{"numero_id": "ulb-jeune-effort-1903-06-n1", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-06-n1-001", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "JEUN EEFFORT", "ancre_fin": "O N P E N S E . v ie", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SO M M A IRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 344, "texte": "JEUN\n                   EEFFORT                             M arch er       fran c    dans    i .a\n\n                                                    E T D IR E C E Q U E I . ’ ON P E N S E .\n                                                                                                v ie\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-06-n1-002", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SO M M A IRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 344, "fin_caractere_exclue": 1053, "texte": "SO M M A IRE\n\nN otre Trogramme .              .         .    J eune E f fo r t\nLa M ort du                                   G aston      PULINGS\nExtase .     .                                  Louis d e CASEMBROOT\nEdmond Rostand                                J u l e s BOCK\nL'Exode      .   .                             H e n r i VALEREDO\nLa Descente .    .                              P a u l e CERNIÈRE\n\n\n\n\n             E. M A U R A U , Im prim eu r- E dite u r\n        19, P l a c e   du   G r a n d - S a b l o n , 19, B r u x e l l e s\n\n\n\n\n           L e N u m éro : 2 0                     c e n tim e s\n\n    1re A n n é e .                                                  N uméro              i .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-06-n1-003", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Rédaction et administration", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jeune Effort", "ancre_debut": "JEUNE EFFORT M E NSU EL", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 805, "texte": "JEUNE EFFORT\nM E NSU EL          D’A R T       ET      DE      LITTÉR ATU R E\n\n                  Paraissant te 1cr de chaque mois\n\n          Sera publié par souscriptions volontaires\n\n Fondateurs : G. P u l i n g s - J. B o c k - L. d e   Cas -   E.   B o r d ie r\n\n\n\n\n‘Rédaction et Administration :\n                      5,   Rue    du   C ou ven t,     Ix e lle s-B ru x e lle s\n\n\n\n\n     Toute souscription d’au moins 2 francs donne droit à\nun service de douze numéros.\n\n\n\n     Il sera rendu compte de tout ouvrage littéraire ou\nartistique que nous recevrons.\n\n     Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus.\n\n\n\n     La Revue laissant la plus grande liberté à ses collabo­\nrateurs, ne prend pas la responsabilité des articles qu’elle\ninsère.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-06-n1-004", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 3, "page_fin": 4, "titre_corps": "Notre programme", "titre_sommaire": "Notre Programme", "rubrique": "", "signature_source": "Jeune Effort", "ancre_debut": "NOTRE PROGRAMME         En voyant te jour, le J e u n", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": 3, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 1427, "texte": "NOTRE PROGRAMME\n        En voyant te jour, le J e u n e E f f o r t tient a renseigner\n ses lecteurs sur son but : Travailler , soutenir les jeunes,\n les produire, c’est a dire faire connaître au public des artistes\n inconnus. Nous disons cela très franchement et nous ajou­\n tons : nous ne nous piquons ici d ’aucun snobisme littéraire,\n nous ne donnons la leçon à personne, nous faisons de notre\n mieux pour nous faire connaître.\n      Le J e u n e E f f o r t est par conséquent l'organe des jeunes, il\nest ouvert à tous. Il suffit pour y collaborer d ’être comme le disait\nprécédemment une revue semblable a celle-ci, l ' A r t J e u n e :\n      Inconnu, artiste et jeune.\n      Peintres, Musiciens, Graveurs, Sculpteurs, Aquafortistes,\nLittérateurs, tous peuvent ici défendre leurs idées en pleine\nliberté. Et si le J e u n e E f f o r t fa it connaître quelques talents,\nnous serons heureux, nous aurons atteint notre but et notre\nIdéal.\n     Les objections arriveront cela est certain, l ’on nous traitera\nde fous et surtout selon l ’habitude belge on nous prophétisera\nune mort prochaine.\n     A ceux là, nous répondronspar les exemples de l ' A r t J e u n e ,\ndu C o q R o u g e , de la J e u n e B e l g i q u e , nous montrerons à ces\ngens, les artistes, les vrais qui en sont sortis. N ous sommes ici\nsans prétention, nous voulons simplement ouvrir la voie à\n"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": 4, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 737, "texte": "                                         4 —\n\nquelques grandes âmes qui sontpeut-être enlisées pour le moment\net à qui nous jetterons la corde du salut, afin que ces grands\npenseurs, ces vrais écrivains continuent le bel élan littéraire\nbelge à la suite des Rodenbacb, des Lemonnieret des Verbaeren.\n    C ’est donc avec modestie mais franchement que nous\nnous montrons criant fort notre devise :\n    « M a r c h e r f r a n c d a n s l a v ie e t d ir e c e q u e l ’o n pense » .\n     Déplus , nous avons encore le bonheur d ’annoncer à nos\nlecteurs, la collaboration cle quelques maîtres Belges, ainsi que\ndes articles de peintres et de musiciens pour lesfuturs numéros.\n                                              JEUNE EF F O R T\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-06-n1-005", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 5, "page_fin": 7, "titre_corps": "La Mort du Meunier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Pulings", "ancre_debut": "La Mort du Meunier       Le vieux meunier est mor", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 61, "fin_caractere_exclue": 1365, "texte": "La Mort du Meunier\n\n\n    Le vieux meunier est mort.              Il a rendu son âm e au\nSeigneur dans l’antique moulin qui tourne depuis si long­\ntem ps, égayant la plaine de ses ry thmés bruits d ’ horloge\nécrasant le blé tandis que les autres écrasent le tem ps ; et\nsur le penchant de la colline, la gaie cascade écumant l’eau\nde la rivière. Mais auj o ur d’hui tout est calme, le tic-tac du\nmoulin est arrêté, la gentille rivière est maitrisée à le c lu se\net la grande roue ne tournant plus dessèche au soleil son\nvieu x bois verdi par l ’eau. Les petits oiseaux e ux- mê m es se\ntaisent, ne pouvant pas chanter plus fort que le bruit de la\nroue. T o u t est silencieux car le m a i t r e est mort, et il semble\nque l ’on doit respecter son sommeil éternel, en pensant que\nson âm e est devant Le Gr an d Bon Dieu.\n    Aussi tout le village est en é m o i; toutes les c o m m è re s\nvont de porte en porte, parler du meunier et de sa fin\ndernière. Il avait si peur de mourir, il avait co m m i s tant\nde péchés, que lorsque le prêtre est ven u le voir, il lui a dit :\n    « C ’est inutile Monsieur le Curé j ’ai c om m is trop de\npéchés, et le Seigneur ne pourra ja m a is me pardonner tout\ncela ».\n    « Oh ! mon fils, lui dit alors le prêtre, souvenez vo us\nque la miséricorde de Dieu est infinie.\n"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1625, "texte": "                              — 6 —\n\n    Ht le meunier pleura s ’écriant dans ses sanglots :\n    « Il a beau être bon Monsieur le Curé, moi j ’ai été si\nmécha nt ».\n    Et il se mit a raconter son hist oir e: « Eh bien v o i l à :\nquand je suis venu ici je n ’avais pas beaucoup d ’argent et\nje vo ula is être vite riche, et j ’ai volé, oui monsieur le curé,\nco m m e un malfaiteur que je suis, j ’ai volé tous les braves\ngensqui m ’apportaient leur blé, je leur rendais de la m a u ­\nvaise farine, vendant la bonne.\n    Personne ne faisait exception. V o u s connaisez le ve u v e\nHenry, la femme du vieux faucheur qui s ’était coupé un\ndoigt pour ne pas être soldat, et bien cette vieille bonne\nfemme, qui n ’avait que son petit c h a m p de blé p o u r vivre\nje l’ai volé, je lui ai rendu de la mauv ais e farine, connaissant\nsa détresse et sachant que cela était sa seule nourriture.\nT o u s les grands fermiers, c om m e les pauvres cultivateurs,\ntous je les ai volés, j e ne connaissais que l ’a rg e n t, j ’oubliais\nmon â me. Oui j ’oubliais tout, pour cet argent qui ne me\nservait a rien de bon.\n\n   Je le mettais dans un bas de laine et l’enterrais bien\nprofondément dans la prairie, et parfois au millieu de la\nnuit je me reveillais en sursaut, croyant q u ’on me volait\nmes pièces. Je secouais ma femme, l’obligeant a me suivre,\nune lanterne à la main. On déterrait l ’argent on le comptait,\npour voir si la s o m m e y était toujours.\n   Je n ’avais nulle pitié des malheureux, je refusais aux\nmendiants, les chassant parfois même a cou ps de bâton.\n    Un jou r le vieu x Michel tombait faible à ma porte, Sans\n"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1442, "texte": "                             - 7 —\n\n que je lui ouvrisse et lui donnai à manger. Il n’avait qu’à\n travailler comme moi.\n      Et voilà vingt ans que je même cette vie, vingt ans\n Monsieur le curé et celà durerait encore si la mort ne venait\n me rappeler tout celà. La mort! oh la mort ».\n      Et en pensant à elle tout son corps s’agitait. Et ses yeux\n livides regardaient dans l'espace.\n      « Allons courage mon fils lui dit le prêtre, voila votre\nconfession faite, on a commis d’autres fautes que celles-là\net le Bon Dieu a tout pardonné ».\n     Et quand il eut tait un acte de contrition, tout lui fut\nremis, bientôt après il reçut les derniers sacrements.\n     Il se trouva alors tout gai, tout jeune, le curé lui avait\nmême dit qu'il était un saint. Mais au soir tombant, la peur\nlui revint, les ombres s’étendant le long des murs lui\ndonnaient le frisson, aux vacillations de la lampe, il croyait\napercevoir des fantômes s’allongeant démésurément pour le\nprendre. Il appela sa femme, voulut qu’elle lui donna la\nmain, qu’elle serra la sienne, et ne partit plus.\n     Au milieu de la nuit, quand tout dormait, la mort arriva\nelle frappa le meunier, mais ne put desserrer les deux mains,\nsouvenir de leurs premières amours.\n     C’est pour celà que le moulin est calme, que le village\nest en émoi, que la cloche sonne tristement le glas funèbre.\n     Le vieux meunier est mort.\n\n                                     G aston   PU LINGS\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-06-n1-006", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 8, "page_fin": 8, "titre_corps": "Extase", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis de Casembroot", "ancre_debut": "EXTASE                                   So u ven ir d'une audition", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 1143, "texte": "EXTASE\n                                  So u ven ir d'une audition\n                                      A M adame A . C .\n\n\n\n\nEn ce petit salon, gracieux et charmant,\nIl règne un si bon air de douce quiétude,\nQue l’ on se sent ém u, im pressionné vraim ent\nP a r l’ exquise fraîcheur de sa béatitude.\n\n\nSous la pâle lum ière, au reflet pur et blanc,\nOn sent flotter l’extase infinie et muette\nOù plane la déesse au fin profil troublant\nQui fit de ce boudoir un autel de poète.\n\n\nV otre grâce, M adam e, a touché chaque objet,\nE t l’on se sent touché de la grâce des choses.\nUn vase dans un coin, esthétique et coquet,\nExhale lentement de saints parfum s deroses.\n\n\nL e nonchalant fouillis des rubans, des coussins,\nEst comme une harmonie et com m e une caresse\nE t l'on e n tend les v o ix de vagues clavecins,\nQui viennent ju sq u ’ à nous en hym nes de tendresse.\n\n\nL ’ accord est infini : votre talent béni,\nA les accents divins des sanglots ou du rire ;\nM ais la v o ix du bonheur qui n’a jam ais faibli\nA seule retenti et seule nous inspire.\n\n\n               Louis d e C A S E M B R O O T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-06-n1-007", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 9, "page_fin": 10, "titre_corps": "Edmond Rostand", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Bock", "ancre_debut": "Edmond ROSTAND          Imagination vive, cœur gé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 14, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 1747, "texte": "Edmond ROSTAND\n\n        Imagination vive, cœur généreux, âme chevaleresque, Edmond\n Rostand me semble plus à sa place parmi les bretteurs m oyen-âgeux\n — rapière dégainée, feutre en bataille — qu’en ce X X e siècle prosaïque,\n égoïste et railleur. Il y a en son œuvre une foule de sentiments\n contradictoires. Il écrit sous le poussée de l’inspiration, il annihile pour\nainsi dire sa propre pensée, sa propre intelligence et les remplace par\nla pensée et par l’intelligence de ses héros.\n        Il entre dans son sujet comme en un vêtement, de sorte que ce\nn’est pas un personnage fictif qu’il décrit, mais c ’est un C h r i s t , un\nC y r a n o , un J e o f f r o y   R u d d e l , un D u c d e R e i c h s t a d t qui\nparlent en lui. C ’est ce qui explique la diveisité de ses morales.\n        Qui pourrait affirmer — abstraction faite du style — que la\nS a m a r i t a i n e et la P r i n c e s s e L o i n t a i n e , sont deux ouvrages\némanant d’un même homme ?\n        Comparez la majesté des sentiments religieux dans L a S a m a r i ­\nt a i n e avec la religion et l ’amour bouffons de la P r i n c e s s e L o i n t a i n e ,\ncomparez ces deux morales et vous serez stupéfié des oppositions\nqu’elles renferment et vous le serez davantage quand vous vous rap­\npellerez qu’elles sortent d’un même cerveau.\n       A mon avis, M . Rostand a le grand défaut — peu commun, vous\nen conviendrez, — d’être trop spirituel, et, il en possède un autre,\nmoins rare, celui d’être emphatique. L a foule aime les boutades, c ’est\nce qui explique l ’engoûement qu’elle a si longtemps témoigné aux\nœuvres de Rostand.\n        Mais franchement, quand sorti du théâtre, et, qu’à l’abri du\n"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2528, "texte": "                                  -   13   -\n\n\nrutillement des lumières et des bons mots, on songe sans parti-pris,\nquand, soulevant un peu les charmarrures, on veut voir le dessous, on\ntrouve qu’il manque quelque chose à ces pièces, et que ce quelque\nchose c’est le fond.\n      L e théâtre de Rostand ressemble à une femme laide et disgra­\ncieuse, mais bien vètûe. Dépouillez-la de ses riches vêtements et\nhabillez-la comme le commun des femmes. Que sera-t-elle? Rien.\nSupprimez dans C y r a n o , — je prends C y r a n o d e B e r g e r a c parce\nque c ’est je crois la pièce la plus connue — supprimez, dis-je, les\nbravades, les coups de pointe, le duel en vers, la mort romantique du\nhéros, — les riches vêtements, en un mot, — t\\t vous aurez la plus\nsimple, la plus élémentaire, la plus vulgaire histoire d’amour.\n      Bien des gens e n lisant ces lignes, se récrieront. Je leur demande\nun instant de reflexion ; qu’ils relisent C y r a n o dans la solitude\ntranquille de leur cabinet de travail. Mais qu’ils prennent garde de\nne pas s’arrêter au détail, car Rostand est un diable d’homme et sa\nverve les aurait vite reconquis. Eh bien, cette lecture faite, je leur\ndemanderai : Est-ce une œuvre forte ? Est-ce un R o i s ’a m u s e ? Ou\nbien est-ce une pochade ? Je crois que tout le monde sera de mon\navis C y r a n o est une pochade, mais j ’ajouterai, une pochade spirituelle.\n      Jusqu’ici je n ’ai analysé le théâtre de M. Rostand qu’au point\nde vue du fond ; je vais maintenant l ’examiner au triple point de\nvue de la phrase, du vers et de la compréhension de la scène.\n      « L e tort de M. Rostand, c’est de croire que, lorsqu’on fait des\n» vers, on n ’a pas besoin d’écrire en français. Il trouve des rimes, il\n» en trouve plus qu’il n ’en faut, il en inventerait au besoin si le\n» dictionnaire n’en contenait pas assez, et il aligne par devant au\n» petit bonheur, juste le nombre de mots voulu pour faire un vers,\n» absolument comme on pique les pavés de bois pour les ranger à côté\n» les uns des autres. Il en résulte quelquefois des combinaisons drôles,\n» parce que M . Rostand est très spirituel et très adroit, mais il arrive\n» souvent que celà ne fait que du charabia. D ’autres fois c ’est plat\n» déplorablement plat, on dirait alors que M. Rostand essaie d’imiter\n» les plus mauvais vers de François Coppée. »\n      Telle est l ’opinion d’un critique français beaucoup plus autorisé\nque moi à parler en la matière, M . Jean Louis.\n   (A suivre.)                                        Ju le s   BOCK\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-06-n1-008", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 11, "page_fin": 11, "titre_corps": "L’Exode", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Valeredo", "ancre_debut": "L ’ EX ODE                              D ans la n u it froide de m a", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 16, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 2481, "texte": "L ’ EX ODE\n\n                            D ans la n u it froide de m a v ie,\n                            J e suis p a rti, les y e u x m e u rtris ;\n                            M on âm e au n éan t asservie\n                            P le u re e n c o r 1er b aisers flétris.\n\n                            L ’esp o ir s’exile de m a ro u te .\n                            M on c œ u r se d éch ire et se ta it ;\n                            H elàs ! J 'a i p e rd u ju s q u ’a u d o u te ,\n                            L e d o u te affreux q u i m e restait.\n\n                            J e sais l’intini d u calvaire,\n                            M algré l’o b sc u r q u i clôt m es y e u x ;\n                            J ’ai su le b o n h e u r ep h èm ère\n                            S on S o u v e n ir m ’est o d ieu x .\n\n                            T o u t, dans m o n cœ u r n 'e s t q u e dé resse.\n                            T o u t, to u t m êm e le so u v e n ir !\n                            L e calice v id é se dresse\n                            E t se re m p lit p o u r l’a v e n ir !\n\n\n\n                           D ans la n u it fro id e de m a v ie,\n                           A u c u n éclair ne p assera ;\n                           L a ro se q u i m e fut rav ie,\n                           L o in de m o n c œ u r se fanera.\n\n                           J e n ’a u rai pas d ’astre à m o n rêve;\n                           H a n té d ’un songe fiév reu x .\n                           J ’irai to u jo u rs , j’irai sans trêv e\n                           A vec l’infini dans les y e u x !\n\n                           J 'i r a i to u jo u rs , v iv a n t fan tô m e,\n                           D ans la n u it fro id e de m o n so rt,\n                           F u y a n t l’a m o u r et fu y an t l’h o m m e ,\n                           P âle, blessé, c h e rc h a n t la m o rt.\n\n                           P a r to u t tra în a n t m o n ag o n ie\n                           J ’irai ju sq u ’a u jo u r o ù m o n c œ u r,\n                           A rm a n t de fer m a m a in bénie\n                           C lo ra d ’u n seul coup m a d o u le u r.\n\n                                                       H en ri   VALEREDO\n                                            (e x tra it de J o i e s   e t   D e u i l s ) ( * ).\n\n\n\n(*) V oluume à paraître.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-06-n1-009", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 12, "page_fin": 15, "titre_corps": "La Descente", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paule Cernière", "ancre_debut": "La D escente         Très élégante sous sa ca", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 17, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 1439, "texte": "La D escente\n\n\n      Très élégante sous sa capote de crêpe séparée des cheveux ondulés\npar un mince liseré blanc, une jeune veuve descend la Montagne de\nla Cour. Elle supporte bien crânement son deuil la charmante femme,\nà en juger du moins par ses yeux bleus rieurs sous le voile noir. Pourquoi\nlui faire un reproche? E lle a très peu goûté aux joies conjugales et la\npauvrette veut se refaire une « situation » .\n     Que c ’est ennuyant de sortir seule ! si jeune ! Même les collégiens\nde réthorique la remarquent. Ah ! si tu savais, ma chère ! Voilà ce que\nla veuve très consolable explique à son amie intime qu’elle vient de\nrencontrer.\n     — Remarie-toi dit « l ’amie intime ».\n     — Oh ! y penses-tu? Un mari ! Quel m artyr ! Non autre chose...\n    — Oui, autre chose... de moins gênant répartit l’amie. L a veuve\nrougit légèrement; au revoir, dit-elle, je suis pressée    Adieu\n    Toute troublée rêvant à l’idée de son « amie intime » la sémillante\npetite veuve continue à descendre.\n     — Oh ! voilà ! Bonjour ma toute belle, encore un peu pâlotte,\net comment va ce cher bébé ?\n     — Très bien, merci; nous allons à la rencontre de mon mari ;\nadieu !\n     — Adieu ! E t la jeune maman, encore un peu anémiée, escorte\nla nourrice qui étale ses abondances. Elles vont ainsi, la mère tout\nheureuse, la nounou souriant au poupon, à la rencontre du jeune papa,\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2145, "texte": "                                — 13 —\n\n     — Dieu qu’elle est niaise, avec ses airs alanguis cette pimbêche,\npense la jeune veuve. L ’air réfléchi, ne trouvant pas mal l’idée de\nson amie, la veuve des plus consolable continue à descendre. Tout\nà coup ses sourcils se froncent, son œil devient dur; elle regarde avec\ninsistance et colère deux personnes qui arrivent.\n     Sautillant d’un trottoir à l’autre, les jupes troussées d ’un geste\nqui les colle aux hanches, la jambe hardiment découverte, le corset\ndroit devant, les cheveux roux clair, l ’œil frondeur sous le bord du\nchapeau très incliné devant ; telle est la demi-mondaine que la jeune\nveuve regarde le face à main collé aux yeux — Voyez cette petite !\nDe qui se fait-elle accompagner ? Ah ! oui une vieille donzelle sèchée,\nune ancienne celle-là, peinte et restaurée comme un vieux tableau ;\nchipies ! conclut la veuve, elles me les raflent tous.\n      L a jalouse petite veuve continue à descendre, trouvant bonne l’idée\nde son amie. Conservant toujours le face à main sur les yeux (car\ncelà la rend plus séduisante) la «charm ante éprouvée par une perte\ntrès réparable » se dit dédaigneusem ent: Je connais cette fille qui là-\nbas sur ce trottoir marche comme un béguine, ah oui ! c ’est une ancienne\ncompagne de pension, toujours première; à quoi cela lui a-t-il servi ?\nà devenir institutrice ; au lieu d’être comme moi gentille veuve et\nbaronne ...... Dieu qu’elle est fagotée avec cette pélérine qui la fait\nressembler à une sœur tourière, avec ce paquet de livres et ce réticule\nusé qui pend à son poignet, et cette robe troussée juste assez pour\nne pas user le bord , pas assez pour découvrir la cheville ; quelle sotte\npetite personne ! Soudain, elle est tirée de ses reflexions peu charitables\npar un gracieux :\n     — Bonjour baronne ! E lle se retourne :\n     — Ah ! ce cher marquis !\n     — A tantôt chez Madame X . n’est ce pas ?\n     — Oui, adieu !\n      E t le prétendu marquis, frôlant volontairement les femmes, l’air\nfat, le teint jaune, les lèvres trop rouge sous l ’accent circonflexe trop\nnoir des moustaches, les mains chargées de bagues, s’en va lentement.\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2113, "texte": "                               — 14\n\n     L a petite baronne continue à descendre. Maintenant son idée est\nbien nette, d'autant plus nette qu'elle voit arriver de très loin un képi\net une paire d’épaulettes.\n     — Aie ! le lieutenant va passer sans m ’arrêter, vite un truc et crac\nelle laisse tomber son parapluie sur les pieds de l ’officier. Celui-ci se\nbaisse, le ramasse ; elle, avec un cri de fausse surprise :\n     — Oh ! ce cher lieutenant !\n     — Madame mes hommages bien respectueux dit-il. E t droit,\nmince, très grand, la lèvre supérieure dédaigneusement relevée, les\nmoustaches blondes lui chatouillant les cils, le képi légèrement en\narrière, la main finement gantée posée avec une grâce affectée sur la\npoignée du sabre, beau de la beauté d’une jolie femme, le lieutenant\nattend que la baronne lui donne son congé.\n     — Vous êtes bien pressé, aujourd'hui, lieutenant !\n     — Oui, madame, affaire de service.\n      E t, après une courbette qui le plie en deux, il s’éloigne, hautain.\nPiquée au vif, froissée dans son orgueil de jolie femme, la veuve mur­\nmure rageusement : affaire de service ! E t, prestement, dans une\nvitrine, elle suit des yeux le lieutenant qui, quelques mètres plus loin,\nentre dans un café où les deux drolesses sont attablées.\n     — Oh ! je l’avais bien pensé, se dit la veuve.\n    L a très rageuse baronne continue à descendre, songeant toujours\nau conseil de son amie, mais trouvant qu’il est assez difficile de le\nmettre en pratique. Peu à peu son visage se détend, elle sourit, rapide\nment elle relève son voile.\n     — Dieu ! qu’il fait chaud, dit-elle, et toute rose toute souriante,\nelle voit avancer vers elle un homme encore vert pour son âge.\n     — Il a aussi bonne tournure que ce sot lieutenant se dit-elle. Ce\ncolonel est resté très mince, en dépit des années ; il marche les\njambes écartées, les mains au dos, imprimant à ses épaules un\n balancement très comique. L a vue a baissé pourtant, et « pour réparer\n des ans l ’irréparables outrage» il s’est mis un m onocle. C ’est pour\n mieux « voir» , mon enfant, dit-il comme le loup dans Chaperon Rouge !\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1218, "texte": "                                -   15   -\n\n\n\nL a moustache est encore assez dorée. Fichtre ce n’est pas à dédaigner !\n     — Bonjour Madame\n     — Bonjour colonel, comment allez-vous ? demande la veuve.\n     — Très bien merci.\n     — E t cette charmante famille ?\n     — Oh très bien, dit le colonel, légèrement, parlons de vous.\n     Sans faire attention à la demande du colonel, elle continue, l'air\ntrès maternel :\n     — E t votre fils il doit être tout grand m aintenant?\n     — 23 ans, dit le colonel sèchement\n     — Mon âg e, déclare la veuve ingénument.\n     Mais le colonel voit dans sa pensée et le ton ironique, les yeux\ncanailles il dit :\n     — Rien à faire avec lui, chère Madame, il s’est entiché d’une\npetite bégueule, sa pareille d’ailleurs.\n     — Oh, dit-elle, d ’un ton léger, tant mieux pour lui.\n    — Tant mieux pour nous; traitons les affaires à deux, dit-il.\n    — Au revoir colonel, dit tendrement la veuve.\n    — Au revoir Louise, à ce soir, n’est-ce pas !\n    E t la sémillante baronne, jeune et veuve toute conquise descend\nencore quelques pas. Elle est au bas de la Montagne de la Cour et\nde sa déchéance morale.\n                                             P a u le   C E R N IÈ R E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-06-n1-010", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "IMPRIMERIE-PAPETERIE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 133, "texte": "IMPRIMERIE-PAPETERIE\n\n\n\nErnest            MAUR A                    U\n P L A C E D U G R A N D -SA B L O N , 19\n          BRUXELLES\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 6, "texte": "                JEUN\n                   EEFFORT                             M arch er       fran c    dans    i .a\n\n                                                    E T D IR E C E Q U E I . ’ ON P E N S E .\n                                                                                                v ie\n\n\n\n\n                             SO M M A IRE\n\nN otre Trogramme .              .         .    J eune E f fo r t\nLa M ort du                                   G aston      PULINGS\nExtase .     .                                  Louis d e CASEMBROOT\nEdmond Rostand                                J u l e s BOCK\nL'Exode      .   .                             H e n r i VALEREDO\nLa Descente .    .                              P a u l e CERNIÈRE\n\n\n\n\n             E. M A U R A U , Im prim eu r- E dite u r\n        19, P l a c e   du   G r a n d - S a b l o n , 19, B r u x e l l e s\n\n\n\n\n           L e N u m éro : 2 0                     c e n tim e s\n\n    1re A n n é e .                                                  N uméro              i .\n"}, {"page_pdf": 7, "texte": "                                  - 2 —\n\n\n\n\n             JEUNE EFFORT\nM E NSU EL          D’A R T       ET      DE      LITTÉR ATU R E\n\n                  Paraissant te 1cr de chaque mois\n\n          Sera publié par souscriptions volontaires\n\n Fondateurs : G. P u l i n g s - J. B o c k - L. d e   Cas -   E.   B o r d ie r\n\n\n\n\n‘Rédaction et Administration :\n                      5,   Rue    du   C ou ven t,     Ix e lle s-B ru x e lle s\n\n\n\n\n     Toute souscription d’au moins 2 francs donne droit à\nun service de douze numéros.\n\n\n\n     Il sera rendu compte de tout ouvrage littéraire ou\nartistique que nous recevrons.\n\n     Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus.\n\n\n\n     La Revue laissant la plus grande liberté à ses collabo­\nrateurs, ne prend pas la responsabilité des articles qu’elle\ninsère.\n"}, {"page_pdf": 8, "texte": "                                  - 3 -\n\n\n\n\n           NOTRE PROGRAMME\n        En voyant te jour, le J e u n e E f f o r t tient a renseigner\n ses lecteurs sur son but : Travailler , soutenir les jeunes,\n les produire, c’est a dire faire connaître au public des artistes\n inconnus. Nous disons cela très franchement et nous ajou­\n tons : nous ne nous piquons ici d ’aucun snobisme littéraire,\n nous ne donnons la leçon à personne, nous faisons de notre\n mieux pour nous faire connaître.\n      Le J e u n e E f f o r t est par conséquent l'organe des jeunes, il\nest ouvert à tous. Il suffit pour y collaborer d ’être comme le disait\nprécédemment une revue semblable a celle-ci, l ' A r t J e u n e :\n      Inconnu, artiste et jeune.\n      Peintres, Musiciens, Graveurs, Sculpteurs, Aquafortistes,\nLittérateurs, tous peuvent ici défendre leurs idées en pleine\nliberté. Et si le J e u n e E f f o r t fa it connaître quelques talents,\nnous serons heureux, nous aurons atteint notre but et notre\nIdéal.\n     Les objections arriveront cela est certain, l ’on nous traitera\nde fous et surtout selon l ’habitude belge on nous prophétisera\nune mort prochaine.\n     A ceux là, nous répondronspar les exemples de l ' A r t J e u n e ,\ndu C o q R o u g e , de la J e u n e B e l g i q u e , nous montrerons à ces\ngens, les artistes, les vrais qui en sont sortis. N ous sommes ici\nsans prétention, nous voulons simplement ouvrir la voie à\n"}, {"page_pdf": 9, "texte": "                                         4 —\n\nquelques grandes âmes qui sontpeut-être enlisées pour le moment\net à qui nous jetterons la corde du salut, afin que ces grands\npenseurs, ces vrais écrivains continuent le bel élan littéraire\nbelge à la suite des Rodenbacb, des Lemonnieret des Verbaeren.\n    C ’est donc avec modestie mais franchement que nous\nnous montrons criant fort notre devise :\n    « M a r c h e r f r a n c d a n s l a v ie e t d ir e c e q u e l ’o n pense » .\n     Déplus , nous avons encore le bonheur d ’annoncer à nos\nlecteurs, la collaboration cle quelques maîtres Belges, ainsi que\ndes articles de peintres et de musiciens pour lesfuturs numéros.\n                                              JEUNE EF F O R T\n"}, {"page_pdf": 10, "texte": "                                -   5   -\n\n\n\n\n               La Mort du Meunier\n\n\n    Le vieux meunier est mort.              Il a rendu son âm e au\nSeigneur dans l’antique moulin qui tourne depuis si long­\ntem ps, égayant la plaine de ses ry thmés bruits d ’ horloge\nécrasant le blé tandis que les autres écrasent le tem ps ; et\nsur le penchant de la colline, la gaie cascade écumant l’eau\nde la rivière. Mais auj o ur d’hui tout est calme, le tic-tac du\nmoulin est arrêté, la gentille rivière est maitrisée à le c lu se\net la grande roue ne tournant plus dessèche au soleil son\nvieu x bois verdi par l ’eau. Les petits oiseaux e ux- mê m es se\ntaisent, ne pouvant pas chanter plus fort que le bruit de la\nroue. T o u t est silencieux car le m a i t r e est mort, et il semble\nque l ’on doit respecter son sommeil éternel, en pensant que\nson âm e est devant Le Gr an d Bon Dieu.\n    Aussi tout le village est en é m o i; toutes les c o m m è re s\nvont de porte en porte, parler du meunier et de sa fin\ndernière. Il avait si peur de mourir, il avait co m m i s tant\nde péchés, que lorsque le prêtre est ven u le voir, il lui a dit :\n    « C ’est inutile Monsieur le Curé j ’ai c om m is trop de\npéchés, et le Seigneur ne pourra ja m a is me pardonner tout\ncela ».\n    « Oh ! mon fils, lui dit alors le prêtre, souvenez vo us\nque la miséricorde de Dieu est infinie.\n"}, {"page_pdf": 11, "texte": "                              — 6 —\n\n    Ht le meunier pleura s ’écriant dans ses sanglots :\n    « Il a beau être bon Monsieur le Curé, moi j ’ai été si\nmécha nt ».\n    Et il se mit a raconter son hist oir e: « Eh bien v o i l à :\nquand je suis venu ici je n ’avais pas beaucoup d ’argent et\nje vo ula is être vite riche, et j ’ai volé, oui monsieur le curé,\nco m m e un malfaiteur que je suis, j ’ai volé tous les braves\ngensqui m ’apportaient leur blé, je leur rendais de la m a u ­\nvaise farine, vendant la bonne.\n    Personne ne faisait exception. V o u s connaisez le ve u v e\nHenry, la femme du vieux faucheur qui s ’était coupé un\ndoigt pour ne pas être soldat, et bien cette vieille bonne\nfemme, qui n ’avait que son petit c h a m p de blé p o u r vivre\nje l’ai volé, je lui ai rendu de la mauv ais e farine, connaissant\nsa détresse et sachant que cela était sa seule nourriture.\nT o u s les grands fermiers, c om m e les pauvres cultivateurs,\ntous je les ai volés, j e ne connaissais que l ’a rg e n t, j ’oubliais\nmon â me. Oui j ’oubliais tout, pour cet argent qui ne me\nservait a rien de bon.\n\n   Je le mettais dans un bas de laine et l’enterrais bien\nprofondément dans la prairie, et parfois au millieu de la\nnuit je me reveillais en sursaut, croyant q u ’on me volait\nmes pièces. Je secouais ma femme, l’obligeant a me suivre,\nune lanterne à la main. On déterrait l ’argent on le comptait,\npour voir si la s o m m e y était toujours.\n   Je n ’avais nulle pitié des malheureux, je refusais aux\nmendiants, les chassant parfois même a cou ps de bâton.\n    Un jou r le vieu x Michel tombait faible à ma porte, Sans\n"}, {"page_pdf": 12, "texte": "                             - 7 —\n\n que je lui ouvrisse et lui donnai à manger. Il n’avait qu’à\n travailler comme moi.\n      Et voilà vingt ans que je même cette vie, vingt ans\n Monsieur le curé et celà durerait encore si la mort ne venait\n me rappeler tout celà. La mort! oh la mort ».\n      Et en pensant à elle tout son corps s’agitait. Et ses yeux\n livides regardaient dans l'espace.\n      « Allons courage mon fils lui dit le prêtre, voila votre\nconfession faite, on a commis d’autres fautes que celles-là\net le Bon Dieu a tout pardonné ».\n     Et quand il eut tait un acte de contrition, tout lui fut\nremis, bientôt après il reçut les derniers sacrements.\n     Il se trouva alors tout gai, tout jeune, le curé lui avait\nmême dit qu'il était un saint. Mais au soir tombant, la peur\nlui revint, les ombres s’étendant le long des murs lui\ndonnaient le frisson, aux vacillations de la lampe, il croyait\napercevoir des fantômes s’allongeant démésurément pour le\nprendre. Il appela sa femme, voulut qu’elle lui donna la\nmain, qu’elle serra la sienne, et ne partit plus.\n     Au milieu de la nuit, quand tout dormait, la mort arriva\nelle frappa le meunier, mais ne put desserrer les deux mains,\nsouvenir de leurs premières amours.\n     C’est pour celà que le moulin est calme, que le village\nest en émoi, que la cloche sonne tristement le glas funèbre.\n     Le vieux meunier est mort.\n\n                                     G aston   PU LINGS\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "                     — 8 —\n\n\n\n\n              EXTASE\n                                  So u ven ir d'une audition\n                                      A M adame A . C .\n\n\n\n\nEn ce petit salon, gracieux et charmant,\nIl règne un si bon air de douce quiétude,\nQue l’ on se sent ém u, im pressionné vraim ent\nP a r l’ exquise fraîcheur de sa béatitude.\n\n\nSous la pâle lum ière, au reflet pur et blanc,\nOn sent flotter l’extase infinie et muette\nOù plane la déesse au fin profil troublant\nQui fit de ce boudoir un autel de poète.\n\n\nV otre grâce, M adam e, a touché chaque objet,\nE t l’on se sent touché de la grâce des choses.\nUn vase dans un coin, esthétique et coquet,\nExhale lentement de saints parfum s deroses.\n\n\nL e nonchalant fouillis des rubans, des coussins,\nEst comme une harmonie et com m e une caresse\nE t l'on e n tend les v o ix de vagues clavecins,\nQui viennent ju sq u ’ à nous en hym nes de tendresse.\n\n\nL ’ accord est infini : votre talent béni,\nA les accents divins des sanglots ou du rire ;\nM ais la v o ix du bonheur qui n’a jam ais faibli\nA seule retenti et seule nous inspire.\n\n\n               Louis d e C A S E M B R O O T .\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "                                        —    9   —\n\n\n\n\n              Edmond ROSTAND\n\n        Imagination vive, cœur généreux, âme chevaleresque, Edmond\n Rostand me semble plus à sa place parmi les bretteurs m oyen-âgeux\n — rapière dégainée, feutre en bataille — qu’en ce X X e siècle prosaïque,\n égoïste et railleur. Il y a en son œuvre une foule de sentiments\n contradictoires. Il écrit sous le poussée de l’inspiration, il annihile pour\nainsi dire sa propre pensée, sa propre intelligence et les remplace par\nla pensée et par l’intelligence de ses héros.\n        Il entre dans son sujet comme en un vêtement, de sorte que ce\nn’est pas un personnage fictif qu’il décrit, mais c ’est un C h r i s t , un\nC y r a n o , un J e o f f r o y   R u d d e l , un D u c d e R e i c h s t a d t qui\nparlent en lui. C ’est ce qui explique la diveisité de ses morales.\n        Qui pourrait affirmer — abstraction faite du style — que la\nS a m a r i t a i n e et la P r i n c e s s e L o i n t a i n e , sont deux ouvrages\némanant d’un même homme ?\n        Comparez la majesté des sentiments religieux dans L a S a m a r i ­\nt a i n e avec la religion et l ’amour bouffons de la P r i n c e s s e L o i n t a i n e ,\ncomparez ces deux morales et vous serez stupéfié des oppositions\nqu’elles renferment et vous le serez davantage quand vous vous rap­\npellerez qu’elles sortent d’un même cerveau.\n       A mon avis, M . Rostand a le grand défaut — peu commun, vous\nen conviendrez, — d’être trop spirituel, et, il en possède un autre,\nmoins rare, celui d’être emphatique. L a foule aime les boutades, c ’est\nce qui explique l ’engoûement qu’elle a si longtemps témoigné aux\nœuvres de Rostand.\n        Mais franchement, quand sorti du théâtre, et, qu’à l’abri du\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": "                                  -   13   -\n\n\nrutillement des lumières et des bons mots, on songe sans parti-pris,\nquand, soulevant un peu les charmarrures, on veut voir le dessous, on\ntrouve qu’il manque quelque chose à ces pièces, et que ce quelque\nchose c’est le fond.\n      L e théâtre de Rostand ressemble à une femme laide et disgra­\ncieuse, mais bien vètûe. Dépouillez-la de ses riches vêtements et\nhabillez-la comme le commun des femmes. Que sera-t-elle? Rien.\nSupprimez dans C y r a n o , — je prends C y r a n o d e B e r g e r a c parce\nque c ’est je crois la pièce la plus connue — supprimez, dis-je, les\nbravades, les coups de pointe, le duel en vers, la mort romantique du\nhéros, — les riches vêtements, en un mot, — t\\t vous aurez la plus\nsimple, la plus élémentaire, la plus vulgaire histoire d’amour.\n      Bien des gens e n lisant ces lignes, se récrieront. Je leur demande\nun instant de reflexion ; qu’ils relisent C y r a n o dans la solitude\ntranquille de leur cabinet de travail. Mais qu’ils prennent garde de\nne pas s’arrêter au détail, car Rostand est un diable d’homme et sa\nverve les aurait vite reconquis. Eh bien, cette lecture faite, je leur\ndemanderai : Est-ce une œuvre forte ? Est-ce un R o i s ’a m u s e ? Ou\nbien est-ce une pochade ? Je crois que tout le monde sera de mon\navis C y r a n o est une pochade, mais j ’ajouterai, une pochade spirituelle.\n      Jusqu’ici je n ’ai analysé le théâtre de M. Rostand qu’au point\nde vue du fond ; je vais maintenant l ’examiner au triple point de\nvue de la phrase, du vers et de la compréhension de la scène.\n      « L e tort de M. Rostand, c’est de croire que, lorsqu’on fait des\n» vers, on n ’a pas besoin d’écrire en français. Il trouve des rimes, il\n» en trouve plus qu’il n ’en faut, il en inventerait au besoin si le\n» dictionnaire n’en contenait pas assez, et il aligne par devant au\n» petit bonheur, juste le nombre de mots voulu pour faire un vers,\n» absolument comme on pique les pavés de bois pour les ranger à côté\n» les uns des autres. Il en résulte quelquefois des combinaisons drôles,\n» parce que M . Rostand est très spirituel et très adroit, mais il arrive\n» souvent que celà ne fait que du charabia. D ’autres fois c ’est plat\n» déplorablement plat, on dirait alors que M. Rostand essaie d’imiter\n» les plus mauvais vers de François Coppée. »\n      Telle est l ’opinion d’un critique français beaucoup plus autorisé\nque moi à parler en la matière, M . Jean Louis.\n   (A suivre.)                                        Ju le s   BOCK\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "                                                   -     11-\n\n\n\n\n                                     L ’ EX ODE\n\n                            D ans la n u it froide de m a v ie,\n                            J e suis p a rti, les y e u x m e u rtris ;\n                            M on âm e au n éan t asservie\n                            P le u re e n c o r 1er b aisers flétris.\n\n                            L ’esp o ir s’exile de m a ro u te .\n                            M on c œ u r se d éch ire et se ta it ;\n                            H elàs ! J 'a i p e rd u ju s q u ’a u d o u te ,\n                            L e d o u te affreux q u i m e restait.\n\n                            J e sais l’intini d u calvaire,\n                            M algré l’o b sc u r q u i clôt m es y e u x ;\n                            J ’ai su le b o n h e u r ep h èm ère\n                            S on S o u v e n ir m ’est o d ieu x .\n\n                            T o u t, dans m o n cœ u r n 'e s t q u e dé resse.\n                            T o u t, to u t m êm e le so u v e n ir !\n                            L e calice v id é se dresse\n                            E t se re m p lit p o u r l’a v e n ir !\n\n\n\n                           D ans la n u it fro id e de m a v ie,\n                           A u c u n éclair ne p assera ;\n                           L a ro se q u i m e fut rav ie,\n                           L o in de m o n c œ u r se fanera.\n\n                           J e n ’a u rai pas d ’astre à m o n rêve;\n                           H a n té d ’un songe fiév reu x .\n                           J ’irai to u jo u rs , j’irai sans trêv e\n                           A vec l’infini dans les y e u x !\n\n                           J 'i r a i to u jo u rs , v iv a n t fan tô m e,\n                           D ans la n u it fro id e de m o n so rt,\n                           F u y a n t l’a m o u r et fu y an t l’h o m m e ,\n                           P âle, blessé, c h e rc h a n t la m o rt.\n\n                           P a r to u t tra în a n t m o n ag o n ie\n                           J ’irai ju sq u ’a u jo u r o ù m o n c œ u r,\n                           A rm a n t de fer m a m a in bénie\n                           C lo ra d ’u n seul coup m a d o u le u r.\n\n                                                       H en ri   VALEREDO\n                                            (e x tra it de J o i e s   e t   D e u i l s ) ( * ).\n\n\n\n(*) V oluume à paraître.\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "                                 -   12   -\n\n\n\n\n                     La D escente\n\n\n      Très élégante sous sa capote de crêpe séparée des cheveux ondulés\npar un mince liseré blanc, une jeune veuve descend la Montagne de\nla Cour. Elle supporte bien crânement son deuil la charmante femme,\nà en juger du moins par ses yeux bleus rieurs sous le voile noir. Pourquoi\nlui faire un reproche? E lle a très peu goûté aux joies conjugales et la\npauvrette veut se refaire une « situation » .\n     Que c ’est ennuyant de sortir seule ! si jeune ! Même les collégiens\nde réthorique la remarquent. Ah ! si tu savais, ma chère ! Voilà ce que\nla veuve très consolable explique à son amie intime qu’elle vient de\nrencontrer.\n     — Remarie-toi dit « l ’amie intime ».\n     — Oh ! y penses-tu? Un mari ! Quel m artyr ! Non autre chose...\n    — Oui, autre chose... de moins gênant répartit l’amie. L a veuve\nrougit légèrement; au revoir, dit-elle, je suis pressée    Adieu\n    Toute troublée rêvant à l’idée de son « amie intime » la sémillante\npetite veuve continue à descendre.\n     — Oh ! voilà ! Bonjour ma toute belle, encore un peu pâlotte,\net comment va ce cher bébé ?\n     — Très bien, merci; nous allons à la rencontre de mon mari ;\nadieu !\n     — Adieu ! E t la jeune maman, encore un peu anémiée, escorte\nla nourrice qui étale ses abondances. Elles vont ainsi, la mère tout\nheureuse, la nounou souriant au poupon, à la rencontre du jeune papa,\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                                — 13 —\n\n     — Dieu qu’elle est niaise, avec ses airs alanguis cette pimbêche,\npense la jeune veuve. L ’air réfléchi, ne trouvant pas mal l’idée de\nson amie, la veuve des plus consolable continue à descendre. Tout\nà coup ses sourcils se froncent, son œil devient dur; elle regarde avec\ninsistance et colère deux personnes qui arrivent.\n     Sautillant d’un trottoir à l’autre, les jupes troussées d ’un geste\nqui les colle aux hanches, la jambe hardiment découverte, le corset\ndroit devant, les cheveux roux clair, l ’œil frondeur sous le bord du\nchapeau très incliné devant ; telle est la demi-mondaine que la jeune\nveuve regarde le face à main collé aux yeux — Voyez cette petite !\nDe qui se fait-elle accompagner ? Ah ! oui une vieille donzelle sèchée,\nune ancienne celle-là, peinte et restaurée comme un vieux tableau ;\nchipies ! conclut la veuve, elles me les raflent tous.\n      L a jalouse petite veuve continue à descendre, trouvant bonne l’idée\nde son amie. Conservant toujours le face à main sur les yeux (car\ncelà la rend plus séduisante) la «charm ante éprouvée par une perte\ntrès réparable » se dit dédaigneusem ent: Je connais cette fille qui là-\nbas sur ce trottoir marche comme un béguine, ah oui ! c ’est une ancienne\ncompagne de pension, toujours première; à quoi cela lui a-t-il servi ?\nà devenir institutrice ; au lieu d’être comme moi gentille veuve et\nbaronne ...... Dieu qu’elle est fagotée avec cette pélérine qui la fait\nressembler à une sœur tourière, avec ce paquet de livres et ce réticule\nusé qui pend à son poignet, et cette robe troussée juste assez pour\nne pas user le bord , pas assez pour découvrir la cheville ; quelle sotte\npetite personne ! Soudain, elle est tirée de ses reflexions peu charitables\npar un gracieux :\n     — Bonjour baronne ! E lle se retourne :\n     — Ah ! ce cher marquis !\n     — A tantôt chez Madame X . n’est ce pas ?\n     — Oui, adieu !\n      E t le prétendu marquis, frôlant volontairement les femmes, l’air\nfat, le teint jaune, les lèvres trop rouge sous l ’accent circonflexe trop\nnoir des moustaches, les mains chargées de bagues, s’en va lentement.\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "                               — 14\n\n     L a petite baronne continue à descendre. Maintenant son idée est\nbien nette, d'autant plus nette qu'elle voit arriver de très loin un képi\net une paire d’épaulettes.\n     — Aie ! le lieutenant va passer sans m ’arrêter, vite un truc et crac\nelle laisse tomber son parapluie sur les pieds de l ’officier. Celui-ci se\nbaisse, le ramasse ; elle, avec un cri de fausse surprise :\n     — Oh ! ce cher lieutenant !\n     — Madame mes hommages bien respectueux dit-il. E t droit,\nmince, très grand, la lèvre supérieure dédaigneusement relevée, les\nmoustaches blondes lui chatouillant les cils, le képi légèrement en\narrière, la main finement gantée posée avec une grâce affectée sur la\npoignée du sabre, beau de la beauté d’une jolie femme, le lieutenant\nattend que la baronne lui donne son congé.\n     — Vous êtes bien pressé, aujourd'hui, lieutenant !\n     — Oui, madame, affaire de service.\n      E t, après une courbette qui le plie en deux, il s’éloigne, hautain.\nPiquée au vif, froissée dans son orgueil de jolie femme, la veuve mur­\nmure rageusement : affaire de service ! E t, prestement, dans une\nvitrine, elle suit des yeux le lieutenant qui, quelques mètres plus loin,\nentre dans un café où les deux drolesses sont attablées.\n     — Oh ! je l’avais bien pensé, se dit la veuve.\n    L a très rageuse baronne continue à descendre, songeant toujours\nau conseil de son amie, mais trouvant qu’il est assez difficile de le\nmettre en pratique. Peu à peu son visage se détend, elle sourit, rapide\nment elle relève son voile.\n     — Dieu ! qu’il fait chaud, dit-elle, et toute rose toute souriante,\nelle voit avancer vers elle un homme encore vert pour son âge.\n     — Il a aussi bonne tournure que ce sot lieutenant se dit-elle. Ce\ncolonel est resté très mince, en dépit des années ; il marche les\njambes écartées, les mains au dos, imprimant à ses épaules un\n balancement très comique. L a vue a baissé pourtant, et « pour réparer\n des ans l ’irréparables outrage» il s’est mis un m onocle. C ’est pour\n mieux « voir» , mon enfant, dit-il comme le loup dans Chaperon Rouge !\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                                -   15   -\n\n\n\nL a moustache est encore assez dorée. Fichtre ce n’est pas à dédaigner !\n     — Bonjour Madame\n     — Bonjour colonel, comment allez-vous ? demande la veuve.\n     — Très bien merci.\n     — E t cette charmante famille ?\n     — Oh très bien, dit le colonel, légèrement, parlons de vous.\n     Sans faire attention à la demande du colonel, elle continue, l'air\ntrès maternel :\n     — E t votre fils il doit être tout grand m aintenant?\n     — 23 ans, dit le colonel sèchement\n     — Mon âg e, déclare la veuve ingénument.\n     Mais le colonel voit dans sa pensée et le ton ironique, les yeux\ncanailles il dit :\n     — Rien à faire avec lui, chère Madame, il s’est entiché d’une\npetite bégueule, sa pareille d’ailleurs.\n     — Oh, dit-elle, d ’un ton léger, tant mieux pour lui.\n    — Tant mieux pour nous; traitons les affaires à deux, dit-il.\n    — Au revoir colonel, dit tendrement la veuve.\n    — Au revoir Louise, à ce soir, n’est-ce pas !\n    E t la sémillante baronne, jeune et veuve toute conquise descend\nencore quelques pas. Elle est au bas de la Montagne de la Cour et\nde sa déchéance morale.\n                                             P a u le   C E R N IÈ R E .\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": " IMPRIMERIE-PAPETERIE\n\n\n\nErnest            MAUR A                    U\n P L A C E D U G R A N D -SA B L O N , 19\n          BRUXELLES\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": false, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1903-06", "signet_source": "Première année - N°1 - Juin 1903", "preuve": "Numéro lu sur la couverture, PDF 6 (le mois n'y est pas imprimé)", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}