{"numero_id": "ulb-lutte-1900-12-n12", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "articles": [{"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-001", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Lutte", "ancre_debut": "TOME II C in q u iè m e A n n é e de la", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 310, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 985, "texte": "TOME II\n\nC in q u iè m e A n n é e          de la      N° 12 — D é c e m b r e . 1900\n\n                              Série Nouvelle\n\n\n\n\nla Lutte\n     Revue Catholique d'Art.\n                              F o n d é e e n 1895\n\n\n\n\n           ONT COLLABORÉ A CE N UM ÉRO :\n      MM. Y v e s B e r t h o u , V i c t o r d e B r a b a n d è r e ,\n    M a u r i c e d e s O m b i a u x , Baron C h a r l e s d e S p r i ­\n    m ont,    A l p h o n s e G e r m a in , E d m o n d J o l y , G . L e\n    C a r d o n n e l , P a u l M u s s c h e , F e r n a n d S é v e r in .\n       Ce numéro contient l’index alphabétique du\n    Tome II de l’année 1900.\n\n\n\n\n                                B e l g iq u e\n\n\n            5 francs par an | 1 franc le numéro\n\n                        Ailleurs, le p ort en sus.\n\n\n\n\n                         A DM INISTRATION\n\n                    80, R u e     de   l ’E r m i t a g e ,   80\n                              BRUXELLES\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-002", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Lutte", "ancre_debut": "Som m aire 5e Année", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 311, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 22, "fin_caractere_exclue": 1197, "texte": "Som m aire\n5e Année — Décembre 1900.— Tome II de la Série Nouvelle\n\n      L a D ir e c t io n :\n\n                          Politique intérieure.\n\n   I FLORILÈGE M ENSU EL :\n      Baron C h a r l e s d e S p r i m o n t :\n                          De l’Amour à la M ort.\n      F e r n a n d S é v e r in :\n\n                          L'Aube. — Un Songe.\n      Y ves B e r t h o u :\n\n                          L a Servante de cent ans.\n      M a u r ic e d e s O m b ia u x :\n\n                          Le Forçat.\n\n  II ESTH ÉTIQ U E :\n      A l p h o n s e G e r m a in :\n\n                          L ’A rt Hindou.\n\nIII PHILO SOPHIE :\n      V ic t o r d e B r a b a n d è r e :\n\n                          L 'A rt et la M orale (suite).\n\nIV L’A CTUA LITÉ :\n      G eorges L e Ca r d o n n el:\n\n                          Revue du Mois.\n\n  V LES E X PO SITIO N S :\n     E dmond J oly :\n\n                          Exposition centennale de l’Académie\n                           des B eaux-A rts de Bruxelles.\n\nV I LA CRITIQUE :\n      Baron C h a r l e s d e S p r i m o n t , P a u l M u s s c h e. :\n                          Revue des Livres.\nV II. Index alphabétique du Tome II.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-003", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 289, "page_fin": 291, "titre_corps": "Politique intérieure", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Direction", "ancre_debut": "Politique intérieure        Voici le dernier numéro", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 312, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 1389, "texte": "Politique intérieure\n\n\n     Voici le dernier numéro de la cinquième année. Les\n personnes qui ont bien voulu témoigner quelqu’intérêt à\n nos débuts savent quelle humble revue était « L a Lutte »\n lorsque, imprimée sur seize pages, elle publiait nos pre­\n miers vers et nos proses malhabiles. Nous avions vingt ans,\n un sang généreux gonflait nos cœurs et sous nos fronts\n s’agitaient des pensées fécondes et confuses A cette\n époque, la revue nouvellementfondée centralisait pour nous\n le mouvement littéraire, d’autant mieux que quelques\njeunes gens, séduits par notre initiative, se groupaient\n autour de nous; ensemble, nous allions conquérir le monde\n et nous jugions mal informé qui n’applaudissait pas au\nprélude de nos œuvres.\n     Temps heureux ! Les premières expériences ne détruisi­\n rent pas nos illusions et nous devînmes plus tenaces à chaque\nfo is que nous nous heurtions à de l’indifférence ; les\n épreuves trempaient notre volonté. Nous n’insisterons pas\n sur les diverses transformations que subit la revue ; seize\npages nouvelles doublent bientôt la livraison ; elle cannait\n les plus noires adversités, déniche les plus aléatoires\n imprimeurs en province, tombe de Charybde en Scylla,\n d ’un éditeur aux mains d’un plus rapace pour cesser, l’an\n dernier, ses publications par suite d’une déconfiture com­\n merciale dont elle subissait le lointain contre-coup.\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2141, "texte": "290            L a L u t t e . — D éc em b r e 1900\n\n\n    Entretemps, par quel miracle avons-nous vécu ? on se\nsouvient mal de ses misères lorsqu'elles sont passées. Nous\navons organisé des congrès, des conférences, des auditions\nmusicales, publié des poèmes, des romans, des nouvelles,\ndu théâtre et suscité autour de la revue un mouvement\nd’art très intense et bientôt remarqué.\n    M ais ces débuts passionnent seulement ceux qu’ils fo r ­\nmèrent ; au commencement de cette année la revue parut\nsur 64 pages et, si nous osons parler argent à propos d’une\ntentative d’art absolument désintéressée, le p rix d’abonne­\nment f u t maintenu au taux antérieur. Le public nous\nencouragea, et rapidement les choses s'organisèrent. Cela\nmime f u t un essai.\n    A propos de questions futiles, des difficultés surgirent\net une nouvelle direction, mettant en œuvre tous ses moyens\n d’action, sut organiser un tel concours de volontés que\n nous abordons au seuil de la sixième année avec un pro­\ngramme renouvelé et des chances certaines de victoire.\n    D'abord, nous changeons un titre explicable seulement\npar nos prétentions d’il y a cinq ans : — lutte contre le\n sémitisme, la franc-maçonnerie, l'égoïsme social, — et qui\nparait un peu forain aujourd'hui, pour prendre celui de :\n a Revue de Bruxelles ». Ensuite, améliorant ce que nous\n avons réalisé en partie cette année, nous dépouillerons ce\n que nos écrits ont encore de h a tif en nous efforçant vers ces\n études solides et ces critiques d’art sérieuses dont nos der­\n niers numéros ont fourni l ’exemple.\n    Nous augmentons le texte de la revue, non plus en y\n ajoutant des pages supplémentaires, mais, diraient les\n typographes, en élargissant la justification du tirage,\n c’est-à-dire, en ajoutant des lettres à la ligne, ce qui vaut\n mieux et nous permettra de donner dans chacun de nos\nfascicules d'abondants fragments d'œuvres importantes.\n    Un grand nombre de nos abonnés ont manifesté le désir\n de lire, à côté des collaborations habituelles, des articles qui\npuiseraient des éléments d'intérêt ailleurs qu’aux seules\n sources littéraires. Cette demande répond trop à nos sen-\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1998, "texte": "                   PO L ITIQ U E INTÉRIEURE                291\n\n\n\n   timents personnels pour que nous n’y fassions pas droit, et\n   l'on pourra voir désormais, entre un poème et les chapi­\n   tres d’un roman en cours de publication, un article sur\n   une question d’histoire ou de sociologie. D es pourparlers\n   d ce sujet sont près d ’aboutir. S i nous innovons sur ce\n  point, les autres sont améliorés ou développés ; nous don­\n  nerons de l'extension à ce qui est la vie même d’un pério­\n  dique ; à la Revue du Mois s’ajouteront des Notes de Paris\n  et des Echos de Belgique; la Critique des livres sera absolu­\n  ment complète au point de vue belge et nous donnerons le\n  compte-rendu de tout ouvrage français désigné à l’atten­\n  tion du monde lettré par son succès ou son mérite.\n      Voilà notre programme; nous nefaisons pas espérer\n davantage, voulant tenir ce que nous promettons mais\n nous demandons d nos lecteurs de nous aider dans l'œuvre\n de vulgarisation littéraire que nous avons entreprise.\n C’est à nos premiers abonnés que nous devons la prospé­\n rité relative d'aujourd’hui, nous espérons que le zèle des\nplus récents ne le cédera point à celui des anciens etpuisque\n la chose a, parait-il, son importance, on nous permettra de\nfaire remarquer le prix d'abonnement dérisoire qui rend\n la Revu» de Bruxelles plus que nulle autre, économique.\n     E st-il besoin d'ajouter qu'un changement de titre\n n’implique aucune variation de sentiments et que nous\n restons comme par le passé fidèles à tout ce que nous ado­\n rons et que nous ne brûlons rien de ce que nous avons\nadoré.\n     A d alta ! E n marche vers les sommets, vers une\nrevue plus attachante, plus belle, plus haute, et puisse\nnoire effort soutenir l'œuvre collective de tous ceux qui\ntravaillent à une Belgique plus grande, plus libre, plus\nlittéraire, soucieuse de ses écrivains, ouverte aux idées\ngénérales, toute rayonnante d'intelligence et de Beauté !\n\n\n\n                                    L a D irectio n .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-004", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 292, "page_fin": 295, "titre_corps": "Florilège mensuel : De l’Amour à la Mort", "titre_sommaire": "Florilège mensuel : De l’Amour à la Mort", "rubrique": "", "signature_source": "Charles de Sprimont", "ancre_debut": "f l o r il è g e m e n s u e l            De l’Amour à la M ort                                   I       Ton â", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 315, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 948, "texte": "f l o r il è g e m e n s u e l\n\n\n\n\n       De l’Amour à la M ort\n\n                                 I\n\n\n    Ton âme fut longtemps cette grave étrangère\n    Qui passait dans mon rêve en cueillant des jasmins\n    Ses longs regards rendaient ma peine plus légère\n    Quand leur douce lumière éclairait mes chemins,\n\n    Au coteau d’ombre où dort la paix de ma demeure,\n    Je la voyais parfois, calme, les yeux baissés,\n    S ’attarder dans le charme indicible de l’heure\n    Où la langueur du soir berce les cœurs lassés.\n\n    Et pourtant ta beauté faisait mourir les roses,\n    Blanche inconnue ! et, sous tes pas harmonieux,\n    Un désir ignoré troublait l’âme des choses,\n    D es enfants pâlissaient en contemplant tes yeux.\n\n    Venais-tu des pays lointains où les grands fleuves\n    Roulent l’or transparent qui brille sous ta chair ?\n    Quel bienheureux Avril, berçant les forêts neuves,\n    Embauma de printemps ton corps tranquille et fier ?\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1689, "texte": "               F l o r il è g e M e n s u e l            293\n\n\nEtrangère ! la nuit couvrait mon âme errante,\nLorsque tu me tendis tes mains pleines de fleurs\nEt ta lèvre où s’effeuille une rose mourante\nDont le puissant arôme assoupit les douleurs !\n\nEt mes vers les plus doux chantèrent ta venue,\nM es arides sentiers germèrent sous tes pas ;\nEt, bien que tu me sois demeurée inconnue,\nT es grands yeux dans mes yeux ne s’obscurciront pas !\n\n                            II\n\nTu fus à moi, comme sont miennes mes douleurs,\nEt tes longs mots voilés apaisant ma souffrance\nM ’éclairaient des lueurs vertes de l’espérance,\nO toi qui vins semant des rêves et des fleurs !\n\nSouviens-toi du baiser mêlant nos lèvres pâles\nA cette âme d’amour éparse dans la nuit.\nVoyageur qui jamais ne tarde, le temps fuit :\nEntends sonner ses pas sur la route automnale.\n\nQue ta douleur encor s’unisse à mes douleurs,\nComme la voix des mers à la plainte des fleuves\nEt le frisson d’hiver aux âpres forêts veuves\nDe l’immortel été qui les parait de fleurs !\n\nTu fus à moi, comme sont miennes mes douleurs !\n\n                           III\n\nN ous reviendrons vers la maison de ma tristesse\nEt nous nous assoirons sur la pierre du seuil\nPour voir à l’horizon tranquille où le jour baisse\nL’ombre immense du ciel tomber sur notre deuil.\n\nNous ouvrirons la porte au vent qui siffle et pleure ;\nIl nous dira son rêve à nos rêves pareil ;\nN ous n’écouterons plus la voix brève de l’heure\nRythmer de ses accords la marche du soleil.\n\nQu’importent à nos cœurs aimants l’heure et l’année,\nL’automne aux tristes mois et le royal été,\nSi, d’un pas grave et sûr, la même destinée\nDoucement nous conduit jusqu’à l’Eternité ?\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1932, "texte": "294             L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n      Tombe sur nous la nuit pacifique et sans voiles !\n      Devant les astres clairs nous rions à la mort\n      Puisque, sous les regards lointains d’autres étoiles,\n      Nous renaîtrons un jour pour nous aimer encor !\n\n                                 IV\n\n      Notre Printemps d’amour fut pareil à l’Automne\n      Et le mal inconnu qui nous fit tant souffrir\n      Sur le rivage aimé de la mer monotone\n      Traîna sa nostalgie impossible à guérir.\n\n      Nous avons cheminé par les forêts jaunies,\n      La mort des jours d’été planait autour de nous ;\n      Nous avons entendu d’étranges harmonies\n      Glisser vers le soleil mélancolique et doux.\n      Ta longue robe verte où montaient des lys pâles\n      Dans les taillis défunts prolongeait l’Avril clair,\n      Ta bague de rubis saignant sur des opâles\n      Etait comme une aurore éclose de ta chair.\n\n      Toi, si blanche sous la caresse des soirs mauves,\n      Si douce en la douceur chaste des matins bleus,\n      Rappelle-toi les fleurs ornant tes cheveux fauves,\n      Rappelle-toi ma lèvre effleurant tes cheveux !\n\n      Reviens au bord des mers d’automne aux grandes vagues,\n      L’amour sera plus doux d’avoir fait tant souffrir ;\n      Voici pâlir l’Opâle et le rubis des bagues\n      Et se flétrir les lys et les lèvres mourir...\n\n      Reviens dans la forêt où les feuilles sont mortes,\n      Où des chansons d’adieu montent vers le soleil ;\n      N os âmes entendront s’ouvrir de larges portes\n      Et glisser dans la nuit les anges du sommeil !\n\n                                 V\n\n      Silence... La nuit tiède et douce vient d’éclore\n      Comme une fleur de songe à l’horizon des bois\n      Et voici s’alanguir, lointainement sonore,\n      Le murmure candide et grave de ta voix.\n\n      Tes regards qu’ont lassés trop de soleils en flamme\n      Caressent la lumière errant sur les gazons,\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1386, "texte": "              F l o r il è g e M e n s u e l         295\n\n\nEt sous le lent baiser qui descend de ton âme\nVibrent pareillement les fleurs et les rayons.\n\nTon âme, la splendeur éparse dans les choses !\nLe ciel pur est plus pur d’être vu par tes yeux,\nLe parfum de ta chair embaume dans les roses,\nL’écho de ta voix d’or rend l’air mélodieux.\n\nMets tes mains sur mes yeux qu’ont blessés les lumières;\nParle, tes mots d’enfance ont des rythmes si doux ;\nDans l'air crépusculaire où glissent des prières\nQuelle ombre taciturne et lente vient à nous ?\n\n                           VI\n\nTa simple voix d’enfant répond à ma voix grave\nA travers l’étendue et les jours inconnus...\n— Mon orgueilleux vaisseau coupe de son étrave\nLes flots où s’est miré l’éclat des glaives n u s.\n\nTu me parles d’amour, de forêts et d’automnes\nOù la langueur des cœurs s’épanche en longs baisers ;\n— Et voici, dans l’azur des lointains monotones,\nFléchir le vol d’aiglons de mes espoirs la ssés.\n\nTu regardes le ciel traversé de grands cygnes,\nTes messagers d’amour planant vers ma douleur.\n— L’éternel horizon déroule au loin ses lignes\nEt la galère en feu nage dans sa splendeur.\n\nTu vois au couchant clair se fendre des armures,\nLa pourpre des rubis embraser le saphyr ;\n— Etendu dans le sang de mes larges blessures\nJ’appelle ta présence et pleure de mourir !\n\n\n\n                          CHARLES DE SPRIM ONT.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-005", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 296, "page_fin": 297, "titre_corps": "L’Aube", "titre_sommaire": "L’Aube", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "l ' A u be        L e b al to u ch e à sa fin ... S ou", "ancre_fin": "j ’aurais p u vivre !...", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "U n Son ge...        L e je u n e h o m m e s’accoude", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 319, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1064, "texte": "l ' A u be\n\n\n\n    L e b al to u ch e à sa fin ... S ous les b ougies v acil­\nlantes, d o n t les bobèches éclaten t u n e à u n e , l’élan\nsincère et sp o n tan é des p rem ières valses s’est ch an ­\ngée en u n bran le-b as fiévreux, violent, presq u e\nm ach in al. J e ne vois p a rto u t q u e des couples fa ti­\ngués et flétris, qui c o n tin u e n t, com m e u n geste\nd ép o u rv u de sens, la m im ique de la jo ie et du\np laisir. C ep en d an t les d an seu rs to u rn o ien t, hale­\ntan ts, crian ts, avares, sem ble-t-il, de ces derniers\nin stan ts de fête.\n    ... E n ce m om ent, l’au b e, vue à travers les c a r­\nreau x de p lu s en p lu s pâles, est étran g e e t p o i­\ng n a n te !... A u dessus des toits, to u t n o irs sous le\nciel g lau q u e où s’é teig n en t ces dernières étoiles,\nl ’horizon est d ’u n b leu ineffable, tel que dan s les\nrêves! L ’a ir est vaste, m ystérieux, tra n sp a re n t. L a\nv erd u re des bois p ro c h a in s n ’a jam ais été si te n ­\ndre! L a co u leu r des choses éto n n e com m e une\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1271, "texte": "                     F l o r il è g e M e n s u e l              2 97\n\n\n\nrévélation ! E t quelq u e chose d ’indéfinissable est\népars, u n e fraîch eu r sensible à l’œ il, la virginité\nd e la lum ière !\n    E lle s’en v ien t len tem en t, silencieusem ent,\nl’a u b e im p rév u e et p o u rta n t là ; elle s ’en vient\nd an s sa gravité de m erveille in g én u e et que p e r­\nso n n e n e regarde.\n    L ’in a tte n d u de cet aspect d an s u n tel m ilieu,\nre n d pensif. U n e âm e se réveille en vous, sincère\net calm e ; en face d u doux p ro d ig e de la lum ière,\ncette fête désorm ais stu p id e blesse com m e u n e p ro ­\nfanation.\n    L a lu m ière! Il fau t la voir ain si, à travers la\nsom nolence et la fièvre des n u its de p éc h é, p o u r\nla v o ir d an s to u te son in g én u e b eau té. D epuis\nto u jo u rs elle lu it su r nous et s u r nos fins de fêtes.\nE t m a in te n a n t com m e aux prem iers jo u rs, elle\ns ’en v ien t, irrésistible, avec le silencieux rep ro ch e\nd e sa v irginité.\n    E t j ’ai, to u t à c o u p , en la re g a rd a n t à travers les\ncarreaux, dédaig n ée, u n p e u triste et so litairem en t\nm erveilleuse, com m e la vision, so u d ain e et tardive,\nd ’u n e vie que j ’aurais p u vivre !...\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-006", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 297, "page_fin": 299, "titre_corps": "Un Songe...", "titre_sommaire": "Un Songe", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Séverin", "ancre_debut": "U n Son ge...        L e je u n e h o m m e s’accoude", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 320, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 1271, "fin_caractere_exclue": 1577, "texte": "U n Son ge...\n\n\n     L e je u n e h o m m e s’accoude su r son oreiller, et,\nso u ria n t d ’u n e joie in tim e, m ais le fro n t plissé p a r\nl ’a tten tio n , car les rêves so n t choses légères et\nfugaces, il reco n stitu e lo n g u em en t la vision, pâlis­\nsan te déjà, de son d e rn ie r som m eil.\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2170, "texte": " 298            La L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n      Il lui sem ble être d ans u n e salle étran g em en t\n   parée, p arm i des jeu n es gens et des vierges. L es\n  u n s so n t couro n n és de fleurs frêles, les autres, p o r­\n  teu rs d ’em blèm es jo y eu x et fiers com m e des\n  th y rses et des sceptres. Il visite u n m o n d e supé­\n  rieu r, d ’o ù l ’on v o it les choses h u m ain es avec\n  calm e et avec pitié, sous u n aspect in co n n u des\n  hom m es. U n e fem m e parle, ceinte de roses pâles ;\n  les a u tres éco u ten t, a tten d ris ou son g eu rs. E lle\n  d it, de sa voix m élodieuse et grave, to u t ce qui fait\n  la jo ie o u la tristesse h u m ain es ; elle le d it avec le\n  d étach em en t d ’u n être d ésorm ais exem pt de ces\n tro u b les. E t le je u n e hom m e se rép ète certaines\n paroles d o n t le sens lui est resté caché. P o u rta n t\n il se rappelle que, p o u r conclure, l’étran g e fem m e\n a levé la m ain len tem en t, après u n silence, en p ro ­\n n o n ç a n t ces m ots : « C ar il en est qui so nt nés\n p o u r aim er ; d ’au tres, p o u r être aim és... » Alors\n les p lu s p ro ch es des assistants se so n t to u rn és vers\n lui, l’étran g er, avec u n sourire. E t q u e lq u ’u n est\n e n tré ...\n     M ais ici, m algré ses efforts, il cesse de se souve­\nnir. D é jà !... E t, d an s le rad ieu x silence m atinal,\n il p en ch e la tête, et, la m ain su r le fro n t, tâche de\nré u n ir les lam beaux de son rêve, com m e on\nren o u erait, vers p a r vers, u n poèm e e n te n d u ...\n     Il se rappelle u n ja rd in éclairé p a r la lu n e ; une\np ro m en ad e d ’om bres silencieuses ; q u elq u ’u n qui\nsou p ire et gém it, il ne sait où ; des choses c o n tra ­\ndictoires et v a g u e s...\n     B ientôt, p o u rta n t, ses souv en irs se p ré c ise n t...\nIl v o yage avec E lle, en u n e an tiq u e et v aste calè­\nche découverte. L ’h e u re est indéterm inée, m ais\nto u te de calm e, de silence, de so litu d e ... Il y a des\nforêts, des vallées, et, aux d éto u rs de la ro u te, de\nprofondes échap p ées de vue su r d e m erveilleux\nhorizons in c o n n u s... L e frisso n g ris d e l’aube\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 970, "texte": "                    F l o r il è g e M e n s u e l              299\n\n\n\n caresse toutes choses ; le m onde s’éveille v ag u e ­\n m e a t... A uprès de lu i, la fière et douce adolescente\n s’est assoupie, d an s u n so u rire ; elle p rononce,\n m a in te n a n t, des m ots ch arm an ts et sans suite,\n com m e u n en fan t qui rê v e ... E t il reg ard e, à tra ­\nvers le voile de sa p ro p re som nolence, u n e étoile\nqui vacille, d an s le ciel de n acre, à l ’o rie n t... D es\ncoqs c h a n te n t au coin, étra n g e m e n t; et l’air\ns ’em p lit de ru m e u rs légères et indécises.\n    E t il ne sait p o u rq u o i ces choses lu i so n t si\nd ouces, d an s leu r b an alité de p rin tem p s, d ’aurore\ne t d ’a m o u r; car c ’est u n de ces songes su b tils et\nfugitifs, faits de lo in tain es sensations d ’enfance,\nrecueillies aux heu res de grâce, de n aïveté, de\nv irg in ité p lé n iè re ...\n\n\n\n                                       F ernand S é v er in .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-007", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 300, "page_fin": 302, "titre_corps": "La Servante de Cent Ans", "titre_sommaire": "La Servante de cent ans", "rubrique": "", "signature_source": "Yves Berthou", "ancre_debut": "L a Servante                                          d e C e n t A n s (1)          C’est la servante de cen", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 323, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 965, "texte": "L a Servante\n\n                                        d e C e n t A n s (1)\n\n\n\n\n     C’est la servante de cent ans qui vous salue.\n     Mes ans, mes mois, mes jours sont désormais comptés.\n     C’est à dix ans qu’ici jadis je suis venue\n     Et depuis ont passé quatre vingt dix é tés.\n\n     Je fus à mon début la gardeuse dé vaches\n     Qui limite au bétail la lisière des champs\n     Mais le maître bientôt me confia la tâche\n     Plus noble de donner mes soins à ses enfants.\n\n     J ’ai vu grandir tous les enfants de cet ancêtre,\n     Les ayant tous bercés, nourris sur mes genoux,\n     Et les enfants de leurs enfants, je les vis naître\n     Et leurs petits enfants dont le dernier c’est vous.\n\n     Un jour j’ensevelis la bonne bisaïeule\n     Et depuis lors combien de suprêmes départs !\n     Pour prier sur les morts je reste presque seule\n     Et pour aller pleurer sur leurs tertres épars.\n\n\n(1) D u P ays q ui P a r l e , on p r é p a r a tio n .\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1728, "texte": "               F l o r il è g e M e n s u e l           301\n\n\nJ’ai goûté le bonheur de voir les enfants croître\nMais aussi les chagrins muets les plus amers.\nJ ’ai vu partir de belles filles pour le cloître\nEt des gars vigoureux s’en aller sur la mer.\n\nEt celles-là jamais ne sont plus revenues,\nMais je les vois, claires au fond du souvenir ;\nEt les autres, après de rares entrevues,\nEn pleine mer ont dû tragiquement finir.\n\nLa Vieille que chacun ici nomme la Tante\nEt qui semble éternelle, aura cent ans demain.\nMais la Mort peut venir, je suis dans son attente,\nSachant que je mourrai, la main dans votre main.\n\n\n\n\nMes bons conseils sont estimés de tout le monde,\nNul ne s’engage à rien sans mon assentiment ;\nL’aïeule en moi revit qui bougonne et qui gronde\nE t qui sait caresser aussi bien tendrement.\n\nCette maison est mienne où l’on me fit maîtresse,\nCar j’ai contribué, par mon constant labeur,\nA maintenir son bon renom et sa richesse\nEt son sol est pavé des trésors de mon cœur.\nIl est resté léger, léger, le bas de laine\nOù j’ai versé mes gages de quatre vingts ans :\nJ’ai toujours cru que pour rémunérer mes peines\nLes dons du cœur étaient des gages suffisants.\nAussi, voyant parfois, dans les ans durs à vivre,\nLa bourse se vider et la gêne venir,\nJe changeais en beaux écus d’or les liards de cuivre\nSans que jamais mon cœur eut à s’en repentir,\n\nN ’avais-je pas le libre accès de cette armoire ?\nEut-on jamais à me cacher quelque secret ?\nA répandre le bien la Vieille a mis sa gloire\nEt votre joie était ce qu’elle savourait.\nDes foires de Trégor qui n’ont point leurs pareilles,\nS’il me restait encor quelques écus d’argent,\nJe rapportais à mes petits quelque merveille\nSans oublier jamais le vêtement urgent.\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1937, "texte": "302                  L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n      N ’étais-je pas comme la mère de famille ?\n      Eh ! qu’aurais-je eu besoin d’amasser des trésors ?\n      Je me contente de la bure qui m’habille ;\n      Je fus toute ma vie heureuse de mon sort.\n\n      Jamais je ne perdis de ma journée une heure ;\n      En vieillissant j’ai su le prix de chaque instant :\n      L’heure la plus chargée est encor la meilleure\n      Et ma vie à sa fin est un jour de cent ans...\n\n      Aux moments d’accalmie, entre les travaux rudes,\n      Au bas de la salle commune, hors du chemin,\n      Mon rouet, en chantant, berçait ma lassitude\n      Et je filais le chanvre et la laine et le lin.\n\n      Le linge débordant des armoires qu’on ouvre,\n      Le drap massif ou le mouchoir le plus subtil\n      Et les tapis moelleux que la jeune fille ouvre,\n      Ces doigts-ci, tour à tour, en mouillèrent le fil.\n\n      Aux soirs glacés d’hiver, ayant mangé sa soupe.\n      Et réchauffé son corps au feu, le pauvre errant,\n      Dans la grange emportait ses draps en fil d’étoupe\n      Avec un rude et chaud tapis de bourracan.\n\n      C’est dans un de ces draps, filés pour les vieux Bardes,\n      Pendant qu’au fond de l’âtre ils devisaient, l’hiver,\n      Qu’il faudra me rouler quand le Trépas (1) qui tarde\n      Viendra prendre mon corps pour le porter aux vers.\n\n      Je m’en irai bientôt vers une autre paroisse\n      Où je retrouverai ceux que j'ai vus partir ;\n      L’Ankou si redouté me laisse sans angoisse :\n      Je l’ai vu tant de fois à mes côtés surgir.\n\n      Le Temps, dit-on, n’a point encor courbé ma taille,\n      Mais, sous le faix qu’il se donna, mon corps est las.\n      D’un coup je vais tomber comme un pan de muraille\n      Et le bruit de ma chute au loin retentira.\n\n\n\n                                                        YVES BERTH OU.\n\n\n(1) L ’A n k o u , le G rand F au ch e u r des tra d itio n s bretonnes.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-008", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 303, "page_fin": 310, "titre_corps": "Le Forçat", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice des Ombiaux", "ancre_debut": "Le F or çat         L e cam p é tait silencieu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 326, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 999, "texte": "Le F or çat\n\n\n\n\n    L e cam p é tait silencieux sous l’a z u r enflam m é,\nparm i les sapins chétifs, d an s la b ru y è re blanche,\nrose et violette. L e fro n t de b a n d ière était désert,\nle soleil y ard ait. D an s la vaste éten d u e d u cham p\nde tir solitaire, l’air frissonnait, m oiré, e t a u loin,\nà l’h o rizo n , les d u n es b rillaien t, pareilles à des\nm o n tag n es d ’or.\n    L ’im p ito y ab le ch aleu r d u jo u r tassait la tris­\ntesse su r cette te rre orfèvrée com m e u n m anteau\nd ’E m p e re u r. Cette lan d e m élancolique, cette\nlan d e h allu cin ée au x sables m ouvants, au x to u r­\nbières sournoises, é tait plus désolée encore sous ce\nsoleil en feu qui la p a ra it de toutes les splendeurs\nde l’été.\n    D an s les ru es régulières d u cam p, à l’o m bre des\nm aisons de bo is, les soldats, d em i-nus, som m eil­\nla ie n t, éto u rd is p a r cette atm o sp h ère de fo urnaise\nq u i d escen d ait de cet azu r en fusion, qui m o n ta it\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2137, "texte": "301            L a L u t t e .— D é c e m b r e 1 9 0 0\n\n\n\n de la terre surchauffée, qui arriv ait de p a rto u t,\n sèche, accab lan te. Ceux que la co nsigne occupait\n d an s les cuisines et dans les m agasins luisaient\n et ru isselaient. T o u s se taisaien t, enfoncés dans\n leurs rêves. L a voix h u m ain e n ’avait p as de sons\n dans le b o u rd o n n e m e n t m o n o to n e e t in cessant du\njo u r. L e s b o u ch es restaien t closes et les yeux se\nferm aient, blessés p a r la clarté. O n a tten d a it le\n soir lo in ta in p o u r aller g o û te r u n p eu de fraîcheur\n aux b o rd s touffus des m arécages.\n    L ’h e u re sixièm e fu t jetée p a r les clairons en\nquelques n o te s qui p a rtire n t à tire-d ’aile dans\nl ’im m ensité de la p lain e. E lles ra n im è re n t quelque\np e u les rêveurs. Q uelques h om m es se levèrent et\ns’en fu re n t v aq u er aux o ccupations p rescrites. U n\ncaporal avec q u atre soldats p o rte u rs de m arm ites\nde so u p e et de carb o n ad e so rtire n t de l’enceinte,\np rire n t u n sen tier dans la b ru y è re et e n trèren t\ndans le bois de sapins, sous les ray o n s obliques\ndu soleil qui com m ençait à s’e m p o u rp rer, ro u ­\ngissant to u te la plaine.\n    Ils m arc h a ie n t avec no n ch alan ce, suffoqués p a r\nl’air c h au d qui sem b lait s’élever de leurs pas. U ne\nin su p p o rta b le m o iteu r les en v ah issait et les m o u ­\nches m u saien t au to u r d ’eux, irrita n te s, affolantes.\n    Ils d éb o u ch èren t d an s la lan d e en face d ’une\nto u r énorm e et basse percée d ’étroites m eu rtrières.\nC ’é tait M alakoff, la p riso n des priso n s, la p rison\no ù l’o n in carcère les révoltés de l’a u tre p riso n , des\nau tres p riso n s m ilitaires, la fine fleur des m aisons\nde discipline et de co rrectio n , héros en tem ps de\ngu erre, forçats en tem ps de paix, parias ay an t\np e rd u to u t espoir de se libérer jam ais, enferm és\nju s q u ’à la fin de leu rs jo u rs.\n    L a p etite tro u p e p é n é tra sous la voûte. L e\ncaporal échan g ea le m o t d ’o rd re avec celui q u ’il\nallait rem placer, p u is l’escouade qui avait gardé\n"}, {"page_pdf": 328, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2095, "texte": "                      F l o r il è g e M e n su e l               305\n\n\nla to u r p e n d a n t la jo u rn é e rassem bla ses effets et\nso rtit, d ’u n p a s cadencé, p o u r reg ag n er le cam p.\nL e caporal e t ses h om m es se m iren t à l ’aise. O n\nd istrib u a au x p riso n n iers, p a r les gu ich ets, le\nrep as d u soir, d a n s des écuelles de bois.\n    D eu x rang ées de cellules superposées s’o u v raien t\nsu r u n p ré a u circulaire, de sorte q u e le so ld at en\nfaction au m ilieu de la co u r in térieu re su rveillait\nto u tes les p o rtes én o rm ém en t verrouillées et cad e­\nnassées.\n    D u ra n t q u elques m inutes, o n e n te n d it d an s le\nsilence de la p riso n u n b ru it de m âchoires pareil\nà celui de fauves en cage qui assouvissent leu r\nfaim .\n    C ependant, l’atm o sp h ère dev en ait de p lu s en\np lu s lo u rd e, ch aq u e geste était u n e gêne, on se\nb o u g e a it le m oins possible. C h acu n se sen tait en\nproie à u n én erv em en t d o uloureux, à u n e lassitude\nirritée.\n    L ’hostilité des choses g a g n a it les hom m es, une\ncolère so u rd e d o n n a it à leu rs y eu x des regards\ndéfiants et m auvais, m ais u n e in q u iétu d e vague\nq u i les p é n é tra it a tté n u a it ce se n tim e n t et les ra p ­\np ro c h a it les u n s des autres.\n    D es n u ag es n o irs v en u s d u S u d -O u est a v a n ­\nçaien t la n u it dans le ciel e t leu r o m b re g alopait\nsu r la p lain e, faisan t frisso n n er les sap in s et les\nb ru y ères en fleurs. D es lu eu rs sulfureuses éclai­\nra ie n t p a r b an d es la lan d e solitaire et to u te vio­\nlette m ain ten an t. B ie n tô t les nuées s’accu m u lèrent,\nelles m o n ta ie n t les u n es su r les au tres, n o ircissan t\nle ciel et, en u n in sta n t, la p lain e fu t couverte\nd ’opaq u es tén èb res. L ’orage s ’am on celait, terrible.\n    U n g ro g n em en t p a ru t so rtir des cellules. L e\ncaporal je ta u n coup d ’œ il circu lairem en t. L es\np o rtes b lin d ées avec leurs gros v erro u s, leurs\népaisses serru res et le ju d a s, av a ie n t u n air sinistre\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2020, "texte": "306            L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n\n à la lu m ière de quelques lam pes blafardes. Elles\n g ro n d aien t, irritées. A v an t q u ’il fû t rev enu de\n son éto n n em en t, u n cri d éch ira le silence, un\n ru g issem en t de colère et de d o u leu r et aussitôt\n tou tes les cellules se m ire n t à h u rle r, com m e si\n elles av aien t a tte n d u le signal.\n     — Silence, com m an d a le caporal de sa voix la\n p lu s forte.\n     Ce m o t d éch aîn a la tem p ête. O n e n te n d it les\n p o rtes ré so n n er com m e des tam b o u rs, frappées\np a r les écuelles de bois, m artelées p a r les p ieds et\nles po in g s.\n    A ce m o m en t aussi, u n éclair fen d it les nuages,\nle to n n e rre fracassa to u t le ciel, et, des ténèbres,\nla p lu ie to m b a en larges, a b o n d an tes et tièdes\ngouttes. E t la fou d re se m it à ro u ler d ’u n b o u t à\nl’au tre d e la n u it.\n    E lle éclatait su r le cam p, elle éclatait su r les\nsapins, elle éclatait su r la lande. A ses coups\nredoublés se m êlaien t les h u rlem en ts de toutes les\ncellules. U n e rag e folle en b a tta it les p o rtes avec\nu n ach arn em en t in in terro m p u , com m e p o u r les\néb ran ler e t les enfoncer. E n m êm e tem ps, fu ren t\nproférées to u tes sortes d ’insu ltes populacières. L e\ncaporal fu t inju rié d an s tous les d ialectes parlés\ndep u is A rlon ju s q u ’à O stende, d epuis M aeseyck\nju s q u ’à T o u rn a y .\n    L es éclairs zig zag u aien t su r l’im m ense éten d u e\nde la p lain e, e n tr’o u v ra n t les cham ps infinis de\nb ru y ère, le to n n e rre c o n tin u a it à ro u ler dan s le\nciel et la p lu ie to m b ait de p lu s en p lu s fraîche.\n    — Q ue faire ? se disait le caporal.\n    Ses réflexions, in terro m p u es p a r l’ém o tion de\nchaq u e coup de la foudre, le d écid èren t à laisser\ncrier to u s ces p arias. Q u ’aurait-il fait ? L es tire r\nde leurs cellules et les ad m o n ester. P e in e inutile\np u isq u ’a u c u n e p ein e n ’avait de p rise su r eux.\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "                     F l o r il è g e M e n su e l             307\n\n\n\n E ssay er d ’en o b te n ir quelq u e raiso n en ce m om ent,\np a s possible, il était aisé de s’en re n d re com pte\nd ’ap rès leu r fu reu r. Ses injon ctio n s n ’av aien t servi\nq u ’à les exciter d av an tag e. L e u rs in ju res co n ti­\nn u a ie n t à se m êler a u fracas de la tem pête.\n    Il e n te n d it les invectives les p lu s pitto resques\net les p lu s variées.\n    L e s h om m es, d em i-nus, restaien t exposés à la\np lu ie et recev aien t su r la tête, le visage, le dos et\nles b ras éten d u s, les g o u ttes larges, avec v olupté.\n    M ais l’o rage se co n cen tra u n in sta n t au dessus\nde la to u r et la b a ttit avec u n e h o rre u r extrêm e.\n    D eux ou trois fois, la b o u le rouge c o u ru t le long\nd u p a ra to n n e rre, seco u an t M alakoff ju sq u e dans\nses fondem ents. T o u s, effarés, s ’éta ie n t tapis\nco n tre le m u r d an s le corps de g ard e et, d ev an t la\nfu re u r d u ciel, les cellules s’éta ie n t tues, l’im m obi­\nlité de l’angoisse d o m in ait, ty ran n iq u e.\n    L e fracas s'élo ig n a p eu à peu , les n u ag es ro u ­\nlèren t vers l’E s t, les éclairs sillo n n èren t l’horizon,\nta n d is que l'o rag e ro u la it vers le L im b o u rg et la\nH o llan d e. L a p lu ie m êm e cessa de tom ber et une\nn u it claire de ju ille t rég n a su r la lande. U n doux\nap aisem en t flo ttait d an s l ’air, u n e délicieuse fraî­\nch eu r circulait, u n e b éatitu d e ineffable im p rég n ait\nles choses et le cœ u r des hom m es. S u r le seuil de\nla to u r, les soldats co n tem p laien t la plaine et resp i­\nraien t les p arfu m s en iv ran ts q u i m o n ta ie n t de la\nte rre m ouillée. Ils éco u taien t aussi les voix b a b il­\nlardes, m u tin es et claires de l’eau q u i d ég o ulinait\ndes gouttières. L ’h eu re é tait suave et to u te pleine\nde b o n h e u r.\n    L e cap o ral re g a rd a les p o rtes des cellules. Elles\nlui p a ru re n t m oins réb arb ativ es. E lles p a rtic ip aien t\nelles aussi, à l’ap aisem en t des choses. L a colère\nde to u t à l’h eu re é tait tom bée. P lu s d ’injures,\np lu s de cris, p lu s de g rognem ents irrités. Seul u n\n"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2116, "texte": " 308            L a L u t t e . — D é c e m b r e 19 0 0\n\n\n\n  m u rm u re léger, com m e u n b ru it de so u p irs, so r­\n ta it des ju d a s b arrés de fer.\n     D e son âm e rassérénée, des pensées bienfai­\n santes m o n taien t. Il songeait fratern ellem en t à ces\n gars qui ta n tô t l ’in ju riaien t, lo rsq u ’u n e voix so rtit\n d ’u n des cachots, acco m p ag n ée des v ib rations\n légères de l’écho q u e lui faisait le m u r circulaire de\n la to u r. C’é tait u n e voix d ’u n e suavité claire et\n ch au d e ex p rim an t, en ses réflexions caressantes,\n les ém ois d ’u n cœ u r rem pli d ’am o u r, d ’u n cœ ur\n exalté ju s q u ’au paroxysm e. P a r de là le vieil air\n m élancolique, vieux com m e la p o u ssière des ch e­\n m ins, to u t chargé de p arfu m s d ’au to m n e, roux\n et b ru n com m e les feuilles m ortes qui co u ren t au\n lo n g des ro u tes, vieil air chev ro tté dans les c h a u ­\n m ières p a r p lu sieu rs g én ératio n s, su r lequel un\nd ivin c h an so n n ier p o p u laire avait m is des p aroles\n d ’u n e d o u ceu r et d ’u n e ten d resse infinies, u n cœ ur\nse disait, s’avouait, in g é n u et sub lim e, a jo u ta n t\nu n sens p a rtic u lie r aux sens com binés d u ch a n t\net des m ots.\n    L ’a m a n t in g én u p le u ra it la m aîtresse m o rte et\nl’air, à la fin de ch aq u e stro p h e m o u ra it en u n\nlong soupir.\n    L a voix m o n ta it te n d re d a n s le silence, expri­\nm a n t le sen tim en t de l’h eu re présen te, l’angoisse\np rem ière e t le charm e qui lui avait succédé.\n    D oux désespoir d ’am o u r, en fantine n aïveté du\np eu p le, in g én u ité de la force, tendresse voilée de\nlarm es d ’u n e âm e sim ple et ard en te, que n ’y avait-\nil p a s encore d an s cette ch an so n qui exprim e\nto u te l’âm e w allonne, trem b lan te d ’a m o u r ?\n    V ertu des m ots et des sonorités ! chacun\nrevo y ait so n coin de terre, sa galan te, les toits\nde ch au m e de tuiles o u d ’ardoises et ce q u ’il avait\nlaissé là-bas, ce qui l’a tte n d a it et, m algré la m élan ­\ncolie n o stalg iq u e des paro les, g o û tait, sav o u rait\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2115, "texte": "                     F l o r il è g e M e n su e l           309\n\n\n\n la prom esse ineffable co n ten u e d an s ces vers doux\n com m e u n so u p ir de v o lu p té :\n\n        Va, qwand on s’aime tos les jous d’ine annaie,\n                    Sont des bais jous.\n\n     L e caporal rev o y ait L ièg e b aig n ée p a r les\n b lan ch es v ap eu rs m ontées de la M euse, il voyait\n les lum ières des quais s ’allo n g er en tre m b lo tta n t\n d a n s le fleuve et les collines d éc o u p a n t de gran d s\n p a n s violets d an s le ciel am b ré p a r la lu m ière de\n de la lu n e. Il en te n d a it c h a n te r to u tes les belles\n voix de sa ville qui en so n t l’im pression e t l’âm e\n m êm e et, d u fond de lui-m êm e, p rière d ’am our\n m o n ta it ineffable.\n     L es soldats aussi éta ie n t attentifs, ju s q u ’à l’a n ­\nxiété ; d ’obscurs sen tim en ts les ag itaien t. D ans\nto u tes les cellules o n éco u tait ard em m en t. O n\nd ev in ait dans la clarté in d istin cte de la cour, on\nd ev in ait des visages e t des oreilles collés aux\nb arreau x des ju d a s ouverts, p o u r m ieux en ten d re.\n    A m esure q u e le p riso n n ier c h a n ta it, le ciel se\nrassérén ait et se rem p lissait d ’étoiles brillantes,\ntan d is qu e, p a r la p o rte o u v erte de la to u r, on\nv o y ait de légères v ap eu rs b lan ch es se rép a n d re\nsu r la lan d e et s’attach er com m e des flocons aux\nb ra n c h e s des sapins, d o n n a n t aux a rb re s des\nform es irréelles et gracieuses d ’ap p aritio n .\n    L e c h a n t s’éteig n it avec u n e d o u ceu r de rêve et\nseul lui succéd a le silence velouté de la n u it,\n    Q u a n d les p riso n n iers et les soldats qui n ’étaient\np as de faction se fu re n t évadés aux p ay s des so n ­\nges, le cap o ral alla à p as de lo u p , m arq u er d ’u n e\np etite croix la p o rte d u m erveilleux ch an te u r.\nP u is , à son to u r, il s’asso u p it, bercé p a r la vieille\nc h a n so n d e son enfance, d an s laquelle se re c o n ­\nn aissen t to u s ceux qui aim en t, tous les W allons,\nto u s ceux des ancien n es ru es de L ièg e et d ’O utre-\n"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1288, "texte": "310            L a L u t t e — D é c e m b r e 1900\n\n\n M euse. Il s ’en d o rm it en so n g ean t au P e rro n , au\nvieux M arché, à la B atte, à P ierreu se, à Sainte-\n W alb u rg e.\n    L e lendem ain, le soleil a y a n t fait b riller la\np lain e de jo y au x m yriad aires, q u a n d fu t v en u le\nm om en t où, ch acu n à leu r to u r, les p riso n n iers\nfont la p ro m en ad e jo u rn alière au p ré a u , le capo­\nral, ém u, reg ard a s’o u v rir la p o rte q u ’il avait m a r­\nquée d ’u n e p etite croix. S o n cœ u r fratern el allait\nvers ce « p ay s » qui l’avait ta n t ch arm é la veille\net il v o u lait lui tém oigner, p a r ses reg ard s, la sym ­\np ath ie a rd e n te q u ’il av ait éprouvée p o u r lui.\n    Il v it so rtir u n être d ’u n e la id e u r farouche. L a\np eau d u visage é tait tro u ée com m e u n e passette,\nto u te co u tu rée et couperosée, la b o u ch e ressem ­\nb lait à u n e blessu re m al ferm ée, e t sous u n fro n t\nétro it, o bstiné, en cadré de cheveux co u leu r carotte,\ndeux p etits y eux p e rd u s d a n s des bouffissures de\nchair, b rillan ts com m e des lu m ero ttes, b ra q u a ie n t\ndes reg ard s hain eu x .\n   M ais la cagoule s’abaissa au ssitô t su r cette tê te ...\n\n\n\n                            M aurice des O mbiaux.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-009", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 311, "page_fin": 329, "titre_corps": "L’Art hindou", "titre_sommaire": "Esthétique : L’Art hindou", "rubrique": "", "signature_source": "Alphonse Germain", "ancre_debut": "L ’A r t Hindou       Le sentiment de l’harmon", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 334, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 31, "fin_caractere_exclue": 1160, "texte": "L ’A r t Hindou\n\n\n\n   Le sentiment de l’harmonie resta toujours très faible\nchez les artistes de l’Inde, et ils n’eurent jamais qu'une\nnotion confuse des lois de la composition. Alors qu’ils\nnégligeaient l’essentiel, la structure de la forme, le dessin\ndes contours, appliquant à l’interprétation du corps humain\nle procédé plus rudimentaire que synthétique des bergers\nsculpteurs de marionnettes, ils manifestaient, dans le détail\ninfime ou les parties négligeables, un souci exagéré de\nl’exécution minutieuse. Mais une éducation artistique\nintelligente leur eût permis d’acquérir ce qui leur manquait\net de réprimer leurs tendances fâcheuses.\n   Les artistes français du X IIIe siècle étaient mus par une\nbelle fougue et plusieurs de leurs compositions s’en res­\nsentent ; une formation combinée en vue de l’harmonie\ndécorative les maintint dans l’équilibre et tourna cette ardeur\nvers la recherche expressive. Les décorateurs arabes,\nmauresques et persans jouissaient d’une luxuriante imagi­\nnation ; c’est aussi, grâce à une éducation appropriée qu’ils\nse montrèrent ordonnateurs pondérés jusque dans leurs\norgies linéaires.\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 312, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3091, "texte": "312                  L a L u t t e . — D é c e m b r e 19 0 0\n\n\n   Si les Hindous se sont vautrés dans une barbarie esthé­\ntique indigne d’artisans de leur valeur, c’est parce que la\ndirection d’art qu’ils reçurent les poussait au symbolisme.\n   Parmi les points communs aux différentes doctrines de\nl’Inde, il faut compter le tranquille dédain du corps matériel\net de la nature. L’existence phénoménale et les perceptions\nde cette existence étaient regardées comme une illusion\n(Maya) et nos modernes théosophes, héritiers de ces\ndoctrines, affirment le plus sérieusement du monde que\nles existences appartenant à tous les plans de l’être sont, à\ndivers degrés, de même nature que les ombres projetées\npar une lanterne magique sur un écran blanc. Pas de\nréalité en dehors de l’immuable, de l’éternel, de l’esprit ;\nrien de permanent, sinon l’unique et occulte existence\nabsolue qui contient en soi les noumènes de toutes les\nréalités. Quel intérêt porter, dès lors, à un monde matériel\ncomposé d’apparences, à de pauvres formes illusoires\nautant que transitoires ? Les êtres et les choses, autant de\nschémas en plastique. L’interprétation en œuvres d’art de\nla vie physique et de la beauté formelle ne pouvait que\nlaisser insensibles les sages, les intellectuels, les brahmanes;\nleur dilection les portait justement vers ce que la forme\nvivante n’exprime pas ou exprime mal. Sous l’enveloppe de\nla chair, c’est l’esprit qu’ils considéraient, et les aspects de\nla nature leur paraissaient autant de symboles ; en l’homme,\nils ne voyaient qu’un phantasme de Parabrahm, en l’animal\net la plante, qu’une image sensible de l’abstrait, un emblème\nmystique.\n   L’initié pour qui Brahma et Vishnou étaient peut-être\ndes manifestations, l’un, de l’énergie créatrice, l’autre, de\nl’énergie solaire ou de l’éther ( 1), et pour qui, s’il faut en\n\n   (1) Il e s t im possible de connaître en quoi c o n s is ta it réellem ent la t h éodi ­\ncée de la doctrine ésotérique qui régna dans l ’In d e ; cependant, rien\nn ’em pêche d ’ad m ettre, que le panthéon adoré esotériquem ent n ’a i t été\nq u ’un ensem ble de symboles pour les in itié s, au m oins ju s q u ’à l’époque de la\ndégénérescence du Brahm anism e. Car les V édas e t le Mah a b a h ra ta\nenseignent l’existence d ’un dieu uniq u e \" q u i e s t dans to u t, parce que to u t\ne s t dans lui \", e t les lois de Manou le définissent \" celui qui existe p a r lu i-\nmême, que seul l ’e s p rit p e u t percevoir, car il échappe au x organ es des\nsens, qui e s t sans p a rtie s visibles, éternel, l’âme de to u t ce qui est, a été e t\nsera, e t nul ne p e u t le com prendre \". Les in itié s, se re c ru ta n t s u rto u t dans\nla caste sacerdotale, d evaient exercer une réelle influence su r la s ta tu a ire\nsacrée ; or le u r croyance doctrinale no les p o rta it-e lle pas à se désin téresser\nde to u te représentatio n anthropom orphiq n e d ’u n e d iv in ité im personnelle.\nE n tous cas, s’ils a rriv è re n t à croire au polythéism e organisé avec u n D ieu\nsuprêm e, il n ’y e u t rien de changé dans l’a r t de décorer les tem ples.\n"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2566, "texte": "                               E s t h é t iq u e                          313\n\n\ncroire la même tradition, les enroulements multiples du\nserpent Ananta-Sesha sur lui-même signifiaient les courbes\nd’évolution que décrivent les différents ordres d’êtres ; cet\ninitié pouvait-il attacher quelque importance à l’harmonie\ndes proportions d’une statue ou des lignes d’un motif? Ne\nfallait-il pas, d’autre part, dans l’intérêt des croyances\npopulaires et pour satisfaire la multitude, que la tradition\nesotérique fut respectée jusque dans sa lettre.\n   Or, voilà comment l’être suprême est décrit dans un\npoème ( 1) où sont exposées les antiques croyances ; amené\nà la contemplation de la divinité, le héros Arjuna s’écrie :\n« Je te vois avec une infinité de bras, de poitrines, de\nvisages et d’yeux, avec ta forme infinie ; je te vois U niver­\nselle Forme, sans commencement ni fin, sans milieu. Tu\nportes la tiare, la massue et le disque, montagne de lumière\nresplendissante de tous côtés, je puis à peine te regarder,\ncar tu brilles plus que le feu, plus que le soleil et cela dans\nton immensité... » Quelle figure le plus lyrique des sculpteurs\nou des peintres peut-il extraire de cette vision ?\n   C’est bien autre chose lorsqu’il s’agit des dieux mytholo­\ngiques. Il faut à Brahma quatre têtes, quatre faces pour\nmanifester sa suprême et absolue souveraineté, quatre bras\npour porter ses attributs, huit oreilles pour signifier que\nrien n’échappe à son ouïe. On le représentait sur l’œuf du\nmonde ou couché sur des feuilles de lotus, plus souvent\nencore monté sur l’oie Hanusa ou le cygne H a. Vishnou\nexige, par ses métamorphoses, de continuelles alliances de\ngalbes humains et de formes animales. Le dieu s’étant\nincarné dans un sanglier pour sauver le monde, en anéan­\ntissant le Dytia ou titan Hiranjaksha, est souvent repro­\nduit sanglier par la tête seulement (Varaha avatar) lorsqu’il\nperce de ses défenses ou foule aux pieds le monstre. Dans\nles temples de Kyraha, il porte une cotte dont chaque\nmaille est quelque divinité ciselée, et certaine minuscule\nfemme nue, dont on ignore la signification précise, se\nsuspend à l’une de ses défenses. Ailleurs, le dieu sorti,\nsous forme de lion (avatar Narasinka) d’une colonne fendue\npar la hache du titan Hiranyakashipu, s’apprête à dévorer\nce dernier, dont l’enfant s'est réfugié sur sa croupe. Les\nsculpteurs se sont bornés à juxtaposer des têtes d'animaux\nsur des corps d’hommes sans que rien rattachât ces deux\n\n\n  ( y L a Bhagavad-Gitâ , ch X I, Vision de la Forme Universelle. T rad u ctio n\nE m ile Burnouf.\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2545, "texte": "314                  L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n parties si différentes l’une de l’autre ; c’est d’un effet\n carnavalesque. Ils ne se sont pas mis davantage en frais de\n  composition pour présenter le triomphe de Vishnou sur\n   e démon-buffle, symbole de la lutte des aryens contre les\n autochtones. Parfois le dieu repose sur le serpent Sesha\n dont les cinq têtes le recouvrent d’un dais, parfois il est\n porté par l’oiseau Garoudha ; on lui met alors quatre\n bras. (1) Shiva ouvre des yeux démesurés, ou entrelace\n des reptiles à ses oreiles et tout autour de son corps.\n    Le dieu de la Sagesse, du Destin et du Mariage, ce dieu\n destructeur des obstacles de l’intelligence qui s’opposent\n au libre exercice des facultés de l’esprit, ce Ganesha, né\n de la sueur de Parvati, est portraituré avec une tête\n d’éléphant, on ne sait trop pourquoi, car les légendes\n varient fort à ce sujet. Est-ce pour lui conserver un\n caractère de pachyderme ? On l’afflige aussi d’un ventre\n énorme et de jambes grosses et courtes. Soubrahmanya,\n venu au monde par l’œil que Shiva porte au milieu du front,\n n’a pas moins de dix têtes et de vingt bras, lesquels bran­\n dissent un glaive redoutable, le Velle, et une arme de jet,\n la Chakra, disque figuré sous forme de foudre ( V ajra).\n Engendré pour occire le géant Soura-Parama, il lui trancha\nle corps en deux parties qui se transformèrent l’une en coq,\nl’autre en paon ; celle-ci devint sa monture, tandis que la\npremière allait prendre place dans le pavillon de son char,\nlequel symbolise le mythe solaire de la séparation du jour\net de la nuit. Surya, dieu du soleil, réclame quatre bras aussi,\net le cheval attelé à son char a besoin de sept têtes.\n    Kali ou Cyama (la noire) a dix bras lorsqu’elle\nest figurée sans son nom de Durga (l’inaccessible).\nElle ne saurait s’en passer, car elle doit tenir entre ses\nmains, panoplie vivante, harpon, chakra, lance, trident,\nflèche, glaive, bouclier, lasso, sonnette et poignard. On la\ncouronne de plumes et on la campe piétant sur un tigre\ndont les griffes labourent le col d’un buffle décapité. Du\ncorps de ce tigre, surgit le farouche géant Mahishapoura, et\nla déesse le transperce de son trident. Lorsqu'on l’exhibe\nsous le simple nom de Dévi (la déesse), c’est coiffée de la\ntiare, assise sur un lotus, dans une cathèdre à forme de\nlingam.\n\n  (1)    Q u an t à cet oiseau chim érique, il a la tê te , le bec e t les serres d ’un\naigle avec un corps d ’homm e. Ce corps se p eig n ait en ja u n e , la tê te en\nb lanc, les ailes en rouge.\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2875, "texte": "                                       E s t h é t iq u e                               3 15\n\n\n      Les tirthankars, géants compagnons d’Adinath, le fonda­\n    teur fabuleux du jaïnisme, sont représentés avec une auréole\n    de serpents ou une mitre ornée du K alpa Vrich (arbre de\n   la science) à trois branches (1). D es philosophes Jaïnas\n   déifiés se distingent par trois emblèmes, les croix souastika,\n   srivatsa et nandavarta.\n      Les symboles employés furent très nombreux, et le sens\n   de la plupart s’est perdu depuis longtemps; ( 2) encore,\n   parmi les explications venues jusqu’à nous, s'en trouve-t-il\n   plus d’une qui varie, plus d’une de valeur contestable.\n      Parmi les innombrables symboles prodigués dans les\n   sanctuaires sans nécessité ornementale, le lingam tient une\n   place considérable. C’est un cylindre au faîte arrondi qui\n   émerge d’un prisme triangulaire allongé, la yoni, aux bords\n   creusés en gouttière. On regardait ces deux figures comme\n  l’union symbolique des pouvoirs fécondateurs et généra­\n  teurs, la représentation mystique de Shiva, triple dieu créa­\n  teur, destructeur, et de son épouse Parvati alias la Cakti.\n  Matériellement, le lingam n’est autre que le pilon du mor­\n  tier de pierre (yoni) dans lequel se broyait le Soma\n  ( asclepias acida) servant à la fabrication d’une liqueur\n  fermentée très liturgique, très capiteuse aussi. Quant à l’ori­\n  gine du signe, voici ce que racontaient généralement les\n Hindous. Lorsque se furent constitués les quatorze mondes\n avec l’axe qui les traverse au dessus du mont Kaïlassa, alors\n parut le triangle (yoni ou matrice) et, dans ce triangle, le\n lingam on linga, arbre de vie. Trois écorces cuirassaient\n cet arbre, l’extérieure était Brahmâ, la médiane Vishnou,\n l’autre, la plus tendre, Shiva; et c’est à ce dernier qu’échut le\n soin de veiller sur la tige après que les trois dieux s’en\n furent désagrégés, d’où sa personnification par le lingam.\n Rien de plus disgracieux que cet emblème. Sous la colon­\n nade de la pagode de Tanjore, on n’en compte pas moins de\n\n\n   (1) C’e s t an cen tre du p la teau do G iw alior, dans la gorge do l ’O urw haïs,\noù les gym nosoph iste s é ta b lire n t leu rs m ystères, que se ren co n tre la plus\nra re collection do ces génies, colossales poupées ta illées dans le roc mémo.\n  (2) Les prêtres se p rê tè re n t souvent à des confusions de symboles lors­\nq u ’il s’a g iss a it do m é nager des croyances régionales, des in te rp ré ta tio n s\n^ocales. A insi, le K rish n a du tem ple de J a g h e rn a th n ’e s t a u tre q u ’un\nemblèm e de la D harm a bouddhique; ailleurs le pied de G autam a d ev in t celui\nde V ishnon. D ’a u tre s fois les dévots d ’u n e secte e m p ru n taien t des em blèm es\nà la secte voisine, l ’a rb re de la science des ja ïn is te s e s t un p astich e de\nl ’a rb re des bouddhistes.\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2491, "texte": "316                L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n cent huit, et d’énormes, alignés les uns à côté des autres.\n Dans le fastueux palais d’Amber, près de Jeypore (Rajas ­\n than) on les a logés sous des kiosques de marbre.\n   Le lingam, qui se manifesta en même temps que le shi­\n vaïsme, peut être considéré comme une des formes reli­\n gieuses les plus anciennes de l’Inde, sinon comme la plus\n ancienne, car rien ne prouve que ce culte ait été postérieur\n à celui de la Triade, cette fameuse Trimourti qui prête\nencore à tant d’explications intéressées. A ce sujet, Barth,\ndans son très remarquable ouvrage, ( 1), montre, sous son\nvéritable jour, quelle combinaison fut la Trinité hindoue,\ningénieux ajustage qui donnait à Brahmà, en les personnes\nde Shiva et de Vishnou, des collaborateurs nécessaires pour\nréaliser la triple personnification du brâhman suprême.\n « Elle constitue en quelque sorte, dit l’éminent orienta­\nliste, (2) une solution intermédiaire entre l’ancienne ortho­\ndoxie sous sa dernière forme et les religions nouvelles :\nelle est en même temps l’essai le plus large qui ait été tenté\nde concilier ces religions entre-elles. C’est dire qu’à nos\nyeux elle ne représente pas un premier acheminement vers\nles croyances sectaires, dont elle suppose au contraire\nl’existence, mais qu’elle est simplement une explication éclec­\ntique de ces croyances faites au point de vue brahmanique.\nEt de fait, la Trinité dans laquelle Creuzer croyait avoir\ntrouvé le dogme primitif de l’Inde, n’a été signalée juqu’ici\ndans aucun écrit qui puisse passer pour antérieur au déve­\nloppement des cultes sectaires (la M a itry Upanishad, où\non la trouve nettement formulée, est une œuvre tellement\ninterpolée, qu’elle doit être récusée comme moderne, bien\nqu’elle ait trouvé place dans un Brâhmana). A en juger\npar la décoration des temples, on ne peut dire que la Triade\nait jamais été en grand honneur depuis notre ère. Une de\nses rares représentations figurées se trouve à l’Eléphanta.\n   Un autre symbole, fréquemment répété après le lingam,\net non moins désagréable d’aspect, comme le sont, d’ailleurs,\ntoutes les figures géométriques superposées ou juxtaposées\nsans art, c’est le daghoba ou reliquaire, autel à forme de\ndôme hémisphérique qui repose sur une base ventrue et\nsupporte un piédestal banal qu’on frontonnait d’un para­\nsol, emblème de l’omnipotence du Bouddha. Il en existe un\n\n\n\n (1) Les religions de l’Inde.\n (2) Op. cit. H indouism e. L es divinités sectaires.\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2525, "texte": "                                   E s t h é t iq u e                       317\n\n\nd’importance dans le plus vaste des sanctuaires bouddhistes\nde la colline de Kenhari, à Salsette, proche Bombay. Qu’on\nse figure un large champignon juché au bout d’une longue\ntige sur quelque ridicule carafe, voilà l’impression que donne\nce parapluie mystique. Le très habile jeu de lumière que\nreçoit ce daghoba ne fait qu’en accuser les défauts, et celui\ndu grand chaytia de Karli, dont le paradoxal parasol est en\nbois de têk, ne manque pas moins de gravité.\n   Parmi les signes très répandus, citons encore le lotus,\n( P adm a) qui donna naissance à Brahma, l’arbre de vie de\nÇakia-Mouni et la roue de la loi. Des animaux, des arbres\net des plantes participaient au culte rendu à quelques\ndivinités et leur type devenait un symbole. Les sectateurs\nde Vishnou adoraient le singe allié de Rama, Hamouna\n« aux fortes mâchoires » ; les Védistes le Vrishâkapi, le\nsinge mâle du Rig-Véda ; les Shivaïstes, le taureau Naudi\nou Naudeo, monture du dieu, et la dévotion avait fini par\ns’étendre à l’espèce en général. Le taureau sacré se repré­\nsentait en zébu à bosse proéminente. Ses plus curieuses\nimages, grands monolithes de granit, sont à Kajraha, dans\nles sanctuaires, et à Tangore, dans la pagode. Il y eut même\ndes canards sacrés ; l’un des vestiges du lat de Sanchi en\nporte la plus étonnante théorie. Le serpent Ananta ou\nMaha-Sesha n’était point séparé rituellement de Vishnou\ndont il avait bercé le sommeil à la surface des ondes. Les\nsept arbres sacrés n’étaient pas seulement des symboles, la\nmasse les vénérait à l’égal d’un dieu, car les Brahmanes\ncroyaient à l’unité de la substance et on leur prêtait le\npouvoir de tout diviniser (1). L ’assouata (figuier des\npagodes) était consacré à Vishnou qui naquit sous son\nombrage ; le vépou (arbousier à feuilles de frêne) à Shiva.\nL’herbe Darbha, (ou cynosuroide) variété de borraginées\nse plaisant aux lieux humides, était née de poils de\nVishnou selon certains, en tout cas, chacun la regardait\ncomme une partie du dieu lui-même ; dé même le calagrama,\nammonite pétrifiée, la coquille Sankha. Le toulochy, qu’on\nappelle aussi la tulâsi, calamintha acinos, basilic des terres\nincultes, symbolisait Lakhmy, la femme de Vishnou.\n   Les Brahmanes ayant, de tout temps, exploité copieuse­\nment la crédulité et l’ignorance populaires, ce fut un culte\n\n\n\n  (1) Ce so n t les B rahm anes qui déifièrent les B ouddha en fa isa n t de lui,\np olitique h ab ile, un e in c arn atio n de Vishnou.\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2651, "texte": " 318            L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n  d’idoles que les diverses religions qui se succédèrent dans\n l’Inde, même après Gakia Mouni, dont la doctrine dégénéra\n vite en pratiques grossières ; aussi les symboles Sacrés,\n destinés surtout à frapper l’imagination des fidèles, furent-\n ils enclos dans des images plutôt qu’en des signes purement\n graphiques. Ces fanatiques réclamaient des fétiches, on\n leur en fournit à la hauteur de leur compréhension. Le\n Schéma qui symbolise la nature concrète (Dhanna) est un\n des rares emblèmes composés avec le secours des lettres ;\n six caractères palis entrelacés en monogramme et disant les\n forces de la nature, forment la base de ce signe. Les préfé­\n rences de la foule allaient aux emblèmes plus parlants.\n    Les prêtres, on le conprend par ce qui précède, deman­\n daient à l’artiste une figuration strictement observatrice du\n rite. Les décorateurs de temple n’avaient pas la licence de\n traiter, selon leurs concepts, l’incarnation de Vishnou en\n porc blanc ou la divinité aux bras multiples ; ils devaient se\n servir de lotus, de la darba ou du Calagrâma comme d’un\n signe évocateur, non comme d’un thème ornemental, et on\n ne leur eût jamais permis de modifier le lingam ou le dag­\n hoba, même dans le meilleur des buts décoratifs. Quant\n aux personnages mythiques ou historiques, à quoi bon pour­\n suivre dans leur représentation, la complète illusion d’une\n vaine réalité ? Le corps matériel, le grossier rupa, pouvait-il\n séduire d’autres cerveaux, d’autres sens que ceux du vul­\ngaire ? Et d’ailleurs, le noumène ne prend-il pas différentes\n apparences pour se révéler, en raison de la puissance com­\n préhensive de celui qui l’observe et du degré de ses con­\nnaissances? Une esthétique reposant sur de telles bases,\nimprégnée de tels éléments, n’était guère favorable au déve­\nloppement du sens du beau.\n   Les artistes pouvaient-ils, au moins, réagir à l’âge où\nl’homme prend conscience de sa personnalité ? Point, car\nune éducation calquée sur une organisation sociale autori­\ntaire, oppressive par excellence, négatrice des droits de\nl’individu, annihilait en eux toute initiative, toute énergie.\nOr, la passivité ne se prête guère à l’éclosion de l’originalité\nindividuelle. Il est à remarquer qu’aucun des artistes qui\ntravaillèrent aux temples et aux palais de l’Hindoustan\nn’enfanta un chef-d’œuvre typique, une figure d’autre carac­\ntère que celui des ouvrages ambiants, alors que tous con­\nservent une originalité ethnique, en dépit des influences\nétrangères. C’est, de l’Indus e t du Guzerat aux dunes d’Orissa\net jusqu’au delà du Mé-Kong, et de l’Himalaya à Ceylan,\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2531, "texte": "                         E s t h é t iq u e                319\n\n\nun monde de statues exécutées avec une même somme\nde talent ou de maladresse par un peuple d’artisans, non\nd’artistes. Et pourtant, l’architecture varia d’une région à\nl’autre et d’une époque à l’autre.\n   Dans notre occident, dès que fonctionna librement la\n société chrétienne, les artistes bénéficièrent d'une formation\ntrès respectueuse de l’individu et jouirent, dans l’exécution\nde leurs œuvres, d’une large initiative. C’est pourquoi les\nmonuments qu’ils élevèrent ont une âme. Ceux des Hindous,\nau contraire, donnent la même impression que les idoles\npour lesquelles on les éleva, une impression de matière\ninorganique, de sépulcre vide, de néant. Parés, adornés\nd’ornements, comme leurs idoles de colliers et de bijoux,\nces temples peuvent frapper par leurs dimensions colossales\nou à force de difficultés vaincues, la faculté d’émouvoir leur\nmanque\n   Ces défauts que nous avons signalés — nous sommes,\ncroyons-nous, le premier à le faire — on les constate sur\nles sanctuaires les plus anciens qui soient parvenus jusqu’à\nnos jours et sur les constructions les plus modernes;\naucune influence adventice, ni l’hellénique, ni la persane,\nni la musulmane, de rare intensité pourtant, n’y changèrent\nrien. Que l’on examine au nord, au sud, au centre, ces\nchaïtyas et ces viharas qui furent conquis sur le granit,\ntaillés dans les flancs des montagnes, ou les édifices pesam­\nment étagés sur le sol, et les stupas et les gopuras, on\nconstatera de suite, comme caractère commun, la surcharge\net l'inharmonisme.\n   Les figures des sanctuaires souterrains d’Ajunta (IIe siècle\navant J . C. au V IIe siècle de notre ère) présentent, pour\nla plupart, des formes massives, boudinées, gauches, et les\nornements s’étalent en frondaison sauvage. Pas plus de\nliaison entre les motifs et les parois qu’entre les figures\net leur encadrement ; pas davantage de concordance entre\nles diverses parties de l’ornementation. C’est le plus\nbarbare des placages. Imaginez une cohue de sculptures de\ntoute sorte envahissant les murs, se ruant à l’assaut des\nvoûtes, grimpant sur des piliers, se blotissant, se collant\n sur le moindre relief. Quelques uns de ces hypogées, les\nmoins anciens, sont vraiment encombrés de figures du\nBouddha, et toutes ces faces presque niaises, tant il s’en\ndégage d’animalité, apparaissent comme sorties d’un\nmême moule ; à peine l’expression en fût-elle modifiée pour\nindiquer l’état de béatitude divine et ce fût toujours au\ndétriment de la nature.\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2745, "texte": "320                   L a L u t t e .— D é c e m b r e 1 9 0 0\n\n\n   Les colorations ont toujours joué un rôle actif dans les\ndécors orientaux ; les plafonds, les revêtements des piliers,\nmaints reliefs, étaient teintés, et des fresques ornaient les\nparois. Les peintures murales dont il subsiste quelques\nlambeaux passent pour représenter une des époques\nflorissantes de l’art Hindou, le V e siècle ; composées\nd’après le même principe, ou plutôt avec la même absence\nde principes que les bas-reliefs, elles présentent les mêmes\ndéfectuosités que les scènes sculptées (1). L’ensemble des\ncolorations contribuait, sans doute, à rendre impression­\nnants ces vastes souterrains ; mais ce qui leur donnait\ncertainement, ce qui leur donne encore du mystère, c’est,\navant tout, le jeu des ombres et de la lumière, la manière\ningénieuse dont ils reçoivent l’éclairage. Sans ce stratagème,\nles combinaisons de polychromies et les forêts de piliers\nn’auraient provoqué que de l’étonnement.\n   Les fameuses excavations d’Ellora, de la Garapouri,\nsurprennent, elles aussi. Et qui ne s’arrêterait à la décora­\ntion touffue, capricieuse, exubérante de vie, du temple\nd’Indra (VIe siècle de notre ère) ? Mais c’est une vie\nanimale, une humanité troglodyte qui grouille là; et il faut,\npour s’intéresser à ces formes trapues et grossières, à ces\nlarves, à ce chaos de reliefs et de linéaments, n’avoir pas le\nmoindre sentiment de l’harmonie, de la beauté. Dans le\ntemple de Kaïlassa (VIIIe siècle), si superbement taillé à\nmême dans un seul bloc de rocher, les bas reliefs, d’exécu­\ntion un peu plus civilisée, restent très défectueux quant à\nla mise en scène. Les fastes de la mythologie hindoue, les\ngestes de l’épopée du Mahabharata, s’y déroulent en\nredites monotones, en une confusion lamentable. Il en faut\ndire autant des temples du Dumar Lena (V IIIe siècle) où\nforce dieux d’hiérarchies inférieures font cortège à\nGautama, et d’Eléphanta (même époque) où, sous les\nchapiteaux des colonnes et des pilastres taillés en sphères\nà demi aplaties, tels de gigantesques pommeaux de canne,\nse dressent des colosses effrayants et des animaux mon-\n\n\n  (1) Au palais d ’Amber e t à R ajg arh , au p alais des m iroirs (chich m ahal)\ndes p ein tu res d o n t on ignore la d ate m ais qui, p a r le dessin de leu rs person­\nnages, p a ra is se n t postérieures au Ve siècle, pour échapper à la confusion\ndes figures, ne s o n t p as d ’un a rran g e m en t plus décoratif.\n  L a pein tu re hindoue ne se p eu t plus étu d ie r que dans les m in iatu res des\nm a n u sc rits et, là encore, ce n ’e s t guère que l ’exécution que l’on tro u v e à\nlouer. L ’harm onie des lin éatu res n ’y e s t pas m ieux observée, po u r cause,\nque dans les p ein tu res m urales.\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "                               E s th é tiq u e            321\n\n\n strueux, sorte de cauchemar concrétisé dans la pierre\n par un imaginatif en délire sous l’influence du haschich.\n    A Kaïlassa, dans le temple de Shiva où se prodiguèrent\n les peintures, on aperçoit de pâles vestiges de fresques ;\n ces peintures ont beaucoup souffert de l’humidité, et de\n même les bas reliefs tirés d’un grès spongieux ; mais les\n lâches et stupides mutilations des Portugais leur firent plus\n de mal encore. En toutes ces cavernes, les lingams\n pullulent, fastidieuses plantes parasites.\n    Plus que les autres grottes de l’île de Salsette, le grand\n temple de Karli est couvert de sculptures. On y remarque,\n entre autres personnages, des ya k h ch a s, nains symboliques\n et, parmi les animaux, des lions couchés et force éléphants,\nle tout d’un travail enfantin. Peut-être ces décorations sont-\n elles antérieures au IX me siècle de notre ère; celles des\ncavités non loin de Baïrésiah et de Badjah, qui s’étendent\nnon loin de Khandallah, remontent, selon M. L. Rous-\nselet, (1 ) au moins au IIe siècle avant J.-C., elles ne valent\npas mieux. A Karli, d’informes personnages en adoration\ns’enlèvent en haut relief sur les parois dans des niches car­\nrées, on dirait des objets exposés en vitrine. Çakia-Mouni\nrepose ses pieds sur le lotus symbolique, lequel repose sur\nune fleur conique, tel un équilibriste de cirque sur quelque\nperche. Dans le vestibule, trois éléphants de grandeur natu­\nrelle paraissent en baudruche et les Bouddhas accroupis\nqu’ils supportent évoquent des crapauds ; les autres sculp­\ntures sont comme des pages de livres illustrés large ouverts\nsur un mur. Des entassements d’éléphants et de cavaliers\nalourdissent les chapiteaux de la nef et l’on chercherait en\nvain, parmi la végétation symbolique, une fleur adaptée\navec intelligence à son rôle ornemental.\n   Aux remparts de l’antique Dubhog, dans le Gnzerate,\nc’est le bas-relief héroïque qui se développe en frises tumul­\ntueuses et tapisse la porte Hira Danvazé. Sur les murailles\ndu Sengar Ghaori, ancien temple jaïna, le décor se présente\nen échiquier recouvert de dentelles que relèvent des bou­\nquets de statues, autant de superfétations.\n   Au sud, les temples souterrains de Badami ( VIme siècle)\net de Mahavellipore (V IIIme siècle) ne se distinguent point\npar une autre entente décorative. Dans le premier, un Vish­\nnou, assis sur le triple enroulement du serpent Amanta,\nconstitue un des types du motif sans caractère ; dans le\n\n (1) L 'In d e des R ajah s.\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2605, "texte": "322           L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\nsecond, certain combat de Durga avec le monstre Mahasura\nréédite un des aspects du bas-relief chaotique ; par contre,\ndes éléphants gravés sur le roc se silhouettent avec un\nnaturel louable.\n   Il semble que la conception décorative des hindous ait\nété d e ne laisser aucun vide, aucun espace uni sur les diverses\nparties de leur architecture ; pas une masse ne s’est élevée\nde terre qu’ils ne se soient jetés sur ses faces et ne les aient\nrecouvertes d’images ; tout leur a été prétexte pour fouiller\nla pierre ou le bois, rien n’a pu retenir leur incontinence\nsculpturale, et il faut avoir l’extase facile pour taxer de\nrichesse cette profusion sans ordre. On peut dire qu’ils ont\ntravaillé en patients polypes ; les traces en sont visibles sur\nles portes des stupas, cette variété de tumulus qu’on appelle\naussi des tôpes, et sur les balustrades de pierre qui les cein­\nturent. Celles du grand tôpe de Sanchi, cette taupinière,\net celles de Bharhut, qui datent du 1 » siècle avant notre ère,\nsont incrustées sur toutes leurs faces, d’une ornementation\ninouïe de châle et de dentelle où abondent les bas-reliefs.\nCette étrange transposition d’un motif de tissus sur la\npierre fait grand honneur à l’adresse des décorateurs, non à\nleur goût ; et, par malheur, c’est souvent sur des parties\nd’une excellente exécution que s’exhibent ces solécismes\nd’art. Empruntées aux différentes vies du Bouddha, ces\nscènes gravées sur la pierre pourraient offrir, au moins en\nquelques parties, un intérêt documentaire, mais que lire en\ncette décevante accumulation de figures ? Pas le moindre\nsoupçon du langage des lignes, pas le plus humble désir de\nbeauté. Les bas-reliefs donnent l’impression d’un grouille­\nment de vers, les statues qui soutiennent les travées grima­\ncent en vrais magots ; ici, un arbre symbolique envahit une\ncomposition à personnages sans se faire excuser par un\ndéveloppement ornemental ; ailleurs, le trident emblématique\net l’empreinte du pied de Gautama surgissent, telles des\nmarques de fabrique, dans leur sécheresse fastidieuse.\nEnsembles pénibles et négligés dans leurs traits essentiels,\ndétails fouillés au contraire avec une application d’écolier\n calligraphiant des fautes d’orthographe ; c’est d'une vision\net d’un travail de simple.\n   La décoration extérieure des temples édifiés sur le sol\nparaît avoir été plutôt moins heureuse, à en juger par les\n spécimens encore dedout. L’architectonique n’était certes\npas pour inciter aux combinaisons élégantes, car quel parti\ntirer d’une pyramide à neuf étages, comme le Bouddha-\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2559, "texte": "                                        E s t h é t iq u e                                   3 23\n\n\n  Qaya, sans forme expressive, sans harmonie d’ensemble ?\n  En dépit des modifications infligées à ce temple par des res­\n taurateurs peu scupuleux, il semble bien que son décor\n  original (1er siècle avant J. C .) ait été le triomphe du géo­\n métrique, et d’un géométrique janséniste. A Nassik, à San ­\n chi, à Barhut, et dans les parages de Peshawer, des motifs\n d’architecture prédominent dont les galbes lourds, pâteux\n confinent au grotesque, tels les chapiteaux qui paraissent\n coiffer d’une cloche leurs malheureuses colonnes ; cela\n n’était guère pour affiner l’imagination ornementale des\n sculpteurs qui couchèrent sur cette lourdeur des groupes\n d’animaux pesants. Ce parti décoratif, appliqué aussi aux\n colonnes commémoratives, les lâts ou stambhas, était imité\n des chapiteaux de Persépolis, mais avec exagération du\n thème initiateur; lorsque les hindous empruntaient aux\n autres peuples, leur choix ou leur adaptation laissait à\n désirer ( 1).\n   Ainsi, lorsqu’ils s’inspirèrent du sentiment hellénique, ce\nne fut que pour acquérir plus de finesse dans la facture,\nnon pour s’assimiler des lois ; les statues et les colonnes\nélevées, vers la fin du IVe siècle de notre ère, dans les\nrégions de Kaboul, de Taxila et du Cachemire, les Boud­\ndhas ascètes, dont celui de Sikris donne une idée, ne\ntémoignent ni du souci des proportions, ni de l’entente des\ndraperies ou du désir d’exprimer par les lignes. Pour être\nconstruites avec plus de soin, les figures ne furent pas\nmieux liées avec leur entourage, et surtout pas mieux\nencadrées, tant la disproportion d’échelle choquait peu\ncette race. Les physionomies n’y gagnèrent absolument\nrien, on ne toucha point aux sourires stéréotypés des\nBouddhas adipeux, aux minois effrontés des Dévis et,\nquant aux symboles, la reproduction s’en continua fidèle­\nment poncive.\n   Les architectes ne procédaient pas sans user d’un canon,\nd’un système de proportions rigoureusement observé en\ntoutes les parties, mais ces proportions étaient combinées\navant tout pour la solidité de l’édifice et en vue d’une signi­\nfication symbolique, non pour doter l’espace de belles lignes.\nLa brique constituait un des principaux éléments de cons-\n\n\n   [1] Les lions du g ran d lû t qui g ît brisé à S an ch i sont a ttrib u é s p a r une tra d i­\ntion à des a rtis te s grecs que P to lé m ée P hiladelph e I I a u ra it envoyés à\nla cour d ’Acoka. L ’é ta t actu el de ces sculptures ne p erm et guère de se\nprononcer.\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2518, "texte": "324           L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\ntruction ; pour que les édifices résistassent sous un tel\nclimat et sur un sol sujet aux tremblements de terre, il ne\nfallait pas les concevoir en formes élancées. D’heureux\nmotifs de décoration eussent, seuls, pu remédier aux\ninconvénients de cette architecture, or, c’est précisément\npar le goût, on l’a vu, que les hindous péchaient le plus.\nDans la seule province d’Orissa pendant un laps de neuf\nsiècles, du Vme au X IIIme, il ne s’est peut-être pas édifié\nun temple dont le type n’ait été un cube coiffé d’une tour\npyramidale à pans curvilignes et à sommet tronqué par un\ncouronnement côtelé, véritable « melon aplati » selon\nl’expression très juste de M. Le Bon. Couronnement qui\ns’excuse d’autant moins que le symbolisme n’y obligeait\npas. Afin que le monument prit plus d’importance dans\nl’atmosphère, il convenait de faire prédominer les lignes\nverticales sur les horizontales, d’où ces pyramides surgis­\nsant du sol, tels d’inconcevables légumes nés du coup de\nbaguette d’un enchanteur.\n   La difficulté n’était pas peu considérable pour arabesquer\nsur ces cônes un thème ornemental ; les sculpteurs y virent,\nsemble-t-il, un espace à garnir plutôt qu’à décorer au sens\nartiste du mot, et ils s’ingénièrent à ne perdre aucun inter­\nvalle. Les vrais décorateurs ont tous tendu à réaliser selon\nun mode harmonieux, l’équilibre des vides et des pleins ;\nceux de l’Inde, lorsqu’ils étaient las des pleins accumulés\net des froids tracés linéaires, s’en tenaient au semis.\nL’ornementation du temple de Parasurameswara (VIe siècle)\ndonne une illusion de dentelle ; le décor du temple de\nBajarani (X e siècle) superposition d’horizontales arrondies\net de verticales côtelées, offre un aspect de pâtisserie for­\nmidable.\n   L’animal, que la plupart des orientaux ont traduit avec\nart et qui se prête si bien à l’interprétation décorative et\nsymbolique, n’a pas été pour eux un élément d’harmonie.\nLeurs compositions à animaux, comme l’étonnante théorie\nde canards sacrés qui recouvre un des vestiges du lât de\nSanchi, sont, en général, aussi défectueuses que leurs\nscènes à personnages. Et, nulle part, ils n’ont essayé d’en\ntransformer quelques-uns en vivants symboles ; il se sont\nefforcés, au contraire, de les traduire dans leur réalité\nsensible, souvent même dans leur grandeur naturelle.\nEt lequel choisirent-ils en ce cas ? Le plus massif,\nl’éléphant. On se rend compte, par les pilastres du grand\ntemple de Bhuvaneswar (V IIe siècle), par les débris du\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "                         E s t h é t iq u e                 325\n\n\ntemple de Sideswara (X IIe siècle), à Omkargi, par les\nhaut-reliefs de Chillambaram (X V Ie siècle) et maints autres\nmotifs, du galant effet qui en résulte. Quant à l’ornemen­\ntation tirée de la faune et de la flore, ils ne la soupçonnèrent\nmême pas, non plus qu’ils ne se doutèrent du rôle décoratif\ndes directions de lignes données par le corps humain en\nrepos ou en mouvement.\n   Sur le temple de Bhagavati, (IX e siècle) c’est, comme\nailleurs, l’éternelle succession de statues et motifs sans\nliens avec la paroi ; quand, par hasard, une niche ne fait\npas trop mal en place, l’attitude de la figure centrale manque\nde caractère. Au mont Udayagiri, sur le monastère de\nRani-Naur ou Rani Gumpha, on chercherait en vain quel­\nque embryon de mise en scène dans la chasse royale sculp­\ntée en bas relief (époque inconnue). A Puris, le temple de\nJaggernath, pastiche lourdaud de Bhuwaneswar, et celui\ndu Gundicha Gabri (tous deux du X IIIe siècle) aux\ngroupes de triviale immoralité, ne méritent même pas une\nmention, art de fakirs et de dêvadasis, auprès duquel semble\naustère l'ornementation sobre de la porte de Kanarah\n(pagode noire).\n   On peut dire des hindous qu’ils poussèrent la superfluité\njusqu’au génie. Un vrai peuple de statues pullule sur et\ndans les temples de Khajurao (la plupart du X e siècle), dans\nle Bundelkhund, et il faut bien reconnaître qu’en dépit de\nson manque d’unité, cette masse affecte intensément. On se\ndéfend mal d’une vague terreur devant si puissante lour­\ndeur, mais que cette sensation s’évanouit vite à l’analyse.\nDans les sanctuaires de Khandaria, de Shiva et de Laks­\nmangi, la profusion des figures est telle qu’il semble que\nchaque artiste de l’Inde ait tenu à apporter là son magot;\ncertaines parties des chapiteaux en sont hérissées comme\nd’inattendues excroissances, de bizarres apophyses, et cet\nassemblage compose un prodigieux concours de faces\nmafflues, déplaisantes ou démentes, de membres veules,\nde galbes contournés, maladifs, où toutes les tuméfactions\nse découvrent depuis l’emphysème jusqu’à l’éléphantiasis.\nRien de plus fatigant pour un œil ouvert aux harmonies et\nsensible au style que ce désordre et ces contours heurtés.\nAu temple de Mossardhara, les figures sont serrées dans\ndes cages et des compartiments d’après le système en\nusage parmi les décorateurs des boîtes de métal ou des\nmenus ouvrages d’ivoire ; puis, brusquement, au-dessus de\nces ciselures, s’étendent d’immenses plans gravés de lignes\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2564, "texte": "326            La L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\nsymétriques. La chapelle de la déesse Parvati donne asile\nà des statues qui tiennent vraiment de la tératologie et du\nsimiesque, car la monstruosité est contagieuse et l’on y\ntombe vite en sortant du naturel ; l’idole aux doubles bras\ns’exhibe ainsi dans l’entourage qui lui convient. Dans les\ncolonnes du temple de Shiva on peut voir un exemple\ntypique de mauvaise distribution des ornements, dont\nbeaucoup paraissent du placage, et de leur manque d’union\navec les figures dont on les fait émaner ; et la porte, d’extrac­\ntion inconnue, qui se trouve à Rewah perd toute grandeur\nà l’abus des détails. En tout temps, le parti décoratif des\nhindous a oscillé entre l’incohérent sans caractère et le\nsymétrique sans grâce, les jeux de lignes tordues comme du\nvermicelle mouillé et les semis d’ornements disposés en\nmotifs de papier peint.\n   Au mont Abous, l’extérieur des temples jaïnas est resté\nvierge de sculptures, mais, à l’intérieur un débordement\nincroyable a entassé les reliefs de toute sorte. Dans le\ntemple de Vimala Sah, les colonnes sont cannelées, fouillées,\nadornées sans miséricorde, du sol au faîte et c’est un éche­\nvèlement en guise de chapiteaux, une éruption qui figea aux\nvoûtes ses coulées lourdes en grappes terribles ou en végé­\ntations fantastiques. Le dôme en marbre paraît un bibelot\nhypertrophié et les statues semblent taillées dans des\nchampignons, tant elles sont lourdes et flasques. Et ce\ntemple, comme ceux de Khajurao et force monuments de\nl’ancien Rajpoutana, date du X e siècle, une époque où l’art\nhindou atteint son apogée dans l’architecture (période néo\nbrahmanique) sans rien perdre, en sculpture, de ses\nqualités d’exécution. Même frénésie, deux siècles plus tard,\ndans le sanctuaire de Vreypal Teypal, aux colonnes intéres­\nsantes néanmoins, et dans les temples d’Hullabid et de\nBailur, dont les bas-reliefs riches en épisodes du Ramayana\ncontiennent de très curieuses processions d’animaux ;\nl’insouciance de la mesure dans les proportions des figures\nentraîne au manque de mesure dans l’arrangement des\nthèmes décoratifs. Par contre, il faut rendre justice aux\ndons et à la conscience des tailleurs de pierre; quel dommage\nqu’un pareil talent n'ait pas été mieux appliqué !\n   Quelle que soit la région où l’on se transporte et quelques\ndifférents d’âge que soient les édifices, les mêmes défauts\narrêtent. Les temples de Bânka et de Sasauka (X e siècle),\nà Nagda, près d’Odeypour, avec leurs surcharges quasi\nméthodiques, figurent assez bien une boîte de santal\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2644, "texte": "                                      E s t h é t iq u e                                     327\n\n\nincrusté colossalement agrandie ; à Gwalior, le temple\nTéli Mandir (peut-être du X e siècle) et les deux de Sas\nBhaô (fin du X Ie siècle) ne charment pas davantage avec\nleur portique où se succèdent impitoyablement des échan­\ntillons peu variés de pléthore et d’émaciation ornementale*\net leur nâos somptueux décoré, sans logique, à la façon d’un\ntapis. Ce n’est que très en ruines et dans des décors appropriés\nque de tels édifices prennent du caractère ; ainsi les vestiges\nde Chittor et le grand temple d’Ambernâth, érigé vers le\nIX e siècle, près de Callian, l’ancienne capitale de Koukan\nque chanta le poète du Ratan Mala. En dépit de ses divi­\nsions mal distribuées et historiées avec une minutie d’ima-\nginatif maniaque, cette masse ne laisse pas que d’en\nimposer ( 1).\n   A Kajraha, les temples de Mahadéva et de Kali (entre les\nV IIIe et X Ie siècles), à Oudghiri, le temple de Sourya\n(11e siècle) et, sur les bords du lac de Poschkar, le seul\ntemple de Brahma qui soit encore dans Hindoustan, sup­\nportent une statuaire embarrassante ; de plus, le premier de\nces édifices, véritable antre de Satan, abonde en scènes et\nen attitudes d’une obscénité qui afflige. Les sculptures de\nla grande tour de Tanjore (X Ie siècle) consistent en niches\nplaquées et en semis de linéatures ; celle des tours de Sri\nAllât (I X e siècle) et de la Victoire (X V e siècle) à Chittor,\nprésentent un pêle-mêle d’ornements des plus immodérés.\n    Sur les monuments où se constate l’influence musul­\nmane, tels les temples du Guzerat et certains édifices de\n Madura moins anciens, le décor se simplifie, l’ornementa­\ntion, toujours un peu linéaire, est mieux entendue. Les\nmosquées de Rani Sipri (1431), de Mohafir Khan (1465), à\nMyrzapore (ahmedabad), celle de la Reine (X V e) à Saring ­\npore, les temples de Madan Mohan et de Gobindeo, à Binde­\n rabun, également du X V e siècle, en fournissent de notables\n exemples.\n    En toutes ces régions où le croissant s’implanta, on ne\n saurait songer à découvrir quelque effigie de la période\n bouddhique « Depuis Mahmoud le Ghaznévide, qui pilla\n Somnath en 1024, les musulmans ont été de terribles des­\n tructeurs d’idole dans l’Inde. Kutabuddin, conquérant de\n\n\n   (1] A Gwalior, d an s l ’enceinte de la fo rteresse, les soldats an g lais p ré ­\np a r e n t la ru in e p ar les pires d égradations; ils n ’av a ien t pas c ra in t d ’in sta lle r\nle u r café dans le Teli M andir, ils n ’h é s itè re n t pas d avantag e à choisir\ncomme cibles, pour leu rs tirs, les scu lp tu res des a u tre s sanctuaires.\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2546, "texte": "328               L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\nDelhi (1193; bâtit sa grande mosquée sur l’emplacement et\navec les matériaux de vingt sept temples païens » (2)\n   Lorsque les temples jaïnas furent convertis en mosquées,\nla loi du prophète interdisant la représentation de la figure\nhumaine, les statues des niches furent remplacées par de\nfins réseaux géométriques, mais déjà, ce n’était plus de\nl’art purement ethnique. C’est l’ingéniosité et la préciosité\nmusulmane qu’il convient de louer en ces délicates mer­\nveilles, orgueil de certains édifices, les fenêtres en marbre\najouré; en ce revêtement polychrome du Dewani Khan\n(salle d’audience privée), le plus délicieux bijou de l’écrin\nque se composèrent en leur palais de Delhi les rois mogols\ndu X V IIe siècle ; en cette parure de faïences émaillées,\nd’inspiration persane, ces rapprochements de colorations\nqui jettent quelque joie sur le palais de Mandir (fin\nX V e siècle). Ce qu’il y a de plus harmonieux dans cette\nmosquée du Koutab (vieux Delhi) commencée au\nX IIe siècle, c’est moins les cloîtres de Pirthi-Ry, la colon­\nnade née des anciens temples jaïnas, que cette porte d’Ala ­\ndin si magnifiquement ouvragée en 1310, or elle manifeste\nsans alliage le style arabe. Les décorations d’Agra, de Fut ­\ntehpore, de Lahore, les mausolées de Golconde chantent la\ngloire des artistes de l’islam ; et leur trace au X V IIe siècle\nse relève aussi sur le palais d’Odeypour, plus encore sur\ncelui de Tirumal Najah, à Madura si mahométan en dépit\nde ses statues, voire jusque sur les mausolées (Maha Satti)\nréminiscences des tombes d’Halicarnasse, qui se profilent\nprès de l’ancienne cité d'Ahar et où gisent les Ranas, roi du\nMeywar.\n   Plus bizarre qu’original, l’art hindo-thibétain dont les\nmanifestations furent parsemées, aux X V IIe et X V IIIe siè­\ncles, dans les villes du Népal, sent encore la barbarie ances­\ntrale et ne se recommande que par la virtuosité de ses tail­\nleurs de bois et de ses métallurgistes. Temples, palais et\nmaisons, toute muraille est recouverte de sculptures et de\npeintures aux tonalités rutilantes ; sur beaucoup, la brique,\nle bois, le bronze et la polychromie ont été combinés. Néan­\nmoins, il n’existe aucun décor heureux, ni sur les pagodes à\ntoits superposés de Patan, Dhatgaon, Katmandou Taleja, ni\nsur celles de Pashpatti dont les dômes se tourmentent en clo­\nchettes. Des masques hideux ricanent aux chapiteaux; ail­\nleurs, les animaux monstrueux braquent des yeux féroces.\n\n\n  [1] A. C unningh am , A rchaeological Survey. I. page 175.\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "                        E s t h é t iq u e                329\n\n\nOn en voit de comiques comme devant le temple de pierre à\nPatan, de rébarbatifs, d’abominablement laids comme au\nsanctuaire de Katmandou, accroupis dans tous les coins,\nils semblent les génies de la cité, mâtinés de démons et de\ndogues redoutables. A Sambunath, aux temples poussés en\nfuroncles, la seule originalité du stupa, c’est un grossier\nbarbouillage en rouge, blanc et noir, les yeux symboliques\ndu Bouddha, répétés sur les quatre côtés de la to u r\n   On montre avec fierté, à Dhatgaon, la porte d’or du\npalais royal. En réalité, les sculptures en bronze ciselé et\ndoré qui l’encadrent furent exécutées avec une rare adresse,\nmais, comme tous les travaux de ce genre, en dépit du sens\ndécoratif ; autant en revient aux boiseries du palais de\nPatan et aux portes en argent ciselé du temple de Pashpa­\ntinath (Pashpatti).\n   Il y eut encore des manifestations d’art aborigène, aux\nX V Ie et X V IIe siècles, dans les sculptures des gopuras,\nplus particulièrement nombreuses au sud. On appelle ainsi\nles portes pyramidales trouant les quatre faces de l’enceinte\ndes grandes pagodes ; entre les petits pavillons qui les\ncomposent, se prodiguaient les statues ; ailleurs, se don­\nnaient libre cours le verbiage linéaire des ornemanistes. On\ncite avec raison les piliers du temple de Vitoba, à Bijanagar,\nsuperbes monolithes de granit, comme une merveille de\nciselure ; par malheur, ce fini dans la facture souligne de\ndésagréables laideurs. Le décor trop complexe de la gopura\nde Codputri est une fatigante superfluité d’ornements tracés\nen boustrophédon ; à Chillambaram, le temple des Mille\ncolonnes et la grande pagode Shivaïque, près de Madras,\nles pagodes de Tripetty et de Conjeveram, souffrent d’incon­\nvénients analogues. A Madura, le temple de la déesse\nMinakshi, dont les parties les plus remarquables sont du\nX V IIe siècle, présente plus de pondération, non de bon\ngoût. Dans la grande pagode, les figures vont à la correc­\ntion bourgeoise ; salle Puthu Muntapan, les piliers se\n rehaussent de monstres baroques hissés sur un minuscule\n éléphant, le tout décorativement nul. Ce mode a été\n exploité, sans plus de succès, dans le temple de Trichino­\n poly, dans les pagodes de Kombakonum, de Veilore et de\n Sriringam (celle-ci du X V IIIe siècle) ; là, c’est un surpre­\n nant amalgame de chevaux cabrés, de monstres et de per­\n sonnages. Après l’érection des temples de Vishveshwar et\n de la déesse Durga, à Bénarès, vers la même époque,\n maçonneries outrageusement banales, l’influence européenne\n pouvait sévir en toute liberté, l’art hindou avait vécu.\n\n                                  A LPH O NSE GERMAI         N.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-010", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 330, "page_fin": 338, "titre_corps": "L’Art et la Morale (suite)", "titre_sommaire": "Philosophie : L’Art et la Morale (suite)", "rubrique": "", "signature_source": "Victor de Brabandère", "ancre_debut": "L’A rt et la M orale                            (Suite)         L a b eau té co m pren", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 353, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1132, "texte": "L’A rt et la M orale\n                           (Suite)\n\n\n\n\n    L a b eau té co m prend deux élém ents : l’idée et l’ex­\np ression ; or, il s’ag it de savoir si la vie prem ière\nréside en l’idée ou en l’expression. C ’est résoudre\nétran g em en t le problèm e que de confondre les deux\nélém ents p o u r en faire la b eau té intégrale. Q u a n t\nà l’affranchissem ent qui résu lterait de la d o ctrin e\nsacro-sainte, ce n ’est q u ’u n vulgaire esclavage. L a\nth éo rie de l’a rt p o u r l’a rt a p p liq u ée au x œ uvres\nem pêche l’artiste d ’être h om m e et de savoir p arler\nà des hom m es. L ’œ u v re d ’art, expression d ’une\nvie, p a rtic ip e d o n c à ses p réo ccu p atio n s n a tu ­\nrelles ; et ch erch er à la d étach er d e ces légitim es\np ré o ccu p atio n s c ’est, en réalité, l’em pêcher de vivre\np o u r n ’en p lu s faire q u ’u n e œ uvre m o rte aux\nv êtem ents éclatan ts m ais au fond de laquelle\ns ’agite la v erm ine. T o u t ce qui vit doit p ro v o q u er\net en treten ir la vie, ou ce qui v it d o it chercher\nson alim en t d ans la vie qui s’ép an ch e librem ent,\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2250, "texte": "                          P h il o s o p h ie                  331\n\n\n\n   M . G ilkin sem ble l’ig n o re r; il base to u t l’intérêt\n   de l’œ uvre d ’a rt su r u n e fantaisie to u te extérieure\n   de m ots, d e couleurs et de sons q u i, étran g ère à\n  n o tre vie, sera it vite étran g ère à n o tre am o u r et\n  à n o tre ad m iratio n .\n      P o u r aim er, il fa u t co n n aître, d ’u n e m anière au\n  m oins ap p ro x im ativ e ; m ais ici com m en t co n n aî­\n  trio n s-n o u s p u isq u e l’œ u v re enfantée p a r u n tel\n  systèm e n e to u ch e en rien n o tre vie, ses idées, ses\n  sen tim en ts, ses asp iratio n s, ses d o u leu rs e t ses joies\n  et p u isq u e, en d ern ière anatyse, elle a b o u tit à\n  déform er n o tre n a tu re o u à l’énerver.\n      P a rd o n , m e d it le critiq u e de L a Jeune Bel­\n  gique, vous faites de la m orale ; or, à m on sens,\n  m orale et a rt a p p a rtie n n e n t à deux dom aines d is­\n  tin cts qui n e se to u c h e n t en au c u n p o in t de leu r\n  superficie Ici réside la g ran d e erre u r de la théorie\n  qu e n o u s co m b atto n s, il y a u ra p rofit à la refuter\n u n e d ern ière fois, exposée, nous l’avons vu, p ar\n u n de ses théoriciens les p lu s en thousiastes.\n     L e p rem ier a rg u m e n t de M . G ilkin est d ’ordre\n p h ilosophique. A ccusant ses adversaires de faire\n rep o ser leurs disp u tes m étap h y siq u es su r les ra p ­\n p o rts de l’a rt et de la m orale o u de l ’a rt et des\n religions, su r d ’étran g es confusions, il déclare\n q u ’au fond la q u estio n est fo rt sim ple et q u ’il suffit\n de sép arer ce que la n a tu re des choses sépare.\n « U n ju g e m e n t m oral n ’a a u cu n e portée esthé­\ntiq u e, n ’a a u cu n e p ortée m orale. Il est tro p évident\n q u ’u n m êm e o b jet p e u t être à la fois b eau et\n im m o ral, ou m oral et in esth étiq u e ; c’est que le\n B eau , le V rai et le B ien so n t tro is n o tio n s trans­\ncen d an taies, d o n c in d ép en d an tes. » Ainsi parle\nM . G ilkin affirm ant n e tte m e n t en ces courtes\nph rases l’absence absolue de co h ab itatio n d an s\nu n e d e m eu re u n iq u e de l ’a rt e t de la m orale. U n e\nfois de p lu s se pose ici la q u estio n red o u tab le et\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "332               L a L u t t e .— D é c e m b r e 1 9 0 0\n\n\n que tous les p artisan s de l ’a rt p o u r l’a rt sem blent\n d éd aig n er : l’œ uvre artistiq u e constitue-t-elle oui\n ou n o n l’exercice d ’u n e activité, cette activité se\n rattache-t-elle à n o tre n a tu re o u bien est-elle le\n fru it d ’u n e force in co n n u e qui ju s q u ’à ce jo u r s ’est\n dérobée à nos regards, l’acte en qui cette activité\nv ien t se reposer et se m ouler en quelque sorte,\nest-il h u m a in et a-t-il p o u v o ir d ’in fluencer l’être\nin tellig en t ? T a n t q u ’on n ’a pas ré p o n d u à ces\nq u estions qui se résu m en t en u n e q uestion u nique:\nl ’œ uvre d ’a rt est-elle œ uvre h u m ain e ? on est\nfatalem ent co n d am n é aux sophism es enguirlandés\nde p h rases sonores.\n     L e B eau , le V rai, le B ien so n t, d ’ap rès M. G il­\nkin, trois n o tio n s tran scen d an tales d onc in d é p e n ­\ndan tes. L e \" d onc in d é p en d an tes \" est de tro p ,\nl’idée que ce m em b re de p h ra se recouvre ne\ndécoule en rien de la p rem ière p artie et, d u reste,\nelle est fausse. L e B eau, le V rai et le B ien ne\np o u rra ie n t être in d é p e n d a n ts que s ’ils étaien t p o s­\nsesseurs, ch acu n , de l'A bsolue V érité, et co n sti­\ntu a ie n t ainsi des essences parfaites ne se ra tta ch an t\nà a u cu n e au tre réalité d ’u n o rd re su p érieu r. O r, il\nn ’en est pas ainsi. L es trois n otions d o n t p arle\nn o tre critiq u e n e so n t, à les considérer au fond,\nque des aspects de l’E tre , seule réalité q u i se\nsuffit à elle m êm e et trouve sa perfectio n et sa\nraison d ’être d an s son E ssence m êm e. D ès lors\ne n tre ces trois n o tio n s, envisagées com m e les trois\naspects de l’E tre , il y a des relations essentielles\nbasées su r la n a tu re in tim e de l’E tre et su r la\nfaçon d o n t elles p ro cèd en t de lui. N o u s en avons\nparlé p lu s h a u t. Ce qui so u tie n t d onc ces trois\nn o tio n s e t les re n d possibles, ce qui les h arm o n ise\net les em pêche de se h e u rte r l’u n e co n tre l’au tre\n— ce qui p o u rra it arriv e r si elles étaien t in d é p en ­\nd an tes ab so lu m en t — c’est précisém en t l’E tre p a r­\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2227, "texte": "                         P h il o s o p h ie                 333\n\n\n\nfait qui se retro u v e en ch acu n e d ’elles q u a n d vers\nlui nous levons nos 1égards. Ce qui est tra n sc en ­\nd a n t ne p e u t être m u ltip le. M. G ilkin l’a oublié\net c’est v raim en t fâcheux c a r voici que croûle la\nb ase p h ilo so p h iq u e de son systèm e.\n    A près cet a rg u m e n t m alen co n treu x M . G ilkin\nn o u s en p résen te u n second d ’o rd re p lu tô t p h y sio ­\nlogique. A l’en croire, les artistes o n t u n te m p é ra ­\nm e n t si ex trao rd in aire q u ’il les so u strait presque\nen tièrem en t à l’h u m an ité v u lg aire, celle de to u t le\nm o n d e, p o u r les élever à des notio n s spéciales de\ndevoir et de resp o n sab ilité. E t p o u rta n t, nous dit\nl’écriv ain , « il est soum is aux m êm es lois m orales\nque to u s les h o m m e s» . M ais, ajoute-t-il aussitôt,\n« de quel d ro it la critiq u e v ie n d ra it elle scruter\nles secrets de sa conscience ? C ar sa v éritable res­\np o n sab ilité m o rale se m esure à son sen tim ent d u\nb ien e t d u m al et su r ce p o in t qui sera son ju g e ? ».\n    A lire de telles p h rases o n se p re n d à faire\nd ’étran g es réflexions. L ’a u te u r n ’arrive-t-il p a s à\nfaire de l’artiste u n être privilégié, in d é p en d a n t\nde la société, p u isq u ’il n ’a p as à se soucier de\nl ’influence b o n n e o u m auvaise de ses pensées tra ­\nd u ites en actes su r la volonté et la sensibilité des\nh om m es, in d é p e n d a n t, su rto u t, de D ieu puisque\nla destinée attrib u é e p a r L u i à ses créatu res sem ­\nb le ne p o in t d evoir d o m in er sa vie artistique.\nL ’artiste, disons-le fran ch em en t, sera dans son\nd o m ain e d ’activités ce q u ’est l ’an arch iste dans\ncelui des activités sociales, u n révolté, en réalité\nu n orgueilleux. L a resp o n sab ilité su p p o se des\ndevoirs rig o u re u x ém anés d ’u n e législation supé­\nrie u re à celui qui la su b it. S in o n l ’hom m e, deve­\nn a n t le c réateu r de ses obligations m orales,\nn ’ép ro u v e à les accom plir q u ’u n e p uissance égoïste\no ù d isp a ra it la n o tio n de d ev o ir, d ’au to rité et de\nresp o n sab ilité, si l’artiste se fait à son gré une\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2235, "texte": " 334             L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n\n  n a tu re spéciale, fatalem en t il y a u ra e n tre celle-ci\n  e t sa n a tu re d ’hom m e des conflits perpétuels ;\n  e n tre les deux lois qui le p o u ssen t co m m ent lui\n  sera-t-il possible de d éterm in er le sens de sa vie ?\n  L ’hom m e qui est en lui ne jugera-t-il jam ais l’a r ­\n  tiste, l’artiste n e p o u rra-t-il jam ais ju g e r l’hom m e?\n  S ’il y a sép aratio n radicale, quel en sera le p rin ­\n cipe et q u i le m ain tien d ra in tact ? A m oins que\n d ans ce « su rh u m a in » o n n ’ad m ette u n e n atu re\n su p érieu re, créatrice de sa loi, et n ’a y a n t au cu n\n com pte à ren d re à la n a tu re im parfaite q u e nous\n possédons. M ais alors il fa u d ra it n o u s le p ro uver.\n A u reste, cet a rt des « su rh u m a in s » d eviendrait,\n je pense, incom p réh en sib le p o u r les su rh u m ain s,\n qui p o u rra ie n t dès lors se consoler en tre eux de\n l’im bécilité des b ourgeois.\n     S i l’artiste est h o m m e c’est en cet h om m e q u ’il\n d o it p u iser l ’idée fondam en tale d e sa vie, le sen ti­\n m en t d u b ie n et d u m al, la resp o n sab ilité p lénière\n d e ses actes. Il p e u t développer p lu s que d ’au tres\n les ten d an ces su p érieu res de son ê tre , m ais ces\n ten d an ces très n e tte s se ra tta c h e n t étro item en t à\n to u t l’ensem ble de n o tre n a tu re vivante faite de\n d ésirs, de besoins, e t d ’a p titu d e s à les satisfaire\np lu s ou m oins.\n     M . G ilkin p o u ssa n t p lu s o u tre son a rg u m e n t\nph y sio lo g iq u e en arriv e à n o u s rep résen ter l’a rtiste,\nn o n p lu s com m e u n être su p érieu r, m ais com m e\nu n dégénéré. D an s ces co n d itio n s la thèse de son\nin d ép en d an ce d ev ien t a b su rd e . C ette au to n om ie\nde la conscience et de la volonté p e u t, ju s q u ’à u n\ncertain p o in t, se concevoir d an s u n être su p érieu r\nd o n t la n a tu re serait a u tre m e n t constituée q ue la\nn ô tre. M ais ce n ’est p lu s q u ’u n odieux sophism e\ns’il s ’ag it d ’u n dég én éré d o n t la n a tu re id en tiq u e\nà la n ô tre a u ra it su b i u n am o in d rissem en t. Il\nim p o rte, d an s ce cas, que la loi qui gouv erne sa\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2237, "texte": "                         P h il o s o p h ie                  335\n\n\n\nn a tu re le saisisse, s’il le faut, m alg ré lu i, e t l’e n ­\ntrain e de force vers les voies n orm ales de son\nactivité m alade. E co u to n s p lu tô t le p an ég y riste.\nO n cro irait e n ten d re u n M ax N o rd a ü .\n    « L a respon sab ilité des artistes, iden tique, en\np rin cip e, à la resp o n sab ilité des a u tres hom m es,\nn e se p e u t c e p e n d a n t m esu rer à la m êm e aune,\np arce q u ’ils ne so n t p as sem blables à la m oyenne\ndes ho m m es. C ’est u n fait q u ’a d m e tte n t à la fois\nles idéalistes com m e S ch o p en h au er et les po siti­\nvistes m od ern es. S ch o p en h au er, en é tu d ia n t les\nm odes de la conn aissan ce, a m o n tré que la con­\nnaissan ce artistiq u e diffère p ro fo n d ém en t de la\nconn aissan ce p ra tiq u e . L ’artiste v o it les objets\nd ’u n e m an ière désintéressée, in d ép e n d a m m e n t de\nto u te u tilité ; o r la m oralité est u n ra p p o rt d ’u ti­\nlité, — su p é rie u re e t d ’u n o rd re p articu lier, soit,\n— m ais, enfin, d ’u tilité. D ’a u tre p a rt, les a n th ro ­\npologistes c o n sid èren t les artistes com m e des\nho m m es a n o rm au x d o n t la co n stitu tio n m entale\ns’écarte d e l’éq u ilib re m oyen ; aussi les appellent-\nils aim ab lem en t des dégénérés. L o m b roso leur\nfait la politesse, avec M aig n an , de les tra ite r de\n « dégénérés su p é rie u rs », m ais N o rd a u n e v eu t\np as e n te n d re p a rle r de su p ério rité d a n s sa fam euse\ndégénérescence ; p o u r lui, ce so n t des dégénérés\nsans a u c u n qualificatif. R éserv e faite q u a n t à la\nn o tio n m êm e de la d égénérescence, il reste que\nles artistes s ’éc a rte n t de la n o rm e co m m une. Ils\nso n t p lu s im pulsifs que la m oyenne des h om m es et\nl’idée d u b ie n et d u m al est chez eux p lu s pâle\n et p lu s faible. Ils ne ju g e ro n t d onc p as leurs p ro ­\np res o uvrages avec la m êm e sévérité m orale\n q u ’a p p o rte ra ien t à ce ju g e m e n t les h om m es n o r­\n m au x e t la critiq u e n ’a p as à leu r d em an d er\n com pte de cette in d u lg en ce congénitale. Q u ’elle\n laisse d o n c de côté le ra p p o rt m oral qui existe\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2056, "texte": "330            L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n\ne n tre l’artiste et son ouvrage e t q u ’elle s’occupe\nseulem ent, com m e elle en a le d ro it, d u ra p p o rt\nde m oralité qui existe en tre cet o u v rag e e t le\np u b lic m oyen. C ’est la seule questio n de m oralité\nq u ’il lui a p p a rtie n n e de tra ite r avec quelque com ­\npéten ce ».\n    L ’arg u m en t, à coup sûr, ne b rille g u ère p a r la\nm odestie d e ses ap erçu s, e t s’ils so n t dégénérés,\nles artistes que n o u s p e in t M. G ilkin ne so n t\np as h u m b les d u to u t, o h n o n ! C et orgueil est\nm êm e p articu lièrem en t sot en cette m atière.\n    O n p e u t se d em an d er lequel des d eux a d ro it\nd ’être e n te n d u et écouté en ses ju g em ents,\nl’hom m e n o rm al o u le dégénéré, l’an o rm al ? L e\nb o n sens p o u rra it aisém ent rép o n d re, m ais où\nest-il d an s to u t ceci ?\n    P o u rsu iv o n s ; il y a d an s le passage cité ta n t\nd ’erreu rs et d e confusions que p o u r les m en tio n n er\navec quelq u e p rofit il faut ab so lu m en t s’efforcer\nd ’éta b lir d an s n o tre exposé co n trad icto ire le plus\nd ’o rd re possible. T â c h o n s d o n c de p réciser\nl’o b jet de la discussion en d éterm in an t le p rincipe\nm êm e de n o tre adversaire. T o u t se b ase su r u n e\nconcep tio n fausse d u rôle des facultés chez\nl’a rtiste, d ’u n e p a rt, et de la m orale, de l’au tre ;\np a ta u g e a n t au p o in t de d é p a rt, le critiq u e égaré\nne cesse de p a ta u g e r ju s q u ’au b o u t. L a consé­\nquence é ta it inévitable.\n    L ’artiste v o it les objets d ’u n e m an ière d ésin té­\nressée et, d ’a u tre p a rt, p a r le fait de son activité\nspéciale, il cesse d ’être sem blable à la m oyenne\ndes hom m es et, selon S c h o p en h au er et les au tres,\nd ev ien t u n dégénéré. Q ue fau t il p en ser de cette\naffirm ation ?\n    Q ue signifie cette p ré te n tio n à n e voir d an s\nl’artiste q u ’u n être ex ceptionnel en qui l ’a rt a u rait\nan n ih ilé l’influence des facultés n o n artistiq ues. Il\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2129, "texte": "                         P h il o s o p h ie                 337\n\n\nim p o rte en effet avant de posséder le sens exquis\n et raffiné des choses artistiques de p osséder en sa\np lé n itu d e le sens pro fo n d de la vie et le sen tim en t\nd élicat de ses désirs intim es, C om m ent, en effet,\nl’artiste, si b ie n d oué soit-il, parlerait-il à l’hom m e\ns ’il ig n o re to u t ensem ble quelle sorte de vie cir­\ncule en ses veines et quels sen tim en ts font tres­\nsaillir son âm e d an s la ch au d e et vivifiante a tm o ­\nsp h ère d u V rai.\n     S an s d o u te, le d éveloppem ent co n tin u et presque\nu n iq u e d ’a p titu d e s p articu lières d o n n e à l’esprit\nu n to u r spécial et su rto u t u n am o u r exclusif d ’u n\ncertain o rd re de connaissances. L es facultés qui\nco n trib u e n t à en g e n d re r la pensée n ’o n t pas été\ndétru ites o u d im inuées, m ais l’activité q u ’elles\nen tre tie n n e n t s’est p lue à co nsidérer u n aspect\nd éterm in é d u m o n d e des réalités. S i, d an s la\nsp h ère d ’o p ératio n o ù le p en seu r s’est enferm é,\nla h iérarch ie et l’h arm o n ie naturelles des facultés\na été respectée, il n ’y a d an s cette spécialisation\nd u travail in tellectuel a u cu n inco n v én ient. O n\nap p ro fo n d ira d av an tag e un côté des choses qui,\nsan s cela, d an s u n e vue générale tro p vague et\ntro p superficielle, p e rd ra it son im p o rtance et\nson caractère réel.\n    Il y a p éril, il est vrai, si u n e faculté d ’ordre\nin fé rie u r ou de travail in co m p let englobe in ju ste­\nm e n t l ’activité entière et, sans se m ettre d ’accord\navec les a u tre s facultés m aîtresses, p ré te n d faire\nla sy n th èse d u m onde et des réalités observées.\nM ais, si l’o rd re des activités h abituelles est co n ­\nform e au x exigences rationnelles de la n a tu re\nto tale, o n n e voit p as com m ent la dégénérescence\np o u rra it s ’en suivre. L es p réo ccu p atio n s uniques\ne t spéciales à son gén ie qui p o u rch assen t l’artiste\nle p o rte n t, en définitive, vers u n travail qui, sans\nd é n a tu re r la con cep tio n de sa vie, lui en d o n n en t\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1697, "texte": "338            L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n\n a u co n traire u n sens p lu s élevé, plus vaste et plus\n pro fo n d . E lles n e l’écarten t p a s des p réo ccu p a­\n tions de sa vie, elles p o u sse n t su r sa n a tu re et la\nfo rcen t à développer p lu s com plètem ent la g ra n ­\n d eu r laten te déposée en elle.\n    D ès lors aussi, q u e v eut d ire M. G ilkin q u an d il\nn o u s affirme que l’artiste v o it les objets d 'u n e\nm in iè re désintéressée, in d ép e n d a m m e n t de to u te\nutilité ? E st-ce à dire, peu t-être, q u ’il ne p e u t, sans\ncesser d ’être a rtiste, les ra p p o rte r à ses besoins de\nn a tu re . D an s ce cas, c’est leu r enlever sy stém ati­\nq u em en t to u t sens et to u t frém issem ent de vie.\nE lev er son âm e, ad m irer la G ran d eu r so n t des\nbesoins de l’hom m e, très élevés, sans do u te, m ais\naussi p lu s nécessaires que d ’au tres a u p ro grès\nréel de sa vie.\n    L ’hom m e d o it m êm e, p o u r jo u ir v ra im e n t de la\nG ra n d e u r, s’efforcer p a r u n travail a rd e n t de toutes\nses facultés de se l’assim iler e t d ’en faire p a rtic ip e r\nsa vie active. L e désin téressem en t n ’a jam ais\nsignifié, je crois, l’absence, chez l’hom m e, du\nd ésir de vivre et d ’éten d re m êm e sa vie aussi loin\nqu e le lui p e rm e tte n t ses forces. Ce que le d ésinté­\nressem ent n e sa u ra it to lérer c’est ce désir m auvais\nd e su p p rim e r de so n être im p arfait to u te s les re la ­\ntions de d ép en d an ce qui l’u n issen t à u n E tre\nS uprêm e p o u r faire de son « M oi » déifié le\ncen tre u n iq u e de ses activités et de ses d évotions.\n\n\n                               V ictor de B rabandère ,\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-011", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 339, "page_fin": 344, "titre_corps": "Revue du mois", "titre_sommaire": "Revue du Mois", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Le Cardonnel", "ancre_debut": "R e v u e d u M o is  L e p ré s id e n t K rü g e r. — L e p", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 362, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1657, "texte": "R e v u e d u M o is\n\nL e p ré s id e n t K rü g e r. — L e p r ê tr e   a u x u n iv e rs ité s\n  p o p u l a ir e s . —   C o n c l u s io n .\n  L e p r é s i d e n t K r ü g e r . — Les journées   qu’a passées le\n\n\nprésident Krüger en France resteront des journées histo­\nriques. N ous souhaitons que le même accueil ému et\ntriomphal lui soit réservé partout à travers l’Europe, et on\npourra dire que la conscience du monde occidental s’est\nréveillée, que les peuples ont, par le cri de « Vive l’arbi­\ntrage », condamné la guerre, acclamé par celui de «. Vive\nKrüger » la Justice et la Liberté, car c’est là ce que repré­\nsente ce grand vieillard dont le geste qui remercie semble bé­\nnir les foules qni l’acclament; et, devant tant de grandeur, de\nnoblesse simple, en présence de ce héros de l’énergie, des\nlarmes montent aux yeux des plus sceptiques comme des plus\nforts. Le président Krüger nous enseigne ainsi quelle puis­\nsance donne à un homme, une seule de ces idées, un seul\nde ces attributs de Dieu : Justice, Liberté, quand il l’incarne\ndevant les peuples ; alors, parce qu’il devient vraiment un\nhomme, — il y a si peu d’hommes qui soient vraiment des\nhommes — il apparaît à tous un surhumain et un héros.\nUn Krüger nous enseigne ce que peut la puissance d’une\nFoi en un Dieu juste et harmonieux ; car, c’est dans sa Foi\nque le président Krüger puise la force de s’oublier comme\nhomme de la Terre pour défendre les droits de ses frères\nen Douleur. On ne verrait pas raisonnablement pourquoi,\npour des notions de Droit et de Justice qui sont toujours\nconventionnelles hors d’une vérité divine, un homme serait\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "340                L a L u t t e . — D é c e m b r e 1 900\n\n\n héroïque. Il est amusant d’entendre d’austères libres-pen­\n seurs vous parler de Droit, de Devoir, de Justice, de\n Liberté, en somme tous mots en l’air, si on admet une Loi\n éternelle, une volonté directrice et régulatrice du monde.\n Le président Krüger et les Boers logiques avec leur Foi\n sont héroïques et beaux ; il y a longtemps que les abstrac­\n teurs de morale rationaliste auraient cessé leurs bavar­\n dages pour acheter l’alcool anglais ; ils auraient été d’ail­\n leurs logiques et c’est quand ils nous font des sermons\nlaïques qu'i'.s sont aussi illogiques qu’ennuyeux.\n   Je ne peux pas imaginer non plus un Renan devenant un\nhéros comme Krüger; j’imagine naturellement encore moins\nM. Clémenceau, et je ne vois guère non plus M. France.\n   Quand je considérais, il y a quelques jours, cette foule\nen qui la seule présence de ce vieillard exaltait les plus\nnobles enthousiasmes, je me disais que cet homme faisait\nplus pour l’élévation morale du peuple qu’en plusieurs\nannées de conférences, les très nombreux demi-penseurs,\ndemi-écrivains, jeunes et vieux arrivistesy qui ont entrepris\nl’élévation morale de la foule, avant d’avoir assuré la leur.\nEt, en somme, assurer son élévation morale, c’est là ce qui\nimporte ; la science et l’art de ceux qui n’ont pas eu ce soin\ndemeurent toujours incomplets, parce que leurs connais­\nsances ne s’ordonnent pas selon un idéal de beauté morale ;\nils restent médiocres, même s’ils sont savants de documents ;\nils peuvent faire des sophistes mais jamais de grands\nartistes et de grands penseurs, en qui l’on sente vivre une\nâme ; aujourd’hui, nous sommes victimes des sophistes qui\nsont des médiocres pleins de science. Un homme comme\nKrüger, qui puise dans sa Foi son élévation morale, appa­\nraît une admirable incarnation de l’énergie et porte, par\ncela même, en lui, toutes les possibilités. Il est pour nous\nun grand enseignement.\n\n\n\n\n  L e p r ê t r e a u x u n i v e r s i t é s p o p u l a i r e s . — Et mainte­\nnant, il faut parler encore des petites discussions, des\npetites polémiques au sujet du futur palais du peuple, car là\nse joue autour d’un incident en apparence insignifiant mais\nqui met en présence deux manières de penser, la mentalité\nd’un pays tout entier, et d’un pays dont la pensée et la\nbeauté morale sont précieuses au monde.\n"}, {"page_pdf": 364, "page_imprimee": 341, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "                        L ’A c t u a l it é                341\n\n\n   N ous parlerons, aujourd’hui encore, de M . Maurice\nBouchor ; car, on ne scrutera jamais assez le manque de\nraison des Maurice Bouchor quand ils parlent au nom de la\nReligion.\n   M. Maurice Bouchor a écrit à M . Deherme une lettre,\noù on lit :\n   « D es impressions que j’ai recueillies hier soir, il résulte\nque beaucoup de nos amis regardent comme utile d’instituer\nune discussion publique avec un prêtre, pour frapper\nl’esprit de ceux qui hésitent encore entre le principe de la\npensée libre et la soumission à une autorité spirituelle. Je\ncroyais inutile de remettre en question le principe qui est à\nmon avis notre raison d’être, tout en reconnaissant que,\nsur la religion comme sur beaucoup d’autres choses, nous\navons bien des notions à acqnérir, et un loyal examen des\nthèses et des faits, méthodiquement poursuivi par des laïques\ndisposant de toutes les informations nécessaires, me parais­\nsait devoir être plus sérieux et plus efficace qu’une sorte de\nduel courtois avec un représentant de l’Ennemi. Je continue\nà penser de même, et si je me trompe, si les U . P . ont\nrecruté des adhérents pour qui il est utile de refuter un\nprêtre en chair et en os, je pense qu’un supplément d’édu­\ncation générale, — scientifique, historique, philosophique —\nne serait pas inutile pour assurer au débat toute la gra­\nvité, toute l’étendue, toute la portée désirables ».\n   Cette lettre aurait beaucoup amusé Flaubert qui n’était\npas, que je sache, clérical. Elle fait penser toutes sortes de\nchoses qu’on ne voudrait pas penser.\n   Car enfin, M. Maurice Bouchor avoue qu’il a besoin\n d’être informé touchant les choses de la religion, qu’il a\n même des notions à acquérir sur ce sujet, ce dont nous\n ne doutons pas, mais alors pourquoi traite-t-il en ennemi\nce qu’il ne connaît point. Et puis, est-il sérieux ou est-ce\n de sa part une facétie grave, que de nous parler d’ « un\n loyal examen de thèses et de faits, méthodiquement pour­\n suivi par des laïques disposant de toutes les informations\n nécessaires », quand nous savons tous que ces laïques sont\n la plupart des prêtres démissionnaires qui utilisent leur\n intelligence à apporter devant les foules une justification\n d’eux mêmes qu’elles ne leur demandent pas. Mais la perle\n de cette lettre est dans cette phrase : « Si les U. P. ont\n recruté des adhérents pour qui il est utile de réfuter un\n prêtre en chair et en os, je pense qu’un supplément d’édu­\n cation générale — scientifique, historique, philosophique, —\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": 342, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2619, "texte": "342             L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n ne serait pas inutile pour assurer au débat toute la garantie,\n toute l’étendue, toute la portée désirables ».\n   Cela veut dire qu’il faut contredire, dans l’esprit des\n foules, le curé, avant de l’avoir entendu, et sans même\n savoir ce qu’il dira, pétrir des cerveaux rebelles à sa\n doctrine, orienter d’une certaine manière des mentalités.\n Mais c’est là ce que les amis de M. Maurice Bouchor\nreprochent aux Pères, d’accomplir... Alors ! Que penserait\nM. Maurice Bouchor d’un évêque qui demanderait qu’une\n étude complète de la théologie fût faite avant toute autre\n étude, dans les établissements d’éducation '!\n   Oh ! les sinistres gâcheurs d’esprits, qui, sans cesse,\nveulent combattre une idée par une idée, une doctrine par\nune doctrine, qni désorganisent sans construire ! M. Mau­\nrice Bouchor me parait surtout avoir une terreur étrange\ndu prêtre; j’imagine qu’il doit lui attribuer des influences\nmagiques ; le prêtre lui apparaît sans doute comme une\nsorte de sorcier; M. Maurice Bouchor doit appartenir à la\ncatégorie des libres-penseurs qui touchent du fer quand ils\nrencontrent un ecclésiastique.\n   Les libres-penseurs qui ne pensent pas comme M . Bouchor,\nà l’Université populaire, ont, en somme, pour le prêtre, un\nbien moins grand respect ; je crois que c’est de là, surtout,\nque leur vient leur tolérance. Ils sont tout aussi ignorants\ndes choses religieuses, mais ils sont persuadés, c’est là leur\nFoi, qu’elles ne consistent qu’en ces amas de stupidités, et,\nlorsque le prêtre paraîtra devant la foule, à côté d’eux qu\nreprésentent la lumière, tous comprendront que le prêtrei\nreprésente la nuit, et la lumière régnera. C’est là ce qui\nressort très nettement de la conférence de M. Le Foyer, à\nl’Université populaire du Faubourg Saint-Antoine :\n   « Nous ne faisons plus la critique de l’Eglise. Et l’on a vu\ncette revanche inouïe : l’Eglise faire la critique de la science.\nLe X V IIIe siècle s’est clos sur la défaite de l’Eglise. Le\nX IX e se termine sur « la faillite de la Science.» Faillite de\nla Science... bientôt, en effet, puisque l’Eglise y a pénétré.\nL’Eglise déjà façonne, déjà modèle, déjà maquille la science.\nDéjà l’Eglise fait des faux avec la Science. Un avertisse­\nment terrible : l’Institut catholique n’avait d’abord qu’une\nfaculté de théologie, une faculté de droit. Il y a ajouté une\nécole de littérature, de beaux arts et d’histoire et une école\nde médecine. Longtemps l’Eglise avait reculé devant le\ndanger de la médecine pour la croyance de ses fidèles,\ndevant la grande œuvre à élaborer d’un catéchisme physio­\n"}, {"page_pdf": 366, "page_imprimee": 343, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2235, "texte": "                        L ’ A c t u a l it é               343\n\n\nlogique. Et nous, nous jugions les études de médecine hors\ndes atteintes de l’ennemi ; mais les voici investies.\n  Nous avions dans chaque commune le représentant du\nmonde moderne : contre le curé, le médecin Mais le\nmédecin même est, jusqu’à l’âme, corrompu. » ( La Coopé­\nration des Idées. — 24 novembre 1900).\n  Tribulat Bonhomet doit en tressaillir d’angoisse dans sa\ntombe.\n  Le débat est tout de même acceptable ainsi ; et, puisque\nle représentant du monde moderne, le médecin, a été\ncorrompu, il n’y a plus qu’à essayer de « corrompre »\nM. le Foyer. Il n’y a qu’un homme qui ait prononcé dans\nle débat les paroles nobles qu’il fallait, c’est notre ami\nAlbert Jounet, dans sa lettre à Deherme qui doit être\nreproduite ici, toute entière :\n\n                  Cher ami,\n   Vous êtes vraiment un homme du monde nouveau ; vous\nne voulez pas seulement discourir sur la liberté, mais la\nvivre.\n   Votre attitude, si loyale et logique, me décide à vous\nenvoyer mon adhésion au Palais du Peuple.\n   Le Christ a dit : « Il n’est rien de caché qui ne doive être\ncon n u ... Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra\nlibres. Cherchez et vous trouverez ».\n   Ces paroles condamnent tous ceux — libres-penseurs,\nantilibertaires, éléments politiques et antichrétiens de\nl’Eglise — qui voudraient interdire la recherche libre et\naudacieuse de l’intégrale vérité.\n   Pour moi, catholique, je redoute si peu la recherche du\nvrai, qu’aux libéraux inconséquents qui vous reprochent\nvotre impartialité, je propose de venir eux-mêmes lire au\npeuple, dans votre université, les passages essentiels de\nL ’Histoire de l'Inquisition au M oyen-Age (1er volume, par\nCharles Léa, traduite par M. Salomon R einach).\n   Ce livre n’est certes pas écrit au point de vue du dogme\net de la Révélation. Tout ce que je demande à l’équité de\nces messieurs, c’est de lire, parmi les passages essentiels,\net ceux qui concernent les horreurs de l'inquisition et ceux\nqui concernent la sainteté de François d’A ssise et des pre­\nmiers franciscains.\n   Mais, peut-être, les adversaires du Christ n’oseront-ils\npas montrer François au peuple, même après lui avoir\nmontré les auto da fe et in pace.\n"}, {"page_pdf": 367, "page_imprimee": 344, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2046, "texte": "34 4           L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n   C’est pourquoi, moi, catholique, je vous prie, aussi bien\npour la honte des Inquisiteurs que pour la gloire de Fran­\nçois, de mettre dans la bibliothèque de votre Université,\nl’exemplaire que je vous envoie du livre sur l’Inquisition,\nécrit par Charles Lea et traduit par Salomon Reinach.\n   Vôtre, de cœur,\n                                            A lbert J ounet.\n\n\n  Etre libre, c’est là ce que veulent tous ceux qui cherchent\nloyalement la vérité ; et, si nous le voulons tous, l’acte de\nFoi de demain sera un acte d’intelligence et d’amour.\n\n   C o n c l u s i o n . — Cette revue du mois sera la dernière de\ncette année 1900 ; année émouvante, que nous accueillîmes\nfrissonnants encore de la formidable Affaire ; une question\nde justice alors nous séparait, car il faut croire que c’était\nau nom de la justice que tous parlaient, puisqu’aujourd’hui,\nà la fin de cette année, nous nous retrouvons unis sans\ndistinction de partis, de religion même, pour acclamer un\nhomme qui parle au nom de la justice outragée, et puisque\nnous assistons, à la fin de ce siècle, au spectacle réconfor­\ntant de peuples unis dans un même cri de justice, et dans\nune même réprobation de la veulerie et de la diplomatie\nmisérable de leurs gouvernements.\n    J’ai essayé, dans ces brèves notes, tout le long de cette\nannée, de juger toutes choses, d’un point de vue chrétien­\nnement catholique ; mes colères furent des colères sans\nhaines, mais, plutôt, des colères d’amour. J ’ai essayé, je le\nrépète, d’être chrétiennement catholique, en dehors de\ntoute secte, de tout parti, car le catholicisme n’est pas une\n secte ou un parti, c’est la plus vaste des synthèses, et je\n suis de ceux qui pensent qu’il faut être doctrinalement\nimplacable avec les sectaires et les anti-chrétiens d’Eglise,\n comme avec tous les sectaires, car il appartient aux catho­\n liques chrétiens d’éclairer toutes choses aux lumières\n vivantes de l’Intelligence et de l’Amour.\n\n                          GEORGES LE CARDONNEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-012", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 345, "page_fin": 347, "titre_corps": "Les expositions : Exposition centennale de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles", "titre_sommaire": "Les Expositions : Exposition centennale de l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles", "rubrique": "", "signature_source": "A. 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Henri Rousseau, l’ori­\ngine d’un établissement autour duquel se concentra fata­\nlement notre vie artiste.\n   L’exposition installée aujourd’hui dans les locaux de la\nrue du Midi reflète, de la sorte, non sans quelques illusions\nd’optique, les évolutions de nos écoles et la liberté\nd’aujourd’hui, l’artiste osant se traduire plutôt que la\ncollectivité de temps et de lieu. Une série d’admirables\nportraits de Navez nous reportent aux origines séculaires,\nà l’influence de David, des Académiques contre la technique\ndesquels va s’engager la réaction coloriste, comme le\nromantisme dissipera leur rêve greco-romain. On y\nremarque un vert doré où revit toute la note décorative du\npremier empire.\n   Deux lauréats, Madou et Charles Degroux auxquels les\nnotes académiques prédisent grande gloire ; pour une fois\nqu’elles devinent, l'anecdote est à recueillir. La R ix e au\ncabaret et Les pélérinages montrent la réaction romantique\n"}, {"page_pdf": 369, "page_imprimee": 346, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2572, "texte": " 346             L a L u t t e — D é c e m b r e 1900\n\n\n  épurée d’un réalisme attentif, avec Leys, aux influences\n  primitives. L a Réconciliation, l’admirable Tête d ’étude sont\n  du réalisme pur en toute sa poignante beauté. Fourmois,\n  Boulanger comme Artan, assouplissent davantage encore\n  le coloris aux caresses fluides des feuilles et des flots. Du\n  second, le Héron mort est une chose admirable, avec des\n  vibrations dans le noir et le blanc où frémit le poème entier\n  de l’hiver. Th. Baron, plus timide, atteste moins l’influence\n  de Courbet.\n     Contrastant de souci humain, Alfred Stevens est\n représenté par des œuvres de sa dernière manière. Eugène\n  Smits, par les mythologies rousses et timides où il sut\n mettre tant de personnalité. Voisines des œuvres de Stal­\n laert celles de Portaels, parfois encore attirantes, rappellent\n le professeur d’individualisme dont l’atelier libérait au lieu\n d’écraser, traditionnellement. Magnifiques œuvres d'un de\n ses élèves, Agneessens ; une académie de jeune homme,\n blanche précise et grande ; des portraits, surtout deux\n esquisses d’une même femme, dans la gamme rousse\n pressentant les recherches de Carrière. Isidore Verheyden\n est également bien représenté, ainsi que les Oyens, ces\n hollandais de tant de lumineuse gaieté. Impens aux rouges\n ardents le rappelle un peu. De Verwée, il est plusieurs\n toiles très en beauté ; notamment ce Repos dans les Dunes,\n où tant de lumière adoucit l’éclat, porcelainé souvent, des\npâtes. M. Geo Bernier nous rend cette note avec le frisson\nnouveau, d’une plus savante complexité dans le ton.\n    Nous voici arrivés aux plus contemporains, ceux de\nmaintenant et de bientôt. Ensor rattache les chercheurs\n d’exquisités : Khnoppf, Frédéric avec Firmin Baes, Schlo ­\nbach, Mellery le maître admirable du noir vibrant, Delville\ndont il faut revoir la grande et subtile Ecole de Platon, aux\namoureux de lumière Van Strydunck, d’autres, comme\ntotalisés dans Marcette aux eaux pleines de ciel. Alfred\nVerhaeren avec la couleur si riche qu’elle devient religieuse\ntoujours ; Laermans au contraire, de couleur merveil­\nleusement souffrante, ici représenté surtout par le portrait\ndu peintre ; Gilsoul, Hamesse, Rothiers dont une esquisse\net une tête de femme douce et forte ; G. M . Stevens,\nLempoels, la réaction brune avec Bastien dont les diverses\ntoiles étiquettent la recherche d’aujourd’hui.\n    Les aquarellistes et les fusinistes : Lanneau, Lynen, Titz,\nUytterschaut, Broerman, nous mènent aux graveurs si\noubliés toujours du grand public et si admirables pourtant;\n"}, {"page_pdf": 370, "page_imprimee": 347, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1185, "texte": "                     L e s E x p o s it io n s           3 47\n\n\nBiot, Danse, au burin souple comme un pinceau et décisif\ncomme une plume, feu J . B. Meunier dont la conscience\navisée explique toute une génération d’artistes\n   Dans la sculpture nous retrouvons l’admirable floraison\nqui succéda chez nous, à la pénurie misérable d’il y a un\ndemi-siècle. Nous y devons les honneurs de maître de\nmaison à M. Van der Stappen. On retrouve ici moins\nsensible le triumvirat actuel d’influence. Lambeaux, la\nflamme même de la vie ; Victor Rousseau, son rêve ;\nConstantin Meunier, sa passion rédemptrice. Nommons au\nhasard, Charlier, De Haen, Des Enfants, souple et subtil ;\nDe Rudder dont les Masques rappellent tout l’effort\nmoderne d’art appliqué ; Dillens avec le solennel Génie de\nla tombe, De Vreese, W eygers, Vinçotte, Samain, Samuel,\nLagae, des jeunes actuels : Grandmoulin, Nocquet, Marin...\nL’architecture, encore une délaissée que cette sculpture\nd’édifice, et avec des noms hautains : feu Poelaert, Beyaert;\nMM. Bordiau, Saintenoy. Naturellement, j’en passe et des\nmeilleurs ; c’est du reste un tort, un tort nécessaire.\n                                                    A. J .\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-013", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 348, "page_fin": 350, "titre_corps": "Revue des livres", "titre_sommaire": "La Critique : Revue des Livres", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "R evue des L iv r es      J o s é H e n n e b i c q .. L ’A m o u r P", "ancre_fin": "chaque page ! P . M.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A VIS   IM PO RTANT.        —     Nous prions nos lecteur", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 371, "page_imprimee": 348, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 1164, "texte": "R evue des L iv r es\n\n\n   J o s é H e n n e b i c q .. L ’A m o u r P h é n i x . — (Paris-Editions\nde l’Humanité Nouvelle).\n   En ce petit livre, pour lequel M. Paul Adam écrivit une\npréface fortement pensée, M. José Hennebicq réunit les\ndivers contes qui lui firent une personnalité marquante et\nbien accentuée. Platonicien convaincu, épris des Idées-\nmères dont le culte serein fit la gloire de l’Hellade, il y\nparcourt à travers les temps et l’espace les diverses formes\namères ou tendres de l’amour. Amour antique, drapé dans\nle manteau somptueux de l’art; amour enfiévré d’aujour­\nd’hui, entraînant après soi l’inévitable douleur ; amour\nrenaissant de la mort, comme l’oiseau éternel, y forment un\nsublime cortège que clôt de son rayonnement inouï l’amour\ndivin du Christ, sauveur du monde. Les hautes pensées dont\nle livre est imprégné aussi bien que le charme d’un beau\nstyle, parfois trop maniéré peut-être, font de la lecture de\nmaintes pages, un réel et pénétrant plaisir d’art.\n\n  G e o r g e s D e l a u n n o y . C o n t e s D’A u t r e f o i s . — (Namur-\nGodenne).\n  Ces contes rustiques, écrits sans trop de souci de la\n"}, {"page_pdf": 372, "page_imprimee": 349, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2537, "texte": "                                    L a C r it iq u e                          349\n\n\n  forme, dans le désir unique de peindre simplement la vie,\n  exhalent un parfum de sincérité tel qu’on ne peut s’empê­\n cher de les aimer. On sent que leur auteur a connu et\n observé l’existence des terriens naïfs et primitifs dont il\n montre les gestes frustes, les joies et les douleurs, dans le\n décor des labeurs rudes et des villages groupés à l’horizon\n des campagnes. Après la fièvre des romans contemporains,\n on éprouve un réel bien-être à se sentir plonger dans l’exis­\n tence simple, heureuse, fidèle aux grands principes qu’elle\n applique sans les connaître et que pour cela même elle n’a\n pu déraciner. Aussi est-ce de tout cœur que nous souhaitons\n à M . G. Delaunoy le travail et la persévérance qui assou­\n pliront son style et le débarasseront des inexpériences qui\n le déparent encore.\n\n    R obert      V an     der    E lst.     V e il l e s   et   L e n d e m a in s ,\n poèmes. — (Paris. — Paul Ollendorf).\n\n    Ces poèmes n’atteignent pas, tant s’en faut, à la perfec­\n tion de forme qui caractérise les grandes œuvres. Pour­\n tant, ils se distinguent de la multitude de productions hâti­\n ves que tant de jeunes poètes ont coutume de nous prodi­\n guer, car on y trouve des pensées, et, ce qui est mieux que\n de la simple virtuosité, la sincère étude d’une suite d’états\n d’âme. Tristesses brèves, joies fugitives, nostalgies de\n lointains plus heureux reculés dans l’espace et le temps y\n sont subtilement analysées, et parfois même bellement\n exprimées.\n    A r n o l d G o f f i n . — I . F i o r e t t i , t r a d u c t i o n . — (Bru­\nxelles. — Compagnie générale d’impressions.\n   M. Arnold Goffin nous donne une belle réédition des\nFioretti qu’il traduisit en une langue si souple et si colorée\nrendant merveilleusement le ton naïf et primesautier du\ntexte italien. Maintes pages d'Hélène et du T hyrse, non\nmoins que des études subtiles sur l’art et les lettres, ont\ndepuis longtemps montré au lecteur intelligent comment\nM . Goffin sait revêtir de beauté ce qu’il touche. Aussi bien\nne pourrait-on lui reprocher autre chose que de se prodi­\nguer trop peu. En cette traduction des « petites fleurs de la\nvie du petit pauvre de Jésus St-Françoise d’A ssise » il\ndéploie les charmantes qualités de style qui le caractérisent\nen les mettant au service d’un des plus délicieux ouvrages\nqui soient au monde.\n   Rien n’égale en effet le charme imprévu qu’exhalent ces\npieux récits, parfumés tout autant de la fraîche odeur des\n"}, {"page_pdf": 373, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1870, "texte": "330               L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\ncampagnes de l’Ombrie que des lys et des roses du divin\namour. Il faut lire et relire les chapitres narrant la conversion\ndu loup d’Agobbio, le repas de Ste-Glaire et de St-François\nà Sainte Marie des Anges, les prédications aux oiseaux et\naux poissons et surtout le cantique du Soleil. Il y a là une\nsimplicité véritablement sublime, combien au-dessus de\ncelle de poètes qui se prétendent simples. Et il convient\naussi de louer et remercier M . Goffin, grâce auquel il est\npermis à tous de connaître cette belle œuvre.\n                                                    CH. DES.\n\n  E u g è n e H e r d i e s . — L ’A v e n u e d e s D o u l e u r s .   (Bru­\nxelles, Schepens.\n  Cette mince plaquette n’ajoute rien aux précédentes\npages de M. Herdies et l’on est' arrêté à chaque moment\npar de bizarres constructions de phrases, des à-coups\nbrusques de lyrisme et des fautes de grammaire qu’une\nindulgente camaraderie littéraire pourrait seule nommer\n« coquilles » !\n  P r o s p e r R o i d o t . — L a H a m e a u V e r t . — (Bruxelles,\nSchepens).\n  Lorsque M. Roidot veut s’astreindre à condenser ses\nsentiments en des vers un tantinet réguliers il arrive très\nsouvent à nous donner une impression de fraicheur et dé\nnature tout-à-fait neuve et originale. Ce livre, fort en pro­\ngrès sur Aubes et Crépuscules, contient, nombre de jolis\nvers fleurant bon le vent, les bois et la campagne.\n  F e r n a n d B e r n a r d . L e s D i a p h a n e s . (Decallonne-Tour ­\nnai).\n  Rien qui ne sorte du déjà lu, déjà écrit, mais dans l’en­\nsemble une bonne tenue littéraire et le constant souci d’une\nforme serrée. Trop de banalités, hélas ! que l’auteur sait faire\noublier parfois par d’agréables paysages jetés cà et là au\ntournant de chaque page !\n                                                    P . M.\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-014", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 350, "page_fin": 350, "titre_corps": "Avis important", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A VIS   IM PO RTANT.        —     Nous prions nos lecteur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 373, "page_imprimee": 350, "debut_caractere": 1870, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "A VIS   IM PO RTANT.        —     Nous prions nos lecteurs de\nfaire bon accueil aux quittances d’abonnement pour 1901\nque l’administration des Postes demande aux journaux de\nprésenter fin décembre pour éviter l’encombrement du mois\nde janvier.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-015", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Table des matières", "titre_sommaire": "Index alphabétique du Tome II", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Index A lp h a b é t iq u e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 374, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3529, "texte": "Index A lp h a b é t iq u e\n du Tome II de la Série Nouvelle — Juillet-Décembre 1900\n B er th el (A l b e r t ) :\n                T e m p ê t e ...........................................................                15\n B e r t h o u (Y v es) :\n                L a S e rv a n te d e c e n t a n s                                                     300\n                C ritiq u e d e liv re s                       .        .           .           .        50\n B r a b a n d è r e ( V ic t o r d e ) :\n                P a g e s d ’E s t h é t i q u e ................................................        65\n                L ’A r t e t l a M o r a l e                   .        .           .           .   258 330\nB r o g n e a u x ( P a u l in ) :\n                S o i r d e l u n e ................................................                     16\nD elten re (E rnst) :\n               N o t e s m u s ic a le s                       .     .          .               .       55\nD e l v il l e ( J e a n ) :\n             V    e r s ............................................................                     19\nD e s O m b ia u x ( M a u r i c e ) :\n               Le F         o r ç a t ................................................                 303\nD e s p r e c h in s ( E m il e ) :\n             I n s p i r a t i o n ................................................                    190\nD evèze (A l b e r t ) :\n               L ’A t t e n t e v a in e                    .       .           .           .           24\n             I n v o c a t i o n ................................................                       25\nD ir e c t io n ( L a )\n             C o m m e n t a i r e ................................................                      6\n               P o litiq u e in té rie u re                 .       .           .           .          289\nD u l l a e r t ( M a u r ic e ) :\n               L ’I v r o g n e ...........................................................            185\nF ro g er (A l b er t d e) :\n               La N         u i t ...........................................................           18\n               L e s a lo n d e s B e a u x - A r t s d e 1900                                         130\nG e r m a in ( A l p h o n s e ) :\n               L a s itu a tio n re lig ie u s e a u x E ta t- U n is                                  101\n               L e m y s tè re d e la P a s s io n à O b e ra m m e rg a u                             202\n               G u sta v e M o re a u                       .       .           .           .          249\n               L ’A r t H i n d o u ................................................                   311\n               C r i t i q u e d u liv r e                 .        .           .           .          215\nG e r o t h w o h l ( M a u r ic e ) :\n               U n e ré s u rre c tio n                    .                ,           .              144\nG il l e ( V a l è r e ) :\n           R e p o s ...........................................................                        26\nG il o n ( Y v a n ) :\n               L e r e to u r d e L o u is d e T h u rin g e                                            41\nH eux (G asto n) :\n        L ’A u r o r e e m b a u m é e .                            .           .           .           27\nJ oly ( E dm ond) :\n               Le S i l l o n ...............................................                          285\n"}, {"page_pdf": 375, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4847, "texte": "                   E x p o s i t i o n c e n t e n n a le d e l’A c a d é m ie d e s\n                      B e a u x - A r t s ...................................................................... 3 3 9\nL e Ca rd onnel ( G eo rg es) :\n        R e v u e d u m o is .           .       .               58 149 209 279 342\n        A l b e r t S a m a in   .           .                                                  .       122\nL egavre ( L éon) :\n        B a l l a d e ....................................................................................2 8\nM a z e l (H e n r i) : '\n           V i c t o r H u g o p h ilo s o p h e                               .                   .               .           .           53\nM arlow (G eorges) :\n       L e V i t r a i l ....................................................................................2 9\n                 S o u r i r e a u m a tin .                  .        .               .                   .               .               30\nM u ssche ( P a u l ) :\n        E x i l ................................................................................................31\n                 L ’A r t p o u r D i e u ............................................................                                      9\n                 L a C h u te d u s o                  i r .......................................................... 1 18\n                 I l e s t d e s s o i r s ......................................................................2 4 5\n                 L a N u i t p e n s i v e ......................................................................2 4 6\n                 L e P a r c ..................................................................................2 4 7\n                 C ritiq u e s d e liv re s                   .        .           .                   .                           288    350\nN ed (E d o u a r d ) :\n         P r i è r e .................................................................................................3 2\n                 L e P o è t e e t le s O i s e a u x                          .                   .               .           .          181\n                 L e J a r d in d e s A ro m a te s                                            ,                                          1 84\nP r a v ie l ( A r m a n d ) :\n            P o u r la d é fe n se d e s P a r n a s s ie n s                                                          .           15 7   193\nR am aekers ( G e o r g e s) :\n                 P o u r q u o i j ’e n t r e a u «S c a n d a l e »                                                                        1\n                 L a D o u le u r e x p ia to ire                              .                   .               .           .           34\nR o id o t ( P r o s p e r ) :\n           L a F e r m e d o u c e .........................................................................3 6\nR o m a n ( J u l ie n ) :\n           H o r s d e s T é n è b r e s ............................................................. 3 8\nS é v e r in ( F e r n a n d ) :\n            Œ n o n e .....................................................................................39\n                 J e u n e s s e .....................................................................................9 4\n                  L ’A      u b e ..................................................................................2 9 6\n                 U n s o n g e ..................................................................................2 9 7\nS p r im o n t (B a r o n C h a r l e s d e ) :\n                 S o n n e ts à V iv ia n e                   .            ,                   .                       .           .       20\n                 T ris ta n e t Y            s e u l t ..............................................................84\n                 F r é d é r i c N i e t z s c h e ...........................................................161\n                  L a G e n è s e d e l’A               r t .......................................................... 2 2 5\n                  D e l ’A m o u r à la M o r t .......................................................... 2 9 2\n                  C r i t i q u e s d e li v r e s            .       .            .                   .                           222    348\nTallenay ( E douard d e) :\n                 L a M o r t d e s R ê v e s ............................................................. 2 2\nV e r h a e r e n ( E m il e ) :\n                  P r e s s e n tim e n t d e v ic to ire .                                .                   .           .\n                  L e B a n c ......................................................................                                      237\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-016", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Éditions de La Lutte", "ancre_debut": "É d itio n s de \" L A L U T T E", "ancre_fin": 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y s t i q u e s\n     luxueux volume de plus de 100 pages, 2 francs\n\n\n\n\n                       2 ° c h e z V r o m a n t e t C ie\n\n\n                            G e o r g e s V ir r è s\n\n\n\n           L a B r u y è r e A r d e n te\n\n                                    Roman\n                           volume de 350 pages\n                               P r i x : fr. 3.50\n\n\n\n    On peut demander ces ouvrages au siège de l’administra­\n tion de la Lutte, 80, rue de l’Ermitage, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-lutte-1900-12-n12-017", "volume": "ELB-KBR-a084-1900-002", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a084-1900-002.pdf", "ocr_sha256": "64c4581d47b726fa04158d3b0e1f1ee55c75dad8ea98610c7de7b1ee45a363d9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Note de la rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Lutte", "ancre_debut": "LA LUTTE 80, R U E 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UN AN . . 8 fr.\n    U N N uméro    1 fr.      UN N uméro 1.25 fr.\n   LA L U T T E (Série Nouvelle) publie : CONTES, N O U ­\nVELLES, E TU D ES CRITIQUES, M ONOGRAPHIES,\nLITTERATURES ETRANG ERES, QU ESTIO N S DE\nMORALE ET DE PHILO SOPHIE, DRAM ES, POE­\nMES, RELATIONS de VOYAGES, etc.\n\n\n      C O M IT É D E R É D A C T IO N . (B E L G IQ U E ) : E r n st\nD eltenre,           P ol       D em ade,   H ubert       D e M oor,        Y van\nG i l o n , l ’A b b é      H ector     H o o r n a e r t , E m il e    J om aux,\nP a u l M u s s c h e , E d o u a r d N e d , C h a r l e s d e S p r im o n t ,\nl ’A b b é   E u g è n e V a n d e r E Ls t , G e o r g e s V i r r è s .\n\n\n\n      C O M IT É         DE      R É D A C T IO N .    (F R A N C E ) :      Y ves\nB e r t h o u , J . E s q u ir o l , A l p h o n s e G e r m a in , L o u is G i l ­\nlet,    A lb er t J o u n et , G eorges le Ca rd o n n el, H enri\nM a z e l , L o u is M e r c i e r , A r m a n d P r a v ie l , C h a r l e s d e\nR o u v r e , L o u is T ie r c e l in .\n\n\n\n\n                                  BRU XELLES\n             R é d a c t io n                         A d m in is t r a t io n\n\n       26 , rue Faider.                         80 , rue de l'E rm itage.\n\n\n\n       Im p . Ixello ise (à vapeur) H. C oduys, 272 et 276, ch. de Wavre\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 310, "texte": "                                 TOME II\n\nC in q u iè m e A n n é e          de la      N° 12 — D é c e m b r e . 1900\n\n                              Série Nouvelle\n\n\n\n\nla Lutte\n     Revue Catholique d'Art.\n                              F o n d é e e n 1895\n\n\n\n\n           ONT COLLABORÉ A CE N UM ÉRO :\n      MM. Y v e s B e r t h o u , V i c t o r d e B r a b a n d è r e ,\n    M a u r i c e d e s O m b i a u x , Baron C h a r l e s d e S p r i ­\n    m ont,    A l p h o n s e G e r m a in , E d m o n d J o l y , G . L e\n    C a r d o n n e l , P a u l M u s s c h e , F e r n a n d S é v e r in .\n       Ce numéro contient l’index alphabétique du\n    Tome II de l’année 1900.\n\n\n\n\n                                B e l g iq u e\n\n\n            5 francs par an | 1 franc le numéro\n\n                        Ailleurs, le p ort en sus.\n\n\n\n\n                         A DM INISTRATION\n\n                    80, R u e     de   l ’E r m i t a g e ,   80\n                              BRUXELLES\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "                      Som m aire\n5e Année — Décembre 1900.— Tome II de la Série Nouvelle\n\n      L a D ir e c t io n :\n\n                          Politique intérieure.\n\n   I FLORILÈGE M ENSU EL :\n      Baron C h a r l e s d e S p r i m o n t :\n                          De l’Amour à la M ort.\n      F e r n a n d S é v e r in :\n\n                          L'Aube. — Un Songe.\n      Y ves B e r t h o u :\n\n                          L a Servante de cent ans.\n      M a u r ic e d e s O m b ia u x :\n\n                          Le Forçat.\n\n  II ESTH ÉTIQ U E :\n      A l p h o n s e G e r m a in :\n\n                          L ’A rt Hindou.\n\nIII PHILO SOPHIE :\n      V ic t o r d e B r a b a n d è r e :\n\n                          L 'A rt et la M orale (suite).\n\nIV L’A CTUA LITÉ :\n      G eorges L e Ca r d o n n el:\n\n                          Revue du Mois.\n\n  V LES E X PO SITIO N S :\n     E dmond J oly :\n\n                          Exposition centennale de l’Académie\n                           des B eaux-A rts de Bruxelles.\n\nV I LA CRITIQUE :\n      Baron C h a r l e s d e S p r i m o n t , P a u l M u s s c h e. :\n                          Revue des Livres.\nV II. Index alphabétique du Tome II.\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "         Politique intérieure\n\n\n     Voici le dernier numéro de la cinquième année. Les\n personnes qui ont bien voulu témoigner quelqu’intérêt à\n nos débuts savent quelle humble revue était « L a Lutte »\n lorsque, imprimée sur seize pages, elle publiait nos pre­\n miers vers et nos proses malhabiles. Nous avions vingt ans,\n un sang généreux gonflait nos cœurs et sous nos fronts\n s’agitaient des pensées fécondes et confuses A cette\n époque, la revue nouvellementfondée centralisait pour nous\n le mouvement littéraire, d’autant mieux que quelques\njeunes gens, séduits par notre initiative, se groupaient\n autour de nous; ensemble, nous allions conquérir le monde\n et nous jugions mal informé qui n’applaudissait pas au\nprélude de nos œuvres.\n     Temps heureux ! Les premières expériences ne détruisi­\n rent pas nos illusions et nous devînmes plus tenaces à chaque\nfo is que nous nous heurtions à de l’indifférence ; les\n épreuves trempaient notre volonté. Nous n’insisterons pas\n sur les diverses transformations que subit la revue ; seize\npages nouvelles doublent bientôt la livraison ; elle cannait\n les plus noires adversités, déniche les plus aléatoires\n imprimeurs en province, tombe de Charybde en Scylla,\n d ’un éditeur aux mains d’un plus rapace pour cesser, l’an\n dernier, ses publications par suite d’une déconfiture com­\n merciale dont elle subissait le lointain contre-coup.\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "290            L a L u t t e . — D éc em b r e 1900\n\n\n    Entretemps, par quel miracle avons-nous vécu ? on se\nsouvient mal de ses misères lorsqu'elles sont passées. Nous\navons organisé des congrès, des conférences, des auditions\nmusicales, publié des poèmes, des romans, des nouvelles,\ndu théâtre et suscité autour de la revue un mouvement\nd’art très intense et bientôt remarqué.\n    M ais ces débuts passionnent seulement ceux qu’ils fo r ­\nmèrent ; au commencement de cette année la revue parut\nsur 64 pages et, si nous osons parler argent à propos d’une\ntentative d’art absolument désintéressée, le p rix d’abonne­\nment f u t maintenu au taux antérieur. Le public nous\nencouragea, et rapidement les choses s'organisèrent. Cela\nmime f u t un essai.\n    A propos de questions futiles, des difficultés surgirent\net une nouvelle direction, mettant en œuvre tous ses moyens\n d’action, sut organiser un tel concours de volontés que\n nous abordons au seuil de la sixième année avec un pro­\ngramme renouvelé et des chances certaines de victoire.\n    D'abord, nous changeons un titre explicable seulement\npar nos prétentions d’il y a cinq ans : — lutte contre le\n sémitisme, la franc-maçonnerie, l'égoïsme social, — et qui\nparait un peu forain aujourd'hui, pour prendre celui de :\n a Revue de Bruxelles ». Ensuite, améliorant ce que nous\n avons réalisé en partie cette année, nous dépouillerons ce\n que nos écrits ont encore de h a tif en nous efforçant vers ces\n études solides et ces critiques d’art sérieuses dont nos der­\n niers numéros ont fourni l ’exemple.\n    Nous augmentons le texte de la revue, non plus en y\n ajoutant des pages supplémentaires, mais, diraient les\n typographes, en élargissant la justification du tirage,\n c’est-à-dire, en ajoutant des lettres à la ligne, ce qui vaut\n mieux et nous permettra de donner dans chacun de nos\nfascicules d'abondants fragments d'œuvres importantes.\n    Un grand nombre de nos abonnés ont manifesté le désir\n de lire, à côté des collaborations habituelles, des articles qui\npuiseraient des éléments d'intérêt ailleurs qu’aux seules\n sources littéraires. Cette demande répond trop à nos sen-\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                   PO L ITIQ U E INTÉRIEURE                291\n\n\n\n   timents personnels pour que nous n’y fassions pas droit, et\n   l'on pourra voir désormais, entre un poème et les chapi­\n   tres d’un roman en cours de publication, un article sur\n   une question d’histoire ou de sociologie. D es pourparlers\n   d ce sujet sont près d ’aboutir. S i nous innovons sur ce\n  point, les autres sont améliorés ou développés ; nous don­\n  nerons de l'extension à ce qui est la vie même d’un pério­\n  dique ; à la Revue du Mois s’ajouteront des Notes de Paris\n  et des Echos de Belgique; la Critique des livres sera absolu­\n  ment complète au point de vue belge et nous donnerons le\n  compte-rendu de tout ouvrage français désigné à l’atten­\n  tion du monde lettré par son succès ou son mérite.\n      Voilà notre programme; nous nefaisons pas espérer\n davantage, voulant tenir ce que nous promettons mais\n nous demandons d nos lecteurs de nous aider dans l'œuvre\n de vulgarisation littéraire que nous avons entreprise.\n C’est à nos premiers abonnés que nous devons la prospé­\n rité relative d'aujourd’hui, nous espérons que le zèle des\nplus récents ne le cédera point à celui des anciens etpuisque\n la chose a, parait-il, son importance, on nous permettra de\nfaire remarquer le prix d'abonnement dérisoire qui rend\n la Revu» de Bruxelles plus que nulle autre, économique.\n     E st-il besoin d'ajouter qu'un changement de titre\n n’implique aucune variation de sentiments et que nous\n restons comme par le passé fidèles à tout ce que nous ado­\n rons et que nous ne brûlons rien de ce que nous avons\nadoré.\n     A d alta ! E n marche vers les sommets, vers une\nrevue plus attachante, plus belle, plus haute, et puisse\nnoire effort soutenir l'œuvre collective de tous ceux qui\ntravaillent à une Belgique plus grande, plus libre, plus\nlittéraire, soucieuse de ses écrivains, ouverte aux idées\ngénérales, toute rayonnante d'intelligence et de Beauté !\n\n\n\n                                    L a D irectio n .\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "f l o r il è g e m e n s u e l\n\n\n\n\n       De l’Amour à la M ort\n\n                                 I\n\n\n    Ton âme fut longtemps cette grave étrangère\n    Qui passait dans mon rêve en cueillant des jasmins\n    Ses longs regards rendaient ma peine plus légère\n    Quand leur douce lumière éclairait mes chemins,\n\n    Au coteau d’ombre où dort la paix de ma demeure,\n    Je la voyais parfois, calme, les yeux baissés,\n    S ’attarder dans le charme indicible de l’heure\n    Où la langueur du soir berce les cœurs lassés.\n\n    Et pourtant ta beauté faisait mourir les roses,\n    Blanche inconnue ! et, sous tes pas harmonieux,\n    Un désir ignoré troublait l’âme des choses,\n    D es enfants pâlissaient en contemplant tes yeux.\n\n    Venais-tu des pays lointains où les grands fleuves\n    Roulent l’or transparent qui brille sous ta chair ?\n    Quel bienheureux Avril, berçant les forêts neuves,\n    Embauma de printemps ton corps tranquille et fier ?\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "               F l o r il è g e M e n s u e l            293\n\n\nEtrangère ! la nuit couvrait mon âme errante,\nLorsque tu me tendis tes mains pleines de fleurs\nEt ta lèvre où s’effeuille une rose mourante\nDont le puissant arôme assoupit les douleurs !\n\nEt mes vers les plus doux chantèrent ta venue,\nM es arides sentiers germèrent sous tes pas ;\nEt, bien que tu me sois demeurée inconnue,\nT es grands yeux dans mes yeux ne s’obscurciront pas !\n\n                            II\n\nTu fus à moi, comme sont miennes mes douleurs,\nEt tes longs mots voilés apaisant ma souffrance\nM ’éclairaient des lueurs vertes de l’espérance,\nO toi qui vins semant des rêves et des fleurs !\n\nSouviens-toi du baiser mêlant nos lèvres pâles\nA cette âme d’amour éparse dans la nuit.\nVoyageur qui jamais ne tarde, le temps fuit :\nEntends sonner ses pas sur la route automnale.\n\nQue ta douleur encor s’unisse à mes douleurs,\nComme la voix des mers à la plainte des fleuves\nEt le frisson d’hiver aux âpres forêts veuves\nDe l’immortel été qui les parait de fleurs !\n\nTu fus à moi, comme sont miennes mes douleurs !\n\n                           III\n\nN ous reviendrons vers la maison de ma tristesse\nEt nous nous assoirons sur la pierre du seuil\nPour voir à l’horizon tranquille où le jour baisse\nL’ombre immense du ciel tomber sur notre deuil.\n\nNous ouvrirons la porte au vent qui siffle et pleure ;\nIl nous dira son rêve à nos rêves pareil ;\nN ous n’écouterons plus la voix brève de l’heure\nRythmer de ses accords la marche du soleil.\n\nQu’importent à nos cœurs aimants l’heure et l’année,\nL’automne aux tristes mois et le royal été,\nSi, d’un pas grave et sûr, la même destinée\nDoucement nous conduit jusqu’à l’Eternité ?\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "294             L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n      Tombe sur nous la nuit pacifique et sans voiles !\n      Devant les astres clairs nous rions à la mort\n      Puisque, sous les regards lointains d’autres étoiles,\n      Nous renaîtrons un jour pour nous aimer encor !\n\n                                 IV\n\n      Notre Printemps d’amour fut pareil à l’Automne\n      Et le mal inconnu qui nous fit tant souffrir\n      Sur le rivage aimé de la mer monotone\n      Traîna sa nostalgie impossible à guérir.\n\n      Nous avons cheminé par les forêts jaunies,\n      La mort des jours d’été planait autour de nous ;\n      Nous avons entendu d’étranges harmonies\n      Glisser vers le soleil mélancolique et doux.\n      Ta longue robe verte où montaient des lys pâles\n      Dans les taillis défunts prolongeait l’Avril clair,\n      Ta bague de rubis saignant sur des opâles\n      Etait comme une aurore éclose de ta chair.\n\n      Toi, si blanche sous la caresse des soirs mauves,\n      Si douce en la douceur chaste des matins bleus,\n      Rappelle-toi les fleurs ornant tes cheveux fauves,\n      Rappelle-toi ma lèvre effleurant tes cheveux !\n\n      Reviens au bord des mers d’automne aux grandes vagues,\n      L’amour sera plus doux d’avoir fait tant souffrir ;\n      Voici pâlir l’Opâle et le rubis des bagues\n      Et se flétrir les lys et les lèvres mourir...\n\n      Reviens dans la forêt où les feuilles sont mortes,\n      Où des chansons d’adieu montent vers le soleil ;\n      N os âmes entendront s’ouvrir de larges portes\n      Et glisser dans la nuit les anges du sommeil !\n\n                                 V\n\n      Silence... La nuit tiède et douce vient d’éclore\n      Comme une fleur de songe à l’horizon des bois\n      Et voici s’alanguir, lointainement sonore,\n      Le murmure candide et grave de ta voix.\n\n      Tes regards qu’ont lassés trop de soleils en flamme\n      Caressent la lumière errant sur les gazons,\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "              F l o r il è g e M e n s u e l         295\n\n\nEt sous le lent baiser qui descend de ton âme\nVibrent pareillement les fleurs et les rayons.\n\nTon âme, la splendeur éparse dans les choses !\nLe ciel pur est plus pur d’être vu par tes yeux,\nLe parfum de ta chair embaume dans les roses,\nL’écho de ta voix d’or rend l’air mélodieux.\n\nMets tes mains sur mes yeux qu’ont blessés les lumières;\nParle, tes mots d’enfance ont des rythmes si doux ;\nDans l'air crépusculaire où glissent des prières\nQuelle ombre taciturne et lente vient à nous ?\n\n                           VI\n\nTa simple voix d’enfant répond à ma voix grave\nA travers l’étendue et les jours inconnus...\n— Mon orgueilleux vaisseau coupe de son étrave\nLes flots où s’est miré l’éclat des glaives n u s.\n\nTu me parles d’amour, de forêts et d’automnes\nOù la langueur des cœurs s’épanche en longs baisers ;\n— Et voici, dans l’azur des lointains monotones,\nFléchir le vol d’aiglons de mes espoirs la ssés.\n\nTu regardes le ciel traversé de grands cygnes,\nTes messagers d’amour planant vers ma douleur.\n— L’éternel horizon déroule au loin ses lignes\nEt la galère en feu nage dans sa splendeur.\n\nTu vois au couchant clair se fendre des armures,\nLa pourpre des rubis embraser le saphyr ;\n— Etendu dans le sang de mes larges blessures\nJ’appelle ta présence et pleure de mourir !\n\n\n\n                          CHARLES DE SPRIM ONT.\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "                       l ' A u be\n\n\n\n    L e b al to u ch e à sa fin ... S ous les b ougies v acil­\nlantes, d o n t les bobèches éclaten t u n e à u n e , l’élan\nsincère et sp o n tan é des p rem ières valses s’est ch an ­\ngée en u n bran le-b as fiévreux, violent, presq u e\nm ach in al. J e ne vois p a rto u t q u e des couples fa ti­\ngués et flétris, qui c o n tin u e n t, com m e u n geste\nd ép o u rv u de sens, la m im ique de la jo ie et du\np laisir. C ep en d an t les d an seu rs to u rn o ien t, hale­\ntan ts, crian ts, avares, sem ble-t-il, de ces derniers\nin stan ts de fête.\n    ... E n ce m om ent, l’au b e, vue à travers les c a r­\nreau x de p lu s en p lu s pâles, est étran g e e t p o i­\ng n a n te !... A u dessus des toits, to u t n o irs sous le\nciel g lau q u e où s’é teig n en t ces dernières étoiles,\nl ’horizon est d ’u n b leu ineffable, tel que dan s les\nrêves! L ’a ir est vaste, m ystérieux, tra n sp a re n t. L a\nv erd u re des bois p ro c h a in s n ’a jam ais été si te n ­\ndre! L a co u leu r des choses éto n n e com m e une\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                     F l o r il è g e M e n s u e l              2 97\n\n\n\nrévélation ! E t quelq u e chose d ’indéfinissable est\népars, u n e fraîch eu r sensible à l’œ il, la virginité\nd e la lum ière !\n    E lle s’en v ien t len tem en t, silencieusem ent,\nl’a u b e im p rév u e et p o u rta n t là ; elle s ’en vient\nd an s sa gravité de m erveille in g én u e et que p e r­\nso n n e n e regarde.\n    L ’in a tte n d u de cet aspect d an s u n tel m ilieu,\nre n d pensif. U n e âm e se réveille en vous, sincère\net calm e ; en face d u doux p ro d ig e de la lum ière,\ncette fête désorm ais stu p id e blesse com m e u n e p ro ­\nfanation.\n    L a lu m ière! Il fau t la voir ain si, à travers la\nsom nolence et la fièvre des n u its de p éc h é, p o u r\nla v o ir d an s to u te son in g én u e b eau té. D epuis\nto u jo u rs elle lu it su r nous et s u r nos fins de fêtes.\nE t m a in te n a n t com m e aux prem iers jo u rs, elle\ns ’en v ien t, irrésistible, avec le silencieux rep ro ch e\nd e sa v irginité.\n    E t j ’ai, to u t à c o u p , en la re g a rd a n t à travers les\ncarreaux, dédaig n ée, u n p e u triste et so litairem en t\nm erveilleuse, com m e la vision, so u d ain e et tardive,\nd ’u n e vie que j ’aurais p u vivre !...\n\n\n\n\n                    U n Son ge...\n\n\n     L e je u n e h o m m e s’accoude su r son oreiller, et,\nso u ria n t d ’u n e joie in tim e, m ais le fro n t plissé p a r\nl ’a tten tio n , car les rêves so n t choses légères et\nfugaces, il reco n stitu e lo n g u em en t la vision, pâlis­\nsan te déjà, de son d e rn ie r som m eil.\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": " 298            La L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n      Il lui sem ble être d ans u n e salle étran g em en t\n   parée, p arm i des jeu n es gens et des vierges. L es\n  u n s so n t couro n n és de fleurs frêles, les autres, p o r­\n  teu rs d ’em blèm es jo y eu x et fiers com m e des\n  th y rses et des sceptres. Il visite u n m o n d e supé­\n  rieu r, d ’o ù l ’on v o it les choses h u m ain es avec\n  calm e et avec pitié, sous u n aspect in co n n u des\n  hom m es. U n e fem m e parle, ceinte de roses pâles ;\n  les a u tres éco u ten t, a tten d ris ou son g eu rs. E lle\n  d it, de sa voix m élodieuse et grave, to u t ce qui fait\n  la jo ie o u la tristesse h u m ain es ; elle le d it avec le\n  d étach em en t d ’u n être d ésorm ais exem pt de ces\n tro u b les. E t le je u n e hom m e se rép ète certaines\n paroles d o n t le sens lui est resté caché. P o u rta n t\n il se rappelle que, p o u r conclure, l’étran g e fem m e\n a levé la m ain len tem en t, après u n silence, en p ro ­\n n o n ç a n t ces m ots : « C ar il en est qui so nt nés\n p o u r aim er ; d ’au tres, p o u r être aim és... » Alors\n les p lu s p ro ch es des assistants se so n t to u rn és vers\n lui, l’étran g er, avec u n sourire. E t q u e lq u ’u n est\n e n tré ...\n     M ais ici, m algré ses efforts, il cesse de se souve­\nnir. D é jà !... E t, d an s le rad ieu x silence m atinal,\n il p en ch e la tête, et, la m ain su r le fro n t, tâche de\nré u n ir les lam beaux de son rêve, com m e on\nren o u erait, vers p a r vers, u n poèm e e n te n d u ...\n     Il se rappelle u n ja rd in éclairé p a r la lu n e ; une\np ro m en ad e d ’om bres silencieuses ; q u elq u ’u n qui\nsou p ire et gém it, il ne sait où ; des choses c o n tra ­\ndictoires et v a g u e s...\n     B ientôt, p o u rta n t, ses souv en irs se p ré c ise n t...\nIl v o yage avec E lle, en u n e an tiq u e et v aste calè­\nche découverte. L ’h e u re est indéterm inée, m ais\nto u te de calm e, de silence, de so litu d e ... Il y a des\nforêts, des vallées, et, aux d éto u rs de la ro u te, de\nprofondes échap p ées de vue su r d e m erveilleux\nhorizons in c o n n u s... L e frisso n g ris d e l’aube\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                    F l o r il è g e M e n s u e l              299\n\n\n\n caresse toutes choses ; le m onde s’éveille v ag u e ­\n m e a t... A uprès de lu i, la fière et douce adolescente\n s’est assoupie, d an s u n so u rire ; elle p rononce,\n m a in te n a n t, des m ots ch arm an ts et sans suite,\n com m e u n en fan t qui rê v e ... E t il reg ard e, à tra ­\nvers le voile de sa p ro p re som nolence, u n e étoile\nqui vacille, d an s le ciel de n acre, à l ’o rie n t... D es\ncoqs c h a n te n t au coin, étra n g e m e n t; et l’air\ns ’em p lit de ru m e u rs légères et indécises.\n    E t il ne sait p o u rq u o i ces choses lu i so n t si\nd ouces, d an s leu r b an alité de p rin tem p s, d ’aurore\ne t d ’a m o u r; car c ’est u n de ces songes su b tils et\nfugitifs, faits de lo in tain es sensations d ’enfance,\nrecueillies aux heu res de grâce, de n aïveté, de\nv irg in ité p lé n iè re ...\n\n\n\n                                       F ernand S é v er in .\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "       L a Servante\n\n                                        d e C e n t A n s (1)\n\n\n\n\n     C’est la servante de cent ans qui vous salue.\n     Mes ans, mes mois, mes jours sont désormais comptés.\n     C’est à dix ans qu’ici jadis je suis venue\n     Et depuis ont passé quatre vingt dix é tés.\n\n     Je fus à mon début la gardeuse dé vaches\n     Qui limite au bétail la lisière des champs\n     Mais le maître bientôt me confia la tâche\n     Plus noble de donner mes soins à ses enfants.\n\n     J ’ai vu grandir tous les enfants de cet ancêtre,\n     Les ayant tous bercés, nourris sur mes genoux,\n     Et les enfants de leurs enfants, je les vis naître\n     Et leurs petits enfants dont le dernier c’est vous.\n\n     Un jour j’ensevelis la bonne bisaïeule\n     Et depuis lors combien de suprêmes départs !\n     Pour prier sur les morts je reste presque seule\n     Et pour aller pleurer sur leurs tertres épars.\n\n\n(1) D u P ays q ui P a r l e , on p r é p a r a tio n .\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "               F l o r il è g e M e n s u e l           301\n\n\nJ’ai goûté le bonheur de voir les enfants croître\nMais aussi les chagrins muets les plus amers.\nJ ’ai vu partir de belles filles pour le cloître\nEt des gars vigoureux s’en aller sur la mer.\n\nEt celles-là jamais ne sont plus revenues,\nMais je les vois, claires au fond du souvenir ;\nEt les autres, après de rares entrevues,\nEn pleine mer ont dû tragiquement finir.\n\nLa Vieille que chacun ici nomme la Tante\nEt qui semble éternelle, aura cent ans demain.\nMais la Mort peut venir, je suis dans son attente,\nSachant que je mourrai, la main dans votre main.\n\n\n\n\nMes bons conseils sont estimés de tout le monde,\nNul ne s’engage à rien sans mon assentiment ;\nL’aïeule en moi revit qui bougonne et qui gronde\nE t qui sait caresser aussi bien tendrement.\n\nCette maison est mienne où l’on me fit maîtresse,\nCar j’ai contribué, par mon constant labeur,\nA maintenir son bon renom et sa richesse\nEt son sol est pavé des trésors de mon cœur.\nIl est resté léger, léger, le bas de laine\nOù j’ai versé mes gages de quatre vingts ans :\nJ’ai toujours cru que pour rémunérer mes peines\nLes dons du cœur étaient des gages suffisants.\nAussi, voyant parfois, dans les ans durs à vivre,\nLa bourse se vider et la gêne venir,\nJe changeais en beaux écus d’or les liards de cuivre\nSans que jamais mon cœur eut à s’en repentir,\n\nN ’avais-je pas le libre accès de cette armoire ?\nEut-on jamais à me cacher quelque secret ?\nA répandre le bien la Vieille a mis sa gloire\nEt votre joie était ce qu’elle savourait.\nDes foires de Trégor qui n’ont point leurs pareilles,\nS’il me restait encor quelques écus d’argent,\nJe rapportais à mes petits quelque merveille\nSans oublier jamais le vêtement urgent.\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "302                  L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n      N ’étais-je pas comme la mère de famille ?\n      Eh ! qu’aurais-je eu besoin d’amasser des trésors ?\n      Je me contente de la bure qui m’habille ;\n      Je fus toute ma vie heureuse de mon sort.\n\n      Jamais je ne perdis de ma journée une heure ;\n      En vieillissant j’ai su le prix de chaque instant :\n      L’heure la plus chargée est encor la meilleure\n      Et ma vie à sa fin est un jour de cent ans...\n\n      Aux moments d’accalmie, entre les travaux rudes,\n      Au bas de la salle commune, hors du chemin,\n      Mon rouet, en chantant, berçait ma lassitude\n      Et je filais le chanvre et la laine et le lin.\n\n      Le linge débordant des armoires qu’on ouvre,\n      Le drap massif ou le mouchoir le plus subtil\n      Et les tapis moelleux que la jeune fille ouvre,\n      Ces doigts-ci, tour à tour, en mouillèrent le fil.\n\n      Aux soirs glacés d’hiver, ayant mangé sa soupe.\n      Et réchauffé son corps au feu, le pauvre errant,\n      Dans la grange emportait ses draps en fil d’étoupe\n      Avec un rude et chaud tapis de bourracan.\n\n      C’est dans un de ces draps, filés pour les vieux Bardes,\n      Pendant qu’au fond de l’âtre ils devisaient, l’hiver,\n      Qu’il faudra me rouler quand le Trépas (1) qui tarde\n      Viendra prendre mon corps pour le porter aux vers.\n\n      Je m’en irai bientôt vers une autre paroisse\n      Où je retrouverai ceux que j'ai vus partir ;\n      L’Ankou si redouté me laisse sans angoisse :\n      Je l’ai vu tant de fois à mes côtés surgir.\n\n      Le Temps, dit-on, n’a point encor courbé ma taille,\n      Mais, sous le faix qu’il se donna, mon corps est las.\n      D’un coup je vais tomber comme un pan de muraille\n      Et le bruit de ma chute au loin retentira.\n\n\n\n                                                        YVES BERTH OU.\n\n\n(1) L ’A n k o u , le G rand F au ch e u r des tra d itio n s bretonnes.\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                    Le F or çat\n\n\n\n\n    L e cam p é tait silencieux sous l’a z u r enflam m é,\nparm i les sapins chétifs, d an s la b ru y è re blanche,\nrose et violette. L e fro n t de b a n d ière était désert,\nle soleil y ard ait. D an s la vaste éten d u e d u cham p\nde tir solitaire, l’air frissonnait, m oiré, e t a u loin,\nà l’h o rizo n , les d u n es b rillaien t, pareilles à des\nm o n tag n es d ’or.\n    L ’im p ito y ab le ch aleu r d u jo u r tassait la tris­\ntesse su r cette te rre orfèvrée com m e u n m anteau\nd ’E m p e re u r. Cette lan d e m élancolique, cette\nlan d e h allu cin ée au x sables m ouvants, au x to u r­\nbières sournoises, é tait plus désolée encore sous ce\nsoleil en feu qui la p a ra it de toutes les splendeurs\nde l’été.\n    D an s les ru es régulières d u cam p, à l’o m bre des\nm aisons de bo is, les soldats, d em i-nus, som m eil­\nla ie n t, éto u rd is p a r cette atm o sp h ère de fo urnaise\nq u i d escen d ait de cet azu r en fusion, qui m o n ta it\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "301            L a L u t t e .— D é c e m b r e 1 9 0 0\n\n\n\n de la terre surchauffée, qui arriv ait de p a rto u t,\n sèche, accab lan te. Ceux que la co nsigne occupait\n d an s les cuisines et dans les m agasins luisaient\n et ru isselaient. T o u s se taisaien t, enfoncés dans\n leurs rêves. L a voix h u m ain e n ’avait p as de sons\n dans le b o u rd o n n e m e n t m o n o to n e e t in cessant du\njo u r. L e s b o u ch es restaien t closes et les yeux se\nferm aient, blessés p a r la clarté. O n a tten d a it le\n soir lo in ta in p o u r aller g o û te r u n p eu de fraîcheur\n aux b o rd s touffus des m arécages.\n    L ’h e u re sixièm e fu t jetée p a r les clairons en\nquelques n o te s qui p a rtire n t à tire-d ’aile dans\nl ’im m ensité de la p lain e. E lles ra n im è re n t quelque\np e u les rêveurs. Q uelques h om m es se levèrent et\ns’en fu re n t v aq u er aux o ccupations p rescrites. U n\ncaporal avec q u atre soldats p o rte u rs de m arm ites\nde so u p e et de carb o n ad e so rtire n t de l’enceinte,\np rire n t u n sen tier dans la b ru y è re et e n trèren t\ndans le bois de sapins, sous les ray o n s obliques\ndu soleil qui com m ençait à s’e m p o u rp rer, ro u ­\ngissant to u te la plaine.\n    Ils m arc h a ie n t avec no n ch alan ce, suffoqués p a r\nl’air c h au d qui sem b lait s’élever de leurs pas. U ne\nin su p p o rta b le m o iteu r les en v ah issait et les m o u ­\nches m u saien t au to u r d ’eux, irrita n te s, affolantes.\n    Ils d éb o u ch èren t d an s la lan d e en face d ’une\nto u r énorm e et basse percée d ’étroites m eu rtrières.\nC ’é tait M alakoff, la p riso n des priso n s, la p rison\no ù l’o n in carcère les révoltés de l’a u tre p riso n , des\nau tres p riso n s m ilitaires, la fine fleur des m aisons\nde discipline et de co rrectio n , héros en tem ps de\ngu erre, forçats en tem ps de paix, parias ay an t\np e rd u to u t espoir de se libérer jam ais, enferm és\nju s q u ’à la fin de leu rs jo u rs.\n    L a p etite tro u p e p é n é tra sous la voûte. L e\ncaporal échan g ea le m o t d ’o rd re avec celui q u ’il\nallait rem placer, p u is l’escouade qui avait gardé\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                      F l o r il è g e M e n su e l               305\n\n\nla to u r p e n d a n t la jo u rn é e rassem bla ses effets et\nso rtit, d ’u n p a s cadencé, p o u r reg ag n er le cam p.\nL e caporal e t ses h om m es se m iren t à l ’aise. O n\nd istrib u a au x p riso n n iers, p a r les gu ich ets, le\nrep as d u soir, d a n s des écuelles de bois.\n    D eu x rang ées de cellules superposées s’o u v raien t\nsu r u n p ré a u circulaire, de sorte q u e le so ld at en\nfaction au m ilieu de la co u r in térieu re su rveillait\nto u tes les p o rtes én o rm ém en t verrouillées et cad e­\nnassées.\n    D u ra n t q u elques m inutes, o n e n te n d it d an s le\nsilence de la p riso n u n b ru it de m âchoires pareil\nà celui de fauves en cage qui assouvissent leu r\nfaim .\n    C ependant, l’atm o sp h ère dev en ait de p lu s en\np lu s lo u rd e, ch aq u e geste était u n e gêne, on se\nb o u g e a it le m oins possible. C h acu n se sen tait en\nproie à u n én erv em en t d o uloureux, à u n e lassitude\nirritée.\n    L ’hostilité des choses g a g n a it les hom m es, une\ncolère so u rd e d o n n a it à leu rs y eu x des regards\ndéfiants et m auvais, m ais u n e in q u iétu d e vague\nq u i les p é n é tra it a tté n u a it ce se n tim e n t et les ra p ­\np ro c h a it les u n s des autres.\n    D es n u ag es n o irs v en u s d u S u d -O u est a v a n ­\nçaien t la n u it dans le ciel e t leu r o m b re g alopait\nsu r la p lain e, faisan t frisso n n er les sap in s et les\nb ru y ères en fleurs. D es lu eu rs sulfureuses éclai­\nra ie n t p a r b an d es la lan d e solitaire et to u te vio­\nlette m ain ten an t. B ie n tô t les nuées s’accu m u lèrent,\nelles m o n ta ie n t les u n es su r les au tres, n o ircissan t\nle ciel et, en u n in sta n t, la p lain e fu t couverte\nd ’opaq u es tén èb res. L ’orage s ’am on celait, terrible.\n    U n g ro g n em en t p a ru t so rtir des cellules. L e\ncaporal je ta u n coup d ’œ il circu lairem en t. L es\np o rtes b lin d ées avec leurs gros v erro u s, leurs\népaisses serru res et le ju d a s, av a ie n t u n air sinistre\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "306            L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n\n à la lu m ière de quelques lam pes blafardes. Elles\n g ro n d aien t, irritées. A v an t q u ’il fû t rev enu de\n son éto n n em en t, u n cri d éch ira le silence, un\n ru g issem en t de colère et de d o u leu r et aussitôt\n tou tes les cellules se m ire n t à h u rle r, com m e si\n elles av aien t a tte n d u le signal.\n     — Silence, com m an d a le caporal de sa voix la\n p lu s forte.\n     Ce m o t d éch aîn a la tem p ête. O n e n te n d it les\n p o rtes ré so n n er com m e des tam b o u rs, frappées\np a r les écuelles de bois, m artelées p a r les p ieds et\nles po in g s.\n    A ce m o m en t aussi, u n éclair fen d it les nuages,\nle to n n e rre fracassa to u t le ciel, et, des ténèbres,\nla p lu ie to m b a en larges, a b o n d an tes et tièdes\ngouttes. E t la fou d re se m it à ro u ler d ’u n b o u t à\nl’au tre d e la n u it.\n    E lle éclatait su r le cam p, elle éclatait su r les\nsapins, elle éclatait su r la lande. A ses coups\nredoublés se m êlaien t les h u rlem en ts de toutes les\ncellules. U n e rag e folle en b a tta it les p o rtes avec\nu n ach arn em en t in in terro m p u , com m e p o u r les\néb ran ler e t les enfoncer. E n m êm e tem ps, fu ren t\nproférées to u tes sortes d ’insu ltes populacières. L e\ncaporal fu t inju rié d an s tous les d ialectes parlés\ndep u is A rlon ju s q u ’à O stende, d epuis M aeseyck\nju s q u ’à T o u rn a y .\n    L es éclairs zig zag u aien t su r l’im m ense éten d u e\nde la p lain e, e n tr’o u v ra n t les cham ps infinis de\nb ru y ère, le to n n e rre c o n tin u a it à ro u ler dan s le\nciel et la p lu ie to m b ait de p lu s en p lu s fraîche.\n    — Q ue faire ? se disait le caporal.\n    Ses réflexions, in terro m p u es p a r l’ém o tion de\nchaq u e coup de la foudre, le d écid èren t à laisser\ncrier to u s ces p arias. Q u ’aurait-il fait ? L es tire r\nde leurs cellules et les ad m o n ester. P e in e inutile\np u isq u ’a u c u n e p ein e n ’avait de p rise su r eux.\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                     F l o r il è g e M e n su e l             307\n\n\n\n E ssay er d ’en o b te n ir quelq u e raiso n en ce m om ent,\np a s possible, il était aisé de s’en re n d re com pte\nd ’ap rès leu r fu reu r. Ses injon ctio n s n ’av aien t servi\nq u ’à les exciter d av an tag e. L e u rs in ju res co n ti­\nn u a ie n t à se m êler a u fracas de la tem pête.\n    Il e n te n d it les invectives les p lu s pitto resques\net les p lu s variées.\n    L e s h om m es, d em i-nus, restaien t exposés à la\np lu ie et recev aien t su r la tête, le visage, le dos et\nles b ras éten d u s, les g o u ttes larges, avec v olupté.\n    M ais l’o rage se co n cen tra u n in sta n t au dessus\nde la to u r et la b a ttit avec u n e h o rre u r extrêm e.\n    D eux ou trois fois, la b o u le rouge c o u ru t le long\nd u p a ra to n n e rre, seco u an t M alakoff ju sq u e dans\nses fondem ents. T o u s, effarés, s ’éta ie n t tapis\nco n tre le m u r d an s le corps de g ard e et, d ev an t la\nfu re u r d u ciel, les cellules s’éta ie n t tues, l’im m obi­\nlité de l’angoisse d o m in ait, ty ran n iq u e.\n    L e fracas s'élo ig n a p eu à peu , les n u ag es ro u ­\nlèren t vers l’E s t, les éclairs sillo n n èren t l’horizon,\nta n d is que l'o rag e ro u la it vers le L im b o u rg et la\nH o llan d e. L a p lu ie m êm e cessa de tom ber et une\nn u it claire de ju ille t rég n a su r la lande. U n doux\nap aisem en t flo ttait d an s l ’air, u n e délicieuse fraî­\nch eu r circulait, u n e b éatitu d e ineffable im p rég n ait\nles choses et le cœ u r des hom m es. S u r le seuil de\nla to u r, les soldats co n tem p laien t la plaine et resp i­\nraien t les p arfu m s en iv ran ts q u i m o n ta ie n t de la\nte rre m ouillée. Ils éco u taien t aussi les voix b a b il­\nlardes, m u tin es et claires de l’eau q u i d ég o ulinait\ndes gouttières. L ’h eu re é tait suave et to u te pleine\nde b o n h e u r.\n    L e cap o ral re g a rd a les p o rtes des cellules. Elles\nlui p a ru re n t m oins réb arb ativ es. E lles p a rtic ip aien t\nelles aussi, à l’ap aisem en t des choses. L a colère\nde to u t à l’h eu re é tait tom bée. P lu s d ’injures,\np lu s de cris, p lu s de g rognem ents irrités. Seul u n\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": " 308            L a L u t t e . — D é c e m b r e 19 0 0\n\n\n\n  m u rm u re léger, com m e u n b ru it de so u p irs, so r­\n ta it des ju d a s b arrés de fer.\n     D e son âm e rassérénée, des pensées bienfai­\n santes m o n taien t. Il songeait fratern ellem en t à ces\n gars qui ta n tô t l ’in ju riaien t, lo rsq u ’u n e voix so rtit\n d ’u n des cachots, acco m p ag n ée des v ib rations\n légères de l’écho q u e lui faisait le m u r circulaire de\n la to u r. C’é tait u n e voix d ’u n e suavité claire et\n ch au d e ex p rim an t, en ses réflexions caressantes,\n les ém ois d ’u n cœ u r rem pli d ’am o u r, d ’u n cœ ur\n exalté ju s q u ’au paroxysm e. P a r de là le vieil air\n m élancolique, vieux com m e la p o u ssière des ch e­\n m ins, to u t chargé de p arfu m s d ’au to m n e, roux\n et b ru n com m e les feuilles m ortes qui co u ren t au\n lo n g des ro u tes, vieil air chev ro tté dans les c h a u ­\n m ières p a r p lu sieu rs g én ératio n s, su r lequel un\nd ivin c h an so n n ier p o p u laire avait m is des p aroles\n d ’u n e d o u ceu r et d ’u n e ten d resse infinies, u n cœ ur\nse disait, s’avouait, in g é n u et sub lim e, a jo u ta n t\nu n sens p a rtic u lie r aux sens com binés d u ch a n t\net des m ots.\n    L ’a m a n t in g én u p le u ra it la m aîtresse m o rte et\nl’air, à la fin de ch aq u e stro p h e m o u ra it en u n\nlong soupir.\n    L a voix m o n ta it te n d re d a n s le silence, expri­\nm a n t le sen tim en t de l’h eu re présen te, l’angoisse\np rem ière e t le charm e qui lui avait succédé.\n    D oux désespoir d ’am o u r, en fantine n aïveté du\np eu p le, in g én u ité de la force, tendresse voilée de\nlarm es d ’u n e âm e sim ple et ard en te, que n ’y avait-\nil p a s encore d an s cette ch an so n qui exprim e\nto u te l’âm e w allonne, trem b lan te d ’a m o u r ?\n    V ertu des m ots et des sonorités ! chacun\nrevo y ait so n coin de terre, sa galan te, les toits\nde ch au m e de tuiles o u d ’ardoises et ce q u ’il avait\nlaissé là-bas, ce qui l’a tte n d a it et, m algré la m élan ­\ncolie n o stalg iq u e des paro les, g o û tait, sav o u rait\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                     F l o r il è g e M e n su e l           309\n\n\n\n la prom esse ineffable co n ten u e d an s ces vers doux\n com m e u n so u p ir de v o lu p té :\n\n        Va, qwand on s’aime tos les jous d’ine annaie,\n                    Sont des bais jous.\n\n     L e caporal rev o y ait L ièg e b aig n ée p a r les\n b lan ch es v ap eu rs m ontées de la M euse, il voyait\n les lum ières des quais s ’allo n g er en tre m b lo tta n t\n d a n s le fleuve et les collines d éc o u p a n t de gran d s\n p a n s violets d an s le ciel am b ré p a r la lu m ière de\n de la lu n e. Il en te n d a it c h a n te r to u tes les belles\n voix de sa ville qui en so n t l’im pression e t l’âm e\n m êm e et, d u fond de lui-m êm e, p rière d ’am our\n m o n ta it ineffable.\n     L es soldats aussi éta ie n t attentifs, ju s q u ’à l’a n ­\nxiété ; d ’obscurs sen tim en ts les ag itaien t. D ans\nto u tes les cellules o n éco u tait ard em m en t. O n\nd ev in ait dans la clarté in d istin cte de la cour, on\nd ev in ait des visages e t des oreilles collés aux\nb arreau x des ju d a s ouverts, p o u r m ieux en ten d re.\n    A m esure q u e le p riso n n ier c h a n ta it, le ciel se\nrassérén ait et se rem p lissait d ’étoiles brillantes,\ntan d is qu e, p a r la p o rte o u v erte de la to u r, on\nv o y ait de légères v ap eu rs b lan ch es se rép a n d re\nsu r la lan d e et s’attach er com m e des flocons aux\nb ra n c h e s des sapins, d o n n a n t aux a rb re s des\nform es irréelles et gracieuses d ’ap p aritio n .\n    L e c h a n t s’éteig n it avec u n e d o u ceu r de rêve et\nseul lui succéd a le silence velouté de la n u it,\n    Q u a n d les p riso n n iers et les soldats qui n ’étaient\np as de faction se fu re n t évadés aux p ay s des so n ­\nges, le cap o ral alla à p as de lo u p , m arq u er d ’u n e\np etite croix la p o rte d u m erveilleux ch an te u r.\nP u is , à son to u r, il s’asso u p it, bercé p a r la vieille\nc h a n so n d e son enfance, d an s laquelle se re c o n ­\nn aissen t to u s ceux qui aim en t, tous les W allons,\nto u s ceux des ancien n es ru es de L ièg e et d ’O utre-\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "310            L a L u t t e — D é c e m b r e 1900\n\n\n M euse. Il s ’en d o rm it en so n g ean t au P e rro n , au\nvieux M arché, à la B atte, à P ierreu se, à Sainte-\n W alb u rg e.\n    L e lendem ain, le soleil a y a n t fait b riller la\np lain e de jo y au x m yriad aires, q u a n d fu t v en u le\nm om en t où, ch acu n à leu r to u r, les p riso n n iers\nfont la p ro m en ad e jo u rn alière au p ré a u , le capo­\nral, ém u, reg ard a s’o u v rir la p o rte q u ’il avait m a r­\nquée d ’u n e p etite croix. S o n cœ u r fratern el allait\nvers ce « p ay s » qui l’avait ta n t ch arm é la veille\net il v o u lait lui tém oigner, p a r ses reg ard s, la sym ­\np ath ie a rd e n te q u ’il av ait éprouvée p o u r lui.\n    Il v it so rtir u n être d ’u n e la id e u r farouche. L a\np eau d u visage é tait tro u ée com m e u n e passette,\nto u te co u tu rée et couperosée, la b o u ch e ressem ­\nb lait à u n e blessu re m al ferm ée, e t sous u n fro n t\nétro it, o bstiné, en cadré de cheveux co u leu r carotte,\ndeux p etits y eux p e rd u s d a n s des bouffissures de\nchair, b rillan ts com m e des lu m ero ttes, b ra q u a ie n t\ndes reg ard s hain eu x .\n   M ais la cagoule s’abaissa au ssitô t su r cette tê te ...\n\n\n\n                            M aurice des O mbiaux.\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "ESTHÉTIQUE\n\n\n\n\n                L ’A r t Hindou\n\n\n\n   Le sentiment de l’harmonie resta toujours très faible\nchez les artistes de l’Inde, et ils n’eurent jamais qu'une\nnotion confuse des lois de la composition. Alors qu’ils\nnégligeaient l’essentiel, la structure de la forme, le dessin\ndes contours, appliquant à l’interprétation du corps humain\nle procédé plus rudimentaire que synthétique des bergers\nsculpteurs de marionnettes, ils manifestaient, dans le détail\ninfime ou les parties négligeables, un souci exagéré de\nl’exécution minutieuse. Mais une éducation artistique\nintelligente leur eût permis d’acquérir ce qui leur manquait\net de réprimer leurs tendances fâcheuses.\n   Les artistes français du X IIIe siècle étaient mus par une\nbelle fougue et plusieurs de leurs compositions s’en res­\nsentent ; une formation combinée en vue de l’harmonie\ndécorative les maintint dans l’équilibre et tourna cette ardeur\nvers la recherche expressive. Les décorateurs arabes,\nmauresques et persans jouissaient d’une luxuriante imagi­\nnation ; c’est aussi, grâce à une éducation appropriée qu’ils\nse montrèrent ordonnateurs pondérés jusque dans leurs\norgies linéaires.\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "312                  L a L u t t e . — D é c e m b r e 19 0 0\n\n\n   Si les Hindous se sont vautrés dans une barbarie esthé­\ntique indigne d’artisans de leur valeur, c’est parce que la\ndirection d’art qu’ils reçurent les poussait au symbolisme.\n   Parmi les points communs aux différentes doctrines de\nl’Inde, il faut compter le tranquille dédain du corps matériel\net de la nature. L’existence phénoménale et les perceptions\nde cette existence étaient regardées comme une illusion\n(Maya) et nos modernes théosophes, héritiers de ces\ndoctrines, affirment le plus sérieusement du monde que\nles existences appartenant à tous les plans de l’être sont, à\ndivers degrés, de même nature que les ombres projetées\npar une lanterne magique sur un écran blanc. Pas de\nréalité en dehors de l’immuable, de l’éternel, de l’esprit ;\nrien de permanent, sinon l’unique et occulte existence\nabsolue qui contient en soi les noumènes de toutes les\nréalités. Quel intérêt porter, dès lors, à un monde matériel\ncomposé d’apparences, à de pauvres formes illusoires\nautant que transitoires ? Les êtres et les choses, autant de\nschémas en plastique. L’interprétation en œuvres d’art de\nla vie physique et de la beauté formelle ne pouvait que\nlaisser insensibles les sages, les intellectuels, les brahmanes;\nleur dilection les portait justement vers ce que la forme\nvivante n’exprime pas ou exprime mal. Sous l’enveloppe de\nla chair, c’est l’esprit qu’ils considéraient, et les aspects de\nla nature leur paraissaient autant de symboles ; en l’homme,\nils ne voyaient qu’un phantasme de Parabrahm, en l’animal\net la plante, qu’une image sensible de l’abstrait, un emblème\nmystique.\n   L’initié pour qui Brahma et Vishnou étaient peut-être\ndes manifestations, l’un, de l’énergie créatrice, l’autre, de\nl’énergie solaire ou de l’éther ( 1), et pour qui, s’il faut en\n\n   (1) Il e s t im possible de connaître en quoi c o n s is ta it réellem ent la t h éodi ­\ncée de la doctrine ésotérique qui régna dans l ’In d e ; cependant, rien\nn ’em pêche d ’ad m ettre, que le panthéon adoré esotériquem ent n ’a i t été\nq u ’un ensem ble de symboles pour les in itié s, au m oins ju s q u ’à l’époque de la\ndégénérescence du Brahm anism e. Car les V édas e t le Mah a b a h ra ta\nenseignent l’existence d ’un dieu uniq u e \" q u i e s t dans to u t, parce que to u t\ne s t dans lui \", e t les lois de Manou le définissent \" celui qui existe p a r lu i-\nmême, que seul l ’e s p rit p e u t percevoir, car il échappe au x organ es des\nsens, qui e s t sans p a rtie s visibles, éternel, l’âme de to u t ce qui est, a été e t\nsera, e t nul ne p e u t le com prendre \". Les in itié s, se re c ru ta n t s u rto u t dans\nla caste sacerdotale, d evaient exercer une réelle influence su r la s ta tu a ire\nsacrée ; or le u r croyance doctrinale no les p o rta it-e lle pas à se désin téresser\nde to u te représentatio n anthropom orphiq n e d ’u n e d iv in ité im personnelle.\nE n tous cas, s’ils a rriv è re n t à croire au polythéism e organisé avec u n D ieu\nsuprêm e, il n ’y e u t rien de changé dans l’a r t de décorer les tem ples.\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "                               E s t h é t iq u e                          313\n\n\ncroire la même tradition, les enroulements multiples du\nserpent Ananta-Sesha sur lui-même signifiaient les courbes\nd’évolution que décrivent les différents ordres d’êtres ; cet\ninitié pouvait-il attacher quelque importance à l’harmonie\ndes proportions d’une statue ou des lignes d’un motif? Ne\nfallait-il pas, d’autre part, dans l’intérêt des croyances\npopulaires et pour satisfaire la multitude, que la tradition\nesotérique fut respectée jusque dans sa lettre.\n   Or, voilà comment l’être suprême est décrit dans un\npoème ( 1) où sont exposées les antiques croyances ; amené\nà la contemplation de la divinité, le héros Arjuna s’écrie :\n« Je te vois avec une infinité de bras, de poitrines, de\nvisages et d’yeux, avec ta forme infinie ; je te vois U niver­\nselle Forme, sans commencement ni fin, sans milieu. Tu\nportes la tiare, la massue et le disque, montagne de lumière\nresplendissante de tous côtés, je puis à peine te regarder,\ncar tu brilles plus que le feu, plus que le soleil et cela dans\nton immensité... » Quelle figure le plus lyrique des sculpteurs\nou des peintres peut-il extraire de cette vision ?\n   C’est bien autre chose lorsqu’il s’agit des dieux mytholo­\ngiques. Il faut à Brahma quatre têtes, quatre faces pour\nmanifester sa suprême et absolue souveraineté, quatre bras\npour porter ses attributs, huit oreilles pour signifier que\nrien n’échappe à son ouïe. On le représentait sur l’œuf du\nmonde ou couché sur des feuilles de lotus, plus souvent\nencore monté sur l’oie Hanusa ou le cygne H a. Vishnou\nexige, par ses métamorphoses, de continuelles alliances de\ngalbes humains et de formes animales. Le dieu s’étant\nincarné dans un sanglier pour sauver le monde, en anéan­\ntissant le Dytia ou titan Hiranjaksha, est souvent repro­\nduit sanglier par la tête seulement (Varaha avatar) lorsqu’il\nperce de ses défenses ou foule aux pieds le monstre. Dans\nles temples de Kyraha, il porte une cotte dont chaque\nmaille est quelque divinité ciselée, et certaine minuscule\nfemme nue, dont on ignore la signification précise, se\nsuspend à l’une de ses défenses. Ailleurs, le dieu sorti,\nsous forme de lion (avatar Narasinka) d’une colonne fendue\npar la hache du titan Hiranyakashipu, s’apprête à dévorer\nce dernier, dont l’enfant s'est réfugié sur sa croupe. Les\nsculpteurs se sont bornés à juxtaposer des têtes d'animaux\nsur des corps d’hommes sans que rien rattachât ces deux\n\n\n  ( y L a Bhagavad-Gitâ , ch X I, Vision de la Forme Universelle. T rad u ctio n\nE m ile Burnouf.\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "314                  L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n parties si différentes l’une de l’autre ; c’est d’un effet\n carnavalesque. Ils ne se sont pas mis davantage en frais de\n  composition pour présenter le triomphe de Vishnou sur\n   e démon-buffle, symbole de la lutte des aryens contre les\n autochtones. Parfois le dieu repose sur le serpent Sesha\n dont les cinq têtes le recouvrent d’un dais, parfois il est\n porté par l’oiseau Garoudha ; on lui met alors quatre\n bras. (1) Shiva ouvre des yeux démesurés, ou entrelace\n des reptiles à ses oreiles et tout autour de son corps.\n    Le dieu de la Sagesse, du Destin et du Mariage, ce dieu\n destructeur des obstacles de l’intelligence qui s’opposent\n au libre exercice des facultés de l’esprit, ce Ganesha, né\n de la sueur de Parvati, est portraituré avec une tête\n d’éléphant, on ne sait trop pourquoi, car les légendes\n varient fort à ce sujet. Est-ce pour lui conserver un\n caractère de pachyderme ? On l’afflige aussi d’un ventre\n énorme et de jambes grosses et courtes. Soubrahmanya,\n venu au monde par l’œil que Shiva porte au milieu du front,\n n’a pas moins de dix têtes et de vingt bras, lesquels bran­\n dissent un glaive redoutable, le Velle, et une arme de jet,\n la Chakra, disque figuré sous forme de foudre ( V ajra).\n Engendré pour occire le géant Soura-Parama, il lui trancha\nle corps en deux parties qui se transformèrent l’une en coq,\nl’autre en paon ; celle-ci devint sa monture, tandis que la\npremière allait prendre place dans le pavillon de son char,\nlequel symbolise le mythe solaire de la séparation du jour\net de la nuit. Surya, dieu du soleil, réclame quatre bras aussi,\net le cheval attelé à son char a besoin de sept têtes.\n    Kali ou Cyama (la noire) a dix bras lorsqu’elle\nest figurée sans son nom de Durga (l’inaccessible).\nElle ne saurait s’en passer, car elle doit tenir entre ses\nmains, panoplie vivante, harpon, chakra, lance, trident,\nflèche, glaive, bouclier, lasso, sonnette et poignard. On la\ncouronne de plumes et on la campe piétant sur un tigre\ndont les griffes labourent le col d’un buffle décapité. Du\ncorps de ce tigre, surgit le farouche géant Mahishapoura, et\nla déesse le transperce de son trident. Lorsqu'on l’exhibe\nsous le simple nom de Dévi (la déesse), c’est coiffée de la\ntiare, assise sur un lotus, dans une cathèdre à forme de\nlingam.\n\n  (1)    Q u an t à cet oiseau chim érique, il a la tê te , le bec e t les serres d ’un\naigle avec un corps d ’homm e. Ce corps se p eig n ait en ja u n e , la tê te en\nb lanc, les ailes en rouge.\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                                       E s t h é t iq u e                               3 15\n\n\n      Les tirthankars, géants compagnons d’Adinath, le fonda­\n    teur fabuleux du jaïnisme, sont représentés avec une auréole\n    de serpents ou une mitre ornée du K alpa Vrich (arbre de\n   la science) à trois branches (1). D es philosophes Jaïnas\n   déifiés se distingent par trois emblèmes, les croix souastika,\n   srivatsa et nandavarta.\n      Les symboles employés furent très nombreux, et le sens\n   de la plupart s’est perdu depuis longtemps; ( 2) encore,\n   parmi les explications venues jusqu’à nous, s'en trouve-t-il\n   plus d’une qui varie, plus d’une de valeur contestable.\n      Parmi les innombrables symboles prodigués dans les\n   sanctuaires sans nécessité ornementale, le lingam tient une\n   place considérable. C’est un cylindre au faîte arrondi qui\n   émerge d’un prisme triangulaire allongé, la yoni, aux bords\n   creusés en gouttière. On regardait ces deux figures comme\n  l’union symbolique des pouvoirs fécondateurs et généra­\n  teurs, la représentation mystique de Shiva, triple dieu créa­\n  teur, destructeur, et de son épouse Parvati alias la Cakti.\n  Matériellement, le lingam n’est autre que le pilon du mor­\n  tier de pierre (yoni) dans lequel se broyait le Soma\n  ( asclepias acida) servant à la fabrication d’une liqueur\n  fermentée très liturgique, très capiteuse aussi. Quant à l’ori­\n  gine du signe, voici ce que racontaient généralement les\n Hindous. Lorsque se furent constitués les quatorze mondes\n avec l’axe qui les traverse au dessus du mont Kaïlassa, alors\n parut le triangle (yoni ou matrice) et, dans ce triangle, le\n lingam on linga, arbre de vie. Trois écorces cuirassaient\n cet arbre, l’extérieure était Brahmâ, la médiane Vishnou,\n l’autre, la plus tendre, Shiva; et c’est à ce dernier qu’échut le\n soin de veiller sur la tige après que les trois dieux s’en\n furent désagrégés, d’où sa personnification par le lingam.\n Rien de plus disgracieux que cet emblème. Sous la colon­\n nade de la pagode de Tanjore, on n’en compte pas moins de\n\n\n   (1) C’e s t an cen tre du p la teau do G iw alior, dans la gorge do l ’O urw haïs,\noù les gym nosoph iste s é ta b lire n t leu rs m ystères, que se ren co n tre la plus\nra re collection do ces génies, colossales poupées ta illées dans le roc mémo.\n  (2) Les prêtres se p rê tè re n t souvent à des confusions de symboles lors­\nq u ’il s’a g iss a it do m é nager des croyances régionales, des in te rp ré ta tio n s\n^ocales. A insi, le K rish n a du tem ple de J a g h e rn a th n ’e s t a u tre q u ’un\nemblèm e de la D harm a bouddhique; ailleurs le pied de G autam a d ev in t celui\nde V ishnon. D ’a u tre s fois les dévots d ’u n e secte e m p ru n taien t des em blèm es\nà la secte voisine, l ’a rb re de la science des ja ïn is te s e s t un p astich e de\nl ’a rb re des bouddhistes.\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "316                L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n cent huit, et d’énormes, alignés les uns à côté des autres.\n Dans le fastueux palais d’Amber, près de Jeypore (Rajas ­\n than) on les a logés sous des kiosques de marbre.\n   Le lingam, qui se manifesta en même temps que le shi­\n vaïsme, peut être considéré comme une des formes reli­\n gieuses les plus anciennes de l’Inde, sinon comme la plus\n ancienne, car rien ne prouve que ce culte ait été postérieur\n à celui de la Triade, cette fameuse Trimourti qui prête\nencore à tant d’explications intéressées. A ce sujet, Barth,\ndans son très remarquable ouvrage, ( 1), montre, sous son\nvéritable jour, quelle combinaison fut la Trinité hindoue,\ningénieux ajustage qui donnait à Brahmà, en les personnes\nde Shiva et de Vishnou, des collaborateurs nécessaires pour\nréaliser la triple personnification du brâhman suprême.\n « Elle constitue en quelque sorte, dit l’éminent orienta­\nliste, (2) une solution intermédiaire entre l’ancienne ortho­\ndoxie sous sa dernière forme et les religions nouvelles :\nelle est en même temps l’essai le plus large qui ait été tenté\nde concilier ces religions entre-elles. C’est dire qu’à nos\nyeux elle ne représente pas un premier acheminement vers\nles croyances sectaires, dont elle suppose au contraire\nl’existence, mais qu’elle est simplement une explication éclec­\ntique de ces croyances faites au point de vue brahmanique.\nEt de fait, la Trinité dans laquelle Creuzer croyait avoir\ntrouvé le dogme primitif de l’Inde, n’a été signalée juqu’ici\ndans aucun écrit qui puisse passer pour antérieur au déve­\nloppement des cultes sectaires (la M a itry Upanishad, où\non la trouve nettement formulée, est une œuvre tellement\ninterpolée, qu’elle doit être récusée comme moderne, bien\nqu’elle ait trouvé place dans un Brâhmana). A en juger\npar la décoration des temples, on ne peut dire que la Triade\nait jamais été en grand honneur depuis notre ère. Une de\nses rares représentations figurées se trouve à l’Eléphanta.\n   Un autre symbole, fréquemment répété après le lingam,\net non moins désagréable d’aspect, comme le sont, d’ailleurs,\ntoutes les figures géométriques superposées ou juxtaposées\nsans art, c’est le daghoba ou reliquaire, autel à forme de\ndôme hémisphérique qui repose sur une base ventrue et\nsupporte un piédestal banal qu’on frontonnait d’un para­\nsol, emblème de l’omnipotence du Bouddha. Il en existe un\n\n\n\n (1) Les religions de l’Inde.\n (2) Op. cit. H indouism e. L es divinités sectaires.\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                                   E s t h é t iq u e                       317\n\n\nd’importance dans le plus vaste des sanctuaires bouddhistes\nde la colline de Kenhari, à Salsette, proche Bombay. Qu’on\nse figure un large champignon juché au bout d’une longue\ntige sur quelque ridicule carafe, voilà l’impression que donne\nce parapluie mystique. Le très habile jeu de lumière que\nreçoit ce daghoba ne fait qu’en accuser les défauts, et celui\ndu grand chaytia de Karli, dont le paradoxal parasol est en\nbois de têk, ne manque pas moins de gravité.\n   Parmi les signes très répandus, citons encore le lotus,\n( P adm a) qui donna naissance à Brahma, l’arbre de vie de\nÇakia-Mouni et la roue de la loi. Des animaux, des arbres\net des plantes participaient au culte rendu à quelques\ndivinités et leur type devenait un symbole. Les sectateurs\nde Vishnou adoraient le singe allié de Rama, Hamouna\n« aux fortes mâchoires » ; les Védistes le Vrishâkapi, le\nsinge mâle du Rig-Véda ; les Shivaïstes, le taureau Naudi\nou Naudeo, monture du dieu, et la dévotion avait fini par\ns’étendre à l’espèce en général. Le taureau sacré se repré­\nsentait en zébu à bosse proéminente. Ses plus curieuses\nimages, grands monolithes de granit, sont à Kajraha, dans\nles sanctuaires, et à Tangore, dans la pagode. Il y eut même\ndes canards sacrés ; l’un des vestiges du lat de Sanchi en\nporte la plus étonnante théorie. Le serpent Ananta ou\nMaha-Sesha n’était point séparé rituellement de Vishnou\ndont il avait bercé le sommeil à la surface des ondes. Les\nsept arbres sacrés n’étaient pas seulement des symboles, la\nmasse les vénérait à l’égal d’un dieu, car les Brahmanes\ncroyaient à l’unité de la substance et on leur prêtait le\npouvoir de tout diviniser (1). L ’assouata (figuier des\npagodes) était consacré à Vishnou qui naquit sous son\nombrage ; le vépou (arbousier à feuilles de frêne) à Shiva.\nL’herbe Darbha, (ou cynosuroide) variété de borraginées\nse plaisant aux lieux humides, était née de poils de\nVishnou selon certains, en tout cas, chacun la regardait\ncomme une partie du dieu lui-même ; dé même le calagrama,\nammonite pétrifiée, la coquille Sankha. Le toulochy, qu’on\nappelle aussi la tulâsi, calamintha acinos, basilic des terres\nincultes, symbolisait Lakhmy, la femme de Vishnou.\n   Les Brahmanes ayant, de tout temps, exploité copieuse­\nment la crédulité et l’ignorance populaires, ce fut un culte\n\n\n\n  (1) Ce so n t les B rahm anes qui déifièrent les B ouddha en fa isa n t de lui,\np olitique h ab ile, un e in c arn atio n de Vishnou.\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": " 318            L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n  d’idoles que les diverses religions qui se succédèrent dans\n l’Inde, même après Gakia Mouni, dont la doctrine dégénéra\n vite en pratiques grossières ; aussi les symboles Sacrés,\n destinés surtout à frapper l’imagination des fidèles, furent-\n ils enclos dans des images plutôt qu’en des signes purement\n graphiques. Ces fanatiques réclamaient des fétiches, on\n leur en fournit à la hauteur de leur compréhension. Le\n Schéma qui symbolise la nature concrète (Dhanna) est un\n des rares emblèmes composés avec le secours des lettres ;\n six caractères palis entrelacés en monogramme et disant les\n forces de la nature, forment la base de ce signe. Les préfé­\n rences de la foule allaient aux emblèmes plus parlants.\n    Les prêtres, on le conprend par ce qui précède, deman­\n daient à l’artiste une figuration strictement observatrice du\n rite. Les décorateurs de temple n’avaient pas la licence de\n traiter, selon leurs concepts, l’incarnation de Vishnou en\n porc blanc ou la divinité aux bras multiples ; ils devaient se\n servir de lotus, de la darba ou du Calagrâma comme d’un\n signe évocateur, non comme d’un thème ornemental, et on\n ne leur eût jamais permis de modifier le lingam ou le dag­\n hoba, même dans le meilleur des buts décoratifs. Quant\n aux personnages mythiques ou historiques, à quoi bon pour­\n suivre dans leur représentation, la complète illusion d’une\n vaine réalité ? Le corps matériel, le grossier rupa, pouvait-il\n séduire d’autres cerveaux, d’autres sens que ceux du vul­\ngaire ? Et d’ailleurs, le noumène ne prend-il pas différentes\n apparences pour se révéler, en raison de la puissance com­\n préhensive de celui qui l’observe et du degré de ses con­\nnaissances? Une esthétique reposant sur de telles bases,\nimprégnée de tels éléments, n’était guère favorable au déve­\nloppement du sens du beau.\n   Les artistes pouvaient-ils, au moins, réagir à l’âge où\nl’homme prend conscience de sa personnalité ? Point, car\nune éducation calquée sur une organisation sociale autori­\ntaire, oppressive par excellence, négatrice des droits de\nl’individu, annihilait en eux toute initiative, toute énergie.\nOr, la passivité ne se prête guère à l’éclosion de l’originalité\nindividuelle. Il est à remarquer qu’aucun des artistes qui\ntravaillèrent aux temples et aux palais de l’Hindoustan\nn’enfanta un chef-d’œuvre typique, une figure d’autre carac­\ntère que celui des ouvrages ambiants, alors que tous con­\nservent une originalité ethnique, en dépit des influences\nétrangères. C’est, de l’Indus e t du Guzerat aux dunes d’Orissa\net jusqu’au delà du Mé-Kong, et de l’Himalaya à Ceylan,\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "                         E s t h é t iq u e                319\n\n\nun monde de statues exécutées avec une même somme\nde talent ou de maladresse par un peuple d’artisans, non\nd’artistes. Et pourtant, l’architecture varia d’une région à\nl’autre et d’une époque à l’autre.\n   Dans notre occident, dès que fonctionna librement la\n société chrétienne, les artistes bénéficièrent d'une formation\ntrès respectueuse de l’individu et jouirent, dans l’exécution\nde leurs œuvres, d’une large initiative. C’est pourquoi les\nmonuments qu’ils élevèrent ont une âme. Ceux des Hindous,\nau contraire, donnent la même impression que les idoles\npour lesquelles on les éleva, une impression de matière\ninorganique, de sépulcre vide, de néant. Parés, adornés\nd’ornements, comme leurs idoles de colliers et de bijoux,\nces temples peuvent frapper par leurs dimensions colossales\nou à force de difficultés vaincues, la faculté d’émouvoir leur\nmanque\n   Ces défauts que nous avons signalés — nous sommes,\ncroyons-nous, le premier à le faire — on les constate sur\nles sanctuaires les plus anciens qui soient parvenus jusqu’à\nnos jours et sur les constructions les plus modernes;\naucune influence adventice, ni l’hellénique, ni la persane,\nni la musulmane, de rare intensité pourtant, n’y changèrent\nrien. Que l’on examine au nord, au sud, au centre, ces\nchaïtyas et ces viharas qui furent conquis sur le granit,\ntaillés dans les flancs des montagnes, ou les édifices pesam­\nment étagés sur le sol, et les stupas et les gopuras, on\nconstatera de suite, comme caractère commun, la surcharge\net l'inharmonisme.\n   Les figures des sanctuaires souterrains d’Ajunta (IIe siècle\navant J . C. au V IIe siècle de notre ère) présentent, pour\nla plupart, des formes massives, boudinées, gauches, et les\nornements s’étalent en frondaison sauvage. Pas plus de\nliaison entre les motifs et les parois qu’entre les figures\net leur encadrement ; pas davantage de concordance entre\nles diverses parties de l’ornementation. C’est le plus\nbarbare des placages. Imaginez une cohue de sculptures de\ntoute sorte envahissant les murs, se ruant à l’assaut des\nvoûtes, grimpant sur des piliers, se blotissant, se collant\n sur le moindre relief. Quelques uns de ces hypogées, les\nmoins anciens, sont vraiment encombrés de figures du\nBouddha, et toutes ces faces presque niaises, tant il s’en\ndégage d’animalité, apparaissent comme sorties d’un\nmême moule ; à peine l’expression en fût-elle modifiée pour\nindiquer l’état de béatitude divine et ce fût toujours au\ndétriment de la nature.\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "320                   L a L u t t e .— D é c e m b r e 1 9 0 0\n\n\n   Les colorations ont toujours joué un rôle actif dans les\ndécors orientaux ; les plafonds, les revêtements des piliers,\nmaints reliefs, étaient teintés, et des fresques ornaient les\nparois. Les peintures murales dont il subsiste quelques\nlambeaux passent pour représenter une des époques\nflorissantes de l’art Hindou, le V e siècle ; composées\nd’après le même principe, ou plutôt avec la même absence\nde principes que les bas-reliefs, elles présentent les mêmes\ndéfectuosités que les scènes sculptées (1). L’ensemble des\ncolorations contribuait, sans doute, à rendre impression­\nnants ces vastes souterrains ; mais ce qui leur donnait\ncertainement, ce qui leur donne encore du mystère, c’est,\navant tout, le jeu des ombres et de la lumière, la manière\ningénieuse dont ils reçoivent l’éclairage. Sans ce stratagème,\nles combinaisons de polychromies et les forêts de piliers\nn’auraient provoqué que de l’étonnement.\n   Les fameuses excavations d’Ellora, de la Garapouri,\nsurprennent, elles aussi. Et qui ne s’arrêterait à la décora­\ntion touffue, capricieuse, exubérante de vie, du temple\nd’Indra (VIe siècle de notre ère) ? Mais c’est une vie\nanimale, une humanité troglodyte qui grouille là; et il faut,\npour s’intéresser à ces formes trapues et grossières, à ces\nlarves, à ce chaos de reliefs et de linéaments, n’avoir pas le\nmoindre sentiment de l’harmonie, de la beauté. Dans le\ntemple de Kaïlassa (VIIIe siècle), si superbement taillé à\nmême dans un seul bloc de rocher, les bas reliefs, d’exécu­\ntion un peu plus civilisée, restent très défectueux quant à\nla mise en scène. Les fastes de la mythologie hindoue, les\ngestes de l’épopée du Mahabharata, s’y déroulent en\nredites monotones, en une confusion lamentable. Il en faut\ndire autant des temples du Dumar Lena (V IIIe siècle) où\nforce dieux d’hiérarchies inférieures font cortège à\nGautama, et d’Eléphanta (même époque) où, sous les\nchapiteaux des colonnes et des pilastres taillés en sphères\nà demi aplaties, tels de gigantesques pommeaux de canne,\nse dressent des colosses effrayants et des animaux mon-\n\n\n  (1) Au palais d ’Amber e t à R ajg arh , au p alais des m iroirs (chich m ahal)\ndes p ein tu res d o n t on ignore la d ate m ais qui, p a r le dessin de leu rs person­\nnages, p a ra is se n t postérieures au Ve siècle, pour échapper à la confusion\ndes figures, ne s o n t p as d ’un a rran g e m en t plus décoratif.\n  L a pein tu re hindoue ne se p eu t plus étu d ie r que dans les m in iatu res des\nm a n u sc rits et, là encore, ce n ’e s t guère que l ’exécution que l’on tro u v e à\nlouer. L ’harm onie des lin éatu res n ’y e s t pas m ieux observée, po u r cause,\nque dans les p ein tu res m urales.\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                               E s th é tiq u e            321\n\n\n strueux, sorte de cauchemar concrétisé dans la pierre\n par un imaginatif en délire sous l’influence du haschich.\n    A Kaïlassa, dans le temple de Shiva où se prodiguèrent\n les peintures, on aperçoit de pâles vestiges de fresques ;\n ces peintures ont beaucoup souffert de l’humidité, et de\n même les bas reliefs tirés d’un grès spongieux ; mais les\n lâches et stupides mutilations des Portugais leur firent plus\n de mal encore. En toutes ces cavernes, les lingams\n pullulent, fastidieuses plantes parasites.\n    Plus que les autres grottes de l’île de Salsette, le grand\n temple de Karli est couvert de sculptures. On y remarque,\n entre autres personnages, des ya k h ch a s, nains symboliques\n et, parmi les animaux, des lions couchés et force éléphants,\nle tout d’un travail enfantin. Peut-être ces décorations sont-\n elles antérieures au IX me siècle de notre ère; celles des\ncavités non loin de Baïrésiah et de Badjah, qui s’étendent\nnon loin de Khandallah, remontent, selon M. L. Rous-\nselet, (1 ) au moins au IIe siècle avant J.-C., elles ne valent\npas mieux. A Karli, d’informes personnages en adoration\ns’enlèvent en haut relief sur les parois dans des niches car­\nrées, on dirait des objets exposés en vitrine. Çakia-Mouni\nrepose ses pieds sur le lotus symbolique, lequel repose sur\nune fleur conique, tel un équilibriste de cirque sur quelque\nperche. Dans le vestibule, trois éléphants de grandeur natu­\nrelle paraissent en baudruche et les Bouddhas accroupis\nqu’ils supportent évoquent des crapauds ; les autres sculp­\ntures sont comme des pages de livres illustrés large ouverts\nsur un mur. Des entassements d’éléphants et de cavaliers\nalourdissent les chapiteaux de la nef et l’on chercherait en\nvain, parmi la végétation symbolique, une fleur adaptée\navec intelligence à son rôle ornemental.\n   Aux remparts de l’antique Dubhog, dans le Gnzerate,\nc’est le bas-relief héroïque qui se développe en frises tumul­\ntueuses et tapisse la porte Hira Danvazé. Sur les murailles\ndu Sengar Ghaori, ancien temple jaïna, le décor se présente\nen échiquier recouvert de dentelles que relèvent des bou­\nquets de statues, autant de superfétations.\n   Au sud, les temples souterrains de Badami ( VIme siècle)\net de Mahavellipore (V IIIme siècle) ne se distinguent point\npar une autre entente décorative. Dans le premier, un Vish­\nnou, assis sur le triple enroulement du serpent Amanta,\nconstitue un des types du motif sans caractère ; dans le\n\n (1) L 'In d e des R ajah s.\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "322           L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\nsecond, certain combat de Durga avec le monstre Mahasura\nréédite un des aspects du bas-relief chaotique ; par contre,\ndes éléphants gravés sur le roc se silhouettent avec un\nnaturel louable.\n   Il semble que la conception décorative des hindous ait\nété d e ne laisser aucun vide, aucun espace uni sur les diverses\nparties de leur architecture ; pas une masse ne s’est élevée\nde terre qu’ils ne se soient jetés sur ses faces et ne les aient\nrecouvertes d’images ; tout leur a été prétexte pour fouiller\nla pierre ou le bois, rien n’a pu retenir leur incontinence\nsculpturale, et il faut avoir l’extase facile pour taxer de\nrichesse cette profusion sans ordre. On peut dire qu’ils ont\ntravaillé en patients polypes ; les traces en sont visibles sur\nles portes des stupas, cette variété de tumulus qu’on appelle\naussi des tôpes, et sur les balustrades de pierre qui les cein­\nturent. Celles du grand tôpe de Sanchi, cette taupinière,\net celles de Bharhut, qui datent du 1 » siècle avant notre ère,\nsont incrustées sur toutes leurs faces, d’une ornementation\ninouïe de châle et de dentelle où abondent les bas-reliefs.\nCette étrange transposition d’un motif de tissus sur la\npierre fait grand honneur à l’adresse des décorateurs, non à\nleur goût ; et, par malheur, c’est souvent sur des parties\nd’une excellente exécution que s’exhibent ces solécismes\nd’art. Empruntées aux différentes vies du Bouddha, ces\nscènes gravées sur la pierre pourraient offrir, au moins en\nquelques parties, un intérêt documentaire, mais que lire en\ncette décevante accumulation de figures ? Pas le moindre\nsoupçon du langage des lignes, pas le plus humble désir de\nbeauté. Les bas-reliefs donnent l’impression d’un grouille­\nment de vers, les statues qui soutiennent les travées grima­\ncent en vrais magots ; ici, un arbre symbolique envahit une\ncomposition à personnages sans se faire excuser par un\ndéveloppement ornemental ; ailleurs, le trident emblématique\net l’empreinte du pied de Gautama surgissent, telles des\nmarques de fabrique, dans leur sécheresse fastidieuse.\nEnsembles pénibles et négligés dans leurs traits essentiels,\ndétails fouillés au contraire avec une application d’écolier\n calligraphiant des fautes d’orthographe ; c’est d'une vision\net d’un travail de simple.\n   La décoration extérieure des temples édifiés sur le sol\nparaît avoir été plutôt moins heureuse, à en juger par les\n spécimens encore dedout. L’architectonique n’était certes\npas pour inciter aux combinaisons élégantes, car quel parti\ntirer d’une pyramide à neuf étages, comme le Bouddha-\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                                        E s t h é t iq u e                                   3 23\n\n\n  Qaya, sans forme expressive, sans harmonie d’ensemble ?\n  En dépit des modifications infligées à ce temple par des res­\n taurateurs peu scupuleux, il semble bien que son décor\n  original (1er siècle avant J. C .) ait été le triomphe du géo­\n métrique, et d’un géométrique janséniste. A Nassik, à San ­\n chi, à Barhut, et dans les parages de Peshawer, des motifs\n d’architecture prédominent dont les galbes lourds, pâteux\n confinent au grotesque, tels les chapiteaux qui paraissent\n coiffer d’une cloche leurs malheureuses colonnes ; cela\n n’était guère pour affiner l’imagination ornementale des\n sculpteurs qui couchèrent sur cette lourdeur des groupes\n d’animaux pesants. Ce parti décoratif, appliqué aussi aux\n colonnes commémoratives, les lâts ou stambhas, était imité\n des chapiteaux de Persépolis, mais avec exagération du\n thème initiateur; lorsque les hindous empruntaient aux\n autres peuples, leur choix ou leur adaptation laissait à\n désirer ( 1).\n   Ainsi, lorsqu’ils s’inspirèrent du sentiment hellénique, ce\nne fut que pour acquérir plus de finesse dans la facture,\nnon pour s’assimiler des lois ; les statues et les colonnes\nélevées, vers la fin du IVe siècle de notre ère, dans les\nrégions de Kaboul, de Taxila et du Cachemire, les Boud­\ndhas ascètes, dont celui de Sikris donne une idée, ne\ntémoignent ni du souci des proportions, ni de l’entente des\ndraperies ou du désir d’exprimer par les lignes. Pour être\nconstruites avec plus de soin, les figures ne furent pas\nmieux liées avec leur entourage, et surtout pas mieux\nencadrées, tant la disproportion d’échelle choquait peu\ncette race. Les physionomies n’y gagnèrent absolument\nrien, on ne toucha point aux sourires stéréotypés des\nBouddhas adipeux, aux minois effrontés des Dévis et,\nquant aux symboles, la reproduction s’en continua fidèle­\nment poncive.\n   Les architectes ne procédaient pas sans user d’un canon,\nd’un système de proportions rigoureusement observé en\ntoutes les parties, mais ces proportions étaient combinées\navant tout pour la solidité de l’édifice et en vue d’une signi­\nfication symbolique, non pour doter l’espace de belles lignes.\nLa brique constituait un des principaux éléments de cons-\n\n\n   [1] Les lions du g ran d lû t qui g ît brisé à S an ch i sont a ttrib u é s p a r une tra d i­\ntion à des a rtis te s grecs que P to lé m ée P hiladelph e I I a u ra it envoyés à\nla cour d ’Acoka. L ’é ta t actu el de ces sculptures ne p erm et guère de se\nprononcer.\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "324           L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\ntruction ; pour que les édifices résistassent sous un tel\nclimat et sur un sol sujet aux tremblements de terre, il ne\nfallait pas les concevoir en formes élancées. D’heureux\nmotifs de décoration eussent, seuls, pu remédier aux\ninconvénients de cette architecture, or, c’est précisément\npar le goût, on l’a vu, que les hindous péchaient le plus.\nDans la seule province d’Orissa pendant un laps de neuf\nsiècles, du Vme au X IIIme, il ne s’est peut-être pas édifié\nun temple dont le type n’ait été un cube coiffé d’une tour\npyramidale à pans curvilignes et à sommet tronqué par un\ncouronnement côtelé, véritable « melon aplati » selon\nl’expression très juste de M. Le Bon. Couronnement qui\ns’excuse d’autant moins que le symbolisme n’y obligeait\npas. Afin que le monument prit plus d’importance dans\nl’atmosphère, il convenait de faire prédominer les lignes\nverticales sur les horizontales, d’où ces pyramides surgis­\nsant du sol, tels d’inconcevables légumes nés du coup de\nbaguette d’un enchanteur.\n   La difficulté n’était pas peu considérable pour arabesquer\nsur ces cônes un thème ornemental ; les sculpteurs y virent,\nsemble-t-il, un espace à garnir plutôt qu’à décorer au sens\nartiste du mot, et ils s’ingénièrent à ne perdre aucun inter­\nvalle. Les vrais décorateurs ont tous tendu à réaliser selon\nun mode harmonieux, l’équilibre des vides et des pleins ;\nceux de l’Inde, lorsqu’ils étaient las des pleins accumulés\net des froids tracés linéaires, s’en tenaient au semis.\nL’ornementation du temple de Parasurameswara (VIe siècle)\ndonne une illusion de dentelle ; le décor du temple de\nBajarani (X e siècle) superposition d’horizontales arrondies\net de verticales côtelées, offre un aspect de pâtisserie for­\nmidable.\n   L’animal, que la plupart des orientaux ont traduit avec\nart et qui se prête si bien à l’interprétation décorative et\nsymbolique, n’a pas été pour eux un élément d’harmonie.\nLeurs compositions à animaux, comme l’étonnante théorie\nde canards sacrés qui recouvre un des vestiges du lât de\nSanchi, sont, en général, aussi défectueuses que leurs\nscènes à personnages. Et, nulle part, ils n’ont essayé d’en\ntransformer quelques-uns en vivants symboles ; il se sont\nefforcés, au contraire, de les traduire dans leur réalité\nsensible, souvent même dans leur grandeur naturelle.\nEt lequel choisirent-ils en ce cas ? Le plus massif,\nl’éléphant. On se rend compte, par les pilastres du grand\ntemple de Bhuvaneswar (V IIe siècle), par les débris du\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                         E s t h é t iq u e                 325\n\n\ntemple de Sideswara (X IIe siècle), à Omkargi, par les\nhaut-reliefs de Chillambaram (X V Ie siècle) et maints autres\nmotifs, du galant effet qui en résulte. Quant à l’ornemen­\ntation tirée de la faune et de la flore, ils ne la soupçonnèrent\nmême pas, non plus qu’ils ne se doutèrent du rôle décoratif\ndes directions de lignes données par le corps humain en\nrepos ou en mouvement.\n   Sur le temple de Bhagavati, (IX e siècle) c’est, comme\nailleurs, l’éternelle succession de statues et motifs sans\nliens avec la paroi ; quand, par hasard, une niche ne fait\npas trop mal en place, l’attitude de la figure centrale manque\nde caractère. Au mont Udayagiri, sur le monastère de\nRani-Naur ou Rani Gumpha, on chercherait en vain quel­\nque embryon de mise en scène dans la chasse royale sculp­\ntée en bas relief (époque inconnue). A Puris, le temple de\nJaggernath, pastiche lourdaud de Bhuwaneswar, et celui\ndu Gundicha Gabri (tous deux du X IIIe siècle) aux\ngroupes de triviale immoralité, ne méritent même pas une\nmention, art de fakirs et de dêvadasis, auprès duquel semble\naustère l'ornementation sobre de la porte de Kanarah\n(pagode noire).\n   On peut dire des hindous qu’ils poussèrent la superfluité\njusqu’au génie. Un vrai peuple de statues pullule sur et\ndans les temples de Khajurao (la plupart du X e siècle), dans\nle Bundelkhund, et il faut bien reconnaître qu’en dépit de\nson manque d’unité, cette masse affecte intensément. On se\ndéfend mal d’une vague terreur devant si puissante lour­\ndeur, mais que cette sensation s’évanouit vite à l’analyse.\nDans les sanctuaires de Khandaria, de Shiva et de Laks­\nmangi, la profusion des figures est telle qu’il semble que\nchaque artiste de l’Inde ait tenu à apporter là son magot;\ncertaines parties des chapiteaux en sont hérissées comme\nd’inattendues excroissances, de bizarres apophyses, et cet\nassemblage compose un prodigieux concours de faces\nmafflues, déplaisantes ou démentes, de membres veules,\nde galbes contournés, maladifs, où toutes les tuméfactions\nse découvrent depuis l’emphysème jusqu’à l’éléphantiasis.\nRien de plus fatigant pour un œil ouvert aux harmonies et\nsensible au style que ce désordre et ces contours heurtés.\nAu temple de Mossardhara, les figures sont serrées dans\ndes cages et des compartiments d’après le système en\nusage parmi les décorateurs des boîtes de métal ou des\nmenus ouvrages d’ivoire ; puis, brusquement, au-dessus de\nces ciselures, s’étendent d’immenses plans gravés de lignes\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "326            La L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\nsymétriques. La chapelle de la déesse Parvati donne asile\nà des statues qui tiennent vraiment de la tératologie et du\nsimiesque, car la monstruosité est contagieuse et l’on y\ntombe vite en sortant du naturel ; l’idole aux doubles bras\ns’exhibe ainsi dans l’entourage qui lui convient. Dans les\ncolonnes du temple de Shiva on peut voir un exemple\ntypique de mauvaise distribution des ornements, dont\nbeaucoup paraissent du placage, et de leur manque d’union\navec les figures dont on les fait émaner ; et la porte, d’extrac­\ntion inconnue, qui se trouve à Rewah perd toute grandeur\nà l’abus des détails. En tout temps, le parti décoratif des\nhindous a oscillé entre l’incohérent sans caractère et le\nsymétrique sans grâce, les jeux de lignes tordues comme du\nvermicelle mouillé et les semis d’ornements disposés en\nmotifs de papier peint.\n   Au mont Abous, l’extérieur des temples jaïnas est resté\nvierge de sculptures, mais, à l’intérieur un débordement\nincroyable a entassé les reliefs de toute sorte. Dans le\ntemple de Vimala Sah, les colonnes sont cannelées, fouillées,\nadornées sans miséricorde, du sol au faîte et c’est un éche­\nvèlement en guise de chapiteaux, une éruption qui figea aux\nvoûtes ses coulées lourdes en grappes terribles ou en végé­\ntations fantastiques. Le dôme en marbre paraît un bibelot\nhypertrophié et les statues semblent taillées dans des\nchampignons, tant elles sont lourdes et flasques. Et ce\ntemple, comme ceux de Khajurao et force monuments de\nl’ancien Rajpoutana, date du X e siècle, une époque où l’art\nhindou atteint son apogée dans l’architecture (période néo\nbrahmanique) sans rien perdre, en sculpture, de ses\nqualités d’exécution. Même frénésie, deux siècles plus tard,\ndans le sanctuaire de Vreypal Teypal, aux colonnes intéres­\nsantes néanmoins, et dans les temples d’Hullabid et de\nBailur, dont les bas-reliefs riches en épisodes du Ramayana\ncontiennent de très curieuses processions d’animaux ;\nl’insouciance de la mesure dans les proportions des figures\nentraîne au manque de mesure dans l’arrangement des\nthèmes décoratifs. Par contre, il faut rendre justice aux\ndons et à la conscience des tailleurs de pierre; quel dommage\nqu’un pareil talent n'ait pas été mieux appliqué !\n   Quelle que soit la région où l’on se transporte et quelques\ndifférents d’âge que soient les édifices, les mêmes défauts\narrêtent. Les temples de Bânka et de Sasauka (X e siècle),\nà Nagda, près d’Odeypour, avec leurs surcharges quasi\nméthodiques, figurent assez bien une boîte de santal\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                                      E s t h é t iq u e                                     327\n\n\nincrusté colossalement agrandie ; à Gwalior, le temple\nTéli Mandir (peut-être du X e siècle) et les deux de Sas\nBhaô (fin du X Ie siècle) ne charment pas davantage avec\nleur portique où se succèdent impitoyablement des échan­\ntillons peu variés de pléthore et d’émaciation ornementale*\net leur nâos somptueux décoré, sans logique, à la façon d’un\ntapis. Ce n’est que très en ruines et dans des décors appropriés\nque de tels édifices prennent du caractère ; ainsi les vestiges\nde Chittor et le grand temple d’Ambernâth, érigé vers le\nIX e siècle, près de Callian, l’ancienne capitale de Koukan\nque chanta le poète du Ratan Mala. En dépit de ses divi­\nsions mal distribuées et historiées avec une minutie d’ima-\nginatif maniaque, cette masse ne laisse pas que d’en\nimposer ( 1).\n   A Kajraha, les temples de Mahadéva et de Kali (entre les\nV IIIe et X Ie siècles), à Oudghiri, le temple de Sourya\n(11e siècle) et, sur les bords du lac de Poschkar, le seul\ntemple de Brahma qui soit encore dans Hindoustan, sup­\nportent une statuaire embarrassante ; de plus, le premier de\nces édifices, véritable antre de Satan, abonde en scènes et\nen attitudes d’une obscénité qui afflige. Les sculptures de\nla grande tour de Tanjore (X Ie siècle) consistent en niches\nplaquées et en semis de linéatures ; celle des tours de Sri\nAllât (I X e siècle) et de la Victoire (X V e siècle) à Chittor,\nprésentent un pêle-mêle d’ornements des plus immodérés.\n    Sur les monuments où se constate l’influence musul­\nmane, tels les temples du Guzerat et certains édifices de\n Madura moins anciens, le décor se simplifie, l’ornementa­\ntion, toujours un peu linéaire, est mieux entendue. Les\nmosquées de Rani Sipri (1431), de Mohafir Khan (1465), à\nMyrzapore (ahmedabad), celle de la Reine (X V e) à Saring ­\npore, les temples de Madan Mohan et de Gobindeo, à Binde­\n rabun, également du X V e siècle, en fournissent de notables\n exemples.\n    En toutes ces régions où le croissant s’implanta, on ne\n saurait songer à découvrir quelque effigie de la période\n bouddhique « Depuis Mahmoud le Ghaznévide, qui pilla\n Somnath en 1024, les musulmans ont été de terribles des­\n tructeurs d’idole dans l’Inde. Kutabuddin, conquérant de\n\n\n   (1] A Gwalior, d an s l ’enceinte de la fo rteresse, les soldats an g lais p ré ­\np a r e n t la ru in e p ar les pires d égradations; ils n ’av a ien t pas c ra in t d ’in sta lle r\nle u r café dans le Teli M andir, ils n ’h é s itè re n t pas d avantag e à choisir\ncomme cibles, pour leu rs tirs, les scu lp tu res des a u tre s sanctuaires.\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "328               L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\nDelhi (1193; bâtit sa grande mosquée sur l’emplacement et\navec les matériaux de vingt sept temples païens » (2)\n   Lorsque les temples jaïnas furent convertis en mosquées,\nla loi du prophète interdisant la représentation de la figure\nhumaine, les statues des niches furent remplacées par de\nfins réseaux géométriques, mais déjà, ce n’était plus de\nl’art purement ethnique. C’est l’ingéniosité et la préciosité\nmusulmane qu’il convient de louer en ces délicates mer­\nveilles, orgueil de certains édifices, les fenêtres en marbre\najouré; en ce revêtement polychrome du Dewani Khan\n(salle d’audience privée), le plus délicieux bijou de l’écrin\nque se composèrent en leur palais de Delhi les rois mogols\ndu X V IIe siècle ; en cette parure de faïences émaillées,\nd’inspiration persane, ces rapprochements de colorations\nqui jettent quelque joie sur le palais de Mandir (fin\nX V e siècle). Ce qu’il y a de plus harmonieux dans cette\nmosquée du Koutab (vieux Delhi) commencée au\nX IIe siècle, c’est moins les cloîtres de Pirthi-Ry, la colon­\nnade née des anciens temples jaïnas, que cette porte d’Ala ­\ndin si magnifiquement ouvragée en 1310, or elle manifeste\nsans alliage le style arabe. Les décorations d’Agra, de Fut ­\ntehpore, de Lahore, les mausolées de Golconde chantent la\ngloire des artistes de l’islam ; et leur trace au X V IIe siècle\nse relève aussi sur le palais d’Odeypour, plus encore sur\ncelui de Tirumal Najah, à Madura si mahométan en dépit\nde ses statues, voire jusque sur les mausolées (Maha Satti)\nréminiscences des tombes d’Halicarnasse, qui se profilent\nprès de l’ancienne cité d'Ahar et où gisent les Ranas, roi du\nMeywar.\n   Plus bizarre qu’original, l’art hindo-thibétain dont les\nmanifestations furent parsemées, aux X V IIe et X V IIIe siè­\ncles, dans les villes du Népal, sent encore la barbarie ances­\ntrale et ne se recommande que par la virtuosité de ses tail­\nleurs de bois et de ses métallurgistes. Temples, palais et\nmaisons, toute muraille est recouverte de sculptures et de\npeintures aux tonalités rutilantes ; sur beaucoup, la brique,\nle bois, le bronze et la polychromie ont été combinés. Néan­\nmoins, il n’existe aucun décor heureux, ni sur les pagodes à\ntoits superposés de Patan, Dhatgaon, Katmandou Taleja, ni\nsur celles de Pashpatti dont les dômes se tourmentent en clo­\nchettes. Des masques hideux ricanent aux chapiteaux; ail­\nleurs, les animaux monstrueux braquent des yeux féroces.\n\n\n  [1] A. C unningh am , A rchaeological Survey. I. page 175.\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                        E s t h é t iq u e                329\n\n\nOn en voit de comiques comme devant le temple de pierre à\nPatan, de rébarbatifs, d’abominablement laids comme au\nsanctuaire de Katmandou, accroupis dans tous les coins,\nils semblent les génies de la cité, mâtinés de démons et de\ndogues redoutables. A Sambunath, aux temples poussés en\nfuroncles, la seule originalité du stupa, c’est un grossier\nbarbouillage en rouge, blanc et noir, les yeux symboliques\ndu Bouddha, répétés sur les quatre côtés de la to u r\n   On montre avec fierté, à Dhatgaon, la porte d’or du\npalais royal. En réalité, les sculptures en bronze ciselé et\ndoré qui l’encadrent furent exécutées avec une rare adresse,\nmais, comme tous les travaux de ce genre, en dépit du sens\ndécoratif ; autant en revient aux boiseries du palais de\nPatan et aux portes en argent ciselé du temple de Pashpa­\ntinath (Pashpatti).\n   Il y eut encore des manifestations d’art aborigène, aux\nX V Ie et X V IIe siècles, dans les sculptures des gopuras,\nplus particulièrement nombreuses au sud. On appelle ainsi\nles portes pyramidales trouant les quatre faces de l’enceinte\ndes grandes pagodes ; entre les petits pavillons qui les\ncomposent, se prodiguaient les statues ; ailleurs, se don­\nnaient libre cours le verbiage linéaire des ornemanistes. On\ncite avec raison les piliers du temple de Vitoba, à Bijanagar,\nsuperbes monolithes de granit, comme une merveille de\nciselure ; par malheur, ce fini dans la facture souligne de\ndésagréables laideurs. Le décor trop complexe de la gopura\nde Codputri est une fatigante superfluité d’ornements tracés\nen boustrophédon ; à Chillambaram, le temple des Mille\ncolonnes et la grande pagode Shivaïque, près de Madras,\nles pagodes de Tripetty et de Conjeveram, souffrent d’incon­\nvénients analogues. A Madura, le temple de la déesse\nMinakshi, dont les parties les plus remarquables sont du\nX V IIe siècle, présente plus de pondération, non de bon\ngoût. Dans la grande pagode, les figures vont à la correc­\ntion bourgeoise ; salle Puthu Muntapan, les piliers se\n rehaussent de monstres baroques hissés sur un minuscule\n éléphant, le tout décorativement nul. Ce mode a été\n exploité, sans plus de succès, dans le temple de Trichino­\n poly, dans les pagodes de Kombakonum, de Veilore et de\n Sriringam (celle-ci du X V IIIe siècle) ; là, c’est un surpre­\n nant amalgame de chevaux cabrés, de monstres et de per­\n sonnages. Après l’érection des temples de Vishveshwar et\n de la déesse Durga, à Bénarès, vers la même époque,\n maçonneries outrageusement banales, l’influence européenne\n pouvait sévir en toute liberté, l’art hindou avait vécu.\n\n                                  A LPH O NSE GERMAI         N.\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "P H IL O S O P H IE\n\n\n\n\n          L’A rt et la M orale\n                           (Suite)\n\n\n\n\n    L a b eau té co m prend deux élém ents : l’idée et l’ex­\np ression ; or, il s’ag it de savoir si la vie prem ière\nréside en l’idée ou en l’expression. C ’est résoudre\nétran g em en t le problèm e que de confondre les deux\nélém ents p o u r en faire la b eau té intégrale. Q u a n t\nà l’affranchissem ent qui résu lterait de la d o ctrin e\nsacro-sainte, ce n ’est q u ’u n vulgaire esclavage. L a\nth éo rie de l’a rt p o u r l’a rt a p p liq u ée au x œ uvres\nem pêche l’artiste d ’être h om m e et de savoir p arler\nà des hom m es. L ’œ u v re d ’art, expression d ’une\nvie, p a rtic ip e d o n c à ses p réo ccu p atio n s n a tu ­\nrelles ; et ch erch er à la d étach er d e ces légitim es\np ré o ccu p atio n s c ’est, en réalité, l’em pêcher de vivre\np o u r n ’en p lu s faire q u ’u n e œ uvre m o rte aux\nv êtem ents éclatan ts m ais au fond de laquelle\ns ’agite la v erm ine. T o u t ce qui vit doit p ro v o q u er\net en treten ir la vie, ou ce qui v it d o it chercher\nson alim en t d ans la vie qui s’ép an ch e librem ent,\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                          P h il o s o p h ie                  331\n\n\n\n   M . G ilkin sem ble l’ig n o re r; il base to u t l’intérêt\n   de l’œ uvre d ’a rt su r u n e fantaisie to u te extérieure\n   de m ots, d e couleurs et de sons q u i, étran g ère à\n  n o tre vie, sera it vite étran g ère à n o tre am o u r et\n  à n o tre ad m iratio n .\n      P o u r aim er, il fa u t co n n aître, d ’u n e m anière au\n  m oins ap p ro x im ativ e ; m ais ici com m en t co n n aî­\n  trio n s-n o u s p u isq u e l’œ u v re enfantée p a r u n tel\n  systèm e n e to u ch e en rien n o tre vie, ses idées, ses\n  sen tim en ts, ses asp iratio n s, ses d o u leu rs e t ses joies\n  et p u isq u e, en d ern ière anatyse, elle a b o u tit à\n  déform er n o tre n a tu re o u à l’énerver.\n      P a rd o n , m e d it le critiq u e de L a Jeune Bel­\n  gique, vous faites de la m orale ; or, à m on sens,\n  m orale et a rt a p p a rtie n n e n t à deux dom aines d is­\n  tin cts qui n e se to u c h e n t en au c u n p o in t de leu r\n  superficie Ici réside la g ran d e erre u r de la théorie\n  qu e n o u s co m b atto n s, il y a u ra p rofit à la refuter\n u n e d ern ière fois, exposée, nous l’avons vu, p ar\n u n de ses théoriciens les p lu s en thousiastes.\n     L e p rem ier a rg u m e n t de M . G ilkin est d ’ordre\n p h ilosophique. A ccusant ses adversaires de faire\n rep o ser leurs disp u tes m étap h y siq u es su r les ra p ­\n p o rts de l’a rt et de la m orale o u de l ’a rt et des\n religions, su r d ’étran g es confusions, il déclare\n q u ’au fond la q u estio n est fo rt sim ple et q u ’il suffit\n de sép arer ce que la n a tu re des choses sépare.\n « U n ju g e m e n t m oral n ’a a u cu n e portée esthé­\ntiq u e, n ’a a u cu n e p ortée m orale. Il est tro p évident\n q u ’u n m êm e o b jet p e u t être à la fois b eau et\n im m o ral, ou m oral et in esth étiq u e ; c’est que le\n B eau , le V rai et le B ien so n t tro is n o tio n s trans­\ncen d an taies, d o n c in d ép en d an tes. » Ainsi parle\nM . G ilkin affirm ant n e tte m e n t en ces courtes\nph rases l’absence absolue de co h ab itatio n d an s\nu n e d e m eu re u n iq u e de l ’a rt e t de la m orale. U n e\nfois de p lu s se pose ici la q u estio n red o u tab le et\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "332               L a L u t t e .— D é c e m b r e 1 9 0 0\n\n\n que tous les p artisan s de l ’a rt p o u r l’a rt sem blent\n d éd aig n er : l’œ uvre artistiq u e constitue-t-elle oui\n ou n o n l’exercice d ’u n e activité, cette activité se\n rattache-t-elle à n o tre n a tu re o u bien est-elle le\n fru it d ’u n e force in co n n u e qui ju s q u ’à ce jo u r s ’est\n dérobée à nos regards, l’acte en qui cette activité\nv ien t se reposer et se m ouler en quelque sorte,\nest-il h u m a in et a-t-il p o u v o ir d ’in fluencer l’être\nin tellig en t ? T a n t q u ’on n ’a pas ré p o n d u à ces\nq u estions qui se résu m en t en u n e q uestion u nique:\nl ’œ uvre d ’a rt est-elle œ uvre h u m ain e ? on est\nfatalem ent co n d am n é aux sophism es enguirlandés\nde p h rases sonores.\n     L e B eau , le V rai, le B ien so n t, d ’ap rès M. G il­\nkin, trois n o tio n s tran scen d an tales d onc in d é p e n ­\ndan tes. L e \" d onc in d é p en d an tes \" est de tro p ,\nl’idée que ce m em b re de p h ra se recouvre ne\ndécoule en rien de la p rem ière p artie et, d u reste,\nelle est fausse. L e B eau, le V rai et le B ien ne\np o u rra ie n t être in d é p e n d a n ts que s ’ils étaien t p o s­\nsesseurs, ch acu n , de l'A bsolue V érité, et co n sti­\ntu a ie n t ainsi des essences parfaites ne se ra tta ch an t\nà a u cu n e au tre réalité d ’u n o rd re su p érieu r. O r, il\nn ’en est pas ainsi. L es trois n otions d o n t p arle\nn o tre critiq u e n e so n t, à les considérer au fond,\nque des aspects de l’E tre , seule réalité q u i se\nsuffit à elle m êm e et trouve sa perfectio n et sa\nraison d ’être d an s son E ssence m êm e. D ès lors\ne n tre ces trois n o tio n s, envisagées com m e les trois\naspects de l’E tre , il y a des relations essentielles\nbasées su r la n a tu re in tim e de l’E tre et su r la\nfaçon d o n t elles p ro cèd en t de lui. N o u s en avons\nparlé p lu s h a u t. Ce qui so u tie n t d onc ces trois\nn o tio n s e t les re n d possibles, ce qui les h arm o n ise\net les em pêche de se h e u rte r l’u n e co n tre l’au tre\n— ce qui p o u rra it arriv e r si elles étaien t in d é p en ­\nd an tes ab so lu m en t — c’est précisém en t l’E tre p a r­\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                         P h il o s o p h ie                 333\n\n\n\nfait qui se retro u v e en ch acu n e d ’elles q u a n d vers\nlui nous levons nos 1égards. Ce qui est tra n sc en ­\nd a n t ne p e u t être m u ltip le. M. G ilkin l’a oublié\net c’est v raim en t fâcheux c a r voici que croûle la\nb ase p h ilo so p h iq u e de son systèm e.\n    A près cet a rg u m e n t m alen co n treu x M . G ilkin\nn o u s en p résen te u n second d ’o rd re p lu tô t p h y sio ­\nlogique. A l’en croire, les artistes o n t u n te m p é ra ­\nm e n t si ex trao rd in aire q u ’il les so u strait presque\nen tièrem en t à l’h u m an ité v u lg aire, celle de to u t le\nm o n d e, p o u r les élever à des notio n s spéciales de\ndevoir et de resp o n sab ilité. E t p o u rta n t, nous dit\nl’écriv ain , « il est soum is aux m êm es lois m orales\nque to u s les h o m m e s» . M ais, ajoute-t-il aussitôt,\n« de quel d ro it la critiq u e v ie n d ra it elle scruter\nles secrets de sa conscience ? C ar sa v éritable res­\np o n sab ilité m o rale se m esure à son sen tim ent d u\nb ien e t d u m al et su r ce p o in t qui sera son ju g e ? ».\n    A lire de telles p h rases o n se p re n d à faire\nd ’étran g es réflexions. L ’a u te u r n ’arrive-t-il p a s à\nfaire de l’artiste u n être privilégié, in d é p en d a n t\nde la société, p u isq u ’il n ’a p as à se soucier de\nl ’influence b o n n e o u m auvaise de ses pensées tra ­\nd u ites en actes su r la volonté et la sensibilité des\nh om m es, in d é p e n d a n t, su rto u t, de D ieu puisque\nla destinée attrib u é e p a r L u i à ses créatu res sem ­\nb le ne p o in t d evoir d o m in er sa vie artistique.\nL ’artiste, disons-le fran ch em en t, sera dans son\nd o m ain e d ’activités ce q u ’est l ’an arch iste dans\ncelui des activités sociales, u n révolté, en réalité\nu n orgueilleux. L a resp o n sab ilité su p p o se des\ndevoirs rig o u re u x ém anés d ’u n e législation supé­\nrie u re à celui qui la su b it. S in o n l ’hom m e, deve­\nn a n t le c réateu r de ses obligations m orales,\nn ’ép ro u v e à les accom plir q u ’u n e p uissance égoïste\no ù d isp a ra it la n o tio n de d ev o ir, d ’au to rité et de\nresp o n sab ilité, si l’artiste se fait à son gré une\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": " 334             L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n\n  n a tu re spéciale, fatalem en t il y a u ra e n tre celle-ci\n  e t sa n a tu re d ’hom m e des conflits perpétuels ;\n  e n tre les deux lois qui le p o u ssen t co m m ent lui\n  sera-t-il possible de d éterm in er le sens de sa vie ?\n  L ’hom m e qui est en lui ne jugera-t-il jam ais l’a r ­\n  tiste, l’artiste n e p o u rra-t-il jam ais ju g e r l’hom m e?\n  S ’il y a sép aratio n radicale, quel en sera le p rin ­\n cipe et q u i le m ain tien d ra in tact ? A m oins que\n d ans ce « su rh u m a in » o n n ’ad m ette u n e n atu re\n su p érieu re, créatrice de sa loi, et n ’a y a n t au cu n\n com pte à ren d re à la n a tu re im parfaite q u e nous\n possédons. M ais alors il fa u d ra it n o u s le p ro uver.\n A u reste, cet a rt des « su rh u m a in s » d eviendrait,\n je pense, incom p réh en sib le p o u r les su rh u m ain s,\n qui p o u rra ie n t dès lors se consoler en tre eux de\n l’im bécilité des b ourgeois.\n     S i l’artiste est h o m m e c’est en cet h om m e q u ’il\n d o it p u iser l ’idée fondam en tale d e sa vie, le sen ti­\n m en t d u b ie n et d u m al, la resp o n sab ilité p lénière\n d e ses actes. Il p e u t développer p lu s que d ’au tres\n les ten d an ces su p érieu res de son ê tre , m ais ces\n ten d an ces très n e tte s se ra tta c h e n t étro item en t à\n to u t l’ensem ble de n o tre n a tu re vivante faite de\n d ésirs, de besoins, e t d ’a p titu d e s à les satisfaire\np lu s ou m oins.\n     M . G ilkin p o u ssa n t p lu s o u tre son a rg u m e n t\nph y sio lo g iq u e en arriv e à n o u s rep résen ter l’a rtiste,\nn o n p lu s com m e u n être su p érieu r, m ais com m e\nu n dégénéré. D an s ces co n d itio n s la thèse de son\nin d ép en d an ce d ev ien t a b su rd e . C ette au to n om ie\nde la conscience et de la volonté p e u t, ju s q u ’à u n\ncertain p o in t, se concevoir d an s u n être su p érieu r\nd o n t la n a tu re serait a u tre m e n t constituée q ue la\nn ô tre. M ais ce n ’est p lu s q u ’u n odieux sophism e\ns’il s ’ag it d ’u n dég én éré d o n t la n a tu re id en tiq u e\nà la n ô tre a u ra it su b i u n am o in d rissem en t. Il\nim p o rte, d an s ce cas, que la loi qui gouv erne sa\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                         P h il o s o p h ie                  335\n\n\n\nn a tu re le saisisse, s’il le faut, m alg ré lu i, e t l’e n ­\ntrain e de force vers les voies n orm ales de son\nactivité m alade. E co u to n s p lu tô t le p an ég y riste.\nO n cro irait e n ten d re u n M ax N o rd a ü .\n    « L a respon sab ilité des artistes, iden tique, en\np rin cip e, à la resp o n sab ilité des a u tres hom m es,\nn e se p e u t c e p e n d a n t m esu rer à la m êm e aune,\np arce q u ’ils ne so n t p as sem blables à la m oyenne\ndes ho m m es. C ’est u n fait q u ’a d m e tte n t à la fois\nles idéalistes com m e S ch o p en h au er et les po siti­\nvistes m od ern es. S ch o p en h au er, en é tu d ia n t les\nm odes de la conn aissan ce, a m o n tré que la con­\nnaissan ce artistiq u e diffère p ro fo n d ém en t de la\nconn aissan ce p ra tiq u e . L ’artiste v o it les objets\nd ’u n e m an ière désintéressée, in d ép e n d a m m e n t de\nto u te u tilité ; o r la m oralité est u n ra p p o rt d ’u ti­\nlité, — su p é rie u re e t d ’u n o rd re p articu lier, soit,\n— m ais, enfin, d ’u tilité. D ’a u tre p a rt, les a n th ro ­\npologistes c o n sid èren t les artistes com m e des\nho m m es a n o rm au x d o n t la co n stitu tio n m entale\ns’écarte d e l’éq u ilib re m oyen ; aussi les appellent-\nils aim ab lem en t des dégénérés. L o m b roso leur\nfait la politesse, avec M aig n an , de les tra ite r de\n « dégénérés su p é rie u rs », m ais N o rd a u n e v eu t\np as e n te n d re p a rle r de su p ério rité d a n s sa fam euse\ndégénérescence ; p o u r lui, ce so n t des dégénérés\nsans a u c u n qualificatif. R éserv e faite q u a n t à la\nn o tio n m êm e de la d égénérescence, il reste que\nles artistes s ’éc a rte n t de la n o rm e co m m une. Ils\nso n t p lu s im pulsifs que la m oyenne des h om m es et\nl’idée d u b ie n et d u m al est chez eux p lu s pâle\n et p lu s faible. Ils ne ju g e ro n t d onc p as leurs p ro ­\np res o uvrages avec la m êm e sévérité m orale\n q u ’a p p o rte ra ien t à ce ju g e m e n t les h om m es n o r­\n m au x e t la critiq u e n ’a p as à leu r d em an d er\n com pte de cette in d u lg en ce congénitale. Q u ’elle\n laisse d o n c de côté le ra p p o rt m oral qui existe\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "330            L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n\ne n tre l’artiste et son ouvrage e t q u ’elle s’occupe\nseulem ent, com m e elle en a le d ro it, d u ra p p o rt\nde m oralité qui existe en tre cet o u v rag e e t le\np u b lic m oyen. C ’est la seule questio n de m oralité\nq u ’il lui a p p a rtie n n e de tra ite r avec quelque com ­\npéten ce ».\n    L ’arg u m en t, à coup sûr, ne b rille g u ère p a r la\nm odestie d e ses ap erçu s, e t s’ils so n t dégénérés,\nles artistes que n o u s p e in t M. G ilkin ne so n t\np as h u m b les d u to u t, o h n o n ! C et orgueil est\nm êm e p articu lièrem en t sot en cette m atière.\n    O n p e u t se d em an d er lequel des d eux a d ro it\nd ’être e n te n d u et écouté en ses ju g em ents,\nl’hom m e n o rm al o u le dégénéré, l’an o rm al ? L e\nb o n sens p o u rra it aisém ent rép o n d re, m ais où\nest-il d an s to u t ceci ?\n    P o u rsu iv o n s ; il y a d an s le passage cité ta n t\nd ’erreu rs et d e confusions que p o u r les m en tio n n er\navec quelq u e p rofit il faut ab so lu m en t s’efforcer\nd ’éta b lir d an s n o tre exposé co n trad icto ire le plus\nd ’o rd re possible. T â c h o n s d o n c de p réciser\nl’o b jet de la discussion en d éterm in an t le p rincipe\nm êm e de n o tre adversaire. T o u t se b ase su r u n e\nconcep tio n fausse d u rôle des facultés chez\nl’a rtiste, d ’u n e p a rt, et de la m orale, de l’au tre ;\np a ta u g e a n t au p o in t de d é p a rt, le critiq u e égaré\nne cesse de p a ta u g e r ju s q u ’au b o u t. L a consé­\nquence é ta it inévitable.\n    L ’artiste v o it les objets d ’u n e m an ière d ésin té­\nressée et, d ’a u tre p a rt, p a r le fait de son activité\nspéciale, il cesse d ’être sem blable à la m oyenne\ndes hom m es et, selon S c h o p en h au er et les au tres,\nd ev ien t u n dégénéré. Q ue fau t il p en ser de cette\naffirm ation ?\n    Q ue signifie cette p ré te n tio n à n e voir d an s\nl’artiste q u ’u n être ex ceptionnel en qui l ’a rt a u rait\nan n ih ilé l’influence des facultés n o n artistiq ues. Il\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                         P h il o s o p h ie                 337\n\n\nim p o rte en effet avant de posséder le sens exquis\n et raffiné des choses artistiques de p osséder en sa\np lé n itu d e le sens pro fo n d de la vie et le sen tim en t\nd élicat de ses désirs intim es, C om m ent, en effet,\nl’artiste, si b ie n d oué soit-il, parlerait-il à l’hom m e\ns ’il ig n o re to u t ensem ble quelle sorte de vie cir­\ncule en ses veines et quels sen tim en ts font tres­\nsaillir son âm e d an s la ch au d e et vivifiante a tm o ­\nsp h ère d u V rai.\n     S an s d o u te, le d éveloppem ent co n tin u et presque\nu n iq u e d ’a p titu d e s p articu lières d o n n e à l’esprit\nu n to u r spécial et su rto u t u n am o u r exclusif d ’u n\ncertain o rd re de connaissances. L es facultés qui\nco n trib u e n t à en g e n d re r la pensée n ’o n t pas été\ndétru ites o u d im inuées, m ais l’activité q u ’elles\nen tre tie n n e n t s’est p lue à co nsidérer u n aspect\nd éterm in é d u m o n d e des réalités. S i, d an s la\nsp h ère d ’o p ératio n o ù le p en seu r s’est enferm é,\nla h iérarch ie et l’h arm o n ie naturelles des facultés\na été respectée, il n ’y a d an s cette spécialisation\nd u travail in tellectuel a u cu n inco n v én ient. O n\nap p ro fo n d ira d av an tag e un côté des choses qui,\nsan s cela, d an s u n e vue générale tro p vague et\ntro p superficielle, p e rd ra it son im p o rtance et\nson caractère réel.\n    Il y a p éril, il est vrai, si u n e faculté d ’ordre\nin fé rie u r ou de travail in co m p let englobe in ju ste­\nm e n t l ’activité entière et, sans se m ettre d ’accord\navec les a u tre s facultés m aîtresses, p ré te n d faire\nla sy n th èse d u m onde et des réalités observées.\nM ais, si l’o rd re des activités h abituelles est co n ­\nform e au x exigences rationnelles de la n a tu re\nto tale, o n n e voit p as com m ent la dégénérescence\np o u rra it s ’en suivre. L es p réo ccu p atio n s uniques\ne t spéciales à son gén ie qui p o u rch assen t l’artiste\nle p o rte n t, en définitive, vers u n travail qui, sans\nd é n a tu re r la con cep tio n de sa vie, lui en d o n n en t\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "338            L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n\n a u co n traire u n sens p lu s élevé, plus vaste et plus\n pro fo n d . E lles n e l’écarten t p a s des p réo ccu p a­\n tions de sa vie, elles p o u sse n t su r sa n a tu re et la\nfo rcen t à développer p lu s com plètem ent la g ra n ­\n d eu r laten te déposée en elle.\n    D ès lors aussi, q u e v eut d ire M. G ilkin q u an d il\nn o u s affirme que l’artiste v o it les objets d 'u n e\nm in iè re désintéressée, in d ép e n d a m m e n t de to u te\nutilité ? E st-ce à dire, peu t-être, q u ’il ne p e u t, sans\ncesser d ’être a rtiste, les ra p p o rte r à ses besoins de\nn a tu re . D an s ce cas, c’est leu r enlever sy stém ati­\nq u em en t to u t sens et to u t frém issem ent de vie.\nE lev er son âm e, ad m irer la G ran d eu r so n t des\nbesoins de l’hom m e, très élevés, sans do u te, m ais\naussi p lu s nécessaires que d ’au tres a u p ro grès\nréel de sa vie.\n    L ’hom m e d o it m êm e, p o u r jo u ir v ra im e n t de la\nG ra n d e u r, s’efforcer p a r u n travail a rd e n t de toutes\nses facultés de se l’assim iler e t d ’en faire p a rtic ip e r\nsa vie active. L e désin téressem en t n ’a jam ais\nsignifié, je crois, l’absence, chez l’hom m e, du\nd ésir de vivre et d ’éten d re m êm e sa vie aussi loin\nqu e le lui p e rm e tte n t ses forces. Ce que le d ésinté­\nressem ent n e sa u ra it to lérer c’est ce désir m auvais\nd e su p p rim e r de so n être im p arfait to u te s les re la ­\ntions de d ép en d an ce qui l’u n issen t à u n E tre\nS uprêm e p o u r faire de son « M oi » déifié le\ncen tre u n iq u e de ses activités et de ses d évotions.\n\n\n                               V ictor de B rabandère ,\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "L’ACTUALITÉ\n\n\n\n\n                  R e v u e d u M o is\n\nL e p ré s id e n t K rü g e r. — L e p r ê tr e   a u x u n iv e rs ité s\n  p o p u l a ir e s . —   C o n c l u s io n .\n  L e p r é s i d e n t K r ü g e r . — Les journées   qu’a passées le\n\n\nprésident Krüger en France resteront des journées histo­\nriques. N ous souhaitons que le même accueil ému et\ntriomphal lui soit réservé partout à travers l’Europe, et on\npourra dire que la conscience du monde occidental s’est\nréveillée, que les peuples ont, par le cri de « Vive l’arbi­\ntrage », condamné la guerre, acclamé par celui de «. Vive\nKrüger » la Justice et la Liberté, car c’est là ce que repré­\nsente ce grand vieillard dont le geste qui remercie semble bé­\nnir les foules qni l’acclament; et, devant tant de grandeur, de\nnoblesse simple, en présence de ce héros de l’énergie, des\nlarmes montent aux yeux des plus sceptiques comme des plus\nforts. Le président Krüger nous enseigne ainsi quelle puis­\nsance donne à un homme, une seule de ces idées, un seul\nde ces attributs de Dieu : Justice, Liberté, quand il l’incarne\ndevant les peuples ; alors, parce qu’il devient vraiment un\nhomme, — il y a si peu d’hommes qui soient vraiment des\nhommes — il apparaît à tous un surhumain et un héros.\nUn Krüger nous enseigne ce que peut la puissance d’une\nFoi en un Dieu juste et harmonieux ; car, c’est dans sa Foi\nque le président Krüger puise la force de s’oublier comme\nhomme de la Terre pour défendre les droits de ses frères\nen Douleur. On ne verrait pas raisonnablement pourquoi,\npour des notions de Droit et de Justice qui sont toujours\nconventionnelles hors d’une vérité divine, un homme serait\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "340                L a L u t t e . — D é c e m b r e 1 900\n\n\n héroïque. Il est amusant d’entendre d’austères libres-pen­\n seurs vous parler de Droit, de Devoir, de Justice, de\n Liberté, en somme tous mots en l’air, si on admet une Loi\n éternelle, une volonté directrice et régulatrice du monde.\n Le président Krüger et les Boers logiques avec leur Foi\n sont héroïques et beaux ; il y a longtemps que les abstrac­\n teurs de morale rationaliste auraient cessé leurs bavar­\n dages pour acheter l’alcool anglais ; ils auraient été d’ail­\n leurs logiques et c’est quand ils nous font des sermons\nlaïques qu'i'.s sont aussi illogiques qu’ennuyeux.\n   Je ne peux pas imaginer non plus un Renan devenant un\nhéros comme Krüger; j’imagine naturellement encore moins\nM. Clémenceau, et je ne vois guère non plus M. France.\n   Quand je considérais, il y a quelques jours, cette foule\nen qui la seule présence de ce vieillard exaltait les plus\nnobles enthousiasmes, je me disais que cet homme faisait\nplus pour l’élévation morale du peuple qu’en plusieurs\nannées de conférences, les très nombreux demi-penseurs,\ndemi-écrivains, jeunes et vieux arrivistesy qui ont entrepris\nl’élévation morale de la foule, avant d’avoir assuré la leur.\nEt, en somme, assurer son élévation morale, c’est là ce qui\nimporte ; la science et l’art de ceux qui n’ont pas eu ce soin\ndemeurent toujours incomplets, parce que leurs connais­\nsances ne s’ordonnent pas selon un idéal de beauté morale ;\nils restent médiocres, même s’ils sont savants de documents ;\nils peuvent faire des sophistes mais jamais de grands\nartistes et de grands penseurs, en qui l’on sente vivre une\nâme ; aujourd’hui, nous sommes victimes des sophistes qui\nsont des médiocres pleins de science. Un homme comme\nKrüger, qui puise dans sa Foi son élévation morale, appa­\nraît une admirable incarnation de l’énergie et porte, par\ncela même, en lui, toutes les possibilités. Il est pour nous\nun grand enseignement.\n\n\n\n\n  L e p r ê t r e a u x u n i v e r s i t é s p o p u l a i r e s . — Et mainte­\nnant, il faut parler encore des petites discussions, des\npetites polémiques au sujet du futur palais du peuple, car là\nse joue autour d’un incident en apparence insignifiant mais\nqui met en présence deux manières de penser, la mentalité\nd’un pays tout entier, et d’un pays dont la pensée et la\nbeauté morale sont précieuses au monde.\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                        L ’A c t u a l it é                341\n\n\n   N ous parlerons, aujourd’hui encore, de M . Maurice\nBouchor ; car, on ne scrutera jamais assez le manque de\nraison des Maurice Bouchor quand ils parlent au nom de la\nReligion.\n   M. Maurice Bouchor a écrit à M . Deherme une lettre,\noù on lit :\n   « D es impressions que j’ai recueillies hier soir, il résulte\nque beaucoup de nos amis regardent comme utile d’instituer\nune discussion publique avec un prêtre, pour frapper\nl’esprit de ceux qui hésitent encore entre le principe de la\npensée libre et la soumission à une autorité spirituelle. Je\ncroyais inutile de remettre en question le principe qui est à\nmon avis notre raison d’être, tout en reconnaissant que,\nsur la religion comme sur beaucoup d’autres choses, nous\navons bien des notions à acqnérir, et un loyal examen des\nthèses et des faits, méthodiquement poursuivi par des laïques\ndisposant de toutes les informations nécessaires, me parais­\nsait devoir être plus sérieux et plus efficace qu’une sorte de\nduel courtois avec un représentant de l’Ennemi. Je continue\nà penser de même, et si je me trompe, si les U . P . ont\nrecruté des adhérents pour qui il est utile de refuter un\nprêtre en chair et en os, je pense qu’un supplément d’édu­\ncation générale, — scientifique, historique, philosophique —\nne serait pas inutile pour assurer au débat toute la gra­\nvité, toute l’étendue, toute la portée désirables ».\n   Cette lettre aurait beaucoup amusé Flaubert qui n’était\npas, que je sache, clérical. Elle fait penser toutes sortes de\nchoses qu’on ne voudrait pas penser.\n   Car enfin, M. Maurice Bouchor avoue qu’il a besoin\n d’être informé touchant les choses de la religion, qu’il a\n même des notions à acquérir sur ce sujet, ce dont nous\n ne doutons pas, mais alors pourquoi traite-t-il en ennemi\nce qu’il ne connaît point. Et puis, est-il sérieux ou est-ce\n de sa part une facétie grave, que de nous parler d’ « un\n loyal examen de thèses et de faits, méthodiquement pour­\n suivi par des laïques disposant de toutes les informations\n nécessaires », quand nous savons tous que ces laïques sont\n la plupart des prêtres démissionnaires qui utilisent leur\n intelligence à apporter devant les foules une justification\n d’eux mêmes qu’elles ne leur demandent pas. Mais la perle\n de cette lettre est dans cette phrase : « Si les U. P. ont\n recruté des adhérents pour qui il est utile de réfuter un\n prêtre en chair et en os, je pense qu’un supplément d’édu­\n cation générale — scientifique, historique, philosophique, —\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "342             L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n ne serait pas inutile pour assurer au débat toute la garantie,\n toute l’étendue, toute la portée désirables ».\n   Cela veut dire qu’il faut contredire, dans l’esprit des\n foules, le curé, avant de l’avoir entendu, et sans même\n savoir ce qu’il dira, pétrir des cerveaux rebelles à sa\n doctrine, orienter d’une certaine manière des mentalités.\n Mais c’est là ce que les amis de M. Maurice Bouchor\nreprochent aux Pères, d’accomplir... Alors ! Que penserait\nM. Maurice Bouchor d’un évêque qui demanderait qu’une\n étude complète de la théologie fût faite avant toute autre\n étude, dans les établissements d’éducation '!\n   Oh ! les sinistres gâcheurs d’esprits, qui, sans cesse,\nveulent combattre une idée par une idée, une doctrine par\nune doctrine, qni désorganisent sans construire ! M. Mau­\nrice Bouchor me parait surtout avoir une terreur étrange\ndu prêtre; j’imagine qu’il doit lui attribuer des influences\nmagiques ; le prêtre lui apparaît sans doute comme une\nsorte de sorcier; M. Maurice Bouchor doit appartenir à la\ncatégorie des libres-penseurs qui touchent du fer quand ils\nrencontrent un ecclésiastique.\n   Les libres-penseurs qui ne pensent pas comme M . Bouchor,\nà l’Université populaire, ont, en somme, pour le prêtre, un\nbien moins grand respect ; je crois que c’est de là, surtout,\nque leur vient leur tolérance. Ils sont tout aussi ignorants\ndes choses religieuses, mais ils sont persuadés, c’est là leur\nFoi, qu’elles ne consistent qu’en ces amas de stupidités, et,\nlorsque le prêtre paraîtra devant la foule, à côté d’eux qu\nreprésentent la lumière, tous comprendront que le prêtrei\nreprésente la nuit, et la lumière régnera. C’est là ce qui\nressort très nettement de la conférence de M. Le Foyer, à\nl’Université populaire du Faubourg Saint-Antoine :\n   « Nous ne faisons plus la critique de l’Eglise. Et l’on a vu\ncette revanche inouïe : l’Eglise faire la critique de la science.\nLe X V IIIe siècle s’est clos sur la défaite de l’Eglise. Le\nX IX e se termine sur « la faillite de la Science.» Faillite de\nla Science... bientôt, en effet, puisque l’Eglise y a pénétré.\nL’Eglise déjà façonne, déjà modèle, déjà maquille la science.\nDéjà l’Eglise fait des faux avec la Science. Un avertisse­\nment terrible : l’Institut catholique n’avait d’abord qu’une\nfaculté de théologie, une faculté de droit. Il y a ajouté une\nécole de littérature, de beaux arts et d’histoire et une école\nde médecine. Longtemps l’Eglise avait reculé devant le\ndanger de la médecine pour la croyance de ses fidèles,\ndevant la grande œuvre à élaborer d’un catéchisme physio­\n"}, {"page_pdf": 366, "texte": "                        L ’ A c t u a l it é               343\n\n\nlogique. Et nous, nous jugions les études de médecine hors\ndes atteintes de l’ennemi ; mais les voici investies.\n  Nous avions dans chaque commune le représentant du\nmonde moderne : contre le curé, le médecin Mais le\nmédecin même est, jusqu’à l’âme, corrompu. » ( La Coopé­\nration des Idées. — 24 novembre 1900).\n  Tribulat Bonhomet doit en tressaillir d’angoisse dans sa\ntombe.\n  Le débat est tout de même acceptable ainsi ; et, puisque\nle représentant du monde moderne, le médecin, a été\ncorrompu, il n’y a plus qu’à essayer de « corrompre »\nM. le Foyer. Il n’y a qu’un homme qui ait prononcé dans\nle débat les paroles nobles qu’il fallait, c’est notre ami\nAlbert Jounet, dans sa lettre à Deherme qui doit être\nreproduite ici, toute entière :\n\n                  Cher ami,\n   Vous êtes vraiment un homme du monde nouveau ; vous\nne voulez pas seulement discourir sur la liberté, mais la\nvivre.\n   Votre attitude, si loyale et logique, me décide à vous\nenvoyer mon adhésion au Palais du Peuple.\n   Le Christ a dit : « Il n’est rien de caché qui ne doive être\ncon n u ... Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra\nlibres. Cherchez et vous trouverez ».\n   Ces paroles condamnent tous ceux — libres-penseurs,\nantilibertaires, éléments politiques et antichrétiens de\nl’Eglise — qui voudraient interdire la recherche libre et\naudacieuse de l’intégrale vérité.\n   Pour moi, catholique, je redoute si peu la recherche du\nvrai, qu’aux libéraux inconséquents qui vous reprochent\nvotre impartialité, je propose de venir eux-mêmes lire au\npeuple, dans votre université, les passages essentiels de\nL ’Histoire de l'Inquisition au M oyen-Age (1er volume, par\nCharles Léa, traduite par M. Salomon R einach).\n   Ce livre n’est certes pas écrit au point de vue du dogme\net de la Révélation. Tout ce que je demande à l’équité de\nces messieurs, c’est de lire, parmi les passages essentiels,\net ceux qui concernent les horreurs de l'inquisition et ceux\nqui concernent la sainteté de François d’A ssise et des pre­\nmiers franciscains.\n   Mais, peut-être, les adversaires du Christ n’oseront-ils\npas montrer François au peuple, même après lui avoir\nmontré les auto da fe et in pace.\n"}, {"page_pdf": 367, "texte": "34 4           L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\n   C’est pourquoi, moi, catholique, je vous prie, aussi bien\npour la honte des Inquisiteurs que pour la gloire de Fran­\nçois, de mettre dans la bibliothèque de votre Université,\nl’exemplaire que je vous envoie du livre sur l’Inquisition,\nécrit par Charles Lea et traduit par Salomon Reinach.\n   Vôtre, de cœur,\n                                            A lbert J ounet.\n\n\n  Etre libre, c’est là ce que veulent tous ceux qui cherchent\nloyalement la vérité ; et, si nous le voulons tous, l’acte de\nFoi de demain sera un acte d’intelligence et d’amour.\n\n   C o n c l u s i o n . — Cette revue du mois sera la dernière de\ncette année 1900 ; année émouvante, que nous accueillîmes\nfrissonnants encore de la formidable Affaire ; une question\nde justice alors nous séparait, car il faut croire que c’était\nau nom de la justice que tous parlaient, puisqu’aujourd’hui,\nà la fin de cette année, nous nous retrouvons unis sans\ndistinction de partis, de religion même, pour acclamer un\nhomme qui parle au nom de la justice outragée, et puisque\nnous assistons, à la fin de ce siècle, au spectacle réconfor­\ntant de peuples unis dans un même cri de justice, et dans\nune même réprobation de la veulerie et de la diplomatie\nmisérable de leurs gouvernements.\n    J’ai essayé, dans ces brèves notes, tout le long de cette\nannée, de juger toutes choses, d’un point de vue chrétien­\nnement catholique ; mes colères furent des colères sans\nhaines, mais, plutôt, des colères d’amour. J ’ai essayé, je le\nrépète, d’être chrétiennement catholique, en dehors de\ntoute secte, de tout parti, car le catholicisme n’est pas une\n secte ou un parti, c’est la plus vaste des synthèses, et je\n suis de ceux qui pensent qu’il faut être doctrinalement\nimplacable avec les sectaires et les anti-chrétiens d’Eglise,\n comme avec tous les sectaires, car il appartient aux catho­\n liques chrétiens d’éclairer toutes choses aux lumières\n vivantes de l’Intelligence et de l’Amour.\n\n                          GEORGES LE CARDONNEL.\n"}, {"page_pdf": 368, "texte": "LES EXPOSITIONS.\n\n\n\n\n    E x position                  Centennale\n          de l’A c adémie des\nB ea u x Arts de B r u x e lle s\n\n\n   Une chambre à l’Hotel de ville accordée en 1711 par le\nMagistrat afin d'y exercer l’a rt du dessin ; telle est, rappelée\ndans une excellente notice de M . Henri Rousseau, l’ori­\ngine d’un établissement autour duquel se concentra fata­\nlement notre vie artiste.\n   L’exposition installée aujourd’hui dans les locaux de la\nrue du Midi reflète, de la sorte, non sans quelques illusions\nd’optique, les évolutions de nos écoles et la liberté\nd’aujourd’hui, l’artiste osant se traduire plutôt que la\ncollectivité de temps et de lieu. Une série d’admirables\nportraits de Navez nous reportent aux origines séculaires,\nà l’influence de David, des Académiques contre la technique\ndesquels va s’engager la réaction coloriste, comme le\nromantisme dissipera leur rêve greco-romain. On y\nremarque un vert doré où revit toute la note décorative du\npremier empire.\n   Deux lauréats, Madou et Charles Degroux auxquels les\nnotes académiques prédisent grande gloire ; pour une fois\nqu’elles devinent, l'anecdote est à recueillir. La R ix e au\ncabaret et Les pélérinages montrent la réaction romantique\n"}, {"page_pdf": 369, "texte": " 346             L a L u t t e — D é c e m b r e 1900\n\n\n  épurée d’un réalisme attentif, avec Leys, aux influences\n  primitives. L a Réconciliation, l’admirable Tête d ’étude sont\n  du réalisme pur en toute sa poignante beauté. Fourmois,\n  Boulanger comme Artan, assouplissent davantage encore\n  le coloris aux caresses fluides des feuilles et des flots. Du\n  second, le Héron mort est une chose admirable, avec des\n  vibrations dans le noir et le blanc où frémit le poème entier\n  de l’hiver. Th. Baron, plus timide, atteste moins l’influence\n  de Courbet.\n     Contrastant de souci humain, Alfred Stevens est\n représenté par des œuvres de sa dernière manière. Eugène\n  Smits, par les mythologies rousses et timides où il sut\n mettre tant de personnalité. Voisines des œuvres de Stal­\n laert celles de Portaels, parfois encore attirantes, rappellent\n le professeur d’individualisme dont l’atelier libérait au lieu\n d’écraser, traditionnellement. Magnifiques œuvres d'un de\n ses élèves, Agneessens ; une académie de jeune homme,\n blanche précise et grande ; des portraits, surtout deux\n esquisses d’une même femme, dans la gamme rousse\n pressentant les recherches de Carrière. Isidore Verheyden\n est également bien représenté, ainsi que les Oyens, ces\n hollandais de tant de lumineuse gaieté. Impens aux rouges\n ardents le rappelle un peu. De Verwée, il est plusieurs\n toiles très en beauté ; notamment ce Repos dans les Dunes,\n où tant de lumière adoucit l’éclat, porcelainé souvent, des\npâtes. M. Geo Bernier nous rend cette note avec le frisson\nnouveau, d’une plus savante complexité dans le ton.\n    Nous voici arrivés aux plus contemporains, ceux de\nmaintenant et de bientôt. Ensor rattache les chercheurs\n d’exquisités : Khnoppf, Frédéric avec Firmin Baes, Schlo ­\nbach, Mellery le maître admirable du noir vibrant, Delville\ndont il faut revoir la grande et subtile Ecole de Platon, aux\namoureux de lumière Van Strydunck, d’autres, comme\ntotalisés dans Marcette aux eaux pleines de ciel. Alfred\nVerhaeren avec la couleur si riche qu’elle devient religieuse\ntoujours ; Laermans au contraire, de couleur merveil­\nleusement souffrante, ici représenté surtout par le portrait\ndu peintre ; Gilsoul, Hamesse, Rothiers dont une esquisse\net une tête de femme douce et forte ; G. M . Stevens,\nLempoels, la réaction brune avec Bastien dont les diverses\ntoiles étiquettent la recherche d’aujourd’hui.\n    Les aquarellistes et les fusinistes : Lanneau, Lynen, Titz,\nUytterschaut, Broerman, nous mènent aux graveurs si\noubliés toujours du grand public et si admirables pourtant;\n"}, {"page_pdf": 370, "texte": "                     L e s E x p o s it io n s           3 47\n\n\nBiot, Danse, au burin souple comme un pinceau et décisif\ncomme une plume, feu J . B. Meunier dont la conscience\navisée explique toute une génération d’artistes\n   Dans la sculpture nous retrouvons l’admirable floraison\nqui succéda chez nous, à la pénurie misérable d’il y a un\ndemi-siècle. Nous y devons les honneurs de maître de\nmaison à M. Van der Stappen. On retrouve ici moins\nsensible le triumvirat actuel d’influence. Lambeaux, la\nflamme même de la vie ; Victor Rousseau, son rêve ;\nConstantin Meunier, sa passion rédemptrice. Nommons au\nhasard, Charlier, De Haen, Des Enfants, souple et subtil ;\nDe Rudder dont les Masques rappellent tout l’effort\nmoderne d’art appliqué ; Dillens avec le solennel Génie de\nla tombe, De Vreese, W eygers, Vinçotte, Samain, Samuel,\nLagae, des jeunes actuels : Grandmoulin, Nocquet, Marin...\nL’architecture, encore une délaissée que cette sculpture\nd’édifice, et avec des noms hautains : feu Poelaert, Beyaert;\nMM. Bordiau, Saintenoy. Naturellement, j’en passe et des\nmeilleurs ; c’est du reste un tort, un tort nécessaire.\n                                                    A. J .\n"}, {"page_pdf": 371, "texte": "CRITIQUE.\n\n\n\n\n             R evue des L iv r es\n\n\n   J o s é H e n n e b i c q .. L ’A m o u r P h é n i x . — (Paris-Editions\nde l’Humanité Nouvelle).\n   En ce petit livre, pour lequel M. Paul Adam écrivit une\npréface fortement pensée, M. José Hennebicq réunit les\ndivers contes qui lui firent une personnalité marquante et\nbien accentuée. Platonicien convaincu, épris des Idées-\nmères dont le culte serein fit la gloire de l’Hellade, il y\nparcourt à travers les temps et l’espace les diverses formes\namères ou tendres de l’amour. Amour antique, drapé dans\nle manteau somptueux de l’art; amour enfiévré d’aujour­\nd’hui, entraînant après soi l’inévitable douleur ; amour\nrenaissant de la mort, comme l’oiseau éternel, y forment un\nsublime cortège que clôt de son rayonnement inouï l’amour\ndivin du Christ, sauveur du monde. Les hautes pensées dont\nle livre est imprégné aussi bien que le charme d’un beau\nstyle, parfois trop maniéré peut-être, font de la lecture de\nmaintes pages, un réel et pénétrant plaisir d’art.\n\n  G e o r g e s D e l a u n n o y . C o n t e s D’A u t r e f o i s . — (Namur-\nGodenne).\n  Ces contes rustiques, écrits sans trop de souci de la\n"}, {"page_pdf": 372, "texte": "                                    L a C r it iq u e                          349\n\n\n  forme, dans le désir unique de peindre simplement la vie,\n  exhalent un parfum de sincérité tel qu’on ne peut s’empê­\n cher de les aimer. On sent que leur auteur a connu et\n observé l’existence des terriens naïfs et primitifs dont il\n montre les gestes frustes, les joies et les douleurs, dans le\n décor des labeurs rudes et des villages groupés à l’horizon\n des campagnes. Après la fièvre des romans contemporains,\n on éprouve un réel bien-être à se sentir plonger dans l’exis­\n tence simple, heureuse, fidèle aux grands principes qu’elle\n applique sans les connaître et que pour cela même elle n’a\n pu déraciner. Aussi est-ce de tout cœur que nous souhaitons\n à M . G. Delaunoy le travail et la persévérance qui assou­\n pliront son style et le débarasseront des inexpériences qui\n le déparent encore.\n\n    R obert      V an     der    E lst.     V e il l e s   et   L e n d e m a in s ,\n poèmes. — (Paris. — Paul Ollendorf).\n\n    Ces poèmes n’atteignent pas, tant s’en faut, à la perfec­\n tion de forme qui caractérise les grandes œuvres. Pour­\n tant, ils se distinguent de la multitude de productions hâti­\n ves que tant de jeunes poètes ont coutume de nous prodi­\n guer, car on y trouve des pensées, et, ce qui est mieux que\n de la simple virtuosité, la sincère étude d’une suite d’états\n d’âme. Tristesses brèves, joies fugitives, nostalgies de\n lointains plus heureux reculés dans l’espace et le temps y\n sont subtilement analysées, et parfois même bellement\n exprimées.\n    A r n o l d G o f f i n . — I . F i o r e t t i , t r a d u c t i o n . — (Bru­\nxelles. — Compagnie générale d’impressions.\n   M. Arnold Goffin nous donne une belle réédition des\nFioretti qu’il traduisit en une langue si souple et si colorée\nrendant merveilleusement le ton naïf et primesautier du\ntexte italien. Maintes pages d'Hélène et du T hyrse, non\nmoins que des études subtiles sur l’art et les lettres, ont\ndepuis longtemps montré au lecteur intelligent comment\nM . Goffin sait revêtir de beauté ce qu’il touche. Aussi bien\nne pourrait-on lui reprocher autre chose que de se prodi­\nguer trop peu. En cette traduction des « petites fleurs de la\nvie du petit pauvre de Jésus St-Françoise d’A ssise » il\ndéploie les charmantes qualités de style qui le caractérisent\nen les mettant au service d’un des plus délicieux ouvrages\nqui soient au monde.\n   Rien n’égale en effet le charme imprévu qu’exhalent ces\npieux récits, parfumés tout autant de la fraîche odeur des\n"}, {"page_pdf": 373, "texte": "330               L a L u t t e . — D é c e m b r e 1900\n\n\ncampagnes de l’Ombrie que des lys et des roses du divin\namour. Il faut lire et relire les chapitres narrant la conversion\ndu loup d’Agobbio, le repas de Ste-Glaire et de St-François\nà Sainte Marie des Anges, les prédications aux oiseaux et\naux poissons et surtout le cantique du Soleil. Il y a là une\nsimplicité véritablement sublime, combien au-dessus de\ncelle de poètes qui se prétendent simples. Et il convient\naussi de louer et remercier M . Goffin, grâce auquel il est\npermis à tous de connaître cette belle œuvre.\n                                                    CH. DES.\n\n  E u g è n e H e r d i e s . — L ’A v e n u e d e s D o u l e u r s .   (Bru­\nxelles, Schepens.\n  Cette mince plaquette n’ajoute rien aux précédentes\npages de M. Herdies et l’on est' arrêté à chaque moment\npar de bizarres constructions de phrases, des à-coups\nbrusques de lyrisme et des fautes de grammaire qu’une\nindulgente camaraderie littéraire pourrait seule nommer\n« coquilles » !\n  P r o s p e r R o i d o t . — L a H a m e a u V e r t . — (Bruxelles,\nSchepens).\n  Lorsque M. Roidot veut s’astreindre à condenser ses\nsentiments en des vers un tantinet réguliers il arrive très\nsouvent à nous donner une impression de fraicheur et dé\nnature tout-à-fait neuve et originale. Ce livre, fort en pro­\ngrès sur Aubes et Crépuscules, contient, nombre de jolis\nvers fleurant bon le vent, les bois et la campagne.\n  F e r n a n d B e r n a r d . L e s D i a p h a n e s . (Decallonne-Tour ­\nnai).\n  Rien qui ne sorte du déjà lu, déjà écrit, mais dans l’en­\nsemble une bonne tenue littéraire et le constant souci d’une\nforme serrée. Trop de banalités, hélas ! que l’auteur sait faire\noublier parfois par d’agréables paysages jetés cà et là au\ntournant de chaque page !\n                                                    P . M.\n\n\n   A VIS   IM PO RTANT.        —     Nous prions nos lecteurs de\nfaire bon accueil aux quittances d’abonnement pour 1901\nque l’administration des Postes demande aux journaux de\nprésenter fin décembre pour éviter l’encombrement du mois\nde janvier.\n"}, {"page_pdf": 374, "texte": "              Index A lp h a b é t iq u e\n du Tome II de la Série Nouvelle — Juillet-Décembre 1900\n B er th el (A l b e r t ) :\n                T e m p ê t e ...........................................................                15\n B e r t h o u (Y v es) :\n                L a S e rv a n te d e c e n t a n s                                                     300\n                C ritiq u e d e liv re s                       .        .           .           .        50\n B r a b a n d è r e ( V ic t o r d e ) :\n                P a g e s d ’E s t h é t i q u e ................................................        65\n                L ’A r t e t l a M o r a l e                   .        .           .           .   258 330\nB r o g n e a u x ( P a u l in ) :\n                S o i r d e l u n e ................................................                     16\nD elten re (E rnst) :\n               N o t e s m u s ic a le s                       .     .          .               .       55\nD e l v il l e ( J e a n ) :\n             V    e r s ............................................................                     19\nD e s O m b ia u x ( M a u r i c e ) :\n               Le F         o r ç a t ................................................                 303\nD e s p r e c h in s ( E m il e ) :\n             I n s p i r a t i o n ................................................                    190\nD evèze (A l b e r t ) :\n               L ’A t t e n t e v a in e                    .       .           .           .           24\n             I n v o c a t i o n ................................................                       25\nD ir e c t io n ( L a )\n             C o m m e n t a i r e ................................................                      6\n               P o litiq u e in té rie u re                 .       .           .           .          289\nD u l l a e r t ( M a u r ic e ) :\n               L ’I v r o g n e ...........................................................            185\nF ro g er (A l b er t d e) :\n               La N         u i t ...........................................................           18\n               L e s a lo n d e s B e a u x - A r t s d e 1900                                         130\nG e r m a in ( A l p h o n s e ) :\n               L a s itu a tio n re lig ie u s e a u x E ta t- U n is                                  101\n               L e m y s tè re d e la P a s s io n à O b e ra m m e rg a u                             202\n               G u sta v e M o re a u                       .       .           .           .          249\n               L ’A r t H i n d o u ................................................                   311\n               C r i t i q u e d u liv r e                 .        .           .           .          215\nG e r o t h w o h l ( M a u r ic e ) :\n               U n e ré s u rre c tio n                    .                ,           .              144\nG il l e ( V a l è r e ) :\n           R e p o s ...........................................................                        26\nG il o n ( Y v a n ) :\n               L e r e to u r d e L o u is d e T h u rin g e                                            41\nH eux (G asto n) :\n        L ’A u r o r e e m b a u m é e .                            .           .           .           27\nJ oly ( E dm ond) :\n               Le S i l l o n ...............................................                          285\n"}, {"page_pdf": 375, "texte": "                   E x p o s i t i o n c e n t e n n a le d e l’A c a d é m ie d e s\n                      B e a u x - A r t s ...................................................................... 3 3 9\nL e Ca rd onnel ( G eo rg es) :\n        R e v u e d u m o is .           .       .               58 149 209 279 342\n        A l b e r t S a m a in   .           .                                                  .       122\nL egavre ( L éon) :\n        B a l l a d e ....................................................................................2 8\nM a z e l (H e n r i) : '\n           V i c t o r H u g o p h ilo s o p h e                               .                   .               .           .           53\nM arlow (G eorges) :\n       L e V i t r a i l ....................................................................................2 9\n                 S o u r i r e a u m a tin .                  .        .               .                   .               .               30\nM u ssche ( P a u l ) :\n        E x i l ................................................................................................31\n                 L ’A r t p o u r D i e u ............................................................                                      9\n                 L a C h u te d u s o                  i r .......................................................... 1 18\n                 I l e s t d e s s o i r s ......................................................................2 4 5\n                 L a N u i t p e n s i v e ......................................................................2 4 6\n                 L e P a r c ..................................................................................2 4 7\n                 C ritiq u e s d e liv re s                   .        .           .                   .                           288    350\nN ed (E d o u a r d ) :\n         P r i è r e .................................................................................................3 2\n                 L e P o è t e e t le s O i s e a u x                          .                   .               .           .          181\n                 L e J a r d in d e s A ro m a te s                                            ,                                          1 84\nP r a v ie l ( A r m a n d ) :\n            P o u r la d é fe n se d e s P a r n a s s ie n s                                                          .           15 7   193\nR am aekers ( G e o r g e s) :\n                 P o u r q u o i j ’e n t r e a u «S c a n d a l e »                                                                        1\n                 L a D o u le u r e x p ia to ire                              .                   .               .           .           34\nR o id o t ( P r o s p e r ) :\n           L a F e r m e d o u c e .........................................................................3 6\nR o m a n ( J u l ie n ) :\n           H o r s d e s T é n è b r e s ............................................................. 3 8\nS é v e r in ( F e r n a n d ) :\n            Œ n o n e .....................................................................................39\n                 J e u n e s s e .....................................................................................9 4\n                  L ’A      u b e ..................................................................................2 9 6\n                 U n s o n g e ..................................................................................2 9 7\nS p r im o n t (B a r o n C h a r l e s d e ) :\n                 S o n n e ts à V iv ia n e                   .            ,                   .                       .           .       20\n                 T ris ta n e t Y            s e u l t ..............................................................84\n                 F r é d é r i c N i e t z s c h e ...........................................................161\n                  L a G e n è s e d e l’A               r t .......................................................... 2 2 5\n                  D e l ’A m o u r à la M o r t .......................................................... 2 9 2\n                  C r i t i q u e s d e li v r e s            .       .            .                   .                           222    348\nTallenay ( E douard d e) :\n                 L a M o r t d e s R ê v e s ............................................................. 2 2\nV e r h a e r e n ( E m il e ) :\n                  P r e s s e n tim e n t d e v ic to ire .                                .                   .           .\n                  L e B a n c ......................................................................                                      237\n"}, {"page_pdf": 376, "texte": "É d itio n s de \" L A L U T T E \"\n         80, R u e d e l ’E r m i t a g e , 80, — B r u x e l l e s .\n\n\nY ves B e r t h o u               L e Prince des Prosateurs fr. 0.50\nA lbert J ounet                   Dieu de Beauté               » 0.50\nP a u l M u ssche                 Simplement                   » 2,00\nE d ouard N ed                    Mon J a rd in Fleuri         » 2,00\nG eo rg es R am aekers            Les Fêtes de l’E té          » 1.25\nG e o r g e s V ir r è s          En Pleine Terre              » 3.50\n\n\n\n                 V IE N N E N T DE PAR AITR E :\n\n           1° dans les éditions de L A                 L u t t e\n\n                           A r m a n d P r a v ie l\n\n\n\n            P o èm e s M y s t i q u e s\n     luxueux volume de plus de 100 pages, 2 francs\n\n\n\n\n                       2 ° c h e z V r o m a n t e t C ie\n\n\n                            G e o r g e s V ir r è s\n\n\n\n           L a B r u y è r e A r d e n te\n\n                                    Roman\n                           volume de 350 pages\n                               P r i x : fr. 3.50\n\n\n\n    On peut demander ces ouvrages au siège de l’administra­\n tion de la Lutte, 80, rue de l’Ermitage, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 377, "texte": "                            LA LUTTE\n                   80, R U E DE L’ERM ITAGE, 80\n\n                                 BRUXELLES\n\n     paraît tous les mois en fascicules de 64 pages, et\nforme au bout de l’an deux forts volumes in-8° avec table,\n               d’environ 400 pages chacun.\n               Belgique                                  Ailleurs\n    U N AN . .     5 fr.      UN AN . . 8 fr.\n    U N N uméro    1 fr.      UN N uméro 1.25 fr.\n   LA L U T T E (Série Nouvelle) publie : CONTES, N O U ­\nVELLES, E TU D ES CRITIQUES, M ONOGRAPHIES,\nLITTERATURES ETRANG ERES, QU ESTIO N S DE\nMORALE ET DE PHILO SOPHIE, DRAM ES, POE­\nMES, RELATIONS de VOYAGES, etc.\n\n\n      C O M IT É D E R É D A C T IO N . (B E L G IQ U E ) : E r n st\nD eltenre,           P ol       D em ade,   H ubert       D e M oor,        Y van\nG i l o n , l ’A b b é      H ector     H o o r n a e r t , E m il e    J om aux,\nP a u l M u s s c h e , E d o u a r d N e d , C h a r l e s d e S p r im o n t ,\nl ’A b b é   E u g è n e V a n d e r E Ls t , G e o r g e s V i r r è s .\n\n\n\n      C O M IT É         DE      R É D A C T IO N .    (F R A N C E ) :      Y ves\nB e r t h o u , J . E s q u ir o l , A l p h o n s e G e r m a in , L o u is G i l ­\nlet,    A lb er t J o u n et , G eorges le Ca rd o n n el, H enri\nM a z e l , L o u is M e r c i e r , A r m a n d P r a v ie l , C h a r l e s d e\nR o u v r e , L o u is T ie r c e l in .\n\n\n\n\n                                  BRU XELLES\n             R é d a c t io n                         A d m in is t r a t io n\n\n       26 , rue Faider.                         80 , rue de l'E rm itage.\n\n\n\n       Im p . Ixello ise (à vapeur) H. C oduys, 272 et 276, ch. de Wavre\n"}, {"page_pdf": 378, "texte": ""}, {"page_pdf": 379, "texte": ""}, {"page_pdf": 380, "texte": "-\n    -\n"}, {"page_pdf": 381, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1900-12", "signet_source": "Cinquième année - Tome II de la série nouvelle - N°12 - Décembre 1900", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 310", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}