{"numero_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "articles": [{"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-001", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA LUTTE Revue Catholique d'Art", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 156, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "L      A                 L        U         T         T         E\n                      Revue Catholique d'Art\n\n\n\n\n                                       AlfredVromant &C. Editeurs\n                                       60Rue Madame - Paris                 .\n                                       3, Rue de la Chapelle . B ruxelles\n\n\n\n\nQUATRIÈM E ANNÉE   N° s   5 . 6.             AOUT-SEPTEM BRE 1898.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-002", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE DES NUMÉROS 5 - 6", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 157, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 319, "fin_caractere_exclue": 2081, "texte": "SO M M A IR E D E S N U M É R O S 5 - 6\n                          A o û t-S e p te m b r e 1 8 9 9 .\n\n\n                                 P A R T IE     M U S IC A L E\n\n\nErnst Deltenre : « D 'A im e r ». 3 lieder et un prélude\n                                SU R D E S PO ÈM ES D E\n\n              M a x E ls k a m p : Or m a jo ie ...\n              E m ile V e r h a e r e n : L e ciel en n u it s'est déplié.\n              G e o r g e s R a m a e k e r s : M ais lors m a jo ie. ( P r é lu d e ) .\n\n\n\n                               P A R T IE     L IT T É R A IR E\n\n\nAlbert Jounet : D ieu de beauté. II. (Esthétique) . . . .                      135\nLouis Tiercelin: L es fêtes de C hâteaubriand. (Compte rendu) 140\nYves Berthou : A u seu il d u m o is n o ir. (Poème) . . . .                   142\nGeorges Virrès : L e bon oncle. (Conte).............................. 147\nGeorges Ramaekers : A l'in croyan t. (Vers). . . . . . 154\nMaurice Perrès : In vocation . (Vers)....................................... 155\nProsper Roidot : L'église abandonnée. (Prose rythmée). . 156\nPaul André : Une cure d u g ra n d S ain t N icolas. (Conte). . 158\nHenri Delisle : O ! ces oiseau x. (Vers).................................. 161\nGeorges Le Cardonnel : Stéphane M allarm é. (Monographie) 162\nPaul Mussche : E n tretien s litté ra ire s. (Critique) . . . .                 164\nDom Laurent Janssens : P rin c ip e s d 'a rt r e lig ie u x . . . 169\nErnst Deltenre : Chronique m u s ic a le ...................................171\nGeorges Virrès : L es R o m a n s ........................................... 173\nGeorges Ramaekers : L e s p o è m e s . L e s re v u e s. L e d r a m e . 174\nUijlenspiegel : Çà e t l à .................................................... 179\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-003", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 135, "page_fin": 140, "titre_corps": "Dieu de beauté. II", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "ALBERT JOUNET.", "ancre_debut": "DIEU ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ DE BEAUTÉ. II. 1 Q U E M. H irsch le rem arque", "ancre_fin": "lbert J o u n et.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LES FÊTES ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ DE CHATEAUBRIAND", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 158, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 120, "fin_caractere_exclue": 1591, "texte": "DIEU ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦\n                                              DE            BEAUTÉ. II. 1\n\n\n\n\nQ\n               U E M. H irsch le rem arque : Sans une seule discor­\n                 dance et avec une victorieuse harmonie, tous les\n                 défenseurs de l' A rt pou r D ieu ont établi, au Con­\n                 grès, que leur esthétique acceptait la beauté offerte\n                         p ar les trois autres, en la dépassant.\n   M. Edouard Ned, qui répondait à M. Valère Gille, orateur de\nl'Art p ou r l'A rt, lui a dit : « P ren an t à l’A rt pour l’A rt ce qu’il\na de bon, le culte raisonnable de la forme sans laquelle l’œuvre\nd’art ne peut pas exister, nous y ajouterons la perfection du\nfond. Nous ne lim iterons pas notre idéal à la couleur et à\nl’harmonie, à la lum ière des images et à la musique des mots ;\nnous ne les dédaignerons pas non plus, les sachant nécessaires.\nMais nous donnons à notre art, non plus lui-même comme objet,\nmais son objet véritable, la beauté suprême, la perfection infinie,\nnotre Dieu. »\n   M. E dgar Richaume, répondant à M. Eugène M ontfort, orateur\ndu Naturisme, lui a dit : « Cette vérité, que contiennent leurs\nthéories esthétiques -, se trouve fatalem ent contenue dans l' A rt\npour Dieu , form ule d’une am pleur magnifique...\n\n  1. Voir La L utte de juillet 1898, p. 104 à        110.\n  2. L e s th é o rie s d e s n a tu r i s t e s .\n\n\n\n                                                                        135\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": "    » Sortant de l’artificiel, et m ieux que l’artiste naturiste, le\npoète catholique recherchera la nature, l’aimera.\n    » Qu’ils essaient donc les panthéistes d’aim er comme lui 1 la\nterre qui fu t pétrie des mains de Dieu, qui fû t foulée de son pied\npendant trente-trois années, qui fu t arrosée et fécondée de son\nsang !\n    » Qu’ils l 'essaient donc... je leur lance ici le public défi de\nle faire. »\n    R épondant à M. Edm ond Picard, lequel du reste, avait\ndéfendu l’A rt social avec un esprit de synthèse et de liberté\naisém ent conciliable au Dieu catholique, M. P au l Mussche a\ndéclaré : « Terminons en disant que la form ule : A rt social,\nn ’envisage qu’un côté de la question : l’influence de l’a rt sur\nla masse ; que l’A rt pour Dieu, désignant bien plus une tendance\ngénérale qu’un objectif particulier d’apologie, comprend, résume\net idéalise les autres formules ; de l’A rt pour l’A rt elle retient le\nsouci de la forme, dans la nature créée elle voit Dieu par un\nlointain reflet ; c’est elle enfin qui inspire à l’a rt social son souci\n d’hum anité, et les étendards arborés p ar les doctrines altruistes\nne sont que des lambeaux du L abarum ! »\n    M. Georges Ramaekers, ne répondant pas à un orateur p arti­\nculier, mais soutenant, à un point de vue d’ensemble, la thèse\n de l’A rt pour Dieu, achève son discours p ar ces paroles : « A vous\n de conclure, dans la sincérité de votre cœur d’artistes, si, oui ou\n non, l’esthétique que l'A rt pour Dieu qui résume et surpasse de\n telle sorte les trois esthétiques : l ’A rt pour l'A rt, l'A rt social et\nl 'A rt naturiste, en réunissant leurs éléments bons, est la meilleure\n des esthétiques, est l’esthétique la plus propice aux créations du\n poète. »\n    M. Nélis, dans son improvisation, rappelle le vœu d’un précé­\n dent congrès, vœu par lequel « les catholiques reconnaissaient\n le beau sous toutes ses formes », mais en restant, bien évidem­\n ment, catholiques, c’est à dire en conservant l’Idéal réel et\n suprêm e du Beau, le vrai Dieu ! Donc là encore se retrouve le\n principe de l’A rt pour Dieu : accepter les autres esthétiques et\n les dépasser.\n     M. Johan Nilis, dans son discours; déclare : « Je ne nierai point\n  que toutes les tendances n’aient quelque chose de bon et qu’elles\n n ’aient pas produit, p arto u t et toujours, des hommes de talent. »\n     Mais ensuite M. Johan Nilis prouve, par l’exemple de l’Ecri­\n\n  1. Saint François d’Assise.\n\n\n\n136\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "ture sainte, que l’A rt pour Dieu a eu « le rare privilège de faire\néclore, dès la plus haute antiquité, des œuvres de génie qui n’ont\njamais été égalées si ce n ’est par l’œuvre idéale de Dieu, la créa­\ntion elle-même ! »\n   Enfin, dans un discours écrit à Saint Raphaël, avant le\nCongrès (sans rien connaître, par conséquent, des discours que\nje viens de citer), et envoyé à Bruxelles où je ne pouvais m e\nrendre, je m ontre, comme tous les précédents apologistes de\nl’A rt pour Dieu, que cet l’A rt « accepte et, en les réconciliant,\ndépasse l’A rt pour l’A rt, l’A rt social et le Naturism e ».\n   M. Hirsch, s’il avait voulu dégager le sens profond du Congrès,\naurait dû être frappé par l’accord de tous les défenseurs de\nl’A rt pour Dieu à accepter les trois esthétiques adverses et, grâce\nau Dieu de perfection, à les dépasser !\n    Mais, hors les chrétiens, qui cherche, à notre époque superfi­\ncielle et sensualiste, à dégager le sens profond de n ’im porte quoi ?\n   E t une fois aperçue, aux paroles de tous les défenseurs de l’A rt\npour Dieu, la vérité fondam entale que cette esthétique a c c e p t e et\nd é p a s s e les autres, il en résulte forcém ent qu’elle est l’esthétique\n\n définitive, la Conquérante irrésistible, irrévocable de l’A rt.\n    Le Congrès, il est vrai, a dém ontré la victoire de l’A rt pour\nDieu, principalem ent sur l’A rt social, l’A rt pour l’A rt et le\n Naturisme. M. Nélis a rappelé cependant que « les catholiques\nreconnaissaient le beau sous toutes ses formes », et M. Johan\n Nilis a dit : « J e ne nierai point que toutes les tendances n’aient\n quelque chose de bon ». C’est donc accepter d’avance toutes les\n esthétiques.\n    E t aussi, puisqu’on demeure catholique, c’est les dépasser.\n    J ’ai écrit moi même, incidemment, dans mon discours, cette\n phrase : « Dieu n’est-il pas l’universelle perfection qui réconcilie\n tous les Idéals partiels en les dom inant ? »\n    E t, enfin, les catholiques, adorent un Dieu p arfait et Créateur,\n supérieur à to u t ce qui existe, et ayant donné à to u t ce qui\n existe la beauté qu’on y peut trouver. Donc, le triom phe de\n l’A rt pour Dieu ne saurait se lim iter aux trois provinces de\n l’A rt social, de l’A rt pour l’A rt et du Naturisme, mais embrasse,\n par nécessité rationnelle, l’empire indéfini de l’A rt. T out est\n annexé, to u t est dépassé.\n    La m éthode d’embrassem ent universel et de supériorité absolue\n tient à l’essence du catholicisme. M gr Darboy écrit, à propos de\n saint Denis l’A réopagite : « L e caractère le plus général de la\n philosophie de saint Denys, c’est une sorte d'éclectisme, dont la\n\n\n                                                                       137\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2422, "texte": " foi catholique est le principe, la règle et le term e. E t c’est la seule\n philosophie véritable 1 ».\n    L a même form ule que M gr Darboy applique à la philosophie\n doit s’appliquer à l’esthétique.\n    L a seule esthétique vraie est une sorte d’éclectisme dont la\n foi catholique constitue le principe, la règle et le term e, divins.\n    Si donc le naturalism e avait eu des représentants au Congrès,\n nous leur aurions m ontré les hardiesses du naturalism e égalées par\nDante, les pères et docteurs de l’Eglise, saint B ernard par exem­\nple dans le texte âpre et tragique que cite Villiers de l’Isle Adam\n au prem ier acte d’Axel, et p ar l’E criture Sainte. Mais nous leur\n aurions m ontré, dans l’A rt pour Dieu, ces hardiesses à exprimer\nvigoureusem ent les hontes de la m atière, transfigurées par un\ngrand rayon de spiritualité et de divin que le christianism e laisse\nplaner sur elles pendant que le naturalism e n’a que les excréments\nsans rayon.\n    Si le symbolisme avait envoyé des représentants au Congrès, ils\nauraient proclamé eux-mêmes la magnifique symbolique de l’A rt\nchrétien et ils l'auraient avouée supérieure au symbolisme sim­\nplem ent littéraire, de toute la supériorité du vrai divin révélé par\nle symbole sur de flottantes impressions individuelles revêtues\nd’allégorie.\n    L e néo-paganisme, épris de la forme hum aine avec une passion\nplus violente que l’A rt pour l’A rt, se serait aussi déclaré vaincu.\n    Nous lui aurions rappelé que la révélation chrétienne prom et à\nl ’homme non seulement l’âme bienheureuse, mais le corps glo­\nrieux.\n    Nous lui aurions m ontré la form e humaine, glorifiée et splen­\ndide, libérée de ses immondices et de ses voluptés basses, mais belle\nà faire m ourir de désespoir à ses pieds A phrodite et Apollon.\n    Qu’est-ce que les dieux olympiques, disputeurs, faibles,\nexposés aux blessures et fuyant la lance des hommes, assujettis\naux voluptés animales, qu’est-ce, comme beauté et bonheur, que\ncet olympe, médiocre et si bourgeois, au prix de l’empyrée chré­\ntien, où planent les bienheureux, resplendissants, invulnérables,\npurs, ayant pour ambroisie la lumière de gloire, pour volupté la\ntrès immaculée et dévorante possession de Dieu, et, cohéritiers\ndu Christ triom phant, régnant avec lui, associés à la l’omniscience\net à la m ajesté divines ?\n\n  1. Mgr Darboy. Introduction à la traduction des œuvres de saint Denys l'Aréo­\npagite, p. xc.\n\n\n138\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2021, "texte": "   E t si l’Olympe païen, au point de vue même de la beauté\nhumaine, de la volupté et de la splendeur, est tellem ent inférieur\nau Paradis chrétien, que sera-ce de l’homme païen lim ité à cette\nvie, des pauvres héros et héroïnes de M. P ierre Louy s, passant\ndes saletés de la vie à la pourriture de la m ort ?\n   Le christianisme au contraire offre à ces corps humains, après\nune vie sainte, la beauté éternelle et la résurrection !\n   Les artistes, éblouis par Nietzche et par les rêves d’impériale\nénergie, nous les aurions vaincus en évoquant Charlemagne,\nGrégoire VI I et surtout ce Christ glor ieux à qui « toute puis­\nsance a été donnée dans le ciel et sur la terre », qui ne se contente\npas du misérable ascendant hum ain convoité par Nietzche, et\nreçoit de Dieu la toute puissance.\n  E t la toute-puissance généreuse, la toute puissance sans\ndespotisme, dom inatrice par Dieu sur les libertés respectées mais\nsauvées !\n  De sorte que cette énergie im périale du Christ est à la fois\nplus forte, puisqu’elle est toute-puissante, mais plus noble,\npuisqu’elle est sans despotisme, que le rêve césarien de Nietzche,\nrêve à la fois borné dans sa puissance et despotiquem ent cruel.\n\n\n\n\n   Je pourrais considérer d’autres esthétiques, toutes les esthéti­\nques présentes, passées et possibles.\n  Je les prouverais toutes contenues dans l’A rt pour Dieu e t\ninférieures à lui.\n   Toutes vassales d’avance.\n  E t cela ne doit pas surprendre. C’est une conséquence naturelle\nde l’immensité et de la sublim ité du christianism e où to u t se\nrattache et, qu’on le veuille ou non, finit par se soum ettre.\n\n\n\n\n  L ’A rt pour Dieu offre donc une m agnanim e ampleur.\n   Ce n’est pas le program m e d’un h omme ou d’une école\nérigé en esthétique.\n  C’est vraim ent l'Esthétique. L ’A rt pour Dieu peu t vivifier e t\ndominer mille écoles, mille génies variés, anim er des siècles suc­\ncessifs et différents, sans rien perdre de sa vitalité ni de son\nrègne.\n\n\n                                                                139\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 817, "texte": "    On reconnaît ici l’esthétique vraie.\n    Elle ne paralyse aucune originalité, et si elle purifie tout, elle\nn ’ exclut rien.\n    L ’ éternité n’a pas peur de l’avenir.\n    L ’Infini n’a pas peur des hommes.\n    L ’Art pour Dieu ne reproche pas aux artistes modernes d’avoir\ntrop d’audace mais d’en manquer.\n    Ayez donc, timides que vous êtes, d’ abord l’audace entière de\nvotre tempérament original et de l’originalité collective ou école\ndans laquelle il se place naturellement, comme un ange dans le\nChœur qui lui est propre, mais, ensuite, ayez l’audace de voir par\noù votre originalité peut conquérir Dieu et en incarner une émo­\ntion qui vous soit personnelle dans une forme d’immarcessible\nbeauté !\n\n   (A suivre.)                                     A lbert J o u n et.\n\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-004", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 140, "page_fin": 142, "titre_corps": "Les fêtes de Chateaubriand", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "LOUIS TIERCELIN.", "ancre_debut": "LES FÊTES ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ DE CHATEAUBRIAND", "ancre_fin": "p te m b re .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AU SEUIL ♦ ♦ ♦ DU MOIS NOIR", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 163, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 817, "fin_caractere_exclue": 1872, "texte": "LES FÊTES ♦ ♦ ♦ ♦ ♦\n                              DE CHATEAUBRIAND\n\n                IE U X que des fêtes littéraires, car non pas seu­\n\n\n\n\nM\n                 lement une élite de lettres en avait profité pour\n                 se rejoindre, mais la Société d es bibliophiles bretons\n                 et de l’H istoire de B retagn e y voulut tenir ses\n                 assises, et l’Académie française y déléguait deux\nde ses membres, MM. de Vogue et Ferdinand Brunetière, et la\nfamille de Chateaubriand s’y était groupée, et la municipalité de\nSaint Malo s’ était associée à notre projet, et le clergé accourait\navec empressement, et le peuple — trente mille personnes dans\nla petite ville murée — manifestait son intelligence et sa joie.\n  Des fêtes de patriotisme et de foi ! De ces fêtes qui raniment\npour longtemps les souvenirs d’un passé que nous voulons\nassocier à toutes nos espérances d’avenir ! Fêtes d’union qui\nsont des trêves aux batailles des actualités et des contingences !\nFêtes de communion des bonnes volontés et des beaux enthou­\n\n\n 140\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "siasmes! F êtes de Bretagne et de poésie, selon ma devise! F êtes\nde l'Art pour Dieu, selon la vôtre !\n    A la cathédrale, le m atin, ce fu t un fougueux éloge de Chateau­\nbriand patriote et chrétien. « Il n ’y a pas de patriotism e sans la\nfoi », a dit le P . Ollivier et, pendant plus d’une heure, le fils\ndu sonneur de cloches a fait vibrer sur la foule les battem ents\nde son cœur d’apôtre, cloche sonore celle-là, et dont les ondes\nallaient éveiller les frissons p arto u t dans l’immense auditoire.\n   Au Grand Bey, ce fu t un poétique discours de M. le vicomte\nde Vogüé.\n   E t tout était poésie à cette heure d’une après-midi radieuse,\nquand les hommages de fleurs et les hommages de vers s’accumu­\nlaient sur le tom beau; quand la mer, pour nous perm ettre d’ap­\nprocher, s’é ta it doucement retirée et ne b a tta it plus, si doucement,\nqu’un des côtés du rocher; quand la foule, sur ce rocher, sur la\nplage, sur les rem parts de la ville, se faisant respectueuse pour\nfaire entendre tout-à-coup, par grands battem ents de mains et\ngrands éclats de voix, le consentem ent de son adm iration à nos\nhommages.\n    Dans la salle des fêtes de l’Hôtel-de-Ville, ensuite, ce fu t une\n ingénieuse et forte conférence de M. B runetière, où les droits de\nl’idéal et du surnaturel furent proclamés à côté de ceux de la rai­\n son et de la science ; à côté et au-dessus, où les traditions du passé\n furent appelées à la préparation de l’avenir ; où la religion du\n libérateur fu t glorifiée.\n    E t la ville était pavoisée et s’illum inait, le soir, et s’enchantait\n de musique.\n\n\n   Et, le lendemain, c’était à Combourg.\n   Il pleuvait et le paysage mélancolique évoquait la survivance\ndes anciennes mélancolies. L e château dressait ses quatre tours\ngrises dans le ciel gris et les p élerins m ontaient avec nous le\ngrand escalier de pierre au hau t duquel les châtelains nous a tte n ­\ndaient ; et, le prem ier hom mage rendu aux m aîtres actuels et aux\nsouvenirs de musée, c’était plus haut que nous montions, to u t là\nhaut, où, sous la toiture en poivrière, demeurent, dans la cellule\nisolée au bout de la tourelle du grand escalier, les vrais souvenirs\net le vrai m aître!\n   C’est de cette tourelle qu’il fau t regarder le paysage, le même\noù se fixaient les regards tristes de René; un peu de leur tristesse\nest éparse encore dans ce ciel d’orage et dans ces bois lointains\n\n\n                                                                      141\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 937, "texte": "qui ferment l’horizon, et sur ces toits des maisons confuses et sur\nl’étang, aussi grand qu’un lac, et sur cette chaussée par laquelle\npassait le chemin qui conduisait à Rennes et par où le chevalier\ns’enfuit vers l’ aventure de sa vie.\n\n\n\n\n   Quelques-uns de nous sont allés revoir Dol, ville forte décou­\nronnée, cathédrale veuve de ses évêques ; c’ est dans le collège de\ncette ville, sous la direction des Eudistes, que Chateaubriand\nétudia.\n   Et Dol et Combourg et Saint Malo sont les trois stations du\npèlerinage, les lieux saints où il faut vénérer la mémoire du grand\nBreton : Saint Malo où il apprit les premières leçons de liberté\net d’indépendance, Dol où se forma son âme religieuse, Combourg\nqui lui donna sa mélancolie et où lui fut révélé l’amour.\n                                                     L o u is T i e r c e l i n .\n      K e r a z u r , 6 s e p te m b re .\n\n\n\n\n                                             "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-005", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 142, "page_fin": 147, "titre_corps": "Au seuil du mois noir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "YVES BERTHOU.", "ancre_debut": "AU SEUIL ♦ ♦ ♦ DU MOIS NOIR", "ancre_fin": "l'Éternité ! Y ves B erthou.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ BON ONCLE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 165, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 937, "fin_caractere_exclue": 1577, "texte": "AU SEUIL ♦ ♦ ♦\n                                             DU MOIS                  NOIR\n                  A L aurent S a v igny.\n\n                 N deuil nous aurait-il frappés ?\n\n\n\nU                 Voici que la campagne est telle qu'une veuve\n                  dont le cœur n ’était pas encore refroidi :\n                  une veuve qui rit, une veuve qui pleure.\n\n            Belle aujourd’hui, vieille demain,\n elle désire plaire, aimer comme jadis,\njo u ir des derniers jours de sa mûre beauté :\n elle semble sourire à la fois et pleurer.\n\nO mon amie !\nToi dont le cœur\nest ainsi que le mien sensible\nà la joie et à la douleur\n\n142\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1400, "texte": "des choses que l'on a p u croire inanimées,\ndescends avec moi l'avenue du manoir :\nviens aux pélérinages préférés\noù, paisibles, les jours coulèrent cet été\nde l’aube au soir.\nAppuie ton front sur mon épaule,\nserre mon bras,\ncar rien ne m'est plus doux\nque le poids de ton corps\net le parfum de violette de ta bouche.\n\n\n\n\nL'homme et la femme se reposent:\nUs ont cueilli la fleur de joie et de bonté\nsous le regard de Dieu dans les vieilles églises.\nPar les champs et le long des routes,\nle cheval, grave et doux,\nentretient son paisible rêve,\net le bœuf aux grands yeux, dans le clos en jachère,\nrumine lentement en regardant le ciel.\nUne paix adorable enveloppe les choses...\nLe cœur ému est dans la main de Dieu,\net c'est pourquoi Von est heureux\net très joyeux d'être très triste.\n\nLe soleil nous reprend encore en amitié,\npuisque, écartant brusquement les nuages,\ntendrement il regarde\net tendrement sourit.\n\nLe vent brutal qui bougonnait comme u n butor\net se recognait hier encore,\nla barbe humide des embruns de l'Atlantique,\naux portes des vieilles maisons ;\ncelui qui reviendra piétiner le bois mort,\nayant déjà, dans nos vergers mélancoliques,\ncueilli les fruits de l'arrière saison ;\ncelui qui tambourinera de ses lourds poings\nsur les portes des granges\net gonflera ses joues aux judas des étables ;\nqui fera s'envoler au loin\n\n\n                                                       143\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1288, "texte": "le foin vert et la paille blanche\narrachés aux meules de l'aire,\nle dur vent de noroit,\nce vieux vagabond redoutable,\ns’oublie à sommeiller là-haut,\ndans la demeure des colombes,\nau sommet du donjon abandonné.\n\n\n\n\nL a terre se recueille :\nelle songe aux travaux d'hier et de demain\net fait offrande à Dieu de ses tourments prochains ;\nelle porte son propre deuil.\nDemain les laboureurs pousseront ces charrues,\nguideront les chevaux attelés à ces diables ;\nles lames et les dents aiguës,\njoyeusement, cruellement, reluisent au soleil.\nDans le mystérieux silence,\nle fum ier fume\nen lots égaux équidistants\n et Dieu sourit du ciel à cet encens\n comme à celui qu'aux pieds de ses autels\n le clerc allume.\n\nA l'aurore,\nnoyés dans les regains de trèfle et de luzerne,\nils partirent, d'abord indécis, lentement,\ndevant les poules dociles, les coqs majestueux ;\nmais ils se sont parés bientôt d'insouciance:\ncocoricos victorieux\net joie de vivre et de s'égosiller !\n— Ah la belle journée en l'accalmie des jours ! —\nE t tout ce petit monde heureux s'en va,\nS'en va toujours sans songer au retour,\npicore et gratte et se lutine,\nse chamaille, éclate de rire,\net, sans rivalité, se tolère et s'entend.\nL a bonne vie !\nA u soir tombant,\non les verra,\nsaisis d’inquiétude et le col en avant,\n\n\n144\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1415, "texte": "dans la rosée gloussant, gloussant,\nen toute hâte accourir à la ferme.\nSur la route lointaine les peupliers\nsont, d'une haute cathédrale, les piliers,\ncathédrale sans voûte et vide\noù, nonobstant, une brise timide,\nsur les grandes orgues, s’essaie\naux symphonies lugubres de l’hiver.\n\n\n\n\nLes bûcherons ont déposé dans Vherbe\nla hâche, la scie et la serpe,\ncar c'est aussi dimanche dans les bois ;\nmais les oiseaux qu'on ne voit pas\nont des piaillements douloureux de mourants.\nPetits, petits ! souffrent-ils ? de quel mal ?\npleurent-ils une joie qui ne reviendra, plus ?\nLe bois est plein de funèbres parfum s :\nPressent-ils des détresses prochaines ?\n Y aurait-il parm i eux des défunts ?\nPeut-être chantent-ils une messe des morts.\nLa même angoisse étreint et leurs cœurs et nos cœurs :\ndans les taillis de noisetiers et sur les chênes,\nles oiseaux souffrent, les oiseaux chantent, les oiseaux pleurent\n\n O cette odeur de feuilles mortes,\nodeur pénétrante et sans nom,\nsi chère, si pure et si forte !\nodeur qui toujours nous émeut\net qui de plus en plus sollicite nos pleurs !\n\nAcre et douce,\nodeur des feuilles qui pourrissent,\nodeur ou l'on désire se rouler,\ns'ensevelir pour y mourir ;\nodeur des vieux talus couvert de mousse ;\nparfum humide qui savoure et qui grise\net ravit jusqu'à la douleur,\nparfum semblable au parfum de nos cœurs !...\n\n\n                                                               145\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1227, "texte": "O bruit des feuilles mortes que l’on foule,\namère joie\nde remuer dit pied des louis d'or,\nencore plus aiguë que celle de l'avare\nqui brasse ses trésors !\nOdeur de l’or et bruits de l'or,\nde l’or qui fu t vivant pour la joie de nos yeux,\nqui fu t à l'homme et qui retourne à Dieu.\n\nOh ! quel souvenir\nréveillent ces parfum s de mort et ces musiques !\nsous ces ormeaux, ces chênes et ces hêtres,\nn'avons-nous pas roulé dans le sang des ancêtres.\n\nComme un échos de vieille basilique\nsilencieuse et sonore,\nl'écho de la forêt s'éveille\nlorsque tombe une feuille\net se rendort.\n\n\n\n Oh ! la joie douce et triste, noyée de pleurs,\navant-goût de la triste allégresse d'Ailleurs,\nce divin calme que les autres ignorent,\ntoi aussi compagne fidèle, tu le goûtes !\nSerions nous seuls ici à vivre la Vie, toute ?\nHeureuse solitude\noù ta grâce a m ûri et s’allie à ma force !\nArrêtons-nous :\nn'entends-tu pas la sève qui descend\nsous l'écorce ?...\nÉcoute,\ntu l’entendras remonter au printemps,\nla belle vie ! ô la Vie toute !\nreligieusement poursuivre notre route,\nne perdre rien du geste auguste de la Mère,\nà ses dures mamelles boire\nla santé, l'indépendance et la joie !\n\n Voici le soir.\nRegarde : à mi-coteau,\nse dore le manoir ;\n\n\n146\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 946, "texte": "du haut en bas les vieilles vitres flamboient.\nFête de l'âme qui s'exalte à la joie des yeux !\nComme l’herbe, nos cœurs montent droits dans la fraîcheur\ncar la rosée, discrètement, est descendue.\nL'araignée a tendu ses fins tissus\net voici qu’il semble que les diadèmes\nde tous les Bois, l'or et les gemmes,\net les pleurs des martyrs,\nà nos pieds sont tombés.\n\n Aujourd'hui vaut hier. Que les demains s’avancent !\nLe Mois noir paré de blanc\nvaut l'été, l'automne et le printemps.\nLa vie est désormais pour nous comme u n fru it m ûr ;\nnul n ’en goûtera m ieux la puissante, saveur.\n O maternelle Terre,\nje souris à tes joies, je pleure à tes douleurs,\nj ’entends battre paisiblement ton vaste cœur.\n\nHiver ! Été !\nPulsation du cœur de la Nature !\nsi lente pour notre éphémère humanité,\nsi rapide pour la Cause Unique, l'Éternité !\n                                                Y ves B erthou.\n\n\n\n\n                                               "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-006", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 147, "page_fin": 154, "titre_corps": "Le bon oncle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "GEORGES VIRRÈS", "ancre_debut": "LE ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ BON ONCLE --E train surgit à la courb", "ancre_fin": "s V ir r è s", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A L’INCROYANT", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 170, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 946, "fin_caractere_exclue": 1651, "texte": "LE ♦ ♦ ♦ ♦ ♦\n                                               BON       ONCLE\n\n    --E train surgit à la courbe lointaine empanaché d’un nuage\n       blanc, et peu à peu g randit le bruit tum ultueux de sa course,\n       jusqu’à la petite gare aux vitres branlantes où, soufflant\n       comme unebête rendue, la machine s’arrêta, tandis que les\n                   gardes couraient aux portières.\n   Un paysan, vieux e t cacochyme, descendit avec peine d’une\nvoiture de troisième, resta planté gauchem ent sur le tro tto ir ; le\ntrain partait déjà, secouant son vacarme qui s’élargit et puis dé­\ncrût, avec sa fuite vers d’autres lieux.\n\n                                                                  147\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2293, "texte": "   Alors au dessus de la barrière, près de la sortie des voyageurs,\ndes voix crièrent :\n   — Bonjour Neeles !\n   Le paysan clignota, rit hautement, se fouilla longtemps, en\nvain, pour retrouver son billet de voyage, et l’ayant enfin fait\ntomber par terre, après avoir retourné toutes ses poches, il put\npasser le contrôle, serrer les mains de ceux qui l’attendaient.\n   — Et Mie, ta femme?\n   — Encore souffrante.\n   — Gravement?\n   — Hé, hé, le médecin hoche la tête. Même le curé ne sait nom­\nmer ce dont elle souffre. Un dépérissement lent.\n   Puis tout-à-coup le vieux changea de conversation.\n   — Les récoltes ne seraient-elles pas compromises? Mauvaise,\ncette période de sécheresse, pour ce pays-ci sablonneux et rêche.\n   Il promenait son regard vacillant sur les champs campinois,\ngris, malades, consumés par la fièvre d’ un été brûlant. Il parla de\nsa contrée loozaine, du pays riche; là, l’ automne s’ enorgueillissait\ndes magnifiques récoltes du verger et, tous les aoûts, les plaines se\ncouvraient des gerbes lourdes des blés d’or.\n    Son beau frère et sa belle sœur, muets, l’ écoutaient, ayant de­\nvant les yeux la vision du pays de cocagne.\n    On arrivait à la ferme.\n    Une fille rieuse, souple dans sa taille d’accorte villageoise, où\n sa jeunesse s’ épanouissait en fleur, vint au devant d’eux.\n    — Ma nièce! dit le vieux. — Ma nièce! Ma nièce! Il ne dit\n que ces mots, mais la regarda avec insistance et retint longtemps\n sa main.\n    Midi se plongeait dant les flammes. Un silence torride s’affalait\nsur les choses. Les fumiers desséchés plaquaient des taches pres­\n que blanches dans la cour de la ferme, et les murs accusaient\n violemment des usures, des rouilles du temps, des caducités de\n poutres; seule, la vacherie ouverte reposait le regard d’une\n ombre violacée.\n    S’étant mis à table, le vieux d’ abord ne mangea pas. Il toussait,\n sans se retourner. Les autres subissaient, stoïques, la pluie de\n salive qui tombait, un peu partout, au hasard de la bronchite\n chronique. Il avait mis, sur sa tête chauve, une calotte de lustrine\n noire, et transpirait avec abondance. L ’ étoffe, qui déteignait,\n avait mêlé sa couleur aux gouttes de sueur. Il était ainsi zébré de\n rais d’ encre.\n    — Allons! Allons! Il voyait bien que ses parents se tireraient\n\n\n148\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2236, "texte": "toujours d’affaire. E t puis, s’il le fallait, il se trouverait encore\nprêt à leur venir en aide.\n   Il allongea, péniblem ent, sa jam be sous la table, et comme il\ntouchait le pied de K atrien, sa nièce, celle-ci recula sa chaise.\n   Il y eut un peu de gêne.\n   Le ferm ier Van B ram descendit à la cave, et revint po rtan t des\nbouteilles.\n   — De la bière de Mars, Neeles!\n   Neeles tendit son verre. Il but avec plaisir.\n   Cela lui délia la langue, et il parla longuem ent de son épouser\npoussant de p etits soupirs entrecoupés de hoquets.\n   Légèrem ent gris, à la fin du repas, il leva son verre.\n   — A mes chers parents, à ma bonne petite nièce !\n   Mais il dut sortir. L a chaleur et la bière lui avaient fait to u rn er\nle cœur.\n   L ’après-midi, le ciel fu t traversé de nuages sombres ourlés de\nliserés ardents. Une teinte livide banda l’horizon au couchant, et\nle vent balaya, en un coup de tem pête, l’air stagnant et p u trid e\nIl y eut un violent roulem ent de tonnerre, pendant qu’une traînée\nde feu déchirait les nues. Ce fu t alors indiscontinu. Les éclairs\ncinglaient l’espace, l’orage brisait son tum ulte dans la campagne\n mouvante en les rafales de pluie. C’était comme un voile agité,\n immense et sombre, sur la plaine, et que la foudre coupait d’un\nglaive d’or.\n   Les deux femmes prièrent. L e vieux, très oppressé, s’é ta it\n assis, tournant le dos à la fenêtre, et son beau frère, le ferm ier,\n lui répétait : — C’est de l’argent qui tombe, Neeles.\n    Ainsi vint le soir, qui s’élargit dans l’accalmie des éléments.\n L’orage avait fui. L a n uit m ontait vers un ciel d’azur et de neige.\n\n   Le lendemain, Neeles retourna chez lui, chargé de tartes et de\nfromages que la ferm ière destinait à sa sœur malade.\n   Le train partit, e t lui, à la portière, saluait de la tête et des.\nbras. Ses parents répondaient p ar de grands gestes, coupant l’air\ncomme des battoirs. K atrien interrom pait parfois, d’une main,\nses adieux, pour se fro tte r la joue, où un baiser du vieux collait\nencore.\n\n\n\n  Ils ne parlèrent pas beaucoup de cette visite. Van B ram se con­\ntenta d’ém ettre quelques réflexions sur l’état de santé de son\nparent.\n\n\n                                                                      149\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2600, "texte": "    — Aussi fini que sa femme, pour sûr.\n    E t il alla surveiller, aux champs, les ouvriers de ferm e qui fau­\nchaient des trèfles maigrichons, pendant que K atrien et sa mère,\ndans la prairie, tiraien t aux pis des vaches dolentes qui levaient\nla tête et baissaient les paupières, se sentant soulagées, et souf­\nflaient à petits coups, le naseau remué.\n    Les Van B ram ne délaissaient pas la tâche. Les femmes et\nl’homme, dès l’aube, couraient aux étables ; les prem iers au la­\nbeur, les voiles de la n uit calm aient à peine leurs ardeurs. L a fer­\nm ière et K atrien, à la lueur du quinquet, s’usaient les yeux sur des\ntricotages, des ravaudages, toute la renipperie d’une garde-robe\npiteuse. Van Bram, pendant ce tem ps, le front plissé, s’évertuait\nà saisir la compréhension de livres agricoles. Il échaffaudait des\nespoirs. Des théories neuves d’engrais, de cultures intensives, dan­\nsaient dans sa cervelle jusque tard en la n uit. E t la réalisation, in­\nvariablem ent, trahissait ses prévisions. Il y eut encore d’inopinées\ncalamités. Une grêle, véritable fléau, hacha m enu deux hectares\nde céréales, et son bois de pins était attaqué par les parasites.\n   De nouveau, il fallut écrire à l’oncle.\n   Cela fut humble, très misérable et très douloureux.\n   Avec la somme d’argent qui leur fu t envoyée, ils p u ren t parer\naux éventualités pressantes.\n   Van Bram, tandis qu’il travaillait un champ im prégné de stéri­\nlité par la terre de bruyère voisine, aperçut, une après-midi,\nK atrien venant à lui la figure bouleversée, la démarche saccadée,\net de loin déjà elle lui cria :\n   — L a tan te est m orte !\n   Van Bram avait deviné un décès. Une prescience cependant\navait suscité en lui une autre image. Aussi ne prononça-t-il qu’un\n« Tiens ! » dont sa fille s’offusqua.\n   Comme ils m archaient vers la ferme, K atrien seule parla. Elle\nénum éra les si nombreuses qualités de la défunte, ju sq u ’aux mots\nqui résum èrent toutes ses paroles : C’était une sainte.\n   Ils trouvèrent la ferm ière en pleurs. Triste soirée que celle qui\nsuivit. L a m ort m êlant son horreur à la charge de la vie, de lourdes\ncraintes les oppressaient. L e décès pouvait ferm er la porte aux\nlibéralités de l’oncle, m aintenant que la sœur de la ferm ière était\npartie pour l’éternel voyage. Dans les tristesses, on supputa ces\nprobabilités et, désolés de ta n t de misères, ce fu t avec un cœur\nréellem ent poigné qu’ils assistèrent aux obsèques de leur parente.\n   Une chose les frappa tous les trois. L ’oncle avait supporté ce\nm alheur avec un extraordinaire courage. Ils croyaient le trouver\n\n\n150\n"}, {"page_pdf": 174, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2164, "texte": "abattu, en proie à un affaissement total, et lui-même, chargé de\n ses soixante-quinze ans, s’ arrêtant sur sa route de vie, incapable\n de résister au coup terrible dont il était frappé. Mais non ! l’oncle\n avait été stoïque. Il leur dit : Elle est au ciel ! E t cette certitude\ncalmait sa douleur. Ce fut lui plutôt qui eut les paroles d’encou­\nragement et de réconfort.\n    Il fut très bon.\n    Et cela leur donna une grande consolation. Un espoir luisait\nencore dans les ombres de leur existence.\n    Mais la ferme continua de péricliter. De mal en pis, telle fut\npour eux la marche des jours.\n    Alors à bout, sans ressources, ils songèrent à vendre leurs terres.\nMême les largesses de l’oncle ne suffisaient plus au règlement des\ndroits des créanciers.\n    Le village prenait une attitude hostile à leur égard. Lorsque le\ndimanche sonnaient au clocher les offices de la journée, et quand\nles Van Bram traversaient la place devant l’ église, des gens affec­\ntaient de ne pas les voir. Ceux-là qu’une bonté voulait compatis­\nsants, les saluaient, gênés quand même, parmi le mépris qui s’ af­\nfirmait davantage chaque semaine.\n    Ils connurent la honte. Alors, dans ce temps d’ épreuves, un\nmatin, il y eut un brusque émoi à la ferme.\n    Le fermier venait de recevoir une lettre et, l’ayant parcourue,\nil courut prévenir sa femme et sa fille.\n    Ceci était inespéré. L ’oncle, le bon oncle, leur proposait de\nvenir habiter chez lui. C’était l’hospitalité la plus cordiale qui\nleur était offerte. Neeles s’ estimerait payé au-delà de sa créance,\ns’ils acceptaient; ce serait sa dernière joie, la présence de ses pa­\nrents à son foyer si vide aujourd’ hui; et puis aussi il escomptait\nleur belle vaillance au travail.\n    Les Van Bram furent profondém ent remués.\n   Et toute la reconnaissance, dont leur cœur débordait, inonda la\nréponse qu’ils envoyèrent au vieux Neeles; quatre pages où cha­\ncun mit beaucoup de son âme.\n\n\n\n\n  Katrien disait à sa mère :\n  — Cela devient intolérable.\n  Et la pauvre femme répondait :\n  — Tu t’abuses. Il te voit ave3 des yeux de père, C’ est sa fille\n\n\n\n     2                                                             151\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2308, "texte": "qu’il trouve enfin. Il n ’a jam ais eu d’enfant. Alors il exhale\ntoutes ses tendresses paternelles amassées... Il est si bon!\n  Mais K atrien, très nerveuse, rem uait la tête négativem ent.\n\n    L e printem ps, comme une épousée, se vêt de robes blanches\n dans les vergers ; les plaines limoneuses s’estom pent de clairs\n reflets ; une vie jeune em plit l’air de senteurs et de secrète\n volupté.\n    Neeles a conduit Van B ram devant les arbres qui sont d’im­\n menses bouquets éclatants, comme de la neige au soleil ; il lui\n a m ontré les prés où les vaches majestueuses prom ènent avec\n lenteur leur corps lumineux ; ils ont vu la cam pagne mouvante\ndans l’enfantem ent des blés et le ciel qui sourit parm i les\nondes d’or.\n   L e vieux achevant un long discours, s’est redressé orgueilleux,\n enveloppant d’un large geste le paysage campagnard, ses terres,\n qu’il énumère une à une, avec les dates d’acquisitions, leurs\nvertus, et le rap p o rt de la chevance...\n   — E t to u t cela sera pour elle, a-t-il dit en term inant.\n   Van Bram m urm ure : « Il est si confus. Sa fille serait indigné\nd ’un tel bonheur... » Il bafouille, le pauvre père, serré à la gorge\np ar l’émotion.\n   L e vieux, tranchant, répète : — Tout cela sera pour elle.\n   L e soir, à table, il a fait assoir K atrien à ses côtés. Coulant\nvers elle des yeux chassieux, il a eu de tendres propos. L e père et\nla mère, aux visages figés dans la consternation, se regardaient\nen silence. E t K atrien, soudain s’est levée, et sanglotant très\nhaut, elle s’est enfuie. Ils l ’entendirent m onter l’escalier, puis\ns’enferm er dans sa chambre.\n   Van B ram et sa femme, navrés, fixaient leurs assiettes avec\nune attention longue et excessive.\n . L e vieux alors se leva, furieux ; il dit :\n   — On vous accueille, les pauvres, on vous empêche de crever\nde faim, et voilà vos reconnaissances. Mais la porte est ouverte.\nPassez le seuil, retournez d’où vous venez. E t puis, je pousserai\nle verrou.\n\n   Cette nuit-là personne ne dormit. Les uns furent secoués par\nles houles de la vie démontée, voyageurs dans l’éternelle tempête,\net Neeles, hors de lui, les sens exaspérés, honteux de l’insuccès,\nexhala sa rage sénile en des soliloques effrayants et bouffons.Mais\nle m atin v it la vierge résignée. Les lueurs d’aube furent son nimbe.\n\n\n152\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2621, "texte": "    K atrien salua Neeles d’un sourire qui pleurait.\n    Le vieux, bougon, se détourna ; cependant sa face fu t plissée\npar une crispation, qui devait exprim er de la joie ; déjà.\n    Dans l’étable, une heure plus tard, Neeles la rejoignait. Elle\nsentit des lèvres se coller sur sa bouche, et pria le bon Dieu.\n    Ils apparurent tous les deux au repas de midi, la m ain dans la\nmain ; elle le servit à la table avec des grâces de sœur de charité ;\nil lui parla de très près et toussa de même, et elle posait sur lui\nses bons yeux tranquilles.\n    Les père et mère vécurent devant le sacrifice, comme le m al­\nchanceux v it sa prem ière journée pendant laquelle il besogne\nvilement pour un honteux salaire.\n    Les soirs d’été connurent le bonheur de Neeles, il venait\nd’obtenir les dispenses nécessaires pour son m ariage ; longtemps,\nsous le ciel nocturne, il prom enait ses ivresses et K atrien.\n    Les gens glosaient. Lui, acquiesçait à toutes les prédictions\ndont les villageois le comblaient.\n    — A m ari vieux et à femme jeune, fam ille nombreuse, Neeles !\n    Ses petits yeux b attaient plus vite, et il inclinait la tête,\nconvaincu.\n    Il voulut une noce somptueuse. A u cabaret du Soleil d’Or,\non l’entendait le dimanche, après vêpres, vanter l’ordonnance du\n festin, to u t en in g u rg itan t d’étonnantes quantités de bière. Il\n parlait de sa belle, comme un gars en folie. R ajeuni, vainqueur,\n il sortait de là, chantonnant, souvent saoûl, ayant d’abord régalé\n ceux qui se trouvaient dans l’estam inet, et puis finalement, les\n conviant tous à ses noces.\n    E t les gens disaient : « P lus on est vieux, plus on est fou. »\n    A sa ferme, les peintres, les menuisiers, travaillaient depuis un\n mois. On rem ettait les salles à n e u f pour le grand jour, on badi­\n geonnait de blancheur nuptiale la façade de la m étairie ; il voulut\n une chambre d’époux, comme celle que l’on voit dans les maisons\n des villes, et chaque jo u r ses amis étaient admis à la contem pla­\n tion de ce luxe.\n     Tant de prodigalités lui évitèrent l’ennui du charivari réservé\n aux veufs en m al de rem ariage ; même les petites gens du village\n parlèrent de lui, comme d’un bourgm estre qui serait idéal.\n     Neeles, vraim ent, rem plissait de stupeur un chacun. Dans l’émoi\n  de ses tendresses et de ses travaux m ultiples, il oubliait même sa\n  bronchite chronique. Ou bien, dans un coin, il confessait à\n  Katrien des aveux que sa figure m im ait en mille grimaces affec­\n  tueuses, ou bien il excitait au travail les ouvriers, prom enant son\n\n\n                                                                   153\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1357, "texte": "regard vacillant sur toutes les besognes, haranguant les arti­\nsans dans des effluves continus de. paroles. Il avait le visage rouge\net les gestes fébriles. Vrai, le coup d’ amour, qu’il buvait à soi­\nxante-seize ans, le fouettait du complet regain de ses années de\njeunesse.\n   Van Bram cependant, au milieu de cette fièvre, songea à la\npromesse que l’ oncle lui avait faite, le jour où il lui déclara son\namour pour Katrien.\n   Et en bonne et due forme, le testament fut rédigé. L e vieux\nle signa d’un paraphe, énorme comme sa joie.\n   C’était là, sans doute, le complément, attendu par le destin, du\nmagnifique soir de vie de Neeles, car, pendant la journée du len­\ndemain, le vieux, tout-à-coup, s’ affaissa.\n   Transporté dans son lit, en grande hâte, il resta couché, immo­\nbile, ne disant mot, le regard fixe cette fois, sous la paupière qui\nne clignotait plus.\n   Et quelques heures plus tard, sans avoir desserré les lèvres,\n sans avoir remué le corps, il expira.\n   Tandis que Katrien et sa mère se regardaient, stupides, égarées\n dans les surprises de la vie, Van Bram, qui déjà s’ était mis à\n genoux devant la dépouille du bon oncle, moins laid, dans la\n mort, qu’il ne l’ avait été de son vivant, murmura :\n   — Il y a un Dieu !\n                                              G e o r g e s V ir r è s\n\n\n\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-007", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 154, "page_fin": 155, "titre_corps": "À l’incroyant", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "GEORGES RAMAEKERS.", "ancre_debut": "A L’INCROYANT ♦ ♦ ♦ V E U G L E douloureux", "ancre_fin": "R a m a ek ers.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "INVOCATION", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 177, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 1357, "fin_caractere_exclue": 1901, "texte": "A     L’INCROYANT\n                                                 ♦    ♦     ♦\n\n\n             V E U G L E douloureux, à tâtons dans la vie,\n\n\n\nA             T u marches sans savoir d’où tu viens, où tu vas,\n              Hélas! et jusqu'ici le Destin t’abreuva\n              De l’atroce tourment de soifs inassouvies.\n\n\n      A insi qu'un mendiant, tu gravis ton chemin,\n      Tendant, vers quel bonheur illusoire, tes mains ?\n      Mais tes mains n ’ont trouvé que le vide du doute,\n      E t tu blessas ta chair aux ronces de ta route.\n\n154\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1043, "texte": "Pourtant, si tu voulais terrasser ton orgueil,\nJoindre les mains plutôt que les tendre vers l'ombre,\nTes yeux verraient le Jour, et, dans ton cœur en deuil,\nTout un printemps fleuri naîtrait sur les décombres.\nE t comme à ce blessé, le bon Samaritain\nVint prodiguer enfin les baumes guérisseurs,\nUne Vierge, vers toi, descendrait du M atin\nPour être désormais ta compagne et ta sœur.\nElle viendrait vers toi en tunique de flammes,\nE t la seule vision de sa jeune candeur,\nO pauvre mendiant ! consolerait ton âme\nE t remplirait tes yeux de célestes splendeurs.\nD onne ta m ain souillée à cette main d’enfant,\nElle te conduira par une route étroite,\nP a r une route abrupte, interminable et droite ;\nM ais qu’importe ? avec Elle on marche triomphant !\nVa ! et si quelque jo u r la route t ’effarouche,\nS i ton cœur dépérit comme u n arbre brisé,\nL ’Espérance mettra sur ta bouche u n baiser,\nE t ton cœur renaîtra au baiser de sa bouche.\n                                  G eo r g es R a m a ek ers.\n\n\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-008", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 155, "page_fin": 156, "titre_corps": "Invocation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "MAURICE PERRÈS", "ancre_debut": "INVOCATION ♦ ♦ ♦ Pour Edouard Ned", "ancre_fin": "! M aurice P e rrès", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’EGLISE ♦ ♦ ♦ ABANDONNÉE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 178, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1043, "fin_caractere_exclue": 1574, "texte": "INVOCATION\n                                               ♦    ♦   ♦\n      Pour Edouard Ned\n\n        I E U qui vis dans notre âme en croyances mystiques,\n\n\n\n\nD\n          Toi l’unique idéal d’amour et de bonté,\n\n\n\n         D ieu puissant qui créa la frêle humanité\n         E t que nous adorons dans nos temples rustiques,\n\nEntends monter vers ton génie éblouissant\nL ’extase de ma foi généreuse et vibrante !\nC'est par Toi que je pleure et par Toi que je chante,\nE t c’est Toi qui guida mon geste frémissant !                  155\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "      Seigneur, préserve-moi des méfaits de la terre !\n      Pardonne mes désirs d'enfant et mes erreurs ;\n      Fais que, dans notre monde égoïste et menteur,\n      Ta divine bonté effleure ma misère !\n      Étends sur ma faiblesse un manteau de pardons\n      Seigneur ! Nous avons tant besoin de ta clémence !\n      Que ton nom qui console aux jours de défaillance\n      Préserve notre foi des lâches abandons !\n      Fais que je trouve une âme innocente et chrétienne\n      A qui mon cœur pieux puisse à jam ais s'unir :\n      Ses m aux seraient les miens, son ivresse, la mienne,\n      E t je la conduirais vers ton bel avenir.\n      Nous corderions des jours d'extase et de prière\n      E t je t ’adorerais à travers sa Beauté,\n      E t tu voudrais, sanctifiant notre poussière,\n      Que rien ne la ravisse à mon éternité !\n      Puis, quand la mort viendrait ébranler nos deux têtes,\n      Je voudrais que ton char triomphal nous unît\n      Vers l'immortalité comme vers une fête...\n      Alors nous sentirions ta main qui nous bénit,\n      Quand monterait vers Toi, mon âme de poète !\n\n                                                 M aurice P e rrès\n\n\n\n\n                                             "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-009", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 156, "page_fin": 158, "titre_corps": "L’église abandonnée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "PROSPER ROIDOT.", "ancre_debut": "L’EGLISE ♦ ♦ ♦ ABANDONNÉE 1 (Proses rythmées.)", "ancre_fin": "id o t . 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Les hommes peuvent l’abandon­\nner, les femmes passer sans se signer, mais le lierre amical et\nattentif, et les fleurs et même les arbres qui se penchent près des\nvitraux, l’aim ent et la protègent du tem ps et de l’ennui.\n    E t le printem ps venu, ce seront les diseaux qui diront le m atin\nl’habituelle prière, et qui serviront une messe coutum ière devant\nl’autel que fleuriront les nids nouveaux.\n   E t de la cage, d’où les cloches sont parties, le vent m atinal\nemportera, vers les bois, au lieu de battem ents de bronze, des\nchansons claires comme celles des enfants.\n\n\n                                                                 157\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 453, "texte": "    Et l’église ainsi se dresse parmi les champs comme une vieille\n aimable qu’ entourent ses enfants : les villages, les champs et les\n forêts bleues, qui l’aiment et le disent avec des mots à eux.\n    La vieille église abandonnée est si vieille, qu’à tout moment\n on croirait qu’un grand coup de vent va jeter bas son vieux\n clocher.\n                                                 P r o s p e r R o id o t .\n      Juillet 1897\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-010", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 158, "page_fin": 161, "titre_corps": "Une cure du grand saint Nicolas", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "PAUL ANDRÉ.", "ancre_debut": "UNE CURE ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ DU GRAND SAINT NICOLAS A Monsieur le docteur Ru", "ancre_fin": "aul A n d ré .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "O ! ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ CES OISEAUX", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 181, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 453, "fin_caractere_exclue": 2096, "texte": "UNE CURE ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦\n                  DU GRAND SAINT NICOLAS\n         A Monsieur le docteur Rutten.\n\n\n\n\nD\n                ANS son p e tit lit, l’enfant souffre.\n                    L e père et la mère sont dans la chambre voisine :\n                 ils pleurent...; ils pleurent... C’est l’irrémédiable. La\n                 m ort va passer, va venir prendre la m ignonne âme\n                 chérie et ce sera tout. Ce sera tout : leur amour, leur\ntendresse, ce p e tit être adoré, leur chair et leur sang, ne sera plus\n qu’un frêle cadavre pâle. L e médecin a prévenu le père et le cœur\nde la mère a deviné, parm i les angoisses et les éplorem ents qu’on\ns’efforçait en vain de cacher autour d’elle, que ce serait bientôt\nl’horrible fin. Les parents ne cherchent plus à retenir leurs lar­\nmes, n ’ont d’effort que pour rendre leur chagrin silencieux de\nfaçon à n’en rien laisser entendre par le pauvret, de façon à ne\npas perdre un bruit, un soupir, qui pourrait venir de la chambre\noù une sœur veille et où le médecin attend, impuissant...\n   L ’enfant souffre et gémit, se convulsionne et râle. C’est\nhorrible.\n   Le médecin, pourtant, revient une fois encore examiner de très\nprès le p e tit agonisant qu’étreint à la gorge l’étranglem ent fatal,\nqu’étouffe la suffocation du croup, qui m eurt. A l’instant suprême,\nce miracle que la mère implore de Dieu dans ses prières affolées,\nne peut-il pas tenter de le provoquer, lui devant qui on s’est traîné\nen le suppliant de sauver le chérubin, lui dont on a pris les mains\nen les serrant nerveusement: « Vous le guérirez, n ’est-ce pas, doc­\nteur, vous le guérirez, dites ?... »\n\n\n158\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "    Il a dit : peut-être, étant sûr que non.\n    E t cependant... penché sur le visage affreusement torturé de\nl’enfant, le brave homme s’ingénie à sourire. Dans la main, caché\naux yeux égarés qui ne voient plus guère d’ailleurs, il tient l’appa­\nreil dont il espère le miracle. E t il m urm uré to u t bas à l’oreille du\npetiot des paroles câlines, très douces, presque joyeuses : Allons,\nfifi, allons, chéri, ouvre la bouche, fais voir où tu as bobo... Allons,\nsois sage, Jujules, rie un peu, rie bien fo rt pour que maman\nvienne... Dis, Jujules, m ontre le bobo à Monsieur le docteur,\nouvre la bouche...\n    Mais, dans ses sanglots de souffrance, l’enfant ne veut rien, ne\nveut plus rien. A peine peut-il encore secouer la tête pour faire un\nsigne, pour indiquer qu’il ne veut, qu’il ne peut pas ouvrir la\nbouche, que son mal est trop immense; et, au lieu de rire, c’est\ngémir de plus en plus qu’il fait.\n    Résolument le médecin a pris un parti. Il vient trouver le\npère et, hâtivem ent, à mots nerveux et pressés, presque bruta­\nlement :\n    — Sans une seconde de retard, il fau t que vous parveniez à lui\nfaire ouvrir la bouche. J ’ai essayé ; il ne veut pas : il souffre trop.\nIl faut néanmoins que je voie de to u t près et complètem ent la\ngorge. Peut-être pourrai-je alors lui arracher le mal.\n    E t c’est le père qui se penche sur le pauvret, qui le cajole et\nl’embrasse et lui dit des choses attendries, le persuade, l ’implore...\n    — Dis, tu dois m ontrer ta bouche, chéri. Tu est si gentil,\nvoyons, fais plaisir à papa. Tu n’auras plus de mal, tu verras...\nJules, allons, pour faire plaisir à papa?\n    L ’enfant semble ne pas même comprendre. Il est moins agité\nmaintenant. Comme une torpeur l’envahit. Il pleure toujours : de\nlentes larm es roulent sur ses joues blanches et les gémissements\nsont longs, douloureux, mais moins bruyants, qui sortent de sa\ngorge ravagée.\n    — E t à maman, tu voudras bien m ontrer ? Tu ouvriras la bou­\nche si elle te le demande? Dis, chéri, pour ne pas faire de peine\nà maman...\n    De la chambre voisine, la mère entend toutes ces paroles et\nguette, anxieuse, la fin de ce drame poignant.\n    Il faut qu’une tension suprême de volonté lui fasse se composer\nun visage souriant, lui refoule ta n t de larmes pressées aux bords\ndes paupières... L ’enfant ne l’écoute pas plus que le père ou que le\nmédecin. Il n ’a même pas p aru la voir. E t tout l’amour d’une mère\naffolée ne peut trouver les mots qu’il faudrait pour vaincre la\n\n\n                                                                      159\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "résistance que la souffrance fait opposer par le pauvre petit\nmalade à ces supplications désespérées.\n   — Enfin, chéri, si tu ne veux pas, à moi, à qui veux-tu montrer\nta bouche, à qui, si pas à maman ?\n   Et Jules a entendu. Il semble qu’il va se décider; on devine\ncomme un effort dans de petits mouvements de ses deux bras\nétendus sur la couverture, dans un regard de ses yeux en larmes...\nTout bas, très bas, à l’ oreille de sa mère :\n   — A Saint-Nicolas !\n   Et c’est un murmure, un souffle que ces deux mots. La mère\nn’est même pas bien sûre qu’ il les a dits...\n   Pourtant elle s’est redressée brusquement, rentrée dans l’autre\nchambre, faisant signe qu’ on la suivit et, nerveuse, sans un répit,\nsans une larme qui l’ eût pu attarder, elle se mit à l’ œuvre, en\nhâte.\n   Ce fut touchant, comique et douloureux ; ce fut inattendu au\npoint d’ en rire en sanglotant. Et ces braves gens abattus, déses­\npérés l’instant précédent, furent pris d’une animation fébrile; le\npère allait par toute la maison à la recherche d’un tas d’ objets ;\nla mère dévalisait des armoires, des tiroirs ; les servantes couraient\nau plus près acheter toute une manne de jouets; la sœur de cha­\nrité préparait discrètement la mise en scène, baissait les stores\net fermait les rideaux pour emplir la chambre d’obscurité.\n   Le médecin était très grand, le père de petite taille. Et il fallut\nà celui-ci monter sur une chaise pour ajuster sur la tête de\n« Saint-Nicolas » une perruque et une grande barbe de chanvre\nagencées à la diable. C’ était touchant à briser le cœur de voiries\ndoigts tremblants se presser de terminer cette mascarade pendant\nque des larmes tombaient des yeux du père sur la mitre en papier\nqu’il était en train de confectionner, et que la mère sanglotait,\ntout en fixant avec des épingles le tapis rouge dans lequel le bon\ndocteur se drapait majestueusement.\n   On lui mit une lanterne allumée à la main, un panier plein de\njouets au bras et, sous le pli de son vêtement, il cacha l’appareil\nqui pouvait sauver l’enfant.\n   Le père et la mère vinrent d’ abord au chevet. Ils dirent de dou­\nces choses au bien-aimé, sans le préparer à la surprise... La porte\ns’ouvrit et le Bonhomme à barbe blanche et à mitre parut, tout\néblouissant dans la lumière de sa lanterne, offrant un polichinelle,\ndes sabres et des chevaux à roulettes et des boîtes et des pana­\nches à l’ enfant émerveillé, ravi.\n   — Saint-Nicolas ! dit-il, et ce furent ses seuls mots, prononcés\n\n\n160\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 869, "texte": "lentement en une extase, une magie d’admiration et de bonheur...\nPuis il sourit, tendit ses petites mains pâles et frêles à l’ appari­\ntion inattendue, accepta la caresse du grand Saint qui lui prit la\ntête dans le bras gauche et, sa longue barbe de chanvre étalée sur\nles couvertures de la couchette, lui demanda où il avait mal...\n   — Là, là, dit l’ enfant. Et il ouvrait toute grande sa petite bou­\nche, montrait la gorge envahie, gémissait tout en souriant au\ngrand Saint...\n   — C’est tout, petit Jules, c’est tout; mais soit bien sage. Garde\nla bouche ouverte, là, comme cela, et laisse-moi faire. Je vais\nprendre le mal, moi, tu verras : tu n’ auras plus de bobo. Et re­\ngarde comme maman est contente...\n   Et Saint Nicolas sauva l’enfant.\n                                                         P aul A n d ré .\n\n\n\n                                           "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-011", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 161, "page_fin": 161, "titre_corps": "O ! ces oiseaux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "HENRI DELISLE.", "ancre_debut": "O ! ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ CES OISEAUX 1 A Georges Ramaekers.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 184, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 869, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "O   !     ♦    ♦   ♦    ♦   ♦      ♦\n\n                                           CES OISEAUX 1\n          A Georges Ramaekers.\n\n              ces oiseaux, mon âme, et leurs chants si limpides,\n              L eurs chants p u rs et jo yeu x vers le ciel bleu d'amour,\n              Cette p a ix sans tristesse ainsi qu'un front sans rides,\n              Cette adoration vers D ieu de tout un jo u r!\n\n     O ces oiseaux aux voix claires, on dirait blanches,\n     Quels paradis en eux clament ces hosannas ?\n     O la toute bonté de leurs chants dans les branches\n     D e la forêt paisible aux verts alléluias !\n\n     O ces oiseaux, et leur allégresse angélique,\n     F luidité des chants dans la douceur des soirs,\n     Ces chants, mon Dieu, se balançant en encensoirs\n     D ans le calme profond du soir mélancolique.\n\n     O mon D ieu, donnez-moi, pour vous adorer mieux,\n     L a grâce de chanter ju sq u ’à l’heure dernière\n     Et, comme à ces oiseaux, un cœur libre et joyeu x,\n     Qui monte à vous dans la ferveur de sa prière.\n                                                   H enri D e l is l e .\n\n\n    1. Extrait de Chansons dolentes et joyeuses, poèmes à paraître.\n\n\n                                                                            161\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-012", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 162, "page_fin": 164, "titre_corps": "La mort de Stéphane Mallarmé", "titre_sommaire": "Stéphane Mallarmé", "rubrique": "", "signature_source": "GEORGES LE CARDONNEL.", "ancre_debut": "LA MORT DE STÉPHANE MALLARMÉ 1 EN D A N T l’après-midi des", "ancre_fin": "o n n el. Septembre 1898.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ENTRETIENS LITTÉRAIRES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 185, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 19, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "LA MORT\n                   DE STÉPHANE MALLARMÉ 1\n            EN D A N T l’après-midi des funérailles, tandis que je\n\n\n\n\nP\n             lisais et relisais ces poèmes aimés : les Fleurs, les\n             Fenêtres, Apparition, Hérodiate, Frisson d’automne,\n\n\n                le Phénomène fu tu r     j ’ai cru entendre les cloches\n                grêles de Valrins. Elles voulaient être tristes, mais\nelles étaient surtout caressantes, comme des cloches de bon\nrecueil; pour celui qui croyait peut-être venir de si loin et qui\né ta it si près. J e savais qu’à ces mêmes instants, dans une autre\ncampagne qui fleurit sous un soleil plus riche, quelqu’un qui\nm ’est cher priait, mais celui-là avec une âme de poète-prêtre.\n    Stéphane Mallarmé s’en est allé comme Villiers de l’Isle Adam\navec les derniers éclats triom phaux de l’été. C’est l’époque bénie\npour la mor t des poètes qui entrent dans la gloire et dans la vie\nimm ortelle ; à cause de cette mort, l’autom ne de cette année\n sera peut-être plus belle. M algré ta n t d’événements tragiques\n qui se succèdent dans notre patrie, la m ort de M allarmé qui\n cependant avait vécu obscur, a ému jusqu’au public. E n dépit\n des hurlem ents de quelques dogues de lettres qui devant chaque\ncadavre ont coutume de se changer en hyènes, c’est un acte de\nréparation qu’a accompli la presse littéraire française envers\ncelui qui, de son vivant, ne connut pas la gloire m éritée et\nlaisse cependant des pages éternelles.\n    Mon frère était allé un des premiers à lui, attiré par son don\n merveilleux, qui était d’éveiller le m ystère par la seule musique\n des mots. Bien souvent, depuis ma prem ière adolescence, il m’en­\n tretenait de ce noble poète ; évoqué par lui, M allarmé m ’appa­\n raissait comme une sorte de mage qu’approchaient, un soir de\n chaque semaine, quelques initiés ; je savais qu’alors, durant des\n heures, sa voix exprim ait des paroles admirables devant un audi­\n toire silencieux. Toute une génération s’était ainsi nourrie de sa\n parole. Certains disent qu’une partie en est m orte ; elle serait\n m orte comme une flamme trop faible sous un souffle trop puis­\n sant, car jam ais m aître ne fu t moins tyrannique. Mallarmé savait\n l’inutilité d’être disciple et il répétait à tous qu’il fallait se garder\n\n  1. Unanimes dans le regret et la prière devant le cercueil du poète, les\nrédacteurs de La Lutte conservent entière leur liberté d’appréciation\ntouchant l’art et l’influence de Stéphane Mallarmé, ce « mendiant d’azur\nperdu dans nos chemins ».\n 162\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": "de l’im iter. Si une partie de son œuvre demeure impénétrable,,\nune autre peu t être lue et relue sans que s’en ternisse l’auguste\nbeauté. Aucune page ne fu t écrite en notre langue de façon plus\n définitive que ces poèmes : les Fleurs, Apparition, Hérodiade,\nles Fenêtres, Frisson d’automne, le Phénomène futur. On l’osait\nappeler justem ent le dernier des Parnassiens; il fu t plus encore,\ncar chez lui le raffinem ent dans la forme, et le sens de la musique\ndes mots atteig n en t un si haut point qu’il en p araît rejoindre les\nhautes régions de la pensée pure. Un m ot seul suffisait pour\nouvrir des mondes à M allarmé et le laissait to u t palpitant au\nbord de l’infini ; aussi avons-nous connu par lui la magie des\nphrases m ystérieuses et profondes.\n\n     Oui, c’est pour moi, pour moi, queje fleuris, déserte !\n     Vous le savez, ja rd in d’améthyste, enfouis\n     Sans fin dans de savants abîmes éblouis,\n     Ors ignorés, gardant votre antique lumière\n     Sous le sombre sommeil d’une terre première,\n     Vous pierres, où mes yeux comme de purs bijoux\n     Emportent leur clarté mélodieuse, et voies\n     Métaux qui donnez à ma jeune chevelure\n     Une splendeur fatale et sa massive allure !\n\n   De même que pour Villiers de l’Isle Adam, on peut se deman­\nder s’il cru t vraim ent à l’existence du monde extérieur ; en\nvérité, il p aru t le considérer comme un ensemble de signes et il au­\nrait désiré le chanter dans des poèmes qui fussent des symphonies..\n   Son vers est souvent liturgique; il passe, dans Hérodiade par\nexemple, des souffles d’orgue. Comme il l’a exprimé dans Céré­\nmonials, M allarmé aim ait la grandeur des cérémonies catholi­\nques. Il était fait pour en comprendre et en épouser les hauts\nmystères ; peut-être fut-il repoussé par la rencontre, hélas ! de\ntrop de catholiques incom préhensifs de la beauté ; mais bien des\nfois, par la grandeur sobre de ses images, par l’élévation de sa\npensée, il donna l’impression, à ses familiers, qu’il dépassait déjà\nles limites des choses périssables et qu’il était de ceux qui sont\nmûrs pour d’autres vies.\n   C’était un prince, ont dit de lui Paul et V ictor M argueritte ; ce\nsouvenir, il l’a laissé à tous ceux qui l’ont approché. A cause de\nla profonde distinction de son esprit, de la subtilité rare de son\ncerveau, cet homme avait dû énormément souffrir des railleries\nsourdes de ses collègues, des méchancetés inconscientes de ses\n\n\n                                                                 163\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 788, "texte": "élèves, dans les lycées qu’il traversât comme professeur d’ anglais;\nil était cependant vite aimé, parce qu’il était bon. « Vous devez\ngoûter, M. Mallarmé c’est un bien brave homme », me disait, un\njour, avec un sourire souverain, un jeune normalien qui professe\naujourd’hui dans un lycée des plus proches de Paris et qui, à cette\népoque, formait dans un lycée de province la sensibilité de quel­\nques adolescents, dont j ’ étais, en leur lisant les comédies d’Emile\nAugier et celles de Labiche.\n   Comme de Vigny, comme Villiers, Mallarmé est passé par le\nmonde en jetant des fleurs sur les hommes, et les hommes ne l’ ont\npas compris.\n                                         G eo r g e s Le C a r d o n n el.\n   Septembre 1898.\n\n\n\n\n                                                     "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-013", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 164, "page_fin": 168, "titre_corps": "Entretiens littéraires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "PAUL MUSSCHE.", "ancre_debut": "ENTRETIENS LITTÉRAIRES Paul A n d r é . L'Habit d'Arle", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 187, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 788, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "ENTRETIENS\n                                                     LITTÉRAIRES\nPaul A n d r é . L'Habit d'Arlequin. (Brux. Balat.) Haine d’aimer. (Verviers,\n  Xhoffer.) — Edmond G l e s e n e r . Histoire de M. Aristide Truffaut. (Mercure\n  de France.) — Georges R e n c y . Madeleine. (Brux. Balat.) — Eugène M o n t ­\n f o r t . Chair. (Mercure de France.) — Paul-Louis G a r n i e r . L'été. (Mercure\n  de France.) — A . Th. R o u v e z . Impressions de petite ville. (Gand. Siffer.)\n\n      L y avait longtemps que je n’ avais plus vu mon ami Justin.\n\n\n\n\nI\n       C’est un jeune homme au courant des lettres qui, le soir,\n       vient parler avec moi.\n\n\n          Nous causâmes d’abord de choses indifférentes, obliga­\n      toires après une longue absence, puis il ôta ses gants, prit\nun cigare offert et je devinai, à la façon dont il se carra dans un\nfauteuil, que l’ heure du coucher serait tardive.\n    — Que penses-tu me demanda-t-il de l 'H abit d 'A rleq u in ?\n    — C’ est un bon livre. J ’aurais voulu t’en parler lors de sa paru­\ntion, mais diverses circonstances m’en ont empêché.\n    Parmi les récents écrivains, M. Paul André est un de ceux qui\ninsufflèrent de la belle vie, inutilement hélas, à la « Jeune Belgi­\nque » expirante.\n    — Des Contes de la B oite, des H istoires quelconques, de la R onde\nd ’enfan ts, que préfères-tu ?\n    — Un peu, beaucoup, tendrement, dans l’ ordre des contes énu­\n164\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2576, "texte": "mérés, pour m a part, s’appliquent. Les Contes de la Boite se res­\n sentent du milieu où ils ont été écrits : l’école m ilitaire ; — ils\n dénotent, chez l’auteur, un réel talen t d’imagination, car il n’était\npas facile d’écrire ce que nous avons lu, à propos d’une vie si\nbanale.\n    — Pourquoi, mon cher, ces amours de bar?\n    — J ’admets ; mais le côté « don Ju an de bas étage » en est sauvé\npar une exquise émotion. Ils est assez explicable de voir, chez\nune centaine de jeunes hommes de v in g t ans colloqués durant\ntout un trim estre, quelques-uns s’échapper un m ercredi dans un\ncafé où ces pauvres achètent un semblant d’amour et des caresses\nà l’âge où le cœur en est si avide.\n   J ’aime chez P aul A ndré ses tendances nationalistes et le décor\nde Bruxelles m ’enchante.\n   Dans les Histoires quelconques, il fau t louer l’entrain, la vie,\nle mouvement. Les histoires du pays mosan ont le parfum authen­\ntique des forêts à l’automne, du fleuve coulant à pleins bords et\ndes prairies fauchées.\n    Pour plus tard est un conte cérébral d’où l’auteur a banni toute\némotion. Il n’est pas vrai, c’est une charge, le processus d’événe­\nments déroulés qu’il suppose est invraisemblable. Claire de R hey\nest une créature d’exception. E n la laissant seule, dans ce décor\nindustriel m erveilleusement brossé, P aul André veut en faire la\nfemme du xxe siècle ; or la fem m e-ingénieur n’abdiquera pas son\nsexe en conquérant ses diplômes, et aimera. Heureusement, dans\nla description des ateliers, les écoles adjacentes sont mentionnées;\nl’auteur ne s’abuse pas, on fera des enfants jusqu’à la fin du monde\n    — Tu badines, mais ceux des siècles prochains seront-ils aussi\ngentils que les bambins croqués dans la Ronde ?\n    — P eu me chaut, je me contente de les adm irer et de me taire.\n    — Paul André est avec Blanche Rousseau, Louis D elattre...\n   — Paul Mussche, interrom pit Justin.\n    Je rectifiai cette indiscrétion en ajoutant : et quelques autres,\nde ceux qui ont com prit l’enfant. C’est moins facile qu’on ne croit,\ncar cela exige une âme attentive à des gestes ordinairem ent\ndédaignés.\n    — Mon cher, nous avons à parler d’autres bouquins. Passons.\n    — Pardon, voici du même, Haine d’aimer, conte dram atique\nmis à la scène, l’antagonism e du rêve et de la vie, l’histoire simple\ndu chemineau qui aima et p a rtit. A son retour il trouve la jeune\nfille mariée. Désolé, il veut la revoir une dernière fois, l’antraîne\ndans une grange proche où elle est tuée par le m ari outragé.\n\n\n                                                                  165\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "   J e résume mal. A u théâtre, l’effet tragique de la scène finale\nserait intense mais confus.\n  P aul André est un travailleur, il arrivera.\n\n\n\n    L e thé fum ait dans les petites tasses quand Ju stin interrogea :\n     — E t l'Histoire de M. Aristide Truffant, artiste découpeur, ose­\nrais-tu la louer ?\n    — D ’aucuns, tel Ram aekers, trouveront ce livre futile, mais je\nt ’assure que c’est un chef d’œuvre de perfection minutieuse. On\npeut, à son propos, énoncer ce m ot rare : achevé.\n    Cela est fini au même point que le barom ètre ou l’horloge !\n    L ’histoire de ce p e tit bourgeois, ancien joueur de cartes et\nculotteur de pipes, présentem ent artiste découpeur, est d’une\nbelle cruauté, et Triboulat Bonhomet, réduit au cadre imposé,\nrevit dans ces lignes sobres et achevées.\n    Edm ond Glesener a le sens de l’ironie; la scène du jury, la\ndescription de la kermesse atteignent à une véritable perfection.\n    Inconnu hier, même dans le monde des revues, le voilà classé\naujourd’hui.\n\n\n\n   Justin, fixant les livres épars sur la table, ajouta :\n    — Quant à Madeleine de Georges R e n c y , quoiqu’on en puisse\ndire ou penser c’est un livre admirable.\n   — J e suis de ton avis, mais tu me perm ettras, j ’espère, d’en\ndiscuter le fonds et la donnée ; si beaucoup de préfaces sont inu­\ntiles, celle de M. R ency ne l’est point, elle nous renseigne sur\nses théories esthétiques. S’adressant à P aul Adam — esprit qui\npassionne les récents écrivains — il lui reproche d’avoir voulu\nrem placer l’émotion du rire et des pleurs p ar l’exclusive émotion\nde pensée ; il s’insurge contre cet effort et lui oppose Madeleine.\n   — J ’entends, à ton to u r tu reproches à ces deux auteurs leur\nrigorisme.\n   — Parfaitem ent, n’insistons pas. Quant à la donnée du roman,\nlis : Madeleine, dans mon esprit, est le rom an de la femme\nmoderne qui, idéaliste encore et absolue dans ses amours, ne\npeut comprendre que l’homme en soit arrivé à adm ettre qu’un\namour unique ne peut suffire à toute une vie. Sa souffrance seule\nanim era ces pages. Que vaut m a thèse ? Je n ’en sais rien et peu\nim porte ! Ce qui im porte, c’est de savoir si elle a pu me donner\n\n\n166\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": " assez de flamme pour que mon livre brûle d’une chaleur vivante.\n E t je n ’ai pas cherché l’émotion de pensée.\n    Et, pourtant, il l’a atteinte car on a beau vouloir séparer deux\n choses naturellem ent unies comme les tronçons coupés d’un ser­\n pent, elles finissent p ar se joindre. Madeleine serait incomplète\n sans sa préface qui l’achève. .\n    Si M. Georges R ency se contente de la « chaleur vivante »\n dans l’œuvre d’art, il doit être am plem ent satisfait ; car, to u t ici,\nla phrase musicale et vibrante, le style ému, chaud et coloré,\nconcourent, dans un harm onieux ensemble, à cet effet ; mais,\nlouant to u t le détail, mise en valeur du fond — et qui apparaîtra\nobjectif principal à certains, — je récusé la thèse.\n    Encore qu’elle soit rare et peu vraisemblable, si le fait se réa­\nlise il est souverainem ent dégoûtant.\n    — L e rom ancier n ’aurait-il le droit de l’écrire ?\n    — Les avis diffèrent, et to u t dépend de la façon de le tra i­\nter. Les successifs adultères n’ont pas d’excuse,. et la diversité\ndes amours d’A lbert n’est qu’apparente et d’une banale m onoto­\nnie. Quand il écrit : j ’aime m a femme Madeleine, il ignore la\nvaleur des .mots ; sa passion basse et charnelle n’est plus qu’une\nfonction physique ; la possession est parfaite selon la chair,\nmais l’âme en est absente.\n   Tu connais ce génial rom an de Balzac : le L y s dans la vallée,\noù le héros après s’être affolé l ’âme près du lys, s’affole les sens\nprès de lady Dudley. Sa « variation » à lui s’explique, et si\nMme de M ortsaut m eurt, on ne peut trop en vouloir à son m al­\nheureux amant.\n   Mais ici cela prouve peut être la décadence de l’amour dans les\nâmes contemporaines, et l’artiste est coupable de la refléter dans\nson œuvre sans prendre p arti pour ou contre.\n   — Mais tu ne peux m ettre ces théories érotiques à charge de\nl’auteur.\n   — Ne fais pas dire à mes phrases ce qu’elles ne signifient pas ;\nmais j ’en veux à M. R ency de nous livrer ainsi, crûm ent, un\nignoble document de bassesse humaine, et de le refléter, simple­\nment, à la façon d’un m iroir. C’est de l’A rt pour l’A rt, c’est\nmésestimer des effets d’une œuvré et, franchement, on souhaite­\nrait voir la croupe luxurieuse de ce mâle éhonté cinglée de rudes\ncoups de fouets.\n   — Au total, A lbert est un cochon.\n   — E t l’endurance de sa femme ne s’explique guère.\n\n\n\n     3                                                               167\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1694, "texte": "   — Tu parlais tantôt de la décadence de l’Amour. A s-tu lu\nChair d’Eugène M o n t f o r t ?\n   — Oui, cela relève de la pathologie. Intellectuellem ent, cela\ns’apparente au vice d’exhibition, que nous renseignent certains\nspécialistes de la Salpétrière.\n   — Tu es cruel.\n   — J e suis vrai.\n   L a conversation tout-à-coup languit. Des rêveries naquirent\ndans les spirales de la fumée.\n\n\n\n   — De quel bizarre été nous voilà gratifiés, dis je.\n   Transition brusque.\n   —- Il ne ressemble en rien, continua Justin, à l'Été que chanta\nPaul-Louis G a r n i e s .\n   — Chanta... c’est le m ot juste, car voilà des poèmes ; bien\nqu’ils soient écrits en prose, ces fragm ents de vie cham pêtre ont\nle lyrisme ardent du vers vibrant et héroïque.\n   — Son unité est factice : le sujet seul relie ses pages.\n   — Mais quel bel été !\n\n\n\n    Nous devisâmes encore d’objets divers. Un clocher proche sonna\nune heure tardive quand Ju stin se leva et p rit congé.\n    Penché à m a fenêtre, j ’entendis ses pas résonner quelques\nmoments sur le trottoir, puis to u t retom ba dans le silence.\n    E t, d’avoir lu les Impressions de petite ville de M. A. Th. P o u ­\nv e z , je fus obsédé tout-à-coup de l’idée fixe que la capitale était\n\ndevenue m inuscule et proprette, qu’il y avait de vieilles gens qui\ndorm aient depuis longtem ps au fond de leurs demeures, que les\nréverbères étaient remplacés par des lampes à huile e t que\nl’athmosphère, sous les cieux étoilés, était douce, quiète et provin­\nciale.\n    Mais un. fiacre attardé détruisit la fiction.\n    E t je relus à nouveau le livre charm ant pour échafauder un\nrêve..\n                                                 P aul   M u ssch e.\n\n\n\n\n168\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-014", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 169, "page_fin": 171, "titre_corps": "Fragments d’un discours sur l’art religieux", "titre_sommaire": "Principes d’art religieux", "rubrique": "", "signature_source": "Dom Laurent Janssens, Recteur de Saint-Anselme à Rome.", "ancre_debut": "FRAGMENTS D’UN DISCOURS S U R L’ART RELIGIEUX 1 ♦ ♦ ♦ L A form e de l’a r t", "ancre_fin": "Recteur de Saint-Anselme à R ome.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE MUSICALE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 192, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2574, "texte": "FRAGMENTS D’UN DISCOURS\n                 S U R L’ART RELIGIEUX 1 ♦ ♦ ♦\nL     A form e de l’a r t 2 peut se résum er en un seul m ot : l’idéal.\n       P a r idéal, j ’entends ici, non seulement la cause exemplaire\n       quelconque, sans laquelle l’homme, ouvrier intelligent, ne\n       saurait produire chose aucune, mais une cause exemplaire\n                      s’inspirant d’un modèle supérieur à to u t objet\ndéterminé dans son existence concrète. L ’idéal infini, c’est la\npensée du Créateur contem plant l’im utabilité infinie de sa propre\nessence. E t to u t ju ste parce que l’artiste participe en quelque\nsorte du privilège de l’action créatrice, l’idéal intérieur, engen­\ndré par le génie dans le plus intim e de l’esprit, doit être l’âme\nde son œuvre...\n   Si sublime que soit l’idéal, il lui faut, pour s’exprimer, des\nmoyens sensibles ; de même que l’éloquence, qui bouillonne au\ndedans de l’orateur, a besoin des lèvres ou de la plum e pour\ns’épancher au dehors. E n d’autres mots, suivant notre division\nscolastique, la form e a besoin de la m atière, comme l’âme a\nbesoin du corps. De là une série de qualités qu’il reste à consi­\ndérer.\n   L a prem ière est une technique sûre ; sans technique, point d’a rt\nvéritable, raisonné, constant, m aître de soi. De là, chez tous les\nartistes jaloux de leur mission, un zèle ardent à se perfectionner\nsans cesse dans la technique. L ’école de cette technique est la\nnature, ce grand chef-d’œuvre de Dieu : la nature attentivem ent,\nreligieusement observée, étudiée, méditée, avec ses merveilleuses\nlois de proportion, de couleur, de statistique et de- m ouvement ;\nnon pour la copier servilem ent, c’en serait fait de l’idéal ; mais\npour nourrir l’idéal lui-même d’aliments sans cesse nouveaux, et\nse rendre toujours capable de le reproduire. Ainsi ont procédé,de\ntout temps, les grands m aîtres. Ce point est capital, Messieurs.\n    Point de pathos, je vous en prie. I l ne suffit pas d’être u n\nfervent chrétien pour devenir u n bon artiste chrétien. L ’espèce\nréclame avant to u t le genre. Sans l’art, l ’a rt chrétien n ’est qu’un\n vain mot, et l’œuvre d’a rt dont l’idéal ne serait plus astreint aux\n lois de la forme, serait une abstraction ou un monstre.\n\n  1. Discours prononcé au 3e jour du Congrès Eucharistique de Bruxelles.\n  2. \" La forme \", doit s’entendre ici au sens scolastique : « souffle insais ­\nsissable, esprit, vie, âme », par opposition à la matière « élément palpable » de\nl’œuvre d’art.\n\n\n\n                                                                             169\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2641, "texte": "    Avouons-le : sous le nom d’a rt chrétien, à côté de quelques\nproductions de valeur, on nous a inondés d’œuvres banales, pas­\ntiches d’un m érite purem ent industriel, dépourvues de goût,\n d’idée, de beauté, n’ayant pas même le caractère des gaucheries\nnaïves, parce que sincères, du moyen-âge;.. Il n’est pas trop tard\npour réagir, mais l’heure presse. Déjà les meilleurs élèves, affran­\nchis des excès de l’école, s’affirm ent puissants artistes. Témoin\ncette via crucis en terra cotta récemm ent placée dans l’église\nSaint Jacques à Gand, œuvre d’une facture excellente, évoquant,\nde loin, L uca della Robbia.\n    Pourquoi s’obstiner davantage ? Nos adversaires nous font\nassez souvent l’am abilité de nous traiter de crétins, pour que nous\npuissions nous dispenser de leur fournir des argum ents par les\nlaideurs qui s’étalent dans certains vitraux de nos églises. E tran ­\nges artistes ! Que de pèlerinages ne feraient-ils pas cependant,\ns’il leur naissait un fils d’un type semblable à ces bienheureux ?\nCroient-ils donc que de tels échantillons de l’é ta t de gloire soient\nde nature à nourrir, chez les fidèles, un v if désir de la vie future ?\n    L a nature a horreur du vide, disaient les physiciens du moyen-\nâge. On peut dire, avec plus de vérité, l’idéal a horreur du laid.\nBeaucoup d’artistes, las de trainer dans les basses sphères d’un\nm atérialism e sans idéal, éprouvent le besoin de s’élever. Ils vou­\ndraient venir à nous ; mais devant les fourches caudines d’un art\nhiératique, pétrifié dans les formules d’une difform ité systém a­\ntique, ils éprouvent un haut-le-corps et se détournent en s’écriant :\nJam ais !\n   H âtons-nous de faire tom ber ces barrières, sinon une autre\nréaction menace de nous reporter à une situation pire que\ncelle dont on cherchait à nous affranchir. P our cela que faut-il ?\nDeux choses : d’abord se pénétrer de l’esprit de nos vieux maî­\ntres, sans s’attacher aux incorrections, où qu’elles se rencontrent,\ncomme à une condition sine qua non du beau chrétien ; ensuite,\net j ’arrive ainsi à la dernière qualité requise pour une œuvre d’art\nreligieux, se bien persuader que l'art est vie.\n    Aussi longtem ps qu’il s’agit de restaurer, de reconstituer Une\nœuvre d’a rt du passé, je comprends que l’on s’applique à copier\nles maladresses des artistes du moyen-âge. U n fragm ent d’Ennius\nne se p ourrait composer en style damasien. Ce qui est vrai en litté­\nrature, l’est aussi en art.\n    Mais s’agit-il de parler au peuple d’aujourd’hui en créant une\nœuvre nouvelle, on parlera une langue m orte, si cette œuvre n’est\npas palpitante de vie. Toute œuvre d’a rt doit êtr e Vécue...\n\n\n170\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 443, "texte": "    Voilà pourquoi l’ art né saurait demeurer stationnaire, et pour­\n quoi c’est un crime de lèse-esthétique de vouloir le couler ne varie-\ntu r dans le moule des siècles écoulés.\n\n                                                           Dom L a u r e n t         J anssens,\n                                                       Recteur de Saint-Anselme à R ome.\n\n\n\n\n                                                                         "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-015", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 171, "page_fin": 172, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CHRONIQUE MUSICALE ♦ Liederen v a n F lo r A l p a e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 194, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 443, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "CHRONIQUE\n                                                                        MUSICALE ♦\nLiederen v a n F lo r A l p a e r t , E rn st B r e n g i e r , W illem d e L a t i n , E m iel D e l i n ,\n  Lodew ijk O n t r o p , Benoit S a l u , Ju liu s S c h r e y . (G. F aes, uitgever, Bedden­\n  straat, Antwerpen.) — Quinque motetta in honorem SS. Sacramenti, auctore\n  Aloysio D e s m e t .\n\n\n             AVISSANT recueil de mélodies dont la lecture m’ a\n\n\n\nR              fait passer maintes bonnes et exquises heures. Bien\n              que rappelant parfois légèrement la manière de\n              Brahms, les Liederen de ces jeunes compositeurs an­\n                       versois sont néanmoins, par leur grande dou­\nceur de saine race flamande marqués d’une forte originalité; leur\naccompagnement riche, coloré, intéressant toujours, par la fré­\nquence de ses rythmes presque neufs et de ses modulations im­\nprévues, coloré, presque symphonique, s’unit délicatement avec le\nsens des paroles : et cela forme un tout délicieux et combien pa­\ntriote! Car je devrais citer tous ces « liederen » pour leur lyrisme\net leur débordante jeunesse.\n   « Nu is het hoogtijd in mijn ziel » d’une majesté tranquille, bleu\ncomme un jour de première communiante ! Et le Lentelied de\nBenoit Salu si gracieux et si souple en ses rythmes variés : un\nboquet de primevères. Aussi, le « chant d’ amour » d’Em. Delin,\nd’une belle et chaste passion, où ce m otif très grave et très doux :\n« Leg op mijn hart uw voorhoofd ». Et pour finir le « Stoet » de\nJulius Schrey : Jésus suivi de l’immaculée au manteau bleu cons­\ntellé et des blanches vierges et des anges. O le beau blanc cortège\nqui lentement passe nuageux porté par une musique éthérée, évo­\ncatrice de rêves !\n\n\n                                                                                                    171\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "    C’est inouï ce qui s’exale de fraîcheur de tous ces « liederen »,\n et quelle facilité d’écriture et d’expression !\n    Ils doivent être heureux les auteurs de tels « joyaux » : ces jeu ­\n nes, qui déjà sont de vrais et grands artistes ! E t que leur talent\n précoce doit leur créer d’envieux J ’entends un vieux musicien\n grognon de ma connaissance s’écrier béatem ent en guise de cri­\n tique : « ô c e u x -là ils osent ! » 1\n                                                     E rn st D e l t e n r e\n\n\n\n    Voici, d’Aloïs Desmet, cinq admirables m otets en l’honneur du\n Très Saint Sacrem ent .2 Desmet n’est pas un compositeur nouveau\n venu, les lecteurs de l’excellente revue, la M usica sacra, le con­\n naissent d’ancienne date et l’apprécient à sa ju ste valeur ; les assi­\n dus de la Lutte doivent se rappeler sa « missa in honorem SS.\n J . Berchmans », qui m aintenant déjà a passé les frontières. On\n sait que ce qui distingue la musique religieuse de Desmet, c’est son\n caractère profondém ent ecclésial et une compréhension parfaite\n de nos admirables poésies sacrées.\n    Cette fois, Aloïs Desmet a travaillé sim plem ent et ses m otets en\nl’honneur du S. Sacrement, composés pour deux voix égales avec\navec accom pagnem ent d’orgue, sont à la portée de toutes les maî­\ntrises ta n t soit peu intelligentes; mais il convient aussi d’ajouter\nque si le compositeur a œuvré simplement, il n ’en a pas moins\nfait une œuvre d’a rt exquise. Les m otifs de ces différents morceaux\nsont non em pruntés directem ent au chant liturgique mais s’en ins­\npirent, et soutenus par un accompagnement d’une richesse contre-\npuntique surprenante, où les modulations bellement amenées se\nsuccèdent nombreuses et non heurtées, ils form ent un ensemble\nmusical d’une émotion intense, qui s’empare de notre âme, la\npénètre de sentim ents de F oi et d’Am our et l’élève d’Espérance\ntout doucement vers le ciel.\n    Encore un grand hum ble que ce Desmet, artiste œ uvrant sans\nsouci de gloire mondaine, uniquem ent — à l’instar de l’illustre\nTinel, qui fû t son m aître — à la glorification de Dieu par l’A rt !\n                                                                    S. V.\n\n   1. Cette critique est bien tardive : des circonstances indépendantes de\nma volonté m’ont empêché de la publier plus tôt : que les auteurs et l’édi­\nteur daignent m’excuser.\n   2. 1. O Salutaris. — 2. Pannis Angelicus. — 3. O quam suavis est. —\n4. Ave Verum. — 5. Tantum ergo. (Collection de la Musica sacra, en vente\nchez Loret, à Malines.)\n\n\n172\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-016", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 173, "page_fin": 178, "titre_corps": "Les livres et les revues", "titre_sommaire": "Les romans ; Les poèmes ; Les revues", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LES LIVRES ET LES REVUES LES ROMANS Cœurs en détre", "ancre_fin": "» touchant la Musique religieuse. Némo.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE DRAM E L e s C i t o y e n s", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 196, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2118, "texte": "LES LIVRES ET LES REVUES\n\n\n                                                   LES ROMANS\nCœurs en détresse, par Arthur D a x h e l e t (Paris, Victor Havard, édit.)\n\n   Ce cœur est celui du jeune gentilhom m e Jacques de Vésoule.\n Ce cœur fu t empli par les paroles vaines du précepteur Gervel,\nau tem ps de l’adolescence. Gervel, lorsque s’ouvre ce récit, —\ncette étude de psychologie p lutôt — est revenu de ses errements\nd’autrefois. Il n’est plus le superbe, le chercheur du Beau exté­\nrieur, indépendant de sentim entalité ; cependant, son élève a\ngardé l’em preinte de ses prem iers enseignements!\n   Voici donc Jacques de Vésoule adorateur fidèle de la forme, la\nforme défiée. Gervel veut encore aujourd’hui le Beau, mais aussi\nle Bien et le Vrai. Il a le rem ords d’avoir mal guidé une âme; il\nlui m ontra la seule splendeur extérieure, l’égoïsme; il a fait une\nâme impassible et dure. C’est désormais une œuvre de rénovation\n que l’ancien précepteur veut accomplir. E t, devant les efforts\nvains tentés par Jacques pour acquérir la satisfaction de toucher\nle term e de son désir, il dit ces mots de vérité : « Le Beau doit\nêtre hum ain. »\n   Jacques désire l’Am our et ne trouve que les amours. Il aban­\ndonne une m aîtresse pour une diversité de rencontres amoureuses,\npuis, ne se sentant pas heureux, m audit la complexité de sa\npensée, et des tourm ents d’esprit l’assiègent.\n   A vrai dire, je ne saisis pas, et cette prem ière partie du livre\nsemble physiologiquem ent fausse.\n   Ce Jacques de Vésoule, que M. Daxhelet titre esthète ou intel­\nlectuel, loin d’être un compliqué, me paraît un sim pliste de\nsensations et d’idées.\n   Quel problème de m étaphysique agite ce cœur? Aucun. Avec\nles données qui précisent ici l’intellectualité de Jacques, il d oit\nêtre, naturellem ent, l’homme sensuel, repu et satisfait. Riche et\nbien portant, je ne vois pas ce qui le différencie de la foule des\nviveurs en épanouissement de vie. Dans ce livre, il fallait plus ; il\nfallait nous m ontrer cet homme étreint par un rêve supérieur, ou\n\n\n                                                                      173\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": " to u t au moins son âme effleurée d’un regard d’au-delà; la basse\n nature en lu tte avec un idéal.\n    Il n ’y a rien de to u t cela.. Jacques est l’égoïste jouisseur. J e ne\n comprends pas son « cœur en détresse » — déjà. Ne se sentant\npas l’intégral égoïste, d’où vient-elle sa douleur ? Un rem ords ne\npeut poindre, qu’avec la connaissance, la conscience de son mal.\nE t voyez : la m atérialité du personnage est si évidente, que l’évé­\nnem ent rem uant le plus les natures simples ou grossières, la Mort,\nle m et soudain face à face avec son âme. Il la découvre enfin. Il\nvoit l’inanité de sa vie, son cœur s’ouvre ou croit s’ouvrir aux senti­\nm ents hum anitaires ; il devinera la vraie splendeur des choses,\nn’ignorant plus la palpitation de la nature.\n    E t dès lors, le rom an s’achève logiquement.\n    Cette fois, je conçois tous les désenchantem ents de Jacques. E t\nles nouveaux chemins qu’il parcourt dans les domaines de la\npensée, b u ttan t, tom bant, après une reprise s’égarant à nouveau,\nl’auteur les traça selon une hum aine psychologie. Même la m ort\nde Jacques, romanesque, folle, est d’accord avec une possibilité.\n    Ces rem arques prouvent l’intérêt que je pris à lire l’étude de\nM. Daxhelet. L ’application de celui-ci se réalise très souvent en de\nbonnes pages, et ce livre accroît le domaine de notre pays d’art.\n                                                 G e o r g e s V ir r è s .\n\n\n\n\n                                                    LES         POÈM ES\nMontagne, par Paul F o r t . (Mercure de France, 3 fr. 50.)\n    «Il fau t être de toutes les écoles avec conviction ; il ne faut être\nd’aucune. — J e veux to u t le m iroir et non pas un éclat... Tu\ndois laisser les écoles à leur chef. Penser « en troupe » est indigne\ndu poète. — R este libre, c’est là ta prem ière noblesse ». Cette\ndéclaration du poète des Ballades françaises trouve en son œuvre\nsa réalisation parfaite. P au l F o rt est lui-même. Sa vision de la\nnature, sa langue, son ém otivité lui sont propres ; il a la vivacité,\nl’ironie, la naïveté populaire, la grâce et la couleur du génie latin.\nSon activité nous étonne et son talent nous réjouit. Ses premières\nballades furent les fumiers fertiles, d’où sont sorties depuis, pour\nm onter vers le ciel de France, de merveilleuses floraisons. Ici c’est\nla chanson de la Montagne, vaste et vivante, et c’est aussi, la\nforêt, la plaine et la mer :\n    « Que les langues bondissent en accents sublimes, pour célébrer\nla belle œuvre de Dieu ! Chantez sur vos luths des louanges sans\n\n\n174\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2480, "texte": "fin : la m ontagne s’épanche comme un chant radieux. U n torrent\nvéritable de suaves harmonies s’échappe des lèvres penchées du\nSeigneur... Dans le chant m atinal, né du verbe de Dieu, la\nmontagne brillante prend form e et tournoie !...\n   » Mais tu pourrais, poète — si l ’homme savait croire — élever,\nen prière, ton lyrism e hardi, ne voir en la m ontagne, offert en\nbel espoir, qu’un échelon vers Dieu et vers son paradis... Des loin­\ntains, la m ontagne était un doux visage, la roseur des villages\naccentuait ses plis, et son vivant sourire et son vivant langage\nétaient l’œuvre de Dieu et des hommes, unis...\n   » Douceur d’aim er ! douceur de vivre, chants et parfum , m er\ncolorée.\n   » Il est bon de partir, il est beau de chanter sous le sourire\nblanc des voiles, quand chante le m atin aux ailes du vent frais...\n   » Ceux de la mer, leurs voiles sont gonflées de souvenirs, et le\npays quitté, plus beau dans leur mémoire, restera le refrain des\npays qu’il vont voir !... E t l’on n ’aime, vraim ent que, dans le\nsouvenir, le pays que l’on aime et lors qu’on l’a quitté... »\n   Paul F o rt est l’un des plus grands po.ètes de la « génération\nmontante...»\n\nP o è m e s c o n f i a n t s , par Henry V a n d e P u t t e . (Bruxelles, Balat, édit.)\n  Pierre Quillard eut bien raison de ne « pas partager la confiance\nde l’auteur ». Les m eilleurs poèmes de ce livre p arurent il y a\nun an ou deux dans des revues m ortes aujourd’hui. Mais hélas!\nla plupart sont- d’un déconcertant prosaïsme, que le pire des\npoètes-académiciens de Belgique ne désavouerait pas. E n dépit\nde graves défauts, l’auteur de l'Homme jeune nous prom ettait\nmieux que cela. Sans doute, comme dit P aul F ort, « il y a là des\n cris », mais quels cris hélas, quels cris !...\n\n\nL e s a i l e s d e G a z e , par Gaston He u x . (Brux. Revue Nouvelle. Paris,\n    Stock édit. 1 fr, 25.)\n   De grandes promesses, mieux encore de beaux poèmes, à côté de\nlourdeurs et d’obscurités (bien excusables chez un poète de 19 ans,\net dans une œuvre de début). Voilà ce que nous apporte le livre\nde Gaston Heux. Qu’il s'affranchisse de cette pesanteur classique\nabsolument intolérable, et qui trop souvent, comme un poids de\nplomb, alourdit « ses ailes », e t nous aurons la joie de chérir en\nlui un puissant poète, moins cérébral, et plus humain.\n                                                    G eorges R am aekers.\n\n\n\n                                                                                    175\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2523, "texte": "                                                    LES      REVUES\n   A u numéro de mai — enfin paru ! — du Spectateur catholique,\n« les Chansons du p e tit pèlerin à N.-D. de M ontaigu », par Victor\nKinon. Peut-être, l’influence du délicieux Elskam p s’y fait-elle\ntrop sentir, mais il n’en reste pas moins vrai que V ictor Kinon\ns’affirme bon poète catholique, ce qui nous rend im patient de son\nprem ier livre.\n   P a r les poèmes « Dans l’Église » (Nouvelle Revue du mois\ndernier), Georges Rodenbach nous révèle son évolution vers un\nrythm e plus libre. N ul poète n’a enrichi les lettres françaises de\nmétaphoses plus inattendues ou plus heureuses.\n   Il fau t suivre, dans ce même périodique, le rom an nouveau de\nP aul Adam, intitulé « la Force ». L a prolixité de cet auteur tient\ndu prodige. Comment peut on écrire si vite, écrivant si bien?\n   A u Mercure de France, à propos du récent livre de M. P . Saba­\ntie r sur François d’Assise (ce protestant adm ire aussi ce moine),\nR em y de G ourm ont donne du saint un p o rtra it m oral qu’il nous\np laît de reproduire ici :\n    « L e saint, écrit-il, est par excellence l’homme qui se suffit à\nlui-même, l’égoïste admirable qui n’a besoin pour être heureux que\nde ne pas vivre. Levé de terre et véritablem ent suspendu entre\nl’infini et la réalité sensible, il s’éloigne peu à peu du centre natal,\nm onte e t va s’unir au Divin. S’unir et non se fondre : le saint a\ntoujours une personnalité très accentuée; il est toujours original et\nparfois si singulier qu’il déroute de son vivant des personnes de\nbonne volonté. N ’ayant pas besoin des hommes, il évolue en dehors\ndes conditions sociales ; il est très souvent au-dessus de son temps\net toujours à côté. Ne craignant rien et souhaitant secrètem ent la\nm ort, le saint est tellement libre que nous pouvons à peine com­\nprendre un tel état de liberté. Enfin, ne désirant rien d’humain,\nrefusant d’avance toute p a rt dans les joies connues, étant le\nconvive surérogatoire qui regarde, déjà nourri, le repas des\nautres, il n’est capable que de sentim ents désintéressés et bien­\n veillants : sans amour il n ’y a pas de saints, il n ’y a que des stoïques\n ou des cyniques ».\n    A u Mercure de France, encore, un Poèm e chrétien de Stuart\n Mérill, « L ’appel au Jard in » :\n\n        Le jard in est petit mais parfumé de fleurs,\n        E t sa porte est bien close aux Passantes en pleurs,\n        Qui vont criant malheur tout au long de la route\n        Pour leur pied qui trébuche et leur âme qui doute...\n\n\n176\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "    Nous voudrions rester les heureux prisonniers\n    Des arbres qui demain rempliront nos panniers...\n    ...Mais la nuit, dont je sens derrière notre m ur\n    L a présence, m'appelle à quelque rêve obscur,\n    E t dans les chemins creux les Passantes de l’ombre\n    Se pressent et le bruit de leur pas dit leur nombre...\n    Peut-être ô sœur, quand l'ombre aura passé le seuil,\n    Nous faudra-t-il porter, parm i la foule en deuil,\n    Notre trésor d’amour à la mauvaise ville,\n    Qui haït Dieu, malgré Christ et son doux évangile.\n    E t ce sera fini de la p a ix du soleil...\n    L ’angélus va sonner sur les chaumes blottis\n    D u village, où l'on met au lit tous les petits,\n    Sœur, le temps vient enfin d’ouvrir large la porte\n    A u x Passantes de l'ombre : un ange les escorte.\n    Une main sur la bouche et Vautre sur les yeux,\n    Sibylles de la route, elles iront aux cieux ;\n    Puis elle nous prendrons les clefs de la demeure\n    Où ne tintera plus pour nous l'appel de l'heure.\n    Nous ne connaîtrons plus que les tristes maisons\n    Dont, le soir, les miroirs sont pleins de trahisons,\n    E t les carreaux ternis, tels les yeux d'un malade\n    Qui se laisse mourir au son d’une ballade.\n    Et tandis qu'étranglée aux mille poings du Sort\n    L a ville hurlera, louve ou chienne, à la mort,\n    Nous rêverons tous bas, saisi d’un peu de crainte,\n    E t n'osant, pour agir, délacer notre étreinte,\n    A ce petit jardin, tout parfum é de fleurs\n    Dont la porte était close aux Passantes en pleurs.\n    Jusqu'au soir saint où nous sûmes, sans plus de doute,\n    Que l'Esprit du Seigneur s'avançait sur la route !\n\n  Dans l 'Œuvre (de Valence) un certain Payen (qu’il porte di­\ngnement son nom !) signe un « poème » qu’il intitule « Les\nmains et qu’il enrichit d’une comparaison à ce point immonde,\nqu’elle nous donna la nausée...\n  Heureusement qu’un courageux article de Louis Greppo « E n\nfaveur des Jeunes » nous dédommagea de cette saleté, dont la\nDirection de l’Œuvre a le droit de ne pas être fière.\n  L'Ardèche littéraire nous vient avec des vers d’Edm ond Rocher,\nde Maurice Perrès et Joseph Pouzin.\n\n\n                                                             177\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 851, "texte": " Em ile Verhaeren qui se fait trop rare aux revues, donne à\nDurendal : « le Saule » poème d’une vie superbe :\n          Les lichens nains le festonnent d’argent ;\n          I l est rude et compact ; il est bougeant\n          A u x frisselis joyeux des brises tatillonnes ;\n          L ’automne et ses mousses le vermillonnent ;\n          Son front velu, comme un front de taureau\n          Butte contre les chocs de la tempête,\n          E t, dans les trous de son vieux corps d’athlète,\n          Se cache u n nid de passereaux...\n   L 'Aube de Bruxelles publie (au prem ier septembre) des notes\nlittéraires sur le Naturisme par Léon W éry. Des vers de Bis ­\nschops et Ram aekers et de M. H enri Thébaut, de très savants\n« à propos » touchant la Musique religieuse.          Némo.\n\n\n\n                                                                  "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-017", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 178, "page_fin": 178, "titre_corps": "Le drame", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LE DRAM E L e s C i t o y e n s . 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Opposant la raison humaine\nà la foi encore mal éclairée du chef élu de Dieu, ceux-ci redoutent\nl’action prochaine comme l’irrémédiable folie qui anéantirait à\njam ais Israël.\n                                ABNIAS\n         Chef, nous sommes huit cents, ils sont dix mille...\n                                ju d a                       E t Dieu,\n        N ’en faites vous donc rien ?\n                               AMALIEL\n                                     Faites vous ce qu'il veut?\n  Mais le Prophète abrège toute erreur. L e F u tu r, qui est le\nPrésent dans sa bouche, dévoile la victoire au prix de leur\nm artyre. Car ses regards ont vu :\n         Un rayon d'idéal s’arrêter sur leurs glaives.\n  E t Ju d a se redressant après la bénédiction du Prophète, s’est\nécrié lui-même en m archant à la m ort :\n         Une étrange splendeur sur nous est descendue!\n         Ce n'est point la splendeur des couchants attristés,\n         C’est mon rêve qui monte en plus hautes clartés.\n\n\n178\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-018", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 179, "page_fin": 182, "titre_corps": "Çà et là", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Uijlenspiegel.", "ancre_debut": "ÇA ET LA LA CRITIQUE . . Henri Ghéon étala", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 202, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 3296, "texte": "ÇA           ET           LA\n\n\n                 LA CRITIQUE . .           Henri Ghéon étala, comme il suit,\n                 ET LES ÉCOLES             les procédés de ces Messieurs :\n   « Nous sommes à la veille d’un             « Les éloges de MM. les naturistes\ntemps où il n’y aura plus d’écoles, de     n’ont jamais été qu’un échange ou\nhiérarchies littéraires, mais des ma­      qu’un calcul, et il est impossible de\nnifestations individuelles rendant         se contredire avec moins de pudeur\ninutile la critique. »                     dans des jugements soi-disant sin­\n   Ainsi parlent ceux de « l’élite »       cères. Chose curieuse, on les a vu\nmourante, dans le Soleil des morts,        se jeter au cou des différents écri­\nrécent livre, où Camille Mauclair          vains à succès de ce temps, avec une\nétale avec une tristesse lassée les        persévérance merveilleuse. Toute re­\ndésespoirs et les stériles orgueils        nommée leur devient immédiatement\nde sa propre génération littéraire.        un tremplin, et sans parler de M. Zola,\nA considérer, d’une part, le mouve­        en voici quelques exemples :\nment si nettement, si salutairement           .... « Quand paraissait dans le Mer­\nindividualiste des générations nou­        cure, l’Esclavage, ce roman était en­\nvelles, à considérer d’autre part la       nuyeux (Documents sur le naturisme);\nmésestime en laquelle les féconds          mais se doutait-on encore qu’il s’ap­\nartistes tiennent les critiques (Ver­      pellerait Aphrodite; le succès vient et\nhaeren a dit : « Ce sont des restes, des   on peut lire dans la préface de l'Es­\nscories ») ; à considérer surtout l’é­     sai sur le naturisme quel délicieux pro­\ntrange conception que plusieurs cri­       sateur est devenu M. Pierre Louys ».\ntiques se font de leur rôle, on serait     En 1896, Saint-Georges de Bou­\ntenté, vraiment, de souhaiter qu’au        hélier opposait, à « l’emphigourique\nplus tôt la prévision se réalise, et de    emphase de M. de R égnier », le\n croire à cette réalisation prochaine.     chant d’Adolphe R etté, qui « sonne\n   Si, pour se perpétuer dans les gé­      clair, magnifiquement ». Alors M.\nnérations nouvelles, la critique et        R etté célébrait longuement dans la\nl’école n’ont plus guère pour prota­       Plume la nouvelle école... Aujour­\n gonistes que MM. Le Blond et Saint-        d’hui (Revue naturiste, janvier 1898),\nGeorges de Bouhélier, il y a fort à        M. R etté n’est plus qu’un « homme\n craindre en effet pour la critique et     de second plan » et qu’on ne peut\npour l’école.                               guère « faire lutter avec M. de R é­\n                                            gnier par exemple ». Tant de choses\n                                            se passent en deux ans...\n                                               « Après ces beaux exploits, je com­\n                                            prend, — conclut Ghéon — le dégoût\n                       PROCÉDÉS .\n                                            de M. Le Blond pour ses adver­\n                       NATURISTES           saires. »\n  Récemment dans l'Ermitage, avec\nune malicieuse cruauté,,le bon poète\n\n\n                                                                              179\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4089, "texte": "                   VOILA LE TRUC             à présent, qu’en une récente confé­\n                   MESSIEURS! . .            rence donnée par lui au Cercle d’Art\n                                             « Labeur », ses jugements nouveaux\n   Pour n’être pas naturistes les pro­       ont contredit ses jugements d’hier,\ncédés de critique dont fait usage            avec une impudeur qui ne le cède en\nM. André Ruyters valent bien ceux            rien à celle de M. Ruyters. En cette\nde M. Le Blond, à en croire du moins         même conférence, M. Rency nous fit\nM. Van de Putte. Ceux qui n’igno­            part de ses doutes concernant les va­\nrent pas l’amitié qui, naguère en­           leurs artistiques des... cathédrales\ncore, liait ces deux jeunes Belges,          gothiques : « On dit que c’est de l’art,\ns’étonnèrent grandement sans doute           mais est-ce bien de l’art »? questionna\nà la révélation des horribles choses         t-il...\ncontenues dans deux numéros de\nl'Art moderne du mois d’août.M. Ruy­\nters (pour qui la génération littéraire                           L’INTANGIBLE\nprésente semble se restreindre à quel­\n                                                                  B R U N ETIÈR E\nques rédacteurs de la défunte revue :\nLe livre d'art), ayant cité, parmi les      Mieux fondés nous paraissent les\n « bien partis », M. Van de Putte, omit  doutes que Maurice Dullaert exprime\nostensiblement le nom de ce dernier      dans le Magasin littéraire du mois\n dans la nomenclature des « bien-arri­   d’août, touchant le talent scriptural\n vés ».                                  du Maître inattendu de M. Rency.\n    D’où colère du renié, qui semble        \" M. Brunetière est devenu, pour\n attacher trop grande importance à       les gazettes catholiques,un très grand\n des fantaisies qui en ont si peu : «Voilà\n                                         homme, presqu’un oracle, depuis que,\n le truc! Messieurs, » s’écrie-t-il! Il  sans avoir d’ailleurs fait acte de foi,\n n’y a de talent que pour les amis.      il se montre galant pour l’Église. Il\n Il est bon que le public connaisse      semble vraiment que le Catholicisme\n cette particularité !... « Quand ils ne  doive se sentir honoré de ce flirtage!\n sont plus nos amis, ils n’ont plus de    Cet avis, qui est celui de beaucoup,\n talent, disait cyniquement le plus       n’est pas tout-à-fait le nôtre, écrit\n beaudelairien de nos poètes. M. Ruy­     Dullaert, et M. Brunetière n’est pas\n ters a pris cette boutade pour de­       encore, pour nous, l’intangible... »\n  vise. »                                   Le cinquantenaire de la mort de\n    A la suite de tels événements, une    Chateaubriand a conduit, le 7 août,\n  question se pose, dont nul ne contes­   à Saint-Malo, M. Brunetière, qui y a\n  tera certes l’énorme gravité : Mainte­  conférencié. L ’exorde de sa harangue\n  nant que le « quatuor » n’est plus, qui a trop d’élégance pour que nous nous\n  va présider aux destinées de « la       abstenions d’en régaler ceux qui\n  Littérature Belge »?                    croient au style du « grand critique ».\n     On se le demandait avec anxiété...   Voici donc :\n  Heureusement, M. Rency veillait.           « Messieurs, — et aussi Mesdames,\n                                           car enfin, dans cette journée consacrée\n                                           tout entière à Chateaubriand, ne nous\n               UNE MÉTEMPSYCOSE adresserons-nous pas un peu aux\n                                           femmes, s’il les a beaucoup aimées,\n                                           et que, peut-être, il leur ait dû, avec\n    Une étrange métempsycose vient certaines qualités de race, ce que son\n  de s’opérer brusquement en M. G. christianisme a dans la forme ou\n  Rency. L’âme des vieux pions de la dans le tour, dans la nuance, qui le\n  défunte Jeune Belgique l’habite depuis distingue du christianisme, identique\n  qu’il a lu le grand Brunetière. Aussi, sans doute au fond, mais plus austère\n  nevous étonnez plussije vous affirme pourtant, de Pascal ou de Bossuet, —\n\n\n  180\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4095, "texte": "Messieurs donc, et Mesdames, j ’éprou­   initiale, un nouveau venu s’alarme\nverais quelque inquiétude, et je me      de la force acquise par les jeunes\nsentirais intérieurement troublé, si     revues catholiques.\nd'abord, votre affluence ne me rassu­        « Les revues catholiques, s’écrie-t-\nrait; et puis, si je ne m’avais mon      il, ont accaparé toutes les énergies et\nexcuse toute prête, ou ma justifi­       prétendent résumer le mouvement litté­\ncation, dans le lieu où je parle de      raire du pays. Anathème à quiconque\nChateaubriand, dans la complexité de     ira chercher, en dehors des convic­\nson génie, et dans les circonstances     tions religieuses, l’inspiration et la\nqui m’ont permis d’accepter d’en par­    beauté; anathème à quiconque bri­\nler. Les circonstances, — si jamais,     sera le cercle de fer qui l’étouffe pour\net je crois que je vous le montrerai,    vivre de l’existence fébrile de son\nson œuvre n’a été, je ne dis pas plus     siècle, pour sonder l’abîme de dou­\n \" vivante \" seulement, mais plus        leur que l’égoïsme a creusé au sein du\n «actuelle » que de nos jours, et depuis  monde moderne, pour raconter les\nune quinzaine d’années ; — son génie,     misères, les joies, les angoisses mo­\nsi nous pouvons être assez sûr que       rales de ceux que la vie a brisés;\nnos éloges ne l’accableront pas; —        anathème à tous ceux qui sont ras­\n et le lieu enfin où je parle, à deux pas sasiés d’extase et d’éther (sic!!).\n de son berceau et à quatre pas de sa        » S’il fallait juger de l’état d’une\n tombe. »                                 nation par sa littérature, la Belgique\n   Il est des gens qui prennent ce        semblerait, de nos jours, un vaste\n grotesque jargon pour du Bossuet !       monastère. Dans chaque province, un\n                                          amas de chapelles, de couvents dis­\n                                          séminés sur tous les points; de lon­\n                                          gues théories de religieux faisant,\n                        LE TON SEUL       cierges en main, le pélérinage des\n                        A CHANGÉ . .      lieux  consacrés par la vénération ; un\n                                          peuple à la foi robuste, chez qui tout\n   De l’incessante contribution appor­ sentiment est mort (sic), qui n’a\ntée depuis six ans, à nos lettres, par d’autre idéal que la foi, d’autre\ntoute une pléiade d’écrivains jeunes appréhension que celle du jugement\net vraiment modernistes (mais qui dernier, voilà le spectacle que doit\ntous eurent le front de s’affirmer suggérer à tout étranger la lecture\nChrétiens dans leur art comme dans des revues catholiques qui, toutes,\nleur vie), quelques sectaires de l’autre ont pris pour devise « L ’Art pour\nbord affectèrent ne rien savoir.           Dieu », comme s’il n’y avait pas dans\n    Mais en ces trois dernières années, le cœur de tout homme, en dehors\nle groupe des jeunes catholiques de toute religion, des passions qui\n devînt si nombreux, et son activité à frémissent, des intérêts qui se com­\n ce point grandissante que, de dépit, battent. »\n lebesoin d’éclater finit par l'emporter      Ni plus stylée, ni moins inexacte\n sur la volonté de se taire.               que les « catilinaires » de ses prédé­\n    Bizarre coïncidence! Ce fut princi­ cesseurs, cette charge à fond dujeune\n palement dans les derniers numéros verviétois continue dignement leur\n parus de cinq ou six revues — l’une polémique. Le ton seul a changé.\n après l’autre mortes, — que ces Mes­         Eux se riaient de nos efforts; lui\n sieurs donnèrent contre nous libre se désole de nos succès. Mais au­\n cours à leur méchante humeur.             jourd’hui comme hier la tactique est\n    Or, voici qu’à Verviers, — véri­ restée la même.\n  table ruche littéraire de l’harmo­          Elle consiste à représenter d’abord\n  nieuse Wallonie — une revue vient les revuistes catholiques comme des\n  de naître, où, dès la « Proclamation » fanatiques rageurs qui fulmineraient\n\n\n                                                                            181\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "sans cesse contre les artistes hété­          A ceux qui prétendent que l’Art\nrodoxes et leur dénieraient tout ta­       pour Dieu est la formule d’une école,\nlent pour ce m otif qu’ils ne sont pas     les discours du Congrès de Bruxelles,\nchrétiens ?                                mon article Contre les écoles d’art\n   Elle consiste ensuite à représen-       (La Lutte de 1898, de juin, p. 91),\nl'Art pour Dieu comme une formule          et l’admirable apologie d’Albert Jou ­\nparticulariste, comme la formule           net, parue en tête de ce fascicule,\nd’une école nouvelle, plus détestable      sont répliques assez péremptoires\nque les autres, car plus intolérante       pour qu’il soit superflu d’insister da­\nencore !                                   vantage.\n   Nous avons fait trop souvent ju s­         R elisez-les donc, ô nouveaux con­\ntice de ces accusations mensongères,       frères! E t si le parti-pris ne vous\npour qu’il soit encore permis à nos        aveugle pas, aussi totalement que\ndétracteurs de prétexter l’excuse          certains de vos aînés, vous y verrez\n« d’un mal entendu ».                      cette fois que « l’A rt pour Dieu »\n  A ceux qui nous accusent d’intolé­       n’est point du tout une formule par­\nrance envers les écrivains non-            ticulariste, mais au contraire le ré­\ncroyants, la liste des collaborateurs      sumé de l’esthétique universelle qui\nde la L u t t e ( o ù se rencontrent les   non seulement condamne le parti­\nnoms de Verhaeren, Demolder, Le-           cularisme absurde des écoles, mais\nmonnier,Viélé-Griffin,Ducoté,Ghéon,        qui les détruit toutes en les réunis­\netc.) est à elle seule un démenti suffi­   sant.\nsamment catégorique.                                          U ijle n sp ie g e l.\n\n\n\n\n182\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-019", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "D’aimer : Page de titre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "D ’A I M E R QUARTE MEL O = D IE S POU R CHANT E T O RG UE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 206, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 271, "texte": "D ’A I M E R    QUARTE         MEL O =\nD IE S POU R CHANT E T O RG UE\nP A R E R N S T D E L T E N R E D.D. 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K öder, L e ip z ig , MDCCCXCY11I.\n                      2\n                                                     /\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-020", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "D’aimer : Table", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TABLE p ages P r é l u d e . \" O nuit qui viens \"", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 208, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 494, "texte": "TABLE\n                                                                                            p ages\n     P r é l u d e . \" O nuit qui viens \" ........................................................4\n \" Mais lors mu j o i e \" [MAX E L S K A M P] ...................................... 6\n \" Le ciel en nuit s ’est déplié \" [ E M I L E V E R H A E R E N .] .10\n \" Mais dans mon coeu r \"          [G E O R G E S. R A M A E K E R S .] . . 13\n\n\n\n\n                                             2\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-021", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "D’aimer : Prélude", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "D ’A I M E R P O E M E S D E M A X E L S = K A M P E M IL E V E R H A E R E N", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 209, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 420, "texte": "D ’A I M E R P O E M E S D E M A X E L S =\nK A M P E M IL E V E R H A E R E N , GEO RGES\nR A M A E K E R S M U S I Q U E D ’E R N S T\nD ELTEN RE\nPRELUDE.\n                   Lento.\nCanto.\n\n\n\n\nOrgano. •\n\n\n\n\n            qui viens sans bruit,       en-se-ve - lir   le   Jour,\n\n\n\n\n                               pen-chetoi ma-ter - nel - leetdou-ce\n\n\n\n\n         vers   la ter - re,\n\n\n\n\n                                    2\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 271, "texte": "                                                                5\n Tempo I.\n\n\n     pourque moncoeur en - tin            con - fie    a ton mys-\n\n\n\n\ntè   - re      qu'i l a   be   -   soin    d’ai   -   mer,\n\n\n\n\n qu’il a besoin d’a - mour!\n\n\n\n\n                          2\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-022", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "D’aimer : Mais lors ma joie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "MAIS LORS MA JOIE poésie de MAX ELSKAMP", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 211, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 476, "texte": "M A IS L O R S MA J O I E “\n                              poésie de MAX E L SK A M P .\n\n                 A n d a n t e Quieto.\n\n\n\n\n                                   M ais lors m a jo ie    é - ta n t      H o l-la n   - de,\n\n\n\n\n         j 'ai      b a -ti   du     co - té       du jour, e t   d an s     d es ar - b r e s\n\n\n\n\n          tout d’a - to u r s,        ma     m ai-son qui e s t   en         Hol-lan\n\n\n\n\n                                               2\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 466, "texte": "                  Largo                                                      7\n\n\nde          a-vec la     mer_                 au - tour.\n\n\n\n\n                       Or, en at-tendant         son       di-m anche, mon\n\n\n\n\n a - me est là              comme un pêcheur au bord de l’eau          et\n\n\n\n\nsous   les b ran -c h e s à eau - ser bas        a - vec mon coeur\n\n\n\n\n L argo .\n\n\nprès d e la mer        au     -       tour,\n\n\n\n\n                                  2\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 411, "texte": "8\n\n\n\n    d’u - ne paix           dont       la   bon - te        fran -ch e      se­\n\n\n\n\n    ra it   de   par - ta - ger             d’a    -    mour\n\n\n\n\n    tou - te     ma    vi     -    e         dont c’est le       tour    . de\n\n\n\n\n    met     -    tre en-fin        sa             ro    -   be    blan\n\n\n\n\n                                    L argo.\n\n\n          che       a-vec la mer             au-tour,\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 471, "texte": "                                                                          9\n Tempo I.\n\n\ncar     tout est     pret,          jus - qu’ à moi - mê -        me,\n\n\n\n\ndans la maison de            bon   sé-jour pour   le      bon-heur qui\n\n\n\n\n                                                       L argo .\n\n\n vient        quand mê - me                        quand on       Pat -\n\n\n\n\ntend,         cel - le qu’on ai     -   me,\n\n\n\n\nvec      la    m er_______         au-tour.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-023", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "D’aimer : Le ciel en nuit s’est déplié", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LE CIEL EN NUIT S'EST DÉPLIÉ poème d'EMILE VERHAEREN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 215, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 170, "texte": "L E C I E L E N N U I T S ’E S T D E P L I E\n                                         poèm e d’EMILE V E R H A E R E N .\n\n            T ra n q u illa m e n te .\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 604, "texte": "                                                                                  11\n\n\n\n\nl’air            Et   sur les lacs du pay - sa - ge a-mi, Qu’elle an-\n\n\n\n\ngois - se, la    gout - te d’eau Qui tom - be                   d’un         ro -\n\n\n\n\nseau                  Et         tin - te et puis se        ta it           dans\n\n\n\n\n                                       un poco an im a to\n\n\n\nl’eau.                     Mais j ’ai tes       mains               e n - t r e les\n\n\n\n\nmien     -      nés Et     tes          yeux        surs,           qui me re -\n\n\n\n\n                                   2\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 458, "texte": "12\n\n\n\n         tien                     nent, De leurs fer - veurs, si dou - ce-\n\n\n\n\n                             A lle g ro .\n\n\n       ment;        Et            je        te   sens    si   bien en     paix de\n\n\n\n\n        tou     -        -   te        cho - se,        Que   rien,         pas\n\n\n\n\n         mê-meun fu - g i - tif soup - con               de crain - te,      Ne\n\n\n\n\n     , T e m p o I.\n\n\n         trou-ble- ra,          fût - ce un mo-ment,\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-024", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "D’aimer : Mais dans mon cœur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "MAIS DANS MON COEUR poésie de GEORGES RAMAEKERS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 218, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 228, "fin_caractere_exclue": 462, "texte": "M A IS D A N S M O N CO EU R -\n                       poésie de G E O R G E S R A M A E K E R S .\n     A n d an tin o.\n\n\n\n          Mais   dans mon coeur               c’est le ré-veil   du bon-\n\n\n\n\n                                 2\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 404, "texte": "14\n\n\n\n     heur des beaux soirs, qui me font tout      ai - mer, qui me font\n\n\n\n\n      tout    a i-m er,                        les     cho-ses\n\n\n\n\n         et les â -m e s!                                         Et di-\n\n\n\n\n       la - tent mon coeur d’u-ne         tel - le    bon - té,\n\n\n\n\n               qu’en m a p o i-tri - ne en feu mon coeur     veut é-cla-\n\n\n\n\n                                2\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 387, "texte": "                          Tempo I.                              15\n\n\n\n\nter        d'a-m our,      en un bou-quet      de flam - mes!\n\n\n\n\n                                     Maestoso.\n\n\n                                            Commeton Coeur, o\n\n\n\n\nChrist,             A - mour    non d’a-ne seu-le   fem - me,\n\n\n\n\n          Lento.\n\n\n mais     de tou    -   te l’hu - ma -   ni - te.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-025", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité et rédaction de La Lutte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA LUTTE Revue catholique d’Art. PARIS ET BRUXELLES COMITÉ PATRONAL", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 222, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 2446, "texte": "LA LUTTE\n   R evu e catholique d’A rt.\n                                                                   PARIS E T                BRUXELLES\n\n\n                                 C O M IT É P A T R O N A L :\n\nVALÉRE MABILLE — LÉON SOMZÉE — AMÉDÈE d e BRESSOUT\n\n\n                                         D ir e c te u r             :\n\n                            GEORGES                   RAM AEKERS\n                                   114, r u e Franklin, B r u x e l l e s\n\n                                         S e c r é ta ir e s :\n                      PARI S                                               BRUXELLES\n   C H A R L E S de R O U V R E                                  ÉDOUARD                        NED\n            27, rue d’Amsterdam                                          34, rue du Conseil\n\n\n                        R é d a c tio n d e              \"L a L u tte \" :\n\n                                             FRANCE:\n          Y v e s B er th o u , A l b e r t J o u n et, Geo rges L e                    Ca r d o n n e l\n                           C h a r l e s d e R o u v r e , L o u is T i e r c e l i n\n\n                                          B E L G IQ U E :\nE r n s t De l t e n r e , P o l D e m a .d e , P a u l M u s s c h e , E d o u a r d N e d , J o h a n N in a\n                                            E r n est Pé r ie r\n            G eo r g es R a m a e k e r s , E d g ar R ic h a u m e, Geo r g es V ir r è s\n\n\n\n                                P r in c ip a u x C o lla b o r a te u r s :\nPaul André, Franz Ansel, Albert Berthel, Louise et Louis Delattre, Eugène\n  Demolder, Henri Delisle, Henri de Régnier, Edouard Ducôté, Maurice Dullaert,\n  M ax Elskamp, Henry Ghéon, Eugène Herdies, Joris-Karl Huysmans, Camille\n  Lemonnier, Georges Marlow, Charles Morice, Marie et Jacques Nerva t,\n  Georges Oudinot, Maurice Perrès, Victor Remouchamps, Georges Rodenbach,\n  Prosper Roidot, Blanche Rousseau, Léon R ycx, Laurent Savigny, Camille\n  Schiltz, l’abbé Armand Thiéry, Firmin Van den Bosch, Emile Verhaeren,\n                            Francis Vielé-Griffin.\n\n\n\n     Adresser tout ce qui concerne l’Administration, chez les Éditeurs :\n                           A L F R E D V R O M A N T & Cie\n                  BRUXELLES                                                     PARIS\n       3 , r u e de la C h ap elle, 3                              60, r u e M adam e, 60\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-08-n5-6-026", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "COLLECTION DE LA LUTTE VIENNENT DE PARAITRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 223, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 859, "texte": "COLLECTION DE LA LU TTE\n\n\n                             VIENNENT DE P A R A IT R E :\n\n\n\n                     LES FÊTES DE L’ÉTÉ\n                                p a r G e o rg e s R a m aek e rs\n\n\n\nUn v olu m e d e v er s, form at in -42                 .    ;   ............................................2 fr.\n\n\n\n\n                              SIMPLEMENT\n                                    p a r P a u l M u ssch e\n\n\nUn volu m e d e c o n te s, form at in -1 2 ........................................................2 fr.\n\n\n\n\nCETTE      R EV U E E S T IM PRIM ÉE SU R L E S P R E S SE S D E\n\n\n       L ’I M P R I M E R I E            ALFRED              VROMANT                    ET        Cie\n\n                           3, R u e de l a C h a p e lle , B r u x e lle s\n\n                     S u c c u r sa le à P a r is : 6 0 , r u e M ad am e .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 156, "texte": " L      A                 L        U         T         T         E\n                      Revue Catholique d'Art\n\n\n\n\n                                       AlfredVromant &C. Editeurs\n                                       60Rue Madame - Paris                 .\n                                       3, Rue de la Chapelle . B ruxelles\n\n\n\n\nQUATRIÈM E ANNÉE   N° s   5 . 6.             AOUT-SEPTEM BRE 1898.\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "                    LA L u t t e\n    REVUE CATHOLIQUE MENSUELLE D’ ART —                             QUATRIÈME ANNÉE\n\n                Parait le 15 de chaque mois.\n\n\n                                  ABONNEMENT :\n\n     B elgiq u e e t F ran ce 5 fran cs. • U nion p o sta le 6                       fra n cs.\n\n\n\n\n       SO M M A IR E D E S N U M É R O S 5 - 6\n                          A o û t-S e p te m b r e 1 8 9 9 .\n\n\n                                 P A R T IE     M U S IC A L E\n\n\nErnst Deltenre : « D 'A im e r ». 3 lieder et un prélude\n                                SU R D E S PO ÈM ES D E\n\n              M a x E ls k a m p : Or m a jo ie ...\n              E m ile V e r h a e r e n : L e ciel en n u it s'est déplié.\n              G e o r g e s R a m a e k e r s : M ais lors m a jo ie. ( P r é lu d e ) .\n\n\n\n                               P A R T IE     L IT T É R A IR E\n\n\nAlbert Jounet : D ieu de beauté. II. (Esthétique) . . . .                      135\nLouis Tiercelin: L es fêtes de C hâteaubriand. (Compte rendu) 140\nYves Berthou : A u seu il d u m o is n o ir. (Poème) . . . .                   142\nGeorges Virrès : L e bon oncle. (Conte).............................. 147\nGeorges Ramaekers : A l'in croyan t. (Vers). . . . . . 154\nMaurice Perrès : In vocation . (Vers)....................................... 155\nProsper Roidot : L'église abandonnée. (Prose rythmée). . 156\nPaul André : Une cure d u g ra n d S ain t N icolas. (Conte). . 158\nHenri Delisle : O ! ces oiseau x. (Vers).................................. 161\nGeorges Le Cardonnel : Stéphane M allarm é. (Monographie) 162\nPaul Mussche : E n tretien s litté ra ire s. (Critique) . . . .                 164\nDom Laurent Janssens : P rin c ip e s d 'a rt r e lig ie u x . . . 169\nErnst Deltenre : Chronique m u s ic a le ...................................171\nGeorges Virrès : L es R o m a n s ........................................... 173\nGeorges Ramaekers : L e s p o è m e s . L e s re v u e s. L e d r a m e . 174\nUijlenspiegel : Çà e t l à .................................................... 179\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                                                              LALUTTE\n\n\n\n\n                                              DIEU ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦\n                                              DE            BEAUTÉ. II. 1\n\n\n\n\nQ\n               U E M. H irsch le rem arque : Sans une seule discor­\n                 dance et avec une victorieuse harmonie, tous les\n                 défenseurs de l' A rt pou r D ieu ont établi, au Con­\n                 grès, que leur esthétique acceptait la beauté offerte\n                         p ar les trois autres, en la dépassant.\n   M. Edouard Ned, qui répondait à M. Valère Gille, orateur de\nl'Art p ou r l'A rt, lui a dit : « P ren an t à l’A rt pour l’A rt ce qu’il\na de bon, le culte raisonnable de la forme sans laquelle l’œuvre\nd’art ne peut pas exister, nous y ajouterons la perfection du\nfond. Nous ne lim iterons pas notre idéal à la couleur et à\nl’harmonie, à la lum ière des images et à la musique des mots ;\nnous ne les dédaignerons pas non plus, les sachant nécessaires.\nMais nous donnons à notre art, non plus lui-même comme objet,\nmais son objet véritable, la beauté suprême, la perfection infinie,\nnotre Dieu. »\n   M. E dgar Richaume, répondant à M. Eugène M ontfort, orateur\ndu Naturisme, lui a dit : « Cette vérité, que contiennent leurs\nthéories esthétiques -, se trouve fatalem ent contenue dans l' A rt\npour Dieu , form ule d’une am pleur magnifique...\n\n  1. Voir La L utte de juillet 1898, p. 104 à        110.\n  2. L e s th é o rie s d e s n a tu r i s t e s .\n\n\n\n                                                                        135\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "    » Sortant de l’artificiel, et m ieux que l’artiste naturiste, le\npoète catholique recherchera la nature, l’aimera.\n    » Qu’ils essaient donc les panthéistes d’aim er comme lui 1 la\nterre qui fu t pétrie des mains de Dieu, qui fû t foulée de son pied\npendant trente-trois années, qui fu t arrosée et fécondée de son\nsang !\n    » Qu’ils l 'essaient donc... je leur lance ici le public défi de\nle faire. »\n    R épondant à M. Edm ond Picard, lequel du reste, avait\ndéfendu l’A rt social avec un esprit de synthèse et de liberté\naisém ent conciliable au Dieu catholique, M. P au l Mussche a\ndéclaré : « Terminons en disant que la form ule : A rt social,\nn ’envisage qu’un côté de la question : l’influence de l’a rt sur\nla masse ; que l’A rt pour Dieu, désignant bien plus une tendance\ngénérale qu’un objectif particulier d’apologie, comprend, résume\net idéalise les autres formules ; de l’A rt pour l’A rt elle retient le\nsouci de la forme, dans la nature créée elle voit Dieu par un\nlointain reflet ; c’est elle enfin qui inspire à l’a rt social son souci\n d’hum anité, et les étendards arborés p ar les doctrines altruistes\nne sont que des lambeaux du L abarum ! »\n    M. Georges Ramaekers, ne répondant pas à un orateur p arti­\nculier, mais soutenant, à un point de vue d’ensemble, la thèse\n de l’A rt pour Dieu, achève son discours p ar ces paroles : « A vous\n de conclure, dans la sincérité de votre cœur d’artistes, si, oui ou\n non, l’esthétique que l'A rt pour Dieu qui résume et surpasse de\n telle sorte les trois esthétiques : l ’A rt pour l'A rt, l'A rt social et\nl 'A rt naturiste, en réunissant leurs éléments bons, est la meilleure\n des esthétiques, est l’esthétique la plus propice aux créations du\n poète. »\n    M. Nélis, dans son improvisation, rappelle le vœu d’un précé­\n dent congrès, vœu par lequel « les catholiques reconnaissaient\n le beau sous toutes ses formes », mais en restant, bien évidem­\n ment, catholiques, c’est à dire en conservant l’Idéal réel et\n suprêm e du Beau, le vrai Dieu ! Donc là encore se retrouve le\n principe de l’A rt pour Dieu : accepter les autres esthétiques et\n les dépasser.\n     M. Johan Nilis, dans son discours; déclare : « Je ne nierai point\n  que toutes les tendances n’aient quelque chose de bon et qu’elles\n n ’aient pas produit, p arto u t et toujours, des hommes de talent. »\n     Mais ensuite M. Johan Nilis prouve, par l’exemple de l’Ecri­\n\n  1. Saint François d’Assise.\n\n\n\n136\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "ture sainte, que l’A rt pour Dieu a eu « le rare privilège de faire\néclore, dès la plus haute antiquité, des œuvres de génie qui n’ont\njamais été égalées si ce n ’est par l’œuvre idéale de Dieu, la créa­\ntion elle-même ! »\n   Enfin, dans un discours écrit à Saint Raphaël, avant le\nCongrès (sans rien connaître, par conséquent, des discours que\nje viens de citer), et envoyé à Bruxelles où je ne pouvais m e\nrendre, je m ontre, comme tous les précédents apologistes de\nl’A rt pour Dieu, que cet l’A rt « accepte et, en les réconciliant,\ndépasse l’A rt pour l’A rt, l’A rt social et le Naturism e ».\n   M. Hirsch, s’il avait voulu dégager le sens profond du Congrès,\naurait dû être frappé par l’accord de tous les défenseurs de\nl’A rt pour Dieu à accepter les trois esthétiques adverses et, grâce\nau Dieu de perfection, à les dépasser !\n    Mais, hors les chrétiens, qui cherche, à notre époque superfi­\ncielle et sensualiste, à dégager le sens profond de n ’im porte quoi ?\n   E t une fois aperçue, aux paroles de tous les défenseurs de l’A rt\npour Dieu, la vérité fondam entale que cette esthétique a c c e p t e et\nd é p a s s e les autres, il en résulte forcém ent qu’elle est l’esthétique\n\n définitive, la Conquérante irrésistible, irrévocable de l’A rt.\n    Le Congrès, il est vrai, a dém ontré la victoire de l’A rt pour\nDieu, principalem ent sur l’A rt social, l’A rt pour l’A rt et le\n Naturisme. M. Nélis a rappelé cependant que « les catholiques\nreconnaissaient le beau sous toutes ses formes », et M. Johan\n Nilis a dit : « J e ne nierai point que toutes les tendances n’aient\n quelque chose de bon ». C’est donc accepter d’avance toutes les\n esthétiques.\n    E t aussi, puisqu’on demeure catholique, c’est les dépasser.\n    J ’ai écrit moi même, incidemment, dans mon discours, cette\n phrase : « Dieu n’est-il pas l’universelle perfection qui réconcilie\n tous les Idéals partiels en les dom inant ? »\n    E t, enfin, les catholiques, adorent un Dieu p arfait et Créateur,\n supérieur à to u t ce qui existe, et ayant donné à to u t ce qui\n existe la beauté qu’on y peut trouver. Donc, le triom phe de\n l’A rt pour Dieu ne saurait se lim iter aux trois provinces de\n l’A rt social, de l’A rt pour l’A rt et du Naturisme, mais embrasse,\n par nécessité rationnelle, l’empire indéfini de l’A rt. T out est\n annexé, to u t est dépassé.\n    La m éthode d’embrassem ent universel et de supériorité absolue\n tient à l’essence du catholicisme. M gr Darboy écrit, à propos de\n saint Denis l’A réopagite : « L e caractère le plus général de la\n philosophie de saint Denys, c’est une sorte d'éclectisme, dont la\n\n\n                                                                       137\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": " foi catholique est le principe, la règle et le term e. E t c’est la seule\n philosophie véritable 1 ».\n    L a même form ule que M gr Darboy applique à la philosophie\n doit s’appliquer à l’esthétique.\n    L a seule esthétique vraie est une sorte d’éclectisme dont la\n foi catholique constitue le principe, la règle et le term e, divins.\n    Si donc le naturalism e avait eu des représentants au Congrès,\n nous leur aurions m ontré les hardiesses du naturalism e égalées par\nDante, les pères et docteurs de l’Eglise, saint B ernard par exem­\nple dans le texte âpre et tragique que cite Villiers de l’Isle Adam\n au prem ier acte d’Axel, et p ar l’E criture Sainte. Mais nous leur\n aurions m ontré, dans l’A rt pour Dieu, ces hardiesses à exprimer\nvigoureusem ent les hontes de la m atière, transfigurées par un\ngrand rayon de spiritualité et de divin que le christianism e laisse\nplaner sur elles pendant que le naturalism e n’a que les excréments\nsans rayon.\n    Si le symbolisme avait envoyé des représentants au Congrès, ils\nauraient proclamé eux-mêmes la magnifique symbolique de l’A rt\nchrétien et ils l'auraient avouée supérieure au symbolisme sim­\nplem ent littéraire, de toute la supériorité du vrai divin révélé par\nle symbole sur de flottantes impressions individuelles revêtues\nd’allégorie.\n    L e néo-paganisme, épris de la forme hum aine avec une passion\nplus violente que l’A rt pour l’A rt, se serait aussi déclaré vaincu.\n    Nous lui aurions rappelé que la révélation chrétienne prom et à\nl ’homme non seulement l’âme bienheureuse, mais le corps glo­\nrieux.\n    Nous lui aurions m ontré la form e humaine, glorifiée et splen­\ndide, libérée de ses immondices et de ses voluptés basses, mais belle\nà faire m ourir de désespoir à ses pieds A phrodite et Apollon.\n    Qu’est-ce que les dieux olympiques, disputeurs, faibles,\nexposés aux blessures et fuyant la lance des hommes, assujettis\naux voluptés animales, qu’est-ce, comme beauté et bonheur, que\ncet olympe, médiocre et si bourgeois, au prix de l’empyrée chré­\ntien, où planent les bienheureux, resplendissants, invulnérables,\npurs, ayant pour ambroisie la lumière de gloire, pour volupté la\ntrès immaculée et dévorante possession de Dieu, et, cohéritiers\ndu Christ triom phant, régnant avec lui, associés à la l’omniscience\net à la m ajesté divines ?\n\n  1. Mgr Darboy. Introduction à la traduction des œuvres de saint Denys l'Aréo­\npagite, p. xc.\n\n\n138\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "   E t si l’Olympe païen, au point de vue même de la beauté\nhumaine, de la volupté et de la splendeur, est tellem ent inférieur\nau Paradis chrétien, que sera-ce de l’homme païen lim ité à cette\nvie, des pauvres héros et héroïnes de M. P ierre Louy s, passant\ndes saletés de la vie à la pourriture de la m ort ?\n   Le christianisme au contraire offre à ces corps humains, après\nune vie sainte, la beauté éternelle et la résurrection !\n   Les artistes, éblouis par Nietzche et par les rêves d’impériale\nénergie, nous les aurions vaincus en évoquant Charlemagne,\nGrégoire VI I et surtout ce Christ glor ieux à qui « toute puis­\nsance a été donnée dans le ciel et sur la terre », qui ne se contente\npas du misérable ascendant hum ain convoité par Nietzche, et\nreçoit de Dieu la toute puissance.\n  E t la toute-puissance généreuse, la toute puissance sans\ndespotisme, dom inatrice par Dieu sur les libertés respectées mais\nsauvées !\n  De sorte que cette énergie im périale du Christ est à la fois\nplus forte, puisqu’elle est toute-puissante, mais plus noble,\npuisqu’elle est sans despotisme, que le rêve césarien de Nietzche,\nrêve à la fois borné dans sa puissance et despotiquem ent cruel.\n\n\n\n\n   Je pourrais considérer d’autres esthétiques, toutes les esthéti­\nques présentes, passées et possibles.\n  Je les prouverais toutes contenues dans l’A rt pour Dieu e t\ninférieures à lui.\n   Toutes vassales d’avance.\n  E t cela ne doit pas surprendre. C’est une conséquence naturelle\nde l’immensité et de la sublim ité du christianism e où to u t se\nrattache et, qu’on le veuille ou non, finit par se soum ettre.\n\n\n\n\n  L ’A rt pour Dieu offre donc une m agnanim e ampleur.\n   Ce n’est pas le program m e d’un h omme ou d’une école\nérigé en esthétique.\n  C’est vraim ent l'Esthétique. L ’A rt pour Dieu peu t vivifier e t\ndominer mille écoles, mille génies variés, anim er des siècles suc­\ncessifs et différents, sans rien perdre de sa vitalité ni de son\nrègne.\n\n\n                                                                139\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "    On reconnaît ici l’esthétique vraie.\n    Elle ne paralyse aucune originalité, et si elle purifie tout, elle\nn ’ exclut rien.\n    L ’ éternité n’a pas peur de l’avenir.\n    L ’Infini n’a pas peur des hommes.\n    L ’Art pour Dieu ne reproche pas aux artistes modernes d’avoir\ntrop d’audace mais d’en manquer.\n    Ayez donc, timides que vous êtes, d’ abord l’audace entière de\nvotre tempérament original et de l’originalité collective ou école\ndans laquelle il se place naturellement, comme un ange dans le\nChœur qui lui est propre, mais, ensuite, ayez l’audace de voir par\noù votre originalité peut conquérir Dieu et en incarner une émo­\ntion qui vous soit personnelle dans une forme d’immarcessible\nbeauté !\n\n   (A suivre.)                                     A lbert J o u n et.\n\n\n\n\n                              LES FÊTES ♦ ♦ ♦ ♦ ♦\n                              DE CHATEAUBRIAND\n\n                IE U X que des fêtes littéraires, car non pas seu­\n\n\n\n\nM\n                 lement une élite de lettres en avait profité pour\n                 se rejoindre, mais la Société d es bibliophiles bretons\n                 et de l’H istoire de B retagn e y voulut tenir ses\n                 assises, et l’Académie française y déléguait deux\nde ses membres, MM. de Vogue et Ferdinand Brunetière, et la\nfamille de Chateaubriand s’y était groupée, et la municipalité de\nSaint Malo s’ était associée à notre projet, et le clergé accourait\navec empressement, et le peuple — trente mille personnes dans\nla petite ville murée — manifestait son intelligence et sa joie.\n  Des fêtes de patriotisme et de foi ! De ces fêtes qui raniment\npour longtemps les souvenirs d’un passé que nous voulons\nassocier à toutes nos espérances d’avenir ! Fêtes d’union qui\nsont des trêves aux batailles des actualités et des contingences !\nFêtes de communion des bonnes volontés et des beaux enthou­\n\n\n 140\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "siasmes! F êtes de Bretagne et de poésie, selon ma devise! F êtes\nde l'Art pour Dieu, selon la vôtre !\n    A la cathédrale, le m atin, ce fu t un fougueux éloge de Chateau­\nbriand patriote et chrétien. « Il n ’y a pas de patriotism e sans la\nfoi », a dit le P . Ollivier et, pendant plus d’une heure, le fils\ndu sonneur de cloches a fait vibrer sur la foule les battem ents\nde son cœur d’apôtre, cloche sonore celle-là, et dont les ondes\nallaient éveiller les frissons p arto u t dans l’immense auditoire.\n   Au Grand Bey, ce fu t un poétique discours de M. le vicomte\nde Vogüé.\n   E t tout était poésie à cette heure d’une après-midi radieuse,\nquand les hommages de fleurs et les hommages de vers s’accumu­\nlaient sur le tom beau; quand la mer, pour nous perm ettre d’ap­\nprocher, s’é ta it doucement retirée et ne b a tta it plus, si doucement,\nqu’un des côtés du rocher; quand la foule, sur ce rocher, sur la\nplage, sur les rem parts de la ville, se faisant respectueuse pour\nfaire entendre tout-à-coup, par grands battem ents de mains et\ngrands éclats de voix, le consentem ent de son adm iration à nos\nhommages.\n    Dans la salle des fêtes de l’Hôtel-de-Ville, ensuite, ce fu t une\n ingénieuse et forte conférence de M. B runetière, où les droits de\nl’idéal et du surnaturel furent proclamés à côté de ceux de la rai­\n son et de la science ; à côté et au-dessus, où les traditions du passé\n furent appelées à la préparation de l’avenir ; où la religion du\n libérateur fu t glorifiée.\n    E t la ville était pavoisée et s’illum inait, le soir, et s’enchantait\n de musique.\n\n\n   Et, le lendemain, c’était à Combourg.\n   Il pleuvait et le paysage mélancolique évoquait la survivance\ndes anciennes mélancolies. L e château dressait ses quatre tours\ngrises dans le ciel gris et les p élerins m ontaient avec nous le\ngrand escalier de pierre au hau t duquel les châtelains nous a tte n ­\ndaient ; et, le prem ier hom mage rendu aux m aîtres actuels et aux\nsouvenirs de musée, c’était plus haut que nous montions, to u t là\nhaut, où, sous la toiture en poivrière, demeurent, dans la cellule\nisolée au bout de la tourelle du grand escalier, les vrais souvenirs\net le vrai m aître!\n   C’est de cette tourelle qu’il fau t regarder le paysage, le même\noù se fixaient les regards tristes de René; un peu de leur tristesse\nest éparse encore dans ce ciel d’orage et dans ces bois lointains\n\n\n                                                                      141\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "qui ferment l’horizon, et sur ces toits des maisons confuses et sur\nl’étang, aussi grand qu’un lac, et sur cette chaussée par laquelle\npassait le chemin qui conduisait à Rennes et par où le chevalier\ns’enfuit vers l’ aventure de sa vie.\n\n\n\n\n   Quelques-uns de nous sont allés revoir Dol, ville forte décou­\nronnée, cathédrale veuve de ses évêques ; c’ est dans le collège de\ncette ville, sous la direction des Eudistes, que Chateaubriand\nétudia.\n   Et Dol et Combourg et Saint Malo sont les trois stations du\npèlerinage, les lieux saints où il faut vénérer la mémoire du grand\nBreton : Saint Malo où il apprit les premières leçons de liberté\net d’indépendance, Dol où se forma son âme religieuse, Combourg\nqui lui donna sa mélancolie et où lui fut révélé l’amour.\n                                                     L o u is T i e r c e l i n .\n      K e r a z u r , 6 s e p te m b re .\n\n\n\n\n                                             AU SEUIL ♦ ♦ ♦\n                                             DU MOIS                  NOIR\n                  A L aurent S a v igny.\n\n                 N deuil nous aurait-il frappés ?\n\n\n\nU                 Voici que la campagne est telle qu'une veuve\n                  dont le cœur n ’était pas encore refroidi :\n                  une veuve qui rit, une veuve qui pleure.\n\n            Belle aujourd’hui, vieille demain,\n elle désire plaire, aimer comme jadis,\njo u ir des derniers jours de sa mûre beauté :\n elle semble sourire à la fois et pleurer.\n\nO mon amie !\nToi dont le cœur\nest ainsi que le mien sensible\nà la joie et à la douleur\n\n142\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "des choses que l'on a p u croire inanimées,\ndescends avec moi l'avenue du manoir :\nviens aux pélérinages préférés\noù, paisibles, les jours coulèrent cet été\nde l’aube au soir.\nAppuie ton front sur mon épaule,\nserre mon bras,\ncar rien ne m'est plus doux\nque le poids de ton corps\net le parfum de violette de ta bouche.\n\n\n\n\nL'homme et la femme se reposent:\nUs ont cueilli la fleur de joie et de bonté\nsous le regard de Dieu dans les vieilles églises.\nPar les champs et le long des routes,\nle cheval, grave et doux,\nentretient son paisible rêve,\net le bœuf aux grands yeux, dans le clos en jachère,\nrumine lentement en regardant le ciel.\nUne paix adorable enveloppe les choses...\nLe cœur ému est dans la main de Dieu,\net c'est pourquoi Von est heureux\net très joyeux d'être très triste.\n\nLe soleil nous reprend encore en amitié,\npuisque, écartant brusquement les nuages,\ntendrement il regarde\net tendrement sourit.\n\nLe vent brutal qui bougonnait comme u n butor\net se recognait hier encore,\nla barbe humide des embruns de l'Atlantique,\naux portes des vieilles maisons ;\ncelui qui reviendra piétiner le bois mort,\nayant déjà, dans nos vergers mélancoliques,\ncueilli les fruits de l'arrière saison ;\ncelui qui tambourinera de ses lourds poings\nsur les portes des granges\net gonflera ses joues aux judas des étables ;\nqui fera s'envoler au loin\n\n\n                                                       143\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "le foin vert et la paille blanche\narrachés aux meules de l'aire,\nle dur vent de noroit,\nce vieux vagabond redoutable,\ns’oublie à sommeiller là-haut,\ndans la demeure des colombes,\nau sommet du donjon abandonné.\n\n\n\n\nL a terre se recueille :\nelle songe aux travaux d'hier et de demain\net fait offrande à Dieu de ses tourments prochains ;\nelle porte son propre deuil.\nDemain les laboureurs pousseront ces charrues,\nguideront les chevaux attelés à ces diables ;\nles lames et les dents aiguës,\njoyeusement, cruellement, reluisent au soleil.\nDans le mystérieux silence,\nle fum ier fume\nen lots égaux équidistants\n et Dieu sourit du ciel à cet encens\n comme à celui qu'aux pieds de ses autels\n le clerc allume.\n\nA l'aurore,\nnoyés dans les regains de trèfle et de luzerne,\nils partirent, d'abord indécis, lentement,\ndevant les poules dociles, les coqs majestueux ;\nmais ils se sont parés bientôt d'insouciance:\ncocoricos victorieux\net joie de vivre et de s'égosiller !\n— Ah la belle journée en l'accalmie des jours ! —\nE t tout ce petit monde heureux s'en va,\nS'en va toujours sans songer au retour,\npicore et gratte et se lutine,\nse chamaille, éclate de rire,\net, sans rivalité, se tolère et s'entend.\nL a bonne vie !\nA u soir tombant,\non les verra,\nsaisis d’inquiétude et le col en avant,\n\n\n144\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "dans la rosée gloussant, gloussant,\nen toute hâte accourir à la ferme.\nSur la route lointaine les peupliers\nsont, d'une haute cathédrale, les piliers,\ncathédrale sans voûte et vide\noù, nonobstant, une brise timide,\nsur les grandes orgues, s’essaie\naux symphonies lugubres de l’hiver.\n\n\n\n\nLes bûcherons ont déposé dans Vherbe\nla hâche, la scie et la serpe,\ncar c'est aussi dimanche dans les bois ;\nmais les oiseaux qu'on ne voit pas\nont des piaillements douloureux de mourants.\nPetits, petits ! souffrent-ils ? de quel mal ?\npleurent-ils une joie qui ne reviendra, plus ?\nLe bois est plein de funèbres parfum s :\nPressent-ils des détresses prochaines ?\n Y aurait-il parm i eux des défunts ?\nPeut-être chantent-ils une messe des morts.\nLa même angoisse étreint et leurs cœurs et nos cœurs :\ndans les taillis de noisetiers et sur les chênes,\nles oiseaux souffrent, les oiseaux chantent, les oiseaux pleurent\n\n O cette odeur de feuilles mortes,\nodeur pénétrante et sans nom,\nsi chère, si pure et si forte !\nodeur qui toujours nous émeut\net qui de plus en plus sollicite nos pleurs !\n\nAcre et douce,\nodeur des feuilles qui pourrissent,\nodeur ou l'on désire se rouler,\ns'ensevelir pour y mourir ;\nodeur des vieux talus couvert de mousse ;\nparfum humide qui savoure et qui grise\net ravit jusqu'à la douleur,\nparfum semblable au parfum de nos cœurs !...\n\n\n                                                               145\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "O bruit des feuilles mortes que l’on foule,\namère joie\nde remuer dit pied des louis d'or,\nencore plus aiguë que celle de l'avare\nqui brasse ses trésors !\nOdeur de l’or et bruits de l'or,\nde l’or qui fu t vivant pour la joie de nos yeux,\nqui fu t à l'homme et qui retourne à Dieu.\n\nOh ! quel souvenir\nréveillent ces parfum s de mort et ces musiques !\nsous ces ormeaux, ces chênes et ces hêtres,\nn'avons-nous pas roulé dans le sang des ancêtres.\n\nComme un échos de vieille basilique\nsilencieuse et sonore,\nl'écho de la forêt s'éveille\nlorsque tombe une feuille\net se rendort.\n\n\n\n Oh ! la joie douce et triste, noyée de pleurs,\navant-goût de la triste allégresse d'Ailleurs,\nce divin calme que les autres ignorent,\ntoi aussi compagne fidèle, tu le goûtes !\nSerions nous seuls ici à vivre la Vie, toute ?\nHeureuse solitude\noù ta grâce a m ûri et s’allie à ma force !\nArrêtons-nous :\nn'entends-tu pas la sève qui descend\nsous l'écorce ?...\nÉcoute,\ntu l’entendras remonter au printemps,\nla belle vie ! ô la Vie toute !\nreligieusement poursuivre notre route,\nne perdre rien du geste auguste de la Mère,\nà ses dures mamelles boire\nla santé, l'indépendance et la joie !\n\n Voici le soir.\nRegarde : à mi-coteau,\nse dore le manoir ;\n\n\n146\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "du haut en bas les vieilles vitres flamboient.\nFête de l'âme qui s'exalte à la joie des yeux !\nComme l’herbe, nos cœurs montent droits dans la fraîcheur\ncar la rosée, discrètement, est descendue.\nL'araignée a tendu ses fins tissus\net voici qu’il semble que les diadèmes\nde tous les Bois, l'or et les gemmes,\net les pleurs des martyrs,\nà nos pieds sont tombés.\n\n Aujourd'hui vaut hier. Que les demains s’avancent !\nLe Mois noir paré de blanc\nvaut l'été, l'automne et le printemps.\nLa vie est désormais pour nous comme u n fru it m ûr ;\nnul n ’en goûtera m ieux la puissante, saveur.\n O maternelle Terre,\nje souris à tes joies, je pleure à tes douleurs,\nj ’entends battre paisiblement ton vaste cœur.\n\nHiver ! Été !\nPulsation du cœur de la Nature !\nsi lente pour notre éphémère humanité,\nsi rapide pour la Cause Unique, l'Éternité !\n                                                Y ves B erthou.\n\n\n\n\n                                               LE ♦ ♦ ♦ ♦ ♦\n                                               BON       ONCLE\n\n    --E train surgit à la courbe lointaine empanaché d’un nuage\n       blanc, et peu à peu g randit le bruit tum ultueux de sa course,\n       jusqu’à la petite gare aux vitres branlantes où, soufflant\n       comme unebête rendue, la machine s’arrêta, tandis que les\n                   gardes couraient aux portières.\n   Un paysan, vieux e t cacochyme, descendit avec peine d’une\nvoiture de troisième, resta planté gauchem ent sur le tro tto ir ; le\ntrain partait déjà, secouant son vacarme qui s’élargit et puis dé­\ncrût, avec sa fuite vers d’autres lieux.\n\n                                                                  147\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "   Alors au dessus de la barrière, près de la sortie des voyageurs,\ndes voix crièrent :\n   — Bonjour Neeles !\n   Le paysan clignota, rit hautement, se fouilla longtemps, en\nvain, pour retrouver son billet de voyage, et l’ayant enfin fait\ntomber par terre, après avoir retourné toutes ses poches, il put\npasser le contrôle, serrer les mains de ceux qui l’attendaient.\n   — Et Mie, ta femme?\n   — Encore souffrante.\n   — Gravement?\n   — Hé, hé, le médecin hoche la tête. Même le curé ne sait nom­\nmer ce dont elle souffre. Un dépérissement lent.\n   Puis tout-à-coup le vieux changea de conversation.\n   — Les récoltes ne seraient-elles pas compromises? Mauvaise,\ncette période de sécheresse, pour ce pays-ci sablonneux et rêche.\n   Il promenait son regard vacillant sur les champs campinois,\ngris, malades, consumés par la fièvre d’ un été brûlant. Il parla de\nsa contrée loozaine, du pays riche; là, l’ automne s’ enorgueillissait\ndes magnifiques récoltes du verger et, tous les aoûts, les plaines se\ncouvraient des gerbes lourdes des blés d’or.\n    Son beau frère et sa belle sœur, muets, l’ écoutaient, ayant de­\nvant les yeux la vision du pays de cocagne.\n    On arrivait à la ferme.\n    Une fille rieuse, souple dans sa taille d’accorte villageoise, où\n sa jeunesse s’ épanouissait en fleur, vint au devant d’eux.\n    — Ma nièce! dit le vieux. — Ma nièce! Ma nièce! Il ne dit\n que ces mots, mais la regarda avec insistance et retint longtemps\n sa main.\n    Midi se plongeait dant les flammes. Un silence torride s’affalait\nsur les choses. Les fumiers desséchés plaquaient des taches pres­\n que blanches dans la cour de la ferme, et les murs accusaient\n violemment des usures, des rouilles du temps, des caducités de\n poutres; seule, la vacherie ouverte reposait le regard d’une\n ombre violacée.\n    S’étant mis à table, le vieux d’ abord ne mangea pas. Il toussait,\n sans se retourner. Les autres subissaient, stoïques, la pluie de\n salive qui tombait, un peu partout, au hasard de la bronchite\n chronique. Il avait mis, sur sa tête chauve, une calotte de lustrine\n noire, et transpirait avec abondance. L ’ étoffe, qui déteignait,\n avait mêlé sa couleur aux gouttes de sueur. Il était ainsi zébré de\n rais d’ encre.\n    — Allons! Allons! Il voyait bien que ses parents se tireraient\n\n\n148\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "toujours d’affaire. E t puis, s’il le fallait, il se trouverait encore\nprêt à leur venir en aide.\n   Il allongea, péniblem ent, sa jam be sous la table, et comme il\ntouchait le pied de K atrien, sa nièce, celle-ci recula sa chaise.\n   Il y eut un peu de gêne.\n   Le ferm ier Van B ram descendit à la cave, et revint po rtan t des\nbouteilles.\n   — De la bière de Mars, Neeles!\n   Neeles tendit son verre. Il but avec plaisir.\n   Cela lui délia la langue, et il parla longuem ent de son épouser\npoussant de p etits soupirs entrecoupés de hoquets.\n   Légèrem ent gris, à la fin du repas, il leva son verre.\n   — A mes chers parents, à ma bonne petite nièce !\n   Mais il dut sortir. L a chaleur et la bière lui avaient fait to u rn er\nle cœur.\n   L ’après-midi, le ciel fu t traversé de nuages sombres ourlés de\nliserés ardents. Une teinte livide banda l’horizon au couchant, et\nle vent balaya, en un coup de tem pête, l’air stagnant et p u trid e\nIl y eut un violent roulem ent de tonnerre, pendant qu’une traînée\nde feu déchirait les nues. Ce fu t alors indiscontinu. Les éclairs\ncinglaient l’espace, l’orage brisait son tum ulte dans la campagne\n mouvante en les rafales de pluie. C’était comme un voile agité,\n immense et sombre, sur la plaine, et que la foudre coupait d’un\nglaive d’or.\n   Les deux femmes prièrent. L e vieux, très oppressé, s’é ta it\n assis, tournant le dos à la fenêtre, et son beau frère, le ferm ier,\n lui répétait : — C’est de l’argent qui tombe, Neeles.\n    Ainsi vint le soir, qui s’élargit dans l’accalmie des éléments.\n L’orage avait fui. L a n uit m ontait vers un ciel d’azur et de neige.\n\n   Le lendemain, Neeles retourna chez lui, chargé de tartes et de\nfromages que la ferm ière destinait à sa sœur malade.\n   Le train partit, e t lui, à la portière, saluait de la tête et des.\nbras. Ses parents répondaient p ar de grands gestes, coupant l’air\ncomme des battoirs. K atrien interrom pait parfois, d’une main,\nses adieux, pour se fro tte r la joue, où un baiser du vieux collait\nencore.\n\n\n\n  Ils ne parlèrent pas beaucoup de cette visite. Van B ram se con­\ntenta d’ém ettre quelques réflexions sur l’état de santé de son\nparent.\n\n\n                                                                      149\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "    — Aussi fini que sa femme, pour sûr.\n    E t il alla surveiller, aux champs, les ouvriers de ferm e qui fau­\nchaient des trèfles maigrichons, pendant que K atrien et sa mère,\ndans la prairie, tiraien t aux pis des vaches dolentes qui levaient\nla tête et baissaient les paupières, se sentant soulagées, et souf­\nflaient à petits coups, le naseau remué.\n    Les Van B ram ne délaissaient pas la tâche. Les femmes et\nl’homme, dès l’aube, couraient aux étables ; les prem iers au la­\nbeur, les voiles de la n uit calm aient à peine leurs ardeurs. L a fer­\nm ière et K atrien, à la lueur du quinquet, s’usaient les yeux sur des\ntricotages, des ravaudages, toute la renipperie d’une garde-robe\npiteuse. Van Bram, pendant ce tem ps, le front plissé, s’évertuait\nà saisir la compréhension de livres agricoles. Il échaffaudait des\nespoirs. Des théories neuves d’engrais, de cultures intensives, dan­\nsaient dans sa cervelle jusque tard en la n uit. E t la réalisation, in­\nvariablem ent, trahissait ses prévisions. Il y eut encore d’inopinées\ncalamités. Une grêle, véritable fléau, hacha m enu deux hectares\nde céréales, et son bois de pins était attaqué par les parasites.\n   De nouveau, il fallut écrire à l’oncle.\n   Cela fut humble, très misérable et très douloureux.\n   Avec la somme d’argent qui leur fu t envoyée, ils p u ren t parer\naux éventualités pressantes.\n   Van Bram, tandis qu’il travaillait un champ im prégné de stéri­\nlité par la terre de bruyère voisine, aperçut, une après-midi,\nK atrien venant à lui la figure bouleversée, la démarche saccadée,\net de loin déjà elle lui cria :\n   — L a tan te est m orte !\n   Van Bram avait deviné un décès. Une prescience cependant\navait suscité en lui une autre image. Aussi ne prononça-t-il qu’un\n« Tiens ! » dont sa fille s’offusqua.\n   Comme ils m archaient vers la ferme, K atrien seule parla. Elle\nénum éra les si nombreuses qualités de la défunte, ju sq u ’aux mots\nqui résum èrent toutes ses paroles : C’était une sainte.\n   Ils trouvèrent la ferm ière en pleurs. Triste soirée que celle qui\nsuivit. L a m ort m êlant son horreur à la charge de la vie, de lourdes\ncraintes les oppressaient. L e décès pouvait ferm er la porte aux\nlibéralités de l’oncle, m aintenant que la sœur de la ferm ière était\npartie pour l’éternel voyage. Dans les tristesses, on supputa ces\nprobabilités et, désolés de ta n t de misères, ce fu t avec un cœur\nréellem ent poigné qu’ils assistèrent aux obsèques de leur parente.\n   Une chose les frappa tous les trois. L ’oncle avait supporté ce\nm alheur avec un extraordinaire courage. Ils croyaient le trouver\n\n\n150\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "abattu, en proie à un affaissement total, et lui-même, chargé de\n ses soixante-quinze ans, s’ arrêtant sur sa route de vie, incapable\n de résister au coup terrible dont il était frappé. Mais non ! l’oncle\n avait été stoïque. Il leur dit : Elle est au ciel ! E t cette certitude\ncalmait sa douleur. Ce fut lui plutôt qui eut les paroles d’encou­\nragement et de réconfort.\n    Il fut très bon.\n    Et cela leur donna une grande consolation. Un espoir luisait\nencore dans les ombres de leur existence.\n    Mais la ferme continua de péricliter. De mal en pis, telle fut\npour eux la marche des jours.\n    Alors à bout, sans ressources, ils songèrent à vendre leurs terres.\nMême les largesses de l’oncle ne suffisaient plus au règlement des\ndroits des créanciers.\n    Le village prenait une attitude hostile à leur égard. Lorsque le\ndimanche sonnaient au clocher les offices de la journée, et quand\nles Van Bram traversaient la place devant l’ église, des gens affec­\ntaient de ne pas les voir. Ceux-là qu’une bonté voulait compatis­\nsants, les saluaient, gênés quand même, parmi le mépris qui s’ af­\nfirmait davantage chaque semaine.\n    Ils connurent la honte. Alors, dans ce temps d’ épreuves, un\nmatin, il y eut un brusque émoi à la ferme.\n    Le fermier venait de recevoir une lettre et, l’ayant parcourue,\nil courut prévenir sa femme et sa fille.\n    Ceci était inespéré. L ’oncle, le bon oncle, leur proposait de\nvenir habiter chez lui. C’était l’hospitalité la plus cordiale qui\nleur était offerte. Neeles s’ estimerait payé au-delà de sa créance,\ns’ils acceptaient; ce serait sa dernière joie, la présence de ses pa­\nrents à son foyer si vide aujourd’ hui; et puis aussi il escomptait\nleur belle vaillance au travail.\n    Les Van Bram furent profondém ent remués.\n   Et toute la reconnaissance, dont leur cœur débordait, inonda la\nréponse qu’ils envoyèrent au vieux Neeles; quatre pages où cha­\ncun mit beaucoup de son âme.\n\n\n\n\n  Katrien disait à sa mère :\n  — Cela devient intolérable.\n  Et la pauvre femme répondait :\n  — Tu t’abuses. Il te voit ave3 des yeux de père, C’ est sa fille\n\n\n\n     2                                                             151\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "qu’il trouve enfin. Il n ’a jam ais eu d’enfant. Alors il exhale\ntoutes ses tendresses paternelles amassées... Il est si bon!\n  Mais K atrien, très nerveuse, rem uait la tête négativem ent.\n\n    L e printem ps, comme une épousée, se vêt de robes blanches\n dans les vergers ; les plaines limoneuses s’estom pent de clairs\n reflets ; une vie jeune em plit l’air de senteurs et de secrète\n volupté.\n    Neeles a conduit Van B ram devant les arbres qui sont d’im­\n menses bouquets éclatants, comme de la neige au soleil ; il lui\n a m ontré les prés où les vaches majestueuses prom ènent avec\n lenteur leur corps lumineux ; ils ont vu la cam pagne mouvante\ndans l’enfantem ent des blés et le ciel qui sourit parm i les\nondes d’or.\n   L e vieux achevant un long discours, s’est redressé orgueilleux,\n enveloppant d’un large geste le paysage campagnard, ses terres,\n qu’il énumère une à une, avec les dates d’acquisitions, leurs\nvertus, et le rap p o rt de la chevance...\n   — E t to u t cela sera pour elle, a-t-il dit en term inant.\n   Van Bram m urm ure : « Il est si confus. Sa fille serait indigné\nd ’un tel bonheur... » Il bafouille, le pauvre père, serré à la gorge\np ar l’émotion.\n   L e vieux, tranchant, répète : — Tout cela sera pour elle.\n   L e soir, à table, il a fait assoir K atrien à ses côtés. Coulant\nvers elle des yeux chassieux, il a eu de tendres propos. L e père et\nla mère, aux visages figés dans la consternation, se regardaient\nen silence. E t K atrien, soudain s’est levée, et sanglotant très\nhaut, elle s’est enfuie. Ils l ’entendirent m onter l’escalier, puis\ns’enferm er dans sa chambre.\n   Van B ram et sa femme, navrés, fixaient leurs assiettes avec\nune attention longue et excessive.\n . L e vieux alors se leva, furieux ; il dit :\n   — On vous accueille, les pauvres, on vous empêche de crever\nde faim, et voilà vos reconnaissances. Mais la porte est ouverte.\nPassez le seuil, retournez d’où vous venez. E t puis, je pousserai\nle verrou.\n\n   Cette nuit-là personne ne dormit. Les uns furent secoués par\nles houles de la vie démontée, voyageurs dans l’éternelle tempête,\net Neeles, hors de lui, les sens exaspérés, honteux de l’insuccès,\nexhala sa rage sénile en des soliloques effrayants et bouffons.Mais\nle m atin v it la vierge résignée. Les lueurs d’aube furent son nimbe.\n\n\n152\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "    K atrien salua Neeles d’un sourire qui pleurait.\n    Le vieux, bougon, se détourna ; cependant sa face fu t plissée\npar une crispation, qui devait exprim er de la joie ; déjà.\n    Dans l’étable, une heure plus tard, Neeles la rejoignait. Elle\nsentit des lèvres se coller sur sa bouche, et pria le bon Dieu.\n    Ils apparurent tous les deux au repas de midi, la m ain dans la\nmain ; elle le servit à la table avec des grâces de sœur de charité ;\nil lui parla de très près et toussa de même, et elle posait sur lui\nses bons yeux tranquilles.\n    Les père et mère vécurent devant le sacrifice, comme le m al­\nchanceux v it sa prem ière journée pendant laquelle il besogne\nvilement pour un honteux salaire.\n    Les soirs d’été connurent le bonheur de Neeles, il venait\nd’obtenir les dispenses nécessaires pour son m ariage ; longtemps,\nsous le ciel nocturne, il prom enait ses ivresses et K atrien.\n    Les gens glosaient. Lui, acquiesçait à toutes les prédictions\ndont les villageois le comblaient.\n    — A m ari vieux et à femme jeune, fam ille nombreuse, Neeles !\n    Ses petits yeux b attaient plus vite, et il inclinait la tête,\nconvaincu.\n    Il voulut une noce somptueuse. A u cabaret du Soleil d’Or,\non l’entendait le dimanche, après vêpres, vanter l’ordonnance du\n festin, to u t en in g u rg itan t d’étonnantes quantités de bière. Il\n parlait de sa belle, comme un gars en folie. R ajeuni, vainqueur,\n il sortait de là, chantonnant, souvent saoûl, ayant d’abord régalé\n ceux qui se trouvaient dans l’estam inet, et puis finalement, les\n conviant tous à ses noces.\n    E t les gens disaient : « P lus on est vieux, plus on est fou. »\n    A sa ferme, les peintres, les menuisiers, travaillaient depuis un\n mois. On rem ettait les salles à n e u f pour le grand jour, on badi­\n geonnait de blancheur nuptiale la façade de la m étairie ; il voulut\n une chambre d’époux, comme celle que l’on voit dans les maisons\n des villes, et chaque jo u r ses amis étaient admis à la contem pla­\n tion de ce luxe.\n     Tant de prodigalités lui évitèrent l’ennui du charivari réservé\n aux veufs en m al de rem ariage ; même les petites gens du village\n parlèrent de lui, comme d’un bourgm estre qui serait idéal.\n     Neeles, vraim ent, rem plissait de stupeur un chacun. Dans l’émoi\n  de ses tendresses et de ses travaux m ultiples, il oubliait même sa\n  bronchite chronique. Ou bien, dans un coin, il confessait à\n  Katrien des aveux que sa figure m im ait en mille grimaces affec­\n  tueuses, ou bien il excitait au travail les ouvriers, prom enant son\n\n\n                                                                   153\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "regard vacillant sur toutes les besognes, haranguant les arti­\nsans dans des effluves continus de. paroles. Il avait le visage rouge\net les gestes fébriles. Vrai, le coup d’ amour, qu’il buvait à soi­\nxante-seize ans, le fouettait du complet regain de ses années de\njeunesse.\n   Van Bram cependant, au milieu de cette fièvre, songea à la\npromesse que l’ oncle lui avait faite, le jour où il lui déclara son\namour pour Katrien.\n   Et en bonne et due forme, le testament fut rédigé. L e vieux\nle signa d’un paraphe, énorme comme sa joie.\n   C’était là, sans doute, le complément, attendu par le destin, du\nmagnifique soir de vie de Neeles, car, pendant la journée du len­\ndemain, le vieux, tout-à-coup, s’ affaissa.\n   Transporté dans son lit, en grande hâte, il resta couché, immo­\nbile, ne disant mot, le regard fixe cette fois, sous la paupière qui\nne clignotait plus.\n   Et quelques heures plus tard, sans avoir desserré les lèvres,\n sans avoir remué le corps, il expira.\n   Tandis que Katrien et sa mère se regardaient, stupides, égarées\n dans les surprises de la vie, Van Bram, qui déjà s’ était mis à\n genoux devant la dépouille du bon oncle, moins laid, dans la\n mort, qu’il ne l’ avait été de son vivant, murmura :\n   — Il y a un Dieu !\n                                              G e o r g e s V ir r è s\n\n\n\n\n                                      A     L’INCROYANT\n                                                 ♦    ♦     ♦\n\n\n             V E U G L E douloureux, à tâtons dans la vie,\n\n\n\nA             T u marches sans savoir d’où tu viens, où tu vas,\n              Hélas! et jusqu'ici le Destin t’abreuva\n              De l’atroce tourment de soifs inassouvies.\n\n\n      A insi qu'un mendiant, tu gravis ton chemin,\n      Tendant, vers quel bonheur illusoire, tes mains ?\n      Mais tes mains n ’ont trouvé que le vide du doute,\n      E t tu blessas ta chair aux ronces de ta route.\n\n154\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "Pourtant, si tu voulais terrasser ton orgueil,\nJoindre les mains plutôt que les tendre vers l'ombre,\nTes yeux verraient le Jour, et, dans ton cœur en deuil,\nTout un printemps fleuri naîtrait sur les décombres.\nE t comme à ce blessé, le bon Samaritain\nVint prodiguer enfin les baumes guérisseurs,\nUne Vierge, vers toi, descendrait du M atin\nPour être désormais ta compagne et ta sœur.\nElle viendrait vers toi en tunique de flammes,\nE t la seule vision de sa jeune candeur,\nO pauvre mendiant ! consolerait ton âme\nE t remplirait tes yeux de célestes splendeurs.\nD onne ta m ain souillée à cette main d’enfant,\nElle te conduira par une route étroite,\nP a r une route abrupte, interminable et droite ;\nM ais qu’importe ? avec Elle on marche triomphant !\nVa ! et si quelque jo u r la route t ’effarouche,\nS i ton cœur dépérit comme u n arbre brisé,\nL ’Espérance mettra sur ta bouche u n baiser,\nE t ton cœur renaîtra au baiser de sa bouche.\n                                  G eo r g es R a m a ek ers.\n\n\n\n\n                                         INVOCATION\n                                               ♦    ♦   ♦\n      Pour Edouard Ned\n\n        I E U qui vis dans notre âme en croyances mystiques,\n\n\n\n\nD\n          Toi l’unique idéal d’amour et de bonté,\n\n\n\n         D ieu puissant qui créa la frêle humanité\n         E t que nous adorons dans nos temples rustiques,\n\nEntends monter vers ton génie éblouissant\nL ’extase de ma foi généreuse et vibrante !\nC'est par Toi que je pleure et par Toi que je chante,\nE t c’est Toi qui guida mon geste frémissant !                  155\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "      Seigneur, préserve-moi des méfaits de la terre !\n      Pardonne mes désirs d'enfant et mes erreurs ;\n      Fais que, dans notre monde égoïste et menteur,\n      Ta divine bonté effleure ma misère !\n      Étends sur ma faiblesse un manteau de pardons\n      Seigneur ! Nous avons tant besoin de ta clémence !\n      Que ton nom qui console aux jours de défaillance\n      Préserve notre foi des lâches abandons !\n      Fais que je trouve une âme innocente et chrétienne\n      A qui mon cœur pieux puisse à jam ais s'unir :\n      Ses m aux seraient les miens, son ivresse, la mienne,\n      E t je la conduirais vers ton bel avenir.\n      Nous corderions des jours d'extase et de prière\n      E t je t ’adorerais à travers sa Beauté,\n      E t tu voudrais, sanctifiant notre poussière,\n      Que rien ne la ravisse à mon éternité !\n      Puis, quand la mort viendrait ébranler nos deux têtes,\n      Je voudrais que ton char triomphal nous unît\n      Vers l'immortalité comme vers une fête...\n      Alors nous sentirions ta main qui nous bénit,\n      Quand monterait vers Toi, mon âme de poète !\n\n                                                 M aurice P e rrès\n\n\n\n\n                                             L’EGLISE ♦ ♦ ♦\n                                             ABANDONNÉE 1\n           (Proses rythmées.)\n\n        vieille église abandonnée est si vieille, qu’à to u t moment,\n      on croirait qu’un grand coup de vent va je te r bas son\n      vieux clocher.\n         Son parvis est si deserté que l’herbe y pousse to u t à son\n                   aise, e t que des fleurs même paraissent entre\nles pierres de l’entrée.\n\n 1. Le livre des villages, poèmes, à paraître prochainement.\n\n\n\n156\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "     Le chemin qui m enait jusque là est oublié de to u t le monde.\n  Un jour un laboureur y passera sa charrue, et l’église parm i\n  les blés restera, dans sa paix profonde, comme une grand bateau\n  désemparé, pour la consolation quand même des âmes déses­\n  pérées.\n     On y a ta n t prié, ta n t dit d’invocations, que ses m urs sont\n  devenus gris comme l’encens, et que sa tour en ruine, souvent,\n  semble m urm urer des lambeaux de confessions.\n     P ar les vitraux brisés que dorait la lumière — à peine s’il reste\n  quelques morceaux de verre, enchâssés dans le plomb, où l’on\n  devine encore des Christs et des saints b lo n d s — on voit l’autel\n  à l’abandon, dont il reste à peine quelques pierres usées, et que\n  domine un Christ brisé, qui n ’a plus qu’un bras pour bénir, et\n  dont les lèvres effritées semblent sourire.\n     Sous l’autel, les feuilles m ortes font de grands tas ; aux jours\n  de tem pêtes, on les voit voleter comme des oiseaux gris épou­\n vantés, et qui sentent leurs ailes se briser de froid sans trouver\n  de refuge ni d’abri dans les m urailles de granit.\n    Les chants sacr és, voilà longtemps, se sont éteints, avec\n la dernière flamme des derniers cierges et la bénédiction de la\n dernière messe, par un triste jour de fin d’autom ne et ni les\n chaises heurtées ni les mots murmurés, ne troublent plus les\n chants latins ou les pieuses litanies sans fin.\n    L a vieille église abandonnée est comme une m orte de pauvreté,\n tombée dans un champ, et que personne ne relève ; la vieille\n église abandonnée est une m orte.\n    E t pourtant, comme un signe de vie éternelle, aimable et pro­\nm etteur pour les âmes fidèles, sur le vieux tem ple sans croix, un\ngrand lierre envahisseur paisiblem ent croit.\n    Il tourne to u t autour du haut clocher ; le vieux portail est\nenvahi, c’est à peine si l’on voit la porte cachée, et les saints,\nau-dessus, qui ornaient les murs gris.\n    La vie reste fidèle à l’église. Les hommes peuvent l’abandon­\nner, les femmes passer sans se signer, mais le lierre amical et\nattentif, et les fleurs et même les arbres qui se penchent près des\nvitraux, l’aim ent et la protègent du tem ps et de l’ennui.\n    E t le printem ps venu, ce seront les diseaux qui diront le m atin\nl’habituelle prière, et qui serviront une messe coutum ière devant\nl’autel que fleuriront les nids nouveaux.\n   E t de la cage, d’où les cloches sont parties, le vent m atinal\nemportera, vers les bois, au lieu de battem ents de bronze, des\nchansons claires comme celles des enfants.\n\n\n                                                                 157\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "    Et l’église ainsi se dresse parmi les champs comme une vieille\n aimable qu’ entourent ses enfants : les villages, les champs et les\n forêts bleues, qui l’aiment et le disent avec des mots à eux.\n    La vieille église abandonnée est si vieille, qu’à tout moment\n on croirait qu’un grand coup de vent va jeter bas son vieux\n clocher.\n                                                 P r o s p e r R o id o t .\n      Juillet 1897\n\n\n\n\n                  UNE CURE ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦ ♦\n                  DU GRAND SAINT NICOLAS\n         A Monsieur le docteur Rutten.\n\n\n\n\nD\n                ANS son p e tit lit, l’enfant souffre.\n                    L e père et la mère sont dans la chambre voisine :\n                 ils pleurent...; ils pleurent... C’est l’irrémédiable. La\n                 m ort va passer, va venir prendre la m ignonne âme\n                 chérie et ce sera tout. Ce sera tout : leur amour, leur\ntendresse, ce p e tit être adoré, leur chair et leur sang, ne sera plus\n qu’un frêle cadavre pâle. L e médecin a prévenu le père et le cœur\nde la mère a deviné, parm i les angoisses et les éplorem ents qu’on\ns’efforçait en vain de cacher autour d’elle, que ce serait bientôt\nl’horrible fin. Les parents ne cherchent plus à retenir leurs lar­\nmes, n ’ont d’effort que pour rendre leur chagrin silencieux de\nfaçon à n’en rien laisser entendre par le pauvret, de façon à ne\npas perdre un bruit, un soupir, qui pourrait venir de la chambre\noù une sœur veille et où le médecin attend, impuissant...\n   L ’enfant souffre et gémit, se convulsionne et râle. C’est\nhorrible.\n   Le médecin, pourtant, revient une fois encore examiner de très\nprès le p e tit agonisant qu’étreint à la gorge l’étranglem ent fatal,\nqu’étouffe la suffocation du croup, qui m eurt. A l’instant suprême,\nce miracle que la mère implore de Dieu dans ses prières affolées,\nne peut-il pas tenter de le provoquer, lui devant qui on s’est traîné\nen le suppliant de sauver le chérubin, lui dont on a pris les mains\nen les serrant nerveusement: « Vous le guérirez, n ’est-ce pas, doc­\nteur, vous le guérirez, dites ?... »\n\n\n158\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "    Il a dit : peut-être, étant sûr que non.\n    E t cependant... penché sur le visage affreusement torturé de\nl’enfant, le brave homme s’ingénie à sourire. Dans la main, caché\naux yeux égarés qui ne voient plus guère d’ailleurs, il tient l’appa­\nreil dont il espère le miracle. E t il m urm uré to u t bas à l’oreille du\npetiot des paroles câlines, très douces, presque joyeuses : Allons,\nfifi, allons, chéri, ouvre la bouche, fais voir où tu as bobo... Allons,\nsois sage, Jujules, rie un peu, rie bien fo rt pour que maman\nvienne... Dis, Jujules, m ontre le bobo à Monsieur le docteur,\nouvre la bouche...\n    Mais, dans ses sanglots de souffrance, l’enfant ne veut rien, ne\nveut plus rien. A peine peut-il encore secouer la tête pour faire un\nsigne, pour indiquer qu’il ne veut, qu’il ne peut pas ouvrir la\nbouche, que son mal est trop immense; et, au lieu de rire, c’est\ngémir de plus en plus qu’il fait.\n    Résolument le médecin a pris un parti. Il vient trouver le\npère et, hâtivem ent, à mots nerveux et pressés, presque bruta­\nlement :\n    — Sans une seconde de retard, il fau t que vous parveniez à lui\nfaire ouvrir la bouche. J ’ai essayé ; il ne veut pas : il souffre trop.\nIl faut néanmoins que je voie de to u t près et complètem ent la\ngorge. Peut-être pourrai-je alors lui arracher le mal.\n    E t c’est le père qui se penche sur le pauvret, qui le cajole et\nl’embrasse et lui dit des choses attendries, le persuade, l ’implore...\n    — Dis, tu dois m ontrer ta bouche, chéri. Tu est si gentil,\nvoyons, fais plaisir à papa. Tu n’auras plus de mal, tu verras...\nJules, allons, pour faire plaisir à papa?\n    L ’enfant semble ne pas même comprendre. Il est moins agité\nmaintenant. Comme une torpeur l’envahit. Il pleure toujours : de\nlentes larm es roulent sur ses joues blanches et les gémissements\nsont longs, douloureux, mais moins bruyants, qui sortent de sa\ngorge ravagée.\n    — E t à maman, tu voudras bien m ontrer ? Tu ouvriras la bou­\nche si elle te le demande? Dis, chéri, pour ne pas faire de peine\nà maman...\n    De la chambre voisine, la mère entend toutes ces paroles et\nguette, anxieuse, la fin de ce drame poignant.\n    Il faut qu’une tension suprême de volonté lui fasse se composer\nun visage souriant, lui refoule ta n t de larmes pressées aux bords\ndes paupières... L ’enfant ne l’écoute pas plus que le père ou que le\nmédecin. Il n ’a même pas p aru la voir. E t tout l’amour d’une mère\naffolée ne peut trouver les mots qu’il faudrait pour vaincre la\n\n\n                                                                      159\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "résistance que la souffrance fait opposer par le pauvre petit\nmalade à ces supplications désespérées.\n   — Enfin, chéri, si tu ne veux pas, à moi, à qui veux-tu montrer\nta bouche, à qui, si pas à maman ?\n   Et Jules a entendu. Il semble qu’il va se décider; on devine\ncomme un effort dans de petits mouvements de ses deux bras\nétendus sur la couverture, dans un regard de ses yeux en larmes...\nTout bas, très bas, à l’ oreille de sa mère :\n   — A Saint-Nicolas !\n   Et c’est un murmure, un souffle que ces deux mots. La mère\nn’est même pas bien sûre qu’ il les a dits...\n   Pourtant elle s’est redressée brusquement, rentrée dans l’autre\nchambre, faisant signe qu’ on la suivit et, nerveuse, sans un répit,\nsans une larme qui l’ eût pu attarder, elle se mit à l’ œuvre, en\nhâte.\n   Ce fut touchant, comique et douloureux ; ce fut inattendu au\npoint d’ en rire en sanglotant. Et ces braves gens abattus, déses­\npérés l’instant précédent, furent pris d’une animation fébrile; le\npère allait par toute la maison à la recherche d’un tas d’ objets ;\nla mère dévalisait des armoires, des tiroirs ; les servantes couraient\nau plus près acheter toute une manne de jouets; la sœur de cha­\nrité préparait discrètement la mise en scène, baissait les stores\net fermait les rideaux pour emplir la chambre d’obscurité.\n   Le médecin était très grand, le père de petite taille. Et il fallut\nà celui-ci monter sur une chaise pour ajuster sur la tête de\n« Saint-Nicolas » une perruque et une grande barbe de chanvre\nagencées à la diable. C’ était touchant à briser le cœur de voiries\ndoigts tremblants se presser de terminer cette mascarade pendant\nque des larmes tombaient des yeux du père sur la mitre en papier\nqu’il était en train de confectionner, et que la mère sanglotait,\ntout en fixant avec des épingles le tapis rouge dans lequel le bon\ndocteur se drapait majestueusement.\n   On lui mit une lanterne allumée à la main, un panier plein de\njouets au bras et, sous le pli de son vêtement, il cacha l’appareil\nqui pouvait sauver l’enfant.\n   Le père et la mère vinrent d’ abord au chevet. Ils dirent de dou­\nces choses au bien-aimé, sans le préparer à la surprise... La porte\ns’ouvrit et le Bonhomme à barbe blanche et à mitre parut, tout\néblouissant dans la lumière de sa lanterne, offrant un polichinelle,\ndes sabres et des chevaux à roulettes et des boîtes et des pana­\nches à l’ enfant émerveillé, ravi.\n   — Saint-Nicolas ! dit-il, et ce furent ses seuls mots, prononcés\n\n\n160\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "lentement en une extase, une magie d’admiration et de bonheur...\nPuis il sourit, tendit ses petites mains pâles et frêles à l’ appari­\ntion inattendue, accepta la caresse du grand Saint qui lui prit la\ntête dans le bras gauche et, sa longue barbe de chanvre étalée sur\nles couvertures de la couchette, lui demanda où il avait mal...\n   — Là, là, dit l’ enfant. Et il ouvrait toute grande sa petite bou­\nche, montrait la gorge envahie, gémissait tout en souriant au\ngrand Saint...\n   — C’est tout, petit Jules, c’est tout; mais soit bien sage. Garde\nla bouche ouverte, là, comme cela, et laisse-moi faire. Je vais\nprendre le mal, moi, tu verras : tu n’ auras plus de bobo. Et re­\ngarde comme maman est contente...\n   Et Saint Nicolas sauva l’enfant.\n                                                         P aul A n d ré .\n\n\n\n                                           O   !     ♦    ♦   ♦    ♦   ♦      ♦\n\n                                           CES OISEAUX 1\n          A Georges Ramaekers.\n\n              ces oiseaux, mon âme, et leurs chants si limpides,\n              L eurs chants p u rs et jo yeu x vers le ciel bleu d'amour,\n              Cette p a ix sans tristesse ainsi qu'un front sans rides,\n              Cette adoration vers D ieu de tout un jo u r!\n\n     O ces oiseaux aux voix claires, on dirait blanches,\n     Quels paradis en eux clament ces hosannas ?\n     O la toute bonté de leurs chants dans les branches\n     D e la forêt paisible aux verts alléluias !\n\n     O ces oiseaux, et leur allégresse angélique,\n     F luidité des chants dans la douceur des soirs,\n     Ces chants, mon Dieu, se balançant en encensoirs\n     D ans le calme profond du soir mélancolique.\n\n     O mon D ieu, donnez-moi, pour vous adorer mieux,\n     L a grâce de chanter ju sq u ’à l’heure dernière\n     Et, comme à ces oiseaux, un cœur libre et joyeu x,\n     Qui monte à vous dans la ferveur de sa prière.\n                                                   H enri D e l is l e .\n\n\n    1. Extrait de Chansons dolentes et joyeuses, poèmes à paraître.\n\n\n                                                                            161\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "                   LA MORT\n                   DE STÉPHANE MALLARMÉ 1\n            EN D A N T l’après-midi des funérailles, tandis que je\n\n\n\n\nP\n             lisais et relisais ces poèmes aimés : les Fleurs, les\n             Fenêtres, Apparition, Hérodiate, Frisson d’automne,\n\n\n                le Phénomène fu tu r     j ’ai cru entendre les cloches\n                grêles de Valrins. Elles voulaient être tristes, mais\nelles étaient surtout caressantes, comme des cloches de bon\nrecueil; pour celui qui croyait peut-être venir de si loin et qui\né ta it si près. J e savais qu’à ces mêmes instants, dans une autre\ncampagne qui fleurit sous un soleil plus riche, quelqu’un qui\nm ’est cher priait, mais celui-là avec une âme de poète-prêtre.\n    Stéphane Mallarmé s’en est allé comme Villiers de l’Isle Adam\navec les derniers éclats triom phaux de l’été. C’est l’époque bénie\npour la mor t des poètes qui entrent dans la gloire et dans la vie\nimm ortelle ; à cause de cette mort, l’autom ne de cette année\n sera peut-être plus belle. M algré ta n t d’événements tragiques\n qui se succèdent dans notre patrie, la m ort de M allarmé qui\n cependant avait vécu obscur, a ému jusqu’au public. E n dépit\n des hurlem ents de quelques dogues de lettres qui devant chaque\ncadavre ont coutume de se changer en hyènes, c’est un acte de\nréparation qu’a accompli la presse littéraire française envers\ncelui qui, de son vivant, ne connut pas la gloire m éritée et\nlaisse cependant des pages éternelles.\n    Mon frère était allé un des premiers à lui, attiré par son don\n merveilleux, qui était d’éveiller le m ystère par la seule musique\n des mots. Bien souvent, depuis ma prem ière adolescence, il m’en­\n tretenait de ce noble poète ; évoqué par lui, M allarmé m ’appa­\n raissait comme une sorte de mage qu’approchaient, un soir de\n chaque semaine, quelques initiés ; je savais qu’alors, durant des\n heures, sa voix exprim ait des paroles admirables devant un audi­\n toire silencieux. Toute une génération s’était ainsi nourrie de sa\n parole. Certains disent qu’une partie en est m orte ; elle serait\n m orte comme une flamme trop faible sous un souffle trop puis­\n sant, car jam ais m aître ne fu t moins tyrannique. Mallarmé savait\n l’inutilité d’être disciple et il répétait à tous qu’il fallait se garder\n\n  1. Unanimes dans le regret et la prière devant le cercueil du poète, les\nrédacteurs de La Lutte conservent entière leur liberté d’appréciation\ntouchant l’art et l’influence de Stéphane Mallarmé, ce « mendiant d’azur\nperdu dans nos chemins ».\n 162\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "de l’im iter. Si une partie de son œuvre demeure impénétrable,,\nune autre peu t être lue et relue sans que s’en ternisse l’auguste\nbeauté. Aucune page ne fu t écrite en notre langue de façon plus\n définitive que ces poèmes : les Fleurs, Apparition, Hérodiade,\nles Fenêtres, Frisson d’automne, le Phénomène futur. On l’osait\nappeler justem ent le dernier des Parnassiens; il fu t plus encore,\ncar chez lui le raffinem ent dans la forme, et le sens de la musique\ndes mots atteig n en t un si haut point qu’il en p araît rejoindre les\nhautes régions de la pensée pure. Un m ot seul suffisait pour\nouvrir des mondes à M allarmé et le laissait to u t palpitant au\nbord de l’infini ; aussi avons-nous connu par lui la magie des\nphrases m ystérieuses et profondes.\n\n     Oui, c’est pour moi, pour moi, queje fleuris, déserte !\n     Vous le savez, ja rd in d’améthyste, enfouis\n     Sans fin dans de savants abîmes éblouis,\n     Ors ignorés, gardant votre antique lumière\n     Sous le sombre sommeil d’une terre première,\n     Vous pierres, où mes yeux comme de purs bijoux\n     Emportent leur clarté mélodieuse, et voies\n     Métaux qui donnez à ma jeune chevelure\n     Une splendeur fatale et sa massive allure !\n\n   De même que pour Villiers de l’Isle Adam, on peut se deman­\nder s’il cru t vraim ent à l’existence du monde extérieur ; en\nvérité, il p aru t le considérer comme un ensemble de signes et il au­\nrait désiré le chanter dans des poèmes qui fussent des symphonies..\n   Son vers est souvent liturgique; il passe, dans Hérodiade par\nexemple, des souffles d’orgue. Comme il l’a exprimé dans Céré­\nmonials, M allarmé aim ait la grandeur des cérémonies catholi­\nques. Il était fait pour en comprendre et en épouser les hauts\nmystères ; peut-être fut-il repoussé par la rencontre, hélas ! de\ntrop de catholiques incom préhensifs de la beauté ; mais bien des\nfois, par la grandeur sobre de ses images, par l’élévation de sa\npensée, il donna l’impression, à ses familiers, qu’il dépassait déjà\nles limites des choses périssables et qu’il était de ceux qui sont\nmûrs pour d’autres vies.\n   C’était un prince, ont dit de lui Paul et V ictor M argueritte ; ce\nsouvenir, il l’a laissé à tous ceux qui l’ont approché. A cause de\nla profonde distinction de son esprit, de la subtilité rare de son\ncerveau, cet homme avait dû énormément souffrir des railleries\nsourdes de ses collègues, des méchancetés inconscientes de ses\n\n\n                                                                 163\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "élèves, dans les lycées qu’il traversât comme professeur d’ anglais;\nil était cependant vite aimé, parce qu’il était bon. « Vous devez\ngoûter, M. Mallarmé c’est un bien brave homme », me disait, un\njour, avec un sourire souverain, un jeune normalien qui professe\naujourd’hui dans un lycée des plus proches de Paris et qui, à cette\népoque, formait dans un lycée de province la sensibilité de quel­\nques adolescents, dont j ’ étais, en leur lisant les comédies d’Emile\nAugier et celles de Labiche.\n   Comme de Vigny, comme Villiers, Mallarmé est passé par le\nmonde en jetant des fleurs sur les hommes, et les hommes ne l’ ont\npas compris.\n                                         G eo r g e s Le C a r d o n n el.\n   Septembre 1898.\n\n\n\n\n                                                     ENTRETIENS\n                                                     LITTÉRAIRES\nPaul A n d r é . L'Habit d'Arlequin. (Brux. Balat.) Haine d’aimer. (Verviers,\n  Xhoffer.) — Edmond G l e s e n e r . Histoire de M. Aristide Truffaut. (Mercure\n  de France.) — Georges R e n c y . Madeleine. (Brux. Balat.) — Eugène M o n t ­\n f o r t . Chair. (Mercure de France.) — Paul-Louis G a r n i e r . L'été. (Mercure\n  de France.) — A . Th. R o u v e z . Impressions de petite ville. (Gand. Siffer.)\n\n      L y avait longtemps que je n’ avais plus vu mon ami Justin.\n\n\n\n\nI\n       C’est un jeune homme au courant des lettres qui, le soir,\n       vient parler avec moi.\n\n\n          Nous causâmes d’abord de choses indifférentes, obliga­\n      toires après une longue absence, puis il ôta ses gants, prit\nun cigare offert et je devinai, à la façon dont il se carra dans un\nfauteuil, que l’ heure du coucher serait tardive.\n    — Que penses-tu me demanda-t-il de l 'H abit d 'A rleq u in ?\n    — C’ est un bon livre. J ’aurais voulu t’en parler lors de sa paru­\ntion, mais diverses circonstances m’en ont empêché.\n    Parmi les récents écrivains, M. Paul André est un de ceux qui\ninsufflèrent de la belle vie, inutilement hélas, à la « Jeune Belgi­\nque » expirante.\n    — Des Contes de la B oite, des H istoires quelconques, de la R onde\nd ’enfan ts, que préfères-tu ?\n    — Un peu, beaucoup, tendrement, dans l’ ordre des contes énu­\n164\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "mérés, pour m a part, s’appliquent. Les Contes de la Boite se res­\n sentent du milieu où ils ont été écrits : l’école m ilitaire ; — ils\n dénotent, chez l’auteur, un réel talen t d’imagination, car il n’était\npas facile d’écrire ce que nous avons lu, à propos d’une vie si\nbanale.\n    — Pourquoi, mon cher, ces amours de bar?\n    — J ’admets ; mais le côté « don Ju an de bas étage » en est sauvé\npar une exquise émotion. Ils est assez explicable de voir, chez\nune centaine de jeunes hommes de v in g t ans colloqués durant\ntout un trim estre, quelques-uns s’échapper un m ercredi dans un\ncafé où ces pauvres achètent un semblant d’amour et des caresses\nà l’âge où le cœur en est si avide.\n   J ’aime chez P aul A ndré ses tendances nationalistes et le décor\nde Bruxelles m ’enchante.\n   Dans les Histoires quelconques, il fau t louer l’entrain, la vie,\nle mouvement. Les histoires du pays mosan ont le parfum authen­\ntique des forêts à l’automne, du fleuve coulant à pleins bords et\ndes prairies fauchées.\n    Pour plus tard est un conte cérébral d’où l’auteur a banni toute\némotion. Il n’est pas vrai, c’est une charge, le processus d’événe­\nments déroulés qu’il suppose est invraisemblable. Claire de R hey\nest une créature d’exception. E n la laissant seule, dans ce décor\nindustriel m erveilleusement brossé, P aul André veut en faire la\nfemme du xxe siècle ; or la fem m e-ingénieur n’abdiquera pas son\nsexe en conquérant ses diplômes, et aimera. Heureusement, dans\nla description des ateliers, les écoles adjacentes sont mentionnées;\nl’auteur ne s’abuse pas, on fera des enfants jusqu’à la fin du monde\n    — Tu badines, mais ceux des siècles prochains seront-ils aussi\ngentils que les bambins croqués dans la Ronde ?\n    — P eu me chaut, je me contente de les adm irer et de me taire.\n    — Paul André est avec Blanche Rousseau, Louis D elattre...\n   — Paul Mussche, interrom pit Justin.\n    Je rectifiai cette indiscrétion en ajoutant : et quelques autres,\nde ceux qui ont com prit l’enfant. C’est moins facile qu’on ne croit,\ncar cela exige une âme attentive à des gestes ordinairem ent\ndédaignés.\n    — Mon cher, nous avons à parler d’autres bouquins. Passons.\n    — Pardon, voici du même, Haine d’aimer, conte dram atique\nmis à la scène, l’antagonism e du rêve et de la vie, l’histoire simple\ndu chemineau qui aima et p a rtit. A son retour il trouve la jeune\nfille mariée. Désolé, il veut la revoir une dernière fois, l’antraîne\ndans une grange proche où elle est tuée par le m ari outragé.\n\n\n                                                                  165\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "   J e résume mal. A u théâtre, l’effet tragique de la scène finale\nserait intense mais confus.\n  P aul André est un travailleur, il arrivera.\n\n\n\n    L e thé fum ait dans les petites tasses quand Ju stin interrogea :\n     — E t l'Histoire de M. Aristide Truffant, artiste découpeur, ose­\nrais-tu la louer ?\n    — D ’aucuns, tel Ram aekers, trouveront ce livre futile, mais je\nt ’assure que c’est un chef d’œuvre de perfection minutieuse. On\npeut, à son propos, énoncer ce m ot rare : achevé.\n    Cela est fini au même point que le barom ètre ou l’horloge !\n    L ’histoire de ce p e tit bourgeois, ancien joueur de cartes et\nculotteur de pipes, présentem ent artiste découpeur, est d’une\nbelle cruauté, et Triboulat Bonhomet, réduit au cadre imposé,\nrevit dans ces lignes sobres et achevées.\n    Edm ond Glesener a le sens de l’ironie; la scène du jury, la\ndescription de la kermesse atteignent à une véritable perfection.\n    Inconnu hier, même dans le monde des revues, le voilà classé\naujourd’hui.\n\n\n\n   Justin, fixant les livres épars sur la table, ajouta :\n    — Quant à Madeleine de Georges R e n c y , quoiqu’on en puisse\ndire ou penser c’est un livre admirable.\n   — J e suis de ton avis, mais tu me perm ettras, j ’espère, d’en\ndiscuter le fonds et la donnée ; si beaucoup de préfaces sont inu­\ntiles, celle de M. R ency ne l’est point, elle nous renseigne sur\nses théories esthétiques. S’adressant à P aul Adam — esprit qui\npassionne les récents écrivains — il lui reproche d’avoir voulu\nrem placer l’émotion du rire et des pleurs p ar l’exclusive émotion\nde pensée ; il s’insurge contre cet effort et lui oppose Madeleine.\n   — J ’entends, à ton to u r tu reproches à ces deux auteurs leur\nrigorisme.\n   — Parfaitem ent, n’insistons pas. Quant à la donnée du roman,\nlis : Madeleine, dans mon esprit, est le rom an de la femme\nmoderne qui, idéaliste encore et absolue dans ses amours, ne\npeut comprendre que l’homme en soit arrivé à adm ettre qu’un\namour unique ne peut suffire à toute une vie. Sa souffrance seule\nanim era ces pages. Que vaut m a thèse ? Je n ’en sais rien et peu\nim porte ! Ce qui im porte, c’est de savoir si elle a pu me donner\n\n\n166\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": " assez de flamme pour que mon livre brûle d’une chaleur vivante.\n E t je n ’ai pas cherché l’émotion de pensée.\n    Et, pourtant, il l’a atteinte car on a beau vouloir séparer deux\n choses naturellem ent unies comme les tronçons coupés d’un ser­\n pent, elles finissent p ar se joindre. Madeleine serait incomplète\n sans sa préface qui l’achève. .\n    Si M. Georges R ency se contente de la « chaleur vivante »\n dans l’œuvre d’art, il doit être am plem ent satisfait ; car, to u t ici,\nla phrase musicale et vibrante, le style ému, chaud et coloré,\nconcourent, dans un harm onieux ensemble, à cet effet ; mais,\nlouant to u t le détail, mise en valeur du fond — et qui apparaîtra\nobjectif principal à certains, — je récusé la thèse.\n    Encore qu’elle soit rare et peu vraisemblable, si le fait se réa­\nlise il est souverainem ent dégoûtant.\n    — L e rom ancier n ’aurait-il le droit de l’écrire ?\n    — Les avis diffèrent, et to u t dépend de la façon de le tra i­\nter. Les successifs adultères n’ont pas d’excuse,. et la diversité\ndes amours d’A lbert n’est qu’apparente et d’une banale m onoto­\nnie. Quand il écrit : j ’aime m a femme Madeleine, il ignore la\nvaleur des .mots ; sa passion basse et charnelle n’est plus qu’une\nfonction physique ; la possession est parfaite selon la chair,\nmais l’âme en est absente.\n   Tu connais ce génial rom an de Balzac : le L y s dans la vallée,\noù le héros après s’être affolé l ’âme près du lys, s’affole les sens\nprès de lady Dudley. Sa « variation » à lui s’explique, et si\nMme de M ortsaut m eurt, on ne peut trop en vouloir à son m al­\nheureux amant.\n   Mais ici cela prouve peut être la décadence de l’amour dans les\nâmes contemporaines, et l’artiste est coupable de la refléter dans\nson œuvre sans prendre p arti pour ou contre.\n   — Mais tu ne peux m ettre ces théories érotiques à charge de\nl’auteur.\n   — Ne fais pas dire à mes phrases ce qu’elles ne signifient pas ;\nmais j ’en veux à M. R ency de nous livrer ainsi, crûm ent, un\nignoble document de bassesse humaine, et de le refléter, simple­\nment, à la façon d’un m iroir. C’est de l’A rt pour l’A rt, c’est\nmésestimer des effets d’une œuvré et, franchement, on souhaite­\nrait voir la croupe luxurieuse de ce mâle éhonté cinglée de rudes\ncoups de fouets.\n   — Au total, A lbert est un cochon.\n   — E t l’endurance de sa femme ne s’explique guère.\n\n\n\n     3                                                               167\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "   — Tu parlais tantôt de la décadence de l’Amour. A s-tu lu\nChair d’Eugène M o n t f o r t ?\n   — Oui, cela relève de la pathologie. Intellectuellem ent, cela\ns’apparente au vice d’exhibition, que nous renseignent certains\nspécialistes de la Salpétrière.\n   — Tu es cruel.\n   — J e suis vrai.\n   L a conversation tout-à-coup languit. Des rêveries naquirent\ndans les spirales de la fumée.\n\n\n\n   — De quel bizarre été nous voilà gratifiés, dis je.\n   Transition brusque.\n   —- Il ne ressemble en rien, continua Justin, à l'Été que chanta\nPaul-Louis G a r n i e s .\n   — Chanta... c’est le m ot juste, car voilà des poèmes ; bien\nqu’ils soient écrits en prose, ces fragm ents de vie cham pêtre ont\nle lyrisme ardent du vers vibrant et héroïque.\n   — Son unité est factice : le sujet seul relie ses pages.\n   — Mais quel bel été !\n\n\n\n    Nous devisâmes encore d’objets divers. Un clocher proche sonna\nune heure tardive quand Ju stin se leva et p rit congé.\n    Penché à m a fenêtre, j ’entendis ses pas résonner quelques\nmoments sur le trottoir, puis to u t retom ba dans le silence.\n    E t, d’avoir lu les Impressions de petite ville de M. A. Th. P o u ­\nv e z , je fus obsédé tout-à-coup de l’idée fixe que la capitale était\n\ndevenue m inuscule et proprette, qu’il y avait de vieilles gens qui\ndorm aient depuis longtem ps au fond de leurs demeures, que les\nréverbères étaient remplacés par des lampes à huile e t que\nl’athmosphère, sous les cieux étoilés, était douce, quiète et provin­\nciale.\n    Mais un. fiacre attardé détruisit la fiction.\n    E t je relus à nouveau le livre charm ant pour échafauder un\nrêve..\n                                                 P aul   M u ssch e.\n\n\n\n\n168\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                FRAGMENTS D’UN DISCOURS\n                 S U R L’ART RELIGIEUX 1 ♦ ♦ ♦\nL     A form e de l’a r t 2 peut se résum er en un seul m ot : l’idéal.\n       P a r idéal, j ’entends ici, non seulement la cause exemplaire\n       quelconque, sans laquelle l’homme, ouvrier intelligent, ne\n       saurait produire chose aucune, mais une cause exemplaire\n                      s’inspirant d’un modèle supérieur à to u t objet\ndéterminé dans son existence concrète. L ’idéal infini, c’est la\npensée du Créateur contem plant l’im utabilité infinie de sa propre\nessence. E t to u t ju ste parce que l’artiste participe en quelque\nsorte du privilège de l’action créatrice, l’idéal intérieur, engen­\ndré par le génie dans le plus intim e de l’esprit, doit être l’âme\nde son œuvre...\n   Si sublime que soit l’idéal, il lui faut, pour s’exprimer, des\nmoyens sensibles ; de même que l’éloquence, qui bouillonne au\ndedans de l’orateur, a besoin des lèvres ou de la plum e pour\ns’épancher au dehors. E n d’autres mots, suivant notre division\nscolastique, la form e a besoin de la m atière, comme l’âme a\nbesoin du corps. De là une série de qualités qu’il reste à consi­\ndérer.\n   L a prem ière est une technique sûre ; sans technique, point d’a rt\nvéritable, raisonné, constant, m aître de soi. De là, chez tous les\nartistes jaloux de leur mission, un zèle ardent à se perfectionner\nsans cesse dans la technique. L ’école de cette technique est la\nnature, ce grand chef-d’œuvre de Dieu : la nature attentivem ent,\nreligieusement observée, étudiée, méditée, avec ses merveilleuses\nlois de proportion, de couleur, de statistique et de- m ouvement ;\nnon pour la copier servilem ent, c’en serait fait de l’idéal ; mais\npour nourrir l’idéal lui-même d’aliments sans cesse nouveaux, et\nse rendre toujours capable de le reproduire. Ainsi ont procédé,de\ntout temps, les grands m aîtres. Ce point est capital, Messieurs.\n    Point de pathos, je vous en prie. I l ne suffit pas d’être u n\nfervent chrétien pour devenir u n bon artiste chrétien. L ’espèce\nréclame avant to u t le genre. Sans l’art, l ’a rt chrétien n ’est qu’un\n vain mot, et l’œuvre d’a rt dont l’idéal ne serait plus astreint aux\n lois de la forme, serait une abstraction ou un monstre.\n\n  1. Discours prononcé au 3e jour du Congrès Eucharistique de Bruxelles.\n  2. \" La forme \", doit s’entendre ici au sens scolastique : « souffle insais ­\nsissable, esprit, vie, âme », par opposition à la matière « élément palpable » de\nl’œuvre d’art.\n\n\n\n                                                                             169\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "    Avouons-le : sous le nom d’a rt chrétien, à côté de quelques\nproductions de valeur, on nous a inondés d’œuvres banales, pas­\ntiches d’un m érite purem ent industriel, dépourvues de goût,\n d’idée, de beauté, n’ayant pas même le caractère des gaucheries\nnaïves, parce que sincères, du moyen-âge;.. Il n’est pas trop tard\npour réagir, mais l’heure presse. Déjà les meilleurs élèves, affran­\nchis des excès de l’école, s’affirm ent puissants artistes. Témoin\ncette via crucis en terra cotta récemm ent placée dans l’église\nSaint Jacques à Gand, œuvre d’une facture excellente, évoquant,\nde loin, L uca della Robbia.\n    Pourquoi s’obstiner davantage ? Nos adversaires nous font\nassez souvent l’am abilité de nous traiter de crétins, pour que nous\npuissions nous dispenser de leur fournir des argum ents par les\nlaideurs qui s’étalent dans certains vitraux de nos églises. E tran ­\nges artistes ! Que de pèlerinages ne feraient-ils pas cependant,\ns’il leur naissait un fils d’un type semblable à ces bienheureux ?\nCroient-ils donc que de tels échantillons de l’é ta t de gloire soient\nde nature à nourrir, chez les fidèles, un v if désir de la vie future ?\n    L a nature a horreur du vide, disaient les physiciens du moyen-\nâge. On peut dire, avec plus de vérité, l’idéal a horreur du laid.\nBeaucoup d’artistes, las de trainer dans les basses sphères d’un\nm atérialism e sans idéal, éprouvent le besoin de s’élever. Ils vou­\ndraient venir à nous ; mais devant les fourches caudines d’un art\nhiératique, pétrifié dans les formules d’une difform ité systém a­\ntique, ils éprouvent un haut-le-corps et se détournent en s’écriant :\nJam ais !\n   H âtons-nous de faire tom ber ces barrières, sinon une autre\nréaction menace de nous reporter à une situation pire que\ncelle dont on cherchait à nous affranchir. P our cela que faut-il ?\nDeux choses : d’abord se pénétrer de l’esprit de nos vieux maî­\ntres, sans s’attacher aux incorrections, où qu’elles se rencontrent,\ncomme à une condition sine qua non du beau chrétien ; ensuite,\net j ’arrive ainsi à la dernière qualité requise pour une œuvre d’art\nreligieux, se bien persuader que l'art est vie.\n    Aussi longtem ps qu’il s’agit de restaurer, de reconstituer Une\nœuvre d’a rt du passé, je comprends que l’on s’applique à copier\nles maladresses des artistes du moyen-âge. U n fragm ent d’Ennius\nne se p ourrait composer en style damasien. Ce qui est vrai en litté­\nrature, l’est aussi en art.\n    Mais s’agit-il de parler au peuple d’aujourd’hui en créant une\nœuvre nouvelle, on parlera une langue m orte, si cette œuvre n’est\npas palpitante de vie. Toute œuvre d’a rt doit êtr e Vécue...\n\n\n170\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "    Voilà pourquoi l’ art né saurait demeurer stationnaire, et pour­\n quoi c’est un crime de lèse-esthétique de vouloir le couler ne varie-\ntu r dans le moule des siècles écoulés.\n\n                                                           Dom L a u r e n t         J anssens,\n                                                       Recteur de Saint-Anselme à R ome.\n\n\n\n\n                                                                         CHRONIQUE\n                                                                        MUSICALE ♦\nLiederen v a n F lo r A l p a e r t , E rn st B r e n g i e r , W illem d e L a t i n , E m iel D e l i n ,\n  Lodew ijk O n t r o p , Benoit S a l u , Ju liu s S c h r e y . (G. F aes, uitgever, Bedden­\n  straat, Antwerpen.) — Quinque motetta in honorem SS. Sacramenti, auctore\n  Aloysio D e s m e t .\n\n\n             AVISSANT recueil de mélodies dont la lecture m’ a\n\n\n\nR              fait passer maintes bonnes et exquises heures. Bien\n              que rappelant parfois légèrement la manière de\n              Brahms, les Liederen de ces jeunes compositeurs an­\n                       versois sont néanmoins, par leur grande dou­\nceur de saine race flamande marqués d’une forte originalité; leur\naccompagnement riche, coloré, intéressant toujours, par la fré­\nquence de ses rythmes presque neufs et de ses modulations im­\nprévues, coloré, presque symphonique, s’unit délicatement avec le\nsens des paroles : et cela forme un tout délicieux et combien pa­\ntriote! Car je devrais citer tous ces « liederen » pour leur lyrisme\net leur débordante jeunesse.\n   « Nu is het hoogtijd in mijn ziel » d’une majesté tranquille, bleu\ncomme un jour de première communiante ! Et le Lentelied de\nBenoit Salu si gracieux et si souple en ses rythmes variés : un\nboquet de primevères. Aussi, le « chant d’ amour » d’Em. Delin,\nd’une belle et chaste passion, où ce m otif très grave et très doux :\n« Leg op mijn hart uw voorhoofd ». Et pour finir le « Stoet » de\nJulius Schrey : Jésus suivi de l’immaculée au manteau bleu cons­\ntellé et des blanches vierges et des anges. O le beau blanc cortège\nqui lentement passe nuageux porté par une musique éthérée, évo­\ncatrice de rêves !\n\n\n                                                                                                    171\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "    C’est inouï ce qui s’exale de fraîcheur de tous ces « liederen »,\n et quelle facilité d’écriture et d’expression !\n    Ils doivent être heureux les auteurs de tels « joyaux » : ces jeu ­\n nes, qui déjà sont de vrais et grands artistes ! E t que leur talent\n précoce doit leur créer d’envieux J ’entends un vieux musicien\n grognon de ma connaissance s’écrier béatem ent en guise de cri­\n tique : « ô c e u x -là ils osent ! » 1\n                                                     E rn st D e l t e n r e\n\n\n\n    Voici, d’Aloïs Desmet, cinq admirables m otets en l’honneur du\n Très Saint Sacrem ent .2 Desmet n’est pas un compositeur nouveau\n venu, les lecteurs de l’excellente revue, la M usica sacra, le con­\n naissent d’ancienne date et l’apprécient à sa ju ste valeur ; les assi­\n dus de la Lutte doivent se rappeler sa « missa in honorem SS.\n J . Berchmans », qui m aintenant déjà a passé les frontières. On\n sait que ce qui distingue la musique religieuse de Desmet, c’est son\n caractère profondém ent ecclésial et une compréhension parfaite\n de nos admirables poésies sacrées.\n    Cette fois, Aloïs Desmet a travaillé sim plem ent et ses m otets en\nl’honneur du S. Sacrement, composés pour deux voix égales avec\navec accom pagnem ent d’orgue, sont à la portée de toutes les maî­\ntrises ta n t soit peu intelligentes; mais il convient aussi d’ajouter\nque si le compositeur a œuvré simplement, il n ’en a pas moins\nfait une œuvre d’a rt exquise. Les m otifs de ces différents morceaux\nsont non em pruntés directem ent au chant liturgique mais s’en ins­\npirent, et soutenus par un accompagnement d’une richesse contre-\npuntique surprenante, où les modulations bellement amenées se\nsuccèdent nombreuses et non heurtées, ils form ent un ensemble\nmusical d’une émotion intense, qui s’empare de notre âme, la\npénètre de sentim ents de F oi et d’Am our et l’élève d’Espérance\ntout doucement vers le ciel.\n    Encore un grand hum ble que ce Desmet, artiste œ uvrant sans\nsouci de gloire mondaine, uniquem ent — à l’instar de l’illustre\nTinel, qui fû t son m aître — à la glorification de Dieu par l’A rt !\n                                                                    S. V.\n\n   1. Cette critique est bien tardive : des circonstances indépendantes de\nma volonté m’ont empêché de la publier plus tôt : que les auteurs et l’édi­\nteur daignent m’excuser.\n   2. 1. O Salutaris. — 2. Pannis Angelicus. — 3. O quam suavis est. —\n4. Ave Verum. — 5. Tantum ergo. (Collection de la Musica sacra, en vente\nchez Loret, à Malines.)\n\n\n172\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "LES LIVRES ET LES REVUES\n\n\n                                                   LES ROMANS\nCœurs en détresse, par Arthur D a x h e l e t (Paris, Victor Havard, édit.)\n\n   Ce cœur est celui du jeune gentilhom m e Jacques de Vésoule.\n Ce cœur fu t empli par les paroles vaines du précepteur Gervel,\nau tem ps de l’adolescence. Gervel, lorsque s’ouvre ce récit, —\ncette étude de psychologie p lutôt — est revenu de ses errements\nd’autrefois. Il n’est plus le superbe, le chercheur du Beau exté­\nrieur, indépendant de sentim entalité ; cependant, son élève a\ngardé l’em preinte de ses prem iers enseignements!\n   Voici donc Jacques de Vésoule adorateur fidèle de la forme, la\nforme défiée. Gervel veut encore aujourd’hui le Beau, mais aussi\nle Bien et le Vrai. Il a le rem ords d’avoir mal guidé une âme; il\nlui m ontra la seule splendeur extérieure, l’égoïsme; il a fait une\nâme impassible et dure. C’est désormais une œuvre de rénovation\n que l’ancien précepteur veut accomplir. E t, devant les efforts\nvains tentés par Jacques pour acquérir la satisfaction de toucher\nle term e de son désir, il dit ces mots de vérité : « Le Beau doit\nêtre hum ain. »\n   Jacques désire l’Am our et ne trouve que les amours. Il aban­\ndonne une m aîtresse pour une diversité de rencontres amoureuses,\npuis, ne se sentant pas heureux, m audit la complexité de sa\npensée, et des tourm ents d’esprit l’assiègent.\n   A vrai dire, je ne saisis pas, et cette prem ière partie du livre\nsemble physiologiquem ent fausse.\n   Ce Jacques de Vésoule, que M. Daxhelet titre esthète ou intel­\nlectuel, loin d’être un compliqué, me paraît un sim pliste de\nsensations et d’idées.\n   Quel problème de m étaphysique agite ce cœur? Aucun. Avec\nles données qui précisent ici l’intellectualité de Jacques, il d oit\nêtre, naturellem ent, l’homme sensuel, repu et satisfait. Riche et\nbien portant, je ne vois pas ce qui le différencie de la foule des\nviveurs en épanouissement de vie. Dans ce livre, il fallait plus ; il\nfallait nous m ontrer cet homme étreint par un rêve supérieur, ou\n\n\n                                                                      173\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": " to u t au moins son âme effleurée d’un regard d’au-delà; la basse\n nature en lu tte avec un idéal.\n    Il n ’y a rien de to u t cela.. Jacques est l’égoïste jouisseur. J e ne\n comprends pas son « cœur en détresse » — déjà. Ne se sentant\npas l’intégral égoïste, d’où vient-elle sa douleur ? Un rem ords ne\npeut poindre, qu’avec la connaissance, la conscience de son mal.\nE t voyez : la m atérialité du personnage est si évidente, que l’évé­\nnem ent rem uant le plus les natures simples ou grossières, la Mort,\nle m et soudain face à face avec son âme. Il la découvre enfin. Il\nvoit l’inanité de sa vie, son cœur s’ouvre ou croit s’ouvrir aux senti­\nm ents hum anitaires ; il devinera la vraie splendeur des choses,\nn’ignorant plus la palpitation de la nature.\n    E t dès lors, le rom an s’achève logiquement.\n    Cette fois, je conçois tous les désenchantem ents de Jacques. E t\nles nouveaux chemins qu’il parcourt dans les domaines de la\npensée, b u ttan t, tom bant, après une reprise s’égarant à nouveau,\nl’auteur les traça selon une hum aine psychologie. Même la m ort\nde Jacques, romanesque, folle, est d’accord avec une possibilité.\n    Ces rem arques prouvent l’intérêt que je pris à lire l’étude de\nM. Daxhelet. L ’application de celui-ci se réalise très souvent en de\nbonnes pages, et ce livre accroît le domaine de notre pays d’art.\n                                                 G e o r g e s V ir r è s .\n\n\n\n\n                                                    LES         POÈM ES\nMontagne, par Paul F o r t . (Mercure de France, 3 fr. 50.)\n    «Il fau t être de toutes les écoles avec conviction ; il ne faut être\nd’aucune. — J e veux to u t le m iroir et non pas un éclat... Tu\ndois laisser les écoles à leur chef. Penser « en troupe » est indigne\ndu poète. — R este libre, c’est là ta prem ière noblesse ». Cette\ndéclaration du poète des Ballades françaises trouve en son œuvre\nsa réalisation parfaite. P au l F o rt est lui-même. Sa vision de la\nnature, sa langue, son ém otivité lui sont propres ; il a la vivacité,\nl’ironie, la naïveté populaire, la grâce et la couleur du génie latin.\nSon activité nous étonne et son talent nous réjouit. Ses premières\nballades furent les fumiers fertiles, d’où sont sorties depuis, pour\nm onter vers le ciel de France, de merveilleuses floraisons. Ici c’est\nla chanson de la Montagne, vaste et vivante, et c’est aussi, la\nforêt, la plaine et la mer :\n    « Que les langues bondissent en accents sublimes, pour célébrer\nla belle œuvre de Dieu ! Chantez sur vos luths des louanges sans\n\n\n174\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "fin : la m ontagne s’épanche comme un chant radieux. U n torrent\nvéritable de suaves harmonies s’échappe des lèvres penchées du\nSeigneur... Dans le chant m atinal, né du verbe de Dieu, la\nmontagne brillante prend form e et tournoie !...\n   » Mais tu pourrais, poète — si l ’homme savait croire — élever,\nen prière, ton lyrism e hardi, ne voir en la m ontagne, offert en\nbel espoir, qu’un échelon vers Dieu et vers son paradis... Des loin­\ntains, la m ontagne était un doux visage, la roseur des villages\naccentuait ses plis, et son vivant sourire et son vivant langage\nétaient l’œuvre de Dieu et des hommes, unis...\n   » Douceur d’aim er ! douceur de vivre, chants et parfum , m er\ncolorée.\n   » Il est bon de partir, il est beau de chanter sous le sourire\nblanc des voiles, quand chante le m atin aux ailes du vent frais...\n   » Ceux de la mer, leurs voiles sont gonflées de souvenirs, et le\npays quitté, plus beau dans leur mémoire, restera le refrain des\npays qu’il vont voir !... E t l’on n ’aime, vraim ent que, dans le\nsouvenir, le pays que l’on aime et lors qu’on l’a quitté... »\n   Paul F o rt est l’un des plus grands po.ètes de la « génération\nmontante...»\n\nP o è m e s c o n f i a n t s , par Henry V a n d e P u t t e . (Bruxelles, Balat, édit.)\n  Pierre Quillard eut bien raison de ne « pas partager la confiance\nde l’auteur ». Les m eilleurs poèmes de ce livre p arurent il y a\nun an ou deux dans des revues m ortes aujourd’hui. Mais hélas!\nla plupart sont- d’un déconcertant prosaïsme, que le pire des\npoètes-académiciens de Belgique ne désavouerait pas. E n dépit\nde graves défauts, l’auteur de l'Homme jeune nous prom ettait\nmieux que cela. Sans doute, comme dit P aul F ort, « il y a là des\n cris », mais quels cris hélas, quels cris !...\n\n\nL e s a i l e s d e G a z e , par Gaston He u x . (Brux. Revue Nouvelle. Paris,\n    Stock édit. 1 fr, 25.)\n   De grandes promesses, mieux encore de beaux poèmes, à côté de\nlourdeurs et d’obscurités (bien excusables chez un poète de 19 ans,\net dans une œuvre de début). Voilà ce que nous apporte le livre\nde Gaston Heux. Qu’il s'affranchisse de cette pesanteur classique\nabsolument intolérable, et qui trop souvent, comme un poids de\nplomb, alourdit « ses ailes », e t nous aurons la joie de chérir en\nlui un puissant poète, moins cérébral, et plus humain.\n                                                    G eorges R am aekers.\n\n\n\n                                                                                    175\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "                                                    LES      REVUES\n   A u numéro de mai — enfin paru ! — du Spectateur catholique,\n« les Chansons du p e tit pèlerin à N.-D. de M ontaigu », par Victor\nKinon. Peut-être, l’influence du délicieux Elskam p s’y fait-elle\ntrop sentir, mais il n’en reste pas moins vrai que V ictor Kinon\ns’affirme bon poète catholique, ce qui nous rend im patient de son\nprem ier livre.\n   P a r les poèmes « Dans l’Église » (Nouvelle Revue du mois\ndernier), Georges Rodenbach nous révèle son évolution vers un\nrythm e plus libre. N ul poète n’a enrichi les lettres françaises de\nmétaphoses plus inattendues ou plus heureuses.\n   Il fau t suivre, dans ce même périodique, le rom an nouveau de\nP aul Adam, intitulé « la Force ». L a prolixité de cet auteur tient\ndu prodige. Comment peut on écrire si vite, écrivant si bien?\n   A u Mercure de France, à propos du récent livre de M. P . Saba­\ntie r sur François d’Assise (ce protestant adm ire aussi ce moine),\nR em y de G ourm ont donne du saint un p o rtra it m oral qu’il nous\np laît de reproduire ici :\n    « L e saint, écrit-il, est par excellence l’homme qui se suffit à\nlui-même, l’égoïste admirable qui n’a besoin pour être heureux que\nde ne pas vivre. Levé de terre et véritablem ent suspendu entre\nl’infini et la réalité sensible, il s’éloigne peu à peu du centre natal,\nm onte e t va s’unir au Divin. S’unir et non se fondre : le saint a\ntoujours une personnalité très accentuée; il est toujours original et\nparfois si singulier qu’il déroute de son vivant des personnes de\nbonne volonté. N ’ayant pas besoin des hommes, il évolue en dehors\ndes conditions sociales ; il est très souvent au-dessus de son temps\net toujours à côté. Ne craignant rien et souhaitant secrètem ent la\nm ort, le saint est tellement libre que nous pouvons à peine com­\nprendre un tel état de liberté. Enfin, ne désirant rien d’humain,\nrefusant d’avance toute p a rt dans les joies connues, étant le\nconvive surérogatoire qui regarde, déjà nourri, le repas des\nautres, il n’est capable que de sentim ents désintéressés et bien­\n veillants : sans amour il n ’y a pas de saints, il n ’y a que des stoïques\n ou des cyniques ».\n    A u Mercure de France, encore, un Poèm e chrétien de Stuart\n Mérill, « L ’appel au Jard in » :\n\n        Le jard in est petit mais parfumé de fleurs,\n        E t sa porte est bien close aux Passantes en pleurs,\n        Qui vont criant malheur tout au long de la route\n        Pour leur pied qui trébuche et leur âme qui doute...\n\n\n176\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "    Nous voudrions rester les heureux prisonniers\n    Des arbres qui demain rempliront nos panniers...\n    ...Mais la nuit, dont je sens derrière notre m ur\n    L a présence, m'appelle à quelque rêve obscur,\n    E t dans les chemins creux les Passantes de l’ombre\n    Se pressent et le bruit de leur pas dit leur nombre...\n    Peut-être ô sœur, quand l'ombre aura passé le seuil,\n    Nous faudra-t-il porter, parm i la foule en deuil,\n    Notre trésor d’amour à la mauvaise ville,\n    Qui haït Dieu, malgré Christ et son doux évangile.\n    E t ce sera fini de la p a ix du soleil...\n    L ’angélus va sonner sur les chaumes blottis\n    D u village, où l'on met au lit tous les petits,\n    Sœur, le temps vient enfin d’ouvrir large la porte\n    A u x Passantes de l'ombre : un ange les escorte.\n    Une main sur la bouche et Vautre sur les yeux,\n    Sibylles de la route, elles iront aux cieux ;\n    Puis elle nous prendrons les clefs de la demeure\n    Où ne tintera plus pour nous l'appel de l'heure.\n    Nous ne connaîtrons plus que les tristes maisons\n    Dont, le soir, les miroirs sont pleins de trahisons,\n    E t les carreaux ternis, tels les yeux d'un malade\n    Qui se laisse mourir au son d’une ballade.\n    Et tandis qu'étranglée aux mille poings du Sort\n    L a ville hurlera, louve ou chienne, à la mort,\n    Nous rêverons tous bas, saisi d’un peu de crainte,\n    E t n'osant, pour agir, délacer notre étreinte,\n    A ce petit jardin, tout parfum é de fleurs\n    Dont la porte était close aux Passantes en pleurs.\n    Jusqu'au soir saint où nous sûmes, sans plus de doute,\n    Que l'Esprit du Seigneur s'avançait sur la route !\n\n  Dans l 'Œuvre (de Valence) un certain Payen (qu’il porte di­\ngnement son nom !) signe un « poème » qu’il intitule « Les\nmains et qu’il enrichit d’une comparaison à ce point immonde,\nqu’elle nous donna la nausée...\n  Heureusement qu’un courageux article de Louis Greppo « E n\nfaveur des Jeunes » nous dédommagea de cette saleté, dont la\nDirection de l’Œuvre a le droit de ne pas être fière.\n  L'Ardèche littéraire nous vient avec des vers d’Edm ond Rocher,\nde Maurice Perrès et Joseph Pouzin.\n\n\n                                                             177\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": " Em ile Verhaeren qui se fait trop rare aux revues, donne à\nDurendal : « le Saule » poème d’une vie superbe :\n          Les lichens nains le festonnent d’argent ;\n          I l est rude et compact ; il est bougeant\n          A u x frisselis joyeux des brises tatillonnes ;\n          L ’automne et ses mousses le vermillonnent ;\n          Son front velu, comme un front de taureau\n          Butte contre les chocs de la tempête,\n          E t, dans les trous de son vieux corps d’athlète,\n          Se cache u n nid de passereaux...\n   L 'Aube de Bruxelles publie (au prem ier septembre) des notes\nlittéraires sur le Naturisme par Léon W éry. Des vers de Bis ­\nschops et Ram aekers et de M. H enri Thébaut, de très savants\n« à propos » touchant la Musique religieuse.          Némo.\n\n\n\n                                                                  LE      DRAM E\nL e s C i t o y e n s . Poème dramatique en un acte, par Victor d e B r a b a n d èr e .\n      (Bruxelles, A. Vromant et Cie, édit.)\n   É dité avec un réel souci d’art, ce poème dram atique est une\n évocation vivante des transes de Ju d a Machabée avant sa glorieuse\n défaite. Devançant le lever du jour, dans le calme du camp\nhébreu, Ju d a réunit ses lieutenants. Opposant la raison humaine\nà la foi encore mal éclairée du chef élu de Dieu, ceux-ci redoutent\nl’action prochaine comme l’irrémédiable folie qui anéantirait à\njam ais Israël.\n                                ABNIAS\n         Chef, nous sommes huit cents, ils sont dix mille...\n                                ju d a                       E t Dieu,\n        N ’en faites vous donc rien ?\n                               AMALIEL\n                                     Faites vous ce qu'il veut?\n  Mais le Prophète abrège toute erreur. L e F u tu r, qui est le\nPrésent dans sa bouche, dévoile la victoire au prix de leur\nm artyre. Car ses regards ont vu :\n         Un rayon d'idéal s’arrêter sur leurs glaives.\n  E t Ju d a se redressant après la bénédiction du Prophète, s’est\nécrié lui-même en m archant à la m ort :\n         Une étrange splendeur sur nous est descendue!\n         Ce n'est point la splendeur des couchants attristés,\n         C’est mon rêve qui monte en plus hautes clartés.\n\n\n178\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                        ÇA           ET           LA\n\n\n                 LA CRITIQUE . .           Henri Ghéon étala, comme il suit,\n                 ET LES ÉCOLES             les procédés de ces Messieurs :\n   « Nous sommes à la veille d’un             « Les éloges de MM. les naturistes\ntemps où il n’y aura plus d’écoles, de     n’ont jamais été qu’un échange ou\nhiérarchies littéraires, mais des ma­      qu’un calcul, et il est impossible de\nnifestations individuelles rendant         se contredire avec moins de pudeur\ninutile la critique. »                     dans des jugements soi-disant sin­\n   Ainsi parlent ceux de « l’élite »       cères. Chose curieuse, on les a vu\nmourante, dans le Soleil des morts,        se jeter au cou des différents écri­\nrécent livre, où Camille Mauclair          vains à succès de ce temps, avec une\nétale avec une tristesse lassée les        persévérance merveilleuse. Toute re­\ndésespoirs et les stériles orgueils        nommée leur devient immédiatement\nde sa propre génération littéraire.        un tremplin, et sans parler de M. Zola,\nA considérer, d’une part, le mouve­        en voici quelques exemples :\nment si nettement, si salutairement           .... « Quand paraissait dans le Mer­\nindividualiste des générations nou­        cure, l’Esclavage, ce roman était en­\nvelles, à considérer d’autre part la       nuyeux (Documents sur le naturisme);\nmésestime en laquelle les féconds          mais se doutait-on encore qu’il s’ap­\nartistes tiennent les critiques (Ver­      pellerait Aphrodite; le succès vient et\nhaeren a dit : « Ce sont des restes, des   on peut lire dans la préface de l'Es­\nscories ») ; à considérer surtout l’é­     sai sur le naturisme quel délicieux pro­\ntrange conception que plusieurs cri­       sateur est devenu M. Pierre Louys ».\ntiques se font de leur rôle, on serait     En 1896, Saint-Georges de Bou­\ntenté, vraiment, de souhaiter qu’au        hélier opposait, à « l’emphigourique\nplus tôt la prévision se réalise, et de    emphase de M. de R égnier », le\n croire à cette réalisation prochaine.     chant d’Adolphe R etté, qui « sonne\n   Si, pour se perpétuer dans les gé­      clair, magnifiquement ». Alors M.\nnérations nouvelles, la critique et        R etté célébrait longuement dans la\nl’école n’ont plus guère pour prota­       Plume la nouvelle école... Aujour­\n gonistes que MM. Le Blond et Saint-        d’hui (Revue naturiste, janvier 1898),\nGeorges de Bouhélier, il y a fort à        M. R etté n’est plus qu’un « homme\n craindre en effet pour la critique et     de second plan » et qu’on ne peut\npour l’école.                               guère « faire lutter avec M. de R é­\n                                            gnier par exemple ». Tant de choses\n                                            se passent en deux ans...\n                                               « Après ces beaux exploits, je com­\n                                            prend, — conclut Ghéon — le dégoût\n                       PROCÉDÉS .\n                                            de M. Le Blond pour ses adver­\n                       NATURISTES           saires. »\n  Récemment dans l'Ermitage, avec\nune malicieuse cruauté,,le bon poète\n\n\n                                                                              179\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "                   VOILA LE TRUC             à présent, qu’en une récente confé­\n                   MESSIEURS! . .            rence donnée par lui au Cercle d’Art\n                                             « Labeur », ses jugements nouveaux\n   Pour n’être pas naturistes les pro­       ont contredit ses jugements d’hier,\ncédés de critique dont fait usage            avec une impudeur qui ne le cède en\nM. André Ruyters valent bien ceux            rien à celle de M. Ruyters. En cette\nde M. Le Blond, à en croire du moins         même conférence, M. Rency nous fit\nM. Van de Putte. Ceux qui n’igno­            part de ses doutes concernant les va­\nrent pas l’amitié qui, naguère en­           leurs artistiques des... cathédrales\ncore, liait ces deux jeunes Belges,          gothiques : « On dit que c’est de l’art,\ns’étonnèrent grandement sans doute           mais est-ce bien de l’art »? questionna\nà la révélation des horribles choses         t-il...\ncontenues dans deux numéros de\nl'Art moderne du mois d’août.M. Ruy­\nters (pour qui la génération littéraire                           L’INTANGIBLE\nprésente semble se restreindre à quel­\n                                                                  B R U N ETIÈR E\nques rédacteurs de la défunte revue :\nLe livre d'art), ayant cité, parmi les      Mieux fondés nous paraissent les\n « bien partis », M. Van de Putte, omit  doutes que Maurice Dullaert exprime\nostensiblement le nom de ce dernier      dans le Magasin littéraire du mois\n dans la nomenclature des « bien-arri­   d’août, touchant le talent scriptural\n vés ».                                  du Maître inattendu de M. Rency.\n    D’où colère du renié, qui semble        \" M. Brunetière est devenu, pour\n attacher trop grande importance à       les gazettes catholiques,un très grand\n des fantaisies qui en ont si peu : «Voilà\n                                         homme, presqu’un oracle, depuis que,\n le truc! Messieurs, » s’écrie-t-il! Il  sans avoir d’ailleurs fait acte de foi,\n n’y a de talent que pour les amis.      il se montre galant pour l’Église. Il\n Il est bon que le public connaisse      semble vraiment que le Catholicisme\n cette particularité !... « Quand ils ne  doive se sentir honoré de ce flirtage!\n sont plus nos amis, ils n’ont plus de    Cet avis, qui est celui de beaucoup,\n talent, disait cyniquement le plus       n’est pas tout-à-fait le nôtre, écrit\n beaudelairien de nos poètes. M. Ruy­     Dullaert, et M. Brunetière n’est pas\n ters a pris cette boutade pour de­       encore, pour nous, l’intangible... »\n  vise. »                                   Le cinquantenaire de la mort de\n    A la suite de tels événements, une    Chateaubriand a conduit, le 7 août,\n  question se pose, dont nul ne contes­   à Saint-Malo, M. Brunetière, qui y a\n  tera certes l’énorme gravité : Mainte­  conférencié. L ’exorde de sa harangue\n  nant que le « quatuor » n’est plus, qui a trop d’élégance pour que nous nous\n  va présider aux destinées de « la       abstenions d’en régaler ceux qui\n  Littérature Belge »?                    croient au style du « grand critique ».\n     On se le demandait avec anxiété...   Voici donc :\n  Heureusement, M. Rency veillait.           « Messieurs, — et aussi Mesdames,\n                                           car enfin, dans cette journée consacrée\n                                           tout entière à Chateaubriand, ne nous\n               UNE MÉTEMPSYCOSE adresserons-nous pas un peu aux\n                                           femmes, s’il les a beaucoup aimées,\n                                           et que, peut-être, il leur ait dû, avec\n    Une étrange métempsycose vient certaines qualités de race, ce que son\n  de s’opérer brusquement en M. G. christianisme a dans la forme ou\n  Rency. L’âme des vieux pions de la dans le tour, dans la nuance, qui le\n  défunte Jeune Belgique l’habite depuis distingue du christianisme, identique\n  qu’il a lu le grand Brunetière. Aussi, sans doute au fond, mais plus austère\n  nevous étonnez plussije vous affirme pourtant, de Pascal ou de Bossuet, —\n\n\n  180\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "Messieurs donc, et Mesdames, j ’éprou­   initiale, un nouveau venu s’alarme\nverais quelque inquiétude, et je me      de la force acquise par les jeunes\nsentirais intérieurement troublé, si     revues catholiques.\nd'abord, votre affluence ne me rassu­        « Les revues catholiques, s’écrie-t-\nrait; et puis, si je ne m’avais mon      il, ont accaparé toutes les énergies et\nexcuse toute prête, ou ma justifi­       prétendent résumer le mouvement litté­\ncation, dans le lieu où je parle de      raire du pays. Anathème à quiconque\nChateaubriand, dans la complexité de     ira chercher, en dehors des convic­\nson génie, et dans les circonstances     tions religieuses, l’inspiration et la\nqui m’ont permis d’accepter d’en par­    beauté; anathème à quiconque bri­\nler. Les circonstances, — si jamais,     sera le cercle de fer qui l’étouffe pour\net je crois que je vous le montrerai,    vivre de l’existence fébrile de son\nson œuvre n’a été, je ne dis pas plus     siècle, pour sonder l’abîme de dou­\n \" vivante \" seulement, mais plus        leur que l’égoïsme a creusé au sein du\n «actuelle » que de nos jours, et depuis  monde moderne, pour raconter les\nune quinzaine d’années ; — son génie,     misères, les joies, les angoisses mo­\nsi nous pouvons être assez sûr que       rales de ceux que la vie a brisés;\nnos éloges ne l’accableront pas; —        anathème à tous ceux qui sont ras­\n et le lieu enfin où je parle, à deux pas sasiés d’extase et d’éther (sic!!).\n de son berceau et à quatre pas de sa        » S’il fallait juger de l’état d’une\n tombe. »                                 nation par sa littérature, la Belgique\n   Il est des gens qui prennent ce        semblerait, de nos jours, un vaste\n grotesque jargon pour du Bossuet !       monastère. Dans chaque province, un\n                                          amas de chapelles, de couvents dis­\n                                          séminés sur tous les points; de lon­\n                                          gues théories de religieux faisant,\n                        LE TON SEUL       cierges en main, le pélérinage des\n                        A CHANGÉ . .      lieux  consacrés par la vénération ; un\n                                          peuple à la foi robuste, chez qui tout\n   De l’incessante contribution appor­ sentiment est mort (sic), qui n’a\ntée depuis six ans, à nos lettres, par d’autre idéal que la foi, d’autre\ntoute une pléiade d’écrivains jeunes appréhension que celle du jugement\net vraiment modernistes (mais qui dernier, voilà le spectacle que doit\ntous eurent le front de s’affirmer suggérer à tout étranger la lecture\nChrétiens dans leur art comme dans des revues catholiques qui, toutes,\nleur vie), quelques sectaires de l’autre ont pris pour devise « L ’Art pour\nbord affectèrent ne rien savoir.           Dieu », comme s’il n’y avait pas dans\n    Mais en ces trois dernières années, le cœur de tout homme, en dehors\nle groupe des jeunes catholiques de toute religion, des passions qui\n devînt si nombreux, et son activité à frémissent, des intérêts qui se com­\n ce point grandissante que, de dépit, battent. »\n lebesoin d’éclater finit par l'emporter      Ni plus stylée, ni moins inexacte\n sur la volonté de se taire.               que les « catilinaires » de ses prédé­\n    Bizarre coïncidence! Ce fut princi­ cesseurs, cette charge à fond dujeune\n palement dans les derniers numéros verviétois continue dignement leur\n parus de cinq ou six revues — l’une polémique. Le ton seul a changé.\n après l’autre mortes, — que ces Mes­         Eux se riaient de nos efforts; lui\n sieurs donnèrent contre nous libre se désole de nos succès. Mais au­\n cours à leur méchante humeur.             jourd’hui comme hier la tactique est\n    Or, voici qu’à Verviers, — véri­ restée la même.\n  table ruche littéraire de l’harmo­          Elle consiste à représenter d’abord\n  nieuse Wallonie — une revue vient les revuistes catholiques comme des\n  de naître, où, dès la « Proclamation » fanatiques rageurs qui fulmineraient\n\n\n                                                                            181\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "sans cesse contre les artistes hété­          A ceux qui prétendent que l’Art\nrodoxes et leur dénieraient tout ta­       pour Dieu est la formule d’une école,\nlent pour ce m otif qu’ils ne sont pas     les discours du Congrès de Bruxelles,\nchrétiens ?                                mon article Contre les écoles d’art\n   Elle consiste ensuite à représen-       (La Lutte de 1898, de juin, p. 91),\nl'Art pour Dieu comme une formule          et l’admirable apologie d’Albert Jou ­\nparticulariste, comme la formule           net, parue en tête de ce fascicule,\nd’une école nouvelle, plus détestable      sont répliques assez péremptoires\nque les autres, car plus intolérante       pour qu’il soit superflu d’insister da­\nencore !                                   vantage.\n   Nous avons fait trop souvent ju s­         R elisez-les donc, ô nouveaux con­\ntice de ces accusations mensongères,       frères! E t si le parti-pris ne vous\npour qu’il soit encore permis à nos        aveugle pas, aussi totalement que\ndétracteurs de prétexter l’excuse          certains de vos aînés, vous y verrez\n« d’un mal entendu ».                      cette fois que « l’A rt pour Dieu »\n  A ceux qui nous accusent d’intolé­       n’est point du tout une formule par­\nrance envers les écrivains non-            ticulariste, mais au contraire le ré­\ncroyants, la liste des collaborateurs      sumé de l’esthétique universelle qui\nde la L u t t e ( o ù se rencontrent les   non seulement condamne le parti­\nnoms de Verhaeren, Demolder, Le-           cularisme absurde des écoles, mais\nmonnier,Viélé-Griffin,Ducoté,Ghéon,        qui les détruit toutes en les réunis­\netc.) est à elle seule un démenti suffi­   sant.\nsamment catégorique.                                          U ijle n sp ie g e l.\n\n\n\n\n182\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "D ’A I M E R    QUARTE         MEL O =\nD IE S POU R CHANT E T O RG UE\nP A R E R N S T D E L T E N R E D.D. D.\n\n\n\n\n               S tic h i D ruck von C. ü . K öder, L e ip z ig , MDCCCXCY11I.\n                      2\n                                                     /\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": ""}, {"page_pdf": 208, "texte": "TABLE\n                                                                                            p ages\n     P r é l u d e . \" O nuit qui viens \" ........................................................4\n \" Mais lors mu j o i e \" [MAX E L S K A M P] ...................................... 6\n \" Le ciel en nuit s ’est déplié \" [ E M I L E V E R H A E R E N .] .10\n \" Mais dans mon coeu r \"          [G E O R G E S. R A M A E K E R S .] . . 13\n\n\n\n\n                                             2\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "D ’A I M E R P O E M E S D E M A X E L S =\nK A M P E M IL E V E R H A E R E N , GEO RGES\nR A M A E K E R S M U S I Q U E D ’E R N S T\nD ELTEN RE\nPRELUDE.\n                   Lento.\nCanto.\n\n\n\n\nOrgano. •\n\n\n\n\n            qui viens sans bruit,       en-se-ve - lir   le   Jour,\n\n\n\n\n                               pen-chetoi ma-ter - nel - leetdou-ce\n\n\n\n\n         vers   la ter - re,\n\n\n\n\n                                    2\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                                                                5\n Tempo I.\n\n\n     pourque moncoeur en - tin            con - fie    a ton mys-\n\n\n\n\ntè   - re      qu'i l a   be   -   soin    d’ai   -   mer,\n\n\n\n\n qu’il a besoin d’a - mour!\n\n\n\n\n                          2\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "6\n\n\n    „ M A IS L O R S MA J O I E “\n                              poésie de MAX E L SK A M P .\n\n                 A n d a n t e Quieto.\n\n\n\n\n                                   M ais lors m a jo ie    é - ta n t      H o l-la n   - de,\n\n\n\n\n         j 'ai      b a -ti   du     co - té       du jour, e t   d an s     d es ar - b r e s\n\n\n\n\n          tout d’a - to u r s,        ma     m ai-son qui e s t   en         Hol-lan\n\n\n\n\n                                               2\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                  Largo                                                      7\n\n\nde          a-vec la     mer_                 au - tour.\n\n\n\n\n                       Or, en at-tendant         son       di-m anche, mon\n\n\n\n\n a - me est là              comme un pêcheur au bord de l’eau          et\n\n\n\n\nsous   les b ran -c h e s à eau - ser bas        a - vec mon coeur\n\n\n\n\n L argo .\n\n\nprès d e la mer        au     -       tour,\n\n\n\n\n                                  2\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "8\n\n\n\n    d’u - ne paix           dont       la   bon - te        fran -ch e      se­\n\n\n\n\n    ra it   de   par - ta - ger             d’a    -    mour\n\n\n\n\n    tou - te     ma    vi     -    e         dont c’est le       tour    . de\n\n\n\n\n    met     -    tre en-fin        sa             ro    -   be    blan\n\n\n\n\n                                    L argo.\n\n\n          che       a-vec la mer             au-tour,\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                                                                          9\n Tempo I.\n\n\ncar     tout est     pret,          jus - qu’ à moi - mê -        me,\n\n\n\n\ndans la maison de            bon   sé-jour pour   le      bon-heur qui\n\n\n\n\n                                                       L argo .\n\n\n vient        quand mê - me                        quand on       Pat -\n\n\n\n\ntend,         cel - le qu’on ai     -   me,\n\n\n\n\nvec      la    m er_______         au-tour.\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "10\n\n     L E C I E L E N N U I T S ’E S T D E P L I E\n                                         poèm e d’EMILE V E R H A E R E N .\n\n            T ra n q u illa m e n te .\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                                                                                  11\n\n\n\n\nl’air            Et   sur les lacs du pay - sa - ge a-mi, Qu’elle an-\n\n\n\n\ngois - se, la    gout - te d’eau Qui tom - be                   d’un         ro -\n\n\n\n\nseau                  Et         tin - te et puis se        ta it           dans\n\n\n\n\n                                       un poco an im a to\n\n\n\nl’eau.                     Mais j ’ai tes       mains               e n - t r e les\n\n\n\n\nmien     -      nés Et     tes          yeux        surs,           qui me re -\n\n\n\n\n                                   2\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "12\n\n\n\n         tien                     nent, De leurs fer - veurs, si dou - ce-\n\n\n\n\n                             A lle g ro .\n\n\n       ment;        Et            je        te   sens    si   bien en     paix de\n\n\n\n\n        tou     -        -   te        cho - se,        Que   rien,         pas\n\n\n\n\n         mê-meun fu - g i - tif soup - con               de crain - te,      Ne\n\n\n\n\n     , T e m p o I.\n\n\n         trou-ble- ra,          fût - ce un mo-ment,\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                                                                      13\n         espressivo\n\n\n         lu con-fi-an - ce       sain - te\n\n\n\n\n  dort     en nous\n\n\n\n\n         coni-me un en-fant          re   -   po   -   se.\n\n\n\n\nM A IS D A N S M O N CO EU R -\n                       poésie de G E O R G E S R A M A E K E R S .\n     A n d an tin o.\n\n\n\n          Mais   dans mon coeur               c’est le ré-veil   du bon-\n\n\n\n\n                                 2\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "14\n\n\n\n     heur des beaux soirs, qui me font tout      ai - mer, qui me font\n\n\n\n\n      tout    a i-m er,                        les     cho-ses\n\n\n\n\n         et les â -m e s!                                         Et di-\n\n\n\n\n       la - tent mon coeur d’u-ne         tel - le    bon - té,\n\n\n\n\n               qu’en m a p o i-tri - ne en feu mon coeur     veut é-cla-\n\n\n\n\n                                2\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                          Tempo I.                              15\n\n\n\n\nter        d'a-m our,      en un bou-quet      de flam - mes!\n\n\n\n\n                                     Maestoso.\n\n\n                                            Commeton Coeur, o\n\n\n\n\nChrist,             A - mour    non d’a-ne seu-le   fem - me,\n\n\n\n\n          Lento.\n\n\n mais     de tou    -   te l’hu - ma -   ni - te.\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "'\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                             LA LUTTE\n   R evu e catholique d’A rt.\n                                                                   PARIS E T                BRUXELLES\n\n\n                                 C O M IT É P A T R O N A L :\n\nVALÉRE MABILLE — LÉON SOMZÉE — AMÉDÈE d e BRESSOUT\n\n\n                                         D ir e c te u r             :\n\n                            GEORGES                   RAM AEKERS\n                                   114, r u e Franklin, B r u x e l l e s\n\n                                         S e c r é ta ir e s :\n                      PARI S                                               BRUXELLES\n   C H A R L E S de R O U V R E                                  ÉDOUARD                        NED\n            27, rue d’Amsterdam                                          34, rue du Conseil\n\n\n                        R é d a c tio n d e              \"L a L u tte \" :\n\n                                             FRANCE:\n          Y v e s B er th o u , A l b e r t J o u n et, Geo rges L e                    Ca r d o n n e l\n                           C h a r l e s d e R o u v r e , L o u is T i e r c e l i n\n\n                                          B E L G IQ U E :\nE r n s t De l t e n r e , P o l D e m a .d e , P a u l M u s s c h e , E d o u a r d N e d , J o h a n N in a\n                                            E r n est Pé r ie r\n            G eo r g es R a m a e k e r s , E d g ar R ic h a u m e, Geo r g es V ir r è s\n\n\n\n                                P r in c ip a u x C o lla b o r a te u r s :\nPaul André, Franz Ansel, Albert Berthel, Louise et Louis Delattre, Eugène\n  Demolder, Henri Delisle, Henri de Régnier, Edouard Ducôté, Maurice Dullaert,\n  M ax Elskamp, Henry Ghéon, Eugène Herdies, Joris-Karl Huysmans, Camille\n  Lemonnier, Georges Marlow, Charles Morice, Marie et Jacques Nerva t,\n  Georges Oudinot, Maurice Perrès, Victor Remouchamps, Georges Rodenbach,\n  Prosper Roidot, Blanche Rousseau, Léon R ycx, Laurent Savigny, Camille\n  Schiltz, l’abbé Armand Thiéry, Firmin Van den Bosch, Emile Verhaeren,\n                            Francis Vielé-Griffin.\n\n\n\n     Adresser tout ce qui concerne l’Administration, chez les Éditeurs :\n                           A L F R E D V R O M A N T & Cie\n                  BRUXELLES                                                     PARIS\n       3 , r u e de la C h ap elle, 3                              60, r u e M adam e, 60\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "        COLLECTION DE LA LU TTE\n\n\n                             VIENNENT DE P A R A IT R E :\n\n\n\n                     LES FÊTES DE L’ÉTÉ\n                                p a r G e o rg e s R a m aek e rs\n\n\n\nUn v olu m e d e v er s, form at in -42                 .    ;   ............................................2 fr.\n\n\n\n\n                              SIMPLEMENT\n                                    p a r P a u l M u ssch e\n\n\nUn volu m e d e c o n te s, form at in -1 2 ........................................................2 fr.\n\n\n\n\nCETTE      R EV U E E S T IM PRIM ÉE SU R L E S P R E S SE S D E\n\n\n       L ’I M P R I M E R I E            ALFRED              VROMANT                    ET        Cie\n\n                           3, R u e de l a C h a p e lle , B r u x e lle s\n\n                     S u c c u r sa le à P a r is : 6 0 , r u e M ad am e .\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 4, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1898-08", "signet_source": "Quatrième année - N°5-6 - Août-Septembre 1898", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 156", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}