{"numero_id": "ulb-lutte-1900-01-n1", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "articles": [{"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-001", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TO M E 1er C in q u iè m e A n n é e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 973, "texte": "TO M E 1er\nC in q u iè m e A n n é e             de la                      J a n v i e r 1900-\n\n                               Série Nouvelle\n\n\n\n\nLA IUTTE\n               Revue mensuelle\n                              F o n d é e e n 1895\n\n\n\n\n           O N T CO LLABORÉ A CE N U M ÉR O : -\n\n       MM. H u b e r t D e M o o r , D é sy E lia s , A lp h o n s e\n    G e r m a in , G a s t o n H e u x , G e o r g e s l e C ar d o n n e l,\n    P a u l M u ssch e, E d o u a rd N ed,           G e o r g e s R am ae­\n    k ers,   C h a r le s d e S p r im o n t,    E m ile V e r h a e r e n ,\n    A lb r e c h t V e r h u ls t .\n\n\n\n\n                                 B e lg iq u e\n\n\n             5 francs par an | 1 franc le numéro\n\n                        Ailleurs, le port en sus.\n\n\n\n\n                            AD M IN IST R A T IO N\n\n                    80, R u e     d e l ’E r m i t a g e , 8 0\n\n                               BRUXELLES\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-002", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "S o m m a ir e 5e Année", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 7, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1584, "texte": "S o m m a ir e\n5e Année — Janvier 1900. — Tome 1er de la Série Nouvelle\n\n\n\n      L e C o m ité :                   Série Nouvelle :\n\n\n   I LE D ÉBA T ESTH É TIQ U E :\n      G eorges R am aekers :\n\n                  N otre idéal n’est pas le vôtre.\n                  (Réponse à u n m a n ife s t e .)\n  II FLO RILÈ G E M EN SU EL :\n      E m il e V e r h a e r e n :\n                          Ceux qui nient, (p o é s i e )\n      B°n C h a r l e s d e S p r i m o n t :\n                         La Conquête de la M ort,                  ( f e u ille t o n\n                           d e la r e v u e ) .\n      G aston H eu x :\n                   L e Symbole du Jardin et de l'Amour.\n                   (poème.)\n III LES LE TTR E S FLAM AN DES :\n      A lbrecht V er h u lst:\n                           Un Poète de Terroir. Guido Gezelle.\nIV PAGES D’E STH ÉTIQ U E ET DE PSYCH O LO GIE:\n      A l p h o n s e G e r m a in :\n                           L e Mysticisme et l'Energie morale.\n Y LIBRES PR O PO S :\n      D é sy E l ia s :\n                           Sur le Bonheur.\nV I LA CR ITIQ U E :\n      H ubert D e M oor :\n                           Clio, d ’ A n a t o l e F r a n c e .\nV II LA PEIN TU RE :\n      G eorges R am aekers :\n                           A propos du salon d'A rt Religieux..\nV III L’AC TU A LITÉ :\n      G eorges      le    C ardonnel :\n                       Revue du Mois.\n      E dou ard     Ned :\n                       Les Conférences à Bruxelles.\n      L a D ir e c t io n :\n                           Echos du monde littéraire.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-003", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 1, "page_fin": 3, "titre_corps": "Série nouvelle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Le comité directeur de La Lutte : Paul Mussche, Edouard Ned, Georges Ramaekers", "ancre_debut": "S érie nouvelle Après neuf mois de som m eil", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 8, "page_imprimee": 1, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "S érie nouvelle\n\n  Après neuf mois de som m eil léthargique, La\nLutte reparaît. L e volum e, désorm ais doublé, de\n ses fascicules m ensuels, d ira .éloquemment à ses\n nom breux am is com bien elle sut en dormant\n acquérir de forces nouvelles.\n    L ’aspect du présent num éro leur permettra en\n effet d ’entrevoir quel im portant recueil form eront\n au bout de l ’an les deux volum es in-octavo de\n de notre           collection annuelle, tandis que la liste\n brillante et considérablem ent accrue de nos\n collaborateurs les avertira d ’autre part du choix,\nde l’intérêt, de la diversité q u ’offriront           nos\n fascicules.\n    F ondée en 1895, L a Lutte se vo ulut dès ses débuts\net ju sq u ’au mois de mars 1899 u n recueil de vers\net de proses, n ’abandonnant à l ’Esthétique, à la\ncritique, à l ’histoire littéraires q u ’une place des\np lus restreinte, sans toutefois les négliger totale­\nment.\n    E n composant à dessein les sommaires des quatre\nprem ières années de la revue selon u n dom inant\nsouci d ’anthologie, la D irectio n se proposait ce\ndouble but :\n    Perm ettre, en prem ier lieu, à tous les débutants\net spécialem ent aux jeunes catholiques de p ub lier\nleurs essais, vers ou proses, dans une revue qui\nfût leu r et, partant, pour eux des p lus accueillantes.\n    Fo rm er, en second lieu, parm i les é crivains\ncroyants, q ui grâce à ce périodique allaient bientôt\nse révéler, u n foyer de vie littéraire, si ardent,\nq u ’il serait capable de faire refleu rir — sitôt l ’ Eté\n"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": 2, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1966, "texte": " 2                 L a L u t t e . — J a n v i e r 1900\n\n\n\n   venu — le Ja rd in désolé des Lettres catholiques.\n   E t ce double but a été atteint. P eu à peu en effet, -\n   autour de la revue, un groupem ent se form a, sélectif.\n   I l s'accrut ; et bientôt — c ’est-à-dire trois ans à\n   peine après q u ’il se fut esquissé — il affirmait haut,\n  devant tous, par un Congrès retentissant, son\n  harm onieuse cohésion, le parfait accord de ses\n  membres concernant leur croyance en le même\n   Idéal, et leur ardeur apostolique à propager parm i\n  les hommes la religion de la Beauté.\n       E t voici q u ’en m ars 1900 u n Congrès nouveau\n  sur I ’ E n s e i g n e m e n t d e s A r t s e t d e s L e t t r e s ,\n  en même temps q u ’il attestera notre vitalité c ro is­\n  sante, précisera le caractère que nous voulons\n  donner à la Lutte nouvelle, de même que le Congrès\n  de 1897 avait précisé celui des quatre années\n  précédentes.\n      D ’a vril 1895 à M ars 1899, la Lutte s’adressa\n en effet, au p u b lic restreint des cénacles et parm i\n ce p u b lic restreint particulièrem ent à ceux qui\n s ’adonnent eux-mêmes pratiquem ent aux Lettres.\n E lle fut donc alors revue spécialiste s ’adressant\n bien p lus aux auteurs q u ’aux lecteurs d ’œuvres\n littéraires. O r le Congrès organisé par elle au\n cours de sa phase prem ière, par la nature même\n du débat choisi s’adressait pareillem ent aux initiés\n des cénacles et principalem ent aux écrivains eux-\n mêmes, puisque c ’est eux que l’on y conviait à\nrechercher, par la com paraison, la m eilleure des\n Esthétiques, parm i celles q ui m aintenant sollicitent\nleur adhésion.\n      Avec le présent fascicule commence une série\nnouvelle.\n      Ce n ’est p lus seulement aux initiés du cénacle\nque notre périodique s’adressera désorm ais, c’est\nà tous ceux, qu i, par le fait de leur culture in tel­\nlectuelle et de leur rang social, ont le désir et le\ndevoir de ne p lu s rester étrangers à la vie actuelle\n"}, {"page_pdf": 10, "page_imprimee": 3, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1624, "texte": "                    S érie n o u v e l l e                  3\n\n\n\n et toujours p lus intense des Lettres et des Arts,\n en leur propre pays.\n     T e n ir le lecteur an courant de tout ce qui dans\n les dom aines respectifs de la Littérature, de la\n M usique et de l ’A rchitecture mérite véritablem ent\n d ’arrêter son attention, de fixer son jugem ent,\n mettre sous les yeux du p ublic, sans que le m o in­\ndre commentaire vienne peser aucunem ent su r sa\n liberté d ’appréciation, des pages toujours inédites\ndues aux maîtres contem porains et les essais les plus\nm arquants des jeunes ; faire p lus large la place à\nl ’histoire des Lettres et plus complète la critique\ndes œuvres en vogue ou trop peu connues, p rin ­\ncipalem ent de celles qui ont vu le jo u r en notre\npays, sans pourtant omettre' les œuvres qui ont\néclos aux bords des fiords de la S candinavie, au\nsein de la blanche R ussie, le long des fleuves\ngerm aniques, parm i nos pacages flam ands et dans\nles brum es d ’A lb io n ; ni celles qui sont nées aux\npays du soleil,' en cette douce e t lum ineuse France,\no ù nous comptons, si nom breux, nos am is ; et dans\nles siérra d ' H isp a n ie et sous le ciel bleu v if de\nDante A lig h ie ri, tel est en résum é, notre nouveau\nprogram m e. C ’est forts de la confiance que q u ico n ­\nque le lira ne pourra q u ’y ap p lau d ir q u ’avec le\nprésent num éro nous commençons cette Série\nnouvelle.\n                  L e comité directeur de L a Lutte :\n                                 P au l M u ssch e,\n                                 E douard N ed ,\n                            G eorges         R am aekers.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-004", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 4, "page_fin": 13, "titre_corps": "Le Débat esthétique : Notre idéal n’est pas le vôtre", "titre_sommaire": "Notre idéal n’est pas le vôtre (Réponse à un manifeste)", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "N o tr e Idéal n’est p a s le v ô tre . I l n ’est rien d ’apologéti", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": 4, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1431, "texte": "N o tr e Idéal\n                   n’est p a s le v ô tre .\n\n\n    I l n ’est rien d ’apologétique comme la franchise\ndes incrédules.\n    Que penser, par exemple, d ’une phrase comme\ncelle-ci :\n    « L e s chrétiens plaçaient le paradis dans le ciel,\nc’est ici-bas que nous entendons le trouver ».\n    Que penser d ’une telle phrase ? sinon que ce\nn ’est là q u ’une phrase, et, sous la plum e d ’un\nmortel, phrase plus creuse encore que vaniteuse.\n    S i quelque instant, nous nous y arrêtons, c ’est\nq u 'il sied q u ’en cette revue, organe des jeunes\nécrivains catholiques de langue française, une\nprotestation s ’élève contre les prétentions de son\nauteur.\n    M . R obert de M iranda, le directeur actuel de\nl' Effort (revue toulousaine fondée naguère par le\nbon poète M aurice M agre) a lu M . St. Georges de\nB ouhélier. A l ’instar de l ’inventeur incontesté du\n« N aturism e » il s’essaya lu i aussi, voici un certain\ntemps déjà, à « résumer en quelques pages de revue\nla foi de toute une génération ».\n    M . M iran da oublie que cette génération q ui est\nla sienne est quelque peu aussi la nôtre et q u ’il est\ncontraire à la V érité non m oins qu'à la Justice\n(dont il nous parle avec tant d ’éloquence) de\nprésenter comme la foi de toute une génération\nd ’écrivains et comme point de départ de leur\nesthétique, une doctrine que p lusieurs parm i ces\nécrivains condam nent et repoussent.\n"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "                 L e D é b a t E s t h é t iq u e .      5\n\n\n\n    I l est vra i que M . M iran da affecte, en parlant\ndes chrétiens, d ’em ployer le verbe au passé. I l\nn ’écrit pas : « L e s chrétiens placent le paradis\ndans le ciel ». I l écrit : « L e s chrétiens plaçaient ».\nQ u ’est-ce à dire ?\n    Que les chrétiens plaçaient ja d is le paradis dans\nle ciel et q u ’au jo u r présent il ne l ’y placent p lus?\n    B ien que nom bre d ’incroyants nous aient\nmaintes fois étalé avec une suffisance im pertur\nbable, au cours de controverses par eux-m êmes\nsoulevées, leur déconcertante ignorance des D o g ­\nmes catholiques, nous nous refusons à prêter au\ndirecteur de la revue l'Effort une o pinion à ce\npoint saugrenue.\n    D ans la pensée de son auteur cet im parfait —\noh ! com bien im parfait ! — voud rait sous-entendre\nsans doute : que les chrétiens n ’existent plus. Car\ns’il ne signifie cela, rien ne le justifie.\n    M ais il faut bien convenir que c ’est prendre un\npeu naïvem ent et par trop ostensiblement u n désir\nirréalisé (et d ’ailleurs irréalisable) pour une réalité\ntangible, po ur u n fait accom pli.\n    N o us en sommes fort m arris po ur M . M iranda,\nmais il existe encore au jo u rd ’h ui, à la veille du\nX X e siècle, quelques m illio n s de chrétiens par le\nmonde.\n    E t parm i ces chrétiens il en est quelques uns,\nen Fran ce, notamment, et en Belgique, q ui appar­\ntiennent a la nouvelle génération littéraire dont il\nprétend résumer les tendances et q u ’il voudrait\nbien accaparer toute, au profit de son athéisme.\n    L e groupe formé par les Jeunes catholiques va\ngrandissant d ’année en année.\n    E n B elgique sa prospérité est telle que les\nadversaires de l ’idée chrétienne y masquent mal\nle dépit rageur q u ’ils éprouvent.\n    M . M iranda n ’en proclam e pas m oins, comme\ns’il p arlait au nom de la génération toute entière :\n"}, {"page_pdf": 13, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1969, "texte": "6                   L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\n   « N otre Id é a l est de tous points contraire à\ncelui des chrétiens ».\n   Q uel est-il donc cet Id éal q u ’on nous oppose ?\n   E st-il p lus beau, p lus grand, p lu s consolant,\nbref supérieur au nôtre ?\n   M . M iranda va nous le dire, écoutons le :\n   « Pénétrés de cette pensée que nous sommes\n» des organism es éphémères, dont les éléments\n» se dissoudront dans la tombe et dont rien ne\n » subsiste après la mort, nous ne donnerons à\n» notre existence d ’autre but q u ’ell-emême, nous\n» n ’aurons d ’autre règle de conduite que la\n» recherche du B o n h e u r... A l ’hum ilité des\n» chrétiens nous opposons l ’orgueil hum ain. E n\n» même temps que le P arad is, nous avons déplacé\n» D ie u lui-même. C ’est en nous que le trouvons ».\n   D 'o ù il appert que la doctrine de M . M iran da et\nde ses am is repose sur la négation des trois dog­\nmes fondam entaux d u C hristianism e : négation de\nl'âme — négation du Ciel — négation de Dieu.\n   Son « Id éal » consiste donc à rem placer :\n    L ’A m e r a i s o n n a b l e p a r l ’ i n s t i n c t b e s t i a l .\n    L a    V ie    éternelle          par     la   v ie   m ortelle.\n\n             e t L ’ I n f in i d iv in     p ar l ’h o m m e .\n    Q ui ne voit que la conséquence prem ière, in élu c­\ntable d ’un « Id éal » à ce p oint restrictif, am oindri\net rapetissé, serait de tuer l ’Espérance et l ’Eternité\nde l ’am our; de fermer à jam ais aux Rêves de Poètes\nle portique d ’azur du ciel éblouissant, et q u ’à\nl ’artiste qui l ’adopte il est interdit désormais de\ncroire encore à L a Beauté sans bornes, à la P e r­\nfection infinie et de la chanter dans son œuvre et\nde l ’adorer à genoux!\n    E t qui ne voit les antithèses, qui ne voit les\ncontradictions qui grouillent dans cette doctrine\ncomme comme les vers dans un cadavre ?\n    « L ’H om m e est D ie u », dites-vous.\n    O h ! M essieurs de l' Effort vous êtes trop aim ables.\n"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1892, "texte": "                  L e D é b a t E s t h é t iq u e        7\n\n\n\n   M ais vo ila ! le m alheur pour votre dieu hum ain,\nc’est q u ’à peine l ’avez-vous déifié, vous le ravalez\naussitôt au rang de la brute, en reniant sa royauté\nspirituelle et l ’éternelle sublim ité de son destin\ncéleste.\n   Sic transit gloria mundi !\n    N ous ne serions à vous entendre rien « que des\n organism es éphémères dont les éléments se d is­\n soudront dans la tombe et dont rien ne subsiste\n après la mort » — mais nous serions pourtant des\n dieux !\n    E h bien ! cette déité-là ne p o urra jam ais satis­\n faire notre chrétienne hum ilité, M essieurs, et si\n votre orgueil païen s’en contente, permettez-moi\n de vous faire observer q u ’il n ’est vraim ent pas\n exigeant !\n    Q uant à nous, pour des motifs esthétiques,\n non m oins que po ur des raisons philosophiques,\n nous lui préférerons toujours notre croyance au\nrécit de la B ib le , qui fait surg ir des m ains du d ivin\nstatuaire le corps harm onieux d ’Adam et de la\nch air du prem ier homme le corps p lus ravissant\nencore de la prem ière épouse, et nous in struit que\nle lim on originel dans lequel nous retournerons,\nju sq u ’au jo u r des résurrections triom phantes, fut\nanim é par le souffle de l ’ In fin i, et que ce souffle\nestéternel, et que par lu i nous sommes tous comme\nautant de m iro irs et d ’images de L a Beauté.\n   M ais M . M iran da n ’a p lu s, comme ce pauvre\nD ante ou ce pauvre M ilton, la naïveté d ’ajouter\nencore foi à cette histoire surannée, que l ’on conte\nà peine aux enfants ; i l ne croit p lus au récit m o­\nsaïque du Péché de l ’E d en , ni au Bannissem ent du\nJa rd in délicieux, que le Père des cieux destinait\naux enfants des hommes, et que l ’homme a perdu\np ar l ’abus q u ’il a fait du don de liberté.\n   F id è le à la logique qui ne l ’em pêcha nullem ent\nde proclam er dieu l ’être hum ain, en même temps\n"}, {"page_pdf": 15, "page_imprimee": 8, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1770, "texte": "8               L a L u t t e . — J a n v i e r 1 90 0\n\n\n\nq u ’il lu i enlevait sa royauté terrestre et son existence\néternelle, M . M iranda n ’ajoute pas foi au P arad is\nterrestre de la Genèse, mais il ajoute foi pourtant\nà u n terrestre P aradis.\n   « L e s chrétiens plaçaient le paradis dans le\nciel : c’est ici-bas, dit-il, que nous entendons le\ntrouver ».\n   I l y a bien deux ans déjà q u ’un grand docteur\nès-anarchie Jean G rave, s’écriait dans les Temps\nnouveaux:\n    « T ro u v e r notre ciel sur la terre, c’est ce que\nnous voulons » M . M iranda ne fait donc que\nrépéter Jean G rave.\n    T ro uver le P ara d is sur la Terre !\n    Q uel est l ’homme q ui l ’y a trouvé ?\n    Est-ce le riche ?\n    T racas, revers, accidents, craintes, colères,\nafflictions de toutes sortes, chagrins d ’A m our,\ndouleurs morales, affres physiques, quelle est la\nfortune qui p o urrait jam ais préserver le riche con­\ntre tous ces m aux, quelle est celle, dites-nous, qui\nl ’exemptera de la m ort? A llez ! le fabuliste n ’avait\nque trop raison alors q u ’il é crivit l ’alexandrin\ncélèbre :\n    N i l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux.\n    T rouver le P arad is sur T erre !\n    Est-ce le peuple qui l ’y a trouvé ?\n    L e peuple ? M . M iran da nous répond lui-même\nq u ’ « I l pèine dans l’enfer des forges, dans le vacar­\n me des usines et dans les ténèbres des m ines ».\n   A yan t perdu, avec la foi, la com préhension et\nju sq u ’au so uven ir de la p a ro le : « T u gagneras\n ton pain à la sueur de ton front », il se révolte en\nsa colère et menace de tout briser.\n    V o ilà ce qui est à présent. Or, il en fut ainsi —\nou à peu près — toujours.\n    D ep uis les origines, l ’H isto ire n ’est que le long\nsanglot de la douleur hum aine qui se répercute\n"}, {"page_pdf": 16, "page_imprimee": 9, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1810, "texte": "                   L e D é b a t E s t h é t iq u e          9\n\n\n\n  à travers les siècles, et rem plit m aintenant les airs\n  de clam eurs encore plus stridentes.\n      « N ous restons dans la n uit sans phare et sans\n étoile; le vieux flam beau s’est obscurci q ui éclairait\n les peuples en m arche ; les dieux sont morts ; les\n religions éteintes ; dans l ’obscurité qui descend,\n le troupeau des hommes attend l ’orage avec l’an ­\n goisse tragique des catastrophes présenties, tandis\n que par coups brusques, l ’espace est sabré de\n clartés subites, que font les livres des penseurs et\n les bombes des révoltés ». ( 1)\n     A in si donc il n ’est rien, ni dans la condition des\n hommes, n i dans la nature hum aine, n i dans\n l ’histoire du passé et m oins encore en celle du\n présent qui permette d ’augurer le futur règne du\n bonheur.\n     Pourtant les anarchistes et M . M iran da nous\nprophétisent tous l ’ère future et bienheureuse et ils\nsaluent déjà en phrases embrasées, l ’a vènement\n de ce nouvel E d en ,\n     Spectacle étrange et certes inattendu :\n     L e s plus mécontents de leur sort, les p lu s fou­\ngueux révoltés, les p lus violents ennem is de\nl ’hum anité présente, sont les mêmes précisém ent\nqui espèrent fermement en une hum anité idéale\net parfaite et telle q u ’on n ’en vit jam ais ei aucun\ntemps, sur aucun point du globe !\n     N égateurs de la révélation divine, de qui tien­\nnent-ils donc une révélation sem blable ?\n     Négateurs de l ’in faillib ilité pontificale, sur q uel­\nles paroles in faillib le s basent-ils un pareil espoir,\nque rien d ’hum ain ne justifie ?\n     R évélation, paroles infaillibles, ils se moquent\nbien de tout cela — et ils s ’en passent.\n     « Ce n ’est pas à une illu s o ire d ivin ité , s’écrient-\n\n\n  (1) R. de Miranda, l'Effort, mars 1899.\n"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1849, "texte": "10              L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n ils, que nous dem andons la fin de nos m aux, mais\n à notre propre énergie ».\n    A m erveille, M essieurs, à m erveille! M ais quels\n sont, s ’il vous plaît, les sûrs moy ens, grâces a u x­\n quels votre énergie sera capable de transform er\n en un monde idéal, en un vrai paradis terrestre,\n ce monde o ù , des prem iers, vous ne voyez vous-\n mêmes rien q u ’injustice et trahison, rien que m en­\nsonge et q u ’infam ie ?\n    Q uelle est-elle donc enfin cette morale régénéra ­\ntric e (e t qui, elle, n ’est pas «illusoire», n ’est ce pas?)\n cette éthique m iraculeuse, par l ’observance de la\n quelle vous prétendez pouvoir renouveler, sans\n D ieu , la face de la terre ?\n    Votre éthique ? E lle est tout entière dans ces\nparoles de M iranda.\n    « N ous n ’aurons d ’autre règle de conduite que\nla recherche du bonheur ». — \" A l ’hum ilité des\nchrétiens, nous opposons l ’orgueil hum ain » —\n « Ju stice envers la partie inférieure de nos êtres,\ntel est le fondement de notre éthique ».\n    U n sensualism e effréné, jo u it à un immense\norgueil, les voilà donc les sûrs moyens d ’aboutir\nau bonheur universel et de trouver le paradis sur\nterre et d ’y faire naître u n jo u r une hum anité\nidéale ! !\n    D u culte de l ’orgueil de la bestialité naîtraient\ninévitablem ent les p lus m onstreux égoïsmes que\nla terre ait jam ais portés !\n    E t ces égoïsmes seraient nécessairement les uns\nenvers les autres en antagonisme perpétuel.\n    M . M iranda ne peut le nier, lu i qui écrivait dans\nl ’Essort (a vril 1898) : « ... N o us devons exalter\nl’instinct, p u isq u ’il fleurit en volupté... I l faudrait\ndonc accoutumer le peuple à ne jamais sacrifier sa joie\nà la joie d’autrui ».\n   « U n contre tous et tous contre u n » telle serait\nla maxime ignoble et triomphante de la société\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "                 L e D é b a t E s t h é t iq u e .     11\n\n\n harm onique rêvée par ces étranges logiciens.\n    Q ui ne prévoit le sort du genre hum ain, du\njo u r où une telle déform ation morale gouvernerait\n les peuples.\n    E n admettent même l’absurde hypothèse, q u ’avec\n de sem blables prin cip es on puisse trouver l ’ombre\n d ’un bonheur, q u ’est ce donc après tout q u ’un\n bonheur terrestre ? A u p lu s grand des bonheurs\n possibles sur la terre, ne manquera-t-il pas tou­\njo u rs ces deux conditions essentielles: la perpétuité\n et la perfection? A in si, la vo ilà donc, M . de\n M iranda, votre société idéale, la vo ilà votre\n hum anité future que vous nous vantez tant avec\n des mots sonores !\n    E t que deviendrait L a Beauté dans une hum a­\n nité pareille ? où la bestialité serait universelle et\nne connaîtrait plus aucun frein à ses dévergon ­\ndages les p lus honteux et les p lus crim in els ?\n    L ’art exige de qui s’y voue le don de soi et tout\nentier. O r, vous nous l ’avez d it vous-mêmes,\n M . Robert de M iranda, vous n ’aurez d ’autre règle\nde conduite que la recherche du bonheur.\n    M ais l ’Art qui est le culte de L a Beauté comme\nla R elig io n est le culte de L a Vérité, l ’A rt aussi a\nson sacrifice et c ’est l’artiste q ui lui-même, s’y\ndonne en holocauste à Celle q u ’il adore et dont il\nveut hâter le règne glorieux ici bas comme au ciel.\n    N otre ém inent ami l ’abbé A rm and T h ié ry ,\ndigne disciple d ’un grand philosophe moderne :\nM gr. M ercier, écrivait excellem m ent dans la Lutte\nde ju in 1897 :\n    « C elui qui repousse l ’effort pénible, celui q ui\nne veut pas être travailleur consciencieux et dévoué,\ncomme aussi celui q ui ne s’occupe des choses\nd ’A rt que pour en jo u ir et non po ur produire\npéniblem ent les œuvres artistiques au p rix de tous\nses labeurs et de ses lourdes peines, tous ceux là\nne peuvent q u ’être étrangers aux joies fières du\n"}, {"page_pdf": 19, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1948, "texte": "12             L a L u t t e . — J a n v i e r 1 90 0\n\n\n\ntravail artistique. « Q uo iqu’on fasse, travailler\nreste pénible. M ener à bien quoi que ce soit, de­\nmande intim em ent notre cœ ur, notre sym pathie,\nun sacrifice de nous à l ’œuvre à laquelle nous nous\nem ployons ».\n    « A in si L a Beauté est fondée sur la Bonté. L a\nBeauté n ’est que la Bonté, en tant que celle-ci est\nmanifestée ; mais la Bonté, précisément par ce\nq u ’elle est la Bonté, tend d ’elle même à se m an i­\nfester ; ainsi tend-elle à devenir L a Beauté et\nc’est cette tendance du bien à se manifester qui\nlie intim em ent le Beau au B ien ».\n    I l y a donc contradiction flagrante entre la doc­\ntrine d ’égoïsme et de sensualité à outrance, que\npréconisent les jeunes écrivains de l ’Effort et «l’Age\nd ’Art», dont avec nous, ils souhaitent vo ir se lever\nbientôt l ’aube sereine et lum ineuse. M ais nous,\nécrivains catholiques, qui nous levons m aintenant\ndes deux côtés d ’une vaine frontière, pareils aux\nblés nouveaux dans les sillons d ’A v ril, grâce au\ndon de la F o i que nous avons reçu de la bonté\ndu Père, nous connaissons q u ’il n ’est q u ’une seule\ndoctrine qui puisse résoudre ici-bas le grand\nproblème du B onheur et préparer le règne fu lg u ­\nrant de L a Beauté sur le siècle futur : C ’est celle\nqui, seule entre toutes, transforme en jo ie toute\nsouffrance, en donnant à toute souffrance une\nvaleur éternelle. C ’est celle qui a fait les saints,\nc ’est celle qui nous d it: R éjouissez-vous dans le\nSeigneur, conservez-vos cœurs purs et dès le séjour\nde la terre, le R oyaum e du C iel habitera en vous.\nC ’est celle qui a fait la joie et la douceur du Poète\nFran ço is d ’Assise, comme aussi l ’héroïsme de\nJehanne la L o rra in e et l ’énergie active de P a u l et\nde X a vie r, c’est celle enfin qni fit ja illir du cœ ur de\n Charles B audelaire ces strophes immortelles de\nla Bénédiction :\n\nV ers le ciel où son œil voit u n trône splendide\n"}, {"page_pdf": 20, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 448, "texte": "               L e D é b a t E s t h é t iq u e                  13\n\n\n\nL e Poète serein lève ses bras pieux\nE t les vastes éclairs de son esprit lucide\nL u i dérobent l ’aspect des peuples furieux.\n\nSoyez béni m on D ieu, q u i donnez la souffrance\nComme un d ivin remède à nos im puretés\nE t comme la m eilleure et la p lus pure essence\nQ ui prépare les forts aux saintes voluptés !\n\n                                G eorges          R am aekers.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-005", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 14, "page_fin": 15, "titre_corps": "Florilège mensuel : Ceux qui nient", "titre_sommaire": "Ceux qui nient", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren", "ancre_debut": "FLO RILÈGE M EN SV EL Ceux qui nient", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 926, "texte": "FLO RILÈGE M EN SV EL\n\n\n\n\n         Ceux qui nient\n\n\nA coups de bêche, à coups de sonde\nD ans u n cham p d ’orge et de méteil\nL e fossoyeur creuse u n grand trou :\n« S i cette fosse est si profonde\nC ’est p o ur y mettre le soleil,\nD it-il » — et ses grands yeux sont fous.\n\n\nD ep uis l ’aurore, à la besogne\nSa bêche m ord, sa bêche cogne\nL a terre et la casse et la broie.\nSes coups sonnent mornes et creux.\nL e s bois autour de lu i déploient\nL e u r ombre — et l ’astre est derrière eux.\n\n\nPourtant le soir, un rang de trembles\nL aisse filtrer des rayons ro ux\nQ ui vont frapper soudain la bêche\nE t descendent aux; flancs du trou\nE t pénètrent la terre sèche.\nE t l ’homme exulte et ses m ains tremblent.\n\n\nSon torse bout, ses bras fiévreux\nRem uent des blocs de sol ocreux\nP o u r étouffer sous terre, u n leurre.\nSon sang coule comme du feu\nL ’homme grandit d ’être à cette heure\nC e lu i q u i croit tuer u n D ieu.\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 446, "texte": "                 F l o r il è g e   m e n s v e L.                 15\n\n\n\nE t le soir passe et ses vents sombres\nE t les m inuits et les heures... les heures.\nL e fossoyeur\nAssis, dans l ’ombre,\nS u r la fosse, parait géant\nI l ne sent pas que l’aube toute\nContre sa nuit, s’est mise en route.\nE t sa vo ix crie « I l est dedans... dedans »\n\n\nI l est ainsi des gens... des gens...\n\n                                       E m il e      V erhaeren.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-006", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 16, "page_fin": 24, "titre_corps": "Florilège mensuel : La Conquête de la Mort", "titre_sommaire": "La Conquête de la Mort (feuilleton de la revue)", "rubrique": "", "signature_source": "Charles de Sprimont", "ancre_debut": "La Conquête de la M o rt C onte héroïque D an s la m", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 23, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 1478, "texte": "La\n\n\nConquête de la M o rt\n            C onte héroïque\n\n\n    D an s la m agnificence du m atin radieux, l’île\ns ’éveillait, comme une nef enchantée. L e s brises\nm olles venues du sud caressaient doucement ses\np rairies, ses collines onduleuses et son prom ontoire\nsonore battu par la mer. Sous les calmes rayons\nd ’un soleil pacifique, no urrice de tant d ’hommes\ndont elle avait bercé les rêves, l ’île éternellement\nverdoyante accueillait comme une mère le re n o u­\nveau du jo u r et s’éveillait dans un sourire.\n    S u r la plage éblouissante, autour de leurs lances\ndressées en faisceaux, reposaient les guerriers du\nje u ne V ik in g de Norwège, H a ra ld , celui dont les\nScaldes chanteront à jam ais les exploits et la mort.\nU n e grande lassitude pesait sur leurs visages\nrobustes et leur lente respiration faisait onduler\ncomme des vagues, l ’acier bleu des cuirasses.\nA uprès d’eux, leurs lourds boucliers peints jo n ­\nchaient le sable d ’emblêmes de vaillance et\nd ’héroïques symboles. D es dragons polychrom es\ngrim açaient au soleil, des nefs cinglaient, toutes\nvoiles déployées, des glaives s’entrecroisaient\nsous des semis d ’étoiles.\n   A u fond d ’une baie éclatante de lum ière, creusée\ndans le rivage par les bras souples de lam er, quand,\nlassée des tempêtes, elle s’étend pour dorm ir sous\nles bleus rayons lunaires, les barques des hommes\ndu nord se balançaient nonchalem m ent. L ’aigle\n"}, {"page_pdf": 24, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2020, "texte": "                F e u il l e t o n d e l a R e v u e    17\n\n\n\nsculpté à leur poupe étincelait, tout blanc de\nl ’écume des vagues. E t les nefs sem blaient dési­\nreuses de partir, libres albatros su r la mer libre,\ndésireuses de sentir sous elles l ’immensité des flots\ngrondeurs, d ’emporter vers d ’autres plages tant\nde cœurs de héros dont elles berçaient les espéran­\nces et dont la vie se confondait avec la leur.\n    M ais, seul sur le haut prom ontoire, tandis que\nreposaient ses fiers com pagnons d ’arm es, errait\nle V ik in g H a ra ld à la blonde chevelure. L e vent\nfrais de la mer venait caresser sa jo ue, lu i ap po r­\ntant le parfum de lointaines contrées. D ans ses\nyeux b rilla it le désir de quelque am our essentiel,\npo ur la conquête duquel il donnerait u n jo u r ses\nrichesses, sa vie, sa gloire : tous ce q ui le rat­\ntachait à la terre. Sous le sayon et la cotte de\nm ailles tressaillait une ch air jeune, avide des\nchauds baisers de la passion et de la mort. A h !\nles Scaldes à la voix retentissante pouvaient chan­\nter superbem ent ses victoires ! Lourdem ent, il\navait jeté son jo u g aux peuples soum is par ses\nancêtres. I l avait entraîné ses guerriers à la fête\ndes batailles, il les avait rués vers le carnage, il\navait fait chanter la sanglante messe des lances\ndans com bien de monastères saccagés ! E t quand\nl’œil de sa pensée intérieure se retournait vers son\npassé, il y voyait des vaisseaux entreheurtés, des\nfracas de cuirasses, des m ains jointes dans la sup ­\n plication affolée, des fuites de m ultitude sous un\n ciel cinglé par l ’ouragan des combats. Sa vie n ’avait\nété q u ’u n embrasement farouche, u n galop éché ­\n velé, au m ilieu des h alla lis de triom phe entonnés\n à pleine fanfare, ju sq u ’au jo u r où une druidesse\n de la celtique — une femme ! — lu i avait d ’un\n regard enfoncé dans la ch air et dans l ’âme l ’a ig u il­\n lon d ’un m ystérieux désir.\n    I l était parti vers de nouvelles aventures, m ais\n cet éclair, dardé dans une n u it de combat, lu i\n"}, {"page_pdf": 25, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "18              L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\nbrûlait les yeux et de toute sa puissance m agique\nle rivait au souvenir. D ans le b ru it de la mer\nrevenait à ses oreilles attentives le rythm e grave\ndu bardit q u ’E lle chantait...\n    C ’était une mélopée traînante, laissant deviner\nplutôt que com prendre les strophes soutenues par\nses notes allanguies. Née sur la harpe sonore, elle\nviva it au contact d iv in des lèvres et s ’en allait dans\nl ’âme doucement m ourir. Ses accords affaiblis s’y\nprolongeaient avant de s’éteindre, éveillant de\nleur caresse les anciens souvenirs endorm is.\n    E t les désirs pareils à des roses sanglantes,\nmontaient, grandissaient, se pâm aient, sous la\nforce mystérieuse d ’on ne sait quel am our.\n          « I l est u n calice d'o r rouge,\n         A u lointain des océans bleus.\n         B éni le preux dont la vaillance\n         Ir a le conquérir u n jo u r ! »\n    Desm ers sans fins se déroulaient sous les regards\ndu V ik in g , sa barque y nageait, sans ram eurs,\nmue par la force de son seul vo ulo ir. I l était\ndebout, à l ’avant, appuyé sur son glaive, les yeux\nvers le soleil.\n         « C ’est la coupe où le v in m ystique\n         C oula du flanc de l ’Astre-dieu.\n         B é n i le brave dont les lèvres\n         Se rougiront du sang élu ! ».\n   L es houles infinies pleuraient. L e v ik in g les\nvoyait pousser leurs hécatombes aux tueries sa­\ncrées. U n e plaie large ouverte em pourprait le\nciel et la barque voguait vers elle, cygne sur des\neaux en flammes, comme po ur s’y abîmer.\n         « L e vin superbe de l ’A m our\n         D an s ton calice, ô mort fatale,\n         C elui-là seul q ui le boira\n         P ossèdera la V ierge fière ! »\n     C hevelures dénouées, N ixe s et O ndines pas-\n"}, {"page_pdf": 26, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1890, "texte": "                F e u ille to n de la R evu e         19\n\n\nsaient au fil des eaux. D es baisers unissaient leurs\nlèvres roses à la lèvre immense et doucement\nsouriante de la mer. L a nef s’allanguissait comme\nun printem ps parm i les fleurs. E t le héros offrait\nà la fée conquise la coupe céleste, rouge du sang\nde son cœur.\n                           II\n   A u to ur du roi songeur s’étaient rangés les\nguerriers. L e soleil m aintenant éclatait dans toute\nsa m agnificence. Lan ces et casques jetaient des\nscintillem ents magnétiques. L a m er calm e, so­\nnore, assoupie appelait aux départs et un des\nenfants du nord fredonnait les prem iers vers du\npoème :\n         o J ’ai navigué autour de la S icile\n         S u r ma barque, durant bien des jo u rs ».\n    M ais rien ne pouvait troubler le v ik in g dans sa\n profonde pensée. Ses yeux s ’étaient rouverts aux\n apparences, ses bras faisaient les gestes néces­\n saires, sa parole jetait au vent les ordres im périeux\n tandis que son âme, sur les larges ailes de la\n mélodie, p lanait au loin. Inconscience ineffable\n du rêve ! I l poursuivait parallèlem ent le cycle de\n ses deux existences, l'un e brutale, exubérante\n de force et de vie, l ’autre, toute intim e, orientée\n selon le désir lan cin ant de son cœur.\n    On avait coupé joyeusem ent les amarres des\nbarques. O n avait lancé, au m ilieu des rires et des\nhym nes, un adieu peut-être éternel à l'île heu­\nreuse et la flotille appareillait vers d ’autres plages.\nD ebout, à l ’avant du prem ier navire, le jeune roi\nregardait la mer, dont les ondulations bleues\nallaient se confondre à l ’horizon avec la pourpre\ndu jo u r. A in si se déroulait la destinée guerrière\nde ses-aventuriers blonds. E t, quand leurs grands\nyeux d ’azur s’étaient fermés, après avo ir caressé\nd ’un dernier regard le sang des béantes blessures,\nils s’en allaient, guidés par la m ain blanche des\n"}, {"page_pdf": 27, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1814, "texte": "20             L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\nW a lk y rie s, chanter avec les E in e rja rs bienheu­\nreux dans le haut W a lh a lla . L a brise m urm urait\nentre les cordages. D es senteurs de violettes et de\nroses embaum aient l ’air tiède et la M éditerranée\namoureuse s’entr’ouvait sous la poussée légère\ndes barques venues du nord.\n    I l y eut des soirs de carnage, des assauts rués\nvers les brèches ouvertes au flanc des ville s p ar le\nchoc des béliers sourds. A la lu eu r des grands\nfeux, les guerriers se partageaient le butin de\nleu r héroïque labeur, en chantant les hym nes de\nla lointaine patrie. Ils apportaient, parm i les\nnations voluptueuses du sud, la froide austérité\ndes mers grises. L es végétations inconnues, la\npure splendeur des temples, la richesse des\npalais et des cours les pénétraient d ’étonnements\ném erveillés et naïfs.\n    H a ra ld connut des heures de gloire fabuleuse.\nI l vit les trirèm es des Césars de B yzance fu ir\ndevant ses barques rapides. I l écouta les louanges\ndes poètes m onter vers son orgueil dans les\nfestins de victoire. M ais, aux instants les p lus\nsublim es, une ombre s’interposait entre sa pensée\net les choses. G rave, amère, im périeuse, la d ru i ­\ndesse chantait. I l la revoyait, telle q u ’elle lu i était\napparue ja d is su r le haut prom ontoire, à la\nflamme des éclairs, au m ilieu du râle des m ou­\nrants, et de la fanfare des trompes. Sa vo ix\ndom inait le fracas de la bataille, son geste fasci­\nnant appelait le désir, et, sur l ’ordre de son\nregard seul, tout homme serait mort en jo yeux\nm artyr.\n\n        « I l est un calice d ’or rouge,\n        A u lointain des océans bleus.\n  Quels mondes ignorés ces paroles avaient\néveillé dans l ’âme du jeune roi ! D ès lors, sa vie\naventureuse n ’avait p lus été q u ’un m oyen, tendu\n"}, {"page_pdf": 28, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "                 F e u il l e t o n   d e. l a   R evue    21\n\n\nvers un but suprême. Q uelques strophes avaient\n transformé en poète assoiffé de mystère celui qui,\nsans elles, n ’eut été q u ’un conquérant brutal —\nquelques strophes, su r des lèvres prom ises au\nseul élu de la Science et du m alheur.\n            « L e v in superbe de l ’A m o ur,\n            D ans ton calice, ô mort fatale,\n            C elui-là seul qui le boira\n            Possédera la V ie rg e fière ! ».\n     C o n quérir ce calice dont il ig n o ra it le sym bole\nsuprême ; approfondir l ’in fin i de la souffrance\nconsentie ; donner au but à ses vaines équipées ;\nposséder au m idi de ses jo u rs la seule compagne\nq u ’il sentit digne de lu i ; tels étaient désorm ais\nles horizons im m enses embrassées par son désir.\n U ne in vin cib le force l ’artirait, de l ’au delà lointain.\n I l n ’avait pas com pris les paroles de l ’éternelle\nchim ère, mais il était sû r q u ’u n jo u r vien d rait où\nla récompense prom ise consacrerait ses lèvres\nd ’un im m ortel baiser.\n     I l allait, insouciant des victo ires, refusant avec\ndédain les trônes que lu i offraient des peuples,\nconsternés p ar sa froide valeur. A u x heures de\ntriom phe, dans la plainte du vent, au son des\nharpes et des kin n o rs, il écoutait gravem eut les\nchants des bardes ; mais sa pensée planait plus\nlo in . Comme un aigle blessé remonte vers le soleil\np o ur y puiser la force et la vie, son âm e, dégagée\ndesvanités glorieuses, contem plait une vierge pâle,\ndebout sur u n prom ontoire de granit.\n                          III\n   Ils avaient combattu sur la mer aux flots\nrudes ; les barques ennemies s’enfuyaient vers\nle couchant ; du sang em pourprait les vagues. Des\nnefs du vik in g réunies montait un large cantique\nde d o u le u r...\n   A l ’avant de son vaisseau royal, H a ra ld , blessé\nà mort, regardait le soleil m ourir. I l avait ordonné\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1733, "texte": "22             L a L u t t e . — J a n v i e r 1 90 0\n\n\n\nqu ’on l ’abandonnât seul, dans le néant de sa gloire,\navant que les W a lk y rie s vinssent chercher son âme\npour la conduire vers le palais des dieux. E t la\nnef allait à la dérive, fière d ’em porter son roi au\nterme inévitable du destin-\n   L e soir tombait lentement sur la mer sombre,\nlentement la barque cin glait vers l ’occident. A\ntravers la détresse intermittente des cors, les Scal ­\ndes chantaient l ’hym ne de mort de l ’ancien roi\ndu Juttland, H a k o :\n        « L e dieu T h o r envoya\n        G un d ul et Skogul,\n        L e s W alky ries,\n        C h o isir un héros\n        L e la race d ’Yngw a\n        Q ui, vers O din,\n        Hautem ent s’élève\n        P o u r habiter le W a lh a lla ! »\n\n   Dégagé du terrestre mensonge, trop conscient\nde soi même po ur redouter la mort, le roi écoutait\nla plainte douleureuse de ses guerriers. I l se sen­\ntait plein d ’une immense amertume en revoyant\ndans sa pensée tous ces visages fidèles, dont sa\nbarque, emportée p a r la m e r descendante, l ’éloignait\npo ur toujours.\n   C ’était donc ain si que se term inait sa vie aven­\ntureuse. A u x jo u rs de sa jeunesse, il avait rêvé\ncette fin m agnifique : s’en aller avec la mer et le\nsoleil ; mais m aintenant que le but s’était montré\nà lu i, il croyait avo ir mésusé de l'existence. P o u r\nla prem ière fois, et au moment où la croyance lu i\nétait le plus nécessaire, il doutait de ses dieux. L a\nvérité ! n ’était-elle pas chez ces m oines que la\ncro ix de son épée lu i rappelait en cet instant su ­\nprême ? D ans la cruelle messe des lances’ sur le\nparvis de leurs églises profanées, com bien n ’en\navait-il pas vus joyeusem ent m o urir ! E t toutes ces\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "                F e u il l e t o n d e l a R e v u e   23\n\n\n\n  m artyres outragées, qui invoquaient le C h rist au\n moment terrible ou leu r vie s ’enfuyait avec leu r\n virg inité, d e quel surh um ain espoir étaient-elles\n illum inées, p o ur m épriser ainsi la honte et la\n mort ? i l se souvenait q u ’un vieu x prêtre frank\n lu i avait conté un jo u r le sublim e poême de son\n D ieu. Rapport étrange, il confondait cette histoire\n touchante avec le chant de la coupe, selon le\n rythm e d u q u e l s ’était développée sa vie.\n     Lentem ent le soleil déclinait, tout rouge su r la\n mer sombre, lentement la barque cin glait vers le\n couchant. L e héros assoupi écoutait m urm urer à\n ses oreilles la plainte de son sang qui s ’écoulait.\n D es visio ns vagues et belles souriaient à ses ye u x\n m ourants.\n     I l était venu, Jésus, le doux vik in g , po ur con­\n soler le monde. D es palm es jonchaient sa route,\n des lys fleurissaient sous ses pas. E n to u ré de ses\n leudes, il s’était assis au banquet fraternel, et,\n dans un calice d ’or, il leu r avait donné à boire\n son sang d ivin . O n l ’avait crucifié su r une haute\n montagne, l ’ombre de la mort était descendue dans\n ses yeux. C a r il vo ulait sauver la terre par un libre\n effort de son am our et ré u n ir tous les hommes\n dans le haut W alh a lla.\n    Lentem ent le soleil décline, tout rouge sur la\nmer sombre ; lentement la barque s ’en va vers le\ncouchant. L a v o ix des guerriers s ’est éteinte,\nautour de la nef s ’étend l ’im m ensité bleue ; la m ort\ns’approche du prin ce aux cheveux b lo n d s...\nH arald sourit dans le rêve ou s ’évanouit sa vie. I l\nse sent approcher de quelque chose d 'in co n n u ,\nm ais qui certainem ent répondra au noble d é sir de\nson âme. Toutes les forces du passé s ’un issen t en\nsa pensée pour présager l ’avenir. I l a co m p ris\nque l ’im périeuse druidesse était le profond m ys­\ntère de la mort pâle, q u ’on ne possède q u ’au p rix\ndu trépas. D ’un geste lent, il a p ris une coupe\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1076, "texte": "24            L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\ndéposée auprès de lu i, parm i le butin de la d er­\nnière conquête. I l l ’a portée à ses lèvres et du\nsang a rougi l ’or p ur. M aintenant, des visio n s p lus\nim précises passent devant ses ye u x graves : sur\nun prom ontoire, une vierge austère, debout...\n   U n hym ne m ystique vibre sur ses lèvres..., des\ncom bats... des festins de victoire. L e s sirènes de\nla m er m urm urent à ses oreilles avec son sang qui\ncoule. L a coupe grandit dans sa m ain, comme\npour s ’em plir de tous les rayons du jo u r. L a\ncro ix de son épée est prête à recevoir un D ieu.\n   Lentem ent le soleil décline, le soleil est à ras\ndes flots ; lentement la barque s’en va vers le co u ­\nchant, la barque est dans la flamme du couchant\nrouge. L e s paupières du V ik in g se sont closes sui­\ndes m irages d ’épopée. L e sang ne ja illit p lu s de\nses plaies. L ’Astre disparaît, des vo ix chantent et\nde sa m ain inerte la coupe ensanglantée est\ntombée dans les flots.\n\n                                C h a r le s d e S p r im o n t .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-007", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 25, "page_fin": 28, "titre_corps": "Florilège mensuel : Le Symbole du Jardin et de l’Amour (I)", "titre_sommaire": "Le Symbole du Jardin et de l’Amour", "rubrique": "", "signature_source": "Gaston Heux", "ancre_debut": "L e S ym bole du Jard in et de l’A m o u r . (1) A u chem in de la V ie", "ancre_fin": "G a s t o n H eu x .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Sous la rubrique «", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1571, "texte": "L e S ym bole du Jard in\n               et de l’A m o u r . (1)\n\nA u chem in de la V ie , où tout va défaillir,\nT a n d is que haletait mon angoisse épuisée,\nJ ’ai v u le soir religieux se re cu e illir.\nE n goutte d ’ombre et d ’or doucement déposées,\nTrem blaient sur les massifs et les branchages clairs,\nD ’un semblable frisson, la n uit et les rosées.\nE b ra n la n t l ’ombre b le u e au b ru it rauque des flairs,\nD es faons, jarrets tendus et l ’haleine sifflante,\nH um aie n t l ’inquiétude éparse dans les airs.\nJe traînais p lu s au large une m arche p lus lente.\nD évoré d u regret inerte du sommeil\nJ ’allais, l ’âme m eurtrie et la lèvre brûlante,\nL ’esprit encor hanté d ’un m irage verm eil,\nM ais les pieds, tour à tour, et le front lo u rd\n                                        [d’angoisse,\nGlacés du froid nocturne, ou brûlés du soleil !...\nE t m aintenant, des clartés mortes qui décroissent :\nE t dans la n u it prestigieuse, sans repos,\nL es heurts vertigieux des ténèbres se froissent...\n\n\n   (1) D’un livre à paraître : L'lnitiatiun douloureuse.\n   Dans l’étape douloureuse de sa vie, le Poète est entré au\njardin de l’Am our; là, une voix Lui offrira les fruits volup­\ntueux du clos magique ; déjà sa préférence lui en désigne un\nplus beau que les autres, mais son respect l’éloigne, sans\nqu'il ait voulu le cueillir. Il n’a point songé que d’autres\naprès lui passeront, dont le désir connaîtra moins le res­\npect : Il sortait à peine du Jardin de l’Amour, que le vent\ndes passions brutales à cueilli le fruit divin qu’il y avait\nlaissé !\n"}, {"page_pdf": 33, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1501, "texte": "26            L a L u t t e . — J a n v i e r 1900\n\n\n\nE t voici : Dans le charme inattendu d ’u n clos\nO ù des grappes m oiraient l ’enlacement des tiges, -\nD evant moi, j'aperçus tout un E d e n éclos.\n\nD ans la pénom bre tiède, A m our, où tu voltiges,\nL e s pétales rieurs, lentement dépliés,\nS ’ouvraient au frôlement d 'u n souffle de vertiges.\n\nE t tous les germes purs croissaient m ultipliés,\nE t les soucis du temps, et les soucis du monde,\nD ans cette tombe en fleurs, reposaient oubliés.\n\nA m our, j ’ai salué ta retraite féconde !\nL ’inépuisable joie, âme de ces lie ux chers.\nN aissait avec la vie et coulait avec l ’onde.\n\nL e s fruits s’y balançaient, légers de sucs amers ;\nD ans leurs roses duvets on croyait v o ir revivre\nL e s tendres chatoiements et le carm in des chairs.\n\nDes lys montaient vers eux comme des fleurs de givre\nE t toute pureté vers la fécondité\nIls exhalaient leurs cœurs d ’où l ’encens se délivre.\n\nE t tout s'enveloppait de flottante beauté,\nE t la résine d ’or ro ulait sur les écorces,\nPerle autant que parfum , sa fleurante clarté !\n\nO gestes de semeurs dont se cam brent les torses !\nL im p id ité de cet E d en épanoui\nOù la vie émanait d ’intarissables forces !\n\nE t comme su r le seuil je restais éblouis,\nQ uelqu’un me p rit la m ain, qui restait in visib le\nE t me faisait com prendre u n langage in o uï.\n\nT u peux entrer : voici le seuil inaccessible,\nA p la n i po ur tes pas vo ici le d ivin seuil.\nJette le masque vain de l ’orgueil im passible,\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1774, "texte": "                      F l o l ir e g e m e n su e l                 27\n\n\n\n« Jette le masque froid de l ’inutile orgueil,\nE t reçois, et savoure, ô mon frère, ô mon hôte,\nD u baiser de l ’A m our le fraternel accueil ! »\n\nE t comme avant les temps de la prem ière faute,\nL e s branches fléchissaient sous leur fécondité,\nE t p o u r m ’o ffrir s e s fru its s’in clin a it la p lu s haute...\n\nM ais un d ’eux, de rub is nocturnes pailleté,\nB aigné de la lueur p udique des étoiles,\nM ’a retenu le cœ ur, surp ris de sa beauté.\nE t l ’E s p rit transparut à demi sous ses voiles :\n« Ce fruit-ci, voyageur, comme ceux que voilà,\nD ’une saveur choisie alanguira tes moelles,\nE t ce n ’est pas d ’un vain désir q u ’il te troubla. »\nM ais mon geste a plané sur le verger m ystique :\n« Je ne veux plus ceux-ci, sans rêver celui-là.\n« Oh ! p ourquoi ternirais-je, en ce soir pacifique\nOù se gonfle d ’am our le cœ ur universel,\nL e s tissus transparents de sa frêle tunique ?\n« N o n , non! q u ’en ce printem ps généreux et charnel,\nComme un gage verm eil d ’éternelle jeunesse\nSous ses velours rosés coule un sang éternel !\n« L e vent du ciel peut seul, et seules ses caresses,\nAttarder su r sa ch air leurs baisers délicats...\nF ru it m ûr entre les fruits du ja rd in d ’allégresse,\nCes doigts respectueux ne te cue illiro n t pas :\nMes yeux garderont seuls ta lum ineuse image\nP a r les sentiers futurs où saigneront mes pas ! »\nE t déjà, voyageur, la fièvre du voyage\nM ’attirait vers la nuit de l’éternel chem in :\nM ais une houle d ’ombre obscurcit le feuillage,\nD eux yeux luirent, points d ’or qui dardaient le\n                                             [dédain,\nE l cinglant mon orgueil d ’un long spasme de rire,\nL ’E sp rit, d ’un brusque coup, me rejeta la m ain :\n"}, {"page_pdf": 35, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 392, "texte": "28               L a L u t t e . — J a n v i e r 190 0\n\n\n\n« D u seuil bleu que toi-même auras su t’interdire,\nOh, regarde !.. » et des fruits me montrant le plus\n                                             [beau :\n« Désorm ais, sa fraîcheur est à qui la désire ! »\n\n... E t le vent qui passait l ’arracha des rameaux.\n\n                                            G a s t o n H eu x .\n\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-008", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 28, "page_fin": 28, "titre_corps": "Florilège mensuel (avis de la Direction)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Direction", "ancre_debut": "Sous la rubrique « F l o r i l è g e m e n s u e l », La Lutte publiera", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 392, "fin_caractere_exclue": 1313, "texte": "Sous la rubrique « F l o r i l è g e m e n s u e l », La Lutte\npubliera désormais en chacun de ses fascicules :\n   1° Des vers de l’un des plus grands poètes contemporains\nde Belgique ou de France.\n   2° Un feuilleton (conte on nouvelle) signé d’un nom connu\nou tout nouveau.\n   3° Une suite de poésies ou bien un long poème, signé\ndu nom d’un Jeune, dont la contribution poétique sera\nlimitée, pour un an, à cette unique insertion.\n   Contes et poèmes seront choisis selon un souci d’harmo­\nnie et un constant vouloir de prouver notre électisme. C’est\nainsi qu’ayant réuni en le présent fascicule : deux poèmes\net un conte symbolistes, nous réunirons dans nos fascicules\nsuivants des écrivains s’apparentant également entre eux,\nmais n’ayant aucune accointance avec le Symbole et les\nSymbolistes et qui reviennent plutôt à la claire simplicité.\n\n                                                   La D i r e c t i o n .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-009", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 29, "page_fin": 33, "titre_corps": "Les Lettres flamandes : Un Poète du Terroir. Guido Gezelle", "titre_sommaire": "Un Poète de Terroir. 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A\nvo ir tous ces drapeaux en berne et le long cortège\nfunèbre lentement se dérouler aux pieds des tours\nm oyen nageuses de la cité du So uven ir, qui n ’eût\nc rû u n instant com prendre que c’était l ’âme c o l­\nlective de notre peuple west-flam and q u i s’en\nétait allée vers D ieu , et non l ’âme d ’un hum ble\nprêtre ?\n    O r celui qui vient de m ourir avait, en toute\nhum ilité, pour la seule gloire de son C h rist et le\nsalut de l ’âme patriale, étroitement allié à l ’apos­\ntolat du vra i et du bien, l ’apostolat de la beauté ;\nle sacerdoce du poète, au sacerdoce ecclésial.\n    M aintenant que son corps repose en la terre de\nsa W est-Flan dre, il nous est doux de nous remé­\nm orer com bien son apostolat d ’art fut inlassable\net fécond.\n    H u g o Verriest, E . V an Oye, K . De Gheldere,\nautant d ’écrivains de race, que le grand mort, jad is,\navait formé, en ce temps q u ’il enseignait au sém i­\nnaire de R o u le rs, où, après son ordination en\n 1854, il était revenu professeur, tandis q u ’autre­\nfois, parm i les élèves, il s ’y était préparé, avec\ntoute l ’ardeur de son cœ ur de poète, à recevoir la\nprêtrise chrétienne. C ’est là que l ’enthousiasm e\nju vé n ile , jo in t à l ’exhaltation qui venait de sa foi,\ndécupla en son cœ ur l ’am our déjà profond de son\nparler natal, de sa science et de sa poésie.\n    Gezelle vit le jo u r à B ruges, à B ruges la ville\ngothique que Georges R odenbach, autre mort\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1888, "texte": "30             L a L u t t e . — J a n v i e r 1900\n\n\n\nbien-aim é, nous a tant célébrée en ses écrits sub­\ntils.\n    Sans doute est-ce d ’être né à l ’ombre de ces\ntours pieuses ; et d ’avo ir en son enfance coulé\nd ’innom brables heures dans le prestigieux décor\nd ’u n vaste étang de rêve et de m élancolie, q u ’une\nlégende endeuillie fit nom m er L e Lac d'Amour ; et\nd ’avoir longtemps contemplé, dans l’eau morte de\nses canneaux ; le reflet des arbres de m ail, des\npignons en forme de mitre et des cygnes m ages ­\ntueux, vognant sur un ciel assom bri, que Gezelle\ncomme R odenbach engrisaille souvent son œuvre\nd ’une tristesse intim e, et gémissante et douce.\n    Quelle dissem blance pourtant entre la mélan­\ncolie rafinée, m ignarde, complexe, un peu factice,\nun peu voulue et trop recherchée po ur être pro­\nfonde, de l ’auteur de Bruges-la-Morte, du Carillon­\nneur et de la Vocation ; et celle fruste et prim itive,\nspontanée, et sublim e avec sim plicité, du poète du\nTydtkrans.\n    G uido Gezelle, poète catholique et poète patoi­\nsant, est à la fois le V erlain e flam and et le M istral\n de la W est-Flandre. P lu s rudim entaire et m oins\nchevrottante que la langue d e Sagesse, la langue de\nl ’abbé Gezelle est celle du peuple q u ’il aime ; la\nlangue de ceux de la race, le très typique et\narchaïque dialect west-flamand.\n    S ’il chante ainsi que V erlaine la foi en la bonté,\nen la beauté de D ieu, Gezelle ainsi que M istral\nexhalte également la terre où il est né : la Flandre,\net sa vie calme et ses pacages gras et ses blousiers\nvaillants.\n    M ystique et réaliste, il est vraim ent flam and.\nE t d ’avoir, en son œuvre, u n i ces deux aspects,\nqui caractérisent tout l ’art de sa race, son mérite\nn ’est que plus grand. P lu sie u rs, parm i ceux qui\nl ’adm irent, déplorent que le poète en adoptant ce\ndialect très spécial, n ’ait réservé q u ’aux patoisants\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 31, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2008, "texte": "               L es L e t t r e s F l a m a n d e s    31\n\n\n\n du sol natal et à quelques initiés, la joie rare de\nsavourer les p lus belles de ses œuvres dans leur\n langage orig in al, et celle aussi d ’en adm irer les\n rythm es et les nuances que toute traduction, iné­\nvitablem ent, ou déflore, ou détruit.\n    O r le rythm e et la couleur — Klanken en Kleuren\n — sont les deux qualités dom inantes du style de\n G uido Gezelle et l ’on com prendra aisément q u ’en­\ntre les délices que goûte celui qui le lit en patois\nwest-flamand et l ’im pression de ceux qui ne l ’a p ­\nprécient que selon les traductions, la distance soit\naussi grande q u ’entre la sensation q u ’éprouve\nl ’arabe altéré en cueillant au figuier une figue\nbien fraîche et celle de l ’E uro péen qui, lu i, se doit\ncontenter d ’un fruit sec, sans ju s, sans parfum .\n    Comme le poète M istral qui s’entête à ne chan­\nter sa Provence et son soleil que dans son lum ineux\net vib ran t provençal, G uid o Gezelle s ’entêta à\nim m ortaliser le patois de sa race en écrivant en ce\npatois des œuvres qui resteront.\n    E n u n temps où nombre d ’hommes sont tour­\nmentés du désir de m itiger les d iv isio n s lin g u is ­\ntiques du monde, et po ur triom pher de Babel,\ncherchent à introniser un langage universel —\nvolapuck, esperanto, ou toute autre fantaisie, — il\nest curieux de vo ir comment d ’aussi grands\npoètes travaillent à leur encontre et par des œ uvres\nlittéraires infusent à des dialects que l ’on croyait\ndécrépits u n sang que les revigourent et leur crée,\nsoudain, une robustesse, que p lusieurs n ’avaient\np oint prévue, à la veille du siècle X X me !\n    L ’attitude concordante de poètes qui vécurent\nsi étrangers l ’u n à l ’autre n ’apparaîtra certes point\ncoïncidence fortuite aux esprits observateurs.\n    G uido Gezelle et M istral ne sont en réalité\npo ur qui sait écouter et vo ir, que les protagonistes,\ncertes oui conscients, mais d ’abord instin ctifs, du\nbrusque réveil des races, des races que l ’on disait\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1856, "texte": "32             L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\nmortes, et qui, avant q u 'il soit longtem ps peut-\nêtre, feront s’écrouler de gré ou de force, le m en­\nsonge des natioms.\n   A l ’arbitraire hasardeux des frontières fictives,\nsuccéderont peut-être en u n avenir plus ou m oins\nlointain les seules frontières véritables et qui, elles,\nne changent point, malgré les guerres fratricides ;\nles frontières linguistiques.\n  Sera-ce un bien, sera-ce un m al ? I l ne nous\nappartient pas de trancher ici la question. M ais\nque cela sera : vo ilà q ui nous paraît à tout le\nm oins probable.\n   D u haut de sa « tour d'ivoire », si le Poète se\npenche et jette un regard circulaire sur le monde\nqui l ’environne, sur tous les points de l ’horizon se\nmanifeste à ses yeux l ’identique insurrection : en\nCatalogne comme en Provence ; en Bretagne\ncomme au P ays de G all ; en Irla n d e comme en\nPologne ; et dans le Schlesw ig-H olstein et chez\nles irrédentistes ; en N orvège comme en Flandre;\nen Bohèm e comme en H o n g rie ; en A lbanie, en\nFin la n d e , dans l ’A frique A ustrale et partout, c’est\nle réveil des races ; c ’est la race qui s ’insurge ; la\nrace contre la nation : ouvertement ici, ou bien\nsourdem ent là, soit par évolution, soit par ré vo lu ­\ntion, la race à son réveil travaille à désagréger les\nunifications factices des nationalités de conven­\ntion et de hasard q u i ne se posent sur rien de p ro ­\nfond, su r rien de traditionnel, sur rien de stable\net de réel, mais seulement sur la chance des armes,\net la centralisation des pouvoirs en u n lieu et dans\nquelques m ains.\n   C ertains veulent v o ir au contraire dans ce retour\nin stin ctif à « la petite patrie », comme ils disent,\nle dernier spasme du légionalism e féodal, le\nsuprême mais in utile effort de l ’esprit de clocher,\ncontre le cosm opolitism e qui manifestement se\n"}, {"page_pdf": 40, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1247, "texte": "               L es L e t t r e s F la m a n d es                  33\n\n\n\npropage et triom phe dans les cinq parties du\n monde !\n    Rêves de poètes disent-ils en songeant à M istral,\nà Gezelle, aux B retons...\n   Ceux-là ignorent ou bien oublient que les poètes\nsont des intuitifs qui lisent dans l ’aven ir et parlent\nau nom des races et traduisent à vo ix haute les\ndésirs nouveaux qui s’éveillent, confusément, du\np lu s profond du cœ ur du peuple dont ils sont,\navant même que ce peuple ait p ris lui-m êm e\nconscience de ces désirs qui s ’éveillent en lu i, mais\nq u ’il voudra réaliser dem ain, bien q u ’il s’en étonne\nau jo u rd ’hui.\n   G uid o Gezelle l ’a com pris. Sans doute cette\ncom préhension lui vint-elle par la voie du cœ ur et\nnon par celle du cerveau. Sim plem ent, sans\narrière pensée aucune, il adopta la langue « de\nchez lu i », parce q u ’elle seule lu i perm it d ’e xp ri­\nmer aussi vraim ent q u ’il le désirait faire, l ’âme de\nson pays natal. P o u r décrire comme il l ’a décrite\nla W est-Flandre rustique, ses mœurs et ses aspects\nchangeant, selon la robe des saisons, ne fallait-il\npoint q u ’il parlât comme les hommes qui l ’h ab i ­\ntent ?\n                                  A lbrecht         V erh u lst.\n\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-010", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 33, "page_fin": 33, "titre_corps": "Les Lettres étrangères (avis de la Direction)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Direction de La Lutte", "ancre_debut": "La Direction de LA L U T T E a le plaisir d’annoncer", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 1247, "fin_caractere_exclue": 1515, "texte": "La Direction de LA L U T T E a le plaisir d’annoncer aux\nlecteurs de la revue qu’elle s’est assuré la collaboration\nd'écrivains polyglottes ou autochtones, qui les tiendront au\ncourant de tout ce qui dans les Littératures étrangères est\ndigne de fixer leur attention.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-011", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 34, "page_fin": 44, "titre_corps": "Le Mysticisme et l’énergie morale", "titre_sommaire": "Le Mysticisme et l’Énergie morale", "rubrique": "", "signature_source": "Alphonse Germain", "ancre_debut": "Le M y s t i c is m e et l’én ergie mo r a le. 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C’est\nelle qui élève et perfectionne les inclinations naturelles;\nc'est elle qui conduit l'homme, par l’accomplissement de ses\ndevoirs envers lui-même, ses semblables et Dieu, à la posses­\nsion du bonheur parfait, dans la connaissance et l’amour de\nla Vérité, de la Beauté, de la Bonté infinie. Maiscette vie est\nétrangement méconnue.\n   Sous l’appellation générale de mystiques, les incroyants\nassimilent trop volontiers les énamourés de Jésus aux\nrêveurs et aux exaltés dont l'imagination se plait à flotter\ndans les sphères nébuleuses, voire à certains mélancoliques\nqui vivent, cérébralement, dans un état comateux. Certes,\nles hommes de bonne volonté disposent d’un excellent moyen\npour faire cesser en leur esprit cette grossière confusion,\n\n\n  (1)     L e terme mystique est pris ici dans un sens général\npour rendre cette étude plus claire. Au sens restreint, il\nexiste Une différence entre la vie mystique et la vie ascétique.\nCelle-ci repose plus particulièrement sur la raison et la foi,\ncelle-là sur l'action extraordinaire de Dieu dans les âmes.\nL'une et l’autre ont pour fin l'union avec Dieu par l’amour\ndans la contemplation ; mais la vie mystique conduit à une\nunion d'un ordre plus élevé.\n"}, {"page_pdf": 42, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": "           P a g e s d ’E t h iq u e e t   de   P s y c h o l o g ie   35\n\n\n\n c’est de lire les vies et les écrits des mystiques de l’Eglise.\n Mais ces auteurs manquent de charme pour les gens du\n monde, et des lettrés qui rougiraient d'ignorer la Bhagavad-\n Gita ou les Eddas trouvent très naturel de condamner, sans\n le connaître, le De Devinis nominibus, l’Imitation, et les\n œuvres de St-Augustin, de St-Bernard, de St-Bonaventure,\n de Ste-Thérèse.\n    Nous voudrions ici présenter à ceux qui refusent de\n recourir aux sources et de se faire une opinion d’après leurs\n recherches personnelles les caractères essentiels de la mys­\n tique chétienne.\n    L’auteur du D e divinis nominibus définit la théologie mys­\n tique « une contemplation très sublime de Dieu, produite\n par l’amour qui conduit lui-même à la connaissance (1) »,\n d’où le nom de Sagesse secrète que lui donnent les théolo­\n giens. Et St-Thomas nous enseigne que cette théologie\n s’influseplus spécialement dans l’âme par la voie de l’amour.\n La pratique des vertus et de la méthode spirituelle néces­\n saires pour vivre en union avec Dieu et s’élever à la com ­\n templation constituent la vie mystique. Vie des plus actives\n puisqu’elle oblige à un travail incessant sur soi-même, et\npour lutter contre ses passions, et pour atteindre à une\nperfection toujours plus grande.\n    Evidemment,celui qui soupirerait après la Jérusalem céleste\nsans s’efforcer de la mériter ne serait pas un véritable\nfidèle. « Renouvelez-vous dans l’esprit de votre âme, dit\nSt-Paul, et revêtez-vous de l’homme nouveau qui a été créé\nselon Dieu, dans la vraie justice et la vraie sainteté (2 )» .\nImiter la vie intérieure de Jésus-Christ, c ’est en quoi con­\nsiste la vie spiritualisée, la vraie vie ; car est-ce vivre que de\npasser ses jours sous la tyrannie des passions ou des préoc­\ncupations vaines ? (3)\n    « La vie spirituelle est le mouvement de la créature finie\npour s’unir à l’infini. Un procédé unique conduit à ce terme:\nconformer son âme à Dieu. Dans ce travail, rien n’est indif­\nférent, et l’on peut prendre à chaque instant le point de\ndépart à un progrès éternel ; chaque action, quelque banale\n\n\n\n  (1) D e Divinis nom. cap. y.\n  (2) Ephes., 23, 24 .\n  ( 3 ) Vivre intérieurement par l'opération de l'esprit en la\nmanière que Jésus-Christ vivait » tout le mysticisme est là.\nUn vrai disciple de S. Paul, M . Olier, l'explique dans son\nIntroduction à la vie chrétienne,\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2073, "texte": "                 L a L u t t e . — J a n y ie r   1900\n\n\nqu’elle puisse être, peut contenir le surnaturel et son immen\nsite ; la grâce qui nous y porte nous vient constamment\nd’une manière qui échappe à l'attention superficielle, et elle\nopère avec une délicatesse telle qu’il ne faut rien moins\nqu’un discernement tout céleste pour s’en apercevoir et y\ncoopérer » (1).\n   S’unir à Dieu, voilà donc ce que désire ardemment le\nmystique chétien et ce qu’il cherche à réaliser de toutes\nses forces. Une seule voie conduit à cette union avec le\nsouverain Bien, la suprême Beauté. St-.Iean de la Croix,\nd’accord avec tous les maîtres de la vie spirituelle, nous\nl’apprend en sa Montée du Carmel. « C’est la pureté et\nl’amour, c’est-à-dire l’entière soumission de la volonté et le\ndépouillement total, en vue de Dieu (2) ».\n   Aussi l’amour divin, ce don de la grâce, ce mouvement de\nl’être vers la beauté et la bonté (3), ce lien de la perfec­\ntion (4), est-il le premier principe de la vie chétienne. « O\namour qui êtes Dieu, s’écrie l’âme chétienne avec Ste-Ger­\ntrude, vous êtes ma plus aimée possession. Sans vous, ni le\nciel ni la terre n’auraient de moi ni une espérance ni un\ndésir. Vous êtes mon héritage véritable, mon attente unique,\nle seul but ver lequel je tends. O amour, daignez accomplir\nen moi cette union que vous désirez vous même ; qu’elle\nsoit ma fin, la consommation de notre être » (5).\n   Nous devons vouloir aimer Dieu comme il nous aime,\nnous devons l’imiter comme des fils bien aimés (G). Or Dieu\na tellement aimé le monde qu’il a donné pour lui son Fils\n\n\n\n\n  (1 )       P. Faber, Conférences spirituelles, p. 328.\n  (2) S. Jean d e la Croix, Montée du Carmel, II, ch. V,\np. i 34.\n  « La pureté du cœur, définit le P. Lallemand, consiste à\nn’avoir rien dans le cœur gui soit tant soit peu contraire à\nDieu et à l'opération de la grâce ». Doctrine spirituelle,\n6me principe, ch. 1, art. 1.\n  (3) De Divinos nom., cap. IV , 12 .\n  (4) Coloss., III, 1 4 .\n  (5) Les exercices de Ste-Gertrude, traduits par D on Gué-\nranger, p. 167 .\n  (G) Ephes., V, I.\n"}, {"page_pdf": 44, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2428, "texte": "           P ages   d’E t h iq ue e t d e   P s y c h o l o g ie   37\n\n\n\nunique (1). Nous devons donc, à notre tour, nous donner\ntout à Lui, en toute générosité (2).\n   Contrairement aux mystiques profanes, dont ont peut dire\nce que le B. Albert le Grand disait des philosophes, qu’ils\nn’ont pas d’autre fin que de connaître,que leur contemplation\ns’arrête dans l’intelligence, les fidèles « contemplent pour\naimer ce qu’ils contemplent. C’est pourquoi leur comtempla­\ntion ne se termine pas dans l'intelligence par la seule con­\nnaissance, mais elle passe jusqu’à la volonté où elle produit\nl’amour (3) ».\n   Vivant en Jésus dont le Cœur a tant aimé les hommes, le\nmystique ne s’oublie pas dans sa propre sanctification, il est\ntoujours prêt à travailler pour le prochain. La Plénitude de\nla loi c’est l’amour (4). Et l’Apôtre qui jeta ce cri, et l’exquis\n\n\n\n  (1 ) Joan., I, III, 16 .\n   (2) « O maître ! s’écriait S. Thomas de Villeneuve, vous\nm'avez donné ce qui m'oblige, donnée-moi à présent ce qui\npeut m’acquitter. Je ne suis pas digne, il est vrai, de vous\naimer ; mais vous êtes, vous, infiniment digne que j e vous\naime. Que j e vous aime donc immensément ; car ce que vous\navez fa it pour moi est immense. La mesure de l'amour est\nd’aimer sans mesure et sa raison est d'être sans raison ».\nS. Thomas à Villan. Sermon de S. Magdalenà.\n   (3) De adhœrendo Deo, c h .,9).\n   Il n’y a pas la moindre contradiction entre ce texte et\ncelui du De Divin nom. « La contemplation est une percep­\ntion de Dieu et des choses divines pénétrante et certaine,\nprocédant de l’amour et tendant à l’amour. C'est l'exercice\nde la charité pure et parfaite. L ’amour est son principe,\nson exercice et sa fin. » Buckler, Perfection o f man by\ncharity . Book II, ch. IV . Cf. Lallemant, Doctrine spiri­\ntuelle, Principe 7 , ch. IV , a. 4 . La fin est l’amour, mais,\ncomme l’expliquent les auteurs, cet amour est fe u et lumière,\nil échauffe et il éclaire.\n   (4) Rom. X III, 10 . Un passage de M gr. G ay a sa place\nici tout indiquée : Quand l’amour arrive à ce point ou la\nvolonté de l'homme est comme identifiée avec la volonté\ndivine, la loi passant alors, dit l’Ecriture, jusqu'au centre\ndu cœur ( Psalm X X X I X , 9 ) et en devenant comme le foyer,\nl'âme, pour parler avec S. Paul, « n'est plus sous la loi mais\nsous la grâce », la loi n'étant pas faite, et n'ayant même\nplus de raison d'être pour ce juste qui est sa loi à lui-même\n"}, {"page_pdf": 45, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2487, "texte": " 38              L a L u t t e . — J a n v i e r 190 0 .\n\n\n\n St-François d’Assise qui l’aurait pu prendre pour devise,\nn’ont-ils pas donné au monde un prodigieux exemple d'amour\n actif ?\n    Comment, d’ailleurs, une àme sainte ne rayonnerait-elle\npas? « La sainteté dans l'Eglise, Dom Gréa l’a bellement dit\nc’est la perfection de l’amour dans la perfection du sacrifice.\nLe sacrifice et la mort interviennent, et la sainteté de\nl’Eglise en est le fruit. Dieu a aimé l’homme jusqu’à la mort.\nIl s’est livré à la mort pour l’homme. En cela, il aimait le\npremier : prior dilexit nos. C’était comme une provocation\nde l'amour fini, et cet amour allait jusqu’à la fin, car mourir\nest la dernière consommation de l’amour » (1).\n   Comme la fleur ouvre sa corolle aux baisers du soleil et\naux larmes de la rosée, ainsi le mystique ouvre large son\nàme, abandonnée et reconnaissante, aux rayons de la grâce,\naux flots d’amour qui s’échappent du Cœur Sacré de Jésus et,\nignorant sa beauté spirituelle comme la fleur ignore la\nsuavité de ses nuances et de sa senteur, il offre à Dieu, en\ntoute simplesse, le parfum de sa piété. Ce serait ne pas com ­\nprendre la piété que de voir dans cette métaphore l’éloge de\nl’inaction. « Jésus-Christ, formule le P. Grou, a fait consis­\nter la piété dans les dispositions intérieures, non dans des\nsentiments vains et illusoires, mais dans des sentiments\nsincères, efficaces, toujours suivis de l’exécution (2). »\n   Le mystique profane, ordinairement panthéiste, peut\ns’oublier et se perdre dans la contemplation de l’univers ou\nde lui-même. Le mystique chrétien ne saurait se passer de\nvivre dans l’activité, car il croit avec St-Augustin que ne\npas vivre pour aimer Dieu, c’est perdre sa vie (3). Il ne\n\n\n\net pour qui c'est tout un, de vivre et de bien vivre. ( Rom., 1 I,\n14 ; 1 Tint., 1 , 9 ) . De la vie et des vertus chrétiennes, de\nl’obéissance, p. 367 ) .\n   (1) Dom Gréa, De l’Eglise et de sa- divine Constitution,\nlivre III, chap. X II, p. 422 .\n   (2) Rapprochons de cette citation un excellent passage de\nla Vie intérieure du P . Tissot: « La piété, lit-on page sçç,\ntend à l’unité, elle travaille à concentrer tout sur un point\nunique, Dieu et sa gloire : et son travail n’est complet que\nquand l’unité est consommée : Dieu seul !... C’est pourquoi la\npiété donne à l’âme la fo r ce par l’unité de toutes les p uis­\nsances, la liberté par le dégagement des créatures, la pa ix\npar le rétablissement de l’ordre ».\n   (3) S. Augustin, Manuel IV .\n"}, {"page_pdf": 46, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "            P a g es d ’E t h iq ue e t   de   P s y c h o l o g ie   39\n\n\n\n  saurait donc se plaire dans les brumes, se perdre dans le\n  rêve stérile. Il faut absolument qu'il se livre, et sans cesse,\n  à l’exercice de la vertu ; car, sans une activité disciplinée,\n  nul ne s’élève à la vie contemplative.\n     Rien n’est plus actif que l’amour divin, et cela doit s’enten­\n  dre dans tous les sens. St-Paul, St-Bernard, ces organisa­\n teurs prodigieux, St-Thomas d’Aquin, qui se dépensa dans\n l'enseignement tout en bâtissant sa colossale cathédrale\n théologique et philosophique, St-François-Xavier, l’infati­\n gable missionnaire, St-V incent de Paul, L4ardent fondateur\n d'œuvres, furent d’éminents mystiques, et des actifs par\n excellence. Et combien d’autres pourraient être cités que\n rien n’arrêta, ni les épreuves et les obstacles de toute sorte,\n ni la multiplicité des travaux et la charge accablante des\n hautes fonctions !\n    En somme, sans mysticisme, il n’y a pas de véritable vie\n chrétienne. L’âme éplorée, ulcérée, l’âme qu'ont déchirée\n les ronces de la vie et qui ne demande au ciel que des conso­\n lations et l’oubli de ses souffrances, cette âme s'éloigne du\n sentier de la perfection autant que l’âme qui se dessèche\n dans la lettre des pratiques de petite dévotion. La vie mys­\n tique est au-dessus de la vie dévote comme l’amour est au-\ndessus de la sympathie. Vivre de la vie intérieure, c’est tra­\n vailler, les yeux fixés sur le divin modèle, à se purifier, se\npurger de ses fautes, se débarrasser de ses penchants désor­\ndonnés. Délivrée de la tyrannie des sens, l’âme peut alors\nacquérir des vertus plus hautes et une énergie plus puis­\nsante (1), elle peut avancer plus rapidement vers les joies\néternelles. Ainsi parvenue à l’abnégation de soi-même, elle\ntend, d'ailleurs, toujours vers Dieu, son centre et sa finalité,\nson repos unique et son lieu naturel, dit S. Augustin (2 .\nPurifiée tout-à-fait, elle jouit de la possesion de son Dieu,\ndéclare S. Jean de la Croix, dans la mesure que comporte\n\n\n\n\n   (1) La vertu surnaturelle, dit le P. Terrien, ne donne pas\nla puissance d'agir : elle perfectionne l'activité native, l'as­\nsouplit et la détermine, sans l'élever au-dessus d'elle-même ;\nla vertu surnaturelle ne donne pas seulement la facilité pour\nagir, mais une énergie nouvelle et plus hante, mais l'agir\nlui-même ». La Grâce et la Gloire, Tome          L. III. ch. I,\np. 141.\n  (2) S. Augustin, Confess.\n  (3 )5 . Jean de la Croix,         .Montée du Carmel, 1, III,\nch. 17.\n"}, {"page_pdf": 47, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2515, "texte": "40                 L a L u t t e , — J a n v i e r 1 90 0\n\n\n\nla condition humaine (3). Et c’est alors que, selon la parole\nde S. Paul, l’âme n'a rien et possède tout (1), c’est alors\nqu’elle commence sa vraie vie mystique.\n   Une telle vie surabondait en ces pieuses vierges dont\nchaque jour d’existence fut une oraison et chaque oraison\nun chant d’amour: Ste-Hildegarde, Ste-Gertrude, Ste-\nCatherine de Sienne, Ste-Thérèse, Ste-Angèle de Foligno,\nla H. Alarguerite-Marie. Une telle vie lit l’héroïsme de la\npastoure de Domrémy et l’héroïsme de Ste-Christine l’Ad­\nmirable, de Ste-Catherine de Gènes, de Ste-Madeleine de\nPazzi, de Mère Agnès de Jésus, de Sœur Catherine Emme­\nrich et de maintes autres vaillantes qui embrassèrent les\npires souffrances pour l’amour du divin Crucifié.\n   Seules, l’ignorance ou la mauvaise foi peuvent traiter le\nmysticisme de névrose ou de gâtisme spirituel. Car enfin,\nles œuvres sont là, témoignages irrécusables. De St-Jean\nl’Evangéliste au P. Faber, ceux dont le cœur brûla, dès\nleur vie terrestre, d’un amour intensifié pour le Sauveur,\nont tous fait preuve de haute intelligence et de saine raison.\nEt l’on ne citerait pas un Père de l’Eglise, pas un maître de\n vie spirituelle, qui n’ait été mystique. « Celui qui prend les\nsaints pour des fous est obligé de croire, montre fort\njudicieusement Ernest H ello, à une armée sublime de fous\nqui s’accordent entre eux sur les points les plus élevés\net les plus délicats de la doctrine... Il est obligé de croire à\ndes fous qui ont le don de conseil, qui prévoient et écartent\nles dangers, à des fous obéissants, à des fous modestes, à\n des fous bienfaisants qui ont pensé, dit et fait les grandes\n choses sur lesquelles vit l’humanité, à des fous qui, au lieu\nd'aller vers une catastrophe révélatrice, terminent leur vie\npure, sage, utile, forte et sévère,par une mort calme,\n sublime, lumineuse et féconde » (2).\n   D’ailleurs, comment la méthode des chrétiens nuirait-\nelle au développement de la raison puisqu'elle est basée sur\ndes principes raisonnables ? Pour arriver ici-bas à l’union\navec Dieu, il faut, nous l ’avons montré, que l’âme travaille\nà sa perfection morale ; or, cette, perfection implique un\nacte d’intelligence et un acte de volonté, celle-ci travaillée\npar le St-Esprit et dirigée par la raison. Si tant de mystiques\nhétérodoxes tombent dans des langueurs qui dépriment leur\n énergie morale au point de leur rendre presque impossible\n\n\n\n     (1) II, Corinth., VII, 10.\n     (2) E. Hello, Le Siècle, p. 74 .\n"}, {"page_pdf": 48, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "           P a g e s d ’ E t h iq ue e t   de   P s y c h o l o g ie   41\n\n\n\n  l’exercice de la vertu, c’est justement parce que leur vo­\n  lonté n'est pas orientée par leur raison vers un objectif\n  précis et déterminé, c ’est parce que leur ascèse ne repose\n  point sur des principes et des règles fixes.\n     N'oublions pas, d’autre part, que la raison éternelle, le\n  Verbe de Dieu, parle au fond de notre âme (1), et que plus\n  une âme est pure, plus elle reçoit des lumières de l'intelli­\n gence divine.\n     L’intelligence et la volonté sont aussi mises en mouve­\n ment par Dieu même dans l'acte de contemplation et\n  d’amour. « Acte double et très simple, observe le P. Cho ­\n  carme, où l'amour produit la lumière, où la lumière\n  augmente l’amour. », Toutefois, remarquons le, ce n’est pas\n  la lumière qui constitue le principe et la cause de l’union,\n c’est « la volonté surélevée par la charité ». (2)\n     Celui qui s’unit à Notre-Seigneur est un seul esprit avec\n  lui '.i). Par conséquent, loin d’annihiler ou d’affaiblir la\n  raison, l'union mystique l’affermit et l’illumine. C’est en ce\n  sens qu’Hello a dit : « Le mystique orthodoxe voit, entend,\n touche et sent ce que la raison n’est pas capable de voir,\n d’entendre, de toucher, et de sentir. Il domine la raison et\n là transfigure ».\n     Vivant une vie basée sur la plus pure, la plus vivifiante des\n morales, calquée, en quelque sorte, sur la vie humaine\n du fils de Dieu, les vrais mystiques sont donc de parfaits\n équilibrés, des êtres harmonieux, et ils ne sauraient cesser\n de l'être sans cesser d’être des mystiques en acte.\n    Ainsi compris, le mysticisme est unevéritable exaltation de\nl'individu. Car si le fidèle doit anéantir la créature en soi,\nc’est-à-dire l'homme charnel, grossier, s’il doit s’abandonner\nà la volonté sainte, ce n’est pas pour se rendre passif, inerte,\nà la façon des Bouddhistes, la condamnation du quiétisme\nl'a rappelé à quelques égarés, c’est pour que son âme puise\n\n\n\n\n   (1) 5. Augustin, Confess. X I, ch. VIII.\n   (2)     P . Chocarme, Préface de Vie et œuvres de S. Jean de\nla Croix.\n   » En d'autres termes, ajoute le P. Chocarme, si la Foi\nsuffit à la science théologique spéculative, elle ne suffit pas à\nla science mystique, il lui fa u t la charité, principe de lumière\net d’amour ». Préface de Vies et œuvres de S. Jean de la\nCroix, p. A'1 III.\n  (3 ) I. Corinth., VI, 1 7 .\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2601, "texte": " 42                 L a L u t t e . — J a n v i e r 1 90 0\n\n\n\n  en Dieu lus éléments d’une vie plus active, plus intense ( 1).\n    « ...Des faux docteurs, dit P. Terrien, ont enseigné une\n  union dans laquelle l’âme resterait absolument passive-, mais\n ce faisant, ils dénaturaient d’une manière étrange la passivité\n  dont nous parlent les vrais mystiques. Pour ceux-là, passivité\n  veut dire absence de toute opération soit dans l’intelligence,\n  soit dans la volonté ; pour ceux-ci, être passif, c’est recevoir\n cette bienheureuse union « sans cause », c’est-à-dire sans\n qu’aucun des actes ordinaires de l’entendement et de la\n volonté puisse la faire naitreen qui la reçoit (2 . On n’appelle\n pas Dieu, il vient « (3). -\n    On voit que, loin d’entraîner à la veulerie, à l’apathie, le\n mysticisme chrétien est, au contraire, un facteur très puis­\n sant d’énergie morale. Le mystique ne s’efforce pas à\n l’enrythmie spirituelle pour s’oublier dans la béatitude (4),\n mais pour centupler sa vigueur et s’épanouir en œuvres. « Pre­\n nez gardes, s’écrie S. Bernard, que le repos ne dégénère en\n oisiveté, quel fruit peut tirer une âme de cet état où les\n puissances demeurent languissantes et mortes ? La véritable\n vie ne consiste que dans l’action » (5). Tous les vrais chré­\n tiens ont été, sont et seront toujours des modèles d’activité;\n\n\n     (1) Dans ses Entretiens spirituels, St. François de Sales\n définit l’abandonnement « une parfaite indifférence à rece­\n voir toute sortes d’événements selon qu'ils arrivent par\n l'ordre de la Providence de Dieu ». Et, dans son Abandon à\n la divine Providence, chap- IX , p. 137) le P. de Caussade\n expose que l’art de s'abandonner n’est autre que celui d'ai­\n mer. « L ’amour Divin accorde tout à qui ne lui refuse rien.\nE t comme il inspire tous les désirs d'une âme qui ne vit que\nde lui, il ne saurait refuser de les exaucer : l'amour peut-il\n ne pas vouloir ce qu'il veut ?\n    (2 ) S. Ignat. E xerc. spir. R eg proplen discret, spirit. R e g .4\n    (3) P. Terrien, La Grâce et la Gloire, Tome I, IV , ch. V,\np. 263.\n    ( 4 ) « D'ailleurs, la béatitude est une opération, enseigne\nS. Thomas, parce qu’elle constitue la dernière perfection de\nl'homme. Il est nécessaire qu'il en soit ainsi » parce que\ntoutes les puissances, toutes les causes, tout ce qui est capa­\nble d'agir est toujours imparfait lorsqu'il manque l'action et\nle repos. Toute puissance se rapporte à son opération comme\nà sa fin ». (I, 2, 3, a. 2).\n   (5) Cité par S. Thomas dans le Traité de la véritable\noraison, ch. VI.\n   Ruysbrœck tient un langage analogue : « Quiconque,\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2666, "texte": "          P a g e s d ’E t h i q u e e t   de P s y c h o lo g ie   43\n\n\nil suffit, pour s’en convaincre, de lire dans l’Histoire et de\nregarder dans la vie avec un esprit dépouillé de parti pris.\n   Dieu achève de nous montrer l’importance de l'activité\nen empêchant l’âme de rester purement passive, même dans\nla comtemplation. En effet, lorsque’elle se trouve dans cette\nforme supérieure de l’oraison, « ce miroir magnifique où\nreluit l’éternelle splendeur de Dieu », selon l’expression de\nRuysbrœch, l’âme n'est inactive qu’en apparence. La con­\ntemplation, explique le P. Lallemant (1 ), donne toujours\nlieu à quelques actes, mais d’une manière plus élevée, plus\nsimple et en quelque sorte plus imperceptible.\n   En spiritualisant l’âme, le mysticisme la fortifie ; en\nl’élevant à Dieu, il l’humanise. Sans doute l'ascèse est dure,\ncar Dieu veut que nous méritions ; et, par les épreuves il\nnous virilise en même temps qu’il nous purifie ; mais que\nne peut-on accomplir avec les secours surnaturels que son\ninfinie Bonté nous dispense ? Pour soutenir le courage et la\nforce des siens, Jésus, avec une tendresse exquise, use\nd’in n om brables moyens. « Jamais, affirme S. Jean de la\nCroix, il n’abandonne ceux qui le cherchent avec, un cœur\nsimple et droit ; il ne leur refusera pas le viatique néces­\nsaire qui doit les conduire par cette vie jusqu’à la claire\net pure lumière de l’amour... » (2).,\n   Les conditions sociales actuelles obligent à s’occuper avec\nplus d’ardeur et de soin que jamais du relèvement et du\ndéveloppement de l’énergie morale. Il n’est plus un penseur\nqui n’étudie le grave et complexe problème de la culture de\nla volonté, de la formation des caractères. Certains s'effor­\ncent d’établir des systèmes nouveaux, d’autres en importent\nde l’étranger et, parce que l’humanité le possède depuis\nplusieurs siècles, et aussi sans doute parce qu'il relie à\nl’Eglise de Jésus, on oublie le système idéal : celui\nqui a formé les saints et les vrais hommes d’action.\n   Que ceux auquels cet idéal chrétien n’apparaît pas encore\ndans sa vérité et ses grandeurs, que ceux auxquels manque\nmomentanément la force pour l’embrasser, que ceux-là\nveuillent bien réfléchir sur ces paroles d’un des plus illustres\n\n\ndit-il, prend son repos en dehors de l’action, quiconque\ns'abandonne à une quiétude sans application, tombera dans\ntoutes les erreurs ; il se détournera de Dieu pour se replier\nsur lui même et chercher en lui-même les repos ». De l’orne­\nment des noces spirituelles, L. I.\n   (1) Doct. Spirit. Principe V II, art. I.\n   (2) Isaïe s ’était écrié: « Ceux qui espèrent dans le Sei­\ngneur, sentiront naître des forces nouvelles... » X L , 31.\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 470, "texte": "44              L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\nconvertis (1).   Non, il n'est point de l’homme de vouloir\nce qu’il peut ou de pouvoir ce qu’il veut, ni même de savoir\nce qu' il peut et ce qu’il veut ; à vous seul, Seigneur, il ap­\npartient de diriger ses pas, mais il faut que son humilité\nconfesse que c’est vous qui conduisez et non pas lui ».\n\n\n                                      A lp h o n se G e r m a in .\n\n\n\n\n (1) S. Augustin, Soliloques, ch. 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I l y a lieu, en effet, de rem arquer (et il faut\nbien que l ’expérience serve à quelque chose) ce\nphénomène dont la constance m ’im pressionne :\ndans les salles d ’exposition, si, dans un groupe\nqui discute, il y a u n artiste (quels que soient son\nnom, son pays, sa naissance et... son sexe),\nl ’échange de vues se termine par ces paroles :\n« J ’ai vu comme ça ». E t voilà ! Ce M onsieur ou\ncette D am e a v u comme ça le ciel — rideau m étal­\nlique ; la cam pagne — sans atmosphère ; les m on­\ntagnes — géom étriques... L o rs q u ’on vous dit cela,\nje ne sais pas ce que vous faites. M ais moi, je\nn ’attends pas la fin : je m ’in clin e et je passe et je\nrêve à la profondeur d ’un organisme' trop délicat\npour être com pris par ma grossière nature.\n    C ’est que je me contente d ’être un homme de\nbon sens. G rave danger peut-être. E t je m ’attends\nun peu à ce que l ’on me range parm i les disciples\nde Sarcey. E n quoi on aurait tort. Ce M onsieur a\ncom m is ce crim e : faire rire du bon sens ; d ’autres\nn ’ont p o int écrit cette expression et peuvent servir\nd ’exemples aux critiques qui ne cherchent pas « à\népater le bourgeois ».\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1176, "texte": "                L a L u t t e . — J a n v i e r 1 90 0              46\n\n\n\n     Ce qui est vrai de l ’artiste l ’est du critique. A\n l ’un et à l ’autre s’impose, sans restriction, cette\n règle : E tre sincère.\n     C ’est sim ple et net, pas bien orig in al. L a n o u ­\n veauté n ’est pas indispensable, en pareille matière.\n I l y a longtemps que les hommes exigent les uns\n des autres l ’honnêteté dans les relations. Cela n ’a\n rien de spécial à telle nature de travail, à telle\n profession et s’applique à tout le monde, dans\n toutes les situations. N ous vo ilà bien sous l ’empire\n du bon sens.\n     Je ne m ’illusio n n e point et sais très bien que\ntout ceci à l ’air banal, poncif. M ais je prie le lec­\nteur de ne pas se tromper, lu i non plus. Q u ’i l\nréfléchisse un instant et d ise si les choses les plus\nvraies ne doivent pas être répétées. T o u t n ’est pas\nfini lo rsqu’on a cru q u ’ic i ou là ne se rencontre\nque du bons sens. Après cette pensée de dédain,\nl'o u b li se fait. P u is, une grosse erreur vient, un\njo u r, irriter spectateurs ou auditeurs et le réveil,\nparfois, est brutal.\n                                                  D ésy   E lias.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-013", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 47, "page_fin": 51, "titre_corps": "La Critique : Le Livre du jour. 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Dis­\n ciple de Leconte de Lisle, à son début, du moins, épris\n comme lui de la beauté antique : beauté du mot, beauté de\n l’image, beauté du rythme, en ses « Poèmes dorés » et\n « ses noces corinthiennes, » il chantait les formes plastiques,\n l’amour enthousiaste de la vie, les âmes épuisées de volup­\n tés des belles pécheresses. Cependant infidèle disciple, de\n Leconte de Lisle il inaugurait la série des néo-grecs — plus\n vite attendris que les Parnassiens à la prétention d'impassi­\n bilité hautaine ! — Et puis l’ironiste perçait déjà en lui, par\n son style infiniment fluide, souple, changeant comme nul\n autre.\n    Sceptique aimable, indulgent et désenchanteur, dans la\n « Rôtisserie de la mère Pedauque », et les «Opinions de Jérôme\n Coignard»,— tragique et sensuel dans «le Lys rouge», le voilà\n qui nous revient de tant de maraudes par des domaines si\ndifférents, n’ayant conservé au milieu de ses pérégrinations\n que cette étoffe merveilleuse, son style bien à lui, grave\n quand la pensée est souriante et triste, grâce virgilienne,\nprécision latine ; net et clair il nous revient, dépouillé de\ntoute ironie et simplement, très simplement, nous conter\ncinq récits. Ils sont tous les cinq, très tristes et d’une saveur\ntrès amère, nés sans doute de l’affaire Dreyfus, ils éclairent\nsingulièrement, d’une façon très cruelle, l’amour de querel­\nles qui git en nous, toujours prêt à se réveiller et à étouffer\nles voix supérieures de l’art, de la pitié, de la justice et de\nla reconnaissance.\n    Je pense que c’est le livre, sinon le plus sceptique : (les\nopinions de Jérôme Coignard méritant cette qualification) —\ndu moins le plus triste. Dans les autres œuvres de M. Ana­\ntole France, son pessimisme d’une douceur mâle se teintait\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2747, "texte": "48               L a L u t t e . — J a n v i e r 1 90 0\n\n\nau moins d’une flamme,de passion (Lys rouge) — se laquait\nd'une ironie tendre (opinions de Jérôme Coignard). Ici c’est\nde la tristesse toute nue, toute démuselée.\n    Il nous mène, au travers de tous les âges, et c’est la voix\ndu chanteur du Kymé couverte par la clameur de bouviers\nen dispute, — le chef atrébate, — tuer, massacrer des inno­\ncents, par un sentiment de vengeance qui n'atteint même pas\ncelui qui en est l’ objet — Florence, abattue par un de ses\nenfants — et la dague du petit Fierrolet s'enfonçant jusqu’ à\nla poignée dans le ventre de son bienfaiteur...\n    Le premier conte se passe en Grèce, Homère rentre\nchez lui Et ici s’intercale le tableau charmant de son\nretour. Il va s’asseoir, au coin de l’âtre, sans mot dire, et\nmange en silence, silence de paysan et de vieux, sem­\nblant accomplir un sacerdoce, lentement, posément.\n    Sa faim apaisée, il s’informe, à la vieille Mélanthe de l’état\n de sa maison, et alors, mais alors seulement, remontant le\nchaînon des souvenirs, il regrette sa jeunesse passée, et les\nrichesses qu’il a laissées échapper. — Et cela sans aigreur,\nsans joie, sans tristesse — comme des pauvres respectueux\ndes volontés d'une fatalité inhumaine. Mais comme il recon­\nnaît bien vite que sa patrie ne peut le nourrir, il se rend à\n Hissia, aimée des Colombes, et là, invité à la table du riche\nM eyes, il chante les âges héroïques el les combats prodi­\ngieux d’Achille et d’Ulysse. — Dans le silence louangeur ;\nsoudain, brutalité crevant le rêve, deux rustres, deux bou­\n viers se prennent de querelles. Leurs voix s’échauffent,\nmontent, couvrent le chant harmonieux de l’aède — et les\nconvives, distraits, attirés, abandonnent le chanteur pour se\nprécipiter et échanger des coups et des injures. — Alors le\nvieillard maudit cette maison,- où l’appel haut et serein de la\npoésie divine était coupé par des imprécations de combats,\noù le clairon guerrier était préféré à la lyre évocatrice d’idéal\net las infinement, il marcha vers le promontoire blanc d’où\nil se laissa tomber dans la mer souriante.\n    Telle est la première étape — côté intime et familial de la\nforce — querelle quotidienne — qu’elle se passe dans un\ncabaret, dans un meeting, dans un journal — funeste en tous\ncas à l’audition lente et bienfaisante des voix nobles de la\npensée, de la poésie et de l'art !\n    Dans Komm l’atrébate, l’idée s’agrandit, s’élargit. — La\nquerelle, la force sortent du cercle étroit et fermé du foyer,—\nc ’est la guerre extérieure — Komm est un chef subtil, rusé,\nprudent et sage. Il se met au service de César, prévoyant la\n victoire des Romains et est nommé roi des Atrebates et des\n Morins, en récompense des services rendus. Envoyé comme\n"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "                        L a C r it iq u e                        49\n\n\n\nambassadeur en Bretagne ; pour engager les Bretons à se\nsoumettre, il est enchaîné, traité en captif, jusqu’au moment\noù les Romains débarqués et vainqueurs le délivrent. Mais\nles liburnes des Romains sont brisées par les flots.\n    Komm doute dès lors de l’invincibilité de César, il médite\nune révolte en Gaule. Les Romains soupçonnèrent son pro­\njet. Le préfet Quadratus « estimé par son obéissance au\ndevoir et son ferme courage » fut chargé par Labie nus\n « esprit plein de noblesse et d’élégance » d’assassiner par\nderrière l’atrebate. « Et parce que Komm l'atrebate était\nbarbare, étranger à la chose romaine, il lui parut convena­\nble et bon de le faire assassiner. »\n    Le coup rata. Indigné, l’atrebate lit le serment » Je jure\nde ne me trouver face à face avec un romain que pour le\ntuer. »\n    Ce fut dès lors, une guerrilla continuelle, des escarmou­\nches, des pillages, des assassinats, des vengeances ; romains\ntuant des barbares à titre d’exemples, Komm tuant des\n Romains au nom de sa haine. Cela dura jusqu’au jour ou\n l’atrebate réussit à blesser Quadratus — qui guérit d’ail­\n leurs de sa blessure.\n    Résultat : d’innocentes victimes immolées pour un crime\n de trahison, de perfidie commis par d’autres, du sang répan­\n du pour une vengeance qui ne supprime même pas l’auteur\n de la déloyauté ! et qui n’atteint donc pas son but !\n    Continuant la filière historique, Anatole France nous\nplonge en pleine renaissance. « A l’heure où les roses du\n soir foisonnent dans le ciel pâle » l'berti s’entretient avec\n Fra Ambrogio.\n    Gibelin, il a lutté contre les guelfes. Exilé de Florence, il\ns’est uni aux Siennois, a réuni sa cité natale, croyant bien\nfaire, car en combattant ses ennemis personnels, ne com ­\nbattait-il pas les ennemis de Florence elle-même ? Il se\nréjouissait des ruses qu’il employait jadis, des massacres\n qu’il a ordonnés, des perfidies qui trompèrent le peuple.\n « Si aisé à faire tomber dans les panneaux. » D’ailleurs,\n ajouta-t-il : « la guerre civile est affaire si belle et généreuse,\n et si fine chose. Cherchez dans les vieilles histoires, et vous\n y trouverez peut-être aussi qu e les cités qui bouillonnent au\n dedans sont toutes prêtes à échauder les ennemis du dehors\nmais que la gent tiédie par la paix est sans ardeur pour\n combattre hors de ses portes ».\n    Et cependant Uberti n’est pas un méchant homme. Il a\nempêché qu’on rasa Florence, après qu’il l’eut ruinée, et il\nlui serait cruel, à l’heure dernière, de dormir à plus d'une\njournée de sa ville natale. Inconscience et cruauté. —\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": " 50              L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\nd’autant plus aveuglées qu’elles s’imaginent agir dans l’inté­\nrêt d’autrui.\n   En l’an de grâce 1428, le chanoine Chappedelaine, fêtait\njoyeusement son couronnement comme roi de l’Epiphanie,\nd'après une vieille et honorable coutume. — Autour de la\ntable dressée, de nombreux dignitaires, et son secrétaire —\nbien qu’il ne sut ni lire, ni écrire, — Pierrolet, avaient pris\nplace.\n   Chappedelaine était le chanoine le meilleur, le plus doux,\nle plus indulgent. Aussi tous étaient dans la joie.\n   On vidait force gobelets en l’honneur d’Henri VI roi\nd’Angleterre et de France. Mais Pierrolet, refusa de boire\nau roi envahisseur et tandis que le vieux Chappedelaine,\nvoulait, innocente malice, pour le punir lui noircir le visage,\nle petit lui enfonça son coutelas jusqu’à la manche !\n  Ainsi, brisant les liens les plus étroits, effaçant les senti­\nments les plus profonds, la discorde haineuse mêla au vin\nrouge, le sang rouge !\n   Dans le dernier récit, Anatole France, exprime son opi­\nnion sur les hommes du pouvoir et la façon de gouverner—\nBonaparte s’échappe de France pour retourner en France.\nIl part, malgré les dangers et les conseils qu’on lui donne\npour retarder d’un jour ou deux son voyage. Fions nous au\nhasard dit-il, « pour gouverner il faut penser comme eux\nsur tous les grands sujets et se laisser porter par l’ opinion » .\n   On n’évite point sa destinée. Etre grand, c’est dépendre\nde tout. Misérables que nous sommes, nous ne pouvons\nrien contre la nature des choses. Les enfants sont volon­\ntaires. Un grand homme ne l’est pas ! »\n   Désolante théorie, annhilant la volonté et le sentiment du\ndevoir. Et fut on adversaire de Zola, à qui le livre est dédié\nne sommes-nous pas forcer de préférer sa lutte écumante,\nà la fuite prudente et rapide de M. Anatole France, allant\nvisiter la Grèce, après une déclaration qui semblait coura­\ngeuse, — mais qui ne l’était plus du tout, après cette sortie\npar derrière — Non Bonaparte estplus que Jérôme Coignard,\nM . Anatole France — songez à cette journée terrible, où\nintrépide et ferme comme un roc, il lutta jusqu’à la der­\nnière heure contre Wellington et Blücher. Songez à cette\nmarche infatigable sur M oscou qui semblait reculer à cha­\ncun de ses pas — songez à sa vie de combats : contre sa\nfamille, contre les royalistes et les républicains cachés —\ncontre l’Europe toute entière !\n   Mais où vous atteignez le sublime d e la contradiction,\nc’est quand vous faites dire à Napoléon. « Jamais un soldat\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1681, "texte": "                       L a C r it iq u e                     r.i\n\n\nne sera le maître de cette nation (la France) éclairée par la\nphilosophie et par la science.\n   Pour ma part, j’approuve cette impatience des Français\nqui ne veulent pas subir le joug militaire et je n’hésite pas à\npenser que dans l’Etat la prééminence appartient au civil. Il\nest certain que si la nation découvre dans un soldat les\nqualités civiles convenables à l’administration et au gouver­\nnement du pays, elle le mettra à sa tête, mais ce sera comme\nchef civil et non comme chef militaire.» Et c’est Bonaparte\nqui prononcerait ces paroles lui qui ne vécut que dans les\ncamps, peupla sa cour de maréchaux et de généraux! .Mais\nsi la France se débat si douloureusement aujourd’hui, c’est\nprécisément d’avoir un gouvernement républicain pacifique\npar nécessité et par nature et déposséder une âme guerrière\nqui la fait se courber devant le premier pantalon rouge.\n   Ainsi dites vous, le veut l’état des esprits chez un peuple\ncivilisé, raisonnable et savant !\n   Mais ne voyez vous donc pas le flot qui monte contre la\npensée pure. Les professions libérales se désertent peu à\npeu. Heureusement le commerce — c’est-à-dire la guerre\nalimentaire, séduit toutes les volontés jeunes, et les coups\nde Bourse se multiplient, audacieux et terribles comme de\ngrandes batailles.\n   Et d’ailleurs qu’est-ce l’action, si ce n’est la manifestation\nconcrète de la pensée? matérialisée...\n    Te ne parlerai pas du style de M . A . France qui est ini­\nmitable et superbe — comme toujours.\n   Quant aux illustrations de Mucha, elles sont tout simple­\nment exquises.\n                                       H ubert D e M oor.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-014", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 52, "page_fin": 59, "titre_corps": "Revue du mois", "titre_sommaire": "L’Actualité : Revue du mois", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Le Cardonnel", "ancre_debut": "R ev ue du m ois l im in a ir e — A n g l a is e t B o", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 49, "fin_caractere_exclue": 2338, "texte": "R ev ue du m ois\n\n\n   l im in a ir e   — A n g l a is e t B o e r s — L es U n iv e r s it é s\n       p o p u l a ir e s   — A n a to le F ran ce va au     peuple.\n\n\n     L i m i n a i r e . Chaque mois en quelques notes rapides, il\n  sera parlé à cette place sur quelques événements récents.\n  On pourrait appeler ces notes les impressions d’un solitaire\n  car elles seront écrites loin du tumulte des foules, hors de\n  l’influence des cénacles et des salons. Elles seront impartiales\n  et se défendent de toute attache politique. C’est bien le moins\n  que l’esprit de justice et d’impartialité de plus en plus absent\n  de notre monde social essaye de se réfugier dans celles de\n  nos revues que ne tente pas d’autre ambition que de con­\n  duire les hommes par la Beauté vers la toute puissante\n  Vérité.\n    A n g l a i s e t B o e r s . La presse du monde est en ce moment\n  peu favorable aux Anglais. En vérité, le peuple anglais\n  n’est ni plus, ni moins barbare que tout peuple colonial qui\n  veut s’étendre; ce qui est barbare, c’est le procédé d’exten­\n  sion de nos civilisés. Les Boers d’ailleurs ne furent point\n jadis non plus très humains envers les H ottentôts et plus\n récemment envers les Cafres. Nous assistons simplement\n à l’éternelle lutte de l’élément intensif contre l’élément\n extensif et les Boers qui représentaient pour les Cafres\n l’élément extensif représentent aujourd’hui pour les Anglais\n l’élément intensif. Dans ces sortes d’opérations, les Anglais\n montrent seulement un cynisme extraordinaire dont serait\n incapable un peuple de race latine. Le peuple anglais qui\n tient de ses éléments celtiques de si belles qualités d’âme\ntient par contre de ses éléments anglo-saxons une basse roue­\nrie de barbare conquérant. Il n’y a pas de peuple dont l’hypo­\ncrisie soit à l’occasion plus répugnante et qui excelle mieux\nà cacher sous des apparences humanitaires, des appétits\njamais assouvis de brute.\n    En 1875, ils prétextèrent pour essayer de s’annexer le\nTransvaal, les mauvais traitements des Boers envers les\nIndigènes. Après les tueries des Indes, il était au moins\ninattendu que les Anglais se fassent les protecteurs des Cafres.\nAujourd’hui, ils prétendent faire obtenir certains avantages\naux mineurs étrangers et en réalité ils convoitent les mines\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2862, "texte": "                               L ’A c t u a l it é                         33\n\n\n\n  du Transvaal. Mais les barbares du Nord ne s’attendaient\n point à une grande résistance de la part des barbares du\n  du Sud. Ceux-ci sont admirablement aguerris par de longues\n luttes, depuis que chassés du Cap, ils ont dû se conquérir\n au-delà du Vaal une nouvelle patrie. Il est très curieux\n ce type de Boer qui d’àme plutôt pacifique est obligé par les cir­\n  constances à une vie perpétuelleuentguerrière.Fermé à notre\n civilisation européenne, abandonnant aux étrangers l’exploi­\n tation d’un or qu’il méprise, durant le temps où il ne se\n  défend pas, il mène une vie honorable et patriarcale sem­\n blable à celle du paysan normand ou flamand. A l’Anglais\n dont la société est à formation particulariste, il oppose sa\n solide formation communautaire avec à sa base le foyer\n terrien. Les partisans des milices nationnales exultent devant\n les succès des Boers; parcequ’ils y voient la preuve qu’ils\n ont raison. Si adversaire que l’on soit du militarisme, il faut\n reconnaître qu'il est encore plus idiot d’assimiler la France\n au Transvaal que de l’assimiler à la Suisse, pays montagneux\n auquel convient parfaitement la défense par milices régio­\n nales. Dire qu’aujourd’hui le paysan boer quitte sa charrue\n pour s o i fusil, est un lieu commun de journaliste, en\n vérité, il n’a jamais quitté son fusil. Maintenant, rien n’em ­\n pêche de comparer les Boers aux volontaires de 92 qui\n repoussèrent victorieusement les armées de Brunswick ; ça\n fait toujours plaisir : mais n’oublions pas que les volontaires\n de 92 étaient eux-mêmes amalgamés aux anciens troupes\n royales formes de soldats de carrière. Tout cela ne doit pas\nfaire que toutes nos sympathies n’aillent aux Boers que\nnous devons aider par tous les moyens possibles d’abord\nparcequ’ils sont les plus faibles et ensuite parceque l’Angle­\nterre montre un bien trop gros appétit... mais il est probable\nque la vieille Europe qui laissa massacrer des milliers\n d’Arméniens laissera aussi fusiller le dernier Boer.\n    L e s U n i v e r s i t é s p o p u l a i r e s . Rapprocher dans la nation\nle penseur du travailleur manuel, les faire collaborer en­\nsemble, faire selon le mot d’Henry Berenger que l’Elite et\nla Foule ne fassent plus qu’un en deux, telle doit être le\nraison d’être, la grande raison d’être des universités popu­\nlaires et elle est admirable. Le poète, le savant,l’écrivain vien­\nnent apporter à l’ouvrier leurs poèmes, leur pensée, le\nfruit de leurs méditations et de leurs veilles, ils viennent lui\n révéler la beauté de la vie et l’éternité qui se dégage des\nbesognes humbles et quotidiennes, et cela en retour du\npain, du vêtement de la maison qui assure le travail\ntranquille et bon. Et il n’y a ni colère, ni mépris, d’un côté\ncomme de l’autre, aucun ne fait sentir sa supériorité, ne\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "54              L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\nsonge à l'imposer. Pourquoi le ferait-il '! Ne sont-il pas les\nuns les autres, les organes d’un même corps social'.' Ne sont-\nil pas tous des créatures, des révélateurs de Dieu.\n   I l a longtemps que ce rêve est le mien. Jadis, lycéen\nencore, j’avais songé à l’armée pour le réaliser. Il me sem­\nblait que je trouverai là une organisation définie dont on\npourrait profiter et que là sutout les politiciens seraient\névincés plus facilement que partout ailleurs, mais je\ncomptais sans la cérébralité spéciale que créent les program­\nmes d’admission aux écoles militaires, les années passées\ndans les écoles et celle qui est naturelle à la plupart des\njeunes hommes que séduit le métier des armes aussi je com­\npris bientôt à quel point étaient grandes mes illusions.\n   Ce rêve sera réalisé librement par des hommes libres et\ntous nous devons y collaborer de toutes nos forces. Il n’y a\nqu’un danger à éviter celui de la présence du sectaire et du\npoliticien qui si souvent se cache sous les apparences du pen­\nseur libre. Il faut que dans une université populaire, on ne vive\nqu’au milieu des idées si l’on ne veut pas que cette œuvre\nqui peut faire le plus grand bien ne cause un mal irrémédi­\nable. Malheureusement, on discerne déjà dans le discours de\nGabriel Séailles parmi d’admirables pensées des tendances\nà mon avis fâcheuses, mais parlons d’abord des admirables\npensées.\n   « Je reconnais sans hésiter nous dit Gabriel Séailles que\nvouloir l’homme meilleur c’est vouloir une société plus\néquitable. La Cité est immanente aux citoyens; ses injustices\nses relations faussées, ses tyrannies hypocrites deviennent\ndans l’individu vices, erreurs, préjugés, l’insolence, l’orgueil\nimbécile, la dureté des uns, la servilité, la jalousie, la dureté\ndes autres. Il n’y a pas pour l’homme de perfection solitaire,\nle mal social, celui dont nous nous imaginons ne pas souffrir\ncelui dont nous imaginons profiter, passe en nous, s’insinue\ndans notre cœur ».\n   On ne peut mieux exprimer la solidarité, de l’homme et de\nla Cité. Ces paroles devraient être inscrites sur les murs des\nécoles et partout où le citoyen est appelé à accomplir un\nacte public, afin que dès l’enfance, il les ait sans cesse sous\nses yeux et qu’elles l’inspirent dans sa vie.\n   Ainsi, il n’est pas vrai comme l'a dit Gabriel Séailles que\nl'homme puisse se perfectionner solitairement : le plus\nsolitaire subit des influences dont il ne se doute même pas.\nInversement, le perfectionnement d'une société exige la\nrecherche de la perfection individuelle de chacun de ses\nmembres. Le devoir social de tout homme soucieux d’at­\nteindre à un idéal moral s’impose donc avec netteté : il doit\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "                        L ’A c t u a l it é                55\n\n\n agir. Agir n’est pas seulement pour lui un devoir mais une\nnécessité s’il veut se réaliser.\n   Malheureusement après vous avoir fait entrevoir la Cité\nparfaite qui sera notre orgueil et notre joie, Gabriel\n Séailles tombe de bien haut quand, pour vous prouver que\nrien n’a changé et que les révolutions sont vaines, il ne\ntrouve d’autres arguments que ceux-ci : « Aujourd’hui,\naprès trente ans écoulés, le cléricalisme est plus menaçant\n que jamais, les biens de main morte se sont accrus dans une\nprodigieuse mesure... »\n   Les si belles paroles de tout à l’heure ne devaient-elles\namener que cette éternelle redite de politicien en recherche\nd’applaudissements 7 Une telle petitesse n’est pas digne\nd’un esprit de l’envergure de celui de Gabriel Séailles.\n   Gabriel Séailles sait bien que tous les cléricalismes sont\ndangereux même celui qui se décore du nom d’anticléricalis­\nme. Malheureusement, on peut craindre que cette tendance\nn'atteigne à la passion haineuse chez plus d’un autre con­\nférencier de l’université populaire qui n’a pas l’intelligence\nde Gabriel Séailles.\n   « Nous ne sommes pas des sectaires nous dit-il ; toute\npensée est ici la bienvenue, qu’elle donne seulement ses\ntitres ; nous n’excluons que ceux qui s’arrogeant le privi­\nlège de la vérité absolue se croient le droit de l’imposer ».\n   Si nous ne comprenions pas, la note du comité de\nrédaction de la «Coopération des idées»organe de l’Université\ndu faubourg Saint-Antoine, nous rappellerait à l’exacte\nréalité : « Nous prenons ici l’engagement de ne pas mentir\nà l’œuvre commune et de satisfaire par notre esprit de\ntolérance absolue envers toute doctrine sociale et laïque, les\nhommes de volonté ferme et de pensée libre que nous ac­\nceptons de représenter ».\n   Qu’est-ce cela, si ce n’est être sectaire 7\n   Si Georges Fonsegrives demandait à parler à l’Université\npopulaire sur Saint-Thomas par exemple ou l’abbé Pichot\nqui montra me semble-t-il de l’indépendance durant l’Affaire,\nsur le P. Gratry, y seraient-il admis ?\n   Et cependant est-il de votre droit d’éducateur populaire\nde déclarer que telle doctrine restera inconnue du peuple\nparcequ’elle n’est pas la votre. Le peuple a le droit de con­\nnaître toutes les faces de la vérité. Au collège libre des\nsciences sociales qui est à l’usage des jeunes bourgeois,\ntoutes les lumières peuvent l’une après l’autre éclairer les\nâmes, pourquoi n’en serait-il pas de même à l’ Université\npopulaire 7 Alors cet enseignement du peuple s’établirait\nbientôt sur une base d’idées communes à tous les hommes\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2704, "texte": "56               L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\népris de vérité; ce ne serait pas un fossé entre deux camps\nqu’il creuserait mais il réaliserait une admirable harmonie,\ncette harmonisme que rêve notre Albert J ounet et sur lequel\nil écrivit jadis à la Coopération des Idées.\n    « Volontiers dit Gabriel Séailles, je distinguerais deux\ngrandes méthodes qui dirigent l’esprit dans son mouvement\ninquiet vers la Vérité morale : la méthode théologique et la\nméthode que faute d’un nom meilleur, j ’appelerai la méthode\nhumaine. La méthode théologique suppose que le bien est\nréalisé, qu'il existe, qu’il ne nous est donné que de le con­\nstater, l’imiter ; comme il est à vrai dire ce qui est, notre\nrôle est d’obéir et nous ne pouvons qu’en appeler à une\nProvidence qui fait tout ce qu'il y a de réel dans notre\naction. De cette méthode, il v a des applications différentes\nles uns convaincus de la malice originelle, de la méchanceté\nradicale, regardent la volonté de faire régner la raison dans\nl’individu et la justice dans la société comme une tentation\ndiabolique, une révolte contre Dieu... »\n   Gabriel Séailles interprète plutôt qu’il n’expose\nla méthode théologique. Au point de vue catholique par\nexemple, le bien en effet a seul l’être et le mal est un accident.\nQuant à la faiblesse de notre raison devant certains mystères\nje crois que nul mieux que Kant ne la proclama et Gabriel\nSéailles lui-même est d’avis que nous ne devons point\nattendre pour agir d’avoir résolu tous les doutes, et d’avoir\npénétré tous les mystères, mais je ne crois pas qu’aucun\nthéologien orthodoxe ait écrit que vouloir faire régner la\njustice dans la société soit une tentation diabolique. J’ima­\ngine que si chacun de nous obéissait à la simple morale\nchrétienne la justice régnerait bien vite dans le monde,\nmais il est probable que même alors notre idéal ne serait\npas satisfait. Gabriel Séailles répond d’ailleurs très juste­\nment à cela: « A ceux qui diraient: notre idéal ne satisfera pas\nl'homme parcequ’il est terrestre, parcequ’il limite les per­\nspectives de l’âme qui veut conquérir l’infini, je réponds :\nl’action ne ferme pas l’avenir ». A la méthode théologique,\nGabriel Séailles oppose la philosophie de l’action. Il parait\nétrange d’opposer la philosophie de l’action à une doctrine\ndans laquelle Dieu est défini l’acte pur et dont la morale est\nexprimée d’une façon vivante par la vie même du Christ.\n  « Nous croyons à l’influence de l'intelligence et de la\nvolonté sur la marche de l'histoire. Nous ne contemplons\npas les idées divines, nous ne prophétisons pas l’avenir,\nnous avons la pensée et nous nous en servons, nous appli­\nquons notre raison aux faits, aux rapports des hommes en\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2741, "texte": "                            L ’a c t u a l it é                      57\n\n\n\nsociété, nous cherchons l’ordre qui seul peut la satisfaire\npeu à peu par tâtonnements, en profitant de la tradition qui\nest l’expérience humaine, nous créons notre idéal de justice\nsociale, d’égalité fraternelle et pour le préciser, pour le\ndéfinir, sans le fixer à jamais en formules immuables, nous\nnous mettons à l’œuvre, nous commençons à le réaliser. »\n    A cela, on peut répondre que la tradition humaine n’a ni\nforce probante, ni valeur démonstrative. Si nous appliquons\nnotre raison aux faits, nous sommes toujours obligés de\npartir d’une certitude et de commencer par un acte de volon­\nté et de foi. Quand nous croyons créer notre idéal de justice\nsociale nous ne faisons jamais que réaliser l’idéal de justice\nsociale que nous portons en nous et que nous tenons de\nnotre certitude morale. D’ailleurs nous n’avons qu’à agir,\nà agir avec tout notre cœur et bientôt les vérités morales\ns’imposeront à nous pour donner à notre vie toute sa plé­\nnitude; elles la feront reposer sur des réalités plus hautes\nqu'elle, elles assigneront de hautes raisons à nos actes, elles\nnous feront dépasser la notion de devoir pour atteindre celle\n l’amour.\n    Nul doute que certaines tendances sectaires, certains\n malentendus bientôt ne s’apaisent ; cette idée des universités\npopulaires est trop belle pour rester asservie à des petites­\nses. Il faut tenir compte de la crise terrible dont nous sor­\ntons à peine. Gabriel Séailles est de ceux qui en sont encore\ntout frémissants. Certains hommes dont la mission eut dû\nêtre de justice et d’amour se sont malheureusement il est\nvrai, affirmés haineux et protecteurs de l’injustice. Ils\ntrahirent leurs doctrines et se nièrent eux-mêmes mais\nn'oublions pas que leur doctrine n’en reste pas moins vivan­\nte. Applaudisons Gabriel Séailles quand il dit i\n     « Les hommes religieux ne sont pas ceux qui vont\nrépétant : Seigneur ! Seigneur ! » et qui par l’intolérance\npar la haine par la peur de la vérité, trahissent tout ce qu’il\nv a de vraiment divin dans l’être. Vous n’avez que faire de\nl’immortalité, si cette courte vie est trop vaste encore pour\nles intérêts mesquins dont vous la remplissez. Elargissez\nvotre être en l’approfondissant ; plus vous réaliserez le\nbien, moins vous douterez de sa réalité ; plus vous donnerez\nde force en vous à la raison, plus vous l’exprimerez dans le\npetit monde ou s’applique et s’étend votre action, plus vous\ncroirez à la possibilité de son éternel triomphe. Pour agir\nnous n'attendons pas d’avoir résolu tous les doutes, pénétré\ntous les mystères ; pour savoir si Dieu existe nous allons à\nsa rencontre. »\nA n a t o l e F r a n c k v a a u p e u p l e . Il est peu d’hommes dont\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2707, "texte": "58                  L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\n l’esprit soit aussi ingénieux que celui de M . France et l’ingé­\n niosité de son esprit lui doit procurer une vie pleine d'agré­\nments. Las peut-être, de charmer les salons où il cause,\n M. France va au peuple. M. France que nous vîmes déjà\n prendre parti dans l’Affaire, commencerait-il donc à croire\n à quelque chose hors lui-même ? Serions-nous menacés d’être\nprivés du charme de son ironie délicieuse ou bien dans la\ncontemplation d’un absolu, continuera-t-il de sourire plein\nd’indulgence aux inconséquences des hommes. Malheureu­\nsement le langage d’homme d’action de M. France ne vaut\npas celui de ses livres. M. France, qui a beaucoup d’esprit\na moins d’éloquence et il exprime à l’occasion les idées de\n M. H omais. Mais M. France est-il sérieux quand il parle au\npeuple, ou bien s’amuse-t-il?\n    « C’est parceque nous dit-il, les découvertes des grandes\nlois physiques qui régissent les mondes ont été lentes, tar­\ndives, longtemps renfermées dans un petit nombre d’intelli­\ngences qu’une morale fondée sur une fausse interprétation\ndes phénomènes de la nature a pu s’imposer à la masse des\n hommes et les soumettre à des pratiques imbéciles et\n cruelles ». Ainsi, M. France délivré de toute superstition\ncroit à la Science et il croit que nous connaissons les\ngrandes lois physiques qui régissent les mondes. Nous\npensons que pour un sceptique, M. France a encore une\ntrop grande foi ou bien M. France, esprit très littéraire,\ncroirait-il à la science et à ses signes à la façon des peu­\nples rudes, qui adorent les choses lointaines et redoutables.\nA-t-il le droit d’affirmer que les lois physiques que nous\nconnaissons sont précisément celles qui régissent les\nmondes ou bien n’a-t-il que celui de le croire? Est-il dans\nles sciences physiques des vérités qui soient pour nous\nnécessaires ? La raison de M . France serait-elle bouleversée\nsi demain il apprenait que telle loi physique ou chimique\nest controuvée. Dans les sciences physiques, toute vérité\nn’est-elle pas seulement provisoirement la vérité jusqu’à la\ndécouverte d’une vérité nouvelle plus large ou même con­\ntradictoire ? Ne vivons-nous pas hélas dans le champ des\nhypothèses ? Champ merveilleux et fécond, certes, car\nchaque hypothèse nouvelle nous apporte des progrès nou­\nveaux, nous révèle un peu plus de vérité, améliore notre\nsort sur la planète, recule pour nous la limite du fini dans\nle temps et dans l’espace, nous libère des forces mauvaises\nde la nature, nous rapproche davantage de Dieu.\n    De quelle morale barbare qui repose sur une fausse\ninterprétation des phénomènes de la nature a voulu parler\n M. France? du Christianisme sans doute! Appeler le\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "                       L ’A c t u a l i t é                 59\n\n\nChristianisme une morale barbare: quelle élégance!\n    Pour trouver la fausse interprétation des phénomène de\nla nature, M. France remonterait sans doute à l'origine\ndes idées morales. Il embrasse l’hypothèse chère aux\n évolutionnistes, d’une évolution de l’esprit humain des\nidées naturalistes aux idées morales, le dualisme de l’orage\n sans doute. Mais M. France devrait bien nous montrer\n comment s’opère la transition du non-moral au moral et\n comment il peut être satisfait par l’hypothèse d’une tran­\n sition par degrés insensibles ?\n    « Croyez-vous par exemple, citoyens, s'écrie M. France,\n que si les savants avaient connu plus tôt la vraie situation\n du globe terrestre... Si dans les siècles anciens un grand\n nombre d’hommes avaient eu une juste idée de l’ Univers et\n y avaient suffisamment attaché leur pensée, c ’eût été\n possible de les effrayer en leur faisant croire qu’il y a un\n enfer et des diables? C’est la science qui nous affranchit de\n ces grossières imaginations et de ces vaines terreurs que\n certes vous avez rejétées loin de vous ».\n     Que sait M . France de l’au-delà de la mort ? Quelle part\n de notre science demeurera alors pour nous vérité, quand\n toutes nos relations avec le monde seront brisées, quand\n tout ce que nous connaissons seulement par nos sens aura\n fui avec nos sens que nous ne posséderons plus. Nous\n serons alors entrés sans doute dans un monde nouveau où\n plus rien du monde ancien ne subsistera, hors les idées de\n toute éternité qui ont eu sur notre âme une royauté magni­\n fique. Celle de Justice, celle de Beauté si nous nous som­\n mes élevés de la contemplation des formes mortelles jus­\n qu’à l’intuition de Dieu. Ce sera alors pour nous le mo­\n ment de la compréhension suprême et aussi celui ou notre\n âme se juger face à face avec les lois divines.\n     S'il est des maudits pour qui toute miséricorde soit\n morte, c’est une grossière allégorie que de se les répré­\n senter tourmentés par des diables avec des cornes. Ils sont\n bien plutôt à eux-mêmes leurs propres bourreaux, car\n s'étant jadis limités aux choses transitoires sans jamais\n s’élever jusqu’à celles qui sont éternelles, ils sont morts\n riches de leurs seuls désirs vers des biens pour eux à\n jamais disparus. Ils justifient le mot effrayant du Christ\n  « le fruit restera où il est tombé » et ils errent, affamés de\n  fini, dans un monde d’où le fini est à jamais banni.\n\n\n                                     G eorges L e Cardonnel .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-015", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 60, "page_fin": 61, "titre_corps": "La Peinture : L’Art religieux", "titre_sommaire": "La Peinture : À propos du salon d’Art religieux", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "L' A r t R e l i g i e u x A propos du « Salon d’Art Re", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 67, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2628, "texte": "L' A r t R e l i g i e u x\n\n     A propos du « Salon d’Art Religieux », si vaillamment\n  organisé par nos confrères de Durendal, des critiques ont\n  cru malicieux d’établir un parallèle entre les œuvres expo­\n  sées là et les chefs-d’œuvres incomparables des Maîtres de\n l’Art Chrétien. A r t C h r é t i e n ! Ces deux mots sont\n  évocateurs d’un tel passé de gloire et de splendeur que toute\n tentative moderne, fût-elle cent fois supérieure à l’actuelle\n peinture profane, apparaîtra lamentablement pâle à côté du\n moindre chef-d’œuvre chrétien d’un Memlinck, d’un Ange ­\n lico, d’un Benvenuto Godzolli, d'un Murillo, ou d’un\n Lorenzo di Credi. Semblable parallèle est injuste, autant\n qu’il est puéril. Que serait-on en droit de penser du « criti­\n que », qui prétendrait blâmables, ou du moins téméraires,\n les tentatives faites en ce pays pour la modernisation de\n l’Art profane, (telle cette admirable Libre Esthétique, œuvre\n de notre excellent confrère Octave Maus), s’il basait pareil\n reproche sur le ridicule prétexte qu’ au temps d’Appelle, ou de\n Botticelli l’Art profane atteignit à une apogée où, selon lui,\n il n’atteindra plus guère ? La question n’est point de savoir\n si dans les siècles passés on réalisa plus beau, immensément\n plus beau. La question est de savoir si dans les jours\n présents le Salon d’Art religieux organisé par Durendal ne\n marque pas quelque progrès appréciable sur les tentatives\n similaires les plus récemment antérieures et sur l'ordinaire\n production de ce qu’on est convenu d'appeler : « la peinture\n religieuse ». Eh bien, nous répondons : Oui ! Comparative­\nment au blasphématoires horreurs dont les marchands du\nquartier St-Sulpice deshonorent nos cathédrales ; compara­\ntivement aussi, force est bien de le reconnaître, aux\ncarricaturales et simiesques icônes, que de mauvais élèves\n(malheureusement nombreux ) ! qui se revendiquent à tort\ndes écoles St-Luc, nous présentent audacieusement comme\nl’application parfaite des excellents principes qu’on leur y\nenseigna et qu’ils n’ont point compris ; comparativement à\ntout cela, certes, oui, la plupart des tableaux qui furent\nexposés au Musée Moderne dénotent un progrès réel et,\nrelativement, énorme. Et tout d’abord le salon démontra\nune fois de plus et péremptoirement ! — qu’il ne suffit point,\npour œuvrer d'Art religieux, d’acquérir du brio, puis de\nchoisir tel ou tel sujet puisé en nos Livres Saints ou dans\nnos trésors hagiographiques, mais qu’il faut être Croyant\npour réaliser une œuvre véritablement religieuse. Par ses\nlacunes elles-mêmes le salon de Durcndal se fait ainsi\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2679, "texte": "                          L a P e in tu r e                    61\n\n\n  apologiste et proclame hautement quelle profonde influence\n  exerce sa vie morale sur la compréhension et l'inspiration\n  de l’Artiste. Si les tenants des écoles de St-Luc (qui eurent\n  le tort, me semble-t-il, de se dérober à la comparaison)\n  encourent souvent à juste titre le reproche de négliger trop\n la forme en s’efforçant d’exprimer l’âme, les artistes sortis\n de nos académies officielles pèchent trop souvent par excès\n contraire. Ceux-là, spiritualistes, s’appliquent axant tout\n — ce en quoi ils ont grandement raison — à faire transpa­\n raître l’âme, à rendre notre vie intérieure et mystique ; mais\n prennent leur négligence de la forme, pour un surcroit de\n perfection — ce en quoi ils ont grandement tort. Ceux-là,\n matérialistes au contraire, incapables de guider et de réfré­\n ner les excès de leur instinctif amour de la couleur et de la\n forme, et qui, dans le théâtral des attitudes ou dans la\n naturaliste exactitude des tons et des gestes croient donner\n l’illusion d’une vie toute de prière, qu’ils ne peuvent traduire,\n avec vérité, eux qui ne prient jamais. A tout prendre, je ne\n cache point que l’esthétique des premiers, qui, du moins,\n veulent interpréter la nature et non la photographier à l’aide\n du pinceaux, m’apparait de loin supérieure. Quant au\n reproche « d’Archaïsme » et de « pastichage éhonté », lancé\n à bouche que veux-tu par les adversaires de St-Luc, il n’est\npoint, j'en conviens encore, dénué de fondement..\n    Mais à qui la faute? A l’enseignement des Ecoles St-Luc?\nPas autant qu’on le veut bien dire. Ce manque d’originalité,\nné de ce défaut de compréhension psychologique, qui\naveugle certains élèves de St-Luc au point de les empêcher,\nen quelque sorte, de comprendre que l’âme du X X e sièle\nn’est plus, ne peut pas être celle du X IIIe siècle, — croyez-\nvous qu’il faille en justice l’imputer à l’esthétique professée\npar le Frère Marès ? Ne croyez-vous pas plutôt qu’il faille\nen rendre responsables les trop nombreux élèves entrés à\nSt-Luc avec l’intention d’y devenir non des artistes, mais\ndes artisans, et qui, sitôt sortis, (le plus souvent sans y avoir\nterminé leurs études) se sont crus à même de devenir\n« patrons », oubliant qu’en art surtout n’est point « patron »\nqui veut, et qu’il ne suffit point pour être directeur d’un\natelier de peintre, de verrier, de sculpteur ou d'architecte,\nde posséder plus ou moins bien sa technique, mais qu'il\nfaut être en outre, réllement l’artiste, c’est-à-dire le créateur,\nl’être élu par la Beauté, pour être son prêtre au milieu des\nhommes !\n\n                                      G eorges R am aekers,\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-016", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 62, "page_fin": 63, "titre_corps": "Les Conférences à Bruxelles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edouard Ned", "ancre_debut": "Les c onférenc es à Bruxelles Grâce à la très noble et t", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2179, "texte": "Les c onférenc es à\n                   Bruxelles\n\n     Grâce à la très noble et très courageuse initiative de\nM. Maurice Chomé, une série de conférences sur les Maîtres\ndes lettres françaises, s’ouvrit le mois passé au théâtre du\nParc. C’est le Poète Emile V erhaeren qui nous y parla\nd’abord de Racine. Plusieurs, qui étant prévenus, portaient\nun jugement \" aprioriste \" sur le Poète, sont revenus de\nleur erreur, après avoir applaudi le conférencier. Leur\nétonnement fut vif à entendre le grand moderne, qu’ils ap­\npelaient « un Barbare » apprécier de façon aussi profonde,\naussi inattendue, le grand classique français. Avant\nM. Valère Gille étudiant,ensuite, Jean de La Fontaine,\nM. Gartuyvels parla d’Alfred de Musset, M. Giraud\nse réservant d’apprécier l’œuvre admirable et certes trop\npeu connu d'Alfred de Vigny. Il se peut que Henri Maubel\nchoisisse un autre auteur que Villiers de l’Isle Adam, ainsi\nqu’il fut tout d’abord annoncé ; mais quel que soit le choix\ndu subtil écrivain des A mes de couleur, sa conférence se\nprésage certainement très délicatement nuancée et psychique\n à souhait.\n    A la Générale bruxelloise des Etudiants catholiques,\n M. Francotte, de Liège, proféra, d’une voix un peu molle,\n l’anathème du féminisme. Heureusement M. Edgar Janssens\n y avait conférencié quelques jours auparavant pour le faible\n et selon le devoir qu’impose aux chrétiens la Justice, en\n élevant la voix en faveur des Enfants du Veld, en lutte, et\n victorieusement ! contre les léopards échappés d’Albion !\n    Au Cercle littéraire de St-Michel, la joie nous fut donnée\n de chaleureusement applaudir un jeune intellectuel catho­\n lique de grand avenir en M. Albert de Froger, qui nous\n parla de l'Idéal avec à la fois un lyrisme et une dialectique\n peu communs et, pour nous, des plus réconfortants ! Tan­\n  dis que M. Victor de Brabandère s’y affirmait une fois de\n plus critique consciencieux du théâtre contemporain. Sou­\n  cieux d’art, d’éthique et de psychologie, M. Victor de\n  Brabandère analysa la Nouvelle Idole, l’œuvre apologétique\n  de François de Curel et le Torrent, le drame si désespè-\n  rement païen de M. Maurice Donnay. Aux fidèles du Cercle\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1416, "texte": "              L es CONFERENCES a B r u x e l l e s          63\n\n\n Tabarin, (pour lequel se dépense, peut être excessivement,\nle très actif poète Albert Devèze) notre collaborateur\nCharles de Sprimont présenta l’historique glorieux du\ngroupe aujoud’hui « consacré » des « Jeune Belgique » et je\nvous laisse à penser s’il fut vivement applaudi !\n   Au Salon d’art religieux organisé par Durendal,\nà M. Edmond Joly, dont la conférence savante traitait de\nce sujet très vaste et naturellement très complexe « Le\nSymbolisme », succéda M. Eirmin Van den Bosch, l’ancien\ndirecteur du vaillant Drapeau. Et ce nous fut une profonde\net féconde émotion d’entendre notre ardent et toujours jeune\naîné résumer avec orgueil les dix années de lutte et déjà de\nvictoire, menées par les jeunes écrivains catholiques de Bel­\ngique contre l’indifférentisme et la routine, en ce pays !\n  Enfin au théâtre de l’Alcazar, dont M . M o uru de la Cotte\na repris la direction, « les auteurs gais » de Paris : les\nCourteline, les Tristan Bernard, les Alphonse Allais, les\nFranc Nohain, etc. conférencient tour à tour sur des sujets\nen harmonie avec leur genre humoristique. M. M o uru de\nLa Cotte est un réel artiste et soit qu’il dirige u n théâtre\ngrave ou badin, dans le tragique et le joyeux il s'affirme tel,\ntoujours. L ’heureuse idée de ces conférences en est une\npreuve de plus.\n\n                                       E douard N e d.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-017", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 64, "page_fin": 64, "titre_corps": "Échos", "titre_sommaire": "Échos du monde littéraire", "rubrique": "", "signature_source": "La Direction", "ancre_debut": "E c hos P iè c e s n o u v e lle s . Bien q", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "E c hos\n\n   P iè c e s n o u v e lle s . Bien que le volume du présent\n fascicule soit égal au double de celui habituellement adopté\nles années précédentes, l’abondance des matières nous\noblige à remettre au prochain numéro la critique du Cloître,\nl’admirable drame en quatre actes, vers et prose, du grand\nPoète Emile Verhaeren, que l’éditeur Ed. Deman vient de\nfaire paraître à Bruxelles, où le Théâtre du Parc doit le\ndonner prochainement, avec, en lever de rideau, La M ort\nau Berceau, un Noël tragique d’Eugène Demolder, le cha­\ntoyant et merveilleux auteur (las ! parfois trop rabelaisien)\nde la Route d'Emeraude. — Au Théâtre Sharah Bernard\n M. Rostand, que le bruyant succès de Cyrano n’incita point\nà la paresse, a lu récemment les trois premiers des cinq\nactes de sa comédie nouvelle : l’Aiglon, qui nous révélera\nparait-il, un Rostand seconde manière. — A l’Œuvre\nM . Lugné-Poe, toujours sur la brèche, a donné le 7 janvier\nMonsieur Bonnet d e M. Maurice de Faramond et il annonce\npour bientôt l’exécution par sa troupe d’œuvres dramatiques\ninédites de plusieurs écrivains jeunes. Cette attitude, entre\ntoutes valeureuse, du Directeur de l’Œuvre, force aux plus\nvives sympathies tous les jeunes, envers lui.\n   La L u t t e r e c o m a n d e aux prières chrétiennes de ses\nabonnés l’âme de son confrère M. L é o n D e s c h a m p s , qui\nfut directeur de la revue parisienne La Plume, mort à Paris\nle 28 Décembre 1899, à l’âge de 36 ans. — Elle leur recom­\nmande aussi de prier pour le rétablisement et pour la con­\nversion pleinière du grand apôtre de la Paix et de la Con­\ncorde chrétienne, le Comte Léon Tolstoï, l'auteur de Résur­\nrection, gravement atteint en sa glorieuse vieillesse par un\nmal qui va s’aggravant. — Enfin La Lutte remercie son con­\nfrère M. H erbrand, le correspondant belge de la revue lyon­\nnaise Germinal, qui, à l’instar de M gr. Bénigne Bossuet com ­\nposa l’orasion funèbre non pas de Victoria (?) ou d 'Henriette\nd'Angleterre, mais l’orasion funèbre de La Lutte! Que\nnotre confrère se console! La Lutte est si loin d’être morte\nqu'elle double ses fascicules et s'apprête à mener par des\nCongrès et par des éditions de livres, contes, drames,\nromans, poèmes, le bon combat pour la Beauté !\n\n\n                                          L a D ir e c t io n\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-018", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces : Éditions de La Lutte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "é d itio n s de \" L A L U T T E \" 80, R u e d e l ' E r m i t a g e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 72, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1467, "texte": "é d itio n s de \" L A L U T T E \"\n          80, R u e d e l ' E r m i t a g e , 80, —          B r u x e lle s .\n\n\n\nY ves B e r t h o u                   L e Prince des Prosateurs                  fr. 0.50\nA lbert Jounet                        Dieu de Beauté                              » 0.50\nP a u l M u ssche                     Simplement                                  » 2,00\nE d o u a r d N ed                    Mon Jardin Fleuri                           » 2,00\nG eorges R am aekers                  Les Fêtes de l’Eté                          » 1.25\nG e o r g e s V ir r è s              En Pleine Terre                             » 3.50\n\n\n\n\n                    P A R A IT R O N T PR O C H A IN E M E N T\n\n                                      D A N S LES\n\n\n                           É d it io n s d e L a L u t t e       :\n\n\n\n                  Bon CH A RLES              de     S P R IM O N T\n\n\n                      L E S H E R OS\n\n          de l’A m ou r, de l’ E pée\n                           et du R êv e\n                                      Poèm es\n\n                             P r i x : 2.00 fr a n c s .\n\n\n\n\n                      G EO RG ES R A M A E K E R S\n\n\nL e s R E C IT S du PERLERIN\n                            (Contes brabançons.)\n                              P r i x : 3.50 f r a n c s .\n\n\n       25 p . c . d e r é d u c t i o n a u x a b o n n é s d e L a L u t t e .\n\nOn souscrit dès à présent, 80, rue de l’Ermitage, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-01-n1-019", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Administration et abonnements de La Lutte", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA L U T T E 80, R U E DE L’E R M IT A G E , 80 BRUXELLES paraît tous les mois", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 73, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 2218, "texte": "LA         L U T T E\n\n                  80, R U E DE L’E R M IT A G E , 80\n\n                               BRUXELLES\n\n     paraît tous les mois en fascicules de 64- pages, et\nforme au bout de l’an deux forts volumes in-8° avec table,\n               d’environ 400 pages chacun.\n             Belgique                                       Ailleurs\n     UN AN . .                 5 fr.             UN       AN      .   .   8 fr.\n     UN N u m é r o            1 fr.             UN      N u m éro        1.25 fr.\n     LA L U T T E (Série Nouvelle) publie : CONTES, N O U ­\nVE LLES, ÉTU DES C R ITIQ U ES, M O N O G RAPH IES,\nL IT T É R A T U R E S É TR A N G È R E S, QU ESTIO N S DE­\nM O R A LE E T DE PH ILO SO PH IE, D RAM ES, POÈ,\nM ES, R E LA TIO N S de V O Y A G E S, etc.\n      FONDATEURS                  : P aul        M u s s c h e , E d o u a r d N ed\nG eorges        R am aekers.\n\n      C O M IT É D E R É D A C T I O N . (B E L G IQ U E ) : E r n st\nD e l t e n r e , P o l D e m a d e , H u b e r t D e M o o r ,Y v a n G i l o n ,\nG aston       H eux,        l ’A b b é      H ector      H oornaert,          E m il e\nJ omaux,       P aul        M ussche,          E douard         N ed,      G eorges\nR am aekers,         C harles          de    S p r im o n t ,   l’A bbé     E ugène\nV an d e r E l s t , G e o rg es V ir r è s .\n\n       CO M ITÉ         DE      RÉ D A CTIO N .            (F R A N C E ) :      Y ves\nB e r h o u , J . E s q u ir o l, L o u is        G ille t , A lb e r t J ou n et,\nG e o r g e s l e C a r d o n n e l, H e n r i M a z e l, L o u is M e r c ie r ,\nR . P . P a c h e u S ..T ., A r m a n d P r a v i e l , C h a r l e s d e R o u v r e ,\nL o u is T ie r c e lin .\n\n\n\n\n      N. - B. — AD RE SSER tout ce qui concerne LA\nRÉ DACTIO N de la Revue à M. H u b e r t D e M o o r , Secré­\ntaire de La Lutte, 46, rue de la Croix, B r u x e l l e s ; — tout\nce qui concerne l’A D M IN IST R A T IO N , à M . E u g è n e\nB e c k e r s , administrateur de La Lutte, 8 0 , rue de l’Ermi­\ntage, B r u x e l l e s . — Siège de la DIRECTIO N : 114, rue\nFranklin, B r u x e l l e s .\n\n       lm p . I x e lloise (à vapeur) 11. Coduys, 272 et 276, ch. de Wavre\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 6, "texte": "                                 TO M E 1er\nC in q u iè m e A n n é e             de la                      J a n v i e r 1900-\n\n                               Série Nouvelle\n\n\n\n\nLA IUTTE\n               Revue mensuelle\n                              F o n d é e e n 1895\n\n\n\n\n           O N T CO LLABORÉ A CE N U M ÉR O : -\n\n       MM. H u b e r t D e M o o r , D é sy E lia s , A lp h o n s e\n    G e r m a in , G a s t o n H e u x , G e o r g e s l e C ar d o n n e l,\n    P a u l M u ssch e, E d o u a rd N ed,           G e o r g e s R am ae­\n    k ers,   C h a r le s d e S p r im o n t,    E m ile V e r h a e r e n ,\n    A lb r e c h t V e r h u ls t .\n\n\n\n\n                                 B e lg iq u e\n\n\n             5 francs par an | 1 franc le numéro\n\n                        Ailleurs, le port en sus.\n\n\n\n\n                            AD M IN IST R A T IO N\n\n                    80, R u e     d e l ’E r m i t a g e , 8 0\n\n                               BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 7, "texte": "                        S o m m a ir e\n5e Année — Janvier 1900. — Tome 1er de la Série Nouvelle\n\n\n\n      L e C o m ité :                   Série Nouvelle :\n\n\n   I LE D ÉBA T ESTH É TIQ U E :\n      G eorges R am aekers :\n\n                  N otre idéal n’est pas le vôtre.\n                  (Réponse à u n m a n ife s t e .)\n  II FLO RILÈ G E M EN SU EL :\n      E m il e V e r h a e r e n :\n                          Ceux qui nient, (p o é s i e )\n      B°n C h a r l e s d e S p r i m o n t :\n                         La Conquête de la M ort,                  ( f e u ille t o n\n                           d e la r e v u e ) .\n      G aston H eu x :\n                   L e Symbole du Jardin et de l'Amour.\n                   (poème.)\n III LES LE TTR E S FLAM AN DES :\n      A lbrecht V er h u lst:\n                           Un Poète de Terroir. Guido Gezelle.\nIV PAGES D’E STH ÉTIQ U E ET DE PSYCH O LO GIE:\n      A l p h o n s e G e r m a in :\n                           L e Mysticisme et l'Energie morale.\n Y LIBRES PR O PO S :\n      D é sy E l ia s :\n                           Sur le Bonheur.\nV I LA CR ITIQ U E :\n      H ubert D e M oor :\n                           Clio, d ’ A n a t o l e F r a n c e .\nV II LA PEIN TU RE :\n      G eorges R am aekers :\n                           A propos du salon d'A rt Religieux..\nV III L’AC TU A LITÉ :\n      G eorges      le    C ardonnel :\n                       Revue du Mois.\n      E dou ard     Ned :\n                       Les Conférences à Bruxelles.\n      L a D ir e c t io n :\n                           Echos du monde littéraire.\n"}, {"page_pdf": 8, "texte": "         S érie nouvelle\n\n  Après neuf mois de som m eil léthargique, La\nLutte reparaît. L e volum e, désorm ais doublé, de\n ses fascicules m ensuels, d ira .éloquemment à ses\n nom breux am is com bien elle sut en dormant\n acquérir de forces nouvelles.\n    L ’aspect du présent num éro leur permettra en\n effet d ’entrevoir quel im portant recueil form eront\n au bout de l ’an les deux volum es in-octavo de\n de notre           collection annuelle, tandis que la liste\n brillante et considérablem ent accrue de nos\n collaborateurs les avertira d ’autre part du choix,\nde l’intérêt, de la diversité q u ’offriront           nos\n fascicules.\n    F ondée en 1895, L a Lutte se vo ulut dès ses débuts\net ju sq u ’au mois de mars 1899 u n recueil de vers\net de proses, n ’abandonnant à l ’Esthétique, à la\ncritique, à l ’histoire littéraires q u ’une place des\np lus restreinte, sans toutefois les négliger totale­\nment.\n    E n composant à dessein les sommaires des quatre\nprem ières années de la revue selon u n dom inant\nsouci d ’anthologie, la D irectio n se proposait ce\ndouble but :\n    Perm ettre, en prem ier lieu, à tous les débutants\net spécialem ent aux jeunes catholiques de p ub lier\nleurs essais, vers ou proses, dans une revue qui\nfût leu r et, partant, pour eux des p lus accueillantes.\n    Fo rm er, en second lieu, parm i les é crivains\ncroyants, q ui grâce à ce périodique allaient bientôt\nse révéler, u n foyer de vie littéraire, si ardent,\nq u ’il serait capable de faire refleu rir — sitôt l ’ Eté\n"}, {"page_pdf": 9, "texte": " 2                 L a L u t t e . — J a n v i e r 1900\n\n\n\n   venu — le Ja rd in désolé des Lettres catholiques.\n   E t ce double but a été atteint. P eu à peu en effet, -\n   autour de la revue, un groupem ent se form a, sélectif.\n   I l s'accrut ; et bientôt — c ’est-à-dire trois ans à\n   peine après q u ’il se fut esquissé — il affirmait haut,\n  devant tous, par un Congrès retentissant, son\n  harm onieuse cohésion, le parfait accord de ses\n  membres concernant leur croyance en le même\n   Idéal, et leur ardeur apostolique à propager parm i\n  les hommes la religion de la Beauté.\n       E t voici q u ’en m ars 1900 u n Congrès nouveau\n  sur I ’ E n s e i g n e m e n t d e s A r t s e t d e s L e t t r e s ,\n  en même temps q u ’il attestera notre vitalité c ro is­\n  sante, précisera le caractère que nous voulons\n  donner à la Lutte nouvelle, de même que le Congrès\n  de 1897 avait précisé celui des quatre années\n  précédentes.\n      D ’a vril 1895 à M ars 1899, la Lutte s’adressa\n en effet, au p u b lic restreint des cénacles et parm i\n ce p u b lic restreint particulièrem ent à ceux qui\n s ’adonnent eux-mêmes pratiquem ent aux Lettres.\n E lle fut donc alors revue spécialiste s ’adressant\n bien p lus aux auteurs q u ’aux lecteurs d ’œuvres\n littéraires. O r le Congrès organisé par elle au\n cours de sa phase prem ière, par la nature même\n du débat choisi s’adressait pareillem ent aux initiés\n des cénacles et principalem ent aux écrivains eux-\n mêmes, puisque c ’est eux que l’on y conviait à\nrechercher, par la com paraison, la m eilleure des\n Esthétiques, parm i celles q ui m aintenant sollicitent\nleur adhésion.\n      Avec le présent fascicule commence une série\nnouvelle.\n      Ce n ’est p lus seulement aux initiés du cénacle\nque notre périodique s’adressera désorm ais, c’est\nà tous ceux, qu i, par le fait de leur culture in tel­\nlectuelle et de leur rang social, ont le désir et le\ndevoir de ne p lu s rester étrangers à la vie actuelle\n"}, {"page_pdf": 10, "texte": "                    S érie n o u v e l l e                  3\n\n\n\n et toujours p lus intense des Lettres et des Arts,\n en leur propre pays.\n     T e n ir le lecteur an courant de tout ce qui dans\n les dom aines respectifs de la Littérature, de la\n M usique et de l ’A rchitecture mérite véritablem ent\n d ’arrêter son attention, de fixer son jugem ent,\n mettre sous les yeux du p ublic, sans que le m o in­\ndre commentaire vienne peser aucunem ent su r sa\n liberté d ’appréciation, des pages toujours inédites\ndues aux maîtres contem porains et les essais les plus\nm arquants des jeunes ; faire p lus large la place à\nl ’histoire des Lettres et plus complète la critique\ndes œuvres en vogue ou trop peu connues, p rin ­\ncipalem ent de celles qui ont vu le jo u r en notre\npays, sans pourtant omettre' les œuvres qui ont\néclos aux bords des fiords de la S candinavie, au\nsein de la blanche R ussie, le long des fleuves\ngerm aniques, parm i nos pacages flam ands et dans\nles brum es d ’A lb io n ; ni celles qui sont nées aux\npays du soleil,' en cette douce e t lum ineuse France,\no ù nous comptons, si nom breux, nos am is ; et dans\nles siérra d ' H isp a n ie et sous le ciel bleu v if de\nDante A lig h ie ri, tel est en résum é, notre nouveau\nprogram m e. C ’est forts de la confiance que q u ico n ­\nque le lira ne pourra q u ’y ap p lau d ir q u ’avec le\nprésent num éro nous commençons cette Série\nnouvelle.\n                  L e comité directeur de L a Lutte :\n                                 P au l M u ssch e,\n                                 E douard N ed ,\n                            G eorges         R am aekers.\n"}, {"page_pdf": 11, "texte": "LE D ÉBAT E STH É TIQ U E .\n\n\n\n\nN o tr e Idéal\n                   n’est p a s le v ô tre .\n\n\n    I l n ’est rien d ’apologétique comme la franchise\ndes incrédules.\n    Que penser, par exemple, d ’une phrase comme\ncelle-ci :\n    « L e s chrétiens plaçaient le paradis dans le ciel,\nc’est ici-bas que nous entendons le trouver ».\n    Que penser d ’une telle phrase ? sinon que ce\nn ’est là q u ’une phrase, et, sous la plum e d ’un\nmortel, phrase plus creuse encore que vaniteuse.\n    S i quelque instant, nous nous y arrêtons, c ’est\nq u 'il sied q u ’en cette revue, organe des jeunes\nécrivains catholiques de langue française, une\nprotestation s ’élève contre les prétentions de son\nauteur.\n    M . R obert de M iranda, le directeur actuel de\nl' Effort (revue toulousaine fondée naguère par le\nbon poète M aurice M agre) a lu M . St. Georges de\nB ouhélier. A l ’instar de l ’inventeur incontesté du\n« N aturism e » il s’essaya lu i aussi, voici un certain\ntemps déjà, à « résumer en quelques pages de revue\nla foi de toute une génération ».\n    M . M iran da oublie que cette génération q ui est\nla sienne est quelque peu aussi la nôtre et q u ’il est\ncontraire à la V érité non m oins qu'à la Justice\n(dont il nous parle avec tant d ’éloquence) de\nprésenter comme la foi de toute une génération\nd ’écrivains et comme point de départ de leur\nesthétique, une doctrine que p lusieurs parm i ces\nécrivains condam nent et repoussent.\n"}, {"page_pdf": 12, "texte": "                 L e D é b a t E s t h é t iq u e .      5\n\n\n\n    I l est vra i que M . M iran da affecte, en parlant\ndes chrétiens, d ’em ployer le verbe au passé. I l\nn ’écrit pas : « L e s chrétiens placent le paradis\ndans le ciel ». I l écrit : « L e s chrétiens plaçaient ».\nQ u ’est-ce à dire ?\n    Que les chrétiens plaçaient ja d is le paradis dans\nle ciel et q u ’au jo u r présent il ne l ’y placent p lus?\n    B ien que nom bre d ’incroyants nous aient\nmaintes fois étalé avec une suffisance im pertur\nbable, au cours de controverses par eux-m êmes\nsoulevées, leur déconcertante ignorance des D o g ­\nmes catholiques, nous nous refusons à prêter au\ndirecteur de la revue l'Effort une o pinion à ce\npoint saugrenue.\n    D ans la pensée de son auteur cet im parfait —\noh ! com bien im parfait ! — voud rait sous-entendre\nsans doute : que les chrétiens n ’existent plus. Car\ns’il ne signifie cela, rien ne le justifie.\n    M ais il faut bien convenir que c ’est prendre un\npeu naïvem ent et par trop ostensiblement u n désir\nirréalisé (et d ’ailleurs irréalisable) pour une réalité\ntangible, po ur u n fait accom pli.\n    N o us en sommes fort m arris po ur M . M iranda,\nmais il existe encore au jo u rd ’h ui, à la veille du\nX X e siècle, quelques m illio n s de chrétiens par le\nmonde.\n    E t parm i ces chrétiens il en est quelques uns,\nen Fran ce, notamment, et en Belgique, q ui appar­\ntiennent a la nouvelle génération littéraire dont il\nprétend résumer les tendances et q u ’il voudrait\nbien accaparer toute, au profit de son athéisme.\n    L e groupe formé par les Jeunes catholiques va\ngrandissant d ’année en année.\n    E n B elgique sa prospérité est telle que les\nadversaires de l ’idée chrétienne y masquent mal\nle dépit rageur q u ’ils éprouvent.\n    M . M iranda n ’en proclam e pas m oins, comme\ns’il p arlait au nom de la génération toute entière :\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "6                   L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\n   « N otre Id é a l est de tous points contraire à\ncelui des chrétiens ».\n   Q uel est-il donc cet Id éal q u ’on nous oppose ?\n   E st-il p lus beau, p lus grand, p lu s consolant,\nbref supérieur au nôtre ?\n   M . M iranda va nous le dire, écoutons le :\n   « Pénétrés de cette pensée que nous sommes\n» des organism es éphémères, dont les éléments\n» se dissoudront dans la tombe et dont rien ne\n » subsiste après la mort, nous ne donnerons à\n» notre existence d ’autre but q u ’ell-emême, nous\n» n ’aurons d ’autre règle de conduite que la\n» recherche du B o n h e u r... A l ’hum ilité des\n» chrétiens nous opposons l ’orgueil hum ain. E n\n» même temps que le P arad is, nous avons déplacé\n» D ie u lui-même. C ’est en nous que le trouvons ».\n   D 'o ù il appert que la doctrine de M . M iran da et\nde ses am is repose sur la négation des trois dog­\nmes fondam entaux d u C hristianism e : négation de\nl'âme — négation du Ciel — négation de Dieu.\n   Son « Id éal » consiste donc à rem placer :\n    L ’A m e r a i s o n n a b l e p a r l ’ i n s t i n c t b e s t i a l .\n    L a    V ie    éternelle          par     la   v ie   m ortelle.\n\n             e t L ’ I n f in i d iv in     p ar l ’h o m m e .\n    Q ui ne voit que la conséquence prem ière, in élu c­\ntable d ’un « Id éal » à ce p oint restrictif, am oindri\net rapetissé, serait de tuer l ’Espérance et l ’Eternité\nde l ’am our; de fermer à jam ais aux Rêves de Poètes\nle portique d ’azur du ciel éblouissant, et q u ’à\nl ’artiste qui l ’adopte il est interdit désormais de\ncroire encore à L a Beauté sans bornes, à la P e r­\nfection infinie et de la chanter dans son œuvre et\nde l ’adorer à genoux!\n    E t qui ne voit les antithèses, qui ne voit les\ncontradictions qui grouillent dans cette doctrine\ncomme comme les vers dans un cadavre ?\n    « L ’H om m e est D ie u », dites-vous.\n    O h ! M essieurs de l' Effort vous êtes trop aim ables.\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "                  L e D é b a t E s t h é t iq u e        7\n\n\n\n   M ais vo ila ! le m alheur pour votre dieu hum ain,\nc’est q u ’à peine l ’avez-vous déifié, vous le ravalez\naussitôt au rang de la brute, en reniant sa royauté\nspirituelle et l ’éternelle sublim ité de son destin\ncéleste.\n   Sic transit gloria mundi !\n    N ous ne serions à vous entendre rien « que des\n organism es éphémères dont les éléments se d is­\n soudront dans la tombe et dont rien ne subsiste\n après la mort » — mais nous serions pourtant des\n dieux !\n    E h bien ! cette déité-là ne p o urra jam ais satis­\n faire notre chrétienne hum ilité, M essieurs, et si\n votre orgueil païen s’en contente, permettez-moi\n de vous faire observer q u ’il n ’est vraim ent pas\n exigeant !\n    Q uant à nous, pour des motifs esthétiques,\n non m oins que po ur des raisons philosophiques,\n nous lui préférerons toujours notre croyance au\nrécit de la B ib le , qui fait surg ir des m ains du d ivin\nstatuaire le corps harm onieux d ’Adam et de la\nch air du prem ier homme le corps p lus ravissant\nencore de la prem ière épouse, et nous in struit que\nle lim on originel dans lequel nous retournerons,\nju sq u ’au jo u r des résurrections triom phantes, fut\nanim é par le souffle de l ’ In fin i, et que ce souffle\nestéternel, et que par lu i nous sommes tous comme\nautant de m iro irs et d ’images de L a Beauté.\n   M ais M . M iran da n ’a p lu s, comme ce pauvre\nD ante ou ce pauvre M ilton, la naïveté d ’ajouter\nencore foi à cette histoire surannée, que l ’on conte\nà peine aux enfants ; i l ne croit p lus au récit m o­\nsaïque du Péché de l ’E d en , ni au Bannissem ent du\nJa rd in délicieux, que le Père des cieux destinait\naux enfants des hommes, et que l ’homme a perdu\np ar l ’abus q u ’il a fait du don de liberté.\n   F id è le à la logique qui ne l ’em pêcha nullem ent\nde proclam er dieu l ’être hum ain, en même temps\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": "8               L a L u t t e . — J a n v i e r 1 90 0\n\n\n\nq u ’il lu i enlevait sa royauté terrestre et son existence\néternelle, M . M iranda n ’ajoute pas foi au P arad is\nterrestre de la Genèse, mais il ajoute foi pourtant\nà u n terrestre P aradis.\n   « L e s chrétiens plaçaient le paradis dans le\nciel : c’est ici-bas, dit-il, que nous entendons le\ntrouver ».\n   I l y a bien deux ans déjà q u ’un grand docteur\nès-anarchie Jean G rave, s’écriait dans les Temps\nnouveaux:\n    « T ro u v e r notre ciel sur la terre, c’est ce que\nnous voulons » M . M iranda ne fait donc que\nrépéter Jean G rave.\n    T ro uver le P ara d is sur la Terre !\n    Q uel est l ’homme q ui l ’y a trouvé ?\n    Est-ce le riche ?\n    T racas, revers, accidents, craintes, colères,\nafflictions de toutes sortes, chagrins d ’A m our,\ndouleurs morales, affres physiques, quelle est la\nfortune qui p o urrait jam ais préserver le riche con­\ntre tous ces m aux, quelle est celle, dites-nous, qui\nl ’exemptera de la m ort? A llez ! le fabuliste n ’avait\nque trop raison alors q u ’il é crivit l ’alexandrin\ncélèbre :\n    N i l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux.\n    T rouver le P arad is sur T erre !\n    Est-ce le peuple qui l ’y a trouvé ?\n    L e peuple ? M . M iran da nous répond lui-même\nq u ’ « I l pèine dans l’enfer des forges, dans le vacar­\n me des usines et dans les ténèbres des m ines ».\n   A yan t perdu, avec la foi, la com préhension et\nju sq u ’au so uven ir de la p a ro le : « T u gagneras\n ton pain à la sueur de ton front », il se révolte en\nsa colère et menace de tout briser.\n    V o ilà ce qui est à présent. Or, il en fut ainsi —\nou à peu près — toujours.\n    D ep uis les origines, l ’H isto ire n ’est que le long\nsanglot de la douleur hum aine qui se répercute\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "                   L e D é b a t E s t h é t iq u e          9\n\n\n\n  à travers les siècles, et rem plit m aintenant les airs\n  de clam eurs encore plus stridentes.\n      « N ous restons dans la n uit sans phare et sans\n étoile; le vieux flam beau s’est obscurci q ui éclairait\n les peuples en m arche ; les dieux sont morts ; les\n religions éteintes ; dans l ’obscurité qui descend,\n le troupeau des hommes attend l ’orage avec l’an ­\n goisse tragique des catastrophes présenties, tandis\n que par coups brusques, l ’espace est sabré de\n clartés subites, que font les livres des penseurs et\n les bombes des révoltés ». ( 1)\n     A in si donc il n ’est rien, ni dans la condition des\n hommes, n i dans la nature hum aine, n i dans\n l ’histoire du passé et m oins encore en celle du\n présent qui permette d ’augurer le futur règne du\n bonheur.\n     Pourtant les anarchistes et M . M iran da nous\nprophétisent tous l ’ère future et bienheureuse et ils\nsaluent déjà en phrases embrasées, l ’a vènement\n de ce nouvel E d en ,\n     Spectacle étrange et certes inattendu :\n     L e s plus mécontents de leur sort, les p lu s fou­\ngueux révoltés, les p lus violents ennem is de\nl ’hum anité présente, sont les mêmes précisém ent\nqui espèrent fermement en une hum anité idéale\net parfaite et telle q u ’on n ’en vit jam ais ei aucun\ntemps, sur aucun point du globe !\n     N égateurs de la révélation divine, de qui tien­\nnent-ils donc une révélation sem blable ?\n     Négateurs de l ’in faillib ilité pontificale, sur q uel­\nles paroles in faillib le s basent-ils un pareil espoir,\nque rien d ’hum ain ne justifie ?\n     R évélation, paroles infaillibles, ils se moquent\nbien de tout cela — et ils s ’en passent.\n     « Ce n ’est pas à une illu s o ire d ivin ité , s’écrient-\n\n\n  (1) R. de Miranda, l'Effort, mars 1899.\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "10              L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n ils, que nous dem andons la fin de nos m aux, mais\n à notre propre énergie ».\n    A m erveille, M essieurs, à m erveille! M ais quels\n sont, s ’il vous plaît, les sûrs moy ens, grâces a u x­\n quels votre énergie sera capable de transform er\n en un monde idéal, en un vrai paradis terrestre,\n ce monde o ù , des prem iers, vous ne voyez vous-\n mêmes rien q u ’injustice et trahison, rien que m en­\nsonge et q u ’infam ie ?\n    Q uelle est-elle donc enfin cette morale régénéra ­\ntric e (e t qui, elle, n ’est pas «illusoire», n ’est ce pas?)\n cette éthique m iraculeuse, par l ’observance de la\n quelle vous prétendez pouvoir renouveler, sans\n D ieu , la face de la terre ?\n    Votre éthique ? E lle est tout entière dans ces\nparoles de M iranda.\n    « N ous n ’aurons d ’autre règle de conduite que\nla recherche du bonheur ». — \" A l ’hum ilité des\nchrétiens, nous opposons l ’orgueil hum ain » —\n « Ju stice envers la partie inférieure de nos êtres,\ntel est le fondement de notre éthique ».\n    U n sensualism e effréné, jo u it à un immense\norgueil, les voilà donc les sûrs moyens d ’aboutir\nau bonheur universel et de trouver le paradis sur\nterre et d ’y faire naître u n jo u r une hum anité\nidéale ! !\n    D u culte de l ’orgueil de la bestialité naîtraient\ninévitablem ent les p lus m onstreux égoïsmes que\nla terre ait jam ais portés !\n    E t ces égoïsmes seraient nécessairement les uns\nenvers les autres en antagonisme perpétuel.\n    M . M iranda ne peut le nier, lu i qui écrivait dans\nl ’Essort (a vril 1898) : « ... N o us devons exalter\nl’instinct, p u isq u ’il fleurit en volupté... I l faudrait\ndonc accoutumer le peuple à ne jamais sacrifier sa joie\nà la joie d’autrui ».\n   « U n contre tous et tous contre u n » telle serait\nla maxime ignoble et triomphante de la société\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                 L e D é b a t E s t h é t iq u e .     11\n\n\n harm onique rêvée par ces étranges logiciens.\n    Q ui ne prévoit le sort du genre hum ain, du\njo u r où une telle déform ation morale gouvernerait\n les peuples.\n    E n admettent même l’absurde hypothèse, q u ’avec\n de sem blables prin cip es on puisse trouver l ’ombre\n d ’un bonheur, q u ’est ce donc après tout q u ’un\n bonheur terrestre ? A u p lu s grand des bonheurs\n possibles sur la terre, ne manquera-t-il pas tou­\njo u rs ces deux conditions essentielles: la perpétuité\n et la perfection? A in si, la vo ilà donc, M . de\n M iranda, votre société idéale, la vo ilà votre\n hum anité future que vous nous vantez tant avec\n des mots sonores !\n    E t que deviendrait L a Beauté dans une hum a­\n nité pareille ? où la bestialité serait universelle et\nne connaîtrait plus aucun frein à ses dévergon ­\ndages les p lus honteux et les p lus crim in els ?\n    L ’art exige de qui s’y voue le don de soi et tout\nentier. O r, vous nous l ’avez d it vous-mêmes,\n M . Robert de M iranda, vous n ’aurez d ’autre règle\nde conduite que la recherche du bonheur.\n    M ais l ’Art qui est le culte de L a Beauté comme\nla R elig io n est le culte de L a Vérité, l ’A rt aussi a\nson sacrifice et c ’est l’artiste q ui lui-même, s’y\ndonne en holocauste à Celle q u ’il adore et dont il\nveut hâter le règne glorieux ici bas comme au ciel.\n    N otre ém inent ami l ’abbé A rm and T h ié ry ,\ndigne disciple d ’un grand philosophe moderne :\nM gr. M ercier, écrivait excellem m ent dans la Lutte\nde ju in 1897 :\n    « C elui qui repousse l ’effort pénible, celui q ui\nne veut pas être travailleur consciencieux et dévoué,\ncomme aussi celui q ui ne s’occupe des choses\nd ’A rt que pour en jo u ir et non po ur produire\npéniblem ent les œuvres artistiques au p rix de tous\nses labeurs et de ses lourdes peines, tous ceux là\nne peuvent q u ’être étrangers aux joies fières du\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "12             L a L u t t e . — J a n v i e r 1 90 0\n\n\n\ntravail artistique. « Q uo iqu’on fasse, travailler\nreste pénible. M ener à bien quoi que ce soit, de­\nmande intim em ent notre cœ ur, notre sym pathie,\nun sacrifice de nous à l ’œuvre à laquelle nous nous\nem ployons ».\n    « A in si L a Beauté est fondée sur la Bonté. L a\nBeauté n ’est que la Bonté, en tant que celle-ci est\nmanifestée ; mais la Bonté, précisément par ce\nq u ’elle est la Bonté, tend d ’elle même à se m an i­\nfester ; ainsi tend-elle à devenir L a Beauté et\nc’est cette tendance du bien à se manifester qui\nlie intim em ent le Beau au B ien ».\n    I l y a donc contradiction flagrante entre la doc­\ntrine d ’égoïsme et de sensualité à outrance, que\npréconisent les jeunes écrivains de l ’Effort et «l’Age\nd ’Art», dont avec nous, ils souhaitent vo ir se lever\nbientôt l ’aube sereine et lum ineuse. M ais nous,\nécrivains catholiques, qui nous levons m aintenant\ndes deux côtés d ’une vaine frontière, pareils aux\nblés nouveaux dans les sillons d ’A v ril, grâce au\ndon de la F o i que nous avons reçu de la bonté\ndu Père, nous connaissons q u ’il n ’est q u ’une seule\ndoctrine qui puisse résoudre ici-bas le grand\nproblème du B onheur et préparer le règne fu lg u ­\nrant de L a Beauté sur le siècle futur : C ’est celle\nqui, seule entre toutes, transforme en jo ie toute\nsouffrance, en donnant à toute souffrance une\nvaleur éternelle. C ’est celle qui a fait les saints,\nc ’est celle qui nous d it: R éjouissez-vous dans le\nSeigneur, conservez-vos cœurs purs et dès le séjour\nde la terre, le R oyaum e du C iel habitera en vous.\nC ’est celle qui a fait la joie et la douceur du Poète\nFran ço is d ’Assise, comme aussi l ’héroïsme de\nJehanne la L o rra in e et l ’énergie active de P a u l et\nde X a vie r, c’est celle enfin qni fit ja illir du cœ ur de\n Charles B audelaire ces strophes immortelles de\nla Bénédiction :\n\nV ers le ciel où son œil voit u n trône splendide\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "               L e D é b a t E s t h é t iq u e                  13\n\n\n\nL e Poète serein lève ses bras pieux\nE t les vastes éclairs de son esprit lucide\nL u i dérobent l ’aspect des peuples furieux.\n\nSoyez béni m on D ieu, q u i donnez la souffrance\nComme un d ivin remède à nos im puretés\nE t comme la m eilleure et la p lus pure essence\nQ ui prépare les forts aux saintes voluptés !\n\n                                G eorges          R am aekers.\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "   FLO RILÈGE M EN SV EL\n\n\n\n\n         Ceux qui nient\n\n\nA coups de bêche, à coups de sonde\nD ans u n cham p d ’orge et de méteil\nL e fossoyeur creuse u n grand trou :\n« S i cette fosse est si profonde\nC ’est p o ur y mettre le soleil,\nD it-il » — et ses grands yeux sont fous.\n\n\nD ep uis l ’aurore, à la besogne\nSa bêche m ord, sa bêche cogne\nL a terre et la casse et la broie.\nSes coups sonnent mornes et creux.\nL e s bois autour de lu i déploient\nL e u r ombre — et l ’astre est derrière eux.\n\n\nPourtant le soir, un rang de trembles\nL aisse filtrer des rayons ro ux\nQ ui vont frapper soudain la bêche\nE t descendent aux; flancs du trou\nE t pénètrent la terre sèche.\nE t l ’homme exulte et ses m ains tremblent.\n\n\nSon torse bout, ses bras fiévreux\nRem uent des blocs de sol ocreux\nP o u r étouffer sous terre, u n leurre.\nSon sang coule comme du feu\nL ’homme grandit d ’être à cette heure\nC e lu i q u i croit tuer u n D ieu.\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                 F l o r il è g e   m e n s v e L.                 15\n\n\n\nE t le soir passe et ses vents sombres\nE t les m inuits et les heures... les heures.\nL e fossoyeur\nAssis, dans l ’ombre,\nS u r la fosse, parait géant\nI l ne sent pas que l’aube toute\nContre sa nuit, s’est mise en route.\nE t sa vo ix crie « I l est dedans... dedans »\n\n\nI l est ainsi des gens... des gens...\n\n                                       E m il e      V erhaeren.\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "  FEU ILLETO N D E L A R E V U E .\n\n\n\n\n                         La\n\n\nConquête de la M o rt\n            C onte héroïque\n\n\n    D an s la m agnificence du m atin radieux, l’île\ns ’éveillait, comme une nef enchantée. L e s brises\nm olles venues du sud caressaient doucement ses\np rairies, ses collines onduleuses et son prom ontoire\nsonore battu par la mer. Sous les calmes rayons\nd ’un soleil pacifique, no urrice de tant d ’hommes\ndont elle avait bercé les rêves, l ’île éternellement\nverdoyante accueillait comme une mère le re n o u­\nveau du jo u r et s’éveillait dans un sourire.\n    S u r la plage éblouissante, autour de leurs lances\ndressées en faisceaux, reposaient les guerriers du\nje u ne V ik in g de Norwège, H a ra ld , celui dont les\nScaldes chanteront à jam ais les exploits et la mort.\nU n e grande lassitude pesait sur leurs visages\nrobustes et leur lente respiration faisait onduler\ncomme des vagues, l ’acier bleu des cuirasses.\nA uprès d’eux, leurs lourds boucliers peints jo n ­\nchaient le sable d ’emblêmes de vaillance et\nd ’héroïques symboles. D es dragons polychrom es\ngrim açaient au soleil, des nefs cinglaient, toutes\nvoiles déployées, des glaives s’entrecroisaient\nsous des semis d ’étoiles.\n   A u fond d ’une baie éclatante de lum ière, creusée\ndans le rivage par les bras souples de lam er, quand,\nlassée des tempêtes, elle s’étend pour dorm ir sous\nles bleus rayons lunaires, les barques des hommes\ndu nord se balançaient nonchalem m ent. L ’aigle\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": "                F e u il l e t o n d e l a R e v u e    17\n\n\n\nsculpté à leur poupe étincelait, tout blanc de\nl ’écume des vagues. E t les nefs sem blaient dési­\nreuses de partir, libres albatros su r la mer libre,\ndésireuses de sentir sous elles l ’immensité des flots\ngrondeurs, d ’emporter vers d ’autres plages tant\nde cœurs de héros dont elles berçaient les espéran­\nces et dont la vie se confondait avec la leur.\n    M ais, seul sur le haut prom ontoire, tandis que\nreposaient ses fiers com pagnons d ’arm es, errait\nle V ik in g H a ra ld à la blonde chevelure. L e vent\nfrais de la mer venait caresser sa jo ue, lu i ap po r­\ntant le parfum de lointaines contrées. D ans ses\nyeux b rilla it le désir de quelque am our essentiel,\npo ur la conquête duquel il donnerait u n jo u r ses\nrichesses, sa vie, sa gloire : tous ce q ui le rat­\ntachait à la terre. Sous le sayon et la cotte de\nm ailles tressaillait une ch air jeune, avide des\nchauds baisers de la passion et de la mort. A h !\nles Scaldes à la voix retentissante pouvaient chan­\nter superbem ent ses victoires ! Lourdem ent, il\navait jeté son jo u g aux peuples soum is par ses\nancêtres. I l avait entraîné ses guerriers à la fête\ndes batailles, il les avait rués vers le carnage, il\navait fait chanter la sanglante messe des lances\ndans com bien de monastères saccagés ! E t quand\nl’œil de sa pensée intérieure se retournait vers son\npassé, il y voyait des vaisseaux entreheurtés, des\nfracas de cuirasses, des m ains jointes dans la sup ­\n plication affolée, des fuites de m ultitude sous un\n ciel cinglé par l ’ouragan des combats. Sa vie n ’avait\nété q u ’u n embrasement farouche, u n galop éché ­\n velé, au m ilieu des h alla lis de triom phe entonnés\n à pleine fanfare, ju sq u ’au jo u r où une druidesse\n de la celtique — une femme ! — lu i avait d ’un\n regard enfoncé dans la ch air et dans l ’âme l ’a ig u il­\n lon d ’un m ystérieux désir.\n    I l était parti vers de nouvelles aventures, m ais\n cet éclair, dardé dans une n u it de combat, lu i\n"}, {"page_pdf": 25, "texte": "18              L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\nbrûlait les yeux et de toute sa puissance m agique\nle rivait au souvenir. D ans le b ru it de la mer\nrevenait à ses oreilles attentives le rythm e grave\ndu bardit q u ’E lle chantait...\n    C ’était une mélopée traînante, laissant deviner\nplutôt que com prendre les strophes soutenues par\nses notes allanguies. Née sur la harpe sonore, elle\nviva it au contact d iv in des lèvres et s ’en allait dans\nl ’âme doucement m ourir. Ses accords affaiblis s’y\nprolongeaient avant de s’éteindre, éveillant de\nleur caresse les anciens souvenirs endorm is.\n    E t les désirs pareils à des roses sanglantes,\nmontaient, grandissaient, se pâm aient, sous la\nforce mystérieuse d ’on ne sait quel am our.\n          « I l est u n calice d'o r rouge,\n         A u lointain des océans bleus.\n         B éni le preux dont la vaillance\n         Ir a le conquérir u n jo u r ! »\n    Desm ers sans fins se déroulaient sous les regards\ndu V ik in g , sa barque y nageait, sans ram eurs,\nmue par la force de son seul vo ulo ir. I l était\ndebout, à l ’avant, appuyé sur son glaive, les yeux\nvers le soleil.\n         « C ’est la coupe où le v in m ystique\n         C oula du flanc de l ’Astre-dieu.\n         B é n i le brave dont les lèvres\n         Se rougiront du sang élu ! ».\n   L es houles infinies pleuraient. L e v ik in g les\nvoyait pousser leurs hécatombes aux tueries sa­\ncrées. U n e plaie large ouverte em pourprait le\nciel et la barque voguait vers elle, cygne sur des\neaux en flammes, comme po ur s’y abîmer.\n         « L e vin superbe de l ’A m our\n         D an s ton calice, ô mort fatale,\n         C elui-là seul q ui le boira\n         P ossèdera la V ierge fière ! »\n     C hevelures dénouées, N ixe s et O ndines pas-\n"}, {"page_pdf": 26, "texte": "                F e u ille to n de la R evu e         19\n\n\nsaient au fil des eaux. D es baisers unissaient leurs\nlèvres roses à la lèvre immense et doucement\nsouriante de la mer. L a nef s’allanguissait comme\nun printem ps parm i les fleurs. E t le héros offrait\nà la fée conquise la coupe céleste, rouge du sang\nde son cœur.\n                           II\n   A u to ur du roi songeur s’étaient rangés les\nguerriers. L e soleil m aintenant éclatait dans toute\nsa m agnificence. Lan ces et casques jetaient des\nscintillem ents magnétiques. L a m er calm e, so­\nnore, assoupie appelait aux départs et un des\nenfants du nord fredonnait les prem iers vers du\npoème :\n         o J ’ai navigué autour de la S icile\n         S u r ma barque, durant bien des jo u rs ».\n    M ais rien ne pouvait troubler le v ik in g dans sa\n profonde pensée. Ses yeux s ’étaient rouverts aux\n apparences, ses bras faisaient les gestes néces­\n saires, sa parole jetait au vent les ordres im périeux\n tandis que son âme, sur les larges ailes de la\n mélodie, p lanait au loin. Inconscience ineffable\n du rêve ! I l poursuivait parallèlem ent le cycle de\n ses deux existences, l'un e brutale, exubérante\n de force et de vie, l ’autre, toute intim e, orientée\n selon le désir lan cin ant de son cœur.\n    On avait coupé joyeusem ent les amarres des\nbarques. O n avait lancé, au m ilieu des rires et des\nhym nes, un adieu peut-être éternel à l'île heu­\nreuse et la flotille appareillait vers d ’autres plages.\nD ebout, à l ’avant du prem ier navire, le jeune roi\nregardait la mer, dont les ondulations bleues\nallaient se confondre à l ’horizon avec la pourpre\ndu jo u r. A in si se déroulait la destinée guerrière\nde ses-aventuriers blonds. E t, quand leurs grands\nyeux d ’azur s’étaient fermés, après avo ir caressé\nd ’un dernier regard le sang des béantes blessures,\nils s’en allaient, guidés par la m ain blanche des\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "20             L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\nW a lk y rie s, chanter avec les E in e rja rs bienheu­\nreux dans le haut W a lh a lla . L a brise m urm urait\nentre les cordages. D es senteurs de violettes et de\nroses embaum aient l ’air tiède et la M éditerranée\namoureuse s’entr’ouvait sous la poussée légère\ndes barques venues du nord.\n    I l y eut des soirs de carnage, des assauts rués\nvers les brèches ouvertes au flanc des ville s p ar le\nchoc des béliers sourds. A la lu eu r des grands\nfeux, les guerriers se partageaient le butin de\nleu r héroïque labeur, en chantant les hym nes de\nla lointaine patrie. Ils apportaient, parm i les\nnations voluptueuses du sud, la froide austérité\ndes mers grises. L es végétations inconnues, la\npure splendeur des temples, la richesse des\npalais et des cours les pénétraient d ’étonnements\ném erveillés et naïfs.\n    H a ra ld connut des heures de gloire fabuleuse.\nI l vit les trirèm es des Césars de B yzance fu ir\ndevant ses barques rapides. I l écouta les louanges\ndes poètes m onter vers son orgueil dans les\nfestins de victoire. M ais, aux instants les p lus\nsublim es, une ombre s’interposait entre sa pensée\net les choses. G rave, amère, im périeuse, la d ru i ­\ndesse chantait. I l la revoyait, telle q u ’elle lu i était\napparue ja d is su r le haut prom ontoire, à la\nflamme des éclairs, au m ilieu du râle des m ou­\nrants, et de la fanfare des trompes. Sa vo ix\ndom inait le fracas de la bataille, son geste fasci­\nnant appelait le désir, et, sur l ’ordre de son\nregard seul, tout homme serait mort en jo yeux\nm artyr.\n\n        « I l est un calice d ’or rouge,\n        A u lointain des océans bleus.\n  Quels mondes ignorés ces paroles avaient\néveillé dans l ’âme du jeune roi ! D ès lors, sa vie\naventureuse n ’avait p lus été q u ’un m oyen, tendu\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                 F e u il l e t o n   d e. l a   R evue    21\n\n\nvers un but suprême. Q uelques strophes avaient\n transformé en poète assoiffé de mystère celui qui,\nsans elles, n ’eut été q u ’un conquérant brutal —\nquelques strophes, su r des lèvres prom ises au\nseul élu de la Science et du m alheur.\n            « L e v in superbe de l ’A m o ur,\n            D ans ton calice, ô mort fatale,\n            C elui-là seul qui le boira\n            Possédera la V ie rg e fière ! ».\n     C o n quérir ce calice dont il ig n o ra it le sym bole\nsuprême ; approfondir l ’in fin i de la souffrance\nconsentie ; donner au but à ses vaines équipées ;\nposséder au m idi de ses jo u rs la seule compagne\nq u ’il sentit digne de lu i ; tels étaient désorm ais\nles horizons im m enses embrassées par son désir.\n U ne in vin cib le force l ’artirait, de l ’au delà lointain.\n I l n ’avait pas com pris les paroles de l ’éternelle\nchim ère, mais il était sû r q u ’u n jo u r vien d rait où\nla récompense prom ise consacrerait ses lèvres\nd ’un im m ortel baiser.\n     I l allait, insouciant des victo ires, refusant avec\ndédain les trônes que lu i offraient des peuples,\nconsternés p ar sa froide valeur. A u x heures de\ntriom phe, dans la plainte du vent, au son des\nharpes et des kin n o rs, il écoutait gravem eut les\nchants des bardes ; mais sa pensée planait plus\nlo in . Comme un aigle blessé remonte vers le soleil\np o ur y puiser la force et la vie, son âm e, dégagée\ndesvanités glorieuses, contem plait une vierge pâle,\ndebout sur u n prom ontoire de granit.\n                          III\n   Ils avaient combattu sur la mer aux flots\nrudes ; les barques ennemies s’enfuyaient vers\nle couchant ; du sang em pourprait les vagues. Des\nnefs du vik in g réunies montait un large cantique\nde d o u le u r...\n   A l ’avant de son vaisseau royal, H a ra ld , blessé\nà mort, regardait le soleil m ourir. I l avait ordonné\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "22             L a L u t t e . — J a n v i e r 1 90 0\n\n\n\nqu ’on l ’abandonnât seul, dans le néant de sa gloire,\navant que les W a lk y rie s vinssent chercher son âme\npour la conduire vers le palais des dieux. E t la\nnef allait à la dérive, fière d ’em porter son roi au\nterme inévitable du destin-\n   L e soir tombait lentement sur la mer sombre,\nlentement la barque cin glait vers l ’occident. A\ntravers la détresse intermittente des cors, les Scal ­\ndes chantaient l ’hym ne de mort de l ’ancien roi\ndu Juttland, H a k o :\n        « L e dieu T h o r envoya\n        G un d ul et Skogul,\n        L e s W alky ries,\n        C h o isir un héros\n        L e la race d ’Yngw a\n        Q ui, vers O din,\n        Hautem ent s’élève\n        P o u r habiter le W a lh a lla ! »\n\n   Dégagé du terrestre mensonge, trop conscient\nde soi même po ur redouter la mort, le roi écoutait\nla plainte douleureuse de ses guerriers. I l se sen­\ntait plein d ’une immense amertume en revoyant\ndans sa pensée tous ces visages fidèles, dont sa\nbarque, emportée p a r la m e r descendante, l ’éloignait\npo ur toujours.\n   C ’était donc ain si que se term inait sa vie aven­\ntureuse. A u x jo u rs de sa jeunesse, il avait rêvé\ncette fin m agnifique : s’en aller avec la mer et le\nsoleil ; mais m aintenant que le but s’était montré\nà lu i, il croyait avo ir mésusé de l'existence. P o u r\nla prem ière fois, et au moment où la croyance lu i\nétait le plus nécessaire, il doutait de ses dieux. L a\nvérité ! n ’était-elle pas chez ces m oines que la\ncro ix de son épée lu i rappelait en cet instant su ­\nprême ? D ans la cruelle messe des lances’ sur le\nparvis de leurs églises profanées, com bien n ’en\navait-il pas vus joyeusem ent m o urir ! E t toutes ces\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                F e u il l e t o n d e l a R e v u e   23\n\n\n\n  m artyres outragées, qui invoquaient le C h rist au\n moment terrible ou leu r vie s ’enfuyait avec leu r\n virg inité, d e quel surh um ain espoir étaient-elles\n illum inées, p o ur m épriser ainsi la honte et la\n mort ? i l se souvenait q u ’un vieu x prêtre frank\n lu i avait conté un jo u r le sublim e poême de son\n D ieu. Rapport étrange, il confondait cette histoire\n touchante avec le chant de la coupe, selon le\n rythm e d u q u e l s ’était développée sa vie.\n     Lentem ent le soleil déclinait, tout rouge su r la\n mer sombre, lentement la barque cin glait vers le\n couchant. L e héros assoupi écoutait m urm urer à\n ses oreilles la plainte de son sang qui s ’écoulait.\n D es visio ns vagues et belles souriaient à ses ye u x\n m ourants.\n     I l était venu, Jésus, le doux vik in g , po ur con­\n soler le monde. D es palm es jonchaient sa route,\n des lys fleurissaient sous ses pas. E n to u ré de ses\n leudes, il s’était assis au banquet fraternel, et,\n dans un calice d ’or, il leu r avait donné à boire\n son sang d ivin . O n l ’avait crucifié su r une haute\n montagne, l ’ombre de la mort était descendue dans\n ses yeux. C a r il vo ulait sauver la terre par un libre\n effort de son am our et ré u n ir tous les hommes\n dans le haut W alh a lla.\n    Lentem ent le soleil décline, tout rouge sur la\nmer sombre ; lentement la barque s ’en va vers le\ncouchant. L a v o ix des guerriers s ’est éteinte,\nautour de la nef s ’étend l ’im m ensité bleue ; la m ort\ns’approche du prin ce aux cheveux b lo n d s...\nH arald sourit dans le rêve ou s ’évanouit sa vie. I l\nse sent approcher de quelque chose d 'in co n n u ,\nm ais qui certainem ent répondra au noble d é sir de\nson âme. Toutes les forces du passé s ’un issen t en\nsa pensée pour présager l ’avenir. I l a co m p ris\nque l ’im périeuse druidesse était le profond m ys­\ntère de la mort pâle, q u ’on ne possède q u ’au p rix\ndu trépas. D ’un geste lent, il a p ris une coupe\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "24            L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\ndéposée auprès de lu i, parm i le butin de la d er­\nnière conquête. I l l ’a portée à ses lèvres et du\nsang a rougi l ’or p ur. M aintenant, des visio n s p lus\nim précises passent devant ses ye u x graves : sur\nun prom ontoire, une vierge austère, debout...\n   U n hym ne m ystique vibre sur ses lèvres..., des\ncom bats... des festins de victoire. L e s sirènes de\nla m er m urm urent à ses oreilles avec son sang qui\ncoule. L a coupe grandit dans sa m ain, comme\npour s ’em plir de tous les rayons du jo u r. L a\ncro ix de son épée est prête à recevoir un D ieu.\n   Lentem ent le soleil décline, le soleil est à ras\ndes flots ; lentement la barque s’en va vers le co u ­\nchant, la barque est dans la flamme du couchant\nrouge. L e s paupières du V ik in g se sont closes sui­\ndes m irages d ’épopée. L e sang ne ja illit p lu s de\nses plaies. L ’Astre disparaît, des vo ix chantent et\nde sa m ain inerte la coupe ensanglantée est\ntombée dans les flots.\n\n                                C h a r le s d e S p r im o n t .\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "     L e S ym bole du Jard in\n               et de l’A m o u r . (1)\n\nA u chem in de la V ie , où tout va défaillir,\nT a n d is que haletait mon angoisse épuisée,\nJ ’ai v u le soir religieux se re cu e illir.\nE n goutte d ’ombre et d ’or doucement déposées,\nTrem blaient sur les massifs et les branchages clairs,\nD ’un semblable frisson, la n uit et les rosées.\nE b ra n la n t l ’ombre b le u e au b ru it rauque des flairs,\nD es faons, jarrets tendus et l ’haleine sifflante,\nH um aie n t l ’inquiétude éparse dans les airs.\nJe traînais p lu s au large une m arche p lus lente.\nD évoré d u regret inerte du sommeil\nJ ’allais, l ’âme m eurtrie et la lèvre brûlante,\nL ’esprit encor hanté d ’un m irage verm eil,\nM ais les pieds, tour à tour, et le front lo u rd\n                                        [d’angoisse,\nGlacés du froid nocturne, ou brûlés du soleil !...\nE t m aintenant, des clartés mortes qui décroissent :\nE t dans la n u it prestigieuse, sans repos,\nL es heurts vertigieux des ténèbres se froissent...\n\n\n   (1) D’un livre à paraître : L'lnitiatiun douloureuse.\n   Dans l’étape douloureuse de sa vie, le Poète est entré au\njardin de l’Am our; là, une voix Lui offrira les fruits volup­\ntueux du clos magique ; déjà sa préférence lui en désigne un\nplus beau que les autres, mais son respect l’éloigne, sans\nqu'il ait voulu le cueillir. Il n’a point songé que d’autres\naprès lui passeront, dont le désir connaîtra moins le res­\npect : Il sortait à peine du Jardin de l’Amour, que le vent\ndes passions brutales à cueilli le fruit divin qu’il y avait\nlaissé !\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "26            L a L u t t e . — J a n v i e r 1900\n\n\n\nE t voici : Dans le charme inattendu d ’u n clos\nO ù des grappes m oiraient l ’enlacement des tiges, -\nD evant moi, j'aperçus tout un E d e n éclos.\n\nD ans la pénom bre tiède, A m our, où tu voltiges,\nL e s pétales rieurs, lentement dépliés,\nS ’ouvraient au frôlement d 'u n souffle de vertiges.\n\nE t tous les germes purs croissaient m ultipliés,\nE t les soucis du temps, et les soucis du monde,\nD ans cette tombe en fleurs, reposaient oubliés.\n\nA m our, j ’ai salué ta retraite féconde !\nL ’inépuisable joie, âme de ces lie ux chers.\nN aissait avec la vie et coulait avec l ’onde.\n\nL e s fruits s’y balançaient, légers de sucs amers ;\nD ans leurs roses duvets on croyait v o ir revivre\nL e s tendres chatoiements et le carm in des chairs.\n\nDes lys montaient vers eux comme des fleurs de givre\nE t toute pureté vers la fécondité\nIls exhalaient leurs cœurs d ’où l ’encens se délivre.\n\nE t tout s'enveloppait de flottante beauté,\nE t la résine d ’or ro ulait sur les écorces,\nPerle autant que parfum , sa fleurante clarté !\n\nO gestes de semeurs dont se cam brent les torses !\nL im p id ité de cet E d en épanoui\nOù la vie émanait d ’intarissables forces !\n\nE t comme su r le seuil je restais éblouis,\nQ uelqu’un me p rit la m ain, qui restait in visib le\nE t me faisait com prendre u n langage in o uï.\n\nT u peux entrer : voici le seuil inaccessible,\nA p la n i po ur tes pas vo ici le d ivin seuil.\nJette le masque vain de l ’orgueil im passible,\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                      F l o l ir e g e m e n su e l                 27\n\n\n\n« Jette le masque froid de l ’inutile orgueil,\nE t reçois, et savoure, ô mon frère, ô mon hôte,\nD u baiser de l ’A m our le fraternel accueil ! »\n\nE t comme avant les temps de la prem ière faute,\nL e s branches fléchissaient sous leur fécondité,\nE t p o u r m ’o ffrir s e s fru its s’in clin a it la p lu s haute...\n\nM ais un d ’eux, de rub is nocturnes pailleté,\nB aigné de la lueur p udique des étoiles,\nM ’a retenu le cœ ur, surp ris de sa beauté.\nE t l ’E s p rit transparut à demi sous ses voiles :\n« Ce fruit-ci, voyageur, comme ceux que voilà,\nD ’une saveur choisie alanguira tes moelles,\nE t ce n ’est pas d ’un vain désir q u ’il te troubla. »\nM ais mon geste a plané sur le verger m ystique :\n« Je ne veux plus ceux-ci, sans rêver celui-là.\n« Oh ! p ourquoi ternirais-je, en ce soir pacifique\nOù se gonfle d ’am our le cœ ur universel,\nL e s tissus transparents de sa frêle tunique ?\n« N o n , non! q u ’en ce printem ps généreux et charnel,\nComme un gage verm eil d ’éternelle jeunesse\nSous ses velours rosés coule un sang éternel !\n« L e vent du ciel peut seul, et seules ses caresses,\nAttarder su r sa ch air leurs baisers délicats...\nF ru it m ûr entre les fruits du ja rd in d ’allégresse,\nCes doigts respectueux ne te cue illiro n t pas :\nMes yeux garderont seuls ta lum ineuse image\nP a r les sentiers futurs où saigneront mes pas ! »\nE t déjà, voyageur, la fièvre du voyage\nM ’attirait vers la nuit de l’éternel chem in :\nM ais une houle d ’ombre obscurcit le feuillage,\nD eux yeux luirent, points d ’or qui dardaient le\n                                             [dédain,\nE l cinglant mon orgueil d ’un long spasme de rire,\nL ’E sp rit, d ’un brusque coup, me rejeta la m ain :\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "28               L a L u t t e . — J a n v i e r 190 0\n\n\n\n« D u seuil bleu que toi-même auras su t’interdire,\nOh, regarde !.. » et des fruits me montrant le plus\n                                             [beau :\n« Désorm ais, sa fraîcheur est à qui la désire ! »\n\n... E t le vent qui passait l ’arracha des rameaux.\n\n                                            G a s t o n H eu x .\n\n\n\n\n   Sous la rubrique « F l o r i l è g e m e n s u e l », La Lutte\npubliera désormais en chacun de ses fascicules :\n   1° Des vers de l’un des plus grands poètes contemporains\nde Belgique ou de France.\n   2° Un feuilleton (conte on nouvelle) signé d’un nom connu\nou tout nouveau.\n   3° Une suite de poésies ou bien un long poème, signé\ndu nom d’un Jeune, dont la contribution poétique sera\nlimitée, pour un an, à cette unique insertion.\n   Contes et poèmes seront choisis selon un souci d’harmo­\nnie et un constant vouloir de prouver notre électisme. C’est\nainsi qu’ayant réuni en le présent fascicule : deux poèmes\net un conte symbolistes, nous réunirons dans nos fascicules\nsuivants des écrivains s’apparentant également entre eux,\nmais n’ayant aucune accointance avec le Symbole et les\nSymbolistes et qui reviennent plutôt à la claire simplicité.\n\n                                                   La D i r e c t i o n .\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "  LES LE TTR E S FLA M A N D E S.\n\n\n\n\nUn Poète du T erroir\n              G uido G ezelle\n\n    L a mort du poète adm irable qui porta ce nom\nim m ortel à plongé Bruges-la-Sainte et la F la n d re\ntoute entière, dans le plus poignant des deuils. A\nvo ir tous ces drapeaux en berne et le long cortège\nfunèbre lentement se dérouler aux pieds des tours\nm oyen nageuses de la cité du So uven ir, qui n ’eût\nc rû u n instant com prendre que c’était l ’âme c o l­\nlective de notre peuple west-flam and q u i s’en\nétait allée vers D ieu , et non l ’âme d ’un hum ble\nprêtre ?\n    O r celui qui vient de m ourir avait, en toute\nhum ilité, pour la seule gloire de son C h rist et le\nsalut de l ’âme patriale, étroitement allié à l ’apos­\ntolat du vra i et du bien, l ’apostolat de la beauté ;\nle sacerdoce du poète, au sacerdoce ecclésial.\n    M aintenant que son corps repose en la terre de\nsa W est-Flan dre, il nous est doux de nous remé­\nm orer com bien son apostolat d ’art fut inlassable\net fécond.\n    H u g o Verriest, E . V an Oye, K . De Gheldere,\nautant d ’écrivains de race, que le grand mort, jad is,\navait formé, en ce temps q u ’il enseignait au sém i­\nnaire de R o u le rs, où, après son ordination en\n 1854, il était revenu professeur, tandis q u ’autre­\nfois, parm i les élèves, il s ’y était préparé, avec\ntoute l ’ardeur de son cœ ur de poète, à recevoir la\nprêtrise chrétienne. C ’est là que l ’enthousiasm e\nju vé n ile , jo in t à l ’exhaltation qui venait de sa foi,\ndécupla en son cœ ur l ’am our déjà profond de son\nparler natal, de sa science et de sa poésie.\n    Gezelle vit le jo u r à B ruges, à B ruges la ville\ngothique que Georges R odenbach, autre mort\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "30             L a L u t t e . — J a n v i e r 1900\n\n\n\nbien-aim é, nous a tant célébrée en ses écrits sub­\ntils.\n    Sans doute est-ce d ’être né à l ’ombre de ces\ntours pieuses ; et d ’avo ir en son enfance coulé\nd ’innom brables heures dans le prestigieux décor\nd ’u n vaste étang de rêve et de m élancolie, q u ’une\nlégende endeuillie fit nom m er L e Lac d'Amour ; et\nd ’avoir longtemps contemplé, dans l’eau morte de\nses canneaux ; le reflet des arbres de m ail, des\npignons en forme de mitre et des cygnes m ages ­\ntueux, vognant sur un ciel assom bri, que Gezelle\ncomme R odenbach engrisaille souvent son œuvre\nd ’une tristesse intim e, et gémissante et douce.\n    Quelle dissem blance pourtant entre la mélan­\ncolie rafinée, m ignarde, complexe, un peu factice,\nun peu voulue et trop recherchée po ur être pro­\nfonde, de l ’auteur de Bruges-la-Morte, du Carillon­\nneur et de la Vocation ; et celle fruste et prim itive,\nspontanée, et sublim e avec sim plicité, du poète du\nTydtkrans.\n    G uido Gezelle, poète catholique et poète patoi­\nsant, est à la fois le V erlain e flam and et le M istral\n de la W est-Flandre. P lu s rudim entaire et m oins\nchevrottante que la langue d e Sagesse, la langue de\nl ’abbé Gezelle est celle du peuple q u ’il aime ; la\nlangue de ceux de la race, le très typique et\narchaïque dialect west-flamand.\n    S ’il chante ainsi que V erlaine la foi en la bonté,\nen la beauté de D ieu, Gezelle ainsi que M istral\nexhalte également la terre où il est né : la Flandre,\net sa vie calme et ses pacages gras et ses blousiers\nvaillants.\n    M ystique et réaliste, il est vraim ent flam and.\nE t d ’avoir, en son œuvre, u n i ces deux aspects,\nqui caractérisent tout l ’art de sa race, son mérite\nn ’est que plus grand. P lu sie u rs, parm i ceux qui\nl ’adm irent, déplorent que le poète en adoptant ce\ndialect très spécial, n ’ait réservé q u ’aux patoisants\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "               L es L e t t r e s F l a m a n d e s    31\n\n\n\n du sol natal et à quelques initiés, la joie rare de\nsavourer les p lus belles de ses œuvres dans leur\n langage orig in al, et celle aussi d ’en adm irer les\n rythm es et les nuances que toute traduction, iné­\nvitablem ent, ou déflore, ou détruit.\n    O r le rythm e et la couleur — Klanken en Kleuren\n — sont les deux qualités dom inantes du style de\n G uido Gezelle et l ’on com prendra aisément q u ’en­\ntre les délices que goûte celui qui le lit en patois\nwest-flamand et l ’im pression de ceux qui ne l ’a p ­\nprécient que selon les traductions, la distance soit\naussi grande q u ’entre la sensation q u ’éprouve\nl ’arabe altéré en cueillant au figuier une figue\nbien fraîche et celle de l ’E uro péen qui, lu i, se doit\ncontenter d ’un fruit sec, sans ju s, sans parfum .\n    Comme le poète M istral qui s’entête à ne chan­\nter sa Provence et son soleil que dans son lum ineux\net vib ran t provençal, G uid o Gezelle s ’entêta à\nim m ortaliser le patois de sa race en écrivant en ce\npatois des œuvres qui resteront.\n    E n u n temps où nombre d ’hommes sont tour­\nmentés du désir de m itiger les d iv isio n s lin g u is ­\ntiques du monde, et po ur triom pher de Babel,\ncherchent à introniser un langage universel —\nvolapuck, esperanto, ou toute autre fantaisie, — il\nest curieux de vo ir comment d ’aussi grands\npoètes travaillent à leur encontre et par des œ uvres\nlittéraires infusent à des dialects que l ’on croyait\ndécrépits u n sang que les revigourent et leur crée,\nsoudain, une robustesse, que p lusieurs n ’avaient\np oint prévue, à la veille du siècle X X me !\n    L ’attitude concordante de poètes qui vécurent\nsi étrangers l ’u n à l ’autre n ’apparaîtra certes point\ncoïncidence fortuite aux esprits observateurs.\n    G uido Gezelle et M istral ne sont en réalité\npo ur qui sait écouter et vo ir, que les protagonistes,\ncertes oui conscients, mais d ’abord instin ctifs, du\nbrusque réveil des races, des races que l ’on disait\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "32             L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\nmortes, et qui, avant q u 'il soit longtem ps peut-\nêtre, feront s’écrouler de gré ou de force, le m en­\nsonge des natioms.\n   A l ’arbitraire hasardeux des frontières fictives,\nsuccéderont peut-être en u n avenir plus ou m oins\nlointain les seules frontières véritables et qui, elles,\nne changent point, malgré les guerres fratricides ;\nles frontières linguistiques.\n  Sera-ce un bien, sera-ce un m al ? I l ne nous\nappartient pas de trancher ici la question. M ais\nque cela sera : vo ilà q ui nous paraît à tout le\nm oins probable.\n   D u haut de sa « tour d'ivoire », si le Poète se\npenche et jette un regard circulaire sur le monde\nqui l ’environne, sur tous les points de l ’horizon se\nmanifeste à ses yeux l ’identique insurrection : en\nCatalogne comme en Provence ; en Bretagne\ncomme au P ays de G all ; en Irla n d e comme en\nPologne ; et dans le Schlesw ig-H olstein et chez\nles irrédentistes ; en N orvège comme en Flandre;\nen Bohèm e comme en H o n g rie ; en A lbanie, en\nFin la n d e , dans l ’A frique A ustrale et partout, c’est\nle réveil des races ; c ’est la race qui s ’insurge ; la\nrace contre la nation : ouvertement ici, ou bien\nsourdem ent là, soit par évolution, soit par ré vo lu ­\ntion, la race à son réveil travaille à désagréger les\nunifications factices des nationalités de conven­\ntion et de hasard q u i ne se posent sur rien de p ro ­\nfond, su r rien de traditionnel, sur rien de stable\net de réel, mais seulement sur la chance des armes,\net la centralisation des pouvoirs en u n lieu et dans\nquelques m ains.\n   C ertains veulent v o ir au contraire dans ce retour\nin stin ctif à « la petite patrie », comme ils disent,\nle dernier spasme du légionalism e féodal, le\nsuprême mais in utile effort de l ’esprit de clocher,\ncontre le cosm opolitism e qui manifestement se\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "               L es L e t t r e s F la m a n d es                  33\n\n\n\npropage et triom phe dans les cinq parties du\n monde !\n    Rêves de poètes disent-ils en songeant à M istral,\nà Gezelle, aux B retons...\n   Ceux-là ignorent ou bien oublient que les poètes\nsont des intuitifs qui lisent dans l ’aven ir et parlent\nau nom des races et traduisent à vo ix haute les\ndésirs nouveaux qui s’éveillent, confusément, du\np lu s profond du cœ ur du peuple dont ils sont,\navant même que ce peuple ait p ris lui-m êm e\nconscience de ces désirs qui s ’éveillent en lu i, mais\nq u ’il voudra réaliser dem ain, bien q u ’il s’en étonne\nau jo u rd ’hui.\n   G uid o Gezelle l ’a com pris. Sans doute cette\ncom préhension lui vint-elle par la voie du cœ ur et\nnon par celle du cerveau. Sim plem ent, sans\narrière pensée aucune, il adopta la langue « de\nchez lu i », parce q u ’elle seule lu i perm it d ’e xp ri­\nmer aussi vraim ent q u ’il le désirait faire, l ’âme de\nson pays natal. P o u r décrire comme il l ’a décrite\nla W est-Flandre rustique, ses mœurs et ses aspects\nchangeant, selon la robe des saisons, ne fallait-il\npoint q u ’il parlât comme les hommes qui l ’h ab i ­\ntent ?\n                                  A lbrecht         V erh u lst.\n\n\n\n\n  La Direction de LA L U T T E a le plaisir d’annoncer aux\nlecteurs de la revue qu’elle s’est assuré la collaboration\nd'écrivains polyglottes ou autochtones, qui les tiendront au\ncourant de tout ce qui dans les Littératures étrangères est\ndigne de fixer leur attention.\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "    PAGES D’E TH IQ U E ET DE PSYCH O LO G IE\n\n\n\n\n              Le\n\nM    y s t i c is m e\n\n                    et l’én ergie mo r a le.\n\n                  Mais plusieurs diront peut-être : O vérité\n              éternelle ! Je ne sens point ton attrait, je ne\n              suis attiré vers toi. St-Augustin leur répond :\n              « Priez la qu’elle vous attire. »\n                                  Tauler, sermon II.\n\n   La meilleure orientation pour l’activité qu’est l’homme,\nson moyen des développement le plus efficace, c’est assuré­\nment la vie chrétienne, partant la vie mystique (1). Seule, en\neffet, la vie chétienne contient toutes les lois de la vie ; seule\nelle s’accorde avec la raison, la nature et la révélation. C’est\nelle qui élève et perfectionne les inclinations naturelles;\nc'est elle qui conduit l'homme, par l’accomplissement de ses\ndevoirs envers lui-même, ses semblables et Dieu, à la posses­\nsion du bonheur parfait, dans la connaissance et l’amour de\nla Vérité, de la Beauté, de la Bonté infinie. Maiscette vie est\nétrangement méconnue.\n   Sous l’appellation générale de mystiques, les incroyants\nassimilent trop volontiers les énamourés de Jésus aux\nrêveurs et aux exaltés dont l'imagination se plait à flotter\ndans les sphères nébuleuses, voire à certains mélancoliques\nqui vivent, cérébralement, dans un état comateux. Certes,\nles hommes de bonne volonté disposent d’un excellent moyen\npour faire cesser en leur esprit cette grossière confusion,\n\n\n  (1)     L e terme mystique est pris ici dans un sens général\npour rendre cette étude plus claire. Au sens restreint, il\nexiste Une différence entre la vie mystique et la vie ascétique.\nCelle-ci repose plus particulièrement sur la raison et la foi,\ncelle-là sur l'action extraordinaire de Dieu dans les âmes.\nL'une et l’autre ont pour fin l'union avec Dieu par l’amour\ndans la contemplation ; mais la vie mystique conduit à une\nunion d'un ordre plus élevé.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "           P a g e s d ’E t h iq u e e t   de   P s y c h o l o g ie   35\n\n\n\n c’est de lire les vies et les écrits des mystiques de l’Eglise.\n Mais ces auteurs manquent de charme pour les gens du\n monde, et des lettrés qui rougiraient d'ignorer la Bhagavad-\n Gita ou les Eddas trouvent très naturel de condamner, sans\n le connaître, le De Devinis nominibus, l’Imitation, et les\n œuvres de St-Augustin, de St-Bernard, de St-Bonaventure,\n de Ste-Thérèse.\n    Nous voudrions ici présenter à ceux qui refusent de\n recourir aux sources et de se faire une opinion d’après leurs\n recherches personnelles les caractères essentiels de la mys­\n tique chétienne.\n    L’auteur du D e divinis nominibus définit la théologie mys­\n tique « une contemplation très sublime de Dieu, produite\n par l’amour qui conduit lui-même à la connaissance (1) »,\n d’où le nom de Sagesse secrète que lui donnent les théolo­\n giens. Et St-Thomas nous enseigne que cette théologie\n s’influseplus spécialement dans l’âme par la voie de l’amour.\n La pratique des vertus et de la méthode spirituelle néces­\n saires pour vivre en union avec Dieu et s’élever à la com ­\n templation constituent la vie mystique. Vie des plus actives\n puisqu’elle oblige à un travail incessant sur soi-même, et\npour lutter contre ses passions, et pour atteindre à une\nperfection toujours plus grande.\n    Evidemment,celui qui soupirerait après la Jérusalem céleste\nsans s’efforcer de la mériter ne serait pas un véritable\nfidèle. « Renouvelez-vous dans l’esprit de votre âme, dit\nSt-Paul, et revêtez-vous de l’homme nouveau qui a été créé\nselon Dieu, dans la vraie justice et la vraie sainteté (2 )» .\nImiter la vie intérieure de Jésus-Christ, c ’est en quoi con­\nsiste la vie spiritualisée, la vraie vie ; car est-ce vivre que de\npasser ses jours sous la tyrannie des passions ou des préoc­\ncupations vaines ? (3)\n    « La vie spirituelle est le mouvement de la créature finie\npour s’unir à l’infini. Un procédé unique conduit à ce terme:\nconformer son âme à Dieu. Dans ce travail, rien n’est indif­\nférent, et l’on peut prendre à chaque instant le point de\ndépart à un progrès éternel ; chaque action, quelque banale\n\n\n\n  (1) D e Divinis nom. cap. y.\n  (2) Ephes., 23, 24 .\n  ( 3 ) Vivre intérieurement par l'opération de l'esprit en la\nmanière que Jésus-Christ vivait » tout le mysticisme est là.\nUn vrai disciple de S. Paul, M . Olier, l'explique dans son\nIntroduction à la vie chrétienne,\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                 L a L u t t e . — J a n y ie r   1900\n\n\nqu’elle puisse être, peut contenir le surnaturel et son immen\nsite ; la grâce qui nous y porte nous vient constamment\nd’une manière qui échappe à l'attention superficielle, et elle\nopère avec une délicatesse telle qu’il ne faut rien moins\nqu’un discernement tout céleste pour s’en apercevoir et y\ncoopérer » (1).\n   S’unir à Dieu, voilà donc ce que désire ardemment le\nmystique chétien et ce qu’il cherche à réaliser de toutes\nses forces. Une seule voie conduit à cette union avec le\nsouverain Bien, la suprême Beauté. St-.Iean de la Croix,\nd’accord avec tous les maîtres de la vie spirituelle, nous\nl’apprend en sa Montée du Carmel. « C’est la pureté et\nl’amour, c’est-à-dire l’entière soumission de la volonté et le\ndépouillement total, en vue de Dieu (2) ».\n   Aussi l’amour divin, ce don de la grâce, ce mouvement de\nl’être vers la beauté et la bonté (3), ce lien de la perfec­\ntion (4), est-il le premier principe de la vie chétienne. « O\namour qui êtes Dieu, s’écrie l’âme chétienne avec Ste-Ger­\ntrude, vous êtes ma plus aimée possession. Sans vous, ni le\nciel ni la terre n’auraient de moi ni une espérance ni un\ndésir. Vous êtes mon héritage véritable, mon attente unique,\nle seul but ver lequel je tends. O amour, daignez accomplir\nen moi cette union que vous désirez vous même ; qu’elle\nsoit ma fin, la consommation de notre être » (5).\n   Nous devons vouloir aimer Dieu comme il nous aime,\nnous devons l’imiter comme des fils bien aimés (G). Or Dieu\na tellement aimé le monde qu’il a donné pour lui son Fils\n\n\n\n\n  (1 )       P. Faber, Conférences spirituelles, p. 328.\n  (2) S. Jean d e la Croix, Montée du Carmel, II, ch. V,\np. i 34.\n  « La pureté du cœur, définit le P. Lallemand, consiste à\nn’avoir rien dans le cœur gui soit tant soit peu contraire à\nDieu et à l'opération de la grâce ». Doctrine spirituelle,\n6me principe, ch. 1, art. 1.\n  (3) De Divinos nom., cap. IV , 12 .\n  (4) Coloss., III, 1 4 .\n  (5) Les exercices de Ste-Gertrude, traduits par D on Gué-\nranger, p. 167 .\n  (G) Ephes., V, I.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": "           P ages   d’E t h iq ue e t d e   P s y c h o l o g ie   37\n\n\n\nunique (1). Nous devons donc, à notre tour, nous donner\ntout à Lui, en toute générosité (2).\n   Contrairement aux mystiques profanes, dont ont peut dire\nce que le B. Albert le Grand disait des philosophes, qu’ils\nn’ont pas d’autre fin que de connaître,que leur contemplation\ns’arrête dans l’intelligence, les fidèles « contemplent pour\naimer ce qu’ils contemplent. C’est pourquoi leur comtempla­\ntion ne se termine pas dans l'intelligence par la seule con­\nnaissance, mais elle passe jusqu’à la volonté où elle produit\nl’amour (3) ».\n   Vivant en Jésus dont le Cœur a tant aimé les hommes, le\nmystique ne s’oublie pas dans sa propre sanctification, il est\ntoujours prêt à travailler pour le prochain. La Plénitude de\nla loi c’est l’amour (4). Et l’Apôtre qui jeta ce cri, et l’exquis\n\n\n\n  (1 ) Joan., I, III, 16 .\n   (2) « O maître ! s’écriait S. Thomas de Villeneuve, vous\nm'avez donné ce qui m'oblige, donnée-moi à présent ce qui\npeut m’acquitter. Je ne suis pas digne, il est vrai, de vous\naimer ; mais vous êtes, vous, infiniment digne que j e vous\naime. Que j e vous aime donc immensément ; car ce que vous\navez fa it pour moi est immense. La mesure de l'amour est\nd’aimer sans mesure et sa raison est d'être sans raison ».\nS. Thomas à Villan. Sermon de S. Magdalenà.\n   (3) De adhœrendo Deo, c h .,9).\n   Il n’y a pas la moindre contradiction entre ce texte et\ncelui du De Divin nom. « La contemplation est une percep­\ntion de Dieu et des choses divines pénétrante et certaine,\nprocédant de l’amour et tendant à l’amour. C'est l'exercice\nde la charité pure et parfaite. L ’amour est son principe,\nson exercice et sa fin. » Buckler, Perfection o f man by\ncharity . Book II, ch. IV . Cf. Lallemant, Doctrine spiri­\ntuelle, Principe 7 , ch. IV , a. 4 . La fin est l’amour, mais,\ncomme l’expliquent les auteurs, cet amour est fe u et lumière,\nil échauffe et il éclaire.\n   (4) Rom. X III, 10 . Un passage de M gr. G ay a sa place\nici tout indiquée : Quand l’amour arrive à ce point ou la\nvolonté de l'homme est comme identifiée avec la volonté\ndivine, la loi passant alors, dit l’Ecriture, jusqu'au centre\ndu cœur ( Psalm X X X I X , 9 ) et en devenant comme le foyer,\nl'âme, pour parler avec S. Paul, « n'est plus sous la loi mais\nsous la grâce », la loi n'étant pas faite, et n'ayant même\nplus de raison d'être pour ce juste qui est sa loi à lui-même\n"}, {"page_pdf": 45, "texte": " 38              L a L u t t e . — J a n v i e r 190 0 .\n\n\n\n St-François d’Assise qui l’aurait pu prendre pour devise,\nn’ont-ils pas donné au monde un prodigieux exemple d'amour\n actif ?\n    Comment, d’ailleurs, une àme sainte ne rayonnerait-elle\npas? « La sainteté dans l'Eglise, Dom Gréa l’a bellement dit\nc’est la perfection de l’amour dans la perfection du sacrifice.\nLe sacrifice et la mort interviennent, et la sainteté de\nl’Eglise en est le fruit. Dieu a aimé l’homme jusqu’à la mort.\nIl s’est livré à la mort pour l’homme. En cela, il aimait le\npremier : prior dilexit nos. C’était comme une provocation\nde l'amour fini, et cet amour allait jusqu’à la fin, car mourir\nest la dernière consommation de l’amour » (1).\n   Comme la fleur ouvre sa corolle aux baisers du soleil et\naux larmes de la rosée, ainsi le mystique ouvre large son\nàme, abandonnée et reconnaissante, aux rayons de la grâce,\naux flots d’amour qui s’échappent du Cœur Sacré de Jésus et,\nignorant sa beauté spirituelle comme la fleur ignore la\nsuavité de ses nuances et de sa senteur, il offre à Dieu, en\ntoute simplesse, le parfum de sa piété. Ce serait ne pas com ­\nprendre la piété que de voir dans cette métaphore l’éloge de\nl’inaction. « Jésus-Christ, formule le P. Grou, a fait consis­\nter la piété dans les dispositions intérieures, non dans des\nsentiments vains et illusoires, mais dans des sentiments\nsincères, efficaces, toujours suivis de l’exécution (2). »\n   Le mystique profane, ordinairement panthéiste, peut\ns’oublier et se perdre dans la contemplation de l’univers ou\nde lui-même. Le mystique chrétien ne saurait se passer de\nvivre dans l’activité, car il croit avec St-Augustin que ne\npas vivre pour aimer Dieu, c’est perdre sa vie (3). Il ne\n\n\n\net pour qui c'est tout un, de vivre et de bien vivre. ( Rom., 1 I,\n14 ; 1 Tint., 1 , 9 ) . De la vie et des vertus chrétiennes, de\nl’obéissance, p. 367 ) .\n   (1) Dom Gréa, De l’Eglise et de sa- divine Constitution,\nlivre III, chap. X II, p. 422 .\n   (2) Rapprochons de cette citation un excellent passage de\nla Vie intérieure du P . Tissot: « La piété, lit-on page sçç,\ntend à l’unité, elle travaille à concentrer tout sur un point\nunique, Dieu et sa gloire : et son travail n’est complet que\nquand l’unité est consommée : Dieu seul !... C’est pourquoi la\npiété donne à l’âme la fo r ce par l’unité de toutes les p uis­\nsances, la liberté par le dégagement des créatures, la pa ix\npar le rétablissement de l’ordre ».\n   (3) S. Augustin, Manuel IV .\n"}, {"page_pdf": 46, "texte": "            P a g es d ’E t h iq ue e t   de   P s y c h o l o g ie   39\n\n\n\n  saurait donc se plaire dans les brumes, se perdre dans le\n  rêve stérile. Il faut absolument qu'il se livre, et sans cesse,\n  à l’exercice de la vertu ; car, sans une activité disciplinée,\n  nul ne s’élève à la vie contemplative.\n     Rien n’est plus actif que l’amour divin, et cela doit s’enten­\n  dre dans tous les sens. St-Paul, St-Bernard, ces organisa­\n teurs prodigieux, St-Thomas d’Aquin, qui se dépensa dans\n l'enseignement tout en bâtissant sa colossale cathédrale\n théologique et philosophique, St-François-Xavier, l’infati­\n gable missionnaire, St-V incent de Paul, L4ardent fondateur\n d'œuvres, furent d’éminents mystiques, et des actifs par\n excellence. Et combien d’autres pourraient être cités que\n rien n’arrêta, ni les épreuves et les obstacles de toute sorte,\n ni la multiplicité des travaux et la charge accablante des\n hautes fonctions !\n    En somme, sans mysticisme, il n’y a pas de véritable vie\n chrétienne. L’âme éplorée, ulcérée, l’âme qu'ont déchirée\n les ronces de la vie et qui ne demande au ciel que des conso­\n lations et l’oubli de ses souffrances, cette âme s'éloigne du\n sentier de la perfection autant que l’âme qui se dessèche\n dans la lettre des pratiques de petite dévotion. La vie mys­\n tique est au-dessus de la vie dévote comme l’amour est au-\ndessus de la sympathie. Vivre de la vie intérieure, c’est tra­\n vailler, les yeux fixés sur le divin modèle, à se purifier, se\npurger de ses fautes, se débarrasser de ses penchants désor­\ndonnés. Délivrée de la tyrannie des sens, l’âme peut alors\nacquérir des vertus plus hautes et une énergie plus puis­\nsante (1), elle peut avancer plus rapidement vers les joies\néternelles. Ainsi parvenue à l’abnégation de soi-même, elle\ntend, d'ailleurs, toujours vers Dieu, son centre et sa finalité,\nson repos unique et son lieu naturel, dit S. Augustin (2 .\nPurifiée tout-à-fait, elle jouit de la possesion de son Dieu,\ndéclare S. Jean de la Croix, dans la mesure que comporte\n\n\n\n\n   (1) La vertu surnaturelle, dit le P. Terrien, ne donne pas\nla puissance d'agir : elle perfectionne l'activité native, l'as­\nsouplit et la détermine, sans l'élever au-dessus d'elle-même ;\nla vertu surnaturelle ne donne pas seulement la facilité pour\nagir, mais une énergie nouvelle et plus hante, mais l'agir\nlui-même ». La Grâce et la Gloire, Tome          L. III. ch. I,\np. 141.\n  (2) S. Augustin, Confess.\n  (3 )5 . Jean de la Croix,         .Montée du Carmel, 1, III,\nch. 17.\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "40                 L a L u t t e , — J a n v i e r 1 90 0\n\n\n\nla condition humaine (3). Et c’est alors que, selon la parole\nde S. Paul, l’âme n'a rien et possède tout (1), c’est alors\nqu’elle commence sa vraie vie mystique.\n   Une telle vie surabondait en ces pieuses vierges dont\nchaque jour d’existence fut une oraison et chaque oraison\nun chant d’amour: Ste-Hildegarde, Ste-Gertrude, Ste-\nCatherine de Sienne, Ste-Thérèse, Ste-Angèle de Foligno,\nla H. Alarguerite-Marie. Une telle vie lit l’héroïsme de la\npastoure de Domrémy et l’héroïsme de Ste-Christine l’Ad­\nmirable, de Ste-Catherine de Gènes, de Ste-Madeleine de\nPazzi, de Mère Agnès de Jésus, de Sœur Catherine Emme­\nrich et de maintes autres vaillantes qui embrassèrent les\npires souffrances pour l’amour du divin Crucifié.\n   Seules, l’ignorance ou la mauvaise foi peuvent traiter le\nmysticisme de névrose ou de gâtisme spirituel. Car enfin,\nles œuvres sont là, témoignages irrécusables. De St-Jean\nl’Evangéliste au P. Faber, ceux dont le cœur brûla, dès\nleur vie terrestre, d’un amour intensifié pour le Sauveur,\nont tous fait preuve de haute intelligence et de saine raison.\nEt l’on ne citerait pas un Père de l’Eglise, pas un maître de\n vie spirituelle, qui n’ait été mystique. « Celui qui prend les\nsaints pour des fous est obligé de croire, montre fort\njudicieusement Ernest H ello, à une armée sublime de fous\nqui s’accordent entre eux sur les points les plus élevés\net les plus délicats de la doctrine... Il est obligé de croire à\ndes fous qui ont le don de conseil, qui prévoient et écartent\nles dangers, à des fous obéissants, à des fous modestes, à\n des fous bienfaisants qui ont pensé, dit et fait les grandes\n choses sur lesquelles vit l’humanité, à des fous qui, au lieu\nd'aller vers une catastrophe révélatrice, terminent leur vie\npure, sage, utile, forte et sévère,par une mort calme,\n sublime, lumineuse et féconde » (2).\n   D’ailleurs, comment la méthode des chrétiens nuirait-\nelle au développement de la raison puisqu'elle est basée sur\ndes principes raisonnables ? Pour arriver ici-bas à l’union\navec Dieu, il faut, nous l ’avons montré, que l’âme travaille\nà sa perfection morale ; or, cette, perfection implique un\nacte d’intelligence et un acte de volonté, celle-ci travaillée\npar le St-Esprit et dirigée par la raison. Si tant de mystiques\nhétérodoxes tombent dans des langueurs qui dépriment leur\n énergie morale au point de leur rendre presque impossible\n\n\n\n     (1) II, Corinth., VII, 10.\n     (2) E. Hello, Le Siècle, p. 74 .\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "           P a g e s d ’ E t h iq ue e t   de   P s y c h o l o g ie   41\n\n\n\n  l’exercice de la vertu, c’est justement parce que leur vo­\n  lonté n'est pas orientée par leur raison vers un objectif\n  précis et déterminé, c ’est parce que leur ascèse ne repose\n  point sur des principes et des règles fixes.\n     N'oublions pas, d’autre part, que la raison éternelle, le\n  Verbe de Dieu, parle au fond de notre âme (1), et que plus\n  une âme est pure, plus elle reçoit des lumières de l'intelli­\n gence divine.\n     L’intelligence et la volonté sont aussi mises en mouve­\n ment par Dieu même dans l'acte de contemplation et\n  d’amour. « Acte double et très simple, observe le P. Cho ­\n  carme, où l'amour produit la lumière, où la lumière\n  augmente l’amour. », Toutefois, remarquons le, ce n’est pas\n  la lumière qui constitue le principe et la cause de l’union,\n c’est « la volonté surélevée par la charité ». (2)\n     Celui qui s’unit à Notre-Seigneur est un seul esprit avec\n  lui '.i). Par conséquent, loin d’annihiler ou d’affaiblir la\n  raison, l'union mystique l’affermit et l’illumine. C’est en ce\n  sens qu’Hello a dit : « Le mystique orthodoxe voit, entend,\n touche et sent ce que la raison n’est pas capable de voir,\n d’entendre, de toucher, et de sentir. Il domine la raison et\n là transfigure ».\n     Vivant une vie basée sur la plus pure, la plus vivifiante des\n morales, calquée, en quelque sorte, sur la vie humaine\n du fils de Dieu, les vrais mystiques sont donc de parfaits\n équilibrés, des êtres harmonieux, et ils ne sauraient cesser\n de l'être sans cesser d’être des mystiques en acte.\n    Ainsi compris, le mysticisme est unevéritable exaltation de\nl'individu. Car si le fidèle doit anéantir la créature en soi,\nc’est-à-dire l'homme charnel, grossier, s’il doit s’abandonner\nà la volonté sainte, ce n’est pas pour se rendre passif, inerte,\nà la façon des Bouddhistes, la condamnation du quiétisme\nl'a rappelé à quelques égarés, c’est pour que son âme puise\n\n\n\n\n   (1) 5. Augustin, Confess. X I, ch. VIII.\n   (2)     P . Chocarme, Préface de Vie et œuvres de S. Jean de\nla Croix.\n   » En d'autres termes, ajoute le P. Chocarme, si la Foi\nsuffit à la science théologique spéculative, elle ne suffit pas à\nla science mystique, il lui fa u t la charité, principe de lumière\net d’amour ». Préface de Vies et œuvres de S. Jean de la\nCroix, p. A'1 III.\n  (3 ) I. Corinth., VI, 1 7 .\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": " 42                 L a L u t t e . — J a n v i e r 1 90 0\n\n\n\n  en Dieu lus éléments d’une vie plus active, plus intense ( 1).\n    « ...Des faux docteurs, dit P. Terrien, ont enseigné une\n  union dans laquelle l’âme resterait absolument passive-, mais\n ce faisant, ils dénaturaient d’une manière étrange la passivité\n  dont nous parlent les vrais mystiques. Pour ceux-là, passivité\n  veut dire absence de toute opération soit dans l’intelligence,\n  soit dans la volonté ; pour ceux-ci, être passif, c’est recevoir\n cette bienheureuse union « sans cause », c’est-à-dire sans\n qu’aucun des actes ordinaires de l’entendement et de la\n volonté puisse la faire naitreen qui la reçoit (2 . On n’appelle\n pas Dieu, il vient « (3). -\n    On voit que, loin d’entraîner à la veulerie, à l’apathie, le\n mysticisme chrétien est, au contraire, un facteur très puis­\n sant d’énergie morale. Le mystique ne s’efforce pas à\n l’enrythmie spirituelle pour s’oublier dans la béatitude (4),\n mais pour centupler sa vigueur et s’épanouir en œuvres. « Pre­\n nez gardes, s’écrie S. Bernard, que le repos ne dégénère en\n oisiveté, quel fruit peut tirer une âme de cet état où les\n puissances demeurent languissantes et mortes ? La véritable\n vie ne consiste que dans l’action » (5). Tous les vrais chré­\n tiens ont été, sont et seront toujours des modèles d’activité;\n\n\n     (1) Dans ses Entretiens spirituels, St. François de Sales\n définit l’abandonnement « une parfaite indifférence à rece­\n voir toute sortes d’événements selon qu'ils arrivent par\n l'ordre de la Providence de Dieu ». Et, dans son Abandon à\n la divine Providence, chap- IX , p. 137) le P. de Caussade\n expose que l’art de s'abandonner n’est autre que celui d'ai­\n mer. « L ’amour Divin accorde tout à qui ne lui refuse rien.\nE t comme il inspire tous les désirs d'une âme qui ne vit que\nde lui, il ne saurait refuser de les exaucer : l'amour peut-il\n ne pas vouloir ce qu'il veut ?\n    (2 ) S. Ignat. E xerc. spir. R eg proplen discret, spirit. R e g .4\n    (3) P. Terrien, La Grâce et la Gloire, Tome I, IV , ch. V,\np. 263.\n    ( 4 ) « D'ailleurs, la béatitude est une opération, enseigne\nS. Thomas, parce qu’elle constitue la dernière perfection de\nl'homme. Il est nécessaire qu'il en soit ainsi » parce que\ntoutes les puissances, toutes les causes, tout ce qui est capa­\nble d'agir est toujours imparfait lorsqu'il manque l'action et\nle repos. Toute puissance se rapporte à son opération comme\nà sa fin ». (I, 2, 3, a. 2).\n   (5) Cité par S. Thomas dans le Traité de la véritable\noraison, ch. VI.\n   Ruysbrœck tient un langage analogue : « Quiconque,\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "          P a g e s d ’E t h i q u e e t   de P s y c h o lo g ie   43\n\n\nil suffit, pour s’en convaincre, de lire dans l’Histoire et de\nregarder dans la vie avec un esprit dépouillé de parti pris.\n   Dieu achève de nous montrer l’importance de l'activité\nen empêchant l’âme de rester purement passive, même dans\nla comtemplation. En effet, lorsque’elle se trouve dans cette\nforme supérieure de l’oraison, « ce miroir magnifique où\nreluit l’éternelle splendeur de Dieu », selon l’expression de\nRuysbrœch, l’âme n'est inactive qu’en apparence. La con­\ntemplation, explique le P. Lallemant (1 ), donne toujours\nlieu à quelques actes, mais d’une manière plus élevée, plus\nsimple et en quelque sorte plus imperceptible.\n   En spiritualisant l’âme, le mysticisme la fortifie ; en\nl’élevant à Dieu, il l’humanise. Sans doute l'ascèse est dure,\ncar Dieu veut que nous méritions ; et, par les épreuves il\nnous virilise en même temps qu’il nous purifie ; mais que\nne peut-on accomplir avec les secours surnaturels que son\ninfinie Bonté nous dispense ? Pour soutenir le courage et la\nforce des siens, Jésus, avec une tendresse exquise, use\nd’in n om brables moyens. « Jamais, affirme S. Jean de la\nCroix, il n’abandonne ceux qui le cherchent avec, un cœur\nsimple et droit ; il ne leur refusera pas le viatique néces­\nsaire qui doit les conduire par cette vie jusqu’à la claire\net pure lumière de l’amour... » (2).,\n   Les conditions sociales actuelles obligent à s’occuper avec\nplus d’ardeur et de soin que jamais du relèvement et du\ndéveloppement de l’énergie morale. Il n’est plus un penseur\nqui n’étudie le grave et complexe problème de la culture de\nla volonté, de la formation des caractères. Certains s'effor­\ncent d’établir des systèmes nouveaux, d’autres en importent\nde l’étranger et, parce que l’humanité le possède depuis\nplusieurs siècles, et aussi sans doute parce qu'il relie à\nl’Eglise de Jésus, on oublie le système idéal : celui\nqui a formé les saints et les vrais hommes d’action.\n   Que ceux auquels cet idéal chrétien n’apparaît pas encore\ndans sa vérité et ses grandeurs, que ceux auxquels manque\nmomentanément la force pour l’embrasser, que ceux-là\nveuillent bien réfléchir sur ces paroles d’un des plus illustres\n\n\ndit-il, prend son repos en dehors de l’action, quiconque\ns'abandonne à une quiétude sans application, tombera dans\ntoutes les erreurs ; il se détournera de Dieu pour se replier\nsur lui même et chercher en lui-même les repos ». De l’orne­\nment des noces spirituelles, L. I.\n   (1) Doct. Spirit. Principe V II, art. I.\n   (2) Isaïe s ’était écrié: « Ceux qui espèrent dans le Sei­\ngneur, sentiront naître des forces nouvelles... » X L , 31.\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "44              L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\nconvertis (1).   Non, il n'est point de l’homme de vouloir\nce qu’il peut ou de pouvoir ce qu’il veut, ni même de savoir\nce qu' il peut et ce qu’il veut ; à vous seul, Seigneur, il ap­\npartient de diriger ses pas, mais il faut que son humilité\nconfesse que c’est vous qui conduisez et non pas lui ».\n\n\n                                      A lp h o n se G e r m a in .\n\n\n\n\n (1) S. Augustin, Soliloques, ch. X X Y,\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "         Li b res=Propos\n\n                                      S ur   le b o n -s e n s .\n\n\n\n    I l m ’est arrivé de dire, à propos d ’art, des vérités\nà des gens qui étaient obligés de les entendre. Ce\nn ’était pas très brave, J ’ai des rem ords et j ’éprouve\nle besoin de réparer cette faute.\n    Serai-je suffisamment excusé en disant que je\nvois encore comme je voyais l ’an dernier ( et suis\nprêt au même geste, exactem ent)? J'in c lin e à le\ncroire. I l y a lieu, en effet, de rem arquer (et il faut\nbien que l ’expérience serve à quelque chose) ce\nphénomène dont la constance m ’im pressionne :\ndans les salles d ’exposition, si, dans un groupe\nqui discute, il y a u n artiste (quels que soient son\nnom, son pays, sa naissance et... son sexe),\nl ’échange de vues se termine par ces paroles :\n« J ’ai vu comme ça ». E t voilà ! Ce M onsieur ou\ncette D am e a v u comme ça le ciel — rideau m étal­\nlique ; la cam pagne — sans atmosphère ; les m on­\ntagnes — géom étriques... L o rs q u ’on vous dit cela,\nje ne sais pas ce que vous faites. M ais moi, je\nn ’attends pas la fin : je m ’in clin e et je passe et je\nrêve à la profondeur d ’un organisme' trop délicat\npour être com pris par ma grossière nature.\n    C ’est que je me contente d ’être un homme de\nbon sens. G rave danger peut-être. E t je m ’attends\nun peu à ce que l ’on me range parm i les disciples\nde Sarcey. E n quoi on aurait tort. Ce M onsieur a\ncom m is ce crim e : faire rire du bon sens ; d ’autres\nn ’ont p o int écrit cette expression et peuvent servir\nd ’exemples aux critiques qui ne cherchent pas « à\népater le bourgeois ».\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                L a L u t t e . — J a n v i e r 1 90 0              46\n\n\n\n     Ce qui est vrai de l ’artiste l ’est du critique. A\n l ’un et à l ’autre s’impose, sans restriction, cette\n règle : E tre sincère.\n     C ’est sim ple et net, pas bien orig in al. L a n o u ­\n veauté n ’est pas indispensable, en pareille matière.\n I l y a longtemps que les hommes exigent les uns\n des autres l ’honnêteté dans les relations. Cela n ’a\n rien de spécial à telle nature de travail, à telle\n profession et s’applique à tout le monde, dans\n toutes les situations. N ous vo ilà bien sous l ’empire\n du bon sens.\n     Je ne m ’illusio n n e point et sais très bien que\ntout ceci à l ’air banal, poncif. M ais je prie le lec­\nteur de ne pas se tromper, lu i non plus. Q u ’i l\nréfléchisse un instant et d ise si les choses les plus\nvraies ne doivent pas être répétées. T o u t n ’est pas\nfini lo rsqu’on a cru q u ’ic i ou là ne se rencontre\nque du bons sens. Après cette pensée de dédain,\nl'o u b li se fait. P u is, une grosse erreur vient, un\njo u r, irriter spectateurs ou auditeurs et le réveil,\nparfois, est brutal.\n                                                  D ésy   E lias.\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "   L A CR ITIQ U E\n\n\n\n\n            L e L iv r e du J o u r\n                   A N A TO LE FRANCE\n\n Cl i o — édition Calman-L év y (Illustrations d e M ucha).\n\n\n\n\n     Bien curieuse est l’évolution qui s’accomplit en la\n personne de M . Anatole France — plus encore dans les\n visions nouvelles dont il pénètre les événements apparents\n que dans son art d’écrire qui reste exquis et délicieux. Dis­\n ciple de Leconte de Lisle, à son début, du moins, épris\n comme lui de la beauté antique : beauté du mot, beauté de\n l’image, beauté du rythme, en ses « Poèmes dorés » et\n « ses noces corinthiennes, » il chantait les formes plastiques,\n l’amour enthousiaste de la vie, les âmes épuisées de volup­\n tés des belles pécheresses. Cependant infidèle disciple, de\n Leconte de Lisle il inaugurait la série des néo-grecs — plus\n vite attendris que les Parnassiens à la prétention d'impassi­\n bilité hautaine ! — Et puis l’ironiste perçait déjà en lui, par\n son style infiniment fluide, souple, changeant comme nul\n autre.\n    Sceptique aimable, indulgent et désenchanteur, dans la\n « Rôtisserie de la mère Pedauque », et les «Opinions de Jérôme\n Coignard»,— tragique et sensuel dans «le Lys rouge», le voilà\n qui nous revient de tant de maraudes par des domaines si\ndifférents, n’ayant conservé au milieu de ses pérégrinations\n que cette étoffe merveilleuse, son style bien à lui, grave\n quand la pensée est souriante et triste, grâce virgilienne,\nprécision latine ; net et clair il nous revient, dépouillé de\ntoute ironie et simplement, très simplement, nous conter\ncinq récits. Ils sont tous les cinq, très tristes et d’une saveur\ntrès amère, nés sans doute de l’affaire Dreyfus, ils éclairent\nsingulièrement, d’une façon très cruelle, l’amour de querel­\nles qui git en nous, toujours prêt à se réveiller et à étouffer\nles voix supérieures de l’art, de la pitié, de la justice et de\nla reconnaissance.\n    Je pense que c’est le livre, sinon le plus sceptique : (les\nopinions de Jérôme Coignard méritant cette qualification) —\ndu moins le plus triste. Dans les autres œuvres de M. Ana­\ntole France, son pessimisme d’une douceur mâle se teintait\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "48               L a L u t t e . — J a n v i e r 1 90 0\n\n\nau moins d’une flamme,de passion (Lys rouge) — se laquait\nd'une ironie tendre (opinions de Jérôme Coignard). Ici c’est\nde la tristesse toute nue, toute démuselée.\n    Il nous mène, au travers de tous les âges, et c’est la voix\ndu chanteur du Kymé couverte par la clameur de bouviers\nen dispute, — le chef atrébate, — tuer, massacrer des inno­\ncents, par un sentiment de vengeance qui n'atteint même pas\ncelui qui en est l’ objet — Florence, abattue par un de ses\nenfants — et la dague du petit Fierrolet s'enfonçant jusqu’ à\nla poignée dans le ventre de son bienfaiteur...\n    Le premier conte se passe en Grèce, Homère rentre\nchez lui Et ici s’intercale le tableau charmant de son\nretour. Il va s’asseoir, au coin de l’âtre, sans mot dire, et\nmange en silence, silence de paysan et de vieux, sem­\nblant accomplir un sacerdoce, lentement, posément.\n    Sa faim apaisée, il s’informe, à la vieille Mélanthe de l’état\n de sa maison, et alors, mais alors seulement, remontant le\nchaînon des souvenirs, il regrette sa jeunesse passée, et les\nrichesses qu’il a laissées échapper. — Et cela sans aigreur,\nsans joie, sans tristesse — comme des pauvres respectueux\ndes volontés d'une fatalité inhumaine. Mais comme il recon­\nnaît bien vite que sa patrie ne peut le nourrir, il se rend à\n Hissia, aimée des Colombes, et là, invité à la table du riche\nM eyes, il chante les âges héroïques el les combats prodi­\ngieux d’Achille et d’Ulysse. — Dans le silence louangeur ;\nsoudain, brutalité crevant le rêve, deux rustres, deux bou­\n viers se prennent de querelles. Leurs voix s’échauffent,\nmontent, couvrent le chant harmonieux de l’aède — et les\nconvives, distraits, attirés, abandonnent le chanteur pour se\nprécipiter et échanger des coups et des injures. — Alors le\nvieillard maudit cette maison,- où l’appel haut et serein de la\npoésie divine était coupé par des imprécations de combats,\noù le clairon guerrier était préféré à la lyre évocatrice d’idéal\net las infinement, il marcha vers le promontoire blanc d’où\nil se laissa tomber dans la mer souriante.\n    Telle est la première étape — côté intime et familial de la\nforce — querelle quotidienne — qu’elle se passe dans un\ncabaret, dans un meeting, dans un journal — funeste en tous\ncas à l’audition lente et bienfaisante des voix nobles de la\npensée, de la poésie et de l'art !\n    Dans Komm l’atrébate, l’idée s’agrandit, s’élargit. — La\nquerelle, la force sortent du cercle étroit et fermé du foyer,—\nc ’est la guerre extérieure — Komm est un chef subtil, rusé,\nprudent et sage. Il se met au service de César, prévoyant la\n victoire des Romains et est nommé roi des Atrebates et des\n Morins, en récompense des services rendus. Envoyé comme\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                        L a C r it iq u e                        49\n\n\n\nambassadeur en Bretagne ; pour engager les Bretons à se\nsoumettre, il est enchaîné, traité en captif, jusqu’au moment\noù les Romains débarqués et vainqueurs le délivrent. Mais\nles liburnes des Romains sont brisées par les flots.\n    Komm doute dès lors de l’invincibilité de César, il médite\nune révolte en Gaule. Les Romains soupçonnèrent son pro­\njet. Le préfet Quadratus « estimé par son obéissance au\ndevoir et son ferme courage » fut chargé par Labie nus\n « esprit plein de noblesse et d’élégance » d’assassiner par\nderrière l’atrebate. « Et parce que Komm l'atrebate était\nbarbare, étranger à la chose romaine, il lui parut convena­\nble et bon de le faire assassiner. »\n    Le coup rata. Indigné, l’atrebate lit le serment » Je jure\nde ne me trouver face à face avec un romain que pour le\ntuer. »\n    Ce fut dès lors, une guerrilla continuelle, des escarmou­\nches, des pillages, des assassinats, des vengeances ; romains\ntuant des barbares à titre d’exemples, Komm tuant des\n Romains au nom de sa haine. Cela dura jusqu’au jour ou\n l’atrebate réussit à blesser Quadratus — qui guérit d’ail­\n leurs de sa blessure.\n    Résultat : d’innocentes victimes immolées pour un crime\n de trahison, de perfidie commis par d’autres, du sang répan­\n du pour une vengeance qui ne supprime même pas l’auteur\n de la déloyauté ! et qui n’atteint donc pas son but !\n    Continuant la filière historique, Anatole France nous\nplonge en pleine renaissance. « A l’heure où les roses du\n soir foisonnent dans le ciel pâle » l'berti s’entretient avec\n Fra Ambrogio.\n    Gibelin, il a lutté contre les guelfes. Exilé de Florence, il\ns’est uni aux Siennois, a réuni sa cité natale, croyant bien\nfaire, car en combattant ses ennemis personnels, ne com ­\nbattait-il pas les ennemis de Florence elle-même ? Il se\nréjouissait des ruses qu’il employait jadis, des massacres\n qu’il a ordonnés, des perfidies qui trompèrent le peuple.\n « Si aisé à faire tomber dans les panneaux. » D’ailleurs,\n ajouta-t-il : « la guerre civile est affaire si belle et généreuse,\n et si fine chose. Cherchez dans les vieilles histoires, et vous\n y trouverez peut-être aussi qu e les cités qui bouillonnent au\n dedans sont toutes prêtes à échauder les ennemis du dehors\nmais que la gent tiédie par la paix est sans ardeur pour\n combattre hors de ses portes ».\n    Et cependant Uberti n’est pas un méchant homme. Il a\nempêché qu’on rasa Florence, après qu’il l’eut ruinée, et il\nlui serait cruel, à l’heure dernière, de dormir à plus d'une\njournée de sa ville natale. Inconscience et cruauté. —\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": " 50              L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\nd’autant plus aveuglées qu’elles s’imaginent agir dans l’inté­\nrêt d’autrui.\n   En l’an de grâce 1428, le chanoine Chappedelaine, fêtait\njoyeusement son couronnement comme roi de l’Epiphanie,\nd'après une vieille et honorable coutume. — Autour de la\ntable dressée, de nombreux dignitaires, et son secrétaire —\nbien qu’il ne sut ni lire, ni écrire, — Pierrolet, avaient pris\nplace.\n   Chappedelaine était le chanoine le meilleur, le plus doux,\nle plus indulgent. Aussi tous étaient dans la joie.\n   On vidait force gobelets en l’honneur d’Henri VI roi\nd’Angleterre et de France. Mais Pierrolet, refusa de boire\nau roi envahisseur et tandis que le vieux Chappedelaine,\nvoulait, innocente malice, pour le punir lui noircir le visage,\nle petit lui enfonça son coutelas jusqu’à la manche !\n  Ainsi, brisant les liens les plus étroits, effaçant les senti­\nments les plus profonds, la discorde haineuse mêla au vin\nrouge, le sang rouge !\n   Dans le dernier récit, Anatole France, exprime son opi­\nnion sur les hommes du pouvoir et la façon de gouverner—\nBonaparte s’échappe de France pour retourner en France.\nIl part, malgré les dangers et les conseils qu’on lui donne\npour retarder d’un jour ou deux son voyage. Fions nous au\nhasard dit-il, « pour gouverner il faut penser comme eux\nsur tous les grands sujets et se laisser porter par l’ opinion » .\n   On n’évite point sa destinée. Etre grand, c’est dépendre\nde tout. Misérables que nous sommes, nous ne pouvons\nrien contre la nature des choses. Les enfants sont volon­\ntaires. Un grand homme ne l’est pas ! »\n   Désolante théorie, annhilant la volonté et le sentiment du\ndevoir. Et fut on adversaire de Zola, à qui le livre est dédié\nne sommes-nous pas forcer de préférer sa lutte écumante,\nà la fuite prudente et rapide de M. Anatole France, allant\nvisiter la Grèce, après une déclaration qui semblait coura­\ngeuse, — mais qui ne l’était plus du tout, après cette sortie\npar derrière — Non Bonaparte estplus que Jérôme Coignard,\nM . Anatole France — songez à cette journée terrible, où\nintrépide et ferme comme un roc, il lutta jusqu’à la der­\nnière heure contre Wellington et Blücher. Songez à cette\nmarche infatigable sur M oscou qui semblait reculer à cha­\ncun de ses pas — songez à sa vie de combats : contre sa\nfamille, contre les royalistes et les républicains cachés —\ncontre l’Europe toute entière !\n   Mais où vous atteignez le sublime d e la contradiction,\nc’est quand vous faites dire à Napoléon. « Jamais un soldat\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                       L a C r it iq u e                     r.i\n\n\nne sera le maître de cette nation (la France) éclairée par la\nphilosophie et par la science.\n   Pour ma part, j’approuve cette impatience des Français\nqui ne veulent pas subir le joug militaire et je n’hésite pas à\npenser que dans l’Etat la prééminence appartient au civil. Il\nest certain que si la nation découvre dans un soldat les\nqualités civiles convenables à l’administration et au gouver­\nnement du pays, elle le mettra à sa tête, mais ce sera comme\nchef civil et non comme chef militaire.» Et c’est Bonaparte\nqui prononcerait ces paroles lui qui ne vécut que dans les\ncamps, peupla sa cour de maréchaux et de généraux! .Mais\nsi la France se débat si douloureusement aujourd’hui, c’est\nprécisément d’avoir un gouvernement républicain pacifique\npar nécessité et par nature et déposséder une âme guerrière\nqui la fait se courber devant le premier pantalon rouge.\n   Ainsi dites vous, le veut l’état des esprits chez un peuple\ncivilisé, raisonnable et savant !\n   Mais ne voyez vous donc pas le flot qui monte contre la\npensée pure. Les professions libérales se désertent peu à\npeu. Heureusement le commerce — c’est-à-dire la guerre\nalimentaire, séduit toutes les volontés jeunes, et les coups\nde Bourse se multiplient, audacieux et terribles comme de\ngrandes batailles.\n   Et d’ailleurs qu’est-ce l’action, si ce n’est la manifestation\nconcrète de la pensée? matérialisée...\n    Te ne parlerai pas du style de M . A . France qui est ini­\nmitable et superbe — comme toujours.\n   Quant aux illustrations de Mucha, elles sont tout simple­\nment exquises.\n                                       H ubert D e M oor.\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "      L ’A C TU ALITÉ .\n\n\n\n\n                     R ev ue du m ois\n\n\n   l im in a ir e   — A n g l a is e t B o e r s — L es U n iv e r s it é s\n       p o p u l a ir e s   — A n a to le F ran ce va au     peuple.\n\n\n     L i m i n a i r e . Chaque mois en quelques notes rapides, il\n  sera parlé à cette place sur quelques événements récents.\n  On pourrait appeler ces notes les impressions d’un solitaire\n  car elles seront écrites loin du tumulte des foules, hors de\n  l’influence des cénacles et des salons. Elles seront impartiales\n  et se défendent de toute attache politique. C’est bien le moins\n  que l’esprit de justice et d’impartialité de plus en plus absent\n  de notre monde social essaye de se réfugier dans celles de\n  nos revues que ne tente pas d’autre ambition que de con­\n  duire les hommes par la Beauté vers la toute puissante\n  Vérité.\n    A n g l a i s e t B o e r s . La presse du monde est en ce moment\n  peu favorable aux Anglais. En vérité, le peuple anglais\n  n’est ni plus, ni moins barbare que tout peuple colonial qui\n  veut s’étendre; ce qui est barbare, c’est le procédé d’exten­\n  sion de nos civilisés. Les Boers d’ailleurs ne furent point\n jadis non plus très humains envers les H ottentôts et plus\n récemment envers les Cafres. Nous assistons simplement\n à l’éternelle lutte de l’élément intensif contre l’élément\n extensif et les Boers qui représentaient pour les Cafres\n l’élément extensif représentent aujourd’hui pour les Anglais\n l’élément intensif. Dans ces sortes d’opérations, les Anglais\n montrent seulement un cynisme extraordinaire dont serait\n incapable un peuple de race latine. Le peuple anglais qui\n tient de ses éléments celtiques de si belles qualités d’âme\ntient par contre de ses éléments anglo-saxons une basse roue­\nrie de barbare conquérant. Il n’y a pas de peuple dont l’hypo­\ncrisie soit à l’occasion plus répugnante et qui excelle mieux\nà cacher sous des apparences humanitaires, des appétits\njamais assouvis de brute.\n    En 1875, ils prétextèrent pour essayer de s’annexer le\nTransvaal, les mauvais traitements des Boers envers les\nIndigènes. Après les tueries des Indes, il était au moins\ninattendu que les Anglais se fassent les protecteurs des Cafres.\nAujourd’hui, ils prétendent faire obtenir certains avantages\naux mineurs étrangers et en réalité ils convoitent les mines\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                               L ’A c t u a l it é                         33\n\n\n\n  du Transvaal. Mais les barbares du Nord ne s’attendaient\n point à une grande résistance de la part des barbares du\n  du Sud. Ceux-ci sont admirablement aguerris par de longues\n luttes, depuis que chassés du Cap, ils ont dû se conquérir\n au-delà du Vaal une nouvelle patrie. Il est très curieux\n ce type de Boer qui d’àme plutôt pacifique est obligé par les cir­\n  constances à une vie perpétuelleuentguerrière.Fermé à notre\n civilisation européenne, abandonnant aux étrangers l’exploi­\n tation d’un or qu’il méprise, durant le temps où il ne se\n  défend pas, il mène une vie honorable et patriarcale sem­\n blable à celle du paysan normand ou flamand. A l’Anglais\n dont la société est à formation particulariste, il oppose sa\n solide formation communautaire avec à sa base le foyer\n terrien. Les partisans des milices nationnales exultent devant\n les succès des Boers; parcequ’ils y voient la preuve qu’ils\n ont raison. Si adversaire que l’on soit du militarisme, il faut\n reconnaître qu'il est encore plus idiot d’assimiler la France\n au Transvaal que de l’assimiler à la Suisse, pays montagneux\n auquel convient parfaitement la défense par milices régio­\n nales. Dire qu’aujourd’hui le paysan boer quitte sa charrue\n pour s o i fusil, est un lieu commun de journaliste, en\n vérité, il n’a jamais quitté son fusil. Maintenant, rien n’em ­\n pêche de comparer les Boers aux volontaires de 92 qui\n repoussèrent victorieusement les armées de Brunswick ; ça\n fait toujours plaisir : mais n’oublions pas que les volontaires\n de 92 étaient eux-mêmes amalgamés aux anciens troupes\n royales formes de soldats de carrière. Tout cela ne doit pas\nfaire que toutes nos sympathies n’aillent aux Boers que\nnous devons aider par tous les moyens possibles d’abord\nparcequ’ils sont les plus faibles et ensuite parceque l’Angle­\nterre montre un bien trop gros appétit... mais il est probable\nque la vieille Europe qui laissa massacrer des milliers\n d’Arméniens laissera aussi fusiller le dernier Boer.\n    L e s U n i v e r s i t é s p o p u l a i r e s . Rapprocher dans la nation\nle penseur du travailleur manuel, les faire collaborer en­\nsemble, faire selon le mot d’Henry Berenger que l’Elite et\nla Foule ne fassent plus qu’un en deux, telle doit être le\nraison d’être, la grande raison d’être des universités popu­\nlaires et elle est admirable. Le poète, le savant,l’écrivain vien­\nnent apporter à l’ouvrier leurs poèmes, leur pensée, le\nfruit de leurs méditations et de leurs veilles, ils viennent lui\n révéler la beauté de la vie et l’éternité qui se dégage des\nbesognes humbles et quotidiennes, et cela en retour du\npain, du vêtement de la maison qui assure le travail\ntranquille et bon. Et il n’y a ni colère, ni mépris, d’un côté\ncomme de l’autre, aucun ne fait sentir sa supériorité, ne\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "54              L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\nsonge à l'imposer. Pourquoi le ferait-il '! Ne sont-il pas les\nuns les autres, les organes d’un même corps social'.' Ne sont-\nil pas tous des créatures, des révélateurs de Dieu.\n   I l a longtemps que ce rêve est le mien. Jadis, lycéen\nencore, j’avais songé à l’armée pour le réaliser. Il me sem­\nblait que je trouverai là une organisation définie dont on\npourrait profiter et que là sutout les politiciens seraient\névincés plus facilement que partout ailleurs, mais je\ncomptais sans la cérébralité spéciale que créent les program­\nmes d’admission aux écoles militaires, les années passées\ndans les écoles et celle qui est naturelle à la plupart des\njeunes hommes que séduit le métier des armes aussi je com­\npris bientôt à quel point étaient grandes mes illusions.\n   Ce rêve sera réalisé librement par des hommes libres et\ntous nous devons y collaborer de toutes nos forces. Il n’y a\nqu’un danger à éviter celui de la présence du sectaire et du\npoliticien qui si souvent se cache sous les apparences du pen­\nseur libre. Il faut que dans une université populaire, on ne vive\nqu’au milieu des idées si l’on ne veut pas que cette œuvre\nqui peut faire le plus grand bien ne cause un mal irrémédi­\nable. Malheureusement, on discerne déjà dans le discours de\nGabriel Séailles parmi d’admirables pensées des tendances\nà mon avis fâcheuses, mais parlons d’abord des admirables\npensées.\n   « Je reconnais sans hésiter nous dit Gabriel Séailles que\nvouloir l’homme meilleur c’est vouloir une société plus\néquitable. La Cité est immanente aux citoyens; ses injustices\nses relations faussées, ses tyrannies hypocrites deviennent\ndans l’individu vices, erreurs, préjugés, l’insolence, l’orgueil\nimbécile, la dureté des uns, la servilité, la jalousie, la dureté\ndes autres. Il n’y a pas pour l’homme de perfection solitaire,\nle mal social, celui dont nous nous imaginons ne pas souffrir\ncelui dont nous imaginons profiter, passe en nous, s’insinue\ndans notre cœur ».\n   On ne peut mieux exprimer la solidarité, de l’homme et de\nla Cité. Ces paroles devraient être inscrites sur les murs des\nécoles et partout où le citoyen est appelé à accomplir un\nacte public, afin que dès l’enfance, il les ait sans cesse sous\nses yeux et qu’elles l’inspirent dans sa vie.\n   Ainsi, il n’est pas vrai comme l'a dit Gabriel Séailles que\nl'homme puisse se perfectionner solitairement : le plus\nsolitaire subit des influences dont il ne se doute même pas.\nInversement, le perfectionnement d'une société exige la\nrecherche de la perfection individuelle de chacun de ses\nmembres. Le devoir social de tout homme soucieux d’at­\nteindre à un idéal moral s’impose donc avec netteté : il doit\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                        L ’A c t u a l it é                55\n\n\n agir. Agir n’est pas seulement pour lui un devoir mais une\nnécessité s’il veut se réaliser.\n   Malheureusement après vous avoir fait entrevoir la Cité\nparfaite qui sera notre orgueil et notre joie, Gabriel\n Séailles tombe de bien haut quand, pour vous prouver que\nrien n’a changé et que les révolutions sont vaines, il ne\ntrouve d’autres arguments que ceux-ci : « Aujourd’hui,\naprès trente ans écoulés, le cléricalisme est plus menaçant\n que jamais, les biens de main morte se sont accrus dans une\nprodigieuse mesure... »\n   Les si belles paroles de tout à l’heure ne devaient-elles\namener que cette éternelle redite de politicien en recherche\nd’applaudissements 7 Une telle petitesse n’est pas digne\nd’un esprit de l’envergure de celui de Gabriel Séailles.\n   Gabriel Séailles sait bien que tous les cléricalismes sont\ndangereux même celui qui se décore du nom d’anticléricalis­\nme. Malheureusement, on peut craindre que cette tendance\nn'atteigne à la passion haineuse chez plus d’un autre con­\nférencier de l’université populaire qui n’a pas l’intelligence\nde Gabriel Séailles.\n   « Nous ne sommes pas des sectaires nous dit-il ; toute\npensée est ici la bienvenue, qu’elle donne seulement ses\ntitres ; nous n’excluons que ceux qui s’arrogeant le privi­\nlège de la vérité absolue se croient le droit de l’imposer ».\n   Si nous ne comprenions pas, la note du comité de\nrédaction de la «Coopération des idées»organe de l’Université\ndu faubourg Saint-Antoine, nous rappellerait à l’exacte\nréalité : « Nous prenons ici l’engagement de ne pas mentir\nà l’œuvre commune et de satisfaire par notre esprit de\ntolérance absolue envers toute doctrine sociale et laïque, les\nhommes de volonté ferme et de pensée libre que nous ac­\nceptons de représenter ».\n   Qu’est-ce cela, si ce n’est être sectaire 7\n   Si Georges Fonsegrives demandait à parler à l’Université\npopulaire sur Saint-Thomas par exemple ou l’abbé Pichot\nqui montra me semble-t-il de l’indépendance durant l’Affaire,\nsur le P. Gratry, y seraient-il admis ?\n   Et cependant est-il de votre droit d’éducateur populaire\nde déclarer que telle doctrine restera inconnue du peuple\nparcequ’elle n’est pas la votre. Le peuple a le droit de con­\nnaître toutes les faces de la vérité. Au collège libre des\nsciences sociales qui est à l’usage des jeunes bourgeois,\ntoutes les lumières peuvent l’une après l’autre éclairer les\nâmes, pourquoi n’en serait-il pas de même à l’ Université\npopulaire 7 Alors cet enseignement du peuple s’établirait\nbientôt sur une base d’idées communes à tous les hommes\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "56               L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\népris de vérité; ce ne serait pas un fossé entre deux camps\nqu’il creuserait mais il réaliserait une admirable harmonie,\ncette harmonisme que rêve notre Albert J ounet et sur lequel\nil écrivit jadis à la Coopération des Idées.\n    « Volontiers dit Gabriel Séailles, je distinguerais deux\ngrandes méthodes qui dirigent l’esprit dans son mouvement\ninquiet vers la Vérité morale : la méthode théologique et la\nméthode que faute d’un nom meilleur, j ’appelerai la méthode\nhumaine. La méthode théologique suppose que le bien est\nréalisé, qu'il existe, qu’il ne nous est donné que de le con­\nstater, l’imiter ; comme il est à vrai dire ce qui est, notre\nrôle est d’obéir et nous ne pouvons qu’en appeler à une\nProvidence qui fait tout ce qu'il y a de réel dans notre\naction. De cette méthode, il v a des applications différentes\nles uns convaincus de la malice originelle, de la méchanceté\nradicale, regardent la volonté de faire régner la raison dans\nl’individu et la justice dans la société comme une tentation\ndiabolique, une révolte contre Dieu... »\n   Gabriel Séailles interprète plutôt qu’il n’expose\nla méthode théologique. Au point de vue catholique par\nexemple, le bien en effet a seul l’être et le mal est un accident.\nQuant à la faiblesse de notre raison devant certains mystères\nje crois que nul mieux que Kant ne la proclama et Gabriel\nSéailles lui-même est d’avis que nous ne devons point\nattendre pour agir d’avoir résolu tous les doutes, et d’avoir\npénétré tous les mystères, mais je ne crois pas qu’aucun\nthéologien orthodoxe ait écrit que vouloir faire régner la\njustice dans la société soit une tentation diabolique. J’ima­\ngine que si chacun de nous obéissait à la simple morale\nchrétienne la justice régnerait bien vite dans le monde,\nmais il est probable que même alors notre idéal ne serait\npas satisfait. Gabriel Séailles répond d’ailleurs très juste­\nment à cela: « A ceux qui diraient: notre idéal ne satisfera pas\nl'homme parcequ’il est terrestre, parcequ’il limite les per­\nspectives de l’âme qui veut conquérir l’infini, je réponds :\nl’action ne ferme pas l’avenir ». A la méthode théologique,\nGabriel Séailles oppose la philosophie de l’action. Il parait\nétrange d’opposer la philosophie de l’action à une doctrine\ndans laquelle Dieu est défini l’acte pur et dont la morale est\nexprimée d’une façon vivante par la vie même du Christ.\n  « Nous croyons à l’influence de l'intelligence et de la\nvolonté sur la marche de l'histoire. Nous ne contemplons\npas les idées divines, nous ne prophétisons pas l’avenir,\nnous avons la pensée et nous nous en servons, nous appli­\nquons notre raison aux faits, aux rapports des hommes en\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                            L ’a c t u a l it é                      57\n\n\n\nsociété, nous cherchons l’ordre qui seul peut la satisfaire\npeu à peu par tâtonnements, en profitant de la tradition qui\nest l’expérience humaine, nous créons notre idéal de justice\nsociale, d’égalité fraternelle et pour le préciser, pour le\ndéfinir, sans le fixer à jamais en formules immuables, nous\nnous mettons à l’œuvre, nous commençons à le réaliser. »\n    A cela, on peut répondre que la tradition humaine n’a ni\nforce probante, ni valeur démonstrative. Si nous appliquons\nnotre raison aux faits, nous sommes toujours obligés de\npartir d’une certitude et de commencer par un acte de volon­\nté et de foi. Quand nous croyons créer notre idéal de justice\nsociale nous ne faisons jamais que réaliser l’idéal de justice\nsociale que nous portons en nous et que nous tenons de\nnotre certitude morale. D’ailleurs nous n’avons qu’à agir,\nà agir avec tout notre cœur et bientôt les vérités morales\ns’imposeront à nous pour donner à notre vie toute sa plé­\nnitude; elles la feront reposer sur des réalités plus hautes\nqu'elle, elles assigneront de hautes raisons à nos actes, elles\nnous feront dépasser la notion de devoir pour atteindre celle\n l’amour.\n    Nul doute que certaines tendances sectaires, certains\n malentendus bientôt ne s’apaisent ; cette idée des universités\npopulaires est trop belle pour rester asservie à des petites­\nses. Il faut tenir compte de la crise terrible dont nous sor­\ntons à peine. Gabriel Séailles est de ceux qui en sont encore\ntout frémissants. Certains hommes dont la mission eut dû\nêtre de justice et d’amour se sont malheureusement il est\nvrai, affirmés haineux et protecteurs de l’injustice. Ils\ntrahirent leurs doctrines et se nièrent eux-mêmes mais\nn'oublions pas que leur doctrine n’en reste pas moins vivan­\nte. Applaudisons Gabriel Séailles quand il dit i\n     « Les hommes religieux ne sont pas ceux qui vont\nrépétant : Seigneur ! Seigneur ! » et qui par l’intolérance\npar la haine par la peur de la vérité, trahissent tout ce qu’il\nv a de vraiment divin dans l’être. Vous n’avez que faire de\nl’immortalité, si cette courte vie est trop vaste encore pour\nles intérêts mesquins dont vous la remplissez. Elargissez\nvotre être en l’approfondissant ; plus vous réaliserez le\nbien, moins vous douterez de sa réalité ; plus vous donnerez\nde force en vous à la raison, plus vous l’exprimerez dans le\npetit monde ou s’applique et s’étend votre action, plus vous\ncroirez à la possibilité de son éternel triomphe. Pour agir\nnous n'attendons pas d’avoir résolu tous les doutes, pénétré\ntous les mystères ; pour savoir si Dieu existe nous allons à\nsa rencontre. »\nA n a t o l e F r a n c k v a a u p e u p l e . Il est peu d’hommes dont\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "58                  L a L u t t e . — J a n v i e r 1 900\n\n\n\n l’esprit soit aussi ingénieux que celui de M . France et l’ingé­\n niosité de son esprit lui doit procurer une vie pleine d'agré­\nments. Las peut-être, de charmer les salons où il cause,\n M. France va au peuple. M. France que nous vîmes déjà\n prendre parti dans l’Affaire, commencerait-il donc à croire\n à quelque chose hors lui-même ? Serions-nous menacés d’être\nprivés du charme de son ironie délicieuse ou bien dans la\ncontemplation d’un absolu, continuera-t-il de sourire plein\nd’indulgence aux inconséquences des hommes. Malheureu­\nsement le langage d’homme d’action de M. France ne vaut\npas celui de ses livres. M. France, qui a beaucoup d’esprit\na moins d’éloquence et il exprime à l’occasion les idées de\n M. H omais. Mais M. France est-il sérieux quand il parle au\npeuple, ou bien s’amuse-t-il?\n    « C’est parceque nous dit-il, les découvertes des grandes\nlois physiques qui régissent les mondes ont été lentes, tar­\ndives, longtemps renfermées dans un petit nombre d’intelli­\ngences qu’une morale fondée sur une fausse interprétation\ndes phénomènes de la nature a pu s’imposer à la masse des\n hommes et les soumettre à des pratiques imbéciles et\n cruelles ». Ainsi, M. France délivré de toute superstition\ncroit à la Science et il croit que nous connaissons les\ngrandes lois physiques qui régissent les mondes. Nous\npensons que pour un sceptique, M. France a encore une\ntrop grande foi ou bien M. France, esprit très littéraire,\ncroirait-il à la science et à ses signes à la façon des peu­\nples rudes, qui adorent les choses lointaines et redoutables.\nA-t-il le droit d’affirmer que les lois physiques que nous\nconnaissons sont précisément celles qui régissent les\nmondes ou bien n’a-t-il que celui de le croire? Est-il dans\nles sciences physiques des vérités qui soient pour nous\nnécessaires ? La raison de M . France serait-elle bouleversée\nsi demain il apprenait que telle loi physique ou chimique\nest controuvée. Dans les sciences physiques, toute vérité\nn’est-elle pas seulement provisoirement la vérité jusqu’à la\ndécouverte d’une vérité nouvelle plus large ou même con­\ntradictoire ? Ne vivons-nous pas hélas dans le champ des\nhypothèses ? Champ merveilleux et fécond, certes, car\nchaque hypothèse nouvelle nous apporte des progrès nou­\nveaux, nous révèle un peu plus de vérité, améliore notre\nsort sur la planète, recule pour nous la limite du fini dans\nle temps et dans l’espace, nous libère des forces mauvaises\nde la nature, nous rapproche davantage de Dieu.\n    De quelle morale barbare qui repose sur une fausse\ninterprétation des phénomènes de la nature a voulu parler\n M. France? du Christianisme sans doute! Appeler le\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                       L ’A c t u a l i t é                 59\n\n\nChristianisme une morale barbare: quelle élégance!\n    Pour trouver la fausse interprétation des phénomène de\nla nature, M. France remonterait sans doute à l'origine\ndes idées morales. Il embrasse l’hypothèse chère aux\n évolutionnistes, d’une évolution de l’esprit humain des\nidées naturalistes aux idées morales, le dualisme de l’orage\n sans doute. Mais M. France devrait bien nous montrer\n comment s’opère la transition du non-moral au moral et\n comment il peut être satisfait par l’hypothèse d’une tran­\n sition par degrés insensibles ?\n    « Croyez-vous par exemple, citoyens, s'écrie M. France,\n que si les savants avaient connu plus tôt la vraie situation\n du globe terrestre... Si dans les siècles anciens un grand\n nombre d’hommes avaient eu une juste idée de l’ Univers et\n y avaient suffisamment attaché leur pensée, c ’eût été\n possible de les effrayer en leur faisant croire qu’il y a un\n enfer et des diables? C’est la science qui nous affranchit de\n ces grossières imaginations et de ces vaines terreurs que\n certes vous avez rejétées loin de vous ».\n     Que sait M . France de l’au-delà de la mort ? Quelle part\n de notre science demeurera alors pour nous vérité, quand\n toutes nos relations avec le monde seront brisées, quand\n tout ce que nous connaissons seulement par nos sens aura\n fui avec nos sens que nous ne posséderons plus. Nous\n serons alors entrés sans doute dans un monde nouveau où\n plus rien du monde ancien ne subsistera, hors les idées de\n toute éternité qui ont eu sur notre âme une royauté magni­\n fique. Celle de Justice, celle de Beauté si nous nous som­\n mes élevés de la contemplation des formes mortelles jus­\n qu’à l’intuition de Dieu. Ce sera alors pour nous le mo­\n ment de la compréhension suprême et aussi celui ou notre\n âme se juger face à face avec les lois divines.\n     S'il est des maudits pour qui toute miséricorde soit\n morte, c’est une grossière allégorie que de se les répré­\n senter tourmentés par des diables avec des cornes. Ils sont\n bien plutôt à eux-mêmes leurs propres bourreaux, car\n s'étant jadis limités aux choses transitoires sans jamais\n s’élever jusqu’à celles qui sont éternelles, ils sont morts\n riches de leurs seuls désirs vers des biens pour eux à\n jamais disparus. Ils justifient le mot effrayant du Christ\n  « le fruit restera où il est tombé » et ils errent, affamés de\n  fini, dans un monde d’où le fini est à jamais banni.\n\n\n                                     G eorges L e Cardonnel .\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "   L A PE IN TU R E .\n\n\n\n               L' A r t R e l i g i e u x\n\n     A propos du « Salon d’Art Religieux », si vaillamment\n  organisé par nos confrères de Durendal, des critiques ont\n  cru malicieux d’établir un parallèle entre les œuvres expo­\n  sées là et les chefs-d’œuvres incomparables des Maîtres de\n l’Art Chrétien. A r t C h r é t i e n ! Ces deux mots sont\n  évocateurs d’un tel passé de gloire et de splendeur que toute\n tentative moderne, fût-elle cent fois supérieure à l’actuelle\n peinture profane, apparaîtra lamentablement pâle à côté du\n moindre chef-d’œuvre chrétien d’un Memlinck, d’un Ange ­\n lico, d’un Benvenuto Godzolli, d'un Murillo, ou d’un\n Lorenzo di Credi. Semblable parallèle est injuste, autant\n qu’il est puéril. Que serait-on en droit de penser du « criti­\n que », qui prétendrait blâmables, ou du moins téméraires,\n les tentatives faites en ce pays pour la modernisation de\n l’Art profane, (telle cette admirable Libre Esthétique, œuvre\n de notre excellent confrère Octave Maus), s’il basait pareil\n reproche sur le ridicule prétexte qu’ au temps d’Appelle, ou de\n Botticelli l’Art profane atteignit à une apogée où, selon lui,\n il n’atteindra plus guère ? La question n’est point de savoir\n si dans les siècles passés on réalisa plus beau, immensément\n plus beau. La question est de savoir si dans les jours\n présents le Salon d’Art religieux organisé par Durendal ne\n marque pas quelque progrès appréciable sur les tentatives\n similaires les plus récemment antérieures et sur l'ordinaire\n production de ce qu’on est convenu d'appeler : « la peinture\n religieuse ». Eh bien, nous répondons : Oui ! Comparative­\nment au blasphématoires horreurs dont les marchands du\nquartier St-Sulpice deshonorent nos cathédrales ; compara­\ntivement aussi, force est bien de le reconnaître, aux\ncarricaturales et simiesques icônes, que de mauvais élèves\n(malheureusement nombreux ) ! qui se revendiquent à tort\ndes écoles St-Luc, nous présentent audacieusement comme\nl’application parfaite des excellents principes qu’on leur y\nenseigna et qu’ils n’ont point compris ; comparativement à\ntout cela, certes, oui, la plupart des tableaux qui furent\nexposés au Musée Moderne dénotent un progrès réel et,\nrelativement, énorme. Et tout d’abord le salon démontra\nune fois de plus et péremptoirement ! — qu’il ne suffit point,\npour œuvrer d'Art religieux, d’acquérir du brio, puis de\nchoisir tel ou tel sujet puisé en nos Livres Saints ou dans\nnos trésors hagiographiques, mais qu’il faut être Croyant\npour réaliser une œuvre véritablement religieuse. Par ses\nlacunes elles-mêmes le salon de Durcndal se fait ainsi\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                          L a P e in tu r e                    61\n\n\n  apologiste et proclame hautement quelle profonde influence\n  exerce sa vie morale sur la compréhension et l'inspiration\n  de l’Artiste. Si les tenants des écoles de St-Luc (qui eurent\n  le tort, me semble-t-il, de se dérober à la comparaison)\n  encourent souvent à juste titre le reproche de négliger trop\n la forme en s’efforçant d’exprimer l’âme, les artistes sortis\n de nos académies officielles pèchent trop souvent par excès\n contraire. Ceux-là, spiritualistes, s’appliquent axant tout\n — ce en quoi ils ont grandement raison — à faire transpa­\n raître l’âme, à rendre notre vie intérieure et mystique ; mais\n prennent leur négligence de la forme, pour un surcroit de\n perfection — ce en quoi ils ont grandement tort. Ceux-là,\n matérialistes au contraire, incapables de guider et de réfré­\n ner les excès de leur instinctif amour de la couleur et de la\n forme, et qui, dans le théâtral des attitudes ou dans la\n naturaliste exactitude des tons et des gestes croient donner\n l’illusion d’une vie toute de prière, qu’ils ne peuvent traduire,\n avec vérité, eux qui ne prient jamais. A tout prendre, je ne\n cache point que l’esthétique des premiers, qui, du moins,\n veulent interpréter la nature et non la photographier à l’aide\n du pinceaux, m’apparait de loin supérieure. Quant au\n reproche « d’Archaïsme » et de « pastichage éhonté », lancé\n à bouche que veux-tu par les adversaires de St-Luc, il n’est\npoint, j'en conviens encore, dénué de fondement..\n    Mais à qui la faute? A l’enseignement des Ecoles St-Luc?\nPas autant qu’on le veut bien dire. Ce manque d’originalité,\nné de ce défaut de compréhension psychologique, qui\naveugle certains élèves de St-Luc au point de les empêcher,\nen quelque sorte, de comprendre que l’âme du X X e sièle\nn’est plus, ne peut pas être celle du X IIIe siècle, — croyez-\nvous qu’il faille en justice l’imputer à l’esthétique professée\npar le Frère Marès ? Ne croyez-vous pas plutôt qu’il faille\nen rendre responsables les trop nombreux élèves entrés à\nSt-Luc avec l’intention d’y devenir non des artistes, mais\ndes artisans, et qui, sitôt sortis, (le plus souvent sans y avoir\nterminé leurs études) se sont crus à même de devenir\n« patrons », oubliant qu’en art surtout n’est point « patron »\nqui veut, et qu’il ne suffit point pour être directeur d’un\natelier de peintre, de verrier, de sculpteur ou d'architecte,\nde posséder plus ou moins bien sa technique, mais qu'il\nfaut être en outre, réllement l’artiste, c’est-à-dire le créateur,\nl’être élu par la Beauté, pour être son prêtre au milieu des\nhommes !\n\n                                      G eorges R am aekers,\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "          Les c onférenc es à\n                   Bruxelles\n\n     Grâce à la très noble et très courageuse initiative de\nM. Maurice Chomé, une série de conférences sur les Maîtres\ndes lettres françaises, s’ouvrit le mois passé au théâtre du\nParc. C’est le Poète Emile V erhaeren qui nous y parla\nd’abord de Racine. Plusieurs, qui étant prévenus, portaient\nun jugement \" aprioriste \" sur le Poète, sont revenus de\nleur erreur, après avoir applaudi le conférencier. Leur\nétonnement fut vif à entendre le grand moderne, qu’ils ap­\npelaient « un Barbare » apprécier de façon aussi profonde,\naussi inattendue, le grand classique français. Avant\nM. Valère Gille étudiant,ensuite, Jean de La Fontaine,\nM. Gartuyvels parla d’Alfred de Musset, M. Giraud\nse réservant d’apprécier l’œuvre admirable et certes trop\npeu connu d'Alfred de Vigny. Il se peut que Henri Maubel\nchoisisse un autre auteur que Villiers de l’Isle Adam, ainsi\nqu’il fut tout d’abord annoncé ; mais quel que soit le choix\ndu subtil écrivain des A mes de couleur, sa conférence se\nprésage certainement très délicatement nuancée et psychique\n à souhait.\n    A la Générale bruxelloise des Etudiants catholiques,\n M. Francotte, de Liège, proféra, d’une voix un peu molle,\n l’anathème du féminisme. Heureusement M. Edgar Janssens\n y avait conférencié quelques jours auparavant pour le faible\n et selon le devoir qu’impose aux chrétiens la Justice, en\n élevant la voix en faveur des Enfants du Veld, en lutte, et\n victorieusement ! contre les léopards échappés d’Albion !\n    Au Cercle littéraire de St-Michel, la joie nous fut donnée\n de chaleureusement applaudir un jeune intellectuel catho­\n lique de grand avenir en M. Albert de Froger, qui nous\n parla de l'Idéal avec à la fois un lyrisme et une dialectique\n peu communs et, pour nous, des plus réconfortants ! Tan­\n  dis que M. Victor de Brabandère s’y affirmait une fois de\n plus critique consciencieux du théâtre contemporain. Sou­\n  cieux d’art, d’éthique et de psychologie, M. Victor de\n  Brabandère analysa la Nouvelle Idole, l’œuvre apologétique\n  de François de Curel et le Torrent, le drame si désespè-\n  rement païen de M. Maurice Donnay. Aux fidèles du Cercle\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "              L es CONFERENCES a B r u x e l l e s          63\n\n\n Tabarin, (pour lequel se dépense, peut être excessivement,\nle très actif poète Albert Devèze) notre collaborateur\nCharles de Sprimont présenta l’historique glorieux du\ngroupe aujoud’hui « consacré » des « Jeune Belgique » et je\nvous laisse à penser s’il fut vivement applaudi !\n   Au Salon d’art religieux organisé par Durendal,\nà M. Edmond Joly, dont la conférence savante traitait de\nce sujet très vaste et naturellement très complexe « Le\nSymbolisme », succéda M. Eirmin Van den Bosch, l’ancien\ndirecteur du vaillant Drapeau. Et ce nous fut une profonde\net féconde émotion d’entendre notre ardent et toujours jeune\naîné résumer avec orgueil les dix années de lutte et déjà de\nvictoire, menées par les jeunes écrivains catholiques de Bel­\ngique contre l’indifférentisme et la routine, en ce pays !\n  Enfin au théâtre de l’Alcazar, dont M . M o uru de la Cotte\na repris la direction, « les auteurs gais » de Paris : les\nCourteline, les Tristan Bernard, les Alphonse Allais, les\nFranc Nohain, etc. conférencient tour à tour sur des sujets\nen harmonie avec leur genre humoristique. M. M o uru de\nLa Cotte est un réel artiste et soit qu’il dirige u n théâtre\ngrave ou badin, dans le tragique et le joyeux il s'affirme tel,\ntoujours. L ’heureuse idée de ces conférences en est une\npreuve de plus.\n\n                                       E douard N e d.\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "                        E c hos\n\n   P iè c e s n o u v e lle s . Bien que le volume du présent\n fascicule soit égal au double de celui habituellement adopté\nles années précédentes, l’abondance des matières nous\noblige à remettre au prochain numéro la critique du Cloître,\nl’admirable drame en quatre actes, vers et prose, du grand\nPoète Emile Verhaeren, que l’éditeur Ed. Deman vient de\nfaire paraître à Bruxelles, où le Théâtre du Parc doit le\ndonner prochainement, avec, en lever de rideau, La M ort\nau Berceau, un Noël tragique d’Eugène Demolder, le cha­\ntoyant et merveilleux auteur (las ! parfois trop rabelaisien)\nde la Route d'Emeraude. — Au Théâtre Sharah Bernard\n M. Rostand, que le bruyant succès de Cyrano n’incita point\nà la paresse, a lu récemment les trois premiers des cinq\nactes de sa comédie nouvelle : l’Aiglon, qui nous révélera\nparait-il, un Rostand seconde manière. — A l’Œuvre\nM . Lugné-Poe, toujours sur la brèche, a donné le 7 janvier\nMonsieur Bonnet d e M. Maurice de Faramond et il annonce\npour bientôt l’exécution par sa troupe d’œuvres dramatiques\ninédites de plusieurs écrivains jeunes. Cette attitude, entre\ntoutes valeureuse, du Directeur de l’Œuvre, force aux plus\nvives sympathies tous les jeunes, envers lui.\n   La L u t t e r e c o m a n d e aux prières chrétiennes de ses\nabonnés l’âme de son confrère M. L é o n D e s c h a m p s , qui\nfut directeur de la revue parisienne La Plume, mort à Paris\nle 28 Décembre 1899, à l’âge de 36 ans. — Elle leur recom­\nmande aussi de prier pour le rétablisement et pour la con­\nversion pleinière du grand apôtre de la Paix et de la Con­\ncorde chrétienne, le Comte Léon Tolstoï, l'auteur de Résur­\nrection, gravement atteint en sa glorieuse vieillesse par un\nmal qui va s’aggravant. — Enfin La Lutte remercie son con­\nfrère M. H erbrand, le correspondant belge de la revue lyon­\nnaise Germinal, qui, à l’instar de M gr. Bénigne Bossuet com ­\nposa l’orasion funèbre non pas de Victoria (?) ou d 'Henriette\nd'Angleterre, mais l’orasion funèbre de La Lutte! Que\nnotre confrère se console! La Lutte est si loin d’être morte\nqu'elle double ses fascicules et s'apprête à mener par des\nCongrès et par des éditions de livres, contes, drames,\nromans, poèmes, le bon combat pour la Beauté !\n\n\n                                          L a D ir e c t io n\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "é d itio n s de \" L A L U T T E \"\n          80, R u e d e l ' E r m i t a g e , 80, —          B r u x e lle s .\n\n\n\nY ves B e r t h o u                   L e Prince des Prosateurs                  fr. 0.50\nA lbert Jounet                        Dieu de Beauté                              » 0.50\nP a u l M u ssche                     Simplement                                  » 2,00\nE d o u a r d N ed                    Mon Jardin Fleuri                           » 2,00\nG eorges R am aekers                  Les Fêtes de l’Eté                          » 1.25\nG e o r g e s V ir r è s              En Pleine Terre                             » 3.50\n\n\n\n\n                    P A R A IT R O N T PR O C H A IN E M E N T\n\n                                      D A N S LES\n\n\n                           É d it io n s d e L a L u t t e       :\n\n\n\n                  Bon CH A RLES              de     S P R IM O N T\n\n\n                      L E S H E R OS\n\n          de l’A m ou r, de l’ E pée\n                           et du R êv e\n                                      Poèm es\n\n                             P r i x : 2.00 fr a n c s .\n\n\n\n\n                      G EO RG ES R A M A E K E R S\n\n\nL e s R E C IT S du PERLERIN\n                            (Contes brabançons.)\n                              P r i x : 3.50 f r a n c s .\n\n\n       25 p . c . d e r é d u c t i o n a u x a b o n n é s d e L a L u t t e .\n\nOn souscrit dès à présent, 80, rue de l’Ermitage, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": "                            LA         L U T T E\n\n                  80, R U E DE L’E R M IT A G E , 80\n\n                               BRUXELLES\n\n     paraît tous les mois en fascicules de 64- pages, et\nforme au bout de l’an deux forts volumes in-8° avec table,\n               d’environ 400 pages chacun.\n             Belgique                                       Ailleurs\n     UN AN . .                 5 fr.             UN       AN      .   .   8 fr.\n     UN N u m é r o            1 fr.             UN      N u m éro        1.25 fr.\n     LA L U T T E (Série Nouvelle) publie : CONTES, N O U ­\nVE LLES, ÉTU DES C R ITIQ U ES, M O N O G RAPH IES,\nL IT T É R A T U R E S É TR A N G È R E S, QU ESTIO N S DE­\nM O R A LE E T DE PH ILO SO PH IE, D RAM ES, POÈ,\nM ES, R E LA TIO N S de V O Y A G E S, etc.\n      FONDATEURS                  : P aul        M u s s c h e , E d o u a r d N ed\nG eorges        R am aekers.\n\n      C O M IT É D E R É D A C T I O N . (B E L G IQ U E ) : E r n st\nD e l t e n r e , P o l D e m a d e , H u b e r t D e M o o r ,Y v a n G i l o n ,\nG aston       H eux,        l ’A b b é      H ector      H oornaert,          E m il e\nJ omaux,       P aul        M ussche,          E douard         N ed,      G eorges\nR am aekers,         C harles          de    S p r im o n t ,   l’A bbé     E ugène\nV an d e r E l s t , G e o rg es V ir r è s .\n\n       CO M ITÉ         DE      RÉ D A CTIO N .            (F R A N C E ) :      Y ves\nB e r h o u , J . E s q u ir o l, L o u is        G ille t , A lb e r t J ou n et,\nG e o r g e s l e C a r d o n n e l, H e n r i M a z e l, L o u is M e r c ie r ,\nR . P . P a c h e u S ..T ., A r m a n d P r a v i e l , C h a r l e s d e R o u v r e ,\nL o u is T ie r c e lin .\n\n\n\n\n      N. - B. — AD RE SSER tout ce qui concerne LA\nRÉ DACTIO N de la Revue à M. H u b e r t D e M o o r , Secré­\ntaire de La Lutte, 46, rue de la Croix, B r u x e l l e s ; — tout\nce qui concerne l’A D M IN IST R A T IO N , à M . E u g è n e\nB e c k e r s , administrateur de La Lutte, 8 0 , rue de l’Ermi­\ntage, B r u x e l l e s . — Siège de la DIRECTIO N : 114, rue\nFranklin, B r u x e l l e s .\n\n       lm p . I x e lloise (à vapeur) 11. Coduys, 272 et 276, ch. de Wavre\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1900-01", "signet_source": "Cinquième année - Tome Ier de la série nouvelle - [N°1] Janvier 1900", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 6 (Tome Ier, Cinquième année, Janvier 1900, Série nouvelle) et sur le sommaire, PDF 7", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}