{"numero_id": "ulb-reveil-1891-02-01-n2", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "articles": [{"article_id": "ulb-reveil-1891-02-01-n2-001", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Première Année. NJ 2. 1 FEVRIER 1891", "ancre_fin": "REVUE MENSUELLE.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOM M AIRE DU N° 2", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 26, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 352, "texte": "Première Année. 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F r é d é r ic F r i c h e .\n\n                       R e m e m b r a n te .....................II. S e r a s q ü ie z .\n                       I n c a r n a tio n ....................... L éon L u c y -M a r .\n                       M onsieur C h a v e r d ie r ............... J e a n N o v i s .\n                       R ê v e r i e ........................... M a x im e S a n g h i .\n                       Vie et J o u r ...................... G e o r g e s A r v e n s i s .\n                       Un Songe............................ ..                    V . L ézar.\n\n\n\n\n                        P r ix d u n u m é r o : -4 0                              c e n t im e s .\n                 P r i x d e l ’a b o n n e m e n t : u n                          a n 4 fra n c s.\n\n\n                                               BUREAU          DU J O U R N A L :\n         G A N D , 71, R U E D E F L A N D R E , 71, G A N D .\n\n                                                           G AND,\n                   Im prim erie m écanique de LÉON DE BUSSCHER. rue Savaen, 32.\n\n                                               TOUS      DROITS       RÉSERVÉS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-02-01-n2-003", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "N . - B . — Il sera rendu compte", "ancre_fin": "bureau du Journal.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CERCLE LITTERAIRE FRANÇAIS. 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Ils sont tenus\n                          de donner à tour de- rôle des conférences, évangiles du jour et\n                          lectures.\n                       Les membres correspondants sont ceux qui n’habitent pas la ville. Ils\n                          ne sont astreints à aucune rétribution, mais sont tenus d’envoyer\n                          au Cercle un évangile du jour (œuvre personnelle) au moins une\n                          fois tous les deux mois.\nA r tic le        X. — Le Membre qui obtient le premier un ouvrage on lecture est obligé\n                          d’en rendre compte à la date fixée par le Comité.\nA r tic le XVII. — Le Cercle organise chaque année un Concours littéraire entre tous ses\n                         membres.\nA r t i c l e XVIII. — Le jury se compose de 5 membres. Ils sont choisis parmi les membres\n\n                         du Cercle. Le scrutin est secret et a lieu à une des premières\n                         séances de l’année. Le jury prend les dispositions spéciales pour ce\n                         concours.\nA rtic le   X IX . — La cotisation annuelle est fixée à 5            f r . pour les membres effectifs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-02-01-n2-005", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 17, "page_fin": 21, "titre_corps": "Le Chien de Paul Marcellin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Frédéric Friche", "ancre_debut": "LE CHIEN DE PiOL MiBCELLlï", "ancre_fin": "F r é d é r ic F r ic h e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "REMEMBRANOE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 28, "page_imprimee": 17, "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 2213, "texte": "LE CHIEN DE PiOL MiBCELLlï.\n                                           I.\n\n\n   Jean Rivier souleva la patte inerte et enflée du chien qui geignait.\n   “ Elle n’est pas cassée, dit-il ;   une charrette l’aura    sans   doute luxée. „ Et\navec cette dextérité qui faisait déjà de lui un chirurgien incomparable, il fit subir\nà l’articulation une pression bien combinée qui la remit aussitôt en place.\n   “ Voilà „ fit-il, regardant avec un bon sourire son ami Paul Marcellin, penché\nderrière lui, les mains aux genoux.     « Maintenant nous allons      la bander. „ Tout\nen parlant, il roulait autour de la patte malade une longue bande de toile plâtrée\nqu’il humecta et épingla soigneusement.\n   “ Bon, fit-il   en se relevant,   voilà ton toutou confortable, comme disent les\n„ Anglais. N ’importe, il faut être poète et drôle de corps comme toi pour ramasser\n„ une bête pareille sur un trottoir et la trimbaler dans ses bras, passé minuit, de\n„ la Madeleine à la rue Balzac !...... et puis pour arracher son ami Rivier aux\n„ beautés de sa thèse : L'Hypnotisme et l'art de g u é r ir ! Non, vrai, si mon chef\n„ de service et mes collègues de l'hôpital Beaujon savaient que           je   passe mes\n„ nuits à raccommoder la carcasse de chiens erran ts!           ce qu’ils se ficheraient\n„ de moi ! „\n  Il riait, passant doucement la main sur l’échine de la pauvre bête, qui, semblant\nreconnaissante, avançait le museau vers lui en remuant la queue.\n   “ A propos, dit Marcellin, où en est-elle cette fameuse thèse qui doit révolu-\n„ donner la science? „\n  \" Ma foi, ça n’avance guère; depuis quelques jours          ça traîne, ça traîne        Il\n„ faudra que je me décide à aller passer un mois ou deux à Nancy, chez Liégeois....\n„ J ’ai des renseignements à m’y procurer, toutes sortes d’observations qui me man-\n„ quent     Enfin, qui vivra verra. — Mais toi même, mon vieux, j ’y pense, quelles\n„ nouvelles de ton livre? „\n  “ Bonnes : Hetzel accepte décidément d’éditer aux conditions que je t’ai dites.\n„ On commencera à composer la semaine prochaine. „\n\n                                                                                     2.\n"}, {"page_pdf": 29, "page_imprimee": 18, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2659, "texte": "                                           - 18 -\n   \" Et tu ne me dis pas ça tout de suite, grand nigaud! A h !             ma foi, vrai......\nMvrai       ça me fait bien plaisir, tu sais, mon vieux. „\n   11 lui secouait la main,      riant d’un rire bon enfant, les yeux humides,        et ne\ntrouvant rien autre chose à       dire pour exprimer son contentement.\n   Puis, brusquement: \" T u       n’as plus besoin de moi. Bon, je rentre me coucher. „\nS e retournant sur le seuil :     \" Je reviendrai demain, ajouta-t-il, voir comment vous\n„ vous portez, toi et ta bête. „\n   La porte refermée, Paul l’entendit dans l’escalier chanter d'une voix de chaudron\nde cuivre une chanson de carabins :\n\n                                Avez-vous connu M arion\n                                Q ui dans tout’ nos réunions,\n                                Siiôt qu'elle était pompette,\n                                A nous tous fa is a it minette ?\n                                S u r la d a l’, sur la d a l’,\n                                S u r la d a l’ de l'hôpital,\n                                OU son crâne était vidé,\n                                E t ses boyaux retirés.\n                                     S u r la da-alle......\n\n  Un claquement de porte, une chaise remuée à l’étage supérieur, et tout se tut.\nMarcellin, secoua la tête en souriant ;       il alla prendre avec précaution la corbeille\noù était couché le chien, un joli chien, ma foi, malgré sa maigreur, couleur isabelle,\nles pattes et le front      blancs, la déposa sous sa table de travail, s’assit devant,\nroula une cigarette et se mit à rêver. — Rien n’aide ce délicieux travail du poète,\nla rêverie, comme de suivre des yeu x la fumée d’une cigarette, ce tournoiement\nv if qui monte, ralentit bientôt, élargissant sa spirale en une vague opalescence ;\nquelque chose de léger, de parfumé, d’aérien, d’ immatériel, comme la pensée qui\nmonte avec elle, plus affinée, et plus alanguie à mesure.\n   Ne me parlez ni du cigare, ni de la pipe. Rien ne vaut cette petite chose qu’on\ndirait animée, qui se roule et se déroule entre les doigts, et dont            Richepin     a\ndit \" que    seuls les poètes savaient encore l’apprécier. „\n   En ce moment, larêverie de Marcellin était brune,               avec   de grands    yeux\ncouleur de la mer, très profonds et lumineux, une fine silhouette de jeune fille\nque toute la soirée il avait contemplée, dans une loge de l’opéra-comique. Elle\nlui demeurait perpétuellement devant les yeux, s’imposant          à son esprit, à la fois\ntyrannique et très douce, dans le bercement des mélodies de Lakmé, encore\nchantantes à son oreille.\n"}, {"page_pdf": 30, "page_imprimee": 19, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "                                          - 19 _\n   Déjà une fois auparavant, il l’avait rencontrée, en wagon, revenant d’Argenteuil,\ntoute rieuse au milieu d’une jeune et nombreuse compagnie, et depuis                il avait\ngardé d’elle un souvenir très vif.\n   Tout à l’heure, en la revoyant au théâtre, il avait éprouvé cette sensation\nindéfinissable et mystérieuse, comme un coup brusque au diaphragme, qui signale\nd ’une façon certaine la présence de la personne aimée. Il se sentait attiré vers\ncette jeune fille.\n   Vivant, par timidité, assez en dehors du monde, ses amours avaient été banales\net faciles, ne dépassant guère la grisette sentimentale, dont la folle petite cervelle\nbat la tramontane à la pensée de l’amour d’un poète, d’un vrai qui fait des choses\nqu’on imprime.\n   Cependant, il avait la vive intuition de tendresses plus délicates, plus élevées,\ntémoin son recueil : Am ours trahies, où l’amour mondain déroule toutes ses sub -\ntilités, toutes ses mignardises.\n   Et ce soir là, se rémémorant l’inanité de ses amours passées, il les trouvait\naffreusement vides et bêtes, se laissait aller à une rêveuse mélancolie; mais bientôt\nétant de ceux chez qui toutes les émotions, même les plus fugitives, se traduisent\nen rimes et en rythmes, sa plume se mit à courir sur le papier :\n\n                       J ’a i beaucoup aimé les yeu x bleus ou noirs !\n\n\n\n   Aucun bruit autour de lui ; rien que le susurrement continu du gaz dans la\nlampe, le tic tac du cartel, et parfois, très loin, le sifflet d’ une locomotive.....\n\n                       Plusieurs me Vont d it— hélas! j e l'a i cru....\n                       M ais ce que disait leur bouche frivo le,\n                       S ’est envolé, comme une avoine fo lle ;\n                       L e deuil de mon cœur toujours s’est accru.\n\n\n\n       Et toujours les rimes se pressaient sous son front, comme une théorie blanche\nde vierges qui danseraient en se donnant la main.......\n\n                       A in s i que la grappe au bord du sentier..\n                       Dont chaque passant arrache à poignées,\n                       E lles m'ont ra v i mon cœur tout entter,\n                       Et, i ayant meurtri, se sont éloignées !\n"}, {"page_pdf": 31, "page_imprimee": 20, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2398, "texte": "                                             20 -\n\n\n                                            II.\n\n   A quelques jours de là, R ivier partit pour Nancy. Paul, escorté de son chien\nmaintenant parfaitement ingambe, l’accompagna jusqu’à l’embarcadère de l’est.\n\n   Après force caresses du chien à son médecin, on se sépara, lorsque Paul eût\npromis à son ami de lui envoyer le premier exemplaire de son livre qui sortirait\ndes presses.\n\n   C ’était un dimanche matin; Paul se dit que par ce beau soleil de printemps,\nil ferait bien d’aller revoir certain coin moussu et ombragé, le long de la Seine,\nentre Epinay et Argenteuil, où bien souvent l’été précédent il avait passé de longues\nheures à rimailler dans l’herbe.\n\n   Il siffla donc son chien, alla prendre le banlieue, et, une heure après, débar­\nquait à Argenteuil.\n\n   Au moment où il allait sortir de la gare, le chien poussa tout-à-coup un jappement\njoyeux et s’élança comme un boulet dans les jambes d’un gros petit monsieur qu’il\nmanqua renverser. Puis il se mit à gambader follement autour de lui, malgré les\nefforts de Paul stupéfait qui essayait de le rappeler. — \" Ah ! mon Dieu, s’écria\n„ le petit homme, c’est Beppo, mon pauvre Beppo ! d’où viens-tu, ma bonne bête,\n„ mon bon chienchien chéri, où as-tu été si longtemps ? „\n\n   Comme vous pensez bien, ces          effusions réciproques embarrassaient fort Paul,\nqui craignait de passer pour un voleur de chien. Il se décida à adresser la parole\nau petit monsieur, et lui raconta en quelques mots comment il se trouvait en\npossession de Beppo,       qu’il   était heureux de pouvoir lui restituer.   L ’autre se\nconfond en remercîments et lui déclare qu’il faut absolument qu’il vienne prendre\nun verre de vin à sa villa. Il s’empare de son bras, et, malgré tout ce que Paul\npeut objecter, l’entraîne, courant presque, tout en bavardant comme une pie, tandis\nque derrière eux, Beppo emboîte le pas.\n\n   Au bout de cinq minutes, Paul avait appris que son interlocuteur s ’appelait\nEtienne-Joseph Garandon, qu’il était fabricant de papiers peints, qu’il venait passer\ntous ses dimanches à Argenteuil, dans la bonne saison, avec sa femme, ses deux\nfilles et son fils, que Beppo avait disparu une nuit d’automne, qu’il n’y avait personne\nà la   villa.   Sans   doute   il s ’était échappé des mains de ses voleurs et avait\nlongtemps erré dans Paris, la pauvre bête !.....    etc , etc.\n"}, {"page_pdf": 32, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 481, "texte": "                                            - 21 -\n   Il ne s ’interrompit que pour reprendre haleine, repartant bien vite avec des\npétarades de chandelle romaine.\n  De son côté, Paul avait dû lui décliner ses noms et qualités, et ce qualificatif\nd’homme de lettres, énoncé non sans fierté, avait paru lui faire grande impression.\n\n   (A s u ivre .)                                                                  F r é d é r ic F r ic h e .\n\n\n\n\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-02-01-n2-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 21, "page_fin": 21, "titre_corps": "Remembrance", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Rodrigue Sérasquier", "ancre_debut": "REMEMBRANOE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 32, "page_imprimee": 21, "debut_caractere": 481, "fin_caractere_exclue": 1582, "texte": "REMEMBRANOE.\n                             Etoile, je ne te désire\n                             N i te demande dans les cieux;\n                             E t pourtant ja im e , sans le dire,\n                             A relever vers toi les yeux.\n\n\n                             E l pa rfois alors je m’attarde,\n                             Car j'a im e à te considérer ;\n                             Avec plaisir je te regarde\n                              Tant que je puis te regarder !\n\n\n\n\n                             Ce n'est pas que je vous désire,\n                             Souvenirs de jo u rs malheureux ;\n                             E t pourtant f aime, sans le dire,\n                             A vous rappeler de mes vœux.\n\n\n                             A lo rs pa rfois, hélas! je pleure.\n                             J e voudrais, sans me consoler,\n                             S u r vous, ju squ ’à ma dernière heure,\n                             P leurer tant que je puis pleurer!\n\n\n                    M ars 1890.                            R o d r ig u e S é r a s q u ie r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-02-01-n2-007", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 22, "page_fin": 23, "titre_corps": "Incarnation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Léon Lucy-Mar", "ancre_debut": "A M A D E M O IS E L L E H E N R I E T T E E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 33, "page_imprimee": 22, "debut_caractere": 119, "fin_caractere_exclue": 2449, "texte": "A    M A D E M O IS E L L E H E N R I E T T E E . . . .\n\n\n\n\n     Il est l'heure... L a cloche libératrice a retenti sous la voûte de brique rouge.... le\nbourdonnement étrange de ces cent cinquante voix jeunes et rieuses, s ’est envolé\nderrière la      porte encore     fermée....    et là, sur le trottoir, la foule qui attend,\nbattant du pied la neige, fixe ses yeux impatients sur cette sortie d’école, grand\néclat de rire s’élançant vers la nue grisâtre d’hiver...\n     Oh ! oui, vous les avez toutes vues, ces fillettes mutines, s'échappant, le sourire\naux lè v re s, le regard allumé du désir d’être libres, respirant avec ivresse l'air\npur du      dehors, s’éloignant      ensuite, groupées,             parlant        haut      dans       leurs          rires\nargentins, avec ces gestes qui leur appartiertnent, et qui vous font les suivre des\nyeux, longtemps, dans la brume...\n     Oh ! moi j’en raffolais de ces        tableaux où la vie s ’épanche, coule à flots de\nces jeunes cœurs avides de plaisir.... je raffolais de ces bruissements d’abeilles,\nde ces bourdonnements           agités et sourds,      qui       glissent,           rampent,           se faufilent,\nparvenant jusqu’à vous,          avec      des tressaillements et des vibrements                             étranges ,\npleins de jeunesse et de grâce....\n     Mon    regard      se promenait grisé sur ces               réunions d’amies,                  aux vêtements\nbigarrés,     aux    cheveux    diversement noués,               tombant        pour la plupart sur                      ces\nlégères     épaules qui,       soulevées    par la    joie        et l’habitude             du     rire      intérieur,\nsemblent, lorsque le vent agite la chevelure, des vagues s’irritant dans un océan\nde soie.\n     Il m’était si    doux de les contempler toutes, en connaissant plusieurs, de les\nconfondre dans mon imagination             qu’elles troublaient, de les               voir lancer à l’ombre,\nfurtifs, leurs      regards de seize       ans...    et si triste, de les             voir disparaître gaies\nau    tournant   de cette rue qu’elles animaient, tandis que la bise du soir faisait\nflotter autour d’elles les pans frangés de leurs manteaux.... Il ne m’a plus été\ndonné de ressentir ces émotions qui agitaient mon cœur à cette époque là....\n"}, {"page_pdf": 34, "page_imprimee": 23, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2603, "texte": "                                          - 23 -\nPlus jamais je n'ai revu ces sourires, ces yeux, ces voix de                ma jeunesse, ces\nfées qui     hantaient mon adolescence, qui faisaient naître en moi les premiers\nsentiments      de l’amour, et qui, troublant ma pensée de poète,           faisaient résonner\ndans mon âme les cordes encore faibles de la lyre du cœur....\n   Hélas !...    j ’ai cherché.... j ’ai vu   j ’ai songé....    et rien     de tout ce dont\nmes yeux        se sont nourris ne    m'a rappelé ces jours-là, ces        ivresses    folles    et\npures, ces rêves, ces projets d'avenir tous évanuuis,              rien !....... absolument rien\ndans tous ces tableaux d’aujourd'hui ne m’a souri comme autrefois,.... rien !......\nrien !.-... si ce n’est toi !....\n   Toi,    brune et vive, toi dans les veines de qui            circule brûlant    le sang       de\nl’Italie, toi, que j ’ai découverte et suivie, parmi la foule bruyante de tes compagnes,\nsans que tu le saches, sans que tu le devines, sans que rien dans ta poitrine\nd’enfant ait tressailli, sans que ton cœur ait battu, sans que, dans le regard que\ntu me lances parfois, j ’aie découvert le moindre indice de la plus légère attention...\n   O h! oui, que tu rirais!.... que tu .trouverais grotesque et ridicule ce vieillard\nà la voix tremblotante, à l’œil qui semble éteint, à la démarche                  incertaine     et\ng ên ée      si tu savais que son cœur est jeune, si tu découvrais qu'il t’admire,\nqu’il te voit apparaître en ses songes, la nuit, toujours           que tan nom glisse sans\ncesse sur ses lèvres décolorées,.... qu’il t’aime!..., lui, l’ancien, le démodé, le vieillard\nen un mot ! .....\n\n   Que tu rirais !. ... Quel éclat sonore s’échapperait inextinguible de tes lèvres,....\ncombien tes dents se        montreraient jolies au soleil           et quel éclair      moqueur\nalanguirait tes yeux noirs sur ta peau brune !..... Non, ne ris pas, chère, ne souris\npas même, car le vieillard a vu s’incarner en toi le souvenir de l’A im ée                       de\nla charmante .et vive enfant que l’Adriatique avait vu naître,               que le soleil du\nmidi avait dorée de ses rayons... Il s’est tout entier retrouvé dans ton amour,\ncomme autrefois il se retrouvait, se revivait, dans son Henrietta du vieux temps,\nqu’il avait tant adorée, et que la mort froide avait arrachée de ses bras...\n\n   Oh! non, mignonne, tu ne rirais pas du jeune cœur dans la vieille enveloppe\nsi tu savais cela!....\n\n   Liége, Décem bre 1890.                                               L éon L u c y -M a r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-02-01-n2-008", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 24, "page_fin": 26, "titre_corps": "Monsieur Chaverdier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Novis", "ancre_debut": "MONSIEUR CHAVERDIER. Un grand vieillard", "ancre_fin": "J ean N o v is .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "RÊVERIE. (En entendant", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 35, "page_imprimee": 24, "debut_caractere": 74, "fin_caractere_exclue": 2618, "texte": "MONSIEURCHAVERDIER.\n    Un grand vieillard maigre, vêtu de noir, décoré de la médaille militaire, des\nbesicles d’acier au bout d’un nez en bec d’aigle, tel était monsieur, Chaverdier.\nJe l’ai connu il y a quelque trente ans. Un gros registre sous le bras, il\nprenait au Boulevard des Italiens, l’omnibus où je montais d ’habitude, et nous\nnous parlâmes ainsi, à force de faire ensemble, été comme hiver, la même route\ndans les rues de Paris. — Tout d ’abord, il ne me dit que des choses banales;\nnotre conversation fut celle de deux gens inconnus l’un pour l’autre. Mais je finis\npar apprendre que son registre était le manuscrit d’un ouvrage auquel il travaillait,\net qui absorbait tout son temps. Ancien officier aux chasseurs d’Afrique, retraité\npour cause de blessures graves, il avait, dans l’espace de quelques années, fermé\nles yeux de tous les siens, et cherchait l’oubli de ses maux dans la culture des\nlettres. Sa pension suffisait à l’entretenir. Il passait ses journées à la Bibliothèque\nNationale, compulsant d’une main fiévreuse les antiques parchemins et les vastes\nin-folio. L’histoire l’avait séduit ; aussi rêvait-il de publier un tableau de la civilisation\nhébraïque depuis ses origines jusqu’à l’ère chrétienne. En littérature, il avait des\nopinions très arrêtées, il se moquait de Victor Hugo, méprisait profondément\nBalzac et appelait “ gamineries „ les œuvres du “ nommé „ Musset. Il s’était mis\nà la besogne, plein d’ardeur. Avec impatience il attendait le moment où, son\nlivre terminé, il pourrait enfin le donner au public. Monsieur Chaverdier me faisait\npart de ses craintes et de ses espérances, l’ouvrage avançait                  il venait de\ncommencer la dernière partie            Il avait découvert à la Bibliothèque Mazarine un\nvolume qui facilitait beaucoup ses investigations. J'assistais pour ainsi dire à la\ncomposition, aux progrès de son travail qui commençait à m’intéresser......\n    Il me dit, un matin de décembre, que, son étude terminée, il s’occupait de la\nrelire avant de la faire éditer. Ses bons yeux gris brillant de joie, il frottait l’une\ncontre l’autre ses mains sèches et ridées. A présent, monsieur Chaverdier s’occupait\nde trouver un éditeur : il se mit en rapport avec l’une des bonnes maisons de\nla capitale. N’étant pas riche, il ne pouvait supporter les frais de publication, mais\nayant confiance dans son mérite, il ne doutait point d’obtenir une réponse favorable.\nSon œuvre paraîtrait, serait lue, aurait plusieurs tirages, satisferait enfin du même\ncoup l’écrivain et l’éditeur.\n"}, {"page_pdf": 36, "page_imprimee": 25, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3073, "texte": "                                          - 25 -\n   — Mais on l’éconduisit avec         une banale excuse. On avait                pris    connaissance\nde son travail qui semblait original et consciencieux                   L ’ouvrage pressait pour\nle moment, on était surchargé; l’on verrait plus tard.\n   Mon ami ne fut pas plus heureux chez un second libraire.                        Néanmoins il ne\ndésespérait pas. Il offrait son manuscrit, on le remerciait toujours,                    et bien        qu'il\nn’en fit rien paraître, sa dignité souffrait visiblement de ces refus.                    Son dos se\nvoûtait, son regard d’ordinaire si vif devenait terne, le physique décelait l’état du\nmoral.    Et de voir ce vieillard bon, courageux, rabroué d’officine en officine, les\nlarmes me venaient aux yeux....\n   L e temps avait marché. A vril ramenait les fleurs et les beaux jours. Un matin,\nje ne vis pas monsieur Chaverdier dans l’omnibus. Comme vous pouvez croire ,\nj’en fus très inquiet. Sachant l’état précaire de sa santé, je craignais quelque\nmalheur, et vous allez voir si mes appréhensions étaient fondées. J ’avais résolu de\nme rendre dès le soir chez mon vieil ami            pour prendre de            ses nouvelles.            En\nrentrant chez moi, je trouvai ce billet qu’un commissionnaire avait apporté.\n\n                      MON C H E R DURAND,\n   » J ’ai eu cette      nuit une assez forte indisposition. L e médecin m'ordonne                       de\n» garder le lit. Je      crois que j ’ai mon compte, comme nous                disions au régiment, et\n» que la mort, à qui l’on m’a si souvent arraché, réclame aujourd’hui ce qui lui\n» est dû. Je vous serais fort obligé si vous veniez me voir.\n                                                   « A l b e r t -M a u r ic e C h a v e r d ie r . »\n\n   La     lecture   de   ces   quelques lignes m’attrista. Je me hâtai                de gagner           le\nlogement que monsieur Chaverdier occupait rue de Valmy. Je trouvai le médecin\nà son chevet; en vieux praticien, celui-ci ne s’était pas trompé sur la nature du\nmal à combattre. L a science ne pouvait guérir que le physique, or c’était le moral\nqui souffrait. L e patient se trouvait au plus mal. Bien qu’on lui eût défendu de\nparler ou de faire aucun mouvement, il avait voulu m’écrire, et cet effort l’avait\népuisé. Une crise était survenue, il délirait. Couché sur son lit de camp, dans sa\nchambre froide et nue, monsieur Chaverdier faisait peine à voir... L e médecin\nvoulait    appeler une soeur de charité, mais je préférai m’installer                 au chevet du\nmoribond. Je le* veillai pendant quelque temps.\n   L e s forces revenaient, les nuits étaient bonnes, aussi je me prenais à espérer.\nJ ’avisai une ruse innocente que je crus propre à hâter la convalescence de mon\ncher malade : J ’avais, lui dis-je, découvert un éditeur qui consentait à publier son\nouvrage. S u r ma prière, un ami s’était prêté de bonne grâce à jouer ce rôle. Il\nvint à l’appartement de la rue de Valmy où l’on débattit longuement les conditions,\n"}, {"page_pdf": 37, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1715, "texte": "                                              - 26 -\nle format de l’ouvrage, ainsi que le nombre d’exemplaires. J ’avais pris le manuscrit\nrebuté et un imprimeur s ’était chargé,            moyennant finances,          d'en reproduire les\nfeuillets.\n   Je passais de longues heures avec monsieur Chaverdier, causant du jour béni\noù son livre pourrait figurer à la montre des librairies parisiennes.                       Je    voyais\navec joie le malade se rétablir peu à peu. Mais un matin, la fièvre revint, les\nforces disparurent,     et le médecin hocha tristement la téte : ce n'était plus qu’une\nquestion d’heures. Le quinzième jour vint pourtant. V ers midi, un prote apporta\nles pages encore humides. Vous peindre la joie de mon vieil ami, je ne le tenterai\npoint. Jamais je ne vis spectacle plus touchant.               Il riait,   me serrait lus         mains,\nparlait      de se lever, et dans le débordement de son plaisir me dit ce mot char­\nmant : \" Mon cher, me voilà rajeuni de dix ans ! „ Je                   m’efforçai de calmer cette\nindicible joie, rappelant que le repos et la tranquillité lui étaient toujours prescrits.\nIl me promit de rester calme, sur quoi je le quittai...\n\n\n   Je reviens une heure après. Je rencontre la concierge dans l'escalier; son visage\nbouleversé me fait pressentir une catastrophe. Sans lui laisser le temps de parler,\nje me précipite vers         la chambre de monsieur Chaverdier.                Il était mort, tenant\npressés contre son cœur les feuillets imprimés du                   “   Tableau de     la civilisation\nhébraïque. „\n    G and, Jan vie r 1891.                                                           J ean N o v is .\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-02-01-n2-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 26, "page_fin": 28, "titre_corps": "Rêverie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maxime Sanghi", "ancre_debut": "RÊVERIE. (En entendant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 37, "page_imprimee": 26, "debut_caractere": 1715, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": "RÊVERIE.\n                             (En entendant ta Rapsodie Hongroise de Lise t.)\n\n\n                                                                                A MON AMI N. J.\n\n   Madame G .... s ’étant mise au piano, nous joua la Rapsodie Hongroise de Liszt.\n   Dès les premières notes, je me sentis fort ému. Bientôt les accords se succèdent\nplus pressés; un charme mystérieux, m’envahit tout entier; détaché du milieu où\nil se trouve, mon esprit transporté, s’abandonne à la rêverie. Je vois des montagnes\nbleuâtres dont les cimes neigeuses, dorées par le soleil levant, se détachent peu à\npeu sur le ciel brumeux; je vois des steppes sans fin et des forêts profondes.\nGraduellement le paysage s’anime. Une fraîche jeune fille, la tête appuyée sur\nl’épaule d’un élégant cavalier, se promène à l’ombre d’un bosquet verdoyant. L e\n"}, {"page_pdf": 38, "page_imprimee": 27, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2749, "texte": "                                        - 27 -\nbonheur brille dans ses yeu x d’azur, tandis que son beau compagnon la regarde\navec tendresse.   Ils se parlent et sourient doucement. Que se disent-ils? Mille\nchoses tendres, sans doute, où les mots amour et aimer reviennent sans cesse. Ils\nsont jeunes, ils ont l’espérance. Bientôt le tournant du chemin les dérobe à mes\ny e u x ; le jeune homme s ’incline et dépose un chaste baiser sur le front virginal\nde sa compagne. Ils ont disparu.. .\n\n                                      FR IS K A !\n   De gais laboureurs élèvent leurs hymnes vers l’astre du jour. L es moissonneurs\nse rendent au travail en sifflant un air national. Ils sont tout joyeu x; une noble\nfierté anime leur regard qui brille du feu de l’honnêteté. Leur besogne est rude,\nsans doute, mais ils sont hommes; leur épouse est plus faible qu’eux, leurs enfants\nsont petits, il est d’un bon père de pourvoir aux besoins du ménage. Et ils chantent\net se mettent à l’ouvrage avec ardeur....\n  Quels accords mélodieux parviennent à mon oreille ? Douces voix de jeunes filles ,\nmâles accents de jeunes gens. On est en fête, on danse, on rit. Le chant continue\nplus fort; les couples s’enlacent, serpentent, tourbillonnent; les frais costumes aux\nriches couleurs se mêlent     et se fondent,   offrant   à l’oeil   un spectacle magique.\nEt toujours on chante en se serrant les uns contre les autres, et la danse continue,\nvive, pressée, impétueuse. Chantez vierges,       dansez jeunes gens pendant que la\njoie vous éclaire !\n\n                                      LASSAN1\n   Qu’y a-t-il au loin, dans la plaine ; que signifient ces flammes qui s’élèvent dans\nles airs, s’abaissent, crépitent, sifflent et grondent ? d’où sortent ces cris qui glacent\nd’effroi ? Des guerriers farouches se précipitent en avalanche, la fureur les pousse,\nun hurlement sinistre sort de leurs bouches, un rictus affreux contracte tous leurs\ntraits. Rien ne les arrête : ni les cris déchirants des mères éplorées, ni les vagis­\nsements plaintifs des enfants au berceau.       La pitié leur est inconnue. Une épée\nd’une main, une torche enflammée de l’autre, ils avancent toujours. L e meurtre,\nl'incendie, voilà leur oeuvre ! Ce ne sont point des hommes, ce sont des démons\nsanglants qui passent en bandes échevelées, semant partout la mort, laterreur             et\ntransformant en champs de carnage les riantes plaines de jadis.\n   Pleurez, mères ; pleurez vos enfants morts, vos        époux égorgés !\n   Eh quoi ! se laissera-t-on exterminer sans opposer de            résistance ?L e   sol de\nla patrie sera-t-il impunément couvert du sang de ses enfants? Où donc sont les\ndescendants des Huns indomptés, où sont les fils de l’inflexible Attila ? La patrie\n"}, {"page_pdf": 39, "page_imprimee": 28, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2360, "texte": "                                          — 28\nva p é rir; ne la défendrez-vous pas? Où est ce mâle courage qui jadis                    animait\nvos ancêtres ?\n   L ’ennemi s’avance toujours, faisant sans cesse de nouvelles victimes. Soudain,\nune clameur terrible s’est élevée des steppes ; les monts bleuâtres et les chênes\nséculaires ont frémi.     Courage,    épouses, nous courons à l’envahisseur ! Et                les\njeunes gens, tantôt joyeux, maintenant guerriers implacables, se sont jetés sur les\nhordes ennemies. Rien ne les arrête,         rien ne leur résiste ; leur généreux sang\ncoule de leurs blessures; beaucoup tombent, mais pas une plainte ne s’élève. Leur\npatriotisme les anime ; le pays les regarde ; les ancêtres ont frémi                 dans leurs\ntombeaux et sont fiers de tels descendants. Non, la Hongrie ne succombera pas !\n   L e s ombres de la nuit descendent sur les steppes ; le combat dure toujours.\nMais peu à peu, les cris      et les vociférations s’assourdissent, le silence s’établit.\nA lors s'élève   de la plaine sombre, un cri immense, saluant la patrie délivrée, la\nliberté reconquise !\n   Beaucoup de vaillants hélas ! ne reverront jamais leurs épouses désespérées,\nleurs enfants en pleurs. L e s steppes ont bu leur            sang, ils ont succombé, mais\nleurs corps inanimés reposent sur les cadavres de leurs ennemis.\n   Plus rien que le silence efirayant, terrible;            seules les flammes      crépitantes\nprojettent sur la plaine leurs sinistres reflets ........\n   Des cris joyeux, de vigoureuses fanfares éclatent de tous côtés, un chant de\ntriomphe grandit dans le lointain, célébrant la mémoire des héros                  tombés       en\ncombattant pour la patrie.\n   Dans ces plaines infinies de la Hongrie,         la liberté est dans tous les cœurs ;\non lui sacrifie tout Les mères donnent leurs fils, les épouses leurs maris, sachant\nbien que ce sacrifice est utile à la patrie, que les montagnes neigeuses et les\nsombres forêts ne seront plus foulées par l'étranger.\n   L e ton s’abaisse et expire lentement; les accords deviennent moins vigoureux,\nralentissent et meurent. Tout a fui, fraîches jeunes            filles, guerriers farouches,\nlibres steppes de la Hongrie !\n  Dieu que c’était beau !\n                                                                        M axim e S a n g iii.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-02-01-n2-010", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 29, "page_fin": 30, "titre_corps": "Vie & jour", "titre_sommaire": "Vie et Jour", "rubrique": "", "signature_source": "G. Arvensis", "ancre_debut": "VIE & JOUR Ainsi que le vautour", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 40, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 39, "fin_caractere_exclue": 1624, "texte": "V     I E      &       J O      U      R\n\n\nA in si que le vautour, dans ses serres cruelles,\nEnlève sans pitié, sans ég a rd pour leurs cris,\nLes oiseaux blancs et purs, les tendres tourterelles,\nLoin des bois, des fo rê is et de leurs doux abris ;\nAinsi, le Temps, arm é d'une fo rc e invincible,\nA laquelle, ici-bas, rien ne peut résister,\nNous ravit, m algré nous, sur son aile terrible ;\nSans souci de nos pleurs        il ne veid s'arrêter !\nI l ne respecte rien, il jongle avec nos vies,\nIl se rit de l'orgueil de ces faibles humains\nQ ui pensent échapper, au milieu des orgies,\nA la loi de m ourir, à la loi des destins !\nNotre vie ici-bas est celle d ’une rose;\nS a durée est d'un jo u r, nous vivons un moment,\nPuis, frap pés de la fa u x qui tranche toute chose,\nNous sommes moissonnés, noble, riche, ou manant....\nQuand F astre radieux, illuminant le monde,\nP arait, à son lever, dans l’horizon lointain,\nE t de ses fe u x dorés, qu’il répand comme une onde\nBienfaisante pour tout, annonce le matin ;\nQuand on voit le ciel pur, qui de sang se colore,\nQuand on voit de la mer su rg ir l’astre du jour,\nL a nature, aussitôt, grâces aux mains de Flore,\nA ce g ra n d bienfaiteur sourit avec amour.\nL a lumière bientôt se répand sur le monde,\nCar le soleil plus haut monte, ju squ'au zénith ;\nE t là. se reposant dans la niasse profonde,\nG rand dans sa majesté, du reg a rd nous bénit.\nM ais le sort a voulu que de bien près la chute,\nSuivît fatalement ce comble de grandeur',\nAinsi, ce jo u r brillant, non sans vaillante lutte,\nVoit venir son déclin, voit fin ir son bonheur.\n"}, {"page_pdf": 41, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1792, "texte": "                           - 30 -\n I l marche languissant et sent sa fm prochaine ;\n Enfin, Adieu ! beauté, charme qui nous séduit ;\n E n vain tu te débats, car ta perte est certaine\n E t voici ton vainqueur : la sombre et fr o id e nuit !\n\n\n Comme il en est du jour, il en est de la vie ;\n Quand, tout petits enfants, objets dignes d'envie,\nNous arrivons ici, symboles de candeur,\nNous sommes appelés messagers de bonheur.\nL a nature elle-même, en bonne et tendre mère,\nSemble entourer de soins notre enfance s i chère :\n Tout nous sourit alors, les fle u rs et les oiseaux ;\nComme eux, nous sommes purs, innocents et sans crainte\nE t pour nous le soleil, pour vo ir nos blancs berceaux,\nDes g ro s nuages g r is perce la vaste enceinte.\nBientôt nous grandissons, nous croissons en vigueur,\nBallottés constamment su r la mer orageuse\nD e la fortune, au flo t dont hélas ! la fa v e u r\nE s t changeante toujours, et trop souvent trompeuse.\nVainqueurs dans ces combats, nous en sortons enfin\nP lus puissants et plus forts', c’est là notre apogée.\nL o rs, fie r s et triomphants, nous voyons le destin\nNous enlever bientôt, car c’est chose obligée,\nNous sommes entraînés, et bien rapidement\nDans le sombre chemin qui conduit à la tombe !\nDéclin,... bientôt après     anéantissement !\nTel est le sort commun, il fa u t que l'on succombe !\nL a nuit qui suit le jo u r est sombre et nous fa it peur,\nL ’homme a toujours aimé d ’adm irer la lumière,\nE t ne peut s’empêcher de quelque vague horreur\nDevant cet Inconnu, qui dépasse sa sphère.\nL a nuit n’est-elle pas l'im age de la Mort,\nDe ce néant affreux, qui glace les courages\nDes plus mâles guerriers, incertains de leur sort,\nDe ce mystère enfin, défi suprême aux A g es ?\n\n                                                  G . A r v en sis.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-02-01-n2-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 31, "page_fin": 32, "titre_corps": "Un songe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "V. 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A ses pieds le fleuve, aux eaux limoneuses, se déroule entre\nles rives plantées de vignes, les collines couvertes d’arbres en fleurs. Autour de\nlui, depuis le gigantesque bloc de granit qui sert de base au château, jusque dans\nla ville, s’étend une forêt épaisse, ombragée, obscure, où règne un silence de mort.\n   Ta... ra... ta... ra... ta....\n   L e son du cor retentit tout à coup et là haut, au point où semblent se joindre\nles trois rails du chemin de fer à crémaillère, qui va de la ville au Drachenfels,\napparaissent deux points blancs devant une tache jaune. Regardez, les points blancs\nse dessinent, la tache jaune s ’accentue : c’est une diligence que deux forts chevaux\nmecklembourgeois amènent doucement vers la plaine, le long de la voie ferrée.\n   L e postillon se démène comme un possédé, joue du cor, harcèle de son fouet\nenrubanné son attelage aux harnais cuivrés. Lentement, très lentement, la voiture\ndescend. L a voici qui approche. C ’est une vieille guimbarde, aux essieux usés, aux\nressorts grinçants, aux flancs rebondis, aux portières vivement coloriées. Malgré\nsa couche de vernis, ses panneaux armoriés, ses rideaux de velours, la voiture a\nl’air vieux, bien vieux. Elle approche... et en même temps des éclats de voix, des\ncris retentissants et des rires joyeux, couvrant pour un moment le bruit de vieilles\nferrailles et le tintement des grelots, se font entendre clairs et distincts. Une joyeuse\ncompagnie emplit l’intérieur de la diligence. De belles dames, aux robes décolletées,\naux bras chargés de bijoux, aux jupes couvertes de dentelles et de broderies,\nsemblent s’amuser beaucoup de la conversation, nullement languissante, de Messieurs,\nvieux ou jeunes, qui, bien pommadés, bien parfumés parlent la bouche en cœur et\navec beaucoup de gestes. Au fond, un général tout couvert de galons, la poitrine\nconstellée de décorations, discute à voix haute avec son voisin, un gros évêque\nau camail violet. Ce sont des riches, les heureux d’ici-bas; ils ont les moyens de\ns’amuser, ils s’amusent. Regardez l’impériale, ces coffres soigneusement emballés\nces caisses aux clous de cuivre, ces bourriches pleines de victuailles, tout montre\n"}, {"page_pdf": 43, "page_imprimee": 32, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2493, "texte": "                                             32 —\nque les voyageurs sont riches et opulents et qu'ils comptent passer encore de beaux\njours, à l’abri de tout souci, au milieu de leurs biens, de leurs richesses.\n   Qu’y a-t-il? Que se passe-t-il? Un ouvrier hèle le postillon. Que veut-il dire en\nmontrant la montagne? Rien, sans doute, car le cocher continue sa route en jouant\ndu cor.\n   Ta-ra... ta-ra... la voiture descend, descend tout doucement.. .\n   Que voulait dire cet ouvrier en montrant les ruines du Drachenfels? A h ! oui,\nqu’est-ce, en effet? Un nuage de fumée dans les airs, blanc sur le ciel bleu, et\nsous lui un point noir paraît là-haut ; il grandit, le point devient tache, cette tache\ncorps. Il grandit, grandit toujours. Comme il augmente! Tenez, le voici qui descend.\nGrand Dieu! Mais c’est une locomotive; c’est le chemin de fer à crémaillère.\n   Oui, c’est lui; il dévale au grand galop, noir de suie, mugissant, lançant feu\net flamme, il roule, roule, descendant la montagne avec          fracas.....\n\n   Enfin le postillon s ’est retourné, il a vu la locomotive. Mais quoi? le mal­\nheureux ne quitte pas la voie ferrée? Il a le temps, morbleu, est habile, fort et\nmaître de la route.\n   Ta-ra... ta-ra... ta... c’est le postillon qui joue du cor.\n\n   La locomotive passe comme le vent, laissant au loin derrière elle maisons, routes,\narbres et champs. Elle roule, roule toujours.\n   Cor... Cor... Cor... C ’est le machiniste qui corne.......\n   L a diligence s’avance tout doucement.....\n   L a locomotive dévore l’espace. ...\n   Enfin cette fois, le postillon s’est aperçu du danger; haletant, fiévreux, il serre\nle frein et pousse ses chevaux vers le talus. Hélas! le frein est vieux, usé, il ne\nsait plus mordre la roue; les chevaux habitués à cette bonne route, le long des\nrails, e f f i l é s des ronces, craignant les ornières, restent insensibles au mors qui\nles secoue....\n   L a diligence continue... L a locomotive s'avance        Arrêtez !.....\n   Un choc épouvantable se produit et la locomotive se jette sur la diligence.\nHommes et femmes, chevaux et postillon, voiture et bagages, tout disparaît sous\nle monstre de fer qui, mugissant, se fraie un passage de sang à travers les débris\ndifformes de ces coFps broyés, meurtris, pantelants...\n   L a diligence a disparu. L a locomotive continue...\n\n   Si c’était vrai.... oh! que je plaindrais la p aivre humanité!\n    Janvier 1891.                                                              V . L ézar.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 26, "texte": "        Première Année. NJ 2.                                                                  1 FEVRIER 1891.\n\n\n\n                                 ESSAIS                P U B L IÉ S P A R LE\n\n\n\n\nC   E    R   C     L     E          LITTERAIRE FRANÇAIS\n                                       REVUE MENSUELLE.\n\n                                            SOM M AIRE DU N° 2 .\n                       Le Chien de R aid M a rce /lin . . . .                    F r é d é r ic F r i c h e .\n\n                       R e m e m b r a n te .....................II. S e r a s q ü ie z .\n                       I n c a r n a tio n ....................... L éon L u c y -M a r .\n                       M onsieur C h a v e r d ie r ............... J e a n N o v i s .\n                       R ê v e r i e ........................... M a x im e S a n g h i .\n                       Vie et J o u r ...................... G e o r g e s A r v e n s i s .\n                       Un Songe............................ ..                    V . L ézar.\n\n\n\n\n                        P r ix d u n u m é r o : -4 0                              c e n t im e s .\n                 P r i x d e l ’a b o n n e m e n t : u n                          a n 4 fra n c s.\n\n\n                                               BUREAU          DU J O U R N A L :\n         G A N D , 71, R U E D E F L A N D R E , 71, G A N D .\n\n                                                           G AND,\n                   Im prim erie m écanique de LÉON DE BUSSCHER. rue Savaen, 32.\n\n                                               TOUS      DROITS       RÉSERVÉS.\n"}, {"page_pdf": 27, "texte": "    N . - B . — Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire parviendra au\n                    bureau de la rédaction, RUE DE FLANDRE, 71, GAND.\n\n                Le s jo u rn a u x     o u r e v u e s q u i d é s i r e r a i e n t f ai r e l ' é c h a n g e\n                     s o n t p r i é s d e s ’a d r e s s e r u n b u r e a u d u J o u r n a l .\n\n\n\n            CERCLE LITTERAIRE FRANÇAIS.\n                                 (FONDÉ LE 24 DÉCEMBRE 1888.)\n\n                        E XT R AI T DU R È G L E ME N T .\nA r tic le        I. — Le C ercle L itté ra irs F rançais est constitué dans le but de donner des\n                          Conférences et de former une bibliothèque d’ouvrages écrits ou\n                          traduits en français.\nA r t ic l e      IL —Le Cercle comprend 3 catégories de membres : les membres effectifs.\n                          les membres correspondants et les membres d’honneur.\n                       Les membres effectifs sont ceux qui habitent la ville. Ils sont tenus\n                          de donner à tour de- rôle des conférences, évangiles du jour et\n                          lectures.\n                       Les membres correspondants sont ceux qui n’habitent pas la ville. Ils\n                          ne sont astreints à aucune rétribution, mais sont tenus d’envoyer\n                          au Cercle un évangile du jour (œuvre personnelle) au moins une\n                          fois tous les deux mois.\nA r tic le        X. — Le Membre qui obtient le premier un ouvrage on lecture est obligé\n                          d’en rendre compte à la date fixée par le Comité.\nA r tic le XVII. — Le Cercle organise chaque année un Concours littéraire entre tous ses\n                         membres.\nA r t i c l e XVIII. — Le jury se compose de 5 membres. Ils sont choisis parmi les membres\n\n                         du Cercle. Le scrutin est secret et a lieu à une des premières\n                         séances de l’année. Le jury prend les dispositions spéciales pour ce\n                         concours.\nA rtic le   X IX . — La cotisation annuelle est fixée à 5            f r . pour les membres effectifs.\n"}, {"page_pdf": 28, "texte": "                                        - 17 -\n\n\n\n               LE CHIEN DE PiOL MiBCELLlï.\n                                           I.\n\n\n   Jean Rivier souleva la patte inerte et enflée du chien qui geignait.\n   “ Elle n’est pas cassée, dit-il ;   une charrette l’aura    sans   doute luxée. „ Et\navec cette dextérité qui faisait déjà de lui un chirurgien incomparable, il fit subir\nà l’articulation une pression bien combinée qui la remit aussitôt en place.\n   “ Voilà „ fit-il, regardant avec un bon sourire son ami Paul Marcellin, penché\nderrière lui, les mains aux genoux.     « Maintenant nous allons      la bander. „ Tout\nen parlant, il roulait autour de la patte malade une longue bande de toile plâtrée\nqu’il humecta et épingla soigneusement.\n   “ Bon, fit-il   en se relevant,   voilà ton toutou confortable, comme disent les\n„ Anglais. N ’importe, il faut être poète et drôle de corps comme toi pour ramasser\n„ une bête pareille sur un trottoir et la trimbaler dans ses bras, passé minuit, de\n„ la Madeleine à la rue Balzac !...... et puis pour arracher son ami Rivier aux\n„ beautés de sa thèse : L'Hypnotisme et l'art de g u é r ir ! Non, vrai, si mon chef\n„ de service et mes collègues de l'hôpital Beaujon savaient que           je   passe mes\n„ nuits à raccommoder la carcasse de chiens erran ts!           ce qu’ils se ficheraient\n„ de moi ! „\n  Il riait, passant doucement la main sur l’échine de la pauvre bête, qui, semblant\nreconnaissante, avançait le museau vers lui en remuant la queue.\n   “ A propos, dit Marcellin, où en est-elle cette fameuse thèse qui doit révolu-\n„ donner la science? „\n  \" Ma foi, ça n’avance guère; depuis quelques jours          ça traîne, ça traîne        Il\n„ faudra que je me décide à aller passer un mois ou deux à Nancy, chez Liégeois....\n„ J ’ai des renseignements à m’y procurer, toutes sortes d’observations qui me man-\n„ quent     Enfin, qui vivra verra. — Mais toi même, mon vieux, j ’y pense, quelles\n„ nouvelles de ton livre? „\n  “ Bonnes : Hetzel accepte décidément d’éditer aux conditions que je t’ai dites.\n„ On commencera à composer la semaine prochaine. „\n\n                                                                                     2.\n"}, {"page_pdf": 29, "texte": "                                           - 18 -\n   \" Et tu ne me dis pas ça tout de suite, grand nigaud! A h !             ma foi, vrai......\nMvrai       ça me fait bien plaisir, tu sais, mon vieux. „\n   11 lui secouait la main,      riant d’un rire bon enfant, les yeux humides,        et ne\ntrouvant rien autre chose à       dire pour exprimer son contentement.\n   Puis, brusquement: \" T u       n’as plus besoin de moi. Bon, je rentre me coucher. „\nS e retournant sur le seuil :     \" Je reviendrai demain, ajouta-t-il, voir comment vous\n„ vous portez, toi et ta bête. „\n   La porte refermée, Paul l’entendit dans l’escalier chanter d'une voix de chaudron\nde cuivre une chanson de carabins :\n\n                                Avez-vous connu M arion\n                                Q ui dans tout’ nos réunions,\n                                Siiôt qu'elle était pompette,\n                                A nous tous fa is a it minette ?\n                                S u r la d a l’, sur la d a l’,\n                                S u r la d a l’ de l'hôpital,\n                                OU son crâne était vidé,\n                                E t ses boyaux retirés.\n                                     S u r la da-alle......\n\n  Un claquement de porte, une chaise remuée à l’étage supérieur, et tout se tut.\nMarcellin, secoua la tête en souriant ;       il alla prendre avec précaution la corbeille\noù était couché le chien, un joli chien, ma foi, malgré sa maigreur, couleur isabelle,\nles pattes et le front      blancs, la déposa sous sa table de travail, s’assit devant,\nroula une cigarette et se mit à rêver. — Rien n’aide ce délicieux travail du poète,\nla rêverie, comme de suivre des yeu x la fumée d’une cigarette, ce tournoiement\nv if qui monte, ralentit bientôt, élargissant sa spirale en une vague opalescence ;\nquelque chose de léger, de parfumé, d’aérien, d’ immatériel, comme la pensée qui\nmonte avec elle, plus affinée, et plus alanguie à mesure.\n   Ne me parlez ni du cigare, ni de la pipe. Rien ne vaut cette petite chose qu’on\ndirait animée, qui se roule et se déroule entre les doigts, et dont            Richepin     a\ndit \" que    seuls les poètes savaient encore l’apprécier. „\n   En ce moment, larêverie de Marcellin était brune,               avec   de grands    yeux\ncouleur de la mer, très profonds et lumineux, une fine silhouette de jeune fille\nque toute la soirée il avait contemplée, dans une loge de l’opéra-comique. Elle\nlui demeurait perpétuellement devant les yeux, s’imposant          à son esprit, à la fois\ntyrannique et très douce, dans le bercement des mélodies de Lakmé, encore\nchantantes à son oreille.\n"}, {"page_pdf": 30, "texte": "                                          - 19 _\n   Déjà une fois auparavant, il l’avait rencontrée, en wagon, revenant d’Argenteuil,\ntoute rieuse au milieu d’une jeune et nombreuse compagnie, et depuis                il avait\ngardé d’elle un souvenir très vif.\n   Tout à l’heure, en la revoyant au théâtre, il avait éprouvé cette sensation\nindéfinissable et mystérieuse, comme un coup brusque au diaphragme, qui signale\nd ’une façon certaine la présence de la personne aimée. Il se sentait attiré vers\ncette jeune fille.\n   Vivant, par timidité, assez en dehors du monde, ses amours avaient été banales\net faciles, ne dépassant guère la grisette sentimentale, dont la folle petite cervelle\nbat la tramontane à la pensée de l’amour d’un poète, d’un vrai qui fait des choses\nqu’on imprime.\n   Cependant, il avait la vive intuition de tendresses plus délicates, plus élevées,\ntémoin son recueil : Am ours trahies, où l’amour mondain déroule toutes ses sub -\ntilités, toutes ses mignardises.\n   Et ce soir là, se rémémorant l’inanité de ses amours passées, il les trouvait\naffreusement vides et bêtes, se laissait aller à une rêveuse mélancolie; mais bientôt\nétant de ceux chez qui toutes les émotions, même les plus fugitives, se traduisent\nen rimes et en rythmes, sa plume se mit à courir sur le papier :\n\n                       J ’a i beaucoup aimé les yeu x bleus ou noirs !\n\n\n\n   Aucun bruit autour de lui ; rien que le susurrement continu du gaz dans la\nlampe, le tic tac du cartel, et parfois, très loin, le sifflet d’ une locomotive.....\n\n                       Plusieurs me Vont d it— hélas! j e l'a i cru....\n                       M ais ce que disait leur bouche frivo le,\n                       S ’est envolé, comme une avoine fo lle ;\n                       L e deuil de mon cœur toujours s’est accru.\n\n\n\n       Et toujours les rimes se pressaient sous son front, comme une théorie blanche\nde vierges qui danseraient en se donnant la main.......\n\n                       A in s i que la grappe au bord du sentier..\n                       Dont chaque passant arrache à poignées,\n                       E lles m'ont ra v i mon cœur tout entter,\n                       Et, i ayant meurtri, se sont éloignées !\n"}, {"page_pdf": 31, "texte": "                                             20 -\n\n\n                                            II.\n\n   A quelques jours de là, R ivier partit pour Nancy. Paul, escorté de son chien\nmaintenant parfaitement ingambe, l’accompagna jusqu’à l’embarcadère de l’est.\n\n   Après force caresses du chien à son médecin, on se sépara, lorsque Paul eût\npromis à son ami de lui envoyer le premier exemplaire de son livre qui sortirait\ndes presses.\n\n   C ’était un dimanche matin; Paul se dit que par ce beau soleil de printemps,\nil ferait bien d’aller revoir certain coin moussu et ombragé, le long de la Seine,\nentre Epinay et Argenteuil, où bien souvent l’été précédent il avait passé de longues\nheures à rimailler dans l’herbe.\n\n   Il siffla donc son chien, alla prendre le banlieue, et, une heure après, débar­\nquait à Argenteuil.\n\n   Au moment où il allait sortir de la gare, le chien poussa tout-à-coup un jappement\njoyeux et s’élança comme un boulet dans les jambes d’un gros petit monsieur qu’il\nmanqua renverser. Puis il se mit à gambader follement autour de lui, malgré les\nefforts de Paul stupéfait qui essayait de le rappeler. — \" Ah ! mon Dieu, s’écria\n„ le petit homme, c’est Beppo, mon pauvre Beppo ! d’où viens-tu, ma bonne bête,\n„ mon bon chienchien chéri, où as-tu été si longtemps ? „\n\n   Comme vous pensez bien, ces          effusions réciproques embarrassaient fort Paul,\nqui craignait de passer pour un voleur de chien. Il se décida à adresser la parole\nau petit monsieur, et lui raconta en quelques mots comment il se trouvait en\npossession de Beppo,       qu’il   était heureux de pouvoir lui restituer.   L ’autre se\nconfond en remercîments et lui déclare qu’il faut absolument qu’il vienne prendre\nun verre de vin à sa villa. Il s’empare de son bras, et, malgré tout ce que Paul\npeut objecter, l’entraîne, courant presque, tout en bavardant comme une pie, tandis\nque derrière eux, Beppo emboîte le pas.\n\n   Au bout de cinq minutes, Paul avait appris que son interlocuteur s ’appelait\nEtienne-Joseph Garandon, qu’il était fabricant de papiers peints, qu’il venait passer\ntous ses dimanches à Argenteuil, dans la bonne saison, avec sa femme, ses deux\nfilles et son fils, que Beppo avait disparu une nuit d’automne, qu’il n’y avait personne\nà la   villa.   Sans   doute   il s ’était échappé des mains de ses voleurs et avait\nlongtemps erré dans Paris, la pauvre bête !.....    etc , etc.\n"}, {"page_pdf": 32, "texte": "                                            - 21 -\n   Il ne s ’interrompit que pour reprendre haleine, repartant bien vite avec des\npétarades de chandelle romaine.\n  De son côté, Paul avait dû lui décliner ses noms et qualités, et ce qualificatif\nd’homme de lettres, énoncé non sans fierté, avait paru lui faire grande impression.\n\n   (A s u ivre .)                                                                  F r é d é r ic F r ic h e .\n\n\n\n\n                                  REMEMBRANOE.\n                             Etoile, je ne te désire\n                             N i te demande dans les cieux;\n                             E t pourtant ja im e , sans le dire,\n                             A relever vers toi les yeux.\n\n\n                             E l pa rfois alors je m’attarde,\n                             Car j'a im e à te considérer ;\n                             Avec plaisir je te regarde\n                              Tant que je puis te regarder !\n\n\n\n\n                             Ce n'est pas que je vous désire,\n                             Souvenirs de jo u rs malheureux ;\n                             E t pourtant f aime, sans le dire,\n                             A vous rappeler de mes vœux.\n\n\n                             A lo rs pa rfois, hélas! je pleure.\n                             J e voudrais, sans me consoler,\n                             S u r vous, ju squ ’à ma dernière heure,\n                             P leurer tant que je puis pleurer!\n\n\n                    M ars 1890.                            R o d r ig u e S é r a s q u ie r .\n"}, {"page_pdf": 33, "texte": "                                               - 22 -\n\n\n\n\n                                                             A    M A D E M O IS E L L E H E N R I E T T E E . . . .\n\n\n\n\n     Il est l'heure... L a cloche libératrice a retenti sous la voûte de brique rouge.... le\nbourdonnement étrange de ces cent cinquante voix jeunes et rieuses, s ’est envolé\nderrière la      porte encore     fermée....    et là, sur le trottoir, la foule qui attend,\nbattant du pied la neige, fixe ses yeux impatients sur cette sortie d’école, grand\néclat de rire s’élançant vers la nue grisâtre d’hiver...\n     Oh ! oui, vous les avez toutes vues, ces fillettes mutines, s'échappant, le sourire\naux lè v re s, le regard allumé du désir d’être libres, respirant avec ivresse l'air\npur du      dehors, s’éloignant      ensuite, groupées,             parlant        haut      dans       leurs          rires\nargentins, avec ces gestes qui leur appartiertnent, et qui vous font les suivre des\nyeux, longtemps, dans la brume...\n     Oh ! moi j’en raffolais de ces        tableaux où la vie s ’épanche, coule à flots de\nces jeunes cœurs avides de plaisir.... je raffolais de ces bruissements d’abeilles,\nde ces bourdonnements           agités et sourds,      qui       glissent,           rampent,           se faufilent,\nparvenant jusqu’à vous,          avec      des tressaillements et des vibrements                             étranges ,\npleins de jeunesse et de grâce....\n     Mon    regard      se promenait grisé sur ces               réunions d’amies,                  aux vêtements\nbigarrés,     aux    cheveux    diversement noués,               tombant        pour la plupart sur                      ces\nlégères     épaules qui,       soulevées    par la    joie        et l’habitude             du     rire      intérieur,\nsemblent, lorsque le vent agite la chevelure, des vagues s’irritant dans un océan\nde soie.\n     Il m’était si    doux de les contempler toutes, en connaissant plusieurs, de les\nconfondre dans mon imagination             qu’elles troublaient, de les               voir lancer à l’ombre,\nfurtifs, leurs      regards de seize       ans...    et si triste, de les             voir disparaître gaies\nau    tournant   de cette rue qu’elles animaient, tandis que la bise du soir faisait\nflotter autour d’elles les pans frangés de leurs manteaux.... Il ne m’a plus été\ndonné de ressentir ces émotions qui agitaient mon cœur à cette époque là....\n"}, {"page_pdf": 34, "texte": "                                          - 23 -\nPlus jamais je n'ai revu ces sourires, ces yeux, ces voix de                ma jeunesse, ces\nfées qui     hantaient mon adolescence, qui faisaient naître en moi les premiers\nsentiments      de l’amour, et qui, troublant ma pensée de poète,           faisaient résonner\ndans mon âme les cordes encore faibles de la lyre du cœur....\n   Hélas !...    j ’ai cherché.... j ’ai vu   j ’ai songé....    et rien     de tout ce dont\nmes yeux        se sont nourris ne    m'a rappelé ces jours-là, ces        ivresses    folles    et\npures, ces rêves, ces projets d'avenir tous évanuuis,              rien !....... absolument rien\ndans tous ces tableaux d’aujourd'hui ne m’a souri comme autrefois,.... rien !......\nrien !.-... si ce n’est toi !....\n   Toi,    brune et vive, toi dans les veines de qui            circule brûlant    le sang       de\nl’Italie, toi, que j ’ai découverte et suivie, parmi la foule bruyante de tes compagnes,\nsans que tu le saches, sans que tu le devines, sans que rien dans ta poitrine\nd’enfant ait tressailli, sans que ton cœur ait battu, sans que, dans le regard que\ntu me lances parfois, j ’aie découvert le moindre indice de la plus légère attention...\n   O h! oui, que tu rirais!.... que tu .trouverais grotesque et ridicule ce vieillard\nà la voix tremblotante, à l’œil qui semble éteint, à la démarche                  incertaine     et\ng ên ée      si tu savais que son cœur est jeune, si tu découvrais qu'il t’admire,\nqu’il te voit apparaître en ses songes, la nuit, toujours           que tan nom glisse sans\ncesse sur ses lèvres décolorées,.... qu’il t’aime!..., lui, l’ancien, le démodé, le vieillard\nen un mot ! .....\n\n   Que tu rirais !. ... Quel éclat sonore s’échapperait inextinguible de tes lèvres,....\ncombien tes dents se        montreraient jolies au soleil           et quel éclair      moqueur\nalanguirait tes yeux noirs sur ta peau brune !..... Non, ne ris pas, chère, ne souris\npas même, car le vieillard a vu s’incarner en toi le souvenir de l’A im ée                       de\nla charmante .et vive enfant que l’Adriatique avait vu naître,               que le soleil du\nmidi avait dorée de ses rayons... Il s’est tout entier retrouvé dans ton amour,\ncomme autrefois il se retrouvait, se revivait, dans son Henrietta du vieux temps,\nqu’il avait tant adorée, et que la mort froide avait arrachée de ses bras...\n\n   Oh! non, mignonne, tu ne rirais pas du jeune cœur dans la vieille enveloppe\nsi tu savais cela!....\n\n   Liége, Décem bre 1890.                                               L éon L u c y -M a r .\n"}, {"page_pdf": 35, "texte": "                                          - 24 -\n\n\n\n                      MONSIEURCHAVERDIER.\n    Un grand vieillard maigre, vêtu de noir, décoré de la médaille militaire, des\nbesicles d’acier au bout d’un nez en bec d’aigle, tel était monsieur, Chaverdier.\nJe l’ai connu il y a quelque trente ans. Un gros registre sous le bras, il\nprenait au Boulevard des Italiens, l’omnibus où je montais d ’habitude, et nous\nnous parlâmes ainsi, à force de faire ensemble, été comme hiver, la même route\ndans les rues de Paris. — Tout d ’abord, il ne me dit que des choses banales;\nnotre conversation fut celle de deux gens inconnus l’un pour l’autre. Mais je finis\npar apprendre que son registre était le manuscrit d’un ouvrage auquel il travaillait,\net qui absorbait tout son temps. Ancien officier aux chasseurs d’Afrique, retraité\npour cause de blessures graves, il avait, dans l’espace de quelques années, fermé\nles yeux de tous les siens, et cherchait l’oubli de ses maux dans la culture des\nlettres. Sa pension suffisait à l’entretenir. Il passait ses journées à la Bibliothèque\nNationale, compulsant d’une main fiévreuse les antiques parchemins et les vastes\nin-folio. L’histoire l’avait séduit ; aussi rêvait-il de publier un tableau de la civilisation\nhébraïque depuis ses origines jusqu’à l’ère chrétienne. En littérature, il avait des\nopinions très arrêtées, il se moquait de Victor Hugo, méprisait profondément\nBalzac et appelait “ gamineries „ les œuvres du “ nommé „ Musset. Il s’était mis\nà la besogne, plein d’ardeur. Avec impatience il attendait le moment où, son\nlivre terminé, il pourrait enfin le donner au public. Monsieur Chaverdier me faisait\npart de ses craintes et de ses espérances, l’ouvrage avançait                  il venait de\ncommencer la dernière partie            Il avait découvert à la Bibliothèque Mazarine un\nvolume qui facilitait beaucoup ses investigations. J'assistais pour ainsi dire à la\ncomposition, aux progrès de son travail qui commençait à m’intéresser......\n    Il me dit, un matin de décembre, que, son étude terminée, il s’occupait de la\nrelire avant de la faire éditer. Ses bons yeux gris brillant de joie, il frottait l’une\ncontre l’autre ses mains sèches et ridées. A présent, monsieur Chaverdier s’occupait\nde trouver un éditeur : il se mit en rapport avec l’une des bonnes maisons de\nla capitale. N’étant pas riche, il ne pouvait supporter les frais de publication, mais\nayant confiance dans son mérite, il ne doutait point d’obtenir une réponse favorable.\nSon œuvre paraîtrait, serait lue, aurait plusieurs tirages, satisferait enfin du même\ncoup l’écrivain et l’éditeur.\n"}, {"page_pdf": 36, "texte": "                                          - 25 -\n   — Mais on l’éconduisit avec         une banale excuse. On avait                pris    connaissance\nde son travail qui semblait original et consciencieux                   L ’ouvrage pressait pour\nle moment, on était surchargé; l’on verrait plus tard.\n   Mon ami ne fut pas plus heureux chez un second libraire.                        Néanmoins il ne\ndésespérait pas. Il offrait son manuscrit, on le remerciait toujours,                    et bien        qu'il\nn’en fit rien paraître, sa dignité souffrait visiblement de ces refus.                    Son dos se\nvoûtait, son regard d’ordinaire si vif devenait terne, le physique décelait l’état du\nmoral.    Et de voir ce vieillard bon, courageux, rabroué d’officine en officine, les\nlarmes me venaient aux yeux....\n   L e temps avait marché. A vril ramenait les fleurs et les beaux jours. Un matin,\nje ne vis pas monsieur Chaverdier dans l’omnibus. Comme vous pouvez croire ,\nj’en fus très inquiet. Sachant l’état précaire de sa santé, je craignais quelque\nmalheur, et vous allez voir si mes appréhensions étaient fondées. J ’avais résolu de\nme rendre dès le soir chez mon vieil ami            pour prendre de            ses nouvelles.            En\nrentrant chez moi, je trouvai ce billet qu’un commissionnaire avait apporté.\n\n                      MON C H E R DURAND,\n   » J ’ai eu cette      nuit une assez forte indisposition. L e médecin m'ordonne                       de\n» garder le lit. Je      crois que j ’ai mon compte, comme nous                disions au régiment, et\n» que la mort, à qui l’on m’a si souvent arraché, réclame aujourd’hui ce qui lui\n» est dû. Je vous serais fort obligé si vous veniez me voir.\n                                                   « A l b e r t -M a u r ic e C h a v e r d ie r . »\n\n   La     lecture   de   ces   quelques lignes m’attrista. Je me hâtai                de gagner           le\nlogement que monsieur Chaverdier occupait rue de Valmy. Je trouvai le médecin\nà son chevet; en vieux praticien, celui-ci ne s’était pas trompé sur la nature du\nmal à combattre. L a science ne pouvait guérir que le physique, or c’était le moral\nqui souffrait. L e patient se trouvait au plus mal. Bien qu’on lui eût défendu de\nparler ou de faire aucun mouvement, il avait voulu m’écrire, et cet effort l’avait\népuisé. Une crise était survenue, il délirait. Couché sur son lit de camp, dans sa\nchambre froide et nue, monsieur Chaverdier faisait peine à voir... L e médecin\nvoulait    appeler une soeur de charité, mais je préférai m’installer                 au chevet du\nmoribond. Je le* veillai pendant quelque temps.\n   L e s forces revenaient, les nuits étaient bonnes, aussi je me prenais à espérer.\nJ ’avisai une ruse innocente que je crus propre à hâter la convalescence de mon\ncher malade : J ’avais, lui dis-je, découvert un éditeur qui consentait à publier son\nouvrage. S u r ma prière, un ami s’était prêté de bonne grâce à jouer ce rôle. Il\nvint à l’appartement de la rue de Valmy où l’on débattit longuement les conditions,\n"}, {"page_pdf": 37, "texte": "                                              - 26 -\nle format de l’ouvrage, ainsi que le nombre d’exemplaires. J ’avais pris le manuscrit\nrebuté et un imprimeur s ’était chargé,            moyennant finances,          d'en reproduire les\nfeuillets.\n   Je passais de longues heures avec monsieur Chaverdier, causant du jour béni\noù son livre pourrait figurer à la montre des librairies parisiennes.                       Je    voyais\navec joie le malade se rétablir peu à peu. Mais un matin, la fièvre revint, les\nforces disparurent,     et le médecin hocha tristement la téte : ce n'était plus qu’une\nquestion d’heures. Le quinzième jour vint pourtant. V ers midi, un prote apporta\nles pages encore humides. Vous peindre la joie de mon vieil ami, je ne le tenterai\npoint. Jamais je ne vis spectacle plus touchant.               Il riait,   me serrait lus         mains,\nparlait      de se lever, et dans le débordement de son plaisir me dit ce mot char­\nmant : \" Mon cher, me voilà rajeuni de dix ans ! „ Je                   m’efforçai de calmer cette\nindicible joie, rappelant que le repos et la tranquillité lui étaient toujours prescrits.\nIl me promit de rester calme, sur quoi je le quittai...\n\n\n   Je reviens une heure après. Je rencontre la concierge dans l'escalier; son visage\nbouleversé me fait pressentir une catastrophe. Sans lui laisser le temps de parler,\nje me précipite vers         la chambre de monsieur Chaverdier.                Il était mort, tenant\npressés contre son cœur les feuillets imprimés du                   “   Tableau de     la civilisation\nhébraïque. „\n    G and, Jan vie r 1891.                                                           J ean N o v is .\n\n\n\n\n                     RÊVERIE.\n                             (En entendant ta Rapsodie Hongroise de Lise t.)\n\n\n                                                                                A MON AMI N. J.\n\n   Madame G .... s ’étant mise au piano, nous joua la Rapsodie Hongroise de Liszt.\n   Dès les premières notes, je me sentis fort ému. Bientôt les accords se succèdent\nplus pressés; un charme mystérieux, m’envahit tout entier; détaché du milieu où\nil se trouve, mon esprit transporté, s’abandonne à la rêverie. Je vois des montagnes\nbleuâtres dont les cimes neigeuses, dorées par le soleil levant, se détachent peu à\npeu sur le ciel brumeux; je vois des steppes sans fin et des forêts profondes.\nGraduellement le paysage s’anime. Une fraîche jeune fille, la tête appuyée sur\nl’épaule d’un élégant cavalier, se promène à l’ombre d’un bosquet verdoyant. L e\n"}, {"page_pdf": 38, "texte": "                                        - 27 -\nbonheur brille dans ses yeu x d’azur, tandis que son beau compagnon la regarde\navec tendresse.   Ils se parlent et sourient doucement. Que se disent-ils? Mille\nchoses tendres, sans doute, où les mots amour et aimer reviennent sans cesse. Ils\nsont jeunes, ils ont l’espérance. Bientôt le tournant du chemin les dérobe à mes\ny e u x ; le jeune homme s ’incline et dépose un chaste baiser sur le front virginal\nde sa compagne. Ils ont disparu.. .\n\n                                      FR IS K A !\n   De gais laboureurs élèvent leurs hymnes vers l’astre du jour. L es moissonneurs\nse rendent au travail en sifflant un air national. Ils sont tout joyeu x; une noble\nfierté anime leur regard qui brille du feu de l’honnêteté. Leur besogne est rude,\nsans doute, mais ils sont hommes; leur épouse est plus faible qu’eux, leurs enfants\nsont petits, il est d’un bon père de pourvoir aux besoins du ménage. Et ils chantent\net se mettent à l’ouvrage avec ardeur....\n  Quels accords mélodieux parviennent à mon oreille ? Douces voix de jeunes filles ,\nmâles accents de jeunes gens. On est en fête, on danse, on rit. Le chant continue\nplus fort; les couples s’enlacent, serpentent, tourbillonnent; les frais costumes aux\nriches couleurs se mêlent     et se fondent,   offrant   à l’oeil   un spectacle magique.\nEt toujours on chante en se serrant les uns contre les autres, et la danse continue,\nvive, pressée, impétueuse. Chantez vierges,       dansez jeunes gens pendant que la\njoie vous éclaire !\n\n                                      LASSAN1\n   Qu’y a-t-il au loin, dans la plaine ; que signifient ces flammes qui s’élèvent dans\nles airs, s’abaissent, crépitent, sifflent et grondent ? d’où sortent ces cris qui glacent\nd’effroi ? Des guerriers farouches se précipitent en avalanche, la fureur les pousse,\nun hurlement sinistre sort de leurs bouches, un rictus affreux contracte tous leurs\ntraits. Rien ne les arrête : ni les cris déchirants des mères éplorées, ni les vagis­\nsements plaintifs des enfants au berceau.       La pitié leur est inconnue. Une épée\nd’une main, une torche enflammée de l’autre, ils avancent toujours. L e meurtre,\nl'incendie, voilà leur oeuvre ! Ce ne sont point des hommes, ce sont des démons\nsanglants qui passent en bandes échevelées, semant partout la mort, laterreur             et\ntransformant en champs de carnage les riantes plaines de jadis.\n   Pleurez, mères ; pleurez vos enfants morts, vos        époux égorgés !\n   Eh quoi ! se laissera-t-on exterminer sans opposer de            résistance ?L e   sol de\nla patrie sera-t-il impunément couvert du sang de ses enfants? Où donc sont les\ndescendants des Huns indomptés, où sont les fils de l’inflexible Attila ? La patrie\n"}, {"page_pdf": 39, "texte": "                                          — 28\nva p é rir; ne la défendrez-vous pas? Où est ce mâle courage qui jadis                    animait\nvos ancêtres ?\n   L ’ennemi s’avance toujours, faisant sans cesse de nouvelles victimes. Soudain,\nune clameur terrible s’est élevée des steppes ; les monts bleuâtres et les chênes\nséculaires ont frémi.     Courage,    épouses, nous courons à l’envahisseur ! Et                les\njeunes gens, tantôt joyeux, maintenant guerriers implacables, se sont jetés sur les\nhordes ennemies. Rien ne les arrête,         rien ne leur résiste ; leur généreux sang\ncoule de leurs blessures; beaucoup tombent, mais pas une plainte ne s’élève. Leur\npatriotisme les anime ; le pays les regarde ; les ancêtres ont frémi                 dans leurs\ntombeaux et sont fiers de tels descendants. Non, la Hongrie ne succombera pas !\n   L e s ombres de la nuit descendent sur les steppes ; le combat dure toujours.\nMais peu à peu, les cris      et les vociférations s’assourdissent, le silence s’établit.\nA lors s'élève   de la plaine sombre, un cri immense, saluant la patrie délivrée, la\nliberté reconquise !\n   Beaucoup de vaillants hélas ! ne reverront jamais leurs épouses désespérées,\nleurs enfants en pleurs. L e s steppes ont bu leur            sang, ils ont succombé, mais\nleurs corps inanimés reposent sur les cadavres de leurs ennemis.\n   Plus rien que le silence efirayant, terrible;            seules les flammes      crépitantes\nprojettent sur la plaine leurs sinistres reflets ........\n   Des cris joyeux, de vigoureuses fanfares éclatent de tous côtés, un chant de\ntriomphe grandit dans le lointain, célébrant la mémoire des héros                  tombés       en\ncombattant pour la patrie.\n   Dans ces plaines infinies de la Hongrie,         la liberté est dans tous les cœurs ;\non lui sacrifie tout Les mères donnent leurs fils, les épouses leurs maris, sachant\nbien que ce sacrifice est utile à la patrie, que les montagnes neigeuses et les\nsombres forêts ne seront plus foulées par l'étranger.\n   L e ton s’abaisse et expire lentement; les accords deviennent moins vigoureux,\nralentissent et meurent. Tout a fui, fraîches jeunes            filles, guerriers farouches,\nlibres steppes de la Hongrie !\n  Dieu que c’était beau !\n                                                                        M axim e S a n g iii.\n"}, {"page_pdf": 40, "texte": "                       - 29 -\n\n\n       V     I E      &       J O      U      R\n\n\nA in si que le vautour, dans ses serres cruelles,\nEnlève sans pitié, sans ég a rd pour leurs cris,\nLes oiseaux blancs et purs, les tendres tourterelles,\nLoin des bois, des fo rê is et de leurs doux abris ;\nAinsi, le Temps, arm é d'une fo rc e invincible,\nA laquelle, ici-bas, rien ne peut résister,\nNous ravit, m algré nous, sur son aile terrible ;\nSans souci de nos pleurs        il ne veid s'arrêter !\nI l ne respecte rien, il jongle avec nos vies,\nIl se rit de l'orgueil de ces faibles humains\nQ ui pensent échapper, au milieu des orgies,\nA la loi de m ourir, à la loi des destins !\nNotre vie ici-bas est celle d ’une rose;\nS a durée est d'un jo u r, nous vivons un moment,\nPuis, frap pés de la fa u x qui tranche toute chose,\nNous sommes moissonnés, noble, riche, ou manant....\nQuand F astre radieux, illuminant le monde,\nP arait, à son lever, dans l’horizon lointain,\nE t de ses fe u x dorés, qu’il répand comme une onde\nBienfaisante pour tout, annonce le matin ;\nQuand on voit le ciel pur, qui de sang se colore,\nQuand on voit de la mer su rg ir l’astre du jour,\nL a nature, aussitôt, grâces aux mains de Flore,\nA ce g ra n d bienfaiteur sourit avec amour.\nL a lumière bientôt se répand sur le monde,\nCar le soleil plus haut monte, ju squ'au zénith ;\nE t là. se reposant dans la niasse profonde,\nG rand dans sa majesté, du reg a rd nous bénit.\nM ais le sort a voulu que de bien près la chute,\nSuivît fatalement ce comble de grandeur',\nAinsi, ce jo u r brillant, non sans vaillante lutte,\nVoit venir son déclin, voit fin ir son bonheur.\n"}, {"page_pdf": 41, "texte": "                           - 30 -\n I l marche languissant et sent sa fm prochaine ;\n Enfin, Adieu ! beauté, charme qui nous séduit ;\n E n vain tu te débats, car ta perte est certaine\n E t voici ton vainqueur : la sombre et fr o id e nuit !\n\n\n Comme il en est du jour, il en est de la vie ;\n Quand, tout petits enfants, objets dignes d'envie,\nNous arrivons ici, symboles de candeur,\nNous sommes appelés messagers de bonheur.\nL a nature elle-même, en bonne et tendre mère,\nSemble entourer de soins notre enfance s i chère :\n Tout nous sourit alors, les fle u rs et les oiseaux ;\nComme eux, nous sommes purs, innocents et sans crainte\nE t pour nous le soleil, pour vo ir nos blancs berceaux,\nDes g ro s nuages g r is perce la vaste enceinte.\nBientôt nous grandissons, nous croissons en vigueur,\nBallottés constamment su r la mer orageuse\nD e la fortune, au flo t dont hélas ! la fa v e u r\nE s t changeante toujours, et trop souvent trompeuse.\nVainqueurs dans ces combats, nous en sortons enfin\nP lus puissants et plus forts', c’est là notre apogée.\nL o rs, fie r s et triomphants, nous voyons le destin\nNous enlever bientôt, car c’est chose obligée,\nNous sommes entraînés, et bien rapidement\nDans le sombre chemin qui conduit à la tombe !\nDéclin,... bientôt après     anéantissement !\nTel est le sort commun, il fa u t que l'on succombe !\nL a nuit qui suit le jo u r est sombre et nous fa it peur,\nL ’homme a toujours aimé d ’adm irer la lumière,\nE t ne peut s’empêcher de quelque vague horreur\nDevant cet Inconnu, qui dépasse sa sphère.\nL a nuit n’est-elle pas l'im age de la Mort,\nDe ce néant affreux, qui glace les courages\nDes plus mâles guerriers, incertains de leur sort,\nDe ce mystère enfin, défi suprême aux A g es ?\n\n                                                  G . A r v en sis.\n"}, {"page_pdf": 42, "texte": "                                        - 31 -\n\n                     TTItT S03STC3-R3.\n                                                               A   mon ami P a u l   A....\n\n   J e ne crois ni aux devins, ni aux oracles; je n’ajoute foi ni aux rêves, ni aux\nsonges, mais je doute cependant encore si les songes, sous leurs dehors enfantins\net naïfs, ne renferment pas parfois de terribles prophéties. J ’ose espérer que je me\ntrompe... mais si c’était vrai?... Oh! que je plaindrais la pauvre humanité...\n\n   L e Drachenfels est là haut. F ier malgré ses murs en ruines, majestueux quoique\nbattu par les orages et tempêtes, comme un nid d’aigles sur la cîme d’une montagne,\nil s’élève sur le Rhin. A ses pieds le fleuve, aux eaux limoneuses, se déroule entre\nles rives plantées de vignes, les collines couvertes d’arbres en fleurs. Autour de\nlui, depuis le gigantesque bloc de granit qui sert de base au château, jusque dans\nla ville, s’étend une forêt épaisse, ombragée, obscure, où règne un silence de mort.\n   Ta... ra... ta... ra... ta....\n   L e son du cor retentit tout à coup et là haut, au point où semblent se joindre\nles trois rails du chemin de fer à crémaillère, qui va de la ville au Drachenfels,\napparaissent deux points blancs devant une tache jaune. Regardez, les points blancs\nse dessinent, la tache jaune s ’accentue : c’est une diligence que deux forts chevaux\nmecklembourgeois amènent doucement vers la plaine, le long de la voie ferrée.\n   L e postillon se démène comme un possédé, joue du cor, harcèle de son fouet\nenrubanné son attelage aux harnais cuivrés. Lentement, très lentement, la voiture\ndescend. L a voici qui approche. C ’est une vieille guimbarde, aux essieux usés, aux\nressorts grinçants, aux flancs rebondis, aux portières vivement coloriées. Malgré\nsa couche de vernis, ses panneaux armoriés, ses rideaux de velours, la voiture a\nl’air vieux, bien vieux. Elle approche... et en même temps des éclats de voix, des\ncris retentissants et des rires joyeux, couvrant pour un moment le bruit de vieilles\nferrailles et le tintement des grelots, se font entendre clairs et distincts. Une joyeuse\ncompagnie emplit l’intérieur de la diligence. De belles dames, aux robes décolletées,\naux bras chargés de bijoux, aux jupes couvertes de dentelles et de broderies,\nsemblent s’amuser beaucoup de la conversation, nullement languissante, de Messieurs,\nvieux ou jeunes, qui, bien pommadés, bien parfumés parlent la bouche en cœur et\navec beaucoup de gestes. Au fond, un général tout couvert de galons, la poitrine\nconstellée de décorations, discute à voix haute avec son voisin, un gros évêque\nau camail violet. Ce sont des riches, les heureux d’ici-bas; ils ont les moyens de\ns’amuser, ils s’amusent. Regardez l’impériale, ces coffres soigneusement emballés\nces caisses aux clous de cuivre, ces bourriches pleines de victuailles, tout montre\n"}, {"page_pdf": 43, "texte": "                                             32 —\nque les voyageurs sont riches et opulents et qu'ils comptent passer encore de beaux\njours, à l’abri de tout souci, au milieu de leurs biens, de leurs richesses.\n   Qu’y a-t-il? Que se passe-t-il? Un ouvrier hèle le postillon. Que veut-il dire en\nmontrant la montagne? Rien, sans doute, car le cocher continue sa route en jouant\ndu cor.\n   Ta-ra... ta-ra... la voiture descend, descend tout doucement.. .\n   Que voulait dire cet ouvrier en montrant les ruines du Drachenfels? A h ! oui,\nqu’est-ce, en effet? Un nuage de fumée dans les airs, blanc sur le ciel bleu, et\nsous lui un point noir paraît là-haut ; il grandit, le point devient tache, cette tache\ncorps. Il grandit, grandit toujours. Comme il augmente! Tenez, le voici qui descend.\nGrand Dieu! Mais c’est une locomotive; c’est le chemin de fer à crémaillère.\n   Oui, c’est lui; il dévale au grand galop, noir de suie, mugissant, lançant feu\net flamme, il roule, roule, descendant la montagne avec          fracas.....\n\n   Enfin le postillon s ’est retourné, il a vu la locomotive. Mais quoi? le mal­\nheureux ne quitte pas la voie ferrée? Il a le temps, morbleu, est habile, fort et\nmaître de la route.\n   Ta-ra... ta-ra... ta... c’est le postillon qui joue du cor.\n\n   La locomotive passe comme le vent, laissant au loin derrière elle maisons, routes,\narbres et champs. Elle roule, roule toujours.\n   Cor... Cor... Cor... C ’est le machiniste qui corne.......\n   L a diligence s’avance tout doucement.....\n   L a locomotive dévore l’espace. ...\n   Enfin cette fois, le postillon s’est aperçu du danger; haletant, fiévreux, il serre\nle frein et pousse ses chevaux vers le talus. Hélas! le frein est vieux, usé, il ne\nsait plus mordre la roue; les chevaux habitués à cette bonne route, le long des\nrails, e f f i l é s des ronces, craignant les ornières, restent insensibles au mors qui\nles secoue....\n   L a diligence continue... L a locomotive s'avance        Arrêtez !.....\n   Un choc épouvantable se produit et la locomotive se jette sur la diligence.\nHommes et femmes, chevaux et postillon, voiture et bagages, tout disparaît sous\nle monstre de fer qui, mugissant, se fraie un passage de sang à travers les débris\ndifformes de ces coFps broyés, meurtris, pantelants...\n   L a diligence a disparu. L a locomotive continue...\n\n   Si c’était vrai.... oh! que je plaindrais la p aivre humanité!\n    Janvier 1891.                                                              V . L ézar.\n"}, {"page_pdf": 44, "texte": ""}, {"page_pdf": 45, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 2, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1891-02-01", "signet_source": "Première année - N°2 - 1er février 1891", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 26 (« Première Année. N° 2. 1 FÉVRIER 1891 »).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}