{"numero_id": "ulb-jeune-effort-1903-08-n3", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-08-n3-001", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "J eune fort E", "ancre_fin": "e t d ire ce q u ’on pense.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "S O M M A I R E", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 259, "texte": "J\n               eune                                              fort\n                                                                    E\n\n         M arch er franc dans la v ie,\n     e t d ire ce q u ’on pense.\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-08-n3-002", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "S O M M A I R E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 38, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 259, "fin_caractere_exclue": 1398, "texte": "S O M M A I R E\n             Georges Rodenbach\n                                                    G a s t o n PULINGS\n             A Georges Rodenbach\n                                                    A r m a n d DEPRINS\n             La Religieuse\n                                                 H e n r i VALEREDO\n             La Fête Rodenbach,\n                                                     F r a n z HELLENS\n             Pélérinage\n                                                            J ules BO CK\n             Sonnet\n                          Louis d e CASEMBROOT\n            Défense d’idées\n                                    G a s t o n PULINGS\n            Joyzelle\n                           G e o r g e s RAM AEKERS\n\n\n                E . M A U R A U , I m p r im e u r - E d i t e u r\n                        G ra n d -S a b l on,   19, B R U X E L L E S\n\n\n\n\n            P r e m iè r e                                      Août\n                                                3\n                      A n n ée                                          1903\n\n\nN u m é ro exceptionnel à R od en bach : 3 0 centim es\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-08-n3-003", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 34, "page_fin": 34, "titre_corps": "Rédaction et administration", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jeune Effort", "ancre_debut": "JEUNE EFFORT ME N S U E L", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 39, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 915, "texte": "JEUNE EFFORT\nME N S U E L        D’A R T         ET      DE        LITTÉRATURE\n\n          ORGANE DES JEUNES OUVERT A TOUS\n\n                 Paraissant le 1 er de chaque mois\n\n          Sera publié par souscriptions volontaires\n\n Fondateurs : G. P u l i n g s     - J. B o c k   -   L. d e C a s e m b r o o t\n\n                                 F. Bo r d ie r\n\n\n\nRédaction et Administration :\n                5 , R u e du C o u v e n t ,             Ix El l e s - B r u x e l l e s\n\n\n\n     T out e souscription d ’au moins 2 francs donne droit à\nun service de douze numéros.\n\n\n     Il sera    rendu compte de tout ouvrage littéraire ou\nartistique que nous recevrons.\n\n     Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus.\n\n\n     La R e v u e laissant la plus grande liberté à ses collabo­\nrateurs, ne prend pas la responsabilité des articles q u ’elle\ninsère.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-08-n3-004", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 35, "page_fin": 36, "titre_corps": "Georges Rodenbach", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Pulings", "ancre_debut": "GEORGES RODENBACH       Georges Rodenbach. 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Il apprit dans sa\njeunesse, l’am our des choses passées, tombées eh désuétude, et,\nplus il grandissait, plus cet am our s’accrut, au milieu des demeu­\n res ancestrales dont chaque pierre est un livre de souvenirs,\nrappelant l’âge de la gloire, l’époque de la prospérité.\n     Mais il ne l’aimait pas, cette époque, il voulait Bruges la\nmorte.\n     Et, fidèle sujet, il ne l’oublia point.\n     Aussi cette fidélité, est-elle pour Rodenbach, le plus beau\ntitre de gloire, c’est son auréole d’immortalité. Peut-on pen­\nser à Bruges sans penser à Rodenbach;\n     L'œuvre de Rodenbach fut grande et unie. Toujours il\nparla de la ville qu’il aimait, de la ville de ses prem iers âges.\n     Et dans cette étude de Bruges, il alla jusqu’au bout. Il met\nen remarque, le plus petit détail ; il décrit les habitants de\nla cité flamande. Ses premiers vers y racontent quelques\nsimples cérémonies, comme elles se passent là, silencieuses et\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2221, "texte": "                                   —     3 6   —\n\n\n\n\n vieillotes, recueillies et pieuses. Il chante les premiers commu­\n niants. Mais la nostalgie de la ville le reprend, il pense à la\nm ort. Oh ! ces enfants si blancs — blanc, linceuil — et Roden­\n bach rêve, pleure. Il entre dans la vie brugeoise, chez l’ami où\nl’on se réunit le soir pour causer, il prend parmi eux un héros,\nle suit dans ses péripéties, et voici le C arillonnent. Mais Bruges\ncomme toute ville a son monde, voici la femme, l’actrice\nque rencontre Hugues, il pense à sa femme, le portrait de la\nmorte, Bruges-laMorte. E t il la suit à travers Bruges : « Mélancolie\nde ce gris des rues de Bruges, on tous les jours ont l’air d e la Tous­\nsaint! Ce gris comme fait avec le blanc des coiffes de religieuses,\net le noir des soutanes des prêtres, d’un passage incessant, ici et\ncontagieux. Mystère de ce gris d’un demi-deuil éternel ». Il aime\nla ville et son héros Hugues ne peut s’empêcher de l’admirer. «Car\npartout les façades, au long des rues, se nuancent à l’infini: les unes\nsont d’un badigeon vert pâle, ou de briques fanées, rejoin­\ntoyées de blanc ; mais, tout à côté, d’autres sont noires,\nfusains sévères, eaux fortes brûlées, dont les encres y remédient,\ncompensent les tons voisins un peu clairs ; et de l’ensemble,\nc'est quand même du gris qui émane, flotte, se propage au fil\ndes murs alignés comme des quais ». Et son béguinage, l’a-t-il\naimé ; cette toile d'araignée en pierre, comme il l’a décrite,\navec ses cérémonies ! Comme un peintre littéraire qu’il était;\nson lac d’amour, où il a tan t souffert, l’am our déçu, Saint-\nSauveur où il est venu prier pour les absentes ?\n             L e soir, quand je m’ en v a is le long des rues\n             V ers les taubourgs pour v o ir le soleil se coucher,\n             J e sens autour de m oi, mes deux sœurs disparues\n             Com m e des oiseaux blancs, autour d’ un noir clocher.\n\n    Georges Rodenbach, tu aimas les choses tristes, les amours\npassées, eh bien ! qu’en remémorant au monde ton nom, par\nl'élévation de ton monument, puissent tous ceux qui ont un\ncœur pour aimer et u n e âme pour sentir, ne t’oublier jamais.\n                                    G a s t o n PULINGS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-08-n3-005", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 37, "page_fin": 40, "titre_corps": "A Georges Rodenbach", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Armand Deprins", "ancre_debut": "A Georges Rodenbach       La ville que tu chantas, ô", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 42, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 1480, "texte": "A Georges Rodenbach\n\n     La ville que tu chantas, ô Rodenbach, n’a pas voulu de toi ;\nelle ne veut pas que ton image, douce et finement bienveillante,\nse dresse dans le cadre des antiques et ancestrales demeures\ndes brugeois de siècles disparus. C’est une autre ville de Flandre\nqui gardera clos en ses murs ton souvenir matérialisé, c’est à\nGand que tu revivras en marbre.\n     Et peut-être en est-il mieux ainsi : c’était vrai, on pouvait\nautrefois dire Bruges la morte ; m aintenant elle n’es! plus qu’en­\ndormie ; elle se réveille. Il vaut mieux que tu gardes intact le\nsouvenir de celle qui fu t morte e t qui, plus jamais ne revêtiras le\ncharme des années de repos, de silence ; il vaut mieux que sous\ntes paupières de m arbre s’évoquent les visions d'antan:\n     Dans la cité vieille où planent des visions héroïques où flottent\ndes fantômes charmants, glissent les canaux silencieux et lents\nque rideront parfois les cygnes aux ailes de neige, tandis que\ndu haut beffroi tom beront très cristallines et très surannées les\nnotes de perle du carillon vieux.... Elles coulent les eaux sombres\nreflétant les pignons et les tourelles, se faufilant le long des quais\naux noms archaïques, bordés de façades revêtues de leurs den­\ntelles de pierre        Elles coulent les eaux médiévales dans la\ngrande paix dont s’enveloppe la ville somnolente.... Elles passent\nsous les ponts voûtés, fatigués d’un long service, elles passent\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "                             -   3 8   -\n\n\n\n\nprès du Béguinage dont le pont frêle mire ses trois arches dans\nl'onde caressante qui baigne ses piliers.....\n     E t le Béguinage avec ses petits rideaux tirés, semble une\nautre petite ville endormie au sein de la grande ville dormeuse,\nenfouie dans un silence attendrissant que seule trouble la\nclochette argentine qui sonne les enterrements, ou les cantiques\néchappés p ar l’entrebaillement du portail de la chapelle, les\ncantiques des petites béguines vieillotes chantés par de vieil­\nlotes petites voix tremblotantes, voix fanées, montant vers les\nvoûtes dans le grésillement des cierges, parmi le vol figé,\nimmuable, d’un essaim de coiffes blanches. L'eau tressaille\nsous les ondes pieusement sonores des hymnes de grâce,\net s'en va porter un souffle de leur confuse rum eur au\nlac d’am our, le Minnewater, le lac où l’on aime, où la brise\nsaline vient du large apporter l e m urmure de la mer berceuse.\nLes peupliers du bord inclinent la tête sous la caresse de son\nsouffle en agitant doucement leur verte ram ure frémissante\ntandis que sur le lac où court un frisson, les nénuphars\nouvriront leur cœur d’or et d’argent, cœur d’amants des autres\nâges,... venus.... en pourpoint de velours, en robe de brocart\nchanter leurs amours près de cette eau où l'on aime et qui leur\nmontrait dans son cristal immobile un couple enlacé, aux che­\nvelures mêlées, les mains unies, les paupières closes sous le\nrythm e ennivrant des longs baisers prom etteurs d’extase.....\n     Au ciel roulent les gros nuages de Hollande, les gros nuages\nd'ouate, tantôt ondoyants comme la barbe fluviale des vieux\nmendiants d'églises, tantôt ballonnés, arrondis, moelleux comme\ndes coussins nonchalants aux fossettes grises et blanches.\n     Mais la grande féerie évocatrice du passé, c’est quand le\nsoleil flambant illumine l’antique cité, les jours de procession :\nc’est p ar les rues tortueuses une profusion d’oriflammes agitées,\nde bannières éclatantes, de semis de pierreries aux éclairs\ndiaprés, d’orfrois brodés par des doigts de fée ; et tout cela rutile\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1972, "texte": "                            — 39 —\n\n et, s’avance doucement comme un flot éblouissant de couleurs\n et de lumières d’où émergent les châsses, les saints et les dais\n pourprés; des cantiques naïfs et suaves s’élèvent, baignant\n l’atmosphère de leur harmonie angélique, parfumés d’encens\n bleus qui poussés par une brise de rêve, vogueront vers Gand,\n vers une statue, en nuages diaphanes, faits d’un peu d ’azur\n embaumé et s’enrouleront autour d’un piédestal en volutes\n odorantes....\n       Bientôt cet enchantement s’évanouira et le soleil rouge,\n embué de vapeurs s’effacera derrière les voiles de brumes, les\n rideaux de brouillards. Tout s’enveloppera dans l’ombre indécise;\n la pluie fine et pénétrante, froide et susurrante enlacera la ville\n de ses mailles serrées, la couvrant d’une, mantille de grisaille,\n d’une continuelle et incessante bruine où chavirent les clochers\n et les tourelles estompés de mystère. Alors c’est de nouveau\n le grand silence, que seule déchirera la voix du bourdon de la\ncathédrale ou l’heure lente qui, du beffroi, tombe implacable\nsur les toits mornes et impassibles, l’heure lourde et grave\nqu’accompagne le tremblottem ent du carillon frêle.... Et les\n brugeoises passent, trottinant, sans mot dire, encapuchon­\nnées dans leur mante sombre, semblables à la ville, comme\ndes effigies réduites, des miniatures fidèles de la paisible\ndormeuse...\n       C’en est fait de tout cela...\n      Un jour viendra, qui n’est pas éloigné où la Belle s’é­\nveillera comme dans la légende ; les habitants frotteront\nleurs yeux gros d’une léthargie séculaire et la mer infidèle\nqui les abandonna retirant avec elle la vie, l’activité, la ri­\nchesse, la mer échappée, ils la reprendront, la forceront à\ns’engouffrer dans un estuaire et à revenir à Bruges. Alors\nles sirènes stridentes déchireront l’air calme de leurs sinistres\nappels, des machines ronflantes secoueront le sol de trépida­\ntions convulsives, et dans la banlieue envahie, au lieu des\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1847, "texte": "                            — 40 —\n\n gracieux moulins à vent qui, sur leur butte de vert gazon,\n agitaient gracieusement les bras dans le vent frais, s’élèveront\n d ’énorm es et insolentes cheminées d’usine, narguant les tours\n des majestueuses églises, en vomissant des flots compacts de\n fumée noire et empestée...\n      C’en est fait Rodenbach, de ces bonnes vieilles choses que\ntu aimais tant, où ton esprit flotte parmi les recoins et les\n om bres... C’en est fait de toutes les vaillantes reliques du\n passé vivant dans un présent mort. Le passé disparu revivra dans\nle présent ressuscité, mais avec toute la sécheresse et la platitude\nde la moderne industrie, âpre au gain, trop insouciante de\nla beauté sacrée des anciens âges. Mais c’est la loi inélucta­\nble du progrès sans cesse grandissant, l’envahisseur au pas\nde géant, semeur infatigable de germes nouveaux, toujours\nrécompensé, heureusement, de bienfaisantes et amples mois­\nsons, mais impitoyable faucheur des antiques traditions.\n      Aussi Rodenbach, repose loin de Bruges, car bientôt elle\nne sera plus ce qu’elle fut à f es yeux enchantés, l’évocatrice des\ntemps enfouis; elle ne sera plus l’asile où tu aimais à rêver\nindéfiniment le long des qua is mélancoliques, bordés de canaux\no s’allongent les clochers et c’est pourquoi il vaut mieux que\ntu ne sois pas le témoin de sa déchéance poétique dans son\nrelèvement m ercantile; c’est pourquoi il vaut mieux que tu\nconserves loin d’elle, le souvenir de la ville humaine somnolen­\nte, telle que tu l’aimas, idéale comme tu la chantas, Bruges-\nla-Morte qui dès lors m ourra sans retour, Bruges, morte deux\nfois, disparue sans espoir, puisque ce sera une autre cité, avec\nune autre âme, un autre visage, une autre vie qui renaîtra de\nses cendres à jamais envolées...\n                                      A rm and D E P R I N S\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-08-n3-006", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 41, "page_fin": 41, "titre_corps": "La Religieuse", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Valeredo", "ancre_debut": "La Religieuse                L e m ystique battant du c", "ancre_fin": "H en ri VALERED O", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L a F ê te R o d e n b a c h", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 75, "fin_caractere_exclue": 997, "texte": "La Religieuse\n               L e m ystique battant du cloître s’ est fermé,\n               L a vierge est à jam ais, pieuse, ensevelie,\n               Et le monde qu’ hier elle avait tant aimé,\n               Dans ses grands yeu x pâlis fuit en un rêve impie.\n\n               F ace pensive et triste, elle erre en priant Dieu ;\n               L e cilice tout noir qui cache sa jeunesse\n               Est comme un deuil, trop vite accouru pour l’ adieu,\n               Que, défaillante, un soir, soupira sa détresse.\n\n\n               Près d’ un vitrail blafard, frolant, l’ autel sacré,\n               L es mains jointes, le front déchiré sous les rides,\n              Une form e surgit comme un spectre effaré,\n              E t l’ on voit deux grands yeu x,d eu x y eu x déçus et vides.\n\n                                         H en ri   VALERED O\n\n                                            -----------\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-08-n3-007", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 41, "page_fin": 43, "titre_corps": "La Fête Rodenbach à Gand", "titre_sommaire": "La Fête Rodenbach", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Hellens", "ancre_debut": "L a F ê te R o d e n b a c h                                     A      GAND          (Correspondance partic", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 997, "fin_caractere_exclue": 1941, "texte": "L a F ê te R o d e n b a c h\n                                    A      GAND\n\n        (Correspondance particulière du J e u n e E f f o r t )\n\n      Ce fut une manifestation émue autour de ce monument de\nRésurrection, dont le symbolisme large immortalise le poète de la sen­\nsibilité flamande. Comme son œuvre, le nom de Georges Rodenbach\nrecherche le silence pieux de la méditation, le recueillement des nefs,\nou des corridors de béguinages, où le pas des recluses semble l’égrène\nment d’un rosaire mélodique et discret.\n      L e souffle du poète remuait hier les restes de l ’ancien béguinage,\nce reliquaire dont l’âme s'est envolée avec les cloches et toutes les\nchoses vieilles et fanées dont on ne parle plus. Dans l ’activité triviale\nd’une brasserie et l’embourgeoisement mesquin des boutiques, peu à\npeu, disparaissent les souvenirs de la villette mystique où, dans la paix\nd’autrefois, s’élaborait un travail de guipure et de prière.\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "                               — 42 —\n\n\n      Derrière l’église délaissée des cornettes, dans un square où la\nverdure dispute un reste de silence, tandis que, découverts, les amis\nde Rodenbach faisaient cercle, Emile Verhaeren parla. Bien que les\ndiscours officiels n’aient guère le privilège de convaincre ni d’émouvoir,\ncette parole à l’allure nerveuse, au rythme martelé, fut un hommage\ntouchant à la mémoire du Poète et de l’Ami. Il évoqua les débuts,\ndans la rigidité claustrale du collège Sainte-Barbe, où tous deux, de\nconserve, penchés sur Lamartine, cherchaient le secret de la muse.\n       Puis, plus tard, l’exil à Paris où s’affina son talent très personnel.\n       Georges Rodenbach ne renia point sa patrie.\n       Ame nostalgique et songeuse jusqu’à l’éréthysme, elle voulut\ns’isoler du panorama brumeux, le revoir à travers un prisme, au fond\nde la solitude. Ainsi, la poussière des vieux quais, le tintement des\n cloches, le bruissement des ouvroirs lui apparurent poétisés par\nl’éloignement.\n       Il ne voulait guère décrire sa Bruges, il voulait « la rêver ! »\n D’ailleurs, l’œuvre de Rodenbach est bien flamande. Ce primitif s’ap­\nparente aux Memling, aux Van Eyck que Bruges récemment glorifia.\n Son œuvre reconstitue tout un passé de vitraux et de retables.\n       Parmi les pionniers de nos jeunes lettres belges, Georges Roden­\n bach se révéla de bonne heure, comme le plus vaillant et le plus\n éloquent. Il fut un batailleur ; à ses côtés luttaient Charles De Coster,\n Pirmez, Lemonnier. Il a laissé du premier un souvenir ému dans\n l'A r t en E xil.\n       Il s’exprime « avec flamme et colère », s’efforce, à l’époque\n héroïque de la Jeune Belgique, de rompre les entraves traditionnel­\n les, de déraciner le vieux saule lacrymatoire, dont l’ombre couviait\n la désuète Académie. Le premier, il porta en France le renom de\n nos lettres belges. On l’aima ; son œuvre devint presque populaire et\n le Théatre-Français l’accueillit. Daudet, de Goncourt, Mallarmé\n se disputaient ce causeur délicat dont la voix semblait ouatée de\n rêves.\n        Le discours d’Emile Verhaeren nous avait profondément remué.\n       Une parole flamande retentit alors, vibrante en sympathique.\n Gustave d’Hondt parla avec indignation de la Bruges ingrate et\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2305, "texte": "                                             -     43 -\n\n\n bourgeoise où sévit la « secte » flamingante qui refusa d’accueillir le\nmonument de Georges Rodenbach.\n       Tournay , berceau du Poète des Vies encloses, représentée par\n le D octeur D elangre, envoya, avec une gerbe de fleurs immaculées,\nson souvenir filial et pieux.\n      Enfin, — dans le silence absolu, — Firm in Van den Bosch, avec\n des paroles exquises, découvrit le cénotaphe où l’artiste a fixé la\n pensée du poète « oiseleur de rêves. » En sa retraite de Tronchiennes\n où s’isole, telle une'cellule, l’atelier du sculpteur anachorète,Georges\n Minne médite son œuvre déjà féconde. N ul, mieux que l’auteur de\nl' Homme blessé ne pouvait immatérialiser en du marbre l’attitude\nde ce triste hanté de souvenirs, l’âme séraphique de ce Ruysbroeck\nsongeur rem ué d’amoureuses nostalgies. Une femme accoudée dont\nle profit nimbé d’une ample chevelure émerge seul du sarcophage de\ngranit, regarde le Passé. L a simplicité sereine de l’œuvre ne touchera\nguère la m asse indifférente; elle s’étonnera peut-être, sans s’émou ­\nvoir. M ais le rêveur en quête de silence, l’amoureux des pâtines et\ndes grisailles s’arrêtera saisi de mystérieuses réminiscences, le visage\nde marbre s’animera, il entendra les lèvres closes psalmodier les vers\naériens gravés au bas du sarcophage :\n    Q u e lq u e chose de m o i, d a ns les villes d u n o rd ,\n    Q u e lq u e chose su rv it de plus fo rt q u e la m o rt,\n    Q u e lq u e chose d e m o i m e u rt déjà dans les clo ch es__\n\n       Rien ne manquait à cette cérémonie touchante dont le comité\n avait exclu le cérémonial coutumier. Même le discours de l’adminis­\n tration communale, représentée par son chef hiérarchique, fut sincère\n et exempt de patrocinante emphase.\n      Nous, les jeunes, qui reprenons le flambeau laissé par les ainés,\ndans cette course à l’Idéal au milieu des ténèbres, nousdéposons au\npied du monument de Georges Rodenbach l’offrande de notre admi­\nration.\n      Nous vénérons le souvenir du doux Poète du Silence, dont l ’œuvre\ngrande et loyale semble un chant d’outre-tombe, et que la Mort, sombre\nfileuse assise au Rouet des brumes, terrassa, une veille de Noël, en\nun éparpillement carillonnant de rêves...\n                                           Franz H E L L E N S\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-08-n3-008", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 44, "page_fin": 45, "titre_corps": "Pélérinage", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jules Bock", "ancre_debut": "PÉLÉRINAQE                                              A G eorges R o d e n b a c h     D an", "ancre_fin": "J ules B O C K", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Sonnet          Il me semble vous avoir v", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 49, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 1295, "texte": "PÉLÉRINAQE\n                                             A G eorges R o d e n b a c h\n\n\n\n\nD ans l'a b îm e fatal o ù m e u re n t les années,\nSe p ro d u isa ie n t au loin de v io len ts rem o u s,\nF a isa n t un b ru it pareil à celui des m arées.\nU n seul de ces flots n o irs a rriv a ju s q u ’à n o u s.\n\n\nIl p o rta it s’accro ch an t à sa cro u p e trem b la n te ,\nC o m m e u n e fo rm e h u m a in e , u n b ro u illa rd lu m in eu x ,\nO r l’a y a n t déposée en la cité F la m a n d e ;\nIl reflua v e rs l’in so n d ab le té n é b re u x .\n\n\n\n\nL a n u it en serre B ruge ainsi q u e d ’une m a n te,\nT o u t rep o se et to u t d o rt dans la grise C ité.\nE t d ans les carillons l’h e u re sonne p lu s lente\nC o m m e a lo u rd ie en l’angoissante o b sc u rité .\n\n\nE t v o ici to u t-à -c o u p , B ruges, q u e tu frissonnes,\nV o y a n t la fo rm e v ag u e élever ses b la n c h e u rs,\nG ra n d ir, se tra n sfo rm e r, p re n d re l’h a b it des nonnes\nE t v ers les A ngélus e r re r avec ses soeurs.\n\n\nA lo rs tu re c o n n u s so u s ces v o iles au stè re s\nL ’âm e de R o d e n b a c h rev en u e ici b as,\nP o u r re v iv re sa v ie en de p ie u x m y stères,\nP o u r re p re n d re sa G lo ire en q u i tu ne cru s pas.\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "                       — 45 —\n\nE t son pélérinage en tes m urs léthargiques\nChem ine lentement au bord de tes canaux,\nElle revoit tes ponts et tes beffrois tragiques\nEt tes cygnes plus blancs sur la noirceur des eaux.\n\n\nPu is elle v a devant la vieille cathédrale,\nD ’ où sortent les parfum s des m ystiques encens,\nE t dans le Béguinage à l’ ombre sépulcrale\nPleure le rêve enfui des jours adolescents.\n\n\n\n\nMais dans le soir songeur chantent les A n gelus.\nL a Nonne épique a fui cette Bruge oublieuse,\nCette « B r u g e s - l a - M o r t e » où rien ne l’émeut plus,\nCette Bruges, la M orte énorme et glorieuse.\n\n                                        J ules B O C K\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-08-n3-009", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 45, "page_fin": 45, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis de Casembroot", "ancre_debut": "Sonnet          Il me semble vous avoir v", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 50, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 695, "fin_caractere_exclue": 1351, "texte": "Sonnet\n         Il me semble vous avoir vue,\n         A illeu rs, il y a bien longtemps ;\n         V e r s m oi, n’ êtes-vous pas venue\n         A lo rs que j’ étais tout enfant !\n\n         U n soir, vou s m’ êtes apparue,\n          E t vou s penchant sur mon lit blanc,\n          Petite mignonne inconnue,\n          V ous m ’ avez em brassé, tremblant.\n\n          J ’ ai gardé de cette caresse,\n          Com m e un parfum pur de tendresse,\n          U n sou venir vague et très doux.\n\n          E t mon beau rêve continue\n          P u isq u e vous êtes revenue,\n          E t que je vis à vos genoux.\n\n                     Louis D e C A S E M B R O O T\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-08-n3-010", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 46, "page_fin": 48, "titre_corps": "Défense d’idées", "titre_sommaire": "Défense d’idées", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Pulings", "ancre_debut": "Défense d’idées      Dés l’instant où nous ent", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 51, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 2067, "texte": "Défense d’idées\n     Dés l’instant où nous entrâm es dans les Lettres, quelques\n personnes, que je veux croire bien intentionnées, s’alarm èrent\n et dénoncèrent notre intention de faire de la Littérature. Aussi,\n le prem ier numéro du Jeune E ffort avait-il à peine paru, qu’arri­\n vaient déjà les critiques les plus diverses. Chacun avait son\n mot à dire, chacun trouvait un défaut, tous ils étaient critiques,\n même et pour la plus grande partie, ceux qui n’y connais­\n saient rien. On alla même plus loin, on attaqua les idées et les\n opinions des auteurs, leurs croyances et leur foi. Pour beaucoup,\n notre publication était (et, perm ettez moi l’expression, elle est\n vraiment caractéristique) une vaste blague. Est-ce bien le mot\n du Monsieur bourgeois ? Aussi, l'expérience du Monsieur se\n révoltait-elle : \" Attention, jeunes gens, on crève de faim dans le\njourn a lism e; attention, tout le monde va rire ; attention, vous\n avez la prétendue intention de faire fi de la langue française».Mon\n cher Monsieur, nous n’avons pas fait cette revue pour gagner de\n l’argent, nous l’avons créée (comme le disait notre programme)\n pour nous faire connaître, nous, c’est-à-dire les inconnus, tous\n les artistes qui débutent. Le monde va rire, dites-vous. Eh bien !\n qu’il rie, si celà l’amuse. Il a si souvent ri à tort. Quand les\n premiers accents de la Littérature Belge ont résonné, s’en est-il\n moqué ; E t cependant, voyez comme il a eu tort. Voyez cette\n légion de talents que compte notre L ittérature nationale. E t\n cependant, on rit encore, quoique la L ittérature Belge se soit\n montrée et se m ontrera toujours, nous en sommes convaincus,\n à la hauteur de sa tâche, c’est-à-dire à l’égal de l’industrie et du\n commerce belge, et surtout, comme une rivale, en même temps,\n qu’une alliée de celle de France.\n     Quant à l’alarme que causa notre prétendue intention de\n faire fi de la langue française, il y a peut-être du vrai. Nous\n l’avons annoncé, nous ne nous piquons pas de snobisme, nous\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "                             — 47 —\n\n nedonnons la leçon à personne,... et cependant nous ne respec­\n tons pas le dictionnaire. Ecoutez, amis qui voulez bien nous\n défendre, adversaires qui nous attaquez faussement. A notre\n époque enthousiaste et folle, nous écrivons avec la fougue de\n notre jeunesse, et le bonheur que nous mettons à vivre. Aussi,\n l’on n e doit pas s’étonner si quelques fautes, quelques néologismes\n et erreurs de langage se sont glissés dans nos écrits. Alors que la\n nature qui se réveille, que la vie qui s’ouvre, venaient ensemble\n nous charmer, nous nous sommes laissés entraîner par elles, et\n nous avons écrit avec tr ansport et vivacité, nous jetant, fiévreux,\n dans les labeurs littéraires. Aussi, malgré les corrections et\nles recherches dans les lourds dictionnaires, nous avons laissé\npasser quelques fautes sans le savoir, exaltés que nous\nétions à la lecture de nos compositions et dans le libre\ncours de nos phrases pathétiques.\n    Nous tenons à dire tout cela, pour que les personnes\nqui s’intéressent à nos premiers essais (et elles sont nombreuses)\nnous pardonnent nos fautes, ainsi que les insolences, parfois\ninjustes, dont au cours des polémiques, nous nous rendîmes cou­\npables. Mais tout cela neveux pas dire, que no us sommes ici\npour inventer des mots, pour écrire comme cela nous plaît,\nrejetant règles et exemples. Oh ! non, loin de là.\n    La langue française ne date pas d’hier, elle est formée depuis\nlongtemps, elle a sa Littérature, et ses lois, et nous sommes\nles premiers à nous y soumettre. Aussi, quand les écrivains et\nartistes qui ont bien voulu nous témoigner leurs sympathies, quand\nles m aîtres qui sont venus nous encourager, nous m ontrèrent nos\nfautes, nous avons été les premiers à nous corriger pour l’avenir.\nLa langue française est une grande reine dont nous voulons\ndevenir les fidèles sujets ; c’est pour cela que nous apprenons\net tâchons de nous assimiler ses goûts, ses idées, ses formes, ses\nprincipes et ses règles, pour qu’elle nous aime et que nous soyons\nses enfants chéris. Qu’ils se détrompent donc, ceux qui nous\nprennent pour des révolutionnaires littéraires. Notre fidélité\nà la langue sera le critérium de nos croyances, cela nous le\nvoulons, parce que nos illustres prédécesseurs et m aîtres nous\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "                            -   4   8   —\n\n\n\n\nl'ont montré, chacun selon son goût. Le travail, c'est le génie,\na-t-on dit, et nous ajoutons que la connaissance de sa langue\nest aussi le génie. Dire qu'une littérature n’est pas composée\nuniquement de génies, c’est énoncer une proposition dont\nl’évidence est à jamais prouvée. Aussi, le mot génie n’est-il\ndécerné avec un assentiment unanime, qu’à de rares excep­\ntions, quoique, à notre époque, on prodigue avec tan t de\nfacilité, les mots de talent et de chef-d’œuvre.\n    Hugo, au XIXme siècle, fut reconnu universellement comme\nun grand génie, le génie de l’étendue de la conception. Mais\nbeaucoup d’autres écrivains, qui n’ont pas eu ce génie, en eurent\ncependant, mais de différentes sortes. Balzac eut celui de la pein­\nture exacte de la société de son temps, des différentes classes qui\nla composent,et des personnes qui peuplent ces classes. Beaude­\nlaire, celui de l’exitation au bien, par l’exagération du mal. Ver­\nhaeren, cet évocateur lyrique du machinisme moderne, en a\ncertainement, malgré toutes les haines méchantes et jalouses, a\ncelui de la vaste conception , comme Hugo dans La Légende des\nSiècles, de l'idée cherchée, de l’image neuve, du développement\ninattendu. Rodenbach a celui de Bruges. Lemonnier, le génie de\nromantisme belge. — Et celà dit sans amitié ou admiration indivi­\nduelle.— Tout écrivain peut avoir du génie ; c’est ce moment de la\ncomposition qui exalte l’artiste, lui suggère des pensées profondes,\ndes idées sublimes, des formes nouvelles. Le génie est de toutes\nles heures et de toutes les formes.\n    Mais, ce n’est pas, parce qu’un écrivain manque de génie,\nqu’il ne peut devenir un grand écrivain. Il peut posséder ce\ntalent extraordinaire qui approche du génie ; s’il vous charme\npar sa prose délicate ou par des vers harmonieux ou bien,\ndéfendant en un roman, avec vigueur et volonté, surtout\navec persévérance, une idée m aîtresse chez lui, cet écrivain a\ndu talent, et sera certainement un grand littérateur.\n    Voilà notre défense, et voilà notre espoir.\n    Amis, soyons parmi les favoris de la langue, pour en sortir\navec gloire, quoique entrés timidement.\n                                            G asto n P U L IN G S\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-08-n3-011", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 49, "page_fin": 50, "titre_corps": "Joyzelle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "JOYZEL L E     Auprès du grand succès d", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 54, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 1533, "texte": "JOYZEL L E\n    Auprès du grand succès de M onna Vanna,celui de Joyzelle\nfut plutôt minuscule. Et pourtant... Mais laissons cela. Paris\nest une jolie femme capricieuse. Il ne faut pas raisonner les\ncaprices des femmes. Et puis, somme toute, le dit caprice en\nl’occurence, ne fut point tout-a-fait injuste. Joyzelle est peu\nscénique, à cause, surtout, du personnage l ' A rielle invisible pour\ntous les acteurs,autres que M e rlin ; à cause aussi, d’un symbolisme\ntrès embrouillé qui, à la lecture attentive et lente, se peut plus ou\nmoins dégager, mais qui, à la scène, déconcerte, obsède, impa­\ntiente et déroute. Et les brumes de la légende, combattent, en\nce présent poême, la lumineuse harmonie de la Langue où fut\ncélébrée, de si admirable     manière, par ce flamand latinisé,\nLa Vie des Abeilles. C’est par la seule forme rythmée (à la façon\ndont Paul Fort chansonna les Ballades Françaises) que Joyzelle\ncette œuvre en vers, s’apparente à Monna Vanna, et les ama­\nteurs de classification, ne manqueront pas de déplorer, que cette\nlégende dramatique, n’ait paru avant le drame historique.\n    Joyzelle s’o ffre, en effet, comme le trait d’union entre\nMonna Vanna et le premier théâtre de Maeterlinck, celui, si\nangoissant et d’accent si neuf, si fort, si tragique, celui des\nAveugles, de l' Intruse, d’Intérieur,... celui que je serais tenté\nd’appeler son vrai théâtre, le théâtre duplus Maeterlinck.\n    Mais ce qui distingue Joyzelle de tous les autres drames du\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1688, "texte": "                            —   5 0   —\n\n\n\n\nplus latin (maintenant) des Gantois, c’est le dénouement heureux\nde cette amoureuse aventure. Jusqu’ici le fa tu m (non moins ib­\nsénien que mahométan) avait empêché toutes les princesses de\nMaeterlinck, de voguer sur l’eau bleue du rêve, avec le con­\nfiant espoir des iinmarcescibles bonheurs. Toujours le malheur\ns'abattait fréoce, aveugle, farouche, inconscient eût-on dit,\ncomme la lave et les cyclones — toujours le m alheur s’abattait,\nprécoce, sur les amours inexaucées.\n     Dans Joyzelle, Lancéor, l’aimé de Joyzelle, ayant subi les\npires épreuves imposées par son père, Merlin l’Enchanteur,\nvoit son am our, récompensé ; et l’intrépidité de ceux qui\ns’aiment reçoit ainsi, du légendaire, un éloge qui semble\nheureux de pouvoir enfin s'avouer.\n     De ce dénoûement, qui marque une étape décisive vers\nl’optimisme dans l’œuvre de Maeterlinck, on peut conclure que,\npour l’admirable styliste et l’idéologue un peu fuyant du Trésor\ndes Humbles et de La Sagesse et la Destinée, le sort humain se\npeut lui-même choisir, pour autant qu’il triomphe des forces\ninconnues.\n     Et voici que l’auteur de Joyzelle revient à la doctrine chré­\ntienne de la liberté individuelle,éprouvée p ar la Providence. Mais\ncelà manque de certitude, parceque ce n’est pas exprimé avec\nla force du dogme chrétien, parce qu’au lieu d’être bâti sur la\nPierre angulaire — soutien de tout l’édifice m oral — c’est écrit\nmerveilleusement, certes, mais presque vainement, hélas,— sur\nle sable de ces plages païennes où, jadis, s’est joué des hommes,\nsous les traits de Merlin, Satan, le vieil enchanteur.\n                                     G e o r g e s RÀMAEKERS\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 38, "texte": "              J\n               eune                                              fort\n                                                                    E\n\n         M arch er franc dans la v ie,\n     e t d ire ce q u ’on pense.\n\n\n\n\n                          S O M M A I R E\n             Georges Rodenbach\n                                                    G a s t o n PULINGS\n             A Georges Rodenbach\n                                                    A r m a n d DEPRINS\n             La Religieuse\n                                                 H e n r i VALEREDO\n             La Fête Rodenbach,\n                                                     F r a n z HELLENS\n             Pélérinage\n                                                            J ules BO CK\n             Sonnet\n                          Louis d e CASEMBROOT\n            Défense d’idées\n                                    G a s t o n PULINGS\n            Joyzelle\n                           G e o r g e s RAM AEKERS\n\n\n                E . M A U R A U , I m p r im e u r - E d i t e u r\n                        G ra n d -S a b l on,   19, B R U X E L L E S\n\n\n\n\n            P r e m iè r e                                      Août\n                                                3\n                      A n n ée                                          1903\n\n\nN u m é ro exceptionnel à R od en bach : 3 0 centim es\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "                                  — 34 —\n\n\n\n               JEUNE EFFORT\nME N S U E L        D’A R T         ET      DE        LITTÉRATURE\n\n          ORGANE DES JEUNES OUVERT A TOUS\n\n                 Paraissant le 1 er de chaque mois\n\n          Sera publié par souscriptions volontaires\n\n Fondateurs : G. P u l i n g s     - J. B o c k   -   L. d e C a s e m b r o o t\n\n                                 F. Bo r d ie r\n\n\n\nRédaction et Administration :\n                5 , R u e du C o u v e n t ,             Ix El l e s - B r u x e l l e s\n\n\n\n     T out e souscription d ’au moins 2 francs donne droit à\nun service de douze numéros.\n\n\n     Il sera    rendu compte de tout ouvrage littéraire ou\nartistique que nous recevrons.\n\n     Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus.\n\n\n     La R e v u e laissant la plus grande liberté à ses collabo­\nrateurs, ne prend pas la responsabilité des articles q u ’elle\ninsère.\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                                 35\n\n\n\n\n           GEORGES RODENBACH\n      Georges Rodenbach. En ce jour de gloire et de splendeur,\n en ce jour où la cendre du passé se remue et s’en va emportée\n p a rle vent vers les horizons du monde, nous venons, nous les\n jeunes, offrir à notre m aître enlevé trop tô t à notre estime,\n nos marques de croyance et d’attachem ent à ses œuvres.\n      Le poète de Bruges aima, dès sa plus tendre enfance, celle qui\n allait l’enliser de l’amour du souvenir et de la tristesse. Enfant,\n jeune homme, il allait dans ses rues solitaires, dans ses parcs\n endormis, le long le ses canaux silencieux, où vogue, majestueuse­\n ment, le cygne dont le sillage seul trouble l’eau. Il apprit dans sa\njeunesse, l’am our des choses passées, tombées eh désuétude, et,\nplus il grandissait, plus cet am our s’accrut, au milieu des demeu­\n res ancestrales dont chaque pierre est un livre de souvenirs,\nrappelant l’âge de la gloire, l’époque de la prospérité.\n     Mais il ne l’aimait pas, cette époque, il voulait Bruges la\nmorte.\n     Et, fidèle sujet, il ne l’oublia point.\n     Aussi cette fidélité, est-elle pour Rodenbach, le plus beau\ntitre de gloire, c’est son auréole d’immortalité. Peut-on pen­\nser à Bruges sans penser à Rodenbach;\n     L'œuvre de Rodenbach fut grande et unie. Toujours il\nparla de la ville qu’il aimait, de la ville de ses prem iers âges.\n     Et dans cette étude de Bruges, il alla jusqu’au bout. Il met\nen remarque, le plus petit détail ; il décrit les habitants de\nla cité flamande. Ses premiers vers y racontent quelques\nsimples cérémonies, comme elles se passent là, silencieuses et\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "                                   —     3 6   —\n\n\n\n\n vieillotes, recueillies et pieuses. Il chante les premiers commu­\n niants. Mais la nostalgie de la ville le reprend, il pense à la\nm ort. Oh ! ces enfants si blancs — blanc, linceuil — et Roden­\n bach rêve, pleure. Il entre dans la vie brugeoise, chez l’ami où\nl’on se réunit le soir pour causer, il prend parmi eux un héros,\nle suit dans ses péripéties, et voici le C arillonnent. Mais Bruges\ncomme toute ville a son monde, voici la femme, l’actrice\nque rencontre Hugues, il pense à sa femme, le portrait de la\nmorte, Bruges-laMorte. E t il la suit à travers Bruges : « Mélancolie\nde ce gris des rues de Bruges, on tous les jours ont l’air d e la Tous­\nsaint! Ce gris comme fait avec le blanc des coiffes de religieuses,\net le noir des soutanes des prêtres, d’un passage incessant, ici et\ncontagieux. Mystère de ce gris d’un demi-deuil éternel ». Il aime\nla ville et son héros Hugues ne peut s’empêcher de l’admirer. «Car\npartout les façades, au long des rues, se nuancent à l’infini: les unes\nsont d’un badigeon vert pâle, ou de briques fanées, rejoin­\ntoyées de blanc ; mais, tout à côté, d’autres sont noires,\nfusains sévères, eaux fortes brûlées, dont les encres y remédient,\ncompensent les tons voisins un peu clairs ; et de l’ensemble,\nc'est quand même du gris qui émane, flotte, se propage au fil\ndes murs alignés comme des quais ». Et son béguinage, l’a-t-il\naimé ; cette toile d'araignée en pierre, comme il l’a décrite,\navec ses cérémonies ! Comme un peintre littéraire qu’il était;\nson lac d’amour, où il a tan t souffert, l’am our déçu, Saint-\nSauveur où il est venu prier pour les absentes ?\n             L e soir, quand je m’ en v a is le long des rues\n             V ers les taubourgs pour v o ir le soleil se coucher,\n             J e sens autour de m oi, mes deux sœurs disparues\n             Com m e des oiseaux blancs, autour d’ un noir clocher.\n\n    Georges Rodenbach, tu aimas les choses tristes, les amours\npassées, eh bien ! qu’en remémorant au monde ton nom, par\nl'élévation de ton monument, puissent tous ceux qui ont un\ncœur pour aimer et u n e âme pour sentir, ne t’oublier jamais.\n                                    G a s t o n PULINGS.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                              —   37 -\n\n\n\n\n       A Georges Rodenbach\n\n     La ville que tu chantas, ô Rodenbach, n’a pas voulu de toi ;\nelle ne veut pas que ton image, douce et finement bienveillante,\nse dresse dans le cadre des antiques et ancestrales demeures\ndes brugeois de siècles disparus. C’est une autre ville de Flandre\nqui gardera clos en ses murs ton souvenir matérialisé, c’est à\nGand que tu revivras en marbre.\n     Et peut-être en est-il mieux ainsi : c’était vrai, on pouvait\nautrefois dire Bruges la morte ; m aintenant elle n’es! plus qu’en­\ndormie ; elle se réveille. Il vaut mieux que tu gardes intact le\nsouvenir de celle qui fu t morte e t qui, plus jamais ne revêtiras le\ncharme des années de repos, de silence ; il vaut mieux que sous\ntes paupières de m arbre s’évoquent les visions d'antan:\n     Dans la cité vieille où planent des visions héroïques où flottent\ndes fantômes charmants, glissent les canaux silencieux et lents\nque rideront parfois les cygnes aux ailes de neige, tandis que\ndu haut beffroi tom beront très cristallines et très surannées les\nnotes de perle du carillon vieux.... Elles coulent les eaux sombres\nreflétant les pignons et les tourelles, se faufilant le long des quais\naux noms archaïques, bordés de façades revêtues de leurs den­\ntelles de pierre        Elles coulent les eaux médiévales dans la\ngrande paix dont s’enveloppe la ville somnolente.... Elles passent\nsous les ponts voûtés, fatigués d’un long service, elles passent\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                             -   3 8   -\n\n\n\n\nprès du Béguinage dont le pont frêle mire ses trois arches dans\nl'onde caressante qui baigne ses piliers.....\n     E t le Béguinage avec ses petits rideaux tirés, semble une\nautre petite ville endormie au sein de la grande ville dormeuse,\nenfouie dans un silence attendrissant que seule trouble la\nclochette argentine qui sonne les enterrements, ou les cantiques\néchappés p ar l’entrebaillement du portail de la chapelle, les\ncantiques des petites béguines vieillotes chantés par de vieil­\nlotes petites voix tremblotantes, voix fanées, montant vers les\nvoûtes dans le grésillement des cierges, parmi le vol figé,\nimmuable, d’un essaim de coiffes blanches. L'eau tressaille\nsous les ondes pieusement sonores des hymnes de grâce,\net s'en va porter un souffle de leur confuse rum eur au\nlac d’am our, le Minnewater, le lac où l’on aime, où la brise\nsaline vient du large apporter l e m urmure de la mer berceuse.\nLes peupliers du bord inclinent la tête sous la caresse de son\nsouffle en agitant doucement leur verte ram ure frémissante\ntandis que sur le lac où court un frisson, les nénuphars\nouvriront leur cœur d’or et d’argent, cœur d’amants des autres\nâges,... venus.... en pourpoint de velours, en robe de brocart\nchanter leurs amours près de cette eau où l'on aime et qui leur\nmontrait dans son cristal immobile un couple enlacé, aux che­\nvelures mêlées, les mains unies, les paupières closes sous le\nrythm e ennivrant des longs baisers prom etteurs d’extase.....\n     Au ciel roulent les gros nuages de Hollande, les gros nuages\nd'ouate, tantôt ondoyants comme la barbe fluviale des vieux\nmendiants d'églises, tantôt ballonnés, arrondis, moelleux comme\ndes coussins nonchalants aux fossettes grises et blanches.\n     Mais la grande féerie évocatrice du passé, c’est quand le\nsoleil flambant illumine l’antique cité, les jours de procession :\nc’est p ar les rues tortueuses une profusion d’oriflammes agitées,\nde bannières éclatantes, de semis de pierreries aux éclairs\ndiaprés, d’orfrois brodés par des doigts de fée ; et tout cela rutile\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "                            — 39 —\n\n et, s’avance doucement comme un flot éblouissant de couleurs\n et de lumières d’où émergent les châsses, les saints et les dais\n pourprés; des cantiques naïfs et suaves s’élèvent, baignant\n l’atmosphère de leur harmonie angélique, parfumés d’encens\n bleus qui poussés par une brise de rêve, vogueront vers Gand,\n vers une statue, en nuages diaphanes, faits d’un peu d ’azur\n embaumé et s’enrouleront autour d’un piédestal en volutes\n odorantes....\n       Bientôt cet enchantement s’évanouira et le soleil rouge,\n embué de vapeurs s’effacera derrière les voiles de brumes, les\n rideaux de brouillards. Tout s’enveloppera dans l’ombre indécise;\n la pluie fine et pénétrante, froide et susurrante enlacera la ville\n de ses mailles serrées, la couvrant d’une, mantille de grisaille,\n d’une continuelle et incessante bruine où chavirent les clochers\n et les tourelles estompés de mystère. Alors c’est de nouveau\n le grand silence, que seule déchirera la voix du bourdon de la\ncathédrale ou l’heure lente qui, du beffroi, tombe implacable\nsur les toits mornes et impassibles, l’heure lourde et grave\nqu’accompagne le tremblottem ent du carillon frêle.... Et les\n brugeoises passent, trottinant, sans mot dire, encapuchon­\nnées dans leur mante sombre, semblables à la ville, comme\ndes effigies réduites, des miniatures fidèles de la paisible\ndormeuse...\n       C’en est fait de tout cela...\n      Un jour viendra, qui n’est pas éloigné où la Belle s’é­\nveillera comme dans la légende ; les habitants frotteront\nleurs yeux gros d’une léthargie séculaire et la mer infidèle\nqui les abandonna retirant avec elle la vie, l’activité, la ri­\nchesse, la mer échappée, ils la reprendront, la forceront à\ns’engouffrer dans un estuaire et à revenir à Bruges. Alors\nles sirènes stridentes déchireront l’air calme de leurs sinistres\nappels, des machines ronflantes secoueront le sol de trépida­\ntions convulsives, et dans la banlieue envahie, au lieu des\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": "                            — 40 —\n\n gracieux moulins à vent qui, sur leur butte de vert gazon,\n agitaient gracieusement les bras dans le vent frais, s’élèveront\n d ’énorm es et insolentes cheminées d’usine, narguant les tours\n des majestueuses églises, en vomissant des flots compacts de\n fumée noire et empestée...\n      C’en est fait Rodenbach, de ces bonnes vieilles choses que\ntu aimais tant, où ton esprit flotte parmi les recoins et les\n om bres... C’en est fait de toutes les vaillantes reliques du\n passé vivant dans un présent mort. Le passé disparu revivra dans\nle présent ressuscité, mais avec toute la sécheresse et la platitude\nde la moderne industrie, âpre au gain, trop insouciante de\nla beauté sacrée des anciens âges. Mais c’est la loi inélucta­\nble du progrès sans cesse grandissant, l’envahisseur au pas\nde géant, semeur infatigable de germes nouveaux, toujours\nrécompensé, heureusement, de bienfaisantes et amples mois­\nsons, mais impitoyable faucheur des antiques traditions.\n      Aussi Rodenbach, repose loin de Bruges, car bientôt elle\nne sera plus ce qu’elle fut à f es yeux enchantés, l’évocatrice des\ntemps enfouis; elle ne sera plus l’asile où tu aimais à rêver\nindéfiniment le long des qua is mélancoliques, bordés de canaux\no s’allongent les clochers et c’est pourquoi il vaut mieux que\ntu ne sois pas le témoin de sa déchéance poétique dans son\nrelèvement m ercantile; c’est pourquoi il vaut mieux que tu\nconserves loin d’elle, le souvenir de la ville humaine somnolen­\nte, telle que tu l’aimas, idéale comme tu la chantas, Bruges-\nla-Morte qui dès lors m ourra sans retour, Bruges, morte deux\nfois, disparue sans espoir, puisque ce sera une autre cité, avec\nune autre âme, un autre visage, une autre vie qui renaîtra de\nses cendres à jamais envolées...\n                                      A rm and D E P R I N S\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "                                     —     41 —\n\n\n                         La Religieuse\n               L e m ystique battant du cloître s’ est fermé,\n               L a vierge est à jam ais, pieuse, ensevelie,\n               Et le monde qu’ hier elle avait tant aimé,\n               Dans ses grands yeu x pâlis fuit en un rêve impie.\n\n               F ace pensive et triste, elle erre en priant Dieu ;\n               L e cilice tout noir qui cache sa jeunesse\n               Est comme un deuil, trop vite accouru pour l’ adieu,\n               Que, défaillante, un soir, soupira sa détresse.\n\n\n               Près d’ un vitrail blafard, frolant, l’ autel sacré,\n               L es mains jointes, le front déchiré sous les rides,\n              Une form e surgit comme un spectre effaré,\n              E t l’ on voit deux grands yeu x,d eu x y eu x déçus et vides.\n\n                                         H en ri   VALERED O\n\n                                            -----------\n\n\n\n\n          L a F ê te R o d e n b a c h\n                                    A      GAND\n\n        (Correspondance particulière du J e u n e E f f o r t )\n\n      Ce fut une manifestation émue autour de ce monument de\nRésurrection, dont le symbolisme large immortalise le poète de la sen­\nsibilité flamande. Comme son œuvre, le nom de Georges Rodenbach\nrecherche le silence pieux de la méditation, le recueillement des nefs,\nou des corridors de béguinages, où le pas des recluses semble l’égrène\nment d’un rosaire mélodique et discret.\n      L e souffle du poète remuait hier les restes de l ’ancien béguinage,\nce reliquaire dont l’âme s'est envolée avec les cloches et toutes les\nchoses vieilles et fanées dont on ne parle plus. Dans l ’activité triviale\nd’une brasserie et l’embourgeoisement mesquin des boutiques, peu à\npeu, disparaissent les souvenirs de la villette mystique où, dans la paix\nd’autrefois, s’élaborait un travail de guipure et de prière.\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "                               — 42 —\n\n\n      Derrière l’église délaissée des cornettes, dans un square où la\nverdure dispute un reste de silence, tandis que, découverts, les amis\nde Rodenbach faisaient cercle, Emile Verhaeren parla. Bien que les\ndiscours officiels n’aient guère le privilège de convaincre ni d’émouvoir,\ncette parole à l’allure nerveuse, au rythme martelé, fut un hommage\ntouchant à la mémoire du Poète et de l’Ami. Il évoqua les débuts,\ndans la rigidité claustrale du collège Sainte-Barbe, où tous deux, de\nconserve, penchés sur Lamartine, cherchaient le secret de la muse.\n       Puis, plus tard, l’exil à Paris où s’affina son talent très personnel.\n       Georges Rodenbach ne renia point sa patrie.\n       Ame nostalgique et songeuse jusqu’à l’éréthysme, elle voulut\ns’isoler du panorama brumeux, le revoir à travers un prisme, au fond\nde la solitude. Ainsi, la poussière des vieux quais, le tintement des\n cloches, le bruissement des ouvroirs lui apparurent poétisés par\nl’éloignement.\n       Il ne voulait guère décrire sa Bruges, il voulait « la rêver ! »\n D’ailleurs, l’œuvre de Rodenbach est bien flamande. Ce primitif s’ap­\nparente aux Memling, aux Van Eyck que Bruges récemment glorifia.\n Son œuvre reconstitue tout un passé de vitraux et de retables.\n       Parmi les pionniers de nos jeunes lettres belges, Georges Roden­\n bach se révéla de bonne heure, comme le plus vaillant et le plus\n éloquent. Il fut un batailleur ; à ses côtés luttaient Charles De Coster,\n Pirmez, Lemonnier. Il a laissé du premier un souvenir ému dans\n l'A r t en E xil.\n       Il s’exprime « avec flamme et colère », s’efforce, à l’époque\n héroïque de la Jeune Belgique, de rompre les entraves traditionnel­\n les, de déraciner le vieux saule lacrymatoire, dont l’ombre couviait\n la désuète Académie. Le premier, il porta en France le renom de\n nos lettres belges. On l’aima ; son œuvre devint presque populaire et\n le Théatre-Français l’accueillit. Daudet, de Goncourt, Mallarmé\n se disputaient ce causeur délicat dont la voix semblait ouatée de\n rêves.\n        Le discours d’Emile Verhaeren nous avait profondément remué.\n       Une parole flamande retentit alors, vibrante en sympathique.\n Gustave d’Hondt parla avec indignation de la Bruges ingrate et\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                                             -     43 -\n\n\n bourgeoise où sévit la « secte » flamingante qui refusa d’accueillir le\nmonument de Georges Rodenbach.\n       Tournay , berceau du Poète des Vies encloses, représentée par\n le D octeur D elangre, envoya, avec une gerbe de fleurs immaculées,\nson souvenir filial et pieux.\n      Enfin, — dans le silence absolu, — Firm in Van den Bosch, avec\n des paroles exquises, découvrit le cénotaphe où l’artiste a fixé la\n pensée du poète « oiseleur de rêves. » En sa retraite de Tronchiennes\n où s’isole, telle une'cellule, l’atelier du sculpteur anachorète,Georges\n Minne médite son œuvre déjà féconde. N ul, mieux que l’auteur de\nl' Homme blessé ne pouvait immatérialiser en du marbre l’attitude\nde ce triste hanté de souvenirs, l’âme séraphique de ce Ruysbroeck\nsongeur rem ué d’amoureuses nostalgies. Une femme accoudée dont\nle profit nimbé d’une ample chevelure émerge seul du sarcophage de\ngranit, regarde le Passé. L a simplicité sereine de l’œuvre ne touchera\nguère la m asse indifférente; elle s’étonnera peut-être, sans s’émou ­\nvoir. M ais le rêveur en quête de silence, l’amoureux des pâtines et\ndes grisailles s’arrêtera saisi de mystérieuses réminiscences, le visage\nde marbre s’animera, il entendra les lèvres closes psalmodier les vers\naériens gravés au bas du sarcophage :\n    Q u e lq u e chose de m o i, d a ns les villes d u n o rd ,\n    Q u e lq u e chose su rv it de plus fo rt q u e la m o rt,\n    Q u e lq u e chose d e m o i m e u rt déjà dans les clo ch es__\n\n       Rien ne manquait à cette cérémonie touchante dont le comité\n avait exclu le cérémonial coutumier. Même le discours de l’adminis­\n tration communale, représentée par son chef hiérarchique, fut sincère\n et exempt de patrocinante emphase.\n      Nous, les jeunes, qui reprenons le flambeau laissé par les ainés,\ndans cette course à l’Idéal au milieu des ténèbres, nousdéposons au\npied du monument de Georges Rodenbach l’offrande de notre admi­\nration.\n      Nous vénérons le souvenir du doux Poète du Silence, dont l ’œuvre\ngrande et loyale semble un chant d’outre-tombe, et que la Mort, sombre\nfileuse assise au Rouet des brumes, terrassa, une veille de Noël, en\nun éparpillement carillonnant de rêves...\n                                           Franz H E L L E N S\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "                            — 44 —\n\n\n\n\n            PÉLÉRINAQE\n                                             A G eorges R o d e n b a c h\n\n\n\n\nD ans l'a b îm e fatal o ù m e u re n t les années,\nSe p ro d u isa ie n t au loin de v io len ts rem o u s,\nF a isa n t un b ru it pareil à celui des m arées.\nU n seul de ces flots n o irs a rriv a ju s q u ’à n o u s.\n\n\nIl p o rta it s’accro ch an t à sa cro u p e trem b la n te ,\nC o m m e u n e fo rm e h u m a in e , u n b ro u illa rd lu m in eu x ,\nO r l’a y a n t déposée en la cité F la m a n d e ;\nIl reflua v e rs l’in so n d ab le té n é b re u x .\n\n\n\n\nL a n u it en serre B ruge ainsi q u e d ’une m a n te,\nT o u t rep o se et to u t d o rt dans la grise C ité.\nE t d ans les carillons l’h e u re sonne p lu s lente\nC o m m e a lo u rd ie en l’angoissante o b sc u rité .\n\n\nE t v o ici to u t-à -c o u p , B ruges, q u e tu frissonnes,\nV o y a n t la fo rm e v ag u e élever ses b la n c h e u rs,\nG ra n d ir, se tra n sfo rm e r, p re n d re l’h a b it des nonnes\nE t v ers les A ngélus e r re r avec ses soeurs.\n\n\nA lo rs tu re c o n n u s so u s ces v o iles au stè re s\nL ’âm e de R o d e n b a c h rev en u e ici b as,\nP o u r re v iv re sa v ie en de p ie u x m y stères,\nP o u r re p re n d re sa G lo ire en q u i tu ne cru s pas.\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                       — 45 —\n\nE t son pélérinage en tes m urs léthargiques\nChem ine lentement au bord de tes canaux,\nElle revoit tes ponts et tes beffrois tragiques\nEt tes cygnes plus blancs sur la noirceur des eaux.\n\n\nPu is elle v a devant la vieille cathédrale,\nD ’ où sortent les parfum s des m ystiques encens,\nE t dans le Béguinage à l’ ombre sépulcrale\nPleure le rêve enfui des jours adolescents.\n\n\n\n\nMais dans le soir songeur chantent les A n gelus.\nL a Nonne épique a fui cette Bruge oublieuse,\nCette « B r u g e s - l a - M o r t e » où rien ne l’émeut plus,\nCette Bruges, la M orte énorme et glorieuse.\n\n                                        J ules B O C K\n\n\n\n\n                     Sonnet\n         Il me semble vous avoir vue,\n         A illeu rs, il y a bien longtemps ;\n         V e r s m oi, n’ êtes-vous pas venue\n         A lo rs que j’ étais tout enfant !\n\n         U n soir, vou s m’ êtes apparue,\n          E t vou s penchant sur mon lit blanc,\n          Petite mignonne inconnue,\n          V ous m ’ avez em brassé, tremblant.\n\n          J ’ ai gardé de cette caresse,\n          Com m e un parfum pur de tendresse,\n          U n sou venir vague et très doux.\n\n          E t mon beau rêve continue\n          P u isq u e vous êtes revenue,\n          E t que je vis à vos genoux.\n\n                     Louis D e C A S E M B R O O T\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                              -   46 -\n\n\n\n\n                    Défense d’idées\n     Dés l’instant où nous entrâm es dans les Lettres, quelques\n personnes, que je veux croire bien intentionnées, s’alarm èrent\n et dénoncèrent notre intention de faire de la Littérature. Aussi,\n le prem ier numéro du Jeune E ffort avait-il à peine paru, qu’arri­\n vaient déjà les critiques les plus diverses. Chacun avait son\n mot à dire, chacun trouvait un défaut, tous ils étaient critiques,\n même et pour la plus grande partie, ceux qui n’y connais­\n saient rien. On alla même plus loin, on attaqua les idées et les\n opinions des auteurs, leurs croyances et leur foi. Pour beaucoup,\n notre publication était (et, perm ettez moi l’expression, elle est\n vraiment caractéristique) une vaste blague. Est-ce bien le mot\n du Monsieur bourgeois ? Aussi, l'expérience du Monsieur se\n révoltait-elle : \" Attention, jeunes gens, on crève de faim dans le\njourn a lism e; attention, tout le monde va rire ; attention, vous\n avez la prétendue intention de faire fi de la langue française».Mon\n cher Monsieur, nous n’avons pas fait cette revue pour gagner de\n l’argent, nous l’avons créée (comme le disait notre programme)\n pour nous faire connaître, nous, c’est-à-dire les inconnus, tous\n les artistes qui débutent. Le monde va rire, dites-vous. Eh bien !\n qu’il rie, si celà l’amuse. Il a si souvent ri à tort. Quand les\n premiers accents de la Littérature Belge ont résonné, s’en est-il\n moqué ; E t cependant, voyez comme il a eu tort. Voyez cette\n légion de talents que compte notre L ittérature nationale. E t\n cependant, on rit encore, quoique la L ittérature Belge se soit\n montrée et se m ontrera toujours, nous en sommes convaincus,\n à la hauteur de sa tâche, c’est-à-dire à l’égal de l’industrie et du\n commerce belge, et surtout, comme une rivale, en même temps,\n qu’une alliée de celle de France.\n     Quant à l’alarme que causa notre prétendue intention de\n faire fi de la langue française, il y a peut-être du vrai. Nous\n l’avons annoncé, nous ne nous piquons pas de snobisme, nous\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                             — 47 —\n\n nedonnons la leçon à personne,... et cependant nous ne respec­\n tons pas le dictionnaire. Ecoutez, amis qui voulez bien nous\n défendre, adversaires qui nous attaquez faussement. A notre\n époque enthousiaste et folle, nous écrivons avec la fougue de\n notre jeunesse, et le bonheur que nous mettons à vivre. Aussi,\n l’on n e doit pas s’étonner si quelques fautes, quelques néologismes\n et erreurs de langage se sont glissés dans nos écrits. Alors que la\n nature qui se réveille, que la vie qui s’ouvre, venaient ensemble\n nous charmer, nous nous sommes laissés entraîner par elles, et\n nous avons écrit avec tr ansport et vivacité, nous jetant, fiévreux,\n dans les labeurs littéraires. Aussi, malgré les corrections et\nles recherches dans les lourds dictionnaires, nous avons laissé\npasser quelques fautes sans le savoir, exaltés que nous\nétions à la lecture de nos compositions et dans le libre\ncours de nos phrases pathétiques.\n    Nous tenons à dire tout cela, pour que les personnes\nqui s’intéressent à nos premiers essais (et elles sont nombreuses)\nnous pardonnent nos fautes, ainsi que les insolences, parfois\ninjustes, dont au cours des polémiques, nous nous rendîmes cou­\npables. Mais tout cela neveux pas dire, que no us sommes ici\npour inventer des mots, pour écrire comme cela nous plaît,\nrejetant règles et exemples. Oh ! non, loin de là.\n    La langue française ne date pas d’hier, elle est formée depuis\nlongtemps, elle a sa Littérature, et ses lois, et nous sommes\nles premiers à nous y soumettre. Aussi, quand les écrivains et\nartistes qui ont bien voulu nous témoigner leurs sympathies, quand\nles m aîtres qui sont venus nous encourager, nous m ontrèrent nos\nfautes, nous avons été les premiers à nous corriger pour l’avenir.\nLa langue française est une grande reine dont nous voulons\ndevenir les fidèles sujets ; c’est pour cela que nous apprenons\net tâchons de nous assimiler ses goûts, ses idées, ses formes, ses\nprincipes et ses règles, pour qu’elle nous aime et que nous soyons\nses enfants chéris. Qu’ils se détrompent donc, ceux qui nous\nprennent pour des révolutionnaires littéraires. Notre fidélité\nà la langue sera le critérium de nos croyances, cela nous le\nvoulons, parce que nos illustres prédécesseurs et m aîtres nous\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                            -   4   8   —\n\n\n\n\nl'ont montré, chacun selon son goût. Le travail, c'est le génie,\na-t-on dit, et nous ajoutons que la connaissance de sa langue\nest aussi le génie. Dire qu'une littérature n’est pas composée\nuniquement de génies, c’est énoncer une proposition dont\nl’évidence est à jamais prouvée. Aussi, le mot génie n’est-il\ndécerné avec un assentiment unanime, qu’à de rares excep­\ntions, quoique, à notre époque, on prodigue avec tan t de\nfacilité, les mots de talent et de chef-d’œuvre.\n    Hugo, au XIXme siècle, fut reconnu universellement comme\nun grand génie, le génie de l’étendue de la conception. Mais\nbeaucoup d’autres écrivains, qui n’ont pas eu ce génie, en eurent\ncependant, mais de différentes sortes. Balzac eut celui de la pein­\nture exacte de la société de son temps, des différentes classes qui\nla composent,et des personnes qui peuplent ces classes. Beaude­\nlaire, celui de l’exitation au bien, par l’exagération du mal. Ver­\nhaeren, cet évocateur lyrique du machinisme moderne, en a\ncertainement, malgré toutes les haines méchantes et jalouses, a\ncelui de la vaste conception , comme Hugo dans La Légende des\nSiècles, de l'idée cherchée, de l’image neuve, du développement\ninattendu. Rodenbach a celui de Bruges. Lemonnier, le génie de\nromantisme belge. — Et celà dit sans amitié ou admiration indivi­\nduelle.— Tout écrivain peut avoir du génie ; c’est ce moment de la\ncomposition qui exalte l’artiste, lui suggère des pensées profondes,\ndes idées sublimes, des formes nouvelles. Le génie est de toutes\nles heures et de toutes les formes.\n    Mais, ce n’est pas, parce qu’un écrivain manque de génie,\nqu’il ne peut devenir un grand écrivain. Il peut posséder ce\ntalent extraordinaire qui approche du génie ; s’il vous charme\npar sa prose délicate ou par des vers harmonieux ou bien,\ndéfendant en un roman, avec vigueur et volonté, surtout\navec persévérance, une idée m aîtresse chez lui, cet écrivain a\ndu talent, et sera certainement un grand littérateur.\n    Voilà notre défense, et voilà notre espoir.\n    Amis, soyons parmi les favoris de la langue, pour en sortir\navec gloire, quoique entrés timidement.\n                                            G asto n P U L IN G S\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                               - 49 -\n\n\n\n\n                    JOYZEL L E\n    Auprès du grand succès de M onna Vanna,celui de Joyzelle\nfut plutôt minuscule. Et pourtant... Mais laissons cela. Paris\nest une jolie femme capricieuse. Il ne faut pas raisonner les\ncaprices des femmes. Et puis, somme toute, le dit caprice en\nl’occurence, ne fut point tout-a-fait injuste. Joyzelle est peu\nscénique, à cause, surtout, du personnage l ' A rielle invisible pour\ntous les acteurs,autres que M e rlin ; à cause aussi, d’un symbolisme\ntrès embrouillé qui, à la lecture attentive et lente, se peut plus ou\nmoins dégager, mais qui, à la scène, déconcerte, obsède, impa­\ntiente et déroute. Et les brumes de la légende, combattent, en\nce présent poême, la lumineuse harmonie de la Langue où fut\ncélébrée, de si admirable     manière, par ce flamand latinisé,\nLa Vie des Abeilles. C’est par la seule forme rythmée (à la façon\ndont Paul Fort chansonna les Ballades Françaises) que Joyzelle\ncette œuvre en vers, s’apparente à Monna Vanna, et les ama­\nteurs de classification, ne manqueront pas de déplorer, que cette\nlégende dramatique, n’ait paru avant le drame historique.\n    Joyzelle s’o ffre, en effet, comme le trait d’union entre\nMonna Vanna et le premier théâtre de Maeterlinck, celui, si\nangoissant et d’accent si neuf, si fort, si tragique, celui des\nAveugles, de l' Intruse, d’Intérieur,... celui que je serais tenté\nd’appeler son vrai théâtre, le théâtre duplus Maeterlinck.\n    Mais ce qui distingue Joyzelle de tous les autres drames du\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "                            —   5 0   —\n\n\n\n\nplus latin (maintenant) des Gantois, c’est le dénouement heureux\nde cette amoureuse aventure. Jusqu’ici le fa tu m (non moins ib­\nsénien que mahométan) avait empêché toutes les princesses de\nMaeterlinck, de voguer sur l’eau bleue du rêve, avec le con­\nfiant espoir des iinmarcescibles bonheurs. Toujours le malheur\ns'abattait fréoce, aveugle, farouche, inconscient eût-on dit,\ncomme la lave et les cyclones — toujours le m alheur s’abattait,\nprécoce, sur les amours inexaucées.\n     Dans Joyzelle, Lancéor, l’aimé de Joyzelle, ayant subi les\npires épreuves imposées par son père, Merlin l’Enchanteur,\nvoit son am our, récompensé ; et l’intrépidité de ceux qui\ns’aiment reçoit ainsi, du légendaire, un éloge qui semble\nheureux de pouvoir enfin s'avouer.\n     De ce dénoûement, qui marque une étape décisive vers\nl’optimisme dans l’œuvre de Maeterlinck, on peut conclure que,\npour l’admirable styliste et l’idéologue un peu fuyant du Trésor\ndes Humbles et de La Sagesse et la Destinée, le sort humain se\npeut lui-même choisir, pour autant qu’il triomphe des forces\ninconnues.\n     Et voici que l’auteur de Joyzelle revient à la doctrine chré­\ntienne de la liberté individuelle,éprouvée p ar la Providence. Mais\ncelà manque de certitude, parceque ce n’est pas exprimé avec\nla force du dogme chrétien, parce qu’au lieu d’être bâti sur la\nPierre angulaire — soutien de tout l’édifice m oral — c’est écrit\nmerveilleusement, certes, mais presque vainement, hélas,— sur\nle sable de ces plages païennes où, jadis, s’est joué des hommes,\nsous les traits de Merlin, Satan, le vieil enchanteur.\n                                     G e o r g e s RÀMAEKERS\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 3, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1903-08", "signet_source": "Première année - N°3 - Août 1903", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 38", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}