{"numero_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "articles": [{"article_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3-001", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Première Année. N ’ 3. 1 MARS 1891.", "ancre_fin": "REVUE MENSUELLE.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "S o m m a ir e d u N° 3", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 46, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 379, "texte": "Première Année. 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L o u is     V éhenne.\n\n       M a d rig a l e t P o r t r a i t ............. P a u l M.\n       Le H o lla n d a is chez l u i P ie r r e H a n c a r t .\n                                        .\n\n\n\n\n       P a s te l...................... C a r l o s du F a y .\n       Le Chien de P a u l M a rc e llin           (fin ). .     . F r é d é r ic F r i c h e .\n\n       R ê v e ........................ ' ................ R. S e r a s q u ie z .\n\n\n\n\n             P r ix d u     n u m é ro : 4 0                         c e n t im e s .\n    P r ix    d e l 'a b o n n e m e n t : u n                       a n 4 fra n c s.\n\n\n                               BUREAU           DU J O U R N A L :\n G A N D, 7 1 , R U E D E F L A N D R E , 7 1 , G A N D\n\n                                            GAND,\n      Im prim erie m écanique de LÉON DE BUSSCHER. rue Savaen, 32.\n\n                                TOUS      DROITS       RÉSERVÉS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3-003", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "N .- B . — Il sera rendu compte", "ancre_fin": "bureau du Journal.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CERCLE LITTÉRAIRE FRANÇAIS", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 327, "texte": "N .- B . — Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire parviendra au\n                    bureau de la rédaction, RUE DE FLANDRE, 71, GAND.\n\n                   L es journaux ou revues qui d ésireraien t faire l’échange\n                        sont p riés «le s ’adresser au bureau du Journal.\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3-004", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Cercle littéraire français : extrait du règlement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "CERCLE LITTÉRAIRE FRANÇAIS", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 47, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 327, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "CERCLE LITTÉRAIRE FRANÇAIS.                                     A\n                                   (fondé le 2 4    décembre 18 8 8 .)\n\n\n                          EX T R AI T       DU R È G LE M EN T .\nA rticle          I. — Le Cercle Littéraire Français e st constitué dans le but de donner des\n                            Conférences et de former une bibliothèque d’ouvrages écrits ou\n                            traduits en français.\nA r ticle         IL — Le Cercle comprend 3 catégories de membres :les membres effectifs,\n                            les membres correspondants et les membres d’honneur.\n                         Les membres effectifs sont ceux qui habitent la ville. Ils sont tenus\n                            de donner à tour de rôle des conférences, évangiles du jour et\n                            lectures.\n                         Les membres correspondants sont ceux qui n’habitent pas la ville. Ils\n                            ne sont astreints à aucune rétribution, mais sont tenus d’envoyer\n                            au Cercle un évangile du jour (œuvre personnelle) au moins une\n                            fois tous les deux mois.\nAu ticle         X. — Le Membre qui obtient le premier un ouvrage en lecture est obligé\n                            d’en rendre compte à la date fixée par le Comité.\nA rticle XV II.         - Le Cercle organise chaque année un Concours littéraire entre tous ses\n                           membres.\nA r t i c l e XVIII.   — Le jury se compose de 5 membres. Ils sant choisis parmi les membres\n                           du Cercle. L e scrutin est secret et a lieu à une des premières\n                           séances de l’année. Le jury prend les dispositions spéciales pour :;e\n                           concours.\nA r t ic l e   X IX . — La cotisation annuelle est fixée à      5 f r . pour les membres effectifs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3-005", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 33, "page_fin": 37, "titre_corps": "Idylle rouge", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Véhenne", "ancre_debut": "IDYLLE ROULE. A J oseph D e . 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De\nloin, on apercevait des nuages de fumée blanche qui s’élevaient dans la pureté\ndu ciel, s’élargissaient, s’évanouissaient, puis, c’étaient des lueurs rouges qui soudain\nembrasaient l’horizon, le faisant ressembler à une immense tache de sang.\n   Alors qu’on s’égorgeait sous les murs de Thionville, que les décharges d’artillerie\nde plus en plus fréquentes ébranlaient l’air, le silence avait envahi la petite localité\nde Fontoy, située à peu de distance.\n   L à aussi, la guerre avait passé. On ne voyait que maisons aux vitres cassées,\ntoits fumants, débris jonchant le sol. Des chevaux éventrés, des cadavres d’hommes,\ndes caissons défoncés, pêle-mêle, barraient les        rues. Su r les murs blancs des\nhabitations, des cervelles avaient jailli, des empreintes de mains rouges se dessinaient.\nL es habitants, attaqués à l’improviste, avaient fui en désordre, oubliant tout, ne\nsongeant qu’à préserver leurs jours.\n   L a petite église avait été saccagée, mais c’était dans le cimetière surtout que\nce tableau d'après la bataille se déroulait dans toute son horreur.\n   Les   grilles   étaient arrachées ; des obus avaient soulevé le          sol, abattu les\ncroix, détruit les mausolées, renversé les chapelles         et tout cela formait sur la\nterre un fouillis de décombres. Près d’une fosse fraîchement creusée, un boulet\navait mis en pièces un cercueil qu’on n'avait sans doute pas eu le temps d’enfouir\net une tête hideuse surgissait d’un linceul blanc. Dans un angle de ce lugubre\ncharnier, leur sang coulant d'horribles blessures, gisaient des soldats. Au milieu d’eux\nun fantassin se tenait debout, appu3’é contre une énorme croix : il avait un trou\nrouge au front. Partout l'horreur, partout la mort !\n   De temps à      autre, au milieu dusilence qui pesait sur cette hécatombe humaine,\non entendait le    galop d’ un cheval :c’était un uhlan qui passait. ...\n                                                                                           3\n"}, {"page_pdf": 49, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2858, "texte": "                                         - 34 -\n   Une maison qui se trouvait adossée au mur du cimetière avait échappé comme\npar miracle à cette dévastation générale : :'était      celle du fossoyeur. Quelques\ncarreaux cassés déparaient seuls son air propre et riant.\n   La nuit venait; il y avait déjà    six heures que la bataille, était finie à Fontoy\net d e c i, delà, des paysans apparaissaient, cherchant à regagner leurs demeures.\nT rop souvent, hélas ! ils ne les retrouvaient plus.\n   Parmi ceux-ci, se trouvait    un homme d’une cinquantaine        d’années,   marchant\npéniblement, appuyé sur le bras d’une jeune fille.\n   Comme il passait près d’une ferme :\n   \" E h ! dis donc, père Gaspard, c’est-y vous qui devez enterrer tout cem onde-là?\nL e métier de fossoyeur ne serait plus une sinécure ! „ lui cria un paysan qui\ntrouvait encore matière à plaisanter sur ce lugubre tableau.\n   Le   fossoyeur   ne répondit pas; hâtant lu pas, il se       dirigea vers son logis.\nQuand il traversa le cimetière, à la vue de celte désolation, une          larme roulasur sa\njoue hâlée.\n   Gaspard n’était pas un de ces cyniques enfouisseurs qui à moitié gris mettent\nles gens en terre en fredonnant une chanson ; il aimait \" ses morts „ comme il les\nappelait, aussi apportait-il tous ses soins à embellir leur dernière demeure. C ’était\nlui qui tous les jours arrosait les petits jardinets entourant les tombes; c’était lui\nqui allait mettre sur le tertre nu surmonté d’une simple croix de bois la couronne\nfanée, indigne d'orner désormais le riche mausolée.\n   L e fossoyeur entra chez lui, verrouillant soigneusement la porte.\n   S a compagne, craintive, tressaillait lorsque de temps à autre le vent apportait\njusqu’à Fontoy le    bruit des coups de canon de Thionville.\n   “ Ne crains rien, Marthe, lui dit Gaspard, ils ne reviendront plus ici,      du moins\npour le moment. Dors tranquille, tu as ton père qui, le cas échéant, quoique bien\nvieux, bien cassé, saurait encore te défendre. „\n   Marthe avait dix-huit ans. Sans être ce qu’on est convenu d’appeler une beauté,\nla fille du fossoyeur avait en elle ce je ne sais quoi qui plaît, là , tout de suite, et\nlait qu’on est attiré vers une personne avant même qu’on la connaisse davantage.\n   Deux beaux yeux, profondément noirs, qu’ombrageaient des sourcils finement\narqués, donnaient à son visage un air mélancolique que semblaient démentir une\nbouche mignonne paraissant faite pour le rire, un petit nez provocateur aux ailes\nfrémissantes.   D ’épais cheveux bruns    tombaient en torsade sur ses épaules; sa\ntaille mince et souple avait des ondulations gracieuses, emprisonnée dans           son\ncorsage de velours noir, ouvert sur la poitrine.\n   On frappa à la porte de la maison. L e fossoyeur alla ouvrir et s’entretint assez\nlongtemps au dehors avec le visiteur, lui parlant à voix basse.\n"}, {"page_pdf": 50, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2796, "texte": "                                        - 35 ~\n   Gaspard étant rentré, dit à sa fille qu’un de ses amis frappé mortellement par\nun éclat de mitraille, ayant demandé à le voir une dernière fois, il ne pouvait\nlui refuser cette suprême consolation. Voulant épargner à Marthe la vue de ce\ndouloureux spectacle, il la priait de l’attendre à la maison, lui promettant de revenir\ndans quelques instants.\n   Quand son père fut sorti, la jeune fille eut peur. Cette chambre qui lui avait\ntoujours semblé si riante lui paraissait maintenant lugubre et triste. L a lumière\nqui vacillait, dessinait sur la murajlle des firmes bizarres, étranges, qui se pour­\nsuivaient follement, faisant naître dans son imagination des craintes et des appréhen­\nsions qu’elle s’efforçait en vain de repousser. Ses yeux interrogeaient avec effroi\nles recoins de la chambre plongés dans l’obscurité comme s’ils allaient y apercevoir\nquelque chose d’affreux, de surnaturel.\n   A peurée, elle ouvrit la porte, puis contourna le mur de l’habitation, afin de\nvoir si son père ne       revenait pas. Elle se trouvait maintenant dans le   cimetière,\nau milieu des morts qui jonchaient le sol.\n   La lune versait des rayons laiteux sur ces          hommes dormant leur dernier\nsommeil, blanchissant encore      ces faces pâles, aux couleurs de cire, aux yeux\nternes, fixes, grands ouverts. Au loin, dans la campagne, des ombres apparaissaient,\nse découpant très nettes : c'étaient des sentinelles qui veillaient.\n   Marthe n’osait plus avancer : ces soldats morts l’épouvantaient. Soudain elle\ncrut remarquer que l’un d’eux remuait le bras. Effrayée, elle se rejeta involon­\ntairement en arrière, croyant à une hallucination de son cerveau surexcité, mais\nil lui sembla percevoir un faible gémissement.\n   Domptant sa terreur, la jeune fille s’approcha. Ayant prêté l’oreille, elle entendit\nde nouveau s ’élever une plainte, plus distincte cette fois : “ A boire, disait la voix,\nà boire    „\n   Celui qui se lamentait ainsi était un. soldat, très jeune encore, portant l'uniforme\nde fantassin. La tunique ouverte sur la poitrine laissait voir une large tache rouge\nqui s ’étalait, s’élargissant toujours sur la toile blanche de la chemise.\n   11 avait les jambes prises sous une lourde croix de pierre renversée sur lui,\nparalysant ainsi tous ses mouvements.\n   L a jeune fille ne pouvant de ses faibles    mains soulever la croix qui écrasait le\nmalheureux retourna       vers la demeure de son p ère, espérant quecelui-ci serait\nrentré. Dans sa course elle trébucha contre une large dalle occupant le milieu du\nchemin, destinée à recouvrir l’entrée d’ un vaste caveau que le fossoyeur n’avait pas\neu le temps de fermer. Gaspard venait à sa rencontre et Marthe ayant été puiser\ntle l’eau, ils coururent tous deux vers le blessé.\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2893, "texte": "                                          - 36 -\n     L e lossoyeur eut bientôt déplacé la lourde pierre qui l’écrasait; de son côté la\njeune fille trempant son mouchoir dans            le    vase qu’elle portait,      humectait les\ntempes du soldat.\n     Celui-ci ouvrit les yeux et son regard erra lentement autour de lui. Quand\nil aperçut le visage de Marthe qui se penchait vers lui, un sourire se dessina\nsur ses lèvres décolorées. Maintenant que le blessé avait repris connaissance, il\nfallait le transporter dans un endroit où il pût être pansé, où on pût lui donner\nles soins que réclamait son état. Mais où ? C ’était à quoi songeait la jeune fille.\nDans la maison de son père? Impossible ; sa qualité de soldat français ne resterait\npas longtemps inconnue aux ennemis qui parcouraient les routes, traitant déjà\ntoute     cette partie de la    Lorraine en pays         conquis. On ne        pouvait cependant\npas le laisser là, dans le      cimetière..      ..\n     Soudain ses yeux tombèrent sur le caveau béant dont tout-à-l’heure elle avait\nheurté la dalle qui devait en recouvrir l’entrée. Si on le déposait l à ? Lugubre\nasile, mais du moins on y serait à l’abri des poursuites; personne ne se douterait\nde la présence d’un moribond au milieu de ces morts.\n     Elle pria son père de transporter le soldat au fond du caveau. Gaspard le\nprit dans ses bras et doucement descendit les marches de pierre qui y donnaient\naccès.\n     Su r deux rangées, les uns au dessus des autres, se trouvaient disposés des\ncercueils. Rongés par l’humidité, recouverts            d’ une épaisse couche de poussière,\nils semblaient dormir là depuis des années. Seule, la croix d’argent qui ornait la\nbière qu’on avait déposée la veille dans le caveau, reluisait dans l’obscurité.\n     Le   fossoyeur    eut vite fait d’apporter un        matelas pour y déposer le blessé.\nMarthe, de ses fins doigts de jeune fille, doucement soule/a la toile qui adhérait\nà la poitrine du soldat; avec des ménagements, des délicatesses infinies, elle lava la\nplaie qui se montrait rouge et béante.\n     L e fossoyeur venait de sortir du caveau           Marthe se trouvait maintenant seule\navec      le jeune    homme.   Elle   regarda   longtemps        ce   visage   pâle,    aux   lèvres\ncontractées par la douleur; longtemps elle le considéra, noyée dans ses pensées,\nachevant peut-être dans son imagination               de jeune    fille un rêve qui venait la\nbercer.\n     Lentement le blessé avait ouvert les yeux, les tenant rivés sur celle qui lui\navait sauvé la vie. Un moment leurs regards               se rencontrèrent             Marthe tres­\nsaillit sentant un grand trouble suivi d’une grande douceur l’envahir toute........\nAu     dehors la campagne dormait. L a          bataille devait       être terminée : le canon\ns’était tu. L e gémissement du vent qui se jouait entre les branches des arbres,\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 766, "texte": "                                                          - 37 -\nle cri d’un oiseau qui regagnait son nid, le clapotis des aubes d’un moulin dans\nune eau voisine, troublaient seuls, dans le cimetière de Fontoy, l’éternel sommeil\nde tous ces morts que la lune dégagée des nuages venait lécher doucement.\n    De temps à autre, un appel de clairon retentissait, aigu dans le silence ; d’autres\nsonneries lui répondaient plus éloignées et plus faibles à mesure, puis tout retom­\nbait dans le calme, dans le m y s t è r e .......................................................................................\n\n\n      (A S u iv re .)                                                                              Louis V êi-ie n n e .\n\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 37, "page_fin": 37, "titre_corps": "Madrigal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "M A D R I G A L . Rien de plus beau", "ancre_fin": "plus il prendre.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "PORTRAIT.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 52, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 766, "fin_caractere_exclue": 1749, "texte": "M        A D R I G A L .\n                                     Rien de plus beau que de beaux yeux,\n                                     Rien déplus g ra n d que leur puissance.\n                                    J e le reconnais d ’autant mieux\n                                     Que j e suis sous leur dépendance.\n                                     S i je fa is a is t indifférent\n                                    Autrefois, el n a is des autres,\n                                    J e ne savais assurément\n                                     Quel était le charme des vôtres.\n                                    M ais depuis ils m'ont bien appris\n                                     Qu’avec eux il fa lla it se rendre,\n                                    E t c'est mon cœur qui fu t surpris,\n                                     Quand, pensant n'être jam ais pris,\n                                    Il vit qu'il n’était plus il prendre.\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3-007", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 37, "page_fin": 37, "titre_corps": "Portrait", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul M.", "ancre_debut": "PORTRAIT. 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Les perles fines !\n\n      Cheveux de fé e                           Cils ténébreux                              On les dirait\n      A u x doux reflets                        Q ui les recouvrent,                       N'être autre chose\n      De ce camée                               A u x éclats bleus                          Que jets de lait\n      Cadre de ja is ;                          Quand ils s'enlr ouvrent ;                 Dans une rose !\n                                                                                                                 P a u l M.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3-008", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 38, "page_fin": 40, "titre_corps": "Le Hollandais chez lui", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Hancart", "ancre_debut": "A M a d a m e M a r i e D. 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Ce grotesque personnage se            promenait au        milieu de\nplates-bandes où s’épanouissaient les tulipes et les jacinthes aux couleurs cha­\ntoyantes ; il se pâmait d’admiration devant des pétalles irisés ou mordorés, devant\ndes clochettes couleur mauve ou de saphir, recourbées en volutes et brillantes\ndes perles de rosée miroitant sous les rayons d’un soleil matinal.\n   Jamais je ne me serais imaginé un parterre de jacinthes sans songer à un\nHollandais. Aujourd’hui — je ne sais pourquoi — ces mêmes plates-bandes me*\nsuggèrent toujours ce tableau idyllique : une jeune fille blonde, un jeune homme\nnoir; tous deux sont beaux de cette beauté de dix-huit ans; tous deux ont cette\ngaucherie naïve et si charmante des premières amours. Ils viennent de s’avouer\nleur passion; le jeune homme grisé par les enivrantes senteurs des fleurs a mur\nmuré tout bas, la bouche effleurant les folichonnes boucles de la gracieuse blonde,\nde douces paroles qui ont fait rougir la belle et briller d’un éclair de joie ses\nyeux veloutés.......\n   Mais laissons là les amours et les tulipes, non que le Hollandais ne s’entende\nà la culture des unes aussi bien que des autres, et je pourrais                   mais revenons\nà notre sujet.\n   L e Hollandais ne ressemble       pas du tout au portrait         esquissé plus haut. Un\nhomme sérieux, grave, recueilli, telle est la première impression qu’il vous fait.\nMais cette rigidité, cette froideur apparente cache de grandes                   qualités ; il est\nbrave, actif, économe, poussant la propreté jusqu’à l’exès et possédant l’esprit\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2994, "texte": "                                             - 39 -\ndu négoce à un haut degré. Il vit d'une vie calme et réglée ; Monsieur ne va\npas au C ercle; Madame ne suit pas les \"prem ières,,, les conférences, les                  bals,\net toute la kyrielle des plaisirs mondains dans lesquels se complaisent les petites\nparisiennes névrosées. Pour les Hollandais, ce qui tient lieu de tout,                c’est la\nfamille ; ce qu’ils aiment, c’est leur home, ses joies intimes, ses plaisirs discrets\net paisibles. Mais, dira-t-on, voir continuellement devant soi, Monsieur qui lit son\njournal en sirotant une tasse de thé, Mevrouw qui reprise des bas, les enfants\nqui se chamaillent dans un coin, c’est par trop bourgeois et cela lasse à la fin.\nDésabusez-vous; les intérieurs Hollandais ne sont pas si bourgeois que cela, et si\nl’on sait être sérieux sur les bords de la \" Maas, „ le rire n’y est pas inconnu.\n     Il m’a été donné, il y a un an, d’assister à la kermesse de Rotterdam. Par\ntoute la ville ce n’était qu’un éclat de rire ; tout le monde était dans la joie et\nse    préparait à célébrer       dignement    le grand jour,    le jour   qui   clôturait    les\nfestivités, le quinze août !\n     L e Hollandais se relâche alors de sa gravité ; il rît, il jase, il court, il jette\nen quelque sorte sa gourme; il commet              des folies qui lui doivent valoir les\nreproches de ses concitoyens que les ans ont rendu sages et moroses. Ce jour-\nlà, tout le mouvement se concentre au “ Doel             espèce de Casino. L a foule qui s ’y\ntrouve est des plus composites ; c’est une bigarrure de toutes les classes de la\nsociété.\n     Des groupes se forment. Et ces gens portant des drapeaux, des               banderoles,\njouant de la musette ou s’accompagnant de l’étourdissante crécelle, vont et vien­\nnent par le jardin, chantant à l’envi des refrains            égrillards, criant à tue-tête,\nadressant des plaisanteries grosses et plates, au premier venu, lançant des lazzi, et\nriant de leur bon rire bête.\n     L e jardin est éclairé a giorno. Et sous ces cordons de lumières qui courent\nse perdre dans le vert sombre de la ramure, sous ces rosaces, ces emblèmes,\nces trophées, dont le jaune ocre se profile sur la nuit noire, sous ces lampions\nverts, bleus, nacarats, mordorés représentant toute la gamme des couleurs, ces\ngroupes passent et repassent, se suivent, se rencontrent, se croisent en tous sens.\n     A l’appel d’un Ossen ! Ossen ! une partie de cette foule s’arrête. Cela ne dure\nqu’un moment. On se retourne ; on semble se compter. Puis soudain les premiers\nrangs se     mettent     en   branle, les   autres suivent, toute la troupe ondule, puis\ns'agite, part,    court, galope, entraîne avec        elle tout ce qui se trouve sur son\npassage : hommes et choses. Allez arrêter ce débordement !\n     Cependant,    là,   au détour    d’une   allée, une autre troupe s’avance              Les\npremiers rangs voudraient bien ralentir, mais poussés par leurs compagnons que\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2539, "texte": "                                        - 40 -\ncette course vertigineuse et aussi la boisson ont grisés, la collision a lieu.......\nChapeaux enfoncés, drapeaux et banderoles déchirés, ombrelles brisées, tout cela\ngît sur le sol ; tous ces débris sont piétinés par les vainqueurs comme par                   les\nvaincus, par les hommes comme par les femmes, par les vieux comme par les ieunes.\n   Car il y a de tout dans ces troupes. Petit noyau au début, elles s’accroissent\ninsensiblement de toutes les épaves rencontrées dans leur course ; le garçon de\nrestaurant au tablier blanc, le     vieux   monsieur assis philosophiquement au coin\nd’une allée et qui a été enlevé, ceuilli au passage, la grosse dame joufflue, toute\ncramoisie, qui a voulu traverser un chemin pour aller bavarder avec une amie\naperçue de ce côté, la jeune fille qui, le plus innocemment du monde, flirtait avec\nun cousin rentré en vacances           Et malheur à qui résiste ! L e s aile bessen ! lu\nhan ! lu han ! cessent du coup. On entoure le récalcitrant; autour de lui c’est\nune sarabande échevelée, ce sont des cris, des chants, des allusions malveillantes\nà sa personne, des coups dans le dos, des coups dans le ventre, des coups sur\nle chapeau, des coups partout.......\n   Plus la nuit avance, plus l’animation ressemble à du délire. On ne court plus,\non galope; on ne rit plus, on„ s’esclaffe; on ne chante plus, on beugle.\n   Su r des tables poisseuses, quand ils ne sont pas vautrés dessous dans la pous­\nsière et les rogatons, des ivrognes sont couchés.       Certains qui n’ont pas atteint\nce degré d'hébêtement sont parfois drôles. Un individu assez bien mis, paraissant\navoir doublé le cap de la quarantaine, monté sur un escabeau avait commencé\nà haranguer quelques-uns de ses amis. Mais la tribune improvisée, péchant contre\nles lois de la stabilité, entraine l’orateur et voilà notre Démosthène qui s’affale\ncontre le mur et tombe sur un panier, qui cède sous le poids de ce gros person­\nnage. Pendant quelques instants deux petites jambes qui gigotent font les délices\nde la foule accourue. Puis celle-ci, toujours compatissante, retire le quidam de\nson embarrassante position, le hisse sur une table et le promène triomphalement\npar le jardin.\n   Et dans ce        clair-obscur, au milieu de tous ces cris, on songe à la trogne\nrépulsive et hideuse de Quasimodo, élu roi des fous et promené par ses compa­\ngnons au travers des rues du moyenâgeux Paris.\n    S e p tem b re 1890.                                          P ie rr e H a n c a r t .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 41, "page_fin": 41, "titre_corps": "Pastel : Blanc majeur", "titre_sommaire": "Pastel", "rubrique": "", "signature_source": "Carlos du Fay", "ancre_debut": "PASTEL. I. 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BLANC MAJEUR.\nSous le blanc glacé de la lune,\nL a neige, moite en sa blancheur,\nA recouvert la feuille brune\nD ’ une enveloppe de candeur.\n\nE t l'eau, toute triste et limpide,\nPleure entre scs deux bords tous blancs\nUn murmure doux et timide,\nP a rfu m é de rythmes tremblants.\n\nOn sent f u i r les frêles colombes\nPortant le deuil blanc des beaux jo u rs,\nLes tourterelles sous les tombes\nPleurant la blancheur des amours.\n\nE t blanche cncor la jeune vierge\nOui vivait des fraîcheurs d'an/au,\nSous la pâleur fa u v e d ’un cierge,\nReposer dans son manteau blauc.\n\n\nS u r le g ra n d lac teinté d'opale,\nL e cygne dort éblouissant ! .....\nM ais l’amour meurt. E l triste et pâle,\nIl meurt aussi, le cygne blanc !\n\n\n    "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3-010", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 41, "page_fin": 42, "titre_corps": "Pastel : Gris mineur", "titre_sommaire": "Pastel", "rubrique": "", "signature_source": "Carlos du Fay", "ancre_debut": "TRANSPOSITION. II. GRIS MINEUR.", "ancre_fin": "Devant F immensité sans nom.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "III. NOIR MAJEUR.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 764, "fin_caractere_exclue": 933, "texte": "TRANSPOSITION.\n\n        II. GRIS MINEUR.\n\nL a lune pleureuse se voile\nD'un nuage tout triste et g r is\nE t les cieux fro id s sont sans étoile,\nUniformément cndeuillis.\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 576, "texte": "               - 42 -\nE t sous cette teinte grisâtre,\nOmbre lointaine des tombeaux,\nS u r notre planète marâtre.\nLents, s’abattent de g r is moineaux.\n\nE t leurs cris sur les branches g ris e s\nSont des échos las de ces chants\nOui sous les portails des églises\nS'éteignent aux pieds des mourants.\n\nO ces portails g r is et gothiques,\nGrands, majestueux, mais muets\nGardent sous leurs aspects mystiques\nDe sombres et tristes secrets.\n\nCe sont les terreurs du cloîlrage,\nL e g r is glacé de l'abandon ;\nP o u r la vierge un honteux veuvage\nDevant F immensité sans nom.\n\n\n       "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 42, "page_fin": 43, "titre_corps": "Pastel : Noir majeur", "titre_sommaire": "Pastel", "rubrique": "", "signature_source": "Carlos du Fay", "ancre_debut": "III. 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NOIR MAJEUR.\nL a lune, au milieu des ténèbres,\nD ans le ciel tout vêtu de deuil,\nSemble sous ses apprêts funèbres\nUne larme su r un cercueil.\n\nE t la source noire et boueuse\nStagne, se Ira i ne sans éclat\nL e long de la rive pleureuse,\nCar tout hélas ! est noir et mat.\n\nSous les cieux noirs volent par bandes\nDe noirâtres essaims d'oiseaux,\nE t là, dans la noirceur des landes,\nCroassent de hideux corbeaux.\n\nL ’épervier en son noir domaine,\nA rrache sa proie en lambeaux\nE t gluants, cachés dans la plaine,\nE n leur laideur sont les crapauds?\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 418, "texte": "                                           - 43 -\n                            E t su r le lac aux teintes sombres,\n                            L e cygne languit sans espoir ;\n                            L ’Am our est mort. E t couvert d ’ombres,\n                            Il meurt aussi le cygne noir.\n                                                                         C a r i .o s   du   F ay.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3-012", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 43, "page_fin": 47, "titre_corps": "Le Chien de Paul Marcellin", "titre_sommaire": "Le Chien de Paul Marcellin (fin)", "rubrique": "", "signature_source": "Frédéric Friche", "ancre_debut": "LE CHIEE DE PAUL IARCELL1H. FIN . L e caquetage", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 58, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 418, "fin_caractere_exclue": 2340, "texte": "LE CHIEE DE PAUL IARCELL1H.        FIN .\n\n\n\n   L e caquetage du petit homme ne s’arrêta qu’à la grille de sa villa. Il décorait\nde ce nom pompeux une sorte de grand pigeonnier en brique rouge, fort préten­\ntieux dans son faux air Renaissance, au milieu d’un minuscule parc à la française,\ntaillé, sablé, épousseté le plus correctement du monde ; au centre des parterres,\ndes boules en métal ; dans tous les coins, des statuettes polychromes représentant\nles Quatre Saisons et les T ravaux de la Campagne.\n   Paul voulut encore s’échapper. Mais cela ne faisait pas le compte de son bourreau!\n   “ De grâce, mon cher Monsieur Marcellin, ne me                 faites pas l’affront de me\n„ quitter déjà. Entrez, je vous en prie... Ma femme sera trop heureuse... j ’ose\n„ dire qu’elle sera enchantée ! „\n   Et Paul fut poussé, bousculé, on lui fit gravir le perron, Beppo suivant toujours,\net les voilà au salon.\n   \" Phrasie ! Phrasie! Adrienne, Emma. Voilà Beppo qui est de                     retour. Vite! „\n   Des cris     joyeux à l’étage, une dégringolade dans l’escalier : la                      porte s'ouvre\net deux jeunes filles qui entraient en se bousculant s'arrêtent                interdites devant\nce jeune homme qui leur fait un profond salut.\n   “ Cher Monsieur Marcellin, fait le papa, permettez-moi de vous présenter mes\ndeux filles : Adrienne et Emma. „\n   Paul relève la tête        Oh stupeur, oh joie : les yeux verts, les chers grands\nyeu x verts.... Mademoiselle Adrienne et la jeune fille de l’opéra-comique ne fon^\nqu’une seule et        même personne — une fort          gentille petite personne, ma foi,\ntoute rose et souriante sous ses frisottures brunes, et pas mal embarrassée de sa\nprécipitation de tout à l’heure.\n   Beppo   la   tire    de peine   en se jetant       sur elle comme            un fou ;             la brave bête\nfait un bruit   à étourdir un sourd, saute, hurle, jappe....\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2606, "texte": "                                       - 44 -\n    La porte se rouvre. Voici maintenant la mère, grande, osseuse, à profil d'aigle,\nl’air revêche, puis le fils : dix ans, un collégien très gauche dans des habits trop\ncourts pour sa croissance.\n    On s'assied; le porto est versé. C ’est le papa qui fait d’abord tous les frais de\nla conversation. Paul     est sur des charbons ardents.      Mademoiselle Adrienne doit\nle prendre pour ungrand nigaud, de         tomber là        sans savoir     ce    qu’il   vient\ny faire.\n    La maman semble aussi avoir de lui cette impression là et ne parle que par\nmonosyllabes.\n    Heureusement, à un mot de Marcellin, on découvre que la mère da poète a\nété compagne de pension de Madame Garandon. La glace est brisée.\n    Elle se souvient même vaguement avoir tenu un jour Paul sur les bras, quand\nil n’était pas plus grand que ça... Depuis, on s’est perdu de vue. A présent,\nMademoiselle Adrienne, tout en rougissant jusqu’au bout de          sa fine petite oreille\nen œillet, ose se rappeller ce nom de Paul Marcellin, vu            au bas de         quelques\nstrophes, dans un journal de jeunes filles — quelques-unes de ses                    premières\npoésies, bien mièvres     et naïvement chastes encore.\n   Voilà Paul l’ami de toute la famille. On      lui fait encore           raconter comment il a\ntrouvé Beppo. On veut le retenir à déjeuner. Mais c’est vraiment impossible aujour­\nd ’hui     on l’attend à Paris     etc., etc. Salutations     Au revoir          A bientôt......\n   On l’accompagne jusqu’à la grille      et on lui fait promettre    de venir prendre\nle thé un de ces soirs, Rue Chapon, 123, au premier........\n\n\n                                         III.\n\n   En sortant de là, Marcelin resta comme étourdi : tout cela lui semblait si\nextraordinaire, si providentiel ! Comme en réalité il n’avait rien à faire à Paris,\nil se dirigea en flânant vers son coin favori du bord de la Seine.\n   C ’était dans les buissons de la rive, une petite éclaircie où il s’étendit pares­\nseusement, le soleil se jouant sur son visage à travers le           feuillage très épais\nà l’entour; les brindilles folles lui chatouillaient les narines.\n   De sa place, il ne voyait de la rivière que quelques plaques d’argent brillant\nentre les branches. De temps à autre, un canot passait très               vite, au    bruit de\nl’eau fouettée et des tolets criant sous les avirons.\n   Longtemps, la nuque dans les mains, il resta délicieusement étalé, écoutant\nbourdonner les insectes et rêvant aux chers yeux verts, dans un grand parfum\nde violettes écrasées.\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2388, "texte": "                                             - 45 -\n\n                                              I V.\n\n                             A   M O N SIEUR     J E A N R IV IE R ,\n\n\n                                                                           NANCY.\n\n\n                     M on   C her   J ean,\n\n\n\n   J e n’ai pu t’écrire hier que quelques mots pour t’annoncer les deux grandes\nnouvelles : mon mariage et le succès de mon livre. Ce matin je profite d’ une\nheure de loisir pour te donner des détails.\n   Comme tu le sais déjà, les parents hésitaient, surtout la mère ; terriblement\npratique, ma future belle-mère. J e t’ai raconté comme elle a causé chiffres quand\nj ’ai demandé officiellement la main d’Adrienne. — T u ne peux pas t’imaginer le\nbonheur que j ’ai à dire à présent : Adrienne, tout court. — Donc, maman Garandon,\ncoupant la parole au père, qui lui, semblait tout disposé à répondre oui les yeux\nfermés, m’a questionné sur faits et articles, et a pinçé les lèvres en apprenant que\nje possède en tout deux mille francs de rente — trois mille cinq avec mes articles\nde journaux — et que de mes Am ours Trahies se sont vendus au plus trois cents\nexemplaires.\n   Je t’ai dit comment elle a mis en parallèle la dot de sa fille, sans compter les\nespérances, comment elle m’a donné à entendre qu’on attendrait pour répondre\nl’apparition et le succès du Vicaire,        \" ce nouvel ouvrage dont je parlais tant. „\nElle se défiait de l’accueil que le public ferait à mon livre. Et dame, j ’ai eu bien\npeur aussi, moi, ces quinze derniers jours.\n   Comprends-tu cela, mon vieu x: avoir mis toute son âme dans une œuvre,\navoir passé six mois à ce travail acharné, creusant, retournant l'idée,          cherchant\nfièvreusement la phrase correcte, le mot juste ; en être arrivé à regarder ce\ncahier de papier noirci comme une partie de soi et puis, au dernier moment, se\nmettre à douter des autres et de soi-même, à se demander si l’on parviendra\nà tirer le public de son indifférence          Oh ces premiers jours d’horrible attente.\n   Le livre paru ! Impossible de me tenir en place. Je flânais inquiet, sans but,\nm’arrêtant, le cœur palpitant, aux vitrines des libraires où s’étale en vedette le\nVicaire, tout flambant neuf sous sa couverture jaune barrée d’une large bande en tire\nl’œil : Vient de paraître. Alors, tout en faisant semblant de regarder les illustrations de\n"}, {"page_pdf": 61, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2819, "texte": "                                           -4 6\nla devanture, j ’observais mes voisins, du coin de l’œil.... Feraient-ils attention à\nmon liv r e ? ... Entreraient-ils?....\n     Puis une grande honte me prenait à l’idée d'être reconnu et je me sauvais;\nbien vite, en rasant les murailles.\n     L e s comptes-rendus de la presse ne me remontaient guère. En général, il me\nsemblait qu’il y avait là dedans des éloges trop pompeux et trop vagues, pour\nêtre écrits sincèrement et puis, la camaraderie... Du reste, la plupart des articles\nbienveillants étaient signés par des amis.\n     Et les autres, les dédaigneux, quel        mal      ils me faisaient ! J e t’ai envoyé ce\nterrible article de X , commençant par ces mots: \" Traduire Jocclyn en mauvaise\nprose, „ etc. . ..\n     Je   me disais : si c'était vrai, pourtant, que ce style dont je suis si fier est\ninsipide, obscur, vide       de sens ; que ces caractères           que   je me suis    évertué à\nrendre de mon mieux          sont faux et ridicules !... Après tant d’efforts conscencieux,\nretomber de toute la hauteur de mes belles espérances... et surtout, penser que\nmon       bonheur dépent du succès!... J e crois          que sans tes bonnes lettres           qui\nvenaient me retaper un peu, j ’en aurais fait une maladie. Faut-il qu’on ait la rage\nd’écrire, pour s’exposer à d’aussi abominables tortures !\n  Je n’osais aller chez les Garandon ; je n’osais            pas non      plus me présenter chez\nmon éditeur, craignant de tristes nouvelles.\n     Enfin, hier matin, je     me décidai à aller le trouver. Sitôt qu'il m’aperçut, il\naccourut, m’entraina      à l’écart, et me    félicita    chaudement:         suceès complet;   les\nquatre premiers       mille étaient épuisés; l’imprimerie travaillait d’arrache pied, on\ncraignait de ne pouvoir aller assez vite en besogne pour satisfaire aux demandes.\nIl me montra ses commandes de la province et l’étranger.                       C ’était superbe. Je\nsortis de là ébloui, enivré, pleurant presque de joie.\n  Mais voilà qu’en rentrant, je me heurte à mon petit éditeur des Am ours Trahies\n— tu te rappelles, celui dont le nez camard et le parler traînant nous faisait tant\nrire — le brave homme allait chez moi ; il m’apprit, tout joyeux, que le succès\ndu    Vicaire faisait beaucoup demander mes poésies, dont l’édition presque entière\ntraînait dans son grenier; il en faudra également une deuxième édition— un peu\nplus, nous nous embrassions en plein boulevard.\n     J e n’ai fait ni une ni deux mon cher : Vite chez les Garandon, où la maman\nm’a reçu à bras ouverts. Je croirais bien qu’elle aussi avait pris ses petits rensei-\ngements au sujet de la vente.\n     Bref,   je   suis solennellement reconnu      comme       le    fiancé    de   Mll,c Adrienne\nGarandon, et j ’y dine tous les soirs.\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2980, "texte": "                                               - 47 -\n     Ah, chère petite Adrienne, ah les chers yeux verts, comme ils rayonnaient,\nhier soir, pendant le dîner, en me regardant timidement à la dérobée,                          et avec\nquel amour je leur rendais leur sourire! C ’est qu’ils disaient tant de choses, ces\nbons grands yeux là, et de si belles choses !\n    L e s parents faisaient semblant de ne rien voir, la mère toujours câline et très\ndigne, le père très ému, et pour qu'on n’en vît rien, mangeant le nez dans son\nassiette, en soufflant très fort dans sa soupe.\n    Quels braves gens, ces parents ; le père est d’Avignon... ce n’est pas loin de\nTarascon, Avignon, et papa Garandon incarne absolument Tartarin ; c’est la même\nhonnêteté naïve, le même amour de la regardelle, le même esprit bon enfant,\ntrop bavard, trop confiant, trop liant; dire que c’est à ce dernier défaut que je\ndois d’avoir fait la connaissance d’Adrienne, il y a deux mois! L a mère, elle,\navec ses airs de rabat-joie, est une excellente femme, très froide mais très droite\net sensée. Absolument l’opposé de son mari,                  par exemple. Comment diable ce\ncouple là a-t-il pu s’entendre ?\n    Ces deux caractères diparates ont formé par leur réunion ce joli petit tout\nqui s’appelle Adrienne : tout en tenant du père une grande vivacité d’imagination, elle\na toutes les bonnes qualités de la mère, mais plus affinées et plus délicates. Je t’ai\ndéjà dit quelle bonne petite femme de ménage elle est ; tu vas t’écrier que je\nsuis assommant, avec mes éternelles litanies au sujet de ses mérites, mais si tu\nla voyais surveiller, gronder, et faire marcher rondement, je te jure, sa sœur\nEmma, sa cadette de quatre ans, et son grand collégien de frère !\n    Hier soir nous avons parlé du              Vicaire ; cette     simple histoire     d’un pauvre\nprêtre     de campagne, bien naïve et bien humble, amoureux, sans le savoir, d'une\nnoble      héritière, cela       l’a ému jusqu’aux larmes.     Nous    avons relu      ensemble la\nscène où le vicaire tait une lecture pieuse à la vielle marquise, dans le parc,\ntandis     qu’à quelques pas les deux jeunes filles ceuillent des prunes.\n     Je la      sentais   tout    près de   mon    épaule, retenant son      souffle    pour mieux\nm’écouter, tout en carressant Beppo, ce brave Beppo qui nous a réunis.\n     Puis, elle m’a posé quelques           objections    touchant précisément les points de\nmon récit que je sens            les plus faibles, et cela avec une justesse de pensée et\nd’expression à rendre jaloux les plus vieux routiers de la critique ; quel bon sens,\nquel jugement subtil et délié tient dans cette jolie petite tête               brune de dix-neuf\nans, et quelle      délicieuse     femme    d’artiste    cela me   fera!   Figure-toi, mon vieux\nqu’t-lle.....\n                                                                             F r éd éric F r ic h e.\n    (Dédié à mon cher camarade Pierre Rollier).\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-03-01-n3-013", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 48, "page_fin": 48, "titre_corps": "Rêve", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Rodrigue Sérasquiez", "ancre_debut": "BÊYE. 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Revue Mensuelle. — 113, rue de Paris, Valenciennes.\n         Abonnement un an 5            francs.\n\n6. B u lle tin , L i t t é r a i r e M e n s u e l de la Société L'A m i c i t i a . Valenciennes\n         Abonnement un an O l'ranes.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 46, "texte": "Première Année. N ’ 3.                                                                  1 MARS 1891.\n\n\n\n                  ESSAIS\nCERCLELITTERAIR\n              ISE\n              F\n              R\n              A\n              N\n              Ç\n                                        P U B L IE S P A R L E\n\n\n\n\n                       REVUE MENSUELLE.\n\n                            S o m m a ir e d u                      N° 3.\n\n       Id y lle Rouge                     ................... L o u is     V éhenne.\n\n       M a d rig a l e t P o r t r a i t ............. P a u l M.\n       Le H o lla n d a is chez l u i P ie r r e H a n c a r t .\n                                        .\n\n\n\n\n       P a s te l...................... C a r l o s du F a y .\n       Le Chien de P a u l M a rc e llin           (fin ). .     . F r é d é r ic F r i c h e .\n\n       R ê v e ........................ ' ................ R. S e r a s q u ie z .\n\n\n\n\n             P r ix d u     n u m é ro : 4 0                         c e n t im e s .\n    P r ix    d e l 'a b o n n e m e n t : u n                       a n 4 fra n c s.\n\n\n                               BUREAU           DU J O U R N A L :\n G A N D, 7 1 , R U E D E F L A N D R E , 7 1 , G A N D\n\n                                            GAND,\n      Im prim erie m écanique de LÉON DE BUSSCHER. rue Savaen, 32.\n\n                                TOUS      DROITS       RÉSERVÉS.\n"}, {"page_pdf": 47, "texte": "     N .- B . — Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire parviendra au\n                    bureau de la rédaction, RUE DE FLANDRE, 71, GAND.\n\n                   L es journaux ou revues qui d ésireraien t faire l’échange\n                        sont p riés «le s ’adresser au bureau du Journal.\n\n\n\n               CERCLE LITTÉRAIRE FRANÇAIS.                                     A\n                                   (fondé le 2 4    décembre 18 8 8 .)\n\n\n                          EX T R AI T       DU R È G LE M EN T .\nA rticle          I. — Le Cercle Littéraire Français e st constitué dans le but de donner des\n                            Conférences et de former une bibliothèque d’ouvrages écrits ou\n                            traduits en français.\nA r ticle         IL — Le Cercle comprend 3 catégories de membres :les membres effectifs,\n                            les membres correspondants et les membres d’honneur.\n                         Les membres effectifs sont ceux qui habitent la ville. Ils sont tenus\n                            de donner à tour de rôle des conférences, évangiles du jour et\n                            lectures.\n                         Les membres correspondants sont ceux qui n’habitent pas la ville. Ils\n                            ne sont astreints à aucune rétribution, mais sont tenus d’envoyer\n                            au Cercle un évangile du jour (œuvre personnelle) au moins une\n                            fois tous les deux mois.\nAu ticle         X. — Le Membre qui obtient le premier un ouvrage en lecture est obligé\n                            d’en rendre compte à la date fixée par le Comité.\nA rticle XV II.         - Le Cercle organise chaque année un Concours littéraire entre tous ses\n                           membres.\nA r t i c l e XVIII.   — Le jury se compose de 5 membres. Ils sant choisis parmi les membres\n                           du Cercle. L e scrutin est secret et a lieu à une des premières\n                           séances de l’année. Le jury prend les dispositions spéciales pour :;e\n                           concours.\nA r t ic l e   X IX . — La cotisation annuelle est fixée à      5 f r . pour les membres effectifs.\n"}, {"page_pdf": 48, "texte": "                                         - 33 -\n\n\n\n                        IDYLLE ROULE.\n                                                               A J oseph D e . G eynst,\n                                                                - Ces lignes de son ami.\n\n   L e canon grondait sourdement là-bas, du côté de Thionville.\n   A près avoir mis à feu et à sang les villages environnants, les Prussiens avaient\nmaintenant dirigé toutes leurs forces de ce côté. L e s Français résistaient éner­\ngiquement, aussi la bataille continuait-elle toujours,       horrible et meurtrière. De\nloin, on apercevait des nuages de fumée blanche qui s’élevaient dans la pureté\ndu ciel, s’élargissaient, s’évanouissaient, puis, c’étaient des lueurs rouges qui soudain\nembrasaient l’horizon, le faisant ressembler à une immense tache de sang.\n   Alors qu’on s’égorgeait sous les murs de Thionville, que les décharges d’artillerie\nde plus en plus fréquentes ébranlaient l’air, le silence avait envahi la petite localité\nde Fontoy, située à peu de distance.\n   L à aussi, la guerre avait passé. On ne voyait que maisons aux vitres cassées,\ntoits fumants, débris jonchant le sol. Des chevaux éventrés, des cadavres d’hommes,\ndes caissons défoncés, pêle-mêle, barraient les        rues. Su r les murs blancs des\nhabitations, des cervelles avaient jailli, des empreintes de mains rouges se dessinaient.\nL es habitants, attaqués à l’improviste, avaient fui en désordre, oubliant tout, ne\nsongeant qu’à préserver leurs jours.\n   L a petite église avait été saccagée, mais c’était dans le cimetière surtout que\nce tableau d'après la bataille se déroulait dans toute son horreur.\n   Les   grilles   étaient arrachées ; des obus avaient soulevé le          sol, abattu les\ncroix, détruit les mausolées, renversé les chapelles         et tout cela formait sur la\nterre un fouillis de décombres. Près d’une fosse fraîchement creusée, un boulet\navait mis en pièces un cercueil qu’on n'avait sans doute pas eu le temps d’enfouir\net une tête hideuse surgissait d’un linceul blanc. Dans un angle de ce lugubre\ncharnier, leur sang coulant d'horribles blessures, gisaient des soldats. Au milieu d’eux\nun fantassin se tenait debout, appu3’é contre une énorme croix : il avait un trou\nrouge au front. Partout l'horreur, partout la mort !\n   De temps à      autre, au milieu dusilence qui pesait sur cette hécatombe humaine,\non entendait le    galop d’ un cheval :c’était un uhlan qui passait. ...\n                                                                                           3\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "                                         - 34 -\n   Une maison qui se trouvait adossée au mur du cimetière avait échappé comme\npar miracle à cette dévastation générale : :'était      celle du fossoyeur. Quelques\ncarreaux cassés déparaient seuls son air propre et riant.\n   La nuit venait; il y avait déjà    six heures que la bataille, était finie à Fontoy\net d e c i, delà, des paysans apparaissaient, cherchant à regagner leurs demeures.\nT rop souvent, hélas ! ils ne les retrouvaient plus.\n   Parmi ceux-ci, se trouvait    un homme d’une cinquantaine        d’années,   marchant\npéniblement, appuyé sur le bras d’une jeune fille.\n   Comme il passait près d’une ferme :\n   \" E h ! dis donc, père Gaspard, c’est-y vous qui devez enterrer tout cem onde-là?\nL e métier de fossoyeur ne serait plus une sinécure ! „ lui cria un paysan qui\ntrouvait encore matière à plaisanter sur ce lugubre tableau.\n   Le   fossoyeur   ne répondit pas; hâtant lu pas, il se       dirigea vers son logis.\nQuand il traversa le cimetière, à la vue de celte désolation, une          larme roulasur sa\njoue hâlée.\n   Gaspard n’était pas un de ces cyniques enfouisseurs qui à moitié gris mettent\nles gens en terre en fredonnant une chanson ; il aimait \" ses morts „ comme il les\nappelait, aussi apportait-il tous ses soins à embellir leur dernière demeure. C ’était\nlui qui tous les jours arrosait les petits jardinets entourant les tombes; c’était lui\nqui allait mettre sur le tertre nu surmonté d’une simple croix de bois la couronne\nfanée, indigne d'orner désormais le riche mausolée.\n   L e fossoyeur entra chez lui, verrouillant soigneusement la porte.\n   S a compagne, craintive, tressaillait lorsque de temps à autre le vent apportait\njusqu’à Fontoy le    bruit des coups de canon de Thionville.\n   “ Ne crains rien, Marthe, lui dit Gaspard, ils ne reviendront plus ici,      du moins\npour le moment. Dors tranquille, tu as ton père qui, le cas échéant, quoique bien\nvieux, bien cassé, saurait encore te défendre. „\n   Marthe avait dix-huit ans. Sans être ce qu’on est convenu d’appeler une beauté,\nla fille du fossoyeur avait en elle ce je ne sais quoi qui plaît, là , tout de suite, et\nlait qu’on est attiré vers une personne avant même qu’on la connaisse davantage.\n   Deux beaux yeux, profondément noirs, qu’ombrageaient des sourcils finement\narqués, donnaient à son visage un air mélancolique que semblaient démentir une\nbouche mignonne paraissant faite pour le rire, un petit nez provocateur aux ailes\nfrémissantes.   D ’épais cheveux bruns    tombaient en torsade sur ses épaules; sa\ntaille mince et souple avait des ondulations gracieuses, emprisonnée dans           son\ncorsage de velours noir, ouvert sur la poitrine.\n   On frappa à la porte de la maison. L e fossoyeur alla ouvrir et s’entretint assez\nlongtemps au dehors avec le visiteur, lui parlant à voix basse.\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                                        - 35 ~\n   Gaspard étant rentré, dit à sa fille qu’un de ses amis frappé mortellement par\nun éclat de mitraille, ayant demandé à le voir une dernière fois, il ne pouvait\nlui refuser cette suprême consolation. Voulant épargner à Marthe la vue de ce\ndouloureux spectacle, il la priait de l’attendre à la maison, lui promettant de revenir\ndans quelques instants.\n   Quand son père fut sorti, la jeune fille eut peur. Cette chambre qui lui avait\ntoujours semblé si riante lui paraissait maintenant lugubre et triste. L a lumière\nqui vacillait, dessinait sur la murajlle des firmes bizarres, étranges, qui se pour­\nsuivaient follement, faisant naître dans son imagination des craintes et des appréhen­\nsions qu’elle s’efforçait en vain de repousser. Ses yeux interrogeaient avec effroi\nles recoins de la chambre plongés dans l’obscurité comme s’ils allaient y apercevoir\nquelque chose d’affreux, de surnaturel.\n   A peurée, elle ouvrit la porte, puis contourna le mur de l’habitation, afin de\nvoir si son père ne       revenait pas. Elle se trouvait maintenant dans le   cimetière,\nau milieu des morts qui jonchaient le sol.\n   La lune versait des rayons laiteux sur ces          hommes dormant leur dernier\nsommeil, blanchissant encore      ces faces pâles, aux couleurs de cire, aux yeux\nternes, fixes, grands ouverts. Au loin, dans la campagne, des ombres apparaissaient,\nse découpant très nettes : c'étaient des sentinelles qui veillaient.\n   Marthe n’osait plus avancer : ces soldats morts l’épouvantaient. Soudain elle\ncrut remarquer que l’un d’eux remuait le bras. Effrayée, elle se rejeta involon­\ntairement en arrière, croyant à une hallucination de son cerveau surexcité, mais\nil lui sembla percevoir un faible gémissement.\n   Domptant sa terreur, la jeune fille s’approcha. Ayant prêté l’oreille, elle entendit\nde nouveau s ’élever une plainte, plus distincte cette fois : “ A boire, disait la voix,\nà boire    „\n   Celui qui se lamentait ainsi était un. soldat, très jeune encore, portant l'uniforme\nde fantassin. La tunique ouverte sur la poitrine laissait voir une large tache rouge\nqui s ’étalait, s’élargissant toujours sur la toile blanche de la chemise.\n   11 avait les jambes prises sous une lourde croix de pierre renversée sur lui,\nparalysant ainsi tous ses mouvements.\n   L a jeune fille ne pouvant de ses faibles    mains soulever la croix qui écrasait le\nmalheureux retourna       vers la demeure de son p ère, espérant quecelui-ci serait\nrentré. Dans sa course elle trébucha contre une large dalle occupant le milieu du\nchemin, destinée à recouvrir l’entrée d’ un vaste caveau que le fossoyeur n’avait pas\neu le temps de fermer. Gaspard venait à sa rencontre et Marthe ayant été puiser\ntle l’eau, ils coururent tous deux vers le blessé.\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                                          - 36 -\n     L e lossoyeur eut bientôt déplacé la lourde pierre qui l’écrasait; de son côté la\njeune fille trempant son mouchoir dans            le    vase qu’elle portait,      humectait les\ntempes du soldat.\n     Celui-ci ouvrit les yeux et son regard erra lentement autour de lui. Quand\nil aperçut le visage de Marthe qui se penchait vers lui, un sourire se dessina\nsur ses lèvres décolorées. Maintenant que le blessé avait repris connaissance, il\nfallait le transporter dans un endroit où il pût être pansé, où on pût lui donner\nles soins que réclamait son état. Mais où ? C ’était à quoi songeait la jeune fille.\nDans la maison de son père? Impossible ; sa qualité de soldat français ne resterait\npas longtemps inconnue aux ennemis qui parcouraient les routes, traitant déjà\ntoute     cette partie de la    Lorraine en pays         conquis. On ne        pouvait cependant\npas le laisser là, dans le      cimetière..      ..\n     Soudain ses yeux tombèrent sur le caveau béant dont tout-à-l’heure elle avait\nheurté la dalle qui devait en recouvrir l’entrée. Si on le déposait l à ? Lugubre\nasile, mais du moins on y serait à l’abri des poursuites; personne ne se douterait\nde la présence d’un moribond au milieu de ces morts.\n     Elle pria son père de transporter le soldat au fond du caveau. Gaspard le\nprit dans ses bras et doucement descendit les marches de pierre qui y donnaient\naccès.\n     Su r deux rangées, les uns au dessus des autres, se trouvaient disposés des\ncercueils. Rongés par l’humidité, recouverts            d’ une épaisse couche de poussière,\nils semblaient dormir là depuis des années. Seule, la croix d’argent qui ornait la\nbière qu’on avait déposée la veille dans le caveau, reluisait dans l’obscurité.\n     Le   fossoyeur    eut vite fait d’apporter un        matelas pour y déposer le blessé.\nMarthe, de ses fins doigts de jeune fille, doucement soule/a la toile qui adhérait\nà la poitrine du soldat; avec des ménagements, des délicatesses infinies, elle lava la\nplaie qui se montrait rouge et béante.\n     L e fossoyeur venait de sortir du caveau           Marthe se trouvait maintenant seule\navec      le jeune    homme.   Elle   regarda   longtemps        ce   visage   pâle,    aux   lèvres\ncontractées par la douleur; longtemps elle le considéra, noyée dans ses pensées,\nachevant peut-être dans son imagination               de jeune    fille un rêve qui venait la\nbercer.\n     Lentement le blessé avait ouvert les yeux, les tenant rivés sur celle qui lui\navait sauvé la vie. Un moment leurs regards               se rencontrèrent             Marthe tres­\nsaillit sentant un grand trouble suivi d’une grande douceur l’envahir toute........\nAu     dehors la campagne dormait. L a          bataille devait       être terminée : le canon\ns’était tu. L e gémissement du vent qui se jouait entre les branches des arbres,\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                                                          - 37 -\nle cri d’un oiseau qui regagnait son nid, le clapotis des aubes d’un moulin dans\nune eau voisine, troublaient seuls, dans le cimetière de Fontoy, l’éternel sommeil\nde tous ces morts que la lune dégagée des nuages venait lécher doucement.\n    De temps à autre, un appel de clairon retentissait, aigu dans le silence ; d’autres\nsonneries lui répondaient plus éloignées et plus faibles à mesure, puis tout retom­\nbait dans le calme, dans le m y s t è r e .......................................................................................\n\n\n      (A S u iv re .)                                                                              Louis V êi-ie n n e .\n\n\n                                    M        A D R I G A L .\n                                     Rien de plus beau que de beaux yeux,\n                                     Rien déplus g ra n d que leur puissance.\n                                    J e le reconnais d ’autant mieux\n                                     Que j e suis sous leur dépendance.\n                                     S i je fa is a is t indifférent\n                                    Autrefois, el n a is des autres,\n                                    J e ne savais assurément\n                                     Quel était le charme des vôtres.\n                                    M ais depuis ils m'ont bien appris\n                                     Qu’avec eux il fa lla it se rendre,\n                                    E t c'est mon cœur qui fu t surpris,\n                                     Quand, pensant n'être jam ais pris,\n                                    Il vit qu'il n’était plus il prendre.\n\n\n\n                             PORTRAIT.\n      Menton coquin,                            A rendre fo u                              J'oublie encor\n      Sourcils d ’ébène,                        Bouche mutine                              Ses dents divines,\n      Nez aquilin                               E l g ra n d s yeu x ou                    De ce trésor\n      E t fr o n t de reine ;                   L'am our butine.                           Les perles fines !\n\n      Cheveux de fé e                           Cils ténébreux                              On les dirait\n      A u x doux reflets                        Q ui les recouvrent,                       N'être autre chose\n      De ce camée                               A u x éclats bleus                          Que jets de lait\n      Cadre de ja is ;                          Quand ils s'enlr ouvrent ;                 Dans une rose !\n                                                                                                                 P a u l M.\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "                                         - 38 -\n\n\n\n                U I 0 & M H M I S CHEZ IVt\n                                                                      A M a d a m e M a r i e D.\n\n\n\n   Mon imagination d’enfant de sept ans m’avait donné des idées très drôles et\npassablement fausses sur le type des différents peuples.\n   Ainsi je ne pouvais me représenter le Hollandais sous d’autre aspect que celui\nd’un petit homme, gros, trappu, au visage             calme      et placide, au nez plat, aux\nlèvres   lippues, aux joues    vermeilles   encadrées d’une barbe coupée en collier.\nInvariablement aussi, le pantalon de ce bonhomme lui remontait jusqu’au dessus\ndes chevilles, laissant voir des bas d'un jaune orange, le gilet entr’ouvert montrait\nune   chemise    d’une   blancheur   éclatante   et   le   cou     était emprisonné dans un\nimmense foulard rouge.        Ce grotesque personnage se            promenait au        milieu de\nplates-bandes où s’épanouissaient les tulipes et les jacinthes aux couleurs cha­\ntoyantes ; il se pâmait d’admiration devant des pétalles irisés ou mordorés, devant\ndes clochettes couleur mauve ou de saphir, recourbées en volutes et brillantes\ndes perles de rosée miroitant sous les rayons d’un soleil matinal.\n   Jamais je ne me serais imaginé un parterre de jacinthes sans songer à un\nHollandais. Aujourd’hui — je ne sais pourquoi — ces mêmes plates-bandes me*\nsuggèrent toujours ce tableau idyllique : une jeune fille blonde, un jeune homme\nnoir; tous deux sont beaux de cette beauté de dix-huit ans; tous deux ont cette\ngaucherie naïve et si charmante des premières amours. Ils viennent de s’avouer\nleur passion; le jeune homme grisé par les enivrantes senteurs des fleurs a mur\nmuré tout bas, la bouche effleurant les folichonnes boucles de la gracieuse blonde,\nde douces paroles qui ont fait rougir la belle et briller d’un éclair de joie ses\nyeux veloutés.......\n   Mais laissons là les amours et les tulipes, non que le Hollandais ne s’entende\nà la culture des unes aussi bien que des autres, et je pourrais                   mais revenons\nà notre sujet.\n   L e Hollandais ne ressemble       pas du tout au portrait         esquissé plus haut. Un\nhomme sérieux, grave, recueilli, telle est la première impression qu’il vous fait.\nMais cette rigidité, cette froideur apparente cache de grandes                   qualités ; il est\nbrave, actif, économe, poussant la propreté jusqu’à l’exès et possédant l’esprit\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                                             - 39 -\ndu négoce à un haut degré. Il vit d'une vie calme et réglée ; Monsieur ne va\npas au C ercle; Madame ne suit pas les \"prem ières,,, les conférences, les                  bals,\net toute la kyrielle des plaisirs mondains dans lesquels se complaisent les petites\nparisiennes névrosées. Pour les Hollandais, ce qui tient lieu de tout,                c’est la\nfamille ; ce qu’ils aiment, c’est leur home, ses joies intimes, ses plaisirs discrets\net paisibles. Mais, dira-t-on, voir continuellement devant soi, Monsieur qui lit son\njournal en sirotant une tasse de thé, Mevrouw qui reprise des bas, les enfants\nqui se chamaillent dans un coin, c’est par trop bourgeois et cela lasse à la fin.\nDésabusez-vous; les intérieurs Hollandais ne sont pas si bourgeois que cela, et si\nl’on sait être sérieux sur les bords de la \" Maas, „ le rire n’y est pas inconnu.\n     Il m’a été donné, il y a un an, d’assister à la kermesse de Rotterdam. Par\ntoute la ville ce n’était qu’un éclat de rire ; tout le monde était dans la joie et\nse    préparait à célébrer       dignement    le grand jour,    le jour   qui   clôturait    les\nfestivités, le quinze août !\n     L e Hollandais se relâche alors de sa gravité ; il rît, il jase, il court, il jette\nen quelque sorte sa gourme; il commet              des folies qui lui doivent valoir les\nreproches de ses concitoyens que les ans ont rendu sages et moroses. Ce jour-\nlà, tout le mouvement se concentre au “ Doel             espèce de Casino. L a foule qui s ’y\ntrouve est des plus composites ; c’est une bigarrure de toutes les classes de la\nsociété.\n     Des groupes se forment. Et ces gens portant des drapeaux, des               banderoles,\njouant de la musette ou s’accompagnant de l’étourdissante crécelle, vont et vien­\nnent par le jardin, chantant à l’envi des refrains            égrillards, criant à tue-tête,\nadressant des plaisanteries grosses et plates, au premier venu, lançant des lazzi, et\nriant de leur bon rire bête.\n     L e jardin est éclairé a giorno. Et sous ces cordons de lumières qui courent\nse perdre dans le vert sombre de la ramure, sous ces rosaces, ces emblèmes,\nces trophées, dont le jaune ocre se profile sur la nuit noire, sous ces lampions\nverts, bleus, nacarats, mordorés représentant toute la gamme des couleurs, ces\ngroupes passent et repassent, se suivent, se rencontrent, se croisent en tous sens.\n     A l’appel d’un Ossen ! Ossen ! une partie de cette foule s’arrête. Cela ne dure\nqu’un moment. On se retourne ; on semble se compter. Puis soudain les premiers\nrangs se     mettent     en   branle, les   autres suivent, toute la troupe ondule, puis\ns'agite, part,    court, galope, entraîne avec        elle tout ce qui se trouve sur son\npassage : hommes et choses. Allez arrêter ce débordement !\n     Cependant,    là,   au détour    d’une   allée, une autre troupe s’avance              Les\npremiers rangs voudraient bien ralentir, mais poussés par leurs compagnons que\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "                                        - 40 -\ncette course vertigineuse et aussi la boisson ont grisés, la collision a lieu.......\nChapeaux enfoncés, drapeaux et banderoles déchirés, ombrelles brisées, tout cela\ngît sur le sol ; tous ces débris sont piétinés par les vainqueurs comme par                   les\nvaincus, par les hommes comme par les femmes, par les vieux comme par les ieunes.\n   Car il y a de tout dans ces troupes. Petit noyau au début, elles s’accroissent\ninsensiblement de toutes les épaves rencontrées dans leur course ; le garçon de\nrestaurant au tablier blanc, le     vieux   monsieur assis philosophiquement au coin\nd’une allée et qui a été enlevé, ceuilli au passage, la grosse dame joufflue, toute\ncramoisie, qui a voulu traverser un chemin pour aller bavarder avec une amie\naperçue de ce côté, la jeune fille qui, le plus innocemment du monde, flirtait avec\nun cousin rentré en vacances           Et malheur à qui résiste ! L e s aile bessen ! lu\nhan ! lu han ! cessent du coup. On entoure le récalcitrant; autour de lui c’est\nune sarabande échevelée, ce sont des cris, des chants, des allusions malveillantes\nà sa personne, des coups dans le dos, des coups dans le ventre, des coups sur\nle chapeau, des coups partout.......\n   Plus la nuit avance, plus l’animation ressemble à du délire. On ne court plus,\non galope; on ne rit plus, on„ s’esclaffe; on ne chante plus, on beugle.\n   Su r des tables poisseuses, quand ils ne sont pas vautrés dessous dans la pous­\nsière et les rogatons, des ivrognes sont couchés.       Certains qui n’ont pas atteint\nce degré d'hébêtement sont parfois drôles. Un individu assez bien mis, paraissant\navoir doublé le cap de la quarantaine, monté sur un escabeau avait commencé\nà haranguer quelques-uns de ses amis. Mais la tribune improvisée, péchant contre\nles lois de la stabilité, entraine l’orateur et voilà notre Démosthène qui s’affale\ncontre le mur et tombe sur un panier, qui cède sous le poids de ce gros person­\nnage. Pendant quelques instants deux petites jambes qui gigotent font les délices\nde la foule accourue. Puis celle-ci, toujours compatissante, retire le quidam de\nson embarrassante position, le hisse sur une table et le promène triomphalement\npar le jardin.\n   Et dans ce        clair-obscur, au milieu de tous ces cris, on songe à la trogne\nrépulsive et hideuse de Quasimodo, élu roi des fous et promené par ses compa­\ngnons au travers des rues du moyenâgeux Paris.\n    S e p tem b re 1890.                                          P ie rr e H a n c a r t .\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                - 41 -\n\n\nPASTEL.\n         I. BLANC MAJEUR.\nSous le blanc glacé de la lune,\nL a neige, moite en sa blancheur,\nA recouvert la feuille brune\nD ’ une enveloppe de candeur.\n\nE t l'eau, toute triste et limpide,\nPleure entre scs deux bords tous blancs\nUn murmure doux et timide,\nP a rfu m é de rythmes tremblants.\n\nOn sent f u i r les frêles colombes\nPortant le deuil blanc des beaux jo u rs,\nLes tourterelles sous les tombes\nPleurant la blancheur des amours.\n\nE t blanche cncor la jeune vierge\nOui vivait des fraîcheurs d'an/au,\nSous la pâleur fa u v e d ’un cierge,\nReposer dans son manteau blauc.\n\n\nS u r le g ra n d lac teinté d'opale,\nL e cygne dort éblouissant ! .....\nM ais l’amour meurt. E l triste et pâle,\nIl meurt aussi, le cygne blanc !\n\n\n    TRANSPOSITION.\n\n        II. GRIS MINEUR.\n\nL a lune pleureuse se voile\nD'un nuage tout triste et g r is\nE t les cieux fro id s sont sans étoile,\nUniformément cndeuillis.\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "               - 42 -\nE t sous cette teinte grisâtre,\nOmbre lointaine des tombeaux,\nS u r notre planète marâtre.\nLents, s’abattent de g r is moineaux.\n\nE t leurs cris sur les branches g ris e s\nSont des échos las de ces chants\nOui sous les portails des églises\nS'éteignent aux pieds des mourants.\n\nO ces portails g r is et gothiques,\nGrands, majestueux, mais muets\nGardent sous leurs aspects mystiques\nDe sombres et tristes secrets.\n\nCe sont les terreurs du cloîlrage,\nL e g r is glacé de l'abandon ;\nP o u r la vierge un honteux veuvage\nDevant F immensité sans nom.\n\n\n       III. NOIR MAJEUR.\nL a lune, au milieu des ténèbres,\nD ans le ciel tout vêtu de deuil,\nSemble sous ses apprêts funèbres\nUne larme su r un cercueil.\n\nE t la source noire et boueuse\nStagne, se Ira i ne sans éclat\nL e long de la rive pleureuse,\nCar tout hélas ! est noir et mat.\n\nSous les cieux noirs volent par bandes\nDe noirâtres essaims d'oiseaux,\nE t là, dans la noirceur des landes,\nCroassent de hideux corbeaux.\n\nL ’épervier en son noir domaine,\nA rrache sa proie en lambeaux\nE t gluants, cachés dans la plaine,\nE n leur laideur sont les crapauds?\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                                           - 43 -\n                            E t su r le lac aux teintes sombres,\n                            L e cygne languit sans espoir ;\n                            L ’Am our est mort. E t couvert d ’ombres,\n                            Il meurt aussi le cygne noir.\n                                                                         C a r i .o s   du   F ay.\n\n\n\n\n           LE CHIEE DE PAUL IARCELL1H.        FIN .\n\n\n\n   L e caquetage du petit homme ne s’arrêta qu’à la grille de sa villa. Il décorait\nde ce nom pompeux une sorte de grand pigeonnier en brique rouge, fort préten­\ntieux dans son faux air Renaissance, au milieu d’un minuscule parc à la française,\ntaillé, sablé, épousseté le plus correctement du monde ; au centre des parterres,\ndes boules en métal ; dans tous les coins, des statuettes polychromes représentant\nles Quatre Saisons et les T ravaux de la Campagne.\n   Paul voulut encore s’échapper. Mais cela ne faisait pas le compte de son bourreau!\n   “ De grâce, mon cher Monsieur Marcellin, ne me                 faites pas l’affront de me\n„ quitter déjà. Entrez, je vous en prie... Ma femme sera trop heureuse... j ’ose\n„ dire qu’elle sera enchantée ! „\n   Et Paul fut poussé, bousculé, on lui fit gravir le perron, Beppo suivant toujours,\net les voilà au salon.\n   \" Phrasie ! Phrasie! Adrienne, Emma. Voilà Beppo qui est de                     retour. Vite! „\n   Des cris     joyeux à l’étage, une dégringolade dans l’escalier : la                      porte s'ouvre\net deux jeunes filles qui entraient en se bousculant s'arrêtent                interdites devant\nce jeune homme qui leur fait un profond salut.\n   “ Cher Monsieur Marcellin, fait le papa, permettez-moi de vous présenter mes\ndeux filles : Adrienne et Emma. „\n   Paul relève la tête        Oh stupeur, oh joie : les yeux verts, les chers grands\nyeu x verts.... Mademoiselle Adrienne et la jeune fille de l’opéra-comique ne fon^\nqu’une seule et        même personne — une fort          gentille petite personne, ma foi,\ntoute rose et souriante sous ses frisottures brunes, et pas mal embarrassée de sa\nprécipitation de tout à l’heure.\n   Beppo   la   tire    de peine   en se jetant       sur elle comme            un fou ;             la brave bête\nfait un bruit   à étourdir un sourd, saute, hurle, jappe....\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "                                       - 44 -\n    La porte se rouvre. Voici maintenant la mère, grande, osseuse, à profil d'aigle,\nl’air revêche, puis le fils : dix ans, un collégien très gauche dans des habits trop\ncourts pour sa croissance.\n    On s'assied; le porto est versé. C ’est le papa qui fait d’abord tous les frais de\nla conversation. Paul     est sur des charbons ardents.      Mademoiselle Adrienne doit\nle prendre pour ungrand nigaud, de         tomber là        sans savoir     ce    qu’il   vient\ny faire.\n    La maman semble aussi avoir de lui cette impression là et ne parle que par\nmonosyllabes.\n    Heureusement, à un mot de Marcellin, on découvre que la mère da poète a\nété compagne de pension de Madame Garandon. La glace est brisée.\n    Elle se souvient même vaguement avoir tenu un jour Paul sur les bras, quand\nil n’était pas plus grand que ça... Depuis, on s’est perdu de vue. A présent,\nMademoiselle Adrienne, tout en rougissant jusqu’au bout de          sa fine petite oreille\nen œillet, ose se rappeller ce nom de Paul Marcellin, vu            au bas de         quelques\nstrophes, dans un journal de jeunes filles — quelques-unes de ses                    premières\npoésies, bien mièvres     et naïvement chastes encore.\n   Voilà Paul l’ami de toute la famille. On      lui fait encore           raconter comment il a\ntrouvé Beppo. On veut le retenir à déjeuner. Mais c’est vraiment impossible aujour­\nd ’hui     on l’attend à Paris     etc., etc. Salutations     Au revoir          A bientôt......\n   On l’accompagne jusqu’à la grille      et on lui fait promettre    de venir prendre\nle thé un de ces soirs, Rue Chapon, 123, au premier........\n\n\n                                         III.\n\n   En sortant de là, Marcelin resta comme étourdi : tout cela lui semblait si\nextraordinaire, si providentiel ! Comme en réalité il n’avait rien à faire à Paris,\nil se dirigea en flânant vers son coin favori du bord de la Seine.\n   C ’était dans les buissons de la rive, une petite éclaircie où il s’étendit pares­\nseusement, le soleil se jouant sur son visage à travers le           feuillage très épais\nà l’entour; les brindilles folles lui chatouillaient les narines.\n   De sa place, il ne voyait de la rivière que quelques plaques d’argent brillant\nentre les branches. De temps à autre, un canot passait très               vite, au    bruit de\nl’eau fouettée et des tolets criant sous les avirons.\n   Longtemps, la nuque dans les mains, il resta délicieusement étalé, écoutant\nbourdonner les insectes et rêvant aux chers yeux verts, dans un grand parfum\nde violettes écrasées.\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                                             - 45 -\n\n                                              I V.\n\n                             A   M O N SIEUR     J E A N R IV IE R ,\n\n\n                                                                           NANCY.\n\n\n                     M on   C her   J ean,\n\n\n\n   J e n’ai pu t’écrire hier que quelques mots pour t’annoncer les deux grandes\nnouvelles : mon mariage et le succès de mon livre. Ce matin je profite d’ une\nheure de loisir pour te donner des détails.\n   Comme tu le sais déjà, les parents hésitaient, surtout la mère ; terriblement\npratique, ma future belle-mère. J e t’ai raconté comme elle a causé chiffres quand\nj ’ai demandé officiellement la main d’Adrienne. — T u ne peux pas t’imaginer le\nbonheur que j ’ai à dire à présent : Adrienne, tout court. — Donc, maman Garandon,\ncoupant la parole au père, qui lui, semblait tout disposé à répondre oui les yeux\nfermés, m’a questionné sur faits et articles, et a pinçé les lèvres en apprenant que\nje possède en tout deux mille francs de rente — trois mille cinq avec mes articles\nde journaux — et que de mes Am ours Trahies se sont vendus au plus trois cents\nexemplaires.\n   Je t’ai dit comment elle a mis en parallèle la dot de sa fille, sans compter les\nespérances, comment elle m’a donné à entendre qu’on attendrait pour répondre\nl’apparition et le succès du Vicaire,        \" ce nouvel ouvrage dont je parlais tant. „\nElle se défiait de l’accueil que le public ferait à mon livre. Et dame, j ’ai eu bien\npeur aussi, moi, ces quinze derniers jours.\n   Comprends-tu cela, mon vieu x: avoir mis toute son âme dans une œuvre,\navoir passé six mois à ce travail acharné, creusant, retournant l'idée,          cherchant\nfièvreusement la phrase correcte, le mot juste ; en être arrivé à regarder ce\ncahier de papier noirci comme une partie de soi et puis, au dernier moment, se\nmettre à douter des autres et de soi-même, à se demander si l’on parviendra\nà tirer le public de son indifférence          Oh ces premiers jours d’horrible attente.\n   Le livre paru ! Impossible de me tenir en place. Je flânais inquiet, sans but,\nm’arrêtant, le cœur palpitant, aux vitrines des libraires où s’étale en vedette le\nVicaire, tout flambant neuf sous sa couverture jaune barrée d’une large bande en tire\nl’œil : Vient de paraître. Alors, tout en faisant semblant de regarder les illustrations de\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "                                           -4 6\nla devanture, j ’observais mes voisins, du coin de l’œil.... Feraient-ils attention à\nmon liv r e ? ... Entreraient-ils?....\n     Puis une grande honte me prenait à l’idée d'être reconnu et je me sauvais;\nbien vite, en rasant les murailles.\n     L e s comptes-rendus de la presse ne me remontaient guère. En général, il me\nsemblait qu’il y avait là dedans des éloges trop pompeux et trop vagues, pour\nêtre écrits sincèrement et puis, la camaraderie... Du reste, la plupart des articles\nbienveillants étaient signés par des amis.\n     Et les autres, les dédaigneux, quel        mal      ils me faisaient ! J e t’ai envoyé ce\nterrible article de X , commençant par ces mots: \" Traduire Jocclyn en mauvaise\nprose, „ etc. . ..\n     Je   me disais : si c'était vrai, pourtant, que ce style dont je suis si fier est\ninsipide, obscur, vide       de sens ; que ces caractères           que   je me suis    évertué à\nrendre de mon mieux          sont faux et ridicules !... Après tant d’efforts conscencieux,\nretomber de toute la hauteur de mes belles espérances... et surtout, penser que\nmon       bonheur dépent du succès!... J e crois          que sans tes bonnes lettres           qui\nvenaient me retaper un peu, j ’en aurais fait une maladie. Faut-il qu’on ait la rage\nd’écrire, pour s’exposer à d’aussi abominables tortures !\n  Je n’osais aller chez les Garandon ; je n’osais            pas non      plus me présenter chez\nmon éditeur, craignant de tristes nouvelles.\n     Enfin, hier matin, je     me décidai à aller le trouver. Sitôt qu'il m’aperçut, il\naccourut, m’entraina      à l’écart, et me    félicita    chaudement:         suceès complet;   les\nquatre premiers       mille étaient épuisés; l’imprimerie travaillait d’arrache pied, on\ncraignait de ne pouvoir aller assez vite en besogne pour satisfaire aux demandes.\nIl me montra ses commandes de la province et l’étranger.                       C ’était superbe. Je\nsortis de là ébloui, enivré, pleurant presque de joie.\n  Mais voilà qu’en rentrant, je me heurte à mon petit éditeur des Am ours Trahies\n— tu te rappelles, celui dont le nez camard et le parler traînant nous faisait tant\nrire — le brave homme allait chez moi ; il m’apprit, tout joyeux, que le succès\ndu    Vicaire faisait beaucoup demander mes poésies, dont l’édition presque entière\ntraînait dans son grenier; il en faudra également une deuxième édition— un peu\nplus, nous nous embrassions en plein boulevard.\n     J e n’ai fait ni une ni deux mon cher : Vite chez les Garandon, où la maman\nm’a reçu à bras ouverts. Je croirais bien qu’elle aussi avait pris ses petits rensei-\ngements au sujet de la vente.\n     Bref,   je   suis solennellement reconnu      comme       le    fiancé    de   Mll,c Adrienne\nGarandon, et j ’y dine tous les soirs.\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                                               - 47 -\n     Ah, chère petite Adrienne, ah les chers yeux verts, comme ils rayonnaient,\nhier soir, pendant le dîner, en me regardant timidement à la dérobée,                          et avec\nquel amour je leur rendais leur sourire! C ’est qu’ils disaient tant de choses, ces\nbons grands yeux là, et de si belles choses !\n    L e s parents faisaient semblant de ne rien voir, la mère toujours câline et très\ndigne, le père très ému, et pour qu'on n’en vît rien, mangeant le nez dans son\nassiette, en soufflant très fort dans sa soupe.\n    Quels braves gens, ces parents ; le père est d’Avignon... ce n’est pas loin de\nTarascon, Avignon, et papa Garandon incarne absolument Tartarin ; c’est la même\nhonnêteté naïve, le même amour de la regardelle, le même esprit bon enfant,\ntrop bavard, trop confiant, trop liant; dire que c’est à ce dernier défaut que je\ndois d’avoir fait la connaissance d’Adrienne, il y a deux mois! L a mère, elle,\navec ses airs de rabat-joie, est une excellente femme, très froide mais très droite\net sensée. Absolument l’opposé de son mari,                  par exemple. Comment diable ce\ncouple là a-t-il pu s’entendre ?\n    Ces deux caractères diparates ont formé par leur réunion ce joli petit tout\nqui s’appelle Adrienne : tout en tenant du père une grande vivacité d’imagination, elle\na toutes les bonnes qualités de la mère, mais plus affinées et plus délicates. Je t’ai\ndéjà dit quelle bonne petite femme de ménage elle est ; tu vas t’écrier que je\nsuis assommant, avec mes éternelles litanies au sujet de ses mérites, mais si tu\nla voyais surveiller, gronder, et faire marcher rondement, je te jure, sa sœur\nEmma, sa cadette de quatre ans, et son grand collégien de frère !\n    Hier soir nous avons parlé du              Vicaire ; cette     simple histoire     d’un pauvre\nprêtre     de campagne, bien naïve et bien humble, amoureux, sans le savoir, d'une\nnoble      héritière, cela       l’a ému jusqu’aux larmes.     Nous    avons relu      ensemble la\nscène où le vicaire tait une lecture pieuse à la vielle marquise, dans le parc,\ntandis     qu’à quelques pas les deux jeunes filles ceuillent des prunes.\n     Je la      sentais   tout    près de   mon    épaule, retenant son      souffle    pour mieux\nm’écouter, tout en carressant Beppo, ce brave Beppo qui nous a réunis.\n     Puis, elle m’a posé quelques           objections    touchant précisément les points de\nmon récit que je sens            les plus faibles, et cela avec une justesse de pensée et\nd’expression à rendre jaloux les plus vieux routiers de la critique ; quel bon sens,\nquel jugement subtil et délié tient dans cette jolie petite tête               brune de dix-neuf\nans, et quelle      délicieuse     femme    d’artiste    cela me   fera!   Figure-toi, mon vieux\nqu’t-lle.....\n                                                                             F r éd éric F r ic h e.\n    (Dédié à mon cher camarade Pierre Rollier).\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "                    - 48 -\n\n\n\n\n        BÊYE.\nJ 'a i rêvé celte nuit que nous marchions à deux\nDans un sentier bordé de ronces et d'épines,\nSéparés p a r un lieu de roses purpurines\nQ ui pendait entre nous et flottait, onduleux,\n\n\nL ’un bout de la guirlan de en tes doigts gracieux,\nDe l'autre bout ma main serrant les tiges fines,\nTu répondais d'abord des paroles badines\nA m oi timide, ému, qui fa is a it mes aveux ;\n\n\n\nM ais soudain tout changea : tu devins sérieuse,\nTu penchas vers m oi ta lèvre tantôt rieuse :\nTa jo ie en un baiser très long eut son décours ;\n\n\nE t j e vis aussitôt brunir notre guirlande,\nQui, p a r ce seul baiser, donné là dans la brande,\nDevint chaîne de fe r , nous unit pour toujours.\n\n\n                                           R o d r ig u e S é r a s q u ie z .\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "1. L a R e v ue Belge. — Rue de Bériot, 42, Louvain.\n         Abonnement un an 4            fr.; le numéro 9 0   centimes.\n\n2. Les Jeunes',          Revue Mensuelle. - (5, rue de Fe r NAMUR.\n         Abonnement 5 f r ancs.\n\n                            Revue L ittéraire & Artistique. — P araissan t l e 5 et le 20ed\n3 . L e s A n n a / e s ( ia u lo is e s ,\n\n     chaque mois. — Rédaction ; P a r i s , 17 , rue du Commandeur.\n         Abonnement 6 f r .; prix du numéro 5 6 0 centimes.\n\n4. L e Sy lp h e . Revue Mensuelle. — 8, Faubourg Trois-Cloitres, Grenoble.\n         Abonnement 6         fr.; prix du numéro 250 centimes.\n5. L e N o r d L i t t é r a i r e . Revue Mensuelle. — 113, rue de Paris, Valenciennes.\n         Abonnement un an 5            francs.\n\n6. B u lle tin , L i t t é r a i r e M e n s u e l de la Société L'A m i c i t i a . 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