{"numero_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-001", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 105, "titre_corps": "À vol d’oiseau (I)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "TANCRÈDE DE VISAN.", "ancre_debut": "A V ol d ’ O i s e a u (I)    I. Quelques mots sur l ’esp", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 520, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 50, "fin_caractere_exclue": 2111, "texte": "A V ol d ’ O i s e a u (I)\n\n  I. Quelques mots sur l ’esprit du livre. — II. D e mon droit et\nde mon devoir de critique.\n                                 I\n      Je rends aux symbolistes (2) ce q u ’ils m ’ont prêté, — et\nmême un peu d ’avantage. Depuis plus de dix mille ans q u ’il\ny a des poètes et qui pensent, tout n’est pas dit et l’on ne vient\njam ais trop tard.\n      Le plus grand chagrin que pourrait me causer ce livre,\nserait qu’il ne réalisât pas sa fin et qu’il n ’apparût pas un livre\nde critique générale, je veux dire comme un chapitre d ’his­\ntoire d ’idées. Toute autre interprétation méconnaîtrait mon\nsouci constant : contribuer par l’étude élargie de la poésie\ndite symboliste, à résoudre quelques problèmes d ’esthétique\ncontemporaine en même temps que fixer les acquisitions de la\npensée française durant ces vingt dernières années.\n      Qui voudrait découvrir ici un dessein d ’apologiste ou des\ngoûts belliqueux me désobligerait. Des affirmations suggérées\n par un procédé de recherches expérimentales et des conclu­\n sions dégagées d ’analyses objectives me semblent plus capa­\n bles par leur poids intrinsèque d ’entrainer les esprits, que le\n dégât causé, par une g rèle de pierres dans divers jardins bien\n proprets. Ainsi, nous n ’aboutissons pas toujours aux mêmes\n conclusions, parce que les uns traitent des questions litté­\n raires en hommes de science, les autres en gamins. Ceux-ci\n jettent des cailloux, ceux-là des arguments.\n       Il me semble que les symbolistes ont fait leurs preuves\n et q u ’ils méritent déjà qu’on les juge. Nous avons une h abi­\n\n\n    (1 ) Cet article est l'a v a n t propos d’un livre sur l' E cole sym boliste, que M. de Visan\nabien voulu nous communiquer N . D . L . R .\n     ( 2 ) N e pouvant tout faire à la fois, je m e vois dans la nécessité d'employer le mot\nsym bolism e avant d’en fournir une définition. D e m êm e, je parlerai couramment d'école\nsym boliste, alors qu’il n’existe que des individualités réliées par une tendance générale\net en marche vers une orientation déterm inée,\n"}, {"page_pdf": 521, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "                                        —9 8 —\n\ntucle innée, excellente en soi comme principe d ’action, mais\nparfois injuste, celle d ’évoquer l'homo novus, le surhomme,\n« écho sonore » de toutes nos aspirations, qui synthétisera en\nson esprit et par ses chefs-d’œuvre la mentalité du siècle.\nNous adressons des prières pressantes à Celui qui viendra et\nle pourvoyons de bons conseils. Si de pareilles incantations\nne dénotaient chez le critique en mal d ’absolu une soif d ’idéal\npeu commune, et n ’étaient représentatives d ’un instinct col­\nlectif non méprisable, nous devrions en ordonner la répression\ncomme attentatoires à la réputation de nos poètes, et tout de\nmême un peu ridicules. Celui q ui doit venir — comme l ’en­\nfant de la patrie », comme « le jour de gloire » — est\narrivé depuis longtemps et les sages ne l’ont point reconnu.\nCe n ’est pas un nom, mais dix, mais vingt qu’il faudrait citer,\ndont s’honore à l’heure actuelle la poésie française, si je ne\nm ’étais interdit dès l’abord, par méthode et sérénité, de\ndescendre dans le particulier. Q u’attendons-nous de mieux\npour constater la vitalité du symbolisme ? Les œuvres existent\nq u ’il suffit de feuilleter.\n     Pourrait-on écrire une histoire de la littérature contem­\nporaine et garder le silence sur l ’apport de la génération\nde 1886 ! Agir avec cette légèreté serait commettre une erreur\nsemblable à celle du philosophe, qui, dans une recension de\nsystèmes, tiendrait pour non avenus les systèmes d ’un\nSocrate, d ’un Aristote, d ’un Descartes, d ’un Kant, d ’un\nNietzsche.\n     Chaque école, dans le temps où ses affirmations n ’ont\npas encore été sanctionnées par l'a d m itta tu r de l’opinion,\nexpérimente à ses dépens la thèse de Lombroso. L ’homme est\nun animal misoneiste, c’est-à-dire que toute nouveauté épou­\nvante (1). Il lui répugne q u ’on dérange l’ordre sévère dans\nlequel se meuvent ses pauvres pensées, et son instinct conser­\n\n\n    (1 )     Cette question des rapports du poète et de la foule sera traitée avec plus de\ndétails dans un de nos derniers chapitres.\n"}, {"page_pdf": 522, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "                                        — 99 —\n\nvateur regimbe en face d ’innovations pour lui incompréhensi­\nbles. Comme le déclare Gustave K ahn, précisément à propos\ndu symbolisme, il faut « donner au lecteur tout le temps\nnécessaire (il l'a pris d ’ailleu rs, et lui faire observer que, de\nmême qu’il ne peut pas, sans une certaine préparation, s’inté­\nresser à la science même élémentaire, il lui faut aussi quelque\npréparation pour s’y reconnaître en littérature (I ). »\n       D ’autre part, chez le plus grand nombre, l’émotion esthé­\ntique est provoquée par le fait de se rappeler, de retrouver\nune sensation passée et se résume en un phénomène de\nmémoire accompagné d ’émoi (2). L e charme d ’une mélodie\ns’accroît du plaisir qu’éprouve l’auditeur à la reconnaître.\nC’est peut-être pour cette cause qu’un opéra nous plaît davan­\ntage à une seconde qu’à une première exécution. L ’insistance\navec laquelle Wagner nous répète ses leit-m otifs a sa raison\npsychologique. Une œuvre un peu complexe, q u ’on entend\npour la première fois, jette le trouble dans l’esprit et provoque\nun certain malaise. E n présence du symbolisme qui arrivait\nà nous avec une inspiration renouvelée et sa forme très neuve,\nle public resta décontenancé.\n       Si au moins le critique aidait à cette acclimatation en\n apprivoisant la foule. Mais le contraire a lieu d’ordinaire. Le\n critique se méfie du talent; il empêche le peuple de penser\n par soi-même et le maintient solidement dans l ’ornière. Le\n rôle du critique semble donc plutôt néfaste. Sarcey fut un\n illustre exemple de cette attitude qui consiste à enregistrer\n l ’opinion de la foule au lieu de l’éclairer (3). Comment dès\n\n    ( 1) G u s t a v e      I v a h n : S ym bolistes et décadents, p . 32 .\n      (2 ) V oir sur ce sujet une excellente communication du D r de F leury à la Société de\nP sy ch o lo g ie , le (6 juin 1902,\n      (3 ) Je cite, à titre docum entaire, l’opinion de Jules Lem aitre sur celui qu’il appelle\nson bon m aître. Ce jugem ent ne manque pas d’une certaine ironie : « M . Francisque\nSarcey possède au plus haut point l’une des parties capitales de l’« esprit philosophique »,\nle sentim ent de la relativité des phénom ènes. L e s jeunes générations n’ont pas l’air de\ns’en douter : il n’en est pas m oins certain que M . Sarcey a été le prem ier, il y a quelque\ntrente ans, à appliquer m éthodiquement l’em pirism e à la critique dramatique. Là est sa\nforce, là aussi ses lim ites. Il ne devance p a s ; il m anque un peu d 'inquiétude ; m ais comme\nil explique ce qui est accom pli ! J . L e m a î t r e , T h éo ries et Im pressions, p. 291,\n"}, {"page_pdf": 523, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "                                            — 100 —\n\n\nlors concilier le jugement routinier du vulgaire avec l'objet de\nla poésie tel que le définit Schellcy : « créer à nouveau l’u ni­\nvers, anéanti dans nos esprits par le retour des impressions\nq u ’émousse l’habitude ? (I) » Les symbolistes tout comme\nCorneille, Racine, les Romantiques, etc., et pour les mêmes\nraisons, eurent l’honneur de ne s’introniser qu’avec peine (2).\nOn a commencé à s’irriter contre ces impertinents qui osaient\nnous tirer de notre torpeur. Peu à peu on écouta après avoir\nbeaucoup frappé.\n      Aujourd’hui la poésie dite symboliste par l’importance de\nses doctrines et leur réalisation a obtenu droit de cité. Ses\ntenants, par suite de notre longue accoutumance, acquéreront\naussi leurs quartiers de noblesse. Déjà les symbolistes\noccupent des positions inexpugnables. En faire à nouveau le\nsiège risquerait d ’éterniser notre littérature dans de sottes\nquerelles et de tarir la veine poétique. Entre autres, nous\nsommes redevables à cette école de tant d ’heureuses\naméliorations prosodiques, q u ’i l vaut mieux admettre de gaité\nde cœur le fait établi, — un peu à la manière du droit de\npropriété, — et ne plus se battre au sujet des hiatus, des\nrimes riches, des césures, des strophes analytiques (3) reconnus\nd ’utilité publique.\n      Au cours de ce livre, il me faudra bien prendre parti.\nDans l’impossibilité de demeurer neutre, position intena­\nble, je tiens à déclarer — quoiqu’on s’en doute déjà, — que\nmes sympathies vont à cette nouvelle école, et pour cela je ne\nme crois pas le droit d ’être injuste. Seulement, étant donné\nque je considère la bataille entre théoriciens comme termi­\n\n\n\n    (1 ) Schelley : Défense de la poésie.\n    (2 ) Seuls les parnassiens, habilement lancés par Lem erre, firent sans bruit leur\napparition. C’est qu ’ils n’apportaient pas une formule nouvelle. Leur esthétique fut plutôt\nun retour vers un classicism e élargi, aussi furent-ils accueillis sans grand fracas\n    (3) L ’expression strophe a n a ly tiq u e est de V ielé Griffin qui la préfère à celle plus\ncourante de vers libres qui prête à la confusion.\n"}, {"page_pdf": 524, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3023, "texte": "                                          —    101 —\n\n\n née ( 1) et la paix sur le point de se conclure, mes efforts por­\nteront principalement sur la démonstration de ces deux théo­\nrèmes : déterminer les raisons qui occasionnèrent l’avènement\ndu symbolisme ; montrer la conformité des doctrines esthéti­\nques dont je parle aux lois qui régissent notre mentalité con­\ntemporaine. Si l’on préfère, mon dessein consiste à décrire\nl’atmosphère intellectuelle à travers laquelle se meut le sym­\nbolisme, après avoir replacé celui-ci dans son climat psycho­\nlogique.\n                                  II\n\n     On a peut-être trop dénié au poète le droit de s’exprimer\ndirectement sur son art. Qui donc, mieux que lui, pourra dis­\nserter sur sa vision de l’univers et le choix de sa forme rythm i­\n\n\n     (1 ). Quand je dis que la bataille entre théoriciens touche à sa fin il faut s’entendre\nIl est bien évident qu’il y aura encore des poètes ou des critiques pour protester contre\nles inovations des sym bolistes. M ais on peut supposer que tout effort de réaction sera\nvain et que tôt ou tard les conservateurs de vieilles formules seront entraînés dans le\njeune courant. Citons à ce propos une bonne page de G ustave Kahn qui nous sem ble\navoir mis les choses au point. « Et je vais dire toute ma pensée : je crois que même si\nune réaction condamnait le vers libre, si, pour des raisons m ultiples, excellentes, irréfra­\ngables on en revenait à la pratique littéraire d’avant 1881, si on décrétait nos innovations\nhasardées inutiles, cela n’aurait qu’une importance relative. U n e évolution faite dans le\nsens de la liberté du rythme et de son élargissem ent est toujours destinée, à la longue\nau m oins, malgré les réactions, à s’im poser ; sont fatales, l’action les cause. Et puis les\njeunes gens qui ne partagent point nos idées théoriques sont tellem ent imbus de l’appli­\ncation pratique que nous en avons faite, ont absorbé assez de l’influence de l’un ou l’au­\ntre de n o u s,... que leur vers libéré et même leur vers parnassien profondément modifié,\nn’est plus, sauf exception, l’ancien vers, et que, tel qui nie le sym bolism e se sert du vers\nverlainien comme un sourd, que tel qui se relie étroitem ent au passé, développe et fait\naboutir des conceptions que nous avions indiquées. J e ne discute pas les détails ; je ne\nveux pas dire que des jeunes gens venus après nous sont nos vassaux littéraires. Je dis\nsimplement qu’à les lire on voit que nous som m es passés, l’un ou l’autre lu et consulté\npar eux avec plaisir, et s'il font autre chose que nous, c’est non seulem ent leur droit mais\nleur devoir ; tout de m êm e nous avons compté dans leur évolution.\n    D onc je crois, selon l’expression de Stéphane M allarmé, le vers libre viable ; quoi­\nqu’il arrive désorm ais, il existe ; il peut régner, il peut être utilisé occasionnellem ent\nceci c’est sa fortune, sa chance, son hasard, en tout cas il est. U ne gam m a est ajoutée à\nnotre poésie . G. K a h n Sym bolistes et décadents. P a g es 10 et 11.\n"}, {"page_pdf": 525, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2257, "texte": "                                        — 102 —\n\nque ? Ont-ils peur, les critiques, de m anquer d ’ouvrage, qui\nne font jamais que répéter en les dém arquant les enseigne­\ngnements des artistes leurs maîtres ? A moins que toute leur\noriginalité ne consiste à se moquer des « patrons ».\n      Reprocher aux poètes de préfacer leurs livres est de mau­\nvaise guerre. Donnez-nous des vers, nous crie-t-on, de bons\nvers, et ne perdez pas votre temps en explications superflues.\nNous saurons bien distinguer vos intentions. » — Celà n’est\npas très sûr, en vérité. Bref, il n ’est pas juste de prétendre le\npoète inapte à réfléchir sur les conditions de son art. Etrange\ncontradiction qui veut q u ’un créateur soit un inconscient, et\nq u ’après avoir « extériorisé » son âme, le poète ne puisse\ns’expliquer sur l’objet de sa création ! Les critiques sont-ils\ndonc plus clairvoyants? Vous verrez qu' à toute force ils\nprétendront mieux comprendre que le poète même son œuvre.\n      En effet, disent-ils, on ne peut être à la fois sujet et objet,\ncréer et se regarder créer. — En quoi ils ont raison et ne font\nque reprendre les arguments que Comte opposait aux psycho­\nlogues de l’introspection et aux partisants de la méthode sub­\njective. L ’auteur de la Philosophie positive déclarait q u ’on ne\npeut se mettre à la fenêtre pour se regarder passer dans la rue.\nL a réflexion altère ou suspend les faits auxquels elle s’ap ­\nplique. Observer sa colère c’est la faire s’évanouir. — Sans\ndoute, mais ces deux procédés ne sont contradictoires que\nlorsqu’on les suppose simultanés. Ne peut-on les employer\nl’un après l’autre ? Si l’observation suit aussitôt l’état psycho­\nlogique, le souvenir auquel elle s’applique équivaut l’état lui-\nmême, comme étant la reproduction immédiate de l a con­\nscience qui l’accompagnait. Au surplus, malgré les attaques de\nC o m t e , la méthode subjective demeurera par exellence la\nbase de toute psychologie scientifique (1)» Les critiques, obli­\n\n\n    (1 ) J ’ai pu me rendre com pte par moi-mêm e au C ongrès de philosophie de G enève\nen septem bre 1904 et au Congrès de p sy c h o lo g ie à R om e en avril 1905 de l’importance\ndonnée à la section de psychologie introspective par le nombre et la valeur des commu ­\nnications.\n"}, {"page_pdf": 526, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "                                        —1 0 3 —\n\n\ngés de considérer les œuvres du dehors, n ’en perçoivent que\nla superficie. Seul le poète à chance de pouvoir nous rensei­\ngner, sans trop les altérer, sur les données de sa conscience,\ncar c’est bien sur lui-même qu’il se penche, je veux dire sur\nune réalité. Le critique professionnel ne travaille que sur un\nrésidu, l’œuvre du poète ; il ne perçoit que des gestes momi­\nfiés, des signes abstraits. Le poète qui s’explique sur son\nmétier nous livrera son esthétique, partant sa manière d ’in­\nterpréter le réel.\n      Objectera-t-on encore que le poète se trouve nécessaire­\nment enfermé dans les murs de la partialité et q u ’il prêche\ntoujours pro dom o ! A cela je n e vois qu’une chose à répondre :\ncomment voulez-vous q u ’il en soit autrement? Il faut n ’avoir\njamais fréquenté les philosophes pour croire que la pratique\net la théorie ne sont que l’endroit et l’envers d ’une même\npensée. Théoriquem ent il est possible de faire abstraction de\nses humeurs lorsqu’on juge. Mais, en pratique, tous nos\ninstincts, toutes nos tendances d ’esprit entrent avec nous dans\nla composition d’une action. Il n’est point vrai que l’orsqu’il\na refermé sur lui la porte du laboratoire le savant laisse dehors\nses habitudes de raisonnements et ses manies intellectuelles.\nE n face d ’une expérience le savant s’oppose avec les procédés\nd ’investigation qui lui sont propres, un plan bien défini, une\nvolonté déterminée de découvrir ce qu’il veut découvrir. Il\nn’assiste pas à l’élaboration lente d ’une synthèse chimique\nquelconque. Non, il sollicite le fait pour le cataloguer dans\nune loi arrêtée d ’avance. Loin d ’expérimenter, au sens où nous\nl’entendons d ’ordinaire, l’homme de science déduit touj ours(1);\nà plus forte raison le critique, même le plus subjectif. L ’im­\npressionnisme littéraire n ’acquiert sa pleine valeur qu’en\nthéorie. Pratiquem ent le critique se présente avec un système\npréconçu, des préférences indéniables. Prétend-il s’en tenir\n\n\n    (1 ) V oir pour la dém onstration de ce que j’avance les belles études de M . L e R o y\ndans la R e vue de M étaph ysiqu e et de M o ra le de 1899,1900, 1901.\n"}, {"page_pdf": 527, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2085, "texte": "                                                  —    1 04 —\n\nà de simples impressions, il ne manquera pas de nous expli­\nquer ce q u ’il a senti « et même de le ju stifie r en donnant des\nraisons qui tendent à montrer que ses impressions n ’ont pas\nune origine purement subjective» ( 1). Cette nécessité dogma­\ntique, congénitale aux opérations d e l’Intelligence, doit nous\npermettre d ’accueillir avec plus de sympathie les affirmations\ndu poète.\n     En résumé, le poète seul est en bonne place pour nous\nentretenir de son art. Le critique ne le seconde que lorsqu’il\ncomprend. Pour comprendre l’œuvre d 'un homme il faut la\nvivre; or, vivre un poème c’est le recréer, c'est être poète.\nDans ce sens la critique a chance de voir clair ; mais les cri­\ntiques clairvoyants sont rares.\n     Puisse ce livre être un exemple de critique créatrice.\n\n       Pourquoi perdre mon temps à disserter sur une école,\nalors que m ’adonner aux joies plus pures de la Muse et cara­\ncoler sur Pégase — au risque de me rompre le col — m ’agrée­\nrait davantage ? L a raison est assez plaisante pour que je la\nlivre, d ût-on ne m’en savoir aucun gré. J ’écris ce livre, parce\nque je crois q u ’il est de mon devoir de l’écrire.\n       Je l’écris d ’abord pour empêcher d ’autres critiques peut-\nêtre moins informés de s’interposer. Je l’écris ensuite parce que\nl ’arbre du symbolisme a poussé dans notre sol de France avec\nune telle vigueur qu’il n ’est pas mauvais que certains de ceux\nq u ’il ombrage se consacrent tout entiers à l’étude de sa mor­\nphologie, si j ’ose m ’exprimer ainsi. A côté des Vielé-Griffin,\ndes Kahn, des Rémy de Gourmont, des Robert de Souza, des\nCharles Morice, des Retté, des Mockel, des Edgar Baès, des\nMithouard — pour ne citer que les théoriciens les plus connus\nde l’école, — il y a encore place pour un ouvrage sur l ’esthé­\ntique symboliste dans ses rapports avec le moment et le milieu\nintellectuels. — Je l’écris enfin pour réparer une grande\ninjustice. Le public sérieux qui lit, mais se croit incapable\n\n\n   (1 )   L e c h a l a s . E tudes esthétiques, p . 6 .\n"}, {"page_pdf": 528, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1994, "texte": "                               — 105 —\n\nde porter un jugement, fut induit en erreur par les « pilotes »\nde l’opinion. Il est temps que cesse une équivoque par quoi\nse creuse l’abîme entre le poète, l’homme de science et le\nphilosophe On ne fait pas au scepticisme sa part, disait, je\ncrois, Royer Collard ; au symbolisme non plus.\n      Tout mon désir serait qu'on le reconnût ou qu’on me tint\nau moins compte de m a bonne volonté. Si je pense avoir\nextrait du symbolisme l’essence de sa doctrine, je n ’en suis\npas tellement sûr qu’on ne puisse me réprimander sur quelques\npoints. Il y a la lettre et il y a l’esprit. Lorsqu’on raisonne sur\ndes textes, on sait où l’on va, mais quand on veut descendre\nplus profondément dans la compréhension des poètes, on\nentreprend un labeur difficile et plein de probabilités II est\ntoujours dangereux de transformer en théories les chants\ninstinctifs des poètes ; c’est cristalliser de la pensée, changer\nla goutte d ’eau perlée et flu e n te en stalactite glacée. Les choses\nque j ’énonce ici comme certaines le semblent à mon cœur,\nnon à ma raison et je ne prétends nullement posséder l' esprit\nde finesse au point d ’avoir pressé le symbolisme de tout son\ncontenu. Les âmes sont peut-être trop éloignées les unes des\nautres       Ce que j’écrirai est plus facile à sentir qu'à com­\nprendre. « L ’on écrit souvent des choses que l’on ne prouve\nq u ’en obligeant tout le monde à faire réflexion sur soi-même\net à trouver la vérité dont je parle. C’est en cela que consiste\nla force des preuves de ce que je dis. »\n      Pour mieux entrer dans la pénétration des tendances de\nl a poésie contemporaine, osons vivre un instant le symbolisme\net nous mouvoir dans son ambiance. Offrons, à notre tour, des\nsynthèses évocatrices en échange des suggestions reçues des\nbouches lyriques.\n      Afin q u ’aucune des aspirations esthétiques contemporaines\nne soit omise, ce livre fut écrit dans la joie.\n                                        T ancrède de V isan .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-002", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 106, "page_fin": 117, "titre_corps": "Le bal masqué", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "CARLO RUYTERS.", "ancre_debut": "L e bal m a s q u é .        A minuit, heure traditio", "ancre_fin": "u y t e r s.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LERAPT L e crép u sc u le d 'o r é te ig", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 529, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1996, "texte": "L e bal m a s q u é .\n\n      A minuit, heure traditionnelle et charmante qui, dans\nles fêtes nocturnes, voit éclore les liaisons amoureuses,\nAnatole entra au Théâtre de lA lham bra.\n      U n bal, paré, masqué et travesti s’y donnait; à ce moment,\nsans doute, il devait être peu animé encore. Aussi, Anatole\nsongeait qu’il y trouverait facilement une joyeuse compagne.\n      A la vérité, c’était là un beau projet! et à le réaliser,\nAnatole, mettait d ’autant plus d ’énergie q u ’il avait peu l’habi­\ntude du plaisir... il s’essayait donc à sourire et à prendre un\nair d ’assurance, tel un homme rompu à ces sortes de choses.\nIl monta les majestueux escaliers de marbre par qui à l’ordi­\nnaire l ’entrée du théâtre parait si désolée ; ce soir, des groupes\npittoresques s’y échelonnaient : « ici des habits noirs entou­\nraient quelques jeunes femmes; là une grosse fille rieuse,\ntravestie en garçon, rajustait ses chaussettes, m ontrant à tous\nses mollets blancs et bien nourris; plus loin, un clown au\nnez vermillonné laçait le corsage d’une demoiselle déguisée\nen nymphe terrestre...\n      Mais, Anatole passa hâtivement à leurs côtés, et bientôt\nfût dans la salle.\n      L e bal venait à peine de commencer, aussi une certaine\ngêne y régnait encore; l’orchestre était silencieux, les jeunes\ngens se tenaient par petits groupes, formant des projets ou\nbien ils se promenaient dans les couloirs : quelques jeunes\nfilles, assises sur le bord des loges, attendaient indécises les\ncavaliers que leur amènerait la première valse. Pourtant,\ncette première danse ne suscita q u ’une gaîté modérée et\ncorrecte; les couples tournèrent avec sagesse et presque\nmuets. — Si d ’aventure un valseur bousculait sa voisine, il\nprenait le temps de s’excuser poliment, — puis lorsque la\nmusique s’arrêta, tous se saluèrent entre eux comme le font\nles gens bien élevés. Sans doute l’air manquait-il d ’entrain...\n      Les femmes se remirent de la poudre, un peu à l’écart,\n"}, {"page_pdf": 530, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2055, "texte": "                            —   107 —\n\n\nun jeune homme montrait à un domino léger et court-vêtu,\nles principes élémentaires de la chorégraphie et comment on\ntourne avec grâce...\n     Il y eut un moment d ’attente mais qui ne dura guère;\nde nouveaux danseurs firent dans la salle une entrée bruyante,\nune ronde s’ébaucha et dans un tum ulte croissant, les couples\njusqu’alors indécis se réunirent.\n     Une trainée de folie en un instant se répandit, des\nbousculades se produisirent et par elle naissaient des désirs\ntendres ou violents, des liaisons passagères se formèrent dans\nun commun besoin de crier, de boire, de danser, en un mot\nde prendre toutes les façons que veulent les fêtes du carnaval.\n      Une gaîté énorme eut bientôt fait de remplir la salle et\nde la remuer d ’une fièvre exultante et burlesque, des chahuts\ndésordonnés remplacèrent les danses puis ce ne fût plus\nqu’une galopade furieuse où s’esquissaient parfois, au hasard,\ndes farandoles unissant les êtres et les déguisements les plus\ndisparates; c’était au milieu des habits noirs, les dominos,\nsombres ou éclatants; quelques jeunes gens montraient sous\nde jupes démodées de solides pieds masculins et dans l’échan­\ncrure de leurs corsages des poitrines toutes viriles, puis\npassaient des clowns enfarinés, des torréadors, et aussi des\nhéros de drame ou d ’opérette qui suaient et soufflaient sous\nde lourdes perruques et de majestueux feutres à plumes...\n      Certes, aucun ne témoignait d’une imagination très consi­\ndérable, mais la fantaisie des femmes était, sur ce point,\nplus médiocre encore.\n      Presque toutes s’exhibaient, lascives, les hanches fortes,\nla poitrine lourde dans des habits de garçon... de cette insou­\nciance avec laquelle elles quittaient les atours de leur sexe,\non pouvait sans doute déduire q u ’elles en connaissaient\nimparfaitement le charme et les vertus.\n      Quelques unes étaient déguisées en bergère ou en gitane,\nd ’autres en marquises, et d ’autres en cheveux courts et les\nmollets au vent faisaient penser que « Claudine » déjà ap p ar­\n"}, {"page_pdf": 531, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2109, "texte": "                              —   108   —\n\n\ntient à la légende ; il passait des choriphées aux jupes de\ntulle multicolore, une grande fille maigre se drapait dans\nune sorte de robe en gaze comme en portent dans les tableaux\nles anges et les vierges, sages ou folles... une grisette en\ntablier et une natte dans le dos, jouait à la petite fille espiègle,\ndu bout du pied, elle envoyait vers le lustre les gibus des\ngens graves qui faisaient cercle autour de quelques danseurs\nde profession.\n     L e plaisir donnait à toutes une manière de beauté provo­\nquante et sensuelle, les gorges humides brillaient dans la\npoussière dorée sortie du plancher ; les épaules nues et\ntentantes excitaient à mesure les hommes q u ’elles frôlaient\nsans cesse, parfois et suivant l’occasion, ceux-ci avec un mot\nspirituel ou grivois volaient un baiser à quelque nuque\npassante. Anatole, assis dans une loge, ne pouvait se rassasier\nde ce spectacle, nouveau pour lui en tous points.\n     Certes, en venant à ce bal, il avait le dessein de s’y\namuser comme le font les jeunes gens, sans arrière-pensées et\nsans malice; il avait compté sans sa timidité qui à présent lui\njouait le vilain tour de le rendre craintif et sans sa manie un\npeu vaniteuse de chercher la raison de toute chose....\n     Ainsi, il s’ingéniait à apercevoir sous les masques de\nvelours ou de carton, quelques aspects imprévus, plaisants ou\nsimplement curieux de la Comédie humaine.\n     Cette récréation est souvent fort séduisante, mais elle\nentraîne fréquemment à la mélancolie et la mélancolie ne va\nguère sans un peu d ’amertume. C’est ce q u ’éprouva Anatole ;\nil regardait l'incessant tourbillon du bal, écoutait le vacarme\nde l’orchestre, aspirait les odeurs diverses qui de la salle\ns’élevaient vers l’Olympe allégorique du plafond comme un\nparfum nouveau, mais ceci le fatigua et il ferma les yeux.\n     Il se dem anda alors quel poids insensé de soucis et de\ndéceptions, de misères, de larmes et de honte tous ces gens,\nm aintenant si joyeux, avaient laissé à la porte du théâtre, en\nmême temps que le visage et les façons spéciales q u ’ils ont à\n"}, {"page_pdf": 532, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2122, "texte": "                            —   109 —\n\n\nla ville et dans la vie quotidienne ! Pourtant, il ne trouvait\npoint que la mascarade présente fût pour cela contradictoire,\ninouïe ou même scandaleuse, car elle avait ceci d ’unique et\nd ’une merveilleuse ironie de montrer combien le plaisir ou le\nlibertinage, suivant l’entendement de chacun, sont plus forts\net plus puissants que les objets stériles par quoi se lasse et\ns’épuise notre vaine recherche du bonheur !\n      Mais, de telles réflexions sont peu opportunes, une nuit\nde carnaval ! N ’eut-il pas été plus sage en accostant quelque\njeune fille, un moment solitaire, en lui prenant la taille et en\ndisant mille sottises ?\n      Certes, mais Anatole craignait d ’être maladroit ou\nennuyeux, ainsi restait-il assis dans sa loge, attentif et muet.\nBrusquement éclatèrent les premières mesures d ’un cake-walk,\nun nouvel orchestre venait de prendre possession de la salle :\nc’étaient de robustes individus, l ’air simple et balourd, ils\njouaient avec une sorte d’énergie grave et recueillie et comme\nils fendaient les groupes, chacun regardait curieusement et\ncomme une chose inconnue, leur œil fixe et la peau de leurs\njoues, gonflée et luisante de sueur.\n      Puis, la salle entière se mit en mouvement et défila\ndevant eux. Au rythm e de la danse, les bustes se cambraient\navec exagération, les mains battaient le vide, soulignant la\ncadence burlesque, les gorges débordaient des corsages\nfroissés, deux bébés en perruque blonde se faisaient vis-à-vis,\nagitant en l’air leurs chapeaux enfantins, une ivresse naissante\négarait leurs yeux et les rendait plus troublantes. Anatole les\nregardait plein d ’une concupiscence approuvable, lorsqu’une\nmain frappa son épaule.... c’était son ami Tiburce, et avec lui\nà son bras, la petite M adelon....\n     Tiburce semblait grognon et maussade, mais Madelon\nétait, ma foi, jolie à souhait.\n     Comme s’il ne l’eût jamais vue, Anatole admira son visage\nallongé et charmant et la tendresse de ses yeux rieurs...\nMadelon avait un déguisement d ’une fantaisie gracieuse et\ninédite... des bas blancs enfermaient ses jambes impatientes\n"}, {"page_pdf": 533, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "                               1   1       0   —\n\n\n\n\net des souliers rouges ses pieds avides de danse, une sorte de\nmante grise relevée à la mousquetaire se drapait sur son êpaule,\nsous un feutre clair, ses boucles s’éparpillaient....\n     Tous trois, ils vinrent s’asseoir au foyer où seuls des\ncouples amoureux s’attardaient loin du bal.\n                                       *\n                               *               *\n      Une gaîté soudaine et nerveuse envahit Anatole, elle\n s’accrut malicieusement au soupçon q u ’un malentendu séparait\n Tiburce et Madelon.... lui restait silencieux et elle l’imitait,\nla bouche narquoise et les yeux brillants. Anatole les plaisanta\net même il s’étonnait de les trouver réunis dans ce lieu de\nplaisir. L e carnaval ne conseille-t-il pas quelques infidélités\namoureuses et n ’aurait-il pas été très raisonnable que ce soir,\nsuivant l’occasion, Tiburce trom pât Madelon et que Madelon\nen fît tout a u ta n t.... quoique dans la recherche d ’un plaisir\nnouveau chacun, sans doute, n ’eut trouvé qu’une déception\net un stérile regret__\n      P a r ces propos, Anatole parvenait à grand ’ peine à\nmasquer son propre d ép it          le profit amer et caustique de\nses réflexions solitaires se marquait en mille saillies auxquelles\nTiburce ne répondait guère po urtan t          il demeurait muet et\nrageur, ses lèvres minces, serrées à l'excès, les yeux froids et\npleins d’une colère méprisante, à la fin, il éclata :\n      Comment, n ’était-ce pas assez de venir au bal, de consen­\ntir, pour en tirer un amusement incertain, à passer une nuit\nblanche et à rentrer au jour, alors que ses affaires le récla­\nmaient dès le matin et exigeaient q u ’il fût, frais de corps et\nd ’esprit ... Madelon ne voulait-elle pas maintenant q u ’il\ndansât et fit le p ître avec les calicots et les personnages\ndouteux qui tenaient en ces lieux le sceptre du plaisir ?\nVraiment, n ’était-ce pas excessif!\n      Malgré ce beau discours, Madelon restait calme et insen­\nsible, elle affectait de regarder la pendule ou l’ordre des\ndanses qui peu à peu s’épuisait; si elle buvait, elle souriait à\nAnatole à travers sa coupe de champagne et prenait un air\nmoqueur et entendu.\n"}, {"page_pdf": 534, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2151, "texte": "                              —   III   —\n\n\n      Des jeunes femmes entrèrent au foyer en riant et se\n poursuivant, une d ’elle bouscula Anatole au passage, le heurt\n léger et tiède de sa poitrine éveilla en lui un désir subit, il\n regarda Madelon avec tendresse            à ce moment, un ami\n l’invitait à danser, elle prit son bras et tous deux partirent en\n courant. L a salle resta vide et silencieuse.\n      Anatole profita de ce répit, il ne put s’empêcher de désap­\n prouver Tiburce.\n      Certes, dit il, je conçois fort bien que fêter le carnaval\n avec une maîtresse dont tu as une longue habitude, ne soit\n point d’une séduction particulière et que tu juges désagréable\n de rentrer au logis, tard et fourbu... mais alors, n ’aurait-il pas\n été plus sage de ne point venir à ce bal... ainsi Madelon aurait\n ignoré la tentation d'une joie que tu lui défends et tu te serais\n épargné l’ennui d ’une soirée que ton humeur rend maussade ?\n Au lieu que mêlé aux autres, continuait le discoureur, tu\n aurais peu souffert de leur sottise et, par cette complaisance,\n causé quelque plaisir à ta petite am ie__\n      Mais Tiburce ne l’entendait pas ainsi....\n      Ne faisait-il pas aux goûts de Madelon de perpétuelles\n concessions et qu’en obtenait-il en retour, sinon des faveurs\n auxquelles, du reste, il avait droit ? Quelle utilité y a-t-il à\ncéder toujours aux femmes ?\n      L ’utilité, d’abord, opina sentencieusement Anatole, en\nleur donnant raison de ne rien leur montrer de son esprit et\nde mériter ainsi q u ’elles soient, par calcul, constamment\nprodigues de leur chair.... la possession d ’une jolie fille ne\nvaut-elle pas quelque peine, et même celle d ’être parfois\nridicule aux yeux de certaines gens, peu avisées.\n      Voilà de belles théories, Anatole, interrompit Tiburce,\net je trouve plaisant, m a foi, que tu aies, sur ce point, un\nsystème si bien organisé, alors que tu parais avoir pour les\nfemmes, sinon peu de goût, du moins auprès d ’elles de maigres\nsuccès !\n      Ce propos était cruel et ce qui le rendit plus cruel encore\nfut que Madelon revenue en tapinois l’entendit, elle parut\nconfuse et même rougit légèrement.\n"}, {"page_pdf": 535, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "                                           —     112     —\n\n\n       V o u le z -v o u s d a n se r a v e c m o i , A n a t o le , fit-elle, il h é s ita it,\nm a i s e lle l ’e n tra în a .\n         D é jà , d a n s le fo y e r , en tre les ta b le s et le s c h a is e s ils\ns ’e n la c è r e n t . A n a t o le s e n ta it le c o rs a g e d e M a d e l o n p a lp it e r\nd o u c e m e n t, ses ja m b e s s ’e m b a r r a s s a ie n t d a n s le s ja m b e s\nfu s e lé e s d e la je u n e f e m m e a u s s i rire n t-ils tous d e u x . E n se\nr e to u r n a n t, ils v i r e n t T i b u r c e r é g l e r la d é p e n s e et s ’en aller,\na lo r s , et san s p r e s q u e y s o n g e r , ils se s e r r è re n t d a v a n t a g e p u is\nils s ’e s s a y è r e n t à v a ls e r a u m ilie u d e s g a lo p a d e s fu rie u ses p a r\nq u o i s ’a n n o n ç a it la fin p r o c h a in e d u b a l m a s q u é .\n\n                                                 *\n                                             *       *\n\n\n\n\n      A n a t o le et M a d e lo n d a n s è re n t et d a n sè r e n t e n co re,\ne m p o rté s p a r u n v e r t ig e d é li c ie u x et c ro issa n t, lui éta it ro u ge\net d é c o iffé , il p a rla it b a s a v e c un d e m i-so u rire , p lein de sous-\ne n te n d u s, e lle a p p u y é e co n tre lu i se l a is s a i t a lle r , h e u r e u s e ,\ni n s o u c i a n t e et m u e tte de p l a i s i r ; b ie n tô t p o u r ta n t e lle fu t\nl a s s e . . . . A n a t o le l’e n tra în a a u f o y e r et lu i fit b o ir e d u c h a m ­\np a g n e , il v it, a v e c un secret c o n te n te m e n t, u n e g r is e r ie lé g è r e\ne n v a h ir ses y e u x , r e n d r e ses lè v re s s è c h e s et c o m m e in a s ­\ns o u v i e s . . . . il a ffe c tait d e lu i p a r l e r c o m m e à un en fa n t, g a r d a n t\nse s m a in s m o ite s en tre les s ie n n e s .\n         A la v é r ité , n ’é ta it ce p a s un e en fa n t, cette M a d e lo n , u n e\ng r a n d e e n fa n t a u x h an c h es fo rtes et à l a p o it r in e g r a c i le , à\nla q u e l l e c ertain s p la i s ir s éta ie n t, s u iv a n t le c a s , m a is p a r la\nm ê m e m o r a le , p e r m is ou d é f e n d u s ?\n         A le u rs c ô té s, u n c lo w n fo rt d é c e m m e n t iv r e le u r d o n n a\nd e s c o n s e ils p e u é q u iv o q u e s su r le m e ille u r e m p lo i q u ’ un\nc o u p le a m o u r e u x p e u t fa ir e d e s d e r n iè r e s h e u r e s d e la nuit,\nsi, b ie n e n te n d u , la fa tig u e d u c a r n a v a l n ’a p o in t d é t r u it\nen lu i, to u te v a i lla n c e et to u te a r d e u r .\n         A n a t o l e se m it à r ir e , m ais M a d e lo n r o u g i t d e v o ir\nd o n n e r un e fo rm e a u ssi c la ir e à le u r p e n s é e se c rè te , e lle prit\nl a m a in d e son c a v a li e r , u n e d e r n iè r e fo is , ils t r a v e r s è r e n t le\nb a l o ù d e s v i d e s se f a is a ie n t d e m in u t e en m in u te , p u is ils\n"}, {"page_pdf": 536, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2107, "texte": "                             —       113   —\n\n\ndescendirent les grands escaliers majestueux que tantôt Ana­\ntole avait gravis d ’un air sérieux et pensif... les marches en\nétaient solitaires et abandonnées.\n     Anatole amena Madelon devant une des glaces qui\nagrandissaient à l’infini le vestibule majestueux du théâtre. Je\nne sais, dit-il en souriant, ce qui est le plus joli, vous Madelon,\nqui, fatiguée un peu, vous appuyez à mon bras ou votre reflet,\nplein de grâce et de caprice, que je puis sur ce miroir toucher\naux endroits les plus séduisants. Ce disant et joignant le geste\nà la parole, il caressait dans la glace les épaules de sa compa­\ngne. Madelon frissonna comme si — réellement — elle eût\nsur sa peau senti les doigts impatients d ’Anatole, mais il lui\nmit sa fourrure et tandis qu’il l’agraffait, elle tourna la tête\net lui tendit sa bouche, ils échangèrent leur premier baiser.\n\n                                 *     *\n\n      L a pluie tombait toujours, des couples masqués passaient\nrapidement sur le boulevard, pressés par le besoin de s’étendre\net de dormir; Anatole voulait héler un fiacre, mais Madelon\nl'en empêcha, sans doute, craignait-elle q u ’il y fût trop fami­\nlier ! Cette réserve était honorable et en même temps fort\nadroite, aussi Anatole n ’insista pas; ils partirent à pied, bras\ndessus bras dessous, amicalement ; elle troussait ses jupes et\nmontrait ses bas blancs et même un peu de la dentelle de ses\npantalons, lui, cherchait à éviter les flaques d ’eau que des\nhommes remuaient, formant des tas énormes et boueux de\nconfettis. Aux abords des cafés de nuit, des pauvres se tenaient\ngrelottants et la main tendue, Anatole, sachant que ce geste\nplaît aux femmes leur donna à tous quelques sous.\n      Ils parlaient peu et malgré que chacun eût encore aux\nlèvres le parfum de leur mutuelle caresse, aucun n’y fit une\nallusion même lointaine. Madelon, dit pourtant Anatole, ton\nami Tiburce, t ’a fort incivilement faussé compagnie, tu m ’as\ntrouvé là très à propos pour le remplacer, dans ses attributions\nsinon dans ses privilèges, je me promets de cette aventure le\n"}, {"page_pdf": 537, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2020, "texte": "                            — 114 -\n\n plus grand plaisir et je souhaite servir le tien en t ’accordant\n ce que Tiburce t ’a refusé toujours.... nous allons souper dans\n un bar !\n      Ils entrèrent à l’Omnium...\n      Une joie bruyante régnait là, colorant les visages, allu­\nmant dans les yeux de chacun les flammes dernières de la\nnuit carnavalesque. Toutes les tables étaient occupées et les\nhautes chaises où perchaient quelques demi-mondaines fami­\nlières à ce lieu s’entouraient d ’un triple rang de noctambules.\n      Anatole se fraya lentement un passage et Madelon le\nsuivait sans mot dire, ils gagnèrent une salle où régnait un\ncalme relatif, des gens y soupaient, ici un groupe d ’étudiants\nentourait une jeune femme qui, tout en leur accordant quel­\nques privautés se livrait aux confidences les plus inattendues ;\nlà, un domino ronflait et parfois en rêve déclamait des choses\nincohérentes__\n      Ils s’assirent à une petite table, le couvert y était mis,\ncoquet et engageant, sous l’abat-jour rose de la bougie élec­\ntrique... tout était clair et joli, des gravures montraient sur\nles murs des intérieurs d ’auberges et des diligences comme\non en voit dans les romans anglais et aussi de nombreux\ngentlemans gais et bien nourris, dans un coin il y avait un\npiano ouvert et partout des habits noirs et des épaules nues\net dorées.\n      On mit du champagne devant eux; pour se rafraîchir,\nMadelon colla ses mains au seau d’argent, Anatole les lui\nprit, il sentait renaître son désir un moment calmé à leur\npassage dans la rue attristée par l’aube qui naissait blafarde,\nil les embrassa par petits coups, un frisson léger naissait de\nses baisers, montait lentement le long des bras de la jeune\nfille, elle s’abandonna encore les yeux et la bouche émus...\npersonne ne faisait attention à eux, ils se regardèrent\nlonguement.\n      Pendant qu’on préparait leur souper, Madelon se retira\nun moment, mais Anatole la suivit bientôt — elle se poudrait\ndevant une glace infirme — et lui m it une m ouche au coin des\n"}, {"page_pdf": 538, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1965, "texte": "                            —   115 —\n\n\nlèvres et une sur l’épaule, puis la serra contre lui, cet instant\nfut délicieux, leur chair impatiente vibrait, leur raison s’était\nenvolée.\n     Ma petite Madelon, fit Anatole, nous allons souper\ngentiment puis nous rentrerons.... il ajouta plus bas...,\nensemble__\n     Elle ne répondit pas, mais il vit q u ’elle était à lui, déjà.\nBrusquement, il songea à Tiburce, mais il chassa cette image\ninopportune. Il se rappela son récent propos : « Tu ne plais\npas aux femmes », avait-il dit; en y pensant, il caressait la\nnuque de Madelon, qui d ’une façon charmante servait son\nplaisir et sa vengeance.\n     Ils rentrèrent dans la salle et soupèrent lentement, lui la\nservait avec des prévenances amoureuses, ils buvaient au\nmême verre et Anatole, avec ses lèvres, agrandissait le petit\nrond que Madelon y avait laissé       ils causaient peu, las tous\ndeux.\n     U n ami de Tiburce passa avec un domino, en quête d ’une\ntable, il parut étonné de voir Madelon et Anatole en tête à tète\nà une heure aussi tardive, aussi est-ce avec contrainte q u ’il\nrépondit à leur salut.\n      Pour la première fois, Anatole songea que son aventure,\nencore qu’elle fût en tous points agréable, risquait de lui\nménager quelque surprise cruelle. Certes, il cacherait à\nTiburce l’épilogue intime q u ’il attendait de cette soirée, mais\nn ’éprouvait-il pas un peu de gêne et d ’ennui à lui en fournir\nun récit fantaisiste.... Etait-il au surplus très honnête de lui\nvoler sa maîtresse, la séduisante Madelon ? et quelle raison\nvalide pourrait atténuer son indélicatesse ?\n     Tiburce était jaloux et certes il prendrait fort mal q u ’on\nle trompât.... ce n’est point q u ’Anatole ne lui eût fréquemment\ndémontré qu’il est d ’une arrogance extrême de vouloir être,\nvaniteusement, le maître unique et perm anent des sens\ncapricieux d ’une femme.... mais ce ne sont là que paradoxes...\nAnatole ne put s’empêcher de mettre en balance le prix q u ’il\n"}, {"page_pdf": 539, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2252, "texte": "                             — 1 1 6   —\n\n\nattachait à son amitié pour Tiburce et le plaisir q u ’il attendait\nde Madelon... à ces considérations, d ’autres venaient se\njoindre et leur justesse le vexait..., mais vraiment, il avait\nquelque peine à raisonner, sa main trem blait en vidant son\nverre et plus encore en le remplissant.\n      Une petite pendule sonna cinq heures d ’un timbre clair\net gai, sans arrière-pensée, elle semblait se moquer d'Anatole\nqui tout doucement se grisait et de Madelon endormie.\n      Car, Madelon s’était endormie, ses yeux étaient fermés et\nune cernure légère les entourait, un poing serré soulevait sa\ntéte alourdie... elle était délicieuse ainsi, mais avec quelque\nchose d ’innocent et d ’enfantin qui lui donnait un charme\nparticulier. Anatole, en la regardant, sentait ses désirs\n libertins tantôt si vigoureux, s’évanouir, lassés et devenus\nsans objet; il eut pourtant le mauvais goût d ’attribuer à sa\n morale et au fruit vertueux de ses raisonnements, l ’abandon\n qu’il fit de ses projets. Le sommeil de Madelon se dit-il aussi,\n est un motif encore pour que je n’abuse point inconsidérément\n de notre mutuel désir de nous mieux connaître où ce q u ’il y\n avait de plus clair était, sans doute, le dépit et la rancune.\n      De nouveaux soupeurs entrèrent dans la salle, et un\n couple vint s’asseoir près d ’eux, c’était un jeune japonais aux\n yeux curieux et perspicaces et une demi-mondaine, dont les\n propos lestes firent tourner toutes les tètes. Lui s’exprimait\n lentement et avec difficulté, visiblement ennuyé de l’attention\n qui se portait vers eux, il commanda du champagne puis resta\n silencieux, occupé à quelque travail mystérieux            au bout\n d'un moment, il tendit à la jeune femme qui, pendant ce temps\n avait bu plus, que de raison, un petit lapin, modelé dans de\n la mie de pain par ses savantes mains d ’aristocrate asiatique...\n sa compagne s’en empara et le plaçant sur le dos d ’une assiette\n le promena autour de la salle le présentant à l’admiration de\n chaque table... Tous lancèrent un bon mot, un loustic cria :\n « Vive le Japon », un autre, au piano, exécuta, avec un doigt,\n une marche guerrière, des bouchons sautèrent dans une\n allégresse nouvelle, la pendule sonna encore.\n"}, {"page_pdf": 540, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 852, "texte": "                                                             — 117 —\n\n      Anatole regardait alternativement le petit lapin, assis sur\n son derrière et Madelon qui, cette fois, dormait avec une\n conviction candide ; mais son poing se fatiguait, sa tête tomba\n sur son corsage puis sur la table.... elle était séduisante plus\n que jamais, toute rose dans ses boucles brunes.... paternel­\n lement, il lui en fit un coussin, écarta la coupe que retenaient\n ses doigts crispés mit une fourrure sur sa gorge nue,... puis il\n haussa les épaules, enfila son paletot et s’en alla.\n      Il sortit du bar nocturne, s’efforçant de marcher droit,\n calme et tranquille, comme on l’est après quelque action\n notoire ou quelque geste héroïque.\n                                                                                    C arlo R u y t e r s.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-003", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 117, "page_fin": 118, "titre_corps": "Le Rapt", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. 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L e beau jo u r de printem ps", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 542, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 1579, "texte": "L ’ A ig le\n\nQ uand p a r le soir vibrant de tendresse et d ’ex ta se,\nL 'a ig le enfin fa tig u é dans le soleil san glan t,\nT o u t ru isselan t d 'a zu r, tout énivré d ’espace,\nV ie n t goû ter la douceur du repos nonchalant,\nS u r un roc il s ’a b a t de la voûte éternelle\nComme un astre fila n t d ro it dans l'immensité,\nE t closant son œ il d ’or et referm ant son aile,\nIm m obile, il s'endort a vec sérénité.\nM a is voici qu'un chasseur invisible en la plain e.\nD ’un tra it sû r e t m ortel fe n d a n t l ’a ir avec bruit,\nL 'a rra ch a n t à son rêve e t le fra p p a n t à l ’aine,\nB rusquem ent, le f a it choir dans l ’im placable nuit.\n\n\nA in si, quand dans le ciel p u r de sa fa n ta isie,\nL a s de l ’orgu eil trop lourd où son songe a p la n é\nL e poète, p a rfo is, dompte sa frén ésie,\nS u r un f a îte sublime il s ’a rrête étonné.\n\n\nT ou t flam ban t d ’infini, tou t ailé de m ystè re\nP h a re allum é su r l ’om bre où croupit le commun,\nI l dem eure, pensif, m uet et solitaire.\nE t tous les p réju g és alors, l'un après l' un,\nL e M é p ris, la Sottise e t l ’exécrable haine,\nL entem ent, d an s l'espoir d 'ébranler sa splendeur.\nA in si que des démons lâchés de la géhenne\nR am pen t hideusem ent à l ’a ssa u t de son cœ ur.\nE t le poète a lo rs, dont l'âm e inassouvie,\nSe ron ge de douleur sous ce choc du néant,\nComme un a ig le brisé p a r la stupide vie\nR oule, vertigin eu x, dans le gouffre béant.\n                                                                 P. P rist.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-005", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 119, "page_fin": 121, "titre_corps": "Printemps parisien", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "THÉO VARLET.", "ancre_debut": "P p in teçn p s p a r i s i e n . L e beau jo u r de printem ps se m eurt a u x boulevards", "ancre_fin": "T héo V a r l e t . P a r is , C a fé d e la P a i x", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Obépon. D’une antenne de sauterelle", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 542, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 1579, "fin_caractere_exclue": 1938, "texte": "P p in teçn p s p a r i s i e n .\n\nL e beau jo u r de printem ps se m eurt a u x boulevards\nD ans l'heure bleue exquisem ent du crépuscule ;\nE t le p a v é de bois, comme a u x fo r ê ts n atales,\nSuinte l ’acre odeur des ports en aventures.\n\n\nT out ce jo u r de lumière fleu rie,\nA u tra v ers ivre de la capitale,\nJ ’a i coudoyé, flo ts j o y e u x de vie,\n"}, {"page_pdf": 543, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "                                                                —      120 —\n\n P a ris,\n D a n s l'a ir lé g e r d e f l o r é a l\n\n\n  M a i s , ta n d is q u ’in d u lg e n t e t se re in , j e s a v o u r e\n L e p a s s a g e en f é e r i e d u so ir co sm o p o lite,\n A u x p e r sp e c tiv e s g lo r ie u s e s d u c a r r e fo u r\n S ’illu m in e n t c r û m e n t les la m p e s éle c triq u e s.\n\n\n D a n s le c ie l c r é p u scu la ire\n S 'in s ta lle n t, ép elés en lu m iè re s.\n D 'e x c la m a tif s a p p els a u x p la is ir s p o p u la ir e s :\n\n\nE t v e r s l ’a p h ro d is ie f o u d r o y a n te d e s th é â tr e s .\nL e s tr o u p e a u x d e la f o u l e se h â te n t\nS u r le s tr o tto ir s b la fa r d s .\n\n\nA u f o n d d e s y e u x civ ilisé s, s 'e ffa r e\nL ’in stin c t p r im o r d ia l d e s c a v e r n e s ;\nE t ce tte f o u l e — u n a n im e h o ro sco p e —\nH o u le a ta v iq u e en ce b eau so ir , invoque.\nO n u it p ro c ré a tr ic e ! le g e s te ritu e l.\n\n\nO r , j e s o n g e a u x a s p h a lte s j u m e lle s\nD e s a u tr e s c a p ita le s p r in ta n iè r e s e t f a u v e s .\nO ùt le M â l e — E te r n e l c h a s se l'E te r n e lle — F e m e lle\nS o u s d e s ciels en c h a le u r d e r o u g e s B a b y lo n e s :\n\n\nE t , s e u l c e r v e a u r o y a l d e ce s o ir a ta v iq u e ,\nA n a l y s t e se c ta ire\nM e t t a n t a u p o in t le s o c u la ire s.\nT a illé s a u n o r d d es n u its m é ta p h y s iq u e s ,\nJ e reg a rd e\nS 'a g i t e r v a in e m e n t les lois é lé m e n ta ir e s.\n\n\nH o u le s d e fo u l e s , r u m e u r d e n s e , c la m e u r s en f u i t e :\n\n\nA u c a r r e fo u r d e s b o u le v a r d s co sm o p o lite s,\nE p e la n t, a cca b lé d ’u n m e r v e ille u x e n n u i,\nL e ciel q u i ré v e rb è re\nL e s a p p els l u m in e u x a u x p la is ir s p o p u la ir e s .\nJ e so n g e — e t p u is a p rè s, o v i e u x C osm os ! e t p u i s ? —\n\n\nQ u e cette v a n ité d e s Rois d e l'U n iv e r s\nR o u le so u s le r e g a r d in d iffé r e n t d e s a s tr e s .\n\n\nA fin que d a n s m ille a n s , ô v ie ille E c c lé s ia s te !\n— A tr a v e r s les tr o u p e a u x im p u ls ifs d e s h u m a in s\n"}, {"page_pdf": 544, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 669, "texte": "                                                           ----   1 2 1 ----\n\nQ u i v o n t, so u s l'a ig u illo n de l'é te rn e l D e stin ,\nB a ttr e s tu p id e m e n t le b riq u e t des m u q u e u s e s —\nA fin q u e, d a n s u n s o ir p a r e il d e p r in te m p s f a u v e ,\nU n a u tr e c u r ie u x d e la F in a lité\nS u r les tro tto irs f u t u r s d es n eu ves B a b y lo n e s\nR e g a r d e d é fe r le r la m êm e V a n ité\n                                                                                         T héo V a r l e t .\n\nP a r is , C a fé d e la P a i x £ M a i 1 9 0 4\n\n\n                                                       ****\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-006", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 121, "page_fin": 122, "titre_corps": "Obéron", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "FAGUS.", "ancre_debut": "Obépon. D’une antenne de sauterelle Bon maître Puek se saisit", "ancre_fin": "v o lé ! F agus.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le p alais.           A E.       D esp rech in s.  L e P a la i", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 544, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 669, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "Obépon.\n                                                                               D’une antenne de sauterelle\n                                                                               Bon maître Puek se saisit ;\n                                                                               Sur une aile de ph aléne\n                                                                               D’une haleine il écrivit\n\n\n\nJ e m is p r is o n n ie r l'a rc -e n -c ie l\nD a n s le ré sea u d 'u n e a r a ig n é e\nO ù d a n s a ie n t les r a is d u so le il\nS u r des g lo b u le s d e rosée ;\n\n\nP o u r q u e lu i f û t la p r is o n douce\nJ 'a i d it a u x clo c h e tte s d u t h y m\nD 'e m p r e in d re le u r c a g e d e m o u sses\nD 'u n f r a i s c a r illo n de p a r fu m s ;\n\n\n L e j e u n e a rc -e n -c ie l s'e s t d re ss é\n F r is s o n n a n t d 'a ise a u so le il c la ir\n E n r ia n t il a seco u é\n S a j u p e d ’a n g é liq u e s b ra ise s.\n\n\n E t l 'a g ite a u r y th m e c h a n g e a n t\n D o n t la b rise berce la toile,\n E to ile s , c h e v e u x d 'o r , a r g e n t\n E t n a c r e d e la f é e U r g è le ;\n\n\n I l s ’a g ite , il d a n se , oh lé g e r !\n B a la n c e lle d e f la m m e s d 'o r,\n O r v e r t, ro se à b leu , o ra n g é ,\n E m m ê le z - v o u s ! fl u i d e co rp s.\n\n\n V o is - tu à tr a v e r s lu i v ib r e r\n L e s a ile s d 'e a u d es lib ellu les,\n L e s co lo n n es d ’a ir o n d u le r\n Q u e so u lè v e u n e c a n ic u le ?\n"}, {"page_pdf": 545, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 466, "texte": "                                                          —      122 —\n\n\nS o r tilè g e q u i m e h a rc è le ,\nC es b ru isse m e n ts d e c o u le u rs\nD a n s la m o lle lu m iè re iso len t\nL 'e x t a s e d 'u n e é tr a n g e fle u r :\n\nM o n c œ u r d é c o u v re ton v is a g e ,\nP u is ton co rp s en fin d é v o ilé ...\n— D a n s l'a ir p a s s a it u n n u a g e\nT o u t s ’est e n v o lé !\n                                                    F agus.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-007", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 122, "page_fin": 122, "titre_corps": "Le palais", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. MOULINAS.", "ancre_debut": "Le p alais.           A E.       D esp rech in s.  L e P a la i", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 545, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 466, "fin_caractere_exclue": 2279, "texte": "Le p alais.\n          A E.       D esp rech in s.\n\nL e P a la is d a n s le c ie l lève so n d ô m e d 'o r\nP o rté p a r le p lo îm e n t de d o u z e ca ria tid es-,\nL e s o n y x p r é c ie u x e t les ja s p e s sp le n d id e s\nL a m b r is s e n t l'esc a lie r, d a lle n t le c o r rid o r.\n\nD e l'a ir a in le p lu s d u r les p o r te s re vêtu es\nS o u s les coups d u s o le il o n t un é c la t s a n g la n t,\nT a n d is q u 'a u f a î t e d u fr o n t o n é tin c e la n t\nV ibre la n u d ité n e r v e u se d e s s ta tu e s .\n\nD e u x g r a n d s tig r e s d e m a r b r e a llo n g é s s u r le se u il\nF o n t c r a in d r e , t a n t le u r s re in s c o lo s s a u x se m b le n t viv re ,\nQ u e d ’u n coup se le v a n t s u r le u r s g r iffe s d e c u ivre,\nE ffr o y a b le s , ils v o n t b o n d ir, le f e u d a n s l'œ il.\n\nU n e im m e n se r u m e u r s o r t d e s h a u te s c ro isées :\nL e M a îtr e e t ses a m is so n t en un g r a n d f e s ti n ,\nI l s so n t j o y e u x c a r le b o n h e u r e s t le u r d e s tin ...\nS u r le u r s têtes, d es f l e u r s en h o u p p es s o n t p o sé e s.\n\nL e s co u p es d e v e r m e il où m o u s se un vin a rd e n t\nS e c h o q u e n t à g r a n d b ru it, s u r la n a p p e r o u g ie\nL e M a îtr e q u i s o u r it s'a c c o rd e ... E t d a n s l ’o rg ie\nD e s f i l l e s à se s p ie d s g is e n t, le r e g a r d a n t.\n\n\n\n\nE t tan d is q u e l’iv r e ss e en le u r s c e r v e a u x s 'a v iv e ,\nD e r riè r e les b a tta n ts d e la p o r te e n tr 'o u v e r ts\nR ic a n e , a v a n t d 'e n tre r, in n a te n d u co n v iv e .\nL a M o r t a u m a n te a u blêm e e t q u e r o n g e n t d e s vers.\n                                                                                            G.   M o u lin a s.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-008", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 125, "titre_corps": "La Grimace humaine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "GASTON PULINGS.", "ancre_debut": "L a G r im ace h u m aine .        Il pleut depuis deux heu", "ancre_fin": "29 septembre 1 9 0 5", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A la M o n n a ie.  P r i n c e s s e R a y o n d e Sole", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 546, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 44, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "L a G r im ace h u m aine .\n\n      Il pleut depuis deux heures de l’après-midi et me voici\ncloitré regardant.\n      J ’ai battu à mes vitres différentes charges. J ’en suis depuis\nlongtemps lassé. J ’ai essayé de travailler, mais le ciel trop\nsombre endeuille mon esprit. J e rêve un peu à tout, à la vie\nsurtout, à la vie toujours. Est-ce curieux, on revient conti­\nnuellement à elle, nous avons tous une dette à payer et, ironie,\ncela ne s’oublie pas.\n      Q u ’est-ce que nous devons ? Est-ce notre peau ou notre\nlabeur ? L a vie demande-t-elle les deux ? L a mort, n ’est-ce\npas une suite de la vie ? E t mourir n ’est-ce pas vraiment\nvivre ?\n      L eur union en tout cas est parfaite et quand la vie aban­\ndonne un homme à la mort, elle possède toute son utilité, ou\nn ’espérant rien, tôt elle le rejette.\n      Ju sq u ’à quel point, nous, la servirons-nous ?\n      Que la vie me semble mélancolique quand il pleut, mes\nespoirs et mes rêves se noient. Ce matin dans un clair rayon\nde soleil, là-bas dans le bois de sapin, l’univers m’appartenait.\n Général, héros antique, j ’avais vaincu les légions ennemies, je\n contemplais mes conquêtes, j ’admirais mes troupes et leur\n audace.\n       Il pleut, maintenant, je suis bien humble, toutes mes\ntentatives paraissent vaines. J ’admire ces paysans qui tra­\nvaillent et je m'émeus en comprenant la grandeur de leur\n œuvre, en méditant sur leur bonheur q u ’ils ignorent. N ourri­\n ciers têtus et méconnus ne sont-ils pas un modèle pour le\n monde. Eux seuls peut-être sont dignes de manger et d ’exister.\n Ils ne pensent pas, mais ils agissent. Que nous nous tournions\n de n ’importe quel côté le vrai problème est là.\n       Pourquoi encore écrire, dépassera-t-on Racine ? Pourquoi\n chercher toujours, toutes nos sensations sont analysées, nulle\n part la solution se dresse consolante et douce.\n"}, {"page_pdf": 547, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "                              — 124 —\n\n      Mais non, il faut lutter, l’inconnu voilà le vrai, l’inconnu\nvoilà l’ennemi.\n      Il pleut toujours. La vie voilà l'inconnu. Etudions-la\nscalpons-la, soyons en le maître, nous qui toujours avons été\nsa victime.\n      Utopie, dira-t-on, autant chercher à arrêter la pluie.\n      Qu’importe, louons la ténacité en pareil cas. Mettons\ncette amante sous notre joug. Actuellement encore elle nous\ntourmente. Nous entrevoyons la ville où bientôt le devoir\nnous rappellera. L a tâche nous attend, il faut vivre. « T u\ngagneras ton pain à la sueur de ton front ». Pourquoi vivre si\nce n ’est q u e pour tous les jours accomplir les mêmes actes jusques\nà la tombe et s’en aller comme on était venu, en pleurant et\nen faisant pleurer.\n      Il pleut toujours. Les pipes se culottent interminablement,\nla fumée bleue envahit la chambre. Je sens que le rêve y règne\négalement de tous côtés, il assiège mon cerveau. Il m ’impor­\ntune, mais il se trouve partout chez lui et vous quitte lorsqu’il\nlui plaît. Comme tout le reste c’est un agent de la vie.\n      Q u ’ai-je fait aujourd’hui ? Encore une après-midi perdue.\n Pour combien, d ’hommes n ’a-t-elle pas été ardue et doulou­\n reuse ! Que de chercheurs n’y o n t pas usé inutilement le\n meilleur de leur cérébralité.\n      E t nous passons, nous ne rattrapperons jamais ce tem ps\n écoulé. Les neuf coups de l’heure sonnent.\n      « Naître, souffrir, mourir » résume six mille ans, en\n prédit      ?\n       E t malgré tout, suivons nos instincts d ’hommes. Accro­\n chons-nous désespérément à cette fille de Janus, à notre\n déesse.\n       Consacrons à la vie tous nos efforts et tous nos travaux.\n Elle seule donnera un calmant à nos maux, un électuaire à\n nos passions, un espoir à nos souffrances. Elle grouille autour\n de nous, elle remplit les rues, les salons, les usines, les man­\n sardes, les campagnes. Elle fait germer l’idée, peiner le\n"}, {"page_pdf": 548, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 530, "texte": "                                 —   1 2 5 ----\n\n\nlaboureur, travailler l’ouvrier, concevoir et exécuter l’œuvre,\nelle forme notre premier aliment. L a vie en un mot est notre\nvie.\n     Son cortège passe, dépêchons-nous de le regarder. Voici\nses étendards de victoire, ses drapeaux de deuil. Voici ses élus,\nvoilà ses victimes. Dans le lointain son char apparaît majes­\ntueux et grandiose : c’est la grim ace humaine.\n                                                  G a sto n   P u l in g s .\n W ardin, 29 septembre 1 9 0 5\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-009", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 125, "page_fin": 129, "titre_corps": "À la Monnaie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "ROB. LYDAIME.", "ancre_debut": "A la M o n n a ie.  P r i n c e s s e R a y o n d e Sole", "ancre_fin": "plus grandes gloires nationales. Rob. Lydaime.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "G e n v al.  L es r e p r é s e n t a t i o n s en", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 548, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 530, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "A la M o n n a ie.\n\nP r i n c e s s e R a y o n d e Soleil.\n\n       En mille huit cent cinquante, Wagner écrivait dans son Œ uvre\nd ’A r t de l ’A v en ir : « Le peuple est l’ensemble de tous ceux qui\néprouvent une commune détresse. Qu’un homme soit le plus ou le\nmoins cultivé de tous, savant ou ignorant, placé au plus haut ou au\nplus bas de l’échelle sociale.... sitôt qu’il éprouve ou qu’il entretient\nen lui une aspiration qui le force à sortir d’un lâche accommodement à\nla connexion criminelle liant notre Société et notre État, ou de\nl’obtuse soumission d’esprit à cette ordre des choses ; une aspiration\nqui lui fasse ressentir le dégoût des joies vides de notre civilisation\ninhumaine, ou la haine d’un utilitarisme profitable seulement à ceux\nqui n’ont besoin de rien, et non à ceux qui manquent de tout, — __..\nsitôt que cet homme reconnaît clairement et sans hésitation cette\nnécessité morale, en se sentant capable de souffrir de la peine d’autrui,\net, s’il faut offrir sa vie même au sacrifice, — celui-là appartient alors\nau peuple ; car lui et tous ses pareils ressentent une même détresse.\nLe peuple est l’ensemble de tous ceux qui éprouvent une commune\ndétresse. C’est au peuple ainsi défini que se doit adresser l’œuvre\nd’art, car le seul créateur de l’œuvre d’art est le peuple : l’artiste peut\nseulement saisir et exprimer la création inconsciente du peuple ».\n      Paul de Mont et Paul Gilson ont supérieurement compris la pro­\n"}, {"page_pdf": 549, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2194, "texte": "                               — 126 —\n\nfonde justesse de cette observation, car leur Princesse Rayon de\nSoleil que le théâtre de la Monnaie vient d’avoir l’honneur de\nreprésenter, est un hymne grandiose du Peuple au Peuple.\n       Analysons brièvement le poème :\n W alpra, femme haineuse, mère du jeune T ja ld a , a converti son\nfils en cerf afin de le soustraire aux poursuites du roi Ajoboud. Ce\ndernier n’ayant conquis le trône qu’au prix du meurtre du père de\n T ja ld a , voit en Tjalda un adversaire redoutable.\n       Au cours d’une chasse, le hasard a voulu que le jeune cerf soit\nblessé. W alpra, magicienne habile, le sauvera cependant et le recon­\nvertira en homme afin d’en faire l’instrument de sa vengeance envers\nAjoboud.\n       Ajoboud est le père d’une enfant merveilleuse que W alpra\ndestine à devenir l’épouse de son fils. Voulant donner à son fils le\ntemps de grandir, elle plonge le roi, la princesse et tous les habitants\ndu château royal dans un sommeil profond. Ce sommeil durera des\nsiècles peut-être, jusqu’au jour où sera prononcé le mot qui doit\nl’interrompre.\n       Peux chanteurs errants ayant révélé à T jalda le mystère du\nchâteau endormi, il se sent soudain inspiré du désir d’aller\nréveiller la belle princesse Rayon de Soleil.\n       Fort de la force des héros qui peuvent tout, il s’enfuit à travers\nbois vers le château. L’aspect de la cour a bien changé ! Ses habi­\ntants sont fleuris d’une végétation luxuriante.\n       Tjalda trouve le mot qui doit réveiller l’assistance. Tous se\ndégourdissent et se lèvent aussitôt. La princesse aime le jeune héros\nqui l’a sauvée, et ils chantent à l’Amour et à la lumière un hymne\ngrandiose.\n        W alpra est arrivée sur ces entrefaites Craignant que ses pro­\njets n’échouent, elle frappe elle-même le roi et se tue ensuite. « Nous\nn’étions que haine », dit-elle en mourant. « E u x sont le Printem ps\net l ’A m o u r, que Tjalda hérite de la couronne.\n       Le peuple acclame joyeusement les jeunes époux par un chant\nd’allégresse L a lumière est entrée dans le pays, et cependant que\nle rideau se ferme, les cloches du palais bourdonnent joyeusement.\n       Eu un mot : le poème de M. Paul de Mont nous fait\n"}, {"page_pdf": 550, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2230, "texte": "                                 —   127 —\n\n\n  assister à la victoire de la lumière et de l’amour sur la haine. Simple\n  reproduction d’un conte de fées, il acquiert, pour les âmes délicates,\n  les proportions d’un grand drame humain.\n        Princesse R ayon de Soleil marque l’avènement en Belgique\n  du drame musical normal, aussi devons nous saluer cette œuvre avec\n  bonheur.\n        Ce que Wagner et Gustave-Charpentier firent dans leur pays,\n Paul Gilson vient de le réaliser chez nous.\n       Tout en étant conçue selon les théories wagnériennes, la par­\n tition est cependant d’une personnalité très définie. Comment en\n serait-il autrement lorsqu’il s’agit d’un poète et d’un peintre tel que\n Paul Gilson ?\n        Il importerait d’ailleurs que l’on s’entendît sur la signification\n du Wagnérisme. — La forme wagnérienne du drame musical étant\n la plus logique, la plus naturelle et la plus humaine qui soit, pour­\n quoi ne pourrait-on pas en imiter le fond ? Faut-il dédaigner Van\n Dyck et Jordaens sous prétexte qu’ils étaient de l’école de Rubens? —\n Non ! car indépendamment de leur méthode qui était invariable,\n ils avaient chacun leur imagination propre, et une recherche dans le\n  coloris, absolument personnelle. Les fondations d’un palais et celles\n d’une masure sont, toutes proportions gardées, à peu près les mêmes.\nViendra-t-on pour cela comparer le temple à la masure ? C’est la\ncharpente de l’art wagnérien qu’il faut imiter et non l’art lui-même.\nEmparons-nous de cette base puisqu’elle est solide et probablement\ndéfinitive, mais au-dessus d’elle élevons tous les monuments qu’il\nnous plaira, pourvu qu’ils soient dignes du jour.\n       N’est-ce pas en se servant de la méthode wagnérienne que\nCharpentier a écrit cette sublime Louise qui est peut-être l’œuvre\nmusicale la plus originale et la plus extraordinaire des temps\nmodernes ?\n       Paul de Mont et Paul Gilson étaient bien faits pour se com­\nprendre, tout autant que Bizet et Prosper d’Mérimée. Il y a une\ntelle harmonie entre le poème et la musique qu'on a peine à croire\nqu’ils soient l’œuvre de deux hommes différents.\n       Signalons les plus beaux endroits de la partition, encore qu’elle\nsoit belle et harmonieuse d’un bout à l’autre.\n"}, {"page_pdf": 551, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2333, "texte": "                               —   1 2 8 —\n\n\n      Dès le commencement du premier acte se dégage une impression\nde fraîcheur qui charme l’auditeur.\n      Les lamentations de W alpra sur le corps du cerf blessé sont\naustèrement belles ; il y a là des effets de cuivres qui révèlent immé­\ndiatement un grand-maître. Quant à la lin de l'acte elle est une des\nplus puissantes productions du théâtre actuel. Il n’y a pas de mots\npour dépeindre la façon magistrale avec laquelle le musicien décrit le\nsommeil qui s’est emparé des personnages. Pendant qu’un déchai­\nnement houleux des violons et des flûtes traverse furieusement\nl’orchestre, les cors énoncent solennellement les larges accords du\nthème du sommeil. (Ah ! puisse un jour la Monnaie avoir un chef\nd’orchestre capable de sentir celte page immortelle !) On se croirait\ndevant quelque tableau fantastique de la nature. Cette prodigieuse\nsymphonie, volontairement lourde et berçante, s’étalant à l’infini\npuis se repliant sur elle-même pour mieux se déployer encore, est\nempreinte d’un tel caractère, que celui qui l’a entendue une fois ne\npeut plus l’oublier de sa vie. Tout doit dormir chante W alpra ; des\nsiècles... éternellement... dans un sommeil de m ort, et le rideau\nse ferme, laissant à l’âme une émotion inexprimable.\n      Ce splendide théme du sommeil reparaîtra chaque fois qu’il sera\nquestion de la princesse endormie.\n      Au second acte mentionnons spécialement le thème de l’éveil de\nl’amour. D’abord timidement ébauché, il renaîtra plus loin dans\ntoute la force de sa généreuse et juvénile inspiration.\n      J’aurais voulu plus de décision dans la symphonie qui sépare les\ndeux parties du dernier acte.\n      La fin de l’œuvre est d’un beau lyrisme. L’inspiration du maître\nest à son apogée. La musique devient visible, dirait-on. Le duo de\n Tjalda et de la Princesse R ayon de Soleil, s’étendant en des\ndéveloppements de plus en plus élevés, frise le sublime. Orchestre et\nchanteurs, tout se fusionne en un colossal débordement de lumière.\n Il semble que le soleil se rue dans la salle.\n      Princesse Rayon de Soleil fut jouée pour la première fois au\nThéâtre Lyrique d’Anvers en 1904, et y remporta un succès considé­\nrable. Hier elle a triomphé à la Monnaie devant une salle en délire.\n      Nous aussi nous applaudissons de toute la force de notre âme,\n"}, {"page_pdf": 552, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 434, "texte": "                               — 129—\n\ncar nous avons la certitude de nous trouver en présence d’un des\nplus beaux efforts artistiques qu’on ait vu en Belgique.\n      Cette œuvre n’a pas seulement ouvert la voie dans laquelle\ndevraient s’engager tous nos jeunes compositeurs aspirant au théâtre,\nelle nous a aussi révélé une de nos plus grandes gloires nationales.\n                                                   Rob. Lydaime.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-010", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 130, "titre_corps": "Genval", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "EDOUARD DE TALLENAY.", "ancre_debut": "G e n v al.  L es r e p r é s e n t a t i o n s en", "ancre_fin": "face. E douard de T allenay.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L es Salons.  L e s I n d é p e n d a n t s — V r ije", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 552, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 434, "fin_caractere_exclue": 1923, "texte": "G e n v al.\n\nL es r e p r é s e n t a t i o n s en plein a i r à G enval.\n\n      E n ces jours d ’été, où l’air a la fraîcheur des foins coupés,\noù éclatent les fleurs, mûrissent les fruits, montent les sèves,\noù la terre exacerbe de vie, ivre de lumière, c’est au cœur des\ncampagnes qu’il faut aller chercher la joie. Elle s'y est réfugiée\nloin des villes, elle y est l’âme de chaque plante, de chaque\nparfum, de chaque rayon, le vol des oiseaux, le léger coup\nd ’aile de l’heure qui passe. Son invisible présence fait les plus\nbelles de toutes, les fêtes que nous donnons dans la nature.\nCette vérité, deux artistes, MIle Guilleaume, le distingué\nprofesseur de déclamation à l’école de musique d ’Ixelles et\nM. S mets, le très intelligent administrateur de la société de\nGenval-les-Eaux, l'ont pleinement comprise. Grâce à leur\ncourageuse initiative, le 13 août dernier nous fut donné un\ndélicieux régal d ’art : la représentation en plein air du\nPolyphème, d’ALBERT Samain. L a pièce peu connue est d ’une\ntrame simple qui convient très bien à son cadre de verdure :\nPolyphème — ce n ’est pas le cyclope — s’est épris de Gala­\nthée. On lui préfère le berger Acis. Témoin d ’une scène\nd ’amour entre les deux amants et ne pouvant supporter la\nvision de leurs étreintes, Polyphème s’aveugle d ’abord puis\nfinit par renoncer à la vie. Les vers auxquels cette fabulation\nsert de prétexte sont admirables et leur interprétation fut\nbonne. Mlle Guilleaume, qui n ’a pu donner évidem m ent sa\n"}, {"page_pdf": 553, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1435, "texte": "                               —   130—\n\n\n mesure dans le court rôle de Galathée fut charmante de\n distinction. M lle B eaufre composa un Lycas gentiment\n espiègle, mais pas assez ému, peut-être, dans la scène de la fin.\nM. Carlo L iten, Polyphème, se révéla tragédien d ’avenir.\nSi cet acteur tempérait légèrement son jeu il serait parfait. Le\nsens de la mesure lui manque un peu. T el n ’est certes pas le\ncas de M. Ghislain, A c is, dont le début gagnerait à être plus\nchaleureux. Il ne semblait s’émouvoir, M. Ghislain, ni des\njolies harmonies que M lle Gellens tirait de sa harpe, ni du\ncharme prestigieux de l’heure. Elle était adorable, pourtant,\ncelle-ci. Des hauteurs de L a H ulpe, au-dessus du gris azuré\ndes bois, des noirs des sapinières, des dégradés violets, roses\net bleus de l’étang, dans des reflets de topaze, d ’améthyste et\nd ’or, flambait le soleil. Avec la mort de la lumière, la joie,\npartout présente, se muait en une exquise sérénité. Quelques\nrires, au loin, s’éteignaient... U ne brise odorante passait. E t\nplusieurs d ’entre nous, que de son doigt divin la beauté avait\ntouchés, s’en allèrent, après les derniers applaudissements,\nun grand soleil rouge dans les prunelles et, aux lèvres, ces\nvers merveilleux de Samain :\n              Laisse-moi respirer un peu le vent qui passe .\n              C’est comme la pitié de la nuit sur ma face.\n\n                                     E douard de T allenay.\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-011", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 130, "page_fin": 131, "titre_corps": "Les Salons", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "MARCEL ANGENOT.", "ancre_debut": "L es Salons.  L e s I n d é p e n d a n t s — V r ije", "ancre_fin": "M a r c e l A ngenot .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L e s liv r e s Les Vignes mortes", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 553, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 1435, "fin_caractere_exclue": 1927, "texte": "L es Salons.\n\nL e s I n d é p e n d a n t s — V r ije Ku n s t — L a b e u r —\n\n      Le seul souci de ne laisser nulle lacune dans la régularité de nos\ncritiques nous engage à ressusciter les expositions des Indépendants\net du cercle V rije-K unst. A tant de jours de distance nous n’avons\nplus très présentes à la mémoire les œuvres dignes d’un certain\nintérêt ; mais ce recul forcé ne nous fera que plus largement voir\nles choses, et les toiles que nous évoquerons ici gagneront en raison\n"}, {"page_pdf": 554, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1516, "texte": "                                   —   13 1 —\n\n\nmême de celle éventualité. C’est ainsi qu’au Salon des Indépendants,\nL e Vieux P ont de P. Àbatucci se rappelle très honorablement à\nnotre mémoire. F. Beauck toujours fort intéressant et original.\nLantoine aussi qui s’imposait par sa peinture antithétique et Roessingh\net d’autres certainement qui nous échappent peut-être dans la hâte de\ncet articulet.\n      Au cercle V rije-K unst qui présentait un ensemble forcément\nplus corsé (VIIeSalon) nous avons particulièrement aimé les œuvres de\nce luministe qu’est Franz Gaillard, un artiste sincère et dont le talent\nfait à chaque fois de si rapides progrès. Sa peinture est d’un procédé\nfort curieux il semble qu’il vaporise la lumière sur ses toiles, c’est\nun beau travailleur qu’il serait temps de glorifier un peu. Jules\nRullens, avec sa peinture qui fait trop songer à De Braekleer exposait\npourtant un atelier plus personnel et d’une agréable intimité. Van\nBeurden, dont nous retrouvons depuis trois ans le P a in Quotidien,\npain qui pour avoir vieilli n’est pas devenu cependant une croûte\net qu’avec plaisir nous revoyons et admirons toujours. La sculpture\nétait fort bien représentée par M. Théo Blickx..\n\nSalon du Labeur.\n\n      Encore que nous ayons déjà pu admirer chez quelques exposants\nde très belles choses qui doivent y figurer, nous attendons, pour en\nparler, que l’administration du Salon du Labeur songe à nous y\ninviter.\n                                                    M a r c e l A ngenot .\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-012", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 131, "page_fin": 136, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L e s liv r e s Les Vignes mortes, par H e", "ancre_fin": "J u les B ock .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "N o u v elles. Ce présent numéro du J e u n e E ffort", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 554, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 1516, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "L e s liv r e s\nLes Vignes mortes, par H en r i Ma r t in e a u .\n\n     Ce poète ne s’est pas complu dans la recherche ardue d’une\nnouvelle formule. Son expression est restée celle de ses devanciers,\navec un peu de liberté en plus. Sa langue est souple, très claire, très\n"}, {"page_pdf": 555, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "                                  — 132 —\n\npure, et presque toujours très harm onieuse. S ’ il lui arrive parfois\nd’écrire des vers comme celui ci :\n\n         .... et d’arbre en arbre, au loin, la brise, errait légère.\n\n     Il en a de superbes, comme ceux-ci :\n\n         Ce n’était plus l’été, ce n’était point encore\n         Le rouge automne; et dans les jardins chauds les (leurs,\n         Pâles chaque matin de l’ivresse d’éclore,\n         Encensaient le ciel bleu du parfum de leur cœur.\n\n         Le jour silencieux était cinglé d’abeilles\n         Dont l’active blondeur d’épais essaims ardents,\n         Des parterres troublés s’envolait vers les treilles\n         Et délaissait les fleurs pour les fruits transparents.\n\n         Partout, dans la campagne heureuse, par la plaine\n         Et les coteaux qui mollement jusqu’à la mer\n         Conduisent la fraîcheur chantante des fontaines,\n         La vendange riait sous son feuillage vert.\n\n         Les grappes en étincelaient lourdes et vives,\n         Dans l’or massif et nu de leur maturité,\n         E t les grains éclatés dont se saoulaient les grives\n         Jonchaient un sol jaloux de sa fécondité.\n\n         Les paysans joyeux des favorables signes\n         Que le soleil oblique embrasait tous les soirs,\n         Escomptant la récolte abondante des vignes\n         S ’endormaient dans la paix sereine de l’espoir.\n\n    Ces vers sont la première partie du poème lim inaire des Vignes\nmortes. Quelle superbe vendange ils nous promettent ! Quelle\nexcellence de vie, et quelle couleur saine et abondante. On y sent\ncouler une sève virile et féconde, généreuse et ardente. M . M a r t i n e a u\nn’a pas innové, certes non. Mais le talent ne consiste pas seulement\ndans la nouveauté du thème. R e m y d e G o u r m o n t le dit excellemment :\n      « P o u r écrire un bon roman ou quelque drame viable, il faut en\nélire un sujet si banal qu’il en soit nul ou en im aginer un si nouveau\n"}, {"page_pdf": 556, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1968, "texte": "                                   —   133 —\n\n\nqu’il faille du génie pour en tirer parti, Roméo et Ju liette ou Don\nQuichotte. La plupart des tragédies de S h a k e sp e a r e ne sont qu’une\nsuite de métaphores brodées sur le canevas de la première histoire\nvenue. S h a k e sp e a r e n’a rien inventé que ses vers et ses phrases :\ncomme les images en étaient nouvelles, cette nouveauté a nécessai­\nrement conféré la vie aux personnages du drame. »\n      La manière seule est particulière, l’idée est générale, M. MARTI­\nneau l’a compris.\n\n\n\nLes Thuribulums affaissés, par E sm er -V a ld o r .\n\n\n      Je ne m’en cache pas, bien que le livre de M H e n r i Martineau\nsoit un beau livre je lui préfère celui de M. E sm er -V ald o r .\n     M. E sm er -V aldor a un esprit très curieux et surprenant en plus\nd’un point. Ce qui l’attire, avant toute autre chose, ce sont, en quelque\nsorte, ce qu’on pourrait appeler les côtés inemployés par la majorité\ndespoètes. Il faut bien le dire, la foule des poètes estmoutonnière\ncomme l’autrefoule. Par paresse, peut-être, elle va plusvolontiers par\nles chemins connus. Voilà qui n’est pas le cas de M. E sm er -Va ld o r .\nBien que sa technique ne soit en rien novatrice, il faut un certain\ntemps pour s’habituer à sa façon heurtée, et d’une bizarrerie systéma­\ntique. M. E sm er -V aldor est un énergique et peut-être un paradoxal.\nSon esprit rappelle un peu celui de Ma u rice R o llin a t , fécond en\naperçus bizarres, nouveaux et justes.\n      Voici quelques vers qui suffiront à faire goûter au lecteur le\ncharme âcre et l’atmosphère de combat qui règne un peu dans tout\nle livre :\n\n         Quand tu sens le sommeil alourdir ta paupière,\n         Allanguir ton cerveau, e tendre tout ton corps\n         Le voile de l’oubli et le masque d e p ierre\n         S ur ta face blémie et lasse des efforts,\n\n\n         Lève-toi vile et cours hâtif à ta toilette,\n         P ren d s l’éponge, prends l’eau, le savon, la serviette\n"}, {"page_pdf": 557, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1691, "texte": "                                   —   134 —\n\n\n        E l lave la carcasse avec g ran d ’ peine et soin\n        H abille-toi, puis sors vers le labeur prochain.\n\n\n\n\n        C ourbe toi pieusem ent su r ta lâche, imbécile,\n        Sois machine et dis loi q u ’il le faut l’âme vile\n        De l’esclave si tu veux ê tre en am itié\n        Avec celui pour qui tu te vas crucifier.\n\n        Là, c’est la nuit, enfin pour huy la tâche est faite.\n        Ou c’est jo u r de repos, c’est dimanche ou c’est fête\n        C’est assez travaillé pour les autres, lu crois.\n        Mais demain pèse lourd et puissant su r ton être.\n\n\n\n\n         T ourne, tourne et retourne en ton cercle vicieux\n         Vivre pour travailler et travailler pour vivre\n         E t n ’attends pas surtout q u ’un vain sort le délivre\n         Tu es fait p our la chaîne et serv ir les heureux.\n\n         Vis soixante ans et plus sur le même modèle\n         E t quand enfin la m ort te prendra sous son aile\n         Du moins lu ne pourras m ourir et ça t ’es dû.\n         Comment donc p érirait qui n ’a jamais vécu?\n\n     Je pourrais encore citer d’autres poèmes par exemple, Soir\nrom antique, J e l ’a i rêvée fa ta le, Entends le vent heurter aux\nportes... fort beaux assurément, mais qui n’ajouteraient rien à celui\nque j’ai cité, parce qu’il est en quelque sorte la synthèse de l’œuvre.\n\nLe Siège de Berlin, par M. P. B roodcoorens .\n\n      Décidément, le Siège de B e rlin ne méritait pas les honneurs\nde la scène et M. B roodcoorens a eu tort de l’y transporter. Au\nsurplus pourquoi s’attarder à de pareils essais, quand on a, comme\nB roodcoorens, quelque chose dans le ventre, qui vous permette de\nfaire mieux ?\n"}, {"page_pdf": 558, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1628, "texte": "                                  — 135 —\n\nUne Interview au Transformisme, parle baron C h a rles V an B e n e d e n .\n\n      Cette intervieuw est simplement, de la part de M. V an B eneden\nun prétexte à se rappeler à l’attention des lettrés. Et c’est surtout\npour la préface que son auteur l’a écrite. Dans cette préface M. V an\nB en ed en se lamente de n’avoir pas été invité a collaborer à Notre\nP ays. Que M. V an B en ed en se console, on se souviendra de lui au\nprochain jubilé !\n\nRoses d’ Aube, par E d . D oumont.\n\n    Pourrait être mis en musique avec profit et servirait avantageu­\nsement à remplacer la P riere d ’une Vierge.\n\nDans les Jardins d’Octobre, par B. d ’H u g h e e r .\n\n     Ce ne sont que maîtresses.... Ce ne sont qu’estragales... Il n’y\na plus de jeunes. Il n’y a que des saules pleureurs !\n\nPoèmes fervents, par F ernand U r Ba in .\n\n     Verbalité creuse, rengaines à fâcheuses tendances verhariennes.\nDe la poésie ? Je t’en fiche !\n\nLa Chanson de l'Ardenne, par J . J eangout .\n\n     Suite de petits poèmes.... j’allais dire à quatre mains, en\nsongeant aux petits exercices de piano pour commençants. Ce n’est\npas plus l’Ardenne que la Flandre ou l’Espagne.\n\nLes Animaux, par M. Dathan de S t -C y r .\n\n      Je termine cette critique en offrant à nos lecteursla plus extraordi­\nnaire loufoquerie qui soit jamais sortie de la plume d’un écrivain.\nA coup sûr R emy de g ourmont dirait que M. Dathan de S aint Cy r\nfait partie de l’autre littérature ! Lisez :\n                      LA P U N A IS E\n                     Insecte, fuyant la clarté\n                     Créé p our le m alheur de l’homme,\n"}, {"page_pdf": 559, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 921, "texte": "                                 —    136 —\n\n\n                    Dont il suce pendant son somme\n                    Son sang avec; avidité,\n\n                   La punaise que l'on renom m e\n                   P eut vivre avec im punité\n                   Dans les locaux sans p ro p reté\n                   P o u rta n t... ju sq u ’à ce q u ’on l’assomme\n\n                   Elle apparaît quand vient la nuit\n                   De tous les humains ennem ie,\n                   C’est une vraie épidém ie\n\n                    Dans l'hum ble e t m alheureux réduit.\n                    Quand donc cet animal immonde\n                    A ura-t-il disparu du monde ?\n\n      Le tout est publié sous le patronage de la Société protectrice\ndes A n im a u x . Disons vite, pour ceux qui l’ignorent, que M. Da than\nde S aint Gy r est français.\n                                                                J u les B ock .\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-013", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 136, "page_fin": 138, "titre_corps": "Nouvelles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "N o u v elles. 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Glesener, le vigoureux auteur du Cœur de François\nRem y, travaille à un roman humoristique de mœurs liégeoises :\nM onsieur Désiré.\n"}, {"page_pdf": 560, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "                                —        137 —\n\n       L ’association des écrivains belges se propose de publier cette année\nplusieurs anthologies intéressantes. M. A rth u r D a x He l e t a bien\nvoulu se charger de réunir les éléments d’une anthologie De Coster\net d’une anthologie Caroline Popp. On espère que M. G iraud\ndonnera une anthologie M a x W aller. Un autre mort, X a vier de\nR e u l, sera probablement l’objet du même hommage expiatoire. Et\npuis viendra le tour des vivants.\n\n\n     Mademoiselle Alice Cholet a joué pendant l'été, à Spa et à Liége on\nson succès habituel s’est transformé en véritable triomphe. Toutes nos\nfélicitations.\n\nUne conférence d’Edouard Ned à Paris.\n\n\n     Jeudi, 12 octobre, les wallons de Paris ont fêté le soixante-quin­\nz ième anniversaire de notre indépendance.\n     La grande salle du Globe, boulevard de Strasbourg, était comble.\nUn enthousiasme indescriptible régnait dans l’assemblée que présidait\nnotre ministre à Paris, M. LEGHAIT.\n     Les wallons de Paris avaient invité pour la circonstance le bon\npoète E douard N ed à conférencier sur la Belgique. Conférence inté­\nressante et très littéraire qui, analysant tour à tour l’âme flamande\net l’âme wallonne, montra quelles ressources d’énergie et d’art\nfermentent au cœur de notre pays. Aussi cette causerie fut-elle\nsouvent coupée d’applaudissements et se termina-t-èlle par une\novation à noire collaborateur.\n     M. E douard N ed était, d’ailleurs tout designé pour parler d’une\nfaçon autorisée de nos arts, de nos lettres, de nos sciences. Les\nbelles interviews qu’il a publiées sur ces matières au J o u r n a l de\nBruxelles l’y avait excellemment préparé.\n      Nos lecteurs seront heureux d’apprendre que ces interviews vont\nêtre réunies en volume et formeront, sous le litre suggestif : L ’Energie\nbelge, opinion d ’une élite, un beau livre illustré, qui sera pour tout\nbelge un livre de chevet.\n"}, {"page_pdf": 561, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1908, "texte": "                                 —   1 38 —\n\n\n      Le gouvernement a résolu d’augmenter de moitié les crédits actu­\nellement inscrits au budget pour subsides et encouragements litté­\nraires et scientifiques, ainsi que pour les souscriptions et acquisitions\nd’ouvrages destinés aux bibliothèques populaires.\n      Nous le remercions vivement du souci qu’il semble vouloir\nprendre de nos lettres.\n\n     Notre camarade, Marcel Angenot, le délicat auteur de :\nEt voilà Comment, vient de terminer un acte en vers q u ’il\nintitulera probablement : Baiser de Reine. C ’est l’Histoire\nd’ALAIN Chartier,      le gai poète que Marguerite d’Ecosse,\naperçut un jour endormi. Elle l’alla baiser sur la bouche\n« chose dont s’estant quelques-uns esmerveillés, parce que\npour dire le vrai la nature avait enchassé en lui un bel esprit\ndans un corps laid et de mauvaise grâce. L a Reine leur dit,\nqu’ils ne se devaient point étonner de ce mystère, d ’autant\nqu’elle n’entendait avoir baisé l’homme, mais plutôt la pré­\ncieuse bouche de laquelle sont issus et sortis tant de bons\nmots et vertueuses sentences ».\n\n      La Jeune Revue   est morte, est morte et enterrée ! L'E n vo l est\nmort      et de ces cendres naissent de nouvelles revues : L a R evue\nlibre , avec le phénoménal M. Dathan de S a in t Cy r comme corres­\npondant parisien et L a Fronde sur laquelle nous ne possédons pas\nde renseignements.\n\n       Le Florilège qui, dans son dernier numéro, donne d’excellents\n vers de notre collaborateur E m ile D e s p r e c hin s et présente de bons\n articles, a eu la malencontreuse idée de s’adjoindre comme chro­\n niqueur littéraire le jeune G. B u isse r e t qui trouve, insolente, notre\n devise, marcher fr a n c dans la vie et dire ce qu’on pense.\n Prenez garde, jeune M. B u isse r e t ! Le souvenir de votre Vie pro­\nfond e n’est pas suffisamment effacé pour que vous puissiez impu­\n nément parler d’insolence.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-014", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 138, "page_fin": 139, "titre_corps": "Accusé de réception", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Accusé de réception : Les Thuribulum s affaissés, par E sm er V aldor", "ancre_fin": "par C h a r les G u é r in .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’A r cade d u C in q u a n te n a ire . 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J ea n go u t ; Les A n im a u x, par\nDathan de S aint Cy r ; D ans les J a rd in s d ’Octobre, par\nB . d ’H ughe e r ; L a Physiologie morale du Poète, par F lorian\nP a R m e n t ie r ; L ’homme intérieur, par C h a r les G u é r in .\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-09-n28-015", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 139, "page_fin": 139, "titre_corps": "L’Arcade du Cinquantenaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L’A r cade d u C in q u a n te n a ire . 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Quelques mots sur l ’esprit du livre. — II. D e mon droit et\nde mon devoir de critique.\n                                 I\n      Je rends aux symbolistes (2) ce q u ’ils m ’ont prêté, — et\nmême un peu d ’avantage. Depuis plus de dix mille ans q u ’il\ny a des poètes et qui pensent, tout n’est pas dit et l’on ne vient\njam ais trop tard.\n      Le plus grand chagrin que pourrait me causer ce livre,\nserait qu’il ne réalisât pas sa fin et qu’il n ’apparût pas un livre\nde critique générale, je veux dire comme un chapitre d ’his­\ntoire d ’idées. Toute autre interprétation méconnaîtrait mon\nsouci constant : contribuer par l’étude élargie de la poésie\ndite symboliste, à résoudre quelques problèmes d ’esthétique\ncontemporaine en même temps que fixer les acquisitions de la\npensée française durant ces vingt dernières années.\n      Qui voudrait découvrir ici un dessein d ’apologiste ou des\ngoûts belliqueux me désobligerait. Des affirmations suggérées\n par un procédé de recherches expérimentales et des conclu­\n sions dégagées d ’analyses objectives me semblent plus capa­\n bles par leur poids intrinsèque d ’entrainer les esprits, que le\n dégât causé, par une g rèle de pierres dans divers jardins bien\n proprets. Ainsi, nous n ’aboutissons pas toujours aux mêmes\n conclusions, parce que les uns traitent des questions litté­\n raires en hommes de science, les autres en gamins. Ceux-ci\n jettent des cailloux, ceux-là des arguments.\n       Il me semble que les symbolistes ont fait leurs preuves\n et q u ’ils méritent déjà qu’on les juge. Nous avons une h abi­\n\n\n    (1 ) Cet article est l'a v a n t propos d’un livre sur l' E cole sym boliste, que M. de Visan\nabien voulu nous communiquer N . D . L . R .\n     ( 2 ) N e pouvant tout faire à la fois, je m e vois dans la nécessité d'employer le mot\nsym bolism e avant d’en fournir une définition. D e m êm e, je parlerai couramment d'école\nsym boliste, alors qu’il n’existe que des individualités réliées par une tendance générale\net en marche vers une orientation déterm inée,\n"}, {"page_pdf": 521, "texte": "                                        —9 8 —\n\ntucle innée, excellente en soi comme principe d ’action, mais\nparfois injuste, celle d ’évoquer l'homo novus, le surhomme,\n« écho sonore » de toutes nos aspirations, qui synthétisera en\nson esprit et par ses chefs-d’œuvre la mentalité du siècle.\nNous adressons des prières pressantes à Celui qui viendra et\nle pourvoyons de bons conseils. Si de pareilles incantations\nne dénotaient chez le critique en mal d ’absolu une soif d ’idéal\npeu commune, et n ’étaient représentatives d ’un instinct col­\nlectif non méprisable, nous devrions en ordonner la répression\ncomme attentatoires à la réputation de nos poètes, et tout de\nmême un peu ridicules. Celui q ui doit venir — comme l ’en­\nfant de la patrie », comme « le jour de gloire » — est\narrivé depuis longtemps et les sages ne l’ont point reconnu.\nCe n ’est pas un nom, mais dix, mais vingt qu’il faudrait citer,\ndont s’honore à l’heure actuelle la poésie française, si je ne\nm ’étais interdit dès l’abord, par méthode et sérénité, de\ndescendre dans le particulier. Q u’attendons-nous de mieux\npour constater la vitalité du symbolisme ? Les œuvres existent\nq u ’il suffit de feuilleter.\n     Pourrait-on écrire une histoire de la littérature contem­\nporaine et garder le silence sur l ’apport de la génération\nde 1886 ! Agir avec cette légèreté serait commettre une erreur\nsemblable à celle du philosophe, qui, dans une recension de\nsystèmes, tiendrait pour non avenus les systèmes d ’un\nSocrate, d ’un Aristote, d ’un Descartes, d ’un Kant, d ’un\nNietzsche.\n     Chaque école, dans le temps où ses affirmations n ’ont\npas encore été sanctionnées par l'a d m itta tu r de l’opinion,\nexpérimente à ses dépens la thèse de Lombroso. L ’homme est\nun animal misoneiste, c’est-à-dire que toute nouveauté épou­\nvante (1). Il lui répugne q u ’on dérange l’ordre sévère dans\nlequel se meuvent ses pauvres pensées, et son instinct conser­\n\n\n    (1 )     Cette question des rapports du poète et de la foule sera traitée avec plus de\ndétails dans un de nos derniers chapitres.\n"}, {"page_pdf": 522, "texte": "                                        — 99 —\n\nvateur regimbe en face d ’innovations pour lui incompréhensi­\nbles. Comme le déclare Gustave K ahn, précisément à propos\ndu symbolisme, il faut « donner au lecteur tout le temps\nnécessaire (il l'a pris d ’ailleu rs, et lui faire observer que, de\nmême qu’il ne peut pas, sans une certaine préparation, s’inté­\nresser à la science même élémentaire, il lui faut aussi quelque\npréparation pour s’y reconnaître en littérature (I ). »\n       D ’autre part, chez le plus grand nombre, l’émotion esthé­\ntique est provoquée par le fait de se rappeler, de retrouver\nune sensation passée et se résume en un phénomène de\nmémoire accompagné d ’émoi (2). L e charme d ’une mélodie\ns’accroît du plaisir qu’éprouve l’auditeur à la reconnaître.\nC’est peut-être pour cette cause qu’un opéra nous plaît davan­\ntage à une seconde qu’à une première exécution. L ’insistance\navec laquelle Wagner nous répète ses leit-m otifs a sa raison\npsychologique. Une œuvre un peu complexe, q u ’on entend\npour la première fois, jette le trouble dans l’esprit et provoque\nun certain malaise. E n présence du symbolisme qui arrivait\nà nous avec une inspiration renouvelée et sa forme très neuve,\nle public resta décontenancé.\n       Si au moins le critique aidait à cette acclimatation en\n apprivoisant la foule. Mais le contraire a lieu d’ordinaire. Le\n critique se méfie du talent; il empêche le peuple de penser\n par soi-même et le maintient solidement dans l ’ornière. Le\n rôle du critique semble donc plutôt néfaste. Sarcey fut un\n illustre exemple de cette attitude qui consiste à enregistrer\n l ’opinion de la foule au lieu de l’éclairer (3). Comment dès\n\n    ( 1) G u s t a v e      I v a h n : S ym bolistes et décadents, p . 32 .\n      (2 ) V oir sur ce sujet une excellente communication du D r de F leury à la Société de\nP sy ch o lo g ie , le (6 juin 1902,\n      (3 ) Je cite, à titre docum entaire, l’opinion de Jules Lem aitre sur celui qu’il appelle\nson bon m aître. Ce jugem ent ne manque pas d’une certaine ironie : « M . Francisque\nSarcey possède au plus haut point l’une des parties capitales de l’« esprit philosophique »,\nle sentim ent de la relativité des phénom ènes. L e s jeunes générations n’ont pas l’air de\ns’en douter : il n’en est pas m oins certain que M . Sarcey a été le prem ier, il y a quelque\ntrente ans, à appliquer m éthodiquement l’em pirism e à la critique dramatique. Là est sa\nforce, là aussi ses lim ites. Il ne devance p a s ; il m anque un peu d 'inquiétude ; m ais comme\nil explique ce qui est accom pli ! J . L e m a î t r e , T h éo ries et Im pressions, p. 291,\n"}, {"page_pdf": 523, "texte": "                                            — 100 —\n\n\nlors concilier le jugement routinier du vulgaire avec l'objet de\nla poésie tel que le définit Schellcy : « créer à nouveau l’u ni­\nvers, anéanti dans nos esprits par le retour des impressions\nq u ’émousse l’habitude ? (I) » Les symbolistes tout comme\nCorneille, Racine, les Romantiques, etc., et pour les mêmes\nraisons, eurent l’honneur de ne s’introniser qu’avec peine (2).\nOn a commencé à s’irriter contre ces impertinents qui osaient\nnous tirer de notre torpeur. Peu à peu on écouta après avoir\nbeaucoup frappé.\n      Aujourd’hui la poésie dite symboliste par l’importance de\nses doctrines et leur réalisation a obtenu droit de cité. Ses\ntenants, par suite de notre longue accoutumance, acquéreront\naussi leurs quartiers de noblesse. Déjà les symbolistes\noccupent des positions inexpugnables. En faire à nouveau le\nsiège risquerait d ’éterniser notre littérature dans de sottes\nquerelles et de tarir la veine poétique. Entre autres, nous\nsommes redevables à cette école de tant d ’heureuses\naméliorations prosodiques, q u ’i l vaut mieux admettre de gaité\nde cœur le fait établi, — un peu à la manière du droit de\npropriété, — et ne plus se battre au sujet des hiatus, des\nrimes riches, des césures, des strophes analytiques (3) reconnus\nd ’utilité publique.\n      Au cours de ce livre, il me faudra bien prendre parti.\nDans l’impossibilité de demeurer neutre, position intena­\nble, je tiens à déclarer — quoiqu’on s’en doute déjà, — que\nmes sympathies vont à cette nouvelle école, et pour cela je ne\nme crois pas le droit d ’être injuste. Seulement, étant donné\nque je considère la bataille entre théoriciens comme termi­\n\n\n\n    (1 ) Schelley : Défense de la poésie.\n    (2 ) Seuls les parnassiens, habilement lancés par Lem erre, firent sans bruit leur\napparition. C’est qu ’ils n’apportaient pas une formule nouvelle. Leur esthétique fut plutôt\nun retour vers un classicism e élargi, aussi furent-ils accueillis sans grand fracas\n    (3) L ’expression strophe a n a ly tiq u e est de V ielé Griffin qui la préfère à celle plus\ncourante de vers libres qui prête à la confusion.\n"}, {"page_pdf": 524, "texte": "                                          —    101 —\n\n\n née ( 1) et la paix sur le point de se conclure, mes efforts por­\nteront principalement sur la démonstration de ces deux théo­\nrèmes : déterminer les raisons qui occasionnèrent l’avènement\ndu symbolisme ; montrer la conformité des doctrines esthéti­\nques dont je parle aux lois qui régissent notre mentalité con­\ntemporaine. Si l’on préfère, mon dessein consiste à décrire\nl’atmosphère intellectuelle à travers laquelle se meut le sym­\nbolisme, après avoir replacé celui-ci dans son climat psycho­\nlogique.\n                                  II\n\n     On a peut-être trop dénié au poète le droit de s’exprimer\ndirectement sur son art. Qui donc, mieux que lui, pourra dis­\nserter sur sa vision de l’univers et le choix de sa forme rythm i­\n\n\n     (1 ). Quand je dis que la bataille entre théoriciens touche à sa fin il faut s’entendre\nIl est bien évident qu’il y aura encore des poètes ou des critiques pour protester contre\nles inovations des sym bolistes. M ais on peut supposer que tout effort de réaction sera\nvain et que tôt ou tard les conservateurs de vieilles formules seront entraînés dans le\njeune courant. Citons à ce propos une bonne page de G ustave Kahn qui nous sem ble\navoir mis les choses au point. « Et je vais dire toute ma pensée : je crois que même si\nune réaction condamnait le vers libre, si, pour des raisons m ultiples, excellentes, irréfra­\ngables on en revenait à la pratique littéraire d’avant 1881, si on décrétait nos innovations\nhasardées inutiles, cela n’aurait qu’une importance relative. U n e évolution faite dans le\nsens de la liberté du rythme et de son élargissem ent est toujours destinée, à la longue\nau m oins, malgré les réactions, à s’im poser ; sont fatales, l’action les cause. Et puis les\njeunes gens qui ne partagent point nos idées théoriques sont tellem ent imbus de l’appli­\ncation pratique que nous en avons faite, ont absorbé assez de l’influence de l’un ou l’au­\ntre de n o u s,... que leur vers libéré et même leur vers parnassien profondément modifié,\nn’est plus, sauf exception, l’ancien vers, et que, tel qui nie le sym bolism e se sert du vers\nverlainien comme un sourd, que tel qui se relie étroitem ent au passé, développe et fait\naboutir des conceptions que nous avions indiquées. J e ne discute pas les détails ; je ne\nveux pas dire que des jeunes gens venus après nous sont nos vassaux littéraires. Je dis\nsimplement qu’à les lire on voit que nous som m es passés, l’un ou l’autre lu et consulté\npar eux avec plaisir, et s'il font autre chose que nous, c’est non seulem ent leur droit mais\nleur devoir ; tout de m êm e nous avons compté dans leur évolution.\n    D onc je crois, selon l’expression de Stéphane M allarmé, le vers libre viable ; quoi­\nqu’il arrive désorm ais, il existe ; il peut régner, il peut être utilisé occasionnellem ent\nceci c’est sa fortune, sa chance, son hasard, en tout cas il est. U ne gam m a est ajoutée à\nnotre poésie . G. K a h n Sym bolistes et décadents. P a g es 10 et 11.\n"}, {"page_pdf": 525, "texte": "                                        — 102 —\n\nque ? Ont-ils peur, les critiques, de m anquer d ’ouvrage, qui\nne font jamais que répéter en les dém arquant les enseigne­\ngnements des artistes leurs maîtres ? A moins que toute leur\noriginalité ne consiste à se moquer des « patrons ».\n      Reprocher aux poètes de préfacer leurs livres est de mau­\nvaise guerre. Donnez-nous des vers, nous crie-t-on, de bons\nvers, et ne perdez pas votre temps en explications superflues.\nNous saurons bien distinguer vos intentions. » — Celà n’est\npas très sûr, en vérité. Bref, il n ’est pas juste de prétendre le\npoète inapte à réfléchir sur les conditions de son art. Etrange\ncontradiction qui veut q u ’un créateur soit un inconscient, et\nq u ’après avoir « extériorisé » son âme, le poète ne puisse\ns’expliquer sur l’objet de sa création ! Les critiques sont-ils\ndonc plus clairvoyants? Vous verrez qu' à toute force ils\nprétendront mieux comprendre que le poète même son œuvre.\n      En effet, disent-ils, on ne peut être à la fois sujet et objet,\ncréer et se regarder créer. — En quoi ils ont raison et ne font\nque reprendre les arguments que Comte opposait aux psycho­\nlogues de l’introspection et aux partisants de la méthode sub­\njective. L ’auteur de la Philosophie positive déclarait q u ’on ne\npeut se mettre à la fenêtre pour se regarder passer dans la rue.\nL a réflexion altère ou suspend les faits auxquels elle s’ap ­\nplique. Observer sa colère c’est la faire s’évanouir. — Sans\ndoute, mais ces deux procédés ne sont contradictoires que\nlorsqu’on les suppose simultanés. Ne peut-on les employer\nl’un après l’autre ? Si l’observation suit aussitôt l’état psycho­\nlogique, le souvenir auquel elle s’applique équivaut l’état lui-\nmême, comme étant la reproduction immédiate de l a con­\nscience qui l’accompagnait. Au surplus, malgré les attaques de\nC o m t e , la méthode subjective demeurera par exellence la\nbase de toute psychologie scientifique (1)» Les critiques, obli­\n\n\n    (1 ) J ’ai pu me rendre com pte par moi-mêm e au C ongrès de philosophie de G enève\nen septem bre 1904 et au Congrès de p sy c h o lo g ie à R om e en avril 1905 de l’importance\ndonnée à la section de psychologie introspective par le nombre et la valeur des commu ­\nnications.\n"}, {"page_pdf": 526, "texte": "                                        —1 0 3 —\n\n\ngés de considérer les œuvres du dehors, n ’en perçoivent que\nla superficie. Seul le poète à chance de pouvoir nous rensei­\ngner, sans trop les altérer, sur les données de sa conscience,\ncar c’est bien sur lui-même qu’il se penche, je veux dire sur\nune réalité. Le critique professionnel ne travaille que sur un\nrésidu, l’œuvre du poète ; il ne perçoit que des gestes momi­\nfiés, des signes abstraits. Le poète qui s’explique sur son\nmétier nous livrera son esthétique, partant sa manière d ’in­\nterpréter le réel.\n      Objectera-t-on encore que le poète se trouve nécessaire­\nment enfermé dans les murs de la partialité et q u ’il prêche\ntoujours pro dom o ! A cela je n e vois qu’une chose à répondre :\ncomment voulez-vous q u ’il en soit autrement? Il faut n ’avoir\njamais fréquenté les philosophes pour croire que la pratique\net la théorie ne sont que l’endroit et l’envers d ’une même\npensée. Théoriquem ent il est possible de faire abstraction de\nses humeurs lorsqu’on juge. Mais, en pratique, tous nos\ninstincts, toutes nos tendances d ’esprit entrent avec nous dans\nla composition d’une action. Il n’est point vrai que l’orsqu’il\na refermé sur lui la porte du laboratoire le savant laisse dehors\nses habitudes de raisonnements et ses manies intellectuelles.\nE n face d ’une expérience le savant s’oppose avec les procédés\nd ’investigation qui lui sont propres, un plan bien défini, une\nvolonté déterminée de découvrir ce qu’il veut découvrir. Il\nn’assiste pas à l’élaboration lente d ’une synthèse chimique\nquelconque. Non, il sollicite le fait pour le cataloguer dans\nune loi arrêtée d ’avance. Loin d ’expérimenter, au sens où nous\nl’entendons d ’ordinaire, l’homme de science déduit touj ours(1);\nà plus forte raison le critique, même le plus subjectif. L ’im­\npressionnisme littéraire n ’acquiert sa pleine valeur qu’en\nthéorie. Pratiquem ent le critique se présente avec un système\npréconçu, des préférences indéniables. Prétend-il s’en tenir\n\n\n    (1 ) V oir pour la dém onstration de ce que j’avance les belles études de M . L e R o y\ndans la R e vue de M étaph ysiqu e et de M o ra le de 1899,1900, 1901.\n"}, {"page_pdf": 527, "texte": "                                                  —    1 04 —\n\nà de simples impressions, il ne manquera pas de nous expli­\nquer ce q u ’il a senti « et même de le ju stifie r en donnant des\nraisons qui tendent à montrer que ses impressions n ’ont pas\nune origine purement subjective» ( 1). Cette nécessité dogma­\ntique, congénitale aux opérations d e l’Intelligence, doit nous\npermettre d ’accueillir avec plus de sympathie les affirmations\ndu poète.\n     En résumé, le poète seul est en bonne place pour nous\nentretenir de son art. Le critique ne le seconde que lorsqu’il\ncomprend. Pour comprendre l’œuvre d 'un homme il faut la\nvivre; or, vivre un poème c’est le recréer, c'est être poète.\nDans ce sens la critique a chance de voir clair ; mais les cri­\ntiques clairvoyants sont rares.\n     Puisse ce livre être un exemple de critique créatrice.\n\n       Pourquoi perdre mon temps à disserter sur une école,\nalors que m ’adonner aux joies plus pures de la Muse et cara­\ncoler sur Pégase — au risque de me rompre le col — m ’agrée­\nrait davantage ? L a raison est assez plaisante pour que je la\nlivre, d ût-on ne m’en savoir aucun gré. J ’écris ce livre, parce\nque je crois q u ’il est de mon devoir de l’écrire.\n       Je l’écris d ’abord pour empêcher d ’autres critiques peut-\nêtre moins informés de s’interposer. Je l’écris ensuite parce que\nl ’arbre du symbolisme a poussé dans notre sol de France avec\nune telle vigueur qu’il n ’est pas mauvais que certains de ceux\nq u ’il ombrage se consacrent tout entiers à l’étude de sa mor­\nphologie, si j ’ose m ’exprimer ainsi. A côté des Vielé-Griffin,\ndes Kahn, des Rémy de Gourmont, des Robert de Souza, des\nCharles Morice, des Retté, des Mockel, des Edgar Baès, des\nMithouard — pour ne citer que les théoriciens les plus connus\nde l’école, — il y a encore place pour un ouvrage sur l ’esthé­\ntique symboliste dans ses rapports avec le moment et le milieu\nintellectuels. — Je l’écris enfin pour réparer une grande\ninjustice. Le public sérieux qui lit, mais se croit incapable\n\n\n   (1 )   L e c h a l a s . E tudes esthétiques, p . 6 .\n"}, {"page_pdf": 528, "texte": "                               — 105 —\n\nde porter un jugement, fut induit en erreur par les « pilotes »\nde l’opinion. Il est temps que cesse une équivoque par quoi\nse creuse l’abîme entre le poète, l’homme de science et le\nphilosophe On ne fait pas au scepticisme sa part, disait, je\ncrois, Royer Collard ; au symbolisme non plus.\n      Tout mon désir serait qu'on le reconnût ou qu’on me tint\nau moins compte de m a bonne volonté. Si je pense avoir\nextrait du symbolisme l’essence de sa doctrine, je n ’en suis\npas tellement sûr qu’on ne puisse me réprimander sur quelques\npoints. Il y a la lettre et il y a l’esprit. Lorsqu’on raisonne sur\ndes textes, on sait où l’on va, mais quand on veut descendre\nplus profondément dans la compréhension des poètes, on\nentreprend un labeur difficile et plein de probabilités II est\ntoujours dangereux de transformer en théories les chants\ninstinctifs des poètes ; c’est cristalliser de la pensée, changer\nla goutte d ’eau perlée et flu e n te en stalactite glacée. Les choses\nque j ’énonce ici comme certaines le semblent à mon cœur,\nnon à ma raison et je ne prétends nullement posséder l' esprit\nde finesse au point d ’avoir pressé le symbolisme de tout son\ncontenu. Les âmes sont peut-être trop éloignées les unes des\nautres       Ce que j’écrirai est plus facile à sentir qu'à com­\nprendre. « L ’on écrit souvent des choses que l’on ne prouve\nq u ’en obligeant tout le monde à faire réflexion sur soi-même\net à trouver la vérité dont je parle. C’est en cela que consiste\nla force des preuves de ce que je dis. »\n      Pour mieux entrer dans la pénétration des tendances de\nl a poésie contemporaine, osons vivre un instant le symbolisme\net nous mouvoir dans son ambiance. Offrons, à notre tour, des\nsynthèses évocatrices en échange des suggestions reçues des\nbouches lyriques.\n      Afin q u ’aucune des aspirations esthétiques contemporaines\nne soit omise, ce livre fut écrit dans la joie.\n                                        T ancrède de V isan .\n"}, {"page_pdf": 529, "texte": "                              — 106—\n\n\nL e bal m a s q u é .\n\n      A minuit, heure traditionnelle et charmante qui, dans\nles fêtes nocturnes, voit éclore les liaisons amoureuses,\nAnatole entra au Théâtre de lA lham bra.\n      U n bal, paré, masqué et travesti s’y donnait; à ce moment,\nsans doute, il devait être peu animé encore. Aussi, Anatole\nsongeait qu’il y trouverait facilement une joyeuse compagne.\n      A la vérité, c’était là un beau projet! et à le réaliser,\nAnatole, mettait d ’autant plus d ’énergie q u ’il avait peu l’habi­\ntude du plaisir... il s’essayait donc à sourire et à prendre un\nair d ’assurance, tel un homme rompu à ces sortes de choses.\nIl monta les majestueux escaliers de marbre par qui à l’ordi­\nnaire l ’entrée du théâtre parait si désolée ; ce soir, des groupes\npittoresques s’y échelonnaient : « ici des habits noirs entou­\nraient quelques jeunes femmes; là une grosse fille rieuse,\ntravestie en garçon, rajustait ses chaussettes, m ontrant à tous\nses mollets blancs et bien nourris; plus loin, un clown au\nnez vermillonné laçait le corsage d’une demoiselle déguisée\nen nymphe terrestre...\n      Mais, Anatole passa hâtivement à leurs côtés, et bientôt\nfût dans la salle.\n      L e bal venait à peine de commencer, aussi une certaine\ngêne y régnait encore; l’orchestre était silencieux, les jeunes\ngens se tenaient par petits groupes, formant des projets ou\nbien ils se promenaient dans les couloirs : quelques jeunes\nfilles, assises sur le bord des loges, attendaient indécises les\ncavaliers que leur amènerait la première valse. Pourtant,\ncette première danse ne suscita q u ’une gaîté modérée et\ncorrecte; les couples tournèrent avec sagesse et presque\nmuets. — Si d ’aventure un valseur bousculait sa voisine, il\nprenait le temps de s’excuser poliment, — puis lorsque la\nmusique s’arrêta, tous se saluèrent entre eux comme le font\nles gens bien élevés. Sans doute l’air manquait-il d ’entrain...\n      Les femmes se remirent de la poudre, un peu à l’écart,\n"}, {"page_pdf": 530, "texte": "                            —   107 —\n\n\nun jeune homme montrait à un domino léger et court-vêtu,\nles principes élémentaires de la chorégraphie et comment on\ntourne avec grâce...\n     Il y eut un moment d ’attente mais qui ne dura guère;\nde nouveaux danseurs firent dans la salle une entrée bruyante,\nune ronde s’ébaucha et dans un tum ulte croissant, les couples\njusqu’alors indécis se réunirent.\n     Une trainée de folie en un instant se répandit, des\nbousculades se produisirent et par elle naissaient des désirs\ntendres ou violents, des liaisons passagères se formèrent dans\nun commun besoin de crier, de boire, de danser, en un mot\nde prendre toutes les façons que veulent les fêtes du carnaval.\n      Une gaîté énorme eut bientôt fait de remplir la salle et\nde la remuer d ’une fièvre exultante et burlesque, des chahuts\ndésordonnés remplacèrent les danses puis ce ne fût plus\nqu’une galopade furieuse où s’esquissaient parfois, au hasard,\ndes farandoles unissant les êtres et les déguisements les plus\ndisparates; c’était au milieu des habits noirs, les dominos,\nsombres ou éclatants; quelques jeunes gens montraient sous\nde jupes démodées de solides pieds masculins et dans l’échan­\ncrure de leurs corsages des poitrines toutes viriles, puis\npassaient des clowns enfarinés, des torréadors, et aussi des\nhéros de drame ou d ’opérette qui suaient et soufflaient sous\nde lourdes perruques et de majestueux feutres à plumes...\n      Certes, aucun ne témoignait d’une imagination très consi­\ndérable, mais la fantaisie des femmes était, sur ce point,\nplus médiocre encore.\n      Presque toutes s’exhibaient, lascives, les hanches fortes,\nla poitrine lourde dans des habits de garçon... de cette insou­\nciance avec laquelle elles quittaient les atours de leur sexe,\non pouvait sans doute déduire q u ’elles en connaissaient\nimparfaitement le charme et les vertus.\n      Quelques unes étaient déguisées en bergère ou en gitane,\nd ’autres en marquises, et d ’autres en cheveux courts et les\nmollets au vent faisaient penser que « Claudine » déjà ap p ar­\n"}, {"page_pdf": 531, "texte": "                              —   108   —\n\n\ntient à la légende ; il passait des choriphées aux jupes de\ntulle multicolore, une grande fille maigre se drapait dans\nune sorte de robe en gaze comme en portent dans les tableaux\nles anges et les vierges, sages ou folles... une grisette en\ntablier et une natte dans le dos, jouait à la petite fille espiègle,\ndu bout du pied, elle envoyait vers le lustre les gibus des\ngens graves qui faisaient cercle autour de quelques danseurs\nde profession.\n     L e plaisir donnait à toutes une manière de beauté provo­\nquante et sensuelle, les gorges humides brillaient dans la\npoussière dorée sortie du plancher ; les épaules nues et\ntentantes excitaient à mesure les hommes q u ’elles frôlaient\nsans cesse, parfois et suivant l’occasion, ceux-ci avec un mot\nspirituel ou grivois volaient un baiser à quelque nuque\npassante. Anatole, assis dans une loge, ne pouvait se rassasier\nde ce spectacle, nouveau pour lui en tous points.\n     Certes, en venant à ce bal, il avait le dessein de s’y\namuser comme le font les jeunes gens, sans arrière-pensées et\nsans malice; il avait compté sans sa timidité qui à présent lui\njouait le vilain tour de le rendre craintif et sans sa manie un\npeu vaniteuse de chercher la raison de toute chose....\n     Ainsi, il s’ingéniait à apercevoir sous les masques de\nvelours ou de carton, quelques aspects imprévus, plaisants ou\nsimplement curieux de la Comédie humaine.\n     Cette récréation est souvent fort séduisante, mais elle\nentraîne fréquemment à la mélancolie et la mélancolie ne va\nguère sans un peu d ’amertume. C’est ce q u ’éprouva Anatole ;\nil regardait l'incessant tourbillon du bal, écoutait le vacarme\nde l’orchestre, aspirait les odeurs diverses qui de la salle\ns’élevaient vers l’Olympe allégorique du plafond comme un\nparfum nouveau, mais ceci le fatigua et il ferma les yeux.\n     Il se dem anda alors quel poids insensé de soucis et de\ndéceptions, de misères, de larmes et de honte tous ces gens,\nm aintenant si joyeux, avaient laissé à la porte du théâtre, en\nmême temps que le visage et les façons spéciales q u ’ils ont à\n"}, {"page_pdf": 532, "texte": "                            —   109 —\n\n\nla ville et dans la vie quotidienne ! Pourtant, il ne trouvait\npoint que la mascarade présente fût pour cela contradictoire,\ninouïe ou même scandaleuse, car elle avait ceci d ’unique et\nd ’une merveilleuse ironie de montrer combien le plaisir ou le\nlibertinage, suivant l’entendement de chacun, sont plus forts\net plus puissants que les objets stériles par quoi se lasse et\ns’épuise notre vaine recherche du bonheur !\n      Mais, de telles réflexions sont peu opportunes, une nuit\nde carnaval ! N ’eut-il pas été plus sage en accostant quelque\njeune fille, un moment solitaire, en lui prenant la taille et en\ndisant mille sottises ?\n      Certes, mais Anatole craignait d ’être maladroit ou\nennuyeux, ainsi restait-il assis dans sa loge, attentif et muet.\nBrusquement éclatèrent les premières mesures d ’un cake-walk,\nun nouvel orchestre venait de prendre possession de la salle :\nc’étaient de robustes individus, l ’air simple et balourd, ils\njouaient avec une sorte d’énergie grave et recueillie et comme\nils fendaient les groupes, chacun regardait curieusement et\ncomme une chose inconnue, leur œil fixe et la peau de leurs\njoues, gonflée et luisante de sueur.\n      Puis, la salle entière se mit en mouvement et défila\ndevant eux. Au rythm e de la danse, les bustes se cambraient\navec exagération, les mains battaient le vide, soulignant la\ncadence burlesque, les gorges débordaient des corsages\nfroissés, deux bébés en perruque blonde se faisaient vis-à-vis,\nagitant en l’air leurs chapeaux enfantins, une ivresse naissante\négarait leurs yeux et les rendait plus troublantes. Anatole les\nregardait plein d ’une concupiscence approuvable, lorsqu’une\nmain frappa son épaule.... c’était son ami Tiburce, et avec lui\nà son bras, la petite M adelon....\n     Tiburce semblait grognon et maussade, mais Madelon\nétait, ma foi, jolie à souhait.\n     Comme s’il ne l’eût jamais vue, Anatole admira son visage\nallongé et charmant et la tendresse de ses yeux rieurs...\nMadelon avait un déguisement d ’une fantaisie gracieuse et\ninédite... des bas blancs enfermaient ses jambes impatientes\n"}, {"page_pdf": 533, "texte": "                               1   1       0   —\n\n\n\n\net des souliers rouges ses pieds avides de danse, une sorte de\nmante grise relevée à la mousquetaire se drapait sur son êpaule,\nsous un feutre clair, ses boucles s’éparpillaient....\n     Tous trois, ils vinrent s’asseoir au foyer où seuls des\ncouples amoureux s’attardaient loin du bal.\n                                       *\n                               *               *\n      Une gaîté soudaine et nerveuse envahit Anatole, elle\n s’accrut malicieusement au soupçon q u ’un malentendu séparait\n Tiburce et Madelon.... lui restait silencieux et elle l’imitait,\nla bouche narquoise et les yeux brillants. Anatole les plaisanta\net même il s’étonnait de les trouver réunis dans ce lieu de\nplaisir. L e carnaval ne conseille-t-il pas quelques infidélités\namoureuses et n ’aurait-il pas été très raisonnable que ce soir,\nsuivant l’occasion, Tiburce trom pât Madelon et que Madelon\nen fît tout a u ta n t.... quoique dans la recherche d ’un plaisir\nnouveau chacun, sans doute, n ’eut trouvé qu’une déception\net un stérile regret__\n      P a r ces propos, Anatole parvenait à grand ’ peine à\nmasquer son propre d ép it          le profit amer et caustique de\nses réflexions solitaires se marquait en mille saillies auxquelles\nTiburce ne répondait guère po urtan t          il demeurait muet et\nrageur, ses lèvres minces, serrées à l'excès, les yeux froids et\npleins d’une colère méprisante, à la fin, il éclata :\n      Comment, n ’était-ce pas assez de venir au bal, de consen­\ntir, pour en tirer un amusement incertain, à passer une nuit\nblanche et à rentrer au jour, alors que ses affaires le récla­\nmaient dès le matin et exigeaient q u ’il fût, frais de corps et\nd ’esprit ... Madelon ne voulait-elle pas maintenant q u ’il\ndansât et fit le p ître avec les calicots et les personnages\ndouteux qui tenaient en ces lieux le sceptre du plaisir ?\nVraiment, n ’était-ce pas excessif!\n      Malgré ce beau discours, Madelon restait calme et insen­\nsible, elle affectait de regarder la pendule ou l’ordre des\ndanses qui peu à peu s’épuisait; si elle buvait, elle souriait à\nAnatole à travers sa coupe de champagne et prenait un air\nmoqueur et entendu.\n"}, {"page_pdf": 534, "texte": "                              —   III   —\n\n\n      Des jeunes femmes entrèrent au foyer en riant et se\n poursuivant, une d ’elle bouscula Anatole au passage, le heurt\n léger et tiède de sa poitrine éveilla en lui un désir subit, il\n regarda Madelon avec tendresse            à ce moment, un ami\n l’invitait à danser, elle prit son bras et tous deux partirent en\n courant. L a salle resta vide et silencieuse.\n      Anatole profita de ce répit, il ne put s’empêcher de désap­\n prouver Tiburce.\n      Certes, dit il, je conçois fort bien que fêter le carnaval\n avec une maîtresse dont tu as une longue habitude, ne soit\n point d’une séduction particulière et que tu juges désagréable\n de rentrer au logis, tard et fourbu... mais alors, n ’aurait-il pas\n été plus sage de ne point venir à ce bal... ainsi Madelon aurait\n ignoré la tentation d'une joie que tu lui défends et tu te serais\n épargné l’ennui d ’une soirée que ton humeur rend maussade ?\n Au lieu que mêlé aux autres, continuait le discoureur, tu\n aurais peu souffert de leur sottise et, par cette complaisance,\n causé quelque plaisir à ta petite am ie__\n      Mais Tiburce ne l’entendait pas ainsi....\n      Ne faisait-il pas aux goûts de Madelon de perpétuelles\n concessions et qu’en obtenait-il en retour, sinon des faveurs\n auxquelles, du reste, il avait droit ? Quelle utilité y a-t-il à\ncéder toujours aux femmes ?\n      L ’utilité, d’abord, opina sentencieusement Anatole, en\nleur donnant raison de ne rien leur montrer de son esprit et\nde mériter ainsi q u ’elles soient, par calcul, constamment\nprodigues de leur chair.... la possession d ’une jolie fille ne\nvaut-elle pas quelque peine, et même celle d ’être parfois\nridicule aux yeux de certaines gens, peu avisées.\n      Voilà de belles théories, Anatole, interrompit Tiburce,\net je trouve plaisant, m a foi, que tu aies, sur ce point, un\nsystème si bien organisé, alors que tu parais avoir pour les\nfemmes, sinon peu de goût, du moins auprès d ’elles de maigres\nsuccès !\n      Ce propos était cruel et ce qui le rendit plus cruel encore\nfut que Madelon revenue en tapinois l’entendit, elle parut\nconfuse et même rougit légèrement.\n"}, {"page_pdf": 535, "texte": "                                           —     112     —\n\n\n       V o u le z -v o u s d a n se r a v e c m o i , A n a t o le , fit-elle, il h é s ita it,\nm a i s e lle l ’e n tra în a .\n         D é jà , d a n s le fo y e r , en tre les ta b le s et le s c h a is e s ils\ns ’e n la c è r e n t . A n a t o le s e n ta it le c o rs a g e d e M a d e l o n p a lp it e r\nd o u c e m e n t, ses ja m b e s s ’e m b a r r a s s a ie n t d a n s le s ja m b e s\nfu s e lé e s d e la je u n e f e m m e a u s s i rire n t-ils tous d e u x . E n se\nr e to u r n a n t, ils v i r e n t T i b u r c e r é g l e r la d é p e n s e et s ’en aller,\na lo r s , et san s p r e s q u e y s o n g e r , ils se s e r r è re n t d a v a n t a g e p u is\nils s ’e s s a y è r e n t à v a ls e r a u m ilie u d e s g a lo p a d e s fu rie u ses p a r\nq u o i s ’a n n o n ç a it la fin p r o c h a in e d u b a l m a s q u é .\n\n                                                 *\n                                             *       *\n\n\n\n\n      A n a t o le et M a d e lo n d a n s è re n t et d a n sè r e n t e n co re,\ne m p o rté s p a r u n v e r t ig e d é li c ie u x et c ro issa n t, lui éta it ro u ge\net d é c o iffé , il p a rla it b a s a v e c un d e m i-so u rire , p lein de sous-\ne n te n d u s, e lle a p p u y é e co n tre lu i se l a is s a i t a lle r , h e u r e u s e ,\ni n s o u c i a n t e et m u e tte de p l a i s i r ; b ie n tô t p o u r ta n t e lle fu t\nl a s s e . . . . A n a t o le l’e n tra în a a u f o y e r et lu i fit b o ir e d u c h a m ­\np a g n e , il v it, a v e c un secret c o n te n te m e n t, u n e g r is e r ie lé g è r e\ne n v a h ir ses y e u x , r e n d r e ses lè v re s s è c h e s et c o m m e in a s ­\ns o u v i e s . . . . il a ffe c tait d e lu i p a r l e r c o m m e à un en fa n t, g a r d a n t\nse s m a in s m o ite s en tre les s ie n n e s .\n         A la v é r ité , n ’é ta it ce p a s un e en fa n t, cette M a d e lo n , u n e\ng r a n d e e n fa n t a u x h an c h es fo rtes et à l a p o it r in e g r a c i le , à\nla q u e l l e c ertain s p la i s ir s éta ie n t, s u iv a n t le c a s , m a is p a r la\nm ê m e m o r a le , p e r m is ou d é f e n d u s ?\n         A le u rs c ô té s, u n c lo w n fo rt d é c e m m e n t iv r e le u r d o n n a\nd e s c o n s e ils p e u é q u iv o q u e s su r le m e ille u r e m p lo i q u ’ un\nc o u p le a m o u r e u x p e u t fa ir e d e s d e r n iè r e s h e u r e s d e la nuit,\nsi, b ie n e n te n d u , la fa tig u e d u c a r n a v a l n ’a p o in t d é t r u it\nen lu i, to u te v a i lla n c e et to u te a r d e u r .\n         A n a t o l e se m it à r ir e , m ais M a d e lo n r o u g i t d e v o ir\nd o n n e r un e fo rm e a u ssi c la ir e à le u r p e n s é e se c rè te , e lle prit\nl a m a in d e son c a v a li e r , u n e d e r n iè r e fo is , ils t r a v e r s è r e n t le\nb a l o ù d e s v i d e s se f a is a ie n t d e m in u t e en m in u te , p u is ils\n"}, {"page_pdf": 536, "texte": "                             —       113   —\n\n\ndescendirent les grands escaliers majestueux que tantôt Ana­\ntole avait gravis d ’un air sérieux et pensif... les marches en\nétaient solitaires et abandonnées.\n     Anatole amena Madelon devant une des glaces qui\nagrandissaient à l’infini le vestibule majestueux du théâtre. Je\nne sais, dit-il en souriant, ce qui est le plus joli, vous Madelon,\nqui, fatiguée un peu, vous appuyez à mon bras ou votre reflet,\nplein de grâce et de caprice, que je puis sur ce miroir toucher\naux endroits les plus séduisants. Ce disant et joignant le geste\nà la parole, il caressait dans la glace les épaules de sa compa­\ngne. Madelon frissonna comme si — réellement — elle eût\nsur sa peau senti les doigts impatients d ’Anatole, mais il lui\nmit sa fourrure et tandis qu’il l’agraffait, elle tourna la tête\net lui tendit sa bouche, ils échangèrent leur premier baiser.\n\n                                 *     *\n\n      L a pluie tombait toujours, des couples masqués passaient\nrapidement sur le boulevard, pressés par le besoin de s’étendre\net de dormir; Anatole voulait héler un fiacre, mais Madelon\nl'en empêcha, sans doute, craignait-elle q u ’il y fût trop fami­\nlier ! Cette réserve était honorable et en même temps fort\nadroite, aussi Anatole n ’insista pas; ils partirent à pied, bras\ndessus bras dessous, amicalement ; elle troussait ses jupes et\nmontrait ses bas blancs et même un peu de la dentelle de ses\npantalons, lui, cherchait à éviter les flaques d ’eau que des\nhommes remuaient, formant des tas énormes et boueux de\nconfettis. Aux abords des cafés de nuit, des pauvres se tenaient\ngrelottants et la main tendue, Anatole, sachant que ce geste\nplaît aux femmes leur donna à tous quelques sous.\n      Ils parlaient peu et malgré que chacun eût encore aux\nlèvres le parfum de leur mutuelle caresse, aucun n’y fit une\nallusion même lointaine. Madelon, dit pourtant Anatole, ton\nami Tiburce, t ’a fort incivilement faussé compagnie, tu m ’as\ntrouvé là très à propos pour le remplacer, dans ses attributions\nsinon dans ses privilèges, je me promets de cette aventure le\n"}, {"page_pdf": 537, "texte": "                            — 114 -\n\n plus grand plaisir et je souhaite servir le tien en t ’accordant\n ce que Tiburce t ’a refusé toujours.... nous allons souper dans\n un bar !\n      Ils entrèrent à l’Omnium...\n      Une joie bruyante régnait là, colorant les visages, allu­\nmant dans les yeux de chacun les flammes dernières de la\nnuit carnavalesque. Toutes les tables étaient occupées et les\nhautes chaises où perchaient quelques demi-mondaines fami­\nlières à ce lieu s’entouraient d ’un triple rang de noctambules.\n      Anatole se fraya lentement un passage et Madelon le\nsuivait sans mot dire, ils gagnèrent une salle où régnait un\ncalme relatif, des gens y soupaient, ici un groupe d ’étudiants\nentourait une jeune femme qui, tout en leur accordant quel­\nques privautés se livrait aux confidences les plus inattendues ;\nlà, un domino ronflait et parfois en rêve déclamait des choses\nincohérentes__\n      Ils s’assirent à une petite table, le couvert y était mis,\ncoquet et engageant, sous l’abat-jour rose de la bougie élec­\ntrique... tout était clair et joli, des gravures montraient sur\nles murs des intérieurs d ’auberges et des diligences comme\non en voit dans les romans anglais et aussi de nombreux\ngentlemans gais et bien nourris, dans un coin il y avait un\npiano ouvert et partout des habits noirs et des épaules nues\net dorées.\n      On mit du champagne devant eux; pour se rafraîchir,\nMadelon colla ses mains au seau d’argent, Anatole les lui\nprit, il sentait renaître son désir un moment calmé à leur\npassage dans la rue attristée par l’aube qui naissait blafarde,\nil les embrassa par petits coups, un frisson léger naissait de\nses baisers, montait lentement le long des bras de la jeune\nfille, elle s’abandonna encore les yeux et la bouche émus...\npersonne ne faisait attention à eux, ils se regardèrent\nlonguement.\n      Pendant qu’on préparait leur souper, Madelon se retira\nun moment, mais Anatole la suivit bientôt — elle se poudrait\ndevant une glace infirme — et lui m it une m ouche au coin des\n"}, {"page_pdf": 538, "texte": "                            —   115 —\n\n\nlèvres et une sur l’épaule, puis la serra contre lui, cet instant\nfut délicieux, leur chair impatiente vibrait, leur raison s’était\nenvolée.\n     Ma petite Madelon, fit Anatole, nous allons souper\ngentiment puis nous rentrerons.... il ajouta plus bas...,\nensemble__\n     Elle ne répondit pas, mais il vit q u ’elle était à lui, déjà.\nBrusquement, il songea à Tiburce, mais il chassa cette image\ninopportune. Il se rappela son récent propos : « Tu ne plais\npas aux femmes », avait-il dit; en y pensant, il caressait la\nnuque de Madelon, qui d ’une façon charmante servait son\nplaisir et sa vengeance.\n     Ils rentrèrent dans la salle et soupèrent lentement, lui la\nservait avec des prévenances amoureuses, ils buvaient au\nmême verre et Anatole, avec ses lèvres, agrandissait le petit\nrond que Madelon y avait laissé       ils causaient peu, las tous\ndeux.\n     U n ami de Tiburce passa avec un domino, en quête d ’une\ntable, il parut étonné de voir Madelon et Anatole en tête à tète\nà une heure aussi tardive, aussi est-ce avec contrainte q u ’il\nrépondit à leur salut.\n      Pour la première fois, Anatole songea que son aventure,\nencore qu’elle fût en tous points agréable, risquait de lui\nménager quelque surprise cruelle. Certes, il cacherait à\nTiburce l’épilogue intime q u ’il attendait de cette soirée, mais\nn ’éprouvait-il pas un peu de gêne et d ’ennui à lui en fournir\nun récit fantaisiste.... Etait-il au surplus très honnête de lui\nvoler sa maîtresse, la séduisante Madelon ? et quelle raison\nvalide pourrait atténuer son indélicatesse ?\n     Tiburce était jaloux et certes il prendrait fort mal q u ’on\nle trompât.... ce n’est point q u ’Anatole ne lui eût fréquemment\ndémontré qu’il est d ’une arrogance extrême de vouloir être,\nvaniteusement, le maître unique et perm anent des sens\ncapricieux d ’une femme.... mais ce ne sont là que paradoxes...\nAnatole ne put s’empêcher de mettre en balance le prix q u ’il\n"}, {"page_pdf": 539, "texte": "                             — 1 1 6   —\n\n\nattachait à son amitié pour Tiburce et le plaisir q u ’il attendait\nde Madelon... à ces considérations, d ’autres venaient se\njoindre et leur justesse le vexait..., mais vraiment, il avait\nquelque peine à raisonner, sa main trem blait en vidant son\nverre et plus encore en le remplissant.\n      Une petite pendule sonna cinq heures d ’un timbre clair\net gai, sans arrière-pensée, elle semblait se moquer d'Anatole\nqui tout doucement se grisait et de Madelon endormie.\n      Car, Madelon s’était endormie, ses yeux étaient fermés et\nune cernure légère les entourait, un poing serré soulevait sa\ntéte alourdie... elle était délicieuse ainsi, mais avec quelque\nchose d ’innocent et d ’enfantin qui lui donnait un charme\nparticulier. Anatole, en la regardant, sentait ses désirs\n libertins tantôt si vigoureux, s’évanouir, lassés et devenus\nsans objet; il eut pourtant le mauvais goût d ’attribuer à sa\n morale et au fruit vertueux de ses raisonnements, l ’abandon\n qu’il fit de ses projets. Le sommeil de Madelon se dit-il aussi,\n est un motif encore pour que je n’abuse point inconsidérément\n de notre mutuel désir de nous mieux connaître où ce q u ’il y\n avait de plus clair était, sans doute, le dépit et la rancune.\n      De nouveaux soupeurs entrèrent dans la salle, et un\n couple vint s’asseoir près d ’eux, c’était un jeune japonais aux\n yeux curieux et perspicaces et une demi-mondaine, dont les\n propos lestes firent tourner toutes les tètes. Lui s’exprimait\n lentement et avec difficulté, visiblement ennuyé de l’attention\n qui se portait vers eux, il commanda du champagne puis resta\n silencieux, occupé à quelque travail mystérieux            au bout\n d'un moment, il tendit à la jeune femme qui, pendant ce temps\n avait bu plus, que de raison, un petit lapin, modelé dans de\n la mie de pain par ses savantes mains d ’aristocrate asiatique...\n sa compagne s’en empara et le plaçant sur le dos d ’une assiette\n le promena autour de la salle le présentant à l’admiration de\n chaque table... Tous lancèrent un bon mot, un loustic cria :\n « Vive le Japon », un autre, au piano, exécuta, avec un doigt,\n une marche guerrière, des bouchons sautèrent dans une\n allégresse nouvelle, la pendule sonna encore.\n"}, {"page_pdf": 540, "texte": "                                                             — 117 —\n\n      Anatole regardait alternativement le petit lapin, assis sur\n son derrière et Madelon qui, cette fois, dormait avec une\n conviction candide ; mais son poing se fatiguait, sa tête tomba\n sur son corsage puis sur la table.... elle était séduisante plus\n que jamais, toute rose dans ses boucles brunes.... paternel­\n lement, il lui en fit un coussin, écarta la coupe que retenaient\n ses doigts crispés mit une fourrure sur sa gorge nue,... puis il\n haussa les épaules, enfila son paletot et s’en alla.\n      Il sortit du bar nocturne, s’efforçant de marcher droit,\n calme et tranquille, comme on l’est après quelque action\n notoire ou quelque geste héroïque.\n                                                                                    C arlo R u y t e r s.\n\n\n\n\n           LERAPT\nL e crép u sc u le d 'o r é te ig n a it to u s se s f e u x\nE t c o u la it se s d e r n ie r s r a y o n s d a n s le s ra m é e s.\nL ’a str e p â le d u so ir m o n ta it, p a r m i le s d e u x\nC o m m e u n D ie u r u is s e la n t s u r le s ch o ses p a m ées.\n\n\nE t d a n s la p la in e im m e n s e où d é c r o iss a it le jo u r ,\nS o u s l ’o m b re e t la f r a îc h e u r d ’u n e toile flo tta n te ,\nL e s y e u x p le in s d 'in fin i, e lle r ê v a it d ’a m o u r\nE n h u m a n t le s s e n te u rs d e la n u it e n iv r a n te .\n\n\nD e s e n fa n ts d é n u d é s , d a n s le sa b le m o u v a n t,\nL a s d e s j e u x ré p étés s ’a llo n g e a ie n t a u p rè s d 'e lle .\nD a n s l'a z u r de la n u e où f r é m i s s a i t le v e n t\nU n a ig le n o ir f e n d a i t l'e sp a c e , d 'u n coup d 'a ile .\n\n\nT o u t n 'é ta it que sile n c e e t q u e sé ré n ité .\nE ll e , co m m e u n g r a n i t q u ’a u c u n souffle n'effleure,\nS u p e rb e , c o n s e r v a it so n im m o b ilité\nD a n s l ’e x q u is o n d o ie m e n t d u m y s t è r e d e l'h e u re .\n\n\nJ a d is , d a n s l'é p a isse u r d e la f o r ê t s a n s f i n\nO ù l'o m b re c a p ite u se e t la d o u c e u r a b o n d e n t,\nD e l'a u b e j u s q u ’a u so ir, c o m m e u n co u rsie r s a n s f r e i n .\nE ll e a v a it é p u isé le s co u rses v a g a b o n d e s .\n"}, {"page_pdf": 541, "texte": "                                                                — 1 1 8      —\n\n\n T o u t l'in c o n n u d 'a m o u r en elle a v a it vib ré,\n D 'e n v e lo p p a n ts d ésirs d 'im p o ssib les étre in te s,\n S o u s l'in c e r ta in re m o u d e le u r f l o t az u r é\n A v a ie n t n o y é d 'e x t a s e e t d ’iv re sse ses c r a in te s.\n\n\nT o u te l ’im m e n s ité g o û ta it l'â p re so m m eil.\nS e u le , d a n s la l a n g u e u r d 'u n e é tr a n g e te n d re sse ,\nE ll e é c o u ta it la vo i x d e so n rê v e , p a r e il\nA q u e lq u e o isea u b lessé q u 'o n choie et q u 'on c a r re s se .\n\n\nM a is so u d a in , f r i s s o n n a n t au f o n d d e l'h o riz o n ,\nU n b ru it v a g u e a p p o rté s u r l'a ile d e la brise\nG r a n d is s a it so u r d e m e n t, c o n tin u , b o n d s u r bond,\nS a n s cesse ré p é té p a r la p la in e so u m ise.\n\n\nA lo r s e lle d re ss a sa b lo n d e n u d ité .\nT o u te sa c h a ir f r é m i t d 'u n e in q u iè te a tte n te .\nE ll e éco u ta p en ch ée e t so n œ il ir r ité\nC h e rc h a d a n s l ’in fin i c e tte r u m e u r la te n te .\n\n\nL 'o m b r e v o m it b ie n tô t un c h e v a l e ffré n é,\nR e n a c la n t, é c u m a n t, d u s a n g p le in la n a rin e ,\nQ u i d a n s l' em p o rte m e n t d ’un g a lo p fo r c e n é\nT r o u a i t le v e n t d u s o ir d e to u te sa p o itr in e .\n\n\nV e n tre â te r re , il p a s s a it co m m e un so n g e h id e u x ,\nC o m m e u n s o n g e m o r te l q u e l ’esp a ce d é v o re .\nC r a m p o n n é d e s d e u x p o in g s à so n co u rsie r f o u g u e u x\nU n ê tr e é c h e v e lé le h a r c e la it en co re.\n\n\nC 'é ta it un o u r a g a n d ’in ép u isa b le e ffro i\nF a is a n t j a i l l i r d u so l u n e n v o l d ’étin celles\nQ u i d a n s l ’o m b re f i l a i t , v e r tig in e u x e t d r o it,\nP o u r se c a b r e r v ib r a n t, en a r r iv a n t p r è s d 'e lle ,\n\n\nE t s a u v a g e , e n iv r é d ’u n d é s ir trio m p h a n t,\nL 'h o m m e e n le v a it la f e m m e a u co rp s d iv in e t so u p le ,\nE t courbé, l'e m p o r ta it d a n s son v o l e f fr a y a n t.\nL 'e sp a c e m a in te n a n t e n g lo u tis s a it u n couple.\n\n\nL e s éto iles se m b la ie n t u n e in fin ité d 'y e u x .\nE t là -b a s, d a n s le lo in , p o u s s a n t d e s cris d e jo ie ,\nS o u le v é d e la te r re en b o n d s im p é tu e u x ,\nL 'h o m m e f a u v e se m b la it u n g r a n d o ise a u d e p r o ie .\n                                                                                 P . P rist .\n"}, {"page_pdf": 542, "texte": "                                                 — 119 —\n\n\nL ’ A ig le\n\nQ uand p a r le soir vibrant de tendresse et d ’ex ta se,\nL 'a ig le enfin fa tig u é dans le soleil san glan t,\nT o u t ru isselan t d 'a zu r, tout énivré d ’espace,\nV ie n t goû ter la douceur du repos nonchalant,\nS u r un roc il s ’a b a t de la voûte éternelle\nComme un astre fila n t d ro it dans l'immensité,\nE t closant son œ il d ’or et referm ant son aile,\nIm m obile, il s'endort a vec sérénité.\nM a is voici qu'un chasseur invisible en la plain e.\nD ’un tra it sû r e t m ortel fe n d a n t l ’a ir avec bruit,\nL 'a rra ch a n t à son rêve e t le fra p p a n t à l ’aine,\nB rusquem ent, le f a it choir dans l ’im placable nuit.\n\n\nA in si, quand dans le ciel p u r de sa fa n ta isie,\nL a s de l ’orgu eil trop lourd où son songe a p la n é\nL e poète, p a rfo is, dompte sa frén ésie,\nS u r un f a îte sublime il s ’a rrête étonné.\n\n\nT ou t flam ban t d ’infini, tou t ailé de m ystè re\nP h a re allum é su r l ’om bre où croupit le commun,\nI l dem eure, pensif, m uet et solitaire.\nE t tous les p réju g és alors, l'un après l' un,\nL e M é p ris, la Sottise e t l ’exécrable haine,\nL entem ent, d an s l'espoir d 'ébranler sa splendeur.\nA in si que des démons lâchés de la géhenne\nR am pen t hideusem ent à l ’a ssa u t de son cœ ur.\nE t le poète a lo rs, dont l'âm e inassouvie,\nSe ron ge de douleur sous ce choc du néant,\nComme un a ig le brisé p a r la stupide vie\nR oule, vertigin eu x, dans le gouffre béant.\n                                                                 P. P rist.\n\n\n\n\nP p in teçn p s p a r i s i e n .\n\nL e beau jo u r de printem ps se m eurt a u x boulevards\nD ans l'heure bleue exquisem ent du crépuscule ;\nE t le p a v é de bois, comme a u x fo r ê ts n atales,\nSuinte l ’acre odeur des ports en aventures.\n\n\nT out ce jo u r de lumière fleu rie,\nA u tra v ers ivre de la capitale,\nJ ’a i coudoyé, flo ts j o y e u x de vie,\n"}, {"page_pdf": 543, "texte": "                                                                —      120 —\n\n P a ris,\n D a n s l'a ir lé g e r d e f l o r é a l\n\n\n  M a i s , ta n d is q u ’in d u lg e n t e t se re in , j e s a v o u r e\n L e p a s s a g e en f é e r i e d u so ir co sm o p o lite,\n A u x p e r sp e c tiv e s g lo r ie u s e s d u c a r r e fo u r\n S ’illu m in e n t c r û m e n t les la m p e s éle c triq u e s.\n\n\n D a n s le c ie l c r é p u scu la ire\n S 'in s ta lle n t, ép elés en lu m iè re s.\n D 'e x c la m a tif s a p p els a u x p la is ir s p o p u la ir e s :\n\n\nE t v e r s l ’a p h ro d is ie f o u d r o y a n te d e s th é â tr e s .\nL e s tr o u p e a u x d e la f o u l e se h â te n t\nS u r le s tr o tto ir s b la fa r d s .\n\n\nA u f o n d d e s y e u x civ ilisé s, s 'e ffa r e\nL ’in stin c t p r im o r d ia l d e s c a v e r n e s ;\nE t ce tte f o u l e — u n a n im e h o ro sco p e —\nH o u le a ta v iq u e en ce b eau so ir , invoque.\nO n u it p ro c ré a tr ic e ! le g e s te ritu e l.\n\n\nO r , j e s o n g e a u x a s p h a lte s j u m e lle s\nD e s a u tr e s c a p ita le s p r in ta n iè r e s e t f a u v e s .\nO ùt le M â l e — E te r n e l c h a s se l'E te r n e lle — F e m e lle\nS o u s d e s ciels en c h a le u r d e r o u g e s B a b y lo n e s :\n\n\nE t , s e u l c e r v e a u r o y a l d e ce s o ir a ta v iq u e ,\nA n a l y s t e se c ta ire\nM e t t a n t a u p o in t le s o c u la ire s.\nT a illé s a u n o r d d es n u its m é ta p h y s iq u e s ,\nJ e reg a rd e\nS 'a g i t e r v a in e m e n t les lois é lé m e n ta ir e s.\n\n\nH o u le s d e fo u l e s , r u m e u r d e n s e , c la m e u r s en f u i t e :\n\n\nA u c a r r e fo u r d e s b o u le v a r d s co sm o p o lite s,\nE p e la n t, a cca b lé d ’u n m e r v e ille u x e n n u i,\nL e ciel q u i ré v e rb è re\nL e s a p p els l u m in e u x a u x p la is ir s p o p u la ir e s .\nJ e so n g e — e t p u is a p rè s, o v i e u x C osm os ! e t p u i s ? —\n\n\nQ u e cette v a n ité d e s Rois d e l'U n iv e r s\nR o u le so u s le r e g a r d in d iffé r e n t d e s a s tr e s .\n\n\nA fin que d a n s m ille a n s , ô v ie ille E c c lé s ia s te !\n— A tr a v e r s les tr o u p e a u x im p u ls ifs d e s h u m a in s\n"}, {"page_pdf": 544, "texte": "                                                           ----   1 2 1 ----\n\nQ u i v o n t, so u s l'a ig u illo n de l'é te rn e l D e stin ,\nB a ttr e s tu p id e m e n t le b riq u e t des m u q u e u s e s —\nA fin q u e, d a n s u n s o ir p a r e il d e p r in te m p s f a u v e ,\nU n a u tr e c u r ie u x d e la F in a lité\nS u r les tro tto irs f u t u r s d es n eu ves B a b y lo n e s\nR e g a r d e d é fe r le r la m êm e V a n ité\n                                                                                         T héo V a r l e t .\n\nP a r is , C a fé d e la P a i x £ M a i 1 9 0 4\n\n\n                                                       ****\n\n\nObépon.\n                                                                               D’une antenne de sauterelle\n                                                                               Bon maître Puek se saisit ;\n                                                                               Sur une aile de ph aléne\n                                                                               D’une haleine il écrivit\n\n\n\nJ e m is p r is o n n ie r l'a rc -e n -c ie l\nD a n s le ré sea u d 'u n e a r a ig n é e\nO ù d a n s a ie n t les r a is d u so le il\nS u r des g lo b u le s d e rosée ;\n\n\nP o u r q u e lu i f û t la p r is o n douce\nJ 'a i d it a u x clo c h e tte s d u t h y m\nD 'e m p r e in d re le u r c a g e d e m o u sses\nD 'u n f r a i s c a r illo n de p a r fu m s ;\n\n\n L e j e u n e a rc -e n -c ie l s'e s t d re ss é\n F r is s o n n a n t d 'a ise a u so le il c la ir\n E n r ia n t il a seco u é\n S a j u p e d ’a n g é liq u e s b ra ise s.\n\n\n E t l 'a g ite a u r y th m e c h a n g e a n t\n D o n t la b rise berce la toile,\n E to ile s , c h e v e u x d 'o r , a r g e n t\n E t n a c r e d e la f é e U r g è le ;\n\n\n I l s ’a g ite , il d a n se , oh lé g e r !\n B a la n c e lle d e f la m m e s d 'o r,\n O r v e r t, ro se à b leu , o ra n g é ,\n E m m ê le z - v o u s ! fl u i d e co rp s.\n\n\n V o is - tu à tr a v e r s lu i v ib r e r\n L e s a ile s d 'e a u d es lib ellu les,\n L e s co lo n n es d ’a ir o n d u le r\n Q u e so u lè v e u n e c a n ic u le ?\n"}, {"page_pdf": 545, "texte": "                                                          —      122 —\n\n\nS o r tilè g e q u i m e h a rc è le ,\nC es b ru isse m e n ts d e c o u le u rs\nD a n s la m o lle lu m iè re iso len t\nL 'e x t a s e d 'u n e é tr a n g e fle u r :\n\nM o n c œ u r d é c o u v re ton v is a g e ,\nP u is ton co rp s en fin d é v o ilé ...\n— D a n s l'a ir p a s s a it u n n u a g e\nT o u t s ’est e n v o lé !\n                                                    F agus.\n\n\n\n\nLe p alais.\n          A E.       D esp rech in s.\n\nL e P a la is d a n s le c ie l lève so n d ô m e d 'o r\nP o rté p a r le p lo îm e n t de d o u z e ca ria tid es-,\nL e s o n y x p r é c ie u x e t les ja s p e s sp le n d id e s\nL a m b r is s e n t l'esc a lie r, d a lle n t le c o r rid o r.\n\nD e l'a ir a in le p lu s d u r les p o r te s re vêtu es\nS o u s les coups d u s o le il o n t un é c la t s a n g la n t,\nT a n d is q u 'a u f a î t e d u fr o n t o n é tin c e la n t\nV ibre la n u d ité n e r v e u se d e s s ta tu e s .\n\nD e u x g r a n d s tig r e s d e m a r b r e a llo n g é s s u r le se u il\nF o n t c r a in d r e , t a n t le u r s re in s c o lo s s a u x se m b le n t viv re ,\nQ u e d ’u n coup se le v a n t s u r le u r s g r iffe s d e c u ivre,\nE ffr o y a b le s , ils v o n t b o n d ir, le f e u d a n s l'œ il.\n\nU n e im m e n se r u m e u r s o r t d e s h a u te s c ro isées :\nL e M a îtr e e t ses a m is so n t en un g r a n d f e s ti n ,\nI l s so n t j o y e u x c a r le b o n h e u r e s t le u r d e s tin ...\nS u r le u r s têtes, d es f l e u r s en h o u p p es s o n t p o sé e s.\n\nL e s co u p es d e v e r m e il où m o u s se un vin a rd e n t\nS e c h o q u e n t à g r a n d b ru it, s u r la n a p p e r o u g ie\nL e M a îtr e q u i s o u r it s'a c c o rd e ... E t d a n s l ’o rg ie\nD e s f i l l e s à se s p ie d s g is e n t, le r e g a r d a n t.\n\n\n\n\nE t tan d is q u e l’iv r e ss e en le u r s c e r v e a u x s 'a v iv e ,\nD e r riè r e les b a tta n ts d e la p o r te e n tr 'o u v e r ts\nR ic a n e , a v a n t d 'e n tre r, in n a te n d u co n v iv e .\nL a M o r t a u m a n te a u blêm e e t q u e r o n g e n t d e s vers.\n                                                                                            G.   M o u lin a s.\n"}, {"page_pdf": 546, "texte": "                              — 1 2 3 ---\n\n\nL a G r im ace h u m aine .\n\n      Il pleut depuis deux heures de l’après-midi et me voici\ncloitré regardant.\n      J ’ai battu à mes vitres différentes charges. J ’en suis depuis\nlongtemps lassé. J ’ai essayé de travailler, mais le ciel trop\nsombre endeuille mon esprit. J e rêve un peu à tout, à la vie\nsurtout, à la vie toujours. Est-ce curieux, on revient conti­\nnuellement à elle, nous avons tous une dette à payer et, ironie,\ncela ne s’oublie pas.\n      Q u ’est-ce que nous devons ? Est-ce notre peau ou notre\nlabeur ? L a vie demande-t-elle les deux ? L a mort, n ’est-ce\npas une suite de la vie ? E t mourir n ’est-ce pas vraiment\nvivre ?\n      L eur union en tout cas est parfaite et quand la vie aban­\ndonne un homme à la mort, elle possède toute son utilité, ou\nn ’espérant rien, tôt elle le rejette.\n      Ju sq u ’à quel point, nous, la servirons-nous ?\n      Que la vie me semble mélancolique quand il pleut, mes\nespoirs et mes rêves se noient. Ce matin dans un clair rayon\nde soleil, là-bas dans le bois de sapin, l’univers m’appartenait.\n Général, héros antique, j ’avais vaincu les légions ennemies, je\n contemplais mes conquêtes, j ’admirais mes troupes et leur\n audace.\n       Il pleut, maintenant, je suis bien humble, toutes mes\ntentatives paraissent vaines. J ’admire ces paysans qui tra­\nvaillent et je m'émeus en comprenant la grandeur de leur\n œuvre, en méditant sur leur bonheur q u ’ils ignorent. N ourri­\n ciers têtus et méconnus ne sont-ils pas un modèle pour le\n monde. Eux seuls peut-être sont dignes de manger et d ’exister.\n Ils ne pensent pas, mais ils agissent. Que nous nous tournions\n de n ’importe quel côté le vrai problème est là.\n       Pourquoi encore écrire, dépassera-t-on Racine ? Pourquoi\n chercher toujours, toutes nos sensations sont analysées, nulle\n part la solution se dresse consolante et douce.\n"}, {"page_pdf": 547, "texte": "                              — 124 —\n\n      Mais non, il faut lutter, l’inconnu voilà le vrai, l’inconnu\nvoilà l’ennemi.\n      Il pleut toujours. La vie voilà l'inconnu. Etudions-la\nscalpons-la, soyons en le maître, nous qui toujours avons été\nsa victime.\n      Utopie, dira-t-on, autant chercher à arrêter la pluie.\n      Qu’importe, louons la ténacité en pareil cas. Mettons\ncette amante sous notre joug. Actuellement encore elle nous\ntourmente. Nous entrevoyons la ville où bientôt le devoir\nnous rappellera. L a tâche nous attend, il faut vivre. « T u\ngagneras ton pain à la sueur de ton front ». Pourquoi vivre si\nce n ’est q u e pour tous les jours accomplir les mêmes actes jusques\nà la tombe et s’en aller comme on était venu, en pleurant et\nen faisant pleurer.\n      Il pleut toujours. Les pipes se culottent interminablement,\nla fumée bleue envahit la chambre. Je sens que le rêve y règne\négalement de tous côtés, il assiège mon cerveau. Il m ’impor­\ntune, mais il se trouve partout chez lui et vous quitte lorsqu’il\nlui plaît. Comme tout le reste c’est un agent de la vie.\n      Q u ’ai-je fait aujourd’hui ? Encore une après-midi perdue.\n Pour combien, d ’hommes n ’a-t-elle pas été ardue et doulou­\n reuse ! Que de chercheurs n’y o n t pas usé inutilement le\n meilleur de leur cérébralité.\n      E t nous passons, nous ne rattrapperons jamais ce tem ps\n écoulé. Les neuf coups de l’heure sonnent.\n      « Naître, souffrir, mourir » résume six mille ans, en\n prédit      ?\n       E t malgré tout, suivons nos instincts d ’hommes. Accro­\n chons-nous désespérément à cette fille de Janus, à notre\n déesse.\n       Consacrons à la vie tous nos efforts et tous nos travaux.\n Elle seule donnera un calmant à nos maux, un électuaire à\n nos passions, un espoir à nos souffrances. Elle grouille autour\n de nous, elle remplit les rues, les salons, les usines, les man­\n sardes, les campagnes. Elle fait germer l’idée, peiner le\n"}, {"page_pdf": 548, "texte": "                                 —   1 2 5 ----\n\n\nlaboureur, travailler l’ouvrier, concevoir et exécuter l’œuvre,\nelle forme notre premier aliment. L a vie en un mot est notre\nvie.\n     Son cortège passe, dépêchons-nous de le regarder. Voici\nses étendards de victoire, ses drapeaux de deuil. Voici ses élus,\nvoilà ses victimes. Dans le lointain son char apparaît majes­\ntueux et grandiose : c’est la grim ace humaine.\n                                                  G a sto n   P u l in g s .\n W ardin, 29 septembre 1 9 0 5\n\n\n\n\nA la M o n n a ie.\n\nP r i n c e s s e R a y o n d e Soleil.\n\n       En mille huit cent cinquante, Wagner écrivait dans son Œ uvre\nd ’A r t de l ’A v en ir : « Le peuple est l’ensemble de tous ceux qui\néprouvent une commune détresse. Qu’un homme soit le plus ou le\nmoins cultivé de tous, savant ou ignorant, placé au plus haut ou au\nplus bas de l’échelle sociale.... sitôt qu’il éprouve ou qu’il entretient\nen lui une aspiration qui le force à sortir d’un lâche accommodement à\nla connexion criminelle liant notre Société et notre État, ou de\nl’obtuse soumission d’esprit à cette ordre des choses ; une aspiration\nqui lui fasse ressentir le dégoût des joies vides de notre civilisation\ninhumaine, ou la haine d’un utilitarisme profitable seulement à ceux\nqui n’ont besoin de rien, et non à ceux qui manquent de tout, — __..\nsitôt que cet homme reconnaît clairement et sans hésitation cette\nnécessité morale, en se sentant capable de souffrir de la peine d’autrui,\net, s’il faut offrir sa vie même au sacrifice, — celui-là appartient alors\nau peuple ; car lui et tous ses pareils ressentent une même détresse.\nLe peuple est l’ensemble de tous ceux qui éprouvent une commune\ndétresse. C’est au peuple ainsi défini que se doit adresser l’œuvre\nd’art, car le seul créateur de l’œuvre d’art est le peuple : l’artiste peut\nseulement saisir et exprimer la création inconsciente du peuple ».\n      Paul de Mont et Paul Gilson ont supérieurement compris la pro­\n"}, {"page_pdf": 549, "texte": "                               — 126 —\n\nfonde justesse de cette observation, car leur Princesse Rayon de\nSoleil que le théâtre de la Monnaie vient d’avoir l’honneur de\nreprésenter, est un hymne grandiose du Peuple au Peuple.\n       Analysons brièvement le poème :\n W alpra, femme haineuse, mère du jeune T ja ld a , a converti son\nfils en cerf afin de le soustraire aux poursuites du roi Ajoboud. Ce\ndernier n’ayant conquis le trône qu’au prix du meurtre du père de\n T ja ld a , voit en Tjalda un adversaire redoutable.\n       Au cours d’une chasse, le hasard a voulu que le jeune cerf soit\nblessé. W alpra, magicienne habile, le sauvera cependant et le recon­\nvertira en homme afin d’en faire l’instrument de sa vengeance envers\nAjoboud.\n       Ajoboud est le père d’une enfant merveilleuse que W alpra\ndestine à devenir l’épouse de son fils. Voulant donner à son fils le\ntemps de grandir, elle plonge le roi, la princesse et tous les habitants\ndu château royal dans un sommeil profond. Ce sommeil durera des\nsiècles peut-être, jusqu’au jour où sera prononcé le mot qui doit\nl’interrompre.\n       Peux chanteurs errants ayant révélé à T jalda le mystère du\nchâteau endormi, il se sent soudain inspiré du désir d’aller\nréveiller la belle princesse Rayon de Soleil.\n       Fort de la force des héros qui peuvent tout, il s’enfuit à travers\nbois vers le château. L’aspect de la cour a bien changé ! Ses habi­\ntants sont fleuris d’une végétation luxuriante.\n       Tjalda trouve le mot qui doit réveiller l’assistance. Tous se\ndégourdissent et se lèvent aussitôt. La princesse aime le jeune héros\nqui l’a sauvée, et ils chantent à l’Amour et à la lumière un hymne\ngrandiose.\n        W alpra est arrivée sur ces entrefaites Craignant que ses pro­\njets n’échouent, elle frappe elle-même le roi et se tue ensuite. « Nous\nn’étions que haine », dit-elle en mourant. « E u x sont le Printem ps\net l ’A m o u r, que Tjalda hérite de la couronne.\n       Le peuple acclame joyeusement les jeunes époux par un chant\nd’allégresse L a lumière est entrée dans le pays, et cependant que\nle rideau se ferme, les cloches du palais bourdonnent joyeusement.\n       Eu un mot : le poème de M. Paul de Mont nous fait\n"}, {"page_pdf": 550, "texte": "                                 —   127 —\n\n\n  assister à la victoire de la lumière et de l’amour sur la haine. Simple\n  reproduction d’un conte de fées, il acquiert, pour les âmes délicates,\n  les proportions d’un grand drame humain.\n        Princesse R ayon de Soleil marque l’avènement en Belgique\n  du drame musical normal, aussi devons nous saluer cette œuvre avec\n  bonheur.\n        Ce que Wagner et Gustave-Charpentier firent dans leur pays,\n Paul Gilson vient de le réaliser chez nous.\n       Tout en étant conçue selon les théories wagnériennes, la par­\n tition est cependant d’une personnalité très définie. Comment en\n serait-il autrement lorsqu’il s’agit d’un poète et d’un peintre tel que\n Paul Gilson ?\n        Il importerait d’ailleurs que l’on s’entendît sur la signification\n du Wagnérisme. — La forme wagnérienne du drame musical étant\n la plus logique, la plus naturelle et la plus humaine qui soit, pour­\n quoi ne pourrait-on pas en imiter le fond ? Faut-il dédaigner Van\n Dyck et Jordaens sous prétexte qu’ils étaient de l’école de Rubens? —\n Non ! car indépendamment de leur méthode qui était invariable,\n ils avaient chacun leur imagination propre, et une recherche dans le\n  coloris, absolument personnelle. Les fondations d’un palais et celles\n d’une masure sont, toutes proportions gardées, à peu près les mêmes.\nViendra-t-on pour cela comparer le temple à la masure ? C’est la\ncharpente de l’art wagnérien qu’il faut imiter et non l’art lui-même.\nEmparons-nous de cette base puisqu’elle est solide et probablement\ndéfinitive, mais au-dessus d’elle élevons tous les monuments qu’il\nnous plaira, pourvu qu’ils soient dignes du jour.\n       N’est-ce pas en se servant de la méthode wagnérienne que\nCharpentier a écrit cette sublime Louise qui est peut-être l’œuvre\nmusicale la plus originale et la plus extraordinaire des temps\nmodernes ?\n       Paul de Mont et Paul Gilson étaient bien faits pour se com­\nprendre, tout autant que Bizet et Prosper d’Mérimée. Il y a une\ntelle harmonie entre le poème et la musique qu'on a peine à croire\nqu’ils soient l’œuvre de deux hommes différents.\n       Signalons les plus beaux endroits de la partition, encore qu’elle\nsoit belle et harmonieuse d’un bout à l’autre.\n"}, {"page_pdf": 551, "texte": "                               —   1 2 8 —\n\n\n      Dès le commencement du premier acte se dégage une impression\nde fraîcheur qui charme l’auditeur.\n      Les lamentations de W alpra sur le corps du cerf blessé sont\naustèrement belles ; il y a là des effets de cuivres qui révèlent immé­\ndiatement un grand-maître. Quant à la lin de l'acte elle est une des\nplus puissantes productions du théâtre actuel. Il n’y a pas de mots\npour dépeindre la façon magistrale avec laquelle le musicien décrit le\nsommeil qui s’est emparé des personnages. Pendant qu’un déchai­\nnement houleux des violons et des flûtes traverse furieusement\nl’orchestre, les cors énoncent solennellement les larges accords du\nthème du sommeil. (Ah ! puisse un jour la Monnaie avoir un chef\nd’orchestre capable de sentir celte page immortelle !) On se croirait\ndevant quelque tableau fantastique de la nature. Cette prodigieuse\nsymphonie, volontairement lourde et berçante, s’étalant à l’infini\npuis se repliant sur elle-même pour mieux se déployer encore, est\nempreinte d’un tel caractère, que celui qui l’a entendue une fois ne\npeut plus l’oublier de sa vie. Tout doit dormir chante W alpra ; des\nsiècles... éternellement... dans un sommeil de m ort, et le rideau\nse ferme, laissant à l’âme une émotion inexprimable.\n      Ce splendide théme du sommeil reparaîtra chaque fois qu’il sera\nquestion de la princesse endormie.\n      Au second acte mentionnons spécialement le thème de l’éveil de\nl’amour. D’abord timidement ébauché, il renaîtra plus loin dans\ntoute la force de sa généreuse et juvénile inspiration.\n      J’aurais voulu plus de décision dans la symphonie qui sépare les\ndeux parties du dernier acte.\n      La fin de l’œuvre est d’un beau lyrisme. L’inspiration du maître\nest à son apogée. La musique devient visible, dirait-on. Le duo de\n Tjalda et de la Princesse R ayon de Soleil, s’étendant en des\ndéveloppements de plus en plus élevés, frise le sublime. Orchestre et\nchanteurs, tout se fusionne en un colossal débordement de lumière.\n Il semble que le soleil se rue dans la salle.\n      Princesse Rayon de Soleil fut jouée pour la première fois au\nThéâtre Lyrique d’Anvers en 1904, et y remporta un succès considé­\nrable. Hier elle a triomphé à la Monnaie devant une salle en délire.\n      Nous aussi nous applaudissons de toute la force de notre âme,\n"}, {"page_pdf": 552, "texte": "                               — 129—\n\ncar nous avons la certitude de nous trouver en présence d’un des\nplus beaux efforts artistiques qu’on ait vu en Belgique.\n      Cette œuvre n’a pas seulement ouvert la voie dans laquelle\ndevraient s’engager tous nos jeunes compositeurs aspirant au théâtre,\nelle nous a aussi révélé une de nos plus grandes gloires nationales.\n                                                   Rob. Lydaime.\n\n\n\n\nG e n v al.\n\nL es r e p r é s e n t a t i o n s en plein a i r à G enval.\n\n      E n ces jours d ’été, où l’air a la fraîcheur des foins coupés,\noù éclatent les fleurs, mûrissent les fruits, montent les sèves,\noù la terre exacerbe de vie, ivre de lumière, c’est au cœur des\ncampagnes qu’il faut aller chercher la joie. Elle s'y est réfugiée\nloin des villes, elle y est l’âme de chaque plante, de chaque\nparfum, de chaque rayon, le vol des oiseaux, le léger coup\nd ’aile de l’heure qui passe. Son invisible présence fait les plus\nbelles de toutes, les fêtes que nous donnons dans la nature.\nCette vérité, deux artistes, MIle Guilleaume, le distingué\nprofesseur de déclamation à l’école de musique d ’Ixelles et\nM. S mets, le très intelligent administrateur de la société de\nGenval-les-Eaux, l'ont pleinement comprise. Grâce à leur\ncourageuse initiative, le 13 août dernier nous fut donné un\ndélicieux régal d ’art : la représentation en plein air du\nPolyphème, d’ALBERT Samain. L a pièce peu connue est d ’une\ntrame simple qui convient très bien à son cadre de verdure :\nPolyphème — ce n ’est pas le cyclope — s’est épris de Gala­\nthée. On lui préfère le berger Acis. Témoin d ’une scène\nd ’amour entre les deux amants et ne pouvant supporter la\nvision de leurs étreintes, Polyphème s’aveugle d ’abord puis\nfinit par renoncer à la vie. Les vers auxquels cette fabulation\nsert de prétexte sont admirables et leur interprétation fut\nbonne. Mlle Guilleaume, qui n ’a pu donner évidem m ent sa\n"}, {"page_pdf": 553, "texte": "                               —   130—\n\n\n mesure dans le court rôle de Galathée fut charmante de\n distinction. M lle B eaufre composa un Lycas gentiment\n espiègle, mais pas assez ému, peut-être, dans la scène de la fin.\nM. Carlo L iten, Polyphème, se révéla tragédien d ’avenir.\nSi cet acteur tempérait légèrement son jeu il serait parfait. Le\nsens de la mesure lui manque un peu. T el n ’est certes pas le\ncas de M. Ghislain, A c is, dont le début gagnerait à être plus\nchaleureux. Il ne semblait s’émouvoir, M. Ghislain, ni des\njolies harmonies que M lle Gellens tirait de sa harpe, ni du\ncharme prestigieux de l’heure. Elle était adorable, pourtant,\ncelle-ci. Des hauteurs de L a H ulpe, au-dessus du gris azuré\ndes bois, des noirs des sapinières, des dégradés violets, roses\net bleus de l’étang, dans des reflets de topaze, d ’améthyste et\nd ’or, flambait le soleil. Avec la mort de la lumière, la joie,\npartout présente, se muait en une exquise sérénité. Quelques\nrires, au loin, s’éteignaient... U ne brise odorante passait. E t\nplusieurs d ’entre nous, que de son doigt divin la beauté avait\ntouchés, s’en allèrent, après les derniers applaudissements,\nun grand soleil rouge dans les prunelles et, aux lèvres, ces\nvers merveilleux de Samain :\n              Laisse-moi respirer un peu le vent qui passe .\n              C’est comme la pitié de la nuit sur ma face.\n\n                                     E douard de T allenay.\n\n\n\nL es Salons.\n\nL e s I n d é p e n d a n t s — V r ije Ku n s t — L a b e u r —\n\n      Le seul souci de ne laisser nulle lacune dans la régularité de nos\ncritiques nous engage à ressusciter les expositions des Indépendants\net du cercle V rije-K unst. A tant de jours de distance nous n’avons\nplus très présentes à la mémoire les œuvres dignes d’un certain\nintérêt ; mais ce recul forcé ne nous fera que plus largement voir\nles choses, et les toiles que nous évoquerons ici gagneront en raison\n"}, {"page_pdf": 554, "texte": "                                   —   13 1 —\n\n\nmême de celle éventualité. C’est ainsi qu’au Salon des Indépendants,\nL e Vieux P ont de P. Àbatucci se rappelle très honorablement à\nnotre mémoire. F. Beauck toujours fort intéressant et original.\nLantoine aussi qui s’imposait par sa peinture antithétique et Roessingh\net d’autres certainement qui nous échappent peut-être dans la hâte de\ncet articulet.\n      Au cercle V rije-K unst qui présentait un ensemble forcément\nplus corsé (VIIeSalon) nous avons particulièrement aimé les œuvres de\nce luministe qu’est Franz Gaillard, un artiste sincère et dont le talent\nfait à chaque fois de si rapides progrès. Sa peinture est d’un procédé\nfort curieux il semble qu’il vaporise la lumière sur ses toiles, c’est\nun beau travailleur qu’il serait temps de glorifier un peu. Jules\nRullens, avec sa peinture qui fait trop songer à De Braekleer exposait\npourtant un atelier plus personnel et d’une agréable intimité. Van\nBeurden, dont nous retrouvons depuis trois ans le P a in Quotidien,\npain qui pour avoir vieilli n’est pas devenu cependant une croûte\net qu’avec plaisir nous revoyons et admirons toujours. La sculpture\nétait fort bien représentée par M. Théo Blickx..\n\nSalon du Labeur.\n\n      Encore que nous ayons déjà pu admirer chez quelques exposants\nde très belles choses qui doivent y figurer, nous attendons, pour en\nparler, que l’administration du Salon du Labeur songe à nous y\ninviter.\n                                                    M a r c e l A ngenot .\n\n\n\n\nL e s liv r e s\nLes Vignes mortes, par H en r i Ma r t in e a u .\n\n     Ce poète ne s’est pas complu dans la recherche ardue d’une\nnouvelle formule. Son expression est restée celle de ses devanciers,\navec un peu de liberté en plus. Sa langue est souple, très claire, très\n"}, {"page_pdf": 555, "texte": "                                  — 132 —\n\npure, et presque toujours très harm onieuse. S ’ il lui arrive parfois\nd’écrire des vers comme celui ci :\n\n         .... et d’arbre en arbre, au loin, la brise, errait légère.\n\n     Il en a de superbes, comme ceux-ci :\n\n         Ce n’était plus l’été, ce n’était point encore\n         Le rouge automne; et dans les jardins chauds les (leurs,\n         Pâles chaque matin de l’ivresse d’éclore,\n         Encensaient le ciel bleu du parfum de leur cœur.\n\n         Le jour silencieux était cinglé d’abeilles\n         Dont l’active blondeur d’épais essaims ardents,\n         Des parterres troublés s’envolait vers les treilles\n         Et délaissait les fleurs pour les fruits transparents.\n\n         Partout, dans la campagne heureuse, par la plaine\n         Et les coteaux qui mollement jusqu’à la mer\n         Conduisent la fraîcheur chantante des fontaines,\n         La vendange riait sous son feuillage vert.\n\n         Les grappes en étincelaient lourdes et vives,\n         Dans l’or massif et nu de leur maturité,\n         E t les grains éclatés dont se saoulaient les grives\n         Jonchaient un sol jaloux de sa fécondité.\n\n         Les paysans joyeux des favorables signes\n         Que le soleil oblique embrasait tous les soirs,\n         Escomptant la récolte abondante des vignes\n         S ’endormaient dans la paix sereine de l’espoir.\n\n    Ces vers sont la première partie du poème lim inaire des Vignes\nmortes. Quelle superbe vendange ils nous promettent ! Quelle\nexcellence de vie, et quelle couleur saine et abondante. On y sent\ncouler une sève virile et féconde, généreuse et ardente. M . M a r t i n e a u\nn’a pas innové, certes non. Mais le talent ne consiste pas seulement\ndans la nouveauté du thème. R e m y d e G o u r m o n t le dit excellemment :\n      « P o u r écrire un bon roman ou quelque drame viable, il faut en\nélire un sujet si banal qu’il en soit nul ou en im aginer un si nouveau\n"}, {"page_pdf": 556, "texte": "                                   —   133 —\n\n\nqu’il faille du génie pour en tirer parti, Roméo et Ju liette ou Don\nQuichotte. La plupart des tragédies de S h a k e sp e a r e ne sont qu’une\nsuite de métaphores brodées sur le canevas de la première histoire\nvenue. S h a k e sp e a r e n’a rien inventé que ses vers et ses phrases :\ncomme les images en étaient nouvelles, cette nouveauté a nécessai­\nrement conféré la vie aux personnages du drame. »\n      La manière seule est particulière, l’idée est générale, M. MARTI­\nneau l’a compris.\n\n\n\nLes Thuribulums affaissés, par E sm er -V a ld o r .\n\n\n      Je ne m’en cache pas, bien que le livre de M H e n r i Martineau\nsoit un beau livre je lui préfère celui de M. E sm er -V ald o r .\n     M. E sm er -V aldor a un esprit très curieux et surprenant en plus\nd’un point. Ce qui l’attire, avant toute autre chose, ce sont, en quelque\nsorte, ce qu’on pourrait appeler les côtés inemployés par la majorité\ndespoètes. Il faut bien le dire, la foule des poètes estmoutonnière\ncomme l’autrefoule. Par paresse, peut-être, elle va plusvolontiers par\nles chemins connus. Voilà qui n’est pas le cas de M. E sm er -Va ld o r .\nBien que sa technique ne soit en rien novatrice, il faut un certain\ntemps pour s’habituer à sa façon heurtée, et d’une bizarrerie systéma­\ntique. M. E sm er -V aldor est un énergique et peut-être un paradoxal.\nSon esprit rappelle un peu celui de Ma u rice R o llin a t , fécond en\naperçus bizarres, nouveaux et justes.\n      Voici quelques vers qui suffiront à faire goûter au lecteur le\ncharme âcre et l’atmosphère de combat qui règne un peu dans tout\nle livre :\n\n         Quand tu sens le sommeil alourdir ta paupière,\n         Allanguir ton cerveau, e tendre tout ton corps\n         Le voile de l’oubli et le masque d e p ierre\n         S ur ta face blémie et lasse des efforts,\n\n\n         Lève-toi vile et cours hâtif à ta toilette,\n         P ren d s l’éponge, prends l’eau, le savon, la serviette\n"}, {"page_pdf": 557, "texte": "                                   —   134 —\n\n\n        E l lave la carcasse avec g ran d ’ peine et soin\n        H abille-toi, puis sors vers le labeur prochain.\n\n\n\n\n        C ourbe toi pieusem ent su r ta lâche, imbécile,\n        Sois machine et dis loi q u ’il le faut l’âme vile\n        De l’esclave si tu veux ê tre en am itié\n        Avec celui pour qui tu te vas crucifier.\n\n        Là, c’est la nuit, enfin pour huy la tâche est faite.\n        Ou c’est jo u r de repos, c’est dimanche ou c’est fête\n        C’est assez travaillé pour les autres, lu crois.\n        Mais demain pèse lourd et puissant su r ton être.\n\n\n\n\n         T ourne, tourne et retourne en ton cercle vicieux\n         Vivre pour travailler et travailler pour vivre\n         E t n ’attends pas surtout q u ’un vain sort le délivre\n         Tu es fait p our la chaîne et serv ir les heureux.\n\n         Vis soixante ans et plus sur le même modèle\n         E t quand enfin la m ort te prendra sous son aile\n         Du moins lu ne pourras m ourir et ça t ’es dû.\n         Comment donc p érirait qui n ’a jamais vécu?\n\n     Je pourrais encore citer d’autres poèmes par exemple, Soir\nrom antique, J e l ’a i rêvée fa ta le, Entends le vent heurter aux\nportes... fort beaux assurément, mais qui n’ajouteraient rien à celui\nque j’ai cité, parce qu’il est en quelque sorte la synthèse de l’œuvre.\n\nLe Siège de Berlin, par M. P. B roodcoorens .\n\n      Décidément, le Siège de B e rlin ne méritait pas les honneurs\nde la scène et M. B roodcoorens a eu tort de l’y transporter. Au\nsurplus pourquoi s’attarder à de pareils essais, quand on a, comme\nB roodcoorens, quelque chose dans le ventre, qui vous permette de\nfaire mieux ?\n"}, {"page_pdf": 558, "texte": "                                  — 135 —\n\nUne Interview au Transformisme, parle baron C h a rles V an B e n e d e n .\n\n      Cette intervieuw est simplement, de la part de M. V an B eneden\nun prétexte à se rappeler à l’attention des lettrés. Et c’est surtout\npour la préface que son auteur l’a écrite. Dans cette préface M. V an\nB en ed en se lamente de n’avoir pas été invité a collaborer à Notre\nP ays. Que M. V an B en ed en se console, on se souviendra de lui au\nprochain jubilé !\n\nRoses d’ Aube, par E d . D oumont.\n\n    Pourrait être mis en musique avec profit et servirait avantageu­\nsement à remplacer la P riere d ’une Vierge.\n\nDans les Jardins d’Octobre, par B. d ’H u g h e e r .\n\n     Ce ne sont que maîtresses.... Ce ne sont qu’estragales... Il n’y\na plus de jeunes. Il n’y a que des saules pleureurs !\n\nPoèmes fervents, par F ernand U r Ba in .\n\n     Verbalité creuse, rengaines à fâcheuses tendances verhariennes.\nDe la poésie ? Je t’en fiche !\n\nLa Chanson de l'Ardenne, par J . J eangout .\n\n     Suite de petits poèmes.... j’allais dire à quatre mains, en\nsongeant aux petits exercices de piano pour commençants. Ce n’est\npas plus l’Ardenne que la Flandre ou l’Espagne.\n\nLes Animaux, par M. Dathan de S t -C y r .\n\n      Je termine cette critique en offrant à nos lecteursla plus extraordi­\nnaire loufoquerie qui soit jamais sortie de la plume d’un écrivain.\nA coup sûr R emy de g ourmont dirait que M. Dathan de S aint Cy r\nfait partie de l’autre littérature ! Lisez :\n                      LA P U N A IS E\n                     Insecte, fuyant la clarté\n                     Créé p our le m alheur de l’homme,\n"}, {"page_pdf": 559, "texte": "                                 —    136 —\n\n\n                    Dont il suce pendant son somme\n                    Son sang avec; avidité,\n\n                   La punaise que l'on renom m e\n                   P eut vivre avec im punité\n                   Dans les locaux sans p ro p reté\n                   P o u rta n t... ju sq u ’à ce q u ’on l’assomme\n\n                   Elle apparaît quand vient la nuit\n                   De tous les humains ennem ie,\n                   C’est une vraie épidém ie\n\n                    Dans l'hum ble e t m alheureux réduit.\n                    Quand donc cet animal immonde\n                    A ura-t-il disparu du monde ?\n\n      Le tout est publié sous le patronage de la Société protectrice\ndes A n im a u x . Disons vite, pour ceux qui l’ignorent, que M. Da than\nde S aint Gy r est français.\n                                                                J u les B ock .\n\n\n\n\nN o u v elles.\n\n     Ce présent numéro du J e u n e E ffort porte la date septembre-\noctobre comme nous l’avons annoncé à nos abonnés; le numéro de\nnovembre comportera 48 pages.\n\n      M. Jules Lemaître vient de terminer une nouvelle comédie en\n4 actes, Bertrade, qui sera prochainement jouée à la Benaissance, à\nParis.\n    M. Maurice des Ombiaux vient de terminer I o-Iè, Bec de Lièvre,\nson nouveau roman. Il prépare également une étude de mœurs\nadministratives : Les M anches de L ustrines.\n    M. Ed. Glesener, le vigoureux auteur du Cœur de François\nRem y, travaille à un roman humoristique de mœurs liégeoises :\nM onsieur Désiré.\n"}, {"page_pdf": 560, "texte": "                                —        137 —\n\n       L ’association des écrivains belges se propose de publier cette année\nplusieurs anthologies intéressantes. M. A rth u r D a x He l e t a bien\nvoulu se charger de réunir les éléments d’une anthologie De Coster\net d’une anthologie Caroline Popp. On espère que M. G iraud\ndonnera une anthologie M a x W aller. Un autre mort, X a vier de\nR e u l, sera probablement l’objet du même hommage expiatoire. Et\npuis viendra le tour des vivants.\n\n\n     Mademoiselle Alice Cholet a joué pendant l'été, à Spa et à Liége on\nson succès habituel s’est transformé en véritable triomphe. Toutes nos\nfélicitations.\n\nUne conférence d’Edouard Ned à Paris.\n\n\n     Jeudi, 12 octobre, les wallons de Paris ont fêté le soixante-quin­\nz ième anniversaire de notre indépendance.\n     La grande salle du Globe, boulevard de Strasbourg, était comble.\nUn enthousiasme indescriptible régnait dans l’assemblée que présidait\nnotre ministre à Paris, M. LEGHAIT.\n     Les wallons de Paris avaient invité pour la circonstance le bon\npoète E douard N ed à conférencier sur la Belgique. Conférence inté­\nressante et très littéraire qui, analysant tour à tour l’âme flamande\net l’âme wallonne, montra quelles ressources d’énergie et d’art\nfermentent au cœur de notre pays. Aussi cette causerie fut-elle\nsouvent coupée d’applaudissements et se termina-t-èlle par une\novation à noire collaborateur.\n     M. E douard N ed était, d’ailleurs tout designé pour parler d’une\nfaçon autorisée de nos arts, de nos lettres, de nos sciences. Les\nbelles interviews qu’il a publiées sur ces matières au J o u r n a l de\nBruxelles l’y avait excellemment préparé.\n      Nos lecteurs seront heureux d’apprendre que ces interviews vont\nêtre réunies en volume et formeront, sous le litre suggestif : L ’Energie\nbelge, opinion d ’une élite, un beau livre illustré, qui sera pour tout\nbelge un livre de chevet.\n"}, {"page_pdf": 561, "texte": "                                 —   1 38 —\n\n\n      Le gouvernement a résolu d’augmenter de moitié les crédits actu­\nellement inscrits au budget pour subsides et encouragements litté­\nraires et scientifiques, ainsi que pour les souscriptions et acquisitions\nd’ouvrages destinés aux bibliothèques populaires.\n      Nous le remercions vivement du souci qu’il semble vouloir\nprendre de nos lettres.\n\n     Notre camarade, Marcel Angenot, le délicat auteur de :\nEt voilà Comment, vient de terminer un acte en vers q u ’il\nintitulera probablement : Baiser de Reine. C ’est l’Histoire\nd’ALAIN Chartier,      le gai poète que Marguerite d’Ecosse,\naperçut un jour endormi. Elle l’alla baiser sur la bouche\n« chose dont s’estant quelques-uns esmerveillés, parce que\npour dire le vrai la nature avait enchassé en lui un bel esprit\ndans un corps laid et de mauvaise grâce. L a Reine leur dit,\nqu’ils ne se devaient point étonner de ce mystère, d ’autant\nqu’elle n’entendait avoir baisé l’homme, mais plutôt la pré­\ncieuse bouche de laquelle sont issus et sortis tant de bons\nmots et vertueuses sentences ».\n\n      La Jeune Revue   est morte, est morte et enterrée ! L'E n vo l est\nmort      et de ces cendres naissent de nouvelles revues : L a R evue\nlibre , avec le phénoménal M. Dathan de S a in t Cy r comme corres­\npondant parisien et L a Fronde sur laquelle nous ne possédons pas\nde renseignements.\n\n       Le Florilège qui, dans son dernier numéro, donne d’excellents\n vers de notre collaborateur E m ile D e s p r e c hin s et présente de bons\n articles, a eu la malencontreuse idée de s’adjoindre comme chro­\n niqueur littéraire le jeune G. B u isse r e t qui trouve, insolente, notre\n devise, marcher fr a n c dans la vie et dire ce qu’on pense.\n Prenez garde, jeune M. B u isse r e t ! Le souvenir de votre Vie pro­\nfond e n’est pas suffisamment effacé pour que vous puissiez impu­\n nément parler d’insolence.\nAccusé de réception :\n\n      Les Thuribulum s affaissés, par E sm er V aldor ; Les Vignes\n"}, {"page_pdf": 562, "texte": "                                   139\n\n\nmortes, par H e n r i M a r t in e a u ; Une Intervieuw au T ranfor­\nmisme, par le baron C h a r l e s V an B en ed en ; L a Poésie sociale\ncontemporaine, par G . N orm andy ; Roses d ’A u b e , par E d . P oumont;\nL a Chanson de l ’Ardenne, par J . J ea n go u t ; Les A n im a u x, par\nDathan de S aint Cy r ; D ans les J a rd in s d ’Octobre, par\nB . d ’H ughe e r ; L a Physiologie morale du Poète, par F lorian\nP a R m e n t ie r ; L ’homme intérieur, par C h a r les G u é r in .\n\nL’A r cade d u C in q u a n te n a ire .\n\n      Quelque puisse être l’influence de noire appréciation nous nous\npermettons cependant de prévenir les nombreux artistes qui contri­\nbuèrent à l’érection de la grande arcade que nous ne tenons aucune\npartie dans le concert d’élogieuses platitudes qui leur est adressé\nNous considérons que cette œuvre n’est pas de facture nationale et\nque les figures d’un Jef Lambeaux impitoyablement y adossées nous\nfont l’effet d’un ut Wagnérien lâché à pleins poumons en pleine mé­\nlodie française.\n      Que ceux qui n’ont jamais critiqué nous jettent la première......\narcade à la tête.\n"}, {"page_pdf": 563, "texte": ""}, {"page_pdf": 564, "texte": ""}, {"page_pdf": 565, "texte": ""}, {"page_pdf": 566, "texte": ""}, {"page_pdf": 567, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 25, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1905-09", "signet_source": "Troisième année - N°28 - Septembre-Octobre 1905", "preuve": "Pas de couverture dans l'exemplaire; le numéro n'est pas imprimé. 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