{"numero_id": "ulb-reveil-1891-08-n8", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "articles": [{"article_id": "ulb-reveil-1891-08-n8-001", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Première Année. N° 8. AOUT 1894", "ancre_fin": "REVUE MENSUELLE.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMA IR E D U N ° 8", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 146, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 266, "texte": "Première Année. N° 8.                                                                    AOUT 1894.\n\n\n\n                  ESSAIS                P U B L IÉ S P A R LE\n\n\n\n\nCERCLE LITTERAIRE FRANÇAIS\n                       REVUE MENSUELLE.\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-08-n8-002", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMA IR E D U N ° 8", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 146, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 266, "fin_caractere_exclue": 1377, "texte": "SOMMA IR E D U N ° 8 .\n\n        Traversée....................................... J          D . G.\n        Les S u re a u x .................................. F r é d é r ic F r ic h e .\n        Baisers de J u in ................................                         »»\n        Le Ruban M a u v e ...............                .     .   R u b ig é L e q u a t er:\n\n        S o n n e t s ...................................... C a r l o s   du       Fay.\n\n        S o u v e n a n c e ...................................P ie r r e H a n c a r t .\n        B ib lio g ra p h ie ................................... J. D . G.\n\n\n\n\n              P r ix d u n u m é r o : 4 0                          c e n t im e s .\n     P r ix    d e l ’a b o n n e m e n t : u n                     a n 4 fra n c s.\n\n\n                                BUREAU          DU J O U R N A L :\n  G A N D , 7 1 , R U E D E F L A N D R E , 7 1, G A N D .\n\n                                            GAND,\n       Im prim erie m écanique de LÉON DE BUSSCHER, rue Savaen, 32.\n\n                                TOUS      DROITS       RÉSERVÉS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-08-n8-003", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "N .-B . — Il sera rendu compte", "ancre_fin": "bureau du Journal.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CERCLE LITTÉRAIRE FRANÇAIS. 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Ils sont tenus\n                            de donner à tour de rôle des conférences, évangiles du jour et\n                            lectures.\n                         Les membres correspondants sont ceux qui n’habitent pas la ville. Ils\n                            ne sont astreints à aucune rétribution, mais sont tenus d’envoyer\n                            au Cercle un évangile du jour (œuvre personnelle) au moins une\n                            fois tous les deux mois.\nA rticle          -X. — Le Membre qui obtient le premier un ouvrage en lecture est obligé\n                            d’en rendre compte à la date fixée par le Comité.\nArticle X V II. — Le Cercle organise chaque année un Concours littéraire entre tous ses\n                           membres.\nA r t ic l e   XV III — Le jury se compose de 5 membres. Ils sont choisis parmi les membres\n                           du Cercle. Le scrutin est secret et a lieu à une des premières\n                           séances de l’année. Le jury prend les dispositions spéciales pour ce\n                           concours.\nA r tic le      X IX . — La cotisation annuelle est fixée à   fr.   pour les membres effectifs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-08-n8-005", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 113, "page_fin": 114, "titre_corps": "Traversée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J. D. G.", "ancre_debut": "TRAVERSEE. Pourquoi ce p au vre enfant", "ancre_fin": "Août 1891. J. D. 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Eparpillant ses lueurs ocreuses\nsur les choses à demi-ensommeillées, la lune, auréolée d’étoiles, montait à la con­\nquête du ciel. Dans l’air, pas le moindre frôlement de brise ; rien que le très\nléger bruissement des petites vagues heurtées.\n    Sous le rougoiement du ciel la mer glauque et calme délicieusement se moirait.\nPar intervalles glissait le vol de quelques mouettes, jetant dans le calme leur cri\nétrangement triste.\n    La-bas on percevait encore, se confondant presque avec l’écroulement des clartés\ndu ciel sur la mer. une longue file confuse de lumières ternes: Ostende. Le môle,\nl'estacade, le phare, les bâtisses semblaient saillir de l’eau et se denteler sur\nl'horizon.\n    Et le bâteau fuyait toujours sans roulis ni tangage vers la haute m er vers\nDouvres.\n    Entièrement je m’étais abandonné à un doux nonchaloir et, emporté sur les\nfallaces aîles des rêves, mon esprit s’essorait vers d’irréelles régions de jouissances\ninfinies.\n    Je vivais dans un monde immense illuminé de clartés fulgurantes où dans une\nfébrile et effroyable vision je voyais chevaucher — envolée venant de contrées\ninvisibles — des femmes suprêmement voluptueuses et nues, vraies beautés d’an-\ndrogynes. Je les voyais fières de leur corps, orgueilleuses de leur chevelure, leurs\nseins fermes et fraîchement roses----\n    Dans la quiétude de l’air montaient leurs grands cris lascifs et leurs longs\nsoupirs d’amour.\n    Soudain de l’arrière du bâteau un chant étrange me tira de l’irréel où mon\nesprit se complaisait.\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1304, "texte": "                                          - 114 -\n   C ’était un chant doux et vibrant plein de mélancolie et de regrets, un de ces\nchants italiens d’une intensité si suggestive. Une jeune fille, —             oh !    bien jeune !\nquatorze ans,     peut-être — au milieu       des passagers       endormis se tenait debout\ndans la clarté lunaire.\n   Elle chantait, pauvre enfant, espérant fléchir l'indifférence répandue autour d’elle.\nIl fallait bien gagner sa vie !\n  Ses grands yeux noirs,         profonds, sa pâleur de vierge, son           coubrillant sous\nses longs cheveux sombres, sa poitrine naissante, tout cela s'incrusta pour jamais\ndans ma mémoire.\n   Oh ! que je méprise et hais ces voluptueuses harpies qui hantent mes nuits !\n  Lentement son chant s’affaiblit, puis mourut se confondant avec le vague bruis­\nsement de la mer......\n   Et la pauvre enfant ne vit tomber dans sa sébile               qu'une petite pièce ... que\nma main y       laissa doucement choir.....\n   Bien souvent depuis j’ai pensé avec tristesse, en voyant des mioches tout jeunes\net pâles chanter par les rues, à cette jeune fille abandonnée,              aux      grands yeux\nnoirs et à la voix étrange.\n    Août 1891.                                                                       J. D. G.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-08-n8-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 114, "page_fin": 115, "titre_corps": "Les Sureaux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Frédéric Friche", "ancre_debut": "LES SU REAUX. A P a u l V a n d en ha u t e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 149, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 1304, "fin_caractere_exclue": 1983, "texte": "LES SU REAUX.\n                                                                     A P a u l V a n d en ha u t e .\n\n\n\n                      Les blonds sureaux légers s'entrouvrent à l'avril,\n                      P u is mai, les caressant d ’une haleine subtile,\n                      Superbement les fa it éclater et distille\n                      Dans la neige des fle u rs un g ra n d parfum viril.\n\n\n                      C’est l'arôme très doux et puissant de la terre\n                      Oui s'exhale au soleil dans leurs corymbes blancs,\n                      C’est l'arôme des sucs ignorés et troublants\n                      Où leur racine en se tordant se désaltère.\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1263, "texte": "                    - 115 -\nA u bord du vieil étang et lé long du sentier\nDes ruines, les g ra n d s sureaux, dans les décombres,\nSous l’ogive béante et les portiques sombres,\nDégagent leur parfum , plus fie r et plus allier.\n\n\nL eu rs bouquets somptueux et dorés de lumières,\nA u x couchants, dans la paix des cloîtres abolis,\nFont pâ lir l’encens des hiératiques lys,\nP a rm i les seringats et les roses trémières.\n\n\nL eu r parfum , c'est la voix des espoirs disparus,\nE t des printemps fânés, des amours qu'on oublie,\nDes anciennes amours dont la voix affaiblie\nSemble la plainte des blessés insecourus.\n\n\nP a rm i les rochers, aux berges ensoleillées,\nIls nous racontent, tels de g ra n d s vieillards sereins,\nLes couples d'autrefois, leurs serments, leurs chagrins,\nL ’éternel renouveau des saisons réveillées.\n\n\nSureaux voluptueux, taisez, dans vos senteurs,\nQuand nous promènerons aux bois nos amoureuses,\nCes souvenirs épars des amours malheureuses\nD ’autan, et des .aveux parjures et menteurs.\n\n\nMais chantez la Nature en ses métamorphoses,\nE l ses mièvres avrils, et ses étés charmants,\nL a résurrection, p a r d'autres éléments,\nDes anciennes amours et des anciennes roses.\n\n                                                    F réd ér ic F r ic h e.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-08-n8-007", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 116, "page_fin": 118, "titre_corps": "Baisers de juin", "titre_sommaire": "Baisers de Juin", "rubrique": "", "signature_source": "Frédéric Friche", "ancre_debut": "BAISERS D E J U IN A J ean N o v is", "ancre_fin": "F rédéric F ric h e.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LE RUBAN M AUVE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 151, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 26, "fin_caractere_exclue": 1212, "texte": "BAISERS D E J U IN\n                                             A J ean N o v is.\n\n   Ma délicieuse Ninon,\n   A t on seuil où s'ouvrent les roses\n   Et le chèvrefeuille à foison,\n   Ma délicieuse Ninon,\n   Nous causions devant ta maison;\n   Tu riais de tes lèvres roses,\n   Ma délicieuse Ninon,\n   A ton seuil où s’ouvrent les roses.\n\n   Je te confiais mon amour,\n   Dans la paix d’un soir de dimanche;\n   Moins timide au déclin du jour,\n   Je te confiais mon amour.\n   Le merle sifflait comme un sourd,\n   Blotti sous l'aubépine blanche;\n   Je le confiais mon amour,\n   Dans la paix d’un soir de dimanche.\n\n   Ton visage effleurait le mien,\n   Et ma voix se faisait plus tendre.\n   Tu riais, tu ne disais rien,\n   Ton visage effleurait le mien,\n   Et je te pris — il t'en souvient —\n   Trois baisers, que tu laissas prendre ;\n   Ton visage effleurait le mien,\n   Et ma voix se faisait plus tendre.\n\n   Ces trois baisers m’ont rendu fou,\n   La saveur m’en est demeurée ;\n   Je ne sais plus, depuis l’heure où\n   Ces trois baisers m'ont rendu fou,\n   S i j'a i bien l'âme éveillée ou\n   S i je rêve, oh chère adorée;\n   Ces trois baisers m’ont rendu fou,\n   La saveur m’en est demeurée.\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1083, "texte": "             - 117 _\nJ e partis en ce. beau printemps,\nE t je ne reviens qu'en octobre;\nTu m’avais bien dit : \" J e t’attends „\nM ais te voila, depuis ce temps\nF ro id e et de tendres mots très sobre;\nJ e partis en ce beau printemps\nE t j e ne reviens qu'en octobre.\n\n\n\nHélas, ton amour s'est fâ n é\nA vec les roses de ta porte;\nIl tombe après avoir plané.\nHélas, ton amour s'est fâ n é !\nCruelle Ninon, que t'importe\nNoire cher aveu p ro fa n é!\nHélas, ton amour s'est fâ n é\nAvec les roses de ta porte.\n\n                   * **\n\nVois-tu, les baisers amoureux,\nL es très longs baisers sur les lèvres,\nSont quelquefois bien dangereux !\nVois-tu, les baisers amoureux\nTissent des r êts fallacieux ;\nPuis, ils donnent d ’étranges fièvres,\nVois-tu, les baisers amoureux,\nLes très longs baisers sur les lèvres.\n\n\n\nC 'est ainsi que trois fils d’argent\nOnt noué mon âme à la tienne,\nNinon, à ton esprit changeant ;\nC'est ainsi que trois f i s d argen t\nFont un lieu très embarrassant :\nJ e crains bien qu'il ne me retienne.\nC’est ainsi que trois fils d'argent\nOnt noué mon âme à la tienne.\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 679, "texte": "                                                 - 118 —\n\n                             S i tu me fu is , ces trois longs fils\n                             Peu à peu m arracheront l'âme,\n                             P areils à des lassos subtils;\n                             S i tu me fu is , ces trois longs fils ,\n                             Dont tu tiens en tes mains la trame,\n                             Peut-être m étouffer ont-ils ;\n                             S i tu me fu is , ces trois longs fils\n                             Peu à peu ni arracheront l’ame.\n                                                                        F rédéric F ric h e.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-08-n8-008", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 118, "page_fin": 123, "titre_corps": "Le Ruban mauve", "titre_sommaire": "Le Ruban Mauve", "rubrique": "", "signature_source": "Rubigé Lequater", "ancre_debut": "LE RUBAN M AUVE Fantaisie en un acte", "ancre_fin": "R übigé L eq ua t e r .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SONNETS.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 153, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 679, "fin_caractere_exclue": 2107, "texte": "LE RUBAN M AUVE\n                                     Fantaisie en un acte.\n\n       (Une chambre d ’invités dans un château de Bretagne. E n désordre, su r les\n           meubles, un attirail de chasse. — Raquettes de lawn-tennis, chapeaux de\n           chasse, etc. — L e soir tombe).\n\n\n   L a B aronne.    (E lle entre vivem en t, costume d 'am azo n e.) Ah non, ah non, par exemple!\nFaut-il être audacieux.... me proposer ça, laisser ma porte ouverte, quand mon\nmari sera parti pour l’affût de cette nuit.... Rien que cela!... Non, mais, faut-il\nêtre... (P lu s calm e avec un soupir.) Ah, ce petit Beautrac, comme je m’y suis trompé.\n(E lle dépose sa cravache, son chapeau et ses g a n ts .]   II avait l'air si réservé, d’abord, si\nrespectueux.... C ’est ma faute aussi, j ’ai fait un peu la coquette avec lui.... J ’aurais\ndû le remettre à sa place dès qu’il a commencé... Mon Dieu, je ne voyais pas\nle danger, moi. Oh, c’est que je suis sure de moi, par exemple, absolument sure...\nTromper mon mari, jamais!...           il est ennuyeux,      c’est vrai, il n’est pas beau,     et\npas jeune, mais enfin... c’est mon mari... c’est un brave homme; il est si bon, si\nconfiant. Jamais il ne me soupçonnerait, moi, ce cher ami... il a bien raison, du\nreste! — Oh oui, ça, bien raison, car je n’en abuserai jamais, de sa confiance! f Se\nlaissant tom ber sur le c a n a p é .] Faut-il    que ces diables d'hommes soient enragés,\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3099, "texte": "                                                    - 119 -\npour ne penser qu’à ça, dès qu’on se laisse aller tant soit peu!...                             On rencontre\nun gentil garçon, beau cavalier, on veut causer, de bonne amitié, en camarades...\net crac, ça y est!... la déclaration, la sotte déclaration... et puis l'éternelle histoire:\n“ Laissez votre porte ouverte, ce soir ! », et les grands serments, et les menaces\nde se brûler la cervelle... ( P rête à p le u re r.) Oh, c’est trop fort, me manquer à ce\npoint de respect... Ah, ce Beautrac, comme je lui consignerai ma porte, quand nous\nrentrerons à Paris, ça ne fait pas un pli, ça... (S a n g lo tta n t.) Mon Dieu, mon Dieu, que je\nsuis malheureuse!... qu’est-ce que j’ai fait pour qu’on m’insulte de la sorte. (S ’essuyant\nles y e u x .   — S o u p ir.) Je parie qu’il ne m’aime seulement pas. Non, il me traite comme...\ncomme une cocotte... il me prend peut-être pour cette Madame de Bellepoule, cette\ngrande trainée qu’on a vu hier soir, au fond du parc, avec Viéville... c’est du\npropre... et dire qu’ils courent tous après, jusqu'à mon mari... Il est vrai qu’il ne\nréussit guère, à ce qu’il parait... N’empêche que je m’en vais le gronder ferme,\nmon mari, et pas plus tard qu’aujourd'hui... Tenez, ce qui vient de m’arriver, c’est\nsa faute. S ’il ne papillonnait point ailleurs, jamais                     Beautrac     n’eût osé... Oh ce\nBeautrac, quand j ’y pense! (Plus doucem ent) C ’est dommage, il est si spirituel, si\ndrôle            tout-à-l’heure encore,        pendant la chasse,           ce signal     qu’il m’indiquait :\n\" Si c’est oui, attachez quelque part au harnachement de votre mari, un de ces\nrubans mauves que vous portez toujours. „ (Se rep ren an t vivem ent). Ah mais non,\nce n’est pas amusant du tout, ça, par exemple, c’est affreux, c’est abominable!...\nEt moi qui me promettais tant de plaisir de mon séjour en Bretagne, oui, c’était\nbien la peine d’y             venir, pour m’entendre débiter des choses pareilles, à moi\n(s'attendrissant),     une petite femme modèle, j’Ose le dire, et très dévouée                         à mon\nmari, et très fidèle...\n    Le    B a r o n . (Costume de chasse en velours.            Il entre essouflé, hors de lu i, p o u rp re de\ncolère e t je tte la p o rte avec fracas.) Ah, vous voilà, Madame; ce n’est pas malheureux,\nje vous cherche depuis une demi heure!\n    L a B a r o n n e . Mon     Dieu, qu’avez-vous, mon ami, êtes-vous malade?\n    L e B a r o n . J ’ai... j ’ai   que vous me trompez, Madame!\n    L a B a r o n n e . (Sursautant    indignée.) P la ît-il?\n    L e B aron.      (G esticulant .) Oh pas de comédie, Madame, pas de comédie, c’est\nparfaitement inutile (se m on tant de plus en plus) : J e sais, Madame, je sais, vous dis-je...\n   L a B aronne.        A h ça, Monsieur, que signifie cet emportement de goujat? Voulez\nvous bien vous calmer, vous allez ameuter tout le château, avec votre scène du\nGymnase!...\n   Le B aron.        (C riant d'une façon épou vantable.) Me calmer, Madame? Je suis calme,\ntrès calme, Madame, excessivement calme!\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2768, "texte": "                                                         - 120 -\n   L a B aronne.         Plus doucement, hein, ou j ’ouvre la porte et j'appelle, pour que\ntout le monde soit témoin de votre folie!\n   L e B aron.         (Moins tragique.) Vraiment, Madame, vraiment, vous me stupéfiez...\nJ ’arrive, ayant en main la preuve de votre trahison et voilà que c'est vous qui\nfaites l’offensée... Mais je vous dis que j ’ai tout appris... votre rendez vous, ce soir...\n   L a B aronne.         (A p a rt.) Mon Dieu, comment sait-il!\n   L e B a r o n ...    A vec Viéville, dans le parc...              Nierez-vous, Madame?\n   L a B aronne.         (Abassourdie .) Dans le parc... Viéville, que me chantez-vous là?\n   L e B aron.     (F o u illa n t ses poches.) Tenez, Madame, puisque vous avez le front d e\nnier (tira n t un p a p ie r froissé q u 'il d ép lie) reconnaissez-vous ce billet que j ’ai trouvé\nlà, dans ce coin, entre la porte et le bahut?\n   L a B a h o n n e . (Lisant    ) Chère bichette....\n   L e B aron          Chère bichette ! Infamie !\n   L a B a r o n n e , (de m êm e.)        Ce soir, à onze           heures, dansle petit bois        près du\nmoulin, au fond du parc.\n   Le   B aron.        (T rio m p h a n t.) Eh   bien,    Madame,      vous   niez toujours? C’est         bien\nl ’écriture de Viéville, vous la reconnaissez, n’est-ce pas... d’abord ses s, et puis\nses t, avec leur drôle de barre... et puis là, tenez .. ses armes en relief... de\ngueules à trois tours d’argent...\n   L a B a r o n n e (abassourd ie)... à         trois tours d'argent... (reto u rn an t le p a p ie r dans tous\nles sens.) Qu’est-ce que c'est que ça?\n   L e B a r o n (am e r).     Voilà donc cette femme                vertueuse, cette épouse modèle,         en\nqui j ’avais mis ma confiance... Ane bâté que je suis, idiot, triple crétin! Dire que\nje ne m'en étais pas douté plus tôt ! (R ep ren an t ses trém olos.) Oh, je le tuerai, Madame,\nje le tuerai et vous aussi!\n   L a B aronne.         Ah oui, triple crétin, vous l’avez dit. ( Lui m e tta n t la le ttre sous le\nnez.) Vous n’avez donc pas vu, là, dans le coin.\n   L e B aron.         Dans le coin? Ah tiens, oui... M a rd i 3. Eh bien, Madame, eh bien,\nqu’est ce que ça fait; ça prouve qu’il est minutieux, cet homme, il met la date...\n(écrasé) Il met la date!\n   L a B aronne.         Quel jour sommes nous, s’il vous plaît?\n   L e B a r o n . Voyons,         nous sommes....\n   L a B aronne.         Nous sommes Mercredi. Et où étais-je hier, Mardi 3 ?\n   L e B a r o n . (Se frap p a n t le fro n t.)    C’est juste...    à Concarneau,    avec les Dubusc et\navec moi.\n   L a B aronne.         Et avec vous... et nous ne sommes rentrés que ce matin. Vous\nn’avez décidément pas inventé la poudre, vous.\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2615, "texte": "                                                     - 121 -\n    L e B a r o n (n a ïf).    Ce matin, mais alors je ne comprends pas.\n    L a B a r o n n e (écla tan t).      Ah, ah, vraiment, Monsieur ne comprend pas! Monsieur\ntrouve un misérable chiffon avec deux lignes de griffonnage, que le vent a apporté\nje ne sais d’où, et voilà, Monsieur qui perd la tête, Monsieur se fâche, Monsieur\naccuse sa femme, sa pauvre petite femme qui n’a jamais mérité l’ombre d’un\nsoupçon. Vous entendez bien, Monsieur, pas l’ombre, et quand on lui prouve son\nerreur, au lieu de se mettre à deux genoux pour implorer son pardon, Monsieur\n“ ne comprend pas! „ Savez-vous d’où ça vient, ce papier? (S candant les m ots.) De\nvotre très excellente amie Madame de Bellepoule, dont la chambre est au bout du\ncorridor.\n     Le Baron         (v ex é ). D’abord, Madame          de Bellepoule     n’est pas ma... ce que tu\ncrois!\n    L a B aronne.         Oh, je le sais bien, allez, vous êtes bien trop godiche! Tous vos\namis, oui, mais vou s!...\n    Le Baron         (enrageant ). C ’est-à-dire... Et ensuite, c’est une supposition très offen­\nsante pour elle que tu émets là, très offensante et toute gratuite.\n    L a B a r o n n e . A h,      ah, ah, il est impayable... Mais vous ne savez donc pas?\n    Cette nuit, dans le parc, avec V iéville !...\n    L e B aron.        C om m ent?\n\n    L a B a r o n n e . C ’était e l l e ! . . .\n    Le    B a r o n (fu rie u x    et d é p ité) C ’est une calo m n ie !\n    L a B aronne.         Ne dites donc pas de ces grands mots là, on les a vus...\n    P alig n y     (d e rriè re la scène, fra p p a n t à la p o rte ) Eh bien, Baron, êtes-vous prêt ?\nOn n’attend plus que vous.\n    L e B a r o n . Je... j ’arrive.\n    P alig n y     (baissant la voix) Hé. dites donc, vous savez qu’ils viennent de filer ?\n    L e B aron.        Qui    ça ?\n    P a lig n y.   Mais lui et elle donc, chacun de son côté. Viéville a reçu une lettre\nde son agent de change... C ’est très pressé paraît-il, hé, hé, hé, hé, la lettre\narrivait bien !\n    La    B aronne        Et elle      P align y ?\n    P alig n y.    Ah c'est, vous Baronne... peut on entrer? (Il passe la tête p a r la porte\ne n tre b â illé e .) Elle,   c’est un télégramme .. mère malade, toute la boutique. V oyez\nvous la petite Bellepoule allant soigner sa mère malade. Touchant, hein ? Ça ne\nvous attendrit pas, vous, Baronne? hé, hé, hé, hé,... la chère petite Bellepoule:\nla belle petite poule, hé, hé, hé, hé. hé,... (la tête d is p a ra it). Dépêchez-vous, Baron,\nhé, hé, hé, (la porte se referm e ; s'éloignant) Dépêchez-vous !\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2765, "texte": "                                                      - 122 -\n    L e Baron       (haussant les épaules) Il est inepte, ce Paligny.\n    L a B a r o n n e (sarcastique ) Vous trouvez ?\n    Le Baron.        S e s plaisanteries sont d’une lourdeur! (S ilence. Avec em b arras.) A h ça,\nje vais m’apprêter... ( Il passe son harnachem ent.) Ma ceinture... bon... les cartouches\nsont dans les pipeaux. Ma casquette... ah, la voilà. ( Il p ren d son fusil.) A h oui...\net ma corne de chasse (hum ble). Vous n’auriez pas vu ma corne de chasse, ma\nchère amie?\n   L a Baronne          (im p a tie n té e ). Non! (à p a rt.) Comment, pas la moindre excuse de sa\n balourdise, rien du tout, pas un mot, pas un geste de regret, rien...\n   L e B a r o n . Je     l’ai... l’ai... Tiens. Où diantre est la courroie... Chère amie?\n   L a B aro n n e. Q u oi?\n\n   L e B a r o n (de plus en plus hum ble). Vous n’avez pas vu la            courroie   de   cette corne?\n   L a B a r o n n e . Vous     allez emporter ça, décidément, mais vous êtes ridicule, personne\nn'a de ces machines là..                 pour aller à l’affût!\n   L e B a r o n (de m êm e).        Mon Dieu, ma chère, il me semble pourtant que cela fait\nassez bon effet, franchement... (D'un ton p én é tré). Et puis, dans cette vieille Arm orique,\noù les anciens brens chassaient l’ours des cavernes au son de la trompe...\n   P a l i g n y (d e rriè re la scène).       Voyons, Baron, arrivez, on s’impatiente... Il est grand\ntemps, sacrebleu! Il faut que nous soyons rendus avant le lever de la lune.\n   L e B a r o n . V o i l à , v o ilà , j e    descends!\n\n   L a Baronne.          (A p a rt, reg ard an t à la fen être.) T ien s, Beautrac sur le perron, on\ndirait qu’il attend quelqu’un.\n   L e B a r o n . Chère       amie?\n   L a B a r o n n e , ( énervée.)     Quoi?\n   L e Baron.        Ne pourriez-vous me prêter un bout de courroie, un lacet, n’importe\nquoi, un ruban...\n   L a B a r o n n e (frappée à p a rt). Un ruban... Beautrac... O h!... (E lle hésite un m om ent, puis\n\nbrusquem ent.) Il le mérite, le butor. (E lle p re n d sur la ta b le une ceinture de soie m auve.)\nPrenez ceci, mon ami !\n   L e Baron.        A h merci, ma chère amie, merci. ( Il laisse échapper son fu sil.)\n   L a B a r o n n e . Attendez,        je vais vous l’attacher.\n   Le Baron        (essayant de p la is a n te r). Vraim ent, ma ch ère, vous me comblez              (Se\nreg ardan t dans la g lac e.) Je suis superbe ainsi... On dirait un grand cordon... l’ordre\nde la corne... ah, ah, ah.\n   L a B a r o n n e (entre les dents).           Oui, c’est bien ça.\n   L e B a r o n (avec em barras).             A lors, vous ne m’en voulez pas trop?\n   L a Baronne         (nouant toujours le ru b an ). D e quoi d o n c ?\n"}, {"page_pdf": 158, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 437, "texte": "                                                    - 123\nL e B a r o n . Mais, d e ... du q u ip ro q u o de tout à l’h eu re.\n\nL a Baronne        (à part). Il appelle cela un quiproquo!\nL e B a r o n . V o u s d it e s , c h è r e a m i e ?\n\nL a Baronne.        Je dis que votre corne tiendra bien, mon ami!\n\n                                                                              R übigé   L eq ua t e r .\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-08-n8-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 123, "titre_corps": "Sonnets : Jacynthes et tulipes", "titre_sommaire": "Sonnets", "rubrique": "", "signature_source": "Carlos du Fay", "ancre_debut": "SONNETS. I. 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Comme je t’aimais! et combien\nje te trouvais belle !...\n    ... T e souviens-tu de cette promenade que nous fîmes un matin de bonne\nheure ? Je marchais près de toi, silencieux, osant à peine lever les yeux sur les\ntiens. Et toi tu fredonnais quelque romance apprise la veille, où l’on parlait de\nciel bleu, de fleurs, d’amour. T e souviens-tu comme il faisait beau? Une buée\nvaporeuse planait sur tout, et là-bas, tout au loin cette gaze laissait tamiser\nquelques rayons d’or du soleil levant plutôt deviné qu’aperçu. Aux aiguilles des\nsapins tremblottaient doucement une goutte de rosée toute limpide, toute fraîche\nsemblant comme une larme de femme, rutilant à la lumière.... Et comme tu avais\npeur de mouiller tes petits pieds à l’herbe humide! Comme tu riais lorsque tu\ndevais sauter une flaque d’eau ou échapper aux embrassements traîtres des\nronces!\n    T u t’appuyais alors sur mon bras et j ’aimais cette pression douce... Et ton rire\ns’égrenait dans le silence des bois à peine répercuté par l’écho et accompagné par\nle trille du rossignol caché sous la ramée... Toute la nature s’éveillait. C’était\ncomme un étirement de femme, le matin alors qu’elle est encore couchée dans la\nmollesse du lit. De partout venait un bruissement. Les fleurs se pâmaient sous les\nbaisers du soleil, un de ces baisers comme j’en aurais voulu cueillir sur tes lèvres\ntoujours souriantes, que j’aurais aimé écraser sur les miennes. L ’air fleurait bon,\nchargé de ces mille émanations indéfinissables qui alanguissent et vous jettent dans\nune sorte de trouble... Je répondais à peine à tes questions, t’en souvient-il? Et\ntoi tu ne paraissais pas comprendre mes soupirs, cruelle! Je commençais à t’aimer,\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3019, "texte": "                                       - 126 -\nje t'aimais déjà follement et tu ne voulais pas t'en apercevoir, tu plaisantais ma\ntristesse, tu m’en demandais la cause alors que tu la devinais peut-être?\n   ... Et puis, un autre jour, nous nous sommes assis dans le bois. Tu travaillais\nà un ouvrage de broderie qui n’avançait guère, interrompu à tout moment par\nnotre conversation, ces mille riens que nous nous disions et qui prenaient une\nimportance si grande, dites par nous... Et moi j ’étais couché près de toi, tout\ncontre, dans l’herbe. Je regardais ta main tirer l’aiguille d’ un mouvement toujours\nle même qui me faisait voir un joli poignet et le galbe d’un bras admirablement\nrond. Je regardais dans les interstices que laissaient les arbres entre eux, les\npetits nuages d’un blanc rosé de nacre nager dans l'azur, puis, vite, je reportais\nles yeux sur toi, sur tes cheveux bruns, sur ces mèches folichonnes dont les\nvolutes jetaient comme un pénombre sur ton cou. J'adorais ta bouche, tes lèvres\ntoutes roses qui laissaient entrevoir, par moment, deux rangées de dents bien\nblanches, bien brillantes, attirantes comme l’aimant. Et tes yeu x! tes beaux grands\n3’eux qui avaient ce je ne sais quoi de doux et de bon, ces yeu x qu’on devait aimer\nà la folie, lorsqu’ils se fixaient longtemps... longtemps sur vous. Oh! ces profonds\nregards qui me semblaient renfermer tant d’amour, ces regards qui disaient plus\nque n’aurait pu dire la plus passionnée des bouches, laisse moi les évoquer\nencore? Ils me font rêver à tout ce qui est doux et charmeur... à toi... à l’amour...\n   Quelquefois je te lisais une page passionnée d’un de nos romanciers, ou une de\nces vibrantes poésies qui saisissent l’âme. T e souviens-tu combien tu restas pensive\nlorsque je t’ai lu \" L 'E xilée „ de Coppée et d’autres vers tout pleins de sentiment?\nEt moi qui n’aimais pas te voir cet air triste, je t’embrassais, je te serrais contre\nmoi, voulant chasser les idées qui semblaient t’obséder... Puis, tu prenais le livre\net tu lisais... tu lisais si bien! On voyait que tu y mettais toute ton âme, que ce\nque le poète avait senti, tu le sentais aussi, tu revivais ses impressions et tu\nme les communiquais. Combien j ’aimais ta voix tantôt chaude et vibrante, tantôt\ncalme et suave...\n   ... Nous allions, la main dans la main, dans les grandes allées moussues, sous\nles pins qui étendaient sur nous, comme pour nous protéger, leurs branches semblant\ncomme les bras de quelqu’être apocalyptique. Nous nous contions nos rêves, nos\npensers les plus secrets. Et ces choses chimériques et si aléatoires avaient quelque\nchose de si doux, de si bon que je voudrais les entendre encore... toujours ..\nEt quand nous cherchions des       myrtilles, quelle joie lorsque nous en trouvions\nune! Vite, tu te précipitais. Je te suivais et c’était à qui cueillerait la petite perle\nrose aperçue sur le tapis d’un vert émeraude; c’était à qui la mettrait dans la\nbouche de l’autre. Et quels rires sur tes lèvres! Nous en avons cueillies un jou r\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1408, "texte": "                                                    - 127 -\nbeaucoup, beaucoup. Nous                  les avons mises dans ton mouchoir, te rappelles-tu,\ncouchées sur un lit de brindilles d’herbe et de fleurs. Et nous nous sommes\nassis au bord d’un fossé, mangeant les fraises et la bouche encore toute rouge,\nnous baisant les lèvres...\n     Quelquefois, grands enfants, nous courions au plus vite, nous sautions des\nfossés, et alors je t’admirais courir, tes cheveux au vent, ta robe clapotant ou\ns’accrochant à quelque ronce. Puis nous nous reposions, couchés dans l’herbe. Et\nje te regardais longtemps dans les yeux. Je buvais tes regards d’une douceur\nindicible qui me mettaient dans l’âme quelque chose d’enivrant. Souvent je prenais\nun brin d’herbe et je te chatouillais, et tu me regardais en souriant, de ce bon\nsourire qui me ravissait! Nous closions les yeux et là, de ma grosse voix, je te\nchantais      quelques bribes d’opérette ou de romance traînant dans ma mémoire.\nMais ce n’était là qu’une invite, car je te voulais entendre, et, comme ces poétiques\nbergers de Virgile, tu répondais, tu chantais de ta voix d’ange, tu me jetais dans\nun ravissement extatique où je te voyais seule, où je ne songeais qu’à mon amour.\n    A h ! le bon temps. Dis, t’en souviens-tu?\n                                                                                                P ier re Hancart.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-08-n8-012", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 127, "page_fin": 128, "titre_corps": "Bibliographie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J. D. G.", "ancre_debut": "BIBLIOGRAPHIE. 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R e m a r­\nCom m e on sait cette Com m ission, qui naguère              qué encore les v e rs d’Eugenio de C astro et\ne n vo yait des délégu és au x ventes de tableaux, est       d’Antonio de O liveiro-Soarès.\naujourd’hui prise d’un t r è s lourd som m eil. D e tem ps\nà autre un m archand de toiles peintes, capté p ar\nl’ap p as de gros bénéfices, vient doucem ent la\nré v e ille r pour lui offrir sa m archandise et sans          Les Je u n e s. — N° de J u i l l e t .\ninquiétude aucune la Com m ission achète à des\np rix exorbitants des tableaux qu’elle aurait pu se                 “ Que les soirs me vont à l ’âme! „\np ro cu rer plus avantageusem ent. Il im porte que\ncette Com m ission se d égourdisse et La Jeune                  V o ilà le thème su r lequel sont écrits les ch ar­\nBelgique fait bien de s ’efforcer de contribuer à            m ants v e rs de Fernand Sévérin . C es beaux et longs\ncette difficile tâche.                                       déclins de jours am ènent au cœ ur de ce poète un\n   D e l’article de G eorges D estrée \" L a Vénus            flot de souvenirs d’une tristesse douce et le bruit\nAphrodite „ sortant de l’onde dans un jaillissem ent         désole des vagu es lui fait p ercevo ir les chants qui\nd ’écum e irisée au soleil, se dégage un sym pathique        naguère le bercèrent. Nous nous perm ettons de\net personnel tem péram ent d’artiste.                        transcrire ici les derniers v e rs de cette pièce :\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 7432, "texte": "                                                   - 128 -\n          L a mer chante les berceuses,                       „ Eliacin n’est p as psychologue. Ç à et là q u el ­\n          Qui m ’ont naguère bercé;                           ques traces d’a n a ly se , de lu eu rs fu gitives, la\n          Voilà bien les chansons paresseuses\n                 Du passé,                                  „ plu part em pruntées : p sychologie m enue, qui\n          Les douces, les tristes, les lentes,              „ tombe dans le m ièvre p a r h orreu r du p éd an ­\n          Des longs soirs d’hiver,                            tesque. „\n          Plus lentes et plus dolentes,\n          Dans l’ immense regret de la mer.                   Nous ne discuterons p as ces idées ni des affir­\n   Il y a aujourd’hui dans la littératu re une ten­         m ations comme celles-ci : “ En dehors de lui et\ndance v e rs le n évrosism e à outrance, tendance           , de sa séquelle, tout est ridicule et inépuisable,\ntrès fréquente; nous n’en discuterons pas la cause,         „ tout est mêm e laid et sale. Pourquoi ? S e s p ro p res\nm ais nous la regrettons et nous som m es heureux           „ hideurs, il les jette p ar orgueil à la face des\nde pouvoir m entionner les œ u vres littéraires qui         „ hom m es : quand il les regard e ensuite, ils sont\ns ’en écartent et sont d'une allure moins langou­           „ m alp ropres, naturellem ent. „ P uis plus loin ce\nreu se, m oins d ésesp érée. T e l la pièce originale de    bel aphorism e : “ L ’art est d’autant plus p ur que\nL éo n P asch al : Les Vieux Lions.                         „ son objet, dans la réalité, est considéré comme\n                                                            „ im m oral. ,,\nJ e vois de vieux lions accroupis dans un antre\nRamper avec lourdeur et trainer leurs vieux o s;              D ans le dernier num éro de cette revue, in téres­\nLes cailloux sur le sol égratignent leur ventre.            sante cau serie littéraire de R . G allet, su r H enrik\nL ’ un a des songes fo u s dressés dans ses yeux clos       Ibsen.\nE t la chair sous ses crocs saigne au fo n d des                                         *\n                                                                                        * *\n                                       [clairières];\nL a s, du fouet de sa queue il frappe son vieux dos.          Mercure de France. - N° de J u i l l e t et d ’ A o û T .\n                                                            — C es deu x num éros renferm ent deux bonnes\nD ’autres rêvent, le muffle allongé sur les pierres;        études littéraires, l’une due à la plume de P ie rre\nDes clartés ont surgi soudain en leur sommeil;              Q uillard su r les œ u vres de Stéph ane M allarm é,\n                                                            l’autre à celle de Paul M argueritte su r Cam ille de\nL es lions édentés entr’ ouvrent leurs paupières            Sainte-C roix.\nEt baillant lentement croient mordre le soleil.                L a partie poétique est toujours rem arquable\n   Citons dans le s Théâtrales de G eo M auvère L a         dans cette revu e : surtout les ve rs d’A lb ert Sam ain\n                                                            Cléopâtre, Les Litanies de la solitude de Louis\ndanse des Satyres. S o u s l’ or du soleil, au x sons de    D enise et Sonnet oublié d’E rnest R ayn au d , sonnet\np ipeaux, éch evelés, lubriques et iv re s les sa ty re s   que nous nous perm ettons de reproduire :\nfolâtrem ent dansent et tourbillonnent! C e tableau           Elle est à vendre, la Villa, depuis des ans.\npeint en grands v e rs d’une contexture parfaite est          Le jardin oh sonnaient d’ amoureuses paroles\n                                                              A tu son rire, et gît, inutile, à présent\nd ’un pittoresque infiniment anim é.                          Qu’ en chaque allée il a poussé des herbes folles.\n   A lire encore dans ce numéro A tire d’aile de\n                                                              L a cour mauresque dont le dallage se fen d\nG. Touchard , Les Vers de C. F rap p a rt et la suite         Ne s’ éveille plus de sa paix silencieuse.\nd e l’intéressant article de Je a n D elville Le sym ­        E t près d’ une eau tarie, une statue-enfant\nbolysme pictural.                                             S ’immobilise en un beau geste de joueuse.\n   N° d’AoûT. — Nous avons reçu le N° d’Août                   Personne. Un vieux lierre escalade les volets.\n                                                               Or, si l’ enfant s’ abstient de son jeu d’ osselets\nv ierg e de tout référendum su r la Femme et portant           E t lève un peu son fron t d’orphelinette triste,\nl’unique mention : Numéro interdit. Edition spéciale\n                                                               C’ est, croirait-on, pour suivre au-delà des arceaux,\npour la Belgique. Qu’est-ce à d ire ?                          Dans le méchant carré de ciel qui lui subsiste,\n                           *                                   Le seul émoi qu’ elle a du monde : un vol d’oiseaux.\n                          •   *\n\n   La Revue Belge. — N\"8 du 15 J u i l l e t et du             L ’article Le sens esthétique chez les Russes, signé-\ni r A o û t . — L e d irecteur de la Revue, M. C h arles    p rin cesse N adejad est de circonstance aujourd’ hui.\n                                                            M ais il se ra loin de flatter la fierté ru sse, et il\nT ilm an puülie dans le p rem ier de ces deu x num éros     nous sem ble que l’auteur e x ag ère quand elle dit :\nun article quelque peu satirique : Eliacin ou te jeune      “ P lu s j ’y pense, de la m eilleure volonté du monde,\n                                                            „ plus je me convaincs, avec une vraie tristesse,\nLettré. Fran chem ent M. Tilm an a d’étran ges idées        „ que chez les R u sse s le sen s esthétique n’existe\np a r moment 1 Ecoutez ceci : \" Eliacin veut éviter,        „ pas. „ Cet article contraste étrangem ent avec\n„ à tout p rix, l’irrép arab le m alheur d’être com pris    ce que dit M. A lfred R am baud dans le dernier\n                                                            num éro de la Revue Bleue : “ .... c’est une nation\n„ p a r un cancre : son génie ferait naufrage. 11           „ qui a p ris sa part dans toutes les œ uvres de\n„ souffle donc la lam pe, et tout rayo n s'éteint. A u      „ civilisation, accru le patrim oine artistiau e et\n, com m encem ent était le chaos, et le chaos n’était       „ scientifique de l’humanité, ajouté une corae à la\n                                                            , ly re européenne. „\n„ que ténèbres. L e s am ateurs, s ’ils sont de vrais                                    *\n                                                                                        * *\n, gourm ets, n’ont qu’à faire usage de leu r œil               La France Moderne vient de p erdre son réd ac­\n„ intérieur. Quand on est raffiné, 011 voit clair           teur en chef, M. Je a n Lom bard, écrivain puissant,\n                                                            original et fécond. S e s œ uvres principales sont :\n, dans la nuit. E t vo ilà pourquoi ja m a is Eliacin       L'Agonie, Byzance, Adel, Lois Majourès, etc., etc.\n„ ne se ra lum ineux. S a gloire est d’être luministe.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-08-n8-013", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Publications recommandées", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PUBLICATIONS RECOMMADEE3", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 164, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1548, "texte": "PUBLICATIONS RECOMMADEE3.\n\n\n 1. La Jeune Belgique, Revue Mensuelle. — Boulevard d’Anderlecht, B r u x e l l e s .\n       Abonnement 1 0    francs.\n\n 2. La Revue Belge. — Rue de Bériot, 42, L o u v a i n .\n      Abonnement un an 4 fr. ; le numéro 8 0       centimes.\n\n 3. Les Jeunes, Revue Mensuelle. —           6 , rue   de Fer, N a m u r .\n      Abonnement r» francs.\n\n4. L es Annales Gauloises, Revue Littéraire & Artistique. — Paraissant le 5 et le 20 de\n    chaque mois. — Rédaction : P a r is , 17, rue du Commandeur.\n      Abonnement 6      fr .; prix du numéro 2 0   centimes.\n\n5. Le Sylphe, Revue Mensuelle. — 8, Faubourg Trois-Cloîtres, G r e n o b l e .\n      Abonnement ( t fr. ; prix du numéro 5 0      centimes.\n\n6. Le N ord Littéra ire, Revue Mensuelle. — 113 , rue de Paris, V a l e n c ie n n e s .\n      Abonnement un an 5      francs.\n\n7. Bulletin Littéraire Mensuel de la Société L'Amicitia, V a l e n c ie n n e s .\n      Abonnement un an G francs.\n\n8 . L 'A r t moderne (paraissant le dimanche). — Rue de l’Industrie, 32, Bruxelles.\n      Abonnement un an 1 0         francs.\n\n9. M ercure de France, Mensuel. — Rédaction, 15, rue de l’Echaudé, St-Germain, P a r i s .\n      Abonnement un an \"V fr.; prix du numéro 6 0        centimes.\n\n10. Revue L ib re, Mensuelle. — Rédaction : 15, Chaussée de W avre, Bruxelles.\n      Abonnement lin an î» fr.; prix du numéro 5 0       centimes\n\n1 1. L a France Moderne. — Bureaux: 15, Boulevard du Nord, Marseille.\n      Abonnement un an 6      fr. ; prix du numéro 1     centimes.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 146, "texte": " Première Année. N° 8.                                                                    AOUT 1894.\n\n\n\n                  ESSAIS                P U B L IÉ S P A R LE\n\n\n\n\nCERCLE LITTERAIRE FRANÇAIS\n                       REVUE MENSUELLE.\n\n                            SOMMA IR E D U N ° 8 .\n\n        Traversée....................................... J          D . G.\n        Les S u re a u x .................................. F r é d é r ic F r ic h e .\n        Baisers de J u in ................................                         »»\n        Le Ruban M a u v e ...............                .     .   R u b ig é L e q u a t er:\n\n        S o n n e t s ...................................... C a r l o s   du       Fay.\n\n        S o u v e n a n c e ...................................P ie r r e H a n c a r t .\n        B ib lio g ra p h ie ................................... J. D . G.\n\n\n\n\n              P r ix d u n u m é r o : 4 0                          c e n t im e s .\n     P r ix    d e l ’a b o n n e m e n t : u n                     a n 4 fra n c s.\n\n\n                                BUREAU          DU J O U R N A L :\n  G A N D , 7 1 , R U E D E F L A N D R E , 7 1, G A N D .\n\n                                            GAND,\n       Im prim erie m écanique de LÉON DE BUSSCHER, rue Savaen, 32.\n\n                                TOUS      DROITS       RÉSERVÉS.\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "      N .-B . — Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire parviendra au\n                    bureau de la rédaction, BUE DE FLANDRE, 71, GAND.\n\n                    L es journaux ou revues! qui désireraien t faire l'échange\n                        sont p riés de s’adresser au bureau du Journal.\n\n\n\n               CERCLE LITTÉRAIRE FRANÇAIS.\n                                    (FONDÉ LE 2 4 DÉCEMBRE 1888.)\n\n\n                          EXTRAIT- DU RÈ GL E M EN T.\nA r t ic l e        I. — Le Cercle Littéraire Français est constitué clans le but de donner des\n                            Conférences et de former une bibliothèque d’ouvrages écrits ou\n                            traduits en français.\nA r t ic l e       II. — Le Cercle comprend 3 catégories de membres : les membres effectifs,\n                            les membres correspondants et les membres- d’honneur.\n                         Les membres effectifs sont ceux qui habitent la ville. Ils sont tenus\n                            de donner à tour de rôle des conférences, évangiles du jour et\n                            lectures.\n                         Les membres correspondants sont ceux qui n’habitent pas la ville. Ils\n                            ne sont astreints à aucune rétribution, mais sont tenus d’envoyer\n                            au Cercle un évangile du jour (œuvre personnelle) au moins une\n                            fois tous les deux mois.\nA rticle          -X. — Le Membre qui obtient le premier un ouvrage en lecture est obligé\n                            d’en rendre compte à la date fixée par le Comité.\nArticle X V II. — Le Cercle organise chaque année un Concours littéraire entre tous ses\n                           membres.\nA r t ic l e   XV III — Le jury se compose de 5 membres. Ils sont choisis parmi les membres\n                           du Cercle. Le scrutin est secret et a lieu à une des premières\n                           séances de l’année. Le jury prend les dispositions spéciales pour ce\n                           concours.\nA r tic le      X IX . — La cotisation annuelle est fixée à   fr.   pour les membres effectifs.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                                      - 113 -\n\n\n\n              TRAVERSEE.\n                                     Pourquoi ce p au vre enfant, si charm ant et si doux.\n                                     Dont la petite main guettait m es petits sous,\n                                     Reste-t-il de la sorte, avec sa som bre grâce,\n                                     A u fond de ma pensée où tant d’oubli s ’am asse ?\n                                                                             (Clovis Hugues).\n\n                                                                  P o u r F r é d é ri c   F r ic h e.\n\n\n\n\n    En la douceur du soir le bâteau fuyait au large. Eparpillant ses lueurs ocreuses\nsur les choses à demi-ensommeillées, la lune, auréolée d’étoiles, montait à la con­\nquête du ciel. Dans l’air, pas le moindre frôlement de brise ; rien que le très\nléger bruissement des petites vagues heurtées.\n    Sous le rougoiement du ciel la mer glauque et calme délicieusement se moirait.\nPar intervalles glissait le vol de quelques mouettes, jetant dans le calme leur cri\nétrangement triste.\n    La-bas on percevait encore, se confondant presque avec l’écroulement des clartés\ndu ciel sur la mer. une longue file confuse de lumières ternes: Ostende. Le môle,\nl'estacade, le phare, les bâtisses semblaient saillir de l’eau et se denteler sur\nl'horizon.\n    Et le bâteau fuyait toujours sans roulis ni tangage vers la haute m er vers\nDouvres.\n    Entièrement je m’étais abandonné à un doux nonchaloir et, emporté sur les\nfallaces aîles des rêves, mon esprit s’essorait vers d’irréelles régions de jouissances\ninfinies.\n    Je vivais dans un monde immense illuminé de clartés fulgurantes où dans une\nfébrile et effroyable vision je voyais chevaucher — envolée venant de contrées\ninvisibles — des femmes suprêmement voluptueuses et nues, vraies beautés d’an-\ndrogynes. Je les voyais fières de leur corps, orgueilleuses de leur chevelure, leurs\nseins fermes et fraîchement roses----\n    Dans la quiétude de l’air montaient leurs grands cris lascifs et leurs longs\nsoupirs d’amour.\n    Soudain de l’arrière du bâteau un chant étrange me tira de l’irréel où mon\nesprit se complaisait.\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "                                          - 114 -\n   C ’était un chant doux et vibrant plein de mélancolie et de regrets, un de ces\nchants italiens d’une intensité si suggestive. Une jeune fille, —             oh !    bien jeune !\nquatorze ans,     peut-être — au milieu       des passagers       endormis se tenait debout\ndans la clarté lunaire.\n   Elle chantait, pauvre enfant, espérant fléchir l'indifférence répandue autour d’elle.\nIl fallait bien gagner sa vie !\n  Ses grands yeux noirs,         profonds, sa pâleur de vierge, son           coubrillant sous\nses longs cheveux sombres, sa poitrine naissante, tout cela s'incrusta pour jamais\ndans ma mémoire.\n   Oh ! que je méprise et hais ces voluptueuses harpies qui hantent mes nuits !\n  Lentement son chant s’affaiblit, puis mourut se confondant avec le vague bruis­\nsement de la mer......\n   Et la pauvre enfant ne vit tomber dans sa sébile               qu'une petite pièce ... que\nma main y       laissa doucement choir.....\n   Bien souvent depuis j’ai pensé avec tristesse, en voyant des mioches tout jeunes\net pâles chanter par les rues, à cette jeune fille abandonnée,              aux      grands yeux\nnoirs et à la voix étrange.\n    Août 1891.                                                                       J. D. G.\n\n\n\n\n           LES SU REAUX.\n                                                                     A P a u l V a n d en ha u t e .\n\n\n\n                      Les blonds sureaux légers s'entrouvrent à l'avril,\n                      P u is mai, les caressant d ’une haleine subtile,\n                      Superbement les fa it éclater et distille\n                      Dans la neige des fle u rs un g ra n d parfum viril.\n\n\n                      C’est l'arôme très doux et puissant de la terre\n                      Oui s'exhale au soleil dans leurs corymbes blancs,\n                      C’est l'arôme des sucs ignorés et troublants\n                      Où leur racine en se tordant se désaltère.\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                    - 115 -\nA u bord du vieil étang et lé long du sentier\nDes ruines, les g ra n d s sureaux, dans les décombres,\nSous l’ogive béante et les portiques sombres,\nDégagent leur parfum , plus fie r et plus allier.\n\n\nL eu rs bouquets somptueux et dorés de lumières,\nA u x couchants, dans la paix des cloîtres abolis,\nFont pâ lir l’encens des hiératiques lys,\nP a rm i les seringats et les roses trémières.\n\n\nL eu r parfum , c'est la voix des espoirs disparus,\nE t des printemps fânés, des amours qu'on oublie,\nDes anciennes amours dont la voix affaiblie\nSemble la plainte des blessés insecourus.\n\n\nP a rm i les rochers, aux berges ensoleillées,\nIls nous racontent, tels de g ra n d s vieillards sereins,\nLes couples d'autrefois, leurs serments, leurs chagrins,\nL ’éternel renouveau des saisons réveillées.\n\n\nSureaux voluptueux, taisez, dans vos senteurs,\nQuand nous promènerons aux bois nos amoureuses,\nCes souvenirs épars des amours malheureuses\nD ’autan, et des .aveux parjures et menteurs.\n\n\nMais chantez la Nature en ses métamorphoses,\nE l ses mièvres avrils, et ses étés charmants,\nL a résurrection, p a r d'autres éléments,\nDes anciennes amours et des anciennes roses.\n\n                                                    F réd ér ic F r ic h e.\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "                 - 116 -\n\nBAISERS D E J U IN\n                                             A J ean N o v is.\n\n   Ma délicieuse Ninon,\n   A t on seuil où s'ouvrent les roses\n   Et le chèvrefeuille à foison,\n   Ma délicieuse Ninon,\n   Nous causions devant ta maison;\n   Tu riais de tes lèvres roses,\n   Ma délicieuse Ninon,\n   A ton seuil où s’ouvrent les roses.\n\n   Je te confiais mon amour,\n   Dans la paix d’un soir de dimanche;\n   Moins timide au déclin du jour,\n   Je te confiais mon amour.\n   Le merle sifflait comme un sourd,\n   Blotti sous l'aubépine blanche;\n   Je le confiais mon amour,\n   Dans la paix d’un soir de dimanche.\n\n   Ton visage effleurait le mien,\n   Et ma voix se faisait plus tendre.\n   Tu riais, tu ne disais rien,\n   Ton visage effleurait le mien,\n   Et je te pris — il t'en souvient —\n   Trois baisers, que tu laissas prendre ;\n   Ton visage effleurait le mien,\n   Et ma voix se faisait plus tendre.\n\n   Ces trois baisers m’ont rendu fou,\n   La saveur m’en est demeurée ;\n   Je ne sais plus, depuis l’heure où\n   Ces trois baisers m'ont rendu fou,\n   S i j'a i bien l'âme éveillée ou\n   S i je rêve, oh chère adorée;\n   Ces trois baisers m’ont rendu fou,\n   La saveur m’en est demeurée.\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "             - 117 _\nJ e partis en ce. beau printemps,\nE t je ne reviens qu'en octobre;\nTu m’avais bien dit : \" J e t’attends „\nM ais te voila, depuis ce temps\nF ro id e et de tendres mots très sobre;\nJ e partis en ce beau printemps\nE t j e ne reviens qu'en octobre.\n\n\n\nHélas, ton amour s'est fâ n é\nA vec les roses de ta porte;\nIl tombe après avoir plané.\nHélas, ton amour s'est fâ n é !\nCruelle Ninon, que t'importe\nNoire cher aveu p ro fa n é!\nHélas, ton amour s'est fâ n é\nAvec les roses de ta porte.\n\n                   * **\n\nVois-tu, les baisers amoureux,\nL es très longs baisers sur les lèvres,\nSont quelquefois bien dangereux !\nVois-tu, les baisers amoureux\nTissent des r êts fallacieux ;\nPuis, ils donnent d ’étranges fièvres,\nVois-tu, les baisers amoureux,\nLes très longs baisers sur les lèvres.\n\n\n\nC 'est ainsi que trois fils d’argent\nOnt noué mon âme à la tienne,\nNinon, à ton esprit changeant ;\nC'est ainsi que trois f i s d argen t\nFont un lieu très embarrassant :\nJ e crains bien qu'il ne me retienne.\nC’est ainsi que trois fils d'argent\nOnt noué mon âme à la tienne.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "                                                 - 118 —\n\n                             S i tu me fu is , ces trois longs fils\n                             Peu à peu m arracheront l'âme,\n                             P areils à des lassos subtils;\n                             S i tu me fu is , ces trois longs fils ,\n                             Dont tu tiens en tes mains la trame,\n                             Peut-être m étouffer ont-ils ;\n                             S i tu me fu is , ces trois longs fils\n                             Peu à peu ni arracheront l’ame.\n                                                                        F rédéric F ric h e.\n\n\n\n\n           LE RUBAN M AUVE\n                                     Fantaisie en un acte.\n\n       (Une chambre d ’invités dans un château de Bretagne. E n désordre, su r les\n           meubles, un attirail de chasse. — Raquettes de lawn-tennis, chapeaux de\n           chasse, etc. — L e soir tombe).\n\n\n   L a B aronne.    (E lle entre vivem en t, costume d 'am azo n e.) Ah non, ah non, par exemple!\nFaut-il être audacieux.... me proposer ça, laisser ma porte ouverte, quand mon\nmari sera parti pour l’affût de cette nuit.... Rien que cela!... Non, mais, faut-il\nêtre... (P lu s calm e avec un soupir.) Ah, ce petit Beautrac, comme je m’y suis trompé.\n(E lle dépose sa cravache, son chapeau et ses g a n ts .]   II avait l'air si réservé, d’abord, si\nrespectueux.... C ’est ma faute aussi, j ’ai fait un peu la coquette avec lui.... J ’aurais\ndû le remettre à sa place dès qu’il a commencé... Mon Dieu, je ne voyais pas\nle danger, moi. Oh, c’est que je suis sure de moi, par exemple, absolument sure...\nTromper mon mari, jamais!...           il est ennuyeux,      c’est vrai, il n’est pas beau,     et\npas jeune, mais enfin... c’est mon mari... c’est un brave homme; il est si bon, si\nconfiant. Jamais il ne me soupçonnerait, moi, ce cher ami... il a bien raison, du\nreste! — Oh oui, ça, bien raison, car je n’en abuserai jamais, de sa confiance! f Se\nlaissant tom ber sur le c a n a p é .] Faut-il    que ces diables d'hommes soient enragés,\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                                    - 119 -\npour ne penser qu’à ça, dès qu’on se laisse aller tant soit peu!...                             On rencontre\nun gentil garçon, beau cavalier, on veut causer, de bonne amitié, en camarades...\net crac, ça y est!... la déclaration, la sotte déclaration... et puis l'éternelle histoire:\n“ Laissez votre porte ouverte, ce soir ! », et les grands serments, et les menaces\nde se brûler la cervelle... ( P rête à p le u re r.) Oh, c’est trop fort, me manquer à ce\npoint de respect... Ah, ce Beautrac, comme je lui consignerai ma porte, quand nous\nrentrerons à Paris, ça ne fait pas un pli, ça... (S a n g lo tta n t.) Mon Dieu, mon Dieu, que je\nsuis malheureuse!... qu’est-ce que j’ai fait pour qu’on m’insulte de la sorte. (S ’essuyant\nles y e u x .   — S o u p ir.) Je parie qu’il ne m’aime seulement pas. Non, il me traite comme...\ncomme une cocotte... il me prend peut-être pour cette Madame de Bellepoule, cette\ngrande trainée qu’on a vu hier soir, au fond du parc, avec Viéville... c’est du\npropre... et dire qu’ils courent tous après, jusqu'à mon mari... Il est vrai qu’il ne\nréussit guère, à ce qu’il parait... N’empêche que je m’en vais le gronder ferme,\nmon mari, et pas plus tard qu’aujourd'hui... Tenez, ce qui vient de m’arriver, c’est\nsa faute. S ’il ne papillonnait point ailleurs, jamais                     Beautrac     n’eût osé... Oh ce\nBeautrac, quand j ’y pense! (Plus doucem ent) C ’est dommage, il est si spirituel, si\ndrôle            tout-à-l’heure encore,        pendant la chasse,           ce signal     qu’il m’indiquait :\n\" Si c’est oui, attachez quelque part au harnachement de votre mari, un de ces\nrubans mauves que vous portez toujours. „ (Se rep ren an t vivem ent). Ah mais non,\nce n’est pas amusant du tout, ça, par exemple, c’est affreux, c’est abominable!...\nEt moi qui me promettais tant de plaisir de mon séjour en Bretagne, oui, c’était\nbien la peine d’y             venir, pour m’entendre débiter des choses pareilles, à moi\n(s'attendrissant),     une petite femme modèle, j’Ose le dire, et très dévouée                         à mon\nmari, et très fidèle...\n    Le    B a r o n . (Costume de chasse en velours.            Il entre essouflé, hors de lu i, p o u rp re de\ncolère e t je tte la p o rte avec fracas.) Ah, vous voilà, Madame; ce n’est pas malheureux,\nje vous cherche depuis une demi heure!\n    L a B a r o n n e . Mon     Dieu, qu’avez-vous, mon ami, êtes-vous malade?\n    L e B a r o n . J ’ai... j ’ai   que vous me trompez, Madame!\n    L a B a r o n n e . (Sursautant    indignée.) P la ît-il?\n    L e B aron.      (G esticulant .) Oh pas de comédie, Madame, pas de comédie, c’est\nparfaitement inutile (se m on tant de plus en plus) : J e sais, Madame, je sais, vous dis-je...\n   L a B aronne.        A h ça, Monsieur, que signifie cet emportement de goujat? Voulez\nvous bien vous calmer, vous allez ameuter tout le château, avec votre scène du\nGymnase!...\n   Le B aron.        (C riant d'une façon épou vantable.) Me calmer, Madame? Je suis calme,\ntrès calme, Madame, excessivement calme!\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "                                                         - 120 -\n   L a B aronne.         Plus doucement, hein, ou j ’ouvre la porte et j'appelle, pour que\ntout le monde soit témoin de votre folie!\n   L e B aron.         (Moins tragique.) Vraiment, Madame, vraiment, vous me stupéfiez...\nJ ’arrive, ayant en main la preuve de votre trahison et voilà que c'est vous qui\nfaites l’offensée... Mais je vous dis que j ’ai tout appris... votre rendez vous, ce soir...\n   L a B aronne.         (A p a rt.) Mon Dieu, comment sait-il!\n   L e B a r o n ...    A vec Viéville, dans le parc...              Nierez-vous, Madame?\n   L a B aronne.         (Abassourdie .) Dans le parc... Viéville, que me chantez-vous là?\n   L e B aron.     (F o u illa n t ses poches.) Tenez, Madame, puisque vous avez le front d e\nnier (tira n t un p a p ie r froissé q u 'il d ép lie) reconnaissez-vous ce billet que j ’ai trouvé\nlà, dans ce coin, entre la porte et le bahut?\n   L a B a h o n n e . (Lisant    ) Chère bichette....\n   L e B aron          Chère bichette ! Infamie !\n   L a B a r o n n e , (de m êm e.)        Ce soir, à onze           heures, dansle petit bois        près du\nmoulin, au fond du parc.\n   Le   B aron.        (T rio m p h a n t.) Eh   bien,    Madame,      vous   niez toujours? C’est         bien\nl ’écriture de Viéville, vous la reconnaissez, n’est-ce pas... d’abord ses s, et puis\nses t, avec leur drôle de barre... et puis là, tenez .. ses armes en relief... de\ngueules à trois tours d’argent...\n   L a B a r o n n e (abassourd ie)... à         trois tours d'argent... (reto u rn an t le p a p ie r dans tous\nles sens.) Qu’est-ce que c'est que ça?\n   L e B a r o n (am e r).     Voilà donc cette femme                vertueuse, cette épouse modèle,         en\nqui j ’avais mis ma confiance... Ane bâté que je suis, idiot, triple crétin! Dire que\nje ne m'en étais pas douté plus tôt ! (R ep ren an t ses trém olos.) Oh, je le tuerai, Madame,\nje le tuerai et vous aussi!\n   L a B aronne.         Ah oui, triple crétin, vous l’avez dit. ( Lui m e tta n t la le ttre sous le\nnez.) Vous n’avez donc pas vu, là, dans le coin.\n   L e B aron.         Dans le coin? Ah tiens, oui... M a rd i 3. Eh bien, Madame, eh bien,\nqu’est ce que ça fait; ça prouve qu’il est minutieux, cet homme, il met la date...\n(écrasé) Il met la date!\n   L a B aronne.         Quel jour sommes nous, s’il vous plaît?\n   L e B a r o n . Voyons,         nous sommes....\n   L a B aronne.         Nous sommes Mercredi. Et où étais-je hier, Mardi 3 ?\n   L e B a r o n . (Se frap p a n t le fro n t.)    C’est juste...    à Concarneau,    avec les Dubusc et\navec moi.\n   L a B aronne.         Et avec vous... et nous ne sommes rentrés que ce matin. Vous\nn’avez décidément pas inventé la poudre, vous.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                                                     - 121 -\n    L e B a r o n (n a ïf).    Ce matin, mais alors je ne comprends pas.\n    L a B a r o n n e (écla tan t).      Ah, ah, vraiment, Monsieur ne comprend pas! Monsieur\ntrouve un misérable chiffon avec deux lignes de griffonnage, que le vent a apporté\nje ne sais d’où, et voilà, Monsieur qui perd la tête, Monsieur se fâche, Monsieur\naccuse sa femme, sa pauvre petite femme qui n’a jamais mérité l’ombre d’un\nsoupçon. Vous entendez bien, Monsieur, pas l’ombre, et quand on lui prouve son\nerreur, au lieu de se mettre à deux genoux pour implorer son pardon, Monsieur\n“ ne comprend pas! „ Savez-vous d’où ça vient, ce papier? (S candant les m ots.) De\nvotre très excellente amie Madame de Bellepoule, dont la chambre est au bout du\ncorridor.\n     Le Baron         (v ex é ). D’abord, Madame          de Bellepoule     n’est pas ma... ce que tu\ncrois!\n    L a B aronne.         Oh, je le sais bien, allez, vous êtes bien trop godiche! Tous vos\namis, oui, mais vou s!...\n    Le Baron         (enrageant ). C ’est-à-dire... Et ensuite, c’est une supposition très offen­\nsante pour elle que tu émets là, très offensante et toute gratuite.\n    L a B a r o n n e . A h,      ah, ah, il est impayable... Mais vous ne savez donc pas?\n    Cette nuit, dans le parc, avec V iéville !...\n    L e B aron.        C om m ent?\n\n    L a B a r o n n e . C ’était e l l e ! . . .\n    Le    B a r o n (fu rie u x    et d é p ité) C ’est une calo m n ie !\n    L a B aronne.         Ne dites donc pas de ces grands mots là, on les a vus...\n    P alig n y     (d e rriè re la scène, fra p p a n t à la p o rte ) Eh bien, Baron, êtes-vous prêt ?\nOn n’attend plus que vous.\n    L e B a r o n . Je... j ’arrive.\n    P alig n y     (baissant la voix) Hé. dites donc, vous savez qu’ils viennent de filer ?\n    L e B aron.        Qui    ça ?\n    P a lig n y.   Mais lui et elle donc, chacun de son côté. Viéville a reçu une lettre\nde son agent de change... C ’est très pressé paraît-il, hé, hé, hé, hé, la lettre\narrivait bien !\n    La    B aronne        Et elle      P align y ?\n    P alig n y.    Ah c'est, vous Baronne... peut on entrer? (Il passe la tête p a r la porte\ne n tre b â illé e .) Elle,   c’est un télégramme .. mère malade, toute la boutique. V oyez\nvous la petite Bellepoule allant soigner sa mère malade. Touchant, hein ? Ça ne\nvous attendrit pas, vous, Baronne? hé, hé, hé, hé,... la chère petite Bellepoule:\nla belle petite poule, hé, hé, hé, hé. hé,... (la tête d is p a ra it). Dépêchez-vous, Baron,\nhé, hé, hé, (la porte se referm e ; s'éloignant) Dépêchez-vous !\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "                                                      - 122 -\n    L e Baron       (haussant les épaules) Il est inepte, ce Paligny.\n    L a B a r o n n e (sarcastique ) Vous trouvez ?\n    Le Baron.        S e s plaisanteries sont d’une lourdeur! (S ilence. Avec em b arras.) A h ça,\nje vais m’apprêter... ( Il passe son harnachem ent.) Ma ceinture... bon... les cartouches\nsont dans les pipeaux. Ma casquette... ah, la voilà. ( Il p ren d son fusil.) A h oui...\net ma corne de chasse (hum ble). Vous n’auriez pas vu ma corne de chasse, ma\nchère amie?\n   L a Baronne          (im p a tie n té e ). Non! (à p a rt.) Comment, pas la moindre excuse de sa\n balourdise, rien du tout, pas un mot, pas un geste de regret, rien...\n   L e B a r o n . Je     l’ai... l’ai... Tiens. Où diantre est la courroie... Chère amie?\n   L a B aro n n e. Q u oi?\n\n   L e B a r o n (de plus en plus hum ble). Vous n’avez pas vu la            courroie   de   cette corne?\n   L a B a r o n n e . Vous     allez emporter ça, décidément, mais vous êtes ridicule, personne\nn'a de ces machines là..                 pour aller à l’affût!\n   L e B a r o n (de m êm e).        Mon Dieu, ma chère, il me semble pourtant que cela fait\nassez bon effet, franchement... (D'un ton p én é tré). Et puis, dans cette vieille Arm orique,\noù les anciens brens chassaient l’ours des cavernes au son de la trompe...\n   P a l i g n y (d e rriè re la scène).       Voyons, Baron, arrivez, on s’impatiente... Il est grand\ntemps, sacrebleu! Il faut que nous soyons rendus avant le lever de la lune.\n   L e B a r o n . V o i l à , v o ilà , j e    descends!\n\n   L a Baronne.          (A p a rt, reg ard an t à la fen être.) T ien s, Beautrac sur le perron, on\ndirait qu’il attend quelqu’un.\n   L e B a r o n . Chère       amie?\n   L a B a r o n n e , ( énervée.)     Quoi?\n   L e Baron.        Ne pourriez-vous me prêter un bout de courroie, un lacet, n’importe\nquoi, un ruban...\n   L a B a r o n n e (frappée à p a rt). Un ruban... Beautrac... O h!... (E lle hésite un m om ent, puis\n\nbrusquem ent.) Il le mérite, le butor. (E lle p re n d sur la ta b le une ceinture de soie m auve.)\nPrenez ceci, mon ami !\n   L e Baron.        A h merci, ma chère amie, merci. ( Il laisse échapper son fu sil.)\n   L a B a r o n n e . Attendez,        je vais vous l’attacher.\n   Le Baron        (essayant de p la is a n te r). Vraim ent, ma ch ère, vous me comblez              (Se\nreg ardan t dans la g lac e.) Je suis superbe ainsi... On dirait un grand cordon... l’ordre\nde la corne... ah, ah, ah.\n   L a B a r o n n e (entre les dents).           Oui, c’est bien ça.\n   L e B a r o n (avec em barras).             A lors, vous ne m’en voulez pas trop?\n   L a Baronne         (nouant toujours le ru b an ). D e quoi d o n c ?\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                                                    - 123\nL e B a r o n . Mais, d e ... du q u ip ro q u o de tout à l’h eu re.\n\nL a Baronne        (à part). Il appelle cela un quiproquo!\nL e B a r o n . V o u s d it e s , c h è r e a m i e ?\n\nL a Baronne.        Je dis que votre corne tiendra bien, mon ami!\n\n                                                                              R übigé   L eq ua t e r .\n\n\n\n\n                  SONNETS.\n                                                         I.\n\n                                   Ja c y n thes et Tulipes.\n\n                        E g a rés dans un coin, sous l’éclat des tentures,\n                        Chatoyants de couleurs, irisés de reflets,\n                        Meurent majestueux, solennels, deux bouquets,\n                        D ans leurs vases d ’argent aux vieilles ciselures.\n\n\n                        Les jacynthes vieux rose, au milieu des dorures\n                        Exhalent un parfum d ’an tan, fa it de regrets ;\n                        E t sur un marbre blanc, sculpté d ’amours coquets\n                        L es tulipes eu deuil pleurent leurs teintes pures.\n\n\n                        E t le bruissement clair des rayons blancs, glacés,\n                        De la lune au ciel noir, sur les satins brochés\n                        Dans leur coloris, met la moiteur de la cire.\n\n\n                        E t puis on jette au vent les fleu rs mortes, le so ir.....\n                        — O la jeune mondaine, assise en son boudoir,\n                        Mourant étiolée au milieu d ’un sourire!\n\n                                                                 C arlos du F a y .\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "                    _ 124 -\n\n                           II.\n           Roses         et Résédas.\n\n\nS an s soucis d'aven ir, une jeune ouvrière\nGrisette, bon enfant, à l'œil f o l et fripo n\nS 'est dressé plein de g râ ce, en un étroit balcon,\nUn jardin et m ignard, tout entouré de lierre ;\n\n\nE t l'on voit, au soleil, placés dans la gouttière,\nS u r le chassis ouvert de la jeune Manon\nE n un vase ébréché, mais portant un blason,\nUn beau maréchal Niel dressant sa tête altière ;\n\n\nD ans un bol éculé, quelques camélias,\nUn pot d ’héliotropes, un plant de résédas :\nC’est ce dont le ja r d in aérien se compose.\n\n\nE nivrée au parfum des fleurs, la jeune enfant\nR it et chante toujours. — O le soir eux valsant,\nJouant toute la nuit cl qui le jo u r repose !\n\n\n                                       C arlos du F a y .\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                                       - 125\n\n\n\n          SOUVENANCE.\n                                                                      A une amie.\n\n\n    T e souvient-il encore de ces quinze jours que nous avons passés ensemble\nl’an dernier ? Je suis retourné dans ce pays délicieux, et j ’ai revu l’endroit où\nnous allions souvent... et j’ai songé à toi longtemps ; j ’ai revécu mes souvenirs,\nce rêve que nous avons fait, rêve charmant, enchanteur que je voudrais refaire\nmais qui je le crains, hélas ! s’est envolé à jamais. Car voici tout un an que nous\nne nous sommes vus! Songes-tu parfois à l’ami de jadis? N’as-tu pas oublié nos\naveux doucement murmurés et nos longs baisers? Comme je t’aimais! et combien\nje te trouvais belle !...\n    ... T e souviens-tu de cette promenade que nous fîmes un matin de bonne\nheure ? Je marchais près de toi, silencieux, osant à peine lever les yeux sur les\ntiens. Et toi tu fredonnais quelque romance apprise la veille, où l’on parlait de\nciel bleu, de fleurs, d’amour. T e souviens-tu comme il faisait beau? Une buée\nvaporeuse planait sur tout, et là-bas, tout au loin cette gaze laissait tamiser\nquelques rayons d’or du soleil levant plutôt deviné qu’aperçu. Aux aiguilles des\nsapins tremblottaient doucement une goutte de rosée toute limpide, toute fraîche\nsemblant comme une larme de femme, rutilant à la lumière.... Et comme tu avais\npeur de mouiller tes petits pieds à l’herbe humide! Comme tu riais lorsque tu\ndevais sauter une flaque d’eau ou échapper aux embrassements traîtres des\nronces!\n    T u t’appuyais alors sur mon bras et j ’aimais cette pression douce... Et ton rire\ns’égrenait dans le silence des bois à peine répercuté par l’écho et accompagné par\nle trille du rossignol caché sous la ramée... Toute la nature s’éveillait. C’était\ncomme un étirement de femme, le matin alors qu’elle est encore couchée dans la\nmollesse du lit. De partout venait un bruissement. Les fleurs se pâmaient sous les\nbaisers du soleil, un de ces baisers comme j’en aurais voulu cueillir sur tes lèvres\ntoujours souriantes, que j’aurais aimé écraser sur les miennes. L ’air fleurait bon,\nchargé de ces mille émanations indéfinissables qui alanguissent et vous jettent dans\nune sorte de trouble... Je répondais à peine à tes questions, t’en souvient-il? Et\ntoi tu ne paraissais pas comprendre mes soupirs, cruelle! Je commençais à t’aimer,\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                                       - 126 -\nje t'aimais déjà follement et tu ne voulais pas t'en apercevoir, tu plaisantais ma\ntristesse, tu m’en demandais la cause alors que tu la devinais peut-être?\n   ... Et puis, un autre jour, nous nous sommes assis dans le bois. Tu travaillais\nà un ouvrage de broderie qui n’avançait guère, interrompu à tout moment par\nnotre conversation, ces mille riens que nous nous disions et qui prenaient une\nimportance si grande, dites par nous... Et moi j ’étais couché près de toi, tout\ncontre, dans l’herbe. Je regardais ta main tirer l’aiguille d’ un mouvement toujours\nle même qui me faisait voir un joli poignet et le galbe d’un bras admirablement\nrond. Je regardais dans les interstices que laissaient les arbres entre eux, les\npetits nuages d’un blanc rosé de nacre nager dans l'azur, puis, vite, je reportais\nles yeux sur toi, sur tes cheveux bruns, sur ces mèches folichonnes dont les\nvolutes jetaient comme un pénombre sur ton cou. J'adorais ta bouche, tes lèvres\ntoutes roses qui laissaient entrevoir, par moment, deux rangées de dents bien\nblanches, bien brillantes, attirantes comme l’aimant. Et tes yeu x! tes beaux grands\n3’eux qui avaient ce je ne sais quoi de doux et de bon, ces yeu x qu’on devait aimer\nà la folie, lorsqu’ils se fixaient longtemps... longtemps sur vous. Oh! ces profonds\nregards qui me semblaient renfermer tant d’amour, ces regards qui disaient plus\nque n’aurait pu dire la plus passionnée des bouches, laisse moi les évoquer\nencore? Ils me font rêver à tout ce qui est doux et charmeur... à toi... à l’amour...\n   Quelquefois je te lisais une page passionnée d’un de nos romanciers, ou une de\nces vibrantes poésies qui saisissent l’âme. T e souviens-tu combien tu restas pensive\nlorsque je t’ai lu \" L 'E xilée „ de Coppée et d’autres vers tout pleins de sentiment?\nEt moi qui n’aimais pas te voir cet air triste, je t’embrassais, je te serrais contre\nmoi, voulant chasser les idées qui semblaient t’obséder... Puis, tu prenais le livre\net tu lisais... tu lisais si bien! On voyait que tu y mettais toute ton âme, que ce\nque le poète avait senti, tu le sentais aussi, tu revivais ses impressions et tu\nme les communiquais. Combien j ’aimais ta voix tantôt chaude et vibrante, tantôt\ncalme et suave...\n   ... Nous allions, la main dans la main, dans les grandes allées moussues, sous\nles pins qui étendaient sur nous, comme pour nous protéger, leurs branches semblant\ncomme les bras de quelqu’être apocalyptique. Nous nous contions nos rêves, nos\npensers les plus secrets. Et ces choses chimériques et si aléatoires avaient quelque\nchose de si doux, de si bon que je voudrais les entendre encore... toujours ..\nEt quand nous cherchions des       myrtilles, quelle joie lorsque nous en trouvions\nune! Vite, tu te précipitais. Je te suivais et c’était à qui cueillerait la petite perle\nrose aperçue sur le tapis d’un vert émeraude; c’était à qui la mettrait dans la\nbouche de l’autre. Et quels rires sur tes lèvres! Nous en avons cueillies un jou r\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                                                    - 127 -\nbeaucoup, beaucoup. Nous                  les avons mises dans ton mouchoir, te rappelles-tu,\ncouchées sur un lit de brindilles d’herbe et de fleurs. Et nous nous sommes\nassis au bord d’un fossé, mangeant les fraises et la bouche encore toute rouge,\nnous baisant les lèvres...\n     Quelquefois, grands enfants, nous courions au plus vite, nous sautions des\nfossés, et alors je t’admirais courir, tes cheveux au vent, ta robe clapotant ou\ns’accrochant à quelque ronce. Puis nous nous reposions, couchés dans l’herbe. Et\nje te regardais longtemps dans les yeux. Je buvais tes regards d’une douceur\nindicible qui me mettaient dans l’âme quelque chose d’enivrant. Souvent je prenais\nun brin d’herbe et je te chatouillais, et tu me regardais en souriant, de ce bon\nsourire qui me ravissait! Nous closions les yeux et là, de ma grosse voix, je te\nchantais      quelques bribes d’opérette ou de romance traînant dans ma mémoire.\nMais ce n’était là qu’une invite, car je te voulais entendre, et, comme ces poétiques\nbergers de Virgile, tu répondais, tu chantais de ta voix d’ange, tu me jetais dans\nun ravissement extatique où je te voyais seule, où je ne songeais qu’à mon amour.\n    A h ! le bon temps. Dis, t’en souviens-tu?\n                                                                                                P ier re Hancart.\n\n\n\n\n          BIBLIOGRAPHIE.\n                                                                R em arq u é dans ce N° les belles p ages Vers de\n           A travers les Revues.                             l’Espoir, signées M aurice D esom biaux et La\n   La Jeune Belgique. — N° de J u i l l e t . — P a r son    Chimère d’H. Chainaye.\narticle initial : \" Les grands lamas du Musée „ La             Il y a dans les v e rs d’A lbert Jh o u n ey quelque\nJeune Belgique prend part à la “ bonne croisade              chose d'extrêm em ent m élancolique. L a pièce\nde plum e „ contre la Com m ission des M usées.              Sérénité est réellem ent belle et suggestive. R e m a r­\nCom m e on sait cette Com m ission, qui naguère              qué encore les v e rs d’Eugenio de C astro et\ne n vo yait des délégu és au x ventes de tableaux, est       d’Antonio de O liveiro-Soarès.\naujourd’hui prise d’un t r è s lourd som m eil. D e tem ps\nà autre un m archand de toiles peintes, capté p ar\nl’ap p as de gros bénéfices, vient doucem ent la\nré v e ille r pour lui offrir sa m archandise et sans          Les Je u n e s. — N° de J u i l l e t .\ninquiétude aucune la Com m ission achète à des\np rix exorbitants des tableaux qu’elle aurait pu se                 “ Que les soirs me vont à l ’âme! „\np ro cu rer plus avantageusem ent. Il im porte que\ncette Com m ission se d égourdisse et La Jeune                  V o ilà le thème su r lequel sont écrits les ch ar­\nBelgique fait bien de s ’efforcer de contribuer à            m ants v e rs de Fernand Sévérin . C es beaux et longs\ncette difficile tâche.                                       déclins de jours am ènent au cœ ur de ce poète un\n   D e l’article de G eorges D estrée \" L a Vénus            flot de souvenirs d’une tristesse douce et le bruit\nAphrodite „ sortant de l’onde dans un jaillissem ent         désole des vagu es lui fait p ercevo ir les chants qui\nd ’écum e irisée au soleil, se dégage un sym pathique        naguère le bercèrent. Nous nous perm ettons de\net personnel tem péram ent d’artiste.                        transcrire ici les derniers v e rs de cette pièce :\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                                                   - 128 -\n          L a mer chante les berceuses,                       „ Eliacin n’est p as psychologue. Ç à et là q u el ­\n          Qui m ’ont naguère bercé;                           ques traces d’a n a ly se , de lu eu rs fu gitives, la\n          Voilà bien les chansons paresseuses\n                 Du passé,                                  „ plu part em pruntées : p sychologie m enue, qui\n          Les douces, les tristes, les lentes,              „ tombe dans le m ièvre p a r h orreu r du p éd an ­\n          Des longs soirs d’hiver,                            tesque. „\n          Plus lentes et plus dolentes,\n          Dans l’ immense regret de la mer.                   Nous ne discuterons p as ces idées ni des affir­\n   Il y a aujourd’hui dans la littératu re une ten­         m ations comme celles-ci : “ En dehors de lui et\ndance v e rs le n évrosism e à outrance, tendance           , de sa séquelle, tout est ridicule et inépuisable,\ntrès fréquente; nous n’en discuterons pas la cause,         „ tout est mêm e laid et sale. Pourquoi ? S e s p ro p res\nm ais nous la regrettons et nous som m es heureux           „ hideurs, il les jette p ar orgueil à la face des\nde pouvoir m entionner les œ u vres littéraires qui         „ hom m es : quand il les regard e ensuite, ils sont\ns ’en écartent et sont d'une allure moins langou­           „ m alp ropres, naturellem ent. „ P uis plus loin ce\nreu se, m oins d ésesp érée. T e l la pièce originale de    bel aphorism e : “ L ’art est d’autant plus p ur que\nL éo n P asch al : Les Vieux Lions.                         „ son objet, dans la réalité, est considéré comme\n                                                            „ im m oral. ,,\nJ e vois de vieux lions accroupis dans un antre\nRamper avec lourdeur et trainer leurs vieux o s;              D ans le dernier num éro de cette revue, in téres­\nLes cailloux sur le sol égratignent leur ventre.            sante cau serie littéraire de R . G allet, su r H enrik\nL ’ un a des songes fo u s dressés dans ses yeux clos       Ibsen.\nE t la chair sous ses crocs saigne au fo n d des                                         *\n                                                                                        * *\n                                       [clairières];\nL a s, du fouet de sa queue il frappe son vieux dos.          Mercure de France. - N° de J u i l l e t et d ’ A o û T .\n                                                            — C es deu x num éros renferm ent deux bonnes\nD ’autres rêvent, le muffle allongé sur les pierres;        études littéraires, l’une due à la plume de P ie rre\nDes clartés ont surgi soudain en leur sommeil;              Q uillard su r les œ u vres de Stéph ane M allarm é,\n                                                            l’autre à celle de Paul M argueritte su r Cam ille de\nL es lions édentés entr’ ouvrent leurs paupières            Sainte-C roix.\nEt baillant lentement croient mordre le soleil.                L a partie poétique est toujours rem arquable\n   Citons dans le s Théâtrales de G eo M auvère L a         dans cette revu e : surtout les ve rs d’A lb ert Sam ain\n                                                            Cléopâtre, Les Litanies de la solitude de Louis\ndanse des Satyres. S o u s l’ or du soleil, au x sons de    D enise et Sonnet oublié d’E rnest R ayn au d , sonnet\np ipeaux, éch evelés, lubriques et iv re s les sa ty re s   que nous nous perm ettons de reproduire :\nfolâtrem ent dansent et tourbillonnent! C e tableau           Elle est à vendre, la Villa, depuis des ans.\npeint en grands v e rs d’une contexture parfaite est          Le jardin oh sonnaient d’ amoureuses paroles\n                                                              A tu son rire, et gît, inutile, à présent\nd ’un pittoresque infiniment anim é.                          Qu’ en chaque allée il a poussé des herbes folles.\n   A lire encore dans ce numéro A tire d’aile de\n                                                              L a cour mauresque dont le dallage se fen d\nG. Touchard , Les Vers de C. F rap p a rt et la suite         Ne s’ éveille plus de sa paix silencieuse.\nd e l’intéressant article de Je a n D elville Le sym ­        E t près d’ une eau tarie, une statue-enfant\nbolysme pictural.                                             S ’immobilise en un beau geste de joueuse.\n   N° d’AoûT. — Nous avons reçu le N° d’Août                   Personne. Un vieux lierre escalade les volets.\n                                                               Or, si l’ enfant s’ abstient de son jeu d’ osselets\nv ierg e de tout référendum su r la Femme et portant           E t lève un peu son fron t d’orphelinette triste,\nl’unique mention : Numéro interdit. Edition spéciale\n                                                               C’ est, croirait-on, pour suivre au-delà des arceaux,\npour la Belgique. Qu’est-ce à d ire ?                          Dans le méchant carré de ciel qui lui subsiste,\n                           *                                   Le seul émoi qu’ elle a du monde : un vol d’oiseaux.\n                          •   *\n\n   La Revue Belge. — N\"8 du 15 J u i l l e t et du             L ’article Le sens esthétique chez les Russes, signé-\ni r A o û t . — L e d irecteur de la Revue, M. C h arles    p rin cesse N adejad est de circonstance aujourd’ hui.\n                                                            M ais il se ra loin de flatter la fierté ru sse, et il\nT ilm an puülie dans le p rem ier de ces deu x num éros     nous sem ble que l’auteur e x ag ère quand elle dit :\nun article quelque peu satirique : Eliacin ou te jeune      “ P lu s j ’y pense, de la m eilleure volonté du monde,\n                                                            „ plus je me convaincs, avec une vraie tristesse,\nLettré. Fran chem ent M. Tilm an a d’étran ges idées        „ que chez les R u sse s le sen s esthétique n’existe\np a r moment 1 Ecoutez ceci : \" Eliacin veut éviter,        „ pas. „ Cet article contraste étrangem ent avec\n„ à tout p rix, l’irrép arab le m alheur d’être com pris    ce que dit M. A lfred R am baud dans le dernier\n                                                            num éro de la Revue Bleue : “ .... c’est une nation\n„ p a r un cancre : son génie ferait naufrage. 11           „ qui a p ris sa part dans toutes les œ uvres de\n„ souffle donc la lam pe, et tout rayo n s'éteint. A u      „ civilisation, accru le patrim oine artistiau e et\n, com m encem ent était le chaos, et le chaos n’était       „ scientifique de l’humanité, ajouté une corae à la\n                                                            , ly re européenne. „\n„ que ténèbres. L e s am ateurs, s ’ils sont de vrais                                    *\n                                                                                        * *\n, gourm ets, n’ont qu’à faire usage de leu r œil               La France Moderne vient de p erdre son réd ac­\n„ intérieur. Quand on est raffiné, 011 voit clair           teur en chef, M. Je a n Lom bard, écrivain puissant,\n                                                            original et fécond. S e s œ uvres principales sont :\n, dans la nuit. E t vo ilà pourquoi ja m a is Eliacin       L'Agonie, Byzance, Adel, Lois Majourès, etc., etc.\n„ ne se ra lum ineux. S a gloire est d’être luministe.\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "       PUBLICATIONS RECOMMADEE3.\n\n\n 1. La Jeune Belgique, Revue Mensuelle. — Boulevard d’Anderlecht, B r u x e l l e s .\n       Abonnement 1 0    francs.\n\n 2. La Revue Belge. — Rue de Bériot, 42, L o u v a i n .\n      Abonnement un an 4 fr. ; le numéro 8 0       centimes.\n\n 3. Les Jeunes, Revue Mensuelle. —           6 , rue   de Fer, N a m u r .\n      Abonnement r» francs.\n\n4. L es Annales Gauloises, Revue Littéraire & Artistique. — Paraissant le 5 et le 20 de\n    chaque mois. — Rédaction : P a r is , 17, rue du Commandeur.\n      Abonnement 6      fr .; prix du numéro 2 0   centimes.\n\n5. Le Sylphe, Revue Mensuelle. — 8, Faubourg Trois-Cloîtres, G r e n o b l e .\n      Abonnement ( t fr. ; prix du numéro 5 0      centimes.\n\n6. Le N ord Littéra ire, Revue Mensuelle. — 113 , rue de Paris, V a l e n c ie n n e s .\n      Abonnement un an 5      francs.\n\n7. Bulletin Littéraire Mensuel de la Société L'Amicitia, V a l e n c ie n n e s .\n      Abonnement un an G francs.\n\n8 . L 'A r t moderne (paraissant le dimanche). — Rue de l’Industrie, 32, Bruxelles.\n      Abonnement un an 1 0         francs.\n\n9. M ercure de France, Mensuel. — Rédaction, 15, rue de l’Echaudé, St-Germain, P a r i s .\n      Abonnement un an \"V fr.; prix du numéro 6 0        centimes.\n\n10. Revue L ib re, Mensuelle. — Rédaction : 15, Chaussée de W avre, Bruxelles.\n      Abonnement lin an î» fr.; prix du numéro 5 0       centimes\n\n1 1. L a France Moderne. — Bureaux: 15, Boulevard du Nord, Marseille.\n      Abonnement un an 6      fr. ; prix du numéro 1     centimes.\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 8, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1891-08", "signet_source": "Première année - N°8 - Août 1891", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 146 (« Première Année. N° 8. AOUT 1891 » ; l'OCR lit 1894 par erreur).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}