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N° 4.                                                                JANVIER 4891.\n\n\n\n                           ESSAIS              P U B L IÉ S P A R L E\n\n\n\n\nC   E    R   C    L    E      LITTERAIREFRANÇAIS\n                                REV U E MENSUELLE.\n                                                                                                          O\n\n\n\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-01-n1-002", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE DU N ° 1", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 6, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 432, "fin_caractere_exclue": 1969, "texte": "SOMMAIRE DU N ° 1.\n                  A U X LECTEU RS.\n                  Fable sans morale          ..............................\n                                                                        L éon L u c y -M a r .\n\n                  S i j ’avais des a i l e s .......................... G eorges A r v e n s is .\n\n                  La Mer (Esquisses)..........................Louis               V ê h en n e .\n\n                  La Cigarette ......................................   F ré d é ric F rich e .\n\n                  Tableau T riste ..................................    J ose ph D e G e y x s t .\n\n                  S o n n e t s ...........................................\n                                                                        C h a rle s T u yten s.\n\n                  La Rose Mousseuse (Conte).................Louis                 D e D c s s c iie r .\n\n                  Désespoir ........................................... G eo r g e s D u s s il l o n .\n\n\n\n\n                       P r ix d u n u m é ro : 4 0                          c e n t im e s .\n             P r ix     d e l ’a b o n n e m e n t : u n                    a n 4 fra n c s.\n\n\n                                       BUREAU         I)U J O U R N A L :\n         G A N D , 71, H U E D E F L A N D R E , 71, G A N D .\n\n                                                  GAND,\n                 Im prim erie m écanique de LÉON DE EUSSCHER, rue Savaen, 32.\n\n                                       TOUS     DROITS      RÉSERVÉS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-01-n1-003", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "N .-B . — Il sera rendu compte", "ancre_fin": "bureau du Jou rnal.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CERCLE LITTÉRAIRE FRANÇAIS. 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Ils sont tenus\n                            de donner à tour de rôle des conférences, évangiles du jour et\n                            lectures.\n                         Les membres correspondants sont ceux qui n’habitent pas la ville. Ils\n                            ne sont astreints à aucune rétribution, mais sont tenus d’envoyer\n                            au Cercle un évangile du jour (œuvre personnelle) au moins une\n                            fois tous les deux mois.\nA r tic le         X.    - Le Membre qui obtient le premier un ouvrage eu lecture est obligé\n                            d’en rendre compte à la date fixée par le Comité.\nArticle XVII. — Le Cercle organise chaque année un Concours littéraire entre tous ses\n                           membres.\nA r ticle      XVIII. — Le jury se compose de 5 membres. Ils sont choisis parmi les membres\n                           du Cercle. Le scrutin est secret et a lieu à une des premières\n                           séances de l’année. Le ju ry prend les dispositions spéciales pour ce\n                           concours.\nA r t ic l e    X IX . — La cotisation annuelle est fixée à 5   fr.   pour les membres effectifs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-01-n1-005", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 1, "page_fin": 2, "titre_corps": "Aux lecteurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Rédaction", "ancre_debut": "AUX LECTEURS. 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A ujourd’hui il est dans toute sa vitalité, il compte dans son sein\ntous les jeunes gens qui cultivent les lettres, aussi croyons-nous bien faire\nen livrant à la publicité quelques œuvres de Membres du                    Cercle, espérant\nque nos     E s s a i s recevront un accueil sympathique p a rm i les personnes qui\ns’occupent de littératu re.\n   Nous n’avons pas la prétention de pub lier des œuvres                    impeccables et\nn ’ignorons pas que les pièces tan t en prose qu’en poésie qui p a ra îtro n t dans\nnotre     recueil soulèveront   des critiques sévères,            mais nous comptons sur\nl'indulgence du public, trop heureux s’il veut bien seconder nos efforts.\n   Nous savons qu’il faut être bien tém éraire pour fonder un jo u rn al, alors\n"}, {"page_pdf": 9, "page_imprimee": 2, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1145, "texte": "que ta n t d ’autres publications, écrites p a r des hommes compétents ont vécu;\nque nous n’avons pas toute l’expérience nécessaire pour m ener à bien une\nentreprise aussi difficile, mais cependant nous n’hésitons pas, estimant qu’\n\n\n              vaincre sans péril on triomphe sans gloire.\n \\\n\n     Le   but principal que poursuit la rédaction est de pro pager, surtout\np a rm i la jeunesse, le goût de la litté ra tu re française.\n     Aussi ne négligerons-nous rien pou r ren dre cette publication aussi a ttra y a n te\nque possible      et croirons-nous       nos efforts couronnés    de succès,    si nous\nparvenons à faire éprouver à d ’autres, l’am our que nous ressentons nous-\nmêmes pour la langue française.\n     Comptant    sur   l’a p pui   de   tous ceux   qui s’intéressent   vraiment       à   la\nlittérature, qui sont toujours là lorsqu’il s’agit de p rê te r leur concours aux\ntentatives des jeunes, le          Cercle L ittéraire Français n'épargnera rien, pou r\nfaire de ses E s s a i s , une publication digne de lui et de ses lecteurs.\n\n\n                                                                 LA R É D A C T IO N\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-01-n1-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 3, "page_fin": 4, "titre_corps": "Fable sans morale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Léon Lucy-Mar", "ancre_debut": "FABLE SANS MORALE", "ancre_fin": "Léon Lucy-Mar", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Si j ’avais des Ailes", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 10, "page_imprimee": 3, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 2110, "texte": "F A B L E S A N S MORALE.\n                                                                 a   M a r g u e r it e .\n     Dans un jardin tout émaillé de fleurs, caché dans un brillant parterre de roses,\ntir. immonde crapaud avait établi sa demeure.\n    Il était d’un vert gluant, tacheté de noir; les yeux bruns, injectés de sang,\nsortaient de leurs orbites, pleins de stupidité.\n     Il s’était accroupi entre les tiges délicates des rosiers et laissait découler son\nécume verdâtre sur leur feuillage pur.\n     Que faisait donc là cette horrible créature?... Pourquoi n’était-il pas resté dans\nla fosse ignoble où il avait vu le jo u r? Quelle mystérieuse aventure l’avait amené\ndans ce séjour parfumé, où ne devaient pénétrer que l’abeille et le papillon?...\n     C’est tout un conte, et le voici :\n    Parmi les gentes fleurs qui remplissaient l’odoriférant parterre, se trouvait une\nrose blanche, à la corolle éblouissante, aux feuilles claires et délicates. Elle y\nrégnait en souveraine, élevant fièrement sa belle tète au-dessus de celles de\nses soeurs.\n    L ’humble crapaud avait osé lever vers la reine des jardins un regard brûlant.\nLa rose captivait son âme : il ne voyait plus qu’elle, il ne vivait plus que par\nelle !... Et dans ce coeur formé, semble-t-il, pour les amours triviales et basses,\ns’étaient tout-à-coup développés de violents désirs, des sentiments poétiques et\npassionnés.\n    Oui, il l’aimait!... Un fluide magique et jusqu’alors inconnu l’avait transformé\nà sa vue. Il ne soupirait que pour elle, et son âme qui paraissait fermée à toute\npensée chaste et noble, était sortie de son abaissement pour oser prétendre aux\nCieux !...\n    Mais hélas!. . il se comparait avec désespoir à cette beauté céleste dont la\ntête rayonnante éclipsait ses voisines!... Car qu’était-il, lui? Un être méprisé de\nl’homme, un rebut de la création, symbole du dégoût et de la laideur, le dernier\npeut-être de tous les animaux!...\n    Oh! cette pensée le torturait... Il voy ait bien que jamais il n’appartiendrait à\nla rose, et qu’elle daignerait à peine jeter sur lui un regard de pitié!...\n"}, {"page_pdf": 11, "page_imprimee": 4, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1019, "texte": "                                        - 4-\n   C’est pourquoi il était venu ramper aux pieds de celle qu’il adorait, comme un\nesclave abject aux pieds d'une sultane.\n   Son âme fut en proie aux plus violents supplices. Il entendait sans cesse\nau-dessus de lui les douces paroles que les papillons diaphanes adressaient à la\nreine des fleurs; il voyait celle-ci leur sourire; il pouvait contempler à tout instant\nla légère abeille qui venait poser voluptueusement les lèvres sur celles de sa\nbien-aimée... Il était réveillé chaque matin par les douces et ravissantes aubades\nque lui chantaient les œillets et les lys!... Et lui, muet comme la tombe, désespéré\ncomme Caïn, écoutait pourtant et de ses yeux énormes tombaient... des pleurs\nde sang!\n   Et ce fut ainsi qu’un jour, miné par le chagrin et la passion, ilmourut, après\navoir osé poser sur la tige fraîche de la rose un hideux baiser!\n   Liége.   — Octobre 1890.                                        L éon L u c y - M a r .\n\n\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-01-n1-007", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 4, "page_fin": 5, "titre_corps": "Si j’avais des ailes !...", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Arvensis", "ancre_debut": "Si j ’avais des Ailes", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 11, "page_imprimee": 4, "debut_caractere": 1019, "fin_caractere_exclue": 1968, "texte": "Si j ’avais des Ailes!...\n\n\n\n                          Si j'avais seulement des ailes\n                          Comme les g entes hirondelles...\n                          Oh! comme je voyagerais!\n                          Et combien heureux je serais !\n                          Je fuirais les frimas d'automne\n                          Pour des lieux aimés du printemps    ,\n                          Et je reviendrais quand Mars donne\n                          La feuille à t arbre, tous les ans.\n\n                          S i j'avais seulement des ailes\n                          Comme les blanches tourterelles...\n                          J'irais, ami tendre et zélé,\n                          Consoler le triste exilé.\n                          Je parlerais de sa patrie,\n                          De ceux qu’il aime encor là-bas :\n                          Mère, saur, épouse chérie,\n                          Qu'hélas ! il ne reverra pas !\n"}, {"page_pdf": 12, "page_imprimee": 5, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1156, "texte": "                          - 5-\n           S i j'avais seulement des ailes...\n           J ’irais, sur les branches nouvelles,\n           Me balancer au g ré du vent.\n           La, f admirerais au Levant\n           L'astre éclatant de la lumière',\n           Et la nuit, cette voûte entière\n           Où règne la pâle clarté\n           Des soleils de l’immensité.\n\n           S i j ’avais seulement des ailes...\n           Je voudrais m’élever sur elles\n           Bien haut, sous la voûte des cieux,\n           Et rester planer dans ces lieux,\n           Ayant au-dessus de ma tête\n           Des abîmes sans profondeur,\n           A mes pieds, du haut de ce faîte,\n           La nue et sa sombre épaisseur!\n\n           Hélas ! que n’ai-je pas des ailes !...\n           Mais que dis-je, n ai-je point celles\n           Bien plus rapides de l'esprit?\n           L ’oiseau voit son vol circonscrit...\n           Tandis que des horizons vastes\n           S ’ouvrent, pour moi, dans le ciel bleu,\n           Oit mes pensées enthousiastes\n           Veulent percevoir... jusqu'à Dieu !\n\n\nSeptem bre 1890.                               G eorges A r v e n sis.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-01-n1-008", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 6, "page_fin": 7, "titre_corps": "La Mer", "titre_sommaire": "La Mer (Esquisses)", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Véhenne", "ancre_debut": "LA M ER. (E s q u i s s e s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 13, "page_imprimee": 6, "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 2753, "texte": "LA M ER.\n                                    (E s q u i s s e s '.\n\n                                                            Nous sommes tes vagues profondes\n                                                            Oit les yeux plongent vainement ;\n                                                            Nous sommes les flots et tes ondes\n                                                            Qui déroutent autour des mondes\n                                                            Leur manteau d’ azur cannant!\n                                                                                ( J o s e p h A u t r a n ).\n\n\n\n                                            I.\n\n    T u es belle, ô captivante enchanteresse, mer bleue aux horizons lointains,\nquand les derniers feux du jour irisent les blanches crêtes de tes vagues qui se\npoursuivent follement et viennent mourir sur la grève en murmurant...\n    Sur ta surface azurée, miroir d’un ciel bleu, court une brise fraîche qui vient\n enfler les voiles des frêles embarcations, balancées par tes vagues ainsi que des\nberceaux. Au loin, tu te confonds avec le ciel pour ne former qu’un même infini\n et des stries d’argent rayent seules tes flots langoureux. Ton silence n’est troublé\nque par le cri plaintif de la mouette, qui vient plonger son aile pâle dans ton onde\nlimpide et bientôt disparaît, semblable à un flocon de neige emporté par l’aquilon-\n    T u es grandiose, lorsque la nuit lentement étend son manteau sombre à\nl’horizon et que le soleil, achevant sa course de feu, vient mourir dans ton\nsein. Des ombres grises glissent rapidement sur ta surface; l’Orient est déjà\nenténébré, Tandis qu’au ponant, le globe de feu plonge et s’enfouit dans le grand\nOcéan. S ur tes flots diaprés courent des frissons de rubis et de saphir; les\nderniers rayons rejaillissent, en paillettes aux mille couleurs, sur tes vagues\nécumeuses qui, semblables à des montagnes neigeuses, s’écroulent dans un\ndébordement de nacre et d’émeraude...\n    Lentement, monte le croissant argenté de la lune, bel ornement d’une nuit\npure, dont la majesté sereine fait planer dans les cieux un immense mystère. Plus\nun souffle, plus une haleine, plus un frisson dans ce ciel sans nuage... Une à une,\nles étoiles s’allument au firmament, comme autant de diamants jetés dans l’espace.\n Au large, des fanaux de navires, semblables à des feux follets, dansent, rouges\n ou blancs, sur le sombre de la mer. L'Océan devient pâle et laiteux sous les\n rayons que verse la lune, et au milieu de ce calme, de cet anéantissement de\n toutes choses, on croit entendre, du sein des ondes, résonner la voix amoureuse\n de la sirène aux yeux bleus...\n"}, {"page_pdf": 14, "page_imprimee": 7, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2195, "texte": "                                     - 7-\n  T u es belle alors, ô mer, captivante enchanteresse; tu es grandiose, quand les\nrayons de la lune éclairent tes vagues qui se poursuivent follement et viennent\nmourir sur la grève en murmurant...\n\n\n                                       II.\n\n   T u es belle, ô mer, lorsque les éclairs blafards crèvent les ténèbres, et que\nla tempête qui hurle, précipite tes flots en courroux contre les hautes falaises\ndéchiquetées.\n   Brusquement de larges nuages noirs, semblables à de vastes crêpes ont obscurci\nl e ciel; tes flots, si bleus tantôt, ont pris une teinte vert sombre; les mouettes\nse sont réfugiées dans les creux des rochers, et le vol lourd du goéland gris\net de l’albatros trouble seul la tranquillité menaçante qui règne sur l’Océan.\n   Soudain le tonnerre gronde, un vent violent se lève et des colonnes d’eau\nsorties du sein des ondes, balaient tout sur leur passage.\n   Alors, mer impitoyable, tu n’as pas pitié des frêles embarcations livrées à ta\nmerci; tu n’entends pas les cris d’agonie de ces malheureux qui se perdent dans\nl’immense clameur de la tempête.\n   T u te joues de ce pauvre bateau, de ces quelques planches qui séparent ces\ninfortunés de la tombe!\n   T u pousses leur coquille de noix sur ces récifs mortels qui émergent de tes\nlames houleuses, comme autant de dents prêtes à happer leur proie... Et alors,\nau-dessus du crépitement de la foudre, du mugissement de l’Océan démonté, du\ncri :1e mort des pétrels et des frégates, un craquement sinistre se fait entendre.\nT ous ceux qui se trouvent sur le navire disparaissent un à un pour toujours;\ntous sont allés chercher le repos parmi les montagnes de corail, dans les grottes\nvertes qu’habitent les ondines et les sirènes.\n   A ta surface, rien ne décèle le crime que tu as commis, rien, excepté un mât\nbrisé que le vent du large pousse vers la côte.\n   Dans ta colère même, alors que rien ne résiste à ta fureur, tu es belle, ô mer,\nlorsque les éclairs blafards crèvent les ténèbres, et que la tempête qui hurle,\nprécipite tes flots en courroux contre les hautes falaises déchiquetées.\n\n    A oût 1890.                                                 L O U IS   VÉHENNE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-01-n1-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 8, "page_fin": 8, "titre_corps": "La Cigarette", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Frédéric Friche", "ancre_debut": "LA CIGARETTE. 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S u r la fraîche blancheur de l’oreiller se profile le triste visage du\ncadavre. L a teinte fuligineuse de ses orbites, ses joues émaciées, ses lèvres lippues,\ncontractées   et ouvertes    témoignaient des douleurs suraigües            d’une lente mais\nvictorieuse fièvre hectique qui avait miné, rongé ce pauvre corps. S e s yeux, grands\nouverts encore, avaient quelque chose de profondément triste; ils s’anéantissaient\ndans une contemplation infinie. Dans son immobilité de mort, il semblait heureux\nde ce que la vie      s’était envolée loin de lu i, emportant avec            elle toutes ses\nsouffrances et ses misères. Après tout, pourquoi eût-il regretté la vie? Elle avait\nété dure, bien dure pour lui ! Il y a des gens qui s’attachent à la vie, s’y crampon­\nnent, mais il y en a aussi un grand nombre pour qui elle est un fardeau d’une\nexcessive lourdeur. Et le père Variot était de ceux-ci.\n   Il avait peiné, il avait lutté pour l’existence, il avait fait tous les efforts possibles,\nil s ’était rompu à la fatigue, mais la fatalité le poursuivait, s’acharnait après lui.\nPourquoi? Il n’en savait rien. Et souvent cela le mettait dans une terrible fureur,\nlui qui luttait âprement de voir des hommes, des individus comme il disait, se\nvautrer dans leur or, se plonger dans une dégradante oisivité, tandis que lui était\nplus misérable que le dernier de leurs chiens.\n   Mais généralement ces tempêtes de colère se passaient rapidement, il redevenait\nmaître de lui, et, prenant une nouvelle ardeur, tâchait de procurer des ressources\nà sa famille qu’il adorait réellement.\n   Mais un lugubre soir de décembre, un coup cruel — le plus cruel qu’il ressentit\ndurant sa vie — frappa le vieux père Variot. Valentine, sa femme, qui lui avait\ndonné un fils et une fille, lui fut ravie par l’impitoyable mort.\n   A h ! il l’aimait follement sa femme! Il l'aimait d’une forte passion quelle lui\navait inspirée dès sa jeunesse la plus tendre et qui lui aurait fait commettre tout\npour qu’elle eût un instant de joie, de bonheur. Aussi lorsqu’elle s’éteignit dans\nses bras, un grand effondrement s’était fait en lui. Il en était devenu comme muet\npar la douleur qui l’étreignait au cœur. L e s forces l’avaient quitté et cette longue\nprostration accéléra la marche de la fièvre qui circulait dans ses veines.\n"}, {"page_pdf": 17, "page_imprimee": 10, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2898, "texte": "                                       - 10 -\n   Le malheur causé par la mort de Valentine s ’était abattu plus que jamais sur\nla famille et les nombreuses dettes qu’avait occasionnées la maladie n’étaient pas\nencore payées, lorsque le père Variot; miné par le chagrin, vaincu par l’inexorable\nfièvre, s’était couché, pâle et maigri, pour s’endormir quelques jours plus tard dans\nl ’éternel sommeil.\n\n\n   L e soir tombait lentement. Et c’était un spectacle douloureux que cette chambre\nsuintant partout la misère et cette petite lucarne par l’entrebâillement de laquelle\non avait laissé pénétrer un air d'un exquise fraîcheur pour le malade.\n   A u dehors, dans le clair crépuscule, une grande douceur descendait sur toutes\nchoses. L es routes se dessinaient, régulières, droites et tantôt sinueuses, déjà plus\néblouissantes que le ciel. Les quelques maisons qui ne formaient plus partie de\nla ville de Charleroi, mais pas encore la campagne, ciselaient leurs rouges toitures\nsur l’horizon s’assombrissant ; les   usines aux exubérants et gigantesques reliefs\n                                                      »\ncrevaient le ciel de fulgurantes clartés. L a lune se levait, montait au ciel, rosée\net pleine de tristesse; au loin, la campagne se noyait d’ombres violettes. Dans le\nlointain embrumé un clocher faisait entendre la dolente sonnerie de son Angélus.\n   Su r cette nature au repos après sa journée de fatigue, sur les champs endormis,\nsur la ville disparaissant sous l’amoncellement des ténèbres, plus loin sur la rivière\nmuette, sur tout ce paysage calme, entrant doucement dans la nuit, il y avait le\nmême recueillement, le même profond silence impressionnant que sur le visage du\npère Variot envahi par la mort.\n   Et là, près de la lucarne, Marie, la fille du mort, était affaissée dans une poignante\ndouleur. Son teint était d’une cadavérique pâleur, ses yeux livides, son visage\nd’une effrayante maigreur. On voyait que longtemps elle avait veillé son père et\nque la hideuse misère avait trop tôt fané cette fleur toute printanière.\n   Marie venait d’atteindre ses dix-huit ans. Malgré les ravages exercés par les\ncruelles privations, elle était encore d’une réelle beauté. Plutôt petite que grande,\nla taille flexible et bien cambrée, ses mouvements étaient d’une extrême grâce.\nS e s yeux, beaux, malgré les larmes qu elle versait, étaient infiniment doux et tristes\ndans l’enchâssement de leurs paupières rougies; sa bouche était petite et devait\nêtre pleine de ravissement quand elle souriait.\n   Au milieu d’une     demi-obscurité pleine    d’un morne silence, Marie songeait,\nimmobile, les yeux attachés sur la face pâle du mort.\n   Dans la foi naïve de ses dix-huit ans, elle se demandait pourquoi le malheur\ns'acharnait après sa famille, et elle, qui toujours avait trouvé une consolation\nintime dans la prière, se mit à douter de l'existence de Dieu, insensible devant\n"}, {"page_pdf": 18, "page_imprimee": 11, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2084, "texte": "                                           - 41 -\ntant de misères supportées honnêtement. Puis une crainte la saisissait tout entière.\nSon frère Jean, n’est-il pas encore assez malheureux! Il va              rentrer      et    trouver\nson père inanimé ! Quel coup cruel pour lui ! L e matin, tristement il avait dû\nquitter la maison pour se rendre à son travail tandis que son père se mourait.\n   L e cœur de Marie bondissait de terreur à l’idée de la douleur que ressentirait\nson frère. Et, oppressée par les sanglots qui l’étranglaient, elle se mit à pleurer\ncomme un enfant. La tristesse peinte sur ses traits était si navrante que la jeune\nfille semblait vouloir s ’anéantir aussi dans l’infini de la mort.\n   Puis, le calme se réveillant en elle, seule avec le mort et dans cette lugubre\npénombre, elle avait peur, mais sans velléité de fuir. Elle était comme rivée à\nsa chaise.\n   Par intervalles elle s’efforçait de distinguer les bruits qui se répercutaient dans\nl’escalier. Et chaque fois qu’elle entendait des pas résonner sur les dalles elle avait\npeur que ce ne lût Jean. Elle aurait voulu voir se            prolonger indéfiniment ce\nmoment d’attente....\n   Cependant        l'heure habituelle   du retour de Jean approchait et bientôt aussi\nMarie entendit monter l'escalier avec précipitation. Elle venait de reconnaître les\npas de son frère.        Sa figure émaciée devint    plus pâle encore tant elle craignait\nd’assister à cette terrible douleur qui allait étreindre son frère. Il y avait de la\nstupeur au fond de sa tristesse.\n   Elle eut un moment de furieuse anxiétude.. •\n   Brusquement la porte s’ouvrit et Jean entra. Il se dirigea directement vers le\nlit où il avait quitté son père le matin. Et lorsqu’il le vit là, gisant, froid et inerte\ndans la rigidité de la mort, il ne poussa pas un cri tant sa douleur était immense\net tomba dans les bras de sa sœur.\n\n                                                                (Extrait c!c : L es E iing n ni/s,.\n\n    A v ril 1890.                                                    Jo s E iit D e G k y x s t.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-01-n1-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 12, "page_fin": 12, "titre_corps": "Sonnets : Lever de soleil", "titre_sommaire": "Sonnets", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Tuyttens", "ancre_debut": "SOILTILTIETS", "ancre_fin": "nature éveillée", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II. —Coucher de Soleil", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 30, "fin_caractere_exclue": 847, "texte": "SOILTILTIETS-\n                                                     A M a d a m e W. D.\n\n\n        I. — L e v e r de Soleil.\n\nQuand le soleil levant il l’horizon s'enlise,\nL e matin, dans les près tout de fle u rs émaUlés,\nS u r les hauts peupliers, les oiseaux réveillés\nS e bercent doucement au souffle de la brise.\n\nL e s timides pinsons qu'un fa ib le rayon g rise,\nPerlent des a irs tous doux p a r les vents emportés ;\nE t les cerfs matinaux, p a r ce concert troublés,\nS e mirent au lac bleu que le soleil irise.\n\nDe mystiques baisers, s'élèvent dans les a irs\nL e s suaves odeurs — au bord des ruisseaux clairs,\nDans le scintillement de la fraîche rosée.\n\nE t la — majestueux, p rès des nénuphars blancs,\nS e promènent su r l'eau deux cygnes imposants,\n— Cest l'am our qui bénit la nature éveillée.\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-01-n1-012", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 12, "page_fin": 12, "titre_corps": "Sonnets : Coucher de soleil", "titre_sommaire": "Sonnets", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Tuyttens", "ancre_debut": "II. —Coucher de Soleil", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 19, "page_imprimee": 12, "debut_caractere": 847, "fin_caractere_exclue": 1623, "texte": "II. —Coucher de Soleil.\n\nQ uand le soleil stagnant en la pourpre s’enlise\nL e soir, su r la blancheur des monts immaculés,\nL es fau ves, reins arqués, p a r la peur fouaillés,\nClament des rauquements que la montagne brise.\n\nE t ces rugissements, p a r la jaseuse brise',\nD ans la fo rê t houleuse, épars, sont emportés\nAvec le clapotis clair des ruisseaux troublés\nQue la lune d ’argent de ses reflets irise.\n\nEreintés, écrasés, sous leurs spasmes amers,\nD ans les ju n gles plongeant, v ifs comme les éclairs,\nHypnotisés là p a r l’impression allée\n\nDe f Au-delà, raidis, les fa u ves impuissants\nSont étendus, dans les roseaux, les yeu x sanglants.\n— E l la fo rê t s’endort p a r le vent balancée....\n\n                                      C h a r i . es T u y t t e x s .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-01-n1-013", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 13, "page_fin": 14, "titre_corps": "La Rose mousseuse", "titre_sommaire": "La Rose Mousseuse (Conte)", "rubrique": "", "signature_source": "Louis De Busscher", "ancre_debut": "L A R O S E M O U S S E U S E . ( C o n t e", "ancre_fin": "(Imite (te VAllemand).", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "DÉSESPOIR.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 20, "page_imprimee": 13, "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 2813, "texte": "L A      R O S E        M O U S S E U S E .\n\n                                       ( C o n t e ).\n\n   Estérelle, la petite fée qui veille sur les fleurs, et qui parfois, durant les belles\nnuits d’été, les arrose, à la lueur tremblotante des étoiles, de la douce et fraîche\nrosée, folâtrait et lutinait un jour dans un jardin, bien loin de sa demeure.\n   Fille d’un rayon de soleil et d'une goutte d’eau, elle était belle comme le jour,\nd’une beauté limpide et rayonnante, et habitait, au milieu d’une forêt, une clairière\ntapissée de mousse, véritable nid de verdure, plein de mystère et de fraîcheur,\noù les oiseaux venaient chanter leurs plus jolis airs, et où poussaient tout plein\nde violettes, au bord d’une source qui murmurait sous l’herbe fine. Là, au milieu\ndes pâquerettes et des myosotis, Estérelle avait sa chambre à coucher, une grande\ncampanule bleue; son boudoir, une digitale à calice de pourpre; et même sa chambre\nà bains, un beau lys blanc, plein de rosée jusqu’aux bords.\n   Après une course insensée à travers les allées sablées et le gazon, les plates-\nbandes et les parterres semés de fleurs qui s’inclinaient sur son passage et sentaient\nbon tant qu’elles pouvaient, la fée s’aperçut que le soleil avait disparu à l’horizon,\net que la lune, inclinant son urne d’argent, épanchait ses lueurs d’opale à la terre\nsilencieuse et sombre. Estérelle résolut de passer la nuit dans ce jardin, car elle\ns’y plaisait beaucoup, et y    connaissait à peu près tout le monde; elle s ’était\nsuccessivement penchée sur la corolle de chacune des fleurs, pour s’enivrer de\nleurs senteurs capiteuses; elle avait lié conversation avec la bête à bon Dieu, le\npapillon et la libellule dorée, au fin corsage, aux ailes frémissantes, et un brin\nd’herbe parfumé lui avait déjà conté tous les cancans du gazon.\n   Estérelle chercha longtemps, bien longtemps, une fleur où elle pourrait dormir\nà l’aise; elle les interrogea toutes, mais n’en trouva pas une qui valait sa grande\ncampanule bleue ou sa digitale à calice de pourpre. Elle finit cependant par choisir\nune rose, qui entrouvrait des pétales fins et dentelés, d’une exquise délicatesse et\nd’un parfum pénétrant. La fée se coucha mollement au fond de son calice, et la\nrose referma sur elle sa corolle odorante.\n   Pendant la nuit survint un orage; il plut de grosses gouttes qui ruisselaient le\nlong de la tige des fleurs, et retentissaient en tombant sur le feuillage; le vent\ngémit, faisant pencher et craquer les grands arbres. Mais Estérelle, bercée par la\ntige flexible de la fleur, ne s’éveilla point; à peine fut-elle mouillée d’une goutte\négarée, qui avait trouvé moyen de s’infiltrer jusqu’à elle.\n   A vec l’aurore, la rose rouvrit ses pétales. La petite fée s’éveilla et s’amusa\n"}, {"page_pdf": 21, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "                                            - 14 -\nd ’abord à respirer l’air frais et subtil du matin, où montait un arôme léger d’herbes\net de fleurs, et où flottait un murmure infini; à suivre du regard la poussière d’or\nqui tremblait dans les rayons du soleil, ou quelque léger papillon, chiffonnant au\nmilieu du gazon la colerrette d’une marguerite. Enfin elle quitta sa couche, secouant\nses ailes diaphanes, et toutes les fleurs la saluèrent à son lever.\n   Souriante et caressant d’un air mutin les boucles de sa chevelure blonde, elle\ndit alors à la rose : \" Rosette, ma mie, la plus belle de mes filles, je vais rentrer\nchez moi, où la campanule, la digitale, le lys et les violettes doivent attendre mon\nretour avec inquiétude. Mais avant de te quitter, je voudrais récompenser ton hospi­\ntalité. Si je vouvais t’embellir et te parer encore ! Mais beauté, couleur, parfum, je\nt’ai déjà tout donné ! Que puis-je faire pour toi ? „\n   — “ Eh bien ! petite fée, orne moi de mousse ! „ dit la coquette.\n   Et Estérelle orna de l’humble mousse cette rose hospitalière. Depuis ce jour on\nla nomme Rose mousseuse et elle rayonne au milieu de ses sœurs, reine parmi les\nreines des fleurs.\n\n    Juin   1890.                                                         Louis De B u s s c i i e r .\n      (Imite (te VAllemand).\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-01-n1-014", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 14, "page_fin": 16, "titre_corps": "Désespoir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Dussillon", "ancre_debut": "DÉSESPOIR. C'en est trop", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 21, "page_imprimee": 14, "debut_caractere": 1347, "fin_caractere_exclue": 2181, "texte": "DÉSESPOIR.\n                   C'en est tro p!... O malheur !... Fille ne m'aime p a s !...\n                   O Ciel!... pour quel m otif mon cœur bat-il encore?...\n                   Que ne suis-je passé de la vie au trépas,\n                   Me voyant aédaigné p a r celle que j'a d o r e !...\n\n\n                   J e l'aim ais d'un amour insensé, délirant!\n                   Elle, p a r du mépris accueillit mes paroles !\n                   Mon cœur est déchiré d ’un désespoir navrant,\n                   E t ma léte se p e rd en mille visions fo lles!...\n\n\n                   N o n ! N o n ! Cela n est p a s !... Car une passion\n                   S i fo rte que la mienne attendrira son âme\n                   E t devra 1‘attendrir !... Quoi !... Sans émotion\n                   E lle brise ce cœur que son image enflamme !\n"}, {"page_pdf": 22, "page_imprimee": 15, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1897, "texte": "                           - 15 -\n... E t pourtant... C cst a in s i! C’en est trop!... Oui, mourons\nPlutôt que d ’endurer un sort s i m isérable!...\nO mort ! toi, qui g u éris les désespoirs profonds\nConsole un malheureux que son malheur accable! ...\n\n\nL es deux mains su r le fron t, je me parlais ainsi...\nJ e voulais mettre fin à cette destinée,\nE t le moyen fo rm a it mon unique souci...\n“ Faisons L u i nos adieu x! ma vie est terminée! „\n\nSoudain, je frisso n n ai... Là, dans l’obscurité,\nQue vois-je remuer ?... Quelle est la chose affreuse\nDont un suaire blanc cache la nudité?         *\nQue vient fa ir e en ces lieux cette vision hideuse?...\n\nO Ciel! A i-je bien vu?... C'est la m ort!... C'est la m o rt!\nE lle vient... E lle a rrive... E lle approche... “ A rrié re !...\nO mort, que me veux-tu?... Quoi, sur l'ordre du sort\nTu viens mettre une fin à ma vie éphémère ? „\n\nL e spectre épouvantable approcha lentement.\nUne fa u x , qu’il tenait dans sa main décharnée,\nDans l'ombre de la nuit reluisait vivement.\nUn rictus entr’ouvrait sa bouche satanée.\n\n— “ Oui, c'est la mort qui vient à l’appel de ta voix.\nTu trembles! Tu fr é m is ! et ta fig u re est pâle!\nTu m’avais appelé... J e suis là, tu me vo is!...\nTu trembles!... As-tu peur m algré ta fa c e mâle? „■\n\n\" A quoi bon ces effrois?... As-tu peur de m ourir?\nVeux-tu donc vivre encor d ’une s i triste vie?\nQue ferais-tu sur terre où l'on doit tant souffrir ?\nEntre dans le séjour où l'oubli le convie ! „\n\n\" Tu croyais au bonheur !... Malheureux !... à l’amour !...\nH élas! ces mots sont va in s! Tout gém it et tout pleure :\nL a douleur règne seule en ce triste séjour\nE l pour s’en délivrer il fa u t que l’homme meure... „\n\n\" D ’une fem m e adorable un beau jo u r tu t’épris...\nDepuis lors tu revas... tu révas sa tendresse...\nTu rêvas son amour et les doux baisers p ris\nS u r la lèvre rosée où se puise l'ivresse! „\n"}, {"page_pdf": 23, "page_imprimee": 16, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1732, "texte": "                        - 16 -\n\" E t déjà tu croyais obtenir le bonheur!\nL a belle souriait, et tu repris courage.\nE n h a rd i du succès tu lui donnas ton cœur...\nE lle ne te dit rien — O funeste présag e! „\n\n“ Car il 11 était plus temps... un autre avait le sien !\nUn autre avait ra v i le cœur de ton amie...\nTu souffris en secret, sans plainte — et tu f is bien ;\nM ais ta lyre exhala ta douleur endorm ie.... „\n\n“ E t tu tiens à la v ie !., l u ne veux pas m o u rir!...\nL'espoir germ e en ton âme étouffant la souffrance.\nL 'esp o ir!... Un sentiment vain qui ne peut rien o ffrir\nA l'homme malheureux... s i ce n’est la patience. „\n\n\" M ais viens donc dans mes bras et viens sous ce manteau\nOit l'oubli des malheurs apaisera ton âme...\nCar sous le blanc linceul, à l'a b ri du tombeau\nL e cœur humain n’est plus torturé p a r la fem m e. „\n\n\" A u lieu de sa caresse, au lieu de ses baisers\nJ e t'offre mes fa v e u rs, j e t'offre mon étreinte ;\nCouvre mes os sans chair des baisers refusés...\n Viens donc dans mes b ra s!... Viens y sans nulle crainte.... „\n\nE t le spectre hideux déjà levait sa fa u x\nP o u r trancher d'un seul coup le f i l de cette vie...\nMon œil s'obscurcissait... je voyais les tombeaux,\nL es sépulcres affreux où la M ort me convie...\n\n... M ais une blanche main se posa su r mon fron t,\nUn A uge me couvrit de son aile azurée...\nMon âme tressaillit sous son re g a rd profon d...\nS a beauté me parlait de ma belle adorée.\n\nL 'A n g e, c'était l'E spoir, qui. vint me consoler,\nQ ui ranima mon cœur p a r sa douce parole.\nL ’Ange, c'était l E sp oir qui vint me révéler\nQue j e pourrais encore attendrir mon ido le!....\n\n                                          G e o r g e s D c s s i i . i. o n .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 6, "texte": "        Première Année. N° 4.                                                                JANVIER 4891.\n\n\n\n                           ESSAIS              P U B L IÉ S P A R L E\n\n\n\n\nC   E    R   C    L    E      LITTERAIREFRANÇAIS\n                                REV U E MENSUELLE.\n                                                                                                          O\n\n\n\n\n                                    SOMMAIRE DU N ° 1.\n                  A U X LECTEU RS.\n                  Fable sans morale          ..............................\n                                                                        L éon L u c y -M a r .\n\n                  S i j ’avais des a i l e s .......................... G eorges A r v e n s is .\n\n                  La Mer (Esquisses)..........................Louis               V ê h en n e .\n\n                  La Cigarette ......................................   F ré d é ric F rich e .\n\n                  Tableau T riste ..................................    J ose ph D e G e y x s t .\n\n                  S o n n e t s ...........................................\n                                                                        C h a rle s T u yten s.\n\n                  La Rose Mousseuse (Conte).................Louis                 D e D c s s c iie r .\n\n                  Désespoir ........................................... G eo r g e s D u s s il l o n .\n\n\n\n\n                       P r ix d u n u m é ro : 4 0                          c e n t im e s .\n             P r ix     d e l ’a b o n n e m e n t : u n                    a n 4 fra n c s.\n\n\n                                       BUREAU         I)U J O U R N A L :\n         G A N D , 71, H U E D E F L A N D R E , 71, G A N D .\n\n                                                  GAND,\n                 Im prim erie m écanique de LÉON DE EUSSCHER, rue Savaen, 32.\n\n                                       TOUS     DROITS      RÉSERVÉS.\n"}, {"page_pdf": 7, "texte": "       N .-B . — Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire parviendra au\n                     bureau de la rédaction, BUE DE FLANDRE, 71, GAND.\n\n                     Les journaux ou revues qui désireraien t faire l'échang e\n                        sont p riés de s’adresser un bureau du Jou rnal.\n\n\n\n                CERCLE LITTÉRAIRE FRANÇAIS.\n                                    (tonde LE 24 DÉCEMBRE 1888.)\n\n                          E X T R A I T DU R È G LE M EN T.\nArticle             I . — Le Cercle Littéraire Français est constitué dans le but de donner des\n                            Conférences et de former une bibliothèque d’ouvrages écrits ou\n                            traduits en français.\nA r ticle          II. — Le Cercle comprend 3 catégories de membres : les membres effectifs,\n                            les membres correspondants et les membres d’honneur.\n                          Les membres effectifs sont ceux qui habitent la ville. Ils sont tenus\n                            de donner à tour de rôle des conférences, évangiles du jour et\n                            lectures.\n                         Les membres correspondants sont ceux qui n’habitent pas la ville. Ils\n                            ne sont astreints à aucune rétribution, mais sont tenus d’envoyer\n                            au Cercle un évangile du jour (œuvre personnelle) au moins une\n                            fois tous les deux mois.\nA r tic le         X.    - Le Membre qui obtient le premier un ouvrage eu lecture est obligé\n                            d’en rendre compte à la date fixée par le Comité.\nArticle XVII. — Le Cercle organise chaque année un Concours littéraire entre tous ses\n                           membres.\nA r ticle      XVIII. — Le jury se compose de 5 membres. Ils sont choisis parmi les membres\n                           du Cercle. Le scrutin est secret et a lieu à une des premières\n                           séances de l’année. Le ju ry prend les dispositions spéciales pour ce\n                           concours.\nA r t ic l e    X IX . — La cotisation annuelle est fixée à 5   fr.   pour les membres effectifs.\n"}, {"page_pdf": 8, "texte": "                         ESSAIS\n                                   PU B L IE S P A R L E\n\n\n\n\n  CERCLE LITTÉRAIRE FRANÇAIS.\n                 AUX LECTEURS.\n   Il y    a trois ans, lors d e         fondation         du   Cercle L ittéraire Français,\ncréer un jo u rn a l eût été chose impossible. En effet, composé de quelques\nMembres seulement, le Cercle ne p o u v a it raisonnablem ent tenter tâche aussi\npérilleuse. A ujourd’hui il est dans toute sa vitalité, il compte dans son sein\ntous les jeunes gens qui cultivent les lettres, aussi croyons-nous bien faire\nen livrant à la publicité quelques œuvres de Membres du                    Cercle, espérant\nque nos     E s s a i s recevront un accueil sympathique p a rm i les personnes qui\ns’occupent de littératu re.\n   Nous n’avons pas la prétention de pub lier des œuvres                    impeccables et\nn ’ignorons pas que les pièces tan t en prose qu’en poésie qui p a ra îtro n t dans\nnotre     recueil soulèveront   des critiques sévères,            mais nous comptons sur\nl'indulgence du public, trop heureux s’il veut bien seconder nos efforts.\n   Nous savons qu’il faut être bien tém éraire pour fonder un jo u rn al, alors\n"}, {"page_pdf": 9, "texte": "que ta n t d ’autres publications, écrites p a r des hommes compétents ont vécu;\nque nous n’avons pas toute l’expérience nécessaire pour m ener à bien une\nentreprise aussi difficile, mais cependant nous n’hésitons pas, estimant qu’\n\n\n              vaincre sans péril on triomphe sans gloire.\n \\\n\n     Le   but principal que poursuit la rédaction est de pro pager, surtout\np a rm i la jeunesse, le goût de la litté ra tu re française.\n     Aussi ne négligerons-nous rien pou r ren dre cette publication aussi a ttra y a n te\nque possible      et croirons-nous       nos efforts couronnés    de succès,    si nous\nparvenons à faire éprouver à d ’autres, l’am our que nous ressentons nous-\nmêmes pour la langue française.\n     Comptant    sur   l’a p pui   de   tous ceux   qui s’intéressent   vraiment       à   la\nlittérature, qui sont toujours là lorsqu’il s’agit de p rê te r leur concours aux\ntentatives des jeunes, le          Cercle L ittéraire Français n'épargnera rien, pou r\nfaire de ses E s s a i s , une publication digne de lui et de ses lecteurs.\n\n\n                                                                 LA R É D A C T IO N\n"}, {"page_pdf": 10, "texte": "          F A B L E S A N S MORALE.\n                                                                 a   M a r g u e r it e .\n     Dans un jardin tout émaillé de fleurs, caché dans un brillant parterre de roses,\ntir. immonde crapaud avait établi sa demeure.\n    Il était d’un vert gluant, tacheté de noir; les yeux bruns, injectés de sang,\nsortaient de leurs orbites, pleins de stupidité.\n     Il s’était accroupi entre les tiges délicates des rosiers et laissait découler son\nécume verdâtre sur leur feuillage pur.\n     Que faisait donc là cette horrible créature?... Pourquoi n’était-il pas resté dans\nla fosse ignoble où il avait vu le jo u r? Quelle mystérieuse aventure l’avait amené\ndans ce séjour parfumé, où ne devaient pénétrer que l’abeille et le papillon?...\n     C’est tout un conte, et le voici :\n    Parmi les gentes fleurs qui remplissaient l’odoriférant parterre, se trouvait une\nrose blanche, à la corolle éblouissante, aux feuilles claires et délicates. Elle y\nrégnait en souveraine, élevant fièrement sa belle tète au-dessus de celles de\nses soeurs.\n    L ’humble crapaud avait osé lever vers la reine des jardins un regard brûlant.\nLa rose captivait son âme : il ne voyait plus qu’elle, il ne vivait plus que par\nelle !... Et dans ce coeur formé, semble-t-il, pour les amours triviales et basses,\ns’étaient tout-à-coup développés de violents désirs, des sentiments poétiques et\npassionnés.\n    Oui, il l’aimait!... Un fluide magique et jusqu’alors inconnu l’avait transformé\nà sa vue. Il ne soupirait que pour elle, et son âme qui paraissait fermée à toute\npensée chaste et noble, était sortie de son abaissement pour oser prétendre aux\nCieux !...\n    Mais hélas!. . il se comparait avec désespoir à cette beauté céleste dont la\ntête rayonnante éclipsait ses voisines!... Car qu’était-il, lui? Un être méprisé de\nl’homme, un rebut de la création, symbole du dégoût et de la laideur, le dernier\npeut-être de tous les animaux!...\n    Oh! cette pensée le torturait... Il voy ait bien que jamais il n’appartiendrait à\nla rose, et qu’elle daignerait à peine jeter sur lui un regard de pitié!...\n"}, {"page_pdf": 11, "texte": "                                        - 4-\n   C’est pourquoi il était venu ramper aux pieds de celle qu’il adorait, comme un\nesclave abject aux pieds d'une sultane.\n   Son âme fut en proie aux plus violents supplices. Il entendait sans cesse\nau-dessus de lui les douces paroles que les papillons diaphanes adressaient à la\nreine des fleurs; il voyait celle-ci leur sourire; il pouvait contempler à tout instant\nla légère abeille qui venait poser voluptueusement les lèvres sur celles de sa\nbien-aimée... Il était réveillé chaque matin par les douces et ravissantes aubades\nque lui chantaient les œillets et les lys!... Et lui, muet comme la tombe, désespéré\ncomme Caïn, écoutait pourtant et de ses yeux énormes tombaient... des pleurs\nde sang!\n   Et ce fut ainsi qu’un jour, miné par le chagrin et la passion, ilmourut, après\navoir osé poser sur la tige fraîche de la rose un hideux baiser!\n   Liége.   — Octobre 1890.                                        L éon L u c y - M a r .\n\n\n\n\n                               Si j ’avais des Ailes!...\n\n\n\n                          Si j'avais seulement des ailes\n                          Comme les g entes hirondelles...\n                          Oh! comme je voyagerais!\n                          Et combien heureux je serais !\n                          Je fuirais les frimas d'automne\n                          Pour des lieux aimés du printemps    ,\n                          Et je reviendrais quand Mars donne\n                          La feuille à t arbre, tous les ans.\n\n                          S i j'avais seulement des ailes\n                          Comme les blanches tourterelles...\n                          J'irais, ami tendre et zélé,\n                          Consoler le triste exilé.\n                          Je parlerais de sa patrie,\n                          De ceux qu’il aime encor là-bas :\n                          Mère, saur, épouse chérie,\n                          Qu'hélas ! il ne reverra pas !\n"}, {"page_pdf": 12, "texte": "                          - 5-\n           S i j'avais seulement des ailes...\n           J ’irais, sur les branches nouvelles,\n           Me balancer au g ré du vent.\n           La, f admirerais au Levant\n           L'astre éclatant de la lumière',\n           Et la nuit, cette voûte entière\n           Où règne la pâle clarté\n           Des soleils de l’immensité.\n\n           S i j ’avais seulement des ailes...\n           Je voudrais m’élever sur elles\n           Bien haut, sous la voûte des cieux,\n           Et rester planer dans ces lieux,\n           Ayant au-dessus de ma tête\n           Des abîmes sans profondeur,\n           A mes pieds, du haut de ce faîte,\n           La nue et sa sombre épaisseur!\n\n           Hélas ! que n’ai-je pas des ailes !...\n           Mais que dis-je, n ai-je point celles\n           Bien plus rapides de l'esprit?\n           L ’oiseau voit son vol circonscrit...\n           Tandis que des horizons vastes\n           S ’ouvrent, pour moi, dans le ciel bleu,\n           Oit mes pensées enthousiastes\n           Veulent percevoir... jusqu'à Dieu !\n\n\nSeptem bre 1890.                               G eorges A r v e n sis.\n"}, {"page_pdf": 13, "texte": "                                      - 6-\n\n                          LA M ER.\n                                    (E s q u i s s e s '.\n\n                                                            Nous sommes tes vagues profondes\n                                                            Oit les yeux plongent vainement ;\n                                                            Nous sommes les flots et tes ondes\n                                                            Qui déroutent autour des mondes\n                                                            Leur manteau d’ azur cannant!\n                                                                                ( J o s e p h A u t r a n ).\n\n\n\n                                            I.\n\n    T u es belle, ô captivante enchanteresse, mer bleue aux horizons lointains,\nquand les derniers feux du jour irisent les blanches crêtes de tes vagues qui se\npoursuivent follement et viennent mourir sur la grève en murmurant...\n    Sur ta surface azurée, miroir d’un ciel bleu, court une brise fraîche qui vient\n enfler les voiles des frêles embarcations, balancées par tes vagues ainsi que des\nberceaux. Au loin, tu te confonds avec le ciel pour ne former qu’un même infini\n et des stries d’argent rayent seules tes flots langoureux. Ton silence n’est troublé\nque par le cri plaintif de la mouette, qui vient plonger son aile pâle dans ton onde\nlimpide et bientôt disparaît, semblable à un flocon de neige emporté par l’aquilon-\n    T u es grandiose, lorsque la nuit lentement étend son manteau sombre à\nl’horizon et que le soleil, achevant sa course de feu, vient mourir dans ton\nsein. Des ombres grises glissent rapidement sur ta surface; l’Orient est déjà\nenténébré, Tandis qu’au ponant, le globe de feu plonge et s’enfouit dans le grand\nOcéan. S ur tes flots diaprés courent des frissons de rubis et de saphir; les\nderniers rayons rejaillissent, en paillettes aux mille couleurs, sur tes vagues\nécumeuses qui, semblables à des montagnes neigeuses, s’écroulent dans un\ndébordement de nacre et d’émeraude...\n    Lentement, monte le croissant argenté de la lune, bel ornement d’une nuit\npure, dont la majesté sereine fait planer dans les cieux un immense mystère. Plus\nun souffle, plus une haleine, plus un frisson dans ce ciel sans nuage... Une à une,\nles étoiles s’allument au firmament, comme autant de diamants jetés dans l’espace.\n Au large, des fanaux de navires, semblables à des feux follets, dansent, rouges\n ou blancs, sur le sombre de la mer. L'Océan devient pâle et laiteux sous les\n rayons que verse la lune, et au milieu de ce calme, de cet anéantissement de\n toutes choses, on croit entendre, du sein des ondes, résonner la voix amoureuse\n de la sirène aux yeux bleus...\n"}, {"page_pdf": 14, "texte": "                                     - 7-\n  T u es belle alors, ô mer, captivante enchanteresse; tu es grandiose, quand les\nrayons de la lune éclairent tes vagues qui se poursuivent follement et viennent\nmourir sur la grève en murmurant...\n\n\n                                       II.\n\n   T u es belle, ô mer, lorsque les éclairs blafards crèvent les ténèbres, et que\nla tempête qui hurle, précipite tes flots en courroux contre les hautes falaises\ndéchiquetées.\n   Brusquement de larges nuages noirs, semblables à de vastes crêpes ont obscurci\nl e ciel; tes flots, si bleus tantôt, ont pris une teinte vert sombre; les mouettes\nse sont réfugiées dans les creux des rochers, et le vol lourd du goéland gris\net de l’albatros trouble seul la tranquillité menaçante qui règne sur l’Océan.\n   Soudain le tonnerre gronde, un vent violent se lève et des colonnes d’eau\nsorties du sein des ondes, balaient tout sur leur passage.\n   Alors, mer impitoyable, tu n’as pas pitié des frêles embarcations livrées à ta\nmerci; tu n’entends pas les cris d’agonie de ces malheureux qui se perdent dans\nl’immense clameur de la tempête.\n   T u te joues de ce pauvre bateau, de ces quelques planches qui séparent ces\ninfortunés de la tombe!\n   T u pousses leur coquille de noix sur ces récifs mortels qui émergent de tes\nlames houleuses, comme autant de dents prêtes à happer leur proie... Et alors,\nau-dessus du crépitement de la foudre, du mugissement de l’Océan démonté, du\ncri :1e mort des pétrels et des frégates, un craquement sinistre se fait entendre.\nT ous ceux qui se trouvent sur le navire disparaissent un à un pour toujours;\ntous sont allés chercher le repos parmi les montagnes de corail, dans les grottes\nvertes qu’habitent les ondines et les sirènes.\n   A ta surface, rien ne décèle le crime que tu as commis, rien, excepté un mât\nbrisé que le vent du large pousse vers la côte.\n   Dans ta colère même, alors que rien ne résiste à ta fureur, tu es belle, ô mer,\nlorsque les éclairs blafards crèvent les ténèbres, et que la tempête qui hurle,\nprécipite tes flots en courroux contre les hautes falaises déchiquetées.\n\n    A oût 1890.                                                 L O U IS   VÉHENNE.\n"}, {"page_pdf": 15, "texte": "                - 8-\n\nLA CIGARETTE.\nA n ciel s’élève la fum ée,\nE n colonnetle parfum ée;\nComme nu mince et long serpent bleu,\nCapricieuse, elle tournoie,\nOndule, et puis dans l’a ir se noie,\nS e noie et se p e rd peu à peu.\n\nOn croit voir dans ses arabesques\nGrimacer des Kobolds grotesques,\nOu bien, déroulant leurs anneaux,\nP a sser les rondes fu g itives\nOne Jo rm en l les elfes craintives,\nQuand vient le soir, dans les roseaux.\n\nVague fle u r des pays du rêve,\nD ans la volute qu i s'élève,\nUn insaisissable profil,\nQuelque doux visage de femme,\nE voqué d'un coin de notre âme,\nS e montre, riant et subtil.\n\n\nL e tourbillon passe rapide,\nE t se dissipe dans le vide,\nD éjà tout s’est évanoui.\nJl reste un peu de cendre g ris e\nQu’emmène tantôt la brise,\nE t le beau rêve s’est enfuil...\n\n\nC esl ainsi que passe la vie ;\nNous laissons notre fantaisie\nF o r g e r un songe décevant.\nM ais les déceptions amères\nBientôt dissipent nos chimères;\nAutant en emporte le vent !\n\nA in s i s'envolent p a r bouffées,\nAvec nos plaintes étouffées,\nE sp oirs et peines à la fo is ....\nE t la cigarette qu’on fu m e\nS e raccourcit et se consume,\nP u is enfin nous brûle les doigts.\n\n                     F r é d é r ic F r ic h e .\n"}, {"page_pdf": 16, "texte": "                                         (Fragment).\n\n                                                              a   mon ami   Louis V é i i e n n e .\n\n\n   L e pauvre vieux père Variot vient de s’éteindre dans le dernier frisson d’une\nlaborieuse agonie. S u r la fraîche blancheur de l’oreiller se profile le triste visage du\ncadavre. L a teinte fuligineuse de ses orbites, ses joues émaciées, ses lèvres lippues,\ncontractées   et ouvertes    témoignaient des douleurs suraigües            d’une lente mais\nvictorieuse fièvre hectique qui avait miné, rongé ce pauvre corps. S e s yeux, grands\nouverts encore, avaient quelque chose de profondément triste; ils s’anéantissaient\ndans une contemplation infinie. Dans son immobilité de mort, il semblait heureux\nde ce que la vie      s’était envolée loin de lu i, emportant avec            elle toutes ses\nsouffrances et ses misères. Après tout, pourquoi eût-il regretté la vie? Elle avait\nété dure, bien dure pour lui ! Il y a des gens qui s’attachent à la vie, s’y crampon­\nnent, mais il y en a aussi un grand nombre pour qui elle est un fardeau d’une\nexcessive lourdeur. Et le père Variot était de ceux-ci.\n   Il avait peiné, il avait lutté pour l’existence, il avait fait tous les efforts possibles,\nil s ’était rompu à la fatigue, mais la fatalité le poursuivait, s’acharnait après lui.\nPourquoi? Il n’en savait rien. Et souvent cela le mettait dans une terrible fureur,\nlui qui luttait âprement de voir des hommes, des individus comme il disait, se\nvautrer dans leur or, se plonger dans une dégradante oisivité, tandis que lui était\nplus misérable que le dernier de leurs chiens.\n   Mais généralement ces tempêtes de colère se passaient rapidement, il redevenait\nmaître de lui, et, prenant une nouvelle ardeur, tâchait de procurer des ressources\nà sa famille qu’il adorait réellement.\n   Mais un lugubre soir de décembre, un coup cruel — le plus cruel qu’il ressentit\ndurant sa vie — frappa le vieux père Variot. Valentine, sa femme, qui lui avait\ndonné un fils et une fille, lui fut ravie par l’impitoyable mort.\n   A h ! il l’aimait follement sa femme! Il l'aimait d’une forte passion quelle lui\navait inspirée dès sa jeunesse la plus tendre et qui lui aurait fait commettre tout\npour qu’elle eût un instant de joie, de bonheur. Aussi lorsqu’elle s’éteignit dans\nses bras, un grand effondrement s’était fait en lui. Il en était devenu comme muet\npar la douleur qui l’étreignait au cœur. L e s forces l’avaient quitté et cette longue\nprostration accéléra la marche de la fièvre qui circulait dans ses veines.\n"}, {"page_pdf": 17, "texte": "                                       - 10 -\n   Le malheur causé par la mort de Valentine s ’était abattu plus que jamais sur\nla famille et les nombreuses dettes qu’avait occasionnées la maladie n’étaient pas\nencore payées, lorsque le père Variot; miné par le chagrin, vaincu par l’inexorable\nfièvre, s’était couché, pâle et maigri, pour s’endormir quelques jours plus tard dans\nl ’éternel sommeil.\n\n\n   L e soir tombait lentement. Et c’était un spectacle douloureux que cette chambre\nsuintant partout la misère et cette petite lucarne par l’entrebâillement de laquelle\non avait laissé pénétrer un air d'un exquise fraîcheur pour le malade.\n   A u dehors, dans le clair crépuscule, une grande douceur descendait sur toutes\nchoses. L es routes se dessinaient, régulières, droites et tantôt sinueuses, déjà plus\néblouissantes que le ciel. Les quelques maisons qui ne formaient plus partie de\nla ville de Charleroi, mais pas encore la campagne, ciselaient leurs rouges toitures\nsur l’horizon s’assombrissant ; les   usines aux exubérants et gigantesques reliefs\n                                                      »\ncrevaient le ciel de fulgurantes clartés. L a lune se levait, montait au ciel, rosée\net pleine de tristesse; au loin, la campagne se noyait d’ombres violettes. Dans le\nlointain embrumé un clocher faisait entendre la dolente sonnerie de son Angélus.\n   Su r cette nature au repos après sa journée de fatigue, sur les champs endormis,\nsur la ville disparaissant sous l’amoncellement des ténèbres, plus loin sur la rivière\nmuette, sur tout ce paysage calme, entrant doucement dans la nuit, il y avait le\nmême recueillement, le même profond silence impressionnant que sur le visage du\npère Variot envahi par la mort.\n   Et là, près de la lucarne, Marie, la fille du mort, était affaissée dans une poignante\ndouleur. Son teint était d’une cadavérique pâleur, ses yeux livides, son visage\nd’une effrayante maigreur. On voyait que longtemps elle avait veillé son père et\nque la hideuse misère avait trop tôt fané cette fleur toute printanière.\n   Marie venait d’atteindre ses dix-huit ans. Malgré les ravages exercés par les\ncruelles privations, elle était encore d’une réelle beauté. Plutôt petite que grande,\nla taille flexible et bien cambrée, ses mouvements étaient d’une extrême grâce.\nS e s yeux, beaux, malgré les larmes qu elle versait, étaient infiniment doux et tristes\ndans l’enchâssement de leurs paupières rougies; sa bouche était petite et devait\nêtre pleine de ravissement quand elle souriait.\n   Au milieu d’une     demi-obscurité pleine    d’un morne silence, Marie songeait,\nimmobile, les yeux attachés sur la face pâle du mort.\n   Dans la foi naïve de ses dix-huit ans, elle se demandait pourquoi le malheur\ns'acharnait après sa famille, et elle, qui toujours avait trouvé une consolation\nintime dans la prière, se mit à douter de l'existence de Dieu, insensible devant\n"}, {"page_pdf": 18, "texte": "                                           - 41 -\ntant de misères supportées honnêtement. Puis une crainte la saisissait tout entière.\nSon frère Jean, n’est-il pas encore assez malheureux! Il va              rentrer      et    trouver\nson père inanimé ! Quel coup cruel pour lui ! L e matin, tristement il avait dû\nquitter la maison pour se rendre à son travail tandis que son père se mourait.\n   L e cœur de Marie bondissait de terreur à l’idée de la douleur que ressentirait\nson frère. Et, oppressée par les sanglots qui l’étranglaient, elle se mit à pleurer\ncomme un enfant. La tristesse peinte sur ses traits était si navrante que la jeune\nfille semblait vouloir s ’anéantir aussi dans l’infini de la mort.\n   Puis, le calme se réveillant en elle, seule avec le mort et dans cette lugubre\npénombre, elle avait peur, mais sans velléité de fuir. Elle était comme rivée à\nsa chaise.\n   Par intervalles elle s’efforçait de distinguer les bruits qui se répercutaient dans\nl’escalier. Et chaque fois qu’elle entendait des pas résonner sur les dalles elle avait\npeur que ce ne lût Jean. Elle aurait voulu voir se            prolonger indéfiniment ce\nmoment d’attente....\n   Cependant        l'heure habituelle   du retour de Jean approchait et bientôt aussi\nMarie entendit monter l'escalier avec précipitation. Elle venait de reconnaître les\npas de son frère.        Sa figure émaciée devint    plus pâle encore tant elle craignait\nd’assister à cette terrible douleur qui allait étreindre son frère. Il y avait de la\nstupeur au fond de sa tristesse.\n   Elle eut un moment de furieuse anxiétude.. •\n   Brusquement la porte s’ouvrit et Jean entra. Il se dirigea directement vers le\nlit où il avait quitté son père le matin. Et lorsqu’il le vit là, gisant, froid et inerte\ndans la rigidité de la mort, il ne poussa pas un cri tant sa douleur était immense\net tomba dans les bras de sa sœur.\n\n                                                                (Extrait c!c : L es E iing n ni/s,.\n\n    A v ril 1890.                                                    Jo s E iit D e G k y x s t.\n"}, {"page_pdf": 19, "texte": "                    - 42 -\n\n  SOILTILTIETS-\n                                                     A M a d a m e W. D.\n\n\n        I. — L e v e r de Soleil.\n\nQuand le soleil levant il l’horizon s'enlise,\nL e matin, dans les près tout de fle u rs émaUlés,\nS u r les hauts peupliers, les oiseaux réveillés\nS e bercent doucement au souffle de la brise.\n\nL e s timides pinsons qu'un fa ib le rayon g rise,\nPerlent des a irs tous doux p a r les vents emportés ;\nE t les cerfs matinaux, p a r ce concert troublés,\nS e mirent au lac bleu que le soleil irise.\n\nDe mystiques baisers, s'élèvent dans les a irs\nL e s suaves odeurs — au bord des ruisseaux clairs,\nDans le scintillement de la fraîche rosée.\n\nE t la — majestueux, p rès des nénuphars blancs,\nS e promènent su r l'eau deux cygnes imposants,\n— Cest l'am our qui bénit la nature éveillée.\n\n           II. —Coucher de Soleil.\n\nQ uand le soleil stagnant en la pourpre s’enlise\nL e soir, su r la blancheur des monts immaculés,\nL es fau ves, reins arqués, p a r la peur fouaillés,\nClament des rauquements que la montagne brise.\n\nE t ces rugissements, p a r la jaseuse brise',\nD ans la fo rê t houleuse, épars, sont emportés\nAvec le clapotis clair des ruisseaux troublés\nQue la lune d ’argent de ses reflets irise.\n\nEreintés, écrasés, sous leurs spasmes amers,\nD ans les ju n gles plongeant, v ifs comme les éclairs,\nHypnotisés là p a r l’impression allée\n\nDe f Au-delà, raidis, les fa u ves impuissants\nSont étendus, dans les roseaux, les yeu x sanglants.\n— E l la fo rê t s’endort p a r le vent balancée....\n\n                                      C h a r i . es T u y t t e x s .\n"}, {"page_pdf": 20, "texte": "                                       - 13 -\n                   L A      R O S E        M O U S S E U S E .\n\n                                       ( C o n t e ).\n\n   Estérelle, la petite fée qui veille sur les fleurs, et qui parfois, durant les belles\nnuits d’été, les arrose, à la lueur tremblotante des étoiles, de la douce et fraîche\nrosée, folâtrait et lutinait un jour dans un jardin, bien loin de sa demeure.\n   Fille d’un rayon de soleil et d'une goutte d’eau, elle était belle comme le jour,\nd’une beauté limpide et rayonnante, et habitait, au milieu d’une forêt, une clairière\ntapissée de mousse, véritable nid de verdure, plein de mystère et de fraîcheur,\noù les oiseaux venaient chanter leurs plus jolis airs, et où poussaient tout plein\nde violettes, au bord d’une source qui murmurait sous l’herbe fine. Là, au milieu\ndes pâquerettes et des myosotis, Estérelle avait sa chambre à coucher, une grande\ncampanule bleue; son boudoir, une digitale à calice de pourpre; et même sa chambre\nà bains, un beau lys blanc, plein de rosée jusqu’aux bords.\n   Après une course insensée à travers les allées sablées et le gazon, les plates-\nbandes et les parterres semés de fleurs qui s’inclinaient sur son passage et sentaient\nbon tant qu’elles pouvaient, la fée s’aperçut que le soleil avait disparu à l’horizon,\net que la lune, inclinant son urne d’argent, épanchait ses lueurs d’opale à la terre\nsilencieuse et sombre. Estérelle résolut de passer la nuit dans ce jardin, car elle\ns’y plaisait beaucoup, et y    connaissait à peu près tout le monde; elle s ’était\nsuccessivement penchée sur la corolle de chacune des fleurs, pour s’enivrer de\nleurs senteurs capiteuses; elle avait lié conversation avec la bête à bon Dieu, le\npapillon et la libellule dorée, au fin corsage, aux ailes frémissantes, et un brin\nd’herbe parfumé lui avait déjà conté tous les cancans du gazon.\n   Estérelle chercha longtemps, bien longtemps, une fleur où elle pourrait dormir\nà l’aise; elle les interrogea toutes, mais n’en trouva pas une qui valait sa grande\ncampanule bleue ou sa digitale à calice de pourpre. Elle finit cependant par choisir\nune rose, qui entrouvrait des pétales fins et dentelés, d’une exquise délicatesse et\nd’un parfum pénétrant. La fée se coucha mollement au fond de son calice, et la\nrose referma sur elle sa corolle odorante.\n   Pendant la nuit survint un orage; il plut de grosses gouttes qui ruisselaient le\nlong de la tige des fleurs, et retentissaient en tombant sur le feuillage; le vent\ngémit, faisant pencher et craquer les grands arbres. Mais Estérelle, bercée par la\ntige flexible de la fleur, ne s’éveilla point; à peine fut-elle mouillée d’une goutte\négarée, qui avait trouvé moyen de s’infiltrer jusqu’à elle.\n   A vec l’aurore, la rose rouvrit ses pétales. La petite fée s’éveilla et s’amusa\n"}, {"page_pdf": 21, "texte": "                                            - 14 -\nd ’abord à respirer l’air frais et subtil du matin, où montait un arôme léger d’herbes\net de fleurs, et où flottait un murmure infini; à suivre du regard la poussière d’or\nqui tremblait dans les rayons du soleil, ou quelque léger papillon, chiffonnant au\nmilieu du gazon la colerrette d’une marguerite. Enfin elle quitta sa couche, secouant\nses ailes diaphanes, et toutes les fleurs la saluèrent à son lever.\n   Souriante et caressant d’un air mutin les boucles de sa chevelure blonde, elle\ndit alors à la rose : \" Rosette, ma mie, la plus belle de mes filles, je vais rentrer\nchez moi, où la campanule, la digitale, le lys et les violettes doivent attendre mon\nretour avec inquiétude. Mais avant de te quitter, je voudrais récompenser ton hospi­\ntalité. Si je vouvais t’embellir et te parer encore ! Mais beauté, couleur, parfum, je\nt’ai déjà tout donné ! Que puis-je faire pour toi ? „\n   — “ Eh bien ! petite fée, orne moi de mousse ! „ dit la coquette.\n   Et Estérelle orna de l’humble mousse cette rose hospitalière. Depuis ce jour on\nla nomme Rose mousseuse et elle rayonne au milieu de ses sœurs, reine parmi les\nreines des fleurs.\n\n    Juin   1890.                                                         Louis De B u s s c i i e r .\n      (Imite (te VAllemand).\n\n\n\n\n                     DÉSESPOIR.\n                   C'en est tro p!... O malheur !... Fille ne m'aime p a s !...\n                   O Ciel!... pour quel m otif mon cœur bat-il encore?...\n                   Que ne suis-je passé de la vie au trépas,\n                   Me voyant aédaigné p a r celle que j'a d o r e !...\n\n\n                   J e l'aim ais d'un amour insensé, délirant!\n                   Elle, p a r du mépris accueillit mes paroles !\n                   Mon cœur est déchiré d ’un désespoir navrant,\n                   E t ma léte se p e rd en mille visions fo lles!...\n\n\n                   N o n ! N o n ! Cela n est p a s !... Car une passion\n                   S i fo rte que la mienne attendrira son âme\n                   E t devra 1‘attendrir !... Quoi !... Sans émotion\n                   E lle brise ce cœur que son image enflamme !\n"}, {"page_pdf": 22, "texte": "                           - 15 -\n... E t pourtant... C cst a in s i! C’en est trop!... Oui, mourons\nPlutôt que d ’endurer un sort s i m isérable!...\nO mort ! toi, qui g u éris les désespoirs profonds\nConsole un malheureux que son malheur accable! ...\n\n\nL es deux mains su r le fron t, je me parlais ainsi...\nJ e voulais mettre fin à cette destinée,\nE t le moyen fo rm a it mon unique souci...\n“ Faisons L u i nos adieu x! ma vie est terminée! „\n\nSoudain, je frisso n n ai... Là, dans l’obscurité,\nQue vois-je remuer ?... Quelle est la chose affreuse\nDont un suaire blanc cache la nudité?         *\nQue vient fa ir e en ces lieux cette vision hideuse?...\n\nO Ciel! A i-je bien vu?... C'est la m ort!... C'est la m o rt!\nE lle vient... E lle a rrive... E lle approche... “ A rrié re !...\nO mort, que me veux-tu?... Quoi, sur l'ordre du sort\nTu viens mettre une fin à ma vie éphémère ? „\n\nL e spectre épouvantable approcha lentement.\nUne fa u x , qu’il tenait dans sa main décharnée,\nDans l'ombre de la nuit reluisait vivement.\nUn rictus entr’ouvrait sa bouche satanée.\n\n— “ Oui, c'est la mort qui vient à l’appel de ta voix.\nTu trembles! Tu fr é m is ! et ta fig u re est pâle!\nTu m’avais appelé... J e suis là, tu me vo is!...\nTu trembles!... As-tu peur m algré ta fa c e mâle? „■\n\n\" A quoi bon ces effrois?... As-tu peur de m ourir?\nVeux-tu donc vivre encor d ’une s i triste vie?\nQue ferais-tu sur terre où l'on doit tant souffrir ?\nEntre dans le séjour où l'oubli le convie ! „\n\n\" Tu croyais au bonheur !... Malheureux !... à l’amour !...\nH élas! ces mots sont va in s! Tout gém it et tout pleure :\nL a douleur règne seule en ce triste séjour\nE l pour s’en délivrer il fa u t que l’homme meure... „\n\n\" D ’une fem m e adorable un beau jo u r tu t’épris...\nDepuis lors tu revas... tu révas sa tendresse...\nTu rêvas son amour et les doux baisers p ris\nS u r la lèvre rosée où se puise l'ivresse! „\n"}, {"page_pdf": 23, "texte": "                        - 16 -\n\" E t déjà tu croyais obtenir le bonheur!\nL a belle souriait, et tu repris courage.\nE n h a rd i du succès tu lui donnas ton cœur...\nE lle ne te dit rien — O funeste présag e! „\n\n“ Car il 11 était plus temps... un autre avait le sien !\nUn autre avait ra v i le cœur de ton amie...\nTu souffris en secret, sans plainte — et tu f is bien ;\nM ais ta lyre exhala ta douleur endorm ie.... „\n\n“ E t tu tiens à la v ie !., l u ne veux pas m o u rir!...\nL'espoir germ e en ton âme étouffant la souffrance.\nL 'esp o ir!... Un sentiment vain qui ne peut rien o ffrir\nA l'homme malheureux... s i ce n’est la patience. „\n\n\" M ais viens donc dans mes bras et viens sous ce manteau\nOit l'oubli des malheurs apaisera ton âme...\nCar sous le blanc linceul, à l'a b ri du tombeau\nL e cœur humain n’est plus torturé p a r la fem m e. „\n\n\" A u lieu de sa caresse, au lieu de ses baisers\nJ e t'offre mes fa v e u rs, j e t'offre mon étreinte ;\nCouvre mes os sans chair des baisers refusés...\n Viens donc dans mes b ra s!... Viens y sans nulle crainte.... „\n\nE t le spectre hideux déjà levait sa fa u x\nP o u r trancher d'un seul coup le f i l de cette vie...\nMon œil s'obscurcissait... je voyais les tombeaux,\nL es sépulcres affreux où la M ort me convie...\n\n... M ais une blanche main se posa su r mon fron t,\nUn A uge me couvrit de son aile azurée...\nMon âme tressaillit sous son re g a rd profon d...\nS a beauté me parlait de ma belle adorée.\n\nL 'A n g e, c'était l'E spoir, qui. vint me consoler,\nQ ui ranima mon cœur p a r sa douce parole.\nL ’Ange, c'était l E sp oir qui vint me révéler\nQue j e pourrais encore attendrir mon ido le!....\n\n                                          G e o r g e s D c s s i i . i. o n .\n"}, {"page_pdf": 24, "texte": ""}, {"page_pdf": 25, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 1, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1891-01", "signet_source": "Première année - N°1 - Janvier 1891", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 6 (« Première Année. N° 1. JANVIER 1891 »). PDF 1 à 5 : notice de l'ULB, reliure et pages de garde, hors revue.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}