{"numero_id": "ulb-lutte-1897-12-n9", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "articles": [{"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-001", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 310, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 333, "texte": "DECEM BRE 1897 »\n   3e AN N ÉE   50 Cmes\nL E N UM ÉRO\n\n\n\n\n        la Lutte\nRevue catholique d’Art\n\n\n                          « l ’A r t   po u r     D ie u »\n\n\n\n\n                                        P .-L . M O L IT O R\n                                   R U E L O N G U E -V IE , 36\n                                   BRUXELLES"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-002", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire du numéro de Noël 1897", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A lb e r t J o u n e t : N ativité : La crèche du X X e siècle. — G eo r g es V ir r", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 311, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 2061, "fin_caractere_exclue": 2900, "texte": "A lb e r t J o u n e t : N ativité : La crèche du X X e siècle. — G eo r g es V ir r è s :\n     L a légende du Sonneur (conte de N oël). — G e o r g e s R o d e n b a c h :\n     Prière. — P o l D e m a d e : Le Réveillon de la bonne sœur « Mateine ». —\n     E d o u a r d N e d : Le Noël de la montagne. — M a u r ic e D u lla e r t :\n     Epiphanie. — G eo r g es O u d in o t : Noëls lointains. — A lb e r t B e r t h e l :\n     Prière, des Inquiets. — E u g è n e H e r d ie s : Le retour de l'exil. — G eor­\n     g e s R a m a e k e r s : Les étoiles de la Noël. — P a u l M u ssch e et E d o u a rd\n     N e d : Les Livres. — U ij le n s p ie g e l : Ça et là. L es Revues.\n                          TOUS      DROITS      DE    REPRODUCTION           RÉSERVÉS\n\n       (1) Les abonnements partent de chaque mois et se font pour un an.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-003", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 231, "page_fin": 233, "titre_corps": "Nativité", "titre_sommaire": "Nativité : La crèche du XXe siècle", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Jounet", "ancre_debut": "Nativité  LA    C R E C H E D U V IN G T IÈ M E S", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 312, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1125, "texte": "Nativité\n LA    C R E C H E D U V IN G T IÈ M E S IÈ C L E\n\n     T out ce que l'E tern el opère est im m ortel,\n      S u rto u t quand l'œ uvre c'est Lui-m êm e,\n Quand Dieu, poète, écrit le Verbe p o u r poème.\n E t c'est pourquoi, sans fin , les ra yo n s de N oël\n              Se rallum eront sur la terre\n     E t renouvelleront les lum ineux mystères\n              D 'une vie où naîtra le Ciel.\n\n\n     N o ël dans les cœ urs où le salut tremble\n    Comme un en fa n t palpitant et nouveau-né.\n      N oël dans l'hostie où vient s’incarner\n  L e C hrist qu'une parole invincible rassemble\n           A u voile p u r qu'il s'est donné.\n E t N oël dans les siècles de l ’H istoire humaine\n Où, ta nt de f o is ju g é m ourant p a r m ille haines,\n      L 'Id é a l chrétien voit p érir ces haines\n       E t se rem et à naître et à illum iner !\n\nC'est toi, Siècle expirant, vieille chair orgueilleuse\n       D ’am ère courtisane et savant sensuel,\n P lus que d'autres c'est toi qui disais : les Noëls\n   N e ressortiront pas du gouffre que j e creuse\n     E t que j e comblerai de matière et mépris,\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "                          232\n\n E touffant p o u r toujours l'œ uvre de Jésus-Christ.\n — M ais la fo sse, comblée, éclate, m erveilleuse...\n\n      E lle devient une crèche extraordinaire,\n   Une grotte a u x rochers pourpres et dévorants,\n          Une p ro fo n d eu r qu'habite l'E n fa n t,\nM ieu x que ja m a is chair et splendeur du Dieu vivant,\nE n des langes de flam m e, un berceau de tonnerre.\n    Ta haine, p lu s extrêm e, ô Siècle, a provoqué\n               Une p lu s terrible revanche,\n      Un Jésus céleste effra ya m m en t démasqué,\n   Un étrange N oël bridant des fo u d r e s blanches\n                      De la Résurrection !\n   L e Christ de gloire est né. Les mornes nations\n   Reculent, s’entassant comme un groupe de bêtes\n   D ont l'incendie approche, et vont baissant la tête\n     D evant le grandissem ent de cette clarté :\n         L 'E n fa n t invulnérable est ressuscité !\n\n  A uprès de l'E nfant-D ieu ses serviteurs accourent.\n       Les M ages, les Bergers désormais réunis,\n Pleins de chansons, baignés de m iracles, entourent\n                  L a je u n e chair de l ’In fin i !\n    E t ces nouveaux Bergers sont l'élite des fo u les,\n Les chœurs de travailleurs dont le pied gra ve fo u le\n           L a Révolte, les rois du règne social\n        De Jésus, qui tueront logiquement le mal\n         A v a n t d ’exterm iner la misère, sa fille .\nE t ces M ages nouveaux dont les mains calmes brillent\n          Sont les artistes et les savants ra d ieu x\n    De la Science p o u r l’E xtase et l'A r t pour Dieu !\n\n         N e vous en fu yez pas, bétail sauvage\n   Des nations : L 'E n fa n t ne veut point votre mort.\n    Si vous n'avez d'autres présents, a yez courage,\n           O ffrez humblem ent vos rem ords.\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1280, "texte": "                            233\n\n                   L e Ressuscité ressuscite\n     Ceux qui l'aiment. Sa vie où l'E tern el palpite\n        F e r a l'éternité s'engendrer chaque jo u r\n   Comme une fle u r-p h é n ix dans votre cœ ur d'am our.\n      H élas, si vous f u y e z est-ce l'horrible rage\n         De l'homme déicide, âpre à s'habituer\n    A cet E n fa n t de gloire impassible a u x outrages,\n      A ce divin A m o u r qu'on ne p e u t p lu s tuer?\n\n\n               M ais la vive lum ière immense\n     Gagne la terre et, les y e u x clairs de repentir,\n     Des peuples, fa its de gens enviant les m a rtyrs,\n             A vec un g ra n d frisso n s’avancent.\n      Les rayons de Jésus couvrent tout, les fo rê ts,\n            Les hommes, les monts et les villes.\n   Vers la crèche brûlante a u x fo u rn a ise s tranquilles\n      T out gravite entraîné p a r un suprême attrait.\n     Seul un horizon lointain, étroit, reste sombre;\n       Où comme des spectres dans des décombres,\n      Crispés à contempler le triomphe du Christ,\n     Dans les clochers d'une église babylonienne,\n   Des anges noirs, désespérés, a u x y e u x d'hyène,\nSonnent, prophétiques, le glas de la m ort de l'Antéchrist.\n\n                                            A L B E R T JO U N E T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-004", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 234, "page_fin": 238, "titre_corps": "La légende du Sonneur", "titre_sommaire": "La légende du Sonneur (conte de Noël)", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Virrès", "ancre_debut": "La légende du Sonneur                      il voyait, du haut de son c", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 315, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 51, "fin_caractere_exclue": 1822, "texte": "La légende du Sonneur\n\n\n\n                  il voyait, du haut de son clocher, la terre de\n\n\n Q\n         uand\n\n             Flandre s’éveiller dans les blancheurs de l ’aube; il lui\n            semblait q u ’il était le m aître vigilant et écouté, et que\n           la plaine n ’attendait que le son m atin al. de ses cloches pour\nvivre une journée nouvelle. L a musique grave qui courait au\n ras des campagnes, agitant les brouillards de la nuit, c’était le\nsignal pour les gens et les bêtes. C’était le clocher, l’ordonna­\nteur, c’était lui, le sonneur dont les bras vigoureux faisaient\nchanter l ’airain, qui intim ait aux êtres et aux choses le m ysté­\nrieux devoir de l’heure. L ui, le paysan, se sentait une âme\néparse sur ce coin de pays, alors que s'envolaient au lever du\njo u r les voix du clocher, prières unies à la p riè re , de frères\nq u ’elles invitaient. L e soir prostrait les fronts, à son appel,\ndevant Dieu. Il était le servant direct du Seigneur, et le sou­\nvenir de sa loi s’éveillait chez les hommes avec les cadences des\ncampanes. Sa m usique était une musique du ciel. E t s’il barrait\nla nuit de la grâce des indulgences,' n ’était-il pas le gardien des\nténèbres sanctifiées? U n enfant s’endorm ait les lèvres balbu­\ntiantes... je vous salue, M arie... E t les couches nuptiales abri­\ntaient des am ours bénies. Il sonnait aussi la gloire de vivre au\nmilieu des aoûts frém issants, sous l’azur ébloui du zénith; le\nsoleil semait ses lumières dans la tour, des guirlandes de clartés\nbordaient les cloches, et ces jours-là il brandissait de l’or, là-\nhaut, dans la pénom bre poudreuse du clocher. Mais le soir,\ntoujours, le retenait pensif, accoudé en plein ciel, au milieu des\nétoiles, l’esprit dans le rêve ensorceleur de l’infini des espaces.\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2161, "texte": "                                235\n\n E t dans le village on qualifiait le sonneur, un pauvre homme\n fou.\n    Mais le sonneur avait de tragiques transports si le désastre\ntendait son poing précurseur au dessus du destin. Il clam ait la\nvengeance, les battants des sonnailles déchiraient les airs de\n cris de colère, et la tour justicière proférait la sentence de l’ab­\nsolue droiture. L e sonneur sentait grandir sa puissance ignorée,\net m êlant ses accents aux tocsins, il rendait le verdict définitif.\n Il savait la loi de m ystère qui punit, chez le fils, le père, et le\nfléau q u ’il proclam ait affichait dans son cerveau en caractères\nde flammes, le châtim ent voulu pour u n viol des lois divines.\n L a tour se dressait, immémorial tém oin des catastrophes,\nléchée des lueurs d ’incendie, et im ageant l’idée de l’éternelle\nJustice.\n    Cependant la voix du clocher n ’est plus q u ’hum aine. L a\nm ort passe. Des supplications et des sanglots. Voici s’ouvrir le\nchamp illimité de l’espoir et le gouffre sans fond de la crainte.\nLes cloches sont les suppliantes, à l’unisson de toutes les âmes,\npour les âm es envolées. Leurs vibrances sont des appels vers\nla M iséricorde; elles m ontent comme la prière, comme cet\nencens du cœ ur s’élève vers le ciel.\n    Si le lendem ain, telle une bande d ’oiseaux joyeux enivrés\nd ’air et d ’espace, les tintinnabulem ents légers s’élancent au\ndessus des toits, c’est la voix heureuse de l’Eglise qui congra­\ntule, au baptêm e, l’enfant blanc dans ses langes blancs.\n    L e sonneur sonne, aux épousailles, de rayonnantes sonneries.\nL e sonneur sonne, aux fêtes, les triom phants renouveaux des\npassés de Foi, am enant les peuples aux pieds de Jésus. L a\ncloche dit l’obédience dominicale. L e sonneur sonne les ordres.\nIl s’exalte dans la voix d ’en haut qui tom be sur le m onde. L a\ntour s’élève, fière et maternelle, au m ilieu des cabanes rassem­\nblées à ses pieds. Elle s’érige dans les jours ténébreux comme\nle phare des consciences, et l’entité de ce coin de pays git en\nelle.\n    L orsque l’hiver balaya de ses rafales la terre de Flandre, et\nfit m ugir la tour, quand les sons arrachés du clocher fuirent\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2271, "texte": "                                 236\n\n  éperdum ent emportés par la tourm ente, le sonneur, debout\n  devant une lucarne aérienne, fouetté et secoué par la pluie et la\n  tem pête, regarda l’horizon m ouvant. Les nuages glissaient,\n  tordus fantastiquem ent, dans le ciel livide, et les crépuscules\n  s ’abattaient comme des grêles de cendres noires. Des soirs\n  d ’encre, traversés p ar les huhulem ents du vent et où éclatait le\n  crépitem ent des ondées, s’enfouissaient devant lui dans les\n  abîmes obscurs. Vigie de l’ombre, pilote balloté par les vestiges\n  des nuits, l ’homme veillait. L e joui venant filtrait une clarté\n brum euse à l’Orient, et les dernières heures lentes de novem­\n bre tintaient au clocher avec des voix félées.\n      U n soir de décembre, comme le sonneur, figé dans sa noc­\n turne contem plation, portait son regard tout au dessus de lui,\n il vit une déchirure dans la masse opaque des ténèbres, et des\n étoiles crevèrent l’obscurité. Il vit lentem ent s’entr’ouvrir les\n rideaux fuligineux qui cachaient la nue, et toutes les fleurs d ’or,\n poussant aux champs du ciel, rayonnèrent doucement. L e jo u r\n naquit le lendem ain, argenté et frissonnant, et s’endorm it dans\n la robe vermeille que lui tissait, au couchant, le soleil.\n     L e sonneur chanta, en même temps que les cloches, l'angélus\n vespéral, puis, ayant escaladé les marches branlantes du clo­\n cher, il s’accouda en plein ciel, au m ilieu des étoiles, et soudain\n tendant la m ain vers u n point de l’immensité, il dit avec trans­\n port : — Elle approche!\n     Les gens alors virent souvent passer dans les ruelles du\nvillage, front nu, les yeux brillants, et les gestes très vagues,\navec des paroles très vagues aussi, celui que l’on qualifiait un\npauvre homme fou.\n     E t le sonneur s’exclamait dans le silence nocturne, et parfois\nu n paysan attardé, passant près de l’église, s’arrêtait en enten­\nd an t une voix aérienne qui fusait du clocher, joyeuse ou hale­\ntante. P u is le souvenir du pauvre homme fou renaissant dans\nsa cervelle,, le villageois passait outre.\n     Ainsi, le rêve du sonneur vivait dans la nuit lum ineuse! L à,\ndevant lui, chaque soir plus proche, l’étoile annonciatrice avan­\nçait dans. le, ciel. Noël ! Noël. ! L a naissance divine du royal\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2161, "texte": "                                237\n\nenfantelet, allait se remémorer à nouveau par dessus l’amoncel­\nlement des siècles, et l’astre conducteur renouvelait le prodige\nque les Mages contem plèrent au milieu du peuple idolâtre. L a\nterre de Flandre, immense et silencieuse, se recueillait dans le\nsoir religieux. Mais une fois — ce fut la veille du grand anni­\nversaire que ceci se passa — le sonneur aperçut sur la route,\nm enant au village, trois ombres très lointaines qui se m ouvaient\ndans la clarté de lune, tandis que de brusques lueurs illum i ­\nnaient u n coin du ciel et que des voix confuses d ’abord, mais à\nprésent claironnantes dans la plaine et des appels au loin réper­\ncutés, arrivaient, et c’étaient des hommes qui couraient éperdus ;\nles voix voisines déjà, et les hommes surgis brusquem ent tout\nautour des cabanes, — et toute la plaine vivait.\n   L e sonneur à genoux, leva ses deux bras au firmament.\n   L ’astre traçait u n chem in dé lum ière dans l ’azur; la nuit\nbordait de velours ses lances étincelantes.\n   Le visionnaire, abîm é dans l’extaxe, levait les bras au\nfirmament.\n   M inuit révéla le prodige accompli.\n   L 'astre s’im mobilisait au dessus de la tour.\n   S ur la place, devant l’église, u n groupe de paysans passa. Ces\ngens s’étonnèrent du silence des cloches avant la messe de Noël,\net l’un d ’eux regarda la vieille tour, silencieuse à cette heure\ndu monde, Il vit un homme au sommet du clocher, accroché à\nlà croix. Tous regardèrent. L ’homme cria : — L ’Etoile, l’Etoile !\nJe vois l’Etoile, je veux l’Etoile ! Il escaladait la croix. Cepen­\ndant les paysans ne virent pas l’astre d ’or dont les ruissellements\nardents baignaient déjà la tête du sonneur, il m onta droit sur la\ncroix et tendit les bras au firmament.\n   Les paysans haletèrent, car, sans un cri, l’homme était tombé\nen arrière et sous la vieille tour il gisait, les bras encore dressés\nvers le ciel de clarté.\n   Les paysans alors hurlèrent d ’effroi. — L e pauvre homme\nfou ! Le pauvre homme fou ! Les portes s’ouvraient, des m ur­\nmures couraient, puis des bruits de voix épouvantées, des\nlarmes de femmes ; les villageois, toujours plus nombreux, se\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 695, "texte": "                                238\n\npressaient autour du sonneur, immobile, hiératique, dans son\ngeste d ’extase.\n   Le prêtre du village accourait.\n   Il a pris dans le ciboire une hostie, et le sonneur s’est mis à\ngenoux.\n   Il a tendu l’hostie vers les lèvres du sonneur.\n   Trois enfants ont crié dans le peuple frissonnant : — C’est une\nEtoile ! c’est une Etoile aux doigts du prêtre ! Oh ! nos yeux ! nos\nyeux !\n   Le sonneur est recouché, et ses bras, tendus au firmament,\ns’abaissent.\n   Mais tous entendent une cloche qui frém it dans la tour\nvétuste, et dont le son pleure longtem ps sur la foule prosternée.\n                                                G E O R G E S V IR R È S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-005", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 239, "page_fin": 240, "titre_corps": "Prière", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "Prière  Le soir tombe; prions pou", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 320, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 907, "texte": "Prière\n\nLe soir tombe; prions pour les pauvres malades.\nJe songe à ceux qui sont dans leurs chambres, reclus ;\nLes paralytiques, les perclus,\nCeux qui ne sortiront jamais plus.\n\n\nLe soir tombe ; prionspour lespauvres malades.\nPour les irrémédiables phtysiques,\nQui rêvent de candide amour, d’émois physiques,\nE t d’un mariage en musique.\n\n\nLe soir tombe ; prions pour les pauvres malades.\nJe songe à ceux des salles d’hôpitaux,\nPâles sur l'oreiller de leurs lits sans rideaux,\nQu’on n’appelle plus que d'un numéro.\n\n\nLe soir tombe ; prions pour les pauvres malades.\nPour ceux que mine un vague mal occulte\nPar qui leur visage, en ivoire, se sculpte,\nTapotant sur les vitres, comm e on ausculte.\n\n\nLe soir tombe ; prions pour les pauvres malades.\nPour les petits enfants surtout, fragile neige !\nQui si vite ont l’air d’un lys dans un piège,\nD ’une hostie en fleur qui se désagrège...\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 465, "texte": "                           240\n\nLe soir tombe ; prions pour les pauvres malades.\nPour ceux qui sont malades d’avoir faim,\nDe n’avoir jamais eu de vin,\nEt qui font des projets sans fin !\n\n\nLe soir tombe; prions pour les pauvres malades.\nJe songe à ceux qui vont mourir, vraiment trop las !\nPeut-être voient-ils des oiseaux lilas\nPasser dans l ’air avec des glas !\nLe soir tombe ; prions pour les pauvres malades.\n\n                                 GEORGES RODENBACH.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-006", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 241, "page_fin": 243, "titre_corps": "Conte de Noël : Le réveillon de la bonne sœur « Maleine »", "titre_sommaire": "Le Réveillon de la bonne sœur « Mateine »", "rubrique": "", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "Conte de N o ë l(1)                        LE     R É V E IL L O N                                              DE L A BONN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 322, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 81, "fin_caractere_exclue": 2586, "texte": "Conte de N o ë l(1)\n\n                      LE     R É V E IL L O N\n                                             DE L A BONNE\n                                                                  SŒ U R      « M A L E IN E »\n     A MA CHÈRE FEMME\n\n\n\n\n           a b o n n e sœ u r se n o m m e          M a d e le in e ,   m a is le s e n fa n ts\n\n\nL            a u x q u e ls e lle e n s e ig n e la p riè r e e t l ’a lp h a b e t, d e s p e tits\n            d e c in q a n s a u p lu s , l ’a p p e lle n t « H a l e i n e s , m o t d e\n          p r o n o n c ia tio n p lu s a is é e p o u r leu rs lè v r e s, in h a b ile s e n c o r e\na u x su b tilité s d e s lo n g s v o c a b le s .\n   C e p e tit n o m d e M a le in e , d ’a llu re n a ïv e , sie d m ie u x à\nla je u n e r e lig ie u s e q u e l ’a u tre, e t to u t le c o u v e n t l'a b ie n\nv ite a d o p té fa m iliè r e m e n t. S œ u r M a le in e , e n effet, e st e lle -m ê m e\nu n e g r a n d e e n fa n t. S o n c œ u r e st p lu s c a n d id e q u e sa b la n c h e\nc o r n e tte et se s y e u x s o n t p lu s b le u s q u e sa ro b e b le u e .\n   L e d irecteu r d u c o u v e n t, u n a n c ie n cu ré d e v illa g e a u r é o lé\nd e b la n c s c h e v e u x , q u i a g a r d é , d e s o n lo n g sé jo u r à la c a m ­\npagne,       lin   v o c a b u la ir e p itto r e sq u e , a d é c la r é , certa in jo u r ,\nà la su p é r ie u r e d e la m a iso n : q u ’il fa isa it to u jo u rs « m a tin\nd e m ai » d a n s l ’â m e d e la sa in te fille e t q u e D ie u se p r o m e n a it\nd a n s le c œ u r d e sœ u r M a d e le in e « c o m m e d a n s s o n ja r d in ».\n    C ette g r a n d e e n fa n t s e tr o u v e d o n c b ie n h e u r e u se d e faire la\nc la sse a u x to u s p e tits , c e jo u r d ’h u i su r to u t, 2 4 d é c e m b r e .\n    L a R é v é r e n d e M ère su p é r ie u r e a d o n n é , le m id i, a u réfec­\ntoire, e t à to u te s s e s r e lig ie u s e s , lic e n c e d ’a m u se r é c o lie r s et\né c o liè r e s, e n l ’h o n n e u r d e la fê te d u le n d e m a in .\n   — C e sera v o tr e r é v e illo n , sœ u r             M a le in e , a-t-elle d it,        en\nso u r ia n t.\n  A u ssi la b o n n e sœ u r c o m p te -t-e lle s ’e m p lo y e r , d e to u te so n\nâm e, à réjo u ir le c œ u r d e s d o u z e p e tits c o n fié s à sa g a rd e.\n   A u m o m e n t d e c o m m e n c e r la c la s se d e c e tte v e ille d e N oël\n\n\n  ( 1 ) D'un volume en préparation : Les D ires inquiets.\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2195, "texte": "                                  242\n\n on a amené, à la douce religieuse, un enfant de plus, un petit\n trouvé à la rue, sous le ciel gris de décembre, un petit pauvre\n q u ’on a fait m anger à l’office.\n    Sœ ur Maleine lui dem ande son nom calm em ent, et l’enfant,\n apprivoisé tout de suite par cette créature de bonté, m urm ure :\n    — Em m anuel.\n    Elle l’assied au prem ier banc, au milieu, à la place d ’honneur,\n et prononce :\n    — Au nom du Père, et du F ils...\n    E t tous les enfants se signent, répétant en chœ ur : Au nom\n du Père, et du Fils, et du Saint E sp rit...\n    Sans attendre le signal habituel, un enfant poursuit, à haute\n voix, tout seul :\n    — N otre Père qui êtes aux cieux...\n    Toutes les têtes se tournent vers le jeune audacieux qui pro­\n nonce ces paroles, à contre tem ps.\n    Mais Em m anuel, car c’est lui, continue, im perturbable, au\nm ilieu des sourires, des étonnem ents et des gestes de ses jeunes\n com pagnons.\n   Sœ ur Maleine a fait un signe. L e nouveau venu achève\nm aintenant sa prière dans le silence général. Il dit le P ater,\npuis l’Ave, et il aborde le Credo que nul garçonnet de la petite\nclasse ne connait encore. L a bonne sœ ur est dans l’émerveille­\nm ent. Em m anuel, ayant term iné la récitation du « Je crois en\n Dieu », la religieuse le regarde de son bon regard d ’enfant.\n   — T u sais lire? lui demande-t-elle, m alicieusement.\n    Em m anuel fait un joli signe affirmatif de sa tête blonde.\n   — Alors lis.\n   Sœ ur Maleine tend à l’enfant le livre qu’elle tient en main :\nL a Légende Dorée, dont elle se propose de narrer, tout à l’heure,\nquelques pieuses histoires à ses enfants.\n   Em m anuel lit adm irablem ent. L a religieuse l ’écoute, toute\nla classe l’écoute. Tous les yeux sont fixés sur le petit qui lit\ncomme un homme, malgré ses cinq ans. Em m anuel lit une his­\ntoire; le silence est complet autour de lui. Il en lit une seconde ;\nil fait aussi calme dans la classe que parm i l’étalage d ’un m ar­\nchand de statuettes. C’est à peine si, de temps en tem ps, le cha ­\np elet de sœur Maleine bruit im perceptiblem ent e n frô lan t s a robe.\n   Cependant la sœ ur intriguée interrom pt le lecteur merveilleux :\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2926, "texte": "                                                243\n\n   — T u s a is écrire a u ssi ?\n   S u r u n s ig n e d e tê te a ffirm atif, elle te n d à l ’e n fa n t le c ra y o n\nq u ’e lle p o r te à sa c e in tu r e , e t, su r la p r e m iè r e p a g e d u liv r e\nE m m a n u e l, d ’u n e m a in fe r m e , c o m m e n c e d ’écrire.\n\n    A c e m o m e n t q u e lq u ’u n fr a p p e d o u c e m e n t, à la p o r te d e la\nc la s se d e sœ u r M a le in e .\n   — M a is, m a sœ u r , p r o n o n c e u n e v o ix p ar l ’h u is e n tr e b â illé ,\nv o u s n e d e v e z p lu s y v o ir . J ’a i a llu m é il y a d u te m p s . Il e st\np rès d e q u a tre h e u r e s. Il n e ig e . Il fa u d ra r e n v o y e r v o s e n fa n ts.\n   S œ u r M a le in e su r sa u te , à c e t a p p e l v e n u d e l a c la s se v o is in e\nd e la s ie n n e . E n v é r ité , il fa it n u it, to u t à c o u p , a u to u r d ’e lle ,\net v o ic i q u e le s p e tits é c o lie r s s ’a g ite n t p e u r e u se m e n t d a n s\nl ’o m b re ta n d is q u e sa m a in tâ to n n e à la rec h e r ch e d u b e c d e gaz!\n    L e p a p illo n d ’or s ’a llu m e et fla m b e e n fin a u -d e s su s d e l ’a u d i­\nto ire e n fa n tin .\n   U n e p e tite m a in p r é se n te à la sœ u r le liv r e c lo s , u n e a u tre le\ncr a y o n tr o u v é su r le b a n c .\n   L a r e lig ie u s e c h e r c h e d e s y e u x le p e tit E m m a n u e l.. . e t n e le\nretro u v e p a s . E lle c o m p t e se s é c o lie r s su r se s d o ig ts .         I ls so n t\nd o u z e , p a s u n d e p lu s ... T o u t à l ’h e u r e ils é ta ie n t treize.\n    C ette c o n sta ta tio n tr o u b le sœ u r M a le in e , q u i s ’a c h e m in e s u iv ie\nd e s e s p e tits é c o lie r s v e r s la p o r te d e l ’é c o le . M a is u n e id é e lu i\nv ie n t : c e t en fa n t a é c r it ... E t d a n s le v e s tib u le , to u te tr o u b lé e ,\nh â tiv e m e n t, e lle e n tr ’o u v r e le liv r e q u 'e lle tie n t à la m a in .\n  S u r la p a g e, b la n c h e q u i p r é c è d e le fa u x titr e , la sœ u r lit c e s\nm o ts, in s c r its e n g r o ss e s lettres d o r é e s, d ’u n e c u r siv e su p e r b e :\n   « M e s d élice s so n t d 'ê tre a ve c les en fa n ts d es h om m es. »\n   S œ u r M a le in e e t se s é lè v e s a v a ie n t r é v e illo n n é , e n c e tte v e ille\nd e N o ë l, a v e c c e lu i q u e le s é c r itu re s a p p e lle n t l ’E m m a n u e l, c e lu i\nq u e n o u s n o m m o n s l ’E n fa n t-J é su s.\n   M o n sie u r le D ir e c te u r g a r d e , c o m m e u n e c h è r e r e liq u e ,\nl ’e x em p la ire d e L a L é g e n d e D o rée q u ’il a p r ê té à la très p ie u s e\nr e lig ie u s e e t su r le q u e l o n p e u t lire la p h r a se é v a n g é liq u e q u e\nj ’ai ra p p o rtée.\n                                                                             POL    DEM ADE.\n     Reproduction réservée.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-007", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 244, "page_fin": 246, "titre_corps": "Le Noël de la montagne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edouard Ned", "ancre_debut": "Le Noël de la Montagne                                                      Venite, adoremus.   l es   clo", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 325, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 1262, "texte": "Le Noël de la Montagne\n                                                     Venite, adoremus.\n\n\nl es   clo ch es\n\n\n          Venez, adorons-le, c’est le Seigneur du monde,\n          L e lys éblouissant qui sortit de Jessé;\n          Sois calme et belle, ô N u it propice, N u it p rofonde :\n          L a Neige chaste attend son chaste Fiancé.\n\n          Sois calme et belle, ô N u it, et sois harmonieuse :\n          P orte dans les lointains de vallons en vallons\n          Jusqu'en la p a ix de la f o r ê t silencieuse\n          Nos chants jo y e u x et nos soirs clairs de carillons.\n\n                      D ans la nuit, lointaines ou proches,\n                      « Venez, venez », disent les cloches.\n\nL ’E S P R I T D E    LA   M ONTAGNE\n\n          Qui me réveille ainsi dans la nuit m usicale?\n          L a m ontagne s'em plit de bruits harm onieux,\n          J ’ai senti tressaillir ma terre filia le,\n          P our qui sont ces accords doux et m élodieux?\n\nLES    É G L IS E S\n\n          P o ur L ui, dans la nuit brune a u x clartés indécises,\n          N ous allum ons nos fe n ê tre s qui sont nos y e u x\n          P a r où nous regardons venir les ombres grises ;\n          N ous avons allum é nos g ra n d s y e u x curieux.\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1963, "texte": "                                        245\n            Nous avons revêtu nos habits des dimanches\n            E t p a r fu m é nos corps des p a rfu m s d'O rient,\n            Nous attendons le fia n cé des Aubes blanches,\n            Celui qui, P rince et Roi, nous vient en M endiant.\n                       Claires p a rm i les ombres grises,\n                       « Accourez », disent les églises.\n\nl ’e s p r i t   DE   LA   M ONTAGNE\n\n            Les rudes m ontagnards vêtus des blouses neuves\n            E t les fe m m e s et les petits enfants f r i le u x\n            R oulent leurs f lots pressés et noirs comme des fleuves\n            Vers les seuils éclairés des temples lum ineux.\n\n            M es fils , dont les p a s f o n t gém ir la belle neige,\n            Dans la g ra n d e N u it calme et douce de langueur,\n            A quel Roi voulez-vous f a i r e hommage et cortège?\n            C’est donc un Dieu bien g ra n d , c'est donc un Dieu\n                                                           [vainqueur !\nLES     ENFANTS\n\n            N on, il est tout petit, tout petit, dans sa crèche,\n            T out p e tit comme nous qui sommes ses amis,\n            I l a les cheveux blonds, l'œ il doux, la lèvre fra îc h e ,\n            I l repose entre l'âne et le b œ u f endormis.\n\n             O le pa u vre ! il a fr o id , couché sur de la paille ;\n             M ais de beaux anges clairs se courbent devant lui\n             E t pardessus l'étable, en la n u it qui tressaille,\n             L a g ra n d e étoile d'or éblouissante luit.\n                       « Voici les Jésus dans les crèches,\n                       A llons voir », disent des voix fraîches.\n\nLES     M ONTAGNARDS\n\n             I l est l'H um ble qui vient p auvre dans une étable\n             A vec des verbes d'or, bons et consolateurs,\n             E t p o u r les tout petits comme nous, charitable,\n             Dans sa besace il a les dogmes rédempteurs.\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1149, "texte": "                                          246\n\n            O le Pâtre d 'A m o u r ardent qui sym bolise\n            L'inaltérable p a ix p a rm i tous les troupeaux\n            E t qui vient apporter la Justice p ro m ise !\n            Demain se lèvera l'Aube des temps nouveaux.\n                       « C'est le Dieu des mansuétudes,\n                       Aim ons-le », disent des voix rudes.\n\nl ’e s p r i t   d e   la   m o ntagn e\n\n\n             Gloire donc au p orteur de la Bonne N ouvelle !\n             Toute la terre et les chemins chantent d'am our,\n             Chansons des vents et des fo r ê ts dans la nuit belle,\n             Chansons dans les ham eaux et chansons dans le bourg.\n\n             E t moi, l'E sprit de la M ontagne douce et bonne,\n             Géant au cœ ur de miel en un corps de granit,\n             Je te salue, ô C hrist Jésus, et j e te donne\n             T o u t mon peuple à genoux, mon peuple rajeuni.\n                        « A im ez-vous, vous êtes tous frères,\n                        A im ez-vous », disent les bruyères.\n                                                            ED O U A R D N E D .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-008", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 247, "page_fin": 249, "titre_corps": "Epiphanie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Dullaert", "ancre_debut": "Epiphanie           t    voici qu'aux jours d ’H ér", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 328, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 67, "fin_caractere_exclue": 1683, "texte": "Epiphanie\n\n\n        t    voici qu'aux jours d ’H érode, Jésus é ta n t n é dans\n\n\nE           B ethléem de Juda, les M ages du lointain O rient,\n            G aspard, M elchior et B althazar, guidés p ar une\nétoile neuve, s’achem inèrent, pour l’adorer, vers l’enfantelet\ndivin, ro i d ’Israël.\n   C’était, su ivant la tradition, des hom m es savants et puis­\nsants, qui, dans leur p atrie m ystérieuse, A rabie, P erse,\nM ésopotam ie ou C haldée, professaient la sagesse e t s’effor-\nçaient de lire au livre des astres les secrets de l’avenir. Sans\ndoute ils v o y ag è ren t en caravane brillan te et, tels que les\npeig n iren t en leurs trip ty q u es les vieux m aîtres, ils s’en\nv in ren t, v êtu s de velours som ptueux et de la ru tilan ce des\nbrocarts, p ro ste rn e r d ev an t l’hum ble berceau leur science et\nleur g ran d eu r e t offrir au N ouveau-né leurs présen ts sym bo­\nliques.\n  M ais, com m e ils arriv aien t de très loin et s’étaien t attardés\ndans Jérusalem à s’en q u érir du lieu où le M essie atten d a it\nleurs hom m ages, ils ne furent p o in t les prem iers dans l’ado­\nration.\n    D e pauvres bergers de B eit-Saour les avaient dès longtem ps\ndevancés. T andis qu’aux alentours de l’étable à jam ais\nauguste, ils g ard aien t leurs troupeaux, une clarté m erveil­\nleuse av ait ébloui soudain les ténèbres et, surgi aux regards\ndes p asteurs éperdus, u n céleste h érau t avait annoncé le\nVerbe fait chair. D ans le vaste silence nocturne, les trio m ­\np h an tes arm ées du paradis clam aient aux espaces la gloire du\nT rè s-H a u t e t la p a ix prom ise aux hom m es de bon vouloir.\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "                                 248\n\nE t aussitôt, pieds nus, la sordide peau de m outon aux épaules\ne t le bâton de sycom ore à la m ain, p leu ra n t d ’allégresse, les\nguenilleux élus de la douce nouvelle s’étaie n t h âtés vers la\ncrèche de m isère pour y déposer en offrande, aux pieds de\nl ’E n fan t, leurs âm es naïves. P a r u n privilège sublim e, ils\nfurent, avec M arie et Joseph, les prem iers adorateurs de Jésus :\nles m ages ne l’ap p ro ch èren t qu’après eux.\n    C ertes, ce n e fut pas u n vain hasard qui ordonna la succes­\nsion de leurs venues. Ceux qui croient n e p eu v en t douter\nqu’un dessein providentiel se m anifeste en c e tte préséance\naccordée, auprès de Celui qui s’incarna à cause de la souffrance\ne t du gém issem ent des m isérables, au faible sur le fort, au\nsim ple sur le savant. U n profond sym bole ap p araît en ce\n double épisode évangélique.\n    N é parm i les plus hum bles chez u n e n atio n vassale, ceux\n que Jésus appelle av a n t tous autres à l’h o n n eu r insigne de\n l’adorer dans ses langes so n t des bergers, infim es en O rient\n parm i les plus infim es, qui, tandis que la g en tilité députe\n vers B ethléem l’élite de ses sages, ap p o rten t, eux, au M essie\n désiré p ar des générations sans nom bre l ’hom m age plus\n ten d re du peuple choisi. E t, cep en d an t q u ’une étoile inconnue\n m ène p ar les déserts la caravane opulente des m ages, il\n sem ble que D ieu veuille, pour convoquer les pauvres autour\n de son berceau, un plus éc la tan t prodige : ce so n t les anges\n eux-m êm es, m inistres in tellig en ts des volontés suprêm es,\n qui g u id en t vers l’extase les pasteurs. A insi, dès sa naissance,\n le P rin ce des D ouleurs m arque splendidem ent sa prédilection\n p o u r les petits.\n     M ais autre chose encore frappe dans l’éto n n a n t récit des\n  E vangiles. L es m ages, qui figurent aux pieds du Sauveur la\n  puissance terrestre e t la sagesse hum aine, ne se tro u v en t\n  po in t, com m e les bergers de B eit-Saour, aux im m édiates\n  approches de l’étable, p en d a n t la n u it sacrée. Si deux ou trois\n  m ois de la vie divine s’écoulèrent av a n t leur visite, ce n ’est\n  pas que le M essie leur eû t été tard iv em en t annoncé, m ais à\n  cause que la ro u te é ta it longue de leur patrie à B ethléem . E t\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1835, "texte": "                                 249\n\nte lle est la signification sym bolique de leur voyage : il fallait\nqu’ils v in ssen t de très loin, puisqu’ils é taie n t m ages.\n    Car ils re p ré se n ta ie n t la force, e t les faibles sont plus\nproches de la lum ière que les forts; la science, e t les doctes\nso n t m oins proches de la lum ière que les ignorants. L a grâce\nn ’habite qu’en les hum bles d’esprit, e t c’est l’orgueil fatal\nqui trio m p h e com m uném ent dans l’âm e des savants e t qui\nen chasse D ieu. L es cœ urs sim ples en ten d e n t et v oient; avec\nto u te leu r philosophie, les sages d em eurent aveugles et\nsourds. L a raison superbe e t stérile m enace en eux, sans\ntrêv e, la F o i. E t les âm es des puissants n ’échappent à ce\npéril que p o u r succom ber sous un autre : les am bitions e t les\n convoitises terrestres, qui g u e tte n t l’hum anité entière, les\n subjuguent plus aisém ent, les im périeuses voix du siècle et\n d e la chair étouffent en eux les paroles du Ciel. Avec une\n ob stin atio n plus redoutable re te n tit en leurs cœ urs le N on\n scrviavi de l ’archange rebelle.\n    E n v érité, la fausse sagesse e t la force superbe creusent\n des gouffres terribles en tre l ’hom m e et D ieu : les m ages qui\n se p ro ste rn e n t à B ethléem s’en v ien n en t de loin.\n     E t ces chefs m y stérieux de l’O rien t, G aspard, M elchior\n et B althazar, sont grands p arce que, a y a n t su que D ieu choisit,\n selon la parole de l ’apôtre, l’ig n o ran t p our confondre le sage,\n le faible p o u r confondre le fort, ils o n t gardé l’hum ilité du\n cœ ur et la sim plicité d’esprit, e t que leurs âm es désireuses\n du royaum e étern el, fu ren t pareilles, en leur v ierge candeur,\n aux âm es des p etits enfants.\n                                                M A U R IC E D U L L A E R T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-009", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 250, "page_fin": 252, "titre_corps": "Noëls lointains", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Oudinot", "ancre_debut": "Noëls lointains         e les aime entre toutes, c", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 331, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 2012, "texte": "Noëls lointains\n\n\n      e les aime entre toutes, ces saisons de silence et de sommeil,\n\n\nJ      ces hivers enlinceulés de brum e, qui sem blent effacer et\n        calmer la vie, et dont la mélancolie, m aintes fois redite,\n      invite à des pèlerinages vers l’Autrefois, vers l’Oublié, jusque\nvers les puérilités de l’enfance.\n    Les soirs évocateurs de l’hiver, me conduisent en des logis\ndu passé, dans une ville endormie à la lisière d ’une province de\nl’Ouest, sur les bords de l’Océan. Oh ! la tristesse des ruelles\nm ontantes, grises tout le jour, des places désertées, du port\nminuscule où des barques de pêcheurs se balancent lam enta­\nblem ent ; l’aspect sinistre de la grande jetée, bruyante comme\nun boulevard, voilà seulem ent quatre mois. O h! la plainte\nincessante de la mer, voilée de brouillard à l’horizon, — le\npaysage de désolation et d ’ennui Dans les cabarets, aux vitres\nembuées, des marins causent, jouent et chantent, au milieu\ndes nuages de fumée, en l’atm osphère tiède de ce hall, mieux\nclos et plus hospitalier que la m asure aux odeurs de varech, où\nla marmaille piaille en les attendant. Au dehors le froid et le\nvent, le triom phe de l’hiver.\n   Je la revois, telle qu’elle se fixa jadis dans ma mémoire, cette\nville de la côte, je revois la plage où j ’ai couru, le cabaret des\nmatelots, les chemins aux galets dépolis, tout cela, enseveli sous\nles neiges, lointain comme une apparition, mais d ’un charme\ninexprimable. L ’hiver ! et ce sont aussi des visions de blanches\ncontrées du N o rd : les toits encapuchonnés de glace, les plaines\nillimitées, semblables à quelque prodigieux tapis d ’hermine, les\nintérieurs luisants, où, réunis devant la cheminée haute, le soir,\nles enfants écoutent les histoires et les légendes.\n    Quiconque seulem ent a vu l’hiver à P aris, ne saurait com ­\nprendre l’enchantem ent q u ’il réserve en d ’autres légions. A\nP aris, l’hiver signifie le théâtre, les concerts, l’éblouissement\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2509, "texte": "                                25l\n\ndes cafés aux boulevards, les soupers après m inuit, — les clar­\ntés électriques. E n province, au contraire, il évoque les bonnes\nsoirées, la joie des simples, espérant les fêtes intimes, l’âtre des\nrom ans naïfs, la bûche rougeoyante, le Noël familial.\n    Les Noëls d ’autrefois, je les retrouve, en ce retour vers l’éva­\nnoui, risibles pour notre époque d ’indifférence, où toute fête,\nmême la plus sainte, invite particulièrem ent, aux repas copieux\ndans les sous-sols de brasseries, illuminés et fleuris... Il faut\névoquer les Noëls lointains et mystérieux, les beaux Noëls,\nsouhaités en quelque vieille dem eure d ’aïeul, dans une province\nsilencieuse, close aux rum eurs du monde. Je me rappelle. Les\nheures, une à une s’égrenaient, et, rassemblés au salon très\nvaste, sous la lam pe, devant le foyer joyeusem ent lumineux, la\nveillée commémorative se continuait. On devinait la neige et\nl ’ardeur du froid ; quelquefois, le gel ciselait des broderies\ninusitées sur les vitres. On parlait des . nuits miraculeuses\nd ’Orient, on rem ontait les siècles, pour rechercher l’apparition\nde l’E nfant Sauveur, l’annonciation aux bergers, la visite des\nRois Mages, la crèche dans l’étable. Les petits s’émerveillaient\ndes récits; leurs yeux étonnés sem blaient suivre des vols de\nséraphins, et ils prom ettaient bien de rester sages, de se souvenir\ntoujours. Combien se souviennent, aujourd’hui !\n    L e plus âgé des convives ouvrait la très ancienne Bible à\nreliure archaïque, léguée de génération en génération, imprimée\nen grosses lettres, pour la vue fragile des vieillards. Il lisait les\nversets des Evangélistes; il lisait lentem ent; les phrases se pré­\ncisaient, solennelles, et une grande joie et u n grand frisson\npassaient à la révélation de la Naissance. « Marie conservait\ntoutes ces choses en son cœur.» Cette Parole causait la sensa­\ntion d ’une im m ensité soudainem ent aperçue, disait l’allégresse\nprofonde de la Mère choisie de toute éternité pour la glorieuse\nincarnation du Verbe, et cependant effacée en l’obscur logis\ndes pauvres, sous la sûre protection des anges, et c’était Elle\net son Fils, qu’on désignait aux petits.\n    Après la lecture, la prière, les enfants endormis, on préparait\npour le m atin du lendem ain, les hauts arbres de Noël, les sapins\nverts aux branches nom breuses, où s’accrochaient de m inus­\ncules lanternes peintes, des jouets variés. Au réveil m atinal,\nles enfants se hâtaient dans la chambre décorée pour la circons­\n"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2189, "texte": "                                352\n\ntance, où se conservaient habituellem ent les fruits sur des éta­\ngères de meubles surannés. L ’arbre les éblouissait, de ses\ninnom brables lumières m inuscules, et les petites mains se\ntendaient vers les hochets trem blants sous les frêles ramures.\n   Puis, on se souvenait des enfants inconnus, du même âge, —\nplus proches de Celui dont on fêtait la venue — et qui, peut,\nêtre aujourd’hui, m ouraient de froid et de faim, des innocents\nqui savaient déjà la misère — et seulem ent la misère. C’était\nalors, le départ, dès le jour advenu, les haltes de taudis en ta u ­\ndis, avec les bras remplis de jouets — les jouets de l’arbre — de\nbrioches, de lainages chauds. On em brassait les marm ots ché­\ntifs, un instant dans le ravissement, on leur offrait au nom de\nJésus, \" N otre F rère \", une fugitive clarté de bonheur et les\nmères, en loques, remerciaient en des gestes de bénédiction, et\nles petits joignaient leurs doigts, souriaient délicieusem ent...\n   On rentrait le soir, très las, heureux des longues courses ;\nsouvent il ne restait plus le m oindre jouet à l’arbre du m atin,\nmais aucun, certainem ent, ne regrettait, en son âme simple, les\nprésents bien humbles, à la distribution desquels les mères\navaient présidé, pour être agréables — expliquaient-elles — à\nNotre-Seigneur, dont c’était le jo u r anniversaire.\n   E n cette fête, rêvée universelle, où toutes les cloches des\néglises chrétiennes de toutes les confessions, sonnent triom pha­\nlement, comme si elles voulaient s’unir dans la joie égale de la\nNativité, nous devions, je me souviens, oublier aussi les haines\nenfantines, les colères, effacer nos rancunes et prom ettre de\nnous aimer « comme le Sauveur nous aim ait. » E t nous prom et­\ntions sincèrement, au souvenir du Berceau, dont l’image nous\nhantait.\n   Aussi loin, je le veux croire, c’est autour de ce Berceau con­\nsolateur, que les chrétiens des églises différentes et les chrétiens\nerrants et incertains, hors des églises, viendront enfin se récon­\ncilier, se réunir à jam ais, en présence du P etit E nfant, du P etit\nPauvre de Bethléem.\n                                               G E O R G E S O U D IN O T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-010", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 253, "page_fin": 254, "titre_corps": "Prière des Inquiets", "titre_sommaire": "Prière des Inquiets", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Berthel", "ancre_debut": "Prière des Inquiets                                              A E dgard R ichaum e .     D o u x J", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 334, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 900, "texte": "Prière des Inquiets\n\n                                            A E dgard R ichaum e .\n\n\n\n\nD o u x Jésus, nous voici p ria n t dans les églises\nOù ton regard p lu s doux que les m eilleurs baisers\nCaresse, bienfaisant, les fidèles pressés\nPrès des confessionnaux oit les péchés se disent.\n\n\nN ous sommes les Inquiets qu'épouvante la vie :\nL'au-delà m ystérieux obsède nos esprits\nE t nous venons à Toi, car nous avons compris\nQue seul Tu p e u x g u érir nos âmes assombries.\n\n\nD o u x C hrist! nosy e u x sont fa ib le s et nos espoirs sont la s ...\nA h ! nous avons cherché l ’Idéal qui f a i t vivre\nDans l ’orgueil, dans l'argent, dans l'am our qui enivrent\nE t tous désenchantés, ô d o u x Christ, nous voilà !\n\n\nE t nous Te supplions, ô Bon Galiléen,\nPrince des pauvres, Dieu magnanim e,\nE t nous T e dem andons p o u r nos cœurs incertains\nL a F oi belle et fo r te des hym nes !\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 690, "texte": "                           254\n\nL a F oi — levain de p a ix p our les âmes inquiètes —\nQui donne la lum ière a u x y e u x qui n'ont su voir ;\nL a Foi qui f a i t germ er les superbes Espoirs,\nDonne-la nous, Seigneur, — ce sera fê te .\n\n\nCe sera f ê te au Ciel et puis f ê te en nous même !\nN os cœurs auront compris et nos y e u x auront vus.\nN ous n'aimerons que Toi, ô Seigneur, qui nous aimes\nE t notre saint am our ne sera p o in t déçu !\n\n\nN ous sommes les Inquiets qu épouvante la vie :\nL 'au-delà m ystérieu x obsède nos esprits\nE t nous venons à Toi, car nous avons compris\nQue seul Tu p e u x g u érirs ne âmes assombries.\n\n                                        ALBERT BERTHEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-011", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 255, "page_fin": 256, "titre_corps": "Le retour de l’exil", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Eugène Herdies", "ancre_debut": "Le retour de l’exil                                              A   G eorges R a m a ek ers.        l    ét", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "Le retour de l’exil\n\n                                            A   G eorges R a m a ek ers.\n\n\n\n    l    était revenu par un soir de Noël, lui le poète, le fou; dans\n\n\nI       son village, son vieux village qui avait bercé ses espoirs.\n           Il était revenu sans gloire, sans nom , tous ses désirs,\ntous ses rêves souillés.\n    L a grande cam pagne était morte m aintenant et reposait sous\nson beau voile de com m uniante, blanche et parée de neige pour\nla fête du doux Jésus.\n    Oh! cette neige, cette belle neige, blanche comme les pétales\nd ’avril, il y m archait doucement; il avait peur de la souiller, car\nc’était son âme cette plaine blanche, son âme souillée p ar les\nnoires réalités.\n    Les cloches chantaient de leurs voix blanches. L eurs douces\nvoix m ouraient là-bas près des pauvres pom m iers qui pleuraient\nleurs larmes de givre, de ne pouvoir plus fleurir. Alors il se\nsouvint; oui, il y avait longtem ps de cela, était-ce dans la vraie\nvie, était-ce dans le rêve? Oui, il y avait longtem ps, il était bien\nfrêle alors, bien petit, et son âme était pure et claire comme\nune neige nouvelle. Oui, il se rappelait m aintenant :\n    C’était u n grand arbre vert, tout chargé d ’étincellements et\nde dorures, des têtes aimées penchées sur la table, et des yeux\ncouleur de lune, des yeux couleur de bluets et des chevelures\nd ’or près du grand sapin dôm al... P uis des cris, des dents qui\nbrillaient, et deux très vieux qui trem blaient comme une feuille\nd ’autom ne, en em brassant les têtes blondes comme une poignée\nd ’épis d ’or.\n   E t tout à coup la vieille pendule balançait son cœ ur de cuivre,\nchantant douze coup mystérieux avec quelque chose de passé\net d ’enclos...\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1812, "texte": "                                256\n\n   M aintenant là-bas, le chemin s’allongeait tout blanc avec ses\nfoules de fidèles vers l ’église s’estom pant dans un ciel étoilé,\navec ses neiges à son clocheton, et ses verrières flambantes,\ncomme la lumière du refuge pour le chemineau, comme l’appel\nd ’or pour les âmes égarées.\n   E t il les reconnaissait tous les souvenirs, les têtes blondes,\nles têtes grises surtout qui allaient, et les vieux qui cahotaient\ndans le chemin avec des sourires ridés pour les petites vieilles\nappuyées sur leur bâton, avec leur coiffe blanche jetée au vent.\nIl suivit inconsciemment la foule et nul ne le reconnut. On\noublie si tôt sur terre.\n\n   Il entra par le grand portique. Ce fut comme u n éblouisse­\nment, il chancela.\n   Les cierges s’étoilaient d ’or sur les foules agenouillées, les\nsaintes frissonnaient dans leurs verrières, l’encens rythm ait son\nparfum splendide, et il entendit :\n   C’était une voix forte et douce, une voix d ’or qui chantait les\nlouanges; elle vibrait jusque dans les hautes nefs, graves. Elle\navait quelque chose de calme, de saint, d ’ultra terrestre, quel­\nque chose de déjà, perçu. E t l’orgue jetait sa plainte tel un\nchœ ur de voix m ystiques, avec des élévations et des m ourances\ngraduées comme u n affaissement d ’âmes.\n   Oui, il l’avait déjà entendu vibrer cette voix; elle semblait\nvenir d ’en haut, si harm onique q u ’elle ne pouvait être hum aine.\nE t il vit dans le chœur, Jésus, son doux Frère en souffrance, le\nPoète de tous, qui, comme lui, peina pour avoir trop chanté\npour l’homme de sa voix d ’or.\n   E t lui qui savait ne plus prier, comme dans les lointains\nheureux, les beaux jadis de son enfance, il pria le doux Jésus\navec des larmes, fervemment !\n                                                 E U G È N E H E R D IE S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-012", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 257, "page_fin": 259, "titre_corps": "Les étoiles de la Noël", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Les Etoiles de la Noël                       Jean Lyane, le peintre, ar", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 338, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 2017, "texte": "Les Etoiles de la Noël\n\n                     Jean Lyane, le peintre, arriva, cette veille de\n\n\n Q\n         ua n d\n\n               Noël, au château de Chrétien Dalien, son am i,\n               l’om bre trop tôt venue aux soirs d ’hiver endorm ait\n             déjà la cam pagne.\n      De petits carreaux lum ineux écarquillés sous les blancs capu­\nchons des toits, révélaient seuls dans la ténèbre et sur la neige,\nl e s rares cabanes en éveil aux bords des routes effacées.\n      Interrom pu dans l’élaboration de son nouveau poème par\nl’approche prém aturée de la nuit, Dalien s’était depuis long­\ntemps levé pour allum er la lam pe dont la douce et calme clarté\nest si propice aux travaux du poète.\n      Mais p ar delà les longs rideaux de la fenêtre — dentelle\nd ’ombre sur le soir — la vision, tout à coup, du firmament splen­\ndide, du firm am ent sans fond, peuplé d ’étoiles vacillantes comme\ndes lampes dans le vent, l’immobilisa dans l’extase.\n      Ayant en vain frappé par trois fois, à la porte, et ne voyant\nfiltrer sous elle aucune lum ière, L yane qui se savait attendu\ncependant, assuré d ’ailleurs par les dom estiques de la présence\nde leur maître, s’étonna du silence et de l’obscurité, et tout dou­\ncement pénétra dans la cham bre de son ami.\n      Dalien était toujours là sans un geste, devant la fenêtre aux\nrideaux écartés, en attitude de statue.\n      E t droit, devant la nuit moins sombre, au contraste noir de\nsa silhouette, il apparut un instant à L yane p ar ses cheveux\n tr è s longs et son m anteau drapé, quelque disciple de Jésus, en\nentretien m ystérieux et sublim e avec les étoiles du ciel.\n      Un scrupule presque religieux empêcha le visiteur indiscret\nde troubler la contem plation du poète.\n      Mais l’attirance occulte des yeux qui nous regardent fit bien­\nt ô t tressaillir celui qui rêvait. Il détourna la tête et ses yeux\nt o u t remplis du clair reflet des astres clignotèrent vers l’obscu­\nr i t é de la chambre.\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "                                 258\n\n    « Bonsoir Dalien », dit à mi-voix Lyane.\n    Dalien sursauta comme un que réveille le bruit d ’une voix\ndans la nuit.\n    « Toi ! Jean ! » exclama-t-il, cherchant à reconnaître avec ses\nyeux troublés, « comment es-tu entré ici? Je n ’ai rien entendu...»\n    « Est-ce q u ’on entend quand on rêve ? » interrogea Lyane\nen souriant et lui tendant la main.\n    Dalien l’attira vers la fenêtre.\n    « Vois donc, ami, si une telle nuit vaut que je la contemple! »\n    L e peintre à son tour s’émerveilla.\n    Il ne trouva q u ’un cri pour exprim er à ce mom ent son âme.\nP uis le silence retom ba autour des deux amis, immobiles et\nmuets dans leur ravissement et les regards levés vers la nuit de\nNoël.\n   Jam ais le spectacle ineffable de l ’ombre étoilée ne s’était\ndévoilé aussi p u r à leurs yeux, n ’avait ému aussi profondém ent\nleur être.\n   L ’azur bleu sombre étincelait d ’u n éclat sans pareil. E ntre\nles constellations allumées naissaient à tout instant de nouvelles\nétoiles, et tous les plus lointains soleils, toutes les sphères igno­\nrées sem blaient s’être ajoutées aux myriades déjà brillantes,\ncomme pour rehausser cette fête stellaire, en la nuit noëlique,\nde la joie de leurs feux soudain révélés.\n   E t sous cette féérie du ciel nocturne, la féérie de la terre en\nblanc ! E t le scintil de la lumière innom brable des m ondes, à\nl’infini m ultiplié dans les micas de la neige éblouie !\n\n\n    — « Les étoiles sont les yeux sans péché des anges invisibles\net prosternés, là haut, au bord de l’infini, vers le Mystère\ninsondable qui va s’accom plir ici-bas », dit enfin Jean Lyane.\n    Mais Dalien ne l’entendait pas.\n   A utour des pelouses enrobées de neige, les arbres nus du\ngrand parc m orne tordaient leurs rameaux noirs.\n    E t leur im mobilité convulsive évoqua dans l’im agination du\npeintre la rage terrifiée des serpents infernaux qui se seraient\ndressés là dans l’espoir insensé que leur venin saurait jaillir\nju sq u ’aux étoiles...\n    T out à coup Dalien s’écria : « U ne étoile est tom bée du ciel! »\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1850, "texte": "                                   25 9\n\n  Alors il p rit les mains de son ami et de ce ton voilé qui est\ncomme la voix de l’âme :\n  — « As-tu jam ais songé, dit-il, à tout ce que recèle d'enseigne­\nment terrible ce phénom ène que l’effarente inconscience des\nhommes contemple avec des yeux béats : l a c h u t e d ’ u n e\né t o il e   !\n   » U ne étoile qui tom be,c’est un soleil qui pour jam ais s’éteint,\nc’est la m ort d ’un soleil qui fut cent fois plus grand et plus\nbrillant peut-être, pauvre petite hum anité, que l’astre radieux\nqui t ’éclaire et qui te nourrit !\n   » U ne étoile qui tom be, c’est tout u n monde qui périt. Mais\ntoi, dans cet instant où tu la vis tom ber du haut du firmament\nen la nuit éternelle tu n ’as pas tressailli.\n   » Car tu n ’as pas compris dans ta vanité m onstrueuse, que\ncet instant était celui m arqué de toute éternité p a r le Nouveau-né\nde l’étable, où ce m onde, plus vieux que ta planète infime,\nserait précipité dans le vide et s’écroulerait dans la nuit!\n   » P ou rtant l’instant viendra — qui ne hante pas ta pensée —\noù cette Terre sur laquelle tu t ’agites en ne songeant q u ’à toi,\nhum anité! où cette Terre, que tu appelles « vaste » et qui n ’est\ncependant q u ’un très petit point lumineux perdu dans le semis\nfabuleux de l’espace, à son tour, elle aussi, som brera dans la\nnuit!\n   » Alors ceux qui sans doute habitent d ’autres m ondes, avec\ndes yeux indifférents, comme à présent les yeux des hommes,\nse diront souriants, cette chose banale :\n   » Une étoile est tombée du ciel !............. »\n   — « Que Dieu est grand ! dit Jean Lyane, aux yeux qui croient\ndevant la nuit. »\n  — « Mais combien plus immense encore, ajoute le poète, aux\nyeux qui croient devant la Crèche, et s’abaissent devant\nl’Hostie !... »\n                                               G E O R G E S RA M A EK ERS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-013", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 260, "page_fin": 261, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les Livres      R IC H A R D L E D E N T . — L e P e tit", "ancre_fin": "elle prose, P aul M ussche.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Çà et là                                               PIQ U É A U                V IF !       L a v érité bl", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 341, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 109, "fin_caractere_exclue": 4818, "texte": "Les Livres\n     R IC H A R D L E D E N T . — L e P e tit P a ro issien , o ù il est p a r lé d u cen t, des a r b re s et d u bel\na m o u r . (B ruxelles. Lacom blez.)\n     V oici ce rtes un jo li titre , a n n o n c ia te u r de bien belles choses. J e p réfère dire to u t de suite\nque le liv re de M. R ic h ard L e d e n t n ’a pas tenu pour moi le s prom esses de son titre , et que, ap rès\nl’avoir parcouru a tte n tiv e m e n t en en tie r, je ne me suis pas s e n ti ém u de la belle ém otion que\nl’artis te fait éclore quand son âm e chante la N a tu re e n jo ie.\n     E st-c e à d ire que M. L ed en t n ’est pas poète ? N on certes. Ce v o lu m e, quoique très in ég al,\nquelquefois g ris et incolore, est l’œ uvre d’un v éritab le poète. D an s la p rem ière p a rtie ; M u r ­\nm u re s et ch a n s o n s , j ’ai ren co n tré de beaux ch a n ts sim ples e t naïfs, com m e la ch an so n du\nvieux m oulin :\n                                             L e v ie u x m o u lin d a n s la p la in e ,\n                                             la s de la c h a n s o n des f le u rs,\n                                             v o u d r a it a llo n g e r ses ailes\n                                            j u s q u ’a u g r a n d soleil r ie u r .\n     E t celle des oiseaux qui o n t froid dans leur cage, e t c e tte délicieuse co m plainte du beau\ntroubadour à sa douce a m ie . Q uel dom m age que ces jo lis couplets a ie n t en leu r com pagnie des\njeux de m ots com m e : J ’exhum e — les h e u rts — qu’assu m e — m on cœ ur.\n     D ans « les j e u x », seconde p a rtie du P aroissien, M. L e d e n t fait a lte rn e r des pièces en vers\nrég u liers avec des pièces en v e rs libres ; e t son in sp ira tio n , fidèle dans les prem ières, le tra h it\npresque to u jo u rs dans les secondes. Q uoique n ’é ta n t pas v e rs-lib riste , j ’ad m ire ce p en d an t les\nv ers-lib res rythm iques e t m usicaux, le v e rs libre de M. L e d e n t est trop so u v en t d u r e t san s\nrythm e, e t p o u rta n t com bien harm onieux ce s vers rég u liers :\n                         V e rs m u s ic a l et d o u x co m m e u n s o u p ir de fe m m e ,\n                         voici de vo tre essence en q u elq u e p a r c h e m in\n                        e t v o u s sem blez g a r d e r l ’ém o i p r e m ie r d 'u n e â m e\n                        éteinte en le silence o d o r a n t du. j a r d in .\n     Je reg rette a u ssi de tro u v e r dans plu sie u rs pièces de ce volum e, au lieu du bel a m o u r , de\nl ’am our vénal qui se prom ène le soir aux carrefours.\n     Je te rm in e en sig n alan t, com m e v é rita b le m e n t œ uvre de poète, ces v ers :\n                         S e ig n e u r d o n t la p résen ce est vive a u s a n c tu a ir e\n                         v o u s d é c o u v re z m o n â m e et s c r u te z m a ch im è re !\n                         S e ig n e u r q u i c o n v ie z a u b a n q u e t d u p a r d o n\n                         m e voici p r o ste r n é , la p ie r r e co n tre le f r o n t .\n                         Que votre bo n té s o it le r a m e a u tu té la ire\n                          d o n t le so u ffle e n n o b lit le p lu s h u m b le, ô m o n p è re !\n                          Caressez d 'u n r e g a r d les e a u x m a ré ca g eu ses\n                         et le r e m o rd , S eig n eu r, s a u r a l a s o i f h eu reu se.\n                         S ec o u ez la fr a îc h e u r sa crée de vos d e u x m a in s\n                         e t les o rtie s se r o n t les j o y a u x d u j a r d in .\n                         S e ig n e u r, n o u s g ém isso n s, la s de n o tr e escla va g e,\n                         m o n tr e z -n o u s le soleil m ir a c u le u x des p la g e s,\n                         e t to i, V e rla in e, d o u x p é n ite n t, q u i su p p lia s ,\n                         Fa is j a i l l i r le p ro d ig e a u x sp le n d e u rs de ta f o i .\n                                                                                                 E douard N e d .\n\n\n       B L A N C H E R O U S S E A U . N a n y à la f e n ê t r e . — E n p re n a n t d an s son sen s la rg e l’idéo ­\nr é a lis m e — le m ot est d’H en ry M aubel, préfacier de ce liv re ch a rm an t — on p eu t l’app liq u er à\nces contes ém us, car c’est bien p lu s l’âm e des choses que le u r asp ect e x té rie u r qui v it d an s ces\npages. N on p oint que l 'a u te u r y philosophe à l’éperdue ou sc ru te m in u tie u se m en t la psychologie\nd e ses personnages, m ais p ar une façon to u te o rig in ale de grouper les faits elle le u r crée une\natm osphère m orale, un é ta t d’âm e bien fait pour nous séduire.\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3047, "texte": "                                                             261\n       Si le nom de M . D e la ttre s’évoqua spontaném ent en m oi à la le c tu re de ces proses histo riées\nc’est que chez elle com m e chez lu i coule un m êm e flux de vie; je le s sais de race w allonne tous\ndeux, m ais L ouis D e la ttre e s t un joyeux gars ém erveillé qui chante gaiem en t en plein m id i ta n d is\nque M lle B lan ch e R ousseau m e sem ble une je u n e fille éduquée p a r le rêv e. E lle h ab ite u n val\ndu pays m osan e t ne so rt qu’à l’h eu re où, su r les p rairies aux fleurs d ’éto ilés, flotte un b ro u illard\ngris et bleuté e t parfois doré p a r les rayons couchants d’un soleil d ’auto m n e. M ais p o u r ê tre s p i ­\nritu alisé e p ar le songe, elle n e d éd a ig n e point les choses de la N a tu re e t l’âm e s’y ap p arie en\nconcordance parfaite.\n       M ais ici la sim ilitu d e s’arrê te , p eu t être est-elle faite de dissem blances : chez l’un l’objet est\nproche et à portée de la m ain , chez l ’a u tre vague et placé dans le lo in tain ; le d essin d ’H en ry\nM eunier: N a n y à la fenêtre, d ’une souple h arm onie de lignes, d’un charm e à la fois cla ir et\ngrave p eu t, m ais en l’ac cen tu a n t, résu m e r g raphiquem ent m a pensée.\n       J e le répète, m alg ré tous ses a ttr a its qu’on n e s’a tta rd e pas à la vain e h isto ire; chez B lan ch e\nR ousseau qui a l’in tu itio n de la légende et du sym bole, il fau t s c ru te r au delà des g estes et des\nm ots pour viv re de la v ie in térie u re , seule qui im porte.\n      L 'E tr a n g e r , la M a iso n n ette, B o n n e M a m a n p e r d u e , l'Ev e ille u r, l'Œ u v re, a u ta n t de contes\nh a u ta in s et p u rs d ’un beau sym bolism e ; m ais qu’il m e so it perm is de critiq u e r les m oyens du\nd ern ier où le sty le , d ’u n e n aïv eté g racieuse aille u rs, sem ble p u éril v u l’in te n s ité d e l’effet à\np roduire ; on l ’a u ra it voulu différent, plus ferm e et solennel au risque d ’ê tre conform e.\n       O u tre d ’a u tre s q u alité s qui font l'a r tis te , ce qu’il fau t louer encore chez l’a u te u r, c’est son\nsens exquis de l’E nfance, j ’en veux pour seule p reu v e cç frêle p aste l : M illie a u j a r d i n , san s\n  oute beaucoup de réce n ts écrivains le possèdent, m ais elle a pour se d is tin g u e r d’e ux u n e touche\n   lus d élicate et p lu s nuancée qu’elle d o it peu t être à son sexe.\n       Q ui m ieux que la fem m e est fait pour com prendre l’âge adorable et te n d re des p e tits en fan ts ;\nc’est encore soi-m êm e qu’on préfère en a u tru i, et la fem m e n ’est ja m ais si belle que quand\nl ’enfant y s u rv it.\n       Ce liv re de déb u t n’en est pas un, m ais la confirm ation d’un ta le n t tr è s ap p récié d an s nos\n    vues t je signale ce d élicieu x volum e à to u t le c te u r soucieux de b elle prose,\n                                                                                                    P aul    M ussche.\n\n\n\n\n                                                   "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-014", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 261, "page_fin": 262, "titre_corps": "Çà et là", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Çà et là                                               PIQ U É A U                V IF !       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C ’était prévu.\n      E n vain le d it g é ra n t, piqué au v if, sig n e-t-il s a \" risposte \" du faux nom m irifique d ’E lie\nMégor, les in co m m en su rab les m alad resses de sa p o lém ique, une b rilla n te absence d ’arg u m en t\ne t la sublim e pétarade de ses vo cifératio n s épileptiques, m e fu ren t de tro p sû rs indices, pour ne\npas reco n n aître d’em blée en cet id éaliste e n g u e u leu r : Je a n D elville.\n      E t c’est to u t le bac aux ord u res de son idéalism e exotérique que sa colère déverse à côté de.\nmes docum ents.            .\n      V oici, a u h az ard des p incettes, quelques savoureux spécim ens, des p lu s m agiques ép ith ètes\nque profère à m on ad resse, puis à l’adresse au ssi de la P apauté (m erci de cet honneur, M onsieur!),\n « ce fils dévoué de N o tre M ère l’Eglise », ce « catholique a rd e n t », car c’est ain si qu ’il s ’in titu la it\nlui-m êm e n ag u è re , vo u la n t se faire passer pour tel — l ’honnête hom m e !\n      Sous le titre : C léricalism e litté ra ire , bon article débute ain si :\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4893, "texte": "                                                         262\n      « U n m a rm o u set de le ttre s au ssi am bitieux que n u l et d o n t nous taisons le nom , m algré\nq u’il so it à re te n ir, d it- il, p arm i ceux qui p aren t la clique des je u n es im béciles qui rem p lissen t\n de leu rs vagissem ents cléricaux la litté ra tu re belge, e s t dans un é ta t de ju b ilatio n m ajestueux. »\n      P u is le \" fils dévoué de N otre M ère l’Eglise » se dévoile en m a u d issa n t to u r à to u r \" l’â me\nde sacristain fan atisé », « le sectarism e de petit-frère \", « l’orthodoxie d’en fan t de ch œ u r », et la\nfoi biberonnante » de G eorges R am aekers, ce «pioupiou clérical ».\n      M ais où l’a rd e n t catholicism e du bon g éran t de la p etite feuille S aint-G illoise s’av è re d e\nfaçon pérem ptoire, c’e s t quand il lançe l’a n a th êm e contre \" les e rre u rs v atican es \" , \" les siècles\nde crétinism e théologiques », \" les papautés politiques, qui se so n t em p arées des clefs de S ain t\nP ierre » e t les « om bres de l’orthodoxie rom aine ». (B rrr ! ! !).\n      E n 1895 des lecteu rs a v a ie n t tiré , de la p rem ière polém ique q ue j ’engageai alo rs avec le\nm êm e Jean D elville u ne conclusion que s o i a ttitu d e ac tu elle n e fait q ue v érifier d av a n tag e :\n      « D elville rage, disaient-ils, il je tte le m asque e t ne sach an t que rép o n d re il in su lte bêtem en t\nR am aekers, parce que R am aekers a tapé ju ste . »\n      E t voilà com m ent M. J e a n D elv ille triom phe p o u r la seconde fois de m es \" d ésopilantes\nân e ries \" contre \" les p réten d u s s a ta n is a n ts » et com m ent il se réjo u it du « com ique irrésistib le\nde m es g esticu la tio n s ».\n      F a u t-il qu’il s o it irré sistib le e n effet ce com ique pour qu ’il a i su m e ttre ce m age solennel en\ns i folle gaieté !\n      M ais aussi pouvais-je résiste r, moi, p auvre \" p e tit argo t, \" à l’a s s a u t v ra im e n t h o m a isriq u e\nd ’un a u ssi te rrib le ad v e rsaire ?\n      G ran d D ieu, s ’il a lla it m 'en v o û ter !\n      L e cteu rs, p laignez m on triste sort !                                               G. R a m a e k e r s .\n\n\n\n                                       M ON P E T IT P A N IE R\n   M. P au l R aepsaet, rep résen tan t, bo u rg m estre d ’A udenaerde, p o u rsu it d an s le M a g a s in litté ­\nr a ir e (avec la collaboration assidue du G uide Joanne) l’alléch a n te pub licatio n de ses M enus de\nT able d’hôte. E t, com me il n ’est point de v raie soupe sans cheveux, l’ém in en t co llab o rateu r de\nla revue gantoise, a soin d’ajouter, à la liste des p la ts .... l’ad resse de son coiffeur, un ce rtain\nP é rin a u d , 31, r u e B erthe, à B isk ra (Afrique).\n      V oilà qui est ra s a n t — nous ne parlons pas de P érin a u d , bien en ten d u ! — Si encore M. P au l\nR aepsaet, qui a p eu t-être h érité de la fourchette de B rillat-S a v a rin , av a it un peu du sty le d e ce\ncélèbre gourm et ! M ais non, hélas, hélas !                                                          P. D,\n\n\n\n                               R E L ISE Z -V O U S,             D E G R A CE!\n      Au C ongrès de G and dont on parle ta n t au jo u rd ’hui, n o tre collab o rateu r P o l D e m a d e av ait\nlancé aux d o ctrin aires de le ttre s ce ju s te reproche : « L a n a tu re était ten u e pour in e x istan te au\nXVIIe siècle ». A la page 3 9 de son libelle contre les je u n es écriv ain s catholiques, le R . P . D ela ttre\nrip o sta p ar ce dém enti : « V oilà un propos qui n ’est pas aim able p a r c e q u 'il n 'est p a s v r a i. »\n      O r, à la page 4 6 , le R . P . D e la ttre é c rit lui-m êm e ce qui s u it : « C ette époque (le x v n\nsiècle) s i p e u soucieuse des c h a m p s et des p la is ir s sim p les... »\n      S ans doute le R . P. n ’a u ra -t-il pas eu le courage de relire son propre factum . J e comprends çâ !\n                                                                                                U lL E N S P IE G E L .\n\n\n\n                                           G L A N E D U MOIS\n    P a r in s tin c t ou p a r raison, nous croyons à l ’In te llig en ce san s lim ite, source des lois a u x ­\nquelles est soum is le m onde ex térieu r a u ssi b ien le que m onde de la co nscience... N ous aspirons\nvers la B eauté parfaite, v iv a n t exem plaire des form es idéales dont la n a tu re e t l’a r t offrent le\nm agique reflet.                                                              M gr A. V a n W e d d i n g e n .\n       E n créa n t to u s les hom m es, D ieu ne pense qu’à faire des sa in ts. L e jo u r où il n e s’en for­\nm e ra plus le m onde finira. Q u’elle le com prenne ou q u ’elle l’ig n o re, la s o c i é t é e s t u n e\nc i t é m y s t i q u e , ou elle n ’e s t pas.                             A. B l a n c d e S t - B O N N E T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-015", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 263, "page_fin": 263, "titre_corps": "Les revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les Revues         L e Specta teu r catholiq", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 344, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 3533, "texte": "Les Revues\n        L e Specta teu r catholique ( o c to b r e ) . — P a r le s c in q p etits\np o èm es, p u érils, en ry th m iq u es et ch rétien s d e S ym ph on ie du bon octobre,\nle p o ète V i c t o r K i n o n n o u s p rou ve q u e p ou r son âm e a u ssi le s b ea u té s\nd e la créa tio n p a rlen t d e L a B e a u té , d e D ie u .\n        N o u s v o ic i lo in d e la fa u sse et m orb id e m y stic ité sy m b o liste , n ou s\nv o ic i p rès de sa in t F r a n ç o is !\n        M M . E m i l e B e r n a r d et M a u r i c e H a n r i o u p u b lie n t en c e m êm e\nn u m éro , l ’un d e s C on tes tro u vés dan s un p u its , l ’au tre u n e M é d ita tio n su r\nM elch isedech, q u i m ériten t d 'être s ig n a lé e s .\n\n       D urendal           ( n o v e m b r e ) . — U n Conte de f é e , b l u e t t e d ’ED O UA RD\nD u c ô té .D e p e t i t s p o è m e s d e P a u l M u s s c h e et R a m a e k e r s , l ’é l o g e d e\nN a n y à la f e n ê tr e , l e d é l i c i e u x b o u q u i n d e B l a n c h e R o u s s e a u , p a r l ' a b b é\nH e n r y M o e l l e r , e t d e b o n n e s p a g e s s u r l ' Id é a l f é m in in , d ’a p r è s R u s k i n .\n\n       La T rêve de Dieu                     (n o v e m b re ).   —      C e f i l s de p a y s a n , p o è m e ,\np a r F r a n c i s J a m m e s . — D e s p ré fa c e s , p a r J e a n V o l a n e . — Convalescence ,\nv e r s d ’Y v E S B e r t h o u . — L 'a c c e n t de la v érité, p a r H e n r i N e r . — J o u r de\np lu ie , d e F r a n ç o i s L a t t a r d , l ' u n d e s j e u n e s p o è t e s d e l a r e v u e v a l e n t i -\nn o i s e : L ’Œ u v r e , e t c e v e r s , e n f i n , d e P a u l G a b i l l a r d :\n\n                             E n re g a rd a n t le c ie l, j ’a i conçu l'In fin i.\n\n      La P rovince N ouvelle (n o v e m b r e ). — L e D im a n c h e des R a m e a u x ,\np ar le p o è te ch rétien Y v e s B e r t h o u , « fra n cisca in », lu i a u ssi d an s sa\nco m p réh en sio n d e la N a tu re, m ais à la m an ière du B . J a co p o n e d e T o d i,\np lu tô t q u 'à c e lle d e sa in t F ra n ço is. — L a M on ograph ie d 'E d o u a rd\nB e sn u s, par G e o r g e s D e n o i n v i l l e .\n\n     L 'E rm ita g e . P o è m e s d ’ED O UA RD D u c ô t é e t d e J. et M . N e r v a t . —\nC ette rev u e a n n o n ce p ou r ja n v ie r l ’a g r a n d isse m e n t, si d ésir a b le, d e son\nform at.\n\n        L es M ercu re de F rance, d e sep tem b re, o cto b re et n ovem b re,\nd o n n en t la to ta lité d 'u n très rem arq u ab le rom an : L e s P ie r r e s qu i\np le u r e n t, écrit p ar H e n r y B o u r g e r e l . E t n o u s a v o n s la jo ie d ’y\na d m irer d es p a g e s d ’a p o lo g é tiq u e ch rétien n e. N o u s esp éron s d o n c, au p lu s\ntô t, la réu n io n d e ces fra g m en ts en v o lu m e , afin d ’en p arler se lo n leu r\nm érite.\n\n       A lire a u ssi : La R evue Naturiste,- Com m e il nous plaira, d on t\nle n u m éro d e n o v em b re c o n tie n t u n b e l a r ticle p ou r la fratern ité d es\np e u p le s, p ar H e n r y V a n d e P u t t e ; l ’Œ uvre, l ’A u b e (de B r u x e lles,\nd irecteu r M . B i s c h o p s ) ; le Geste (d e N îm e s ) ; A n th o lo g ie, revu e\nd e F r a n ce et d ’Ita lie) ; l ’E ffo rt, d e T o u lo u se , ric h e toujours en b ea u x\np o èm es ; la R evue, v a illa m m en t ca th o liq u e en A rt et en S o c io lo g ie ;\nla R ésu rrectio n , revu e ca th o liq u e d ’avan t-gard e, e tc.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1897-12-n9-016", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Vient de paraître", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENT DE PARAITRE d a n s la collection de L A", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 345, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 45, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "VIENT DE PARAITRE\nd a n s la collection de L A L u t t e\n\n\n        EN SOUVENI R. . .\n                    de       PAUL               MUSSCH E\n\nUne plaquette, grand format, 20 pages, fr. 0 .5 0 .\n E n vente chez S c h e p e n s , rue Treurenberg, 16, B ruxelles.\n\n\n\nO n t p a ru d a n s la\n\n   COLLECTION DE “ LA L u t t e „\nC r o k a e r t P a u l : A m our    et flo rin s ( c o m é d i e )                  . .      fr.   1 .0 0\nN ed   E douard         : Poèmes c a th o liq u e s ................»                               2 .0 0\n                         M on ja r d in fle u r i ( p o è m e s , 2e é d . )                   »    2 .0 0\nR am aekers G eo rg es         : L a N u it rédemptrice ( a v e c\n                                     d e s s in s )      .     .    .    .           . .       »    1 .5 0\n                                 L ’H y m n a ire du Printemps\n                                     ( p o è m e s ) .....................................»         2 .0 0\n\nS o u g u en et L éon     : L e roman d'un p auvre jeu n e\n                                 h o m m e ........................... »                            2 .0 0\n                 D es    M usiques p a r E n r s t D e l t e n r e .\n\n\n\nLA L u t t e             de ja n v ie r sera consacrée à\n\n           LA PLÉIA D E                           FRANCISCAINE\nE t p ro c h a in e m e n t à\n\n                  OCTAVE PIRMEZ\n   Le prix de ces numéros illustrés ne sera pas augm enté.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 310, "texte": "«DECEM BRE 1897 »\n   3e AN N ÉE   50 Cmes\nL E N UM ÉRO\n\n\n\n\n        la Lutte\nRevue catholique d’Art\n\n\n                          « l ’A r t   po u r     D ie u »\n\n\n\n\n                                        P .-L . M O L IT O R\n                                   R U E L O N G U E -V IE , 36\n                                   BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                                la Lutte\nREVU E            CATHOLIQUE                         D ’A R T .\n                                             114, rue F ranklin, à B R U X E L L E S .\n            ABONNEMENT : Un an, 5 fr.                               ETRANGER, 6 fr. (1)\n\n\n                              C O M IT É              P A T R O N A L               :\n\n    V A L È R E M A B IL L E                                    LÉO N SOM ZÉE\n              AM ÉDÉE d e                                      BRESOUT *\n\n\nDirecteur : G E O R G E S R A M A E K E R S , rue F ra n klin , 114\nSecret, de rédaction : E D O U A R D N E D , rue du Conseil, 34\n                                           B R U X E L L E S\n\n\n\n                          R é d a c t i o n d e « la L u t t e » :\nE rnst       Deltenre;            C harles         L em bourg;          P aul      M u ssc h e ; E douard\n    N ed ;      J ohan       N il is ;       E rn est       P é r ie r ;     G eorges          R a m a ek ers;\n      E d g a r R ic h a u m e ; G e o r g e s V ir r è s .\n\n                         P rin c ip a u x C o lla b o ra te u rs :\nF ran z Ansel ; A lbert B erth el ; T hom as B ra u n ; E dm ond De B ru ijn ; M gr de H arlez ; Louise e t\n     Louis D ela ttre ; W illem D elsaux ; Pol D em ade ; E u g èn e D em older ; H en ri de R é g n ie r ;\n     C harles D roupy ; M aurice D u lla e rt ; Max E lsk am p ; H en ry Ghéon ; E u g èn e H erd ies ;\n     Jo ris-K a rl H u y sm an s ; A lbert Jo u n e t ; G eorges L e C ard o n n e l; A lfred L e m a ire ; C am ille\n     L em onnier ; G eorges M arlo w ; C harles Morice ; M arie e t Jacques N e rv a t; G eorges\n     O udinot ; V ictor R em oucham ps ; G eorges Rodenbach ; P rosper R oidot ; B lanche R o u s­\n     seau ; Léon R ycx ; L a u re n t S avigny ; C am ille S ch iltz ; Joseph S o u d an ; Léon S ouguenet ;\n     A nne T h ieren s ; L ’ab bé A rm and T h iéry ; F irm in V anden Bosch ; E m ile V erhaeren ;\n     F ra n c is V ielé-G riffin.\n\n\n\n                     SOMMAIRE DU N° DE NOËL 1897 :\nA lb e r t J o u n e t : N ativité : La crèche du X X e siècle. — G eo r g es V ir r è s :\n     L a légende du Sonneur (conte de N oël). — G e o r g e s R o d e n b a c h :\n     Prière. — P o l D e m a d e : Le Réveillon de la bonne sœur « Mateine ». —\n     E d o u a r d N e d : Le Noël de la montagne. — M a u r ic e D u lla e r t :\n     Epiphanie. — G eo r g es O u d in o t : Noëls lointains. — A lb e r t B e r t h e l :\n     Prière, des Inquiets. — E u g è n e H e r d ie s : Le retour de l'exil. — G eor­\n     g e s R a m a e k e r s : Les étoiles de la Noël. — P a u l M u ssch e et E d o u a rd\n     N e d : Les Livres. — U ij le n s p ie g e l : Ça et là. L es Revues.\n                          TOUS      DROITS      DE    REPRODUCTION           RÉSERVÉS\n\n       (1) Les abonnements partent de chaque mois et se font pour un an.\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                     Nativité\n LA    C R E C H E D U V IN G T IÈ M E S IÈ C L E\n\n     T out ce que l'E tern el opère est im m ortel,\n      S u rto u t quand l'œ uvre c'est Lui-m êm e,\n Quand Dieu, poète, écrit le Verbe p o u r poème.\n E t c'est pourquoi, sans fin , les ra yo n s de N oël\n              Se rallum eront sur la terre\n     E t renouvelleront les lum ineux mystères\n              D 'une vie où naîtra le Ciel.\n\n\n     N o ël dans les cœ urs où le salut tremble\n    Comme un en fa n t palpitant et nouveau-né.\n      N oël dans l'hostie où vient s’incarner\n  L e C hrist qu'une parole invincible rassemble\n           A u voile p u r qu'il s'est donné.\n E t N oël dans les siècles de l ’H istoire humaine\n Où, ta nt de f o is ju g é m ourant p a r m ille haines,\n      L 'Id é a l chrétien voit p érir ces haines\n       E t se rem et à naître et à illum iner !\n\nC'est toi, Siècle expirant, vieille chair orgueilleuse\n       D ’am ère courtisane et savant sensuel,\n P lus que d'autres c'est toi qui disais : les Noëls\n   N e ressortiront pas du gouffre que j e creuse\n     E t que j e comblerai de matière et mépris,\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "                          232\n\n E touffant p o u r toujours l'œ uvre de Jésus-Christ.\n — M ais la fo sse, comblée, éclate, m erveilleuse...\n\n      E lle devient une crèche extraordinaire,\n   Une grotte a u x rochers pourpres et dévorants,\n          Une p ro fo n d eu r qu'habite l'E n fa n t,\nM ieu x que ja m a is chair et splendeur du Dieu vivant,\nE n des langes de flam m e, un berceau de tonnerre.\n    Ta haine, p lu s extrêm e, ô Siècle, a provoqué\n               Une p lu s terrible revanche,\n      Un Jésus céleste effra ya m m en t démasqué,\n   Un étrange N oël bridant des fo u d r e s blanches\n                      De la Résurrection !\n   L e Christ de gloire est né. Les mornes nations\n   Reculent, s’entassant comme un groupe de bêtes\n   D ont l'incendie approche, et vont baissant la tête\n     D evant le grandissem ent de cette clarté :\n         L 'E n fa n t invulnérable est ressuscité !\n\n  A uprès de l'E nfant-D ieu ses serviteurs accourent.\n       Les M ages, les Bergers désormais réunis,\n Pleins de chansons, baignés de m iracles, entourent\n                  L a je u n e chair de l ’In fin i !\n    E t ces nouveaux Bergers sont l'élite des fo u les,\n Les chœurs de travailleurs dont le pied gra ve fo u le\n           L a Révolte, les rois du règne social\n        De Jésus, qui tueront logiquement le mal\n         A v a n t d ’exterm iner la misère, sa fille .\nE t ces M ages nouveaux dont les mains calmes brillent\n          Sont les artistes et les savants ra d ieu x\n    De la Science p o u r l’E xtase et l'A r t pour Dieu !\n\n         N e vous en fu yez pas, bétail sauvage\n   Des nations : L 'E n fa n t ne veut point votre mort.\n    Si vous n'avez d'autres présents, a yez courage,\n           O ffrez humblem ent vos rem ords.\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                            233\n\n                   L e Ressuscité ressuscite\n     Ceux qui l'aiment. Sa vie où l'E tern el palpite\n        F e r a l'éternité s'engendrer chaque jo u r\n   Comme une fle u r-p h é n ix dans votre cœ ur d'am our.\n      H élas, si vous f u y e z est-ce l'horrible rage\n         De l'homme déicide, âpre à s'habituer\n    A cet E n fa n t de gloire impassible a u x outrages,\n      A ce divin A m o u r qu'on ne p e u t p lu s tuer?\n\n\n               M ais la vive lum ière immense\n     Gagne la terre et, les y e u x clairs de repentir,\n     Des peuples, fa its de gens enviant les m a rtyrs,\n             A vec un g ra n d frisso n s’avancent.\n      Les rayons de Jésus couvrent tout, les fo rê ts,\n            Les hommes, les monts et les villes.\n   Vers la crèche brûlante a u x fo u rn a ise s tranquilles\n      T out gravite entraîné p a r un suprême attrait.\n     Seul un horizon lointain, étroit, reste sombre;\n       Où comme des spectres dans des décombres,\n      Crispés à contempler le triomphe du Christ,\n     Dans les clochers d'une église babylonienne,\n   Des anges noirs, désespérés, a u x y e u x d'hyène,\nSonnent, prophétiques, le glas de la m ort de l'Antéchrist.\n\n                                            A L B E R T JO U N E T .\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "                               234\n\n\n\n\n            La légende du Sonneur\n\n\n\n                  il voyait, du haut de son clocher, la terre de\n\n\n Q\n         uand\n\n             Flandre s’éveiller dans les blancheurs de l ’aube; il lui\n            semblait q u ’il était le m aître vigilant et écouté, et que\n           la plaine n ’attendait que le son m atin al. de ses cloches pour\nvivre une journée nouvelle. L a musique grave qui courait au\n ras des campagnes, agitant les brouillards de la nuit, c’était le\nsignal pour les gens et les bêtes. C’était le clocher, l’ordonna­\nteur, c’était lui, le sonneur dont les bras vigoureux faisaient\nchanter l ’airain, qui intim ait aux êtres et aux choses le m ysté­\nrieux devoir de l’heure. L ui, le paysan, se sentait une âme\néparse sur ce coin de pays, alors que s'envolaient au lever du\njo u r les voix du clocher, prières unies à la p riè re , de frères\nq u ’elles invitaient. L e soir prostrait les fronts, à son appel,\ndevant Dieu. Il était le servant direct du Seigneur, et le sou­\nvenir de sa loi s’éveillait chez les hommes avec les cadences des\ncampanes. Sa m usique était une musique du ciel. E t s’il barrait\nla nuit de la grâce des indulgences,' n ’était-il pas le gardien des\nténèbres sanctifiées? U n enfant s’endorm ait les lèvres balbu­\ntiantes... je vous salue, M arie... E t les couches nuptiales abri­\ntaient des am ours bénies. Il sonnait aussi la gloire de vivre au\nmilieu des aoûts frém issants, sous l’azur ébloui du zénith; le\nsoleil semait ses lumières dans la tour, des guirlandes de clartés\nbordaient les cloches, et ces jours-là il brandissait de l’or, là-\nhaut, dans la pénom bre poudreuse du clocher. Mais le soir,\ntoujours, le retenait pensif, accoudé en plein ciel, au milieu des\nétoiles, l’esprit dans le rêve ensorceleur de l’infini des espaces.\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                235\n\n E t dans le village on qualifiait le sonneur, un pauvre homme\n fou.\n    Mais le sonneur avait de tragiques transports si le désastre\ntendait son poing précurseur au dessus du destin. Il clam ait la\nvengeance, les battants des sonnailles déchiraient les airs de\n cris de colère, et la tour justicière proférait la sentence de l’ab­\nsolue droiture. L e sonneur sentait grandir sa puissance ignorée,\net m êlant ses accents aux tocsins, il rendait le verdict définitif.\n Il savait la loi de m ystère qui punit, chez le fils, le père, et le\nfléau q u ’il proclam ait affichait dans son cerveau en caractères\nde flammes, le châtim ent voulu pour u n viol des lois divines.\n L a tour se dressait, immémorial tém oin des catastrophes,\nléchée des lueurs d ’incendie, et im ageant l’idée de l’éternelle\nJustice.\n    Cependant la voix du clocher n ’est plus q u ’hum aine. L a\nm ort passe. Des supplications et des sanglots. Voici s’ouvrir le\nchamp illimité de l’espoir et le gouffre sans fond de la crainte.\nLes cloches sont les suppliantes, à l’unisson de toutes les âmes,\npour les âm es envolées. Leurs vibrances sont des appels vers\nla M iséricorde; elles m ontent comme la prière, comme cet\nencens du cœ ur s’élève vers le ciel.\n    Si le lendem ain, telle une bande d ’oiseaux joyeux enivrés\nd ’air et d ’espace, les tintinnabulem ents légers s’élancent au\ndessus des toits, c’est la voix heureuse de l’Eglise qui congra­\ntule, au baptêm e, l’enfant blanc dans ses langes blancs.\n    L e sonneur sonne, aux épousailles, de rayonnantes sonneries.\nL e sonneur sonne, aux fêtes, les triom phants renouveaux des\npassés de Foi, am enant les peuples aux pieds de Jésus. L a\ncloche dit l’obédience dominicale. L e sonneur sonne les ordres.\nIl s’exalte dans la voix d ’en haut qui tom be sur le m onde. L a\ntour s’élève, fière et maternelle, au m ilieu des cabanes rassem­\nblées à ses pieds. Elle s’érige dans les jours ténébreux comme\nle phare des consciences, et l’entité de ce coin de pays git en\nelle.\n    L orsque l’hiver balaya de ses rafales la terre de Flandre, et\nfit m ugir la tour, quand les sons arrachés du clocher fuirent\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "                                 236\n\n  éperdum ent emportés par la tourm ente, le sonneur, debout\n  devant une lucarne aérienne, fouetté et secoué par la pluie et la\n  tem pête, regarda l’horizon m ouvant. Les nuages glissaient,\n  tordus fantastiquem ent, dans le ciel livide, et les crépuscules\n  s ’abattaient comme des grêles de cendres noires. Des soirs\n  d ’encre, traversés p ar les huhulem ents du vent et où éclatait le\n  crépitem ent des ondées, s’enfouissaient devant lui dans les\n  abîmes obscurs. Vigie de l’ombre, pilote balloté par les vestiges\n  des nuits, l ’homme veillait. L e joui venant filtrait une clarté\n brum euse à l’Orient, et les dernières heures lentes de novem­\n bre tintaient au clocher avec des voix félées.\n      U n soir de décembre, comme le sonneur, figé dans sa noc­\n turne contem plation, portait son regard tout au dessus de lui,\n il vit une déchirure dans la masse opaque des ténèbres, et des\n étoiles crevèrent l’obscurité. Il vit lentem ent s’entr’ouvrir les\n rideaux fuligineux qui cachaient la nue, et toutes les fleurs d ’or,\n poussant aux champs du ciel, rayonnèrent doucement. L e jo u r\n naquit le lendem ain, argenté et frissonnant, et s’endorm it dans\n la robe vermeille que lui tissait, au couchant, le soleil.\n     L e sonneur chanta, en même temps que les cloches, l'angélus\n vespéral, puis, ayant escaladé les marches branlantes du clo­\n cher, il s’accouda en plein ciel, au m ilieu des étoiles, et soudain\n tendant la m ain vers u n point de l’immensité, il dit avec trans­\n port : — Elle approche!\n     Les gens alors virent souvent passer dans les ruelles du\nvillage, front nu, les yeux brillants, et les gestes très vagues,\navec des paroles très vagues aussi, celui que l’on qualifiait un\npauvre homme fou.\n     E t le sonneur s’exclamait dans le silence nocturne, et parfois\nu n paysan attardé, passant près de l’église, s’arrêtait en enten­\nd an t une voix aérienne qui fusait du clocher, joyeuse ou hale­\ntante. P u is le souvenir du pauvre homme fou renaissant dans\nsa cervelle,, le villageois passait outre.\n     Ainsi, le rêve du sonneur vivait dans la nuit lum ineuse! L à,\ndevant lui, chaque soir plus proche, l’étoile annonciatrice avan­\nçait dans. le, ciel. Noël ! Noël. ! L a naissance divine du royal\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                                237\n\nenfantelet, allait se remémorer à nouveau par dessus l’amoncel­\nlement des siècles, et l’astre conducteur renouvelait le prodige\nque les Mages contem plèrent au milieu du peuple idolâtre. L a\nterre de Flandre, immense et silencieuse, se recueillait dans le\nsoir religieux. Mais une fois — ce fut la veille du grand anni­\nversaire que ceci se passa — le sonneur aperçut sur la route,\nm enant au village, trois ombres très lointaines qui se m ouvaient\ndans la clarté de lune, tandis que de brusques lueurs illum i ­\nnaient u n coin du ciel et que des voix confuses d ’abord, mais à\nprésent claironnantes dans la plaine et des appels au loin réper­\ncutés, arrivaient, et c’étaient des hommes qui couraient éperdus ;\nles voix voisines déjà, et les hommes surgis brusquem ent tout\nautour des cabanes, — et toute la plaine vivait.\n   L e sonneur à genoux, leva ses deux bras au firmament.\n   L ’astre traçait u n chem in dé lum ière dans l ’azur; la nuit\nbordait de velours ses lances étincelantes.\n   Le visionnaire, abîm é dans l’extaxe, levait les bras au\nfirmament.\n   M inuit révéla le prodige accompli.\n   L 'astre s’im mobilisait au dessus de la tour.\n   S ur la place, devant l’église, u n groupe de paysans passa. Ces\ngens s’étonnèrent du silence des cloches avant la messe de Noël,\net l’un d ’eux regarda la vieille tour, silencieuse à cette heure\ndu monde, Il vit un homme au sommet du clocher, accroché à\nlà croix. Tous regardèrent. L ’homme cria : — L ’Etoile, l’Etoile !\nJe vois l’Etoile, je veux l’Etoile ! Il escaladait la croix. Cepen­\ndant les paysans ne virent pas l’astre d ’or dont les ruissellements\nardents baignaient déjà la tête du sonneur, il m onta droit sur la\ncroix et tendit les bras au firmament.\n   Les paysans haletèrent, car, sans un cri, l’homme était tombé\nen arrière et sous la vieille tour il gisait, les bras encore dressés\nvers le ciel de clarté.\n   Les paysans alors hurlèrent d ’effroi. — L e pauvre homme\nfou ! Le pauvre homme fou ! Les portes s’ouvraient, des m ur­\nmures couraient, puis des bruits de voix épouvantées, des\nlarmes de femmes ; les villageois, toujours plus nombreux, se\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "                                238\n\npressaient autour du sonneur, immobile, hiératique, dans son\ngeste d ’extase.\n   Le prêtre du village accourait.\n   Il a pris dans le ciboire une hostie, et le sonneur s’est mis à\ngenoux.\n   Il a tendu l’hostie vers les lèvres du sonneur.\n   Trois enfants ont crié dans le peuple frissonnant : — C’est une\nEtoile ! c’est une Etoile aux doigts du prêtre ! Oh ! nos yeux ! nos\nyeux !\n   Le sonneur est recouché, et ses bras, tendus au firmament,\ns’abaissent.\n   Mais tous entendent une cloche qui frém it dans la tour\nvétuste, et dont le son pleure longtem ps sur la foule prosternée.\n                                                G E O R G E S V IR R È S .\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                       Prière\n\nLe soir tombe; prions pour les pauvres malades.\nJe songe à ceux qui sont dans leurs chambres, reclus ;\nLes paralytiques, les perclus,\nCeux qui ne sortiront jamais plus.\n\n\nLe soir tombe ; prionspour lespauvres malades.\nPour les irrémédiables phtysiques,\nQui rêvent de candide amour, d’émois physiques,\nE t d’un mariage en musique.\n\n\nLe soir tombe ; prions pour les pauvres malades.\nJe songe à ceux des salles d’hôpitaux,\nPâles sur l'oreiller de leurs lits sans rideaux,\nQu’on n’appelle plus que d'un numéro.\n\n\nLe soir tombe ; prions pour les pauvres malades.\nPour ceux que mine un vague mal occulte\nPar qui leur visage, en ivoire, se sculpte,\nTapotant sur les vitres, comm e on ausculte.\n\n\nLe soir tombe ; prions pour les pauvres malades.\nPour les petits enfants surtout, fragile neige !\nQui si vite ont l’air d’un lys dans un piège,\nD ’une hostie en fleur qui se désagrège...\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "                           240\n\nLe soir tombe ; prions pour les pauvres malades.\nPour ceux qui sont malades d’avoir faim,\nDe n’avoir jamais eu de vin,\nEt qui font des projets sans fin !\n\n\nLe soir tombe; prions pour les pauvres malades.\nJe songe à ceux qui vont mourir, vraiment trop las !\nPeut-être voient-ils des oiseaux lilas\nPasser dans l ’air avec des glas !\nLe soir tombe ; prions pour les pauvres malades.\n\n                                 GEORGES RODENBACH.\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                                              241\n\n\n\n\n                           Conte de N o ë l(1)\n\n                      LE     R É V E IL L O N\n                                             DE L A BONNE\n                                                                  SŒ U R      « M A L E IN E »\n     A MA CHÈRE FEMME\n\n\n\n\n           a b o n n e sœ u r se n o m m e          M a d e le in e ,   m a is le s e n fa n ts\n\n\nL            a u x q u e ls e lle e n s e ig n e la p riè r e e t l ’a lp h a b e t, d e s p e tits\n            d e c in q a n s a u p lu s , l ’a p p e lle n t « H a l e i n e s , m o t d e\n          p r o n o n c ia tio n p lu s a is é e p o u r leu rs lè v r e s, in h a b ile s e n c o r e\na u x su b tilité s d e s lo n g s v o c a b le s .\n   C e p e tit n o m d e M a le in e , d ’a llu re n a ïv e , sie d m ie u x à\nla je u n e r e lig ie u s e q u e l ’a u tre, e t to u t le c o u v e n t l'a b ie n\nv ite a d o p té fa m iliè r e m e n t. S œ u r M a le in e , e n effet, e st e lle -m ê m e\nu n e g r a n d e e n fa n t. S o n c œ u r e st p lu s c a n d id e q u e sa b la n c h e\nc o r n e tte et se s y e u x s o n t p lu s b le u s q u e sa ro b e b le u e .\n   L e d irecteu r d u c o u v e n t, u n a n c ie n cu ré d e v illa g e a u r é o lé\nd e b la n c s c h e v e u x , q u i a g a r d é , d e s o n lo n g sé jo u r à la c a m ­\npagne,       lin   v o c a b u la ir e p itto r e sq u e , a d é c la r é , certa in jo u r ,\nà la su p é r ie u r e d e la m a iso n : q u ’il fa isa it to u jo u rs « m a tin\nd e m ai » d a n s l ’â m e d e la sa in te fille e t q u e D ie u se p r o m e n a it\nd a n s le c œ u r d e sœ u r M a d e le in e « c o m m e d a n s s o n ja r d in ».\n    C ette g r a n d e e n fa n t s e tr o u v e d o n c b ie n h e u r e u se d e faire la\nc la sse a u x to u s p e tits , c e jo u r d ’h u i su r to u t, 2 4 d é c e m b r e .\n    L a R é v é r e n d e M ère su p é r ie u r e a d o n n é , le m id i, a u réfec­\ntoire, e t à to u te s s e s r e lig ie u s e s , lic e n c e d ’a m u se r é c o lie r s et\né c o liè r e s, e n l ’h o n n e u r d e la fê te d u le n d e m a in .\n   — C e sera v o tr e r é v e illo n , sœ u r             M a le in e , a-t-elle d it,        en\nso u r ia n t.\n  A u ssi la b o n n e sœ u r c o m p te -t-e lle s ’e m p lo y e r , d e to u te so n\nâm e, à réjo u ir le c œ u r d e s d o u z e p e tits c o n fié s à sa g a rd e.\n   A u m o m e n t d e c o m m e n c e r la c la s se d e c e tte v e ille d e N oël\n\n\n  ( 1 ) D'un volume en préparation : Les D ires inquiets.\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "                                  242\n\n on a amené, à la douce religieuse, un enfant de plus, un petit\n trouvé à la rue, sous le ciel gris de décembre, un petit pauvre\n q u ’on a fait m anger à l’office.\n    Sœ ur Maleine lui dem ande son nom calm em ent, et l’enfant,\n apprivoisé tout de suite par cette créature de bonté, m urm ure :\n    — Em m anuel.\n    Elle l’assied au prem ier banc, au milieu, à la place d ’honneur,\n et prononce :\n    — Au nom du Père, et du F ils...\n    E t tous les enfants se signent, répétant en chœ ur : Au nom\n du Père, et du Fils, et du Saint E sp rit...\n    Sans attendre le signal habituel, un enfant poursuit, à haute\n voix, tout seul :\n    — N otre Père qui êtes aux cieux...\n    Toutes les têtes se tournent vers le jeune audacieux qui pro­\n nonce ces paroles, à contre tem ps.\n    Mais Em m anuel, car c’est lui, continue, im perturbable, au\nm ilieu des sourires, des étonnem ents et des gestes de ses jeunes\n com pagnons.\n   Sœ ur Maleine a fait un signe. L e nouveau venu achève\nm aintenant sa prière dans le silence général. Il dit le P ater,\npuis l’Ave, et il aborde le Credo que nul garçonnet de la petite\nclasse ne connait encore. L a bonne sœ ur est dans l’émerveille­\nm ent. Em m anuel, ayant term iné la récitation du « Je crois en\n Dieu », la religieuse le regarde de son bon regard d ’enfant.\n   — T u sais lire? lui demande-t-elle, m alicieusement.\n    Em m anuel fait un joli signe affirmatif de sa tête blonde.\n   — Alors lis.\n   Sœ ur Maleine tend à l’enfant le livre qu’elle tient en main :\nL a Légende Dorée, dont elle se propose de narrer, tout à l’heure,\nquelques pieuses histoires à ses enfants.\n   Em m anuel lit adm irablem ent. L a religieuse l ’écoute, toute\nla classe l’écoute. Tous les yeux sont fixés sur le petit qui lit\ncomme un homme, malgré ses cinq ans. Em m anuel lit une his­\ntoire; le silence est complet autour de lui. Il en lit une seconde ;\nil fait aussi calme dans la classe que parm i l’étalage d ’un m ar­\nchand de statuettes. C’est à peine si, de temps en tem ps, le cha ­\np elet de sœur Maleine bruit im perceptiblem ent e n frô lan t s a robe.\n   Cependant la sœ ur intriguée interrom pt le lecteur merveilleux :\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                                                243\n\n   — T u s a is écrire a u ssi ?\n   S u r u n s ig n e d e tê te a ffirm atif, elle te n d à l ’e n fa n t le c ra y o n\nq u ’e lle p o r te à sa c e in tu r e , e t, su r la p r e m iè r e p a g e d u liv r e\nE m m a n u e l, d ’u n e m a in fe r m e , c o m m e n c e d ’écrire.\n\n    A c e m o m e n t q u e lq u ’u n fr a p p e d o u c e m e n t, à la p o r te d e la\nc la s se d e sœ u r M a le in e .\n   — M a is, m a sœ u r , p r o n o n c e u n e v o ix p ar l ’h u is e n tr e b â illé ,\nv o u s n e d e v e z p lu s y v o ir . J ’a i a llu m é il y a d u te m p s . Il e st\np rès d e q u a tre h e u r e s. Il n e ig e . Il fa u d ra r e n v o y e r v o s e n fa n ts.\n   S œ u r M a le in e su r sa u te , à c e t a p p e l v e n u d e l a c la s se v o is in e\nd e la s ie n n e . E n v é r ité , il fa it n u it, to u t à c o u p , a u to u r d ’e lle ,\net v o ic i q u e le s p e tits é c o lie r s s ’a g ite n t p e u r e u se m e n t d a n s\nl ’o m b re ta n d is q u e sa m a in tâ to n n e à la rec h e r ch e d u b e c d e gaz!\n    L e p a p illo n d ’or s ’a llu m e et fla m b e e n fin a u -d e s su s d e l ’a u d i­\nto ire e n fa n tin .\n   U n e p e tite m a in p r é se n te à la sœ u r le liv r e c lo s , u n e a u tre le\ncr a y o n tr o u v é su r le b a n c .\n   L a r e lig ie u s e c h e r c h e d e s y e u x le p e tit E m m a n u e l.. . e t n e le\nretro u v e p a s . E lle c o m p t e se s é c o lie r s su r se s d o ig ts .         I ls so n t\nd o u z e , p a s u n d e p lu s ... T o u t à l ’h e u r e ils é ta ie n t treize.\n    C ette c o n sta ta tio n tr o u b le sœ u r M a le in e , q u i s ’a c h e m in e s u iv ie\nd e s e s p e tits é c o lie r s v e r s la p o r te d e l ’é c o le . M a is u n e id é e lu i\nv ie n t : c e t en fa n t a é c r it ... E t d a n s le v e s tib u le , to u te tr o u b lé e ,\nh â tiv e m e n t, e lle e n tr ’o u v r e le liv r e q u 'e lle tie n t à la m a in .\n  S u r la p a g e, b la n c h e q u i p r é c è d e le fa u x titr e , la sœ u r lit c e s\nm o ts, in s c r its e n g r o ss e s lettres d o r é e s, d ’u n e c u r siv e su p e r b e :\n   « M e s d élice s so n t d 'ê tre a ve c les en fa n ts d es h om m es. »\n   S œ u r M a le in e e t se s é lè v e s a v a ie n t r é v e illo n n é , e n c e tte v e ille\nd e N o ë l, a v e c c e lu i q u e le s é c r itu re s a p p e lle n t l ’E m m a n u e l, c e lu i\nq u e n o u s n o m m o n s l ’E n fa n t-J é su s.\n   M o n sie u r le D ir e c te u r g a r d e , c o m m e u n e c h è r e r e liq u e ,\nl ’e x em p la ire d e L a L é g e n d e D o rée q u ’il a p r ê té à la très p ie u s e\nr e lig ie u s e e t su r le q u e l o n p e u t lire la p h r a se é v a n g é liq u e q u e\nj ’ai ra p p o rtée.\n                                                                             POL    DEM ADE.\n     Reproduction réservée.\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "               Le Noël de la Montagne\n                                                     Venite, adoremus.\n\n\nl es   clo ch es\n\n\n          Venez, adorons-le, c’est le Seigneur du monde,\n          L e lys éblouissant qui sortit de Jessé;\n          Sois calme et belle, ô N u it propice, N u it p rofonde :\n          L a Neige chaste attend son chaste Fiancé.\n\n          Sois calme et belle, ô N u it, et sois harmonieuse :\n          P orte dans les lointains de vallons en vallons\n          Jusqu'en la p a ix de la f o r ê t silencieuse\n          Nos chants jo y e u x et nos soirs clairs de carillons.\n\n                      D ans la nuit, lointaines ou proches,\n                      « Venez, venez », disent les cloches.\n\nL ’E S P R I T D E    LA   M ONTAGNE\n\n          Qui me réveille ainsi dans la nuit m usicale?\n          L a m ontagne s'em plit de bruits harm onieux,\n          J ’ai senti tressaillir ma terre filia le,\n          P our qui sont ces accords doux et m élodieux?\n\nLES    É G L IS E S\n\n          P o ur L ui, dans la nuit brune a u x clartés indécises,\n          N ous allum ons nos fe n ê tre s qui sont nos y e u x\n          P a r où nous regardons venir les ombres grises ;\n          N ous avons allum é nos g ra n d s y e u x curieux.\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                                        245\n            Nous avons revêtu nos habits des dimanches\n            E t p a r fu m é nos corps des p a rfu m s d'O rient,\n            Nous attendons le fia n cé des Aubes blanches,\n            Celui qui, P rince et Roi, nous vient en M endiant.\n                       Claires p a rm i les ombres grises,\n                       « Accourez », disent les églises.\n\nl ’e s p r i t   DE   LA   M ONTAGNE\n\n            Les rudes m ontagnards vêtus des blouses neuves\n            E t les fe m m e s et les petits enfants f r i le u x\n            R oulent leurs f lots pressés et noirs comme des fleuves\n            Vers les seuils éclairés des temples lum ineux.\n\n            M es fils , dont les p a s f o n t gém ir la belle neige,\n            Dans la g ra n d e N u it calme et douce de langueur,\n            A quel Roi voulez-vous f a i r e hommage et cortège?\n            C’est donc un Dieu bien g ra n d , c'est donc un Dieu\n                                                           [vainqueur !\nLES     ENFANTS\n\n            N on, il est tout petit, tout petit, dans sa crèche,\n            T out p e tit comme nous qui sommes ses amis,\n            I l a les cheveux blonds, l'œ il doux, la lèvre fra îc h e ,\n            I l repose entre l'âne et le b œ u f endormis.\n\n             O le pa u vre ! il a fr o id , couché sur de la paille ;\n             M ais de beaux anges clairs se courbent devant lui\n             E t pardessus l'étable, en la n u it qui tressaille,\n             L a g ra n d e étoile d'or éblouissante luit.\n                       « Voici les Jésus dans les crèches,\n                       A llons voir », disent des voix fraîches.\n\nLES     M ONTAGNARDS\n\n             I l est l'H um ble qui vient p auvre dans une étable\n             A vec des verbes d'or, bons et consolateurs,\n             E t p o u r les tout petits comme nous, charitable,\n             Dans sa besace il a les dogmes rédempteurs.\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "                                          246\n\n            O le Pâtre d 'A m o u r ardent qui sym bolise\n            L'inaltérable p a ix p a rm i tous les troupeaux\n            E t qui vient apporter la Justice p ro m ise !\n            Demain se lèvera l'Aube des temps nouveaux.\n                       « C'est le Dieu des mansuétudes,\n                       Aim ons-le », disent des voix rudes.\n\nl ’e s p r i t   d e   la   m o ntagn e\n\n\n             Gloire donc au p orteur de la Bonne N ouvelle !\n             Toute la terre et les chemins chantent d'am our,\n             Chansons des vents et des fo r ê ts dans la nuit belle,\n             Chansons dans les ham eaux et chansons dans le bourg.\n\n             E t moi, l'E sprit de la M ontagne douce et bonne,\n             Géant au cœ ur de miel en un corps de granit,\n             Je te salue, ô C hrist Jésus, et j e te donne\n             T o u t mon peuple à genoux, mon peuple rajeuni.\n                        « A im ez-vous, vous êtes tous frères,\n                        A im ez-vous », disent les bruyères.\n                                                            ED O U A R D N E D .\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                                 247\n\n\n\n\n                          Epiphanie\n\n\n        t    voici qu'aux jours d ’H érode, Jésus é ta n t n é dans\n\n\nE           B ethléem de Juda, les M ages du lointain O rient,\n            G aspard, M elchior et B althazar, guidés p ar une\nétoile neuve, s’achem inèrent, pour l’adorer, vers l’enfantelet\ndivin, ro i d ’Israël.\n   C’était, su ivant la tradition, des hom m es savants et puis­\nsants, qui, dans leur p atrie m ystérieuse, A rabie, P erse,\nM ésopotam ie ou C haldée, professaient la sagesse e t s’effor-\nçaient de lire au livre des astres les secrets de l’avenir. Sans\ndoute ils v o y ag è ren t en caravane brillan te et, tels que les\npeig n iren t en leurs trip ty q u es les vieux m aîtres, ils s’en\nv in ren t, v êtu s de velours som ptueux et de la ru tilan ce des\nbrocarts, p ro ste rn e r d ev an t l’hum ble berceau leur science et\nleur g ran d eu r e t offrir au N ouveau-né leurs présen ts sym bo­\nliques.\n  M ais, com m e ils arriv aien t de très loin et s’étaien t attardés\ndans Jérusalem à s’en q u érir du lieu où le M essie atten d a it\nleurs hom m ages, ils ne furent p o in t les prem iers dans l’ado­\nration.\n    D e pauvres bergers de B eit-Saour les avaient dès longtem ps\ndevancés. T andis qu’aux alentours de l’étable à jam ais\nauguste, ils g ard aien t leurs troupeaux, une clarté m erveil­\nleuse av ait ébloui soudain les ténèbres et, surgi aux regards\ndes p asteurs éperdus, u n céleste h érau t avait annoncé le\nVerbe fait chair. D ans le vaste silence nocturne, les trio m ­\np h an tes arm ées du paradis clam aient aux espaces la gloire du\nT rè s-H a u t e t la p a ix prom ise aux hom m es de bon vouloir.\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "                                 248\n\nE t aussitôt, pieds nus, la sordide peau de m outon aux épaules\ne t le bâton de sycom ore à la m ain, p leu ra n t d ’allégresse, les\nguenilleux élus de la douce nouvelle s’étaie n t h âtés vers la\ncrèche de m isère pour y déposer en offrande, aux pieds de\nl ’E n fan t, leurs âm es naïves. P a r u n privilège sublim e, ils\nfurent, avec M arie et Joseph, les prem iers adorateurs de Jésus :\nles m ages ne l’ap p ro ch èren t qu’après eux.\n    C ertes, ce n e fut pas u n vain hasard qui ordonna la succes­\nsion de leurs venues. Ceux qui croient n e p eu v en t douter\nqu’un dessein providentiel se m anifeste en c e tte préséance\naccordée, auprès de Celui qui s’incarna à cause de la souffrance\ne t du gém issem ent des m isérables, au faible sur le fort, au\nsim ple sur le savant. U n profond sym bole ap p araît en ce\n double épisode évangélique.\n    N é parm i les plus hum bles chez u n e n atio n vassale, ceux\n que Jésus appelle av a n t tous autres à l’h o n n eu r insigne de\n l’adorer dans ses langes so n t des bergers, infim es en O rient\n parm i les plus infim es, qui, tandis que la g en tilité députe\n vers B ethléem l’élite de ses sages, ap p o rten t, eux, au M essie\n désiré p ar des générations sans nom bre l ’hom m age plus\n ten d re du peuple choisi. E t, cep en d an t q u ’une étoile inconnue\n m ène p ar les déserts la caravane opulente des m ages, il\n sem ble que D ieu veuille, pour convoquer les pauvres autour\n de son berceau, un plus éc la tan t prodige : ce so n t les anges\n eux-m êm es, m inistres in tellig en ts des volontés suprêm es,\n qui g u id en t vers l’extase les pasteurs. A insi, dès sa naissance,\n le P rin ce des D ouleurs m arque splendidem ent sa prédilection\n p o u r les petits.\n     M ais autre chose encore frappe dans l’éto n n a n t récit des\n  E vangiles. L es m ages, qui figurent aux pieds du Sauveur la\n  puissance terrestre e t la sagesse hum aine, ne se tro u v en t\n  po in t, com m e les bergers de B eit-Saour, aux im m édiates\n  approches de l’étable, p en d a n t la n u it sacrée. Si deux ou trois\n  m ois de la vie divine s’écoulèrent av a n t leur visite, ce n ’est\n  pas que le M essie leur eû t été tard iv em en t annoncé, m ais à\n  cause que la ro u te é ta it longue de leur patrie à B ethléem . E t\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                                 249\n\nte lle est la signification sym bolique de leur voyage : il fallait\nqu’ils v in ssen t de très loin, puisqu’ils é taie n t m ages.\n    Car ils re p ré se n ta ie n t la force, e t les faibles sont plus\nproches de la lum ière que les forts; la science, e t les doctes\nso n t m oins proches de la lum ière que les ignorants. L a grâce\nn ’habite qu’en les hum bles d’esprit, e t c’est l’orgueil fatal\nqui trio m p h e com m uném ent dans l’âm e des savants e t qui\nen chasse D ieu. L es cœ urs sim ples en ten d e n t et v oient; avec\nto u te leu r philosophie, les sages d em eurent aveugles et\nsourds. L a raison superbe e t stérile m enace en eux, sans\ntrêv e, la F o i. E t les âm es des puissants n ’échappent à ce\npéril que p o u r succom ber sous un autre : les am bitions e t les\n convoitises terrestres, qui g u e tte n t l’hum anité entière, les\n subjuguent plus aisém ent, les im périeuses voix du siècle et\n d e la chair étouffent en eux les paroles du Ciel. Avec une\n ob stin atio n plus redoutable re te n tit en leurs cœ urs le N on\n scrviavi de l ’archange rebelle.\n    E n v érité, la fausse sagesse e t la force superbe creusent\n des gouffres terribles en tre l ’hom m e et D ieu : les m ages qui\n se p ro ste rn e n t à B ethléem s’en v ien n en t de loin.\n     E t ces chefs m y stérieux de l’O rien t, G aspard, M elchior\n et B althazar, sont grands p arce que, a y a n t su que D ieu choisit,\n selon la parole de l ’apôtre, l’ig n o ran t p our confondre le sage,\n le faible p o u r confondre le fort, ils o n t gardé l’hum ilité du\n cœ ur et la sim plicité d’esprit, e t que leurs âm es désireuses\n du royaum e étern el, fu ren t pareilles, en leur v ierge candeur,\n aux âm es des p etits enfants.\n                                                M A U R IC E D U L L A E R T .\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                              25 o\n\n\n\n\n                   Noëls lointains\n\n\n      e les aime entre toutes, ces saisons de silence et de sommeil,\n\n\nJ      ces hivers enlinceulés de brum e, qui sem blent effacer et\n        calmer la vie, et dont la mélancolie, m aintes fois redite,\n      invite à des pèlerinages vers l’Autrefois, vers l’Oublié, jusque\nvers les puérilités de l’enfance.\n    Les soirs évocateurs de l’hiver, me conduisent en des logis\ndu passé, dans une ville endormie à la lisière d ’une province de\nl’Ouest, sur les bords de l’Océan. Oh ! la tristesse des ruelles\nm ontantes, grises tout le jour, des places désertées, du port\nminuscule où des barques de pêcheurs se balancent lam enta­\nblem ent ; l’aspect sinistre de la grande jetée, bruyante comme\nun boulevard, voilà seulem ent quatre mois. O h! la plainte\nincessante de la mer, voilée de brouillard à l’horizon, — le\npaysage de désolation et d ’ennui Dans les cabarets, aux vitres\nembuées, des marins causent, jouent et chantent, au milieu\ndes nuages de fumée, en l’atm osphère tiède de ce hall, mieux\nclos et plus hospitalier que la m asure aux odeurs de varech, où\nla marmaille piaille en les attendant. Au dehors le froid et le\nvent, le triom phe de l’hiver.\n   Je la revois, telle qu’elle se fixa jadis dans ma mémoire, cette\nville de la côte, je revois la plage où j ’ai couru, le cabaret des\nmatelots, les chemins aux galets dépolis, tout cela, enseveli sous\nles neiges, lointain comme une apparition, mais d ’un charme\ninexprimable. L ’hiver ! et ce sont aussi des visions de blanches\ncontrées du N o rd : les toits encapuchonnés de glace, les plaines\nillimitées, semblables à quelque prodigieux tapis d ’hermine, les\nintérieurs luisants, où, réunis devant la cheminée haute, le soir,\nles enfants écoutent les histoires et les légendes.\n    Quiconque seulem ent a vu l’hiver à P aris, ne saurait com ­\nprendre l’enchantem ent q u ’il réserve en d ’autres légions. A\nP aris, l’hiver signifie le théâtre, les concerts, l’éblouissement\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                                25l\n\ndes cafés aux boulevards, les soupers après m inuit, — les clar­\ntés électriques. E n province, au contraire, il évoque les bonnes\nsoirées, la joie des simples, espérant les fêtes intimes, l’âtre des\nrom ans naïfs, la bûche rougeoyante, le Noël familial.\n    Les Noëls d ’autrefois, je les retrouve, en ce retour vers l’éva­\nnoui, risibles pour notre époque d ’indifférence, où toute fête,\nmême la plus sainte, invite particulièrem ent, aux repas copieux\ndans les sous-sols de brasseries, illuminés et fleuris... Il faut\névoquer les Noëls lointains et mystérieux, les beaux Noëls,\nsouhaités en quelque vieille dem eure d ’aïeul, dans une province\nsilencieuse, close aux rum eurs du monde. Je me rappelle. Les\nheures, une à une s’égrenaient, et, rassemblés au salon très\nvaste, sous la lam pe, devant le foyer joyeusem ent lumineux, la\nveillée commémorative se continuait. On devinait la neige et\nl ’ardeur du froid ; quelquefois, le gel ciselait des broderies\ninusitées sur les vitres. On parlait des . nuits miraculeuses\nd ’Orient, on rem ontait les siècles, pour rechercher l’apparition\nde l’E nfant Sauveur, l’annonciation aux bergers, la visite des\nRois Mages, la crèche dans l’étable. Les petits s’émerveillaient\ndes récits; leurs yeux étonnés sem blaient suivre des vols de\nséraphins, et ils prom ettaient bien de rester sages, de se souvenir\ntoujours. Combien se souviennent, aujourd’hui !\n    L e plus âgé des convives ouvrait la très ancienne Bible à\nreliure archaïque, léguée de génération en génération, imprimée\nen grosses lettres, pour la vue fragile des vieillards. Il lisait les\nversets des Evangélistes; il lisait lentem ent; les phrases se pré­\ncisaient, solennelles, et une grande joie et u n grand frisson\npassaient à la révélation de la Naissance. « Marie conservait\ntoutes ces choses en son cœur.» Cette Parole causait la sensa­\ntion d ’une im m ensité soudainem ent aperçue, disait l’allégresse\nprofonde de la Mère choisie de toute éternité pour la glorieuse\nincarnation du Verbe, et cependant effacée en l’obscur logis\ndes pauvres, sous la sûre protection des anges, et c’était Elle\net son Fils, qu’on désignait aux petits.\n    Après la lecture, la prière, les enfants endormis, on préparait\npour le m atin du lendem ain, les hauts arbres de Noël, les sapins\nverts aux branches nom breuses, où s’accrochaient de m inus­\ncules lanternes peintes, des jouets variés. Au réveil m atinal,\nles enfants se hâtaient dans la chambre décorée pour la circons­\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "                                352\n\ntance, où se conservaient habituellem ent les fruits sur des éta­\ngères de meubles surannés. L ’arbre les éblouissait, de ses\ninnom brables lumières m inuscules, et les petites mains se\ntendaient vers les hochets trem blants sous les frêles ramures.\n   Puis, on se souvenait des enfants inconnus, du même âge, —\nplus proches de Celui dont on fêtait la venue — et qui, peut,\nêtre aujourd’hui, m ouraient de froid et de faim, des innocents\nqui savaient déjà la misère — et seulem ent la misère. C’était\nalors, le départ, dès le jour advenu, les haltes de taudis en ta u ­\ndis, avec les bras remplis de jouets — les jouets de l’arbre — de\nbrioches, de lainages chauds. On em brassait les marm ots ché­\ntifs, un instant dans le ravissement, on leur offrait au nom de\nJésus, \" N otre F rère \", une fugitive clarté de bonheur et les\nmères, en loques, remerciaient en des gestes de bénédiction, et\nles petits joignaient leurs doigts, souriaient délicieusem ent...\n   On rentrait le soir, très las, heureux des longues courses ;\nsouvent il ne restait plus le m oindre jouet à l’arbre du m atin,\nmais aucun, certainem ent, ne regrettait, en son âme simple, les\nprésents bien humbles, à la distribution desquels les mères\navaient présidé, pour être agréables — expliquaient-elles — à\nNotre-Seigneur, dont c’était le jo u r anniversaire.\n   E n cette fête, rêvée universelle, où toutes les cloches des\néglises chrétiennes de toutes les confessions, sonnent triom pha­\nlement, comme si elles voulaient s’unir dans la joie égale de la\nNativité, nous devions, je me souviens, oublier aussi les haines\nenfantines, les colères, effacer nos rancunes et prom ettre de\nnous aimer « comme le Sauveur nous aim ait. » E t nous prom et­\ntions sincèrement, au souvenir du Berceau, dont l’image nous\nhantait.\n   Aussi loin, je le veux croire, c’est autour de ce Berceau con­\nsolateur, que les chrétiens des églises différentes et les chrétiens\nerrants et incertains, hors des églises, viendront enfin se récon­\ncilier, se réunir à jam ais, en présence du P etit E nfant, du P etit\nPauvre de Bethléem.\n                                               G E O R G E S O U D IN O T .\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "            Prière des Inquiets\n\n                                            A E dgard R ichaum e .\n\n\n\n\nD o u x Jésus, nous voici p ria n t dans les églises\nOù ton regard p lu s doux que les m eilleurs baisers\nCaresse, bienfaisant, les fidèles pressés\nPrès des confessionnaux oit les péchés se disent.\n\n\nN ous sommes les Inquiets qu'épouvante la vie :\nL'au-delà m ystérieux obsède nos esprits\nE t nous venons à Toi, car nous avons compris\nQue seul Tu p e u x g u érir nos âmes assombries.\n\n\nD o u x C hrist! nosy e u x sont fa ib le s et nos espoirs sont la s ...\nA h ! nous avons cherché l ’Idéal qui f a i t vivre\nDans l ’orgueil, dans l'argent, dans l'am our qui enivrent\nE t tous désenchantés, ô d o u x Christ, nous voilà !\n\n\nE t nous Te supplions, ô Bon Galiléen,\nPrince des pauvres, Dieu magnanim e,\nE t nous T e dem andons p o u r nos cœurs incertains\nL a F oi belle et fo r te des hym nes !\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "                           254\n\nL a F oi — levain de p a ix p our les âmes inquiètes —\nQui donne la lum ière a u x y e u x qui n'ont su voir ;\nL a Foi qui f a i t germ er les superbes Espoirs,\nDonne-la nous, Seigneur, — ce sera fê te .\n\n\nCe sera f ê te au Ciel et puis f ê te en nous même !\nN os cœurs auront compris et nos y e u x auront vus.\nN ous n'aimerons que Toi, ô Seigneur, qui nous aimes\nE t notre saint am our ne sera p o in t déçu !\n\n\nN ous sommes les Inquiets qu épouvante la vie :\nL 'au-delà m ystérieu x obsède nos esprits\nE t nous venons à Toi, car nous avons compris\nQue seul Tu p e u x g u érirs ne âmes assombries.\n\n                                        ALBERT BERTHEL.\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "                                 255\n\n\n\n\n                 Le retour de l’exil\n\n                                            A   G eorges R a m a ek ers.\n\n\n\n    l    était revenu par un soir de Noël, lui le poète, le fou; dans\n\n\nI       son village, son vieux village qui avait bercé ses espoirs.\n           Il était revenu sans gloire, sans nom , tous ses désirs,\ntous ses rêves souillés.\n    L a grande cam pagne était morte m aintenant et reposait sous\nson beau voile de com m uniante, blanche et parée de neige pour\nla fête du doux Jésus.\n    Oh! cette neige, cette belle neige, blanche comme les pétales\nd ’avril, il y m archait doucement; il avait peur de la souiller, car\nc’était son âme cette plaine blanche, son âme souillée p ar les\nnoires réalités.\n    Les cloches chantaient de leurs voix blanches. L eurs douces\nvoix m ouraient là-bas près des pauvres pom m iers qui pleuraient\nleurs larmes de givre, de ne pouvoir plus fleurir. Alors il se\nsouvint; oui, il y avait longtem ps de cela, était-ce dans la vraie\nvie, était-ce dans le rêve? Oui, il y avait longtem ps, il était bien\nfrêle alors, bien petit, et son âme était pure et claire comme\nune neige nouvelle. Oui, il se rappelait m aintenant :\n    C’était u n grand arbre vert, tout chargé d ’étincellements et\nde dorures, des têtes aimées penchées sur la table, et des yeux\ncouleur de lune, des yeux couleur de bluets et des chevelures\nd ’or près du grand sapin dôm al... P uis des cris, des dents qui\nbrillaient, et deux très vieux qui trem blaient comme une feuille\nd ’autom ne, en em brassant les têtes blondes comme une poignée\nd ’épis d ’or.\n   E t tout à coup la vieille pendule balançait son cœ ur de cuivre,\nchantant douze coup mystérieux avec quelque chose de passé\net d ’enclos...\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "                                256\n\n   M aintenant là-bas, le chemin s’allongeait tout blanc avec ses\nfoules de fidèles vers l ’église s’estom pant dans un ciel étoilé,\navec ses neiges à son clocheton, et ses verrières flambantes,\ncomme la lumière du refuge pour le chemineau, comme l’appel\nd ’or pour les âmes égarées.\n   E t il les reconnaissait tous les souvenirs, les têtes blondes,\nles têtes grises surtout qui allaient, et les vieux qui cahotaient\ndans le chemin avec des sourires ridés pour les petites vieilles\nappuyées sur leur bâton, avec leur coiffe blanche jetée au vent.\nIl suivit inconsciemment la foule et nul ne le reconnut. On\noublie si tôt sur terre.\n\n   Il entra par le grand portique. Ce fut comme u n éblouisse­\nment, il chancela.\n   Les cierges s’étoilaient d ’or sur les foules agenouillées, les\nsaintes frissonnaient dans leurs verrières, l’encens rythm ait son\nparfum splendide, et il entendit :\n   C’était une voix forte et douce, une voix d ’or qui chantait les\nlouanges; elle vibrait jusque dans les hautes nefs, graves. Elle\navait quelque chose de calme, de saint, d ’ultra terrestre, quel­\nque chose de déjà, perçu. E t l’orgue jetait sa plainte tel un\nchœ ur de voix m ystiques, avec des élévations et des m ourances\ngraduées comme u n affaissement d ’âmes.\n   Oui, il l’avait déjà entendu vibrer cette voix; elle semblait\nvenir d ’en haut, si harm onique q u ’elle ne pouvait être hum aine.\nE t il vit dans le chœur, Jésus, son doux Frère en souffrance, le\nPoète de tous, qui, comme lui, peina pour avoir trop chanté\npour l’homme de sa voix d ’or.\n   E t lui qui savait ne plus prier, comme dans les lointains\nheureux, les beaux jadis de son enfance, il pria le doux Jésus\navec des larmes, fervemment !\n                                                 E U G È N E H E R D IE S .\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                                257\n\n\n\n\n             Les Etoiles de la Noël\n\n                     Jean Lyane, le peintre, arriva, cette veille de\n\n\n Q\n         ua n d\n\n               Noël, au château de Chrétien Dalien, son am i,\n               l’om bre trop tôt venue aux soirs d ’hiver endorm ait\n             déjà la cam pagne.\n      De petits carreaux lum ineux écarquillés sous les blancs capu­\nchons des toits, révélaient seuls dans la ténèbre et sur la neige,\nl e s rares cabanes en éveil aux bords des routes effacées.\n      Interrom pu dans l’élaboration de son nouveau poème par\nl’approche prém aturée de la nuit, Dalien s’était depuis long­\ntemps levé pour allum er la lam pe dont la douce et calme clarté\nest si propice aux travaux du poète.\n      Mais p ar delà les longs rideaux de la fenêtre — dentelle\nd ’ombre sur le soir — la vision, tout à coup, du firmament splen­\ndide, du firm am ent sans fond, peuplé d ’étoiles vacillantes comme\ndes lampes dans le vent, l’immobilisa dans l’extase.\n      Ayant en vain frappé par trois fois, à la porte, et ne voyant\nfiltrer sous elle aucune lum ière, L yane qui se savait attendu\ncependant, assuré d ’ailleurs par les dom estiques de la présence\nde leur maître, s’étonna du silence et de l’obscurité, et tout dou­\ncement pénétra dans la cham bre de son ami.\n      Dalien était toujours là sans un geste, devant la fenêtre aux\nrideaux écartés, en attitude de statue.\n      E t droit, devant la nuit moins sombre, au contraste noir de\nsa silhouette, il apparut un instant à L yane p ar ses cheveux\n tr è s longs et son m anteau drapé, quelque disciple de Jésus, en\nentretien m ystérieux et sublim e avec les étoiles du ciel.\n      Un scrupule presque religieux empêcha le visiteur indiscret\nde troubler la contem plation du poète.\n      Mais l’attirance occulte des yeux qui nous regardent fit bien­\nt ô t tressaillir celui qui rêvait. Il détourna la tête et ses yeux\nt o u t remplis du clair reflet des astres clignotèrent vers l’obscu­\nr i t é de la chambre.\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "                                 258\n\n    « Bonsoir Dalien », dit à mi-voix Lyane.\n    Dalien sursauta comme un que réveille le bruit d ’une voix\ndans la nuit.\n    « Toi ! Jean ! » exclama-t-il, cherchant à reconnaître avec ses\nyeux troublés, « comment es-tu entré ici? Je n ’ai rien entendu...»\n    « Est-ce q u ’on entend quand on rêve ? » interrogea Lyane\nen souriant et lui tendant la main.\n    Dalien l’attira vers la fenêtre.\n    « Vois donc, ami, si une telle nuit vaut que je la contemple! »\n    L e peintre à son tour s’émerveilla.\n    Il ne trouva q u ’un cri pour exprim er à ce mom ent son âme.\nP uis le silence retom ba autour des deux amis, immobiles et\nmuets dans leur ravissement et les regards levés vers la nuit de\nNoël.\n   Jam ais le spectacle ineffable de l ’ombre étoilée ne s’était\ndévoilé aussi p u r à leurs yeux, n ’avait ému aussi profondém ent\nleur être.\n   L ’azur bleu sombre étincelait d ’u n éclat sans pareil. E ntre\nles constellations allumées naissaient à tout instant de nouvelles\nétoiles, et tous les plus lointains soleils, toutes les sphères igno­\nrées sem blaient s’être ajoutées aux myriades déjà brillantes,\ncomme pour rehausser cette fête stellaire, en la nuit noëlique,\nde la joie de leurs feux soudain révélés.\n   E t sous cette féérie du ciel nocturne, la féérie de la terre en\nblanc ! E t le scintil de la lumière innom brable des m ondes, à\nl’infini m ultiplié dans les micas de la neige éblouie !\n\n\n    — « Les étoiles sont les yeux sans péché des anges invisibles\net prosternés, là haut, au bord de l’infini, vers le Mystère\ninsondable qui va s’accom plir ici-bas », dit enfin Jean Lyane.\n    Mais Dalien ne l’entendait pas.\n   A utour des pelouses enrobées de neige, les arbres nus du\ngrand parc m orne tordaient leurs rameaux noirs.\n    E t leur im mobilité convulsive évoqua dans l’im agination du\npeintre la rage terrifiée des serpents infernaux qui se seraient\ndressés là dans l’espoir insensé que leur venin saurait jaillir\nju sq u ’aux étoiles...\n    T out à coup Dalien s’écria : « U ne étoile est tom bée du ciel! »\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                                   25 9\n\n  Alors il p rit les mains de son ami et de ce ton voilé qui est\ncomme la voix de l’âme :\n  — « As-tu jam ais songé, dit-il, à tout ce que recèle d'enseigne­\nment terrible ce phénom ène que l’effarente inconscience des\nhommes contemple avec des yeux béats : l a c h u t e d ’ u n e\né t o il e   !\n   » U ne étoile qui tom be,c’est un soleil qui pour jam ais s’éteint,\nc’est la m ort d ’un soleil qui fut cent fois plus grand et plus\nbrillant peut-être, pauvre petite hum anité, que l’astre radieux\nqui t ’éclaire et qui te nourrit !\n   » U ne étoile qui tom be, c’est tout u n monde qui périt. Mais\ntoi, dans cet instant où tu la vis tom ber du haut du firmament\nen la nuit éternelle tu n ’as pas tressailli.\n   » Car tu n ’as pas compris dans ta vanité m onstrueuse, que\ncet instant était celui m arqué de toute éternité p a r le Nouveau-né\nde l’étable, où ce m onde, plus vieux que ta planète infime,\nserait précipité dans le vide et s’écroulerait dans la nuit!\n   » P ou rtant l’instant viendra — qui ne hante pas ta pensée —\noù cette Terre sur laquelle tu t ’agites en ne songeant q u ’à toi,\nhum anité! où cette Terre, que tu appelles « vaste » et qui n ’est\ncependant q u ’un très petit point lumineux perdu dans le semis\nfabuleux de l’espace, à son tour, elle aussi, som brera dans la\nnuit!\n   » Alors ceux qui sans doute habitent d ’autres m ondes, avec\ndes yeux indifférents, comme à présent les yeux des hommes,\nse diront souriants, cette chose banale :\n   » Une étoile est tombée du ciel !............. »\n   — « Que Dieu est grand ! dit Jean Lyane, aux yeux qui croient\ndevant la nuit. »\n  — « Mais combien plus immense encore, ajoute le poète, aux\nyeux qui croient devant la Crèche, et s’abaissent devant\nl’Hostie !... »\n                                               G E O R G E S RA M A EK ERS.\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "                                                          26 o\n\n\n\n                                           Les Livres\n     R IC H A R D L E D E N T . — L e P e tit P a ro issien , o ù il est p a r lé d u cen t, des a r b re s et d u bel\na m o u r . (B ruxelles. Lacom blez.)\n     V oici ce rtes un jo li titre , a n n o n c ia te u r de bien belles choses. J e p réfère dire to u t de suite\nque le liv re de M. R ic h ard L e d e n t n ’a pas tenu pour moi le s prom esses de son titre , et que, ap rès\nl’avoir parcouru a tte n tiv e m e n t en en tie r, je ne me suis pas s e n ti ém u de la belle ém otion que\nl’artis te fait éclore quand son âm e chante la N a tu re e n jo ie.\n     E st-c e à d ire que M. L ed en t n ’est pas poète ? N on certes. Ce v o lu m e, quoique très in ég al,\nquelquefois g ris et incolore, est l’œ uvre d’un v éritab le poète. D an s la p rem ière p a rtie ; M u r ­\nm u re s et ch a n s o n s , j ’ai ren co n tré de beaux ch a n ts sim ples e t naïfs, com m e la ch an so n du\nvieux m oulin :\n                                             L e v ie u x m o u lin d a n s la p la in e ,\n                                             la s de la c h a n s o n des f le u rs,\n                                             v o u d r a it a llo n g e r ses ailes\n                                            j u s q u ’a u g r a n d soleil r ie u r .\n     E t celle des oiseaux qui o n t froid dans leur cage, e t c e tte délicieuse co m plainte du beau\ntroubadour à sa douce a m ie . Q uel dom m age que ces jo lis couplets a ie n t en leu r com pagnie des\njeux de m ots com m e : J ’exhum e — les h e u rts — qu’assu m e — m on cœ ur.\n     D ans « les j e u x », seconde p a rtie du P aroissien, M. L e d e n t fait a lte rn e r des pièces en vers\nrég u liers avec des pièces en v e rs libres ; e t son in sp ira tio n , fidèle dans les prem ières, le tra h it\npresque to u jo u rs dans les secondes. Q uoique n ’é ta n t pas v e rs-lib riste , j ’ad m ire ce p en d an t les\nv ers-lib res rythm iques e t m usicaux, le v e rs libre de M. L e d e n t est trop so u v en t d u r e t san s\nrythm e, e t p o u rta n t com bien harm onieux ce s vers rég u liers :\n                         V e rs m u s ic a l et d o u x co m m e u n s o u p ir de fe m m e ,\n                         voici de vo tre essence en q u elq u e p a r c h e m in\n                        e t v o u s sem blez g a r d e r l ’ém o i p r e m ie r d 'u n e â m e\n                        éteinte en le silence o d o r a n t du. j a r d in .\n     Je reg rette a u ssi de tro u v e r dans plu sie u rs pièces de ce volum e, au lieu du bel a m o u r , de\nl ’am our vénal qui se prom ène le soir aux carrefours.\n     Je te rm in e en sig n alan t, com m e v é rita b le m e n t œ uvre de poète, ces v ers :\n                         S e ig n e u r d o n t la p résen ce est vive a u s a n c tu a ir e\n                         v o u s d é c o u v re z m o n â m e et s c r u te z m a ch im è re !\n                         S e ig n e u r q u i c o n v ie z a u b a n q u e t d u p a r d o n\n                         m e voici p r o ste r n é , la p ie r r e co n tre le f r o n t .\n                         Que votre bo n té s o it le r a m e a u tu té la ire\n                          d o n t le so u ffle e n n o b lit le p lu s h u m b le, ô m o n p è re !\n                          Caressez d 'u n r e g a r d les e a u x m a ré ca g eu ses\n                         et le r e m o rd , S eig n eu r, s a u r a l a s o i f h eu reu se.\n                         S ec o u ez la fr a îc h e u r sa crée de vos d e u x m a in s\n                         e t les o rtie s se r o n t les j o y a u x d u j a r d in .\n                         S e ig n e u r, n o u s g ém isso n s, la s de n o tr e escla va g e,\n                         m o n tr e z -n o u s le soleil m ir a c u le u x des p la g e s,\n                         e t to i, V e rla in e, d o u x p é n ite n t, q u i su p p lia s ,\n                         Fa is j a i l l i r le p ro d ig e a u x sp le n d e u rs de ta f o i .\n                                                                                                 E douard N e d .\n\n\n       B L A N C H E R O U S S E A U . N a n y à la f e n ê t r e . — E n p re n a n t d an s son sen s la rg e l’idéo ­\nr é a lis m e — le m ot est d’H en ry M aubel, préfacier de ce liv re ch a rm an t — on p eu t l’app liq u er à\nces contes ém us, car c’est bien p lu s l’âm e des choses que le u r asp ect e x té rie u r qui v it d an s ces\npages. N on p oint que l 'a u te u r y philosophe à l’éperdue ou sc ru te m in u tie u se m en t la psychologie\nd e ses personnages, m ais p ar une façon to u te o rig in ale de grouper les faits elle le u r crée une\natm osphère m orale, un é ta t d’âm e bien fait pour nous séduire.\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "                                                             261\n       Si le nom de M . D e la ttre s’évoqua spontaném ent en m oi à la le c tu re de ces proses histo riées\nc’est que chez elle com m e chez lu i coule un m êm e flux de vie; je le s sais de race w allonne tous\ndeux, m ais L ouis D e la ttre e s t un joyeux gars ém erveillé qui chante gaiem en t en plein m id i ta n d is\nque M lle B lan ch e R ousseau m e sem ble une je u n e fille éduquée p a r le rêv e. E lle h ab ite u n val\ndu pays m osan e t ne so rt qu’à l’h eu re où, su r les p rairies aux fleurs d ’éto ilés, flotte un b ro u illard\ngris et bleuté e t parfois doré p a r les rayons couchants d’un soleil d ’auto m n e. M ais p o u r ê tre s p i ­\nritu alisé e p ar le songe, elle n e d éd a ig n e point les choses de la N a tu re e t l’âm e s’y ap p arie en\nconcordance parfaite.\n       M ais ici la sim ilitu d e s’arrê te , p eu t être est-elle faite de dissem blances : chez l’un l’objet est\nproche et à portée de la m ain , chez l ’a u tre vague et placé dans le lo in tain ; le d essin d ’H en ry\nM eunier: N a n y à la fenêtre, d ’une souple h arm onie de lignes, d’un charm e à la fois cla ir et\ngrave p eu t, m ais en l’ac cen tu a n t, résu m e r g raphiquem ent m a pensée.\n       J e le répète, m alg ré tous ses a ttr a its qu’on n e s’a tta rd e pas à la vain e h isto ire; chez B lan ch e\nR ousseau qui a l’in tu itio n de la légende et du sym bole, il fau t s c ru te r au delà des g estes et des\nm ots pour viv re de la v ie in térie u re , seule qui im porte.\n      L 'E tr a n g e r , la M a iso n n ette, B o n n e M a m a n p e r d u e , l'Ev e ille u r, l'Œ u v re, a u ta n t de contes\nh a u ta in s et p u rs d ’un beau sym bolism e ; m ais qu’il m e so it perm is de critiq u e r les m oyens du\nd ern ier où le sty le , d ’u n e n aïv eté g racieuse aille u rs, sem ble p u éril v u l’in te n s ité d e l’effet à\np roduire ; on l ’a u ra it voulu différent, plus ferm e et solennel au risque d ’ê tre conform e.\n       O u tre d ’a u tre s q u alité s qui font l'a r tis te , ce qu’il fau t louer encore chez l’a u te u r, c’est son\nsens exquis de l’E nfance, j ’en veux pour seule p reu v e cç frêle p aste l : M illie a u j a r d i n , san s\n  oute beaucoup de réce n ts écrivains le possèdent, m ais elle a pour se d is tin g u e r d’e ux u n e touche\n   lus d élicate et p lu s nuancée qu’elle d o it peu t être à son sexe.\n       Q ui m ieux que la fem m e est fait pour com prendre l’âge adorable et te n d re des p e tits en fan ts ;\nc’est encore soi-m êm e qu’on préfère en a u tru i, et la fem m e n ’est ja m ais si belle que quand\nl ’enfant y s u rv it.\n       Ce liv re de déb u t n’en est pas un, m ais la confirm ation d’un ta le n t tr è s ap p récié d an s nos\n    vues t je signale ce d élicieu x volum e à to u t le c te u r soucieux de b elle prose,\n                                                                                                    P aul    M ussche.\n\n\n\n\n                                                   Çà et là\n                                              PIQ U É A U                V IF !\n      L a v érité blesse e t l’a rtic le in titu lé Une loge m a r tin is te à B r u x e lle s que je p u b liai d an s L a\nL u tte , en septem bre d e rn ie r (article d an s lequel fu t dém asquée l’hypocrisie des h érétiq u es\nm a rtin istes, q u i se p réten d en t catholiques afin d ’a ttir e r d an s le u r loge le s a rtis te s e t les in te l­\nlectuels catholiques), a fait bond ir de colère le bon g é ra n t de l 'A r t I d é a lis te . C ’était prévu.\n      E n vain le d it g é ra n t, piqué au v if, sig n e-t-il s a \" risposte \" du faux nom m irifique d ’E lie\nMégor, les in co m m en su rab les m alad resses de sa p o lém ique, une b rilla n te absence d ’arg u m en t\ne t la sublim e pétarade de ses vo cifératio n s épileptiques, m e fu ren t de tro p sû rs indices, pour ne\npas reco n n aître d’em blée en cet id éaliste e n g u e u leu r : Je a n D elville.\n      E t c’est to u t le bac aux ord u res de son idéalism e exotérique que sa colère déverse à côté de.\nmes docum ents.            .\n      V oici, a u h az ard des p incettes, quelques savoureux spécim ens, des p lu s m agiques ép ith ètes\nque profère à m on ad resse, puis à l’adresse au ssi de la P apauté (m erci de cet honneur, M onsieur!),\n « ce fils dévoué de N o tre M ère l’Eglise », ce « catholique a rd e n t », car c’est ain si qu ’il s ’in titu la it\nlui-m êm e n ag u è re , vo u la n t se faire passer pour tel — l ’honnête hom m e !\n      Sous le titre : C léricalism e litté ra ire , bon article débute ain si :\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "                                                         262\n      « U n m a rm o u set de le ttre s au ssi am bitieux que n u l et d o n t nous taisons le nom , m algré\nq u’il so it à re te n ir, d it- il, p arm i ceux qui p aren t la clique des je u n es im béciles qui rem p lissen t\n de leu rs vagissem ents cléricaux la litté ra tu re belge, e s t dans un é ta t de ju b ilatio n m ajestueux. »\n      P u is le \" fils dévoué de N otre M ère l’Eglise » se dévoile en m a u d issa n t to u r à to u r \" l’â me\nde sacristain fan atisé », « le sectarism e de petit-frère \", « l’orthodoxie d’en fan t de ch œ u r », et la\nfoi biberonnante » de G eorges R am aekers, ce «pioupiou clérical ».\n      M ais où l’a rd e n t catholicism e du bon g éran t de la p etite feuille S aint-G illoise s’av è re d e\nfaçon pérem ptoire, c’e s t quand il lançe l’a n a th êm e contre \" les e rre u rs v atican es \" , \" les siècles\nde crétinism e théologiques », \" les papautés politiques, qui se so n t em p arées des clefs de S ain t\nP ierre » e t les « om bres de l’orthodoxie rom aine ». (B rrr ! ! !).\n      E n 1895 des lecteu rs a v a ie n t tiré , de la p rem ière polém ique q ue j ’engageai alo rs avec le\nm êm e Jean D elville u ne conclusion que s o i a ttitu d e ac tu elle n e fait q ue v érifier d av a n tag e :\n      « D elville rage, disaient-ils, il je tte le m asque e t ne sach an t que rép o n d re il in su lte bêtem en t\nR am aekers, parce que R am aekers a tapé ju ste . »\n      E t voilà com m ent M. J e a n D elv ille triom phe p o u r la seconde fois de m es \" d ésopilantes\nân e ries \" contre \" les p réten d u s s a ta n is a n ts » et com m ent il se réjo u it du « com ique irrésistib le\nde m es g esticu la tio n s ».\n      F a u t-il qu’il s o it irré sistib le e n effet ce com ique pour qu ’il a i su m e ttre ce m age solennel en\ns i folle gaieté !\n      M ais aussi pouvais-je résiste r, moi, p auvre \" p e tit argo t, \" à l’a s s a u t v ra im e n t h o m a isriq u e\nd ’un a u ssi te rrib le ad v e rsaire ?\n      G ran d D ieu, s ’il a lla it m 'en v o û ter !\n      L e cteu rs, p laignez m on triste sort !                                               G. R a m a e k e r s .\n\n\n\n                                       M ON P E T IT P A N IE R\n   M. P au l R aepsaet, rep résen tan t, bo u rg m estre d ’A udenaerde, p o u rsu it d an s le M a g a s in litté ­\nr a ir e (avec la collaboration assidue du G uide Joanne) l’alléch a n te pub licatio n de ses M enus de\nT able d’hôte. E t, com me il n ’est point de v raie soupe sans cheveux, l’ém in en t co llab o rateu r de\nla revue gantoise, a soin d’ajouter, à la liste des p la ts .... l’ad resse de son coiffeur, un ce rtain\nP é rin a u d , 31, r u e B erthe, à B isk ra (Afrique).\n      V oilà qui est ra s a n t — nous ne parlons pas de P érin a u d , bien en ten d u ! — Si encore M. P au l\nR aepsaet, qui a p eu t-être h érité de la fourchette de B rillat-S a v a rin , av a it un peu du sty le d e ce\ncélèbre gourm et ! M ais non, hélas, hélas !                                                          P. D,\n\n\n\n                               R E L ISE Z -V O U S,             D E G R A CE!\n      Au C ongrès de G and dont on parle ta n t au jo u rd ’hui, n o tre collab o rateu r P o l D e m a d e av ait\nlancé aux d o ctrin aires de le ttre s ce ju s te reproche : « L a n a tu re était ten u e pour in e x istan te au\nXVIIe siècle ». A la page 3 9 de son libelle contre les je u n es écriv ain s catholiques, le R . P . D ela ttre\nrip o sta p ar ce dém enti : « V oilà un propos qui n ’est pas aim able p a r c e q u 'il n 'est p a s v r a i. »\n      O r, à la page 4 6 , le R . P . D e la ttre é c rit lui-m êm e ce qui s u it : « C ette époque (le x v n\nsiècle) s i p e u soucieuse des c h a m p s et des p la is ir s sim p les... »\n      S ans doute le R . P. n ’a u ra -t-il pas eu le courage de relire son propre factum . J e comprends çâ !\n                                                                                                U lL E N S P IE G E L .\n\n\n\n                                           G L A N E D U MOIS\n    P a r in s tin c t ou p a r raison, nous croyons à l ’In te llig en ce san s lim ite, source des lois a u x ­\nquelles est soum is le m onde ex térieu r a u ssi b ien le que m onde de la co nscience... N ous aspirons\nvers la B eauté parfaite, v iv a n t exem plaire des form es idéales dont la n a tu re e t l’a r t offrent le\nm agique reflet.                                                              M gr A. V a n W e d d i n g e n .\n       E n créa n t to u s les hom m es, D ieu ne pense qu’à faire des sa in ts. L e jo u r où il n e s’en for­\nm e ra plus le m onde finira. Q u’elle le com prenne ou q u ’elle l’ig n o re, la s o c i é t é e s t u n e\nc i t é m y s t i q u e , ou elle n ’e s t pas.                             A. B l a n c d e S t - B O N N E T .\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                                        Les Revues\n        L e Specta teu r catholique ( o c to b r e ) . — P a r le s c in q p etits\np o èm es, p u érils, en ry th m iq u es et ch rétien s d e S ym ph on ie du bon octobre,\nle p o ète V i c t o r K i n o n n o u s p rou ve q u e p ou r son âm e a u ssi le s b ea u té s\nd e la créa tio n p a rlen t d e L a B e a u té , d e D ie u .\n        N o u s v o ic i lo in d e la fa u sse et m orb id e m y stic ité sy m b o liste , n ou s\nv o ic i p rès de sa in t F r a n ç o is !\n        M M . E m i l e B e r n a r d et M a u r i c e H a n r i o u p u b lie n t en c e m êm e\nn u m éro , l ’un d e s C on tes tro u vés dan s un p u its , l ’au tre u n e M é d ita tio n su r\nM elch isedech, q u i m ériten t d 'être s ig n a lé e s .\n\n       D urendal           ( n o v e m b r e ) . — U n Conte de f é e , b l u e t t e d ’ED O UA RD\nD u c ô té .D e p e t i t s p o è m e s d e P a u l M u s s c h e et R a m a e k e r s , l ’é l o g e d e\nN a n y à la f e n ê tr e , l e d é l i c i e u x b o u q u i n d e B l a n c h e R o u s s e a u , p a r l ' a b b é\nH e n r y M o e l l e r , e t d e b o n n e s p a g e s s u r l ' Id é a l f é m in in , d ’a p r è s R u s k i n .\n\n       La T rêve de Dieu                     (n o v e m b re ).   —      C e f i l s de p a y s a n , p o è m e ,\np a r F r a n c i s J a m m e s . — D e s p ré fa c e s , p a r J e a n V o l a n e . — Convalescence ,\nv e r s d ’Y v E S B e r t h o u . — L 'a c c e n t de la v érité, p a r H e n r i N e r . — J o u r de\np lu ie , d e F r a n ç o i s L a t t a r d , l ' u n d e s j e u n e s p o è t e s d e l a r e v u e v a l e n t i -\nn o i s e : L ’Œ u v r e , e t c e v e r s , e n f i n , d e P a u l G a b i l l a r d :\n\n                             E n re g a rd a n t le c ie l, j ’a i conçu l'In fin i.\n\n      La P rovince N ouvelle (n o v e m b r e ). — L e D im a n c h e des R a m e a u x ,\np ar le p o è te ch rétien Y v e s B e r t h o u , « fra n cisca in », lu i a u ssi d an s sa\nco m p réh en sio n d e la N a tu re, m ais à la m an ière du B . J a co p o n e d e T o d i,\np lu tô t q u 'à c e lle d e sa in t F ra n ço is. — L a M on ograph ie d 'E d o u a rd\nB e sn u s, par G e o r g e s D e n o i n v i l l e .\n\n     L 'E rm ita g e . P o è m e s d ’ED O UA RD D u c ô t é e t d e J. et M . N e r v a t . —\nC ette rev u e a n n o n ce p ou r ja n v ie r l ’a g r a n d isse m e n t, si d ésir a b le, d e son\nform at.\n\n        L es M ercu re de F rance, d e sep tem b re, o cto b re et n ovem b re,\nd o n n en t la to ta lité d 'u n très rem arq u ab le rom an : L e s P ie r r e s qu i\np le u r e n t, écrit p ar H e n r y B o u r g e r e l . E t n o u s a v o n s la jo ie d ’y\na d m irer d es p a g e s d ’a p o lo g é tiq u e ch rétien n e. N o u s esp éron s d o n c, au p lu s\ntô t, la réu n io n d e ces fra g m en ts en v o lu m e , afin d ’en p arler se lo n leu r\nm érite.\n\n       A lire a u ssi : La R evue Naturiste,- Com m e il nous plaira, d on t\nle n u m éro d e n o v em b re c o n tie n t u n b e l a r ticle p ou r la fratern ité d es\np e u p le s, p ar H e n r y V a n d e P u t t e ; l ’Œ uvre, l ’A u b e (de B r u x e lles,\nd irecteu r M . B i s c h o p s ) ; le Geste (d e N îm e s ) ; A n th o lo g ie, revu e\nd e F r a n ce et d ’Ita lie) ; l ’E ffo rt, d e T o u lo u se , ric h e toujours en b ea u x\np o èm es ; la R evue, v a illa m m en t ca th o liq u e en A rt et en S o c io lo g ie ;\nla R ésu rrectio n , revu e ca th o liq u e d ’avan t-gard e, e tc.\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "                                             VIENT DE PARAITRE\nd a n s la collection de L A L u t t e\n\n\n        EN SOUVENI R. . .\n                    de       PAUL               MUSSCH E\n\nUne plaquette, grand format, 20 pages, fr. 0 .5 0 .\n E n vente chez S c h e p e n s , rue Treurenberg, 16, B ruxelles.\n\n\n\nO n t p a ru d a n s la\n\n   COLLECTION DE “ LA L u t t e „\nC r o k a e r t P a u l : A m our    et flo rin s ( c o m é d i e )                  . .      fr.   1 .0 0\nN ed   E douard         : Poèmes c a th o liq u e s ................»                               2 .0 0\n                         M on ja r d in fle u r i ( p o è m e s , 2e é d . )                   »    2 .0 0\nR am aekers G eo rg es         : L a N u it rédemptrice ( a v e c\n                                     d e s s in s )      .     .    .    .           . .       »    1 .5 0\n                                 L ’H y m n a ire du Printemps\n                                     ( p o è m e s ) .....................................»         2 .0 0\n\nS o u g u en et L éon     : L e roman d'un p auvre jeu n e\n                                 h o m m e ........................... »                            2 .0 0\n                 D es    M usiques p a r E n r s t D e l t e n r e .\n\n\n\nLA L u t t e             de ja n v ie r sera consacrée à\n\n           LA PLÉIA D E                           FRANCISCAINE\nE t p ro c h a in e m e n t à\n\n                  OCTAVE PIRMEZ\n   Le prix de ces numéros illustrés ne sera pas augm enté.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 9, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1897-12", "signet_source": "Troisième année - N°9 - Décembre 1897", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 310", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}