{"numero_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "articles": [{"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-001", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue Catholique d'Art Alfred Vromant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 420, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 377, "texte": "Revue Catholique d'Art\n\n\n\n\n                               Alfred Vromant &\n                               C. Editeurs 60Rue Madame\n                               - Paris 3, Rue de la Chapelle . Bruxelles.\n\n\n\n\nQUATRIEM E ANNÉE- -   N° 12.                       15 MARS 1899.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-002", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SO M M A IR E DU N U M É R O 12 15 M a rs", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 421, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 430, "fin_caractere_exclue": 1434, "texte": "SO M M A IR E DU N U M É R O 12\n                                    15 M a rs 1 8 9 » .\n\n\n\nCharles de Sprimont : L ’Idéal latin (E sthétique)                            .   .         .   375\n\nYves Berthou : Le Prince des Prosateurs (M onographie) .                                        380\n\nÉdouard Ned : La chanson des blés mûrs (Poèm e) .                                     .     .   388\n\nPaul André : Le Déserteur ( C o n t e ) .................................................. 392\nGeorges Ramaekers : Quelques livres nouveaux (Critique) .                                       395\n\nSaint-Antoine : Notules parisien n es ..................................................399\nPaul Serée : Du noir dans l'art ( V a r i a ) ........................................... 404\nUijlenspiegel : Glanes du mois (L es R e v u e s ) ............................... 405\n\n\n\n\n         “ LA L u t t e » ne publie que de l’inédit.\nT o u s d r o its d e r e p ro d u c tio n et d e tr a d u c tio n ré s e r v é s .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-003", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 375, "page_fin": 379, "titre_corps": "L’idéal latin", "titre_sommaire": "L’Idéal latin (Esthétique)", "rubrique": "", "signature_source": "Charles de Sprimont.", "ancre_debut": "L’IDÉAL LATIN. ’ EST une constatation fo", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 422, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "L’IDÉAL LATIN.\n\n\n                 ’ EST une constatation fort triste, et peu flatteuse\n                 C\n          pour le public lettré ou se disant tel, que celle de l’in­\n          troduction bien contemporaine des modes en littérature.\n          Autrefois, chaque catégorie de lecteurs avait son écri­\n                     vain favori, proportionné à son idéal, et ne le\nquittait pas. Maintenant, tout le monde veut tout connaître, tout\nvoir, tout comprendre ; de braves gens, versés dans le commerce,\nl’industrie, la finance, des femmes, aussi savantes que char­\nmantes, nous n’en doutons pas, discutent gravement les plus\nhautes personnalités littéraires, fondent des renommées et tran­\nchent sans crainte des questions dont les artistes eux-mêmes ne\ns’approchent qu’avec d’ extrêmes réserves. La facilité des infor­\nmations, la diffusion presque générale d’une foule de connais­\nsances usuelles et partant sommaires ont persuadé le bon public\nnaïf de jadis qu’il est un jury très compétent devant lequel\npeintres, musiciens, poètes se disputent la palme triomphatrice.\nLa question de modes s’y mettant, on en vient à regarder les\noeuvres d’ art comme des marchandises d’autant plus précieuses\nqu’elles arrivent de plus loin, on les assimile aux produits exo­\ntiques, et, l’ engouement passé, on les rejette avec un dédain égal\nen intensité à l’ ardeur qu’ on avait mise à se les disputer. Il y a\ndeux ou trois ans, Tolstoï et Ibsen dominaient victorieusement\nles cerveaux français. Pauvres gens ! Les derniers romans de\n\n\n     16                                                          375\n"}, {"page_pdf": 423, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2791, "texte": "    Gabriel d’Annunzio, son récent séjour à Paris ont porté un rude\n    coup à leur prestige ; ils ne régnent plus seuls, et c’est là un\n    signe de déchéance certaine.\n       A vrai dire, ce n ’est pas nous qui nous en plaindrons. Peu\n    nous im porte que le public prône tel écrivain p lutôt que tel\n    autre, mais l’influence p ar trop grande des auteurs norvégiens\n    ou russes en ces derniers tem ps constituait un danger m ortel\n    pour l’esprit de la race française. L eur crédit ten ta nombre de\n   jeunes gens, qui, plaçant sagem ent les préoccupations esthétiques\n   après les intérêts financiers, produisirent, selon la vogue et la\n   commande, des romans scandinaves, slaves, voire même chinois.\n      Les caractères particuliers de notre a rt couraient grand risque\n   de se perdre dans cette lu tte pour l’argent et la renommée, et le\n   philosophe pouvait dès lors prédire le m om ent où se term inerait\n  un des grands cycles de l’histoire littéraire par ces m ots fati­\n  diques : F inis latinorum. — Heureusem ent, les succès actuels\n  d ’écrivains de forme et d’esprit latins, joints à l’exode de ta n t de\n  jeunes intelligences écœurées du scepticisme et du doute vers un\n  idéal plus large et plus viril, ont produit comme une orientation\n  nouvelle de nombreuses énergies. L e génie de la race semble se\n  réveiller. G ardant des costumes exotiques dont on l’avait affublé\n un certain aspect séduisant et libre, enrichi des qualités étran­\n  gères to u t en conservant les siennes intactes, il se tourne vers son\n idéal propre et y tend de tous ses efforts.\n      Cet idéal latin, qu’est-il donc? P o u r le bien spécifier il fau t se\n reporter à l’époque de la Renaissance, au m om ent précis où, de\n l ’union des savants grecs, porteurs d’idées vivifiantes, et de la\n race italique, fatiguée par les guerres et la misère, mais prête\n néanmoins à recueillir le souffle inspirateur, jaillit, comme un\n superbe effort vers un mieux artistique et social, l’école hum a­\n niste. A cet instant où l’âme soulève d’une poussée invincible la\n matière, la domine im périeusem ent et fait germ er toute une\néclosion d’œuvres fortes et belles, quelle est l’idée latine, quel est\nce grand et suprêm e Idéal qui fascine ta n t d’artistes?\n     Les Hum anistes nous le diront. Ces vies d’étude et de travail,\nconcrétées en des œuvres si hautes et si pures que leur spectacle\nfa it naître spontaném ent dans nos âmes une religieuse admi­\nration, tendent à faire plus humain, à surélever à la fois les\nfacultés spirituelles et, par elles, les énergies de la matière, à\ns’approcher autant que possible de la lim ite suprême, à réaliser,\nenfin, l ’idéal spécifique dans sa plus sereine acception. L ’homme,\nêtre form é d’une âme et d’un corps, doit m ener parallèlem ent le\n\n\n376\n"}, {"page_pdf": 424, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2823, "texte": "progrès de l’un et l’autre de ses composants. Tout en subordon­\nnant à l’esprit la matière, il doit tendre à élever celle-ci en même\ntemps que celui-là vers une perfection voulue et bien déterminée.\nDans la vie publique comme dans la vie privée, qu’il s’adonne aux\narts ou qu’ il suive la carrière politique, il doit avoir pour préoccu­\npation constante de se surpasser lui-même. La vertu, disaient les\nHumanistes, consiste en l’ expansion de la beauté et de la force.\nQuand l’être est arrivé à réaliser dans sa chair et dans son âme le\ntriple objet de ses tendances, le Vrai, le Bien, le Beau, il s’ éternise\npar la gloire, qui en est le rayonnement suprême.\n     Tel est, en son essence, l’idéal latin formulé par l’Humanisme.\nSans doute, tous les artistes, tous les penseurs ne lui obéirent pas\nponctuellement. Loin de le suivre, bon nombre s’ en écartèrent,\n qui placèrent les préoccupations physiques au-dessus des senti­\n ments moraux. Au lieu de s’ efforcer d’acquérir, en domptant les\n révoltes de la nature, une vertti plus grande et, par là même, une\n gloire plus belle, ils firent servir leurs facultés spirituelles à\n l’ assouvissement de leurs vils désirs. C’ est ainsi, que cette société\n italienne de la Renaissance, souple, fine, intelligente au plus haut\n degré, donne l’ exemple d’une dégradation morale effrayante, d’un\n raffinement de luxure savante et réfléchie. Mais il faut bien se\n garder d’imputer aux têtes du mouvement renaissant ces consé­\n quences d’ œuvres qui ne furent pas les leurs. Si Boccace et, après\n lui, l’Arétin et Machiavel sont des facteurs de dépravation, si\n l’Arioste et Torquato Tasso ont trop obéi au goût de leur temps,\n Dante, Pétrarque, Raphaël, Michel-Ange, tant d’autres génies,\n  sont des titres de gloire pure et saine, dont une race a le droit et le\n  devoir d’ être fière. Ceux qui ont suivi l’idéal latin dans l’ espoir de\n  le réaliser un jour, ceux qui ont consacré leur vie, les énergies de\n  leur âme et de leur corps, surélevées par la religion, à l’efficience\n  d’ une œuvre, ont fait cette œuvre grande et belle et créé des\n  figures impérissables.\n     L ’idéal latin! Ne dévoile-t-il pas une partie de son mystère\n  dans la Béatrice du Dante et la Laure de Pétrarque, ces créatures\n  pétries de rêve, au corps tellement sublimé qu’il n’ est plus qu’une\n  nuée diaphane, laissant transparaître les sereines vertus de leurs\n  âmes ? Ne nous sourit-il pas sous le secret des lèvres fleuries de la\n  Joconde? Ne palpite-t-il pas dans les flancs de cette grande Nuit,\n  fille de Michel-Ange,\n                      Qui tord paisiblement dans une pose étrange\n                      Ses appas façonnés aux bouches des Titans ! 1\n\n   1 . C h a r l e s B a u d e l a ir e , Spleen et Idéal.\n\n\n                                                                      377\n"}, {"page_pdf": 425, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2666, "texte": "   Tout Raphaël, to u t Vinci, to u t Botticelli nous font rêver d’une\nhum anité meilleure et plus belle. Sans doute, le ciel éternellem ent\nbleu de l’Italie, son sol qui s’épanouit entre les baisers de deux\nmers, sous l ’immense caresse du jour, ont mis un peu de leur\nsourire et de leur beauté sur les tableaux de rêve de ces peintres\net les êtres my stiques qu’on y voit errer. L’idéal latin ! Ne fré ­\nm it-il pas, p rê t à se m ontrer dans son entière magnificence, du\nprem ier tercet au vers final de la Divine Comédie, cette œuvre\ndu plus grand des poètes ? Depuis l’épouvantem ent de la forêt\nlugubre et sauvage ju sq u ’aux joies supra-sensibles du Paradis\nentrevu, nous voyons l’homme lutter, pour se perfectionner tout\nentier, corps et âme, et se rendre, par la vertu, digne de la gloire\ncéleste. Voilà bien l’A rt vrai, le grand art, tendant vers la\nBeauté Suprême, vers Dieu dont elle est le rayonnem ent, enton­\nnant les magnifiques louanges de « l’A m our qui m eut le soleil et\nles autres étoiles » s’abreuvant à l’Océan immense où l’âme\nretournera un jour. Nous pouvons hautem ent l’affirmer, de telles\nœuvres sont autrem ent belles que les productions tan t prisées du\nSlavisme et du Scandinavisme; elles les surpassent de toute la\nsupériorité de la foi sur le scepticisme et le doute. Fleurs de\nl’Italie, qui n’est elle-même que l’épanouissement de Rome, la\nville destinée par la nature à gouverner l’univers *, elles sont, en\nmême tem ps que les bases de l ’esprit latin et l’indication de\nl’idéal vers lequel doivent tendre ses efforts, un des plus beaux\nélans de la religion chrétienne. Car l’idée latine est chrétienne.\nRome n ’est plus la « force hautaine et triste » dont parle\nF . Viélé-Griffin ; elle n ’est pas davantage la forteresse d’où le\n dynaste guerrier surveille son Italie unifiée, mais elle est le V ati­\ncan, du haut duquel, entouré des chefs-d’œuvre religieux accu­\nmulés par ses prédécesseurs, le grand vieillard pâle bénit le\nmonde ! Telle est l’Eglise, telle est la race qui fixe les yeux vers\nelle, et toutes deux sont sûres de leur im m ortalité.\n    Loin de nous la pensée de dim inuer en quoi que ce soit la\n gloire et le m érite des écrivains d’autres races. Ibsen, Bjornson,\n Tolstoï ont écrit des œuvres fortes et belles ; mais nous ne conce­\n vons pas qu’on puisse les im iter exclusivement, nous ne compre­\n nons pas ce fol engouement, qui p ar bonheur se calme aujour­\n d’hui, pour des essais fort beaux sans doute, mais inférieurs aux\n m onuments définitifs de l’A rt latin. Nous en sommes convaincus :\n m algré les influences funestes du Rom antism e et du Naturalism e,\n\n  1 . D a n t e , De Monarchià.\n\n\n\n378\n"}, {"page_pdf": 426, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2701, "texte": "  exaltant, comme l’a dit M. Charles Morice, le premier le senti­\n ment seul, le second la sensation seule, malgré l’invasion des\n  ouvrages du Nord et de l’ Est, montrant la plupart du temps\n des personnages maladifs, tourmentés par le doute et le scepti­\n cisme, l’idée latine triomphera, car elle réalise la grande Synthèse\n  en surélevant à la fois le corps et l’âme vers la perfection. Basée\n sur la philosophie chrétienne, indissolublement liée à l’existence\n de l’Eglise, elle vivra de sa vie, et, comme elle, surmontera toutes\n les difficultés et tous les périls.\n    Déjà, nombre d’esprits reviennent à elle. Fatigués des brumes\n où le Nord s’enveloppe, ils cherchent des horizons meilleurs,\n vivifiés par la bienfaisante clarté. Le succès qu’ obtiennent actuel­\n lement en France les œuvres latines, et, notamment, les romans\n  de MM. d’Annunzio et Foggazaro, est une preuve palpable de ce\n retour aux traditions classiques de la race. Sans doute, on pourra\n m’objecter que c’est là passer d’un excès à un autre. Je répondrai\n que l’ amour déréglé de l’ imprécis est, chez le latin, une anomalie,\n tandis que nous ne serons jamais assez avides de vérité et de\n lumière.\n    Il est vrai, trop vrai, hélas ! que les romans de Gabriel d’An­\n nunzio sont, en général, à l’ antipode des idées chrétiennes.\n Pénétré de la philosophie nietschéenne, il est de ceux qui placent\n le corps bien au-dessus de l’ âme, et, des deux héros de son\n chef-d’ œuvre le plus admiré : le T riom phe de la M ort, l’un est un\n nerveux pessimiste, l’ autre une magnifique bête de plaisir. Il est\nprofondément triste de voir un grand écrivain s’abaisser à si vile\nbesogne, surtout lorsqu’ on a lu l'admirable paraphrase qu’il a\n faite de T rista n et Iseu lt, ce poème définitif de l’Amour. Heureu­\nsement, son dernier roman : les Vierges a u x R ochers, manifeste\ndes tendances et des vues plus nobles. Le héros, passionné pour\nune œuvre large et belle, la régénération de sa race, est vraiment\nà la hauteur du poète qui le chante, et sa perplexité à choisir\nentre les trois vierges : la mystique Maximilla, la bienfaisante\nAnatolia et la royale Violante, celle qui l’ aidera le mieux à réa­\nliser son rêve, est du plus profond symbolisme. C’est encore loin\nde l’Art Suprême, mais cela s’ en rapproche. Après de telles œu­\nvres nous pouvons attendre pleins d’ espoir la venue du poète,\nqui, subordonnant son esprit à l’idéal chrétien, proclamant la vic­\ntoire de l’âme sur le corps sublimé par elle, réalisera enfin, selon\nl’idée latine, le chef-d’ œuvre futur.\n\n                                          Charles   de   S p r im o n t .\n\n\n\n\n                                                                       379\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-004", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 380, "page_fin": 388, "titre_corps": "Le prince des prosateurs", "titre_sommaire": "Le Prince des Prosateurs (Monographie)", "rubrique": "", "signature_source": "Yves Berthou.", "ancre_debut": "LE PRINCE DES PROSATEURS. N U b ru it vague. U n journa", "ancre_fin": "» 1 Y ves B erthou.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA CHANSON DES BLÉS MÛRS.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 427, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "LE PRINCE\n                                  DES PROSATEURS.\n            N\n            U b ru it vague. U n journal politique aurait organisé un\n              plébiscite dans le b u t d’élire un prince des prosateurs.\n              Curieux symptôm e ! Dans notre édifiante démocratie\n              chacun éprouve le besoin d’élire des princes. Il y a le\n              prince de l’élégance. Nous avons aussi le prince des\npoètes. E t je ne parle pas des reines, encore moins des muses. Le\nchoix d’un prince des prosateurs était indubitablem ent à faire.\nJ ’ignore absolum ent si le scrutin est dépouillé, et je ne désire\nqu’une chose : l’ignorer durant les tem ps et durant l’éternité. Il\nm ’est possible, cependant, de présum er, puisque tous les crétins\nfurent appelés à donner leur précieuse voix, que l’élu n ’a pu être\nque le crétin des crétins, celui qui reçut précisément, au lende­\nm ain de Lourdes, le nom de Crétin des Pyrénées.\n    Zola, sur lequel les intellectuels foiraient il n’y a pas encore\nbien des mois — voir les revues de jeunes — est devenu to u t à\ncoup l’idole de quelques-uns. Lui, le lourd pachyderm e, que dis-\nje, l’ichtyosaure dont les meilleures armes ne pouvaient entam er\nla carapace et qui se tram ait péniblem ent parm i les allées de nos\njardins, écrasant les plus belles fleurs de rêve, impitoyablem ent,\nest devenu soudain plus léger que l’abeille, le papillon, la libel­\nlule qui se posent sur les fleurs les plus grêles sans seulement\ntroubler la rigueur de leur immobilité. Il est le symbole de la\n grâce, de l’élégance. Il incarne aussi le génie et la justice.\n L ’ignoble groin de cet homme, qui semble ne devoir inspirer que\n le dégoût, la répulsion et le m épris, rayonne aux yeux de certains\n comme la face d’un archange. Il a donc pu recueillir, indépen­\n dam m ent des suffrages de quelques centaines de boeufs dému­\n selés, ceux de quelques dizaines d’esthètes qui ont retourné leur\n peau depuis peu.\n     On voit d’ailleurs d’étonnantes choses dans le tem ps où nous\n  vivons. Les articles de M. M irbeau étaient détestables, M. Mir­\n  beau n’avait aucun talent — ce n ’est pas moi qui le dis : voyez\n  la collection de l’Erm itage, 1898 — M. M irbeau n’écrivait pas.\n  Or, voici que survint l’affaire, la grande, l’unique, avec un A ma­\n  juscule. M. M irbeau y entra, lui aussi, comme dans un corps mou.\n  A ussitôt M. M irbeau écrivit mieux, les articles de M. Mirbeau\n  devinrent bons. C’est ainsi qu’il suffit d’E n être pour devenir du\n  jo u r au lendemain grand écrivain, écrivain génial. Mais restez\n\n\n 380\n"}, {"page_pdf": 428, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2485, "texte": "  loin du bruit, aimez la Justice, dites aux hommes des vérités\n  dures à digérer, le génie ne vous viendra jam ais, pas même le\n talent.\n     Or, celui sur lequel, un moment, pivota l’Affaire est Zola.\n  Comment ne serait-il pas élu prince ? Il y a bien aussi M. A na­\n tole F rance qui a infinim ent plus d’esprit et de talen t que Zola,\n mais il n ’est qu’un rouage de l’Affaire, un rouage dont on ne voit\n même pas l’utilité, une cinquième roue, comme on dit chez\n nous. Vous verrez que ce copiste excellent de l'Abbesse de Jouarre\n et de Candide ne viendra qu’après le Crétin des Pyrénées.\n    Ce n ’est pas ainsi cependant que nous entendons le prince des\n prosateurs, s’il nous en fau t enfin désigner un. E t d’abord, dans\n notre siècle de goujatism e où l’on voit sous les décrottoirs de\n nos Palais le plus sot échantillon d’une bourgeoisie sortie de la\n valetaille de nos pères, et puant encore la bouse, jouer au\n Louis X IV , peut-il y avoir encore des Princes, un Prince ? Ils\n sont si petits, vraim ent, les hommes, nos contemporains, on les\n écrase si facilem ent comme de la verm ine repue de sang hum ain !\n A utrefois les princes, dans le champ de pommes de terre où\n Dieu sema les hommes, dom inaient les foules qui se pressaient à\n leurs pieds et n’étaient sacrés que par ce même Dieu qui les ber­\n çait aux quatre vents de son esprit.\n    Une graine d’ivraie, apportée par le Démon, germ a dans\nl’arpent hum ain. Elle a pu seule to u t empoisonner. L a mauvaise\nherbe a gagné to u t le terrain et dévoré tous les sucs de la terre où\nles grands hommes puisaient Leur force et leur génie. Quatre\nsiècles ont suffi pour que le mal devînt peut-être irréparable, et\nsans doute approchons-nous de la fin des fins. Voilà L u th er et\nvoici Satan.\n    Que Jésus, le Dieu des humbles, des doux, des faibles et des\nforts qui souffrent, revienne. Sa potence, haute comme la lune, est\npréparée. Mais que dis-je? Le Christ est toujours parm i nous. On\nle coudoie, on lui crache au visage, on lui fait gravir le m ont\nfam eux avec le fardeau de l’instrum ent de son supplice. On le\ncrucifie, et sur sa croix on m et l’écriteau qui épouvante.\n\n\n\n\n   « J e suis m angé par le besoin de la Justice, comme par un\ndragon affamé depuis le Déluge. Ma colère est l’effervescence de\nm a pitié ». Qui donc parle de la sorte quand on n ’entend que des\nblasphèmes, des appels à la haine, des rires de luxure, des m en­\n\n\n                                                                381\n"}, {"page_pdf": 429, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2662, "texte": "songes ? Ah ! c’est qu’il est parm i nous un être étrange, un tém oin\nqui doit rendre tém oignage et dont la parole vivra. Humble, lui\naussi, presque réduit à m endier son pain, vêtu comme un pauvre,\nil va parm i les repus et les gens gras, la m ain gauche tendue et la\ndroite pleine de foudres. E h bien ! ce « m endiant » est tout\nsim plem ent le prince des prosateurs français de ce tem ps, sinon\nde tous les tem ps. Il vient de loin, sans doute, de quelque T hébaïde\noù les hommes ne vont plus. Il est comme égaré parm i eux. Ils\nne com prennent plus ses paroles qui sont celles des Prophètes\navec lesquels il a couché. Sa taille domine les foules comme sa\nvoix domine les voix. V ous le savez, prom oteurs de plébiscites, le\nprince des prosateurs est Léon Bloy; il ne saurait y en avoir\nd’autre, et devant ce nom tous les noms s’éteignent.\n   De même que la racaille des gens de plum e qui se retroussent\ndevant les vieillards, Léon Bloy eût pu, lui aussi, se prostituer.\nA yant fait sa cour, il aurait aujourd’hui la sienne; ayant avili son\nâme, toutes les âmes viles eussent ramassé son crottin. Simple­\nm ent, il a préféré la Vérité au Mensonge...\n    L e voilà bien celui qui sut attendre et qui ju sq u ’ici n’a reçu que\nles m iettes dont les chiens ne voulaient pas! Est-il cependant un\nécrivain digne de ce nom qui ne se croirait honoré de dénouer les\nliens de sa chaussure !\n    L e Mensonge est soûlé de gloire; le Beau, la V ertu, la Justice\net la V érité ne trouvent que des contem pteurs. Il était naturel\nque le plus droit, le plus sincère, le plus artiste de nos écrivains ne\ntrouvât que des calomniateurs. Il a jeté des vérités, on le paie\navec des mensonges. C’est le tem ps où les belles légendes sont\ntournées en ridicule; elles m ettaient un peu d’idéal, de p oésie\ndans la morne existence des hommes. Mais on crée à plaisir les\nlégendes infâm es destinées à fausser le jugem ent des simples.\n C’est ainsi que Léon Bloy est représenté comme un raté, un\nenvieux, un homme gonflé de haine et de fiel et aussi comme un\n ingrat. — Les tem ps sont durs pour les princes, pour les vrais. —\n Mais les oeuvres sont là to u t de même, et ta n t pis pour les\n imbéciles.\n    N’oublions pas que Bloy est encore et surtout un scatologue.\n « Qu’est-ce qu’un scatologue? Un auteur qui ne se vend pas. Un\n romancier qui tire à cent mille n’est jam ais un scatologue. »\n L ’auteur de l’Assommoir, de Nana, de la Terre n’est pas un scato­\n logue. Si, au lieu de désobliger ses contemporains, Léon Bloy se\n fû t ingénié à les p o llu e r à flatter le Moi des. hommes dans le sens\n  du poil il eut été, comme ta n t d’autres. un écrivain respectable.\n\n\n382\n"}, {"page_pdf": 430, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2675, "texte": "  Mais l’œuvre de celui-ci ne ressemble à nulle autre, et c’est préci­\n sém ent ce qu’on ne peut lui pardonner. — « N ’eussé-je attaqué\n personne, l’exécration dont me gratifie la m ultitude serait iden­\n tique. C’est l’Absolu qu’on repousse en moi, l’Absolu détesté du\n monde parce qu’il im plique le viol des consignes et l’in tra n ­\n sigeance des lam entations ».\n     Il ne s’agit pas ici d’énum érer les œuvres de Léon Bloy. J e l’ai\n dit déjà : ta n t pis pour ceux qui les ignorent. Ceux-là sont cepen­\n dant moins à plaindre que ceux qui les nient. Au reste, quoique\n d’un scatologue, les livres de B loy se vendent tô t ou tard. Chaque\n édition s’épuise et l’on en fabrique même de clandestines. Les\n volumes devenus rares font prim e. C’est donc qu’il a ses admi­\n rateurs en dépit des Conspirations du Silence qui n ’ont point\n désarmé depuis le Désespéré. Quoique l’œuvre de cet écrivain soit\n déjà considérable, considérable surtout quand on songe à la rare\n substance dont elle est faite, nous déplorons que les conditions de\n la vie matérielle, dans cette fin puante d’un siècle pourri où les\n hommes de génie sont toujours à la veille de m ourir de faim,\n n ’aient pas perm is à celui-ci de nous donner plus de chefs-\n d’œuvre : « Sans cesse chercher de l’argent! Chaque m atin\n reprendre les affres de m ort! Je pense qu’on est plus heureux au\n bagne. Comment achever ma brochure ? Je dérive sur la rivière\n d ’ombre ».\n    Telle qu’elle est, son œuvre suffit à sa gloire. Les privilégiés qui\n en possèdent les tomes précieux les conservent comme leurs pru­\nnelles. C’est là seulem ent que se peut assouvir cette soif de justice\ndont on parle tan t. C’est là seulem ent que les lions peuvent aller\nboire lorsque la n uit tombe.\n    Il fau d rait être plus jeune qu’on ne l ’est aujourd’hui pour\ncroire que l’envie puisse entrer dans le cœur d’un tel homme. Ceci\nest absolum ent enfantin. Mais to u t pirate gueule quand on lui\ndemande ses lettres de m arque. Comment se pourrait-il que des\nm aquereaux prépondérants pardonnassent à Quelqu’un qui les\ndévoila?\n    L a gloire de nos « grands romanciers » n’a jam ais empêché\nLéon Bloy de ronfler, non plus que celle du plus ém inent et du\n plus bâté des ânes de la critique dont il a crevé la boursouflure à\njam ais. Il n ’a désiré ni les approbations ni les p amoisons dès\npoupées du grand monde et du demi-monde. Il n ’y aura jam ais\nassez de bazars de charité pour nous débarrasser des dames chari­\ntables qui jam ais n’ont mis et jam ais ne m ettront leur m ain dans\nla m ain du pauvre Lazare. Les suffrages des foules ne l’ont pas\n\n\n                                                                   383\n"}, {"page_pdf": 431, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "davantage tenté. Qu’ on lise, dans le D ésespéré, le récit des funé­\nrailles de Victor Hugo. Il suffit à Bloy d’écrire pour Dieu. Quand\nil se plaint du silence fait autour de lui, c’est au nom de la Justice\nqu’il se plaint. Hello ne fut-il pas dans ce cas ? Chose extraordi­\nnaire, en effet : les catholiques eux-mêmes, qui ont tant besoin\nd’hommes, n’ ont-ils pas toujours bouché leurs oreilles et leurs\nesprits quand ces amoureux de Dieu criaient leur faim sur le seuil\nde ses tabernacles ?\n    Les Pères du désert ont quitté le monde pour être plus près de\nDieu. Évidemment le contact des hommes n’est pas pour nous\nfaire monter jusqu’ à l’Absolu. Quel bonheur que cet écrivain ait\npu rompre à temps avec l’aimable et rigolarde troupe des jouis­\nseurs et s’ enfoncer dans la solitude bienheureuse où il « chemine\nen avant de ses pensées en exil, dans une grande colonne de\nsilence » !\n    Quant au reproche d’ingratitude si souvent adressé à Léon\nBloy, ne s’ en est-il pas fait lui-même une parure ? Le M en dian t\nI n g r a t est le dernier livre de Marchenoir. Caïn Marchenoir ! La\nvoilà donc sa vie débarrassée de tous ses voiles. Nous entrons ici\n dans l’intimité de cet être étrange pour qui les jours furent si\n souvent des nuits d’agonie. Voilà le livre sincère, écrit au jour le\njour. C’ est le journal de quatre années, quatre quelconques\n années, évidemment, d’ une vie de privations et de tortures. On\nsent si bien que ce n’est qu’une tranche de cette vie lamentable\net sublime. Eh ! la voilà « la tranche de vie » que les disciples\ndu Crétin auraient pu prendre comme modèle. Rien n’y manque,\npas même le plus imperceptible tressaillement du supplicié.\nL ’ atrocité du détail apparaît comme un phénomène de sugges­\ntion pour cette intelligence supérieure. S’il n’y avait encore\nqu’un homme à souffrir ! Mais il y a là une noble femme et des\nenfants.\n    Ah ! certes... L ’orgueil de Léon Bloy ! Oui, on peut être orgueil­\nleux d’une telle pauvreté. Si c’ est de l’ orgueil que de ne pas vou­\nloir de l’ auge commune, ayons de l’ orgueil. Mieux vaut encore le\npain sec parcimonieusement mesuré que les avilissantes agapes.\nPeu d’ artistes sont aujourd’hui disposés comme Léon Bloy à\nrésoudre ce problème : « Vivre sans groin dans une société sans\nDieu ».\n    Je sais qu’il fut des hommes qui acceptèrent toutes les injus­\ntices du sort et qui ainsi glorifiaient Dieu. Il fut naguère des\nmendiants qui faisaient profession de demander l’aumône de\nporte en porte et qui n’ avaient jamais une parole de récrimina-\n\n\n384\n"}, {"page_pdf": 432, "page_imprimee": 385, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2759, "texte": "tion contre les riches qui leur donnaient ou refu saien t une\nobole. Mais ceux-là n’étaient pas m arqués au fro n t du signe du\ngénie. L a soif de la justice ne les tourm entait point. Mais voici\nun homme en qui le Créateur m it une âme de feu, qui fu t chargé\nd’être le tém oin des turpitudes de son tem ps, qui eut conscience\nde sa mission et la ju ste fierté d’avoir été choisi ; comment accep­\nterait-il de voir les valets à la place des m aîtres et ne crierait-il\npas à faire trem bler les m ontagnes : Les prem iers sont les der­\nniers.\n    L a légende disait aussi que la pauvreté de Léon Bloy est simu­\nlée. Adm irez toute la noblesse de cette facétie : « P as le sou et\nrien à po rter au M ont-de-Piété. J e me sature de tristesse en reli­\nsant les lettres de mes parents m orts et de quelques amis anciens\nqui m ’ont lâché. J ’arrive ainsi, vers le soir, à une sorte d’agonie ».\nE t les jours se suivent et les jours se ressemblent. Les anciens\namis sont partis, mais le besoin est toujours présent, et le term e,\nrégulièrem ent, apparaît, inexorable : « Crise argentine. Terme\nimpayable. D ettes écrasantes. Je revis les anciennes tortures du\nDésespéré. J e me sens cap tif dans quelque sale prison vitrée de\ncorne d’où je pourrais à peine soupçonner les formes lumineuses\ndu Monde divin qui est tellem ent m a patrie ! » E t le gagne-pain\nqui n ’arrive jam ais : « J e fais offrir à P lon la Chevalière de la\nM ort pour une revue qu’il vient de fonder. R efus de cet éditeur,\nalléguant un choix exclusif des écrivains les plus distingués ».\n   P arbleu ! les écrivains les plus distingués, on les connaît. Ils\nsont bien une demi-douzaine qu’on trouve partout. Ils tire n t de\ncinquante à cent mille. Ils sont millionnaires. E n dehors de ces\n« chers m aîtres » il n’y a plus rien, et, quand ils seront morts,\nvraim ent ne sera-ce pas la fin de to u t ?\n   Ecoutez encore cette supplique du faux pauvre à un ami,\nentrepreneur de maçonnerie, qui s’est inexplicablem ent éloigné :\n« Mon cher ami, la brochure que vous recevrez en même tem ps que\ncette lettre vous apprendra exactem ent de quelle m anière j ’ai dû\nq u itter le Gil Blas, si vous ne le savez déjà. Voulez-vous cher­\ncher pour moi, dans n’im porte quel bureau, ou chantier, un\nemploi quelconque ? L e m om ent est venu d’oublier que je suis un\nartiste, un écrivain, et de me souvenir que j ’ai le devoir de nour­\nrir les miens. Les privations qu’on endure depuis deux mois ne\npeuvent plus être supportées. J ’accepterais donc n ’im porte quoi,\nfût-ce une besogne d’homme de peine, plutôt que de voir périr\nceux qui m ’ont été confiés... »\n    E t c’est le plus éloquent, le plus artiste, le plus grand des écri­\n\n\n                                                                    385\n"}, {"page_pdf": 433, "page_imprimee": 386, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "vains français qui écrit ces lignes. Pensez-vous qu’on l’a entendu ?\n E t les quatre cent cinquante pages de ce volume retentissent de\nces appels presque toujours vains. Les amis eux-mêmes, pour\nlesquels on se dévoue, pour lesquels on a sacrifié ju sq u ’aux\nmoyens d’existence, vous lâchent sans rem ords et sans honte.\nE st-il possible de nier que l’on a vu Léon B loy devant les cochons ?\nE t il faudrait encore chanter joyeusem ent le bonheur de vivre,\nproclam er la douceur de l’am itié ! Mais pensez-vous que ce soit\nto u t ? Allons donc !\n    « Réveillé à 4 h. environ par les cris terribles de Jeanne, je\nme précipite pour assister au dernier soupir de notre fils André.\nM oment effroyable. Nouvel épisode de mon effroyable vie... » Il\nfau t lire dans la Femme Pauvre le terrifiant récit de cet épisode\nde la vie de Bloy. Il n’a pas eu le courage de le raconter une\nseconde fois dans son journal. Il est bon cependant de rappeler\nici que le décès du pauvre p e tit être fu t occasionné p ar les éma­\nnations malsaines du logis. « P u an teu r horrible de notre maison.\nNous en sommes à nous demander si ce tabernacle de douleur et\nde misère qui paraît avoir déjà tué l’un de nos deux enfants\nn’est pas maléficié de toutes m anières par la présence de quelque\nrelique affreuse... »\n    Mais les épreuves ont une fin ! L e croyez-vous ? E n effet, un\nnouvel enfant est né ; mais les jours restent aussi sombres. La\nm ort, la gêne, la m aladie ne désarm ent pas plus que les hommes :\n« Ma femme a reçu ce m atin le viatique des m ourants... » « C’en\nest assez. J e n’en peux plus. Allons ! mangez, chiens. V oilà les\nentrailles d’un homme »... « Ma femme bien aimée ne m ourra\npas. L a coupe des tourm ents est trop pleine encore, et qui m ’ai­\nderait à la boire ? Mais il y a quelque p a rt une petite tombe de\nplus, et il faut entendre parfois, au milieu des cris inhum ains de\nla populace qui nous environne, cette plaintive et déchirante\nmélopée de notre innocente Véronique, le dernier enfant qui\nnous reste :\n    « Mon p e tit frère André est m ort. — Mon p e tit frère Pierre\nest m ort. — Ma petite m am an est m orte. — Mon p e tit papa est\nm ort. — Il n ’y a plus de jardin. — Il n’y a plus de maison. —\nLa petite fille est toute seule dans la rue ».\n    Le voilà donc démasqué, le faux pauvre, le M endiant Ingrat !\nA h ! tous les gavés le seraient à moins, des ingrats. S’il y a ici\ndes cris de colère il semble qu’aucuns ne fu ren t jam ais plus jus­\ntifiés. Ces accents sont-ils assez sincères ? J e n’eus jam ais la\npensée de m ’en assurer, mais j ’eus le désir irrésistible de voir cet\n\n\n386\n"}, {"page_pdf": 434, "page_imprimee": 387, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2597, "texte": "homme. J ’ai donc vu le L ion dans sa tanière. A u reste, je n ’avais\nni la démarche ni la mine d’un triom phateur, car le D estin ne\nm’a pas non plus prodigué ses douceurs. J ’ai senti un ra fra î­\nchissement quand les deux yeux de cet homme de douleur, pro­\nfonds comme le firmam ent, m ’ont inondé de lumière. J ’ai compris\nto u t de suite que la croix avait pesé lourdem ent sur ses épaules,\ncar il avait mis v in g t ans à gravir son calvaire et ses cheveux\navaient blanchi. E t c’était bien aussi la maison du Pauvre. Mais\nDieu soit loué ! L e proscrit n’est point seul. Deux beaux enfants,\ndont l’adorable Véronique dont il fu t parlé, jouent devant lui,\naux pieds de leur mère. Si Caïn M archenoir est abandonné des\nhommes il n ’est point abandonné de Dieu, puisqu’il y a to u t près\nde lui de telles tendresses.\n   Dans cette solitude Léon Bloy travaille, et j ’espère que nous\naurons prochainem ent la joie de lire les pages solennelles et défi­\nnitives qu’il écrit sur Louis X V II. J ’ai eu la rare bonne fortune\nd’en écouter le prem ier chapitre, et je suis to u t frissonnant encore\nau souvenir de cette voix sonore et bien tim brée qui, à chaque\nmot, attrib u ait sa valeur propre. J ’entends ses éclats de tonnerre.\nJ e verrai toujours cette face alors tourm entée de visionnaire ins­\npiré où les yeux lançaient des éclairs.\n   Les gens simples sont hospitaliers. Dans les tem ps antiques\nles hommes étaient simples. L e progrès n ’en avait pas fait des\nfrères ennemis. Les paysans de mon pays en ont gardé les mœurs\nhospitalières, et je pouvais croire qu’ils en étaient les seuls gar­\ndiens. Mais aux portes de P aris il est une petite maison où l’on\npeut oublier qu’à deux pas les hommes d’un siècle de civilisation\ns’entre-dévorent.\n   A h! je puis le dire, je suis sorti de la caverne du fauve charmé\npar sa douceur. Qu’on parle encore d’orgueil et de mensonge. J e\nn’ai vu que droiture et simplicité.\n\n   L e silence règne autour de la m aisonnette de M ontrouge.\nL ’effroyable gaîté des grands boulevards n’y porte pas ses cris.\nOn se figure aisém ent que le terrible exterm inateur y doit dorm ir\ndéjà son éternel sommeil et que du fond de ce gouffre de silence\nne sortiront plus les formidables trom pettes.\n   Patience !\n   « Il est tombé, le blasphém ateur de la Racaille, à jam ais, sans\ndoute, on ose le croire. Qui sait, po u rtan t ? Les profondeurs ont\nparfois d’étranges surprises. Qui sait, vraim ent, parm i la Racaille,\nla satisfaite et ribotante Racaille, si ce Pauvre ne reparaîtra pas,\n\n\n                                                                   387\n"}, {"page_pdf": 435, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 260, "texte": "quelque jour, à la surface des ténèbres, tenant à la main une\nmagnifique fleur mystérieuse, la fleur du Silence, la fleur du\nGouffre ? » 1\n                                                         Y ves B erthou.\n\n\n\n\n                                            "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-005", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 388, "page_fin": 391, "titre_corps": "La chanson des blés mûrs", "titre_sommaire": "La chanson des blés mûrs (Poème)", "rubrique": "", "signature_source": "Édouard Ned.", "ancre_debut": "LA CHANSON DES BLÉS MÛRS. ’A I vu les p a y s a n s so rtir", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 435, "page_imprimee": 388, "debut_caractere": 260, "fin_caractere_exclue": 1739, "texte": "LA CHANSON\n                                            DES BLÉS MÛRS.\n           ’A I vu les p a y s a n s so rtir de leurs chaum ières\n\n\n\n\n J\n            A l'heure où le soleil enflamme l’horizon,\n             Q uand la rosée en fleurs scintille de lum ières,\n\n\n\n\n      L e s clartés en éveil couraient su r les collines,\n      E scaladaien t les m onts et p erça ien t les forêts,\n      J e ta n t leur rire cla ir et leurs senteurs divin es\n      A u jo u r à pein e éclos, penché su r les guérets.\n\n      S i r e des fleurs et des gazons, rire des sources\n      Sous le p rem ier baiser de l'aube q u i su rgit,\n      R ir e des m ondes fous éblouis d an s leurs courses\n      P a r cet im m ense p a n du ciel qu i se rougit.\n\n      J ’a i vu les p a y s a n s s'en aller, lents et graves,\n      Courbés sous les outils réu n is en faisceaux,\n      Jeunes et vieu x, garçon s et fillettes très braves,\n      Vers la cam pagne blonde et vers les longs tra v a u x .\n\n      E t p a r fo is a rrêta n t leur dém arche hautaine,\n      J o yeu x , ils contem plaient la cam pagne et l'azur,\n      E t, ria n ts, écoutaient la m usique lointaine\n      Que fa isa it au tour d'eux la chanson du blé m ûr.\n\n      I l s écoutaient vibrer les épis et les chaumes,\n      E t, sachant la n a tu re et ses m oindres frissons,\n      I ls com prenaient le chant si frêle des atomes,\n      E t voici que les blés disaien t en leurs chansons :\n\n 1.   L éon B l o y , Le Mendiant Ingrat.\n388\n"}, {"page_pdf": 436, "page_imprimee": 389, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2097, "texte": "H om m es des cham ps, fils des villages et des pla in es,\nQue vos cœ urs soient gonflés de jo ie et d 'espoirs sû rs,\nE g a y e z le labeur art chant des cantilènes,\nC ar n ou s voici, les blés sont blonds, les blés sont m ûrs.\n\nQue les g a rs am oureux et p rê ts a u x confidences,\nE n la ç a n t d a n s leurs bras les filles a u x seins ronds,\nO rganisent des je u x cham pêtres et des danses,\nC ar nous voici, les blés sont m ûrs, les blés sont blonds.\n\nP e n d a n t des m ois, la bonne terre, notre mère,\nN ou s p o r ta d a n s son sein où ses tra v a u x obscurs\nN o us donnèrent la sève arden te et n ourricière,\nE t nous voici, les blés sont blonds, les blés sont m ûrs.\n\nL e s aubes du p rin te m p s d an s les p lis de leurs robes\nP o rtèren t la rosée à boire à nos sillons\nE t la douce chaleur et les brises des aubes,\nE t nous voici, les blés son t m û rs, les blés sont blonds.\n\nL e soleil à son to u r forgea su r son enclume\nB a n s l'éblouissement fabuleux des a zu rs\nL e s tra its d'or don t le champ de nos vagues s'allum e,\nE t nous voici, les blés sont blonds, les blés sont m ûrs.\n\nA ppelez les sem eurs qu i dan s les sacs de toile\nOnt p r is les g ra in s dorés qu i fu re n t si féconds.\nChaque épi m ain ten a n t relu it comme une étoile,\nE t nous voici, les blés sont m ûrs, les blés sont blonds.\n\nOù sont les laboureurs q u i d u soc des charrues\nP rép a rèren t les cham ps p o u r les J u illets fu tu rs?\nQ u’ils vien nent contem pler les récoltes venues!\nCar nous voici, les blés sont blonds, les blés sont m ûrs.\n\nQu'on appelle les m oissonneurs et les glaneuses,\nF a u ch ez nos p la n ts p u issa n ts, c’est l ’heure des moissons,\nD es gerbes d'or et des ja velles prom etteuses ;\nCar nous voici, les blés sont m û rs, les blés sont blonds.\n\nVos gren iers sont-ils p rê ts ? M aisons, ouvrez la grange,\nE t, si la p o rte est trop étroite, ouvrez les m urs,\nVoici les ch ariots gonflés qu’il fa u t qu ’on range,\nCar nous voici, les blés sont blonds, les blés sont m û rs. »\n\n\n\n                                                                        389\n"}, {"page_pdf": 437, "page_imprimee": 390, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2189, "texte": "      A in s i chantent les blés a u x oreilles ouvertes\n      D es filles et des g a rs, des jeu n es et des vieu x,\n      E t tous, au souvenir des fatigu es souffertes,\n      Sentent des chants éclore en leur cœur radieu x.\n\n      M ais, p a r m i le concert des épis et des chaumes,\n      I ls écoutent encor p lu s subtil et p lu s d o u x\n      Un chant m ystérieu x , comme le chant des gnom es ;\n      C'est le chant des g ra in s d ’or p a r m i les épis ro u x :\n\n      « S oyez heureux, so yez heureux, fils de la terre,\n      » L 'abondance des g ra in s fa it crever les épis\n      » E t p lo y e r sous le fa ix le chaum e tu téla ire;\n      » L es g ra in s sont lourds et les épis son t bien g a rn is.\n\n      » E tes-vous p rê ts, batteurs velus, batteurs étranges,\n      » Sous vos fléaux p esa n ts nous je tte ro n s l'éclair\n      » D e notre or ja illissa n t d an s le ciel de vos granges ;\n      » B a tteu rs, à vos fléaux, battez et chantez clair.\n\n      » P u is vien dron t ceux don t la sueur trem pe l'aisselle\n      » A m anœ uvrer le va n qui chasse les fa u x g ra in s\n      » E t de notre soleil en lave qui ruisselle\n      » G orger les sacs béants au son de g a is refra in s.\n\n      » E t chantons, voici les m eun iers avec leurs ânes,\n      » A n es et gens, vêtus de blanc, tous les m euniers\n      » Qui descendent à p a s comptés vers les cabanes\n      » Où sont les sacs de blés rangés dan s les gren iers.\n\n      » M ou lin s de la m ontagne, ouvrez vos ailes d'aigle,\n      » É norm es oiseaux g ris qu i d an s les cieux p la n ez,\n      » L e vent souffle et voici le fro m en t et le seigle,\n      » E t tou rn ez, les m oulins, et, les m oulins, tournez.\n\n      » L e s sacs sont éventrés, l'or coule en avalanches,\n      » L e s m eules ont m ordu le glu ten et le son,\n      » L es blu toirs su r les m urs m ettent des gazes blanches,\n      » E t tord le m oulin chante une blanche chanson.\n\n      » Chansons d an s les vallons, chansons su r les collines ,\n      » N ous avons dépouillé nos robes et nos ors,\n      » E t voici dans les sacs les blancheurs des farin es,\n      » L es blanches n u dités très chastes de nos corps.\n\n\n390\n"}, {"page_pdf": 438, "page_imprimee": 391, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1530, "texte": "» Soyez heureux, soyez heureux, enfants des hommes.\n» Chauffez les fours profonds, préparez le pétrin.\n» I l fa u t pétrir la pâte, ô mains, frappez des paumes,\n» Nous sommes les froments dont vous ferez le pain.\n\n» 0 le p a in ! ô le p a in ! nourriture sublime!\n» Hommes, nous vous donnons le pain qui vous soutient,\n» Nous avons exaucé la prière unanime :\n« Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien ».\n\n» Pour vous, c’est la nature entière qui travaille :\n» Pour enclore la vie en l’or de nos écrins,\n» L a terre dans ses flancs gonflés d'amour tressaille\n» E n un enfantement merveilleux de nos grains.\n\n» L ’hiver couvre nos jets d’un chaud manteau d’hermine,\n» L e printemps nous arrose et donne sa chaleur,\n» E t Vété son soleil orgueilleux qui fulm ine\n» E t, fauve, verse en nous la force et la vigueur.\n\n» Hommes, comprenez bien le mystère des choses,\n» L e secret ténébreux de l’amour éternel,\n» De la vie en travail, des effets et des causes,\n» Nous sommes les froments du Pain essentiel. »\n\nA insi chantent les grains, les épis et les chaumes.\nLes paysans grisés par les parfum s des champs\nEcoutent recueillis la musique des psaumes,\nE t leurs cœurs sont gonflés d’espoirs exubérants.\n\nE t, tendant les deux mains vers la nature en fête,\nLes bras en croix sous la splendeur du firmament,\nComme u n enfant baise la mère qui l'allaite,\nIls embrassent le sol très amoureusement.\n\n                                               E do uard N e d .\n\n\n\n\n17                                                            391\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-006", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 392, "page_fin": 395, "titre_corps": "Le déserteur", "titre_sommaire": "Le Déserteur (Conte)", "rubrique": "", "signature_source": "Paul André.", "ancre_debut": "LE DÉSERTEUR. le croyait un peu fou. 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C’ est comme d’un,\nmalfaisant qu’ on parlait de lui ; sa mine sinistre et l ’aversion\ninnée que provoque un loqueteux en faisaient le croquemitaine\n dont on épouvantait les gamins ; les femmes lui donnaient par­\nfois, mais pour l’ éloigner, pour éviter sa présence que l ’on crai­\ngnait ainsi qu’un danger.\n   Et, pourtant, Bagnolet, le vieil errant, n’ avait qu’ un tort : celui\ndes faibles et des malchanceux que le bon vouloir d’une expia­\ntion sincère ne parvient pas à réhabiliter de la souillure d’une\nfaute.\n   Car, hélas ! B agnolet garde au cœur le désespoir d’une heure\nd’oubli — il y a longtem ps !\n   Pris par la conscription, alors que jeune ét tout vigoureux il\ncultivait le bien du père, il était parti pour la caserne, presque\njoyeux, avec le goût du métier.\n   Pendant ses longs cheminements, dans la solitude qui fait de\nlui presque un vagabond, il se ressouvient des matins ensoleillés\noù, par la plaine, au galop d’une noire jument, il cavalcadait,\npompeux, par devant la batterie dont le roulement laissait traîner\nau loin un tonnerre furieux. Ils allaient par trois, les trompettes,\nmontrant la route aux autres, lançant au ciel la vibrante fanfare\nde leurs marches ; et le sabre d’ acier qui se querellait avec les\nétriers donnait le la des sonneries. Portant haut le coude, la face\nau ciel, crispant la main gauche dans l’ étreinte des rênes, ner­\nveux, les trois trompettes sonnaient, faisant jaillir en de crânes\ncoups de gorge les cinq seules notes du pavillon hautainement\ndressé.\n   Bagnolet se ressouvient de ces chevauchées qu’il avait rêvées\népiques déjà, lorsque, gamin, il eut, après une promenade à la\n\n\n392\n"}, {"page_pdf": 440, "page_imprimee": 393, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2702, "texte": "ville, un jo u r de fête, la hantise dés fourragères de laine jaune,\nd û talpack d’astrakan, de l’incendie des cham arrures et des cor­\ntèges m agnifiquem ent beaux.\n    Une fois pourtant, m algré le bonheur d’un rêve accompli, ce\nrustre, né de m anants pour n’être qu’inférieur toujours, obéissant\net par destinée sans volonté, eut des révoltes. Il v it une injustice\ndans une récompense; son instinct farouche le fit regim ber contre\nla discipline; puni, il frappa un officier, puis s’enfuit. R ejoint\nbientôt, et condamné, il fu t envoyé aux Compagnies, d’où une\nam nistie le tira de longues années seulem ent après. Ses parents\nreposaient à cette époque côte à côte sous une modeste et bran­\nlante croix de sapin, contre le m ur de l’église ; ceux de son âge\nl’avaient oublié ou le m éprisaient.\n    Aussi B agnolet le déserteur gagna bien vite une autre contrée,\nloin, très loin du clocher natal, un pays où on ne le flagellerait\npoint du reproche harcelant de sa faute, où il pourrait en paix\nvieillir et m ourir après avoir durem ent expié, où on ne s’éloigne­\nra it pas de lui en chuchotant : « Ah ! oui, B agnolet le m eurtrier,\nB agnolet l’assassin       »\n    Mais épuisé, vieilli trop tôt, il n’eut pas le cœur à la besogne,\nne fu t qu’un traîne-les-chemins.\n    E t voilà pourquoi il ne se plaignait jam ais quand les petits vau­\n riens le poursuivaient et quand les plus canailles même se hasar­\n daient à lui lancer une pierre en criant : « A u fou ! Au fou ! »\n C’était affreux, cette hum iliation, mais au moins ce n ’était pas\n l’incessante insulte de son crime.\n    B agnolet vivait des aumônes faites par crainte souvent, par\n charité quelquefois, ou des petits profits que lui valaient de m enus\n travaux auxquels il trouvait à s’employer — bien rarem ent, quand\n une bonne mais fugitive résolution le prenait.\n    Une seule passion a survécu à ses douleurs. Depuis des ans\n qu’il ne galope plus, sonnant ses marches et conduisant aux évo­\n lutions les pièces dont les gueules larges ouvertes semblent prêtes\n à répondre en rugissant aux fanfares des trom pettes, B agnolet\n n ’a p ourtant cessé d’aim er l’instrum ent dont la voix, aux jours\n de parade, lançait l’appel vibrant et le salut triom phal.\n     Il sait encore les formules guerrières en lesquelles passait toute\n son âme : l’allègre invite du réveil qui m et en branle les cham ­\n brées et fait hennir les chevaux flairant l ’ivresse prochaine du\n grand air; la symphonie joyeuse des m arches qui cadencent les\n piaffem ents; la détresse des notes d’alarm e; la m ajesté qui fa it\n planer un souffle de poignante grandeur quand se m odulent les\n\n\n                                                                   393\n"}, {"page_pdf": 441, "page_imprimee": 394, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2722, "texte": "larges envolées d’un aux-champs solennel ; le calme im posant de\nla retraite qui semble, presque lugubre en la paix des soirs,\naccueillir tous les derniers bruits et lancer comme un adieu à\nl’éch o; les sons m ourants du couvre-feu. puis surtout l’enivre­\nm ent de la charge qui ru g it en rage la folie d’un appel désespéré,\nla charge qui vibre et domine le roulem ent et le tum ulte, enlève\nles batteries au son de ses gammes stridentes, la charge qui m et\nau cœur de chaque homme la m orsure irrésistible de l’émotion,\nqui fait hennir les chevaux emballés et qui va quand même et\ntoujours, qui sonne endiablée, magnifique, qui est vraim ent la\nvoix des armées, dont le cri empoigne et enlève les régim ents!...\n   B agnolet a conservé la longue trom pette de cuivre à torsade\njaune, et seul, dans une clairière ou sur le bord d’un fossé, la nuit,\nil sonne encore souvent.\n   L a tête haute, redressant sa vieille échine courbée, de tout son\nsouffle, les yeux clos, il réveille les échos. Loin de toutes choses,\noubliant les infortunes de sa vie brisée, il a la vision de la caserne\naux jours heureux, de la plaine et des par ades. Il sonne et il entend\nderrière lui le roulem ent des attelages, le piaffem ent des bêtes,\nles commandements des chefs, le m urm ure de la foule qui\nadmire... E t alors, oui, il est fou, Bagnolet, fou de l’ivresse du\nsouvenir, de la vision en laquelle il s’identifie, ju sq u ’à ce que, à\nbout d’haleine, éperdu, il s’arrête, rouvre les yeux et se retrouve\nseul, m alheureux et bien près de finir sa triste vie.\n   On a déjà voulu l’écouter, le faire sonner dans les villages où il\nva. Mais toujours il a refusé. On ne l ’en croit que plus fou, et l’on\na pris pour une m anie encore cette volonté de s’isoler, de réserver\npour soi seul ses chants guerriers. Mais son cœur a saigné au seul\npenser qu’on pourrait profaner ce qui lui reste encore de cher au\nmonde, uniquem ent. Ce lui fu t une rancœur, la vilenie de ces\ngens qui banalem ent s’étaient imaginés qu’on entendait pour\ndeux sous la trom pette de Bagnolet comme l’accordéon d’un\ngam in morveux ou la clarinette d’un aveugle !\n   Il cacha son cher trésor avec plus d’amour, s’enfonça au plus\nprofond des combes pour le palper, le baiser, ainsi que ferait un\namoureux d’une bien chère relique. Il parlait, il pensait, il vivait\npar la voix de cette am ante inanimée en laquelle pourtant son\nsouffle faisait vibrer un monde de sensations, une vie intense en\nleur infini de beautés tan tô t tristes, tan tô t alertes et pimpantes.\n   Il sonnait encore l'appel de ses souvenirs et le réveil de ses\nbelles illusions de jadis. Il redisait toutes les marches et les\nfanfares dont les variantes sans nombre étaient autant d’im pres­\n\n\n394\n"}, {"page_pdf": 442, "page_imprimee": 395, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1457, "texte": "sions qu’il no tait et transform ait sans cesse. Il im posait le silence\nà tous bruits, aux appels apeurés des oiseaux, aux grattem ents d’un\nécureuil, aux frôlem ents des branches, par l'im périeuse volonté\nd’un garde-à-vous sans réplique. Puis, lorsque sans souffle presque,\nla gorge sèche, le front ruisselant, il était près de s’arrêter, il\nlançait alors l’ultim e rage de la charge, et l’on eut dit que les\ngrands arbres épouvantés se reculaient, que les cimes, dominées,\ncourbaient leurs plus altières branches vers les taillis et que\nseule, plus éclatante, la lune, au ciel, avait l’orgueil de braver la\nrauque fanfare et d’essuyer l’orage de notes qui, déchirantes,\nfusaient du pavillon de la longue trom pette toute d’or dans le\nsoir...\n   L e héraut saluait alors d’un aux-champs m ajestueux et apaisé\nce qu’il y avait de sublime dans l’im posante splendeur de la nuit\nétoilée.\n   P a r un gris crépuscule d’octobre enfin, dans la cabane de\nB agnolet où une vieille toux l’enferm ait, épuisé, depuis une\nsemaine, on eut pu entendre un son triste, lent, tim ide presque,\npuis un autre encore. Le trom pette sonnait désespérém ent la\nretraite , mais une retraite lugubre, psalm odiant en une morne\ncadence son to u t dernier effort. E t B agnolet le déserteur m ourut\nen lançant la note finale, douloureuse ainsi qu’un râle.\n                                                                  P aul A n dré.\n\n\n\n\n                                       "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-007", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 395, "page_fin": 399, "titre_corps": "Quelques livres nouveaux", "titre_sommaire": "Quelques livres nouveaux (Critique)", "rubrique": "", "signature_source": "G. R.", "ancre_debut": "QUELQUES LIVRES NOUVEAUX. J. K. H u ysm an s : L a B iè vre et", "ancre_fin": "l’âme exquise et tendre. G. 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R e n au d in : Silhouettes d'humbles (Perrin) ; G e o r g e s\n    V i r r è s : E n Pleine Terre, L a Glèbe héroïque, 1798-1799 (édition de\n    « La Lutte », Paris), 3 f r . 5 0 ; J o s é H e n n e bicq : Paradis de Cristal\n    (Lyon-Claesen, Bruxelles), 2 fr.\n\n               C MME de vieux troncs vermoulus qui s’obstinent\n               O\n       à tordre leurs ram eaux desséchés au m ilieu des pépinières,\n       quelques coins subsistent encore, en plein milieu d u moder-\n        nisme urbain, de ce qui fu t la glorieuse cité à l’époque\n                   médiévale, afin d’évoquer, semble-t-il, m algré\nles façades lépreuses, par le pittoresque et l’inattendu des\n\n\n                                                                                   395\n"}, {"page_pdf": 443, "page_imprimee": 396, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "m éandreuses venelles, et les merveilles sculpturales des églises,\nla splendeur du passé.\n    A vant de q u itter Babylone, l’oblat fu tu r de L igugé a voulu\nlaisser — souvenir d’ami — un livre où survécut l’évocation des\nbords hideux et industrieux de la pauvre Bièvre, et de ce quartier\nSt-Séverin que l’haussm annisante pioche des démolisseurs aura\nbientôt fait sans doute d’amonceler en décombres. N ul mieux\nque Joris-K arl Huysm ans n’était doué pour une semblable tâche.\nAvec ses yeux de raffiné chercheur et d’antiquaire épris de bizarre­\nries moyennageuses, avec sa langue savante, audacieuse et ner­\nveuse, qui ajoute son pittoresque littéraire au pittoresque des\nquartiers décrits, avec sa science liturgique qui nous remémore\nles coutumes, les rites et les dévotions de jadis, l’auteur de la\n Cathédrale nous donne en ce livre nouveau une saisissante évoca­\ntion du moyen âge parisien, et son livre se recommande à tous les\n esprits curieux de descriptions originales. Or, l ’on sait ju sq u ’où\n peut atteindre l’originalité de la vision d’Huysm ans et sa puis­\n sance évocatrice. C’est à ce m aître catholique qu’est dédié le livre\n de J . Esquirol, un jeune rom ancier que L a Lutte com ptera avant\n qu’il soit longtem ps parm i ses rédacteurs. Autobiographie —\n incontestablem ent — d’une âme éprise d’a rt et platoniquem ent\n chrétienne (en désir seulem ent et non pas en action), qui se croit\nappelée à la vie ecclésiastique, voire monacale, mais que le sémi­\nnaire a bientôt dégoûté et rejeté au monde, où, s’orientant enfin\nvers l’action littéraire et la pratique du devoir fraternel qui est,\npour le chrétien, de visiter les pauvres, elle pourra jete r autour\n d’elle, cette âme molle et rêvassière, un peu de feu surnaturel,\nun peu d’espoir en Dieu, un peu du saint amour... Encore que ce\nroman, ou plus exactem ent cette m onographie psychologique,\nm anque de moelle, il y a, dans A mi-côte, des pages hardim ent\n « enlevées », et une description très vécue de l’existence\nsaint-sulpicienne qui ne m anque pas de piquant ; il y a enfin et\n surtout une description de Lyon, la ville m ystique, où le jeune\nauteur qu’est J . Esquirol apporte déjà mieux que la promesse de\nsa contribution par les lettres à la renaissance de l’Idéalisme.\n    Car le m eilleur moyen de faire s’orienter cette Renaissance,\n et d’une m anière définitive, vers l’Idéal chrétien, c’est de profu­\n sionner, écrivains catholiques, des livres qui soient à la fois des\n œuvres de Beauté et des œuvres de Foi.\n    Que notre confrère R enaudin m ’entende! C’est en produisant des\n livres aussi bien pensés et non moins bien écrits que ses Silhouettes\n  d'humbles que les jeunes auteurs catholiques donneront l’impul­\n\n\n396\n"}, {"page_pdf": 444, "page_imprimee": 397, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": " sion décisive à ce m ouvem ent idéaliste, au sujet duquel le Sillon,\n dont il est, lui, le directeur, vient de term iner une curieuse\n enquête dont je reparlerai aux lecteurs de L a Lutte en un fasci­\n cule prochain.\n    L e livre de notre am i est « un regard jeté aux m ansardes loin­\n taines ». Il n ’y est question (lui-même nous en avertit) que de ceux\n qu’on a coutum e d’appeler, d’un term e de m épris ou d’indiffé­\nrence, les « petites gens », ou la « masse », ou le « populaire » ;\n et il voudrait m ontrer (et moi j ’ajoute : il montre) que ces « pe­\ntites gens » ont parfois l’âme plus haute que leur condition; que\n cette « masse » est une masse de chair et de sentiments, et que ce\npopulaire enfin est peut-être aussi intéressant à étudier et à\n décrire que le monde des boudoirs, des coulisses et des cafés.\n    Ici le style est doux, et la langue très simple, hum ble comme\n les hum bles dont elle dépeint avec une émotion sincère et une ar­\n dente sym pathie chrétienne le quotidien corps à corps avec la\nD ouleur de la Vie.\n    E t je songeai — à cause du contraste — en lisant Silhouettes\n d'humbles de Renaudin, à certains contes plébéiens et forcenés de\n Georges Eekhoud. Chez celui-ci il y a plus de colère encore contre\n les riches que de pitié pour les rustauds. Chez le jeune catholique\n qu’est P a u l R enaudin il y a avant to u t et surtout de l ’amour pour\nla m isère fraternelle.\n    Georges V irrès, lui, s’apparente à Georges Eekhoud par son\nam our de la Campine patriale, et son nom est de ceux qui, dès à\nprésent, s’im posent à l’attention de tous. Mais afin qu’on ne sus­\npecte pas m a louange de partialité envers un de mes amis de la\nprem ière heure, envers l’un des plus dévoués rédacteurs de notre\nLutte, je me bornerai à faire miennes ici les louanges que fit de\nson beau livre toute la Presse et spécialem ent l'A rt moderne du\n29 janvier.\n    A près avoir longuem ent loué la langue fastueuse et mâle du\nje u n e écrivain de la Lutte, Y A rt moderne conclut : « M. Georges\nV irrès a des couleurs vives et éclatantes, des lignes fermes et sou­\nples, des ombres calculées, où rem ue un peu de l’essentiel m ys­\ntère ; il vient de nous donner d’agréables esquisses; nous atten ­\ndons le tableau ».\n   Georges V irrès, ajouterai-je, a écrit son En Pleine Terre à la\nm anière dont un sculpteur p é trit et façonne la glaise ju sq u ’à ce\nqu’elle surgisse hors de ses mains puissantes en symbole de force\net de fruste beauté.\n   Si les contes rustiques attestèrent en la prem ière partie du\n\n\n                                                                   397\n"}, {"page_pdf": 445, "page_imprimee": 398, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "livre, par l’heureuse diversité de leurs tram es, que Georges V irrès,\nréaliste et croyant, sait im aginer un Noël m ystique avec non\nmoins d’a rt qu’une idylle agreste, qu’un conte hum oristique ou\n qu’un flamand tableau de beuveries, les tragiques épisodes de\nla Glèbe héroïque affirm ent victorieusem ent, en la seconde par­\ntie de l’œuvre, par d’incontestables qualités d’unité, la large vision,\nle coup d’œil d’ensemble qui distingue cet écrivain. C’est lors­\nqu’il célèbre ainsi avec une ardente émotion la G u e r r e d e s\nP a y s a n s de sa Campine, lu ttan t pour le sol patrial et pour la Foi\nchrétienne, contre les hordes révolutionnaires, que Georges Virrès\natteint, pour un début, à une réelle m aîtrise.\n   Toute autre est la vision de José Hennebicq, dont le style har­\nmonieux, m éticuleux et rare évoque, au lieu du rude statuaire,\nl’artisan très pieux du moyen âge « énorme et délicat », gravant\nprécieusem ent dans le cristal de la lam pe du sanctuaire, ou sur la\ncoupe du Saint-Graal, les emblèmes hiératiques de son amour\nimm atérialisé. P arm i la flore exubérante du moderne jard in des\nMuses, ce p e tit livre, élégam m ent paré, m ’est apparu la fleur\nsainte et suave, le lys surnaturel, fleurant l’ecclésial parfum et\nrépandant, comme un halo autour de sa corolle, le blanc rayonne­\nm ent de la V irginité. Minuscule par le volume, mais sublime p ar\nla Pensée, le Paradis de Cristal de José Hennebicq ressortit au\nmilieu de la surproduction du jour, grâce à l’éclat très p u r de son\nIdéalisme. C’est le problème de l’Am our, c’est l’éternel problème\nde l’ange et de la bête qui se pose en ce livre, en une affabula­\ntion double.\n   Stéphane et Gabrielle, Georges et Yolande se sont aimés\ncomme s’aim ent les anges. Mais Gabrielle n ’eut pas la volonté\nassez courageuse, assez forte pour perpétuer ici-bas la chasteté\nde cette idylle faite pour les jardins du Ciel, et Stéphane p a rtit,\nabandonnant à ses regrets la femme qu’il aim ait, non ainsi qu’une\n amante, mais ainsi qu’une sœur. Parallèlem ent, la m ort fu t la\nrupture involontaire qui abrégea le platonique am our de Georges\n et de Yolande, avant que nulle chute aux bassesses charnelles ne\n tern ît le cristal de leur édénique bonheur. Tandis que Gabrielle,\n docile au saint conseil de son ancien ami, s’est « retirée dans la\n prière », Stéphane e t Georges, ces deux êtres d’exil et de paradis\n perdu, se sont rencontrés providentiellement dans la vie...\n    « L e bonheur, il ne les poursuit plus que dans l’universel\n amour des êtres et des choses, dans la communion des génies,\n dans le détachem ent de l’univers. Ils aim ent encore non plus tel\n être réel ou rêvé d’un amour personnel et égoïste : ils aim ent le\n\n\n39 8\n"}, {"page_pdf": 446, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1046, "texte": "ciel et ses mondes lumineux, la m er et la fo rêt ; aux clameurs\npareilles, l’oiseau qui chante et 1a. fleur qui parfum e, la m ère qui\nsourit à l’enfant, les souffrants et les pauvres. Ils ont pitié et ils\npardonnent. Ils aim ent ! n ’est-ce pas dire que leur cœur est ferm é\nà la haine ! Ils aim ent selon la loi du Christ, hum ain truchem ent\nde Dieu, divin truchem ent de l’homme. E t, gravissant ainsi\nl’Intérieur Monsalvat, ces deux êtres d’am our et de charité\ndécouvrent de nouveaux Paradis. »\n   N ’est-ce pas qu’un écrivain exprim ant de telle sorte de sem­\nblables pensées m éritait m ieux qu’une brève louange en cette\nrevue catholique ?                           G eo rg es R am a ek ers.\n\n   P . S. — Il sera parlé en avril des récentes œuvres poétiques,\nnotam m ent de P aul Souchon, René Ghil, Edouard Ducoté,\nGriffin, Jam m es et Verhaeren, et prochainem ent de Louis Delat-\ntre et de Ch. Louis-Philippe, deux nouvellistes à l’âme exquise\net tendre.                                               G. R.\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-008", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 399, "page_fin": 404, "titre_corps": "Notules parisiennes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Saint-Antoine.", "ancre_debut": "NOTULES PARISIENNES. QUOI ! ce mois de mars pour", "ancre_fin": "S a in t - A n t o in e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VARIA. Du noir dans l’art.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 446, "page_imprimee": 399, "debut_caractere": 1046, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "NOTULES              PARISIENNES.\n\n\n               QUOI ! ce mois de mars pourrait voir la fin de l’A f-\n                 faire ! Alors ce n’est point d’un caillou blanc, m ais\n                d’un m onstrueux rocher, d’un Him alaya blanc qu’il\n                le faudra m arquer. Plus d’accusations, plus de\n                        démentis, plus d’engueulades, comment allons-\nnous faire pour nous plier à ces nouvelles habitudes? J ’ai déjà la\nnostalgie de ces dix-hu it mois écoulés, de ces seize actes si œdipe-\nroyalem ent machinés du procès Zola, de ces douzaines de coups\nde théâtre à la Rocambole, tour à to u r Scheurer-K estner, Pic-\nquart, Zola, Reinach, Henry, Quesnay de Beaurepaire surgissant\ncomme des diables d’une trappe ! E t les crises m inistérielles ! E t\nles crises présidentielles ! Mon Dieu, comment allons-nous rem ­\nplacer to u t cela ?\n\n\n  Ceux que je plains, surtout, ce sont les pauvres journalistes.\nD’où, m aintenant, va venir l’argent ? Depuis l’effondrement dix\nPanam a, la corporation en est réduite aux expédients. Ah ! le beau\n\n\n                                                                  399\n"}, {"page_pdf": 447, "page_imprimee": 400, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2494, "texte": "tem ps où l’on n ’avait qu’à passer à la caisse de MM. de Lesseps !\nP lus encore que la liste des 104, je voudrais voir le ta rif des\népithètes, car il devait y en avoir un, il est impossible qu’il n’y\nen eût pas un. L e Grand Français a dû être payé som ptueuse­\nm en t à son in venteur; puis le lau d atif s’est sans doute évaporé,\nles mots se galvaudent ; je me représente la tête des épithétistes\nretardataires : Passez, bonshommes, on vous a déjà donné. Oui,\naucun tem ps n’a valu celui-là, n i le tem ps des Chemins de fer du\nSud, ni le tem ps des E m prunts russes, ni le tem ps des Mines d’or.\nDepuis, ces excellents journalistes ont dû se rab attre sur des baga­\ntelles. U n m om ent les Cercles ont bien marché, mais cela a mal\nfini ; la correctionnelle a recueilli Canivet, Portalis, Camille\nDreyfus, M agnier, L aurent et bien d’autres. L e P e tit Sucrier n’a\nduré que l’espace d’un m atin, et là encore la correctionnelle s’en\nest mêlée ; p ourtant Rosenthal-Saint-Cère était un homme de bien\nd’esprit. Il fallait trouver autre chose...\n\n\n    E t on a trouvé ! Car l’affaire D reyfus n’a pas été ce que vous\ncroyez, bonnes gens. Sémitisme, anarchisme, m ilitarism e, vérité\nen m arche et justice au repos, beaux masques que to u t cela. L a\nv é rité est que l’Affaire a été le chef-d’œuvre des journaleux. Ce\nsont eux qui l’ont inventée, exploitée, sucée ju sq u ’au dernier\nfilon. Songez que la corporation v it depuis dix-huit mois sur ce\nplacer. E t songez aussi qu’on a été beaucoup moins que sous le\nPanam a à se partag er l’apétissante galette. Tous les forts ténors\no n t poussé leur contre-ut pour l’honneur. L e partage des acadé­\nmiciens en deux rangs d’oignons hostiles a été pain bénit ; ces\nbons naïfs ont fait surhausser les tirages et n’ont rien prélevé\nsur les bénéfices. Chouette, papa !\n\n\n\n  Mais voilà que le D reyfus Goldfield s’épuise; les pilons ne\nbroient plus et les pépites ne pépient plus. Il va falloir chercher\nautre chose pour transvaliser les gogos. E t ces gogos, ô ironie\ndes choses, sont surtout des Ju ifs ! Oui, ce sont les Ju ifs qui y\nsont de leurs millions, comme quelques-uns de leurs adversaires\ny sont de leurs places ou, hélas ! de leur vie, comme le bon public\ny a été de ses cinq ou six sous journaliers pour les feuilles. Il n ’y\na que les feuilles qui y ont gagné. Exquis journaleux, attendris­\nsants journaleux, je vous admire ta n t que je vous indique un nou­\nveau Klondyke. Le cas D reyfus n’est qu’un lointain contre-coup;\n\n\n400\n"}, {"page_pdf": 448, "page_imprimee": 401, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2621, "texte": "l’origine, la chiquenaude prim ordiale, c’est le cas Judas. Pourquoi\nne pas lancer la révision de l’Affaire Iscariote ? Les hauts barons\nsont assez jobards pour se laisser encore zadockahner. Bien mon­\ntée , l’Affaire peut payer. Il ne s’agira plus seulement, comme pour\nD reyfus, de créer quatre grands quotidiens, d’en acheter quatre\nautres, de faire naître toute une collection d’illustrés, de revues,\nde canards à m ille becs; l’affaire étant vraim ent internationale,\ntous ces chiffres seront quintuplés, décuplés. Cinq cents millions\np ar an, ô journaleux de to u t acabit ! Que n ’inventerez-vous pas\nà ce p rix? L e Bordereau du Sanhédrin, le Document libérateur de\nPonce-Pilate, les Révélations de la Dame voilée (la femme du Procu­\nrateur? Sainte Véronique? Sainte Marie-Madeleine? ), les Perquisi­\ntions chez saint Pierre, la Lettre de démission de Caiphe et l’Enquête\ndu premier président Anne, tout cela prouvant, clair comme Lœw,\nque ce n ’est pas Judas qui a trahi Jésus, mais que c’est Jésus qui\na trah i Judas, quel triom phe ! Cela aurait coûté cher, mais bah !\navec un p e tit krach ou deux, les hauts barons seraient vite ren­\ntrés dans leurs fonds.\n\n\n   On se prépare à fêter le Centenaire de Balzac. Réjouissons-\nnous d’avance, mes frères, des âneries qui ne m anqueront pas\nd’être dites. Balzac, le grand génie catholique du. siècle, Balzac\nqui se van tait d’écrire à la lumière de ces deux flambeaux : l'Église\net la Monarchie, Balzac l’adm irateur de Napoléon I er, qui écrivait\nsous son buste : Ce qu’il a commencé par l’épée je l’achèverai par\nla plume, je le vois d’ici réclamé, accaparé, dévoré par la pouil-\nlerie anticléricale et franc-maçonne. N’ai-je pas lu dans ce rendez-\nvous de sots qu’est la Revue socialiste un article : Balzac et les\npaysans, je crois, où l’on faisait de lui un copain de K arl M arx et\nde Jules Guesde? P auvre grand homme, comme il aurait ri ! A\nmoins que tous ces Homais n ’aient le bon goût de s’écarter de sa\ngloire immanescible, ainsi que de Chateaubriand, naguère. Ces\nnobles m orts n’ont pas, comme M ichelet ou Hugo, de ces plaques\nfaisandées où accourt grouiller la verm ine politicienne.\n\n\n   P rojets à, céder, à l’occasion du Centenaire. Nous avons déjà :\nI o une Histoire des Œ uvres de Balzac, excellente ; 2° un R éper­\ntoire alphabétique des personnages de la Comédie humaine, soi­\ngné ; 3° un Résumé analytique de ses romans, médiocre. Mais il\nm anque encore : I o une reconstitution chronologique des événe­\nm ents ; 2° un groupem ent des personnages suivant leur catégorie\n\n\n                                                                 401\n"}, {"page_pdf": 449, "page_imprimee": 402, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "sociale ; 3° une table des dissertations et idées suivant leur\nnature : science, art, littérature, philosophie, etc. ; 4° une étude\ntechnique du style de Balzac, qu’ on a prétendu mauvais et qui\nn’ est jamais mauvais. Autre jeu de société recommandé aux bal­\nzaciens. Se poser la question : Quel est, de tous les personnages\nde la Comédie hum aine (il y en a deux mille), celui que vous auriez\npréféré être ? Répondez, amis lecteurs, je publierai la statistique.\n\n\n   A propos de statistique, le Gardois avait eu l’idée de demander\nà une trentaine d’ écrivains anglais leur avis sur nos grands\nauteurs ; je m’étais amusé à dresser le palmarès des premiers\nprix, et je vois par le dernier M ercure de F ran ce que mon ami\nR. de Bury avait eu la même idée. Molière vient en tête avec\n10 voix, Racine et Hugo avec 9, Balzac avec 8. Moi, je renverse­\nrais ; mais, enfin, c’est admissible. Pour le reste, il y a des sur­\nprises : Maupassant a 3 voix, autant que Bossuet ; Béranger 2\ncomme Lamartine ; Paul de Kock, Gustave Aymard, Erckmann-\nChatrian 1 voix, quand La Rochefoucauld, Fénelon, Marivaux,\nJoseph de Maistre et Vigny n’ en ont pas. Dumas père et Théo­\nphile Gautier ont 7 voix quand Pascal n’en a que 4 ; enfin Vol­\ntaire, qu’on nous fait l’ injure parfois de croire le Français-type, n’ a\nque 5 voix et vient le neuvième. Au fond, mes compatriotes qui\navaient été d’ abord consultés sur la littérature anglaise (tirez les\npremiers, Messieurs les Français !) avaient dit beaucoup plus de\nbanalités ou de sottises.\n\n\n   A lire un très curieux article dans les A n n ales des sciences\np olitiq u es (où diable le curieux va-t-il se nicher ?) sur la langue\nanglaise et le génie n a tio n a l anglais, par M. Boutmy. Quelle lan­\ngue admirable, disait Barbey d’Aurevilly, que celle où on dit à\nDieu L o r d ! Soit ; mais davantage priserais-je en la dite langue\nla possibilité de dire : We k issed a w a y kingdom s. Comment tra­\nduire ce mot de Cléopâtre ? Mes baisers ont effacé des royaumes.\nComme ce n’est pas ça ! En général, dit M. Boutmy, le français\nemploie 3 syllabes quand l’anglais en emploie 2. Pourtant, ce\npetit nègre à l’usage de télégraphistes est au fond une langue\nlatine, plus latine que le français : c’est du latin avec des mots\ntudesques, assez nombreux, et des raccourcis à la Michel-Ange\nde prépositions, assez rares. Une chose bizarre est sa répulsion\npour les mots abstraits. On sait qu’on ne peut pas traduire en\nanglais le titre du livre de Cousin : D u v ra i, du beau et d u bien.\n\n\n402\n"}, {"page_pdf": 450, "page_imprimee": 403, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2557, "texte": "The beautiful signifie les gens beaux. Mais pourquoi les Anglais\nn ’ont-ils pas alors usé des majuscules ? The B eautiful aurait\nsignifié autre chose que the beautiful ; et pourquoi, de même,\nn ’ont-ils pas usé des accents, des trém as et des cédilles pour\n« peindre » leur si atrocem ent variée prononciation ?\n\n\n    J e parlais tout à l’heure de Michelet. Dans un article de la\nRevue philosophique, sur la Psychologie religieuse de M ichelet,\nM. A lfred Fouillée, après de fines et point injustes rem arques\nsur la casuistique et la direction de conscience, fait rem arquer\nque le libéralism e et le socialisme de l’Église n ’ont rien de\ncomm un avec le libéralism e et le socialisme de la société mo­\nderne. Cela se peut, et, en ce cas, il faudrait prouver lesquels sont\nles bons. Mais, en vérité, est-il, a-t-il jam ais été, et sera-t-il jam ais\nune société qui soit absolum ent libérale? Est-ce que toute société\nn’est pas obligée de faire la distinction, si reprochée à l’Église,\nentre la liberté du bien et la liberté du mal ? E t, de ce fait, les\ndeux libéralism es ne sont-ils pas logés à la même enseigne, une\nenseigne de nuances? Quant aux doctrines sociales de l’Église, que\nsi le christianism e se m et au point de vue de la charité, alors\nque le socialisme se place à celui de la justice, eh bien cela prouve\nque c’est le socialisme qui est moins large. Il y a beaux jours\nqu’A ristote l’a d it : « Quand les hommes s’aim ent entre eux, il\nn ’est plus besoin de justice. Mais ils ont beau être justes, ils ont\nencore besoin de l’am itié ».\n\n\n    Beaucoup d’articles, ces jours-ci, sur la bataille de W aterloo, à\npropos du 1815 de M. H enri Houssaye. On sait que le champ de\nla bataille est très peu étendu et que les com battants ont dû voir\nfacilem ent toutes les péripéties ; d’où il suit, puisque nous p ar­\nlons littérature, que les fameuses impressions de Fabrice dans la\nChartreuse de Parme, de la fumée, de la poussière et rien du\ntout, n’ont pu être telles, et que toute la lignée des batailles à la\nStendhal descend d’une inexactitude. L a rem arque est de M. L ar-\nroum et. A utre rem arque, celle-ci de tout le monde. L e plan de\nNapoléon I er en 1815, son dernier, est exactem ent le même que\nson prem ier ; Charleroi correspond à M ontenotte, L ig n y à Mille-\nsimo, W aterloo aurait dû correspondre à Dego. Pourquoi la\ncorrespondance m anqua-t-elle ? Sim plem ent parce que le Bona­\np a rte de 30 ans engageait ses batailles à 5 h. du m atin et que le\n\n\n                                                                      403\n"}, {"page_pdf": 451, "page_imprimee": 404, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 749, "texte": "Napoléon I er de 46 ans n ’ouvrait plus le feu qu’à 11 heures,\nmidi, quelquefois plus tard. E t voilà à quoi tie n t le sort des\nempires ! L e jour même de W aterloo, si Napoléon avait attaqué\nW ellington à l’aurore comme il le pouvait, au lieu d’attendre\nmidi, il le culbutait avant l’arrivée de Blücher. Ou, encore, si, au\nlieu de contenir B lücher et d’assaillir W ellington, il avait fait le\ncontraire, il aurait aussi été vainqueur, car l 'iron-duke se serait\nbien gardé de descendre de son plateau pour aller secourir ses\nbons amis les alliés. « Qu’il est doux, qu’il est doux de refaire\nl’histoire ! »\n                                                       S a in t - A n t o in e .\n\n\n\n\n                                                       "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-009", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 404, "page_fin": 404, "titre_corps": "Varia : Du noir dans l’art", "titre_sommaire": "Du noir dans l’art (Varia)", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Séré.", "ancre_debut": "VARIA. Du noir dans l’art. 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Oh! la plaisante chose qu’un héros\nnègre ! Il aura beau faire de pompeuses tirades : quand l’alexandrin ron­\nflerait dans sa bouche comme la plus majestueuse des toupies d’Allemagne,\nje verrai toujours ces cheveux crépus, ce nez épaté, ces grosses lèvres, ces\nyeux de porcelaine sur un Visage de suie, et je rirai malgré moi quand\nvous voudrez que je frémisse ou que je pleure. Vous ne pouvez pas plus\nfaire du nègre un héros de tragédie pour les blancs que vous n’en sauriez\nfaire un type de la beauté. Le héros de tragédie n’a pas la permission\nd’être noir. Renoncez à chausser du cothurne quelque nègre que ce soit;\nles nègres n’ont pas le pied fait pour cela, et il ne sert à rien de prouver\nle contraire. Ne demandez pas à la langue ce qu’elle ne peut vous donner :\nà savoir, le discours tragique dans la bouche d’un Cafre ou d’un Congolais.\nEt à moins que vous ne destiniez votre pièce au théâtre d’Haïti, remar­\nquez encore ceci, auteur de tragédies nègres : vous allez à l’encontre du\ndessein négrophile et philanthropique que j ’aime à vous supposer : vous\nexcitez la moquerie des blancs contre les noirs. Ce que je dis de la tra­\ngédie est vrai du poème, et voilà pourquoi, mon cher chevalier Descamps, et\nvous, mon cher docteur Valentin, votre Africa, tarifée dix mille francs, et\nvotre Rédemption, même couronnée par la Société antiesclavagiste, ne sont\npas des oeuvres d’art, mais des plaisanteries détestables mises en vers et\nayant juste la valeur des banderoles que les confiseurs enroulent autour\ndes caramels, et encore !\n                                                                 P aul   Sér é.\n\n\n\n404\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-010", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 405, "page_fin": 406, "titre_corps": "Glanes du mois", "titre_sommaire": "Glanes du mois (Les Revues)", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "G L A N E S DU MOIS LA BIBLE . . . dont la renommé", "ancre_fin": "u n d is c o u rs d e L a m a r tin e ! ! !", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A TRAVERS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 452, "page_imprimee": 405, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3201, "texte": "G L A N E S DU MOIS\n\n\n                    LA BIBLE . . .        dont la renommée a depuis long­\n                    DES PAUVRES.          temps traversé la Manche et dont le\n                                          nom se rencontre à présent aux som­\n   Les lecteurs de «La L utte » se rap­   maires de maintes revues françaises,\npellent certainement l’article publié     fu t dans les premiers jours de mars\nsur ce sujet par notre collaborateur      le grand événement londonnien. Il\nPol Demade.                               faudrait remonter jusqu’à la maladie\n   Une citation empruntée au curieux      de Charles Dickens, affirme The Aca­\net rare volume de feu Alfred Mau­         demic, pour retrouver une émotion\nry, sur les Croyances et légendes du      aussi universelle, aussi profonde.\nMoyen Age (Paris, H. Champion,            How is Kipling? fut ces jours-ci\n1896) nous apprend qu'il exista, vers     la question unanime Chez nos voi­\nle XVe ou XVIe siècle, des ouvrages à     sins. Aujourd’hui le danger paraît\nestampes gravées sur bois, et appe­       heureusement conjuré; mais la fille\nlés Bibles des pauvres, dans lesquels     du célèbre artiste vient de suc­\nles figures relatives à l’Ancien et au    comber au mal dont semble réchap­\nNouveau Testam ent étaient mises          per son père ! Cette guérison et\nen regard et disposées dans un            cette m ort ne sont pas les seuls\nordre qui pût faire connaître, à ceux     motifs d’actualité des journaux an­\nqui ne comprenaient que par les           glo-saxons (britons, dirait St-An­\nyeux, l’histoire sainte et les allégo­    toine) de nous vanter l’auteur de\nries qu’elle renferme. M. J. Marie        tant d’affabulations ingénieuses où les\nGuichard, alors un des hommes les         animaux de toutes sortes s’expriment\nplus versés dans la connaissance des      en langage humain. Un court poème\nanciens ouvrages, promettait, en          de Kipling, récemment paru dans le\n1843, sur cet intéressant sujet un        Morning Post, a rempli d’enthou­\ntravail qui ne semble pas avoir           siasme pour ce poète les chauvins\nparu.                                     spoliateurs des Philippins et des\n   Nos connaissances se bornent là.       Cubains.Non pas que son Adresse, aux\nNous serions reconnaissant aux éru­       États- Unis soit la meilleure produc­\ndits de nous renseigner, sur la m a­      tion poétique de Kipling, mais en\ntière. Notre collaborateur nous a dé­     vérité parce qu’il exalte, eh ces vers,\nclaré ignorer complètement l’exis­        plutôt médiocres, l’impérialisme tant\ntence de ces Biblia pauperum, au          en honneur au pays de l’oncle Sam.\nmoment où il écrivait son article.\n                                                                  LOUBET . .\n                          RUDYARD                                 PLAGIAIRE.\n                          KIPLING .\n                                            Que M. Desombiaux se console!\n La grave indisposition de Rudyard        Il n’y a pas que Shukespeare et Lui\nKipling, le grand littérateur anglais     qui aient plagié — pardon : « com-\n\n\n                                                                            405\n"}, {"page_pdf": 453, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 653, "texte": "p ilé » ; le P r é s id e n t L o u b e t f u t p r is             de v a illa n c e           e t d ’i n i t i a t i v e . D e\nlu i-m ê m e , c e s j o u r s d e r n ie r s , p la g ia n t      M u n i c h , e n f in , n o u s p a r v i e n t l a b i ­\n u n d is c o u rs d e L a m a r tin e ! ! !                       m e n s u e lle        Revue franco-allemande\n                                                                   (D e u ts c h e -fra n z ö s is c h e B u n d s c h a u )\n                                                                   d o n t l ’h e u r e u s e i d é e d ’u n e e n q u ê te\n                                     "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-011", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 406, "page_fin": 406, "titre_corps": "A travers les revues", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A TRAVERS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 453, "page_imprimee": 406, "debut_caractere": 653, "fin_caractere_exclue": 4931, "texte": "A TRAVERS .                   s u r le r a p p ro c h e m e n t e n tr e le s d e u x\n                                     LES REVUES.                   p e u p le s m é r ite le s p lu s c h a le u re u s e s\n                                                                   a p p r o b a t i o n s d e t o u s c e u x q u i d é p lo ­\n    E n c e p r i n t e m p s p r é c o c e s ’é l è v e n t       re n t, co m m e n o u s, le s h a in e s f r a t r i ­\ne t v e r d o ie n t d e n o u v e lle s p o u ss e s              c i d e s d e s p e u p le s , e t s u r t o u t d e s\n d a n s l ’E d e n d e s L e t t r e s f r a n ç a i s e s .      p e u p le s c h ré tie n s . P a u l-A d a m , B a r ­\n    F o n d é e p a r G u s ta v e K h a n , n a ­                 r é s , B a z a lg e tte , D e s c a v e s , G o h ie r,\ng u è r e , L a V ogue r e s u r g i t d e s e s                   L u m e t, P h i l i p p e , M a x , B a i n a l d y , e tc .,\nc e n d re s . P a r m i se s c o lla b o ra te u rs               c o l la b o r e n t à l a Revue franco-alle­\ni l f a u t c i t e r : B e a u b o u r g , J e a n D o le n t ,   mande.\nM a x E ls k a m p , M a u ric e d e F a ra m o n d ,                  L e s e n q u ê te s se m u ltip lie n t d a n s\nS t u a r t M é rill, K lin g s o r , R e n a u d ,                l e s p é r i o d i q u e s : C ’e s t a i n s i q u ’à c ô té\nS c h e ffe r e t R e d o n n e l.                                 d u Sillon, q u i e n q u ê t e a c t u e l l e m e n t\n    L e P a y s de F ra n c e v ie n t de n a ître                 sur la Renaissance de l’Idéalisme (y\nà A i x e n P r o v e n c e , e t, d è s s e s p r e ­             lire le s ré p o n se s                de H u y sm an s,\nm ie r s fa s c ic u le s , c e tte re v u e , d ir ig é e         D e m a d e , B e r t h o u , V i r r è s , T ie r c e l i n ,\np a r n o tre v a illa n t c o n frè re J o a c h im               e tc .), La Grande Revue c o l li g e l e s\nG a s q u e t , s ’a n n o n c e p é r i o d i q u e c o n ­       ré p o n s e s le s p lu s d iv e r s e s à la q u e s­\ns c ie n c ie u x e t s o u c ie u x a v a n t to u t              t i o n p o s é e p a r T o ls t o ï : Qu'est-ce que\nd ’i d é o l o g i e . S o n n ° d e m a r s c o n t i e n t       l'Art? E t l a Revue d'art dramatique\nd e r e m a rq u a b le s le ttr e s d e F r é d é r ic            r é u n i t , d e s o n c ô té , l e s a v i s d e s\nL e P l a y e t u n e a p o lo g ie , q u e n u l l e              a u t e u r s , a c t e u r s e t d i r e c t e u r s , to u - ­\nlo g iq u e n e ju s tif ie , d u « P a g a n is m e               c h a n t l’u t i l i t é d e l a c r i t i q u e t h é â t r a l e .\nm o d e r n e », d o n t i l n o u s p l a î t d e r e p r o ­\nd u i r e i c i c e t t e n o t e : « Le Paganisme\n                                                                                                                V» ANNÉE.\nde la Renaissance fut un paganisme                                      La Lutte e n t r e r a e n a v r i l d a n s\nartificiel et tout litteraire. Les peintres,                       s a c in q u iè m e a n n é e . A u c o n tr a ire\nles humanistes, les poètes du XVe                                  d e l ’Ermitage, q u i l i m i t e à q u e lq u e s\net d u X V Ie siècles o n t l ’am e c h r é ­                      n o m s l a l i s t e d e s e s c o l la b o r a t e u r s ,\nt i e n n e . Il n’y a dans leurs œuvres                           La Lutte v o i t a v e c j o i e s e g r o u p e r\nqu'une apparence païenne. La Renais­                               a u t o u r d ’e l l e d e s r é d a c t e u r s n o u ­\nsance est plus my thologique que vrai­                             v e a u x : H e n r i M a z e l, A l p h o n s e G e r ­\nment païenne s. (Ch. V e l l a y . )                               m a i n , L o u is M e r c i e r v i e n d r o n t g r o s ­\n    A L y o n , c ’e s t G e r m in a l q u i n o u s              s i r l e g r o u p e d e s o n c o m i té d e\na t t e s t e q u ’e n l a s e c o n d e v i l l e d e             F ra n c e , e t C h a rle s d e S p rim o n t so n\nF r a n c e il e s t a u s s i d e s je u n e s p le in s          c o m it é d e B e lg i q u e .\n\n\n\n\n406\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-012", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Note de la rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revu e catholique d’Ar t. 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Georges Marlow, Charles Morice, Marie et Jacques Nervat,\n  Georges Oudinot, Maurice Perrès, Victor Remouchamps, Georges Rodenbach,\n  Prosper Roidot, Blanche Rousseau, Léon Rycx, Laurent Savigny, Camille\n Schiltz, l’abbé Armand Thiéry, Firmin Van den Bosch, Emile Verhaeren,\n                             Francis Vielé-Griffin.\n\n\n     Adresser tout ce qui concerne l’A dm inistration chez les Éditeurs ,\n\n                          ALFRED                VROMANT                    & Cie\n                  BRUXELLES                                                    PA RIS\n      3, r u e d e la C hapelle, 3                                 60, r u e M adam e, 60\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1899-03-15-n12-013", "volume": "ELB-ULB-a084-1898-1899-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a084-1898-1899-000.pdf", "ocr_sha256": "3098bf002c47bee3e9ebd2a349263dda579cdcdded29286813da04551bb3c0a4", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "VIENT DE PARAITRE : Georges VIRRÈS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 455, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 358, "texte": "VIENT DE PARAITRE :\n                                                Georges VIRRÈS\n\n\n\n    EN PLEINE TERRE\n  La Glèbe héroïque\n           1797-1798                             D A N S LES É D IT IO N S\n\n\n\n   Un beau et fort volu m e in -12   3 fr. 50\n\n\n                                                  DE “ LA L u t t e „\nEN VENTE CHEZ T O U S LES LIBRAIRES\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 420, "texte": "        L       A\n\n\n\n\n L          U             T          T                E\n\n\n\n                      Revue Catholique d'Art\n\n\n\n\n                               Alfred Vromant &\n                               C. Editeurs 60Rue Madame\n                               - Paris 3, Rue de la Chapelle . Bruxelles.\n\n\n\n\nQUATRIEM E ANNÉE- -   N° 12.                       15 MARS 1899.\n"}, {"page_pdf": 421, "texte": "                        LA LUTTE\n     REVUE CATHOLIQUE MENSUELLE D’ART — QUATRIÈME ANNÉE\n\n                   P a r a i t le 1 5 d e c h a q u e m o is .\n\n\n                                    ABONNEMENT :\n\n    B elgiq u e et F ran ce : 5          francs. • U nion p ostale : «                    francs.\n\n                              Le num éro : 5 0 cen tim es.\n\n                                       ___________\n\n\n\n            SO M M A IR E DU N U M É R O 12\n                                    15 M a rs 1 8 9 » .\n\n\n\nCharles de Sprimont : L ’Idéal latin (E sthétique)                            .   .         .   375\n\nYves Berthou : Le Prince des Prosateurs (M onographie) .                                        380\n\nÉdouard Ned : La chanson des blés mûrs (Poèm e) .                                     .     .   388\n\nPaul André : Le Déserteur ( C o n t e ) .................................................. 392\nGeorges Ramaekers : Quelques livres nouveaux (Critique) .                                       395\n\nSaint-Antoine : Notules parisien n es ..................................................399\nPaul Serée : Du noir dans l'art ( V a r i a ) ........................................... 404\nUijlenspiegel : Glanes du mois (L es R e v u e s ) ............................... 405\n\n\n\n\n         “ LA L u t t e » ne publie que de l’inédit.\nT o u s d r o its d e r e p ro d u c tio n et d e tr a d u c tio n ré s e r v é s .\n"}, {"page_pdf": 422, "texte": "          LA L U T T E\n\n\n\n\n                                       L’IDÉAL LATIN.\n\n\n                 ’ EST une constatation fort triste, et peu flatteuse\n                 C\n          pour le public lettré ou se disant tel, que celle de l’in­\n          troduction bien contemporaine des modes en littérature.\n          Autrefois, chaque catégorie de lecteurs avait son écri­\n                     vain favori, proportionné à son idéal, et ne le\nquittait pas. Maintenant, tout le monde veut tout connaître, tout\nvoir, tout comprendre ; de braves gens, versés dans le commerce,\nl’industrie, la finance, des femmes, aussi savantes que char­\nmantes, nous n’en doutons pas, discutent gravement les plus\nhautes personnalités littéraires, fondent des renommées et tran­\nchent sans crainte des questions dont les artistes eux-mêmes ne\ns’approchent qu’avec d’ extrêmes réserves. La facilité des infor­\nmations, la diffusion presque générale d’une foule de connais­\nsances usuelles et partant sommaires ont persuadé le bon public\nnaïf de jadis qu’il est un jury très compétent devant lequel\npeintres, musiciens, poètes se disputent la palme triomphatrice.\nLa question de modes s’y mettant, on en vient à regarder les\noeuvres d’ art comme des marchandises d’autant plus précieuses\nqu’elles arrivent de plus loin, on les assimile aux produits exo­\ntiques, et, l’ engouement passé, on les rejette avec un dédain égal\nen intensité à l’ ardeur qu’ on avait mise à se les disputer. Il y a\ndeux ou trois ans, Tolstoï et Ibsen dominaient victorieusement\nles cerveaux français. Pauvres gens ! Les derniers romans de\n\n\n     16                                                          375\n"}, {"page_pdf": 423, "texte": "    Gabriel d’Annunzio, son récent séjour à Paris ont porté un rude\n    coup à leur prestige ; ils ne régnent plus seuls, et c’est là un\n    signe de déchéance certaine.\n       A vrai dire, ce n ’est pas nous qui nous en plaindrons. Peu\n    nous im porte que le public prône tel écrivain p lutôt que tel\n    autre, mais l’influence p ar trop grande des auteurs norvégiens\n    ou russes en ces derniers tem ps constituait un danger m ortel\n    pour l’esprit de la race française. L eur crédit ten ta nombre de\n   jeunes gens, qui, plaçant sagem ent les préoccupations esthétiques\n   après les intérêts financiers, produisirent, selon la vogue et la\n   commande, des romans scandinaves, slaves, voire même chinois.\n      Les caractères particuliers de notre a rt couraient grand risque\n   de se perdre dans cette lu tte pour l’argent et la renommée, et le\n   philosophe pouvait dès lors prédire le m om ent où se term inerait\n  un des grands cycles de l’histoire littéraire par ces m ots fati­\n  diques : F inis latinorum. — Heureusem ent, les succès actuels\n  d ’écrivains de forme et d’esprit latins, joints à l’exode de ta n t de\n  jeunes intelligences écœurées du scepticisme et du doute vers un\n  idéal plus large et plus viril, ont produit comme une orientation\n  nouvelle de nombreuses énergies. L e génie de la race semble se\n  réveiller. G ardant des costumes exotiques dont on l’avait affublé\n un certain aspect séduisant et libre, enrichi des qualités étran­\n  gères to u t en conservant les siennes intactes, il se tourne vers son\n idéal propre et y tend de tous ses efforts.\n      Cet idéal latin, qu’est-il donc? P o u r le bien spécifier il fau t se\n reporter à l’époque de la Renaissance, au m om ent précis où, de\n l ’union des savants grecs, porteurs d’idées vivifiantes, et de la\n race italique, fatiguée par les guerres et la misère, mais prête\n néanmoins à recueillir le souffle inspirateur, jaillit, comme un\n superbe effort vers un mieux artistique et social, l’école hum a­\n niste. A cet instant où l’âme soulève d’une poussée invincible la\n matière, la domine im périeusem ent et fait germ er toute une\néclosion d’œuvres fortes et belles, quelle est l’idée latine, quel est\nce grand et suprêm e Idéal qui fascine ta n t d’artistes?\n     Les Hum anistes nous le diront. Ces vies d’étude et de travail,\nconcrétées en des œuvres si hautes et si pures que leur spectacle\nfa it naître spontaném ent dans nos âmes une religieuse admi­\nration, tendent à faire plus humain, à surélever à la fois les\nfacultés spirituelles et, par elles, les énergies de la matière, à\ns’approcher autant que possible de la lim ite suprême, à réaliser,\nenfin, l ’idéal spécifique dans sa plus sereine acception. L ’homme,\nêtre form é d’une âme et d’un corps, doit m ener parallèlem ent le\n\n\n376\n"}, {"page_pdf": 424, "texte": "progrès de l’un et l’autre de ses composants. Tout en subordon­\nnant à l’esprit la matière, il doit tendre à élever celle-ci en même\ntemps que celui-là vers une perfection voulue et bien déterminée.\nDans la vie publique comme dans la vie privée, qu’il s’adonne aux\narts ou qu’ il suive la carrière politique, il doit avoir pour préoccu­\npation constante de se surpasser lui-même. La vertu, disaient les\nHumanistes, consiste en l’ expansion de la beauté et de la force.\nQuand l’être est arrivé à réaliser dans sa chair et dans son âme le\ntriple objet de ses tendances, le Vrai, le Bien, le Beau, il s’ éternise\npar la gloire, qui en est le rayonnement suprême.\n     Tel est, en son essence, l’idéal latin formulé par l’Humanisme.\nSans doute, tous les artistes, tous les penseurs ne lui obéirent pas\nponctuellement. Loin de le suivre, bon nombre s’ en écartèrent,\n qui placèrent les préoccupations physiques au-dessus des senti­\n ments moraux. Au lieu de s’ efforcer d’acquérir, en domptant les\n révoltes de la nature, une vertti plus grande et, par là même, une\n gloire plus belle, ils firent servir leurs facultés spirituelles à\n l’ assouvissement de leurs vils désirs. C’ est ainsi, que cette société\n italienne de la Renaissance, souple, fine, intelligente au plus haut\n degré, donne l’ exemple d’une dégradation morale effrayante, d’un\n raffinement de luxure savante et réfléchie. Mais il faut bien se\n garder d’imputer aux têtes du mouvement renaissant ces consé­\n quences d’ œuvres qui ne furent pas les leurs. Si Boccace et, après\n lui, l’Arétin et Machiavel sont des facteurs de dépravation, si\n l’Arioste et Torquato Tasso ont trop obéi au goût de leur temps,\n Dante, Pétrarque, Raphaël, Michel-Ange, tant d’autres génies,\n  sont des titres de gloire pure et saine, dont une race a le droit et le\n  devoir d’ être fière. Ceux qui ont suivi l’idéal latin dans l’ espoir de\n  le réaliser un jour, ceux qui ont consacré leur vie, les énergies de\n  leur âme et de leur corps, surélevées par la religion, à l’efficience\n  d’ une œuvre, ont fait cette œuvre grande et belle et créé des\n  figures impérissables.\n     L ’idéal latin! Ne dévoile-t-il pas une partie de son mystère\n  dans la Béatrice du Dante et la Laure de Pétrarque, ces créatures\n  pétries de rêve, au corps tellement sublimé qu’il n’ est plus qu’une\n  nuée diaphane, laissant transparaître les sereines vertus de leurs\n  âmes ? Ne nous sourit-il pas sous le secret des lèvres fleuries de la\n  Joconde? Ne palpite-t-il pas dans les flancs de cette grande Nuit,\n  fille de Michel-Ange,\n                      Qui tord paisiblement dans une pose étrange\n                      Ses appas façonnés aux bouches des Titans ! 1\n\n   1 . C h a r l e s B a u d e l a ir e , Spleen et Idéal.\n\n\n                                                                      377\n"}, {"page_pdf": 425, "texte": "   Tout Raphaël, to u t Vinci, to u t Botticelli nous font rêver d’une\nhum anité meilleure et plus belle. Sans doute, le ciel éternellem ent\nbleu de l’Italie, son sol qui s’épanouit entre les baisers de deux\nmers, sous l ’immense caresse du jour, ont mis un peu de leur\nsourire et de leur beauté sur les tableaux de rêve de ces peintres\net les êtres my stiques qu’on y voit errer. L’idéal latin ! Ne fré ­\nm it-il pas, p rê t à se m ontrer dans son entière magnificence, du\nprem ier tercet au vers final de la Divine Comédie, cette œuvre\ndu plus grand des poètes ? Depuis l’épouvantem ent de la forêt\nlugubre et sauvage ju sq u ’aux joies supra-sensibles du Paradis\nentrevu, nous voyons l’homme lutter, pour se perfectionner tout\nentier, corps et âme, et se rendre, par la vertu, digne de la gloire\ncéleste. Voilà bien l’A rt vrai, le grand art, tendant vers la\nBeauté Suprême, vers Dieu dont elle est le rayonnem ent, enton­\nnant les magnifiques louanges de « l’A m our qui m eut le soleil et\nles autres étoiles » s’abreuvant à l’Océan immense où l’âme\nretournera un jour. Nous pouvons hautem ent l’affirmer, de telles\nœuvres sont autrem ent belles que les productions tan t prisées du\nSlavisme et du Scandinavisme; elles les surpassent de toute la\nsupériorité de la foi sur le scepticisme et le doute. Fleurs de\nl’Italie, qui n’est elle-même que l’épanouissement de Rome, la\nville destinée par la nature à gouverner l’univers *, elles sont, en\nmême tem ps que les bases de l ’esprit latin et l’indication de\nl’idéal vers lequel doivent tendre ses efforts, un des plus beaux\nélans de la religion chrétienne. Car l’idée latine est chrétienne.\nRome n ’est plus la « force hautaine et triste » dont parle\nF . Viélé-Griffin ; elle n ’est pas davantage la forteresse d’où le\n dynaste guerrier surveille son Italie unifiée, mais elle est le V ati­\ncan, du haut duquel, entouré des chefs-d’œuvre religieux accu­\nmulés par ses prédécesseurs, le grand vieillard pâle bénit le\nmonde ! Telle est l’Eglise, telle est la race qui fixe les yeux vers\nelle, et toutes deux sont sûres de leur im m ortalité.\n    Loin de nous la pensée de dim inuer en quoi que ce soit la\n gloire et le m érite des écrivains d’autres races. Ibsen, Bjornson,\n Tolstoï ont écrit des œuvres fortes et belles ; mais nous ne conce­\n vons pas qu’on puisse les im iter exclusivement, nous ne compre­\n nons pas ce fol engouement, qui p ar bonheur se calme aujour­\n d’hui, pour des essais fort beaux sans doute, mais inférieurs aux\n m onuments définitifs de l’A rt latin. Nous en sommes convaincus :\n m algré les influences funestes du Rom antism e et du Naturalism e,\n\n  1 . D a n t e , De Monarchià.\n\n\n\n378\n"}, {"page_pdf": 426, "texte": "  exaltant, comme l’a dit M. Charles Morice, le premier le senti­\n ment seul, le second la sensation seule, malgré l’invasion des\n  ouvrages du Nord et de l’ Est, montrant la plupart du temps\n des personnages maladifs, tourmentés par le doute et le scepti­\n cisme, l’idée latine triomphera, car elle réalise la grande Synthèse\n  en surélevant à la fois le corps et l’âme vers la perfection. Basée\n sur la philosophie chrétienne, indissolublement liée à l’existence\n de l’Eglise, elle vivra de sa vie, et, comme elle, surmontera toutes\n les difficultés et tous les périls.\n    Déjà, nombre d’esprits reviennent à elle. Fatigués des brumes\n où le Nord s’enveloppe, ils cherchent des horizons meilleurs,\n vivifiés par la bienfaisante clarté. Le succès qu’ obtiennent actuel­\n lement en France les œuvres latines, et, notamment, les romans\n  de MM. d’Annunzio et Foggazaro, est une preuve palpable de ce\n retour aux traditions classiques de la race. Sans doute, on pourra\n m’objecter que c’est là passer d’un excès à un autre. Je répondrai\n que l’ amour déréglé de l’ imprécis est, chez le latin, une anomalie,\n tandis que nous ne serons jamais assez avides de vérité et de\n lumière.\n    Il est vrai, trop vrai, hélas ! que les romans de Gabriel d’An­\n nunzio sont, en général, à l’ antipode des idées chrétiennes.\n Pénétré de la philosophie nietschéenne, il est de ceux qui placent\n le corps bien au-dessus de l’ âme, et, des deux héros de son\n chef-d’ œuvre le plus admiré : le T riom phe de la M ort, l’un est un\n nerveux pessimiste, l’ autre une magnifique bête de plaisir. Il est\nprofondément triste de voir un grand écrivain s’abaisser à si vile\nbesogne, surtout lorsqu’ on a lu l'admirable paraphrase qu’il a\n faite de T rista n et Iseu lt, ce poème définitif de l’Amour. Heureu­\nsement, son dernier roman : les Vierges a u x R ochers, manifeste\ndes tendances et des vues plus nobles. Le héros, passionné pour\nune œuvre large et belle, la régénération de sa race, est vraiment\nà la hauteur du poète qui le chante, et sa perplexité à choisir\nentre les trois vierges : la mystique Maximilla, la bienfaisante\nAnatolia et la royale Violante, celle qui l’ aidera le mieux à réa­\nliser son rêve, est du plus profond symbolisme. C’est encore loin\nde l’Art Suprême, mais cela s’ en rapproche. Après de telles œu­\nvres nous pouvons attendre pleins d’ espoir la venue du poète,\nqui, subordonnant son esprit à l’idéal chrétien, proclamant la vic­\ntoire de l’âme sur le corps sublimé par elle, réalisera enfin, selon\nl’idée latine, le chef-d’ œuvre futur.\n\n                                          Charles   de   S p r im o n t .\n\n\n\n\n                                                                       379\n"}, {"page_pdf": 427, "texte": "                                  LE PRINCE\n                                  DES PROSATEURS.\n            N\n            U b ru it vague. U n journal politique aurait organisé un\n              plébiscite dans le b u t d’élire un prince des prosateurs.\n              Curieux symptôm e ! Dans notre édifiante démocratie\n              chacun éprouve le besoin d’élire des princes. Il y a le\n              prince de l’élégance. Nous avons aussi le prince des\npoètes. E t je ne parle pas des reines, encore moins des muses. Le\nchoix d’un prince des prosateurs était indubitablem ent à faire.\nJ ’ignore absolum ent si le scrutin est dépouillé, et je ne désire\nqu’une chose : l’ignorer durant les tem ps et durant l’éternité. Il\nm ’est possible, cependant, de présum er, puisque tous les crétins\nfurent appelés à donner leur précieuse voix, que l’élu n ’a pu être\nque le crétin des crétins, celui qui reçut précisément, au lende­\nm ain de Lourdes, le nom de Crétin des Pyrénées.\n    Zola, sur lequel les intellectuels foiraient il n’y a pas encore\nbien des mois — voir les revues de jeunes — est devenu to u t à\ncoup l’idole de quelques-uns. Lui, le lourd pachyderm e, que dis-\nje, l’ichtyosaure dont les meilleures armes ne pouvaient entam er\nla carapace et qui se tram ait péniblem ent parm i les allées de nos\njardins, écrasant les plus belles fleurs de rêve, impitoyablem ent,\nest devenu soudain plus léger que l’abeille, le papillon, la libel­\nlule qui se posent sur les fleurs les plus grêles sans seulement\ntroubler la rigueur de leur immobilité. Il est le symbole de la\n grâce, de l’élégance. Il incarne aussi le génie et la justice.\n L ’ignoble groin de cet homme, qui semble ne devoir inspirer que\n le dégoût, la répulsion et le m épris, rayonne aux yeux de certains\n comme la face d’un archange. Il a donc pu recueillir, indépen­\n dam m ent des suffrages de quelques centaines de boeufs dému­\n selés, ceux de quelques dizaines d’esthètes qui ont retourné leur\n peau depuis peu.\n     On voit d’ailleurs d’étonnantes choses dans le tem ps où nous\n  vivons. Les articles de M. M irbeau étaient détestables, M. Mir­\n  beau n’avait aucun talent — ce n ’est pas moi qui le dis : voyez\n  la collection de l’Erm itage, 1898 — M. M irbeau n’écrivait pas.\n  Or, voici que survint l’affaire, la grande, l’unique, avec un A ma­\n  juscule. M. M irbeau y entra, lui aussi, comme dans un corps mou.\n  A ussitôt M. M irbeau écrivit mieux, les articles de M. Mirbeau\n  devinrent bons. C’est ainsi qu’il suffit d’E n être pour devenir du\n  jo u r au lendemain grand écrivain, écrivain génial. Mais restez\n\n\n 380\n"}, {"page_pdf": 428, "texte": "  loin du bruit, aimez la Justice, dites aux hommes des vérités\n  dures à digérer, le génie ne vous viendra jam ais, pas même le\n talent.\n     Or, celui sur lequel, un moment, pivota l’Affaire est Zola.\n  Comment ne serait-il pas élu prince ? Il y a bien aussi M. A na­\n tole F rance qui a infinim ent plus d’esprit et de talen t que Zola,\n mais il n ’est qu’un rouage de l’Affaire, un rouage dont on ne voit\n même pas l’utilité, une cinquième roue, comme on dit chez\n nous. Vous verrez que ce copiste excellent de l'Abbesse de Jouarre\n et de Candide ne viendra qu’après le Crétin des Pyrénées.\n    Ce n ’est pas ainsi cependant que nous entendons le prince des\n prosateurs, s’il nous en fau t enfin désigner un. E t d’abord, dans\n notre siècle de goujatism e où l’on voit sous les décrottoirs de\n nos Palais le plus sot échantillon d’une bourgeoisie sortie de la\n valetaille de nos pères, et puant encore la bouse, jouer au\n Louis X IV , peut-il y avoir encore des Princes, un Prince ? Ils\n sont si petits, vraim ent, les hommes, nos contemporains, on les\n écrase si facilem ent comme de la verm ine repue de sang hum ain !\n A utrefois les princes, dans le champ de pommes de terre où\n Dieu sema les hommes, dom inaient les foules qui se pressaient à\n leurs pieds et n’étaient sacrés que par ce même Dieu qui les ber­\n çait aux quatre vents de son esprit.\n    Une graine d’ivraie, apportée par le Démon, germ a dans\nl’arpent hum ain. Elle a pu seule to u t empoisonner. L a mauvaise\nherbe a gagné to u t le terrain et dévoré tous les sucs de la terre où\nles grands hommes puisaient Leur force et leur génie. Quatre\nsiècles ont suffi pour que le mal devînt peut-être irréparable, et\nsans doute approchons-nous de la fin des fins. Voilà L u th er et\nvoici Satan.\n    Que Jésus, le Dieu des humbles, des doux, des faibles et des\nforts qui souffrent, revienne. Sa potence, haute comme la lune, est\npréparée. Mais que dis-je? Le Christ est toujours parm i nous. On\nle coudoie, on lui crache au visage, on lui fait gravir le m ont\nfam eux avec le fardeau de l’instrum ent de son supplice. On le\ncrucifie, et sur sa croix on m et l’écriteau qui épouvante.\n\n\n\n\n   « J e suis m angé par le besoin de la Justice, comme par un\ndragon affamé depuis le Déluge. Ma colère est l’effervescence de\nm a pitié ». Qui donc parle de la sorte quand on n ’entend que des\nblasphèmes, des appels à la haine, des rires de luxure, des m en­\n\n\n                                                                381\n"}, {"page_pdf": 429, "texte": "songes ? Ah ! c’est qu’il est parm i nous un être étrange, un tém oin\nqui doit rendre tém oignage et dont la parole vivra. Humble, lui\naussi, presque réduit à m endier son pain, vêtu comme un pauvre,\nil va parm i les repus et les gens gras, la m ain gauche tendue et la\ndroite pleine de foudres. E h bien ! ce « m endiant » est tout\nsim plem ent le prince des prosateurs français de ce tem ps, sinon\nde tous les tem ps. Il vient de loin, sans doute, de quelque T hébaïde\noù les hommes ne vont plus. Il est comme égaré parm i eux. Ils\nne com prennent plus ses paroles qui sont celles des Prophètes\navec lesquels il a couché. Sa taille domine les foules comme sa\nvoix domine les voix. V ous le savez, prom oteurs de plébiscites, le\nprince des prosateurs est Léon Bloy; il ne saurait y en avoir\nd’autre, et devant ce nom tous les noms s’éteignent.\n   De même que la racaille des gens de plum e qui se retroussent\ndevant les vieillards, Léon Bloy eût pu, lui aussi, se prostituer.\nA yant fait sa cour, il aurait aujourd’hui la sienne; ayant avili son\nâme, toutes les âmes viles eussent ramassé son crottin. Simple­\nm ent, il a préféré la Vérité au Mensonge...\n    L e voilà bien celui qui sut attendre et qui ju sq u ’ici n’a reçu que\nles m iettes dont les chiens ne voulaient pas! Est-il cependant un\nécrivain digne de ce nom qui ne se croirait honoré de dénouer les\nliens de sa chaussure !\n    L e Mensonge est soûlé de gloire; le Beau, la V ertu, la Justice\net la V érité ne trouvent que des contem pteurs. Il était naturel\nque le plus droit, le plus sincère, le plus artiste de nos écrivains ne\ntrouvât que des calomniateurs. Il a jeté des vérités, on le paie\navec des mensonges. C’est le tem ps où les belles légendes sont\ntournées en ridicule; elles m ettaient un peu d’idéal, de p oésie\ndans la morne existence des hommes. Mais on crée à plaisir les\nlégendes infâm es destinées à fausser le jugem ent des simples.\n C’est ainsi que Léon Bloy est représenté comme un raté, un\nenvieux, un homme gonflé de haine et de fiel et aussi comme un\n ingrat. — Les tem ps sont durs pour les princes, pour les vrais. —\n Mais les oeuvres sont là to u t de même, et ta n t pis pour les\n imbéciles.\n    N’oublions pas que Bloy est encore et surtout un scatologue.\n « Qu’est-ce qu’un scatologue? Un auteur qui ne se vend pas. Un\n romancier qui tire à cent mille n’est jam ais un scatologue. »\n L ’auteur de l’Assommoir, de Nana, de la Terre n’est pas un scato­\n logue. Si, au lieu de désobliger ses contemporains, Léon Bloy se\n fû t ingénié à les p o llu e r à flatter le Moi des. hommes dans le sens\n  du poil il eut été, comme ta n t d’autres. un écrivain respectable.\n\n\n382\n"}, {"page_pdf": 430, "texte": "  Mais l’œuvre de celui-ci ne ressemble à nulle autre, et c’est préci­\n sém ent ce qu’on ne peut lui pardonner. — « N ’eussé-je attaqué\n personne, l’exécration dont me gratifie la m ultitude serait iden­\n tique. C’est l’Absolu qu’on repousse en moi, l’Absolu détesté du\n monde parce qu’il im plique le viol des consignes et l’in tra n ­\n sigeance des lam entations ».\n     Il ne s’agit pas ici d’énum érer les œuvres de Léon Bloy. J e l’ai\n dit déjà : ta n t pis pour ceux qui les ignorent. Ceux-là sont cepen­\n dant moins à plaindre que ceux qui les nient. Au reste, quoique\n d’un scatologue, les livres de B loy se vendent tô t ou tard. Chaque\n édition s’épuise et l’on en fabrique même de clandestines. Les\n volumes devenus rares font prim e. C’est donc qu’il a ses admi­\n rateurs en dépit des Conspirations du Silence qui n ’ont point\n désarmé depuis le Désespéré. Quoique l’œuvre de cet écrivain soit\n déjà considérable, considérable surtout quand on songe à la rare\n substance dont elle est faite, nous déplorons que les conditions de\n la vie matérielle, dans cette fin puante d’un siècle pourri où les\n hommes de génie sont toujours à la veille de m ourir de faim,\n n ’aient pas perm is à celui-ci de nous donner plus de chefs-\n d’œuvre : « Sans cesse chercher de l’argent! Chaque m atin\n reprendre les affres de m ort! Je pense qu’on est plus heureux au\n bagne. Comment achever ma brochure ? Je dérive sur la rivière\n d ’ombre ».\n    Telle qu’elle est, son œuvre suffit à sa gloire. Les privilégiés qui\n en possèdent les tomes précieux les conservent comme leurs pru­\nnelles. C’est là seulem ent que se peut assouvir cette soif de justice\ndont on parle tan t. C’est là seulem ent que les lions peuvent aller\nboire lorsque la n uit tombe.\n    Il fau d rait être plus jeune qu’on ne l ’est aujourd’hui pour\ncroire que l’envie puisse entrer dans le cœur d’un tel homme. Ceci\nest absolum ent enfantin. Mais to u t pirate gueule quand on lui\ndemande ses lettres de m arque. Comment se pourrait-il que des\nm aquereaux prépondérants pardonnassent à Quelqu’un qui les\ndévoila?\n    L a gloire de nos « grands romanciers » n’a jam ais empêché\nLéon Bloy de ronfler, non plus que celle du plus ém inent et du\n plus bâté des ânes de la critique dont il a crevé la boursouflure à\njam ais. Il n ’a désiré ni les approbations ni les p amoisons dès\npoupées du grand monde et du demi-monde. Il n ’y aura jam ais\nassez de bazars de charité pour nous débarrasser des dames chari­\ntables qui jam ais n’ont mis et jam ais ne m ettront leur m ain dans\nla m ain du pauvre Lazare. Les suffrages des foules ne l’ont pas\n\n\n                                                                   383\n"}, {"page_pdf": 431, "texte": "davantage tenté. Qu’ on lise, dans le D ésespéré, le récit des funé­\nrailles de Victor Hugo. Il suffit à Bloy d’écrire pour Dieu. Quand\nil se plaint du silence fait autour de lui, c’est au nom de la Justice\nqu’il se plaint. Hello ne fut-il pas dans ce cas ? Chose extraordi­\nnaire, en effet : les catholiques eux-mêmes, qui ont tant besoin\nd’hommes, n’ ont-ils pas toujours bouché leurs oreilles et leurs\nesprits quand ces amoureux de Dieu criaient leur faim sur le seuil\nde ses tabernacles ?\n    Les Pères du désert ont quitté le monde pour être plus près de\nDieu. Évidemment le contact des hommes n’est pas pour nous\nfaire monter jusqu’ à l’Absolu. Quel bonheur que cet écrivain ait\npu rompre à temps avec l’aimable et rigolarde troupe des jouis­\nseurs et s’ enfoncer dans la solitude bienheureuse où il « chemine\nen avant de ses pensées en exil, dans une grande colonne de\nsilence » !\n    Quant au reproche d’ingratitude si souvent adressé à Léon\nBloy, ne s’ en est-il pas fait lui-même une parure ? Le M en dian t\nI n g r a t est le dernier livre de Marchenoir. Caïn Marchenoir ! La\nvoilà donc sa vie débarrassée de tous ses voiles. Nous entrons ici\n dans l’intimité de cet être étrange pour qui les jours furent si\n souvent des nuits d’agonie. Voilà le livre sincère, écrit au jour le\njour. C’ est le journal de quatre années, quatre quelconques\n années, évidemment, d’ une vie de privations et de tortures. On\nsent si bien que ce n’est qu’une tranche de cette vie lamentable\net sublime. Eh ! la voilà « la tranche de vie » que les disciples\ndu Crétin auraient pu prendre comme modèle. Rien n’y manque,\npas même le plus imperceptible tressaillement du supplicié.\nL ’ atrocité du détail apparaît comme un phénomène de sugges­\ntion pour cette intelligence supérieure. S’il n’y avait encore\nqu’un homme à souffrir ! Mais il y a là une noble femme et des\nenfants.\n    Ah ! certes... L ’orgueil de Léon Bloy ! Oui, on peut être orgueil­\nleux d’une telle pauvreté. Si c’ est de l’ orgueil que de ne pas vou­\nloir de l’ auge commune, ayons de l’ orgueil. Mieux vaut encore le\npain sec parcimonieusement mesuré que les avilissantes agapes.\nPeu d’ artistes sont aujourd’hui disposés comme Léon Bloy à\nrésoudre ce problème : « Vivre sans groin dans une société sans\nDieu ».\n    Je sais qu’il fut des hommes qui acceptèrent toutes les injus­\ntices du sort et qui ainsi glorifiaient Dieu. Il fut naguère des\nmendiants qui faisaient profession de demander l’aumône de\nporte en porte et qui n’ avaient jamais une parole de récrimina-\n\n\n384\n"}, {"page_pdf": 432, "texte": "tion contre les riches qui leur donnaient ou refu saien t une\nobole. Mais ceux-là n’étaient pas m arqués au fro n t du signe du\ngénie. L a soif de la justice ne les tourm entait point. Mais voici\nun homme en qui le Créateur m it une âme de feu, qui fu t chargé\nd’être le tém oin des turpitudes de son tem ps, qui eut conscience\nde sa mission et la ju ste fierté d’avoir été choisi ; comment accep­\nterait-il de voir les valets à la place des m aîtres et ne crierait-il\npas à faire trem bler les m ontagnes : Les prem iers sont les der­\nniers.\n    L a légende disait aussi que la pauvreté de Léon Bloy est simu­\nlée. Adm irez toute la noblesse de cette facétie : « P as le sou et\nrien à po rter au M ont-de-Piété. J e me sature de tristesse en reli­\nsant les lettres de mes parents m orts et de quelques amis anciens\nqui m ’ont lâché. J ’arrive ainsi, vers le soir, à une sorte d’agonie ».\nE t les jours se suivent et les jours se ressemblent. Les anciens\namis sont partis, mais le besoin est toujours présent, et le term e,\nrégulièrem ent, apparaît, inexorable : « Crise argentine. Terme\nimpayable. D ettes écrasantes. Je revis les anciennes tortures du\nDésespéré. J e me sens cap tif dans quelque sale prison vitrée de\ncorne d’où je pourrais à peine soupçonner les formes lumineuses\ndu Monde divin qui est tellem ent m a patrie ! » E t le gagne-pain\nqui n ’arrive jam ais : « J e fais offrir à P lon la Chevalière de la\nM ort pour une revue qu’il vient de fonder. R efus de cet éditeur,\nalléguant un choix exclusif des écrivains les plus distingués ».\n   P arbleu ! les écrivains les plus distingués, on les connaît. Ils\nsont bien une demi-douzaine qu’on trouve partout. Ils tire n t de\ncinquante à cent mille. Ils sont millionnaires. E n dehors de ces\n« chers m aîtres » il n’y a plus rien, et, quand ils seront morts,\nvraim ent ne sera-ce pas la fin de to u t ?\n   Ecoutez encore cette supplique du faux pauvre à un ami,\nentrepreneur de maçonnerie, qui s’est inexplicablem ent éloigné :\n« Mon cher ami, la brochure que vous recevrez en même tem ps que\ncette lettre vous apprendra exactem ent de quelle m anière j ’ai dû\nq u itter le Gil Blas, si vous ne le savez déjà. Voulez-vous cher­\ncher pour moi, dans n’im porte quel bureau, ou chantier, un\nemploi quelconque ? L e m om ent est venu d’oublier que je suis un\nartiste, un écrivain, et de me souvenir que j ’ai le devoir de nour­\nrir les miens. Les privations qu’on endure depuis deux mois ne\npeuvent plus être supportées. J ’accepterais donc n ’im porte quoi,\nfût-ce une besogne d’homme de peine, plutôt que de voir périr\nceux qui m ’ont été confiés... »\n    E t c’est le plus éloquent, le plus artiste, le plus grand des écri­\n\n\n                                                                    385\n"}, {"page_pdf": 433, "texte": "vains français qui écrit ces lignes. Pensez-vous qu’on l’a entendu ?\n E t les quatre cent cinquante pages de ce volume retentissent de\nces appels presque toujours vains. Les amis eux-mêmes, pour\nlesquels on se dévoue, pour lesquels on a sacrifié ju sq u ’aux\nmoyens d’existence, vous lâchent sans rem ords et sans honte.\nE st-il possible de nier que l’on a vu Léon B loy devant les cochons ?\nE t il faudrait encore chanter joyeusem ent le bonheur de vivre,\nproclam er la douceur de l’am itié ! Mais pensez-vous que ce soit\nto u t ? Allons donc !\n    « Réveillé à 4 h. environ par les cris terribles de Jeanne, je\nme précipite pour assister au dernier soupir de notre fils André.\nM oment effroyable. Nouvel épisode de mon effroyable vie... » Il\nfau t lire dans la Femme Pauvre le terrifiant récit de cet épisode\nde la vie de Bloy. Il n’a pas eu le courage de le raconter une\nseconde fois dans son journal. Il est bon cependant de rappeler\nici que le décès du pauvre p e tit être fu t occasionné p ar les éma­\nnations malsaines du logis. « P u an teu r horrible de notre maison.\nNous en sommes à nous demander si ce tabernacle de douleur et\nde misère qui paraît avoir déjà tué l’un de nos deux enfants\nn’est pas maléficié de toutes m anières par la présence de quelque\nrelique affreuse... »\n    Mais les épreuves ont une fin ! L e croyez-vous ? E n effet, un\nnouvel enfant est né ; mais les jours restent aussi sombres. La\nm ort, la gêne, la m aladie ne désarm ent pas plus que les hommes :\n« Ma femme a reçu ce m atin le viatique des m ourants... » « C’en\nest assez. J e n’en peux plus. Allons ! mangez, chiens. V oilà les\nentrailles d’un homme »... « Ma femme bien aimée ne m ourra\npas. L a coupe des tourm ents est trop pleine encore, et qui m ’ai­\nderait à la boire ? Mais il y a quelque p a rt une petite tombe de\nplus, et il faut entendre parfois, au milieu des cris inhum ains de\nla populace qui nous environne, cette plaintive et déchirante\nmélopée de notre innocente Véronique, le dernier enfant qui\nnous reste :\n    « Mon p e tit frère André est m ort. — Mon p e tit frère Pierre\nest m ort. — Ma petite m am an est m orte. — Mon p e tit papa est\nm ort. — Il n ’y a plus de jardin. — Il n’y a plus de maison. —\nLa petite fille est toute seule dans la rue ».\n    Le voilà donc démasqué, le faux pauvre, le M endiant Ingrat !\nA h ! tous les gavés le seraient à moins, des ingrats. S’il y a ici\ndes cris de colère il semble qu’aucuns ne fu ren t jam ais plus jus­\ntifiés. Ces accents sont-ils assez sincères ? J e n’eus jam ais la\npensée de m ’en assurer, mais j ’eus le désir irrésistible de voir cet\n\n\n386\n"}, {"page_pdf": 434, "texte": "homme. J ’ai donc vu le L ion dans sa tanière. A u reste, je n ’avais\nni la démarche ni la mine d’un triom phateur, car le D estin ne\nm’a pas non plus prodigué ses douceurs. J ’ai senti un ra fra î­\nchissement quand les deux yeux de cet homme de douleur, pro­\nfonds comme le firmam ent, m ’ont inondé de lumière. J ’ai compris\nto u t de suite que la croix avait pesé lourdem ent sur ses épaules,\ncar il avait mis v in g t ans à gravir son calvaire et ses cheveux\navaient blanchi. E t c’était bien aussi la maison du Pauvre. Mais\nDieu soit loué ! L e proscrit n’est point seul. Deux beaux enfants,\ndont l’adorable Véronique dont il fu t parlé, jouent devant lui,\naux pieds de leur mère. Si Caïn M archenoir est abandonné des\nhommes il n ’est point abandonné de Dieu, puisqu’il y a to u t près\nde lui de telles tendresses.\n   Dans cette solitude Léon Bloy travaille, et j ’espère que nous\naurons prochainem ent la joie de lire les pages solennelles et défi­\nnitives qu’il écrit sur Louis X V II. J ’ai eu la rare bonne fortune\nd’en écouter le prem ier chapitre, et je suis to u t frissonnant encore\nau souvenir de cette voix sonore et bien tim brée qui, à chaque\nmot, attrib u ait sa valeur propre. J ’entends ses éclats de tonnerre.\nJ e verrai toujours cette face alors tourm entée de visionnaire ins­\npiré où les yeux lançaient des éclairs.\n   Les gens simples sont hospitaliers. Dans les tem ps antiques\nles hommes étaient simples. L e progrès n ’en avait pas fait des\nfrères ennemis. Les paysans de mon pays en ont gardé les mœurs\nhospitalières, et je pouvais croire qu’ils en étaient les seuls gar­\ndiens. Mais aux portes de P aris il est une petite maison où l’on\npeut oublier qu’à deux pas les hommes d’un siècle de civilisation\ns’entre-dévorent.\n   A h! je puis le dire, je suis sorti de la caverne du fauve charmé\npar sa douceur. Qu’on parle encore d’orgueil et de mensonge. J e\nn’ai vu que droiture et simplicité.\n\n   L e silence règne autour de la m aisonnette de M ontrouge.\nL ’effroyable gaîté des grands boulevards n’y porte pas ses cris.\nOn se figure aisém ent que le terrible exterm inateur y doit dorm ir\ndéjà son éternel sommeil et que du fond de ce gouffre de silence\nne sortiront plus les formidables trom pettes.\n   Patience !\n   « Il est tombé, le blasphém ateur de la Racaille, à jam ais, sans\ndoute, on ose le croire. Qui sait, po u rtan t ? Les profondeurs ont\nparfois d’étranges surprises. Qui sait, vraim ent, parm i la Racaille,\nla satisfaite et ribotante Racaille, si ce Pauvre ne reparaîtra pas,\n\n\n                                                                   387\n"}, {"page_pdf": 435, "texte": "quelque jour, à la surface des ténèbres, tenant à la main une\nmagnifique fleur mystérieuse, la fleur du Silence, la fleur du\nGouffre ? » 1\n                                                         Y ves B erthou.\n\n\n\n\n                                            LA CHANSON\n                                            DES BLÉS MÛRS.\n           ’A I vu les p a y s a n s so rtir de leurs chaum ières\n\n\n\n\n J\n            A l'heure où le soleil enflamme l’horizon,\n             Q uand la rosée en fleurs scintille de lum ières,\n\n\n\n\n      L e s clartés en éveil couraient su r les collines,\n      E scaladaien t les m onts et p erça ien t les forêts,\n      J e ta n t leur rire cla ir et leurs senteurs divin es\n      A u jo u r à pein e éclos, penché su r les guérets.\n\n      S i r e des fleurs et des gazons, rire des sources\n      Sous le p rem ier baiser de l'aube q u i su rgit,\n      R ir e des m ondes fous éblouis d an s leurs courses\n      P a r cet im m ense p a n du ciel qu i se rougit.\n\n      J ’a i vu les p a y s a n s s'en aller, lents et graves,\n      Courbés sous les outils réu n is en faisceaux,\n      Jeunes et vieu x, garçon s et fillettes très braves,\n      Vers la cam pagne blonde et vers les longs tra v a u x .\n\n      E t p a r fo is a rrêta n t leur dém arche hautaine,\n      J o yeu x , ils contem plaient la cam pagne et l'azur,\n      E t, ria n ts, écoutaient la m usique lointaine\n      Que fa isa it au tour d'eux la chanson du blé m ûr.\n\n      I l s écoutaient vibrer les épis et les chaumes,\n      E t, sachant la n a tu re et ses m oindres frissons,\n      I ls com prenaient le chant si frêle des atomes,\n      E t voici que les blés disaien t en leurs chansons :\n\n 1.   L éon B l o y , Le Mendiant Ingrat.\n388\n"}, {"page_pdf": 436, "texte": "H om m es des cham ps, fils des villages et des pla in es,\nQue vos cœ urs soient gonflés de jo ie et d 'espoirs sû rs,\nE g a y e z le labeur art chant des cantilènes,\nC ar n ou s voici, les blés sont blonds, les blés sont m ûrs.\n\nQue les g a rs am oureux et p rê ts a u x confidences,\nE n la ç a n t d a n s leurs bras les filles a u x seins ronds,\nO rganisent des je u x cham pêtres et des danses,\nC ar nous voici, les blés sont m ûrs, les blés sont blonds.\n\nP e n d a n t des m ois, la bonne terre, notre mère,\nN ou s p o r ta d a n s son sein où ses tra v a u x obscurs\nN o us donnèrent la sève arden te et n ourricière,\nE t nous voici, les blés sont blonds, les blés sont m ûrs.\n\nL e s aubes du p rin te m p s d an s les p lis de leurs robes\nP o rtèren t la rosée à boire à nos sillons\nE t la douce chaleur et les brises des aubes,\nE t nous voici, les blés son t m û rs, les blés sont blonds.\n\nL e soleil à son to u r forgea su r son enclume\nB a n s l'éblouissement fabuleux des a zu rs\nL e s tra its d'or don t le champ de nos vagues s'allum e,\nE t nous voici, les blés sont blonds, les blés sont m ûrs.\n\nA ppelez les sem eurs qu i dan s les sacs de toile\nOnt p r is les g ra in s dorés qu i fu re n t si féconds.\nChaque épi m ain ten a n t relu it comme une étoile,\nE t nous voici, les blés sont m ûrs, les blés sont blonds.\n\nOù sont les laboureurs q u i d u soc des charrues\nP rép a rèren t les cham ps p o u r les J u illets fu tu rs?\nQ u’ils vien nent contem pler les récoltes venues!\nCar nous voici, les blés sont blonds, les blés sont m ûrs.\n\nQu'on appelle les m oissonneurs et les glaneuses,\nF a u ch ez nos p la n ts p u issa n ts, c’est l ’heure des moissons,\nD es gerbes d'or et des ja velles prom etteuses ;\nCar nous voici, les blés sont m û rs, les blés sont blonds.\n\nVos gren iers sont-ils p rê ts ? M aisons, ouvrez la grange,\nE t, si la p o rte est trop étroite, ouvrez les m urs,\nVoici les ch ariots gonflés qu’il fa u t qu ’on range,\nCar nous voici, les blés sont blonds, les blés sont m û rs. »\n\n\n\n                                                                        389\n"}, {"page_pdf": 437, "texte": "      A in s i chantent les blés a u x oreilles ouvertes\n      D es filles et des g a rs, des jeu n es et des vieu x,\n      E t tous, au souvenir des fatigu es souffertes,\n      Sentent des chants éclore en leur cœur radieu x.\n\n      M ais, p a r m i le concert des épis et des chaumes,\n      I ls écoutent encor p lu s subtil et p lu s d o u x\n      Un chant m ystérieu x , comme le chant des gnom es ;\n      C'est le chant des g ra in s d ’or p a r m i les épis ro u x :\n\n      « S oyez heureux, so yez heureux, fils de la terre,\n      » L 'abondance des g ra in s fa it crever les épis\n      » E t p lo y e r sous le fa ix le chaum e tu téla ire;\n      » L es g ra in s sont lourds et les épis son t bien g a rn is.\n\n      » E tes-vous p rê ts, batteurs velus, batteurs étranges,\n      » Sous vos fléaux p esa n ts nous je tte ro n s l'éclair\n      » D e notre or ja illissa n t d an s le ciel de vos granges ;\n      » B a tteu rs, à vos fléaux, battez et chantez clair.\n\n      » P u is vien dron t ceux don t la sueur trem pe l'aisselle\n      » A m anœ uvrer le va n qui chasse les fa u x g ra in s\n      » E t de notre soleil en lave qui ruisselle\n      » G orger les sacs béants au son de g a is refra in s.\n\n      » E t chantons, voici les m eun iers avec leurs ânes,\n      » A n es et gens, vêtus de blanc, tous les m euniers\n      » Qui descendent à p a s comptés vers les cabanes\n      » Où sont les sacs de blés rangés dan s les gren iers.\n\n      » M ou lin s de la m ontagne, ouvrez vos ailes d'aigle,\n      » É norm es oiseaux g ris qu i d an s les cieux p la n ez,\n      » L e vent souffle et voici le fro m en t et le seigle,\n      » E t tou rn ez, les m oulins, et, les m oulins, tournez.\n\n      » L e s sacs sont éventrés, l'or coule en avalanches,\n      » L e s m eules ont m ordu le glu ten et le son,\n      » L es blu toirs su r les m urs m ettent des gazes blanches,\n      » E t tord le m oulin chante une blanche chanson.\n\n      » Chansons d an s les vallons, chansons su r les collines ,\n      » N ous avons dépouillé nos robes et nos ors,\n      » E t voici dans les sacs les blancheurs des farin es,\n      » L es blanches n u dités très chastes de nos corps.\n\n\n390\n"}, {"page_pdf": 438, "texte": "» Soyez heureux, soyez heureux, enfants des hommes.\n» Chauffez les fours profonds, préparez le pétrin.\n» I l fa u t pétrir la pâte, ô mains, frappez des paumes,\n» Nous sommes les froments dont vous ferez le pain.\n\n» 0 le p a in ! ô le p a in ! nourriture sublime!\n» Hommes, nous vous donnons le pain qui vous soutient,\n» Nous avons exaucé la prière unanime :\n« Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien ».\n\n» Pour vous, c’est la nature entière qui travaille :\n» Pour enclore la vie en l’or de nos écrins,\n» L a terre dans ses flancs gonflés d'amour tressaille\n» E n un enfantement merveilleux de nos grains.\n\n» L ’hiver couvre nos jets d’un chaud manteau d’hermine,\n» L e printemps nous arrose et donne sa chaleur,\n» E t Vété son soleil orgueilleux qui fulm ine\n» E t, fauve, verse en nous la force et la vigueur.\n\n» Hommes, comprenez bien le mystère des choses,\n» L e secret ténébreux de l’amour éternel,\n» De la vie en travail, des effets et des causes,\n» Nous sommes les froments du Pain essentiel. »\n\nA insi chantent les grains, les épis et les chaumes.\nLes paysans grisés par les parfum s des champs\nEcoutent recueillis la musique des psaumes,\nE t leurs cœurs sont gonflés d’espoirs exubérants.\n\nE t, tendant les deux mains vers la nature en fête,\nLes bras en croix sous la splendeur du firmament,\nComme u n enfant baise la mère qui l'allaite,\nIls embrassent le sol très amoureusement.\n\n                                               E do uard N e d .\n\n\n\n\n17                                                            391\n"}, {"page_pdf": 439, "texte": " ON\n                                        LE DÉSERTEUR.\n\n\n                   le croyait un peu fou. Personne, du reste, ne l’ ai­\n                 mait dans les villages où il passait chaque semaine,\n                 pérégrinant sans cesse un même itinéraire. Tous\n                 les lundis — jamais les intempéries, grêles, averses\n                 ou neiges ne l’ avaient rebuté — il partait par la\n grande route. E t le samedi, ponctuel ainsi qu’un mécanisme\n inconscient, il rentrait dans une cahute de torchis, branlante aux\n vents, hospitalière aux pluies par les plaies de son chaume, et\n qu’un propriétaire pitoyable aux infortunes lui avait laissé cons­\ntruire au bord de son champ, à l’ orée du bois. C’ est comme d’un,\nmalfaisant qu’ on parlait de lui ; sa mine sinistre et l ’aversion\ninnée que provoque un loqueteux en faisaient le croquemitaine\n dont on épouvantait les gamins ; les femmes lui donnaient par­\nfois, mais pour l’ éloigner, pour éviter sa présence que l ’on crai­\ngnait ainsi qu’un danger.\n   Et, pourtant, Bagnolet, le vieil errant, n’ avait qu’ un tort : celui\ndes faibles et des malchanceux que le bon vouloir d’une expia­\ntion sincère ne parvient pas à réhabiliter de la souillure d’une\nfaute.\n   Car, hélas ! B agnolet garde au cœur le désespoir d’une heure\nd’oubli — il y a longtem ps !\n   Pris par la conscription, alors que jeune ét tout vigoureux il\ncultivait le bien du père, il était parti pour la caserne, presque\njoyeux, avec le goût du métier.\n   Pendant ses longs cheminements, dans la solitude qui fait de\nlui presque un vagabond, il se ressouvient des matins ensoleillés\noù, par la plaine, au galop d’une noire jument, il cavalcadait,\npompeux, par devant la batterie dont le roulement laissait traîner\nau loin un tonnerre furieux. Ils allaient par trois, les trompettes,\nmontrant la route aux autres, lançant au ciel la vibrante fanfare\nde leurs marches ; et le sabre d’ acier qui se querellait avec les\nétriers donnait le la des sonneries. Portant haut le coude, la face\nau ciel, crispant la main gauche dans l’ étreinte des rênes, ner­\nveux, les trois trompettes sonnaient, faisant jaillir en de crânes\ncoups de gorge les cinq seules notes du pavillon hautainement\ndressé.\n   Bagnolet se ressouvient de ces chevauchées qu’il avait rêvées\népiques déjà, lorsque, gamin, il eut, après une promenade à la\n\n\n392\n"}, {"page_pdf": 440, "texte": "ville, un jo u r de fête, la hantise dés fourragères de laine jaune,\nd û talpack d’astrakan, de l’incendie des cham arrures et des cor­\ntèges m agnifiquem ent beaux.\n    Une fois pourtant, m algré le bonheur d’un rêve accompli, ce\nrustre, né de m anants pour n’être qu’inférieur toujours, obéissant\net par destinée sans volonté, eut des révoltes. Il v it une injustice\ndans une récompense; son instinct farouche le fit regim ber contre\nla discipline; puni, il frappa un officier, puis s’enfuit. R ejoint\nbientôt, et condamné, il fu t envoyé aux Compagnies, d’où une\nam nistie le tira de longues années seulem ent après. Ses parents\nreposaient à cette époque côte à côte sous une modeste et bran­\nlante croix de sapin, contre le m ur de l’église ; ceux de son âge\nl’avaient oublié ou le m éprisaient.\n    Aussi B agnolet le déserteur gagna bien vite une autre contrée,\nloin, très loin du clocher natal, un pays où on ne le flagellerait\npoint du reproche harcelant de sa faute, où il pourrait en paix\nvieillir et m ourir après avoir durem ent expié, où on ne s’éloigne­\nra it pas de lui en chuchotant : « Ah ! oui, B agnolet le m eurtrier,\nB agnolet l’assassin       »\n    Mais épuisé, vieilli trop tôt, il n’eut pas le cœur à la besogne,\nne fu t qu’un traîne-les-chemins.\n    E t voilà pourquoi il ne se plaignait jam ais quand les petits vau­\n riens le poursuivaient et quand les plus canailles même se hasar­\n daient à lui lancer une pierre en criant : « A u fou ! Au fou ! »\n C’était affreux, cette hum iliation, mais au moins ce n ’était pas\n l’incessante insulte de son crime.\n    B agnolet vivait des aumônes faites par crainte souvent, par\n charité quelquefois, ou des petits profits que lui valaient de m enus\n travaux auxquels il trouvait à s’employer — bien rarem ent, quand\n une bonne mais fugitive résolution le prenait.\n    Une seule passion a survécu à ses douleurs. Depuis des ans\n qu’il ne galope plus, sonnant ses marches et conduisant aux évo­\n lutions les pièces dont les gueules larges ouvertes semblent prêtes\n à répondre en rugissant aux fanfares des trom pettes, B agnolet\n n ’a p ourtant cessé d’aim er l’instrum ent dont la voix, aux jours\n de parade, lançait l’appel vibrant et le salut triom phal.\n     Il sait encore les formules guerrières en lesquelles passait toute\n son âme : l’allègre invite du réveil qui m et en branle les cham ­\n brées et fait hennir les chevaux flairant l ’ivresse prochaine du\n grand air; la symphonie joyeuse des m arches qui cadencent les\n piaffem ents; la détresse des notes d’alarm e; la m ajesté qui fa it\n planer un souffle de poignante grandeur quand se m odulent les\n\n\n                                                                   393\n"}, {"page_pdf": 441, "texte": "larges envolées d’un aux-champs solennel ; le calme im posant de\nla retraite qui semble, presque lugubre en la paix des soirs,\naccueillir tous les derniers bruits et lancer comme un adieu à\nl’éch o; les sons m ourants du couvre-feu. puis surtout l’enivre­\nm ent de la charge qui ru g it en rage la folie d’un appel désespéré,\nla charge qui vibre et domine le roulem ent et le tum ulte, enlève\nles batteries au son de ses gammes stridentes, la charge qui m et\nau cœur de chaque homme la m orsure irrésistible de l’émotion,\nqui fait hennir les chevaux emballés et qui va quand même et\ntoujours, qui sonne endiablée, magnifique, qui est vraim ent la\nvoix des armées, dont le cri empoigne et enlève les régim ents!...\n   B agnolet a conservé la longue trom pette de cuivre à torsade\njaune, et seul, dans une clairière ou sur le bord d’un fossé, la nuit,\nil sonne encore souvent.\n   L a tête haute, redressant sa vieille échine courbée, de tout son\nsouffle, les yeux clos, il réveille les échos. Loin de toutes choses,\noubliant les infortunes de sa vie brisée, il a la vision de la caserne\naux jours heureux, de la plaine et des par ades. Il sonne et il entend\nderrière lui le roulem ent des attelages, le piaffem ent des bêtes,\nles commandements des chefs, le m urm ure de la foule qui\nadmire... E t alors, oui, il est fou, Bagnolet, fou de l’ivresse du\nsouvenir, de la vision en laquelle il s’identifie, ju sq u ’à ce que, à\nbout d’haleine, éperdu, il s’arrête, rouvre les yeux et se retrouve\nseul, m alheureux et bien près de finir sa triste vie.\n   On a déjà voulu l’écouter, le faire sonner dans les villages où il\nva. Mais toujours il a refusé. On ne l ’en croit que plus fou, et l’on\na pris pour une m anie encore cette volonté de s’isoler, de réserver\npour soi seul ses chants guerriers. Mais son cœur a saigné au seul\npenser qu’on pourrait profaner ce qui lui reste encore de cher au\nmonde, uniquem ent. Ce lui fu t une rancœur, la vilenie de ces\ngens qui banalem ent s’étaient imaginés qu’on entendait pour\ndeux sous la trom pette de Bagnolet comme l’accordéon d’un\ngam in morveux ou la clarinette d’un aveugle !\n   Il cacha son cher trésor avec plus d’amour, s’enfonça au plus\nprofond des combes pour le palper, le baiser, ainsi que ferait un\namoureux d’une bien chère relique. Il parlait, il pensait, il vivait\npar la voix de cette am ante inanimée en laquelle pourtant son\nsouffle faisait vibrer un monde de sensations, une vie intense en\nleur infini de beautés tan tô t tristes, tan tô t alertes et pimpantes.\n   Il sonnait encore l'appel de ses souvenirs et le réveil de ses\nbelles illusions de jadis. Il redisait toutes les marches et les\nfanfares dont les variantes sans nombre étaient autant d’im pres­\n\n\n394\n"}, {"page_pdf": 442, "texte": "sions qu’il no tait et transform ait sans cesse. Il im posait le silence\nà tous bruits, aux appels apeurés des oiseaux, aux grattem ents d’un\nécureuil, aux frôlem ents des branches, par l'im périeuse volonté\nd’un garde-à-vous sans réplique. Puis, lorsque sans souffle presque,\nla gorge sèche, le front ruisselant, il était près de s’arrêter, il\nlançait alors l’ultim e rage de la charge, et l’on eut dit que les\ngrands arbres épouvantés se reculaient, que les cimes, dominées,\ncourbaient leurs plus altières branches vers les taillis et que\nseule, plus éclatante, la lune, au ciel, avait l’orgueil de braver la\nrauque fanfare et d’essuyer l’orage de notes qui, déchirantes,\nfusaient du pavillon de la longue trom pette toute d’or dans le\nsoir...\n   L e héraut saluait alors d’un aux-champs m ajestueux et apaisé\nce qu’il y avait de sublime dans l’im posante splendeur de la nuit\nétoilée.\n   P a r un gris crépuscule d’octobre enfin, dans la cabane de\nB agnolet où une vieille toux l’enferm ait, épuisé, depuis une\nsemaine, on eut pu entendre un son triste, lent, tim ide presque,\npuis un autre encore. Le trom pette sonnait désespérém ent la\nretraite , mais une retraite lugubre, psalm odiant en une morne\ncadence son to u t dernier effort. E t B agnolet le déserteur m ourut\nen lançant la note finale, douloureuse ainsi qu’un râle.\n                                                                  P aul A n dré.\n\n\n\n\n                                       QUELQUES\n                                       LIVRES NOUVEAUX.\nJ. K. H u ysm an s : L a B iè vre et St-Séverin (Stock); J. E s q u ir o l, : A Mi-Côte,\n    roman (Stock) ; P. R e n au d in : Silhouettes d'humbles (Perrin) ; G e o r g e s\n    V i r r è s : E n Pleine Terre, L a Glèbe héroïque, 1798-1799 (édition de\n    « La Lutte », Paris), 3 f r . 5 0 ; J o s é H e n n e bicq : Paradis de Cristal\n    (Lyon-Claesen, Bruxelles), 2 fr.\n\n               C MME de vieux troncs vermoulus qui s’obstinent\n               O\n       à tordre leurs ram eaux desséchés au m ilieu des pépinières,\n       quelques coins subsistent encore, en plein milieu d u moder-\n        nisme urbain, de ce qui fu t la glorieuse cité à l’époque\n                   médiévale, afin d’évoquer, semble-t-il, m algré\nles façades lépreuses, par le pittoresque et l’inattendu des\n\n\n                                                                                   395\n"}, {"page_pdf": 443, "texte": "m éandreuses venelles, et les merveilles sculpturales des églises,\nla splendeur du passé.\n    A vant de q u itter Babylone, l’oblat fu tu r de L igugé a voulu\nlaisser — souvenir d’ami — un livre où survécut l’évocation des\nbords hideux et industrieux de la pauvre Bièvre, et de ce quartier\nSt-Séverin que l’haussm annisante pioche des démolisseurs aura\nbientôt fait sans doute d’amonceler en décombres. N ul mieux\nque Joris-K arl Huysm ans n’était doué pour une semblable tâche.\nAvec ses yeux de raffiné chercheur et d’antiquaire épris de bizarre­\nries moyennageuses, avec sa langue savante, audacieuse et ner­\nveuse, qui ajoute son pittoresque littéraire au pittoresque des\nquartiers décrits, avec sa science liturgique qui nous remémore\nles coutumes, les rites et les dévotions de jadis, l’auteur de la\n Cathédrale nous donne en ce livre nouveau une saisissante évoca­\ntion du moyen âge parisien, et son livre se recommande à tous les\n esprits curieux de descriptions originales. Or, l ’on sait ju sq u ’où\n peut atteindre l’originalité de la vision d’Huysm ans et sa puis­\n sance évocatrice. C’est à ce m aître catholique qu’est dédié le livre\n de J . Esquirol, un jeune rom ancier que L a Lutte com ptera avant\n qu’il soit longtem ps parm i ses rédacteurs. Autobiographie —\n incontestablem ent — d’une âme éprise d’a rt et platoniquem ent\n chrétienne (en désir seulem ent et non pas en action), qui se croit\nappelée à la vie ecclésiastique, voire monacale, mais que le sémi­\nnaire a bientôt dégoûté et rejeté au monde, où, s’orientant enfin\nvers l’action littéraire et la pratique du devoir fraternel qui est,\npour le chrétien, de visiter les pauvres, elle pourra jete r autour\n d’elle, cette âme molle et rêvassière, un peu de feu surnaturel,\nun peu d’espoir en Dieu, un peu du saint amour... Encore que ce\nroman, ou plus exactem ent cette m onographie psychologique,\nm anque de moelle, il y a, dans A mi-côte, des pages hardim ent\n « enlevées », et une description très vécue de l’existence\nsaint-sulpicienne qui ne m anque pas de piquant ; il y a enfin et\n surtout une description de Lyon, la ville m ystique, où le jeune\nauteur qu’est J . Esquirol apporte déjà mieux que la promesse de\nsa contribution par les lettres à la renaissance de l’Idéalisme.\n    Car le m eilleur moyen de faire s’orienter cette Renaissance,\n et d’une m anière définitive, vers l’Idéal chrétien, c’est de profu­\n sionner, écrivains catholiques, des livres qui soient à la fois des\n œuvres de Beauté et des œuvres de Foi.\n    Que notre confrère R enaudin m ’entende! C’est en produisant des\n livres aussi bien pensés et non moins bien écrits que ses Silhouettes\n  d'humbles que les jeunes auteurs catholiques donneront l’impul­\n\n\n396\n"}, {"page_pdf": 444, "texte": " sion décisive à ce m ouvem ent idéaliste, au sujet duquel le Sillon,\n dont il est, lui, le directeur, vient de term iner une curieuse\n enquête dont je reparlerai aux lecteurs de L a Lutte en un fasci­\n cule prochain.\n    L e livre de notre am i est « un regard jeté aux m ansardes loin­\n taines ». Il n ’y est question (lui-même nous en avertit) que de ceux\n qu’on a coutum e d’appeler, d’un term e de m épris ou d’indiffé­\nrence, les « petites gens », ou la « masse », ou le « populaire » ;\n et il voudrait m ontrer (et moi j ’ajoute : il montre) que ces « pe­\ntites gens » ont parfois l’âme plus haute que leur condition; que\n cette « masse » est une masse de chair et de sentiments, et que ce\npopulaire enfin est peut-être aussi intéressant à étudier et à\n décrire que le monde des boudoirs, des coulisses et des cafés.\n    Ici le style est doux, et la langue très simple, hum ble comme\n les hum bles dont elle dépeint avec une émotion sincère et une ar­\n dente sym pathie chrétienne le quotidien corps à corps avec la\nD ouleur de la Vie.\n    E t je songeai — à cause du contraste — en lisant Silhouettes\n d'humbles de Renaudin, à certains contes plébéiens et forcenés de\n Georges Eekhoud. Chez celui-ci il y a plus de colère encore contre\n les riches que de pitié pour les rustauds. Chez le jeune catholique\n qu’est P a u l R enaudin il y a avant to u t et surtout de l ’amour pour\nla m isère fraternelle.\n    Georges V irrès, lui, s’apparente à Georges Eekhoud par son\nam our de la Campine patriale, et son nom est de ceux qui, dès à\nprésent, s’im posent à l’attention de tous. Mais afin qu’on ne sus­\npecte pas m a louange de partialité envers un de mes amis de la\nprem ière heure, envers l’un des plus dévoués rédacteurs de notre\nLutte, je me bornerai à faire miennes ici les louanges que fit de\nson beau livre toute la Presse et spécialem ent l'A rt moderne du\n29 janvier.\n    A près avoir longuem ent loué la langue fastueuse et mâle du\nje u n e écrivain de la Lutte, Y A rt moderne conclut : « M. Georges\nV irrès a des couleurs vives et éclatantes, des lignes fermes et sou­\nples, des ombres calculées, où rem ue un peu de l’essentiel m ys­\ntère ; il vient de nous donner d’agréables esquisses; nous atten ­\ndons le tableau ».\n   Georges V irrès, ajouterai-je, a écrit son En Pleine Terre à la\nm anière dont un sculpteur p é trit et façonne la glaise ju sq u ’à ce\nqu’elle surgisse hors de ses mains puissantes en symbole de force\net de fruste beauté.\n   Si les contes rustiques attestèrent en la prem ière partie du\n\n\n                                                                   397\n"}, {"page_pdf": 445, "texte": "livre, par l’heureuse diversité de leurs tram es, que Georges V irrès,\nréaliste et croyant, sait im aginer un Noël m ystique avec non\nmoins d’a rt qu’une idylle agreste, qu’un conte hum oristique ou\n qu’un flamand tableau de beuveries, les tragiques épisodes de\nla Glèbe héroïque affirm ent victorieusem ent, en la seconde par­\ntie de l’œuvre, par d’incontestables qualités d’unité, la large vision,\nle coup d’œil d’ensemble qui distingue cet écrivain. C’est lors­\nqu’il célèbre ainsi avec une ardente émotion la G u e r r e d e s\nP a y s a n s de sa Campine, lu ttan t pour le sol patrial et pour la Foi\nchrétienne, contre les hordes révolutionnaires, que Georges Virrès\natteint, pour un début, à une réelle m aîtrise.\n   Toute autre est la vision de José Hennebicq, dont le style har­\nmonieux, m éticuleux et rare évoque, au lieu du rude statuaire,\nl’artisan très pieux du moyen âge « énorme et délicat », gravant\nprécieusem ent dans le cristal de la lam pe du sanctuaire, ou sur la\ncoupe du Saint-Graal, les emblèmes hiératiques de son amour\nimm atérialisé. P arm i la flore exubérante du moderne jard in des\nMuses, ce p e tit livre, élégam m ent paré, m ’est apparu la fleur\nsainte et suave, le lys surnaturel, fleurant l’ecclésial parfum et\nrépandant, comme un halo autour de sa corolle, le blanc rayonne­\nm ent de la V irginité. Minuscule par le volume, mais sublime p ar\nla Pensée, le Paradis de Cristal de José Hennebicq ressortit au\nmilieu de la surproduction du jour, grâce à l’éclat très p u r de son\nIdéalisme. C’est le problème de l’Am our, c’est l’éternel problème\nde l’ange et de la bête qui se pose en ce livre, en une affabula­\ntion double.\n   Stéphane et Gabrielle, Georges et Yolande se sont aimés\ncomme s’aim ent les anges. Mais Gabrielle n ’eut pas la volonté\nassez courageuse, assez forte pour perpétuer ici-bas la chasteté\nde cette idylle faite pour les jardins du Ciel, et Stéphane p a rtit,\nabandonnant à ses regrets la femme qu’il aim ait, non ainsi qu’une\n amante, mais ainsi qu’une sœur. Parallèlem ent, la m ort fu t la\nrupture involontaire qui abrégea le platonique am our de Georges\n et de Yolande, avant que nulle chute aux bassesses charnelles ne\n tern ît le cristal de leur édénique bonheur. Tandis que Gabrielle,\n docile au saint conseil de son ancien ami, s’est « retirée dans la\n prière », Stéphane e t Georges, ces deux êtres d’exil et de paradis\n perdu, se sont rencontrés providentiellement dans la vie...\n    « L e bonheur, il ne les poursuit plus que dans l’universel\n amour des êtres et des choses, dans la communion des génies,\n dans le détachem ent de l’univers. Ils aim ent encore non plus tel\n être réel ou rêvé d’un amour personnel et égoïste : ils aim ent le\n\n\n39 8\n"}, {"page_pdf": 446, "texte": "ciel et ses mondes lumineux, la m er et la fo rêt ; aux clameurs\npareilles, l’oiseau qui chante et 1a. fleur qui parfum e, la m ère qui\nsourit à l’enfant, les souffrants et les pauvres. Ils ont pitié et ils\npardonnent. Ils aim ent ! n ’est-ce pas dire que leur cœur est ferm é\nà la haine ! Ils aim ent selon la loi du Christ, hum ain truchem ent\nde Dieu, divin truchem ent de l’homme. E t, gravissant ainsi\nl’Intérieur Monsalvat, ces deux êtres d’am our et de charité\ndécouvrent de nouveaux Paradis. »\n   N ’est-ce pas qu’un écrivain exprim ant de telle sorte de sem­\nblables pensées m éritait m ieux qu’une brève louange en cette\nrevue catholique ?                           G eo rg es R am a ek ers.\n\n   P . S. — Il sera parlé en avril des récentes œuvres poétiques,\nnotam m ent de P aul Souchon, René Ghil, Edouard Ducoté,\nGriffin, Jam m es et Verhaeren, et prochainem ent de Louis Delat-\ntre et de Ch. Louis-Philippe, deux nouvellistes à l’âme exquise\net tendre.                                               G. R.\n\n\n\n\n                       NOTULES              PARISIENNES.\n\n\n               QUOI ! ce mois de mars pourrait voir la fin de l’A f-\n                 faire ! Alors ce n’est point d’un caillou blanc, m ais\n                d’un m onstrueux rocher, d’un Him alaya blanc qu’il\n                le faudra m arquer. Plus d’accusations, plus de\n                        démentis, plus d’engueulades, comment allons-\nnous faire pour nous plier à ces nouvelles habitudes? J ’ai déjà la\nnostalgie de ces dix-hu it mois écoulés, de ces seize actes si œdipe-\nroyalem ent machinés du procès Zola, de ces douzaines de coups\nde théâtre à la Rocambole, tour à to u r Scheurer-K estner, Pic-\nquart, Zola, Reinach, Henry, Quesnay de Beaurepaire surgissant\ncomme des diables d’une trappe ! E t les crises m inistérielles ! E t\nles crises présidentielles ! Mon Dieu, comment allons-nous rem ­\nplacer to u t cela ?\n\n\n  Ceux que je plains, surtout, ce sont les pauvres journalistes.\nD’où, m aintenant, va venir l’argent ? Depuis l’effondrement dix\nPanam a, la corporation en est réduite aux expédients. Ah ! le beau\n\n\n                                                                  399\n"}, {"page_pdf": 447, "texte": "tem ps où l’on n ’avait qu’à passer à la caisse de MM. de Lesseps !\nP lus encore que la liste des 104, je voudrais voir le ta rif des\népithètes, car il devait y en avoir un, il est impossible qu’il n’y\nen eût pas un. L e Grand Français a dû être payé som ptueuse­\nm en t à son in venteur; puis le lau d atif s’est sans doute évaporé,\nles mots se galvaudent ; je me représente la tête des épithétistes\nretardataires : Passez, bonshommes, on vous a déjà donné. Oui,\naucun tem ps n’a valu celui-là, n i le tem ps des Chemins de fer du\nSud, ni le tem ps des E m prunts russes, ni le tem ps des Mines d’or.\nDepuis, ces excellents journalistes ont dû se rab attre sur des baga­\ntelles. U n m om ent les Cercles ont bien marché, mais cela a mal\nfini ; la correctionnelle a recueilli Canivet, Portalis, Camille\nDreyfus, M agnier, L aurent et bien d’autres. L e P e tit Sucrier n’a\nduré que l’espace d’un m atin, et là encore la correctionnelle s’en\nest mêlée ; p ourtant Rosenthal-Saint-Cère était un homme de bien\nd’esprit. Il fallait trouver autre chose...\n\n\n    E t on a trouvé ! Car l’affaire D reyfus n’a pas été ce que vous\ncroyez, bonnes gens. Sémitisme, anarchisme, m ilitarism e, vérité\nen m arche et justice au repos, beaux masques que to u t cela. L a\nv é rité est que l’Affaire a été le chef-d’œuvre des journaleux. Ce\nsont eux qui l’ont inventée, exploitée, sucée ju sq u ’au dernier\nfilon. Songez que la corporation v it depuis dix-huit mois sur ce\nplacer. E t songez aussi qu’on a été beaucoup moins que sous le\nPanam a à se partag er l’apétissante galette. Tous les forts ténors\no n t poussé leur contre-ut pour l’honneur. L e partage des acadé­\nmiciens en deux rangs d’oignons hostiles a été pain bénit ; ces\nbons naïfs ont fait surhausser les tirages et n’ont rien prélevé\nsur les bénéfices. Chouette, papa !\n\n\n\n  Mais voilà que le D reyfus Goldfield s’épuise; les pilons ne\nbroient plus et les pépites ne pépient plus. Il va falloir chercher\nautre chose pour transvaliser les gogos. E t ces gogos, ô ironie\ndes choses, sont surtout des Ju ifs ! Oui, ce sont les Ju ifs qui y\nsont de leurs millions, comme quelques-uns de leurs adversaires\ny sont de leurs places ou, hélas ! de leur vie, comme le bon public\ny a été de ses cinq ou six sous journaliers pour les feuilles. Il n ’y\na que les feuilles qui y ont gagné. Exquis journaleux, attendris­\nsants journaleux, je vous admire ta n t que je vous indique un nou­\nveau Klondyke. Le cas D reyfus n’est qu’un lointain contre-coup;\n\n\n400\n"}, {"page_pdf": 448, "texte": "l’origine, la chiquenaude prim ordiale, c’est le cas Judas. Pourquoi\nne pas lancer la révision de l’Affaire Iscariote ? Les hauts barons\nsont assez jobards pour se laisser encore zadockahner. Bien mon­\ntée , l’Affaire peut payer. Il ne s’agira plus seulement, comme pour\nD reyfus, de créer quatre grands quotidiens, d’en acheter quatre\nautres, de faire naître toute une collection d’illustrés, de revues,\nde canards à m ille becs; l’affaire étant vraim ent internationale,\ntous ces chiffres seront quintuplés, décuplés. Cinq cents millions\np ar an, ô journaleux de to u t acabit ! Que n ’inventerez-vous pas\nà ce p rix? L e Bordereau du Sanhédrin, le Document libérateur de\nPonce-Pilate, les Révélations de la Dame voilée (la femme du Procu­\nrateur? Sainte Véronique? Sainte Marie-Madeleine? ), les Perquisi­\ntions chez saint Pierre, la Lettre de démission de Caiphe et l’Enquête\ndu premier président Anne, tout cela prouvant, clair comme Lœw,\nque ce n ’est pas Judas qui a trahi Jésus, mais que c’est Jésus qui\na trah i Judas, quel triom phe ! Cela aurait coûté cher, mais bah !\navec un p e tit krach ou deux, les hauts barons seraient vite ren­\ntrés dans leurs fonds.\n\n\n   On se prépare à fêter le Centenaire de Balzac. Réjouissons-\nnous d’avance, mes frères, des âneries qui ne m anqueront pas\nd’être dites. Balzac, le grand génie catholique du. siècle, Balzac\nqui se van tait d’écrire à la lumière de ces deux flambeaux : l'Église\net la Monarchie, Balzac l’adm irateur de Napoléon I er, qui écrivait\nsous son buste : Ce qu’il a commencé par l’épée je l’achèverai par\nla plume, je le vois d’ici réclamé, accaparé, dévoré par la pouil-\nlerie anticléricale et franc-maçonne. N’ai-je pas lu dans ce rendez-\nvous de sots qu’est la Revue socialiste un article : Balzac et les\npaysans, je crois, où l’on faisait de lui un copain de K arl M arx et\nde Jules Guesde? P auvre grand homme, comme il aurait ri ! A\nmoins que tous ces Homais n ’aient le bon goût de s’écarter de sa\ngloire immanescible, ainsi que de Chateaubriand, naguère. Ces\nnobles m orts n’ont pas, comme M ichelet ou Hugo, de ces plaques\nfaisandées où accourt grouiller la verm ine politicienne.\n\n\n   P rojets à, céder, à l’occasion du Centenaire. Nous avons déjà :\nI o une Histoire des Œ uvres de Balzac, excellente ; 2° un R éper­\ntoire alphabétique des personnages de la Comédie humaine, soi­\ngné ; 3° un Résumé analytique de ses romans, médiocre. Mais il\nm anque encore : I o une reconstitution chronologique des événe­\nm ents ; 2° un groupem ent des personnages suivant leur catégorie\n\n\n                                                                 401\n"}, {"page_pdf": 449, "texte": "sociale ; 3° une table des dissertations et idées suivant leur\nnature : science, art, littérature, philosophie, etc. ; 4° une étude\ntechnique du style de Balzac, qu’ on a prétendu mauvais et qui\nn’ est jamais mauvais. Autre jeu de société recommandé aux bal­\nzaciens. Se poser la question : Quel est, de tous les personnages\nde la Comédie hum aine (il y en a deux mille), celui que vous auriez\npréféré être ? Répondez, amis lecteurs, je publierai la statistique.\n\n\n   A propos de statistique, le Gardois avait eu l’idée de demander\nà une trentaine d’ écrivains anglais leur avis sur nos grands\nauteurs ; je m’étais amusé à dresser le palmarès des premiers\nprix, et je vois par le dernier M ercure de F ran ce que mon ami\nR. de Bury avait eu la même idée. Molière vient en tête avec\n10 voix, Racine et Hugo avec 9, Balzac avec 8. Moi, je renverse­\nrais ; mais, enfin, c’est admissible. Pour le reste, il y a des sur­\nprises : Maupassant a 3 voix, autant que Bossuet ; Béranger 2\ncomme Lamartine ; Paul de Kock, Gustave Aymard, Erckmann-\nChatrian 1 voix, quand La Rochefoucauld, Fénelon, Marivaux,\nJoseph de Maistre et Vigny n’ en ont pas. Dumas père et Théo­\nphile Gautier ont 7 voix quand Pascal n’en a que 4 ; enfin Vol­\ntaire, qu’on nous fait l’ injure parfois de croire le Français-type, n’ a\nque 5 voix et vient le neuvième. Au fond, mes compatriotes qui\navaient été d’ abord consultés sur la littérature anglaise (tirez les\npremiers, Messieurs les Français !) avaient dit beaucoup plus de\nbanalités ou de sottises.\n\n\n   A lire un très curieux article dans les A n n ales des sciences\np olitiq u es (où diable le curieux va-t-il se nicher ?) sur la langue\nanglaise et le génie n a tio n a l anglais, par M. Boutmy. Quelle lan­\ngue admirable, disait Barbey d’Aurevilly, que celle où on dit à\nDieu L o r d ! Soit ; mais davantage priserais-je en la dite langue\nla possibilité de dire : We k issed a w a y kingdom s. Comment tra­\nduire ce mot de Cléopâtre ? Mes baisers ont effacé des royaumes.\nComme ce n’est pas ça ! En général, dit M. Boutmy, le français\nemploie 3 syllabes quand l’anglais en emploie 2. Pourtant, ce\npetit nègre à l’usage de télégraphistes est au fond une langue\nlatine, plus latine que le français : c’est du latin avec des mots\ntudesques, assez nombreux, et des raccourcis à la Michel-Ange\nde prépositions, assez rares. Une chose bizarre est sa répulsion\npour les mots abstraits. On sait qu’on ne peut pas traduire en\nanglais le titre du livre de Cousin : D u v ra i, du beau et d u bien.\n\n\n402\n"}, {"page_pdf": 450, "texte": "The beautiful signifie les gens beaux. Mais pourquoi les Anglais\nn ’ont-ils pas alors usé des majuscules ? The B eautiful aurait\nsignifié autre chose que the beautiful ; et pourquoi, de même,\nn ’ont-ils pas usé des accents, des trém as et des cédilles pour\n« peindre » leur si atrocem ent variée prononciation ?\n\n\n    J e parlais tout à l’heure de Michelet. Dans un article de la\nRevue philosophique, sur la Psychologie religieuse de M ichelet,\nM. A lfred Fouillée, après de fines et point injustes rem arques\nsur la casuistique et la direction de conscience, fait rem arquer\nque le libéralism e et le socialisme de l’Église n ’ont rien de\ncomm un avec le libéralism e et le socialisme de la société mo­\nderne. Cela se peut, et, en ce cas, il faudrait prouver lesquels sont\nles bons. Mais, en vérité, est-il, a-t-il jam ais été, et sera-t-il jam ais\nune société qui soit absolum ent libérale? Est-ce que toute société\nn’est pas obligée de faire la distinction, si reprochée à l’Église,\nentre la liberté du bien et la liberté du mal ? E t, de ce fait, les\ndeux libéralism es ne sont-ils pas logés à la même enseigne, une\nenseigne de nuances? Quant aux doctrines sociales de l’Église, que\nsi le christianism e se m et au point de vue de la charité, alors\nque le socialisme se place à celui de la justice, eh bien cela prouve\nque c’est le socialisme qui est moins large. Il y a beaux jours\nqu’A ristote l’a d it : « Quand les hommes s’aim ent entre eux, il\nn ’est plus besoin de justice. Mais ils ont beau être justes, ils ont\nencore besoin de l’am itié ».\n\n\n    Beaucoup d’articles, ces jours-ci, sur la bataille de W aterloo, à\npropos du 1815 de M. H enri Houssaye. On sait que le champ de\nla bataille est très peu étendu et que les com battants ont dû voir\nfacilem ent toutes les péripéties ; d’où il suit, puisque nous p ar­\nlons littérature, que les fameuses impressions de Fabrice dans la\nChartreuse de Parme, de la fumée, de la poussière et rien du\ntout, n’ont pu être telles, et que toute la lignée des batailles à la\nStendhal descend d’une inexactitude. L a rem arque est de M. L ar-\nroum et. A utre rem arque, celle-ci de tout le monde. L e plan de\nNapoléon I er en 1815, son dernier, est exactem ent le même que\nson prem ier ; Charleroi correspond à M ontenotte, L ig n y à Mille-\nsimo, W aterloo aurait dû correspondre à Dego. Pourquoi la\ncorrespondance m anqua-t-elle ? Sim plem ent parce que le Bona­\np a rte de 30 ans engageait ses batailles à 5 h. du m atin et que le\n\n\n                                                                      403\n"}, {"page_pdf": 451, "texte": "Napoléon I er de 46 ans n ’ouvrait plus le feu qu’à 11 heures,\nmidi, quelquefois plus tard. E t voilà à quoi tie n t le sort des\nempires ! L e jour même de W aterloo, si Napoléon avait attaqué\nW ellington à l’aurore comme il le pouvait, au lieu d’attendre\nmidi, il le culbutait avant l’arrivée de Blücher. Ou, encore, si, au\nlieu de contenir B lücher et d’assaillir W ellington, il avait fait le\ncontraire, il aurait aussi été vainqueur, car l 'iron-duke se serait\nbien gardé de descendre de son plateau pour aller secourir ses\nbons amis les alliés. « Qu’il est doux, qu’il est doux de refaire\nl’histoire ! »\n                                                       S a in t - A n t o in e .\n\n\n\n\n                                                       VARIA.\nDu noir dans l’art.\n L    A composition d’une tragédie nègre nous paraît le dessein le plus\n       bouffon qui soit jamais entré dans un cerveau blanc. A priori, indé­\n       pendamment de tout mérite d’exécution, l’idée est extravagante ;\n       même à la lecture, un pareil drame ne saurait être sérieux. On fera\n       dire aux personnages ce que l’on voudra; s’ils parlent suivant la\n                    nature, ce sont des enfants, ils ont des idées bornées\n                    puériles et féroces, je ne leur donne pas un acte pour\nm’ennuyer et pour me dégoûter; s’ils parlent suivant l'art de la tragédie\net de l’académie, où est la vérité? Oh! la plaisante chose qu’un héros\nnègre ! Il aura beau faire de pompeuses tirades : quand l’alexandrin ron­\nflerait dans sa bouche comme la plus majestueuse des toupies d’Allemagne,\nje verrai toujours ces cheveux crépus, ce nez épaté, ces grosses lèvres, ces\nyeux de porcelaine sur un Visage de suie, et je rirai malgré moi quand\nvous voudrez que je frémisse ou que je pleure. Vous ne pouvez pas plus\nfaire du nègre un héros de tragédie pour les blancs que vous n’en sauriez\nfaire un type de la beauté. Le héros de tragédie n’a pas la permission\nd’être noir. Renoncez à chausser du cothurne quelque nègre que ce soit;\nles nègres n’ont pas le pied fait pour cela, et il ne sert à rien de prouver\nle contraire. Ne demandez pas à la langue ce qu’elle ne peut vous donner :\nà savoir, le discours tragique dans la bouche d’un Cafre ou d’un Congolais.\nEt à moins que vous ne destiniez votre pièce au théâtre d’Haïti, remar­\nquez encore ceci, auteur de tragédies nègres : vous allez à l’encontre du\ndessein négrophile et philanthropique que j ’aime à vous supposer : vous\nexcitez la moquerie des blancs contre les noirs. Ce que je dis de la tra­\ngédie est vrai du poème, et voilà pourquoi, mon cher chevalier Descamps, et\nvous, mon cher docteur Valentin, votre Africa, tarifée dix mille francs, et\nvotre Rédemption, même couronnée par la Société antiesclavagiste, ne sont\npas des oeuvres d’art, mais des plaisanteries détestables mises en vers et\nayant juste la valeur des banderoles que les confiseurs enroulent autour\ndes caramels, et encore !\n                                                                 P aul   Sér é.\n\n\n\n404\n"}, {"page_pdf": 452, "texte": "              G L A N E S DU MOIS\n\n\n                    LA BIBLE . . .        dont la renommée a depuis long­\n                    DES PAUVRES.          temps traversé la Manche et dont le\n                                          nom se rencontre à présent aux som­\n   Les lecteurs de «La L utte » se rap­   maires de maintes revues françaises,\npellent certainement l’article publié     fu t dans les premiers jours de mars\nsur ce sujet par notre collaborateur      le grand événement londonnien. Il\nPol Demade.                               faudrait remonter jusqu’à la maladie\n   Une citation empruntée au curieux      de Charles Dickens, affirme The Aca­\net rare volume de feu Alfred Mau­         demic, pour retrouver une émotion\nry, sur les Croyances et légendes du      aussi universelle, aussi profonde.\nMoyen Age (Paris, H. Champion,            How is Kipling? fut ces jours-ci\n1896) nous apprend qu'il exista, vers     la question unanime Chez nos voi­\nle XVe ou XVIe siècle, des ouvrages à     sins. Aujourd’hui le danger paraît\nestampes gravées sur bois, et appe­       heureusement conjuré; mais la fille\nlés Bibles des pauvres, dans lesquels     du célèbre artiste vient de suc­\nles figures relatives à l’Ancien et au    comber au mal dont semble réchap­\nNouveau Testam ent étaient mises          per son père ! Cette guérison et\nen regard et disposées dans un            cette m ort ne sont pas les seuls\nordre qui pût faire connaître, à ceux     motifs d’actualité des journaux an­\nqui ne comprenaient que par les           glo-saxons (britons, dirait St-An­\nyeux, l’histoire sainte et les allégo­    toine) de nous vanter l’auteur de\nries qu’elle renferme. M. J. Marie        tant d’affabulations ingénieuses où les\nGuichard, alors un des hommes les         animaux de toutes sortes s’expriment\nplus versés dans la connaissance des      en langage humain. Un court poème\nanciens ouvrages, promettait, en          de Kipling, récemment paru dans le\n1843, sur cet intéressant sujet un        Morning Post, a rempli d’enthou­\ntravail qui ne semble pas avoir           siasme pour ce poète les chauvins\nparu.                                     spoliateurs des Philippins et des\n   Nos connaissances se bornent là.       Cubains.Non pas que son Adresse, aux\nNous serions reconnaissant aux éru­       États- Unis soit la meilleure produc­\ndits de nous renseigner, sur la m a­      tion poétique de Kipling, mais en\ntière. Notre collaborateur nous a dé­     vérité parce qu’il exalte, eh ces vers,\nclaré ignorer complètement l’exis­        plutôt médiocres, l’impérialisme tant\ntence de ces Biblia pauperum, au          en honneur au pays de l’oncle Sam.\nmoment où il écrivait son article.\n                                                                  LOUBET . .\n                          RUDYARD                                 PLAGIAIRE.\n                          KIPLING .\n                                            Que M. Desombiaux se console!\n La grave indisposition de Rudyard        Il n’y a pas que Shukespeare et Lui\nKipling, le grand littérateur anglais     qui aient plagié — pardon : « com-\n\n\n                                                                            405\n"}, {"page_pdf": 453, "texte": "p ilé » ; le P r é s id e n t L o u b e t f u t p r is             de v a illa n c e           e t d ’i n i t i a t i v e . D e\nlu i-m ê m e , c e s j o u r s d e r n ie r s , p la g ia n t      M u n i c h , e n f in , n o u s p a r v i e n t l a b i ­\n u n d is c o u rs d e L a m a r tin e ! ! !                       m e n s u e lle        Revue franco-allemande\n                                                                   (D e u ts c h e -fra n z ö s is c h e B u n d s c h a u )\n                                                                   d o n t l ’h e u r e u s e i d é e d ’u n e e n q u ê te\n                                     A TRAVERS .                   s u r le r a p p ro c h e m e n t e n tr e le s d e u x\n                                     LES REVUES.                   p e u p le s m é r ite le s p lu s c h a le u re u s e s\n                                                                   a p p r o b a t i o n s d e t o u s c e u x q u i d é p lo ­\n    E n c e p r i n t e m p s p r é c o c e s ’é l è v e n t       re n t, co m m e n o u s, le s h a in e s f r a t r i ­\ne t v e r d o ie n t d e n o u v e lle s p o u ss e s              c i d e s d e s p e u p le s , e t s u r t o u t d e s\n d a n s l ’E d e n d e s L e t t r e s f r a n ç a i s e s .      p e u p le s c h ré tie n s . P a u l-A d a m , B a r ­\n    F o n d é e p a r G u s ta v e K h a n , n a ­                 r é s , B a z a lg e tte , D e s c a v e s , G o h ie r,\ng u è r e , L a V ogue r e s u r g i t d e s e s                   L u m e t, P h i l i p p e , M a x , B a i n a l d y , e tc .,\nc e n d re s . P a r m i se s c o lla b o ra te u rs               c o l la b o r e n t à l a Revue franco-alle­\ni l f a u t c i t e r : B e a u b o u r g , J e a n D o le n t ,   mande.\nM a x E ls k a m p , M a u ric e d e F a ra m o n d ,                  L e s e n q u ê te s se m u ltip lie n t d a n s\nS t u a r t M é rill, K lin g s o r , R e n a u d ,                l e s p é r i o d i q u e s : C ’e s t a i n s i q u ’à c ô té\nS c h e ffe r e t R e d o n n e l.                                 d u Sillon, q u i e n q u ê t e a c t u e l l e m e n t\n    L e P a y s de F ra n c e v ie n t de n a ître                 sur la Renaissance de l’Idéalisme (y\nà A i x e n P r o v e n c e , e t, d è s s e s p r e ­             lire le s ré p o n se s                de H u y sm an s,\nm ie r s fa s c ic u le s , c e tte re v u e , d ir ig é e         D e m a d e , B e r t h o u , V i r r è s , T ie r c e l i n ,\np a r n o tre v a illa n t c o n frè re J o a c h im               e tc .), La Grande Revue c o l li g e l e s\nG a s q u e t , s ’a n n o n c e p é r i o d i q u e c o n ­       ré p o n s e s le s p lu s d iv e r s e s à la q u e s­\ns c ie n c ie u x e t s o u c ie u x a v a n t to u t              t i o n p o s é e p a r T o ls t o ï : Qu'est-ce que\nd ’i d é o l o g i e . S o n n ° d e m a r s c o n t i e n t       l'Art? E t l a Revue d'art dramatique\nd e r e m a rq u a b le s le ttr e s d e F r é d é r ic            r é u n i t , d e s o n c ô té , l e s a v i s d e s\nL e P l a y e t u n e a p o lo g ie , q u e n u l l e              a u t e u r s , a c t e u r s e t d i r e c t e u r s , to u - ­\nlo g iq u e n e ju s tif ie , d u « P a g a n is m e               c h a n t l’u t i l i t é d e l a c r i t i q u e t h é â t r a l e .\nm o d e r n e », d o n t i l n o u s p l a î t d e r e p r o ­\nd u i r e i c i c e t t e n o t e : « Le Paganisme\n                                                                                                                V» ANNÉE.\nde la Renaissance fut un paganisme                                      La Lutte e n t r e r a e n a v r i l d a n s\nartificiel et tout litteraire. Les peintres,                       s a c in q u iè m e a n n é e . A u c o n tr a ire\nles humanistes, les poètes du XVe                                  d e l ’Ermitage, q u i l i m i t e à q u e lq u e s\net d u X V Ie siècles o n t l ’am e c h r é ­                      n o m s l a l i s t e d e s e s c o l la b o r a t e u r s ,\nt i e n n e . Il n’y a dans leurs œuvres                           La Lutte v o i t a v e c j o i e s e g r o u p e r\nqu'une apparence païenne. La Renais­                               a u t o u r d ’e l l e d e s r é d a c t e u r s n o u ­\nsance est plus my thologique que vrai­                             v e a u x : H e n r i M a z e l, A l p h o n s e G e r ­\nment païenne s. (Ch. V e l l a y . )                               m a i n , L o u is M e r c i e r v i e n d r o n t g r o s ­\n    A L y o n , c ’e s t G e r m in a l q u i n o u s              s i r l e g r o u p e d e s o n c o m i té d e\na t t e s t e q u ’e n l a s e c o n d e v i l l e d e             F ra n c e , e t C h a rle s d e S p rim o n t so n\nF r a n c e il e s t a u s s i d e s je u n e s p le in s          c o m it é d e B e lg i q u e .\n\n\n\n\n406\n"}, {"page_pdf": 454, "texte": "                              LA L u t t e\n    R evu e catholique d’Ar t.\n                                                                      PARIS E T             BRUXELLES\n\n\n                                  C O M IT É P A T R O N A L :\n\nVALÉRE MABILLE — LÉON SOMZÉE — AMÉDËE d e BRESSOUT\n\n\n                                          D ire c te u r :\n\n                             GEORGES RA M AE K ER S\n                                   1 1 4 , rue Franklin, B r u x e l l e s\n\n\n                                          Secrétaires :                             !\n                      PARIS                                                 BRUXELLES\n\n   CH AR LE S de ROUVRE                                           ÉD OUA RD N E D\n             2 7 , ru e d’ A m sterd am                                   34, rue du Conseil\n\n\n                         Rédaction de «La Lutte » :\n\n                                             F R A N C E          :\n\n          Y v e s B er th o u , A l b e r t J o u n e t , Geo r g es L e                Ca r d o n n e l\n                           C h a r l e s d e R o u v r e , L o u is T i e r c e l i n\n\n                                          B E L G IQ U E              :\n\nE r n s t De l t e n r e , P o l D e m a d e , P a u l M u s s c h e , E d o u a r d N e d , J o h a n N i l h\n                                            E r n e s y Pé r ie r\n            G eo r g e s R a m a e k e r s , E d g a r R ic h a u m e , G e o r g e s V ir r b s\n\n\n\n                               P r in c ip a u x C o lla b o ra teu rs :\nPaul André, Franz Ansel, Albert Berthel, Louise et Louis Delattre, Eugène\n  Demolder, Henri Delisle, Henri de Régnier, Edouard Ducôté, Maurice Dullaert,\n  Max Elskamp, Henry Ghéon, Eugène Herdies, Joris-Karl Huysmans, Camille\n  Lemonnier. Georges Marlow, Charles Morice, Marie et Jacques Nervat,\n  Georges Oudinot, Maurice Perrès, Victor Remouchamps, Georges Rodenbach,\n  Prosper Roidot, Blanche Rousseau, Léon Rycx, Laurent Savigny, Camille\n Schiltz, l’abbé Armand Thiéry, Firmin Van den Bosch, Emile Verhaeren,\n                             Francis Vielé-Griffin.\n\n\n     Adresser tout ce qui concerne l’A dm inistration chez les Éditeurs ,\n\n                          ALFRED                VROMANT                    & Cie\n                  BRUXELLES                                                    PA RIS\n      3, r u e d e la C hapelle, 3                                 60, r u e M adam e, 60\n"}, {"page_pdf": 455, "texte": "VIENT DE PARAITRE :\n                                                Georges VIRRÈS\n\n\n\n    EN PLEINE TERRE\n  La Glèbe héroïque\n           1797-1798                             D A N S LES É D IT IO N S\n\n\n\n   Un beau et fort volu m e in -12   3 fr. 50\n\n\n                                                  DE “ LA L u t t e „\nEN VENTE CHEZ T O U S LES LIBRAIRES\n"}, {"page_pdf": 456, "texte": ""}, {"page_pdf": 457, "texte": ""}, {"page_pdf": 458, "texte": ""}, {"page_pdf": 459, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 10, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1899-03-15", "signet_source": "Quatrième année - N°12 - 15 mars 1899", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 420", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}