{"numero_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "articles": [{"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-001", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue Catholique d'Art AlfredVromant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 384, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 302, "texte": "Revue Catholique d'Art\n\n\n\n\n                                AlfredVromant&C. Editeurs\n                                60Rue Madame - Paris .\n                                  3, Rue de la Chapelle . Bruxelles\n\n\n\n\nQ UATRIÈM E ANNÉE- -   N° 11.                15 FEVRIER      1899.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-002", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOM M AIRE DU N U M É R O 11 15 F é v r ie r", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 385, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 331, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "SOM M AIRE DU N U M É R O                                         11\n                                 15 F é v r ie r 1 8 9 9 .\n\n\nGeorges Ramaekers : L e fo ssé q u i n o u s s é p a re (Esthétique) 343\nEdouard Ned : L e je u de l ’a m o u r et d e la n eig e (Conte) . 346\nCharles de Sprimont : D u p r in te m p s à l’h iv e r (Poème) . 350\nGeorges Le Cardonnel : L e s ch a n ts d e l'adolescence et d e\n      la je u n e sse (P rose)..........................................................352\nYves Berthou : A u p u its d e Jacob (Poème)............................ 355\n\" La Lutte \" : L ’abbé H e c to r H o o r n a e rt (Monographie). . 356\nL’abbé Hector Hoornaert : D ’a p r è s les M a îtr e s esp a g n o ls\n      (Sonnets)............................................................................. 359\n          I. Portrait de Murillo.\n          II. Immaculée Conception.\n          III. Saint François récompensé.\n          IV. Portrait de Murillo.\n\nSaint Antoine : N o tu le s p a r i s i e n n e s ...................................... 361\nGeorges Ramaekers : A c tu a lité s th é â tr a le ............................ 366\nUijlenspiegel : G la n es d u m o is (T héâtre et b ib lio g ra p h ie) . 372\n\n\n\n\n          “ LA L u t t e » ne publie que de l’inédit.\nT ous d r o its de r e p r o d u c tio n e t d e tr a d u c tio n ré se rv é s.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-003", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 343, "page_fin": 346, "titre_corps": "Le fossé qui nous sépare", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers.", "ancre_debut": "LE ROSSÉ QUI NOUS SÉPARE. T U TE erreur", "ancre_fin": "G eorges R a m a ek ers.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE JEU DE L’AMOUR ET DE LA NEIGE.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 386, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 102, "fin_caractere_exclue": 1553, "texte": "LE       ROSSÉ\n                               QUI       NOUS SÉPARE.\n\n                 T U TE erreur, a écrit quelque p art Bossuet, est une\n                 O\n             vérité dont on abuse.\n               Lum ineux aphorisme ! mais qu’on ignore, hélas! ou\n             qu’on oublie, dès que l’on pénètre au champ clos de la\n             bataille des Idées.\n   De quel puissant secours ne nous serait-il pas, pourtant, si nous\nle savions prendre enfin pour point de départ de toutes nos criti­\nques, quelque soit d’ailleurs l’objet du débat — Vérité, B onté ou\nBeauté — qui s’ouvre devant nous.\n   Nous bannirions ainsi to u t parti-pris grossier, et plutôt que de\nrejeter en bloc à priori, comme à plaisir, l’erreur philosophique,\nesthétique ou m orale dans l’œuvre du voisin, nous nous applique­\nrions à rechercher dans son erreur cette V érité dont il abuse, et\nque — moins les abus — nous partageons aussi.\n   Ju sq u ’à présent les catholiques n’ont voulu aboutir, semble-t-il,\nqu’à creuser davantage le fossé qui les séparait de leurs adver­\nsaires.\n   Trop longtem ps les polémiques n’ont servi qu’à satisfaire ou\nexciter, chez l’auteur et chez l’auditeur, le toujours médiocre et\nsouvent odieux plaisir que procure à nos instincts l’exercice ou le\nspectacle de l’Ironie, de la Colère et de la Haine.\n   Mais ne serait-elle pas plus digne de nous pourtant, plus belle\n\n\n     14                                                           343\n"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2501, "texte": "puisque adjuvant à l’Harmonie — plus loyale et plus charitable\n aussi — donc plus chrétienne — cette discussion désirable, où,\n sans em portem ent et avec la ferm eté calme qui est la preuve\n physiognom onique d’une conviction sincère, nous nous efforce­\n rions à découvrir, sous les abus des théories adverses,les moindres\n parcelles de V érité qui, plus ou moins — à leur insu peut-être —\nles font se rapprocher de notre F oi divine?\n    Le m om ent n’est pas éloigné où, loin de creuser « le fossé »\n plus profondém ent encore que ne l’avaient creusé nos aînés, nous,\nles jeunes hommes chrétiens du XXe siècle — notre siècle ! —\nnous nous efforcerons de le combler.\n    P en d an t que nos aînés s’obstinaient en la passivité stérile d’une\nhostilité purem ent verbale à jérém ier sur « le m alheur des\ntem ps », « la corruption du siècle » et sur... une demi-douzaine\nd’autres clichés encore plus séculaires, l’élite intellectuelle de nos\nadversaires accaparait, au profit du Mensonge, les A rts, la Science\net l’Histoire. E t depuis l’on va p artout proclam ant la prétendue\n antinom ie de la Raison et de la Foi, de la Justice et de la Foi,\nde la Beauté et de la Foi...\n    Il est grand tem ps que cela cesse.\n    D éjà un des plus illustres prélats de ce vivant e t perspicace\népiscopat du Nouveau Monde — j ’ai nommé John Ireland — a\ninauguré par un livre retentissant l’ère des Réconciliations vic­\ntorieuses et hâté la féconde union de l’Église et du Siècle.\n    Quant à nous, nous savons que le devoir chrétien est d’y aider,\net nous y aiderons de toute la force de notre ardeur adolescente,\ndans le domaine spécial qui nous est dévolu : le domaine esthé­\ntique.\n   Il y a un an aujourd’hui, un an déjà! que nous avons\nouvert et provoqué nous-mêmes, dans la capitale belge, une dis­\ncussion courtoise et calme, où nos confrères de l’autre bord furent\ninvités à exposer avec une liberté entière leurs tendances artis­\ntiques.\n   Les assistants de ce Congrès, participants et auditeurs, ont\nconservé, présents à la mémoire, les débats qui eurent lieu les 19 et\n20 février 1898 au Palais des Académies, et à tous ceux qui\nsurent alors entendre et com parer sans partialité apparut l’éclec­\ntism e et la préexcellence de l’E sthétique universelle qui prend\nsa source au théism e chrétien.\n    Depuis, les im putations systém atiques de quelques adversaires\net les plaisanteries p lutôt intem pestives de quelques « beaux »\nesprits superficiels ont eu pour unique résultat de dissiper cer­\n\n\n344\n"}, {"page_pdf": 388, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": " taines équivoques en provoquant de notre p a rt les rectifications\n élucidatives, que devait inévitablem ent appeler la rare m ala­\n dresse de leurs attaques. Mais il en est aussi, même parm i les\n nôtres, qui interprètent à contre-sens nos paroles, et qui, de bonne\n foi et sans penser à mal, s’im aginent sérieusem ent que l'A rt\npour Dieu est une école !\n    C’est ainsi, par exemple, que dans la Montagne de Genève, la\n vaillante revue des Jeunes Suisses, où M. Em ile Savoy consa­\n crait en janvier 1899 sa prem ière « Chronique belge » aux écri­\n vains de « L a L u tte », il est parlé, à propos du Congrès de B ru­\n xelles et de l’esthétique de « l'A rt pour Dieu », d’ « École »\n et de « barrière ».\n    Or, en réalité, rien n ’est plus faux. E t notre ami A lbert Jour-\n net l’a pérem ptoirem ent dém ontré dans sa réponse à Henri\n H irsch 1 : l'A rt pour Dieu n ’est nullem ent une école ; 1’ « A rt\npour Dieu » combat toutes les écoles dont l’exclusivisme est\nattentatoire à la liberté de l’artiste ; il fait tom ber en a rt toutes\nles barrières, il comble tous les fossés !\n    S’il existe à l’heure présente quelques jeunes divinités pan­\nthéistiques, que tourm ente la prétention d’avoir en esthétique\ninventé quelque chose, nous sommes plus modestes, étan t catho­\nliques, et nous nous gardons bien du grotesque travers de ces\ninventeurs de prétendus principes.\n    On n ’invente pas la vérité, on n ’invente pas ce qui est\néternel : on ne les invente donc pas, les principes vrais, pas\nplus en a rt qu’en philosophie ou qu’en morale, mais seulement on\nles découvre, on les retrouve sous les abus qu’a fait de leur vérité\nrespective l’exclusivisme des écoles, et on les réunit, les abus\nsupprimés, afin d’aboutir de la sorte à l’esthétique unique, entière,\nuniverselle.\n    Cependant Edm ond Picard, qui fu t au Congrès de Bruxelles\nle brillant im provisateur que toute la salle acclama, a donné lui\naussi, de Y A rt pour Dieu, une définition qui, pour n ’être pas tex­\ntuellem ent inexacte, n’en apparaît pas moins propice à une inter­\nprétation étriquée.\n   Dans le syllabus du cours d’ « extension universitaire », donné\nl’an dernier à Anvers par Edm ond Picard, professeur à l’In sti­\ntut des hautes études de Bruxelles, cours tra ita n t Des Perma­\nnences dans l'Evocation de l'A rt, se rencontre en effet à la 5° leçon,\n\n  1. Dieu de Beauté. Une plaquette in-12, de 32 pages, éditions de\n« L a L u t t e ». Paris et Bruxelles.\n\n\n                                                                  345\n"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1564, "texte": "au 3° des classifications internes (d’après le but que l’œuvre d’art\nveut atteindre), la définition que voici :\n   L ’A r t p o u r D i e u , préoccupation religieuse de faire œuvre que\nl’on suppose avant tout devoir plaire à la Divinité, au Pantocrator.\n   Est-ce à dire que l’on in terd it à l’artiste de tra ite r autre chose\nque des sujets mystiques, liturgiques ou pieux?\n   Est-ce à dire que l’E sthétique chrétienne veut anathém iser —\ndes sots l’ont prétendu — tout l’a rt utilitaire et to u t sujet profane?\n   A une époque où l’on comprend si m al ce m ot religieux, il y a\nquatre-vingt-dix-neuf chances sur cent pour qu’on se croit en\ndevoir de répondre par l’affirm ative !\n   E n vérité l’artiste adoptant l'A rt pour Dieu, pour devise et\ngouverne, ne s’interdira par plus le m adrigal ou la valse que les\nbénédictins et les trappistes, par exemple, dont toute la vie est\nde se consacrer à Dieu, ne s’interdisent des besognes profanes\ntelles que brasser de capiteuses bières ou distiller de surfines\nliqueurs.\n   A vouloir restreindre, au culte objectif ou direct de la\nBeauté divine, l’œuvre artistique on tom berait évidem ment dans\nl’abus de la vérité esthétique, c’est-à-dire dans l’erreur. Que les\ntenants de Y A rt pour Dieu se souviennent donc de cette illumi­\nnante parole de Bossuet :\n   Toute erreur est une vérité dont on abuse.\n   E t le fossé qui nous sépare encore de plusieurs artistes de\nbonne foi sera bien près d’être comblé.\n                                             G eorges   R a m a ek ers.\n\n\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-004", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 346, "page_fin": 350, "titre_corps": "Le jeu de l’amour et de la neige", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edouard Ned.", "ancre_debut": "LE JEU DE L’AMOUR ET DE LA NEIGE. A Mademoiselle F. 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Les fenê-\n\n\n346\n"}, {"page_pdf": 390, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2719, "texte": "très, p ar où la lune versait dans la chambre une longue coulée\nd’opale bleutée sur le plancher, regardaient le jard in blanc de\nneige, où s’érigeaient, dans la candeur de cette n u it d’hiver, les\nsquelettes nus des arbres fruitiers, frileux et frissonnants sous la\nbise. P a r delà, dans le lointain, perdue dans l’ombre dense, la\nbordure grise d’un grand ciel ouvert, fleuri d’étoiles, frangé de\nnuages de plomb fondu qui m outonnaient, comme des collines de\ncendres amoncelées par le vent. Une vision marmoréenne, uni­\nform ément calme.\n   J e m ’étais assis près de la fenêtre, dans la clarté liquide de la\nnuit bleue, et je m ’amusais à regarder, au bout de m a cigarette,\nune petite étoile scintiller et les volutes de fum ée qui s’enrou­\nlaient dans l’air comme de l’encens. Puis les fils invisibles et té ­\nnus, m ystérieux, qui relient nos pensées, me ram enèrent vers toi.\nJ e te revis, toute blanche, vêtue de lune, telle que tu m’étais ap­\nparue sur le seuil de la maison tranquille, quand je t ’avais quittée\nto u t à l’heure, venue là pour me voir p a rtir et me faire de la\nmain, dans la nuit, un dernier geste d’adieu, au bout duquel un\nbaiser avait des ailes blanches de phalène. E t, de m ’être souvenu\nsoudain, je frissonnai. Une paix délicieuse flottait dans la cham­\nbre, une douceur exquisém ent tendre enveloppa mon âme, et la\nlune tissa de ses rayons pâles un long voile d’argent, qu’elle éten­\ndit sur moi, et sous lequel je m’assoupis en une langueur délec­\ntable.\n    Sans doute, c’est pour t ’avoir ainsi évoquée devant la fenêtre\nclose, dans la clarté douce, que je te revis dans mon sommeil. Ton\nim age s’était emparée de moi, elle avait fixé dans mon cerveau,\ncomme sur de la cire, une em preinte qui s’anima, et que je vis se\nm ouvoir dans mon rêve.\n    Au-dessus du jardin, dans l’air laiteux où l’on eût dit que des\nopales avaient été fondues, je vis to u t à coup s’avancer, molle­\nm ent bercée par le vent, une longue théorie de formes blanches,\n indécises et vaporeuses. Elles avaient surgi, une à une, des pro­\n fondeurs inconnues du ciel, de derrière la bordure de nuages qui\n ourlait l’horizon, et elles approchaient, lentes, dans le brouillard\n d’ombre claire, fantôm es aux gestes cadencés et rythm iques,\n déesses vaines et confuses de l’hiver, parcourant leur domaine\n éthéré. P eu à peu, les contours s’accusèrent, les lignes apparu­\n rent, je vis les formes s’estom per comme sous les coups de pin­\n ceau d’un peintre qui évoquerait, dans une brum e lum ineuse de\n septembre, sous un ciel m outonneux de turquoise, p arm i l ’ombre\n diaphane et voilée d’une forêt aux longs arbres graciles, une pro­\n\n\n                                                                  347\n"}, {"page_pdf": 391, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2677, "texte": " cession blanche de femmes grecques, grandes et élancées, drapées\n d’amples m anteaux de lin. Je voyais très bien les corps souples\n onduler, se modeler sous les longs vêtem ents étincelants de gem­\nmes. Leurs visages étaient suaves et clairs comme un lever d’aube\nprintanière, leurs yeux brillaient d’une lumière douce comme des\nfeux-follets dans les brumes, leurs cheveux dénoués se dérou­\nlaient en des coulées d’ombre brune, dont les dernières boucles se\nconfondaient avec les franges grises du ciel. Ceignant leurs têtes,\nen auréoles blanches, enlacés dans les flammes noires des che­\nveux, des lys éblouissants berçaient voluptueusem ent leurs co­\nrolles, baisaient les tem pes virginales et les fronts candides. E t\ndes lys fleurissaient dans leurs mains, comme entre les doigts des\nVierges Maries dans les cathédrales. Vision immaculée, longs\npéplum s couleur de lumière, réseaux de diam ants je ta n t des feux\npar leurs facettes, visages d’une blancheur m ate qu’on eût dit\nvoilée par une gaze diaphane, soupçonnée seulem ent, je vis les\nblanches inconnues s’approcher, passer une à une en se penchant\nvers la fenêtre, et toutes me regardaient doucement de leurs\ngrands yeux tranquilles, toutes avaient pour moi le même sou­\nrire ineffable de candeur et d’amour.\n    Était-ce réalité, ou sim plem ent le m irage de l’im agination qui\nsculpte, selon ses désirs, les choses rêvées ; qui peint, selon sa vi­\nsion, sa toile chimérique ? Qu’im porte ! Chacune p o rta it en elle\nune beauté que je reconnaissais, pour l’avoir contemplée amoureu­\nsement, quelque chose de vu et d’inoublié, quelque chose de toi.\n   E t je me figurai soudain que toutes ces inconnues étaient les\nimages de ton âme, des vertus que j ’avais observées en elle, que\nto u t à l’heure encore j ’évoquais en mon souvenir. C’étaient ta dou­\nceur et ta simplicité, ta candeur confiante et ta naïve bonté.\nC’était l’essaim des tendresses blanches, comme un envol frisson­\nnant de jeunes cygnes, des tendresses liliales dont ton cœur est\nparé, et qui avaient un instant déserté le nid moelleux, pour me\nvisiter dans mon sommeil.\n    Ce n ’étaient plus des inconnues. J e me rappelais le velouté\nde leurs regards profonds, l’eurythm ie de leurs gestes caresseurs,\nje devinais la musique de leurs paroles savantes à consoler. Leur\nthéorie passait devant mes yeux émerveillés, elles me tendaient\nleurs mains chargées des candeurs liliales, et s’en allaient à la\nfile, dans la n uit blanche, parm i la chasteté angélique qui\nflottait dans l’air, portées sur des ailes invisibles, mollement,\ncomme des nefs tranquilles sur une m er calme. Puis, sans doute,\nun coup de vent les dispersa dans le jardin.\n\n\n348\n"}, {"page_pdf": 392, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2821, "texte": "    E t il en v int d’autres. Celles-ci étaient vêtues de blanc comme\n les premières, et couronnées de roses — tu sais, des roses blanches\n comme sur les rosiers de ton jardin. Elles étaient souriantes et\n joyeuses, mais c’est à peine si elles me jetaien t un regard en pas­\n sant : elles étaient attirées vers leurs sœurs qui jouaient au dessus\n des arbres. E t je les reconnus pour être des parcelles de mon être,\n éparses dans la clarté douce du ciel d’hiver. Mes pensées d’am our\n étaient là, qui s’étaient ta n t de fois reposées sur toi comme des\n oiselles blanches ; toutes les joies heureuses comme d’un enfant\n que tu avais éveillées en mon cœur fleurissaient la nuit bleue :\n mon âme s’était divisée, s’était incarnée en toutes ces vierges qui\n tendaient vers tes lèvres, pour un baiser, leurs lèvres liliales. De la\n blancheur étincelait dans le jardin.\n    P a r dessus les squelettes des arbres nus, dans la candeur de la\n nuit chaste, les formes vaporeuses et diaphanes se sont rencon­\n trées. Sous la caresse d’une musique lointaine, onctueuse et très\n douce, au chant frêle et ouaté des branches qui frém issent, comme\n des cordes de violon, sous la bise, leurs ailes éployées comme de\n cygnes qui s’accueillent, elles m êlent leur danse lente, nouent leurs\n mains ivoirines de petites communiantes pour des rondes d’en­\n fants, vont et viennent, graciles en leurs longues robes dont les\n franges se déchirent aux arbres, y laissent des étincellem ents de\n gemmes, passent et repassent, s’éloignent et se rapprochent, tou­\njours souriantes et tranquilles.\n    Puis, la musique s’exagère sous la bise plus forte, les accords\nse précipitent, la valse s’aiguillonne et s’emporte, les entraîne en\nune ronde plus vive qui sème dans la nuit les blancheurs des\ncorolles, verse dans l’air une pluie de pétales, secoue dans l’ombre\nles étincellem ents des pierres précieuses.\n   Dans le lointain, de grands cygnes qui dorm aient se sont réveil­\nlés, ils planent, et leur vol frém issant fait courir à travers le ciel\ndes frissons de plumes et de duvet. Des phalènes blanches, aux\nailes ouvertes, tom bent des étoiles. Tout est blanc, to u t est virgi­\nnal, to u t est chaste. Sur les arbres naît une floraison de pétales\nde lys et de roses, d’ailes d’insectes et de plumes d’oiseau. L a\ncampagne au loin s’ouate, le sol se cristallise, l’air s’em plit de\npureté. Toute la candeur pénètre dans la chambre par la fenêtre,\nelle entre en moi comme un ruissellement de joie et de paix. E t\nje me sens communier avec le ciel, avec les arbres, avec le sol,\navec la nuit. Il me semble que toutes les choses ont mis leurs\nparures en l’honneur de l’aimée dont je porte l ’im age en mon\ncœur comme une hostie sainte. Il me semble que toutes les choses\n\n\n                                                                   349\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 657, "texte": "veulent communier d’un peu de ma grande joie, et je su is heu­\nreux de leur donner une parcelle de mon bonheur.\n   L a ronde cesse. Toutes les formes sœurs, les formes blanches,\nton être et le mien, s’enlacent m aintenant et s’étreignent en un\npur baiser de blancheur. J ’ai la tête pleine de pétales de lys et de\nplumes de cygnes.\n   U n coup de vent. L a fenêtre s’ouvre. J e me réveille transi par\nle froid. L a neige tombe à gros flocons dans la nuit, et la voici\nqui entre par la fenêtre et vole autour de moi, doucement, douce­\nm ent...\n                                                    E douard N e d .\n\n\n\n\n                                         "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-005", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 350, "page_fin": 351, "titre_corps": "Du printemps à l’hiver", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles de Sprimont", "ancre_debut": "DU PRINTEMPS A L’HIVER. L e b i en-aimé printemps s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 393, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 657, "fin_caractere_exclue": 1587, "texte": "DU PRINTEMPS\n                                         A L’HIVER.\n\n  L e b i en-aimé printemps souriait clans les bois,\n      Tout s’épanouissait à la douceur de vivre,\n      E t les oiseaux, d’azur et de clair soleil ivres,\n      Unissaient aux arpèges des brises leurs voix.\n\n        Le chant mystérieux de la terre embaumée,\n        Que ravissait l’orgueil de sa fécondité :\n        Survivance des fleurs parm i l'éternité,\n        Malgré le rude hiver dépouillant la ramée,\n\n       Par la voix des oiseaux, des arbres et des champs,\n       Par le frémissement qui monte des grands fleuves,\n       P ar la brise d’Avril berçant les forêts neuves,\n       Vers l’orbe du soleil planait en rythmes lents.\n\n        E t dans mon cœur aussi chantait l’hymne des choses\n        E t je sentais en moi, comme une éclosion,\n        S ’épanouir le charme ineffable et profond\n        D ’un jardin printanier où souriaient des roses.\n\n\n350\n"}, {"page_pdf": 394, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1491, "texte": " E t, pareil à l'ardent dynaste des beaux jours,\n Qui bénit l’univers en montant vers son trône,\n A u x rosiers de mon cœur jetant sa claire aumône,\n B ridait le soleil calme et rouge des amours.\n\nMais à présent les fleurs sont mortes, et la terre,\nComme une veuve auguste aux longs voiles de deuil,\nPleure le gai printemps, son charme et son orgueil,\nQui dort, enseveli, dans l’ombre du mystère.\n\nL a forêt délaissée a perdu ses feuillis,\nL e fleuve en gémissant roule ses ondes mornes,\nS u r le sol dénudé des campagnes sans bornes,\nL a neige étale u n vain simulacre de lys.\n\nL a brise traîne au loin sa plainte monotone,\nComme u n écho perdu des tempêtes du Nord.\nTout a langui, tout a souffert et tout est mort ;\nL'inexorable hiver chasse le triste automne.\n\nOn se souvient encor de la chère beauté\nQui d’A vril à Septembre émerveillait les choses:\nD oux chant d’oiseau, fraîcheur des bois,parfum des roses,\nE t tout ce qui n ’est plus pleure d'avoir été.\n\nM ais dans mon cœur le beau ja rd in clair s'offre encore\nA l'envol caressant des brises de l'amour,\nMalgré le vent cruel qui torture le jour,\nE t, dans la sombre nuit, il espère en l’aurore.\n\nVeux-tu que refleurisse au ciel le bourgeon vert ?\nVeux-tu qu’un chant d'oiseau vibre sous la ramée?\nDouce enfant, penche-toi vers mon âme charmée,\nCe qui fu t le printemps sourira dans l'hiver.\n\n                                C h a r l e s d e S p r im o n t\n\n\n\n\n                                                                   351\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-006", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 352, "page_fin": 355, "titre_corps": "Les chants de l’adolescence : Les fiançailles", "titre_sommaire": "Les chants de l’adolescence et de la jeunesse", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Le Cardonnel.", "ancre_debut": "LES CHANTS DE L’ADOLESCENCE LES F IA N Ç A IL L E S . I. L’a tte", "ancre_fin": "G eorges L e C ardonnel.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "AU PUITS DE JACOB.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 395, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 2185, "texte": "LES CHANTS\n                              DE L’ADOLESCENCE\n                                               LES   F IA N Ç A IL L E S .\n\n\nI. L’a tte n te des fiancées.\n              OS fiancés ont la grâce des faons légers. Ils viennent\n\n\n\n\nN               de pays m ystérieux avec des étoffes, avec des mon­\n               naies où ils croient nous voir en effigie, avec de\n                l’encens, avec de la m yrrhe pour le parfum de nos\n                chevelures.\n   Tandis qu’aux terrasses de la ville s’accoudait notre attente,\nnous les avons vus au loin sur la route ; ils jetaien t vers nous de\ngrands gestes, et leurs mains portaient des fleurs.\n   — Mais ne vous paraît-il pas, mes sœurs, que les heures sont\nbien longues sans nos fiancés.\n   — Il me paraît, m a sœur, qu’un midi royal s’épand sur mon\ncœur.\n   — Il me paraît qu’un vent nuptial courbe les lourds épis des\ncampagnes d’or.\n   — Un grand émoi trouble mon corps.\n   P our connaître les secrets de l’avenir, combien de nuits avons-\nnous épié nos sommeils ? Solitaires, nous nous lam entions le\nlong des jours, et chaque nuit nous écoutions tous les bruits de la\nNuit, mais nous n ’entendions que le pas du vent dans les tours et\nson bruissem ent parm i les arbres... Oh ! comme il nous effrayait...\nle vent dans les tours et le vent parm i les arbres. Nous redou­\ntions l ’automne avec son deuil d’or, et nous avions peur de l’hiver\navec son deuil noir.\n   —- Vous souvient-il, ma sœur, des nuits où s’éveilla épouvan­\ntée votre chair, et n’avez-vous jam ais redouté l’étreinte des ombres ?\n   — Mon âme est blanche comme le lait des chèvres de mon\npère. J ’ai gardé blanche mon âme, pour blanche l’offrir à mon\nfiancé. J e n’ai livré ma jeune chair qu’à la clarté des sources et je\nn ’ai connu que le baiser du vent des tièdes saisons, alors que le\nlong de la nuit, du haut des terrasses, mes yeux s’effrayaient du\nvide sur la mer.\n    Nos fiancés viennent de pays m ystérieux ; ils parlent des lan­\n gues où chantent des musiques ; to u t à l’heure, au détour du che­\n min, leurs gestes nous tendront des fleurs.\n    Ah ! quand chastem ent tom beront nos voiles, afin que par\n\n\n352\n"}, {"page_pdf": 396, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2297, "texte": "nous l’avenir connaisse des héros, faites, mon Dieu, faites qu’un\nsouffle divin anime les âmes des époux.\n   Ils sont si beaux nos fiancés ! Mais nous sommes des vierges\nsi frêles et si anxieuses du destin de leur été.\n\nII. Les jeunes h om m es aux portes de la ville.\n    Tout à l’heure, ce furent des gestes d’accueil, là-haut sur les\ntours, des cris et puis des rires, comme un éveil d’avril près du\nciel, puis nos yeux n’ont plus vu qu’un vol de blancs oiseaux\ndans le ciel.\n   Ville ! tes tours fu ren t notre espoir. M aintenant que nos bras\net nos voix les ont saluées, une aube surnaturelle se lève en nous.\nUn geste de vierge éclaire l’avenir.\n    C’est en l’air de ce m atin comme un vol d’invisibles bandero­\nles. Il nous paraît que notre joie anime les campagnes et, pour\nnous, les feuillages ont vêtu des verdeurs de fête.\n   Ville ! nous aimons tes fontaines, claires comme les yeux de\nnos bien-aimées, et nous voulons cueillir les fruits de tes vergers,\ncar ils doivent avoir le parfum de leurs lèvres.\n   Mais des voix chantent, là-bas, qui to u t à l’heure lointaines se\nfont toujours plus proches ; elles sont légères comme le chant des\nharpes quand les frôle un vent du soir. Est-ce votre appel, ô voix,\nque ta n t de fois nous entendîmes sur les grèves obscures de nos\nsommeils ?\n   — Mon frère, mon frère, il fait soleil sur mon cœur.\n   — J e pense aux villes que j ’ai traversées, le sourire sur les\nlèvres, ou la colère dans la bouche. Mon sourire était pour ma\nbien-aimée dans l’avenir, et ma colère s’agenouillait quand j ’évo­\nquais sa douceur. J e pense aux soirs où, dédaigneux des m agi­\nciennes d’amour qui rôdent autour de la grâce tim ide des jeunes\nhommes, fier de ma jeunesse blanche, j ’ai passé parm i les fards,\nen m âchant ma luxure.\n   — Moi, je n’ai pas eu, mon frère, ce courage dont se rien t les\nhommes quand s’est caché le soleil. Bien souvent, mon âme a\npleuré quand elle était délaissée, car j ’ai connu, hélas ! les déses­\npoirs de la chair et les hontes de l ’aube.\n   ...Mais qu’à jam ais m eure tout le vieux passé que ta n t de fois\nmon sourire éclaira de son mensonge vil et que, fo rt d’un rêve\nde blancheur, je voie avec allégresse se lever pour moi le soleil\nd’avenir.\n\n\n\n                                                                 353\n"}, {"page_pdf": 397, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2478, "texte": "III. Les rêves des jeu nes hom m es.\n    — Mon frère, où conduisez-vous votre bien-aimée ?\n    — Je conduirai ma bien-aimée dans la maison de mon père qui\nest la plus belle de ma ville. Son seuil est de bon accueil à\nl’étranger. Le sourire d’un vieillard y dit l’éternelle jeunesse de\nla vie. Des serviteurs nous viendront au-devant avec l’eau et\nle pain du voyageur ; alors j ’essuierai la poussière des pieds de\nma bien-aimée et elle recevra la bénédiction de mon père. E t\nvous, mon frère, que ferez-vous pour votre bien-aimée ?\n   — Je veux que sa ch ambre regarde l’Orient. J e veux que son\nlit soit de bois précieux avec des colonnettes d’or et un ciel de\npourpre ; dedans je le ferai rich e de to u t mon amour. Mais quel\nbois sera assez précieux pour ma bien-aimée ? Quelle pourpre\nassez royale ?\n    — Ma maison à moi est toute petite et je n’ai pas de serviteurs.\nMa maison est bumble et de forme grossière, auprès d’un ch amp\n où paissent les troupeaux voyageurs. Elle est faite avec des murs\n de roches noires et elle est coiffée de chaume ; mais mon amour\n est riche comme un palais de diamants.\n    — L e lit de m a bien-aimée n ’aura pas de colonnes d’or : je ferai\nnotre couche sur le sol avec des feuilles sèches et les toisons de\nmes brebis blanches. D urant les longues veillées je lui apprendrai\nà lire l’avenir, au profond des larges yeux de mes troupeaux.\n   — Moi, je n ’ai pas de maison, même faite de roches noires,\nmais j ’ai l ’illim ité de l ’horizon et, par delà, j ’ai l’infini de mon\nrêve. J ’aim erai m a bien-aimée sous le ciel de Dieu. Quand\nje serai las des fleurs, des arbres et des hommes, j ’aurai, si je\nle veux l’immense royaum e de la mer, la solitude harmonieuse de\nla mer.\n   J e la conduirai chez moi sur les routes qui m ènent aux villes\ninattendues et nous serons les errants qui apportent l’étonnement\ndans les bourgs. Vous ne savez pas les poèmes des plaines, les\n hymnes des montagnes, la douceur des ruisseaux qui chantent\ncomme des flûtes. A h ! que m ’im porteront les m arbres et leurs\nbelles attitudes puisque j ’aurai la beauté de m a bien-aimée ! Que\nm ’im porteront ses haillons et les miens, et les sourires de pitié\ndes hommes puisque j ’aurai la joie de ses lèvres !\n   J e lui ferai des chants joyeux ou bien graves selon l’heure. Le\njour, je comparerai sa chevelure à la tresse d’or du soleil et, la\nnuit, je la parerai avec des reflets d’étoiles.\n   E t puis qu’im porte où coule la vie !... en une maison de\n\n\n354\n"}, {"page_pdf": 398, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 683, "texte": "roches noires, ou bien dans le vent sur les routes... pourvu que,\nbelle et noble e t haute, on la fasse, et qu’on passe de la vie à la\nm ort comme de l’hiver à l’été, comme de la n u it au jour,\navec du calme dans les yeux et en l’âme des provisions de\nvoyage.\n\n   Foule, je tte des fleurs au-devant des époux ; prie pour qu’ils\ndonnent des fils à la terre.\n   Tandis que les blancs couples graviront les' autels afin que\ns’accomplisse l’alliance nuptiale — symbole d’une union entre\ntoutes divine — orgue, de ta voix puissante prolongeant les voix\nhumaines, orgue entonne un divin los.\n                                       G eorges L e C ardonnel.\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-007", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 355, "page_fin": 356, "titre_corps": "Au puits de Jacob", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Yves Berthou.", "ancre_debut": "AU PUITS DE JACOB. SIC H A R à l’ombre des palm", "ancre_fin": "Y ves B erth o u.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’A B B É HECTOR HOORNAERT", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 398, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 683, "fin_caractere_exclue": 1838, "texte": "AU PUITS DE JACOB.\n\n\n                SIC H A R à l’ombre des palmes\n                  S u r sa colline d’or et de lumière est calme.\n                  Dans l’implacable azur d’un éternel été\n                  Son sévère profil est plein de majesté.\n                  Sur des piliers massifs que le rocher supporte\n    D eux sphinx sont accroupis au-dessus de la porte.\n    L e silence est profond sur la ville et les champs,\n    D ans la divine p a ix on n ’entend que les chants,\n    Les bourdonnements sourds d’insectes invisibles\n    Et les flûtes du vent dans les rameaux flexibles\n    Des platanes ombreux, des odorants figuiers,\n    Des saules et des millénaires oliviers\n    Que le Pasteur Jacob planta dans la vallée.\n    Or le Seigneur Jésus, allant en Galilée,\n    P ar le pays de Samarie avec les siens,\n    A dit qu’on se repose auprès du puits ancien.\n    Ne viendras-tu point, Maître, avant que je ne tombe,\n     Tes pieds nus soulevant la poudre du chemin ?\n     Vers toi, mon âme irait ainsi que la colombe\n     Qui se blottit, heureuse, au creux de tes deux mains.\n\n\n                                                                   355\n"}, {"page_pdf": 399, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1586, "texte": "       J ’ai puisé de cette eau pour rafraîchir tes lèvres\n       E t pour laver tes pieds que la marche a meurtris ;\n       Mais, pour moi, je n' y puis désaltérer mes fièvres\n       N i m’y purifier de mon propre mépris.\n       Pour rafraîchir mon âme il n ’est que ta Parole,\n       .Ruisseau des prés du Ciel, pour me blanchir aussi.\n       Depuis longtemps c’est pour te voir que je m ’isole\n       E t que j ’attends en vain au bord de cette eau-ci.\n        Vois, la campagne est blanche, et ma moisson est mure ;\n       Ne veux-tu pas venir bientôt la moissonner ?\n       Lès épis vont s’ouvrir, la paille est sans verdure\n       E t l’aurore n ’a plus de rosée à donner.\n       L ’air est sec et brûlant ; nulle palme ne bouge ;\n       L e stérile olivier reste silencieux.\n        Oh ! voir dans le désert, voir ta tunique rouge\n       E t ton manteau de pourpre et ton front radieux •\n       Près du P uits de Jacob où nul ne m’accompagne,\n       Ma bouche reste amère à t’attendre, ô Jésus !\n       Mon Seigneur, montre-toi ; car sur cette montagne\n       E t dans Jérusalem l’homme n ’adore plus...\n       E n vérité comme en esprit je vous adore,\n       Mon Père; j ’ai la soif du Juste qui vivra.\n       J ’ai bu l'eau de la terre et ma soif dure encore...\n        Oh ! quand naîtra la source en moi qui jaillira,\n       Par la vertu que Jésus-Christ peut mettre en elle,\n       Par delà tous les temps, vers la Vie éternelle ?\n                                                                                 Y ves B erth o u .\n\n\n\n\n                                        "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-008", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 356, "page_fin": 358, "titre_corps": "L’abbé Hector Hoornaert", "titre_sommaire": "L’abbé Hector Hoornaert (Monographie)", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L’A B B É HECTOR HOORNAERT S E T H È T E voyageur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 399, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 1586, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": "L’A B B É\n                                        HECTOR HOORNAERT\n                      S\n                      E T H È T E voyageur, ironiste et poète, c’est sous\n                ces trois aspects divers que se présente à la critique\n                M. l’abbé H ector H oornaert.\n                  Il y a quelque v ingt ans, alors que les gloires artisti­\n                       ques des pays Scandinaves n’avaient pas encore\n\n    1.       L a L u t t e p u b lie r a d é s o r m a is c h a q u e m o is l a b r è v e m o n o g r a p h ie d’un\né c r i v a in n o u v e a u .\n\n\n\n356\n"}, {"page_pdf": 400, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2614, "texte": "franchi les frontières de leur Scandinavie, l’abbé H oornaert les\ncélébrait déjà dans le livre qu’il écrivit au retour du beau\nvoyage qu’il venait d’accomplir en observateur, en artiste, A u pays\ndes sapins.\n   Si l’heureux désir vous vient quelque jour de suivre cet artiste-\np rêtre en les récits de ses courses lointaines, touriste évocateur il\nvous m ènera, en esprit, des neiges du septentrion vers l’or et\nvers l’azur de Tunis et d’Alger, puis à cette île de Jersey où Victor\nH ugo s’exila, puis enfin en cette Russie où l’architecture et les\nm œurs ont su conserver, intégrais, l’originalité et tout le p itto ­\nresque de la race slave.\n    Ironiste, H ector H oornaert, sous le masque d’ailleurs tran sp a­\nren t du pseudonyme, écrivit un conte bizarre : L e sourire de\nRamsès (il le signa G érard Lelong), et cette désopilante parodie de\nl’A frica du chevalier Descamps-David, qui p a ru t à Bruxelles sous\nle titre symbolique d’A fricus, ou le Génie récompensé, drame\nnègre, en vers, par J u s t u s S é v e r u s , chez l’éditeur P aul Lacom ­\nblez 1.\n    Mais, avant to u t poète, l’abbé H ector H oornaert avait publié\nantérieurem ent déjà un volume de poésies : Ballades russes. D e­\npuis, l ’abbé H ector H oornaert a quitté la F landre natale pour la\nCastille au fier soleil.\n    Mais le directeur de Saint-A ndré des Flam ands à M adrid n ’a\npoint abandonné le culte fervent qu’il professait pour la Beauté,\ne t nous avons passé to u t récem m ent de religieuses heures d’émo­\ntion esthétique à lire son livre nouveau : L 'Heure de l’Ame 2,\nœuvre qui com ptera parm i les plus nobles efforts de Poésie et de\nPensée tentés depuis v in g t ans par les poètes de Belgique.\n    E n ce vaste et très beau poème, que la sonorité majestueuse\n et lente du rythm e parnassien alourdit quelque peu, le prêtre-\n poète a chanté le divin travail de la Grâce dans l’âme de l’homme\n moderne. Les six parties qui composent le livre m arquent les\n successives étapes de cette ascension rédem ptrice vers la gloire et\n la joie du ciel éternel.\n    A u début du poème, les dom inateurs des foules guident les\n\n  1. Pour ceux de nos lecteurs qui ne furent point initiés aux arcanes\nde l’astiesclavagisme, rappelons ici qu’un concours « dramatique » ayant\nété ouvert à Paris par les soins de la Société antiesclavagiste de France\n(Sujet imposé : Un drame nègre), le prix — 10,000 francs, chère Madame ! —\navait été alloué au belge et peetermanesque Descamps-David, chevalier,\nsénateur, etc.\n  2. L yo n -C l a e s e n , éditeur, Bruxelles.\n\n\n                                                                        357\n"}, {"page_pdf": 401, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2020, "texte": " « Fils de la Terre » vers d’illusoires Hespérides, vers les mirages\n mensongers.\n   Et l’humanité oublieuse ajoute foi à leurs mensonges, car le\n bannissement de l’Eden est sorti de la mémoire humaine.\n     Or, au milieu de cette foule qui s’épuise en vain par la recher­\n  che du bonheur, et de ce paradis terrestre que le péché nous a fait\n  perdre, le P èlerin s’isole en ses pensées.\n    Dans « la Nature et le Silence » — seconde partie du poème\n — le pèlerin entend les voix de la création célébrer la source de\n vie, le Dieu de vérité, de bonté et d’amour, dont le verbe a\n donné naissance à toutes choses. Et voici qu’ à la voix éloquente\n d’un disciple de saint François l’âme du pèlerin vainct les der­\n nières réticences, les ultimes hésitations, et résolument il se met\n en marche vers le Calvaire de clarté, les yeux illuminés d’amour\n et d’ espérance. Et sa marche étant accomplie, jusqu’ au seuil de\n l’éternité, le pèlerin est devenu l 'É lu du poème final.\n    Ce trop bref exposé suffit à démontrer l’harmonieuse unité du\n poème et sa noble envergure.\n    L 'H eure de l’âme de l’abbé Hector Hoornaert est à vrai dire\n une épopée mystique.\n    Parmi tous les aînés de la première génération d’ écrivains\ncatholiques belges, son auteur est, avec notre rédacteur et ami\nPol Demade, l’ auteur qui a fait preuve de la plus grande fécon­\ndité.\n    Et voici qu’ à l 'H eure de l’âme, dont la parution est encore bien\nrécente, vont succéder bientôt deux nouvelles œuvres poétiques ;\nL a N e f d u m arch an d, un auto-sacramentel à la manière de\nCaldéron de la Barca, et un recueil de sonnets picturaux :\n« D ’après les maîtres espagnols ».\n    Nous ne saurions douter qu’après lecture des sonnets inédits,\npubliés ci-contre, chacun de nos lecteurs ne comprenne l’em­\npressement avec lequel la L u tte accepta d’insérer ces très litté­\nraires et gracieux cadeaux que l’ abbé Hector Hoornaert lui fit tout\nrécemment parvenir de Madrid, avant qu’ ils ne soient encadrés\ndans les pages de son volume...\n\n\n\n\n358\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-009", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 359, "page_fin": 360, "titre_corps": "D’après les maîtres espagnols", "titre_sommaire": "D’après les Maîtres espagnols (Sonnets)", "rubrique": "", "signature_source": "L’abbé Hector Hoornaert", "ancre_debut": "D’A P R È S LES MAITRES ESPAGNOLS. P o rtra it de B arth o lom é", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 402, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1881, "texte": "D’A P R È S\n                      LES MAITRES ESPAGNOLS.\nP o rtra it de B arth o lom é Esteb an Murillo. ( E s t e b a n M ü r illo .)\n\n              O N rêve de candeur et de saine mystique\n\n\n\n\nT\n             Flotte encore sur ton front empreint de volonté;\n             L 'a rt pour Dieu t'infusa sa haute dignité,\n\n\n             E t ta bouche a gardé le p li de son cantique.\n\n          T u fu s bon; tu connus la joie eucharistique\n          Qui, devant tes yeux clairs, ouvrait l'éternité ;\n          E t, ce temple, jamais tu ne Vas déserté,\n          Heureux d'y méditer en ta blanche tunique.\n\n          T u connus les petits, les mendiants bronzés,\n          Superbes et rieurs sous leurs haillons usés,\n          Se gavant au soleil de raisins et d'oranges;\n\n          E t, pour les consoler du terrestre abandon,\n          E m u par la pitié, ton pinceau leur fit don\n          De paradis d'amour pleins de vierges et d’anges.\n\nL ’Im m aculée Conception. ( E s t e b a n M u r illo .)\n\n           Oh ! ce rêve ! Eriger la noble Tour d'Ivoire,\n          F ixer pa r le pinceau l'Etoile de la mer,\n          Incarner la blancheur et faire vibrer l’air\n          Autour d’un corps humain tout saturé de gloire !\n\n          Peintre, ton atelier devint ton oratoire\n          Quand, rêvant cette Vierge et composant sa chair,\n          T u tremblas de trahir un modèle si cher\n          E t prias en cherchant la forme évocatoire!\n\n          M aintenant la voilà, belle selon tes vœux,\n          E n une humanité de la plus pure essence !\n          Tu fis sa robe avec les lis de l'innocence,\n\n          A u platane tu pris l'ombre de ses cheveux\n          E t mis, pour encadrer sa candeur souveraine,\n          Tout l'azur des sept cieux dans son manteau de reine !\n     15                                                                         359\n"}, {"page_pdf": 403, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1860, "texte": "S a in t F ran çois d’ A ssise consolé. ( F r a n c is c u s R i b a l t a .)\n\n          Sa cellule était noire et son cœur était lourd ;\n          Sur un pauvre grabat il inclinait la tête,\n          D isant : « L a volonté du bon Maître soit faite! »\n          Quand de brusques rayons l'enveloppent de jour.\n\n          I l se dresse; et voici qu’un ange rose accourt,\n          Jeune comme un soleil de printemps. I l s'arrête,\n          Flotte en l’air, et son luth chante u n hymne de fête\n          Si tendre que François en frissonne d’amour.\n\n          I l s’étonne pourtant de ce concert étrange\n          Qui daigne réjouir un chétif vermisseau, !\n          Mais, tout d’un coup, sa joie en extase se change,\n\n          Car il voit à ses pieds, d prodige nouveau !\n          Jésus qui, sous la forme exquise d’un agneau,\n          Mêle son bêlement aux musiques de l’ange.\n\nL a V ie est un Son ge. (A n to n io d e P e r eda.)\n\n           I l dort. De quoi peu t -i l rêver, sinon de gloire ?\n           I l a vingt ans, il vibre en sentant son désir\n           Entre mille chemins hésiter à choisir,\n           Pour illustrer son nom au livre de l’histoire.\n\n           Hélas ! tout l’éblouit, pinceaux, masque, écritoire,\n           Armes, livres, bijoux, l’effort et le plaisir.\n           Son jeune cœur s’élance, il voudrait tout saisir ;\n           Mais il reste interdit : un crâne aux tons d’ivoire\n\n           L e regarde, tandis que l’heure en plein essor,\n           Prophétique témoin, de la chair dit le sort\n           E t, d’un geste éloquent, explique son symbole ;\n\n            Car, des bouts étendus d’une ample banderole\n            Où du latin encadre une flèche qui vole,\n            Elle u nit son beau front à la tête de mort.\n\n                                              L ’a b b é H e c t o r H o o r n a e r t .\n\n\n\n\n  360\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-010", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 361, "page_fin": 366, "titre_corps": "Notules parisiennes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Saint-Antoine.", "ancre_debut": "N O T U L E S PARISIE NNE S. 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Pauvres bondieuseries, moi je les\naime ; je leur pardonne tout, leurs jolies pom m ettes roses, leurs\ngrands yeux langoureux, leurs beaux habits « avec du dor\ndessus ». Polychrom ie criarde, est-ce que les P arthénons grecs\nn’étaient pas criardem ent polychromés ? Oui, j ’ai un faible pour\nsaint Roch relevant d’un air souffreteux son froc ju sq u ’à une\nl’assurante égratignure, pour saint Antoine de Padoue qui a l’air\nde faire jouer à dada l’E n fa n t Jésus, pour saint Joseph incli­\nnant son front chauve avec une houpette de cheveux châtains\nsur le fro n t (pourquoi, mon Dieu, cette houpette ?). E h ! je le sais,\nce sont des plâtres à la douzaine ; mais est-ce que tous les hiéra­\ntismes, depuis les colosses pharaoniques jusqu’aux icônes russes,\nne sont pas des reproductions fidèles d’un même type ? E t, fran­\nchement, est-ce que la Madone en porcelaine vernissée que vous\nvoyez d’ici, en dépit de ses cheveux de pensionnaire et de ses\nyeux de poisson frit, n ’est pas préférable aux vierges byzantines\ndevant lesquelles il est de mode de faire le brouhaha ?\n\n\n   Ceci, d’ailleurs, n’empêche pas chaque artiste de ten ter autre\nchose, d’im aginer un saint Joseph sans houpette, par exemple.\nIl y a déjà trop de Madones, me direz-vous. Non, il n’y en aura\njam ais trop. Chaque peintre, chaque sculpteur devrait, comme\nautrefois, faire la sienne, et aussi sa Sainte Fam ille, sa Crucifixion,\net, si vous protestez, il ne devrait faire que cela, en ce sens que\ntoute son œuvre ne devrait être que la préparation d’un Christ à\nlui, dans lequel il m ettra it to u t son génie. N ’est-ce pas, d’abord,\nrendre service aux pions futurs qui auront à faire des Manuels\nd’histoire d’a r t ? Un aimable am ateur de M ontpellier, M. Bruyas,\navait eu cette attention ; à chaque peintre de ses amis il comman­\n\n\n                                                                   361\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "dait son p o rtrait; de là, dans la galerie Bruyas, v ingt ou vingt-\ncinq faces ou profils de B ruyas qui vous font prendre en horreur\nle dit Bruyas, avec ses yeux jaunes et sa barbe flave, mais qui\nperm ettent de hiérarchiser to u t de suite les peintres, Delacroix\nau sommet. Les Adorations des mages et les Descentes de Croix\nd’autrefois avaient, en autrem ent mieux, le même avantage. Et,\naujourd’hui, cela n’est pas si changé que cela. Quand un artiste\nest réellem ent grand artiste, il fait lui aussi sa Cène ou sa N ati­\nvité. C’est comme les écrivains : quel est celui qui n’a pas essayé\nson Conte de Noël ? Ceux qui ont réussi le leur n’en ont que plus\nde m érite.\n\n\n   Huysm ans va définitivem ent q uitter Paris. Il se fait bâtir à\nLigugé, à l’ombre du monastère, une toute petite maison romane\navec un portaillet en plein cintre et un cloîtrot en m iniature ; s’il\ny porte le froc de bure qu’aim ait déjà Des Esseintes, il aura l ’illu­\nsion com plète du m outier. Or, l’illusion vaut souvent mieux que\nla réalité. Huysm ans profès ou même oblat serait moins heureux\nqu’Huysm ans simple hôte de moines. Tel im parfait hoplite est\nexcellent peltaste. Ce qu’il faut à un paq u et de nerfs littéraires\ncomme les siens, c’est moins la règle que l’atm osphère. Son cabi­\nnet de travail idéal serait — que je le comprends ! — dans\nquelque cathédrale gothique, une de ces chapelles latérales, ten­\ndue à mi hauteur et d’où l’on verrait, par dessus la tapisserie,\nl’entrecroisem ent des nervures aux voûtes, le flamboi des rayons\naux rosaces, et d’où l’on s’enchanterait des chants, des orgues\net des flots d’encens to u t le jour ju sq u ’à la nuit,\n               La sacrilège nuit par qui meurent les roses.\n\n\n\n   E n somme, la préoccupation religieuse ne lui a pas porté mal­\nheur. Sans elle, il ne serait resté en littératu re que comme un sty­\nliste subtil, aussi idoine à la notation des médiocrités quotidiennes\nqu’à l’im agination des sensations compliquées, ce qui d’ailleurs\nn ’est pas à dédaigner. A. vau l’eau d’une part, A rebours (Je l’au­\ntre l’auraient mis hors de pair, mais dans des cantons, l’un bien\nvulgaire, l’autre bien hurluberlu. Ainsi avec ses étapes d’une con­\nversion (ombre de P a u l Féval, sois-nous clémente !) quel change­\nm ent ! Quelle grandeur dans certains épisodes de Là-bas, quel\nem poignant dans to u t E n R oute, quels détails délicats dans la\n\n\n362\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2425, "texte": "Cathédrale ! Vraim ent, si les gendelettres étaient roublards, ils\niraient plus souvent à la messe. Voyez Hello : il semble bien qu’au\nfond, au tréfond, ce n’était qu’une intelligence de deuxième\nordre ; quand il tombe dans la bécassonnerie, il y patauge. Oui,\nmais il avait l’âme altièrem ent m ystique, et, quand il lisait la\nBible on les Pères, il vibrait, et, grâce à eux, il a atteint, plusieurs\nfois, au sublime, et on a pu, à propos de lui, parler de Pascal !\n\n\n\n   U n autre à qui la préoccupation religieuse a jadis porté bon­\nheur est le poète L aurent Tailhade dont je citais le vers sur la\nn u it tueuse des rosaces. Quelle tristesse de voir cet homme n’avoir\nplus que chants de haine et cris de rage pour to u t ce qui a jadis\nallumé son génie ! Non seulement c’est le décor catholique qui\nlui fit ciseler ses plus belles orfèvreries, mais c’est le sentim ent\ncatholique qui lui souffla ses m eilleurs vers, ses plus touchants.\nLaquelle de ses ballades au pays du Mufle vaudra celle à P aul\nVerlaine dont il chante la consécration de gloire :\n                  Lorsque Jésus reconnaîtra les siens !\n\n  Mais les poètes sont de grands enfants, et les enfants sont de\ngrands ingrats. Ce que je dis de L aurent Tailhade, que d’autres\nnouveaux poètes, symbolistes, ex-décadents, idéalistes, m ysti­\nques, etc., pourraient se l’appliquer ! L a punition n’a d’ailleurs\npas été longue à venir ; en perdant le goût de la pom pe ou du\nsentim ent catholique, ils ont perdu, tous ou presque tous, leur\nâme de poète.\n\n                       •n\n\n\n   Il est vrai qu’à d’autres la préoccupation religieuse a moins\nréussi ! Elle a, par exemple, joué de bien vilains tours à M. Ca­\ntulle Mendès. Ce ju if de nation a vraim ent un faible touchant\npour to u t le décor ecclésial ; il mène volontiers ses héroïnes à la\nmesse, et, dans les descriptions des délectations les moins moroses,\nem prunte à la dévotion ses plus chatouillantes images. Il a même\npoussé l’attention théologique jusqu’à écrire un Évangile de l’E n ­\nfance dont raffoleraient les Madeleines point encore repenties. Son\nrêve serait assurém ent de m ettre en scène des religieuses com m et­\ntan t les cent horreurs devant un crucifix, ce dont, dans un tableau\nde la Reine Fiammette, il a donné un certain avant-goût. Mais en\nceci il fut, comme d’habitude, mal inspiré. Tout ce qui, dans sa\n\n\n                                                                   363\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "Reine Fiammette, est pu r conte bleu : l’assassin désarmé par un\nsourire, le duo d’amour, le billot couvert de fleurs, to u t cela est\n charm ant ; mais, dès que la préoccupation historico-religieuse s’en\nmêle, va te faire fiche, le pape, l’Inquisition, le cardinal Sforza,\nles conjurés, l’hérésie, to u t cela laisserait froid même le public de\nl’Ambigu. M. Mendès le com prendra-t-il jam ais? On peut en dou­\nter, si partiel et partial, m algré sa bonne volonté et sa persévé­\nrance, est son génie. D’ailleurs, sur le point dont je parle, son\ninconscience désarme. Le 27 janvier dernier, après avoir rendu\ncompte, dans le Journal, de la Passion de G iulietti, il sécrétait\ncette perle : « Du moins, ce spectacle pénible et, je le répète, sacri­\nlège aurait dû être réservé pour la Semaine sainte ».\n\n\n\n    Un autre juif, non seulem ent de nation mais de culte, D’E n ­\nnery, vient de m ourir, salué par les panégyriques et les dithy­\nrambes de tout le monde théâtral. Il avait, en effet, gagné plu­\n sieurs millions. Une carrière comme la sienne est difficile à com­\nprendre, mais, une fois comprise, elle explique tout. Voilà un\nhomme qui n ’a jam ais rien fait, rien écrit, rien trouvé, qui a été\npar excellence « le monsieur qui collabore », dont on ne pourrait,\nd’ailleurs, citer ni une phrase, ni une situation, ni même un titre\nde pièce, et qui n’en a pas moins dominé toutes les scènes de\nP aris pendant un quart de siècle. Un des discours prononcés sur\nsa tom be l’a appelé : l’auteur de Mercadet. Après cela il faut\ntire r l’échelle. D ’autres ont cité ses plus grands succès, Michel\nStrogoff et le Tour du monde en 80 jo u rs; mais alors Jules Verne\nne compte pas, lui ! E n vérité qui ne p référerait être parasite et\nvoleur p lutôt que « monsieur qui collabore »? Il est vrai que, quand\non m eurt, on a une belle presse : « Oui, il ne trouvait rien par lui-\nmême, mais il avait une telle entente de la scène ! Oui, il ne savait\npas m ettre une phrase sur pied, mais il avait ta n t d’esprit!» Hélas!\nn’approfondissons pas; les m ots d’esprit, c’est comme les mots\nhistoriques, on ne sait jam ais bien qui en est l’auteur. E t l’entente\nde la scène est à merveille pour s’attribuer à soi les succès et re­\nje te r les fours sur autrui. Si encore M. D’E nnery avait eu le flair\npour les autres, pour ses instrum ents ! Mais un des m ots d’es­\np rit (?) qu’on lui prête est justem ent celui-ci à quelqu’un qui lui\nproposait un cabotin inconnu mais plein de talent : « Attendons\nqu’il l’ait m ontré ! »\n\n\n\n\n364\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2471, "texte": "   E t to u t ceci nous ram ène vaguem ent à l’Affaire! Côtoyons-la\nsans y sombrer. Voici un p etit jeu de société excellent pour re­\ndonner de l’entrain à la discussion quand elle s’étiole : Qu’auraient\npensé de Dreyfus, s’ils avaient vécu aujourd’hui, les feu grands\nhom mes qui n’eurent pas le bonheur de pouvoir se prendre aux\ncheveux à son sujet? Très probablem ent R enan aurait été drey­\nfusien, et Taine antidreyfusien. P asteu r anti aussi. C oncourt cer­\ntainem ent anti, et F lau b ert probablem ent. L am artine peut-être\ndreyfusien. Hugo certainem ent dreyfusien après quarante ans,\nanti avant. V igny et Musset anti. Balzac archi-anti. Georges\nSand dreyfusienne, M ichelet aussi. Quinet aussi ; Guizot, Cousin,\nanti; Comte, Joseph de M aistre, archi-anti. E t Voltaire? Très vrai­\nsem blablem ent archidreyfusien. On p eu t continuer ainsi sans fin.\nL ’exercice est to u t à fait recom mandé; il est, comme base, à peu\nprès aussi solide que la discussion sur l’Affaire elle-même, et il\nrecèle de nouvelles, subtiles et précieuses sources de discorde.\n\n\n\n\n   Dans un article de M. V ictor B érard sur la situation écono­\n m ique de l’A ngleterre (Revue de Paris), je vois employé le m ot\nbriton. Il faudrait que ce m ot passât dans la langue. Outre-M an­\nche on différencie bien english et british; jam ais un Écossais, ou un\nGallois, à plus forte raison un A ustralien ou un Canadien ne se\ndira english ; to u t ce qui est national est british, comme leur M u­\nséum. D ire anglais est donc faux; anglo-saxon est pire; breton\nfait confusion avec nos Arm oricains à nous ; prenons donc british\net francisons-le en briton. Ergo h urrah pour M. Victor B érard ;\nmais, puisque je le tiens, il fau t que je lui rappelle, ne serait-ce\nque pour le convaincre de la nécessité de certaine préoccupation\ndes choses religieuses, une de ses phrases de son livre sur la Ma­\ncédoine qui m ’est restée sur l’estomac : « Les habitants (de je ne\nsais plus quel village chrétien de Turquie) furent épouvantés ;\npendant trois jours ils firent une neuvaine..., etc. »\n\n\n\n\n   Mieux, certes, la dernière à Sarcey (Figaro, 2 février) : « J e suis\nétonné de voir combien il fallut de temps, d’efforts et de tâto n ­\nnements à V ictor H ugo pour s’élever des Odes et Ballades aux\nContemplations, où il donne, pour la prem ière fois, la mesure de\nson génie ». Quoi ! les Orientales, les Feuilles d'automne, les\n\n\n                                                                   365\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 366, "texte": "Chants du crépuscule, les R ayons et les ombres, rien! E t rien non\nplus Hernani, Cromwell, Marion de Lorme, et to u t le théâtre ! E t\nrien davantage Notre-Dame de Paris ! Tout cela biffé d’un trait,\nnomme d’une m ain de géant! Mais c’est la griffe du lion, cela, cher\nami d’About.                                     Saint-A ntoine.\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-011", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 366, "page_fin": 371, "titre_corps": "L’actualité théâtrale", "titre_sommaire": "Actualités théâtrales", "rubrique": "", "signature_source": "G. R.", "ancre_debut": "L’ACTUALITE THEATRALE. 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Car — entre\nnous soit d it — le révérend Peeterm ann ferm e trop volontiers\nles yeux sur les peu innocents « flirtages » dont ses filles sont\nl’objet de la p a rt des jeunes gens qu’à dessein il invite. Or, au\n fond de son cœur, L éa nourrit l’espoir secret d’épouser un jo u r le\njeune et très éloquent pasteur Michiels, gloire de l’Eglise réfo r­\nmée et ami de son père.\n    Hélas ! l’une de ses sœurs lui ravit cet époux rêvé !\n    Silencieusement l’aînée se résigne, puisant sa force dans sa\nfoi. Mais l’une après l’autre ainsi, chacune de ses sœurs cadettes\ntrouve son épouseur. Elle va rester seule au logis paternel,\nla vieille fille que déjà, certain jour de fête, apostrophent en sou­\nriant, avec une ironie apitoyée e t une cruauté consciente, ses\nsœurs, se prom enant aux bras de leurs amis.\n   M aintenant que la valse tourbillonne là-bas, dans la villa du\nvoisin qui les invita, L éa reste isolée, en ce coin retiré du parc, à\nchanter de vieilles com plaintes, pour amuser — elle qui pleure ! —\nles enfants de ses sœurs heureuses. Ah! c’en est assez, à la fin.\nTrop d’am ertum e a enfiellé son âme, et la m esure est pleine,\net sa rancune déborde, au contraste de leur joie et de sa douleur!\nDans son dépit de rester là, la délaissée qui distrait les enfants\ndes autres, elle se trouble, elle excite en elle le désir, e t voici que le\nten tateu r to u t à coup se présente (c’est le neveu de l’hôte) sous\nl’uniform e galonné de capitaine de hussards.\n   E t voici qu’elle s’égare ju sq u ’à se faire provocante, jusqu’à\nse laisser entraîner par ce jeune paillard au fond du parc, dans\nun pavillon rustique.\n   Mais à peine a-t-elle pénétré dans ce pavillon que la conscience\nde sa faiblesse lui apparaît m onstrueuse ; dans son affolement elle\nveut fuir, et n’écoutant plus les raisons de son séducteur déjoué,\ndevant les siens et les amis qui la recherchent, elle ouvre la porte\nqu’il a fermée, préféran t supporter publiquem ent la honte de\nl’aveu flagrant de sa faiblesse que de subir l’outrage de ce soldat\nbrutal, p lutôt que de pécher.\n   Ainsi, au surcroît de ses douleurs est venue s’ajouter la\nsuprêm e douleur de sa honte ; mais L éa connaîtra enfin le bon­\nheur, car le voisin, ému par sa vertu et depuis longtem ps captivé\nen secret par l’humble beauté de cette âme féminine, lui offrira\nde partager son aisance et de prendre place en un cœur ju s ­\nqu’alors esseulé, égoïste et sceptique.\n   Simone, comme Léa, sera silencieuse, et même son silence fera\nsa propre force. Aussi longtem ps que personne ne connaîtra\n\n\n                                                                      367\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": "  qu’elle sait tout, aussi longtem ps que sa feinte ignorance donnera\n  le change à ceux qui l’entourent, à son m ari surtout, à son m ari\n  qu’elle adore, m algré ses trahisons, elle boira « le calice » coura­\n  geusem ent sans un m urm ure. Mais dès l’instant que la tante de\n  son m ari l’oblige d’avouer qu’elle n ’ignore rien, l’édifice de sa\n  ferm eté s’ébranle et menace de s’écrouler.\n     Seule la pensée que son m ari du moins ignore encore que sa\n  Simone connaît l’excessive légèreté de sa vie suscite en son cœur\n  un regain de force. Elle veut se cantonner en cette pensée,\n  s’y raccrocher comme à une épave, lorsque son m ari lui révèle\n  qu’il a entendu le confidentiel aveu fait par elle à la tante. Alors,\n  désespérée et lâche, elle aspire du chloroforme et se suicide\n  païennem ent.\n     Thérèse Morasset, elle aussi, aura recours au suicide pour abré­\n ger la situation quasi inextricable où sa probité indom ptable l’a\n placée vis-à-vis de son m ari et de son père, dont le scepticisme\n peu scrupuleux et la très financière im passibilité lui font honte,\n à elle, « petite fille — a dit le banquier — qui ne pense pas plus\n loin que son catéchisme ». Au plein m ilieu de son bonheur, au\n m om ent de p a rtir en voyage de noces avec le m arquis de Chante-\n muse, elle apprend, « de la bouche même du fils de la victim e »,\n que son père à elle doit toute sa fortune à des procédés plutôt\n louches qui ont amené une ruine et un suicide. A u paroxysm e de\n l’indignation, Mlle Morasset, devenue depuis le m atin (grâce à\n sa dot) Mme la m arquise de Chantemuse, veut obliger son père à\n la restitution, et son m ari à renoncer à la fortune de sa femme.\n D evant leur refus à tous deux, elle se réfugie dans le Midi chez la\n tan te qui l’éleva, lui inculqua les principes d’honneur et lui donna\nl ’am bition de l’intégrité la plus absolue.\n    Quel dommage n’est-ce pas pour elle et pour la pièce que\n Thérèse M orasset ait oublié soudain, au dénoûm ent m ortel, son\ncatéchisme ? Il se m êlait à sa v ertu par trop d’orgueil, en vérité,\npour qu’aucune autre fin fû t scéniquement admissible.\n    P a r la sim ilitude de leurs douleurs, p ar leur ferm eté si long­\ntemps admirable, par la brusquerie de leur défaillance et (pour\nces deux dernières) par la sim ilitude enfin de leur m ort, n’est-ce\npas que Léa, Simone et Thérèse vous apparaissent, à vous aussi\nlecteurs, comme des sœurs par l’âme ? Léa, Simone et Thérèse\nsont trois âmes féminines étudiées et situées dans le milieu\nmoderne.\n    Elle est un peu leur sœur aînée, mais de quelques siècles anté­\nrieure, cette Ju d ith R enaudin, qu’en une suite de scènes mal\n\n\n368\n"}, {"page_pdf": 412, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3072, "texte": " reliées entre elles, mais suffisamment écrites, P ierre L o ti proposa\n à nos admirations.\n    Avec sa verve réservée et sa finesse assez sournoise,\n Jules L em aître nous avait peint dans l'Aînée l’antinom ie qui\n s’avère flagrante entre le « caractère sacré » de pasteur des\n âmes et les soucis m atrim oniaux où s’absorbent le révérend\n Peeterm ann et son révérend gendre, le pasteur Michiels.\n    Envisager sous cet aspect, l’œuvre de J . L em aître (M. Eugène\n Veuillot s’acquitta de cette tâche de façon parfaite dans l’un des\n récents fascicules de la Revue du Monde catholique) c’est la faire\n apparaître ni plus ni moins qu’une apologie, au théâtre — par la\nnégative protestante — du célibat des prêtres catholiques. Or,\ndans Ju d ith Renaudin, ce sont encore les protestants qui sont en\nscène. Mais, cette fois, les sym pathies de l’auteur vont à eux, e t il\nn’a pas tort, car la scène se passe au tem ps du Roi-Soleil, au tem ps\nde la Révocation et des Dragonnades infâmes. Les catholiques\nsauront gré à M. L o ti d’avoir m ontré sous leur clarté vraie les\nlugubres horreurs de ces jours de fanatism e en nous présentant\nles dragons du Roi, non point catholiques pratiquants, mais sol­\ndats païens et brutaux agissant p ar ordre, comme le prem ier\nEsterhazy venu, sans se préoccuper le moins du m onde de savoir\nsi la cruauté de tels ordres n ’est pas anti-chrétienne au suprême\ndegré. Il existe encore aujourd’hui des « catholiques » (?) de cette\nespèce, qui négligent de s’approcher tous les ans de la Table\nsainte e t qui, comme le duelliste D rum ont, sont des prédicateurs\nde haine\n\n   1. Dans un remarquable Premier Paris, qui parut à la Volonté, notre ré­\ndacteur Georges Le Cardonnel écrivait excellemment au sujet de ces gens\n là et de leurs pareils :\n   « Ces prétendus catholiques plient un peu trop leur catholicisme à leurs\nintentions politiques. Ils en voudraient faire une borne pour les autres,\nafin d’avoir la domination, seuls ; ils semblent considérer une religion\nsurtout comme un ciment social, une consolation pour les humbles, qui\ndeviendrait facilement une matraque, afin qu’ils se taisent ; c’est l’embour­\ngeoisement du catholicisme qui, dès lors, ne demanderait qu’à faire servir\nles vérités divines au triomphe de quelques-uns pour l’asservissement\ndes autres. Ils rapetissent ainsi une religion admirable, inconsciemment,\npar habitude, par égoïsme et beaucoup par bêtise. Ce sont les mêmes qui\nricanent de Sagesse, qui ont méconnu Hello, Barbey d’Aurevilly, Villiers\nde l’Isle-Adam. Si le Christ revenait, il est plus que probable qu’ils le fe­\nraient fusiller... alors que, ce jour-là, leurs adversaires, sans doute, le dé­\nfendraient...\n   » Que le vide se fasse autour des énergumènes qui grimacent devant\nles foules en brandissant des journaux à manchette ! Rappelons-leur sans\ncesse que les rois du massacre ne sont qu’éphémères, que du sang ré­\npandu montent des floraisons nouvelles de paix et d’amour, et que les\nmartyrs ont toujours raison ».\n\n                                                                          369\n"}, {"page_pdf": 413, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2664, "texte": "   Ceux-là n’auront que sarcasmes ou m épris pour un prêtre tel que\ncelui mis en scène par le médiocre auteur dram atique qu’est\nl’émouvant conteur de Mon frère Yves. Sans doute eut-il été dési­\nrable que le curé de L oti ne se laissât pas égarer par sa pitié ju s ­\nqu’à absoudre l’apostasie du prétendu catholique dragon du roi,\ndevenu amoureux de Judith, la fille du très protestant Renaudin,\nen favorisant sa fuite avec elle sur le bateau qui doit em porter\ndans la n u it les m alheureux huguenots bannis de France. Mais\ndevant cette faute grave, le caractère est noble et digne d’un m i­\nnistre de Jésus-Christ.\n   Que les quatre pièces ci-dessus résumées soient un peu Augier,\nOctave Feuillet ou, si vous préférez, Georges Sand (du Marquis\nde Villemer), je ne ferai p oint de difficultés pour le reconnaître,\nme réservant toutefois d’estim er fo rt to u t le soin et le réel souci\nd’a rt que Fernand Vanderem apporta à l’écriture des pensées du\nCalice. T out cela est un peu « vieux jeu », sans doute. Mais com­\nbien moins distant de la Beauté que le nouveau, celui de l’a­\ncadémicien Lavedan !\n   « Or çà! dites-moi, monsieur le chroniqueur, est-il entendu\nque désormais on ne s’occupera plus des hommes au théâtre ?...\nLes femmes, toujours les femmes ! » ronchonne, dans son coin,\nquelque vieux misogyne. (E t ce n’est pas A uguste S t r i n d b e r g\nqui a trouvé, paraît-il, le P o rt du Salut.)\n   Quoique partisan déclaré des revendications féministes, je\nm ’empresse de satisfaire l’anxiété du vieux monsieur. On s’occupe\nencore des hommes au théâtre. A preuve ces deux, pièces de\nphysiologie « masculine » qui viennent d’être représentées ce\nmois-ci, l’une : le Mâle, de Camille L e m o n n i e r , au Nouveau théâtre\nde Bruxelles ; l’autre : Ton Sang, d’H enri B a t a i l l e , au théâtre de\nl’CEuvre et, grâce à H. Maubel, au théâtre bruxellois du Parc. Le\nconte brutal et vigoureux de Lem onnier, s’il perd à la scène de\nsa puissance verbale et de sa vigueur descriptive, gagne en\nintensité d’action par le rendu vivant des scènes mouvementées,\ncomme to u t le prem ier acte qui se passe au cabaret, et dans lequel\nCachaprès le braconnier, le Mâle, devient l’am ant de la fille\nde H ulotte, le ferm ier, jusqu’au jour où une balle couchera\npar terre cette bête humaine. Une interprétation adm irable de\ncette pièce un peu trop physiologique en fait davantage res­\nsortir l’animale bassesse, et, l’ayant vue, on n ’a guère sujet d’être\nplus qu’antérieurem ent fier de notre dignité hum aine ; aussi n ’est-ce\npas ainsi, j ’imagine, que M. Maurice de Faram ond entend nous\névoquer la Noblesse de la Terre, dans cette pièce nouvelle, en vers\n\n\n370\n"}, {"page_pdf": 414, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2848, "texte": "libres, dont Lugné-Poë nous fit le plus v if éloge lorsqu’il nous vint\nrécem m ent à Bruxelles et pour laquelle les journalistes parisiens\nsem blent étaler leur ignardise avec un tel entrain que je la crois\nbien près, cette pièce, d’être une œuvre de grand m érite...\n    Combien je préfère au Mâle la pièce d’H enry B ataille. P eut-\nêtre nos lecteurs n’ont-ils pas oublié qu’au prem ier fascicule de\nla 8e année de L a L utte (avril 1897), E d g ar R ich au m e fit l’éloge\ndu poète ému et très délicat de la Chambre blanche. Depuis, le\njeune auteur s’est adonné au théâtre, et Ton Sang le place d’em ­\nblée au rang de nos m eilleurs tragiques. L ’anxiété et l’angoissant\nmalaise qui planent sur les personnages de ce bien moderne drame\nont fait dire par quelqu’un, à l’en tr’acte, que la pièce s’apparente\nau th éâtre anxieux du jeune et sentencieux auteur de L a Sagesse\net la Destinée, à Maurice M aeterlinck. Que cette pièce se ressente\ndu fatalism e ibsénien, voilà ce qui n’est pas douteux et, m algré\ntous les cris de notre adm iration pour l’écriture e t pour la vérité\nprofonde de ce drame, c’est toujours la même conclusion qui re­\nvient sous notre plume : le théâtre m anque de sens moral, parce\nqu’il m anque de foi. Les auteurs ont perdu leur fil d’Ariane, et\nplus rien pour eux n’a de sens, ni la douleur, ni la m ort, ni le tra ­\nvail, ni la vie ; ils ne savent pas ! ils ne savent pas ! et leur\ndoute se trad u it dans l'anxiété de leurs œuvres. Aussi Georges\n Rency n’a-t-il eu que trop raison lorsqu’il écrivait naguère dans\nle Soir de Bruxelles :\n    « L e théâtre actuel nous m ontre un é ta t extraordinaire de\nl’hum anité. Tous ses personnages sont fous à lier, bêtes à san­\n gloter ou plus ennuyeux qu’un discours politique. Depuis Dumas\n fils et ses revendications contradictoires et vengeresses, nous avons\n vu les héroïnes étranges d’Ibsen, auteur puissant, mais incom pré­\nhensible, j ’entends incom préhensible au point de vue des tendances\n et des idées. Nous avons eu M aeterlinck, styliste admirable, mais\n esprit faux et systém atique, et ses m arionnettes sans vie qui nous\n étonnèrent sans nous émouvoir. Actuellem ent, quelques dram a­\n turges talentueux nous am usent et nous intéressent, mais nous ne\n pouvons nous empêcher de sentir chez eux cette même absence de\n fixité et de véritable santé qui nous fait souffrir nous-mêmes mo­\n ralem ent ».                              G eo rg es R am aekers.\n\n  P.-S. J ’eus vivem ent désiré consacrer quelques lignes de cette\nchronique dram atique au Sacrement de Judas, la nouvelle œuvre\ndram atique que notre rédacteur Louis T i e r c e l i n fit représenter\nrécem m ent à Paris. L a surabondance des m atières m ’oblige à\nseulem ent la signaler ici.                                  G. R.\n\n\n                                                                     371\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-012", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 372, "page_fin": 374, "titre_corps": "Glanes du mois", "titre_sommaire": "Glanes du mois (Théâtre et bibliographie)", "rubrique": "", "signature_source": "Uijlenspiegel", "ancre_debut": "GLANES DU MOIS UN P IR A T E . C’est de M. 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Maurice des Ombiaux — ou, plus exactement, Desombiaux —\nqu’il s’agit.\n   Ce « garde champêtre des lettres belges », aux allures grotesquement ma­\ntamoresques, et à la plaisanterie pataude, s’étant impudemment revêtu (en\ndehors du carnaval) de la peau du lion, vient malheureusement (pour lui)\n de laisser passer le bout de l’oreille.\n   Il y a quelques jours à peine paraissait chez Ollendorff, rue Richelieu,\nl'Histoire mirifique de Saint Dodon, par M a u r i c e d e s O m b i a u x (Droits de re­\nproduction et de traduction réservés pour tous pays !).\n   Une bizarre coïncidence fit que, quelques jours auparavant, l’un d’entre\nnous s’était fait acquéreur d’un rarissime petit bouquin, édité à Rouen, chez\nAdrien de Launay, « Au Compas d’or », en 1603, et qui porte pour titre :\n Histoires tragiques, extraites des oeuvres italiennes de B a n d e l l o , mises en lan­\ngue française par Pierre Boisteau.\n   Or, voici, parallèlement, ce que nous lûmes dans l’un et l’autre de ces\nlivres. Que le lecteur compare et s’édifie !\n   Dans Desombiaux (1899) ;                    Dans Bandello (6031) :\n   « Mon voisin et ami, je suis vieux          « Mon voisin et amy, je suis vieux\net mélancolique, ainsi que vous pou­         et mélancolique, comme vous co­\nvez vous en apercevoir. J ’ai besoin         gnoissez, parquoy j ’ay besoin désor­\nde me distraire... Je vous serais            mais de me réjouyr et je vous prie\nobligé de considérer comme d’être            bien fort.. usez privément des biens\nde ma maison et d’en user comme              de ma maison comme vous feriez\nil vous plaira... »                          des vôtres. »\n          (S. Dodon, p. 248, ligne 17.)        (Hist. tragiques, p. 145, ligne 28.)\n   \" Il l’assura de tout son dévoue­           « Le suppliant au reste de lui\nment et... le pria de compter sur lui        commander tout ce qu’il lui plairait\ncomme sur son plus fidèle servi­             et qu’il ne le trouverait point autre\nteur. \"                                      que son très humble et obéissant\n                  (S. Dodon, p. 249.)        serviteur. »\n                                                         (Hist. tragiques, p. 146.)\n\n  Dans Desombiaux (1899) :                     Dans Bandello (1603) :\n  Lors le seigneur fit venir les de­           « Et lors, le seigneur commanda\nmoiselles, servantes et valets qui res­      que les deux damoiselles qui es­\ntaient au logis pour assister à la           toyent au chasteau et quelque reste\nscène. Quand ce petit monde fut ras­         de valets fussent appelez pour assis­\nsemblé il parla en ces termes : « Ah,        ter et prendre exemple à ce beau spec-\n\n\n372\n"}, {"page_pdf": 416, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3971, "texte": "ça, chienne vile et détestable catin,    tacle. Et estant ainsi tout ce menu\npuisque tu as eu le cœur assez traî­     peuple congrégé, le seigneur s’adres­\ntre et déloyal pour détruire le saint    sant à sa femme lui dit : « Vien-çà,\net précieux lien du mariage qui nous     louve vile et détestable, puisque tu\nunissait, je veux que de tes propres     as eu le cœur si traistre et déloyal\nmains, par lesquelles tu me donnas le    d’introduire ce ruffian infâme de\npremier témoignage de ta foi, soit       nuict en mon chasteau, non seule­\nétranglé et pendu ce ruffian que tu      ment pour me dérober l’honneur, le­\nas introduit nocturnement dans ma        quel je préfère à la vie, mais qui\ndemeure ; ne sachant rien trouver de     plus est pour rompre à perpétuité le\nplus fort pour égaler l’horreur que      sainct et précieux lien de marriage\ntu me causes, je te contrains à meur­    par lequel nous estions unis et liez\ntrir celui que tu as préféré à ta ré­    ensemble. Aussi je veux mainte­\nputation, mon honneur et ta vie. \"       nant de tes propres mains, par les­\n                                         quelles tu me donnas le premier té­\n        (Desombiaux, p. 254, ligne 12    moignage de ta foi, il soit mainte­\n          et seq.)                       nant pendu et estranglé en présence\n                                         de tous, ne sçachant inventer autre\n                                         suplice plus grand pour satisfaire à\n                                         ta coulpe que te contraindre de meur­\n                                         trir celuy lequel tu as préféré à ta\n                                         réputation, à mon honneur, et à ta\n                                         vie.\n                                                     (Bandello, p. 152, ligne 9\n                                                        et seq.)\n\n  Saint Dodon, p. 255, ligne 3 :            Bandello, p. 152, ligne 30 :\n  Ayant formulé cet arrêt, le vieil         Et ayant prononcé cet arrest fa­\naigle à l’œil injecté de sang fit en­    tal, il envoya quérir de gros doux\nfoncer dans la poutre du plafond un      de charrette qu’il fit attacher à la\ngros clou de charrette. On y lia la      poutre de la chambre... et lors la\ncorde, et la malheureuse femme dut       contraignit d’atacher le collier de\nattacher au cou de son triste amant      l’ordre des malheureux au col de son\nle collier de l’ordre des suppliciés.    triste amant. Parce qu’elle ne pou­\nComme elle défaillait à cette beso­      vait seule satisfaire à une charge\ngne, la vieille femme qui avait          si griève et pesante, il ordonna,\nété la complice de ses amours            qu’ainsi la vieille avait esté loyale\nadultères fut forcée de lui servir       ministre des amours de sa femme,\nd’aide en ce travail de bourreau.        ainsi la seconderait-elle en l’accom­\n                                         plissement de ce chef d’œuvre.\n  Quand elles eurent de leurs mains         ... Elles étranglèrent de leurs mains\nétranglé le jeune homme, le sire de      cet infortuné gentilhomme, de la\nBarbonçon fit brûler le lit, les meu­    mort duquel le seigneur n’estant pas\nbles et les draps qui avaient été les    encor satisfait fît brusler le lict, la\ntémoins des plaisirs défendus.           coutte, et les draps auxquels ils\n                                         avaient receuz leurs plaisirs passez.\n   Il ne resta dans la chambre qu’un        Et fit oster le reste des autres Ils­\npeu de paille, juste de quoi servir de   tensiles qui estoient en la chambre,\nlitière à deux chiens. La fenêtre et     et voulut seulement qu’on y laissast\nla porte furent murées. On ne. laissa    autant de paille qu’il en faudrait\nqu’un petit pertuis pour passer le       pour coucher deux chiens Et de­\npain et l’eau.                           hors il fit mitrailler toutes les fe-\n\n\n                                                                            373\n"}, {"page_pdf": 417, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2191, "texte": "                                          nêtres et la porte même et fit seu­\n                                          lement laisser un petit pertuis ouvert\n                                          par lequel on lui donnait du pain et\n                                          de l’eau.\n  Et ainsi demeura la malheureuse,          Et demeura ceste pauvre malheu­\ndans l’horreur de cette obscure pri­      reuse en la miséricorde de cette ob­\nson, n’ayant d’autre compagnie que        scure prison, n’ayant autre compa­\nle corps en pourriture de celui qui       gnie que celle d’un corps mort. Et\navait été son plus grand amour, jus­      après avoir demeuré quelque temps\nqu’au moment où, asphyxiée par la         en ceste puanteur, sans air, ou con­\npuanteur, couverte de vers, folle         solation, vaincue de douleur et d’ex­\nd’épouvante, elle rendit l’âme.           trême martyr, rendit l’âme à Dieu.\n\n  Dans Desombiaux :                         Dans Bandello :\n  « Il épousa une jeune fille de T huin      « Ce seigneur en ce temps épousa\n(sic ! !) d’une beauté moyenne. Il la     une damoiselle de T h u r i n , de\nprit de condition modeste, pour son       moyenne beauté, laquelle il prit\nplaisir, n’ayant égard à la gran­         pour son plaisir, n’ayant esgard à\ndeur de son nom ».                        la grandeur du lieu dont il était\n                                          issu ».\n       (S. Dodon, p. 240, ligne 12.)\n                                             (Hist. tragiques, p. 141, ligne 26.)\n\n   Eh bien! qu’en dites-vous, mes amis? Ce simple rapprochement n’est-\nil pas suggestif? Nous pourrions citer ainsi maint et maint passage non\nmoins... hum ! comment dire... non moins apparenté. Mais en voilà déjà\nplus qu’il n’en faut, n’est-ce pas, pour clouer au pilori, et définitivement,\nDesombiaux-le-Plagiaire. S’il plaît à cet individu de recommencer les\nmœurs de pirate qui firent la honte de la Belgique au temps du Roman­\ntisme, libre à lui désormais. Chacun l’estimera, à partir d’aujourd’hui, à sa\njuste « valeur » (Typos ! n’imprimez pas : « voleur » !).\n                                                              U j jl e n s p ie g e l .\n\n\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-013", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 374, "page_fin": 374, "titre_corps": "Le cercle « La Lutte » à la Maison d’art", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "E. R.", "ancre_debut": "LE CERCLE “ LA L u t t e „ de G. 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Paul Mussche, lui, a la voix\nfaible pour la dernière, celle de         plus sonore et la prononciation pleine.\nG. Virrès. Si l’œuvre de G. Eckhoud       C’est en poète qu’il fait de la critique.\nn’y était point pénétrée minutieuse­      Aussi dirai-je que j ’ai surtout remar­\nment, du moins y était-elle retracée à    qué son style pur et fort, comme une\ntraits larges et vigoureux, l’œuvre       statue aux modèles harmonieux.\nd’Eckhoud y revivait. La conférence                                       E. R.\n\n\n\n\n374\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-014", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Note de la rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "R e v u e c a t h o li q u e d ’A r t.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 418, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 42, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "R e v u e c a t h o li q u e d ’A r t .\n                                                                   PARIS E T                BRUXELLES\n\n\n                                  C O M IT É P A T R O N A L :\n\nVALÉRE MABILLE — LÉON SOMZÉE — AMÉDÉE d e BRESSOUT\n\n\n                                         D ir e c t e u r :\n\n                             GEORGES                  RAM AEKERS\n                                   1 1 4 , rue Franklin, B r u x e l l e s\n\n\n                                          Secrétaires :\n                      PARIS                                                BRUXELLES\n   C H A R L E S de R O U V R E                                  ÉDOUARD                        NED\n            27, rue d’Amsterdam                                        34, rue du Conseil\n\n\n                         Rédaction de « La L utte 1 :\n                                             FRANCE :\n\n          Y v e s B e r t h o u , A l b e r t J o u n e t , Ge o r g e s L e            Ca r d o n n b l\n                           C h a u l e s d e R o u v r e , L o u is T i e r c e l i n\n\n                                           B E L G IQ U E :\n\nE r n s t De l t e n r e , P o l De m a d e , P a u l M u s s c h e , E d o u a r d N e d , J o h a n N i l i s\n                                            E r n e st P é r ie r\n            G e o r g e s R a m a e k e r s , E d g a r R ic h a u m e , G e o r g e s V i r r è s\n\n\n\n                                P r in c ip a u x C o lla b o ra teu rs :\nPaul André, Franz Ansel, Albert Herthel, Louise et Louis Delattre, Eugène\n  Demolder, Henri Delisle, Henri de Régnier, Edouard Ducôté, Maurice Dullaert,\n  M ax Elskamp, Henry Ghéon, Eugène Herdies, Joris-Karl Huysmans, Camille\n  Lemonnier, Georges Marlow, Charles Morice, Marie et Jacques Nervat,\n  Georges Oudinot, Maurice Perrès, Victor Remouchamps, Georges Rodenbach,\n  Prosper Roidot, Blanche Rousseau, Léon R ycx, Laurent Savigny, Camille\n Schiltz, l’abbé Armand Thiéry, Firmin Van den Bosch, Emile Verhaeren,\n                            Francis Vielé-Griffin.\n\n\n\n     Adresser tout ce qui concerne l’A dm inistration chez les Éditeurs :\n\n                           ALFRED               V R OM A N T               & Cie\n                  BRUXELLES                                                     PA RIS\n       3, r u e de la C hap elle, 3                    i           60, r u e M adam e, 60\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-02-15-n11-015", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENT DE PARAITRE : Georges VIRRÈS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 419, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 349, "texte": "VIENT DE PARAITRE :\n                                              Georges VIRRÈS\n\n\n\n    EN PLEINE TERRE\n  La Glèbe héroïque\n           1797-1798                          D A N S LES É D I T I O N S\n\n\n\n   Un beau et fort volum e in-12   3 fr. 50\n\n\n                                                DE “ LA L u t t e\nEN VENTE CHEZ T O U S LES LIBRAIRES\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 384, "texte": " LaLUTTE               Revue Catholique d'Art\n\n\n\n\n                                AlfredVromant&C. Editeurs\n                                60Rue Madame - Paris .\n                                  3, Rue de la Chapelle . Bruxelles\n\n\n\n\nQ UATRIÈM E ANNÉE- -   N° 11.                15 FEVRIER      1899.\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "                        LA LU TTE\n     REVUE CATHOLIQUE MENSUELLE D’ART — QUATRIÈME ANNÉE\n\n                   P a r a i t le 1 5 d e c h a q u e m o is .\n\n\n                                   ABONNEMENT :\n\n    Belgique et France : 5 francs. • Union postale : 6 francs.\n                     Le numéro : 5 0 centimes.\n\n\n\n\n            SOM M AIRE DU N U M É R O                                         11\n                                 15 F é v r ie r 1 8 9 9 .\n\n\nGeorges Ramaekers : L e fo ssé q u i n o u s s é p a re (Esthétique) 343\nEdouard Ned : L e je u de l ’a m o u r et d e la n eig e (Conte) . 346\nCharles de Sprimont : D u p r in te m p s à l’h iv e r (Poème) . 350\nGeorges Le Cardonnel : L e s ch a n ts d e l'adolescence et d e\n      la je u n e sse (P rose)..........................................................352\nYves Berthou : A u p u its d e Jacob (Poème)............................ 355\n\" La Lutte \" : L ’abbé H e c to r H o o r n a e rt (Monographie). . 356\nL’abbé Hector Hoornaert : D ’a p r è s les M a îtr e s esp a g n o ls\n      (Sonnets)............................................................................. 359\n          I. Portrait de Murillo.\n          II. Immaculée Conception.\n          III. Saint François récompensé.\n          IV. Portrait de Murillo.\n\nSaint Antoine : N o tu le s p a r i s i e n n e s ...................................... 361\nGeorges Ramaekers : A c tu a lité s th é â tr a le ............................ 366\nUijlenspiegel : G la n es d u m o is (T héâtre et b ib lio g ra p h ie) . 372\n\n\n\n\n          “ LA L u t t e » ne publie que de l’inédit.\nT ous d r o its de r e p r o d u c tio n e t d e tr a d u c tio n ré se rv é s.\n"}, {"page_pdf": 386, "texte": "          L\n          L        U AT                    T         E\n\n\n\n\n                               LE       ROSSÉ\n                               QUI       NOUS SÉPARE.\n\n                 T U TE erreur, a écrit quelque p art Bossuet, est une\n                 O\n             vérité dont on abuse.\n               Lum ineux aphorisme ! mais qu’on ignore, hélas! ou\n             qu’on oublie, dès que l’on pénètre au champ clos de la\n             bataille des Idées.\n   De quel puissant secours ne nous serait-il pas, pourtant, si nous\nle savions prendre enfin pour point de départ de toutes nos criti­\nques, quelque soit d’ailleurs l’objet du débat — Vérité, B onté ou\nBeauté — qui s’ouvre devant nous.\n   Nous bannirions ainsi to u t parti-pris grossier, et plutôt que de\nrejeter en bloc à priori, comme à plaisir, l’erreur philosophique,\nesthétique ou m orale dans l’œuvre du voisin, nous nous applique­\nrions à rechercher dans son erreur cette V érité dont il abuse, et\nque — moins les abus — nous partageons aussi.\n   Ju sq u ’à présent les catholiques n’ont voulu aboutir, semble-t-il,\nqu’à creuser davantage le fossé qui les séparait de leurs adver­\nsaires.\n   Trop longtem ps les polémiques n’ont servi qu’à satisfaire ou\nexciter, chez l’auteur et chez l’auditeur, le toujours médiocre et\nsouvent odieux plaisir que procure à nos instincts l’exercice ou le\nspectacle de l’Ironie, de la Colère et de la Haine.\n   Mais ne serait-elle pas plus digne de nous pourtant, plus belle\n\n\n     14                                                           343\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": "puisque adjuvant à l’Harmonie — plus loyale et plus charitable\n aussi — donc plus chrétienne — cette discussion désirable, où,\n sans em portem ent et avec la ferm eté calme qui est la preuve\n physiognom onique d’une conviction sincère, nous nous efforce­\n rions à découvrir, sous les abus des théories adverses,les moindres\n parcelles de V érité qui, plus ou moins — à leur insu peut-être —\nles font se rapprocher de notre F oi divine?\n    Le m om ent n’est pas éloigné où, loin de creuser « le fossé »\n plus profondém ent encore que ne l’avaient creusé nos aînés, nous,\nles jeunes hommes chrétiens du XXe siècle — notre siècle ! —\nnous nous efforcerons de le combler.\n    P en d an t que nos aînés s’obstinaient en la passivité stérile d’une\nhostilité purem ent verbale à jérém ier sur « le m alheur des\ntem ps », « la corruption du siècle » et sur... une demi-douzaine\nd’autres clichés encore plus séculaires, l’élite intellectuelle de nos\nadversaires accaparait, au profit du Mensonge, les A rts, la Science\net l’Histoire. E t depuis l’on va p artout proclam ant la prétendue\n antinom ie de la Raison et de la Foi, de la Justice et de la Foi,\nde la Beauté et de la Foi...\n    Il est grand tem ps que cela cesse.\n    D éjà un des plus illustres prélats de ce vivant e t perspicace\népiscopat du Nouveau Monde — j ’ai nommé John Ireland — a\ninauguré par un livre retentissant l’ère des Réconciliations vic­\ntorieuses et hâté la féconde union de l’Église et du Siècle.\n    Quant à nous, nous savons que le devoir chrétien est d’y aider,\net nous y aiderons de toute la force de notre ardeur adolescente,\ndans le domaine spécial qui nous est dévolu : le domaine esthé­\ntique.\n   Il y a un an aujourd’hui, un an déjà! que nous avons\nouvert et provoqué nous-mêmes, dans la capitale belge, une dis­\ncussion courtoise et calme, où nos confrères de l’autre bord furent\ninvités à exposer avec une liberté entière leurs tendances artis­\ntiques.\n   Les assistants de ce Congrès, participants et auditeurs, ont\nconservé, présents à la mémoire, les débats qui eurent lieu les 19 et\n20 février 1898 au Palais des Académies, et à tous ceux qui\nsurent alors entendre et com parer sans partialité apparut l’éclec­\ntism e et la préexcellence de l’E sthétique universelle qui prend\nsa source au théism e chrétien.\n    Depuis, les im putations systém atiques de quelques adversaires\net les plaisanteries p lutôt intem pestives de quelques « beaux »\nesprits superficiels ont eu pour unique résultat de dissiper cer­\n\n\n344\n"}, {"page_pdf": 388, "texte": " taines équivoques en provoquant de notre p a rt les rectifications\n élucidatives, que devait inévitablem ent appeler la rare m ala­\n dresse de leurs attaques. Mais il en est aussi, même parm i les\n nôtres, qui interprètent à contre-sens nos paroles, et qui, de bonne\n foi et sans penser à mal, s’im aginent sérieusem ent que l'A rt\npour Dieu est une école !\n    C’est ainsi, par exemple, que dans la Montagne de Genève, la\n vaillante revue des Jeunes Suisses, où M. Em ile Savoy consa­\n crait en janvier 1899 sa prem ière « Chronique belge » aux écri­\n vains de « L a L u tte », il est parlé, à propos du Congrès de B ru­\n xelles et de l’esthétique de « l'A rt pour Dieu », d’ « École »\n et de « barrière ».\n    Or, en réalité, rien n ’est plus faux. E t notre ami A lbert Jour-\n net l’a pérem ptoirem ent dém ontré dans sa réponse à Henri\n H irsch 1 : l'A rt pour Dieu n ’est nullem ent une école ; 1’ « A rt\npour Dieu » combat toutes les écoles dont l’exclusivisme est\nattentatoire à la liberté de l’artiste ; il fait tom ber en a rt toutes\nles barrières, il comble tous les fossés !\n    S’il existe à l’heure présente quelques jeunes divinités pan­\nthéistiques, que tourm ente la prétention d’avoir en esthétique\ninventé quelque chose, nous sommes plus modestes, étan t catho­\nliques, et nous nous gardons bien du grotesque travers de ces\ninventeurs de prétendus principes.\n    On n ’invente pas la vérité, on n ’invente pas ce qui est\néternel : on ne les invente donc pas, les principes vrais, pas\nplus en a rt qu’en philosophie ou qu’en morale, mais seulement on\nles découvre, on les retrouve sous les abus qu’a fait de leur vérité\nrespective l’exclusivisme des écoles, et on les réunit, les abus\nsupprimés, afin d’aboutir de la sorte à l’esthétique unique, entière,\nuniverselle.\n    Cependant Edm ond Picard, qui fu t au Congrès de Bruxelles\nle brillant im provisateur que toute la salle acclama, a donné lui\naussi, de Y A rt pour Dieu, une définition qui, pour n ’être pas tex­\ntuellem ent inexacte, n’en apparaît pas moins propice à une inter­\nprétation étriquée.\n   Dans le syllabus du cours d’ « extension universitaire », donné\nl’an dernier à Anvers par Edm ond Picard, professeur à l’In sti­\ntut des hautes études de Bruxelles, cours tra ita n t Des Perma­\nnences dans l'Evocation de l'A rt, se rencontre en effet à la 5° leçon,\n\n  1. Dieu de Beauté. Une plaquette in-12, de 32 pages, éditions de\n« L a L u t t e ». Paris et Bruxelles.\n\n\n                                                                  345\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": "au 3° des classifications internes (d’après le but que l’œuvre d’art\nveut atteindre), la définition que voici :\n   L ’A r t p o u r D i e u , préoccupation religieuse de faire œuvre que\nl’on suppose avant tout devoir plaire à la Divinité, au Pantocrator.\n   Est-ce à dire que l’on in terd it à l’artiste de tra ite r autre chose\nque des sujets mystiques, liturgiques ou pieux?\n   Est-ce à dire que l’E sthétique chrétienne veut anathém iser —\ndes sots l’ont prétendu — tout l’a rt utilitaire et to u t sujet profane?\n   A une époque où l’on comprend si m al ce m ot religieux, il y a\nquatre-vingt-dix-neuf chances sur cent pour qu’on se croit en\ndevoir de répondre par l’affirm ative !\n   E n vérité l’artiste adoptant l'A rt pour Dieu, pour devise et\ngouverne, ne s’interdira par plus le m adrigal ou la valse que les\nbénédictins et les trappistes, par exemple, dont toute la vie est\nde se consacrer à Dieu, ne s’interdisent des besognes profanes\ntelles que brasser de capiteuses bières ou distiller de surfines\nliqueurs.\n   A vouloir restreindre, au culte objectif ou direct de la\nBeauté divine, l’œuvre artistique on tom berait évidem ment dans\nl’abus de la vérité esthétique, c’est-à-dire dans l’erreur. Que les\ntenants de Y A rt pour Dieu se souviennent donc de cette illumi­\nnante parole de Bossuet :\n   Toute erreur est une vérité dont on abuse.\n   E t le fossé qui nous sépare encore de plusieurs artistes de\nbonne foi sera bien près d’être comblé.\n                                             G eorges   R a m a ek ers.\n\n\n\n\n                               LE JEU DE L’AMOUR\n                               ET DE LA NEIGE.\n      A Mademoiselle F. R.\n\n        ’ÉT A IS rentré dans ma chambre blanche, aux m urs tapissés\n\n\n\n\nJ\n          de papiers peints, sur lesquels des lys m êlaient leur nu­\n          dité .chaste à des amours de petits oiseaux exotiques.\n          Des gravures encadrées de chêne m ettaient des carrés\n          d’ombre aux m urs clairs. Au-dessus du lit, un Christ\nd’ivoire déchirait de son geste crucial la vision uniform e. Les fenê-\n\n\n346\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "très, p ar où la lune versait dans la chambre une longue coulée\nd’opale bleutée sur le plancher, regardaient le jard in blanc de\nneige, où s’érigeaient, dans la candeur de cette n u it d’hiver, les\nsquelettes nus des arbres fruitiers, frileux et frissonnants sous la\nbise. P a r delà, dans le lointain, perdue dans l’ombre dense, la\nbordure grise d’un grand ciel ouvert, fleuri d’étoiles, frangé de\nnuages de plomb fondu qui m outonnaient, comme des collines de\ncendres amoncelées par le vent. Une vision marmoréenne, uni­\nform ément calme.\n   J e m ’étais assis près de la fenêtre, dans la clarté liquide de la\nnuit bleue, et je m ’amusais à regarder, au bout de m a cigarette,\nune petite étoile scintiller et les volutes de fum ée qui s’enrou­\nlaient dans l’air comme de l’encens. Puis les fils invisibles et té ­\nnus, m ystérieux, qui relient nos pensées, me ram enèrent vers toi.\nJ e te revis, toute blanche, vêtue de lune, telle que tu m’étais ap­\nparue sur le seuil de la maison tranquille, quand je t ’avais quittée\nto u t à l’heure, venue là pour me voir p a rtir et me faire de la\nmain, dans la nuit, un dernier geste d’adieu, au bout duquel un\nbaiser avait des ailes blanches de phalène. E t, de m ’être souvenu\nsoudain, je frissonnai. Une paix délicieuse flottait dans la cham­\nbre, une douceur exquisém ent tendre enveloppa mon âme, et la\nlune tissa de ses rayons pâles un long voile d’argent, qu’elle éten­\ndit sur moi, et sous lequel je m’assoupis en une langueur délec­\ntable.\n    Sans doute, c’est pour t ’avoir ainsi évoquée devant la fenêtre\nclose, dans la clarté douce, que je te revis dans mon sommeil. Ton\nim age s’était emparée de moi, elle avait fixé dans mon cerveau,\ncomme sur de la cire, une em preinte qui s’anima, et que je vis se\nm ouvoir dans mon rêve.\n    Au-dessus du jardin, dans l’air laiteux où l’on eût dit que des\nopales avaient été fondues, je vis to u t à coup s’avancer, molle­\nm ent bercée par le vent, une longue théorie de formes blanches,\n indécises et vaporeuses. Elles avaient surgi, une à une, des pro­\n fondeurs inconnues du ciel, de derrière la bordure de nuages qui\n ourlait l’horizon, et elles approchaient, lentes, dans le brouillard\n d’ombre claire, fantôm es aux gestes cadencés et rythm iques,\n déesses vaines et confuses de l’hiver, parcourant leur domaine\n éthéré. P eu à peu, les contours s’accusèrent, les lignes apparu­\n rent, je vis les formes s’estom per comme sous les coups de pin­\n ceau d’un peintre qui évoquerait, dans une brum e lum ineuse de\n septembre, sous un ciel m outonneux de turquoise, p arm i l ’ombre\n diaphane et voilée d’une forêt aux longs arbres graciles, une pro­\n\n\n                                                                  347\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": " cession blanche de femmes grecques, grandes et élancées, drapées\n d’amples m anteaux de lin. Je voyais très bien les corps souples\n onduler, se modeler sous les longs vêtem ents étincelants de gem­\nmes. Leurs visages étaient suaves et clairs comme un lever d’aube\nprintanière, leurs yeux brillaient d’une lumière douce comme des\nfeux-follets dans les brumes, leurs cheveux dénoués se dérou­\nlaient en des coulées d’ombre brune, dont les dernières boucles se\nconfondaient avec les franges grises du ciel. Ceignant leurs têtes,\nen auréoles blanches, enlacés dans les flammes noires des che­\nveux, des lys éblouissants berçaient voluptueusem ent leurs co­\nrolles, baisaient les tem pes virginales et les fronts candides. E t\ndes lys fleurissaient dans leurs mains, comme entre les doigts des\nVierges Maries dans les cathédrales. Vision immaculée, longs\npéplum s couleur de lumière, réseaux de diam ants je ta n t des feux\npar leurs facettes, visages d’une blancheur m ate qu’on eût dit\nvoilée par une gaze diaphane, soupçonnée seulem ent, je vis les\nblanches inconnues s’approcher, passer une à une en se penchant\nvers la fenêtre, et toutes me regardaient doucement de leurs\ngrands yeux tranquilles, toutes avaient pour moi le même sou­\nrire ineffable de candeur et d’amour.\n    Était-ce réalité, ou sim plem ent le m irage de l’im agination qui\nsculpte, selon ses désirs, les choses rêvées ; qui peint, selon sa vi­\nsion, sa toile chimérique ? Qu’im porte ! Chacune p o rta it en elle\nune beauté que je reconnaissais, pour l’avoir contemplée amoureu­\nsement, quelque chose de vu et d’inoublié, quelque chose de toi.\n   E t je me figurai soudain que toutes ces inconnues étaient les\nimages de ton âme, des vertus que j ’avais observées en elle, que\nto u t à l’heure encore j ’évoquais en mon souvenir. C’étaient ta dou­\nceur et ta simplicité, ta candeur confiante et ta naïve bonté.\nC’était l’essaim des tendresses blanches, comme un envol frisson­\nnant de jeunes cygnes, des tendresses liliales dont ton cœur est\nparé, et qui avaient un instant déserté le nid moelleux, pour me\nvisiter dans mon sommeil.\n    Ce n ’étaient plus des inconnues. J e me rappelais le velouté\nde leurs regards profonds, l’eurythm ie de leurs gestes caresseurs,\nje devinais la musique de leurs paroles savantes à consoler. Leur\nthéorie passait devant mes yeux émerveillés, elles me tendaient\nleurs mains chargées des candeurs liliales, et s’en allaient à la\nfile, dans la n uit blanche, parm i la chasteté angélique qui\nflottait dans l’air, portées sur des ailes invisibles, mollement,\ncomme des nefs tranquilles sur une m er calme. Puis, sans doute,\nun coup de vent les dispersa dans le jardin.\n\n\n348\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "    E t il en v int d’autres. Celles-ci étaient vêtues de blanc comme\n les premières, et couronnées de roses — tu sais, des roses blanches\n comme sur les rosiers de ton jardin. Elles étaient souriantes et\n joyeuses, mais c’est à peine si elles me jetaien t un regard en pas­\n sant : elles étaient attirées vers leurs sœurs qui jouaient au dessus\n des arbres. E t je les reconnus pour être des parcelles de mon être,\n éparses dans la clarté douce du ciel d’hiver. Mes pensées d’am our\n étaient là, qui s’étaient ta n t de fois reposées sur toi comme des\n oiselles blanches ; toutes les joies heureuses comme d’un enfant\n que tu avais éveillées en mon cœur fleurissaient la nuit bleue :\n mon âme s’était divisée, s’était incarnée en toutes ces vierges qui\n tendaient vers tes lèvres, pour un baiser, leurs lèvres liliales. De la\n blancheur étincelait dans le jardin.\n    P a r dessus les squelettes des arbres nus, dans la candeur de la\n nuit chaste, les formes vaporeuses et diaphanes se sont rencon­\n trées. Sous la caresse d’une musique lointaine, onctueuse et très\n douce, au chant frêle et ouaté des branches qui frém issent, comme\n des cordes de violon, sous la bise, leurs ailes éployées comme de\n cygnes qui s’accueillent, elles m êlent leur danse lente, nouent leurs\n mains ivoirines de petites communiantes pour des rondes d’en­\n fants, vont et viennent, graciles en leurs longues robes dont les\n franges se déchirent aux arbres, y laissent des étincellem ents de\n gemmes, passent et repassent, s’éloignent et se rapprochent, tou­\njours souriantes et tranquilles.\n    Puis, la musique s’exagère sous la bise plus forte, les accords\nse précipitent, la valse s’aiguillonne et s’emporte, les entraîne en\nune ronde plus vive qui sème dans la nuit les blancheurs des\ncorolles, verse dans l’air une pluie de pétales, secoue dans l’ombre\nles étincellem ents des pierres précieuses.\n   Dans le lointain, de grands cygnes qui dorm aient se sont réveil­\nlés, ils planent, et leur vol frém issant fait courir à travers le ciel\ndes frissons de plumes et de duvet. Des phalènes blanches, aux\nailes ouvertes, tom bent des étoiles. Tout est blanc, to u t est virgi­\nnal, to u t est chaste. Sur les arbres naît une floraison de pétales\nde lys et de roses, d’ailes d’insectes et de plumes d’oiseau. L a\ncampagne au loin s’ouate, le sol se cristallise, l’air s’em plit de\npureté. Toute la candeur pénètre dans la chambre par la fenêtre,\nelle entre en moi comme un ruissellement de joie et de paix. E t\nje me sens communier avec le ciel, avec les arbres, avec le sol,\navec la nuit. Il me semble que toutes les choses ont mis leurs\nparures en l’honneur de l’aimée dont je porte l ’im age en mon\ncœur comme une hostie sainte. Il me semble que toutes les choses\n\n\n                                                                   349\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": "veulent communier d’un peu de ma grande joie, et je su is heu­\nreux de leur donner une parcelle de mon bonheur.\n   L a ronde cesse. Toutes les formes sœurs, les formes blanches,\nton être et le mien, s’enlacent m aintenant et s’étreignent en un\npur baiser de blancheur. J ’ai la tête pleine de pétales de lys et de\nplumes de cygnes.\n   U n coup de vent. L a fenêtre s’ouvre. J e me réveille transi par\nle froid. L a neige tombe à gros flocons dans la nuit, et la voici\nqui entre par la fenêtre et vole autour de moi, doucement, douce­\nm ent...\n                                                    E douard N e d .\n\n\n\n\n                                         DU PRINTEMPS\n                                         A L’HIVER.\n\n  L e b i en-aimé printemps souriait clans les bois,\n      Tout s’épanouissait à la douceur de vivre,\n      E t les oiseaux, d’azur et de clair soleil ivres,\n      Unissaient aux arpèges des brises leurs voix.\n\n        Le chant mystérieux de la terre embaumée,\n        Que ravissait l’orgueil de sa fécondité :\n        Survivance des fleurs parm i l'éternité,\n        Malgré le rude hiver dépouillant la ramée,\n\n       Par la voix des oiseaux, des arbres et des champs,\n       Par le frémissement qui monte des grands fleuves,\n       P ar la brise d’Avril berçant les forêts neuves,\n       Vers l’orbe du soleil planait en rythmes lents.\n\n        E t dans mon cœur aussi chantait l’hymne des choses\n        E t je sentais en moi, comme une éclosion,\n        S ’épanouir le charme ineffable et profond\n        D ’un jardin printanier où souriaient des roses.\n\n\n350\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": " E t, pareil à l'ardent dynaste des beaux jours,\n Qui bénit l’univers en montant vers son trône,\n A u x rosiers de mon cœur jetant sa claire aumône,\n B ridait le soleil calme et rouge des amours.\n\nMais à présent les fleurs sont mortes, et la terre,\nComme une veuve auguste aux longs voiles de deuil,\nPleure le gai printemps, son charme et son orgueil,\nQui dort, enseveli, dans l’ombre du mystère.\n\nL a forêt délaissée a perdu ses feuillis,\nL e fleuve en gémissant roule ses ondes mornes,\nS u r le sol dénudé des campagnes sans bornes,\nL a neige étale u n vain simulacre de lys.\n\nL a brise traîne au loin sa plainte monotone,\nComme u n écho perdu des tempêtes du Nord.\nTout a langui, tout a souffert et tout est mort ;\nL'inexorable hiver chasse le triste automne.\n\nOn se souvient encor de la chère beauté\nQui d’A vril à Septembre émerveillait les choses:\nD oux chant d’oiseau, fraîcheur des bois,parfum des roses,\nE t tout ce qui n ’est plus pleure d'avoir été.\n\nM ais dans mon cœur le beau ja rd in clair s'offre encore\nA l'envol caressant des brises de l'amour,\nMalgré le vent cruel qui torture le jour,\nE t, dans la sombre nuit, il espère en l’aurore.\n\nVeux-tu que refleurisse au ciel le bourgeon vert ?\nVeux-tu qu’un chant d'oiseau vibre sous la ramée?\nDouce enfant, penche-toi vers mon âme charmée,\nCe qui fu t le printemps sourira dans l'hiver.\n\n                                C h a r l e s d e S p r im o n t\n\n\n\n\n                                                                   351\n"}, {"page_pdf": 395, "texte": "                              LES CHANTS\n                              DE L’ADOLESCENCE\n                                               LES   F IA N Ç A IL L E S .\n\n\nI. L’a tte n te des fiancées.\n              OS fiancés ont la grâce des faons légers. Ils viennent\n\n\n\n\nN               de pays m ystérieux avec des étoffes, avec des mon­\n               naies où ils croient nous voir en effigie, avec de\n                l’encens, avec de la m yrrhe pour le parfum de nos\n                chevelures.\n   Tandis qu’aux terrasses de la ville s’accoudait notre attente,\nnous les avons vus au loin sur la route ; ils jetaien t vers nous de\ngrands gestes, et leurs mains portaient des fleurs.\n   — Mais ne vous paraît-il pas, mes sœurs, que les heures sont\nbien longues sans nos fiancés.\n   — Il me paraît, m a sœur, qu’un midi royal s’épand sur mon\ncœur.\n   — Il me paraît qu’un vent nuptial courbe les lourds épis des\ncampagnes d’or.\n   — Un grand émoi trouble mon corps.\n   P our connaître les secrets de l’avenir, combien de nuits avons-\nnous épié nos sommeils ? Solitaires, nous nous lam entions le\nlong des jours, et chaque nuit nous écoutions tous les bruits de la\nNuit, mais nous n ’entendions que le pas du vent dans les tours et\nson bruissem ent parm i les arbres... Oh ! comme il nous effrayait...\nle vent dans les tours et le vent parm i les arbres. Nous redou­\ntions l ’automne avec son deuil d’or, et nous avions peur de l’hiver\navec son deuil noir.\n   —- Vous souvient-il, ma sœur, des nuits où s’éveilla épouvan­\ntée votre chair, et n’avez-vous jam ais redouté l’étreinte des ombres ?\n   — Mon âme est blanche comme le lait des chèvres de mon\npère. J ’ai gardé blanche mon âme, pour blanche l’offrir à mon\nfiancé. J e n’ai livré ma jeune chair qu’à la clarté des sources et je\nn ’ai connu que le baiser du vent des tièdes saisons, alors que le\nlong de la nuit, du haut des terrasses, mes yeux s’effrayaient du\nvide sur la mer.\n    Nos fiancés viennent de pays m ystérieux ; ils parlent des lan­\n gues où chantent des musiques ; to u t à l’heure, au détour du che­\n min, leurs gestes nous tendront des fleurs.\n    Ah ! quand chastem ent tom beront nos voiles, afin que par\n\n\n352\n"}, {"page_pdf": 396, "texte": "nous l’avenir connaisse des héros, faites, mon Dieu, faites qu’un\nsouffle divin anime les âmes des époux.\n   Ils sont si beaux nos fiancés ! Mais nous sommes des vierges\nsi frêles et si anxieuses du destin de leur été.\n\nII. Les jeunes h om m es aux portes de la ville.\n    Tout à l’heure, ce furent des gestes d’accueil, là-haut sur les\ntours, des cris et puis des rires, comme un éveil d’avril près du\nciel, puis nos yeux n’ont plus vu qu’un vol de blancs oiseaux\ndans le ciel.\n   Ville ! tes tours fu ren t notre espoir. M aintenant que nos bras\net nos voix les ont saluées, une aube surnaturelle se lève en nous.\nUn geste de vierge éclaire l’avenir.\n    C’est en l’air de ce m atin comme un vol d’invisibles bandero­\nles. Il nous paraît que notre joie anime les campagnes et, pour\nnous, les feuillages ont vêtu des verdeurs de fête.\n   Ville ! nous aimons tes fontaines, claires comme les yeux de\nnos bien-aimées, et nous voulons cueillir les fruits de tes vergers,\ncar ils doivent avoir le parfum de leurs lèvres.\n   Mais des voix chantent, là-bas, qui to u t à l’heure lointaines se\nfont toujours plus proches ; elles sont légères comme le chant des\nharpes quand les frôle un vent du soir. Est-ce votre appel, ô voix,\nque ta n t de fois nous entendîmes sur les grèves obscures de nos\nsommeils ?\n   — Mon frère, mon frère, il fait soleil sur mon cœur.\n   — J e pense aux villes que j ’ai traversées, le sourire sur les\nlèvres, ou la colère dans la bouche. Mon sourire était pour ma\nbien-aimée dans l’avenir, et ma colère s’agenouillait quand j ’évo­\nquais sa douceur. J e pense aux soirs où, dédaigneux des m agi­\nciennes d’amour qui rôdent autour de la grâce tim ide des jeunes\nhommes, fier de ma jeunesse blanche, j ’ai passé parm i les fards,\nen m âchant ma luxure.\n   — Moi, je n’ai pas eu, mon frère, ce courage dont se rien t les\nhommes quand s’est caché le soleil. Bien souvent, mon âme a\npleuré quand elle était délaissée, car j ’ai connu, hélas ! les déses­\npoirs de la chair et les hontes de l ’aube.\n   ...Mais qu’à jam ais m eure tout le vieux passé que ta n t de fois\nmon sourire éclaira de son mensonge vil et que, fo rt d’un rêve\nde blancheur, je voie avec allégresse se lever pour moi le soleil\nd’avenir.\n\n\n\n                                                                 353\n"}, {"page_pdf": 397, "texte": "III. Les rêves des jeu nes hom m es.\n    — Mon frère, où conduisez-vous votre bien-aimée ?\n    — Je conduirai ma bien-aimée dans la maison de mon père qui\nest la plus belle de ma ville. Son seuil est de bon accueil à\nl’étranger. Le sourire d’un vieillard y dit l’éternelle jeunesse de\nla vie. Des serviteurs nous viendront au-devant avec l’eau et\nle pain du voyageur ; alors j ’essuierai la poussière des pieds de\nma bien-aimée et elle recevra la bénédiction de mon père. E t\nvous, mon frère, que ferez-vous pour votre bien-aimée ?\n   — Je veux que sa ch ambre regarde l’Orient. J e veux que son\nlit soit de bois précieux avec des colonnettes d’or et un ciel de\npourpre ; dedans je le ferai rich e de to u t mon amour. Mais quel\nbois sera assez précieux pour ma bien-aimée ? Quelle pourpre\nassez royale ?\n    — Ma maison à moi est toute petite et je n’ai pas de serviteurs.\nMa maison est bumble et de forme grossière, auprès d’un ch amp\n où paissent les troupeaux voyageurs. Elle est faite avec des murs\n de roches noires et elle est coiffée de chaume ; mais mon amour\n est riche comme un palais de diamants.\n    — L e lit de m a bien-aimée n ’aura pas de colonnes d’or : je ferai\nnotre couche sur le sol avec des feuilles sèches et les toisons de\nmes brebis blanches. D urant les longues veillées je lui apprendrai\nà lire l’avenir, au profond des larges yeux de mes troupeaux.\n   — Moi, je n ’ai pas de maison, même faite de roches noires,\nmais j ’ai l ’illim ité de l ’horizon et, par delà, j ’ai l’infini de mon\nrêve. J ’aim erai m a bien-aimée sous le ciel de Dieu. Quand\nje serai las des fleurs, des arbres et des hommes, j ’aurai, si je\nle veux l’immense royaum e de la mer, la solitude harmonieuse de\nla mer.\n   J e la conduirai chez moi sur les routes qui m ènent aux villes\ninattendues et nous serons les errants qui apportent l’étonnement\ndans les bourgs. Vous ne savez pas les poèmes des plaines, les\n hymnes des montagnes, la douceur des ruisseaux qui chantent\ncomme des flûtes. A h ! que m ’im porteront les m arbres et leurs\nbelles attitudes puisque j ’aurai la beauté de m a bien-aimée ! Que\nm ’im porteront ses haillons et les miens, et les sourires de pitié\ndes hommes puisque j ’aurai la joie de ses lèvres !\n   J e lui ferai des chants joyeux ou bien graves selon l’heure. Le\njour, je comparerai sa chevelure à la tresse d’or du soleil et, la\nnuit, je la parerai avec des reflets d’étoiles.\n   E t puis qu’im porte où coule la vie !... en une maison de\n\n\n354\n"}, {"page_pdf": 398, "texte": "roches noires, ou bien dans le vent sur les routes... pourvu que,\nbelle et noble e t haute, on la fasse, et qu’on passe de la vie à la\nm ort comme de l’hiver à l’été, comme de la n u it au jour,\navec du calme dans les yeux et en l’âme des provisions de\nvoyage.\n\n   Foule, je tte des fleurs au-devant des époux ; prie pour qu’ils\ndonnent des fils à la terre.\n   Tandis que les blancs couples graviront les' autels afin que\ns’accomplisse l’alliance nuptiale — symbole d’une union entre\ntoutes divine — orgue, de ta voix puissante prolongeant les voix\nhumaines, orgue entonne un divin los.\n                                       G eorges L e C ardonnel.\n\n\n\n\n                            AU PUITS DE JACOB.\n\n\n                SIC H A R à l’ombre des palmes\n                  S u r sa colline d’or et de lumière est calme.\n                  Dans l’implacable azur d’un éternel été\n                  Son sévère profil est plein de majesté.\n                  Sur des piliers massifs que le rocher supporte\n    D eux sphinx sont accroupis au-dessus de la porte.\n    L e silence est profond sur la ville et les champs,\n    D ans la divine p a ix on n ’entend que les chants,\n    Les bourdonnements sourds d’insectes invisibles\n    Et les flûtes du vent dans les rameaux flexibles\n    Des platanes ombreux, des odorants figuiers,\n    Des saules et des millénaires oliviers\n    Que le Pasteur Jacob planta dans la vallée.\n    Or le Seigneur Jésus, allant en Galilée,\n    P ar le pays de Samarie avec les siens,\n    A dit qu’on se repose auprès du puits ancien.\n    Ne viendras-tu point, Maître, avant que je ne tombe,\n     Tes pieds nus soulevant la poudre du chemin ?\n     Vers toi, mon âme irait ainsi que la colombe\n     Qui se blottit, heureuse, au creux de tes deux mains.\n\n\n                                                                   355\n"}, {"page_pdf": 399, "texte": "       J ’ai puisé de cette eau pour rafraîchir tes lèvres\n       E t pour laver tes pieds que la marche a meurtris ;\n       Mais, pour moi, je n' y puis désaltérer mes fièvres\n       N i m’y purifier de mon propre mépris.\n       Pour rafraîchir mon âme il n ’est que ta Parole,\n       .Ruisseau des prés du Ciel, pour me blanchir aussi.\n       Depuis longtemps c’est pour te voir que je m ’isole\n       E t que j ’attends en vain au bord de cette eau-ci.\n        Vois, la campagne est blanche, et ma moisson est mure ;\n       Ne veux-tu pas venir bientôt la moissonner ?\n       Lès épis vont s’ouvrir, la paille est sans verdure\n       E t l’aurore n ’a plus de rosée à donner.\n       L ’air est sec et brûlant ; nulle palme ne bouge ;\n       L e stérile olivier reste silencieux.\n        Oh ! voir dans le désert, voir ta tunique rouge\n       E t ton manteau de pourpre et ton front radieux •\n       Près du P uits de Jacob où nul ne m’accompagne,\n       Ma bouche reste amère à t’attendre, ô Jésus !\n       Mon Seigneur, montre-toi ; car sur cette montagne\n       E t dans Jérusalem l’homme n ’adore plus...\n       E n vérité comme en esprit je vous adore,\n       Mon Père; j ’ai la soif du Juste qui vivra.\n       J ’ai bu l'eau de la terre et ma soif dure encore...\n        Oh ! quand naîtra la source en moi qui jaillira,\n       Par la vertu que Jésus-Christ peut mettre en elle,\n       Par delà tous les temps, vers la Vie éternelle ?\n                                                                                 Y ves B erth o u .\n\n\n\n\n                                        L’A B B É\n                                        HECTOR HOORNAERT\n                      S\n                      E T H È T E voyageur, ironiste et poète, c’est sous\n                ces trois aspects divers que se présente à la critique\n                M. l’abbé H ector H oornaert.\n                  Il y a quelque v ingt ans, alors que les gloires artisti­\n                       ques des pays Scandinaves n’avaient pas encore\n\n    1.       L a L u t t e p u b lie r a d é s o r m a is c h a q u e m o is l a b r è v e m o n o g r a p h ie d’un\né c r i v a in n o u v e a u .\n\n\n\n356\n"}, {"page_pdf": 400, "texte": "franchi les frontières de leur Scandinavie, l’abbé H oornaert les\ncélébrait déjà dans le livre qu’il écrivit au retour du beau\nvoyage qu’il venait d’accomplir en observateur, en artiste, A u pays\ndes sapins.\n   Si l’heureux désir vous vient quelque jour de suivre cet artiste-\np rêtre en les récits de ses courses lointaines, touriste évocateur il\nvous m ènera, en esprit, des neiges du septentrion vers l’or et\nvers l’azur de Tunis et d’Alger, puis à cette île de Jersey où Victor\nH ugo s’exila, puis enfin en cette Russie où l’architecture et les\nm œurs ont su conserver, intégrais, l’originalité et tout le p itto ­\nresque de la race slave.\n    Ironiste, H ector H oornaert, sous le masque d’ailleurs tran sp a­\nren t du pseudonyme, écrivit un conte bizarre : L e sourire de\nRamsès (il le signa G érard Lelong), et cette désopilante parodie de\nl’A frica du chevalier Descamps-David, qui p a ru t à Bruxelles sous\nle titre symbolique d’A fricus, ou le Génie récompensé, drame\nnègre, en vers, par J u s t u s S é v e r u s , chez l’éditeur P aul Lacom ­\nblez 1.\n    Mais, avant to u t poète, l’abbé H ector H oornaert avait publié\nantérieurem ent déjà un volume de poésies : Ballades russes. D e­\npuis, l ’abbé H ector H oornaert a quitté la F landre natale pour la\nCastille au fier soleil.\n    Mais le directeur de Saint-A ndré des Flam ands à M adrid n ’a\npoint abandonné le culte fervent qu’il professait pour la Beauté,\ne t nous avons passé to u t récem m ent de religieuses heures d’émo­\ntion esthétique à lire son livre nouveau : L 'Heure de l’Ame 2,\nœuvre qui com ptera parm i les plus nobles efforts de Poésie et de\nPensée tentés depuis v in g t ans par les poètes de Belgique.\n    E n ce vaste et très beau poème, que la sonorité majestueuse\n et lente du rythm e parnassien alourdit quelque peu, le prêtre-\n poète a chanté le divin travail de la Grâce dans l’âme de l’homme\n moderne. Les six parties qui composent le livre m arquent les\n successives étapes de cette ascension rédem ptrice vers la gloire et\n la joie du ciel éternel.\n    A u début du poème, les dom inateurs des foules guident les\n\n  1. Pour ceux de nos lecteurs qui ne furent point initiés aux arcanes\nde l’astiesclavagisme, rappelons ici qu’un concours « dramatique » ayant\nété ouvert à Paris par les soins de la Société antiesclavagiste de France\n(Sujet imposé : Un drame nègre), le prix — 10,000 francs, chère Madame ! —\navait été alloué au belge et peetermanesque Descamps-David, chevalier,\nsénateur, etc.\n  2. L yo n -C l a e s e n , éditeur, Bruxelles.\n\n\n                                                                        357\n"}, {"page_pdf": 401, "texte": " « Fils de la Terre » vers d’illusoires Hespérides, vers les mirages\n mensongers.\n   Et l’humanité oublieuse ajoute foi à leurs mensonges, car le\n bannissement de l’Eden est sorti de la mémoire humaine.\n     Or, au milieu de cette foule qui s’épuise en vain par la recher­\n  che du bonheur, et de ce paradis terrestre que le péché nous a fait\n  perdre, le P èlerin s’isole en ses pensées.\n    Dans « la Nature et le Silence » — seconde partie du poème\n — le pèlerin entend les voix de la création célébrer la source de\n vie, le Dieu de vérité, de bonté et d’amour, dont le verbe a\n donné naissance à toutes choses. Et voici qu’ à la voix éloquente\n d’un disciple de saint François l’âme du pèlerin vainct les der­\n nières réticences, les ultimes hésitations, et résolument il se met\n en marche vers le Calvaire de clarté, les yeux illuminés d’amour\n et d’ espérance. Et sa marche étant accomplie, jusqu’ au seuil de\n l’éternité, le pèlerin est devenu l 'É lu du poème final.\n    Ce trop bref exposé suffit à démontrer l’harmonieuse unité du\n poème et sa noble envergure.\n    L 'H eure de l’âme de l’abbé Hector Hoornaert est à vrai dire\n une épopée mystique.\n    Parmi tous les aînés de la première génération d’ écrivains\ncatholiques belges, son auteur est, avec notre rédacteur et ami\nPol Demade, l’ auteur qui a fait preuve de la plus grande fécon­\ndité.\n    Et voici qu’ à l 'H eure de l’âme, dont la parution est encore bien\nrécente, vont succéder bientôt deux nouvelles œuvres poétiques ;\nL a N e f d u m arch an d, un auto-sacramentel à la manière de\nCaldéron de la Barca, et un recueil de sonnets picturaux :\n« D ’après les maîtres espagnols ».\n    Nous ne saurions douter qu’après lecture des sonnets inédits,\npubliés ci-contre, chacun de nos lecteurs ne comprenne l’em­\npressement avec lequel la L u tte accepta d’insérer ces très litté­\nraires et gracieux cadeaux que l’ abbé Hector Hoornaert lui fit tout\nrécemment parvenir de Madrid, avant qu’ ils ne soient encadrés\ndans les pages de son volume...\n\n\n\n\n358\n"}, {"page_pdf": 402, "texte": "                       D’A P R È S\n                      LES MAITRES ESPAGNOLS.\nP o rtra it de B arth o lom é Esteb an Murillo. ( E s t e b a n M ü r illo .)\n\n              O N rêve de candeur et de saine mystique\n\n\n\n\nT\n             Flotte encore sur ton front empreint de volonté;\n             L 'a rt pour Dieu t'infusa sa haute dignité,\n\n\n             E t ta bouche a gardé le p li de son cantique.\n\n          T u fu s bon; tu connus la joie eucharistique\n          Qui, devant tes yeux clairs, ouvrait l'éternité ;\n          E t, ce temple, jamais tu ne Vas déserté,\n          Heureux d'y méditer en ta blanche tunique.\n\n          T u connus les petits, les mendiants bronzés,\n          Superbes et rieurs sous leurs haillons usés,\n          Se gavant au soleil de raisins et d'oranges;\n\n          E t, pour les consoler du terrestre abandon,\n          E m u par la pitié, ton pinceau leur fit don\n          De paradis d'amour pleins de vierges et d’anges.\n\nL ’Im m aculée Conception. ( E s t e b a n M u r illo .)\n\n           Oh ! ce rêve ! Eriger la noble Tour d'Ivoire,\n          F ixer pa r le pinceau l'Etoile de la mer,\n          Incarner la blancheur et faire vibrer l’air\n          Autour d’un corps humain tout saturé de gloire !\n\n          Peintre, ton atelier devint ton oratoire\n          Quand, rêvant cette Vierge et composant sa chair,\n          T u tremblas de trahir un modèle si cher\n          E t prias en cherchant la forme évocatoire!\n\n          M aintenant la voilà, belle selon tes vœux,\n          E n une humanité de la plus pure essence !\n          Tu fis sa robe avec les lis de l'innocence,\n\n          A u platane tu pris l'ombre de ses cheveux\n          E t mis, pour encadrer sa candeur souveraine,\n          Tout l'azur des sept cieux dans son manteau de reine !\n     15                                                                         359\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "S a in t F ran çois d’ A ssise consolé. ( F r a n c is c u s R i b a l t a .)\n\n          Sa cellule était noire et son cœur était lourd ;\n          Sur un pauvre grabat il inclinait la tête,\n          D isant : « L a volonté du bon Maître soit faite! »\n          Quand de brusques rayons l'enveloppent de jour.\n\n          I l se dresse; et voici qu’un ange rose accourt,\n          Jeune comme un soleil de printemps. I l s'arrête,\n          Flotte en l’air, et son luth chante u n hymne de fête\n          Si tendre que François en frissonne d’amour.\n\n          I l s’étonne pourtant de ce concert étrange\n          Qui daigne réjouir un chétif vermisseau, !\n          Mais, tout d’un coup, sa joie en extase se change,\n\n          Car il voit à ses pieds, d prodige nouveau !\n          Jésus qui, sous la forme exquise d’un agneau,\n          Mêle son bêlement aux musiques de l’ange.\n\nL a V ie est un Son ge. (A n to n io d e P e r eda.)\n\n           I l dort. De quoi peu t -i l rêver, sinon de gloire ?\n           I l a vingt ans, il vibre en sentant son désir\n           Entre mille chemins hésiter à choisir,\n           Pour illustrer son nom au livre de l’histoire.\n\n           Hélas ! tout l’éblouit, pinceaux, masque, écritoire,\n           Armes, livres, bijoux, l’effort et le plaisir.\n           Son jeune cœur s’élance, il voudrait tout saisir ;\n           Mais il reste interdit : un crâne aux tons d’ivoire\n\n           L e regarde, tandis que l’heure en plein essor,\n           Prophétique témoin, de la chair dit le sort\n           E t, d’un geste éloquent, explique son symbole ;\n\n            Car, des bouts étendus d’une ample banderole\n            Où du latin encadre une flèche qui vole,\n            Elle u nit son beau front à la tête de mort.\n\n                                              L ’a b b é H e c t o r H o o r n a e r t .\n\n\n\n\n  360\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "                       N O T U L E S PARISIE NNE S.\n\n\nL     E Sillon vient d’ouvrir une enquête intéressante : « L a\n   1 . renaissance idéaliste de ces derniers tem ps aboutira-t-elle\n       à une renaissance catholique et fera-t-elle refleurir un a rt\n       catholique ? » A quoi la p lupart des consultés ont répondu\n                    avec un ensemble réfrigérant : « Peut-il y avoir\nun a rt catholique ? Y a-t-il eu, même, une renaissance idéaliste ? »\nPis encore pour la question accessoire : « Existe-t-il un public\ncatholique d’a rt ? » Ce que les bondieuseries du quartier Saint-\nSulpice ont reçu leur paquet ! Pauvres bondieuseries, moi je les\naime ; je leur pardonne tout, leurs jolies pom m ettes roses, leurs\ngrands yeux langoureux, leurs beaux habits « avec du dor\ndessus ». Polychrom ie criarde, est-ce que les P arthénons grecs\nn’étaient pas criardem ent polychromés ? Oui, j ’ai un faible pour\nsaint Roch relevant d’un air souffreteux son froc ju sq u ’à une\nl’assurante égratignure, pour saint Antoine de Padoue qui a l’air\nde faire jouer à dada l’E n fa n t Jésus, pour saint Joseph incli­\nnant son front chauve avec une houpette de cheveux châtains\nsur le fro n t (pourquoi, mon Dieu, cette houpette ?). E h ! je le sais,\nce sont des plâtres à la douzaine ; mais est-ce que tous les hiéra­\ntismes, depuis les colosses pharaoniques jusqu’aux icônes russes,\nne sont pas des reproductions fidèles d’un même type ? E t, fran­\nchement, est-ce que la Madone en porcelaine vernissée que vous\nvoyez d’ici, en dépit de ses cheveux de pensionnaire et de ses\nyeux de poisson frit, n ’est pas préférable aux vierges byzantines\ndevant lesquelles il est de mode de faire le brouhaha ?\n\n\n   Ceci, d’ailleurs, n’empêche pas chaque artiste de ten ter autre\nchose, d’im aginer un saint Joseph sans houpette, par exemple.\nIl y a déjà trop de Madones, me direz-vous. Non, il n’y en aura\njam ais trop. Chaque peintre, chaque sculpteur devrait, comme\nautrefois, faire la sienne, et aussi sa Sainte Fam ille, sa Crucifixion,\net, si vous protestez, il ne devrait faire que cela, en ce sens que\ntoute son œuvre ne devrait être que la préparation d’un Christ à\nlui, dans lequel il m ettra it to u t son génie. N ’est-ce pas, d’abord,\nrendre service aux pions futurs qui auront à faire des Manuels\nd’histoire d’a r t ? Un aimable am ateur de M ontpellier, M. Bruyas,\navait eu cette attention ; à chaque peintre de ses amis il comman­\n\n\n                                                                   361\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "dait son p o rtrait; de là, dans la galerie Bruyas, v ingt ou vingt-\ncinq faces ou profils de B ruyas qui vous font prendre en horreur\nle dit Bruyas, avec ses yeux jaunes et sa barbe flave, mais qui\nperm ettent de hiérarchiser to u t de suite les peintres, Delacroix\nau sommet. Les Adorations des mages et les Descentes de Croix\nd’autrefois avaient, en autrem ent mieux, le même avantage. Et,\naujourd’hui, cela n’est pas si changé que cela. Quand un artiste\nest réellem ent grand artiste, il fait lui aussi sa Cène ou sa N ati­\nvité. C’est comme les écrivains : quel est celui qui n’a pas essayé\nson Conte de Noël ? Ceux qui ont réussi le leur n’en ont que plus\nde m érite.\n\n\n   Huysm ans va définitivem ent q uitter Paris. Il se fait bâtir à\nLigugé, à l’ombre du monastère, une toute petite maison romane\navec un portaillet en plein cintre et un cloîtrot en m iniature ; s’il\ny porte le froc de bure qu’aim ait déjà Des Esseintes, il aura l ’illu­\nsion com plète du m outier. Or, l’illusion vaut souvent mieux que\nla réalité. Huysm ans profès ou même oblat serait moins heureux\nqu’Huysm ans simple hôte de moines. Tel im parfait hoplite est\nexcellent peltaste. Ce qu’il faut à un paq u et de nerfs littéraires\ncomme les siens, c’est moins la règle que l’atm osphère. Son cabi­\nnet de travail idéal serait — que je le comprends ! — dans\nquelque cathédrale gothique, une de ces chapelles latérales, ten­\ndue à mi hauteur et d’où l’on verrait, par dessus la tapisserie,\nl’entrecroisem ent des nervures aux voûtes, le flamboi des rayons\naux rosaces, et d’où l’on s’enchanterait des chants, des orgues\net des flots d’encens to u t le jour ju sq u ’à la nuit,\n               La sacrilège nuit par qui meurent les roses.\n\n\n\n   E n somme, la préoccupation religieuse ne lui a pas porté mal­\nheur. Sans elle, il ne serait resté en littératu re que comme un sty­\nliste subtil, aussi idoine à la notation des médiocrités quotidiennes\nqu’à l’im agination des sensations compliquées, ce qui d’ailleurs\nn ’est pas à dédaigner. A. vau l’eau d’une part, A rebours (Je l’au­\ntre l’auraient mis hors de pair, mais dans des cantons, l’un bien\nvulgaire, l’autre bien hurluberlu. Ainsi avec ses étapes d’une con­\nversion (ombre de P a u l Féval, sois-nous clémente !) quel change­\nm ent ! Quelle grandeur dans certains épisodes de Là-bas, quel\nem poignant dans to u t E n R oute, quels détails délicats dans la\n\n\n362\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "Cathédrale ! Vraim ent, si les gendelettres étaient roublards, ils\niraient plus souvent à la messe. Voyez Hello : il semble bien qu’au\nfond, au tréfond, ce n’était qu’une intelligence de deuxième\nordre ; quand il tombe dans la bécassonnerie, il y patauge. Oui,\nmais il avait l’âme altièrem ent m ystique, et, quand il lisait la\nBible on les Pères, il vibrait, et, grâce à eux, il a atteint, plusieurs\nfois, au sublime, et on a pu, à propos de lui, parler de Pascal !\n\n\n\n   U n autre à qui la préoccupation religieuse a jadis porté bon­\nheur est le poète L aurent Tailhade dont je citais le vers sur la\nn u it tueuse des rosaces. Quelle tristesse de voir cet homme n’avoir\nplus que chants de haine et cris de rage pour to u t ce qui a jadis\nallumé son génie ! Non seulement c’est le décor catholique qui\nlui fit ciseler ses plus belles orfèvreries, mais c’est le sentim ent\ncatholique qui lui souffla ses m eilleurs vers, ses plus touchants.\nLaquelle de ses ballades au pays du Mufle vaudra celle à P aul\nVerlaine dont il chante la consécration de gloire :\n                  Lorsque Jésus reconnaîtra les siens !\n\n  Mais les poètes sont de grands enfants, et les enfants sont de\ngrands ingrats. Ce que je dis de L aurent Tailhade, que d’autres\nnouveaux poètes, symbolistes, ex-décadents, idéalistes, m ysti­\nques, etc., pourraient se l’appliquer ! L a punition n’a d’ailleurs\npas été longue à venir ; en perdant le goût de la pom pe ou du\nsentim ent catholique, ils ont perdu, tous ou presque tous, leur\nâme de poète.\n\n                       •n\n\n\n   Il est vrai qu’à d’autres la préoccupation religieuse a moins\nréussi ! Elle a, par exemple, joué de bien vilains tours à M. Ca­\ntulle Mendès. Ce ju if de nation a vraim ent un faible touchant\npour to u t le décor ecclésial ; il mène volontiers ses héroïnes à la\nmesse, et, dans les descriptions des délectations les moins moroses,\nem prunte à la dévotion ses plus chatouillantes images. Il a même\npoussé l’attention théologique jusqu’à écrire un Évangile de l’E n ­\nfance dont raffoleraient les Madeleines point encore repenties. Son\nrêve serait assurém ent de m ettre en scène des religieuses com m et­\ntan t les cent horreurs devant un crucifix, ce dont, dans un tableau\nde la Reine Fiammette, il a donné un certain avant-goût. Mais en\nceci il fut, comme d’habitude, mal inspiré. Tout ce qui, dans sa\n\n\n                                                                   363\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "Reine Fiammette, est pu r conte bleu : l’assassin désarmé par un\nsourire, le duo d’amour, le billot couvert de fleurs, to u t cela est\n charm ant ; mais, dès que la préoccupation historico-religieuse s’en\nmêle, va te faire fiche, le pape, l’Inquisition, le cardinal Sforza,\nles conjurés, l’hérésie, to u t cela laisserait froid même le public de\nl’Ambigu. M. Mendès le com prendra-t-il jam ais? On peut en dou­\nter, si partiel et partial, m algré sa bonne volonté et sa persévé­\nrance, est son génie. D’ailleurs, sur le point dont je parle, son\ninconscience désarme. Le 27 janvier dernier, après avoir rendu\ncompte, dans le Journal, de la Passion de G iulietti, il sécrétait\ncette perle : « Du moins, ce spectacle pénible et, je le répète, sacri­\nlège aurait dû être réservé pour la Semaine sainte ».\n\n\n\n    Un autre juif, non seulem ent de nation mais de culte, D’E n ­\nnery, vient de m ourir, salué par les panégyriques et les dithy­\nrambes de tout le monde théâtral. Il avait, en effet, gagné plu­\n sieurs millions. Une carrière comme la sienne est difficile à com­\nprendre, mais, une fois comprise, elle explique tout. Voilà un\nhomme qui n ’a jam ais rien fait, rien écrit, rien trouvé, qui a été\npar excellence « le monsieur qui collabore », dont on ne pourrait,\nd’ailleurs, citer ni une phrase, ni une situation, ni même un titre\nde pièce, et qui n’en a pas moins dominé toutes les scènes de\nP aris pendant un quart de siècle. Un des discours prononcés sur\nsa tom be l’a appelé : l’auteur de Mercadet. Après cela il faut\ntire r l’échelle. D ’autres ont cité ses plus grands succès, Michel\nStrogoff et le Tour du monde en 80 jo u rs; mais alors Jules Verne\nne compte pas, lui ! E n vérité qui ne p référerait être parasite et\nvoleur p lutôt que « monsieur qui collabore »? Il est vrai que, quand\non m eurt, on a une belle presse : « Oui, il ne trouvait rien par lui-\nmême, mais il avait une telle entente de la scène ! Oui, il ne savait\npas m ettre une phrase sur pied, mais il avait ta n t d’esprit!» Hélas!\nn’approfondissons pas; les m ots d’esprit, c’est comme les mots\nhistoriques, on ne sait jam ais bien qui en est l’auteur. E t l’entente\nde la scène est à merveille pour s’attribuer à soi les succès et re­\nje te r les fours sur autrui. Si encore M. D’E nnery avait eu le flair\npour les autres, pour ses instrum ents ! Mais un des m ots d’es­\np rit (?) qu’on lui prête est justem ent celui-ci à quelqu’un qui lui\nproposait un cabotin inconnu mais plein de talent : « Attendons\nqu’il l’ait m ontré ! »\n\n\n\n\n364\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "   E t to u t ceci nous ram ène vaguem ent à l’Affaire! Côtoyons-la\nsans y sombrer. Voici un p etit jeu de société excellent pour re­\ndonner de l’entrain à la discussion quand elle s’étiole : Qu’auraient\npensé de Dreyfus, s’ils avaient vécu aujourd’hui, les feu grands\nhom mes qui n’eurent pas le bonheur de pouvoir se prendre aux\ncheveux à son sujet? Très probablem ent R enan aurait été drey­\nfusien, et Taine antidreyfusien. P asteu r anti aussi. C oncourt cer­\ntainem ent anti, et F lau b ert probablem ent. L am artine peut-être\ndreyfusien. Hugo certainem ent dreyfusien après quarante ans,\nanti avant. V igny et Musset anti. Balzac archi-anti. Georges\nSand dreyfusienne, M ichelet aussi. Quinet aussi ; Guizot, Cousin,\nanti; Comte, Joseph de M aistre, archi-anti. E t Voltaire? Très vrai­\nsem blablem ent archidreyfusien. On p eu t continuer ainsi sans fin.\nL ’exercice est to u t à fait recom mandé; il est, comme base, à peu\nprès aussi solide que la discussion sur l’Affaire elle-même, et il\nrecèle de nouvelles, subtiles et précieuses sources de discorde.\n\n\n\n\n   Dans un article de M. V ictor B érard sur la situation écono­\n m ique de l’A ngleterre (Revue de Paris), je vois employé le m ot\nbriton. Il faudrait que ce m ot passât dans la langue. Outre-M an­\nche on différencie bien english et british; jam ais un Écossais, ou un\nGallois, à plus forte raison un A ustralien ou un Canadien ne se\ndira english ; to u t ce qui est national est british, comme leur M u­\nséum. D ire anglais est donc faux; anglo-saxon est pire; breton\nfait confusion avec nos Arm oricains à nous ; prenons donc british\net francisons-le en briton. Ergo h urrah pour M. Victor B érard ;\nmais, puisque je le tiens, il fau t que je lui rappelle, ne serait-ce\nque pour le convaincre de la nécessité de certaine préoccupation\ndes choses religieuses, une de ses phrases de son livre sur la Ma­\ncédoine qui m ’est restée sur l’estomac : « Les habitants (de je ne\nsais plus quel village chrétien de Turquie) furent épouvantés ;\npendant trois jours ils firent une neuvaine..., etc. »\n\n\n\n\n   Mieux, certes, la dernière à Sarcey (Figaro, 2 février) : « J e suis\nétonné de voir combien il fallut de temps, d’efforts et de tâto n ­\nnements à V ictor H ugo pour s’élever des Odes et Ballades aux\nContemplations, où il donne, pour la prem ière fois, la mesure de\nson génie ». Quoi ! les Orientales, les Feuilles d'automne, les\n\n\n                                                                   365\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "Chants du crépuscule, les R ayons et les ombres, rien! E t rien non\nplus Hernani, Cromwell, Marion de Lorme, et to u t le théâtre ! E t\nrien davantage Notre-Dame de Paris ! Tout cela biffé d’un trait,\nnomme d’une m ain de géant! Mais c’est la griffe du lion, cela, cher\nami d’About.                                     Saint-A ntoine.\n\n\n\n\n                           L’ACTUALITE THEATRALE.\n\nP s y c h o l o g i e f é m i n i n e : L'A înée, d e J u l e s L e m a it r e . — L e Galice, de\n  F er n a n d V a n d e r e m . — Mademoiselle Morasset, d e L e g e n d r e .     —    Judith\n  Renaudin. d e P i e r r e L o t i .\nP h y s i o l o g i e m a s c u l i n e : Un mâle, d e C amille L e m o n n ie r . — Ton Sang,\n  d e H e n r i B a t a il l e . — L a Noblesse de la terre, d e M a u r ic e d e F a ram o nd .\n\n\n                   S\n                   ET-ce pour les avoir vues jouer toutes trois sur\n           une même scène par une même troupe, est-ce p our\n           avoir ju g é surtout le rôle dom inant des trois pièces\n           d’après la triple création d’un même artiste que je\n                  ’trouve une lointaine mais très réelle affinité entre\nl'Aînée, L e Calice, et Mademoiselle Morasset ?\n   Qu’il y ait un peu de cela, je le concède — on subit ta n t les\nambiances — mais je crois p ourtant qu’il y a autre chose, et que\nle lien qui u n it les trois pièces vient surtout, non d’une sim ili­\ntude de circonstances, mais bien d’une parenté psychique qui\nsemble s’établir entre leurs héroïnes.\n    Léa, « l’Aînée » de Jules L em aître ; Simone, la sacrifiée du\n Calice, et Thérèse Morasset, la noble fille de l’ignoble banquier,\nm’apparaissent un peu comme des sœurs par l’âme.\n    Léa, c’est l’abnégation sainte de la vierge oubliée ; Simone, la\nrésignation silencieuse et forte de la femme trahie ; Thérèse\nMorasset, la révolte d’une implacable probité contre l’esprit\n de lucre éhonté d’aujourd’hui.\n    Pille aînée du révérend Peeterm ann, père de six filles à marier\n et pasteur calviniste, L éa a déjà dépassé la claire adolescence, et\n la gravité presque m aternelle que lui confère son droit d’aînesse\n aggrave encore la précoce m aturité de son âme.\n    Les circonstances l’ont faite la gouvernante, en quelque sorte,\n de ses sœurs, et l’austérité de son abord contraste avec l’exubérance\n\n\n 366\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": " et le peu de retenue de ses très rieuses « élèves ». Car — entre\nnous soit d it — le révérend Peeterm ann ferm e trop volontiers\nles yeux sur les peu innocents « flirtages » dont ses filles sont\nl’objet de la p a rt des jeunes gens qu’à dessein il invite. Or, au\n fond de son cœur, L éa nourrit l’espoir secret d’épouser un jo u r le\njeune et très éloquent pasteur Michiels, gloire de l’Eglise réfo r­\nmée et ami de son père.\n    Hélas ! l’une de ses sœurs lui ravit cet époux rêvé !\n    Silencieusement l’aînée se résigne, puisant sa force dans sa\nfoi. Mais l’une après l’autre ainsi, chacune de ses sœurs cadettes\ntrouve son épouseur. Elle va rester seule au logis paternel,\nla vieille fille que déjà, certain jour de fête, apostrophent en sou­\nriant, avec une ironie apitoyée e t une cruauté consciente, ses\nsœurs, se prom enant aux bras de leurs amis.\n   M aintenant que la valse tourbillonne là-bas, dans la villa du\nvoisin qui les invita, L éa reste isolée, en ce coin retiré du parc, à\nchanter de vieilles com plaintes, pour amuser — elle qui pleure ! —\nles enfants de ses sœurs heureuses. Ah! c’en est assez, à la fin.\nTrop d’am ertum e a enfiellé son âme, et la m esure est pleine,\net sa rancune déborde, au contraste de leur joie et de sa douleur!\nDans son dépit de rester là, la délaissée qui distrait les enfants\ndes autres, elle se trouble, elle excite en elle le désir, e t voici que le\nten tateu r to u t à coup se présente (c’est le neveu de l’hôte) sous\nl’uniform e galonné de capitaine de hussards.\n   E t voici qu’elle s’égare ju sq u ’à se faire provocante, jusqu’à\nse laisser entraîner par ce jeune paillard au fond du parc, dans\nun pavillon rustique.\n   Mais à peine a-t-elle pénétré dans ce pavillon que la conscience\nde sa faiblesse lui apparaît m onstrueuse ; dans son affolement elle\nveut fuir, et n’écoutant plus les raisons de son séducteur déjoué,\ndevant les siens et les amis qui la recherchent, elle ouvre la porte\nqu’il a fermée, préféran t supporter publiquem ent la honte de\nl’aveu flagrant de sa faiblesse que de subir l’outrage de ce soldat\nbrutal, p lutôt que de pécher.\n   Ainsi, au surcroît de ses douleurs est venue s’ajouter la\nsuprêm e douleur de sa honte ; mais L éa connaîtra enfin le bon­\nheur, car le voisin, ému par sa vertu et depuis longtem ps captivé\nen secret par l’humble beauté de cette âme féminine, lui offrira\nde partager son aisance et de prendre place en un cœur ju s ­\nqu’alors esseulé, égoïste et sceptique.\n   Simone, comme Léa, sera silencieuse, et même son silence fera\nsa propre force. Aussi longtem ps que personne ne connaîtra\n\n\n                                                                      367\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "  qu’elle sait tout, aussi longtem ps que sa feinte ignorance donnera\n  le change à ceux qui l’entourent, à son m ari surtout, à son m ari\n  qu’elle adore, m algré ses trahisons, elle boira « le calice » coura­\n  geusem ent sans un m urm ure. Mais dès l’instant que la tante de\n  son m ari l’oblige d’avouer qu’elle n ’ignore rien, l’édifice de sa\n  ferm eté s’ébranle et menace de s’écrouler.\n     Seule la pensée que son m ari du moins ignore encore que sa\n  Simone connaît l’excessive légèreté de sa vie suscite en son cœur\n  un regain de force. Elle veut se cantonner en cette pensée,\n  s’y raccrocher comme à une épave, lorsque son m ari lui révèle\n  qu’il a entendu le confidentiel aveu fait par elle à la tante. Alors,\n  désespérée et lâche, elle aspire du chloroforme et se suicide\n  païennem ent.\n     Thérèse Morasset, elle aussi, aura recours au suicide pour abré­\n ger la situation quasi inextricable où sa probité indom ptable l’a\n placée vis-à-vis de son m ari et de son père, dont le scepticisme\n peu scrupuleux et la très financière im passibilité lui font honte,\n à elle, « petite fille — a dit le banquier — qui ne pense pas plus\n loin que son catéchisme ». Au plein m ilieu de son bonheur, au\n m om ent de p a rtir en voyage de noces avec le m arquis de Chante-\n muse, elle apprend, « de la bouche même du fils de la victim e »,\n que son père à elle doit toute sa fortune à des procédés plutôt\n louches qui ont amené une ruine et un suicide. A u paroxysm e de\n l’indignation, Mlle Morasset, devenue depuis le m atin (grâce à\n sa dot) Mme la m arquise de Chantemuse, veut obliger son père à\n la restitution, et son m ari à renoncer à la fortune de sa femme.\n D evant leur refus à tous deux, elle se réfugie dans le Midi chez la\n tan te qui l’éleva, lui inculqua les principes d’honneur et lui donna\nl ’am bition de l’intégrité la plus absolue.\n    Quel dommage n’est-ce pas pour elle et pour la pièce que\n Thérèse M orasset ait oublié soudain, au dénoûm ent m ortel, son\ncatéchisme ? Il se m êlait à sa v ertu par trop d’orgueil, en vérité,\npour qu’aucune autre fin fû t scéniquement admissible.\n    P a r la sim ilitude de leurs douleurs, p ar leur ferm eté si long­\ntemps admirable, par la brusquerie de leur défaillance et (pour\nces deux dernières) par la sim ilitude enfin de leur m ort, n’est-ce\npas que Léa, Simone et Thérèse vous apparaissent, à vous aussi\nlecteurs, comme des sœurs par l’âme ? Léa, Simone et Thérèse\nsont trois âmes féminines étudiées et situées dans le milieu\nmoderne.\n    Elle est un peu leur sœur aînée, mais de quelques siècles anté­\nrieure, cette Ju d ith R enaudin, qu’en une suite de scènes mal\n\n\n368\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": " reliées entre elles, mais suffisamment écrites, P ierre L o ti proposa\n à nos admirations.\n    Avec sa verve réservée et sa finesse assez sournoise,\n Jules L em aître nous avait peint dans l'Aînée l’antinom ie qui\n s’avère flagrante entre le « caractère sacré » de pasteur des\n âmes et les soucis m atrim oniaux où s’absorbent le révérend\n Peeterm ann et son révérend gendre, le pasteur Michiels.\n    Envisager sous cet aspect, l’œuvre de J . L em aître (M. Eugène\n Veuillot s’acquitta de cette tâche de façon parfaite dans l’un des\n récents fascicules de la Revue du Monde catholique) c’est la faire\n apparaître ni plus ni moins qu’une apologie, au théâtre — par la\nnégative protestante — du célibat des prêtres catholiques. Or,\ndans Ju d ith Renaudin, ce sont encore les protestants qui sont en\nscène. Mais, cette fois, les sym pathies de l’auteur vont à eux, e t il\nn’a pas tort, car la scène se passe au tem ps du Roi-Soleil, au tem ps\nde la Révocation et des Dragonnades infâmes. Les catholiques\nsauront gré à M. L o ti d’avoir m ontré sous leur clarté vraie les\nlugubres horreurs de ces jours de fanatism e en nous présentant\nles dragons du Roi, non point catholiques pratiquants, mais sol­\ndats païens et brutaux agissant p ar ordre, comme le prem ier\nEsterhazy venu, sans se préoccuper le moins du m onde de savoir\nsi la cruauté de tels ordres n ’est pas anti-chrétienne au suprême\ndegré. Il existe encore aujourd’hui des « catholiques » (?) de cette\nespèce, qui négligent de s’approcher tous les ans de la Table\nsainte e t qui, comme le duelliste D rum ont, sont des prédicateurs\nde haine\n\n   1. Dans un remarquable Premier Paris, qui parut à la Volonté, notre ré­\ndacteur Georges Le Cardonnel écrivait excellemment au sujet de ces gens\n là et de leurs pareils :\n   « Ces prétendus catholiques plient un peu trop leur catholicisme à leurs\nintentions politiques. Ils en voudraient faire une borne pour les autres,\nafin d’avoir la domination, seuls ; ils semblent considérer une religion\nsurtout comme un ciment social, une consolation pour les humbles, qui\ndeviendrait facilement une matraque, afin qu’ils se taisent ; c’est l’embour­\ngeoisement du catholicisme qui, dès lors, ne demanderait qu’à faire servir\nles vérités divines au triomphe de quelques-uns pour l’asservissement\ndes autres. Ils rapetissent ainsi une religion admirable, inconsciemment,\npar habitude, par égoïsme et beaucoup par bêtise. Ce sont les mêmes qui\nricanent de Sagesse, qui ont méconnu Hello, Barbey d’Aurevilly, Villiers\nde l’Isle-Adam. Si le Christ revenait, il est plus que probable qu’ils le fe­\nraient fusiller... alors que, ce jour-là, leurs adversaires, sans doute, le dé­\nfendraient...\n   » Que le vide se fasse autour des énergumènes qui grimacent devant\nles foules en brandissant des journaux à manchette ! Rappelons-leur sans\ncesse que les rois du massacre ne sont qu’éphémères, que du sang ré­\npandu montent des floraisons nouvelles de paix et d’amour, et que les\nmartyrs ont toujours raison ».\n\n                                                                          369\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "   Ceux-là n’auront que sarcasmes ou m épris pour un prêtre tel que\ncelui mis en scène par le médiocre auteur dram atique qu’est\nl’émouvant conteur de Mon frère Yves. Sans doute eut-il été dési­\nrable que le curé de L oti ne se laissât pas égarer par sa pitié ju s ­\nqu’à absoudre l’apostasie du prétendu catholique dragon du roi,\ndevenu amoureux de Judith, la fille du très protestant Renaudin,\nen favorisant sa fuite avec elle sur le bateau qui doit em porter\ndans la n u it les m alheureux huguenots bannis de France. Mais\ndevant cette faute grave, le caractère est noble et digne d’un m i­\nnistre de Jésus-Christ.\n   Que les quatre pièces ci-dessus résumées soient un peu Augier,\nOctave Feuillet ou, si vous préférez, Georges Sand (du Marquis\nde Villemer), je ne ferai p oint de difficultés pour le reconnaître,\nme réservant toutefois d’estim er fo rt to u t le soin et le réel souci\nd’a rt que Fernand Vanderem apporta à l’écriture des pensées du\nCalice. T out cela est un peu « vieux jeu », sans doute. Mais com­\nbien moins distant de la Beauté que le nouveau, celui de l’a­\ncadémicien Lavedan !\n   « Or çà! dites-moi, monsieur le chroniqueur, est-il entendu\nque désormais on ne s’occupera plus des hommes au théâtre ?...\nLes femmes, toujours les femmes ! » ronchonne, dans son coin,\nquelque vieux misogyne. (E t ce n’est pas A uguste S t r i n d b e r g\nqui a trouvé, paraît-il, le P o rt du Salut.)\n   Quoique partisan déclaré des revendications féministes, je\nm ’empresse de satisfaire l’anxiété du vieux monsieur. On s’occupe\nencore des hommes au théâtre. A preuve ces deux, pièces de\nphysiologie « masculine » qui viennent d’être représentées ce\nmois-ci, l’une : le Mâle, de Camille L e m o n n i e r , au Nouveau théâtre\nde Bruxelles ; l’autre : Ton Sang, d’H enri B a t a i l l e , au théâtre de\nl’CEuvre et, grâce à H. Maubel, au théâtre bruxellois du Parc. Le\nconte brutal et vigoureux de Lem onnier, s’il perd à la scène de\nsa puissance verbale et de sa vigueur descriptive, gagne en\nintensité d’action par le rendu vivant des scènes mouvementées,\ncomme to u t le prem ier acte qui se passe au cabaret, et dans lequel\nCachaprès le braconnier, le Mâle, devient l’am ant de la fille\nde H ulotte, le ferm ier, jusqu’au jour où une balle couchera\npar terre cette bête humaine. Une interprétation adm irable de\ncette pièce un peu trop physiologique en fait davantage res­\nsortir l’animale bassesse, et, l’ayant vue, on n ’a guère sujet d’être\nplus qu’antérieurem ent fier de notre dignité hum aine ; aussi n ’est-ce\npas ainsi, j ’imagine, que M. Maurice de Faram ond entend nous\névoquer la Noblesse de la Terre, dans cette pièce nouvelle, en vers\n\n\n370\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": "libres, dont Lugné-Poë nous fit le plus v if éloge lorsqu’il nous vint\nrécem m ent à Bruxelles et pour laquelle les journalistes parisiens\nsem blent étaler leur ignardise avec un tel entrain que je la crois\nbien près, cette pièce, d’être une œuvre de grand m érite...\n    Combien je préfère au Mâle la pièce d’H enry B ataille. P eut-\nêtre nos lecteurs n’ont-ils pas oublié qu’au prem ier fascicule de\nla 8e année de L a L utte (avril 1897), E d g ar R ich au m e fit l’éloge\ndu poète ému et très délicat de la Chambre blanche. Depuis, le\njeune auteur s’est adonné au théâtre, et Ton Sang le place d’em ­\nblée au rang de nos m eilleurs tragiques. L ’anxiété et l’angoissant\nmalaise qui planent sur les personnages de ce bien moderne drame\nont fait dire par quelqu’un, à l’en tr’acte, que la pièce s’apparente\nau th éâtre anxieux du jeune et sentencieux auteur de L a Sagesse\net la Destinée, à Maurice M aeterlinck. Que cette pièce se ressente\ndu fatalism e ibsénien, voilà ce qui n’est pas douteux et, m algré\ntous les cris de notre adm iration pour l’écriture e t pour la vérité\nprofonde de ce drame, c’est toujours la même conclusion qui re­\nvient sous notre plume : le théâtre m anque de sens moral, parce\nqu’il m anque de foi. Les auteurs ont perdu leur fil d’Ariane, et\nplus rien pour eux n’a de sens, ni la douleur, ni la m ort, ni le tra ­\nvail, ni la vie ; ils ne savent pas ! ils ne savent pas ! et leur\ndoute se trad u it dans l'anxiété de leurs œuvres. Aussi Georges\n Rency n’a-t-il eu que trop raison lorsqu’il écrivait naguère dans\nle Soir de Bruxelles :\n    « L e théâtre actuel nous m ontre un é ta t extraordinaire de\nl’hum anité. Tous ses personnages sont fous à lier, bêtes à san­\n gloter ou plus ennuyeux qu’un discours politique. Depuis Dumas\n fils et ses revendications contradictoires et vengeresses, nous avons\n vu les héroïnes étranges d’Ibsen, auteur puissant, mais incom pré­\nhensible, j ’entends incom préhensible au point de vue des tendances\n et des idées. Nous avons eu M aeterlinck, styliste admirable, mais\n esprit faux et systém atique, et ses m arionnettes sans vie qui nous\n étonnèrent sans nous émouvoir. Actuellem ent, quelques dram a­\n turges talentueux nous am usent et nous intéressent, mais nous ne\n pouvons nous empêcher de sentir chez eux cette même absence de\n fixité et de véritable santé qui nous fait souffrir nous-mêmes mo­\n ralem ent ».                              G eo rg es R am aekers.\n\n  P.-S. J ’eus vivem ent désiré consacrer quelques lignes de cette\nchronique dram atique au Sacrement de Judas, la nouvelle œuvre\ndram atique que notre rédacteur Louis T i e r c e l i n fit représenter\nrécem m ent à Paris. L a surabondance des m atières m ’oblige à\nseulem ent la signaler ici.                                  G. R.\n\n\n                                                                     371\n"}, {"page_pdf": 415, "texte": "               GLANES                        DU          MOIS\n\n\n\n                                                          UN        P IR A T E .\n\n   C’est de M. Maurice des Ombiaux — ou, plus exactement, Desombiaux —\nqu’il s’agit.\n   Ce « garde champêtre des lettres belges », aux allures grotesquement ma­\ntamoresques, et à la plaisanterie pataude, s’étant impudemment revêtu (en\ndehors du carnaval) de la peau du lion, vient malheureusement (pour lui)\n de laisser passer le bout de l’oreille.\n   Il y a quelques jours à peine paraissait chez Ollendorff, rue Richelieu,\nl'Histoire mirifique de Saint Dodon, par M a u r i c e d e s O m b i a u x (Droits de re­\nproduction et de traduction réservés pour tous pays !).\n   Une bizarre coïncidence fit que, quelques jours auparavant, l’un d’entre\nnous s’était fait acquéreur d’un rarissime petit bouquin, édité à Rouen, chez\nAdrien de Launay, « Au Compas d’or », en 1603, et qui porte pour titre :\n Histoires tragiques, extraites des oeuvres italiennes de B a n d e l l o , mises en lan­\ngue française par Pierre Boisteau.\n   Or, voici, parallèlement, ce que nous lûmes dans l’un et l’autre de ces\nlivres. Que le lecteur compare et s’édifie !\n   Dans Desombiaux (1899) ;                    Dans Bandello (6031) :\n   « Mon voisin et ami, je suis vieux          « Mon voisin et amy, je suis vieux\net mélancolique, ainsi que vous pou­         et mélancolique, comme vous co­\nvez vous en apercevoir. J ’ai besoin         gnoissez, parquoy j ’ay besoin désor­\nde me distraire... Je vous serais            mais de me réjouyr et je vous prie\nobligé de considérer comme d’être            bien fort.. usez privément des biens\nde ma maison et d’en user comme              de ma maison comme vous feriez\nil vous plaira... »                          des vôtres. »\n          (S. Dodon, p. 248, ligne 17.)        (Hist. tragiques, p. 145, ligne 28.)\n   \" Il l’assura de tout son dévoue­           « Le suppliant au reste de lui\nment et... le pria de compter sur lui        commander tout ce qu’il lui plairait\ncomme sur son plus fidèle servi­             et qu’il ne le trouverait point autre\nteur. \"                                      que son très humble et obéissant\n                  (S. Dodon, p. 249.)        serviteur. »\n                                                         (Hist. tragiques, p. 146.)\n\n  Dans Desombiaux (1899) :                     Dans Bandello (1603) :\n  Lors le seigneur fit venir les de­           « Et lors, le seigneur commanda\nmoiselles, servantes et valets qui res­      que les deux damoiselles qui es­\ntaient au logis pour assister à la           toyent au chasteau et quelque reste\nscène. Quand ce petit monde fut ras­         de valets fussent appelez pour assis­\nsemblé il parla en ces termes : « Ah,        ter et prendre exemple à ce beau spec-\n\n\n372\n"}, {"page_pdf": 416, "texte": "ça, chienne vile et détestable catin,    tacle. Et estant ainsi tout ce menu\npuisque tu as eu le cœur assez traî­     peuple congrégé, le seigneur s’adres­\ntre et déloyal pour détruire le saint    sant à sa femme lui dit : « Vien-çà,\net précieux lien du mariage qui nous     louve vile et détestable, puisque tu\nunissait, je veux que de tes propres     as eu le cœur si traistre et déloyal\nmains, par lesquelles tu me donnas le    d’introduire ce ruffian infâme de\npremier témoignage de ta foi, soit       nuict en mon chasteau, non seule­\nétranglé et pendu ce ruffian que tu      ment pour me dérober l’honneur, le­\nas introduit nocturnement dans ma        quel je préfère à la vie, mais qui\ndemeure ; ne sachant rien trouver de     plus est pour rompre à perpétuité le\nplus fort pour égaler l’horreur que      sainct et précieux lien de marriage\ntu me causes, je te contrains à meur­    par lequel nous estions unis et liez\ntrir celui que tu as préféré à ta ré­    ensemble. Aussi je veux mainte­\nputation, mon honneur et ta vie. \"       nant de tes propres mains, par les­\n                                         quelles tu me donnas le premier té­\n        (Desombiaux, p. 254, ligne 12    moignage de ta foi, il soit mainte­\n          et seq.)                       nant pendu et estranglé en présence\n                                         de tous, ne sçachant inventer autre\n                                         suplice plus grand pour satisfaire à\n                                         ta coulpe que te contraindre de meur­\n                                         trir celuy lequel tu as préféré à ta\n                                         réputation, à mon honneur, et à ta\n                                         vie.\n                                                     (Bandello, p. 152, ligne 9\n                                                        et seq.)\n\n  Saint Dodon, p. 255, ligne 3 :            Bandello, p. 152, ligne 30 :\n  Ayant formulé cet arrêt, le vieil         Et ayant prononcé cet arrest fa­\naigle à l’œil injecté de sang fit en­    tal, il envoya quérir de gros doux\nfoncer dans la poutre du plafond un      de charrette qu’il fit attacher à la\ngros clou de charrette. On y lia la      poutre de la chambre... et lors la\ncorde, et la malheureuse femme dut       contraignit d’atacher le collier de\nattacher au cou de son triste amant      l’ordre des malheureux au col de son\nle collier de l’ordre des suppliciés.    triste amant. Parce qu’elle ne pou­\nComme elle défaillait à cette beso­      vait seule satisfaire à une charge\ngne, la vieille femme qui avait          si griève et pesante, il ordonna,\nété la complice de ses amours            qu’ainsi la vieille avait esté loyale\nadultères fut forcée de lui servir       ministre des amours de sa femme,\nd’aide en ce travail de bourreau.        ainsi la seconderait-elle en l’accom­\n                                         plissement de ce chef d’œuvre.\n  Quand elles eurent de leurs mains         ... Elles étranglèrent de leurs mains\nétranglé le jeune homme, le sire de      cet infortuné gentilhomme, de la\nBarbonçon fit brûler le lit, les meu­    mort duquel le seigneur n’estant pas\nbles et les draps qui avaient été les    encor satisfait fît brusler le lict, la\ntémoins des plaisirs défendus.           coutte, et les draps auxquels ils\n                                         avaient receuz leurs plaisirs passez.\n   Il ne resta dans la chambre qu’un        Et fit oster le reste des autres Ils­\npeu de paille, juste de quoi servir de   tensiles qui estoient en la chambre,\nlitière à deux chiens. La fenêtre et     et voulut seulement qu’on y laissast\nla porte furent murées. On ne. laissa    autant de paille qu’il en faudrait\nqu’un petit pertuis pour passer le       pour coucher deux chiens Et de­\npain et l’eau.                           hors il fit mitrailler toutes les fe-\n\n\n                                                                            373\n"}, {"page_pdf": 417, "texte": "                                          nêtres et la porte même et fit seu­\n                                          lement laisser un petit pertuis ouvert\n                                          par lequel on lui donnait du pain et\n                                          de l’eau.\n  Et ainsi demeura la malheureuse,          Et demeura ceste pauvre malheu­\ndans l’horreur de cette obscure pri­      reuse en la miséricorde de cette ob­\nson, n’ayant d’autre compagnie que        scure prison, n’ayant autre compa­\nle corps en pourriture de celui qui       gnie que celle d’un corps mort. Et\navait été son plus grand amour, jus­      après avoir demeuré quelque temps\nqu’au moment où, asphyxiée par la         en ceste puanteur, sans air, ou con­\npuanteur, couverte de vers, folle         solation, vaincue de douleur et d’ex­\nd’épouvante, elle rendit l’âme.           trême martyr, rendit l’âme à Dieu.\n\n  Dans Desombiaux :                         Dans Bandello :\n  « Il épousa une jeune fille de T huin      « Ce seigneur en ce temps épousa\n(sic ! !) d’une beauté moyenne. Il la     une damoiselle de T h u r i n , de\nprit de condition modeste, pour son       moyenne beauté, laquelle il prit\nplaisir, n’ayant égard à la gran­         pour son plaisir, n’ayant esgard à\ndeur de son nom ».                        la grandeur du lieu dont il était\n                                          issu ».\n       (S. Dodon, p. 240, ligne 12.)\n                                             (Hist. tragiques, p. 141, ligne 26.)\n\n   Eh bien! qu’en dites-vous, mes amis? Ce simple rapprochement n’est-\nil pas suggestif? Nous pourrions citer ainsi maint et maint passage non\nmoins... hum ! comment dire... non moins apparenté. Mais en voilà déjà\nplus qu’il n’en faut, n’est-ce pas, pour clouer au pilori, et définitivement,\nDesombiaux-le-Plagiaire. S’il plaît à cet individu de recommencer les\nmœurs de pirate qui firent la honte de la Belgique au temps du Roman­\ntisme, libre à lui désormais. Chacun l’estimera, à partir d’aujourd’hui, à sa\njuste « valeur » (Typos ! n’imprimez pas : « voleur » !).\n                                                              U j jl e n s p ie g e l .\n\n\n\n\n      LE CERCLE “ LA L u t t e „          de G. Ramaekers ne m’a point paru\n      A LA MAISON D’ART. . .              superficielle, comme l’ont prétendu\n                                          certains chroniqueurs à quatre sous.\n  G. Ramaekers : Charles Decoster. —      L ’acoustique défavorable de la salle\nP. Mussche : Georges Rodenbach. —         et la lecture trop scandée du confé­\nG. Virrès : Georges Eckhoud.              rencier ont plutôt empêché de sui­\n  Ce furent trois belles conférences.     vre, avec une attention soutenue, son\nPourtant, l’avouerai-je, j ’éprouve un    étude. Paul Mussche, lui, a la voix\nfaible pour la dernière, celle de         plus sonore et la prononciation pleine.\nG. Virrès. Si l’œuvre de G. Eckhoud       C’est en poète qu’il fait de la critique.\nn’y était point pénétrée minutieuse­      Aussi dirai-je que j ’ai surtout remar­\nment, du moins y était-elle retracée à    qué son style pur et fort, comme une\ntraits larges et vigoureux, l’œuvre       statue aux modèles harmonieux.\nd’Eckhoud y revivait. La conférence                                       E. R.\n\n\n\n\n374\n"}, {"page_pdf": 418, "texte": "                             LA LU TTE\n   R e v u e c a t h o li q u e d ’A r t .\n                                                                   PARIS E T                BRUXELLES\n\n\n                                  C O M IT É P A T R O N A L :\n\nVALÉRE MABILLE — LÉON SOMZÉE — AMÉDÉE d e BRESSOUT\n\n\n                                         D ir e c t e u r :\n\n                             GEORGES                  RAM AEKERS\n                                   1 1 4 , rue Franklin, B r u x e l l e s\n\n\n                                          Secrétaires :\n                      PARIS                                                BRUXELLES\n   C H A R L E S de R O U V R E                                  ÉDOUARD                        NED\n            27, rue d’Amsterdam                                        34, rue du Conseil\n\n\n                         Rédaction de « La L utte 1 :\n                                             FRANCE :\n\n          Y v e s B e r t h o u , A l b e r t J o u n e t , Ge o r g e s L e            Ca r d o n n b l\n                           C h a u l e s d e R o u v r e , L o u is T i e r c e l i n\n\n                                           B E L G IQ U E :\n\nE r n s t De l t e n r e , P o l De m a d e , P a u l M u s s c h e , E d o u a r d N e d , J o h a n N i l i s\n                                            E r n e st P é r ie r\n            G e o r g e s R a m a e k e r s , E d g a r R ic h a u m e , G e o r g e s V i r r è s\n\n\n\n                                P r in c ip a u x C o lla b o ra teu rs :\nPaul André, Franz Ansel, Albert Herthel, Louise et Louis Delattre, Eugène\n  Demolder, Henri Delisle, Henri de Régnier, Edouard Ducôté, Maurice Dullaert,\n  M ax Elskamp, Henry Ghéon, Eugène Herdies, Joris-Karl Huysmans, Camille\n  Lemonnier, Georges Marlow, Charles Morice, Marie et Jacques Nervat,\n  Georges Oudinot, Maurice Perrès, Victor Remouchamps, Georges Rodenbach,\n  Prosper Roidot, Blanche Rousseau, Léon R ycx, Laurent Savigny, Camille\n Schiltz, l’abbé Armand Thiéry, Firmin Van den Bosch, Emile Verhaeren,\n                            Francis Vielé-Griffin.\n\n\n\n     Adresser tout ce qui concerne l’A dm inistration chez les Éditeurs :\n\n                           ALFRED               V R OM A N T               & Cie\n                  BRUXELLES                                                     PA RIS\n       3, r u e de la C hap elle, 3                    i           60, r u e M adam e, 60\n"}, {"page_pdf": 419, "texte": "VIENT DE PARAITRE :\n                                              Georges VIRRÈS\n\n\n\n    EN PLEINE TERRE\n  La Glèbe héroïque\n           1797-1798                          D A N S LES É D I T I O N S\n\n\n\n   Un beau et fort volum e in-12   3 fr. 50\n\n\n                                                DE “ LA L u t t e\nEN VENTE CHEZ T O U S LES LIBRAIRES\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 9, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1899-02-15", "signet_source": "Quatrième année - N°11 - 15 février 1899", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 384", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}