{"numero_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "articles": [{"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-001", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LALUTTE Revue Catholique D'Art AlfredVromant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 224, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 297, "texte": "LALUTTE                  Revue Catholique D'Art\n\n\n\n\n                                AlfredVromant&C.Editeurs 60Rue\n                                Madame\n                                - Paris 3, Rue de la Chapelle . 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(Extrait d u M i r o i r d u C i e l\n                       n a t a l . Poème).\n\n                          I. Les réverbères un à un vont s'allumant.\n                         II. Les réverbères des banlieues.\n                         III. Un triste réverbère.\n                         IV . Dans le soir au bord de l'eau.\n                         V . La Nuit est seule, comme un pauvre.\n                         V I. La Nuit s'acharne au réverbère qui la nie.\n                        VII. Les réverbères en enfilade.\n\nGeorges Ramaekers : L e sacrifice de la chair. (Nouvelle)\n                             Prélude. Chapitre I. « Le Rival mort ».\nEdgar Richaume : Un livre gai. (Critique).\nYves Berthou : H e n ry M azel (Monographie).\nAlbert Jounet : N otre-D am e des Victoires (Vers).\nE rnst Deltenre : Chronique m usicale.\nGeorges Virrès : L es rom ans.\nPaul Mussche: L e s poèmes.\nEdgar Richaume : L a critique.\nU yienspiegel : L es revues. 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Extrait du volume inédit : Le Miroir du ciel natal, poème qui paraîtra\nle mois prochain chez l’éditeur Charpentier à Paris, et se compose de huit\nparties, dont « Les Réverbères » forment l’une.               N. D. L. D.\n\n\n     5                                                                 1 99\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 137, "texte": "      I ls sont toujours transis ;\n      Qu’est-ce qu'ils attendent ainsi ?\n      E t c’est vers où que dans l’aube ils se sauvent ?\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-004", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 200, "page_fin": 201, "titre_corps": "Les réverbères : II", "titre_sommaire": "Les réverbères des banlieues", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "II Les réverbères des banlieues S ’en vont durant des lieues", "ancre_fin": "Bientôt sont des lumières feues.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "III Un 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alterne,\n\n      Selon le caprice du vent,\n      Ecrasant la flamme ou la relevant.\n\n      Les réverbères des banlieues\n      Sont des cages où des oiseaux déplient leurs queues.\n\n      Pauvres oiseaux réfugiés\n      Qui ont souffert d'être mouillés.\n\n      I ls ont eu peur des horizons\n      E t regardent la vie à travers des cloisons.\n\n\n200\n"}, {"page_pdf": 228, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 322, "texte": "      Oiseaux trop frêles qui préfèrent\n      Vivre captifs dans du verre.\n\n      Ils savent la fragilité de leur vol d’or !\n      L e vent les tord...\n\n      Ils n ’ont pas longtemps résisté\n      E t meurent longuement en spasmes de clarté.\n\n      Les réverbères des banlieues\n      Bientôt sont des lumières feues.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-005", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": 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d’un vol.\n\n      I l regarde tout son reflet\n      Qui se délimite en contours de ténèbres ;\n      A h ! cet afflux de présages funèbres !\n\n      Soudain le réverbère\n      Voit l'ombre de sa boite en verre\n      Former, avec ses quatre pans,\n      Comme un petit cercueil à terre,\n      Qui attend ;\n      E t le réverbère a peur qu’on emporte,\n      Dedans, sa flamme morte !\n\n\n\n\n                                                     2 01\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-006", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 202, "page_fin": 202, "titre_corps": "Les réverbères : IV", "titre_sommaire": "Dans le soir, au bord de l’eau", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "IV D ans le soir, au bord de l’eau", 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flamme rose\n      Comme des bouquets de lumière,\n      Des bouquets sous ion verre et qui sont des reliques,\n      Par qui la N u it s'emplit d'Indulgences plénières.\n\n      L a N u it souffre !\n      Les réverbères en chœur\n      Dardent leur flamme rouge et soufre\n      Comme des ex-votos,\n      Comme des Sacré-Cœur,\n      Que le vent fait saigner avec ses froids couteaux.\n\n\n202\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 338, "texte": "     L a N u it s'exalte.\n     L e s réverbères à la file\n     D éploien t leur flamm e bleue,\n     D a n s les banlieues,\n     Comme des âm es qui fo n t halte,\n     L e s âm es en chem in des m orts de la journée\n     Q ui rêven t de ren trer dans leur m aison fermée,\n     E t s ’a tta rd en t longtem ps a u x portes de la ville.\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-008", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": 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comme artériel\n     Qui continuera ju s q u ’il l’aube.\n\n\n     L e réverbère est seul sous le g ra n d ciel.\n\n\n     E t il voit que, là-bas,\n     D ’au tres feu x trem blent,\n     E toiles qui ja m a is ne se rassem blent,\n     Seules comme lu i\n     D a n s u n éternel célibat.\n\n\n     O étoiles, ses sœ urs, q u ’il nom m e d an s la n u it !\n     U n même m a l les agite ;\n     E lle s son t si tristes ;\n     E lle s ont le même sort,\n     L e même trem blem ent de fa n a u x d an s un p o rt\n     A des vaissea u x qu i ja m a is ne p a r te n t ;\n     E lles ont la même p a lp ita tio n ,\n     L e s mêmes pu lsa tio n s,\n     Comme si u n seul cœur, elles et lu i, les fa isa it battre.\n\n\n\n                                                                    203\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 199, "texte": "      Le réverbère songe : « Elles sont comme lui ;\n      I l est comme elles ;\n      Solitude. ! E t n'avoir à vivre que la nuit ! »\n\n      A h ! s'éteindre ! s'éteindre en une Aube éternelle !\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-009", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 204, "page_fin": 205, "titre_corps": "Les réverbères : VII", "titre_sommaire": "Les réverbères en enfilade", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Rodenbach", "ancre_debut": "VII Les réverbères en enfilade Ont allumé leurs pensives veill", "ancre_fin": "G eo rg es R odenbach.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE SACRIFICE DE LA CHAIR. Prélude. L E soleil d’août", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 231, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 199, "fin_caractere_exclue": 1199, "texte": "VII\n      Les réverbères en enfilade\n      Ont allumé leurs pensives veilleuses\n      Quotidiennes,\n      Formant un jeu d'ombres silencieuses\n      Qui vont et viennent...\n\n      L a Ville est-elle plus malade\n      Ce soir ?\n\n      On dirait qu'il fait plus noir ;\n      L e vent a l'air de plaindre\n      Quelqu'un qui ne guérira plus ;\n      Une petite cloche tinte\n      L e dernier angélus ;\n      L ’air est sonore à cause du silence ;\n      Les peupliers, dont la cime s’élance,\n      Ont peur de faire trop de bruit ;\n      E t les passants embrument leur marche\n      Comme dans une chambre, autour d'un lit...\n\n      L'eau chuchote plus bas sous l'unique arche\n      Des vieux ponts ;\n      On dirait qu'elle prie avec des soupirs ;\n      Mais à quoi bon ?\n\n      Sans doute que la Ville expire\n      Ce soir ?\n\n      Les veilleuses des réverbères\n      A peine encore un peu espèrent ;\n      Elles sont comme des yeux,\n      Comme des feux dévotieux,\n      Yeux et feux illusoires.\n\n\n204\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 499, "texte": "       O réverbères ! Ils s'alarment\n       E t sentent la mort en chemin ;\n       I ls ont quelque chose d'hum ain;\n       I ls tremblent et semblent pâlir\n       Comme si dans leur flamme il y avait des larmes !\n        Qu'est-ce qui va mourir ?\n        Un cygne averti chante sur l’eau noire...\n\n       I l se peut que la Ville meure\n       Ce soir...\n\n       Les réverbères pleurent !\n                                         G eo rg es R odenbach.\n\n\n\n\n                                          "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-010", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 205, "page_fin": 209, "titre_corps": "Le sacrifice de la chair", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "LE SACRIFICE DE LA CHAIR. 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P uis brusquem ent, il s’emporta.\n    Wivine écoutait sans frém ir la colère que le seigneur déversait\ncontre « son am ant ».\n    Sa pitié seule augm entait à l’entendre.\n   E t p ourtant R ickw ard, fou de rage, m enaçait celui qu’elle\naimait de rouges projets de vengeance !\n    Ce rival, cet homme inconnu, qui régnait en tyran sur le cœur\nde W ivine quel pouvait-il bien être ?\n    Possédait-il un nom aussi noble que son nom à lui, occupait-il\nun rang aussi élevé que le sien, et gérait-il de*s biens en pareille\nabondance ?\n    E t puis d’ailleurs qu’im portait tout cela! Qu’im portait même et\nla santé et la beauté e t la jeunesse, dont la nature l’avait comblé\npeut-être. Est-ce qu’aucun amour sur terre était assez fervent\npour rivaliser, fut-ce un seul instant, avec l’am our dont lui,\nRickward, l’aim ait?\n    — Sur terre peut-être non, Rickward, mais mon Aimé n ’est\nplus sur terre.\n    — Il est donc m ort! s’écria-t-il. Il est donc m ort! répéta-t-il,\n comme pour ranim er à ces mots l’espoir expirant de son cœur!\n    — Oui, il est m ort pour moi — pour vous aussi, Rickward,\n reprit-elle en fixant ses yeux, ses yeux célestes et tranquilles, sur\n les yeux troublés du jeune homme.\n    — Pour moi aussi, pour m oi?... Mais quand donc est-il m ort ?\n    — Il y a bien longtem ps, Rickw ard.\n\n\n                                                                  207\n"}, {"page_pdf": 235, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2307, "texte": "    — Heureux celui qui vous aima, W ivine, car votre am our lui\nest resté fidèle a,u-delà même du Tombeau!\n    Mais croyez-vous que la fidélité vous ordonne à jam ais de cloî­\n tre r votre cœur ?\n    Ne redoutez-vous pas de com m ettre un vrai crime, et de me tuer\navant peu, en vous obstinant de la sorte dans l’impitoyable\négoïsme de votre deuil?\n    — Non, cette obstination n’est pas de l’égoïsme, mais au con­\ntraire, ô mon pauvre aveuglé, elle provient de la charité que lui\nmême il nous enseigna.\n   — Vraim ent, W ivine, votre charité est étrange ! C’est donc une\ncharité qui tortu re à plaisir, la charité que vous enseignait votre\nam i? Car c’est bien elle qui à présent se repait en vous, impassible\nidole, du spectacle de ma douleur !\n   A h! p ourtant si vous condescendiez à correspondre à mon\namour, le bonheur surgirait dans m a désespérance, comme au\nm atin du jour surgit du deuil du ciel la fête rose de l’aurore!\n   Viens! laisse-toi bercer par ce rêve enchanteur! L e cher amour\nque tu pleurais n ’est plus enseveli dans le noir souvenir : il est\nvivant! le revoici! J e suis ton ami d’autrefois, qui revient de son\nlong exil, de l’exil affreux de la m ort ! Que ton am our pour lui se\nperpétue en moi! Ton am ant est ressuscité! E t c’est lui que tu\naimeras, ô W ivine, dans nos baisers !\n   — A h ! R ickw ard vous avez d it vrai. Oui, plus vrai que vous\nne croyez : mon ami est ressucité, après trois jours, d’entre les\nm orts.\n   E t ceci n ’est pas un vain songe et je ne raille point votre pas­\nsion pour moi. Son tom beau depuis lors est vide et plusieurs l’ont\nrevu, ont approché de lui, ont m angé avec lui, l’ont reconnu\nvivant !\n   L ’amoureux s’arrêta, livide.\n   Ses yeux dilatés de terreur dévisagèrent la désirée, cherchant\nà surprendre soudain, dans la sérénité de ses traits impeccables,\nla grim ace hideuse de la Folie.\n   Toute entière au bonheur de ce qu’elle avait dit, Wivine\nsouriait ainsi qu’une madone.\n   Comme deux fleurs, ses paupières ombrées s’ouvraient vers la\nclarté de ce beau m atin bleu.\n   Quand tout à coup, s’étonnant du silence, elle se retourna vers\nRickw ard et dans la fixité du regard du jeune homme, devina le\nsoupçon qui le terrifiait. Alors de sa voix la plus rassurante :\n   — Ne craignez point, seigneur, que ma raison s’égare. La\n\n\n208\n"}, {"page_pdf": 236, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 708, "texte": "mort de mon aimé ne saurait la troubler, puisque, je vous\nl’ai dit, il a vaincu la m ort.\n   « E t le voici qui vient, se h âtan t parm i les montagnes, passant\nau dessus des collines, semblable à un chevreuil et au faon d’une\nbiche. Le voici to u t près de notre demeure... »\n   E t voici son im age au détour du chemin.\n   Au geste de la jeune fille, qu’à entendre discourir ainsi il croyait\nfrappée de folie, l’infortuné Rickward, de ses yeux tout brouillés\nde larmes, aperçut — ô révélation ! — l’image de son R ival m ort.\n   C’était le crucifix de pierre, qui dom inait le carrefour.\n\n    (A suivre.)                           G eorges R am aekers.\n\n\n\n\n                                                 "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-011", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 209, "page_fin": 215, "titre_corps": "Un livre gai", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edgar Richaume", "ancre_debut": "UN LIVRE GAI 1. ANS un livre de critiqu", "ancre_fin": "E d g a r R ic h a u m e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "HENRI MAZEL. OILA quelque dix ans qu’a", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 236, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 708, "fin_caractere_exclue": 2135, "texte": "UN\n                                                 LIVRE GAI 1.\n\n              ANS un livre de critique, récem m ent traduit,\n\n\n\n\nD\n               M. Georges M érédith élit, entre tous les genres de\n               comique, la finesse intellectuelle de Molière. Les\n               préférences de M. Maurice le Blond, en l ’espèce,\n               vont p lu tô t à l’humour, au pince sans rire, cher à\n              Baudelaire et à Villiers déjà.\n   Son Emile Zola devant les Jeunes en est une preuve. Ce qu’elle\nm’a follement égayé, cette réjouissante brochure! Alphonse\nAllais, à coup sûr, peut s’estim er tombé. Aussi, nous attendons-\nnous, à le voir remplacé, dans les chroniques gaies des journaux\nparisiens, p ar le Mahomet du Naturisme.\n   Maurice le Blond vous a, dans la narration de ses découvertes\nscientifiques et littéraires, un sérieux étourdissant et d’essence\nbien supérieure à celui du p itre susnommé. L a sincère conviction\nest si parfaitem ent imitée, traduite, dans son style solennel et\ncligne, que l’illusion à certains moments est complète. On s’im a­\ngine qu’il croit lui-même ses renversantes inventions. Heureuse-\n\n 1. Je tiens à dire que cet article n’engage, en aucun point, mes amis de\nLa Lutte. La responsabilité en doit tomber, entière, sur moi seul.\n                                                                 E. R.\n\n\n                                                                     239\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": "m ent, pour lui, on se souvient qu’il n’est pas dépourvu d’intelli­\ngence...\n    Voici quelques échantillons de ce comique illusionnant et déli­\ncieux, la perfection du genre.\n   Zola devant les Jeunes; qui ça « les Jeunes » ? Vous croyez un\nbataillon nom breux: toute la jeunesse contem poraine? Illusion!\nIl s’agit d’une petite chapelle, très étroite, dont le Boudha est\nM. Saint Georges de Bouhélier, dont les bonzes sont quelques\ntintam arresques frappeurs de gong.\n   Il est vrai que ces m essieurs représentent, du moins ils le crient\nà tue-tête, la littératu re française de demain, sinon d’aujourd’hui,\nmieux encore l ’âme française. Cette tarasconnade nous remémore\nl’exhilarante déclaration de quatre Belges, cousins germains, en\narrivism e panthéiste, de M. Saint Georges de Bouhélier et de sa\nséquelle.\n    Or donc, un des dépositaires de l’âme française — pour\nemployer ce term e incorrect qui, la science, l’infaillible Science le\nprouve, ne représente qu’un m ythe — un des dépositaires de\nl’âme française se campe devant Zola. Bon animalier, il nous le\npourtrait, vu, selon la recette du m aître, à travers son tem péra­\nm ent naturiste.\n    Il nous apprend que le scatologique auteur de la Terre est incon­\ntestablem ent un génie; plus, il est le précurseur du Messie nou­\nveau, le déjà nommé Bouhélier.\n    Mais, pour être im partial, je préfère céder à M. le Blond la\nplume. Voici comment, en term inant sa brochure, il résume, de\nquelques traits rapides, le p o rtrait qu’il vient de brosser du puis­\n sant saligaud. « Non seulement, il aura exalté dans nos cœurs la\nreligion du travail, rehaussé le goût de la justice », « mais, tout\n en ayant enrichi les lettres françaises de chefs-d’œuvres inestima­\nbles » — M. le Blond ne fu t jam ais hyperbolique — « il aura\n fortifié notre état m oral », — hélas, pour que Zola le p û t encore\n fortifier, ce pauvre é ta t m oral devait être bien anémique. « Il\n nous aura m ontré les difformités des individus, disparaissant et se\n fondant, dans la splendeur, la force et la vitalité des races » —\n soit. \" Il aura simplifié les gestes et les aventures des hommes \"\n — physiologiquem ent parlant, oui. « Il aura trouvé dans le\n m atérialism e les principes d’une esthétique nouvelle » — et dont\n l’avenir est, je le crois, bien précaire. « Il aura rétabli les êtres\n dans leur rapport naturel » — depuis quand « naturel » est-il\n synonyme de naturaliste? « Il aura glorifié les chairs et les belles\n terres fécondes. » Je commence à saisir pourquoi Zola n’est rien\n\n\n210\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2507, "texte": " moins qu’un génie. « Il aura lutté contre les catholiques. » J e le\n comprends de plus en plus. « Il nous aura délivré du R om an­\n tisme. » M. le Blond semble ignorer que l’on appela si justem ent\n son ours — est-ce bien ours qu’il fau t dire? — un rom antique\n attardé.\n    M aintenant que nous avons donné intégralem ent toute l’idée de\nM. le Blond, entrons, si vous le perm ettez, dans le détail de quel­\n ques développements. Ici, les passages deviennent savoureux.\n    Zola fu t un novateur. Il devait donc être incompris des repré­\n sentants des connaissances du passé. Son évangile, car évangile il\ny a au sens propre du terme, fu t seulem ent compris « des frustes,\n des natures vierges et frém issantes ». Que c’est gentil! E t cela\npermet à notre charm ant auteur gai de faire un parallèle entre\nla diffusion de la doctrine scatologique et la diffusion de la doc­\ntrine chrétienne. Mais l’heure a sonné pour Zola d’entrer, vivant,\ndans la gloire après — excusez du peu — Voltaire, Goethe et\nHugo.\n    Le génial pornographe a m alheureusem ent la douleur de ne pas\n être lu. Il paraît que si on l’achète tant, c’est pour en faire un\nusage indigne...\n    Zola est un sage et un savant et cependant, pleurniche Mau­\nrice le Blond, « on lui a fait une réputation d’obcénité, de grossiè­\nreté, à lui dont l’œuvre est chaste et tendre... On lui a fait une\nréputation d’im m oralité, à lui qui fu t le vulgarisateur de la\nmorale nouvelle, de cette morale qu’on pourrait appeler « la\nmorale du plein air, et dont l’unique règle, l’auguste précepte\nconsiste dans le respect, l’adoration des lois de la nature ».\n    C’est étrange, mais, en ce cas, le pudique Zola, le m oralisateur\ndes siècles futurs ne serait pas éloigné des catholiques. Ces der­\nniers, si je ne m ’abuse, basent leur éthique to u t aussi bien sur\nles lois de la nature. Il est vrai qu’il faut s’entendre. Il y a nature\net nature.\n    Nous nous basons sur la nature hum aine dans ses divers ra p ­\nports.\n    Zola n’ayant pas l’honneur de la connaître, la juge, sans nul\ndoute, d’après la nature porcine : la psychologie l’affirme, on\njuge tout d’après soi.\n   Mais poursuivons. Il me fa u t encore servir quelques-unes des\nfacéties de notre incom parable comique.\n    « A l’étranger, on ne l’aborde pas — le pornographe m orali­\nsant — sans ce trouble m ystérieux qui caractérise l’approche du\ngénie... à l’étranger, les natures saines, les natures bien nées et\n\n\n                                                                  211\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "  délicates l’envisagent avec ce recueillem ent qu’on éprouve seule­\n  m ent en présence d’un Hésiode ou d’un Eschyle... »\n     « De rares savants seulement, quelques docteurs ont su péné­\n tre r le sens de son œuvre et personne, même ceux qui se dirent ses\n disciples, n’en ont compris toute la pureté. »\n     « E t j ’estime que l’exemple de sa vie peut être proposé aux\n jeunes hommes de notre âge... Cette vie sublime de Zola qui dont\n en fixera l’histoire... Ce sera une édifiante histoire qu’un tel récit\n consacré to u t entier à l’apologie du travail et de la volonté. »\n    Oh oui, bien édifiante ! E t M. le Blond qui se sent capable\n d’en être le chantre, nous caractérise la jeunesse du p e tit Emile :\n « Il a grandi comme un jeune faune. »\n    Or, détail curieux pour un être velu de cette espèce, ce faune\n se double d’un savant.\n    Oh! son bagage scientifique n’est pas fort épais ! Il se borne,\n M. le Blond l ’avoue, « à un groupe très restreint d’idées géné­\n rales, à deux ou trois vérités nouvelles... »\n    M. Zola croit « en l’unité de la substance et de l’origine. Il sait\n que les éléments et les âmes obéissent aux mêmes frissons éter­\n nels ». Il sait, vous entendez, il sait, l’étonnant homme et le faune\n plus étonnant encore. Il sait! j ’aurais admis il suppose; mais\nnon, il sait. E t qu’est-ce qui justifie la certitude de cette connais­\n sance ? J e serais heureux que M. le Blond me l’apprît.\n    « A u chaos rom antique, cet homme — toujours Zola — a su\n opposer l’équilibre. » Jusqu’à ce jour, la critique attribuait à\nBalzac la réaction réaliste. Il paraît que la science a changé tout\ncela. De « savantes recherches » ont « établi » que c’était Zola\nl’auteur de la comédie humaine. E n voici, d’ailleurs, une preuve\ndécisive.\n    « Zola a rétabli les rapports entre les choses, il eut le souci\nconstant des valeurs et des perspectives. Zola nous enseigna que\nrien n’était supérieur à la réalité. »\n   J ’avais toujours cru que Zola transfigurait, par son intense\nvision rom antique, la réalité. J e croyais aussi — Maurice le Blond\nme l’avait affirmé — que Zola était p arti d’idées préconçues, d’hy­\npothèses scientifiques que demain renverse et que l’on veut faire\npasser pour d’immuables vérités. D ’après ces préjugés, il observe\net reproduit le monde. Or, voici m aintenant que le même critique\nvient me parler de l’exactitude de Zola dans sa transcription de\nla vie. Il y a contradiction, j ’imagine ! D ’ailleurs — c’est toujours\nMaurice le Blond qui l’avoue — qu’a fait Zola dans tout son\nœuvre ? Il a « réhabilité les faits physiologiques ». Or, qui ose­\n\n\n212\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "rait soutenir que les faits physiologiques constituent to u t l’homme ?\nL ’œuvre de M. Zola pèche donc précisém ent par son m anque de\nréalité. Le type hum ain y est abaissé, animalisé.\n   De plus, réfu tatio n piquante, si les fameuses idées générales,\nprétendues découvertes scientifiques, dont use Zola pour se diri­\nger dans son interprétation de la nature, lui font défigurer la réa­\nlité, n’est-il pas indéniable que ces principes sont faux ?\n   Voilà, en conséquence, Zola dont to u t l’œuvre laborieux sert à\nréfuter les inductions hâtives auxquelles il a voué le culte de toute\nune vie de travail !\n   Avouez que c’est gai. Ne vous avais-je pas prévenu que M. Mau­\nrice le Blond était un écrivain réjouissant ?\n   Mais les protestations et les démentis que lui inflige la réa­\nlité ne sont pas faits pour l’arrêter lorsqu’il est en veine de gali­\n matias scientifique.\n   « Quelle grandiose vision » ! exclame-t-il quelques pages plus\nloin, devant sa genèse du monde, vue à travers les systém atiques\nprétentions de nos m odernes savants.\n   Voici, entre autres, le poétique tableau de l’apparition sur le\nglobe de l’espèce animale : « c’est, tout-à-coup, la m ouvante cellule\nanimale naissant de la pourriture végétale, du sang déliquescent\net corrompu, sans doute, de quelque rose préhistorique ».\n   Puis, c’est la création de l’espèce hum aine : « c’est la longue\ngenèse, à travers la faune terrestre » — ohé ! nos grands oncles\nles chinpanzés! — « après de successives métamorphoses, c’est la\nlongue genèse de l’Eve humaine, de la perfectible et triom phale\ncréature... »\n   M. le Blond, il fau t l’avouer à ma confusion, ne se paie pas de\nmots. Le récit de Moïse fait naître, sur ses lèvres, une délicieuse\nhilarité. Il trouve bien plus scientifique la version qu’il nous donne.\nPar malheur, si elle a reçu l’estam pille officielle du transfor­\nmisme, je la crois aussi peu logique qu’insoutenable. Je me suis,\nen effet, toujours imaginé que toute chose demande sa raison\nsuffisante...\n   Après nom bre de pirouettes, to u t aussi amusantes et que je\nregrette de ne pouvoir, faute d’espace, faire cabrioler sous vos\nyeux, Maurice le Blond en arrive à excuser le père de N ana —\nSeigneur! les lois de l’atavisme — du reproche d’indécence. « Man­\nger, boire et le reste, a-t-on dit, il ne se passe pas autre chose\ndans la Terre et dans l 'Assommoir. » Mensonge! calomnie! C’est\nhonteux vraim ent, pour la nation française, qu’elle ait pu croire\npornographique le chaste, le pudique Zola, Zola, la grande rosière\n\n\n                                                                  213\n"}, {"page_pdf": 241, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2609, "texte": "  des tem ps futurs! Aussi Maurice le Blond n’a-t-il aucune peine à\n  laver, des boues dont on le souille, le virginal écrivain.\n      « Pourquoi donc — refute-t-il — négliger des fonctions qui\n  tiennent tant de place dans notre existence ? Pourquoi nos roman­\n  ciers et nos poètes ne considéraient-ils, dans la nature, que le\n  côté badin et superficiel, frivole et bienséant? »\n     Misère! la piteuse réfutation et le piètre argum ent!\n     Il n’y a donc, selon Maurice le Blond, dans l’existence humaine,\n  que deux genres d’actes : les actes « profonds » : m anger boire\n  et ccetera, les fonctions animales de l’homme ; puis des actes\n badins, à fleur de peau.\n     Il oublie, je crois, tout le côté raisonnable volitif et sentimental\n de l’homme, sans com pter le côté divin, sources d’éternelle\n poésie, de chants sublimes qui ceignent, de l’im m ortalité des\n palmes, les fonts illuminés !\n    L e train-train habituel de la vie sociale et les faits physiolo­\n giques, que sont-ils donc relativem ent à l’amour noble et fort,\n dom pteur de la chair animale, dom inateur de l’égoïsme, relative­\n m ent aux sanglots d’un chaste adolescent vers une vierge ; aux\n larmes que répand un moine sur son Dieu, cloué des quatre mem­\n bres, percé du front et du cœur.\n    Que m ’importe, dites, qu’un homme s’emplisse, outre mesure,\nle ventre ou qu’il se vermillonne, avec une furie digne d’une\n trogne flamande, le bout du nez! A peine en sourirai-je.\n    Montrez-moi non le vieil homme dégénéré, montrez-moi le\nnouvel homme, le chrétien. M ontrez-moi ses origines lamenta­\nbles et glorieuses ; parlez-moi de ses destinées étonnantes, triom­\nphales comme un crépuscule de juin ! Faites-m oi voir la flamme\ncéleste qu’il porte au front, le sang divin qui coule dans ses\nveines et qui, sous la lance de la résignation et du sacrifice, sait\njaillir de son cœur, mêlé à l’eau du baptêm e !\n    Mais je pousserai plus loin. L a physiologie de l ’homme est\nsecondaire en littératu re. Mieux, il est préférable de n ’en point\nparler. Il est des choses dont on ne parle pas.\n    J ’entends le rire sonore de M. le Blond et de son cénacle. Pour­\nta n t qu’ils daignent m ’écouter. Ce ne sont pas les bienséances de\nla société qui nous le demandent, c’est la conscience.\n    E t de fait, si l’on écoute le dictam en de la conscience au sujet\nd’actes, tels que le vol ou l’homicide, pourquoi ne lui plus obéir\nquand il défend la sensualité? L a conscience est tout entière, ou\nbien elle n ’est pas. J e ne vois pas d’hypothèse entre ces deux-ci.\n    On me réplique, m aladroitem ent d’ailleurs, qu’une conscience\n\n\n214\n"}, {"page_pdf": 242, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1670, "texte": " importe peu dont les jugem ents varient de clim at à climat, d’âge\n en âge. Cela ne me gêne pas. Bien au contraire.\n   Il est certain que la prohibition touchant la bestialité est d’au­\ntant plus rigoureuse que l’homme est plus perfectionné. Mais c’est\nlà même un argum ent en faveur de ma thèse : vouloir faire, à\nnouveau, triom pher la sensualité, n’est-ce pas abolir les progrès\nconquis par plusieurs siècles d’efforts ?\n   Je répondrai enfin que si le degré de honte, dont rougissent les\ndivers peuples devant l’animalité, est variable, il n’en existe pas\nmoins, ici plus pudique, là moins, ici moins développé, là plus.\nPourtant l’homme, même sauvage et dégradé, a sa pudeur, si rudi­\nmentaire soit-elle. Son simple sourire touchant certains actes en\ndit assez et prouve que l’ingénuité bestiale chez l’homme, pour\nêtre naturiste, n ’est nullem ent naturelle.\n   Vraiment, de toutes ces reparties, la m oralité suivante s’impose\nà ma plume. J e crains que les plaintes de M. le Blond au sujet de\nde l’état des études philosophiques en France ne soient justifiées.\n   Il nous prône sa philosophie exprim entale, comme de loin\nsupérieure au spiritualism e périm é de V ictor Cousin, si cher aux\nUniversitaires.\n   Hélas, hélas, à son tour, qu’il est loin de la vérité ! S’il pouvait\nconnaître la scolastique. P a r m alheur, Thomas d ’A quin a l’im ­\nmense to rt d’être un saint. P a r surcroit d’infortune, il vécut au\nsiècle de Saint Louis, dans les horreurs de la n u it de mille ans.\n   Donc, il est idiot. L a logique contem poraine le déduit.\n                                             E d g a r R ic h a u m e .\n\n\n\n\n    V                                    "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-012", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 215, "page_fin": 222, "titre_corps": "Henri Mazel", "titre_sommaire": "Henry Mazel", "rubrique": "", "signature_source": "Yves Berthou", "ancre_debut": "HENRI MAZEL. OILA quelque dix ans qu’a", "ancre_fin": "Y v es B e rth o u", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A NOTRE-DAME DES VICTOIRES. 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Or,\n  voici que la tem pête se calme ; le marécage, nettoyé à vastes\n  trom bes, engraissé, fertilisé, couvert de fleurs et de fruits, n’est\n  plus l’ancien naturalism e et la m ontagne, arrosée, reverdie, n’est\n  plus l’ancien Parnasse. L e firmam ent s’éclaircit; les épais brouil­\n lards qu’on avait ta n t reprochés à ce malheureux symbolisme se\n dissipent, une étoile paraît, puis une autre, puis une autre. On\n peu t enfin dresser la carte de ce ciel nouveau et nom brer les\n constellations auparavant inconnues. P our q uitter le terrain des\n m étaphores, nous commençons à pouvoir m ettre un peu d’ordre\n dans le chaos de cette « période d’assaut et d’irruption » que le\n symbolisme a connu, comme toutes les écoles. Dix ans sont beau­\n coup dans une vie d’écrivain, surtout les prem iers dix ans de\n l’âge v iril; les vocations artificielles ont le tem ps de montrer\n leur vide, les réputations usurpées de laisser voir leur fraude,\nles talents illusoires de paraître en leur aspect réel et médiocre ;\npar contre, de justes gloires s’affermissent, de personnels talents\nse développent. Les laborieux donnent la m esure de leur effort\net les spontanés de leur nature ; une sorte de hiérarchie (qu’on\npardonne à ce mot, en raison de son radical sacré, l’idée de clas­\nsification pédante qu’il éveille) s’établit. Combien d’oubliés déjà\n parm i ceux, qu’au cours de son enquête, M. H uret consulta\ncomme les chefs et les représentants de ce m ouvem ent symbo­\nliste et, p ar contre, combien qui n ’y parurent alors nous auraient\nsemblé dignes d’y figurer.\n    Nous disions que le m ouvem ent symboliste commença avec\nl ’apparition d’un certain nom bre de revues. P arm i elles toutes,\nune place spéciale me semble devoir être réservée à celle que\nM. H enri Mazel fonda et dirigea si longtemps, l 'Ermitage, et qui\nétait bien sa chose, la projection de son esprit, car du jour où il\nl’abandonna elle se transform a du to u t au to u t si complètement\nque personne ne fu t surpris de voir l’ancien directeur la quitter\nto u t à fait et devenir un des collaborateurs assidus du Mercure.\nCette direction de l'Ermitage, à elle seule, constituerait un suffi­\nsant titre littéraire pour M. H enri Mazel. P endant six ans, il la\npoursuivit avec un tac t exquis, un sentim ent artistique, une lar­\ngeur de vues, une m aîtrise, en un m ot - - surprenante chez un\nhomme de son âge — qu’on ne saurait assez adm irer. L 'Ermitage\nvécut pendant ces six ans d’après une unité de direction qui ne\ndéfaillit jamais. On chercherait vainem ent dans ses fascicules les\npuérilités ou les extravagances dont parfois les revues de jeunes\ngens ne se privent pas assez. L a hardiesse n’y dégénéra jamais\n\n\n216\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2985, "texte": "en folie paradoxale, ni l’indépendance en folie révolutionnaire, ni\nla vivacité d’ attaque en personnalités injurieuses ou méchantes,\nni la liberté d’ allures en pornographie. L 'E rm itage fut toujours,\ncomme son nom l’indique, une retraite discrète, mi Trianon, mi\nPort-Royal, si l’on veut, où on ne négligea aucun aspect léger\nou austère de l’esprit.\n   On peut avancer que cette revue, avec une ou deux autres, fut\nl’honneur des lettres françaises pendant ces dernières années, et\nqu’ elles feront, dans l’avenir, l’ étonnement et l’ admiration des\ncurieux d’art qui iront consulter leurs collections. M. Henri Mazel\nest bien l’homme de sa revue, et tout ce que nous avons dit de\nl'E rm itage peut s’appliquer à lui ; il est, lui aussi, mi Trianon, mi\nPort Royal, épris du séduisant comme du grave, hardi sans témé­\nrité. L ’homme n’ a, je crois, que des amis : vous vous sentez en le\nlisant, comme dans une maison hospitalière où tout vous convie\nà vous réjouir, où tout vous accueille avec douceur, jusqu’à l’air\nque vous respirez. Ne l’ayant jamais vu d’ailleurs, je ne puis tra­\n cer son portrait physique, et dois renvoyer le lecteur au bois de\nValloton paru récemment dans le M ercure de F ran ce Mais il n’est\npas que l’ homme de sa revue ; il a une valeur propre, une œuvre\nconsidérable. Comme écrivain, il me semble être un des hommes\nles plus remarquables de ce temps ; du moins, c’en est un des esprits\nles plus lucides. La vigueur de son raisonnement étonnait autant\nque sa modération, à cette époque troublée où les esprits erraient\ndans les ténèbres, cherchant encore leur voie quand il avait trouvé\nla sienne et s’y maintenait. Son œuvre est une ; point d’hésitation,\npoint d’ incohérence ; ses ouvrages se suivent avec logique et l’un\nappelle l’ autre. La clarté y règne toujours. M. Henri Mazel au sur­\nplus, est né dans le Midi — à Nîmes, en 1864 — et il semble natu­\nrel que le beau soleil de Provence ait illuminé, dès son enfance,\nles cases merveilleusement agencées de son cerveau '. Son œuvre\ndéjà publiée est assez importante pour légitimer une étude, d’au­\ntant que, paraît-il, ses drames à paraître appartiennent à une nou­\nvelle conception d’ art. L e N azaréen, la F in des D ie u x , le K h a life\n\n  1 Bibliographie avec la date de composition : Vieux Saxe, cinq comédies\nen un acte, 1889 ; Le Nazaréen, drame en trois actes, 1890 ; Flottilles dans le golfe,\nproses poétiques, 1890-91 ; La Fin des Dieux, drame en trois actes, 1891 ; En\nCortège, proses poétiques, 1892 ; Le Khalife de Carthage, drame en cinq actes,\n1892 ; Saint Antoine affirme, critique, 1893; La Frise du Temple, proses poé­\ntiques, 189-1 ; La Synergie sociale, 1895 ; L’Hérésiarque, 1893 ; Les Amants\nd’Arles, 1894 ; Archytas, 1895 ; Avant l'Age d'Or, 189G ; Les Amazones, 1897.\nCes quatre dernières pièces n’ont pas paru. L'Hérésiarque a paru récemment\ndans les éditions du Mercure de France.\n\n\n                                                                                 217\n"}, {"page_pdf": 245, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2638, "texte": " de Cartilage form ent une trilogie complète, étroitem ent apparen­\ntée à ses poèmes en prose, ceux-ci se reliant aux cinq comédies\nde Vieux Saxe, qui form ent pour ainsi dire un volume spécial.\nL a Synergie sert de base théorique aux idées qu’illustrent drames\net poèmes.\n    E n tre tous les nouveaux écrivains, M. H enri Mazel est en effet\nl’un de ceux qui ont remué le plus d’idées. Il est p arti non seule­\nm ent à la recherche de la B eauté mais aussi de la V érité. Dans toute\nson œuvre en perce le double souci. Alors que d’autres se conten­\ntaient de taillerie m arbre de leur rêve et d’en faire de belles sta­\ntues inanimées, lui s’est toujours efforcé d’insuffler une âme à ses\ncréations. E n cela il a fait œuvre de poète, car la poésie n ’existe\nqu’autant qu’elle est vivante, im prégnée pour ainsi dire de l’âme\nde l’artiste.\n    E n dépit des malentendus, le symbolisme n ’exclut pas plus la\nvie que la clarté. P our être symboliques, les personnages de\nPantagruel, de Béatrix, d’H am let n’en sont pas moins vivants et\nlum ineux : de même, à mon sens, les personnages de M. Henri\nMazel. P oint n ’est besoin de l’aide des initiés pour comprendre\ne t adm irer son œuvre ; le plus brillant soleil l’éclaire en tous ses\ndétails ; ses livres sont des monuments de magnificence verbale.\nJ e ne sache pas qu’en dehors de F laubert aucun écrivain déroule\ndes périodes plus colorées, plus somptueuses, plus amples. Ici rien\nd’opposé aux harmonies naturelles. C’est, au contraire, le mur­\nm ure même des bois, les voix de la montagne, le grondem ent de\nla mer. E t cet a rt est vraim ent grand qui nous captive comme la\nnature elle même.\n    « Une œuvre d’a rt n’est viable que si elle est vivante. J ’ima­\ngine que M. H enri Mazel n’a jam ais perdu de vue cette boutade\nqu’il énonçait dans son opuscule — sa profession de foi en art —\nSaint Antoine affirme; car ses œuvres valent par leur émotion\nnon moins que par leur forme, donc par la vie. Nous avouons\nn’avoir rien compris au reproche qu’on lui fit un jour de manquer\nde l’une et de l’autre. F aut-il donc qu’un Héros a it réellement\nvécu pour qu’il apparaisse vivant dans une œuvre? E n ce cas, il\nfau t proclamer que les œuvres des seuls historiens sont vivantes.\nL e fait d’avoir existé ne suffit pas à redonner la vie aux Héros\névoqués; s’il en était autrem ent nous serions en droit de demander\nsans cesse aux poètes, aux historiens même, aux hagiographes, où\nfinit la réalité et où commence la fiction, car, nous nous doutons\nbien, encore que nous n ’y voyons point à redire, que ta n t de per­\nsonnages héroïques ne sont en valeur que par les actes et les atti-\n\n\n218\n"}, {"page_pdf": 246, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2852, "texte": "tudos qui leur furent attribués. E n quoi H am let est-il moins\nvivant que R ichard III, le R oi L ear que H enri V III ? L ’am bition\nde tout écrivain doit être de faire œuvre d’a rt et œuvre vivante.\nLe tout est de ne point rester en dessous de son rêve. Il y aurait\nd’ailleurs beaucoup à dire sur ce chapitre du vivant et du non\nvivant. Il y a des photographies qui ne nous donnent nullem ent\nl’illusion du réel et il y a des extravagances et des absurdités que\nnous jurerions avoir été touchées ou éprouvées. Faire vivant c’est\nen somme faire intense, et l’intensité de l’œuvre dépend de la per­\nsonnalité de l’auteur. Des documents absolument sincères, lettres\nd’amour et procès-verbaux peuvent nous laisser froids ou même\nnous faire sourire, alors que ceux qui font « des vers émus très\nfroidement », comme disait Verlaine, peuvent nous toucher ju s­\nqu’aux entrailles. Il faut encore com pter avec le changem ent des\ngoûts et des idées. Les contem porains de F laubert trouvèrent,\n nous le savons, Salambô une histoire artificielle, gelée, ennuyeuse ;\n d’où vient donc que nous trouvons aujourd’hui tous ces types,\n Giscon, Spendius, N arr’havas, mille fois plus vivants que les per­\n sonnages oubliés déjà des rom ans qui, à cette époque, faisaient\n couler toutes les larm es? Il fau t enfin suivre l’auteur sur le terrain\n qu’il a choisi ; l’auteur d’un rom an contem porain se perm ettra\n une foule de tics, de phrases d’argot, de détails courants qui don­\n neront facilem ent à ses personnages l’apparence de la vie et que,\n je suppose, Racine et Corneille ne pouvaient pas accorder aux\n leurs ! Est-ce à dire que les personnages de Racine seront moins\n vivants que ceux de M. Em ile Richebourg? Même au théâtre, la\n psychologie de l’opéra n’est pas la même que celle de la tragédie\n ou du drame; de ceux-ci on exige des sentim ents vrais, de ceux-là\n des sentiments forts. L ohengrin ou P arsifal n ’ont certainem ent\n rien de réel, qui oserait dire qu’ils ne sont pas vivants? De même,\n parmi les personnages du théâtre parlé, certains se rapprochent\n du roman réaliste ou du rom an d’analyse, d’autres de l’opéra\n poétique et passionné. A ces derniers, on peut passer un peu de\n panache et de splendeur verbale; leur vie consiste, en partie, à\n chanter leurs rêves et leurs passions.\n     Avec un peu d’éloignement, nous nous apercevrons que les idéa­\n listes sont souvent ceux qui ont le mieux rendu la vie et que, par\n contre, nos récents naturalistes n’ont fait ni œuvre d’a rt ni œuvre\n  de vie. Plus la peinture se rapproche de la réalité, plus elle\n  s’éloigne de la vérité, encore que la chose paraisse surprenante\n  à ceux qui ne voient que le contour extérieur des objets. Une copie\n  de la nature n ’est pas une œuvre d’art, quels que soient l’habileté\n\n\n                                                                     219\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2667, "texte": " du peintre, le rendu de l’exécution; il y faut quelque chose de\n plus qui n’est visible qu’à l’âme de l ’artiste. C’est pour avoir\n méconnu cette vérité, pour n’avoir point distingué ce qui se\n cache sous les apparences, que l’école naturaliste aura fait de la\n peinture sans faire de l’a rt et c’est pour vouloir approfondir la\n nature que la jeune école naturiste — que devait fatalem ent\n engendrer le symbolisme — est susceptible de faire autre chose\n que la peinture, de la photographie. L ’Ecole naturiste vient\n norm alem ent en son tem ps; mais des jeunes écrivains, qui\n semblent s’être donné la mission de pénétrer l’âme des choses,\n feront bien d’étudier la nature et les hommes dans les milieux\n favorables à cette étude. L ’enthousiasme à froid de certains est,\nvisiblement, par trop factive ; cela sent trop la rhétorique ; ce\nn ’est que par une très longue fréquentation de la nature qu’on\nl ’amène à se dévoiler, à m ontrer à nu son corps et son âme. Un\n étranger à une race ne saisira jam ais la nuance exacte de l’âme\n de cette race, et ce qu’il en écrira sera toujours im parfait.\nL ’homme des villes ne peut comprendre le paysan. Celui qui n’a\npas vécu parm i les ouvriers n ’écrira jam ais le livre exact où\nceux-ci se reconnaîtront : c’est pourquoi ta n t de livres à gros\ntirage et gros d’observations à côté, qui s’adressaient surtout\naux classes qui ne pouvaient les juger, paraissent misérables à\nceux qui connaissent la terre et l’usine. Les Symbolistes ont\nsurtout, uniquem ent, fait œuvre d’art ; la trace de leur passage\nne peut plus s’effacer dans la littératu re française. Ils furent\ndes initiateurs. Ils ont découvert l’âme cachée des choses et, si\nles jeunes gens d’aujourd’hui parviennent à une si belle com­\npréhension de la nature, c’est à eux qu’ils la doivent. Ce sera\nl’honneur de cette Ecole d’avoir ouvert à l’art des horizons nou­\nveaux, d’une incommensurable étendue, si on la compare à celles\nqui l’ont précédée.\n    Comment une œuvre privée de vie aurait-elle le don d’émou­\nvoir jusqu’aux larm es et de tendre les cordes de l ’âme au point\nde les briser ? E n quoi l’œuvre idéaliste de Puvis de Chavannes,\nqui nous fait vivre dans les pays vierges du rêve, est-elle infé­\nrieure en émotion à celle de Courbet. Je ne vois point quel natu­\nraliste peut être comparé au F laubert de Salambô. Dans Zola\nmême, comparez les œuvres d’im agination comme la Faute de\nl’abbé Mouret aux romans de notation exacte — exacte mais\nincomplète, qui ne produit que des déform ations — L a Terre ou\nPot-bouille. « L a mission de l’a rt n’est pas de copier la nature,\nmais de l’exprimer... Essaye de mouler la m ain de ta maîtresse\n\n\n220\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2818, "texte": " et de la poser devant toi, t u trouveras un horrible cadavre sans\n aucune ressemblance, et tu seras bien forcé d’aller trouver le\n ciseau de l’homme qui, sans te la copier exactement t ’en figurera\n le m ouvement et la vie... Les effets ! les effets ! mais ils sont les\n accidents de la vie et non la vie... » E t c’est Balzac qui s’exprime\n ainsi par la bouche du sublime vieillard du Chef d'œuvre inconnu,\n Balzac que M. Zola appelle un réaliste ! R ien n’est plus éloigné\n d’ailleurs de la vérité que la peinture au microscope. C’est une\n erreur profonde que de croire que les documents constituent\n l’histoire ; elle ne v it que par sa poésie, ne survit que par son\n symbolisme. Les démographes de l’an 3000 se passionneront fort\n peu aux gestes des Gervaise et des M ouquette, alors que les figu­\nres symboliques où les hommes se reconnaîtront, où ils revivront\n sans cesse, seront toujours d’actualité. Sous la form e de symbo­\n les, les sentim ents hum ains sont éternels.\n    M. H enri Mazel semble s’être retiré dans un cloître bâti au\nsommet d’une m ontagne, où les bruits de la stérile agitation\nréelle n’arrivent point jusqu’à lui. Il n ’en vit pas moins, car il\ndécouvre de là toutes les splendeurs du passé, dont la réalité, la\nconception et la beauté sont synthétisées dans son œuvre.\n    Nos philosophes, nos dirigeants nous parlent sans cesse des\nsiècles d’erreur e t de ténèbres, alors que nous n’apercevons\naujourd’hui qu’erreurs, que nous nous égarons dans les ténèbres\net que la véritable lumière est encore celle que nous voyons res­\nplendir aux vitraux des cathédrales, dans les musées des Flandres\net d’Italie, dans les m iniatures des livres d’Heures, dans les m osaï­\nques des églises byzantines, sur les ruines de l’Hellade. Où donc\nest la lum ière ? Où donc la vérité éternelle, ô mes m aîtres ? Des\nêtres sont organisés pour voir dans les ténèbres et, vous-mêmes,\nune récente découverte ne fait-elle pas passer devant vos yeux\ndes rayons qu’ils ne sauraient par eux-mêmes voir ? Toute vision\nde grandeur nous vient du passé. Ne devrions-nous point, loin de\nnous enorgueillir de notre aveuglément, adm irer les siècles de\n« barbarie », où l’homme avait assez de volonté pour réaliser son\nrêve, et reg retter notre incurable impuissance ? Car notre incré­\ndulité n ’est faite que d’impuissance. N otre force n ’est plus qu’une\nforce négative ; qui ne peut comprendre se contente de nier. Il\nn’est rien de nouveau sous ce soleil qui doit parfois se rire de nos\ndécouvertes , celles-ci d’ailleurs sont-elles bien autre chose que\ndes exhumations ? Nos âmes sont désormais si atrophiées que\nnous rapetissons tout. Quand nous voulons faire du grand, nous\nfaisons la tour qu’on connaît. Les anciens ont bâti, sculpté, peint\n\n\n                                                                  221\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 871, "texte": "pour l’éternité. N otre beau est cligne des éphémères que nous\nsommes. Les progrès que nous glorifions ne sont qu’inutiles\ncomplications de la vie matérielle, qui ne laissent plus de loisirs\npour la vie spirituelle. P o u r peu que l’on se tourne vers le passé,\nles générations nous paraissent de plus en plus grandes, tels les\nalignem ents m égalithiques de la m ystérieuse plaine de Carnac\noù le voyageur voit les m enhirs se dom iner dans l’éloignement.\nC’est ainsi que tels personnages de la légende et de l’histoire nous\nsemblent, à nous myrmidons, comme les colonnes du ciel. Nous\nsommes bien en droit de dire que nous approchons de la terre et\nque notre horizon se rétrécit à mesure que nous pouvons, méca­\nniquem ent, l’atteindre plus rapidem ent.\n\n     (A suivre.)                                  Y v es B e rth o u\n\n\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-013", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 222, "page_fin": 223, "titre_corps": "À Notre-Dame des Victoires", "titre_sommaire": "Notre-Dame des Victoires", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Jounet", "ancre_debut": "A NOTRE-DAME DES VICTOIRES. A U dessus du clair templ", "ancre_fin": "Dieu pardonne... A lbert J ounet.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE M USICALE. L a M u s iq u e en P r o v in c e .", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 249, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 871, "fin_caractere_exclue": 1780, "texte": "A NOTRE-DAME\n                                         DES VICTOIRES.\n\n   A         U dessus du clair temple où vit ta royauté,\n             P lane ton Apparition ardente et forte.\n\n\n\n              Ton F ils rend tout-puissant le sceptre que tu portes,\n              O grande Vierge de triomphe et de beauté!\n\n     T u n'es pa s l ’humble enfant p a r Gabriel bénie\n     Ou, sanglante et debout, la Mère des Douleurs.\n     Les feux du Christ de gloire ont séché tes longs pleurs.\n     Un soleil est ta robe, éclatante Marie.\n\n     C’est la grave clarté du Royaum e sans fin\n     Qui t'illumine, ô Notre-Dam e des Victoires,\n     E t, déchirant de ses dents ses écailles noires,\n     Satan se tue, au pied de ton calme divin.\n\n   L'Im muable Absolu pense dans tes prunelles,\n   E t Mère dont le F ils est D ieu ressuscité,\n    Ton maternel amour, fou de sécurité,\n222 oit avidement la certitude éternelle.\n   B\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 535, "texte": "    Ton sourire est celui qui sourit de la mort.\n    Sur ta haute beauté, les siècles, les démences,\n    Les mondes qui mourront, leurs vaines lois immenses\n    E xpirent flots brisés p a r une étrave d'or.\n\n    M ais, sous l'armure de ta robe qui rayonne,\n    Ta fidèle p itié saigne encore pou r nous,\n    Pendant que, sourdement, tressaillent tes genoux,\n    Prêts à fléchir en im plorant que Dieu pardonne...\n\n                                                  A lbert J ounet.\n\n\n\n\n                                                  "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-014", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 223, "page_fin": 224, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Ernst Deltenre", "ancre_debut": "CHRONIQUE M USICALE. 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Non pas que ce concert\nait été annoncé avec grand tintam arre par les quotidiens du pays,\ntant s’en faut, mais parce que son program m e dénote un vouloir\ntrop louable, un choix trop heureux d’œuvres musicales, pour le\npasser sous silence. Dans ce program m e en effet, à côté des m aî­\ntres allemands et flamands, de jeunes compositeurs d’expression\ngermaine trouvèrent une large place.\n   Notons de De Couine un Beiaardslied inédit, un peu bour ­\nsoufflé, mais fier cependant et enlevé ; de Lod. Ontrop un Nacht ­\nliedeke délicieux, fortem ent original et coloré.\n   Puis un lied du compositeur de musique religieuse Aloïs Des ­\nmet : De mis w as aan, admirable poème du trouvère P o l de Mont\nque Desmet a tra d u it m usicalement d’une m agistrale façon ; il y\na là des harm onies et des modulations d’un raffinem ent exquis,\nune union de la m usique et du sens des paroles telle, qu’à l’au­\ndition de ce lied on s’ém eut au point que l’émotion devient pres­\n\n\n                                                                     223\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2289, "texte": "que torture, mais une torture que l’on aime endurer, jusqu’à\ndésirer qu’elle se perpétue.\n    E t voici un reposant Visschersliedeken du déjà célèbre\nJ a n Blockx, et cela est très populaire, très flamand, amusant\naussi, avec ses rythm es un peu difficiles et parfois bizarres.\nP e ter B enoit nous donne une œ uvrette de jeunesse, M ijn hart is\nvol verlangen, assez fade et soporifique : on aurait pu choisir un\nautre lied du chef de l’école d’Anvers.\n   E t pour clore la partie flamande, une mélodie de notre très\ngrand et vénéré E dgar T i n e l : Lie.f K indelijn, d’une fraîcheur,\nd’une distinction toute particulière au maître, si naïve ! d’une\ndouceur combien expressive et « petit enfant », qui va faire dodo\navec les moutons, qui rentrent, le soir en bêlant, et avec les\noiseaux.\n   L a seconde partie du program m e donnait la Prière du Freis ­\nchü tz de von W eber, universellem ent connue; le tragique B ij de\nzee (Am Meer) de F . Schubert; l’adorable et divin D e Hemel heeft\neene trane geweend, de l’incomparable et si pénétrant R. Schü ­\nm ann ; l’Ave M aria de R obert Franz ; l’am usant et spirituel\n Vergeefsche Standschen de B rahm s; et du toujours curieux et\ngénial Edw ard Grrieg, la très répandue et la très aimée : Prome­\nnade dans la Forêt.\n   Dites, ne m éritent-ils pas toute notre sym pathie les téméraires\norganisateurs de ce Lieder-avond e n p r o v i n c e ? E t dans leurs\nsoirées musicales, Bruxelles et Paris ne feraient-ils pas bien de\nsuivre l’exemple de ces provinciaux-là.\n   Audacieux! Il s’agissait pour eux de convertir un public en\ngénéral — hélas! — très superficiel, arriéré, habitué aux fadaises\nitaliennes et aux romances françaises ; un public réfractaire à toute\nmusique d’expression sincère, pénétrante, artistique et v r a i e !\n   L a besogne est ardue pour ces jeunes exaltés : elle sera peut-\nêtre i n g r a t e ! Mais qu’im porte l’indifférence actuelle du « grand\npublic » et l’hostilité d’une faction aussi cuistrale que partiale, à\nceux-là qui travaillent au relèvem ent moral des classes par l' Art :\ngare au H ul st (le Houx) : qui s’y frotte, s’y pique ! Même au milieu\nde l’hiver m orne et hostile à la vie, son feuillage reste toujours\nvert !\n                                                 E rn st D e l t e n r e .\n\n\n\n\n224\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-015", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 225, "page_fin": 227, "titre_corps": "Revue des livres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "REVUE DES LIVRES 1 LES ROMANS D e l c r o s , par", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 252, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "REVUE DES LIVRES 1\n\n\n                                                                 LES        ROMANS\nD e l c r o s , par H enri R a i n a l d y . (Paris. Société libre d’édition des gens de\n    lettres.)\n\n   J ’ignorais M. R ainaldy, je suis charm é d’avoir connu son livre :\nDelcros. C’est le travail d’un bel ouvrier de la plume ; le style est\nclair, vibrant, solide, débordant de santé. Mais comme ces qua­\nlités s’emploient à faux! J e n’insisterai pas sur le côté n a ïf de la\ndédicace du livre : A ceux qui souffrent ; à ceux qui aiment ; pour\nceux qui croient en un meilleur devenir et espèrent en une ère pro­\nchaine de justice et d’universel amour. L a lecture du roman, à ce\npoint de vue, — que l’auteur veut donc « sociologique » — est\ndéconcertante. Cela vaut le prêche, chez le m astroquet, d’un\nouvrier qui vient de lire : le Père Peinard. M. R ainaldy nous\ndoit une œuvre, où la pensée exaltée sera digne de la m aîtrise de\nson style. Qu’il abandonne aussi certaines recherches de perver­\nsité passionnelle ; son talent est assez haut pour dédaigner ces\nvulgaires pim ents.                            G e o r g e s V ir r è s .\n\n\n\n\n                                                                  LA CRITIQUE\nE ssa i s u r la c o m é d i e ; d e l’i d é e d e c o m é d i e e t d e s e x e m p l e s d e\n    l’e s p r i t c o m i q u e , p ar Georges M é r é d i t h . (Mercure de France.)\n\n   M. Georges M érédith était encore un inconnu en France. L a\ntraduction que vient de nous donner M. H enry D avray de son\nEssai sur la comédie « nous révèle en lui, parm i les m ultiples faces\nde son talent, un critique sûr, érudit et poète.\n   Il y a donc à distinguer en ce volume, collaboration de deux\nhommes, l’écrivain et son interprète, l’œuvre de chacun de ceux-ci.\n\n  1. L ’abondance de m atière nous oblige à retarder ju sq u ’en novembre la\ncritique des Poèmes p ar notre rédacteur P a u l M u s s c h e . Que les poètes nous\npardonnent !\n\n\n\n                                                                                         225\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2598, "texte": "   L a traduction nous donne une exacte transposition du style co­\nloré du décadent anglais. Mais cette qualité a son défaut. Le mot\nà mot, trop rigoureux, crée un français tétanique et incohérent.\n   Quant à l’œuvre de l’écrivain anglais, elle est un fin et curieux\nvoyage d’investigation dans le pays du comique. Le vrai comique,\nselon lui, ne se trouve pas dans la grossièreté obscène de la farce.\nD ’essence intellectuelle, au contraire, il naît de la finesse railleuse\ndu bon sens, en a rrêt devant les ridicules sociaux : c’est dire que\nM. M erédith voit en Molière l’auteur comique idéal. Cependant, il\nne serait pas déplacé que, au sourire de l’auteur de Tartufe et du\nMisanthrope, se m êlât le gros et large éclat de rire d’Aristophane.\n   Il ne fau t pas confondre l’esprit comique de Molière avec la\nsatire, plus brusque et plus m ordante, avec l’ironie, plus douce et\nplus indulgente, avec l’humour, qui aime aussi bien qu’il châtie,\nqui émeut d’une pitié miséricordieuse et hum aine pour les Don\nQuichotte qu’il ridiculise.\n   Ces définitions s’accom pagnent de divers exemples de comique\net d’humour.\n   L ’auteur aussi, nous m ontre l’idée comique chez les divers peu­\nples, la façon, toute caractéristique, dont elle fait rire, la cause de\nsa naissance : l’égalité entre hommes et femmes, les rapports mon­\ndains qui polissent et affinent. M alheureusement, ces idées sont\nnoyées dans le brouillard d'un exposé, imprécis et lâche. Aucune\ndivision n’y délimite clairem ent la suite des idées. L a pensée che­\nmine, inquiète, par une route sinueuse que couvre une brume\ngrise.                                        E d g a r R ic h a u m e .\n\nR éflex io n   sur   M. H u y s m a n s , p a r   Edmond D e B ru y n . ( E x tr a it du\n  Spectateur catholique.)\n   « L a conversion de J.-K . Huysmans restera un des épisodes\nà date de la vie religieuse de ces dernières années dans les milieux\nde pensée et de littérature. Avec elle, on retiendra plus tard la\ncampagne sur le nom de Verlaine, le voyage à Rom e de M. Bru­\nnetière, le banquet B erthelot, l’abandon de M. Charbonnel et\nl’éclosion de périodiques religieux ou apologétiques, tels que la\nQuinzaine et le Spectateur catholique.\n   » L a conversion du rom ancier désorienta sa littératu re : la cri­\ntique aussitôt chercha le nord. L e R . P . Pacheu, R. de Gour­\nmont, M. Charbonnel, M. l’abbé Klein, M. Doumic avisèrent.\nP arm i eux déjà, mais surtout parm i quelques jeunes catholiques,\nplus prom pts à sym pathiser qu’à raisonner, on p û t rem arquer un\ncertain désordre dans les reproches comme dans l’enthousiasme.\n\n\n226\n"}, {"page_pdf": 254, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2688, "texte": "     » M. Edm ond De Bruyn, à qui la direction du Spectateur catho­\n  lique a donné déjà quelque aisance dans la pratique des questions\n  de littérature religieuse, a tenté d’élucider la situation littéraire\n  du converti. Il admire l’ar tiste somptueux qu’est M. Huysmans, il\n rend hom mage à l’intrépidité du catéchumène ; néanmoins il lui\n  dénie toute possibilité d’influencer les écrivains catholiques :\n M. Huysmans, d’après lui, vit une aventure miraculeuse ; ses\n émotions de converti lui sont personnelles et restent non adap­\n tables ; son im agination de naturaliste enquis de recherches « sa­\n cristines » déterm ine un phénomène hybride et sans suite.\n     » En outre, m éthodiquem ent parlant, la vision de M. H uys­\n mans est voulûm ent sienne et exclusive : il rapetissera les sensa­\n tions ju sq u ’au m inutieux, les déform era jusqu’au baroque, avec\n l’effet de les rendre non-assimiliables. C’est littérairem ent refuser\n de continuer une éventuelle tradition, c’est faire signe de ne pas\n le suivre.\n    » Mais, selon M. De Bruyn, si même le sta tu t et la m éthode de\n M. Huysmans per m ettait une influence, il faudrait la combattre.\n Et en effet c’est, selon lui, une étourderie que de ju g er M. H uys­\n mans un écrivain religieux ou idéaliste. A m ateur sardonique qui\n se plaît aux détails savoureux ou ambigus des sciences théologi­\nques accessoires, il ne s’intéresse ni à l’économie du dogme, ni à la\nvertu morale, ni à la fortune sociale du christianisme. Les grands\nproblèmes comme les grandes saintetés lui restent indifférents.\nC’est un barbare pessimiste qui tourne le dos à la vie, et reste\njouer avec les cabochons de la liturgie ou se délecter aux diable­\nries comme à des confitures.\n    » On espère que la ferm eté de ces réflexions aidera à form er\nl’opinion du public et aidera l ’orientation de la jeune littérature\nreligieuse ».\n\n   Nous avons cru loyal de reproduire en cette revue la criti­\nque qu’on vient de lire et qui — nous prions qu’on l’observe —\nn’émane pas de notre rédaction. Un reproche pourtant est à faire\nà Edmond De B ruyn : celui d’avoir trop insisté sur les défauts qu’il\ncrut trouver dans l’œuvre d’un grand écrivain catholique, et de\ns’être rendu par là coupable d’une involontaire injustice à l’égard\ndes grandes qualités qui, d’autre part, s’y rencontrent.\n                                                            N. D. L. D.\n\n  L a L u t t e de Novembre inaugurera la série des critiques théâtrales de la\nrevue par les comptes-rendus des L undis l it t é r a ir e s du Parc et des Tis­\nserands du N ouveau T h é â t r e (de Bruxelles).\n\n\n                                                                           227\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-016", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 228, "page_fin": 230, "titre_corps": "Glanes du mois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Uijlenspiegel", "ancre_debut": "GLANES DU MOIS CUIQUE SUUM. 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I.           » juge d’après les qualités de fac­\n                                              ture, je passais sous silence les qua­\nRendez à César ce qui appartient à             lités de forme d’une œuvre à cause\n    César.                                  » de mon antipathie pour le fond, je\n   Un grand quotidien catholique a          » manquerais au devoir de ma pro­\nfait paraître, en premières colonnes,           fession : je refuserais à l’auteur ce\nau début de ce mois d’octobre, un ar­       » qui lui est dû, j e p ê c h e r a i s c o n t r e\nticle « qui — à en croire son titre —       » LA JU S T IC E .   »\nfera jeter les hauts cris à maints vir­\ntuoses de la plume ». On y cherche à                                 CUIQUE SUUM. II.\nperpétuer cet éternel débat, tant de\nfois vidé et toujours repris, sur l’at­     Et à Dieu ce qui appartient à Dieu.\ntitude qu’il sied de prendre à la cri­         Après cela, si nous ne voyons pas\ntique catholique, lorsqu’elle veut          très bien ni en quoi, ni comment\njuger une œuvre immorale mais bien          notre approbation de la forme im­\nécrite.                                     pliquerait notre approbation du fond,\n   En d’autres termes, et pour user         nous voyons fort bien d’autre part\nici de la forme interrogative qu’utili­     que le rôle du critique ne se peut\nsèrent les Pharisiens, et certain           borner à louer le mérite du style, en\nE. P. Jésuite : « Faut-il louer le          tenant comme inexistante l’Idée. Que\nmérite littéraire des écrivains im­         toute critique serait incomplète qui,\nmoraux? — «Pau t-il payer au César          après jugement porté sur la seule\npaïen le tribut d’Israël ? »                forme, négligerait le jugement du\n    A quoi l’un de nous avait répondu       fond, voilà ce que, des premiers, nous\n d’avance :                                 sommes à proclamer et donc à recon­\n    « Il faut louer le mérite littéraire    naître, j ’imagine.\n partout où il se rencontre. »                 Ce serait une pauvre critique, en\n    « Nos sympathies iront aux sincè­       effet, celle qui, d’un roman ou d’un\n res, aux vrais, où qu’ils soient, fus­     drame, ne considérerait que le style,\n sent-ils à cent mille lieues de nous. »    sans se préoccuper de la trame, de\n    Mettant sur le compte de \" l’irré­      la psychologie des personnages, dela\n flexion » ces paroles d’équité \" l’au­      thèse de l’auteur, ni des sentiments\n teur de l’article précité les interprète   qui l’animent.\n à sa manière.                                 Il faut donc, selon nous, que le cri­\n    A « la plume bien intentionnée »        tique chrétien observe eu entier la\n qui eût l’honneur de les écrire, que       Parole chrétienne et non pas à moi­\n reproche-t-il ? Sa loyauté ?               tié; qu'il rende à César ce qui appar­\n    Heureusement, vers la fin de l’ar­      tient à César; à l’artiste immoral\n ticle, il se reprend lui-même : « Sans     l’éloge des beautés de son style ; mais\n  » doute, écrit-il, si, voué à la tâche    à Dieu aussi, ce qui appartient à\n  » délicate de critique littéraire, à la   Dieu, en vengeant l’incomparable\n  » façon de l'expert de tableaux qui       Beauté de sa morale divine, par le\n\n\n228\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4323, "texte": "blâme, trop justifié, des laideurs et        fut, au début de l’ « Affaire», avec\ndes turpitudes du fond.                      les écrivains belges qui envoyèrent\n                                             à Emile Zola leurs félicitations cha­\n                 CUIQUE SUUM. III.           leureuses pour l’acte qu’il avait osé.\n L' « Affaire ».                                Car il s’honore, lui aussi, d’être\n                                             compté parmi cette jeunesse intel­\n    Si l’article dont il fut parlé ci-       lectuelle (dont se gaussent les gazet­\n dessus eût le don de « faire jeter les      tiers ignares) et parmi ces trop rares\nliants cris à maints virtuoses de la         chrétiens qui croient que pour la vé­\nplume », je crains fort que l’article de     rité et la justice il n’est pas de fron­\nla Résurrection, en lequel notre rédac­      tières, et qu’il ne saurait y avoir une\nteur et loyal ami Albert Jounet donne        vérité nationale ni une justice natio­\nfranchement son avis au sujet de             nale, pas plus qu’une religion natio­\nl’ \" Affaire \", n’ait le don lui aussi       nale, mais une vérité et une justice\nde faire jeter de non moins hauts            catholique, c’est-à-dire universelle\ncris à quelques sectaires catholiques.       comme la religion du Christ-Dieu.\n   Notre ami, en effet, a l’audace\nd’écrire que « selon sa conscience                           CUIQUE SUUM. IV.\n de catholique, l’aveu du lieutenant-\ncolonel Henry, exige que l’on revise           Contre « le Prince ».\nle premier procès ». Et d’ajouter :              On ne saurait parler de ce procès\n    « En droit Strict, peut-être l’aveu       Zola sans qu’aussitôt s’évoque la\n n’implique par la révision. Mais, en         sympathique figure du président du\n équité, il l’exige »... Il n’y a pas deux    tribunal : ce Cicéron des temps mo­\njustices chrétiennes, une envers les          dernes, ce Père de la patrie, qui dé­\n chrétiens, l’autre envers les juifs. Si      joua victorieusement la conspiration\nl’on reproche aux juifs un âpre               des intellectuels contre la sécurité\n égoïsme de race et de religion, il ne        de l’Etat, en s’écriant à tout instant\n faut pas que les chrétiens les imitent       que la « question ne serait pas po­\n dans ne qu’ils leurs reprochent. Il ne       sée ! » Eh bien ! dût-on nous accuser\nfaut pas devenir sémite par antisémi­         d’être ennemis comme lui de la Lu­\n tisme. C’est à force d’être chrétiens,       mière, nous n’en continuerions pas\nréellement, généreusement, sans du­           moins à regretter que le susdit pré­\nperie, mais sans haine, que nous              sident n’ait eu pouvoir d’empêcher\npourrons convertir les juifs, lés gué­        le Temps et la Presse d’interroger,\nrir de leur archaïque et ambitieux            comme ils font, les écrivains de\nsectarisme. Donc, sans préjuger l’in­         France au sujet de la succession du\nnocence ou la culpabilité de Dreyfus,         « prince » Mallarmé, en proférant\nque l’on revise le premier procès et          une fois encore son refus fatidique :\npar une révision qui rende pour tous,         « La question ne sera pas posée! »\njuifs et chrétiens, la culpabilité ou        Car il nous apparaît parfaitement\nl’innocence évidente. Que l’on prenne,       oiseux et pas mal ridicule de vouloir\ndans la procédure, les précautions           que les poètes élisent de la sorte un\nnécessaires à la sécurité nationale,          « prince » sans rire.\nmais qu’on assure,, à la révision, un           Quand donc bannirons-nous de nos\nrésultat fixe et clair où l’on ait plai­     mœurs littéraires cette absurde loi\nsir à trouver la loyauté de la France        des majorités ? Si encore le suffrage\net de Dieu. »                                était universel ! Mais chacun sait\n   En suite de ces nobles paroles d’un       que, soit oubli soit refus, la majorité\nde nos rédacteurs de France, il est,         véritable des poètes ne prend point\npeut-être, bon de rappeler ici que,          part à ce jeu-là ; que donc l’élu sera\nsans lier en rien par sa conduite les        l’élu — quelque soit d’ailleurs son\nrédacteurs de la Lutte, son directeur        mérite — d’une majorité de coterie ou\n\n\n                                                                               229\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1255, "texte": "de hasard, que dix consultations suc­                       A TRAVERS LES REVUES.\n cessives — il y a mille chances de\nl’augurer — ne ratifieraient très pro­            Le Sillon (octobre) s’enrichit de\nbablement pas. L ’enquête du journal            quinze sonnets, dont quelques uns\nla Presse, élisant Prince des Poètes :          fort beaux, où Louis Gillet exalte à\nM. L éon D ie r c k x , disciple de Leconte     son tour le saint poète F rançois\nde Lisle, n’est elle pas concluante ?           d ’A s s is e .\n\n   Poètes, mes amis, laissons à leurs              Au Mercure de France Charles\njournaux les journalistes, les hochets          Louis Philippe signe un conte déli­\naux politiciens et, n'en déplaise à              cieusement poignant d’émotion fra­\nCyrano, le panache aux vieux galon­             ternelle : La Vie et la mort délicate\nnés. C’est l’avenir qui doit élire nos          de Madeleine.\nprinces et non pas nous.                           D’André Gille à l'Ermitage un\n                    Uijlenspiegrel.             hommage à Stéphane Mallarmé, où\n                                                ces justes paroles : « Imiter Mal­\n                                                larmé, c’est folie ! Tout au plus,\n                "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-017", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 230, "page_fin": 230, "titre_corps": "Cercles et conférences", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Mussche", "ancre_debut": "C ER C LES................... pourrait-on, pour d’autres ré", "ancre_fin": "Le Secrétaire :", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Nemo.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 257, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 1255, "fin_caractere_exclue": 3750, "texte": "C ER C LES...................   pourrait-on, pour d’autres résultats,\n                ET CONFÉRENCES                  employer son admirable méthode,\n                                                mais à imiter le résultat de cette\nL' « Excélsior ».                               méthode dans la bizarreté extérieure\n  De jeunes écrivains catholiques               qu’elle lui doit parfois, c’est aussi\nsuisses ont fondé à Attalens, dans le           sot que de se promener en scaphan­\ncanton de Fribourg, un cercle litté­            dre dans les rues ou d’écrire à l’envers\nraire : l’Excélsior, en adoptant, pour          sous prétexte qu’on admire les ma­\nsa devise, notre devise : l’Art pour            nuscrits de Vinci. Mallarmé, sous ce\nDieu !                                          rapport, fit beaucoup de bien et beau­\n  A M. Emile Savoy et à ses vail­               coup de mal, comme fait toujours\nlants camarades, notre bravo le plus            tout puissant esprit. » Au même fas­\nvibrant !                                       cicule, M. Hugues R ebell signe des\nLe Cercle d’Art « la Lutte ».                   vers en prose, aussi mauvais de forme\n                                                que répugnants de fond. Combien\n  C’est aux premiers jours de novem­\n                                                plus beaux les poèmes que donnent\nbre que le Cercle d’Art : la Lutte re­\n                                                Paul Louis Garnier et Maurice\nprendra ses travaux, qu’avaient in­\n                                                Perrès.\nterrompus les voyages d’été; les\nmembres seront plus nombreux, les                  Dans les provinces belges : La Ver­\nséances plus attrayantes encore                 veine, le Tout-Liège, l'Art libre, la\nqu’en sa première année, et dès à               Revue, le Journal littéraire, l'Éveil,\nprésent nous pouvons annoncer une               etc., luttent vaillamment pour la\nsoirée musicale et de littérature,              diffusion de l’Art.\ndont le succès ne peut être douteux.               D’apparences plus modestes que\n  Envoyer les adhésions à la Lutte,             les grandes revues bruxelloises, la\n114, rue Franklin, Bruxelles.                   contribution de ces organes litté­\n  La cotisation annuelle est fixée à            raires n’est pas moins efficace et\ntrois francs.                                   digne de louanges.\n                     Le Secrétaire :                                          "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-10-15-n7-018", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 230, "page_fin": 230, "titre_corps": "À travers les revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Nemo", "ancre_debut": "Nemo. 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1 2 ..................................................3 fr 5 0\n\n\n\n\nCETTE REVUE EST IMPRIMÉE SUR LES PRESSES DE\n\n       L ’I M P R I M E R I E             A LFRED             VROM ANT                ET     C ie\n\n                            3, R u e de l a C h a p e lle , B r u x e ll e s\n\n                   M êm e m a iso n à P a r is : 6 0 , ru e M ad am e.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 224, "texte": "LALUTTE                  Revue Catholique D'Art\n\n\n\n\n                                AlfredVromant&C.Editeurs 60Rue\n                                Madame\n                                - Paris 3, Rue de la Chapelle . Bruxelles.\n\n\n\n\nQ U A TR IÈM E   ANNÉE   N° 7                  15 OCTOBRE 1898.\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "                 LA LUTTE\n    REVUE CATHOLIQUE MENSUELLE D’ ART — QUATRIÈME ANNÉE\n\n              P a r a i t l e 1 5 « le c h a q u e m o i s .\n\n                           ABONNEMENT :\n    Belgique et France S francs. • Union postale O francs.\n\n\n\n\n          S O M M A IR E DU N U M É R O 7\n                           O c to b r e 1 8 9 8 .\n\n\nGeorges Rodenbach : Les Réverbères. (Extrait d u M i r o i r d u C i e l\n                       n a t a l . Poème).\n\n                          I. Les réverbères un à un vont s'allumant.\n                         II. Les réverbères des banlieues.\n                         III. Un triste réverbère.\n                         IV . Dans le soir au bord de l'eau.\n                         V . La Nuit est seule, comme un pauvre.\n                         V I. La Nuit s'acharne au réverbère qui la nie.\n                        VII. Les réverbères en enfilade.\n\nGeorges Ramaekers : L e sacrifice de la chair. (Nouvelle)\n                             Prélude. Chapitre I. « Le Rival mort ».\nEdgar Richaume : Un livre gai. (Critique).\nYves Berthou : H e n ry M azel (Monographie).\nAlbert Jounet : N otre-D am e des Victoires (Vers).\nE rnst Deltenre : Chronique m usicale.\nGeorges Virrès : L es rom ans.\nPaul Mussche: L e s poèmes.\nEdgar Richaume : L a critique.\nU yienspiegel : L es revues. Glanes d u m ois.\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "                                               LES\n                                               R É V ERBÈRES 1.\n\n         L S réverbères u n à u n vont s'allum ant,\n         E\n         Comme les étoiles\n         Ou d es cires au tou r d'un poêle.\n\n                        E t la ville s'endort pensivem ent...\n         P lu s une cloche ne tin te ;\n         Toutes les lam pes sont éteintes ;\n         E lles, elles étaient les sœ urs des réverbères,\n         S œ urs heureuses, que du tulle ornem ente !\n         E u x sont leurs tristes frères\n         P o u r qui la D estinée a été inclém ente.\n\n         I ls ne se m on tren t qu'à la n u it ;\n         I ls sont tou jou rs grelottan ts ;\n         I ls doiven t subir tous les tem ps,\n         L e vent, la p lu ie ;\n         I ls sont toujours san s gîte,\n         R eg a rd a n t les m aisons oh les lam pes habitent ;\n         E u x son t des p a u vres...\n\n\n  1. Extrait du volume inédit : Le Miroir du ciel natal, poème qui paraîtra\nle mois prochain chez l’éditeur Charpentier à Paris, et se compose de huit\nparties, dont « Les Réverbères » forment l’une.               N. D. L. D.\n\n\n     5                                                                 1 99\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "      I ls sont toujours transis ;\n      Qu’est-ce qu'ils attendent ainsi ?\n      E t c’est vers où que dans l’aube ils se sauvent ?\n\n\n\n\nII\n      Les réverbères des banlieues\n      S ’en vont durant des lieues.\n\n      S ’en vont comme un cortège, au loin, de pénitents,\n      L e dimanche, en semaine, et par tons les temps ;\n\n      L ’un est débout ; un autre, il semble, s’agenouille ;\n      E t chacun se sent seul comme dans une foule.\n\n      P ar les chemins que la pluie détrempe\n      I ls allongent des rampes,\n\n      Des rampes de clarté par où monte le Rêve !\n      E t on voit remuer leurs feux comme des lèvres.\n\n      Les réverbères des banlieues\n      Effeuillent leurs lumières bleues.\n\n      C’est le vent qui effeuille à terre leur lumière,\n      Lum ière éclose en une serre.\n\n      Petite serre, à quatre vitres, des lanternes\n      Où le bouton avec la fleur ouverte alterne,\n\n      Selon le caprice du vent,\n      Ecrasant la flamme ou la relevant.\n\n      Les réverbères des banlieues\n      Sont des cages où des oiseaux déplient leurs queues.\n\n      Pauvres oiseaux réfugiés\n      Qui ont souffert d'être mouillés.\n\n      I ls ont eu peur des horizons\n      E t regardent la vie à travers des cloisons.\n\n\n200\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "      Oiseaux trop frêles qui préfèrent\n      Vivre captifs dans du verre.\n\n      Ils savent la fragilité de leur vol d’or !\n      L e vent les tord...\n\n      Ils n ’ont pas longtemps résisté\n      E t meurent longuement en spasmes de clarté.\n\n      Les réverbères des banlieues\n      Bientôt sont des lumières feues.\n\n\n\n\nIII\n      Un triste réverbère,\n      D ans le soir, s’exaspère\n      A regarder son ombre.\n      Se peut-il qu’il corresponde\n      A ce dessin transi\n      Qui dort à terre comme dans un miroir,\n      E t qu’il soit lui aussi\n      Cette figure linéaire et tout en noir ?\n\n      L e papillon jaune qu’il est\n      N ’est plus sur le sol\n      Que le deuil d’un vol.\n\n      I l regarde tout son reflet\n      Qui se délimite en contours de ténèbres ;\n      A h ! cet afflux de présages funèbres !\n\n      Soudain le réverbère\n      Voit l'ombre de sa boite en verre\n      Former, avec ses quatre pans,\n      Comme un petit cercueil à terre,\n      Qui attend ;\n      E t le réverbère a peur qu’on emporte,\n      Dedans, sa flamme morte !\n\n\n\n\n                                                     2 01\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "IV\n      D ans le soir, au bord de l’eau,\n      S ’allument les lanternes ;\n      L eur mirage dans l’eau se cerne\n      D 'u n tremblotant halo.\n\n      L'eau, dirait-on, se zèbre\n      De ces clartés qui alternent\n      Avec les ténèbres.\n\n      Les réverbères à la file\n      Se prolongent, intermittents ;\n      On dirait des pénitents\n      Avec leur gourde de lumière.\n\n      L a omit de l’eau serait plénière\n      Sans les réverbères du bord\n      Qui la faufilent\n      De leurs points d'or !\n\n\n\n\nV\n      L a N uit est seule, comme un pauvre.\n      Les réverbères offrent\n      L eur flamme jaune\n      Comme une aumône.\n\n      L a N u it se tait comme une église close.\n      Les réverbères mélancoliques\n      Ouvrent leur flamme rose\n      Comme des bouquets de lumière,\n      Des bouquets sous ion verre et qui sont des reliques,\n      Par qui la N u it s'emplit d'Indulgences plénières.\n\n      L a N u it souffre !\n      Les réverbères en chœur\n      Dardent leur flamme rouge et soufre\n      Comme des ex-votos,\n      Comme des Sacré-Cœur,\n      Que le vent fait saigner avec ses froids couteaux.\n\n\n202\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "     L a N u it s'exalte.\n     L e s réverbères à la file\n     D éploien t leur flamm e bleue,\n     D a n s les banlieues,\n     Comme des âm es qui fo n t halte,\n     L e s âm es en chem in des m orts de la journée\n     Q ui rêven t de ren trer dans leur m aison fermée,\n     E t s ’a tta rd en t longtem ps a u x portes de la ville.\n\n\n\n\nVI\n     L a N u it s ’acharna au réverbère q u i la nie.\n\n     Tout s’en dort ; seul son feu,\n     Obstiné comme l'insom nie,\n     S ’attarde, avec son p o id s fiévreux,\n     Ce battem ent de flamme chaude\n     E t comme artériel\n     Qui continuera ju s q u ’il l’aube.\n\n\n     L e réverbère est seul sous le g ra n d ciel.\n\n\n     E t il voit que, là-bas,\n     D ’au tres feu x trem blent,\n     E toiles qui ja m a is ne se rassem blent,\n     Seules comme lu i\n     D a n s u n éternel célibat.\n\n\n     O étoiles, ses sœ urs, q u ’il nom m e d an s la n u it !\n     U n même m a l les agite ;\n     E lle s son t si tristes ;\n     E lle s ont le même sort,\n     L e même trem blem ent de fa n a u x d an s un p o rt\n     A des vaissea u x qu i ja m a is ne p a r te n t ;\n     E lles ont la même p a lp ita tio n ,\n     L e s mêmes pu lsa tio n s,\n     Comme si u n seul cœur, elles et lu i, les fa isa it battre.\n\n\n\n                                                                    203\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "      Le réverbère songe : « Elles sont comme lui ;\n      I l est comme elles ;\n      Solitude. ! E t n'avoir à vivre que la nuit ! »\n\n      A h ! s'éteindre ! s'éteindre en une Aube éternelle !\n\n\n\n\nVII\n      Les réverbères en enfilade\n      Ont allumé leurs pensives veilleuses\n      Quotidiennes,\n      Formant un jeu d'ombres silencieuses\n      Qui vont et viennent...\n\n      L a Ville est-elle plus malade\n      Ce soir ?\n\n      On dirait qu'il fait plus noir ;\n      L e vent a l'air de plaindre\n      Quelqu'un qui ne guérira plus ;\n      Une petite cloche tinte\n      L e dernier angélus ;\n      L ’air est sonore à cause du silence ;\n      Les peupliers, dont la cime s’élance,\n      Ont peur de faire trop de bruit ;\n      E t les passants embrument leur marche\n      Comme dans une chambre, autour d'un lit...\n\n      L'eau chuchote plus bas sous l'unique arche\n      Des vieux ponts ;\n      On dirait qu'elle prie avec des soupirs ;\n      Mais à quoi bon ?\n\n      Sans doute que la Ville expire\n      Ce soir ?\n\n      Les veilleuses des réverbères\n      A peine encore un peu espèrent ;\n      Elles sont comme des yeux,\n      Comme des feux dévotieux,\n      Yeux et feux illusoires.\n\n\n204\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "       O réverbères ! Ils s'alarment\n       E t sentent la mort en chemin ;\n       I ls ont quelque chose d'hum ain;\n       I ls tremblent et semblent pâlir\n       Comme si dans leur flamme il y avait des larmes !\n        Qu'est-ce qui va mourir ?\n        Un cygne averti chante sur l’eau noire...\n\n       I l se peut que la Ville meure\n       Ce soir...\n\n       Les réverbères pleurent !\n                                         G eo rg es R odenbach.\n\n\n\n\n                                          LE SACRIFICE\n                                           DE LA CHAIR.\n           Prélude.\n\nL     E soleil d’août aspergeait d’or le silence du bois de Soigne,\n       — bois de Zonia : le soleil, — quand j ’y suis revenu, par\n       cet après-midi de repos et d’azur pour consoler un peu mes\n       yeux, mes yeux rougis de ne plus voir les voiles brunes sur\n                   la mer, ni la lumière de la plage....\n   Car, depuis l’heure où je dus la quitter, toi seul, ô sable d’or !\njettes parfois encore ta gaîté fugitive et claire à travers l’ombre\nde mes rêves.\n   En pénétrant dans la forêt, le même émoi religieux, mêlé de\ncrainte et de bonheur, que l’âme éprouve en pénétrant sous la\nnef des cathédrales, m ’envahit comme une eau soudaine.\n   L a mousse offrait à ma langueur une couche de peluche verte ;\nles arbustes du sous-bois calme, arcant leurs branches en berceau\nau-dessus de mon front brûlant, invitèrent mes membres las à\nreposer, dans la fraîcheur, sous une dentelle de feuilles.\n   Mais ne t ’attarde point pèlerin sur la route, ne suis pas d’un\nœil attristé le jeu de ces papillons blancs qui giroient follement\ndans la pénom bre verte, car longue est la route à travers les bois\n\n\n                                                                  205\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "et lointain le vieux sanctuaire, où tu veux, devançant le soir,\népancher en secret ton cœur.\n  Or voici que le souvenir, harm onisant ta rêverie à la mystérité\nnaturelle des bois, a réveillé au fond de la mémoire le très poi­\ngnant drame d’amour d’une légende d’autrefois.\n\n\n\n                                  I\n           Le Rival mort.\n\n   Un bleu m atin de ce tem ps là — c’était il y a bien des siècles -\n Rickward. jeune seigneur dissolu du pays brabançon, aperçut\nla douce W ivine, de la noble maison d’Oisy, et sa beauté — splen­\ndeur d’au dessus de la terre — l’hallucina.\n   L a bête, qui patauge au milieu de la fange, avait dardé ses\nyeux lubriques sur la colombe qui passait.\n   L a jeune fille n’ignorait pas que le renom de sa beauté s’était\nrépandu dans Bruxelles parm i les jouvenceaux de noble ex­\ntraction ; et le constant souci des âmes virginales d’éviter tout\npéril à leur virginité en était devenu plus obsédant chez elle.\n   Il est sur terre ainsi des âmes si limpides, en lesquelles Dieu\nse m ire avec un tel Amour, qu’on ne le peut m ieux com parer qu’à\nces beaux lacs couleur de ciel où se mire, en les soirs d’été, le\nsourire en feu du soleil.\n   L ’horreur des Péchés de la chair, qu’elles redoutent sans les\nconnaître, devient en quelque sorte, à l’instant du danger, un don\ndivinatoire pour ces âmes de chasteté, qui sont vraim ent les lacs\nd’azur des jardins blancs de l’Innocence, en l’eau desquels Dieu se\ncom plait à contem pler avec bonheur le pu r reflet de sa Beauté.\n   A ux seuls regard que ce Rickw ard avait depuis ce jo u r enfoncé\ndans son âme, W ivine que chaque rencontre rem plissait de\nfrayeur, com prit de quelle passion pour elle brûlait la chair de\nl’im pudent.\n   Bientôt, n’y tenant plus, il osa l’accoster.\n   Quel dût être en ce moment-là l’émoi de la pauvre W ivine !\n   Mais non, il n’était point brutal ainsi que, dans son aversion,\nelle se l’était figuré to u t d’abord.\n   Ses aveux avait em prunté leur pudeur à celle à qui, tout bas,\ntendrem ent, ardem ment, son cœur trem blant les confiait.\n   Il lui saisit la main.\n   A u contact de cette chair, par to u t son corps elle frissonna.\n   Il lui sembla que son âme aussi frissonnait !\n\n\n206\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "   Mais s’apaisant au même instant dans l’oraison m entale, elle\nsentit que la m ain du robuste jeune homme trem blait encore plus\nque sa m ain d’enfant.\n   Alors une immense pitié traversa le cœur de W ivine.\n   Elle dégagea sa m ain plus blanche de l’étreinte des doigts\nfiévreux, et puis, avec des m ots très doux, que lui inspirait sa\ncompatience, elle fit connaître au m alheureux qu’hélas il arrivait\ntrop tard, que W ivine ne pouvait plus faire un libre don de son\ncœur.\n   Elle avouait donc avoir un amant, la chaste W’ivine ?\n    Une lueur m auvaise passa dans les yeux de R ickw ard.\n    La jalousie fit sa proie de son âme, réveilla dans son corps\nl’affolement des sens, que la présence et la candeur de celle qu’on\nlui disputait avait d’abord calmé.\n    — R ickw ard est sans peur, demoiselle ; il chevauche un fou­\ngueux coursier ; m alheur donc à celui qui barrerait sa route !\n   Il avait prononcé cette menace altière avec le ton cruel d’un\nbeau défi vengeur. P uis brusquem ent, il s’emporta.\n    Wivine écoutait sans frém ir la colère que le seigneur déversait\ncontre « son am ant ».\n    Sa pitié seule augm entait à l’entendre.\n   E t p ourtant R ickw ard, fou de rage, m enaçait celui qu’elle\naimait de rouges projets de vengeance !\n    Ce rival, cet homme inconnu, qui régnait en tyran sur le cœur\nde W ivine quel pouvait-il bien être ?\n    Possédait-il un nom aussi noble que son nom à lui, occupait-il\nun rang aussi élevé que le sien, et gérait-il de*s biens en pareille\nabondance ?\n    E t puis d’ailleurs qu’im portait tout cela! Qu’im portait même et\nla santé et la beauté e t la jeunesse, dont la nature l’avait comblé\npeut-être. Est-ce qu’aucun amour sur terre était assez fervent\npour rivaliser, fut-ce un seul instant, avec l’am our dont lui,\nRickward, l’aim ait?\n    — Sur terre peut-être non, Rickward, mais mon Aimé n ’est\nplus sur terre.\n    — Il est donc m ort! s’écria-t-il. Il est donc m ort! répéta-t-il,\n comme pour ranim er à ces mots l’espoir expirant de son cœur!\n    — Oui, il est m ort pour moi — pour vous aussi, Rickward,\n reprit-elle en fixant ses yeux, ses yeux célestes et tranquilles, sur\n les yeux troublés du jeune homme.\n    — Pour moi aussi, pour m oi?... Mais quand donc est-il m ort ?\n    — Il y a bien longtem ps, Rickw ard.\n\n\n                                                                  207\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "    — Heureux celui qui vous aima, W ivine, car votre am our lui\nest resté fidèle a,u-delà même du Tombeau!\n    Mais croyez-vous que la fidélité vous ordonne à jam ais de cloî­\n tre r votre cœur ?\n    Ne redoutez-vous pas de com m ettre un vrai crime, et de me tuer\navant peu, en vous obstinant de la sorte dans l’impitoyable\négoïsme de votre deuil?\n    — Non, cette obstination n’est pas de l’égoïsme, mais au con­\ntraire, ô mon pauvre aveuglé, elle provient de la charité que lui\nmême il nous enseigna.\n   — Vraim ent, W ivine, votre charité est étrange ! C’est donc une\ncharité qui tortu re à plaisir, la charité que vous enseignait votre\nam i? Car c’est bien elle qui à présent se repait en vous, impassible\nidole, du spectacle de ma douleur !\n   A h! p ourtant si vous condescendiez à correspondre à mon\namour, le bonheur surgirait dans m a désespérance, comme au\nm atin du jour surgit du deuil du ciel la fête rose de l’aurore!\n   Viens! laisse-toi bercer par ce rêve enchanteur! L e cher amour\nque tu pleurais n ’est plus enseveli dans le noir souvenir : il est\nvivant! le revoici! J e suis ton ami d’autrefois, qui revient de son\nlong exil, de l’exil affreux de la m ort ! Que ton am our pour lui se\nperpétue en moi! Ton am ant est ressuscité! E t c’est lui que tu\naimeras, ô W ivine, dans nos baisers !\n   — A h ! R ickw ard vous avez d it vrai. Oui, plus vrai que vous\nne croyez : mon ami est ressucité, après trois jours, d’entre les\nm orts.\n   E t ceci n ’est pas un vain songe et je ne raille point votre pas­\nsion pour moi. Son tom beau depuis lors est vide et plusieurs l’ont\nrevu, ont approché de lui, ont m angé avec lui, l’ont reconnu\nvivant !\n   L ’amoureux s’arrêta, livide.\n   Ses yeux dilatés de terreur dévisagèrent la désirée, cherchant\nà surprendre soudain, dans la sérénité de ses traits impeccables,\nla grim ace hideuse de la Folie.\n   Toute entière au bonheur de ce qu’elle avait dit, Wivine\nsouriait ainsi qu’une madone.\n   Comme deux fleurs, ses paupières ombrées s’ouvraient vers la\nclarté de ce beau m atin bleu.\n   Quand tout à coup, s’étonnant du silence, elle se retourna vers\nRickw ard et dans la fixité du regard du jeune homme, devina le\nsoupçon qui le terrifiait. Alors de sa voix la plus rassurante :\n   — Ne craignez point, seigneur, que ma raison s’égare. La\n\n\n208\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "mort de mon aimé ne saurait la troubler, puisque, je vous\nl’ai dit, il a vaincu la m ort.\n   « E t le voici qui vient, se h âtan t parm i les montagnes, passant\nau dessus des collines, semblable à un chevreuil et au faon d’une\nbiche. Le voici to u t près de notre demeure... »\n   E t voici son im age au détour du chemin.\n   Au geste de la jeune fille, qu’à entendre discourir ainsi il croyait\nfrappée de folie, l’infortuné Rickward, de ses yeux tout brouillés\nde larmes, aperçut — ô révélation ! — l’image de son R ival m ort.\n   C’était le crucifix de pierre, qui dom inait le carrefour.\n\n    (A suivre.)                           G eorges R am aekers.\n\n\n\n\n                                                 UN\n                                                 LIVRE GAI 1.\n\n              ANS un livre de critique, récem m ent traduit,\n\n\n\n\nD\n               M. Georges M érédith élit, entre tous les genres de\n               comique, la finesse intellectuelle de Molière. Les\n               préférences de M. Maurice le Blond, en l ’espèce,\n               vont p lu tô t à l’humour, au pince sans rire, cher à\n              Baudelaire et à Villiers déjà.\n   Son Emile Zola devant les Jeunes en est une preuve. Ce qu’elle\nm’a follement égayé, cette réjouissante brochure! Alphonse\nAllais, à coup sûr, peut s’estim er tombé. Aussi, nous attendons-\nnous, à le voir remplacé, dans les chroniques gaies des journaux\nparisiens, p ar le Mahomet du Naturisme.\n   Maurice le Blond vous a, dans la narration de ses découvertes\nscientifiques et littéraires, un sérieux étourdissant et d’essence\nbien supérieure à celui du p itre susnommé. L a sincère conviction\nest si parfaitem ent imitée, traduite, dans son style solennel et\ncligne, que l’illusion à certains moments est complète. On s’im a­\ngine qu’il croit lui-même ses renversantes inventions. Heureuse-\n\n 1. Je tiens à dire que cet article n’engage, en aucun point, mes amis de\nLa Lutte. La responsabilité en doit tomber, entière, sur moi seul.\n                                                                 E. R.\n\n\n                                                                     239\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "m ent, pour lui, on se souvient qu’il n’est pas dépourvu d’intelli­\ngence...\n    Voici quelques échantillons de ce comique illusionnant et déli­\ncieux, la perfection du genre.\n   Zola devant les Jeunes; qui ça « les Jeunes » ? Vous croyez un\nbataillon nom breux: toute la jeunesse contem poraine? Illusion!\nIl s’agit d’une petite chapelle, très étroite, dont le Boudha est\nM. Saint Georges de Bouhélier, dont les bonzes sont quelques\ntintam arresques frappeurs de gong.\n   Il est vrai que ces m essieurs représentent, du moins ils le crient\nà tue-tête, la littératu re française de demain, sinon d’aujourd’hui,\nmieux encore l ’âme française. Cette tarasconnade nous remémore\nl’exhilarante déclaration de quatre Belges, cousins germains, en\narrivism e panthéiste, de M. Saint Georges de Bouhélier et de sa\nséquelle.\n    Or donc, un des dépositaires de l’âme française — pour\nemployer ce term e incorrect qui, la science, l’infaillible Science le\nprouve, ne représente qu’un m ythe — un des dépositaires de\nl’âme française se campe devant Zola. Bon animalier, il nous le\npourtrait, vu, selon la recette du m aître, à travers son tem péra­\nm ent naturiste.\n    Il nous apprend que le scatologique auteur de la Terre est incon­\ntestablem ent un génie; plus, il est le précurseur du Messie nou­\nveau, le déjà nommé Bouhélier.\n    Mais, pour être im partial, je préfère céder à M. le Blond la\nplume. Voici comment, en term inant sa brochure, il résume, de\nquelques traits rapides, le p o rtrait qu’il vient de brosser du puis­\n sant saligaud. « Non seulement, il aura exalté dans nos cœurs la\nreligion du travail, rehaussé le goût de la justice », « mais, tout\n en ayant enrichi les lettres françaises de chefs-d’œuvres inestima­\nbles » — M. le Blond ne fu t jam ais hyperbolique — « il aura\n fortifié notre état m oral », — hélas, pour que Zola le p û t encore\n fortifier, ce pauvre é ta t m oral devait être bien anémique. « Il\n nous aura m ontré les difformités des individus, disparaissant et se\n fondant, dans la splendeur, la force et la vitalité des races » —\n soit. \" Il aura simplifié les gestes et les aventures des hommes \"\n — physiologiquem ent parlant, oui. « Il aura trouvé dans le\n m atérialism e les principes d’une esthétique nouvelle » — et dont\n l’avenir est, je le crois, bien précaire. « Il aura rétabli les êtres\n dans leur rapport naturel » — depuis quand « naturel » est-il\n synonyme de naturaliste? « Il aura glorifié les chairs et les belles\n terres fécondes. » Je commence à saisir pourquoi Zola n’est rien\n\n\n210\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": " moins qu’un génie. « Il aura lutté contre les catholiques. » J e le\n comprends de plus en plus. « Il nous aura délivré du R om an­\n tisme. » M. le Blond semble ignorer que l’on appela si justem ent\n son ours — est-ce bien ours qu’il fau t dire? — un rom antique\n attardé.\n    M aintenant que nous avons donné intégralem ent toute l’idée de\nM. le Blond, entrons, si vous le perm ettez, dans le détail de quel­\n ques développements. Ici, les passages deviennent savoureux.\n    Zola fu t un novateur. Il devait donc être incompris des repré­\n sentants des connaissances du passé. Son évangile, car évangile il\ny a au sens propre du terme, fu t seulem ent compris « des frustes,\n des natures vierges et frém issantes ». Que c’est gentil! E t cela\npermet à notre charm ant auteur gai de faire un parallèle entre\nla diffusion de la doctrine scatologique et la diffusion de la doc­\ntrine chrétienne. Mais l’heure a sonné pour Zola d’entrer, vivant,\ndans la gloire après — excusez du peu — Voltaire, Goethe et\nHugo.\n    Le génial pornographe a m alheureusem ent la douleur de ne pas\n être lu. Il paraît que si on l’achète tant, c’est pour en faire un\nusage indigne...\n    Zola est un sage et un savant et cependant, pleurniche Mau­\nrice le Blond, « on lui a fait une réputation d’obcénité, de grossiè­\nreté, à lui dont l’œuvre est chaste et tendre... On lui a fait une\nréputation d’im m oralité, à lui qui fu t le vulgarisateur de la\nmorale nouvelle, de cette morale qu’on pourrait appeler « la\nmorale du plein air, et dont l’unique règle, l’auguste précepte\nconsiste dans le respect, l’adoration des lois de la nature ».\n    C’est étrange, mais, en ce cas, le pudique Zola, le m oralisateur\ndes siècles futurs ne serait pas éloigné des catholiques. Ces der­\nniers, si je ne m ’abuse, basent leur éthique to u t aussi bien sur\nles lois de la nature. Il est vrai qu’il faut s’entendre. Il y a nature\net nature.\n    Nous nous basons sur la nature hum aine dans ses divers ra p ­\nports.\n    Zola n’ayant pas l’honneur de la connaître, la juge, sans nul\ndoute, d’après la nature porcine : la psychologie l’affirme, on\njuge tout d’après soi.\n   Mais poursuivons. Il me fa u t encore servir quelques-unes des\nfacéties de notre incom parable comique.\n    « A l’étranger, on ne l’aborde pas — le pornographe m orali­\nsant — sans ce trouble m ystérieux qui caractérise l’approche du\ngénie... à l’étranger, les natures saines, les natures bien nées et\n\n\n                                                                  211\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "  délicates l’envisagent avec ce recueillem ent qu’on éprouve seule­\n  m ent en présence d’un Hésiode ou d’un Eschyle... »\n     « De rares savants seulement, quelques docteurs ont su péné­\n tre r le sens de son œuvre et personne, même ceux qui se dirent ses\n disciples, n’en ont compris toute la pureté. »\n     « E t j ’estime que l’exemple de sa vie peut être proposé aux\n jeunes hommes de notre âge... Cette vie sublime de Zola qui dont\n en fixera l’histoire... Ce sera une édifiante histoire qu’un tel récit\n consacré to u t entier à l’apologie du travail et de la volonté. »\n    Oh oui, bien édifiante ! E t M. le Blond qui se sent capable\n d’en être le chantre, nous caractérise la jeunesse du p e tit Emile :\n « Il a grandi comme un jeune faune. »\n    Or, détail curieux pour un être velu de cette espèce, ce faune\n se double d’un savant.\n    Oh! son bagage scientifique n’est pas fort épais ! Il se borne,\n M. le Blond l ’avoue, « à un groupe très restreint d’idées géné­\n rales, à deux ou trois vérités nouvelles... »\n    M. Zola croit « en l’unité de la substance et de l’origine. Il sait\n que les éléments et les âmes obéissent aux mêmes frissons éter­\n nels ». Il sait, vous entendez, il sait, l’étonnant homme et le faune\n plus étonnant encore. Il sait! j ’aurais admis il suppose; mais\nnon, il sait. E t qu’est-ce qui justifie la certitude de cette connais­\n sance ? J e serais heureux que M. le Blond me l’apprît.\n    « A u chaos rom antique, cet homme — toujours Zola — a su\n opposer l’équilibre. » Jusqu’à ce jour, la critique attribuait à\nBalzac la réaction réaliste. Il paraît que la science a changé tout\ncela. De « savantes recherches » ont « établi » que c’était Zola\nl’auteur de la comédie humaine. E n voici, d’ailleurs, une preuve\ndécisive.\n    « Zola a rétabli les rapports entre les choses, il eut le souci\nconstant des valeurs et des perspectives. Zola nous enseigna que\nrien n’était supérieur à la réalité. »\n   J ’avais toujours cru que Zola transfigurait, par son intense\nvision rom antique, la réalité. J e croyais aussi — Maurice le Blond\nme l’avait affirmé — que Zola était p arti d’idées préconçues, d’hy­\npothèses scientifiques que demain renverse et que l’on veut faire\npasser pour d’immuables vérités. D ’après ces préjugés, il observe\net reproduit le monde. Or, voici m aintenant que le même critique\nvient me parler de l’exactitude de Zola dans sa transcription de\nla vie. Il y a contradiction, j ’imagine ! D ’ailleurs — c’est toujours\nMaurice le Blond qui l’avoue — qu’a fait Zola dans tout son\nœuvre ? Il a « réhabilité les faits physiologiques ». Or, qui ose­\n\n\n212\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "rait soutenir que les faits physiologiques constituent to u t l’homme ?\nL ’œuvre de M. Zola pèche donc précisém ent par son m anque de\nréalité. Le type hum ain y est abaissé, animalisé.\n   De plus, réfu tatio n piquante, si les fameuses idées générales,\nprétendues découvertes scientifiques, dont use Zola pour se diri­\nger dans son interprétation de la nature, lui font défigurer la réa­\nlité, n’est-il pas indéniable que ces principes sont faux ?\n   Voilà, en conséquence, Zola dont to u t l’œuvre laborieux sert à\nréfuter les inductions hâtives auxquelles il a voué le culte de toute\nune vie de travail !\n   Avouez que c’est gai. Ne vous avais-je pas prévenu que M. Mau­\nrice le Blond était un écrivain réjouissant ?\n   Mais les protestations et les démentis que lui inflige la réa­\nlité ne sont pas faits pour l’arrêter lorsqu’il est en veine de gali­\n matias scientifique.\n   « Quelle grandiose vision » ! exclame-t-il quelques pages plus\nloin, devant sa genèse du monde, vue à travers les systém atiques\nprétentions de nos m odernes savants.\n   Voici, entre autres, le poétique tableau de l’apparition sur le\nglobe de l’espèce animale : « c’est, tout-à-coup, la m ouvante cellule\nanimale naissant de la pourriture végétale, du sang déliquescent\net corrompu, sans doute, de quelque rose préhistorique ».\n   Puis, c’est la création de l’espèce hum aine : « c’est la longue\ngenèse, à travers la faune terrestre » — ohé ! nos grands oncles\nles chinpanzés! — « après de successives métamorphoses, c’est la\nlongue genèse de l’Eve humaine, de la perfectible et triom phale\ncréature... »\n   M. le Blond, il fau t l’avouer à ma confusion, ne se paie pas de\nmots. Le récit de Moïse fait naître, sur ses lèvres, une délicieuse\nhilarité. Il trouve bien plus scientifique la version qu’il nous donne.\nPar malheur, si elle a reçu l’estam pille officielle du transfor­\nmisme, je la crois aussi peu logique qu’insoutenable. Je me suis,\nen effet, toujours imaginé que toute chose demande sa raison\nsuffisante...\n   Après nom bre de pirouettes, to u t aussi amusantes et que je\nregrette de ne pouvoir, faute d’espace, faire cabrioler sous vos\nyeux, Maurice le Blond en arrive à excuser le père de N ana —\nSeigneur! les lois de l’atavisme — du reproche d’indécence. « Man­\nger, boire et le reste, a-t-on dit, il ne se passe pas autre chose\ndans la Terre et dans l 'Assommoir. » Mensonge! calomnie! C’est\nhonteux vraim ent, pour la nation française, qu’elle ait pu croire\npornographique le chaste, le pudique Zola, Zola, la grande rosière\n\n\n                                                                  213\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "  des tem ps futurs! Aussi Maurice le Blond n’a-t-il aucune peine à\n  laver, des boues dont on le souille, le virginal écrivain.\n      « Pourquoi donc — refute-t-il — négliger des fonctions qui\n  tiennent tant de place dans notre existence ? Pourquoi nos roman­\n  ciers et nos poètes ne considéraient-ils, dans la nature, que le\n  côté badin et superficiel, frivole et bienséant? »\n     Misère! la piteuse réfutation et le piètre argum ent!\n     Il n’y a donc, selon Maurice le Blond, dans l’existence humaine,\n  que deux genres d’actes : les actes « profonds » : m anger boire\n  et ccetera, les fonctions animales de l’homme ; puis des actes\n badins, à fleur de peau.\n     Il oublie, je crois, tout le côté raisonnable volitif et sentimental\n de l’homme, sans com pter le côté divin, sources d’éternelle\n poésie, de chants sublimes qui ceignent, de l’im m ortalité des\n palmes, les fonts illuminés !\n    L e train-train habituel de la vie sociale et les faits physiolo­\n giques, que sont-ils donc relativem ent à l’amour noble et fort,\n dom pteur de la chair animale, dom inateur de l’égoïsme, relative­\n m ent aux sanglots d’un chaste adolescent vers une vierge ; aux\n larmes que répand un moine sur son Dieu, cloué des quatre mem­\n bres, percé du front et du cœur.\n    Que m ’importe, dites, qu’un homme s’emplisse, outre mesure,\nle ventre ou qu’il se vermillonne, avec une furie digne d’une\n trogne flamande, le bout du nez! A peine en sourirai-je.\n    Montrez-moi non le vieil homme dégénéré, montrez-moi le\nnouvel homme, le chrétien. M ontrez-moi ses origines lamenta­\nbles et glorieuses ; parlez-moi de ses destinées étonnantes, triom­\nphales comme un crépuscule de juin ! Faites-m oi voir la flamme\ncéleste qu’il porte au front, le sang divin qui coule dans ses\nveines et qui, sous la lance de la résignation et du sacrifice, sait\njaillir de son cœur, mêlé à l’eau du baptêm e !\n    Mais je pousserai plus loin. L a physiologie de l ’homme est\nsecondaire en littératu re. Mieux, il est préférable de n ’en point\nparler. Il est des choses dont on ne parle pas.\n    J ’entends le rire sonore de M. le Blond et de son cénacle. Pour­\nta n t qu’ils daignent m ’écouter. Ce ne sont pas les bienséances de\nla société qui nous le demandent, c’est la conscience.\n    E t de fait, si l’on écoute le dictam en de la conscience au sujet\nd’actes, tels que le vol ou l’homicide, pourquoi ne lui plus obéir\nquand il défend la sensualité? L a conscience est tout entière, ou\nbien elle n ’est pas. J e ne vois pas d’hypothèse entre ces deux-ci.\n    On me réplique, m aladroitem ent d’ailleurs, qu’une conscience\n\n\n214\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": " importe peu dont les jugem ents varient de clim at à climat, d’âge\n en âge. Cela ne me gêne pas. Bien au contraire.\n   Il est certain que la prohibition touchant la bestialité est d’au­\ntant plus rigoureuse que l’homme est plus perfectionné. Mais c’est\nlà même un argum ent en faveur de ma thèse : vouloir faire, à\nnouveau, triom pher la sensualité, n’est-ce pas abolir les progrès\nconquis par plusieurs siècles d’efforts ?\n   Je répondrai enfin que si le degré de honte, dont rougissent les\ndivers peuples devant l’animalité, est variable, il n’en existe pas\nmoins, ici plus pudique, là moins, ici moins développé, là plus.\nPourtant l’homme, même sauvage et dégradé, a sa pudeur, si rudi­\nmentaire soit-elle. Son simple sourire touchant certains actes en\ndit assez et prouve que l’ingénuité bestiale chez l’homme, pour\nêtre naturiste, n ’est nullem ent naturelle.\n   Vraiment, de toutes ces reparties, la m oralité suivante s’impose\nà ma plume. J e crains que les plaintes de M. le Blond au sujet de\nde l’état des études philosophiques en France ne soient justifiées.\n   Il nous prône sa philosophie exprim entale, comme de loin\nsupérieure au spiritualism e périm é de V ictor Cousin, si cher aux\nUniversitaires.\n   Hélas, hélas, à son tour, qu’il est loin de la vérité ! S’il pouvait\nconnaître la scolastique. P a r m alheur, Thomas d ’A quin a l’im ­\nmense to rt d’être un saint. P a r surcroit d’infortune, il vécut au\nsiècle de Saint Louis, dans les horreurs de la n u it de mille ans.\n   Donc, il est idiot. L a logique contem poraine le déduit.\n                                             E d g a r R ic h a u m e .\n\n\n\n\n    V                                    HENRI             MAZEL.\n\n                   OILA quelque dix ans qu’a commencé avec l’ap­\n            parition d’un certain nombre de revues, le m ouvem ent\n             littéraire qu’on a appelé le Symbolisme et qui, pour la\n            commodité des futurs manuels du baccalauréat, gar­\n             dera probablem ent cette étiquette dans l’histoire de\nnotre littérature. Ce fut, si l’on aime ce genre d’images, comme\nune tempête soudaine qui éclata sur la vaste plaine du natura­\n\n\n      6                                                                   215\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "  lisme et sur la noble mais assez aride m ontagne du Parnasse. Or,\n  voici que la tem pête se calme ; le marécage, nettoyé à vastes\n  trom bes, engraissé, fertilisé, couvert de fleurs et de fruits, n’est\n  plus l’ancien naturalism e et la m ontagne, arrosée, reverdie, n’est\n  plus l’ancien Parnasse. L e firmam ent s’éclaircit; les épais brouil­\n lards qu’on avait ta n t reprochés à ce malheureux symbolisme se\n dissipent, une étoile paraît, puis une autre, puis une autre. On\n peu t enfin dresser la carte de ce ciel nouveau et nom brer les\n constellations auparavant inconnues. P our q uitter le terrain des\n m étaphores, nous commençons à pouvoir m ettre un peu d’ordre\n dans le chaos de cette « période d’assaut et d’irruption » que le\n symbolisme a connu, comme toutes les écoles. Dix ans sont beau­\n coup dans une vie d’écrivain, surtout les prem iers dix ans de\n l’âge v iril; les vocations artificielles ont le tem ps de montrer\n leur vide, les réputations usurpées de laisser voir leur fraude,\nles talents illusoires de paraître en leur aspect réel et médiocre ;\npar contre, de justes gloires s’affermissent, de personnels talents\nse développent. Les laborieux donnent la m esure de leur effort\net les spontanés de leur nature ; une sorte de hiérarchie (qu’on\npardonne à ce mot, en raison de son radical sacré, l’idée de clas­\nsification pédante qu’il éveille) s’établit. Combien d’oubliés déjà\n parm i ceux, qu’au cours de son enquête, M. H uret consulta\ncomme les chefs et les représentants de ce m ouvem ent symbo­\nliste et, p ar contre, combien qui n ’y parurent alors nous auraient\nsemblé dignes d’y figurer.\n    Nous disions que le m ouvem ent symboliste commença avec\nl ’apparition d’un certain nom bre de revues. P arm i elles toutes,\nune place spéciale me semble devoir être réservée à celle que\nM. H enri Mazel fonda et dirigea si longtemps, l 'Ermitage, et qui\nétait bien sa chose, la projection de son esprit, car du jour où il\nl’abandonna elle se transform a du to u t au to u t si complètement\nque personne ne fu t surpris de voir l’ancien directeur la quitter\nto u t à fait et devenir un des collaborateurs assidus du Mercure.\nCette direction de l'Ermitage, à elle seule, constituerait un suffi­\nsant titre littéraire pour M. H enri Mazel. P endant six ans, il la\npoursuivit avec un tac t exquis, un sentim ent artistique, une lar­\ngeur de vues, une m aîtrise, en un m ot - - surprenante chez un\nhomme de son âge — qu’on ne saurait assez adm irer. L 'Ermitage\nvécut pendant ces six ans d’après une unité de direction qui ne\ndéfaillit jamais. On chercherait vainem ent dans ses fascicules les\npuérilités ou les extravagances dont parfois les revues de jeunes\ngens ne se privent pas assez. L a hardiesse n’y dégénéra jamais\n\n\n216\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "en folie paradoxale, ni l’indépendance en folie révolutionnaire, ni\nla vivacité d’ attaque en personnalités injurieuses ou méchantes,\nni la liberté d’ allures en pornographie. L 'E rm itage fut toujours,\ncomme son nom l’indique, une retraite discrète, mi Trianon, mi\nPort-Royal, si l’on veut, où on ne négligea aucun aspect léger\nou austère de l’esprit.\n   On peut avancer que cette revue, avec une ou deux autres, fut\nl’honneur des lettres françaises pendant ces dernières années, et\nqu’ elles feront, dans l’avenir, l’ étonnement et l’ admiration des\ncurieux d’art qui iront consulter leurs collections. M. Henri Mazel\nest bien l’homme de sa revue, et tout ce que nous avons dit de\nl'E rm itage peut s’appliquer à lui ; il est, lui aussi, mi Trianon, mi\nPort Royal, épris du séduisant comme du grave, hardi sans témé­\nrité. L ’homme n’ a, je crois, que des amis : vous vous sentez en le\nlisant, comme dans une maison hospitalière où tout vous convie\nà vous réjouir, où tout vous accueille avec douceur, jusqu’à l’air\nque vous respirez. Ne l’ayant jamais vu d’ailleurs, je ne puis tra­\n cer son portrait physique, et dois renvoyer le lecteur au bois de\nValloton paru récemment dans le M ercure de F ran ce Mais il n’est\npas que l’ homme de sa revue ; il a une valeur propre, une œuvre\nconsidérable. Comme écrivain, il me semble être un des hommes\nles plus remarquables de ce temps ; du moins, c’en est un des esprits\nles plus lucides. La vigueur de son raisonnement étonnait autant\nque sa modération, à cette époque troublée où les esprits erraient\ndans les ténèbres, cherchant encore leur voie quand il avait trouvé\nla sienne et s’y maintenait. Son œuvre est une ; point d’hésitation,\npoint d’ incohérence ; ses ouvrages se suivent avec logique et l’un\nappelle l’ autre. La clarté y règne toujours. M. Henri Mazel au sur­\nplus, est né dans le Midi — à Nîmes, en 1864 — et il semble natu­\nrel que le beau soleil de Provence ait illuminé, dès son enfance,\nles cases merveilleusement agencées de son cerveau '. Son œuvre\ndéjà publiée est assez importante pour légitimer une étude, d’au­\ntant que, paraît-il, ses drames à paraître appartiennent à une nou­\nvelle conception d’ art. L e N azaréen, la F in des D ie u x , le K h a life\n\n  1 Bibliographie avec la date de composition : Vieux Saxe, cinq comédies\nen un acte, 1889 ; Le Nazaréen, drame en trois actes, 1890 ; Flottilles dans le golfe,\nproses poétiques, 1890-91 ; La Fin des Dieux, drame en trois actes, 1891 ; En\nCortège, proses poétiques, 1892 ; Le Khalife de Carthage, drame en cinq actes,\n1892 ; Saint Antoine affirme, critique, 1893; La Frise du Temple, proses poé­\ntiques, 189-1 ; La Synergie sociale, 1895 ; L’Hérésiarque, 1893 ; Les Amants\nd’Arles, 1894 ; Archytas, 1895 ; Avant l'Age d'Or, 189G ; Les Amazones, 1897.\nCes quatre dernières pièces n’ont pas paru. L'Hérésiarque a paru récemment\ndans les éditions du Mercure de France.\n\n\n                                                                                 217\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": " de Cartilage form ent une trilogie complète, étroitem ent apparen­\ntée à ses poèmes en prose, ceux-ci se reliant aux cinq comédies\nde Vieux Saxe, qui form ent pour ainsi dire un volume spécial.\nL a Synergie sert de base théorique aux idées qu’illustrent drames\net poèmes.\n    E n tre tous les nouveaux écrivains, M. H enri Mazel est en effet\nl’un de ceux qui ont remué le plus d’idées. Il est p arti non seule­\nm ent à la recherche de la B eauté mais aussi de la V érité. Dans toute\nson œuvre en perce le double souci. Alors que d’autres se conten­\ntaient de taillerie m arbre de leur rêve et d’en faire de belles sta­\ntues inanimées, lui s’est toujours efforcé d’insuffler une âme à ses\ncréations. E n cela il a fait œuvre de poète, car la poésie n ’existe\nqu’autant qu’elle est vivante, im prégnée pour ainsi dire de l’âme\nde l’artiste.\n    E n dépit des malentendus, le symbolisme n ’exclut pas plus la\nvie que la clarté. P our être symboliques, les personnages de\nPantagruel, de Béatrix, d’H am let n’en sont pas moins vivants et\nlum ineux : de même, à mon sens, les personnages de M. Henri\nMazel. P oint n ’est besoin de l’aide des initiés pour comprendre\ne t adm irer son œuvre ; le plus brillant soleil l’éclaire en tous ses\ndétails ; ses livres sont des monuments de magnificence verbale.\nJ e ne sache pas qu’en dehors de F laubert aucun écrivain déroule\ndes périodes plus colorées, plus somptueuses, plus amples. Ici rien\nd’opposé aux harmonies naturelles. C’est, au contraire, le mur­\nm ure même des bois, les voix de la montagne, le grondem ent de\nla mer. E t cet a rt est vraim ent grand qui nous captive comme la\nnature elle même.\n    « Une œuvre d’a rt n’est viable que si elle est vivante. J ’ima­\ngine que M. H enri Mazel n’a jam ais perdu de vue cette boutade\nqu’il énonçait dans son opuscule — sa profession de foi en art —\nSaint Antoine affirme; car ses œuvres valent par leur émotion\nnon moins que par leur forme, donc par la vie. Nous avouons\nn’avoir rien compris au reproche qu’on lui fit un jour de manquer\nde l’une et de l’autre. F aut-il donc qu’un Héros a it réellement\nvécu pour qu’il apparaisse vivant dans une œuvre? E n ce cas, il\nfau t proclamer que les œuvres des seuls historiens sont vivantes.\nL e fait d’avoir existé ne suffit pas à redonner la vie aux Héros\névoqués; s’il en était autrem ent nous serions en droit de demander\nsans cesse aux poètes, aux historiens même, aux hagiographes, où\nfinit la réalité et où commence la fiction, car, nous nous doutons\nbien, encore que nous n ’y voyons point à redire, que ta n t de per­\nsonnages héroïques ne sont en valeur que par les actes et les atti-\n\n\n218\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "tudos qui leur furent attribués. E n quoi H am let est-il moins\nvivant que R ichard III, le R oi L ear que H enri V III ? L ’am bition\nde tout écrivain doit être de faire œuvre d’a rt et œuvre vivante.\nLe tout est de ne point rester en dessous de son rêve. Il y aurait\nd’ailleurs beaucoup à dire sur ce chapitre du vivant et du non\nvivant. Il y a des photographies qui ne nous donnent nullem ent\nl’illusion du réel et il y a des extravagances et des absurdités que\nnous jurerions avoir été touchées ou éprouvées. Faire vivant c’est\nen somme faire intense, et l’intensité de l’œuvre dépend de la per­\nsonnalité de l’auteur. Des documents absolument sincères, lettres\nd’amour et procès-verbaux peuvent nous laisser froids ou même\nnous faire sourire, alors que ceux qui font « des vers émus très\nfroidement », comme disait Verlaine, peuvent nous toucher ju s­\nqu’aux entrailles. Il faut encore com pter avec le changem ent des\ngoûts et des idées. Les contem porains de F laubert trouvèrent,\n nous le savons, Salambô une histoire artificielle, gelée, ennuyeuse ;\n d’où vient donc que nous trouvons aujourd’hui tous ces types,\n Giscon, Spendius, N arr’havas, mille fois plus vivants que les per­\n sonnages oubliés déjà des rom ans qui, à cette époque, faisaient\n couler toutes les larm es? Il fau t enfin suivre l’auteur sur le terrain\n qu’il a choisi ; l’auteur d’un rom an contem porain se perm ettra\n une foule de tics, de phrases d’argot, de détails courants qui don­\n neront facilem ent à ses personnages l’apparence de la vie et que,\n je suppose, Racine et Corneille ne pouvaient pas accorder aux\n leurs ! Est-ce à dire que les personnages de Racine seront moins\n vivants que ceux de M. Em ile Richebourg? Même au théâtre, la\n psychologie de l’opéra n’est pas la même que celle de la tragédie\n ou du drame; de ceux-ci on exige des sentim ents vrais, de ceux-là\n des sentiments forts. L ohengrin ou P arsifal n ’ont certainem ent\n rien de réel, qui oserait dire qu’ils ne sont pas vivants? De même,\n parmi les personnages du théâtre parlé, certains se rapprochent\n du roman réaliste ou du rom an d’analyse, d’autres de l’opéra\n poétique et passionné. A ces derniers, on peut passer un peu de\n panache et de splendeur verbale; leur vie consiste, en partie, à\n chanter leurs rêves et leurs passions.\n     Avec un peu d’éloignement, nous nous apercevrons que les idéa­\n listes sont souvent ceux qui ont le mieux rendu la vie et que, par\n contre, nos récents naturalistes n’ont fait ni œuvre d’a rt ni œuvre\n  de vie. Plus la peinture se rapproche de la réalité, plus elle\n  s’éloigne de la vérité, encore que la chose paraisse surprenante\n  à ceux qui ne voient que le contour extérieur des objets. Une copie\n  de la nature n ’est pas une œuvre d’art, quels que soient l’habileté\n\n\n                                                                     219\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": " du peintre, le rendu de l’exécution; il y faut quelque chose de\n plus qui n’est visible qu’à l’âme de l ’artiste. C’est pour avoir\n méconnu cette vérité, pour n’avoir point distingué ce qui se\n cache sous les apparences, que l’école naturaliste aura fait de la\n peinture sans faire de l’a rt et c’est pour vouloir approfondir la\n nature que la jeune école naturiste — que devait fatalem ent\n engendrer le symbolisme — est susceptible de faire autre chose\n que la peinture, de la photographie. L ’Ecole naturiste vient\n norm alem ent en son tem ps; mais des jeunes écrivains, qui\n semblent s’être donné la mission de pénétrer l’âme des choses,\n feront bien d’étudier la nature et les hommes dans les milieux\n favorables à cette étude. L ’enthousiasme à froid de certains est,\nvisiblement, par trop factive ; cela sent trop la rhétorique ; ce\nn ’est que par une très longue fréquentation de la nature qu’on\nl ’amène à se dévoiler, à m ontrer à nu son corps et son âme. Un\n étranger à une race ne saisira jam ais la nuance exacte de l’âme\n de cette race, et ce qu’il en écrira sera toujours im parfait.\nL ’homme des villes ne peut comprendre le paysan. Celui qui n’a\npas vécu parm i les ouvriers n ’écrira jam ais le livre exact où\nceux-ci se reconnaîtront : c’est pourquoi ta n t de livres à gros\ntirage et gros d’observations à côté, qui s’adressaient surtout\naux classes qui ne pouvaient les juger, paraissent misérables à\nceux qui connaissent la terre et l’usine. Les Symbolistes ont\nsurtout, uniquem ent, fait œuvre d’art ; la trace de leur passage\nne peut plus s’effacer dans la littératu re française. Ils furent\ndes initiateurs. Ils ont découvert l’âme cachée des choses et, si\nles jeunes gens d’aujourd’hui parviennent à une si belle com­\npréhension de la nature, c’est à eux qu’ils la doivent. Ce sera\nl’honneur de cette Ecole d’avoir ouvert à l’art des horizons nou­\nveaux, d’une incommensurable étendue, si on la compare à celles\nqui l’ont précédée.\n    Comment une œuvre privée de vie aurait-elle le don d’émou­\nvoir jusqu’aux larm es et de tendre les cordes de l ’âme au point\nde les briser ? E n quoi l’œuvre idéaliste de Puvis de Chavannes,\nqui nous fait vivre dans les pays vierges du rêve, est-elle infé­\nrieure en émotion à celle de Courbet. Je ne vois point quel natu­\nraliste peut être comparé au F laubert de Salambô. Dans Zola\nmême, comparez les œuvres d’im agination comme la Faute de\nl’abbé Mouret aux romans de notation exacte — exacte mais\nincomplète, qui ne produit que des déform ations — L a Terre ou\nPot-bouille. « L a mission de l’a rt n’est pas de copier la nature,\nmais de l’exprimer... Essaye de mouler la m ain de ta maîtresse\n\n\n220\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": " et de la poser devant toi, t u trouveras un horrible cadavre sans\n aucune ressemblance, et tu seras bien forcé d’aller trouver le\n ciseau de l’homme qui, sans te la copier exactement t ’en figurera\n le m ouvement et la vie... Les effets ! les effets ! mais ils sont les\n accidents de la vie et non la vie... » E t c’est Balzac qui s’exprime\n ainsi par la bouche du sublime vieillard du Chef d'œuvre inconnu,\n Balzac que M. Zola appelle un réaliste ! R ien n’est plus éloigné\n d’ailleurs de la vérité que la peinture au microscope. C’est une\n erreur profonde que de croire que les documents constituent\n l’histoire ; elle ne v it que par sa poésie, ne survit que par son\n symbolisme. Les démographes de l’an 3000 se passionneront fort\n peu aux gestes des Gervaise et des M ouquette, alors que les figu­\nres symboliques où les hommes se reconnaîtront, où ils revivront\n sans cesse, seront toujours d’actualité. Sous la form e de symbo­\n les, les sentim ents hum ains sont éternels.\n    M. H enri Mazel semble s’être retiré dans un cloître bâti au\nsommet d’une m ontagne, où les bruits de la stérile agitation\nréelle n’arrivent point jusqu’à lui. Il n ’en vit pas moins, car il\ndécouvre de là toutes les splendeurs du passé, dont la réalité, la\nconception et la beauté sont synthétisées dans son œuvre.\n    Nos philosophes, nos dirigeants nous parlent sans cesse des\nsiècles d’erreur e t de ténèbres, alors que nous n’apercevons\naujourd’hui qu’erreurs, que nous nous égarons dans les ténèbres\net que la véritable lumière est encore celle que nous voyons res­\nplendir aux vitraux des cathédrales, dans les musées des Flandres\net d’Italie, dans les m iniatures des livres d’Heures, dans les m osaï­\nques des églises byzantines, sur les ruines de l’Hellade. Où donc\nest la lum ière ? Où donc la vérité éternelle, ô mes m aîtres ? Des\nêtres sont organisés pour voir dans les ténèbres et, vous-mêmes,\nune récente découverte ne fait-elle pas passer devant vos yeux\ndes rayons qu’ils ne sauraient par eux-mêmes voir ? Toute vision\nde grandeur nous vient du passé. Ne devrions-nous point, loin de\nnous enorgueillir de notre aveuglément, adm irer les siècles de\n« barbarie », où l’homme avait assez de volonté pour réaliser son\nrêve, et reg retter notre incurable impuissance ? Car notre incré­\ndulité n ’est faite que d’impuissance. N otre force n ’est plus qu’une\nforce négative ; qui ne peut comprendre se contente de nier. Il\nn’est rien de nouveau sous ce soleil qui doit parfois se rire de nos\ndécouvertes , celles-ci d’ailleurs sont-elles bien autre chose que\ndes exhumations ? Nos âmes sont désormais si atrophiées que\nnous rapetissons tout. Quand nous voulons faire du grand, nous\nfaisons la tour qu’on connaît. Les anciens ont bâti, sculpté, peint\n\n\n                                                                  221\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "pour l’éternité. N otre beau est cligne des éphémères que nous\nsommes. Les progrès que nous glorifions ne sont qu’inutiles\ncomplications de la vie matérielle, qui ne laissent plus de loisirs\npour la vie spirituelle. P o u r peu que l’on se tourne vers le passé,\nles générations nous paraissent de plus en plus grandes, tels les\nalignem ents m égalithiques de la m ystérieuse plaine de Carnac\noù le voyageur voit les m enhirs se dom iner dans l’éloignement.\nC’est ainsi que tels personnages de la légende et de l’histoire nous\nsemblent, à nous myrmidons, comme les colonnes du ciel. Nous\nsommes bien en droit de dire que nous approchons de la terre et\nque notre horizon se rétrécit à mesure que nous pouvons, méca­\nniquem ent, l’atteindre plus rapidem ent.\n\n     (A suivre.)                                  Y v es B e rth o u\n\n\n\n\n                                         A NOTRE-DAME\n                                         DES VICTOIRES.\n\n   A         U dessus du clair temple où vit ta royauté,\n             P lane ton Apparition ardente et forte.\n\n\n\n              Ton F ils rend tout-puissant le sceptre que tu portes,\n              O grande Vierge de triomphe et de beauté!\n\n     T u n'es pa s l ’humble enfant p a r Gabriel bénie\n     Ou, sanglante et debout, la Mère des Douleurs.\n     Les feux du Christ de gloire ont séché tes longs pleurs.\n     Un soleil est ta robe, éclatante Marie.\n\n     C’est la grave clarté du Royaum e sans fin\n     Qui t'illumine, ô Notre-Dam e des Victoires,\n     E t, déchirant de ses dents ses écailles noires,\n     Satan se tue, au pied de ton calme divin.\n\n   L'Im muable Absolu pense dans tes prunelles,\n   E t Mère dont le F ils est D ieu ressuscité,\n    Ton maternel amour, fou de sécurité,\n222 oit avidement la certitude éternelle.\n   B\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "    Ton sourire est celui qui sourit de la mort.\n    Sur ta haute beauté, les siècles, les démences,\n    Les mondes qui mourront, leurs vaines lois immenses\n    E xpirent flots brisés p a r une étrave d'or.\n\n    M ais, sous l'armure de ta robe qui rayonne,\n    Ta fidèle p itié saigne encore pou r nous,\n    Pendant que, sourdement, tressaillent tes genoux,\n    Prêts à fléchir en im plorant que Dieu pardonne...\n\n                                                  A lbert J ounet.\n\n\n\n\n                                                  CHRONIQUE\n                                                  M USICALE.\n       L a M u s iq u e   en   P r o v in c e .\n\n\n            OINT banal à coup sûr fu t le « Lieder-avond »\n\n\n\n\nP\n              qu’organisait récem m ent à Malines, ville de la pro­\n              vince belge, le vaillant cercle d’a rt « De H ulst ».\n              L ’événem ent est assez m arquant, assez rare, pour\n              que je me perm ette d’entretenir un instant les lec­\nteurs de la L u tte d’une fête aussi locale. Non pas que ce concert\nait été annoncé avec grand tintam arre par les quotidiens du pays,\ntant s’en faut, mais parce que son program m e dénote un vouloir\ntrop louable, un choix trop heureux d’œuvres musicales, pour le\npasser sous silence. Dans ce program m e en effet, à côté des m aî­\ntres allemands et flamands, de jeunes compositeurs d’expression\ngermaine trouvèrent une large place.\n   Notons de De Couine un Beiaardslied inédit, un peu bour ­\nsoufflé, mais fier cependant et enlevé ; de Lod. Ontrop un Nacht ­\nliedeke délicieux, fortem ent original et coloré.\n   Puis un lied du compositeur de musique religieuse Aloïs Des ­\nmet : De mis w as aan, admirable poème du trouvère P o l de Mont\nque Desmet a tra d u it m usicalement d’une m agistrale façon ; il y\na là des harm onies et des modulations d’un raffinem ent exquis,\nune union de la m usique et du sens des paroles telle, qu’à l’au­\ndition de ce lied on s’ém eut au point que l’émotion devient pres­\n\n\n                                                                     223\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "que torture, mais une torture que l’on aime endurer, jusqu’à\ndésirer qu’elle se perpétue.\n    E t voici un reposant Visschersliedeken du déjà célèbre\nJ a n Blockx, et cela est très populaire, très flamand, amusant\naussi, avec ses rythm es un peu difficiles et parfois bizarres.\nP e ter B enoit nous donne une œ uvrette de jeunesse, M ijn hart is\nvol verlangen, assez fade et soporifique : on aurait pu choisir un\nautre lied du chef de l’école d’Anvers.\n   E t pour clore la partie flamande, une mélodie de notre très\ngrand et vénéré E dgar T i n e l : Lie.f K indelijn, d’une fraîcheur,\nd’une distinction toute particulière au maître, si naïve ! d’une\ndouceur combien expressive et « petit enfant », qui va faire dodo\navec les moutons, qui rentrent, le soir en bêlant, et avec les\noiseaux.\n   L a seconde partie du program m e donnait la Prière du Freis ­\nchü tz de von W eber, universellem ent connue; le tragique B ij de\nzee (Am Meer) de F . Schubert; l’adorable et divin D e Hemel heeft\neene trane geweend, de l’incomparable et si pénétrant R. Schü ­\nm ann ; l’Ave M aria de R obert Franz ; l’am usant et spirituel\n Vergeefsche Standschen de B rahm s; et du toujours curieux et\ngénial Edw ard Grrieg, la très répandue et la très aimée : Prome­\nnade dans la Forêt.\n   Dites, ne m éritent-ils pas toute notre sym pathie les téméraires\norganisateurs de ce Lieder-avond e n p r o v i n c e ? E t dans leurs\nsoirées musicales, Bruxelles et Paris ne feraient-ils pas bien de\nsuivre l’exemple de ces provinciaux-là.\n   Audacieux! Il s’agissait pour eux de convertir un public en\ngénéral — hélas! — très superficiel, arriéré, habitué aux fadaises\nitaliennes et aux romances françaises ; un public réfractaire à toute\nmusique d’expression sincère, pénétrante, artistique et v r a i e !\n   L a besogne est ardue pour ces jeunes exaltés : elle sera peut-\nêtre i n g r a t e ! Mais qu’im porte l’indifférence actuelle du « grand\npublic » et l’hostilité d’une faction aussi cuistrale que partiale, à\nceux-là qui travaillent au relèvem ent moral des classes par l' Art :\ngare au H ul st (le Houx) : qui s’y frotte, s’y pique ! Même au milieu\nde l’hiver m orne et hostile à la vie, son feuillage reste toujours\nvert !\n                                                 E rn st D e l t e n r e .\n\n\n\n\n224\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                REVUE DES LIVRES 1\n\n\n                                                                 LES        ROMANS\nD e l c r o s , par H enri R a i n a l d y . (Paris. Société libre d’édition des gens de\n    lettres.)\n\n   J ’ignorais M. R ainaldy, je suis charm é d’avoir connu son livre :\nDelcros. C’est le travail d’un bel ouvrier de la plume ; le style est\nclair, vibrant, solide, débordant de santé. Mais comme ces qua­\nlités s’emploient à faux! J e n’insisterai pas sur le côté n a ïf de la\ndédicace du livre : A ceux qui souffrent ; à ceux qui aiment ; pour\nceux qui croient en un meilleur devenir et espèrent en une ère pro­\nchaine de justice et d’universel amour. L a lecture du roman, à ce\npoint de vue, — que l’auteur veut donc « sociologique » — est\ndéconcertante. Cela vaut le prêche, chez le m astroquet, d’un\nouvrier qui vient de lire : le Père Peinard. M. R ainaldy nous\ndoit une œuvre, où la pensée exaltée sera digne de la m aîtrise de\nson style. Qu’il abandonne aussi certaines recherches de perver­\nsité passionnelle ; son talent est assez haut pour dédaigner ces\nvulgaires pim ents.                            G e o r g e s V ir r è s .\n\n\n\n\n                                                                  LA CRITIQUE\nE ssa i s u r la c o m é d i e ; d e l’i d é e d e c o m é d i e e t d e s e x e m p l e s d e\n    l’e s p r i t c o m i q u e , p ar Georges M é r é d i t h . (Mercure de France.)\n\n   M. Georges M érédith était encore un inconnu en France. L a\ntraduction que vient de nous donner M. H enry D avray de son\nEssai sur la comédie « nous révèle en lui, parm i les m ultiples faces\nde son talent, un critique sûr, érudit et poète.\n   Il y a donc à distinguer en ce volume, collaboration de deux\nhommes, l’écrivain et son interprète, l’œuvre de chacun de ceux-ci.\n\n  1. L ’abondance de m atière nous oblige à retarder ju sq u ’en novembre la\ncritique des Poèmes p ar notre rédacteur P a u l M u s s c h e . Que les poètes nous\npardonnent !\n\n\n\n                                                                                         225\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "   L a traduction nous donne une exacte transposition du style co­\nloré du décadent anglais. Mais cette qualité a son défaut. Le mot\nà mot, trop rigoureux, crée un français tétanique et incohérent.\n   Quant à l’œuvre de l’écrivain anglais, elle est un fin et curieux\nvoyage d’investigation dans le pays du comique. Le vrai comique,\nselon lui, ne se trouve pas dans la grossièreté obscène de la farce.\nD ’essence intellectuelle, au contraire, il naît de la finesse railleuse\ndu bon sens, en a rrêt devant les ridicules sociaux : c’est dire que\nM. M erédith voit en Molière l’auteur comique idéal. Cependant, il\nne serait pas déplacé que, au sourire de l’auteur de Tartufe et du\nMisanthrope, se m êlât le gros et large éclat de rire d’Aristophane.\n   Il ne fau t pas confondre l’esprit comique de Molière avec la\nsatire, plus brusque et plus m ordante, avec l’ironie, plus douce et\nplus indulgente, avec l’humour, qui aime aussi bien qu’il châtie,\nqui émeut d’une pitié miséricordieuse et hum aine pour les Don\nQuichotte qu’il ridiculise.\n   Ces définitions s’accom pagnent de divers exemples de comique\net d’humour.\n   L ’auteur aussi, nous m ontre l’idée comique chez les divers peu­\nples, la façon, toute caractéristique, dont elle fait rire, la cause de\nsa naissance : l’égalité entre hommes et femmes, les rapports mon­\ndains qui polissent et affinent. M alheureusement, ces idées sont\nnoyées dans le brouillard d'un exposé, imprécis et lâche. Aucune\ndivision n’y délimite clairem ent la suite des idées. L a pensée che­\nmine, inquiète, par une route sinueuse que couvre une brume\ngrise.                                        E d g a r R ic h a u m e .\n\nR éflex io n   sur   M. H u y s m a n s , p a r   Edmond D e B ru y n . ( E x tr a it du\n  Spectateur catholique.)\n   « L a conversion de J.-K . Huysmans restera un des épisodes\nà date de la vie religieuse de ces dernières années dans les milieux\nde pensée et de littérature. Avec elle, on retiendra plus tard la\ncampagne sur le nom de Verlaine, le voyage à Rom e de M. Bru­\nnetière, le banquet B erthelot, l’abandon de M. Charbonnel et\nl’éclosion de périodiques religieux ou apologétiques, tels que la\nQuinzaine et le Spectateur catholique.\n   » L a conversion du rom ancier désorienta sa littératu re : la cri­\ntique aussitôt chercha le nord. L e R . P . Pacheu, R. de Gour­\nmont, M. Charbonnel, M. l’abbé Klein, M. Doumic avisèrent.\nP arm i eux déjà, mais surtout parm i quelques jeunes catholiques,\nplus prom pts à sym pathiser qu’à raisonner, on p û t rem arquer un\ncertain désordre dans les reproches comme dans l’enthousiasme.\n\n\n226\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "     » M. Edm ond De Bruyn, à qui la direction du Spectateur catho­\n  lique a donné déjà quelque aisance dans la pratique des questions\n  de littérature religieuse, a tenté d’élucider la situation littéraire\n  du converti. Il admire l’ar tiste somptueux qu’est M. Huysmans, il\n rend hom mage à l’intrépidité du catéchumène ; néanmoins il lui\n  dénie toute possibilité d’influencer les écrivains catholiques :\n M. Huysmans, d’après lui, vit une aventure miraculeuse ; ses\n émotions de converti lui sont personnelles et restent non adap­\n tables ; son im agination de naturaliste enquis de recherches « sa­\n cristines » déterm ine un phénomène hybride et sans suite.\n     » En outre, m éthodiquem ent parlant, la vision de M. H uys­\n mans est voulûm ent sienne et exclusive : il rapetissera les sensa­\n tions ju sq u ’au m inutieux, les déform era jusqu’au baroque, avec\n l’effet de les rendre non-assimiliables. C’est littérairem ent refuser\n de continuer une éventuelle tradition, c’est faire signe de ne pas\n le suivre.\n    » Mais, selon M. De Bruyn, si même le sta tu t et la m éthode de\n M. Huysmans per m ettait une influence, il faudrait la combattre.\n Et en effet c’est, selon lui, une étourderie que de ju g er M. H uys­\n mans un écrivain religieux ou idéaliste. A m ateur sardonique qui\n se plaît aux détails savoureux ou ambigus des sciences théologi­\nques accessoires, il ne s’intéresse ni à l’économie du dogme, ni à la\nvertu morale, ni à la fortune sociale du christianisme. Les grands\nproblèmes comme les grandes saintetés lui restent indifférents.\nC’est un barbare pessimiste qui tourne le dos à la vie, et reste\njouer avec les cabochons de la liturgie ou se délecter aux diable­\nries comme à des confitures.\n    » On espère que la ferm eté de ces réflexions aidera à form er\nl’opinion du public et aidera l ’orientation de la jeune littérature\nreligieuse ».\n\n   Nous avons cru loyal de reproduire en cette revue la criti­\nque qu’on vient de lire et qui — nous prions qu’on l’observe —\nn’émane pas de notre rédaction. Un reproche pourtant est à faire\nà Edmond De B ruyn : celui d’avoir trop insisté sur les défauts qu’il\ncrut trouver dans l’œuvre d’un grand écrivain catholique, et de\ns’être rendu par là coupable d’une involontaire injustice à l’égard\ndes grandes qualités qui, d’autre part, s’y rencontrent.\n                                                            N. D. L. D.\n\n  L a L u t t e de Novembre inaugurera la série des critiques théâtrales de la\nrevue par les comptes-rendus des L undis l it t é r a ir e s du Parc et des Tis­\nserands du N ouveau T h é â t r e (de Bruxelles).\n\n\n                                                                           227\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "              GLANES                        DU           MOIS\n\n\n\n                  CUIQUE SUUM. I.           » juge d’après les qualités de fac­\n                                              ture, je passais sous silence les qua­\nRendez à César ce qui appartient à             lités de forme d’une œuvre à cause\n    César.                                  » de mon antipathie pour le fond, je\n   Un grand quotidien catholique a          » manquerais au devoir de ma pro­\nfait paraître, en premières colonnes,           fession : je refuserais à l’auteur ce\nau début de ce mois d’octobre, un ar­       » qui lui est dû, j e p ê c h e r a i s c o n t r e\nticle « qui — à en croire son titre —       » LA JU S T IC E .   »\nfera jeter les hauts cris à maints vir­\ntuoses de la plume ». On y cherche à                                 CUIQUE SUUM. II.\nperpétuer cet éternel débat, tant de\nfois vidé et toujours repris, sur l’at­     Et à Dieu ce qui appartient à Dieu.\ntitude qu’il sied de prendre à la cri­         Après cela, si nous ne voyons pas\ntique catholique, lorsqu’elle veut          très bien ni en quoi, ni comment\njuger une œuvre immorale mais bien          notre approbation de la forme im­\nécrite.                                     pliquerait notre approbation du fond,\n   En d’autres termes, et pour user         nous voyons fort bien d’autre part\nici de la forme interrogative qu’utili­     que le rôle du critique ne se peut\nsèrent les Pharisiens, et certain           borner à louer le mérite du style, en\nE. P. Jésuite : « Faut-il louer le          tenant comme inexistante l’Idée. Que\nmérite littéraire des écrivains im­         toute critique serait incomplète qui,\nmoraux? — «Pau t-il payer au César          après jugement porté sur la seule\npaïen le tribut d’Israël ? »                forme, négligerait le jugement du\n    A quoi l’un de nous avait répondu       fond, voilà ce que, des premiers, nous\n d’avance :                                 sommes à proclamer et donc à recon­\n    « Il faut louer le mérite littéraire    naître, j ’imagine.\n partout où il se rencontre. »                 Ce serait une pauvre critique, en\n    « Nos sympathies iront aux sincè­       effet, celle qui, d’un roman ou d’un\n res, aux vrais, où qu’ils soient, fus­     drame, ne considérerait que le style,\n sent-ils à cent mille lieues de nous. »    sans se préoccuper de la trame, de\n    Mettant sur le compte de \" l’irré­      la psychologie des personnages, dela\n flexion » ces paroles d’équité \" l’au­      thèse de l’auteur, ni des sentiments\n teur de l’article précité les interprète   qui l’animent.\n à sa manière.                                 Il faut donc, selon nous, que le cri­\n    A « la plume bien intentionnée »        tique chrétien observe eu entier la\n qui eût l’honneur de les écrire, que       Parole chrétienne et non pas à moi­\n reproche-t-il ? Sa loyauté ?               tié; qu'il rende à César ce qui appar­\n    Heureusement, vers la fin de l’ar­      tient à César; à l’artiste immoral\n ticle, il se reprend lui-même : « Sans     l’éloge des beautés de son style ; mais\n  » doute, écrit-il, si, voué à la tâche    à Dieu aussi, ce qui appartient à\n  » délicate de critique littéraire, à la   Dieu, en vengeant l’incomparable\n  » façon de l'expert de tableaux qui       Beauté de sa morale divine, par le\n\n\n228\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "blâme, trop justifié, des laideurs et        fut, au début de l’ « Affaire», avec\ndes turpitudes du fond.                      les écrivains belges qui envoyèrent\n                                             à Emile Zola leurs félicitations cha­\n                 CUIQUE SUUM. III.           leureuses pour l’acte qu’il avait osé.\n L' « Affaire ».                                Car il s’honore, lui aussi, d’être\n                                             compté parmi cette jeunesse intel­\n    Si l’article dont il fut parlé ci-       lectuelle (dont se gaussent les gazet­\n dessus eût le don de « faire jeter les      tiers ignares) et parmi ces trop rares\nliants cris à maints virtuoses de la         chrétiens qui croient que pour la vé­\nplume », je crains fort que l’article de     rité et la justice il n’est pas de fron­\nla Résurrection, en lequel notre rédac­      tières, et qu’il ne saurait y avoir une\nteur et loyal ami Albert Jounet donne        vérité nationale ni une justice natio­\nfranchement son avis au sujet de             nale, pas plus qu’une religion natio­\nl’ \" Affaire \", n’ait le don lui aussi       nale, mais une vérité et une justice\nde faire jeter de non moins hauts            catholique, c’est-à-dire universelle\ncris à quelques sectaires catholiques.       comme la religion du Christ-Dieu.\n   Notre ami, en effet, a l’audace\nd’écrire que « selon sa conscience                           CUIQUE SUUM. IV.\n de catholique, l’aveu du lieutenant-\ncolonel Henry, exige que l’on revise           Contre « le Prince ».\nle premier procès ». Et d’ajouter :              On ne saurait parler de ce procès\n    « En droit Strict, peut-être l’aveu       Zola sans qu’aussitôt s’évoque la\n n’implique par la révision. Mais, en         sympathique figure du président du\n équité, il l’exige »... Il n’y a pas deux    tribunal : ce Cicéron des temps mo­\njustices chrétiennes, une envers les          dernes, ce Père de la patrie, qui dé­\n chrétiens, l’autre envers les juifs. Si      joua victorieusement la conspiration\nl’on reproche aux juifs un âpre               des intellectuels contre la sécurité\n égoïsme de race et de religion, il ne        de l’Etat, en s’écriant à tout instant\n faut pas que les chrétiens les imitent       que la « question ne serait pas po­\n dans ne qu’ils leurs reprochent. Il ne       sée ! » Eh bien ! dût-on nous accuser\nfaut pas devenir sémite par antisémi­         d’être ennemis comme lui de la Lu­\n tisme. C’est à force d’être chrétiens,       mière, nous n’en continuerions pas\nréellement, généreusement, sans du­           moins à regretter que le susdit pré­\nperie, mais sans haine, que nous              sident n’ait eu pouvoir d’empêcher\npourrons convertir les juifs, lés gué­        le Temps et la Presse d’interroger,\nrir de leur archaïque et ambitieux            comme ils font, les écrivains de\nsectarisme. Donc, sans préjuger l’in­         France au sujet de la succession du\nnocence ou la culpabilité de Dreyfus,         « prince » Mallarmé, en proférant\nque l’on revise le premier procès et          une fois encore son refus fatidique :\npar une révision qui rende pour tous,         « La question ne sera pas posée! »\njuifs et chrétiens, la culpabilité ou        Car il nous apparaît parfaitement\nl’innocence évidente. Que l’on prenne,       oiseux et pas mal ridicule de vouloir\ndans la procédure, les précautions           que les poètes élisent de la sorte un\nnécessaires à la sécurité nationale,          « prince » sans rire.\nmais qu’on assure,, à la révision, un           Quand donc bannirons-nous de nos\nrésultat fixe et clair où l’on ait plai­     mœurs littéraires cette absurde loi\nsir à trouver la loyauté de la France        des majorités ? Si encore le suffrage\net de Dieu. »                                était universel ! Mais chacun sait\n   En suite de ces nobles paroles d’un       que, soit oubli soit refus, la majorité\nde nos rédacteurs de France, il est,         véritable des poètes ne prend point\npeut-être, bon de rappeler ici que,          part à ce jeu-là ; que donc l’élu sera\nsans lier en rien par sa conduite les        l’élu — quelque soit d’ailleurs son\nrédacteurs de la Lutte, son directeur        mérite — d’une majorité de coterie ou\n\n\n                                                                               229\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "de hasard, que dix consultations suc­                       A TRAVERS LES REVUES.\n cessives — il y a mille chances de\nl’augurer — ne ratifieraient très pro­            Le Sillon (octobre) s’enrichit de\nbablement pas. L ’enquête du journal            quinze sonnets, dont quelques uns\nla Presse, élisant Prince des Poètes :          fort beaux, où Louis Gillet exalte à\nM. L éon D ie r c k x , disciple de Leconte     son tour le saint poète F rançois\nde Lisle, n’est elle pas concluante ?           d ’A s s is e .\n\n   Poètes, mes amis, laissons à leurs              Au Mercure de France Charles\njournaux les journalistes, les hochets          Louis Philippe signe un conte déli­\naux politiciens et, n'en déplaise à              cieusement poignant d’émotion fra­\nCyrano, le panache aux vieux galon­             ternelle : La Vie et la mort délicate\nnés. C’est l’avenir qui doit élire nos          de Madeleine.\nprinces et non pas nous.                           D’André Gille à l'Ermitage un\n                    Uijlenspiegrel.             hommage à Stéphane Mallarmé, où\n                                                ces justes paroles : « Imiter Mal­\n                                                larmé, c’est folie ! Tout au plus,\n                C ER C LES...................   pourrait-on, pour d’autres résultats,\n                ET CONFÉRENCES                  employer son admirable méthode,\n                                                mais à imiter le résultat de cette\nL' « Excélsior ».                               méthode dans la bizarreté extérieure\n  De jeunes écrivains catholiques               qu’elle lui doit parfois, c’est aussi\nsuisses ont fondé à Attalens, dans le           sot que de se promener en scaphan­\ncanton de Fribourg, un cercle litté­            dre dans les rues ou d’écrire à l’envers\nraire : l’Excélsior, en adoptant, pour          sous prétexte qu’on admire les ma­\nsa devise, notre devise : l’Art pour            nuscrits de Vinci. Mallarmé, sous ce\nDieu !                                          rapport, fit beaucoup de bien et beau­\n  A M. Emile Savoy et à ses vail­               coup de mal, comme fait toujours\nlants camarades, notre bravo le plus            tout puissant esprit. » Au même fas­\nvibrant !                                       cicule, M. Hugues R ebell signe des\nLe Cercle d’Art « la Lutte ».                   vers en prose, aussi mauvais de forme\n                                                que répugnants de fond. Combien\n  C’est aux premiers jours de novem­\n                                                plus beaux les poèmes que donnent\nbre que le Cercle d’Art : la Lutte re­\n                                                Paul Louis Garnier et Maurice\nprendra ses travaux, qu’avaient in­\n                                                Perrès.\nterrompus les voyages d’été; les\nmembres seront plus nombreux, les                  Dans les provinces belges : La Ver­\nséances plus attrayantes encore                 veine, le Tout-Liège, l'Art libre, la\nqu’en sa première année, et dès à               Revue, le Journal littéraire, l'Éveil,\nprésent nous pouvons annoncer une               etc., luttent vaillamment pour la\nsoirée musicale et de littérature,              diffusion de l’Art.\ndont le succès ne peut être douteux.               D’apparences plus modestes que\n  Envoyer les adhésions à la Lutte,             les grandes revues bruxelloises, la\n114, rue Franklin, Bruxelles.                   contribution de ces organes litté­\n  La cotisation annuelle est fixée à            raires n’est pas moins efficace et\ntrois francs.                                   digne de louanges.\n                     Le Secrétaire :                                          Nemo.\n                    Paul M ussche.\n\n\n\n\n230\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                            LA L u t t e\n  R evu e catholique d’A rt.\n                                                                     PARIS         ET      BRUXELLES\n\n\n                                C O M IT É P A T R O N A L :\n\nVALÉRE MABILLE — LÉON SOMZÉE — AMÉDËE d e BRESSOUT\n\n\n                                         D ir e c t e u r :\n\n                           GEORGES                    RAM AEKERS\n                                  1 1 4 , ru e F r a n k lin , B r u x e l l e s\n\n\n                                         S e c r é ta ir e s :\n                     PARIS                                                    BRUXELLES\n  C H A R L E S de R O U V R E                                     ÉDOUARD                     NED\n            27, rue d’Amsterdam                                           34, rue du Conseil\n\n\n                        R é d a c tio n d e               ( L a L u tte ) :\n\n                                             FRA N CE\n\n         Y v e s B e r t h o u , A l b e r t J o u n e t , G eo rg es L e              Ca r d o n n e l\n                          C h a r l e s d e R o u v r e , L o u is T i e r c e l i n\n\n                                          B E L G IQ U E :\n\nE r n s t De l t e n r e , P o l De m a d e , P a u l M u s s c h e É d o u a r d N e d , J o h a n N i l i s\n                                           E r n est Pé r ie r\n           G e o r g e s R a m a e k e r s , E d g a r R ic h a u m e , G e o r g e s V i r r è s\n\n\n\n                               P r in c ip a u x C o lla b o ra teu rs :\nPaul André, Franz Ansèl, Albert Herthel, Louise et Louis Delattre, Eugène\n  Demolder, Henri Delisle, Henri de Réguier, Edouard Ducôté, Maurice Dullaert,\n Max Elskamp, Henry Ghèon, Eugène Herdies, Joris-Karl Huysmans, Camille\n Lemonnier, Georges Marlow, Charles Morice, Marie et Jacques Nervat,\n  Georges Oudinot, Maurice Perrès, Victor Remouchamps, Georges Rodenbach,\n  Prosper Roidot, Blanche Rousseau, Léon Rycx, Laurent Savigny, Camille\n Schiltz, l’abbé Armand Thiéry, Firmin Van den Bosch, Emile Verhaeren,\n                            Francis Vielé-Griffin.\n\n\n    Adresser tout ce qui concerne l’Administration, chez les Éditeurs :\n                          A L F R E D V R O M A N T & Cie\n                 BRUXELLES                                                         PARIS\n      3 , r u e de la C hap elle, 3                                  6 0 , r u e M adam «, 60\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "       É D I T I O N S DE L A L u t t e\n\n\n                             VIENNENT DE PA R A IT R E :\n\n\n                     LES FÊTES DE L’ÉTÉ\n                                par     G eo rges R am a ekers\n\n                                                                éd ition de lu x e .                2 fr.\nUn volu m e de v e r s, form at in -12.                   .\n                                                                éd itio n ordinaire          1 fr. 25\n\n\n\n\n                               SIMPLEMENT\n                                     p a r P a u l M u ssch e\n\nUn volu m e d e c o n te s, form at in -1 2 ........................................................ 2 fr.\n\n\n\n\n                  P A R A IT R A EN N O V E M B R E\n                         C h e z l 'é d i t e u r C h a r p e n tie r & P a r is.\n\n\n\n          LE MIROIR DU CIEL NATAL\n                                pa r   Geo rges R odenbach\n\nU n volu m e de v er s, form at i n - 1 2 ..................................................3 fr 5 0\n\n\n\n\nCETTE REVUE EST IMPRIMÉE SUR LES PRESSES DE\n\n       L ’I M P R I M E R I E             A LFRED             VROM ANT                ET     C ie\n\n                            3, R u e de l a C h a p e lle , B r u x e ll e s\n\n                   M êm e m a iso n à P a r is : 6 0 , ru e M ad am e.\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1898-10-15", "signet_source": "Quatrième année - N°7 - 15 octobre 1898", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 224", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}