{"numero_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "articles": [{"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-001", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LALUTTE R e v u e C a t h o l i q u e d ' A r t", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 260, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 344, "texte": "LALUTTE               R e v u e   C a t h o l i q u e         d ' A r t\n\n\n\n\n                                   Alfred Vromant & C.\n                                   Editeurs 60Rue Madame -\n                                   Paris 3, Rue de la Chapelle . Bruxelles.\n\n\n\n\nQUATRIÈM E   ANNÉE-   N° 8.                     15 NOVEMBRE         1898.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-002", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "S O M M A IR E DU N U M É R O 8", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 261, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 322, "fin_caractere_exclue": 2022, "texte": "S O M M A IR E DU N U M É R O                                                   8\n                                 15 N o v e m b r e 1 8 9 8 .\n\n\nÉmile Verhaeren : D a n s le N o r d (V ers).....................................231\nAlbert Jounet : B ie u d e bea u té (E sth é tiq u e).............................. 232\nHenri de Régnier : S o n n e t .............................................................. 239\nGeorges Ramaekers : L e sa c rific e d e la c h a ir (N ou velle)\n                                   II.     Après les aveux ...........................................240\n                                  III.     Les amants de la solitude ........................243\nGeorges Marlow : G u ir la n d e d e s o u r ir e s (P oèm e)\n                                     I. La dame au ly s ...................................... :           245\n                                    II. Le faune......................................................... 246\n                                   III. M é d a illo n ................................................... 240\n                                   IV. La dame aux roses...................................... 247\nYves Berthou : H e n r i M a z e l ( M o n o g r a p h ie ) ......................... 247\nPaul Mussche : L e s p o è m e s (C ritique).......................................256\nGeorges Virrès : L e s r o m a n s et les con tes (C r itiq u e ). . . 258\nGeorges Ramaekers : G la n es d u m o is. L e s th éâ tres. L e s\n                            r e v u e s ........................................... 260\n\n\n\n\n           « LA L u t t e » ne publie que de l’inédit.\n\nTous droits de reproduction et de traduction réservés.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-003", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 231, "page_fin": 231, "titre_corps": "Dans le nord", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "ÉMILE VERHAEREN", "ancre_debut": "DANS            LE NORD.   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L e gel\n        M et su r les flots tum ultueu x son scel.\n\n        L e soir s’enfonce et m eurt, sous des eaux moi tes ;\n        L a n u it su r le soleil ferm e ses portes,\n\n        E t, dan s les blocs et les p a ro is du froEidm, i l e   V erh aeren\n        L ’h iver taille son règne en angles droits.\n\n    7                                                                           231\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-004", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 232, "page_fin": 239, "titre_corps": "Dieu de beauté III", "titre_sommaire": "Dieu de beauté", "rubrique": "", "signature_source": "ALBERT JOUNET.", "ancre_debut": "DIEU                                              DE BEAUTÉ. 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J ’en avais, dans mon discours au Congrès,\n          parlé déjà, à propos du N aturism e qui, par ses aspira­\n          tions confuses à une vigueur radieuse mais inférieure,\n          panthéistique, est un pressentim ent involontaire et\ntrès im parfait du christianisme de gloire.\n   L ’avènem ent du Christ de gloire dans l’A rt sera une décisive\nintervention à faire vainqueur l'A rt pour Dieu.\n   L e Christ offre deux paroxysmes de beauté : Passion et Gloire.\nDieu, s’unissant à l’Hum anité, en a épousé et dépassé les douleurs,\ndans la Passion. Tout ce que les hommes de tous les siècles, leurs\ncorps corrodés par les maladies, lacérés par les supplices, leurs\nâmes dévorées d’angoisses, ont souffert, le Christ se l’est incor­\nporé à sa chair et enfoncé dans l’âme. Dieu n’a pu souffrir en lui-\nmême, mais il a souffert en l’homme auquel il s’était si étroite­\nm ent uni que cet homme, ayant une volonté propre, n’avait pas,\ncependant, d’autre personnalité que Dieu ! E t le Yerbe divin, sou­\ntenant l’H um anité du Christ, lui a donné la force, non seulement\nd’éprouver, en les concentrant, toutes les souffrances humaines,\nmais de les dépasser. L e Christ a souffert au tan t que tous les\nhommes ensemble et infinim ent plus.\n   Douloureuse au-dessus de toutes douleurs, la souffrance du\nChrist est encore plus noble que toutes : car supplice de l’innocent\nabsolu et supplice souffert volontairem ent par lui, non pour lui,\nmais pour to u t le Genre Humain.\n   Dieu, s’étant fait homme et s’étant fait douleur, devait aller\ndans la vertu hum aine m artyre et dans la douleur, plus loin\nqu’aucun homme.\n   Il y est allé. Il a subi la Passion : absolu du supplice, absolu\nde l’innocence, héroïsme et charité absolus. De même, dans la\ncréation, Dieu a osé aller jusqu’à la liberté des anges et des hom­\nmes, jusqu’à la possibilité de leur révolte, de leur chute, mais aussi\nde leur sainteté libre et responsable ! Il a osé rendre possibles,\nchez ses plus hautes créatures, les deux extrêmes : Le Mal libre\net voulu, mais le Bien voulu aussi, la Sainteté-liberté. Et, dans\n\n\n  1. Voir L a L u t t e de juillet, août-septembre 1898, p. 104 à 110, 135 à 140.\n\n\n\n232\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2298, "texte": "son essence, Dieu va, éternellem ent, jusqu’à l’excès infini de toute\nPerfection !\n   L ’E ternel, en to u t et toujours, réalise l’absolu.\n   Qu’il s’agisse de ce que Dieu souffre en l’Homme-Dieu, des\nperfections intérieures divines, de la liberté donnée à l’homme et\nà l’ange, de n ’im porte quels actes ou facultés divins, Dieu attein t\nle suprême et rien n’est concevable au delà de ce qu’il est ou de\nce qu’il fait.\n   L ’I n t e n s i t é , insondable, attérante, c’est Dieu...\n   Dieu, c’est le Héros qui va jusqu’au bout.\n   Les hommes, trop souvent, sont l’essai qui s’arrête en route.\n\n\n\n\n   Dieu, dans le Christ, a souffert jusqu’à la Passion et triom phé\njusqu’à la Résurrection, l’Ascension, la Gloire.\n   S’étant fait homme, Dieu devait aller dans la vertu humaine\nvictorieuse, dans la joie et le triom phe hum ains plus loin qu’aucun\nhomme.\n   Il y est allé. Comme, par la Passion, le Christ souffrait et dépas­\nsait eu souffrance toutes les douleurs humaines, ainsi le Christ,\npar sa Gloire, concentre les victoires des justes et des saints sur\nle monde et l’Enfer, mais dépasse toutes ces victoires.\n   Et, comme la Passion, en même tem ps que plus douloureuse,\n était plus noble que toute douleur, ainsi la Gloire du Christ, en\nmême tem ps que plus de triomphe, a plus de noblesse que. toute\n victoire hum aine. Car elle se consacre à Dieu et aux hommes, par\n un amour si désintéressé, si inouï que nul amour de saint n’en\n approche.\n   Dieu, entrant dans la vie humaine, l’a outrepassée des deux\n côtés : il a fait éclater la douleur pour subir l ’ultra-supplice; il a\n fait éclater la victoire pour conquérir et, à un amour indiciblement\n désintéressé, consacrer l’ultra-splendeur.\n   E t les innombrables beautés de l’A rt et de la vie pâlissent\n devant les deux paroxysmes du Beau : le Crucifié, le Ressuscité.\n   Au-dessus de toutes les beautés douloureuses se dressent le\n Golgotha et le Christ sanglant, avec la douleur de Dieu répandue\n parmi le sang et le corps et infinie dans les yeux. Au-dessus de\n toutes les beautés triom phantes resplendit le Christ ressuscité et\n remonté à son Père, le Christ portant, dans l’âme et le corps\n glorieux, la divinité, à la fois éternellem ent harmonieuse et\n\n\n                                                                    233\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "déchaînée jusqu’à l’absolu de sa joie, le Christ ayant au fond de\nses regards ce qui est plus sublime que tout, même que la douleur\ninfinie : l’Am our divin heureux d’avoir sauvé...\n\n\n\n\n    L a Résurrection, l’Ascension, la Gloire du Christ n ’ont pas,\n autant que la Passion, animé la philosophie et l’A rt chrétiens.\n    L a philosophie chrétienne affirme, certes, et développe, comme\n vérités, la Résurrection, l’Ascension, la Gloire.\n    Mais il n ’y a pas seulement les vérités d’une philosophie, il y a\n son accent et sa couleur. E t l’accent, la couleur ont souvent plus\n d’action sur les âmes et sur les événements que les vérités mêmes.\n    L ’accent donc, la couleur, la vie de la philosophie chrétienne et\naussi de la littératu re et l’A rt chrétiens sont moins animés et\nim prégnés par la Gloire (résumons en elle tous les M ystères glo­\nrieux du Christ : elle est leur cime) que par la Passion.\n    L a Gloire, encore mal vivante, im parfaitem ent active dans la\nphilosophie, l’A rt (et l’on pourrait ajouter : la société) chrétiens,\nest une des causes profondes qui laissent persister le paganisme\net qui lim itent la victoire du Christ.\n    Personne n’ose opposer à la Passion une douleur qui la rivalise.\n    L ’empire du Christ sur le sublime douloureux ne se discute pas.\n    Mais, la Gloire étant moins vivante, dans l ’esprit et le cœur\ndes hommes, que la Passion, le paganism e oppose encore à la joie,\nà la force et à la beauté du Christ, un idéal de volupté basse, de\njoie et de force antichrétiennes, d’immonde splendeur.\n    Quand nous appellerons sur le monde l’influence du Christ\nentier, Passion et Gloire, le Christ prendra tout.\n    L e paganism e perdra la joie et la force, on m éprisera ses\nvoluptés au nom de l’extase et on lui arrachera la splendeur.\n    L e Christianisme sera la D ouleur au-dessus de toute douleur,\nmais aussi la Puissance foudroyant toute force et la Beauté\neffaçant toute beauté.\n   D evant le Christ de Gloire et Marie triom phale, la beauté des\nApollon, des A phrodite, des Iacchos et des Perséphone sera\ncomme la flamme fumeuse d’antiques torches qui s’éteignent en\nprésence de soleils divins.\n   Que la philosophie, que les A rts chrétiens — poésie lyrique, épo­\npée, drame, roman, peinture, sculpture, architecture, musique —\np rient donc le Seigneur pour qu’il leur envoie l’esprit de Gloire !\n\n\n234\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "   Il ne s’agit pas seulement de sentir, de pénétrer et d’exprimer,\navec plus de vivante ardeur qu’on ne l’a fait encore, la R ésurrec­\ntion, l’Ascension, la Gloire en elles-mêmes, comme événements ou\nétats de l’existence du Christ.\n   Il s’agit de les sentir, pénétrer et exprim er aussi dans leur\ninfluence sur la vie hum aine présente et future. La Gloire de\nJésus-Christ dépasse mais, je l’ai montré, concentre toutes les\nvictoires des justes et des saints sur le monde et l’Enfer. P a r\ncette concentration elle possède et influence m ystiquem ent ces\nvictoires.\n   Que la philosophie et l’A rt chrétiens approfondissent et expri­\nment, avec une ardeur encore inconnue, les victoires des saints\net des justes influencées m ystiquem ent par le Christ, leurs vic­\ntoires ici-bas pour ployer la terre au R ègne de Dieu et leurs vic­\ntoires dans le Ciel pour étreindre Dieu !\n   E t ne négligeons pas la Passion en glorifiant la Gloire.\n   Il ne fau t rien négliger du Christianisme. Il faut que le Chris­\ntianisme intégral, Douleur et Gloire, prenne le monde entier !\n   Creusons, exprimons la Passion, en elle-même, et dans les dou­\nleurs hum aines associées, ici-bas ou en l’Au-Delà expiatoire, à la\nPassion.\n   Or, tout se tient, tout est synthèse : Il faut distinguer entre eux\nReligion, philosophie et Science, A rt, société, distinguer, non\nséparer. V ous, donc, philosophie et Science, A rt, hum aine société,\nunissez-vous à la Religion. Form ez avec elle la grande synthèse,\nla Théosynthèse ! E t unissez-vous à la R eligion dans ses deux\nsublimités : Gloire et Passion. Enivrez-vous de Passion et saturez-\nvous de Gloire !\n   — Au point de vue spécialement esthétique, l' A rt pour D ieu,\nacceptant toutes les esthétiques, et, grâce à Dieu, les dépassant, les\ndépassera, nous le voyons ici, dans les deux sens et aura, p a r le\nDivin, une supériorité double : L 'A rt pour D ieu dépassera toutes les\nesthétiques et p a r le D ivin douloureux et par le D ivin glorieux, p a r\nla Passion du Christ et p a r sa Gloire, en laquelle brûle la Gloire\nmême de la Trinité.\n\n\n\n\n   La totale synthèse : Philosophie et Science, A rt, société unis\nà la Religion dans le Christ douloureux et dans le Christ glorieux,\nle Moyen-Age l’avait tentée.\n\n\n                                                                     235\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2265, "texte": "   Mais il a fléchi en son labeur.\n   Quand la Renaissance est venue il s’est trouvé trop faible\ndevant le Paganism e resurgissant.\n   A u lieu de prendre au Paganism e ses forces et ses beautés et\nde les dompter, il les a, en somme, subies.\n   Les historiens rationalistes vont blâm ant les excès de foi du\nMoyen-Age, jug ean t qu’il a m anqué de raison, de santé. Sot­\ntise.\n   L e Moyen-Age a m anqué de foi !\n   S’il en avait eu assez il aurait transfiguré la Renaissance et\nl’eut emportée en Dieu.\n   C’est parce que, à sa plus belle époque même de ferveur, le\nMoyen-Age — comme ensemble, exception faite des saints — n’a\npas eu une foi encore assez violente et assez vivace qu’elle s’est\naffaiblie peu à peu et s’est trouvée languissante devant le Paga­\nnisme se redressant au XVe siècle.\n   L ’homme n ’a jam ais trop de foi.\n   Quand il en a ie plus, il doit en demander à Dieu davantage.\n   L a parole des apôtres au Christ : « Augm entez-nous la foi »,\nles hommes et les siècles doivent la répéter insatiablem ent.\n   Chrétiens, nous avons donc à reprendre et à continuer le grand\neffort de synthèse laissé interrom pu p ar le Moyen-Age. Deman­\ndons à Dieu une foi assez intense et illim itée pour résorber au\nDivin tous les éléments du Genre H um ain et du monde. L a résorp­\ntion sera double : Passion et Gloire.\n   Nous reprendrons, pour ce qui regarde la Passion, l’effort du\nMoyen-Age en reconquérant à la douleur divine les douleurs\nhumaines de notre tem ps qui ressem blent à celles du Moyen-\nAge.\n   Aux misères, aux maladies, aux supplices, aux afflictions de\nl’âme, normales et sans anxiété suprême, nous mêlerons le dénû­\nment, les souffrances, le supplice de la Passion et celles des\nangoisses d’âme du Christ où ne frém it par l’anxiété suprême,\nl’abandon par Dieu.\n   Mais le Christ n’a ignoré aucune douleur.\n   L a flagellation, la croix et même les paroles : « Mon âme est\ntriste jusqu’à la m ort », « J ’ai soif », unissent à la Passion les\ndouleurs du Moyen-Age — e t celles de notre tem ps qui leur res­\nsemblent — mais il y a une souffrance et une parole du Christ\nqui, à notre suprêm e anxiété m oderne que n ’a point connue le\nMoyen-Age, unissent la Passion.\n   Les puissantes lèvres de notre époque, parm i ta n t de chants,\n\n\n236\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2562, "texte": "d’appels et de voix, répètent, d’année en année, comme un appel\nqui domine to u t ce qu’elles disent et qui, chaque fois, m onte plus\npoignant, l’E li lamma sabactani...\n   Elles le répètent ; le comprennent-elles vraim ent ?\n   Elles en comprennent, elles en souffrent, mieux que le Moyen-\nAge, l’anxiété, l’angoisse. Elles en comprennent mal la foi. Elles\ndisent : « Mon Dieu » et doutent de Dieu.\n    E t nous ne reprendrons pas seulement, mais nous continuerons,\npour ce qui regarde la Passion, l’œuvre du Moyen-Age, lorsque,\nà cette angoisse contem poraine, qui, mieux que le Moyen-Age,\ncomprend l’angoisse du Christ abandonné, nous ferons compren­\ndre aussi la foi conservée, par le Christ, dans son abandon.\n    Jésus, lui, souffre d’être abandonné sans douter que Celui qui\nl’abandonne existe. E t, si Dieu existe, le désespoir sans consola­\ntion est impossible.\n    Si je t’aime vraim ent j ’aurai déjà une consolation à être aban­\ndonné, mais par Toi. Car, ô mon am our et mon Dieu, si c’est Toi\nqui me délaisses, tu es! Ta sereine perfection demeure, tu n ’es pas\nmort, ô mon Idéal vivant. Je suis privé de la B eauté et je pense :\nla Beauté subsiste. L a V érité se détourne de moi et, je le sais, la\nVérité vit.\n    L ’Am our divin ne m ’aime plus, et il reste à mon cœur sauvage\ncette dernière joie : R ien ne peut enlever à mon Dieu le bonheur\nétemel.\n    Un artiste héroïquem ent artiste serait plus désespéré de garder\nses yeux pour voir la beauté disparaître du monde et s’anéantir à\njamais que d’être aveugle et de savoir que la beauté durera tou­\njours. De même l’âme vraim ent vouée à l’Idéal divin sera plus\n triste si, par l’illusion du doute, elle croit voir Dieu s’anéantir que\n si, séparée de Dieu, abandonnée, punie par lui, devenue aveugle\n à Dieu, elle sait, cependant, que Dieu existera toujours et si\n cette âme se dévore à aim er l’éternel Dieu vivant dont elle est\n privée mais dont elle est certaine.\n    Voilà l’héroïque foi qu’il faudra communiquer aux désespoirs\n de notre tem ps pour les unir vraim ent au cri de Jésus délaissé.\n    Nous reprendrons l’effort du Moyen-Age, en ce qui concerne\n la Gloire, en reprenant cette énergie chrétienne du Moyen-Age,\n contemplative ou active, m ystique ou chevaleresque, qui est un\n effort à rendre roi et vainqueur ici-bas le Christ et, p ar consé­\n quent, à y servir sa Gloire.\n     Nous aurons à continuer, pas seulement à reprendre, l’effort du\n Moyen-Age pour ce qui regarde la Gloire et à réussir l’œuvre\n\n\n                                                                    237\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2569, "texte": "compromise par la Renaissance, lorsque, à l’énergie chrétienne\nde m ystique ou de chevalier, nous donnerons l’intensité splen­\ndide et l’harmonie, le feu royal et l’eurythm ique beauté qui lui\nferont effacer les intensités de splendeur et les eurythm ies du\nPaganism e.\n   Renaissance, quelle œuvre tu aurais pu faire !\n   Mais, en toi et jusqu’à nos jours, m algré d’admirables excep­\ntions, si l’on considère l’ensemble des choses, l’esprit chrétien a\nsigné avec l’esprit païen des compromis p lu tô t qu’il ne lui a\nimposé des victoires.\n   Le Paganism e est resté vivant.\n   Il n’y en aurait plus que dans les Musées, si la Renaissance et\nles Temps modernes avaient accompli ce qu’ils devaient.\n   O répercussion des fautes et des défaillances ! L ’affaiblisse­\nm ent de la foi du Moyen-Age le rend faible devant le Paganisme\nranim é et amène l’œuvre de la Renaissance à se comprom ettre et\nà se paganiser; l’œuvre compromise de la Renaissance entraîne\nla décadence chrétienne des tem ps modernes. Mais rien n’entraîne\nla décadence de Dieu !\n   Il est intact dans son énergie infinie. E t, par lui, en lui, nous\nreprendrons l ’œuvre, avec le serm ent de la poursuivre jusqu’au\nbout. A ceux qui parlent d’arracher le Christ du monde nous\nrépondrons en christianisant le monde intégralem ent. Nous ré­\npondrons en pénétrant toute douleur de Passion, en purifiant\ntoute joie et toute splendeur p ar la Gloire, en faisant de l’Huma­\nnité une sorte de Christ gigantesque dont le Christ sera l’âme.\n   Quelle beauté aurez-vous, philosophie, A rts et toi, humaine\nsociété, quand réunis à la Religion dans le Christ douloureux et\ndans le Christ glorieux, vous rayonnerez, Théosynthèse ! quand les\nhumaines douleurs de cette vie, toutes sans exception, s’uniront à\nla Passion : quand pas un malade, un désespéré, un supplicié, pas\nune misère, agonie, pas un délaissement ne refuseront de s’identi­\nfier au Christ douloureux et sentiront la sueur de sang de Gethsé ­\nm ani couler dans leurs sueurs, le sang du Golgotha jaillir de leurs\nblessures, battre dans leurs fronts la fièvre du front cerclé d’épi­\nnes et l’É li lamma sabactani, senti entier, détresse et foi, frémir\nsur leurs lèvres et diviniser, consoler l’immensité de nos aban­\ndons... E t quand tous ces m alheureux de la terre sentiront les\nsouffrants de l’Au-delà purgatoriel donner l’exemple d’unir doci­\nlem ent leur torture au sanglant Christ... Mais aussi, quand toutes\nles victoires chrétiennes de cette vie, tous les chrétiens sociaux\nguérisseurs de misères et dom pteurs de haines, tous les génies\n\n\n238\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1180, "texte": "intronisant Dieu vainqueur sur les Arts maîtrisés et sur les scien­\nces tributaires, tous les lutteurs contre la chair, la sublimant aux\nfidélités de l’ union indéfectible ou aux libertés vierges, à l’angé­\nlisme pur, et tous les Chevaliers, Ordre de Malte rénové, proté­\ngeant, par la terre entière, la paix et la Justice du Christ entre les\npartis dans les nations, entre les nations dans l’Humanité, et\ntous les apôtres trouant les vices, les doutes et, par la brèche de\nces mornes armures, plantant, au cœur des hommes, l’étendard, la\nfoi ; et les missionnaires arrachant des peuples à la Ténèbre, les\nlevant à Dieu dans leurs mains, et, enfin, les extatiques perçant\njusqu’au Réel surnaturel, portant au fond de leurs yeux un avant-\ngoût de la vision béatifique, quand toutes ces victoires, multi­\npliées ici-bas, avec une ampleur et une fureur encore ignorées,\ns’associeront au Christ de Gloire, l’auront pour âme et sentiront\n les éternelles victoires des Elus du Paradis s’ unir à elles, en\n l’omni-présent Soleil mystique : Dieu !\n                                                           A lbert J o unet.\n\n\n\n\n                                                           "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-005", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 239, "page_fin": 239, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "HENRI DE RÉGNIER.", "ancre_debut": "SONNET.      L'A I R du m a tin est g a i de f", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 270, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 1180, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "SONNET.\n\n    L'A I R du m a tin est g a i de fra îch eu rs fluviales,\n       L e fleuve est p a rfu m é des odeurs du m atin.\n       Oh ! le rire et l'éclat des B aigneuses rivales\n       P a r les perles du rire et les p erles du bain !\n\n        L 'a u ro re su r les p ré s fu t blanche et sérieuse\n        E t p a reille au reg a rd d ’une fem m e a u x dou x yeu x,\n        E t m on âme en son rêve est doublement jo yeu se\n        D e la p a ix de la terre et du salu t des cieux.\n\n        Une É toile p â lit à l’orient du ciel\n        E t l'étoile m ’a guidé comme les B ergers\n        A u p a y s pacifique oit les fleurs et le m iel\n\n        D es jo u r s suaves fo n t nos pen sers p lu s légers\n        Que les vols épeurés au bru it des lavandières\n        D es oiseaux ricochant su r l'eau comme des pierres.\n\n                                                     H enri    de   R é g n ie r .\n\n\n\n                                                                                239\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-006", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 240, "page_fin": 245, "titre_corps": "Le sacrifice de la chair II", "titre_sommaire": "Le sacrifice de la chair", "rubrique": "", "signature_source": "GEORGES RAMAEKERS.", "ancre_debut": "LE SACRIFICE                                                    DE LA CHAIR1.         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Dans les souve­\n                  nirs confus du réveil, dém êlant mal le rêve et la réa­\n                  lité, elle crut d’abord que celui qui l’aim ait s’était\ntué dans l’ombre à cause d’elle, et le cauchemar sanglant de nou­\nveau la terrifia.\n    Lorsque Entew are, la servante, vint pour l’aider à sa simple toi­\nlette, elle trouva sa m aîtresse bouleversée, trem blante, pâle, et les\nyeux écarquillés d’horreur.\n    Mais instruite par la jeune fille des événem ents de la veille,\ndès les prem iers regards elle com prit quel drame intérieur se\n déroulait devant cette âme.\n     C’était une sainte rustique, cette Entew are.\n     N ature fruste et prim itive, son cœur aussi brûlait du seul\n Am our — qui renferm e tous les amours — celui de Dieu. W ivine\n avait donc fait de cette humble servante sa confidente et son\n amie.\n     Car l’universelle attirance qui rapproche les âmes lépreuses\n pour l’ém ulation dans le Vice rapproche de même, aussi, et com­\n bien plus amoureusement, pour l’ém ulation dans le Bien, les\n âmes abluées aux fontaines m ystiques.\n     E n nos jours où l’on parle ta n t d’égalité et de justice, n’est-il\n pas plein d’enseignements cet exemple chrétien, vieux de plus de\n six siècles, que nous donne en cette am itié la très belle et riche\n héritière de la noble maison d’Oisy ?\n     Les préjugés m enteurs du vieil orgueil païen qui survit toujours\n aux idoles et m et entre les fils du même Adam des distances et\n  des degrés, selon la profession, la race et la fortune, s’écroulaient\n  à vos chants d’amour, ô saintes sœurs spirituelles ! comme au son\n  des cuivres sacrés les m urailles de Jéricho !\n     Dès qu’elle v it entrer Entew are, W ivine s’accusa devant elle\n  d ’avoir été trop dure au m alheureux R ickw ard.\n     L ’endroit où il l’avait accostée, les prem ières paroles qu’à son\n\n\n   1. Voir L a L u t t e d’octobre 1898, p. 205 à 209.\n\n\n 249\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2607, "texte": " adresse il avait prononcées, l’étrange sensation qu’à travers tout\n son corps elle avait ressentie quand il lui p rit la main, les moin­\n dres péripéties de leur long dialogue, le départ, to u t à coup, de\n Rickward affolé, et ju sq u ’aux paysages environnant leur marche,\n tout cela, m aintenant, se précisait dans sa mémoire, renouvelait\n les douleurs d’hier et prolongeait dans le réveil l’angoisse de la\n nuit.\n    — Qu’était-il devenu depuis qu’il avait fui brusquem ent — tel\n un fou — dans le soir fauve ?\n    Sans b ut à travers les ténèbres, avec, devant ses yeux hagards,\n la plaie vive du ciel couchant, n’avait-il pas — en proie soudain\n au vertige du désespoir — noyé sa détresse païenne dans l’im ­\n mobilité blafarde d’un étang ?...\n    Ou bien, dans quelques jours, peut-être, on viendrait apprendre,\n à W ivine, que des chasseurs ou des m anants ont détaché d’une\nbranche fleurie, sur la lisière des forêts, la repoussante loque hu­\nmaine qui balançait là sa pourriture fétide, au rythm e du vent\nm atinal ?...\n    A la pensée que le suicide, ou que, du moins, le mal d’amour\nqui allait abréger la vie de ce pécheur im pénitent trouvait sa\ncause unique en son refus de l’épouser, son cœur adolescent de\nfemme et de chrétienne connut l’étrange sensation que fait le\nmélange confus de l’épouvante et du remords.\n    Avec la calme confiance et la grande pitié des saints, la servante\navait écouté toutes les confidences, les conjectures et les craintes\nde sa doulour euse maîtresse. Alors, pour réconfort à ce cœur\nébranlé, cette hum ble fille sut trouver des paroles dont la profon­\ndeur éclatante et la surprenante sagesse attestèrent abondamment,\nà celle qui les entendait et s’apaisait à les entendre, qu’en cette\nâme simple et naïve habitait le Consolateur.\n   — L a Providence qui, de toute éternité, avait prévu ce qui\ns’était passé la veille, fait servir les projets des pervers à l’épreuve\ndes bons, disait Entew are à W ivine. E t la confidente ajoutait\nqu’au lieu de se troubler des menaces et des sanglots d’un jou­\nvenceau de mauvaise vie, qui voulait — pauvre inconscient ! —\nravir le cœur de son amie au Dieu qui se le réservait, son amie, au\ncontraire, devait se réjouir à voir ainsi l’enfer s’efforcer d’entraver\npar un piège grossier leur prochain départ vers la solitude.\n   A ces dernières paroles d’Enteware, le beau visage de\nWivine jusqu’alors assombri — tel un ciel nuageux qui soudain\ns’ensoleille — to u t à coup s’éclaira...\n   — Oui, Entew are avait raison, oui, c’était bien l’Ange du Mal\n\n\n                                                                   241\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2529, "texte": " qui ten tait d’opposer, comme par dérision, l’am our païen de ce\n Rickw ard à l’Am our divin de Jésus !\n    Nourrissait-il donc — pauvre esprit m alin ! — l’espoir insensé\n qu’un aussi misérable appât ferait oublier aux saintes compagnes\n le chemin du désert, au fond duquel, liant leurs destinées, elles\navaient résolu, depuis un certain tem ps déjà, de vivre côte à côte,\ndans le jeûne et dans la prière, loin du tum ulte hum ain, en le\ncalme de Dieu ?\n    L e grand désir qui la brûlait de vivre bientôt en cette retraite,\n dans le plus p arfait des renoncements, em porta la chaste Wivine\nvers les rêves de l’Avenir. A la pensée qu’elle y pourrait enfin\noffrir au Christ-Jésus le sacrifice de sa chair, son cœur tressaillait\nd’allégresse. L a joie débordait de ses lèvres.\n    — Oublié! le seigneur Rickward, songeait à p a rt elle Ente­\nware, toute heureure, elle aussi, de la même espérance, et se\nréjouissant en outre à voir refleurir sur les lèvres de sa maîtresse\nle sourire des vierges sages.\n    Dans le cœur joyeux de W ivine se réveillaient pourtant les\ndoux m ots tentateurs :\n    — « Quand on possède au tan t que toi la beauté, l’or et la jeu­\nnesse, c’est une incroyable folie, cent fois plus détestable encore\nque l’aberration de l’avare, celle d’ensevelir d’aussi rares trésors\nau fond des bois impénétrables, en quelque lieu aride, inconnu,\ndésolé »...\n    L a tentation n ’effleura pas l’eau calme de son âme; nulle pensée\nde vanité, rien qu’une inquiétude nouvelle touchant le sort\nterrestre et l’éternel salut du seigneur amoureux.\n    A u m utisme subit de son expansive compagne, E ntew are com­\np rit aussitôt ce qui de rechef l’angoissait. Aussi ne fut-elle pas\ninterloquée, mais seulem ent tristem ent sourieuse, quand Wivine,\nachevant sa pensée à voix haute et négligeant toute transition\nentre leurs dernières paroles et sa proposition soudaine, l’invita\nd’une voix si triste « à unir désormais, s’il n’est déjà trop tard,\nleurs prières pour lui ».\n    Dieu seul connaît combien de fois les deux saintes depuis ce\njo u r im plorèrent du Christ bien-aimé la Miséricorde du Père pour\nle pécheur adolescent dont AVivine bien m algré elle avait si griè­\nvement blessé le cœur en m éprisant le seul reflet du ciel qui faible­\nm ent y persistait encore : ce peu d’am our qui n’était pas charnel.\n    A yant appris que vraim ent il l’aim ait, même à tel point que son\nnoir désespoir le faisait dépérir, et qu’il se m ourait de passion\npour elle, W ivine ne connut plus de bornes à ses privations de\n\n\n242\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "toutes sortes, et ce fu t n u it et jour avec de torturants sanglots\nqu’elle supplia pour le pauvre Eiclcward Celui qui sauva Made­\nleine et révéla aux ju ifs émerveillés l’accueil de pardon et de joie\nqu’avait fait la bonté du Père au fils prodigue repenti.\n\n\n\n\n       III. L e s A m an ts de la solitude.\n\n   C’était affreux le tourm ent de ce cœur qui débordait naguère\nencore de joyeuse jeunesse !\n   A utour du chevet de R ickw ard ses parents plus blêmes que lui\n— car la chaleur des fièvres em pourprait ses joues pâles — atten­\ndaient, consternés, depuis d’interm inables jours la Visiteuse iné­\nluctable.\n   Aux praticiens qui ne répondaient plus, que par d’évasives\nparoles, aux pressantes questions de leur anxiété ; aux praticiens\nqui, m algré to u t leur art, le disputaient sans espoir à la m ort, dési­\ngnant de ses yeux inerm es leurs fioles de toutes sortes, le mou­\nrant répétait d’une voix presque éteinte : — l’Am our seul peut sau­\nver l’Amour...\n    Ceux dont il é ta it la chair et le sang, épuisés par l’excès de ses\npropres souffrances, se laissaient ballottés, impuissants d’un effort,\nentre le souhait que la m ort abrégeât sa longue tortu re et l’ins­\ntinctif désir qu’il vécût m algré tout. Mais puisque c’était l’irré­\nmédiable, puisque toute lueur d’espoir s’était depuis longtem ps\néteinte, l’instin ct lui-même finit p ar se révolter devant les len­\nteurs de cette agonie, et la mère, oubliant que le feu éternel brûle\npour les pécheurs, la m ère supplia la m ort de délivrer enfin son\nfils du supplice hideux de la vie, quand, à l’instant que l’on\ncroyait fatal, le m oribond se sentit to u t à coup renaître et, lon­\nguement, regarda le ciel bleu.\n    Les médecins, qui, to u t d’abord, avaient cru reconnaître en ce\nréveil vital l’éphémère et ultim e revanche de cette constitution\nrobuste sur le mal qui la terrassait, s’obstinèrent, les prem iers\njours, à nier l’évident prodige que leur haut savoir n’avait pas\nprévu et qui pour lui resta l’inexplicable.\n    Rickward cependant ne proférait plus, ni contre W ivine des\n imprécations, ni contre lui-même des souhaits de m ort. A ce pre­\n mier regain de vie il avait reconquis sa volonté de vivre e t\n réchauffé son sang aux flammes de l’Espoir.\n    Nonchalamment rêveur sur ce lit d’agonie devenu son lit de\n\n\n                                                                      243\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2448, "texte": " convalescence, il laissait bercer sa pauvre âme, son âme étrange­\n m ent émue, par la m ystérieuse voix, qui sans proférer aucune\n parole lui parlait cependant to u t au fond de son être, ineffable et\n si douce!\n    Ce n ’était pas dédain, ni fanatique orgueil, mais la fidélité du\n Serm ent de jeunesse de rester toujours vierge et vouée à son\nDieu, qui avait contraint sa W ivine à repousser son lamentable\namour !\n    E ntew are n’était-elle pas venue lui apporter, de la p art de\nW ivine, l’assurance de sa pitié et la promesse aussi d’oraisons si\nferventes qu’elles feraient, pour lui, violence au ciel ?\n    E t voici que W ivine, enfin, devient l’ange consolateur, au che­\nvet même de Rickw ard !\n    Accompagnée de ses parents ou de sa fidèle Entew are, elle y\nvient achever, par la vertu de sa parole, ce que le miracle de ses\nprières avait seul accompli.\n    E t l’on ne sait ce qu’il convient ici d’adm irer davantage :\n    L a résurrection de ce corps et de ce cœur presque m orts à la\nvie, ou la résurrection de cette âme à la joie ?\n    Mais les exhortations de la sainte W ivine vont opérer dans\nl’âme de Rickw ard une transform ation plus étonnante encore.\n    Celle qui le faisait mourir, non seulement l’a sauvé du tom­\nbeau, mais aussi du Dam éternel ! Or voici que la Grâce habite\nà présent dans ce cœur, qu’habitait le péché qui tue, et de ses\nyeux, d’où ruissellent sans fin les diam ants des amoureuses\nlarmes, Rickw ard contemple son amie avec la chasteté des impec­\ncables Anges.\n    A la lettre c’est vrai : le Rickw ard d’hier est m ort, et le nouveau\nR ickw ard étouffe de bonheur à se sentir renaître, âme et cœur, à\nl’Amour. Mais ce n ’est plus le m atériel amour, l’animal amour qui\nse vautre, c’est l’Am our très chaste et sacré, dont le feu pur brûle\net m onte vers Dieu, comme l’âme des Séraphins.\n    W ivine lui a confié son secret désir de vivre dans la solitude\net la décision qu’elle a prise de sortir avec Entew are, selon\nl ’exemple d’Abraham, de la demeure paternelle, pour s’ensevelir\nà jam ais dans la liberté du désert.\n    L e bon grain de telles paroles n’est pas tombé sur la pierre\ninféconde et les oiseaux du ciel ne l’ont pas enlevé de ce cœur\nrénové, où il germ e déjà, fertilisé sans cesse par les rayons de\nl’Am our infini et la rosée des belles repentances.\n    Entraîné par l’élan du surhum ain délire que la ferveur de son\namie communique à la foi qui se ravive en lui, Rickward sent\n\n\n244\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 895, "texte": "s’allumer et s’accroître en son âme un feu de plus en plus ardent,\nqui le dévore et qui l’altère, et cependant le réjouit, car il l’oblige\nà s’abreuver enfin aux eaux vives du sacrifice.\n   Disciple de sa bien-aimée, il veut suivre comme E ntew are\nl’exemple de son héroïsme et modeler le reste de sa vie sur la\nbeauté de sa vertu.\n   M aintenant que la main du prêtre l’a réconcilié avec Dieu, en\nl’absolvant, au Nom de sa Trinité qui pardonne, des turpitudes\ndu passé, il ne résiste plus à l’a ttra it de l’E sp rit divin.\n   D evançant la Sœur qui le guide dans les chemins de la Gloire\nchrétienne, en un lieu solitaire appelé : ’t H o f 't Eechout, ou « le\nJardin de la Chênaie », que W ivine, elle-même, avait choisi pour\nlui, R ickw ard s’est retiré, pour la vie, loin de tous.\n   E t loin d’elle, à jam ais...\n                                          G eo rg es R am aekers.\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-007", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 245, "page_fin": 247, "titre_corps": "Guirlande de sourires", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "GEORGES MARLOW.", "ancre_debut": "GUIRLANDE                 DE SOURIRES.                                               LA   DAME     AU    LYS.            A Valère Gi", "ancre_fin": "G eorges M a rlow .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "HENRI            MAZEL *.           ’IM A G IN E que M. H enri Maze", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 276, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 895, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "GUIRLANDE                 DE SOURIRES.\n\n\n                                            LA   DAME     AU    LYS.\n           A Valère Gille.\n\n             A N S la joie du m atin qui rit aux fleurs plus belles,\n\n\n\n\nD\n                Celle dont les yeux clairs sont des étoiles, celle\n               P ou r qui f a i doucement fait s'envoler parm i\n               L es roseaux ténébreux d'un p a y s ennemi\n               L es folles visions de ton rêve futile\n     O mon âme, la chère Fée aux mains tranquilles\n     Viendra, sœur du silence et du m alin vermeil,\n     Avec son p u r baiser m'apporter du soleil.\n     E t comme si depuis l'heure divine où l'aube\n     Me dévoila soudain le linon de sa robe\n     J'avais quitté la grève étrangère où j'errais,\n     Pour la voir effeuiller les fleurs de vies regrets\n     E t de mes souvenirs que l'ennui perpétue,\n     Je lui d irai tout bas les chansons ingénues\n\n\n                                                                    245\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1936, "texte": "      D ont s’enchanta ja d is mon rêve nouveau né...\n      M ais elle, ayant, sous ce mensonge, deviné\n      L ’orgueil qui rôde encore en mon âme blessée,\n      M 'offrira tristement le L y s de sa pensée.\n\n\n\n                                                        LE   FAUNE.\n\n      A l’heure où se réveille en un murmure ailé\n      Ta voix berceuse et douce, ô divin exilé\n      Qu’une aube merveilleuse idéalise, à l’heure\n      Où parm i les lauriers dont l'arôme t ’effleure,\n      Surgit, vision blanche, une nym phe aux abois,\n      Un long frisson d ’amour fait vibrer dans les bois,\n      L a citole qu’aux jo u rs fabuleux une fée\n      Offrit en écoutant au loin pleurer Orphée\n      A la Vierge hautaine et frêle qui t ’a fui,\n      Faune ! E t n i la candeur sereine de la nuit,\n      N i l’aurore qui rôde en chantant dans les branches\n      Ne t ’ont fa it oublier ses pures formes blanches.\n      E t tristement, miraculeux adolescent,\n      Tu tram es dans la p a ix de ces m atins naissants,\n      A l’heure où se réveille en frissons d ’harmonie\n      L ’hymne m ystérieux de la Vierge bénie,\n      L e fantôme alangui de ton espoir blessé\n       P ar le vain souvenir d’un rêve inexaucé,\n      A lors qu’à tes seuls yeux invisible, E lle glisse\n      A u milieu des fleurs qu’un vent léger déplisse.\n\n\n\n                                                        M ÉD AILLO N .\n\n       Elles rêvaient ce soir, blanches âmes heureuses\n       Sous les saules nimbés de clartés vaporeuses,\n       A l’ineffable amour des oiseaux pour Ils fleurs;\n       E t l’une ayant baigné dans la rosée en pleurs\n       Ses mains fines où l’or des bagues ciselées\n       F ait éclore au soleil mille étoiles ailées,\n       Soucieuse, cueillit un lys déjà fermé :\n       P u is, inclinant un peu le calice embaumé\n       Sur l’herbe où souriaient ses sœurs agenouillées,\n       F it choir de l’urne blanche une oiselle mouillée.\n\n\n246\n"}, {"page_pdf": 278, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1397, "texte": "                                           LA    DAME       AUX    ROSES.\n\n    E lle effleure au m a tin d ’u n sourire in fin i\n    L e s fleurs que laisse choir d an s le m atin béni\n    L 'arch an ge de son âme éternellem ent blanche,\n    E t d an s l'eau m erveilleuse où le soleil se penche\n    Comme u n oiseau lassé d ’un in u tile essor,\n    E lle m ire ses y e u x criblés d'étoiles d ’or\n    San s daign er v o ir au loin les fantôm es nocturnes\n    F u ir vers l’im m ensité des pla in es taciturnes.\n    Une clarté sereine illu m in e ses p a s\n    E t fière de son rêve p u r elle n 'a p a s\n    L a troublante lan gueur des am antes m ortelles :\n    L 'h iv e r a beau fa n er les roses fraternelles\n    E t briser la vo ix d'or des d ou x oiseaux pa ria n ts,\n    E lle m arche en la p a ix d ’u n im m ortel p rin tem ps,\n    R e in e de m a pensée et de m a lassitude :\n    D e claires visio n s charm ent la solitude\n    Q uand, p a r m i les ra yo n s, son beau geste in du lgen t\n    F a it chanter doucem ent la citóle d'argen t\n    Q u'entre ses doigts d iv in s une fée a posée,\n    E t des m illio n s d 'y e u x s ’ouvrent d an s la rosée\n    D ès que, san s me p a r le r de m on fol abandon,\n    E lle cueille en rêva n t les roses du p a rd o n .\n\n                                                     G eorges M a rlow .\n\n\n\n\n                                            "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-008", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 247, "page_fin": 255, "titre_corps": "Henri Mazel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "YVES BERTHOU.", "ancre_debut": "HENRI            MAZEL *.           ’IM A G IN E que M. H enri Maze", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 278, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 1397, "fin_caractere_exclue": 2074, "texte": "HENRI            MAZEL *.\n\n\n        ’IM A G IN E que M. H enri Mazel se p lu t à rem onter, en\n\n\n\nJ         philosophe, le cours des tem ps et qu’au retour de son\n          voyage il eut la nostalgie des merveilles qu’il y avait\n          pu contem pler. Il fut semblable à ce moine naviga­\n          teu r de là Légende celtique qui chantait ses paradi­\nsiaques visions et à qui les auditeurs charmés disaient : « Père,\nnous nous apercevons, au parfum de vos vêtem ents, que vous\n                                                                   I\n 1. Voir L a L uttu d’octobre 1898. p. 215 à 222.\n\n\n     8                                                                 247\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2738, "texte": "avez été en P aradis ». Il vécut désormais dans ces contrées si\nriches de souvenirs, si vivantes de ta n t de m orts admirables. Il\nen acquit un don d’évocation qui n’appartient qu’à de rares\nprivilégiés. C’est ainsi que l’époque gallo-romaine revit dans\nson admirable recueil, la F rise du Temple, la Chevalerie dans\nle Nazaréen, et la F in de D ieu ; l’Islam dans le K halife de Car­\ntilage, l’Ancien R égim e dans Vieux Saxe et toutes ces époques\ndans les poèmes de ses autres recueils, E n Cortège, et Flottille\ndans le Golfe.\n   P a rto u t perce le généreux souci de nos destinées, et c’est préci­\nsém ent ce fonds de vie, encadré de splendeur verbale, qui fait de\nces poèmes autre chose que des exercices de virtuose, des amuse­\nments d’artiste. Dans sa trilogie de drames nous assistons à des\nduels de civilisations qui nous font longuem ent m éditer. Sa préoc­\ncupation d’idées générales lui fit même écrire cette Synergie\nsociale où il ne s’est point m ontré moins brillant écrivain et où le\nfourm illem ent des idées déconcerte presque. S’inspirant des leçons\nque son érudition lui perm ettait d’extraire de l’Histoire, il y\nexposa ses opinions sur le présent et sur l’avenir de la société. Il\nconviendrait que les nouveaux pasteurs du peuple, les milliers de\nbonnes gens qui se croient marqués au front du signe de chefs de\nnation fissent de ce livre d’un poète leur livre de chevet. Il est\nperm is de croire que les notions qu’ils possèdent sur le sort de\nl’hum anité passée et présente s’en modifieraient considérablement.\nIl faut toute l’étroitesse d’esprit de certains pour déclarer que le\nbonheur fu tu r sera basé sur l’égalité parfaite. Sans doute, le\nniveau intellectuel serait alors tellem ent bas que les pauvres égaux\ncroiraient au bonheur comme y croient les bestiaux que nous sacri­\nfions à notre faim. Quant à nous, qui avons le bonheur de vivre\navant que ce tem ps soit venu, il est de notre devoir de prêcher\nl’énergie et de prôner la nécessité de créer une aristocratie de\nl’âme. C’est vers l’exaltation de cette aristocratie que doivent\ntendre tous nos efforts. « L a force destructive, a dit fort justement\nM. H enri Mazel, est peut-être aux mains du peuple; la force créa­\ntrice n’est que dans l’âme des meilleurs ». A ristocratie ici n’a\naucun sens nobiliaire ou gouvernem ental, c’est dans le sens\nhéroïque qu’il faut l’entendre. Ce culte aux Héros, tous les grands\npenseurs du siècle l’ont préconisé, car tous ont vu le danger social,\nle seul, dit exactement M. Mazel, qui existe toujours, qui siège\ndans chaque âme et qui se nomme la Bassesse. « Les grandes\nâmes, dit Carlyle, sont toujours loyalem ent soumises, respectueuses\npour ce qui est au-dessus d’elles. L ’homme sincère est, par nature,\n\n\n248\n"}, {"page_pdf": 280, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2712, "texte": "l’homme obéissant ». Obéir, en effet, ne signifie pas s’avilir. Une\nsociété court à sa perte qui ne veut plus rien reconnaître de supé­\nrieur : les exemples en sont échelonnés le long des tem ps. L a\nnégation de toute autorité est la négation de la justice elle-\nmême.\n   Un autre écrivain de talent, M. Hugues Rebel1, a naguère\npublié une plaquette fo rt intéressante sur l’Union des trois aristo­\ncraties. Mais comme les deux écrivains sont éloignés l’un de\nl’autre! M. Mazel veut une aristocratie morale, M. Rebell une\naristocratie intellectuelle. L ’un veut une réunion de Héros et de\nSaints qui n ’auraient que de l’am our pour tous les hommes; l’autre\nune réunion de financiers, de snobs, de hobereaux qui n ’auraient\nd’autre b u t que de bien vivre. M. Rebell ne songe à rien moins\nqu’à la restauration de la féodalité; elle serait plus oppressive\nencore que l’ancienne. Dans la F in des D ieux, deux morales seront\nen présence : celle du païen Terpandre et celle du chrétien\nNorbert. Nous nous souviendrons alors de M. Rebell et de\nM. Mazel.\n   D iscuter la Synergie sociale nous entraînerait trop loin.\nD’ailleurs, c’est à dessein que nous voulons restreindre cette étude\nà l’écrivain d’art. Bornons-nous donc à citer telles strophes de\n« La Tour de Constance » qui symbolise assez bien l’idée centrale\nde ce livre de psychohistoire. « V oiles éployées des nefs, flots\nd’encens, chant d’introït, cliquetis des grands glaives sur les cottes\nde mailles, ah ! c’est avec vous que j ’eus voulu partir, preux can­\ndides qui regardiez trop longtem ps les Im ages et mouriez en\ntendant votre g an t aux anges. — Comme vous, nous serons des\ndonjons qui m archent. N otre orgueil dom inateur des m arais sera\nla carapace invulnérable au bélier, et notre amour lèvera dans les\nténèbres la torche par qui ju sq u ’à l’horizon étincellent les lagunes\net les pyram ides de sel. — Qu’im porte que to u t soit abandon et\nsolitude, que les plaques d’herbe lépreuse s’agrandissent dans le\ncorselet trop am ple et que les salicornes des silves gothesques se\nmirent seules dans les roubines, notre devoir subsiste d’être\nmuraille pour la force, phare pour la lumière. — L ’envie et la\nhaine viendront croasser, et l’on verra de loin leurs grandes ailes\nnoires de chauves-souris tourbillonner autour de la flamme rouge,\nmais sans l’éteindre, et les cadavres velus tom beront pourris au\nfond des douves, car notre brasier, tutélaire pour les purs, est\nterrible pour les ignobles ! — E t toujours magnanimes, nous per­\nsisterons, dans les siècles des siècles, seuls invincibles dans la\npestilence des choses et la décrépitude des hommes, à dresser vers\n\n\n                                                                  249\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": " le ciel, comme une tour de constance, n o tre bras infatigable dont\n le poing lève la cage de fer où rougeoie la flamme ! »\n    Quoi qu’il en soit, c’est un signe des tem ps que ce souci des\n jeunes de vouloir prendre p a rt à la réorganisation du système\n social. Déjà l’un des esprits les plus pénétrants que suivent, avec\n  confiance, de nom breux disciples — dont je ne suis certes pas —\n  M. Maurice Barrés, a donné l’exemple de l’action. D’autres chefs\n  vont surgir que suivront d’autres disciples : nous sommes las de\n  mensonge, car, m algré l’inquiétude qui nous étreint à songer à\n l’avenir, nous nous sentons invinciblement attirés vers l’inconnu;\n l’hum anité est altérée de Justice. Une aube resplendit, l’espérance\n va se lever dans une gloire. Attendons-nous à voir prochainement\n entrer en lu tte ouverte, avec les égoïstes exploiteurs de la Bas­\n sesse, tous les A m ants de l’H arm onie qui com prennent que le\n bonheur des groupem ents hum ains ne se fonde que sur l’amour,\n sur le sacrifice. M. H enri Mazel est d’ailleurs un chrétien. E t nous\n donnons, à ce mot, sa véritable, sa large acception; et chez lui\n nul sectarisme, mais une tolérance, mieux : une charité évangé­\n lique. Toutefois, bien que le fond de sa religion soit la pratique\n des saints préceptes, les beautés des cérémonies religieuses et\n des chefs-d’œuvre de l’a rt sont pour beaucoup dans son attache­\nm ent au catholicisme. Il arrive même fréquem m ent à ce poète de\nProvence de reg retter les beaux m ythes païens. Son catholicisme\nest mêlé de beaucoup de panthéisme, comme d’ailleurs celui des\nB retons d’Arm orique dont il serait dangereux d’épurer les\ncroyances. N ul plus que lui n’abh orre la froideur qui glaça un\nm oment le catholicisme — froideur qui le menace encore. Autant\nil glorifie François d’Assise, Dante, Pétrarque, autant il abomine\nCatherine de Sienne. « Fausse sainte, c’est toi qui vins voler sa\ngloire à la France d’Oc. Ta petite m ain douce de dévote frappa\nplus juste que les gantelets de fer des Colonna et des Frangi ­\npani. Ton orgueil d’Italienne ne p u t supporter la splendeur pro­\nvençale; tu vins en Avignon agiter de terribles fantôm es devant\nles prunelles chassieuses de quelques vieillards, et ceux-ci te sui­\nvirent, sorcière... Les fruits de ton œuvre, Catherine, les savou­\nras-tu quand la R éform e vint noyer le soleil catholique dans un\nocéan de tristesse ? » « A h ! misérable Réform e, dit-il ailleurs,\np ar qui ta n t de nobles âmes souffrirent, catapulte monstrueuse\nqui lézarda la Tour d’ivoire, croc où se déchira la Tunique sans\ncouture, brouillard de larm es dont s’obscurcit le beau soleil latin,\nsécheresse qui brûla les fleurs de l’Avignon papale. » Peut-être\non le voit, M. H enri Mazel est-il avant to u t un fils du sol. Ce\n\n\n250\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2758, "texte": "qu’il reproche au catholicisme de Catherine de Sienne comme au\nprotestantism e de L u th er c’est d’avoir touché à la splendeur de\nsa petite patrie, à la gloire de l’Em pire du Soleil, pour employer\nle m ot de M istral.\n   Le beau Soleil latin ! A travers toute son œuvre, en effet, il va\nluire. C’est le soleil de sa Provence, frère de celui d’Hellas, de\nRome et de Byzance. J e vous dis que ce poète a la nostalgie de\nla lumière, de celle de son pays natal. Quel accent passionné dans\nla Frise du Temple, dans la F in des D ieux et dans le Nazaréen\naussi quand chante le doux félibre Aloys de Maguelonne. Ah! ces\npays de souvenir et de rêve, quel amour ils inspirent à leurs en­\nfants ! Ce n ’est pas aux fils des fières provinces héroïques qu’il\nfaut attribuer cet étroit patriotism e au nom duquel il n’est point\nde bassesse devant laquelle on recule. B retagne et Provence sont\ndes patries merveilleuses. Ah! certes, les frontières im portent peu\nqui sont hors les champs hantés p ar les ancêtres de pure race.\nLa vraie patrie c’est la petite, la province natale dont la grande\ntire sa force et son droit.\n   Si M. H enri Mazel a une prédilection m arquée pour l’un de\nses livres ce doit être pour la Frise du Temple ; to u t le midi rho­\ndanien y revit. « J e sais, dit-il, un bouclier merveilleux d’or\nau pal d’azur, étalé sur la terre immense et que le soleil fait\nflamboyer en écusson triom phal. » E t la description suit, d’allure\nhomérique, de ce bouclier qui « toujours resplendira, le beau\nbouclier de Provence ». Oui, toute la Provence est dans ces pages\nharmonieuses : les Saintes, Maguelonne, Saint-Gilles, les Atys ­\ncans, les Baux, le P o n t du Gard et la Maison Carrée. Quelles\nnotes successives de joie et de douleur, d’allégresse et d’amer­\ntume ! Cette Camargue nue et désolée, comme le poète la com­\nprend ! N’est-elle pas le symbole même de son âme ? « Là-bas,,\ndans les solitudes salines, hennissent les cavales de tes désirs et\nmeuglent les taureaux de tes colères ; leurs sabots sont fendus\nd’avoir rué contre les barrières, et leurs naseaux saignent du tr i ­\ndent des gardiens. » Mais « voyez, voyez. Dans le crépuscule une\nvoile blanche a lui, une voile de salut dont le m ât croise la ver­\ngue... Au pied du m ât chantent des femmes, et la barque syrienne\ns’incline à chaque flot comme pour saluer cette terre. » C’est la.\nbarque qui porte les Saintes Maries en Provence. « E t voici, ô\nmon âme, descendre sur toi la rosée de grâce. Sur ton am ertum e\nde solitude saline, sur ta stérilité de lagune m orte, ton crépuscule\ns’étoile de phares sans nombre... Qu’im portent les géographes et\nles épigraphes et les atterrissem ents du Rhône et la prophétesse\n\n\n                                                                 251\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2748, "texte": "  M arthe qui suivait Caïus Marius. Ce sont les idées qui créent les\n  faits et la Vérité n’est fille que de la Foi. Que contre Raban\n M aur la critique soit forte, ma volonté contre elle est plus forte\n  encore ; et, pour que vous ayez réellem ent foulé cette plage, ô dis­\n  ciples et saintes femmes, il suffit que je l’aie voulu... » Les belles\n im ages! J ’ai voulu citer ces fragm ents ; la pensée qui caracté­\n rise le dernier éclaire sur la méthode de travail de M. Henri\n Mazel. L e poète dominera chez lui l’historien. Ah ! que de fleurs\n semées sur les raines de cette terre glorieuse ! Que d’occasions\n de ressusciter les m ythes antiques, les villes grecques peuplées\n de dieux irrités et de déesses souriantes : ce sont les éponymes de\n m arbre, les cavalcades des frises, les papyrus d’Orphée et de Tha ­\n lès. Oh ! Saint-Gilles ! Héraclée ! ville d’autrefois où « de laides\n gens trafiquent aujourd’hui de blés et de vignes. Ah ! ne vau ­\n drait-il pas mieux que de si glorieuses cités le nom seul existe et\n qu’il faille chercher leurs ruines au bord des fleuves m orts, comme\n l’autre Héraclée, mère du divin Zeuxis qui dort on ne sait où\n sous l’arène tarentine. » Quel m épris pour la vie courante, par­\n tout insipide et laide ! Son rêve va vers cette vieille église de\n Maguelonne, où vers les Alyscans funèbres. Il chemine dans une\n atm osphère qui n’est pas de ce monde. « L a m er sans voile s’éta­\nlait sous le ciel sans nuages. Les bleus se fondaient à l’horizon en\nle même azur et l’on eut cru m archer au sein d’une turquoise\ninfinie. » L ’image est belle. — Une émeraude où semble errer\ntoute la mer, avait dit Hugo. — M. H enri Mazel a compris mieux\nque personne la poésie des solitudes, douceur des extases, grise­\nries des parfum s de ravenelles, ces fleurs des ruines, brûlure du\nsoleil calcinant les vieilles pierres féodales, chansons mélanco­\nliques des grillons dans la poussière, des cigales dans les oli­\nviers...\n    Tout poète n’a-t-il pas un jardin d’élection où il voudrait que\nsa cendre reposât ? L ’am bitieux Renan aspirait à la paix du\ncloître gothique de la cathédrale de Tréguier. Le vieux cloître\nqui vit les jeux de son enfance se fu t enorgueilli de le bercer de\nson silence et de sa joie céleste s’il ne fû t devenu le renégat à la\nface épanouie de chanoine rassasié d’honneurs laïques. Mais quel\nsujet d’horreur n’eut-il pas été — et m algré les Souvenirs de Jeu­\nnesse où sa vie eut dû se retrem per sans cesse — pour les âmes\nbienheureuses, protectrices de la cité, qui errent à l’ombre de ces\nvieilles fleurs de granit ! M algré l’acharnem ent de quelques\nBretons de Paris à vouloir imposer ce m ort à ta n t de m orts non\nmoins illustres et non moins dignes d’adm iration et d’adora­\n\n\n252\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2833, "texte": "tion, m orts qui n’ont point semé dans les âmes le doute, père\nde la douleur, il fa u t espérer que P aris gardera le Parisien\nPenan : T réguier v it trop intensém ent dans le Passé, dans le\nrêve, dans le silence, dans l ’oubli du monde et dans l’éloigne­\nment des cuivres de la Renommée. Les sonneries des cloches\nde ses monastères et de sa cathédrale ne s’accordent pas encore\naux hurlem ents du « dragon rouge annoncé par M erlin ». L a\ncite épiscopale écoute les leçons d’Hélori de K erm artin qui\nouvrent des horizons de paix et de bonheur, en attendant que\nl’Avenir et la Science l’abreuvent d’ignominie et l’écrasent de\ndouloureux fardeaux. Les Alyscans, « repos suprême après les\nvaines luttes, quiétude des prairies d’asphodèles endormies dans\nl’éternel crépuscule, champs-élysées », les Alyscans pourront être\n moins hostiles aux cendres de M. Mazel, car il n’a renié ni ses\nDieux ni son Dieu et son ombre trouvera là des ombres fra ter­\nnelles. Ce sont ces jardins de rêve, où dorm ent les souvenirs,\n qu’il désire pour y reposer. « A h! c’est votre solitude, Alyscans,\n que j ’aime et l’inconsolable de vos tombes et l’à jam ais disparu\n de vos cendres... Sous vos peupliers je voudrais dorm ir mon som­\n meil éternel. » T ant d’harmonies s’élèvent de cette âme qui se\n compare aussi à un grand p o rt de m er encombré de joie, ta n t\n d’amour pour les belles et grandes choses que l’on se sent devenir\n meilleur en apprenant à la connaître, ta n t il est vrai que la fré­\n quentation de la Beauté est l’école de la vertu et du bonheur.\n E t jam ais un cri de haine, mais, au fond, la seule préoccupation\n d’exalter. Quand il m anie l’ironie, comme dans Flottille dans le\n  Golfe, çà et là, c’est avec une finesse toute attique et sans aucun\n arrière-goût de fiel. Ce côté, en vérité moins connu, de la person­\n nalité littéraire de M. Mazel serait am usant à indiquer. Dans un\n article ému sur la m ort de son ami P aul Masson, le célèbre L e ­\n mice-Terrieux, il a plaidé les circonstances très atténuantes pour\ncette verve unique, un peu spéciale, qu’ont les vaudevillistes et\n les mystificateurs. Dans les fantaisies sans prétention qu’il pu­\nbliait dans l'Ermitage et pour la signature desquelles il épuisait\n toute une catégorie d’appellations : P ierre l’Erm ite, B ernard\n l’Ermite, T ristan l’Erm ite, il affichait une prédilection, parfois\n excessive, pour les concetti, les lazzi, les funam buleries et, pour\n trancher le mot, les calembours. Cette « fiente de l’esprit qui\nvole », comme disait Hugo, lequel, comme tous les écrivains sen­\nsibles à l’ivresse verbale, comme tous les poètes notam m ent, eut\ntoujours pour elle de l’indulgence, tom be parfois chez M.Mazel de\n façon inattendue. Celui qui lit de ses articles sérieux peut être\n\n\n                                                                253\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "désarçonné ou tout au moins secoué par l’im prévu de sa fantaisie.\nD’autres fois la plaisanterie est d’un goût plus subtil, très savou­\nreux. Dans le même num éro de l'Ermitage qui contenait cet arti­\ncle, dont nous parlions to u t à l’heure, sur Lemice-Terrieux, et\noù il déclarait son faible pour les mystifications délicates et inof­\nfensives, il donnait, à l’instar de Boileau, le précepte et l’exemple\nà la fois ; car, sous un pseudonyme bon enfant, il avait inséré un\nvéritable éreintem ent de sa propre Synergie, article très sérieux,\ntrès fouillé, très dur, qui lui valut de presque tous ses amis\ndes condoléances empressées et désolées. Mais cet aspect\nplaisantin et m ystificateur est à la fois accidentel et secondaire.\nM. Mazel est avant to u t un littérateu r sérieux. J e dis à dessein\nlittérateur, craignant d’effaroucher sa m odestie en le traitant\nd’ « auteur grave ». Il est trop spirituel pour se dire sociologue,\nhistorien, juriste, économiste ou philosophe, bien qu’il soit un\npeu to u t cela.\n    C’est, si vous voulez le définir en une phrase, un poète en prose\npréoccupé d’idées générales. Il semble voir, du moins jusqu’ici,\nplus volontiers sous l’angle évocation que sous l’angle narration;\nil a des visions brusques d’ensemble plus que des visions de détail\nsuccessives. Non que ses œuvres ne soient pas poussées à fond :\nbien au contraire, dans la composition de ses œuvres, drames ou\npoèmes, comme dans le tissage de ses phrases, on fait à chaque\ninstant de ces trouvailles qui font la joie des gourm ets d’a rt et de\nstyle ; mais ces touches partielles, ces raffinem ents fragm entés ne\nlui font jam ais perdre de vue l’effet d’ensemble qu’il poursuit. Or,\nces qualités de haute tenue, de composition harmonieuse, de\nrythm e général sont de celles qu’il nous faut, nous surtout Fran­\nçais, m ettre très haut, car c’est à elles qu’est due la vogue de notre\nlittérature. A ujourd’hui, on a une tendance à l’oublier, le temps\nmoderne est si chargé, si accaparé par mille choses, qu’on évite\nautant que possible de lire les œuvres poétiques d’un certain déve­\nloppement. L ’intensité ou la perfection de certaines pièces brèves\nde Baudelaire, de Verlaine, de H érédia a poussé trop de jeunes\nesprits à négliger ces qualités ; mais si viser à la composition sans\navoir d’abord le talent conduit droit au genre académique et\npompier, d’autre part, négliger la composition fait to rt même à\nceux qui ont du talent : le grand a rt est toujours un a rt composé.\nOr, M. Mazel visa toujours à la composition, soit dans le plan\ngénéral de ses drames, soit dans l’écriture même de ses phrases.\nTelle tirade de ses personnages, telle strophe de ses poèmes est\nun rythm e to u t à fait musical. J e voudrais citer ici en entier un\n\n\n254\n"}, {"page_pdf": 286, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": " de ses poèmes, Saint-Gilles, p ar exemple — mais le lecteur le\ntrouvera facilem ent dans la Frise du Temple — pour m ontrer\nl’art souple et varié avec lequel le poète poursuit son idée, passant\nd’un bond d’une bourgade m orne d’aujourd’hui à une brillante\nville médiévale, puis à une plus brillante encore cité grecque,\névoquant en deux ou trois strophes to u t un choc de peuples\nbarbares, un fouillis que dominera la figure vaguem ent entrevue\nd’un des noms sacrés de l’histoire; enfin, par un dernier retour,\ndégageant le double sens allégorique et fondant les évocations\nprécédentes en un rêve purem ent psychique où se complaît le\npoète perdu dans un souvenir attendri et doux. Donc, ce qui\ncaractérise surtout M. H enri Mazel, c’est un continuel souci de\nl’harmonie, de la vérité du fond unie à la perfection de la forme.\nSa phrase est parfois d’une tresse savante et compliquée, mais\ntoujours souple, ample, aussi riche en mélodie qu’en harmonie,\ndirait un musicien. Il n’a point écrit de vers, mais ses poèmes en\nprose pourront trouver place à la suite de ceux d’Aloysius\nBertrand, l ’ancêtre; ils ont leur perfection verbale, ils ont surtout\nune émotion très personnelle. Ecoutez ce que lui inspire telle ruine\nprès de qui s’écoula son enfance, la Tour Magne ou la Maison\nCarrée : « Ainsi de mon œuvre qu’il ne reste un jour qu’une ruine\ndécharnée, énigm atique, un éboulis lamentable, dont on ne puisse\nreconstituer le faîte, mais que du moins, to u t nom fût-il aboli et\ntous trésors dispersés, s’y présente à jam ais la hantise radieuse de\ncelle qui fu t mon âme et s’y endorm it dans l’éternel de ses longs\ncheveux d’or et de ses doux yeux d’azur ». — « J ’ai voulu, douce\nterre de Languedoc et de Provence, que mon œuvre fû t baignée\npar ton fleuve, dorée par les grandes ailes vivifiantes de ton\nmistral, et que ta légende s’entrem êlât à mon rêve, comme les\ncheveux de la bien-aimée se prennent aux lèvres de l’am ant. »\nN’est-il pas vrai que ces poèmes ont comme un goût de larm es?\n\n                                               Y ves B er th o u .\n\n\n\n\n                                                                     255\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-009", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 256, "page_fin": 257, "titre_corps": "Revue des livres : Les poèmes", "titre_sommaire": "Les poèmes", "rubrique": "", "signature_source": "PAUL MUSSCHE.", "ancre_debut": "REVUE DES LIVRES                                                                LES        POÈMES La maison d’Ex", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 287, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1805, "texte": "REVUE DES LIVRES\n\n\n                                                             LES        POÈMES\nLa maison d’Exil, p a r E d m o n d P i l o n . (M ercure de France.)\n\n   P our être d’exil, la maison qu’habite M. Edm ond Pilon n’en\nest pas moins délicieuse; je la crois bâtie au flanc d’un coteau,\npetite, basse et lumineuse. A l’entour s’étend un jard in arboré où\nbutinent les abeilles, les fleurs y ont un doux p a rfu m et le poète\nmodule à l’ombre des charmilles un chant tendre et pas­\nsionné.\n   Les volets, clos à midi, s’ouvrent gaiem ent à l’aurore et la\nmaison est alors pleine de rires. Du seuil le paysage étalé est\ncharm ant.\n                   B u linge, blanc flottait entre les arbres\n                   Parm i Véclat des coiffes de paysannes ;\n                   Cela faisait de grandes ailes dans le bois\n                   E t ressemblait, dans l'aube diaphane,\n                   A de grandes ombres d'anges blancs\n                   Apparus là, dans de la joie.\n\nLe Jour qu’on aime, p a r G e o r g e s P io c h . (M ercure de F rance.)\n\n   L e vers de M. Pioch est grandiloquent et rude. E n ce livre, par­\nfois, il s’adoucit et s’harm onise aux rêveries d’amour pour rede­\nvenir bientôt violent et emporté. Le Pégase que chevauche le\npoète est om brageux et rétif, il hennit, et ses naseaux fumants\naspirent les nuages de poudre épars sur la bataille.\n\nPoésies humaines, par J e a n S é v è r e . (Paris, Chamuel.)\n\n         Certe, il maudit très bien la guerre et ses ruines,\n         I l a pour les vaincus une sainte amitié ;\n         Son langage est tout plein d'amour et de pitié.\n         I l voudrait qu’ici-bas tous les hommes soient frères...\n         E t, bien que nous ayons des intérêts contraires,\n         J'admire son talent et ses convictions.\n\n\n256\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "  Cet extrait textuel des Poésies hum aines ne donnera sans\ndoute pas au lecteur le g oût d’en lire davantage.\n\nM a r i o n n e t t e s , par L é o n L e g a v r e . (L a Verveine, Mons.)\n   Chacune des v in g t pièces que nous envoie M. Léon L egavre\nest une pointe sèche d’un dessin sobre, sûr et achevé.\n   M. Léon Legavre a le sens de l’ironie et du trait, et on songe en\nle lisant au D oux P ays ! de Forain.\n\nEn W a l l o n i e , p a r E . D e s p r e c h i n s . (Namur, Godenne.)\n   Voici de délicieux croquis, de frêles pastels et de fraîches aqua­\nrelles. M. Desprechins a le sens du nom bre, du rythm e et de\nla mesure. L a langue est pure et de bonne lignée française; mais\npourquoi laisser passer ceci :\n\n              I l conte en souriant de bien drôles d'histoires.\n  A p art quelques tra its — trop fam iliers à Coppée — la pièce\nqui suit, intitulée : A u Bois, n’est-elle pas ravissante ?\n\n          L 'a ir est bien ; les linots gazouillent dans les branches.\n          A vril aux cerisiers a mis des housses blanches,\n          E t les pommiers fleuris ont l'air de gros bouquets.\n         C'est dimanche. A u x sentiers qui vont vers les bosquets\n         Passent sous les lilas a u x grappes violettes,\n         Des minois printaniers et de blanches toilettes,\n         I l fa it si beau ! Sous bois l'on va prendre le frais,\n         E t sous les coudriers, par les taillis discrets,\n          Où s'ouvre en souriant mainte et mainte fleurette,\n         Avec de gais fredons l'on fera la cueillette.\n         Aussi par tous chemins de vagues bruits de voix\n         Des hameaux d'alentour descendent vers les bois.\n         Fillettes aux grands yeux, souriantes et fraîches,\n         E t mignons garçonnets, roses comme des pêches,\n         De la ville avec père et mère sont venus ;\n         E t les bosquets sont pleins de rires ingénus,\n         De rumeurs, de chansons, et de falbalas roses.\n         Oh ! les enfants, les fleurs! douces et frêles choses\n         Qui pour moi — vision lointaine du ciel bleu —\n         Reflètent ici-bas le sourire de Dieu !\n                                                                           P aul   M u ssc h e.\n\n\n\n\n                                                                                             257\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-010", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 258, "page_fin": 259, "titre_corps": "Revue des livres : Les romans", "titre_sommaire": "Les romans et les contes", "rubrique": "", "signature_source": "GEORGES VIRRÉS.", "ancre_debut": "LES          ROMANS L e s M a in s g a n t é e s e t l e s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 289, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 73, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "LES          ROMANS\nL e s M a in s g a n t é e s e t l e s P i e d s n u s , p a r A n d r é R u y t e r s . (B r u x e lle s,\n  Lacomblez, édit.) — B a l l e t s e t V a r i a t i o n s , p a r M a r c e l R é j a . (Paris,\n  Mercure de France.) — L e s P i e r r e s qui p l e u r e n t , p a r H ENRY BouRGEREL.\n  ( P a r ie , Mercure de France.)\n\n     Des dentelles ténues et exquises, des tram es irisées de savants\njeux de lumière enveloppent les im aginations de M. Ruyters.\nC’est un tisseur doué de qualités artistiques rares. Il unit des\nnuances caressées du souvenir doux et léger de W atteau, aux\nentrelacs de visions étonnantes. L ’écriture est parfaite, mais\nl’œuvre n’est douée que de style. Tout au plus les mélancoliques\nironies finales, certaines allégories — ainsi celle du prem ier conte\n — peuvent-elles relever et élargir le sens de ces pages ; ce sera\nune pensée hum aine — enfin ! — après les jeux libidineux de fan­\ntoches inconscients de leur honte. Un seul personnage -— celui de\nl ' Insaisissable Am ante — se regardera, un instant, en conscience :\n « Les gens qui, to u t le jour, au sain labeur de la terre avaient\ndonné leurs forces, m aintenant rentraient chez eux. L e repas, le\nfoyer, l’étable les rappelaient; ils furent les images d’une vie\npuissante, simple et auguste; sous leurs saluts, je rougis. » Est-ce\nl’aveu? L a reconnaissance d’une hum anité non rivée à l’unique\nrecherche de basses gym nastiques ? L ’entrevision du b u t réparti\nà celui que Dieu doua des enchantem ents de l’A rt?\n     E n dépit de ce titre Ballets et V ariations , étiquettes amoindris­\nsantes des symboles résumés en gestes p lu tô t puérils, M. Marcel\nR éja a vu une étendue plus large de la vie. Cela ne va pas sans\nfausses pirouettes, ni sans fatigue. M. Marcel R éja a des phrases\nqui vraim ent rappellent des ondulations de G avotte ou de Valse,\net des idées ingénieusem ent adaptées au rythm e de ces danses.\nLivre bizarre, curieux sans doute, et très long.\n     J ’ai lu L es Pierres qui pleurent, de M. Henry Bourgerel, avec une\nprofonde émotion. Ceci est un livre admirable. Tous les pensers\nrem uant les cerveaux assoifés de vérité, envolées de F oi et d’Art,\nregards jetés vers l’infini du ciel ou plongeant dans des gouffres\nvertigineux, sont ici embrasés de lueurs. L a nuit des consciences\nne s’effrite pas dans l’aube durable, mais elle est déchirée d’un\n frisson de lumière prophétique. Les suppliants . les pauvres êtres\n qui se veulent apôtres de Beauté : Brennelis, K erpenhir, Kerguel­\n van... c’est le drame de leur pensée qui se joue ici. Puis-je\n « raconter » ce rom an? Non. On lui fera ce reproche imbécile de\n m anquer d’action, comme si l’action tenait dans la mimique des\n bras et des jambes, alors qu’elle gîte dans les recels de l’âme.\n\n\n258\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "Certaines pages des Pierres qui pleurent sont obscures, me dit-on.\nMais nous, ne vivons-nous pas dans le m ystère? L a ténèbre s’épais­\nsit aux portes de l’éternité. Nous ne verrons tout que de l’autre\ncôté. P a r là s’affirm e encore le caractère d’hum anité de l’œuvre.\n   Reproduisons ce passage :\n\n   K erpenhir s’adresse à K erguelvan : « — Ainsi, René, vous\nvoyez que le penseur retrouve la foi dans l’analyse même qui\nl’avait détruite. Dès qu’il a senti son âme aux prises avec le\nmonde, il a retrouvé Dieu et Satan... il a entendu leurs paroles\ndans le langage des choses muettes... il a deviné leur présence dans\nson âme et dans sa chair... Mais, hélas ! qui a douté doutera : la\nfoi était un pont jeté sur l’infini, aujourd’hui nul n’y passe plus\nsans vertige !... Cependant si le culte de Jésus est né, comme vous\nl’avez rem arqué, du spleen païen, ne renaîtra-t-il pas du spleen\nchrétien ? Ainsi notre sainte religion serait vouée à l’éternité par\nles conditions mêmes de sa naissance... A côté du Prom éthée\nsans cesse renaissant existe désormais le Christ éternel : le rédem p­\nteur veille sur le révolté... le Supplicié du G olgotha ne cessera\nd’apparaître au Supplicié du Caucase.\n   » K erguelvan : — L e poète ne peut être seul et sans Dieu, car\nsans cesse il se penche sur l’infini. L ’abandon du Christ, c’est le\nrègne du Sphinx, du Sphinx dont les prunelles inéluctables ren ­\ndent fou, car il regarde par les yeux de chaque être et par tous\nles pores de la m atière : le regard posant l’éternelle énigme, je\nl’ai rencontré jusque dans les parfum s, jusque dans les sons, ju s­\nque dans la lumière, ju sq u ’au plus profond de moi-même et ainsi,\npartout et toujours, j ’ai subi l’interrogation, sans trêve, comme\nun remords !\n   » Brennelis balbutie, s’approchant de K erguelvan :\n   » — Pardon... je voulais vous dire... donnez-moi votre main,\nil me semble que je vous aime... il me semble que je vous ai\ntoujours connu... quelle œuvre ferez-vous ? »\n\n  Je lis au hasard du livre e n tr’ouvert : « L ’a rt est une forme\ndouloureuse de l’espérance ».\n  Le poète Brennelis souriait, à voir, dans son im agination,\ncomme une avenue qui s’ouvrait vers la gloire... — M. H enry\nBourgerel, elle est ouverte devant vous !\n                                                GEO RG ES V i r r è s .\n\n\n\n\n                                                                     259\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-011", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 260, "page_fin": 261, "titre_corps": "Glanes du mois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "G L A N E S DU MOIS                       D O M ............................       Q u ’u n p r ê t r e a i t s o u c", "ancre_fin": "il s’agit des Lettres catholiques ?", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’ÉPOUVANTAIL                                                              AVEUGLEMENT .    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Q u ’u n p r ê t r e a i t s o u c i d ’a r c h é o lo ­\n                    OLIVIER DESTRÉE                      g ie , v o i l à q u i s e c o n ç o i t p e u t- ê tr e .\n                                                         Q u ’u n p r ê t r e s e p r é o c c u p e d ’a r t p ic ­\n   Au sommet d’un site admirable, et\n                                                         tu ra l, d e m u s iq u e e t d e c h a n t, p o u rv u\npropice entre tous aux fécondes\n                                                         q u ’il n e s o i t p a s « t r o p a r t i s t e »,\ncontemplations d’une âme artisti­\n                                                         c e la e s t e n c o r e q u e lq u e p e u to lé ra b le .\nque et chrétienne, s’élève, là-bas,\n                                                         M a i s q u ’u n p r ê t r e s ’a v i s e d e m a n i­\ndans les Ardennes namuroises, le\ndouble clocher de l’abbaye de Mared­                     f e s te r d e r é e lle s a p titu d e s litté ra ire s ,\n                                                         n ’e s t - c e p a s m o n s t r u e u x ?\nsous.\n                                                             « S a c r i f i e r à l a F i c t i o n ! é c r i r e en\n   C’est dans le recueillement de ce\n                                                         v e r s , e s t i n d i g n e d ’u n P r ê t r e , M o n ­\ncloître, où œuvrent d’Art, pour Dieu,\n                                                         s ie u r ! »\nles disciples de saint Benoît — moi­\n                                                            T e l e s t d u m o i n s l ’a v i s q u i p r é ­\nnes auxquels l’Humanité est rede­\n                                                         d o m in e d a n s m a in ts « b u re a u x »\nvable de combien de chefs-d’œuvre ?\n— que notre très cher confrère Oli­                      d e s év êch és.\nv ie r - G eo r g es D e s t r é e , le jeune écri­                             SED A U DI..................\nvain, dont le style est non moins ex­                                           ALTERAM PARTEM\ncellent que le cœur, s’est retiré, voici\n                                                             I l e s t f r a n c h e m e n t r e g r e t t a b l e que\nquelques semaines, avant l'Oblat de\n                                                         « l e s b u r e a u x » d e s é v ê c h é s n ’a ie n t\nJ.-K. Huysmans.\n                                                         p a s fo n c tio n n é a u x te m p s p ro p h é­\n   Cette vêture, au 1er octobre der­                     ti q u e s . Q u e lle b e lle b e s o g n e — e t s u r ­\nnier, de l’artiste qui prit une part                     a b o n d a n t e , n ’e s t - c e p a s ? — c’e û t\nsi grande à la divulgation en Bel­                       é té p o u r e u x d e r e p ro c h e r a u R oi\ngique et en France du vieux préra ­                      D a v i d , p a r e x e m p l e , d'écrire en vers\nphaélitisme italien et du moderne                        l e s P saum es d e la P é n it e n c e , p u is\npréraphaélitisme anglais, me fit son­                    à D a n i e l a u s s i , p u i s à I s a ï e , p u is à\nger à ces Prêtres-Poètes, tels que                       E z é c h ie l , d ’é c r i r e é g a l e m e n t en vers\nHector Hoornaert, Guido Gezelle,                         e t d e s a c r i f i e r é g a l e m e n t « à l a F ic ­\nHugo Verriest en Flandre, tel que                        ti o n » !\nl’abbé Louis Le Cardonnel en France,                          C a r — « l e s b u r e a u x » l ’ig n o r e n t\nqui sont l’honneur et font la joie des                   p e u t - ê t r e — t o u s l e s V o y a n ts du\njeunes lettres catholiques.                              P a s s é , t o u s le s g r a n d s P ro p h è te s\n                                                         f u r e n t d e g r a n d s P o è t e s , e t c’e s t en\n   Mais cette vêture me rem it encore                    vers b r û l a n t d ’E s p o i r , o p u le n ts de\nen mémoire certaines lettres — que                       s y m b o l e s e t v i b r a n t s d ’h a rm o n ie s\nje conserve — en le secret desquelles                    q u e s e s o n t e x p r i m é s c e s c h a n te u r s\ndes clercs, pleins de talent, de clair­                  i n s p i r é s , c e s a n n o n c i a t e u r s d e la ve­\nvoyance et de savoir, me confièrent                      n u e d e D ie u .\nleurs doléances touchant l’accueil                            J e s i g n a l e e n c o r e à l a v ig ila n c e\nque rencontre parfois, dans les \" bu­                    d e s d i t s « b u r e a u x » u n c e r t a i n évê­\nreaux \" des évêchés l’élite intellec­                    q u e d e s p r e m i e r s s i è c le s nom m é\ntuelle du clergé séculier.                               J e a n . C e lu i - l à a u s s i écrivait en vers,\n\n\n\n260\n"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3117, "texte": "sacrifiait à la Fiction, quand il com­      « argument » je le rétorquerais et, ne\nposait à Pathmos, devant l’immense         leur en déplaise, il me deviendrait,\nazur méditerranéen ses poèmes apoca­       pour ma thèse, une raison a fortiori.\nlyptiques dont le lyrisme surhumain        Tout catholique, et les « bureaux »\nreste à jamais incomparable.               eux-mêmes, ont le chrétien désir, cela\n   Il est vrai que ce Jean, qui n’en       n’est point douteux, de voir la Vérité\nfut pas moins canonisé, eût pour           christianique Reine et conductrice\nMaître un certain Jésus surnommé           de l’Esprit humain dans tous les do­\nle Christ, en lequel les \" bureaux \"       maines de l’activité intellectuelle.\nvoudront bien reconnaître avec moi         Chacun donc, parmi nous, exulte à\nle Poète par excellence, Celui dont        voir les prêtres se vouer, pour Dieu, à\nla Parole a créé au commencement           la Science, à la Sociologie, à l’Histoire.\ntoutes choses et qui, Verbe incarné,          Advienne une défection soudain,\némerveillera tous les siècles par la       au milieu d’eux, y aurait-il un seul\nPoésie divine de la Religion qu’il en­     croyant assez        irréfléchi (soyons\nseignait en Paraboles. (Horreur ! Il sa­   charitables) pour en tirer cette con­\ncrifiait donc Lui aussi à la Fiction?)     clusion stupide : Puisque l’orgueil a\n    Si S. Paul ne nous avertissait         égaré ce prêtre savant, sociologue ou\nqu’ « il ne faut scandaliser ses frè­      historien, il est à souhaiter que tous\nres », j’aurais en terminant prié « les    les prêtres s’interdisent désormais\nbureaux » de faire des remontrances        l’apostolat si fécond, si glorieux de\n— respectueuses, cela va sans dire         la Science, de la Sociologie et de\n— au Pape Léon XIII, dont la direc­        l’Histoire? La protestation s’élève­\n tion sociale de l’Eglise universelle      rait unanime autour d’un discours\n fait l’admiration du monde — à ce         semblable et l’on s’accorderait pour\n vieillard inspiré d’En Haut qui signa     lui répondre qu’au lieu d’abandonner\nrécemment deux poèmes dont l’un            le terrain du savoir aux empiéte­\n (célébrant Clovis, roi des Francs)        ments de l’Erreur, à cause des apos­\n vient d’être mis en musique par un        tasies, il faut, à plus forte raison,\n compositeur français ; car enfin (style   que les efforts du haut clergé ten­\n Brunetière) je ne vois pas pourquoi       dent à susciter des savants nouveaux\n « les bureaux » reprochent à de sim­      qui dédommagent ainsi l’Eglise et la\n ples clercs, dont les travaux sont bien   Vengent des apostats.\n moins encombrants, ces « futilités »         Eh bien, si ce langage est juste et\n littéraires et n’adressent pas préala­    sain quand il s’agit de la Science, de\n blement leurs reproches au Poète          la Sociologie, de l’Histoire, par quel\n pontifical qui a mission de gouver­       miracle, s’il vous plaît, ne le serait-il\n ner la chrétienté tout entière ?          plus quand il s’agit des Lettres\n                                           catholiques ?\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-012", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 261, "page_fin": 262, "titre_corps": "L'épouvantail", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. 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Et l’exemple        faire fi, par trop, vraiment, du talent\nde celui qui fut l’abbé Charbonnel         littéraire comme moyen apostolique.\nremplirait assez décemment, j ’en             Ils sont les premiers à gérémier\nconviens, le rôle d’épouvantail à          sur la corruption du siècle par le\nmoineau dans l’arsenal de mes con­         livre, mais agissent, d’autre part,\ntradicteurs. Malheureusement ( ou          comme s’ils avaient mission d’em­\nheureusement, c’est au choix) loin         pêcher les prêtres de talent de con­\nde me convertir à leur opinion, cet        trebalancer cette corruption, de l’en­\n\n\n                                                                               261\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 955, "texte": "  rayer par des livres aussi beaux de            plus remarquables œuvres contem­\n  forme et certes plus beaux de Pen­             poraines.\n  sée que les livres des corrupteurs.               Ainsi, à l’admirable drame de Gé­\n    Ignorent-ils done ce qu’a produit            rard Hauptmann (dont la morale,\n  dans la France et le monde le Génie            nullement socialiste, est dans ces\n  du Christianisme ?            G. R.            paroles d’un tisserand : « Tous nos\n                                                 malheurs n’arriveraient pas si tout\n                        CERCLE D’ART le monde était chrétien)' », aux T is s e ­\n                        « LA LUTTE » . r a n d s , a succédé, sur l’affi che du\n     Pour que les écrivains de Belgique Nouveau Théâtre bruxellois, J ean -\n   ne soient plus méconnus, mais esti­ G a b r iel, B o r k m a n . chef-d’œuvre d’Ib­\n   més à leur juste valeur, le Cercle sen, étonnante et troublante pe"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-013", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 262, "page_fin": 262, "titre_corps": "Cercle d’art « La Lutte »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Le Secrétaire, Paul Mussche.", "ancre_debut": "inture    d’Art La Lutte organise cet hiver de l’a", "ancre_fin": "poèmes de poètes belges, tels q", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "ue Ver­                      DES THÉÂTRES.             haeren, Giraud, Elskamp, e", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 293, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 955, "fin_caractere_exclue": 3586, "texte": "inture\n   d’Art La Lutte organise cet hiver de l’ambition, des égoïsmes, mais à\n  une première série de douze confé­ laquelle il faudrait vraiment, pour en\n  rences sur les principaux d’entre eux. parfaire la beauté, l’éloquence et la\n  MM. Mussche, Ned, Ramaekers, R i ­ vérité même, un rayon d’infini, un\n  chaume et Virrès parleront de Van regard au delà de la mort. Lugné-\n  Hasselt, Pirmez. Decoster, Lemon­ Poë y remplit lui-même, avec le\n  nier, Picard, Kurth, Rodenbach, talent que l’on sait, le rôle du héros.\n  Waller, Giraud, Verhaeren, Eek ­ C’est au Théâtre de la Monnaie que\n  houd et Maeterlinck.                          fut exécuté récemment, avant même\n    La première conférence sur l’œuvre de l’être à Paris, et pour la première\n  trop méconnue (l'André Van Hasselt, fois dans la traduction française, le\n l’auteur des Quatre incarnations au R h e in g o l d , I’Or du R h in , do Richard\n  Christ, sera donnée par E douard N e d , Wagner. A ceux qui s’étonneraient de\n le jeudi 24 de ce mois de novembre. voir Paris devancé par Bruxelles\n De quinzaine en quinzaine suivront nous rappellerons que les Nationa­\n les autres conférences à la M a iso n listes tiennent maintenant le haut du\n d ’A r t , 56, avenue de la Toison d’Or.       pavé et que ce sont ces chauvins\n Les adhésions des personnes étran­ imbéciles qui organisèrent, au temps\n gères au Cercle doivent être adres­ de la Boulange, l’ignoble charivari\n sées aux bureaux de La Lutte, 114, « nationaliste » autour de Lohengrin.\n rue Franklin, à Bruxelles. Une carte             Il n’est pas jusqu’aux « Samedis\n d’entrée — 5 francs — donne droit littéraires » ci-devant de l'Odéon,\n d’assister aux douze conférences. Au actuellement du Théâtre Antoine, qui\ncours de chacune d’elles seront lus n’aient leur pendant à Bruxelles, cela\ndes morceaux choisis — vers ou grâce à Henri Maubel, le très artiste\nprose — de l’écrivain qui en fera directeur du Théâtre du Parc. Le\nl’objet. Nul ne s’étonnera qu’avec un public \" lettré \" y vient très nom­\ntel programme les prévisions les breux, ne ménage pas ses applau­\nmoins optimistes augurent un réel dissements à la surprenante Berthe\nsuccès à notre tentative d’extension Baty, qui y déclama merveilleuse­\nlittéraire.              Le Secrétaire,        ment Beaudelaire (elle y déclamera\n                        Paul M ussche.         bientôt du Francis James, du Ba­\n                                               taille et du de Régnier), et le dit\n                                               public écoute religieusement les\n                     ÉCHOS ................... poèmes de poètes belges, tels q"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-014", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 262, "page_fin": 262, "titre_corps": "Échos des théâtres", "titre_sommaire": "Les théâtres", "rubrique": "", "signature_source": "G. 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Toisoul, et les Fleurs de\nà envier, au point de vue théâtral, à Silence, l’un des plus beaux poèmes\nParis, depuis qu’on joue simultané­ du Jardin fleuri. d’Edouard Ned.\nment, dans les deux capitales, les\n                                                                           g . rt.\n\n\n\n262\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-015", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité et rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue catholique d’Art. PARIS ET BRUXELLES COMITÉ PATRONAL", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 294, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 75, "fin_caractere_exclue": 2887, "texte": "R evu e catholique d’A rt.\n                                                                           PARIS E T              BRUXELLES\n\n\n                                     C O M IT É P A T R O N A L :\n\nVALÉRE MABILLE — LÉON SOMZÉE — AMÉDËE d e BRESSOUT\n\n\n                                              D ir e c t e u r :\n\n                                GEORGES                     RAM AEKERS\n                                       1 1 4 , r u e F r a n k l in , B r u x e l l e s\n\n\n                                              Secrétaires :\n                        PARI S                                                       BRUXELLES\n   C H A R L E S de R O U V R E                                           ÉDOUARD                     NED\n              2 7 , ru e d’A m sterd am                                          34, rue du Conseil\n\n                           Rédaction de « La L utte ) :\n                                                  FRA N CE :\n           Y v e s B erth o u , A l b e r t J o u n et, Geo rges L e                         Ca r d o n n b l\n                              C h a r l e s d e R o u v r e , L o u is T i e r c e l i n\n\n                                               B E L G IQ U E :\nE r n e t De l t e n r e , P o l D e m a d e , P a u l M u s s c h e , E d o u a r d N e d , J o h a n N i l i s\n                                                 E r n e s t Pé r ie r\n             Geo r g es R a m a e k e r s , E d g ar R ic h a u m e, G eo rg es V ir r è s\n\n\n\n                                   P r in c ip a u x C o lla b o ra teu rs :\nP a u l A n d r é , F r a n z A n s e l, A lb e r t H e r th e l, L o u is e e t L o u is D e la ttr e , E u g è n e\n   D e m o ld e r, H e n r i D elisle , H e n r i d e R é g n ie r , E d o u a rd D u c ô té , M a u ric e D u lla e r t,\n   M a x E ls k a m p , H e n r y G h è o n , E u g è n e H e rd ie s , J o r is - K a r l H u y s m a n s , C a m ille\n   L e m o n n ie r , G e o r g e s M a rlo w , C h a rle s M o ric e , M a rie e t J a c q u e s N e r v a t,\n   G e o r g e s O u d in o t, M a u ric e P e r r è s , V ic to r R e m o u c h a m p s , G e o rg e s R o d e n b a c h ,\n   P r o s p e r R o id o t, B la n c h e R o u s s e a u , L éo n R y c x , L a u r e n t S a v ig n y , C a m ille\n   S c h iltz , l ’a b b é A r m a n d T h ié r y , F ir m in V a n d e n B o s c h , E m ile V e rh a e re n ,,\n                                           F r a n c is V ielé-G riffin .\n\n\n\n      Adresser tout ce qui concerne l’Administration chez les Éditeurs :\n                              A L F R E D V R O M A N T & Cie\n                    BRUXELLES                                                             PARIS\n        3 , r u e de la C hapelle, 3                                        60, ru e M adam e, 60\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1898-11-15-n8-016", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Éditions de « La Lutte »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "É D I T I O N S DE \" L A LUTTE \"                          PO U R PA RA ITRE PROCHAINEMENT", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 295, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "É D I T I O N S DE \" L A LUTTE \"\n\n\n                       PO U R PA RA ITRE PROCHAINEMENT :\n\n                                        G eo rges V ir rès\n\n\n                EN              PLEINE                            TERRE\n                                LA      GLÈBE           HÉROÏQUE\n\n Un fort volume in -18 .................................................................. 3 fr. 50\n\n\n                    DIEU                   DE             BEAUTÉ\n                                    P a r A lb e r t       Jo u n e t\n\n U ne plaquette in -18 .............................................................................35 c.\n\n\n\n\n      Q U E L Q U E S LIVRES RECOM MANDÉS\n\nP o l D e m a d e . Contes inquiets. 1 vol. in -18 de 340 p. 3 fr. 50.\n   (Scheppens, édit., Bruxelles.)\nJ . E s q u i r o l . A Mi-Côte, roman. 1 vol. in -18 de 328 p. 3 fr. 50.\n    (Stock, édit., Paris.)\nJ o s é H e n n e b ic q . Paradis de Cristal, p r o s e . 1 v o l. d e lu x e , 2                  fr.\n    (Lyon-Claesen, édit., Bruxelles.)\nH e n r i B o u r g e r e l . Les Poèmes qui pleurent, roman.                      1 vol. in -1 8\n    de 340 p. 3 fr. 50. (Mercure de France, Paris.)\nP a u l M u s s c h e . Simplement, petits              contes. 1 vol. in -18 de 10 0 p.\n   2 fr. (La Lutte, Bruxelles.)\nL ’ abbé H e c to r H o o rn a e rt.         L ’Heure de l’Ame, poème. 1 luxueux\n   vol. 3 fr. 50. (Lyon-Claesen, Bruxelles.)\n\nG eorg es R oden bach .            Le Miroir du ciel natal, poème.                            1 vol.\n   in -18 de 224 p. 3 fr. 50. (Charpentier, Paris.)\n\nG e o r g e s R a m a e k e r s . Les    Fêtes de l’Eté, poème. 1 vol. in -18 de\n   72 p. 1 fr. 25. (La Lutte, Paris.)\n\nC h a r l e s G u é r in . Le Cœur solitaire, poème. 1                  vol. in -18 , 3 fr. 50.\n   (Mercure de France, Paris.)\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 260, "texte": "LALUTTE               R e v u e   C a t h o l i q u e         d ' A r t\n\n\n\n\n                                   Alfred Vromant & C.\n                                   Editeurs 60Rue Madame -\n                                   Paris 3, Rue de la Chapelle . Bruxelles.\n\n\n\n\nQUATRIÈM E   ANNÉE-   N° 8.                     15 NOVEMBRE         1898.\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "                         LA LUTTE\n      REVUE CATHOLIQUE MENSUELLE D’ ART — QUATRIÈME ANNÉE\n\n                    P arait le 15 de chaque mois.\n\n\n                                      ABONNEMENT :\n\n   Belgique et France : 5 francs. • Union postale : 6 francs.\n                    Le numéro : 5 0 centimes.\n\n\n\n              S O M M A IR E DU N U M É R O                                                   8\n                                 15 N o v e m b r e 1 8 9 8 .\n\n\nÉmile Verhaeren : D a n s le N o r d (V ers).....................................231\nAlbert Jounet : B ie u d e bea u té (E sth é tiq u e).............................. 232\nHenri de Régnier : S o n n e t .............................................................. 239\nGeorges Ramaekers : L e sa c rific e d e la c h a ir (N ou velle)\n                                   II.     Après les aveux ...........................................240\n                                  III.     Les amants de la solitude ........................243\nGeorges Marlow : G u ir la n d e d e s o u r ir e s (P oèm e)\n                                     I. La dame au ly s ...................................... :           245\n                                    II. Le faune......................................................... 246\n                                   III. M é d a illo n ................................................... 240\n                                   IV. La dame aux roses...................................... 247\nYves Berthou : H e n r i M a z e l ( M o n o g r a p h ie ) ......................... 247\nPaul Mussche : L e s p o è m e s (C ritique).......................................256\nGeorges Virrès : L e s r o m a n s et les con tes (C r itiq u e ). . . 258\nGeorges Ramaekers : G la n es d u m o is. L e s th éâ tres. L e s\n                            r e v u e s ........................................... 260\n\n\n\n\n           « LA L u t t e » ne publie que de l’inédit.\n\nTous droits de reproduction et de traduction réservés.\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "        LA LUTTE\n\n\n\n\n                                              DANS            LE NORD.\n\n\nP       A   S S E      là-bas, au N o rd , u n seul vol lent\n               D a n s le silence universel et blanc.\n\n\n\n\n                  On ne voit rien , su r les neiges désertes,\n                  Q u’une ombre d ’aile im m ensém ent ouverte;\n\n        T a n d is qu'en cercle, au sommet des glaçons,\n        D e vieu x oiseaux de rêve ou de blason\n\n        Veillant su r l'or et su r l'argent qui dorm ent,\n        D a n s la splendeur des m irages énormes.\n\n        L a m er ? le ven t ? immobiles. L e gel\n        M et su r les flots tum ultueu x son scel.\n\n        L e soir s’enfonce et m eurt, sous des eaux moi tes ;\n        L a n u it su r le soleil ferm e ses portes,\n\n        E t, dan s les blocs et les p a ro is du froEidm, i l e   V erh aeren\n        L ’h iver taille son règne en angles droits.\n\n    7                                                                           231\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "                                            DIEU\n                                             DE BEAUTÉ. III\n         ’AI parlé du Christ glorieux à propos du rêve Nietzchéen\n\n\n\n\nJ\n          qu’il écrase. J ’en avais, dans mon discours au Congrès,\n          parlé déjà, à propos du N aturism e qui, par ses aspira­\n          tions confuses à une vigueur radieuse mais inférieure,\n          panthéistique, est un pressentim ent involontaire et\ntrès im parfait du christianisme de gloire.\n   L ’avènem ent du Christ de gloire dans l’A rt sera une décisive\nintervention à faire vainqueur l'A rt pour Dieu.\n   L e Christ offre deux paroxysmes de beauté : Passion et Gloire.\nDieu, s’unissant à l’Hum anité, en a épousé et dépassé les douleurs,\ndans la Passion. Tout ce que les hommes de tous les siècles, leurs\ncorps corrodés par les maladies, lacérés par les supplices, leurs\nâmes dévorées d’angoisses, ont souffert, le Christ se l’est incor­\nporé à sa chair et enfoncé dans l’âme. Dieu n’a pu souffrir en lui-\nmême, mais il a souffert en l’homme auquel il s’était si étroite­\nm ent uni que cet homme, ayant une volonté propre, n’avait pas,\ncependant, d’autre personnalité que Dieu ! E t le Yerbe divin, sou­\ntenant l’H um anité du Christ, lui a donné la force, non seulement\nd’éprouver, en les concentrant, toutes les souffrances humaines,\nmais de les dépasser. L e Christ a souffert au tan t que tous les\nhommes ensemble et infinim ent plus.\n   Douloureuse au-dessus de toutes douleurs, la souffrance du\nChrist est encore plus noble que toutes : car supplice de l’innocent\nabsolu et supplice souffert volontairem ent par lui, non pour lui,\nmais pour to u t le Genre Humain.\n   Dieu, s’étant fait homme et s’étant fait douleur, devait aller\ndans la vertu hum aine m artyre et dans la douleur, plus loin\nqu’aucun homme.\n   Il y est allé. Il a subi la Passion : absolu du supplice, absolu\nde l’innocence, héroïsme et charité absolus. De même, dans la\ncréation, Dieu a osé aller jusqu’à la liberté des anges et des hom­\nmes, jusqu’à la possibilité de leur révolte, de leur chute, mais aussi\nde leur sainteté libre et responsable ! Il a osé rendre possibles,\nchez ses plus hautes créatures, les deux extrêmes : Le Mal libre\net voulu, mais le Bien voulu aussi, la Sainteté-liberté. Et, dans\n\n\n  1. Voir L a L u t t e de juillet, août-septembre 1898, p. 104 à 110, 135 à 140.\n\n\n\n232\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "son essence, Dieu va, éternellem ent, jusqu’à l’excès infini de toute\nPerfection !\n   L ’E ternel, en to u t et toujours, réalise l’absolu.\n   Qu’il s’agisse de ce que Dieu souffre en l’Homme-Dieu, des\nperfections intérieures divines, de la liberté donnée à l’homme et\nà l’ange, de n ’im porte quels actes ou facultés divins, Dieu attein t\nle suprême et rien n’est concevable au delà de ce qu’il est ou de\nce qu’il fait.\n   L ’I n t e n s i t é , insondable, attérante, c’est Dieu...\n   Dieu, c’est le Héros qui va jusqu’au bout.\n   Les hommes, trop souvent, sont l’essai qui s’arrête en route.\n\n\n\n\n   Dieu, dans le Christ, a souffert jusqu’à la Passion et triom phé\njusqu’à la Résurrection, l’Ascension, la Gloire.\n   S’étant fait homme, Dieu devait aller dans la vertu humaine\nvictorieuse, dans la joie et le triom phe hum ains plus loin qu’aucun\nhomme.\n   Il y est allé. Comme, par la Passion, le Christ souffrait et dépas­\nsait eu souffrance toutes les douleurs humaines, ainsi le Christ,\npar sa Gloire, concentre les victoires des justes et des saints sur\nle monde et l’Enfer, mais dépasse toutes ces victoires.\n   Et, comme la Passion, en même tem ps que plus douloureuse,\n était plus noble que toute douleur, ainsi la Gloire du Christ, en\nmême tem ps que plus de triomphe, a plus de noblesse que. toute\n victoire hum aine. Car elle se consacre à Dieu et aux hommes, par\n un amour si désintéressé, si inouï que nul amour de saint n’en\n approche.\n   Dieu, entrant dans la vie humaine, l’a outrepassée des deux\n côtés : il a fait éclater la douleur pour subir l ’ultra-supplice; il a\n fait éclater la victoire pour conquérir et, à un amour indiciblement\n désintéressé, consacrer l’ultra-splendeur.\n   E t les innombrables beautés de l’A rt et de la vie pâlissent\n devant les deux paroxysmes du Beau : le Crucifié, le Ressuscité.\n   Au-dessus de toutes les beautés douloureuses se dressent le\n Golgotha et le Christ sanglant, avec la douleur de Dieu répandue\n parmi le sang et le corps et infinie dans les yeux. Au-dessus de\n toutes les beautés triom phantes resplendit le Christ ressuscité et\n remonté à son Père, le Christ portant, dans l’âme et le corps\n glorieux, la divinité, à la fois éternellem ent harmonieuse et\n\n\n                                                                    233\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "déchaînée jusqu’à l’absolu de sa joie, le Christ ayant au fond de\nses regards ce qui est plus sublime que tout, même que la douleur\ninfinie : l’Am our divin heureux d’avoir sauvé...\n\n\n\n\n    L a Résurrection, l’Ascension, la Gloire du Christ n ’ont pas,\n autant que la Passion, animé la philosophie et l’A rt chrétiens.\n    L a philosophie chrétienne affirme, certes, et développe, comme\n vérités, la Résurrection, l’Ascension, la Gloire.\n    Mais il n ’y a pas seulement les vérités d’une philosophie, il y a\n son accent et sa couleur. E t l’accent, la couleur ont souvent plus\n d’action sur les âmes et sur les événements que les vérités mêmes.\n    L ’accent donc, la couleur, la vie de la philosophie chrétienne et\naussi de la littératu re et l’A rt chrétiens sont moins animés et\nim prégnés par la Gloire (résumons en elle tous les M ystères glo­\nrieux du Christ : elle est leur cime) que par la Passion.\n    L a Gloire, encore mal vivante, im parfaitem ent active dans la\nphilosophie, l’A rt (et l’on pourrait ajouter : la société) chrétiens,\nest une des causes profondes qui laissent persister le paganisme\net qui lim itent la victoire du Christ.\n    Personne n’ose opposer à la Passion une douleur qui la rivalise.\n    L ’empire du Christ sur le sublime douloureux ne se discute pas.\n    Mais, la Gloire étant moins vivante, dans l ’esprit et le cœur\ndes hommes, que la Passion, le paganism e oppose encore à la joie,\nà la force et à la beauté du Christ, un idéal de volupté basse, de\njoie et de force antichrétiennes, d’immonde splendeur.\n    Quand nous appellerons sur le monde l’influence du Christ\nentier, Passion et Gloire, le Christ prendra tout.\n    L e paganism e perdra la joie et la force, on m éprisera ses\nvoluptés au nom de l’extase et on lui arrachera la splendeur.\n    L e Christianisme sera la D ouleur au-dessus de toute douleur,\nmais aussi la Puissance foudroyant toute force et la Beauté\neffaçant toute beauté.\n   D evant le Christ de Gloire et Marie triom phale, la beauté des\nApollon, des A phrodite, des Iacchos et des Perséphone sera\ncomme la flamme fumeuse d’antiques torches qui s’éteignent en\nprésence de soleils divins.\n   Que la philosophie, que les A rts chrétiens — poésie lyrique, épo­\npée, drame, roman, peinture, sculpture, architecture, musique —\np rient donc le Seigneur pour qu’il leur envoie l’esprit de Gloire !\n\n\n234\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "   Il ne s’agit pas seulement de sentir, de pénétrer et d’exprimer,\navec plus de vivante ardeur qu’on ne l’a fait encore, la R ésurrec­\ntion, l’Ascension, la Gloire en elles-mêmes, comme événements ou\nétats de l’existence du Christ.\n   Il s’agit de les sentir, pénétrer et exprim er aussi dans leur\ninfluence sur la vie hum aine présente et future. La Gloire de\nJésus-Christ dépasse mais, je l’ai montré, concentre toutes les\nvictoires des justes et des saints sur le monde et l’Enfer. P a r\ncette concentration elle possède et influence m ystiquem ent ces\nvictoires.\n   Que la philosophie et l’A rt chrétiens approfondissent et expri­\nment, avec une ardeur encore inconnue, les victoires des saints\net des justes influencées m ystiquem ent par le Christ, leurs vic­\ntoires ici-bas pour ployer la terre au R ègne de Dieu et leurs vic­\ntoires dans le Ciel pour étreindre Dieu !\n   E t ne négligeons pas la Passion en glorifiant la Gloire.\n   Il ne fau t rien négliger du Christianisme. Il faut que le Chris­\ntianisme intégral, Douleur et Gloire, prenne le monde entier !\n   Creusons, exprimons la Passion, en elle-même, et dans les dou­\nleurs hum aines associées, ici-bas ou en l’Au-Delà expiatoire, à la\nPassion.\n   Or, tout se tient, tout est synthèse : Il faut distinguer entre eux\nReligion, philosophie et Science, A rt, société, distinguer, non\nséparer. V ous, donc, philosophie et Science, A rt, hum aine société,\nunissez-vous à la Religion. Form ez avec elle la grande synthèse,\nla Théosynthèse ! E t unissez-vous à la R eligion dans ses deux\nsublimités : Gloire et Passion. Enivrez-vous de Passion et saturez-\nvous de Gloire !\n   — Au point de vue spécialement esthétique, l' A rt pour D ieu,\nacceptant toutes les esthétiques, et, grâce à Dieu, les dépassant, les\ndépassera, nous le voyons ici, dans les deux sens et aura, p a r le\nDivin, une supériorité double : L 'A rt pour D ieu dépassera toutes les\nesthétiques et p a r le D ivin douloureux et par le D ivin glorieux, p a r\nla Passion du Christ et p a r sa Gloire, en laquelle brûle la Gloire\nmême de la Trinité.\n\n\n\n\n   La totale synthèse : Philosophie et Science, A rt, société unis\nà la Religion dans le Christ douloureux et dans le Christ glorieux,\nle Moyen-Age l’avait tentée.\n\n\n                                                                     235\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "   Mais il a fléchi en son labeur.\n   Quand la Renaissance est venue il s’est trouvé trop faible\ndevant le Paganism e resurgissant.\n   A u lieu de prendre au Paganism e ses forces et ses beautés et\nde les dompter, il les a, en somme, subies.\n   Les historiens rationalistes vont blâm ant les excès de foi du\nMoyen-Age, jug ean t qu’il a m anqué de raison, de santé. Sot­\ntise.\n   L e Moyen-Age a m anqué de foi !\n   S’il en avait eu assez il aurait transfiguré la Renaissance et\nl’eut emportée en Dieu.\n   C’est parce que, à sa plus belle époque même de ferveur, le\nMoyen-Age — comme ensemble, exception faite des saints — n’a\npas eu une foi encore assez violente et assez vivace qu’elle s’est\naffaiblie peu à peu et s’est trouvée languissante devant le Paga­\nnisme se redressant au XVe siècle.\n   L ’homme n ’a jam ais trop de foi.\n   Quand il en a ie plus, il doit en demander à Dieu davantage.\n   L a parole des apôtres au Christ : « Augm entez-nous la foi »,\nles hommes et les siècles doivent la répéter insatiablem ent.\n   Chrétiens, nous avons donc à reprendre et à continuer le grand\neffort de synthèse laissé interrom pu p ar le Moyen-Age. Deman­\ndons à Dieu une foi assez intense et illim itée pour résorber au\nDivin tous les éléments du Genre H um ain et du monde. L a résorp­\ntion sera double : Passion et Gloire.\n   Nous reprendrons, pour ce qui regarde la Passion, l’effort du\nMoyen-Age en reconquérant à la douleur divine les douleurs\nhumaines de notre tem ps qui ressem blent à celles du Moyen-\nAge.\n   Aux misères, aux maladies, aux supplices, aux afflictions de\nl’âme, normales et sans anxiété suprême, nous mêlerons le dénû­\nment, les souffrances, le supplice de la Passion et celles des\nangoisses d’âme du Christ où ne frém it par l’anxiété suprême,\nl’abandon par Dieu.\n   Mais le Christ n’a ignoré aucune douleur.\n   L a flagellation, la croix et même les paroles : « Mon âme est\ntriste jusqu’à la m ort », « J ’ai soif », unissent à la Passion les\ndouleurs du Moyen-Age — e t celles de notre tem ps qui leur res­\nsemblent — mais il y a une souffrance et une parole du Christ\nqui, à notre suprêm e anxiété m oderne que n ’a point connue le\nMoyen-Age, unissent la Passion.\n   Les puissantes lèvres de notre époque, parm i ta n t de chants,\n\n\n236\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "d’appels et de voix, répètent, d’année en année, comme un appel\nqui domine to u t ce qu’elles disent et qui, chaque fois, m onte plus\npoignant, l’E li lamma sabactani...\n   Elles le répètent ; le comprennent-elles vraim ent ?\n   Elles en comprennent, elles en souffrent, mieux que le Moyen-\nAge, l’anxiété, l’angoisse. Elles en comprennent mal la foi. Elles\ndisent : « Mon Dieu » et doutent de Dieu.\n    E t nous ne reprendrons pas seulement, mais nous continuerons,\npour ce qui regarde la Passion, l’œuvre du Moyen-Age, lorsque,\nà cette angoisse contem poraine, qui, mieux que le Moyen-Age,\ncomprend l’angoisse du Christ abandonné, nous ferons compren­\ndre aussi la foi conservée, par le Christ, dans son abandon.\n    Jésus, lui, souffre d’être abandonné sans douter que Celui qui\nl’abandonne existe. E t, si Dieu existe, le désespoir sans consola­\ntion est impossible.\n    Si je t’aime vraim ent j ’aurai déjà une consolation à être aban­\ndonné, mais par Toi. Car, ô mon am our et mon Dieu, si c’est Toi\nqui me délaisses, tu es! Ta sereine perfection demeure, tu n ’es pas\nmort, ô mon Idéal vivant. Je suis privé de la B eauté et je pense :\nla Beauté subsiste. L a V érité se détourne de moi et, je le sais, la\nVérité vit.\n    L ’Am our divin ne m ’aime plus, et il reste à mon cœur sauvage\ncette dernière joie : R ien ne peut enlever à mon Dieu le bonheur\nétemel.\n    Un artiste héroïquem ent artiste serait plus désespéré de garder\nses yeux pour voir la beauté disparaître du monde et s’anéantir à\njamais que d’être aveugle et de savoir que la beauté durera tou­\njours. De même l’âme vraim ent vouée à l’Idéal divin sera plus\n triste si, par l’illusion du doute, elle croit voir Dieu s’anéantir que\n si, séparée de Dieu, abandonnée, punie par lui, devenue aveugle\n à Dieu, elle sait, cependant, que Dieu existera toujours et si\n cette âme se dévore à aim er l’éternel Dieu vivant dont elle est\n privée mais dont elle est certaine.\n    Voilà l’héroïque foi qu’il faudra communiquer aux désespoirs\n de notre tem ps pour les unir vraim ent au cri de Jésus délaissé.\n    Nous reprendrons l’effort du Moyen-Age, en ce qui concerne\n la Gloire, en reprenant cette énergie chrétienne du Moyen-Age,\n contemplative ou active, m ystique ou chevaleresque, qui est un\n effort à rendre roi et vainqueur ici-bas le Christ et, p ar consé­\n quent, à y servir sa Gloire.\n     Nous aurons à continuer, pas seulement à reprendre, l’effort du\n Moyen-Age pour ce qui regarde la Gloire et à réussir l’œuvre\n\n\n                                                                    237\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "compromise par la Renaissance, lorsque, à l’énergie chrétienne\nde m ystique ou de chevalier, nous donnerons l’intensité splen­\ndide et l’harmonie, le feu royal et l’eurythm ique beauté qui lui\nferont effacer les intensités de splendeur et les eurythm ies du\nPaganism e.\n   Renaissance, quelle œuvre tu aurais pu faire !\n   Mais, en toi et jusqu’à nos jours, m algré d’admirables excep­\ntions, si l’on considère l’ensemble des choses, l’esprit chrétien a\nsigné avec l’esprit païen des compromis p lu tô t qu’il ne lui a\nimposé des victoires.\n   Le Paganism e est resté vivant.\n   Il n’y en aurait plus que dans les Musées, si la Renaissance et\nles Temps modernes avaient accompli ce qu’ils devaient.\n   O répercussion des fautes et des défaillances ! L ’affaiblisse­\nm ent de la foi du Moyen-Age le rend faible devant le Paganisme\nranim é et amène l’œuvre de la Renaissance à se comprom ettre et\nà se paganiser; l’œuvre compromise de la Renaissance entraîne\nla décadence chrétienne des tem ps modernes. Mais rien n’entraîne\nla décadence de Dieu !\n   Il est intact dans son énergie infinie. E t, par lui, en lui, nous\nreprendrons l ’œuvre, avec le serm ent de la poursuivre jusqu’au\nbout. A ceux qui parlent d’arracher le Christ du monde nous\nrépondrons en christianisant le monde intégralem ent. Nous ré­\npondrons en pénétrant toute douleur de Passion, en purifiant\ntoute joie et toute splendeur p ar la Gloire, en faisant de l’Huma­\nnité une sorte de Christ gigantesque dont le Christ sera l’âme.\n   Quelle beauté aurez-vous, philosophie, A rts et toi, humaine\nsociété, quand réunis à la Religion dans le Christ douloureux et\ndans le Christ glorieux, vous rayonnerez, Théosynthèse ! quand les\nhumaines douleurs de cette vie, toutes sans exception, s’uniront à\nla Passion : quand pas un malade, un désespéré, un supplicié, pas\nune misère, agonie, pas un délaissement ne refuseront de s’identi­\nfier au Christ douloureux et sentiront la sueur de sang de Gethsé ­\nm ani couler dans leurs sueurs, le sang du Golgotha jaillir de leurs\nblessures, battre dans leurs fronts la fièvre du front cerclé d’épi­\nnes et l’É li lamma sabactani, senti entier, détresse et foi, frémir\nsur leurs lèvres et diviniser, consoler l’immensité de nos aban­\ndons... E t quand tous ces m alheureux de la terre sentiront les\nsouffrants de l’Au-delà purgatoriel donner l’exemple d’unir doci­\nlem ent leur torture au sanglant Christ... Mais aussi, quand toutes\nles victoires chrétiennes de cette vie, tous les chrétiens sociaux\nguérisseurs de misères et dom pteurs de haines, tous les génies\n\n\n238\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "intronisant Dieu vainqueur sur les Arts maîtrisés et sur les scien­\nces tributaires, tous les lutteurs contre la chair, la sublimant aux\nfidélités de l’ union indéfectible ou aux libertés vierges, à l’angé­\nlisme pur, et tous les Chevaliers, Ordre de Malte rénové, proté­\ngeant, par la terre entière, la paix et la Justice du Christ entre les\npartis dans les nations, entre les nations dans l’Humanité, et\ntous les apôtres trouant les vices, les doutes et, par la brèche de\nces mornes armures, plantant, au cœur des hommes, l’étendard, la\nfoi ; et les missionnaires arrachant des peuples à la Ténèbre, les\nlevant à Dieu dans leurs mains, et, enfin, les extatiques perçant\njusqu’au Réel surnaturel, portant au fond de leurs yeux un avant-\ngoût de la vision béatifique, quand toutes ces victoires, multi­\npliées ici-bas, avec une ampleur et une fureur encore ignorées,\ns’associeront au Christ de Gloire, l’auront pour âme et sentiront\n les éternelles victoires des Elus du Paradis s’ unir à elles, en\n l’omni-présent Soleil mystique : Dieu !\n                                                           A lbert J o unet.\n\n\n\n\n                                                           SONNET.\n\n    L'A I R du m a tin est g a i de fra îch eu rs fluviales,\n       L e fleuve est p a rfu m é des odeurs du m atin.\n       Oh ! le rire et l'éclat des B aigneuses rivales\n       P a r les perles du rire et les p erles du bain !\n\n        L 'a u ro re su r les p ré s fu t blanche et sérieuse\n        E t p a reille au reg a rd d ’une fem m e a u x dou x yeu x,\n        E t m on âme en son rêve est doublement jo yeu se\n        D e la p a ix de la terre et du salu t des cieux.\n\n        Une É toile p â lit à l’orient du ciel\n        E t l'étoile m ’a guidé comme les B ergers\n        A u p a y s pacifique oit les fleurs et le m iel\n\n        D es jo u r s suaves fo n t nos pen sers p lu s légers\n        Que les vols épeurés au bru it des lavandières\n        D es oiseaux ricochant su r l'eau comme des pierres.\n\n                                                     H enri    de   R é g n ie r .\n\n\n\n                                                                                239\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "                                                  LE SACRIFICE\n                                                   DE LA CHAIR1.\n        II. Après les A veu x.\n\n\n\n\nG\n                R A N D IE de to u t l’effroi m ystérieux des songes, la\n                  scène des aveux de R ickw ard avait hanté toute la\n                  nuit le fiévreux sommeil de W ivine. Dans les souve­\n                  nirs confus du réveil, dém êlant mal le rêve et la réa­\n                  lité, elle crut d’abord que celui qui l’aim ait s’était\ntué dans l’ombre à cause d’elle, et le cauchemar sanglant de nou­\nveau la terrifia.\n    Lorsque Entew are, la servante, vint pour l’aider à sa simple toi­\nlette, elle trouva sa m aîtresse bouleversée, trem blante, pâle, et les\nyeux écarquillés d’horreur.\n    Mais instruite par la jeune fille des événem ents de la veille,\ndès les prem iers regards elle com prit quel drame intérieur se\n déroulait devant cette âme.\n     C’était une sainte rustique, cette Entew are.\n     N ature fruste et prim itive, son cœur aussi brûlait du seul\n Am our — qui renferm e tous les amours — celui de Dieu. W ivine\n avait donc fait de cette humble servante sa confidente et son\n amie.\n     Car l’universelle attirance qui rapproche les âmes lépreuses\n pour l’ém ulation dans le Vice rapproche de même, aussi, et com­\n bien plus amoureusement, pour l’ém ulation dans le Bien, les\n âmes abluées aux fontaines m ystiques.\n     E n nos jours où l’on parle ta n t d’égalité et de justice, n’est-il\n pas plein d’enseignements cet exemple chrétien, vieux de plus de\n six siècles, que nous donne en cette am itié la très belle et riche\n héritière de la noble maison d’Oisy ?\n     Les préjugés m enteurs du vieil orgueil païen qui survit toujours\n aux idoles et m et entre les fils du même Adam des distances et\n  des degrés, selon la profession, la race et la fortune, s’écroulaient\n  à vos chants d’amour, ô saintes sœurs spirituelles ! comme au son\n  des cuivres sacrés les m urailles de Jéricho !\n     Dès qu’elle v it entrer Entew are, W ivine s’accusa devant elle\n  d ’avoir été trop dure au m alheureux R ickw ard.\n     L ’endroit où il l’avait accostée, les prem ières paroles qu’à son\n\n\n   1. Voir L a L u t t e d’octobre 1898, p. 205 à 209.\n\n\n 249\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": " adresse il avait prononcées, l’étrange sensation qu’à travers tout\n son corps elle avait ressentie quand il lui p rit la main, les moin­\n dres péripéties de leur long dialogue, le départ, to u t à coup, de\n Rickward affolé, et ju sq u ’aux paysages environnant leur marche,\n tout cela, m aintenant, se précisait dans sa mémoire, renouvelait\n les douleurs d’hier et prolongeait dans le réveil l’angoisse de la\n nuit.\n    — Qu’était-il devenu depuis qu’il avait fui brusquem ent — tel\n un fou — dans le soir fauve ?\n    Sans b ut à travers les ténèbres, avec, devant ses yeux hagards,\n la plaie vive du ciel couchant, n’avait-il pas — en proie soudain\n au vertige du désespoir — noyé sa détresse païenne dans l’im ­\n mobilité blafarde d’un étang ?...\n    Ou bien, dans quelques jours, peut-être, on viendrait apprendre,\n à W ivine, que des chasseurs ou des m anants ont détaché d’une\nbranche fleurie, sur la lisière des forêts, la repoussante loque hu­\nmaine qui balançait là sa pourriture fétide, au rythm e du vent\nm atinal ?...\n    A la pensée que le suicide, ou que, du moins, le mal d’amour\nqui allait abréger la vie de ce pécheur im pénitent trouvait sa\ncause unique en son refus de l’épouser, son cœur adolescent de\nfemme et de chrétienne connut l’étrange sensation que fait le\nmélange confus de l’épouvante et du remords.\n    Avec la calme confiance et la grande pitié des saints, la servante\navait écouté toutes les confidences, les conjectures et les craintes\nde sa doulour euse maîtresse. Alors, pour réconfort à ce cœur\nébranlé, cette hum ble fille sut trouver des paroles dont la profon­\ndeur éclatante et la surprenante sagesse attestèrent abondamment,\nà celle qui les entendait et s’apaisait à les entendre, qu’en cette\nâme simple et naïve habitait le Consolateur.\n   — L a Providence qui, de toute éternité, avait prévu ce qui\ns’était passé la veille, fait servir les projets des pervers à l’épreuve\ndes bons, disait Entew are à W ivine. E t la confidente ajoutait\nqu’au lieu de se troubler des menaces et des sanglots d’un jou­\nvenceau de mauvaise vie, qui voulait — pauvre inconscient ! —\nravir le cœur de son amie au Dieu qui se le réservait, son amie, au\ncontraire, devait se réjouir à voir ainsi l’enfer s’efforcer d’entraver\npar un piège grossier leur prochain départ vers la solitude.\n   A ces dernières paroles d’Enteware, le beau visage de\nWivine jusqu’alors assombri — tel un ciel nuageux qui soudain\ns’ensoleille — to u t à coup s’éclaira...\n   — Oui, Entew are avait raison, oui, c’était bien l’Ange du Mal\n\n\n                                                                   241\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": " qui ten tait d’opposer, comme par dérision, l’am our païen de ce\n Rickw ard à l’Am our divin de Jésus !\n    Nourrissait-il donc — pauvre esprit m alin ! — l’espoir insensé\n qu’un aussi misérable appât ferait oublier aux saintes compagnes\n le chemin du désert, au fond duquel, liant leurs destinées, elles\navaient résolu, depuis un certain tem ps déjà, de vivre côte à côte,\ndans le jeûne et dans la prière, loin du tum ulte hum ain, en le\ncalme de Dieu ?\n    L e grand désir qui la brûlait de vivre bientôt en cette retraite,\n dans le plus p arfait des renoncements, em porta la chaste Wivine\nvers les rêves de l’Avenir. A la pensée qu’elle y pourrait enfin\noffrir au Christ-Jésus le sacrifice de sa chair, son cœur tressaillait\nd’allégresse. L a joie débordait de ses lèvres.\n    — Oublié! le seigneur Rickward, songeait à p a rt elle Ente­\nware, toute heureure, elle aussi, de la même espérance, et se\nréjouissant en outre à voir refleurir sur les lèvres de sa maîtresse\nle sourire des vierges sages.\n    Dans le cœur joyeux de W ivine se réveillaient pourtant les\ndoux m ots tentateurs :\n    — « Quand on possède au tan t que toi la beauté, l’or et la jeu­\nnesse, c’est une incroyable folie, cent fois plus détestable encore\nque l’aberration de l’avare, celle d’ensevelir d’aussi rares trésors\nau fond des bois impénétrables, en quelque lieu aride, inconnu,\ndésolé »...\n    L a tentation n ’effleura pas l’eau calme de son âme; nulle pensée\nde vanité, rien qu’une inquiétude nouvelle touchant le sort\nterrestre et l’éternel salut du seigneur amoureux.\n    A u m utisme subit de son expansive compagne, E ntew are com­\np rit aussitôt ce qui de rechef l’angoissait. Aussi ne fut-elle pas\ninterloquée, mais seulem ent tristem ent sourieuse, quand Wivine,\nachevant sa pensée à voix haute et négligeant toute transition\nentre leurs dernières paroles et sa proposition soudaine, l’invita\nd’une voix si triste « à unir désormais, s’il n’est déjà trop tard,\nleurs prières pour lui ».\n    Dieu seul connaît combien de fois les deux saintes depuis ce\njo u r im plorèrent du Christ bien-aimé la Miséricorde du Père pour\nle pécheur adolescent dont AVivine bien m algré elle avait si griè­\nvement blessé le cœur en m éprisant le seul reflet du ciel qui faible­\nm ent y persistait encore : ce peu d’am our qui n’était pas charnel.\n    A yant appris que vraim ent il l’aim ait, même à tel point que son\nnoir désespoir le faisait dépérir, et qu’il se m ourait de passion\npour elle, W ivine ne connut plus de bornes à ses privations de\n\n\n242\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "toutes sortes, et ce fu t n u it et jour avec de torturants sanglots\nqu’elle supplia pour le pauvre Eiclcward Celui qui sauva Made­\nleine et révéla aux ju ifs émerveillés l’accueil de pardon et de joie\nqu’avait fait la bonté du Père au fils prodigue repenti.\n\n\n\n\n       III. L e s A m an ts de la solitude.\n\n   C’était affreux le tourm ent de ce cœur qui débordait naguère\nencore de joyeuse jeunesse !\n   A utour du chevet de R ickw ard ses parents plus blêmes que lui\n— car la chaleur des fièvres em pourprait ses joues pâles — atten­\ndaient, consternés, depuis d’interm inables jours la Visiteuse iné­\nluctable.\n   Aux praticiens qui ne répondaient plus, que par d’évasives\nparoles, aux pressantes questions de leur anxiété ; aux praticiens\nqui, m algré to u t leur art, le disputaient sans espoir à la m ort, dési­\ngnant de ses yeux inerm es leurs fioles de toutes sortes, le mou­\nrant répétait d’une voix presque éteinte : — l’Am our seul peut sau­\nver l’Amour...\n    Ceux dont il é ta it la chair et le sang, épuisés par l’excès de ses\npropres souffrances, se laissaient ballottés, impuissants d’un effort,\nentre le souhait que la m ort abrégeât sa longue tortu re et l’ins­\ntinctif désir qu’il vécût m algré tout. Mais puisque c’était l’irré­\nmédiable, puisque toute lueur d’espoir s’était depuis longtem ps\néteinte, l’instin ct lui-même finit p ar se révolter devant les len­\nteurs de cette agonie, et la mère, oubliant que le feu éternel brûle\npour les pécheurs, la m ère supplia la m ort de délivrer enfin son\nfils du supplice hideux de la vie, quand, à l’instant que l’on\ncroyait fatal, le m oribond se sentit to u t à coup renaître et, lon­\nguement, regarda le ciel bleu.\n    Les médecins, qui, to u t d’abord, avaient cru reconnaître en ce\nréveil vital l’éphémère et ultim e revanche de cette constitution\nrobuste sur le mal qui la terrassait, s’obstinèrent, les prem iers\njours, à nier l’évident prodige que leur haut savoir n’avait pas\nprévu et qui pour lui resta l’inexplicable.\n    Rickward cependant ne proférait plus, ni contre W ivine des\n imprécations, ni contre lui-même des souhaits de m ort. A ce pre­\n mier regain de vie il avait reconquis sa volonté de vivre e t\n réchauffé son sang aux flammes de l’Espoir.\n    Nonchalamment rêveur sur ce lit d’agonie devenu son lit de\n\n\n                                                                      243\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": " convalescence, il laissait bercer sa pauvre âme, son âme étrange­\n m ent émue, par la m ystérieuse voix, qui sans proférer aucune\n parole lui parlait cependant to u t au fond de son être, ineffable et\n si douce!\n    Ce n ’était pas dédain, ni fanatique orgueil, mais la fidélité du\n Serm ent de jeunesse de rester toujours vierge et vouée à son\nDieu, qui avait contraint sa W ivine à repousser son lamentable\namour !\n    E ntew are n’était-elle pas venue lui apporter, de la p art de\nW ivine, l’assurance de sa pitié et la promesse aussi d’oraisons si\nferventes qu’elles feraient, pour lui, violence au ciel ?\n    E t voici que W ivine, enfin, devient l’ange consolateur, au che­\nvet même de Rickw ard !\n    Accompagnée de ses parents ou de sa fidèle Entew are, elle y\nvient achever, par la vertu de sa parole, ce que le miracle de ses\nprières avait seul accompli.\n    E t l’on ne sait ce qu’il convient ici d’adm irer davantage :\n    L a résurrection de ce corps et de ce cœur presque m orts à la\nvie, ou la résurrection de cette âme à la joie ?\n    Mais les exhortations de la sainte W ivine vont opérer dans\nl’âme de Rickw ard une transform ation plus étonnante encore.\n    Celle qui le faisait mourir, non seulement l’a sauvé du tom­\nbeau, mais aussi du Dam éternel ! Or voici que la Grâce habite\nà présent dans ce cœur, qu’habitait le péché qui tue, et de ses\nyeux, d’où ruissellent sans fin les diam ants des amoureuses\nlarmes, Rickw ard contemple son amie avec la chasteté des impec­\ncables Anges.\n    A la lettre c’est vrai : le Rickw ard d’hier est m ort, et le nouveau\nR ickw ard étouffe de bonheur à se sentir renaître, âme et cœur, à\nl’Amour. Mais ce n ’est plus le m atériel amour, l’animal amour qui\nse vautre, c’est l’Am our très chaste et sacré, dont le feu pur brûle\net m onte vers Dieu, comme l’âme des Séraphins.\n    W ivine lui a confié son secret désir de vivre dans la solitude\net la décision qu’elle a prise de sortir avec Entew are, selon\nl ’exemple d’Abraham, de la demeure paternelle, pour s’ensevelir\nà jam ais dans la liberté du désert.\n    L e bon grain de telles paroles n’est pas tombé sur la pierre\ninféconde et les oiseaux du ciel ne l’ont pas enlevé de ce cœur\nrénové, où il germ e déjà, fertilisé sans cesse par les rayons de\nl’Am our infini et la rosée des belles repentances.\n    Entraîné par l’élan du surhum ain délire que la ferveur de son\namie communique à la foi qui se ravive en lui, Rickward sent\n\n\n244\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "s’allumer et s’accroître en son âme un feu de plus en plus ardent,\nqui le dévore et qui l’altère, et cependant le réjouit, car il l’oblige\nà s’abreuver enfin aux eaux vives du sacrifice.\n   Disciple de sa bien-aimée, il veut suivre comme E ntew are\nl’exemple de son héroïsme et modeler le reste de sa vie sur la\nbeauté de sa vertu.\n   M aintenant que la main du prêtre l’a réconcilié avec Dieu, en\nl’absolvant, au Nom de sa Trinité qui pardonne, des turpitudes\ndu passé, il ne résiste plus à l’a ttra it de l’E sp rit divin.\n   D evançant la Sœur qui le guide dans les chemins de la Gloire\nchrétienne, en un lieu solitaire appelé : ’t H o f 't Eechout, ou « le\nJardin de la Chênaie », que W ivine, elle-même, avait choisi pour\nlui, R ickw ard s’est retiré, pour la vie, loin de tous.\n   E t loin d’elle, à jam ais...\n                                          G eo rg es R am aekers.\n\n\n\n\n        GUIRLANDE                 DE SOURIRES.\n\n\n                                            LA   DAME     AU    LYS.\n           A Valère Gille.\n\n             A N S la joie du m atin qui rit aux fleurs plus belles,\n\n\n\n\nD\n                Celle dont les yeux clairs sont des étoiles, celle\n               P ou r qui f a i doucement fait s'envoler parm i\n               L es roseaux ténébreux d'un p a y s ennemi\n               L es folles visions de ton rêve futile\n     O mon âme, la chère Fée aux mains tranquilles\n     Viendra, sœur du silence et du m alin vermeil,\n     Avec son p u r baiser m'apporter du soleil.\n     E t comme si depuis l'heure divine où l'aube\n     Me dévoila soudain le linon de sa robe\n     J'avais quitté la grève étrangère où j'errais,\n     Pour la voir effeuiller les fleurs de vies regrets\n     E t de mes souvenirs que l'ennui perpétue,\n     Je lui d irai tout bas les chansons ingénues\n\n\n                                                                    245\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "      D ont s’enchanta ja d is mon rêve nouveau né...\n      M ais elle, ayant, sous ce mensonge, deviné\n      L ’orgueil qui rôde encore en mon âme blessée,\n      M 'offrira tristement le L y s de sa pensée.\n\n\n\n                                                        LE   FAUNE.\n\n      A l’heure où se réveille en un murmure ailé\n      Ta voix berceuse et douce, ô divin exilé\n      Qu’une aube merveilleuse idéalise, à l’heure\n      Où parm i les lauriers dont l'arôme t ’effleure,\n      Surgit, vision blanche, une nym phe aux abois,\n      Un long frisson d ’amour fait vibrer dans les bois,\n      L a citole qu’aux jo u rs fabuleux une fée\n      Offrit en écoutant au loin pleurer Orphée\n      A la Vierge hautaine et frêle qui t ’a fui,\n      Faune ! E t n i la candeur sereine de la nuit,\n      N i l’aurore qui rôde en chantant dans les branches\n      Ne t ’ont fa it oublier ses pures formes blanches.\n      E t tristement, miraculeux adolescent,\n      Tu tram es dans la p a ix de ces m atins naissants,\n      A l’heure où se réveille en frissons d ’harmonie\n      L ’hymne m ystérieux de la Vierge bénie,\n      L e fantôme alangui de ton espoir blessé\n       P ar le vain souvenir d’un rêve inexaucé,\n      A lors qu’à tes seuls yeux invisible, E lle glisse\n      A u milieu des fleurs qu’un vent léger déplisse.\n\n\n\n                                                        M ÉD AILLO N .\n\n       Elles rêvaient ce soir, blanches âmes heureuses\n       Sous les saules nimbés de clartés vaporeuses,\n       A l’ineffable amour des oiseaux pour Ils fleurs;\n       E t l’une ayant baigné dans la rosée en pleurs\n       Ses mains fines où l’or des bagues ciselées\n       F ait éclore au soleil mille étoiles ailées,\n       Soucieuse, cueillit un lys déjà fermé :\n       P u is, inclinant un peu le calice embaumé\n       Sur l’herbe où souriaient ses sœurs agenouillées,\n       F it choir de l’urne blanche une oiselle mouillée.\n\n\n246\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "                                           LA    DAME       AUX    ROSES.\n\n    E lle effleure au m a tin d ’u n sourire in fin i\n    L e s fleurs que laisse choir d an s le m atin béni\n    L 'arch an ge de son âme éternellem ent blanche,\n    E t d an s l'eau m erveilleuse où le soleil se penche\n    Comme u n oiseau lassé d ’un in u tile essor,\n    E lle m ire ses y e u x criblés d'étoiles d ’or\n    San s daign er v o ir au loin les fantôm es nocturnes\n    F u ir vers l’im m ensité des pla in es taciturnes.\n    Une clarté sereine illu m in e ses p a s\n    E t fière de son rêve p u r elle n 'a p a s\n    L a troublante lan gueur des am antes m ortelles :\n    L 'h iv e r a beau fa n er les roses fraternelles\n    E t briser la vo ix d'or des d ou x oiseaux pa ria n ts,\n    E lle m arche en la p a ix d ’u n im m ortel p rin tem ps,\n    R e in e de m a pensée et de m a lassitude :\n    D e claires visio n s charm ent la solitude\n    Q uand, p a r m i les ra yo n s, son beau geste in du lgen t\n    F a it chanter doucem ent la citóle d'argen t\n    Q u'entre ses doigts d iv in s une fée a posée,\n    E t des m illio n s d 'y e u x s ’ouvrent d an s la rosée\n    D ès que, san s me p a r le r de m on fol abandon,\n    E lle cueille en rêva n t les roses du p a rd o n .\n\n                                                     G eorges M a rlow .\n\n\n\n\n                                            HENRI            MAZEL *.\n\n\n        ’IM A G IN E que M. H enri Mazel se p lu t à rem onter, en\n\n\n\nJ         philosophe, le cours des tem ps et qu’au retour de son\n          voyage il eut la nostalgie des merveilles qu’il y avait\n          pu contem pler. Il fut semblable à ce moine naviga­\n          teu r de là Légende celtique qui chantait ses paradi­\nsiaques visions et à qui les auditeurs charmés disaient : « Père,\nnous nous apercevons, au parfum de vos vêtem ents, que vous\n                                                                   I\n 1. Voir L a L uttu d’octobre 1898. p. 215 à 222.\n\n\n     8                                                                 247\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "avez été en P aradis ». Il vécut désormais dans ces contrées si\nriches de souvenirs, si vivantes de ta n t de m orts admirables. Il\nen acquit un don d’évocation qui n’appartient qu’à de rares\nprivilégiés. C’est ainsi que l’époque gallo-romaine revit dans\nson admirable recueil, la F rise du Temple, la Chevalerie dans\nle Nazaréen, et la F in de D ieu ; l’Islam dans le K halife de Car­\ntilage, l’Ancien R égim e dans Vieux Saxe et toutes ces époques\ndans les poèmes de ses autres recueils, E n Cortège, et Flottille\ndans le Golfe.\n   P a rto u t perce le généreux souci de nos destinées, et c’est préci­\nsém ent ce fonds de vie, encadré de splendeur verbale, qui fait de\nces poèmes autre chose que des exercices de virtuose, des amuse­\nments d’artiste. Dans sa trilogie de drames nous assistons à des\nduels de civilisations qui nous font longuem ent m éditer. Sa préoc­\ncupation d’idées générales lui fit même écrire cette Synergie\nsociale où il ne s’est point m ontré moins brillant écrivain et où le\nfourm illem ent des idées déconcerte presque. S’inspirant des leçons\nque son érudition lui perm ettait d’extraire de l’Histoire, il y\nexposa ses opinions sur le présent et sur l’avenir de la société. Il\nconviendrait que les nouveaux pasteurs du peuple, les milliers de\nbonnes gens qui se croient marqués au front du signe de chefs de\nnation fissent de ce livre d’un poète leur livre de chevet. Il est\nperm is de croire que les notions qu’ils possèdent sur le sort de\nl’hum anité passée et présente s’en modifieraient considérablement.\nIl faut toute l’étroitesse d’esprit de certains pour déclarer que le\nbonheur fu tu r sera basé sur l’égalité parfaite. Sans doute, le\nniveau intellectuel serait alors tellem ent bas que les pauvres égaux\ncroiraient au bonheur comme y croient les bestiaux que nous sacri­\nfions à notre faim. Quant à nous, qui avons le bonheur de vivre\navant que ce tem ps soit venu, il est de notre devoir de prêcher\nl’énergie et de prôner la nécessité de créer une aristocratie de\nl’âme. C’est vers l’exaltation de cette aristocratie que doivent\ntendre tous nos efforts. « L a force destructive, a dit fort justement\nM. H enri Mazel, est peut-être aux mains du peuple; la force créa­\ntrice n’est que dans l’âme des meilleurs ». A ristocratie ici n’a\naucun sens nobiliaire ou gouvernem ental, c’est dans le sens\nhéroïque qu’il faut l’entendre. Ce culte aux Héros, tous les grands\npenseurs du siècle l’ont préconisé, car tous ont vu le danger social,\nle seul, dit exactement M. Mazel, qui existe toujours, qui siège\ndans chaque âme et qui se nomme la Bassesse. « Les grandes\nâmes, dit Carlyle, sont toujours loyalem ent soumises, respectueuses\npour ce qui est au-dessus d’elles. L ’homme sincère est, par nature,\n\n\n248\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "l’homme obéissant ». Obéir, en effet, ne signifie pas s’avilir. Une\nsociété court à sa perte qui ne veut plus rien reconnaître de supé­\nrieur : les exemples en sont échelonnés le long des tem ps. L a\nnégation de toute autorité est la négation de la justice elle-\nmême.\n   Un autre écrivain de talent, M. Hugues Rebel1, a naguère\npublié une plaquette fo rt intéressante sur l’Union des trois aristo­\ncraties. Mais comme les deux écrivains sont éloignés l’un de\nl’autre! M. Mazel veut une aristocratie morale, M. Rebell une\naristocratie intellectuelle. L ’un veut une réunion de Héros et de\nSaints qui n ’auraient que de l’am our pour tous les hommes; l’autre\nune réunion de financiers, de snobs, de hobereaux qui n ’auraient\nd’autre b u t que de bien vivre. M. Rebell ne songe à rien moins\nqu’à la restauration de la féodalité; elle serait plus oppressive\nencore que l’ancienne. Dans la F in des D ieux, deux morales seront\nen présence : celle du païen Terpandre et celle du chrétien\nNorbert. Nous nous souviendrons alors de M. Rebell et de\nM. Mazel.\n   D iscuter la Synergie sociale nous entraînerait trop loin.\nD’ailleurs, c’est à dessein que nous voulons restreindre cette étude\nà l’écrivain d’art. Bornons-nous donc à citer telles strophes de\n« La Tour de Constance » qui symbolise assez bien l’idée centrale\nde ce livre de psychohistoire. « V oiles éployées des nefs, flots\nd’encens, chant d’introït, cliquetis des grands glaives sur les cottes\nde mailles, ah ! c’est avec vous que j ’eus voulu partir, preux can­\ndides qui regardiez trop longtem ps les Im ages et mouriez en\ntendant votre g an t aux anges. — Comme vous, nous serons des\ndonjons qui m archent. N otre orgueil dom inateur des m arais sera\nla carapace invulnérable au bélier, et notre amour lèvera dans les\nténèbres la torche par qui ju sq u ’à l’horizon étincellent les lagunes\net les pyram ides de sel. — Qu’im porte que to u t soit abandon et\nsolitude, que les plaques d’herbe lépreuse s’agrandissent dans le\ncorselet trop am ple et que les salicornes des silves gothesques se\nmirent seules dans les roubines, notre devoir subsiste d’être\nmuraille pour la force, phare pour la lumière. — L ’envie et la\nhaine viendront croasser, et l’on verra de loin leurs grandes ailes\nnoires de chauves-souris tourbillonner autour de la flamme rouge,\nmais sans l’éteindre, et les cadavres velus tom beront pourris au\nfond des douves, car notre brasier, tutélaire pour les purs, est\nterrible pour les ignobles ! — E t toujours magnanimes, nous per­\nsisterons, dans les siècles des siècles, seuls invincibles dans la\npestilence des choses et la décrépitude des hommes, à dresser vers\n\n\n                                                                  249\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": " le ciel, comme une tour de constance, n o tre bras infatigable dont\n le poing lève la cage de fer où rougeoie la flamme ! »\n    Quoi qu’il en soit, c’est un signe des tem ps que ce souci des\n jeunes de vouloir prendre p a rt à la réorganisation du système\n social. Déjà l’un des esprits les plus pénétrants que suivent, avec\n  confiance, de nom breux disciples — dont je ne suis certes pas —\n  M. Maurice Barrés, a donné l’exemple de l’action. D’autres chefs\n  vont surgir que suivront d’autres disciples : nous sommes las de\n  mensonge, car, m algré l’inquiétude qui nous étreint à songer à\n l’avenir, nous nous sentons invinciblement attirés vers l’inconnu;\n l’hum anité est altérée de Justice. Une aube resplendit, l’espérance\n va se lever dans une gloire. Attendons-nous à voir prochainement\n entrer en lu tte ouverte, avec les égoïstes exploiteurs de la Bas­\n sesse, tous les A m ants de l’H arm onie qui com prennent que le\n bonheur des groupem ents hum ains ne se fonde que sur l’amour,\n sur le sacrifice. M. H enri Mazel est d’ailleurs un chrétien. E t nous\n donnons, à ce mot, sa véritable, sa large acception; et chez lui\n nul sectarisme, mais une tolérance, mieux : une charité évangé­\n lique. Toutefois, bien que le fond de sa religion soit la pratique\n des saints préceptes, les beautés des cérémonies religieuses et\n des chefs-d’œuvre de l’a rt sont pour beaucoup dans son attache­\nm ent au catholicisme. Il arrive même fréquem m ent à ce poète de\nProvence de reg retter les beaux m ythes païens. Son catholicisme\nest mêlé de beaucoup de panthéisme, comme d’ailleurs celui des\nB retons d’Arm orique dont il serait dangereux d’épurer les\ncroyances. N ul plus que lui n’abh orre la froideur qui glaça un\nm oment le catholicisme — froideur qui le menace encore. Autant\nil glorifie François d’Assise, Dante, Pétrarque, autant il abomine\nCatherine de Sienne. « Fausse sainte, c’est toi qui vins voler sa\ngloire à la France d’Oc. Ta petite m ain douce de dévote frappa\nplus juste que les gantelets de fer des Colonna et des Frangi ­\npani. Ton orgueil d’Italienne ne p u t supporter la splendeur pro­\nvençale; tu vins en Avignon agiter de terribles fantôm es devant\nles prunelles chassieuses de quelques vieillards, et ceux-ci te sui­\nvirent, sorcière... Les fruits de ton œuvre, Catherine, les savou­\nras-tu quand la R éform e vint noyer le soleil catholique dans un\nocéan de tristesse ? » « A h ! misérable Réform e, dit-il ailleurs,\np ar qui ta n t de nobles âmes souffrirent, catapulte monstrueuse\nqui lézarda la Tour d’ivoire, croc où se déchira la Tunique sans\ncouture, brouillard de larm es dont s’obscurcit le beau soleil latin,\nsécheresse qui brûla les fleurs de l’Avignon papale. » Peut-être\non le voit, M. H enri Mazel est-il avant to u t un fils du sol. Ce\n\n\n250\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "qu’il reproche au catholicisme de Catherine de Sienne comme au\nprotestantism e de L u th er c’est d’avoir touché à la splendeur de\nsa petite patrie, à la gloire de l’Em pire du Soleil, pour employer\nle m ot de M istral.\n   Le beau Soleil latin ! A travers toute son œuvre, en effet, il va\nluire. C’est le soleil de sa Provence, frère de celui d’Hellas, de\nRome et de Byzance. J e vous dis que ce poète a la nostalgie de\nla lumière, de celle de son pays natal. Quel accent passionné dans\nla Frise du Temple, dans la F in des D ieux et dans le Nazaréen\naussi quand chante le doux félibre Aloys de Maguelonne. Ah! ces\npays de souvenir et de rêve, quel amour ils inspirent à leurs en­\nfants ! Ce n ’est pas aux fils des fières provinces héroïques qu’il\nfaut attribuer cet étroit patriotism e au nom duquel il n’est point\nde bassesse devant laquelle on recule. B retagne et Provence sont\ndes patries merveilleuses. Ah! certes, les frontières im portent peu\nqui sont hors les champs hantés p ar les ancêtres de pure race.\nLa vraie patrie c’est la petite, la province natale dont la grande\ntire sa force et son droit.\n   Si M. H enri Mazel a une prédilection m arquée pour l’un de\nses livres ce doit être pour la Frise du Temple ; to u t le midi rho­\ndanien y revit. « J e sais, dit-il, un bouclier merveilleux d’or\nau pal d’azur, étalé sur la terre immense et que le soleil fait\nflamboyer en écusson triom phal. » E t la description suit, d’allure\nhomérique, de ce bouclier qui « toujours resplendira, le beau\nbouclier de Provence ». Oui, toute la Provence est dans ces pages\nharmonieuses : les Saintes, Maguelonne, Saint-Gilles, les Atys ­\ncans, les Baux, le P o n t du Gard et la Maison Carrée. Quelles\nnotes successives de joie et de douleur, d’allégresse et d’amer­\ntume ! Cette Camargue nue et désolée, comme le poète la com­\nprend ! N’est-elle pas le symbole même de son âme ? « Là-bas,,\ndans les solitudes salines, hennissent les cavales de tes désirs et\nmeuglent les taureaux de tes colères ; leurs sabots sont fendus\nd’avoir rué contre les barrières, et leurs naseaux saignent du tr i ­\ndent des gardiens. » Mais « voyez, voyez. Dans le crépuscule une\nvoile blanche a lui, une voile de salut dont le m ât croise la ver­\ngue... Au pied du m ât chantent des femmes, et la barque syrienne\ns’incline à chaque flot comme pour saluer cette terre. » C’est la.\nbarque qui porte les Saintes Maries en Provence. « E t voici, ô\nmon âme, descendre sur toi la rosée de grâce. Sur ton am ertum e\nde solitude saline, sur ta stérilité de lagune m orte, ton crépuscule\ns’étoile de phares sans nombre... Qu’im portent les géographes et\nles épigraphes et les atterrissem ents du Rhône et la prophétesse\n\n\n                                                                 251\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "  M arthe qui suivait Caïus Marius. Ce sont les idées qui créent les\n  faits et la Vérité n’est fille que de la Foi. Que contre Raban\n M aur la critique soit forte, ma volonté contre elle est plus forte\n  encore ; et, pour que vous ayez réellem ent foulé cette plage, ô dis­\n  ciples et saintes femmes, il suffit que je l’aie voulu... » Les belles\n im ages! J ’ai voulu citer ces fragm ents ; la pensée qui caracté­\n rise le dernier éclaire sur la méthode de travail de M. Henri\n Mazel. L e poète dominera chez lui l’historien. Ah ! que de fleurs\n semées sur les raines de cette terre glorieuse ! Que d’occasions\n de ressusciter les m ythes antiques, les villes grecques peuplées\n de dieux irrités et de déesses souriantes : ce sont les éponymes de\n m arbre, les cavalcades des frises, les papyrus d’Orphée et de Tha ­\n lès. Oh ! Saint-Gilles ! Héraclée ! ville d’autrefois où « de laides\n gens trafiquent aujourd’hui de blés et de vignes. Ah ! ne vau ­\n drait-il pas mieux que de si glorieuses cités le nom seul existe et\n qu’il faille chercher leurs ruines au bord des fleuves m orts, comme\n l’autre Héraclée, mère du divin Zeuxis qui dort on ne sait où\n sous l’arène tarentine. » Quel m épris pour la vie courante, par­\n tout insipide et laide ! Son rêve va vers cette vieille église de\n Maguelonne, où vers les Alyscans funèbres. Il chemine dans une\n atm osphère qui n’est pas de ce monde. « L a m er sans voile s’éta­\nlait sous le ciel sans nuages. Les bleus se fondaient à l’horizon en\nle même azur et l’on eut cru m archer au sein d’une turquoise\ninfinie. » L ’image est belle. — Une émeraude où semble errer\ntoute la mer, avait dit Hugo. — M. H enri Mazel a compris mieux\nque personne la poésie des solitudes, douceur des extases, grise­\nries des parfum s de ravenelles, ces fleurs des ruines, brûlure du\nsoleil calcinant les vieilles pierres féodales, chansons mélanco­\nliques des grillons dans la poussière, des cigales dans les oli­\nviers...\n    Tout poète n’a-t-il pas un jardin d’élection où il voudrait que\nsa cendre reposât ? L ’am bitieux Renan aspirait à la paix du\ncloître gothique de la cathédrale de Tréguier. Le vieux cloître\nqui vit les jeux de son enfance se fu t enorgueilli de le bercer de\nson silence et de sa joie céleste s’il ne fû t devenu le renégat à la\nface épanouie de chanoine rassasié d’honneurs laïques. Mais quel\nsujet d’horreur n’eut-il pas été — et m algré les Souvenirs de Jeu­\nnesse où sa vie eut dû se retrem per sans cesse — pour les âmes\nbienheureuses, protectrices de la cité, qui errent à l’ombre de ces\nvieilles fleurs de granit ! M algré l’acharnem ent de quelques\nBretons de Paris à vouloir imposer ce m ort à ta n t de m orts non\nmoins illustres et non moins dignes d’adm iration et d’adora­\n\n\n252\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "tion, m orts qui n’ont point semé dans les âmes le doute, père\nde la douleur, il fa u t espérer que P aris gardera le Parisien\nPenan : T réguier v it trop intensém ent dans le Passé, dans le\nrêve, dans le silence, dans l ’oubli du monde et dans l’éloigne­\nment des cuivres de la Renommée. Les sonneries des cloches\nde ses monastères et de sa cathédrale ne s’accordent pas encore\naux hurlem ents du « dragon rouge annoncé par M erlin ». L a\ncite épiscopale écoute les leçons d’Hélori de K erm artin qui\nouvrent des horizons de paix et de bonheur, en attendant que\nl’Avenir et la Science l’abreuvent d’ignominie et l’écrasent de\ndouloureux fardeaux. Les Alyscans, « repos suprême après les\nvaines luttes, quiétude des prairies d’asphodèles endormies dans\nl’éternel crépuscule, champs-élysées », les Alyscans pourront être\n moins hostiles aux cendres de M. Mazel, car il n’a renié ni ses\nDieux ni son Dieu et son ombre trouvera là des ombres fra ter­\nnelles. Ce sont ces jardins de rêve, où dorm ent les souvenirs,\n qu’il désire pour y reposer. « A h! c’est votre solitude, Alyscans,\n que j ’aime et l’inconsolable de vos tombes et l’à jam ais disparu\n de vos cendres... Sous vos peupliers je voudrais dorm ir mon som­\n meil éternel. » T ant d’harmonies s’élèvent de cette âme qui se\n compare aussi à un grand p o rt de m er encombré de joie, ta n t\n d’amour pour les belles et grandes choses que l’on se sent devenir\n meilleur en apprenant à la connaître, ta n t il est vrai que la fré­\n quentation de la Beauté est l’école de la vertu et du bonheur.\n E t jam ais un cri de haine, mais, au fond, la seule préoccupation\n d’exalter. Quand il m anie l’ironie, comme dans Flottille dans le\n  Golfe, çà et là, c’est avec une finesse toute attique et sans aucun\n arrière-goût de fiel. Ce côté, en vérité moins connu, de la person­\n nalité littéraire de M. Mazel serait am usant à indiquer. Dans un\n article ému sur la m ort de son ami P aul Masson, le célèbre L e ­\n mice-Terrieux, il a plaidé les circonstances très atténuantes pour\ncette verve unique, un peu spéciale, qu’ont les vaudevillistes et\n les mystificateurs. Dans les fantaisies sans prétention qu’il pu­\nbliait dans l'Ermitage et pour la signature desquelles il épuisait\n toute une catégorie d’appellations : P ierre l’Erm ite, B ernard\n l’Ermite, T ristan l’Erm ite, il affichait une prédilection, parfois\n excessive, pour les concetti, les lazzi, les funam buleries et, pour\n trancher le mot, les calembours. Cette « fiente de l’esprit qui\nvole », comme disait Hugo, lequel, comme tous les écrivains sen­\nsibles à l’ivresse verbale, comme tous les poètes notam m ent, eut\ntoujours pour elle de l’indulgence, tom be parfois chez M.Mazel de\n façon inattendue. Celui qui lit de ses articles sérieux peut être\n\n\n                                                                253\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "désarçonné ou tout au moins secoué par l’im prévu de sa fantaisie.\nD’autres fois la plaisanterie est d’un goût plus subtil, très savou­\nreux. Dans le même num éro de l'Ermitage qui contenait cet arti­\ncle, dont nous parlions to u t à l’heure, sur Lemice-Terrieux, et\noù il déclarait son faible pour les mystifications délicates et inof­\nfensives, il donnait, à l’instar de Boileau, le précepte et l’exemple\nà la fois ; car, sous un pseudonyme bon enfant, il avait inséré un\nvéritable éreintem ent de sa propre Synergie, article très sérieux,\ntrès fouillé, très dur, qui lui valut de presque tous ses amis\ndes condoléances empressées et désolées. Mais cet aspect\nplaisantin et m ystificateur est à la fois accidentel et secondaire.\nM. Mazel est avant to u t un littérateu r sérieux. J e dis à dessein\nlittérateur, craignant d’effaroucher sa m odestie en le traitant\nd’ « auteur grave ». Il est trop spirituel pour se dire sociologue,\nhistorien, juriste, économiste ou philosophe, bien qu’il soit un\npeu to u t cela.\n    C’est, si vous voulez le définir en une phrase, un poète en prose\npréoccupé d’idées générales. Il semble voir, du moins jusqu’ici,\nplus volontiers sous l’angle évocation que sous l’angle narration;\nil a des visions brusques d’ensemble plus que des visions de détail\nsuccessives. Non que ses œuvres ne soient pas poussées à fond :\nbien au contraire, dans la composition de ses œuvres, drames ou\npoèmes, comme dans le tissage de ses phrases, on fait à chaque\ninstant de ces trouvailles qui font la joie des gourm ets d’a rt et de\nstyle ; mais ces touches partielles, ces raffinem ents fragm entés ne\nlui font jam ais perdre de vue l’effet d’ensemble qu’il poursuit. Or,\nces qualités de haute tenue, de composition harmonieuse, de\nrythm e général sont de celles qu’il nous faut, nous surtout Fran­\nçais, m ettre très haut, car c’est à elles qu’est due la vogue de notre\nlittérature. A ujourd’hui, on a une tendance à l’oublier, le temps\nmoderne est si chargé, si accaparé par mille choses, qu’on évite\nautant que possible de lire les œuvres poétiques d’un certain déve­\nloppement. L ’intensité ou la perfection de certaines pièces brèves\nde Baudelaire, de Verlaine, de H érédia a poussé trop de jeunes\nesprits à négliger ces qualités ; mais si viser à la composition sans\navoir d’abord le talent conduit droit au genre académique et\npompier, d’autre part, négliger la composition fait to rt même à\nceux qui ont du talent : le grand a rt est toujours un a rt composé.\nOr, M. Mazel visa toujours à la composition, soit dans le plan\ngénéral de ses drames, soit dans l’écriture même de ses phrases.\nTelle tirade de ses personnages, telle strophe de ses poèmes est\nun rythm e to u t à fait musical. J e voudrais citer ici en entier un\n\n\n254\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": " de ses poèmes, Saint-Gilles, p ar exemple — mais le lecteur le\ntrouvera facilem ent dans la Frise du Temple — pour m ontrer\nl’art souple et varié avec lequel le poète poursuit son idée, passant\nd’un bond d’une bourgade m orne d’aujourd’hui à une brillante\nville médiévale, puis à une plus brillante encore cité grecque,\névoquant en deux ou trois strophes to u t un choc de peuples\nbarbares, un fouillis que dominera la figure vaguem ent entrevue\nd’un des noms sacrés de l’histoire; enfin, par un dernier retour,\ndégageant le double sens allégorique et fondant les évocations\nprécédentes en un rêve purem ent psychique où se complaît le\npoète perdu dans un souvenir attendri et doux. Donc, ce qui\ncaractérise surtout M. H enri Mazel, c’est un continuel souci de\nl’harmonie, de la vérité du fond unie à la perfection de la forme.\nSa phrase est parfois d’une tresse savante et compliquée, mais\ntoujours souple, ample, aussi riche en mélodie qu’en harmonie,\ndirait un musicien. Il n’a point écrit de vers, mais ses poèmes en\nprose pourront trouver place à la suite de ceux d’Aloysius\nBertrand, l ’ancêtre; ils ont leur perfection verbale, ils ont surtout\nune émotion très personnelle. Ecoutez ce que lui inspire telle ruine\nprès de qui s’écoula son enfance, la Tour Magne ou la Maison\nCarrée : « Ainsi de mon œuvre qu’il ne reste un jour qu’une ruine\ndécharnée, énigm atique, un éboulis lamentable, dont on ne puisse\nreconstituer le faîte, mais que du moins, to u t nom fût-il aboli et\ntous trésors dispersés, s’y présente à jam ais la hantise radieuse de\ncelle qui fu t mon âme et s’y endorm it dans l’éternel de ses longs\ncheveux d’or et de ses doux yeux d’azur ». — « J ’ai voulu, douce\nterre de Languedoc et de Provence, que mon œuvre fû t baignée\npar ton fleuve, dorée par les grandes ailes vivifiantes de ton\nmistral, et que ta légende s’entrem êlât à mon rêve, comme les\ncheveux de la bien-aimée se prennent aux lèvres de l’am ant. »\nN’est-il pas vrai que ces poèmes ont comme un goût de larm es?\n\n                                               Y ves B er th o u .\n\n\n\n\n                                                                     255\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "              REVUE DES LIVRES\n\n\n                                                             LES        POÈMES\nLa maison d’Exil, p a r E d m o n d P i l o n . (M ercure de France.)\n\n   P our être d’exil, la maison qu’habite M. Edm ond Pilon n’en\nest pas moins délicieuse; je la crois bâtie au flanc d’un coteau,\npetite, basse et lumineuse. A l’entour s’étend un jard in arboré où\nbutinent les abeilles, les fleurs y ont un doux p a rfu m et le poète\nmodule à l’ombre des charmilles un chant tendre et pas­\nsionné.\n   Les volets, clos à midi, s’ouvrent gaiem ent à l’aurore et la\nmaison est alors pleine de rires. Du seuil le paysage étalé est\ncharm ant.\n                   B u linge, blanc flottait entre les arbres\n                   Parm i Véclat des coiffes de paysannes ;\n                   Cela faisait de grandes ailes dans le bois\n                   E t ressemblait, dans l'aube diaphane,\n                   A de grandes ombres d'anges blancs\n                   Apparus là, dans de la joie.\n\nLe Jour qu’on aime, p a r G e o r g e s P io c h . (M ercure de F rance.)\n\n   L e vers de M. Pioch est grandiloquent et rude. E n ce livre, par­\nfois, il s’adoucit et s’harm onise aux rêveries d’amour pour rede­\nvenir bientôt violent et emporté. Le Pégase que chevauche le\npoète est om brageux et rétif, il hennit, et ses naseaux fumants\naspirent les nuages de poudre épars sur la bataille.\n\nPoésies humaines, par J e a n S é v è r e . (Paris, Chamuel.)\n\n         Certe, il maudit très bien la guerre et ses ruines,\n         I l a pour les vaincus une sainte amitié ;\n         Son langage est tout plein d'amour et de pitié.\n         I l voudrait qu’ici-bas tous les hommes soient frères...\n         E t, bien que nous ayons des intérêts contraires,\n         J'admire son talent et ses convictions.\n\n\n256\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "  Cet extrait textuel des Poésies hum aines ne donnera sans\ndoute pas au lecteur le g oût d’en lire davantage.\n\nM a r i o n n e t t e s , par L é o n L e g a v r e . (L a Verveine, Mons.)\n   Chacune des v in g t pièces que nous envoie M. Léon L egavre\nest une pointe sèche d’un dessin sobre, sûr et achevé.\n   M. Léon Legavre a le sens de l’ironie et du trait, et on songe en\nle lisant au D oux P ays ! de Forain.\n\nEn W a l l o n i e , p a r E . D e s p r e c h i n s . (Namur, Godenne.)\n   Voici de délicieux croquis, de frêles pastels et de fraîches aqua­\nrelles. M. Desprechins a le sens du nom bre, du rythm e et de\nla mesure. L a langue est pure et de bonne lignée française; mais\npourquoi laisser passer ceci :\n\n              I l conte en souriant de bien drôles d'histoires.\n  A p art quelques tra its — trop fam iliers à Coppée — la pièce\nqui suit, intitulée : A u Bois, n’est-elle pas ravissante ?\n\n          L 'a ir est bien ; les linots gazouillent dans les branches.\n          A vril aux cerisiers a mis des housses blanches,\n          E t les pommiers fleuris ont l'air de gros bouquets.\n         C'est dimanche. A u x sentiers qui vont vers les bosquets\n         Passent sous les lilas a u x grappes violettes,\n         Des minois printaniers et de blanches toilettes,\n         I l fa it si beau ! Sous bois l'on va prendre le frais,\n         E t sous les coudriers, par les taillis discrets,\n          Où s'ouvre en souriant mainte et mainte fleurette,\n         Avec de gais fredons l'on fera la cueillette.\n         Aussi par tous chemins de vagues bruits de voix\n         Des hameaux d'alentour descendent vers les bois.\n         Fillettes aux grands yeux, souriantes et fraîches,\n         E t mignons garçonnets, roses comme des pêches,\n         De la ville avec père et mère sont venus ;\n         E t les bosquets sont pleins de rires ingénus,\n         De rumeurs, de chansons, et de falbalas roses.\n         Oh ! les enfants, les fleurs! douces et frêles choses\n         Qui pour moi — vision lointaine du ciel bleu —\n         Reflètent ici-bas le sourire de Dieu !\n                                                                           P aul   M u ssc h e.\n\n\n\n\n                                                                                             257\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "                                                                         LES          ROMANS\nL e s M a in s g a n t é e s e t l e s P i e d s n u s , p a r A n d r é R u y t e r s . (B r u x e lle s,\n  Lacomblez, édit.) — B a l l e t s e t V a r i a t i o n s , p a r M a r c e l R é j a . (Paris,\n  Mercure de France.) — L e s P i e r r e s qui p l e u r e n t , p a r H ENRY BouRGEREL.\n  ( P a r ie , Mercure de France.)\n\n     Des dentelles ténues et exquises, des tram es irisées de savants\njeux de lumière enveloppent les im aginations de M. Ruyters.\nC’est un tisseur doué de qualités artistiques rares. Il unit des\nnuances caressées du souvenir doux et léger de W atteau, aux\nentrelacs de visions étonnantes. L ’écriture est parfaite, mais\nl’œuvre n’est douée que de style. Tout au plus les mélancoliques\nironies finales, certaines allégories — ainsi celle du prem ier conte\n — peuvent-elles relever et élargir le sens de ces pages ; ce sera\nune pensée hum aine — enfin ! — après les jeux libidineux de fan­\ntoches inconscients de leur honte. Un seul personnage -— celui de\nl ' Insaisissable Am ante — se regardera, un instant, en conscience :\n « Les gens qui, to u t le jour, au sain labeur de la terre avaient\ndonné leurs forces, m aintenant rentraient chez eux. L e repas, le\nfoyer, l’étable les rappelaient; ils furent les images d’une vie\npuissante, simple et auguste; sous leurs saluts, je rougis. » Est-ce\nl’aveu? L a reconnaissance d’une hum anité non rivée à l’unique\nrecherche de basses gym nastiques ? L ’entrevision du b u t réparti\nà celui que Dieu doua des enchantem ents de l’A rt?\n     E n dépit de ce titre Ballets et V ariations , étiquettes amoindris­\nsantes des symboles résumés en gestes p lu tô t puérils, M. Marcel\nR éja a vu une étendue plus large de la vie. Cela ne va pas sans\nfausses pirouettes, ni sans fatigue. M. Marcel R éja a des phrases\nqui vraim ent rappellent des ondulations de G avotte ou de Valse,\net des idées ingénieusem ent adaptées au rythm e de ces danses.\nLivre bizarre, curieux sans doute, et très long.\n     J ’ai lu L es Pierres qui pleurent, de M. Henry Bourgerel, avec une\nprofonde émotion. Ceci est un livre admirable. Tous les pensers\nrem uant les cerveaux assoifés de vérité, envolées de F oi et d’Art,\nregards jetés vers l’infini du ciel ou plongeant dans des gouffres\nvertigineux, sont ici embrasés de lueurs. L a nuit des consciences\nne s’effrite pas dans l’aube durable, mais elle est déchirée d’un\n frisson de lumière prophétique. Les suppliants . les pauvres êtres\n qui se veulent apôtres de Beauté : Brennelis, K erpenhir, Kerguel­\n van... c’est le drame de leur pensée qui se joue ici. Puis-je\n « raconter » ce rom an? Non. On lui fera ce reproche imbécile de\n m anquer d’action, comme si l’action tenait dans la mimique des\n bras et des jambes, alors qu’elle gîte dans les recels de l’âme.\n\n\n258\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "Certaines pages des Pierres qui pleurent sont obscures, me dit-on.\nMais nous, ne vivons-nous pas dans le m ystère? L a ténèbre s’épais­\nsit aux portes de l’éternité. Nous ne verrons tout que de l’autre\ncôté. P a r là s’affirm e encore le caractère d’hum anité de l’œuvre.\n   Reproduisons ce passage :\n\n   K erpenhir s’adresse à K erguelvan : « — Ainsi, René, vous\nvoyez que le penseur retrouve la foi dans l’analyse même qui\nl’avait détruite. Dès qu’il a senti son âme aux prises avec le\nmonde, il a retrouvé Dieu et Satan... il a entendu leurs paroles\ndans le langage des choses muettes... il a deviné leur présence dans\nson âme et dans sa chair... Mais, hélas ! qui a douté doutera : la\nfoi était un pont jeté sur l’infini, aujourd’hui nul n’y passe plus\nsans vertige !... Cependant si le culte de Jésus est né, comme vous\nl’avez rem arqué, du spleen païen, ne renaîtra-t-il pas du spleen\nchrétien ? Ainsi notre sainte religion serait vouée à l’éternité par\nles conditions mêmes de sa naissance... A côté du Prom éthée\nsans cesse renaissant existe désormais le Christ éternel : le rédem p­\nteur veille sur le révolté... le Supplicié du G olgotha ne cessera\nd’apparaître au Supplicié du Caucase.\n   » K erguelvan : — L e poète ne peut être seul et sans Dieu, car\nsans cesse il se penche sur l’infini. L ’abandon du Christ, c’est le\nrègne du Sphinx, du Sphinx dont les prunelles inéluctables ren ­\ndent fou, car il regarde par les yeux de chaque être et par tous\nles pores de la m atière : le regard posant l’éternelle énigme, je\nl’ai rencontré jusque dans les parfum s, jusque dans les sons, ju s­\nque dans la lumière, ju sq u ’au plus profond de moi-même et ainsi,\npartout et toujours, j ’ai subi l’interrogation, sans trêve, comme\nun remords !\n   » Brennelis balbutie, s’approchant de K erguelvan :\n   » — Pardon... je voulais vous dire... donnez-moi votre main,\nil me semble que je vous aime... il me semble que je vous ai\ntoujours connu... quelle œuvre ferez-vous ? »\n\n  Je lis au hasard du livre e n tr’ouvert : « L ’a rt est une forme\ndouloureuse de l’espérance ».\n  Le poète Brennelis souriait, à voir, dans son im agination,\ncomme une avenue qui s’ouvrait vers la gloire... — M. H enry\nBourgerel, elle est ouverte devant vous !\n                                                GEO RG ES V i r r è s .\n\n\n\n\n                                                                     259\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "                  G L A N E S DU MOIS\n\n\n                    D O M ............................       Q u ’u n p r ê t r e a i t s o u c i d ’a r c h é o lo ­\n                    OLIVIER DESTRÉE                      g ie , v o i l à q u i s e c o n ç o i t p e u t- ê tr e .\n                                                         Q u ’u n p r ê t r e s e p r é o c c u p e d ’a r t p ic ­\n   Au sommet d’un site admirable, et\n                                                         tu ra l, d e m u s iq u e e t d e c h a n t, p o u rv u\npropice entre tous aux fécondes\n                                                         q u ’il n e s o i t p a s « t r o p a r t i s t e »,\ncontemplations d’une âme artisti­\n                                                         c e la e s t e n c o r e q u e lq u e p e u to lé ra b le .\nque et chrétienne, s’élève, là-bas,\n                                                         M a i s q u ’u n p r ê t r e s ’a v i s e d e m a n i­\ndans les Ardennes namuroises, le\ndouble clocher de l’abbaye de Mared­                     f e s te r d e r é e lle s a p titu d e s litté ra ire s ,\n                                                         n ’e s t - c e p a s m o n s t r u e u x ?\nsous.\n                                                             « S a c r i f i e r à l a F i c t i o n ! é c r i r e en\n   C’est dans le recueillement de ce\n                                                         v e r s , e s t i n d i g n e d ’u n P r ê t r e , M o n ­\ncloître, où œuvrent d’Art, pour Dieu,\n                                                         s ie u r ! »\nles disciples de saint Benoît — moi­\n                                                            T e l e s t d u m o i n s l ’a v i s q u i p r é ­\nnes auxquels l’Humanité est rede­\n                                                         d o m in e d a n s m a in ts « b u re a u x »\nvable de combien de chefs-d’œuvre ?\n— que notre très cher confrère Oli­                      d e s év êch és.\nv ie r - G eo r g es D e s t r é e , le jeune écri­                             SED A U DI..................\nvain, dont le style est non moins ex­                                           ALTERAM PARTEM\ncellent que le cœur, s’est retiré, voici\n                                                             I l e s t f r a n c h e m e n t r e g r e t t a b l e que\nquelques semaines, avant l'Oblat de\n                                                         « l e s b u r e a u x » d e s é v ê c h é s n ’a ie n t\nJ.-K. Huysmans.\n                                                         p a s fo n c tio n n é a u x te m p s p ro p h é­\n   Cette vêture, au 1er octobre der­                     ti q u e s . Q u e lle b e lle b e s o g n e — e t s u r ­\nnier, de l’artiste qui prit une part                     a b o n d a n t e , n ’e s t - c e p a s ? — c’e û t\nsi grande à la divulgation en Bel­                       é té p o u r e u x d e r e p ro c h e r a u R oi\ngique et en France du vieux préra ­                      D a v i d , p a r e x e m p l e , d'écrire en vers\nphaélitisme italien et du moderne                        l e s P saum es d e la P é n it e n c e , p u is\npréraphaélitisme anglais, me fit son­                    à D a n i e l a u s s i , p u i s à I s a ï e , p u is à\nger à ces Prêtres-Poètes, tels que                       E z é c h ie l , d ’é c r i r e é g a l e m e n t en vers\nHector Hoornaert, Guido Gezelle,                         e t d e s a c r i f i e r é g a l e m e n t « à l a F ic ­\nHugo Verriest en Flandre, tel que                        ti o n » !\nl’abbé Louis Le Cardonnel en France,                          C a r — « l e s b u r e a u x » l ’ig n o r e n t\nqui sont l’honneur et font la joie des                   p e u t - ê t r e — t o u s l e s V o y a n ts du\njeunes lettres catholiques.                              P a s s é , t o u s le s g r a n d s P ro p h è te s\n                                                         f u r e n t d e g r a n d s P o è t e s , e t c’e s t en\n   Mais cette vêture me rem it encore                    vers b r û l a n t d ’E s p o i r , o p u le n ts de\nen mémoire certaines lettres — que                       s y m b o l e s e t v i b r a n t s d ’h a rm o n ie s\nje conserve — en le secret desquelles                    q u e s e s o n t e x p r i m é s c e s c h a n te u r s\ndes clercs, pleins de talent, de clair­                  i n s p i r é s , c e s a n n o n c i a t e u r s d e la ve­\nvoyance et de savoir, me confièrent                      n u e d e D ie u .\nleurs doléances touchant l’accueil                            J e s i g n a l e e n c o r e à l a v ig ila n c e\nque rencontre parfois, dans les \" bu­                    d e s d i t s « b u r e a u x » u n c e r t a i n évê­\nreaux \" des évêchés l’élite intellec­                    q u e d e s p r e m i e r s s i è c le s nom m é\ntuelle du clergé séculier.                               J e a n . C e lu i - l à a u s s i écrivait en vers,\n\n\n\n260\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "sacrifiait à la Fiction, quand il com­      « argument » je le rétorquerais et, ne\nposait à Pathmos, devant l’immense         leur en déplaise, il me deviendrait,\nazur méditerranéen ses poèmes apoca­       pour ma thèse, une raison a fortiori.\nlyptiques dont le lyrisme surhumain        Tout catholique, et les « bureaux »\nreste à jamais incomparable.               eux-mêmes, ont le chrétien désir, cela\n   Il est vrai que ce Jean, qui n’en       n’est point douteux, de voir la Vérité\nfut pas moins canonisé, eût pour           christianique Reine et conductrice\nMaître un certain Jésus surnommé           de l’Esprit humain dans tous les do­\nle Christ, en lequel les \" bureaux \"       maines de l’activité intellectuelle.\nvoudront bien reconnaître avec moi         Chacun donc, parmi nous, exulte à\nle Poète par excellence, Celui dont        voir les prêtres se vouer, pour Dieu, à\nla Parole a créé au commencement           la Science, à la Sociologie, à l’Histoire.\ntoutes choses et qui, Verbe incarné,          Advienne une défection soudain,\némerveillera tous les siècles par la       au milieu d’eux, y aurait-il un seul\nPoésie divine de la Religion qu’il en­     croyant assez        irréfléchi (soyons\nseignait en Paraboles. (Horreur ! Il sa­   charitables) pour en tirer cette con­\ncrifiait donc Lui aussi à la Fiction?)     clusion stupide : Puisque l’orgueil a\n    Si S. Paul ne nous avertissait         égaré ce prêtre savant, sociologue ou\nqu’ « il ne faut scandaliser ses frè­      historien, il est à souhaiter que tous\nres », j’aurais en terminant prié « les    les prêtres s’interdisent désormais\nbureaux » de faire des remontrances        l’apostolat si fécond, si glorieux de\n— respectueuses, cela va sans dire         la Science, de la Sociologie et de\n— au Pape Léon XIII, dont la direc­        l’Histoire? La protestation s’élève­\n tion sociale de l’Eglise universelle      rait unanime autour d’un discours\n fait l’admiration du monde — à ce         semblable et l’on s’accorderait pour\n vieillard inspiré d’En Haut qui signa     lui répondre qu’au lieu d’abandonner\nrécemment deux poèmes dont l’un            le terrain du savoir aux empiéte­\n (célébrant Clovis, roi des Francs)        ments de l’Erreur, à cause des apos­\n vient d’être mis en musique par un        tasies, il faut, à plus forte raison,\n compositeur français ; car enfin (style   que les efforts du haut clergé ten­\n Brunetière) je ne vois pas pourquoi       dent à susciter des savants nouveaux\n « les bureaux » reprochent à de sim­      qui dédommagent ainsi l’Eglise et la\n ples clercs, dont les travaux sont bien   Vengent des apostats.\n moins encombrants, ces « futilités »         Eh bien, si ce langage est juste et\n littéraires et n’adressent pas préala­    sain quand il s’agit de la Science, de\n blement leurs reproches au Poète          la Sociologie, de l’Histoire, par quel\n pontifical qui a mission de gouver­       miracle, s’il vous plaît, ne le serait-il\n ner la chrétienté tout entière ?          plus quand il s’agit des Lettres\n                                           catholiques ?\n                   L’ÉPOUVANTAIL\n                                                             AVEUGLEMENT .\n   On objectera, je sais bien, le dan­                       OU IGNORANCE ?\nger que peut courir la charité, l’hu­\nmilité du Prêtre au milieu des riva­          Aveuglement ou ignorance, les\nlités et des louanges que lui vaudront     « bureaux » des évêchés semblent\nses œuvres d’écrivain. Et l’exemple        faire fi, par trop, vraiment, du talent\nde celui qui fut l’abbé Charbonnel         littéraire comme moyen apostolique.\nremplirait assez décemment, j ’en             Ils sont les premiers à gérémier\nconviens, le rôle d’épouvantail à          sur la corruption du siècle par le\nmoineau dans l’arsenal de mes con­         livre, mais agissent, d’autre part,\ntradicteurs. Malheureusement ( ou          comme s’ils avaient mission d’em­\nheureusement, c’est au choix) loin         pêcher les prêtres de talent de con­\nde me convertir à leur opinion, cet        trebalancer cette corruption, de l’en­\n\n\n                                                                               261\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "  rayer par des livres aussi beaux de            plus remarquables œuvres contem­\n  forme et certes plus beaux de Pen­             poraines.\n  sée que les livres des corrupteurs.               Ainsi, à l’admirable drame de Gé­\n    Ignorent-ils done ce qu’a produit            rard Hauptmann (dont la morale,\n  dans la France et le monde le Génie            nullement socialiste, est dans ces\n  du Christianisme ?            G. R.            paroles d’un tisserand : « Tous nos\n                                                 malheurs n’arriveraient pas si tout\n                        CERCLE D’ART le monde était chrétien)' », aux T is s e ­\n                        « LA LUTTE » . r a n d s , a succédé, sur l’affi che du\n     Pour que les écrivains de Belgique Nouveau Théâtre bruxellois, J ean -\n   ne soient plus méconnus, mais esti­ G a b r iel, B o r k m a n . chef-d’œuvre d’Ib­\n   més à leur juste valeur, le Cercle sen, étonnante et troublante peinture\n   d’Art La Lutte organise cet hiver de l’ambition, des égoïsmes, mais à\n  une première série de douze confé­ laquelle il faudrait vraiment, pour en\n  rences sur les principaux d’entre eux. parfaire la beauté, l’éloquence et la\n  MM. Mussche, Ned, Ramaekers, R i ­ vérité même, un rayon d’infini, un\n  chaume et Virrès parleront de Van regard au delà de la mort. Lugné-\n  Hasselt, Pirmez. Decoster, Lemon­ Poë y remplit lui-même, avec le\n  nier, Picard, Kurth, Rodenbach, talent que l’on sait, le rôle du héros.\n  Waller, Giraud, Verhaeren, Eek ­ C’est au Théâtre de la Monnaie que\n  houd et Maeterlinck.                          fut exécuté récemment, avant même\n    La première conférence sur l’œuvre de l’être à Paris, et pour la première\n  trop méconnue (l'André Van Hasselt, fois dans la traduction française, le\n l’auteur des Quatre incarnations au R h e in g o l d , I’Or du R h in , do Richard\n  Christ, sera donnée par E douard N e d , Wagner. A ceux qui s’étonneraient de\n le jeudi 24 de ce mois de novembre. voir Paris devancé par Bruxelles\n De quinzaine en quinzaine suivront nous rappellerons que les Nationa­\n les autres conférences à la M a iso n listes tiennent maintenant le haut du\n d ’A r t , 56, avenue de la Toison d’Or.       pavé et que ce sont ces chauvins\n Les adhésions des personnes étran­ imbéciles qui organisèrent, au temps\n gères au Cercle doivent être adres­ de la Boulange, l’ignoble charivari\n sées aux bureaux de La Lutte, 114, « nationaliste » autour de Lohengrin.\n rue Franklin, à Bruxelles. Une carte             Il n’est pas jusqu’aux « Samedis\n d’entrée — 5 francs — donne droit littéraires » ci-devant de l'Odéon,\n d’assister aux douze conférences. Au actuellement du Théâtre Antoine, qui\ncours de chacune d’elles seront lus n’aient leur pendant à Bruxelles, cela\ndes morceaux choisis — vers ou grâce à Henri Maubel, le très artiste\nprose — de l’écrivain qui en fera directeur du Théâtre du Parc. Le\nl’objet. Nul ne s’étonnera qu’avec un public \" lettré \" y vient très nom­\ntel programme les prévisions les breux, ne ménage pas ses applau­\nmoins optimistes augurent un réel dissements à la surprenante Berthe\nsuccès à notre tentative d’extension Baty, qui y déclama merveilleuse­\nlittéraire.              Le Secrétaire,        ment Beaudelaire (elle y déclamera\n                        Paul M ussche.         bientôt du Francis James, du Ba­\n                                               taille et du de Régnier), et le dit\n                                               public écoute religieusement les\n                     ÉCHOS ................... poèmes de poètes belges, tels que Ver­\n                     DES THÉÂTRES.             haeren, Giraud, Elskamp, et n’ap­\n                                               plaudit pas moins une prose lumi­\n   Décidément, Bruxelles n’a plus rien neuse d’A. Toisoul, et les Fleurs de\nà envier, au point de vue théâtral, à Silence, l’un des plus beaux poèmes\nParis, depuis qu’on joue simultané­ du Jardin fleuri. d’Edouard Ned.\nment, dans les deux capitales, les\n                                                                           g . rt.\n\n\n\n262\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                                L a                  L         u t t e\n    R evu e catholique d’A rt.\n                                                                           PARIS E T              BRUXELLES\n\n\n                                     C O M IT É P A T R O N A L :\n\nVALÉRE MABILLE — LÉON SOMZÉE — AMÉDËE d e BRESSOUT\n\n\n                                              D ir e c t e u r :\n\n                                GEORGES                     RAM AEKERS\n                                       1 1 4 , r u e F r a n k l in , B r u x e l l e s\n\n\n                                              Secrétaires :\n                        PARI S                                                       BRUXELLES\n   C H A R L E S de R O U V R E                                           ÉDOUARD                     NED\n              2 7 , ru e d’A m sterd am                                          34, rue du Conseil\n\n                           Rédaction de « La L utte ) :\n                                                  FRA N CE :\n           Y v e s B erth o u , A l b e r t J o u n et, Geo rges L e                         Ca r d o n n b l\n                              C h a r l e s d e R o u v r e , L o u is T i e r c e l i n\n\n                                               B E L G IQ U E :\nE r n e t De l t e n r e , P o l D e m a d e , P a u l M u s s c h e , E d o u a r d N e d , J o h a n N i l i s\n                                                 E r n e s t Pé r ie r\n             Geo r g es R a m a e k e r s , E d g ar R ic h a u m e, G eo rg es V ir r è s\n\n\n\n                                   P r in c ip a u x C o lla b o ra teu rs :\nP a u l A n d r é , F r a n z A n s e l, A lb e r t H e r th e l, L o u is e e t L o u is D e la ttr e , E u g è n e\n   D e m o ld e r, H e n r i D elisle , H e n r i d e R é g n ie r , E d o u a rd D u c ô té , M a u ric e D u lla e r t,\n   M a x E ls k a m p , H e n r y G h è o n , E u g è n e H e rd ie s , J o r is - K a r l H u y s m a n s , C a m ille\n   L e m o n n ie r , G e o r g e s M a rlo w , C h a rle s M o ric e , M a rie e t J a c q u e s N e r v a t,\n   G e o r g e s O u d in o t, M a u ric e P e r r è s , V ic to r R e m o u c h a m p s , G e o rg e s R o d e n b a c h ,\n   P r o s p e r R o id o t, B la n c h e R o u s s e a u , L éo n R y c x , L a u r e n t S a v ig n y , C a m ille\n   S c h iltz , l ’a b b é A r m a n d T h ié r y , F ir m in V a n d e n B o s c h , E m ile V e rh a e re n ,,\n                                           F r a n c is V ielé-G riffin .\n\n\n\n      Adresser tout ce qui concerne l’Administration chez les Éditeurs :\n                              A L F R E D V R O M A N T & Cie\n                    BRUXELLES                                                             PARIS\n        3 , r u e de la C hapelle, 3                                        60, ru e M adam e, 60\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "     É D I T I O N S DE \" L A LUTTE \"\n\n\n                       PO U R PA RA ITRE PROCHAINEMENT :\n\n                                        G eo rges V ir rès\n\n\n                EN              PLEINE                            TERRE\n                                LA      GLÈBE           HÉROÏQUE\n\n Un fort volume in -18 .................................................................. 3 fr. 50\n\n\n                    DIEU                   DE             BEAUTÉ\n                                    P a r A lb e r t       Jo u n e t\n\n U ne plaquette in -18 .............................................................................35 c.\n\n\n\n\n      Q U E L Q U E S LIVRES RECOM MANDÉS\n\nP o l D e m a d e . 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