{"numero_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "articles": [{"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29-001", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 141, "page_fin": 143, "titre_corps": "Isidore Verheyden", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "CAMILLE LEMONNIER.", "ancre_debut": "I s i d o r e Ve rh e y d e n . (l)       C ’est à vous mon cher Ver", "ancre_fin": "C a m il l e L e m o n n ie r .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "J o s é s -Ma r ia de Hé rédia. L E S P A R N A S S IE N S", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 568, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1817, "texte": "I s i d o r e Ve rh e y d e n . (l)\n      C ’est à vous mon cher Verheyden, qui m ’êtes le\nmieux et le plus anciennement connu, que je veux\nadresser quelques paroles, dans cette fête de famille qui\nest vraiment la fête de la famille.\n      Notre amitié date de loin et, je le dis tout de suite,\nmon admiration pour votre art. Ce fut aux jours jeunes\nde l’année, là-bas, dans le verger de Groenendael que\nnous nous serrâmes pour la première fois la main avec le\nsentiment que nous allions nous aimer. Nous avions la\nmême soif émerveillé de nature. J ’écrivais le « Mâle » et\nen vous regardant peindre, je croyais voir se dérouler le\ndécor même de mon livre.\n      Ce sont là d’heureux souvenirs : ils nous donnent\nl’illusion que nous n ’avons pas vieilli; des coeurs sensi­\nbles se rajeunissent de sentir leur revenir avec douceur\nles souvenirs du passé.\n      La vie, d ’ailleurs, ne nous a pas séparés ; l’émotion de\nla première poignée de main est demeurée dans toutes\ncelles que nous avons échangées depuis.\n      Tandis que vous restiez pour moi un sûr et fidèle\ncompagnon, je vous suivais dans votre carrière, je regardais\nà mesure votre âme tendre et rude grandir un peu plus\n\n     (1 ) L ’E cole belge de peinture, a perdu en I s i d o r e V e r h e y d e n l’un\nde ses maîtres les plus appréciés. N é le 1 1 janvier 1847, il n’avait pas\nsoixante ans, la mort nous l’enlève au moment où son talent touchait\nà sa plus haute expression. M. C a m i l l e L e m o n n i e r a bien voulu\nnous permettre de reproduire ici l’allocution, tout-à-fait inédite, qu’il\nadressa à l’occasion des noces d’argent qu’Isidor e V e r h e y d e n\ncélébrait en même temps que le mariage de sa fille cadette avec le\npeintre G e o r g e s V a n d e n E e k h o u d , le 1 1 juin 1898.\n"}, {"page_pdf": 569, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1924, "texte": "                               — 142 —\n\n à travers vos communions avec la nature. La vision des\n  choses s’imprimait dans vos claires prunelles avec une si\n  nerveuse intensité que vous m ’apparaissiez dans toute son\n expression l’organisme du peintre. E t ce que vous étiez\n alors, vous n’avez pas cessé de le demeurer, avec plus de\n sûreté et d ’ampleur, dans l’abondance magnifique de\n votre production. Vous avez eu, mon cher Verheyden,\n ce vertige de la création qui est le signe des forts. D ’un\n large battement de cœur vous avez vécu pareillement\n votre art et votre vie; et je sens la continuité du même\n homme dans celui qui célébra les noces joyeuses de la\nterre et celui qui aujourd’hui, près de sa compagne et de\n ses enfants, assiste aux promesses réalisées de l’existence.\n       Je pense en ce moment à vos « Bûcherons », à ces\n fils de la forêt qui furent aussi ceux de votre dilection.\n Comme eux vous avez incessamment jeté la cognée dans la\nforêt de l ’art; comme eux vous avez mené votre petite\ntribu par les chemins du bon courage.\n       Vous avez été à votre manière le bûcheron levé avant\nle jour et qui, mêlé aux forces de la nature sous le soleil\net sous la pluie, poursuit son oeuvre jusqu’au soir. Vous\navez vécu près du cœur de la terre ; vous avez écouté les\noiseaux ; et l’herbe ne cesse pas de pousser, l’arbre ne\ncesse p a s d e donner son fruit, l a source n e cesse p a s d e couler.\nVous avez obéi au commandement sacré de verser les\nforces vitales jusqu’au bout dans l ’expension des intimités\nde l’être. C ’est de cette plénitude du sens de la vie en\nvous que vous vient votre vertu admirable de jeunesse.\n       Une sève puissante vous associe aux miracles renou­\nvelés des saisons, à l’abondance des fructifications de\nl’été. Dans toutes les formes de l’art auxquelles vous\navez touché vous avez exprimé, d ’un effort sans lassitude,\nla belle puissance de vie qui vous fut accordée.\n"}, {"page_pdf": 570, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1273, "texte": "                          —1 4 3    —\n\n\n      Il me plait de ne pas me détacher de ces impressions\ndans l’heure charmante qui réunit près de votre famille\nla famille de tous ceux qui vous admirent et qui vous\nsont chers. C ’est ici une fête des cœurs, c’est aussi une\nfête des esprits puisque l’art ne cesse d ’être mêlé à notre\npensée et qu’il a achevé de nouer des liens q u ’avait déjà\nformés le sang. Vous avez mérité la joie d ’être continué\ndans les jours par le fils qui vient d ’entrer sous votre toit\net en qui s’est transmis votre ardent tempérament de\npeintre. Les fleurs qui emplissent la maison ne perdront\npas à s’unir dans un triple sybole : elle célèbrent les pré­\nmices de la vie; elles en exhaltent les combles moissons;\nelles semblent avoir été cueillies pour magnifier à travers\ncette date nuptiale et la commémoration des existences\nloyalement partagées, l'opulente maturité de votre maîtrise.\n     Je lève mon verre pour l’aïeule vénérable, pareille à\nl’abre de vie sous lequel s’abritent les races, pour les\népoux, les jeunes et les anciens.\n     Avec une vieille amitié fraternelle je le lève aussi\npour l’artiste qui d ’un culte enthousiaste glorifia les fêtes\nde la nature.\n                                   C a m il l e   L e m o n n ie r .\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29-002", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 143, "page_fin": 153, "titre_corps": "José-Maria de Heredia", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Cornez", "ancre_debut": "J o s é s -Ma r ia de Hé rédia. L E S P A R N A S S IE N S I Toute la poétique des Parnassiens", "ancre_fin": "P aul C ornez.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L e d i m a n c h e a p r è s - midi. L a ville est propre", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 570, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 1273, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "J o s é s -Ma r ia de Hé rédia.\n                  L E S P A R N A S S IE N S\n                              I\n    Toute la poétique des Parnassiens se résume en ces\nmots : L ’art de la forme sur la splendeur de l’idée.\n    Quand ils vinrent, les temps étaient troublés. Dans\nle domaine des arts et des lettres, des vents contraires\n"}, {"page_pdf": 571, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "                        — 144 —\n\nsoufflaient : Aux révolutions esthétiques s’opposaient des\ncontre-révolutions. L a tendance à la recherche excessive,\nà l’emploi de choses extraordinaires s’implantait de plus\nen plus et cette résurrection des procédés employés jadis\npar Marini, Gongora, John L illy dans les littératures\nétrangères, menaçaient d ’infester à nouveau les Lettres\nfrançaises. Eux, regardant ces systèmes comme les\nficelles d’une littérature en décadence laissaient passer\nles tourmentes dans une hiératique impassibilité de dieux\nd ’or sur des socles d ’onyx. Ils voulaient de la ciselure\nsertissant quelque rare diamant, des mosaïques ou des\nvitraux de pierreries, une broderie de dentelles sur une\ntrame de béryls. Malgré tout ils continuèrent la tradition\ndes maîtres, m artelant leurs vers et tordant en élégantes\ncourbures l’harmonie de leurs phrases.\n      Le programme qu’ils s’étaient imposés, point par\npoint ils le suivirent, et par leur persévérance le réali­\nsèrent entièrement.\n      Ils avaient affirmé leur idéal esthétique par sa\ngrandeur et sa beauté, ils le confirmèrent par des chefs-\nd ’œuvre : Les Fleurs du M a l; Les Poèmes antiques; Les\nPoèmes barbares ; Les Trophées, etc.\n      C ’est des Trophées que je veux parler plus longue­\nment.\n      Il est malaisé d ’étudier dans l’étroitesse de notre\ncadre une œuvre aussi colossale dans sa simplicité :\nChacune de ses pièces mérite, pour elle seule, un examen\napprofondi, chaque vers un commentaire à son énergie\nou à sa beauté et lorsque l’on doit en parler en quelques\nlignes l’on se demande : « A quoi bon ? »\n      L a meilleure façon de l’analyser, le seul procédé\npour en dire les charmes serait de répéter sans cesse au\npublic qui les ignore : L ise z; à ceux plus nombreux à\n"}, {"page_pdf": 572, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "                          — 145 —\n\nqui ils sont familiers déjà : R elisez ! T o u t le monde ainsi\nappréciant personnellement ce chef-d’œuvre, en saisirait\nmieux le caractère qu’une étude, aussi parfaite soit-elle,\nexprimera toujours d ’insuffisante façon. Aussi ne faut-il\npoint voir en ces pages autre chose q u ’un hommage pieux\nà la mémoire du maître vénéré, un souvenir ému déposé\nsur sa tom be...\n                              II\n      L a main magistrale de Victor Hugo avait peint dans\nla grandeur des tableaux les majestueuses épopées de la\nLégende des Siècles.\n      Ce que fit José-Maria de H érédia, ce fut une autre\n« Légende des Siècles », mais au lieu de peindre, il sculpta\net cisela ; au lieu de fresques, il fit des médailles.\n      Chacun de ses sonnets en est une et dans chacun\nd ’eux on retrouve une égale beauté, une môme perfection.\nQ u’on en considère l’ensemble, qu’on en scrute le détail,\nc’est partout la même délicatesse unie à la même force,\nla même proportion entre la pensée et son expression.\nChaque mot est d ’avance étudié. Sa place dans le vers\nest choisie avec minutie et chaque vers arrive en son lieu\ndans le sonnet. L à où se trouve le mot, il est à lui seul\nune idée ; et le vers est un monde de pensées. Il n ’y a rien\nde trop, rien qui ne soit à sa place ; rarement, en si peu\nd ’espace, un poète a su dire tant de choses ou dire tant\nsur si peu de choses. Car il n’est pas de ceux qui, sous\nprétexte d ’une finesse de forme, oublient la pensée, ni de\nceux qui sacrifient l’expression à l ’idée; l’une ici est faite\nexactement pour l’autre et rien que pour l’autre et elles se\nfondent et se proportionnent si aisément que de leur fusion\nnaît une admirable harmonie ; ce qui en reste, c’est\nl’impression la plus absolue de la Beauté.\n      E t il la cherchait cette beauté, là où il était sûr de la\n"}, {"page_pdf": 573, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1782, "texte": "                             — 146 —\n\ntrouver, dans son intégrité. Il la cherchait dans la noble\nexpression qu’en donnent la poésie et la statuaire antique;\nil la cherchait dans les temps fabuleux où naquirent les\nmythologies des races défuntes, dans les exploits des\ndieux, dans les formidables personnifications des forces\nnaturelles, dans les olympes étincelantes, parmi les\ntemples en ruine des cités mortes, sous la limpidité\nimmense des cieux Italiens et Hellènes, dans l’infini des\nmers, aux chocs monstrueux des civilisations et des\npeuples, aux vents fous des grandes épopées ou des\ngrandes conquêtes, dans les tempêtes de l’histoire ou la\ndouceur des natures calmes et du rêve.\n      Devant la persistante hantise de ces évocations, le\npoète empoigné pleu rera ou chantera, dans le même élan\npartout du même enthousiasme. Du sonnet L ’Oubli qui\nouvre le volume se dégage ainsi l’impression immensé­\nment triste des ruines dont le silence éternel n ’est troublé\nque par le rythme monotone des flots ou les mélopées\nagrestes des bergers :\n      L e temple est en ruine au haut du promontoire\n      E t la Mort a mêlé, dans ce fauve terrain,\n      L e s Déesses de marbre et les H éros d ’airain\n      Dont l’herbe solitaire ensevelit la gloire.\n\n      Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire\n      De sa conque où soupire un antique refrain\n      Em plissant le ciel calme et l’ horizon marin,\n      Sur l’azur infini dresse sa forme noire.\n\n     L a Terre maternelle et douce aux anciens Dieux,\n     Fait, à chaque printemps, vainement éloquente,\n     Au chapiteau brisé verdir une autre acanthe :\n\n      Mais l’ Homme, indifférent aux rêves des aïeux,\n      Ecoute, sans frémir, du fond des nuits sereines,\n      L a Mer qui se lamente en pleurant les Sirènes.\n"}, {"page_pdf": 574, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "                             — 147 —\n\n     Viennent à l’esprit du poète les ères épiques, il cla­\nmera les exploits d ’Hercule et des Centaures; la légende\nantique surgira en lettres de flammes dans cette série\nadmirable. Ce sera Nêmée, Stymphale où l ’on rencontre\nce vers si simple pour exprimer toute la grandeur du\nhéros :\n           L ’archer superbe fit un pas dans les roseaux.\n\n\n     Ce sera l’ardeur inquiète de Nessus, les regrets de\nla Centauresse, le festin des Centaures, la colère du Dieu,\nla fuite éperdue des Fils de la Nuée voyant\n\n               la lune éblouissante et pleine\n      Allonger derrière eux, suprême épouvantail,\n      L a gigantesque horreur de l’ombre herculéenne.. ;\n\n\n      Puis voici la chasseresse Artémis et les nym phes au\nbain, Marsyas écorché, Sphinx, d ’une brièveté farouche,\nd ’un naturel étonnant dans le dialogue où l’exaltation va\nsans cesse grandissant :\n\n ...E t l’ Homme s’arrêta sur le seuil ébloui.\n — Quel est l’ombre qui rend plus sombre encor mon antre,\n — L ’Am our. — Es-tu le Dieu ? — J e suis le H éros. — Entre ;\n Mais tu cherches la mort. L ’oses-tu braver ? — Oui.\n\n Bellérophon dompta la chimère farouche.\n N ’approche pas. — Ma lèvre a fait frémir ta bouche.\n — Viens donc ! entre mes bras tes os vont se briser ;\n\n Mes ongles dans ta c h air... — Q u’importe le supplice.\n Si j ’ai conquis la gloire et ravi le baiser ?\n — T u triomphes en vain, car tu meurs — O délice !...\n\n\n    Alors arrivent Persée et Andromède, le ravissement\n"}, {"page_pdf": 575, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "                              — 148 —\n\nde la vierge céphéenne, leur course infatigable à travers\nles m ondes...\n      Et nous voici maintenant dans les épigrammes et les\nbucoliques, tendres comme des pastels et musicales\ncomme des airs de hautbois. Le poète s’attarde à pleurer\ndevant la tombe d ’une sauterelle arrosée par les larmes\nd ’un enfant et où l’aurore pieuse fait chaque matin\n\n                   U ne libation de gouttes de rosée.\n\n\n    U n de ses plus beaux sonnets est celui où il resculpte,\nen quelque sorte, le marbre de Myron. Je veux dire :\n\nL e Cour e u r .\n     T el que Delphes l’a vu quand, Thym os le suivant,\n     Il volait par le stade aux clameurs de la foule,\n     T el L ad as court encore sur le socle qu’il foule\n     D ’un pied de bronze, svelte et plus vif que le vent.\n\n     L e bras tendu, l’œil fixe et le corps en avant,\n     Une sueur d’airain à son front perle et coule ;\n     On dirait que l’athlète a jailli hors du moule,\n     Tandis que le sculpteur le fondait, tout vivant.\n\n     Il palpite, il frémit d ’espérance et de fièvre,\n     Son flanc halète, l’air qu’il fend manque à sa lèvre\n     E t l’effort fait saillir ses muscles de métal;\n\n     L ’irrésistible élan de la course l’entraîne\n     E t, passant par dessus son propre piédestal,\n     Vers la palme et le but il va fuir dans l’arène.\n\n\n    Puis, nous voici dans d ’autres séries : Rom e et les\nBarbares. L ’on y trouve de petites églogues à la Virgile,\nPriape, l'H ortorum Deus, dont parlèrent Horace et\nCatulle. C’est le T epidarium , Les Soirs de B ataille et\n"}, {"page_pdf": 576, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "                             — 149 -\n\nde Triomphe. Hérédia consacre, en passant, deux sonnets\nà Cléopâtre, la grande enchanteresse; d ’une inscription\nbriève ou incomplète il tire toute une histoire, et après\ncela abandonnant pour un temps le genre héroïque qu’il\nreprendra dans Les Conquérants, dans son romancero du\nCid et dans le fragment épique : Les Conquérants de l ’O r,\nentreprend la magnifique suite de pièces : Le Moyen-Age\net la Renaissance.\n     E t c’est là q u ’il est encore bien lui-même, l’admira­\nble ciseleur et l’artiste orfèvre lorsqu’il peint des vitraux,\nlorsqu’il guilloche des chatons de bague, lorsqu’il sculpte\nen mots des pommeaux d ’épées sculptés dans l’or déjà.\nQui ne connaît Le V ieil Orfèvre ? Il sait si bien . s’assi­\nmiler tous ces arts délicats ! Il sait si bien aussi\ns’assimiler la manière de Pétrarque dans ce sonnet q u ’on\ncroirait traduit de main de maître :\n\n      Vous sortiez de l’église et d’ un geste pieux,\n      Vos nobles mains faisaient l’aumône au populaire\n      E t sous le porche obscur votre beauté si claire\n      Aux pauvres éblouis montrait tout l’or des cieux.\n\n      E t je vous saluai d’un salut gracieux,\n      T rès humble, comme il sied à qui ne veut déplaire\n      Quand tirant votre mante et d ’un air de colère\n      Vous détournant de moi, vous couvrîtes vos yeux.\n\n      Mais amour qui commande au cœur le plus rebelle\n      N e voulut pas souffrir que moins bonne que belle,\n      L a source de pitié me refusât merci ;\n\n      E t vous fûtes si lente à ramener le voile\n      Que vos cils om brageux palpitèrent ainsi\n      Q u’un noir feuillage où filtre un long rayon d’étoile.\n\n\n     J ’aurais voulu parler encore et longuement des\n"}, {"page_pdf": 577, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1549, "texte": "                                —1 5 0 —\n\n Conquérants, de ces vers dédiés à l’ancêtre. Heureuse­\n ment, ils sont connus de tous et classiques peut-on dire.\n      J ’aurais voulu aussi dire ces peintures admirables\nde l ’Orient et des Tropiques, toutes ces impressions de\nlangueur morbide, de floraison étrange, de parfums\npénétrants qui s’en dégagent.\n      Là, comme partout ailleurs, du reste, H érédia\nexcelle. On sent l’homme qui est né et a vécu dans ces\npays luxuriants tout ruisselants de lumière, on sent ce\ntempérament vibrant et chaud du Cubain épris de ces\nbeautés exotiques. J ’aurais voulu citer en tr’autres le\nfameux « Samouraï » l'homme à deux sabres qui, sous le\nsoleil\n            Sem ble un crustacé noir gigantesque et vermeil ;\n\n\nmais le cadre que je me suis imposé m ’impose à son\ntour ses limites.\n    Je ne résiste pas cependant au plaisir de faire lire ce\nsonnet que j'extrais de la dernière partie : La N ature et\nle Rêve :\nL e Li t.\n      Q u’il soit encourtiné de brocart ou de serge,\n      Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid,\n      C’est là que l’homme naît, se repose et s’unit,\n      Enfant, époux, vieillard, aïeule, femme ou vierge\n\n      Funèbre ou nuptial, que l’eau sainte l’asperge\n      Sous le noir crucifix ou le rameau bénit,\n      C ’est là que tout commence et là que tout finit,\n      De la première aurore au feu du dernier cierge.\n\n      Hum ble, rustique et clos ou fier du pavillon\n      Triomphalement peint d ’or et de vermillon,\n      Qu’il soit de chêne brut, de cyprès ou d ’érable ;\n"}, {"page_pdf": 578, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1556, "texte": "                              — 151 —\n      H eureux qui peut dormir sans peur et sans remords\n      Dans le lit paternel, m assif et vénérable,\n      Où tous les siens sont nés aussi bien qu’ils sont morts.\n\n\n     Telle e s t succintement, et tant bien que mal résumée,\nl ’œuvre de José-Maria de Hérédia.\n\n\n\n                                 III\n\n     Comme on le fit aux autres Parnassiens, on a\nreproché à Hérédia l’impassibilité totale. C ’est un tort.\n      Il y a chez lui autre chose que le souci de peindre\navec éclat, que d’exprimer avec justesse, car il a profon­\ndém ent l’intensité du sentiment et aussi de l’émotion. Il\nne faut certes pas déduire de ce que Hérédia est un colo­\nriste d ’une rare puissance q u ’il ne vise q u ’à la variété des\ntons.\n      « Rien de ce qu’il peint ne lui est indifférent, disait\nM. Jean Psichari ; il est comme un miroir amoureux de\nce q u ’il reflète. Audromède, Persée, Pégase, Antoine et\nCléopâtre, dont nous avons tous, dès le collège, rempli\nnos mémoires, n ’excitent pas d ’ordinaire, on peut le dire\nsans rien exagérer, d’une façon furibonde, l ’imagination\ndes écoliers et du public. Pour Hérédia, c’est autre chose,\n Pégase, immédiatement s’empare de son âme, se dresse\nen lui ; la vision est terrible et nette. Alors le sonnet, du\npremier vers au dernier, s’emplit d ’un mouvement épique.\nSes mots grondent, pleurent, éclatent, se heurtent ou\ns’aplanissent avec des vibrations qu’on sent courir à tra ­\nvers la chair de ses héros. Voici le sonnet. Audromède\n enchaînée attend q u ’un Dieu la délivre.\n"}, {"page_pdf": 579, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1714, "texte": "                             — 152 —\n\n      L a Vierge Céphéenne, hélas ! encor vivante,\n      L ié e échevelée au roc des noirs ilôts,\n      Se lamente en tordant avec de vains sanglots\n      Sa chair royale où court un frisson d’épouvante.\n\n      L ’ Océan monstrueux, que la tempête évente,\n      Crache à ses pieds glacés l’âpre bave des flots,\n      E t partout elle voit, à travers ses cils clos\n      Bailler la gueule glauque, innombrable et mouvante\n\n     Tel qu’un éclat de foudre en un ciel sans éclair,\n     Tout à coup retentit un hennissement clair ;\n     Ses yeux s’ouvrent ; l’horreur les em plit et l’extase,\n\n      Car elle a vu d ’un vol vertigineux et sûr,\n      Se cabrant sous le poids du fils de Zeus, Pégase\n      Allonger sur la mer sa grande ombre d’azur.\n\n\n     « P our moi, rien ne m anque dans ce sonnet, non\nseulement le tableau est complet et l’œil est ébloui de «ce\nvol vertigineux et sûr», mais Andromède elle-même n ’est\nplus seulement pour H érédia une figure plastique: il y a\nplus que la couleur, il y a la sensation de la souffrance.\nA cela, toute la technique du vers, à elle seule ne suffi­\nrait pas, et l'impression éprouvée par le poète est telle­\nment profonde q u ’elle se traduit par le choc même des\nsyllabes qui ont l'air de souffrir aussi. Pour tout dire,\nHérédia a le trac, et il nous le donne.»\n     On pourrait dire la même chose de presque tous les\nsonnets où il s’agissait de faire plus que peindre. Si l’on\nveut entendre que H érédia est le continuateur de\nLeconte de Lisle, dont il fut l’élève, il faut ajouter que\nmieux encore, que d ’y mettre sa personnalité propre, il\nl’imprégna de sensibilité.\n     Hérédia est mort ; mais il est mort après avoir édifié\n"}, {"page_pdf": 580, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 727, "texte": "                                         — 1 53 —\n\nces g i g a n t e s q u e s t r o p h é e s , ces s y m b o l e s d e la g l o i r e q u ’il\nco n n u t d e so n v i v a n t et q u i v a c ro is s a n t san s c e s se . S o l ­\nd a t v ic t o r ie u x , c es d é p o u i ll e s m e r v e i ll e u s e s q u ’il c o n s a c r e\nà l ’a r t fr a n ç a is , il les a g a g n é e s a u p r i x d e scs t r a v a u x et\nd e ses lu tte s et le m o n u m e n t q u ’il la isse d e r r i è r e lu i suffit\net s u ffira im p o s e r le m a î t r e d ’h ie r à l ’a d m ir a t i o n e n th o u ­\ns ia s t e d u p r é s e n t et d e l ’a v e n i r .\n                                                            P aul         C ornez.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29-003", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 153, "page_fin": 153, "titre_corps": "Le dimanche après-midi", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "EMILE VERHAEREN.", "ancre_debut": "L e d i m a n c h e a p r è s - midi.           L a ville est propre et li", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 580, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 727, "fin_caractere_exclue": 1688, "texte": "L e d i m a n c h e a p r è s - midi.\n\n         L a ville est propre et lisse et claire ; et c’est dimanche\n         Les fers tordus, les cuivresfins, les plombs joufflus\n         A force de relu ire à vif n’en peuvent plus\n         De haut en bas des façades longues et blanches.\n         Les mille oiseaux des carillons flamands épanchent\n         Leur chant sur les vieux murs et les pignons perclus.\n         Chacun s’en fut à la grand’messe et aux saints.\n         I l se fa it soir : les fronts aux fenêtres se penchent.\n         Alors rentrent chez eux moines, nonnes, curés ;\n         Le jour se meurt là-bas, doux et transfiguré ;\n         Le carillon se tait ; les cloches se sont tues ;\n         E t seul s’entend encor, dans le vide des cours,\n         Où s’entraînent les bons joueurs pour les concours,\n         Le bruit sonore et creux des quilles abattues.\n                                                               E m il e    V erhaeren .\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29-004", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 154, "page_fin": 155, "titre_corps": "Invocation à la forêt", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "GEORGES RENCY.", "ancre_debut": "I nvocat ion à la forêt.                                           A   E m il e   V erhaeren.     Peupl", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 581, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1349, "texte": "I nvocat ion à la forêt.\n                                          A   E m il e   V erhaeren.\n\n   Peuple innombrable, arbres chenus, vieillards, ô Père !\n   Couronne d’or au front et pareils à des rois,\n   Tandis que la saison dépouille les grands bois,\n   Mon pas vient évoquer vos âmes séculaires !\n\n\n  Errant, chétif et seul, parmi vos troncs muets,\n  Je sens mon cœur étreint d’une angoisse inconnue,\n  Et, dans un tremblement sacré, je vous salue,\n  Hôtes silencieux des profondes forêts!\n\n\n  Vous êtes les témoins pacifiques des âges,\n  Vous savez le secret des temps évanouis,\n  Mille ans dorment en paix, sous vos pieds enfouis,\n  E t c’estpourquoi je viens vous consulter, ô sages!\n\n\n  Pour trouver le remède aux maux dont nous souffrons,\n  Pour rendre à nos pensers le calme et l’harmonie,\n  Comme une aile, éployant sa douceur infinie,\n  Votre sénérité descendra sur nosfronts.\n\n\n  Un sang pâle et troublé nourrit nos cœurs malades.\n  Nos nerfs sont tourmentés par des besoins pervers.\n  Nous demandons desfleurs aux neiges des hivers.\n  E t pour nos sens éteints, tous les bonheurs sontfades !\n\n\n  Nous voulons des plaisirs puissants comme la mort,\n  Un vertige d’abîme entraîne nos démences.\n  Notre âme se complaît dans des rêves immenses :\n  E t nos bras sont lassés devant le moindre effort...\n"}, {"page_pdf": 582, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1654, "texte": "                                    — 155 —\n\n Une morbide ardeur nous invite et nous presse\n A poursuivre partout des mirages nouveaux.\n E t le tumulte obscur qui trouble nos cervaux,\n Nous donne une malsaine et misérable ivresse.\n Paisibles ouvriers de verdure et de nids!\n Artisans de chansons, deparfums et d’ombrages,\n Arbres amis, vieux compagnons des anciens âges,\n Voyez, je viens rêver sous vos rameaux bénis !\n Laissez le bon conseil de vos feuillages calmes\n Apaiser doucement l’orage de mon cœur.\n Laissez descendre en moi la divine liqueur\n Qui pénètre vos troncs, vos branches et vos palmes!\n\n L ’automne a ravagé vos cimes ; gouttes d’or,\n Vosfeuilles, lentement, viennent joncher la terre.\n Nul ne consolera votre deuil solitaire ;\n E t pourtant, seuls et nus, vous êtes beaux encor !\n C’est que vous conservez l’immortelle espérance !\n Pauvres et dévastés, mais patients et sûrs,\n Vous attendez le temps des feuillages futurs\n E t l’hiver est vaincu par votre indifférence.\n Résignés au passage alterné des saisons,\n Vous subissez, muets, le gel et les tempêtes.\n Ou la foudre, qui vient découronner vos têtes\n E t priver les oiseaux de leurs hautes maisons !\n Arbres puissants et doux, ô maîtres et modèles,\n Pour avoir respiré vos robustes parfums,\n Je sens se ranimer tous mes espoirs défunts,\n E t voici, dans mon cœur, que s’éveillent des ailes !\n Mille oiseaux de couleur ouvrent leur volvermeil\n Sur l’éclatant chemin du ciel et des nuées\n Et, dans l’espace d’or, leurs soifs exténuées\n Vont boire la jeunesse aux lèvres du soleil !\n                                               G eorges R ency.\nB ru x elles, le 2 novembre 1905.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29-005", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 156, "page_fin": 166, "titre_corps": "L’Accident", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Pulings", "ancre_debut": "L’A c c ident.                                                  A Edm. Glesener.        Depuis le", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 583, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1803, "texte": "L’A c c ident.\n                                                 A Edm. Glesener.\n\n      Depuis le malin, la pluie battait les vitres essayant de les\ntrouer, et vaincues les grosses gouttes s’applatissaient y pleurant\nleur défaite.\n      A l’horizon, le soir mêlait sa sombre tristesse à la grisaille\nmélancolique de la journée.\n      Dans les maisons les lampes s’allumaient et leurs reflets\ndorés, dans les flaques d’eau de la route, indiquaient seuls que\nle village vivait.\n      Au milieu du pâté de maisons de la grand’ rue deux fenê­\ntres brillaient particulièrement. C’était à la boutique chez Clair­\nvaux-Biazot. Dans une longue pièce coupée en deux par un comp­\ntoir de sapin usé et crevassé, les murs s’ornementaient de\ngrandes étagères dont les casiers carrés contenaient la marchan­\ndise. Commesur une palette les couleurs se mélangent, alternent,\nles laines rouges et noires, les paquets jaunes de chicorée, les\nvertes boites d’allumettes contrastaient violemment dans les\nrayons. Par terre, dans les coins, s’entassaient des cuvelles, des\nsceaux, des marmites. Une vague odeur de café, de canelle, de\nvanille, de sucre, provenant des tiroirs où résidaient les denrées,\nrôdait par l’appartement.\n      La flamme avait à peine gagné toute la mêche de la pétro­\nleuse, que la sonnette de la porte de la rue tinta et que le voisin\nJean-Pierre fit son entrée. « Bonjour la commère, quel sacré\n temps ! On ne mettrait nein un chien à la porte. Ce qu’on s’em­\nbête à la maison ce n’est pas à dire. Je n’avais plus de quoi fumer\nje me suis décidé à sortir. Donnez moi un paquet de « roisin à\n la violette ». Ah! nom di dious et les avoines qui pourrissent,\n Qu’est ce que vous en dites vous? »\n       La patronne Marie-Joseph, qui pesait et préparait des pa-\n"}, {"page_pdf": 584, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "                             — 15 7 —\n\nquets de vermicelle à deux sous, abandonna sa besogne pour\nservir le nouveau venu.\n       «Ah ! c’est vous Jean-Pierre; vous vous plaignez rie la cul­\nture, que diriez vous si vous teniez boutique? Deux clients par\njour, si ça continue ainsi on pourra bientôt prendre ses cliques\net ses claques et aller mendier à la ville.\n       Du tabac? Jean-Pierre, attendez je vais en chercher à la cave\nil y tient plus frais.»\n       Derrière le comptoir elle ouvrit la trappe qui cachait l’esca­\nlier en pierres eL descendit au souterrain. Retroussant ses jupes\nd’une main et prenant de l’autre une bougie allumée, elle s’avança\nsur les marches mouillées par l’humidité du dehors. Mais à peine\nson pied touchait-il la troisième, qu’elle glissa, roula jusque tout\nen bas en poussant de grands cris. A ses appels, Constant, le\nmari, qui se trouvait dans la place voisine, accourut craignant\nun accident. Accompagné de Jean-Pierre; ils se précipitèrent au\nsecours de l’èpouse. Elle, immobile, la jambe droite sous le corps,\nhurlait de douleurs. On la releva, elle se plaignit de souffrances\n au genou droit et ne pouvait marcher. Les deux hommes la\n transportèrent jusqu’à son lit dans la chambre du premier étage.\nPuis, avec toute leur gaucherie et leur maladresse, ils bandèrent\nde leurs gros mouchoirs rouges, trempés dans l’eau froide, la\n partie blessée.\n       Cela fait, ils se regardèrent cherchant une solution. Jean-\nPierre proposa d’appeler la tante de Marie-Joseph. C’était une\n vieille fille à l’extérieur toujours paysan et sale, ressemblant un\n peu à ces cantinières de l’Empire par son allure masculine; ses\n pieds gros et longs, déformés encore dans des bottines trop .\n larges. Depuis peu de temps elle habitait le village, là-bas à droite\n sur la route d’Houffalize, une maison en briques qu’elle s’était\n bâtie.\n       Sous son bonnet de vieille régnait une figure ridée et mé­\n chante aux yeux hypocrites. Elle avait servi depuis l’âge de seize\n"}, {"page_pdf": 585, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1916, "texte": "                             — 158 —\n\nans dans différentes familles bourgeoises et nobles. Sa retraite\nlut un soulagement, car, haïe des autres serviteurs pour son\négoïsme et son âpre désir d’argent, elle laissait dans les offices\nune réputation fortement tarée. Elle économisait sur tout, disait\ndu mal de tout le monde, assistait à la messe tous les malins, et\ncontinuait son chapelet dans la cuisine, grondant et injuriant\nses aides. Maintenant elle finissait tranquillement ses jours dans\nson lieu natal, vivant de ses économies.\n      Malgré son intelligence obtuse, les pièces blanches lui inspi­\nraient une clarté de vue, qui desuite lui montra les bénéfices\nqu’elle pouvait tirer des jeunes mariés. Elle condescendait à les\nétablir en commerce moyennant forces intérêts. Aussi leur criait-\nelle tout le temps qu’ils lui devaient de la reconnaissance !\n      On comprend que Constant n’aquiesça pas de suite à l’idée\ndu voisin, il craignait la vieille, la connaissant. Cependant les\ndouleurs continuaient cruelles et intermittentes, il résolut brus­\nquement d’appeler le médecin et de prévenir la tante en passant.\n      Jean-Pierre en attendant tiendrait compagnie à sa femme.\n\n\n                                 II\n\n      Enveloppé chaudement de manière à laisser le moins de\nprise à l’eau qui tombait du ciel gris, Constant se dirigea vers\nl’habitation de Cathérine. Devant le presbytère il vif le curé qui\nfermait ses persiennes, celui-ci surpris accosta le voyageur.\n      «Oh! Oh! quel courage Constant, où allez-vous ainsi ?\n      Celui-ci raconta l’accident. Le prêtre promit de se rendre\nauprès de la malade pour la consoler. Constant remercia, et\nencouragé par cette promesse, il frappa chez Cathérine. Une\nvieille servante, après s’être renseignée, ouvrit. Aussitôt qu’elle\nconnut le malheur, la tante demanda de plus amples renseigne­\nments sur la gravité de la blessure. Mais le neveu n’en savait\n"}, {"page_pdf": 586, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2079, "texte": "                             — 159 —\n\npas plus long; elle décida de se rendre de suite chez Clairvaux.\n      Ces deux assurances au cœur, l’homme continua son che­\nmin. Sur la route qui conduit à Houffalize il marchait courbé\net triste, ses souliers accrochant les cailloux qui trainent sur les\nroutes ardennaises taillées dans le roc. Voilà deux ans déjà qu’il\népousa cette grande et belle paysanne qu’est Marie-Joseph. Jeune\nhomme, menuisier charron de son état, il travaillait rude pour\nse nourir ainsi que sa pauvre mère.\n      Un beau jour passa sur le chemin qui longeait son atelier\nla famille Biazot. Elle venaitd’un village voisin s’établir à Cowan.\nA son «bonjour la compagnie,» une voix charmeuse lui répondit;\nsurpris il regarda plus attentivement, et ses yeux rencontrèrent\nceux de Marie-Joseph l'unique fille des voyageurs. Après quel­\nques visites du soir ils furent fiancés, puis mariés.\n       La route tournait brusquement vers la droiteoù surgissaient\nquelques maisons, des lumières aux fenêtres le rappelèrent à\nla réalité, il hâta le pas. Les chiens aboyèrent à l’étable et atti­\nrèrent des visages curieux aux fenêtres. Intrigués, les yeux\ns’écarquillaient tâchant de deviner dans l’obscurité l’identité de\nce passant mystérieux qui se risquait dans un pareil torrent et\nà une heure si tardive. De nouveau la route s’allongeait sans\nencombre vers la ville, les pensées noires lui revinrent, il craig­\n nait intérieurement un malheur, il pressentait de nouvelles\n catastrophes. Depuis quelques jours seulement le bonheur habi­\n tait son toit, allait-il déjà partir? Que de souffrances morales,\n d’humiliations, de courage, ne lui avait-il pas fallu? La dot de\n sa femme n’était pas lourde et il ne devait compter alors que\n sur le maigre travail de ses bras pour vivre. La tante les\n soulageait momentanément, mais encore combien sombre leur\n paraissait l’avenir. L’argent à rendre, les intérêts à payer, y arri­\n verait-il jamais?\n        La pluie peu à peu diminuait, elle n’était plus qu’une\n  rosée continuelle. Dans le lointain une lumière tremblotante\n"}, {"page_pdf": 587, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2128, "texte": "                              — 160 —\n\n   encouragea Constant; c’était le premier réverbère de la ville.\n  Silencieuse comme la campagne, elle reçut, avec la curiosité\n  innée de la province, ces pas sonores sur ses pavés difformes.\n        Vers le milieu de la voie principale, Constant s’arrêta\n  devant une maison d’allure bourgeoise. Tout heureux, il vit, à\n  travers le papier colorié qui tapissait le carreau du haut de la\n  porte d’entrée, la lumière du vestibule. Une plaque renseignait :\n  « Arsène Lambinotte, médecin de la ville. » 11 monta les quatre\n  larges marches qui s’avançaient sur le trottoir et tira la patte de\n lièvre qui servait de sonnette. Un petit son grêle et mince se lit\n entendre, une fenêtre s’ouvrit au premier : Madame demanda\n ce qu’il voulait. Il répondit qu’il désirait parler à Monsieur le\n Docteur et que c’était fort pressé. On referma vivement la\n fenêtre et le nom de la bonne parcourut toute la maison. Lucie\n vint ouvrir. Il allait lui expliquer l’accident quand Madame\n descendit, en souriant, quatre à quatre l’escalier. Lorsqu’elle\n aperçut le paysan, dont les souliers crottés salissaient sa maison,\n elle lui débita que Monsieur le Docteur n’était pas rentré,\n mais qu’on l’attendait d’un moment à l’autre, qu’il n’avait qu’à\n repasser dans une heure.\n       Constant, craignant que le médecin ne vint pas, préféra\nl'attendre pour le ramener. Il monta le grand escalier qui\nconduisait à la ville haute. Il prit à gauche et tomba sur la\ngrand’place où l’on entrevoyait à 1’ « Hôtel du Luxembourg »,\nles étrangers en train de rire et de fumer dans le salon ; des sons\nde piano parvenaient même jusqu’à lui. Il alla tout droit, sans\nbut, bientôt les maisons s’espacèrent, il sortait de la ville.\n      Les stores éclairés d’un café attirèrent son regard. Il y\nentra. Personne ne s’y trouvait. Il commanda une choppe et, la\nfigure dans les mains, se mit à pleurer. La patronne le laissa\nseul ayant à laver la vaisselle. Les larmes coulaient le long des\ndoigts charriant la saleté, laissant des lignes grisâtres. Son\nesprit vivait là-bas anxieux, il se demandait de quelles décisions\n"}, {"page_pdf": 588, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1663, "texte": "                             — 161 —\nméchantes, la tante tourmentait sa femme. Il espérait que\nMonsieur le Curé consolerait un peu la souffrante et son cœur\nde terrien qui, comme son corps brava toutes les intempéries de\nla pluie, du vent, de l’alcool, des batailles, s’amolissait, pour la\npremière fois, d’un véritable élan d’amour et de pitié. Et il\npleurait pour sa femme, pour sa guérison prompte, pour que la\nruine ne s’abattit point sur eux, pour que la vieille consentit à\nun sacrifice.\n     La pendule sonna 9 heures, il se rappela le médecin, paya\nson verre et sortit.\n       Quand il arriva à sa porte, celui-ci descendait justement de\nson cabriolet. Clairvaux lui expliqua sommairement l’accident\nen le priant de l’accompagner. Lambinotle était homme du pays\net bon vivant, il accepta.\n       « Comment Constant, il y a du neuf à Cowan, Marie-Joseph\nqui est tombée ? J’espère que cela ne sera rien de grave. Allons,\nmonte à côté de moi et en avant. »\n       Madame réapparut à la fenêtre du premier : « Tu ne\nmanges pas mon ami ? » « Non, répondit-il, je casserai une\ncroûte là-bas. »\n      Madame disparut, car elle était une personnalité dans la\nville, la Dame du docteur, et ce n’était pas convenable de parler\nainsi dans la rue.\n\n                                III\n\n      Jean-Pierre ne fut pas longtemps seul, la tante arriva de\nsuite après le départ de Constant.\n      « Eh bien ! ma fille, qu’est-ce que vous avez? Un peu mai\nau genou, laissez donc voir ! »\n      Elle défit le bandage et ajouta qu’avec elle « il ne fallait\npas jouer la comédie; que ça valait bien la peine de chercher le\ndocteur pour cela, que demain matin ce serait fini. »\n"}, {"page_pdf": 589, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2013, "texte": "                                1   6   2\n\n\n      On entendit la porte de la rue s’ouvrir et un pas d’homme\ngravit l’escalier. La tante, alla voir, une lampe à la main; elle\nreconnut le curé et malgré le déplaisir de cette visite, elle\nl’accueillit avec aménité.\n      « Bon jour Monsieur le Curé, que c’est aimable à vous d’être\nvenu, par un temps pareil, voir noire blessée. »\n      Le prêtre répondit que son devoir était de soulager les\nmalheureux et les souffrants. Il se pencha vers Marie-Joseph et\nexamina la blessure, il jugea de suite la jambe cassée au genou\net n’osa y toucher. Pendant ce temps la tante geignait : « Quel\nmalheur, Monsieur le Curé ! Qu’est-ce que nous avons fait pour\nque Dieu nous punisse ainsi ? Mais que sa sainte volonté soit\nfaite et non la nôtre. Qu’il guérisse vile ma nièce, car avec mes\nrhumatismes, je sais ce que c’est, de souffrir. »\n      L’ecclésiastique les rassura et leur promit que le médecin\nguérirait parfaitement cela. Mais l’habitude et ses principes\nreligieux lui rappelèrent les consolations que son saint\nministère possède en vertu de sa foi devant les suppliciés de la\nvie. « Il parla de Dieu à la malade, lui dit d’offrir ses souffrances\nen expiation de ses fautes, qu’ainsi elle gagnerait le paradis où\ntout le monde est heureux. Il lui narra les. supplices des\nmartyrs pour la croyance au Christ, les langues arrachées, les\nbains de poix bouillante, les amphithéâtres romains. Il lui\nmontra combien ils étaient maintenant dans la félicité ; qu’était-\nce de souffrir quelques jours si plus tard on possédait le bonheur\npour toute l’éternité. »\n      Il faisait de grands gestes et parlait haut, se croyant en\nchaire un dimanche matin.\n      Mais de nouveaux cris de douleurs coupèrent sa péroraison.\nLes souffrances cruelles et intermittentes firent comprendre à\nMarie-Joseph qu’elle était gravement atteinte. Alors elle fut\nprise de frayeur, elle en parla au prêtre. Aussitôt il raconta ses\nses souvenirs : il avait vu des accidents plus graves non guéris\n"}, {"page_pdf": 590, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1868, "texte": "                             — 163 —\n\n par les médecins, mais qu’une simple neuvaine à Notre-Dame\nde Lourdes répara. Il parla des chutes arrivées dans ses cures\nprécédentes.\n       Marie-Joseph l’écoutait Grande et forte, son corps prenait\n tout le lit, ses cheveux en désordre tombaient en mèches\nsur scs épaules. Son corsage à moitié défait laissait voir sa gorge\nà nu où coulait de sa bouche la salive et l’écume. Ses seins\npointaient à travers sa chemise, tandis que son jupon relevé\ndécouvrait entièrement scs jambes, Ses bras battaient et\nchiffonnaient les draps de lit au moment des crises douloureuses.\n      Elle ferma les yeux essayant de dormir, l’ecclésiastique en\nprofita pour continuer son bréviaire. Mais le calme de la\nmalade n’était qu’apparent, son esprit s’agitait et son cœur\nbattait d’angoisse. Chez elle aussi Catherine lui donnait plus de\ntourments que ses propres souffrances. Elle craignait pour son\nmal une durée trop longue et, par conséquent, une incapacité\ncomplète de travail ; elle l’avait remarqué tantôt, la tante\nn’entendait pas de celte oreille-là. Son argent engagé dans la\nboutique n’allait-elle pas le retirer. Que feraient-ils alors ? Elle\nse mit à pleurer.\n      On entendit une voiture sur la route. Le curé se précipita\npour recevoir le médecin, tandis que la vieille donnait un\nrapide coup d’œil sur sa toilette, rectifiant de la main les plis\ndéformés.\n      « Bonjour la compagnie, » cria M. Lambinotte en entrant.\n      Il s’approcha de Marie-Joseph, tâta le genou et reconnut\nqu’il avait à faire à une fracture de la rotule.\n      Il pria le mari d’aller chercher la trousse dans sa voiture,\ntandis que Catherine se prodiguait pour apporter à Monsieur le\nDocteur les linges dont il avait besoin.\n      En voyant tous les couteaux, la patiente prise de peur,\ndemanda « Si on allait lui faire mal ». L’opérateur la rassura\n"}, {"page_pdf": 591, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1919, "texte": "                             — 164 —\n\nde son mieux en lui expliquant qu’il allait simplement entourer\nla fracture de toile.\n       Il fit ensuite tenir la femme par Jean-Pierre et Constant,\npuis il plaça le membre blessé dans une gouttière matelassée,\nrapprocha ensuite les fragments à l’aide d’un bandage, mit de\nl’ouate sur les parties qui seraient comprimées et serra for­\ntement les courroies. Alors l’opérée poussa des hurlements en se\ndébattant dans une impudeur que son mal excusait. Le docteur\nattendit la fin de la crise, puis ayant fait promettre à la malade\nque malgré toutes ses souffrances elle ne toucherait pas au\nbandage ; il ordonna aux hommes qui de leurs mains\n cagneuses avaient serré les membres de l’épouse comme des\nétaux, de la laisser libre.\n       Catherine qui d’un œil froid suivait tous les mouvements\nde Monsieur Lambinotte jugea que cela coûterait beaucoup\nd’argent. Elle se répandit en compliments sur l’adresse de\ncelui-ci, puis à brûle pourpoint lui demanda\n       « Gela durera-t-il longtemps monsieur le docteur »\n       Monsieur Lambinotte expliqua alors que la blessure était\ngrave, que la durée dépendait de la formation du cal et par\nconséquent de la plus grande immobilité de la malade. Qu’en\n tout cas cela prendrait bien trois mois.\n       De toute l’explication, qu’elle écouta en s’efforçant de\n sourire, Catherine ne comprit que la durée, trois mois ! Son\nfront s’assombrit et méchamment elle regarda sa nièce.\n       Le docteur demanda à manger, la vieille lui servit du\njambon, du pain, de la bière. Gloutonnement il avalait tandis\n qu’il expliquait au curé l’état des malades dans les villages avoi­\n sin ants.\n       Quand il fut rassasié il promit de revenir le lendemain.\n Puis on entendit le pasteur et le médecin se faire de cérémonieux\n adieux, tandis que la tante les remerciait, le sourire toujours\n aux lèvres. Eux partis Jean-Pierre rentra également chez lui.\n"}, {"page_pdf": 592, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1828, "texte": "                            — 1 65 —\n\n\n                               IV\n\n      Quand ils furent seuls la tristesse longtemps contenue\néclata plus intensément que jamais. Constant et Marie-Joseph\npleuraient à chaudes larmes. Le mari tenait les mains de sa\nfemme comme pour partager ses douleurs et les soulager par\ncette union.\n      La tante les regardait froidement mais bien vite sa langue\nse délia :\n      « Voyez, dit-elle en montrant les époux qui pleuraient, les\ngrands nigaux. Ce n’est pas tout cela qu’il me faut. Je ne suis\npas servie avec vos grimaces et je ne veux pas qu’on se moque\nde moi. Jamais delà vie je n’ai vu cela, Trois mois de lit !..\nEt la boutique !.. Je devrai probablement servir les clients....\nSachez bien que je ne vous donne pas mon argent pour payer le\ndocteur et le pharmacien ; ils en prennent à leur aise ces\nmessieurs de la ville; trois mois, c’est de la blague. Ils veulent\nvotre argent, trois mois       Vous avez donc des rentes pour\nvous payer des congés pareils ? »\n      « Ma tante, ma tante, ne dites pas cela, interrompit Marie-\nJoseph. Le malheur est déjà assez grand pour nous »\n      — « Oui oui dit la tante c’est pour moi la plus grande\npart car j’oublie les champs, Constant ne peut cependant pas\nles abandonner, je ne paie pas les assurances pour les pares­\nseux._\n     ._\n      Faut-il tout de même être bête pour se casser la jambe. !\nCela m’est-il arrivé ? Pendant trente-cinq ans que j’ai travaillé\nchez les autres, mais jamais il ne m’est survenu d’accident.\nIl aurait fait bon on m’aurait donné des trois mois de repos.\nNon ! non, mais se casser la jambe ! Oh ! la jeunesse d’aujour­\nd’hui ! Ce n’était pas comme cela de mon temps, on savait tra­\nvailler, quitter son village pour gagner sa croute, mais main­\ntenant on ne pense qu’aux plaisirs et aux folies. Vous vous\n"}, {"page_pdf": 593, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "                               — 166 —\n\n croyez donc tous millionnaires ? Oh je sais bien que vous\n souhaitez ma mort ; mais ne craignez rien je ne vous laisserez\n pas gros. « Trois mois de repos....»\n      L’homme ne pleurait plus, la colère l’exaspérait, il pria la\nvieille de se taire, il n’était pas d’humeur à écouler ses\nsermons et si cela continuait il la mettrait à la porte.\n      Sa femme le calma craignant un acte grave, mais ses yeux\ninjectés de sang, le bouillonnement de tout son corps mon­\ntraient qu’il n’était plus maître de lui, que sa crainte ancienne\ndisparaissait pour laisser place à une témérité sans frein.\n      Catherine sans s’émouvoir fit mine de partir, cependant elle,\nconclut : « Je le sais, l’ingratitude est ma récompense, je le tiendrai\npour dit, ce n’est pas assez de me manger tous mes revenus,\nvous voulez encore me ronger le cœur. »\n      L’homme retroussa ses manches, saisi ce vieux corps usé\npar les ans et léger comme une plume, le porta jusqu’à la porte\nen criant dans l’oreille de la tante pétrifiée « Gardez-le votre\nargent, gardez-le votre argent, nous aimons mieux crever ! Et à\nsa voix gutturale se mêlaient les hurlements de son épouse qu’un\ngeste brusque avait blessée.\n      En gesticulant et en parlant à mi-voix, la vieille rentra\nchez elle en répétant « Mon argent....\n      Là, inconsciente, elle se mit à genoux et récita la prière\nmerveilleuse de l’humanité gémissante :\n      « Notre Père qui êtes aux Cieux... »\n\n                                              Gaston P ulincs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29-006", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 167, "page_fin": 167, "titre_corps": "Je suis seul et j’écoute... et je sais", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "MARCEL ANGENOT.", "ancre_debut": "J e s u i s s e u l et j ’é coute... et je s a i s .        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L e souvenir de ces\nguerriers fabuleux hante des ruines à Dinant, à Poulseur,\nà Martinrive; en beaucoup d ’autres endroits, Bayard a\nlaissé dans le rocher, l'empreinte de ses sabots sous\nlesquels jaillissait le feu.\n       La poésie éparse sur les coteaux de la Meuse est\nd ’une richesse, d ’une variété, d ’une sensibilité incompa­\nrables. Elle eut pu éblouir des poètes épiques en môme\ntemps que charmer des âmes tendres et harmonieuses.\n       Comme ailleurs, la chèvre d ’or, qui inspira à P a u l\nA r è n e un des plus beaux livres qui soient, a été pour­\nsuivie dans le pays wallon, partout où persistaient quel­\nques vieux pans de murs, restes de monastère ou de\n château On a cru au trésor des moines à Villers, à Orval,\nà Aulne, à Lobbes, où s’élevaient de puissantes abbayes.\n Epris de merveilleux, les paysans poursuivirent pendant\nlongtemps, sur l’indication des baguettes de coudrier,\nmaniées par des gens nés la nuit de Noël, au clair de\nlune, dans les ruines mélancoliques, la gatte d ’or dont\njamais on ne s’empare.\n       Les mythes dont se nourrit notre imagination ne sont\n pas nombreux. N ’a-t-on pas prétendu q u ’il n’existe pas\n plus de trente-six situations dramatiques ? Aussi, ce q u ’il\n faut en retenir, ce n ’est pas la fable elle-même, mais sa\n façon d ’être contée. Sur des thèmes communs à plusieurs\n races, notre âme a mis des nuances qui lui sont propres,\n révèlent sa psychologie et déterm inent ses différences.\n"}, {"page_pdf": 598, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "                           — i7i —\n      L es contes du Borinage ne sont pas les mômes que\n ceux de Sambre-et-Meuse, d ’Ardennes, de Condroz ou de\n H esbaye; on ne s’y trompera point.\n      Les légendes n ’ont, nulle part, conservé autant de\npopularité que sur les bords de l’Amblève. Il est même\nfort rare de les trouver condensées en un espace si restreint.\n      Il est vrai que le décor s'y prête merveilleusement.\n Nous n ’en referons pas la description. L a terre même y\noffre des spectacles architecturaux. Elle se plait à bâtir\ndes forteresses illusoires ; ses rochers figurent souvent des\nmurailles, des bastions, des redents et des tours. Les\nmaisons y sont construites pour des siècles, sans fioritures,\nmais avec une belle ordonnance. Les fenêtres à meneaux,\nsont d ’une élégance que l ’on se reprend à aimer de nos\njours. Là, sur cette vieille terre solide, tout enseigne la\nrésistance et l’énergie, jusqu ’à ces blocs qui émergent de\nla rivière, ces granits, ces puddings sang de bœuf, rose,\nbrun et rouge de rouille, striés de veines jaunâtres, tout\ny parle de choses très anciennes. Les divinités antérieures\nà notre ère y ont eu des autels et ne semble-t-il pas\nqu’elles y flottent toujours dans l ’invisible ?\n      L ’histoire s’y mêle fort curieusement à la légende.\nCharles Martel vainquit les Frisons et les Neustriens à\nMartinrive. On dit q u ’une vieille femme lui avait\nconseillé d ’ordonner aux soldats d ’attacher des branches\nd ’arbres à la tête des chevaux, de se couvrir eux-\nmêmes de feuillage et d ’herbe et de s’avancer ainsi vers\nl'ennemi. C ’est ce q u ’il fit : les guerriers de Radbod\nvirent une forêt qui marchait vers eux, puis furent taillés\nen pièces ! L e sanglier des Ardennes passa par là.\n      L a Heid des Gattes conserve le souvenir de l’assaut\ndes troupes de Jourdan.\n      Quand on regarde cette montagne, on reste saisi\n"}, {"page_pdf": 599, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1881, "texte": "                            — 172 —\n\n d ’admiration devant l’héroïsme des jeunes soldats de la\n révolution. Ils se haussent, dans notre esprit, aux propor­\ntions des rochers q u ’ils escaladèrent grâce à l’on ne sait\n quels prodiges de souplesse, d ’agilité, de bravoure. Ils\n deviennent des. titans.\n      Malheureusement, les carrières ont attaqué ce lieu\nplusieurs fois sacré, d ’énormes entailles ont été faites\ndans la colline. Bientôt, il ne restera plus rien de son\naspect primitif. On ne verra plus q u ’un tas de décombres,\ncomme à Poulseur, où la tour de Monfort a disparu.\n      C’est encore à Aywaille q u ’existait la Porallée, sorte\nd ’application du communisme, antérieure au mot lui-\nmême. L ’usage de la Porallée consistait en pâturage,\nsartage et fournelage, coupe de bois et chauffage. Il\nappartenait aux habitants; ceux qui se trouvaient\nhors du circuit miraculeux n ’y avaient aucun droit.\n L ’origine de cette Porallée, qui subsista jusqu’à la\nrévolution française est légendaire. Em prardus l e Bracneu\nayant parié contre sa maîtresse, la châtelaine de Mont-\njardin,, que l ’alouette n ’avait pas chanté; elle lui dit que\nsi c'était vrai, elle lui donnerait le cercle q u ’il parcourrait\navant que l’oiseau ne se fut fait entendre. E n peu de\ntemps, porté comme par des ailes, il fit un circuit qui\ncomprenait les territoires de plusieurs villages.\n      Il avait bon cœur et s’attristait de voir que des m alheu­\nreux ne«possôdaient aucune parcelle du sol fécondé par\nleurs sueurs, tout en étant encore accablés de charges\nlourdes. Il donna les biens qui lui échurent à l’église\nd ’Aywaille, délivrant ainsi les m anants des redevances\nféodales et leur conférant certains droits d ’usage. Dégagez\nla fable du miracle qui symbolise l’esprit de charité\nd ’Emprardus, remplacez sa course invraisemblable par\nune sainte supercherie et l ’histoire tient debout.\n"}, {"page_pdf": 600, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "                            — 173 —\n\n       Ceux qui n ’étaient pas compris dans la Porallée et\nqui, par conséquent, ne jouissaient point des privilèges\nqui y étaient attachés, traitaient d ’imposture le récit des\nchroniqueurs, et s’ils ne pouvaient contester l’existence\nd’Em prardus enterré dans l ’église d ’Ayvvaille, ils pré­\ntendaient que jamais il n ’avait pu disposer d ’un territoire\naussi étendu.\n       L a croyance aux Nûtons est restée très forte sur les\nbords de l’Amblève. De vieilles gens m’ont assuré que\nleurs parents avaient vu des Sottais et que ceux-ci leur\navaient rendu des services.\n      On dit q u ’ils ont disparu depuis q u ’à la messe on\nlit l’évangile selon Saint-Jean.\n      Ce q u ’il y a de certain, c’est que bien des grottes ont\nété habitées. Des savants ont fait, à ce sujet, de nom­\nbreuses dissertations. A la Meuse, tout ce qui est relatif\naux Nûtons est beaucoup plus vague ; c’est q u ’ils sont\nrestés plus longtemps à l’Amblève, ce que la sauvagerie\ndu lieu expliquerait, ou bien q u ’on y a cru plus longtemps.\nA la Meuse ils étaient forgerons, à l’Amblève, cordonniers.\n      Au bas des hautes collines boisées, les longs soirs\nd ’hiver, quand hurlent les loups, quand hululent les\nchats-huants, lorsque le torrent gronde et mugit, les\nimaginations peuplent la nuit d ’êtres fantastiques et\nd ’exploits merveilleux.\n      Les autres légendes de l’Amblève exaltent les vertus\nfoncières de la race. Il faut être hum ain et hospitalier,\nc’est un devoir sévère. Celui qui élude cette loi sacrée est\npuni, comme le passeur d ’eau d e Sougnez et bien d ’autres\nencore. Celui qui recherche la richesse par des moyens\nillicites, est également m altraité par les génies du jour et\nde la nuit.\n      On ne peut manquer à la parole donnée sans encou­\n"}, {"page_pdf": 601, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1271, "texte": "                             — 174 —\n\nrir des châtiments redoutables. L e serment d’amour fait\nà la chapelle de fidélité ramène, malgré lui, l’am ant\nvolage à celle qui lui a donné sa foi. L ’Elfe de la Belle\nroche enseigne aux jeunes gens la vertu, le courage et la\nforce. L ’homme qui se moque des vieillards et des\ninfirmes reçoit la peine qu’il mérite.\n        Gardons-nous de rire de ces fables. Elles ont contri­\nbué à former des consciences droites, tout en exprimant\nle sens poétique des habitants de la contrée, gens secs,\nnoueux et durs comme les rochers qui les portent.\n        Je l’ai dit, nulle part, chez nous, on ne trouve un\nattachement aussi tenace aux choses du passé. J ’ai lu à\nD ieupart, près d ’Aywaille, au cours d ’une excursion, sur\nune grosse pierre qui soutient un petit bon dieu de fer,\ncette inscription : Pour Dieu et nos traditions. Voilà qui\nen dit plus long que tout ce que je pourrais raconter. E t\nn ’est-ce pas comme un symbole du pays, ce blason qui se\ntrouve, gravé dans la pierre, au-dessus de la porte de\nl ’a b b ay ed ’Anthisnes, au sortir de la vallée: deux chimères\nunies élevant un cœur, avec, pour devise : Corde et animo,\npar le cœur et par l’âme.\n                                   M a u r ic e   des   O m b ia u x .\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29-010", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 174, "page_fin": 179, "titre_corps": "Le monument au travail", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "JOSEPH LECOMTE.", "ancre_debut": "Le     m o n u m ent         a u t r a v a il.      La S alle Meunier à l’expo", "ancre_fin": "J oseph L ecomte .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L iv r e s. Pierrot m illionnaire", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 601, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 1271, "fin_caractere_exclue": 1558, "texte": "Le     m o n u m ent         a u t r a v a il.\n     La S alle Meunier à l’exposition rétrospective de l’art belge.\n\n\n     Quand il y a quelques années, en 1902, le monum ent\nau tra va il fut présenté sous une forme cubique — Sous\nforme de « bloc », comme disait M e u n i e r — on pensa\n"}, {"page_pdf": 602, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1750, "texte": "                                     — 175 —\n\ngénéralement que son aspect n ’était pas heureux et cet\naspect peu satisfaisant fut donné comme un obstacle à\nl’érection du M onum ent au T ra v a il sur une place\npublique.\n      A     cette époque, un architecte qui signait J. B . (J.\nB r u n f a u t ?) écrivit au Soir que l’idée de M e u n i e r était\n« irréalisable que son semeur silhouttait maigrement son\n« geste symbolique au dessus d'un cube énorme où\n« s’accolaient les bas reliefs. » « Dans le cas actuel, »\n« écrivait-il, » c’est ce cube qui est l’écueil pour la réus­\n   site de l’œuvre, et nulle disposition architecturale\n     arrivera à couronner, avec assez de discrète am pleur,\n« la théorie des travailleurs, pour se term iner en pinacle\n« p a r le Sem eur, ( 1)\n       « Il faut donc chercher autre chose, » disait-il, » et,\n« en méditant sur cet intéressant programme, nous\n « sommes arrivés à cette juste conclusion : c’est en\n« groupant les bas-reliefs dans un vaste hémicycle, coupé\n « de piliers à l’appareil fruste, qui porteraient au haut le\n « Sem eur et les autres statues de M e u n i e r que l’on arri­\n   verait le mieux à faire rendre le maximum d ’effet et de\n « grandeur que l ’auteur doit désirer trouver.\n        M . A c k e r — l’auteur de la nouvelle architecture\ndu M onum ent au T ra v a il, exposé dernièrement au Cin­\nquantenaire semble avoir lu ces lignes, ou, peut-être\ns’est-il inspiré uniquem ent du croquis primitif, dû à\nM e u n i e r lui-même paraît-il, et q u ’on a retrouvé ( M .\nA c i c e r ne s’est écarté des indications de M . J. B. q u ’en\nplaçant les statues diverses entre les bas-reliefs, au lieu\n\n\n        (1) C’était l’avis de nombreux architectes, affirmait M. J. B. C’était aussi le\nsien.\n"}, {"page_pdf": 603, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "                              — 176 —\n\nde leur faire couronner l’hémicycle).\n        Quoiqu’il en soit, le M onum ent an T ra v a il, actuel,\ndans ses grandes lignes du moins, doit satisfaire tout le\nmonde, et il faut espérer qu’on aboutira cette fois et que\nnous verrons enfin ce chef-d’œuvre s’élever en plein air,\ngrandiosement.\n        J ’entendais l’un de ces derniers dimanches, au Cin­\nquantenaire, un étranger demander à un huissier : « A\n» quel endroit de la ville est destiné cet ensemble de\n» sculptures qu’on appelle le M onum ent au T ra v a il?\n» Q u’en fera-t-on, l’exposition close ? — On le démolira,\n» répondit l’huissier ». L ’étranger me parut considéra­\nblement ahuri. E t n ’y a-t-il pas de quoi vraiment? Que\npenseraient de nous les hommes futurs si nous leur\nléguions un M onum ent au T ra v a il dont les bas-reliefs\nseraient tous exécutés en pierre, les statues toutes en\nbronze, comme s’ils constituaient un ensemble, mais qui,\npar une contradiction singulière, serait fragmenté, épar­\npillé le long des murs d ’un musée? D ’ailleurs, pourquoi\navoir exécuté en pierre, en pierre blanche, des œuvres\ntelles que le Cr euset brisé ( L ’industrie); dont le bronze\nseconderait infiniment mieux l’éloquence, si l’on n’a pas\nl’excuse d ’un ensemble à réaliser? Trop d ’œuvres de\nM e u n i e r sont déjà placées dans nos musées. Le Grison,\nle P u d d leu r devraient se trouver en plein air, dans un\nsquare, sur une place, — devant la gare du midi, si l’on\nv e u t — . Comme disait très justem ent F i e r e n s - G e v a e r t ,\ndans le Sam edi d ’il y a quelques semaines : « Il n ’est pas\n« permis d ’enterrer les hommes vivants, à plus forte\n« raison les chefs-d’œuvre qui ont droit à l'immortalité ».\nAussi j ’espère bien que, cette fois, toutes les difficultés\nseront levées, et que le M onum ent au T ra v a il s’érigera\nenfin en plein air, à l ’entrée du bois de la Cambre, par\n"}, {"page_pdf": 604, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "                          —   1 7 7   —\n\n\n\n\nexemple, adossé au massif de verdure dont se détachent\nles deux larges avenues qui pénètrent dans le bois.\n       Déjà le Sam edi, L ’A r t moderne, L a Fédération\nartistique, d’autres revues encore sans doute, que j ’ignore,\nont écrit dans ce sens. Je voudrais voir toutes les revues\nd ’art, toutes les revues littéraires, tous les cercles s’agiter\ndans ce but, renouveler le mouvement unanime qui, en\n1902, aboutit à la commande du M onum ent au T ravail.\nAvec un tel ensemble, une telle force, sûrement nous\nréussirions.\n       Indépendam m ent de l’ensemble du M onum ent au\n T ra va il, les organisateurs de l’exposition rétrospective\nde l’art belge ont réuni la plupart des statues et des\nstatuettes de M e u n i e r , ainsi q u ’un certain nombre de\nses peintures, pastels et dessins. Certes, c’est toujours\navec grand bonheur qu’on revoit ses admirables sculptu­\nres, mais, puisque le souvenir de l’exposition de 1902,\nau Cercle artistique, était encore vivace, peut-être eut-il\nété plus utile et plus intéressant de rassembler principa­\nlement cette fois un choix de peintures du Maître. Celles\nqui sont exposées — à part l'E ntrée de la M ine\n(n° 576 du catalogue, appartenant à M me N yssens), le\nFlam enco, (n° 577), et quelques autres moins impor­\ntantes — ont été vues en 1902, et aucune peinture ne\nrappelle la période assez longue pendant laquelle M e u n i e r\nétudia la vie des moines. U ne représentation plus m étho­\ndique de la carrière du Maître eut été souhaitable.\n       L e gouvernement a fait, à l’exposition de 1902 au\nCercle artistique, un choix excellent parmi les statuettes\nde M e u n i e r . Je ne voudrais échanger aucune de celles\nacquises alors pour une autre. Je craindrais de nous pri­\nver d ’une belle chose. E t cependant, chaque fois que je\nrevois la collection de ces statuettes, j ’en désire que nous\n"}, {"page_pdf": 605, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1930, "texte": "                                       - 178      -\n\n\n\n\nn ’avons pas. C ’est que M e u n i e r , en dehors de la statue\ndu pére D am ien, de celle de Zola et des statues du por­\ntail de l’église de la chapelle, n ’a jamais sculpté sur\ncommande. Chacune de ses statues et de ses statuettes\nest l’expression libre d ’une émotion intérieure. Aussi, si\nintelligemment que l’E tat ait choisi, si abondam m ent\nq u ’il ait acquis, je voudrais q u ’il acquiert encore le plâtre\ndu sublime D ébardeur d ’Anvers (n° 625) qui manque\nvraiment à nos collections. Je voudrais aussi — voilà\nplusieurs fois que je la réclame et je ne me tairai\nque lorsque nous l’aurons — je voudrais aussi la Grande\nH iercheuse (ou H iercheuse appelant), n° 683, décorative\ncomme toujours et, par surcroît, d ’un accent tout spécial\ndans l’œuvre de M e u n i e r . Peut-être aussi le M oissonneur,\nn° 703, ( i ) et le M in eu r à la lanterne, n° 68o, autre et\nplus naturel, me semble-t-il, que le M ineur à la hache\nque nous possédons.\n       Ce qui manque encore grandement à nos collections,\nce sont les peintures industrielles de M e u n i e r . L a\nguerre des p a ysa n s, du musée, Les trappistes laboureurs,\ndu Sénat, représentent fort bien le M e u n i e r se cherchant,\nse tâtant. L a fa b riq u e de tabacs à Séville, rappelle son\nvoyage en Espagne. Ce qu’il nous faut encore, c’est le\nM e u n i e r qui s’est trouvé : le M e u n i e r peintre des terrils,\ndes corons, des hauts-fourneaux, du pays noir. Il y a\nà l’exposition rétrospective une peinture que, entre toutes,\nje voudrais voir choisie pour notre musée. C ’est celle\nintitulée : L e retour des m ineurs, n° 558 : cinq houilleurs,\n— hommes et femmes — les uns dressés ju sq u ’au som-\n\n\n    (1) Reproduit par L e Studio de juin 1901, sou s le titre : L e tra va illeu r des\nchamps et par le ‘P a trio te illu stré du 16 avril 1905, sou s le titre : O u vrier se p r é ­\nparent au tra v a il.\n"}, {"page_pdf": 606, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 373, "texte": "                                     —   179 —\n\nm et du cadre, d ’autres abimés, souillés, souffreteux,\nmais tous amples; simplifiés et se détachant sur un\npaysage mélancolique du pays noir.\n     Jamais, je crois, C onstantin M e u n ier n ’a fait pein­\nture plus synthétique et grandiose (1).\n                                                         J oseph L ecomte .\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29-011", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 179, "page_fin": 188, "titre_corps": "Livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L iv r e s. Pierrot m illionnaire. —L écrivain public p a r F é l ix B odson", "ancre_fin": "F ernand B ordier.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Théâtre du Parc. L a première matinée littéraire", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 606, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 373, "fin_caractere_exclue": 1724, "texte": "L iv r e s.\nPierrot m illionnaire. —L écrivain public p a r F é l ix B odson .\n     Voici deux charmantes comédies qui ont toutes deux,\net pour cause, vu les feux de la rampe. P ierrot million­\nnaire représenté le 12 avril 1905 au théâtre du Parc eut\nun succès, d ’ailleurs mérité et malheureusement trop court.\nNous n ’entrerons pas dans le mystère de ces é clipses\nintempestives, nous contentant pour aujourd’hui d ’en\ndéplorer le fait. Certes cette comédie méritait mieux et\nje crois bien cette fois que le public eut pris goût à cette\ndélicieuse fantaisie.\n     L ’écrivain public, que le T hyrse avait mis au pro­\ngramme de son premier spectacle d ’auteurs belges, fut\nreprésenté avec beaucoup de succès au théâtre de l'Alcazar.\nMalgré une interprétation qui pouvait sans nuire à la\nréputation de l ’auteur être plus homogène, l’œuvre nous\napparut également d ’un bon théâtre avec, en germe,\ntoutes les connaissances d ’un art de la scène qui fit sur\n\n\n     1\n     ( ) A ce propos, je crois bon de faire remarquer que la peinture de M e u n i e r ,\nreproduite par le catalogue de l'exposition, n’est pas le retour des m ineurs (n° 558),\ncontrairement aux indications que porte la planche en question. C’est le tableau\nappartenant à M m e N y s s e n s (n°576), portant comme titre : M ineurs du B orin age\net, au catalogue : L'entrée de la mine.\n"}, {"page_pdf": 607, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1862, "texte": "                               —1 8 0 —\n\nun nombreux auditoire la meilleure impression; on\nsentait évidente en M. F . B o d s o n la personnalité d ’un\ntalent qui ne devrait plus sa maîtrise q u ’à l’occasion d’un\npeu de pratique. Nous savons q u ’il est impossible d ’écrire\nune binette en vers, sans q u ’aussitôt L a Critique,, y voie\nl’utilité de ressusciter le nom de T h é o d o r e d e B a n v i l l e ,\nl’immortel auteur de tant d ’adorables comédies. Comme\non voit rouge, il y a des gens qui voient banville et rien\nne sort pour eux des limites de cet immuable horizon.\nE h bien ! je ferai à M. B o d s o n , non pas l’honneur, mais\nla justice de ne pas évoquer au sujet de sa manière le\nnom de l’illustre auteur du B a ise r, pour ne citer que la\nplus connue de ses comédies. Il faut en finir avec ces\nparallèles inutiles et fastidieux; à ce compte, T h é o p h i l e\nG a u t i e r , tomberait, lui aussi, sous le coup de cette\nmême loi, pour avoir écrit son « Pierrot Posthume » et\nson « Tricorne enchanté » qui s’apparentent singulière­\nment au théâtre banvillesque. M alheureusement le théâtre\nde G a u t i e r précède de quelques années celui de\nd e B a n v i l l e . Mais alors! c’est peut-être d e  B a n v il l e ,\n\n\n    Mesdames et Messieurs les comédies dont je viens\nde vous parler sont de M. F é l i x B o d s o n .\n\n   Litanies à la Bien-aimée par L é o n W a u t h y .\n        Décidément M. L é o n W a u t h y , dont nous connais­\nsions déjà « B réviaire d ’am our » et « E u aim ant »,\ncontinue amoureusement le genre qu’il semblait avoir\nadopté. Nous n ’avions pas beaucoup aimé cette façon de\nM i s s e l s profanes quand les L itanies à la Bien-aim ée\nsont venues dissiper un doute qui nous faisait craindre\npour l ’originalité de ces fantaisies. M. L é o n W a u t h y a\nfait, depuis, du chemin dans les « P etits Sentiers » q u ’il\n"}, {"page_pdf": 608, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1477, "texte": "                               — 181 —\n\nchante si délicatement et a acquis une souplesse et une\nfacilité d ’expression qui rendent très agréable la lecture\nde ses poèmes. Hélas tout n ’est pas également bon chez\nce poète inégal et la poésie intitulée « L a chambre » par\nexemple, donne une haute idée de l’éclectisme de son\nauteur; plus loin des vers semblables nous laissent singu­\nlièrement étonnés.\n\n         E t rêver longuement de nous aimer ainsi\n         Longtem ps, longtemps, longtemps. Si longtemps que le\n                                                            [monde (?!!!)\n     Si longtemps que le monde, quoi?\n     Cependant, à côté de ces faiblesses que j ’aurais peut-\nêtre dû ignorer disons que le petit volume de M . L é o n\nW a u t h y contient aussi et surtout d ’excellents poèmes\nparmi lesquels nous citerons : P aysage, une jolie im pres­\nsion très bien vue; In fin im en t les jo u r s , et un long\npoème : Les B a isers, (sur la main, sur le front, sur les\nyeux, sur la bouche) qui est une délicieuse litanie\nvoluptueusem ent épelée.\n\nLe Carnet tl’un Rêveur, S y l v a i n C h . d e M o n c e a u .\n     Nous préférons ne pas dire à M . M o n c e a u , qui doit\nêtre très jeune, ce que nous pensons de son carnet où nous\navons cueilli ces vers :\n\n         Car l'on peut s ’aimer sans n’avoir rien à se dire.\n\n     Trois négations valent (au moins) une affirmation.\n\n         Votre dédain moqueur, altier et nonchalant.\n\n     Je voudrais voir ça!!!\n"}, {"page_pdf": 609, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1678, "texte": "                                        — 1 82 —\n\n         Alors que tantôt tu | m ’excitais à partir\n         Car j ’aurais par trop crain t...\n         E t q u e n o u s n o u s n o u ïs s o n s ...\n\n\n     Serait-ce de l’harmonie imitative ? ?\n\n         Mais d’ici quelque tem ps...\n\n     Vous avez du prendre cela dans le dictionnaire du\nbon langage ou dans «N otre langue d e M. C o u r r o u b l e » .\nMais je m ’arrête et je fais grâce au lecteur qui m ’excusera\nde ce petit divertissement en songeant que j ’ai dû lire\ntout le carnet de ce poète (?), animé que j ’étais du senti­\nment charitable d ’y trouver une manière de compensation\nà l’apparente sévérité de cette critique.\n     Toutefois je veux bien dire que cette œuvre contient\nla sincérité d ’un premier livre et la promesse de vers\nmeilleurs.\n     Allons, jeune monsieur, je ne vous en veux pas...\nmais n’y revenez plus de si tôt.\n\nLa souffrance d’aimer par E.-G. P e r r i e r , docteur\n                                                  en droit.\n     Je regrette d ’être obligé de dire à M . P e r r i e r ce\nque je pense de son livre, j ’y suis bien tenu cependant\np uisqu’il nous envoie son œuvre ce qui implique le désir\nd’une critique ou tout au moins d ’un accusé de réception.\n     E h bien! oui. monsieur, nous l ’avons reçu votre livre\net nous y avons même trouvé ces vers :\n\n        Car cette femme avait des yeux de diamant\n        Des cheveux noirs ainsi qu’une nuit de décembre\n        Oh ! le baiser marquait de rouge sa peau d’ambre\n              E t d ’ivresse mon cœur d ’amant\n        Moi, rêveur, sans un mot, j ’écoutai sa chanson\n        P u is les vers surgissaient au fond de ma pensée\n"}, {"page_pdf": 610, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1845, "texte": "                                   — 183 —\n\n          Comme si cette femme eût été fiancée\n             De l'éternelle floraison.\n\n      M. P e r r i e r est français (?) et docteur en droit !!!\n\n     Pièces à dire par J a c q u e s A n d r é e (probablement\nparce que d ’autres ne les diraient pas). A h ! celui-ci,\ncertes je n ’en eusse point parlé s’il n ’était urgent de p ré­\nvenir le lecteur que M. A n d r é e est\n\n          « U n poète de circonstance\n          Qui peut en la même heure et sur la même page !!!\n          Chanter à votre gré décès et m ariage\n          Il fera le discours tout rempli de promesses\n          D\n          ufo\n            lad\n              ole\n                scen\n                   tdo\n                     nto\n                       ncrain\n                            t le\n                               spro\n                                  uesses!!!\n\n          E t c ’est loin d ’être tout : il saura faire encore\n          T out ce que vous voudrez, etc., etc.,\n\n      E n f i n M . A N D R É E C o n tin u e(et j e c o p ie tex tu e lle m e n t).\n\n          J e termine ceci par une humble prière.\n          Vous du corps médical grande et forte lumière, (1 )\n          Venez à mon secours ! Rendez-moi la raison !!!\n\n       Si vous voulez bien nous n ’irons pas plus avant et je\nn ’ai cité ces vers que pour donner au lecteur une occasion\nde bon rire. Q u’il m ’en excuse, c’est la dernière fois que\nje compte parler de ces parasites d ’Apollon aux confrères\ndesquels j ’adresse la fervente prière de bien vouloir\nme considérer comme je le mérite, c’est-à-dire, comme\nun critique insupportable auquel ils ne dédicaceront\nplus désormais leurs... chef-d’œuvres !!\n      Q u ’on se le dise.\n\n\n  (1)     L’auteur s'adresse au Dr P o l D emade qui a l’inestimable privilège de se\nvoir dédier ce poème.\n"}, {"page_pdf": 611, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1869, "texte": "                              — 184 —\n\nC'était l’automne par J ean P o u ja d e .\n     Dans une jolie édition du Soc, M. J ean P oujade\nnous adresse un faisceau de poèmes qui sont enfin d ’un\npoète. Je suis tellement embarrassé devant l’affluence de\nbeaux vers qui s'y trouvent et à la fois si certain de leur\négale valeur que je suis obligé, pour me décider à vous\nen donner un exemple, d ’ouvrir ce livre au hasard et d ’y\nprendre sans hésitation la pièce intitulée : L a Passante.\n         E lle avait traversé des pays sans les voir\n         E t languide d ’errer à travers les décombres\n         E lle se reposait dans les jardins ce soir.\n\n         E t voici qu’en ses yeux mes yeux lisaient ces choses :\n         L e mystère inconnu qui parfume les roses\n         E t la bonté qui peut diviniser l’azur.\n\n        J e parlais : « Prends mon cœur. J e ne saurais te dire\n        Si les lys sont troublants, le soir trop parfum é...\n        Mon âme au flot d’amour est un bateau qui vire\n        Sans voiles et sans mâts et sous le vent calmé.\n\n        Quel je suis ? L e passant au jardin de ton rêve,\n        J ’emplirai tes bras blancs et flexibles de fleurs\n        E t devant que la nuit paisible ne s’achève\n        T u connaîtras par moi les fertiles douleurs.\n\n       Voilà de très beaux vers, et quand vous saurez que\ntoute l’œuvre réunit les qualités de cet extrait, je n ’aurai\nplus besoin, je pense, de m ’étendre sur la valeur de\nM. J ean P oujade et j ’en aurai dit assez pour engager le\nlecteur à vouloir mieux connaître le beau poète de\n« C’était l’Automne ». Quand à moi, et puisque c’est là\nson seul désir, je suis heureux de dire à M. J ean P oujade\nq u ’il a fait naître en mon cœur la pensée des douceurs\nnouvelles, et a glissé dans mon âme un peu de tendresse,\nde consolation et d ’oubli.\n                                   M arcel A ngenot .\n"}, {"page_pdf": 612, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2033, "texte": "                                        — 185 —\n\n Le Dernier Satyre par Théo Varlet.\n        C’est un conte: Il y avait une fois un dernier satyre... et\n Théo Varlet nous le présente de la façon la plus extrêmement\noriginale. Que penseriez-vous d’un dieu Pan qui vous supplierait\nde continuer à lire la V° idylle de Théocrite en trépignant sur ses\nsabots usés? Eh bien ! tout le poème (car c’est un vrai poème en\nprose) est dans cette note malicieuse et alerte avec à tout bout\nd’aléa un peu de fine satire ( c’était le cas ou jamais d’en faire)\net un je ne sais quoi de doucement frondeur qui fait de ce petit\nconte une chose exquise.\n      Il est fort regrettable que cette plaquette se borne à nous\ndonner ce conte unique et nous espérons bien que Le Dernier\nSalyre ne sera pas la dernière satyre, et qu’il nous donnera bien­\ntôt, malgré le triste épilogue de ses charitables sentiments, une\nsérie de Satyricons dignes tout à fait de ce père bientôt célébré.\n                                                       Marcel Angenot.\n\nLa r enaissance septentrionale et les premiers maîtres flamands par\n         M. H . F i e r e n s - G e v a e r t . ( V a n O e s t et O ,é d ite u rs ,\n         Bruxelles).\n         Il est de ces ouvrages dont ont souhaite l ’apparition,\ntellement leur nécessité se fait sentir. Celui d e M. F i e r e n s -\nG e v a e r t est un de ceux-là; aussi le saluons-nous d ’autant\nplus heureusement que la tentative de son auteur a pleine­\nm ent réussi.\n        L e s d is s e r t a t io n s s c ie n t if iq u e s d e C o u r a g e o d , L a f e ­\nn e s t r e , J a m e s W e a l e , H y m a n s , d e m a n d a i e n t à être\nr é u n ie s et o r d o n n é e s , p o u r p r o je t e r a in s i u n e c la r té p lu s\ng r a n d e s u r ce tte é p o q u e si fé c o n d e en a rtis te , et à la fo is\nsi é n ig m a t iq u e .\n    M. F i e r e n s - G e v a e r t a assumé cette tâche et l’a\ncomplétée considérablement; il nous livre aujourd’hui un\nmonument d ’érudition, d’une valeur incontestable, et qui\n"}, {"page_pdf": 613, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2001, "texte": "                                     — 186 —\n\nfera autorité clans le monde des historiens de l’art. Il y\nappronfondit le rôle influent de l’art flamand dans la\nrenaissance (1). Malgré l’am pleur de son ouvrage, malgré\nla quantité et la diversité des questions qui devaient\ny être traitées, le p lan en demeure net et précis.\n      Dès le début, l’auteur nous met en garde contre la\nmanie qui hante certains critiques (notamment Mgr D e­\nhaisnes) de voir dominer malgré tout et partout le réalisme\ndans l ’art flamand primitif. Grave erreur ! les XIe, XIIe,\nXIIIe et une bonne partie du XIVe siècle de notre art sont\nidéalistes.\n      Après ce préambule, vient l’histoire artistique des\nsiècles précédent le XIVe, puis l’examen successif des œu­\nvres de Broederlam, André Beauneveu et leurs collabo­\nrateurs.\n      Les deux chapitres suivants consacrés à l’école de\nDijon et à son chef Claes-Sluter forment une rem arq ua­\nble étude critique, que surpasse seul l’ouvrage spécial que\nM. Kleinclausz vient de faire paraitre peu avant celui-ci. (2)\n      L ’auteur nous développe les phases par où a passé\ncette école d’où sortit un art essentiellement religieux et\nofficiel. Religieux, parce que « le XIV° et le XVe siècles\nfurent des siècles d e foi e t que les ducs de Bourgogne étaient\npleins de piété; officiel « parce qu’au début, les ducs de\nBourgogne furent seuls à prodiguer les commandes et les\npensions. Ainsi l ’art de la Bourgogne ne fut pas un art\npopulaire... il fut dans toute l ’acception du terme un art\n\n\n     (1) Cette influence est plus conséquente qu’on ne le croit: «c’est à l’école fla­\nmande adoptée par la France du N ord dès le m ilieu du XIVe siècle... qu’est dû le\nmouvement général d’où devait sortir le style définitif de la R enaissance y compris\nle style de R enaissance italienne.» (C ourageod. L eçon s professées au L ouvre\n11 vol. p. 12).\n    (2) K leinclausz : Claus-Sluter et la sculpture Bourguignone au XVc siècle. (L i­\nbrairie de l’art ancien et m oderne 1905).\n"}, {"page_pdf": 614, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1761, "texte": "                           —   187 -\n\n\nofficiel et nous pouvons dire qu’il ne se serait pas produit\nsans l’avènement des Valois».\n        M. Fierens-Gevaert s’enthousiasme devant le P uits\ndes Prophètes, le P ortail de l ’abbaye de Champinol, et\nle fameux Tombeau de Philippe le H a r d i qu’il nous\ndécrit éloquemment.\n        Il passe ensuite aux successeurs et collaborateurs de\nSluter : C laes V an d e W erve (son neveu) Jean Malouel,\nHenri Bellechose et en arrive ainsi à quelques peintres,\nprécurseurs plus directs des Van Eyck: Jacques Coene,\nJacquemart de Hesdin, les frères Limbourg, ces derniers\nauteurs des enlunimures des “ Tres Riches H eures du\nduc de B e rr y ,, «dont le rôle dans l’histoire de la peinture\nest plus décisif que celui des précédents».\n        Incarnant toute cette pléiade de talents, les frères\nVan Eyck couronnent brillamment l’édefice. T o u t ce\nqui a été dit sur les Van Eyck se trouve ici exposé claire­\nment.\n        E t d ’abord c’est l’ainé Hubert. L ’auteur lui conteste\nl’exécution (même partielle) des miniatures des H eures\nde Turin ». Il a peut être raison, en tous cas les preuves\nq u ’il nous allègue (p. i o 2 - i o 3 ) ne sont pas suffisamment\nconvaincantes.\n        Après avoir décrit, en artiste, les œuvres de H ubert\nil nous dévoile celles plus nombreuses de Jean.\n        «Jean Van Eyck domine la première Renaissance\nSeptentrionale, il en est l’aboutissement, le point culm i­\nnent... Sûrement H ubert fut lui aussi un précurseur et si\nl ’on veut un prophète.\n        Jean est le Messie ».\n        E t nous voici au point capital de tout l’ouvrage :\nun chapitre spécial sur le Retable de l’Adoration de\nl 'A g n e a u M ystiques qui le termine.\n        M. Fierens-Gevaert a mis à jour des documents iné­\n"}, {"page_pdf": 615, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "                          — 188 -\n\ndits sur les instruments de musique, les armures, les bijoux\nqui y sont représentés ainsi que sur le vrai sens des inscrip­\ntions qu’on y lit.\n     Il nous retrace l’histoire malheureuse du « Roi des\nRetables » ce monstrueux sacrilège que commirent les\nmarguilliers de Gand lorsqu’ils vendirent pour un prix\ndérisoire toute la part e mobile du Retable. Il met en\nrelief le talent inouï q u ’y ont déployé les deux frères, il\nen rend tout le profond symbolisme. C ’est plutôt une tra ­\nduction, une transposition que nous lisons.\n     J ’ai été émerveillé à la lecture de ce précieux livre.\nLe style imagé et limpide de son auteur, possède un\ncharme profond que viennent accentuer des citations\narchaïques d ’une saveur sans pareille. L ’ouvrage est de\nplus terminé par une bibliographie très fournie qui\n résume tout ce qui a été écrit sur les primitifs.\n      Ce qui contribue encore à en augmenter l’intérêt,\nc’est son édition particulièrement soignée et les nom ­\nbreuses reproductions, dont plusieurs hors textes, fort\nréussies.\n      Particulièrement consacré aux Van Eyck, le travail de\nM. Fierens-Gevaert est une belle introduction à la future\nexposition Van Eyck que projette M. L. Maeterlinck à Gand,\npour le début de l ’année prochaine. Souhaitons que cette\ntentative si digne d ’éloge réussisse, parce que, comme ce\nlivre, elle viendra à son heure et complétera haute­\nm ent les connaissances que la science de l’art a réunies\nsur les maîtres flamands.\n                                 F ernand B ordier.\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29-012", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 188, "page_fin": 189, "titre_corps": "Théâtre du Parc", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Bordier", "ancre_debut": "Théâtre du Parc. L a première matinée littéraire fut une réele innova", "ancre_fin": "F ernand B ordier.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "N o u v e lles. 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Hérold sur Eschyle on nous a donné les \" Perses\"\n(traduction excellente du conférencier).\n     Comme toutes les nouvautés (littéraires surtout) celle-\nci a plongé dans un étonnement profond une bonne par­\ntie du public, qui a beaucoup critiqué et... peu compris.\nCeux qui comprirent ont apprécié à sa juste valeur cette\ntentative hardie et ne lui ménagèrent pas des applaudis­\nsements justement mérités.\n     L a direction d ’ailleurs ne recule devant rien pour\nassurer à ces représentations une interprétation des plus\nsoignées. La matinée Augier qui succéda à Eschyle fut\naussi très réussie. Le spirituel conférencier, M. T ardieu,\na beaucoup parlé d ’Emile Augier, (l’année passée M.\nFrancis de Croisset avait malheureusement beaucoup\nparlé de lui même et d Augier... point) dont la Philiberte\nquoique bien ancienne a récolté un beau succès.\n     Q ue nous réserve encore M. Reding? A en juger par\nces débuts nous avons tout lieu d ’espérer de nouvelles sur­\nprises.\n                                     F ernand B ordier.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29-013", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 189, "page_fin": 191, "titre_corps": "Nouvelles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "N o u v e lles. L ’ Illustration Belge vient de rompre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 616, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 1080, "fin_caractere_exclue": 1561, "texte": "N o u v e lles.\n     L ’ Illustration Belge vient de rompre, très heureusement,\nla monotonie de sa galerie administrative et bureaucra­\ntique en nous donnant un adm irable portrait de notre\nmaître :E mileVerhaeren, mais à côté de cette innovation,\nnous trouvons encore une magistrale étude où M. F irmin\nVanden B osch canonise Albert Giraud d e .                d e ...\nPoète du Moyen-Age !! Nous aimons cependant à sup­\nposer que l’étonnant critique analysant l’œuvre de G iraud,\n"}, {"page_pdf": 617, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1786, "texte": "                            —1 9 0 —\n\n a dû se donner le plaisir de la lire; mais, à moins que de\n se permettre de plus audacieuses suppositions, nous\n dira-t-on de quel doigt de pied M. V a n d e n Bosch a-t-\n il bien pu sucer cela ?\n       Cela tient du surnaturel et nous fait songer à ce per­\n sonnage de Gautier, qu’un méchant esprit s’amusait à\n persécuter au point q u ’il lui était impossible d ’exprimer\n sa pensée et qu’à chaque fois qu’il se proposait de dire de\ntrès justes choses il voyait l’esprit du mal les lui dérober\nsur les lèvres au moyen d ’une petite cuillère pour les\nremplacer par d ’incroyables inepties. Certes, dans toute\nl’œuvre de Giraud, M. Vanden B osch a pu trouver un\npoème intitulé : A une Vierge gothique, mais cela ne\nsuffit vraiment pas pour étiqueter de la sorte le beau poète\nd e la Renaissance q u ’est l’auteur de Catherine de Médicis,\nL a Confession d ’H e n r i I I I , Renaissance ! Renaissance ! !\netc., etc.\n       A ce compte-là, nous avons bien le droit de supposer\nque M. F irmin Vanden B osch est un critique de\nl ’histoire ancienne.\n      La Revue du Diable est diablement spirituelle et suffi­\nsamment endiablée pour mener vertement, (à quelle\ncentième) ? une carrière d ’autant plus longue que c’est la\ntoute sémillante Gilberte Legrand qui fait une diable\nà conquérir toutes les admirations. N ’oublions pas de\nmentionner aussi l'indicible L ibaud, qui mène, avec un\ntalent peu commun, une petite troupe d ’ailleurs peu\ncommune. Les chansonniers, très en verve et bien disants,\ncontribuent à donner à cette revue, un côté de fine\ncritique, toujours spirituelle, jamais déplacée.\n     MM. Wicheleer et E nthoven, les heureux auteurs,\ntiennent cette fois une fortune qui leur permettra de ne\nplus devoir tirer le diable par la queue.\n"}, {"page_pdf": 618, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1767, "texte": "                            — 191 —\n\n       Cam ille Lemonnier va prochainement, publier à la librairie\nVan Oest, Place du Musée, l ' H istoire des Peintres.\n       L’on devine l’attrait puissant que ce livre déchaînera, car\nnul n’ignore que le grand romancier est en même temps un des\npremiers critiques de ce temps, et que les jugements qu’il porte\nsur la peinture sont de ceux que l’histoire gardera comme défi­\nnitifs.\n       L’Edition sera soignée dans tous ses détails, presque toutes\nles reproductions seront hors texte, et d’après ce que nous avons\npu en juger ce seront des merveilles.\n      A paraître prochainement à la même librairie et du même\nauteur, Alfred Stevens: Constantin M éunier (édition popu­\nlaire).\n     Marcel Angenot  fera paraître prochainement sa nouvelle\ncomédie : « Baiser de Reine ». Nos lecteurs qui désireraient\nse la procurer peuvent dès à présent souscrire au bureau du\njournal. (Prix du volume fr. 2 .00).\n     Les souscripteurs, abonnés au « Jeune-Effort », recevront\nun exemplaire d’un tirage spécialement fait à leur intention.\n     Vient de paraître en une superbe édition : H istoire de    la\nForêt de Soignes par Sander P ierron.\n     Le Soc organise pour le 1er décembre un grand concours de\npoésie sous le patronage de la Société des Poètes Français. Les\nconcurrents choisiront le membre du Jury qui les examinera.\n     Jury. Président: Auguste Dorchain.\n     Le lauréat sera admis à la Société des Poètes Français. Il y\naura 6 prix et 6 mentions.\n     Une matinée de gala sera organisée au Théâtre Molière de\nParis, en l’honneur des lauréats du Soc, par M. Albert Lam­\nbert et Mlle Grazioza S pindler de l’Odéon, qui interprêteront\nles poésies couronnées.\n     Renseignements: direction du Soc, 8 3 , rue de Rome, Paris.\n"}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29-014", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 192, "page_fin": 192, "titre_corps": "Lettre ouverte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Siebel †", "ancre_debut": "Leltre ouverte, — A propos du dernier livre que P au l", "ancre_fin": "S ie b e l +", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Mllo G a ë t a n e Britt, la délicate artiste", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 619, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 1512, "texte": "Leltre ouverte, — A propos du dernier livre que P au l\nAndré s’est permis à la mémoire de Max W a lle r , nous recevons\nce madrigal (!) posthume que nous ne pouvons qu’insérer eu\négard à ce désir d’outre-tombe.\n                                                                       A\n                                                                 LA PO STÉRITÉ\n                Il p araît que Paul A ndré vient\n                De souiller dans une canule\n                P o u r nous d ire des tas de riens\n                S ur un ton doux et ridicule.\n                Que mon coeur mon cœ ur à de peine.\n                E l p o u rtant tu sais bien jeune homme\n                Que du fond d ’ici je t ’en blâme,\n                F erm e la b o ite car en somme\n                Q u’est ce q u ’ensem bles nous gardâm es.\n                Que mon cœ ur mon cœ u r à de peine.\n                On me prom et un m onum ent\n                Dans le S quare de l’In d u strie !\n                L ’Industrie et moi? C’est charm ant !\n                La choucroute et la poésie ! !\n                Que mon cœ ur mon cœ u r a de peine.\n                Un éloge de Paul A ndré ! ! !\n                Ah non! M essieurs, laissez moi rire!\n                Pensez-en ce que vous voudrez\n                Moi j ’en suis triste à vous le dire.\n\n                                      C im etière d ’H ofstaede, 1905.\n                                                  S ie b e l +\n\n\n     "}]}, {"article_id": "ulb-jeune-effort-1905-11-n29-015", "volume": "ELB-KBR-a093-1903-1905-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a093-1903-1905-000.pdf", "ocr_sha256": "0581f671ec22c332778f17d77b6734ce4047d575d2a05e90b5eb04f92bc105ad", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 192, "page_fin": 192, "titre_corps": "Concert de Gaëtane Britt", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Mllo G a ë t a n e Britt, la délicate artiste que", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 619, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 1512, "fin_caractere_exclue": 1952, "texte": "Mllo G a ë t a n e Britt, la délicate artiste que les membres de\nnotre « Cercle d’art » ont eu l’occasion d’applaudir à maintes\nreprises, donnera jeudi 30 novembre, en la salle Erard, une\nséance de harpe où se feront- entendre également Mme Miry-\nMerck, cantatrice; M. H. Merck, violoncelliste, et M. E. B r itt,\npianiste. Nous leur souhaitons un beau succès en regrettant que\nla date de ce concert ne nous permette pas d’en rendre compte.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 568, "texte": "                                    — 1 4 1 —\n\n\nI s i d o r e Ve rh e y d e n . (l)\n      C ’est à vous mon cher Verheyden, qui m ’êtes le\nmieux et le plus anciennement connu, que je veux\nadresser quelques paroles, dans cette fête de famille qui\nest vraiment la fête de la famille.\n      Notre amitié date de loin et, je le dis tout de suite,\nmon admiration pour votre art. Ce fut aux jours jeunes\nde l’année, là-bas, dans le verger de Groenendael que\nnous nous serrâmes pour la première fois la main avec le\nsentiment que nous allions nous aimer. Nous avions la\nmême soif émerveillé de nature. J ’écrivais le « Mâle » et\nen vous regardant peindre, je croyais voir se dérouler le\ndécor même de mon livre.\n      Ce sont là d’heureux souvenirs : ils nous donnent\nl’illusion que nous n ’avons pas vieilli; des coeurs sensi­\nbles se rajeunissent de sentir leur revenir avec douceur\nles souvenirs du passé.\n      La vie, d ’ailleurs, ne nous a pas séparés ; l’émotion de\nla première poignée de main est demeurée dans toutes\ncelles que nous avons échangées depuis.\n      Tandis que vous restiez pour moi un sûr et fidèle\ncompagnon, je vous suivais dans votre carrière, je regardais\nà mesure votre âme tendre et rude grandir un peu plus\n\n     (1 ) L ’E cole belge de peinture, a perdu en I s i d o r e V e r h e y d e n l’un\nde ses maîtres les plus appréciés. N é le 1 1 janvier 1847, il n’avait pas\nsoixante ans, la mort nous l’enlève au moment où son talent touchait\nà sa plus haute expression. M. C a m i l l e L e m o n n i e r a bien voulu\nnous permettre de reproduire ici l’allocution, tout-à-fait inédite, qu’il\nadressa à l’occasion des noces d’argent qu’Isidor e V e r h e y d e n\ncélébrait en même temps que le mariage de sa fille cadette avec le\npeintre G e o r g e s V a n d e n E e k h o u d , le 1 1 juin 1898.\n"}, {"page_pdf": 569, "texte": "                               — 142 —\n\n à travers vos communions avec la nature. La vision des\n  choses s’imprimait dans vos claires prunelles avec une si\n  nerveuse intensité que vous m ’apparaissiez dans toute son\n expression l’organisme du peintre. E t ce que vous étiez\n alors, vous n’avez pas cessé de le demeurer, avec plus de\n sûreté et d ’ampleur, dans l’abondance magnifique de\n votre production. Vous avez eu, mon cher Verheyden,\n ce vertige de la création qui est le signe des forts. D ’un\n large battement de cœur vous avez vécu pareillement\n votre art et votre vie; et je sens la continuité du même\n homme dans celui qui célébra les noces joyeuses de la\nterre et celui qui aujourd’hui, près de sa compagne et de\n ses enfants, assiste aux promesses réalisées de l’existence.\n       Je pense en ce moment à vos « Bûcherons », à ces\n fils de la forêt qui furent aussi ceux de votre dilection.\n Comme eux vous avez incessamment jeté la cognée dans la\nforêt de l ’art; comme eux vous avez mené votre petite\ntribu par les chemins du bon courage.\n       Vous avez été à votre manière le bûcheron levé avant\nle jour et qui, mêlé aux forces de la nature sous le soleil\net sous la pluie, poursuit son oeuvre jusqu’au soir. Vous\navez vécu près du cœur de la terre ; vous avez écouté les\noiseaux ; et l’herbe ne cesse pas de pousser, l’arbre ne\ncesse p a s d e donner son fruit, l a source n e cesse p a s d e couler.\nVous avez obéi au commandement sacré de verser les\nforces vitales jusqu’au bout dans l ’expension des intimités\nde l’être. C ’est de cette plénitude du sens de la vie en\nvous que vous vient votre vertu admirable de jeunesse.\n       Une sève puissante vous associe aux miracles renou­\nvelés des saisons, à l’abondance des fructifications de\nl’été. Dans toutes les formes de l’art auxquelles vous\navez touché vous avez exprimé, d ’un effort sans lassitude,\nla belle puissance de vie qui vous fut accordée.\n"}, {"page_pdf": 570, "texte": "                          —1 4 3    —\n\n\n      Il me plait de ne pas me détacher de ces impressions\ndans l’heure charmante qui réunit près de votre famille\nla famille de tous ceux qui vous admirent et qui vous\nsont chers. C ’est ici une fête des cœurs, c’est aussi une\nfête des esprits puisque l’art ne cesse d ’être mêlé à notre\npensée et qu’il a achevé de nouer des liens q u ’avait déjà\nformés le sang. Vous avez mérité la joie d ’être continué\ndans les jours par le fils qui vient d ’entrer sous votre toit\net en qui s’est transmis votre ardent tempérament de\npeintre. Les fleurs qui emplissent la maison ne perdront\npas à s’unir dans un triple sybole : elle célèbrent les pré­\nmices de la vie; elles en exhaltent les combles moissons;\nelles semblent avoir été cueillies pour magnifier à travers\ncette date nuptiale et la commémoration des existences\nloyalement partagées, l'opulente maturité de votre maîtrise.\n     Je lève mon verre pour l’aïeule vénérable, pareille à\nl’abre de vie sous lequel s’abritent les races, pour les\népoux, les jeunes et les anciens.\n     Avec une vieille amitié fraternelle je le lève aussi\npour l’artiste qui d ’un culte enthousiaste glorifia les fêtes\nde la nature.\n                                   C a m il l e   L e m o n n ie r .\n\n\n\n\nJ o s é s -Ma r ia de Hé rédia.\n                  L E S P A R N A S S IE N S\n                              I\n    Toute la poétique des Parnassiens se résume en ces\nmots : L ’art de la forme sur la splendeur de l’idée.\n    Quand ils vinrent, les temps étaient troublés. Dans\nle domaine des arts et des lettres, des vents contraires\n"}, {"page_pdf": 571, "texte": "                        — 144 —\n\nsoufflaient : Aux révolutions esthétiques s’opposaient des\ncontre-révolutions. L a tendance à la recherche excessive,\nà l’emploi de choses extraordinaires s’implantait de plus\nen plus et cette résurrection des procédés employés jadis\npar Marini, Gongora, John L illy dans les littératures\nétrangères, menaçaient d ’infester à nouveau les Lettres\nfrançaises. Eux, regardant ces systèmes comme les\nficelles d’une littérature en décadence laissaient passer\nles tourmentes dans une hiératique impassibilité de dieux\nd ’or sur des socles d ’onyx. Ils voulaient de la ciselure\nsertissant quelque rare diamant, des mosaïques ou des\nvitraux de pierreries, une broderie de dentelles sur une\ntrame de béryls. Malgré tout ils continuèrent la tradition\ndes maîtres, m artelant leurs vers et tordant en élégantes\ncourbures l’harmonie de leurs phrases.\n      Le programme qu’ils s’étaient imposés, point par\npoint ils le suivirent, et par leur persévérance le réali­\nsèrent entièrement.\n      Ils avaient affirmé leur idéal esthétique par sa\ngrandeur et sa beauté, ils le confirmèrent par des chefs-\nd ’œuvre : Les Fleurs du M a l; Les Poèmes antiques; Les\nPoèmes barbares ; Les Trophées, etc.\n      C ’est des Trophées que je veux parler plus longue­\nment.\n      Il est malaisé d ’étudier dans l’étroitesse de notre\ncadre une œuvre aussi colossale dans sa simplicité :\nChacune de ses pièces mérite, pour elle seule, un examen\napprofondi, chaque vers un commentaire à son énergie\nou à sa beauté et lorsque l’on doit en parler en quelques\nlignes l’on se demande : « A quoi bon ? »\n      L a meilleure façon de l’analyser, le seul procédé\npour en dire les charmes serait de répéter sans cesse au\npublic qui les ignore : L ise z; à ceux plus nombreux à\n"}, {"page_pdf": 572, "texte": "                          — 145 —\n\nqui ils sont familiers déjà : R elisez ! T o u t le monde ainsi\nappréciant personnellement ce chef-d’œuvre, en saisirait\nmieux le caractère qu’une étude, aussi parfaite soit-elle,\nexprimera toujours d ’insuffisante façon. Aussi ne faut-il\npoint voir en ces pages autre chose q u ’un hommage pieux\nà la mémoire du maître vénéré, un souvenir ému déposé\nsur sa tom be...\n                              II\n      L a main magistrale de Victor Hugo avait peint dans\nla grandeur des tableaux les majestueuses épopées de la\nLégende des Siècles.\n      Ce que fit José-Maria de H érédia, ce fut une autre\n« Légende des Siècles », mais au lieu de peindre, il sculpta\net cisela ; au lieu de fresques, il fit des médailles.\n      Chacun de ses sonnets en est une et dans chacun\nd ’eux on retrouve une égale beauté, une môme perfection.\nQ u’on en considère l’ensemble, qu’on en scrute le détail,\nc’est partout la même délicatesse unie à la même force,\nla même proportion entre la pensée et son expression.\nChaque mot est d ’avance étudié. Sa place dans le vers\nest choisie avec minutie et chaque vers arrive en son lieu\ndans le sonnet. L à où se trouve le mot, il est à lui seul\nune idée ; et le vers est un monde de pensées. Il n ’y a rien\nde trop, rien qui ne soit à sa place ; rarement, en si peu\nd ’espace, un poète a su dire tant de choses ou dire tant\nsur si peu de choses. Car il n’est pas de ceux qui, sous\nprétexte d ’une finesse de forme, oublient la pensée, ni de\nceux qui sacrifient l’expression à l ’idée; l’une ici est faite\nexactement pour l’autre et rien que pour l’autre et elles se\nfondent et se proportionnent si aisément que de leur fusion\nnaît une admirable harmonie ; ce qui en reste, c’est\nl’impression la plus absolue de la Beauté.\n      E t il la cherchait cette beauté, là où il était sûr de la\n"}, {"page_pdf": 573, "texte": "                             — 146 —\n\ntrouver, dans son intégrité. Il la cherchait dans la noble\nexpression qu’en donnent la poésie et la statuaire antique;\nil la cherchait dans les temps fabuleux où naquirent les\nmythologies des races défuntes, dans les exploits des\ndieux, dans les formidables personnifications des forces\nnaturelles, dans les olympes étincelantes, parmi les\ntemples en ruine des cités mortes, sous la limpidité\nimmense des cieux Italiens et Hellènes, dans l’infini des\nmers, aux chocs monstrueux des civilisations et des\npeuples, aux vents fous des grandes épopées ou des\ngrandes conquêtes, dans les tempêtes de l’histoire ou la\ndouceur des natures calmes et du rêve.\n      Devant la persistante hantise de ces évocations, le\npoète empoigné pleu rera ou chantera, dans le même élan\npartout du même enthousiasme. Du sonnet L ’Oubli qui\nouvre le volume se dégage ainsi l’impression immensé­\nment triste des ruines dont le silence éternel n ’est troublé\nque par le rythme monotone des flots ou les mélopées\nagrestes des bergers :\n      L e temple est en ruine au haut du promontoire\n      E t la Mort a mêlé, dans ce fauve terrain,\n      L e s Déesses de marbre et les H éros d ’airain\n      Dont l’herbe solitaire ensevelit la gloire.\n\n      Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire\n      De sa conque où soupire un antique refrain\n      Em plissant le ciel calme et l’ horizon marin,\n      Sur l’azur infini dresse sa forme noire.\n\n     L a Terre maternelle et douce aux anciens Dieux,\n     Fait, à chaque printemps, vainement éloquente,\n     Au chapiteau brisé verdir une autre acanthe :\n\n      Mais l’ Homme, indifférent aux rêves des aïeux,\n      Ecoute, sans frémir, du fond des nuits sereines,\n      L a Mer qui se lamente en pleurant les Sirènes.\n"}, {"page_pdf": 574, "texte": "                             — 147 —\n\n     Viennent à l’esprit du poète les ères épiques, il cla­\nmera les exploits d ’Hercule et des Centaures; la légende\nantique surgira en lettres de flammes dans cette série\nadmirable. Ce sera Nêmée, Stymphale où l ’on rencontre\nce vers si simple pour exprimer toute la grandeur du\nhéros :\n           L ’archer superbe fit un pas dans les roseaux.\n\n\n     Ce sera l’ardeur inquiète de Nessus, les regrets de\nla Centauresse, le festin des Centaures, la colère du Dieu,\nla fuite éperdue des Fils de la Nuée voyant\n\n               la lune éblouissante et pleine\n      Allonger derrière eux, suprême épouvantail,\n      L a gigantesque horreur de l’ombre herculéenne.. ;\n\n\n      Puis voici la chasseresse Artémis et les nym phes au\nbain, Marsyas écorché, Sphinx, d ’une brièveté farouche,\nd ’un naturel étonnant dans le dialogue où l’exaltation va\nsans cesse grandissant :\n\n ...E t l’ Homme s’arrêta sur le seuil ébloui.\n — Quel est l’ombre qui rend plus sombre encor mon antre,\n — L ’Am our. — Es-tu le Dieu ? — J e suis le H éros. — Entre ;\n Mais tu cherches la mort. L ’oses-tu braver ? — Oui.\n\n Bellérophon dompta la chimère farouche.\n N ’approche pas. — Ma lèvre a fait frémir ta bouche.\n — Viens donc ! entre mes bras tes os vont se briser ;\n\n Mes ongles dans ta c h air... — Q u’importe le supplice.\n Si j ’ai conquis la gloire et ravi le baiser ?\n — T u triomphes en vain, car tu meurs — O délice !...\n\n\n    Alors arrivent Persée et Andromède, le ravissement\n"}, {"page_pdf": 575, "texte": "                              — 148 —\n\nde la vierge céphéenne, leur course infatigable à travers\nles m ondes...\n      Et nous voici maintenant dans les épigrammes et les\nbucoliques, tendres comme des pastels et musicales\ncomme des airs de hautbois. Le poète s’attarde à pleurer\ndevant la tombe d ’une sauterelle arrosée par les larmes\nd ’un enfant et où l’aurore pieuse fait chaque matin\n\n                   U ne libation de gouttes de rosée.\n\n\n    U n de ses plus beaux sonnets est celui où il resculpte,\nen quelque sorte, le marbre de Myron. Je veux dire :\n\nL e Cour e u r .\n     T el que Delphes l’a vu quand, Thym os le suivant,\n     Il volait par le stade aux clameurs de la foule,\n     T el L ad as court encore sur le socle qu’il foule\n     D ’un pied de bronze, svelte et plus vif que le vent.\n\n     L e bras tendu, l’œil fixe et le corps en avant,\n     Une sueur d’airain à son front perle et coule ;\n     On dirait que l’athlète a jailli hors du moule,\n     Tandis que le sculpteur le fondait, tout vivant.\n\n     Il palpite, il frémit d ’espérance et de fièvre,\n     Son flanc halète, l’air qu’il fend manque à sa lèvre\n     E t l’effort fait saillir ses muscles de métal;\n\n     L ’irrésistible élan de la course l’entraîne\n     E t, passant par dessus son propre piédestal,\n     Vers la palme et le but il va fuir dans l’arène.\n\n\n    Puis, nous voici dans d ’autres séries : Rom e et les\nBarbares. L ’on y trouve de petites églogues à la Virgile,\nPriape, l'H ortorum Deus, dont parlèrent Horace et\nCatulle. C’est le T epidarium , Les Soirs de B ataille et\n"}, {"page_pdf": 576, "texte": "                             — 149 -\n\nde Triomphe. Hérédia consacre, en passant, deux sonnets\nà Cléopâtre, la grande enchanteresse; d ’une inscription\nbriève ou incomplète il tire toute une histoire, et après\ncela abandonnant pour un temps le genre héroïque qu’il\nreprendra dans Les Conquérants, dans son romancero du\nCid et dans le fragment épique : Les Conquérants de l ’O r,\nentreprend la magnifique suite de pièces : Le Moyen-Age\net la Renaissance.\n     E t c’est là q u ’il est encore bien lui-même, l’admira­\nble ciseleur et l’artiste orfèvre lorsqu’il peint des vitraux,\nlorsqu’il guilloche des chatons de bague, lorsqu’il sculpte\nen mots des pommeaux d ’épées sculptés dans l’or déjà.\nQui ne connaît Le V ieil Orfèvre ? Il sait si bien . s’assi­\nmiler tous ces arts délicats ! Il sait si bien aussi\ns’assimiler la manière de Pétrarque dans ce sonnet q u ’on\ncroirait traduit de main de maître :\n\n      Vous sortiez de l’église et d’ un geste pieux,\n      Vos nobles mains faisaient l’aumône au populaire\n      E t sous le porche obscur votre beauté si claire\n      Aux pauvres éblouis montrait tout l’or des cieux.\n\n      E t je vous saluai d’un salut gracieux,\n      T rès humble, comme il sied à qui ne veut déplaire\n      Quand tirant votre mante et d ’un air de colère\n      Vous détournant de moi, vous couvrîtes vos yeux.\n\n      Mais amour qui commande au cœur le plus rebelle\n      N e voulut pas souffrir que moins bonne que belle,\n      L a source de pitié me refusât merci ;\n\n      E t vous fûtes si lente à ramener le voile\n      Que vos cils om brageux palpitèrent ainsi\n      Q u’un noir feuillage où filtre un long rayon d’étoile.\n\n\n     J ’aurais voulu parler encore et longuement des\n"}, {"page_pdf": 577, "texte": "                                —1 5 0 —\n\n Conquérants, de ces vers dédiés à l’ancêtre. Heureuse­\n ment, ils sont connus de tous et classiques peut-on dire.\n      J ’aurais voulu aussi dire ces peintures admirables\nde l ’Orient et des Tropiques, toutes ces impressions de\nlangueur morbide, de floraison étrange, de parfums\npénétrants qui s’en dégagent.\n      Là, comme partout ailleurs, du reste, H érédia\nexcelle. On sent l’homme qui est né et a vécu dans ces\npays luxuriants tout ruisselants de lumière, on sent ce\ntempérament vibrant et chaud du Cubain épris de ces\nbeautés exotiques. J ’aurais voulu citer en tr’autres le\nfameux « Samouraï » l'homme à deux sabres qui, sous le\nsoleil\n            Sem ble un crustacé noir gigantesque et vermeil ;\n\n\nmais le cadre que je me suis imposé m ’impose à son\ntour ses limites.\n    Je ne résiste pas cependant au plaisir de faire lire ce\nsonnet que j'extrais de la dernière partie : La N ature et\nle Rêve :\nL e Li t.\n      Q u’il soit encourtiné de brocart ou de serge,\n      Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid,\n      C’est là que l’homme naît, se repose et s’unit,\n      Enfant, époux, vieillard, aïeule, femme ou vierge\n\n      Funèbre ou nuptial, que l’eau sainte l’asperge\n      Sous le noir crucifix ou le rameau bénit,\n      C ’est là que tout commence et là que tout finit,\n      De la première aurore au feu du dernier cierge.\n\n      Hum ble, rustique et clos ou fier du pavillon\n      Triomphalement peint d ’or et de vermillon,\n      Qu’il soit de chêne brut, de cyprès ou d ’érable ;\n"}, {"page_pdf": 578, "texte": "                              — 151 —\n      H eureux qui peut dormir sans peur et sans remords\n      Dans le lit paternel, m assif et vénérable,\n      Où tous les siens sont nés aussi bien qu’ils sont morts.\n\n\n     Telle e s t succintement, et tant bien que mal résumée,\nl ’œuvre de José-Maria de Hérédia.\n\n\n\n                                 III\n\n     Comme on le fit aux autres Parnassiens, on a\nreproché à Hérédia l’impassibilité totale. C ’est un tort.\n      Il y a chez lui autre chose que le souci de peindre\navec éclat, que d’exprimer avec justesse, car il a profon­\ndém ent l’intensité du sentiment et aussi de l’émotion. Il\nne faut certes pas déduire de ce que Hérédia est un colo­\nriste d ’une rare puissance q u ’il ne vise q u ’à la variété des\ntons.\n      « Rien de ce qu’il peint ne lui est indifférent, disait\nM. Jean Psichari ; il est comme un miroir amoureux de\nce q u ’il reflète. Audromède, Persée, Pégase, Antoine et\nCléopâtre, dont nous avons tous, dès le collège, rempli\nnos mémoires, n ’excitent pas d ’ordinaire, on peut le dire\nsans rien exagérer, d’une façon furibonde, l ’imagination\ndes écoliers et du public. Pour Hérédia, c’est autre chose,\n Pégase, immédiatement s’empare de son âme, se dresse\nen lui ; la vision est terrible et nette. Alors le sonnet, du\npremier vers au dernier, s’emplit d ’un mouvement épique.\nSes mots grondent, pleurent, éclatent, se heurtent ou\ns’aplanissent avec des vibrations qu’on sent courir à tra ­\nvers la chair de ses héros. Voici le sonnet. Audromède\n enchaînée attend q u ’un Dieu la délivre.\n"}, {"page_pdf": 579, "texte": "                             — 152 —\n\n      L a Vierge Céphéenne, hélas ! encor vivante,\n      L ié e échevelée au roc des noirs ilôts,\n      Se lamente en tordant avec de vains sanglots\n      Sa chair royale où court un frisson d’épouvante.\n\n      L ’ Océan monstrueux, que la tempête évente,\n      Crache à ses pieds glacés l’âpre bave des flots,\n      E t partout elle voit, à travers ses cils clos\n      Bailler la gueule glauque, innombrable et mouvante\n\n     Tel qu’un éclat de foudre en un ciel sans éclair,\n     Tout à coup retentit un hennissement clair ;\n     Ses yeux s’ouvrent ; l’horreur les em plit et l’extase,\n\n      Car elle a vu d ’un vol vertigineux et sûr,\n      Se cabrant sous le poids du fils de Zeus, Pégase\n      Allonger sur la mer sa grande ombre d’azur.\n\n\n     « P our moi, rien ne m anque dans ce sonnet, non\nseulement le tableau est complet et l’œil est ébloui de «ce\nvol vertigineux et sûr», mais Andromède elle-même n ’est\nplus seulement pour H érédia une figure plastique: il y a\nplus que la couleur, il y a la sensation de la souffrance.\nA cela, toute la technique du vers, à elle seule ne suffi­\nrait pas, et l'impression éprouvée par le poète est telle­\nment profonde q u ’elle se traduit par le choc même des\nsyllabes qui ont l'air de souffrir aussi. Pour tout dire,\nHérédia a le trac, et il nous le donne.»\n     On pourrait dire la même chose de presque tous les\nsonnets où il s’agissait de faire plus que peindre. Si l’on\nveut entendre que H érédia est le continuateur de\nLeconte de Lisle, dont il fut l’élève, il faut ajouter que\nmieux encore, que d ’y mettre sa personnalité propre, il\nl’imprégna de sensibilité.\n     Hérédia est mort ; mais il est mort après avoir édifié\n"}, {"page_pdf": 580, "texte": "                                         — 1 53 —\n\nces g i g a n t e s q u e s t r o p h é e s , ces s y m b o l e s d e la g l o i r e q u ’il\nco n n u t d e so n v i v a n t et q u i v a c ro is s a n t san s c e s se . S o l ­\nd a t v ic t o r ie u x , c es d é p o u i ll e s m e r v e i ll e u s e s q u ’il c o n s a c r e\nà l ’a r t fr a n ç a is , il les a g a g n é e s a u p r i x d e scs t r a v a u x et\nd e ses lu tte s et le m o n u m e n t q u ’il la isse d e r r i è r e lu i suffit\net s u ffira im p o s e r le m a î t r e d ’h ie r à l ’a d m ir a t i o n e n th o u ­\ns ia s t e d u p r é s e n t et d e l ’a v e n i r .\n                                                            P aul         C ornez.\n\n\n\n\nL e d i m a n c h e a p r è s - midi.\n\n         L a ville est propre et lisse et claire ; et c’est dimanche\n         Les fers tordus, les cuivresfins, les plombs joufflus\n         A force de relu ire à vif n’en peuvent plus\n         De haut en bas des façades longues et blanches.\n         Les mille oiseaux des carillons flamands épanchent\n         Leur chant sur les vieux murs et les pignons perclus.\n         Chacun s’en fut à la grand’messe et aux saints.\n         I l se fa it soir : les fronts aux fenêtres se penchent.\n         Alors rentrent chez eux moines, nonnes, curés ;\n         Le jour se meurt là-bas, doux et transfiguré ;\n         Le carillon se tait ; les cloches se sont tues ;\n         E t seul s’entend encor, dans le vide des cours,\n         Où s’entraînent les bons joueurs pour les concours,\n         Le bruit sonore et creux des quilles abattues.\n                                                               E m il e    V erhaeren .\n"}, {"page_pdf": 581, "texte": "                            —1 5 4 —\n\n\nI nvocat ion à la forêt.\n                                          A   E m il e   V erhaeren.\n\n   Peuple innombrable, arbres chenus, vieillards, ô Père !\n   Couronne d’or au front et pareils à des rois,\n   Tandis que la saison dépouille les grands bois,\n   Mon pas vient évoquer vos âmes séculaires !\n\n\n  Errant, chétif et seul, parmi vos troncs muets,\n  Je sens mon cœur étreint d’une angoisse inconnue,\n  Et, dans un tremblement sacré, je vous salue,\n  Hôtes silencieux des profondes forêts!\n\n\n  Vous êtes les témoins pacifiques des âges,\n  Vous savez le secret des temps évanouis,\n  Mille ans dorment en paix, sous vos pieds enfouis,\n  E t c’estpourquoi je viens vous consulter, ô sages!\n\n\n  Pour trouver le remède aux maux dont nous souffrons,\n  Pour rendre à nos pensers le calme et l’harmonie,\n  Comme une aile, éployant sa douceur infinie,\n  Votre sénérité descendra sur nosfronts.\n\n\n  Un sang pâle et troublé nourrit nos cœurs malades.\n  Nos nerfs sont tourmentés par des besoins pervers.\n  Nous demandons desfleurs aux neiges des hivers.\n  E t pour nos sens éteints, tous les bonheurs sontfades !\n\n\n  Nous voulons des plaisirs puissants comme la mort,\n  Un vertige d’abîme entraîne nos démences.\n  Notre âme se complaît dans des rêves immenses :\n  E t nos bras sont lassés devant le moindre effort...\n"}, {"page_pdf": 582, "texte": "                                    — 155 —\n\n Une morbide ardeur nous invite et nous presse\n A poursuivre partout des mirages nouveaux.\n E t le tumulte obscur qui trouble nos cervaux,\n Nous donne une malsaine et misérable ivresse.\n Paisibles ouvriers de verdure et de nids!\n Artisans de chansons, deparfums et d’ombrages,\n Arbres amis, vieux compagnons des anciens âges,\n Voyez, je viens rêver sous vos rameaux bénis !\n Laissez le bon conseil de vos feuillages calmes\n Apaiser doucement l’orage de mon cœur.\n Laissez descendre en moi la divine liqueur\n Qui pénètre vos troncs, vos branches et vos palmes!\n\n L ’automne a ravagé vos cimes ; gouttes d’or,\n Vosfeuilles, lentement, viennent joncher la terre.\n Nul ne consolera votre deuil solitaire ;\n E t pourtant, seuls et nus, vous êtes beaux encor !\n C’est que vous conservez l’immortelle espérance !\n Pauvres et dévastés, mais patients et sûrs,\n Vous attendez le temps des feuillages futurs\n E t l’hiver est vaincu par votre indifférence.\n Résignés au passage alterné des saisons,\n Vous subissez, muets, le gel et les tempêtes.\n Ou la foudre, qui vient découronner vos têtes\n E t priver les oiseaux de leurs hautes maisons !\n Arbres puissants et doux, ô maîtres et modèles,\n Pour avoir respiré vos robustes parfums,\n Je sens se ranimer tous mes espoirs défunts,\n E t voici, dans mon cœur, que s’éveillent des ailes !\n Mille oiseaux de couleur ouvrent leur volvermeil\n Sur l’éclatant chemin du ciel et des nuées\n Et, dans l’espace d’or, leurs soifs exténuées\n Vont boire la jeunesse aux lèvres du soleil !\n                                               G eorges R ency.\nB ru x elles, le 2 novembre 1905.\n"}, {"page_pdf": 583, "texte": "                             — 156 —\n\n\nL’A c c ident.\n                                                 A Edm. Glesener.\n\n      Depuis le malin, la pluie battait les vitres essayant de les\ntrouer, et vaincues les grosses gouttes s’applatissaient y pleurant\nleur défaite.\n      A l’horizon, le soir mêlait sa sombre tristesse à la grisaille\nmélancolique de la journée.\n      Dans les maisons les lampes s’allumaient et leurs reflets\ndorés, dans les flaques d’eau de la route, indiquaient seuls que\nle village vivait.\n      Au milieu du pâté de maisons de la grand’ rue deux fenê­\ntres brillaient particulièrement. C’était à la boutique chez Clair­\nvaux-Biazot. Dans une longue pièce coupée en deux par un comp­\ntoir de sapin usé et crevassé, les murs s’ornementaient de\ngrandes étagères dont les casiers carrés contenaient la marchan­\ndise. Commesur une palette les couleurs se mélangent, alternent,\nles laines rouges et noires, les paquets jaunes de chicorée, les\nvertes boites d’allumettes contrastaient violemment dans les\nrayons. Par terre, dans les coins, s’entassaient des cuvelles, des\nsceaux, des marmites. Une vague odeur de café, de canelle, de\nvanille, de sucre, provenant des tiroirs où résidaient les denrées,\nrôdait par l’appartement.\n      La flamme avait à peine gagné toute la mêche de la pétro­\nleuse, que la sonnette de la porte de la rue tinta et que le voisin\nJean-Pierre fit son entrée. « Bonjour la commère, quel sacré\n temps ! On ne mettrait nein un chien à la porte. Ce qu’on s’em­\nbête à la maison ce n’est pas à dire. Je n’avais plus de quoi fumer\nje me suis décidé à sortir. Donnez moi un paquet de « roisin à\n la violette ». Ah! nom di dious et les avoines qui pourrissent,\n Qu’est ce que vous en dites vous? »\n       La patronne Marie-Joseph, qui pesait et préparait des pa-\n"}, {"page_pdf": 584, "texte": "                             — 15 7 —\n\nquets de vermicelle à deux sous, abandonna sa besogne pour\nservir le nouveau venu.\n       «Ah ! c’est vous Jean-Pierre; vous vous plaignez rie la cul­\nture, que diriez vous si vous teniez boutique? Deux clients par\njour, si ça continue ainsi on pourra bientôt prendre ses cliques\net ses claques et aller mendier à la ville.\n       Du tabac? Jean-Pierre, attendez je vais en chercher à la cave\nil y tient plus frais.»\n       Derrière le comptoir elle ouvrit la trappe qui cachait l’esca­\nlier en pierres eL descendit au souterrain. Retroussant ses jupes\nd’une main et prenant de l’autre une bougie allumée, elle s’avança\nsur les marches mouillées par l’humidité du dehors. Mais à peine\nson pied touchait-il la troisième, qu’elle glissa, roula jusque tout\nen bas en poussant de grands cris. A ses appels, Constant, le\nmari, qui se trouvait dans la place voisine, accourut craignant\nun accident. Accompagné de Jean-Pierre; ils se précipitèrent au\nsecours de l’èpouse. Elle, immobile, la jambe droite sous le corps,\nhurlait de douleurs. On la releva, elle se plaignit de souffrances\n au genou droit et ne pouvait marcher. Les deux hommes la\n transportèrent jusqu’à son lit dans la chambre du premier étage.\nPuis, avec toute leur gaucherie et leur maladresse, ils bandèrent\nde leurs gros mouchoirs rouges, trempés dans l’eau froide, la\n partie blessée.\n       Cela fait, ils se regardèrent cherchant une solution. Jean-\nPierre proposa d’appeler la tante de Marie-Joseph. C’était une\n vieille fille à l’extérieur toujours paysan et sale, ressemblant un\n peu à ces cantinières de l’Empire par son allure masculine; ses\n pieds gros et longs, déformés encore dans des bottines trop .\n larges. Depuis peu de temps elle habitait le village, là-bas à droite\n sur la route d’Houffalize, une maison en briques qu’elle s’était\n bâtie.\n       Sous son bonnet de vieille régnait une figure ridée et mé­\n chante aux yeux hypocrites. Elle avait servi depuis l’âge de seize\n"}, {"page_pdf": 585, "texte": "                             — 158 —\n\nans dans différentes familles bourgeoises et nobles. Sa retraite\nlut un soulagement, car, haïe des autres serviteurs pour son\négoïsme et son âpre désir d’argent, elle laissait dans les offices\nune réputation fortement tarée. Elle économisait sur tout, disait\ndu mal de tout le monde, assistait à la messe tous les malins, et\ncontinuait son chapelet dans la cuisine, grondant et injuriant\nses aides. Maintenant elle finissait tranquillement ses jours dans\nson lieu natal, vivant de ses économies.\n      Malgré son intelligence obtuse, les pièces blanches lui inspi­\nraient une clarté de vue, qui desuite lui montra les bénéfices\nqu’elle pouvait tirer des jeunes mariés. Elle condescendait à les\nétablir en commerce moyennant forces intérêts. Aussi leur criait-\nelle tout le temps qu’ils lui devaient de la reconnaissance !\n      On comprend que Constant n’aquiesça pas de suite à l’idée\ndu voisin, il craignait la vieille, la connaissant. Cependant les\ndouleurs continuaient cruelles et intermittentes, il résolut brus­\nquement d’appeler le médecin et de prévenir la tante en passant.\n      Jean-Pierre en attendant tiendrait compagnie à sa femme.\n\n\n                                 II\n\n      Enveloppé chaudement de manière à laisser le moins de\nprise à l’eau qui tombait du ciel gris, Constant se dirigea vers\nl’habitation de Cathérine. Devant le presbytère il vif le curé qui\nfermait ses persiennes, celui-ci surpris accosta le voyageur.\n      «Oh! Oh! quel courage Constant, où allez-vous ainsi ?\n      Celui-ci raconta l’accident. Le prêtre promit de se rendre\nauprès de la malade pour la consoler. Constant remercia, et\nencouragé par cette promesse, il frappa chez Cathérine. Une\nvieille servante, après s’être renseignée, ouvrit. Aussitôt qu’elle\nconnut le malheur, la tante demanda de plus amples renseigne­\nments sur la gravité de la blessure. Mais le neveu n’en savait\n"}, {"page_pdf": 586, "texte": "                             — 159 —\n\npas plus long; elle décida de se rendre de suite chez Clairvaux.\n      Ces deux assurances au cœur, l’homme continua son che­\nmin. Sur la route qui conduit à Houffalize il marchait courbé\net triste, ses souliers accrochant les cailloux qui trainent sur les\nroutes ardennaises taillées dans le roc. Voilà deux ans déjà qu’il\népousa cette grande et belle paysanne qu’est Marie-Joseph. Jeune\nhomme, menuisier charron de son état, il travaillait rude pour\nse nourir ainsi que sa pauvre mère.\n      Un beau jour passa sur le chemin qui longeait son atelier\nla famille Biazot. Elle venaitd’un village voisin s’établir à Cowan.\nA son «bonjour la compagnie,» une voix charmeuse lui répondit;\nsurpris il regarda plus attentivement, et ses yeux rencontrèrent\nceux de Marie-Joseph l'unique fille des voyageurs. Après quel­\nques visites du soir ils furent fiancés, puis mariés.\n       La route tournait brusquement vers la droiteoù surgissaient\nquelques maisons, des lumières aux fenêtres le rappelèrent à\nla réalité, il hâta le pas. Les chiens aboyèrent à l’étable et atti­\nrèrent des visages curieux aux fenêtres. Intrigués, les yeux\ns’écarquillaient tâchant de deviner dans l’obscurité l’identité de\nce passant mystérieux qui se risquait dans un pareil torrent et\nà une heure si tardive. De nouveau la route s’allongeait sans\nencombre vers la ville, les pensées noires lui revinrent, il craig­\n nait intérieurement un malheur, il pressentait de nouvelles\n catastrophes. Depuis quelques jours seulement le bonheur habi­\n tait son toit, allait-il déjà partir? Que de souffrances morales,\n d’humiliations, de courage, ne lui avait-il pas fallu? La dot de\n sa femme n’était pas lourde et il ne devait compter alors que\n sur le maigre travail de ses bras pour vivre. La tante les\n soulageait momentanément, mais encore combien sombre leur\n paraissait l’avenir. L’argent à rendre, les intérêts à payer, y arri­\n verait-il jamais?\n        La pluie peu à peu diminuait, elle n’était plus qu’une\n  rosée continuelle. Dans le lointain une lumière tremblotante\n"}, {"page_pdf": 587, "texte": "                              — 160 —\n\n   encouragea Constant; c’était le premier réverbère de la ville.\n  Silencieuse comme la campagne, elle reçut, avec la curiosité\n  innée de la province, ces pas sonores sur ses pavés difformes.\n        Vers le milieu de la voie principale, Constant s’arrêta\n  devant une maison d’allure bourgeoise. Tout heureux, il vit, à\n  travers le papier colorié qui tapissait le carreau du haut de la\n  porte d’entrée, la lumière du vestibule. Une plaque renseignait :\n  « Arsène Lambinotte, médecin de la ville. » 11 monta les quatre\n  larges marches qui s’avançaient sur le trottoir et tira la patte de\n lièvre qui servait de sonnette. Un petit son grêle et mince se lit\n entendre, une fenêtre s’ouvrit au premier : Madame demanda\n ce qu’il voulait. Il répondit qu’il désirait parler à Monsieur le\n Docteur et que c’était fort pressé. On referma vivement la\n fenêtre et le nom de la bonne parcourut toute la maison. Lucie\n vint ouvrir. Il allait lui expliquer l’accident quand Madame\n descendit, en souriant, quatre à quatre l’escalier. Lorsqu’elle\n aperçut le paysan, dont les souliers crottés salissaient sa maison,\n elle lui débita que Monsieur le Docteur n’était pas rentré,\n mais qu’on l’attendait d’un moment à l’autre, qu’il n’avait qu’à\n repasser dans une heure.\n       Constant, craignant que le médecin ne vint pas, préféra\nl'attendre pour le ramener. Il monta le grand escalier qui\nconduisait à la ville haute. Il prit à gauche et tomba sur la\ngrand’place où l’on entrevoyait à 1’ « Hôtel du Luxembourg »,\nles étrangers en train de rire et de fumer dans le salon ; des sons\nde piano parvenaient même jusqu’à lui. Il alla tout droit, sans\nbut, bientôt les maisons s’espacèrent, il sortait de la ville.\n      Les stores éclairés d’un café attirèrent son regard. Il y\nentra. Personne ne s’y trouvait. Il commanda une choppe et, la\nfigure dans les mains, se mit à pleurer. La patronne le laissa\nseul ayant à laver la vaisselle. Les larmes coulaient le long des\ndoigts charriant la saleté, laissant des lignes grisâtres. Son\nesprit vivait là-bas anxieux, il se demandait de quelles décisions\n"}, {"page_pdf": 588, "texte": "                             — 161 —\nméchantes, la tante tourmentait sa femme. Il espérait que\nMonsieur le Curé consolerait un peu la souffrante et son cœur\nde terrien qui, comme son corps brava toutes les intempéries de\nla pluie, du vent, de l’alcool, des batailles, s’amolissait, pour la\npremière fois, d’un véritable élan d’amour et de pitié. Et il\npleurait pour sa femme, pour sa guérison prompte, pour que la\nruine ne s’abattit point sur eux, pour que la vieille consentit à\nun sacrifice.\n     La pendule sonna 9 heures, il se rappela le médecin, paya\nson verre et sortit.\n       Quand il arriva à sa porte, celui-ci descendait justement de\nson cabriolet. Clairvaux lui expliqua sommairement l’accident\nen le priant de l’accompagner. Lambinotle était homme du pays\net bon vivant, il accepta.\n       « Comment Constant, il y a du neuf à Cowan, Marie-Joseph\nqui est tombée ? J’espère que cela ne sera rien de grave. Allons,\nmonte à côté de moi et en avant. »\n       Madame réapparut à la fenêtre du premier : « Tu ne\nmanges pas mon ami ? » « Non, répondit-il, je casserai une\ncroûte là-bas. »\n      Madame disparut, car elle était une personnalité dans la\nville, la Dame du docteur, et ce n’était pas convenable de parler\nainsi dans la rue.\n\n                                III\n\n      Jean-Pierre ne fut pas longtemps seul, la tante arriva de\nsuite après le départ de Constant.\n      « Eh bien ! ma fille, qu’est-ce que vous avez? Un peu mai\nau genou, laissez donc voir ! »\n      Elle défit le bandage et ajouta qu’avec elle « il ne fallait\npas jouer la comédie; que ça valait bien la peine de chercher le\ndocteur pour cela, que demain matin ce serait fini. »\n"}, {"page_pdf": 589, "texte": "                                1   6   2\n\n\n      On entendit la porte de la rue s’ouvrir et un pas d’homme\ngravit l’escalier. La tante, alla voir, une lampe à la main; elle\nreconnut le curé et malgré le déplaisir de cette visite, elle\nl’accueillit avec aménité.\n      « Bon jour Monsieur le Curé, que c’est aimable à vous d’être\nvenu, par un temps pareil, voir noire blessée. »\n      Le prêtre répondit que son devoir était de soulager les\nmalheureux et les souffrants. Il se pencha vers Marie-Joseph et\nexamina la blessure, il jugea de suite la jambe cassée au genou\net n’osa y toucher. Pendant ce temps la tante geignait : « Quel\nmalheur, Monsieur le Curé ! Qu’est-ce que nous avons fait pour\nque Dieu nous punisse ainsi ? Mais que sa sainte volonté soit\nfaite et non la nôtre. Qu’il guérisse vile ma nièce, car avec mes\nrhumatismes, je sais ce que c’est, de souffrir. »\n      L’ecclésiastique les rassura et leur promit que le médecin\nguérirait parfaitement cela. Mais l’habitude et ses principes\nreligieux lui rappelèrent les consolations que son saint\nministère possède en vertu de sa foi devant les suppliciés de la\nvie. « Il parla de Dieu à la malade, lui dit d’offrir ses souffrances\nen expiation de ses fautes, qu’ainsi elle gagnerait le paradis où\ntout le monde est heureux. Il lui narra les. supplices des\nmartyrs pour la croyance au Christ, les langues arrachées, les\nbains de poix bouillante, les amphithéâtres romains. Il lui\nmontra combien ils étaient maintenant dans la félicité ; qu’était-\nce de souffrir quelques jours si plus tard on possédait le bonheur\npour toute l’éternité. »\n      Il faisait de grands gestes et parlait haut, se croyant en\nchaire un dimanche matin.\n      Mais de nouveaux cris de douleurs coupèrent sa péroraison.\nLes souffrances cruelles et intermittentes firent comprendre à\nMarie-Joseph qu’elle était gravement atteinte. Alors elle fut\nprise de frayeur, elle en parla au prêtre. Aussitôt il raconta ses\nses souvenirs : il avait vu des accidents plus graves non guéris\n"}, {"page_pdf": 590, "texte": "                             — 163 —\n\n par les médecins, mais qu’une simple neuvaine à Notre-Dame\nde Lourdes répara. Il parla des chutes arrivées dans ses cures\nprécédentes.\n       Marie-Joseph l’écoutait Grande et forte, son corps prenait\n tout le lit, ses cheveux en désordre tombaient en mèches\nsur scs épaules. Son corsage à moitié défait laissait voir sa gorge\nà nu où coulait de sa bouche la salive et l’écume. Ses seins\npointaient à travers sa chemise, tandis que son jupon relevé\ndécouvrait entièrement scs jambes, Ses bras battaient et\nchiffonnaient les draps de lit au moment des crises douloureuses.\n      Elle ferma les yeux essayant de dormir, l’ecclésiastique en\nprofita pour continuer son bréviaire. Mais le calme de la\nmalade n’était qu’apparent, son esprit s’agitait et son cœur\nbattait d’angoisse. Chez elle aussi Catherine lui donnait plus de\ntourments que ses propres souffrances. Elle craignait pour son\nmal une durée trop longue et, par conséquent, une incapacité\ncomplète de travail ; elle l’avait remarqué tantôt, la tante\nn’entendait pas de celte oreille-là. Son argent engagé dans la\nboutique n’allait-elle pas le retirer. Que feraient-ils alors ? Elle\nse mit à pleurer.\n      On entendit une voiture sur la route. Le curé se précipita\npour recevoir le médecin, tandis que la vieille donnait un\nrapide coup d’œil sur sa toilette, rectifiant de la main les plis\ndéformés.\n      « Bonjour la compagnie, » cria M. Lambinotte en entrant.\n      Il s’approcha de Marie-Joseph, tâta le genou et reconnut\nqu’il avait à faire à une fracture de la rotule.\n      Il pria le mari d’aller chercher la trousse dans sa voiture,\ntandis que Catherine se prodiguait pour apporter à Monsieur le\nDocteur les linges dont il avait besoin.\n      En voyant tous les couteaux, la patiente prise de peur,\ndemanda « Si on allait lui faire mal ». L’opérateur la rassura\n"}, {"page_pdf": 591, "texte": "                             — 164 —\n\nde son mieux en lui expliquant qu’il allait simplement entourer\nla fracture de toile.\n       Il fit ensuite tenir la femme par Jean-Pierre et Constant,\npuis il plaça le membre blessé dans une gouttière matelassée,\nrapprocha ensuite les fragments à l’aide d’un bandage, mit de\nl’ouate sur les parties qui seraient comprimées et serra for­\ntement les courroies. Alors l’opérée poussa des hurlements en se\ndébattant dans une impudeur que son mal excusait. Le docteur\nattendit la fin de la crise, puis ayant fait promettre à la malade\nque malgré toutes ses souffrances elle ne toucherait pas au\nbandage ; il ordonna aux hommes qui de leurs mains\n cagneuses avaient serré les membres de l’épouse comme des\nétaux, de la laisser libre.\n       Catherine qui d’un œil froid suivait tous les mouvements\nde Monsieur Lambinotte jugea que cela coûterait beaucoup\nd’argent. Elle se répandit en compliments sur l’adresse de\ncelui-ci, puis à brûle pourpoint lui demanda\n       « Gela durera-t-il longtemps monsieur le docteur »\n       Monsieur Lambinotte expliqua alors que la blessure était\ngrave, que la durée dépendait de la formation du cal et par\nconséquent de la plus grande immobilité de la malade. Qu’en\n tout cas cela prendrait bien trois mois.\n       De toute l’explication, qu’elle écouta en s’efforçant de\n sourire, Catherine ne comprit que la durée, trois mois ! Son\nfront s’assombrit et méchamment elle regarda sa nièce.\n       Le docteur demanda à manger, la vieille lui servit du\njambon, du pain, de la bière. Gloutonnement il avalait tandis\n qu’il expliquait au curé l’état des malades dans les villages avoi­\n sin ants.\n       Quand il fut rassasié il promit de revenir le lendemain.\n Puis on entendit le pasteur et le médecin se faire de cérémonieux\n adieux, tandis que la tante les remerciait, le sourire toujours\n aux lèvres. Eux partis Jean-Pierre rentra également chez lui.\n"}, {"page_pdf": 592, "texte": "                            — 1 65 —\n\n\n                               IV\n\n      Quand ils furent seuls la tristesse longtemps contenue\néclata plus intensément que jamais. Constant et Marie-Joseph\npleuraient à chaudes larmes. Le mari tenait les mains de sa\nfemme comme pour partager ses douleurs et les soulager par\ncette union.\n      La tante les regardait froidement mais bien vite sa langue\nse délia :\n      « Voyez, dit-elle en montrant les époux qui pleuraient, les\ngrands nigaux. Ce n’est pas tout cela qu’il me faut. Je ne suis\npas servie avec vos grimaces et je ne veux pas qu’on se moque\nde moi. Jamais delà vie je n’ai vu cela, Trois mois de lit !..\nEt la boutique !.. Je devrai probablement servir les clients....\nSachez bien que je ne vous donne pas mon argent pour payer le\ndocteur et le pharmacien ; ils en prennent à leur aise ces\nmessieurs de la ville; trois mois, c’est de la blague. Ils veulent\nvotre argent, trois mois       Vous avez donc des rentes pour\nvous payer des congés pareils ? »\n      « Ma tante, ma tante, ne dites pas cela, interrompit Marie-\nJoseph. Le malheur est déjà assez grand pour nous »\n      — « Oui oui dit la tante c’est pour moi la plus grande\npart car j’oublie les champs, Constant ne peut cependant pas\nles abandonner, je ne paie pas les assurances pour les pares­\nseux._\n     ._\n      Faut-il tout de même être bête pour se casser la jambe. !\nCela m’est-il arrivé ? Pendant trente-cinq ans que j’ai travaillé\nchez les autres, mais jamais il ne m’est survenu d’accident.\nIl aurait fait bon on m’aurait donné des trois mois de repos.\nNon ! non, mais se casser la jambe ! Oh ! la jeunesse d’aujour­\nd’hui ! Ce n’était pas comme cela de mon temps, on savait tra­\nvailler, quitter son village pour gagner sa croute, mais main­\ntenant on ne pense qu’aux plaisirs et aux folies. Vous vous\n"}, {"page_pdf": 593, "texte": "                               — 166 —\n\n croyez donc tous millionnaires ? Oh je sais bien que vous\n souhaitez ma mort ; mais ne craignez rien je ne vous laisserez\n pas gros. « Trois mois de repos....»\n      L’homme ne pleurait plus, la colère l’exaspérait, il pria la\nvieille de se taire, il n’était pas d’humeur à écouler ses\nsermons et si cela continuait il la mettrait à la porte.\n      Sa femme le calma craignant un acte grave, mais ses yeux\ninjectés de sang, le bouillonnement de tout son corps mon­\ntraient qu’il n’était plus maître de lui, que sa crainte ancienne\ndisparaissait pour laisser place à une témérité sans frein.\n      Catherine sans s’émouvoir fit mine de partir, cependant elle,\nconclut : « Je le sais, l’ingratitude est ma récompense, je le tiendrai\npour dit, ce n’est pas assez de me manger tous mes revenus,\nvous voulez encore me ronger le cœur. »\n      L’homme retroussa ses manches, saisi ce vieux corps usé\npar les ans et léger comme une plume, le porta jusqu’à la porte\nen criant dans l’oreille de la tante pétrifiée « Gardez-le votre\nargent, gardez-le votre argent, nous aimons mieux crever ! Et à\nsa voix gutturale se mêlaient les hurlements de son épouse qu’un\ngeste brusque avait blessée.\n      En gesticulant et en parlant à mi-voix, la vieille rentra\nchez elle en répétant « Mon argent....\n      Là, inconsciente, elle se mit à genoux et récita la prière\nmerveilleuse de l’humanité gémissante :\n      « Notre Père qui êtes aux Cieux... »\n\n                                              Gaston P ulincs.\n"}, {"page_pdf": 594, "texte": "                             — 167 —\n\nJ e s u i s s e u l et j ’é coute... et je s a i s .\n\n      Je suis seul avec moi, je suis seul et j ’écoute\n      Parler très doucement une lointaine voix ;\n      Je consens à me taire et maintenant j ’écoute\n      Parler très doucement quelqu’un que nul ne voit.\n\n      Je consens à me taire et je tâche à surprendre\n      La douceur d’une voix qui me parle aujourd’hui,\n      Je me tais et j ’écoute et je tâche à surprendre\n      Si c’est Elle qui parle hélas ! ou si c’est L ui.\n\n      E t cette voix vie vient comme une hymne sacrée\n      Aux sons trembleurs etflous d’un orgue harmonieux,\n      E t ma pensée alors s’hallucine et se crée\n      Un fantôme étonné qui n’aurait que des yeux.\n\n      Je suis seul avec moi pourtant et je regarde\n      S’allumer lentement ces yeux me regardant\n      E t puis s’exhorbiter de la face hagarde\n      Lourds d’un juste reproche et tendres cependant.\n\n      Mais voilà que les yeux seferment et dans l’ombre\n      J ’entends s’accentuer la douceur d’une voix,\n      E t se mêler despleurs à des paroles sombres\n      Que j ’entends aujourd’huipour la premièrefois.\n\n      E t je sais maintenant pourquoi je redoutais,\n      Dans lepetit jardin oùpleure unefontaine,\n      D ’entendre ces sanglots retomber sur ma peine,\n      E t pourquoi, ne voulant écouter, j ’écoutais.\n\n                                            Marcel A ngenot .\n"}, {"page_pdf": 595, "texte": "                              — 168 —\n\nJ e ne v e u x p a s s a v o i r . . .\n\n\n    Je ne veux pas savoir pourquoi tu ne vins plus,\n    N i croire à des soupçons que mon doute exagère,\n    Si les temps de m’aimer sont déjà révolus\n         Ou si quelqu’autre a su te plaire.\n\n    Je ne veux pas savoir, je sais que tu fu s bonne,\n    Quej ’ai peu mérité que tu fu s bonne ainsi,\n    Mais je veux ignorer s’il est vrai que tu donnes\n        A d’autres tes baisers et tes larmes aussi.\n\n    Je ne veux pas savoir si tu ne m’aimes plus,\n    Recueille seulement cette larme qui coule,\n    E t laisse-moipenser que nous sommes perdus\n          Comme des enfants dans lafoule.\n\n   Je ne veux pas savoir si je t’ai pu maudire\n   Ou, si je t’aime encore et je n’ai pas souci\n   Que mes sanglots profonds aient suscités ton rire\n        Ou, sachant ma douleur que tu pleures aussi.\n\n   Je ne veux pas savoir ces choses que je sais :\n   Que nous avions pourtant des yeux qui se ressemblent\n   E t que je t’aimais bien et que nous étions faits\n        Pour vivre et pour mourir ensembles.\n\n\n                                            Marcel A ngenot.\n                                                Le   77 n o v e m b re 1 9 0 5 .\n"}, {"page_pdf": 596, "texte": "                            — 169 —\n\nC o m m e la R ose.\n\n     La rose que tu m’as donnée, ô mon trésor,\n     Je l’ai mise en un vase extrêmement fragile\n     Dont le cristal exhibe un filigrane d’or\n     Qui rampe sur son flanc, tel un rare reptile.\n\n     I l est sifin, sifrêle et si fluet ce vase,\n     Que, l’ayant sur la mousse habilement posé,\n     Je m’éloigne, et de loin je demeure en extase\n     Tremblant de ce forfait et de l’avoir osé.\n\n     I l semble chanceler sous lepoids de la fleur,\n     Je crains à tout moment qu’un souffle ne l’écrase.\n     Mais voici que la rose a compris ma douleur\n     E t pétale à pétale a soulagé le vase.\n\n     Ainsi, mon cœur trop lourd de choses inédites,\n     Pour lefragile amant qui lassé le portait,\n     Un jour laissa tomber ses pétales et dites ?\n     Peut-être est-ce la rose aussi qu’il imitait.\n                                           M arcel A ngenot .\n\n\n\n\nL ’A m b lèv e.\n     L ’étude comparée de nos légendes, de nos coutumes,\nde nos traditions, montre les différences qui existent entre\nles diverses contrées de wallonie. T o u r à tour gogue­\nnardes, facétieuses, tendres, sentimentales, mélanco­\nliques, elles font miroiter les multiples facettes de notre\nâme.\n"}, {"page_pdf": 597, "texte": "                           — 170 —\n\n      Celles qui se rapportent aux animaux; et plus particu­\nlièrement celles des abeilles, que l’on trouve le long de la\nMeuse, sont d ’un sentiment délicat qui témoigne d ’une\ncivilisation ancienne. On a pu dire d ’elles qu’elles\nreculent les bornes de la fraternité humaine.\n      Nous en avons d ’héroïques. Celle des quatre fils\nAymond se conte un peu partout. L e souvenir de ces\nguerriers fabuleux hante des ruines à Dinant, à Poulseur,\nà Martinrive; en beaucoup d ’autres endroits, Bayard a\nlaissé dans le rocher, l'empreinte de ses sabots sous\nlesquels jaillissait le feu.\n       La poésie éparse sur les coteaux de la Meuse est\nd ’une richesse, d ’une variété, d ’une sensibilité incompa­\nrables. Elle eut pu éblouir des poètes épiques en môme\ntemps que charmer des âmes tendres et harmonieuses.\n       Comme ailleurs, la chèvre d ’or, qui inspira à P a u l\nA r è n e un des plus beaux livres qui soient, a été pour­\nsuivie dans le pays wallon, partout où persistaient quel­\nques vieux pans de murs, restes de monastère ou de\n château On a cru au trésor des moines à Villers, à Orval,\nà Aulne, à Lobbes, où s’élevaient de puissantes abbayes.\n Epris de merveilleux, les paysans poursuivirent pendant\nlongtemps, sur l’indication des baguettes de coudrier,\nmaniées par des gens nés la nuit de Noël, au clair de\nlune, dans les ruines mélancoliques, la gatte d ’or dont\njamais on ne s’empare.\n       Les mythes dont se nourrit notre imagination ne sont\n pas nombreux. N ’a-t-on pas prétendu q u ’il n’existe pas\n plus de trente-six situations dramatiques ? Aussi, ce q u ’il\n faut en retenir, ce n ’est pas la fable elle-même, mais sa\n façon d ’être contée. Sur des thèmes communs à plusieurs\n races, notre âme a mis des nuances qui lui sont propres,\n révèlent sa psychologie et déterm inent ses différences.\n"}, {"page_pdf": 598, "texte": "                           — i7i —\n      L es contes du Borinage ne sont pas les mômes que\n ceux de Sambre-et-Meuse, d ’Ardennes, de Condroz ou de\n H esbaye; on ne s’y trompera point.\n      Les légendes n ’ont, nulle part, conservé autant de\npopularité que sur les bords de l’Amblève. Il est même\nfort rare de les trouver condensées en un espace si restreint.\n      Il est vrai que le décor s'y prête merveilleusement.\n Nous n ’en referons pas la description. L a terre même y\noffre des spectacles architecturaux. Elle se plait à bâtir\ndes forteresses illusoires ; ses rochers figurent souvent des\nmurailles, des bastions, des redents et des tours. Les\nmaisons y sont construites pour des siècles, sans fioritures,\nmais avec une belle ordonnance. Les fenêtres à meneaux,\nsont d ’une élégance que l ’on se reprend à aimer de nos\njours. Là, sur cette vieille terre solide, tout enseigne la\nrésistance et l’énergie, jusqu ’à ces blocs qui émergent de\nla rivière, ces granits, ces puddings sang de bœuf, rose,\nbrun et rouge de rouille, striés de veines jaunâtres, tout\ny parle de choses très anciennes. Les divinités antérieures\nà notre ère y ont eu des autels et ne semble-t-il pas\nqu’elles y flottent toujours dans l ’invisible ?\n      L ’histoire s’y mêle fort curieusement à la légende.\nCharles Martel vainquit les Frisons et les Neustriens à\nMartinrive. On dit q u ’une vieille femme lui avait\nconseillé d ’ordonner aux soldats d ’attacher des branches\nd ’arbres à la tête des chevaux, de se couvrir eux-\nmêmes de feuillage et d ’herbe et de s’avancer ainsi vers\nl'ennemi. C ’est ce q u ’il fit : les guerriers de Radbod\nvirent une forêt qui marchait vers eux, puis furent taillés\nen pièces ! L e sanglier des Ardennes passa par là.\n      L a Heid des Gattes conserve le souvenir de l’assaut\ndes troupes de Jourdan.\n      Quand on regarde cette montagne, on reste saisi\n"}, {"page_pdf": 599, "texte": "                            — 172 —\n\n d ’admiration devant l’héroïsme des jeunes soldats de la\n révolution. Ils se haussent, dans notre esprit, aux propor­\ntions des rochers q u ’ils escaladèrent grâce à l’on ne sait\n quels prodiges de souplesse, d ’agilité, de bravoure. Ils\n deviennent des. titans.\n      Malheureusement, les carrières ont attaqué ce lieu\nplusieurs fois sacré, d ’énormes entailles ont été faites\ndans la colline. Bientôt, il ne restera plus rien de son\naspect primitif. On ne verra plus q u ’un tas de décombres,\ncomme à Poulseur, où la tour de Monfort a disparu.\n      C’est encore à Aywaille q u ’existait la Porallée, sorte\nd ’application du communisme, antérieure au mot lui-\nmême. L ’usage de la Porallée consistait en pâturage,\nsartage et fournelage, coupe de bois et chauffage. Il\nappartenait aux habitants; ceux qui se trouvaient\nhors du circuit miraculeux n ’y avaient aucun droit.\n L ’origine de cette Porallée, qui subsista jusqu’à la\nrévolution française est légendaire. Em prardus l e Bracneu\nayant parié contre sa maîtresse, la châtelaine de Mont-\njardin,, que l ’alouette n ’avait pas chanté; elle lui dit que\nsi c'était vrai, elle lui donnerait le cercle q u ’il parcourrait\navant que l’oiseau ne se fut fait entendre. E n peu de\ntemps, porté comme par des ailes, il fit un circuit qui\ncomprenait les territoires de plusieurs villages.\n      Il avait bon cœur et s’attristait de voir que des m alheu­\nreux ne«possôdaient aucune parcelle du sol fécondé par\nleurs sueurs, tout en étant encore accablés de charges\nlourdes. Il donna les biens qui lui échurent à l’église\nd ’Aywaille, délivrant ainsi les m anants des redevances\nféodales et leur conférant certains droits d ’usage. Dégagez\nla fable du miracle qui symbolise l’esprit de charité\nd ’Emprardus, remplacez sa course invraisemblable par\nune sainte supercherie et l ’histoire tient debout.\n"}, {"page_pdf": 600, "texte": "                            — 173 —\n\n       Ceux qui n ’étaient pas compris dans la Porallée et\nqui, par conséquent, ne jouissaient point des privilèges\nqui y étaient attachés, traitaient d ’imposture le récit des\nchroniqueurs, et s’ils ne pouvaient contester l’existence\nd’Em prardus enterré dans l ’église d ’Ayvvaille, ils pré­\ntendaient que jamais il n ’avait pu disposer d ’un territoire\naussi étendu.\n       L a croyance aux Nûtons est restée très forte sur les\nbords de l’Amblève. De vieilles gens m’ont assuré que\nleurs parents avaient vu des Sottais et que ceux-ci leur\navaient rendu des services.\n      On dit q u ’ils ont disparu depuis q u ’à la messe on\nlit l’évangile selon Saint-Jean.\n      Ce q u ’il y a de certain, c’est que bien des grottes ont\nété habitées. Des savants ont fait, à ce sujet, de nom­\nbreuses dissertations. A la Meuse, tout ce qui est relatif\naux Nûtons est beaucoup plus vague ; c’est q u ’ils sont\nrestés plus longtemps à l’Amblève, ce que la sauvagerie\ndu lieu expliquerait, ou bien q u ’on y a cru plus longtemps.\nA la Meuse ils étaient forgerons, à l’Amblève, cordonniers.\n      Au bas des hautes collines boisées, les longs soirs\nd ’hiver, quand hurlent les loups, quand hululent les\nchats-huants, lorsque le torrent gronde et mugit, les\nimaginations peuplent la nuit d ’êtres fantastiques et\nd ’exploits merveilleux.\n      Les autres légendes de l’Amblève exaltent les vertus\nfoncières de la race. Il faut être hum ain et hospitalier,\nc’est un devoir sévère. Celui qui élude cette loi sacrée est\npuni, comme le passeur d ’eau d e Sougnez et bien d ’autres\nencore. Celui qui recherche la richesse par des moyens\nillicites, est également m altraité par les génies du jour et\nde la nuit.\n      On ne peut manquer à la parole donnée sans encou­\n"}, {"page_pdf": 601, "texte": "                             — 174 —\n\nrir des châtiments redoutables. L e serment d’amour fait\nà la chapelle de fidélité ramène, malgré lui, l’am ant\nvolage à celle qui lui a donné sa foi. L ’Elfe de la Belle\nroche enseigne aux jeunes gens la vertu, le courage et la\nforce. L ’homme qui se moque des vieillards et des\ninfirmes reçoit la peine qu’il mérite.\n        Gardons-nous de rire de ces fables. Elles ont contri­\nbué à former des consciences droites, tout en exprimant\nle sens poétique des habitants de la contrée, gens secs,\nnoueux et durs comme les rochers qui les portent.\n        Je l’ai dit, nulle part, chez nous, on ne trouve un\nattachement aussi tenace aux choses du passé. J ’ai lu à\nD ieupart, près d ’Aywaille, au cours d ’une excursion, sur\nune grosse pierre qui soutient un petit bon dieu de fer,\ncette inscription : Pour Dieu et nos traditions. Voilà qui\nen dit plus long que tout ce que je pourrais raconter. E t\nn ’est-ce pas comme un symbole du pays, ce blason qui se\ntrouve, gravé dans la pierre, au-dessus de la porte de\nl ’a b b ay ed ’Anthisnes, au sortir de la vallée: deux chimères\nunies élevant un cœur, avec, pour devise : Corde et animo,\npar le cœur et par l’âme.\n                                   M a u r ic e   des   O m b ia u x .\n\n\n\n\nLe     m o n u m ent         a u t r a v a il.\n     La S alle Meunier à l’exposition rétrospective de l’art belge.\n\n\n     Quand il y a quelques années, en 1902, le monum ent\nau tra va il fut présenté sous une forme cubique — Sous\nforme de « bloc », comme disait M e u n i e r — on pensa\n"}, {"page_pdf": 602, "texte": "                                     — 175 —\n\ngénéralement que son aspect n ’était pas heureux et cet\naspect peu satisfaisant fut donné comme un obstacle à\nl’érection du M onum ent au T ra v a il sur une place\npublique.\n      A     cette époque, un architecte qui signait J. B . (J.\nB r u n f a u t ?) écrivit au Soir que l’idée de M e u n i e r était\n« irréalisable que son semeur silhouttait maigrement son\n« geste symbolique au dessus d'un cube énorme où\n« s’accolaient les bas reliefs. » « Dans le cas actuel, »\n« écrivait-il, » c’est ce cube qui est l’écueil pour la réus­\n   site de l’œuvre, et nulle disposition architecturale\n     arrivera à couronner, avec assez de discrète am pleur,\n« la théorie des travailleurs, pour se term iner en pinacle\n« p a r le Sem eur, ( 1)\n       « Il faut donc chercher autre chose, » disait-il, » et,\n« en méditant sur cet intéressant programme, nous\n « sommes arrivés à cette juste conclusion : c’est en\n« groupant les bas-reliefs dans un vaste hémicycle, coupé\n « de piliers à l’appareil fruste, qui porteraient au haut le\n « Sem eur et les autres statues de M e u n i e r que l’on arri­\n   verait le mieux à faire rendre le maximum d ’effet et de\n « grandeur que l ’auteur doit désirer trouver.\n        M . A c k e r — l’auteur de la nouvelle architecture\ndu M onum ent au T ra v a il, exposé dernièrement au Cin­\nquantenaire semble avoir lu ces lignes, ou, peut-être\ns’est-il inspiré uniquem ent du croquis primitif, dû à\nM e u n i e r lui-même paraît-il, et q u ’on a retrouvé ( M .\nA c i c e r ne s’est écarté des indications de M . J. B. q u ’en\nplaçant les statues diverses entre les bas-reliefs, au lieu\n\n\n        (1) C’était l’avis de nombreux architectes, affirmait M. J. B. C’était aussi le\nsien.\n"}, {"page_pdf": 603, "texte": "                              — 176 —\n\nde leur faire couronner l’hémicycle).\n        Quoiqu’il en soit, le M onum ent an T ra v a il, actuel,\ndans ses grandes lignes du moins, doit satisfaire tout le\nmonde, et il faut espérer qu’on aboutira cette fois et que\nnous verrons enfin ce chef-d’œuvre s’élever en plein air,\ngrandiosement.\n        J ’entendais l’un de ces derniers dimanches, au Cin­\nquantenaire, un étranger demander à un huissier : « A\n» quel endroit de la ville est destiné cet ensemble de\n» sculptures qu’on appelle le M onum ent au T ra v a il?\n» Q u’en fera-t-on, l’exposition close ? — On le démolira,\n» répondit l’huissier ». L ’étranger me parut considéra­\nblement ahuri. E t n ’y a-t-il pas de quoi vraiment? Que\npenseraient de nous les hommes futurs si nous leur\nléguions un M onum ent au T ra v a il dont les bas-reliefs\nseraient tous exécutés en pierre, les statues toutes en\nbronze, comme s’ils constituaient un ensemble, mais qui,\npar une contradiction singulière, serait fragmenté, épar­\npillé le long des murs d ’un musée? D ’ailleurs, pourquoi\navoir exécuté en pierre, en pierre blanche, des œuvres\ntelles que le Cr euset brisé ( L ’industrie); dont le bronze\nseconderait infiniment mieux l’éloquence, si l’on n’a pas\nl’excuse d ’un ensemble à réaliser? Trop d ’œuvres de\nM e u n i e r sont déjà placées dans nos musées. Le Grison,\nle P u d d leu r devraient se trouver en plein air, dans un\nsquare, sur une place, — devant la gare du midi, si l’on\nv e u t — . Comme disait très justem ent F i e r e n s - G e v a e r t ,\ndans le Sam edi d ’il y a quelques semaines : « Il n ’est pas\n« permis d ’enterrer les hommes vivants, à plus forte\n« raison les chefs-d’œuvre qui ont droit à l'immortalité ».\nAussi j ’espère bien que, cette fois, toutes les difficultés\nseront levées, et que le M onum ent au T ra v a il s’érigera\nenfin en plein air, à l ’entrée du bois de la Cambre, par\n"}, {"page_pdf": 604, "texte": "                          —   1 7 7   —\n\n\n\n\nexemple, adossé au massif de verdure dont se détachent\nles deux larges avenues qui pénètrent dans le bois.\n       Déjà le Sam edi, L ’A r t moderne, L a Fédération\nartistique, d’autres revues encore sans doute, que j ’ignore,\nont écrit dans ce sens. Je voudrais voir toutes les revues\nd ’art, toutes les revues littéraires, tous les cercles s’agiter\ndans ce but, renouveler le mouvement unanime qui, en\n1902, aboutit à la commande du M onum ent au T ravail.\nAvec un tel ensemble, une telle force, sûrement nous\nréussirions.\n       Indépendam m ent de l’ensemble du M onum ent au\n T ra va il, les organisateurs de l’exposition rétrospective\nde l’art belge ont réuni la plupart des statues et des\nstatuettes de M e u n i e r , ainsi q u ’un certain nombre de\nses peintures, pastels et dessins. Certes, c’est toujours\navec grand bonheur qu’on revoit ses admirables sculptu­\nres, mais, puisque le souvenir de l’exposition de 1902,\nau Cercle artistique, était encore vivace, peut-être eut-il\nété plus utile et plus intéressant de rassembler principa­\nlement cette fois un choix de peintures du Maître. Celles\nqui sont exposées — à part l'E ntrée de la M ine\n(n° 576 du catalogue, appartenant à M me N yssens), le\nFlam enco, (n° 577), et quelques autres moins impor­\ntantes — ont été vues en 1902, et aucune peinture ne\nrappelle la période assez longue pendant laquelle M e u n i e r\nétudia la vie des moines. U ne représentation plus m étho­\ndique de la carrière du Maître eut été souhaitable.\n       L e gouvernement a fait, à l’exposition de 1902 au\nCercle artistique, un choix excellent parmi les statuettes\nde M e u n i e r . Je ne voudrais échanger aucune de celles\nacquises alors pour une autre. Je craindrais de nous pri­\nver d ’une belle chose. E t cependant, chaque fois que je\nrevois la collection de ces statuettes, j ’en désire que nous\n"}, {"page_pdf": 605, "texte": "                                       - 178      -\n\n\n\n\nn ’avons pas. C ’est que M e u n i e r , en dehors de la statue\ndu pére D am ien, de celle de Zola et des statues du por­\ntail de l’église de la chapelle, n ’a jamais sculpté sur\ncommande. Chacune de ses statues et de ses statuettes\nest l’expression libre d ’une émotion intérieure. Aussi, si\nintelligemment que l’E tat ait choisi, si abondam m ent\nq u ’il ait acquis, je voudrais q u ’il acquiert encore le plâtre\ndu sublime D ébardeur d ’Anvers (n° 625) qui manque\nvraiment à nos collections. Je voudrais aussi — voilà\nplusieurs fois que je la réclame et je ne me tairai\nque lorsque nous l’aurons — je voudrais aussi la Grande\nH iercheuse (ou H iercheuse appelant), n° 683, décorative\ncomme toujours et, par surcroît, d ’un accent tout spécial\ndans l’œuvre de M e u n i e r . Peut-être aussi le M oissonneur,\nn° 703, ( i ) et le M in eu r à la lanterne, n° 68o, autre et\nplus naturel, me semble-t-il, que le M ineur à la hache\nque nous possédons.\n       Ce qui manque encore grandement à nos collections,\nce sont les peintures industrielles de M e u n i e r . L a\nguerre des p a ysa n s, du musée, Les trappistes laboureurs,\ndu Sénat, représentent fort bien le M e u n i e r se cherchant,\nse tâtant. L a fa b riq u e de tabacs à Séville, rappelle son\nvoyage en Espagne. Ce qu’il nous faut encore, c’est le\nM e u n i e r qui s’est trouvé : le M e u n i e r peintre des terrils,\ndes corons, des hauts-fourneaux, du pays noir. Il y a\nà l’exposition rétrospective une peinture que, entre toutes,\nje voudrais voir choisie pour notre musée. C ’est celle\nintitulée : L e retour des m ineurs, n° 558 : cinq houilleurs,\n— hommes et femmes — les uns dressés ju sq u ’au som-\n\n\n    (1) Reproduit par L e Studio de juin 1901, sou s le titre : L e tra va illeu r des\nchamps et par le ‘P a trio te illu stré du 16 avril 1905, sou s le titre : O u vrier se p r é ­\nparent au tra v a il.\n"}, {"page_pdf": 606, "texte": "                                     —   179 —\n\nm et du cadre, d ’autres abimés, souillés, souffreteux,\nmais tous amples; simplifiés et se détachant sur un\npaysage mélancolique du pays noir.\n     Jamais, je crois, C onstantin M e u n ier n ’a fait pein­\nture plus synthétique et grandiose (1).\n                                                         J oseph L ecomte .\n\n\n\nL iv r e s.\nPierrot m illionnaire. —L écrivain public p a r F é l ix B odson .\n     Voici deux charmantes comédies qui ont toutes deux,\net pour cause, vu les feux de la rampe. P ierrot million­\nnaire représenté le 12 avril 1905 au théâtre du Parc eut\nun succès, d ’ailleurs mérité et malheureusement trop court.\nNous n ’entrerons pas dans le mystère de ces é clipses\nintempestives, nous contentant pour aujourd’hui d ’en\ndéplorer le fait. Certes cette comédie méritait mieux et\nje crois bien cette fois que le public eut pris goût à cette\ndélicieuse fantaisie.\n     L ’écrivain public, que le T hyrse avait mis au pro­\ngramme de son premier spectacle d ’auteurs belges, fut\nreprésenté avec beaucoup de succès au théâtre de l'Alcazar.\nMalgré une interprétation qui pouvait sans nuire à la\nréputation de l ’auteur être plus homogène, l’œuvre nous\napparut également d ’un bon théâtre avec, en germe,\ntoutes les connaissances d ’un art de la scène qui fit sur\n\n\n     1\n     ( ) A ce propos, je crois bon de faire remarquer que la peinture de M e u n i e r ,\nreproduite par le catalogue de l'exposition, n’est pas le retour des m ineurs (n° 558),\ncontrairement aux indications que porte la planche en question. C’est le tableau\nappartenant à M m e N y s s e n s (n°576), portant comme titre : M ineurs du B orin age\net, au catalogue : L'entrée de la mine.\n"}, {"page_pdf": 607, "texte": "                               —1 8 0 —\n\nun nombreux auditoire la meilleure impression; on\nsentait évidente en M. F . B o d s o n la personnalité d ’un\ntalent qui ne devrait plus sa maîtrise q u ’à l’occasion d’un\npeu de pratique. Nous savons q u ’il est impossible d ’écrire\nune binette en vers, sans q u ’aussitôt L a Critique,, y voie\nl’utilité de ressusciter le nom de T h é o d o r e d e B a n v i l l e ,\nl’immortel auteur de tant d ’adorables comédies. Comme\non voit rouge, il y a des gens qui voient banville et rien\nne sort pour eux des limites de cet immuable horizon.\nE h bien ! je ferai à M. B o d s o n , non pas l’honneur, mais\nla justice de ne pas évoquer au sujet de sa manière le\nnom de l’illustre auteur du B a ise r, pour ne citer que la\nplus connue de ses comédies. Il faut en finir avec ces\nparallèles inutiles et fastidieux; à ce compte, T h é o p h i l e\nG a u t i e r , tomberait, lui aussi, sous le coup de cette\nmême loi, pour avoir écrit son « Pierrot Posthume » et\nson « Tricorne enchanté » qui s’apparentent singulière­\nment au théâtre banvillesque. M alheureusement le théâtre\nde G a u t i e r précède de quelques années celui de\nd e B a n v i l l e . Mais alors! c’est peut-être d e  B a n v il l e ,\n\n\n    Mesdames et Messieurs les comédies dont je viens\nde vous parler sont de M. F é l i x B o d s o n .\n\n   Litanies à la Bien-aimée par L é o n W a u t h y .\n        Décidément M. L é o n W a u t h y , dont nous connais­\nsions déjà « B réviaire d ’am our » et « E u aim ant »,\ncontinue amoureusement le genre qu’il semblait avoir\nadopté. Nous n ’avions pas beaucoup aimé cette façon de\nM i s s e l s profanes quand les L itanies à la Bien-aim ée\nsont venues dissiper un doute qui nous faisait craindre\npour l ’originalité de ces fantaisies. M. L é o n W a u t h y a\nfait, depuis, du chemin dans les « P etits Sentiers » q u ’il\n"}, {"page_pdf": 608, "texte": "                               — 181 —\n\nchante si délicatement et a acquis une souplesse et une\nfacilité d ’expression qui rendent très agréable la lecture\nde ses poèmes. Hélas tout n ’est pas également bon chez\nce poète inégal et la poésie intitulée « L a chambre » par\nexemple, donne une haute idée de l’éclectisme de son\nauteur; plus loin des vers semblables nous laissent singu­\nlièrement étonnés.\n\n         E t rêver longuement de nous aimer ainsi\n         Longtem ps, longtemps, longtemps. Si longtemps que le\n                                                            [monde (?!!!)\n     Si longtemps que le monde, quoi?\n     Cependant, à côté de ces faiblesses que j ’aurais peut-\nêtre dû ignorer disons que le petit volume de M . L é o n\nW a u t h y contient aussi et surtout d ’excellents poèmes\nparmi lesquels nous citerons : P aysage, une jolie im pres­\nsion très bien vue; In fin im en t les jo u r s , et un long\npoème : Les B a isers, (sur la main, sur le front, sur les\nyeux, sur la bouche) qui est une délicieuse litanie\nvoluptueusem ent épelée.\n\nLe Carnet tl’un Rêveur, S y l v a i n C h . d e M o n c e a u .\n     Nous préférons ne pas dire à M . M o n c e a u , qui doit\nêtre très jeune, ce que nous pensons de son carnet où nous\navons cueilli ces vers :\n\n         Car l'on peut s ’aimer sans n’avoir rien à se dire.\n\n     Trois négations valent (au moins) une affirmation.\n\n         Votre dédain moqueur, altier et nonchalant.\n\n     Je voudrais voir ça!!!\n"}, {"page_pdf": 609, "texte": "                                        — 1 82 —\n\n         Alors que tantôt tu | m ’excitais à partir\n         Car j ’aurais par trop crain t...\n         E t q u e n o u s n o u s n o u ïs s o n s ...\n\n\n     Serait-ce de l’harmonie imitative ? ?\n\n         Mais d’ici quelque tem ps...\n\n     Vous avez du prendre cela dans le dictionnaire du\nbon langage ou dans «N otre langue d e M. C o u r r o u b l e » .\nMais je m ’arrête et je fais grâce au lecteur qui m ’excusera\nde ce petit divertissement en songeant que j ’ai dû lire\ntout le carnet de ce poète (?), animé que j ’étais du senti­\nment charitable d ’y trouver une manière de compensation\nà l’apparente sévérité de cette critique.\n     Toutefois je veux bien dire que cette œuvre contient\nla sincérité d ’un premier livre et la promesse de vers\nmeilleurs.\n     Allons, jeune monsieur, je ne vous en veux pas...\nmais n’y revenez plus de si tôt.\n\nLa souffrance d’aimer par E.-G. P e r r i e r , docteur\n                                                  en droit.\n     Je regrette d ’être obligé de dire à M . P e r r i e r ce\nque je pense de son livre, j ’y suis bien tenu cependant\np uisqu’il nous envoie son œuvre ce qui implique le désir\nd’une critique ou tout au moins d ’un accusé de réception.\n     E h bien! oui. monsieur, nous l ’avons reçu votre livre\net nous y avons même trouvé ces vers :\n\n        Car cette femme avait des yeux de diamant\n        Des cheveux noirs ainsi qu’une nuit de décembre\n        Oh ! le baiser marquait de rouge sa peau d’ambre\n              E t d ’ivresse mon cœur d ’amant\n        Moi, rêveur, sans un mot, j ’écoutai sa chanson\n        P u is les vers surgissaient au fond de ma pensée\n"}, {"page_pdf": 610, "texte": "                                   — 183 —\n\n          Comme si cette femme eût été fiancée\n             De l'éternelle floraison.\n\n      M. P e r r i e r est français (?) et docteur en droit !!!\n\n     Pièces à dire par J a c q u e s A n d r é e (probablement\nparce que d ’autres ne les diraient pas). A h ! celui-ci,\ncertes je n ’en eusse point parlé s’il n ’était urgent de p ré­\nvenir le lecteur que M. A n d r é e est\n\n          « U n poète de circonstance\n          Qui peut en la même heure et sur la même page !!!\n          Chanter à votre gré décès et m ariage\n          Il fera le discours tout rempli de promesses\n          D\n          ufo\n            lad\n              ole\n                scen\n                   tdo\n                     nto\n                       ncrain\n                            t le\n                               spro\n                                  uesses!!!\n\n          E t c ’est loin d ’être tout : il saura faire encore\n          T out ce que vous voudrez, etc., etc.,\n\n      E n f i n M . A N D R É E C o n tin u e(et j e c o p ie tex tu e lle m e n t).\n\n          J e termine ceci par une humble prière.\n          Vous du corps médical grande et forte lumière, (1 )\n          Venez à mon secours ! Rendez-moi la raison !!!\n\n       Si vous voulez bien nous n ’irons pas plus avant et je\nn ’ai cité ces vers que pour donner au lecteur une occasion\nde bon rire. Q u’il m ’en excuse, c’est la dernière fois que\nje compte parler de ces parasites d ’Apollon aux confrères\ndesquels j ’adresse la fervente prière de bien vouloir\nme considérer comme je le mérite, c’est-à-dire, comme\nun critique insupportable auquel ils ne dédicaceront\nplus désormais leurs... chef-d’œuvres !!\n      Q u ’on se le dise.\n\n\n  (1)     L’auteur s'adresse au Dr P o l D emade qui a l’inestimable privilège de se\nvoir dédier ce poème.\n"}, {"page_pdf": 611, "texte": "                              — 184 —\n\nC'était l’automne par J ean P o u ja d e .\n     Dans une jolie édition du Soc, M. J ean P oujade\nnous adresse un faisceau de poèmes qui sont enfin d ’un\npoète. Je suis tellement embarrassé devant l’affluence de\nbeaux vers qui s'y trouvent et à la fois si certain de leur\négale valeur que je suis obligé, pour me décider à vous\nen donner un exemple, d ’ouvrir ce livre au hasard et d ’y\nprendre sans hésitation la pièce intitulée : L a Passante.\n         E lle avait traversé des pays sans les voir\n         E t languide d ’errer à travers les décombres\n         E lle se reposait dans les jardins ce soir.\n\n         E t voici qu’en ses yeux mes yeux lisaient ces choses :\n         L e mystère inconnu qui parfume les roses\n         E t la bonté qui peut diviniser l’azur.\n\n        J e parlais : « Prends mon cœur. J e ne saurais te dire\n        Si les lys sont troublants, le soir trop parfum é...\n        Mon âme au flot d’amour est un bateau qui vire\n        Sans voiles et sans mâts et sous le vent calmé.\n\n        Quel je suis ? L e passant au jardin de ton rêve,\n        J ’emplirai tes bras blancs et flexibles de fleurs\n        E t devant que la nuit paisible ne s’achève\n        T u connaîtras par moi les fertiles douleurs.\n\n       Voilà de très beaux vers, et quand vous saurez que\ntoute l’œuvre réunit les qualités de cet extrait, je n ’aurai\nplus besoin, je pense, de m ’étendre sur la valeur de\nM. J ean P oujade et j ’en aurai dit assez pour engager le\nlecteur à vouloir mieux connaître le beau poète de\n« C’était l’Automne ». Quand à moi, et puisque c’est là\nson seul désir, je suis heureux de dire à M. J ean P oujade\nq u ’il a fait naître en mon cœur la pensée des douceurs\nnouvelles, et a glissé dans mon âme un peu de tendresse,\nde consolation et d ’oubli.\n                                   M arcel A ngenot .\n"}, {"page_pdf": 612, "texte": "                                        — 185 —\n\n Le Dernier Satyre par Théo Varlet.\n        C’est un conte: Il y avait une fois un dernier satyre... et\n Théo Varlet nous le présente de la façon la plus extrêmement\noriginale. Que penseriez-vous d’un dieu Pan qui vous supplierait\nde continuer à lire la V° idylle de Théocrite en trépignant sur ses\nsabots usés? Eh bien ! tout le poème (car c’est un vrai poème en\nprose) est dans cette note malicieuse et alerte avec à tout bout\nd’aléa un peu de fine satire ( c’était le cas ou jamais d’en faire)\net un je ne sais quoi de doucement frondeur qui fait de ce petit\nconte une chose exquise.\n      Il est fort regrettable que cette plaquette se borne à nous\ndonner ce conte unique et nous espérons bien que Le Dernier\nSalyre ne sera pas la dernière satyre, et qu’il nous donnera bien­\ntôt, malgré le triste épilogue de ses charitables sentiments, une\nsérie de Satyricons dignes tout à fait de ce père bientôt célébré.\n                                                       Marcel Angenot.\n\nLa r enaissance septentrionale et les premiers maîtres flamands par\n         M. H . F i e r e n s - G e v a e r t . ( V a n O e s t et O ,é d ite u rs ,\n         Bruxelles).\n         Il est de ces ouvrages dont ont souhaite l ’apparition,\ntellement leur nécessité se fait sentir. Celui d e M. F i e r e n s -\nG e v a e r t est un de ceux-là; aussi le saluons-nous d ’autant\nplus heureusement que la tentative de son auteur a pleine­\nm ent réussi.\n        L e s d is s e r t a t io n s s c ie n t if iq u e s d e C o u r a g e o d , L a f e ­\nn e s t r e , J a m e s W e a l e , H y m a n s , d e m a n d a i e n t à être\nr é u n ie s et o r d o n n é e s , p o u r p r o je t e r a in s i u n e c la r té p lu s\ng r a n d e s u r ce tte é p o q u e si fé c o n d e en a rtis te , et à la fo is\nsi é n ig m a t iq u e .\n    M. F i e r e n s - G e v a e r t a assumé cette tâche et l’a\ncomplétée considérablement; il nous livre aujourd’hui un\nmonument d ’érudition, d’une valeur incontestable, et qui\n"}, {"page_pdf": 613, "texte": "                                     — 186 —\n\nfera autorité clans le monde des historiens de l’art. Il y\nappronfondit le rôle influent de l’art flamand dans la\nrenaissance (1). Malgré l’am pleur de son ouvrage, malgré\nla quantité et la diversité des questions qui devaient\ny être traitées, le p lan en demeure net et précis.\n      Dès le début, l’auteur nous met en garde contre la\nmanie qui hante certains critiques (notamment Mgr D e­\nhaisnes) de voir dominer malgré tout et partout le réalisme\ndans l ’art flamand primitif. Grave erreur ! les XIe, XIIe,\nXIIIe et une bonne partie du XIVe siècle de notre art sont\nidéalistes.\n      Après ce préambule, vient l’histoire artistique des\nsiècles précédent le XIVe, puis l’examen successif des œu­\nvres de Broederlam, André Beauneveu et leurs collabo­\nrateurs.\n      Les deux chapitres suivants consacrés à l’école de\nDijon et à son chef Claes-Sluter forment une rem arq ua­\nble étude critique, que surpasse seul l’ouvrage spécial que\nM. Kleinclausz vient de faire paraitre peu avant celui-ci. (2)\n      L ’auteur nous développe les phases par où a passé\ncette école d’où sortit un art essentiellement religieux et\nofficiel. Religieux, parce que « le XIV° et le XVe siècles\nfurent des siècles d e foi e t que les ducs de Bourgogne étaient\npleins de piété; officiel « parce qu’au début, les ducs de\nBourgogne furent seuls à prodiguer les commandes et les\npensions. Ainsi l ’art de la Bourgogne ne fut pas un art\npopulaire... il fut dans toute l ’acception du terme un art\n\n\n     (1) Cette influence est plus conséquente qu’on ne le croit: «c’est à l’école fla­\nmande adoptée par la France du N ord dès le m ilieu du XIVe siècle... qu’est dû le\nmouvement général d’où devait sortir le style définitif de la R enaissance y compris\nle style de R enaissance italienne.» (C ourageod. L eçon s professées au L ouvre\n11 vol. p. 12).\n    (2) K leinclausz : Claus-Sluter et la sculpture Bourguignone au XVc siècle. (L i­\nbrairie de l’art ancien et m oderne 1905).\n"}, {"page_pdf": 614, "texte": "                           —   187 -\n\n\nofficiel et nous pouvons dire qu’il ne se serait pas produit\nsans l’avènement des Valois».\n        M. Fierens-Gevaert s’enthousiasme devant le P uits\ndes Prophètes, le P ortail de l ’abbaye de Champinol, et\nle fameux Tombeau de Philippe le H a r d i qu’il nous\ndécrit éloquemment.\n        Il passe ensuite aux successeurs et collaborateurs de\nSluter : C laes V an d e W erve (son neveu) Jean Malouel,\nHenri Bellechose et en arrive ainsi à quelques peintres,\nprécurseurs plus directs des Van Eyck: Jacques Coene,\nJacquemart de Hesdin, les frères Limbourg, ces derniers\nauteurs des enlunimures des “ Tres Riches H eures du\nduc de B e rr y ,, «dont le rôle dans l’histoire de la peinture\nest plus décisif que celui des précédents».\n        Incarnant toute cette pléiade de talents, les frères\nVan Eyck couronnent brillamment l’édefice. T o u t ce\nqui a été dit sur les Van Eyck se trouve ici exposé claire­\nment.\n        E t d ’abord c’est l’ainé Hubert. L ’auteur lui conteste\nl’exécution (même partielle) des miniatures des H eures\nde Turin ». Il a peut être raison, en tous cas les preuves\nq u ’il nous allègue (p. i o 2 - i o 3 ) ne sont pas suffisamment\nconvaincantes.\n        Après avoir décrit, en artiste, les œuvres de H ubert\nil nous dévoile celles plus nombreuses de Jean.\n        «Jean Van Eyck domine la première Renaissance\nSeptentrionale, il en est l’aboutissement, le point culm i­\nnent... Sûrement H ubert fut lui aussi un précurseur et si\nl ’on veut un prophète.\n        Jean est le Messie ».\n        E t nous voici au point capital de tout l’ouvrage :\nun chapitre spécial sur le Retable de l’Adoration de\nl 'A g n e a u M ystiques qui le termine.\n        M. Fierens-Gevaert a mis à jour des documents iné­\n"}, {"page_pdf": 615, "texte": "                          — 188 -\n\ndits sur les instruments de musique, les armures, les bijoux\nqui y sont représentés ainsi que sur le vrai sens des inscrip­\ntions qu’on y lit.\n     Il nous retrace l’histoire malheureuse du « Roi des\nRetables » ce monstrueux sacrilège que commirent les\nmarguilliers de Gand lorsqu’ils vendirent pour un prix\ndérisoire toute la part e mobile du Retable. Il met en\nrelief le talent inouï q u ’y ont déployé les deux frères, il\nen rend tout le profond symbolisme. C ’est plutôt une tra ­\nduction, une transposition que nous lisons.\n     J ’ai été émerveillé à la lecture de ce précieux livre.\nLe style imagé et limpide de son auteur, possède un\ncharme profond que viennent accentuer des citations\narchaïques d ’une saveur sans pareille. L ’ouvrage est de\nplus terminé par une bibliographie très fournie qui\n résume tout ce qui a été écrit sur les primitifs.\n      Ce qui contribue encore à en augmenter l’intérêt,\nc’est son édition particulièrement soignée et les nom ­\nbreuses reproductions, dont plusieurs hors textes, fort\nréussies.\n      Particulièrement consacré aux Van Eyck, le travail de\nM. Fierens-Gevaert est une belle introduction à la future\nexposition Van Eyck que projette M. L. Maeterlinck à Gand,\npour le début de l ’année prochaine. Souhaitons que cette\ntentative si digne d ’éloge réussisse, parce que, comme ce\nlivre, elle viendra à son heure et complétera haute­\nm ent les connaissances que la science de l’art a réunies\nsur les maîtres flamands.\n                                 F ernand B ordier.\n\nThéâtre du Parc.\n     L a première matinée littéraire fut une réele innova­\ntion pour le public. Après une causerie des plus sérieuses\n"}, {"page_pdf": 616, "texte": "                           —   189   —\n\n\nde M. F. Hérold sur Eschyle on nous a donné les \" Perses\"\n(traduction excellente du conférencier).\n     Comme toutes les nouvautés (littéraires surtout) celle-\nci a plongé dans un étonnement profond une bonne par­\ntie du public, qui a beaucoup critiqué et... peu compris.\nCeux qui comprirent ont apprécié à sa juste valeur cette\ntentative hardie et ne lui ménagèrent pas des applaudis­\nsements justement mérités.\n     L a direction d ’ailleurs ne recule devant rien pour\nassurer à ces représentations une interprétation des plus\nsoignées. La matinée Augier qui succéda à Eschyle fut\naussi très réussie. Le spirituel conférencier, M. T ardieu,\na beaucoup parlé d ’Emile Augier, (l’année passée M.\nFrancis de Croisset avait malheureusement beaucoup\nparlé de lui même et d Augier... point) dont la Philiberte\nquoique bien ancienne a récolté un beau succès.\n     Q ue nous réserve encore M. Reding? A en juger par\nces débuts nous avons tout lieu d ’espérer de nouvelles sur­\nprises.\n                                     F ernand B ordier.\n\n\n\n\nN o u v e lles.\n     L ’ Illustration Belge vient de rompre, très heureusement,\nla monotonie de sa galerie administrative et bureaucra­\ntique en nous donnant un adm irable portrait de notre\nmaître :E mileVerhaeren, mais à côté de cette innovation,\nnous trouvons encore une magistrale étude où M. F irmin\nVanden B osch canonise Albert Giraud d e .                d e ...\nPoète du Moyen-Age !! Nous aimons cependant à sup­\nposer que l’étonnant critique analysant l’œuvre de G iraud,\n"}, {"page_pdf": 617, "texte": "                            —1 9 0 —\n\n a dû se donner le plaisir de la lire; mais, à moins que de\n se permettre de plus audacieuses suppositions, nous\n dira-t-on de quel doigt de pied M. V a n d e n Bosch a-t-\n il bien pu sucer cela ?\n       Cela tient du surnaturel et nous fait songer à ce per­\n sonnage de Gautier, qu’un méchant esprit s’amusait à\n persécuter au point q u ’il lui était impossible d ’exprimer\n sa pensée et qu’à chaque fois qu’il se proposait de dire de\ntrès justes choses il voyait l’esprit du mal les lui dérober\nsur les lèvres au moyen d ’une petite cuillère pour les\nremplacer par d ’incroyables inepties. Certes, dans toute\nl’œuvre de Giraud, M. Vanden B osch a pu trouver un\npoème intitulé : A une Vierge gothique, mais cela ne\nsuffit vraiment pas pour étiqueter de la sorte le beau poète\nd e la Renaissance q u ’est l’auteur de Catherine de Médicis,\nL a Confession d ’H e n r i I I I , Renaissance ! Renaissance ! !\netc., etc.\n       A ce compte-là, nous avons bien le droit de supposer\nque M. F irmin Vanden B osch est un critique de\nl ’histoire ancienne.\n      La Revue du Diable est diablement spirituelle et suffi­\nsamment endiablée pour mener vertement, (à quelle\ncentième) ? une carrière d ’autant plus longue que c’est la\ntoute sémillante Gilberte Legrand qui fait une diable\nà conquérir toutes les admirations. N ’oublions pas de\nmentionner aussi l'indicible L ibaud, qui mène, avec un\ntalent peu commun, une petite troupe d ’ailleurs peu\ncommune. Les chansonniers, très en verve et bien disants,\ncontribuent à donner à cette revue, un côté de fine\ncritique, toujours spirituelle, jamais déplacée.\n     MM. Wicheleer et E nthoven, les heureux auteurs,\ntiennent cette fois une fortune qui leur permettra de ne\nplus devoir tirer le diable par la queue.\n"}, {"page_pdf": 618, "texte": "                            — 191 —\n\n       Cam ille Lemonnier va prochainement, publier à la librairie\nVan Oest, Place du Musée, l ' H istoire des Peintres.\n       L’on devine l’attrait puissant que ce livre déchaînera, car\nnul n’ignore que le grand romancier est en même temps un des\npremiers critiques de ce temps, et que les jugements qu’il porte\nsur la peinture sont de ceux que l’histoire gardera comme défi­\nnitifs.\n       L’Edition sera soignée dans tous ses détails, presque toutes\nles reproductions seront hors texte, et d’après ce que nous avons\npu en juger ce seront des merveilles.\n      A paraître prochainement à la même librairie et du même\nauteur, Alfred Stevens: Constantin M éunier (édition popu­\nlaire).\n     Marcel Angenot  fera paraître prochainement sa nouvelle\ncomédie : « Baiser de Reine ». Nos lecteurs qui désireraient\nse la procurer peuvent dès à présent souscrire au bureau du\njournal. (Prix du volume fr. 2 .00).\n     Les souscripteurs, abonnés au « Jeune-Effort », recevront\nun exemplaire d’un tirage spécialement fait à leur intention.\n     Vient de paraître en une superbe édition : H istoire de    la\nForêt de Soignes par Sander P ierron.\n     Le Soc organise pour le 1er décembre un grand concours de\npoésie sous le patronage de la Société des Poètes Français. Les\nconcurrents choisiront le membre du Jury qui les examinera.\n     Jury. Président: Auguste Dorchain.\n     Le lauréat sera admis à la Société des Poètes Français. Il y\naura 6 prix et 6 mentions.\n     Une matinée de gala sera organisée au Théâtre Molière de\nParis, en l’honneur des lauréats du Soc, par M. Albert Lam­\nbert et Mlle Grazioza S pindler de l’Odéon, qui interprêteront\nles poésies couronnées.\n     Renseignements: direction du Soc, 8 3 , rue de Rome, Paris.\n"}, {"page_pdf": 619, "texte": "                               — 192 —\n\n     Leltre ouverte, — A propos du dernier livre que P au l\nAndré s’est permis à la mémoire de Max W a lle r , nous recevons\nce madrigal (!) posthume que nous ne pouvons qu’insérer eu\négard à ce désir d’outre-tombe.\n                                                                       A\n                                                                 LA PO STÉRITÉ\n                Il p araît que Paul A ndré vient\n                De souiller dans une canule\n                P o u r nous d ire des tas de riens\n                S ur un ton doux et ridicule.\n                Que mon coeur mon cœ ur à de peine.\n                E l p o u rtant tu sais bien jeune homme\n                Que du fond d ’ici je t ’en blâme,\n                F erm e la b o ite car en somme\n                Q u’est ce q u ’ensem bles nous gardâm es.\n                Que mon cœ ur mon cœ u r à de peine.\n                On me prom et un m onum ent\n                Dans le S quare de l’In d u strie !\n                L ’Industrie et moi? C’est charm ant !\n                La choucroute et la poésie ! !\n                Que mon cœ ur mon cœ u r a de peine.\n                Un éloge de Paul A ndré ! ! !\n                Ah non! M essieurs, laissez moi rire!\n                Pensez-en ce que vous voudrez\n                Moi j ’en suis triste à vous le dire.\n\n                                      C im etière d ’H ofstaede, 1905.\n                                                  S ie b e l +\n\n\n     Mllo G a ë t a n e Britt, la délicate artiste que les membres de\nnotre « Cercle d’art » ont eu l’occasion d’applaudir à maintes\nreprises, donnera jeudi 30 novembre, en la salle Erard, une\nséance de harpe où se feront- entendre également Mme Miry-\nMerck, cantatrice; M. H. Merck, violoncelliste, et M. E. B r itt,\npianiste. Nous leur souhaitons un beau succès en regrettant que\nla date de ce concert ne nous permette pas d’en rendre compte.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 26, "mois_verifie": false, "numero_verifie": false, "mois_reconstitue": true, "numero_reconstitue": true, "date_tri": "1905-11", "signet_source": "Troisième année - N°29 - Novembre 1905", "preuve": "Pas de couverture dans l'exemplaire; ni le numéro ni le mois ne sont imprimés (signet : Troisième année - N°29 - Novembre 1905). Dates des 2 et 17 novembre 1905 dans le texte.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}