{"numero_id": "ulb-jeune-effort-1905-06-n26", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-06-n26-001", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 33, "page_fin": 39, "titre_corps": "Frans Gailliard", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "GASTON HEUX.", "ancre_debut": "F r a n s G a i l l i a r d. Je me trouvais, un soir de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 448, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2100, "texte": "F r a n s G a i l l i a r d.\n\n      Je me trouvais, un soir de fête, au bord de la mer. Des\nconstellations paresseuses s’en élevaient en s’étirant. Derrière\nmoi, la ville joyeuse, toute en lanternes vénitiennes, flambait,\ncomme pour tuer la n u it; mais elle avait beau faire et n'en\nsemblait de loin qu’une criblure d ’étoiles. Jamais plus divine\nsolitude. Du large, une grande palpitation accourait en bon­\ndissant.... J ’y devinais la charge furieuse des vagues qui, sour­\ndement, près de mourir, se cabraient, s’illuminaient d ’une\nfrange phosphorescente, puis, ternes et mornes, suppliantes et\nsans force, léchaient immensément le rivage nocturne.\n      Ainsi, me suis-je dit, lorsque la houle des sensations\nintimes monte des gouffres à notre intelligence, il est un\ncourt instant où leur grise ondulation se dresse comme ces\nondes, et cime, porte une lumière! — Ouvre, ouvre large tes\nyeux : c’est alors la seconde unique, c’est la seconde de l ’Art.\nL 'instant d ’après, la vague, en cessant d ’être cime, aura perdu\nson rayonnem ent.... L ’art est une flamme sur des hauteurs!...\n      E t j ’y songeais \"encore, quand de l’écume m ’inonda les\npieds. Je me baissai         Parm i la nuit, le bruissement d ’une\nonde refluait vers la mer. Inconsciemment mes doigts creu­\nsèrent un sillon dans la sable:... ce fut une surprise! Chaque\ngrain étincelait d ’une paillette bleue, comme si mes mains\nphosphorescentes y laissaient cette trace. Du pied alors, je\nlabourai le sol curieusement : cette fois mille lueurs pétillè­\nrent en silence. Quoi donc! la plage aussi rayonnait? Il suf­\nfisait de l'y contraindre ! Les lames, tout à l’heure, m ’aveu­\nglaient d’un éclair, comme l’art impérieux nous écrase de\nsplendeurs, tandis q u ’en joie pour lui-même, le sable se réser­\nvait sa crépitante féerie, si je n ’avais par violence pris m a part\nde sa fête !\n                                  *\n                               *     *\n\n\n    L ’art de Gailliard vibre ainsi, lueur inattendue, là même\noù l’existence, par sa monotonie, évoque les plages marines.\n"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3180, "texte": "                                          —       3 4 -\n\nL ’h u m b le e st so u v e n t so n h é ro s, r a r e m e n t le s h o m m e s de\ng lo ir e . « R é a l i s m e ! d é d a ig n e n t le s u n s .... I l n 'e s t d ’é c la t\nq u ’a u x s e u ls so m m e ts » e t le u r in tr a n s ig e a n c e , p a r c e s d ix\nm o ts , c o n d a m n e       M a is l ’a rtis te , p e n c h é a u x g r è v e s où b u te\ns a n s cesse la g r is e m a ré e des jo u r s , s o u r it .... L a flam m e su r le s\nflots s'e st é te in te ; il n ’en d o it p lu s ja il li r , au g r é d e v a in s p r o ­\np h è te s, d u r a m p e m e n t d es e a u x . A lo r s , ses d o ig ts q u i le s\nd é m e n te n t, fo u ille n t la p la g e b a n a le et tra c e n t p e n siv e m e n t\nd e s lig n e s de lu m iè r e !\n                                                  *\n                                              *       *\n\n\n\n          I l y a là c o m m e u n m ir a c le , et c e tte im a g e s e u le d e v r a it\nc o n c ilie r u n e t e lle e sth é tiq u e et tout c u lte d e b eau té h a u ta in e\ne t v o lo n ta ire . I l a so n e x q u is ité le rô le du c h e rc h e u r d e c o q u il­\nla g e s q u i d e v in e le u r n o b le sse so u s la v a s e q u i le s d é b o rd e , et\nn o u s le s je t t e en fin le s u n s a p rè s le s a u tre s, lu isa n ts d e n a c re\nin so u p ç o n n é e . J e sa is tel a sp e c t d e la v ie , où la p r o b ité a rtiste\nd e G a i l l i a r d a su rp ris c o n tre m o n a tte n te u n m iro ite m e n t de\nla b e a u té . C e lle q u ’il d é c o u v re d e la so rte n ’a rie n ja m a is q u e\nd ’a p a is é . L a fa m ilia r it é lu i c ré e u n e a tm o sp h è re où e lle\nb a ig n e se re in e m e n t. T o r s io n s d e m u s c le s q u i so n t re c h e rc h e s\nde p la s tiq u e , su rsa u ts d e l ’â m e q u i la is se n t le u r a llu r e a u x\na ttitu d e s b r is é e s , l ’a r t d e m o n p e in tre se g a rd e b ie n de te lle s\ne x a s p é r a tio n s . T a n t p is si l ’id é a lis te in tr a n s ig e a n t n ’y tro u v e\np o in t so n c o m p te ; to u t est h u m a in ic i, ja m a is d e c ette h u m a ­\nn ité tr a n s fig u ré e , s i tra n s p o rté e a u d e ssu s d ’e lle -m ê m e p a r la\nfo u g u e d e s p a ssio n s, que ses g e s te s q u i p a n te lle n t, tr a h is s e n t\nl ’effo rt du D ie u à l ’é tro it d a n s la c h a ir ! L e s ê tre s q u i s ’y a g ite n t\na c c e p te n t a v e c s im p lic ité la v ie . I ls n ’ont m ê m e q u e fa ir e d e\nla r é s ig n a tio n , q u i est c o m m e l ’o r g u e il d e l ’h o m m e lo r s q u ’il\ne n tre p re n d d e s ’a b u s e r lu i-m êm e su r son d é s ir d e v iv r e . P o in t\nd e ces b o n d s fo rc e n é s p a r q u i le s â m e s, e x c é d é e s de le u r c o rp s,\nle v id e n t d e le u r p ré se n c e et l ’a b a n d o n n e n t à l ’é v id e n c e d e so n\nn é a n t. V o ic i u n e œ u v re où l ’a b s tr a c tio n jo u e le m o in d re d e s\nr ô le s . L ’in te llig e n c e , s ’a p p liq u a n t à la c h a ir a v e c e x a c titu d e ,\ns ’y tra d u it l ’u n iv e rs, n o n en p u re p e n sé e m a is p lu tô t en s e n ti ­\n"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2258, "texte": "                              —   35 —\n\n\nments. N a tu ra lism e, non plus q u ’I déalisme n’ont que voir\nici. Car vainement, au ciel de l’art se seront-ils dressés, sur la\nfoi d ’un apparent antagonisme, chacun comme la négation\nfarouche qui annule son rival ; en vain ces dieux qui se por­\ntent ombrage brandissent à poings crispés l’éclair de leurs\ncolères ; ils n ’auront mis dans leur querelle que l ’animosité\ndes frères ennemis; les foudres quelque jour leur tom beront\ndes mains, leurs haines fraterniseront ; car la même tension\nd ’une pensée en gésine les fit jaillir au monde d ’un même\neffort abstrait. Q u’ils plongent parmi l’ombre ou baignent\ndans la lumière l ’univers que conçoit leur fantaisiste volonté,\n« idéalistes, naturalistes » sont à égale hauteur des cimes spi­\nrituelles : les uns ont le vertige d ’un ciel traversé d ’aigles, les\nautres, de l’abîm e,... et de l’abîme où l’homme se traîne, aigle\nblessé; la terre n ’y est plus, sous l’accumulation des ténèbres,\nq u ’un autre ciel, opaque, — la vallée, une montagne à cime\nqui se renverse et dont la profondeur mesure la hauteur.\n       Ici tout est plus simple, plus vraiment près de la réalité.\n L ’homme est compris par un homme, non plus par un vision­\n naire. G ailliard est un fervent de modernisme, de choses\nvues et vécues, certes !       mais il faudrait l’entendre sans cette\nobstination éliminatrice, que met à se figurer l’univers maint\ncréateur de types, T a n t d ’aspects rôdent comme des pollens\nen voyage autour de cette fleur de large humanité? Mais il\n semble, que fidèle ju sq u ’à l’étroitesse ou ju sq u ’au sublime, dès\nla première visitation de la nature à son âme, il se soit clos\nsur sa vision première pour mourir longuement de son unique\nfécondation.\n       Ce partage parcimonieux de l’être n ’est point le propre\n de mon peintre. Il a pour toutes choses comme un égal\n amour ; rien qui n ’intéresse ses sens curieux : il plonge aux bas\nfonds, sort ébloui des richesses. Il goûte tout de son époque\n sans dédaigner les autres, dans le familier comme dans l’épique.\n Nous avons apprécié de lui des œuvres qui différent par\n l’art comme des floraisons d ’antipodes. Sa toile Les gagne-petit\ns’embourgeoise-t-elle assez artistement avec ses types natio­\n"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "                              —   36 —\n\n\n naux de matrones, de béquillards qui détaillent les « mastel­\n les » ou les « crabes », à leurs petits clients; Le las d’a ller dont\nle vagabondage s’éternise par les faubourgs, au long des hori­\nzons d ’usines dont l’esclavage est sa nausée ; le crève f a im\nVioloneux après la quête des grossous, — fleur de boue, fleur de\nvices, mandragores innocentes ! c’est une face de son talent;...\net brusquement à un détour de l’œuvre, comme une flèche de\ncathédrale perçant ses confins de taudis : L ’arc de triomphe :\nune fanfare de roux sonne à l’avant plan la prodigalité éter­\nnelle des sèves tandis que sur fond vert, azur, sur fond de\nnuances soyeuses, toutes caressées par l’air qui flue, les arches\neffritées, mélancoliques se surhaussent.\n       De même aussi, ce n ’est point lui qui s’aviserait de nier\npar système la splendeur du monde abstrait. Il compte parmi\nces peintres qui accueillent les poètes autrement que d ’un\nsourire ; à leurs phrases savantes et fougueuses il lui advient de\nreconnaître une vertu révélatrice : toute une part du beau lui\nen laisse de ses clartés. E t parmi ces lueurs quelqu’une parfois\ntaquine sa palette : l’abstraction se colore, le pinceau se laisse\ntenter. Mais l'œuvre n ’est réussie qu'autant que l’effort de\nl ’intelligence ait intéressé le cœur, que l’abstraction se soit\nvêtue d ’une façon de réalisme, que le rêve ait touché terre__\nLa matérialité n ’est belle ici que dans la mesure de la poésie ;\nla poésie n ’est rien sinon humanisée. « Musa pedestris » muse\nqui marche! Mais l’aile ouverte allège le pas            Je regarde\ncette toile : U n Orphée se dresse dans ce vallon roux, et sa\nmain erre sur la grande lyre, et de souples échines qui l’effleu­\nrent attestent la grande victoire du chanteur sur les tigres;\nl’atmosphère d ’or est vibrante, et pourtant mon peintre n ’est\npas là; je n ’ai qu’à me détourner vers cette toile, où le temps\nsymbolique passe austèrement devant un groupe de florentins,\ndevant leur jeunesse moqueuse et j ’y retrouve G ailliard avec\nsa science du geste née de l ’observation ; je le retrouve tout\ndans ce blottissement frileux de l’amante qui se réfugie auprès\nde l’amant. Le geste, voilà le sûr triom phe.... Il l’admire à\ntout instant, divers, souple, intéressant toujours, jamais deux\n"}, {"page_pdf": 452, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2249, "texte": "                             —   37 —\n\n fois le même ; le geste multiple comme de la vie rendue\n visible, et qui dans l’instant même où il se réalise semble\n déjà songer à sa forme prochaine.\n       C’est parce que l’artiste sait en saisir le charme à\n chaque seconde, à celle qui précède comme à celle qui\n suit l’instant où l’attitude s’exaspère c’est pour cela q u ’il\n s’est trouvé peintre du geste détendu. Vous concilierez vous-\n même : Point ne lui est besoin pour capter l’intérêt, du recul,\n de l’illusion de l’histoire. Les quelques planches où l ’habilité\n de G ailliard a passé aux êtres les défroques du passé, pour\n habiles q u ’elles soient, révèlent encore sa nature moderniste:\nj ’oserai dire q u ’il n ’évoque les ancêtres que dans la mesure de\n leur modernité. Il y a là comme une mascarade, infiniment ani­\n mée sans doute, mais où un geste naturel fait sans cesse tomber\n les masques... Certes, pour qui accepte la modernité comme\n constant idéal, c’est une résignation d ’avance consentie d e l à\n peindre aussi dans ses deuils, cette ample part de nous.\n G ailliard à ses débuts fut hanté par l ’art des D egroux , des\n D ejo n g h e , des V erstraete : telle cette vaste toile où des\nrustres en sarrau, des femmes agenouillées écartèlent en croix\nvers la madone de Hal, leurs bras désespérés. Mais il a tôt\nlaissé ces rudes désespoirs aux maîtres de la douleur, dont\nl ’âme les possédait dans ses correspondances.... Lorsqu’il\narriva plus tard à son crayon de rencontrer la souffrance, il la\nfit plus simplement pantelante, très expressive aussi. Chose\nqui ne m ’étonne guère, il l’a surprise rarement mieux que\ndans l’obscure animalité : toute l’habilité de ce talent, qui\nest yeux, non abstraction, devait comprendre saisisamment\ncette souffrance ingénue, qui se livre, que révèlent une con­\ntraction des muscles, un soubresaut des nerfs, le hideux affai­\nsement des masses charnues, sous qui saille déjà le squelette :\nce Cheval abattu est agonie ju sq u ’en la mort, et pour éternel\nqu’il soit, son repos même est sans apaisement. L ’homme\ndans une telle œuvre souffre aussi, mais sans guère réfléchir\naux causes de sa souffrance : l’âme avant tout peine avec le\ncorps. Remarquons d ’ailleurs q u ’un optimisme se dégage\n"}, {"page_pdf": 453, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "                              —   38 —\n\n\n de l’effort total. S ’il existe des maux la joie pourtant n ’est\n pas illusoire : la fête de vivre offre ses jouissances à tous les\n sens; elle est parfums, musique, lum ière; l’air est un fleuve\n de paillettes où de l’or coule dans de l’azur; et rien n ’embaume\ncomme une fleur écrasée, rien n ’a d ’éclat comme l’agonie\n d ’une lampe, ne chante comme un cygne expirant. L a douleur\ndes autres possède pour l’homme une valeur pittoresque ; elle\nest un piège tendu à sa curiosité et que de fois il en oublie\nju sq u ’à l’apitoiement : Tels les convives de Néron se résig­\nnaient au hurlement humain des torches dont leur hôte les\néclairait. D ’avoir d’ailleurs touché à ces deuils l’œuvre de\n G ailliard s’est sauvée de la niaise insouciance. Elle est\ngrave bien q u ’optimiste ; elle rappelle la convalescence qui\nn ’attend pour aimer la vie, que de n ’en plus souffrir.\n      E t de fait toute sa ligne générale a été comme une sorte\nde longue convalescence des yeux : sa palette ne s’est ajouté\nqu’au cours d ’une lente évolution, la jeunesse des tons clairs;\nelle fut grise d ’abord, presque morne ; puis elle s’échauffa\nde bitume, tout en s’alourdissant peut être : il y a de cette\népoque de bons portraits, des coins d ’ateliers que les Oyens\neussent aimés ; mais je le salue surtout comme ardent zélateur\nde la lumière moderne. Il l ’aima pleuvinant à travers les\njeunes verdures; à chaque instant notations de fraîcheurs ; ici\nle déroulement d ’une Procession : la route est blanche de com­\nmuniantes, claire d ’atmosphère matutinale; des âmes neuves\npclerinent dans la nouveauté du jour; l’air est bleu, presque\ningénu, une lumière étonnée frissonne sur les choses; on dirait\nl’éveil premier du soleil. L a beauté, l’Anadyomène moderne\nn ’a que faire des flots : elle se lève, toute frissons, d ’une vague\nde clarté; chaque matin nous la ressuscite dans la fluidité du\nLevant. G a i l l i a r d est un fervent parmi les artistes qui ont\nexalté sa naissance; il y fut prodigue d’une sorte d ’amour; car\nla lumière est femme : elle a une innocence qui est sa fraî­\ncheur, une jeunesse, une m aturité! Elle traîne sur l’univers\nles robes somptueuses de ses moires; comme la femme, elle\nn’est que baisers. Elle brûle sur cette Plage ; n’y a t-elle pas\n"}, {"page_pdf": 454, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2385, "texte": "                             —   3 9 —\n\n\n l’âcre saveur des carnations mûres? On la voit se coucher sou­\n veraine sur cette Rome assoupie, qui se découvre par une fuite\n d ’ifs, tandis qu'aux vasques débordées, l’eau qui mire le ciel\n s’épanche en lueurs fluides. T antôt encore c’est une lumière\n froide, je pensais insensible, une sœur céleste de la neige....\n T oute l'œuvre récente de G ailliard est pieuse et laudatrice.\n De s’être grisé aux rayons, l’artiste leur garde un culte res­\n pectueux, q u ’on sent ne pouvoir s’épuiser. E t certes, elle a\n des droits, la lumière divine, à l’inépuisable louange ; une\n fois même plus aigument que d ’autres, j ’ai saisi la mesure de\n notre ingratitude. Ma chambre sommeillait. L a paix parfaite\n de la lumière que la lampe épanchait en nappe m ’avait\n endormi l’être dans cette somnolence, cette inaction des sens,\n qui équivaut pour nous à l’anéantissement des choses extérieu­\nres. Je sentis brusquem ent combien je m ’étais abstrait de\n toute réalité ; je compris que des sons venaient de s’éteindre,\nque je n ’avais point perçus,... que durant une longue heure, les\naspects de la vie s’étaient, souples archets, attardés sur mon\nâme, comme sur les cordes détendues d’un instrum ent muet.\n O profondeur de notre ingratitude ! silence de l’exaltation\nhumaine, devant le jaillissement perpétuel des merveilles que\nla lumière révélatrice avive autour de nous ! Enfantement des\napparences si rénovées sans cesse, si fécondes en métamor­\nphoses, qu’elles n ’en perdent jamais leur fraicheur! Ce\npouvait-il que l’habitude pût nous en saturer les yeux\njusqu’à nous distraire de tant de sublimité? M aintenant autour\nde moi selon les sursauts de la flamme des coins nouveaux\nprenaient vie ; les anciennes ténèbres luisaient ; des griffes de\nlumière égratignaient des cuivres, ensoleillaient des laques; les\npourpres d ’une tenture déplaçaient les pans obscurs de leurs\nplis.... Alors j ’abaissai la mêche de la lampe jusqu’à\nl ’éteindre presque, pour restaurer en moi l’uniformité de\nl’ombre, puis, réveillant soudain la flamme; je me donnai la\njoie, la joie reconnaissante! de la résurrection miraculeuse des\nlignes, des masses, des couleurs !\n       J ’ai le sentiment que G ailliard éprouva une égale allé­\ngresse, le jour où pour ses yeux jaillit dans un flot d'or l’u n i­\nvers nouveau-né des luministes modernes. G a s t o n H e u x .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-06-n26-002", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 40, "page_fin": 41, "titre_corps": "Soir de Bosphore", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "THÉO VARLET.", "ancre_debut": "Soir be Bosphore. 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Q U E S T IO N N A IR E :", "ancre_fin": "mon cher confrère. F IN", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Stance. Au pauvre fiancé.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 456, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 587, "fin_caractere_exclue": 1578, "texte": "R e fe p e n d u m s u r l’ a m o u r p a s s i o n n e l .\n\n                              Q U E S T IO N N A IR E :\n\n      I. — L ’Am our fut jadis et suivant les siècles, sensuel,\nchevaleresque, galant, sentimental ; quel est aujourd’hui son\ncaractère ?\n      II. — Il eut jadis sur les mœurs et sur le progrès de\nl’espèce une influence énorme. Quel est aujourd’hui son rôle\ndans notre société ?\n      III. — Voyez-vous en l’amour, une force de nature à\ntriompher de la morale, ou bien l’amour et la morale s’accor­\ndent-ils toujours ?\n      IV. — L ’amour étant une puissante force sociale, faut-il\nqu’il soit subordonné aux lois ?\n     V. — Quel est votre avis sur le divorce ? et quels sont les\neffets du divorce sur l’Amour ?\n   Voici la suite des réponses q u i nous sont parvenues :\n\nH u b e rt K ra in s\n    U n des personnages de L'É ducation sentim entale,\nD ussardier , sollicité par ses amis de formuler son rêve de\nbonheur, répond : «Aim er la même femme, toujours ». Si, dans\n"}, {"page_pdf": 457, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2269, "texte": "                             — 42 —\n\n le mariage, l’amour revêtait chez les deux parties ce caractère\n de constance, la question du divorce ne se poserait pas.\n A défaut d ’une affection mutuelle et persévérante, il a fallu\n recourir à un expédient pour conserver au mariage sa solidité.\n L ’homme s’est arrêté au plus simple : il a profité de la force\nque la nature lui a conférée pour s’arroger vis à vis de la\nfemme des droits qui la mettaient entièrement à sa merci.\n C ’était brutal et cynique sans doute, mais il faut reconnaître\nqu’il n ’y a que la force qui puisse faire vivre ensemble deux\nêtres dont les caractères ne s’accordent point. L e j o u r o ù le\ncœur de l’homme s’est ouvert à la justice, le divorce est\ndevenu inévitable. Le mouvement qui s ’est effectué à ce sujet\ndevait naturellement se développer parallèlem ent aux progrès\ndu féminisme. Aussi est-ce aux E tats-Unis, pays où la femme\nest devenue une idole, tandis que l’hom m e n ’est plus q u ’une\ngrossière machine à produire des dollars, que le divorce sévit\navec le plus d ’intensité. Beaucoup de gens s’en effrayent, à\ncommencer par le président Roosevelt. Ils y voient un signe de\nperversion et de décadence. Seulement, ils ne tirent cette\nconclusion que d ’un seul argument : le chiffre de plus en plus\nélevé des divorces. Or, il faudrait connaître quelque chose de\nplus. Il faudrait savoir ce que deviennent les divorcés. Sont-\nce des forces perdues on des forces retrouvées ? E t s’il s’ensuit\nune seconde union vaut-elle mieux que la prem ière ? L a\nvaleur d ’un acte doit en effet se mesurer à ses fruits et non pas\nd ’après la brutalité avec laquelle il heurte les idées admises.\nLes idées admises ne sont parfois que des préjugés. T o ut le\nmonde sait que le mariage est surtout vénérable par son\nantiquité. L a plupart du temps, il est aussi imprégné de\nmensonges et d ’hypocrisie qu’un vieux tapis l’est de microbes.\nAvant de venir vitupérer sur la place publique contre son\nadversaire le divorce, il ferait bien de passer une blouse\npropre. Maintenant, si l’homme moderne, qui ne doute de\nrien, espère trouver le bonheur continu et sans mélange dans\nl ’amour, avec ou sans le concours de la loi, il est permis de\ncroire q u ’il se trompe. Il ne dépend pas de nous de faire que\n"}, {"page_pdf": 458, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "                             -   43 -\n\nle rêve de Dussardier devienne une réalité. Le cœur humain\nest obscur, bizarre et changeant. De tout temps, les sages l’ont\ncompris et se sont méfiés. Devant l’amour, Panurge hésite et\nBouvard et Pécuchet discutent. Q uant aux femmes d ’Ibsen,\nqui abandonnent leur mari et leurs enfants en faisant claquer\nla poste, pour courir après un bonheur q u ’elles n ’ont pas\nrencontré dans le mariage, elles ne disent pas où elles se\nrendent     où elles vont se jeter à l’eau.\n\nL e b a r o n Ch. v a n   Beneden.\n      1. — Répondre que l’amour aurait aujourd’hui un carac­\ntère autre que jadis, ce serait dire que l’homme a changé.\nL ’amour est dans sa nature, dont l’immuabilité est reconnue.\n— « A m our galant, amour badin » veulent dire des façons de\nform uler l'amour.\n      Si vous admettez que Marguerite de Navarre, Clément\nMarot, Melle de Scudéry, lA b b é Cotin, nous aient plus légué\ndes modèles de l’art d ’aimer que des formes du fleuretage de\nleurs époques, nous vous répondrons que l ’Amour n ’a que\nfaire aujourd’hui des ballades, des madrigaux et des sonnets.\nIl se met en tandem ou en automobile. Il est sportif.\n      2. — Quel rôle ce genre de sport peut-il avoir dans notre\nsociété? — Il hâte les unions libres, les mariages forcés, les\nrelations adultérines et les divorces. Il met aussi le débraillé\ndans les familles.\n      3 . — Je vois en l ’amour une force à triom pher de la\nmorale ; mais nous devrions alors nous entendre sur ces deux\nmots.\n      Le sentiment qui nous penche à la satisfaction des sens\nn ’est pas l’Amour. Celui-ci est une étincelle de sa divinité\néternelle que Dieu a confiée à nos cœurs pour nous rattacher\nà lui. Il doit savoir rester chaste, si ceci est un sacrifice que\nson caractère divin lui demande.\n      Je veux donc dire que des devoirs peuvent s’imposer à\nl’Amour, s’il ne veut pas être ravalé au rang d ’une passion\ncharnelle. Ils existeront lorsque l’être qui le porte en soi a lié\n"}, {"page_pdf": 459, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "                            — 44 —\n\nson cœur par un serment d ’amour antérieur, d ’où il est résulté\nq u ’un autre cœur s’est livré au sien. Dans ce cas, ce serment\nconstitue pour l’Amour qui veut q u ’on l’excuse et l’honore,\nune Morale q u ’il ne doit pas enfreindre.\n      J ’ajouterai maintenant, pour élargir les cadres de l’amour\net de la morale, que ma passion ainsi sublimifiéc pourra tout\naussi bien être l’amitié, même l’amitié entre semblables, que\nce q u ’on nomme plus spécialement l’amour. Pourquoi, dans\ncette hypothèse, y aurait-il désaccord avec la morale? D ’où\ndoit découler la morale, sinon de la Nature même qui, dans\ntoutes ses manifestations générales, s’est réservé des excep­\ntions?\n      L a morale du monde, convention bizarre dont le texte\nvaria sans cesse selon les âges, les latitudes et l’intérêt, sert\ntrop souvent de masque à l’hypocrisie et il peut être absurde,\nodieux de l’imposer à des êtres spéciaux dont la nature se\nrévolte avec ses règles.\n      4.       — L ’amour étant une puissante force sociale, faut-il\nqu’il soit subordonné aux lois?\n      Oui et non. J ’aime les enfants naturels autant que les\nlégitimes; mais l ’esprit de famille gardera toujours trop de\npartisans pour q u ’il soit possible de répondre à priori que\nl’Amour doive être libéré de toutes lois. C ’est du reste à\nl’obéissance de ces lois acceptées par le mariage que j ’ai con­\ndamné l’Amour, tout en reconnaissant son droit d ’existence\nen opposition apparente avec cet état.\n      D ’ailleurs il est à souhaiter, — et les littérateurs doivent\ns’y employer, — que tous les préjugés codifiés sous le nom de\n M orale cessent de considérer comme infamant l’amour libre\n et que loin de « déshonorer » la mère qui en porte le fruit,\n nous arrivions à lui obtenir des récompenses honorifiques.\n       L ’application quotidiennement légère des trois Causes\n déterminées (pourquoi «déterm inées», quand excès, sévices,\n injures graves signifient tout ce q u ’on veut?) a ouvert la\n porte à la plus déloyale spéculation qui se puisse imaginer :\n celle sur les sentiments poussés à bout. L a preuve des\n"}, {"page_pdf": 460, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2041, "texte": "                             — 45 —\n\n innombrables spéculations qui se font par notre divorce sur le\n mariage, c’est la quantité des agences de divorce qui en\n vivent. — Faut-il rappeler que le conjoint qui gagne sa\ndemande conserve les avantages du contrat, conclu en un\nmoment où l’on espérait une union devant durer ju sq u ’à la\nmort? E n outre, il y a les pensions alimentaires. Le mariage\nsuivi de divorce pour la femme l’émancipe, avec tous ces avan­\ntages. Lorsque feu le Président Van Moorsel disait à la\nkyrielle des coquettes perverties et menteuses qui affluaient\nen son cabinet : « Vous êtes une candidate au concubinage ! »\nil se trom pait peut-être quelquefois, mais il avait cent mille\nfois raison.\n      Aussi, les effets du divorce sur l’amour sont que l’Amour\nfera toujours mieux d ’adopter l’union libre qui l’expose moins\nrapidement au tarissement de ses sources et qui lui évite les\npièges de la fourberie avec tous les désastres moraux et m até­\nriels d ’un procès en rupture.\n      L e jour où l’Amour aura définitivement vaincu les\npréjugés étroits e t artificieux de la « Morale « l’homme et la\nfemme s'établiront entre eux à la façon de deux amis. Ils\nferont un contrat relatif aux enfants à venir, pour prévoir leur\ngarde et leur sort au jour où, fatigués l’un de l’autre, ils\ndésireraient se séparer       Et, de ce jour-là, ils se sépareront\nbien difficilement. Madame la concierge Justice, vieille poti­\nnière au cœur méchant et vinaigré, ne sera plus entre eux avec\nses avocats, ses huissiers, ses avoués, pour les aigrir plus\nvivement. U n rayon du soleil, le premier désir de passer une\nbonne nuit, les rapprochera.\n\nL éo n Moin e.\n     I. — Croyez-vous que l’A m our ait été réellement, suivant\nles siècles, sensuel, chevaleresque, galant, badin, sentimental?\nSans doute aux premiers âges, il dut être sensuel, encore que\nnous l ’ignorions en fait. Mais ne l’était-il plus au temps de la\nChevalerie ? Voyez Rabelais au temps du Roman Comique ?\nAu temps même des grisettes de Mürger ? E t ne l ’est-il plus\n"}, {"page_pdf": 461, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "                             -   46 -\n\naujourd’hui ? Pareillement, l’amour ne fut-il pas, à tous les\nâges, chevaleresque, badin, sentimental ? Mais ces sentiments\nque vous notez ne sont-ils pas chacun les faces d’un même\nAmour, du Seul et Grand Amour? Tel homme qui aime n ’est-\nil pas tour à tour, et suivant les heures, galant et badin, sen­\ntimental et chevaleresque — et sensuel ! Ne croyez-vous pas\nq u e l'A m our est Un, Indivisible, q u ’il est toujours lui-même,\nidentique au cours des âges, q u ’il restera toujours ainsi avec\nles caractères que vous citez, mêlés, unis, fondus, dissociés un\ninstant peut-être, mais vite réunis ; et que le jour ou il ces­\nserait d ’être à la fois sentimental et galant, badin et sensuel\nil ne serait plus l’Amour\n      II. — Le rôle de l’amour aujourd’hui me paraît celui qu’il\nfut dans tous les temps, un rôle purificateur. Il me semble\nque le grand Amour doit rendre bon et doux. Comment con­\ncevoir q u ’il exciterait à la H aine et verserait le Sang ?\nComment voir en un tel sentiment autre chose qu’Orgueil et\nque Rage, celui-là au paroxysme engendrant celui-ci. L ’Amour\nest bon; je veux dire, tel que le définit la Religion chrétienne,\ndont je ne me réclame pas, mais qu’il me plaît cependant de\nsuivre en ce point, Je ne suis certes q u ’un pauvre poète idéa­\nliste, mais il me semble bien que les plus mauvais, les plus\npervers des hommes et les plus endurcis sont purifiés d ’un\ncoup, ennoblis par la violence d’un saint Amour, et je\nm ’explique ainsi que des criminels accomplissent, par lui, des\n actions sublimes que nous envierions de faire.\n      Mais n ’est-il pas exagéré de dire que l’amour exerce un\nrôle social ! P a r essence, n’est-il pas multiple et insaisissable\ndans ses formes ? P our qu’il puisse jouer un rôle, il faudrait\nsavoir le discipliner, l’assujettir à telle ou telle fin. E t quelle\nloi est donc susceptible d’une action sur lui ?\n      III. — Non, l’amour tel que je le conçois, ne triomphera\npas de la Morale, car il est lui-même la Seule Morale.\nLes Religions pourront échafauder autour de lui, ou contre\nlui, des morales parallèles ou obliques. C ’est q u ’elles prêchent\nl ’Amour du Divin, du Surnaturel, d ’un Créateur inconnu que\n"}, {"page_pdf": 462, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3220, "texte": "                                            —    47 —\n\n\nle c œ u r a r r i v e s e u l à c o n n a îtr e et non p a s la r a is o n . L ’A m o u r\na u c o n tr a ir e e x p r i m e toute la R e l i g i o n h u m a i n e , et rie n q u e\nc e la . P a r là , il est la M o r a l e h u m a in e , la s e u le v é r it a b le m e n t\ns o c i a l e , qu i re s te en d e h o rs d e s m o r a l e s m y s t i q u e s , to u tes\nd iffé r e n te s e n tre e lle s , et le u r s u r v it .\n        I V . — V a n i t é d e s u b o rd o n n e r l ’a m o u r a u x L o i s ! U n\ng r a n d a m o u r n e s ’e m b a r r a s s e pas d e s b a r r i è r e s , c e llc s -c i\nfu s s e n t- e lle s d e s lo is. O n a v u d e s a m o u rs v io le n te s s ’a ffra n c h ir\nm ê m e de to u te c o n tr a in t e s o c ia le p a r c e q u ’e lle les e n tr a ­\nv a i t . A v r a i d ir e , la p lu p a r t d e s œ u v r e s th é â t r a le s r e p o s e n t\ns u r la lu tte é te r n e lle d e l a P a s s i o n et d u D e v o i r , c ’est-à-dire,\ns o u v e n t, d e l ’A m o u r et de la L o i . O r, si l ’a m o u r , é ta n t v io le n t\net im p é tu e u x , p a r a ît c a p a b l e d e b r is e r to u s les o b s t a c le s , ne\ns e ra it-il pas p lu s s a g e et p l u s p r é v o y a n t de l a p a r t d e s lé g i s ­\nla te u r s , d e c h e r c h e r u n e h a r m o n ie en tre L u i et les L o i s ? I l\nm e s e m b l e q u e to u te lo i q u i s e r a i t o p p o s é e a u lib r e e x e r c ic e\nde l ’A m o u r se ra it fr a g ile p a r c e q u e c o n tr a ir e à la N a t u r e\nh u m a i n e , et q u e , f û t - e lle fo n d é e s u r le s p r in c ip e s les m ie u x\ne n r a c in é s d e F a m i l l e , d e S o c i é t é et d e D r o i t , e lle s e r a it\nfo n d é e s u r le s a b le le p lu s lé g e r, c a r c e s p r in c ip e s ne sont que\ns o p h i s m e s a u r e g a r d de l ’A m e et d u C œ u r , et g r a in s de s a b le\nd a n s le v e n t.\n        V . — T o u t e s ces c o n s id é r a tio n s s u r l ’a m o u r ont p o u r\na b o u t i s s a n t le D i v o r c e . C e q u e j e v i e n s d ’éc rire, en effet,\nv i s e u n e p a ss io n s in c è r e , u n iq u e , l’A m o u r . M a i s , à r é c la m e r\nl a l i b r e p r a tiq u e d e cet A m o u r , on est b ien c o n d u it à r é c la m e r\nl a l i b r e p r a t iq u e é g a le m e n t d e to u te s le s p a s s i o n s p lu s ou\nm o in s p ro fo n d e s q u i p e u v e n t a g ite r le c œ u r h u m a in . T o u t e\np a s s io n , fû t-e lle lé g è r e et fr iv o le , n ’en est p a s m o in s sin c ère,\ns o u s p e in e d e n ’être p a s d e l ’A m o u r , et n u l j u g e n e p e u t se\nt a r g u e r d u d ro it d e d é c id e r si tel a m o u r est s in c è r e et d u r a b le\np lu tô t q u e te l a u tr e . L o g i q u e m e n t , t o u t a m o u r est d o n c\nli b r e m e n t p o s s ib le . O r, d a n s n o s s o c ié té s d it e s p e r fe c tio n n é e s\nl ’a m o u r n ’est s o c ia le m e n t a d m is q u e s o u s la f o rm a lité du\nM a r i a g e , a n t i q u e s u r v iv a n c e d e p r a t i q u e s r e lig ie u s e s q u e\nlé g it im e , en a p p a r e n c e du m o in s , l ’id é e d e f a m il le . I l p a r a ît\n"}, {"page_pdf": 463, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "                               -   4 8   -\n\n\ndonc équitable que si deux individus se sont mariés pour\ns’aimer légalement, ils auront la faculté quand leur amour\nsera éteint, quand nulle considération de famille ne les arrê­\ntera, quand la vie entre eux leur paraîtra absurde, de se\nséparer. L ’assise contemporaine des mœurs, l’affranchisse­\nment intellectuel de la femme sa conquête de droits équi­\nvalents à ceux de l’homme, sa dignité libre qui lui fut long­\ntemps refusée, justifient aujourd’hui le principe du Divorce.\nL ’idéal serait de ne le prononcer que par consentement\nmutuel des parties. Mais tant d ’intérêts sont en jeu chez des\népoux désunis qu'ils peuvent aisément s'opposer les uns aux\nautres, et que la femme peut fort bien souhaiter une séparation\nrepoussée par le mari. Une condition du Divorce s’impose\ndonc naturellement, à savoir q u ’il puisse être prononcé à la\nla demande d ’un seul des conjoints.\n      Une union conclue sous le régime d ’une telle législation\nparaît donc réaliser un maximum de garanties. Elle satisfait\nd ’une part la nombreuse classe—en notre siècle d ’argent— des\npersonnes qui s’allient par intérêt, convenances, etc., et pour\nqui le mariage, étant une affaire ou une association en vue\nd ’une affaire, doit pouvoir se liquider comme telle à\nl ’échéance. Elle satisfait d’autre part les personnes mariées\npar amour. U n amour, en effet, même grand et sincère, se\npeut affaiblir et mourir par désenchantements successifs,\nd ’autant plus rapidement parfois q u ’il aura été plus violent,\net ne laisser derrière lui q u ’une intolérable chaîne. Mais en\naucun cas il ne parait devoir être préjudiciable à l’amour,\nauquel il ne touche en rien, puisque, purem ent passif vis-à-\nvis de lui, il se borne à disperser les souvenirs d ’un vieil amour\néteint, pour que, des cendres encore chaudes, au vent du\nhasard, d ’autres flammes jeunes et vivifiantes puissent jaillir.\n     Paris, 9 Février 1905 .\n\nL o u is Mopeau.\n     I.      — L ’amour, qui est un instinct, serait encore soumis à\nla fatalité des forces primitives s’il n ’était mû et déréglé par\n"}, {"page_pdf": 464, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "                             — 49 —\n\nles volontés complexes et bizarres de cet organe qui fait de\nnous des monstres dans la vie animale végétative univer­\nselle : le cerveau.\n      L ’instinct animal de l’amour affiné par la science et la\ndouleur humaines, s’est perverti dans les civilisations passées\net nous corrompra dans les siècles, depuis les basses humani­\ntés des races de couleur, jusqu’aux types suprêmes des déca­\ndences aryennes, non seulement, comme on l ’a dit, selon les\ncastes sociales et les différences individuelles, mais selon toutes\nles latitudes terrestres et tous les climats historiques.\n      Le rut initial est donc devenu par la complicité de la\nchair, de l’esprit et des arts, un vice cérébral conscient et\ncompliqué, immense déjà à notre époque, mais q u ’on peut\nprévoir plus formidable encore dans la civilisation future qui\nfera le surmâle comme elle fera le surhomme qui vaincra la\nnature et sera vaincu par elle, vivra du cerveau et en périra\naprès nous.\n      I I . — L ’amour qui n ’est q u ’un instinct luxueux — puisque\nmalgré son rôle d ’entremetteur des siècles et de pourvoyeur de\nla race, il n ’est pas nécessaire à la réalisation totale de l'indi­\nvidu, est devenu par une interversion singulière le plus puissant\nprétexte de la vie. L a lutte pour le pain, dont on fait un des\ngrands motifs de l ’activité humaine, n'est rien en présence de\nla bataille pour l’amour dont les péripéties charmantes ou ter­\nribles, remplissent chaque jour nos romans ou les colonnes\ndes quotidiens : viols, vitriol, suicides, meurtres, adultères.\n      Struggle fo r love! — une des grandes rubriques de\nl ’existence, étiquettant une bonne part de l’agitation h u ­\nmaine.\n    Cet accaparement de la vie par l’amour a son excuse.\nQuand il se réalise en beauté, dans l’intelligence, la joie et\nla force, l’amour est l’instant divin de la matière. L ’extase\nde l’extériorisation jette l’homme dans le cycle occulte de\nla vie universelle par la volupté physique suprême, par le\nmystère de la création, par la joie spirituelle de l’harmonie\nabsolue qui réunit dans un éclair deux êtres saisis dans le tour­\n"}, {"page_pdf": 465, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "                                    —   5 0 —\n\n\nbillon de la vie, ravis dans un vertige et ramenés à l’unité\noriginelle, comme deux couleurs complètementaires mourant\nl’une dans l'autre dans l’apothéose de la lumière.\n      L ’amour est la poésie de la chair.\n      L e poète et l’amant sont ainsi les deux incarnations esthé­\ntiques de la vie, comme le savant et le prêtre en sont les réali­\nsations cérébrales ; ceci explique par exemple, que l’art se soit\npresque tout entier prostitué à l’amour, et que presque toutes\nles littératures, surtout la moderne, qui en vit, mourront avec\nlui.\n      III. IV. — L ’instinct énorme de l ’amour n’est répressible\nni par les codes ni par la morale, surtout quand la morale\nlivrée à elle-même comme aujourd’hui, juge sans glaive, ne\nparticipe plus aux forces mystiques de la religion.\n      Rien d’humain n ’a jamais arrêté le déchaînement des\nforces naturelles, l ’amour pas plus que la mer. Les digues\nq u ’on leur oppose délimitent d’ailleurs à peu près leur\ndomaine, et sont moins si l’on y songe, d ’efficaces remparts\nque d ’illusoires frontières. L a morale recule devant le flot\nirrésistible du temps et de la foule, les lois cèdent sous la\npoussée de l’opinion qui les détruit comme elles les a créées,\nselon ses besoins et pour ses plaisirs. Les forces de répression\nn ’ont jamais pu sévir, sans être brisées elles-mêmes, que\ncontre les exceptions et les monstruosités, et tant que ces ano­\nmalies ne sont pas devenues générales. Quand on leur obéit,\nc’est q u ’on le veut — ou qu’on le supporte si l’on se sent trop\nlâche pour la lutte.\n          Si le viol, le po iso n , le p o ig n a rd , l’in cendie\n          N ’o n t p as en co r b rodé, de leurs p laisan ts dessins,\n          L e canevas b an al de nos p iteu x d estin s,\n          C ’est que n o tre âm e hélas ! n ’est p as assez h a rd ie !\n     V.       — Le divorce, avatar moderne de la polygamie\norientale, et qui vient à son heure dans l ’Occident qui se paga­\nnise, abolit en droit comme l’adultère en fait, le principe\nsacré du mariage, son indissolubilité et si l’on peut dire son\ndroit divin. C ’est pour cela qu’il est immoral et condamné\npar le Code catholique.\n"}, {"page_pdf": 466, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1216, "texte": "                                  — 5 1      —\n\n\nRa y N y s t.\n                A M onsieur M arcel A ngenot,\n      Non, décidément, je refuse de participer à votre enquête.\nC ’est le jugement définitif que je porte sur ce que j ’avais écrit\npour vous répondre. Le rôle de l’écrivain est de raconter des\nhistoires tragiques ou charmantes. L e littérateur, et je le suis,\nn ’est ni un sociologue, ni un moraliste, ni un philosophe, ni un\nsavant, pour se présenter en dehors d e la mise en œuvre: il doit\nconnaître la sociologie, les morales, les philosophies et les\nsciences, ce qui est bien différent. Ses connaissances spéciales\ndoivent avoir en vue l'œuvre, plus complète et plus profonde.\nC'est un metteur en scène des âmes et des choses. Son avis\nn ’a aucune importance réelle et n ’em prunte un intérêt, pas­\nsager, q u ’à titre d ’écriteau sur le dos du signataire.\n      Je décline l’honneur de cette réclame, plus par prudence\nque par modestie, et laisse la place à votre enquête aux\nréponses à panache des gens vertueux.\n      Que cette interprétation professionnelle du rôle de l’écri­\nvain me serve d ’excuse pour vous et vos lecteurs, mon cher\nconfrère.\n                                 F IN\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-06-n26-004", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 51, "page_fin": 52, "titre_corps": "Stance", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "HENRI VALEREDO.", "ancre_debut": "Stance. Au pauvre fiancé. Dans sa robe de fiancée", "ancre_fin": "V aleredo.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "M o uric e Ba rrès", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 466, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1216, "fin_caractere_exclue": 1693, "texte": "Stance.\n                                                 Au pauvre fiancé.\n            Dans sa robe de fiancée\n            Toute blanche comme son front,\n            Elle sourit sous la rosée\n            E t la neige cristallisée\n            Toute blanche comme son front.\n\n            Elle dort dans la terre nue\n            Avec son rêve avec le tien ;\n            E t son beau rêve continue\n            Tandis qu’elle dort toute émue\n            Avec son rive avec le tien.\n"}, {"page_pdf": 467, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 380, "texte": "                                             —   52 —\n\n\n                  Dans sa robe de fiancée\n                  Toute froide comme la, mort\n                  Elle recueille ta pensée ;\n                  A h ! pauvre robe d'épousée.\n                  Qui n’est qu'un froid manteau de mort.\n\n                                                           H e n ri    V aleredo.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-06-n26-005", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 52, "page_fin": 54, "titre_corps": "Maurice Barrès", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "GASTON PULINGS", "ancre_debut": "M o uric e Ba rrès I l est p a r f o is b e a u", "ancre_fin": "G a st o n P u l in g s", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Déblay ons A Madame Sarah", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 467, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 380, "fin_caractere_exclue": 2510, "texte": "M o uric e Ba rrès\n       I l est p a r f o is b e a u , c o u r a g e u x et n o b le , p o u r u n h o m m e\nd e t a le n t d e s ’o p p o s e r a v e c to u te l a fo rc e d e son in t e l li g e n c e\net d e s a v o lo n té à la m a r c h e d es é v é n e m e n ts. T a n d i s q u e d e\nt o u t côté l ’in t e r n a t i o n a l i s m e g a g n e d e j o u r en j o u r s u r les d o c ­\ntrin es p a ssé e s , a u ss i b ien chez le s c a th o liq u e s , q u e c h e z le s\nso c ia liste s, M .       M a u ric e       B a rrès        re s te    un     réactionnaire\nsublime.\n         I l v e u t c o n s e r v e r a u c œ u r de s e s c o m p a t r io t e s : l ’a m o u r\ne n th o u s ia s t e p o u r la p a tr ie ; en E u r o p e la p la c e p r e m i è r e\net p r é p o n d é r a n t e p o u r so n p a y s : L a F r a n c e .\n         T o u j o u r s il a d e v a n t les y e u x 1 870 et c o n t i n u e lle m e n t son\nc e r v e a u est o b s é d é p a r l ’id é e d e r e v a n c h e . I l a v o u é so n c œ u r\nau coin d e te rre p o u r l e q u e l la p a trie a p l e u r é et s a i g n é , p o u r\nl a L o r r a i n e , où to u s les étés il v a p a s s e r s e s v a c a n c e s é t u ­\nd ian t ses c o m p a t r io te s et s o u t e n a n t là - b a s l ’é t e n d a r d f r a n ç a i s .\n        S i M . B a r r é s a d e s id é e s d e r e v a n c h e , M . B a r r é s ne\nd é s ire p a s la g u e r r e .\n        I l a p o u r a tte in d r e so n b u t d e s m o y e n s p l u s d é fin itifs. I l\ns a it que la raiso n d u p lu s f o r t est r a r e m e n t l a m e il le u r e et q u e\nla p e n s é e est p lu s c e r ta in e , p l u s c o n v a i n c a n t e . M . M a u r i c e\nB a r r é s v e u t g a r d e r l ’A l s a c e et l a L o r r a i n e à la F r a n c e p a r\nla p e n s é e g a u lo i s e , p a r la p e n s é e la tin e .\n       C ’est s u r to u t d a n s so n d e r n ie r et m e r v e i l l e u x li v r e A u\nservice de l ’Allem agne q u ’il e x p o s e ses id é e s c a r M . B a r r é s\nest u n é c r iv a i n d e g r a n d ta le n t, u n d e n os p r e m ie r s s t y l i s t e s ,\n"}, {"page_pdf": 468, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2162, "texte": "                            —   53 —\n\n\nenfin un de ces esprits curieux et originaux qui ne se laissent\nséduire par aucune idée étrangère et continuent, malgré tout,\nà défendre inaltérablement la leur.\n       Certes les descriptions des ruines de Sainte-Odile et des\npaysages environnants sont adm irables, certes les aventures de\nP aul E Hrmann au service militaire sont intéressantes et les\nsacrifices de ce volontaire sont courageux. Mais ce qui surtout\nme plaît ce sont les idées de M. B a rrés , ce sont les notes\nq u ’il place au commencement et à la fin de son livre.\n       « Alsaciens ne désertez pas, n ’émigrez pas, restez en\nAlsace pour soutenir, pour propager et pour défendre la cul­\nture et l’éducation française »\n       Telle est la thèse que M. B arrés soutient si éloquemment\ndans A u service de 1‘Allem agne. T o u t d ’abord il s’adresse à\nses compatriotes qui ont voyagé en Allemagne et ont admiré\nles énormes monuments de Metz et de Strasbourg, la courtoi­\nsie des Allem ands auprès des quels ils étaient recommandés.\nIls ont visité l’empire et admiré sa puissante administration\n       « Peste disiez-vous — ajoute l ’auteur — ces Alsaciens-\nLorrains sont annexés à une nation forte et ils profitent de\nbien beaux chemins de fer, de bureaux de poste incompa­\nrables et d ’une discipline supérieure. Je ne dis pas que\nvous priez Guillaume de vouloir bien régner en France. T o u t\nle monde ne cause pas avec l’empereur. Mais par un phéno­\nmène assez simple, vous vous imaginez savoir que les Alsa­\nciens-Lorrains sont enchantés et q u ’ils ne voudraient plus\nredevenir Français.\n       » E h bien ! mon cher voyageur, vos observations ne sont\npas seulement d ’une insipide trivialité, je les déclare fausses.\nVous n ’avez rien vu, rien compris, c’est à croire que vous\npensez avec votre ventre plutôt q u ’avec votre cerveau.\n        » Recommencez votre voyage au coin de votre feu, avec\nun R en é B a z in , vous avez parcouru les rues et les brasse­\nries : il vous mènera dans les maisons et dans les consciences.»\n       L e mérite de M. B arrés est d ’avoir pénétré dans les\nconsciences. Dans cette investigation M. B arrés a rencontré\n"}, {"page_pdf": 469, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1636, "texte": "                               - 54 -\n\n un charmant confrère, qui comme lui voulait éclaircir la\nquestion alsacienne. M . B a r r é s a discuté et il discute encore\navec M. R e n é B a z i n . Il aime les théories de l’auteur des\n Oberlé mais il rejette sa conclusion. Il est de l’avis du père de\nJoseph Oberlé qui restera toujours en Alsace. « Car l’histoire\nde M . B a r r é s qui ne considère que les résultats, saura t-elle\nplus de gré aux Alsaciens qui maintinrent en Alsace, le sang\nAlsaciens et par suite, la culture française, q u ’à ceux qui se\nreplièrent sur la France? »\n      Il veut que partout demeure « un caillou de France sous\nla botte de l’envahisseur ». Car l’Alsace, ajoute-t-il en dehors\nde toute tendance, possède une conscience propre. C’est leur\nconscience, leurs coutumes et leurs langages q u ’ils doivent\nprécieusement garder, car comme l’a dit M IS T R A L « un peuple,\ns’il a sa langue — il tient la clé qui de ses chaines le délivre.»\n      E t c’est pourquoi M . M a u r i c e B a r r é s attache tant\nd’importance aux vestiges vivants du passé : à la R evue alsa­\ncienne Illustrée et au M usée alsacien.\n      Comme on le voit la lutte que M. B a r r é s entreprend est\ntoute morale et intellectuelle ; et comme je le disais en com­\nmençant c’est ce qui fait sa beauté et sa force. Il est par là de\nnotre époque et c’est par là q u ’il se grandit. Si les nations\nmeurent les races restent, M . M a u r i c e B a r r é s le sait ; c’est\npourquoi il défend la conscience Alsacienne, c’est pourquoi\nil est un réactionnaire sublime.\n                                               G a st o n P u l in g s\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-06-n26-006", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 54, "page_fin": 58, "titre_corps": "Déblayons", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "MARCEL ANGENOT", "ancre_debut": "Déblay ons A Madame Sarah Bernhardl.", "ancre_fin": "Un bon petit Belge, Marcel Angenot", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L e s liv r e s Le Sonnet, p a r Jacques He", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 469, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 1636, "fin_caractere_exclue": 1955, "texte": "Déblay ons\n\nA Madame Sarah Bernhardl.\n                                          Assez révoltons-nous !\n                                          (C yrano) — E d m o n d R o s t a n d .\n\n    Au lendemain de la représentation de l ’A iglon donnée au\nthéâtre de la Monnaie par Mme S a r a h - B e r n h a r d t , un jour­\n"}, {"page_pdf": 470, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2117, "texte": "                                   — 55 —\n\nnal écrivait : « Etait-ce l'effet de la chaleur ou bien le g ra n d\nenthousiasme q ui anim ait hier soir la tragédienne autour de\nlaquelle tous les personnages disparaissaient comme l’action\nelle-même, ja m a is l ’œuvre de R osta n d ne p a r u t s i fa ib le, si\nvide, s i fa c tic e, si ficelle.\n      Nous n ’avons pas à recommencer ici l ’analyse de cette\nœuvre et nous avons conscience du peu de poids q u ’ajouterait\nnotre tim ide arbitrage aux puissantes et définitives études\nq u ’y consacrèrent simultanément des écrivains avisés et talen­\ntueux. Mais si nous nous abstenons d’étudier l'œuvre\nd ’EDMOND R ostand , on nous permettra néanmoins de dénon­\ncer, comme il convient, la désinvolture avec laquelle\nM me S arah B ernhardt s'est permis de nous présenter un\nAiglon déblayé d’au moins six cents vers.\n      Sans doute, l' Aiglon, ne peut prétendre ni au drame ni à\nla tragédie, mais, comme l’auteur lui-même nous en prévient\ntrès adroitement dans un quatrain en manière de préface :\n                    M on D ie u ce n ’est p a s u n e cause\n                    Q ue j ’a tta q u e o u que je défends\n                    E t ceci n ’est p as a u tre chose\n                    Q u e l’h isto ire d ’u n p a u v re enfant.\n\n      Une histoire ? Soit ! Mais il y a donc un véritable pré­\njudice à nous la dire, en lui supprim ant volontairement les\nimages et les scènes dont le pittoresque et l’originalité doivent\ncompléter ce ravissement des yeux qu’on y avait habilement\ndistribué.\n      Même dans les coulisses Mme S arah garde dans les doigts\nla cruauté du geste q u ’elle distille avec tant de talent dans la\njolie scène du deux J e déchire !......\n      Madame S arah B ernhardt déchire, et voilà comment,\ndéplumé du riche manteau que R ostand jettait sur la sil­\nhouette de rêve de son faible héros, im pitoyablem ent dim i­\nnué de l’auréole qu’on s’efforcait de m aintenir sur sa chance­\nlante destinée, le malheureux Aiglon nous apparut ce soir là\nplus minable et plus spectral que jamais.\n     Mieux que l’excessive tem pérature et que l’enthousiasme\n"}, {"page_pdf": 471, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2131, "texte": "                               —   56 —\n\n\nqui animait la grande tragédienne, cet indigne et intolérable\ndéblayage a donc produit sur notre public la détestable\nimpression que l’articulet précité constatait d ’ailleurs juste­\nment.\n      Dans une œuvre comme celle qui nous occupe, qui ne\ndoit son intérêt et sa vitalité q u ’au tum ulte impétueux de\nses tirades, à l ’agencement ordonné de ses scènes, à sa couleur,\nà sa forme, à l’éloquente variété de l’expression, il est évi­\ndent que ce déconcertant déchiquetage et cette extraordinaire\namputation devait singulièrement en contrarier les effets.\n      Le hasard seul me fait prendre ici pour exemple l’œuvre\nd ’E DMOND R ostand et pour prévenue m adame S arah -\nB ernhardt , à qui je dois depuis longtemps, mes plus pures\net mes plus puissantes émotions d ’art. Je ne veux que flétrir\ncette humiliante habitude q u ’ont les troupes de passage de\nnous ravaler au rang d ’un public couramment mystifiable,\nauquel on fait joyeusement prendre des vessies pour des lan­\nternes.\n      Depuis longtemps déjà nous tolérons d'un accord tou­\nchant de continuelles vexations, et ce n ’est pas sans raison\nq u ’on nous a célébrés du sobriquet, d ’ailleurs inoffensif, de :\nB ons petits Belges.\n      Chaque fois q u ’on nous annonce à coups d ’aveuglantes\naffiches l’arrivée d ’un de ces astres, dont le nom brille au fir­\nmament des célébrités théatrales, c’est, flanqué d ’une cour de\npâles vers-luisants, q u ’il arrive, plus brillant que jamais, (loi\ndes contrastes!) nous faire goûter les merveilles du Theâtre.\nIl en résulte, ce qui devait en résulter — dirais-je ce q u ’il fallait\nqu’il en résultât?— q u ’ainsi, habilement encadré d’inqualifia­\nbles parasites, de faméliques matuvus et de maldisantes com­\nparses, l’astre nous apparaît évidemment plus brillant et nous\nforce à d’éloquents, mais à de désastreux parallèles. Dès lors,\ncomme ce nectar q u ’on nous offrait dans une coupe de grès\ndont la rudesse à laissé à nos lèvres le rabais du breuvage,\nainsi, présenté par d’aussi discordants éléments, de tels spec­\ntacles nous laissent à l ’âme une gêne que nous parvenons mal\n"}, {"page_pdf": 472, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2035, "texte": "                                   —    57 —\n\n\nà dissiper. Donc Mme S arah -B ernhardt qui ne fait pas les\nchoses à demi, même vous le voyez qnand il s’agit de dimi­\nnuer, se dit, (et j ’espéré pour lui que R ostand n ’y est pour\nrien) q u ’il serait drôle d’aller jo u er un tour de sa façon\nà ce bon petit peuple d ’outre-Quièvrain.\n     E t la grande Sarah, qui sait ce que jouer veut dire, avise\ndans l ’œuvre de R ostand , près de six cents vers q u ’elle prie\ndélicatement de passer aux oubliettes où de sa baguette magi­\nque, en trois coups, dépouille de ses plus belles plumes notre\npauvre aiglon,\n            Q ui so rt de ce co m b at l’aile to u te b risée !\n     Une, deux, trois « Passez muscade, ni vu ni connu, nous\ndéblayons !\n    Vous déblayez m adame ? E t de quel droit s’il vous plaît ?\nQuelles qualités vous autorisent à nous léser de la moitié du\nspectacle annoncé ? E t qu’elle logique vous fait doubler le prix\ndes places quand vous nous donnez la moitié de l’œuvre pro­\nmise ?\n     Puis encore quelles insurmontables difficultés vous obli­\ngent à nous présenter d ’invraisemblables décors et comment\npouvons-nous ne pas être étonnés, quand vous nous affirmez\nque parmi des magots chinois\n            T a p issa n t tous les m u rs de so u rires à claques\n            Ils vous lo g en t ici d a n s le salon des laques,\n            P o u r que su r le fo n d n o ir de ce som bre décor,\n            V otre u n ifo rm e b lan c ressorte m ieux encor,\net que nous sommes tout bêtement obligés de constater que ce\nsombre décor, noir est un charmant Salon Louis XV rose et\nblanc d ’où vos magots chinois (pour imiter sans doute vos sol­\ndats autrichiens) ont f u i , avec un tel ensemble que nous n ’en\ndiscuteront même pas l'unanimité.\n     Mais pardon, à Paris, vous savez bien j ’espère que votre\npublic français eut aveuglement protesté contre de telles\nlicences et ce n ’est pas chez vous que vous iriez louer chez je ne\nsais quel Dufayel.\n              L e sp len d id e b erceau dessiné p a r P ro u d h o n\n"}, {"page_pdf": 473, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1403, "texte": "                                        — 58 —\n\ne t p ré s e n te r c o m m e v o u s n ous le fîte s en 9 3 , un e b a r c e lo n e tte\nen b o is c o u rb e , e m p ru n té e à je ne s a is q u e lle c o n c ie r g e .\n        E n fin d ite s n ou s, j e v o u s p rie , q u a n d v o u s a v ie z si p eu le\nd r o it d e n o u s .... s o u la g e r d e p rè s d e s ix c e n ts v e rs d e l ’œ u v re\na n n o n c é e , d an s q u ’e lle s d is p o sitio n s n ous v o u s é c o u te ro n s\nd ire .\n                 On n’avait pas le droit de me voler ma mort.\n       N ’est ce p a s, m a d a m e , q u e n o u s so m m e s d e b ien b o n s\np e tits B e lg e s ? N ’est ce p a s q u ’on n o u s en jo u e de b ie n\nb o n n e s, et q u e , chez vous en France ! on a d é c id é m e n t b ie n\nra iso n d e n o u s s o b r iq u e tte r co m m e v o u s le fa ite s ? A u s s i se ra i-\n j e d é s o lé d ’a v o ir d é m é rité d ’u n titre q u e je tie n s (v e n a n t d u\n  p e u p le le p lu s s p ir it u e l d u m on d e) p o u r une h a u te fa v e u r et\n re d o u ta n t m ê m e q u e c ette le ttre en p u is s e a tté n u e r le d r o it,\nj ’en demande pardon à votre majesté et v o u s p r ie d e m e\n  c r o ir e e n co re\n                                                                  Un bon petit Belge,\n                                                               Marcel Angenot\n\n\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-06-n26-007", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 58, "page_fin": 61, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L e s liv r e s Le Sonnet, p a r Jacques He", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 473, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 1403, "fin_caractere_exclue": 2389, "texte": "L e s liv r e s\n Le Sonnet, p a r Jacques Hebertot.\n        V o ic i u n e é tu d e q u i n e n o u s a p p re n d rie n , et q u i se b o rn e\n à ré p é te r ce q u e to u t le m o n d e a d it et à re p ro d u ire q u e lq u e s\n so n n e ts, d o n t p lu s ie u r s tr is te m e n t c é lè b r e s .\n       J e r e lè v e d a n s c ette é tu d e d e s p h ra s e s c o m m e c e lle -c i :\n        « Jo s é - M a r ia de H e r e d ia , im m o rte l d e p u is d ix a n s ...»\n (C o m m e si on a v a it a tte n d u l ’a v is d e s 3 9 p o u r le p ro c la m e r\n te l !)\n         E t p lu s lo in :\n        « L ’a rt en g é n é r a l, e t s u rto u t la p o é sie , se r e fu s e au\n p ro grès. »\n         D o n c , M o n s ie u r , v o u s a v e z eu to r t d e p r e n d re le S o n n e t\n c o m m e th èm e d ’u n e é tu d e , v o u s au rie z d û p lu tô t e x e r c e r v o s\n fa c u lté s c ritiq u e s s u r l ’é p o p é e n a t u r e lle , co m m e on d it au\n c o llè g e .\n"}, {"page_pdf": 474, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2113, "texte": "                                     — 59 —\n\nL a Viole d ’ Ebène, par A L B . F . H e n n e q u in .\n      Comme l’a dit S tuart M errill en préfaçant ces poèmes,\nc’est bel et bien à un poète que nous avons à faire. A un joli\npoète, qui, tout jeune, est déjà en possession d ’un rythme et\nd ’une facture originaux et personnels. M. H ennequin est le\npoète des champs et de la vie calme, en tous ses poèmes,\nmême en ceux q u ’il intitule Poèmes bizarres et voluptueux qui\nfont peu songer a la volupté.\n      Je note comme un des meilleurs poèmes : Paysage du\nN o r d , d ’une observation très juste :\n       O h ! les m aisons d u N o rd , basses et si p ro p re ttes,\n       au x p ig n o n s découpés com m e des collerettes,\n       qui se m iren t, et font des escaliers d an s l’eau\n       o ù le soir glisse, a y a n t la lu n e p o u r falot :\n       M aisons encloses de silence, o n n e voit d ’elles\n       Q ue leurs p etits rid eau x de tu lle et de dentelles,\n       E t les riches dessins de leurs stores bro dés.\n\n       L e N o rd a la gaîté sonore des ducasses.\n       E t les chopes, de bières avec les gaufres grasses\n       E t ses caves o ù d o rt la vieillesse des vins.\n\n  M. H ennequin p ro m e t un beau talent.\nLe M assacre d’une Amazone, par H ector F l eisc Hmann .\n      Vraiment, M. F l eischma nns es onne\n                                         d   beaucoup de peine,\npour nous convaincre du sans-gêne de M. J ean L orrain ,\ncomme si tous nous ne connaissions pas le personnage. N éan­\nmoins je félicite sincèrement M. F leischmann du beau geste\nindigné qui nous a donné cette plaquette mordante.\nHeureux temps, p a r A rthur C olson .\n      Le jeune écrivain wallon vient de se rappeler à l’attention\ndes lettrés par une charmante oeuvrette, qui ne révèle rien\nq u ’une grande sincérité, une fraîcheur d ’âme et une naïveté\nexquise. M. A. C olson conte bien, sans se préoccuper de\nproduire un effet q u ’il atteint presque toujours. Ses nouvelles\nsont des souvenirs d’enfance qui laissent entrevoir, à la lueur\nd ’un sourire du passé, la saveur alléchante des choses du ter­\nroir.\n"}, {"page_pdf": 475, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "                                    — 60—\n\nLe Rameau d’olivier, par Louis de R i e .\n      M. Louis d e R ie est professeur (sa carte me l’apprend)\net comme tel, tenu d ’enseigner à ses élèves les différentes\nvertus patriotiques reconnues par le gouvernement.\n      Il y a certainement de bonnes pages, dans ce recueil,\ndans lequel on sent toujours l’homme sérieux qui ne permet\nun écart, ni à sa plume, ni à son imagination. M. DE R ie a\ntrouvé inutile de penser par lui-même et d'écrire en une forme\nlui appartenant et q u ’il eût dû créer. Il a trouvé plus simple\nd ’écrire en style Victor Hugo, ce qui est toujours désastreux\n— quand on n ’est pas Victor Hugo.\n      M. D e R ie me fait l’effet de s’être affublé d une armure\ngenre XIIIe siècle, qui l ’écrase parfaitement.\n      J ’oubliais de dire une chose importante : quelques-uns\ndes poèmes sont dédiés à des souverains qui, dans ces derniers\ntemps, écœurèrent la « conscience du monde civilisé » par les\ntueries q u ’ils organisèrent.\n      On sent l’ironie corrodante de cette dédicace et on voit\nd’ici la tête des susdits monarques si jamais ils lisaient ça !\nLes Impressions fugitives, p a r P aul B r u n e t t e .\n      Les Impressions fugitives forment un gros bouquin et\ncomportent un seul beau poème : L a chanson de la petite ser­\nvante. Quel dommage que M. P aul B runette qui nous\ndonne là, la mesure d ’un talent très frais et d ’une notation\nheureuse, passe un temps précieux à nous dire les charmes\nphysiques de son harem.\nVariante à la scène des Masques, p a r P ierre B roodcoorens .\n      ...Mais attendons la fin, dit le fabuliste; je ferai comme\nlui, et si la fin égale le commencement, c’est avec plaisir que\nj ’en parlerai.\nL ’Essor Littéraire (n° spécial).\n     U n bon numéro (pas trop !) qui relève certainement le\nniveau habituel de l'Essor L ittéraire et lui fait prendre un\nrang honorable parmi les jeunes revues.\n"}, {"page_pdf": 476, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2045, "texte": "                                  — 61—\n\nLes Poèmes pacifiques p a r P rosper R oidot .\n     L e volume de M. R oidot , œuvre d ’une pensée profonde\net réfléchie sans être une révélation, apporte cependant une\nnote nouvelle, une façon neuve d’exprimer les relations des\nêtres et des choses.\n     Ce livre d ’ailleurs est déroutant et très inégal. Beaucoup\nde poèmes sont des merveilles de douceur, de calme, de cou­\nleur harmonieuse, de musique veloutée ; et d ’autres, tout-à-\ncoup, éclatent en rythmes arides, bourrés d ’adjectifs géomé­\ntriques qui pétrifient les paysages décrits.\n     Sa manière de transposer les sensations visuelles en sen­\nsations auditives, et réciproquement, nous donne, par la\nsûreté, la légèreté q u ’il y apporte, la mesure exact d'un réel\ntalent. C’est même en cela que réside le plus grand attrait de\nson livre.\n     Cependant — et souvent — des mots anguleux coupent\nde beaux rythmes, et d ’autres aussi, q u ’un poète ne devrait\npas se permettre, parce qu’ils ne sont pas suffiamment fran­\ncisés — bien qu’ils soient au dictionnaire — et qu'ils conser­\nvent encore une déplorable saveur grecque.\n     Au demeurant, M. R oidot est un homme qui sent, sin­\ncèrement, naturellement, et qui emploie pour rendre ses sen­\nsations, une écriture q u ’il peut revendiquer comme sienne.\n     Voici le début d'un des plus beaux poèmes : L 'O m bre\nraisonnable, qui sera certainement goûté.\n        U u p e u d ’o m bre argentée,\n        C om m e u n cy g n e p e rd u b a t de l’aile su r l’eau.\n        Il est très ta rd en vérité.\n        L e soir est aussi clair q u e l’o m b re des coteaux,\n        L e soir o ù se devine\n        L a lu n e, com m e u n jo u r oub lié p a r le tem ps,\n        L a n u it qui p e rp étu e la volonté des lignes\n        D ’être im m enses sans h eu rts, belles sans incidents.\n\n     Vraiment, celui qui pense de telle façon et qui emploie\nune telle langue, est digne du titre de poète que je lui descerne\nbien volontiers.\n                                                 J ules B ock .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-06-n26-008", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 62, "page_fin": 62, "titre_corps": "Les Salons", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "MARCEL ANGENOT", "ancre_debut": "Les Salo n s La Société Nationale de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 477, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1827, "texte": "Les Salo n s\n         La Société Nationale des Aquarellistes et Pastellistes\n\n      Voici déjà la sixième exposition des. Aquarellistes et Pas­\ntellistes de la société Nationale et je me souviens de leur\ninauguration comme d ’hier. Sans doute le souvenir que j ’en\ngarde, s’obstine en moi pour des raisons d ’un caractère plutôt\ndéfavorable et c’est peut-être parce que cette exposition inau­\ngurale me revient si nettement à la mémoire que je puis mieux\nconstater aujourd’hui le progrès qu’a réalisé ce sixième Salon.\n      Certes il est regrettable encore que l ’on ne songe à pro­\nposer la démission de quelques non-valeurs qui ne contri­\nbuent certainement pas à la gloire de cette intéressante\nsociété. Parm i les meilleurs exposants, citons les paysages et\nintérieurs de MM. A. Heins, décoratif et délicat,. C. Jacquet,\ndont le nom ne diffère pas plus de Stacquet que sa peinture\nL . Rotthier, habile et truculent, V. Wagemaekers, L.\nSchaeken, B. Lagye, F . Elle, L. Herremans, J. Boulvin E.\nRombouts, R. Gevers, L. Allard, Mmes Lambert, Salkin, Van\nde Wiel. Réservons une mention spéciale à Franz Gaillard\ndont l ’A rc de Triomphe est une magnifique vision que l ’ar­\ntiste a magistralement fixée et, disons le, une toile enfin tout\nà fait digne d ’honorer notre musée moderne. J ’aurais voulu\nm ’occuper plus longuement de F ranz G a ill a rd , mais je pré­\nfère renvoyer le lecteur au bel article de G aston H eux , qui\ndit si justement ce qu’aussi moi je pense, mais ce que j ’eusse\nété fort embarrassé de si bien dire. Enfin citons encore\nH . M e u n ie r , dont nous admirons sans réserve L a Forêt sous\nla N eig e, L. B a r th o lo m è puissant et profond et M lle Léo\nJo dont le P lu m et est fort réjouissant.\n                                           M arcel A ngenot .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-06-n26-009", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 64, "titre_corps": "Le Budget et les Lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "JEUNE EFFORT.", "ancre_debut": "Le B u d g e t et l e s L e t t r es. 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L e côté pratique de la question fut, naturelle­\nment, fort négligé au profit des déclamations sur le « rôle\nsocial » de l’écrivain, le béotisme national, l’inertie du P ou­\nvoir, et autres grandiloquences faciles et quelque peu vétustes.\nA notre hum ble avis, on eût mieux fait en insistant sur l ’ex­\ntrême simplicité d’une solution affranchie de tout esprit de\nparti.\n      Nous avons eu l’idée de consulter le budget du ministère\nde l’Intérieur et de l’Instruction publique. A notre grande\nsurprise, il nous apprit que les lettres et les sciences relèvent\nd ’une identique compétence bureaucratique et sont absolu­\nm ent confondues dans le libellé des articles. C’est-à-dire que\nles crédits votés sous prétexte d’encourager nos écrivains\npeuvent être absorbés par nombre de branches d ’activité\nétrangères à la littérature ! L ’administration des « Lettres et\ndes Sciences » étant composée de gens d ’enseignement dont\n l’autorité pédagogique s’accompagnerait fort malaisément de\n la spécialisation esthétique q u ’exige leur double fonction, il\n est naturel que les complaisances budgétaires se refusent à\n tout effort échappant complètement, par sa nature même, aux\n facultés d ’appréciation de ces fonctionnaires. Dès lors, pour­\n quoi ne point séparer Sciences et Lettres, et annexer ces der­\n nières aux Beaux-Arts? Nous avons, pour notre part, une\n entière confiance dans l'intelligence critique et l ’impartialité\n de M. Verlant, et son administration nous paraît la seule qui\n soit apte à ces délicates tâches de protection littéraire. Q uant\n à la difficulté administrative d 'u n tel transfert d ’attributions,\n elle doit être absolument nulle, les crédits concernant la litté­\n"}, {"page_pdf": 479, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 402, "texte": "                                    —   64 —\n\nrature pure étant infimes et les organismes bureaucratiques,\ncréés en vue d ’en assurer la dépense, dépourvus de toute\nextrême complication...\n   Mais cette réforme serait vraiment trop simple, et nous\nn'osons espérer qu’elle se réalise en une année aussi jubilaire\nque celle-ci !\n                                                       J eune E ffort.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-06-n26-010", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 64, "page_fin": 64, "titre_corps": "Accusé de réception", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Accusé de réception : Jo li M ai, V a l è r e G i l l e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 479, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 402, "fin_caractere_exclue": 1097, "texte": "Accusé de réception :\n   Jo li M ai, V a l è r e G i l l e ; Feuilles au vent, F r a n s M a h u t t e ;\nA u long des terrasses, P a u l C a s t i a u x ; M iss L ili, H . L i e ­\nb r e c h t et C h . M o r i s s e a u x . — Revues : L a Terre wallonne,\ntrès intéressante, au prochain compte-rendu ; L a Balance,\nrevue russe, Maison Métropole, 23, place du Théâtre, Mos­\ncou, très luxueuse, très actuelle, au prochain compte-rendu ;\nL a Rénovation, 6, rue Furstemberg, P aris; L ’E veil, 24, rue\nSainte-Catherine, Nancy.\n\n\n\n\n  Nous présentons nos sincères sentiments de condoléance à\nM . Eugène S a m u e l , qui vient de perdre sa femme, Mrae M a r g .\nH o l e m a n , peintre de grand talent.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 448, "texte": "                               -   33—\n\nF r a n s G a i l l i a r d.\n\n      Je me trouvais, un soir de fête, au bord de la mer. Des\nconstellations paresseuses s’en élevaient en s’étirant. Derrière\nmoi, la ville joyeuse, toute en lanternes vénitiennes, flambait,\ncomme pour tuer la n u it; mais elle avait beau faire et n'en\nsemblait de loin qu’une criblure d ’étoiles. Jamais plus divine\nsolitude. Du large, une grande palpitation accourait en bon­\ndissant.... J ’y devinais la charge furieuse des vagues qui, sour­\ndement, près de mourir, se cabraient, s’illuminaient d ’une\nfrange phosphorescente, puis, ternes et mornes, suppliantes et\nsans force, léchaient immensément le rivage nocturne.\n      Ainsi, me suis-je dit, lorsque la houle des sensations\nintimes monte des gouffres à notre intelligence, il est un\ncourt instant où leur grise ondulation se dresse comme ces\nondes, et cime, porte une lumière! — Ouvre, ouvre large tes\nyeux : c’est alors la seconde unique, c’est la seconde de l ’Art.\nL 'instant d ’après, la vague, en cessant d ’être cime, aura perdu\nson rayonnem ent.... L ’art est une flamme sur des hauteurs!...\n      E t j ’y songeais \"encore, quand de l’écume m ’inonda les\npieds. Je me baissai         Parm i la nuit, le bruissement d ’une\nonde refluait vers la mer. Inconsciemment mes doigts creu­\nsèrent un sillon dans la sable:... ce fut une surprise! Chaque\ngrain étincelait d ’une paillette bleue, comme si mes mains\nphosphorescentes y laissaient cette trace. Du pied alors, je\nlabourai le sol curieusement : cette fois mille lueurs pétillè­\nrent en silence. Quoi donc! la plage aussi rayonnait? Il suf­\nfisait de l'y contraindre ! Les lames, tout à l’heure, m ’aveu­\nglaient d’un éclair, comme l’art impérieux nous écrase de\nsplendeurs, tandis q u ’en joie pour lui-même, le sable se réser­\nvait sa crépitante féerie, si je n ’avais par violence pris m a part\nde sa fête !\n                                  *\n                               *     *\n\n\n    L ’art de Gailliard vibre ainsi, lueur inattendue, là même\noù l’existence, par sa monotonie, évoque les plages marines.\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "                                          —       3 4 -\n\nL ’h u m b le e st so u v e n t so n h é ro s, r a r e m e n t le s h o m m e s de\ng lo ir e . « R é a l i s m e ! d é d a ig n e n t le s u n s .... I l n 'e s t d ’é c la t\nq u ’a u x s e u ls so m m e ts » e t le u r in tr a n s ig e a n c e , p a r c e s d ix\nm o ts , c o n d a m n e       M a is l ’a rtis te , p e n c h é a u x g r è v e s où b u te\ns a n s cesse la g r is e m a ré e des jo u r s , s o u r it .... L a flam m e su r le s\nflots s'e st é te in te ; il n ’en d o it p lu s ja il li r , au g r é d e v a in s p r o ­\np h è te s, d u r a m p e m e n t d es e a u x . A lo r s , ses d o ig ts q u i le s\nd é m e n te n t, fo u ille n t la p la g e b a n a le et tra c e n t p e n siv e m e n t\nd e s lig n e s de lu m iè r e !\n                                                  *\n                                              *       *\n\n\n\n          I l y a là c o m m e u n m ir a c le , et c e tte im a g e s e u le d e v r a it\nc o n c ilie r u n e t e lle e sth é tiq u e et tout c u lte d e b eau té h a u ta in e\ne t v o lo n ta ire . I l a so n e x q u is ité le rô le du c h e rc h e u r d e c o q u il­\nla g e s q u i d e v in e le u r n o b le sse so u s la v a s e q u i le s d é b o rd e , et\nn o u s le s je t t e en fin le s u n s a p rè s le s a u tre s, lu isa n ts d e n a c re\nin so u p ç o n n é e . J e sa is tel a sp e c t d e la v ie , où la p r o b ité a rtiste\nd e G a i l l i a r d a su rp ris c o n tre m o n a tte n te u n m iro ite m e n t de\nla b e a u té . C e lle q u ’il d é c o u v re d e la so rte n ’a rie n ja m a is q u e\nd ’a p a is é . L a fa m ilia r it é lu i c ré e u n e a tm o sp h è re où e lle\nb a ig n e se re in e m e n t. T o r s io n s d e m u s c le s q u i so n t re c h e rc h e s\nde p la s tiq u e , su rsa u ts d e l ’â m e q u i la is se n t le u r a llu r e a u x\na ttitu d e s b r is é e s , l ’a r t d e m o n p e in tre se g a rd e b ie n de te lle s\ne x a s p é r a tio n s . T a n t p is si l ’id é a lis te in tr a n s ig e a n t n ’y tro u v e\np o in t so n c o m p te ; to u t est h u m a in ic i, ja m a is d e c ette h u m a ­\nn ité tr a n s fig u ré e , s i tra n s p o rté e a u d e ssu s d ’e lle -m ê m e p a r la\nfo u g u e d e s p a ssio n s, que ses g e s te s q u i p a n te lle n t, tr a h is s e n t\nl ’effo rt du D ie u à l ’é tro it d a n s la c h a ir ! L e s ê tre s q u i s ’y a g ite n t\na c c e p te n t a v e c s im p lic ité la v ie . I ls n ’ont m ê m e q u e fa ir e d e\nla r é s ig n a tio n , q u i est c o m m e l ’o r g u e il d e l ’h o m m e lo r s q u ’il\ne n tre p re n d d e s ’a b u s e r lu i-m êm e su r son d é s ir d e v iv r e . P o in t\nd e ces b o n d s fo rc e n é s p a r q u i le s â m e s, e x c é d é e s de le u r c o rp s,\nle v id e n t d e le u r p ré se n c e et l ’a b a n d o n n e n t à l ’é v id e n c e d e so n\nn é a n t. V o ic i u n e œ u v re où l ’a b s tr a c tio n jo u e le m o in d re d e s\nr ô le s . L ’in te llig e n c e , s ’a p p liq u a n t à la c h a ir a v e c e x a c titu d e ,\ns ’y tra d u it l ’u n iv e rs, n o n en p u re p e n sé e m a is p lu tô t en s e n ti ­\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "                              —   35 —\n\n\nments. N a tu ra lism e, non plus q u ’I déalisme n’ont que voir\nici. Car vainement, au ciel de l’art se seront-ils dressés, sur la\nfoi d ’un apparent antagonisme, chacun comme la négation\nfarouche qui annule son rival ; en vain ces dieux qui se por­\ntent ombrage brandissent à poings crispés l’éclair de leurs\ncolères ; ils n ’auront mis dans leur querelle que l ’animosité\ndes frères ennemis; les foudres quelque jour leur tom beront\ndes mains, leurs haines fraterniseront ; car la même tension\nd ’une pensée en gésine les fit jaillir au monde d ’un même\neffort abstrait. Q u’ils plongent parmi l’ombre ou baignent\ndans la lumière l ’univers que conçoit leur fantaisiste volonté,\n« idéalistes, naturalistes » sont à égale hauteur des cimes spi­\nrituelles : les uns ont le vertige d ’un ciel traversé d ’aigles, les\nautres, de l’abîm e,... et de l’abîme où l’homme se traîne, aigle\nblessé; la terre n ’y est plus, sous l’accumulation des ténèbres,\nq u ’un autre ciel, opaque, — la vallée, une montagne à cime\nqui se renverse et dont la profondeur mesure la hauteur.\n       Ici tout est plus simple, plus vraiment près de la réalité.\n L ’homme est compris par un homme, non plus par un vision­\n naire. G ailliard est un fervent de modernisme, de choses\nvues et vécues, certes !       mais il faudrait l’entendre sans cette\nobstination éliminatrice, que met à se figurer l’univers maint\ncréateur de types, T a n t d ’aspects rôdent comme des pollens\nen voyage autour de cette fleur de large humanité? Mais il\n semble, que fidèle ju sq u ’à l’étroitesse ou ju sq u ’au sublime, dès\nla première visitation de la nature à son âme, il se soit clos\nsur sa vision première pour mourir longuement de son unique\nfécondation.\n       Ce partage parcimonieux de l’être n ’est point le propre\n de mon peintre. Il a pour toutes choses comme un égal\n amour ; rien qui n ’intéresse ses sens curieux : il plonge aux bas\nfonds, sort ébloui des richesses. Il goûte tout de son époque\n sans dédaigner les autres, dans le familier comme dans l’épique.\n Nous avons apprécié de lui des œuvres qui différent par\n l’art comme des floraisons d ’antipodes. Sa toile Les gagne-petit\ns’embourgeoise-t-elle assez artistement avec ses types natio­\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "                              —   36 —\n\n\n naux de matrones, de béquillards qui détaillent les « mastel­\n les » ou les « crabes », à leurs petits clients; Le las d’a ller dont\nle vagabondage s’éternise par les faubourgs, au long des hori­\nzons d ’usines dont l’esclavage est sa nausée ; le crève f a im\nVioloneux après la quête des grossous, — fleur de boue, fleur de\nvices, mandragores innocentes ! c’est une face de son talent;...\net brusquement à un détour de l’œuvre, comme une flèche de\ncathédrale perçant ses confins de taudis : L ’arc de triomphe :\nune fanfare de roux sonne à l’avant plan la prodigalité éter­\nnelle des sèves tandis que sur fond vert, azur, sur fond de\nnuances soyeuses, toutes caressées par l’air qui flue, les arches\neffritées, mélancoliques se surhaussent.\n       De même aussi, ce n ’est point lui qui s’aviserait de nier\npar système la splendeur du monde abstrait. Il compte parmi\nces peintres qui accueillent les poètes autrement que d ’un\nsourire ; à leurs phrases savantes et fougueuses il lui advient de\nreconnaître une vertu révélatrice : toute une part du beau lui\nen laisse de ses clartés. E t parmi ces lueurs quelqu’une parfois\ntaquine sa palette : l’abstraction se colore, le pinceau se laisse\ntenter. Mais l'œuvre n ’est réussie qu'autant que l’effort de\nl ’intelligence ait intéressé le cœur, que l’abstraction se soit\nvêtue d ’une façon de réalisme, que le rêve ait touché terre__\nLa matérialité n ’est belle ici que dans la mesure de la poésie ;\nla poésie n ’est rien sinon humanisée. « Musa pedestris » muse\nqui marche! Mais l’aile ouverte allège le pas            Je regarde\ncette toile : U n Orphée se dresse dans ce vallon roux, et sa\nmain erre sur la grande lyre, et de souples échines qui l’effleu­\nrent attestent la grande victoire du chanteur sur les tigres;\nl’atmosphère d ’or est vibrante, et pourtant mon peintre n ’est\npas là; je n ’ai qu’à me détourner vers cette toile, où le temps\nsymbolique passe austèrement devant un groupe de florentins,\ndevant leur jeunesse moqueuse et j ’y retrouve G ailliard avec\nsa science du geste née de l ’observation ; je le retrouve tout\ndans ce blottissement frileux de l’amante qui se réfugie auprès\nde l’amant. Le geste, voilà le sûr triom phe.... Il l’admire à\ntout instant, divers, souple, intéressant toujours, jamais deux\n"}, {"page_pdf": 452, "texte": "                             —   37 —\n\n fois le même ; le geste multiple comme de la vie rendue\n visible, et qui dans l’instant même où il se réalise semble\n déjà songer à sa forme prochaine.\n       C’est parce que l’artiste sait en saisir le charme à\n chaque seconde, à celle qui précède comme à celle qui\n suit l’instant où l’attitude s’exaspère c’est pour cela q u ’il\n s’est trouvé peintre du geste détendu. Vous concilierez vous-\n même : Point ne lui est besoin pour capter l’intérêt, du recul,\n de l’illusion de l’histoire. Les quelques planches où l ’habilité\n de G ailliard a passé aux êtres les défroques du passé, pour\n habiles q u ’elles soient, révèlent encore sa nature moderniste:\nj ’oserai dire q u ’il n ’évoque les ancêtres que dans la mesure de\n leur modernité. Il y a là comme une mascarade, infiniment ani­\n mée sans doute, mais où un geste naturel fait sans cesse tomber\n les masques... Certes, pour qui accepte la modernité comme\n constant idéal, c’est une résignation d ’avance consentie d e l à\n peindre aussi dans ses deuils, cette ample part de nous.\n G ailliard à ses débuts fut hanté par l ’art des D egroux , des\n D ejo n g h e , des V erstraete : telle cette vaste toile où des\nrustres en sarrau, des femmes agenouillées écartèlent en croix\nvers la madone de Hal, leurs bras désespérés. Mais il a tôt\nlaissé ces rudes désespoirs aux maîtres de la douleur, dont\nl ’âme les possédait dans ses correspondances.... Lorsqu’il\narriva plus tard à son crayon de rencontrer la souffrance, il la\nfit plus simplement pantelante, très expressive aussi. Chose\nqui ne m ’étonne guère, il l’a surprise rarement mieux que\ndans l’obscure animalité : toute l’habilité de ce talent, qui\nest yeux, non abstraction, devait comprendre saisisamment\ncette souffrance ingénue, qui se livre, que révèlent une con­\ntraction des muscles, un soubresaut des nerfs, le hideux affai­\nsement des masses charnues, sous qui saille déjà le squelette :\nce Cheval abattu est agonie ju sq u ’en la mort, et pour éternel\nqu’il soit, son repos même est sans apaisement. L ’homme\ndans une telle œuvre souffre aussi, mais sans guère réfléchir\naux causes de sa souffrance : l’âme avant tout peine avec le\ncorps. Remarquons d ’ailleurs q u ’un optimisme se dégage\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": "                              —   38 —\n\n\n de l’effort total. S ’il existe des maux la joie pourtant n ’est\n pas illusoire : la fête de vivre offre ses jouissances à tous les\n sens; elle est parfums, musique, lum ière; l’air est un fleuve\n de paillettes où de l’or coule dans de l’azur; et rien n ’embaume\ncomme une fleur écrasée, rien n ’a d ’éclat comme l’agonie\n d ’une lampe, ne chante comme un cygne expirant. L a douleur\ndes autres possède pour l’homme une valeur pittoresque ; elle\nest un piège tendu à sa curiosité et que de fois il en oublie\nju sq u ’à l’apitoiement : Tels les convives de Néron se résig­\nnaient au hurlement humain des torches dont leur hôte les\néclairait. D ’avoir d’ailleurs touché à ces deuils l’œuvre de\n G ailliard s’est sauvée de la niaise insouciance. Elle est\ngrave bien q u ’optimiste ; elle rappelle la convalescence qui\nn ’attend pour aimer la vie, que de n ’en plus souffrir.\n      E t de fait toute sa ligne générale a été comme une sorte\nde longue convalescence des yeux : sa palette ne s’est ajouté\nqu’au cours d ’une lente évolution, la jeunesse des tons clairs;\nelle fut grise d ’abord, presque morne ; puis elle s’échauffa\nde bitume, tout en s’alourdissant peut être : il y a de cette\népoque de bons portraits, des coins d ’ateliers que les Oyens\neussent aimés ; mais je le salue surtout comme ardent zélateur\nde la lumière moderne. Il l ’aima pleuvinant à travers les\njeunes verdures; à chaque instant notations de fraîcheurs ; ici\nle déroulement d ’une Procession : la route est blanche de com­\nmuniantes, claire d ’atmosphère matutinale; des âmes neuves\npclerinent dans la nouveauté du jour; l’air est bleu, presque\ningénu, une lumière étonnée frissonne sur les choses; on dirait\nl’éveil premier du soleil. L a beauté, l’Anadyomène moderne\nn ’a que faire des flots : elle se lève, toute frissons, d ’une vague\nde clarté; chaque matin nous la ressuscite dans la fluidité du\nLevant. G a i l l i a r d est un fervent parmi les artistes qui ont\nexalté sa naissance; il y fut prodigue d’une sorte d ’amour; car\nla lumière est femme : elle a une innocence qui est sa fraî­\ncheur, une jeunesse, une m aturité! Elle traîne sur l’univers\nles robes somptueuses de ses moires; comme la femme, elle\nn’est que baisers. Elle brûle sur cette Plage ; n’y a t-elle pas\n"}, {"page_pdf": 454, "texte": "                             —   3 9 —\n\n\n l’âcre saveur des carnations mûres? On la voit se coucher sou­\n veraine sur cette Rome assoupie, qui se découvre par une fuite\n d ’ifs, tandis qu'aux vasques débordées, l’eau qui mire le ciel\n s’épanche en lueurs fluides. T antôt encore c’est une lumière\n froide, je pensais insensible, une sœur céleste de la neige....\n T oute l'œuvre récente de G ailliard est pieuse et laudatrice.\n De s’être grisé aux rayons, l’artiste leur garde un culte res­\n pectueux, q u ’on sent ne pouvoir s’épuiser. E t certes, elle a\n des droits, la lumière divine, à l’inépuisable louange ; une\n fois même plus aigument que d ’autres, j ’ai saisi la mesure de\n notre ingratitude. Ma chambre sommeillait. L a paix parfaite\n de la lumière que la lampe épanchait en nappe m ’avait\n endormi l’être dans cette somnolence, cette inaction des sens,\n qui équivaut pour nous à l’anéantissement des choses extérieu­\nres. Je sentis brusquem ent combien je m ’étais abstrait de\n toute réalité ; je compris que des sons venaient de s’éteindre,\nque je n ’avais point perçus,... que durant une longue heure, les\naspects de la vie s’étaient, souples archets, attardés sur mon\nâme, comme sur les cordes détendues d’un instrum ent muet.\n O profondeur de notre ingratitude ! silence de l’exaltation\nhumaine, devant le jaillissement perpétuel des merveilles que\nla lumière révélatrice avive autour de nous ! Enfantement des\napparences si rénovées sans cesse, si fécondes en métamor­\nphoses, qu’elles n ’en perdent jamais leur fraicheur! Ce\npouvait-il que l’habitude pût nous en saturer les yeux\njusqu’à nous distraire de tant de sublimité? M aintenant autour\nde moi selon les sursauts de la flamme des coins nouveaux\nprenaient vie ; les anciennes ténèbres luisaient ; des griffes de\nlumière égratignaient des cuivres, ensoleillaient des laques; les\npourpres d ’une tenture déplaçaient les pans obscurs de leurs\nplis.... Alors j ’abaissai la mêche de la lampe jusqu’à\nl ’éteindre presque, pour restaurer en moi l’uniformité de\nl’ombre, puis, réveillant soudain la flamme; je me donnai la\njoie, la joie reconnaissante! de la résurrection miraculeuse des\nlignes, des masses, des couleurs !\n       J ’ai le sentiment que G ailliard éprouva une égale allé­\ngresse, le jour où pour ses yeux jaillit dans un flot d'or l’u n i­\nvers nouveau-né des luministes modernes. G a s t o n H e u x .\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "                        - 4 0   -\n\n\n\n\nSoir be Bosphore.\n\n Escortée d’alcyons querelleurs, sous l’effort\n Rythmique et nonchalant de nos deux caïdjis,\n Egratignant l'azur ébloui du Bosphore,\n Glisse noire sereine et tiède nostalgie.\n\n Les montagnes d’Asie, ombrées d’héliotrope,\n Défilent lentement sur le ciel bienheureux ;\n Léchant les escaliers des blancs palais d’Europe,\n Notre remous léger clapote, baiser bleu ;\n\n E t le soleil qui crève au bout des Propontides\n En ors incandescents nous déroule un chemin\n Royal vers lesjardins de la nuit — H espéride ..\n\n O toute-aimée d’un jour, si lointaine demain !\n\n Nos beaux Destins, un soir,\n Pour un baiser unique ont joint leurs trajectoires,\n O toute-amie,\n Afin qu’en cette nuit mélodieuse et nue\n Le puissant opium de ta chair endormie\n Une fo is m’enivrât d'Orients inconnus.\n\n Dense comme un parfum de vanille et de myrrhe,\n Comme le tombeki profond des narghiles,\n L e rêve de ta chair magiquement élire\n Dans ce beau crépuscule ses ultimes reflets ;\n\n Sans invoquer nul sanglot de sirène,\n Notre amour va s'évaporer — sans cri\n Vers l ’éternel azur des mers Cythéréennes ;\n\n O bien aimée d’un jour : tout est écrit !\n\n Sur le couchant vermeil s'épanouit la Ville\n E n rêve suraigu d'opiums compliqués,\n E t l’orfu m a n t du crépuscule volatile\n Vibre, nimbe d’extase aux dômes des mosquées.\n"}, {"page_pdf": 456, "texte": "                                     —4 1 —\n\n\n            Le soleil darde un rai suprême de sinople :\n            E t, en plein ciel, vaisseau monstrueux et serein\n            M até de minarets aigus, Constantinople\n            Va lever l'ancre, aux appels aigres des muezzins...\n\n            Un sifflet de métal s’effare, fatidique :\n            Egratignant d’un vol rectiligne les flots,\n            Sous l'effort musculeux des rameurs, le caïque\n            Cingle vers le départ, là-bas, d’un paquebot.\n\n          T h érap ia-C o n stan tin o p le, 1904         T héo V a rlet .\n\n\n\n\nR e fe p e n d u m s u r l’ a m o u r p a s s i o n n e l .\n\n                              Q U E S T IO N N A IR E :\n\n      I. — L ’Am our fut jadis et suivant les siècles, sensuel,\nchevaleresque, galant, sentimental ; quel est aujourd’hui son\ncaractère ?\n      II. — Il eut jadis sur les mœurs et sur le progrès de\nl’espèce une influence énorme. Quel est aujourd’hui son rôle\ndans notre société ?\n      III. — Voyez-vous en l’amour, une force de nature à\ntriompher de la morale, ou bien l’amour et la morale s’accor­\ndent-ils toujours ?\n      IV. — L ’amour étant une puissante force sociale, faut-il\nqu’il soit subordonné aux lois ?\n     V. — Quel est votre avis sur le divorce ? et quels sont les\neffets du divorce sur l’Amour ?\n   Voici la suite des réponses q u i nous sont parvenues :\n\nH u b e rt K ra in s\n    U n des personnages de L'É ducation sentim entale,\nD ussardier , sollicité par ses amis de formuler son rêve de\nbonheur, répond : «Aim er la même femme, toujours ». Si, dans\n"}, {"page_pdf": 457, "texte": "                             — 42 —\n\n le mariage, l’amour revêtait chez les deux parties ce caractère\n de constance, la question du divorce ne se poserait pas.\n A défaut d ’une affection mutuelle et persévérante, il a fallu\n recourir à un expédient pour conserver au mariage sa solidité.\n L ’homme s’est arrêté au plus simple : il a profité de la force\nque la nature lui a conférée pour s’arroger vis à vis de la\nfemme des droits qui la mettaient entièrement à sa merci.\n C ’était brutal et cynique sans doute, mais il faut reconnaître\nqu’il n ’y a que la force qui puisse faire vivre ensemble deux\nêtres dont les caractères ne s’accordent point. L e j o u r o ù le\ncœur de l’homme s’est ouvert à la justice, le divorce est\ndevenu inévitable. Le mouvement qui s ’est effectué à ce sujet\ndevait naturellement se développer parallèlem ent aux progrès\ndu féminisme. Aussi est-ce aux E tats-Unis, pays où la femme\nest devenue une idole, tandis que l’hom m e n ’est plus q u ’une\ngrossière machine à produire des dollars, que le divorce sévit\navec le plus d ’intensité. Beaucoup de gens s’en effrayent, à\ncommencer par le président Roosevelt. Ils y voient un signe de\nperversion et de décadence. Seulement, ils ne tirent cette\nconclusion que d ’un seul argument : le chiffre de plus en plus\nélevé des divorces. Or, il faudrait connaître quelque chose de\nplus. Il faudrait savoir ce que deviennent les divorcés. Sont-\nce des forces perdues on des forces retrouvées ? E t s’il s’ensuit\nune seconde union vaut-elle mieux que la prem ière ? L a\nvaleur d ’un acte doit en effet se mesurer à ses fruits et non pas\nd ’après la brutalité avec laquelle il heurte les idées admises.\nLes idées admises ne sont parfois que des préjugés. T o ut le\nmonde sait que le mariage est surtout vénérable par son\nantiquité. L a plupart du temps, il est aussi imprégné de\nmensonges et d ’hypocrisie qu’un vieux tapis l’est de microbes.\nAvant de venir vitupérer sur la place publique contre son\nadversaire le divorce, il ferait bien de passer une blouse\npropre. Maintenant, si l’homme moderne, qui ne doute de\nrien, espère trouver le bonheur continu et sans mélange dans\nl ’amour, avec ou sans le concours de la loi, il est permis de\ncroire q u ’il se trompe. Il ne dépend pas de nous de faire que\n"}, {"page_pdf": 458, "texte": "                             -   43 -\n\nle rêve de Dussardier devienne une réalité. Le cœur humain\nest obscur, bizarre et changeant. De tout temps, les sages l’ont\ncompris et se sont méfiés. Devant l’amour, Panurge hésite et\nBouvard et Pécuchet discutent. Q uant aux femmes d ’Ibsen,\nqui abandonnent leur mari et leurs enfants en faisant claquer\nla poste, pour courir après un bonheur q u ’elles n ’ont pas\nrencontré dans le mariage, elles ne disent pas où elles se\nrendent     où elles vont se jeter à l’eau.\n\nL e b a r o n Ch. v a n   Beneden.\n      1. — Répondre que l’amour aurait aujourd’hui un carac­\ntère autre que jadis, ce serait dire que l’homme a changé.\nL ’amour est dans sa nature, dont l’immuabilité est reconnue.\n— « A m our galant, amour badin » veulent dire des façons de\nform uler l'amour.\n      Si vous admettez que Marguerite de Navarre, Clément\nMarot, Melle de Scudéry, lA b b é Cotin, nous aient plus légué\ndes modèles de l’art d ’aimer que des formes du fleuretage de\nleurs époques, nous vous répondrons que l ’Amour n ’a que\nfaire aujourd’hui des ballades, des madrigaux et des sonnets.\nIl se met en tandem ou en automobile. Il est sportif.\n      2. — Quel rôle ce genre de sport peut-il avoir dans notre\nsociété? — Il hâte les unions libres, les mariages forcés, les\nrelations adultérines et les divorces. Il met aussi le débraillé\ndans les familles.\n      3 . — Je vois en l ’amour une force à triom pher de la\nmorale ; mais nous devrions alors nous entendre sur ces deux\nmots.\n      Le sentiment qui nous penche à la satisfaction des sens\nn ’est pas l’Amour. Celui-ci est une étincelle de sa divinité\néternelle que Dieu a confiée à nos cœurs pour nous rattacher\nà lui. Il doit savoir rester chaste, si ceci est un sacrifice que\nson caractère divin lui demande.\n      Je veux donc dire que des devoirs peuvent s’imposer à\nl’Amour, s’il ne veut pas être ravalé au rang d ’une passion\ncharnelle. Ils existeront lorsque l’être qui le porte en soi a lié\n"}, {"page_pdf": 459, "texte": "                            — 44 —\n\nson cœur par un serment d ’amour antérieur, d ’où il est résulté\nq u ’un autre cœur s’est livré au sien. Dans ce cas, ce serment\nconstitue pour l’Amour qui veut q u ’on l’excuse et l’honore,\nune Morale q u ’il ne doit pas enfreindre.\n      J ’ajouterai maintenant, pour élargir les cadres de l’amour\net de la morale, que ma passion ainsi sublimifiéc pourra tout\naussi bien être l’amitié, même l’amitié entre semblables, que\nce q u ’on nomme plus spécialement l’amour. Pourquoi, dans\ncette hypothèse, y aurait-il désaccord avec la morale? D ’où\ndoit découler la morale, sinon de la Nature même qui, dans\ntoutes ses manifestations générales, s’est réservé des excep­\ntions?\n      L a morale du monde, convention bizarre dont le texte\nvaria sans cesse selon les âges, les latitudes et l’intérêt, sert\ntrop souvent de masque à l’hypocrisie et il peut être absurde,\nodieux de l’imposer à des êtres spéciaux dont la nature se\nrévolte avec ses règles.\n      4.       — L ’amour étant une puissante force sociale, faut-il\nqu’il soit subordonné aux lois?\n      Oui et non. J ’aime les enfants naturels autant que les\nlégitimes; mais l ’esprit de famille gardera toujours trop de\npartisans pour q u ’il soit possible de répondre à priori que\nl’Amour doive être libéré de toutes lois. C ’est du reste à\nl’obéissance de ces lois acceptées par le mariage que j ’ai con­\ndamné l’Amour, tout en reconnaissant son droit d ’existence\nen opposition apparente avec cet état.\n      D ’ailleurs il est à souhaiter, — et les littérateurs doivent\ns’y employer, — que tous les préjugés codifiés sous le nom de\n M orale cessent de considérer comme infamant l’amour libre\n et que loin de « déshonorer » la mère qui en porte le fruit,\n nous arrivions à lui obtenir des récompenses honorifiques.\n       L ’application quotidiennement légère des trois Causes\n déterminées (pourquoi «déterm inées», quand excès, sévices,\n injures graves signifient tout ce q u ’on veut?) a ouvert la\n porte à la plus déloyale spéculation qui se puisse imaginer :\n celle sur les sentiments poussés à bout. L a preuve des\n"}, {"page_pdf": 460, "texte": "                             — 45 —\n\n innombrables spéculations qui se font par notre divorce sur le\n mariage, c’est la quantité des agences de divorce qui en\n vivent. — Faut-il rappeler que le conjoint qui gagne sa\ndemande conserve les avantages du contrat, conclu en un\nmoment où l’on espérait une union devant durer ju sq u ’à la\nmort? E n outre, il y a les pensions alimentaires. Le mariage\nsuivi de divorce pour la femme l’émancipe, avec tous ces avan­\ntages. Lorsque feu le Président Van Moorsel disait à la\nkyrielle des coquettes perverties et menteuses qui affluaient\nen son cabinet : « Vous êtes une candidate au concubinage ! »\nil se trom pait peut-être quelquefois, mais il avait cent mille\nfois raison.\n      Aussi, les effets du divorce sur l’amour sont que l’Amour\nfera toujours mieux d ’adopter l’union libre qui l’expose moins\nrapidement au tarissement de ses sources et qui lui évite les\npièges de la fourberie avec tous les désastres moraux et m até­\nriels d ’un procès en rupture.\n      L e jour où l’Amour aura définitivement vaincu les\npréjugés étroits e t artificieux de la « Morale « l’homme et la\nfemme s'établiront entre eux à la façon de deux amis. Ils\nferont un contrat relatif aux enfants à venir, pour prévoir leur\ngarde et leur sort au jour où, fatigués l’un de l’autre, ils\ndésireraient se séparer       Et, de ce jour-là, ils se sépareront\nbien difficilement. Madame la concierge Justice, vieille poti­\nnière au cœur méchant et vinaigré, ne sera plus entre eux avec\nses avocats, ses huissiers, ses avoués, pour les aigrir plus\nvivement. U n rayon du soleil, le premier désir de passer une\nbonne nuit, les rapprochera.\n\nL éo n Moin e.\n     I. — Croyez-vous que l’A m our ait été réellement, suivant\nles siècles, sensuel, chevaleresque, galant, badin, sentimental?\nSans doute aux premiers âges, il dut être sensuel, encore que\nnous l ’ignorions en fait. Mais ne l’était-il plus au temps de la\nChevalerie ? Voyez Rabelais au temps du Roman Comique ?\nAu temps même des grisettes de Mürger ? E t ne l ’est-il plus\n"}, {"page_pdf": 461, "texte": "                             -   46 -\n\naujourd’hui ? Pareillement, l’amour ne fut-il pas, à tous les\nâges, chevaleresque, badin, sentimental ? Mais ces sentiments\nque vous notez ne sont-ils pas chacun les faces d’un même\nAmour, du Seul et Grand Amour? Tel homme qui aime n ’est-\nil pas tour à tour, et suivant les heures, galant et badin, sen­\ntimental et chevaleresque — et sensuel ! Ne croyez-vous pas\nq u e l'A m our est Un, Indivisible, q u ’il est toujours lui-même,\nidentique au cours des âges, q u ’il restera toujours ainsi avec\nles caractères que vous citez, mêlés, unis, fondus, dissociés un\ninstant peut-être, mais vite réunis ; et que le jour ou il ces­\nserait d ’être à la fois sentimental et galant, badin et sensuel\nil ne serait plus l’Amour\n      II. — Le rôle de l’amour aujourd’hui me paraît celui qu’il\nfut dans tous les temps, un rôle purificateur. Il me semble\nque le grand Amour doit rendre bon et doux. Comment con­\ncevoir q u ’il exciterait à la H aine et verserait le Sang ?\nComment voir en un tel sentiment autre chose qu’Orgueil et\nque Rage, celui-là au paroxysme engendrant celui-ci. L ’Amour\nest bon; je veux dire, tel que le définit la Religion chrétienne,\ndont je ne me réclame pas, mais qu’il me plaît cependant de\nsuivre en ce point, Je ne suis certes q u ’un pauvre poète idéa­\nliste, mais il me semble bien que les plus mauvais, les plus\npervers des hommes et les plus endurcis sont purifiés d ’un\ncoup, ennoblis par la violence d’un saint Amour, et je\nm ’explique ainsi que des criminels accomplissent, par lui, des\n actions sublimes que nous envierions de faire.\n      Mais n ’est-il pas exagéré de dire que l’amour exerce un\nrôle social ! P a r essence, n’est-il pas multiple et insaisissable\ndans ses formes ? P our qu’il puisse jouer un rôle, il faudrait\nsavoir le discipliner, l’assujettir à telle ou telle fin. E t quelle\nloi est donc susceptible d’une action sur lui ?\n      III. — Non, l’amour tel que je le conçois, ne triomphera\npas de la Morale, car il est lui-même la Seule Morale.\nLes Religions pourront échafauder autour de lui, ou contre\nlui, des morales parallèles ou obliques. C ’est q u ’elles prêchent\nl ’Amour du Divin, du Surnaturel, d ’un Créateur inconnu que\n"}, {"page_pdf": 462, "texte": "                                            —    47 —\n\n\nle c œ u r a r r i v e s e u l à c o n n a îtr e et non p a s la r a is o n . L ’A m o u r\na u c o n tr a ir e e x p r i m e toute la R e l i g i o n h u m a i n e , et rie n q u e\nc e la . P a r là , il est la M o r a l e h u m a in e , la s e u le v é r it a b le m e n t\ns o c i a l e , qu i re s te en d e h o rs d e s m o r a l e s m y s t i q u e s , to u tes\nd iffé r e n te s e n tre e lle s , et le u r s u r v it .\n        I V . — V a n i t é d e s u b o rd o n n e r l ’a m o u r a u x L o i s ! U n\ng r a n d a m o u r n e s ’e m b a r r a s s e pas d e s b a r r i è r e s , c e llc s -c i\nfu s s e n t- e lle s d e s lo is. O n a v u d e s a m o u rs v io le n te s s ’a ffra n c h ir\nm ê m e de to u te c o n tr a in t e s o c ia le p a r c e q u ’e lle les e n tr a ­\nv a i t . A v r a i d ir e , la p lu p a r t d e s œ u v r e s th é â t r a le s r e p o s e n t\ns u r la lu tte é te r n e lle d e l a P a s s i o n et d u D e v o i r , c ’est-à-dire,\ns o u v e n t, d e l ’A m o u r et de la L o i . O r, si l ’a m o u r , é ta n t v io le n t\net im p é tu e u x , p a r a ît c a p a b l e d e b r is e r to u s les o b s t a c le s , ne\ns e ra it-il pas p lu s s a g e et p l u s p r é v o y a n t de l a p a r t d e s lé g i s ­\nla te u r s , d e c h e r c h e r u n e h a r m o n ie en tre L u i et les L o i s ? I l\nm e s e m b l e q u e to u te lo i q u i s e r a i t o p p o s é e a u lib r e e x e r c ic e\nde l ’A m o u r se ra it fr a g ile p a r c e q u e c o n tr a ir e à la N a t u r e\nh u m a i n e , et q u e , f û t - e lle fo n d é e s u r le s p r in c ip e s les m ie u x\ne n r a c in é s d e F a m i l l e , d e S o c i é t é et d e D r o i t , e lle s e r a it\nfo n d é e s u r le s a b le le p lu s lé g e r, c a r c e s p r in c ip e s ne sont que\ns o p h i s m e s a u r e g a r d de l ’A m e et d u C œ u r , et g r a in s de s a b le\nd a n s le v e n t.\n        V . — T o u t e s ces c o n s id é r a tio n s s u r l ’a m o u r ont p o u r\na b o u t i s s a n t le D i v o r c e . C e q u e j e v i e n s d ’éc rire, en effet,\nv i s e u n e p a ss io n s in c è r e , u n iq u e , l’A m o u r . M a i s , à r é c la m e r\nl a l i b r e p r a tiq u e d e cet A m o u r , on est b ien c o n d u it à r é c la m e r\nl a l i b r e p r a t iq u e é g a le m e n t d e to u te s le s p a s s i o n s p lu s ou\nm o in s p ro fo n d e s q u i p e u v e n t a g ite r le c œ u r h u m a in . T o u t e\np a s s io n , fû t-e lle lé g è r e et fr iv o le , n ’en est p a s m o in s sin c ère,\ns o u s p e in e d e n ’être p a s d e l ’A m o u r , et n u l j u g e n e p e u t se\nt a r g u e r d u d ro it d e d é c id e r si tel a m o u r est s in c è r e et d u r a b le\np lu tô t q u e te l a u tr e . L o g i q u e m e n t , t o u t a m o u r est d o n c\nli b r e m e n t p o s s ib le . O r, d a n s n o s s o c ié té s d it e s p e r fe c tio n n é e s\nl ’a m o u r n ’est s o c ia le m e n t a d m is q u e s o u s la f o rm a lité du\nM a r i a g e , a n t i q u e s u r v iv a n c e d e p r a t i q u e s r e lig ie u s e s q u e\nlé g it im e , en a p p a r e n c e du m o in s , l ’id é e d e f a m il le . I l p a r a ît\n"}, {"page_pdf": 463, "texte": "                               -   4 8   -\n\n\ndonc équitable que si deux individus se sont mariés pour\ns’aimer légalement, ils auront la faculté quand leur amour\nsera éteint, quand nulle considération de famille ne les arrê­\ntera, quand la vie entre eux leur paraîtra absurde, de se\nséparer. L ’assise contemporaine des mœurs, l’affranchisse­\nment intellectuel de la femme sa conquête de droits équi­\nvalents à ceux de l’homme, sa dignité libre qui lui fut long­\ntemps refusée, justifient aujourd’hui le principe du Divorce.\nL ’idéal serait de ne le prononcer que par consentement\nmutuel des parties. Mais tant d ’intérêts sont en jeu chez des\népoux désunis qu'ils peuvent aisément s'opposer les uns aux\nautres, et que la femme peut fort bien souhaiter une séparation\nrepoussée par le mari. Une condition du Divorce s’impose\ndonc naturellement, à savoir q u ’il puisse être prononcé à la\nla demande d ’un seul des conjoints.\n      Une union conclue sous le régime d ’une telle législation\nparaît donc réaliser un maximum de garanties. Elle satisfait\nd ’une part la nombreuse classe—en notre siècle d ’argent— des\npersonnes qui s’allient par intérêt, convenances, etc., et pour\nqui le mariage, étant une affaire ou une association en vue\nd ’une affaire, doit pouvoir se liquider comme telle à\nl ’échéance. Elle satisfait d’autre part les personnes mariées\npar amour. U n amour, en effet, même grand et sincère, se\npeut affaiblir et mourir par désenchantements successifs,\nd ’autant plus rapidement parfois q u ’il aura été plus violent,\net ne laisser derrière lui q u ’une intolérable chaîne. Mais en\naucun cas il ne parait devoir être préjudiciable à l’amour,\nauquel il ne touche en rien, puisque, purem ent passif vis-à-\nvis de lui, il se borne à disperser les souvenirs d ’un vieil amour\néteint, pour que, des cendres encore chaudes, au vent du\nhasard, d ’autres flammes jeunes et vivifiantes puissent jaillir.\n     Paris, 9 Février 1905 .\n\nL o u is Mopeau.\n     I.      — L ’amour, qui est un instinct, serait encore soumis à\nla fatalité des forces primitives s’il n ’était mû et déréglé par\n"}, {"page_pdf": 464, "texte": "                             — 49 —\n\nles volontés complexes et bizarres de cet organe qui fait de\nnous des monstres dans la vie animale végétative univer­\nselle : le cerveau.\n      L ’instinct animal de l’amour affiné par la science et la\ndouleur humaines, s’est perverti dans les civilisations passées\net nous corrompra dans les siècles, depuis les basses humani­\ntés des races de couleur, jusqu’aux types suprêmes des déca­\ndences aryennes, non seulement, comme on l ’a dit, selon les\ncastes sociales et les différences individuelles, mais selon toutes\nles latitudes terrestres et tous les climats historiques.\n      Le rut initial est donc devenu par la complicité de la\nchair, de l’esprit et des arts, un vice cérébral conscient et\ncompliqué, immense déjà à notre époque, mais q u ’on peut\nprévoir plus formidable encore dans la civilisation future qui\nfera le surmâle comme elle fera le surhomme qui vaincra la\nnature et sera vaincu par elle, vivra du cerveau et en périra\naprès nous.\n      I I . — L ’amour qui n ’est q u ’un instinct luxueux — puisque\nmalgré son rôle d ’entremetteur des siècles et de pourvoyeur de\nla race, il n ’est pas nécessaire à la réalisation totale de l'indi­\nvidu, est devenu par une interversion singulière le plus puissant\nprétexte de la vie. L a lutte pour le pain, dont on fait un des\ngrands motifs de l ’activité humaine, n'est rien en présence de\nla bataille pour l’amour dont les péripéties charmantes ou ter­\nribles, remplissent chaque jour nos romans ou les colonnes\ndes quotidiens : viols, vitriol, suicides, meurtres, adultères.\n      Struggle fo r love! — une des grandes rubriques de\nl ’existence, étiquettant une bonne part de l’agitation h u ­\nmaine.\n    Cet accaparement de la vie par l’amour a son excuse.\nQuand il se réalise en beauté, dans l’intelligence, la joie et\nla force, l’amour est l’instant divin de la matière. L ’extase\nde l’extériorisation jette l’homme dans le cycle occulte de\nla vie universelle par la volupté physique suprême, par le\nmystère de la création, par la joie spirituelle de l’harmonie\nabsolue qui réunit dans un éclair deux êtres saisis dans le tour­\n"}, {"page_pdf": 465, "texte": "                                    —   5 0 —\n\n\nbillon de la vie, ravis dans un vertige et ramenés à l’unité\noriginelle, comme deux couleurs complètementaires mourant\nl’une dans l'autre dans l’apothéose de la lumière.\n      L ’amour est la poésie de la chair.\n      L e poète et l’amant sont ainsi les deux incarnations esthé­\ntiques de la vie, comme le savant et le prêtre en sont les réali­\nsations cérébrales ; ceci explique par exemple, que l’art se soit\npresque tout entier prostitué à l’amour, et que presque toutes\nles littératures, surtout la moderne, qui en vit, mourront avec\nlui.\n      III. IV. — L ’instinct énorme de l ’amour n’est répressible\nni par les codes ni par la morale, surtout quand la morale\nlivrée à elle-même comme aujourd’hui, juge sans glaive, ne\nparticipe plus aux forces mystiques de la religion.\n      Rien d’humain n ’a jamais arrêté le déchaînement des\nforces naturelles, l ’amour pas plus que la mer. Les digues\nq u ’on leur oppose délimitent d’ailleurs à peu près leur\ndomaine, et sont moins si l’on y songe, d ’efficaces remparts\nque d ’illusoires frontières. L a morale recule devant le flot\nirrésistible du temps et de la foule, les lois cèdent sous la\npoussée de l’opinion qui les détruit comme elles les a créées,\nselon ses besoins et pour ses plaisirs. Les forces de répression\nn ’ont jamais pu sévir, sans être brisées elles-mêmes, que\ncontre les exceptions et les monstruosités, et tant que ces ano­\nmalies ne sont pas devenues générales. Quand on leur obéit,\nc’est q u ’on le veut — ou qu’on le supporte si l’on se sent trop\nlâche pour la lutte.\n          Si le viol, le po iso n , le p o ig n a rd , l’in cendie\n          N ’o n t p as en co r b rodé, de leurs p laisan ts dessins,\n          L e canevas b an al de nos p iteu x d estin s,\n          C ’est que n o tre âm e hélas ! n ’est p as assez h a rd ie !\n     V.       — Le divorce, avatar moderne de la polygamie\norientale, et qui vient à son heure dans l ’Occident qui se paga­\nnise, abolit en droit comme l’adultère en fait, le principe\nsacré du mariage, son indissolubilité et si l’on peut dire son\ndroit divin. C ’est pour cela qu’il est immoral et condamné\npar le Code catholique.\n"}, {"page_pdf": 466, "texte": "                                  — 5 1      —\n\n\nRa y N y s t.\n                A M onsieur M arcel A ngenot,\n      Non, décidément, je refuse de participer à votre enquête.\nC ’est le jugement définitif que je porte sur ce que j ’avais écrit\npour vous répondre. Le rôle de l’écrivain est de raconter des\nhistoires tragiques ou charmantes. L e littérateur, et je le suis,\nn ’est ni un sociologue, ni un moraliste, ni un philosophe, ni un\nsavant, pour se présenter en dehors d e la mise en œuvre: il doit\nconnaître la sociologie, les morales, les philosophies et les\nsciences, ce qui est bien différent. Ses connaissances spéciales\ndoivent avoir en vue l'œuvre, plus complète et plus profonde.\nC'est un metteur en scène des âmes et des choses. Son avis\nn ’a aucune importance réelle et n ’em prunte un intérêt, pas­\nsager, q u ’à titre d ’écriteau sur le dos du signataire.\n      Je décline l’honneur de cette réclame, plus par prudence\nque par modestie, et laisse la place à votre enquête aux\nréponses à panache des gens vertueux.\n      Que cette interprétation professionnelle du rôle de l’écri­\nvain me serve d ’excuse pour vous et vos lecteurs, mon cher\nconfrère.\n                                 F IN\n\n\n\n          Stance.\n                                                 Au pauvre fiancé.\n            Dans sa robe de fiancée\n            Toute blanche comme son front,\n            Elle sourit sous la rosée\n            E t la neige cristallisée\n            Toute blanche comme son front.\n\n            Elle dort dans la terre nue\n            Avec son rêve avec le tien ;\n            E t son beau rêve continue\n            Tandis qu’elle dort toute émue\n            Avec son rive avec le tien.\n"}, {"page_pdf": 467, "texte": "                                             —   52 —\n\n\n                  Dans sa robe de fiancée\n                  Toute froide comme la, mort\n                  Elle recueille ta pensée ;\n                  A h ! pauvre robe d'épousée.\n                  Qui n’est qu'un froid manteau de mort.\n\n                                                           H e n ri    V aleredo.\n\n\n\n\nM o uric e Ba rrès\n       I l est p a r f o is b e a u , c o u r a g e u x et n o b le , p o u r u n h o m m e\nd e t a le n t d e s ’o p p o s e r a v e c to u te l a fo rc e d e son in t e l li g e n c e\net d e s a v o lo n té à la m a r c h e d es é v é n e m e n ts. T a n d i s q u e d e\nt o u t côté l ’in t e r n a t i o n a l i s m e g a g n e d e j o u r en j o u r s u r les d o c ­\ntrin es p a ssé e s , a u ss i b ien chez le s c a th o liq u e s , q u e c h e z le s\nso c ia liste s, M .       M a u ric e       B a rrès        re s te    un     réactionnaire\nsublime.\n         I l v e u t c o n s e r v e r a u c œ u r de s e s c o m p a t r io t e s : l ’a m o u r\ne n th o u s ia s t e p o u r la p a tr ie ; en E u r o p e la p la c e p r e m i è r e\net p r é p o n d é r a n t e p o u r so n p a y s : L a F r a n c e .\n         T o u j o u r s il a d e v a n t les y e u x 1 870 et c o n t i n u e lle m e n t son\nc e r v e a u est o b s é d é p a r l ’id é e d e r e v a n c h e . I l a v o u é so n c œ u r\nau coin d e te rre p o u r l e q u e l la p a trie a p l e u r é et s a i g n é , p o u r\nl a L o r r a i n e , où to u s les étés il v a p a s s e r s e s v a c a n c e s é t u ­\nd ian t ses c o m p a t r io te s et s o u t e n a n t là - b a s l ’é t e n d a r d f r a n ç a i s .\n        S i M . B a r r é s a d e s id é e s d e r e v a n c h e , M . B a r r é s ne\nd é s ire p a s la g u e r r e .\n        I l a p o u r a tte in d r e so n b u t d e s m o y e n s p l u s d é fin itifs. I l\ns a it que la raiso n d u p lu s f o r t est r a r e m e n t l a m e il le u r e et q u e\nla p e n s é e est p lu s c e r ta in e , p l u s c o n v a i n c a n t e . M . M a u r i c e\nB a r r é s v e u t g a r d e r l ’A l s a c e et l a L o r r a i n e à la F r a n c e p a r\nla p e n s é e g a u lo i s e , p a r la p e n s é e la tin e .\n       C ’est s u r to u t d a n s so n d e r n ie r et m e r v e i l l e u x li v r e A u\nservice de l ’Allem agne q u ’il e x p o s e ses id é e s c a r M . B a r r é s\nest u n é c r iv a i n d e g r a n d ta le n t, u n d e n os p r e m ie r s s t y l i s t e s ,\n"}, {"page_pdf": 468, "texte": "                            —   53 —\n\n\nenfin un de ces esprits curieux et originaux qui ne se laissent\nséduire par aucune idée étrangère et continuent, malgré tout,\nà défendre inaltérablement la leur.\n       Certes les descriptions des ruines de Sainte-Odile et des\npaysages environnants sont adm irables, certes les aventures de\nP aul E Hrmann au service militaire sont intéressantes et les\nsacrifices de ce volontaire sont courageux. Mais ce qui surtout\nme plaît ce sont les idées de M. B a rrés , ce sont les notes\nq u ’il place au commencement et à la fin de son livre.\n       « Alsaciens ne désertez pas, n ’émigrez pas, restez en\nAlsace pour soutenir, pour propager et pour défendre la cul­\nture et l’éducation française »\n       Telle est la thèse que M. B arrés soutient si éloquemment\ndans A u service de 1‘Allem agne. T o u t d ’abord il s’adresse à\nses compatriotes qui ont voyagé en Allemagne et ont admiré\nles énormes monuments de Metz et de Strasbourg, la courtoi­\nsie des Allem ands auprès des quels ils étaient recommandés.\nIls ont visité l’empire et admiré sa puissante administration\n       « Peste disiez-vous — ajoute l ’auteur — ces Alsaciens-\nLorrains sont annexés à une nation forte et ils profitent de\nbien beaux chemins de fer, de bureaux de poste incompa­\nrables et d ’une discipline supérieure. Je ne dis pas que\nvous priez Guillaume de vouloir bien régner en France. T o u t\nle monde ne cause pas avec l’empereur. Mais par un phéno­\nmène assez simple, vous vous imaginez savoir que les Alsa­\nciens-Lorrains sont enchantés et q u ’ils ne voudraient plus\nredevenir Français.\n       » E h bien ! mon cher voyageur, vos observations ne sont\npas seulement d ’une insipide trivialité, je les déclare fausses.\nVous n ’avez rien vu, rien compris, c’est à croire que vous\npensez avec votre ventre plutôt q u ’avec votre cerveau.\n        » Recommencez votre voyage au coin de votre feu, avec\nun R en é B a z in , vous avez parcouru les rues et les brasse­\nries : il vous mènera dans les maisons et dans les consciences.»\n       L e mérite de M. B arrés est d ’avoir pénétré dans les\nconsciences. Dans cette investigation M. B arrés a rencontré\n"}, {"page_pdf": 469, "texte": "                               - 54 -\n\n un charmant confrère, qui comme lui voulait éclaircir la\nquestion alsacienne. M . B a r r é s a discuté et il discute encore\navec M. R e n é B a z i n . Il aime les théories de l’auteur des\n Oberlé mais il rejette sa conclusion. Il est de l’avis du père de\nJoseph Oberlé qui restera toujours en Alsace. « Car l’histoire\nde M . B a r r é s qui ne considère que les résultats, saura t-elle\nplus de gré aux Alsaciens qui maintinrent en Alsace, le sang\nAlsaciens et par suite, la culture française, q u ’à ceux qui se\nreplièrent sur la France? »\n      Il veut que partout demeure « un caillou de France sous\nla botte de l’envahisseur ». Car l’Alsace, ajoute-t-il en dehors\nde toute tendance, possède une conscience propre. C’est leur\nconscience, leurs coutumes et leurs langages q u ’ils doivent\nprécieusement garder, car comme l’a dit M IS T R A L « un peuple,\ns’il a sa langue — il tient la clé qui de ses chaines le délivre.»\n      E t c’est pourquoi M . M a u r i c e B a r r é s attache tant\nd’importance aux vestiges vivants du passé : à la R evue alsa­\ncienne Illustrée et au M usée alsacien.\n      Comme on le voit la lutte que M. B a r r é s entreprend est\ntoute morale et intellectuelle ; et comme je le disais en com­\nmençant c’est ce qui fait sa beauté et sa force. Il est par là de\nnotre époque et c’est par là q u ’il se grandit. Si les nations\nmeurent les races restent, M . M a u r i c e B a r r é s le sait ; c’est\npourquoi il défend la conscience Alsacienne, c’est pourquoi\nil est un réactionnaire sublime.\n                                               G a st o n P u l in g s\n\n\n\n\nDéblay ons\n\nA Madame Sarah Bernhardl.\n                                          Assez révoltons-nous !\n                                          (C yrano) — E d m o n d R o s t a n d .\n\n    Au lendemain de la représentation de l ’A iglon donnée au\nthéâtre de la Monnaie par Mme S a r a h - B e r n h a r d t , un jour­\n"}, {"page_pdf": 470, "texte": "                                   — 55 —\n\nnal écrivait : « Etait-ce l'effet de la chaleur ou bien le g ra n d\nenthousiasme q ui anim ait hier soir la tragédienne autour de\nlaquelle tous les personnages disparaissaient comme l’action\nelle-même, ja m a is l ’œuvre de R osta n d ne p a r u t s i fa ib le, si\nvide, s i fa c tic e, si ficelle.\n      Nous n ’avons pas à recommencer ici l ’analyse de cette\nœuvre et nous avons conscience du peu de poids q u ’ajouterait\nnotre tim ide arbitrage aux puissantes et définitives études\nq u ’y consacrèrent simultanément des écrivains avisés et talen­\ntueux. Mais si nous nous abstenons d’étudier l'œuvre\nd ’EDMOND R ostand , on nous permettra néanmoins de dénon­\ncer, comme il convient, la désinvolture avec laquelle\nM me S arah B ernhardt s'est permis de nous présenter un\nAiglon déblayé d’au moins six cents vers.\n      Sans doute, l' Aiglon, ne peut prétendre ni au drame ni à\nla tragédie, mais, comme l’auteur lui-même nous en prévient\ntrès adroitement dans un quatrain en manière de préface :\n                    M on D ie u ce n ’est p a s u n e cause\n                    Q ue j ’a tta q u e o u que je défends\n                    E t ceci n ’est p as a u tre chose\n                    Q u e l’h isto ire d ’u n p a u v re enfant.\n\n      Une histoire ? Soit ! Mais il y a donc un véritable pré­\njudice à nous la dire, en lui supprim ant volontairement les\nimages et les scènes dont le pittoresque et l’originalité doivent\ncompléter ce ravissement des yeux qu’on y avait habilement\ndistribué.\n      Même dans les coulisses Mme S arah garde dans les doigts\nla cruauté du geste q u ’elle distille avec tant de talent dans la\njolie scène du deux J e déchire !......\n      Madame S arah B ernhardt déchire, et voilà comment,\ndéplumé du riche manteau que R ostand jettait sur la sil­\nhouette de rêve de son faible héros, im pitoyablem ent dim i­\nnué de l’auréole qu’on s’efforcait de m aintenir sur sa chance­\nlante destinée, le malheureux Aiglon nous apparut ce soir là\nplus minable et plus spectral que jamais.\n     Mieux que l’excessive tem pérature et que l’enthousiasme\n"}, {"page_pdf": 471, "texte": "                               —   56 —\n\n\nqui animait la grande tragédienne, cet indigne et intolérable\ndéblayage a donc produit sur notre public la détestable\nimpression que l’articulet précité constatait d ’ailleurs juste­\nment.\n      Dans une œuvre comme celle qui nous occupe, qui ne\ndoit son intérêt et sa vitalité q u ’au tum ulte impétueux de\nses tirades, à l ’agencement ordonné de ses scènes, à sa couleur,\nà sa forme, à l’éloquente variété de l’expression, il est évi­\ndent que ce déconcertant déchiquetage et cette extraordinaire\namputation devait singulièrement en contrarier les effets.\n      Le hasard seul me fait prendre ici pour exemple l’œuvre\nd ’E DMOND R ostand et pour prévenue m adame S arah -\nB ernhardt , à qui je dois depuis longtemps, mes plus pures\net mes plus puissantes émotions d ’art. Je ne veux que flétrir\ncette humiliante habitude q u ’ont les troupes de passage de\nnous ravaler au rang d ’un public couramment mystifiable,\nauquel on fait joyeusement prendre des vessies pour des lan­\nternes.\n      Depuis longtemps déjà nous tolérons d'un accord tou­\nchant de continuelles vexations, et ce n ’est pas sans raison\nq u ’on nous a célébrés du sobriquet, d ’ailleurs inoffensif, de :\nB ons petits Belges.\n      Chaque fois q u ’on nous annonce à coups d ’aveuglantes\naffiches l’arrivée d ’un de ces astres, dont le nom brille au fir­\nmament des célébrités théatrales, c’est, flanqué d ’une cour de\npâles vers-luisants, q u ’il arrive, plus brillant que jamais, (loi\ndes contrastes!) nous faire goûter les merveilles du Theâtre.\nIl en résulte, ce qui devait en résulter — dirais-je ce q u ’il fallait\nqu’il en résultât?— q u ’ainsi, habilement encadré d’inqualifia­\nbles parasites, de faméliques matuvus et de maldisantes com­\nparses, l’astre nous apparaît évidemment plus brillant et nous\nforce à d’éloquents, mais à de désastreux parallèles. Dès lors,\ncomme ce nectar q u ’on nous offrait dans une coupe de grès\ndont la rudesse à laissé à nos lèvres le rabais du breuvage,\nainsi, présenté par d’aussi discordants éléments, de tels spec­\ntacles nous laissent à l ’âme une gêne que nous parvenons mal\n"}, {"page_pdf": 472, "texte": "                                   —    57 —\n\n\nà dissiper. Donc Mme S arah -B ernhardt qui ne fait pas les\nchoses à demi, même vous le voyez qnand il s’agit de dimi­\nnuer, se dit, (et j ’espéré pour lui que R ostand n ’y est pour\nrien) q u ’il serait drôle d’aller jo u er un tour de sa façon\nà ce bon petit peuple d ’outre-Quièvrain.\n     E t la grande Sarah, qui sait ce que jouer veut dire, avise\ndans l ’œuvre de R ostand , près de six cents vers q u ’elle prie\ndélicatement de passer aux oubliettes où de sa baguette magi­\nque, en trois coups, dépouille de ses plus belles plumes notre\npauvre aiglon,\n            Q ui so rt de ce co m b at l’aile to u te b risée !\n     Une, deux, trois « Passez muscade, ni vu ni connu, nous\ndéblayons !\n    Vous déblayez m adame ? E t de quel droit s’il vous plaît ?\nQuelles qualités vous autorisent à nous léser de la moitié du\nspectacle annoncé ? E t qu’elle logique vous fait doubler le prix\ndes places quand vous nous donnez la moitié de l’œuvre pro­\nmise ?\n     Puis encore quelles insurmontables difficultés vous obli­\ngent à nous présenter d ’invraisemblables décors et comment\npouvons-nous ne pas être étonnés, quand vous nous affirmez\nque parmi des magots chinois\n            T a p issa n t tous les m u rs de so u rires à claques\n            Ils vous lo g en t ici d a n s le salon des laques,\n            P o u r que su r le fo n d n o ir de ce som bre décor,\n            V otre u n ifo rm e b lan c ressorte m ieux encor,\net que nous sommes tout bêtement obligés de constater que ce\nsombre décor, noir est un charmant Salon Louis XV rose et\nblanc d ’où vos magots chinois (pour imiter sans doute vos sol­\ndats autrichiens) ont f u i , avec un tel ensemble que nous n ’en\ndiscuteront même pas l'unanimité.\n     Mais pardon, à Paris, vous savez bien j ’espère que votre\npublic français eut aveuglement protesté contre de telles\nlicences et ce n ’est pas chez vous que vous iriez louer chez je ne\nsais quel Dufayel.\n              L e sp len d id e b erceau dessiné p a r P ro u d h o n\n"}, {"page_pdf": 473, "texte": "                                        — 58 —\n\ne t p ré s e n te r c o m m e v o u s n ous le fîte s en 9 3 , un e b a r c e lo n e tte\nen b o is c o u rb e , e m p ru n té e à je ne s a is q u e lle c o n c ie r g e .\n        E n fin d ite s n ou s, j e v o u s p rie , q u a n d v o u s a v ie z si p eu le\nd r o it d e n o u s .... s o u la g e r d e p rè s d e s ix c e n ts v e rs d e l ’œ u v re\na n n o n c é e , d an s q u ’e lle s d is p o sitio n s n ous v o u s é c o u te ro n s\nd ire .\n                 On n’avait pas le droit de me voler ma mort.\n       N ’est ce p a s, m a d a m e , q u e n o u s so m m e s d e b ien b o n s\np e tits B e lg e s ? N ’est ce p a s q u ’on n o u s en jo u e de b ie n\nb o n n e s, et q u e , chez vous en France ! on a d é c id é m e n t b ie n\nra iso n d e n o u s s o b r iq u e tte r co m m e v o u s le fa ite s ? A u s s i se ra i-\n j e d é s o lé d ’a v o ir d é m é rité d ’u n titre q u e je tie n s (v e n a n t d u\n  p e u p le le p lu s s p ir it u e l d u m on d e) p o u r une h a u te fa v e u r et\n re d o u ta n t m ê m e q u e c ette le ttre en p u is s e a tté n u e r le d r o it,\nj ’en demande pardon à votre majesté et v o u s p r ie d e m e\n  c r o ir e e n co re\n                                                                  Un bon petit Belge,\n                                                               Marcel Angenot\n\n\n\n L e s liv r e s\n Le Sonnet, p a r Jacques Hebertot.\n        V o ic i u n e é tu d e q u i n e n o u s a p p re n d rie n , et q u i se b o rn e\n à ré p é te r ce q u e to u t le m o n d e a d it et à re p ro d u ire q u e lq u e s\n so n n e ts, d o n t p lu s ie u r s tr is te m e n t c é lè b r e s .\n       J e r e lè v e d a n s c ette é tu d e d e s p h ra s e s c o m m e c e lle -c i :\n        « Jo s é - M a r ia de H e r e d ia , im m o rte l d e p u is d ix a n s ...»\n (C o m m e si on a v a it a tte n d u l ’a v is d e s 3 9 p o u r le p ro c la m e r\n te l !)\n         E t p lu s lo in :\n        « L ’a rt en g é n é r a l, e t s u rto u t la p o é sie , se r e fu s e au\n p ro grès. »\n         D o n c , M o n s ie u r , v o u s a v e z eu to r t d e p r e n d re le S o n n e t\n c o m m e th èm e d ’u n e é tu d e , v o u s au rie z d û p lu tô t e x e r c e r v o s\n fa c u lté s c ritiq u e s s u r l ’é p o p é e n a t u r e lle , co m m e on d it au\n c o llè g e .\n"}, {"page_pdf": 474, "texte": "                                     — 59 —\n\nL a Viole d ’ Ebène, par A L B . F . H e n n e q u in .\n      Comme l’a dit S tuart M errill en préfaçant ces poèmes,\nc’est bel et bien à un poète que nous avons à faire. A un joli\npoète, qui, tout jeune, est déjà en possession d ’un rythme et\nd ’une facture originaux et personnels. M. H ennequin est le\npoète des champs et de la vie calme, en tous ses poèmes,\nmême en ceux q u ’il intitule Poèmes bizarres et voluptueux qui\nfont peu songer a la volupté.\n      Je note comme un des meilleurs poèmes : Paysage du\nN o r d , d ’une observation très juste :\n       O h ! les m aisons d u N o rd , basses et si p ro p re ttes,\n       au x p ig n o n s découpés com m e des collerettes,\n       qui se m iren t, et font des escaliers d an s l’eau\n       o ù le soir glisse, a y a n t la lu n e p o u r falot :\n       M aisons encloses de silence, o n n e voit d ’elles\n       Q ue leurs p etits rid eau x de tu lle et de dentelles,\n       E t les riches dessins de leurs stores bro dés.\n\n       L e N o rd a la gaîté sonore des ducasses.\n       E t les chopes, de bières avec les gaufres grasses\n       E t ses caves o ù d o rt la vieillesse des vins.\n\n  M. H ennequin p ro m e t un beau talent.\nLe M assacre d’une Amazone, par H ector F l eisc Hmann .\n      Vraiment, M. F l eischma nns es onne\n                                         d   beaucoup de peine,\npour nous convaincre du sans-gêne de M. J ean L orrain ,\ncomme si tous nous ne connaissions pas le personnage. N éan­\nmoins je félicite sincèrement M. F leischmann du beau geste\nindigné qui nous a donné cette plaquette mordante.\nHeureux temps, p a r A rthur C olson .\n      Le jeune écrivain wallon vient de se rappeler à l’attention\ndes lettrés par une charmante oeuvrette, qui ne révèle rien\nq u ’une grande sincérité, une fraîcheur d ’âme et une naïveté\nexquise. M. A. C olson conte bien, sans se préoccuper de\nproduire un effet q u ’il atteint presque toujours. Ses nouvelles\nsont des souvenirs d’enfance qui laissent entrevoir, à la lueur\nd ’un sourire du passé, la saveur alléchante des choses du ter­\nroir.\n"}, {"page_pdf": 475, "texte": "                                    — 60—\n\nLe Rameau d’olivier, par Louis de R i e .\n      M. Louis d e R ie est professeur (sa carte me l’apprend)\net comme tel, tenu d ’enseigner à ses élèves les différentes\nvertus patriotiques reconnues par le gouvernement.\n      Il y a certainement de bonnes pages, dans ce recueil,\ndans lequel on sent toujours l’homme sérieux qui ne permet\nun écart, ni à sa plume, ni à son imagination. M. DE R ie a\ntrouvé inutile de penser par lui-même et d'écrire en une forme\nlui appartenant et q u ’il eût dû créer. Il a trouvé plus simple\nd ’écrire en style Victor Hugo, ce qui est toujours désastreux\n— quand on n ’est pas Victor Hugo.\n      M. D e R ie me fait l’effet de s’être affublé d une armure\ngenre XIIIe siècle, qui l ’écrase parfaitement.\n      J ’oubliais de dire une chose importante : quelques-uns\ndes poèmes sont dédiés à des souverains qui, dans ces derniers\ntemps, écœurèrent la « conscience du monde civilisé » par les\ntueries q u ’ils organisèrent.\n      On sent l’ironie corrodante de cette dédicace et on voit\nd’ici la tête des susdits monarques si jamais ils lisaient ça !\nLes Impressions fugitives, p a r P aul B r u n e t t e .\n      Les Impressions fugitives forment un gros bouquin et\ncomportent un seul beau poème : L a chanson de la petite ser­\nvante. Quel dommage que M. P aul B runette qui nous\ndonne là, la mesure d ’un talent très frais et d ’une notation\nheureuse, passe un temps précieux à nous dire les charmes\nphysiques de son harem.\nVariante à la scène des Masques, p a r P ierre B roodcoorens .\n      ...Mais attendons la fin, dit le fabuliste; je ferai comme\nlui, et si la fin égale le commencement, c’est avec plaisir que\nj ’en parlerai.\nL ’Essor Littéraire (n° spécial).\n     U n bon numéro (pas trop !) qui relève certainement le\nniveau habituel de l'Essor L ittéraire et lui fait prendre un\nrang honorable parmi les jeunes revues.\n"}, {"page_pdf": 476, "texte": "                                  — 61—\n\nLes Poèmes pacifiques p a r P rosper R oidot .\n     L e volume de M. R oidot , œuvre d ’une pensée profonde\net réfléchie sans être une révélation, apporte cependant une\nnote nouvelle, une façon neuve d’exprimer les relations des\nêtres et des choses.\n     Ce livre d ’ailleurs est déroutant et très inégal. Beaucoup\nde poèmes sont des merveilles de douceur, de calme, de cou­\nleur harmonieuse, de musique veloutée ; et d ’autres, tout-à-\ncoup, éclatent en rythmes arides, bourrés d ’adjectifs géomé­\ntriques qui pétrifient les paysages décrits.\n     Sa manière de transposer les sensations visuelles en sen­\nsations auditives, et réciproquement, nous donne, par la\nsûreté, la légèreté q u ’il y apporte, la mesure exact d'un réel\ntalent. C’est même en cela que réside le plus grand attrait de\nson livre.\n     Cependant — et souvent — des mots anguleux coupent\nde beaux rythmes, et d ’autres aussi, q u ’un poète ne devrait\npas se permettre, parce qu’ils ne sont pas suffiamment fran­\ncisés — bien qu’ils soient au dictionnaire — et qu'ils conser­\nvent encore une déplorable saveur grecque.\n     Au demeurant, M. R oidot est un homme qui sent, sin­\ncèrement, naturellement, et qui emploie pour rendre ses sen­\nsations, une écriture q u ’il peut revendiquer comme sienne.\n     Voici le début d'un des plus beaux poèmes : L 'O m bre\nraisonnable, qui sera certainement goûté.\n        U u p e u d ’o m bre argentée,\n        C om m e u n cy g n e p e rd u b a t de l’aile su r l’eau.\n        Il est très ta rd en vérité.\n        L e soir est aussi clair q u e l’o m b re des coteaux,\n        L e soir o ù se devine\n        L a lu n e, com m e u n jo u r oub lié p a r le tem ps,\n        L a n u it qui p e rp étu e la volonté des lignes\n        D ’être im m enses sans h eu rts, belles sans incidents.\n\n     Vraiment, celui qui pense de telle façon et qui emploie\nune telle langue, est digne du titre de poète que je lui descerne\nbien volontiers.\n                                                 J ules B ock .\n"}, {"page_pdf": 477, "texte": "                               — 62 —\n\n\nLes Salo n s\n         La Société Nationale des Aquarellistes et Pastellistes\n\n      Voici déjà la sixième exposition des. Aquarellistes et Pas­\ntellistes de la société Nationale et je me souviens de leur\ninauguration comme d ’hier. Sans doute le souvenir que j ’en\ngarde, s’obstine en moi pour des raisons d ’un caractère plutôt\ndéfavorable et c’est peut-être parce que cette exposition inau­\ngurale me revient si nettement à la mémoire que je puis mieux\nconstater aujourd’hui le progrès qu’a réalisé ce sixième Salon.\n      Certes il est regrettable encore que l ’on ne songe à pro­\nposer la démission de quelques non-valeurs qui ne contri­\nbuent certainement pas à la gloire de cette intéressante\nsociété. Parm i les meilleurs exposants, citons les paysages et\nintérieurs de MM. A. Heins, décoratif et délicat,. C. Jacquet,\ndont le nom ne diffère pas plus de Stacquet que sa peinture\nL . Rotthier, habile et truculent, V. Wagemaekers, L.\nSchaeken, B. Lagye, F . Elle, L. Herremans, J. Boulvin E.\nRombouts, R. Gevers, L. Allard, Mmes Lambert, Salkin, Van\nde Wiel. Réservons une mention spéciale à Franz Gaillard\ndont l ’A rc de Triomphe est une magnifique vision que l ’ar­\ntiste a magistralement fixée et, disons le, une toile enfin tout\nà fait digne d ’honorer notre musée moderne. J ’aurais voulu\nm ’occuper plus longuement de F ranz G a ill a rd , mais je pré­\nfère renvoyer le lecteur au bel article de G aston H eux , qui\ndit si justement ce qu’aussi moi je pense, mais ce que j ’eusse\nété fort embarrassé de si bien dire. Enfin citons encore\nH . M e u n ie r , dont nous admirons sans réserve L a Forêt sous\nla N eig e, L. B a r th o lo m è puissant et profond et M lle Léo\nJo dont le P lu m et est fort réjouissant.\n                                           M arcel A ngenot .\n"}, {"page_pdf": 478, "texte": "                             —   63 —\n\n\n\n\nLe    B u d g e t et l e s L e t t r es.\n\n      L a question de la protection des lettres, en Belgique, fit\ncouler beaucoup d'encre en ces temps derniers. Nous vîmes\nmême s'y intéresser nos quotidiens, passionnément. P u r souci\nlittéraire? Hélas, non! On ne pouvait manquer l'occasion de\nfaire intervenir dame Politique en cette occurrence, et on n’y\nm anqua point. L e côté pratique de la question fut, naturelle­\nment, fort négligé au profit des déclamations sur le « rôle\nsocial » de l’écrivain, le béotisme national, l’inertie du P ou­\nvoir, et autres grandiloquences faciles et quelque peu vétustes.\nA notre hum ble avis, on eût mieux fait en insistant sur l ’ex­\ntrême simplicité d’une solution affranchie de tout esprit de\nparti.\n      Nous avons eu l’idée de consulter le budget du ministère\nde l’Intérieur et de l’Instruction publique. A notre grande\nsurprise, il nous apprit que les lettres et les sciences relèvent\nd ’une identique compétence bureaucratique et sont absolu­\nm ent confondues dans le libellé des articles. C’est-à-dire que\nles crédits votés sous prétexte d’encourager nos écrivains\npeuvent être absorbés par nombre de branches d ’activité\nétrangères à la littérature ! L ’administration des « Lettres et\ndes Sciences » étant composée de gens d ’enseignement dont\n l’autorité pédagogique s’accompagnerait fort malaisément de\n la spécialisation esthétique q u ’exige leur double fonction, il\n est naturel que les complaisances budgétaires se refusent à\n tout effort échappant complètement, par sa nature même, aux\n facultés d ’appréciation de ces fonctionnaires. Dès lors, pour­\n quoi ne point séparer Sciences et Lettres, et annexer ces der­\n nières aux Beaux-Arts? Nous avons, pour notre part, une\n entière confiance dans l'intelligence critique et l ’impartialité\n de M. Verlant, et son administration nous paraît la seule qui\n soit apte à ces délicates tâches de protection littéraire. Q uant\n à la difficulté administrative d 'u n tel transfert d ’attributions,\n elle doit être absolument nulle, les crédits concernant la litté­\n"}, {"page_pdf": 479, "texte": "                                    —   64 —\n\nrature pure étant infimes et les organismes bureaucratiques,\ncréés en vue d ’en assurer la dépense, dépourvus de toute\nextrême complication...\n   Mais cette réforme serait vraiment trop simple, et nous\nn'osons espérer qu’elle se réalise en une année aussi jubilaire\nque celle-ci !\n                                                       J eune E ffort.\n\n\n\n\nAccusé de réception :\n   Jo li M ai, V a l è r e G i l l e ; Feuilles au vent, F r a n s M a h u t t e ;\nA u long des terrasses, P a u l C a s t i a u x ; M iss L ili, H . L i e ­\nb r e c h t et C h . M o r i s s e a u x . — Revues : L a Terre wallonne,\ntrès intéressante, au prochain compte-rendu ; L a Balance,\nrevue russe, Maison Métropole, 23, place du Théâtre, Mos­\ncou, très luxueuse, très actuelle, au prochain compte-rendu ;\nL a Rénovation, 6, rue Furstemberg, P aris; L ’E veil, 24, rue\nSainte-Catherine, Nancy.\n\n\n\n\n  Nous présentons nos sincères sentiments de condoléance à\nM . Eugène S a m u e l , qui vient de perdre sa femme, Mrae M a r g .\nH o l e m a n , peintre de grand talent.\n"}, {"page_pdf": 480, "texte": ""}, {"page_pdf": 481, "texte": ""}, {"page_pdf": 482, "texte": ""}, {"page_pdf": 483, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 23, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1905-06", "signet_source": "Troisième année - N°26", "preuve": "Pas de couverture : la livraison commence au premier texte (PDF 448) ; numéro et mois d’après le signet de l’ULB", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}