{"numero_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-001", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 69, "titre_corps": "Hubert Krains", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "JULES BOCK.", "ancre_debut": "H ub ert Kr a i n s . *                                                    I         Si, dans son œuvre, on perç", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 484, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "H ub ert Kr a i n s . *\n                                                   I\n\n       Si, dans son œuvre, on perçoit nettement l’âme de sa\nrace, on n ’en peut mesurer cependant q u ’une très infime par­\ncelle. H ubert Krains travaille d'un bel et probe labeur, mais\nde la façon passive de celui qui exécute la tache imposée. Il\nlui m anque cet esprit synthétique qui organise puissamment\nun corps, cette volonté arrêtée de gravir une cime que d ’autres\nne peuvent pas soupçonner et que l’on est seul à savoir\nmesurer.\n       Ses personnages — la chose est fatale — vivent intérieu­\nrement, comme lui-même, sans gestes. Ce ne sont pas des\nhommes souffrants, aimants, haïssants, ce sont des mondes\ndifférents et incompatibles;inconnaissables les uns aux autres,\nqui se heurtent, s’allient mais ne communient jamais.\n       E t cette œuvre de conception et de vie intérieures qui est\nla projection de l’âme d ’H u b ert Krains, sur celle de sa race,\npourrait, sans grands dommages se passer en-dehors du cadre\nq u ’il lui assigna, parce q u ’elle n ’y em prunte rien. Ses éléments\nde vie lui viennent plutôt de l'atavisme qu’elle doit subir, que\nde la solidarité qu’elle ne veut pas exercer.\n       Chacun des héros, convaincu que dans l’économie sociale\nlui seul a quelque importance; ou bien néglige les autres s’ils\nne peuvent rien pour lui, ou bien exige et, s’il en a la force,\narrache ce q u ’il n ’a pas ou ce q u ’il ne peut posséder naturel­\nlement.\n       Ainsi composée, l'œuvre devrait nous sembler grandi­\nloquente, orgueilleuse, et, par-dessus tout, égoïste. On pourrait\nla croire volcanique, avec des expressions de haine et d ’effroi\nfigées en laves tordues. Non elle est calme. On dirait que\nl ’auteur a voulu arriver à l’expression d ’une pensée en précisant\nses contraires et tout en la laissant dans une pénombre étrange\n\n  ( * ) B i b l i o g r a p h i e : L es Bons P a re n ts. — L es H istoires L unatiques. — L es A m ours\nR u stiq u es. — L e P ain N oir.\n"}, {"page_pdf": 485, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2057, "texte": "                             — 66 —\n\n et redoutable, ce qui donne l’impression du mouvement et de\nla fièvre intérieurs dans le repos et dans la paix extérieurs.\n      E t si, extérieurement, elle nous apparaît calme, c’est\nparce que l’auteur y mit ses propres sentiments, sa charité,\nsa modestie, sa générosité, qui, neutralisant les effets des\npremiers nous empêchent ainsi de haïr sa glèbe.\n      Pessimiste et mélancolique, H ubert Krains contemple la\nvie en homme qui a souffert profondément, ou tout au moins\ncomme celui en qui la souffrance trouve un cœur compatissant.\nUne sorte de tristesse lente envahit son œuvre. Il y laisse perce­\nvoir sans la dire — et pourquoi la dire ? — la sensation de la\nmort. « Je viendrai la nuit comme un voleur. » E t partout et\ntoujours on sent la craintedu voleur. Alors, l’attente exacerbée\nd ’une catastrophe jaillit implacable, étouffante et inévitable\ncomme la vie, comme l a m o rt qu’H u bert Krains laisse ferrailler\nà travers ses phrases, en un duel silencieux et fatal, d ’où\nle fléau sortira vainqueur.\n      L a mort, ou plutôt l ’appréhension de la mort, le fascine.\nIl en remplit son œuvre et quand, par hasard, un rire joyeux\néclate, c’est comme un rayon de soleil, qui, tout-à-coup par\nune trouée d’un ciel noir et orageux, vient jaunir une prairie\nmouillée.\n      Psychologue, sa notation est rigoureuse, incisive et\nfroide comme un scalpel. L a logique, la vigueur gravent les\ngestes de ses héros, sur l’airain d'une vie qu’ils savent liminaire\nde la mort et q u ’ils vivent comme on exerce un sacerdoce.\nCes hommes semblent avoir irréparablement l’ombre d’un\ncrime derrière eux et l ’on dirait q u ’ils n'auront q u ’à se\nretourner pour l ’apercevoir.\n      E t l’esprit oscille étrangement entre deux présences q u ’il\nsent une et distinctes, inséparables cependant comme les m us­\ncles et la chair : la Mort rôdante, invisible et la Peur.\n\n                                II\n    Les terriens q u ’H u b ert Krains met en scène ont très\nexactement l’allure et le geste paysans, mais il semble que\n"}, {"page_pdf": 486, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2094, "texte": "                                — 6 7 —\n\n\nleur mentalité ne soit pas en rapport constant avec leur atti­\ntude. L e u r pensée est souvent trop subtile, trop affinée d ’une\nphilosophie, qu'ils peuvent pressentir, mais qu’ils ne\nsauraient rendre. Ces hommes de la glèbe sont des gens\ninstruits qui travaillent la terre, dirait-on, par dégoût d ’une\noccupation intellectuelle, mais qui, à certains moments, se\nrappellent leur éducation.\n      Je cite, pour étayer mon dire, un des héros principaux du\nP a in N o ir :\n      Après s’être pendant toute une vie rassasié de ses douleurs\net s’être désaltéré de ses larmes, il se vit seul. Sa femme était\nmorte folle, son fils avait démérité à ses yeux, ses amis le\nméconnaissaient. Le sort s’était acharné sur lui. Il avait connu\nl ’aisance, presque la richesse, et m aintenant il s’inquiétait\nd ’une pierre où reposer sa vie fatiguée.\n       Devant la ruine il songe en regardant son village :\n       » Dans aucune de ces demeures, personne, sans doute, ne\n » pensait à lui. C ’était cependant « son » village. C ’était là\n » q u ’il était né, q u ’il avait grandi, q u ’il avait travaillé, qu’il\n » avait aim é......\n       » S ’il se fut présenté à une de ces portes, on lui aurait\n » ouvert, certes, mais on l ’eut accueilli avec étonnement,\n » comme un étranger. Il aurait ensuite été un objet de pitié.\n » On l’aurait fait approcher du feu, on lui aurait donné à\n » boire, à manger et on eut essayé de le consoler. On lui aurait\n » dit : « T o u t le monde devient vieux, tout le monde meurt.\n » Celui qui n ’a pas de chagrin en attend. C ’est la vie               »\n       C ’est M. H ubert Krains qui pense les paroles que dit ce\n paysan, mais ce désaccord entre la pensée exprimée et le cer­\nveau qui la formule est plutôt une tendance qu’un fait, et\n quoique la page que je signale en soit certainement la plus\nhaute expression, il importait cependant de ne pas la négliger.\n\n                                   III\n     D ’une écriture précise, soignée et calme, les romans\net les nouvelles d ’H u b ert Krains attestent d’une réelle recher­\n"}, {"page_pdf": 487, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2104, "texte": "                             — 68 —\n\n che, d’un travail lent et opiniâtre, fureteur, et révèlent entiè­\n rement sa personnalité taciturne et concentrée.\n       Le procédé de construction harmonique qu’il apporte\ndans sa phrase se retrouve dans l’édification d ’un roman. T out\ny est solidement assis, tout y est nécessairement pesé, discuté,\net, sans q u ’on puisse s’apercevoir du travail, on a la certitude\nque l’œuvre est travaillée.\n       Comme la majorité des wallons, H ubert Krains ignore la\ncouleur. Il a beau ajouter détail sur détail, le faire avec art,\nnous ne voyons pas. Quelquefois il se hasarde à « colorier » son\ndessin et nous dit que « c’était une vieille maison bâtie à front\nde rue avec des tuiles noires, des murailles blanches et des\nvolets jaunes. »\n       C’est le procédé devant lequel se pâme M. Médéric\nDufour. Je prétends q u ’il est absolument nul, d ’abord parce\nque c’est un « procédé », ensuite parce qu'il ne nous donne pas\nla vibration des couleurs et leurs rapports qui font tout dans\nla « peinture » littéraire.\n       Voici encore une page admirable de concision et de pré­\ncision, dans laquelle, ne cherchant pas à user d ’une qualité\nq u ’il ne possède pas, M. H ubert Krains nous dessine un\npaysage :\n       » Dans le lointain, un véhicule montait lentement la côte.\n» Quand Jean eut reconnu, à sa bâche blanche, la charrette\n» d ’un colporteur qui s’avançait dans un tintem ent de grelots,\n» il entra dans son jardin où Thérèse le vit se promener d ’un\n» air sombre. Au bout de quelque temps il s’arrêta auprès de\n» la haie du fond, les yeux tournés vers la campagne. Une\n» grande pièce de blé, émaillée de bluets et de coquelicots,\n» s’étendait devant lui. Plus loin, les ouvriers de Davin et de\n» Corneloup travaillaient dans des champs de betteraves ; ils\n» formaient deux vastes triangles qui se mouvaient d ’une\n» allure automatique. Trois vaches paissaient dans une pièce\n» de trèfle, pendant que leur gardienne cousait sous sa hutte\n» de paille. Jusqu' au bout de la plaine que fermait le village\n» de W ..., on voyait encore des hommes, des chevaux, des\n"}, {"page_pdf": 488, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1795, "texte": "                             — 69 —\n\n » bœufs, à moitié cachés par les moissons et dont les plus\n » éloignés paraissaient aussi petits que des marionnettes. Le\n » soleil répandait une chaleur suffocante, les hommes travail­\n » laient en silence, toute la terre devenait lasse ; m ême les\n » abeilles qui bourdonnaient autour des fleurs et les oiseaux\n » qui chantaient dans le feuillage semblaient bourdonner et\n » chanter avec fatigue. »\n      Comme on le voit, l’esprit est apaisé à cette lecture, il\nsait ce q u ’il doit savoir, il a devant lui le plan de la scène où\ntantôt évoluera l’action qui se prépare. Rien n ’y manque,\nsinon la couleur et la couleur c’est la vie. Grâce à elle, on\nmontre au lieu de décrire, sans elle on décrit, et la description\nseule, reste toujours en-dessous de ce qu’on est en droit\nd ’attendre.\n      Je ne sais cependant s’il faut regretter que l’œuvre soit si\npeu picturale : peut-être que la couleur eût nui à l’écriture\nqui est incontestablement talentueuse. Il n ’est pas opportun\ntoujours, qu’un écrivain fasse abstraction de la mentalité de\nsa race. Acceptons la nature avec ses défauts contingents des\nqualités q u ’elle renferme, et, pour admirer une œuvre — ou\npour la critiquer — abstrayons nous de notre esthétique par­\nticulière. Un dans son essence l’Art diffère seulement dans\nses manifestations, et si l’œuvre est sincèrement humaine,\nelle est belle.\n      Peut être d ’ailleurs, que cette peinture, exclusivement\nmatérielle, distrayant l’attention de l’action intérieure ne\nnous eut pas laissé le souvenir d ’une œuvre originale et\ndouloureuse comme celle-ci, qui range son auteur parmi\nles rares écrivains connaissant la beauté de leur patrie et ne\nrougissant pas de la chanter.\n                                                  J ules B ock.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-002", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 70, "page_fin": 71, "titre_corps": "Soleil couchant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. M. 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M. R odrigue\n\n\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-003", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 71, "page_fin": 72, "titre_corps": "Chanson", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. M. RODRIGUE .", "ancre_debut": "Chanson   Ses yeuxsont    tranquill", "ancre_fin": "lustrales. G. M. R odrigue .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "U n e P a g e d e mon C a r net.         C e so ir a p rè s g o û te r , j e s", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 490, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 666, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "Chanson\n\n Ses yeuxsont    tranquilles et limpides :\n Comme au soleil un grand étang qui dort,\n  Ils reflètent dans leurs purs miroirs d’or\n        Un ciel bleu de pensers candides.\n\n\n Celle que j'aime a de longs cheveux d’or,\n Celle que j ’aime a de douces mains blanches\n Qui ont fleuri de lys et de pervenches\n      Le rêve où mon âme s'endort.\n\n\n Celle que j ’aime a de douces mains blanches,\n Celle que j ’aime a des doigts fuselés\n Dont la caresse a longuement frôlé\n       Mon fro n t douloureux qui se penche.\n\n\n Blanche est sa main aux longs doigts fuselés ;\n Sa chair f u t fa ite avec de blancs pétales\n De lys éclos aux brises boréales\n      E n des matins ensoleillés.\n"}, {"page_pdf": 491, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 348, "texte": "                                            — 72—\n\n               Ta chair fu t fa ite avec de blancs pétales\n               Qu’un soleil d’or aurait vivifiés !\n               Je t'apporte mon cœur Unifié\n               Par des douleurs et des larmes lustrales.\n\n                                                              G. M. R odrigue .\n\n\n\n\n "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-004", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 72, "page_fin": 76, "titre_corps": "Une Page de mon Carnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "GEORGES RENCY.", "ancre_debut": "U n e P a g e d e mon C a r net.         C e so ir a p rè s g o û te r , j e s", "ancre_fin": "la civilisation. G eorges R ency.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "M e r S y lv e s tre .            L a m e r g la u q u e a u x f u y a n", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 491, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 348, "fin_caractere_exclue": 2684, "texte": "U n e P a g e d e mon C a r net.\n\n       C e so ir a p rè s g o û te r , j e su is a l lé au bo is p a r l ’a v e n u e d e\nT e r v u e r e n . M o n v é l o r o u la it s a n s fa tig u e s u r d e s c h e m in s q u e\nle s g r a n d e s p l u i e s de l a v e i l l e a v a ie n t r a f r a îc h is . A d r o ite et à\ng a u c h e d e m a c o u rse s ile n c ie u s e , se le v a i t u n e o d e u r c o n fu se\nd e t e r r e et d e v e r d u r e m o u i l l é e . P e u à p e u , le v e r t ig e d e l a\nv ite sse et ce p a r f u m s i n g u li e r m e d o n n è re n t d e s id é e s d ’o r g u e il\net d e v o l u p t é . I l m e s e m b la it q u ’il y a v a i t u n e sorte d ’h é r o ïs m e\nà t r i o m p h e r ain si d u v e n t et d e l ’e s p a c e . M e s s e n s é ta ie n t\ne n iv r é s p a r le s m o l le s fr a g r a n c e s q u i s ’é c h a p p a i e n t d e to u s\nle s ja r d i n s .\n      J ’a r r iv a i a u b o is . I l é ta it p r e s q u e d é se r t. L ’i m m i n e n c e\nd ’ un o r a g e en a v a i t fa it f u i r les p r o m e n e u r s d e l ’a p r è s - m i d i .\nD u côté d e l a L a i t e r i e , on e n te n d a it d e s s o u p ir s d e v io lo n s .\nC ’est un e n d r o it c h a r m a n t, c ette L a i t e r i e , a v e c ses g u i r l a n d e s\nd e gaz, se s m i l l e t a b le s c o u v e r te s d e t a p is d e c o u le u r et\nl ’im p r e ss io n d e l u x e et d e v i e f a c t ic e q u ’e lle la is se au\np a s s a n t . A u c e n tre d e l ’é ta b li s s e m e n t , en p l e in a ir , d e s\ntz ig a n e s , so u s u n e ten te b a r i o l é e , p r o m è n e n t le u rs a r c h e ts\nfr ô le u r s sur de la n g u is s a n t s in s tr u m e n ts . L e s v a ls e s et les\nm a zu rk as d é r o u le n t le u rs a n n e a u x c a r e s se u r s. O n ne s a it q u o i\nd e d é li c ie u s e m e n t s e n s u e l v o u s p é n è t r e l ’être entier.\n        J e p a ssa i outre et j e m ’e n g a g e a i s o u s b o is. D e r r i è r e la\nL a i t e r i e il y a u n e a l lé e q u e n o u s b a p tis io n s j a d i s l ’a llé e\nJ e u n e -Belgique p a r c e q u ’e lle n o u s r a p p e la i t , p a r la c o lo ­\nr atio n m a u v e d e s e s lo in t a in s , c e rta in e s d e s c r ip t io n s que n o u s\na v i o n s lu e s d a n s la Jeune-Belgique. E l l e est lo n g u e et d ro ite ,\n"}, {"page_pdf": 492, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "                             -   73-\n\n bordée de hauts peupliers dont les verdures se confondent et\n ne laissent apercevoir que de petites taches de ciel. De chaque\n côté du chemin c’est la futée presque sauvage encore, bien\n q u ’on soit là à deux pas de la grand’route.\n        Lentem ent, je m ’avançai entre les arbres. Maintenant\n l’odeur de tantôt se faisait plus forte et plus grisante. Je\n m’éloignais de la Laiterie et les sons d ’une musique si ardente\n q u ’elle en devenait douloureuse, m ’arrivaient assourdis et\n atténués, dépouillés de toute allure canaille, emportant avec\n eux quelque chose de la noblesse embaumée des feuillages\n q u ’ils avaient effleurés.\n    Et, tout-à-coup, un souvenir me revint du temps de ma\n première jeunesse. J ’avais alors pour amie une petite jeune\n fille sentimentale et romanesque qui adorait avoir peur le\n soir et m ’entraînait souvent en de longues promenades noc­\nturnes, à travers les campagnes et les bois. E ntre toutes, elle\n aimait cette allée dont lui plaisaient le silence et l’ombre impé­\n nétrable. Nous y passions des soirées délicieuses, assis l’un\n près de l ’autre sur un banc, échangeant des rêves d’avenir,\ntrop enfants encore tous deux pour concevoir autrement les\ncharmes de l’amour. Autour de nous tout était mystère. Les\nvagues bruits de la nuit se traînaient félinement dans les\nbuissons. Mon amie m’étreignait avec une angoisse pleine de\nvolupté, avec des yeux qui brillaient à travers l’obscurité\ncomme des yeux de chatte amoureuse ; et elle me disait d ’une\nvoix basse et entrecoupée : « Oh, dis, c’est bon d ’avoir peur,\ndis ! » Alors, je l’embrassais avec condescendance et, enfant\nmoi-même, je murmurais : « Enfant... » Je ne voudrais pas\njurer q u ’en ces moments-là le démon des tentations impures\nne me tourmentait pas un peu. Mais pour pousser plus loin\nl’aventure il m ’aurait fallu une audace qui me faisait absolu­\nment défaut. Hélas, ne passons-nous pas notre vie à regretter\nen toutes choses, et surtout en amour, les occasions que notre\npusillanimité nous a fait manquer ?\n        U n soir, comme aujourd’hui, le temps était orageux et\nlourd. Des éclairs de chaleur illuminaient, par instants, la\n"}, {"page_pdf": 493, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2171, "texte": "                              — 74 —\n\nnuit. Nous étions assis à notre place ordinaire, et ma petite\namie se montrait plus nerveuse que de coutume. Qui sait ce\nqui se serait passé entre nous ce soir-là si je n’avais pas eu\nsoudain l’idée de me pencher en arrière et de jeter un regard\nle long de la ligne d ’arbres qui bordaient l’allée. A quelque\ndistance de nous un homme se tenait debout contre un tronc.\nMon cœur se mit à battre violemment. Avais-je peur ? C ’était\nplutôt l’angoisse de l’inconnu qui me serrait la gorge. J ’obser­\nvais en silence le manège de l’individu. Je le vis se déplacer\ndoucement et se rapprocher de nous en gagnant l’arbre suivant.\nPlus de doute, c’était à nous q u ’il en voulait. Je me dressai\nbrusquement, les jambes molles d ’épouvante et d ’une voix\nque je m ’efforçais de rendre calme, je dis à ma bien-aimée :\n« Viens, nous partons. » Mais la mâtine ne l’entendait pas de\ncette oreille ; elle était bien là et prétendait y rester. J ’insistai\nvainement. Alors prenant un parti extrême, je murmurai\nentre mes dents : « Il y a quelqu’un, je ne sais pas qui, qui\nvient le long des arbres. » Cette fois, j ’obtins un succès\ncomplet. Ma pauvre camarade bondit et se mit à fuir sans\nregarder derrière elle et j ’avoue, à ma honte, que je la suivis\nau galop.\n      On ne nous poursuivit pas et nous arrivâmes sains et saufs\nà l ’entrée du bois. Nous étions hors d ’haleine, mécontents\nl’un de l’autre et de nous-mêmes. Jamais nous ne sûmes qui\nnous avait causé cette panique. Ce fut la fin de nos prome­\nnades. Hélas, ce fut aussi la fin de notre amour.\n      Je songeais à cette aventure de m a jeunesse déclinante,\n en parcourant rêveusement les lieux qui en furent les témoins\n muets. Il me semblait qu’il serait bon encore, m aintenant,\n d’avoir une petite amie peureuse et gaie qui dirait gravement\n des folies et qui parlerait des choses sérieuses en riant. Mais\n voilà, pour écouter son bavardage, retrouverais-je mon cœur\n de vingt ans ?\n       Je fus tiré de ma songerie par la vue de quelque chose de\n rouge qui tournait à travers les feuilles. Je regardai mieux et\n je vis que, dans une allée latérale, un couple solitaire valsait\n"}, {"page_pdf": 494, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2266, "texte": "                             -   75 -\n\néperdument. C ’était un soldat du régiment des guides avec\nsa bonne amie. Ils s’étaient, sans doute, égarés de ce côté, et\nla musique des tziganes les avait, comme moi, grisés. Je\nvoyais passer et repasser dans les jours du feuillage la\nculotte rouge du gars et le tablier blanc de la fille. Tout-à-coup\nla musique se tut et leur danse s’arrêta. Ils demeurèrent un\ninstant debout l’un devant l’autre, en se regardant dans les\nyeux. Puis ils s’agrippèrent soudain aux épaules et unirent\nviolemment leurs bouches voraces. L e u r baiser dura long­\ntemps, si longtemps que je me sentis mal à l’aise et tout fré­\nmissant de leur frénésie. Enfin leurs lèvres se séparèrent.\nToujours enlacés, ils traversèrent la futée et vinrent passer à\ncôté de moi. L ’homme était un robuste paysan aux yeux\nclairs. Il marchait bien droit, l’air grave, avec cette allure\naustère et presque religieuse que les gens de la campagne\napportent au plaisir. On devinait qu’une telle joie de vivre et\nd ’aimer grondait en lui qu’il n’aurait pu l'exprimer que par\ndes cris sauvages, des clameurs forcenées comme en enten­\ndirent les forêts, pleines de poursuites animales, aux premiers\nâges du monde. L a femme était une fille à soldats, coquet­\ntem ent coiffée, les cheveux en accroche-cœur, portant des\nsouliers vernis et un tablier de dentelle. Il lui avait passé la\nmain autour du cou ; elle lui faisait de son bras une ceinture.\n Ils s’en allaient sans honte, collés l'un à l’autre, les yeux dans\nles yeux, si remplis de désir et d ’extase que l’air paraissait\ns’émouvoir autour d’eux et qu’il venait jusqu’à moi une con­\ntagion d ’amour qui me séchait la bouche. Ils disparurent au\nbout de l’allée. Ils étaient bien dans la vérité éternelle !\n      Je restai seul au milieu du grand silence du bois désert.\nCes amoureux simples et naturels à l’image du premier couple\nhumain, m ’avaient transportés à leur suite dans une autre\nplanète. Les arbres, la terre, les mille parfums épars dans le\nsoir, et ce ciel gris lui-même, ce ciel d ’orage d ’où tombait une\npaix mystérieuse, tout semblait appartenir à la vie d ’un astre\nnouveau. E t je m ’en allais, je m ’en allais en rêveries, en\n méditations si vagues, si profondes q u ’elles devenaient presque\n"}, {"page_pdf": 495, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 442, "texte": "                                                    -     76 -\n\n\n des prières. Mon Dieu, comme il faut peu de chose à l’homme\npour s’évader de l’existence coutumière et pour goûter les\njoies ineffables du rêve infini.... Mais une trompe d'automo­\nbile jeta sur la route son rauque aboi et je redescendis dans\nla civilisation.\n                                                                                     G eorges R ency.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-005", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 76, "titre_corps": "Mer Sylvestre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "FRANZ HELLENS.", "ancre_debut": "M e r S y lv e s tre .            L a m e r g la u q u e a u x f u y a n", "ancre_fin": "t ! 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L e\npoète avançait timidement, comme s’il eût craint de réveiller\nl’âme des ruines qui dormaient, et dont il entendait le rythme\ndes soupirs.\n      Dans la seconde cour, il s’accoudait au vieux châtaignier\net songeait longuement, tandis que ses yeux suivaient le vol\ndes hirondelles et le frisselis des graminées au creux des\nfenêtres.\n      Il n ’était heureux que là, dans le silence de cette solitude.\nCet abandon parlait à son âme triste, délicieusement.\n      T o u t était calme et repos : seuls, quelque oiseau, quelque\ngrillon piquaient parfois le silence d ’une note claire. Les\nfeuilles frissonnaient à peine, car la brise craintive ne risquait\nguère ses parfums sous l’oppression de ces murs gris et m ys­\ntérieux.\n      P ourtant l'âme ancienne qui les hantait était une femme\ntoujours jeune et la plus belle de toutes puisqu'elle était :\n« L e rêve du poète... »\n"}, {"page_pdf": 497, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1629, "texte": "                                          - 7 8 -\n\n\n\n\n     Il lui parlait souvent, pendant les radieuses heures de\ncontemplation.\n     Il disait     et le silence était plus grand encore pour\nentendre cette voix du présent qui parlait à l ’âme du passé :\n\n               Chère, vous êtes ma reine et ma grande amie ;\n               S i mes lèvres, parfois, je les tends vers vos lèvres,\n               C'est que de mon amour, je sens monter lesfièvres,\n               E t que votre présence à mon âme ravie,\n               A fa it sa destinée en entrant dans sa vie.\n               J'attends patiemment que vous révéliez,\n               Mais vous connais déjà, sans vous posséder toute :\n               Vos cheveux, bien souvent, quand vous les démêliez,\n               Me portaient leur parfum, le matin sur la route;\n               Vos soupirs dans la nuit, me baisaient sur le front.\n               E t vos yeux, qui parfois me regardent, ce sont\n               Toutes ces fleurs d’azur, qui se penchent vers moi,\n               D u haut des murs, du haut des portes et des toits.\n\n\n\n\n    E t la voix montait, tremblante, comme une prière psal­\nmodiée.\n\n     Un jour on découvrit le squelette du poète au fond du\nvieux puits, dans la cour du château.\n      Il s’était penché sur la margelle, un soir, et en voyant le\ngouffre plein d ’ombre, il avait compris quel était le symbole\nde sa passion...\n     Alors, le cœur plein d ’amour, mais l’âme pantelante, il\ns’était laissé glisser.\n     Le poète était l’amant des ruines.\n                                                     L . d e C a sem bro o t.\n  L a Motte, ju in 1905.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-008", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 79, "titre_corps": "Entrevision", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "EMILE DANTINNE.", "ancre_debut": "E n t r e v ision.                                                     A M . G. Pulings.        L a T our mass", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 498, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": "E n t r e v ision.\n                                                    A M . G. Pulings.\n       L a T our massive et grise surgissait comme le vol m ar­\n  moréen d’un ange déchu dont les yeux d'exil et de tristesse\n regardent le ciel. Des chemins qui montaient vers le portail\n se croisaient comme le transept d ’une cathédrale prodigieuse.\n Contre la muraille lourde et sombre dont les lignes se sou­\n daient dans la flèche vertigineuse, les arbres secouaient leurs\n chatons neigeux. L ’écho de ces murs énormes et sombres\n semblait redire un passé de mystère, d ’épouvante et de\n crime. L a tour se dressait au carrefour des sept chemins qui\n venaient y mourir comme la rum eur en houle des fleuves d e\n lumière et de rêve. Sous le vantail de la tour crénelée au toit\n aigu, cantique funèbre taillé dans le roc âpre et foudroyé et\n dont les meurtrières semblaient des yeux de nuit où s’infil­\n traient l ’ombre et le crépuscule, les chevaux se cabrèrent. U n\n silence aigu de voûte lourde tom bait des tourelles aveugles et\n des fleurs sans parfum paraient la tristesse des fossés mornes.\nAu bout de l’allée pleine de l’ombre verte mystérieuse des\n clairs feuillages, les deux jeunes princesses rêvaient assises\nsur le bord fleuri du chemin. A notre approche elles se\nlevèrent. Mais dans le songe de nos regards, elles passèrent\ncomme des images aux pages furtivement tournées d ’un livre\nde Sagesse et de Beauté. Le galop sonore des palefrois nous\nemporta vers les routes pâles de la solitude, vers la grande\nForêt d'ombre, de silence et de paix, où les oiseaux du ciel\nlamentent leur éternel exil. E t des ramiers, lointains, gémirent.\nMais leur image brûle dans mon cœur, comme la flamme d ’un\ncierge aux pâles doigts de cire et de clarté. C ’est à présent\ncomme une onde sans fin après le tum ultueux assaut de la\ntempête.\n                                        E m ile D a n t in n e .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-009", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 80, "page_fin": 80, "titre_corps": "Le Geste", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "EMILE DESPRESCHINS.", "ancre_debut": "L e Geste.  Le semeur tient en main t", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 499, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1458, "texte": "L e Geste.\n\nLe semeur tient en main tout l’avenir des blés.\nI l en jelle au vent fou la poussière féconde;\nE t si la pluie avec le soleil le seconde,\nLe froment germera dans les terreaux troublés.\n\n\nLe faucheur tient en main tout le néant des blés.\nA u sifflement des fa u x se couchent les javelles,\nTout le peuple d’or choit aux éclairs redoublés,\nEspoir des pains dorés et des gerbes nouvelles.\n\n\nL e geste du semeur vibre, âpre et circulaire.\nL e geste du faucheur gicle, flambant et rond.\nT out commence et fin it en la gloire solaire\nA ce geste qu’un bras ébauche autour d’un front.\n\n\nGeste de mort, geste de vie, où naît, où meurt,\nA u gré du terrien fruste et des lois naturelles,\nLe grand frisson des blés et la grande rumeur\nDes récoltes qu’emplit le chant des sauterelles.\n\n\nGeste auguste et divin où sourdent les genèses,\nRedouté des néants et des vides obscurs.\nI l y naît des soleils, millions de fournaises,\nQuand Dieu l’ébauche à la surface des azurs.\n\n\nGeste bref et fa ta l de faucheur et deju g e,\nCraint partout où passa le souffle créateur.\nI l en monte de sourds grondements de déluge\nE t des volsfulgurants d’ange exterminateur.\n\n\nL ’Etre le multiplie en l’infini des astres.\nLe laboureur le sème à l'horizon des champs.\nL a mort lefa i t siffler au vent fo u des désastres\nE t l’homme le promène au long des blés penchants.\n\n                                        E m il e    D E S P R E S C H IN S\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-010", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 81, "titre_corps": "Pastel flou", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "EMILE DESPRECHINS.", "ancre_debut": "Pastel Flou.           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L a méditation du Poëte a", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 500, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 1448, "texte": "Pastel Flou.\n\n         Comme une chair nacrée en des frisso n s de soie,\n         L'aube au bout de la sente où la sau ge rosoie,\n         E m erg e de la m olle ouate des m atins,\n         D an s les cheveux des pou droîm e n ts adam antins,\n         A u x y e u x des p a ra d is d ’e x ta se et de m ensonge.\n         L'horizon flo tte au loin, vagu e et flou comme un songe,\n         Çà et là de roseurs fon dan tes irisé,\n         En des brouillards de diam an t pulvérisé,\n         Où tout, fe u illa g e en fleu rs, a z ur, toits, coqs d ’église,\n         A u fo n d d ’un monde d'or s'im m atérialise :\n         Bleue entrevision de cham ps élyséens\n         Qui h an tait le som m eil des poètes anciens\n         E t dont un ra y o n filtr e a u x vers des Enéides,\n         R o y a u m e s m ensongers de p â le s N éréides\n         Que leur rêve ébauchait sous le monde réel.\n         E t c ’est si d o u x que c’e st presqu e artificiel\n         T ous ces effacements en ouate d'estompe,\n         D es soirs avec leurs ors, de l'aube avec sa pom pe,\n         D es bois avec leurs verts sourds et pastelisés\n         E t de tout cet ensemble a u x tons opalisés\n         Où teintes et contours ont l ’a ir d e se dissoudre\n         En du cristal en neige e t des p e rles en poudre.\n\n\n                                                        E m il e   D e s p r e c h in s .\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-011", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 82, "titre_corps": "De l’idée ordonnatrice", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "EMILE DANTINNE.", "ancre_debut": "De l’Idée ordonnatrice.      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Les\nformes de l’intelligence et les catégories de la pensée achèvent\nl'idéalisation de la conception par le travail inconscient de\n"}, {"page_pdf": 501, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "                             — 82 —\n\n comparaison. L ’objet, dans la notion qui l’enveloppe, s’isole\n et se subjective en s’épurant vers l’Absolu, vers l’Idéal\n suprême.\n       Il faut que l ’image, motif impérieux du poëme, effleure\n d ’un geste délicat la pensée évoluante et première q u ’il semble\n indiquer de loin sans l’atteindre jamais, image angoissante de\n l’effort humain vers l’Infini et l ’inconnaissable. L ’émotion,\n principe ordonnateur, ne serait sans cela que sentimentalité;\n mais ni l’image comme point de départ ni la force d ’âme\n contenue dans sa continuation logique n’ont la valeur princi­\n pielle de la Pensée, fruit de la méditation. L e monde phéno­\n ménal n ’existe pas. Nous concevons que des images incidentes\n que notre imagination éveille ou qu’elle impose, mais le vou­\n loir impératif qui frôle cette suite d ’aspects de la vérité éter­\n nelle n ’atteint pas la Substance. A peine quelques images\nsenties essentielles semblent-elles porter à 1a. vérification\nidéale des Choses, l’être répugne à l’essentiellisation du\ndevenir, parce que l’être tel que nous le décèle la Vie ne nous\nest pas connu au sens immédiat. Ainsi le poème étant avant\ntout mouvement d ’une pensée — vision ou rythme — vers\nl’Absolu, ne démontre point tel dogme de son élection, mais il\nest au lecteur une invite au rêve. Les idées musicalement\nexprimées et les images métaphysiques évoquées doivent suffir\nau sens idéal du poëme. L ’harmonie poétique semble donner\nà tout objet sa raison d ’être absolue, subjectivement, dans la\nreprésentation de la conception interne, par suite du parallé­\nlisme de la vie et de l ’être, du réel et de l’absolu dont la\npensée est la preuve et le signe, par suite du parallélisme\nfinaliste de la nature vivante et de la volonté humaine dans\nle vouloir poétique.\n                                         E m il e D a n t in n e .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-012", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 83, "page_fin": 84, "titre_corps": "Dans la Tour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "PIERRE WUILLE.", "ancre_debut": "Dans la T our*.  E n un parc oublié que le s", "ancre_fin": "W u il l e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Liv r e s L a vie belge, par C amille", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 502, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1664, "texte": "Dans la T our*.\n\nE n un parc oublié que le silence a clos,\nSommeillant sous l’assaut du lierre et des viornes,\nLe château de mon rêve, avec ses donjons mornes,\nPlonge aux marais des soirs ses murs que verdit l’eau.\n\nDepuis longtemps les bruits dans ses tours sont éteints,\nA u coin de l'âtre mort nulle chanson de vierge\nE t voici bien des nuits que sont brûlés les cierges\nQui veillaient au chevet des derniers paladins.\n\nA u long des corridors l’oubli tisse, sans tr ève,\nD ’immenses toiles d ’ombre et d’éternel ennui,\nE t seul le vol soyeux de quelque oiseau de nuit\nTrouble encor le sommeil du château de mon rêve...\n\nMais parfois, lorsque l'air est chargé des adieux\nD u soleil qui s'en va, laissant dans le silence\nA u x crêtes des forêts, belles de nonchalance,\nFumer au seuil des soirs un peu d’or lumineux,\n\nParfois, dans son manteau que le couchant avive,\nTandis qu’à l ’horizon pleure un appel de cor,\nMon Ame, en qui survit l'âme des printemps morts,\nA u sommet de la tour vient s'accouder, pensive...\n\nSes grands yeux mordorés où tourne un vol de songes\nSuivent les longs chemins on ne sait d'où venus\nQui s’enfoncent au loin vers des deux inconnus\nOù les espoirs chantants n’ont point vu de mensonges.\n\nOh ! ces chemins perdus qui courent par les plaines !\nOh ! ces routes sans fin qui s’en vont dans le soir,\nVers quels là-bas meilleurs, loin du triste manoir,\nLoin du sommeil, loin du silence et loin des peines...\n\nPar ces chemins déserts un à un sont allés\nTous les aimés d'antan, sans détourner la tête,\nT ous les fiers paladins amoureux de conquêtes,\nTous les espoirs, tous les désirs, tous les aimés...\n"}, {"page_pdf": 503, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 631, "texte": "                                    -   84 -\n\n\n         E t tandis que la nuit traîne sur l’horizon\n         Son large manteau noir d'où tombent des tristesses,\n         Mon âme sent monter d'invisibles caresses,\n         Dans le recueillement, comme des oraisons.\n\n         Elle pense, soudain, à celle qui viendra\n         Avec des gestes lents de songe et de mystère,\n         E t, lui mettant au front un long baiser de mère,\n         Un soir languide et pur, au loin l ’emmènera,\n\n            Vers lesjardins d’amour et de rose lumière.\n\n                                                          P ie r r e   W u il l e .\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-013", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 84, "page_fin": 92, "titre_corps": "Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Liv r e s L a vie belge, par C amille", "ancre_fin": "de jeunesse ! R uyters .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Théâtre. La Duse : M onna Vanna", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 503, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 631, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "Liv r e s\nL a vie belge, par C amille L emonnier .\n       Je me rappelle toujours le conseil de Camille Lemonnier\n— q u ’il réitère d ’ailleurs dans le présent volume — L isez le\ndictionnaire.\n       Jam ais peut-être autant que dans son livre on ne peut juger\nde la solidité de ce principe. Quel parti admirable Lemonnier\na retiré de cette lecture ! Q u’il parle de n’importe quoi, q u ’il\ndécrive n ’importe quel sujet, toujours le mot propre et rien\nque lui vient éclairer le lecteur et enrichir son vocabulaire\npersonnel. Nous avons beaucoup de choses à retirer de ce\nvolume. E n quelle évocation splendide le maître ressuscite\ncette époque héroïque, où lui-même fut un des plus courageux\nsoldats ! Lutte épique où malgré toutes les indifférences et\ntoutes les antipathies, des hommes se sont levés et se sont\nfièrement proclamés Chevaliers de L ’Idéal. Avec quelle\nardeur n ’ont-ils pas lutté, avec quelle opiniâtreté n ’ont-ils pas\nmarché quand même et malgré tout ?\n       C ’est à conserver, c’est de l'histoire littéraire belge que\nces chapitres où Lemonnier raconte ses souvenirs. 1870-1880\nla J e u n e Belgique.\n"}, {"page_pdf": 504, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2128, "texte": "                             —   85   —\n\n\n      C’est tout d ’abord le Bruxelles d ’autrefois avec ses mœurs\n paisibles ; puis le Bruxelles nouveau où rient les briques lui­\n santes et les rues claires. Puis voici apparaitre les proscrits les\n premiers initiateurs, ceux qui vont faire germer la plante litté­\n raire. E t enfin cette J e u n e Belgique fière indépendante, (N e\ncrains, W aller claironne) et de tous côtés sortent, pour se\nm ettre sous le drapeau de l ’Art, des jeunes gens pleins\nd ’enthousiasme, d ’énergie et de talent. E t les voilà qui avan­\ncent, les voilà qui proclament. Ils réveillent tout d ’abord les\nsouvenirs des grands ancêtres : De Coster, Pirmez, Van\n Hasselt.\n      E t Lemonnier, ému lui-même par ses souvenirs nous\nraconte, des larmes dans la voix, cet immense penseur de la\nrace, l’immortel Charles De Coster.\n      Ah ! quel encouragement pour nous que l ’exemple de nos\naînés ! Comme eux sachons combattre, comme eux sachons\nsouffrir. Peu leur importait toutes les controverses, toutes les\ncalomnies, toutes les insultes ! Ils allaient à travers tout, ils\nallaient à la victoire.\n      E t maintenant voici les portraits de ces volontaires\nd ’alors les maîtres d ’aujourd’hui : Picard, Verhaeren, Maeter­\nlinck ; et puis les autres Eekhoud, Giraud, Gilkin, puis les\ndemi-vieux, ensuite les derniers venus. E t à côté de cela les\nmaîtres de la peinture : Leys, De Brakeleer, les deux Stevens\nMeunier, Dubois, Wervèe, Rops, Claus — ici c’est un vitrail\néclairé de soleil, c’est en prose ce que Claus fait en peinture.\n      L e livre se termine par ces deux chapitres : L a Poussée\nsociale ; L ’A m e Belge. Cette âme mélangée de deux tem pé­\nraments opposés          wallon et flamand, et qui cependant\npossède tant de grands artistes, concrétisateurs des deux\nraces, cette âme qui est le « patrimoine qu’Aujourd’hui\nléguera à Demain. »\n      L ’on a reproché à Camille Lemonnier l’étendue de son\ntitre la Vie Belge et l’on a fait rem arquer que c’était plutôt\nM es Souvenirs le titre véritable. L ’on a dit que l’auteur avait\ncomplètement omis l ’industrie et le commerce. Il y a peut-être\n"}, {"page_pdf": 505, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2092, "texte": "                                     —   8 6   —\n\n\n\n\ndu vrai là dedans, et cependant n ’est-il pas juste que le M aî­\ntre des lettres belges consacre en cette année jubilaire un\nlivre a notre Littérature.\n     De tous côtés l ’on fête grandiloquem m ent nos activités\nfinancières, sans que nul part l’on réserve à nos L ettres l’hom­\nmage q u ’on leur doit.\n     Il était du devoir de Camille Lem onnier de combler cette\nlacune, il l’a fait adm irablem ent.\n      Dans Feuilles au Vent M . F r a n z M a h u t t e décrit égale­\nment quelques habitudes et certains caractères de notre pays.\nSon auteur se plaît à détailler l’âme de ces sim ples qui\noccupent si peu de place dans la vie et qui cependant ont to u ­\njours l’air réfléchi et l'esprit tourm enté.\n      C’est un beau livre que celui de M . M a h u t t e m algré la\nsimplicité de ses sujets et de son style. Il est surtout beau\nparce que son auteur se trouve être dans notre L ittérature\nune exception. Tout pour le style tel est le b u t de M .\nM a h u t t e . Aussi quelle m erveilleuse gram m aire française\nappliquée que cet ouvrage. Il est instructif et hautem ent profi­\ntable parce q u ’il nous enseigne à ne point nous griser de mots\nà m esurer la portée de nos expressions.\n     N ous pouvons aimer des œuvres où résident plus de cou­\nleur, plus d’envergure, m ais nous devons saluer l’œuvre\nd’un si bel am ant de la langue.\n                                                   G a st o n P u l in g s .\nNotes et Poèmes, p a r T h é o V a r l e t .\n     Sans doute Verlaine eut fait à T h é o V a r l e t l ’honneur de\nle com pter parm i ses poètes m audits. C ’est que M. V a r l e t a\nréuni sous un titre quelconque une qu an tité respectable\nd’excellents poèmes. Je me garderai bien cependant de les\njuger sur le côté licencieux qu’ils présentent et, bien que je\ngoûte infinim ent les beautés d ’un poème régulier, je m ’effa­\nrouche peu des fantaisies du verslibrism e. Sans doute les vers\nde T h é o V a r l e t sont d ’un m aître philologue, m ais, ils exi­\ngent hélas ! pour se faire toujours com prendre, le concours\n"}, {"page_pdf": 506, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1950, "texte": "                                     -   87 -\n\n\nencombrant d ’un dictionnaire. Très humblement et à ma\ngrande honte, j ’avoue n ’avoir pas saisi sans d’inquiétantes\ndifficultés, certains poèmes, encore q u ’instinctivement j ’en\ndevine la secrète beauté. Mais si j ’ai quelquefois lu sans trop\ncomprendre (et je veux décidément croire q u ’il y va de ma\nfaute) toujours j ’ai goûté dans la poésie de M. V arlet , un\nsentiment de musicalité très prononcé. Heureusem ent l’auteur\nse dégage quand il le veut, sans doute quand il le faut, de cet\nexcès de complication philologique qui nous permet de quali­\nfier, certains de ses poèmes, du titre odieux de Poèmes scien­\ntifiques!\n      Déjà, dans Soir de Bosphore, que nous avons donné in\nextenso dans le numéro précédent, on verra quel somptueux\névocateur et à la fois quel poète s’affirment en T héo V arlet .\nDans Notes et Poèmes, le livre qui nous occupe, j ’ai particu­\nlièrement admiré Le M oulin qui :\n                        A vec des gestes véh ém ents\n                        S e b u te à l’insoluble problèm e\n                        D ’u n cercle jam ais dessiné\nce moulin qui\n                D e ses q u ad ru p les b ras dévide les nuages,\n                F au c h e d u clair de lune,\n                Jo n g le avec les étoiles.\n\njusqu’à ce q u ’enfin le poète voie\n                                            v irer é p erd u m en t\n            L e M oulin-de-F olie au x q u atre couteaux rouges.\n\n     Cela est d’un beau, d ’un grand poète, M. V arlet a le\nvers concentré qui peint d ’un trait les choses vues, qui fixe les\nsons d ’un mot définitif\n       — L e profil svelte et clair d ’u n lo n g tra n sa tla n tiq u e ,...\n       — L a to u r glisse pensive au b lan c ciel de Z é la n d e ....\n       — Ils en tam en t la m arche obscène des tu b a s ....\n       — D ans le ciel de jad is g relo tten t les é to ile s....\n\n     Parm i les poèmes que nous préférons citons encore :\n"}, {"page_pdf": 507, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1959, "texte": "                                    -   8 8   —\n\n\n\n\n Le Moine.\n                  Au désir furieux d’extirper triomphant\n                  L ’holocauste brandi de sa chasteté rouge\n Les Amants.\n                  E t les tristes après dont la fatigue ment\n\n Azur d’Octobre, où se trouvent ces vers superbes,\n\n                 Tandis qu’à l’horizon des peupliers,\n                 L e s moulins recueillis allentissent leurs tours,\n                 S u r la limpidité de ce dernier beau jour\n                 Où montent les fumées paisibles du village,\n                 S ’attendrit le profil des dunes familières.\n                 L e s vaches,\n                 Chrétiennement s ’en vont, soufflant dans le brouillard.\n\n     Cela est beau, d’une beauté parfaite où n’atteint pas la\nprétention de bien des classiques.\n     Puis encore, imposant et noble, le Soir de Triomphe où,\n               Vermeils, sur le flanc des cohortes dernières,\n               Eternel défilé d’arches légionnaires,\n               Triom phateurs, les Aqueducs marquent le pas.\n\n     Selinonte : L e Sélinos noyait, dans la boue,\n               L a nudité des dieux à l ’abîme voués ;\n               Mais, sur l’horrible amas qui l’entrave, un pilier,\n               Uniquement debout, refuse d ’oublier\n               L ’inextinguible cri des gloires écroulées.\n\n  M . V a r l e t a le pittoresque de l ’expression, tel dans le\npoème intitulé Ita lie , qui est d ’un impressionnisme saisissant,\noù chaque mot porte, où chaque vers évoque. V o y ez quelle\nsensibilité, quel bonheur d ’expression, comme il nous fait\nassister à la chute d’un fruit.\n             E t lourde goutte d ’or dans la conque d’extase,\n             Parfois se détache et s’écrase\n             L a chute, mollement, d’une orange trop mûre.\n\n    On la voit qui tombe, on en respire le parfum.\n             Tandis que dans le soir (« Connais-tu le p ay s? »)\n             Avec le rythme exhortateur de ses amours,\n"}, {"page_pdf": 508, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2004, "texte": "                                    - 89 -\n            S ’en est allée la n o stalgie des Italies\n            Q ue le p ian o cahote vers d ’a u tres fau b o u rg s.\n\n      Voilà le mot, le pittoresque dans l’expression, le clichage\nsubtil d ’un geste.\n      Je n’hésite pas à le dire, tout en me défendant de ces\ncomparaisons qui semblent disputer à l’auteur sa personna­\nlité, T héo V arlet évoque étonnamment la poésie de Jules\nLaforgue, mais d ’un Laforgue qui ne raillerait pas, d ’un L a ­\nforgue qui ne serait pas un gam in de génie comme le quali­\nfiait si joliment Mendès, mais d ’un Laforgue plus posé, qui\naurait gardé dans son austérité les enthousiasmes et les éton­\nnements de la jeunesse.\n      Je remercie et félicite M. T héo V arlet pour ce volume\nde beaux vers au dos duquel j’ai dessiné le signe dont j'h o ­\nnore les œuvres que j'ai l'intention de relire souvent.\n                                                     M arcel A ngenot .\n\nAu Long des Terrases de P aul C astiaux .\n     Je ne sais si tous les collaborateurs du Beffroi de Lille\ns’inspirent d ’une même école ou d ’un même maître, mais (et\nceci est un éloge pour M. P aul Castiaux) on peut impunément\npasser des Notes et Poèmes à A u long des Terrases et s’ima­\nginer sans trop d ’indulgence que rien d ’extraordinaire ne se\npasse. Certes, M. P aul Castiaux ne réunit pas à mon sens\ntoutes les qualités de son compatriotique confrère et moins\nde richesse préside à l’inspiration de ses poèmes. Cependant\ncomme Théo Varlet que j ’analysais plus haut il a, très déve­\nloppé, le sens de l’impression q u ’il nous donne souvent défi­\nnitive et pittoresque. Sans doute, je déplore un manque de\nsimplicité, une recherche trop ardente à l’originalité et cer­\ntaine complication laborieuse qui fait ressembler le vers à\nquelque manant parvenu affublé d ’une fraise empesée qui\ngène visiblement ses allures.\n     Voici quelques vers d ’actualité qui donnent très bien\nl’idée du genre de poésie q u ’affectionne M. Paul Castiaux.\n"}, {"page_pdf": 509, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "                                      — 9 0    —\n\n\n              E n u n p atrio tiq u e tin tam arre,\n              L a B rab an ço n n e éclate au x cuivres boursouflés :\n              E t, d ’un bo n d , vers le ciel d ’o u trem er des dim anches,\n              L ’aéro stat v ain q u eu r des espaces, se lève\n              P a r dessus la bêtise én o rm e de la foule.\n\n\n      Cela est spirituellement observé, on dirait d ’un Renouard\nen vers et je regrette que la place me soit si parci­\nmonieusement allouée car jaurais aimé faire à M. P aul\nCastiaux l’honneur très mérité de reproduire ici de nom­\nbreuses citations et au lecteur le plaisir délicat de les lui faire\nlire.\n                                            M arcel A ngenot .\n\nJoli M ai, p a r V alère G i l l e .\n      Cette plaquette qui nous est tombée au cœur du prin­\ntemps comme un pétale d ’églantine, nous donne du métier de\nValère Gille la preuve de sa souplesse et de sa grâce. Le\nmosaïste disparait pour faire place au Prince Charm ant qui\nvient, avec un vocabulaire prudem ment épuré, nous chanter\nl’âme du joli mai. E n réalité il n ’y a là qu'un seul et long\npoème présenté sous un seul et joli titre et qui gagne à être lu\ntout d ’une traite. Quand je dis lu, je pourrais indifféremment\ndire « chanté » car cette poésie que M. Valère Gille a grati­\nfiée d ’un rythme tour à tour badin, sautillant ou sentimental\naurait pu s’intituler Vers à chanter et M. Jacques Dalcroze\naurait sur eux pu broder et faire courir ses arabesques d ’or.\nC’est notre Chanson des rues et des bois, où je cueille au\nhasard ce début de poème qui synthétise cette bluette, que\nl’auteur a voulue sans prétention, et légère et fraiche et\nparfumée comme son titre.\n                      L à-bas, to u t b lan c et to u t p ro p re t\n                      D o rt a u soleil n o tre village\n                      Il est jo li com m e u n jo u e t\n                      E t to u t frais com m e u n b ég u inage\n\n                                                           M arcel A ng en o t.\n"}, {"page_pdf": 510, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2068, "texte": "I\n\n\n\n                                 — 9 1   —\n\n\n    Coins de Bruxelles.\n\n         De M. Louis Dum ont-W ilden a paru à l’Association des\n    Ecrivains Belges un excellent recueil de contes, intitulé\n    Coins de Bruxelles.\n         Ce ne sont point tant des contes, mais plutôt des impres­\n    sions familières, des souvenirs, des commentaires ingénieux,\n    écrits dans une langue pleine de mesure et de réserve et d ’un\n    bon goût parfait. Certaines pages sont d ’une émotion un peu\n    tendre (sans pourtant rien d ’exagéré !) les autres, malicieuses,\n    mais point du tout sarcastiques. Ce qui plaira en ce livre, plus\n    encore que la souplesse d ’un style sûr de lui et la nouveauté\n    simple du récit, c’est sa parfaite loyauté et la certitude que\n    l’auteur a réalisé ici son intention exacte et n'a point visé un\n    autre but. Il s’en explique du reste par une préface d ’un esprit\n    et d ’un tact délicieux qui est — peut-être — la plus jolie\n    chose des Coins de Bruxelles.\n                                                       R uyters .\n    Miss Lili.\n\n         MM. H enri Liebrecht et F . Charles Morisseaux viennent\n    de publier à l’Edition Artistique M iss L ili, comédie en trois\n    actes, en prose.\n         Une représentation unique en fut donnée — on s’en\n    souvient — sur la scène du Théâtre Royal du Parc, le\n    12 avril 1905.\n         Des commentaires divers accueillirent cette première\n    — on s’en souvient également — et en prolongèrent d ’une\n    façon inopportune l’existence éphémère.\n         Les encouragements des uns et la désapprobation des\n    autres furent, m ’a-t-il semblé, pleins de partialité. Soit q u ’on\n    découvrit dans ces trois actes des qualités qu’ils avaient le\n    droit de ne point posséder, soit encore qu’on détermina avec\n    trop de précision leurs défauts possibles, on s’inspira plus\n    peut-être, de son désir d ’être ou non, agréable aux jeunes\n    auteurs que de la valeur littéraire et morale de M iss L ili. Il\n    serait oiseux de rouvrir ces débats et je m ’en voudrais de dire\n"}, {"page_pdf": 511, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1078, "texte": "                             —   92 —\n\npar le menu ce que je pense de cette comédie encore que le\nplaisir malicieux d ’en parler après les autres et ainsi d ’avoir\nsur ce point « le mot de la fin » ne soit pas dépourvu\nd’attraits.\n      L a seule intention de cet entrefilet est de renseigner les\ngens, qui désespéraient de connaître jamais M iss L ili , en leur\ndisant q u ’elle existe maintenant en « librairie ».\n     Sans doute, ces trois actes pourront dès à présent être\nappréciés sainement et jugés en ce qu’ils valent réellement\npuisque, sûrs d ’eux-mêmes, ils se privent, la pensant super­\nflue, de la force particulière, peut-être factice, q u ’une mise en\nscène bien ordonnée avait pu leur prêter.\n      Pourtant, j’ai eu quelque étonnement en voyant Messieurs\nLiebrecht et Morisseaux, gens de tact et d’adresse, donner à\nleur première comédie un aspect et une forme durables... en\nlui créant une vie nouvelle, ne lui ont-ils pas enlevé sa meil­\nleure excuse... celle d'être une œuvre de jeunesse !\n                                                        R uyters .\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-014", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 92, "page_fin": 93, "titre_corps": "Théâtre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marcel Angenot", "ancre_debut": "Théâtre. La Duse : M onna Vanna , de M a", "ancre_fin": "donné de contempler. M arcel A ngenot .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "N o u v elles. L’Ouverture de l’Exposition", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 511, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 1078, "fin_caractere_exclue": 1939, "texte": "Théâtre.\nLa Duse : M onna Vanna , de M aeterlinck .\n      La grande et incomparable artiste q u ’est L a Duse, nous\na dédommagés de l ’ostensible mépris q u ’on oppose à nos\nlettres en ces jours de liesse et de patriotiques pyrotechnies.\nCependant que la ville bruyante et badaude se pâmait aux\nsons d ’une magistrale brabançonne, au théâtre de la Monnaie,\nune élite, qui semblait comploter à l’écart quelque grande\nchose, assistait nombreuse à l’unique représentation que L a\nDuse nous donnait. M onna Vanna semblait jusqu ’ici se\nsouvenir de la manière du poète des Serres chaudes et bien\nque la langue en soit plus accessible, le roman s’enveloppait\nencore d ’un voile de mystère, d ’une teinte de vague dans la\nvie inconsciente de l’âme.\n     L ’œuvre devait incontestablement gagner à cette façon de\ncomprendre, plus humaine et plus logique de l’admirable\n"}, {"page_pdf": 512, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "                                —   9 3 —\n\n\nartiste q u ’est L a Duse. Ce fut une révélation, un étonnement\npour ceux que le talent de M me Georgette Leblanc n ’avait pu\nconvaincre. S ’il m ’était permis de risquer un parallèle entre\nces deux interprètes, je dirais que Mme Georgette Leblanc\ncopie l’œuvre de M a e t e r l i n c k cependant que L a Duse y\ncollabore. Il est impossible de rendre comme elle la scène du\ntroisième acte où M onna Vanna tente de persuader son mari\nde l ’innocence de Prinzivalle : cela est grandiose et l’artiste\nse hausse à de telles altitudes q u ’il n ’y a plus désormais de\nparallèle à se permettre et q u ’elle seule doit être et sera\nconsidérée comme l’unique et l’indispensable interprète et\ncollaboratrice de l’œuvre de M a u r i c e M a e t e r l i n c k . L a Duse\na du génie, elle trouve le geste qui modifie, explique et fait\nacclamer. Elle a, dans son visage, une expression exquise de\ndouceur triste, de passion contenue, à la fois quelque chose de\nréfléchi et de tendre. Sa force réside dans sa simplicité. Je ne\nsais pas de comédienne moins comédienne q u ’elle, j ’étais allé\npour applaudir une grande actrice et j ’ovationne «une femme».\n      Ah ! que L a D use nous revienne avec ses émotions nou­\nvelles nous faire, avec des sensations inédites, oublier le terre\nà terre de notre vie contemporaine. E t s’il m ’était permis de\nformuler ce rêve, q u ’elle nous revienne donner quelque spec­\ntacle où Miss Isadora Duncan, la divine et géniale danseuse\ndoive paraître, et ce sera, au début du XXe siècle, le spectacle\nd ’art vrai le plus total et le plus magnifique qu’il nous sera\ndonné de contempler.\n                                              M arcel A ngenot .\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-015", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 93, "page_fin": 94, "titre_corps": "Nouvelles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "N o u v elles. L’Ouverture de l’Exposition Rétrospective", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 512, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 1718, "fin_caractere_exclue": 1928, "texte": "N o u v elles.\n\n     L’Ouverture de l'Exposition Rétrospective de l’A r t Belge a\neu lieu au Cinquantenaire (Hall Sud), le samedi 15 juillet, à\n3 heures. Nous en donnerons une étude détaillée le mois\nprochain.\n"}, {"page_pdf": 513, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1979, "texte": "                                 — 94 ~\n\n     Pour honorer la mémoire d ’Elisée et d 'E lie Reclus, qui tous\ndeux résidèrent sur son territoire, Ixelles a pris à sa charge la\nsépulture des deux frères. Le nom d’Elisée Reclus sera donné\nà une place publique de la commune.\n     L ’Association   des   Ecrivains    réunie en assemblée\n                                        Belges,\ngénérale a approuvé les comptes du dernier exercice qui reflè­\ntent la marche florissante des affaires sociales. L ’Association\na publié cinq authologies et huit romans ou volumes de nou­\nvelles et de vers.\n      LAssociation a voté a l’unanimité une protestation contre\nl'ostru cisme du gouvernement et des provinces qui n ’ont pas\ndonné à la littérature la place qui lui revenait de droit dans\nles programmes des fêtes jubilaires.\n      Les écrivains sont priés d’envoyer leur adhésion à\nM. G. Rency, 40, rue de Gravelines ou à M. José Perrée,\n45, Montagne de la Cour, Bruxelles.\n      L ’assemblée a élu M. G. Rency secrétaire général en\nremplacement de M. Robert Sand, démissionnaire, et elle a\nrenouvelé le m andat de tous les membres du Comité en leur\nadjoignant MM. José Perrée et R. Sand.\n    L ’ Eveil de Nancy qui a conquis d’emblée l’estime des\nlettrés, se trompe quand il croit que nous maltraitons le\nThyrse. L a lettre ouverte de G. Rency, que vise la notule de\nl’E veil, s’appliquait « personnellement » à MM. Morisseaux et\nLiebrecht et à beaucoup d ’autres encore que l’E v e il ne prend\npas la peine de défendre. Pourquoi ?\n     Le Siècle de Paris publie actuellement en feuilleton Le\nJoya u de la M ître de M aurice des O mbiaux . Ce roman qui\nsynthétise admirablement la vieille principauté de L iége et\nla ville des Princes-Evêques, sera à l’occasion de l’Exposition,\ndonné en lecture par plusieurs journaux belges.\n     Nous apprenons également avec plaisir que Le Cœu r de\nFrançois R em y, de E dmond G lesen er succédera au Jo ya u\nde la M ître, dans les colonnes du Siècle.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-016", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 95, "page_fin": 96, "titre_corps": "La Terre wallonne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La T e rre wallonne.      Tout s’éveille décidéme", "ancre_fin": "plusieurs peintres étrangers. (Fermeture 29 août).", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Accusé de réception :        L a Vie Belge, C a m i l l e L e m", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 514, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 1900, "texte": "La T e rre wallonne.\n     Tout s’éveille décidément au grand soleil littéraire. Après\nles malheureux essais de L a Roulotte, de La H oulette, voici\nen wallonie une nouvelle initiative : L a Terre wallonne.\nUne belle crânerie enflamme les rédacteurs MM. E. C ornet ,\nP. W uill e et Ed. D oumont . Leur avant-dire nous les m on­\ntre plein de courage et d ’espoir en leur fière, joyeuse, mélan­\ncolique âme wallonne que M. W uille explique très bien\ndans une Lettre à son Cousin. A eux nos vœux de succès et de\nlongévité.\n     Rédaction à Auvelais.\n     On nous prie d ’annoncer la prochaine parution d ’une\nnouvelle revue : Ceux de demain, éditée à Colombes (Seine).\n     Elle insère poésies, comédies, romans de jeunes. Une\npagination spéciale permet à chacun de relier ses œuvres en\nvolume.\n     Pour les provinces wallonnes s’adresser à notre collabo­\nrateur P ierre W u il l e , rue Dodane, 25, Nam ur.\n\n      M. C h . D ULAIT est un garçon bien am u san t, non seule­\nm en t p a r son esprit, qui se trouve au-dessus de tout éloge,\n— surtout q u an d il s’agit de faire des calem bours avec le nom\ndes gens — mais encore lo rsq u’il noircit de sa prose les pages\nde sa revue En Art.\n      Nous y découvrons mensuellement quelques lignes à\nnotre adresse, sans qu’elles nous désignent, naturellement. Car\nC h . D ulait ne trouve jamais dans son antipathie le courage\nde nous citer. Il répète éternellement « que nous sommes une\npetite revue mal imprimée », car pour notre aimable\nconfrère, le grand mérite d ’une revue « est d ’être bien\nimprimée ». Il a peut-être raison ! E n tout cas nous avons for­\ntem ent appuyé auprès de notre éditeur la candidature de\nM. D ulait et nous sommes certains que la première place\nvacante dans son atelier sera pour le très compétent directeur\nde En Art.\n      Cela lui procurera double avantage : De montrer d’abord\n"}, {"page_pdf": 515, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1312, "texte": "                                    — 96 —\n\n ses hautes aptitudes typographiques, et secondement de tuer\n le temps. Car M. D ulait s’ennuie à cent sous l’heure. Il ne\nsait trop que faire ! Tous les bancs des jardins publics le con­\n naissent ; s’il pleut, il ne trouve rien de mieux pour se divertir\nque d ’attaquer M. U n T el qui s’est permis de diner à 2.5o fr.\nou bien M. Un Autre qui a oublié un point sur l’i. E t cela dure\npendant cinq ou six pages, car ce haut pamphlétaire a une\nimagination intarissable.\n      Cela ressemble un peu à ces figurants qui, chez eux\ndevant leur glace, se voient des comédiens renommés et qui, à\nla scène se bornent à dire : « Madame est servie ».\n      Comme M. D ulait va être heureux en lisant cela. Il\npourra répondre. Il aura quelque chose à mettre dans sa\nrevue. Mais non, nous nous trompons. M. D ulait ne parle\ndans sa publication que de choses intéressantes (???) E t que\npeut-il y avoir de semblable dans « une petite revue mal\nimprimée ? ? ? »\n\n      Le Florilège a consacré son numéro de juillet à notre ami\nG aston H eux . On y remarque un beau portrait et des poèmes\nd ’une délicatesse et d ’une pureté recherchées.\n\n    Les Indépendants ouvriront leur 2me Salon le 5 août, ils\nannoncent la collaboration de plusieurs peintres étrangers.\n(Fermeture 29 août).\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-07-n27-017", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 96, "page_fin": 96, "titre_corps": "Accusé de réception", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jeune Effort", "ancre_debut": "Accusé de réception :        L a Vie Belge, C a m i l l e L e m", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 515, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 1312, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "Accusé de réception :\n       L a Vie Belge, C a m i l l e L e m o n n ie r ; Coins de Bruxelles,\nL o u is D u m o n t- W ild e n ; Poèmes fervents, F e r n a n d U rb a in ;\nJolie Personne, A l b e r t E r l a n d e ; Le Siège de B erlin, P i e r r e\nB r o o d c o o r e n s ; L es T huribulum s affaissés, E s h m e r V a lm o r .\n— Une Revue : Bruxelles-Cabot, D irectrice, Mme S y lv ia n e ,\n127, rue F ran c k lin , à Bruxelles.\n                                                      J eune E ffort .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 484, "texte": "                                             —    65 —\n\n\n\nH ub ert Kr a i n s . *\n                                                   I\n\n       Si, dans son œuvre, on perçoit nettement l’âme de sa\nrace, on n ’en peut mesurer cependant q u ’une très infime par­\ncelle. H ubert Krains travaille d'un bel et probe labeur, mais\nde la façon passive de celui qui exécute la tache imposée. Il\nlui m anque cet esprit synthétique qui organise puissamment\nun corps, cette volonté arrêtée de gravir une cime que d ’autres\nne peuvent pas soupçonner et que l’on est seul à savoir\nmesurer.\n       Ses personnages — la chose est fatale — vivent intérieu­\nrement, comme lui-même, sans gestes. Ce ne sont pas des\nhommes souffrants, aimants, haïssants, ce sont des mondes\ndifférents et incompatibles;inconnaissables les uns aux autres,\nqui se heurtent, s’allient mais ne communient jamais.\n       E t cette œuvre de conception et de vie intérieures qui est\nla projection de l’âme d ’H u b ert Krains, sur celle de sa race,\npourrait, sans grands dommages se passer en-dehors du cadre\nq u ’il lui assigna, parce q u ’elle n ’y em prunte rien. Ses éléments\nde vie lui viennent plutôt de l'atavisme qu’elle doit subir, que\nde la solidarité qu’elle ne veut pas exercer.\n       Chacun des héros, convaincu que dans l’économie sociale\nlui seul a quelque importance; ou bien néglige les autres s’ils\nne peuvent rien pour lui, ou bien exige et, s’il en a la force,\narrache ce q u ’il n ’a pas ou ce q u ’il ne peut posséder naturel­\nlement.\n       Ainsi composée, l'œuvre devrait nous sembler grandi­\nloquente, orgueilleuse, et, par-dessus tout, égoïste. On pourrait\nla croire volcanique, avec des expressions de haine et d ’effroi\nfigées en laves tordues. Non elle est calme. On dirait que\nl ’auteur a voulu arriver à l’expression d ’une pensée en précisant\nses contraires et tout en la laissant dans une pénombre étrange\n\n  ( * ) B i b l i o g r a p h i e : L es Bons P a re n ts. — L es H istoires L unatiques. — L es A m ours\nR u stiq u es. — L e P ain N oir.\n"}, {"page_pdf": 485, "texte": "                             — 66 —\n\n et redoutable, ce qui donne l’impression du mouvement et de\nla fièvre intérieurs dans le repos et dans la paix extérieurs.\n      E t si, extérieurement, elle nous apparaît calme, c’est\nparce que l’auteur y mit ses propres sentiments, sa charité,\nsa modestie, sa générosité, qui, neutralisant les effets des\npremiers nous empêchent ainsi de haïr sa glèbe.\n      Pessimiste et mélancolique, H ubert Krains contemple la\nvie en homme qui a souffert profondément, ou tout au moins\ncomme celui en qui la souffrance trouve un cœur compatissant.\nUne sorte de tristesse lente envahit son œuvre. Il y laisse perce­\nvoir sans la dire — et pourquoi la dire ? — la sensation de la\nmort. « Je viendrai la nuit comme un voleur. » E t partout et\ntoujours on sent la craintedu voleur. Alors, l’attente exacerbée\nd ’une catastrophe jaillit implacable, étouffante et inévitable\ncomme la vie, comme l a m o rt qu’H u bert Krains laisse ferrailler\nà travers ses phrases, en un duel silencieux et fatal, d ’où\nle fléau sortira vainqueur.\n      L a mort, ou plutôt l ’appréhension de la mort, le fascine.\nIl en remplit son œuvre et quand, par hasard, un rire joyeux\néclate, c’est comme un rayon de soleil, qui, tout-à-coup par\nune trouée d’un ciel noir et orageux, vient jaunir une prairie\nmouillée.\n      Psychologue, sa notation est rigoureuse, incisive et\nfroide comme un scalpel. L a logique, la vigueur gravent les\ngestes de ses héros, sur l’airain d'une vie qu’ils savent liminaire\nde la mort et q u ’ils vivent comme on exerce un sacerdoce.\nCes hommes semblent avoir irréparablement l’ombre d’un\ncrime derrière eux et l ’on dirait q u ’ils n'auront q u ’à se\nretourner pour l ’apercevoir.\n      E t l’esprit oscille étrangement entre deux présences q u ’il\nsent une et distinctes, inséparables cependant comme les m us­\ncles et la chair : la Mort rôdante, invisible et la Peur.\n\n                                II\n    Les terriens q u ’H u b ert Krains met en scène ont très\nexactement l’allure et le geste paysans, mais il semble que\n"}, {"page_pdf": 486, "texte": "                                — 6 7 —\n\n\nleur mentalité ne soit pas en rapport constant avec leur atti­\ntude. L e u r pensée est souvent trop subtile, trop affinée d ’une\nphilosophie, qu'ils peuvent pressentir, mais qu’ils ne\nsauraient rendre. Ces hommes de la glèbe sont des gens\ninstruits qui travaillent la terre, dirait-on, par dégoût d ’une\noccupation intellectuelle, mais qui, à certains moments, se\nrappellent leur éducation.\n      Je cite, pour étayer mon dire, un des héros principaux du\nP a in N o ir :\n      Après s’être pendant toute une vie rassasié de ses douleurs\net s’être désaltéré de ses larmes, il se vit seul. Sa femme était\nmorte folle, son fils avait démérité à ses yeux, ses amis le\nméconnaissaient. Le sort s’était acharné sur lui. Il avait connu\nl ’aisance, presque la richesse, et m aintenant il s’inquiétait\nd ’une pierre où reposer sa vie fatiguée.\n       Devant la ruine il songe en regardant son village :\n       » Dans aucune de ces demeures, personne, sans doute, ne\n » pensait à lui. C ’était cependant « son » village. C ’était là\n » q u ’il était né, q u ’il avait grandi, q u ’il avait travaillé, qu’il\n » avait aim é......\n       » S ’il se fut présenté à une de ces portes, on lui aurait\n » ouvert, certes, mais on l ’eut accueilli avec étonnement,\n » comme un étranger. Il aurait ensuite été un objet de pitié.\n » On l’aurait fait approcher du feu, on lui aurait donné à\n » boire, à manger et on eut essayé de le consoler. On lui aurait\n » dit : « T o u t le monde devient vieux, tout le monde meurt.\n » Celui qui n ’a pas de chagrin en attend. C ’est la vie               »\n       C ’est M. H ubert Krains qui pense les paroles que dit ce\n paysan, mais ce désaccord entre la pensée exprimée et le cer­\nveau qui la formule est plutôt une tendance qu’un fait, et\n quoique la page que je signale en soit certainement la plus\nhaute expression, il importait cependant de ne pas la négliger.\n\n                                   III\n     D ’une écriture précise, soignée et calme, les romans\net les nouvelles d ’H u b ert Krains attestent d’une réelle recher­\n"}, {"page_pdf": 487, "texte": "                             — 68 —\n\n che, d’un travail lent et opiniâtre, fureteur, et révèlent entiè­\n rement sa personnalité taciturne et concentrée.\n       Le procédé de construction harmonique qu’il apporte\ndans sa phrase se retrouve dans l’édification d ’un roman. T out\ny est solidement assis, tout y est nécessairement pesé, discuté,\net, sans q u ’on puisse s’apercevoir du travail, on a la certitude\nque l’œuvre est travaillée.\n       Comme la majorité des wallons, H ubert Krains ignore la\ncouleur. Il a beau ajouter détail sur détail, le faire avec art,\nnous ne voyons pas. Quelquefois il se hasarde à « colorier » son\ndessin et nous dit que « c’était une vieille maison bâtie à front\nde rue avec des tuiles noires, des murailles blanches et des\nvolets jaunes. »\n       C’est le procédé devant lequel se pâme M. Médéric\nDufour. Je prétends q u ’il est absolument nul, d ’abord parce\nque c’est un « procédé », ensuite parce qu'il ne nous donne pas\nla vibration des couleurs et leurs rapports qui font tout dans\nla « peinture » littéraire.\n       Voici encore une page admirable de concision et de pré­\ncision, dans laquelle, ne cherchant pas à user d ’une qualité\nq u ’il ne possède pas, M. H ubert Krains nous dessine un\npaysage :\n       » Dans le lointain, un véhicule montait lentement la côte.\n» Quand Jean eut reconnu, à sa bâche blanche, la charrette\n» d ’un colporteur qui s’avançait dans un tintem ent de grelots,\n» il entra dans son jardin où Thérèse le vit se promener d ’un\n» air sombre. Au bout de quelque temps il s’arrêta auprès de\n» la haie du fond, les yeux tournés vers la campagne. Une\n» grande pièce de blé, émaillée de bluets et de coquelicots,\n» s’étendait devant lui. Plus loin, les ouvriers de Davin et de\n» Corneloup travaillaient dans des champs de betteraves ; ils\n» formaient deux vastes triangles qui se mouvaient d ’une\n» allure automatique. Trois vaches paissaient dans une pièce\n» de trèfle, pendant que leur gardienne cousait sous sa hutte\n» de paille. Jusqu' au bout de la plaine que fermait le village\n» de W ..., on voyait encore des hommes, des chevaux, des\n"}, {"page_pdf": 488, "texte": "                             — 69 —\n\n » bœufs, à moitié cachés par les moissons et dont les plus\n » éloignés paraissaient aussi petits que des marionnettes. Le\n » soleil répandait une chaleur suffocante, les hommes travail­\n » laient en silence, toute la terre devenait lasse ; m ême les\n » abeilles qui bourdonnaient autour des fleurs et les oiseaux\n » qui chantaient dans le feuillage semblaient bourdonner et\n » chanter avec fatigue. »\n      Comme on le voit, l’esprit est apaisé à cette lecture, il\nsait ce q u ’il doit savoir, il a devant lui le plan de la scène où\ntantôt évoluera l’action qui se prépare. Rien n ’y manque,\nsinon la couleur et la couleur c’est la vie. Grâce à elle, on\nmontre au lieu de décrire, sans elle on décrit, et la description\nseule, reste toujours en-dessous de ce qu’on est en droit\nd ’attendre.\n      Je ne sais cependant s’il faut regretter que l’œuvre soit si\npeu picturale : peut-être que la couleur eût nui à l’écriture\nqui est incontestablement talentueuse. Il n ’est pas opportun\ntoujours, qu’un écrivain fasse abstraction de la mentalité de\nsa race. Acceptons la nature avec ses défauts contingents des\nqualités q u ’elle renferme, et, pour admirer une œuvre — ou\npour la critiquer — abstrayons nous de notre esthétique par­\nticulière. Un dans son essence l’Art diffère seulement dans\nses manifestations, et si l’œuvre est sincèrement humaine,\nelle est belle.\n      Peut être d ’ailleurs, que cette peinture, exclusivement\nmatérielle, distrayant l’attention de l’action intérieure ne\nnous eut pas laissé le souvenir d ’une œuvre originale et\ndouloureuse comme celle-ci, qui range son auteur parmi\nles rares écrivains connaissant la beauté de leur patrie et ne\nrougissant pas de la chanter.\n                                                  J ules B ock.\n"}, {"page_pdf": 489, "texte": "                          -   7 0 —\n\n\nSoleil conchant.\n                                                      A R . K ersten .\n\n» Oh vois ! les Tanagra dansent sur leurs consoles\nDans les plis gracieux de longs voiles pourprés,\nE t moi même, mes seins et mes bras sont dorés......\nAinsi, les soirs de fête, éclatent les idoles. »\n\n\n» Chère, est-ce un dieu qui meurt? un sang jeune, un sang fo rt\nIllumine noire chambre de clartés rouges;\nT u resplendis dans ce soleil et quand tu bouges\nI l me semble que tes cheveux sont mouillés d'or. »\n\n\n\"\" O bien aimé ! viens t'accouder à la fenêtre,\nViens contempler mourir le soleil transpercé\nDes couteaux d'or dont les lointains sont hérissés,\nE l saignant lentement tout le sang de son être.\n\n\nL ’azur pâli du ciel en fu t éclaboussé,\nLa ouate éblouissante en resta violée\nDes nuages frangés d'écume immaculée,\nQui étirent indolemment leur vol lassé.\n\n\nEnfonçant son pinceau dans le ciel d’or liquide,\nQuel Clans jam ais fera rutiler ce soleil\nDans des palmes de fe u , des flots de sang vermeil\nE t toute la grandeur de cette horreur splendide,\n\n\nCe soleil érigeant son ultime clarté\nD'un geste de défi malgré cette débâcle,\nA u x toits roses, aux tours, aux flèches, aux pinacles,\nFleurs de gloire et d’orgueil de la grande cité. «\n\n\n« Oh ! ne dis plus rien, laisse-moi dans l'extase\nAdmirer la sublime horreur de ce tableau\nDont la grandeur s'imprime en mon cœur comme un sceau ;\nI l n'est, pour sa beauté, point d’assez belle phrase !\n"}, {"page_pdf": 490, "texte": "                          —   71   —\n\nCaresse maintenant de tes doigts blancs mes yeux\nMeurtris d’avoir vu ce ruissellement de gemmes;\nClos mes yeux sans parler, car je veux en moi-mime\nContempler la splendeur de ces magiques deux.\n\nJ e veux revoir encor les maisons aux toits roses,\nLes usines fumant, les monuments pourprés\nE t cet écroulement de nuages cuivrés\nResplendissant dans les clartés d'apothéoses,\n\nQui évoquent en moi, d’or, d’acier et de sang\nCes soirs de haine quand la plèbe sort des bouges,\nE t que l’orgueil exaspéré des drapeaux rouges\nClaque dans les clameurs de son flot menaçant.\n\n                                           G. M. R odrigue\n\n\n\n Chanson\n\n Ses yeuxsont    tranquilles et limpides :\n Comme au soleil un grand étang qui dort,\n  Ils reflètent dans leurs purs miroirs d’or\n        Un ciel bleu de pensers candides.\n\n\n Celle que j'aime a de longs cheveux d’or,\n Celle que j ’aime a de douces mains blanches\n Qui ont fleuri de lys et de pervenches\n      Le rêve où mon âme s'endort.\n\n\n Celle que j ’aime a de douces mains blanches,\n Celle que j ’aime a des doigts fuselés\n Dont la caresse a longuement frôlé\n       Mon fro n t douloureux qui se penche.\n\n\n Blanche est sa main aux longs doigts fuselés ;\n Sa chair f u t fa ite avec de blancs pétales\n De lys éclos aux brises boréales\n      E n des matins ensoleillés.\n"}, {"page_pdf": 491, "texte": "                                            — 72—\n\n               Ta chair fu t fa ite avec de blancs pétales\n               Qu’un soleil d’or aurait vivifiés !\n               Je t'apporte mon cœur Unifié\n               Par des douleurs et des larmes lustrales.\n\n                                                              G. M. R odrigue .\n\n\n\n\n U n e P a g e d e mon C a r net.\n\n       C e so ir a p rè s g o û te r , j e su is a l lé au bo is p a r l ’a v e n u e d e\nT e r v u e r e n . M o n v é l o r o u la it s a n s fa tig u e s u r d e s c h e m in s q u e\nle s g r a n d e s p l u i e s de l a v e i l l e a v a ie n t r a f r a îc h is . A d r o ite et à\ng a u c h e d e m a c o u rse s ile n c ie u s e , se le v a i t u n e o d e u r c o n fu se\nd e t e r r e et d e v e r d u r e m o u i l l é e . P e u à p e u , le v e r t ig e d e l a\nv ite sse et ce p a r f u m s i n g u li e r m e d o n n è re n t d e s id é e s d ’o r g u e il\net d e v o l u p t é . I l m e s e m b la it q u ’il y a v a i t u n e sorte d ’h é r o ïs m e\nà t r i o m p h e r ain si d u v e n t et d e l ’e s p a c e . M e s s e n s é ta ie n t\ne n iv r é s p a r le s m o l le s fr a g r a n c e s q u i s ’é c h a p p a i e n t d e to u s\nle s ja r d i n s .\n      J ’a r r iv a i a u b o is . I l é ta it p r e s q u e d é se r t. L ’i m m i n e n c e\nd ’ un o r a g e en a v a i t fa it f u i r les p r o m e n e u r s d e l ’a p r è s - m i d i .\nD u côté d e l a L a i t e r i e , on e n te n d a it d e s s o u p ir s d e v io lo n s .\nC ’est un e n d r o it c h a r m a n t, c ette L a i t e r i e , a v e c ses g u i r l a n d e s\nd e gaz, se s m i l l e t a b le s c o u v e r te s d e t a p is d e c o u le u r et\nl ’im p r e ss io n d e l u x e et d e v i e f a c t ic e q u ’e lle la is se au\np a s s a n t . A u c e n tre d e l ’é ta b li s s e m e n t , en p l e in a ir , d e s\ntz ig a n e s , so u s u n e ten te b a r i o l é e , p r o m è n e n t le u rs a r c h e ts\nfr ô le u r s sur de la n g u is s a n t s in s tr u m e n ts . L e s v a ls e s et les\nm a zu rk as d é r o u le n t le u rs a n n e a u x c a r e s se u r s. O n ne s a it q u o i\nd e d é li c ie u s e m e n t s e n s u e l v o u s p é n è t r e l ’être entier.\n        J e p a ssa i outre et j e m ’e n g a g e a i s o u s b o is. D e r r i è r e la\nL a i t e r i e il y a u n e a l lé e q u e n o u s b a p tis io n s j a d i s l ’a llé e\nJ e u n e -Belgique p a r c e q u ’e lle n o u s r a p p e la i t , p a r la c o lo ­\nr atio n m a u v e d e s e s lo in t a in s , c e rta in e s d e s c r ip t io n s que n o u s\na v i o n s lu e s d a n s la Jeune-Belgique. E l l e est lo n g u e et d ro ite ,\n"}, {"page_pdf": 492, "texte": "                             -   73-\n\n bordée de hauts peupliers dont les verdures se confondent et\n ne laissent apercevoir que de petites taches de ciel. De chaque\n côté du chemin c’est la futée presque sauvage encore, bien\n q u ’on soit là à deux pas de la grand’route.\n        Lentem ent, je m ’avançai entre les arbres. Maintenant\n l’odeur de tantôt se faisait plus forte et plus grisante. Je\n m’éloignais de la Laiterie et les sons d ’une musique si ardente\n q u ’elle en devenait douloureuse, m ’arrivaient assourdis et\n atténués, dépouillés de toute allure canaille, emportant avec\n eux quelque chose de la noblesse embaumée des feuillages\n q u ’ils avaient effleurés.\n    Et, tout-à-coup, un souvenir me revint du temps de ma\n première jeunesse. J ’avais alors pour amie une petite jeune\n fille sentimentale et romanesque qui adorait avoir peur le\n soir et m ’entraînait souvent en de longues promenades noc­\nturnes, à travers les campagnes et les bois. E ntre toutes, elle\n aimait cette allée dont lui plaisaient le silence et l’ombre impé­\n nétrable. Nous y passions des soirées délicieuses, assis l’un\n près de l ’autre sur un banc, échangeant des rêves d’avenir,\ntrop enfants encore tous deux pour concevoir autrement les\ncharmes de l’amour. Autour de nous tout était mystère. Les\nvagues bruits de la nuit se traînaient félinement dans les\nbuissons. Mon amie m’étreignait avec une angoisse pleine de\nvolupté, avec des yeux qui brillaient à travers l’obscurité\ncomme des yeux de chatte amoureuse ; et elle me disait d ’une\nvoix basse et entrecoupée : « Oh, dis, c’est bon d ’avoir peur,\ndis ! » Alors, je l’embrassais avec condescendance et, enfant\nmoi-même, je murmurais : « Enfant... » Je ne voudrais pas\njurer q u ’en ces moments-là le démon des tentations impures\nne me tourmentait pas un peu. Mais pour pousser plus loin\nl’aventure il m ’aurait fallu une audace qui me faisait absolu­\nment défaut. Hélas, ne passons-nous pas notre vie à regretter\nen toutes choses, et surtout en amour, les occasions que notre\npusillanimité nous a fait manquer ?\n        U n soir, comme aujourd’hui, le temps était orageux et\nlourd. Des éclairs de chaleur illuminaient, par instants, la\n"}, {"page_pdf": 493, "texte": "                              — 74 —\n\nnuit. Nous étions assis à notre place ordinaire, et ma petite\namie se montrait plus nerveuse que de coutume. Qui sait ce\nqui se serait passé entre nous ce soir-là si je n’avais pas eu\nsoudain l’idée de me pencher en arrière et de jeter un regard\nle long de la ligne d ’arbres qui bordaient l’allée. A quelque\ndistance de nous un homme se tenait debout contre un tronc.\nMon cœur se mit à battre violemment. Avais-je peur ? C ’était\nplutôt l’angoisse de l’inconnu qui me serrait la gorge. J ’obser­\nvais en silence le manège de l’individu. Je le vis se déplacer\ndoucement et se rapprocher de nous en gagnant l’arbre suivant.\nPlus de doute, c’était à nous q u ’il en voulait. Je me dressai\nbrusquement, les jambes molles d ’épouvante et d ’une voix\nque je m ’efforçais de rendre calme, je dis à ma bien-aimée :\n« Viens, nous partons. » Mais la mâtine ne l’entendait pas de\ncette oreille ; elle était bien là et prétendait y rester. J ’insistai\nvainement. Alors prenant un parti extrême, je murmurai\nentre mes dents : « Il y a quelqu’un, je ne sais pas qui, qui\nvient le long des arbres. » Cette fois, j ’obtins un succès\ncomplet. Ma pauvre camarade bondit et se mit à fuir sans\nregarder derrière elle et j ’avoue, à ma honte, que je la suivis\nau galop.\n      On ne nous poursuivit pas et nous arrivâmes sains et saufs\nà l ’entrée du bois. Nous étions hors d ’haleine, mécontents\nl’un de l’autre et de nous-mêmes. Jamais nous ne sûmes qui\nnous avait causé cette panique. Ce fut la fin de nos prome­\nnades. Hélas, ce fut aussi la fin de notre amour.\n      Je songeais à cette aventure de m a jeunesse déclinante,\n en parcourant rêveusement les lieux qui en furent les témoins\n muets. Il me semblait qu’il serait bon encore, m aintenant,\n d’avoir une petite amie peureuse et gaie qui dirait gravement\n des folies et qui parlerait des choses sérieuses en riant. Mais\n voilà, pour écouter son bavardage, retrouverais-je mon cœur\n de vingt ans ?\n       Je fus tiré de ma songerie par la vue de quelque chose de\n rouge qui tournait à travers les feuilles. Je regardai mieux et\n je vis que, dans une allée latérale, un couple solitaire valsait\n"}, {"page_pdf": 494, "texte": "                             -   75 -\n\néperdument. C ’était un soldat du régiment des guides avec\nsa bonne amie. Ils s’étaient, sans doute, égarés de ce côté, et\nla musique des tziganes les avait, comme moi, grisés. Je\nvoyais passer et repasser dans les jours du feuillage la\nculotte rouge du gars et le tablier blanc de la fille. Tout-à-coup\nla musique se tut et leur danse s’arrêta. Ils demeurèrent un\ninstant debout l’un devant l’autre, en se regardant dans les\nyeux. Puis ils s’agrippèrent soudain aux épaules et unirent\nviolemment leurs bouches voraces. L e u r baiser dura long­\ntemps, si longtemps que je me sentis mal à l’aise et tout fré­\nmissant de leur frénésie. Enfin leurs lèvres se séparèrent.\nToujours enlacés, ils traversèrent la futée et vinrent passer à\ncôté de moi. L ’homme était un robuste paysan aux yeux\nclairs. Il marchait bien droit, l’air grave, avec cette allure\naustère et presque religieuse que les gens de la campagne\napportent au plaisir. On devinait qu’une telle joie de vivre et\nd ’aimer grondait en lui qu’il n’aurait pu l'exprimer que par\ndes cris sauvages, des clameurs forcenées comme en enten­\ndirent les forêts, pleines de poursuites animales, aux premiers\nâges du monde. L a femme était une fille à soldats, coquet­\ntem ent coiffée, les cheveux en accroche-cœur, portant des\nsouliers vernis et un tablier de dentelle. Il lui avait passé la\nmain autour du cou ; elle lui faisait de son bras une ceinture.\n Ils s’en allaient sans honte, collés l'un à l’autre, les yeux dans\nles yeux, si remplis de désir et d ’extase que l’air paraissait\ns’émouvoir autour d’eux et qu’il venait jusqu’à moi une con­\ntagion d ’amour qui me séchait la bouche. Ils disparurent au\nbout de l’allée. Ils étaient bien dans la vérité éternelle !\n      Je restai seul au milieu du grand silence du bois désert.\nCes amoureux simples et naturels à l’image du premier couple\nhumain, m ’avaient transportés à leur suite dans une autre\nplanète. Les arbres, la terre, les mille parfums épars dans le\nsoir, et ce ciel gris lui-même, ce ciel d ’orage d ’où tombait une\npaix mystérieuse, tout semblait appartenir à la vie d ’un astre\nnouveau. E t je m ’en allais, je m ’en allais en rêveries, en\n méditations si vagues, si profondes q u ’elles devenaient presque\n"}, {"page_pdf": 495, "texte": "                                                    -     76 -\n\n\n des prières. Mon Dieu, comme il faut peu de chose à l’homme\npour s’évader de l’existence coutumière et pour goûter les\njoies ineffables du rêve infini.... Mais une trompe d'automo­\nbile jeta sur la route son rauque aboi et je redescendis dans\nla civilisation.\n                                                                                     G eorges R ency.\n\n\n\n\n          M e r S y lv e s tre .\n\n          L a m e r g la u q u e a u x f u y a n t s é c la ts d e m o ire e t d 'o r,\n          R o u le en les a ir s p â m é s so u s l 'a z u r im m o b ile\n         S e s v a g u e s d e v e r d u r e où v ib r e , lo in d es b o rds,\n         L e c h a n t fl u id e e t d o u x d e s s y lp h e s d a n s le s îles.\n\n\n         L e v e n t r a m e à co u p s d 'a ile s, se ca b re e t se to r d\n         E n v o lu te s p a r e ils à d e s g a m m e s su b tiles\n         Q u i p o in te n t v e r s le ciel le u r s n o tes p u é r ile s\n         C om m e le rire c la ir d 'E r o s la n ç a n t un s o r t !\n\n\n                                                                      F ranz         H ellens.\n\n\n\n\n        Novembre,\n        L e v e n t d e m o r t, à p a s su b tils,\n        C om m e u n e o m b re s u r la n e ig e ,\n        L e v e n t m a r c h e en m a c a b r e c o r tè g e .\n\n\n        L 'A r b r e d re ss a it, im m o b ile, ses b ra n c h e s.\n        L e s f e u i l l e s a u repos se m b la ie n t r u tile r d ’o r.\n        D a n s le c a lm e e t la m o r t\n        D e s la ssitu d e s q u i s e p e n c h e n t,\n        C o m m e u n e to rc h e o ffe rte a u x vo lu p tés,\n        L e tro n c su p e rb e a r d a it,\n        L a cîm e in cendiée s 'é r ig e a it a u s o le il;\n        L a sè ve ja i l l is s a i t, à f l o t s verm eils,\n        D e l'écorce e t la te r re\n       A m o u r e u s e a b so rb a it en se s fla n c s\n        C ette lib ation d e r n iè r e ...\n"}, {"page_pdf": 496, "texte": "                                                  — 77 —\n\n\n          A lo r s so u ffla le ve n t d e m o r t e t d e n o v e m b re ,\n          A tr a v e r s c h a m p s v e r s l'a rb r e a r d e n t;\n          E t co m m e un f a u v e , a v e c ses d e n ts ,\n          I l d é c h ir a s a robe e t la c é r a se s m em b res !\n\n\n                                                                       F ranz H e l l e n s .\n\n\n\n\nC o n te .\n      Il aimait les ruines plus que sa vie. Elles étaient son\n Amour, sa seule Pensée et son Espoir.\n      Dès le matin il gravissait la colline boisée, au hasard des\n sentiers et ne s’arrêtait qu’à l’entrée du vieux château.\n      Alors, d ’un large coup d ’œil il embrassait l’ensemble des\nvieux murs, avec dans le regard, l’émotion du peintre qui\nregarde sa toile.\n      Puis il marchait à petits pas au travers de hautes herbes,\naspirant avec joie la vieille odeur qui flottait dans l’air. L e\npoète avançait timidement, comme s’il eût craint de réveiller\nl’âme des ruines qui dormaient, et dont il entendait le rythme\ndes soupirs.\n      Dans la seconde cour, il s’accoudait au vieux châtaignier\net songeait longuement, tandis que ses yeux suivaient le vol\ndes hirondelles et le frisselis des graminées au creux des\nfenêtres.\n      Il n ’était heureux que là, dans le silence de cette solitude.\nCet abandon parlait à son âme triste, délicieusement.\n      T o u t était calme et repos : seuls, quelque oiseau, quelque\ngrillon piquaient parfois le silence d ’une note claire. Les\nfeuilles frissonnaient à peine, car la brise craintive ne risquait\nguère ses parfums sous l’oppression de ces murs gris et m ys­\ntérieux.\n      P ourtant l'âme ancienne qui les hantait était une femme\ntoujours jeune et la plus belle de toutes puisqu'elle était :\n« L e rêve du poète... »\n"}, {"page_pdf": 497, "texte": "                                          - 7 8 -\n\n\n\n\n     Il lui parlait souvent, pendant les radieuses heures de\ncontemplation.\n     Il disait     et le silence était plus grand encore pour\nentendre cette voix du présent qui parlait à l ’âme du passé :\n\n               Chère, vous êtes ma reine et ma grande amie ;\n               S i mes lèvres, parfois, je les tends vers vos lèvres,\n               C'est que de mon amour, je sens monter lesfièvres,\n               E t que votre présence à mon âme ravie,\n               A fa it sa destinée en entrant dans sa vie.\n               J'attends patiemment que vous révéliez,\n               Mais vous connais déjà, sans vous posséder toute :\n               Vos cheveux, bien souvent, quand vous les démêliez,\n               Me portaient leur parfum, le matin sur la route;\n               Vos soupirs dans la nuit, me baisaient sur le front.\n               E t vos yeux, qui parfois me regardent, ce sont\n               Toutes ces fleurs d’azur, qui se penchent vers moi,\n               D u haut des murs, du haut des portes et des toits.\n\n\n\n\n    E t la voix montait, tremblante, comme une prière psal­\nmodiée.\n\n     Un jour on découvrit le squelette du poète au fond du\nvieux puits, dans la cour du château.\n      Il s’était penché sur la margelle, un soir, et en voyant le\ngouffre plein d ’ombre, il avait compris quel était le symbole\nde sa passion...\n     Alors, le cœur plein d ’amour, mais l’âme pantelante, il\ns’était laissé glisser.\n     Le poète était l’amant des ruines.\n                                                     L . d e C a sem bro o t.\n  L a Motte, ju in 1905.\n"}, {"page_pdf": 498, "texte": "                             —   79 —\n\nE n t r e v ision.\n                                                    A M . G. Pulings.\n       L a T our massive et grise surgissait comme le vol m ar­\n  moréen d’un ange déchu dont les yeux d'exil et de tristesse\n regardent le ciel. Des chemins qui montaient vers le portail\n se croisaient comme le transept d ’une cathédrale prodigieuse.\n Contre la muraille lourde et sombre dont les lignes se sou­\n daient dans la flèche vertigineuse, les arbres secouaient leurs\n chatons neigeux. L ’écho de ces murs énormes et sombres\n semblait redire un passé de mystère, d ’épouvante et de\n crime. L a tour se dressait au carrefour des sept chemins qui\n venaient y mourir comme la rum eur en houle des fleuves d e\n lumière et de rêve. Sous le vantail de la tour crénelée au toit\n aigu, cantique funèbre taillé dans le roc âpre et foudroyé et\n dont les meurtrières semblaient des yeux de nuit où s’infil­\n traient l ’ombre et le crépuscule, les chevaux se cabrèrent. U n\n silence aigu de voûte lourde tom bait des tourelles aveugles et\n des fleurs sans parfum paraient la tristesse des fossés mornes.\nAu bout de l’allée pleine de l’ombre verte mystérieuse des\n clairs feuillages, les deux jeunes princesses rêvaient assises\nsur le bord fleuri du chemin. A notre approche elles se\nlevèrent. Mais dans le songe de nos regards, elles passèrent\ncomme des images aux pages furtivement tournées d ’un livre\nde Sagesse et de Beauté. Le galop sonore des palefrois nous\nemporta vers les routes pâles de la solitude, vers la grande\nForêt d'ombre, de silence et de paix, où les oiseaux du ciel\nlamentent leur éternel exil. E t des ramiers, lointains, gémirent.\nMais leur image brûle dans mon cœur, comme la flamme d ’un\ncierge aux pâles doigts de cire et de clarté. C ’est à présent\ncomme une onde sans fin après le tum ultueux assaut de la\ntempête.\n                                        E m ile D a n t in n e .\n"}, {"page_pdf": 499, "texte": "                           - 80-\n\nL e Geste.\n\nLe semeur tient en main tout l’avenir des blés.\nI l en jelle au vent fou la poussière féconde;\nE t si la pluie avec le soleil le seconde,\nLe froment germera dans les terreaux troublés.\n\n\nLe faucheur tient en main tout le néant des blés.\nA u sifflement des fa u x se couchent les javelles,\nTout le peuple d’or choit aux éclairs redoublés,\nEspoir des pains dorés et des gerbes nouvelles.\n\n\nL e geste du semeur vibre, âpre et circulaire.\nL e geste du faucheur gicle, flambant et rond.\nT out commence et fin it en la gloire solaire\nA ce geste qu’un bras ébauche autour d’un front.\n\n\nGeste de mort, geste de vie, où naît, où meurt,\nA u gré du terrien fruste et des lois naturelles,\nLe grand frisson des blés et la grande rumeur\nDes récoltes qu’emplit le chant des sauterelles.\n\n\nGeste auguste et divin où sourdent les genèses,\nRedouté des néants et des vides obscurs.\nI l y naît des soleils, millions de fournaises,\nQuand Dieu l’ébauche à la surface des azurs.\n\n\nGeste bref et fa ta l de faucheur et deju g e,\nCraint partout où passa le souffle créateur.\nI l en monte de sourds grondements de déluge\nE t des volsfulgurants d’ange exterminateur.\n\n\nL ’Etre le multiplie en l’infini des astres.\nLe laboureur le sème à l'horizon des champs.\nL a mort lefa i t siffler au vent fo u des désastres\nE t l’homme le promène au long des blés penchants.\n\n                                        E m il e    D E S P R E S C H IN S\n"}, {"page_pdf": 500, "texte": "                                        - 81 -\n\n          Pastel Flou.\n\n         Comme une chair nacrée en des frisso n s de soie,\n         L'aube au bout de la sente où la sau ge rosoie,\n         E m erg e de la m olle ouate des m atins,\n         D an s les cheveux des pou droîm e n ts adam antins,\n         A u x y e u x des p a ra d is d ’e x ta se et de m ensonge.\n         L'horizon flo tte au loin, vagu e et flou comme un songe,\n         Çà et là de roseurs fon dan tes irisé,\n         En des brouillards de diam an t pulvérisé,\n         Où tout, fe u illa g e en fleu rs, a z ur, toits, coqs d ’église,\n         A u fo n d d ’un monde d'or s'im m atérialise :\n         Bleue entrevision de cham ps élyséens\n         Qui h an tait le som m eil des poètes anciens\n         E t dont un ra y o n filtr e a u x vers des Enéides,\n         R o y a u m e s m ensongers de p â le s N éréides\n         Que leur rêve ébauchait sous le monde réel.\n         E t c ’est si d o u x que c’e st presqu e artificiel\n         T ous ces effacements en ouate d'estompe,\n         D es soirs avec leurs ors, de l'aube avec sa pom pe,\n         D es bois avec leurs verts sourds et pastelisés\n         E t de tout cet ensemble a u x tons opalisés\n         Où teintes et contours ont l ’a ir d e se dissoudre\n         En du cristal en neige e t des p e rles en poudre.\n\n\n                                                        E m il e   D e s p r e c h in s .\n\n\n\n\nDe l’Idée ordonnatrice.\n     L a méditation du Poëte accueille toutes choses, elle\nn’est que le miroir qu’elle tend à la beauté du monde et les\nimages des objets s’y déforment selon le déplacement du sens\nde la sensibilité. Nous pénétrons par les sens un monde de\nvérités relatives et contingentes, le monde logique de notre\npropre raison, qui se développe sans cesse à travers le proces­\nsus perpétuel de la Vie. L a raison d’être du sentiment\nn’apparait donc que par sa valeur évocatrice du souvenir. Les\nformes de l’intelligence et les catégories de la pensée achèvent\nl'idéalisation de la conception par le travail inconscient de\n"}, {"page_pdf": 501, "texte": "                             — 82 —\n\n comparaison. L ’objet, dans la notion qui l’enveloppe, s’isole\n et se subjective en s’épurant vers l’Absolu, vers l’Idéal\n suprême.\n       Il faut que l ’image, motif impérieux du poëme, effleure\n d ’un geste délicat la pensée évoluante et première q u ’il semble\n indiquer de loin sans l’atteindre jamais, image angoissante de\n l’effort humain vers l’Infini et l ’inconnaissable. L ’émotion,\n principe ordonnateur, ne serait sans cela que sentimentalité;\n mais ni l’image comme point de départ ni la force d ’âme\n contenue dans sa continuation logique n’ont la valeur princi­\n pielle de la Pensée, fruit de la méditation. L e monde phéno­\n ménal n ’existe pas. Nous concevons que des images incidentes\n que notre imagination éveille ou qu’elle impose, mais le vou­\n loir impératif qui frôle cette suite d ’aspects de la vérité éter­\n nelle n ’atteint pas la Substance. A peine quelques images\nsenties essentielles semblent-elles porter à 1a. vérification\nidéale des Choses, l’être répugne à l’essentiellisation du\ndevenir, parce que l’être tel que nous le décèle la Vie ne nous\nest pas connu au sens immédiat. Ainsi le poème étant avant\ntout mouvement d ’une pensée — vision ou rythme — vers\nl’Absolu, ne démontre point tel dogme de son élection, mais il\nest au lecteur une invite au rêve. Les idées musicalement\nexprimées et les images métaphysiques évoquées doivent suffir\nau sens idéal du poëme. L ’harmonie poétique semble donner\nà tout objet sa raison d ’être absolue, subjectivement, dans la\nreprésentation de la conception interne, par suite du parallé­\nlisme de la vie et de l ’être, du réel et de l’absolu dont la\npensée est la preuve et le signe, par suite du parallélisme\nfinaliste de la nature vivante et de la volonté humaine dans\nle vouloir poétique.\n                                         E m il e D a n t in n e .\n"}, {"page_pdf": 502, "texte": "                           —    83 —\n\n\nDans la T our*.\n\nE n un parc oublié que le silence a clos,\nSommeillant sous l’assaut du lierre et des viornes,\nLe château de mon rêve, avec ses donjons mornes,\nPlonge aux marais des soirs ses murs que verdit l’eau.\n\nDepuis longtemps les bruits dans ses tours sont éteints,\nA u coin de l'âtre mort nulle chanson de vierge\nE t voici bien des nuits que sont brûlés les cierges\nQui veillaient au chevet des derniers paladins.\n\nA u long des corridors l’oubli tisse, sans tr ève,\nD ’immenses toiles d ’ombre et d’éternel ennui,\nE t seul le vol soyeux de quelque oiseau de nuit\nTrouble encor le sommeil du château de mon rêve...\n\nMais parfois, lorsque l'air est chargé des adieux\nD u soleil qui s'en va, laissant dans le silence\nA u x crêtes des forêts, belles de nonchalance,\nFumer au seuil des soirs un peu d’or lumineux,\n\nParfois, dans son manteau que le couchant avive,\nTandis qu’à l ’horizon pleure un appel de cor,\nMon Ame, en qui survit l'âme des printemps morts,\nA u sommet de la tour vient s'accouder, pensive...\n\nSes grands yeux mordorés où tourne un vol de songes\nSuivent les longs chemins on ne sait d'où venus\nQui s’enfoncent au loin vers des deux inconnus\nOù les espoirs chantants n’ont point vu de mensonges.\n\nOh ! ces chemins perdus qui courent par les plaines !\nOh ! ces routes sans fin qui s’en vont dans le soir,\nVers quels là-bas meilleurs, loin du triste manoir,\nLoin du sommeil, loin du silence et loin des peines...\n\nPar ces chemins déserts un à un sont allés\nTous les aimés d'antan, sans détourner la tête,\nT ous les fiers paladins amoureux de conquêtes,\nTous les espoirs, tous les désirs, tous les aimés...\n"}, {"page_pdf": 503, "texte": "                                    -   84 -\n\n\n         E t tandis que la nuit traîne sur l’horizon\n         Son large manteau noir d'où tombent des tristesses,\n         Mon âme sent monter d'invisibles caresses,\n         Dans le recueillement, comme des oraisons.\n\n         Elle pense, soudain, à celle qui viendra\n         Avec des gestes lents de songe et de mystère,\n         E t, lui mettant au front un long baiser de mère,\n         Un soir languide et pur, au loin l ’emmènera,\n\n            Vers lesjardins d’amour et de rose lumière.\n\n                                                          P ie r r e   W u il l e .\n\n\n\n\nLiv r e s\nL a vie belge, par C amille L emonnier .\n       Je me rappelle toujours le conseil de Camille Lemonnier\n— q u ’il réitère d ’ailleurs dans le présent volume — L isez le\ndictionnaire.\n       Jam ais peut-être autant que dans son livre on ne peut juger\nde la solidité de ce principe. Quel parti admirable Lemonnier\na retiré de cette lecture ! Q u’il parle de n’importe quoi, q u ’il\ndécrive n ’importe quel sujet, toujours le mot propre et rien\nque lui vient éclairer le lecteur et enrichir son vocabulaire\npersonnel. Nous avons beaucoup de choses à retirer de ce\nvolume. E n quelle évocation splendide le maître ressuscite\ncette époque héroïque, où lui-même fut un des plus courageux\nsoldats ! Lutte épique où malgré toutes les indifférences et\ntoutes les antipathies, des hommes se sont levés et se sont\nfièrement proclamés Chevaliers de L ’Idéal. Avec quelle\nardeur n ’ont-ils pas lutté, avec quelle opiniâtreté n ’ont-ils pas\nmarché quand même et malgré tout ?\n       C ’est à conserver, c’est de l'histoire littéraire belge que\nces chapitres où Lemonnier raconte ses souvenirs. 1870-1880\nla J e u n e Belgique.\n"}, {"page_pdf": 504, "texte": "                             —   85   —\n\n\n      C’est tout d ’abord le Bruxelles d ’autrefois avec ses mœurs\n paisibles ; puis le Bruxelles nouveau où rient les briques lui­\n santes et les rues claires. Puis voici apparaitre les proscrits les\n premiers initiateurs, ceux qui vont faire germer la plante litté­\n raire. E t enfin cette J e u n e Belgique fière indépendante, (N e\ncrains, W aller claironne) et de tous côtés sortent, pour se\nm ettre sous le drapeau de l ’Art, des jeunes gens pleins\nd ’enthousiasme, d ’énergie et de talent. E t les voilà qui avan­\ncent, les voilà qui proclament. Ils réveillent tout d ’abord les\nsouvenirs des grands ancêtres : De Coster, Pirmez, Van\n Hasselt.\n      E t Lemonnier, ému lui-même par ses souvenirs nous\nraconte, des larmes dans la voix, cet immense penseur de la\nrace, l’immortel Charles De Coster.\n      Ah ! quel encouragement pour nous que l ’exemple de nos\naînés ! Comme eux sachons combattre, comme eux sachons\nsouffrir. Peu leur importait toutes les controverses, toutes les\ncalomnies, toutes les insultes ! Ils allaient à travers tout, ils\nallaient à la victoire.\n      E t maintenant voici les portraits de ces volontaires\nd ’alors les maîtres d ’aujourd’hui : Picard, Verhaeren, Maeter­\nlinck ; et puis les autres Eekhoud, Giraud, Gilkin, puis les\ndemi-vieux, ensuite les derniers venus. E t à côté de cela les\nmaîtres de la peinture : Leys, De Brakeleer, les deux Stevens\nMeunier, Dubois, Wervèe, Rops, Claus — ici c’est un vitrail\néclairé de soleil, c’est en prose ce que Claus fait en peinture.\n      L e livre se termine par ces deux chapitres : L a Poussée\nsociale ; L ’A m e Belge. Cette âme mélangée de deux tem pé­\nraments opposés          wallon et flamand, et qui cependant\npossède tant de grands artistes, concrétisateurs des deux\nraces, cette âme qui est le « patrimoine qu’Aujourd’hui\nléguera à Demain. »\n      L ’on a reproché à Camille Lemonnier l’étendue de son\ntitre la Vie Belge et l’on a fait rem arquer que c’était plutôt\nM es Souvenirs le titre véritable. L ’on a dit que l’auteur avait\ncomplètement omis l ’industrie et le commerce. Il y a peut-être\n"}, {"page_pdf": 505, "texte": "                                     —   8 6   —\n\n\n\n\ndu vrai là dedans, et cependant n ’est-il pas juste que le M aî­\ntre des lettres belges consacre en cette année jubilaire un\nlivre a notre Littérature.\n     De tous côtés l ’on fête grandiloquem m ent nos activités\nfinancières, sans que nul part l’on réserve à nos L ettres l’hom­\nmage q u ’on leur doit.\n     Il était du devoir de Camille Lem onnier de combler cette\nlacune, il l’a fait adm irablem ent.\n      Dans Feuilles au Vent M . F r a n z M a h u t t e décrit égale­\nment quelques habitudes et certains caractères de notre pays.\nSon auteur se plaît à détailler l’âme de ces sim ples qui\noccupent si peu de place dans la vie et qui cependant ont to u ­\njours l’air réfléchi et l'esprit tourm enté.\n      C’est un beau livre que celui de M . M a h u t t e m algré la\nsimplicité de ses sujets et de son style. Il est surtout beau\nparce que son auteur se trouve être dans notre L ittérature\nune exception. Tout pour le style tel est le b u t de M .\nM a h u t t e . Aussi quelle m erveilleuse gram m aire française\nappliquée que cet ouvrage. Il est instructif et hautem ent profi­\ntable parce q u ’il nous enseigne à ne point nous griser de mots\nà m esurer la portée de nos expressions.\n     N ous pouvons aimer des œuvres où résident plus de cou­\nleur, plus d’envergure, m ais nous devons saluer l’œuvre\nd’un si bel am ant de la langue.\n                                                   G a st o n P u l in g s .\nNotes et Poèmes, p a r T h é o V a r l e t .\n     Sans doute Verlaine eut fait à T h é o V a r l e t l ’honneur de\nle com pter parm i ses poètes m audits. C ’est que M. V a r l e t a\nréuni sous un titre quelconque une qu an tité respectable\nd’excellents poèmes. Je me garderai bien cependant de les\njuger sur le côté licencieux qu’ils présentent et, bien que je\ngoûte infinim ent les beautés d ’un poème régulier, je m ’effa­\nrouche peu des fantaisies du verslibrism e. Sans doute les vers\nde T h é o V a r l e t sont d ’un m aître philologue, m ais, ils exi­\ngent hélas ! pour se faire toujours com prendre, le concours\n"}, {"page_pdf": 506, "texte": "                                     -   87 -\n\n\nencombrant d ’un dictionnaire. Très humblement et à ma\ngrande honte, j ’avoue n ’avoir pas saisi sans d’inquiétantes\ndifficultés, certains poèmes, encore q u ’instinctivement j ’en\ndevine la secrète beauté. Mais si j ’ai quelquefois lu sans trop\ncomprendre (et je veux décidément croire q u ’il y va de ma\nfaute) toujours j ’ai goûté dans la poésie de M. V arlet , un\nsentiment de musicalité très prononcé. Heureusem ent l’auteur\nse dégage quand il le veut, sans doute quand il le faut, de cet\nexcès de complication philologique qui nous permet de quali­\nfier, certains de ses poèmes, du titre odieux de Poèmes scien­\ntifiques!\n      Déjà, dans Soir de Bosphore, que nous avons donné in\nextenso dans le numéro précédent, on verra quel somptueux\névocateur et à la fois quel poète s’affirment en T héo V arlet .\nDans Notes et Poèmes, le livre qui nous occupe, j ’ai particu­\nlièrement admiré Le M oulin qui :\n                        A vec des gestes véh ém ents\n                        S e b u te à l’insoluble problèm e\n                        D ’u n cercle jam ais dessiné\nce moulin qui\n                D e ses q u ad ru p les b ras dévide les nuages,\n                F au c h e d u clair de lune,\n                Jo n g le avec les étoiles.\n\njusqu’à ce q u ’enfin le poète voie\n                                            v irer é p erd u m en t\n            L e M oulin-de-F olie au x q u atre couteaux rouges.\n\n     Cela est d’un beau, d ’un grand poète, M. V arlet a le\nvers concentré qui peint d ’un trait les choses vues, qui fixe les\nsons d ’un mot définitif\n       — L e profil svelte et clair d ’u n lo n g tra n sa tla n tiq u e ,...\n       — L a to u r glisse pensive au b lan c ciel de Z é la n d e ....\n       — Ils en tam en t la m arche obscène des tu b a s ....\n       — D ans le ciel de jad is g relo tten t les é to ile s....\n\n     Parm i les poèmes que nous préférons citons encore :\n"}, {"page_pdf": 507, "texte": "                                    -   8 8   —\n\n\n\n\n Le Moine.\n                  Au désir furieux d’extirper triomphant\n                  L ’holocauste brandi de sa chasteté rouge\n Les Amants.\n                  E t les tristes après dont la fatigue ment\n\n Azur d’Octobre, où se trouvent ces vers superbes,\n\n                 Tandis qu’à l’horizon des peupliers,\n                 L e s moulins recueillis allentissent leurs tours,\n                 S u r la limpidité de ce dernier beau jour\n                 Où montent les fumées paisibles du village,\n                 S ’attendrit le profil des dunes familières.\n                 L e s vaches,\n                 Chrétiennement s ’en vont, soufflant dans le brouillard.\n\n     Cela est beau, d’une beauté parfaite où n’atteint pas la\nprétention de bien des classiques.\n     Puis encore, imposant et noble, le Soir de Triomphe où,\n               Vermeils, sur le flanc des cohortes dernières,\n               Eternel défilé d’arches légionnaires,\n               Triom phateurs, les Aqueducs marquent le pas.\n\n     Selinonte : L e Sélinos noyait, dans la boue,\n               L a nudité des dieux à l ’abîme voués ;\n               Mais, sur l’horrible amas qui l’entrave, un pilier,\n               Uniquement debout, refuse d ’oublier\n               L ’inextinguible cri des gloires écroulées.\n\n  M . V a r l e t a le pittoresque de l ’expression, tel dans le\npoème intitulé Ita lie , qui est d ’un impressionnisme saisissant,\noù chaque mot porte, où chaque vers évoque. V o y ez quelle\nsensibilité, quel bonheur d ’expression, comme il nous fait\nassister à la chute d’un fruit.\n             E t lourde goutte d ’or dans la conque d’extase,\n             Parfois se détache et s’écrase\n             L a chute, mollement, d’une orange trop mûre.\n\n    On la voit qui tombe, on en respire le parfum.\n             Tandis que dans le soir (« Connais-tu le p ay s? »)\n             Avec le rythme exhortateur de ses amours,\n"}, {"page_pdf": 508, "texte": "                                    - 89 -\n            S ’en est allée la n o stalgie des Italies\n            Q ue le p ian o cahote vers d ’a u tres fau b o u rg s.\n\n      Voilà le mot, le pittoresque dans l’expression, le clichage\nsubtil d ’un geste.\n      Je n’hésite pas à le dire, tout en me défendant de ces\ncomparaisons qui semblent disputer à l’auteur sa personna­\nlité, T héo V arlet évoque étonnamment la poésie de Jules\nLaforgue, mais d ’un Laforgue qui ne raillerait pas, d ’un L a ­\nforgue qui ne serait pas un gam in de génie comme le quali­\nfiait si joliment Mendès, mais d ’un Laforgue plus posé, qui\naurait gardé dans son austérité les enthousiasmes et les éton­\nnements de la jeunesse.\n      Je remercie et félicite M. T héo V arlet pour ce volume\nde beaux vers au dos duquel j’ai dessiné le signe dont j'h o ­\nnore les œuvres que j'ai l'intention de relire souvent.\n                                                     M arcel A ngenot .\n\nAu Long des Terrases de P aul C astiaux .\n     Je ne sais si tous les collaborateurs du Beffroi de Lille\ns’inspirent d ’une même école ou d ’un même maître, mais (et\nceci est un éloge pour M. P aul Castiaux) on peut impunément\npasser des Notes et Poèmes à A u long des Terrases et s’ima­\nginer sans trop d ’indulgence que rien d ’extraordinaire ne se\npasse. Certes, M. P aul Castiaux ne réunit pas à mon sens\ntoutes les qualités de son compatriotique confrère et moins\nde richesse préside à l’inspiration de ses poèmes. Cependant\ncomme Théo Varlet que j ’analysais plus haut il a, très déve­\nloppé, le sens de l’impression q u ’il nous donne souvent défi­\nnitive et pittoresque. Sans doute, je déplore un manque de\nsimplicité, une recherche trop ardente à l’originalité et cer­\ntaine complication laborieuse qui fait ressembler le vers à\nquelque manant parvenu affublé d ’une fraise empesée qui\ngène visiblement ses allures.\n     Voici quelques vers d ’actualité qui donnent très bien\nl’idée du genre de poésie q u ’affectionne M. Paul Castiaux.\n"}, {"page_pdf": 509, "texte": "                                      — 9 0    —\n\n\n              E n u n p atrio tiq u e tin tam arre,\n              L a B rab an ço n n e éclate au x cuivres boursouflés :\n              E t, d ’un bo n d , vers le ciel d ’o u trem er des dim anches,\n              L ’aéro stat v ain q u eu r des espaces, se lève\n              P a r dessus la bêtise én o rm e de la foule.\n\n\n      Cela est spirituellement observé, on dirait d ’un Renouard\nen vers et je regrette que la place me soit si parci­\nmonieusement allouée car jaurais aimé faire à M. P aul\nCastiaux l’honneur très mérité de reproduire ici de nom­\nbreuses citations et au lecteur le plaisir délicat de les lui faire\nlire.\n                                            M arcel A ngenot .\n\nJoli M ai, p a r V alère G i l l e .\n      Cette plaquette qui nous est tombée au cœur du prin­\ntemps comme un pétale d ’églantine, nous donne du métier de\nValère Gille la preuve de sa souplesse et de sa grâce. Le\nmosaïste disparait pour faire place au Prince Charm ant qui\nvient, avec un vocabulaire prudem ment épuré, nous chanter\nl’âme du joli mai. E n réalité il n ’y a là qu'un seul et long\npoème présenté sous un seul et joli titre et qui gagne à être lu\ntout d ’une traite. Quand je dis lu, je pourrais indifféremment\ndire « chanté » car cette poésie que M. Valère Gille a grati­\nfiée d ’un rythme tour à tour badin, sautillant ou sentimental\naurait pu s’intituler Vers à chanter et M. Jacques Dalcroze\naurait sur eux pu broder et faire courir ses arabesques d ’or.\nC’est notre Chanson des rues et des bois, où je cueille au\nhasard ce début de poème qui synthétise cette bluette, que\nl’auteur a voulue sans prétention, et légère et fraiche et\nparfumée comme son titre.\n                      L à-bas, to u t b lan c et to u t p ro p re t\n                      D o rt a u soleil n o tre village\n                      Il est jo li com m e u n jo u e t\n                      E t to u t frais com m e u n b ég u inage\n\n                                                           M arcel A ng en o t.\n"}, {"page_pdf": 510, "texte": "I\n\n\n\n                                 — 9 1   —\n\n\n    Coins de Bruxelles.\n\n         De M. Louis Dum ont-W ilden a paru à l’Association des\n    Ecrivains Belges un excellent recueil de contes, intitulé\n    Coins de Bruxelles.\n         Ce ne sont point tant des contes, mais plutôt des impres­\n    sions familières, des souvenirs, des commentaires ingénieux,\n    écrits dans une langue pleine de mesure et de réserve et d ’un\n    bon goût parfait. Certaines pages sont d ’une émotion un peu\n    tendre (sans pourtant rien d ’exagéré !) les autres, malicieuses,\n    mais point du tout sarcastiques. Ce qui plaira en ce livre, plus\n    encore que la souplesse d ’un style sûr de lui et la nouveauté\n    simple du récit, c’est sa parfaite loyauté et la certitude que\n    l’auteur a réalisé ici son intention exacte et n'a point visé un\n    autre but. Il s’en explique du reste par une préface d ’un esprit\n    et d ’un tact délicieux qui est — peut-être — la plus jolie\n    chose des Coins de Bruxelles.\n                                                       R uyters .\n    Miss Lili.\n\n         MM. H enri Liebrecht et F . Charles Morisseaux viennent\n    de publier à l’Edition Artistique M iss L ili, comédie en trois\n    actes, en prose.\n         Une représentation unique en fut donnée — on s’en\n    souvient — sur la scène du Théâtre Royal du Parc, le\n    12 avril 1905.\n         Des commentaires divers accueillirent cette première\n    — on s’en souvient également — et en prolongèrent d ’une\n    façon inopportune l’existence éphémère.\n         Les encouragements des uns et la désapprobation des\n    autres furent, m ’a-t-il semblé, pleins de partialité. Soit q u ’on\n    découvrit dans ces trois actes des qualités qu’ils avaient le\n    droit de ne point posséder, soit encore qu’on détermina avec\n    trop de précision leurs défauts possibles, on s’inspira plus\n    peut-être, de son désir d ’être ou non, agréable aux jeunes\n    auteurs que de la valeur littéraire et morale de M iss L ili. Il\n    serait oiseux de rouvrir ces débats et je m ’en voudrais de dire\n"}, {"page_pdf": 511, "texte": "                             —   92 —\n\npar le menu ce que je pense de cette comédie encore que le\nplaisir malicieux d ’en parler après les autres et ainsi d ’avoir\nsur ce point « le mot de la fin » ne soit pas dépourvu\nd’attraits.\n      L a seule intention de cet entrefilet est de renseigner les\ngens, qui désespéraient de connaître jamais M iss L ili , en leur\ndisant q u ’elle existe maintenant en « librairie ».\n     Sans doute, ces trois actes pourront dès à présent être\nappréciés sainement et jugés en ce qu’ils valent réellement\npuisque, sûrs d ’eux-mêmes, ils se privent, la pensant super­\nflue, de la force particulière, peut-être factice, q u ’une mise en\nscène bien ordonnée avait pu leur prêter.\n      Pourtant, j’ai eu quelque étonnement en voyant Messieurs\nLiebrecht et Morisseaux, gens de tact et d’adresse, donner à\nleur première comédie un aspect et une forme durables... en\nlui créant une vie nouvelle, ne lui ont-ils pas enlevé sa meil­\nleure excuse... celle d'être une œuvre de jeunesse !\n                                                        R uyters .\n\nThéâtre.\nLa Duse : M onna Vanna , de M aeterlinck .\n      La grande et incomparable artiste q u ’est L a Duse, nous\na dédommagés de l ’ostensible mépris q u ’on oppose à nos\nlettres en ces jours de liesse et de patriotiques pyrotechnies.\nCependant que la ville bruyante et badaude se pâmait aux\nsons d ’une magistrale brabançonne, au théâtre de la Monnaie,\nune élite, qui semblait comploter à l’écart quelque grande\nchose, assistait nombreuse à l’unique représentation que L a\nDuse nous donnait. M onna Vanna semblait jusqu ’ici se\nsouvenir de la manière du poète des Serres chaudes et bien\nque la langue en soit plus accessible, le roman s’enveloppait\nencore d ’un voile de mystère, d ’une teinte de vague dans la\nvie inconsciente de l’âme.\n     L ’œuvre devait incontestablement gagner à cette façon de\ncomprendre, plus humaine et plus logique de l’admirable\n"}, {"page_pdf": 512, "texte": "                                —   9 3 —\n\n\nartiste q u ’est L a Duse. Ce fut une révélation, un étonnement\npour ceux que le talent de M me Georgette Leblanc n ’avait pu\nconvaincre. S ’il m ’était permis de risquer un parallèle entre\nces deux interprètes, je dirais que Mme Georgette Leblanc\ncopie l’œuvre de M a e t e r l i n c k cependant que L a Duse y\ncollabore. Il est impossible de rendre comme elle la scène du\ntroisième acte où M onna Vanna tente de persuader son mari\nde l ’innocence de Prinzivalle : cela est grandiose et l’artiste\nse hausse à de telles altitudes q u ’il n ’y a plus désormais de\nparallèle à se permettre et q u ’elle seule doit être et sera\nconsidérée comme l’unique et l’indispensable interprète et\ncollaboratrice de l’œuvre de M a u r i c e M a e t e r l i n c k . L a Duse\na du génie, elle trouve le geste qui modifie, explique et fait\nacclamer. Elle a, dans son visage, une expression exquise de\ndouceur triste, de passion contenue, à la fois quelque chose de\nréfléchi et de tendre. Sa force réside dans sa simplicité. Je ne\nsais pas de comédienne moins comédienne q u ’elle, j ’étais allé\npour applaudir une grande actrice et j ’ovationne «une femme».\n      Ah ! que L a D use nous revienne avec ses émotions nou­\nvelles nous faire, avec des sensations inédites, oublier le terre\nà terre de notre vie contemporaine. E t s’il m ’était permis de\nformuler ce rêve, q u ’elle nous revienne donner quelque spec­\ntacle où Miss Isadora Duncan, la divine et géniale danseuse\ndoive paraître, et ce sera, au début du XXe siècle, le spectacle\nd ’art vrai le plus total et le plus magnifique qu’il nous sera\ndonné de contempler.\n                                              M arcel A ngenot .\n\n\n\nN o u v elles.\n\n     L’Ouverture de l'Exposition Rétrospective de l’A r t Belge a\neu lieu au Cinquantenaire (Hall Sud), le samedi 15 juillet, à\n3 heures. Nous en donnerons une étude détaillée le mois\nprochain.\n"}, {"page_pdf": 513, "texte": "                                 — 94 ~\n\n     Pour honorer la mémoire d ’Elisée et d 'E lie Reclus, qui tous\ndeux résidèrent sur son territoire, Ixelles a pris à sa charge la\nsépulture des deux frères. Le nom d’Elisée Reclus sera donné\nà une place publique de la commune.\n     L ’Association   des   Ecrivains    réunie en assemblée\n                                        Belges,\ngénérale a approuvé les comptes du dernier exercice qui reflè­\ntent la marche florissante des affaires sociales. L ’Association\na publié cinq authologies et huit romans ou volumes de nou­\nvelles et de vers.\n      LAssociation a voté a l’unanimité une protestation contre\nl'ostru cisme du gouvernement et des provinces qui n ’ont pas\ndonné à la littérature la place qui lui revenait de droit dans\nles programmes des fêtes jubilaires.\n      Les écrivains sont priés d’envoyer leur adhésion à\nM. G. Rency, 40, rue de Gravelines ou à M. José Perrée,\n45, Montagne de la Cour, Bruxelles.\n      L ’assemblée a élu M. G. Rency secrétaire général en\nremplacement de M. Robert Sand, démissionnaire, et elle a\nrenouvelé le m andat de tous les membres du Comité en leur\nadjoignant MM. José Perrée et R. Sand.\n    L ’ Eveil de Nancy qui a conquis d’emblée l’estime des\nlettrés, se trompe quand il croit que nous maltraitons le\nThyrse. L a lettre ouverte de G. Rency, que vise la notule de\nl’E veil, s’appliquait « personnellement » à MM. Morisseaux et\nLiebrecht et à beaucoup d ’autres encore que l’E v e il ne prend\npas la peine de défendre. Pourquoi ?\n     Le Siècle de Paris publie actuellement en feuilleton Le\nJoya u de la M ître de M aurice des O mbiaux . Ce roman qui\nsynthétise admirablement la vieille principauté de L iége et\nla ville des Princes-Evêques, sera à l’occasion de l’Exposition,\ndonné en lecture par plusieurs journaux belges.\n     Nous apprenons également avec plaisir que Le Cœu r de\nFrançois R em y, de E dmond G lesen er succédera au Jo ya u\nde la M ître, dans les colonnes du Siècle.\n"}, {"page_pdf": 514, "texte": "                            —   9   5   —\n\n\n\n\nLa T e rre wallonne.\n     Tout s’éveille décidément au grand soleil littéraire. Après\nles malheureux essais de L a Roulotte, de La H oulette, voici\nen wallonie une nouvelle initiative : L a Terre wallonne.\nUne belle crânerie enflamme les rédacteurs MM. E. C ornet ,\nP. W uill e et Ed. D oumont . Leur avant-dire nous les m on­\ntre plein de courage et d ’espoir en leur fière, joyeuse, mélan­\ncolique âme wallonne que M. W uille explique très bien\ndans une Lettre à son Cousin. A eux nos vœux de succès et de\nlongévité.\n     Rédaction à Auvelais.\n     On nous prie d ’annoncer la prochaine parution d ’une\nnouvelle revue : Ceux de demain, éditée à Colombes (Seine).\n     Elle insère poésies, comédies, romans de jeunes. Une\npagination spéciale permet à chacun de relier ses œuvres en\nvolume.\n     Pour les provinces wallonnes s’adresser à notre collabo­\nrateur P ierre W u il l e , rue Dodane, 25, Nam ur.\n\n      M. C h . D ULAIT est un garçon bien am u san t, non seule­\nm en t p a r son esprit, qui se trouve au-dessus de tout éloge,\n— surtout q u an d il s’agit de faire des calem bours avec le nom\ndes gens — mais encore lo rsq u’il noircit de sa prose les pages\nde sa revue En Art.\n      Nous y découvrons mensuellement quelques lignes à\nnotre adresse, sans qu’elles nous désignent, naturellement. Car\nC h . D ulait ne trouve jamais dans son antipathie le courage\nde nous citer. Il répète éternellement « que nous sommes une\npetite revue mal imprimée », car pour notre aimable\nconfrère, le grand mérite d ’une revue « est d ’être bien\nimprimée ». Il a peut-être raison ! E n tout cas nous avons for­\ntem ent appuyé auprès de notre éditeur la candidature de\nM. D ulait et nous sommes certains que la première place\nvacante dans son atelier sera pour le très compétent directeur\nde En Art.\n      Cela lui procurera double avantage : De montrer d’abord\n"}, {"page_pdf": 515, "texte": "                                    — 96 —\n\n ses hautes aptitudes typographiques, et secondement de tuer\n le temps. Car M. D ulait s’ennuie à cent sous l’heure. Il ne\nsait trop que faire ! Tous les bancs des jardins publics le con­\n naissent ; s’il pleut, il ne trouve rien de mieux pour se divertir\nque d ’attaquer M. U n T el qui s’est permis de diner à 2.5o fr.\nou bien M. Un Autre qui a oublié un point sur l’i. E t cela dure\npendant cinq ou six pages, car ce haut pamphlétaire a une\nimagination intarissable.\n      Cela ressemble un peu à ces figurants qui, chez eux\ndevant leur glace, se voient des comédiens renommés et qui, à\nla scène se bornent à dire : « Madame est servie ».\n      Comme M. D ulait va être heureux en lisant cela. Il\npourra répondre. Il aura quelque chose à mettre dans sa\nrevue. Mais non, nous nous trompons. M. D ulait ne parle\ndans sa publication que de choses intéressantes (???) E t que\npeut-il y avoir de semblable dans « une petite revue mal\nimprimée ? ? ? »\n\n      Le Florilège a consacré son numéro de juillet à notre ami\nG aston H eux . On y remarque un beau portrait et des poèmes\nd ’une délicatesse et d ’une pureté recherchées.\n\n    Les Indépendants ouvriront leur 2me Salon le 5 août, ils\nannoncent la collaboration de plusieurs peintres étrangers.\n(Fermeture 29 août).\n\nAccusé de réception :\n       L a Vie Belge, C a m i l l e L e m o n n ie r ; Coins de Bruxelles,\nL o u is D u m o n t- W ild e n ; Poèmes fervents, F e r n a n d U rb a in ;\nJolie Personne, A l b e r t E r l a n d e ; Le Siège de B erlin, P i e r r e\nB r o o d c o o r e n s ; L es T huribulum s affaissés, E s h m e r V a lm o r .\n— Une Revue : Bruxelles-Cabot, D irectrice, Mme S y lv ia n e ,\n127, rue F ran c k lin , à Bruxelles.\n                                                      J eune E ffort .\n"}, {"page_pdf": 516, "texte": ""}, {"page_pdf": 517, "texte": ""}, {"page_pdf": 518, "texte": ""}, {"page_pdf": 519, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 24, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1905-07", "signet_source": "Troisième année - N°27", "preuve": "Pas de couverture dans l'exemplaire; le numéro et le mois ne sont pas imprimés (signet : Troisième année - N°27). 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