{"numero_id": "ulb-lutte-1900-06-n6", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "articles": [{"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-001", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TO M E 1er C in q u iè m e A n n é e d e la N ° 6", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 346, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 934, "texte": "TO M E 1er\nC in q u iè m e A n n é e               d e la                 N ° 6 — J u i n 1 90 0\n\n                               Série Nouvelle\n\n\n\n\nLA LUTTE       R ev u e mensuelle\n                              F o n d é e e n 1 89 5\n\n\n\n\n           O N T C O LLAB O R É A CE N U M ÉR O :\n       MM.      E d g a r B aes,        Y ves B e r t h o u ,        G eorges\n\n    L e C a r d o n n e l , E d o u a r d N e d , A r m a n d P r a v ie l ,\n\n    G eorges R am aekers.\n\n    (C e numéro contient la table du Tome 1er de la\n                     série nouvelle).\n\n\n\n\n                                  B e lg iq u e\n\n\n            5 fr a n c s    par    an    | 1 fr a n c le n u m é r o\n\n\n                       Ailleurs, le port en sus.\n\n\n\n\n                           A D M IN IST R A TIO N\n\n                    80, R ue       de    l ’E r m it a g e ,    80\n\n                              BRUXELLES\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-002", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "S o m m a ire 5e Année", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 347, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1207, "texte": "S o m m a ire\n\n5e Année — J\n           in\n            u        1900. — Tome 1er de la Série Nouvelle\n\n\n   I LE DÉBAT E STH ÉTIQ U E :\n\n      G eorges R am aekers :\n\n                           Un Enquête sur « l’A rt et la Religion.»\n\n                           (R éponse à \" T erreN ou velle \").\n\n II L A P E IN T U R E :\n\n      E d g a r B aes :\n\n                           La Madone de Gloire. (Iconographie).\n\nIII F LO R ILÈ G E M EN SU EL :\n       E d o u a r d N ed :\n\n                           La Louange de la Terre (poème).\n\n       G eorges R am aekers :\n\n                           Un Saint du Castel. (feuilleton de\n\n                           la revue ; chapitre II et III).\n\nIV LE T H É Â T R E :\n\n       A r m a n d P r a v ie l :\n\n                           D eu x théâtres.\n\n  V L ’A C T U A L IT É :\n\n       G eorges     le    C ardonnel :\n\n                           Revue du Mois.\n\n       Y ves B e r t h o u :\n\n                           Lettre à la Revue Naturiste sur le\n\n                           clergé breton.\n\n\n\n                 I N D E X A L P H A B É T IQ U E\n                              D V T O M E 1er\n\n                         (de la série nouvelle.)\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-003", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 321, "page_fin": 334, "titre_corps": "Une Enquête sur l’Art et la Religion", "titre_sommaire": "Un Enquête sur « l’Art et la Religion » (Réponse à « Terre Nouvelle »)", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "Une E n q u ê te s u r L’A r t et la R eligion . Aussi longtemps qu’elles", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 348, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 35, "fin_caractere_exclue": 1892, "texte": "Une E n q u ê te s u r L’A r t\n\n                                 et la             R eligion .\n\n   Aussi longtemps qu’elles n’apparurent dans les revues\nqu’à l’état endémique, les enquêtes offrirent un intérêt réel.\nMais depuis trois ou quatre ans c’est une épidémie ! Parmi\ntant de questions hétéroclytes récemment posées aux écri­\nvains par les revues de Belgique et de France, l'une des\ndernières en date, celle de la revue lyonaise T erre Nouvelle,\nmérite pourtant qu’on s’y arrête. Que la question de savoir\ns’il convient, oui ou non, de créer à Bruxelles une Acadé­\nmie belge des lettres françaises soit palpitante ; que celle\nde connaître — déjà — s’il existe ou non une littérature\n« belge » le soit davantage encore, loin de nous le falacieux\ndessein de le nier.\n   On nous accordera pourtant qu’une enquête sur Les R a p ­\np o r t s d e l ’ A r t e t d e l a R e l i g i o n est d’intérêt primordial\n\net de portée un peu plus haute. T erre Nouvelle, la revue de\nM . Louis Aurenche, l’a compris semble-t-il ; et c’est un\ngrand honneur pour elle d’être la première à interroger sur\nun tel sujet les écrivains et les penseurs de France.\n   « Pensez-vous, leur est-il demandé, (nous citons textuel­\nlement le questionnaire)pensez-vous que, en son ensemble, le\nCatholisme nuise on contribue à la prospérité de l’Art et des\nLettres? ou croyez-vous qu’à cet égard le Protestantisme\nlui soit préférable? Pour parler d’une façon générale, pen-\nsez-vous encore qu’une Foi confessionnelle soit indispensa­\nble à l’essor de l’Art?\n   \" Il est bien entendu que la discussion sur les dogmes est\nréservée. Il ne s’agit par de savoir, en effet, si les dogmes\nsont vrais ou faux, mais dans quelles limites les religions\nsont une source d’art féconde. »\n   Nous ignorons absolument en quel sens abondent les\nréponsent faites jusqu’à présent à la direction de Terre\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2547, "texte": "322                L a L u t t e . — J u in 1 90 0\n\n\n\n Nouvelle, qui ne les rendra publiques qu’en son fascicule\n de Juillet, mais nous serions peu surpris, — quelque\n invraisemblable que cela puisse paraître à la plupart de nos\nlecteurs — de rencontrer au cours de cette enquête l’un ou\nl’autre néo-païen aveuglé par la haine anticatholique, au\npoint d’oser prétendre en sa réponse que le catholicisme\nnuit à la prospérité des Lettres et des Arts. »\n   Car, opprobre des temps présents, ils sont plus nombreux\n qu’on ne les soupçonne les païens façonneurs d'idoles, que\nDieu a fait semblables aux œuvres de leurs mains.\n   Comme elle, ils ont des yeux, des yeux pour ne point\nvoir et ne point admirer — eux qui se proclament artistes ! —\nles prodiges réalisés dans l’Architecture, la Musique et la\nPoésie, par les grands génies orthodoxes.\n   Comme elles ils sont restés de marbre devant les dômes\nradieux des basiliques bizantines et le témoignage écrasant\ndes églises médiévales, survivant encore innombrables, en\ndépit dss iconoclastes, des incendiaires protestants et des\nbandes septembriseuses, n’a pu faire voir à ces aveugles\nvolontaires que la merveilleuse Splendeur de la Vérité\ncatholique qui pendant quinze siècles a ébloui le monde,\nconfond leur mensonge insensé.\n   Inertes comme leurs idoles, leurs regards n’ont point péné­\ntré la profondeur de tes arcanes sainte et sublime Symboli­\nque de nos fresques ecclesiales. Pas plus que leurs idoles\nmatérielles, ils n’ont d’âme pour éprouver devant l’Œuvre\nvisionnaire du catholique Angelico ce frisson du divin que\ntout sincère artiste, quel qu’incroyant qu’il soit, ne peut, en\nla voyant, s’empêcher d’éprouver.\n   Ni les verrières éblouissantes que l’Art catholique inventa,\nni les châsses et les reliquaires, ni les calices et les ciboires,\nni les ostensoirs, ni les remonstrances, ni les encensoirs,\nles chandeliers d’or, ni les pavillons ouvragés des crosses\nd'abbés et d’évêques, ni les savantes reliures des antipho­\nnaires, des livres d’heures et des missels, ni les miniatures\ninimitables, ni les broderies des bannières, des chapes, des\nchasubles, des mitres et des tiares ; ni la céleste statuaire ;\nni la sculpture aux inépuisables trésors, qui dentella l’élan\nchétien des cathédrales et fit grimper depuis la base jus­\nqu’au faite de leurs clochers vertigineux de merveilleux jar­\ndins de pierres, peuplés de bêtes et d’oiseaux, ne parvien­\ndront par la formidable clameur de leurs démentis unanimes\nà troubler la négation inflexible et sereine de ces fanatiques\ndu Néant.\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "                   L e D é b a t E s t h é t iq u e         323\n\n\n\n   Comme leurs Idoles ils ont des oreilles, des oreilles pour\nne pas entendre le jeu palestrinien des orgues catholiques\nsouligner de leurs voix profondes les hymnes d’un Thomas\n d’Aquin.\n   Divin chant grégorien ! Musique inégalable ! Dans aucun\nautre culte en aucun autre temple l’âme des foules orantes\nne se sent transporter comme en nos cathédrales, lorsque\nles orgues magissantes sublimisent ta magesté !\n   Mais ceux-là qui sont sourds à tes hymnes vers Dieu,\ncomme à tes voix du ciel, o ! Musique des temps chétiens,\nsont sourds aussi aux poésies eucharistiques du grand Génie\nDominicain. La plupart d’ailleurs les ignorent, (car leur\nignorantisme est plus vaste, souvent, que le désert de Pha­\nran même !)\n   Et comme ils ignorent en outre les proses latines d’Adam\nde St-Victor, les vers flamands de Ruijsbrœck l’Admirable,\nles vers italiens de François d’Assise, et du grand moine\nJacopone, direct inspirateur de l’orthodoxe Génie de Dante;\ncomme ils ignorent également l’œuvre de Raymond Lulle,\ncelle de Jean de la Croix-; et l'Internelle Consolation, et les\nœuvres de Thérèse’, de Bonaventure, de François de Salles,\nvoire celle de Bossuet lui même ! qu’il n’ont lue que par le\ndos, ils affirment avec suffisance que le Catholicisme est l'en­\nnemi des Lettres et de la Poésie !\n   Détourne de ces ignorants la menace de ta Colère, o !\nMaître, et fais leur grâce, ainsi qu’à nous, pour la Gloire de\nta Pitié !\n   Que peut leur négation? Fera-t-elle s’effriter plus vite la\npierre de tes cathédrales ? Pourrait-elles hâter la disparition\ndes trésors de beautés accumulés en ton honneur depuis des\nsiècles, par les peintres, par les sculpteurs, par les verriers\net les orfèvres, sous leurs voûtes polychromées? Empêchera-\nt-elle les Pugin d’en édifier de nouvelles?\n   Et qu’ils nient donc ! puisqu’ils ne peuvent que nier. Leur\nnégation est telle qu’une ombre qui rend plus éclatante\nencore la lumière de ta Parole :\n\n             « L'Arbre se connaît à ses fruits. »\n\n  Que quiconque possède des yeux capables d’admiration,\net l’ouïe apte à communiquer à l’âme qui attend, l’extase\nmusicale, pénètre dans l’église d'un vieux cloître ogival,\nqu’il la visite et la contemple dans son silence et dans sa\nsolitude ; puis, quand les moines seront entrés dans le\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2435, "texte": " 324               L a L u t t e . — J Uin   1 900\n\n\n\nchœur, qu’il se mêle dans la vaste nef à la foule des fidèles,\nqu’il s’agenouille et qu’il écoute, qu’il multiplie ensuite en\nson esprit ce qu’il voit et ce qu’il entend, qu’il peuple tout\nl’Occident de milliers de tels sanctuaires, alors peut-être,\ncommencera-t-il à faiblement appercevoir dans cette évoca­\ntion, d’ailleurs forcément imparfaite, la façon vraiment pro­\ndigieuse dont le Catholicisme a su faire prospérer les Arts\npendant les quinze premiers siècles de son existence ici-bas.»\n\n\n\n\n    Mais les quinze siècles sont révolus où l’Art chrétien fit\n  entrevoir aux hommes l'Eternelle Beauté de Dieu.\n    Voici se ruer sur nos églises en prières et sur les cloîtres\n de paix les hordes en fureur du «plus pur Evangile ».\n    Ce que le Protestantisme a fait pour l’Art dans le passé?\n Il a pillé, il a détruit des milliers de chefs-d’œuvres, à la\n voix de Martin Luther. Il a banni à la voix de Calvin de ses\n faux temples sans autels le Drame quotidiennement miracu­\n leux du Sacrifice non-sanglant de la Messe ; il a proscrit\n I’imarcessible poésie de nos rites sacramentels, il a frappé\n d’infernal ostracisme les pompes du culte ancestral, il a fermé\n l’oreille à nos chants lithurgiques et si le Saint Esprit ne\n l’avait entravé il eût frappé de mort en sa colère néfaste\n l’Arbre de l’Art chrétien, Arbre miraculeux, quinze fois\n séculaire, mais qu’une inépuisable sève faisait ployer — lors­\n qu’il vint pour l’abattre — sous le faix glorieux de la sura­\nbondance de ses fruits.\n    Par contre le Protestantisme a produit, c’est vrai ! forces\npamphlèts incendiaires et maints paraphrases des Psaumes.\nMais qu’est-ce en vérité que tout cela, auprès de ce qu’il a\ndétruit : Tableaux, vases sacrés, statues, églises entières\nlivrés par lui au plus ignoble des pillages? A part cela\nqu’a-t-il encore produit ? sinon quelques avatars de l'im ­\nmense Art chétien.\n    Derniers bouquets de fleurs jaillies hors des branches\ndéjà coupées et que le Maître de la Vigne mutilée va lier et\njeter au feu; mais branches tellement gonflées de vie, que,\nséparées du tronc qui les vivifiait, leur sève avant de se\nsécher donna des fleurs encore, — superbes fleurs morbi­\ndes — à leurs propres bourreaux !\n    Les Protestants de bonne foi, qui déplorent ces excès\nhonteux des aînés du « Pur Evangile », avec la même sin­\ncérité que nous fait réprouver, à nous « Romains, » les très\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": "                              L e D é b a t E s t h é t iq u e                                    325\n\n\n\ndamnables représailles dont se rendirent alors coupables\nsur la personne des saccageurs, les plus impurs d’entre les\nnôtres, (1) les Protestants de bonne foi nous objecteraient\nc’est certain, d'un air d’ironie triomphante (si nous ne les\nprévenions) :\n   Et le Choral de Luther ? Et le Paradis de Milton ? n’est-\nce pas de l’Art Protestant cela ?\n   Nous leurs répondrons d’avance que le Paradis perdu\neût pu fort bien être signé par un grand Poète catholique.\nQu’il n’y a rien de Protestant dans l’œuvre de Milton,\npuisqu'il n 'y est point question de nier les dogmes chrétiens;\nqu’elle est d’inspiration non évangélique, mais biblique, et\nque le protestantisme n’a pas, du moins nous nous l’imagi­\nnons, le monopole de celle-ci? L ’Esther et L'Athalie du\ntrès catholique Jean Racine, à ce compte-là, seraient\négalement de l’Art protestant ! Nous leur répondrons\nenfin avec Albert Jounet que le Choral de Luther est bel et bien\ncatholique, au même titre que le style gothique des nouveaux\ntemples anglicans. Pour être logique avec lui-même le\nProtestantisme devait bannir de ses temples sans taber­\nnacle tous les modes d’expression du Beau. Les calvinstes\nl’ont compris.\n   Aussi est-ce avec netteté que le protestant Kierkegaard,\ndans son ouvrage Christenthum u. Kirche. (Hambourg 18G+),\nsoutient que « le culte du Beau n’est autre chose que la\ndéfection du culte chrétien t ! (2) Et par contre ne voyons-\nnous pas, aujourd’hui même, un rédacteur de la Revue\nchrétienne (3) écrire textuellement ceci : « L ’Adoration ! la\nvraie adoration ! Y a-t-il quelque chose de plus beau, hélas!\net de plus rare, surtout dans notre protestantisme intellec-\n\n\n\n\n    (1) « Où le h u g u e n o t e s t m a is tr e il ru in e               t o u t e s le s im a ­\ng e s . . . , d é m o lit le s s é p u l c r e s e t le s t o m b e a u x ,       e n lè v e t o u s\nle s b ie n s s a c r e z e t v o ü e z a u x é g l i s e s . E n c o n t r e é c h a n g e d e\nquoi     le    c a t h o liq u e   tu ë,     m e u r d r it ,   noye      tou s     ceu x      q u ’ il\nc o g n a i t d e c e s t e s e c t e , e t en r e g o r g e n t le s r i v iè r e s . ( E t i e n n e\nP a s q u i e r , le t t r e à AI. d e F o n s o m m e ; œuvres t II. p . 90.)\n  (2) Cfr. E. Hauviller. A propos de l’histoire de l’A rt\nchrétien, par F. X . Kraus. (Revue Générale février 1900).\n  (1)    M. Pierre Dieterlen. L'Architecture religieuse protes­\ntante. (Revue chrétienne, avril 1900. p . 308).\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "326                      L a L u t t e . — J u i n 1 90 0\n\n\n\ntualiste et froid ? Eh ! bien s’il est vrai que l’homme peut\nadorer et a adoré partout, il est également vrai qu’il y a des\nlieux de culte qui poussent à l’adoration, comme il y en a\nqui en éloignent. Repoussons l’art qui trompe l’âme en lui\nfaisant prendre une émotion de sens pour un réveil de la\nconscience, tenons nous soigneusement à distance du\nritualisme, qui nous ramènerait tout doucement au catho­\nlicisme, mais NE r e p o u s s o n s p a s t o u t é l é m e n t a r t i s ­\nt i q u e ». Voilà ce qu’ « au risque de froisser bien des\n\nhuguenots » se voit obligé d’écrire et de conseiller à ses\ncoreligionnaires, un protestant intelligeant et perspicace\nque fascine malgré lui la splendeur inégalée de l’Art catho­\nlique.\n    Mais la Foi du M oyen-Age a uni si étroitement l’Art et la\nReligion qu’admirer l’ Un c’est rendre implicitement hom­\nmage à l’Autre. Aussi ne faut-il pas trop s’étonner en\nentendant ce protestant sincère faire ce suggestif aveu :\n« Comment orner une église protestante ? Il fut un temps\noù cette seule question eût scandalisé comme un blasphème,\nou comme une confession de retour au papisme ». (1)\n    Que conclure de tout cela ? sinon ce que le collaborateur\nde La Revue Chrétienne en conclut lui-mème : « A côté de\nl'Architecture catholique, reconnait-il loyalement, l’Archi­\ntecture protestante fa it maigre figu re. A v r a i d i r e e l l e\nn ’e x is te   pas   ». (2)\n   — : « C’est un protestant qui l’avoue; soit, nous en fai,\nsons notre deuil, nous répondent les protestants de bonne\nfoi. Mais puisque « nous avons admis la musique » cet art\nlà nous reste du moins. Voyez la luthérienne Allemagne,\nEst-il races plus musicales que celles qui la peuplent Y »\n   Certes ! repondrons-nous, il n’en est point. Mais en ce\ndomaine de la Musique comme dans tout les autres domai­\nnes esthétiques que constatons-nous Y Dès qu’un grand\ncompositeur allemand, qu’il s’appelle Bach, Mozart, Men ­\ndelsshon, W eber ou Schumann, veut aborder la musique\nreligieuse,où va-t-il, dites-nous, puiser l'inspiration ! Est-ce\ndans vos temples vides et mornes Y ou dans nos cathédrales\navivées de mille lumières, animées de couleurs vivaces,\n\n\n\n\n   (1) Ibid. mai 1900.\n   (2) Ibid. avril 1900. (p. 303).\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2044, "texte": "                      L e D é b a t E s th é tiq u e         327\n\n\n\npleines de chant et de parfums, et que rend sacrées le M ys­\ntère la Présence eucharistique ?\n   Ah ! c’est ici surtout qu’apparait triomphale, l’écrasante\nsupériorité artistique de lE’glise, sur vos églises ! Nés dans\nle Protestantisme les génies musicaux de la moderne\nGermanie sont obliges de se tourner vers Rome et ce sont\ndes Messes, ce son des hymnes catholiques qu’il composent\nà la gloire de Christ !\n   En résumé, si peu érudit que l’on soit touchant l’histoire\nde l’Art dans la religion et les sectes, l’on doit forcément\narriver à dire avec le protestant Rieghel : « A proprement\nparler il n'y a point d’A rt protestant, car dès que l'Art\nse met au service d’une Eglise, il devient et d o i t n é c e s ­\nsa irem en t   être   c ath o liq u e   ». (1)\n\n\n\n\n   Maintenant que voilà faite notre réponse à la première\nquestion de T e r r e N o u v e l l e : « Pensez-vous que le\nCatholicisme nuise ou contribue à la prospérité de l’Art et\ndes Lettres ? Ou croyez-vous que le Protestantisme lui soit\npréférable?; répondons brièvement à la seconde qui se\nformule ainsi : « Pour parler d’une façon plus générale,\npensez-vous encore qu’une Foi confessionnelle soit indis­\npensable à l’essor de l’Art ? »\n   Posée de cette manière la question apparaît quelque peu\ntendancieuse ; mais foin de la chicane ! Et sans plus de\ndétours, nous y répondons par un « oui », qui, nous l’espé­\nrons bien, fera grimacer un rictus à tous les magots\nanticléricaux.\n   Mais il convient d’argumenter. Argumentons !\n   « Tous ce qui ne réussit qu’en flattant les passions infé­\nrieures de la nature humaine, ne saurait être appelé du\nnom d’Art, dont le caractère est de s’adresser à ce qu’il y a\nde plus noble en nous et de réveiller les sympathies puis­\nsantes, mais cachées de l’âme avec la Vérité, par l’intermé­\ndiaire de la Beauté employée comme une forme de la\nVérité elle-même. Le beau est agréable et l’Art plaît sans\n\n\n\n\n  (1) Cfr. L e Correspondant du 25 oct. 1899, note (p. 1195).\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2359, "texte": "328                L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\n doute ; mais l’agrément n’est pas la Beauté, et l’Art se\n propose autre chose que faire plaisir. Ce qui substitue\n l’agrément à la Beauté et cherche seulement à plaire n’est\n donc pas un Art, « c’est une pratique servile, dit Platon,\n un métier comme la cuisine ». Vous pourrez relire cela,\n si le cœur vous en dit dans : L e Gorgias de Platon, traduc­\ntion V i c t o r C o u s i n , (arg. tome III, p. 140).\n    Tel est aussi notre humble avis. Tel fut celui du glorieux\nMoyen-Age, où « l’Art avait pour mission de glorifier Dieu,\nd’édifier le peuple, de seconder dans les âmes l’essor de la\npiété, et, d’autre part, d’embellir et d’ensoleiller le foyer\ndomestique et la vie de tous les jours. Tout son effort ten­\ndait à ennoblir l’âme populaire. D’après la croyance alors\ngénéralement reçue, toutes les choses créées ont dans la\nrévélation leur principe, leur mesure et leur fin ; tout dans\nla vie naturelle comme dans la vie spirituelle doit servir le\ndessein de Dieu sur l’humanité, et contribuer à fortifier\nnotre foi dans une sagesse supérieure. Il en résulte que\nc’est surtout à l’Art, l’expression la plus noble de l’enthou­\nsiasme humain, qu’il appartient de rendre témoignage à la\nVérité divine et de la rendre sensible et lumineuse par\nl’image. Il doit se constituer le maître, l’éducateur du\npeuple, l’élever au-dessus des soucis vulgaires et de la\nmultiplicité des intérêts passagers, pour fixer son regard\nsur les biens impérissables, s’efforcer d’incarner l’idéal dans\nses formes transparentes, se servir de son charme\nsouverain, pour éclairer les intelligences, échauffer les\ncœurs, fortifier les volontés, se faire le compagnon de\nl’homme pendant tout le cours de son laborieux pélérinage,\net s’associer fidèlement à ses joies comme à ses douleurs.\nTelle était au Moyen-Age la manière dont on envisageait la\nmission de l’Art ». (1)\n    Si donc le Moyen-Age a pu produire avec une profusion\net une puissance qui semblent tenir du miracle, une infinie\ndiversité d’œuvres vraiment surnaturelles, offrant pourtant\ndans leur catholique harmonie la plus émerveillante et\nfrappante unité, qui oserait nier que le génie humain est\n\n\n\n\n  (1) L ’A rt au M oyen -A g e et l’A rt de la Renaissance en\nAllemagne (trad. du vol, récent de Tanssen par M meE. Paris.\n« Correspondant » du 25 juin 1899).\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2282, "texte": "                  L e D é b a t E s th é tiq u e          329\n\n\n\n redevable d’un tel héritage à l’harmonie psychique, à l’unité\n de Foi des siècles très chrétiens qui le lui ont légué ?\n    Tous les esprits le reconnaissent. Jean Jaurès, l’éloquent\n laeder des socialistes français, parlant en avril 1900 au\n  Théâtre Civique à la Porte St-Martin, a célébré lui-même\n la fécondité unitive de la Foi religieuse sur les Arts des\n des siècles passés quand il a dit :\n    « Il n’y a plus dans l’ensemble de l’œuvre d’Art, de la\n création artistique des hommes depuis un siècle et demi\n harmonie et unité ? Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus d’idées\n communes, de conceptions communes qui rapprochent,\n réunissent, confondent tous les hommes et qui permettent\n par conséquent à l’œuvre d’Art, expression de la Vie, de\n coordonner et d’harmoniser toutes les forces ». (1)\n    C’est ce manque, si néfaste à l’Art, d’idées communes, et\n d’unité d’aspiration, que déplorait à son tour André Gide\n dans la partie la plus logique et malheureusement la plus\nvraie de sa conférence sur « l'Influence en littérature » :\n « A notre époque, que j ’admire et que j’aime, il est bon je\n crois, disait-il, de chercher d’où vient cette régnante\nanarchie, qui peut nous exalter un instant et nous faire\nprendre la fièvre qu’elle nous donne, pour une surabondance\nde vie ; — il est utile de comprendre que ce qui fait, dans\nsa plantureuse diversité, l’unité malgré tout d’une grande\népoque, c’est que tous les esprits qui la composent se\nviennent abreuver aux mêmes eaux... Aujourd’hui nous\nne savons plus à quelle source boire — nous croyons trop\nd’eaux salutaires, et tel va boire ici, tel va là. C’est ainsi\nqu’aucune grande source unique ne jaillit, mais que les\neaux surgies de toutes parts, sans élan, sourdent à peine,\npuis restent sur le sol, stagnantes — et que l’aspect du sol\nlittéraire aujourd’hui est assez proprement celui d’un\nmarécage ».\n   Avant Jaurès et André Gide, le député socialiste Jules\nDestrée avait déclaré au parlement belge : « Ce qui fait\nla grandeur de l’Art chrétien c’est la Foi chrétienne.\nLorsqu’un sentiment profond soulève l’âme humaine, il\nrend capable de grandes expressions ».\n\n\n\n\n  (1) Discours de Jean Jaurès au « Théâtre Civique ».\n(Revue socialiste. Mai 1900).\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2184, "texte": " 330                 L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\n     Mais il s’empressait d’ajouter :\n     « Une autre foi pourrait faire naître, une nouvelle explo­\n  sion d’Art ». (1) On entend bien ce que ces mots font sous-\n  entendre et que, dans la pensée de l’orateur, cette foi\n  nouvelle ne serait autre que « la foi communiste » (si tant\n  est que ce soit une foi ?) ; foi matérielle en tous cas, foi\n  sans levier spirituel, et qui ne produira pas plus de chefs-\n  d’œuvres que n’en a produit le culte païen de la Déesse\n  Raison.\n     Le socialisme sent bien, ainsi que l’on senti les théophi­\n  lantropes du Directoire, qu’il faut un culte, une religion\n  pour remuer profondément et soulever l’âme des foules et\n  que l’éveil des appétits sensuels, est bien faible et bien peu\n  poétique en face d’une foi idéaliste aussi prestigieuse que\n  la Foi catholique. Voilà pourquoi il en est réduit à parodier\n  honteusement nos fêtes religieuses. L ’idée d’une fête du\n travail est noble et grande car elle serait en vérité la glori­\n fication de l’obéissance au commandement divin. « Tu\n gagneras ton pain à la sueur de ton front ». De cette idée\n réellement poétique, qu’à donc fait le socialisme ? Il l’a\n ravalée, il l’a dégradée jusqu’en faire une manifestation\n politique, où sous la conduite de ses meneurs les troupeaux\n prolétaires s’égosillent à brailler la satanique Carmagnole,\n le jour même où dans nos églises la très suave Hyperdulie\n fait entonner par la chrétienneté toute entière le M agni­\nficat, immortel cantique de la Servante du Seigneur !\n    Entre le cortège des douces sœurs de charité, guidant les\n simples orphelines au pied de l’autel de Marie, qui s’érige\n dans le transept au milieu des fleurs printannières et des\n fleurs d’or des cierges blancs, entre ce cortège naïf qui se\ndéroule dans les églises, ou résonnent encore ces paroles\n du saint cantique :\n\n\n       Il a renversé les puissants de leurs trônes\n       Et il a élevé les humbles\n       Il a comblé de biens les affamés\n       E t renvoyé les mains vides ceu x qui étaient dans l'abon­\n                                                        dance ».\n\n\n\n\n  (1) Annales parlementaires, 1897.\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2335, "texte": "                   L e D é b a t E s t h é t iq u e        331\n\n\n\net l’autre cortège, celui de la rue, où, parmi les hoquets de\nl’ignoble ivresse les manifestants de la Sociale dégoissent\nl’immonde chanson :\n\n     « L e Christ à la voirie !\n     La Vierge à l'écurie ! »\n\n\n les meneurs s’imaginent-ils que les Poètes hésiteront ?\n    Et ce n’est pas assurément leurs Pâques rouges qui nous\n inspireront jamais... autre chose que du dégoût. Envisagé\n au seul point de vue de l’impression poétique, ce déjeûner\n en musique, qu’ils appellent Pâques rouges et par quoi ils\n voudraient remplacer le rite ineffablement beau de l’affolant\nmytère d’Amour où le Verbe Incarné, où le Petit Jésus\n donne à manger sa Chair divine et son Sang rédempteur à\nboire aux enfants du Pauvre et du riche, ce déjeuner en\nmusique apparaît à tout poète, comme la plus ignoble\nprofanation de la plus sublime tragédie ! comme une\nparodie deux fois sacrilège, car sacrilège aussi de la sur­\nhumaine Beauté, émanée d’un acte si grand.\n   Aussi combien de jeunes Poètes sont déjà revenus,\nsoulevés de dégoût, de leur « emballement » candide pour\nl’Art de la Sociale !\n   Mais une foi, fût-elle « confessionnelle », est tellement\n« indispensable encore » à la jeunesse littéraire d’aujourd’hui\nque la plupart de ces jeunes ont cherché, à tout prix, la\nfoi qui serait leur et qu’ils voulaient nouvelle. Car, épris\nainsi que nous de nouveauté artistique, ils se sont imaginé\nque la foi des littérateurs devait varier — est-ce assez fou? —\navec les modes littéraires !\n   — « Le Catholicisme ! Vous en êtes encore là, pauvre\nami, à vouloir au X X e siècle célébrer la foi du X IIIe !\nAh ! non ! mais laissez-nous rire. Il nous faut du neuf à\nnous, de l'inédit, quoi ? Votre Catholicisme ? Il est démodé,\nvoyons. Il est bien trop vieux ! »\n   — « Prenez garde, mes chers confrères ; le soleil et les\nétoiles sont encore un peu plus âgés, peut-être ? Cela vous\nempêche-t-il, dites-moi, de les chanter en des poèmes qui\npourtant sont bien « nouveaux ?... » Mais passons...\nà votre « inédit » doctrinal. L ’avez-vous déjà trouvé ?... »\n   Ils ont trouvé, en effet, Archimède, ils ont trouvé !\n   « Paganisme », « Panthéisme », voilà ce qu’il ont trouvé !\n   Les jeunes Poètes catholiques laisseront ces intransi­\ngeants novateurs s’essayer en vain à galvaniser des philo-\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2534, "texte": " 332               L a L u t t e .. — J u i n 1 900\n\n\n\n   sophies mortes, encore plus mortes en vérité que les idiomes\n   grecs, dans lesquels on les enseigna.\n     Connaissant bien que le Christianisme a noyé pour à\n  jamais dans le sang de ses premiers Martyrs les statues\n  brisées des faux dieux, ils admireront, en priant pour eux,\n  l’ahurissante crédulité de ces étranges incrédules, qui ne\n  croient pas à la Résurrection de Jésus-Christ, mais qui ne\n  désespèrent pas tout de même de ressusciter Priape, après\n  dix-neuf siècles de Christianisme !\n     Us se souviendront surtout qu’à travers tout ce siècle,\n  prétendument athée, il n’est pas en France un seul grand\n  Poète dont la Foi n'ait un jour illuminé l’esprit, pas un\n  qui n’ait lancé vers Dieu le cri libérateur de l'Espérance\n  et l’hosanna du saint Amour !\n     Les jeunes Poètes catholiques, Provenceaux, Bretons,\n Brabançons, Flamands, n’oublieront pas en effet que c ’est\n au X I X e siècle (non au X IIIe) qu’un écrivain catholique du\n nom de Chataubriand à célébré dans une œuvre immor­\n telle le Génie du Christianisme. Sans se lasser ils reliront\n cette œuvre, qui domine le siècle et c’est là qu’ils iront\n puiser « la meilleur part » de leurs inspirations.\n     Ah ! François-René de Chataubriand ! Il fut vraiment,\n celui-là, le grand « semeur évangélique » « dont le geste sem­\n blait d’accord avec le ciel. »\n    Semé par lui aux glèbes poétiques, (honteusement lais­\n sées en friche par le sans-culottisme qui ne leur donna rien...\n que le sang de Chénier) l’Idéal chrétien a germé, a grandi,\n a fleuri depuis lors au dessus de l’ivraie comme au dessus\n des ronces.\n    L a B i b l e —- Testament des siècles dans l’attente, où\n Moïse inspiré par l’Esprit Créateur révèle l’origine et le\n passé du monde, et dans lequel le vers des Voyants prophé­\ntiques entr’ouvrent l’Avenir au Drame de la Rédemption;\n    L ’E v a n g i l e — Epopée divine, ou le Verbe du Dieu,\ndevenu Fils de l’Homme, prêche à l’Humanité au prix de\ntout son Sang sa Doctrine de Foi, d’Espérance et d’Amour;\n    Et I’ U n i v e r s c r é e — cette Bible vivante, où chaque\natome est un vers éternel du Poème que chanta Dieu !\n    La Bible, l’Evangile et l’Univers crée, voilà indéniable­\nment les trois Livres par excellence, où tous les Poètes\nmodernes ont puisé leurs inspirations les plus hautes.\n    C’est la Bible, c’est l’Evangile, c’est la contemplation de\nl’ Univers crée, qui du cerveau des géants romantiques :\nChataubriand, Vigny, Hugo et Lamartine, ont fait jaillir\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2430, "texte": "                   L e D é b a t E s t h é t iq u e .        333\n\n\n\nces chefs-d’œuvres impérissables M oïse, Eloa, Les M artyrs,\nLa légende des siècles, les Harmonie poétiques et religieuses\net les Méditations.\n   Les jeunes Poètes catholiques se souviendront de telles\nœuvres et de celles encore plus récentes de Barbey d’Aure­\nvilly, de Villiers, de l’Isle Adam, de Louis Veuillot, de\nBlanc de St-Bonnet, de Lammenais, de Hello, de François\nRio, de Montalembert, de Bloy, de Verlaine, de .T. K . Huys­\nmans.\n   Ils liront et reliront le livre où Ozanam rend enfin noble­\nment justice aux grands Poètes franciscains. Puis ayant\nconnu l’éloge ils voudront tous connaître les chefs-d’œuvres\nd’un Jacopone de Todi, d’un Jacomino de Verone, d’un\nBonaventure.\n   Ils graveront dans leur cœur la très belle traduction\nqu’a fait Arnold Goffin de ces ineffables Fiovetti qui sont\nla bible en quelque sorte du naturisme catholique. Et j’en­\ntends ici naturisme dans le réel sens de ce mot.\n   A tant de sources poétiques ils auront bien soin d’ajouter\nnos saints livres lithurgiques, car ilfau t, que le X X e siècle,\nainsi que l’annonçait naguère l’illustre historien Godefroy\nKurth, soit littérairement « Le Siècle de la Lithurgie catho­\nlique ».\n   Oui, tel est notre trésor, et c’est bien là que nous irons\nchercher les germes féconds de nouveaux poèmes, car\nc’est en lisant de tels livres que nous connaîtrons dans sa\nplénitude la Vérité de la parole :\n   « Pour comprendre et pour exprimer les Symboles de la\nNature, il la faut contempler avec un cœur chrétien ».\n   Que M . Constant Smeesters avait donc raison, quand,\ndans la Revue Générale, en réponse à Jules Destrée, il\nécrivait : « Grâce à Dieu une foi nouvelle ne sera pas néces­\nsaire. La poésie chrétienne n’est pas encore épuisée. Les\neaux religieuses ont baissé, mais le flux succède au reflux.\n   « La marée monte, monte, monte plus vite que vous ne le\npensez. Et voici qu’avec elle, elle ramène l’Art, pauvre bra­\nque égarée, que la tempête avait jetée loin de la cote. Sur\nle drapeau qui flotte au haut du mât nous lisons la fière et\nchrétienne divise : « L ’Art pour Dieu ! »\n   « Nous ne savons encore d’une façon très précise ce\nqu’elle nous apporte ; mais, que ce soient les éblouissantes\nrichesses des grandes épopées, ou, dons plus modestes, les\nmélancoliques rêveries des ballades et des chansons, je\nsalue son retour avec un délirant enthousiasme et je chante\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "334                      L a L u t t e . — J u in 1900\n\n\n\nau Dieu qui l’a sauvée du naufrage, le triple hosanna des\nvictoires chrétiennes. » (1)\n\n\n  Voilà ce que nous avons à répondre à l’intéressante\nenquête de T erre Nouvelle.\n\n\n\n                                              G eorges R amaekers.\n\n\n\n\n  (1) C o n s t a n t S m e e s t e r s .   « Art et socialisme. » Revue\nGénérale, .Mars 1900 p. 373.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-004", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 335, "page_fin": 337, "titre_corps": "La louange de la Terre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edouard Ned", "ancre_debut": "L a l o u a n g e d e la T e r r e Simple et naïf ainsi qu’a", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 362, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 32, "fin_caractere_exclue": 1366, "texte": "L a l o u a n g e d e la T e r r e\n\n\n Simple et naïf ainsi qu’a l’époque lointaine\n Où, jeune enfant dans le hameau religieux,\n Mon âme en fleur vivait avec la marjolaine,\n Je suis venu vers la Terre de mes aïeux.\n\n Je suis venu chantant lon laine aux routes blanches.\n J’ai reconnu debouts en marges des chemins\n Dans la claire musique accueillante des branches\n Mes frères les ormeaux qui me tendaient les mains.\n\n J ’ai goûté le baiser de la brise sapide\n Qui descend des coteaux où dorment les forêts ;\n J ’ai reniflé, porté sur le souffle rapide\n Du vent, l’âcre parfum des pins et des cyprès.\n\n J’ai perçu dans les prés au ras des herbes vertes,\n Parmi le frisson bleu des sources d’alentour,\n Parmi le rire blanc des corolles ouvertes,\n Le jeune printemps blond qui frémissait d’amour.\n\n Alors j ’ai dit : Voici s’accomplir le mystère\n Ineffablement beau dans son éternité\n De la jeunesse blonde et claire de la terre\n Au cœur gonflé d’amour malgré sa vétusté.\n\n O Terre, tu es belle ainsi qu’une amoureuse\n Qui s’étend languissante et tiède à son réveil,\n Dont la bouche est exquise et la chair savoureuse,\n Comme d’un beau fruit mûr bruni par le soleil.\n\n Ton fiancé Printemps connaît donc la magie\n De filer améthyste, émeraude et rubis\n Et sur le métier d’or de l’aube résurgie\n De ces fils précieux te tisser des habits !\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1913, "texte": "336              L a L u t t e . — Juin 1900\n\n\n La violette embaume humble parmi les haies,\n La cardamine en fleur émaille les gazons,\n L ’anémone se joue aux brises des futaies.\n La bruyère rosit au loin les horizons.\n\n Regarde moi. Je suis venu chercher la joie\n Préparée à mes yeux de poète naïf\n Dans l’herbe qui frémit, dans la fleur qui chatoie,\n Ton charme réjouit mon cœur de sensitif.\n\n Je suis venu chercher la paix de tes fontaines,\n Les mille chants ailés de tes bois printaniers,\n Le calme ecclésial de tes cimes hautaines\n Qui bondissent au ciel ainsi que des béliers.\n\n Je suis venu pour te louer dans la lumière ;\n Car tu es belle et bonne et ton cœur est empli\n De cet amour puissant de mère nourricière\n Vers lequel on revient après les jours d’oubli.\n\n Je suis venu chantant vers les courbes jumelles\n Et l’ondul gracieux bellement velouté\n De tes collines sœurs ainsi que des mamelles\n Frémissantes d’amour, de force et de santé.\n\n O frères qui passez, interrogez les êtres,\n Interrogez les cerisiers et les pommiers,\n Interrogez les monts dont vous êtes les maîtres\n Et les vallons qui travaillent pour vos celliers.\n\n Les arbres vous diront : Nous n’auront point de trêves\n Par les jours de soleil et par les tièdes nuits\n Que nous n’ayons formé du doux suc de nos sèves\n Pour vous et vos enfants les meilleurs de nos fruits.\n\nLes prés verts vous diront : Nous ferons les délices\nAu banquet parfumé du trèfle violet\nDe vos brebis, de vos taureaux, de vos génisses\nVous aurez en retour leurs laines et leur lait.\n\nLe chaume répondra : Frères, je vous convie\nA chanter avec foi les joyeuses chansons ;\nN ’ayez crainte ; je suis le pain, je suis la vie\nQue vous viendrez cueillir aux prochaines moissons\n\nVous entendrez enfin les entrailles profondes\nOù gisent les charbons, les marbres et les ors\nVous crier : Ouvrez-nous par les pics et les sondes\nEt nous vous livrerons infinis nos trésors.\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 672, "texte": "                F l o r il è g e M e n su e l                 337\n\n\n\nO Terre, tu es belle et bonne et tu es mère,\nEt je te chante, moi poète, moi terrien\nComme un enfant pieux qui courbe sa chimère\nDevant l’autel immense où ton culte se tient.\n\nEt je bénis aussi la mort selon la norme\nQui viendra me surprendre en un jour de soleil\nPuisque tu m’ouvriras ton sein pour que j ’ y dorme\nDans l’éternelle paix, mon éternel sommeil.\n\nO Terre, et dans tes flancs d’où ta chanson s’élève\nMon pauvre corps très las en poussière émiétté\nContinuera son rêve doux avec ton rêve\nTon rêve infiniment d’amour et de bonté.\n\n\n\n                                         E d o u a r d N ed\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-005", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 338, "page_fin": 347, "titre_corps": "Un Saint du Castel II", "titre_sommaire": "Un Saint du Castel (feuilleton de la revue ; chapitre II et III)", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Un S a i n t du C a stel C H A P IT R E I I L e C astel E n fin ! On allait", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 365, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 38, "fin_caractere_exclue": 1267, "texte": "Un S a i n t du C a stel\n\n                  C H A P IT R E I I\n\n\n                     L e C astel\n\n\n\n   E n fin ! On allait donc enfin pouvoir « behour ­\nder » à lo isir, s’adonner à nouveau sur le p ié des\ncastels au courtois je u des lances. Cette pensée\nrem plissait d ’aise ceux de nos chevaliers, qui,\nretour d ’Orient, regagnaient en vainqueurs le\nm anoir anxieux.\n   W alte r parm i tous ces barons était peut-être le\nseul qui n ’aspirât pas à entrer en cham p clos dès\nle retour au pays.\n    I l avait l ’âme trop portée à la contem plation, à\nla prière, trop orientée vers le R êve et le C iel,\npour ne pas répugner à ces tournois sauvages, où\nles orgueils de faste et de blason se défiaient non\nm oins que les lances fraisines. L a vue d ’un gon ­\nfanon, entré avec le fer du tournoyeur dans la\nplaie de son adversaire, pour en resortir tout\ngluant de sang, n ’offrait pas à ses yeux un spec­\ntacle charm eur.\n   L a vo ix des souverains pontifes était venue\nd ’ailleurs renforcer sa répulsion naturelle de toute\nla puissance morale de leur réprobation. F id è le à\nson rôle pacificateur l ’E g lis e , « qui a horreur du\nsang », ne défendait-elle pas aux riches par la\nbouche de ses Papes de verser à p laisir tant de\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1882, "texte": "               F e u ille to n   de   la   R evue      339\n\n\n\n sang fraternel dans ce je u stupide et barbare,\n sous peine d ’être m is en terre, comme les bêtes,\n hors du cham p sacré du repos ?\n    A van t son départ p o u r la guerre sainte, W alte r\n dans sa toute candeur se figurait tous les croisés\np ieux et p urs autant que lu i. P o u r l ’avoir entendu\nsi souvent exalté, il avait cru ce sim ple en son\nenthousiasm e, il avait cru que l ’état m ilitaire\nétait la véritable école de l ’H o n n e u r, du R en o n ­\ncement et du Sacrifice.\n    I l s’était hélas ! aperçu depuis que si le type\nidéal du vra i chevalier chrétien — (dont l ’église\ndu C h rist, q ui poétise tout, avait fait le défenseur\n du D ro it et le Protecteur des faibles) — offrait\nd ’adm irables exemples d ’héroïsme, le métier de\nguerroyeur ré v e illa it chez la p lu p art le barbare à\npeine assoupi, aussi prom pt qu’un païen à entrer\nen fureur, aussi porté que lu i à la hâine, aux\nvengeances, aussi féroce, aussi cru e l; et le dégoût\nlu i vin t avec des larm es quand il connut que\ndans les chars qui suiviren t partout les armées\nchrétiennes jusq ue sur le sol des lie u x saints, se\ntrouvaient comme chez les turcs, des histrions et\ndes filles !...\n    D ans le superbe emportement de sa jeunesse\nil s’était donné corps et âme à la cause q u ’il\nvoyait sainte. Joyeusem ent il s’en était allé,\nlà-bas, dans ce pays de feu, exposer sa jeune\npoitrine aux traits des archers m usulm ans, afin\nde délivrer le tombeau du Sauveur et d ’obliger\npar là les infidèles à respecter la F o i des pèlerins.\n    M aintenant il revenait, triste et m orne, su r son\ncheval, le seul vra i com pagnon auquel il avait à\nm i-voix confié sa désillusio n devant le silence\nétoilé des grandes nuits orientales.\n    E t m aintenant il revenait n ’ayant gardé de son\nséjour en Palestine — il y était re s té deux ans\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1746, "texte": "340             L a Lutte. —   J uin 1 900\n\n\n\ndevant les m urs de Saint-Jean d ’A cre — q u ’un\nlam entable et sanglant souvenir.\n    A u lieu de cette armée réellem ent chrétienne\net q u ’il avait rêvée étroitement un ie dans l ’unique\nA m our de la C ro ix, il n ’avait rencontré que\nsouverains se jalousant, que la haine ouverte ou\ncachée des races chrétiennes entre-elles ; que\nrapines et convoitises, que parjures et cruautés.\n  - Sans doute il revenait vainqueur, ayant vu\nP to lém aïs faire enfin sa reddition à l ’O ccident\ncoalisé. M ais q u ’était-ce, en vérité, cette ville\nreconquise au p rix de p lus de vie hum aines q u ’il\nn ’en eût fallu vraisem blablem ent po ur chasser\nl ’Isla m de Jérusalem , voire de la T erre Sainte\nentière ?\n    Q u ’était-ce après tout ce gain matériel d ’un seul\nport de la Palestine au p rix du désastre m oral\nque l ’anim alité de la vie m ilitaire infligeait chaque\njo u r à la V ertu chrétienne dans les rangs même\ndes Croisés ?\n    Com bien il aspirait au calme, à la retraite, à la\npaix du m anoir, des forêts et des champs !\n    L ’âme la p lus sereine et la plus élevée se dégrade\net s’enfiévre dans les aventures guerrières, quel­\nque noble q u ’en soit le m obile apparent. L a\nconscience la p lu s pure s’y m acule de sang\nhum ain.\n    Son âme, il la voulut saintement appaiser dans\nla quiétude de l ’am our que sa claire virg in ité\nprofessait envers Notre-Dam e.\n    N otre-D am e ! E lle était au noble adolescent\nà la fois une M ère et une Fiancée. M ais E lle\nétait aussi, m ais E lle était surtout la V ierge, la\nR ein e et l ’im m aculée, dont la prim e faveur à\nl ’enfant qui l ’aim ait fut de désincarner ce ray o n ­\nnant A m o u r que déjà, tout petit, il éprouvait\npo ur E lle .\n"}, {"page_pdf": 368, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "               F e u il l e t o n de l a R f v u e   341\n\n    A m our infinim ent plus p u r et p lu s serein que\nla flore des prés aux matins du P rintem ps, que la\ncandeur, le soir, des lim pides étoiles ; A m o u r\ndont la fraîcheur des nuits orientales favorisa\ndeux ans la fraîche chasteté.\n    M aria ! M iriam ! Oh ! ce nom su r ses lèvres,\np lu s suave que les fruits m ûrs des grappes d ’or de\nl ’O rient !\n    M aria ! M iriam ! N om p lus embaum ant que le\nnard ; N om com bien p lus céleste et p lu s harm o­\nnieux que le son argentin des cythares intim es,\nvib ran t là-bas dans la p aix du m anoir sous les\ntendres doigts de sa sœur !\n    « T o i q ui enfantas le D om inateur, l ’Agneau si\nlongtem ps désiré de la N ouvelle A llia n ce , ô ma\nD am e, ô ma Suzeraine ! n ’était-ce pas, en vérité,\nla ch air de ta ch air, cette chaire divin e qui se\ndéchirait, tom bait en lam beaux sous les coups\nféroces des flagelateurs ?\n    « N ’était-il pas, ma douce Bien-A im ée, ton\nsang de V ierge à jam ais im peccable, ton sang\npar l ’E s p rit S ain t ja d is divin isé, ce sang p u r\nem pourprant le tronc vert de la C ro ix ?... »\n    A in si p riait W alte r en rentrant au pays,\ntandis que l ’Autom ne opulent parait ses bois amis\nd ’une couronne d ’or.\n    P etit à petit barons et vasseaux s ’étaient dissé­\nminés aux haltes de la route. W alte r enfin n ’eût\nplus p o ur com pagnons que les jeunes chevaliers,\nses am is et ses féaux, adoubés comme lu i — voici\ndeux ans passés ! — à la veille de leu r départ ;\nceux dont les alleuds et les fiefs environnaient sa\nbaronnie.\n    Beaucent, son cheval, son fier destrier, ainsi\ndénommé po ur la couleur pie de sa robe, semblait\nreconnaître à présent le site apaisé que l ’on tra­\nversait.\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1768, "texte": "3412             L a L u t t e . — J u in 1900\n\n\n\n    On eût dit que l ’anim al, de ses grands yeux\n allum és, avait aperçu le prem ier en gravissant la\ncolline, ce donjon dom inant au loin, dans l ’air\natiédi du soir, la foret fauve de Meerdael.\n    W a lte r se tenant à l ’écart, chevauchait en silence.\n    I l priait.\n    D an s sa pensée retentissaient les cris d ’am our\nq u ’il jetait en esprit, vers la beauté de Notre-\n Dame.\n     A son bonheur de l ’aim er toujours p lus, de se\nsavoir toujours p lus aimé d ’elle, vin t s’ajouter\nquand il leva les yeux, l ’émoi qui fait pleurer de\njo ie tout chevalier, si tôt q u ’il aperçoit en ren­\ntrant au pays le donjon du castel.\n    I l ne lu i apparut p o int triste ou comme en\ndeuil, à cause de sa longue absence. Si vive était\nsa joie de le revoir, enfin, que ses regards prêtaient\nau château retrouvé l ’air de fête et la clarté de\nleurs radieuses prunelles.\n    N u l cependant au m anoir de Bierbeeck ne se\ndoutait du retour de W alter.\n    D evant l ’âtre aux langues d ’or se jo u an t dans\nla pénombre, la baronne apprenait à sa fille\nYolande, l ’art exquis de la broderie.\n    L a jeune fille, dont le b liau t gothique dessinait\nsi purem ent la frêle virg in ité, suivait du regard\nles doigts fuselés de sa mère, faisant c o u rrir avec\nagilité la fine aig u ille enfilée d ’or, sur une manche\nde velours.\n    B ie n q u ’elle s’appliquât de son m ieux à con­\ncentrer toute son attention sur l ’ouvrage m in u ­\ntieux, dont l ’exécution patiente lui était depuis\nquelques temps une vraie fête chaque jo u r,\nY olande trahissait par son m utisme rêveur que\nson âme était absente. Ses yeux langoureux, tour­\nnés vers l ’âtre clair, s’avivaient aux lueurs des\nflammes du foyer, qui se déroulant en onduls\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "                  F e u il l e t o n   de la R evue       343\n\n\n\n  brillan ts bien au-dessus des bûches résineuses,\n  lu i évoquèrent soudain, dans le vent frais du soir,\n  l ’envol d ’un ange aux boucles de lum ières.\n      L ’Ange aussitôt se précisa dans le décor\n  embrasé de son rêve. S u r le visage éclairé de\n Yolande fleurit la rose de l’Am our.\n      L ’Ange qui s ’approchait, souriant et léger,\n avait les traits charm eurs de celui q u ’elle aim ait.\n      C ’était p o ur lu i q u ’elle brodait, ici, aidé des\n conseils de sa mère, les armes comtales d ’Arschot\n unies aux armes de Bierbeeck, sur cette m anche\n de velours.\n      U n tournoi sous peu devait avoir lieu, sur le\n pré du castel d ’Aerschot, où m aintenant sans doute\n il ne rêvait que d ’elle, tandis qu'auto ur de lu i tous\n ces gens empressés hâtaient les apprêts de la fête.\n      E lle vêtirait ce jo u r là ses p lus som ptueux atours.\n      Sa mère la voulait p lus bellement parée que\n n ulle autre pucelle, en ce jo u r de splendeur, car\n le tournoi fin i, c ’était elle, ô ! bonheur, qui devait\n lui donner — son cœ ur était certain q u ’il serait\n le vainqueur — la m anche de velours et le prem ier\n baiser.\n      Yolande fascinée par le feu du foyer im aginait\n un tournoi m agnifique, où la bravoure de l ’aimé\nle consacrerait p re u x entre tous les seigneurs.\n     E lle entendait déjà les barons et les dames\nacclam er son fier chevalier, tandis q u ’il recevrait\nde sa bouche fleurie le p lus doux p rix de sa haute\nvaillance.\n     I l lu i sem blait que sa félicité susciterait alors la\njo ie universelle.\n      U ne seule ombre entachait, hélas ! la sérénité\nde ce cher tableau, où se com plaisaient ses beaux\nyeux de rêve : W alter, son m eilleur confident, son\nfrère et son ami d ’enfance, W alte r ne la reverrait\npas, vraie reine ce jo u r là, au bras de son ami.\n"}, {"page_pdf": 371, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1750, "texte": "344              L a L u t t e . — J u in 1 900\n\n\n\n     D o u x seigneur C hrist ! si la nouvelle de sa mort\n venait brusquem ent end eu illir l ’éclatant azur d ’un\n tel jo u r !...\n     U n cri à ce moment, un grand cri jeté par sa\n mère fit tressaillir la fiancée.\n    W alte r q u ’à l ’instant même elle appréhendait\n mort, s’était précipité tout-à-coup dans la cham ­\nbre, et leu r mère à sa vue avait cru défaillir\n    L ’im prévu du retour en décuple la joie. W a l­\nter, q ui le savait, avait fait à dessein de n ’envoyer\nn u l écuyer devant, pour annoncer son retour\nauprès d ’elles.\n    D ans l ’affusion de leurs prem iers baisers, ils ne\ntrouvèrent point de paroles.\n    M ais au repas du soir, les châtelains du vo isi ­\nsinage ayant été mandés po ur fêter le retour,\nW alter et ses écuyers contèrent des aventures.\n    Si la troupe du baron de Bierbeeck est revenue\nintacte après deux ans de guerre, sans q u ’on ait à\ndéplorer n ulle éclaircie dans ses rangs, il en faut\nrendre grâce, attesta bien haut W alter, à Notre-\nD am e la bonne.\n    I l attribuait d ’ailleurs à la constante protection\nde la céleste B ien-A imée, tous les coups d ’éclats,\ntoutes les promesses que ses écuyers rapportaient\nde lu i.\n   Cette intim e conviction d ’avoir été, durant le\nsiège, le protégé de la M ère de D ieu, en agréant\nà son am our, annoblissait sa modestie.\n   I l s’était, quant à lu i, sim plem ent comporté\nselon les im pulsions qui lu i venaient de M arie.\n   S i de sa part mérite il y avait, ce mérite à coup\nsûr était des p lus m inim es, lui-m êm e le réduisait\nà l ’aveugle docilité q u ’un enfant crain tif témoigne\nà sa mère.\n   Si de réels prodiges de valeurs ont été accom plis\ndevant Ptolém aïs, ils le furent précisém ent par\n"}, {"page_pdf": 372, "page_imprimee": 345, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1954, "texte": "                F e u il l e t o n   de la R evue    345\n\n\n\n ceux des soldats de la C ro ix qui plaçaient leur\n confiance non eux-mêmes, mais en D ieu.\n     Certain jo u r, narra W alter, les assiégés ten­\n tèrent une sortie. L e u r flot s ’échappa, bondit si\n rapide au m ilieu des nôtres su rp ris, que ce torrent\n de Sarrasins fanatisés par la faveur du sort, nous\n rejeta en déroute vers les rives du B elus. Q uand\n la m ultitude en fuite fit irrup tio n dans le cam p, le\n désarroi devint indescriptible : Clam eurs d ’effroi,\n cris de douleur, trépignements de rage, se m êlaient\n assourdissant, au form idable b ru it de fer produit\n par la course affolée de ces m illiers de guerriers\n cuirassés, se culbutant, se piétinant entr’eux, ou\n s ’écrasant sous le p oid de leurs destriers tués...\n Ce tum ulte épouventable tira de son rêve heureux\n u n adolescent blessé qui, doucement, som nolait\n sous sa tente. C ’était T héodoric, le frère entre\n tous vaillan t du noble seigneur Cum ont de\n R u la n d ; atteint d ’un coup de cimetière, lors du\n précédent assaut, il s’était vu contraint de rester\nétendu sans force, lo in de la lutte enfiévrée, dans\nle silence du camp.\n     « Aussitôt q u ’il eût appris la raison d ’u n tel\némoi, il se dressa sur son séant, se revêtit sur son\nlit de ses habits de guerre, en se cram ponnant à\nses é cu ye rs; se fit hisser par eux sur son cheval\nferrant, p arvin t à s’y m aintenir, m algré sa fai­\nblesse extrême, et m algré la vue de son propre\nsang qui découlait de la selle su r le nielle des\narçons. L o rs s ’étant écrié d ’une vo ix soudain ferme\net forte : « D oux Seigneur Jésus-C hrist, secourez-\nmoi et votre St-Sépulcre ! », il se rua, lance au\npoing, à travers nos vainqueurs, les repoussant,\nles contournant, les pourfendant de dos, de flanc,\nde face, avec une si rare impétuosité que p ar son\nseul courage il ranim a, réconforta tous les che­\nvaliers fuyards, au point que nous, à notre tour,\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1882, "texte": "346              L a L u t t e . — Ju i n   1 900\n\n\n\n d ’une unanim e volte face rejetâmes l ’ennemi dans\n le camp de Saladin.\n      « Cela fait, le blessé vainqueur regagna son lit\n sous la tente, et, trois jo u rs après, rem it sa belle\n àme aux m ains du G lo rieux qui est dans le ciel. »\n     D ans son im patient égoïsme d ’amoureuse,\n  Y olande n ’avait pas attendu la fin du récit de son\n frère, po ur annoncer à m i-voix à tous les vaillants,\n rentrés avec lu i, q u ’au castel de son bien-aim é,\n afin d ’y célébrer leurs blanches fiançailles, un\n grand tournoi s’allait frapper sous peu, qui dépas­\n serait en luxe et gaité tous ceux dont ils avaient\n conservé souvenance.\n     E lle allait de l ’un à l ’autre, leur chuchottant à\n l ’oreille, avec des rires nerveux, que l ’avant-veille\n de leur retour — qui présentement faisait débor­\n der po ur elle la coupe déjà-trop rem plie du v in\n capiteux de la jo ie — le roi d ’armes de la contrée,\n messire H ug ue s de W o rtel, s’en était allé en grand\napparat vers le château de Gaesbeek, ayant reçu\nde c elui q u ’elle àim ait, m ission de signifier au\nmaître de ce dom aine que le noble fiancé de\nYolande de B ierbeeck désirait frapper contre lu i\nu n grandiose tournoi ; et d ’ajouter : que sous les\np avillo n s, longtemps avant l ’ouverture des lices,\ns’adm irerait au jo u r fixé la p lu s brillante affluence\nqui se serait jam ais pressée sur l ’estrade des\ncham ps clos.\n     « L e sire de Gaesbeek n ’a pu certes q u ’accepter\nune offre aussi honorable », questionnait avec des\nairs d ’enfants heureux tous ces jeunes chevaliers\nqui, revenant en vainqueurs, prévoyaient déjà\ntout-bas com bien les dames leu r feraient fête en\nce tournoi, dont la nouvelle mettait po ur eux le\ncomble à la joie de leu r retour.\n    Yolande affirmait de la tête et prévenant les\nquestions de ses auditeurs avides, ne leur laissait\n"}, {"page_pdf": 374, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1822, "texte": "                 F e u ille to n de la R evue          347\n\n  pas le temps de dem ander les noms des tour ­\n  noy eurs, les citait tous à la file, (c ’étaient les noms\n  les p lus illustres du duché), p uis, sans prendre le\n  temps de respirer, entamait la nom enclature\n  des juges diseurs, des hérauts, des valets honnêtes,\n  entrait dans m ille détails touchant l ’organisation,\n  les cérémonies d ’avant le tournoi, s’attardait,\n même à décrire avec une rare m inutie l ’escar ­\n b o u cle sortie d ’or que telle haute damoiselle\n donnerait po ur p rix le so ir de la fête à l ’heureux\n vain q ueur de son choix.\n     C e lu i des p o ursuivants d ’arm es que l ’on avait\n envoyé vers le seigneur défendant était revenu\n porteur, non seulement des lettres de créances\n q u ’il avait reçu m ission d ’obtenir p o ur les juges\n diseurs, m ais en outre d ’un mantel du p lus\n lu xu e u x drap d ’or, présent du comte au roi\n d ’armes.\n     C elui-ci, s’était empressé d ’y faire broder aux\n quatre angles les écus des juges diseurs. P u is se\nl ’étant attaché sur l ’épaule s ’était sans retard m is\nen route en com pagnie de trois hérauts, afin de\ncrie r le tournoi dans tous le m anoirs de B rabant.\n    A le u r entrée dans les cours seigneuriales ils\nn ’avaient rencontré lu i et les poursuivants q u ’un\nunanim e enthousiasme.\n    « D ’ailleurs, — concluait Yolande, dont l ’in tar ­\nrissable babil, m ontait à présent c la ir et v if\ncomme u n vra i b a b il d ’oiseau, — il vous suffira,\nbeaux sires, pour augurer sûrem ent du succès de\nnotre fête de pousser dem ain vous même ju sq u ’en\nla v ille d'A rschot, vous y pourrez adm irer à\nlo isir les pennons des chefs du tournoi et les\nblasons et les bannières de tous nos nobles tour-­\nnoyeurs : ils étalent leurs couleurs vives aux\nfenêtres du couvent g ris... »\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-006", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 348, "page_fin": 356, "titre_corps": "Un Saint du Castel III", "titre_sommaire": "Un Saint du Castel (feuilleton de la revue ; chapitre II et III)", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Ramaekers", "ancre_debut": "C H A P IT R E I I I L ’A bbaye L ’abbé de V ille rs était à genoux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 375, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 72, "fin_caractere_exclue": 1540, "texte": "C H A P IT R E I I I\n\n\n                         L ’A bbaye\n\n\n\n    L ’abbé de V ille rs était à genoux dans son\n oratoire quand un frère convers le vin t inform er\n que deux relig ieux de leur ordre, arrivés à cheval\n de l ’abbaye d ’H emmerode et demandant tous\n deux à être reçus membres de la communauté,\nvenaient d ’être introduits au chauffoir du couvent\n p a r le père hospitalier.\n    L ’abbé resté à genoux fait signe au convers\nq u ’il descend de suite, et sans que cette arrivée le\n distraye le m oindrem ent, il achève tout d ’abord\nl ’oraison interrom pue.\n    L e sym bolique élan des trois fenêtres ogivales,\ndonnant sur « la cour des poules », l ’évasement\nferme et gracieux des chapitaux sans volutes,\nsurm ontant quatre colonnes d ’où sortaient des\narcs doubleaux, toute cette architecture à la fois\nsi svelte et si riche, qui caractérisait le chauffoir de\nV ille rs, avait excité tellement l ’adm iration des\nnouveaux arrivants q u ’ils ne viren t pas entrer\nl ’abbé Charles de Sayne.\n    Ce fut lu i qui le prem ier leu r adressa des paroles\nd ’accueil. M ais son étonnement surpassa sa jo ie\nmême dès que le son de sa vo ix leu r eut fait tour­\nner la tête. L e p lu s âgé de ces moines n ’était autre\nque l ’abbé Eustache d ’H em m erode, son propre\nsuccesseur au siège abbatial de ce cloître d ’A l­\nlemagne.\n    D ie u seul et leu r anges gardiens pourraient\ndire la dilection avec laquelle les deux abbés se\ndonnèrent alors le baiser fraternel.\n"}, {"page_pdf": 376, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1805, "texte": "              F e u ille to n de l a R evue          349\n\n\n    Après le repas frugal et silencieux du soir,\nl ’ex-abbé d ’ Hem m erode, accepté avec bonheur,\ncomme l ’hôte de V ille rs, révéla à l ’abbé Charles\nla très haute sainteté de son hum ble com pagnon,\npassé presque inaperçu et qui déjà s’était mêlé à\nla foule des moines blancs.\n    « V o us veniez à peine de quitter Hem m erode,\ntrès vénéré père, po ur prendre la direction de\ncette illustre abbaye, quand u n seigneur étranger\nfît m ander au p a rlo ir votre indigne successeur.\nJe m ’y trouvai en présence du p lus hum ble\nchevalier que j ’ai jam ais rencontré.\n    » Sans la m oindre ostensation, sans la plus\nlégère apparence de fausse modestie, il me déclina\nsim plem ent son nom et sa qualité, en me tendant\nses lettres de créances.\n    » C ’était W alte r, le fils unique du feu baron de\nBierbeeck.\n    » V o ic i trois lunes, à peine que je suis revenu,\nme dit-il, du siège de Ptolém aïs. T o u t le temps du\nlong retour il s’était senti attiré irrésistiblem ent\nvers la vie méditative.\n    » U n grand tournoi frappé par le comte\nd ’Arschot trois jo u rs après son retour au pays,\npo ur célébrer les fiançailles de son fils A u b ri avec\nYolande de B ierbeeck, fut l ’occasion p ro vid e n ­\ntielle qui s’offrit au baron W alter d ’affirmer haut\net devant tous quel dégoût lu i in sp ira it la vie\nsanguinaire et frivo le des nobles de ce duché.\n    » A yant accoutumé d ’assister chaque, jo u r au\nd ivin sacrifice, il se rendit donc ce jo u r là en\nl ’église d ’A rschot po ur y entendre la messe en\nl ’honneur de Notre-Dam e.\n    » O r il y v in t précisém ent à l ’heure où les pre­\nm iers rayons d u jo u r projetaient sur les dalles\nl ’image des vitraux, à l ’heure où sur le pré de\nla ferté com m ençait déjà cette fête impie.\n"}, {"page_pdf": 377, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1822, "texte": "350               L a L u t t e . — J u in 1 90 0\n\n\n\n    » L ’étonnement fut grand parm i les to ur ­\nnoyeurs quand ils apprirent que le jeune baron,\ndont les prouesses devant Ptolém aïs était devenues\nlégendaires, ne se trouvait pas parm i eux. D es\ndames qui l ’avaient aperçu se rendant à l'office\nproposèrent q u ’on l'allat quérir.\n    » T elle était l ’inconscience de ces riches, q u ’ils\nne soupçonnaient q u ’à peine l’antinom ie de leur\nconduite et de celle des v rais chrétiens et trouvaient\ntout naturel que le baron, après la messe, vin t\nprendre part à leur jeu crim inel\n    » M ais les écuyers revinrent penauds. Ils rap­\nportaient le refus de W alter, basé sur les décrets\ndes souverains pontifes !\n   » V o u lan t prévenir à tout p rix le m alaise q u ’eût\nprovoqué la réponse du chevalier, qui rappelait\nainsi ces nobles au devoir, le fils du comte\nd ’Arschot menaça les écuyers de sa colère s’ils\nrévélaient à quiconque l ’attitude protestataire du\nfrère de sa fiancée.\n   \" P o u r récom penser son ami d ’avo ir aussi crâne­\nment affirmé, à propos de ce tournoi, son intrépide\nvolonté d ’être en toutes circonstances le croyant\nobservateur des préceptes de l ’É g lise , Notre-Dam e\ntémoigna com bien elle lui en savait gré par un\néclatant m iracle, que l ’on dénomma depuis :\n« le miracle de la croix d'or \" .\n    » Je tiens ceci, vénéré père, non de W alter, lui-\nmême, — (son h um ilité se tait sur les célestes\nprivautés que N otre Dam e lu i prodigue), — mais\ndu baron de Gaesbeek qui assistait à la messe où\nle m iracle éclata.\n    » Ce m atin là l’anniversaire d ’une victoire avait\nré u n i au pied de l ’autel u n grand nombre de\nchevaliers.\n    » A u moment m iraculeux de la transubstan ­\ntiation l ’officiant vit soudain une cro ix d ’or b rille r\np u is se poser sur le bord du calice.\n"}, {"page_pdf": 378, "page_imprimee": 351, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1864, "texte": "                F E U ILLE T O N D E LA R E V U E         35 1\n\n\n  » A la cro ix d ’or était jo in t un m inuscule p a r­\nchem in, où se lisait ces mots, que l ’on eût dit écrits\navec de la lum ière : « Porte cette croix d'or de la part\nde Marie, Mère du Christ Jésus, à son ami Walter,\nchevalier de Bierbeeck ». Sitôt l ’office term iné, le\ncélébrant monte en chaire et s’écrie : '« E s t-il ici\nu n chevalier q ui réponde au nom de W a lte r de\nB ierbeeck ? O n le lu i désigne aussitôt plongé en\nses adorations. L e prêtre alors se dirige vers lui\net lu i remet, je v o u s la isse à p en ser a ve c vénération,\ncet inestim able présent de la R eine du P arad is\n    » A in si la Dam e de son cœ ur décernait au jeune\nbaron le p rix du m ystique tournoy que sa\nv a illa n ce avait frappé contre l ’enfer et d ’où il était\nsorti victorieux, ayant paré tous les coups, que la\nrage des démons c’était efforcé, m ais en vain , de\nlu i porter à l ’âme.\n     » Ce m iracle de la cro ix d ’or décida de sa voca­\ntion.\n     » D evant si rare faveur sa résolution est prise et\nc’est alors q u ’il vient, à Hem m erode me dem ander\nhum blem ent de lu i faire ce grand bonheur de\nl ’accepter parm i nous.\n     » J ’ai pu maintes fois depuis proposer W alte r\nen exemple aux p lus exem plaires de nos religieux.\nA u sortir du noviciat, po ur sa douceur à chacun\nserviable, notre chapitre le nomma m agister\nh ospitum. »\n     L ’abbé. C harles de V ille rs q ui avait écouté avec\n ravissem ent l ’abbé Eustache d ’Hem m erode,\nadm ira hautement les desseins de la P rovidence\n qui faisait à son abbaye l ’honneur de compter\n désorm ais deux hôtes aussi purs, aussi chéris du\n C iel que l ’étaient son interlocuteur et son doux\n com pagnon l ’hum b le moine W a lte r...\n     L e lendem ain, malgré le harassement des lo n ­\n gues distances couvertes les jo u rs précédents,\n"}, {"page_pdf": 379, "page_imprimee": 352, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1970, "texte": " 352              L a L u t t e . — J u in 1 900\n\n\n\n  W alte r triom pha d u sommeil et se rendit, perdu\n  parm i les autres moines, au chœ ur de leu r no u­\n  velle église, po ur y chanter avec eux les matines.\n       L ’adm iration l ’em poigna dès le seuil. T o u t le\n  temps que dura l ’office m atinal il ne p ut s ’em­\n  pêcher de d irig er constamm ent ses regards vers\n  l ’immense vaisseau qui s’ouvrait devant lu i.\n      I l se sentait rem uer ju sq u ’au p lus profond de\n  l ’être par la sim plicité sublim e, dont u n A rt\n  ennivré de D ie u environnait sa prière en ce\n  temple surhum ain, où les pierres faisaient prier.\n      L e givre de la n u it étincellait déjà sur les\n vitra u x en clairs dessins arborisés, quand les\n moines quittant le chœ ur, entrèrent au réfectoire\n po ur y prendre en silence le repas du matin.\n      L ’éclatante blancheur du réveil hivernal mettait\n vivem ent en lum ière les pieuses polychrom ies dont\n les bâtisseurs chrétiens avaient, dès le début du\n siècle précédant, enrich is ses m urs spacieux.\n      L ’œil de W alte r se réjouit surtout à contem pler\nà la place d ’honneur, peinte là-haut du côté du\nm idi, l ’image de sa Bien-Aim ée : Assise sur un\ntrône d ’or, vêtue d ’un long b liau t tout constellé\nd ’argent, la V ierge souriait à ses bons serviteurs,\nmuets et receuillis dans leurs coules gothiques,\nles invitant de son geste de R eine à adorer leur\nD ie u en son petit Enfant.\n      Après le repas très frugal, les moines s’en furent\nvaquer aux besognes quotidiennes ; quelques uns\nse dirigèrent vers le m oulin de l a T h il, quelques uns\nvers la brasserie, m ais la p lup art gagnèrent leur\ncellule afin d ’y mettre l ’ordre et p o ur y méditer.\n     W alte r et l ’abbé Eustache guidés par le p rie u r\net par l ’h ospitalier visitèrent alors cette abbaye,\noù ils avaient décidé de passer, avec l ’assentim ent\ndu ciel, le reste du terrestre exil.\n     L a neige qui couvrait la terre enrobait aussi\n"}, {"page_pdf": 380, "page_imprimee": 353, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "                F e u il l e t o n   de la   Revue      353\n\n\n\n  de candeur les tours inachevées de la nouvelle\n  église dont ils avaient entrevu la beauté.\n     Au-dessus du portail d ’un style de transition,\n où le rom an p lus tim ide et p lu s lourd , modérait\n encore les élans vers D ie u des prem ières audaces\n  gothiques, quatre statues exécutées selon une\n  com préhension parfaite de leur rôle en ce décor,\n sym bolisaient aux yeux des visiteurs la F o i,\n l ’Espérance et l ’Am our.\n     E n pénétrant dans le co ulo ir q ui séparait le\n cloître de l ’église, W alte r rem arqua l ’entrée\n surbaissée d ’une crypte : « D ans cette crypte,\n lu i dit l ’hospitalier, reposent nos bienheureux\n morts. L e s macérations que p lusieurs se sont\n imposées dans le temps, nous est le sûr garant de\n leu r joie éternelle ». E t l ’hospitalier de V ille rs se\n m it en devoir de résumer à son nouveau com pa­\n gnon la vie des p lus parfaits d ’entre ces morts\n pieux ; vies toutes de candeur, de m iracle et de\n ciel.\n    Q uand ils eurent rassasié leurs oreilles du récit\nde tant de vertus, et leur yeux de la M ajesté du\n temple, sous la conduite de l ’abbé, ils p riren t un\npetit sentier, escaladant les bois neigeux du R o b e r ­\nmont, à gauche de l ’abside.\n    L e s deux prieurs se suivant, p u is les deux hos­\np italiers.\n    L a sim ilitude d es occupations et l ’égalité du\nrang les ayant ain si rapprochés plus étroitement\nl ’un de l ’autre.\n    D u glacis, dont leurs pas avaient lustré la neige,\nW alter conclut que les hôtes de l ’abbaye devaient\nmonter souvent par ce petit sentier, qu’om bra­\ngeraient au printem ps vert les boqueteaux des\naubépins fleuris.\n    A chaque fois que la neige glissante les faisait\npresque trébucher, les quatre relig ieux riaient de\n"}, {"page_pdf": 381, "page_imprimee": 354, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "354             F e u il l e t o n   de   la   R evue\n\n\n\n tout leur cœur. E t leur rire qui fusait c la ir dans\n l ’engourdissem ent du bois funèbre et sourd, attes­\n tait à la fois en sa naïveté la sim plicité de leurs\n âmes et l ’ignorance des remords.\n     E n fin s’érigea devant eux, au sommet du R ober ­\n mont, un chêne énorme dont l ’h ive r accusait\n m ieux l ’isolement.\n     L a gaité de l ’abbé Charles tomba en l ’aper­\ncevant ; il prononça d ’un ton p le in de respect :\n     « V o ic i, mes frères, la retraite bénie, où B e r­\nnard, notre père, après avo ir prié, planta en terre\nson bourdon. Celui-ci, dans la n u it suivante, se\nmétam orphosa en cet arbre géant. »\n     A lo rs, dans la neige éclatante, les quatre moines\nblan cs se m irent à genoux ; le So uvenir du\nP atriarch e aviva leu r m ystique ardeur et W alte r\nen se relevant p leurait des larmes de lum ière.\n     Ils s’étaient à peine engagés dans le chem in vers\n la Garenne, q u ’un cri d ’extase s’échappa du cœur\nd ’E u stach e et de W alter.\n     D e ce sommet, l ’abbaye toute entière se pré­\nsentait à vol d ’oiseau et combien p lus majestueuse\nen sa parure hivernale que la plus belle des reines\nen ses pelichons d ’herm ine !\n     R ie n d ’aussi im posant que ce cloître ogival, dont\nl ’h iver im m obile aggravait le silence. R ie n qui\nproclam a p lus éloquemm ent la Majesté de la\nP rière que la calme grandeur de ce temple élancé,\ndont les lignes montaient vers D ie u , graves\ncomme le chant des hym nes psalm odiées, droites,\ncomme les consciences, hautes, comme l ’esprit des\ndocteurs inspirés.\n     E n vérité, le monastère s’offrait digne des saints\nqui habitaient en lu i.\n     A l ’époque, en effet où W alte r y entra pour y\nfin ir sa vie, la sainteté des moines de V ille rs\nenvironnait d ’un nim be éblouissant le nom de ce\n"}, {"page_pdf": 382, "page_imprimee": 355, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1938, "texte": "                 F e ui l l e t o n   de l a   R evue    355\n\n\n\n  vallo n boisé, au fond duquel l’eau vive de la T h il\n  ébranlait en chutant la roue de leu r m oulin.\n     Dès son arrivée en cette retraite, W alte r se sentit\n une in clin aiso n intuitive vers c e u x d ’entre les céno­\n bites, q u ’il reconnut bientôt être les plus parfaits.\n     L e m ystérieux aim ant q ui fait se rapprocher les\n âmes de lum ière, l ’avait de suite lié de sym pathie\n à Césaire de H eysterbach, venu lu i aussi d ’ H em ­\n merode, avec l ’abbé Charles de Sayne, et dont la\n plum e fraternelle devait lu i consacrer, à lu i W alter,\n des pages où transparait envers sa sainteté la plus\n haute vénération.\n     Césaire y rapporte lui-m êm e q u ’un m atin de\n décembre — il gelait à pierre fendre — W alte r et\n lu i, se rendant au voisin village po ur y consoler\nles malades, rencontrèrent chem in faisant u n\n loqueteux qui chem inait pieds nus sur la neige\n glaciale. A lors, sans hésiter et le p lus sim plem ent\n W alte r se déchausse et attache ses sendales de\n c u ir aux pieds gourds du m endiant qui pleure de\n reconnaissance.\n     A leu r retour au monastère les pieds déchaux de\n W alte r gonflés et bleuissant se contractaient de\nfroid et l ’on eût grand peur tout d ’abord q u ’il ne\ndevint impotent, po ur avo ir en sa charité, enduré\nspontanément le supplice affreux du gel.\n     L à ne se bornaient point les bienfaits de ce\nhéros. W a lte r en soulageant les corps ne cherchait\nrien tant q u ’atteindre les âmes, afin de les penser,\nde les guérir, ces âmes à leu r tour, de leurs m aux\nautrement graves, autrement contagieux.\n     Grandem ent désireux d’afferm ir les chancelants,\nil ne leur cachait point quels rudes assauts lu i\navaient livrés, au temps q u ’il vivait dans le siècle,\nle démon de l ’orgeuil et celui de la chair.\n    N u l ne p riait avec tant de ferveur, n ul ne possé­\ndait comme lu i le don sacré des larmes.\n"}, {"page_pdf": 383, "page_imprimee": 356, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1035, "texte": "35G            F e u il l e t o n   de la   R ev u e\n\n\n\n   P a r la vertu de sa prière il chassa les anges\ndamnés du corps d ’un m alheureux que leu r to u r­\nment tordait.\n   E t voici q u ’un p ur soir de gel, à l ’heure ou les\nmondes brillants s’allum aient dans la n uit d’hiver,\npour com ble à sa félicité, Notre-Dam e « sa\nfiancée », lui apparait resplendissante en sa cellule\nde V ille rs !\n   C ’est le regard encore toute ébloui au so uven ir\nde cette apparition que le 12 ja n v ie r 1222, le\nmoine W alter de B ierbeeck abaisa doucement ses\npaupières glacées sur ses yeux d ’où venait de\ns’échapper la flamme.\n   L es moines de V ille rs ses frères par la F o i, en\nétaient encore pour la p lup art à ign o rer la mort\nde leur am i, que déjà son âme ravie, transfigurée\nen un instant par le feu p urificateur, épanouissait\nsa fleur im m ortelle sous les rayons de la lum ière\noù habite C elui au pied duquel M arie se révèle\naux élus, dans toute sa splendeur...\n\n\n\n                                     G eorges R am aekers.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-007", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 357, "page_fin": 370, "titre_corps": "La Madone de Gloire", "titre_sommaire": "La Madone de Gloire (Iconographie)", "rubrique": "", "signature_source": "Edgar Baes", "ancre_debut": "LA P E IN TU R E L a M adone de Gloire L a naissance du C hristianism e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 384, "page_imprimee": 357, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1464, "texte": "LA P E IN TU R E\n\n\n\n\n      L a M adone de Gloire\n\n\n    L a naissance du C hristianism e n ’a p o in t eu\n immédiatement p o ur effet une sérieuse m odifica­\n tion de la situation sociale de la Fem m e.\n    A u cu n revirem ent brusque ne p o uvait s ’opérer\n en une période in itiale où les disciples de la\n religion nouvelle, révolutionnaires traqués, m ar­\n tyrisés, ne se réunissaient q u ’en secret, où ils\n étaient forcés de partager ostensiblem ent les\n devoirs p olitiques de leurs frères païens, où l ’es­\n clave ne cherchait à conquérir la confiance d ’un\n maître que p o u r l ’am ener peu à peu à renier les\n faux dieux.\n    M ais si, dans R om e comme parm i les B arb ares\ndu N o rd , une transition était possible, naturelle\nmême, entre la Vestale ou la druidesse et la vierge\nchrétienne respectée, entre la matrone et la mère\nhonorée ou la pieuse veuve, quel bouleversem ent\ndans tout l ’O rient ne dut point pro vo quer la déser­\ntion du culte d ’Astarté, la ru in e des temples de\n Cybèle d ’A rsin o ë A phrodite, de la D ea S iria ?\nSeule, la religion ju daïq ue aurait p u allier, dans\nla continuation des siècles, u n relèvem ent m oral\n(très incom plet pourtant) de la femme, à la satis­\nfaction des appétits sensuels de l ’O rient. — M ais\nles temps étaient comptés. — L e s C ro ix lançant\ndes éclairs, était dressée sur les débris phaliques\net sur les ossements des victim es du M oloch !\n   L a cro ix seul préoccupa les esprits. Sourde-\n"}, {"page_pdf": 385, "page_imprimee": 358, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "358             L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\nment, comme un mystère, l ’image de la Vierge-\n M ère, vouée aux douleurs, se mêlait au drame\nsublim e de la P assio n de l ’ H o m m e-D ieu. D ans\nune attitude secondaire, selon le rôle dévolu à la\nfemme depuis les origines, M arie, avec les apôtres\npréférés, assistait résignée aux luttes tragiques qui,\nde jo u r en jo u r, devaient étendre les lim ites du\ndom aine du Christ.\n    L a m agnifique épopée des croisades fut un\nsim ple élan vers le signe de la Rédem ption, et\npourtant, quel progrès immense avait déjà fait\ndans les esprits, sous l ’influence civilisatrice du\nclergé prem ier, le respect de la femme, sym bolisée\naux yeux des rudes paladins par la Sainte M éd ia­\ntrice ?\n    D ans les représentations m urales des prem iers\nsiècles, rien ne distingue la M ère de D ieu des\nautres saintes femmes de la B ib le. D ans des m osaï­\nques, elle nous apparaît au même titre q u ’E ros\net P syché ou que les cortèges im périaux bysan ­\ntins. — L ’art religieux, asservi à la tradition,\nsemble destiné à la glorification du p rin cp ie mâle,\nactif et supérieur, dépositaire du pouvoir, du\nsavoir p rim o rdial et créateur.\n    Cependant, vers les approches de l ’an m il,\ncet art traditionnel n o urri dans les cloîtres de\nl ’O rient semble s’ém ouvoir de l ’im portance d ’un\nm otif ju sq u ’alors négligé.\n    L ’image de la Vierge s ’auréole d ’icones d ’un\nsym bolism e encore incom plet m ais se précise\ncomme forme, comme costume et physionom ie,\net des Tem ples nom breux érigés à la gloire de\nM arie attirant l ’attention fervente des artistes et\ndes théologiens sur la personnalité décorative de\ncette Sainte de pureté, de m iséricorde et de rési­\ngnation.\n    A u ssi l ’étude de cette iconographie à travers les\n"}, {"page_pdf": 386, "page_imprimee": 359, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1867, "texte": "                     L a P e in t u r e             359\n\n\n\n siècles impose-t-elle une certaine rig ueur de\n classem en t: L a glorification de la Mère de Jésus\n doit être séparée de sa vie terrestre et même de ces\n circonstances solonnelles où M arie put s’énor ­\n g u e illir pieusement d ’Adorations et de marques de\n respect destinées à l ’Enfant. I l en est ainsi de la\n Salutation angélique, de la N ativité, etc.\n     L ’Asom ption même n ’est point le triom phe\n sym bolique p roposé à la vénération des fidèles,\n et dans les Saintes F am ille s ou les M ariages m ys­\n tiques, M arie préside à la scène sans en être\n l ’objet véritable.\n     A u contraire, quand elle trône, portant le dia­\n dème ou le recevant par un d iv in couronnem ent,\n quand elle est l'em blèm e d e l a gloire maternelle\n ou le but des louanges angéliques ; m ieux encore,\n quand elle est, de même q u ’une R eine de la terre,\n gardée par des Saints, courtisans, parfois gerriers,\n ou entourée de Saintes qui sont des daines d ’ho n ­\n ce genre, de com position indique la volontés pé­\n d a le d ’affirmer son triom phe idéal, analogue à\n celui que figure M u rillo quand il dresse la M adone\n comme une D ian e antique, debout sur le crois­\nsant lunaire.\n     D ans l ’art m édiéval, cette M adone de gloire\nsym bolise absolum ent la splendeur divin e de la\nPureté, sertie de l ’or précieux de la P rière.\n     L a Souveraine byzantine avec ses vingt anges\ngracieux, qui fit la réputation de D u ccio et de\nl ’école de Sienne, n ’était q u ’une sorte de répéti­\nde celle du vieux G uido qui dès 1271 ornait l'église\nde San D om enico et q u ’avait précédée l ’œ uvre de\nCim abuë, Santa M aria N ovella.\n     O n sait l ’enthousiasm e q u ’excita-en 1267, dans\nle peuple entier, ce brusque progrès dans la p e in ­\nture religieuse.\n     Dès lors, nous nous trouvons en présence de la\n"}, {"page_pdf": 387, "page_imprimee": 360, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "360               L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\nM ère glorieuse qui sera l ’im piratrice de tout l ’art\nchrétien, et q ui apportera dans les mystères san­\nglants et rigoureux, le rayonnem ent de la chas­\nteté gracieuse, de la p u d e u r angélique, car ce\nn ’est pas vainem ent que les troupes de chérubins\nfont cortège à leur Reine. C ’est elle qui sera l ’in i­\ntiatrice de l ’idéalism e dans les formes, des célébra­\ntions de la paix fam iliale, de la m aternité to u ­\nchante, de la pitié consolatrice, de l ’intercession\nauprès du T o u t Puissant, enfin la R égulatrice de\nla vie terrestre elle-même.\n    C ’est là une figure adm irable, certes digne de\n l’auréole victorieuse que l ’art du monde catholique\ns ’est p lu à lu i décerner.\n    D ésorm ais, tradition asiatique, toute lub ricité\npaïenne devait som brer dans le resplendissem ent\nde l ’angélique candeur, de la céleste continence\nque réprouvaient les immondes sectateurs des\ncultes de volupté bestiale.\n    Substituée à l ’H é v a cédant aux suggestions du\nserpent cosm ogonique, à M iriam l ’Anadiom ène,\nà l ’A n aïtis P riap in e , à la Bonne Déesse envellop ­\npée dans ses voiles, surg it la Chasteté entourée de\nl ’arc-en-ciel, nimbée des douze étoiles, fontaine\nja illissan te des vertus; c ’est la T o u r d ’ivoire érigée\ndans les lis et les roses, c ’est M arie enfin au cœur\ntranspercé de poignards et qui offre ses douleurs\nmaternelles p o ur la salvation de l ’H um an ité !\n    — Saint E p ip h an e a trace au I V e siècle, selon\ndes traditions m aintenant effacées, le portrait\ncharm ant de la Vierge, et Saint-D enis l ’Aréopa ­\ngite avouaient «qu’il l ’eut adorée comme une\ndéesse, s’il n ’avait su q u ’il n ’y a q u ’un seul D ieu» !\n    N otre Dam e du P u y en V e lay possède une des\np lus anciennes images de M arie, une statuette en\nbois de cèdre, d ’un caractère égyptien et que l ’on\nsuppose façonnée par les prem iers chrétiens du\n L ib a n .\n"}, {"page_pdf": 388, "page_imprimee": 361, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1893, "texte": "                     L a P e in t u r e              36 1\n\n\n\n      E n 224, en 320, en 501, en 546, en 621, mais\ndéjà même, (selon la légende de st-Jacques le\n M ajeur) en l ’an 36 où fut bâtie la prem ière église\ndédiée à la Vierge, l ’histoire enregistre à B yzance,\nen Espagne, à T rip o li, en Fran ce , la consécra­\ntion d ’autels prim itifs élevés en son honneur. L e\npélérinage de R oc-A m adour date, dit-on du\n I I I e siècle et fut visité par R o la n d en 778.\n     N otre Dam e de M onserrat se révéla au I X e siècle\nà des bergers catalans.\n     D ep uis la mort du christ, ses disciples ont donc\nhonoré la V ierge.\n     Toutefois c ’est vers le temps m illénaire, et sous\nla préoccupation de la rénovation de l ’architecture\nreligieuse que se réveilla l ’idée de la, figuration\nplastique de la R ein e des Anges.\n     Jusque-là, à l ’exemple de P u lch é rie qui avait\nobtenu une effigie que l ’on disait peinte par S t-\nL u c , les dévots s’étaient contentés des nom breu­\nses répétitions de ces Vierges byzantines que l ’on\nem portait à l ’armée sur des chars attelés de che­\nvaux blancs et qui causaient la victoire (necopesiôn).\n     D ans les villages de la Morée on en est encore\nlà ; on chante des litanies devant la Panagia b a r­\nbouillée en rouge sur un m ur peint en bleu.\n     E t cette mère si hum ble a, selon l ’expression de\nSaint-A ugustin, coopéré par sa charité à la nais­\nsance spirituelle de tous les membres de l ’E g lise\n     L e second concile de N icée semble avo ir in a u ­\nguré la tendance à honorer M arie p ar des jo yaux et\ndes ornements lu xu e u x, po ur m arquer au peuple\nla gloire de la Vierge e t environner la R ein e du\nCiel de toutes les splendeurs de la terre. Des fleurs\nencore dans nos campagnes, ne sont-elles pas d is ­\nposées autour de son image, touchant sym bole du\nluxe de la nature et de l ’épanouissement de la\nBeauté idéale ?\n"}, {"page_pdf": 389, "page_imprimee": 362, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1992, "texte": " 362               L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\n      Giotto, le novateur, à la fois sym boliste, m o n u­\n  mental, synthétique et vivan t dans son expression,\n  semble avo ir négligé quelque peu l ’attitude solen­\n  nelle et sereine de M arie pour donner cours à son\n  goût po ur la peinture épisodique. Cependant les\n  grandes com positions relatives à S t-Fran çois et\n  surtout la glorification du Saint sous un dais\n céleste, au m ilieu des anges chanteurs et m u si­\n ciens, et le couronnem ent de la V ie rg e , de la ch a­\n pelle B aro n ce lli, suffisent à prouver q u ’il ne vo u lu\n pas laisser aux mosaïstes du Baptistère le monopole\n de ces sujets profondément décoratifs et stylisés.\n      I l inaugurera cependant un type de com posi­\n tion plutôt destiné à la peinture de chevalet et qui\n obtint une vogue étonnante dans l ’art du N ord de\n l ’Italie.\n     C ’est celui de la M adone entourée de Saints,\n dont l ’E g lise d ’Assise possède un spécim en, et qui\n excita la rivalité de Sim on di M artino et de L ip p o\nJem m i, dont la calm e Maêstà du P ria is p u b lic de\nSienne nous offre les saint faisant cortège à M arie,\n intrusion curieuse du réalim e dans le sujet le p lus\nidéaliste peut-être du moyen-âge.\n     D ’ailleurs la V ierge avec l’enfant, d u M usée de\n B erlin , celle de M ilan, celle de Florence, avec ses\nanges et ses saints, sont encore de vraie am plifi­\ncations des p rim itives œuvres qui firent tant d ’effet\nsur Charles d ’A n jo u et sur les Flo ren tins, et Giotto\ns’y montre encore l ’élève de Cim abuë m ais dès\nlors, les T riom phes et les G loires se m ultiplient,\nmalgré l ’adjonction de figures qui mêlent à une\nsorte de visio n céleste, u n souvenir trop palpable\nde l ’hum anité, v o ir des portraits de commande.\n     D éjà p o int à l ’horizon de l ’art la prem ière\nRenaissance de M asolino et de son d iscip le ; le\nnaturalism e des V a n E y c k se laisse soupçonner, et\ncette étrange et intéressante expression de tout le\n"}, {"page_pdf": 390, "page_imprimee": 363, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1869, "texte": "                        L a P e in t u r e               3 63\n\n\n\n quinzièm e siècle, sorte de problèm e que se pose\n le psychologue, se prépare dans une fusion occulte\n des éléments de la plus haute poésie avec la p ué­\n rilité, la consience rigoureuse et même parfois la\n fantaisie la p lus grotesque.\n     Pourtant, si O rcagna glorifie le C h rist, si T ra in i\n exalte S t-Thom as d ’A q u in et S t-D om inique, c’est\n à la célébration de la triom phante beauté de la\n M adone que se voue presque tout l’art de l ’Ita lie\n du N o rd , par une m ultitude d ’œuvres gracieuses\n et pénétrées sans conteste d ’un sentim ent poétique\n dont les fluctuations sous l ’effort de personnalités\n éminentes sont au m oins aussi attachantes que\nles élans sublim es des grands idéalistes protégés\npar L é o n X et par Ju le s I I . _\n    E t d ’abord, apparait la V ierge entourée\nd ’anges, faite po ur l ’église de F iéso le: cette\nœuvre rêvée, d ’un p ur sybolism e canonique qui\npeut, à elle seule caractériser l ’angélique et béat\nmoine de S t-M arc, bien que l ’émotion y soit rem ­\nplacée par le faste et la sérénité d ’une majesté\ndivine.\n    Vasari a laissé une description enthousiaste de\nce Couronnem ent de la Mère par le F ils .\n    I l dit que les esprits des B ienh eureux ne sau­\nraient être autrement dans le ciel, s’ils avaient un\ncorps, et que le coloris de ce tableau p arait lui-\nmême être l ’ouvrage d ’un esprit céleste.\n    D e chaque côté du trône douze anges portant\nde grandes ailes de pourpre, des robes flottantes et\nde petites flammes rouges su r la tête, chantent ou\naccom pagnent un motet solennel. I l est in d ub ita­\nble que R oger V a n der W eyden a été ém u à la vue\nde cette superbe com positon et du g rand tableau\nd ’autel de Pérouse: L a V ierge glorieuse escortée\np ar les anges.\n   — I l ne fut pas le seul : L e s écoles du N o rd de\n"}, {"page_pdf": 391, "page_imprimee": 364, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "3 64             F e u illeto n   de la   Revue\n\n\n\n la P én in sule nous ont transm is aussi, par A n d rea\n Castagno et D. Veneziano le souvenir du doux et\n patient moine. M ais quel contraste brusque avec le\n sensuel F ra F ilip p o L ip p i ! Ic i, c ’est à l ’état de\n tentative que demeure l ’idéalisation de la pure et\n virg in ale beauté fém inine. L e souvenir im périeux\n de l ’amoureuse L u c re z ia B u ti vient mêler une\n pensée profonde au très consciencieux effort de\nl’ancien relig ieux repenti. Son enfant, le petit\n F ilip p in o , nous sourit sous la forme d ’un puito\n réjoui, car le naturalism e le plus expensif vient\négayer une scène plutôt terrestre dont le succès\nfu t pourtant extrême jusque dans le monde re li­\ngieux du temps.\n     I l reprit souvent ce sujet et sa G lo ire de la\nVierge, datant de 1438 (au jo u rd ’h u i au L o u vre ) et\nses tableautins de M adones pourraient être placés\n(avec avantage, au point de vue d ’un réalisme\njo y eu x et v iva ce ), à côté des panneaux les p lus\nintim es de nos peintres de l ’école brugeoise.\n    A u ssi ce fut par une V ierge que Benozzo G oz ­\nzoli, son élève commença sa carrière; c ’est une\n M adone sur un trône qui, en 1461, consacra la\nréputation de ce peintre à F lo ren ce.\n    L ’exemple de F ra A ngelico et de F ilip p o\nL ip p i tourna d ’ailleurs p lus d ’un artiste vers le\nsujet du Couronnem ent de la V ierge, p lus m ouve­\nmenté, p lus varié, mais q ui s ’écarte déjà du carac­\ntère grandiose et majestueusement syntétique de la\nsim ple gloire virg in ale.\n    M ais le type spécial de com position q ui doit\nnous attacher d ’abord, p arcequ’il est intim em ent\nlié à l ’art flam and, c’est celui q u ’illustra surtout\nM antegna, ce sing ulier grand maître qui sut p lie r\nà u n apparent paganism e ou plutôt à un extraor­\ndinaire souci archéolgique son naturalism e v ra i­\nment académ ique et une élévation de sentiment\nsurprenante.\n"}, {"page_pdf": 392, "page_imprimee": 365, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1867, "texte": "                      L a P e in t u r e              3 65\n\n\n\n     N ’est-ce pas de lu i que procèdent les V iv a rin i,\nles B e llin i,le s P alm a le Bassan, L orenzo di C rédi,\nA ntonello de M essine, G io rg io n et tous les V é n i­\ntiens, enfin le p lus extraordinaire de tous: C i ma\nle m éconnu, l ’adm irable jeune homme qui fut\nl ’iconographe parfait des M adones de gloire ?\n     E t, malgré les hypothèses hasardées concernant\nl ’influence q u ’obtient l ’art flam ant à V enise, peut-\non se refuser à vo ir, par les gravures tout au\nm oins, M antegna projeter sa lum ière sur A lb ert\nD ü re r et sur tous nos maîtres italianistes des\nprem ières années du X V I e siècle?\n     L e fier buccinateur de César, d ’Orphée, d ’ H er­\ncule et aussi des Gonzague, term inera sa carrière\ndans une sincère adm iration de la M adone et dans\nla p lus profonde vénération po ur une Beauté\nfém inine, non p lus païenne n i m atérielle en sa\nplastique, mais pieuse absolum ent et com portant\nune exéçution précieuse, m ystiquem ent énamou­\nrée.\n     L a V ierge de la V icto ire , ses petites M adones,\nson incom parable retable de San Zeno, où M arie,\npresque byzantine, trône au m illie u d ’un décor\nrom ain, sous les guirlandes affectionnées par le\n M aître, et en com pagnie d ’Angelets louangeurs,\nont dû produire sur les contem porains du Padou-\nan une im pression écrasante.\n     Chose étrange, un autre académ ique, anato­\nmiste, celui-ci : S ig n o relli, finit comme M ante ­\ng n a s a vie de labeur et de recherches pratiques, par\nun retour vers ses débuts, par une série d ’œuvres\nconsacrées à la M adone et à son solennel cortège\nde saints. Pourrait-on s’empêcher de vo ir là une\n synthétique récapitulation de sa vie d ’artiste, un\naveu hum ble de la supériorité idéale rencontrée\nen la beauté de la Vierge-M ère, et rien q u ’en la\n pureté chrétienne?\n"}, {"page_pdf": 393, "page_imprimee": 366, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1973, "texte": " 366              L a L u t t e . — J u in   1900\n\n\n\n      Chose rem arquable encore, le profane et rêveur\n  S. B o ticelli, ce demi-hérétique, n ’ayant p u empê­\n  cher de grouper autour de sa Vierge du L o u vre ,\n  qui déjà annonce la période raphaélesque, des\n  anges et le jeune S t-Jean, a pourtant fait ap p a­\n  raître l'archange Saint M ichel qui pose sur la tête\n  de M arie la couronne étoilée reflétant les rayons\n  du soleil en symbole de d ivin e splendeur.\n      L e s noms im m ortels de Sanzio, de M ichel Ange\n  du Corrège et même celui de V in c i ; (q u i atteignit\n une perfection inestim able dans l ’im pression de la\n  beauté surh um ain e), appartiennent pleinem ent à\n ce néo-paganisme que l ’on s’efforce d ’évoqu er\n encore aujo urd ’h u i, mais q ui rom pt décidément\n avec le sentiment m édiéval. M ais Venise et l ’école\n flam ande appellent puissam m ent notre attention.\n     D ès 1446, en effet, A. V iv a rin i exécute le p o r­\n trait d ’une V ierge triom phante, œ uvre antérieure\n à celles de M antegna; mais avant cette date, sous\n l ’im pulsion de Spuarsione, l ’art padouan était\n sollicité à la fois par l ’idée chrétienne et par la\n forme antique. Ce fut certes Andréa qui im posa\n aux V é n itiens sa loi nettement form ulée de gran­\n diose naturalism e, et si G iorgion attribue à sa\n M adone assise sur une estrade et gardée par une\nmoine et u n chevalier, un luxe cérém onieux et un\nsym étrique apparat, s i le décoratif Corrège, in itia ­\nteur de toute l ’école bolonaise et de R u b e n s, témoi­\ngne, dans sa V ierge avec S t-F ra n ço is et S t-Jean\nBaptiste, (d u Musée de D re sd e) d ’un style fran­\nchement moderne, (car c’est celui du X V I I e siècle)\navant lu i M antegna a po ur ainsi dire transformé\nl ’école flamande, et c ’est de lu i que provient l ’art\ncom pliqué de G érard D a vid , laissé à lui-même\naprès la d isparitio n de M em ling,\n     T o u t artiste subit, à son insu, des influences\ncontinuelles.\n"}, {"page_pdf": 394, "page_imprimee": 367, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1816, "texte": "                     L a P e in t u r e              807\n\n\n\n    L a grande Conservation sainte du peintre de\nl ’H ô p ital S t-Jean, qui orne le musée du L o u vre ,\nfut le modèle préféré de D avid , mais sans nul\ndoute M em ling avait connaissance des presti­\ngieuses M adones vénitiennes aux arrangements\nsim ples et opulents, et Gérard, les prem ières\nannées du X V I e Siècle, quand l ’Ita lie devint un\npèlerinage, en fut littéralem ent hanté. L ’entou­\nrage de la Mère et de l ’E n fa n t à la grappe de ra i­\nsin devint alors sous son pinceau la réunion de\nSaintes du M usée de R o uen, ou la Madone de\nDarm stadt, mais il consentra toutes ses forces\npo ur pro duire une œ uvre de synthèse : L a M adon ­\nna di G lo ria, somptueuse V ierge su r un trône,\nqui b rille d ’u n grandiose éclat dans la cathédrale\nd ’E vo ra.\n    — M ais, comme par un legs des anciens, la\nBeauté était l ’objet prim o rdial de l ’art m éridio­\nnal. C elui du N ord, consacré plutôt à la Piété,\nnous parait p lus approprié aux aspirations de F o i,\npeut-être en grande partie p ar pénurie de modèles\net de science.\n    C ar l ’école des V a n E y c k avait puisé ailleurs,\nsans doute à Cologne, l ’ordonnance de ses\nmadones abritées sous un dais, comme dans\nl ’œuvre de M antegna ou entourées de roses, de\nfleurs et d ’oiseaux comme chez M artin S ch o n ­\ngauer. D ans l ’Adoration des M ages du Dôme,\nœuvre de Stephan L o chen er et qui n ’est à p ro pre­\nment parler q u ’une Vierge trônant entourée de sa\nsa cour, il y a un sentiment de douceur suave qui\nse retrouve dans les figures de M em linc, lu i aussi\nd ’o rigine germ anique. D ans les M adones de\nW ilh e lm de H e rle , si m ystiques et élégantes il y\na peut-être directement l ’influence d ’œuvres ita­\nliennes.\n    N os peintres, m oins favorisés que leurs rivau x\n"}, {"page_pdf": 395, "page_imprimee": 368, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1914, "texte": " 308               L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\n  du M id i, durent s’en tenir comme in sp iration à\n  certaines types de femmes chrétiennes, de pieuses\n  bourgeoises et surtout de religieuses, q u i v i v a i e n t\n  dans leurs ville s étroites, et leurs œuvres acquirent\n  ain si u n caractère d ’intim ité bien différent de\n  l ’opulence souveraine de l ’Italie.\n      M ais quel eût été le u r élan s'ils avaient pu com ­\n  tem pler une des Madones de gloire de Cim a de\n  Conegliano !\n      A u cu n peut-être de nos Flam ands ne connut en\n  effet Cim a, un peintre sans génie ( s i l ’on croît\n avec quelques-uns que désordre est synonym e de\n génie), mais un peintre de talent incom parable,\n presque surhum ain, ignoré, inaperçu. M ort à trente\n sept ans, en possesion d ’un procédé étonnant de\n calme, de tranquille et rayonnante splendeur, il a\n voué ses plus belles années au culte artistique de\n ce que ses prédécesseurs avaient im aginé de p lus\n beau dans la nature hum aine et il a dépassé ce\n but. L a V ierge fut le m otif presque unique de ses\n adm irables et patients travaux, et en vérité, quand\n on s ’est tout-à-coup introduit dans la salle où l ’on\n conserve une de ses V ierges glorieuses, comme celle\n de B ologne par exemple, on se sent envahi par\n l ’émotion pénétrante que produisent les chefs\n d ’œ uvre complets.\n     Justice ne lu i est pas rendue, et p ourquoi ? P a r\nfatigue de vision ou torpeur de goût? O u bien\nconsidère-t-on comme une tare, comme une absen­\nce d ’insp iratio n ce dévouement de l ’élève de B e l ­\nlin i à la continuelle vénération, durant sa trop\ncourte existence, du type de la parfaite beauté\nchrétien n e ? — Q ui le saura jam ais. ? —\n     L ’esthétique contem poraine n ’est-elle pas un\nvéritable tissu d ’illogism es? Q uant aux Flam ands,\nils ne semblent pas avo ir soupçonné que l ’intuition\nsecondée par le talent et surexcitée p a r la F o i\n"}, {"page_pdf": 396, "page_imprimee": 369, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1967, "texte": "                        L a P e in t u r e .             369\n\n\n\n  peut élever Je rendu de la vérité palpable ju sq u ’à\n  une apparence divine.\n     D e V a n E y ck , la M adone de L u cq u e s, allaitant\n dans une cham bre d ’apparat, celle de D resde qui\n fut l ’autel de voyage de Charles V , et don l ’analo­\n gie avec la sim ple et intim e M adone de P a la (de\n B ruges) a été remarquée p lus d ’une fois ; de Roger\n van der W eyden, les quatre saints entourant la\n Virege debout, (triphyque des M édicis dont il\n rapporta l ’inspiration de la P éninsule) ; de Metsys,\n la V ierge avec l'E n fa n t (de l ’Erm itage à S t-Peters ­\n bourg) : d ’A lbert D ü re r même les V ierges a lla i­\n tant, les M adones d ’A ugsbourg, de V ienne, de\n Florence, de M adrid, de B e rlin portant l ’em preinte\n de la F la n d re , rien ne saurait atteindre l ’exaltation\nde la M adone sur fond d ’or de F r a A ngelico que\nl ’on voit au Musée Stœdel de F ran cfo rt et le ch ar­\nme de ses douze anges louangeurs, n i même le\nsentiment étrangement p ieux de la soi-disant\nN ativité d ’ Isenheim célèbre pa r toute l’A llem agne\net où le pinceau de Schongauer à retracé une\narcade gothique, des ornements contournés, des\nanges m usiciens, avec une tendre naïveté visant à\nl ’d lé a l. M ais il faut avouer que c ’était dans un\nesprit presque identique q u ’était conçue la riche\nM arie de gloire de H . M em linc qui fut brûlée en\n1870 durant le siège de Strabourg.\n    Seul, sans doute, dans l ’art flam and, et peut-\nêtre par atavisme, il s’élève au dessus de la prosa­\nïque perfection professionnelle, et il est un des\nderniers gothiques.\n    A u seizieme siècle d ’ailleurs, paraît s ’affaib lir la\nla tradition de la cérémonieuse majesté de la R eine\nangélique. R aphaël, dans son tableau d e la N atio ­\nnale G allery (la Vierge entre les Saints Jean et\nN ico las) ne s’écarta point sensiblement de L o re n ­\nzo di C rédi et se montre plutôt conventionnel\nq u ’inspiré.\n"}, {"page_pdf": 397, "page_imprimee": 370, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "370                L a L u t t e . — J u i n 1900\n\n\n\n      U n e technique nouvelle, une tendance décora­\n  tive différente, sous l ’im pulsion des grand M aîtres\n  de la Renaissance, su ivis aussitôt par les m anié ­\n  ristes et les éclectiques, p a r les o uvriers habiles,\n  am bitieux mais de peu de foi, se montre alors dans\n  des sujets plus mouvementés, charpentés comme\n l ’in diquen t le u r nom typique de machines; ils enva­\n  hissent les voûtes, les autels, les p iliers, s ’unissant\n  bientôt à une architecture fantasque et tourm en­\n tée.\n     L ’éducation de la V ierge, l ’Assom ption, le C o u ­\n ronnem ent, toutes les phases brillantes ou élo­\n quentes de sa vie, m ais surtout celles qui autori­\n sent le mouvement, l ’étalage, le tapage, rem placent\n cette sorte d ’adoration muette q u ’exigeait, avant\n le retour de la forme païenne, la syntèse de la\n gloire virg inale.\n     Com m ent ne pas s’étonner de vo ir cet abandon\nse m arquer encore d ’avantage peu après l ’époque\noù le C o n cil de Trente confirm ait l ’établissement\n de la fête de la C onception Im m aculée, instituée\nen 1476 par Sixte Q uin t?\n     I l est certain que la grandeur spirituelle du\nrôle de la Fem m e est intim em ent liée à l ’idée\nchrétienne dont l ’art m édiéval est l ’essence la plus\npure, et que le Fém inism e moderne manque à la\nfois d ’assises et d ’idéal.\n     On a dit avec raison que le dogme du réel est le\nplus instable de tous les dogmes. C hercher la\nBeauté dans la Matière est un form el abaissement.\n     L ’Eternel F é m in in , on l ’a oublié, est fait d ’espé­\nrance, de prière et de foi, de consolation et de\ncharité, de regret et de m artyre, et l ’envolée vers\nles mystères de souffrance et de triom phe n ’est\néclairée que par le P hare im m uable de l ’Au-delà !\n\n                                            E dgar B aes.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-008", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 371, "page_fin": 374, "titre_corps": "Deux Théâtres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Armand Praviel", "ancre_debut": "LE TH ÉÂTRE D e u x T h é â t r e s Sans aucune pédantesque", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 398, "page_imprimee": 371, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1816, "texte": "LE TH ÉÂTRE\n\n\n\n\n              D e u x        T h é â t r e s\n\n\n\n\n    Sans aucune pédantesque intention de professer et de\n dogmatiser, qu’il me soit permis de développer ici quelques\n réflexions qui me sont chères. Voici longtemps qu’il m'est\n pénible d’entendre mépriser en vertu de principes reconnus\n incontestables des pièces émouvantes et hautes. Pourrais-je\n proposer une solution, conciliant à la fois mon respect de\n ces mêmes principes, et mon admiration pour les œuvres\n qu’ils condamnent ?\n    Essayons et tâchons d’être clair.\n   — Un malentendu embrouille toutes les questions de\n critique théâtrale.\n    Combien de drames, pleins de nobles pensées et pro­\n duisant un puissant effet n’a-t-on pas déclarés sans valeur\npar ce reproche qui semble fondamental : « La psychologie\n en est enfantine... Les personnages qu’ils mettent en scène\n sont des fantoches...\n   Combien d’œuvres poignantes n’a-t-on pas critiquées en\ndisant triomphalement : « Quelle idée se dégage de ces\nfaits ? Quelle est la pensée qui a inspiré l’auteur ? — Qu’est-ce\nque tout cela veut dire ? »\n   Ne serait-il pas plus simple, au lieu de se clore ainsi dans\nun étroit parti-pris, d’ouvrir largement la porte à toutes les\nformes d’Art ; au lieu de s’épuiser à comparer Racine et\nCorneille, d’admettre simplement qu’il est deux Théâtres\ntrès distincts, procédant tous deux de façons très différentes\npour atteindre la Beauté ; deux Théâtres, ayant chacun\nleur technique, leurs moyens d’action, leur compréhension\nde la scène ; deux Théâtres enfin que nous nommerons,\npour la simplicité de ce qui va suivre, le Théâtre réaliste et\nle Théâtre idéaliste ?\n   — Le Théâtre réaliste a pour objectif unique la représen­\ntation de la Vie : ses ridicules avec Molière ; ses douleurs\nou ses joies avec Racine. Avant tout, il se préoccupe de\n"}, {"page_pdf": 399, "page_imprimee": 372, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2436, "texte": "372                L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\nl’Homme, de ses passions, de ces vices, de ces vertus ; il\ncherche à le mettre exactement en scène.\n   Remarquons-le immédiatement : de cette peinture violente\net serrée des caractères mis en opposition sortira tou­\njours, à coup sûr, un effet moral, pour obscur et éphémère\nqu’il soit : horreur du vice qui rend criminel ou ridicule, —\net quelquefois, au contraire, excuse et sympathie pour un\nmalheureux plus victime que coupable. Mais cet effet,\nproduit inéluctablement, n’est pas l’objectif poursuivi\ndirectement par le Poète : avant tout, il se propose de nous\némouvoir, en étalant sur les planches nos propres misères,\nnos propres malheurs. Il n’est point un professeur ou un\nsermonnaire. Il se contente de pleurer ou de rire d’une\nfaçon assez communicative pour que nous suivions son\nexemple.\n   Qu’on me laisse le dire une bonne fois : ce théâtre ne\npeut avoir mes préférences. Cette sorte de dédain qu’affiche\nl’Artiste pour l’idée qui peut jaillir du conflit des personnages\ncréés par lui, ne s’accorde pas avec la conception que nous\navons de son rôle ci-bas. De l’usage de son talent il doit\nrépondre devant Dieu ; cela, nous, catholiques, nous le\ncroyons fermement. Le Poète n’est donc pas libre de jeter\nau vent qui passe la chanson de sa fantaisie ; il doit se\npréoccuper des rêves que cette chanson suggérera aux\nfoules... Plus encore ; son œuvre doit être une œuvre\nd’Apostolat : l’effet moral n’en est pas un accessoire : il en\nest le but cherché et désiré.\n   Le Théâtre chrétien ne peut qu’être un Théâtre idéaliste.\n   — J’entends sous ce titre les drames dans lesquels\nl’Auteur a eu le dessin de prêcher efficacement. Une pensée\nse présente à lui : pour la communiquer au Peuple, il la\nconcrétise dans une action scénique d’où elle sortira\ninévitablement.\n   Pour arriver à ce résultat, les personnages seront moins\ndes êtres vivants que les éléments du raisonnement du\ndramaturge. Ils sont des entités... (Ruy Blas, le Drame,\ndon Salluste, la Tragédie, don César, la Comédie. » Ils sont\nles membres d’une sorte d’équation algébrique.\n   L ’œuvre tout entière se résout dans une formule.\n   Plus cette formule resplendira puissamment, dans tout\nl’éclat de son originalité et de sa clarté, symbolisée en une\nscène qui résume la pièce, plus le drame sera beau. La\nfameuse définition ne sera-t-elle pas dès lors applicable :\nLe Beau, c’est la splendeur du Vrai ?\n"}, {"page_pdf": 400, "page_imprimee": 373, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "                       L e T h éâtre                     373\n\n\n\n   Dès lors, ce système admis, toutes les critiques adres­\nsées au drame romantique s’écroulent d’elles-mêmes.\nQu’en a-t-on dit, en effet ? Les personnages n’y sont que\nles porte-voix du Poète. Certes !... mais il ne les a créés\nque pour cela, rien que pour faire vivre un fragment de\nson rêve : ils sont une part de son propre raisonnement.\nLoin de nous la pensée de le nier.\n   — Cette théorie qu’Eschyle, Sophocle et Schakspeare\navaient inconsciemment mise en pratique, que la grande\nâme de Corneille avait toujours suivie, Victor Hugo la\nformula avec hésitation dans ces préfaces. Depuis elle a\nconquis victorieusement la scène avec Dumas fils, Sardou,\nBrieux, de Bornier, Coppée dans Pour la Couronne,\nRichepin dans la M artyre, Rostand dans la Princesse\nlointaine. Chacun des chefs d’œuvre de ces Poètes puissam­\nment idéalistes ne pourrait-il pas se résumer en une formule,\nformule mise en valeur dans une scène capitale :\n   La Haine : La plus haute vertu de la Femme est la Pitié :\nCordélia donnant à boire à Orso blessé.\n   Pour la Couronne : La justice n’est pas de ce monde :\nConstantin innocent attaché au pied de la statue de son\npère coupable.\n   La M artyre : Le Christianisme a créé le véritable amour :\nFlamméola se faisant baptiser par Johannès pour partager\nson éternité.\n   Ces quelques exemples suffisent. Ce serait, en effet, une\nfaçon simpliste de voir les choses que d’assimiler à ces\nnobles œuvres la foule ordinaire des autres drames. Dumas\npère avait cru égaler Hugo en mettant sur la scène une\nérudition de clinquant, des phrases sonores, des cris et du\nsang : c’était puéril. Il y a dans les Burgraves et le Roi\ns'amuse autre chose que des poignards, de beaux vers et\n des hommes masqués. Il y a un sincère effort pour maté­\nrialiser une idée puissante dans une action scénique :\naction maladroite, invraisemblable, embrouillée, impossible,\nje le veux bien. Mais la faute en est au Poète, non à la\nthèse qui le guidait.\n   — A nous autres, Catholiques laborieux, d’exploiter\n cette mine féconde ! Tandis que les Réalistes s’attachent\naujourd’hui à tripatouiller toutes les fanges, ayant aban­\n donné l'étude des passions pour celle des instincts, reven­\n diquons hautement pour nous la tradition idéaliste. Nous\n reprendrons ainsi la doctrine esthétique du M oyen-Age\n qui, de tout spectacle matériel, faisait jaillir une Idée\n"}, {"page_pdf": 401, "page_imprimee": 374, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 975, "texte": "374               L a L u t t e . — J u in 1 9 0 0\n\n\n\nimmortelle. Instruits des raisons secrètes des choses,\nexplorateurs de l’Infini, ne dédaignons certes pas de faire\npalpiter sur la scène l’homme éternel avec ses luttes, ses\ndéfaillances, scs victoires... mais que par nos mains\npieuses, les tréteaux fleurissent en perpétuels symboles de\nPrière et d’Amour! Que les grandes prédications religieuses,\nmorales et sociales remplacent pour l’éducation du peuple\nles spectacles dissolvants de la Luxure et de l’Athéisme !\n  — Et avant d’engager la grande bataille, répétons-nous\nla parabole évangélique : le Seigneur, comme le Maître à\nses serviteurs, nous a confié un dépôt... Songeons que\nnous n’en sommes point les propriétaires et que nous\nn’avons point le droit de l’enfouir dans le sol, à plus forte\nraison de le gaspiller aux hasards de la Route.\n  Travaillons pour Sa Gloire à le faire fructifier.\n\n\n\n                                         A r m a n d P r a v ie l .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-009", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 375, "page_fin": 376, "titre_corps": "Une lettre de M. Yves Berthou", "titre_sommaire": "Lettre à la Revue Naturiste sur le clergé breton", "rubrique": "", "signature_source": "Yves Berthou", "ancre_debut": "UNE L E T T R E D E M. YVES B E R T H O U . Notre collaborateur et", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 402, "page_imprimee": 375, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 2319, "texte": "UNE L E T T R E D E M. YVES B E R T H O U .\n\n   Notre collaborateur et ami Yves Berthou nous prie\nd'insérer la lettre suivante qu’il a adressée à la Revue Natu­\nriste :\n\n             M on C h e r C o n f r è r e ,\n\n\n    Le compte rendu que donne la Revue Naturiste d'un\n mien article de la L u t t e , La Résurection de la Bretagne,\n est tellement flatteur pour moi et me prouve si bien que mes\n idées ont porté que j’aurais mauvaise grâce à me plaindre\n d’un alinéa qui peut cependant prêter à équivoque, me fai­\n sant dire par la plume de votre collaborateur le contraire de\n ma pensée : « Il nous plait aussi (!) d’espérer qu’en un ave­\n nir peu éloigné le pays (la Bretagne) débarrassé des fonc­\n tionnaires qui l’asservissent et d’un clergé qui l’abrutit,\n devienne un pays, réellement libre et fort. »\n    Voilà une phrase qui semble résumer mon article et dont\n ic ne voudrais pas endosser la responsabilité vis à vis de\n ceux qui n’ont pas lu mon article même. D’accord, certes,\n en ce qui concerne les fonctionnaires, mais je veux protes­\n ter contre le coup injustifié porté au clergé breton.\n    Qu’on le sache donc bien ! nous avons eu une Eglise bre­\n tonne et de fait nous l’avons encore malgré les ordres qui\n pourraient venir de Rome. Nous avons des Saints nationaux,\n nés sur notre territoire ou venus d’au-delà les mers à la\n suite des aïeux, de Cambrie, d’Ecosse ou d’Irlande. — Ah !\nles jolies Légendes !.. — Tous ont vécu parmi nous, faisant\nle bien, et la reconnaissance d’un peuple s’est transformée\n en culte. Canonisés ou non, ils sont sur nos autels ou dans\nles fraîches niches de nos fontaines miraculeuses. Avec une\nrespectueuse familiarité, nous leur adressons nos prières\ncomme à des aïeuls qui doivent assistance à leurs petits\nenfants. On nous dit superstitieux, arriérés. Comme on nous\nconnaît mal ! et qu’il y a loin de ce culte familier, naïf certes,\nmais aussi très poétique, à la froide bigoterie, à la jocrisse ­\nrie intolérable et si souvent intolérante que l’on trouve par­\nfois hors de nos fontières ! Qu’on aille donc voir nos gais\npardons qui réunissent, chaque dimanche de la saison d’été,\njeunes et vieux au fond d’un vallon fleuri où chante le clair\nruisseau jailli d’une fontaine sacrée. Là, autour de la cha­\npelle de granit moussu d’un vieux brave homme de saint,\n"}, {"page_pdf": 403, "page_imprimee": 376, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "3 76               L a L u t t e . — J u in 1000\n\n\n\n les dévotions faites, l’on boit du cidre généreux et l’on danse\n au son des vielles et des binious ; on ne s’y abrutit pas en\n absorbant des vertes.\n    Nos prêtres sont élevés parmi nous. Chose importante à\n noter : il y en a un dans chaque famille. Les enfants desti­\n nés à la prêtrise, au sortir de l’école primaire, vont au petit-\n séminaire régional. Aux vacances ils retournent à la paroisse;\n ils ne cessent de prendre contact avec leurs amis et leurs\n proches. Remarquez qu’en Bretagne ont est parent jusqu’à\n la dixième génération ; c’est à dire que dans une paroisse il\n n’y a que des parents à tel point que la moindre fête réunit\n dans une même ferme une ou plusieurs centaines de convi­\nves. On n’y cultive pas les inimitiés.\n    Une fois ordonné, le jeune prêtre est nommé vicaire\ndans une paroisse voisine de la paroisse natale ; c’est encore\ndans le pays natal qu’il prend possession d’une cure. On\nne cesse donc de le suivre en sa carrière depuis sa nais-,\nsance jusqu’à sa mort. Il reste le familier de tout le monde;\nles ordres n’en ont point fait un autre homme ; ses intérêts\net ceux des siens sont mêlés au nôtres et, chose essentielle,\nil reste le défenseur éclairé — car il est instruit — des tra­\nditions, des usages et de la langue. Il est peut-être plus que\ntout autre l’ennemi des innovations en matière religieuse et\nvraisemblablement il serait le plus heureux du monde de\ns’affranchir d’une domination étrangère quelle qu’elle soit.\nJe dois bien oser le dire : nos Evêques qu'on choisit toujours\nhors de Bretagne font plutôt les affaires du gouvernement\nque les nôtres.\n    Voici les vacances qui approchent. J ’engage ceux qui ont\nencore certains préjugés — préjugés funestes pour nous\ntous — à passer quelques semaines dans un village breton\n— je parle d’un village où l’on parle la langue celtique et\nnon d’un pays déjà francisé — et à faire la connaissance du\nclergé local. Ils seront stupéfaits de la largeur de vues, de\nla liberté de langage, de la bonté, de la bonhommie char­\nmante, de la candeur aussi de ces prêtres qui sont restés\ndes hommes sous la soutane du prêtre. — Ah ! c’est un pays\nbien étrange que la vieille Bretagne. On s’apercevra trop\ntard du mal qu’on aura fait en le réveillant brutalement au\nmilieu de son rêve. On se dira enfin que les mauvais plaisants\net les sectaires aveugles auront commis une faute irrépara­\nble. Combien n’en commit-on pas au nom du Progrès et de\nla Liberté ?... A moins que ce réveil ne soit suivi d’un geste\nqui bouleversera le monde !\n                                           Y ves   B erthou.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-010", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 377, "page_fin": 382, "titre_corps": "Revue du mois", "titre_sommaire": "Revue du Mois", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Le Cardonnel", "ancre_debut": "R e v ue du mois L ’E x p o s i t i o n U n i v e r s e l l e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 404, "page_imprimee": 377, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 1954, "texte": "R e v ue du mois\n   L ’E x p o s i t i o n U n i v e r s e l l e . — L a   guerre   du   T r a n s­\nvaal    — L ’ a m n is t ie .\n\n\n\n\n    L ’ e x p o s i t i o n u n i v e r s e l l e . — Avant de se dresser dans\ntoute sa féerie, elle aura donné lieu à bien des dénigrements,\nau point que les partis politiques auront vu en elle, un\nmoment, l’occasion d’un terrain de combat, bien qu’elle soit\naujourd’hui la grande pacificatrice. Elle aura soulevé des\npolémiques comme tout ce qui se fait de grand et de juste\ndans ce pays, qui si généreux devient si facilement victime\ndes mensonges des gazettes. En province, les rumeurs les\nplus étranges auront circulé, à son propos. Mais peu à peu,\nceux qui reviendront de la visiter, les yeux émerveillés et\nl’âme plus large, dissiperont les préventions des esprits\nmoroses et des âmes sombres. Elle sera vers la fin de cet\nété, ce qu’elle commence déjà à être, le grand lieu de péle­\nrinage, vers lequel les hommes de tous les pays tourneront\nles yeux et dirigeront leurs pas pour communier dans une\nmême ivresse de paix, de beauté et de vie.\n    Et par un de ces hasard inexplicables, une de ces\nconjonctions mystérieuses, il se trouve que l’emplacement\nde cette exposition où tous les peuples de la terre se\nrencontrent déjà, les mains fraternellement unies, à l’aube\nd’un siècle qui commence, en une année jubilaire, a la forme\nd’une croix. Pour celui qui la regarde de quelque hauteur,\nc ’est comme une croix vivante que cette exposition apparaît,\net dans cette croix vivante se mêlent les sangs de toutes\nles nations, coulent les sucs de tous les fruits, d’elle mon­\ntent les parfums de toutes les flores. Et quand durant les\nmolles nuits d’été, les guirlandes d’électricité s’allument,\nquand le château d’eau flamboie, la croix s’illumine. Alors\nnotre exposition apparaît peut-être à nos frères des autres\nplanètes comme une croix de lumière dans le ciel, à la place\n"}, {"page_pdf": 405, "page_imprimee": 378, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2616, "texte": "3 78               L a L u t t e . — J u i n 1900\n\n\n\n où leurs astronomes ont découvert la terre. Il y en a alors\n qui, là-bas doivent penser que de grandes choses s’ac­\n complissent chez nous. Des âmes pieuses s'agenouillent\n sans doute devant le signe de la miséricorde et de la\n paix. Des savants discutent. Des sceptiques sourient.\n    — Cependant la Croix apparaît toujours plus lumineuse à\n intervalles, chaque fois qu’un dimanche s’est écoulé sur la\n terre. Ceux qui voient plus profondément dans les choses\n divines parce qu’ils ont l’âme simple, pensent que cette croix\n de lumière annonce quelque grand événement. Elle annonce\n en effet, que des hommes, quelque part, ont fait trêve à leurs\n colères et à leurs haines pour s’unir dans l’amour de la\n Bonté, de la Beauté et le culte du Travail. En dépit des\n mots qui sont des travestis pour les pensées et les âmes,\n elle annonce un triomphe chrétien. Une vie nouvelle se\n réalise pour quelques mois sur un coin de terre d’où\n ont disparu les haines, les haines individuelles, les\n haines nationales, et c'est dans le Signe que cette vie\n triomphe.\n    Je sais qu’il y en a qui protesteront contre ces paroles.\n Certains mêmes seront tentés peut-être de crier au blas­\n phème par ce que sur l’emplacement de cette croix se\n dressent quelques laideurs, assez peu de vraies beautés, et\nqu’à côté de hautes joies, il règne des joies impures. Je\nsouhaite à ceux-ci de posséder la pureté virginale qu’ils\nexigent de toute chose sur la terre ; je leur demande que\nleur pureté soit aimable et non point revêche et aigre ; je\nleur demande aussi l’intelligence qui pardonne.\n    Nous savons qu’hélas ! rien n’est absolument parfait de\nce que réalisent les hommes et nous ne tirons jamais notre\nhumaine beauté que de nos luttes de chaque jour avec les\nimperfections de notre nature. A l’exposition universelle\non rencontre des hommes avec leurs vices et on ne voit pas\nque des beautés; l’architecture n’y est même pas admirable;\ncela est entendu ; mais ce qu’il faut surtout chercher, me\nsemble-t-il, c’est le sens profond d’une manifestation\ncomme cette exposition universelle. Que des hommes se\nretrouvent fraternellement unis malgré les barrières des\nraces et des langues dans une même fête qui célèbre les plus\ngrands dons de Dieu à l’homme, voilà qui a sa cause dans\ntout ce qui s’est accumulé depuis des siècles de Bien dans le\nmonde et dans la nature de l’homme. Et si maintenant nous\nconsidérons les joies, même les plus vulgaires, que cette\nexposition nous offre, nous constatons qu’il n’y en a point\nqui soient cruelles et s’obtiennent par la vue du sang.\n"}, {"page_pdf": 406, "page_imprimee": 379, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "                         L ’ A c t ua l i t é                379\n\n\n\n   Cette exposition est vraiment une fête de la paix, celle\noù les nationalités s’effacent, où les Allemands, comme les\nAnglais, les Russes, comme les Américains, les Turcs\ncomme les Chinois, les Italiens comme les Espagnols, sont\nen France, comme chez eux ; et c’est notre honneur à nous,\nFrançais, d’avoir réalisé cette Babel fraternelle, où les\nhommes de toutes les races se coudoient autour des archi­\ntectures de tous les foyers.\n   Elle est féconde en enseignements. En regardant les\nvisages occidentaux, on constate combien,grâce à la facilité\nde fréquentation des hommes que permet la prodigieuse\norganisation moderne, les types nationaux s’effacent. Il est\nsouvent bien difficile de distinguer un allemand, d'un anglais\nou d’un russe, voire même d’un français avant d’avoir\ncompris la langue qu'il parlait.\n   Suivant la tradition des grandes foires, cette exposition\nest le lieu où se donnent rendez-vous pour les échanges, les\nmarchands de tous les pays, depuis ceux qui apportent les\nétoffes précieuses jusqu’à ceux qui sont venus avec les\nparfums, les aromates et les fruits.\n   On y admire le prodigieux machinisme moderne ; les\nmonstres de fer et de bronze qui halettent et crachent la\nfumée, le rhythme puissant de pistons et des billes ; com­\nment le génie de l’homme accomplit la transformation des\nfruits trop âpres en succulentes nourritures ; comment il\ncaptive et soumet les forces mauvaises et obscures, les\nfait d’indisciplinées, destructives, devenir soumises et\nfécondes.\n   Nous y voyons voisiner toutes les civilisations, depuis\ncelles qui naissent à peine jusqu’à celles qui épuisées par\nune trop longue vie, meurent. Le Cinghalais souple y\ncoudoie l’Hindou pensif et comme perdu dans son rêve\nintérieur, le dahoméen étonné, le japonais dont les petits\nyeux flamboient à l’ombre de ses pesantes paupières, le\nSyrien agile, le Maure à la démarche lente de grand\nfauve.\n   L’Orient jette sur toute cette fête son éclat attardé. Il sem­\nble venir là pour apporter son tribut à ses dominateurs et\ncontribuer ses dépouilles à l’éclat du triomphe. Ses danses\nqui se font, la tète immobile et comme morte, tandis que\nles hanches ondulent, que le ventre frissonne, roule, bondit\nau chant douloureux des binious, nous font assister aux\njoies d’un peuple qui depuis des siècles ne pense plus et a\nplacé dans les parties basses de son être son moyen national\nd’expression.\n"}, {"page_pdf": 407, "page_imprimee": 380, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2258, "texte": "380                 L a L u t t e . — J u in 1900\n\n\n\n   C’est surtout au crépuscule ou bien la nuit qu’il faut voir\ncette exposition. Au crépuscule, quand on descend la Seine\nen bateau, à l’heure ou le soleil jette un dernier éclat sur la\nrue des Nations, sur les minarets, les colonnades, les dômes\net les tours, alors que l’œil va d’une rive à l’autre rive, du\nvieux Paris plein de chants et d’allègres sonneries au\ngothique flamand de l’admirable palais de la Belgique,\nà l’hôtel Allemand du X V I siècle, au dôme de Milan, de\nSaint-Marc, au palais des doges réunis dans le même palais\nitalien, au Kremlin du palais russe et que les dômes suc­\ncèdent aux coupoles, les donjons aux minarets, c’est\nvraiment une inimaginable ville de rêve que l’on croit\ntraverser.\n   La nuit, l’électricité court le long de la Seine, escalade les\ndômes, fait ruisseler la porte Binet de l’éclat de milliers de\npierres précieuses ; les minarets flamboient ; la rue des\nNations devient une rue d'une Venise de féerie. Mais dans\nquelques semaines, durant les fêtes de nuit, le spectacle\ndépassera encore toute cette splendeur, alors que les eaux\njailliront du Château d’eau phosphorescentes et lumineuses,\nque l’électricité scintillera jusqu’au sommet des plus hauts\ncoupoles.\n   Dans l’enceinte de cette exposition se tiennent des con­\ngrès qui travaillent à l’amélioration du sort de l’homme\nvivant en société ; il y aura des congrès religieux, des\ncongrès sociaux, un congrès de la jeunesse.\n   C’est ainsi qu'à l’aube d’un siècle nouveau, cette exposi­\ntion étale le bilan du siècle qui finit. En Art, la centennale\net la décennale qui nous apportent tant de révélations\nréalisent par exellence cette intention. Et c’est maintenant\nde cette œuvre, étalée là par le siècle qui jette son dernier\nadieu, que nous devons travailler à faire sortir l’œuvre\nnouvelle du X X e siècle.\n\n\n\n\n  L a G u e r r e d u T r a n s v a a l . — Pourquoi faut-il qu’un\npoint demeure sombre et rouge dans le ciel pacifique, au\nmilieu de cette allégresse ?\n  Tandis qu’à Paris se déroulent d’admirables fêtes de paix,\nun petit peuple succombe dans la lutte pour la défense de\nson indépendance. L’écrasement du Transvaal signifie-t-il\ndonc que les petites patries doivent périr absorbées par les\n"}, {"page_pdf": 408, "page_imprimee": 381, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2229, "texte": "                         L ’A c t ua l i t é                 3K1\n\n\n\ngrandes ? Cette marche des hommes et des peuples vers la\nlimite d’une impossible unité, ne peut-elle donc s’accomplir\nsans férocité et sans haine ? Le Transvaal hélas ! succom­\nbera sans doute, sans que la vieille Europe émue et crain­\ntive ait rien fait pour ce petit peuple de héros ; à moins,\nqui sait ? que par un de ces providentiels hasards, il ne se\nprépare, là-bas, pour l’orgueil anglais, quelque désastre\nd’autant plus formidable que la victoire l’a déjà caressé,\nquelque retraite d’Afrique qui fera succomber devant des\nnécessités naturelles, ce peuple anglais trop orgueillleux\nde la puissance de son armée et de son or.\n\n\n\n\n   L ’ A m n i s t i e . — Un autre point demeure noir en France,\nc’est l’Affaire. L ’Affaire, toujours l’Affaire, en dépit de\nde l’amnistie probable, de l’amnistie qui n’est qu’un mot :\nde l’amnistie qui voudra laisser croire que l’on a oublié\nalors qu’au contraire chacun se rappellera ; de l’amnistie\nqui laissera subsister toutes les préventions anciennes ;\nde l’amnistie qui laissera voué au mépris d’une partie de la\nnation un colonel Picquart qui a sacrifié son épée au devoir\nde sa conscience.\n   Un homme politique qui est aujourd’hui ministre, nous a\ndit que tout cela entrerait dans l’histoire... Le jugement de\nl’histoire, hélas !\n   A nous, le spectacle de ces deux dernières années suffirait\nà faire croire à la nécessité d’une justice divine, si nous n’y\ncroyions déjà.\n   Quant aux autres catholiques, à ceux qui ont pensé que\nla conquête du pouvoir politique était pour eux un devoir\nplus noble que de défendre un accusé, (fût-il coupable, ce\nqui reste encore à prouver), et que l’on frappait à son insu\net par derrière, ceux-ci, nous les renverrons pour leur\nédification : 1° à un article paru le 8 juin à l'Echo de Paris\net signé de Saint-Auban. 2° au numéro de 1’Action fr a n ­\nçaise dn 1er juin 1000.\n   Ils liront dans le numéro de VEcho de Paris, que pour\nun cerveau nationaliste, (le type de ce cerveau est parait-il\nRœmerspascher, un des héros du dernier livre de Barrès) :\n1° « Rien ne prime l’Etat » : 2° « le premier besoin de l'Etat\nest la Force » ; 3° « un cerveau nationaliste donne à l’idée\n"}, {"page_pdf": 409, "page_imprimee": 382, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "382                L a L u t t e . — J u in 1900\n\n\n\n de Justice pour bases celles de convenance et d’utilité ».\n Enfin les catholiques dont nous parlons comprendront\n par l’ensemble de l’article, que le nationalisme, hostile\n aujourd’hui aux protestants et à la franc-maçonnerie, ne\n l’est au fond pas moins au catholicisme dont il est la néga­\n tion essentielle. Nous nous doutions depuis longtemps\n de tout cela. Nous espérons du moins qu’après cette défi­\n nition de la justice, M. de Saint-Auban comprendra\n désormais l’inutilité de sa toge, de ses gestes, de ses plai­\n doyers, de ses citations d’Hello, de sa prose à prétentions\nreligieuses.\n    Dans le numéro de l'Action française du 1er juin 1900,\nils liront dans l’article intitulé: Entreprise morale, que le\nplus grand reproche que le nationalisme fait aux protestants\nest en somme de manquer de ce scepticisme qui fait la\nfaiblesse des catholiques français ; il leur reproche surtout\nd’être trop chrétiens.\n    Les mêmes catholiques liront attentivement le texte de\nl’enquête sur le protestantisme. Ils y verront que la morale\ncatholique y est qualifiée de supersticieuse et différents\ntermes leurs feront comprendre que l’attitude grossièrement\nanticléricale ne déplairait pas à l’occasion à ces messieurs\nde l'Action française, pour se concilier les ignorances\npopulaires. Paul Bourget relève d’ailleurs dans sa réponse\nces habiletés encore « malhabiles ».\n   Et maintenant nous demanderons à ces catholiques ce\nqui peut bien les attirer du côté d’un parti par essence\nanti-chrétien. Ne se destinent-ils pas une fois de plus, comme\nc’est d’ailleurs leur destinée ordinaire en ces sortes d’aven­\ntures, à demeurer avant peu, une fois de plus tout seuls,\navec le désavantage de s’être inutilement niés eux-mêmes\ndans leur esprit pour gagner une place dans le pouvoir\nqu’ils n’auront pas conquise ? Et je les renvoie comme\nconclusion à l’article de Louis Bertrand sur le nationalisme,\ndans le P a ys de France, en ajoutant seulement qu’il n’y en\na pas à qui il profite moins qu’aux catholiques, précisément\npar ce qu’ils se disent catholiques :\n   1° d’être des crétins ;\n   2° d’être des malhonnêtes gens.\n\n                                 G eorges L e C ar do n n e l.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-011", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 383, "page_fin": 384, "titre_corps": "Table des matières", "titre_sommaire": "Index alphabétique du Tome Ier (de la série nouvelle)", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Index Alphabétique d u T o m e I e d e la S é r ie N o u v e l l e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 410, "page_imprimee": 383, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 3446, "texte": "Index Alphabétique\nd u T o m e I e d e la S é r ie N o u v e l l e . —                          J a n v ie r -ju in M C M .\n\n\n\n\nB aes (E d g a r ) :\n            La Madone de Gloire .                                                                       357.\nB e r t h o u (Y ves) :\n            La Résurrection de la Bretagne............................... 2 0 8 .\n            Les Amants d'Arles ( d e H . M a z e l) . . . .               303.\n            Lettre à « laRevue Naturiste» sur leclergé breton 3 7 5 .\nB ra b a n d è re (V ic t o r de) :\n            Thèses boiteuses           .................................................................111.\n            Le Nouveau drame d'Ibsen                       ............................................. 171 .\n            Solness-le-Constructeur                 ....................................................175.\n            Le Vertige    .............................................................................. 2 4 6\n            Le Mirage,  (d e R o d e n b a c h ) ............................................ 2 99 .\n            L'Aiglon(d e M . R o s t a n d . ) ............................................ 3 0 1 .\nC h a r r o n (N o ë l ) :\n             Unpeu de psychologie. ( L e s r e v u e s ) . . . .                                        125.\nC o m it é (l e ) :\n            Série Nouvelle.................................................................                1.\nD elte n r e (E rn st) :\n            K E R M I S lie d . (S u p . m u s ic a l d e F é v r i e r 1 9 0 0 ).\nD e M o o r (H u b e r t ) :\n       «        Clio\n               » (d ’ A n a t o l e F r a n c e ) ............................................... 47.\nD ir e c t io n ( l a ) :\n            Echos du monde littéraire .                                 .       64 , 128 , 1 9 2 , 2 5 6 .\nE l ia s ( D é s y ) :\n            Libres-propos sur le bon s e n s .........................................4 5.\nF r o g e r (A l b e r t            de) :\n            Le salon de la Libre Esthétique................................ 180 .\nG e r m a in ( A l p h o n s e ) :\n            Le Mysticisme et l'Energie morale . . . .                                                    34.\n            Le Roman Chrétien .........................................105.\n            L’Esotérisme dans l’Egypte antique . . . .                                                  257.\nG i l l e ( V a l Èr e ) :\n             Le soir.......................................................................    220.\nG il l e t (L o u is ) :\n             Reliures  ................................................................        284.\n G il o n ( Y v a n ) :\n             Conte Barbare.............................................                       ..         85.\n G o f f in ( A r n o l d ) :\n             Proses lyriques...................................................... 2 2 1 .\n H eu x (G a s t o n ) :\n             Le Symbole du Jardin et de l’Amour                                                    .     25.\n             Fernand Séverin....................................................                   230, 286 .\nJ am m e s ( F r a n c is ) :\n             Prière ......................................................................... 150 .\n K l in g s o r ( T r is t a n ) :\n             L’Enlumineur..................................................                    275.\n"}, {"page_pdf": 411, "page_imprimee": 384, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "384                        L a L u t t e . — J u i n 1 90 0\n\n\n\nL e C ardonnel (G eorges) :\n         Revue du mois                .    .    52, 119, 185, 230, 314, 377.\nM a z e l ( H en ri) :\n         T hon R uskin.............................................................. 100.\n         Raymond L u lle .....................            . . . . .                 272.\nM ussche (P a u l ) :\n         L e V o y a g e u r .......................................................... 94.\n         Devant le S o i r .................................................... 97.\nN e d (E d o u ard ) :\n         Les conférences à Bruxelles......................................02.\n         La Louange de la T e r r e ..................................... 335.\nP ra viel ( A rm an d) :\n         Finis Latinorum            . .                                                  65.\n         Rosa M y s t i c a ......................................................... 151.\n         D eu x T h é â tr e s .........................................................371.\nR amaekers (G eorges) :\n         Notre Idéal n’est pas le v o t r e ..........................                  5.\n         L'Art R e l i g i e u x ..................................................... 60 .,\n         Emile V e r h a e r e n ............................................. 71, 154.\n         D eu x romans bruxellois . , ...............................115.\n         Chasse au c e r f ..................................................... 225.\n         La M ort du s o l e i l ................................................... 226.\n         La Dune des A d i e u x .......................................... 227.\n         La Princesse e n d o r m i e ..................................... 228.\n         Une Enquête sur l’A rt et la Religion . . . . 321.\n         Un Saint du C astel..................................... 277, 338.\nS é v e r in (F e r n a n d ) :\n         C a r i s s i m œ ................................................................ 84.\n         L'Ineffable r e g r e t ..................................................... 84.\n         « En marge de quelques pages » ..........................177.\nS prim o n t (C harles de) :\n         La Conquête de la M o r t ........................................... 10.\n         L e Drame W agnérien................................        129, 193.\n         La Mission de l’A r t .............................................. 179.\n         Les Médailles d’A r g i l e ..................................... 308.\nV erh aeren (E m ile) :\n         Ceux qui n i e n t ...........................................................14.\nV erhulst (A lbrecht) :\n         Guido G e z e l l e ...........................................................29.\n\n\n\n\n                             FIN DU TO M E Ier\n                                  (Série Nouvelle)\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-012", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "Éditions de La Lutte", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Éditions de La Lutte 80 Rue de l’Ermitage", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 412, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1289, "texte": "Éditions de \" L\n              AL\n               UT\n                TE\"\n         8 0, R u e d e l ’E r m it a g e , 80, — B r u x e l l e s .\n\n\n\nY ves B e r t h o u                 L e Prince des Prosateurs           f r . 0 .5 0\nA lbert Jounet                      Dieu de Beauté                        » 0 .5 0\nP a u l M u ssche                   Simplement                            » 2 ,0 0\nE d o u a r d N ed                  Mon Jardin Fleuri                     » 2 ,0 0\nG eorges R am aekers                Les Fêtes de l’E té                   » 1 .2 5\nG e o r g e s V ir r è s            En Pleine Terre                       » 3 .5 0\n\n\n\nVIE N N E N T DE P A R A IT R E DANS LES ÉD ITIO N S\n\n                            DE L A L U T T E :\n\n                             A r m a n d P r a v ie l\n\n\n\n            Poèmes M y stiques\nluxueux volume de plus de 100 pages, en librairie 2 francs\n                   pour nos abonnés 1.50 francs\n\n\n\n\n                           G eorges R am aekers\n\n\n\n               E mile V erhaeren\n                               (Monographie)\n                           plaquette de 4 0 pages\n                               P r i x : fr. 0 .2 5\n\n\n\n\n  On peut demander ces ouvrages au siège de la Rédaction\nde la Lutte, 8 0 , rue de l’Ermitage, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-06-n6-013", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-001.pdf", "ocr_sha256": "0819059f8813ae8a990546b534e2bb6d24755b40c27c48473e3feeb6a7294d05", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis et abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA LUTTE 80 RUE DE L’ERMITAGE 80 BRUXELLES paraît tous les mois", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 413, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "LA LU TTE\n                  80, RU E DE L ’E R M IT A G E , 80\n\n                                BRU XELLES\n\n     paraît tous les mois en fascicules de 64 pages, et\nforme au bout de l’an deux forts volumes in-8° avec table,\n               d’environ 400 pages chacun.\n              Belgique                                    Ailleurs\n    UN AN . .                   5 fr.           UN     AN       .    .    8 fr.\n    UN N u m é r o              1 fr.           U N    N um éro           1.25 fr.\n     LA L U T T E (Série Nouvelle) publie : CONTES, N O U ­\nV E LLES, ÉTU DES CR ITIQ U ES, M O N O G RAPH IES,\nL IT T É R A T U R E S É TR A N G È R E S, QU ESTIO N S DE­\nM O R A LE E T DE PH ILO SO PH IE, D RAM ES, POÈ,\nMES, R E LA TIO N S de V O Y A G E S , etc.\n          F O N D A TE U R S        :   P aul   M u ssch e,     E douard           N ed\nG eorges         R am aekers.\n\n      C O M I T É D E R É D A C T I O N . (B E L G I Q U E ) : D a n ie l\nC o p p ie t e r s , E r n s t D e l t e n r e , P o l D e m a d e , H u b e r t D e\nM o o r ,Y van         G il o n ,   G aston      H eux,        lA   bbé     H ector\nH O O R N A E R T , E M I L E J OM A U X , P A U L      M u SSCH E, E D O U A R D\nN ed,        G eorges       R am aekers,         C harles       de       S p r im o n t ,\nl ’A b b é    E u g è n e V an d e r E l s t , G e o r g e s V ir r è s .\n\n          C O M IT É      D E   R É D A C T IO N .      (F R A N C E )       :    Y ves\nB e r t h o u , J . E s q u ir o l , A l p h o n s e   G e r m a in , L o u is G il ­\nl e t ,    A lbe rt J o u n et, G eorges le C ard on n el,                       H enri\nM azel,        L o u is   M e r c ie r , R . P . P a c h e u    S. .T.,     A rm and\nP r a v ie l ,C h a r l e s d e R o u v r e , L o u is T ie r c e l in .\n\n\n\n\n      N. - B . — AD RE SSER tout ce qui concerne LA\nRÉ D A CTIO N de la Revue à M . H u b e r t D e M o o r , Secré­\ntaire de La Lutte, 40, rue de la Croix, B r u x e l l e s ; — tout\nce qui concerne l'A D M IN IS T R A T IO N , à M . E u g è n e\nB e c k e r s , administrateur de La Lutte, 80, rue de l’Ermi­\ntage, B r u x e l l e s . — Siège de la D IRECTIO N : 114, rue\nFranklin, B r u x e l l e s .\n\n          lmp. I x elloise [à vapeur) H Coduys, 272 et 276, ch. de Wavre\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 346, "texte": "                                  TO M E 1er\nC in q u iè m e A n n é e               d e la                 N ° 6 — J u i n 1 90 0\n\n                               Série Nouvelle\n\n\n\n\nLA LUTTE       R ev u e mensuelle\n                              F o n d é e e n 1 89 5\n\n\n\n\n           O N T C O LLAB O R É A CE N U M ÉR O :\n       MM.      E d g a r B aes,        Y ves B e r t h o u ,        G eorges\n\n    L e C a r d o n n e l , E d o u a r d N e d , A r m a n d P r a v ie l ,\n\n    G eorges R am aekers.\n\n    (C e numéro contient la table du Tome 1er de la\n                     série nouvelle).\n\n\n\n\n                                  B e lg iq u e\n\n\n            5 fr a n c s    par    an    | 1 fr a n c le n u m é r o\n\n\n                       Ailleurs, le port en sus.\n\n\n\n\n                           A D M IN IST R A TIO N\n\n                    80, R ue       de    l ’E r m it a g e ,    80\n\n                              BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "                      S o m m a ire\n\n5e Année — J\n           in\n            u        1900. — Tome 1er de la Série Nouvelle\n\n\n   I LE DÉBAT E STH ÉTIQ U E :\n\n      G eorges R am aekers :\n\n                           Un Enquête sur « l’A rt et la Religion.»\n\n                           (R éponse à \" T erreN ou velle \").\n\n II L A P E IN T U R E :\n\n      E d g a r B aes :\n\n                           La Madone de Gloire. (Iconographie).\n\nIII F LO R ILÈ G E M EN SU EL :\n       E d o u a r d N ed :\n\n                           La Louange de la Terre (poème).\n\n       G eorges R am aekers :\n\n                           Un Saint du Castel. (feuilleton de\n\n                           la revue ; chapitre II et III).\n\nIV LE T H É Â T R E :\n\n       A r m a n d P r a v ie l :\n\n                           D eu x théâtres.\n\n  V L ’A C T U A L IT É :\n\n       G eorges     le    C ardonnel :\n\n                           Revue du Mois.\n\n       Y ves B e r t h o u :\n\n                           Lettre à la Revue Naturiste sur le\n\n                           clergé breton.\n\n\n\n                 I N D E X A L P H A B É T IQ U E\n                              D V T O M E 1er\n\n                         (de la série nouvelle.)\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "LE D ÉBAT E S T H É T IQ U E .\n\n\n\n\nUne E n q u ê te s u r L’A r t\n\n                                 et la             R eligion .\n\n   Aussi longtemps qu’elles n’apparurent dans les revues\nqu’à l’état endémique, les enquêtes offrirent un intérêt réel.\nMais depuis trois ou quatre ans c’est une épidémie ! Parmi\ntant de questions hétéroclytes récemment posées aux écri­\nvains par les revues de Belgique et de France, l'une des\ndernières en date, celle de la revue lyonaise T erre Nouvelle,\nmérite pourtant qu’on s’y arrête. Que la question de savoir\ns’il convient, oui ou non, de créer à Bruxelles une Acadé­\nmie belge des lettres françaises soit palpitante ; que celle\nde connaître — déjà — s’il existe ou non une littérature\n« belge » le soit davantage encore, loin de nous le falacieux\ndessein de le nier.\n   On nous accordera pourtant qu’une enquête sur Les R a p ­\np o r t s d e l ’ A r t e t d e l a R e l i g i o n est d’intérêt primordial\n\net de portée un peu plus haute. T erre Nouvelle, la revue de\nM . Louis Aurenche, l’a compris semble-t-il ; et c’est un\ngrand honneur pour elle d’être la première à interroger sur\nun tel sujet les écrivains et les penseurs de France.\n   « Pensez-vous, leur est-il demandé, (nous citons textuel­\nlement le questionnaire)pensez-vous que, en son ensemble, le\nCatholisme nuise on contribue à la prospérité de l’Art et des\nLettres? ou croyez-vous qu’à cet égard le Protestantisme\nlui soit préférable? Pour parler d’une façon générale, pen-\nsez-vous encore qu’une Foi confessionnelle soit indispensa­\nble à l’essor de l’Art?\n   \" Il est bien entendu que la discussion sur les dogmes est\nréservée. Il ne s’agit par de savoir, en effet, si les dogmes\nsont vrais ou faux, mais dans quelles limites les religions\nsont une source d’art féconde. »\n   Nous ignorons absolument en quel sens abondent les\nréponsent faites jusqu’à présent à la direction de Terre\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "322                L a L u t t e . — J u in 1 90 0\n\n\n\n Nouvelle, qui ne les rendra publiques qu’en son fascicule\n de Juillet, mais nous serions peu surpris, — quelque\n invraisemblable que cela puisse paraître à la plupart de nos\nlecteurs — de rencontrer au cours de cette enquête l’un ou\nl’autre néo-païen aveuglé par la haine anticatholique, au\npoint d’oser prétendre en sa réponse que le catholicisme\nnuit à la prospérité des Lettres et des Arts. »\n   Car, opprobre des temps présents, ils sont plus nombreux\n qu’on ne les soupçonne les païens façonneurs d'idoles, que\nDieu a fait semblables aux œuvres de leurs mains.\n   Comme elle, ils ont des yeux, des yeux pour ne point\nvoir et ne point admirer — eux qui se proclament artistes ! —\nles prodiges réalisés dans l’Architecture, la Musique et la\nPoésie, par les grands génies orthodoxes.\n   Comme elles ils sont restés de marbre devant les dômes\nradieux des basiliques bizantines et le témoignage écrasant\ndes églises médiévales, survivant encore innombrables, en\ndépit dss iconoclastes, des incendiaires protestants et des\nbandes septembriseuses, n’a pu faire voir à ces aveugles\nvolontaires que la merveilleuse Splendeur de la Vérité\ncatholique qui pendant quinze siècles a ébloui le monde,\nconfond leur mensonge insensé.\n   Inertes comme leurs idoles, leurs regards n’ont point péné­\ntré la profondeur de tes arcanes sainte et sublime Symboli­\nque de nos fresques ecclesiales. Pas plus que leurs idoles\nmatérielles, ils n’ont d’âme pour éprouver devant l’Œuvre\nvisionnaire du catholique Angelico ce frisson du divin que\ntout sincère artiste, quel qu’incroyant qu’il soit, ne peut, en\nla voyant, s’empêcher d’éprouver.\n   Ni les verrières éblouissantes que l’Art catholique inventa,\nni les châsses et les reliquaires, ni les calices et les ciboires,\nni les ostensoirs, ni les remonstrances, ni les encensoirs,\nles chandeliers d’or, ni les pavillons ouvragés des crosses\nd'abbés et d’évêques, ni les savantes reliures des antipho­\nnaires, des livres d’heures et des missels, ni les miniatures\ninimitables, ni les broderies des bannières, des chapes, des\nchasubles, des mitres et des tiares ; ni la céleste statuaire ;\nni la sculpture aux inépuisables trésors, qui dentella l’élan\nchétien des cathédrales et fit grimper depuis la base jus­\nqu’au faite de leurs clochers vertigineux de merveilleux jar­\ndins de pierres, peuplés de bêtes et d’oiseaux, ne parvien­\ndront par la formidable clameur de leurs démentis unanimes\nà troubler la négation inflexible et sereine de ces fanatiques\ndu Néant.\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                   L e D é b a t E s t h é t iq u e         323\n\n\n\n   Comme leurs Idoles ils ont des oreilles, des oreilles pour\nne pas entendre le jeu palestrinien des orgues catholiques\nsouligner de leurs voix profondes les hymnes d’un Thomas\n d’Aquin.\n   Divin chant grégorien ! Musique inégalable ! Dans aucun\nautre culte en aucun autre temple l’âme des foules orantes\nne se sent transporter comme en nos cathédrales, lorsque\nles orgues magissantes sublimisent ta magesté !\n   Mais ceux-là qui sont sourds à tes hymnes vers Dieu,\ncomme à tes voix du ciel, o ! Musique des temps chétiens,\nsont sourds aussi aux poésies eucharistiques du grand Génie\nDominicain. La plupart d’ailleurs les ignorent, (car leur\nignorantisme est plus vaste, souvent, que le désert de Pha­\nran même !)\n   Et comme ils ignorent en outre les proses latines d’Adam\nde St-Victor, les vers flamands de Ruijsbrœck l’Admirable,\nles vers italiens de François d’Assise, et du grand moine\nJacopone, direct inspirateur de l’orthodoxe Génie de Dante;\ncomme ils ignorent également l’œuvre de Raymond Lulle,\ncelle de Jean de la Croix-; et l'Internelle Consolation, et les\nœuvres de Thérèse’, de Bonaventure, de François de Salles,\nvoire celle de Bossuet lui même ! qu’il n’ont lue que par le\ndos, ils affirment avec suffisance que le Catholicisme est l'en­\nnemi des Lettres et de la Poésie !\n   Détourne de ces ignorants la menace de ta Colère, o !\nMaître, et fais leur grâce, ainsi qu’à nous, pour la Gloire de\nta Pitié !\n   Que peut leur négation? Fera-t-elle s’effriter plus vite la\npierre de tes cathédrales ? Pourrait-elles hâter la disparition\ndes trésors de beautés accumulés en ton honneur depuis des\nsiècles, par les peintres, par les sculpteurs, par les verriers\net les orfèvres, sous leurs voûtes polychromées? Empêchera-\nt-elle les Pugin d’en édifier de nouvelles?\n   Et qu’ils nient donc ! puisqu’ils ne peuvent que nier. Leur\nnégation est telle qu’une ombre qui rend plus éclatante\nencore la lumière de ta Parole :\n\n             « L'Arbre se connaît à ses fruits. »\n\n  Que quiconque possède des yeux capables d’admiration,\net l’ouïe apte à communiquer à l’âme qui attend, l’extase\nmusicale, pénètre dans l’église d'un vieux cloître ogival,\nqu’il la visite et la contemple dans son silence et dans sa\nsolitude ; puis, quand les moines seront entrés dans le\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": " 324               L a L u t t e . — J Uin   1 900\n\n\n\nchœur, qu’il se mêle dans la vaste nef à la foule des fidèles,\nqu’il s’agenouille et qu’il écoute, qu’il multiplie ensuite en\nson esprit ce qu’il voit et ce qu’il entend, qu’il peuple tout\nl’Occident de milliers de tels sanctuaires, alors peut-être,\ncommencera-t-il à faiblement appercevoir dans cette évoca­\ntion, d’ailleurs forcément imparfaite, la façon vraiment pro­\ndigieuse dont le Catholicisme a su faire prospérer les Arts\npendant les quinze premiers siècles de son existence ici-bas.»\n\n\n\n\n    Mais les quinze siècles sont révolus où l’Art chrétien fit\n  entrevoir aux hommes l'Eternelle Beauté de Dieu.\n    Voici se ruer sur nos églises en prières et sur les cloîtres\n de paix les hordes en fureur du «plus pur Evangile ».\n    Ce que le Protestantisme a fait pour l’Art dans le passé?\n Il a pillé, il a détruit des milliers de chefs-d’œuvres, à la\n voix de Martin Luther. Il a banni à la voix de Calvin de ses\n faux temples sans autels le Drame quotidiennement miracu­\n leux du Sacrifice non-sanglant de la Messe ; il a proscrit\n I’imarcessible poésie de nos rites sacramentels, il a frappé\n d’infernal ostracisme les pompes du culte ancestral, il a fermé\n l’oreille à nos chants lithurgiques et si le Saint Esprit ne\n l’avait entravé il eût frappé de mort en sa colère néfaste\n l’Arbre de l’Art chrétien, Arbre miraculeux, quinze fois\n séculaire, mais qu’une inépuisable sève faisait ployer — lors­\n qu’il vint pour l’abattre — sous le faix glorieux de la sura­\nbondance de ses fruits.\n    Par contre le Protestantisme a produit, c’est vrai ! forces\npamphlèts incendiaires et maints paraphrases des Psaumes.\nMais qu’est-ce en vérité que tout cela, auprès de ce qu’il a\ndétruit : Tableaux, vases sacrés, statues, églises entières\nlivrés par lui au plus ignoble des pillages? A part cela\nqu’a-t-il encore produit ? sinon quelques avatars de l'im ­\nmense Art chétien.\n    Derniers bouquets de fleurs jaillies hors des branches\ndéjà coupées et que le Maître de la Vigne mutilée va lier et\njeter au feu; mais branches tellement gonflées de vie, que,\nséparées du tronc qui les vivifiait, leur sève avant de se\nsécher donna des fleurs encore, — superbes fleurs morbi­\ndes — à leurs propres bourreaux !\n    Les Protestants de bonne foi, qui déplorent ces excès\nhonteux des aînés du « Pur Evangile », avec la même sin­\ncérité que nous fait réprouver, à nous « Romains, » les très\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                              L e D é b a t E s t h é t iq u e                                    325\n\n\n\ndamnables représailles dont se rendirent alors coupables\nsur la personne des saccageurs, les plus impurs d’entre les\nnôtres, (1) les Protestants de bonne foi nous objecteraient\nc’est certain, d'un air d’ironie triomphante (si nous ne les\nprévenions) :\n   Et le Choral de Luther ? Et le Paradis de Milton ? n’est-\nce pas de l’Art Protestant cela ?\n   Nous leurs répondrons d’avance que le Paradis perdu\neût pu fort bien être signé par un grand Poète catholique.\nQu’il n’y a rien de Protestant dans l’œuvre de Milton,\npuisqu'il n 'y est point question de nier les dogmes chrétiens;\nqu’elle est d’inspiration non évangélique, mais biblique, et\nque le protestantisme n’a pas, du moins nous nous l’imagi­\nnons, le monopole de celle-ci? L ’Esther et L'Athalie du\ntrès catholique Jean Racine, à ce compte-là, seraient\négalement de l’Art protestant ! Nous leur répondrons\nenfin avec Albert Jounet que le Choral de Luther est bel et bien\ncatholique, au même titre que le style gothique des nouveaux\ntemples anglicans. Pour être logique avec lui-même le\nProtestantisme devait bannir de ses temples sans taber­\nnacle tous les modes d’expression du Beau. Les calvinstes\nl’ont compris.\n   Aussi est-ce avec netteté que le protestant Kierkegaard,\ndans son ouvrage Christenthum u. Kirche. (Hambourg 18G+),\nsoutient que « le culte du Beau n’est autre chose que la\ndéfection du culte chrétien t ! (2) Et par contre ne voyons-\nnous pas, aujourd’hui même, un rédacteur de la Revue\nchrétienne (3) écrire textuellement ceci : « L ’Adoration ! la\nvraie adoration ! Y a-t-il quelque chose de plus beau, hélas!\net de plus rare, surtout dans notre protestantisme intellec-\n\n\n\n\n    (1) « Où le h u g u e n o t e s t m a is tr e il ru in e               t o u t e s le s im a ­\ng e s . . . , d é m o lit le s s é p u l c r e s e t le s t o m b e a u x ,       e n lè v e t o u s\nle s b ie n s s a c r e z e t v o ü e z a u x é g l i s e s . E n c o n t r e é c h a n g e d e\nquoi     le    c a t h o liq u e   tu ë,     m e u r d r it ,   noye      tou s     ceu x      q u ’ il\nc o g n a i t d e c e s t e s e c t e , e t en r e g o r g e n t le s r i v iè r e s . ( E t i e n n e\nP a s q u i e r , le t t r e à AI. d e F o n s o m m e ; œuvres t II. p . 90.)\n  (2) Cfr. E. Hauviller. A propos de l’histoire de l’A rt\nchrétien, par F. X . Kraus. (Revue Générale février 1900).\n  (1)    M. Pierre Dieterlen. L'Architecture religieuse protes­\ntante. (Revue chrétienne, avril 1900. p . 308).\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "326                      L a L u t t e . — J u i n 1 90 0\n\n\n\ntualiste et froid ? Eh ! bien s’il est vrai que l’homme peut\nadorer et a adoré partout, il est également vrai qu’il y a des\nlieux de culte qui poussent à l’adoration, comme il y en a\nqui en éloignent. Repoussons l’art qui trompe l’âme en lui\nfaisant prendre une émotion de sens pour un réveil de la\nconscience, tenons nous soigneusement à distance du\nritualisme, qui nous ramènerait tout doucement au catho­\nlicisme, mais NE r e p o u s s o n s p a s t o u t é l é m e n t a r t i s ­\nt i q u e ». Voilà ce qu’ « au risque de froisser bien des\n\nhuguenots » se voit obligé d’écrire et de conseiller à ses\ncoreligionnaires, un protestant intelligeant et perspicace\nque fascine malgré lui la splendeur inégalée de l’Art catho­\nlique.\n    Mais la Foi du M oyen-Age a uni si étroitement l’Art et la\nReligion qu’admirer l’ Un c’est rendre implicitement hom­\nmage à l’Autre. Aussi ne faut-il pas trop s’étonner en\nentendant ce protestant sincère faire ce suggestif aveu :\n« Comment orner une église protestante ? Il fut un temps\noù cette seule question eût scandalisé comme un blasphème,\nou comme une confession de retour au papisme ». (1)\n    Que conclure de tout cela ? sinon ce que le collaborateur\nde La Revue Chrétienne en conclut lui-mème : « A côté de\nl'Architecture catholique, reconnait-il loyalement, l’Archi­\ntecture protestante fa it maigre figu re. A v r a i d i r e e l l e\nn ’e x is te   pas   ». (2)\n   — : « C’est un protestant qui l’avoue; soit, nous en fai,\nsons notre deuil, nous répondent les protestants de bonne\nfoi. Mais puisque « nous avons admis la musique » cet art\nlà nous reste du moins. Voyez la luthérienne Allemagne,\nEst-il races plus musicales que celles qui la peuplent Y »\n   Certes ! repondrons-nous, il n’en est point. Mais en ce\ndomaine de la Musique comme dans tout les autres domai­\nnes esthétiques que constatons-nous Y Dès qu’un grand\ncompositeur allemand, qu’il s’appelle Bach, Mozart, Men ­\ndelsshon, W eber ou Schumann, veut aborder la musique\nreligieuse,où va-t-il, dites-nous, puiser l'inspiration ! Est-ce\ndans vos temples vides et mornes Y ou dans nos cathédrales\navivées de mille lumières, animées de couleurs vivaces,\n\n\n\n\n   (1) Ibid. mai 1900.\n   (2) Ibid. avril 1900. (p. 303).\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                      L e D é b a t E s th é tiq u e         327\n\n\n\npleines de chant et de parfums, et que rend sacrées le M ys­\ntère la Présence eucharistique ?\n   Ah ! c’est ici surtout qu’apparait triomphale, l’écrasante\nsupériorité artistique de lE’glise, sur vos églises ! Nés dans\nle Protestantisme les génies musicaux de la moderne\nGermanie sont obliges de se tourner vers Rome et ce sont\ndes Messes, ce son des hymnes catholiques qu’il composent\nà la gloire de Christ !\n   En résumé, si peu érudit que l’on soit touchant l’histoire\nde l’Art dans la religion et les sectes, l’on doit forcément\narriver à dire avec le protestant Rieghel : « A proprement\nparler il n'y a point d’A rt protestant, car dès que l'Art\nse met au service d’une Eglise, il devient et d o i t n é c e s ­\nsa irem en t   être   c ath o liq u e   ». (1)\n\n\n\n\n   Maintenant que voilà faite notre réponse à la première\nquestion de T e r r e N o u v e l l e : « Pensez-vous que le\nCatholicisme nuise ou contribue à la prospérité de l’Art et\ndes Lettres ? Ou croyez-vous que le Protestantisme lui soit\npréférable?; répondons brièvement à la seconde qui se\nformule ainsi : « Pour parler d’une façon plus générale,\npensez-vous encore qu’une Foi confessionnelle soit indis­\npensable à l’essor de l’Art ? »\n   Posée de cette manière la question apparaît quelque peu\ntendancieuse ; mais foin de la chicane ! Et sans plus de\ndétours, nous y répondons par un « oui », qui, nous l’espé­\nrons bien, fera grimacer un rictus à tous les magots\nanticléricaux.\n   Mais il convient d’argumenter. Argumentons !\n   « Tous ce qui ne réussit qu’en flattant les passions infé­\nrieures de la nature humaine, ne saurait être appelé du\nnom d’Art, dont le caractère est de s’adresser à ce qu’il y a\nde plus noble en nous et de réveiller les sympathies puis­\nsantes, mais cachées de l’âme avec la Vérité, par l’intermé­\ndiaire de la Beauté employée comme une forme de la\nVérité elle-même. Le beau est agréable et l’Art plaît sans\n\n\n\n\n  (1) Cfr. L e Correspondant du 25 oct. 1899, note (p. 1195).\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "328                L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\n doute ; mais l’agrément n’est pas la Beauté, et l’Art se\n propose autre chose que faire plaisir. Ce qui substitue\n l’agrément à la Beauté et cherche seulement à plaire n’est\n donc pas un Art, « c’est une pratique servile, dit Platon,\n un métier comme la cuisine ». Vous pourrez relire cela,\n si le cœur vous en dit dans : L e Gorgias de Platon, traduc­\ntion V i c t o r C o u s i n , (arg. tome III, p. 140).\n    Tel est aussi notre humble avis. Tel fut celui du glorieux\nMoyen-Age, où « l’Art avait pour mission de glorifier Dieu,\nd’édifier le peuple, de seconder dans les âmes l’essor de la\npiété, et, d’autre part, d’embellir et d’ensoleiller le foyer\ndomestique et la vie de tous les jours. Tout son effort ten­\ndait à ennoblir l’âme populaire. D’après la croyance alors\ngénéralement reçue, toutes les choses créées ont dans la\nrévélation leur principe, leur mesure et leur fin ; tout dans\nla vie naturelle comme dans la vie spirituelle doit servir le\ndessein de Dieu sur l’humanité, et contribuer à fortifier\nnotre foi dans une sagesse supérieure. Il en résulte que\nc’est surtout à l’Art, l’expression la plus noble de l’enthou­\nsiasme humain, qu’il appartient de rendre témoignage à la\nVérité divine et de la rendre sensible et lumineuse par\nl’image. Il doit se constituer le maître, l’éducateur du\npeuple, l’élever au-dessus des soucis vulgaires et de la\nmultiplicité des intérêts passagers, pour fixer son regard\nsur les biens impérissables, s’efforcer d’incarner l’idéal dans\nses formes transparentes, se servir de son charme\nsouverain, pour éclairer les intelligences, échauffer les\ncœurs, fortifier les volontés, se faire le compagnon de\nl’homme pendant tout le cours de son laborieux pélérinage,\net s’associer fidèlement à ses joies comme à ses douleurs.\nTelle était au Moyen-Age la manière dont on envisageait la\nmission de l’Art ». (1)\n    Si donc le Moyen-Age a pu produire avec une profusion\net une puissance qui semblent tenir du miracle, une infinie\ndiversité d’œuvres vraiment surnaturelles, offrant pourtant\ndans leur catholique harmonie la plus émerveillante et\nfrappante unité, qui oserait nier que le génie humain est\n\n\n\n\n  (1) L ’A rt au M oyen -A g e et l’A rt de la Renaissance en\nAllemagne (trad. du vol, récent de Tanssen par M meE. Paris.\n« Correspondant » du 25 juin 1899).\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                  L e D é b a t E s th é tiq u e          329\n\n\n\n redevable d’un tel héritage à l’harmonie psychique, à l’unité\n de Foi des siècles très chrétiens qui le lui ont légué ?\n    Tous les esprits le reconnaissent. Jean Jaurès, l’éloquent\n laeder des socialistes français, parlant en avril 1900 au\n  Théâtre Civique à la Porte St-Martin, a célébré lui-même\n la fécondité unitive de la Foi religieuse sur les Arts des\n des siècles passés quand il a dit :\n    « Il n’y a plus dans l’ensemble de l’œuvre d’Art, de la\n création artistique des hommes depuis un siècle et demi\n harmonie et unité ? Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus d’idées\n communes, de conceptions communes qui rapprochent,\n réunissent, confondent tous les hommes et qui permettent\n par conséquent à l’œuvre d’Art, expression de la Vie, de\n coordonner et d’harmoniser toutes les forces ». (1)\n    C’est ce manque, si néfaste à l’Art, d’idées communes, et\n d’unité d’aspiration, que déplorait à son tour André Gide\n dans la partie la plus logique et malheureusement la plus\nvraie de sa conférence sur « l'Influence en littérature » :\n « A notre époque, que j ’admire et que j’aime, il est bon je\n crois, disait-il, de chercher d’où vient cette régnante\nanarchie, qui peut nous exalter un instant et nous faire\nprendre la fièvre qu’elle nous donne, pour une surabondance\nde vie ; — il est utile de comprendre que ce qui fait, dans\nsa plantureuse diversité, l’unité malgré tout d’une grande\népoque, c’est que tous les esprits qui la composent se\nviennent abreuver aux mêmes eaux... Aujourd’hui nous\nne savons plus à quelle source boire — nous croyons trop\nd’eaux salutaires, et tel va boire ici, tel va là. C’est ainsi\nqu’aucune grande source unique ne jaillit, mais que les\neaux surgies de toutes parts, sans élan, sourdent à peine,\npuis restent sur le sol, stagnantes — et que l’aspect du sol\nlittéraire aujourd’hui est assez proprement celui d’un\nmarécage ».\n   Avant Jaurès et André Gide, le député socialiste Jules\nDestrée avait déclaré au parlement belge : « Ce qui fait\nla grandeur de l’Art chrétien c’est la Foi chrétienne.\nLorsqu’un sentiment profond soulève l’âme humaine, il\nrend capable de grandes expressions ».\n\n\n\n\n  (1) Discours de Jean Jaurès au « Théâtre Civique ».\n(Revue socialiste. Mai 1900).\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": " 330                 L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\n     Mais il s’empressait d’ajouter :\n     « Une autre foi pourrait faire naître, une nouvelle explo­\n  sion d’Art ». (1) On entend bien ce que ces mots font sous-\n  entendre et que, dans la pensée de l’orateur, cette foi\n  nouvelle ne serait autre que « la foi communiste » (si tant\n  est que ce soit une foi ?) ; foi matérielle en tous cas, foi\n  sans levier spirituel, et qui ne produira pas plus de chefs-\n  d’œuvres que n’en a produit le culte païen de la Déesse\n  Raison.\n     Le socialisme sent bien, ainsi que l’on senti les théophi­\n  lantropes du Directoire, qu’il faut un culte, une religion\n  pour remuer profondément et soulever l’âme des foules et\n  que l’éveil des appétits sensuels, est bien faible et bien peu\n  poétique en face d’une foi idéaliste aussi prestigieuse que\n  la Foi catholique. Voilà pourquoi il en est réduit à parodier\n  honteusement nos fêtes religieuses. L ’idée d’une fête du\n travail est noble et grande car elle serait en vérité la glori­\n fication de l’obéissance au commandement divin. « Tu\n gagneras ton pain à la sueur de ton front ». De cette idée\n réellement poétique, qu’à donc fait le socialisme ? Il l’a\n ravalée, il l’a dégradée jusqu’en faire une manifestation\n politique, où sous la conduite de ses meneurs les troupeaux\n prolétaires s’égosillent à brailler la satanique Carmagnole,\n le jour même où dans nos églises la très suave Hyperdulie\n fait entonner par la chrétienneté toute entière le M agni­\nficat, immortel cantique de la Servante du Seigneur !\n    Entre le cortège des douces sœurs de charité, guidant les\n simples orphelines au pied de l’autel de Marie, qui s’érige\n dans le transept au milieu des fleurs printannières et des\n fleurs d’or des cierges blancs, entre ce cortège naïf qui se\ndéroule dans les églises, ou résonnent encore ces paroles\n du saint cantique :\n\n\n       Il a renversé les puissants de leurs trônes\n       Et il a élevé les humbles\n       Il a comblé de biens les affamés\n       E t renvoyé les mains vides ceu x qui étaient dans l'abon­\n                                                        dance ».\n\n\n\n\n  (1) Annales parlementaires, 1897.\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                   L e D é b a t E s t h é t iq u e        331\n\n\n\net l’autre cortège, celui de la rue, où, parmi les hoquets de\nl’ignoble ivresse les manifestants de la Sociale dégoissent\nl’immonde chanson :\n\n     « L e Christ à la voirie !\n     La Vierge à l'écurie ! »\n\n\n les meneurs s’imaginent-ils que les Poètes hésiteront ?\n    Et ce n’est pas assurément leurs Pâques rouges qui nous\n inspireront jamais... autre chose que du dégoût. Envisagé\n au seul point de vue de l’impression poétique, ce déjeûner\n en musique, qu’ils appellent Pâques rouges et par quoi ils\n voudraient remplacer le rite ineffablement beau de l’affolant\nmytère d’Amour où le Verbe Incarné, où le Petit Jésus\n donne à manger sa Chair divine et son Sang rédempteur à\nboire aux enfants du Pauvre et du riche, ce déjeuner en\nmusique apparaît à tout poète, comme la plus ignoble\nprofanation de la plus sublime tragédie ! comme une\nparodie deux fois sacrilège, car sacrilège aussi de la sur­\nhumaine Beauté, émanée d’un acte si grand.\n   Aussi combien de jeunes Poètes sont déjà revenus,\nsoulevés de dégoût, de leur « emballement » candide pour\nl’Art de la Sociale !\n   Mais une foi, fût-elle « confessionnelle », est tellement\n« indispensable encore » à la jeunesse littéraire d’aujourd’hui\nque la plupart de ces jeunes ont cherché, à tout prix, la\nfoi qui serait leur et qu’ils voulaient nouvelle. Car, épris\nainsi que nous de nouveauté artistique, ils se sont imaginé\nque la foi des littérateurs devait varier — est-ce assez fou? —\navec les modes littéraires !\n   — « Le Catholicisme ! Vous en êtes encore là, pauvre\nami, à vouloir au X X e siècle célébrer la foi du X IIIe !\nAh ! non ! mais laissez-nous rire. Il nous faut du neuf à\nnous, de l'inédit, quoi ? Votre Catholicisme ? Il est démodé,\nvoyons. Il est bien trop vieux ! »\n   — « Prenez garde, mes chers confrères ; le soleil et les\nétoiles sont encore un peu plus âgés, peut-être ? Cela vous\nempêche-t-il, dites-moi, de les chanter en des poèmes qui\npourtant sont bien « nouveaux ?... » Mais passons...\nà votre « inédit » doctrinal. L ’avez-vous déjà trouvé ?... »\n   Ils ont trouvé, en effet, Archimède, ils ont trouvé !\n   « Paganisme », « Panthéisme », voilà ce qu’il ont trouvé !\n   Les jeunes Poètes catholiques laisseront ces intransi­\ngeants novateurs s’essayer en vain à galvaniser des philo-\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": " 332               L a L u t t e .. — J u i n 1 900\n\n\n\n   sophies mortes, encore plus mortes en vérité que les idiomes\n   grecs, dans lesquels on les enseigna.\n     Connaissant bien que le Christianisme a noyé pour à\n  jamais dans le sang de ses premiers Martyrs les statues\n  brisées des faux dieux, ils admireront, en priant pour eux,\n  l’ahurissante crédulité de ces étranges incrédules, qui ne\n  croient pas à la Résurrection de Jésus-Christ, mais qui ne\n  désespèrent pas tout de même de ressusciter Priape, après\n  dix-neuf siècles de Christianisme !\n     Us se souviendront surtout qu’à travers tout ce siècle,\n  prétendument athée, il n’est pas en France un seul grand\n  Poète dont la Foi n'ait un jour illuminé l’esprit, pas un\n  qui n’ait lancé vers Dieu le cri libérateur de l'Espérance\n  et l’hosanna du saint Amour !\n     Les jeunes Poètes catholiques, Provenceaux, Bretons,\n Brabançons, Flamands, n’oublieront pas en effet que c ’est\n au X I X e siècle (non au X IIIe) qu’un écrivain catholique du\n nom de Chataubriand à célébré dans une œuvre immor­\n telle le Génie du Christianisme. Sans se lasser ils reliront\n cette œuvre, qui domine le siècle et c’est là qu’ils iront\n puiser « la meilleur part » de leurs inspirations.\n     Ah ! François-René de Chataubriand ! Il fut vraiment,\n celui-là, le grand « semeur évangélique » « dont le geste sem­\n blait d’accord avec le ciel. »\n    Semé par lui aux glèbes poétiques, (honteusement lais­\n sées en friche par le sans-culottisme qui ne leur donna rien...\n que le sang de Chénier) l’Idéal chrétien a germé, a grandi,\n a fleuri depuis lors au dessus de l’ivraie comme au dessus\n des ronces.\n    L a B i b l e —- Testament des siècles dans l’attente, où\n Moïse inspiré par l’Esprit Créateur révèle l’origine et le\n passé du monde, et dans lequel le vers des Voyants prophé­\ntiques entr’ouvrent l’Avenir au Drame de la Rédemption;\n    L ’E v a n g i l e — Epopée divine, ou le Verbe du Dieu,\ndevenu Fils de l’Homme, prêche à l’Humanité au prix de\ntout son Sang sa Doctrine de Foi, d’Espérance et d’Amour;\n    Et I’ U n i v e r s c r é e — cette Bible vivante, où chaque\natome est un vers éternel du Poème que chanta Dieu !\n    La Bible, l’Evangile et l’Univers crée, voilà indéniable­\nment les trois Livres par excellence, où tous les Poètes\nmodernes ont puisé leurs inspirations les plus hautes.\n    C’est la Bible, c’est l’Evangile, c’est la contemplation de\nl’ Univers crée, qui du cerveau des géants romantiques :\nChataubriand, Vigny, Hugo et Lamartine, ont fait jaillir\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                   L e D é b a t E s t h é t iq u e .        333\n\n\n\nces chefs-d’œuvres impérissables M oïse, Eloa, Les M artyrs,\nLa légende des siècles, les Harmonie poétiques et religieuses\net les Méditations.\n   Les jeunes Poètes catholiques se souviendront de telles\nœuvres et de celles encore plus récentes de Barbey d’Aure­\nvilly, de Villiers, de l’Isle Adam, de Louis Veuillot, de\nBlanc de St-Bonnet, de Lammenais, de Hello, de François\nRio, de Montalembert, de Bloy, de Verlaine, de .T. K . Huys­\nmans.\n   Ils liront et reliront le livre où Ozanam rend enfin noble­\nment justice aux grands Poètes franciscains. Puis ayant\nconnu l’éloge ils voudront tous connaître les chefs-d’œuvres\nd’un Jacopone de Todi, d’un Jacomino de Verone, d’un\nBonaventure.\n   Ils graveront dans leur cœur la très belle traduction\nqu’a fait Arnold Goffin de ces ineffables Fiovetti qui sont\nla bible en quelque sorte du naturisme catholique. Et j’en­\ntends ici naturisme dans le réel sens de ce mot.\n   A tant de sources poétiques ils auront bien soin d’ajouter\nnos saints livres lithurgiques, car ilfau t, que le X X e siècle,\nainsi que l’annonçait naguère l’illustre historien Godefroy\nKurth, soit littérairement « Le Siècle de la Lithurgie catho­\nlique ».\n   Oui, tel est notre trésor, et c’est bien là que nous irons\nchercher les germes féconds de nouveaux poèmes, car\nc’est en lisant de tels livres que nous connaîtrons dans sa\nplénitude la Vérité de la parole :\n   « Pour comprendre et pour exprimer les Symboles de la\nNature, il la faut contempler avec un cœur chrétien ».\n   Que M . Constant Smeesters avait donc raison, quand,\ndans la Revue Générale, en réponse à Jules Destrée, il\nécrivait : « Grâce à Dieu une foi nouvelle ne sera pas néces­\nsaire. La poésie chrétienne n’est pas encore épuisée. Les\neaux religieuses ont baissé, mais le flux succède au reflux.\n   « La marée monte, monte, monte plus vite que vous ne le\npensez. Et voici qu’avec elle, elle ramène l’Art, pauvre bra­\nque égarée, que la tempête avait jetée loin de la cote. Sur\nle drapeau qui flotte au haut du mât nous lisons la fière et\nchrétienne divise : « L ’Art pour Dieu ! »\n   « Nous ne savons encore d’une façon très précise ce\nqu’elle nous apporte ; mais, que ce soient les éblouissantes\nrichesses des grandes épopées, ou, dons plus modestes, les\nmélancoliques rêveries des ballades et des chansons, je\nsalue son retour avec un délirant enthousiasme et je chante\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "334                      L a L u t t e . — J u in 1900\n\n\n\nau Dieu qui l’a sauvée du naufrage, le triple hosanna des\nvictoires chrétiennes. » (1)\n\n\n  Voilà ce que nous avons à répondre à l’intéressante\nenquête de T erre Nouvelle.\n\n\n\n                                              G eorges R amaekers.\n\n\n\n\n  (1) C o n s t a n t S m e e s t e r s .   « Art et socialisme. » Revue\nGénérale, .Mars 1900 p. 373.\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "FLO R ILÈ G E M EN SU EL\n\n\n\n\n   L a l o u a n g e d e la T e r r e\n\n\n Simple et naïf ainsi qu’a l’époque lointaine\n Où, jeune enfant dans le hameau religieux,\n Mon âme en fleur vivait avec la marjolaine,\n Je suis venu vers la Terre de mes aïeux.\n\n Je suis venu chantant lon laine aux routes blanches.\n J’ai reconnu debouts en marges des chemins\n Dans la claire musique accueillante des branches\n Mes frères les ormeaux qui me tendaient les mains.\n\n J ’ai goûté le baiser de la brise sapide\n Qui descend des coteaux où dorment les forêts ;\n J ’ai reniflé, porté sur le souffle rapide\n Du vent, l’âcre parfum des pins et des cyprès.\n\n J’ai perçu dans les prés au ras des herbes vertes,\n Parmi le frisson bleu des sources d’alentour,\n Parmi le rire blanc des corolles ouvertes,\n Le jeune printemps blond qui frémissait d’amour.\n\n Alors j ’ai dit : Voici s’accomplir le mystère\n Ineffablement beau dans son éternité\n De la jeunesse blonde et claire de la terre\n Au cœur gonflé d’amour malgré sa vétusté.\n\n O Terre, tu es belle ainsi qu’une amoureuse\n Qui s’étend languissante et tiède à son réveil,\n Dont la bouche est exquise et la chair savoureuse,\n Comme d’un beau fruit mûr bruni par le soleil.\n\n Ton fiancé Printemps connaît donc la magie\n De filer améthyste, émeraude et rubis\n Et sur le métier d’or de l’aube résurgie\n De ces fils précieux te tisser des habits !\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "336              L a L u t t e . — Juin 1900\n\n\n La violette embaume humble parmi les haies,\n La cardamine en fleur émaille les gazons,\n L ’anémone se joue aux brises des futaies.\n La bruyère rosit au loin les horizons.\n\n Regarde moi. Je suis venu chercher la joie\n Préparée à mes yeux de poète naïf\n Dans l’herbe qui frémit, dans la fleur qui chatoie,\n Ton charme réjouit mon cœur de sensitif.\n\n Je suis venu chercher la paix de tes fontaines,\n Les mille chants ailés de tes bois printaniers,\n Le calme ecclésial de tes cimes hautaines\n Qui bondissent au ciel ainsi que des béliers.\n\n Je suis venu pour te louer dans la lumière ;\n Car tu es belle et bonne et ton cœur est empli\n De cet amour puissant de mère nourricière\n Vers lequel on revient après les jours d’oubli.\n\n Je suis venu chantant vers les courbes jumelles\n Et l’ondul gracieux bellement velouté\n De tes collines sœurs ainsi que des mamelles\n Frémissantes d’amour, de force et de santé.\n\n O frères qui passez, interrogez les êtres,\n Interrogez les cerisiers et les pommiers,\n Interrogez les monts dont vous êtes les maîtres\n Et les vallons qui travaillent pour vos celliers.\n\n Les arbres vous diront : Nous n’auront point de trêves\n Par les jours de soleil et par les tièdes nuits\n Que nous n’ayons formé du doux suc de nos sèves\n Pour vous et vos enfants les meilleurs de nos fruits.\n\nLes prés verts vous diront : Nous ferons les délices\nAu banquet parfumé du trèfle violet\nDe vos brebis, de vos taureaux, de vos génisses\nVous aurez en retour leurs laines et leur lait.\n\nLe chaume répondra : Frères, je vous convie\nA chanter avec foi les joyeuses chansons ;\nN ’ayez crainte ; je suis le pain, je suis la vie\nQue vous viendrez cueillir aux prochaines moissons\n\nVous entendrez enfin les entrailles profondes\nOù gisent les charbons, les marbres et les ors\nVous crier : Ouvrez-nous par les pics et les sondes\nEt nous vous livrerons infinis nos trésors.\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                F l o r il è g e M e n su e l                 337\n\n\n\nO Terre, tu es belle et bonne et tu es mère,\nEt je te chante, moi poète, moi terrien\nComme un enfant pieux qui courbe sa chimère\nDevant l’autel immense où ton culte se tient.\n\nEt je bénis aussi la mort selon la norme\nQui viendra me surprendre en un jour de soleil\nPuisque tu m’ouvriras ton sein pour que j ’ y dorme\nDans l’éternelle paix, mon éternel sommeil.\n\nO Terre, et dans tes flancs d’où ta chanson s’élève\nMon pauvre corps très las en poussière émiétté\nContinuera son rêve doux avec ton rêve\nTon rêve infiniment d’amour et de bonté.\n\n\n\n                                         E d o u a r d N ed\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "FEU ILLETO N DE LA R E VU E\n\n\n\n\n      Un S a i n t du C a stel\n\n                  C H A P IT R E I I\n\n\n                     L e C astel\n\n\n\n   E n fin ! On allait donc enfin pouvoir « behour ­\nder » à lo isir, s’adonner à nouveau sur le p ié des\ncastels au courtois je u des lances. Cette pensée\nrem plissait d ’aise ceux de nos chevaliers, qui,\nretour d ’Orient, regagnaient en vainqueurs le\nm anoir anxieux.\n   W alte r parm i tous ces barons était peut-être le\nseul qui n ’aspirât pas à entrer en cham p clos dès\nle retour au pays.\n    I l avait l ’âme trop portée à la contem plation, à\nla prière, trop orientée vers le R êve et le C iel,\npour ne pas répugner à ces tournois sauvages, où\nles orgueils de faste et de blason se défiaient non\nm oins que les lances fraisines. L a vue d ’un gon ­\nfanon, entré avec le fer du tournoyeur dans la\nplaie de son adversaire, pour en resortir tout\ngluant de sang, n ’offrait pas à ses yeux un spec­\ntacle charm eur.\n   L a vo ix des souverains pontifes était venue\nd ’ailleurs renforcer sa répulsion naturelle de toute\nla puissance morale de leur réprobation. F id è le à\nson rôle pacificateur l ’E g lis e , « qui a horreur du\nsang », ne défendait-elle pas aux riches par la\nbouche de ses Papes de verser à p laisir tant de\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "               F e u ille to n   de   la   R evue      339\n\n\n\n sang fraternel dans ce je u stupide et barbare,\n sous peine d ’être m is en terre, comme les bêtes,\n hors du cham p sacré du repos ?\n    A van t son départ p o u r la guerre sainte, W alte r\n dans sa toute candeur se figurait tous les croisés\np ieux et p urs autant que lu i. P o u r l ’avoir entendu\nsi souvent exalté, il avait cru ce sim ple en son\nenthousiasm e, il avait cru que l ’état m ilitaire\nétait la véritable école de l ’H o n n e u r, du R en o n ­\ncement et du Sacrifice.\n    I l s’était hélas ! aperçu depuis que si le type\nidéal du vra i chevalier chrétien — (dont l ’église\ndu C h rist, q ui poétise tout, avait fait le défenseur\n du D ro it et le Protecteur des faibles) — offrait\nd ’adm irables exemples d ’héroïsme, le métier de\nguerroyeur ré v e illa it chez la p lu p art le barbare à\npeine assoupi, aussi prom pt qu’un païen à entrer\nen fureur, aussi porté que lu i à la hâine, aux\nvengeances, aussi féroce, aussi cru e l; et le dégoût\nlu i vin t avec des larm es quand il connut que\ndans les chars qui suiviren t partout les armées\nchrétiennes jusq ue sur le sol des lie u x saints, se\ntrouvaient comme chez les turcs, des histrions et\ndes filles !...\n    D ans le superbe emportement de sa jeunesse\nil s’était donné corps et âme à la cause q u ’il\nvoyait sainte. Joyeusem ent il s’en était allé,\nlà-bas, dans ce pays de feu, exposer sa jeune\npoitrine aux traits des archers m usulm ans, afin\nde délivrer le tombeau du Sauveur et d ’obliger\npar là les infidèles à respecter la F o i des pèlerins.\n    M aintenant il revenait, triste et m orne, su r son\ncheval, le seul vra i com pagnon auquel il avait à\nm i-voix confié sa désillusio n devant le silence\nétoilé des grandes nuits orientales.\n    E t m aintenant il revenait n ’ayant gardé de son\nséjour en Palestine — il y était re s té deux ans\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "340             L a Lutte. —   J uin 1 900\n\n\n\ndevant les m urs de Saint-Jean d ’A cre — q u ’un\nlam entable et sanglant souvenir.\n    A u lieu de cette armée réellem ent chrétienne\net q u ’il avait rêvée étroitement un ie dans l ’unique\nA m our de la C ro ix, il n ’avait rencontré que\nsouverains se jalousant, que la haine ouverte ou\ncachée des races chrétiennes entre-elles ; que\nrapines et convoitises, que parjures et cruautés.\n  - Sans doute il revenait vainqueur, ayant vu\nP to lém aïs faire enfin sa reddition à l ’O ccident\ncoalisé. M ais q u ’était-ce, en vérité, cette ville\nreconquise au p rix de p lus de vie hum aines q u ’il\nn ’en eût fallu vraisem blablem ent po ur chasser\nl ’Isla m de Jérusalem , voire de la T erre Sainte\nentière ?\n    Q u ’était-ce après tout ce gain matériel d ’un seul\nport de la Palestine au p rix du désastre m oral\nque l ’anim alité de la vie m ilitaire infligeait chaque\njo u r à la V ertu chrétienne dans les rangs même\ndes Croisés ?\n    Com bien il aspirait au calme, à la retraite, à la\npaix du m anoir, des forêts et des champs !\n    L ’âme la p lus sereine et la plus élevée se dégrade\net s’enfiévre dans les aventures guerrières, quel­\nque noble q u ’en soit le m obile apparent. L a\nconscience la p lu s pure s’y m acule de sang\nhum ain.\n    Son âme, il la voulut saintement appaiser dans\nla quiétude de l ’am our que sa claire virg in ité\nprofessait envers Notre-Dam e.\n    N otre-D am e ! E lle était au noble adolescent\nà la fois une M ère et une Fiancée. M ais E lle\nétait aussi, m ais E lle était surtout la V ierge, la\nR ein e et l ’im m aculée, dont la prim e faveur à\nl ’enfant qui l ’aim ait fut de désincarner ce ray o n ­\nnant A m o u r que déjà, tout petit, il éprouvait\npo ur E lle .\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "               F e u il l e t o n de l a R f v u e   341\n\n    A m our infinim ent plus p u r et p lu s serein que\nla flore des prés aux matins du P rintem ps, que la\ncandeur, le soir, des lim pides étoiles ; A m o u r\ndont la fraîcheur des nuits orientales favorisa\ndeux ans la fraîche chasteté.\n    M aria ! M iriam ! Oh ! ce nom su r ses lèvres,\np lu s suave que les fruits m ûrs des grappes d ’or de\nl ’O rient !\n    M aria ! M iriam ! N om p lus embaum ant que le\nnard ; N om com bien p lus céleste et p lu s harm o­\nnieux que le son argentin des cythares intim es,\nvib ran t là-bas dans la p aix du m anoir sous les\ntendres doigts de sa sœur !\n    « T o i q ui enfantas le D om inateur, l ’Agneau si\nlongtem ps désiré de la N ouvelle A llia n ce , ô ma\nD am e, ô ma Suzeraine ! n ’était-ce pas, en vérité,\nla ch air de ta ch air, cette chaire divin e qui se\ndéchirait, tom bait en lam beaux sous les coups\nféroces des flagelateurs ?\n    « N ’était-il pas, ma douce Bien-A im ée, ton\nsang de V ierge à jam ais im peccable, ton sang\npar l ’E s p rit S ain t ja d is divin isé, ce sang p u r\nem pourprant le tronc vert de la C ro ix ?... »\n    A in si p riait W alte r en rentrant au pays,\ntandis que l ’Autom ne opulent parait ses bois amis\nd ’une couronne d ’or.\n    P etit à petit barons et vasseaux s ’étaient dissé­\nminés aux haltes de la route. W alte r enfin n ’eût\nplus p o ur com pagnons que les jeunes chevaliers,\nses am is et ses féaux, adoubés comme lu i — voici\ndeux ans passés ! — à la veille de leu r départ ;\nceux dont les alleuds et les fiefs environnaient sa\nbaronnie.\n    Beaucent, son cheval, son fier destrier, ainsi\ndénommé po ur la couleur pie de sa robe, semblait\nreconnaître à présent le site apaisé que l ’on tra­\nversait.\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": "3412             L a L u t t e . — J u in 1900\n\n\n\n    On eût dit que l ’anim al, de ses grands yeux\n allum és, avait aperçu le prem ier en gravissant la\ncolline, ce donjon dom inant au loin, dans l ’air\natiédi du soir, la foret fauve de Meerdael.\n    W a lte r se tenant à l ’écart, chevauchait en silence.\n    I l priait.\n    D an s sa pensée retentissaient les cris d ’am our\nq u ’il jetait en esprit, vers la beauté de Notre-\n Dame.\n     A son bonheur de l ’aim er toujours p lus, de se\nsavoir toujours p lus aimé d ’elle, vin t s’ajouter\nquand il leva les yeux, l ’émoi qui fait pleurer de\njo ie tout chevalier, si tôt q u ’il aperçoit en ren­\ntrant au pays le donjon du castel.\n    I l ne lu i apparut p o int triste ou comme en\ndeuil, à cause de sa longue absence. Si vive était\nsa joie de le revoir, enfin, que ses regards prêtaient\nau château retrouvé l ’air de fête et la clarté de\nleurs radieuses prunelles.\n    N u l cependant au m anoir de Bierbeeck ne se\ndoutait du retour de W alter.\n    D evant l ’âtre aux langues d ’or se jo u an t dans\nla pénombre, la baronne apprenait à sa fille\nYolande, l ’art exquis de la broderie.\n    L a jeune fille, dont le b liau t gothique dessinait\nsi purem ent la frêle virg in ité, suivait du regard\nles doigts fuselés de sa mère, faisant c o u rrir avec\nagilité la fine aig u ille enfilée d ’or, sur une manche\nde velours.\n    B ie n q u ’elle s’appliquât de son m ieux à con­\ncentrer toute son attention sur l ’ouvrage m in u ­\ntieux, dont l ’exécution patiente lui était depuis\nquelques temps une vraie fête chaque jo u r,\nY olande trahissait par son m utisme rêveur que\nson âme était absente. Ses yeux langoureux, tour­\nnés vers l ’âtre clair, s’avivaient aux lueurs des\nflammes du foyer, qui se déroulant en onduls\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "                  F e u il l e t o n   de la R evue       343\n\n\n\n  brillan ts bien au-dessus des bûches résineuses,\n  lu i évoquèrent soudain, dans le vent frais du soir,\n  l ’envol d ’un ange aux boucles de lum ières.\n      L ’Ange aussitôt se précisa dans le décor\n  embrasé de son rêve. S u r le visage éclairé de\n Yolande fleurit la rose de l’Am our.\n      L ’Ange qui s ’approchait, souriant et léger,\n avait les traits charm eurs de celui q u ’elle aim ait.\n      C ’était p o ur lu i q u ’elle brodait, ici, aidé des\n conseils de sa mère, les armes comtales d ’Arschot\n unies aux armes de Bierbeeck, sur cette m anche\n de velours.\n      U n tournoi sous peu devait avoir lieu, sur le\n pré du castel d ’Aerschot, où m aintenant sans doute\n il ne rêvait que d ’elle, tandis qu'auto ur de lu i tous\n ces gens empressés hâtaient les apprêts de la fête.\n      E lle vêtirait ce jo u r là ses p lus som ptueux atours.\n      Sa mère la voulait p lus bellement parée que\n n ulle autre pucelle, en ce jo u r de splendeur, car\n le tournoi fin i, c ’était elle, ô ! bonheur, qui devait\n lui donner — son cœ ur était certain q u ’il serait\n le vainqueur — la m anche de velours et le prem ier\n baiser.\n      Yolande fascinée par le feu du foyer im aginait\n un tournoi m agnifique, où la bravoure de l ’aimé\nle consacrerait p re u x entre tous les seigneurs.\n     E lle entendait déjà les barons et les dames\nacclam er son fier chevalier, tandis q u ’il recevrait\nde sa bouche fleurie le p lus doux p rix de sa haute\nvaillance.\n     I l lu i sem blait que sa félicité susciterait alors la\njo ie universelle.\n      U ne seule ombre entachait, hélas ! la sérénité\nde ce cher tableau, où se com plaisaient ses beaux\nyeux de rêve : W alter, son m eilleur confident, son\nfrère et son ami d ’enfance, W alte r ne la reverrait\npas, vraie reine ce jo u r là, au bras de son ami.\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "344              L a L u t t e . — J u in 1 900\n\n\n\n     D o u x seigneur C hrist ! si la nouvelle de sa mort\n venait brusquem ent end eu illir l ’éclatant azur d ’un\n tel jo u r !...\n     U n cri à ce moment, un grand cri jeté par sa\n mère fit tressaillir la fiancée.\n    W alte r q u ’à l ’instant même elle appréhendait\n mort, s’était précipité tout-à-coup dans la cham ­\nbre, et leu r mère à sa vue avait cru défaillir\n    L ’im prévu du retour en décuple la joie. W a l­\nter, q ui le savait, avait fait à dessein de n ’envoyer\nn u l écuyer devant, pour annoncer son retour\nauprès d ’elles.\n    D ans l ’affusion de leurs prem iers baisers, ils ne\ntrouvèrent point de paroles.\n    M ais au repas du soir, les châtelains du vo isi ­\nsinage ayant été mandés po ur fêter le retour,\nW alter et ses écuyers contèrent des aventures.\n    Si la troupe du baron de Bierbeeck est revenue\nintacte après deux ans de guerre, sans q u ’on ait à\ndéplorer n ulle éclaircie dans ses rangs, il en faut\nrendre grâce, attesta bien haut W alter, à Notre-\nD am e la bonne.\n    I l attribuait d ’ailleurs à la constante protection\nde la céleste B ien-A imée, tous les coups d ’éclats,\ntoutes les promesses que ses écuyers rapportaient\nde lu i.\n   Cette intim e conviction d ’avoir été, durant le\nsiège, le protégé de la M ère de D ieu, en agréant\nà son am our, annoblissait sa modestie.\n   I l s’était, quant à lu i, sim plem ent comporté\nselon les im pulsions qui lu i venaient de M arie.\n   S i de sa part mérite il y avait, ce mérite à coup\nsûr était des p lus m inim es, lui-m êm e le réduisait\nà l ’aveugle docilité q u ’un enfant crain tif témoigne\nà sa mère.\n   Si de réels prodiges de valeurs ont été accom plis\ndevant Ptolém aïs, ils le furent précisém ent par\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                F e u il l e t o n   de la R evue    345\n\n\n\n ceux des soldats de la C ro ix qui plaçaient leur\n confiance non eux-mêmes, mais en D ieu.\n     Certain jo u r, narra W alter, les assiégés ten­\n tèrent une sortie. L e u r flot s ’échappa, bondit si\n rapide au m ilieu des nôtres su rp ris, que ce torrent\n de Sarrasins fanatisés par la faveur du sort, nous\n rejeta en déroute vers les rives du B elus. Q uand\n la m ultitude en fuite fit irrup tio n dans le cam p, le\n désarroi devint indescriptible : Clam eurs d ’effroi,\n cris de douleur, trépignements de rage, se m êlaient\n assourdissant, au form idable b ru it de fer produit\n par la course affolée de ces m illiers de guerriers\n cuirassés, se culbutant, se piétinant entr’eux, ou\n s ’écrasant sous le p oid de leurs destriers tués...\n Ce tum ulte épouventable tira de son rêve heureux\n u n adolescent blessé qui, doucement, som nolait\n sous sa tente. C ’était T héodoric, le frère entre\n tous vaillan t du noble seigneur Cum ont de\n R u la n d ; atteint d ’un coup de cimetière, lors du\n précédent assaut, il s’était vu contraint de rester\nétendu sans force, lo in de la lutte enfiévrée, dans\nle silence du camp.\n     « Aussitôt q u ’il eût appris la raison d ’u n tel\némoi, il se dressa sur son séant, se revêtit sur son\nlit de ses habits de guerre, en se cram ponnant à\nses é cu ye rs; se fit hisser par eux sur son cheval\nferrant, p arvin t à s’y m aintenir, m algré sa fai­\nblesse extrême, et m algré la vue de son propre\nsang qui découlait de la selle su r le nielle des\narçons. L o rs s ’étant écrié d ’une vo ix soudain ferme\net forte : « D oux Seigneur Jésus-C hrist, secourez-\nmoi et votre St-Sépulcre ! », il se rua, lance au\npoing, à travers nos vainqueurs, les repoussant,\nles contournant, les pourfendant de dos, de flanc,\nde face, avec une si rare impétuosité que p ar son\nseul courage il ranim a, réconforta tous les che­\nvaliers fuyards, au point que nous, à notre tour,\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "346              L a L u t t e . — Ju i n   1 900\n\n\n\n d ’une unanim e volte face rejetâmes l ’ennemi dans\n le camp de Saladin.\n      « Cela fait, le blessé vainqueur regagna son lit\n sous la tente, et, trois jo u rs après, rem it sa belle\n àme aux m ains du G lo rieux qui est dans le ciel. »\n     D ans son im patient égoïsme d ’amoureuse,\n  Y olande n ’avait pas attendu la fin du récit de son\n frère, po ur annoncer à m i-voix à tous les vaillants,\n rentrés avec lu i, q u ’au castel de son bien-aim é,\n afin d ’y célébrer leurs blanches fiançailles, un\n grand tournoi s’allait frapper sous peu, qui dépas­\n serait en luxe et gaité tous ceux dont ils avaient\n conservé souvenance.\n     E lle allait de l ’un à l ’autre, leur chuchottant à\n l ’oreille, avec des rires nerveux, que l ’avant-veille\n de leur retour — qui présentement faisait débor­\n der po ur elle la coupe déjà-trop rem plie du v in\n capiteux de la jo ie — le roi d ’armes de la contrée,\n messire H ug ue s de W o rtel, s’en était allé en grand\napparat vers le château de Gaesbeek, ayant reçu\nde c elui q u ’elle àim ait, m ission de signifier au\nmaître de ce dom aine que le noble fiancé de\nYolande de B ierbeeck désirait frapper contre lu i\nu n grandiose tournoi ; et d ’ajouter : que sous les\np avillo n s, longtemps avant l ’ouverture des lices,\ns’adm irerait au jo u r fixé la p lu s brillante affluence\nqui se serait jam ais pressée sur l ’estrade des\ncham ps clos.\n     « L e sire de Gaesbeek n ’a pu certes q u ’accepter\nune offre aussi honorable », questionnait avec des\nairs d ’enfants heureux tous ces jeunes chevaliers\nqui, revenant en vainqueurs, prévoyaient déjà\ntout-bas com bien les dames leu r feraient fête en\nce tournoi, dont la nouvelle mettait po ur eux le\ncomble à la joie de leu r retour.\n    Yolande affirmait de la tête et prévenant les\nquestions de ses auditeurs avides, ne leur laissait\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "                 F e u ille to n de la R evue          347\n\n  pas le temps de dem ander les noms des tour ­\n  noy eurs, les citait tous à la file, (c ’étaient les noms\n  les p lus illustres du duché), p uis, sans prendre le\n  temps de respirer, entamait la nom enclature\n  des juges diseurs, des hérauts, des valets honnêtes,\n  entrait dans m ille détails touchant l ’organisation,\n  les cérémonies d ’avant le tournoi, s’attardait,\n même à décrire avec une rare m inutie l ’escar ­\n b o u cle sortie d ’or que telle haute damoiselle\n donnerait po ur p rix le so ir de la fête à l ’heureux\n vain q ueur de son choix.\n     C e lu i des p o ursuivants d ’arm es que l ’on avait\n envoyé vers le seigneur défendant était revenu\n porteur, non seulement des lettres de créances\n q u ’il avait reçu m ission d ’obtenir p o ur les juges\n diseurs, m ais en outre d ’un mantel du p lus\n lu xu e u x drap d ’or, présent du comte au roi\n d ’armes.\n     C elui-ci, s’était empressé d ’y faire broder aux\n quatre angles les écus des juges diseurs. P u is se\nl ’étant attaché sur l ’épaule s ’était sans retard m is\nen route en com pagnie de trois hérauts, afin de\ncrie r le tournoi dans tous le m anoirs de B rabant.\n    A le u r entrée dans les cours seigneuriales ils\nn ’avaient rencontré lu i et les poursuivants q u ’un\nunanim e enthousiasme.\n    « D ’ailleurs, — concluait Yolande, dont l ’in tar ­\nrissable babil, m ontait à présent c la ir et v if\ncomme u n vra i b a b il d ’oiseau, — il vous suffira,\nbeaux sires, pour augurer sûrem ent du succès de\nnotre fête de pousser dem ain vous même ju sq u ’en\nla v ille d'A rschot, vous y pourrez adm irer à\nlo isir les pennons des chefs du tournoi et les\nblasons et les bannières de tous nos nobles tour-­\nnoyeurs : ils étalent leurs couleurs vives aux\nfenêtres du couvent g ris... »\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "348              L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\n\n                   C H A P IT R E I I I\n\n\n                         L ’A bbaye\n\n\n\n    L ’abbé de V ille rs était à genoux dans son\n oratoire quand un frère convers le vin t inform er\n que deux relig ieux de leur ordre, arrivés à cheval\n de l ’abbaye d ’H emmerode et demandant tous\n deux à être reçus membres de la communauté,\nvenaient d ’être introduits au chauffoir du couvent\n p a r le père hospitalier.\n    L ’abbé resté à genoux fait signe au convers\nq u ’il descend de suite, et sans que cette arrivée le\n distraye le m oindrem ent, il achève tout d ’abord\nl ’oraison interrom pue.\n    L e sym bolique élan des trois fenêtres ogivales,\ndonnant sur « la cour des poules », l ’évasement\nferme et gracieux des chapitaux sans volutes,\nsurm ontant quatre colonnes d ’où sortaient des\narcs doubleaux, toute cette architecture à la fois\nsi svelte et si riche, qui caractérisait le chauffoir de\nV ille rs, avait excité tellement l ’adm iration des\nnouveaux arrivants q u ’ils ne viren t pas entrer\nl ’abbé Charles de Sayne.\n    Ce fut lu i qui le prem ier leu r adressa des paroles\nd ’accueil. M ais son étonnement surpassa sa jo ie\nmême dès que le son de sa vo ix leu r eut fait tour­\nner la tête. L e p lu s âgé de ces moines n ’était autre\nque l ’abbé Eustache d ’H em m erode, son propre\nsuccesseur au siège abbatial de ce cloître d ’A l­\nlemagne.\n    D ie u seul et leu r anges gardiens pourraient\ndire la dilection avec laquelle les deux abbés se\ndonnèrent alors le baiser fraternel.\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "              F e u ille to n de l a R evue          349\n\n\n    Après le repas frugal et silencieux du soir,\nl ’ex-abbé d ’ Hem m erode, accepté avec bonheur,\ncomme l ’hôte de V ille rs, révéla à l ’abbé Charles\nla très haute sainteté de son hum ble com pagnon,\npassé presque inaperçu et qui déjà s’était mêlé à\nla foule des moines blancs.\n    « V o us veniez à peine de quitter Hem m erode,\ntrès vénéré père, po ur prendre la direction de\ncette illustre abbaye, quand u n seigneur étranger\nfît m ander au p a rlo ir votre indigne successeur.\nJe m ’y trouvai en présence du p lus hum ble\nchevalier que j ’ai jam ais rencontré.\n    » Sans la m oindre ostensation, sans la plus\nlégère apparence de fausse modestie, il me déclina\nsim plem ent son nom et sa qualité, en me tendant\nses lettres de créances.\n    » C ’était W alte r, le fils unique du feu baron de\nBierbeeck.\n    » V o ic i trois lunes, à peine que je suis revenu,\nme dit-il, du siège de Ptolém aïs. T o u t le temps du\nlong retour il s’était senti attiré irrésistiblem ent\nvers la vie méditative.\n    » U n grand tournoi frappé par le comte\nd ’Arschot trois jo u rs après son retour au pays,\npo ur célébrer les fiançailles de son fils A u b ri avec\nYolande de B ierbeeck, fut l ’occasion p ro vid e n ­\ntielle qui s’offrit au baron W alter d ’affirmer haut\net devant tous quel dégoût lu i in sp ira it la vie\nsanguinaire et frivo le des nobles de ce duché.\n    » A yant accoutumé d ’assister chaque, jo u r au\nd ivin sacrifice, il se rendit donc ce jo u r là en\nl ’église d ’A rschot po ur y entendre la messe en\nl ’honneur de Notre-Dam e.\n    » O r il y v in t précisém ent à l ’heure où les pre­\nm iers rayons d u jo u r projetaient sur les dalles\nl ’image des vitraux, à l ’heure où sur le pré de\nla ferté com m ençait déjà cette fête impie.\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "350               L a L u t t e . — J u in 1 90 0\n\n\n\n    » L ’étonnement fut grand parm i les to ur ­\nnoyeurs quand ils apprirent que le jeune baron,\ndont les prouesses devant Ptolém aïs était devenues\nlégendaires, ne se trouvait pas parm i eux. D es\ndames qui l ’avaient aperçu se rendant à l'office\nproposèrent q u ’on l'allat quérir.\n    » T elle était l ’inconscience de ces riches, q u ’ils\nne soupçonnaient q u ’à peine l’antinom ie de leur\nconduite et de celle des v rais chrétiens et trouvaient\ntout naturel que le baron, après la messe, vin t\nprendre part à leur jeu crim inel\n    » M ais les écuyers revinrent penauds. Ils rap­\nportaient le refus de W alter, basé sur les décrets\ndes souverains pontifes !\n   » V o u lan t prévenir à tout p rix le m alaise q u ’eût\nprovoqué la réponse du chevalier, qui rappelait\nainsi ces nobles au devoir, le fils du comte\nd ’Arschot menaça les écuyers de sa colère s’ils\nrévélaient à quiconque l ’attitude protestataire du\nfrère de sa fiancée.\n   \" P o u r récom penser son ami d ’avo ir aussi crâne­\nment affirmé, à propos de ce tournoi, son intrépide\nvolonté d ’être en toutes circonstances le croyant\nobservateur des préceptes de l ’É g lise , Notre-Dam e\ntémoigna com bien elle lui en savait gré par un\néclatant m iracle, que l ’on dénomma depuis :\n« le miracle de la croix d'or \" .\n    » Je tiens ceci, vénéré père, non de W alter, lui-\nmême, — (son h um ilité se tait sur les célestes\nprivautés que N otre Dam e lu i prodigue), — mais\ndu baron de Gaesbeek qui assistait à la messe où\nle m iracle éclata.\n    » Ce m atin là l’anniversaire d ’une victoire avait\nré u n i au pied de l ’autel u n grand nombre de\nchevaliers.\n    » A u moment m iraculeux de la transubstan ­\ntiation l ’officiant vit soudain une cro ix d ’or b rille r\np u is se poser sur le bord du calice.\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": "                F E U ILLE T O N D E LA R E V U E         35 1\n\n\n  » A la cro ix d ’or était jo in t un m inuscule p a r­\nchem in, où se lisait ces mots, que l ’on eût dit écrits\navec de la lum ière : « Porte cette croix d'or de la part\nde Marie, Mère du Christ Jésus, à son ami Walter,\nchevalier de Bierbeeck ». Sitôt l ’office term iné, le\ncélébrant monte en chaire et s’écrie : '« E s t-il ici\nu n chevalier q ui réponde au nom de W a lte r de\nB ierbeeck ? O n le lu i désigne aussitôt plongé en\nses adorations. L e prêtre alors se dirige vers lui\net lu i remet, je v o u s la isse à p en ser a ve c vénération,\ncet inestim able présent de la R eine du P arad is\n    » A in si la Dam e de son cœ ur décernait au jeune\nbaron le p rix du m ystique tournoy que sa\nv a illa n ce avait frappé contre l ’enfer et d ’où il était\nsorti victorieux, ayant paré tous les coups, que la\nrage des démons c’était efforcé, m ais en vain , de\nlu i porter à l ’âme.\n     » Ce m iracle de la cro ix d ’or décida de sa voca­\ntion.\n     » D evant si rare faveur sa résolution est prise et\nc’est alors q u ’il vient, à Hem m erode me dem ander\nhum blem ent de lu i faire ce grand bonheur de\nl ’accepter parm i nous.\n     » J ’ai pu maintes fois depuis proposer W alte r\nen exemple aux p lus exem plaires de nos religieux.\nA u sortir du noviciat, po ur sa douceur à chacun\nserviable, notre chapitre le nomma m agister\nh ospitum. »\n     L ’abbé. C harles de V ille rs q ui avait écouté avec\n ravissem ent l ’abbé Eustache d ’Hem m erode,\nadm ira hautement les desseins de la P rovidence\n qui faisait à son abbaye l ’honneur de compter\n désorm ais deux hôtes aussi purs, aussi chéris du\n C iel que l ’étaient son interlocuteur et son doux\n com pagnon l ’hum b le moine W a lte r...\n     L e lendem ain, malgré le harassement des lo n ­\n gues distances couvertes les jo u rs précédents,\n"}, {"page_pdf": 379, "texte": " 352              L a L u t t e . — J u in 1 900\n\n\n\n  W alte r triom pha d u sommeil et se rendit, perdu\n  parm i les autres moines, au chœ ur de leu r no u­\n  velle église, po ur y chanter avec eux les matines.\n       L ’adm iration l ’em poigna dès le seuil. T o u t le\n  temps que dura l ’office m atinal il ne p ut s ’em­\n  pêcher de d irig er constamm ent ses regards vers\n  l ’immense vaisseau qui s’ouvrait devant lu i.\n      I l se sentait rem uer ju sq u ’au p lus profond de\n  l ’être par la sim plicité sublim e, dont u n A rt\n  ennivré de D ie u environnait sa prière en ce\n  temple surhum ain, où les pierres faisaient prier.\n      L e givre de la n u it étincellait déjà sur les\n vitra u x en clairs dessins arborisés, quand les\n moines quittant le chœ ur, entrèrent au réfectoire\n po ur y prendre en silence le repas du matin.\n      L ’éclatante blancheur du réveil hivernal mettait\n vivem ent en lum ière les pieuses polychrom ies dont\n les bâtisseurs chrétiens avaient, dès le début du\n siècle précédant, enrich is ses m urs spacieux.\n      L ’œil de W alte r se réjouit surtout à contem pler\nà la place d ’honneur, peinte là-haut du côté du\nm idi, l ’image de sa Bien-Aim ée : Assise sur un\ntrône d ’or, vêtue d ’un long b liau t tout constellé\nd ’argent, la V ierge souriait à ses bons serviteurs,\nmuets et receuillis dans leurs coules gothiques,\nles invitant de son geste de R eine à adorer leur\nD ie u en son petit Enfant.\n      Après le repas très frugal, les moines s’en furent\nvaquer aux besognes quotidiennes ; quelques uns\nse dirigèrent vers le m oulin de l a T h il, quelques uns\nvers la brasserie, m ais la p lup art gagnèrent leur\ncellule afin d ’y mettre l ’ordre et p o ur y méditer.\n     W alte r et l ’abbé Eustache guidés par le p rie u r\net par l ’h ospitalier visitèrent alors cette abbaye,\noù ils avaient décidé de passer, avec l ’assentim ent\ndu ciel, le reste du terrestre exil.\n     L a neige qui couvrait la terre enrobait aussi\n"}, {"page_pdf": 380, "texte": "                F e u il l e t o n   de la   Revue      353\n\n\n\n  de candeur les tours inachevées de la nouvelle\n  église dont ils avaient entrevu la beauté.\n     Au-dessus du portail d ’un style de transition,\n où le rom an p lus tim ide et p lu s lourd , modérait\n encore les élans vers D ie u des prem ières audaces\n  gothiques, quatre statues exécutées selon une\n  com préhension parfaite de leur rôle en ce décor,\n sym bolisaient aux yeux des visiteurs la F o i,\n l ’Espérance et l ’Am our.\n     E n pénétrant dans le co ulo ir q ui séparait le\n cloître de l ’église, W alte r rem arqua l ’entrée\n surbaissée d ’une crypte : « D ans cette crypte,\n lu i dit l ’hospitalier, reposent nos bienheureux\n morts. L e s macérations que p lusieurs se sont\n imposées dans le temps, nous est le sûr garant de\n leu r joie éternelle ». E t l ’hospitalier de V ille rs se\n m it en devoir de résumer à son nouveau com pa­\n gnon la vie des p lus parfaits d ’entre ces morts\n pieux ; vies toutes de candeur, de m iracle et de\n ciel.\n    Q uand ils eurent rassasié leurs oreilles du récit\nde tant de vertus, et leur yeux de la M ajesté du\n temple, sous la conduite de l ’abbé, ils p riren t un\npetit sentier, escaladant les bois neigeux du R o b e r ­\nmont, à gauche de l ’abside.\n    L e s deux prieurs se suivant, p u is les deux hos­\np italiers.\n    L a sim ilitude d es occupations et l ’égalité du\nrang les ayant ain si rapprochés plus étroitement\nl ’un de l ’autre.\n    D u glacis, dont leurs pas avaient lustré la neige,\nW alter conclut que les hôtes de l ’abbaye devaient\nmonter souvent par ce petit sentier, qu’om bra­\ngeraient au printem ps vert les boqueteaux des\naubépins fleuris.\n    A chaque fois que la neige glissante les faisait\npresque trébucher, les quatre relig ieux riaient de\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": "354             F e u il l e t o n   de   la   R evue\n\n\n\n tout leur cœur. E t leur rire qui fusait c la ir dans\n l ’engourdissem ent du bois funèbre et sourd, attes­\n tait à la fois en sa naïveté la sim plicité de leurs\n âmes et l ’ignorance des remords.\n     E n fin s’érigea devant eux, au sommet du R ober ­\n mont, un chêne énorme dont l ’h ive r accusait\n m ieux l ’isolement.\n     L a gaité de l ’abbé Charles tomba en l ’aper­\ncevant ; il prononça d ’un ton p le in de respect :\n     « V o ic i, mes frères, la retraite bénie, où B e r­\nnard, notre père, après avo ir prié, planta en terre\nson bourdon. Celui-ci, dans la n u it suivante, se\nmétam orphosa en cet arbre géant. »\n     A lo rs, dans la neige éclatante, les quatre moines\nblan cs se m irent à genoux ; le So uvenir du\nP atriarch e aviva leu r m ystique ardeur et W alte r\nen se relevant p leurait des larmes de lum ière.\n     Ils s’étaient à peine engagés dans le chem in vers\n la Garenne, q u ’un cri d ’extase s’échappa du cœur\nd ’E u stach e et de W alter.\n     D e ce sommet, l ’abbaye toute entière se pré­\nsentait à vol d ’oiseau et combien p lus majestueuse\nen sa parure hivernale que la plus belle des reines\nen ses pelichons d ’herm ine !\n     R ie n d ’aussi im posant que ce cloître ogival, dont\nl ’h iver im m obile aggravait le silence. R ie n qui\nproclam a p lus éloquemm ent la Majesté de la\nP rière que la calme grandeur de ce temple élancé,\ndont les lignes montaient vers D ie u , graves\ncomme le chant des hym nes psalm odiées, droites,\ncomme les consciences, hautes, comme l ’esprit des\ndocteurs inspirés.\n     E n vérité, le monastère s’offrait digne des saints\nqui habitaient en lu i.\n     A l ’époque, en effet où W alte r y entra pour y\nfin ir sa vie, la sainteté des moines de V ille rs\nenvironnait d ’un nim be éblouissant le nom de ce\n"}, {"page_pdf": 382, "texte": "                 F e ui l l e t o n   de l a   R evue    355\n\n\n\n  vallo n boisé, au fond duquel l’eau vive de la T h il\n  ébranlait en chutant la roue de leu r m oulin.\n     Dès son arrivée en cette retraite, W alte r se sentit\n une in clin aiso n intuitive vers c e u x d ’entre les céno­\n bites, q u ’il reconnut bientôt être les plus parfaits.\n     L e m ystérieux aim ant q ui fait se rapprocher les\n âmes de lum ière, l ’avait de suite lié de sym pathie\n à Césaire de H eysterbach, venu lu i aussi d ’ H em ­\n merode, avec l ’abbé Charles de Sayne, et dont la\n plum e fraternelle devait lu i consacrer, à lu i W alter,\n des pages où transparait envers sa sainteté la plus\n haute vénération.\n     Césaire y rapporte lui-m êm e q u ’un m atin de\n décembre — il gelait à pierre fendre — W alte r et\n lu i, se rendant au voisin village po ur y consoler\nles malades, rencontrèrent chem in faisant u n\n loqueteux qui chem inait pieds nus sur la neige\n glaciale. A lors, sans hésiter et le p lus sim plem ent\n W alte r se déchausse et attache ses sendales de\n c u ir aux pieds gourds du m endiant qui pleure de\n reconnaissance.\n     A leu r retour au monastère les pieds déchaux de\n W alte r gonflés et bleuissant se contractaient de\nfroid et l ’on eût grand peur tout d ’abord q u ’il ne\ndevint impotent, po ur avo ir en sa charité, enduré\nspontanément le supplice affreux du gel.\n     L à ne se bornaient point les bienfaits de ce\nhéros. W a lte r en soulageant les corps ne cherchait\nrien tant q u ’atteindre les âmes, afin de les penser,\nde les guérir, ces âmes à leu r tour, de leurs m aux\nautrement graves, autrement contagieux.\n     Grandem ent désireux d’afferm ir les chancelants,\nil ne leur cachait point quels rudes assauts lu i\navaient livrés, au temps q u ’il vivait dans le siècle,\nle démon de l ’orgeuil et celui de la chair.\n    N u l ne p riait avec tant de ferveur, n ul ne possé­\ndait comme lu i le don sacré des larmes.\n"}, {"page_pdf": 383, "texte": "35G            F e u il l e t o n   de la   R ev u e\n\n\n\n   P a r la vertu de sa prière il chassa les anges\ndamnés du corps d ’un m alheureux que leu r to u r­\nment tordait.\n   E t voici q u ’un p ur soir de gel, à l ’heure ou les\nmondes brillants s’allum aient dans la n uit d’hiver,\npour com ble à sa félicité, Notre-Dam e « sa\nfiancée », lui apparait resplendissante en sa cellule\nde V ille rs !\n   C ’est le regard encore toute ébloui au so uven ir\nde cette apparition que le 12 ja n v ie r 1222, le\nmoine W alter de B ierbeeck abaisa doucement ses\npaupières glacées sur ses yeux d ’où venait de\ns’échapper la flamme.\n   L es moines de V ille rs ses frères par la F o i, en\nétaient encore pour la p lup art à ign o rer la mort\nde leur am i, que déjà son âme ravie, transfigurée\nen un instant par le feu p urificateur, épanouissait\nsa fleur im m ortelle sous les rayons de la lum ière\noù habite C elui au pied duquel M arie se révèle\naux élus, dans toute sa splendeur...\n\n\n\n                                     G eorges R am aekers.\n"}, {"page_pdf": 384, "texte": "LA P E IN TU R E\n\n\n\n\n      L a M adone de Gloire\n\n\n    L a naissance du C hristianism e n ’a p o in t eu\n immédiatement p o ur effet une sérieuse m odifica­\n tion de la situation sociale de la Fem m e.\n    A u cu n revirem ent brusque ne p o uvait s ’opérer\n en une période in itiale où les disciples de la\n religion nouvelle, révolutionnaires traqués, m ar­\n tyrisés, ne se réunissaient q u ’en secret, où ils\n étaient forcés de partager ostensiblem ent les\n devoirs p olitiques de leurs frères païens, où l ’es­\n clave ne cherchait à conquérir la confiance d ’un\n maître que p o u r l ’am ener peu à peu à renier les\n faux dieux.\n    M ais si, dans R om e comme parm i les B arb ares\ndu N o rd , une transition était possible, naturelle\nmême, entre la Vestale ou la druidesse et la vierge\nchrétienne respectée, entre la matrone et la mère\nhonorée ou la pieuse veuve, quel bouleversem ent\ndans tout l ’O rient ne dut point pro vo quer la déser­\ntion du culte d ’Astarté, la ru in e des temples de\n Cybèle d ’A rsin o ë A phrodite, de la D ea S iria ?\nSeule, la religion ju daïq ue aurait p u allier, dans\nla continuation des siècles, u n relèvem ent m oral\n(très incom plet pourtant) de la femme, à la satis­\nfaction des appétits sensuels de l ’O rient. — M ais\nles temps étaient comptés. — L e s C ro ix lançant\ndes éclairs, était dressée sur les débris phaliques\net sur les ossements des victim es du M oloch !\n   L a cro ix seul préoccupa les esprits. Sourde-\n"}, {"page_pdf": 385, "texte": "358             L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\nment, comme un mystère, l ’image de la Vierge-\n M ère, vouée aux douleurs, se mêlait au drame\nsublim e de la P assio n de l ’ H o m m e-D ieu. D ans\nune attitude secondaire, selon le rôle dévolu à la\nfemme depuis les origines, M arie, avec les apôtres\npréférés, assistait résignée aux luttes tragiques qui,\nde jo u r en jo u r, devaient étendre les lim ites du\ndom aine du Christ.\n    L a m agnifique épopée des croisades fut un\nsim ple élan vers le signe de la Rédem ption, et\npourtant, quel progrès immense avait déjà fait\ndans les esprits, sous l ’influence civilisatrice du\nclergé prem ier, le respect de la femme, sym bolisée\naux yeux des rudes paladins par la Sainte M éd ia­\ntrice ?\n    D ans les représentations m urales des prem iers\nsiècles, rien ne distingue la M ère de D ieu des\nautres saintes femmes de la B ib le. D ans des m osaï­\nques, elle nous apparaît au même titre q u ’E ros\net P syché ou que les cortèges im périaux bysan ­\ntins. — L ’art religieux, asservi à la tradition,\nsemble destiné à la glorification du p rin cp ie mâle,\nactif et supérieur, dépositaire du pouvoir, du\nsavoir p rim o rdial et créateur.\n    Cependant, vers les approches de l ’an m il,\ncet art traditionnel n o urri dans les cloîtres de\nl ’O rient semble s’ém ouvoir de l ’im portance d ’un\nm otif ju sq u ’alors négligé.\n    L ’image de la Vierge s ’auréole d ’icones d ’un\nsym bolism e encore incom plet m ais se précise\ncomme forme, comme costume et physionom ie,\net des Tem ples nom breux érigés à la gloire de\nM arie attirant l ’attention fervente des artistes et\ndes théologiens sur la personnalité décorative de\ncette Sainte de pureté, de m iséricorde et de rési­\ngnation.\n    A u ssi l ’étude de cette iconographie à travers les\n"}, {"page_pdf": 386, "texte": "                     L a P e in t u r e             359\n\n\n\n siècles impose-t-elle une certaine rig ueur de\n classem en t: L a glorification de la Mère de Jésus\n doit être séparée de sa vie terrestre et même de ces\n circonstances solonnelles où M arie put s’énor ­\n g u e illir pieusement d ’Adorations et de marques de\n respect destinées à l ’Enfant. I l en est ainsi de la\n Salutation angélique, de la N ativité, etc.\n     L ’Asom ption même n ’est point le triom phe\n sym bolique p roposé à la vénération des fidèles,\n et dans les Saintes F am ille s ou les M ariages m ys­\n tiques, M arie préside à la scène sans en être\n l ’objet véritable.\n     A u contraire, quand elle trône, portant le dia­\n dème ou le recevant par un d iv in couronnem ent,\n quand elle est l'em blèm e d e l a gloire maternelle\n ou le but des louanges angéliques ; m ieux encore,\n quand elle est, de même q u ’une R eine de la terre,\n gardée par des Saints, courtisans, parfois gerriers,\n ou entourée de Saintes qui sont des daines d ’ho n ­\n ce genre, de com position indique la volontés pé­\n d a le d ’affirmer son triom phe idéal, analogue à\n celui que figure M u rillo quand il dresse la M adone\n comme une D ian e antique, debout sur le crois­\nsant lunaire.\n     D ans l ’art m édiéval, cette M adone de gloire\nsym bolise absolum ent la splendeur divin e de la\nPureté, sertie de l ’or précieux de la P rière.\n     L a Souveraine byzantine avec ses vingt anges\ngracieux, qui fit la réputation de D u ccio et de\nl ’école de Sienne, n ’était q u ’une sorte de répéti­\nde celle du vieux G uido qui dès 1271 ornait l'église\nde San D om enico et q u ’avait précédée l ’œ uvre de\nCim abuë, Santa M aria N ovella.\n     O n sait l ’enthousiasm e q u ’excita-en 1267, dans\nle peuple entier, ce brusque progrès dans la p e in ­\nture religieuse.\n     Dès lors, nous nous trouvons en présence de la\n"}, {"page_pdf": 387, "texte": "360               L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\nM ère glorieuse qui sera l ’im piratrice de tout l ’art\nchrétien, et q ui apportera dans les mystères san­\nglants et rigoureux, le rayonnem ent de la chas­\nteté gracieuse, de la p u d e u r angélique, car ce\nn ’est pas vainem ent que les troupes de chérubins\nfont cortège à leur Reine. C ’est elle qui sera l ’in i­\ntiatrice de l ’idéalism e dans les formes, des célébra­\ntions de la paix fam iliale, de la m aternité to u ­\nchante, de la pitié consolatrice, de l ’intercession\nauprès du T o u t Puissant, enfin la R égulatrice de\nla vie terrestre elle-même.\n    C ’est là une figure adm irable, certes digne de\n l’auréole victorieuse que l ’art du monde catholique\ns ’est p lu à lu i décerner.\n    D ésorm ais, tradition asiatique, toute lub ricité\npaïenne devait som brer dans le resplendissem ent\nde l ’angélique candeur, de la céleste continence\nque réprouvaient les immondes sectateurs des\ncultes de volupté bestiale.\n    Substituée à l ’H é v a cédant aux suggestions du\nserpent cosm ogonique, à M iriam l ’Anadiom ène,\nà l ’A n aïtis P riap in e , à la Bonne Déesse envellop ­\npée dans ses voiles, surg it la Chasteté entourée de\nl ’arc-en-ciel, nimbée des douze étoiles, fontaine\nja illissan te des vertus; c ’est la T o u r d ’ivoire érigée\ndans les lis et les roses, c ’est M arie enfin au cœur\ntranspercé de poignards et qui offre ses douleurs\nmaternelles p o ur la salvation de l ’H um an ité !\n    — Saint E p ip h an e a trace au I V e siècle, selon\ndes traditions m aintenant effacées, le portrait\ncharm ant de la Vierge, et Saint-D enis l ’Aréopa ­\ngite avouaient «qu’il l ’eut adorée comme une\ndéesse, s’il n ’avait su q u ’il n ’y a q u ’un seul D ieu» !\n    N otre Dam e du P u y en V e lay possède une des\np lus anciennes images de M arie, une statuette en\nbois de cèdre, d ’un caractère égyptien et que l ’on\nsuppose façonnée par les prem iers chrétiens du\n L ib a n .\n"}, {"page_pdf": 388, "texte": "                     L a P e in t u r e              36 1\n\n\n\n      E n 224, en 320, en 501, en 546, en 621, mais\ndéjà même, (selon la légende de st-Jacques le\n M ajeur) en l ’an 36 où fut bâtie la prem ière église\ndédiée à la Vierge, l ’histoire enregistre à B yzance,\nen Espagne, à T rip o li, en Fran ce , la consécra­\ntion d ’autels prim itifs élevés en son honneur. L e\npélérinage de R oc-A m adour date, dit-on du\n I I I e siècle et fut visité par R o la n d en 778.\n     N otre Dam e de M onserrat se révéla au I X e siècle\nà des bergers catalans.\n     D ep uis la mort du christ, ses disciples ont donc\nhonoré la V ierge.\n     Toutefois c ’est vers le temps m illénaire, et sous\nla préoccupation de la rénovation de l ’architecture\nreligieuse que se réveilla l ’idée de la, figuration\nplastique de la R ein e des Anges.\n     Jusque-là, à l ’exemple de P u lch é rie qui avait\nobtenu une effigie que l ’on disait peinte par S t-\nL u c , les dévots s’étaient contentés des nom breu­\nses répétitions de ces Vierges byzantines que l ’on\nem portait à l ’armée sur des chars attelés de che­\nvaux blancs et qui causaient la victoire (necopesiôn).\n     D ans les villages de la Morée on en est encore\nlà ; on chante des litanies devant la Panagia b a r­\nbouillée en rouge sur un m ur peint en bleu.\n     E t cette mère si hum ble a, selon l ’expression de\nSaint-A ugustin, coopéré par sa charité à la nais­\nsance spirituelle de tous les membres de l ’E g lise\n     L e second concile de N icée semble avo ir in a u ­\nguré la tendance à honorer M arie p ar des jo yaux et\ndes ornements lu xu e u x, po ur m arquer au peuple\nla gloire de la Vierge e t environner la R ein e du\nCiel de toutes les splendeurs de la terre. Des fleurs\nencore dans nos campagnes, ne sont-elles pas d is ­\nposées autour de son image, touchant sym bole du\nluxe de la nature et de l ’épanouissement de la\nBeauté idéale ?\n"}, {"page_pdf": 389, "texte": " 362               L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\n      Giotto, le novateur, à la fois sym boliste, m o n u­\n  mental, synthétique et vivan t dans son expression,\n  semble avo ir négligé quelque peu l ’attitude solen­\n  nelle et sereine de M arie pour donner cours à son\n  goût po ur la peinture épisodique. Cependant les\n  grandes com positions relatives à S t-Fran çois et\n  surtout la glorification du Saint sous un dais\n céleste, au m ilieu des anges chanteurs et m u si­\n ciens, et le couronnem ent de la V ie rg e , de la ch a­\n pelle B aro n ce lli, suffisent à prouver q u ’il ne vo u lu\n pas laisser aux mosaïstes du Baptistère le monopole\n de ces sujets profondément décoratifs et stylisés.\n      I l inaugurera cependant un type de com posi­\n tion plutôt destiné à la peinture de chevalet et qui\n obtint une vogue étonnante dans l ’art du N ord de\n l ’Italie.\n     C ’est celui de la M adone entourée de Saints,\n dont l ’E g lise d ’Assise possède un spécim en, et qui\n excita la rivalité de Sim on di M artino et de L ip p o\nJem m i, dont la calm e Maêstà du P ria is p u b lic de\nSienne nous offre les saint faisant cortège à M arie,\n intrusion curieuse du réalim e dans le sujet le p lus\nidéaliste peut-être du moyen-âge.\n     D ’ailleurs la V ierge avec l’enfant, d u M usée de\n B erlin , celle de M ilan, celle de Florence, avec ses\nanges et ses saints, sont encore de vraie am plifi­\ncations des p rim itives œuvres qui firent tant d ’effet\nsur Charles d ’A n jo u et sur les Flo ren tins, et Giotto\ns’y montre encore l ’élève de Cim abuë m ais dès\nlors, les T riom phes et les G loires se m ultiplient,\nmalgré l ’adjonction de figures qui mêlent à une\nsorte de visio n céleste, u n souvenir trop palpable\nde l ’hum anité, v o ir des portraits de commande.\n     D éjà p o int à l ’horizon de l ’art la prem ière\nRenaissance de M asolino et de son d iscip le ; le\nnaturalism e des V a n E y c k se laisse soupçonner, et\ncette étrange et intéressante expression de tout le\n"}, {"page_pdf": 390, "texte": "                        L a P e in t u r e               3 63\n\n\n\n quinzièm e siècle, sorte de problèm e que se pose\n le psychologue, se prépare dans une fusion occulte\n des éléments de la plus haute poésie avec la p ué­\n rilité, la consience rigoureuse et même parfois la\n fantaisie la p lus grotesque.\n     Pourtant, si O rcagna glorifie le C h rist, si T ra in i\n exalte S t-Thom as d ’A q u in et S t-D om inique, c’est\n à la célébration de la triom phante beauté de la\n M adone que se voue presque tout l’art de l ’Ita lie\n du N o rd , par une m ultitude d ’œuvres gracieuses\n et pénétrées sans conteste d ’un sentim ent poétique\n dont les fluctuations sous l ’effort de personnalités\n éminentes sont au m oins aussi attachantes que\nles élans sublim es des grands idéalistes protégés\npar L é o n X et par Ju le s I I . _\n    E t d ’abord, apparait la V ierge entourée\nd ’anges, faite po ur l ’église de F iéso le: cette\nœuvre rêvée, d ’un p ur sybolism e canonique qui\npeut, à elle seule caractériser l ’angélique et béat\nmoine de S t-M arc, bien que l ’émotion y soit rem ­\nplacée par le faste et la sérénité d ’une majesté\ndivine.\n    Vasari a laissé une description enthousiaste de\nce Couronnem ent de la Mère par le F ils .\n    I l dit que les esprits des B ienh eureux ne sau­\nraient être autrement dans le ciel, s’ils avaient un\ncorps, et que le coloris de ce tableau p arait lui-\nmême être l ’ouvrage d ’un esprit céleste.\n    D e chaque côté du trône douze anges portant\nde grandes ailes de pourpre, des robes flottantes et\nde petites flammes rouges su r la tête, chantent ou\naccom pagnent un motet solennel. I l est in d ub ita­\nble que R oger V a n der W eyden a été ém u à la vue\nde cette superbe com positon et du g rand tableau\nd ’autel de Pérouse: L a V ierge glorieuse escortée\np ar les anges.\n   — I l ne fut pas le seul : L e s écoles du N o rd de\n"}, {"page_pdf": 391, "texte": "3 64             F e u illeto n   de la   Revue\n\n\n\n la P én in sule nous ont transm is aussi, par A n d rea\n Castagno et D. Veneziano le souvenir du doux et\n patient moine. M ais quel contraste brusque avec le\n sensuel F ra F ilip p o L ip p i ! Ic i, c ’est à l ’état de\n tentative que demeure l ’idéalisation de la pure et\n virg in ale beauté fém inine. L e souvenir im périeux\n de l ’amoureuse L u c re z ia B u ti vient mêler une\n pensée profonde au très consciencieux effort de\nl’ancien relig ieux repenti. Son enfant, le petit\n F ilip p in o , nous sourit sous la forme d ’un puito\n réjoui, car le naturalism e le plus expensif vient\négayer une scène plutôt terrestre dont le succès\nfu t pourtant extrême jusque dans le monde re li­\ngieux du temps.\n     I l reprit souvent ce sujet et sa G lo ire de la\nVierge, datant de 1438 (au jo u rd ’h u i au L o u vre ) et\nses tableautins de M adones pourraient être placés\n(avec avantage, au point de vue d ’un réalisme\njo y eu x et v iva ce ), à côté des panneaux les p lus\nintim es de nos peintres de l ’école brugeoise.\n    A u ssi ce fut par une V ierge que Benozzo G oz ­\nzoli, son élève commença sa carrière; c ’est une\n M adone sur un trône qui, en 1461, consacra la\nréputation de ce peintre à F lo ren ce.\n    L ’exemple de F ra A ngelico et de F ilip p o\nL ip p i tourna d ’ailleurs p lus d ’un artiste vers le\nsujet du Couronnem ent de la V ierge, p lus m ouve­\nmenté, p lus varié, mais q ui s ’écarte déjà du carac­\ntère grandiose et majestueusement syntétique de la\nsim ple gloire virg in ale.\n    M ais le type spécial de com position q ui doit\nnous attacher d ’abord, p arcequ’il est intim em ent\nlié à l ’art flam and, c’est celui q u ’illustra surtout\nM antegna, ce sing ulier grand maître qui sut p lie r\nà u n apparent paganism e ou plutôt à un extraor­\ndinaire souci archéolgique son naturalism e v ra i­\nment académ ique et une élévation de sentiment\nsurprenante.\n"}, {"page_pdf": 392, "texte": "                      L a P e in t u r e              3 65\n\n\n\n     N ’est-ce pas de lu i que procèdent les V iv a rin i,\nles B e llin i,le s P alm a le Bassan, L orenzo di C rédi,\nA ntonello de M essine, G io rg io n et tous les V é n i­\ntiens, enfin le p lus extraordinaire de tous: C i ma\nle m éconnu, l ’adm irable jeune homme qui fut\nl ’iconographe parfait des M adones de gloire ?\n     E t, malgré les hypothèses hasardées concernant\nl ’influence q u ’obtient l ’art flam ant à V enise, peut-\non se refuser à vo ir, par les gravures tout au\nm oins, M antegna projeter sa lum ière sur A lb ert\nD ü re r et sur tous nos maîtres italianistes des\nprem ières années du X V I e siècle?\n     L e fier buccinateur de César, d ’Orphée, d ’ H er­\ncule et aussi des Gonzague, term inera sa carrière\ndans une sincère adm iration de la M adone et dans\nla p lus profonde vénération po ur une Beauté\nfém inine, non p lus païenne n i m atérielle en sa\nplastique, mais pieuse absolum ent et com portant\nune exéçution précieuse, m ystiquem ent énamou­\nrée.\n     L a V ierge de la V icto ire , ses petites M adones,\nson incom parable retable de San Zeno, où M arie,\npresque byzantine, trône au m illie u d ’un décor\nrom ain, sous les guirlandes affectionnées par le\n M aître, et en com pagnie d ’Angelets louangeurs,\nont dû produire sur les contem porains du Padou-\nan une im pression écrasante.\n     Chose étrange, un autre académ ique, anato­\nmiste, celui-ci : S ig n o relli, finit comme M ante ­\ng n a s a vie de labeur et de recherches pratiques, par\nun retour vers ses débuts, par une série d ’œuvres\nconsacrées à la M adone et à son solennel cortège\nde saints. Pourrait-on s’empêcher de vo ir là une\n synthétique récapitulation de sa vie d ’artiste, un\naveu hum ble de la supériorité idéale rencontrée\nen la beauté de la Vierge-M ère, et rien q u ’en la\n pureté chrétienne?\n"}, {"page_pdf": 393, "texte": " 366              L a L u t t e . — J u in   1900\n\n\n\n      Chose rem arquable encore, le profane et rêveur\n  S. B o ticelli, ce demi-hérétique, n ’ayant p u empê­\n  cher de grouper autour de sa Vierge du L o u vre ,\n  qui déjà annonce la période raphaélesque, des\n  anges et le jeune S t-Jean, a pourtant fait ap p a­\n  raître l'archange Saint M ichel qui pose sur la tête\n  de M arie la couronne étoilée reflétant les rayons\n  du soleil en symbole de d ivin e splendeur.\n      L e s noms im m ortels de Sanzio, de M ichel Ange\n  du Corrège et même celui de V in c i ; (q u i atteignit\n une perfection inestim able dans l ’im pression de la\n  beauté surh um ain e), appartiennent pleinem ent à\n ce néo-paganisme que l ’on s’efforce d ’évoqu er\n encore aujo urd ’h u i, mais q ui rom pt décidément\n avec le sentiment m édiéval. M ais Venise et l ’école\n flam ande appellent puissam m ent notre attention.\n     D ès 1446, en effet, A. V iv a rin i exécute le p o r­\n trait d ’une V ierge triom phante, œ uvre antérieure\n à celles de M antegna; mais avant cette date, sous\n l ’im pulsion de Spuarsione, l ’art padouan était\n sollicité à la fois par l ’idée chrétienne et par la\n forme antique. Ce fut certes Andréa qui im posa\n aux V é n itiens sa loi nettement form ulée de gran­\n diose naturalism e, et si G iorgion attribue à sa\n M adone assise sur une estrade et gardée par une\nmoine et u n chevalier, un luxe cérém onieux et un\nsym étrique apparat, s i le décoratif Corrège, in itia ­\nteur de toute l ’école bolonaise et de R u b e n s, témoi­\ngne, dans sa V ierge avec S t-F ra n ço is et S t-Jean\nBaptiste, (d u Musée de D re sd e) d ’un style fran­\nchement moderne, (car c’est celui du X V I I e siècle)\navant lu i M antegna a po ur ainsi dire transformé\nl ’école flamande, et c ’est de lu i que provient l ’art\ncom pliqué de G érard D a vid , laissé à lui-même\naprès la d isparitio n de M em ling,\n     T o u t artiste subit, à son insu, des influences\ncontinuelles.\n"}, {"page_pdf": 394, "texte": "                     L a P e in t u r e              807\n\n\n\n    L a grande Conservation sainte du peintre de\nl ’H ô p ital S t-Jean, qui orne le musée du L o u vre ,\nfut le modèle préféré de D avid , mais sans nul\ndoute M em ling avait connaissance des presti­\ngieuses M adones vénitiennes aux arrangements\nsim ples et opulents, et Gérard, les prem ières\nannées du X V I e Siècle, quand l ’Ita lie devint un\npèlerinage, en fut littéralem ent hanté. L ’entou­\nrage de la Mère et de l ’E n fa n t à la grappe de ra i­\nsin devint alors sous son pinceau la réunion de\nSaintes du M usée de R o uen, ou la Madone de\nDarm stadt, mais il consentra toutes ses forces\npo ur pro duire une œ uvre de synthèse : L a M adon ­\nna di G lo ria, somptueuse V ierge su r un trône,\nqui b rille d ’u n grandiose éclat dans la cathédrale\nd ’E vo ra.\n    — M ais, comme par un legs des anciens, la\nBeauté était l ’objet prim o rdial de l ’art m éridio­\nnal. C elui du N ord, consacré plutôt à la Piété,\nnous parait p lus approprié aux aspirations de F o i,\npeut-être en grande partie p ar pénurie de modèles\net de science.\n    C ar l ’école des V a n E y c k avait puisé ailleurs,\nsans doute à Cologne, l ’ordonnance de ses\nmadones abritées sous un dais, comme dans\nl ’œuvre de M antegna ou entourées de roses, de\nfleurs et d ’oiseaux comme chez M artin S ch o n ­\ngauer. D ans l ’Adoration des M ages du Dôme,\nœuvre de Stephan L o chen er et qui n ’est à p ro pre­\nment parler q u ’une Vierge trônant entourée de sa\nsa cour, il y a un sentiment de douceur suave qui\nse retrouve dans les figures de M em linc, lu i aussi\nd ’o rigine germ anique. D ans les M adones de\nW ilh e lm de H e rle , si m ystiques et élégantes il y\na peut-être directement l ’influence d ’œuvres ita­\nliennes.\n    N os peintres, m oins favorisés que leurs rivau x\n"}, {"page_pdf": 395, "texte": " 308               L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\n  du M id i, durent s’en tenir comme in sp iration à\n  certaines types de femmes chrétiennes, de pieuses\n  bourgeoises et surtout de religieuses, q u i v i v a i e n t\n  dans leurs ville s étroites, et leurs œuvres acquirent\n  ain si u n caractère d ’intim ité bien différent de\n  l ’opulence souveraine de l ’Italie.\n      M ais quel eût été le u r élan s'ils avaient pu com ­\n  tem pler une des Madones de gloire de Cim a de\n  Conegliano !\n      A u cu n peut-être de nos Flam ands ne connut en\n  effet Cim a, un peintre sans génie ( s i l ’on croît\n avec quelques-uns que désordre est synonym e de\n génie), mais un peintre de talent incom parable,\n presque surhum ain, ignoré, inaperçu. M ort à trente\n sept ans, en possesion d ’un procédé étonnant de\n calme, de tranquille et rayonnante splendeur, il a\n voué ses plus belles années au culte artistique de\n ce que ses prédécesseurs avaient im aginé de p lus\n beau dans la nature hum aine et il a dépassé ce\n but. L a V ierge fut le m otif presque unique de ses\n adm irables et patients travaux, et en vérité, quand\n on s ’est tout-à-coup introduit dans la salle où l ’on\n conserve une de ses V ierges glorieuses, comme celle\n de B ologne par exemple, on se sent envahi par\n l ’émotion pénétrante que produisent les chefs\n d ’œ uvre complets.\n     Justice ne lu i est pas rendue, et p ourquoi ? P a r\nfatigue de vision ou torpeur de goût? O u bien\nconsidère-t-on comme une tare, comme une absen­\nce d ’insp iratio n ce dévouement de l ’élève de B e l ­\nlin i à la continuelle vénération, durant sa trop\ncourte existence, du type de la parfaite beauté\nchrétien n e ? — Q ui le saura jam ais. ? —\n     L ’esthétique contem poraine n ’est-elle pas un\nvéritable tissu d ’illogism es? Q uant aux Flam ands,\nils ne semblent pas avo ir soupçonné que l ’intuition\nsecondée par le talent et surexcitée p a r la F o i\n"}, {"page_pdf": 396, "texte": "                        L a P e in t u r e .             369\n\n\n\n  peut élever Je rendu de la vérité palpable ju sq u ’à\n  une apparence divine.\n     D e V a n E y ck , la M adone de L u cq u e s, allaitant\n dans une cham bre d ’apparat, celle de D resde qui\n fut l ’autel de voyage de Charles V , et don l ’analo­\n gie avec la sim ple et intim e M adone de P a la (de\n B ruges) a été remarquée p lus d ’une fois ; de Roger\n van der W eyden, les quatre saints entourant la\n Virege debout, (triphyque des M édicis dont il\n rapporta l ’inspiration de la P éninsule) ; de Metsys,\n la V ierge avec l'E n fa n t (de l ’Erm itage à S t-Peters ­\n bourg) : d ’A lbert D ü re r même les V ierges a lla i­\n tant, les M adones d ’A ugsbourg, de V ienne, de\n Florence, de M adrid, de B e rlin portant l ’em preinte\n de la F la n d re , rien ne saurait atteindre l ’exaltation\nde la M adone sur fond d ’or de F r a A ngelico que\nl ’on voit au Musée Stœdel de F ran cfo rt et le ch ar­\nme de ses douze anges louangeurs, n i même le\nsentiment étrangement p ieux de la soi-disant\nN ativité d ’ Isenheim célèbre pa r toute l’A llem agne\net où le pinceau de Schongauer à retracé une\narcade gothique, des ornements contournés, des\nanges m usiciens, avec une tendre naïveté visant à\nl ’d lé a l. M ais il faut avouer que c ’était dans un\nesprit presque identique q u ’était conçue la riche\nM arie de gloire de H . M em linc qui fut brûlée en\n1870 durant le siège de Strabourg.\n    Seul, sans doute, dans l ’art flam and, et peut-\nêtre par atavisme, il s’élève au dessus de la prosa­\nïque perfection professionnelle, et il est un des\nderniers gothiques.\n    A u seizieme siècle d ’ailleurs, paraît s ’affaib lir la\nla tradition de la cérémonieuse majesté de la R eine\nangélique. R aphaël, dans son tableau d e la N atio ­\nnale G allery (la Vierge entre les Saints Jean et\nN ico las) ne s’écarta point sensiblement de L o re n ­\nzo di C rédi et se montre plutôt conventionnel\nq u ’inspiré.\n"}, {"page_pdf": 397, "texte": "370                L a L u t t e . — J u i n 1900\n\n\n\n      U n e technique nouvelle, une tendance décora­\n  tive différente, sous l ’im pulsion des grand M aîtres\n  de la Renaissance, su ivis aussitôt par les m anié ­\n  ristes et les éclectiques, p a r les o uvriers habiles,\n  am bitieux mais de peu de foi, se montre alors dans\n  des sujets plus mouvementés, charpentés comme\n l ’in diquen t le u r nom typique de machines; ils enva­\n  hissent les voûtes, les autels, les p iliers, s ’unissant\n  bientôt à une architecture fantasque et tourm en­\n tée.\n     L ’éducation de la V ierge, l ’Assom ption, le C o u ­\n ronnem ent, toutes les phases brillantes ou élo­\n quentes de sa vie, m ais surtout celles qui autori­\n sent le mouvement, l ’étalage, le tapage, rem placent\n cette sorte d ’adoration muette q u ’exigeait, avant\n le retour de la forme païenne, la syntèse de la\n gloire virg inale.\n     Com m ent ne pas s’étonner de vo ir cet abandon\nse m arquer encore d ’avantage peu après l ’époque\noù le C o n cil de Trente confirm ait l ’établissement\n de la fête de la C onception Im m aculée, instituée\nen 1476 par Sixte Q uin t?\n     I l est certain que la grandeur spirituelle du\nrôle de la Fem m e est intim em ent liée à l ’idée\nchrétienne dont l ’art m édiéval est l ’essence la plus\npure, et que le Fém inism e moderne manque à la\nfois d ’assises et d ’idéal.\n     On a dit avec raison que le dogme du réel est le\nplus instable de tous les dogmes. C hercher la\nBeauté dans la Matière est un form el abaissement.\n     L ’Eternel F é m in in , on l ’a oublié, est fait d ’espé­\nrance, de prière et de foi, de consolation et de\ncharité, de regret et de m artyre, et l ’envolée vers\nles mystères de souffrance et de triom phe n ’est\néclairée que par le P hare im m uable de l ’Au-delà !\n\n                                            E dgar B aes.\n"}, {"page_pdf": 398, "texte": "LE TH ÉÂTRE\n\n\n\n\n              D e u x        T h é â t r e s\n\n\n\n\n    Sans aucune pédantesque intention de professer et de\n dogmatiser, qu’il me soit permis de développer ici quelques\n réflexions qui me sont chères. Voici longtemps qu’il m'est\n pénible d’entendre mépriser en vertu de principes reconnus\n incontestables des pièces émouvantes et hautes. Pourrais-je\n proposer une solution, conciliant à la fois mon respect de\n ces mêmes principes, et mon admiration pour les œuvres\n qu’ils condamnent ?\n    Essayons et tâchons d’être clair.\n   — Un malentendu embrouille toutes les questions de\n critique théâtrale.\n    Combien de drames, pleins de nobles pensées et pro­\n duisant un puissant effet n’a-t-on pas déclarés sans valeur\npar ce reproche qui semble fondamental : « La psychologie\n en est enfantine... Les personnages qu’ils mettent en scène\n sont des fantoches...\n   Combien d’œuvres poignantes n’a-t-on pas critiquées en\ndisant triomphalement : « Quelle idée se dégage de ces\nfaits ? Quelle est la pensée qui a inspiré l’auteur ? — Qu’est-ce\nque tout cela veut dire ? »\n   Ne serait-il pas plus simple, au lieu de se clore ainsi dans\nun étroit parti-pris, d’ouvrir largement la porte à toutes les\nformes d’Art ; au lieu de s’épuiser à comparer Racine et\nCorneille, d’admettre simplement qu’il est deux Théâtres\ntrès distincts, procédant tous deux de façons très différentes\npour atteindre la Beauté ; deux Théâtres, ayant chacun\nleur technique, leurs moyens d’action, leur compréhension\nde la scène ; deux Théâtres enfin que nous nommerons,\npour la simplicité de ce qui va suivre, le Théâtre réaliste et\nle Théâtre idéaliste ?\n   — Le Théâtre réaliste a pour objectif unique la représen­\ntation de la Vie : ses ridicules avec Molière ; ses douleurs\nou ses joies avec Racine. Avant tout, il se préoccupe de\n"}, {"page_pdf": 399, "texte": "372                L a L u t t e . — J u i n 1 900\n\n\n\nl’Homme, de ses passions, de ces vices, de ces vertus ; il\ncherche à le mettre exactement en scène.\n   Remarquons-le immédiatement : de cette peinture violente\net serrée des caractères mis en opposition sortira tou­\njours, à coup sûr, un effet moral, pour obscur et éphémère\nqu’il soit : horreur du vice qui rend criminel ou ridicule, —\net quelquefois, au contraire, excuse et sympathie pour un\nmalheureux plus victime que coupable. Mais cet effet,\nproduit inéluctablement, n’est pas l’objectif poursuivi\ndirectement par le Poète : avant tout, il se propose de nous\némouvoir, en étalant sur les planches nos propres misères,\nnos propres malheurs. Il n’est point un professeur ou un\nsermonnaire. Il se contente de pleurer ou de rire d’une\nfaçon assez communicative pour que nous suivions son\nexemple.\n   Qu’on me laisse le dire une bonne fois : ce théâtre ne\npeut avoir mes préférences. Cette sorte de dédain qu’affiche\nl’Artiste pour l’idée qui peut jaillir du conflit des personnages\ncréés par lui, ne s’accorde pas avec la conception que nous\navons de son rôle ci-bas. De l’usage de son talent il doit\nrépondre devant Dieu ; cela, nous, catholiques, nous le\ncroyons fermement. Le Poète n’est donc pas libre de jeter\nau vent qui passe la chanson de sa fantaisie ; il doit se\npréoccuper des rêves que cette chanson suggérera aux\nfoules... Plus encore ; son œuvre doit être une œuvre\nd’Apostolat : l’effet moral n’en est pas un accessoire : il en\nest le but cherché et désiré.\n   Le Théâtre chrétien ne peut qu’être un Théâtre idéaliste.\n   — J’entends sous ce titre les drames dans lesquels\nl’Auteur a eu le dessin de prêcher efficacement. Une pensée\nse présente à lui : pour la communiquer au Peuple, il la\nconcrétise dans une action scénique d’où elle sortira\ninévitablement.\n   Pour arriver à ce résultat, les personnages seront moins\ndes êtres vivants que les éléments du raisonnement du\ndramaturge. Ils sont des entités... (Ruy Blas, le Drame,\ndon Salluste, la Tragédie, don César, la Comédie. » Ils sont\nles membres d’une sorte d’équation algébrique.\n   L ’œuvre tout entière se résout dans une formule.\n   Plus cette formule resplendira puissamment, dans tout\nl’éclat de son originalité et de sa clarté, symbolisée en une\nscène qui résume la pièce, plus le drame sera beau. La\nfameuse définition ne sera-t-elle pas dès lors applicable :\nLe Beau, c’est la splendeur du Vrai ?\n"}, {"page_pdf": 400, "texte": "                       L e T h éâtre                     373\n\n\n\n   Dès lors, ce système admis, toutes les critiques adres­\nsées au drame romantique s’écroulent d’elles-mêmes.\nQu’en a-t-on dit, en effet ? Les personnages n’y sont que\nles porte-voix du Poète. Certes !... mais il ne les a créés\nque pour cela, rien que pour faire vivre un fragment de\nson rêve : ils sont une part de son propre raisonnement.\nLoin de nous la pensée de le nier.\n   — Cette théorie qu’Eschyle, Sophocle et Schakspeare\navaient inconsciemment mise en pratique, que la grande\nâme de Corneille avait toujours suivie, Victor Hugo la\nformula avec hésitation dans ces préfaces. Depuis elle a\nconquis victorieusement la scène avec Dumas fils, Sardou,\nBrieux, de Bornier, Coppée dans Pour la Couronne,\nRichepin dans la M artyre, Rostand dans la Princesse\nlointaine. Chacun des chefs d’œuvre de ces Poètes puissam­\nment idéalistes ne pourrait-il pas se résumer en une formule,\nformule mise en valeur dans une scène capitale :\n   La Haine : La plus haute vertu de la Femme est la Pitié :\nCordélia donnant à boire à Orso blessé.\n   Pour la Couronne : La justice n’est pas de ce monde :\nConstantin innocent attaché au pied de la statue de son\npère coupable.\n   La M artyre : Le Christianisme a créé le véritable amour :\nFlamméola se faisant baptiser par Johannès pour partager\nson éternité.\n   Ces quelques exemples suffisent. Ce serait, en effet, une\nfaçon simpliste de voir les choses que d’assimiler à ces\nnobles œuvres la foule ordinaire des autres drames. Dumas\npère avait cru égaler Hugo en mettant sur la scène une\nérudition de clinquant, des phrases sonores, des cris et du\nsang : c’était puéril. Il y a dans les Burgraves et le Roi\ns'amuse autre chose que des poignards, de beaux vers et\n des hommes masqués. Il y a un sincère effort pour maté­\nrialiser une idée puissante dans une action scénique :\naction maladroite, invraisemblable, embrouillée, impossible,\nje le veux bien. Mais la faute en est au Poète, non à la\nthèse qui le guidait.\n   — A nous autres, Catholiques laborieux, d’exploiter\n cette mine féconde ! Tandis que les Réalistes s’attachent\naujourd’hui à tripatouiller toutes les fanges, ayant aban­\n donné l'étude des passions pour celle des instincts, reven­\n diquons hautement pour nous la tradition idéaliste. Nous\n reprendrons ainsi la doctrine esthétique du M oyen-Age\n qui, de tout spectacle matériel, faisait jaillir une Idée\n"}, {"page_pdf": 401, "texte": "374               L a L u t t e . — J u in 1 9 0 0\n\n\n\nimmortelle. Instruits des raisons secrètes des choses,\nexplorateurs de l’Infini, ne dédaignons certes pas de faire\npalpiter sur la scène l’homme éternel avec ses luttes, ses\ndéfaillances, scs victoires... mais que par nos mains\npieuses, les tréteaux fleurissent en perpétuels symboles de\nPrière et d’Amour! Que les grandes prédications religieuses,\nmorales et sociales remplacent pour l’éducation du peuple\nles spectacles dissolvants de la Luxure et de l’Athéisme !\n  — Et avant d’engager la grande bataille, répétons-nous\nla parabole évangélique : le Seigneur, comme le Maître à\nses serviteurs, nous a confié un dépôt... Songeons que\nnous n’en sommes point les propriétaires et que nous\nn’avons point le droit de l’enfouir dans le sol, à plus forte\nraison de le gaspiller aux hasards de la Route.\n  Travaillons pour Sa Gloire à le faire fructifier.\n\n\n\n                                         A r m a n d P r a v ie l .\n"}, {"page_pdf": 402, "texte": "      UNE L E T T R E D E M. YVES B E R T H O U .\n\n   Notre collaborateur et ami Yves Berthou nous prie\nd'insérer la lettre suivante qu’il a adressée à la Revue Natu­\nriste :\n\n             M on C h e r C o n f r è r e ,\n\n\n    Le compte rendu que donne la Revue Naturiste d'un\n mien article de la L u t t e , La Résurection de la Bretagne,\n est tellement flatteur pour moi et me prouve si bien que mes\n idées ont porté que j’aurais mauvaise grâce à me plaindre\n d’un alinéa qui peut cependant prêter à équivoque, me fai­\n sant dire par la plume de votre collaborateur le contraire de\n ma pensée : « Il nous plait aussi (!) d’espérer qu’en un ave­\n nir peu éloigné le pays (la Bretagne) débarrassé des fonc­\n tionnaires qui l’asservissent et d’un clergé qui l’abrutit,\n devienne un pays, réellement libre et fort. »\n    Voilà une phrase qui semble résumer mon article et dont\n ic ne voudrais pas endosser la responsabilité vis à vis de\n ceux qui n’ont pas lu mon article même. D’accord, certes,\n en ce qui concerne les fonctionnaires, mais je veux protes­\n ter contre le coup injustifié porté au clergé breton.\n    Qu’on le sache donc bien ! nous avons eu une Eglise bre­\n tonne et de fait nous l’avons encore malgré les ordres qui\n pourraient venir de Rome. Nous avons des Saints nationaux,\n nés sur notre territoire ou venus d’au-delà les mers à la\n suite des aïeux, de Cambrie, d’Ecosse ou d’Irlande. — Ah !\nles jolies Légendes !.. — Tous ont vécu parmi nous, faisant\nle bien, et la reconnaissance d’un peuple s’est transformée\n en culte. Canonisés ou non, ils sont sur nos autels ou dans\nles fraîches niches de nos fontaines miraculeuses. Avec une\nrespectueuse familiarité, nous leur adressons nos prières\ncomme à des aïeuls qui doivent assistance à leurs petits\nenfants. On nous dit superstitieux, arriérés. Comme on nous\nconnaît mal ! et qu’il y a loin de ce culte familier, naïf certes,\nmais aussi très poétique, à la froide bigoterie, à la jocrisse ­\nrie intolérable et si souvent intolérante que l’on trouve par­\nfois hors de nos fontières ! Qu’on aille donc voir nos gais\npardons qui réunissent, chaque dimanche de la saison d’été,\njeunes et vieux au fond d’un vallon fleuri où chante le clair\nruisseau jailli d’une fontaine sacrée. Là, autour de la cha­\npelle de granit moussu d’un vieux brave homme de saint,\n"}, {"page_pdf": 403, "texte": "3 76               L a L u t t e . — J u in 1000\n\n\n\n les dévotions faites, l’on boit du cidre généreux et l’on danse\n au son des vielles et des binious ; on ne s’y abrutit pas en\n absorbant des vertes.\n    Nos prêtres sont élevés parmi nous. Chose importante à\n noter : il y en a un dans chaque famille. Les enfants desti­\n nés à la prêtrise, au sortir de l’école primaire, vont au petit-\n séminaire régional. Aux vacances ils retournent à la paroisse;\n ils ne cessent de prendre contact avec leurs amis et leurs\n proches. Remarquez qu’en Bretagne ont est parent jusqu’à\n la dixième génération ; c’est à dire que dans une paroisse il\n n’y a que des parents à tel point que la moindre fête réunit\n dans une même ferme une ou plusieurs centaines de convi­\nves. On n’y cultive pas les inimitiés.\n    Une fois ordonné, le jeune prêtre est nommé vicaire\ndans une paroisse voisine de la paroisse natale ; c’est encore\ndans le pays natal qu’il prend possession d’une cure. On\nne cesse donc de le suivre en sa carrière depuis sa nais-,\nsance jusqu’à sa mort. Il reste le familier de tout le monde;\nles ordres n’en ont point fait un autre homme ; ses intérêts\net ceux des siens sont mêlés au nôtres et, chose essentielle,\nil reste le défenseur éclairé — car il est instruit — des tra­\nditions, des usages et de la langue. Il est peut-être plus que\ntout autre l’ennemi des innovations en matière religieuse et\nvraisemblablement il serait le plus heureux du monde de\ns’affranchir d’une domination étrangère quelle qu’elle soit.\nJe dois bien oser le dire : nos Evêques qu'on choisit toujours\nhors de Bretagne font plutôt les affaires du gouvernement\nque les nôtres.\n    Voici les vacances qui approchent. J ’engage ceux qui ont\nencore certains préjugés — préjugés funestes pour nous\ntous — à passer quelques semaines dans un village breton\n— je parle d’un village où l’on parle la langue celtique et\nnon d’un pays déjà francisé — et à faire la connaissance du\nclergé local. Ils seront stupéfaits de la largeur de vues, de\nla liberté de langage, de la bonté, de la bonhommie char­\nmante, de la candeur aussi de ces prêtres qui sont restés\ndes hommes sous la soutane du prêtre. — Ah ! c’est un pays\nbien étrange que la vieille Bretagne. On s’apercevra trop\ntard du mal qu’on aura fait en le réveillant brutalement au\nmilieu de son rêve. On se dira enfin que les mauvais plaisants\net les sectaires aveugles auront commis une faute irrépara­\nble. Combien n’en commit-on pas au nom du Progrès et de\nla Liberté ?... A moins que ce réveil ne soit suivi d’un geste\nqui bouleversera le monde !\n                                           Y ves   B erthou.\n"}, {"page_pdf": 404, "texte": "L ’A C TU A LITE\n\n\n\n\n                   R e v ue du mois\n   L ’E x p o s i t i o n U n i v e r s e l l e . — L a   guerre   du   T r a n s­\nvaal    — L ’ a m n is t ie .\n\n\n\n\n    L ’ e x p o s i t i o n u n i v e r s e l l e . — Avant de se dresser dans\ntoute sa féerie, elle aura donné lieu à bien des dénigrements,\nau point que les partis politiques auront vu en elle, un\nmoment, l’occasion d’un terrain de combat, bien qu’elle soit\naujourd’hui la grande pacificatrice. Elle aura soulevé des\npolémiques comme tout ce qui se fait de grand et de juste\ndans ce pays, qui si généreux devient si facilement victime\ndes mensonges des gazettes. En province, les rumeurs les\nplus étranges auront circulé, à son propos. Mais peu à peu,\nceux qui reviendront de la visiter, les yeux émerveillés et\nl’âme plus large, dissiperont les préventions des esprits\nmoroses et des âmes sombres. Elle sera vers la fin de cet\nété, ce qu’elle commence déjà à être, le grand lieu de péle­\nrinage, vers lequel les hommes de tous les pays tourneront\nles yeux et dirigeront leurs pas pour communier dans une\nmême ivresse de paix, de beauté et de vie.\n    Et par un de ces hasard inexplicables, une de ces\nconjonctions mystérieuses, il se trouve que l’emplacement\nde cette exposition où tous les peuples de la terre se\nrencontrent déjà, les mains fraternellement unies, à l’aube\nd’un siècle qui commence, en une année jubilaire, a la forme\nd’une croix. Pour celui qui la regarde de quelque hauteur,\nc ’est comme une croix vivante que cette exposition apparaît,\net dans cette croix vivante se mêlent les sangs de toutes\nles nations, coulent les sucs de tous les fruits, d’elle mon­\ntent les parfums de toutes les flores. Et quand durant les\nmolles nuits d’été, les guirlandes d’électricité s’allument,\nquand le château d’eau flamboie, la croix s’illumine. Alors\nnotre exposition apparaît peut-être à nos frères des autres\nplanètes comme une croix de lumière dans le ciel, à la place\n"}, {"page_pdf": 405, "texte": "3 78               L a L u t t e . — J u i n 1900\n\n\n\n où leurs astronomes ont découvert la terre. Il y en a alors\n qui, là-bas doivent penser que de grandes choses s’ac­\n complissent chez nous. Des âmes pieuses s'agenouillent\n sans doute devant le signe de la miséricorde et de la\n paix. Des savants discutent. Des sceptiques sourient.\n    — Cependant la Croix apparaît toujours plus lumineuse à\n intervalles, chaque fois qu’un dimanche s’est écoulé sur la\n terre. Ceux qui voient plus profondément dans les choses\n divines parce qu’ils ont l’âme simple, pensent que cette croix\n de lumière annonce quelque grand événement. Elle annonce\n en effet, que des hommes, quelque part, ont fait trêve à leurs\n colères et à leurs haines pour s’unir dans l’amour de la\n Bonté, de la Beauté et le culte du Travail. En dépit des\n mots qui sont des travestis pour les pensées et les âmes,\n elle annonce un triomphe chrétien. Une vie nouvelle se\n réalise pour quelques mois sur un coin de terre d’où\n ont disparu les haines, les haines individuelles, les\n haines nationales, et c'est dans le Signe que cette vie\n triomphe.\n    Je sais qu’il y en a qui protesteront contre ces paroles.\n Certains mêmes seront tentés peut-être de crier au blas­\n phème par ce que sur l’emplacement de cette croix se\n dressent quelques laideurs, assez peu de vraies beautés, et\nqu’à côté de hautes joies, il règne des joies impures. Je\nsouhaite à ceux-ci de posséder la pureté virginale qu’ils\nexigent de toute chose sur la terre ; je leur demande que\nleur pureté soit aimable et non point revêche et aigre ; je\nleur demande aussi l’intelligence qui pardonne.\n    Nous savons qu’hélas ! rien n’est absolument parfait de\nce que réalisent les hommes et nous ne tirons jamais notre\nhumaine beauté que de nos luttes de chaque jour avec les\nimperfections de notre nature. A l’exposition universelle\non rencontre des hommes avec leurs vices et on ne voit pas\nque des beautés; l’architecture n’y est même pas admirable;\ncela est entendu ; mais ce qu’il faut surtout chercher, me\nsemble-t-il, c’est le sens profond d’une manifestation\ncomme cette exposition universelle. Que des hommes se\nretrouvent fraternellement unis malgré les barrières des\nraces et des langues dans une même fête qui célèbre les plus\ngrands dons de Dieu à l’homme, voilà qui a sa cause dans\ntout ce qui s’est accumulé depuis des siècles de Bien dans le\nmonde et dans la nature de l’homme. Et si maintenant nous\nconsidérons les joies, même les plus vulgaires, que cette\nexposition nous offre, nous constatons qu’il n’y en a point\nqui soient cruelles et s’obtiennent par la vue du sang.\n"}, {"page_pdf": 406, "texte": "                         L ’ A c t ua l i t é                379\n\n\n\n   Cette exposition est vraiment une fête de la paix, celle\noù les nationalités s’effacent, où les Allemands, comme les\nAnglais, les Russes, comme les Américains, les Turcs\ncomme les Chinois, les Italiens comme les Espagnols, sont\nen France, comme chez eux ; et c’est notre honneur à nous,\nFrançais, d’avoir réalisé cette Babel fraternelle, où les\nhommes de toutes les races se coudoient autour des archi­\ntectures de tous les foyers.\n   Elle est féconde en enseignements. En regardant les\nvisages occidentaux, on constate combien,grâce à la facilité\nde fréquentation des hommes que permet la prodigieuse\norganisation moderne, les types nationaux s’effacent. Il est\nsouvent bien difficile de distinguer un allemand, d'un anglais\nou d’un russe, voire même d’un français avant d’avoir\ncompris la langue qu'il parlait.\n   Suivant la tradition des grandes foires, cette exposition\nest le lieu où se donnent rendez-vous pour les échanges, les\nmarchands de tous les pays, depuis ceux qui apportent les\nétoffes précieuses jusqu’à ceux qui sont venus avec les\nparfums, les aromates et les fruits.\n   On y admire le prodigieux machinisme moderne ; les\nmonstres de fer et de bronze qui halettent et crachent la\nfumée, le rhythme puissant de pistons et des billes ; com­\nment le génie de l’homme accomplit la transformation des\nfruits trop âpres en succulentes nourritures ; comment il\ncaptive et soumet les forces mauvaises et obscures, les\nfait d’indisciplinées, destructives, devenir soumises et\nfécondes.\n   Nous y voyons voisiner toutes les civilisations, depuis\ncelles qui naissent à peine jusqu’à celles qui épuisées par\nune trop longue vie, meurent. Le Cinghalais souple y\ncoudoie l’Hindou pensif et comme perdu dans son rêve\nintérieur, le dahoméen étonné, le japonais dont les petits\nyeux flamboient à l’ombre de ses pesantes paupières, le\nSyrien agile, le Maure à la démarche lente de grand\nfauve.\n   L’Orient jette sur toute cette fête son éclat attardé. Il sem­\nble venir là pour apporter son tribut à ses dominateurs et\ncontribuer ses dépouilles à l’éclat du triomphe. Ses danses\nqui se font, la tète immobile et comme morte, tandis que\nles hanches ondulent, que le ventre frissonne, roule, bondit\nau chant douloureux des binious, nous font assister aux\njoies d’un peuple qui depuis des siècles ne pense plus et a\nplacé dans les parties basses de son être son moyen national\nd’expression.\n"}, {"page_pdf": 407, "texte": "380                 L a L u t t e . — J u in 1900\n\n\n\n   C’est surtout au crépuscule ou bien la nuit qu’il faut voir\ncette exposition. Au crépuscule, quand on descend la Seine\nen bateau, à l’heure ou le soleil jette un dernier éclat sur la\nrue des Nations, sur les minarets, les colonnades, les dômes\net les tours, alors que l’œil va d’une rive à l’autre rive, du\nvieux Paris plein de chants et d’allègres sonneries au\ngothique flamand de l’admirable palais de la Belgique,\nà l’hôtel Allemand du X V I siècle, au dôme de Milan, de\nSaint-Marc, au palais des doges réunis dans le même palais\nitalien, au Kremlin du palais russe et que les dômes suc­\ncèdent aux coupoles, les donjons aux minarets, c’est\nvraiment une inimaginable ville de rêve que l’on croit\ntraverser.\n   La nuit, l’électricité court le long de la Seine, escalade les\ndômes, fait ruisseler la porte Binet de l’éclat de milliers de\npierres précieuses ; les minarets flamboient ; la rue des\nNations devient une rue d'une Venise de féerie. Mais dans\nquelques semaines, durant les fêtes de nuit, le spectacle\ndépassera encore toute cette splendeur, alors que les eaux\njailliront du Château d’eau phosphorescentes et lumineuses,\nque l’électricité scintillera jusqu’au sommet des plus hauts\ncoupoles.\n   Dans l’enceinte de cette exposition se tiennent des con­\ngrès qui travaillent à l’amélioration du sort de l’homme\nvivant en société ; il y aura des congrès religieux, des\ncongrès sociaux, un congrès de la jeunesse.\n   C’est ainsi qu'à l’aube d’un siècle nouveau, cette exposi­\ntion étale le bilan du siècle qui finit. En Art, la centennale\net la décennale qui nous apportent tant de révélations\nréalisent par exellence cette intention. Et c’est maintenant\nde cette œuvre, étalée là par le siècle qui jette son dernier\nadieu, que nous devons travailler à faire sortir l’œuvre\nnouvelle du X X e siècle.\n\n\n\n\n  L a G u e r r e d u T r a n s v a a l . — Pourquoi faut-il qu’un\npoint demeure sombre et rouge dans le ciel pacifique, au\nmilieu de cette allégresse ?\n  Tandis qu’à Paris se déroulent d’admirables fêtes de paix,\nun petit peuple succombe dans la lutte pour la défense de\nson indépendance. L’écrasement du Transvaal signifie-t-il\ndonc que les petites patries doivent périr absorbées par les\n"}, {"page_pdf": 408, "texte": "                         L ’A c t ua l i t é                 3K1\n\n\n\ngrandes ? Cette marche des hommes et des peuples vers la\nlimite d’une impossible unité, ne peut-elle donc s’accomplir\nsans férocité et sans haine ? Le Transvaal hélas ! succom­\nbera sans doute, sans que la vieille Europe émue et crain­\ntive ait rien fait pour ce petit peuple de héros ; à moins,\nqui sait ? que par un de ces providentiels hasards, il ne se\nprépare, là-bas, pour l’orgueil anglais, quelque désastre\nd’autant plus formidable que la victoire l’a déjà caressé,\nquelque retraite d’Afrique qui fera succomber devant des\nnécessités naturelles, ce peuple anglais trop orgueillleux\nde la puissance de son armée et de son or.\n\n\n\n\n   L ’ A m n i s t i e . — Un autre point demeure noir en France,\nc’est l’Affaire. L ’Affaire, toujours l’Affaire, en dépit de\nde l’amnistie probable, de l’amnistie qui n’est qu’un mot :\nde l’amnistie qui voudra laisser croire que l’on a oublié\nalors qu’au contraire chacun se rappellera ; de l’amnistie\nqui laissera subsister toutes les préventions anciennes ;\nde l’amnistie qui laissera voué au mépris d’une partie de la\nnation un colonel Picquart qui a sacrifié son épée au devoir\nde sa conscience.\n   Un homme politique qui est aujourd’hui ministre, nous a\ndit que tout cela entrerait dans l’histoire... Le jugement de\nl’histoire, hélas !\n   A nous, le spectacle de ces deux dernières années suffirait\nà faire croire à la nécessité d’une justice divine, si nous n’y\ncroyions déjà.\n   Quant aux autres catholiques, à ceux qui ont pensé que\nla conquête du pouvoir politique était pour eux un devoir\nplus noble que de défendre un accusé, (fût-il coupable, ce\nqui reste encore à prouver), et que l’on frappait à son insu\net par derrière, ceux-ci, nous les renverrons pour leur\nédification : 1° à un article paru le 8 juin à l'Echo de Paris\net signé de Saint-Auban. 2° au numéro de 1’Action fr a n ­\nçaise dn 1er juin 1000.\n   Ils liront dans le numéro de VEcho de Paris, que pour\nun cerveau nationaliste, (le type de ce cerveau est parait-il\nRœmerspascher, un des héros du dernier livre de Barrès) :\n1° « Rien ne prime l’Etat » : 2° « le premier besoin de l'Etat\nest la Force » ; 3° « un cerveau nationaliste donne à l’idée\n"}, {"page_pdf": 409, "texte": "382                L a L u t t e . — J u in 1900\n\n\n\n de Justice pour bases celles de convenance et d’utilité ».\n Enfin les catholiques dont nous parlons comprendront\n par l’ensemble de l’article, que le nationalisme, hostile\n aujourd’hui aux protestants et à la franc-maçonnerie, ne\n l’est au fond pas moins au catholicisme dont il est la néga­\n tion essentielle. Nous nous doutions depuis longtemps\n de tout cela. Nous espérons du moins qu’après cette défi­\n nition de la justice, M. de Saint-Auban comprendra\n désormais l’inutilité de sa toge, de ses gestes, de ses plai­\n doyers, de ses citations d’Hello, de sa prose à prétentions\nreligieuses.\n    Dans le numéro de l'Action française du 1er juin 1900,\nils liront dans l’article intitulé: Entreprise morale, que le\nplus grand reproche que le nationalisme fait aux protestants\nest en somme de manquer de ce scepticisme qui fait la\nfaiblesse des catholiques français ; il leur reproche surtout\nd’être trop chrétiens.\n    Les mêmes catholiques liront attentivement le texte de\nl’enquête sur le protestantisme. Ils y verront que la morale\ncatholique y est qualifiée de supersticieuse et différents\ntermes leurs feront comprendre que l’attitude grossièrement\nanticléricale ne déplairait pas à l’occasion à ces messieurs\nde l'Action française, pour se concilier les ignorances\npopulaires. Paul Bourget relève d’ailleurs dans sa réponse\nces habiletés encore « malhabiles ».\n   Et maintenant nous demanderons à ces catholiques ce\nqui peut bien les attirer du côté d’un parti par essence\nanti-chrétien. Ne se destinent-ils pas une fois de plus, comme\nc’est d’ailleurs leur destinée ordinaire en ces sortes d’aven­\ntures, à demeurer avant peu, une fois de plus tout seuls,\navec le désavantage de s’être inutilement niés eux-mêmes\ndans leur esprit pour gagner une place dans le pouvoir\nqu’ils n’auront pas conquise ? Et je les renvoie comme\nconclusion à l’article de Louis Bertrand sur le nationalisme,\ndans le P a ys de France, en ajoutant seulement qu’il n’y en\na pas à qui il profite moins qu’aux catholiques, précisément\npar ce qu’ils se disent catholiques :\n   1° d’être des crétins ;\n   2° d’être des malhonnêtes gens.\n\n                                 G eorges L e C ar do n n e l.\n"}, {"page_pdf": 410, "texte": "               Index Alphabétique\nd u T o m e I e d e la S é r ie N o u v e l l e . —                          J a n v ie r -ju in M C M .\n\n\n\n\nB aes (E d g a r ) :\n            La Madone de Gloire .                                                                       357.\nB e r t h o u (Y ves) :\n            La Résurrection de la Bretagne............................... 2 0 8 .\n            Les Amants d'Arles ( d e H . M a z e l) . . . .               303.\n            Lettre à « laRevue Naturiste» sur leclergé breton 3 7 5 .\nB ra b a n d è re (V ic t o r de) :\n            Thèses boiteuses           .................................................................111.\n            Le Nouveau drame d'Ibsen                       ............................................. 171 .\n            Solness-le-Constructeur                 ....................................................175.\n            Le Vertige    .............................................................................. 2 4 6\n            Le Mirage,  (d e R o d e n b a c h ) ............................................ 2 99 .\n            L'Aiglon(d e M . R o s t a n d . ) ............................................ 3 0 1 .\nC h a r r o n (N o ë l ) :\n             Unpeu de psychologie. ( L e s r e v u e s ) . . . .                                        125.\nC o m it é (l e ) :\n            Série Nouvelle.................................................................                1.\nD elte n r e (E rn st) :\n            K E R M I S lie d . (S u p . m u s ic a l d e F é v r i e r 1 9 0 0 ).\nD e M o o r (H u b e r t ) :\n       «        Clio\n               » (d ’ A n a t o l e F r a n c e ) ............................................... 47.\nD ir e c t io n ( l a ) :\n            Echos du monde littéraire .                                 .       64 , 128 , 1 9 2 , 2 5 6 .\nE l ia s ( D é s y ) :\n            Libres-propos sur le bon s e n s .........................................4 5.\nF r o g e r (A l b e r t            de) :\n            Le salon de la Libre Esthétique................................ 180 .\nG e r m a in ( A l p h o n s e ) :\n            Le Mysticisme et l'Energie morale . . . .                                                    34.\n            Le Roman Chrétien .........................................105.\n            L’Esotérisme dans l’Egypte antique . . . .                                                  257.\nG i l l e ( V a l Èr e ) :\n             Le soir.......................................................................    220.\nG il l e t (L o u is ) :\n             Reliures  ................................................................        284.\n G il o n ( Y v a n ) :\n             Conte Barbare.............................................                       ..         85.\n G o f f in ( A r n o l d ) :\n             Proses lyriques...................................................... 2 2 1 .\n H eu x (G a s t o n ) :\n             Le Symbole du Jardin et de l’Amour                                                    .     25.\n             Fernand Séverin....................................................                   230, 286 .\nJ am m e s ( F r a n c is ) :\n             Prière ......................................................................... 150 .\n K l in g s o r ( T r is t a n ) :\n             L’Enlumineur..................................................                    275.\n"}, {"page_pdf": 411, "texte": "384                        L a L u t t e . — J u i n 1 90 0\n\n\n\nL e C ardonnel (G eorges) :\n         Revue du mois                .    .    52, 119, 185, 230, 314, 377.\nM a z e l ( H en ri) :\n         T hon R uskin.............................................................. 100.\n         Raymond L u lle .....................            . . . . .                 272.\nM ussche (P a u l ) :\n         L e V o y a g e u r .......................................................... 94.\n         Devant le S o i r .................................................... 97.\nN e d (E d o u ard ) :\n         Les conférences à Bruxelles......................................02.\n         La Louange de la T e r r e ..................................... 335.\nP ra viel ( A rm an d) :\n         Finis Latinorum            . .                                                  65.\n         Rosa M y s t i c a ......................................................... 151.\n         D eu x T h é â tr e s .........................................................371.\nR amaekers (G eorges) :\n         Notre Idéal n’est pas le v o t r e ..........................                  5.\n         L'Art R e l i g i e u x ..................................................... 60 .,\n         Emile V e r h a e r e n ............................................. 71, 154.\n         D eu x romans bruxellois . , ...............................115.\n         Chasse au c e r f ..................................................... 225.\n         La M ort du s o l e i l ................................................... 226.\n         La Dune des A d i e u x .......................................... 227.\n         La Princesse e n d o r m i e ..................................... 228.\n         Une Enquête sur l’A rt et la Religion . . . . 321.\n         Un Saint du C astel..................................... 277, 338.\nS é v e r in (F e r n a n d ) :\n         C a r i s s i m œ ................................................................ 84.\n         L'Ineffable r e g r e t ..................................................... 84.\n         « En marge de quelques pages » ..........................177.\nS prim o n t (C harles de) :\n         La Conquête de la M o r t ........................................... 10.\n         L e Drame W agnérien................................        129, 193.\n         La Mission de l’A r t .............................................. 179.\n         Les Médailles d’A r g i l e ..................................... 308.\nV erh aeren (E m ile) :\n         Ceux qui n i e n t ...........................................................14.\nV erhulst (A lbrecht) :\n         Guido G e z e l l e ...........................................................29.\n\n\n\n\n                             FIN DU TO M E Ier\n                                  (Série Nouvelle)\n"}, {"page_pdf": 412, "texte": "Éditions de \" L\n              AL\n               UT\n                TE\"\n         8 0, R u e d e l ’E r m it a g e , 80, — B r u x e l l e s .\n\n\n\nY ves B e r t h o u                 L e Prince des Prosateurs           f r . 0 .5 0\nA lbert Jounet                      Dieu de Beauté                        » 0 .5 0\nP a u l M u ssche                   Simplement                            » 2 ,0 0\nE d o u a r d N ed                  Mon Jardin Fleuri                     » 2 ,0 0\nG eorges R am aekers                Les Fêtes de l’E té                   » 1 .2 5\nG e o r g e s V ir r è s            En Pleine Terre                       » 3 .5 0\n\n\n\nVIE N N E N T DE P A R A IT R E DANS LES ÉD ITIO N S\n\n                            DE L A L U T T E :\n\n                             A r m a n d P r a v ie l\n\n\n\n            Poèmes M y stiques\nluxueux volume de plus de 100 pages, en librairie 2 francs\n                   pour nos abonnés 1.50 francs\n\n\n\n\n                           G eorges R am aekers\n\n\n\n               E mile V erhaeren\n                               (Monographie)\n                           plaquette de 4 0 pages\n                               P r i x : fr. 0 .2 5\n\n\n\n\n  On peut demander ces ouvrages au siège de la Rédaction\nde la Lutte, 8 0 , rue de l’Ermitage, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 413, "texte": "                           LA LU TTE\n                  80, RU E DE L ’E R M IT A G E , 80\n\n                                BRU XELLES\n\n     paraît tous les mois en fascicules de 64 pages, et\nforme au bout de l’an deux forts volumes in-8° avec table,\n               d’environ 400 pages chacun.\n              Belgique                                    Ailleurs\n    UN AN . .                   5 fr.           UN     AN       .    .    8 fr.\n    UN N u m é r o              1 fr.           U N    N um éro           1.25 fr.\n     LA L U T T E (Série Nouvelle) publie : CONTES, N O U ­\nV E LLES, ÉTU DES CR ITIQ U ES, M O N O G RAPH IES,\nL IT T É R A T U R E S É TR A N G È R E S, QU ESTIO N S DE­\nM O R A LE E T DE PH ILO SO PH IE, D RAM ES, POÈ,\nMES, R E LA TIO N S de V O Y A G E S , etc.\n          F O N D A TE U R S        :   P aul   M u ssch e,     E douard           N ed\nG eorges         R am aekers.\n\n      C O M I T É D E R É D A C T I O N . (B E L G I Q U E ) : D a n ie l\nC o p p ie t e r s , E r n s t D e l t e n r e , P o l D e m a d e , H u b e r t D e\nM o o r ,Y van         G il o n ,   G aston      H eux,        lA   bbé     H ector\nH O O R N A E R T , E M I L E J OM A U X , P A U L      M u SSCH E, E D O U A R D\nN ed,        G eorges       R am aekers,         C harles       de       S p r im o n t ,\nl ’A b b é    E u g è n e V an d e r E l s t , G e o r g e s V ir r è s .\n\n          C O M IT É      D E   R É D A C T IO N .      (F R A N C E )       :    Y ves\nB e r t h o u , J . E s q u ir o l , A l p h o n s e   G e r m a in , L o u is G il ­\nl e t ,    A lbe rt J o u n et, G eorges le C ard on n el,                       H enri\nM azel,        L o u is   M e r c ie r , R . P . P a c h e u    S. .T.,     A rm and\nP r a v ie l ,C h a r l e s d e R o u v r e , L o u is T ie r c e l in .\n\n\n\n\n      N. - B . — AD RE SSER tout ce qui concerne LA\nRÉ D A CTIO N de la Revue à M . H u b e r t D e M o o r , Secré­\ntaire de La Lutte, 40, rue de la Croix, B r u x e l l e s ; — tout\nce qui concerne l'A D M IN IS T R A T IO N , à M . E u g è n e\nB e c k e r s , administrateur de La Lutte, 80, rue de l’Ermi­\ntage, B r u x e l l e s . — Siège de la D IRECTIO N : 114, rue\nFranklin, B r u x e l l e s .\n\n          lmp. I x elloise [à vapeur) H Coduys, 272 et 276, ch. de Wavre\n"}, {"page_pdf": 414, "texte": ""}, {"page_pdf": 415, "texte": ""}, {"page_pdf": 416, "texte": ""}, {"page_pdf": 417, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1900-06", "signet_source": "Cinquième année - Tome Ier de la série nouvelle - N°6 - Juin 1900", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 346", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}