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Georges Rency\n       A utom ne            .            .    F ra n z Hellens\n       A lb u m .            .           -    H enri Valeredo\n       R êves D éçus                 .        E . d ’Ypres\n\n       S u r l ’E s t a c a d e               Pierre Fauconnier\n       C h r o n iq u e T h é â t r a l e\n                                               A rm a n d Deprins\n       L iv r e s e t C h o s e s             Jeune E ffo rt\n       C o u r r ie r d e s T h é â t r e s\n                                              A rm a n d Deprins\n\n\n          E . M A U R A U , I m p r im e u r - E d ite u r\n                  G r a n d - S a b lo n ,   19,   BRUXELLES\n\n\n\n\n      P r e m iè r e                                     Septem bre\n                                              4\n                A n n ée                                       1903\n\n\n    L e N u m é r o :20\n                      s\n                      tim\n                        n\n                        ce\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-09-n4-003", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 52, "page_fin": 52, "titre_corps": "Rédaction et administration", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jeune Effort", "ancre_debut": "JEUNE EFFORT ME N S U E L", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 57, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 73, "fin_caractere_exclue": 1287, "texte": "JEUNE EFFORT\nME N S U E L        D’AR T                ET            DE       LITTÉR ATU RE\n             AFFILIÉ A L’UNION DE LA PRESSE PÉRIODIQUE BELGE\n          O RGANE DES JE U N E S O U V ERT A TOUS\n                  Paraissant le                    1erde chaque mois\n             Sera publié par souscriptions volontaires\n Fondateurs : G. P u l i n g s        -   J. B o c k         -   L. d e C a s e m b r o o t\n                                 F.       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Là-bas, dans l’autre maison, cela ne\n lui était jamais arrivé. Avant la m ort du père, il y avait le\n ménage qui l’occupait, les clients qu'il fallait servir, la chanson\n du cordonnier, sonore et joyeuse, qui montait jusqu' au toit. Plus\n tard, après le triste événement,elle était dehors jusqu’à midi, puis\n elle avait, pour se distraire, le spectacle d e la rue qui n’était ja­\n mais sans bruit et sans passant. Maintenant, tout cela lui était\n enlevé. Les rues de ce faubourg lointain demeuraient tout le\njour silencieuses et désertes. Aline, souvent, sortait pour des\nachats, pour aller chercher ou reporter de la besogne. La vieille,\nalors, gardait le logis, rivée à sa chaise, un éternel tricot\nentre les doigts. Sa seule distraction était la vie paresseuse\nde son chat qui, parfois, consentait à pousser de la patte une\nboule de laine tombée, mais, tôt fatigué, réintégrait son panier\navec un monotone ron-ron. Son ardeur croissante souhaita\nvoir naître un enfant à Aline. Il lui semblait qu’elle serait de\nnouveau heureuse, quand de tièdes petits bras se noueraient\nà son cou, quand une petite voix hésitante balbutierait autour\nd’elle : « Bonne maman ! » Elle fit des rêves. Ce serait un\ngarçon qui s’appellerait Jules, comme son grand-père mort.\nIl ressem blerait à sa mère. Tout au plus accordait-elle qu'il\neût les cheveux de son père, abondants et noirs. Elle rélève­\nrait. Peut-être, vivrait-elle assez pour le voir p artir à l’école\ndans son petit costume marin, la toque sur l'oreille, la carnas­\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1974, "texte": "                                54 —\n\n sière au dos. Jusqu'à sa première communion, mon Dieu !\n Qu'elle puisse vivre jusqu'à ce beau jour-là. Alors, elle con­\n sentait à mourir, doucement, sans se plaindre.\n      « Donnez-moi un petit enfant, mon Dieu ! » suppliait-elle\n en levant les yeux et en joignant les mains. Et jamais il n'y\n eut de prière plus fervente.\n      Aline, un soir, annonça le mystère. Oui, on pouvait espé­\nrer un petit enfant. Léopold paraissait ravi. La maman ne dit\nrien, mais deux larmes épaisses, deux larmes qui conden­\nsaient un bonheur infini, lentement roulèrent sur son visage.\nDepuis ce moment-là elle ne s’ennuya plus.\n      Il faudrait des mots plus doux que la soie et des dentel­\n les, plus doux qu’un bruit de ruisseau dans un beau soir de\nmai, pour décrire l’extase d’une aïeule qui prépare la layette\nde l’enfant attendu. Ses vieux doigts usés retrouvent des\ndélicatesses de toucher qui la rendent sensible à la fragilité\ndes étoilés blanches, si blanches, qu'elle confectionne. Avec\n une légèreté de main perdue depuis sa jeunesse, elle sait\nfroisser des nœuds qui sont de vrais poèmes d’amour. Son\ncœur l’inspire, son imagination la guide. Entre les broderies\nde ce bonnet, elle voit, devançant les événements heureux, elle\nvoit dorm ir un p etit visage plissé,blanc et rose, plus mignon\nque les images de Jésus enfant. Elle voit aussi l’effet que fera\nautour de ce visage le bonnet auquel elle travaille. Mettra-t-elle\ndeux rangs de ruches? Grave question! Non, une aussi mince\nfigure en serait écrasée. Un ruban bleu passé dans les ajours\nde la broderie sera moins lourd et plus joli. Pour le baptême,\nle nouveau-né aura un bonnet de fine dentelle, taillé dans le\nfouillis qui orne sa vieille robe de noces, la fameuse robe qui\nlui a valu — oh ! elle n'a rien oublié ! — un coup si rude de la\npart d’Aline.\n     La maison, peu à peu, s’emplissait d’une atmosphère spé­\nciale d’attente et de respect. Partout, le linge immaculé qui\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2011, "texte": "                            — 55 —\n\n traînait sur les tables attestait l’espoir de ses habitants. Aline,\n transfigurée, m archait dans une sorte d’auréole. Léopold,\n inconsciemment, se faisait plus aimable, moins bruyant. La\n maman, elle, ne sentait plus s’envoler les heures et trouvait\n chaque soir la nuit trop tôt venue, puisqu’elle la distrayait\n de son délicieux labeur.\n      « Mais, maman, disait Aline parfois, vous lui faites trop\n de chemises, trop de bonnets. Il grandira et grossira, et tout\n cela deviendra inutile.\n      — D’abord, répondait-elle, il n’est pas sûr qu’il restera\n toujours seul, le cher petit, et que vous ne lui donnerez ni\n frère ni sœur. Ensuite, regarde, si tu veux bien, et tu verras\n que ces chemises sont de tailles différentes, de même que ces\n bonnets. Laisse-moi faire, va ! Ça me connaît ! »\n      Oh ! oui, que cela la connaissait ! Dans la toile bien étendue\n sur la table, ses ciseaux entraient sans hésitation, couraient\ndroit devant eux, décrivaient une courbe et, rapidement, tes\npièces étaient enlevées, laissant sur le bois sombre la forme\ndécoupée d’une chemise de plus. La machine à coudre, du\nmatin au soir, ronflait. Aline l’activait parfois, mais la fati­\ngue l’en éloignait vite. Maman Couzet term inait l’ouvrage\nseule et n’en avait que plus de joie. Quand le petit vêtement\nétait achevé, elle le prenait par les emmanchures et le dres­\nsait, le tenait tout ouvert devant elle. Alors, elle souriait, et\nce sourire était dans son visage fané comme un rayon de\nsoleil sur une forêt d’automne. Sou la tram e du linge, elle créait\nle corps de l’enfançon, elle s’imaginait voir les petites jambes\ndodues se démener, le petit corps solide tendre déjà ses mus­\ncles. Elle souriait au visage illusoire qui émergeait des dentelles.\nToute sa chair palpitait d’un émoi mystérieux. Et tout à coup,\navec une fureur sacrée, elle enfonçait sa tête dans les replis de\nla chemise et la baisait éperdument.\n                                             G e o r g e s RENCY\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-09-n4-005", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 56, "page_fin": 58, "titre_corps": "Automne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Franz Hellens", "ancre_debut": "AUTOMNE  Sous les ciels désolés, l", "ancre_fin": "E L L E N S", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ALBUM                                                      Pou r Melle S . C .         V o u s voilà", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1081, "texte": "AUTOMNE\n\nSous les ciels désolés, les ciels qui pleurent\nLes grisailles d'autom ne et les vents m igrateurs,\nLes champs contrits comptent les heures\nPréparatoires a u x hivers,\nOù la première neige oindra la plaine sombre\nDe l'extème-onction réparatoire.\nCar les temps sont prochains, qui verront surgir l'ombre\nE t la Mort n'attend pas qu'on ait ouvert.\n\nP artout des tâches de rousseur,\nP artout des rouilles, des feuilles mortes,\nDans le sillage obscur et suborneur\nQui les emporte !\n\nE t les grands arbres dénudés qui se désolent\nE t tendent vers le ciel des bras tordus,\nLes canadas, les peupliers, les saules\nFous de honte et frile u x de se sentir tout nus.\nS u r les ruisseaux, les saules noirs\nM irent leurs sombres théories...\nI.es peupliers sont las de secouer en vain\nL 'e n n u i qui les torture; des vols de pies\nE t de choucas paillards s ’en viennent, chaque soir,\nDans les hauts canadas couver leur noirs desseins.\n\nOh! sentir lentem ent s ’éteindre, et sûrement,\nJu sq u 'a u x tréfonds, le souffle de la terre!\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1089, "texte": "                     - 57 -\n\nChemins retors, avec de soudains errements\nEt des méandres par les glèbes solitaires,\nChemins trempés dont l'horizon se perd\nEntre deux haies,\nVers quels lointains, — dans les saulaies,\nChemins crevés où saigne la blessure\nDes couchers de soleil,\nQui vont, par des pays toujours pareils,\nDans l ’immobilité de la nature.\n\nVoici par les chemins suivant l ’ornière avide,\nA u pas pesant d'un cheval lourd, un tombereau\nA u cahot de l ’essieu répond le sifflement\nD u gars qui va, tirant la bride,\nE t rêve à quelque fille blonde, le faraud !\n\nLa Lys, rivière accorte que Benoit,\nLe poète flamand, m it en musique,\nEst terne, à petits flots pantois\nE t nostalgiques,\nOù les soucis fuligineux,\nSuivent un courant ténébreux\nEntre deux rêves identiques.\nPassés les verts ensoleillés,\nLes verts infinis et fleuris des prairies,\nDes patûrages gras, des vastes noues\nOù le bétail ensommeillé\nS'ébroue\nMulticolore, et broute,..\n\n Plus loin, sur le remblai, c’est la grand'route.\n\n E n un brouillard, là-bas, la ville dort,\n La sombre ville grise aux monuments gothiques\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 340, "texte": "                            -      5 8 -\n\n\nAvec les toits en plomb de ses fabriques\nE t le ressouvenir des fa stu eu x décors.\nUn panache, au talus, s'élargit et dévale\nA u long des fils d'airain\nOù file, en sirènant, la malle\nVers quels lointains? —\n                                         Franz H E L L E N S\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-09-n4-006", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 58, "page_fin": 58, "titre_corps": "Album", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri Valeredo", "ancre_debut": "ALBUM                                                      Pou r Melle S . 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C .\n\n\n      V o u s voilà jeune et belle et fêtée, et pensive,\n     Et le flot de mon rêve est monté jusqu’à vous ;\n     L ’ avenir à vos y e u x en voile rose arrive :\n     Il met une a uréole à votre front si doux.\n\n\n     Il va semer    o ur v o u s, cet avenir m agique,\n                    p\n     L e plaisir, le succès, l'enivrem ent verm eil ;\n     Il accourt, le sourit, il brille m agnifique,\n     C om m e un    dôme infini que dore le soleil.\n\n\n     Dans le pass é déjà, gît un berceau fragile,\n     Et l’ennui du couvent éteint sa majesté ;\n     M ais dem ain vous ver ra, fem me, en ce jour tranquille\n     Dans le bleu    to urbillon du bonheur enchanté.\n\n\n     Pourtant quand vous irez, après le bal, muette,\n     R êv er de lilas mauve et d’oranger fleuri,\n     Ne vou s m oquez jam ais de ce triste poète,\n     E t pleurez      rson nom, si vous en avez ri.\n                       su\n\n\n                                H enri   VALERED O\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-09-n4-007", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 59, "page_fin": 62, "titre_corps": "Rêves déçus", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "E. d’Ypres", "ancre_debut": "REVES DEÇUS                                                 A M . E u g . D eforeit.        Un matin", "ancre_fin": "pleure ses rêves déçus. E. d’YPRES", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Sur l’Estacade                                  (Aquarelle)                         L es bateaux q", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 64, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 1736, "texte": "REVES DEÇUS\n                                                A M . E u g . D eforeit.\n\n\n     Un matin, il portait un gros bouquet pour orner l’autel de\nla petite chapelle encastrée dans un des pignons de l’école. Elle\nl’avait rencontré et jeté un long regard d’envie sur ses fleurs.\n     — En veux-tu ? et détachant la plus belle rose, il la lui offrit.\n    C’était la première l'ois qu’ils se parlaient ; ils se connais­\nsaient depuis longtem ps, faisant tous deux le même chemin\npour se rendre en classe.\n    Et depuis, tous les matins, Armand déjà grand garçon de\nonze ans, attendait la blonde fillette.\n    Pourquoi s’étaient-ils rapprochés, comment s’étaient-ils\npris d’amitié? Peut-on analyser ce qui se passe dans le cœur\ndes enfants ? Une étrange et mystérieuse puissance, qu’à un\nautre âge on appelle amour les attirait l’un vers l’autre.\n    Et réellement ils éprouvaient cette chose flottante, qui n’est\nplus l’amitié et qui n’est pas encore l’amour.\n    Faisant la route ensemble, ils babillaient, jouaient, riaient,\nou, subitement silencieux, ils s’observaient longuement, cher­\nchant à analyser les sentiments dont ils se sentaient animés.\n    Un jour il eut une audace.\n    — Veux-tu être ma petite amie ?\n    — Oui, et plus tard, tu seras mon petit mari.\n    Ils se turent, se regardèrent longtemps, comme en un rêve,\nformant des projets d’avenir, eux qui, de la vie ne connais­\nsaient que les grandes joies et les petits chagrins d’enfants.\n                                      *\n                                  *       *\n\n     Dans la grande salle éblouissante de lumière la fête bat son\nplein.\n     Un grand nombre de femmes élégantes dont le décolleté\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "                           — 60 —\n\nrose fait oublier la noire banalité des messieurs graves, en habit,\nse pressent dans les salons.\n     La baronne de Larinor donne son prem ier bal d e la saison.\n     Elle est à l’entrée du hall, recevant ses invités avec cette\nurbanité exquise qui lui attire tan t de sympathies.\n     Mais le domestique vient d’annoncer un visiteur inattendu,\nelle s’avance vivement pour le recevoir:\n      — Oh que c’est bien d’être venu, nous n’y comptions pas.\nToutes mes félicitations pour la brillante réussite de votre\nexpérience.\n     Et se tournant vers un groupe d’invités :\n       - Messieurs, j’ai l’honneur de vous présenter M. Armand\nRodier, le héros d’aujourd’hui.\n     Des mains se tendent, on félicite vivement le jeune\ningénieur, qui, le matin même, a fait seul, le trajet Bruxelles-\nAnvers, en un aéronef construit d’après ses plans.\n     Il remercie, profondément ému par ces marques de sympa­\nthie qu'il voit sincères, et qui ne sont que de la courtoisie pour\nla maîtresse de la maison.\n      Croyant intéresser ses auditeurs, il leur parle de son inven­\ntion; il conte ses travaux, ses doutes, sa crainte de ne pas\nréussir pleinement. Il entre tout entier dans son œuvre, qu’il\ndétaille, ne s’apercevant pas que ces desœ uvres qui l’entourent\nne l’écoutent déjà plus que d’une oreille distraite, le jalousant\nparce que, tantôt, son nom sera dans toutes les bouches et que\nles femmes n’auront de regards que pour lui.\n      Le cercle qui l’entourait s'est éclairci ; et voilà qu’Armand\nreste seul avec un invité qui, trouvant déjà long un entretien\nde cinq minutes avec un être dont une conception géniale va\nrévolutionner le monde, cherche le moyen de se débarrasser\n de lui et interrom pt :\n      — Permettez moi, mon cher Monsieur, de vous présenter\n ma femme.\n      Et il l’attire vers une groupe de dames qui parlent dans\n un coin.\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1853, "texte": "                                ■ 6 1 -\n\n\n\n      Mais Armand pâlit et se sent défaillir ; un brusque\n afflux de sang semble lui déchirer le cœur ; des pensées tumul­\ntueuses — idées de m eurtre ou de suicide — produits de la\ndouleur ou de la colère au paroxysme, lui remplissent le cerveau.\nIl s’incline, balbutie quelques mots de banale politesse. Mais il\nse trouble et, brusquement, chancelant sous l’horrible angoisse\nqui l’étreint, il fuit.\n     Dans la personne qu’on lui présentait, il a reconnu la\nblonde enfant qui lui répondit, un matin :\n     — Plus tard, tu seras mon petit m ari !\n                                    *\n                                *       *\n\n      Dans un coin de son coupé, filant rapidement conduit par\nun habile chauffeur, Armand pense. Il a toujours devant les\nyeux la délicieuse figure de l’être qu’il aime.\n      Ah ! elle n’a pas changé depuis douze ans qu’il ne l’a vue\net, devenue femme, ses traits ont gardé le charme de l’enfance.\n      Soudainement le profil qu’il évoque lui rappelle sa jeu­\nnesse. Gomme un kaléidoscope douloureux, sa mémoire lui\nmontre le chemin de l’école où il l’attendait ; elle lui rappelle\nleurs jeux et enfin le jour où elle arriva auprès de lui, toute\ntriste, lui annoncer qu’elle quittait la ville et partait pour un\nlong voyage.\n      Ce fut un gros chagrin, le premier, depuis quatre mois\nqu’il se connaissaient.\n      Mais il avait un grand cœur.\n      Il ne se lam enta pas, comme de plus âgés, même, eussent\nfait.\n      Il s’entend encore lui faire prom ettre, d’être toujours fidèle\net de l’attendre.\n      Il travaillera, il s’enrichira et alors il la demandera à ses\nparents.\n      E t ils sont si certains, que tout cela arrivera comme ils le\npensent, que la séparation leur semble moins dure et qu’a peine\nune larme perle au bord de leurs paupières en se quittant, après\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1361, "texte": "                                — 62 —\n\n s’être embrassé bien, bien fort, comme s’embrassent des\n enfants qui s’aiment.\n      Il se revoit à l'école, soutenu par son souvenir, travaillant\nsans relâche, toujours prem ier aux examens, satisfait de lui,\nnon pour les récompenses qui lui sont décernées, mais parce que\ncela le mène au but de sa vie :\n      Avoir pour femme la blonde Louisette, sa chère Louise.\n      Dans les rares moments de loisir que lui laissent ses études,\nl’adolescent cherche les moyens de la retrouver. Jamais il ne\nsonge qu’elle peut l’avoir oublié, qu’elle peut être à un autre.\nPuis est venue la conception de son aéronef et il se prom it de\nne plus penser a elle tant que son œuvre ne sera parfaite...\n      Ce matin, en planant dans les airs, heureux de sa réussite,\nil s’est dit que le moment était venu d’aller la chercher lui\nprouvant, ainsi, qu’il tenait sa parole d’enfant.\n      Ce soir il la retrouve, et, — ô destin ironique et cruel —\nc’est son m ari qui la lui présente...\n                                   *\n                                  * *\n      Dans un coin de son coupé, fuyant, rapidement conduit par\nun habile chauffeur, Armand a toujours devant lui la délicieuse\nfigure qu’il vient de voir et il pleure, il pleure ses rêves déçus.\n                                              E. d’YPRES\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-09-n4-008", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 62, "page_fin": 63, "titre_corps": "Sur l’Estacade", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Fauconnier", "ancre_debut": "Sur l’Estacade                                  (Aquarelle)                         L es bateaux q", "ancre_fin": "C O N N IE R", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "David Desvachez      La critique des œuvres d’u", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 1361, "fin_caractere_exclue": 1636, "texte": "Sur l’Estacade\n                                 (Aquarelle)\n\n\n\n                     L es bateaux qui partent en m er\n                     Ont leurs voiles rouges tendues\n                     V ers l’ infini des étendues\n                     Où siffle, lointain, un steam er.\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1023, "texte": "                                —     63 —\n\n                      Q u’ on ne voit, car la brum e grise,\n                      Confondant la m er et les d e u x\n                      V o ile l’ horizon de mes yeux\n                      Où le grand soleil agonise.\n\n\n                      Ils partent les bateaux pêcheurs\n                      A u clapotis rythm é des ram es,\n                      Ils glissent sur le dos des lames\n                      Lentes par ce soir de douceur.\n\n\n                      Ils vont vers le rêve et l’ immense,\n                      V ers la lumière qui s’ éteint\n                      Su r des flots aux reflets d’étain\n                      T ern i, ballotés en çadence...\n\n\n                     E t du désir me voilà pris\n                     De vogu er aussi sur les vagues\n                     Qui berceraient mes rêves vagues\n                     Com m e les vers bercent l’esprit.\n\n\n                                              P ie r r e   F A U C O N N IE R\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-09-n4-009", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 65, "titre_corps": "David Desvachez", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Lizin", "ancre_debut": "David Desvachez      La critique des œuvres d’u", "ancre_fin": "les critiques futures ! 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En tous cas il paraît évident qu'un artiste\n imaginatif et créateur ne deviendra jamais m aître en l'art de\n la gravure et qu’un graveur qui a fait de cet a rt toute sa vie ne\n saura plus s’en affranchir.\n      L’œuvre de David Desvachez, que l'on a exposée au Cercle\n Artistique et Littéraire est remarquable p ar sa richesse de cou­\n leurs. On y sent une âme émue ayant la faculté de tirer d'un\ntableau l’idée, la volonté, le but idéal. Cette compréhension, cette\n intimité de deux sens — celui du copieur et celui de l’artiste\n créateur, — donnent aux œuvres de Desvachez une saisissan­\nte vie. On sent, dans son Art, une origine purem ent française,\nen quoi Desvachez constitue une profonde antithèse avec notre\nmaître artiste : Danse. Mais finesse merveilleuse de l’œuvre\npar la race s’est alliée à la beauté forte, inspirée par une\nessence plébeienne. Les traits de Desvachez sont rudes, taillés\nà coups de couteaux, à peine affinés. Seul, son regard infine­\nment incisif donne à sa physionomie quelque, chose d'observateur\nqui tient un peu à l’interrogation spirituelle. Des sourcils en brous­\nsaille, tout blancs avant sa mort, ombrageaient cet œil qu’une\nlongue étude de l’A rt avait rendu clair et sérieux. De ce\nmélange de délicatesse française et de rusticité populaire est\nsortie une œuvre puissante, nouvelle, variée. Quelquefois son\nburin adroit se pose à peine sur l’acier : et ce sont alors\nde douces estompes, grises comme des dessins, soyeuses : Les\nD eux Sœurs. On bien l’âme en feu, il crée avec tout son talent\nde la rue, ce Dernier Soupir du Christ où le regard du Dieu,\npur et calme se rem et aux mains du Père Eternel tandis que\nla croix s’entoure de sombres inconnus, du to rren t des jalou­\nsies et des mesquinités humaines. Parfois les deux talents de\nM. Desvachez se marient en une même œuvre comme dans\nle Compromis des Nobles où la délicatesse française qui\npourrait glisser à la mièvrerie a recours à la séve immortelle\ndu peuple qui la renforce et la reverdit.\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 268, "texte": "                                       —      65 —\n      Sans être de toute première originalité, l’œuvre de M.\n Desvachez restera. E t l’on compte les œuvres qui défient les\n critiques futures !\n                                         André LIZIN\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-09-n4-010", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 66, "titre_corps": "Critique théâtrale", "titre_sommaire": "Chronique Théâtrale", "rubrique": "", "signature_source": "Armand Deprins", "ancre_debut": "C ritiqu e T h é â tr a le      N ous   recevons   de notre c", "ancre_fin": "D E P R IN S", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Livres et Choses      C’est à la très gracieuse", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 268, "fin_caractere_exclue": 1476, "texte": "C ritiqu e T h é â tr a le\n     N ous   recevons   de notre critique   d’art, M . Arm and   Deprins,   la communication\nsuivante :\n\n\n                   Mon cher Directeur,\n     Vous me demandez d’ajouter à la Chronique A rtistique,\nla Chronique T héatrale. La tâche est lourde mais néanmoins\nje l'accepte car elle est intéressante. J’ai publié déjà, dans le\nn° 2 de votre R evue, mes opinions sur la Critique d’Art, mais\nla Critique Théâtrale qui m’incombe à présent étant une\nbranche spéciale, m érite certaines considérations.\n     Le succès d’une pièce dépend de circonstances diverses\net multiples ; il y a l’auteur à critiquer, l’artiste à juger, la\nmise en scène à observer. Or il est des pièces réunissant\nles qualités inhérentes à chacune de ces parties, et d’autres\nfaites uniquement pour la mise en valeur de l’une d’elles à\nla presque exclusion de l’importance des autres. Je suis\ndonc forcé pour être juste, de dire, s’il y a lieu, laquelle de\nces parties fait obstacle à la bonne ordonnance des autres,\ntout en restant autant qu'il sera possible dans les bornes\nque je me suis assignées dans un précédent article (Juil­\nlet n°2).\n     D’autre p art quatre catégories de personnes demandent à la\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 701, "texte": "                            — 66 —\n\ncritique théâtrale, des renseignements, des conseils: le public,\nles auteurs, les artistes, les directeurs. Il faut donc rendre\nà chacun son dû et ce dans la mesure de son intérêt tout en\nprouvant les faits qu'on avance Voilà mon cher directeur ce\nque je tenais à vous dire avant de commencer la chronique\nthéâtrale. Si vous juger utile d’insérer cette communication\nje vous en laisse toute latitude. Il ne me reste plus qu’à\ntâcher d’obtenir le don d’ubiquité et même plus pour rem­\nplir ma tâche les soirs où nous serons gratifiés de deux,\ntrois et même quatre premières à la fois...\n                                      Armand D E P R IN S\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-09-n4-011", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 66, "page_fin": 67, "titre_corps": "Livres et Choses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jeune Effort", "ancre_debut": "Livres et Choses      C’est à la très gracieuse", "ancre_fin": "num éro dédié au Martre Rodenbach.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Courrier des Théâtres      M o n n a i e . — Réouverture le", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 701, "fin_caractere_exclue": 1575, "texte": "Livres et Choses\n     C’est à la très gracieuse am abilité de M. Camille Daman,\narchitecte, que nous devons le dessin de n otre nouvelle couver­\nture. Nous lui adressons nos plus vifs et nos plus sincères rem er­\nciements\n\n     Le directeur des expositions de la Libre E sthétique M.\nOctave Maus sera prochainem ent l’objet d’une m anifestation de\nsym pathie et de reconnaissance absolum ent neuve en son expres­\nsion. Les principaux exposants de la Libre E sthétique, font hom ­\nm age à leur directeur d’une ou de plusieurs de leurs œ uvres.\nCelles-ci constitueront, au Musée d'Ixelles, une S a lle Maus, qui,\nchaque année, s’enrichira d’acquisitions nouvelles. Parm i les\npeintres et les sculpteurs citons : Zuloaga, Fram pton, Raffaëlli,\nCharles Cotset, L e Sidaner, Besnard, Moreau, W elaton, Jacques\nBlanchet, Milcendeau, H. Martin, Claus, L. Frédéric, Rodin,\nMeunier.\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1313, "texte": "                                  — 67 —\n\n    Les A mours de L i-Ta-Tchou, p ar Charles Petit : Tel est\nle nouveau roman que commence la R evue de P aris de ce\nmois-ci. Son auteur, M. Charles Petit, un voyageur infatigua-\nble et intelligent, nous donne pour la première l'ois, en français,\nun roman chinois : Cette histoire d’un mandarin de 1re classe\nqui devient amoureux d’une danseuse est un sujet que l’auteur\nnous dit vrai. En tout cas, il est intéressant, curieux, écrit\ndans un style qui plaît par sa pureté et sa simplicité, et n’a\ncertes pas besoin de l’indulgence que son auteur réclame.\n                                      Gaston PULINGS\n\n     Cy, le nom d’un homme de talent, peu connu de son vivant\net presqu’oublié, quoique sa m ort ne soit pas ancienne.\n     Il s’agit du graveur Belge, David Desvachez qu’un de nos\ncollaborateurs s’est efforcé de rem ettre en lumière dans un\narticle de ce présent numéro.\n     Le Conseil Communal Ixellois a décidé, il y a quelques\ntemps, de donner à une rue du quartier Berkendael le nom\nde David Desvachez.\n\n    N ous tenons a rem ercier pour leurs aim ables articulets\nL’art Moderne, la V erveine, la R oulotte A rtistique, L’essor.\nEt nous nous excusons de ne pas l’avoir fait plus tôt à cause\nde notre num éro dédié au Martre Rodenbach.\n\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1903-09-n4-012", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 67, "page_fin": 68, "titre_corps": "Courrier des Théâtres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Armand Deprins", "ancre_debut": "Courrier des Théâtres      M o n n a i e . — Réouverture le", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 1313, "fin_caractere_exclue": 1563, "texte": "Courrier des Théâtres\n     M o n n a i e . — Réouverture le 10 Septembre : L e P r o p h è t e .\nProchaines premières : L e R o i A r t u s , de Chausson ; L e CID et\nS a p h o , de Massenet ; L e s B a r b a r e s , cle Saint-Saëns : T o s c a , de\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "                                   — 68 —\n\n Puccini ; la C h a p e l l e , de Blockx ; L e s M a ît r e s C h a n t e u r s .\n L’orchestre, descendu de 85 cm., est aménagé selon les plans\n de W agner.\n\n        G a le r ie s . — Programme de Septembre : 6 représentations\nde Ch. W ieh e, la délicieuse danoise, 3 représentations de\nBlanche Toutain, créatrice d ’Y VETTE ; le 11, L e s 5 Sous de L a v a ­\nrè d e , féerie. Ouverture de la saison d’opérettes : L a Poupée,\navec M. Sully. Revue : B r u x e l l e s , t o u t l e monde d é ce n t, de\nG. Garnir, avec Th. Cernay.\n\n      P a r c . — Selon les présages, intéressante saison à venir.\n\n       M o liè re . — Le sympathique directeur, M. Munié, étudie\nun projet de décentralisation dramatique qui nous prom et des\nl res sensationnelles. Tous nos vœux de réussite à l’intéressante\nscène ixelloise.\n\n    A lh a m b r a . — Après le Crime d’O rcival, Le Tour du Monde\na Pied, 11 tableaux.\n\n    A lc a z a r . — Pour cet hiver, La F a m ille du B rosseur, le\ndernier succès de Tristan Bernard.\n\n   V a u d e v ille . — Réouverture le 29 Septembre : Bébé de\nHennequin et de Najac.\n\n     O ly m p ia . — L’Évasion, de V. de l’Isle Adam est inscrit à\nla dernière affiche de l’intéressante Robinière. Espérons que tes\nvaillants artistes reviendront l’an prochain.\n\n    S c a l a . — Spectacle varié, étoiles parisiennes. Changement\nde spectacle le samedi.\n\n    P a l a i s d ’ É té . — Notre Music-Hall fait florès. Changement\nde spectacle le vendredi.\n                                                   Armand DEPRINS\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 56, "texte": "    JEUNE\n       EFFORT\nI Marcher franc dans la vie,\n et dire ce qu’on pense.\n\n\n\n\n                     S O M M A I R E\n       L ’A ïe u l           .           .    Georges Rency\n       A utom ne            .            .    F ra n z Hellens\n       A lb u m .            .           -    H enri Valeredo\n       R êves D éçus                 .        E . d ’Ypres\n\n       S u r l ’E s t a c a d e               Pierre Fauconnier\n       C h r o n iq u e T h é â t r a l e\n                                               A rm a n d Deprins\n       L iv r e s e t C h o s e s             Jeune E ffo rt\n       C o u r r ie r d e s T h é â t r e s\n                                              A rm a n d Deprins\n\n\n          E . M A U R A U , I m p r im e u r - E d ite u r\n                  G r a n d - S a b lo n ,   19,   BRUXELLES\n\n\n\n\n      P r e m iè r e                                     Septem bre\n                                              4\n                A n n ée                                       1903\n\n\n    L e N u m é r o :20\n                      s\n                      tim\n                        n\n                        ce\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "                                  —        5   2    —\n\n\n\n\n               JEUNE EFFORT\nME N S U E L        D’AR T                ET            DE       LITTÉR ATU RE\n             AFFILIÉ A L’UNION DE LA PRESSE PÉRIODIQUE BELGE\n          O RGANE DES JE U N E S O U V ERT A TOUS\n                  Paraissant le                    1erde chaque mois\n             Sera publié par souscriptions volontaires\n Fondateurs : G. P u l i n g s        -   J. B o c k         -   L. d e C a s e m b r o o t\n                                 F.       B o r d ie r\n\n\n\n'Rédaction et Administration :\n                     5,   R ue        du       C o uvent,           Ix e l l e s - B r u x e l l e s\n\n      Pour la Critique d ’art et les Théâtres, adresser les\ncommunications rue d' Edi m bo ur g, 23.\n\n     T ou te souscription d ’au moins 2 francs donne droit à\nun service de douze numéros.\n\n      Il sera rendu compte de tout ouvrage littéraire ou\nartistique que nous recevrons.\n      Les manuscrits non insérés ne sont pas rendus.\n     N o u s autorisons la reproduction de nos articles sous la\ncondition expresse d ’en indiquer la source et le nom de\nl ’auteur.\n\n      La R e v u e laissant la plus grande liberté à ses collabo­\nrateurs, ne prend pas la responsabilité des articles q u ’elle\ninsère.\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                              —   53   —\n\n\n\n\n        L ' A              I E U L E\n      Deux mois s’écoulèrent, pendant lesquels maman Couzet\n trouva le temps long. Là-bas, dans l’autre maison, cela ne\n lui était jamais arrivé. Avant la m ort du père, il y avait le\n ménage qui l’occupait, les clients qu'il fallait servir, la chanson\n du cordonnier, sonore et joyeuse, qui montait jusqu' au toit. Plus\n tard, après le triste événement,elle était dehors jusqu’à midi, puis\n elle avait, pour se distraire, le spectacle d e la rue qui n’était ja­\n mais sans bruit et sans passant. Maintenant, tout cela lui était\n enlevé. Les rues de ce faubourg lointain demeuraient tout le\njour silencieuses et désertes. Aline, souvent, sortait pour des\nachats, pour aller chercher ou reporter de la besogne. La vieille,\nalors, gardait le logis, rivée à sa chaise, un éternel tricot\nentre les doigts. Sa seule distraction était la vie paresseuse\nde son chat qui, parfois, consentait à pousser de la patte une\nboule de laine tombée, mais, tôt fatigué, réintégrait son panier\navec un monotone ron-ron. Son ardeur croissante souhaita\nvoir naître un enfant à Aline. Il lui semblait qu’elle serait de\nnouveau heureuse, quand de tièdes petits bras se noueraient\nà son cou, quand une petite voix hésitante balbutierait autour\nd’elle : « Bonne maman ! » Elle fit des rêves. Ce serait un\ngarçon qui s’appellerait Jules, comme son grand-père mort.\nIl ressem blerait à sa mère. Tout au plus accordait-elle qu'il\neût les cheveux de son père, abondants et noirs. Elle rélève­\nrait. Peut-être, vivrait-elle assez pour le voir p artir à l’école\ndans son petit costume marin, la toque sur l'oreille, la carnas­\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "                                54 —\n\n sière au dos. Jusqu'à sa première communion, mon Dieu !\n Qu'elle puisse vivre jusqu'à ce beau jour-là. Alors, elle con­\n sentait à mourir, doucement, sans se plaindre.\n      « Donnez-moi un petit enfant, mon Dieu ! » suppliait-elle\n en levant les yeux et en joignant les mains. Et jamais il n'y\n eut de prière plus fervente.\n      Aline, un soir, annonça le mystère. Oui, on pouvait espé­\nrer un petit enfant. Léopold paraissait ravi. La maman ne dit\nrien, mais deux larmes épaisses, deux larmes qui conden­\nsaient un bonheur infini, lentement roulèrent sur son visage.\nDepuis ce moment-là elle ne s’ennuya plus.\n      Il faudrait des mots plus doux que la soie et des dentel­\n les, plus doux qu’un bruit de ruisseau dans un beau soir de\nmai, pour décrire l’extase d’une aïeule qui prépare la layette\nde l’enfant attendu. Ses vieux doigts usés retrouvent des\ndélicatesses de toucher qui la rendent sensible à la fragilité\ndes étoilés blanches, si blanches, qu'elle confectionne. Avec\n une légèreté de main perdue depuis sa jeunesse, elle sait\nfroisser des nœuds qui sont de vrais poèmes d’amour. Son\ncœur l’inspire, son imagination la guide. Entre les broderies\nde ce bonnet, elle voit, devançant les événements heureux, elle\nvoit dorm ir un p etit visage plissé,blanc et rose, plus mignon\nque les images de Jésus enfant. Elle voit aussi l’effet que fera\nautour de ce visage le bonnet auquel elle travaille. Mettra-t-elle\ndeux rangs de ruches? Grave question! Non, une aussi mince\nfigure en serait écrasée. Un ruban bleu passé dans les ajours\nde la broderie sera moins lourd et plus joli. Pour le baptême,\nle nouveau-né aura un bonnet de fine dentelle, taillé dans le\nfouillis qui orne sa vieille robe de noces, la fameuse robe qui\nlui a valu — oh ! elle n'a rien oublié ! — un coup si rude de la\npart d’Aline.\n     La maison, peu à peu, s’emplissait d’une atmosphère spé­\nciale d’attente et de respect. Partout, le linge immaculé qui\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                            — 55 —\n\n traînait sur les tables attestait l’espoir de ses habitants. Aline,\n transfigurée, m archait dans une sorte d’auréole. Léopold,\n inconsciemment, se faisait plus aimable, moins bruyant. La\n maman, elle, ne sentait plus s’envoler les heures et trouvait\n chaque soir la nuit trop tôt venue, puisqu’elle la distrayait\n de son délicieux labeur.\n      « Mais, maman, disait Aline parfois, vous lui faites trop\n de chemises, trop de bonnets. Il grandira et grossira, et tout\n cela deviendra inutile.\n      — D’abord, répondait-elle, il n’est pas sûr qu’il restera\n toujours seul, le cher petit, et que vous ne lui donnerez ni\n frère ni sœur. Ensuite, regarde, si tu veux bien, et tu verras\n que ces chemises sont de tailles différentes, de même que ces\n bonnets. Laisse-moi faire, va ! Ça me connaît ! »\n      Oh ! oui, que cela la connaissait ! Dans la toile bien étendue\n sur la table, ses ciseaux entraient sans hésitation, couraient\ndroit devant eux, décrivaient une courbe et, rapidement, tes\npièces étaient enlevées, laissant sur le bois sombre la forme\ndécoupée d’une chemise de plus. La machine à coudre, du\nmatin au soir, ronflait. Aline l’activait parfois, mais la fati­\ngue l’en éloignait vite. Maman Couzet term inait l’ouvrage\nseule et n’en avait que plus de joie. Quand le petit vêtement\nétait achevé, elle le prenait par les emmanchures et le dres­\nsait, le tenait tout ouvert devant elle. Alors, elle souriait, et\nce sourire était dans son visage fané comme un rayon de\nsoleil sur une forêt d’automne. Sou la tram e du linge, elle créait\nle corps de l’enfançon, elle s’imaginait voir les petites jambes\ndodues se démener, le petit corps solide tendre déjà ses mus­\ncles. Elle souriait au visage illusoire qui émergeait des dentelles.\nToute sa chair palpitait d’un émoi mystérieux. Et tout à coup,\navec une fureur sacrée, elle enfonçait sa tête dans les replis de\nla chemise et la baisait éperdument.\n                                             G e o r g e s RENCY\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "                       -   56 -\n\n\n\n\n                AUTOMNE\n\nSous les ciels désolés, les ciels qui pleurent\nLes grisailles d'autom ne et les vents m igrateurs,\nLes champs contrits comptent les heures\nPréparatoires a u x hivers,\nOù la première neige oindra la plaine sombre\nDe l'extème-onction réparatoire.\nCar les temps sont prochains, qui verront surgir l'ombre\nE t la Mort n'attend pas qu'on ait ouvert.\n\nP artout des tâches de rousseur,\nP artout des rouilles, des feuilles mortes,\nDans le sillage obscur et suborneur\nQui les emporte !\n\nE t les grands arbres dénudés qui se désolent\nE t tendent vers le ciel des bras tordus,\nLes canadas, les peupliers, les saules\nFous de honte et frile u x de se sentir tout nus.\nS u r les ruisseaux, les saules noirs\nM irent leurs sombres théories...\nI.es peupliers sont las de secouer en vain\nL 'e n n u i qui les torture; des vols de pies\nE t de choucas paillards s ’en viennent, chaque soir,\nDans les hauts canadas couver leur noirs desseins.\n\nOh! sentir lentem ent s ’éteindre, et sûrement,\nJu sq u 'a u x tréfonds, le souffle de la terre!\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                     - 57 -\n\nChemins retors, avec de soudains errements\nEt des méandres par les glèbes solitaires,\nChemins trempés dont l'horizon se perd\nEntre deux haies,\nVers quels lointains, — dans les saulaies,\nChemins crevés où saigne la blessure\nDes couchers de soleil,\nQui vont, par des pays toujours pareils,\nDans l ’immobilité de la nature.\n\nVoici par les chemins suivant l ’ornière avide,\nA u pas pesant d'un cheval lourd, un tombereau\nA u cahot de l ’essieu répond le sifflement\nD u gars qui va, tirant la bride,\nE t rêve à quelque fille blonde, le faraud !\n\nLa Lys, rivière accorte que Benoit,\nLe poète flamand, m it en musique,\nEst terne, à petits flots pantois\nE t nostalgiques,\nOù les soucis fuligineux,\nSuivent un courant ténébreux\nEntre deux rêves identiques.\nPassés les verts ensoleillés,\nLes verts infinis et fleuris des prairies,\nDes patûrages gras, des vastes noues\nOù le bétail ensommeillé\nS'ébroue\nMulticolore, et broute,..\n\n Plus loin, sur le remblai, c’est la grand'route.\n\n E n un brouillard, là-bas, la ville dort,\n La sombre ville grise aux monuments gothiques\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "                            -      5 8 -\n\n\nAvec les toits en plomb de ses fabriques\nE t le ressouvenir des fa stu eu x décors.\nUn panache, au talus, s'élargit et dévale\nA u long des fils d'airain\nOù file, en sirènant, la malle\nVers quels lointains? —\n                                         Franz H E L L E N S\n\n\n\n\n                        ALBUM\n                                                     Pou r Melle S . C .\n\n\n      V o u s voilà jeune et belle et fêtée, et pensive,\n     Et le flot de mon rêve est monté jusqu’à vous ;\n     L ’ avenir à vos y e u x en voile rose arrive :\n     Il met une a uréole à votre front si doux.\n\n\n     Il va semer    o ur v o u s, cet avenir m agique,\n                    p\n     L e plaisir, le succès, l'enivrem ent verm eil ;\n     Il accourt, le sourit, il brille m agnifique,\n     C om m e un    dôme infini que dore le soleil.\n\n\n     Dans le pass é déjà, gît un berceau fragile,\n     Et l’ennui du couvent éteint sa majesté ;\n     M ais dem ain vous ver ra, fem me, en ce jour tranquille\n     Dans le bleu    to urbillon du bonheur enchanté.\n\n\n     Pourtant quand vous irez, après le bal, muette,\n     R êv er de lilas mauve et d’oranger fleuri,\n     Ne vou s m oquez jam ais de ce triste poète,\n     E t pleurez      rson nom, si vous en avez ri.\n                       su\n\n\n                                H enri   VALERED O\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                              -       59 -\n\n\n\n\n               REVES DEÇUS\n                                                A M . E u g . D eforeit.\n\n\n     Un matin, il portait un gros bouquet pour orner l’autel de\nla petite chapelle encastrée dans un des pignons de l’école. Elle\nl’avait rencontré et jeté un long regard d’envie sur ses fleurs.\n     — En veux-tu ? et détachant la plus belle rose, il la lui offrit.\n    C’était la première l'ois qu’ils se parlaient ; ils se connais­\nsaient depuis longtem ps, faisant tous deux le même chemin\npour se rendre en classe.\n    Et depuis, tous les matins, Armand déjà grand garçon de\nonze ans, attendait la blonde fillette.\n    Pourquoi s’étaient-ils rapprochés, comment s’étaient-ils\npris d’amitié? Peut-on analyser ce qui se passe dans le cœur\ndes enfants ? Une étrange et mystérieuse puissance, qu’à un\nautre âge on appelle amour les attirait l’un vers l’autre.\n    Et réellement ils éprouvaient cette chose flottante, qui n’est\nplus l’amitié et qui n’est pas encore l’amour.\n    Faisant la route ensemble, ils babillaient, jouaient, riaient,\nou, subitement silencieux, ils s’observaient longuement, cher­\nchant à analyser les sentiments dont ils se sentaient animés.\n    Un jour il eut une audace.\n    — Veux-tu être ma petite amie ?\n    — Oui, et plus tard, tu seras mon petit mari.\n    Ils se turent, se regardèrent longtemps, comme en un rêve,\nformant des projets d’avenir, eux qui, de la vie ne connais­\nsaient que les grandes joies et les petits chagrins d’enfants.\n                                      *\n                                  *       *\n\n     Dans la grande salle éblouissante de lumière la fête bat son\nplein.\n     Un grand nombre de femmes élégantes dont le décolleté\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "                           — 60 —\n\nrose fait oublier la noire banalité des messieurs graves, en habit,\nse pressent dans les salons.\n     La baronne de Larinor donne son prem ier bal d e la saison.\n     Elle est à l’entrée du hall, recevant ses invités avec cette\nurbanité exquise qui lui attire tan t de sympathies.\n     Mais le domestique vient d’annoncer un visiteur inattendu,\nelle s’avance vivement pour le recevoir:\n      — Oh que c’est bien d’être venu, nous n’y comptions pas.\nToutes mes félicitations pour la brillante réussite de votre\nexpérience.\n     Et se tournant vers un groupe d’invités :\n       - Messieurs, j’ai l’honneur de vous présenter M. Armand\nRodier, le héros d’aujourd’hui.\n     Des mains se tendent, on félicite vivement le jeune\ningénieur, qui, le matin même, a fait seul, le trajet Bruxelles-\nAnvers, en un aéronef construit d’après ses plans.\n     Il remercie, profondément ému par ces marques de sympa­\nthie qu'il voit sincères, et qui ne sont que de la courtoisie pour\nla maîtresse de la maison.\n      Croyant intéresser ses auditeurs, il leur parle de son inven­\ntion; il conte ses travaux, ses doutes, sa crainte de ne pas\nréussir pleinement. Il entre tout entier dans son œuvre, qu’il\ndétaille, ne s’apercevant pas que ces desœ uvres qui l’entourent\nne l’écoutent déjà plus que d’une oreille distraite, le jalousant\nparce que, tantôt, son nom sera dans toutes les bouches et que\nles femmes n’auront de regards que pour lui.\n      Le cercle qui l’entourait s'est éclairci ; et voilà qu’Armand\nreste seul avec un invité qui, trouvant déjà long un entretien\nde cinq minutes avec un être dont une conception géniale va\nrévolutionner le monde, cherche le moyen de se débarrasser\n de lui et interrom pt :\n      — Permettez moi, mon cher Monsieur, de vous présenter\n ma femme.\n      Et il l’attire vers une groupe de dames qui parlent dans\n un coin.\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                                ■ 6 1 -\n\n\n\n      Mais Armand pâlit et se sent défaillir ; un brusque\n afflux de sang semble lui déchirer le cœur ; des pensées tumul­\ntueuses — idées de m eurtre ou de suicide — produits de la\ndouleur ou de la colère au paroxysme, lui remplissent le cerveau.\nIl s’incline, balbutie quelques mots de banale politesse. Mais il\nse trouble et, brusquement, chancelant sous l’horrible angoisse\nqui l’étreint, il fuit.\n     Dans la personne qu’on lui présentait, il a reconnu la\nblonde enfant qui lui répondit, un matin :\n     — Plus tard, tu seras mon petit m ari !\n                                    *\n                                *       *\n\n      Dans un coin de son coupé, filant rapidement conduit par\nun habile chauffeur, Armand pense. Il a toujours devant les\nyeux la délicieuse figure de l’être qu’il aime.\n      Ah ! elle n’a pas changé depuis douze ans qu’il ne l’a vue\net, devenue femme, ses traits ont gardé le charme de l’enfance.\n      Soudainement le profil qu’il évoque lui rappelle sa jeu­\nnesse. Gomme un kaléidoscope douloureux, sa mémoire lui\nmontre le chemin de l’école où il l’attendait ; elle lui rappelle\nleurs jeux et enfin le jour où elle arriva auprès de lui, toute\ntriste, lui annoncer qu’elle quittait la ville et partait pour un\nlong voyage.\n      Ce fut un gros chagrin, le premier, depuis quatre mois\nqu’il se connaissaient.\n      Mais il avait un grand cœur.\n      Il ne se lam enta pas, comme de plus âgés, même, eussent\nfait.\n      Il s’entend encore lui faire prom ettre, d’être toujours fidèle\net de l’attendre.\n      Il travaillera, il s’enrichira et alors il la demandera à ses\nparents.\n      E t ils sont si certains, que tout cela arrivera comme ils le\npensent, que la séparation leur semble moins dure et qu’a peine\nune larme perle au bord de leurs paupières en se quittant, après\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "                                — 62 —\n\n s’être embrassé bien, bien fort, comme s’embrassent des\n enfants qui s’aiment.\n      Il se revoit à l'école, soutenu par son souvenir, travaillant\nsans relâche, toujours prem ier aux examens, satisfait de lui,\nnon pour les récompenses qui lui sont décernées, mais parce que\ncela le mène au but de sa vie :\n      Avoir pour femme la blonde Louisette, sa chère Louise.\n      Dans les rares moments de loisir que lui laissent ses études,\nl’adolescent cherche les moyens de la retrouver. Jamais il ne\nsonge qu’elle peut l’avoir oublié, qu’elle peut être à un autre.\nPuis est venue la conception de son aéronef et il se prom it de\nne plus penser a elle tant que son œuvre ne sera parfaite...\n      Ce matin, en planant dans les airs, heureux de sa réussite,\nil s’est dit que le moment était venu d’aller la chercher lui\nprouvant, ainsi, qu’il tenait sa parole d’enfant.\n      Ce soir il la retrouve, et, — ô destin ironique et cruel —\nc’est son m ari qui la lui présente...\n                                   *\n                                  * *\n      Dans un coin de son coupé, fuyant, rapidement conduit par\nun habile chauffeur, Armand a toujours devant lui la délicieuse\nfigure qu’il vient de voir et il pleure, il pleure ses rêves déçus.\n                                              E. d’YPRES\n\n\n\n\n                   Sur l’Estacade\n                                 (Aquarelle)\n\n\n\n                     L es bateaux qui partent en m er\n                     Ont leurs voiles rouges tendues\n                     V ers l’ infini des étendues\n                     Où siffle, lointain, un steam er.\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                                —     63 —\n\n                      Q u’ on ne voit, car la brum e grise,\n                      Confondant la m er et les d e u x\n                      V o ile l’ horizon de mes yeux\n                      Où le grand soleil agonise.\n\n\n                      Ils partent les bateaux pêcheurs\n                      A u clapotis rythm é des ram es,\n                      Ils glissent sur le dos des lames\n                      Lentes par ce soir de douceur.\n\n\n                      Ils vont vers le rêve et l’ immense,\n                      V ers la lumière qui s’ éteint\n                      Su r des flots aux reflets d’étain\n                      T ern i, ballotés en çadence...\n\n\n                     E t du désir me voilà pris\n                     De vogu er aussi sur les vagues\n                     Qui berceraient mes rêves vagues\n                     Com m e les vers bercent l’esprit.\n\n\n                                              P ie r r e   F A U C O N N IE R\n\n\n\n\n                 David Desvachez\n     La critique des œuvres d’un graveur est chose ardue : il\nsemble que les qualités qu’on peut y observer s’adressent en\npartie à l’original.\n    Savoir quelle parcelle de son âme il y a mise, quel coup\nde burin particulier sa main d’artiste a jeté sur l’acier, demande\nun tact excessif. D’ailleurs, quel est l’idéal pour un graveur !\nEst-ce la copie uniforme et exacte ; la minutie dans le détail\nrendu ou la déformation plus ou moins considérable de l'ori­\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "                             — 64\n\n\n ginal par la copie? En tous cas il paraît évident qu'un artiste\n imaginatif et créateur ne deviendra jamais m aître en l'art de\n la gravure et qu’un graveur qui a fait de cet a rt toute sa vie ne\n saura plus s’en affranchir.\n      L’œuvre de David Desvachez, que l'on a exposée au Cercle\n Artistique et Littéraire est remarquable p ar sa richesse de cou­\n leurs. On y sent une âme émue ayant la faculté de tirer d'un\ntableau l’idée, la volonté, le but idéal. Cette compréhension, cette\n intimité de deux sens — celui du copieur et celui de l’artiste\n créateur, — donnent aux œuvres de Desvachez une saisissan­\nte vie. On sent, dans son Art, une origine purem ent française,\nen quoi Desvachez constitue une profonde antithèse avec notre\nmaître artiste : Danse. Mais finesse merveilleuse de l’œuvre\npar la race s’est alliée à la beauté forte, inspirée par une\nessence plébeienne. Les traits de Desvachez sont rudes, taillés\nà coups de couteaux, à peine affinés. Seul, son regard infine­\nment incisif donne à sa physionomie quelque, chose d'observateur\nqui tient un peu à l’interrogation spirituelle. Des sourcils en brous­\nsaille, tout blancs avant sa mort, ombrageaient cet œil qu’une\nlongue étude de l’A rt avait rendu clair et sérieux. De ce\nmélange de délicatesse française et de rusticité populaire est\nsortie une œuvre puissante, nouvelle, variée. Quelquefois son\nburin adroit se pose à peine sur l’acier : et ce sont alors\nde douces estompes, grises comme des dessins, soyeuses : Les\nD eux Sœurs. On bien l’âme en feu, il crée avec tout son talent\nde la rue, ce Dernier Soupir du Christ où le regard du Dieu,\npur et calme se rem et aux mains du Père Eternel tandis que\nla croix s’entoure de sombres inconnus, du to rren t des jalou­\nsies et des mesquinités humaines. Parfois les deux talents de\nM. Desvachez se marient en une même œuvre comme dans\nle Compromis des Nobles où la délicatesse française qui\npourrait glisser à la mièvrerie a recours à la séve immortelle\ndu peuple qui la renforce et la reverdit.\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                                       —      65 —\n      Sans être de toute première originalité, l’œuvre de M.\n Desvachez restera. E t l’on compte les œuvres qui défient les\n critiques futures !\n                                         André LIZIN\n\n\n\n\n               C ritiqu e T h é â tr a le\n     N ous   recevons   de notre critique   d’art, M . Arm and   Deprins,   la communication\nsuivante :\n\n\n                   Mon cher Directeur,\n     Vous me demandez d’ajouter à la Chronique A rtistique,\nla Chronique T héatrale. La tâche est lourde mais néanmoins\nje l'accepte car elle est intéressante. J’ai publié déjà, dans le\nn° 2 de votre R evue, mes opinions sur la Critique d’Art, mais\nla Critique Théâtrale qui m’incombe à présent étant une\nbranche spéciale, m érite certaines considérations.\n     Le succès d’une pièce dépend de circonstances diverses\net multiples ; il y a l’auteur à critiquer, l’artiste à juger, la\nmise en scène à observer. Or il est des pièces réunissant\nles qualités inhérentes à chacune de ces parties, et d’autres\nfaites uniquement pour la mise en valeur de l’une d’elles à\nla presque exclusion de l’importance des autres. Je suis\ndonc forcé pour être juste, de dire, s’il y a lieu, laquelle de\nces parties fait obstacle à la bonne ordonnance des autres,\ntout en restant autant qu'il sera possible dans les bornes\nque je me suis assignées dans un précédent article (Juil­\nlet n°2).\n     D’autre p art quatre catégories de personnes demandent à la\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "                            — 66 —\n\ncritique théâtrale, des renseignements, des conseils: le public,\nles auteurs, les artistes, les directeurs. Il faut donc rendre\nà chacun son dû et ce dans la mesure de son intérêt tout en\nprouvant les faits qu'on avance Voilà mon cher directeur ce\nque je tenais à vous dire avant de commencer la chronique\nthéâtrale. Si vous juger utile d’insérer cette communication\nje vous en laisse toute latitude. Il ne me reste plus qu’à\ntâcher d’obtenir le don d’ubiquité et même plus pour rem­\nplir ma tâche les soirs où nous serons gratifiés de deux,\ntrois et même quatre premières à la fois...\n                                      Armand D E P R IN S\n\n\n\n\n                 Livres et Choses\n     C’est à la très gracieuse am abilité de M. Camille Daman,\narchitecte, que nous devons le dessin de n otre nouvelle couver­\nture. Nous lui adressons nos plus vifs et nos plus sincères rem er­\nciements\n\n     Le directeur des expositions de la Libre E sthétique M.\nOctave Maus sera prochainem ent l’objet d’une m anifestation de\nsym pathie et de reconnaissance absolum ent neuve en son expres­\nsion. Les principaux exposants de la Libre E sthétique, font hom ­\nm age à leur directeur d’une ou de plusieurs de leurs œ uvres.\nCelles-ci constitueront, au Musée d'Ixelles, une S a lle Maus, qui,\nchaque année, s’enrichira d’acquisitions nouvelles. Parm i les\npeintres et les sculpteurs citons : Zuloaga, Fram pton, Raffaëlli,\nCharles Cotset, L e Sidaner, Besnard, Moreau, W elaton, Jacques\nBlanchet, Milcendeau, H. Martin, Claus, L. Frédéric, Rodin,\nMeunier.\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                                  — 67 —\n\n    Les A mours de L i-Ta-Tchou, p ar Charles Petit : Tel est\nle nouveau roman que commence la R evue de P aris de ce\nmois-ci. Son auteur, M. Charles Petit, un voyageur infatigua-\nble et intelligent, nous donne pour la première l'ois, en français,\nun roman chinois : Cette histoire d’un mandarin de 1re classe\nqui devient amoureux d’une danseuse est un sujet que l’auteur\nnous dit vrai. En tout cas, il est intéressant, curieux, écrit\ndans un style qui plaît par sa pureté et sa simplicité, et n’a\ncertes pas besoin de l’indulgence que son auteur réclame.\n                                      Gaston PULINGS\n\n     Cy, le nom d’un homme de talent, peu connu de son vivant\net presqu’oublié, quoique sa m ort ne soit pas ancienne.\n     Il s’agit du graveur Belge, David Desvachez qu’un de nos\ncollaborateurs s’est efforcé de rem ettre en lumière dans un\narticle de ce présent numéro.\n     Le Conseil Communal Ixellois a décidé, il y a quelques\ntemps, de donner à une rue du quartier Berkendael le nom\nde David Desvachez.\n\n    N ous tenons a rem ercier pour leurs aim ables articulets\nL’art Moderne, la V erveine, la R oulotte A rtistique, L’essor.\nEt nous nous excusons de ne pas l’avoir fait plus tôt à cause\nde notre num éro dédié au Martre Rodenbach.\n\n\n\n\n               Courrier des Théâtres\n     M o n n a i e . — Réouverture le 10 Septembre : L e P r o p h è t e .\nProchaines premières : L e R o i A r t u s , de Chausson ; L e CID et\nS a p h o , de Massenet ; L e s B a r b a r e s , cle Saint-Saëns : T o s c a , de\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "                                   — 68 —\n\n Puccini ; la C h a p e l l e , de Blockx ; L e s M a ît r e s C h a n t e u r s .\n L’orchestre, descendu de 85 cm., est aménagé selon les plans\n de W agner.\n\n        G a le r ie s . — Programme de Septembre : 6 représentations\nde Ch. W ieh e, la délicieuse danoise, 3 représentations de\nBlanche Toutain, créatrice d ’Y VETTE ; le 11, L e s 5 Sous de L a v a ­\nrè d e , féerie. Ouverture de la saison d’opérettes : L a Poupée,\navec M. Sully. Revue : B r u x e l l e s , t o u t l e monde d é ce n t, de\nG. Garnir, avec Th. Cernay.\n\n      P a r c . — Selon les présages, intéressante saison à venir.\n\n       M o liè re . — Le sympathique directeur, M. Munié, étudie\nun projet de décentralisation dramatique qui nous prom et des\nl res sensationnelles. Tous nos vœux de réussite à l’intéressante\nscène ixelloise.\n\n    A lh a m b r a . — Après le Crime d’O rcival, Le Tour du Monde\na Pied, 11 tableaux.\n\n    A lc a z a r . — Pour cet hiver, La F a m ille du B rosseur, le\ndernier succès de Tristan Bernard.\n\n   V a u d e v ille . — Réouverture le 29 Septembre : Bébé de\nHennequin et de Najac.\n\n     O ly m p ia . — L’Évasion, de V. de l’Isle Adam est inscrit à\nla dernière affiche de l’intéressante Robinière. Espérons que tes\nvaillants artistes reviendront l’an prochain.\n\n    S c a l a . — Spectacle varié, étoiles parisiennes. Changement\nde spectacle le samedi.\n\n    P a l a i s d ’ É té . — Notre Music-Hall fait florès. Changement\nde spectacle le vendredi.\n                                                   Armand DEPRINS\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 4, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1903-09", "signet_source": "Première année - N°4 - Septembre 1903", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 56", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}