\nnouveau l'univers. En 1839, le jeune homme tut envoyé à Rennes pour y\nfaire son droit. Il y fonda une revue littéraire. Le titre n'avait rien de\nromantique, ni de poétique, ni de philosophique, ni de quoi que ce fût.\nC'était tout simplement la Variété. La Variété vécut un peu plus que les\nroses, du printemps de 1840 au printemps de 1841. Dans chacune des douze\nlivraisons j'ai lu des poésies, des études littéraires, des nouvelles de Leconte\nde Lisle. Il n'en a rien réimprimé. Si j'osais, je dirais qu'il a eu raisou. On\ny trouve quelques vers d'une belle venue, et quelques idées tout à la fois\njustes et originales; mais la langue est encore sans fermeté, sans précision,\nsans couleur. La pensée décèle l'âme, mais non la personnalité d'un poète.\nEn vain Leconte de Lisle a traversé les Océans et vécu sous le ciel des Tro-\npiques, le sentiment de la nature n'apparaît point chez lui. En vain les\nOrientales l'ont enivré, il procède bien plus de Lamartine que de Victor\nHugo, et chacun sait que seul Lamartine a pu faire de beaux vers lamarti-\nniens. En vain il admire André Chénier, son inspiration demeure toute\nchrétienne. Lui qui écrira Hypatie et la Vénus de Milo, il reproche véhé-\nmentement à l'auteur de l'Aveugle d'avoir eu « les dieux antiques et les\npoètes grecs comme unique foyer de lyrisme intérieur ».\n"}, {"page_pdf": 507, "texte": "                                 — 460 —\n\n   Encore que Rennes ne soit pas précisément une ville enchanteresse,\nLeconte de Lisle s'y plaisait grâce au milieu intellectuel où il vivait. Il\naimait d'ailleurs la Bretagne pour son charme sévère et mélancolique ; il\nparcourut à pied tout le littoral depuis le Mont-Saint-Michel jusques à\nQuiheron. Dans ce pays de landes, de roches, de forêts et de brumes, il ne\nregrettait pas l'île natale à la lumière d'or. Il se souvenait que Bourbon\nn'était point un paradis terrestre pour tout le monde, notamment pour les\nnègres. Le régime du fouet sous lequel vivaient les esclaves le révoltait\ndans sa dignité d'homme ; les cris des suppliciés l'emplissaient de pitié et\nd'horreur. Il a conté en ce temps-là, dans une nouvelle de la Variété, com-\nment son indignation contre ces coutumes barbares fut cause que le poé-\ntique roman de son premier amour eut le plus imprévu des dénouements.\nIl aimait jusqu'à l'adoration une ravissante créole. Il ne lui avait jamais\nparlé, il ne savait même pas son nom ; mais il la voyait chaque dimanche\nsur le chemin de l'église, et, quand elle passait, il demeurait en extase. Un\njour qu'il se promenait à cheval, rêvant à elle, il la rencontra au détour\nd'une route comme elle revenait de Saint-Denis dans un manchy porté par\nhuit esclaves. Il s'arrêta pour la regarder, mais les lèvres corallines de la\nbelle créole s'entr'ouvrirent et il l'entendit crier d'une voix aigre et per-\nçante : « Louis, si le manchy n'est pas au quartier dans dix minutes, tu\nrecevras vingt-cinq coups de rotin. » Le jeune homme arrêta jd'un geste\nles porteurs nègres, puis il descendit de cheval, s'approcha du manchy et\nprenant un ton grave et triste, il dit : « Madame, je ne vous aime plus! »\nLeconte de Lisle ayant dépeint cette irascible personne comme une fille du\nsoleil au teint bistré et aux yeux de flamme, ce n'était pas sans doute la\nvierge blonde dont le souvenir lui a inspiré plus tard l'adorable pièce du\nManchy. Il y avait à Bourbon beaucoup de manchys et beaucoup de belles\ncréoles, et il y avait beaucoup de tendresee dans le cœur de Leconte de\nLisle.\n  En 1843, Leconte de Lisle fut impérativement rappelé à Bourbon par son\npère. Il ne tarda pas à sentir la nostalgie de la France. La jeunesse dorée\nde la colonie, — « une ménagerie béotienne », disait-il, — ne parlait pas la\nmême langue que lui. Intellectuellement, il était devenu un étranger dans\nson propre pays. C'était Ovide chez les Gètes :\n                Barbarus hic ego sum quia non intelligor illis!\n\n   A son ennui profond s'ajoutait le souci de discussions avec son père qui,\nle jugeant décidément incapable d'être avocat, voulait faire de lui un plan-\nteur. Leconte de Lisle, cela va sans dire, ne se voyait guère passant sa vie\nroi d'une plantation avec un rotin comme main de justice. Ses prières\nfinirent par triompher de la volonté paternelle ; il se rembarqua pour la\nFrance. Au cours de cette dernière traversée, Leconte de Lisle relâcha à\n"}, {"page_pdf": 508, "texte": "                                 — 461 —\n\n Sainte-Hélène. Il m'a souvent exprimé l'impression d'horreur et de morne\ntristesse qu'il en avait ressentie. « C'est, disait-il, comme un immense cer-\n cueil fixé au milieu de l'Océan. » Cet immense cercueil était fait à la taille\ndu grand empereur que l'on y avait enfermé vivant.\n   Leconte de Lisle fut amené à Paris en 1845 par son ami Paul de Flotte,\nle chevalier errant de la démocratie. Il y retrouva plusieurs créoles,\nentre autres le fouriériste Laverdan qui le présenta à Victor Considérant.\nLe jeune poète fut admis au nombre des rédacteurs ordinaires — et extraor-\ndinaires — des journaux phalanstériens. Il écrivit pour la Démocratie\npacifique d'assez nombreux articles de critique et même de politique spécu-\nlative, nommément une page à la Montesquieu sur la Justice et le Droit.\nIl publia dans la Phalange ses premiers beaux poèmes : La Robe du Cen­\ntaure, Hylas, Niobé, Hypatie, la Vénus de Milo.\n   A l'approche de la trentième année, une transformation complète s'opère\nchez Leconte de Lisle. L'inspiration grecque, qu'il a méconnue d'abord,\npénètre, emplit, illumine son esprit. Le génie hellénique lui révèle son propre\ngénie II a la vision de son œuvre future ; il ordonne ses idées jusqu'alors\nconfuses, il maîtrise sa forme jusqu'alors rebelle. Dans la conception et\ndans l'expression, il marque sa personnalité souveraine et harmonique.\n   Les Grecs n'ont pas seulement créé les plus beaux monuments de l'art et\nde la pensée, l'Iliade et le Parthénon, l'Orestie et l'Œdipe- Roi, le Phédon\net la Naissance d'Athèna; ils ont aussi créé cette chose inconnue avant eux\net oubliée après eux pendant douze ou quinze siècles : la liberté. Leconte\nde Lisle était trop pénétré de l'esprit grec pour ne point avoir des senti-\nments démocratiques. Républicain de la veille, il était naturel qu'il saluât\ndans la révolution de Février le triomphe de ses propres idées. La réforme\nqui lui tenait le plus au cœur était l'abolition de l'esclavage dans les colo-\nnies. Dès 1846, il avait plaidé la cause des noirs à la Démocratie pacifique.\nPeu de jours après la révolution, il convoqua chez lui une vingtaine de\ncréoles et leur tint à peu près ce langage : Il serait noble et généreux\nd'adresser au gouvernement une pétition en faveur des nègres. Je sais bien\nque cette réforme pourra causer la ruine de nos familles et, par conséquent,\nde nous-mêmes, mais ce sera une loi de justice et d'humanité.\n   Les créoles, qui trouvaient pour la plupart que les nègres avaient été\nesclaves assez longtemps pour s'être habitués à l'esclavage, hésitaient.\nLeconte de Lisle les détermina et, séance tenante, il écrivit la pétition, la\nsigna, la fit signer à tous les assistants et l'expédia incontinent. Le gouver-\nnement provisoire décréta bientôt l'abolition de l'esclavage. A cette époque,\nLeconte de Lisle était en Bretagne, délégué par le « Club des Clubs » pour\npréparer les élections dans le département des Côtes-du-Nord. Les paysans\nbretons sont têtus ; il ne put les convertir aux idées du « Club des Clubs ».\nIl rentra très découragé à Paris où la prise d'armes et les sanglantes repré-\n"}, {"page_pdf": 509, "texte": "                                  — 462 —\n\nsailles de Juin achevèrent d'ébranler sa foi à l'harmonie et à la fraternité\nrépublicaines.\n   Ses sentiments d'alors nous sont révélés dans une lettre à l'un de ses plus\nchers amis, M. Louis Ménard, qui, s'étant exilé à Londres, lui avait soumis\ndes vers écrits pour un almanach de propagande démocratique : « ... En\nvérité, n'es-tu pas souvent pris comme moi d'une immense pitié en songeant\nà ce misérable fracas de pygmées, à ces ambitions malsaines d'êtres infé-\nrieurs ? Ne t'enfonce pas dans cette atmosphère où tu ne saurais respirer...\nNe me dis pas que la lutte est ouverte entre les principes moraux que nous\nconfessons tous deux et les iniquités sociales. Il y a bien des siècles que\ncette lutte est commencée et elle se perpétuera jusqu'au jour où le globe\ns'en ira en poussière dans l'espace. Mais il n'est pas qu'une seule façon d'y\nprendre part. Les efforts et les modes d'efforts varient en raison de la diver-\nsité et de la hiérarchie des esprits, et les œuvres d'art pèsent dans la balance\nd'un autre poids que 100 millions d'almanachs démocratiques. J'aime à\ncroire — puisse le rapprochement monstrueux m'être pardonné! — que\nl'œuvre d'Homère comptera un peu plus dans la somme des efforts moraux\nde l'humanité que celle de Blanqui... Donnons notre vie pour nos idées\npolitiques et sociales, mais ne leur sacrifions pas notre intelligence, qui est\nd'un prix bien autre que la vie; car c'est grâce à elle que nous secouerons\nsur cette misérable terre la poussière de nos pieds pour monter à jamais\ndans les magnificences de la vie stellaire. »\n   Au moment où il écrivait cette lettre si belle et d'une raison si haute\n(septembre 1849), Leconte de Lisle luttait contre la misère. Le décret du\ngouvernement provisoire sur l'abolition de l'esclavage, ratifié par l'Assem-\nblée nationale, avait eu pour conséquence une révolution économique dans\nles colonies. Les planteurs de Bourbon étaient à peu près ruinés. Le frère\nde Leconte de Lisle, chargé de l'administration du domaine paternel, lui\nécrivit : « On m'a raconté je ne sais quelle histoire prétendant que tu t'es\nmis à la tête d'une manifestation de créoles en faveur de l'abolition de\nl'esclavage. Je t'estime incapable d'une pareille folie. » Leconte de Lisle\nrépondit à son frère : « Toutes les fois que j'aurai à choisir entre des inté-\nrêts personnels et la justice, je choisirai la justice. »\n   A dater de ce jour, il cessa de recevoir la pension mensuelle que, depuis\nson arrivée en France, lui servait sa famille et qui lui assurait une existence\nmodeste et indépendante. Leconte de Lisle n'en continua pas moins à vivre\nindépendant, mais durant de longues années il allait vivre pauvre. Il donna\ndes répétitions de grec et de latin. Ses vers ne trouvant pas d'éditeur, il\npensa à se procurer un peu d'argent avec une traduction de l'Iliade qu'il\navait commencée en des temps plus heureux sans souci de la vie matérielle,\nIl termina les douze premiers chants et les porta à l'éditeur Marc Ducloux.\nCelui-ci, ayant égaré le précieux manuscrit, offrit à Leconte de Lisle, pour\n"}, {"page_pdf": 510, "texte": "                                  — 463 —\n\ntoute indemnité, de publier gratuitement ses poésies. Les volumes restèrent\nen magasin, et, quand les leçons de grec manquaient, Leconte de Lisle,\npour vivre, venait prendre à la librairie une dizaine d'exemplaires de son\nlivre et allait les vendre quelques sous aux bouquinistes des quais.\n   Et ce livre, c'était les Poèmes antiques! C'était Hélène, le Chant alterné,\nRéveil d'Hélios, les Etudes latines, Midi, Dies irœ! Tout de même,\nLeconte de Lisle pouvait trouver que tout n'est pas pour le mieux dans le\nmeilleur des mondes.\n   Après les Poèmes antiques, Leconte de Lisle publia les Poèmes et\nPoésies (1855), puis les Poèmes barbares (1862). Il ne puise plus aux seules\nsources grecques. Les Veddas, la Bible, le cycle runique, le Romancero,\nla sombre histoire du moyen-âge renouvellent son inspiration et diversifient\nson œuvre. Il fixe aussi dans ses deux recueils sa vision précise et vivante\ndes pays du soleil, du désert embrasé, des animaux sauvages. Souvenirs\nlointains de l'île Bourbon, impressions rapides mais profondes d'un court\nvoyage aux Indes, les Jungles, les Éléphants, le Désert, le Jaguar, l'Oasis,\nla Fontaine aux lianes, le Sommeil du condor, l'Albatros, sont des œuvres\nuniques dans la poésie française.\n   Leconte de Lisle s'était courageusement remis à traduire Homère. Son\nadmiration pour l'épopée grecque le poussait à en donner une version exacte\noù revivraient les premiers Hellènes dans leur caractère héroïque et rude.\nCette Iliade nouvelle dut certainement être une révélation, parfois un peu\ntroublante, pour tous ceux qui ne connaissaient les chants des vieux rhap-\nsodes que par les autres traducteurs. Dans sa belle traduction d'Homère et\ndans celles qu'il publia ensuite d'Hésiode, de Théocrite et des Tragiques,\nLeconte de Lisle a voulu la littéralité absolue. Le premier, il a restitué,\nsans aucune exception, leurs vrais noms aux divinités helléniques, réforme\nqui a maintenant triomphé. Il a réussi à rendre, avec un art extrême, les\nexpressions originales dans leur énergie ou leur grâce, les tournures parti-\nculières, presque le mot à mot du texte. Mais il n'a pu faire que le grec ne\nsoit pas le grec et que le français ne soit pas le français, que l'un ne soit\npas une langue synthétique et l'autre une langue analytique. Il n'a pu\nfaçonner le français, si ferme et si précis, à la souplesse du grec; et en raison\nmême de la rigoureuse exactitude de sa transcription, la lecture en est\nparfois un peu laborieuse. Je me rappelle une épigramme qui courut le\nmonde des lettres vers 1867 : « Pour comprendre les traductions de\nLeconte de Lisle, il faut un dictionnaire grec. » Certes, il n'en fallait pas\nun pour lire les Belles infidèles de Mme Dacier et les pompeux pastiches\ndeBitaubé!\n   Son œuvre d'helléniste terminée, Leconte de Lisle publia les Poèmes tra­\ngiques, où l'on retrouve la beauté des Poèmes antiques, le charme et l'ori-\nginalité des Poèmes et Poésies, la grandeur des Poèmes barbares ; il y a\n"}, {"page_pdf": 511, "texte": "                                   — 464 —\n\n Hiéronymus, il y a l'Illusion suprême, il y a les Erinnyes. Les Erinnyes\n avaient été représentées à l'Odéon en 1873. A la première scène, on voulut\ns'égayer avec le dialogue des vieillards argiens, mais, dès l'entrée de Cly-\ntemnestre, la tragique beauté du drame imposa aux rieurs. On était dans\nl'émotion et dans la terreur comme naguères à Athènes quand on joua la\ntrilogie d'Eschyle.\n   Le 11 février 1886, l'Académie élut Leconte de Lisle au fauteuil de Vic-\ntor Hugo. Il était unanimement désigné pour cet héritage, bien qu'il n'y\neut entre les deux grands poètes ni parité ni parenté. Non seulement leur\nforme est très différente, mais leur inspiration, leur conception, leur but\ncontrastent d'une façon absolue. L'œuvre poétique de Victor Hugo,\nsublime, tumultueuse, immense, infinie, c'est l'Océan. L'œuvre de\nLeconte de Lisle, c'est un fleuve large et clair qui coule à travers l'histoire\net où se reflètent les peuples, les pays, les mâles héros et les autels des\nDieux morts. Victor Hugo est le plus grand des lyriques. Du lyrisme, il a\nla flamme, l'élan, l'impétuosité, l'hyperbole, la confusion, les développe-\nments sans fin. Leconte de Lisle est plutôt un poète épique, en employant\nce terme au sens d'historien des temps qui n'ont pas d'histoire. A côté de la\nLégende des Siècles, les poèmes de Leconte de Lisle semblent une Histoire\ndes Siècles, — histoire des mythes, des croyances et des aventures sacrées\nde l'humanité, histoire faite presque toute de légendes, mais à laquelle, par\nsa vision précise de la vie, des sentiments et des pensées des races ances-\ntrales, il a imprimé le caractère de la réalité.\n    Cette étude sincère, rigoureuse et pénétrante des temps antiques, cette\nrésurrection du passé par les forces unies de la poésie et de la science,\nc'étaient la tâche et l'objet que Leconte de Lisle avait assignés à son génie\ndès qu'il s'était senti en pleine possession de sa forme lyrique. « Nous\nsommes une génération savante, écrivait-il en 1852, dans la préface des\nPoèmes antiques. Manifeste non moins impérieux et peut-être plus person-\nnel que la préface de Cromwell. Les poètes ne sont plus écoutés parce qu'ils\nne reproduisent qu'une somme d'idées insuffisantes ; l'époque ne les entend\nplus parce qu'ils l'ont importunée de leurs plaintes stériles. Le thème per-\nsonnel et ses variations trop répétées ont épuisé l'attention. L'art et la\nscience longtemps séparés par des efforts divergents de l'intelligence doivent\ndonc tendre à s'unir étroitement, si ce n'est à se confondre. L'art a perdu\nsa spontanéité intuitive ou plutôt l'a épuisée. C'est à la science de lui rappe-\nler le sens de ses traditions oubliées qu'il fera revivre dans les formes qui\nlui sont propres. »\n    En préconisant l'étude des races disparues et en proclamant la nécessité\nde retremper la poésie aux sources vives des premières impressions de\nl'humanité, Leconte de Lisle paraissait rompre avec l'esprit de son temps.\n Illusion! Ce contemporain des brahmes et des aèdes se trouvait être très\n"}, {"page_pdf": 512, "texte": "                                  — 465 —\n\nmoderne. Il inaugurait la réaction contre le romantisme. Il formulait, le\npremier, les idées latentes de sa génération où se développait le double\nbesoin d'une information précise et critique et de l'inspiration directe de la\nnature. Il concourait au grand mouvement scientifique et naturaliste qui,\nde Taine à Flaubert et de l'auteur du Demi-Monde et de la Visite de noces\nau poète des Trophées, a entraîné presque tous les écrivains.\n   Leconte de Lisle condamnait chez les romantiques l'excès de la subjecti-\nvité et l'inconsistance de la couleur locale. Ces deux critiques auraient pu\nse réduire à une seule, car la solidité et l'éclat de la couleur locale sont en\nraison directe de l'impersonnalité de l'écrivain. Relever les ruines, rappro-\ncher les pays lointains, faire mouvoir les foules bariolées, cette géniale ou\nlaborieuse reconstruction du décor n'est qu'un effort stérile si les person-\nnages que l'on met en scène ont les façons d'être et les façons de dire de nos\ncontemporains. Toute l'illusion se trouve détruite. Saint-Evremond disait\nde l'Alexandre de Racine : Alexandre et Porus devaient garder leurs carac-\ntères tout entiers. C'était à nous à les regarder sur les bords de l'Hydaspe,\ntels qu'ils étaient, et non pas à eux à venir, sur les bords de la Seine, étudier\nnotre naturel et prendre nos sentiments. » On pourrait appliquer ces paroles\nà bien des œuvres du romantisme. Victor Hugo lui-même a commis de\npareils anachronismes d'idées et de sentiments. Le grand poète fait souvent\nparler les Dieux et les Titans, les margraves et les bandits, au besoin même\nles étoiles et l'Océan, comme il aurait parlé, lui, Victor Hugo.\n   Le moi de Leconte de Lisle est plus discret. Dans ses poèmes, Hindous\ndes bords du Gange, Hellènes de la mer Egée et des montagnes de l'Argo-\nlide, barbares de toutes les époques et de toutes les contrées, pensent,\nagissent, parlent comme des Hindous, comme des Hellènes, comme des\nbarbares. Par un miracle d'objectivité, le poète s'incarne en eux. Il vit de\nleur vie, jouit de leurs joies naïves, souffre de leurs douleurs, s'emporte de\nleurs colères, s'apparente à leurs pensées, partage leurs croyances. Comme\neux, il voit le cours éblouissant et mystérieux du soleil, la mer en furie,\nl'éclair qui luit, l'arc-en-ciel qui brille. Comme eux, il entend le mugisse-\nment des vents, la plainte des vagues, le murmure des sources, le bruisse-\nment fatidique des feuilles, le fracas du tonnerre, toutes les voix douces ou\nterribles de la Terre et du Ciel. Comme eux, il reconnaît dans les phéno-\nmènes de la nature l'action hostile ou bienveillante des Dieux.\n   Non seulement il se pénètre de l'intelligence des races primitives et prend\nleur imagination vive et simple, mais il descend dans l'être même des ani-\nmaux sauvages et participe de leur instinct et de leurs sensations. Il exprime,\ncomme s'il la ressentait lui-même, cette malefaim impérieuse et sacrée qui\npousse l'aigle hors de son aire, fait sortir le tigre des jungles et torture dans\nla mer le requin vorace et jamais rassasié :\n"}, {"page_pdf": 513, "texte": "                                    — 466 —\n\n             Cependant plein de faim dans sa peau flasque et rude,\n             Le sinistre rôdeur des steppes de la mer\n             Vient, va, tourne et, flairant au loin la solitude,\n             Entrebâille d'ennui ses mâchoires de fer.\n\n             Il ne sent que la chair qu'on broie et qu'on dépèce,\n             Et, toujours absorbé dans son rêve sanglant,\n             Au fond des masses d'eau, lourdes d'une ombre épaisse,\n             Il laisse errer son œil, terne, impassible et lent.\n\n  Leconte de Lisle perçoit l'angoisse de l'inconnu dans le hurlement des\nchiens :\n              Devant la lune errante aux livides clartés.\n\n   Avec les éléphants qui cheminent pesamment sous le soleil, en sueur, la\ntrompe aux dents et l'œil clos, il rêve du pays délaissé,\n              Des forêts de figuiers où s'abrita leur race.\n\n  Avec le condor des Cordillières, il a l'ivresse des espaces infinis :\n\n             Il râle de plaisir, il agite sa plume,\n             Il érige son cou musculeux et pelé.\n             Il s'enlève en fouettant l'âpre neige des Andes.\n             Dans un cri rauque il monte où n'atteint pas te vent\n             Et, loin du globe noir, loin de l'astre vivant,\n             Il dort dans l'air glacé, les ailes toutes grandes.\n\n   Aucun des poètes français, hormis peut-être Chénier, n'a su rester\naussi impersonnel que Leconte de Lisle. Tour à tour peintre d'épopées,\npaysagiste, animalier, nul n'a mieux réalisé dans ses œuvres cette pensée\nde Fénelon : « Afin qu'un ouvrage soit vraiment beau, il faut que l'auteur\ns'y oublie et me permette de l'oublier. »\n   Alors que Leconte de Lisle ne faisait qu'obéir à cette esthétique, on a\nconclu, naturellement, qu'il manquait de sensibilité. Admirable raisonne-\nment! Il taisait les battements de son cœur; donc ce cœur ne battait pas.\nIl s'abstenait de confidences ; donc il n'avait rien à dire. C'était un indiffé-\nrent, un impassible. Cet impassible, je l'ai vu si ému à la réception d'une\ndépêche contenant des nouvelles de l'enfant malade d'un ami, que ses doigts\ncrispés et tremblants avaient peine à ouvrir l'enveloppe. Et quelle que soit\nl'unité de son œuvre, si rigoureusement qu'il ait observé le principe de l'art\nimpersonnel, il a cependant laissé échapper dans plus d'un poème le secret\nde son âme tendre et désespérée :\n\n              Celui qui va goûter le sommeil sans aurore\n              Dont l'homme ni le Dieu n'ont pu rompre le sceau,\n              Chair qui va disparaître, âme qui s'évapore,\n              S'emplit des visions qui hantaient son berceau.\n"}, {"page_pdf": 514, "texte": "                                 — 467 —\n\n             Rien du passé perdu qui soudain ne renaisse :\n            La montagne natale et les vieux tamarins,\n            Les chers morts qui l'aimaient au temps de sa jeunesse\n            Et qui dorment là-bas dans les sables marins.\n\n            Et tu renais aussi, fantôme diaphane\n            Qui fis battre son cœur pour la première fois,\n            Et fleur cueillie avant que le soleil te fane,\n            Ne parfumas qu'un jour l'ombre calme des bois.\n\n            O chère vision, toi qui répands encore,\n            De la plage lointaine oit tu dors à jamais,\n            Comme un mélancolique et doux reflet d'aurore\n            Au fond d'un cœur obscur et glacé désormais!\n\n            Les ans n'ont pas pesé sur ta grâce immortelle,\n            La tombe bienheureuse a sauvé ta beauté :\n            Il te revoit avec tes yeux divins, et telle\n            Que tu lui souriais en un monde enchanté!\n\n            Mais quand il s'en ira dans le muet mystère\n            Où tout ce qui vécut demeure enseveli,\n            Qui saura que ton âme a fleuri sur la terre,\n            O doux rêve, promis à l'infaillible oubli?\n\n            Et vous, joyeux soleil des naïves années,\n            Vous, éclatantes nuits de l'infini béant,\n            Qui versiez votre gloire aux mers illuminées,\n            L'esprit qui vous songea vous entraîne au néant.\n\n            Ah! tout cela, jeunesse, amour, joie et pensée,\n            Chants de la mers et des forêts, souffles du ciel\n            Emportant à plein vol l'Espérance insensée,\n            Qu'est-ce que tout cela qui n'est pas éternel?\n\n  Pour être plus rares dans l'œuvre de Leconte de Lisle, ces regrets des\némotions perdues, ces angoisses, ces accents désolés n'en sont peut-être que\nplus poignants parce qu'ils semblent plus sincères. Quand il dit à la foule\ndans l'inoubliable sonnet des Montreurs :\n\n            Je ne te vendrai pas mon ivresse, mon mal,\n            Je ne livrerai pas ma vie à tes huées,\n            Je ne danserai pas sur ton tréteau banal\n            Avec tes histrions et tes prostituées,\n\nce cri de révolte, hautain et douloureux, nous fait tressaillir. Les blessures\nde son cœur qu'il veut nous cacher, nous les voyons saignantes, profondes,\ninguérissables.\n  En laissant peut-être entendre, il y a quelques instants, que les épreuves\nde la vie influèrent sur le poète qui avait écrit dans l'aurore de ses vingt\nans :\n"}, {"page_pdf": 515, "texte": "                                    — 468 —\n\n               Je me suis abreuvé dans l'âme universelle\n                   D'un amour immense et pieux,\n               Car je suis d'un pays où tout chante et ruisselle,\n                  Flots des mers et rayons des cieux,\n\nje crains d'avoir fait preuve d'une psychologie un peu simple. La tristesse\nde Leconte de Lisle a un caractère trop général, trop élevé et trop mâle\npour provenir des seules amertumes personnelles. Comme on l'a si bien\ndit, « Leconte de Lisle a transposé sa douleur sous la forme et dans l'ordre\nde l'angoisse métaphysique... Il a été la voix de tous ceux qui aspirent au\nrepos que la vie a troublé ». Oui, il a souffert, mais plus encore qu'il n'a\nsouffert, il a eu la pitié, puis l'indignation du mal universel. Erudit, il a lu\ndans le livre sanglant de l'histoire le long supplice de l'humanité; philosophe,\nil a demandé aux poèmes sacrés la raison des choses. Partout, il a vu la\nmisère, les larmes, la tyrannie, la permanence de la loi du plus fort, la\npérennité de l'Age de fer, la décevante Maïa,\n\n                  Le tourbillon sans fin des apparences vaines.\n\n Son âme généreuse et sensible s'est faite farouche et sombre, L'élégiaque\n chrétien qui était en lui est devenu un révolté, un pyrrhonien implacable,\n le poète altier et tragique du pessimisme.\n    En l'automne de sa vie où il trouva enfin la renommée avec la quiétude du\n lendemain et qui lui semblait d'autant plus doux que les autres saisons lui\n avaient été plus rigoureuses, un certain apaisement se produisit chez Leconte\n de Lisle. Il paraissait naïvement heureux qu'on l'admirât, qu'on lui fît fête,\n qu'on l'aimât. Peut-être est-ce sous l'influence inconsciente de ces sentiments\n qu'il abandonna l'épopée vengeresse des Etats du Diable, dont on n'a retrouvé\n qu'un seul fragment. Mais cela est une hypothèse gratuite, car, si l'homme\n semblait un peu rasséréné, le penseur demeurait douloureux et irrité. Il\nconservait son amertume, ses indignations, ses révoltes. Les moindres\nchoses l'exaspéraient, par exemple le débordement du bas naturalisme et les\n fantaisies passagères des décadents. « Sous ma sérénité apparente, écrivait-il\nà un ami, je suis plein de mépris et de colère, de sorte que mon impuissance\nà réfréner et à châtier ces inepties me rend absolument malheureux. » Il ne\npouvait comprendre que l'on se plût entre le ruisseau et la sentine, lui qui\navait aimé le parfum des fleurs tropicales, les embruns salubres de l'Océan,\nl'air pur des plus hauts sommets. Il ne concevait point que pour être origi-\nnal il fallût bouleverser la prosodie, torturer la syntaxe et grossir le voca-\nbulaire de barbarismes inintelligibles, lui qui, après Hugo, avait créé des\nrythmes et des mètres, s'était fait un vers absolument personnel, ample,\nnombreux, sculptural, et avait su exprimer tous les sentiments et toutes les\nidées de l'homme dans la langue la plus belle, la plus précise, la plus clas-\nsique.\n"}, {"page_pdf": 516, "texte": "                                  — 469 —\n\n    Leconte de Lisle est mort dans la gloire. Il avait hérité de Victor Hugo\n le sceptre d'or et le vert laurier. Sans être populaire, son nom était illustre.\n Son génie toujours fort et jeune lui inspirait à soixante-quinze ans les Par­\nfums et l'Enlèvement d'Europe'ia. Il a triomphalement appliqué sa théorie\n de l'union de la science avec la poésie. Doué par miracle de ces deux qua-\n lités contraires, l'esprit créateur et l'esprit critique, il a donné dans ses\n poèmes l'impression du Beau absolue. Par son retour aux sources grecques,\n il a renoué la tradition classique. Par son exemple et ses conseils,'il a eu une\n influence puissante et heureuse sur plusieurs générations de poètes. Il leur\n  a ouvert l'esprit aux idées générales et enseigné le respect de la règle, la\n  probité professionnelle, la sévérité pour soi-même. Comme l'a dit un de\n  de ses disciples préférés, il fut « leur conscience poétique ». L'œuvre de\n  Leconte de Lisle aura la durée de l'éclatant et pur Paros dans lequel il\n  semble qu'il l'ait taillée. Avec les plus grands poètes du XIXe siècle, il ira\n  de renaissance en renaissance. Il survit dans le cœur de ses amis. Il avait\n  écrit à une heure d'apaisement : « Les morts qu'on pleure sont plus heureux\n  que les vivants qu'on oublie, car ceux-ci ne sont que cendre et poussière,\n  tandis que ceux-là revivent dans les cœurs qui les regrettent. » Ces paroles,\n  il faut les inscrire sur le tombeau de Leconte de Lisle.\n\n\n\n\n          CHRONIQUE LITTÉRAIRE\n                  Un critique belge : M. Eugène Gilbert.\n\n\n              La renaissance littéraire belge de 1880 eut ceci de remarquable\n               qu'elle se manifesta à peu près sous toutes les formes. A\n               côté des poètes et des prosateurs, des critiques se firent\n               connaître. M. Francis Nautet prit la première place dans\n  'ordre chronologique. Esprit aimable et accueillant, il sympathisa sur le\n champ avec les œuvres naissantes, et devina les talents nouveaux. Mais ce\n ne fut pas son seul mérite. Doué d'une imagination généreuse, il défendit,\n non sans succès, des thèses personnelles et se livra à ce que l'on peut appeler\n la critique lyrique. On lui reprochait son manque d'érudition, mais il la\n compensait par son habileté à tirer d'un détail pittoresque des théories sub-\n tiles et originales. Ses erreurs même étaient intéressantes. Dédaignant\n l'étude fragmentaire des faits, il savait embrasser d'un coup d'œil les\n grandes lignes d'un sujet, et se jouer dans l'atmosphère plus libre des\n  hypothèses.\n"}, {"page_pdf": 517, "texte": "                                    — 470      -\n\n     Tout autre est M. Ernest Verlant, qui détient avec lui le fameux sceptre\n  de la critique. A l'enthousiasme de M. Francis Nautet, il oppose un scepti-\n  cisme prudent. L'auteur des Lettres au Roi se livre tout entier à l'œuvre\n  qu'il analyse, la fait sienne et se l'assimile ; lui se garde avec soin de toute\n  chaleur, il l'observe et n'y participe pas. Il semble craindre d'avoir une\n  conviction, et s'en tire par un mot d'esprit, toujours du meilleur. Là où le\n premier n'aurait eu que des idées générales, il sépare et il analyse. Il se\n garde de considérer les choses dans leur ensemble ; c'est ainsi qu'il hésiterait\n même, je crois, à parler globalement de Victor Hugo, car il sait trop bien\n que le Victor Hugo des Odes et Ballades n'est pas le même que celui de la\n Fin de Satan, ni le Victor Hugo d'Hernani le même que celui de la Forêt\n mouillée. Dire : Victor Hugo, c'est ne voir qu'un bloc ; un esprit studieux\n découvrira sous cette appellation, une succession de consciences bien dis-\n tinctes.\n    Au nom de ces deux critiques il faut adjoindre celui de M. Eugène Gilbert.\n    Déjà connu par ses intéressantes chroniques de la Revue générale,\n Eugène Gilbert a tenté aujourd'hui de tracer l'historique du roman en\n France pendant le XIXe siècle (1).\n    Lorsque l'on songe à l'extraordinaire fortune du roman moderne depuis\nAtala, à l'indéfinie variété d'un genre, pour ainsi dire nouveau, passant de\nl'aventure à l'observation psychologique, de l'histoire à la science, tour à\ntour poétique, fantaisiste, réaliste, social, rustique ou symboliste, on se\nméfie presque instinctivement du critique assez téméraire pour oser s'atta-\nquer à un sujet aussi considérable et aussi complexe.\n    Quand, avec la Révolution française, le libre développement de l'individu\neut brisé le lien commun qui unissait la race française, un art nouveau\napparaît, plus restreint, plus personnel, se développant selon les aspirations\nde chacun. Le roman, l'épopée bougeoise, a trouvé un terrain propice; il\nva se multiplier avec une rapidité inouïe et susciter l'engouement de l'uni-\nvers entier. Avec Chateaubriand et Lamartine il raconte les vagues mélan-\ncolies des esprits inquiets d'infini, avec Stendhal il étudie le mécanisme\nsecret de l'âme, avec Vigny il se sauve d'un monde banal, avec Dumas il\nsatisfait les imaginations débridées, avec Gautier il s'éploie dans la fantai-\nsie, avec Balzac il étudie la foule, reflétant partout, sous mille formes diffé-\nrentes, l'impossibilité de vivre et l'effrayant pessimisme qui, depuis plus\nd'un siècle, mine la société contemporaine. Voilà l'énorme matière que\nM. Eugène Gilbert allait devoir étudier\n   Ce n'est point faire la philosophie complète du roman qu'il a voulu, c'est\nen tracer l'histoire. Expliquer l'art d'une époque, c'est comprendre l'époque\nelle-même ; cela n'est possible que lorsque la société est concentrée autour\nd'un noyau unique. Il suffit alors de reconstituer une civilisation à laquelle\npréside une seule direction et un seul but. Mais s'il s'agit de la France\nmorcelée d'aujourd'hui, projetant dans mille directions ses forces vives, un\npareil travail devient impossible. Il faudrait non seulement étudier chaque\n\n  (1) Le Roman en France pendant leXIXesiècle, par Eugène Gilbert. PLon et Nourrit,\néditeurs, Paris.\n"}, {"page_pdf": 518, "texte": "                                 — 471 —\n\nmilieu, chaque famille qui produit un artiste, mais cet artiste lui-même\ncomme individu. On ne demandait jadis au critique que d'être historien ;\ndésormais il devra être historien, sociologue et même physiologiste. Il est\ntrop évident qu'actuellement certains cas littéraires sont du ressort de la\npathologie. La matière du Horla du malheureux Guy de Maupassant, par\nexemple, n'appartient-elle pas à la psychiatrie? La critique artistique\ninterviendra, elle, pour montrer comment l'écrivain a su la transformer en\nœuvre d'art.\n   M. Eugène Gilbert a vu cette difficulté insurmontable et s'est donc borné\nà l'historique du roman au XIXe siècle. Mais il n'a pas voulu se contenter\nd'une nomenclature rapide, ce qui eût abouti à une sorte de dictionnaire\ndes romanciers: il a tenté de préciser, en brièves appréciations, le rôle joué\npar chaque écrivain. Examinons comment l'auteur s'y est pris pour mener\nà bonne fin ce livre où plus de cinquante noms sont cités. Il a, tout d'abord,\ncherché à établir des points de repaire au moyen des grands événements\nlittéraires qui marquent l'évolution du roman : le romantisme avec Vigny,\nHugo, Dumas et Gautier, le réalisme avec Balzac et Flaubert, le natura-\nlisme avec Zola et son école; ces larges charpentes bien fixées, il reprend,\ndans l'ordre chronologique, tous les romanciers indistinctement, depuis\nChateaubriand jusqu'à Anatole France, en passant par tous les genres\nsecondaires où prennent place Feuillet, Ohnet, Mme de Ségur, Jules\nVerne, etc., etc.\n   Pour éclairer les origines immédiates du roman français, M. Eugène Gil-\nbert fait une large part à J.-J. Rousseau.\n   On s'est beaucoup occupé de ce laquais de génie depuis plusieurs années ;\non a vu en lui le père de toute la littérature actuelle. Dernièrement encore\nM. Brunetière, dans son Évolution de la poésie lyrique, lui attribuait la res-\nponsabilité du subjectivisme et du lyrisme dans l'art contemporain. C'est\nquelque peu exagérer son rôle. Jean-Jacques n'est que le beau-père du\nmouvement romantique. S'il a eu cette influence, la plus profonde et la\nplus universelle qui soit en littérature, c'est précisément parce que le terrain\nétait préparé. L'âme qui s'incarna en Rousseau était déjà, en puissance,\nl'âme de presque toute la France.\n   On est encore trop tenté, malgré l'exemple salutaire de Taine, en obser-\nvant une période littéraire, de considérer l'écrivain le plus marquant comme\nun phénomène spontané, comme un météore extraordinaire, alors qu'il fau-\ndrait le juger comme produit de causes antérieures, comme partie d'un sys-\ntème solaire. En art il n'y a pas de fait isolé, de comète, il y a des pléiades.\nCe n'est pas l'astre principal qu'il faut étudier en premier lieu, mais le\ngroupe entier, pour en déterminer l'origine et les causes.\n   Certes, dans l'histoire du roman, Jean-Jacques éblouit tout d'abord ; on ne\nvoit que lui, on ne constate que son influence sur Chateaubriand, sur\nMme de Staël, sur Sénancourt, sur tous les orateurs de la Révolution. Mais\nle petit horloger inquiet et rêveur de la Genève protestante, l'hôte sentimen-\ntal et complaisant des Charmettes à des précurseurs. Il en est un surtout\nauquel on devrait s'arrêter longuement, c'est l'abbé Prévost. On ne lit plus\n"}, {"page_pdf": 519, "texte": "                                   — 47 2 —\n\n  aujourd'hui, j'en conviens, le Doyen de Killerine ou Cléveland, mais ces\n  oeuvres et surtout Manon firent une profonde impression au XVIIIe siècle.\n  Rousseau la subit plus que tout autre, et il l'avoue en ces termes : « La lec-\n  ture des malheurs imaginaires de Cléveland, faite avec fureur et souvent\n  interrompue, m'a fait faire, je crois, plus de mauvais sang que les miens. »\n     La sensibilité maladive, la peinture de la vie sauvage, le sentiment de la\n nature, le style éloquent et lyrique, tout ce qui fit le succès de Rousseau\n nous les retrouvons, à l'état embryonnaire, dans l'abbé Prévost. Déjà il\n introduit le moi dans la littérature, d'une façon détournée, il est vrai; mais\n sous le personnage de des Grieux, il est impossible de ne pas reconnaître le\n bénédictin tourmenté de Saint-Maur qui s'enfuit secrètement de l'abbaye de\n Saint-Germain-des-Prés. Si l'on rappelle, en outre, qu'il dota la France\n des traductions ou plutôt des adaptations de Paméla, de Clarisse et de\n Grandisson de Richardson, on se rendra compte facilement de toute\n l'influence qu'il eut dans la transformation du roman.\n     Nous aurions donc voulu voir M. Eugène Gilbert, puisqu'il s'occupait\n des origines, s'arrêter plus longuement à l'auteur de Manon Lescaut. Il est\n vrai que ce n'était à ses yeux qu'un chapitre préliminaire. C'est à partir de\n Chateaubriand qu'il entre complètement dans son sujet. Alors se déroule,\n comme un vaste panorama, l'histoire littéraire du XIXe siècle.\n    Nous ne saurions être toujours de l'avis de M. Eugène Gilbert dans cer-\n taines appréciations partielles Quand, reprenant l'expression d'un très\n superficiel critique, Paul Albert, il dit que Balzac ne voit dans la femme\n « qu'un être flottant qui n'appartient à aucune espèce », nous pourrions lui\n opposer certains romans où l'héroïne, douée d'une volonté toute virile, gou-\n verne l'action en jouant un rôle actif et conscient. Tel est le cas, entre beau-\n coup d'autres, de Mlle de Watteville dans Albert Savants On pourrait de\nmême s'étonner de ne pas rencontrer de Vigny à côté de Mérimée dans le\n chapitre consacré au conte et à la nouvelle. Servitude et Grandeur mili­\ntaires, publié en 1835, nous semble bien plus un récit, d'une beauté drama-\ntique intense, qu'un roman.\n    Mais dans une œuvre aussi considérable, Le roman en France pendant le\nXIXe siècle, il serait oiseux de s'arrêter à des détails de minime importance\nau détriment de l'ensemble. Personne ne songera à réclamer à l'auteur ses\npreuves, lorsqu'en passant il attribue avec certitude les Quinze joies de\nmariage à Ant. de La Salle; mais peut-être lui fera-t-on un reproche de\nn'avoir consacré aux écrivains français de nationalité belge qu'une note au\nbas d'une page, alors que les Suisses ont trouvé grâce à ses yeux. Charles Le\nGoffic, dans ses Romanciers d'aujourd'hui, a cru à bon droit devoir étu-\ndier nos écrivains ; en effet, nos conteurs et nos nouvellistes appartiennent à\nla littérature française au même titre que les Auvergnats. Les frontières poli-\ntiques ne peuvent limiter l'expression littéraire.\n    Cette restriction faite, admirons dans toute son ampleur et sa science\nl'œuvre si bien documentée de M. Eugène Gilbert. Ses pages sur Stendhal,\nsur Flaubert, sur Balzac, sur Zola sont d'un critique à l'intelligence ouverte\net sympathique, à l'expression nette et précise. Pouvoir comprendre et\n"}, {"page_pdf": 520, "texte": "                                — 473 —\n\napprécier avec justesse et mesure des œuvres aussi disparates que René et\nle Rouge et le Noir, Madame Bovary et Thaïs, Un prêtre marié et Mon­\nsieur de Camors, Pot-Bouille et En Route, dénote un esprit large et un\nsens critique supérieur.\n                                                    VALÈRE GILLE\n\n\n\n\n        CHRONIQUE ARTISTIQUE\n       Exposition   des aquarellistes.   — Salon    photographique.\n\n               Nous étions, mon ami et moi, assis à la terrasse d'un café et\n                 nous nous entretenions (sujet ressassé!) de la toujours belle\n                 attitude du gouvernement vis-à-vis des arts en notre cher pays\n                 de Belgeoisie, lorsque par ce matin clair nous vîmes défiler\ndevant nos yeux éblouis toute la reluisante somptuosité des carrosses royaux.\nOù pouvaient-ils aller si matin? A quelle cérémonie grandiose?\n    Nous eûmes la curiosité d'aller voir. Nous en sommes revenus. C'était\nl'ouverture de la « royale » exposition des aquarellistes.\n   Je m'y promenai rêveur dans l'étouffante gêne que vous causerait la\ndouce badauderie de dix mille personnes se pressant pour contempler...\nune souris et ses petits.\n    Voici, j'imagine, comment s'organise une pareille exposition. Repré-\nsentez-vous une usine, pas trop bien montée; tous les ans le comité\nd'administration distribue la besogne à ses employés en vue du dit étalage\net prie M. Stacquet d'avoir à produire, pour la date d'ouverture, huit\npetites « plages à Katwyk », M. Cassiers huit petits « gracht hollandais »\nau choix, M. Uytterschaut, huit petites « barques échouées », etc., etc.,\n sans oublier MM. Dell'Aqua, Vanseverdonck et autres. Il surfit de ce petit\n contingent bien placé, encadré, nettoyé, pour faire défiler dans les salles\n du musée des familles royales de tous pays, des officiers chamarrés et enfin\n tout l'officialisme de notre bonne ville. Et tout le monde est ravi, même\n nous.\n    Tout de même, en regardant bien, il y a trois belles choses le long de\n ces cimaises; ce sont : une belle tête de vieille de C. Meunier, un peu molle\n de contours mais où se lit une grande et simple bonté ; un portrait, Dans\n  la bibliothèque, de M lle Dora Hitz, et enfin de sombres et puissants sous-\n  bois de Walter Leistikow.\n    J'admettrais la belle couleur et la douce rêverie pastorale de M. Jacob\n  Smits, n'étaient ses triviales formes à peine dégrossies.\n     La Lys, à Gand, de Marcette, est d'un charmant chatoiement de rouges\n  et de verts, et M, Haegemans a quelques « clichés ». assez chauds. M. Tits\n"}, {"page_pdf": 521, "texte": "                                   — 474 —\n\nnous montre une intéressante fantaisie sur le Glas d'Iwan Gilkin, et\n M. Cassiers s'est mis à dessiner un peu pour son Dimanche de novembre\nen Zélande, M. Stacquet, oh prodige! s'est essayé à nous offrir quelques\npetits bateaux qui au lieu d'« aller sur l'eau » vont tout simplement sur des\nnuages gris et malades. M. Devriendt paraît avoir beaucoup vu certains\ntableaux anglais un jour qu'il éprouvait un vif ressentiment du mal de\nmer. Il ne faut pas oublier M. Georges Hobé qui a trouvé des meubles\nque nous n'avions certainement plus vus depuis quinze jours et qui justi-\nfient le rang que nous lui avons vu donner dans quelque A rt moderne sous\nla rubrique : « Des artistes tels que Meunier, Mellery... Hobé ». C'est\nparfait.\n   Et voilà! N'est-ce pas que c'est intéressant?\n                                       ***\n     Par compensation il s'est ouvert au Cercle artistique un salon d'art\n photographique dû à la plus heureuse initiative. Et je ne crains pas de le\n dire : la somme d'intérêt apportée par celui-ci est de beaucoup supérieure\n à celle apportée par la « Royale société ». Et là justement cette comparai-\n son qui s'établira d'elle-même vient fort à l'appui d'une idée que j'avançais\n il y a quelques jours : que de pareils salons photographiques sont des plus\nprécieux à l'art pictural, car ils supplantent facilement les faux artistes, les\n faiseurs pour arrière-boutique, et en somme tous les peintres non-artistes,\nparce que sans imagination, sans rêve, sans idéal, ce sont ceux-là natu-\nrellement qui par leur niveau s'attirent la faveur et les encouragements du\npublic et des gouvernements.\n    Les vrais artistes seront heureux de cette manifestation : Le fréquent\ntriomphe de la photographie sur la peinture des petits paysages conven-\ntionnels, des natures mortes, des portraits seulement physiques, chiens,\nchats, etc., sera tellement éclatant que le public, si borné qu'il soit, sera\nbien forcé de tendre à s'élever, de viser plus haut pour arriver à apprécier\nl'art véritable. Personne ne regardera plus des « plages à Katwyck » et des\n « gracht hollandais » aquarellisés ; on sentira le rôle de l'art plus haut, à\njamais indifférent que l'on sera au résultat d'une heure d'habileté.\n    J'entends d'ici des gens objecter : « Il y aura toujours chez ces peintres-\nlà le mérite du savoir faire, la connaissance adroite du métier? » Vraiment?\nVoulez-vous me dire quelle place vous donnerez en art à un ouvrier qui\npendant quarante ans sculpte tous les jours un pommeau de canne en tête\nde boule-dogue ?\n    Est-ce autre chose que la routine d'un ouvrier inintelligent que cette\nrefabrication à chaque salon de peinture d'un tas de petits tableaux toujours\nles mêmes, toujours aussi vides et toujours précisément au diapason des\n« familles bourgeoises ».\n    Dans cet avenir que je souhaite proche, les amateurs qui voudront avoir\nchez eux une réelle œuvre d'art trouveront plus d'hommes à même de créer\nune page de rêve ou de pensée servie par un métier impeccable, alors que\nceux-là désireux de posséder une intéressante reproduction de nature\n"}, {"page_pdf": 522, "texte": "                                 — 475 —\n\n s'adresseront à la photographie. Place aux vrais artistes, arrière les\n gâcheurs !\n    La première place du Salon photographique est disputée entre J. Craig\n Annan et Frederik Hollyer, le Braun des tableaux anglais, duquel par\n malheur une partie de l'envoi se trouve égarée.\n    Voyez par J. Craig Annan ce splendide portrait de S.-R. Crockett; à le\n contempler l'on est vaguement désorienté ; on ne peut admettre en somme\n que la photographie puisse donner semblable impression de vie spirituelle;\n le sujet y prêtait sans doute, car dans cette attitude et en ce regard douce-\nment baigné d'ombre, se devine une âme mélancolique et rêveuse ; auprès\nde lui ce portrait de vieille dame, d'une suprême distinction, et puis cette\n Miss Maud Rowat évoquant par la facture, dirais-je, une des belles pages\nde Whistler.\n    De lui encore, cette note ambrée et vibrante de couleur, un Verwée en\nroux : Charrue en Lombardie, et puis des effets dramatiques aux ciels de\ntourmente tels que les Montagnes noires... On songe avec tristesse à la\ntrente-sixième royale exposition aquarelliste (car c'est la trente-sixième!\nqu'était donc la première?).\n   L'architecture mouvante des ciels crépusculaires et orageux a beaucoup\nsollicité les exposants : Les rayons et les ombres, d'Hector Collart, une\nsplendide déchirure de lumière en « pleine pâte » ; Robinson : un troupeau\nécrasé par un ciel sans fin aux remous gigantesques ombrés d'ocre où court\nune chevauchée grandiose de nues ; le Port de la mer du Nord et Prélude\nde nuit, de A. Horsley Hinton; la Fin de l'orage, de M. Alexandre, bien\nconnu des artistes, et le Four o'clock, d'Alfred Géruzet, qui évoque d'une\nfaçon exquise la paix nostalgique des champs valonnés de Brabant.\n   Nous voici devant le splendide portrait de Walter Crane dû au goût de\nFrederick Hollyer : par la pose intelligente de la tête, les yeux sont douce-\nment ombrés et rendent d'une façon inouïe l'expression rêveuse du poète-\nillustrateur.\n   En un seul cas seulement, c'est mon avis, les photographes, si bien doués\nqu'ils soient, s'éloignent de leur tâche, c'est lorsque, par des moyens fac-\ntices d'arrangements, de trompe l'œil et de jeux de lumières, ils cherchent\nà faire du tableau dramatique ou la scène à effet quelconque. L'impuissance\nqui sera toujours évidente apparaît d'emblée en ce cas; ainsi M. Le Bègue\ndont seulement le Paysage avec figure réunit quelques éléments d'intérêt\nsans doute par hasard et à cause de sa ressemblance à certains tableaux\nanciens.\n   Dans ce genre M. Puyo a mieux réussi, bien que sa Vengeance soit\nbanale mais heureusement compensée par ce tour de force : La Lampe file,\ntout à fait charmant et moins cherché.\n    Il y a encore des visions embrumées de la Tamise, des nus en plein air\net des mers endormies ou scintillantes de lumière, des fleurs fragiles de\nMM. von Liebig, Alfieri, A. Cadby, Ralph.-W. Robinson, et une Etude\nde cygne, éclatante et décorative, de M. Gaston T'Serstevens.\n    Mais il faudrait citer tout le monde car les choses banales sont rares.\n"}, {"page_pdf": 523, "texte": "                                — 476 —\n\n  Allez-y, Messieurs les photographes, les artistes vous tendent la main de\ntout cœur — et d'abord — en vous félicitant.\n\n                                                             G. M. S.\n\n   P.-S. — Parmi les artistes, ceux qui feuillettent encore parfois l'Art\nmoderne ont lu avec bienveillance les essais du jeune avocat L. H. sur\nleur camarade Jean Delville. Ils s'attendent à y lire bientôt les opinions\nesthétiques des surveillants de la « Maison d'Art ».\n\n                                                             G. M. S.\n"}, {"page_pdf": 524, "texte": "                                           — 477 —\n\n\n\n\n                                  MEMENTO\n   Une petite revue de jeunes croque-morts         pellent-ils? — les Toisoul et les Rency de la\na annoncé notre décès au moment même où             Wallonie, puis les Vande Putte et les Ruy-\nparaissaii notre numéro double de septem-          ters de Floréal, enfin les autres Toisoul et\nbre-octobre.                                       Vande Putte de quelques autres revuettes\n   Nous avons le plaisir de faire part à nos       mortes et oubliées : ils étaient les premiers\nlecteurs, dans notre présent numéro, de            entre les premiers et les plus forts parmi\nl'agrandissement de notre revue et des             les plus forts; tous, les uns après les autres,\nnombreuses améliorations que nous comp-            devaient tomber les susdits « écrivains taris\ntons y apporter.                                   ou desséchés » de la Jeune Belgique. Il\n                                                   paraît que ce n'est pas encore fait. On nous\n                                                   envoie une nouvelle bordée de moutards.\n                                                   Sera-ce la bonne, cette fois, ou faudra-t-il,\n                                                   dans trois ou quatre ans, quand paraîtra un\n  Nos ESTHÈTES. —On lit dans l'Art moderne\n                                                   Art plus Jeune, recommencer l'opération?\ndu 17 novembre :\n                                                On peut faire dès à présent une constata-\n   En Belgique s'affirment André Ruyters,\nHenri Vande Putte, Arthur Toisoul et         tion suggestive, l'Art moderne a prêché\nGeorges Rency.                               ceci, il a prêché cela, il a passé le temps à\n   Vraiment l'art, en ce moment, brille en   défaire ce qu'il avait fait, à dénigrer ce qu'il\ndes mains vaillantes et l'on ne doit guère   avait loué, à détruire ce qu'il avait essayé\nêtre inquiet de son avenir. Et les pauvres\ncris d'alarme que poussent certains écri-    d'édifier. Les Pénélopes qui le rdéigent\nvains taris ou desséchés et passé au petit   sont incapables de défendre trois années\njournalisme ne doivent apparaître que        durant le même art et les mêmes artistes, à\ncomme encouragements à rebours. C'est        part quelques amis personnels. Cela s'ap-\nl'éternelle histoire mesquine et désolante.\n                                             pelle travailler au développement de l'Art\n  Les « écrivains taris ou desséchés et pas- en Belgique. Leur critique est un cours\nsés au petit journalisme » on sait qui l'Art d'avortement. Les jeunes gens qui suivent\nmoderne entend désigner par là : ce sont les leurs conseils n'aboutissent qu'à la stérilité\npoètes de la Jeune Belgique et particulière- où à la démence ; après quelques années,\nment M. Albert Giraud et M. Iwan Gilkin; nos montreurs de fœtus les remplacent par\nseulement l'Art moderne se garde de les des avortons plus frais, afin de pouvoir con-\nnommer.                                      tinuer leurs exhibitions.\n   Il est évident que ces écrivains taris ou          Le pis est qu'en prêchant l'extravagance\ndesséchés, etc , ne sont que fumée et pous-        systématique, la négligence de la forme et\nsière devant les maîtres qui s'appellent Toi-      l'ignorance volontaire du métier, ils réus-\nsoul, Rency, Ruytens et Vande Putte. Les           sissent parfois à dévoyer pour la vie un\ntrois rédacteurs de l ' A r t moderne sont des     esprit bien doué. Peut-être sera-ce le cas\nconnaisseurs infaillibles, qui, comme on le        de l'un des jeunes gens qu'ils viennent de\nsait, n'ont d'autre souci que le culte de l'art    citer.\net le respect des artistes. Or, les trois rédac-      Un mot pour finir, au sujet du petit jour-\nteurs de l'Art moderne ont publié l'opinion        nalisme.\nrapportée ci-dessus, donc on peut y croire.           Depuis plusieurs mois M. Picard, séna-\n   Il est vrai que l ' A r t moderne de ces mes-   teur socialiste, inonde le journal Le Peuple\nsieurs n'en est pas aux premiers marmots           de petits articles politiques. M. Verhaeren\nqu'il oppose aux poètes de la Jeune Bel­           n'a laissé échapper aucune occasion de pra-\ngique. Jadis c'étaient les... comment s'ap-        tiquer le petit journalisme dans le Progrès,\n"}, {"page_pdf": 525, "texte": "                                          -478 -\n\nla Nation et quelques autres feuilles déplo-         morceau de passion tout cru, tout saignant;\nrablement défuntes. Ces messieurs parlent            il exige sa part de relatif et de contingent.\ntrop de corde dans la maison de plusieurs            Et il trouve qu'il est frustré lorsqu'un poète\npendus.                                              vraiment digne de ce nom « projette dans\n                                                     l'infini et dans l'éternel, selon les paroles de\n                                                     M. Pierre Quillard, ce qui fut auparavant\n                                                     le tressaillement momentané de l'indi-\n  CONFÉRENCE DE M. ALBERT GIRAUD AU                  vidu ». A qui cherche la vérité des appa-\n<c SILLON ». — Le samedi 26 octobre a eu             rences fugitives, la vérité photographique,\nlieu la dernière des trois conférences orga-         doit échapper la vérité essentielle, parce\nnisées par le Sillon. M. Albert Giraud a             qu'elle est trop vraie. Et c'est celui-là qui\nparlé de Leconte de Lisle, dont il a digne-          accuse de manque de sincérité le poète qui\nment célébré l'œuvre, en un langage d'une            ne lui jette pas, comme phonographié, le\nbeauté achevée, et à propos de Leconte de            langage élémentaire de son émotion.\nLisle il s'est attaqué, avec une éloquence               Certes, Leconte de Lisle eut la pudeur\nincisive et nerveuse, à certaines opinions           de réfréner ses sentiments trop individuels\nqui sont très répandues dans le public,              et les réduisit à certaines confidences loin-\n même lettré, et qui lui ont fourni l'occasion       taines et voilées où s'exalte le souvenir épuré\n d'élucider diverses questions difficiles d'es-       d'un premier amour. I1 faut le louer de cette\n thétique.                                            impersonnalité et d'avoir obéi au conseil du\n                                                      vers de Victor Hugo :\n     D'abord la question de la modernité dans\n l'art. M. Giraud n'a pas eu besoin d'insister            Ami, cache ta vie et répands ton esprit!\n beaucoup pour établir que le poète de Qaïn             Il n'est pas l'esclave de sa sensibilité, il la\n ne peut être taxé d'archaïsme et d'artifice         domine Ainsi son œuvre assume un carac-\n que par ceux qui s'arrêtent au décor, sans          tère intellectuel et universel, par lequel elle\n pénétrer jusqu'à l'idée à travers l'enveloppe       durera, tandis que certaines productions de\n extérieure.                                         poètes, tels que M. Paul Verlaine, étant\n     Un second grief du public contre Leconte        faites d'allusions à des circonstances indivi-\n de Lisle se traduit par la fameuse accusa-          duelles, contiennent en elles-mêmes leur\n tion d'impassibilité. Elle part d'une confu-        propre mort.\n  sion entre la sensibilité commune et la sen-          Telles sont, réduites à la sécheresse d'un\n  sibilité artistique qui sont entre elles dans      résumé, les idées essentielles que M.Albert\n  le même rapport que le monde réel et               Giraud a développées brillamment et fait\n le monde idéal. La seconde suppose évi-             reluire sous tous leurs aspects dans cette\n  demment la première, mais la réciproque            conférence écoutée avec attention et applau-\n  n'est pas vraie, et s'il n'y a pas d'artiste qui   die avec chaleur par un public nombreux.\n  n'ait du cœur, chose à la fois indispensable                                             E. V.\n  et insuffisante, il y a beaucoup de gens qui\n  ont beaucoup de cœur et qui ne sont pas               L'ANARCHIE LITTÉRAIRE. — M. Albert du\n  artistes, quelque imagination qu'ils s'en           Chastain a publié dans le Soir le très inté-\n  fassent.                                            ressant article que voici :\n     Au fond, dit M. Giraud, ce que l'on                 Les conférences du Musée — cela ne vous\n  reproche à Leconte de Lisle, c'est de ne pas        a-t-il pas un joli parfum antique?— vien-\n  émouvoir à la façon de Musset, qu'il estime         nent d'être brillamment clôturées par l'étude\n                                                      que M. Albert Giraud a consacrée à Le-\n  une déplorable façon. Depuis le romantisme,         conte de Lisle, et dont le Soir a rendu\n  le mot de passion est spécialement affecté          compte.\n   par la veulerie contempotaine à une seule             La Jeune Belgique, qui ne se contente\n   et unique passion, l'amour, et l'amour dans        pas de prêcher d'exemple et qui ne perd\n                                                      aucune occasion de défendre les saines tra-\n   ce qu'il a de plus personnel et de plus            ditions littéraires, a livré là trois batailles,\n   égoïste, l'amour qui confine au libertinage.       trois glorieuses, qui resteront célèbres dans\n   Le lecteur moderne veut qu'on lui jette son        ses fastes, sous le titre de batailles des trois\n"}, {"page_pdf": 526, "texte": "                                        — 479 —\nG : Gilkin, Gille et Giraud qui se sont fra-      que la poésie est aussi indispensable à\nternellement partagé la besogne et qui peu-       l'homme que le pain, il y a bien là son quoi\nvent maintenant se partager l'honneur de la       s'émouvoir, de quoi perdre un peu de sang-\nvictoire, si victoire il y a.                     froid. Mais ne devait-on pas s'y attendre?\n    Le premier s'était réservé la tâche d'expo-   Toute autorité est battue en brèche, en reli-\nser les règles qui doivent servir de base à       gion, en politique, en morale. L'anarchie\ntoute critique sérieuse, et on a dit ici-même     est partout, dans les idées et dans les faits;\nde quelle façon il s'en est acquitté.             comment la littérature ferait-elle seule\n    Le second nous a montré, par des cita-        exception?\ntion, bien choisies et suffisamment pro-              Eh quoi, la prosodie serait la seule Bible\nbantes, à quelles insanités on aboutit quand      respectée, le seul code qu'on ne chercherait\non veut s'affranchir de ces principes salu-       pas à détruire!\ntaires.                                               Une réaction d'ailleurs était inévitable.\n    Il ne restait donc plus, pour que la d é -    Les régents du Parnasse avaient, conve-\nmonstration fût complète,' qu'à opposer à         nons-en, abusé de leur pouvoir, en confon-\nces extravagantes élucubrations, d'incontes-      dant trop souvent la versification et la poé-\ntables chefs-d'œuvre conformes aux lois de        sie, en donnant une importance exagérée à\nla prosodie française. C'est ce qu'a fait         la rime qui n'est qu'un des éléments du\nM. Giraud en lisant des vers de son poète         vers, et en faisant de la consonne d'appui\npréféré et en les comparant avec infiniment       un véritable instrument de torture. N'ont-\nde verve à ceux de ses adversaires.               ils pas eu le tort de décréter une infailli-\n    I1 n'a pas toujours été très tendre pour      bilité nouvelle et de lancer tant d'ana-\nceux-ci. Il ne leur a pas ménagé les coups,       thèmes?\net j'entendais dire, autour de moi, que                Il est arrivé ce qui arrive toujours en pa-\nc'était bien de la passion pour un pareil          reil cas : quand on ne sait ou quand on ne\nsujet. Ah! voilà ce dont je ne me plains pas,      veut pas faire une part légitime à la liberté,\npar exemple! Dieu soit loué s'il reste en-         on rend les révolutions nécessaires.\n core des jeunes gens épris d'idéal et capables       Quelques-uns de ceux qui se sont insurgés\n de se passionner pour autre chose que pour        contre les cerbères de la prosodie étaient\n la robe d'un cheval ou pour la jupe d'une         indubitablement sincères et leurs tentatives\n danseuse.                                         ne manquaient pas toutes d'intérêt. Certaines\n     La lutte c'est la vie. Tout vaut mieux que    de leurs revendications étaient justes et on\n cette glaciale indifférence de sceptiques et      devra les mettre à profit pour renouveler\n de blasés dont on pouvait croire la jeunesse      les rythmes, pour donner aux vers plus de\n contemporaine mortellement atteinte.              vigueur, de naturel et de souplesse. Mais\n     Assurément, je ne partage pas toutes les      en poussant leur système à ses dernières\n haines de M. Giraud. Je le trouve singu-          conséquences, ils sont arrivés à ce résultat\n lièrement exclusif et en l'écoutant, l'autre      qu'au nom même de leurs principes, tout le\n jour, je lui demandais grâce, in petto, pour      monde pouvait se dire poète. Cela n'a pas\n Musset, si adorable parfois, malgré son           manqué. Nous en avons vu alors de toutes\n dandysme, et surtout pour Verlaine, si naïf       les couleurs. On mêlait des mots, au hasard,\n et si touchant, et auquel on peut pardonner       les plus baroques du dictionnaire; on ponc-\n beaucoup de galimatias et d'enfantillages,        tuait à tort et à travers pour que cela eût\n en faveur de quelques vers d'une perfection        encore moins de sens, et l'on publiait ce\n sans égale.                                       petit travail en se disant de l'école de Gus-\n     Mais à la guerre, les emportements même       tave Kahn, de Vielé-Griffin ou de René\n  les plus exagérés sont excusables. On n'a         Ghil. Et le fait est que lorsque l'on compa-\n  pas le temps de bien distinguer amis et en-      raît ces imitations aux modèles, les plus\n  nemis ; on frappe au hasard, dans le tas, et      forts se trouvaient très embarrassés d'expli-\n  que Dieu reconnaisse les siens !                  quer la différence.\n     Or, c'est bien la guerre, avec toutes ses         Et le public, toujours bon gogo, troublé\n  fureurs, fureurs que je comprends, que je         d'ailleurs par le tapage des réclames indé-\n  partage même, quelquefois, quand je vois          pendanteset les coups de grosse caisse qu'on\n  prendre au sérieux certains fumistes qut          battait furieusement aux portes des petites\n  s'intitulent poètes parce qu'ils ne saveni        chapelles littéraires, ne sut bientôt plus que\n  pas écrire en prose et qui se croient du          penser. Naturellement porté par sa naïveté\n  génie parce qu'ils n'ont pas d'orthographe.       et son ignorance à admirer ce qu'il ne com-\n     Tant qu'ils n'ont fait que pontifier dans      prend pas, et à s'écrier comme le person-\n  quelques petits cénacles d'imbéciles ou d'il-     nage de Molière : « Ah! que c'est beau, on\n   luminés, le mal n'était pas grand. Mais leur     n'y voit goutte! » il finit par prendre pour\n   folie gagne de proche de proche, elle per-       des merveilles les plus plates inepties.\n   vertit le goût cl devient un véritable péril         Ce que j'ai entendu applaudir d'absurdités\n   public. L'avenir de la poésie est menacé;        dans les salons qui se piquent d'intellectua-\n   et pour ceux qui ont la conviction profonde      lité et d'esthéticisme, c'est à n'y pas croire !\n"}, {"page_pdf": 527, "texte": "                                                 — 480 —\n\n    Un de mes meilleurs amis auquel on              ciliable, quand M. Mallarmé reconnaîtque\n demandai!, un soir, dans un cercle ultra-          « la métrique naît des siècles, et que relati-\n élégant, de dire de ces vers amorphes et           vement à la qualité du français, aucune\n élastiques que certaines revues avancées ont       invention privée ne surpassera le legs pro-\n mis à la mode, eut l'idée d'improviser une         sodique commun ».\n pièce idiote qu'il attribua effrontément au            Il est vrai qu'il réclame ensuite pour\n chef d'une des principales écoles décadentes       l'aède moderne le droit de « s'égarer à son\n et qu'il intitula : Le Soir violet. Ce \" soir      gré dans l'infinité des fleurettes et partout\n violet \" eut beaucoup de succès, jusqu'au          où sa voix rencontre une notation, de la\n jour où l'auteur crut devoir confesser sa          cueillir ».\n supercherie. S'il ne l'avoua pas plus tôt,            Mais la première déclaration est bonne à\n c'est qu'il voulait répéter l'expérience pour      retenir et suffit pour condamner « ce jeu\n se faire une opinion sur la compétence du          autour de la prosodie, avec des fragments\n public en matière de poésie. L'expérience          de l'ancien vers », qui en serait l'infirma-\n fut, hélas! concluante, car s'il y eut des         tion.\n'protestations au nom du bon goût et du                Qui défendra le legs prosodique commun,\n bon sens, elles furent rares. L'auteur s'amu-      si les poètes s'égarent dans l'infinité des\n sait lui-même à critiquer sa pièce : « Vous        fleurettes, à la recherche de notations nou-\n trouvez cela beau, disait-il, mais c'est           velles à cueillir? Et puis, qui sera juge de\n absurde ! » — « C'est que, lui répondait-          ces notations, de leur opportunité et de leur\n on, vous n'en sentez pas, comme nous, la           valeur?\n finesse. » O Molière !                                Le public ? Mais nous venons de voir que\n    Un vers, surtout, était fort admiré :           c'est impossible.\n        L'arbre souffle, le vent s'effeuille !         Le poète? Mais nous retomberions aussi-\n                                                    tôt dans l'anarchie.\n    On se pâmait à ce vent qui s'effeuille, et         Pour le moment, nous y sommes en plein,\n on le redemandait, comme le « quoi qu'on           et c'est un état si pitoyable, que tout le\n die » de Trissotin.                                monde, dans le fond, voudrait en sortir;\n    Le public se laisse donc très facilement        nous en avons pour preuve le demi-aveu de\n duper. Féroce dès qu'il voit qu'on se moque        M. Mallarmé.\n de lui, il met du temps à s'en apercevoir,            Seulement, pour mettre fin à cette situa-\n surtout quand il s'agit de choses qui deman-       tion, il faudrait une autorité capable d'im-\n dent, comme la poésie, une initiation spé-         poser les règles traditionnelles et de con-\n ciale. Il a besoin qu'on fasse son éducation       sacrer les innovations. Où est cetteautorité?\n et qu'on le guide.                                    J'en connais bien une; mais je craindrais,\n    On lui a tellement répété qu'on avait ren-      en nommant l'Académie française, de faire\n versé toutes les anciennes règles, qu'en art       sourire ceux-là mêmes dont elle représente\n on ne devait plus s'occuper que du symhole,        officiellement les idées.\n et que plus une œuvre était obscure, plus             Et cependant, quelle autre aristocratie\n elle était symbolique, qu'il s'est cru obligé      peut servir d'arbitre dans les disputes litté-\n d'admirer tout ce qui était contraire aux          raires?\n anciennes formules et tout ce qui était inin-         Ils sont là quarante qui ont de l'esprit\n telligible.                                        comme quatre, et de quel salon aujourd'hui\n    Cette aberration ne durera pas toujours.        pourrait-on en dire autant?\n Il commence à soupçonner qu'on le berne,              Renan avait décidément raison. C'est sur-\n et il ne peut plus tarder à en être con-           tout dans la république des lettres qu'une\n vaincu.                                            aristocratie forte et respectée est nécessaire.\n    Aussi les malins se ravisent. Ils ne sou-       Maison ne veut pas le comprendre; et il\n tiennent plus que le manque de clarté tient        n'y a qu'à laisser aller les choses, et qu'à\n lieu de tout mérite. L'un d'eux reprochait         compter sur les excès de l'anarchie, pour\n même, récemment, à l'un de ses confrères,          nous en dégoûter et nous en guérir.\n d'avoir écrit un volume de deux mille vers\ntrop énigmatiques. « Ne craignez rien, lui                                              CORINNE\nrépondit l'autre, vous comprendrez, mais\n prenez patience. Ce volume est le premier\nd'une série de trente qui formeront un total\n                                                      L' « ART MODERNE » ET LES ARTISTES. — Il\n-d'au moins cinquante mille vers, et mon\nidée n'apparaîtra qu'à la fin. »                    est presqu'impossible qu'un jeune artiste de\n    C'est déjà quelque chose, et il y a évi-        talent ne rencontre point sur son chemin\ndemment là une concession. Mais ce n'est            l ' A r t moderne qui lui aboie aux chausses.\npas seulement sur le fond qu'on juge néces-         M. Jean Delville vient, à son tour, d'en faire\nsaire d'en faire quelques unes, c'est aussi,\nchose plus grave, sur la forme elle-même.           l'expérience.\n    Et qui donc oserait se montrer irrécon-              M. Jean Delville a obtenu le prix de\n"}, {"page_pdf": 528, "texte": "                                            481\n\nRome. L'Académie de Bruxelles, dont il           pestive. Mais, avant de finir, je veux relever\nfut l'élève, et les autorités communales ont     votre méchante insinuation, but caché de\n                                                 votre diatribe : celle d'essayer de me don-\nimaginé de faire au lauréat une entrée           ner la posture à double face d'un Janus.\ntriomphale : cortège, chars, lampions, fan-      J'aurais chanté sur tous les tons des coco-\nfares, discours, etc. L'Art moderne s'est fâ-    ricos de coq rouge : dans « mes livres (sic),\nché tout rouge de rette inoffensive parade.      dans mes articles, dans mes conversations,\n                                                 dans mes œuvres (sic) » j'ai proclamé qu'à\n   M. Delville a adressé à VArt moderne          l'Académie « on étouffe, on déforme, on\nune lettre mordante dont nous extrayons          empoisonne» !!! Eh bien, ma petite« déesse\nle passage suivant :                             irritée », vous mentez, ni plus ni moins !\n                                                 Jamais et nulle part je n'ai dit ni écrit de\n    Vous le voyez, loin d'appeler ce joyeux et pareilles sottises, car j'ai toujours affirmé\nnaïf cortège un «carnaval «vous eussiez fait que celui qui sort de l'Académie émasculé,\nmieux de le qualifier : Le calvaire du Prix c'est qu'il n'était pas un mâle. L'Académie,\nde Rome. En effet, et tous les gens un peu je l'ai répété souvent, aide au développe-\nlucides que le parti pris n'a pns fait loucher ment préliminaire des véritables vocations\nseront de cet avis, que j'étais là bien plus et j'ajoute ici : beaucoup de nos petites\nen résigné qu'en triomphateur enivré de gloires à deux sous qui, sous prétexte d'es-\ncarillons, de fleurs et de fanfares. Ceux-là thétique libre, dissimulent mal leur impuis-\nauront de suite compris que si je n'ai pas sance et vomissent sur les Olympes, feraient\nlancé à la face enthousiasmée de mes accla- bien de retourner de temps à autre rue du\nmateurs populaires ou officiels l'invisible ric- Midi. L'Académie, souvenez-vous-en, Mon-\ntus de ma souffrance intime, c'est que j'avais sieur L. H., est instituée avant tout pour\njugé qu'il valait mieux savoir souffrir tout les jeunes artistes pauvres. Vous con-\ncela, le sourire aux lèvres, que de prendre, naissez aussi bien et mieux que moi des\ncomme vous l'auriez souhaité, une ridicule artistes à rentes et à pignon sur rue qui se\nattitude de matamore outrecuidant et d'op- rappellent avec gratitude l'hospitalité de\nposer à cette explosion de touchante sym- l'Académie à leur indigence passée. L'Aca-\npathie un orgueil aussi méchant qu'imbé- démie facilite l'étude et le travail des com-\ncile. J'ai préféré redevenir un moment le mençants et, malgré ses inconvénients acci-\ntrès humble élève de l'Académie accédant, dentels, je la défends contre des attaques\naprès de multiples refus, aux désirs enthou- puériles et irréfléchies. Maintenant il ne\nsiastes de mes nouveaux et anciens condis- vous reste plus qu'à me qualifier de« vieille\nciples. Et c'est cela seul, Monsieur L. H., perruque » ou de « vieux-jeune » en atten-\nqui m'a ému, parce que, malgré tout, j'avais dant ma nomination de membre de l'Aca-\nsenti que dans leur acte de pure et admira- démie de Belgique, de France ou de\ntive exaltation c'est le « hautain » et « l'in- Navarre et en attendant que je sois devenu\n transigeant » qu'ils fêtaient et non le lauréat Ministre des Beaux-Arts en Belgique,\ndu concours de Rome. En me laissant faire, choses auxquelles j'aspire, je ne le cache\n j'étais conscient, absolument, mon bon petit pas, avec autant d'illusions que certains\n Monsieur, et si vous avez cru voir sur mon champions d'esthétique libre !\n dos une affiche de l'hôtel de ville, c'est que\n vous avez regardé mon postérieur du haut           Je crois inutile de vous dire combien je\n de la tribune rouge de la rue de Bavière. désire la publication de ma présente justifi-\n J'ai accompli un acte de volonté dont la cation dans le prochain numéro de l'Art\n secrète raison vous échappe. Mais vous moderne.\n                                                                           JEAN D E L V I L L E\n saviez, comme beaucoup d'autres le sa-\n vaient, qu'il faudrait être un enfant ou un        Cette lettre, qui respire la colère d'un\n gaga pour se laisser éblouir par quelques\n lampions et se laisser griser par quelques véritable artiste irrité contre l'arrogance\n\"coups de battoirs et que mon devoir était avocassière de quelques intrus dû monde\n de continuer cette martyrisante épreuve du artistique et littéraire, l'Art moderne l'a\n concours de Rome jusqu'au bout! Au lieu reproduite, en la faisant précéder de la pe-\n de faire un silence intelligent et compré-\n hensif sur cette popularité d'un soir, vous tite préface vénimeuse que voici, toute\n avez jugé nécessaire d'ajouter à cette « co- débordante des sentiments d'un véritable\n médie » le cabotinage chicanier de votre Mécène :\n réquisitoire malveillant. A vrai dire, vous\n avez été plus ébloui que moi de ces fleurs         Nous recevons du triomphateur du Prix\n et de ces lumières, sinon vous n'y auriez de Rome la lettre qu'on va lire, d'une petite\n jamais donné assez d'importance au point        écriture  agitée qui donnerait beaucoup à\n d'étaler dans ce journal la preuve de votre penser à un graphologue.\n manque de tact et de votre conduite intem-         Décidément le cas de M.Jean Delville est\n                                                  plus grave qu'on le pouvait supposer. Ce\n"}, {"page_pdf": 529, "texte": "                                       — 482 —\n\nqu'il répond, et la façon dont il répond, aux    nuance la plus conservatrice que des nova-\nobseevations que sa malheureuse faiblesse        teurs les plus hardis.\na fait surgir en des milliers d'âmes et qu'un\nde nos collaborateurs, Léon Hennebicq, a            Nous empruntons à l'Indépendance belge\nformulées si vaillamment, ouvre un hori-         le résumé de ce beau discours :\nzon peu rassurant sur la psychologie de\n« l'homme au chapeau Rembrandt »                    « La musique, l'art duXIXesiècle. » Cette\n   Nous eussions pu, d'après une règle           définition superlative n'a-t-elle rien de para-\nqu'ont établie les devoirs de la courtoisie et   doxal? N'est-elle pas trop flatteuse pour les\nqu'a consacrée la jurisprudence, refuser         musiciens? En se l'appropriant, l'orateur\nl'insertion de cette cahotante et souvent        paraît appréhender le reproche d'infatua-\ninconvenante épître qui semble se ressentir      tion professionnelle. Mais non, le fait est là\nde la griserie du soir fameux où le jeune        qui frappe tous les yeux : de tous les arts, la\nvainqueur fut promené aux flambeaux, cym-        musique est celui qui occupe la plus large\nbales retentissant, comme un bœuf gras de        place dans la vie contemporaine. Elément\nla peinture. Mieux vaut l'afficher au musée      obligé de distraction et de fête pour les\ndes Documents à conserver, parmi nos             masses, jouissance artistique pour une\nCuriosa.                                         élite de plus en plus nombreuse, la musi-\n                                                 que est passionnément aimée de nos popu-\n   Le Prix de Rome porte rarement bon-           lations urbaines ; au théâtre, au concert,\nheur à qui le décroche, on le savait de          dans la rue, partout elle attire la foule, à la\nreste. En voici un nouvel exemple. D'ordi-       scène, le drame musical prend une place\nnaire ce fut l'avenir qui se chargea de dé-      prépondérante, menaçant de reléguer dans\nmontrer cette fâcheuse guigne. Il y a pro-       l'ombre la tragédie et le drame parlé. Elle\ngrès : c'est maintenant le présent.              n'est pas seulement une jouissance passive :\n   Mais l'un n'empêche pas l'autre. Nous         des amateurs rivalisent de talent avec les\nsurveillerons le bonhomme et l'attendrons        professionnels ; le chant fait partie de l'édu-\nà ses œuvres futures pour diagnostiquer          cation, et tandis que des sociétés de choeur,\ndéfinitivement ce qu'il a dans la peau. Sou-     d'harmonie ou de fanfares s'exercent et se\nhaitons qu'il ne fasse point banqueroute à       distinguent dans les moindres villages, la\nl'Art comme la plupart de ses prédécesseurs      bourgeoisie aristocratique des villes donne\nqui eurent, du moins, le mérite de ne pas        un développement inouï à l'étude du piano,\ngonfler d'orgueil au point d'en péter comme      l'organe universel de « l'art duXIXesiècle ».\nla grenouille du Fabuliste.                      Les connaissances de la technique musicale\n   Voici la pièce ! Et dire, que son auteur,     sont entrées dans le domaine commun. Il\ndans un discours (qu'on s'est accordé à trou-    est rare aujourd'hui de rencontrer des na-\nver un peu longuet et margarineux) a fait la     tures étrangères à toute culture musicale.\nleçon à M. Gevaert en proclamant, contre la      Ce mouvement d'expansion parti de l'Alle-\nMusique, « qu'il n'y a que la ligne 1 » que le   magne a gagné non seulement l'Europe en-\ntout est « d'avoir de la ligne ! » Et ben,       tière, mais les pays d'outre-mer et même\n merci ! T'as de la ligne, mon gentilhomme,      en partie les vieux peuples de l'extrême\ncomme les z'homards y-z-ont des poils aux        Orient, bien qu'ils aient une musique toute\n pattes.                                         différente de la nôtre; la notation moderne\n                                                 s'est introduite au Japon et dans l'Inde;\n                                                  plus heureuse que l'alphabet, l'écriture\n                                                  musicale de Gui d'Arezzo s'est généralisée.\n                                                    Ce phénomène n'est pas absolument nou-\n  LA MUSIQUE A L'ACADÉMIE. — Le      diman-      veau dans l'histoire de la civilisation. C'est\nche 3 novembre, M. Gevaert, l'éminent            que la musique n'est pas seulement un art,\ndirecteur du Conservatoire de Bruxelles,         mais une faculté primordiale, un besoin\n                                                 inné de l'être humain. Pour s'adresser à ses\nprésident de l'Académie de Belgique pour         semblables, l'homme se sert du langage ar-\nl'année courante, a prononcé un discours         ticulé; pour se parler à lui-même, il em-\nsur la musique au XIXe siècle. Rarement          ploie le langage modulé. A toutes les épo-\n                                                 ques, sous toutes les latitudes, la mélodie\nnotre académie nationale a entendu d'aussi       exprime la joie de vivre, la terreur de l'in-\nintéressantes paroles. Esprit d'une vaste        connu, l'angoisse de l'inconnaissable. Les\ncompréhension et d'une érudition considé-        Hébreuxet les Arabes ont pus se passer d'arts\nrable, aussi accessible à toutes les nouveau-    plastiques, mais il n'est pas de peuplade qui\n                                                 ne possède une musique rudimentaire, ca-\ntés que prudent et judicieux dans le choix       ractérisée au moins par quelques rythmes\nde ses opinions, M. Gevaert sait obtenir le      de danse.\nrespect et l'admiration aussi bien de ceux          La musique est le seul art qui, depuis la\nqui représentent dans les choses de l'art la     fin de la période gréco-romaine, n'ait subi\n"}, {"page_pdf": 530, "texte": "                                         — 483 —\n\naucun arrêt total... Ici un développement s'est accompli avec une promptitude éton-\nsur le rôle de la musique à l'époque de l'hel- nante. Comparer les répertoires des audi-\nlénisme classique, dans la Rome païenne tions tant publiques que privées ; hier,\net au moyen âge.                                    quelques romances, ou des solos de virtuo-\n    Puis, l'orateur note ce phénomène, sans sité instrumentale aujourd'hui, les classi-\nanalogue dansle passé, qui caractérise l'orien- ques et les archaïques aussi goûtés que les\ntation musicale de notre temps : les prédi- maîtres les plus récents. Il y a là une con-\nlections vont aux formes qui exigent une tradiction apparente qui inspire des doutes\ninitiation technique. On ne se contente plus, sur l'équilibre moral du public musical.\ncomme autrefois, d'un solo de chant ou Toujours est-il que cette double tendance\nd'instrument ; les auditeurs de concert se existe. La réhabilitation des anciens maî-\nplaisent aux complexités de la polyphonie, tres a coïncidé avec la popularité croissante\naux curiosités des timbres, aux hardiesses de l'art wagnérien ; elle a frappé les adver-\nde l'harmonie chromatique. Et le directeur saires les plus intransigeants du maître de\ndu Conservatoire de Bruxelles fait une allu- Bayreuth.\nsion au Rheingold qui, sans entr'acte, et              La peinture et la littérature fournissent\n pendant deux heures et demie, attira, retint au president de l'Académie de nouvelles\n et à plusieurs reprises ramena un nombreux preuves de l'ascendant croissant de la musi-\n public. Il constate que le sentiment des que à notre époque. La nomenclature tech-\n multitudes s'est ouvert plus largement aux nique des peintres modernes n'est-elle pas\n classiques du contrepoint : des maîtres in- pleine de termes musicaux ! I1 est vrai qu'en\n connus d'hier figurent avec succès aux pro- revanche le vocabulaire de la critique musi-\n grammes des concerts; toutes les manifes- cale abonde en expressions empruntées au\n tations géniales de l'art sont accueillies avec lexique de la peinture; le « ton » est com\n une sympathie enthousiaste.                        mun aux deux arts; on dit la « ligne » mélo-\n     Cette évolution du goût semble si incom- dique, l'« harmonie » d'un tableau ; et la\n préhensible qu'on en nie la valeur. On n'y « couleur » est pour le musicien synonyme\n voit que simulation, affectation, chic et d'instrumentation. — Ferdinand Brunetière\n snobisme, pour employer deux mots évités n'a-t-il pas dit que le baudelairisme et le\n dans ce discours académique.                       préraphaélitisme avaient trouvé leur conci-\n     Explication superficielle et inadmissible. liation rationnelle dans la musique et spécia-\n  La vraie explication doit être cherchée dans lement dans l'ar tde Richard Wagner ! On\n la psychologie des foules, éclairée d'une parlecommunément de poésie wagnérienne,\n vive et peut-être inquiétante lumière par les de peinture wagnérienne. Déjà au temps du\n  récents et remarquables travaux de plu- romantisme, les impressions poétiques et\n  sieurs philosophes et sociologues. Ces tra- pittoresques se mêlaient aux impressions\n  vaux nous apprennent qu'une aggloméra- musicales, cela depuis Beethoven, Chris-\n  tion d'individus est un être collectif, dominé tophe Colomb d'un nouveau monde exploré\n  par l'Inconscient, où un même sentiment se par Wagner qui lui reconnaît une influence\n  communique à tous par une sorte de conta- décisive sur son esthétique dramatique. Le\n  gion, où l'individu cultivé devient lui-même chœur des instruments a accru la puissance\n  un instinctif; et qu'une telle aggloméra- expressive de la musique. La voix excelle\n  tion est impulsive, mobile, prompte à la à préciser les sentiments dont l'homme a\n  suggestion et à l'exaltation.                      conscience. Aux instruments le domaine de\n      Si cette théorie est vraie., et elle paraît l'indéterminé et du rêve. Le peintre cherche\n   l'être, le problème est résolu. Si la musique à réaliser l'invisible, le poète tire des voca-\n   est l'art des foules, c'est qu'elle lui rapporte bles une puissance évocatrice et suggestive,\n   la révélation esthétique de ce qui se dérobe et le chant rivalise avec la polyphonie\n   au raisonnement. C'est ainsi qu'on voit par- instrumentale. Ce vers d'un poète français :\n   fois se révéler à une foule une œuvre demeu-\n   rée incomprise du musicien compétent mais                 De la musique avant toute chose!\n   isolé. Il y a là une justification nouvelle du est devenu le cri de ralliement de l'école\n   vieil adage : Vox populi, vox Dei.                symboliste De là, dans les allures tradition-\n      Mais l'évanouissement du phénomène nelles de la langue française, des modifica-\n    collectif est aussi rapide que sa création. A tions qui n'ont pas laissé de favoriser\n    peine le contact a-t-tl cessé que la mentalité l'initiation de la littérature française, fon-\n    ordinaire reprend ses droits.                    cièrement rationaliste, aux conceptions mé-\n      S'il reconnaît aux foules une puissance taphysiques des littératures du Nord.\n    d'intuition esthétique supérieure à celle du        L'orateur n'entend pas j uger ces tendances\n    mandarinisme individuel, l'orateur constate nouvelles de la littérature et de la peinture\n    cependant que c'est l'action latente d'une contemporaines ; il a voulu seulement indi-\n    minorité d'élite qui a fait monter le niveau quer la part qu'elles font à la musique.\n    des sensations collectives. Mais ce mouve- Mais une question importante, plus haute,\n    ment vers les sensations les plus hautes sollicite ses dernières réflexions et la voici :\n"}, {"page_pdf": 531, "texte": "                                         -   484     -\n\n Ce grand mouvement musical exercera-t-il enseignée? Il est probable qu'après trois\n une influence efficace et bienfaisante sur les générations ils ne compteraient plus qu'à\n relations des diverses classes? La musique titre de curiosités historiques.Une déchéance\n peut-elle être considérée comme une forée analogue a suivi la période gréco-romaine\n sociale?                                       et l'on peut se demander ce qu'il subsiste-\n     Pour lui, cela n'est pas douteux. Sans rait de notre grand répertoire musical deux\n remonter aux mythes antiques qui attestent siècles après que le dernier orchestre se\n l'influence sociale de la musique dans le serait tu.\n passé, il emprunte à deux penseurs contem-         Mais ne nous arrêtons pas à des hypothè-\nporains des appréciations toutes en faveur ses aussi désolantes, d'autant qu'il nous\n du développement de cette influence dans reste de puissants motifs d'espoir. Notre\n l'avenir : en Angleterre, Herbert Spencer dix-neuxième siècle aura touché aux deux\nclassant la musique à la tête des beaux-arts pôles opposés, portant d'une part les scien-\ncomme étant celui qui fait le plus pour le ces physiques et chimiques aux merveil-\n bonheur de l'humanité; en France, Emile leuses découvertes qui ont transformé le\n Montégut qui lui attribue plus qu'à tout monde économique; portant de l'autre, et\n autre le pouvoir d'exercer une influence pour la première fois, à son complet épa-\nbienfaisante sur la démocratie moderne. nouissement l'art idéal par excellence, celui\nCette opinion qu'il partage, M. Gevaert la qui rapproche les cœurs et les âmes. Quoi\n motive : Les arts de la forme n'ont pas qu'il arrive, combien nous serons dignes\nd'action instantanée sur les foules ; mais la d'envie, nous qui avons joui de tant de\nmusique rappelle au sentiment de la soli- merveilles !\ndarité ceux qu'a désunis la lutte pour l'exis-\ntence. Ce n'est pas sans raison que toutes          Le remarquable discours de M. Gevaert\nles religions ont utilisé le chant, qui aujour- a été écouté avec une religieuse attention et\nd'hui encore ramène dans les temples les\nsceptiques en rupture de ritualité religieuse. un vif intérêt par le nombreux auditoire\n    Quelques philosophes, il est vrai, repro- qui, longtemps avant l'heure, avait envahi\nchent à la musique de détendre les ressorts la grande salle du Palais académique. Il\nde la volonté. Réponse dans le passé : s'est terminé sur une triple salve d'applau-\nSparte, la république militaire par excel- dissements.\nlence, fut l'initiatrice du chant choral; au-\njourd'hui : l'Allemagne, initiatrice de la         Nous nous permettrons de faire [une\nsymphonie moderne, est en tête des nations remarque qui concerne particulièrement\narmées pour la lutte.                           l'art que nous pratiquons.\n    Il importe donc d'éveiller chez le peuple       L'école dite symbolique ne s'est pas bor-\nune aspiration vers une vie morale supé-\nrieure par des jouissances esthétiques plus née à faire profiter la poésie française de\nélevées. Il ne goûtera pas les productions certaines ressources que pouvait lui offrir\nd'une facture raffinée, mais il n'est pas une l'étude de la musique. Elle a appliqué à la\nœuvre génia'equ'un public ne puisse goûter lettre, dans la poésie, le cri de Verlaine :\nd'instinct. Et déjà M. Gevaert entrevoit la\nréalisation de ce beau rêve : la Neuvième                De la musique avant toute chose.\nSymphonie « pour le peuple ».                      Et de cette manière elle a voulu faire de\n    Est-ce autre chose qu'un rêve? La cul- la musique. L'erreur est aussi grosse que\nture musicale n'est-elle pas mise en péril\npar la démocratie moderne, tournée vers le celle des musiciens qui s'efforceraient de\nbien-être? Le danger vient des moyens faire de la peinture sans peinture, à l'aide\nd'exécution. Il ne s'agit plus seulement de de la seule musique, ou de la sculpture\ncultiver l'humble fleur des champs de la sans sculpture.\nmélodie populaire. La polyphonie moderne\nexige un outillage dispendieux et une               Il faut se souvenir du précepte de Wag-\narmée permanente d'exécutants. Or, il est ner : « Chaque art tend à une extension in-\nimpossible de satisfaire à ces exigences sans « définie de sa puissance; cette tendance le\ndes écoles spéciales subsidiées par les pou- « conduit fatalement à sa limite et cette li-\nvoirs publics. Supposons la musique et son\nenseignement abandonnés purement et sim- et mite il ne saurait la franchir sans courir\nplement à l'initiative privée : le déclin ne « le risque de se perdre dans l'incompré-\nserait pas immédiat; on continuerait à             hensible, le bizarre et l'absurde. Arrivé\nchanter, à jouer du piano et de l'harmo- « là, il me semble voir clairement que\nnium; il y auraii toujours des orphéons et\ndes fanfares pour les réjouissances popu- « chaque art demande, dès qu'il est aux li-\nlaires. Mais les nombreux instruments de ce mites de sa puiasance, à donner la main\nL'orchestre, où la technique en serait-elle \" à l'art voisin, »                           —\n"}, {"page_pdf": 532, "texte": "                                        -   485 —\n\n  Or les poètes symbolistes ne se se sont        derne, sous la plume de M. Ch. Gheude,\npas adressés à la musique qui est vraiment       pousse, à propos de la même conférence,\nla musique.                                      des gémissements douloureux. Ecoutez :\n   Ils ont voulu faire de la musique au             Ferri, dit M. Gheude, attaqua les écoles\nmoyen de la poésie seule.                        nouvelles — en peinture — et il eut pour\n   Ils ont ainsi conduit leur art au delà de     les symboliques, les impressionnistes et\n                                                 autres néophiles des paroles dures et ridi-\nses limites, « dans l'incompréhensible, le       culisantes; disons plus : la critique pio-\nbizarre et l'absurde ».                          nesque et la schlague prétentieuse du bour-\n   Tel est le tort des symbolistes, vers-li-     geoisisme impuissant et blagueur.\n bristes, etc.                                      Chose étonnante, disons-nous, car n'est-il\n                                                 pas étrange de voir celui qui, en science,\n                                                 accorda ioute prédominance à l'examen cer-\n                                                 vical et à l'abstraite pensée, déblatérer ceux\n                                                 qui, épris du mystérieux des choses, s'ef-\n                                                 forcent vers le pourquoi et le sens de tout,\n                                                 et, ayant la passion de la vue, veulent per-\n  LES CRIMINELS DANS L'ART. — M. Enrico          cer l'atmosphère englobant de son énigme\nFerri, professeur à l'Université de Rome, a      l'universalité du mouvement?\ndonné à Bruxelles, le 28 novembre dernier,         Ah ! le bon Fridolin et le méchant Ferri !\nune conférence sur les criminels dans l'art.\nM. Ferri a obtenu un succès très vif, dû à\nla fois à son exotisme et à son talent de con-\nférencier. Le sujet qu'il a traité n'est pas     Les collaborateurs de The Evergreen ont\nprécisément très neuf. La partie la plus ori- publié les deux premiers volumes de leur\nginale consistait à appliquer aux criminels   luxueuse édition : Printemps et automne\nde l'art les divisions que l'école lombro-    1895.\nsienne a admises, dans la classification des     Le premier volume contient d'intéres-\n criminels : les criminels-nés, les criminels-santes proses et plusieurs pièces lyriques\n aliénés et les criminels par passion; et     d'une grande perfection. M. W.-G. Brom-\n M. Ferri a indiqué dans Shakespeare trois    Murdoch développe, dans ses Jours qui\n types correspondant à ces trois catégories : allongent, l'influence des effluves printa-\n Macbeth, criminel-né; Hamlel, criminel-      niers sur le jeune peintre Mark et sa femme\n aliéné; Othello, criminel par passion.       qui vont revivre les impressions d'avant le\n   Macbeth, criminel-né? hum ! hum! Mac- renouveau en un pays encore glacé où finit\nbeth ne tue pas pour tuer; c'est un brave et par éclore toute fraîche l'œuvre tant litté-\nfidèle capitaine ; mais il est ambitieux et raire que pictural du jeune artiste. Ensuite\nfaible aux suggestions de sa passion, qui lui voici de délicieux vers de Hugo Laubach,\nparle par la bouche de sa femme et par la un Chant de jeunesse où il dit :\nvoix des trois sorcières. Il tue pour devenir\n                                                      Venez couronner le printemps\nroi. L'ambition est une passion, tout comme                  De lauriers\nla jalousie.                                          Comme les poètes et les chevaliers\n    Passons. Dans le monde où l'on n'a rien               Aux lèvres de corail\n lu, les thèses de M. Ferri ont provoqué des              Décrétant la joie.\népilepsies d'enthousiasme. Une foule d'es-       A citer aussi Germinal, Floréal, Prairial\n thèbes découvraient Macbeth, Hamlet et d'Arthur Thomson; Un soir de juin, de\n Othello. Ils avaient, sans doute, mal lu Gabriel Setoun, c'est le roman d'une fillette\n Shakespeare et ignoraient certaines études souffrante qui meurt dans le rêve d'un\n qui, pour n'être point lombrosiennes, n'en amour ignoré; le Printemps au Languedoc,\n sont pas moins fort intéressantes. L'Hamlet de Dorothy Herbertson; la Vie et sa science,\n de M. Emile Montégut est de ce nombre.        de Patrick Geddes, etc.\n    Où allons-nous? Tandis que, devant la         L'édition si évocative d'anciennes publi-\n  conférence de M. Enrico Ferri, M Picard cations sur parchemin est ornée de fort\n  crie d'admiration dans le Peuple, l'Art mo­ jolies lithographies sur bois et de divers\n"}, {"page_pdf": 533, "texte": "                                         — 486 —\ndessins : la Natura Naturans, de Robert            vions savoir ces choses-là, et comme si nous\nBurns est très décorative mais un peu trop         pouvions être sûrs d'autre chose que de\n                                                   l'impression que telle œuvre a faite sur nous\njaponisante et la figure nue comme thème           à tel moment! Montrez-moi bien, Seigneur,\nprincipal est d'une esthétique trop libre;         la vanité de pareils jugements et laissez-moi\nApollos school day et Out-faring, de John          goûter l'innocent plaisir de voir ces arrêts\nDuncay, Cubs, de Wals, et When the girls           rendus précisément par des gens aux yeux\n                                                   de qui tout professeur est un cuistre »\ncorne out to play, de Charles-H. Mackie\nnous paraissent être les plus intéressants.\n  Nous recevons à l'instant le second\nvolume : Automne. Nous le signalerons                 L'Art de parler, par Emile Sigogne,\ndans notre prochain numéro.                        chargé du cours d'éloquence à l'Université\n                                                   de Liége. Bruxelles, Paul Lacomblez.\n                                                      Bien des ouvrages spéciaux traitent de\n                                                   l'art de la parole; mais chacun se limitant\n   L'éditeur Chamuel annonce, pour paraître        à une des parties de cet art, reste incomplet.\nle 15 janvier, les Petites Proses, de Georges      M. Sigogne a réuni dans cet ouvrage tout\nOudinot. Ce volume sera présenté par une           ce qui est essentiel à la culture de l'art de\npréface de Louis-Pilate de Brinn' Gaubast.         parler : émission de la voix, diction, articu-\n                                                   lation, lecture et déclamation, respiration,\n                                                   physiologie et hygiène de la voix et de l'ap-\n                                                   pareil vocal, etc. Il passe ensuite à l'éduca-\n                                                   tion oratoire proprement dite, et après avoir\n   En janvier sera mise en vente la traduc-        développé les règles de l'improvisation et\ntion-édition critique des Maîtres-Chanteurs        de la composition du discours, il aborde,\nde Nürnberg. Comme celle de la Tétralogie          comme complément indispensable, l'analyse\nelle est due à Louis-Pilate de Brinn' Gau-         de l'éloquence dans ses genres divers.\nbast; comme elle, publiée chez Dentu;                Ce livre, bien fait, sera le bienvenu en ce\ncomme elle, accompagnée d'un Avant-                temps où chacun s'occupe chaque jour da-\npropos et d'une Annotation philologique            vantage des affaires publiques. Outre les\ndu traducteur; comme elle, enrichie d'une          professionnels, il intéresse tous ceux qui\nétude et d'un commentaire musicogaphique           ambitionnent la mission de nous instruire,\nsignés d'Edmond Barthélémy.                        de nous diriger, de débattre à un titre quel-\n                                                   conque nos intérêts divers.\n                                                                               (Communiqué.)\n\n\n Une amusante prière de M. Jules Le-                  ARTE, revue internationale d'art et de\nmaître dans le Journal des Débats :                littérature; directeurs, MM. E. de Castro et\n   « Seigneur, préservez-moi de la lourde          M. da Silva Moreno. Coïmbra (Portugal).\nmanie d'assigner des rangs, à tout propos,         Augusto d'Oliveira, éditeur.\net de distribuer des prix d'un air assuré et\npéremptoire ; faites que je sente toujours la\nrisible suffisance qu'il y a à dire : « Ceci est\nla pièce de ces dix dernières années », ou :\n«Un seul homme possède le style du théâtre»,\nou : « Ce drame anglais de la fin duXVIIesiè-\ncle surpasse et efface Shakespeare, et il s'y\ntrouve une scène qui est la plus extraordi-\nnaire et la plus puissante de tout le théâtre\nancien et moderne. » Comme si nous pou-\n"}, {"page_pdf": 534, "texte": "          TABLE                              ALPHABÉTIQUE\n                                            DES MATIÈRES\n                     CONTENUES DANS LE TOME QUATORZIÈME DE\n\n                                      LA JEUNE            BELGIQUE\n\n\n                    A l é r i e l (Paul).                          C a r t u y v e l s (Maurice).\nL'Ame en exil :                                           La Mort du Basileus Nicéphore              .    50\n Prélude                                            57    Le Sorbet                                      121\n L'Eau du soir                                      58    Vers :\n Sagesse .                                          59      Hymne à la mer                               322\n Le Voyageur solitaire               . . . .        59      Le Décaméron                                 323\n Prière naïve                                       60      Sur un portrait de la Joconde .              323\n L'Ame en exil                                      61      Saint-Simon                                  365\n La Voix du souvenir                                62      Don Quichotte                                365\n Réveil   .     .     .                             62      Adieu au navire                              366\n                                                            Laocoon                                      426\n                    A n s e l (Frans).                      Tapis de Salon                               427\nLes Tendresses vagues :                                      C a r t u y v e l s (M.) et W i e n e r (P.)\n  Des fleurs dans les cheveux .                 .   207\n                                                          La Répétition interrompue.        .   .    .   299\n  En extase                                         207\n  Défaillance                                       208               de Castro (Eugenio).\n  Amour silencieux                                  208\n                                                          Obscurité                                      206\n  Convalescence                                     282\n                                                          Bal masqué                                     206\nLes Deux Exils :\n                                                          Présage                                        207\n  Nostalgie                                         367   Sagramor                                       433\n  L'Asile indifférent                               367\nVers :                                                                 Closson (Ernest).\n Sous les Peupliers                                 427   Chroniques musicales . 91, 159, 224, 258\n  Renoncement                                       428   L'Album de la Jeune Belgique . . 445\n Funérailles blanches                               428\n                                                                   de Croisset (Francis).\n  La Mer décevante                                  429\n  Résignation                                       429   L'ogresse                                      369\n  La Couronne d'ombre                 . . . .       431 Vers :\n                                                          Deux sonnets cruels                            435\n              B e r n a e r t (Edouard).                  Rêve épique                                    436\nVers :                                                    Hymne à Vénus                                  436\n  Le Premier Ami                                    287   Hautbois d'amour.   .              . . .       437\n  Mon cheval                                        288   Fatigue                                        438\n  Le Tombeau du croyant . . . .                     288   Mandarine                                      438\n"}, {"page_pdf": 535, "texte": "                                                 — 488 —\n\n           D e l a t t r e (Louis).                       II. Les Villages illusoires . . .      145\nLe Conte de la petite vieille au chien.           25    France et Allemagne                      166\n                                                        Odelettes païennes :\n             D e l v i l l e (Jean).                      A Reine                                177\nLe Soir surnaturel                                51      A Albert Chapeaux                      178\n                                                          A Valere Gille                         179\nVers :\n                                                          A Marthe     . . . .         . . .     179\n Aurora                                           212\n                                                          A André Ruyters                        180\n Promo liber                                      213\n                                                          A une jeune            fille           180\n  Le Veau d'or                                    213\n                                                          A Ernest Verlant                       181\n Le Livre sacré                                   214\n                                                          A Robert                               182\n La Parole du Poète                               442\n                                                          A Albert Giraud                        183\n  Magica                                          443\n                                                        M. Mirbeau et la Jeune Belgique.     .    184\n  Nature                                          443\n                                                        Un tableau de Memling                    215\n  Le Sourire du cadavre          . . . .          444\n                                                        Salan :\n      D e s c a m p s (E.) (Chevalier).                   Messe d'orgueil                         239\n                                                          Jouvence                                240\nL'Apôtre                                           50\n                                                          La Chanson des forges . . . .           240\n             D e s t r é e (Jules).                       Charité                                241\n                                                          Roses saintes                          242\nNotes sur les Primitifs d'Espagne            .     82\n                                                          Satan                                  243\n                     Dick.                                Monfils                                243\n                                                        Quelques propos                          283\nLes Petites Chapelles et leurs grands\n                                                        Chronique littéraire                     294\n  maîtres                                         439\n                                                        Le Cerisier fleuri :\n            D u p o n t (Arthur).                         Floréal                                307\nL'Enfant royal                                     85     Madrigal                               308\n                                                          Certitude                              308\n           E e k h o u d (Georges).                       Ecrit sur un livre                     309\n                                                          La Feuille de saule                    309\nLa Dernière Lettre du matelot            .   .      5     Prosit!                                310\n              Gilkin ( I w a n ' .                        A un poète outragé                     310\n                                                          Mauvaise humeur                        311\nSatan :                                                   L'Amoureux                             311\n  La Chimère..    .                                75     Ardeur                                 311\n  L'Amour fossoyeur          .   .   .   .         76     Lied de mai                            312\n  L'Église                                         77     En marche                              313\n  Printemps    . .                                 78     Chant d'amour                          313\n  Boissons                                         78     Chevauchée                             314\n  Fleurs humaines                                  79     Le Pécheur                             315\n  Le Mépris                                        80   Le Vers libre                            315\n  Le Moribond                                      80   La Poésie nouvelle                       339\n  Le Sculpteur                                     81   Lamentable reculade                      371\nOdelettes païennes :                                    Quinze années de littérature . . .       393\n  A mes amis                                      106   Satan :\n  A Berthe                                        102     L'Escalier du cœur                     448\n  A Léandre                                       108     A utrefois                             449\n  Worlds fair                                     109     Le Démon du Calvaire      . . . .      450\nDeux livres belges :                                      Hymne                                  454\n  I. Imogene                                      139     Le Martyr                              454\n"}, {"page_pdf": 536, "texte": "                                    -     489     -\n\n            Gille (Valère)                      Pindare                               412\n                                                Sur Eros endormi                      413\nPoèmes et Odelettes :\n                                                Epithalame                            413\n Eglogue                                  20\n                                               Le Présent                             413\n L'Aube. .                               20\n                                             Le Collier d'opale :\n Le Jour                                 21\n                                               La Clairière                           414\n La Nuit                                 21\n                                               La Toile d'araignée                    415\n A un ami                                21\n                                               L'Églantier.        . . . . . .        415\n  L'Archer                               22\n                                               Rêverie                                415\n Jeune Dieu                              22\n                                               Crépuscule .                           416\n Joueur de flûte                         23\n                                               L'étang                                416\n  Conseil                                24\n                                               Les Ecoliers                           416\nSonnets :                                      Les Corolles d'azur                    417\n Epigramme antique                      133    La Pluie desfleurs     . , . . .       417\n  Gloire                                133 Chroniques littéraires . 122, 218, 252, 329,\n  Hommage                               134                                          469.\n Immortalité......              .       134\n  Mansuétude                    .       135              Giraud (Albert).\n Les Docteurs de la loi . . . .         135 Dédicace obscure                           74\n Les Prophètes . . .         .          436 Rupture                                   197\n Le Dieu noir                           136 A propos d'un livre nouveau . , .         246\n La Tête de mort . .       . .          137 La Littérature chez les 5pillebout. .     274\n L'Église                       .       137 Le Tombeau de Baudelaire . . .            373\n  Tombeau du Christ                     138 Alexandre Dumas               fils        418\n  Vanité                                138\n Malédiction                            203                Goffln (Arnold).\n Révolte . . .                          204\n                                             Proses lyriques :\n A Louis Delattre                       204\n                                               Mirage                                  36\nVers :                                         L'Enfant prodigue      . . . : .      209\n L'âge d'or                             267    Impression obscure                     210\n Sophocle                               268     Vénus            florentine          211\n Χαιρε                                  269 En route                                  235\n Hymne dionysiaque . . . . .            269 Charles Baudelaire                       373\n Idylle                                 270 Chroniques littéraires . . 87, 186, 291,\n Epigramme votive                       271                                     324, 377\n Epigramme funéraire    . . . .         272\n                                                         Guillon (Adrien)\n Anacréon                               272\n La Fauvette                            273 La Veille                                289\n Méléagre                               273 Sensations brugeoisεs                    362\n Odelettes arlequines :\n A un conteur wallon                    347            H o u s s a y e (Arsène).\n Projection lumineuse                   349   Leconte de Lisle                         456\n Au poète A. Giraud                     350\n L'Horloge                              351            L a Jeune Belgique\n  Femmes savantes                       353\n Les Jeunes Files                       356   Le Budget des Beaux-Arts . . . .         175\n Banqueroute                            358   Notre transformation                     391\n Au matin                               360\n                                                       G. M. S. (Kalophile).\nHellas :\n  La prière d'Hippolyte . . . .         411   Chroniques artistiques . . . .       221,379\n"}, {"page_pdf": 537, "texte": "                                                  490 —\n\n               Kalophile.                                         S é v e r i n (Fernand).\nChronique artistique . . .           94, 162, 191     Vers :\n                                                       Ephémère\n               K r a i n s (Hubert).                   L'Etranger\nLe Vagabond                                 .    38\n                                                                    T a l l e n a y (J. de)\n                  Mourzouck.                           Rêve brisé\nLe Coq rouge                                    217\n                                                                      Tutchew.\n                N o r d a u (Max).                            (Traduction de L. Wallner)\nDégénérescence                                  115     Poésies\n\n          O m b i a u x (des) (Maurice).                       V a n de P u t t e (Henri)\nLa Sorcière de Piéton                            63     En regardant le soleil.      .\nLe Diable chez Tave Nicole         . . .        101\n                                                                   V a z y (Ethelred).\n                Orban (Victor).                         Pour quelques bons amis. .\nVers :\n Aziyadé                                        369                V e r l a n t (Ernest).\n L'Oued-el- Ain                                 370    Histoire de la Littérature français\n                                                         hors de France      . . . . ' .\n              P i e r r o n (Sander).\n                                                                    V i a n e (Charles)\nDavid.                                           53\n                                                       Au moulin\n               Pierrot Lunaire.                        Hérodiade\nBallade du désir de Mme I. Will                        Les Ruches\n\n                                                                  V i e r s e t (Auguste).\n              Pignolle-Dufrane.\n                                                       Le Douar\nDescente d'Amatrice        . . . .              248\n                                                                  W a l l n e r (Léopold).\n          R e m o u c h a m p s (Victor).\n                                                       Voir    Tutcheiv.\nL'Idéal                                          86\n                                                                           Nemo.\n               R o m a n (Julien).                     Memento 97, 129, 163, 194, 229,2\nAspiration                                      248                                      333- 3\n"}, {"page_pdf": 538, "texte": "               Paul LACOMBLEZ\n      É D I T E U R D E LA J E U N E                  BELGIQUE\n                      31, rue des Paroissiens,    3r\n                              BRUXELLES\n\n\n                 VIENNENT DE PARAITRE\n                        Fernand S E V E R I N\n\n      UN CHANT DANS L'OMBRE\n                                   POÉSIES\n                   Un volume in-32 raisin. Prix : 3 francs.\nII a été tiré : 5 exemplaires sur papier du Japon des manufactures impé-\n                     riales, à                                fr.  12 »\n                15 exemplaires sur papier de Hollande Van Gelder.   6 »\n\n\n                         Edmond PICARD\n\n         VIE                SIMPLE\n    Nouvelle édition. Un volume petit in-12       .     .   .   . fr.   2 »\n\n\n                          Paul     ARDEN\n\n       PAR LES CHEMINS\n             Un volume petit in-12    .   .   .   . fr.     2 50\n\n\n                   A. GALLOY & J. MOLLOY\n\n   AU P A Y S D E B E A U M O N T\n                             POÉSIES\n             Un volume in-18 Jésus . .        .   . fr.     2 50\n\n\n                          Hubert KRAINS\n\n  HISTOIRES LUNATIQUES\n             Un volume in-18 jésus    . . . .         fr.   3 »\n\n\n                         Jules DESTRÉE\n\n    UNE CAMPAGNE AU PAYS NOIR\n"}, {"page_pdf": 539, "texte": "         Paul LACOMBLEZ, éditeur\n               31, RUE DES PAROISSIENS, BRUXELLES\n\nArden (P.). Par les chemins . . . fr. 2 50          Itiberê da Cunha (J.). Préludes . . fr. 3 »\nBaudoux (F.). Rythmes vieux, gris et                Jenart (Aug.). Le Barbare                     2 »\n  roses                                      2 »    Jeune Belgique (Le Parnasse de la). . 7 50\nBrabant (V.). Notes de voyage . . .          1 »    Journal d'une ignorante : Sur les Golfes 1 50\nBloy(Léon). Le Pal (4 num.), très rare. 4 »         Justus Severus Africus                        1 »\n  Les 3 premiers numéros ensemble 1 »               Kahn (Gustave). Chansons d'amant. . 3 50\nBoschot (A,'. Faunesses et bacchantes. 1 50               —         Les Palais nomades . . 3 50\n               Matin d'automne . . .         1 50   Krains (H.). Histoires lunatiques . . 3 »\n     —         Rêves blancs      . . . . 4          Lacomblez (Paul). Jeunes filles . . .         2 »\nBosiers (E.). Harald-Roi                     2 »          —         Loth et ses filles . . .      2 »\nCarnet de chasse illustré                   15 »    Landoy (Eug.). Evocations                     3 50\nCasier (J.). Flammes et flammèches . 1 50                 —         Maître Martin . . . . 0 50\nChainaye (H.). L'Ame des choses . . 3 »             Lautréamont (comte de). Les Chants de\nCourouble (L.). Contes et souvenirs. . 3 50            Maldoror                                   3 50\nCudell (Ch ). Printemps sombre. . . 2 »             Lemonnier (C.) Paroles pour Georges\nDaCosta(G.) Grammaire en portefeuille o 50                          Eekhoud                    : 0 50\nDaxhelet (A ) Pages de tendresse vague 3 50               —         Discours d'inauguration\n     —         Nouvelles de Wallonie . 3 50            du monument Ch. De Coster, avec\nDe Coster (Ch.). La Légende d'Ulen-                    extraits d'« Ulenspiegel » et por-\n          spiegel                            5 »       trait de Ch. De Coster . . .             .050\n     —          Légendes flamandes . . 3 50         Maeterlinck (Maurice). Les Aveugles\n                   (Voir Lemonnier.)                                (L'Intruse, Les Aveugles) 3 »\nDelattre (Louis). Contes de mon village 3 50              —         La Princesse Maleine. . 3 50\n     —        Les Miroirs de jeunesse . 3 50                        Serres chaudes . . . .        3 »\nDelville (J.). Les Horizons hantés . . 3 50               —         L'Ornement des noces spi-\nDe Haulleville (baron P.). En vacances. 3 50                           rituelles                 4 »\n     —       Portraits et silhouettes, 2 v. 7 »           —         Les Sept Princesses . . 2 »\n     — .J.-M.-J. Bodson. L'Apos-                          —         Pelléas et Mélisande . . 3 50\n                talat chez les Civilisés. 4 »                          (Voir Emerson.)\nDemolder (E.) Contes d'Yperdamme . 3 »                    —         Les Disciples à Sais et les\n     —          Impressions d'Art. . . 3 »             fragments de Novalis                       4 »\n     —          James Ensor . . . .          3 »    Mallarmé. Villiers de l'Isle-Adam . . 3 »\nDe Mallessan. Petite Cousine, comédie. 2 »          Maubel (Henry). Miette                        2 50\nDe Régnier (H.). Le Bosquet de Psyché 2 »                 —         Etude de jeune fille . . 3 50\nDe Tallenay (J.). L'Invisible . . . . 3 50                —         Quelqu'un d'aujourd'hui . 3 50\nDesombiaux (M.). Vers de l'espoir . . 2 »                 —         Une mesure pour rien          1 »\nDestrée (Jules). Journal des Destrée         1 »    Picard (E.). El Moghreb al Aksa . . 4 »\nDulac (Paul). Vingt-cinq sonnets . . 1 50                 —         Scènes de la vie judiciaire 4 »\nDupont (A.). L'Envol des rêves . . .         2 «          —         Vie simple                    2 »\nEekhoud(Georges)Nouvelles Kermesses 3 50                  —         Imogène, 1 vol. format\n      —        La Nouvelle Ca/thage. . 4 »                              eucologe                  4 »\n      —        Les Fusillés de Malines . 3. 50            —          Comment on devient so-\n      —        Au siècle de Shakespeare. 3 »                            cialiste                  2 50\n      —        Kees Doorik                   3 5°         —             Id. (édition populaire) 0 75\n      —        Kermesses                     5 »     Pierron (Sander). Pages de Charité . 3 50\n      —        Mes Communions . . .          5 »     Philopator. Libres propos d'un belge. 1 »\nElskamp (Max). Dominical . . . .             2 »     Pléiade (La). Première année (1889) . 3 »\n      —        Salutations, dont d'angé-             Poe (Edgar). Poésies complètes. . . 2 »\n   liques                                    3 50    Rodenbach Le Foyer et les champs . 1 »\n      —        En Symbole vers l'Apos-               Rommelaere (J.) Ma semaine, 1892-93. 2 »\n   tolat                                     3 50          —         Ma semaine, 1894 . . .       2 »\nEmerson. Sept Essais, avec préface de                Severin (Fernand). Le Lys                    2 »\n   Maeterlinck                               3 50            —              Le Don d'enfance . 2 »\nGalloy (A.). Au pays de Beaumont. . 2 50                  —          Un chant dans l'ombre . 3 »\nGarnir (Georges). Les Charneux. . . 3 50            Sigogne (E.). Contes merveilleux . . 3 »\n      —        Contes à Marjolaine        . 3 50    Sluyts(Ch.). L'Appel des voix . . .           2 «\nGilkin (Iwan). Stances dorées . . .           1 »          —         Notes d'être                 3 »\nGille(Valère) Le Château des merveilles 2 »         Tordeus (J.). Manuel de prononciation 2 »\nGiraud (Albert). Hors du siècle . . .        3 50    Van Doorslaer (H.). Sur l'Escaut. . . 3 50\n      —        Hors du siècle. II : Sous             Van Lerberghe (Ch.). Les Flaireurs. . 1 »\n                  la Couronne. Devant le             Verhaeren (E.). Les Apparus dans mes\n                  Sphynx                     3 00                       chemins                   2 »\n      —        Pierrot lunaire . . . .       2 »          —          Les Moines                   3 »\n                                                                                      rcs\n      —'       Pierrot Narcisse . . .        2 »     Villiers de l'Isle-Adam. Premiè Poésies 3 50\n      —        Dernières Fêtes. . . .        2 »                     Morgane                      5 »\n      —        Le Scribe                     1 »     Wagner (R.). L'Œuvre et la mission de\nHannon (Théo). Noëls fin de siècle . . 3 »              ma vie (derniers exemplaires) . . 4 »\n      —        Au pays de Manneken-Pis 4 »           Waller (Max). La Flûte à Siebel. .           3 50\nHanneuse (0 ). La Reine Aléna. . (souscrit).               —         Daisy                        3 »\n      —        Sorella                       2 50    X. Y. Religion et progrès . . . (épuisé)\n\n                     Bruxelles. — ImprimerieVeMonnom, 32, rue de l'Industrie\n"}], "calendrier": {"precision": "intervalle", "numero_verifie": true, "mois_verifie": true, "date_tri": "1895-11-01", "preuve": "Novembre-décembre 1895, numéro double 11-12, couverture PDF 436.", "date_fin": "1895-12-31"}}