{"numero_id": "ulb-lutte-1898-02-n11", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "articles": [{"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-001", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 410, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 344, "texte": "F E V R IE R 1898\n    3e ANNÉE      N° 11\n\n5 0 Cmes LE N U M É R O\n\n\n\n\n         la Lutte\nRevue catholique d’Art\n\n\n                          « L ’A R T PO U R D IE U ! »\n\n\n\n\n                                        P .-L . M O L IT O R\n                                   R U E L O N G U E -V IE , 36\n                                   BRUXELLES"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-002", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire du numéro de février 1898", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE DU N° DE FÉVRIER 1898", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 411, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1929, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "SOMMAIRE DU N° DE FÉVRIER 1 8 9 8 :\n         P aul Mussshe : Le Congrès littéraire de Bruxelles.\n         P ol Demade : La Bague d’Emeraude.\n         Georges Ramaekers : A l’Amour.\n         P a u l Mussche : Le Crucifié.\n         Jacques N ervat : Madeleine.\n         Marie N ervat : Convalescence.\n         Ernst D eltenre : H umperdinck.\n         Ed. N ed, Ed. Richaum e, G. Ramaekers : Les livres.\n         U ilenspiegel : Çà et là.\n                          TOUS DROITS DE REPRODUCTION RÉSERVÉS\n\n      (1) L es abonnements p arten t de chaque mois et se font pour un an.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-003", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 323, "page_fin": 326, "titre_corps": "Le Congrès de Bruxelles", "titre_sommaire": "Le Congrès littéraire de Bruxelles", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "Le Congrès de Bruxelles             es      assises furent vraim", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 412, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 984, "texte": "Le Congrès de Bruxelles\n\n\n\n\n        es      assises furent vraim ent d ’une haute signification,\n\n\nC            elles perm irent aux théories les plus opposées de se\n             m anifester librem ent au grand jo u r de la publicité et\nd ’une loyale discussion. De l’avis même d ’adversaires elles\nfurent d ’une belle tolérance et donnèrent tort à des préventions\ncontraires ; la L utte et son œuvre sortent de là grandis et for­\ntem ent trem pés.\n   l ' A r t p o u r Dieu, devise récente, mais chose ancienne, ful­\ngure et rayonne désormais d ’une indéniable auréole, son excel­\nlence s’est affirmée une fois de plus.\n   Les séances s’ouvrirent le samedi 19, au palais des Acadé­\nmies, sous la présidence de M. le baron P . de H aulleville; à\nses côtés Ram aekers et Ned.\n  Après les remercîm ents officiels de la présidence, Georges\nVirrès délim ite le terrain des débats : T oute question religieuse,\ncomme base d ’esthétique, écartée, des quatre en présence quelle\n"}, {"page_pdf": 413, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1948, "texte": "                                  324\n\n est la formule la plus propice aux créations de l’artiste ?\n    M. Valère Gille, se fit le défenseur de l'A r t p o u r l’A r t. Il\n avait compris q u ’une conception étroite de cette formule, telle\n que la je u n e Belgique l’incarna, n ’était pas défendable et sou­\n tint que l’Art, rien que l’art, doit être l’unique préoccupation du\n poète et de l’écrivain.\n   C’était m éconnaître bien des éléments constitutifs de la\nBeauté, ne tenir compte ni de la Morale ni de la Religion,\nM. N e d l e lui prouva dans sa riposte, qui fut une conférence\nsolide et documentée, d ’argum entation logique.\n  Au début de la séance du lendem ain, dim anche, M. Saint\nGeorges de B ouhélier s’excusa p ar une lettre que lut M. Eugène\nMonfort de ne pouvoir assister au Congrès.\n  M. M onfort exposa le Naturism e, théorie séduisante, réaction\nviolente contre le décadentism e et les vaines recherches de ces\ndernières années ; seulement l’édifice construit par cette récente\nécole a des bases peu solides que M. E dgar Richaum e s’attacha\nà renverser et vraim ent il y réussit.\n  Après ces orateurs, E dm ond P icard m onta à la tribune. On\nsait sa belle éloquence, il resta tel que nous le connaissons :\nbrillant et combatif.\n   On l’attendait défenseur de l'A r t Social, on s’était trompé.\nIl parla de l’art socialisé et mis à la portée de la foule, il dit\naccepter indifféremment les écoles et les systèmes pourvu que\nle sens artistique fut satisfait.\n   Il eut à mon avis le tort grave de se placer au point de vue\nobjectif, de l’im pression à recevoir, sans se préoccuper de l’im ­\npression à donner. C’est ce que lui fit rem arquer ma réponse,\nelle fut un exposé de l'A r t Social et une dém onstration que\ncette façon d ’envisager l’art est un des éléments de l’esthétique\nchrétienne.\n  Après cela M. Charles B ernard exalta l'A r t païen, déniant\nau chrétien le pouvoir d ’être un véritable artiste, et, com parant\n"}, {"page_pdf": 414, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "                                   325\n\nune Vénus à une M adone, il affirme l’infériorité de celle-ci car\nson front reflète la pensée tandis q u ’ailleurs il n ’y a q u ’un corps\nchantant l’harm onie des lignes.\n  MM. E douard Ned et Jean Nélis répliquèrent avec courtoisie\nà ce discours d ’une évidente forfanterie.\n   A Georges Ram aekers incom bait l’exposé de l'A r t p o u r Dieu.\nIl le fit avec la fougue juvénile et la belle ardeur q u ’on lui con­\nnaît.\n   Ces quelques phrases de son discours le résum ent :\n   Si l’on avait dit : l’Art pour Beau qui n ’eût applaudi ? Mais\nparce que nous, jeunes hommes chrétiens, avons désigné la\nB eauté de son vrai nom, d ’aucuns ricanent, d ’autres s’éton­\nnen t...\n   C’est la seule esthétique qui réunira chez l’artiste ces deux\nforces d ’actions : le dévouement à la B eauté et le dévouement à\nson Dieu. Elle contient l’art social tout entier, puisqu’elle est\nnée de la charité.\n  Enfin, seule, elle ouvre aux poètes les portes d ’or du monde\nsurnaturel. Q uant à l’am our de la nature créée, où le trouve-t-on\nplus vif que chez un François d ’Assise ?\n  M. Johan Nélis prouva ensuite que la formule l'A r t p o u r\nDieu avait inspiré les premières littératures hébraïques.\n  On entendit alors u n fanatique de l’individualisme dans l’art,\nM. Mécislas Golberg. Les idées étaient faciles, mais les paroles\nfurent d ’une belle véhémence.                           ,\n   M. Albert Jounet, empêché, avait tenu néanm oins à affirmer\nune parfaite concordance de vues avec ses amis de Belgique et\nsi je mis quelque éloquence dans la lecture de ces nobles pages\nproclam ant l'A r t p o u r Dieu l ’esthétique définitive, c’est qu’elles\nm ’inspiraient à l ’égal de ce que j ’aurais pu écrire moi-même.\n   P a r un rapide exposé M. Jounet m ontrait que l'A r t p o u r\nDieu résum e, réconcilie et dépasse l'A r t p o u r l'A rt, le N a tu ­\nrisme et l'A r t Social.\n"}, {"page_pdf": 415, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 279, "texte": "                              320\n\n  Ce fut là d ’ailleurs la conclusion de ce Congrès dont on lira\nprochainem ent les débats dans cette revue, cette chère L u tte ,\ntoujours au poste, à l’avant-garde des Idées.\n\n                                                PAU L   M USSCHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-004", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 327, "page_fin": 338, "titre_corps": "La bague d’émeraude", "titre_sommaire": "La Bague d’Émeraude", "rubrique": "", "signature_source": "Pol Demade", "ancre_debut": "La Bague d’émeraude (1)                                                           A M . l ’a b b é A . T h i e r r y .                  ’ét a i", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 416, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1909, "texte": "La Bague d’émeraude (1)\n\n                                                         A M . l ’a b b é A . T h i e r r y .\n\n\n\n\n             ’ét a it    v ers l ’h e u r e   c r é p u sc u la ir e d 'u n e jo u r n é e p lu ­\n\n\nC                v ie u s e   de   sep te m b r e .   La     terre, a sso iffée       par       le s\n                 d e s s é c h a n te s se m a in e s d ’u n lo n g m o is to r r id e, s ’éta it\ne n iv r é e d e p u is le m a tin d e s la r g e s o n d é e s a n n o n c ia tr ic e s d e\nl ’a u to m n e — e t, d a n s la c a lm e a tm o sp h è r e d e c e tte fin d e jo u r ,\nflo tta it, te lle u n e v a p e u r d ’iv r e s se , la g a z e lé g è r e d ’u n p re m ie r\nb r o u illa r d .\n    S e p t h e u r e s a lla ie n t so n n e r e t c e p e n d a n t, q u o iq u e c e fu t\ne n c o r e la s a is o n d e s très lo n g u e s a p r è s-m id i, le ja r d in , d e v a n t la\nv é r a n d a h c lo s e p a r la fr a îc h e u r , se te r n issa it d ’o m b re s e t le v ert\np â le d e la p e lo u s e to u r n a it a u v e r t so m b r e .\n    D e u x h o m m e s , le v is a g e c o n tr e le s g la c e s , s ile n c ie u s e m e n t,\nr e g a r d a ie n t c e tte s c è n e m u e tte , o u a u tre c h o s e , car le u r s y e u x\np a r a is sa ie n t p lu t ô t to u r n é s in té r ie u r e m e n t, v e r s le u r s p ro p res\np e n s é e s , q u e v ers le sp e c ta c le d e la n a tu r e .\n    P o u r ta n t l ’u n d ’e u x p r o n o n ç a c e s p a r o le s , d é s ig n a n t d e la\nm a in u n c o in d u ja r d in :\n    — J ’a im e b e a u c o u p c e s g la ïe u ls p o u r p r e s, là -b a s. O n c ro ira it\nv o ir le s fa s tu e u x y a t a g a n s d e q u e lq u e c o r p s d e ja n issa ir e s reto u r\n\n\n\n   ( * ) C ette n o u v e lle fait p artie d ’un v o lu m e in titu lé       C ontes in qu iets,\na ctu ellem en t so u s p resse.\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2062, "texte": "                                328\n\nd ’un massacre et brandis tout em pourprés d'une fraîche ruée en\nla chair et le sang...\n    — O ui... vraim ent... ils sont beaux, fut-il répondu, et je\nn ’avais jam ais goûté leur beauté autant que ce soir.\n    E t, celui qui avait prononcé cette parole en tr’ouvrit la haute\nporte vitrée, pour mieux jouir de la vue de ces belles fleurs aux\nhampes de pourpre.\n    U n peu d ’air entra dans la vérandah, un peu d ’air hum ide\ntout chargé du parfum discret des verveines et des résédas.\n    — Comme c’est bon le soir !\n    Les deux hommes redevinrent silencieux.\n    Sept heures sonnèrent.\n    — Nos hôtes sont en retard, confrère, prononça le m aître du\nlogis, les yeux sur le cadran.\n    — C’est étonnant. Le lendemain d ’un congrès...\n    U n coup de sonnette hacha les commentaires probables.\n    — Ce sont eux !\n    E t, l’instant d ’après, la dem eure du docteur M auvers, habi­\ntuellem ent d ’une tranquillité claustrale, s’em plit du va-et-vient\nde la vie, du bruit des pas, de l’éclat des paroles.\n    L a veille s’était clôturé, par le traditionnel banquet et des\ntoasts innum érables, le congrès de psychiatrie, et le m aître de\ncéans recueillait, ce soir, sous son toit, familièrement, quelques-\nuns de ces savants étrangers, las de ces cinq jours de parades\nscientifiques mais charmés de notre hospitalité.\n    Ce fut une soirée joyeuse. On ne s’im agine la belle gaieté\ndont sont capables, à l ’occasion, les remueurs de pensées, les\nintellectuels au front ridé, les savants les plus austères. Je ne\nconnais, pour ma part, de plus joyeux et de plus exubérants\ncommensaux que les médecins, par exemple. La profession\nn ’est pas d ’une gaieté folle, et justem ent, à cause de cette g ra­\nvité, le médecin, ce tém oin de la douleur, est contraint de thé­\nsauriser tous les rayons de son sourire, toutes les sonorités de\nsa joie. C’est de cette réserve, insoupçonnée de profane, q u ’il\ntire de quoi faire flamber les cinq ou six feux d ’artifice qu’il\nallume, chaque année, devant une douzaine d ’intimes au plus.\n"}, {"page_pdf": 418, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": "                                32g\n\n   L a conversation s’éparpilla sur les objets les plus divers et les\nplus éloignés des préoccupations ordinaires des dîneurs. On\nraconta des anecdotes, on répéta des bons mots. L a plupart\navaient beaucoup voyagé ; à eux douze, ils avaient visité l’u n i­\nvers presque tout entier : des équipées de voyage, des observa­\ntions pittoresques sur les mœurs égayèrent le repas. L a causerie\ns’attarda longtem ps sur la littérature. (J’ai remarqué chez\nplusieurs médecins un faible très accentué pour la poésie.)\n   L e professeur Mérédith (de Vienne) avait beaucoup connu\nN itsche, le philosophe à la dernière mode parm i les snobs. Il\nraconta l’histoire de ce détraqué illustre, dont les fantasm a­\ngories les plus délirantes et les aberrations cérébrales, inutile­\nm ent traitées par les douches, s’étalent aujourd’hui prétentieu­\nsement dans trente-six revues, où elles sont cotées plus haut\nque les pensées de Gœthe.\n   C’était un beau thème à variations que l’engouement de\ncertain public pour ces insanités. Les psychiâtres attablés s’en\ndonnèrent à cœ ur joie. Mauvers ayant déclaré que la badau ­\nderie moderne était énorme, un adjectif de F laubert dont il\nusait et abusait, ce fut à qui entasserait les exemples et les\npreuves, tan t et si bien que Tyrell (de N ancy) en oublia les\ntomates farcies, plat q u ’il assurait préférer à toute l’Ecole de la\nSalpétrière.\n   C’est vers ce m om ent du dîner que le sceptique Détermes, à\nje ne sais quel tournant de la causerie, rencontra la faillite de la\nscience, un sujet qui le m ettait généralem ent en verve.\n   L e thème était vaste comme la mer. Tous les causeurs appa­\nreillèrent joyeusem ent vers ces grandes eaux, mais les caprices\nde la conversation, plus mobiles que les vents, les ram enèrent\ndébandés aux mouillages de la côte. On parlait m aintenant par\npetits groupes de deux ou trois, avec une anim ation qui plaisait\nau silencieux Mauvers et lui perm ettait de se mêler de parole, et\nde loin en loin seulement, au groupe d ’où partaient, en mots\nso n o res, les pensées les plus extraordinaires. C’est en\nerrant ainsi, au travers des propos de table, q u ’il remarqua\n Détermes et M érédith com m ençant de se raconter une histoire,\n"}, {"page_pdf": 419, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1890, "texte": "                                33o\n\ndont le seul début lui parut, tout de suite, digne de l’attention\ngénérale.\n    Mauvers heurta, de la lame de son couteau, le cristal de son\nverre et Détermes prononça, dans le silence, sur un ton nuancé\nd ’ironie :\n    — M. le professeur M érédith va vous conter un fait authen­\ntique, observé p ar lui, et qu’il considère comme une preuve\ninédite de l'im m ortalité de l'âme.\n   — P ardon, non, mon cher confrère, parla le savant viennois.\nJ ’ai dit : soupçon, indice.\n\n   L e professeur M érédith n ’avait rien de l’ascète, non plus que\ndu prédicateur de morale. C’était un hom m e robuste, d ’es­\ntom ac m agnifique, à en croire la renommée, et puissant à boire.\nIl dépassait, de près d ’une tête, tous les commensaux de M au­\nvers. Son visage rabelaisien entièrem ent rasé, sauf le collier à la\nvieille mode form ant cadre sous le m enton et les joues, s’épa­\nnouissait comme une fleur colorée de belle santé. Il apparaissait\npresque jeune, malgré ses cinquante ans de suractivité intellec­\ntuelle, des années qui com ptent double; il était de charpente\nsolide, fait d ’os et de muscles, et allégé, grâce à un sage hygiène,\nde l’allourdissante corpulence des sédentaires. Il donnait l’im ­\npression de la vie et, sans ses grandes manières et l’habitude\nq u ’on lui savait de la plus haute société, on l’eût pris pour\nquelque solide cam pagnard. Le personnage s’im posait intel­\nlectuellement et physiquem ent. On l’écouta avec une extrême\nattention.\n\n   « D ’abord, Messieurs, — commença M érédith, — voici le\ntém oin. C’est de rigueur, en histoire comme en science. »\n   E t il étendit la main gauche, au-dessus de la table, bien sous\nle regard des convives.\n   « C’est cette ém eraude. »\n   T ous les regards se portèrent vers la pierre précieuse, une\nmagnifique ém eraude orientale, de l’espèce dite néroniane, qui\nornait le châton d'une bague.\n"}, {"page_pdf": 420, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2246, "texte": "                                 33 1\n\n   « J ’ai vu cette bague, pour la prem ière fois, au doigt du m ar­\nquis de Vetseri, le 5 juin 1888. Les Vetseri, d ’origine véni­\ntienne, habitaient V ienne depuis deux siècles. Cette pierre avait\nété rapportée jadis par des m archands indiens, à ce que me dit\nle m arquis, qui se m ourrait lentem ent d ’u n irréparable cancer\ndu pylore. C’était u n bijou de famille et le m arquis, mon\nmalade, le dernier de la branche, le portait avec un respect\npresque religieux.\n   Cette ém eraude produisait, sur la m ain cireuse de M. de V et­\nseri, u n effet extraordinaire, et mes yeux, plusieurs fois, s’étaient\narrêtés sur elle, tandis que j ’étais attentif au battem ent de l’ar­\ntère radiale. Ce devint, au bout de quelques mois, comme une\nfascination : chaque fois que j ’entrais dans la cham bre du\nmalade, je me sentais tiré p a r le reg a rd vers cette émeraude. Il\nnous arriva même d ’en causer plusieurs fois.\n   L e m arquis, hom m e très érudit, me dit, un jour que je fixais\nsa main dont la coloration avait passé, en l’espace d ’une année,\nde la pâleur de la cire à la teinte de l’am bre, et s’était comme\nharm onisé avec le feu verdâtre du bijou :\n   — Saviez-vous, M onsieur le professeur, que l ’ém eraude pas­\nsait jadis pour l’emblème de l’espérance, de la joie et de l’abon­\n dance, et q u ’une pierre de cette sorte ornait le châton du fameux\nanneau de Polycrate, roi de Sam os?\n   E t comme j ’écoutais sans répondre, il poursuivait :\n   — Ah ! elle ne dém entit pas sa belle renom m ée au doigt de\n Polycrate! Ce roi fut toute sa vie le favori de la fortune. L a\nchance était si tenace que, l’anneau ayant été jeté à la mer par\nm anière de défi, on le retrouva le lendem ain dans le ventre d ’un\npoisson figurant au m enu royal. On raconte que l’anneau, con­\nsidéré comme u n talism an, p rit place au trésor des rois de\nSamos, dans le temple de la Concorde. Mon émeraude ne me\nfut jam ais aussi propice, hélas!\n    — Qui sait, répondis-je tim idem ent. Les médecins mozarabes\n affirmaient que l’émeraude adoucissait les souffrances.\n    J ’eus l’idée, le jo u r même, de modifier quelque peu le traite­\n m ent et, fut-ce suggestion ou réalité, mon m alade accusa un\n notable soulagement.\n"}, {"page_pdf": 421, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": "                                 332\n\n     Quand je le revis, la semaine suivante, il me d it, en sou­\n riant :\n    — M onsieur le professeur, vos confrères mozarabes disaient\n vrai. L a bague commence à me porter b o n h eu r..., mais c’est\n trop tard.\n    Je voulus objecter.\n    — N on, fit le m arquis, je sais que c’est trop tard p o u r moi,\n mais non pour vous. Aussi ai-je résolu de vous faire don de\n cette bague, afin qu’elle achève à votre profit, quand j e ne serai\np lu s là, sa grande oeuvre. Vous jouirez de la chance... Peut-\n être en avez-vous autant besoin que moi, sinon pour vous, du\n moins pour tout ce pauvre m onde que nous sommes et auquel\n vous vous efforcez de partager de l’espérance... T out est réglé,\nj ’ai donné des ordres : cette bague doit vous être remise le len­\n dem ain de mes funérailles.\n    Je remerciai, tout en m ’élevant contre le pessimisme du m ar­\nquis qui parlait de la m ort comme d ’une personne qui est déjà\ndans l’anticham bre, et dem ande d ’entrer...\n    M. de Vetseri m ourut la nuit de ce même jo u r d ’une hém or ­\nrhagie foudroyante. »\n    — E t l’im m ortalité de l’âme ? interrogea Détermes, pendant\n que M érédith vidait une flûte de cham pagne.\n    « J ’y arrive, poursuivait le narrateur, au milieu d ’un silence\n de m inute en m inute plus recueilli.\n    L e lendem ain des funérailles, le 15 décembre 1890, à deux\nheures de l’après-midi, tandis que j ’achevais de déjeuner, m on\ndom estique vint m ’annoncer q u ’un jeune hom m e, dont il me\nrem ettait la carte, dem andait à me voir pour affaire urgente.\n(J’insiste sur ces détails d ’apparence m inime, mais dont vous\napprécierez tout à l’heure la réelle im portance.)\n    Ce jeune homme, d ’une correction parfaite, se présenta chez\nmoi comme appartenant à la famille du défunt m arquis de\nVetseri. Il me dem andait la permission de m ’offrir, en exécu­\ntion des dernières volontés de son parent, et en reconnaissance\nde mes bons offices, un souvenir qui m ’avait été destiné depuis\nlongtemps, affirmait-il. Son valet de pied fut introduit. Je fus\n"}, {"page_pdf": 422, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2261, "texte": "                                333\n\nun peu surpris p ar la dim ension assez considérable du coffret\ndéposé devant moi, mais je ne manifestai aucun étonnem ent. L a\nvisite, au cours de laquelle je crus deviner une certaine gêne,\nque j ’attribuai aux circonstances du deuil, fut très courte.\nDemeuré seul, j ’ouvris l’écrin. Ce n ’était pas l’ém eraude dont\nle m arquis m ’avait fait la promesse, mai s une fort belle coupe\nd ’onyx ancien, du travail le plus merveilleux et le plus rare...\net que je me ferai u n plaisir de m ontrer, à ceux d ’entre vous\nqui me feront l’honneur de venir me voir à V ienne... »\n   E t la bague, dem andèrent à la fois Mauvers et Tyrell ?\n    « Cette histoire vous intrigue, dit M érédith, mais je fus\ncertainem ent plus intrigué que vous tous, à la réception inat­\ntendue de la coupe d ’onyx          A vrai dire, je ne me crus pas\nfrustré. L e vase est d ’un prix inestimable, au jugem ent des\nconnaisseurs. Je me perdis cependant en conjectures sur cette\nsubstitution, que je ne savais à qui attribuer, au défunt ou à ses\nhéritiers. J ’y pensai tout le reste de la journée et la préoccupa­\ntion de cette énigme m ’accom pagna jusque dans mon repos.\nMes yeux se reportaient incessam m ent, et comme invincible­\nm ent vers la coupe déposé sur une table, au m ilieu de ma\nchambre, et sur laquelle la frêle lum ière de ma veilleuse venait\nse refléter doucem ent, comme la lune sur l’eau dorm ante\nd ’une flaque d ’eau. C’est en vain que j ’essayai de dorm ir, je\ndem eurai hypnotisé, la tête sur l’oreiller, dans la direction de la\ncoupe.\n   D ans le silence de la nuit, je me souvins du m ot à mot de la\npromesse du m arquis et je me la répétai à voix basse : Il avait\ndit : « Cette bague doit vous être remise le lendem ain de mes\nfunérailles. » Cette phrase m ’apparaissait m aintenant avec la\nnetteté et le tranchant d ’une lame d ’acier, elle sortait de ses\nlèvres, claire et étincelante, comme une épée neuve de sa gaîne\net venait tenter dans m on cerveau et le supplicier.\n   J ’étais dans cette pénible situation depuis ou trois heures\nquand j ’entendis, ou plutôt je crus entendre, u n bruit très\nléger, comme d ’une planche q u ’on frôlerait avec précaution, à\nla porte de m a cham bre. Je ne suis point peureux, mais le\n"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2345, "texte": "                                334\nbruit me parut tellement insolite que je m ’assis dans mon lit\npour écouter. Plus rien. Cela dura bien cinq longues m inutes\net j ’allais me recoucher satisfait de cet examen négatif, lorsque\nle même bruit de frôlement se répéta plus loin, contre la m uraille\nextérieure de ma cham bre. Cette fois, je me levai et m it l’oreille\nà la serrure de la porte que je ferme, selon ma coutum e, m inu­\ntieusement, chaque soir. L e bruit, que je ne peux com parer\nplus exactement q u ’au passage lent d ’un linge sur une surface\nplane, se fit entendre à nouveau, mais cette fois au-dessus du\nplafond. C’était comme si on palpait successivement toutes les\nparois extérieures de ma cham bre avec u n linge sec et fin. Je\nme tâtai le pouls, je mis la m ain sur m on cœur, me dem an­\ndant si j ’étais bien éveillé et si je n ’étais point le jouet d ’une\nhallucination m orbide. Je dus bien me convaincre que j ’étais\nabsolum ent sain de corps, sinon d ’esprit. Je pris en main la\ncoupe, que je retournai en tout sens, je rallum ai une veilleuse\nnouvelle, je me bassinai les tempes d’eau fraîche aromatisée de\nlavande, je m ’assurai de la présence de mon revolver à proxi­\nmité de ma m ain e t je revins m ’étendre sur mon lit. J ’allais\nram ener le drap sur ma poitrine, résigné à l’insom nie comme\nau sommeil, lorsqu’un nouveau bruit : celui d ’un lamelle de\nverre qui tom be et se casse, se fit entendre distinctem ent du\ncôté de la croisée. Je ne fis q u ’un bond et me trouvai revolver\nau poing, prêt à toute éventualité, devant la fenêtre de ma\nchambre. L e silence le plus complet régnait m aintenant. Sur\nl’appui de la fenêtre, je rem arquai quelques éclats de verre ; une\ndes cent pièces du vitrail qui ornait le châssis de ma chambre,\nsous l’action d ’une cause des plus naturelles, selon toute\napparence, s’était détachée de son arm ature de plom b et était\nvenue s’écraser sur le m arbre de l’appui. J ’ouvris la fenêtre avec\nprécaution. L ’air au dehors était d ’une sérénité parfaite et un\ngrand silence de tombe im mobilisait tout ce qui m ’entourait.\n L a lune baignait de sa tranquille clarté toute la m uraille de ma\ndem eure : rien de suspect n ’apparaissait aux portes et aux\nfenêtres bien closes. Je refermai la croisée. Au m om ent où je\n me retournai pour reprendre le chemin de mon lit, je demeurai\n"}, {"page_pdf": 424, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3093, "texte": "                                                335\n\nm é d u s é , le s y e u x su r la c o u p e d ’o n y x ; la su e u r m e c o u la it d e s\nte m p e s ; j e m e se n ta is la c h a ir d e p o u le , j e tr e m b la is c o m m e\nu n arb re d ’a u to m n e a u v e n t d u n o r d :\n   L a b a g u e d ’ém e r a u d e éta it là q u i je ta it d e s fe u x v e r ts a u\nc e n tr e d e la c o u p e d ’o n y x ... »\n    L e s d în e u r s r e g a r d a ie n t M é r é d ith fix e m e n t. A u          fro n t d u\nc o n te u r , p e r la ie n t m ille g o u tte le tte s d e su e u r , co n tr e le s q u e lle s\nv e n a ie n t s e refléter, e n s e d iv is a n t, la lu m iè r e d e s b o u g ie s a llu ­\nm é e s . P e r s o n n e n ’e u t la te n ta tio n d e ro m p re le s ile n c e q u e le\nm é d e c in m e tta it à c e t e n d r o it d e s o n r é c it, c o m m e u n lo n g\np o in t d ’o r g u e .\n    « C ’é ta it b ie n      l ’ém e r a u d e d u m a r q u is d e V e tse r i, a u c u n\nd o u te n ’é ta it p o s s ib le , j e to u r n a i a u to u r d e la ta b le d é ta illa n t\nla b a g u e d u r e g a r d , j ’a p p r o c h a i la           v e ille u s e a llu m é e d e la\np ierre d o n t le s fe u x se m b lè r e n t s ’e x a sp é r e r ; e n fin , j e p o r ta i la\nm a in su r le p r é c ie u x b ijo u . S a p r é se n c e n ’é ta it p a s u n tro m p e-\nl ’œ il, u n e c h im è r e d e m o n im a g in a tio n , je m e p a ss a i la b a g u e\nau d o ig t , p u is j e l ’e n le v a i e t, l ’in te r p o sa n t e n tre m e s y e u x et la\nfla m m e d e la v e ille , j e reg a r d a i à tra v ers l ’é m e r a u d e ( S u é t o n e\nrelate e n se s h is to ir e s q u e N é r o n a v a it c o u tu m e d e re g a r d e r à\ntra v ers s o n é m e r a u d e le s je u x d e s g la d ia te u r s ).        E n fin , j e m e\np a ssa i la b a g u e a u d o ig t e t j ’a lla i m e r e c o u c h e r . J e n ’a i ja m a is\na sp ir é a u m a tin a u ta n t q u e c e tte n u it-là . J e c r a ig n a is q u e la\np r é se n c e d e la lu m iè r e d u s o le il m e d is s ip â t, tel u n b ro u illa rd ,\nce c a d e a u d e l’o m b r e , c e tte m u n ific e n c e d e s té n è b r e s .\n   Q u a n d je m e r é v e illa i, j ’a v a is a u d o ig t , b ie n              r é e lle m e n t,\nl ’a u th e n tiq u e b a g u e d ’é m e r a u d e .\n   J e n ’o sa i c o m m u n iq u e r , à p e r so n n e d e m o n e n to u r a g e , m o n\na v en tu re d e la n u it. J e m is l ’o b je t d e m a c o n sta n te p e n s é e e n\nlie u sû r e t j ’a tte n d is , p e r su a d é q u e q u e lq u e lu e u r v ie n d r a it\néc la irer u n p e u c e m y stè r e .\n   L e le n d e m a in to u s le s jo u r n a u x d e V ie n n e p u b liè r e n t, a v e c\nd ’in s ig n ifia n te s v a r ia n te s, c e fa it d iv e r s , le q u e l lo in d e m ’a p ­\np orter d e la lu m iè r e , é p a is s is s a it e n c o r e c e tte té n é b r e u s e affaire.\n   O n lis a it à p e u p r è s c e c i :\n   « U n e d is p a r itio n       e x tr a o r d in a i r e .   — M . W o lf -B e r n h a r t,\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2263, "texte": "                                336\n\njoaillier de la cour, bien connu de cette ville, a été victime, dans\nla nuit du 15 au 16 décembre, d ’u n vol sans précédent, croyons-\nnous. U ne bague d ’émeraude ancienne, d ’un très grand prix,\nqui lui avait été confiée, pour réparation, p ar la famille de feu\nM. le m arquis de Vetseri, et que le joaillier avait déposée pré­\ncieusem ent dans sa cham bre à coucher, a disparu. Les fenêtres\ngrillagées de l’appartem ent et l’unique porte étaient cependant\nsoigneusem ent fermées; elles l’étaient du reste encore au\nm om ent où M. W olf-Bernhart, qui s’apprêtait à descendre,\ns’est aperçu de la disparition du précieux bijoux. Seule une\nvitre d ’une des fenêtres, une vitre qui n ’offrait guère q u ’une\nsurface de quelques centimètres carrés et qui se trouvait située\ntout en h aut vers le plafond, a été trouvée brisée. L e proprié­\ntaire n ’a rien entendu. On se perd en conjectures sur ce vol\nétrange. U ne inform ation judiciaire est ouverte. »\n   Cet incident me jeta, comme bien vous pensez, dans la plus\ncruelle perplexité. Ma situation de détenteur de la bague qu’on\ndisait volée — et volée la nuit même où je l’avais trouvée, dans\nla coupe d ’onyx, sur la table de m a cham bre à moi, — m ’in­\nquiétait. Je résolus pourtant de me tenir coi et d ’attendre les\névénements dans m on coin. Plusieurs jours se passèrent, les\njournaux dem eurèrent muets sur l’affaire de la bague. Je me\ndem andais lequel de nous deux, de M. W olf-Bernhard ou de\nmoi, était le jouet de ce que Ed. P oë eût appelé « l’ange du\nbizarre ». J ’eus plusieurs fois la velléité d ’aller trouver le\njoaillier ou les héritiers du m arquis. Je reculai toujours : le\nsujet étant d ’une invraisem blance tellement formidable q u ’il me\nparaissait défier toute conversation u n peu sérieuse, et je n ’en\ndis pas un seul m ot à âme qui vive. Les choses en étaient là\nlorsque je reçus un pli aux armes du m arquis de Vetseri. Je cite\ntextuellement, car ces mots ne sortiront jam ais de ma mémoire.\n   C’était un billet de la propre m ain du défunt m arquis. Je\nlus :\n   « Je lègue à M. le professeur M érédith, mon médecin, en\ntém oignage de sym pathie et en souvenir de ses bons soins, ma\nbague d ’émeraude, m a volonté formelle est q u ’elle lui soit\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2123, "texte": "                                337\n\nportée et remise en ses propres m ains, le lendem ain de mes\nobsèques. Signé Jean, m arquis de Vetseri. »\n   E n marge, une m ain étrangère avait ajouté ces deux lignes :\n« M. le docteur rentrera en possession de cette pièce aussitôt\nque le perm ettra la solution de l’affaire W olf-Bernhart. »\n   E t je n ’ai jam ais plus entendu parler, ni de l’affaire Wolf-\nB ernbart, ni des neveux du m arquis, lesquels, à ce q u ’on m ’a\ndit depuis, em portèrent en Italie l’héritage considérable de la\nvieille famille des Vetseri, éteinte en son dernier rejeton en ligne\ndirecte. »\n   — E t vous portez la bague, constata Mauvers en une phrase\ninterrogative ?\n   — Je ne vois toujours pas la preuve de l’im m ortalité de l’âme,\ndem anda sournoisem ent Tyrell ?\n   M érédith poursuivit avec une conviction inébranlable, qui\ntroubla ju sq u ’au fond de l ’âme quelques-uns de ces dîneurs\nsceptiques.\n   — E t moi bien ! Je suis convaincu (et le conteur regarda à la\nronde, autour de lui, comme s’il voulait enfoncer du regard sa\npensée dans l’âme de chacun des convives) — et il n ’y a pas d ’autre\nhypothèse possible, ni raisonnable, je suis convaincu que c’est\nM. le m arquis de Vetseri, en personne, qui a enlevé la bague\nd ’ém eraude confiée au joaillier p ar ses indociles héritiers et qui\nest venu la déposer chez moi, la même nuit, dans la coupe\nd ’onyx. «Les m u rs et les portes étant brum es pour les fantômes »,\ncomme l’a dit votre poète français, le m arquis n ’aurait pas eu\ngran d ’ peine à suivre son dessein et à réaliser sa dernière\nvolonté, mais il y avait la bague d ’émeraude.\n   J ’ai posé l’objection, l’autre jour, à notre confrère anglais, le\ncélèbre docteur Crookes. Celui-ci m ’a répondu que la vitre\ncassée expliquait tout. L e fantôm e du m arquis a passé comme\nil a voulu, la bague a trouvé une issue p ar la vitre ouverte.\n   Je déclare, conclut M érédith, en tendant sa m ain qui trem blait\ntrès légèrem ent vers sa flûte de cham pagne, que si les morts\nsont capables de réaliser de tels énergiques vouloirs, c’est que\nl’âme est immortelle et qu’elle nous survit. »\n"}, {"page_pdf": 427, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 469, "texte": "                                           338\n\n   — A l’im mortalité de l'âme, dit Tyrell, en levant son verre.\n   E t ils levèrent tous leurs verres, les croyants comme les scep­\ntiques, et vidèrent, jusqu’au fond, leurs flûtes pleines de cham ­\npagne, ce vin d ’or et de lumière, à l’âme immortelle.\n\n                                                         POL      DEM ADE.\n\n\n\n\n   F ê te d e S a in t-M ich el 18 9 7 .         (R ep ro d u c tio n in te rd ite .)\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-005", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 339, "page_fin": 340, "titre_corps": "L’Amour", "titre_sommaire": "À l’Amour", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "L’Amour           Feu d ’où ja illit la F oi et", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 428, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 915, "texte": "L’Amour\n\n\n\n       Feu d ’où ja illit la F oi et l'Espérance,\n  feu qui brûle vers Dieu l'holocauste des cœ u rs,\n   beau chevalier croisé combattant à outrance\n   à l'avant des rem parts de notre indifférence,\n         l'A m o u r est un héros vainqueur.\n\n\nL 'A m o u r est un volcan p ro jeta n t ju sq u 'a u x cieux\n                    les rubis m erveilleux\n              et l'encens fu m a n t de sa lave.\n           L 'A m o u r est un torrent qui lave.\n                  I l est l'A nge libérateur\n                  envoyé p a r le Créateur\n                        p o u r arracher\n            hors des prisons du vieux Péché\n           son énorm e troupeau d'esclaves.\n\n\n          C'est l'A m our qui les f a i t so rtir,\n          l'A m our qui brise leurs entraves,\n                   sans autre arm e\n                    que ses larmes,\n            car l'A m our c'est le Repentir.\n"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 990, "texte": "                                 340\n\n         M ais l'A m our est aussi le bel enfant céleste\n        ailé, et dont la voix chante comme un oiseau\n                          et dont le geste\n       cherche toujours l'E den où son prem ier berceau\n                    f u t un bosquet de roses\n        et qu'il regrette encor, et ne p e u t s’empêcher\n        de regretter toujours, même lorsqu'il repose\n      dans le berceau tout blanc de l ’âme sans péché...\n\n\n        L ’A m o u r ne connaît pas les bornes des patries,\n                            il sait l ’inanité\n         de tout le sang versé p o u r cette idolâtrie,\n            l ’A m o u r appelle à lui toute l'H um anité\n         dont le Cœur, à travers les siècles sanglota,\n         l ’A m o u r qui nous ro u vrit, ôjo ie ! l ’éternité,\n        attend les bras ouverts en haut du Golgotha !\n\n\n                                             GEORGES     RAM AEKER\n\n\n\n\nD e : La Foi, l'Espérance et l'Amour, poème en préparation.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-006", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 341, "page_fin": 343, "titre_corps": "Le Crucifié !", "titre_sommaire": "Le Crucifié", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "Le Crucifié!                                           A   F ir m in V a n d e n B o s c ii.             ’e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 430, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1542, "texte": "Le Crucifié!\n\n                                         A   F ir m in V a n d e n B o s c ii.\n\n\n\n\n        ’e s t   au Diesdelle, u n endroit perdu dans les bois, que\n\n\nC             vivait Briene. C’était une fagotteuse vieille, vieille\n              comme les chemins. Tous l’avaient connue telle\n q u ’elle était m aintenant. Ses yeux profonds avaient une flamme\nsom bre sous la prunelle, son nez crochu se soulignait d ’une\nbouche édentée m urm urant toujours des syllabes étranges.\n    On la disait sorcière par les villages où elle allait mendier.\nSon taudis galeux suait la faim et les petits carreaux interro­\ngeant le taillis sem blaient les yeux vitreux d ’u n m oribond.\n    Près de la chaumière, la couvrant de son ombre protectrice,\ns’élevait u n Christ de pitié. P lus vieux que Briene, lui, car elle\nl’avait toujours connu. Il s’érigeait là en souvenir d ’un roulier\nenlisé dans le marécage, jadis, p ar une nuit de gros temps.\n    C’était sous son égide, disait-on, que vivait la sorcière...\n    Mais Briene n ’était ni sorcière, ni jeteuse de sorts. Ce n ’est\npas elle qui a envoûté l’étable de Ja n Sus, ni celle de la ferme\ndes « Ardoises », m ais elle était chrétienne et fanatique.\n    Lorsque les rafales de décembre flagellaient les chênes, a\nnuit, dans la plainte du vent, elle croyait entendre le gémisse­\nm ent du Christ et le grand frisson de sa nudité. Elle pleurait\ntoutes les larmes de son âme à L e savoir dans la froidure et\ndans la neige ; elle se tournait sur sa Couche et la hantise de\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2107, "texte": "                                  3/|.2\n\n cette pensée aiguillonnait son cœ ur ; elle aurait voulu couvrir\n les chairs divines du T ordonné d ’un m anteau d ’herm ine, Lui\n conserver toujours l’ombre tutélaire des grands tilleuls m ain­\n tenant défeuillés !\n                                   «\n\n     Dans le chemin creux, un hom m e dévalait. C’était Doore,\n  ce voleur qui habitait à l’orée du bois. A bom inablem ent ivre,\n  sa bouche baveuse crachait des blasphèmes aux buissons du\n  chemin, de son regard mauvais jaillissait la haine à pleins flots.\n     Dans la hutte, Briene, anxieuse, ainsi q u ’un fauve surpris,\n  attendait. Du sentier, avec un bruit de sabots, m ontaient les\n  lourds blasphèmes comme un encens du mal. L a voix appro­\n chait, Doore gravissait le talus vers la croix et la cabanne.\n    Allait-il entrer chez celle qu’on nom m ait sorcière ?...\n    T out à coup il parut dans l’em brasure de la porte.\n    Briene s’était dressée, la lèvre plissée de mépris et d ’effroi :\n    « Que viens-tu faire ici, sors ! »\n    « Ah canaille, on ne peut pas venir chez toi, tu me paieras\n cela. »\n    Brûlé par les alcools, les sens réveillés par une poussée ab ru ­\n tissante, sous la cinglure de ce mépris Doore s’arm a d ’un bâton\n et sortit avec un cri où s’entrechoquaient la haine et la passion.\n    Dehors, il aperçut, astrant de son décor tragique la som breur\n des branches, la croix et son m artyr et subitem ent fou de ven­\ngeance, de rage, brandissant le bâton, il se rua vers elle, frappant\nle corps du Christ qui se brise lam entablem ent sous le m artelle ­\nm ent du forcené.\n    Briene l’a entendu, voilà q u ’elle accourt, ivre aussi de colère et\nde désespérance, pendant q u ’il frappe à plein bras son Dieu, à elle!\n    Ah ! le m audit, m audit, trois fois m audit !\n    Follede terreur, elle se cram ponne à lui comme une pieuvre,\nle griffe et m ord, mais Doore parachève im pitoyablem ent son\nœuvre de destruction, bientôt il ne reste plus sur la croix que\nl’inscription et les trois clous symboliques.\n    Briene alors se releva, la lèvre saignante, drapée elle aussi de\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3185, "texte": "                                                       343\n\n vengeance.           S a t a i l l e s ’é t a i t f a i t e p l u s h a u t e , l ’œ i l c h a r g é       des\n f o u d r e s v e n g e r e s s e s , l a m a i n t e n d u e v e r s l ’i c o n o c l a s t e e t l e p r o ­\n f a n a te u r , e lle la n ç a c e t a n a th è m e s o u s le s c ie u x im p a s s ib le s :\n      « T o i a u s s i, tu m o u r ra s s u r u n e c ro ix . »\n\n                                                       *\n     D e p u is la s o iré e tr a g iq u e d u D ie s d e lle , D o o re e s t fo u . Il e rre\n d a n s le s c h a m p s , c o m m e u n e              âm e en         p e in e , irré s is tib le m e n t\n p o u s s é v e r s l e l i e u d u s a c r i l è g e ; m a i n t e s f o i s , o n l ’a v u , d a n s s a\n d é m e n c e , e m b r a s s e r le tr o n c lig n e u x .\n     O h ! c e t a n a th è m e in é lu c ta b le o b s é d a n t sa c o n s c ie n c e m a rq u é e\n a u c o i n d u r e m o r d s , q u a n d d o n c f in ir a - t-il ?\n     L e s b û c h e ro n s o n t        c o n fo n d u      dans     une      m êm e       a v e rs io n    la\n « s o r c iè r e » e t le f o u q u e le s e n f a n ts            se    m o n tre n t p é ré g r in a n t\nsan s      cesse     d a n s la c a m p a g n e        et    d éco u p an t su r         l ’h o r i z o n   ses\ng r a n d s g e s te s d e f o lie .\n\n\n     U n      m a tin , a p rè s u n e n u it sa n s lu n e , d e s fa u c h e u rs d e T o u r ­\nn e p p e t r o u v è r e n t , p e n d u à la c r o ix , le c o r p s d e D o o r e le f o u .\n     P e r s o n n e , ja m a is n e le d é ta c h e r a , ja m a is le s g e n s d e ju s tic e\nne    s ’i n q u i é t e r o n t d e c e c r i m e .   Il est v en u         m o u r ir a u       lie u     du\nc r i m e d ’a p r è s l a p r é d i c t i o n d e B r i e n e , e t c e m o r c e a u d e b o i s l ’a\nd é f in itiv e m e n t a ttir é v e rs lu i c o m m e u n in v in c ib le a im a n t.\n     I l y p e n d m a i n t e n a n t le s p ie d s b a lla n ts , le s y e u x r é v u ls é s , la\nla n g u e to r d u e , le v is a g e liv id e d e la s t r a n g u la tio n e s t la p r é s e n ­\nta t i o n ta n g ib le d e la F a ta lité , u n d e r n ie r r ic tu s p lis s e s a lè v re ;\nla    c o n v u ls io n d e ce v is a g e d it la d é m e n c e fin a le ,                 ses     c o u rse s\np è le r in a n te s p a r le s r o u te s v o y a g e u s e s a u b u t f a b u le u x ...\n     P a r u n e i r o n i e d u s o r t , s e u l « l ’I N R I » q u e s o n                g o u rd in     a\nr e s p e c t é , s ’a f f i c h e a u h a u t d u g i b e t d ’i n f a m i e .\n\n              L e s co rb ea u x s'en vien d ron t a v e c d es cris fun èb res\n              S ’ab a ttre lou rd em en t en trom b e d e tén èb res,\n\ni l s s ’e n v i e n d r o n t a v e c l e s r a f a l e s v e r s l a p r o i e s û r e , i l s s e g a v e ­\nr o n t d e c a r n e g lu a n te , d e c e q u i f u t a u te m p s ja d is                   D o o r e le\nv o le u r.\n                                                                                  PAUL    MUSSCHE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-007", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 344, "page_fin": 344, "titre_corps": "Madeleine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jacques Nervat", "ancre_debut": "Madeleine  Droite et blanche, et trè", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 433, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 770, "texte": "Madeleine\n\nDroite et blanche, et très souple en sa robe de lin\nla M adeleine arrive au tombeau de Jésus\net le bon repentir dont elle eut le cœ ur plein\na mis sur son f r o n t l'auréole des élus.\n\nDans la calme douceur du ciel de Palestine\nla fla m m e de l'encens q u elle a p o rté p o u r L u i\nmonte, droite et ténue comme un glaive qui luit;\nE lle marche, de f o i vêtue, et son f r o n t brille.\n\nL'ange assis sur la pierre, dit à M adeleine :\n« Femme, ne craignez p oint; regardez le tombeau\nvide du fils de Dieu, qui est ressuscité ».\n\nE t M adeleine va, sous la douceur du ciel\np o u r dire en Galilée la merveilleuse chose ;\npuis, elle voit Jésus venir sur le sentier.\n                                              JA C Q U E S   NERVAT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-008", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 345, "page_fin": 345, "titre_corps": "Convalescence", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Marie Nervat", "ancre_debut": "Convalescence Je me souviens... après la l", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 434, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1122, "texte": "Convalescence\nJe me souviens... après la longue m aladie,\ndes mois d'hiver passés dans la cham bre bien close.\nJ'avais quinze ans et j e restais dans ce g ra n d lit\net dans l ’âtre flam baient de belles flam m es roses.\n\nJe demeurais longtemps à poursuivre des y e u x\nle reflet que fa isa ie n t ces flam m es dans la glace\net cela me fa is a it sourire, comme un je u\ndont s'am usait ma pa u vre petite âme lasse.\n\nS u r l'oreiller blanc mes cheveux noirs fa isa ie n t tache;\net ma fig u r e m aigre perdue en ce fo u illis\nn'avait que d eu x g ra n d s y e u x ardents comme des flam m es\ntrop dévorantes p o u r mon visage pâli.\n\n E t j e lisais et j e rêvais ; les médecins\n venaient d eu x fo is p a r jo u r et troublaient le silence,\nj e vois encor ces mélancoliques matins,\n ces monotones jo u r s de ma convalescence,\n\nla chambre, la blancheur des draps, les vitres grises,\net puis, p o u r chasser loin les rêves douloureux,\nattentive à toujours contenter mes caprices,\nm aman qui se penchait doucement sur mes y e u x .\n                                                 M A R IE N E R V A T\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-009", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 346, "page_fin": 347, "titre_corps": "Engelbert Humperdinck", "titre_sommaire": "Humperdinck", "rubrique": "", "signature_source": "Ernst Deltenre", "ancre_debut": "Engelbert Humperdinck H ansel ci Gretel. — L e Pèle", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 435, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 1678, "texte": "Engelbert Humperdinck\nH ansel ci Gretel. — L e Pèlerinage à K evlaar.\n\n\n        ngelbert     H u m p e r d i n c k , le délicieux auteur du conte\n\n\n\n E           lyrique H ansel et Gretel, représenté un peu partout\n             dans l’ancien comme dans le nouveau m onde, et y\n          obtenant un grand et franc succès. H um perdinck est né à\nSiegburg, petite localité des bords du R hin ; il a 44 ans\nenviron, étudia la musique à Cologne d ’abord, au conserva­\ntoire de Munich ensuite, où il acheva ses études m usicales et\nobtint successivement les premiers prix des différents concours\nauxquels il se présenta. Disciple et fervent du m aître de Bey ­\nreuth, nous le retrouvons à W ah nfried, s’occupant de l’éduca­\ntion musicale de Siegfried W agner. Son H ansel et Gretel le\nrendit d 'un coup célèbre : exécuté à Berlin, cent fo is en une\nannée, son drame lyrique nous était franchem ent bien venu,\nen ces derniers temps de « Noël » et d ’ « E piphanie », puisqu’à\ncette époque de l’année nous nous sentons tous redevenir un\npeu enfants, revivre tout, les petites peines et les grandes joies\nsuscitées par les bonnes histoires et légendes de jadis !\n   Ce père grognon qui fait peur au petit H ansel et que Gretel\néloigne à coup de balai, et le petit homme au sable qui passe :\ndorm ons vite ! et les petits anges dans leurs rêves, la n u it ; et\nle m atin, à leur réveil, la délicieuse chanson du P ère la rosée.\nP u is l’affreuse Grignotte, la fée, la sorcière qui, dans son\nChâteau-Gâteau, transform e en pains d ’épice les petits enfants!\nPauvres H ansel et Gretel pris, eux aussi, par la méchante\nfemme ! Mais joie ! Elle est prise en son propre piège la\n"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2242, "texte": "                                347\nG rignotte et comme nous trépignons lorsque nous la voyons\nretirée du gigantesque four transformée en énorme et succulent\n\" spéculoos \" ! e trie z , mes enfants! et mangez !\n   Belle m usique ! une vaste sym phonie, rien du vulgaire opéra\nà num éro et rom ances, où les différents motifs trottent libre­\nm ent, caractérisant chacun des petits personnages qui se\nm euvent sur la scène et soulignant les situations à retenir. U ne\nm usique d ’une fraîcheur exquise, toute de franche naïveté,\nmalgré sa facture savante, ses recherches contrepontiques, son\ninstrum entation q u ’on dit un peu lourde. Oh ! la belle m usique\ngaie et populaire !\n    H um perdinck ne nous était d ’ailleurs pas inconnu : ne\nse rappelle-t-on pas son Pèlerinage à N .-D . de K evlaar,\nexécuté en 1896 aux Concerts populaires : Elle est très to u ­\nchante cette superbe légende de H eine. W ilhelm est bien\nm alade depuis q u ’il a perdu sa Gretchen : Son cœ ur est bien\nm alade! E t le voici à Kevlaar, prier Notre-D am e et lui offrir\nu n cierge — sa mère en a fait le cœ ur — et il dem ande à la\nVierge Consolatrice de guérir son cœ ur, son pauvre cœur\nmalade. Voici venue la nuit, Marie vêtue de ses plus beaux\natours, paraît dans la cham bre de l ’infirme jeune homme et\nElle lui. prend son cœur, son cœ ur aim ant, pour le guérir,\n là-haut, dans le P aradis de son Jésus et de sa Gretchen. E t les\n chiens hurlent à la m ort, la nuit est très noire, mais la mère a\n tout vu dans son rêve... et le m atin elle trouva m ort son fils et\n sur son visage un rayon de soleil, de ce soleil qui est M arie !\n    H um perdinck a souligné tout cela d ’une m usique simple,\n bellem ent orchestrée et q u ’une phrase, celle des pèlerins de\n Kevlaar, traverse presque continuellem ent, et que la mère dit\n aussi à la fin : « Soyez bénie, vous, ô Marie ». De cette p arti­\n tion se dégage une odeur d ’encens et de cierges : la prière de\n W ilhelm alternativem ent grise et bleue en ses m odulations\n incessantes, la marche boiteuse des pèlerins, les chœurs réci­\n tatifs de miracles, l’apparition de la Vierge !\n    H um perdinck est u n bien grand artiste ! Je l’adm ire.\n                                               ERN ST   DELTENRE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-010", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 348, "page_fin": 350, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les Livres       P o è m e s d e s M o i s , a lm a n a c", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 437, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 3165, "texte": "Les Livres\n\n     P o è m e s d e s M o i s , a lm a n a ch p o u r 1 8 9 8 , p a r les p o è te s d e l ’E f f o r t .\n       L e s beaux poètes de la je u n e et in té re ssa n te revue T ou lo u sain e l' E ffo r t se so n t réu n is\np o u r ch a n te r de concert les douze m ois de l’an nouveau. E t voici, en v ers souples et harm onieux,\nd’une inspiration sereine, douze chants de belle envolée.\n       L a P a u v r eté du bon poète M aurice M agre, m é rita it certes d ’o u v rir cet album :\n\n                             J e su is la vie ille fem me en robe de m isère\n                             qui chem ine, le soir, p ar les hum bles q u a rtie rs ;\n                             j ’ai sem é dans la n u it les souffrances hu m ain es\n                             su r le s p ie rres des ru es où saig n è ren t mes pieds.\n\n                             D ors, ch ercheur d ’idéal, la t ête su r m a robe.\n                             J e s u is la grave am ie des ju ste s et des fo rts :\n                             J e m e ts le no ir la u rie r au front des je u n es hom m es\n                             et le d e rn ie r baiser sur la bouche des m orts.\n\n       D e tels vers n’o n t nul besoin, n ’est-ce pas, qu’on leu r donne des élo g es; à eux seu ls ils\nv alen t m ieux que to u t ce qu’on p o u rrait en dire.\n        L e C répuscule de f é v r i e r de G abriel T a lle t, a u ra it gagné à ê tre retrav aillé. S u p érieu re,\nl ' In v ite d’E lie C lavel.\n       M ais voici F e rn a n d P rad el, dont les vers onctueux ch a n ten t :\n\n                                     La n u it d’avril enchanteresse\n                             L a n u it d ’av ril blanche g ardienne des secrets\n                             Q ue chuchotent dans les ténèbres des forêts\n                             L es ven ts lascifs ployant les fleurs sous leu rs caresses.\n\n     E t puis c’est le to u r de nos bons collaborateurs M arie et Jacques N ervat do n t on se rap p elle\nL es ca n tiq u es du c a n tiq u e e t qui ont gardé dans leu rs v ers le m êm e ry th m e ca re sseu r :\n\n                            V iens, les bois sont si frais par les m a tin s de m ai,\n                            si tu som m eilles encore, je sais des lits de m ousse ;\n                            je t’ap prendrai tous les m ystères des sen tiers,\n                            tu o u v rira s te s yeux 1i m pides d an s les sources.\n\n     MM. E m m an u e l D elbousquet dans E g lo g u e et R aym ond M arival d an s N eére d is e n t les joies\nde l’é té, en p asto rales douces de sen im en t et belles d’expressio n .\n     M. Je a n V iollis, le dig n e successeur de M aurice M agre à la directio n de l'E ffo r t, ch an te en\nun beau ch a n t que je voudrais pouvoir c ite r to u t e n tie r les F ia n ça illes d ’Été.\n\n                             Chère, ne prenez pas un a ir indifférent.\n                             L a saison m m e vous convie,\n                             et des chaum es séchés m o n ten t ju s q u ’à nos sen s\n                             la sen te u r pacifique e t chaude de la vie.\n"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4910, "texte": "                                                          349\n     A près c et épithalam e trio m p h an t de vie, voic i le m éla n c o lique S ep tem b re de M. C h arles\nG u érin :\n                       P u isq u e l’en n u i, pau v re hom m e,\n                       T e je tte encore à de nouveaux voyages,\n                       E m porte au m oins d an s l’âm e\n                       L ’adieu doré des beaux jo u rs de l’autom ne.\n\n     P u is D espéloucade de M arc L afargue, que j ’ai beaucoup goûté, T o u s s a in t de G eorges\nB idache, qui a u ra it pu ê tre plus évocateur, enfin — d éjà, d iro n t les am ateu rs de belle poésie —\nE n fa n c e d ’A ndré M agre :\n\n                            L e calm e et chaud h iv e r d an s la cham bre bien close\n\n    D es poètes de l 'Ef f or t , la p lu p a rt sont bien d o u és e t de ceux d o n t on p eu t a tte n d re de\ngran d es e t belles œ u v res.\n\n\n\n      E R N E S T P É R I E R . — L e s S o ir s , e x tra it du M a g a s in litté r a ir e , G and.\n      V oici u n e délicieuse p la q u ette qui nous fait espérer d ’E rn e s t P érie r d es œ u v res fortes\nd ’expression et de pensée.\n      Je ne pu is ca ra cté riser les p roses que E . P érie r nous donne au jo u rd ’h u i, m ieux q u ’il ne l’a\nfait lu i-m êm e dans l ’épigraphe : « J ’adore ce q u ’il y a d ’ex q u isim en t v espéral d an s les trè s vieilles\nchoses trè s frêles et trè s fines. T outes m e so n t trè s belles et trè s triste s ». E r n es t P é rie r est u n\nF lam an d et sa phrase à la puissance d ’évocation aux vieux p e in tre ; de sa race. Il évoque av e c\nune douce e t triste m élancolie, dans une langue riche en coloris, d a n s u ne p h rase tra v aillée e t\nciselée, le s soirs de F lan d re , les vieux bateaux e t les ru es grises des v ie illes v illes de Z élan d e\nQ uelle âm e au ssi, quelle sen s ib ilité v ib ra n te d an s cette p ro s e : L es a d o ré s, alors que l’e r r a n t\np en sif s’en v ie n t se rasseo ir à l’om bre du vieux dom aine féodal.\n      A ussi ai-je passe une h eu re exquise et délicieuse à rê v e r ee soir avec lu i d ev a n t ses vieux\nchalands et ses vieilles m a is ons de F l a ndr e et de Z élande.\n                                                                                                 E douard      N ed.\n\n\n\n\n       R E M Y D E GO U R M O N T . — Le v ie u x R o i (au M ercu re de F ra n ce).\n       D e ce p e tit dram e p erv ers e t d ont, j ’en fait l’aveu, m ’échappe le sym bole, je ne vous d ira i\nrie n , n ’en a y a n t rien à d ire , sinon qu’il e s t dom m age qu’un s ty liste du ta len t de R em y de\nG ourm ont s ’a tta rd e à si vide opuscule. P lu tô t vous parlerai-je de l’éc riv ain des M a sq u es e t de\nl’étran g e accoutrem ent d an s lequel il m ’est a p p a ru d u r a nt m on ré c e n t séjo u r à P a ris. J ’a rriv a i\ndonc un beau m a tin r u e de V aren n e. M. de G ourm ont? ; d it le p ip elet, escalier au fond de la\ncour, au cinquièm e. » C et esca lier, je vous l’assu re, ne ra p p ela it en rie n celui de l’O p éra:\n       Q uand j ’eus a tte in t cette a ltitu d e , la personne q u i v in t m ’o u v rir m e d éclara que l’écriv ain\né ta it trè s souffra n t et ne pouvait m e recevoir. Je fis v alo ir e t m o n désir, et l’im p o ssib ilité pour\nm oi, v is ite u r venu de B e lg iq u e, de re v e n ir un a u tre jo u r. On se re n d it à m es raiso n s et je fus\nin tro d u it enfin dans un ré d u it b iz arre, to u t em pli de bouquins am algam és s u r le plan ch er dans\nun désordre poussiéreux.\n      T a n d is que je ch erch ais à m ’apprivoiser à c e tte a m b ian ce an o rm ale, la p o rte s’o u v rit et je\ncru s voir quelque a lch im iste de R e m b ra n d t, g ra n d i ju s q u ’au x p ro p o rtio n s de n a tu re , s’an im er\nto u t à coup d ev a n t m oi e t s o rtir v iv a n t de son ca d re ...\n       S ur la tête, une haute calotte en v elours v io let, d’où s'é ch ap p en t, p ar longues m èches, des\ncheveux b ru n s ; su r la face des lu n e tte s d ’or, la m oustache rasée e t la barb e en collier, su r les\népaules une pèlerine en peau de bête avec des pelages par en d ro its, et p o u r com pléter l'a c c o u tre ­\nm e n t une robe de cham bre aux allu res de so u tan e, et resse rré e à la ce in tu re p a r u n e cordelière.\nN ostrad a m u s m ’ap p araissant soudain au plein m ilieu de ce P a ris m oderne et plein de fièvre, ne\nm ’e û t certes pas plus ém u. C’é ta it bien l’h o m m e de ce décor, le personnage obligé qui ren d ait ce\nd ésordre harm onieux et donnait aux archaïques g rav u res de l 'Im a g ie r d issém inées p arto u t, des\nm agiques aspects de ta ro ts illu stré s.\n       U n in s ta n t je m e cru s tra n sp o rté au m onde sata n iq u e du m oyen-âge, m ais les h u rle m en ts\ndes cam elots, dont l’écho affaibli a rriv a it ju s q u ’à nous m e ram en èren t bien vite à la fin du\n"}, {"page_pdf": 439, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3551, "texte": "                                                        35o\n\nXIXe siècle : et rie n ne fu t alors plus biz a rre m e n t anachronique que la v u e d e cet alch im iste à\nl ’in s ta n t où là-bas, des c rie u rs à la ca n to n ate clam aient à plein gosier : « L ’affaire D rey fu s ! »\n                                                                                              G. R a m a e k e r s .\n\n\n       P A U L M U S S C H E , E n S ou ven ir. E d itio n de la L u tte. L es le c te u rs de la L u tte co n n a is­\nsent le sty liste scrupuleux, habile et harm onieux, le p ein tre v ig o u reu x à la fois e t d élicat, le\nc o n teu r délicieux, naïf parfois e t toujours sensitif, q u ’est P au l M ussche, le p lu s ancien avec\nG eorges R am aekers, de nos frères d’aim es. Je n ’ai donc p as à le p résen ter et à lo n g u em en t\nl ’étu d ier. Il m e suffira de d ire qu’en ces pages éc rites en so u v en ir d ’un jo u r de foi, de plein air ,\nde cam pagne fleurie et de soleil réap p a raissen t toutes ses q u alités, sa p h rase to u jo u rs cadencée,\nproportionnée, euphoniquem ent m oulée, ses coups de pinceau sobres et ferm es, le ch arm e de ses\nn atu res v iv a n tes, robustes et ch a rm an te s, sa voix de co n teu r si ag réab le à écouter au coin du\nfeu, et s u rto u t sa n a tu re to u te cordiale, to u te franche, to u te spontanée, toute aim an te. E t s im ­\np le m e n t je l’avouerai, j ’ai été ém u p ar cette te n d resse qui flue ain si d an s ses lig n es, p ieu ses à la\nte rre n atale, au bois du R ossignol fleuri de stellaires e t de so u v en irs, p ar cette a m itié to u te\nbonne qui, faisant p alp ite r les m ots évoque la large poignée de m ain d ’u n am i sin cère e t v r a i....\n      L e cro irais-tu , m on cher P a u l, j ’ai re g re tté — m algré m a si m au v aise et si franche n atu re\nqui eu t peu t-être rom pu l’in tim ité aim an te de v o tre tê te à t ête — j ’ai re g re tté de n ’ê tre p as venu\nen pèlerin de M ai, vers N otre-D am e la bonne V ierge ce m a tin -là avec vous.\n\n\n      P R O S P E R R O ID O T . — A u bes et C répu scu les. — C ollection de la L u tte.\n      D es chansons, du soleil, des fleurs d e pêcher, des dou ceu rs et des b lo n d e u rs d ’au b es sou­\nria n tes, des défaillances et des m ystères ém ouvants de crép u scu les a tte n d ris, d es rêves, des\nrêv eries, de l’am our te n d re et rêv eu r, en c o re si candide, si blanc sous la p rem ière ro u g eu r\npassionnée. Oh jam ais rien des clam eurs et des déclam atio n s p u issa n te s — ju s q u ’à l’em phase\nparfois — du rom antism e ou du parnasse. D e la douceur, de la tra îch eu r, de la triste sse , d e la\nla ssitu d e, des chansons en sourdine, des aquarelles en te in te s douces, d es p astels, des im p res­\nsions toujours té n u es et étro ite s d ’un coin du cœ ur ou d ’un coin de n atu re.\n      D éb u t frais et rem arquable, d o n t il nous fau t féliciter l’a u te u r — to u t en so u h a ita n t à sa\n co m p réh en sio n — trè s personnelle, je crois — d e la n atu re et de l’âm e, p lu s de v ig u eu r et p lu s\n d ’am pleur.\n        C ar ce liv re porte trop le cachet de n otre époque d ’ab attem en t p h y s i q u e e t d ’affaissem ent\n m oral. E t l’au te u r m 'ap p ara ît bien fils des V erlaine, des R odenbach, d es B ataille, des G héon et\n de to u te la fam ille des su b tils doux, qui p assen t le u r vie à d orloter le u r p au v re être.\n                                                                                         E dgar R ic h a u m e .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-011", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 351, "page_fin": 354, "titre_corps": "Çà et là", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Çà et là                         A U CERCLE D ’ART « LA L U T T E »         C", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 440, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 3253, "texte": "Çà et là\n\n\n                      A U CERCLE D ’ART « LA L U T T E »\n\n\n      C’est le soir 18 Janvier 1898, que furent inaugurées à l’Hôtel de la Cathédrale, les veillées\nfraternelles du cercle d’art la Lutte, \" qui se propose d’aborder en ses conférences hebdoma­\ndaires principalement des sujets littéraires, mais aussi des questions ayant rapport à tous les\narts, aux problèmes sociaux et à la Religion. »\n      Or, en cette première veillée, Paul Mussche fut le panégyriste — et combien éloquent —\nd’Octave Pirmez. Ah ! oui ! ce fut vraiment avec toute son âme, filiale et vibrante, que Paul\nMussche évoqua ce soir là, pour nous le faire aimer, — mais avec quel respect ! — le « haut profil »\n du solitaire d’Acoz !\n      Nous tous, qui eûmes alors le bonheur de l’ouïr et d’unir notre âme à la sienne pour glorifier\navec lui cette chère mémoire, avons pu dès lors augurer du succès qu'allait recueillir en province,\nl’hommage ému que notre ami rendait si dignement à ce grand mort.\n      Déjà les ovations faites au conférencier au Limbourg et en Flandre, et que nous ont\nrapportées les journaux de là-bas, outrepassent notre espérance.\n      L ’heure est proche, semble-t-il, ou justice sera rendue à Octave Pirmez, le noble penseur\ncatholique et le précurseur si longtemps méconnu de l’actuel renouveau de nos lettres !\n     Puis ce fut Edgar Richaumequi, le lundi suivant, exalta la « Philosophie du Petit Pauvre\nde Jésus-Christ. » Cette âme de François d’Assise est si mervelleuse, est si douce, si ardente et\nsoucieuse, si sombre de volontaires douleurs mais si lumineuse, à la fois, de surnaturelles clartés,\nqu’on ne saurait se lasser d’admiration pour elle, surtout lorsque celui qui la propose à notre\nadmiration possède autant qu’Edgar Richaume la chaleur de l’enthousiasme et l’éblouissemsnt\nd’une langue pleine de vie, féconde en métaphores harmonieuses...\n     Ce mois môme, la Gerbe, la nouvelle et prometteuse revue d’architecture et de littérature,\npublie en son n»> initial la première partie de la Conférence que Georges Ramaekers donna au\nCercle de « La Lutte » le lundi 31 Janvier sur les Origines religieuses de l'Architecture. Nos\nlecteurs liront cette étude où l’histoire est elle-même le témoin irréfutable de la thèse soutenue :\nque ce n’est nullement du besoin de s’abriter qu’est né l’art décoratif mais bien de la croyance\nen la Divinité, et de ce besoin de contemplation, qui était la joie de l’Eden et qui n’a plus cessé\ndepuis ce bannissement d’aiguillonner les hommes... Prochainement conférences : par Edouard\nNed, Prosper Roidot, l’abbé Léon Gruel, Johan Nilis, etc.\n    Or çà, M. Barrés, voici bien des Déracinés qui n’ont pas, me semblent-ils, à réapprendre de\n votre haut savoir les « leçons d’énergie ? »\n      Voilà de la vraie jeunesse chrétienne et qui nous console un peu de ces jeunes normaliens\ncatholiques, raseurs, pédants, et secs comme des minéraux d’Algérie au mois d’août, voilà de la\nvive jeunesse, énamourée d’art et passionnée pour la justice, attentive à toutes les manifesta­\ntion de la pensée contemporaine, parce qu’elle sait, cette jeunesse là, le Christianisme « roi de\nl’ imaginaticn et de l’art aussi bien que de l’intelligence et de la Prière »...\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3367, "texte": "                                               352\n\n\n\n                        N E SU TO R U L T R A CREPIDAM !\n\n    Cueilli dans les H eures — revue littéraire de Verviers, dont la L utte apprécie d’ailleurs le\ncourageux effort, — cette annonce littéraire :\n\n                    VOUS TO U S OUI AIMEZ L E B E A U\n                               LE BEAU DANS LA NATURE\n                 LE BEAU DANS L’ART — LE BEAU DANS L’ UTILE\n                                       CHAUSSEZ-VOUS\n                                              CHEZ\n                               GRUTZEN               FRÈRES\n                                   rue Pisseroule, N° 47\n                                             DISON\n\n    Ces poètes ont-ils donc tant besoin de chevilles?\n\n\n\n                           « L A L IB R E E S T H É T IQ U E »\n     Le prochain salon d e la « Libre Esthétique groupera, pour la première fois, les artistes alle­\nmands d’avant-garde : MM. Lieberman, W. Leistikow, Curt Hermann, O. Eekmann et Mlle Dora\nHitz, de Berlin ; MM. F. Rentsch et Max Stremel, de Dresde; MM. P. Kayser, A Illies, J. von\nEhren et Mlle Brinckmann, de Hambourg ; le sculpteur K. Kross, de Munich. L’Anglererre sera\nreprésentée par MM. Ch.-W. Bartlett, Brangwijn, A.-V.-D. Aazledineet R. O’Conor, Les Pays-\nBas, par MM. Deijsselhof, Nico Jungman, F. Melchers, Thom Prikker, J. Toorop, Van Hoytema,\nMlle L. Van Mattemburgh et J. Koster. La France, par MM. Maurice Denis, Le Sidaner,\nLucien Simon, A. Charpentier, J. Desbois, M. Cazin, A Maillol, Ch. Plumet, P. Ranson, T. Sel­\nmereheim. Les pays scandinaves, par MM. Thaulow, Vallgren, Willumsen, Mme Taulow, les\nartistes de la manufacture royale de porcelaines du Danemark, MM. Bing et Gröndhal, la\nSociété danoise du Livre. Les États-Unis d'Amérique, par MM. J. Alexander, P.-W. Bartlett,\nCh. Fromuth, Childe-Hassam et Tiffany.\n   Pour la Belgique, outre Théo Van Rysselberghe qui exposera l’ensemble de ses œuvres\nrécentes, prendront part au Salon : M. A. Baertsoen, Mlle A. Boch, MM. E. Claus, G. Combaz,\nEvaldre, J. De Praetere, L. Frédéric, A.-J. Heymans. Mlle Huez, MM. Ch. Mertens, C. Meu­\nnier, G. Minne, G. Morren, R. Picard, A. Verhaeren, etc. Au total, une soixantaine d’exposants\ndonnant en raccourci un aperçu des tendances modernistes dans le domaine de la peinture, de\nla sculpture et des arts d’industrie et d’ornementation.\n     A notre vaillant confrère Octave Maus, Bruxelles est redevable d’une telle manifestation\nannuelle d’art pictural, bien faite pour rehausser à l’étranger le renom de ce pays dans l’art\nqu’illustrèrent Jean Van Eyk et Rubens...\n\n\n\n                                LÉG IT IM E SÉ V É R IT É\n\n    J.-K. Huysmans déclara, dans la C a th é d ra le , que l’œuvre tant vantée de Tissot est « une\ndes moins religieuses qui soient » ; « qu’il y a eu maldonne » ; que « ces aquarelles, ces croquis,\ndevraient illustrer la vie de Jésus de Renan et non les Evangiles ».\n    C’est vrai. Et nous sommes heureux d’entendre enf i n une parole de critique sincère et sévère,\nau lendemain des dithyrambes sur commande de toute la presse, dithyrambes payés à tant la\nligne par le richissime éditeur Marne.\n    P. S. Nous ne nous étonnons pas de compter parmi les souscripteurs à ce livre d’heures\nmondain (5.000 francs l’exemplaire japon; 1.500 francs l’exemplaire ordinaire), Sarah Bernhardt,\nMariani, etc., etc.\n"}, {"page_pdf": 442, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5227, "texte": "                                                               353\n\n\n\n                           R É P O N S E A D E S C O N S U L T A T IO N S\n\n      C’est dans les rev u es, depuis quelques m ois su rto u t, un usage fort louable ce. tes, — s’il ne\nd ev ien t é p id é m iq u e ,— de q u estio n n er les je u n es in tellectu e ls su r tel ou te l déb at d ’a rt, de\nscience ou d’économie sociale.\n      O r voici com m e, à nos confrères de l'E n clos, qui posèrent ces deux q u estio n s :\n     1° P o u rq u o i la s ociété a c tu e lle e s t-e lle in ca p a ble de s'e x p r im er en A r t ?\n       3° Q uelle s ociété p o u r r a i t p r o d u ir e un    A rt   s o c ia l et q u elles en sera ien t   les idées\ng é n é r a tric e s ?\n       E douard N ed rép o n d it :\n       « 1 ° N otre société actu elle est absolum ent incapable de s’ex prim er en a r t parce q u ’elle est\ntro p te rre à te rre et im bécile, parce que. p ro stern ée à deux genoux dan s la boue d ev a n t le veau\nd ’o r, son dieu, to u t en tière « aux affaires », elle ne connaît ni les aspiratio n s, ni les enth o u siasm es\nv e rs le V rai et vers le Beau.\n       u 20 Je ne sais si ce tte société n ’est pas du dom aine du R êve et de la C him ère, m ais si elle d oit\nq uelque jo u r exister, ce sera une société ch rétien n e rénovée et refondue au m oule des E v a n g ile s.\nL es idées g én é ra tric es de cet a r t sero n t puisées dans les v érités et les tra d itio n s relig ieu ses, car\n— com m e d it H ello — si l’a r t do it élever l’hom m e, l’a rt religieux do it l’élev er p lu s d ire ctem en t.\n       » L 'A r t p o u r D ieu, voilà la seule form ule qui p o u rra v iv ra resp le n d issa n te su r les cadavres\ndes écoles, m ortes les unes a p rès les a u tre s. D éjà un groupe de je u n es éc riv ain s qui s'affirm ent\nd ans la L u tte, rev u e catholique d ’A rt de B ruxelles, en o n t fait le u r dev ise e t la p o rte n t h a u t et\nclair com me un labarum . »\n       D e son côté, l ' E ffo r t de T oulouse, chercha « le sens énergique » chez l’actu elle je u n esse en\np roposant aux éc riv ain s de n o tre gén é ra tio n le su iv a n t q u estio n n aire :\n     1° D an s quel sens g é n é r a l u n in tellectu el d o it-il a u jo u r d 'h u i d ir ig e r son a c tiv ité ?\n     2° Q uelle s itu a tio n lu i est fa ite, à v o tr e a \" is , p a r les c o n d itio n s éco n o m iq u es actu elles ?\n     3° Q uelle po sitio n im m éd iate et p r a tiq u e a lle z -v o u s p erson n ellem en t c h o is ir o u a v e z -\nvou s d é jà ch oisie, p o u r a s s u r e r v o tr e éco n o m ie m a térielle et p a r su ite le lib re d éveloppem en t\nd e v o tr e én e r g ie id éolog iq u e ?\n      U n num éro double (J a n v ie r F é v rie r) ré u n it s u r ce tte enquête les opinions des éc riv ain s\njeu n es, de F ran ce et de B elgique. P arm i les réponses — dont p lu sie u rs, nous avons la jo ie de le\nc o n s ta te r, a tte s t e n t que la Foi catholique est en tr a in de re n a ître chez les a rtis te s , — il nous\nfa u t sig n aler de toute p articulière] façon celles d’E dm ond De B ru ijn , d ire c te u r du S p ecta teu r\nC a th oliqu e et de n o tr e co llab o rateu r: G eorges L e C ardonnel :\n     \"   ... E t d’abord, il fau t sav o ir m e ttre to u te chose à sa place : L ’a rt n ’est p as u ne fin m ais un\nm oyen, il est le divin m oyen d’expression d’une âm e. Il fau t donc com m encer p a r \" se faire une\nâm e »...\n       « ... C’e s t parce que to u te une gén é ra tio n a été liv rée à la vie sans ce tte n o tion (de es qui est\nparfait) m ais douée d 'u n e s en sib ilité exaspérée, avec des connaissances presq u e approfondies su r\ntous, m ais ay a n t a p p ris à dém o lir les systèm es en se les assim ilan t, p ar s u ite san s en th o u siasm e,\nu n iquem ent ra iso n n e u se ; san s f o i , p a r su ite san s d irectio n d e vie, d ép o u rv u e de to u te ra iso n\nm éta p h ysiq u e d 'a g ir, jo u a n t avec les idées com me au bilboquet ; c’est p o u r cela que la crise\nm orale e x iste ...\n      E n ces te m p s où l’on parle ta n t d ’énergie, le ca tholicism e ap p a ra ît cep en d an t p ar le seul\nexem ple de ses sa in ts com me une m erveilleuse école d ’énergie, et p eu t-être bien que ce qui nous\nséd u it, éparpillé a ille u rs, se retro u v e là ; en tous cas, la perfection m o rale que l’on conseille\np arait ne pas être a u tre que la sien n e, avec ce tte différence que la sien n e ex ig erait p e u t-ê tre\nd avantage de n o tre volonté, auquel cas elle s e ra it su p érieu re ; cep en d a n t on ne co n n a ît p a s le\nca th o lic ism e .\n       « L a p lu p a rt de nos in tellectu e ls seraien t honteux de n’av o ir p as lu la D a g h a v a d -G ita ,\nm ais ils ig n o re n t presque l’E v a n g ile et o n t ce rtain e m en t peu o uvert sain t D enys l’A réopagiste et\ns a in t T hom as.\n      Il est v rai qu’on a la foi ou q u ’on ne l’a pas, m ais av a n t de savoir si on a la foi en quelque\nchose, il fa u d ra it p e u t-ê tre bien connaître ce dont il s’a g it; et puis on s’est h ab itu é à d ire q u ’il\ny a co n trad ictio n en tre la foi catholique et notre raison, m ais, en a tte n d a n t la science ne dépasse\n"}, {"page_pdf": 443, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1066, "texte": "                                              354\npas l'étude des rapports entre les choses sensibles et, dès qu’elle essaye d’en sortir c’est pour\ncirer dans les terrains vagues des hypothèses et, aussitôt, perdre son caractère de certitude qui\nfait qu'elle est la science...\n\n\n\n\n                           U N E V IE IL LE N O U V E L L E\n\n     Des quotidiens et des revues publièrent naguère comme fraîche nouvelle un faire-part\nlarmoyant et ahuri : Le faire part de la mort prématurée d’une feuille hebdomadaire et porno­\ngraphique qui n’avait conservé, d’une revue littéraire de Belgique, que le titre désormais fameux\nIl y a plus de deux ans que la L u tte regrette la mort de la Jeune Belgique, la vraie, celle de\n1880. Quant à la feuille en question sa disparition n’a guère plus d’importance que n’en n’avait\nl’apparition de ses hebdomadaires dénigrements contre tout ce que la Belgique jeune a produit\ndepuis vingt ans d’écrivains nobles et déjà glorieux.\n                                                                            U IJ L E N S P IE G EL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-012", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 355, "page_fin": 355, "titre_corps": "Les revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les Revues        La Gerbe. 1re a n n ée. 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L a tâ c h e in c o m b e d o n c im m en se à\nc e s je u n e s h o m m es ép ris d ’art n o u v e a u , e t q u i son t, eu x a u ss i, co n v a in c u s\nq u e la B e a u té est im m u a b le en D ie u , la B e a u té d e s œ u v res h u m a in es, d es\n œ u v res a rch itectu r a le s su rtou t, e s t m u ltiform e à l'in fin i, et d oit, p artou t, se\nra jeu n ir se lo n le s id é e s et le s â g e s . A u som m aire : P r o s p e r R o i d o t , G i s ­\n B E R T CO M B A Z, E U G . H E R D IE S , L É O N BO CHO M S, e tc.\n        D e très n o m b reu ses et rem arq u ab les p la n c h e s d e P a u l H an k ar, C res ­\n p in , G o v a erts, B o c h o m s, V an W a e s b e r g h e , E . R o id o t, S tra u v en , S teyaert,\n H o ls e t A le x is C rap s. C e p rem ier n u m éro, d o n t l’éd itio n lu x u e u se est l ’ob jet\n d e ju ste s lo u a n g e s à l ’a d resse d e l ’éd iteu r, M . P .-L . M olitor, c o n tie n t la\n p rem ière p a rtie d e la co n féren ce d e G eo rg es R a em a ek ers su r les O rig in es\nrelig ieu ses de l'A rc h ite c tu re .\n       D u r e n d a l.'S u p e r b e m a sœ u r , v o tre n u m éro d e ja n v ier! — C ou ver­\ntu re ex c e p té e . — C e n u m éro là fait h on n eu r a u x lettres c a th o liq u e s.\n        U n co n te d ’H E N R Y C a r t o n d e W i a r t : la C hasse à la m o rt, y est su r­\nto u t ad m iré. L ’étu d e d e M . l ’a b b é C u y l i t s ; le s F o n ta in es de jeu n esse, d e\nF i r m i n V a n d e n B o s s c h e ; le N o ël de l'A r tis te , d e M . l'a b b é H e n r y M o e l ­\nl e r , e t le c h a p itr e : d e la C ath édrale, d ' H u Y S M A N S , s u r la sy m b o liq u e d e s\n\nco u leu rs et d es g a m m es, font d e c e n u m éro u n recu eil du p lu s h a u t attra it\nlittéra ire.\n        La R evue claire. N o u v e lle rev u e littéraire d e P a r is, d o n t le ne 1\n(février 1898) est d e fort b o n a lo i. D ir e c te u r : L é o n L a k a g e . R éd a cteu r en\nch ef : R o g e r C o u d r e c .\n        Le Geste. D e m êm e p u b lie h eb d o m a d a irem en t d es étu d e s, n o u v e lle s,\ncritiq u e s e t p o èm es d e s p o ètes d e p ro v in ce. U n o rg a n e d e p lu s p ou r la\nd écen tra lisa tio n ; T a n t m ieu x.\n        E n fait d e d écen tralisation , la R evue n a tu riste m érite certes la p alm e\n (s a n s a d je c tif). C ette rev u e, p a risien n e p ar s a réd a ctio n et s a ré sid e n c e , a\n in v e n té le m o y en m irifiq u e d e d é c e n tr a lise r la littéra tu re fra n ça ise en so lli­\n cita n t to u s le s je u n e s écriv a in s p ro v in cia u x à en v o y er leu rs m an u scrits,\n 99, ru e Jou ffroy, à P a r is, afin q u 'ils p u iss e n t p araître un jou r d an s la revu e\n d e M. B o u h élier.\n      A M a rseille m êm e on n ’eû t p a s tro u v é ça !...\n       La T rêve Dieu, e n s o n d e r n i e r               n u m é r o p a r u , q u i , n o u s l 'e s p é r o n s\n b ie n , n e s e r a   p a s d é fin itiv e m e n t   le   d e rn ie r, p u b lia u n e     p ro se d e     P au l\n M u s s c h e , d e s v e r s d ’Y VES B e r t h o u , d e R a m a e k e r s e t d E d o u a r d        N ed.\n       L ’E rm ita g e d e février p u b lie u n e sp ir itu e lle r é p o n se du « d é r a c in é »\n A n d r é G i d e à M a u rice B arrés, d e s vers d e R a m a e k e r s , A d r i e n                M ith o u ­\n a r d , E d m o n d P i l o n , u n e étu d e su r l ’A m e fr a n ç a is e p ar H e n r y B o r d e a u x ,\n u n portrait d e P a u l F o rt b ie n d e ss in é et m al réu ssi par J e a n V é b e r , e tc.\n        L ’Œ uvre ( d e V a le n c e , q u 'il n e fau t p a s co n fo n d re a v e c l'Œ u v r e ,\n r e v u e p o ly g lo tte d e P a r is), eû t u n n u m éro d e fin d a n n ée d es p lu s in téres­\n sa n ts, co n ten a n t un portrait d u p o ète F r a n ç o is L attard , au teu r du Sotilège\n de v iv r e .                                                              \\\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-02-n11-013", "volume": "ELB-ULB-a084-1897-1898-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1897-1898-000.pdf", "ocr_sha256": "c603552a6384ea49fd9503f7f683f0247cfcfb49641c4734d04c2aaf35b52cfa", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonce du numéro de mars 1898", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "E n son n u m éro excep tio n n el de m a rs 1898", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 445, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1174, "texte": "E n son n u m éro excep tio n n el de m a rs 1898\n\n\n             “ LA L u t t e ,,\np u b liera, d ’après la stén o grap h ie, le c o m p te -re n d u\n                  co m p let des d éb ats du\n\n\n\n    CONGRÈS LITTERAIRE\n                       DE    BRUXELLES\n\net la   rep ro d u ctio n    textuelle     des    d isco u rs p ro ­\n     n o n cés   les 19 et 20 février 1898, au P a la is\n      des A c a d é m ie s , p a r :\n\n\nMM.      G eorges      V ir r è s   —      V alère      G il l e   —\n             E douard       N ed — E ugène M o n t fo r t —\n\n             E dgar    R ic h a u m e — E dm o n d      P ic a r d —\n\n             P aul    M ussche         —   Ch.     B ernard        —\n\n             G eorges    R amaekers —            Jean    N é l is —\n\n             Johan     N il is — M e c is l a s     G olberg       et\n             A lbert    Jounet.\n\n\n     Ce n um éro contiendra, en o utre : la C o n féren ce s u r\n« L ’A R T   POUR      D I E U » , que M gr C a r t u y v e l s fit à\nSainte-G udule e t qui clôtura le C ongrès.\n\n\n\n\n                                    PRIX de ce N° : 1 fr.\n                                    A l’Etranger : 1 fr. 50.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 410, "texte": "  F E V R IE R 1898\n    3e ANNÉE      N° 11\n\n5 0 Cmes LE N U M É R O\n\n\n\n\n         la Lutte\nRevue catholique d’Art\n\n\n                          « L ’A R T PO U R D IE U ! »\n\n\n\n\n                                        P .-L . M O L IT O R\n                                   R U E L O N G U E -V IE , 36\n                                   BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "                                 la L u tte\nREVUE              CATHOLIQUE                       D’ART.\n                                              114., rueFranklin, àBRUXELLES\n             A BONNEME NT              : Un an, 5 fr. ETRANGER, 6 fr. (1)\n\n\n                               COMITÉ                 PATRONAL :\n       VALÈRE MABILLE          LÉON SOMZÉE\n             A M É D É E de B R E S S O U T\n\nDirecteur : GEORGES RAMAEKERS, rue Franklin, 114\nSecret. derédaction: EDOUARD NED, rueduConseil, 84\n                                           BRU XELLES\n\n\n                           R éd a c t io n d e « la Lu t t e » :\nE r n st     D elten re ;         P ol D em ade ;           P a u l M u ssc h e ; E douard                 N ed ;\n       J ohan N i l i s ;       E rn est        P é r ie r ;    G eo rges         R a m a ekers;          E dgar\n      R ic h a u m e ; G e o r g e s V ir r è s .\n\n                         P r in c ip a u x           collaborateurs :\nF ra n z Ansel ; A lb ert B e rth el ; T hom as B ra u n ; E dm ond De B ru ijn ; M g r d e H a rle z ; L o u ise e t\n      L o u is D ela ttre ; W ille m D elsaux , P ol D em ade ; E u g è n e D em older ; H e n ri de R é g n ie r ;\n      C harles D ro u p y ; E douard D ucôté ; M aurice D u lla e rt ; Max E lsk am p ; H en ry G héon ;\n      E u g è n e H erd ies ; Jo ris -K a rl H u y sm an s ; A lbert Jo u n et ; G eorges L e C ardonnel ; A lfred\n      L e m a ire ; C am ille L em onnier; G eorges M arlow ; C harles M orice ; M arie e t Jacques N erv at ;\n      G eorges O udinot ; V ictor R em oucham ps ; G eorges R odenbach ; P ro sp er R o id o t ; B lanche\n      R ousseau ; Léon R y c x ; L a u re n t S a v ig n y ; C am ille S c h iltz ; Joseph S o u d a n ; Léon\n      S ouguenet ; A nne T h ieren s ; L ’abbé A rm an d T h iéry ; F irm in V anden B osch ; E m ile\n      V erhaeren ; F ra n c is V ielé-G riffin.\n\n\n\n\n                 SOMMAIRE DU N° DE FÉVRIER 1 8 9 8 :\n         P aul Mussshe : Le Congrès littéraire de Bruxelles.\n         P ol Demade : La Bague d’Emeraude.\n         Georges Ramaekers : A l’Amour.\n         P a u l Mussche : Le Crucifié.\n         Jacques N ervat : Madeleine.\n         Marie N ervat : Convalescence.\n         Ernst D eltenre : H umperdinck.\n         Ed. N ed, Ed. Richaum e, G. Ramaekers : Les livres.\n         U ilenspiegel : Çà et là.\n                          TOUS DROITS DE REPRODUCTION RÉSERVÉS\n\n      (1) L es abonnements p arten t de chaque mois et se font pour un an.\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "             Le Congrès de Bruxelles\n\n\n\n\n        es      assises furent vraim ent d ’une haute signification,\n\n\nC            elles perm irent aux théories les plus opposées de se\n             m anifester librem ent au grand jo u r de la publicité et\nd ’une loyale discussion. De l’avis même d ’adversaires elles\nfurent d ’une belle tolérance et donnèrent tort à des préventions\ncontraires ; la L utte et son œuvre sortent de là grandis et for­\ntem ent trem pés.\n   l ' A r t p o u r Dieu, devise récente, mais chose ancienne, ful­\ngure et rayonne désormais d ’une indéniable auréole, son excel­\nlence s’est affirmée une fois de plus.\n   Les séances s’ouvrirent le samedi 19, au palais des Acadé­\nmies, sous la présidence de M. le baron P . de H aulleville; à\nses côtés Ram aekers et Ned.\n  Après les remercîm ents officiels de la présidence, Georges\nVirrès délim ite le terrain des débats : T oute question religieuse,\ncomme base d ’esthétique, écartée, des quatre en présence quelle\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "                                  324\n\n est la formule la plus propice aux créations de l’artiste ?\n    M. Valère Gille, se fit le défenseur de l'A r t p o u r l’A r t. Il\n avait compris q u ’une conception étroite de cette formule, telle\n que la je u n e Belgique l’incarna, n ’était pas défendable et sou­\n tint que l’Art, rien que l’art, doit être l’unique préoccupation du\n poète et de l’écrivain.\n   C’était m éconnaître bien des éléments constitutifs de la\nBeauté, ne tenir compte ni de la Morale ni de la Religion,\nM. N e d l e lui prouva dans sa riposte, qui fut une conférence\nsolide et documentée, d ’argum entation logique.\n  Au début de la séance du lendem ain, dim anche, M. Saint\nGeorges de B ouhélier s’excusa p ar une lettre que lut M. Eugène\nMonfort de ne pouvoir assister au Congrès.\n  M. M onfort exposa le Naturism e, théorie séduisante, réaction\nviolente contre le décadentism e et les vaines recherches de ces\ndernières années ; seulement l’édifice construit par cette récente\nécole a des bases peu solides que M. E dgar Richaum e s’attacha\nà renverser et vraim ent il y réussit.\n  Après ces orateurs, E dm ond P icard m onta à la tribune. On\nsait sa belle éloquence, il resta tel que nous le connaissons :\nbrillant et combatif.\n   On l’attendait défenseur de l'A r t Social, on s’était trompé.\nIl parla de l’art socialisé et mis à la portée de la foule, il dit\naccepter indifféremment les écoles et les systèmes pourvu que\nle sens artistique fut satisfait.\n   Il eut à mon avis le tort grave de se placer au point de vue\nobjectif, de l’im pression à recevoir, sans se préoccuper de l’im ­\npression à donner. C’est ce que lui fit rem arquer ma réponse,\nelle fut un exposé de l'A r t Social et une dém onstration que\ncette façon d ’envisager l’art est un des éléments de l’esthétique\nchrétienne.\n  Après cela M. Charles B ernard exalta l'A r t païen, déniant\nau chrétien le pouvoir d ’être un véritable artiste, et, com parant\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "                                   325\n\nune Vénus à une M adone, il affirme l’infériorité de celle-ci car\nson front reflète la pensée tandis q u ’ailleurs il n ’y a q u ’un corps\nchantant l’harm onie des lignes.\n  MM. E douard Ned et Jean Nélis répliquèrent avec courtoisie\nà ce discours d ’une évidente forfanterie.\n   A Georges Ram aekers incom bait l’exposé de l'A r t p o u r Dieu.\nIl le fit avec la fougue juvénile et la belle ardeur q u ’on lui con­\nnaît.\n   Ces quelques phrases de son discours le résum ent :\n   Si l’on avait dit : l’Art pour Beau qui n ’eût applaudi ? Mais\nparce que nous, jeunes hommes chrétiens, avons désigné la\nB eauté de son vrai nom, d ’aucuns ricanent, d ’autres s’éton­\nnen t...\n   C’est la seule esthétique qui réunira chez l’artiste ces deux\nforces d ’actions : le dévouement à la B eauté et le dévouement à\nson Dieu. Elle contient l’art social tout entier, puisqu’elle est\nnée de la charité.\n  Enfin, seule, elle ouvre aux poètes les portes d ’or du monde\nsurnaturel. Q uant à l’am our de la nature créée, où le trouve-t-on\nplus vif que chez un François d ’Assise ?\n  M. Johan Nélis prouva ensuite que la formule l'A r t p o u r\nDieu avait inspiré les premières littératures hébraïques.\n  On entendit alors u n fanatique de l’individualisme dans l’art,\nM. Mécislas Golberg. Les idées étaient faciles, mais les paroles\nfurent d ’une belle véhémence.                           ,\n   M. Albert Jounet, empêché, avait tenu néanm oins à affirmer\nune parfaite concordance de vues avec ses amis de Belgique et\nsi je mis quelque éloquence dans la lecture de ces nobles pages\nproclam ant l'A r t p o u r Dieu l ’esthétique définitive, c’est qu’elles\nm ’inspiraient à l ’égal de ce que j ’aurais pu écrire moi-même.\n   P a r un rapide exposé M. Jounet m ontrait que l'A r t p o u r\nDieu résum e, réconcilie et dépasse l'A r t p o u r l'A rt, le N a tu ­\nrisme et l'A r t Social.\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "                              320\n\n  Ce fut là d ’ailleurs la conclusion de ce Congrès dont on lira\nprochainem ent les débats dans cette revue, cette chère L u tte ,\ntoujours au poste, à l’avant-garde des Idées.\n\n                                                PAU L   M USSCHE.\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "                     La Bague d’émeraude (1)\n\n                                                         A M . l ’a b b é A . T h i e r r y .\n\n\n\n\n             ’ét a it    v ers l ’h e u r e   c r é p u sc u la ir e d 'u n e jo u r n é e p lu ­\n\n\nC                v ie u s e   de   sep te m b r e .   La     terre, a sso iffée       par       le s\n                 d e s s é c h a n te s se m a in e s d ’u n lo n g m o is to r r id e, s ’éta it\ne n iv r é e d e p u is le m a tin d e s la r g e s o n d é e s a n n o n c ia tr ic e s d e\nl ’a u to m n e — e t, d a n s la c a lm e a tm o sp h è r e d e c e tte fin d e jo u r ,\nflo tta it, te lle u n e v a p e u r d ’iv r e s se , la g a z e lé g è r e d ’u n p re m ie r\nb r o u illa r d .\n    S e p t h e u r e s a lla ie n t so n n e r e t c e p e n d a n t, q u o iq u e c e fu t\ne n c o r e la s a is o n d e s très lo n g u e s a p r è s-m id i, le ja r d in , d e v a n t la\nv é r a n d a h c lo s e p a r la fr a îc h e u r , se te r n issa it d ’o m b re s e t le v ert\np â le d e la p e lo u s e to u r n a it a u v e r t so m b r e .\n    D e u x h o m m e s , le v is a g e c o n tr e le s g la c e s , s ile n c ie u s e m e n t,\nr e g a r d a ie n t c e tte s c è n e m u e tte , o u a u tre c h o s e , car le u r s y e u x\np a r a is sa ie n t p lu t ô t to u r n é s in té r ie u r e m e n t, v e r s le u r s p ro p res\np e n s é e s , q u e v ers le sp e c ta c le d e la n a tu r e .\n    P o u r ta n t l ’u n d ’e u x p r o n o n ç a c e s p a r o le s , d é s ig n a n t d e la\nm a in u n c o in d u ja r d in :\n    — J ’a im e b e a u c o u p c e s g la ïe u ls p o u r p r e s, là -b a s. O n c ro ira it\nv o ir le s fa s tu e u x y a t a g a n s d e q u e lq u e c o r p s d e ja n issa ir e s reto u r\n\n\n\n   ( * ) C ette n o u v e lle fait p artie d ’un v o lu m e in titu lé       C ontes in qu iets,\na ctu ellem en t so u s p resse.\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "                                328\n\nd ’un massacre et brandis tout em pourprés d'une fraîche ruée en\nla chair et le sang...\n    — O ui... vraim ent... ils sont beaux, fut-il répondu, et je\nn ’avais jam ais goûté leur beauté autant que ce soir.\n    E t, celui qui avait prononcé cette parole en tr’ouvrit la haute\nporte vitrée, pour mieux jouir de la vue de ces belles fleurs aux\nhampes de pourpre.\n    U n peu d ’air entra dans la vérandah, un peu d ’air hum ide\ntout chargé du parfum discret des verveines et des résédas.\n    — Comme c’est bon le soir !\n    Les deux hommes redevinrent silencieux.\n    Sept heures sonnèrent.\n    — Nos hôtes sont en retard, confrère, prononça le m aître du\nlogis, les yeux sur le cadran.\n    — C’est étonnant. Le lendemain d ’un congrès...\n    U n coup de sonnette hacha les commentaires probables.\n    — Ce sont eux !\n    E t, l’instant d ’après, la dem eure du docteur M auvers, habi­\ntuellem ent d ’une tranquillité claustrale, s’em plit du va-et-vient\nde la vie, du bruit des pas, de l’éclat des paroles.\n    L a veille s’était clôturé, par le traditionnel banquet et des\ntoasts innum érables, le congrès de psychiatrie, et le m aître de\ncéans recueillait, ce soir, sous son toit, familièrement, quelques-\nuns de ces savants étrangers, las de ces cinq jours de parades\nscientifiques mais charmés de notre hospitalité.\n    Ce fut une soirée joyeuse. On ne s’im agine la belle gaieté\ndont sont capables, à l ’occasion, les remueurs de pensées, les\nintellectuels au front ridé, les savants les plus austères. Je ne\nconnais, pour ma part, de plus joyeux et de plus exubérants\ncommensaux que les médecins, par exemple. La profession\nn ’est pas d ’une gaieté folle, et justem ent, à cause de cette g ra­\nvité, le médecin, ce tém oin de la douleur, est contraint de thé­\nsauriser tous les rayons de son sourire, toutes les sonorités de\nsa joie. C’est de cette réserve, insoupçonnée de profane, q u ’il\ntire de quoi faire flamber les cinq ou six feux d ’artifice qu’il\nallume, chaque année, devant une douzaine d ’intimes au plus.\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "                                32g\n\n   L a conversation s’éparpilla sur les objets les plus divers et les\nplus éloignés des préoccupations ordinaires des dîneurs. On\nraconta des anecdotes, on répéta des bons mots. L a plupart\navaient beaucoup voyagé ; à eux douze, ils avaient visité l’u n i­\nvers presque tout entier : des équipées de voyage, des observa­\ntions pittoresques sur les mœurs égayèrent le repas. L a causerie\ns’attarda longtem ps sur la littérature. (J’ai remarqué chez\nplusieurs médecins un faible très accentué pour la poésie.)\n   L e professeur Mérédith (de Vienne) avait beaucoup connu\nN itsche, le philosophe à la dernière mode parm i les snobs. Il\nraconta l’histoire de ce détraqué illustre, dont les fantasm a­\ngories les plus délirantes et les aberrations cérébrales, inutile­\nm ent traitées par les douches, s’étalent aujourd’hui prétentieu­\nsement dans trente-six revues, où elles sont cotées plus haut\nque les pensées de Gœthe.\n   C’était un beau thème à variations que l’engouement de\ncertain public pour ces insanités. Les psychiâtres attablés s’en\ndonnèrent à cœ ur joie. Mauvers ayant déclaré que la badau ­\nderie moderne était énorme, un adjectif de F laubert dont il\nusait et abusait, ce fut à qui entasserait les exemples et les\npreuves, tan t et si bien que Tyrell (de N ancy) en oublia les\ntomates farcies, plat q u ’il assurait préférer à toute l’Ecole de la\nSalpétrière.\n   C’est vers ce m om ent du dîner que le sceptique Détermes, à\nje ne sais quel tournant de la causerie, rencontra la faillite de la\nscience, un sujet qui le m ettait généralem ent en verve.\n   L e thème était vaste comme la mer. Tous les causeurs appa­\nreillèrent joyeusem ent vers ces grandes eaux, mais les caprices\nde la conversation, plus mobiles que les vents, les ram enèrent\ndébandés aux mouillages de la côte. On parlait m aintenant par\npetits groupes de deux ou trois, avec une anim ation qui plaisait\nau silencieux Mauvers et lui perm ettait de se mêler de parole, et\nde loin en loin seulement, au groupe d ’où partaient, en mots\nso n o res, les pensées les plus extraordinaires. C’est en\nerrant ainsi, au travers des propos de table, q u ’il remarqua\n Détermes et M érédith com m ençant de se raconter une histoire,\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "                                33o\n\ndont le seul début lui parut, tout de suite, digne de l’attention\ngénérale.\n    Mauvers heurta, de la lame de son couteau, le cristal de son\nverre et Détermes prononça, dans le silence, sur un ton nuancé\nd ’ironie :\n    — M. le professeur M érédith va vous conter un fait authen­\ntique, observé p ar lui, et qu’il considère comme une preuve\ninédite de l'im m ortalité de l'âme.\n   — P ardon, non, mon cher confrère, parla le savant viennois.\nJ ’ai dit : soupçon, indice.\n\n   L e professeur M érédith n ’avait rien de l’ascète, non plus que\ndu prédicateur de morale. C’était un hom m e robuste, d ’es­\ntom ac m agnifique, à en croire la renommée, et puissant à boire.\nIl dépassait, de près d ’une tête, tous les commensaux de M au­\nvers. Son visage rabelaisien entièrem ent rasé, sauf le collier à la\nvieille mode form ant cadre sous le m enton et les joues, s’épa­\nnouissait comme une fleur colorée de belle santé. Il apparaissait\npresque jeune, malgré ses cinquante ans de suractivité intellec­\ntuelle, des années qui com ptent double; il était de charpente\nsolide, fait d ’os et de muscles, et allégé, grâce à un sage hygiène,\nde l’allourdissante corpulence des sédentaires. Il donnait l’im ­\npression de la vie et, sans ses grandes manières et l’habitude\nq u ’on lui savait de la plus haute société, on l’eût pris pour\nquelque solide cam pagnard. Le personnage s’im posait intel­\nlectuellement et physiquem ent. On l’écouta avec une extrême\nattention.\n\n   « D ’abord, Messieurs, — commença M érédith, — voici le\ntém oin. C’est de rigueur, en histoire comme en science. »\n   E t il étendit la main gauche, au-dessus de la table, bien sous\nle regard des convives.\n   « C’est cette ém eraude. »\n   T ous les regards se portèrent vers la pierre précieuse, une\nmagnifique ém eraude orientale, de l’espèce dite néroniane, qui\nornait le châton d'une bague.\n"}, {"page_pdf": 420, "texte": "                                 33 1\n\n   « J ’ai vu cette bague, pour la prem ière fois, au doigt du m ar­\nquis de Vetseri, le 5 juin 1888. Les Vetseri, d ’origine véni­\ntienne, habitaient V ienne depuis deux siècles. Cette pierre avait\nété rapportée jadis par des m archands indiens, à ce que me dit\nle m arquis, qui se m ourrait lentem ent d ’u n irréparable cancer\ndu pylore. C’était u n bijou de famille et le m arquis, mon\nmalade, le dernier de la branche, le portait avec un respect\npresque religieux.\n   Cette ém eraude produisait, sur la m ain cireuse de M. de V et­\nseri, u n effet extraordinaire, et mes yeux, plusieurs fois, s’étaient\narrêtés sur elle, tandis que j ’étais attentif au battem ent de l’ar­\ntère radiale. Ce devint, au bout de quelques mois, comme une\nfascination : chaque fois que j ’entrais dans la cham bre du\nmalade, je me sentais tiré p a r le reg a rd vers cette émeraude. Il\nnous arriva même d ’en causer plusieurs fois.\n   L e m arquis, hom m e très érudit, me dit, un jour que je fixais\nsa main dont la coloration avait passé, en l’espace d ’une année,\nde la pâleur de la cire à la teinte de l’am bre, et s’était comme\nharm onisé avec le feu verdâtre du bijou :\n   — Saviez-vous, M onsieur le professeur, que l ’ém eraude pas­\nsait jadis pour l’emblème de l’espérance, de la joie et de l’abon­\n dance, et q u ’une pierre de cette sorte ornait le châton du fameux\nanneau de Polycrate, roi de Sam os?\n   E t comme j ’écoutais sans répondre, il poursuivait :\n   — Ah ! elle ne dém entit pas sa belle renom m ée au doigt de\n Polycrate! Ce roi fut toute sa vie le favori de la fortune. L a\nchance était si tenace que, l’anneau ayant été jeté à la mer par\nm anière de défi, on le retrouva le lendem ain dans le ventre d ’un\npoisson figurant au m enu royal. On raconte que l’anneau, con­\nsidéré comme u n talism an, p rit place au trésor des rois de\nSamos, dans le temple de la Concorde. Mon émeraude ne me\nfut jam ais aussi propice, hélas!\n    — Qui sait, répondis-je tim idem ent. Les médecins mozarabes\n affirmaient que l’émeraude adoucissait les souffrances.\n    J ’eus l’idée, le jo u r même, de modifier quelque peu le traite­\n m ent et, fut-ce suggestion ou réalité, mon m alade accusa un\n notable soulagement.\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": "                                 332\n\n     Quand je le revis, la semaine suivante, il me d it, en sou­\n riant :\n    — M onsieur le professeur, vos confrères mozarabes disaient\n vrai. L a bague commence à me porter b o n h eu r..., mais c’est\n trop tard.\n    Je voulus objecter.\n    — N on, fit le m arquis, je sais que c’est trop tard p o u r moi,\n mais non pour vous. Aussi ai-je résolu de vous faire don de\n cette bague, afin qu’elle achève à votre profit, quand j e ne serai\np lu s là, sa grande oeuvre. Vous jouirez de la chance... Peut-\n être en avez-vous autant besoin que moi, sinon pour vous, du\n moins pour tout ce pauvre m onde que nous sommes et auquel\n vous vous efforcez de partager de l’espérance... T out est réglé,\nj ’ai donné des ordres : cette bague doit vous être remise le len­\n dem ain de mes funérailles.\n    Je remerciai, tout en m ’élevant contre le pessimisme du m ar­\nquis qui parlait de la m ort comme d ’une personne qui est déjà\ndans l’anticham bre, et dem ande d ’entrer...\n    M. de Vetseri m ourut la nuit de ce même jo u r d ’une hém or ­\nrhagie foudroyante. »\n    — E t l’im m ortalité de l’âme ? interrogea Détermes, pendant\n que M érédith vidait une flûte de cham pagne.\n    « J ’y arrive, poursuivait le narrateur, au milieu d ’un silence\n de m inute en m inute plus recueilli.\n    L e lendem ain des funérailles, le 15 décembre 1890, à deux\nheures de l’après-midi, tandis que j ’achevais de déjeuner, m on\ndom estique vint m ’annoncer q u ’un jeune hom m e, dont il me\nrem ettait la carte, dem andait à me voir pour affaire urgente.\n(J’insiste sur ces détails d ’apparence m inime, mais dont vous\napprécierez tout à l’heure la réelle im portance.)\n    Ce jeune homme, d ’une correction parfaite, se présenta chez\nmoi comme appartenant à la famille du défunt m arquis de\nVetseri. Il me dem andait la permission de m ’offrir, en exécu­\ntion des dernières volontés de son parent, et en reconnaissance\nde mes bons offices, un souvenir qui m ’avait été destiné depuis\nlongtemps, affirmait-il. Son valet de pied fut introduit. Je fus\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "                                333\n\nun peu surpris p ar la dim ension assez considérable du coffret\ndéposé devant moi, mais je ne manifestai aucun étonnem ent. L a\nvisite, au cours de laquelle je crus deviner une certaine gêne,\nque j ’attribuai aux circonstances du deuil, fut très courte.\nDemeuré seul, j ’ouvris l’écrin. Ce n ’était pas l’ém eraude dont\nle m arquis m ’avait fait la promesse, mai s une fort belle coupe\nd ’onyx ancien, du travail le plus merveilleux et le plus rare...\net que je me ferai u n plaisir de m ontrer, à ceux d ’entre vous\nqui me feront l’honneur de venir me voir à V ienne... »\n   E t la bague, dem andèrent à la fois Mauvers et Tyrell ?\n    « Cette histoire vous intrigue, dit M érédith, mais je fus\ncertainem ent plus intrigué que vous tous, à la réception inat­\ntendue de la coupe d ’onyx          A vrai dire, je ne me crus pas\nfrustré. L e vase est d ’un prix inestimable, au jugem ent des\nconnaisseurs. Je me perdis cependant en conjectures sur cette\nsubstitution, que je ne savais à qui attribuer, au défunt ou à ses\nhéritiers. J ’y pensai tout le reste de la journée et la préoccupa­\ntion de cette énigme m ’accom pagna jusque dans mon repos.\nMes yeux se reportaient incessam m ent, et comme invincible­\nm ent vers la coupe déposé sur une table, au m ilieu de ma\nchambre, et sur laquelle la frêle lum ière de ma veilleuse venait\nse refléter doucem ent, comme la lune sur l’eau dorm ante\nd ’une flaque d ’eau. C’est en vain que j ’essayai de dorm ir, je\ndem eurai hypnotisé, la tête sur l’oreiller, dans la direction de la\ncoupe.\n   D ans le silence de la nuit, je me souvins du m ot à mot de la\npromesse du m arquis et je me la répétai à voix basse : Il avait\ndit : « Cette bague doit vous être remise le lendem ain de mes\nfunérailles. » Cette phrase m ’apparaissait m aintenant avec la\nnetteté et le tranchant d ’une lame d ’acier, elle sortait de ses\nlèvres, claire et étincelante, comme une épée neuve de sa gaîne\net venait tenter dans m on cerveau et le supplicier.\n   J ’étais dans cette pénible situation depuis ou trois heures\nquand j ’entendis, ou plutôt je crus entendre, u n bruit très\nléger, comme d ’une planche q u ’on frôlerait avec précaution, à\nla porte de m a cham bre. Je ne suis point peureux, mais le\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "                                334\nbruit me parut tellement insolite que je m ’assis dans mon lit\npour écouter. Plus rien. Cela dura bien cinq longues m inutes\net j ’allais me recoucher satisfait de cet examen négatif, lorsque\nle même bruit de frôlement se répéta plus loin, contre la m uraille\nextérieure de ma cham bre. Cette fois, je me levai et m it l’oreille\nà la serrure de la porte que je ferme, selon ma coutum e, m inu­\ntieusement, chaque soir. L e bruit, que je ne peux com parer\nplus exactement q u ’au passage lent d ’un linge sur une surface\nplane, se fit entendre à nouveau, mais cette fois au-dessus du\nplafond. C’était comme si on palpait successivement toutes les\nparois extérieures de ma cham bre avec u n linge sec et fin. Je\nme tâtai le pouls, je mis la m ain sur m on cœur, me dem an­\ndant si j ’étais bien éveillé et si je n ’étais point le jouet d ’une\nhallucination m orbide. Je dus bien me convaincre que j ’étais\nabsolum ent sain de corps, sinon d ’esprit. Je pris en main la\ncoupe, que je retournai en tout sens, je rallum ai une veilleuse\nnouvelle, je me bassinai les tempes d’eau fraîche aromatisée de\nlavande, je m ’assurai de la présence de mon revolver à proxi­\nmité de ma m ain e t je revins m ’étendre sur mon lit. J ’allais\nram ener le drap sur ma poitrine, résigné à l’insom nie comme\nau sommeil, lorsqu’un nouveau bruit : celui d ’un lamelle de\nverre qui tom be et se casse, se fit entendre distinctem ent du\ncôté de la croisée. Je ne fis q u ’un bond et me trouvai revolver\nau poing, prêt à toute éventualité, devant la fenêtre de ma\nchambre. L e silence le plus complet régnait m aintenant. Sur\nl’appui de la fenêtre, je rem arquai quelques éclats de verre ; une\ndes cent pièces du vitrail qui ornait le châssis de ma chambre,\nsous l’action d ’une cause des plus naturelles, selon toute\napparence, s’était détachée de son arm ature de plom b et était\nvenue s’écraser sur le m arbre de l’appui. J ’ouvris la fenêtre avec\nprécaution. L ’air au dehors était d ’une sérénité parfaite et un\ngrand silence de tombe im mobilisait tout ce qui m ’entourait.\n L a lune baignait de sa tranquille clarté toute la m uraille de ma\ndem eure : rien de suspect n ’apparaissait aux portes et aux\nfenêtres bien closes. Je refermai la croisée. Au m om ent où je\n me retournai pour reprendre le chemin de mon lit, je demeurai\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "                                                335\n\nm é d u s é , le s y e u x su r la c o u p e d ’o n y x ; la su e u r m e c o u la it d e s\nte m p e s ; j e m e se n ta is la c h a ir d e p o u le , j e tr e m b la is c o m m e\nu n arb re d ’a u to m n e a u v e n t d u n o r d :\n   L a b a g u e d ’ém e r a u d e éta it là q u i je ta it d e s fe u x v e r ts a u\nc e n tr e d e la c o u p e d ’o n y x ... »\n    L e s d în e u r s r e g a r d a ie n t M é r é d ith fix e m e n t. A u          fro n t d u\nc o n te u r , p e r la ie n t m ille g o u tte le tte s d e su e u r , co n tr e le s q u e lle s\nv e n a ie n t s e refléter, e n s e d iv is a n t, la lu m iè r e d e s b o u g ie s a llu ­\nm é e s . P e r s o n n e n ’e u t la te n ta tio n d e ro m p re le s ile n c e q u e le\nm é d e c in m e tta it à c e t e n d r o it d e s o n r é c it, c o m m e u n lo n g\np o in t d ’o r g u e .\n    « C ’é ta it b ie n      l ’ém e r a u d e d u m a r q u is d e V e tse r i, a u c u n\nd o u te n ’é ta it p o s s ib le , j e to u r n a i a u to u r d e la ta b le d é ta illa n t\nla b a g u e d u r e g a r d , j ’a p p r o c h a i la           v e ille u s e a llu m é e d e la\np ierre d o n t le s fe u x se m b lè r e n t s ’e x a sp é r e r ; e n fin , j e p o r ta i la\nm a in su r le p r é c ie u x b ijo u . S a p r é se n c e n ’é ta it p a s u n tro m p e-\nl ’œ il, u n e c h im è r e d e m o n im a g in a tio n , je m e p a ss a i la b a g u e\nau d o ig t , p u is j e l ’e n le v a i e t, l ’in te r p o sa n t e n tre m e s y e u x et la\nfla m m e d e la v e ille , j e reg a r d a i à tra v ers l ’é m e r a u d e ( S u é t o n e\nrelate e n se s h is to ir e s q u e N é r o n a v a it c o u tu m e d e re g a r d e r à\ntra v ers s o n é m e r a u d e le s je u x d e s g la d ia te u r s ).        E n fin , j e m e\np a ssa i la b a g u e a u d o ig t e t j ’a lla i m e r e c o u c h e r . J e n ’a i ja m a is\na sp ir é a u m a tin a u ta n t q u e c e tte n u it-là . J e c r a ig n a is q u e la\np r é se n c e d e la lu m iè r e d u s o le il m e d is s ip â t, tel u n b ro u illa rd ,\nce c a d e a u d e l’o m b r e , c e tte m u n ific e n c e d e s té n è b r e s .\n   Q u a n d je m e r é v e illa i, j ’a v a is a u d o ig t , b ie n              r é e lle m e n t,\nl ’a u th e n tiq u e b a g u e d ’é m e r a u d e .\n   J e n ’o sa i c o m m u n iq u e r , à p e r so n n e d e m o n e n to u r a g e , m o n\na v en tu re d e la n u it. J e m is l ’o b je t d e m a c o n sta n te p e n s é e e n\nlie u sû r e t j ’a tte n d is , p e r su a d é q u e q u e lq u e lu e u r v ie n d r a it\néc la irer u n p e u c e m y stè r e .\n   L e le n d e m a in to u s le s jo u r n a u x d e V ie n n e p u b liè r e n t, a v e c\nd ’in s ig n ifia n te s v a r ia n te s, c e fa it d iv e r s , le q u e l lo in d e m ’a p ­\np orter d e la lu m iè r e , é p a is s is s a it e n c o r e c e tte té n é b r e u s e affaire.\n   O n lis a it à p e u p r è s c e c i :\n   « U n e d is p a r itio n       e x tr a o r d in a i r e .   — M . W o lf -B e r n h a r t,\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "                                336\n\njoaillier de la cour, bien connu de cette ville, a été victime, dans\nla nuit du 15 au 16 décembre, d ’u n vol sans précédent, croyons-\nnous. U ne bague d ’émeraude ancienne, d ’un très grand prix,\nqui lui avait été confiée, pour réparation, p ar la famille de feu\nM. le m arquis de Vetseri, et que le joaillier avait déposée pré­\ncieusem ent dans sa cham bre à coucher, a disparu. Les fenêtres\ngrillagées de l’appartem ent et l’unique porte étaient cependant\nsoigneusem ent fermées; elles l’étaient du reste encore au\nm om ent où M. W olf-Bernhart, qui s’apprêtait à descendre,\ns’est aperçu de la disparition du précieux bijoux. Seule une\nvitre d ’une des fenêtres, une vitre qui n ’offrait guère q u ’une\nsurface de quelques centimètres carrés et qui se trouvait située\ntout en h aut vers le plafond, a été trouvée brisée. L e proprié­\ntaire n ’a rien entendu. On se perd en conjectures sur ce vol\nétrange. U ne inform ation judiciaire est ouverte. »\n   Cet incident me jeta, comme bien vous pensez, dans la plus\ncruelle perplexité. Ma situation de détenteur de la bague qu’on\ndisait volée — et volée la nuit même où je l’avais trouvée, dans\nla coupe d ’onyx, sur la table de m a cham bre à moi, — m ’in­\nquiétait. Je résolus pourtant de me tenir coi et d ’attendre les\névénements dans m on coin. Plusieurs jours se passèrent, les\njournaux dem eurèrent muets sur l’affaire de la bague. Je me\ndem andais lequel de nous deux, de M. W olf-Bernhard ou de\nmoi, était le jouet de ce que Ed. P oë eût appelé « l’ange du\nbizarre ». J ’eus plusieurs fois la velléité d ’aller trouver le\njoaillier ou les héritiers du m arquis. Je reculai toujours : le\nsujet étant d ’une invraisem blance tellement formidable q u ’il me\nparaissait défier toute conversation u n peu sérieuse, et je n ’en\ndis pas un seul m ot à âme qui vive. Les choses en étaient là\nlorsque je reçus un pli aux armes du m arquis de Vetseri. Je cite\ntextuellement, car ces mots ne sortiront jam ais de ma mémoire.\n   C’était un billet de la propre m ain du défunt m arquis. Je\nlus :\n   « Je lègue à M. le professeur M érédith, mon médecin, en\ntém oignage de sym pathie et en souvenir de ses bons soins, ma\nbague d ’émeraude, m a volonté formelle est q u ’elle lui soit\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "                                337\n\nportée et remise en ses propres m ains, le lendem ain de mes\nobsèques. Signé Jean, m arquis de Vetseri. »\n   E n marge, une m ain étrangère avait ajouté ces deux lignes :\n« M. le docteur rentrera en possession de cette pièce aussitôt\nque le perm ettra la solution de l’affaire W olf-Bernhart. »\n   E t je n ’ai jam ais plus entendu parler, ni de l’affaire Wolf-\nB ernbart, ni des neveux du m arquis, lesquels, à ce q u ’on m ’a\ndit depuis, em portèrent en Italie l’héritage considérable de la\nvieille famille des Vetseri, éteinte en son dernier rejeton en ligne\ndirecte. »\n   — E t vous portez la bague, constata Mauvers en une phrase\ninterrogative ?\n   — Je ne vois toujours pas la preuve de l’im m ortalité de l’âme,\ndem anda sournoisem ent Tyrell ?\n   M érédith poursuivit avec une conviction inébranlable, qui\ntroubla ju sq u ’au fond de l ’âme quelques-uns de ces dîneurs\nsceptiques.\n   — E t moi bien ! Je suis convaincu (et le conteur regarda à la\nronde, autour de lui, comme s’il voulait enfoncer du regard sa\npensée dans l’âme de chacun des convives) — et il n ’y a pas d ’autre\nhypothèse possible, ni raisonnable, je suis convaincu que c’est\nM. le m arquis de Vetseri, en personne, qui a enlevé la bague\nd ’ém eraude confiée au joaillier p ar ses indociles héritiers et qui\nest venu la déposer chez moi, la même nuit, dans la coupe\nd ’onyx. «Les m u rs et les portes étant brum es pour les fantômes »,\ncomme l’a dit votre poète français, le m arquis n ’aurait pas eu\ngran d ’ peine à suivre son dessein et à réaliser sa dernière\nvolonté, mais il y avait la bague d ’émeraude.\n   J ’ai posé l’objection, l’autre jour, à notre confrère anglais, le\ncélèbre docteur Crookes. Celui-ci m ’a répondu que la vitre\ncassée expliquait tout. L e fantôm e du m arquis a passé comme\nil a voulu, la bague a trouvé une issue p ar la vitre ouverte.\n   Je déclare, conclut M érédith, en tendant sa m ain qui trem blait\ntrès légèrem ent vers sa flûte de cham pagne, que si les morts\nsont capables de réaliser de tels énergiques vouloirs, c’est que\nl’âme est immortelle et qu’elle nous survit. »\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "                                           338\n\n   — A l’im mortalité de l'âme, dit Tyrell, en levant son verre.\n   E t ils levèrent tous leurs verres, les croyants comme les scep­\ntiques, et vidèrent, jusqu’au fond, leurs flûtes pleines de cham ­\npagne, ce vin d ’or et de lumière, à l’âme immortelle.\n\n                                                         POL      DEM ADE.\n\n\n\n\n   F ê te d e S a in t-M ich el 18 9 7 .         (R ep ro d u c tio n in te rd ite .)\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "                      L’Amour\n\n\n\n       Feu d ’où ja illit la F oi et l'Espérance,\n  feu qui brûle vers Dieu l'holocauste des cœ u rs,\n   beau chevalier croisé combattant à outrance\n   à l'avant des rem parts de notre indifférence,\n         l'A m o u r est un héros vainqueur.\n\n\nL 'A m o u r est un volcan p ro jeta n t ju sq u 'a u x cieux\n                    les rubis m erveilleux\n              et l'encens fu m a n t de sa lave.\n           L 'A m o u r est un torrent qui lave.\n                  I l est l'A nge libérateur\n                  envoyé p a r le Créateur\n                        p o u r arracher\n            hors des prisons du vieux Péché\n           son énorm e troupeau d'esclaves.\n\n\n          C'est l'A m our qui les f a i t so rtir,\n          l'A m our qui brise leurs entraves,\n                   sans autre arm e\n                    que ses larmes,\n            car l'A m our c'est le Repentir.\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "                                 340\n\n         M ais l'A m our est aussi le bel enfant céleste\n        ailé, et dont la voix chante comme un oiseau\n                          et dont le geste\n       cherche toujours l'E den où son prem ier berceau\n                    f u t un bosquet de roses\n        et qu'il regrette encor, et ne p e u t s’empêcher\n        de regretter toujours, même lorsqu'il repose\n      dans le berceau tout blanc de l ’âme sans péché...\n\n\n        L ’A m o u r ne connaît pas les bornes des patries,\n                            il sait l ’inanité\n         de tout le sang versé p o u r cette idolâtrie,\n            l ’A m o u r appelle à lui toute l'H um anité\n         dont le Cœur, à travers les siècles sanglota,\n         l ’A m o u r qui nous ro u vrit, ôjo ie ! l ’éternité,\n        attend les bras ouverts en haut du Golgotha !\n\n\n                                             GEORGES     RAM AEKER\n\n\n\n\nD e : La Foi, l'Espérance et l'Amour, poème en préparation.\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "                       Le Crucifié!\n\n                                         A   F ir m in V a n d e n B o s c ii.\n\n\n\n\n        ’e s t   au Diesdelle, u n endroit perdu dans les bois, que\n\n\nC             vivait Briene. C’était une fagotteuse vieille, vieille\n              comme les chemins. Tous l’avaient connue telle\n q u ’elle était m aintenant. Ses yeux profonds avaient une flamme\nsom bre sous la prunelle, son nez crochu se soulignait d ’une\nbouche édentée m urm urant toujours des syllabes étranges.\n    On la disait sorcière par les villages où elle allait mendier.\nSon taudis galeux suait la faim et les petits carreaux interro­\ngeant le taillis sem blaient les yeux vitreux d ’u n m oribond.\n    Près de la chaumière, la couvrant de son ombre protectrice,\ns’élevait u n Christ de pitié. P lus vieux que Briene, lui, car elle\nl’avait toujours connu. Il s’érigeait là en souvenir d ’un roulier\nenlisé dans le marécage, jadis, p ar une nuit de gros temps.\n    C’était sous son égide, disait-on, que vivait la sorcière...\n    Mais Briene n ’était ni sorcière, ni jeteuse de sorts. Ce n ’est\npas elle qui a envoûté l’étable de Ja n Sus, ni celle de la ferme\ndes « Ardoises », m ais elle était chrétienne et fanatique.\n    Lorsque les rafales de décembre flagellaient les chênes, a\nnuit, dans la plainte du vent, elle croyait entendre le gémisse­\nm ent du Christ et le grand frisson de sa nudité. Elle pleurait\ntoutes les larmes de son âme à L e savoir dans la froidure et\ndans la neige ; elle se tournait sur sa Couche et la hantise de\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "                                  3/|.2\n\n cette pensée aiguillonnait son cœ ur ; elle aurait voulu couvrir\n les chairs divines du T ordonné d ’un m anteau d ’herm ine, Lui\n conserver toujours l’ombre tutélaire des grands tilleuls m ain­\n tenant défeuillés !\n                                   «\n\n     Dans le chemin creux, un hom m e dévalait. C’était Doore,\n  ce voleur qui habitait à l’orée du bois. A bom inablem ent ivre,\n  sa bouche baveuse crachait des blasphèmes aux buissons du\n  chemin, de son regard mauvais jaillissait la haine à pleins flots.\n     Dans la hutte, Briene, anxieuse, ainsi q u ’un fauve surpris,\n  attendait. Du sentier, avec un bruit de sabots, m ontaient les\n  lourds blasphèmes comme un encens du mal. L a voix appro­\n chait, Doore gravissait le talus vers la croix et la cabanne.\n    Allait-il entrer chez celle qu’on nom m ait sorcière ?...\n    T out à coup il parut dans l’em brasure de la porte.\n    Briene s’était dressée, la lèvre plissée de mépris et d ’effroi :\n    « Que viens-tu faire ici, sors ! »\n    « Ah canaille, on ne peut pas venir chez toi, tu me paieras\n cela. »\n    Brûlé par les alcools, les sens réveillés par une poussée ab ru ­\n tissante, sous la cinglure de ce mépris Doore s’arm a d ’un bâton\n et sortit avec un cri où s’entrechoquaient la haine et la passion.\n    Dehors, il aperçut, astrant de son décor tragique la som breur\n des branches, la croix et son m artyr et subitem ent fou de ven­\ngeance, de rage, brandissant le bâton, il se rua vers elle, frappant\nle corps du Christ qui se brise lam entablem ent sous le m artelle ­\nm ent du forcené.\n    Briene l’a entendu, voilà q u ’elle accourt, ivre aussi de colère et\nde désespérance, pendant q u ’il frappe à plein bras son Dieu, à elle!\n    Ah ! le m audit, m audit, trois fois m audit !\n    Follede terreur, elle se cram ponne à lui comme une pieuvre,\nle griffe et m ord, mais Doore parachève im pitoyablem ent son\nœuvre de destruction, bientôt il ne reste plus sur la croix que\nl’inscription et les trois clous symboliques.\n    Briene alors se releva, la lèvre saignante, drapée elle aussi de\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "                                                       343\n\n vengeance.           S a t a i l l e s ’é t a i t f a i t e p l u s h a u t e , l ’œ i l c h a r g é       des\n f o u d r e s v e n g e r e s s e s , l a m a i n t e n d u e v e r s l ’i c o n o c l a s t e e t l e p r o ­\n f a n a te u r , e lle la n ç a c e t a n a th è m e s o u s le s c ie u x im p a s s ib le s :\n      « T o i a u s s i, tu m o u r ra s s u r u n e c ro ix . »\n\n                                                       *\n     D e p u is la s o iré e tr a g iq u e d u D ie s d e lle , D o o re e s t fo u . Il e rre\n d a n s le s c h a m p s , c o m m e u n e              âm e en         p e in e , irré s is tib le m e n t\n p o u s s é v e r s l e l i e u d u s a c r i l è g e ; m a i n t e s f o i s , o n l ’a v u , d a n s s a\n d é m e n c e , e m b r a s s e r le tr o n c lig n e u x .\n     O h ! c e t a n a th è m e in é lu c ta b le o b s é d a n t sa c o n s c ie n c e m a rq u é e\n a u c o i n d u r e m o r d s , q u a n d d o n c f in ir a - t-il ?\n     L e s b û c h e ro n s o n t        c o n fo n d u      dans     une      m êm e       a v e rs io n    la\n « s o r c iè r e » e t le f o u q u e le s e n f a n ts            se    m o n tre n t p é ré g r in a n t\nsan s      cesse     d a n s la c a m p a g n e        et    d éco u p an t su r         l ’h o r i z o n   ses\ng r a n d s g e s te s d e f o lie .\n\n\n     U n      m a tin , a p rè s u n e n u it sa n s lu n e , d e s fa u c h e u rs d e T o u r ­\nn e p p e t r o u v è r e n t , p e n d u à la c r o ix , le c o r p s d e D o o r e le f o u .\n     P e r s o n n e , ja m a is n e le d é ta c h e r a , ja m a is le s g e n s d e ju s tic e\nne    s ’i n q u i é t e r o n t d e c e c r i m e .   Il est v en u         m o u r ir a u       lie u     du\nc r i m e d ’a p r è s l a p r é d i c t i o n d e B r i e n e , e t c e m o r c e a u d e b o i s l ’a\nd é f in itiv e m e n t a ttir é v e rs lu i c o m m e u n in v in c ib le a im a n t.\n     I l y p e n d m a i n t e n a n t le s p ie d s b a lla n ts , le s y e u x r é v u ls é s , la\nla n g u e to r d u e , le v is a g e liv id e d e la s t r a n g u la tio n e s t la p r é s e n ­\nta t i o n ta n g ib le d e la F a ta lité , u n d e r n ie r r ic tu s p lis s e s a lè v re ;\nla    c o n v u ls io n d e ce v is a g e d it la d é m e n c e fin a le ,                 ses     c o u rse s\np è le r in a n te s p a r le s r o u te s v o y a g e u s e s a u b u t f a b u le u x ...\n     P a r u n e i r o n i e d u s o r t , s e u l « l ’I N R I » q u e s o n                g o u rd in     a\nr e s p e c t é , s ’a f f i c h e a u h a u t d u g i b e t d ’i n f a m i e .\n\n              L e s co rb ea u x s'en vien d ron t a v e c d es cris fun èb res\n              S ’ab a ttre lou rd em en t en trom b e d e tén èb res,\n\ni l s s ’e n v i e n d r o n t a v e c l e s r a f a l e s v e r s l a p r o i e s û r e , i l s s e g a v e ­\nr o n t d e c a r n e g lu a n te , d e c e q u i f u t a u te m p s ja d is                   D o o r e le\nv o le u r.\n                                                                                  PAUL    MUSSCHE.\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "                      Madeleine\n\nDroite et blanche, et très souple en sa robe de lin\nla M adeleine arrive au tombeau de Jésus\net le bon repentir dont elle eut le cœ ur plein\na mis sur son f r o n t l'auréole des élus.\n\nDans la calme douceur du ciel de Palestine\nla fla m m e de l'encens q u elle a p o rté p o u r L u i\nmonte, droite et ténue comme un glaive qui luit;\nE lle marche, de f o i vêtue, et son f r o n t brille.\n\nL'ange assis sur la pierre, dit à M adeleine :\n« Femme, ne craignez p oint; regardez le tombeau\nvide du fils de Dieu, qui est ressuscité ».\n\nE t M adeleine va, sous la douceur du ciel\np o u r dire en Galilée la merveilleuse chose ;\npuis, elle voit Jésus venir sur le sentier.\n                                              JA C Q U E S   NERVAT.\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "                  Convalescence\nJe me souviens... après la longue m aladie,\ndes mois d'hiver passés dans la cham bre bien close.\nJ'avais quinze ans et j e restais dans ce g ra n d lit\net dans l ’âtre flam baient de belles flam m es roses.\n\nJe demeurais longtemps à poursuivre des y e u x\nle reflet que fa isa ie n t ces flam m es dans la glace\net cela me fa is a it sourire, comme un je u\ndont s'am usait ma pa u vre petite âme lasse.\n\nS u r l'oreiller blanc mes cheveux noirs fa isa ie n t tache;\net ma fig u r e m aigre perdue en ce fo u illis\nn'avait que d eu x g ra n d s y e u x ardents comme des flam m es\ntrop dévorantes p o u r mon visage pâli.\n\n E t j e lisais et j e rêvais ; les médecins\n venaient d eu x fo is p a r jo u r et troublaient le silence,\nj e vois encor ces mélancoliques matins,\n ces monotones jo u r s de ma convalescence,\n\nla chambre, la blancheur des draps, les vitres grises,\net puis, p o u r chasser loin les rêves douloureux,\nattentive à toujours contenter mes caprices,\nm aman qui se penchait doucement sur mes y e u x .\n                                                 M A R IE N E R V A T\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "            Engelbert Humperdinck\nH ansel ci Gretel. — L e Pèlerinage à K evlaar.\n\n\n        ngelbert     H u m p e r d i n c k , le délicieux auteur du conte\n\n\n\n E           lyrique H ansel et Gretel, représenté un peu partout\n             dans l’ancien comme dans le nouveau m onde, et y\n          obtenant un grand et franc succès. H um perdinck est né à\nSiegburg, petite localité des bords du R hin ; il a 44 ans\nenviron, étudia la musique à Cologne d ’abord, au conserva­\ntoire de Munich ensuite, où il acheva ses études m usicales et\nobtint successivement les premiers prix des différents concours\nauxquels il se présenta. Disciple et fervent du m aître de Bey ­\nreuth, nous le retrouvons à W ah nfried, s’occupant de l’éduca­\ntion musicale de Siegfried W agner. Son H ansel et Gretel le\nrendit d 'un coup célèbre : exécuté à Berlin, cent fo is en une\nannée, son drame lyrique nous était franchem ent bien venu,\nen ces derniers temps de « Noël » et d ’ « E piphanie », puisqu’à\ncette époque de l’année nous nous sentons tous redevenir un\npeu enfants, revivre tout, les petites peines et les grandes joies\nsuscitées par les bonnes histoires et légendes de jadis !\n   Ce père grognon qui fait peur au petit H ansel et que Gretel\néloigne à coup de balai, et le petit homme au sable qui passe :\ndorm ons vite ! et les petits anges dans leurs rêves, la n u it ; et\nle m atin, à leur réveil, la délicieuse chanson du P ère la rosée.\nP u is l’affreuse Grignotte, la fée, la sorcière qui, dans son\nChâteau-Gâteau, transform e en pains d ’épice les petits enfants!\nPauvres H ansel et Gretel pris, eux aussi, par la méchante\nfemme ! Mais joie ! Elle est prise en son propre piège la\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "                                347\nG rignotte et comme nous trépignons lorsque nous la voyons\nretirée du gigantesque four transformée en énorme et succulent\n\" spéculoos \" ! e trie z , mes enfants! et mangez !\n   Belle m usique ! une vaste sym phonie, rien du vulgaire opéra\nà num éro et rom ances, où les différents motifs trottent libre­\nm ent, caractérisant chacun des petits personnages qui se\nm euvent sur la scène et soulignant les situations à retenir. U ne\nm usique d ’une fraîcheur exquise, toute de franche naïveté,\nmalgré sa facture savante, ses recherches contrepontiques, son\ninstrum entation q u ’on dit un peu lourde. Oh ! la belle m usique\ngaie et populaire !\n    H um perdinck ne nous était d ’ailleurs pas inconnu : ne\nse rappelle-t-on pas son Pèlerinage à N .-D . de K evlaar,\nexécuté en 1896 aux Concerts populaires : Elle est très to u ­\nchante cette superbe légende de H eine. W ilhelm est bien\nm alade depuis q u ’il a perdu sa Gretchen : Son cœ ur est bien\nm alade! E t le voici à Kevlaar, prier Notre-D am e et lui offrir\nu n cierge — sa mère en a fait le cœ ur — et il dem ande à la\nVierge Consolatrice de guérir son cœ ur, son pauvre cœur\nmalade. Voici venue la nuit, Marie vêtue de ses plus beaux\natours, paraît dans la cham bre de l ’infirme jeune homme et\nElle lui. prend son cœur, son cœ ur aim ant, pour le guérir,\n là-haut, dans le P aradis de son Jésus et de sa Gretchen. E t les\n chiens hurlent à la m ort, la nuit est très noire, mais la mère a\n tout vu dans son rêve... et le m atin elle trouva m ort son fils et\n sur son visage un rayon de soleil, de ce soleil qui est M arie !\n    H um perdinck a souligné tout cela d ’une m usique simple,\n bellem ent orchestrée et q u ’une phrase, celle des pèlerins de\n Kevlaar, traverse presque continuellem ent, et que la mère dit\n aussi à la fin : « Soyez bénie, vous, ô Marie ». De cette p arti­\n tion se dégage une odeur d ’encens et de cierges : la prière de\n W ilhelm alternativem ent grise et bleue en ses m odulations\n incessantes, la marche boiteuse des pèlerins, les chœurs réci­\n tatifs de miracles, l’apparition de la Vierge !\n    H um perdinck est u n bien grand artiste ! Je l’adm ire.\n                                               ERN ST   DELTENRE.\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "                                                 Les Livres\n\n     P o è m e s d e s M o i s , a lm a n a ch p o u r 1 8 9 8 , p a r les p o è te s d e l ’E f f o r t .\n       L e s beaux poètes de la je u n e et in té re ssa n te revue T ou lo u sain e l' E ffo r t se so n t réu n is\np o u r ch a n te r de concert les douze m ois de l’an nouveau. E t voici, en v ers souples et harm onieux,\nd’une inspiration sereine, douze chants de belle envolée.\n       L a P a u v r eté du bon poète M aurice M agre, m é rita it certes d ’o u v rir cet album :\n\n                             J e su is la vie ille fem me en robe de m isère\n                             qui chem ine, le soir, p ar les hum bles q u a rtie rs ;\n                             j ’ai sem é dans la n u it les souffrances hu m ain es\n                             su r le s p ie rres des ru es où saig n è ren t mes pieds.\n\n                             D ors, ch ercheur d ’idéal, la t ête su r m a robe.\n                             J e s u is la grave am ie des ju ste s et des fo rts :\n                             J e m e ts le no ir la u rie r au front des je u n es hom m es\n                             et le d e rn ie r baiser sur la bouche des m orts.\n\n       D e tels vers n’o n t nul besoin, n ’est-ce pas, qu’on leu r donne des élo g es; à eux seu ls ils\nv alen t m ieux que to u t ce qu’on p o u rrait en dire.\n        L e C répuscule de f é v r i e r de G abriel T a lle t, a u ra it gagné à ê tre retrav aillé. S u p érieu re,\nl ' In v ite d’E lie C lavel.\n       M ais voici F e rn a n d P rad el, dont les vers onctueux ch a n ten t :\n\n                                     La n u it d’avril enchanteresse\n                             L a n u it d ’av ril blanche g ardienne des secrets\n                             Q ue chuchotent dans les ténèbres des forêts\n                             L es ven ts lascifs ployant les fleurs sous leu rs caresses.\n\n     E t puis c’est le to u r de nos bons collaborateurs M arie et Jacques N ervat do n t on se rap p elle\nL es ca n tiq u es du c a n tiq u e e t qui ont gardé dans leu rs v ers le m êm e ry th m e ca re sseu r :\n\n                            V iens, les bois sont si frais par les m a tin s de m ai,\n                            si tu som m eilles encore, je sais des lits de m ousse ;\n                            je t’ap prendrai tous les m ystères des sen tiers,\n                            tu o u v rira s te s yeux 1i m pides d an s les sources.\n\n     MM. E m m an u e l D elbousquet dans E g lo g u e et R aym ond M arival d an s N eére d is e n t les joies\nde l’é té, en p asto rales douces de sen im en t et belles d’expressio n .\n     M. Je a n V iollis, le dig n e successeur de M aurice M agre à la directio n de l'E ffo r t, ch an te en\nun beau ch a n t que je voudrais pouvoir c ite r to u t e n tie r les F ia n ça illes d ’Été.\n\n                             Chère, ne prenez pas un a ir indifférent.\n                             L a saison m m e vous convie,\n                             et des chaum es séchés m o n ten t ju s q u ’à nos sen s\n                             la sen te u r pacifique e t chaude de la vie.\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "                                                          349\n     A près c et épithalam e trio m p h an t de vie, voic i le m éla n c o lique S ep tem b re de M. C h arles\nG u érin :\n                       P u isq u e l’en n u i, pau v re hom m e,\n                       T e je tte encore à de nouveaux voyages,\n                       E m porte au m oins d an s l’âm e\n                       L ’adieu doré des beaux jo u rs de l’autom ne.\n\n     P u is D espéloucade de M arc L afargue, que j ’ai beaucoup goûté, T o u s s a in t de G eorges\nB idache, qui a u ra it pu ê tre plus évocateur, enfin — d éjà, d iro n t les am ateu rs de belle poésie —\nE n fa n c e d ’A ndré M agre :\n\n                            L e calm e et chaud h iv e r d an s la cham bre bien close\n\n    D es poètes de l 'Ef f or t , la p lu p a rt sont bien d o u és e t de ceux d o n t on p eu t a tte n d re de\ngran d es e t belles œ u v res.\n\n\n\n      E R N E S T P É R I E R . — L e s S o ir s , e x tra it du M a g a s in litté r a ir e , G and.\n      V oici u n e délicieuse p la q u ette qui nous fait espérer d ’E rn e s t P érie r d es œ u v res fortes\nd ’expression et de pensée.\n      Je ne pu is ca ra cté riser les p roses que E . P érie r nous donne au jo u rd ’h u i, m ieux q u ’il ne l’a\nfait lu i-m êm e dans l ’épigraphe : « J ’adore ce q u ’il y a d ’ex q u isim en t v espéral d an s les trè s vieilles\nchoses trè s frêles et trè s fines. T outes m e so n t trè s belles et trè s triste s ». E r n es t P é rie r est u n\nF lam an d et sa phrase à la puissance d ’évocation aux vieux p e in tre ; de sa race. Il évoque av e c\nune douce e t triste m élancolie, dans une langue riche en coloris, d a n s u ne p h rase tra v aillée e t\nciselée, le s soirs de F lan d re , les vieux bateaux e t les ru es grises des v ie illes v illes de Z élan d e\nQ uelle âm e au ssi, quelle sen s ib ilité v ib ra n te d an s cette p ro s e : L es a d o ré s, alors que l’e r r a n t\np en sif s’en v ie n t se rasseo ir à l’om bre du vieux dom aine féodal.\n      A ussi ai-je passe une h eu re exquise et délicieuse à rê v e r ee soir avec lu i d ev a n t ses vieux\nchalands et ses vieilles m a is ons de F l a ndr e et de Z élande.\n                                                                                                 E douard      N ed.\n\n\n\n\n       R E M Y D E GO U R M O N T . — Le v ie u x R o i (au M ercu re de F ra n ce).\n       D e ce p e tit dram e p erv ers e t d ont, j ’en fait l’aveu, m ’échappe le sym bole, je ne vous d ira i\nrie n , n ’en a y a n t rien à d ire , sinon qu’il e s t dom m age qu’un s ty liste du ta len t de R em y de\nG ourm ont s ’a tta rd e à si vide opuscule. P lu tô t vous parlerai-je de l’éc riv ain des M a sq u es e t de\nl’étran g e accoutrem ent d an s lequel il m ’est a p p a ru d u r a nt m on ré c e n t séjo u r à P a ris. J ’a rriv a i\ndonc un beau m a tin r u e de V aren n e. M. de G ourm ont? ; d it le p ip elet, escalier au fond de la\ncour, au cinquièm e. » C et esca lier, je vous l’assu re, ne ra p p ela it en rie n celui de l’O p éra:\n       Q uand j ’eus a tte in t cette a ltitu d e , la personne q u i v in t m ’o u v rir m e d éclara que l’écriv ain\né ta it trè s souffra n t et ne pouvait m e recevoir. Je fis v alo ir e t m o n désir, et l’im p o ssib ilité pour\nm oi, v is ite u r venu de B e lg iq u e, de re v e n ir un a u tre jo u r. On se re n d it à m es raiso n s et je fus\nin tro d u it enfin dans un ré d u it b iz arre, to u t em pli de bouquins am algam és s u r le plan ch er dans\nun désordre poussiéreux.\n      T a n d is que je ch erch ais à m ’apprivoiser à c e tte a m b ian ce an o rm ale, la p o rte s’o u v rit et je\ncru s voir quelque a lch im iste de R e m b ra n d t, g ra n d i ju s q u ’au x p ro p o rtio n s de n a tu re , s’an im er\nto u t à coup d ev a n t m oi e t s o rtir v iv a n t de son ca d re ...\n       S ur la tête, une haute calotte en v elours v io let, d’où s'é ch ap p en t, p ar longues m èches, des\ncheveux b ru n s ; su r la face des lu n e tte s d ’or, la m oustache rasée e t la barb e en collier, su r les\népaules une pèlerine en peau de bête avec des pelages par en d ro its, et p o u r com pléter l'a c c o u tre ­\nm e n t une robe de cham bre aux allu res de so u tan e, et resse rré e à la ce in tu re p a r u n e cordelière.\nN ostrad a m u s m ’ap p araissant soudain au plein m ilieu de ce P a ris m oderne et plein de fièvre, ne\nm ’e û t certes pas plus ém u. C’é ta it bien l’h o m m e de ce décor, le personnage obligé qui ren d ait ce\nd ésordre harm onieux et donnait aux archaïques g rav u res de l 'Im a g ie r d issém inées p arto u t, des\nm agiques aspects de ta ro ts illu stré s.\n       U n in s ta n t je m e cru s tra n sp o rté au m onde sata n iq u e du m oyen-âge, m ais les h u rle m en ts\ndes cam elots, dont l’écho affaibli a rriv a it ju s q u ’à nous m e ram en èren t bien vite à la fin du\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": "                                                        35o\n\nXIXe siècle : et rie n ne fu t alors plus biz a rre m e n t anachronique que la v u e d e cet alch im iste à\nl ’in s ta n t où là-bas, des c rie u rs à la ca n to n ate clam aient à plein gosier : « L ’affaire D rey fu s ! »\n                                                                                              G. R a m a e k e r s .\n\n\n       P A U L M U S S C H E , E n S ou ven ir. E d itio n de la L u tte. L es le c te u rs de la L u tte co n n a is­\nsent le sty liste scrupuleux, habile et harm onieux, le p ein tre v ig o u reu x à la fois e t d élicat, le\nc o n teu r délicieux, naïf parfois e t toujours sensitif, q u ’est P au l M ussche, le p lu s ancien avec\nG eorges R am aekers, de nos frères d’aim es. Je n ’ai donc p as à le p résen ter et à lo n g u em en t\nl ’étu d ier. Il m e suffira de d ire qu’en ces pages éc rites en so u v en ir d ’un jo u r de foi, de plein air ,\nde cam pagne fleurie et de soleil réap p a raissen t toutes ses q u alités, sa p h rase to u jo u rs cadencée,\nproportionnée, euphoniquem ent m oulée, ses coups de pinceau sobres et ferm es, le ch arm e de ses\nn atu res v iv a n tes, robustes et ch a rm an te s, sa voix de co n teu r si ag réab le à écouter au coin du\nfeu, et s u rto u t sa n a tu re to u te cordiale, to u te franche, to u te spontanée, toute aim an te. E t s im ­\np le m e n t je l’avouerai, j ’ai été ém u p ar cette te n d resse qui flue ain si d an s ses lig n es, p ieu ses à la\nte rre n atale, au bois du R ossignol fleuri de stellaires e t de so u v en irs, p ar cette a m itié to u te\nbonne qui, faisant p alp ite r les m ots évoque la large poignée de m ain d ’u n am i sin cère e t v r a i....\n      L e cro irais-tu , m on cher P a u l, j ’ai re g re tté — m algré m a si m au v aise et si franche n atu re\nqui eu t peu t-être rom pu l’in tim ité aim an te de v o tre tê te à t ête — j ’ai re g re tté de n ’ê tre p as venu\nen pèlerin de M ai, vers N otre-D am e la bonne V ierge ce m a tin -là avec vous.\n\n\n      P R O S P E R R O ID O T . — A u bes et C répu scu les. — C ollection de la L u tte.\n      D es chansons, du soleil, des fleurs d e pêcher, des dou ceu rs et des b lo n d e u rs d ’au b es sou­\nria n tes, des défaillances et des m ystères ém ouvants de crép u scu les a tte n d ris, d es rêves, des\nrêv eries, de l’am our te n d re et rêv eu r, en c o re si candide, si blanc sous la p rem ière ro u g eu r\npassionnée. Oh jam ais rien des clam eurs et des déclam atio n s p u issa n te s — ju s q u ’à l’em phase\nparfois — du rom antism e ou du parnasse. D e la douceur, de la tra îch eu r, de la triste sse , d e la\nla ssitu d e, des chansons en sourdine, des aquarelles en te in te s douces, d es p astels, des im p res­\nsions toujours té n u es et étro ite s d ’un coin du cœ ur ou d ’un coin de n atu re.\n      D éb u t frais et rem arquable, d o n t il nous fau t féliciter l’a u te u r — to u t en so u h a ita n t à sa\n co m p réh en sio n — trè s personnelle, je crois — d e la n atu re et de l’âm e, p lu s de v ig u eu r et p lu s\n d ’am pleur.\n        C ar ce liv re porte trop le cachet de n otre époque d ’ab attem en t p h y s i q u e e t d ’affaissem ent\n m oral. E t l’au te u r m 'ap p ara ît bien fils des V erlaine, des R odenbach, d es B ataille, des G héon et\n de to u te la fam ille des su b tils doux, qui p assen t le u r vie à d orloter le u r p au v re être.\n                                                                                         E dgar R ic h a u m e .\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "                                       Çà et là\n\n\n                      A U CERCLE D ’ART « LA L U T T E »\n\n\n      C’est le soir 18 Janvier 1898, que furent inaugurées à l’Hôtel de la Cathédrale, les veillées\nfraternelles du cercle d’art la Lutte, \" qui se propose d’aborder en ses conférences hebdoma­\ndaires principalement des sujets littéraires, mais aussi des questions ayant rapport à tous les\narts, aux problèmes sociaux et à la Religion. »\n      Or, en cette première veillée, Paul Mussche fut le panégyriste — et combien éloquent —\nd’Octave Pirmez. Ah ! oui ! ce fut vraiment avec toute son âme, filiale et vibrante, que Paul\nMussche évoqua ce soir là, pour nous le faire aimer, — mais avec quel respect ! — le « haut profil »\n du solitaire d’Acoz !\n      Nous tous, qui eûmes alors le bonheur de l’ouïr et d’unir notre âme à la sienne pour glorifier\navec lui cette chère mémoire, avons pu dès lors augurer du succès qu'allait recueillir en province,\nl’hommage ému que notre ami rendait si dignement à ce grand mort.\n      Déjà les ovations faites au conférencier au Limbourg et en Flandre, et que nous ont\nrapportées les journaux de là-bas, outrepassent notre espérance.\n      L ’heure est proche, semble-t-il, ou justice sera rendue à Octave Pirmez, le noble penseur\ncatholique et le précurseur si longtemps méconnu de l’actuel renouveau de nos lettres !\n     Puis ce fut Edgar Richaumequi, le lundi suivant, exalta la « Philosophie du Petit Pauvre\nde Jésus-Christ. » Cette âme de François d’Assise est si mervelleuse, est si douce, si ardente et\nsoucieuse, si sombre de volontaires douleurs mais si lumineuse, à la fois, de surnaturelles clartés,\nqu’on ne saurait se lasser d’admiration pour elle, surtout lorsque celui qui la propose à notre\nadmiration possède autant qu’Edgar Richaume la chaleur de l’enthousiasme et l’éblouissemsnt\nd’une langue pleine de vie, féconde en métaphores harmonieuses...\n     Ce mois môme, la Gerbe, la nouvelle et prometteuse revue d’architecture et de littérature,\npublie en son n»> initial la première partie de la Conférence que Georges Ramaekers donna au\nCercle de « La Lutte » le lundi 31 Janvier sur les Origines religieuses de l'Architecture. Nos\nlecteurs liront cette étude où l’histoire est elle-même le témoin irréfutable de la thèse soutenue :\nque ce n’est nullement du besoin de s’abriter qu’est né l’art décoratif mais bien de la croyance\nen la Divinité, et de ce besoin de contemplation, qui était la joie de l’Eden et qui n’a plus cessé\ndepuis ce bannissement d’aiguillonner les hommes... Prochainement conférences : par Edouard\nNed, Prosper Roidot, l’abbé Léon Gruel, Johan Nilis, etc.\n    Or çà, M. Barrés, voici bien des Déracinés qui n’ont pas, me semblent-ils, à réapprendre de\n votre haut savoir les « leçons d’énergie ? »\n      Voilà de la vraie jeunesse chrétienne et qui nous console un peu de ces jeunes normaliens\ncatholiques, raseurs, pédants, et secs comme des minéraux d’Algérie au mois d’août, voilà de la\nvive jeunesse, énamourée d’art et passionnée pour la justice, attentive à toutes les manifesta­\ntion de la pensée contemporaine, parce qu’elle sait, cette jeunesse là, le Christianisme « roi de\nl’ imaginaticn et de l’art aussi bien que de l’intelligence et de la Prière »...\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "                                               352\n\n\n\n                        N E SU TO R U L T R A CREPIDAM !\n\n    Cueilli dans les H eures — revue littéraire de Verviers, dont la L utte apprécie d’ailleurs le\ncourageux effort, — cette annonce littéraire :\n\n                    VOUS TO U S OUI AIMEZ L E B E A U\n                               LE BEAU DANS LA NATURE\n                 LE BEAU DANS L’ART — LE BEAU DANS L’ UTILE\n                                       CHAUSSEZ-VOUS\n                                              CHEZ\n                               GRUTZEN               FRÈRES\n                                   rue Pisseroule, N° 47\n                                             DISON\n\n    Ces poètes ont-ils donc tant besoin de chevilles?\n\n\n\n                           « L A L IB R E E S T H É T IQ U E »\n     Le prochain salon d e la « Libre Esthétique groupera, pour la première fois, les artistes alle­\nmands d’avant-garde : MM. Lieberman, W. Leistikow, Curt Hermann, O. Eekmann et Mlle Dora\nHitz, de Berlin ; MM. F. Rentsch et Max Stremel, de Dresde; MM. P. Kayser, A Illies, J. von\nEhren et Mlle Brinckmann, de Hambourg ; le sculpteur K. Kross, de Munich. L’Anglererre sera\nreprésentée par MM. Ch.-W. Bartlett, Brangwijn, A.-V.-D. Aazledineet R. O’Conor, Les Pays-\nBas, par MM. Deijsselhof, Nico Jungman, F. Melchers, Thom Prikker, J. Toorop, Van Hoytema,\nMlle L. Van Mattemburgh et J. Koster. La France, par MM. Maurice Denis, Le Sidaner,\nLucien Simon, A. Charpentier, J. Desbois, M. Cazin, A Maillol, Ch. Plumet, P. Ranson, T. Sel­\nmereheim. Les pays scandinaves, par MM. Thaulow, Vallgren, Willumsen, Mme Taulow, les\nartistes de la manufacture royale de porcelaines du Danemark, MM. Bing et Gröndhal, la\nSociété danoise du Livre. Les États-Unis d'Amérique, par MM. J. Alexander, P.-W. Bartlett,\nCh. Fromuth, Childe-Hassam et Tiffany.\n   Pour la Belgique, outre Théo Van Rysselberghe qui exposera l’ensemble de ses œuvres\nrécentes, prendront part au Salon : M. A. Baertsoen, Mlle A. Boch, MM. E. Claus, G. Combaz,\nEvaldre, J. De Praetere, L. Frédéric, A.-J. Heymans. Mlle Huez, MM. Ch. Mertens, C. Meu­\nnier, G. Minne, G. Morren, R. Picard, A. Verhaeren, etc. Au total, une soixantaine d’exposants\ndonnant en raccourci un aperçu des tendances modernistes dans le domaine de la peinture, de\nla sculpture et des arts d’industrie et d’ornementation.\n     A notre vaillant confrère Octave Maus, Bruxelles est redevable d’une telle manifestation\nannuelle d’art pictural, bien faite pour rehausser à l’étranger le renom de ce pays dans l’art\nqu’illustrèrent Jean Van Eyk et Rubens...\n\n\n\n                                LÉG IT IM E SÉ V É R IT É\n\n    J.-K. Huysmans déclara, dans la C a th é d ra le , que l’œuvre tant vantée de Tissot est « une\ndes moins religieuses qui soient » ; « qu’il y a eu maldonne » ; que « ces aquarelles, ces croquis,\ndevraient illustrer la vie de Jésus de Renan et non les Evangiles ».\n    C’est vrai. Et nous sommes heureux d’entendre enf i n une parole de critique sincère et sévère,\nau lendemain des dithyrambes sur commande de toute la presse, dithyrambes payés à tant la\nligne par le richissime éditeur Marne.\n    P. S. Nous ne nous étonnons pas de compter parmi les souscripteurs à ce livre d’heures\nmondain (5.000 francs l’exemplaire japon; 1.500 francs l’exemplaire ordinaire), Sarah Bernhardt,\nMariani, etc., etc.\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "                                                               353\n\n\n\n                           R É P O N S E A D E S C O N S U L T A T IO N S\n\n      C’est dans les rev u es, depuis quelques m ois su rto u t, un usage fort louable ce. tes, — s’il ne\nd ev ien t é p id é m iq u e ,— de q u estio n n er les je u n es in tellectu e ls su r tel ou te l déb at d ’a rt, de\nscience ou d’économie sociale.\n      O r voici com m e, à nos confrères de l'E n clos, qui posèrent ces deux q u estio n s :\n     1° P o u rq u o i la s ociété a c tu e lle e s t-e lle in ca p a ble de s'e x p r im er en A r t ?\n       3° Q uelle s ociété p o u r r a i t p r o d u ir e un    A rt   s o c ia l et q u elles en sera ien t   les idées\ng é n é r a tric e s ?\n       E douard N ed rép o n d it :\n       « 1 ° N otre société actu elle est absolum ent incapable de s’ex prim er en a r t parce q u ’elle est\ntro p te rre à te rre et im bécile, parce que. p ro stern ée à deux genoux dan s la boue d ev a n t le veau\nd ’o r, son dieu, to u t en tière « aux affaires », elle ne connaît ni les aspiratio n s, ni les enth o u siasm es\nv e rs le V rai et vers le Beau.\n       u 20 Je ne sais si ce tte société n ’est pas du dom aine du R êve et de la C him ère, m ais si elle d oit\nq uelque jo u r exister, ce sera une société ch rétien n e rénovée et refondue au m oule des E v a n g ile s.\nL es idées g én é ra tric es de cet a r t sero n t puisées dans les v érités et les tra d itio n s relig ieu ses, car\n— com m e d it H ello — si l’a r t do it élever l’hom m e, l’a rt religieux do it l’élev er p lu s d ire ctem en t.\n       » L 'A r t p o u r D ieu, voilà la seule form ule qui p o u rra v iv ra resp le n d issa n te su r les cadavres\ndes écoles, m ortes les unes a p rès les a u tre s. D éjà un groupe de je u n es éc riv ain s qui s'affirm ent\nd ans la L u tte, rev u e catholique d ’A rt de B ruxelles, en o n t fait le u r dev ise e t la p o rte n t h a u t et\nclair com me un labarum . »\n       D e son côté, l ' E ffo r t de T oulouse, chercha « le sens énergique » chez l’actu elle je u n esse en\np roposant aux éc riv ain s de n o tre gén é ra tio n le su iv a n t q u estio n n aire :\n     1° D an s quel sens g é n é r a l u n in tellectu el d o it-il a u jo u r d 'h u i d ir ig e r son a c tiv ité ?\n     2° Q uelle s itu a tio n lu i est fa ite, à v o tr e a \" is , p a r les c o n d itio n s éco n o m iq u es actu elles ?\n     3° Q uelle po sitio n im m éd iate et p r a tiq u e a lle z -v o u s p erson n ellem en t c h o is ir o u a v e z -\nvou s d é jà ch oisie, p o u r a s s u r e r v o tr e éco n o m ie m a térielle et p a r su ite le lib re d éveloppem en t\nd e v o tr e én e r g ie id éolog iq u e ?\n      U n num éro double (J a n v ie r F é v rie r) ré u n it s u r ce tte enquête les opinions des éc riv ain s\njeu n es, de F ran ce et de B elgique. P arm i les réponses — dont p lu sie u rs, nous avons la jo ie de le\nc o n s ta te r, a tte s t e n t que la Foi catholique est en tr a in de re n a ître chez les a rtis te s , — il nous\nfa u t sig n aler de toute p articulière] façon celles d’E dm ond De B ru ijn , d ire c te u r du S p ecta teu r\nC a th oliqu e et de n o tr e co llab o rateu r: G eorges L e C ardonnel :\n     \"   ... E t d’abord, il fau t sav o ir m e ttre to u te chose à sa place : L ’a rt n ’est p as u ne fin m ais un\nm oyen, il est le divin m oyen d’expression d’une âm e. Il fau t donc com m encer p a r \" se faire une\nâm e »...\n       « ... C’e s t parce que to u te une gén é ra tio n a été liv rée à la vie sans ce tte n o tion (de es qui est\nparfait) m ais douée d 'u n e s en sib ilité exaspérée, avec des connaissances presq u e approfondies su r\ntous, m ais ay a n t a p p ris à dém o lir les systèm es en se les assim ilan t, p ar s u ite san s en th o u siasm e,\nu n iquem ent ra iso n n e u se ; san s f o i , p a r su ite san s d irectio n d e vie, d ép o u rv u e de to u te ra iso n\nm éta p h ysiq u e d 'a g ir, jo u a n t avec les idées com me au bilboquet ; c’est p o u r cela que la crise\nm orale e x iste ...\n      E n ces te m p s où l’on parle ta n t d ’énergie, le ca tholicism e ap p a ra ît cep en d an t p ar le seul\nexem ple de ses sa in ts com me une m erveilleuse école d ’énergie, et p eu t-être bien que ce qui nous\nséd u it, éparpillé a ille u rs, se retro u v e là ; en tous cas, la perfection m o rale que l’on conseille\np arait ne pas être a u tre que la sien n e, avec ce tte différence que la sien n e ex ig erait p e u t-ê tre\nd avantage de n o tre volonté, auquel cas elle s e ra it su p érieu re ; cep en d a n t on ne co n n a ît p a s le\nca th o lic ism e .\n       « L a p lu p a rt de nos in tellectu e ls seraien t honteux de n’av o ir p as lu la D a g h a v a d -G ita ,\nm ais ils ig n o re n t presque l’E v a n g ile et o n t ce rtain e m en t peu o uvert sain t D enys l’A réopagiste et\ns a in t T hom as.\n      Il est v rai qu’on a la foi ou q u ’on ne l’a pas, m ais av a n t de savoir si on a la foi en quelque\nchose, il fa u d ra it p e u t-ê tre bien connaître ce dont il s’a g it; et puis on s’est h ab itu é à d ire q u ’il\ny a co n trad ictio n en tre la foi catholique et notre raison, m ais, en a tte n d a n t la science ne dépasse\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": "                                              354\npas l'étude des rapports entre les choses sensibles et, dès qu’elle essaye d’en sortir c’est pour\ncirer dans les terrains vagues des hypothèses et, aussitôt, perdre son caractère de certitude qui\nfait qu'elle est la science...\n\n\n\n\n                           U N E V IE IL LE N O U V E L L E\n\n     Des quotidiens et des revues publièrent naguère comme fraîche nouvelle un faire-part\nlarmoyant et ahuri : Le faire part de la mort prématurée d’une feuille hebdomadaire et porno­\ngraphique qui n’avait conservé, d’une revue littéraire de Belgique, que le titre désormais fameux\nIl y a plus de deux ans que la L u tte regrette la mort de la Jeune Belgique, la vraie, celle de\n1880. Quant à la feuille en question sa disparition n’a guère plus d’importance que n’en n’avait\nl’apparition de ses hebdomadaires dénigrements contre tout ce que la Belgique jeune a produit\ndepuis vingt ans d’écrivains nobles et déjà glorieux.\n                                                                            U IJ L E N S P IE G EL.\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": "                                       Les Revues\n       La Gerbe. 1re a n n ée. N ° 1. 15 février 18 9 8 . — D è s à p résen t le su c c è s\nl e p lu s m érité s'a u g u re certa in p ou r n otre soeur n o u v e lle , d o n t la ten ta tiv e\nd e rén o v a tio n a rtistiq u e est l ’u n e d es p lu s n o b le s q u i so ie n t. N u lle p u b lic a ­\ntio n sim ila ir e n ’e x ista it e n n otre p a y s. L a tâ c h e in c o m b e d o n c im m en se à\nc e s je u n e s h o m m es ép ris d ’art n o u v e a u , e t q u i son t, eu x a u ss i, co n v a in c u s\nq u e la B e a u té est im m u a b le en D ie u , la B e a u té d e s œ u v res h u m a in es, d es\n œ u v res a rch itectu r a le s su rtou t, e s t m u ltiform e à l'in fin i, et d oit, p artou t, se\nra jeu n ir se lo n le s id é e s et le s â g e s . A u som m aire : P r o s p e r R o i d o t , G i s ­\n B E R T CO M B A Z, E U G . H E R D IE S , L É O N BO CHO M S, e tc.\n        D e très n o m b reu ses et rem arq u ab les p la n c h e s d e P a u l H an k ar, C res ­\n p in , G o v a erts, B o c h o m s, V an W a e s b e r g h e , E . R o id o t, S tra u v en , S teyaert,\n H o ls e t A le x is C rap s. C e p rem ier n u m éro, d o n t l’éd itio n lu x u e u se est l ’ob jet\n d e ju ste s lo u a n g e s à l ’a d resse d e l ’éd iteu r, M . P .-L . M olitor, c o n tie n t la\n p rem ière p a rtie d e la co n féren ce d e G eo rg es R a em a ek ers su r les O rig in es\nrelig ieu ses de l'A rc h ite c tu re .\n       D u r e n d a l.'S u p e r b e m a sœ u r , v o tre n u m éro d e ja n v ier! — C ou ver­\ntu re ex c e p té e . — C e n u m éro là fait h on n eu r a u x lettres c a th o liq u e s.\n        U n co n te d ’H E N R Y C a r t o n d e W i a r t : la C hasse à la m o rt, y est su r­\nto u t ad m iré. L ’étu d e d e M . l ’a b b é C u y l i t s ; le s F o n ta in es de jeu n esse, d e\nF i r m i n V a n d e n B o s s c h e ; le N o ël de l'A r tis te , d e M . l'a b b é H e n r y M o e l ­\nl e r , e t le c h a p itr e : d e la C ath édrale, d ' H u Y S M A N S , s u r la sy m b o liq u e d e s\n\nco u leu rs et d es g a m m es, font d e c e n u m éro u n recu eil du p lu s h a u t attra it\nlittéra ire.\n        La R evue claire. N o u v e lle rev u e littéraire d e P a r is, d o n t le ne 1\n(février 1898) est d e fort b o n a lo i. D ir e c te u r : L é o n L a k a g e . R éd a cteu r en\nch ef : R o g e r C o u d r e c .\n        Le Geste. D e m êm e p u b lie h eb d o m a d a irem en t d es étu d e s, n o u v e lle s,\ncritiq u e s e t p o èm es d e s p o ètes d e p ro v in ce. U n o rg a n e d e p lu s p ou r la\nd écen tra lisa tio n ; T a n t m ieu x.\n        E n fait d e d écen tralisation , la R evue n a tu riste m érite certes la p alm e\n (s a n s a d je c tif). C ette rev u e, p a risien n e p ar s a réd a ctio n et s a ré sid e n c e , a\n in v e n té le m o y en m irifiq u e d e d é c e n tr a lise r la littéra tu re fra n ça ise en so lli­\n cita n t to u s le s je u n e s écriv a in s p ro v in cia u x à en v o y er leu rs m an u scrits,\n 99, ru e Jou ffroy, à P a r is, afin q u 'ils p u iss e n t p araître un jou r d an s la revu e\n d e M. B o u h élier.\n      A M a rseille m êm e on n ’eû t p a s tro u v é ça !...\n       La T rêve Dieu, e n s o n d e r n i e r               n u m é r o p a r u , q u i , n o u s l 'e s p é r o n s\n b ie n , n e s e r a   p a s d é fin itiv e m e n t   le   d e rn ie r, p u b lia u n e     p ro se d e     P au l\n M u s s c h e , d e s v e r s d ’Y VES B e r t h o u , d e R a m a e k e r s e t d E d o u a r d        N ed.\n       L ’E rm ita g e d e février p u b lie u n e sp ir itu e lle r é p o n se du « d é r a c in é »\n A n d r é G i d e à M a u rice B arrés, d e s vers d e R a m a e k e r s , A d r i e n                M ith o u ­\n a r d , E d m o n d P i l o n , u n e étu d e su r l ’A m e fr a n ç a is e p ar H e n r y B o r d e a u x ,\n u n portrait d e P a u l F o rt b ie n d e ss in é et m al réu ssi par J e a n V é b e r , e tc.\n        L ’Œ uvre ( d e V a le n c e , q u 'il n e fau t p a s co n fo n d re a v e c l'Œ u v r e ,\n r e v u e p o ly g lo tte d e P a r is), eû t u n n u m éro d e fin d a n n ée d es p lu s in téres­\n sa n ts, co n ten a n t un portrait d u p o ète F r a n ç o is L attard , au teu r du Sotilège\n de v iv r e .                                                              \\\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "   E n son n u m éro excep tio n n el de m a rs 1898\n\n\n             “ LA L u t t e ,,\np u b liera, d ’après la stén o grap h ie, le c o m p te -re n d u\n                  co m p let des d éb ats du\n\n\n\n    CONGRÈS LITTERAIRE\n                       DE    BRUXELLES\n\net la   rep ro d u ctio n    textuelle     des    d isco u rs p ro ­\n     n o n cés   les 19 et 20 février 1898, au P a la is\n      des A c a d é m ie s , p a r :\n\n\nMM.      G eorges      V ir r è s   —      V alère      G il l e   —\n             E douard       N ed — E ugène M o n t fo r t —\n\n             E dgar    R ic h a u m e — E dm o n d      P ic a r d —\n\n             P aul    M ussche         —   Ch.     B ernard        —\n\n             G eorges    R amaekers —            Jean    N é l is —\n\n             Johan     N il is — M e c is l a s     G olberg       et\n             A lbert    Jounet.\n\n\n     Ce n um éro contiendra, en o utre : la C o n féren ce s u r\n« L ’A R T   POUR      D I E U » , que M gr C a r t u y v e l s fit à\nSainte-G udule e t qui clôtura le C ongrès.\n\n\n\n\n                                    PRIX de ce N° : 1 fr.\n                                    A l’Etranger : 1 fr. 50.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 11, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1898-02", "signet_source": "Troisième année - N°11 - Février 1898", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 410", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}