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Septmbre18 91.\n\n\n\n                  ESSAIS                  P U B L IÉ S P A R LE\n\n\n\n\nCERCLE LITTÉRAIRE FRANÇAIS\n                        REVUE MENSUELLE.\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-09-n9-002", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOM M AIRE D U N° 9", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 166, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 282, "fin_caractere_exclue": 1435, "texte": "SOM M AIRE                     D U       N° 9 .\n\n        « Le liv re d e la p itié et de la m o rt » .                  P ierre H a n c a r t .\n\n        Rêve d ’id y lle (Sonnet) ........................ R o d r i g u e S é r a s q u i e r\n        La valse des V a ls e s ....................                   Louis De B.\n        Sérén a t a .........................................Louis V é h e n n e .\n        M essidor (p o é sie ) .....................               . A n     W estermann.\n\n        Lam beau détaché d ’une vie d 'a rtis te .                 .   J   D,. G.\n        B ib lio g ra p h ie ....................        .    .    . J. D . G.\n\n\n\n\n               P r ix d u n u m é ro :       4 0                         c e n t im e s .\n     P r ix     d e l ’a b o n n e m e n t : u n                        a n 1 fra n c s.\n\n\n                                  BUREAU            DU J O U R N A L :\n  GAND, 71, B U E DE F L A N D R E , 71, GAND.\n\n\n                                               GAND,\n        Im prim erie m écanique de LÉON DE BUSSCHER, rue Savaen, 32.\n\n                                  TOUS       DROITS      RÉSERVÉS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-09-n9-003", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "N .-B . — Il sera rendu compte", "ancre_fin": "bureau du Journal-", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "P U B L I C A TI O N SR ECOM M ANDEES", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 167, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 361, "texte": "N .-B . — Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire parviendra au\n                   bureau de la rédaction, RUE DE FLANDRE, 71, GAND,\n\n                L e s journaux ou revues qui désireraien t faire l’échange\n                     sont p riés de s’adresser au bureau du Journal-\n\n\n\n                                                           "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-09-n9-004", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Publications recommandées", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "P U B L I C A TI O N SR ECOM M ANDEES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 167, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 361, "fin_caractere_exclue": 2608, "texte": "P\n                                                           U\n                                                           B\n                                                           L\n                                                           I\n                                                           C\n                                                           A\n                                                           TI\n                                                            O\n                                                            N\n                                                            SR\n                                                             ECOM M ANDEES.\n1. La Jeune Belgique, Revue Mensuelle. — Boulevard d’A ndlerlecht, B r u x e l l e s .\n        Abonnement 1 0    francs.\n\n2. La Revue Belge. — Rue de Bériot, 42, L o u v a i n .\n       Abonnement un an 4          fr. ; le numéro 2 0    centimes,\n\n3.    Les Jeunes, Revue Mensuelle. — 6 , rue de Fer, N a m u r .\n        Abonnement 5     francs.\n\n4. Les Annales Gauloises, Revue Littéraire & Artistique.                   - Paraissant le 5 et le 20 de\n     chaque mois. — Rédaction : P a r i s , 17, rue du Commandeur.\n        Abonnement 6     fr. ; prix du numéro 2 0        centimes.\n\n5. Le Sylphe, Revue Mensuelle. — 8 , Faubourg Trois-Cloîtres, G r e n o b l e .\n        Abonnement ( t fr. ; prix du numéro 5 O centimes.\n\n6.   Le N ord Littéraire, Revue Mensuelle. — 113 , rue de Paris, V a l e n c i e n n e s .\n        Abonnement un an 5         francs.\n\n7. Bulletin Littéraire Mensuel de la Société L'Amicitia, V a l e n c i e n n e s .\n       Abonnement un an & francs.\n\n8. L ’A rt moderne (paraissant le dimanche). — Rue de l’Industrie, 32, Bruxelles.\n        Abonnement un an 1 0        francs.\n\n9. Mercure de France, Mensuel. — Rédaction, 15, rue de l’Echaudé, St-Germain, Paris.\n        Abonnement un an 7         fr ; prix du numéro 6 0     centimes.\n\n10. Revue L ib re, Mensuelle — Rédaction : 15, Chaussée de W avre, Bruxelles.\n        Abonnement un an 5         fr.; prix du numéro 5 0 centimes\n\n11 . L a France Moderne. — Bureaux: 15, Boulevard du Nord, Marseille.\n        Abonnement un an 6         fr. ; prix du numéro 1 0    centimes.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-09-n9-005", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 129, "page_fin": 134, "titre_corps": "Le Livre de la pitié et de la mort", "titre_sommaire": "« Le livre de la pitié et de la mort »", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Hancart", "ancre_debut": "LELIVREDELAPITIE&DELAMORT. 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Là, elle se trouvait moins dans le fond que dans\nla forme, cette manière de s’exprimer qui n'est qu'à lui, ces petites phrases qui\npour employer l’expression de Lemaitre, ont un immense frisson ; mais cependant\nnous l’avions devinée durant ces longues rêveries dont on doit subir le charme\nlorsqu’on a fermé un de ses livres. Il nous avait dit déjà       sa jeunesse rêveuse,\nsa tristesse sans cause, cette désespérance, ce sentiment du néant de toute chose,\n« de la poussière des poussières » qu’il a éprouvé, enfant encore, alors qu’à cet âge\non ne voit d’ordinaire que des lèvres roses illuminées de sourires charmants, ces fronts\noù jamais ne passe le plus léger nuage, des yeux reflétant la joie, l’insouciance,\nde beaux   grands yeux de velours très       francs, très interrogateurs, mais jamais\ntristes. E t nous aimions   ce Loti qui nous donnait ces émotions, qui nous faisait\ngoûter ces sentiments si profonds laissant une souvenance chère. Et après, on se\nsentait comme meilleur, le coeur plus disposé à la pitié, une plus grande sensibilité,\nun besoin d’amour.\n   Cet épanchement du cœur se         trouvait déjà dans « le Roman d’ un Enfant »,\ncette exquise confession, ces pages pleines de charme qui m’ont causé tant de\nplaisir, et en même temps une grande douleur, une grande pitié pour cet enfant\ntrop rêveur, trop triste.\n   Le   livre qu’il donne aujourd’hui — livre admirable — est encore plus intime\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3235, "texte": "                                       - 130 -\nque tous ceux qu’il a donnés. Ce sont comme des feuillets d’un journal écrit pour\nlui, alors qu’il voguait, là-bas très loin, balloté par les flots, alors qu’il songeait\nà sa bonne vieille mère, à Tante Claire, à la patrie, à sa maison,          à toutes     ces\nchoses connues, si chères, qu’on semble aimer davantage dans ces longues heures\nde rêveries où l’on se sent bien seul, sans ces marques de tendre affection, sans\namis auxquels on puisse dire ses aspirations, ses pensers secrets, ses rêves....\n   Comme dans tous les livres de Loti, il n’y        a pas là de ces gros dram es, de\nces intrigues qui à force de complications deviennent inextricables ; il n’y a pas de\nces subtiles analyses du cœur humain comme Bourget sait en faire. Non, ses livres\nne sont pas des romans. C ’est mieux que cela, beaucoup          mieux. Ils forment un\ngenre original qui charme à cause même de son originalité. Ce qui plait chez Loti\nc’est qu’il sent profondément ce qu’il voit, qu’il dit si bien ce qu’il sent. Et puis\nle monde    dans lequel il nous transporte est un monde inconnu pour nous, ou du\nmoins un monde que nous nous imaginions sous un tout autre aspect que                  celui\nsous lequel il nous le représente. Vous souvenez-vous de          ces « mers hyperbo­\nréennes » du golfe de Salonique, de Tahiti, cette      île   paradisiaque, du Japon, de\nce pays lugubrement navrant, profondément triste, dépeint dans « L e Roman d’ un\nSpahi „ ? Cette poésie naturelle enchante, car pour moi personne n’est aussi grand\ncoloriste, personne n’exprime mieux les sensations les plus fines, les plus délicates,\nles plus intimes. Vous souvenez-vous de cette si touchante amitié pour ce grand\nenfant, pour Y ve s ? Et Rarahu, et Jatougaye et Gaud et la vieille Yvonne, leur souvenir\nn’est-il pas délicieux ?\n   Mais aujourd’hui il ne nous parle plus de tous ces êtres et de ces pays loin­\ntains qu’il nous avait fait aimer. Il est pour ainsi dire l’unique personnage du\nlivre ; c’est dans le tréfonds de son cœur qu’il nous laisse lire. Oh ! c’est un pur\nchef-d’œuvre que ces pages qui font vibrer tout ce que l’on a de bon en soi.\n  Vous     vous rappelez sans doute     ces mots qu’écrivait Loti : « Je vais          vous\n„ ouvrir mon cœur, vous faire ma profession de foi.... Je          ne crois à rien ni à\n„ personne; je n'aime personne ni rien ; je n’ai ni foi ni espérance» E h bien ! le\n„ Loti du « L ivre de la Pitié et de la Mort » n’est plus du tout ce Loti-là,          c’est\nun Loti que j ’aime beaucoup      mieux, qu'on ne soupçonnerait jamais d’avoir écrit\nces vilaines choses que je viens de      rappeler. Ce Loti froid, sans enthousiasme,\nplongé dans cette apathique indifférence, semblant regarder tout d’un air dédai­\n                                                 «\n\ngneux, ce Loti avec son calme méprisanti si pénible, avec quelque chose d’insen­\nsible, est devenu tout autre. Il a comme abandonné ce je ne sais quoi d'inhumain\nqu’il avait en lui ; il a éprouvé comme le besoin d’aimer, de sentir de l’affection\nautour de lui,    de reporter sa sensibilité et sa pitié      naturelles   sur   ceux qui\nsouffrent — hommes ou bêtes — et dont il voit les misères.\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2940, "texte": "                                       - 131 -\n     Ce besoin d’expansion lui fait dire aussi ses rêves, ses pensers. Et c’est pourquoi\nson livre est si difficile à analyser. T elles pages ne sont que des visions. (Rêve-\nP ays sans nom — Dans le Passé mort). Et tout cela est dit avec une précision, dans\nune langue si délicatement nuancée et en même temps sans apprêt, “ une langue\nà part „ qui rend si complètement les choses, quoiqu’en dise Loti lui-même, qu’on\nne peut songer à donner un résumé de ces chapitres. A ussi bien peut-on détailler\nle    beau?   Les   chefs-d’œuvre ne perdent-ils   pas   à être ainsi disséqués? Mieux\nvaut les ju g e r dans l’ensemble et de par soi-même. On goûtera         alors tout ce\nqu’il y a de poésie, de       \" rendu „ dans cette apparition d’ \" E lle ,, (Rêve); dans\nl’évocation de ce \" pays lointain, — mais lointain, lointain bien au-delà des habi­\ntuelles distances terrestres, tellement que, tout de suite, dès que le décor a com­\nmencé de s ’éclairer, même avant d’avoir bien vu, en lui-même il a eu la notion de\ncet éloignement effroyable „ (Pays sans nom) ; — dans la souvenance de ce passé\nqu’il voudrait revivre quand il voit sa grand-mère et sa grand-tante Berthe causant\nde \" deux de leurs sœurs, mortes accidentellement, très jeunes. » Et puis cette\npage où il dit sa rêverie, à Ajaccio, dans la maison de Napoléon, devant un portrait\nde la “ pâle Madame Laetitia. „\n     « De cette mère     d’empereur ma pensée se         reporta sur la mienne, à moi\n» l’obscur, et — sans qu’il me soit possible d’expliquer en aucune façon ce senti­\n     ment-là — j ’éprouvai une tristesse    subite, quelque chose comme un vertige\n» d’abîme, à me dire que ce souper des Bonaparte, revu tout à coup si nettement,\n» se passait plus d’un demi-siècle avant qu'il fût question dans ce monde de ma\n» mère à moi; de ma mère qui est toujours ce que j’ai de plus précieux et de\n» plus stable, qui est toujours celle contre qui je me serre, avec un reste de con­\n» fiance tendre de petit enfant, quand la terreur me prend, plus sombre, de la\n» destruction et du vide.\n      „ Je ne sais comment exprimer cela, moi, j’aimerais mieux pouvoir me figurer\n» que ses commencements à elle remontent plus haut que tout, que sa foi douce, qui\n» me rassure encore, a des origines un peu lointaines dans le passé; — de même\n» que j ’ai l’inconséquence de presque espérer pour son âme, au delà de la mort,\n» un prolongement sans fin. Non, songer à un temps déjà si semblable au nôtre et\n» où cependant elle n’avait pas même commencé d’exister, cela me déroute; je crois\n» que cela me donne une perception nouvelle, plus décevante encore, du rien que\n» nous sommes tous deux dans le tourbillonnement immense des êtres et dans l’infinité\n» des temps. »\n     J ’ai trouvé cette page une des plus belles que j ’ai jamais lues. Peut-être parce\nque j ’ai perdu, très jeune, ma mère, que je n’ai pas connu ses caresses et ses\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2992, "texte": "                                      - 132 -\nbaiserô, que je ne puis plus me serrer contre elle “ avec un reste de confiance\ntendre de petit enfant.... »\n     Oui, Loti me semble bien meilleur    que jadis et je le préfère ainsi, avec ses\nsentiments plus beaux, plus grands, avec       cette p itié , cette   commisération   qu’il\néprouve pour tout ce qui souffre : — pour ce vieux forçat qui verse des larmes\nd’indicible misère quand il songe au pauvre moineau, son compagnon d’infortune,\nnourri au pain de la prison; il l’emmenait là-bas, loin de la patrie; et pendant la\ntraversée il s’est échappé de la petite cage peinte en vert; ses ailes coupées Tont\nempêché de voler et il a chu, et pendant qu’il “ regardait s’éloigner sur l’écume de\nla mer le petit corps gris qui se débattait toujours, il s’était senti effroyablement\nseul maintenant, pour jamais, et de grosses larmes, des larmes de désespérance\nsolitaire et suprême lui brouillaient la vue ; „ — pour ce vieux chat galeux \" qui\ntraînait, là, dans la rue, seul, se prolongeant comme il pouvait, s’efforçant de se\nretarder la mort „    dont personne n’avait pitié et auquel il donne la mort pour\nabréger ses souffrances ; — pour \" ces petits êtres maladifs, ces petits scrofuleux „\nsoignés à Pen-Bron ; — pour ces veuves de pêcheurs auxquelles il distribue des\nsecours, et qui, pour le rem ercier étaient là, sur la route, formant des groupes\n« émus, recueillis, immobiles, qui se regardaient sans rien dire » — pour « ces deux\npauvres bœufs étiolés, am aigris, pitoyables, la peau déjà usée sur les saillies des\nqs   par les frottements du roulis.. ., devant encore souffrir longtemps avant d’être\ntués; s o u ffrir du froid, des secousses, de la mouillure, de l’engourdissement, d e là\npeur       »\n     Tout cela est dit en très petites phrases qui semblent comme des soupirs, des\nsanglots, qu’arrache la vue de toutes ces misères. Et sur tout cela est répandu\nquelque chose d’infiniment mélancolique qui faisait dire à une de mes amies : « C ’est\njoli, joli; mais, après, on se sent dans l'âme une indéfinissable pitié, quelque chose\nde poignant, une douleur de voir souffrir ainsi. „\n     C ’est encore ce nouveau Loti dans les deux       chefs-d’œuvre “ Vie de Deux\nChattes „ et \" Tante Claire nous quitte „. C ’est ce qu’il y a de plus beau peut-être\ndans le livre, si tant est qu’on puisse arrêter son choix parmi de si belles choses.\nCes pages respirent le calme, la paix. C ’est l’amour d'une mère et d’une Tante ;\net cet amour est délicieux; il fait goûter tout le charme de la vie d’intérieur, alors\nqu’on a besoin pour atténuer les chagrins et les désespérances de la vie, de beau­\ncoup de caresses, de beaucoup d’affection. C ’est encore cette joie intime de revoir\nles choses qu’on a vues toujours à la même place, auxquelles on a songé longtemps\npendant les quarts passés seul, loin, très loin, au large, appuyé au bastingage en\nregardant la mer irisée clapotant contre le navire. C ’est cet attendrissement qu’on\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2944, "texte": "                                       - 133 -\néprouve à toucher tout ce que la vieille mère et la bonne tante ont soigné durant\nl’absence. C ’est le bonheur de pouvoir \" reposer les yeu x avec recueillement sur\nles deux chers visages qui souriaient là, un peu vieillis et encadrés de boucles\nplus grises » pendant que la Moumoutte blanche gambadait par la chambre pour\nfaire fête au nouvel arrivé. T ou t cela donne une si bonne « impression de nid. „\nEt comme c’est charmant ces longues soirées passées en famille, et cette tendre\naffection d’êtres qui s’aiment.\n   Et   cependant   sur   tout cela   plane quelque   chose    de triste. Souvent,     trop\nsouvent peut-être, l’idée de la mort, qui n’a jamais abandonné Loti,             jette une\npénombre sur ces tableaux d’intérieur si riants: Ce sont des tristesses indicibles,\ndes songeries douloureuses, puis comme la préscience de la disparition prochaine\nde sa mère et de tante Claire. A        chaque   retour       illes   retrouve vieillies, plus\nproches du déclin. “ A vec une infinie mélancolie, dans cette cour égayée de soleil\nnouveau, je regardais les deux chères promeneuses en cheveux blancs, en robe de\ndeuil, maman et tante Claire, aller et venir.... Et quand leurs deux robes noires\ncheminaient, s’écartaient de moi, dans le recul de cette avenue verte qui est la\ncour de notre maison familiale, je remarquais surtout ce que leur allure avait de\nplus lent et de plus b risé.... Oh! le temps, peut-être prochain, où, dans l’avenue\nverte toujours pareille je ne les verrai plus! Est-ce vraiment possible que ce temps\nvienne?.... »\n   Hélas! oui, il viendra ce temps. Ce sont d’abord les deux Moumouttes qui\nmeurent. Puis c’est tante Claire qui quitte! Et dans ces pages racontant l’agonie\net la mort de celle qu’il a tant aimée, Loti a mis toute son âme endolorie, attristée.\nIl ne restera d’elle que quelques menus objets, des souvenirs, qui lui rappelleront\nbien imparfaitement ses cheveux blancs et son bon sourire. Lui, Loti, les gardera\nlongtemps dans sa mémoire, ses traits d’une douceur infinie; il la reverra souventes\nfois comme il l’a vue sur son lit de mort « le visage a pris une expression de\npaix suprême, une distinction tranquille avec un vague sourire très doux, un air\nde planer au-dessus de toutes choses et de nous-mêmes... Tante Claire est devenue\njolie, jolie comme jamais nous ne l’avions vue dans sa v ie; l’expression de paix\nsuprême et triomphante semble s’être fixée pour toujours comme dans du marbre.\nSon visage actuel est plutôt une représentation idéale d’elle-même, dans laquelle,\nen régularisant tous les traits, on n’avait conservé que le charme de douceur et de\nbonté reflété au dehors de son âme. „\n   O h! Samuel et les autres, si vous saviez combien Loti a aimé tante C laire,\ncombien il l’a pleurée! Et dire que lorsque vous verrez son portrait, plus tard, ce\nsera pour vous \" une chose simplement respectable, qu’on regarde à peine! »\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 848, "texte": "                                       - 134 -\n   Cette désespérance si sentie a je ne sais quoi de résigné, qu’à sa seule évocation,\non sent une émotion vous prendre à la gorge et une larme trembloter au bout\ndes cils.\n   Quand j ’ai fermé le livre j ’ai songé longtemps, j ’ai eu une de ces douces rêveries\noù je me sentais encore     comme transporté lentement, sans secousses, dans des\nrégions lointaines, avec au cœur une perception de quelque chose de douloureusement\nimpressionnant.\n   Oh ! ce Loti. Et comme Jules Lem aitre je me suis dit : \" Il me fait trop de plaisir,\net un plaisir trop aigu et qui s’enfonce trop dans ma chair, pour que je sois en\nétat de le ju g e r. A peine ai-je su dire que je l’aimais. »\n\n                                                                        P ier r e H a n c a r t .\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-09-n9-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 134, "page_fin": 134, "titre_corps": "Rêve d’idylle", "titre_sommaire": "Rêve d’idylle (Sonnet)", "rubrique": "", "signature_source": "Rodrigue Sérasquier", "ancre_debut": "RÊVE D’IDYLLE. Mais, hélas! ce n'est qu'un rêve", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 173, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 848, "fin_caractere_exclue": 1980, "texte": "RÊVE D’IDYLLE.                      Mais, hélas! ce n'est qu'un rêve /...\n\n                                                                              (A. d e M u s s e t ).\n\n\n                   J e voudrais, perdu dans une forêt,\n                   Rem pli de parfum s, de fle u rs et d'ombrage,\n                   Des merles siffleurs tout plein le f euillage,\n                   Tapissé de mousse, un coin bien secret ;\n\n                   Avec un ruisseau bordé de muguet,\n                   Humide cristal dont le. flo t volage\n                   S e brise en courant su r le cailloutage,\n                   E t qui de la moire a le doux reflet.\n\n                   D e myosotis, d'iris, d ’anémones,\n                   Tu rem plirais là les deux mains mignonnes ;\n                   J 'en couronnerais, moi, tes blonds cheveux;\n\n                   E t tous deux blottis sous quelque g r a n d saule,\n                   Reposant ton fr o n t p u r son mon épaule,\n                   Nous lirions Musset cher aux amoureux !\n\n   M a i 1891.                                                   R od r ig u e S é r a s q u i e r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-09-n9-007", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 135, "page_fin": 137, "titre_corps": "La Valse des valses", "titre_sommaire": "La valse des Valses", "rubrique": "", "signature_source": "Louis D. B.", "ancre_debut": "LA VALSE DES VALSES. D e ce corps qui se cam bre", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 174, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 2700, "texte": "LA VALSE DES VALSES.         D e ce corps qui se cam bre en form e virginale\n                                           T o u ch er le front, sond er le s y e u x , p re ss e r la m ain\n                                           A cette main, à ces y e u x purs, à ce front p â le ,\n\n                                           Ju r e r la foi qui met l’e xtase au cœ ur humain\n                                           Ivre éternellem ent, sou rire au D ieu qui m’aim e,\n                                           Et divinem ent fou, su r le bord du chemin,\n\n                                           R e ste r en seveli dans ce rê v e su prêm e!\n                                                                                 (F r é d é r ic B a t a il l e )\n\n\n\n\n   Eparpillant au vent du rêve les fanes de mes premiers jours de vacances,\nsolitaire, j ’allai, après-dîner, m’asseoir avec un livre dans le sable humide, tout\ncontre les dunes.\n   Le    matin des torrents   d’unepluie chaude se sont              abattus, claquant sur                     les\ngenêts   en fleurs ; aux tiges    des oyats qu’agite la brise grelottent encore des\nperles arc-en-ciellées.\n   La    mer glauque,     aux vagues   moutonnantes, vient râler à mes pieds ;                                 les\ncoquillages par elle apportés s ’entrechoquent avec un bruissement clair au milieu\nde l’écume, et là-bas, contre les jetées l’eau se heurte avec un clapotis qui s’ indé­\nfinit en des    assonances mutines. Au       large,     un panache          de     fumée : c’est                un\nsteam er; les voiles blanches d’un trois-mâts s ’abaissent à l’horizon, et, longeant la\ncôte, semblables à des coquilles de        noix', les bateaux de pêche pansus, à la\nvoilure rougeaude.\n   L e ciel se rétablit, bleu avec de grands nuages blancs,                 compacts, massés en\ncharpie ou se déroulant comme de larges bandelettes de toile effilochées; et la chaleur\ndu soleil lourd s’épand en brûlantes coulées.\n   Couché dans le sable pour lire plus à l’aise, distrait, je suis des yeux les vols\nde mouettes qui planent au-dessus de la mer en poussant de petits cris, les barques\nqui rentrent au port, les nuages qui fuyent, chassés par le vent, .... et, bercé par le\nmurmure des vagues, je m’assoupis.......\n                                             *\n                                            * *\n\n   S u r la   grève lentement marche pieds nus une jeune fille, vêtue d’une longue\ntoge blanche à manches flottantes, l'a taille serrée dans une ceinture d’or, le front\nceint d’une auréole en flamme; ses cheveux blonds flottent dénoués sur ses épaules\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2960, "texte": "                                           - 136 -\naux reflets d’opale. S e s lèvres d’incarnat esquissent un sourire mi-triste, qui fait\nrayonner son visage très-pâle, à la peau de satin, aux pommettes rosées ; nerveuses,\nles ailes de son nez frémissent; et           ses    yeux    pers, chargés d’extases indicibles,\nfixent sur moi leur regard profond, qui m’attire, irrésistible, comme un aimant.\n     Tout à coup du ciel descendent quatre an g es: ils soulèvent dans leurs bras,\ncomme une sœur, la vierge blanche, qui ne me quitte pas de ses grands yeux\nverts, hypnotiseurs, — que je sens par moments                  sourdre à ma bouche la folle\ntentation de mordre à belles dents, comme des reines-claudes, — et l’emportent\ndoucement   vers    leur    m ystérieuse      patrie.   Et   tandis qu’à la suite     du groupe\nangélique je nage dans l’océan éthéré, je contemple les quatre envoyés célestes :\ncelui tout de noir vêtu, blond, au regard caressant, est la Charité ; à côté de\nlui vole l’Espérance, à la robe verte parsemée d’étoiles d’or ; plus loin est                  la\nJustice, armée d’un glaive flamboyant, et suivie par la Persévérance, revêtue de\nla tunique des voyageurs. Et tous quatre, unissant leurs forces dans un fraternel\neffort, emmènent cette vierge tant            pure loin des autres mortels,         chez qui tout\nn’est qu’égoïsm e   et     vice, vers   les      très-hautes   régions du dévouement et        de\nl’amour.\n   Pendant que j ’interprète ainsi la signification de cette vision muette, nous nous\nélevons, rapides, vers l'inconnu. L a terre est déjà loin : sous nos pieds, la mer\nimmense, calme avec de petites vagues miroitantes au soleil, et tout là-bas, les\nlignes jaunatres    de la côte, où par-ci par-là on distingue les masses noires des\nvilles.\n   Nous arrivons bientôt au dessus d’un grand nuage blanc, cotonneux ; les anges\ny déposent leur fardeau, sans mot d ire ; puis s’envolent, rapides, et disparaissent\ndans l’immensité bleue.\n  Et je me retrouve        seul à seul avec la vierge blonde, qui longuement encore\nme regarde de ses beaux yeu x pers; ses lèvres de corail qui sourient laissent entre­\nvoir ses dents, telles des perles       fines;      enfin elle s’avance, vers moi   me prend le\nbras, s’y appuie, voluptueuse, et de la tête me fait signe de la suivre.\n   Un jardin   m’apparaît,      où des parcs          de fleurs   éclatent,   semblables   à des\namas de pierres précieuses. L a brise agite les muguets qui se cachent                     et les\ncampanules angelusantes; sur un fond de blancs lilas, des roses et des œillets\nrouges semblent des larmes de sang. Là-bas, très loin, des carrés de tulipes feu\net de jacinthes mauve pâle.\n   Et, silencieux, nous parcourons les sentiers solitaires; seul le frôlement de sa\ntunique fait se pencher les fleurettes et bruisser les herbes folles. Elle baisse vers\nle sol le regard mouillé de ses prunelles; et, pressant doucement sa main blanc\n"}, {"page_pdf": 176, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2748, "texte": "                                          - 137 -\nde neige, aux ongles roses, je contemple, ému, ses cheveux blonds qui m’effleurent,\nagités par la brise enivrante, le charnel satin de ses épaules nacrées, son front\nauréolé, ses yeu x qui me fascinent — comme un phare les papillons nocturnes —\nqui ensorcellent mon bras à son bras, mon âme à son âm e.....\n   Puis, nonchalante, elle pose sa tête pure sur mon épaule, et me contemple\ntoujours, muette, de ses yeu x profonds et doux....\n   Soudain nous vient très lointainement une musique suave, le rythme berceur\nd’une valse, dont les mesures glissent autour de nous amoureusement, tel un vol\nde colombes        très   d o u ces, nous frôlent comme les battements d’un éventail       de\nplumes décom posées....\n   J ’enlace la taille souple et frémissante de la jeune fille, doucement — de peur\nde casser la tant frêle — et je l’emporte dans le tournoiement voluptueux de la\nvalse molle... Insensée passe notre danse à travers les allées ombreuses; nos pieds\nse détachent du sol, montent, planent sur d’invisibles ailes, tandis que pianissimo\nla musique rythme la valse jolie.\n   Lorsque nous nous arrêtons, épuisés, ma danseuse mi-pâmée, dépose sur mes lèvres\nbrûlantes un long, très long baiser, et, avec un regard chargé d’une folle ivresse,\nd’une extase infernale pour l’amour maladif, nerveux, de sa chair sapide, à pulpe\nde pêche, penchée sur mon épaule, elle murmure à mon oreille, d’une voix lasse\net frémissante : « Je suis... je suis ta bien-aimée!... »\n   L e premier moment de stupeur passé, éperdu, je                veux ressaisir ma blonde\namoureuse, l’étreindre. ., mais elle disparaît, et devant moi, au milieu de l’herbe\nfine, blanc, un lis inviolé monte vers le ciel, majestueux, comme un jet d’eau.\n   Et    tandis que je      reste là, pétrifié, l’œil fou,   les lèvres aphones, la     brise\nqui me lèche, chargée de senteurs capiteuses toujours m’apporte par bouffées le\nry thme berceur de la valse et le bruit des vagues; et parmi le babil des brins\nd’herbe, sorte du lis angelusant comme la voix très douce d’une mignarde sylphide\nqui soupire. « Je suis... je suis ta bien-aimée ! »\n\n\n   Je me réveille.. . Tout là-bas, la mer qui s’est retirée. A l’horizon, empourprant\nl’onde et le ciel de bandes de feu, le soleil aboli trempe dans l’eau salée le bas\nde son    disque érubescent.      Et   du bout de     la digue,    qu'un   monde   raffiné se\npressant autour du kiosque, emplit de bruit et de toilettes claires, faibles m’ar­\nrivent, jouées par la musique militaire, les dernières mesures de la \" Valse des\nValses „ de Strauss. .. que je venais de danger avec la vierge blonde.\n\n\n    Août 18 9 1.                                                            Louis D. B.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-09-n9-008", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 138, "page_fin": 139, "titre_corps": "Sérénata", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Véhenne", "ancre_debut": "S E R E N A TA. Venise dormait", "ancre_fin": "Louis V é h e n n e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "MESSIDOR.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 177, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 2228, "texte": "S E R E N A TA.\n   Venise dormait       A u loin, des chants de gondoliers, langoureux, infiniment\ntristes, mouraient dans la nuit. Des reflets de lumières papillotaient à la surface\nde l’eau moirée du Canal Grande, vaguement éclairé par une lune blafarde.\n   Un petit fanal rouge à l’avant, une gondole rasait les murs des quais; fendant\nsilencieusement les flots, elle vint se ranger près d’une maison de riche apparence,\nau balcon tout de fer forgé...\n   Un jeune homme sortit de la nacelle, s’avança sous les fenêtres. Il était seul,\nbien seul sur le quai désert. Tout se taisait; les embarcations se faisaient de plus\nen plus rares, les étoiles brillaient, semblables à   des lueurs de cierges sur un\nimmense voile de crêpe... Venise dormait.\n\n\n   Dans la quiétude du soir, une voix s’éleva, douce d’abord, passionnée ensuite.\nSous les fenêtres de sa maîtresse, Giacomo égrenait une sérénade amoureuse. El;\nc’était ainsi chaque nuit. L e chant montait, clair et harmonieux, puis, répété par\nl'écho, se perdait dans le lointain, plus faible à mesure, enfin mourait doucement.\nUne lumière brilla dans la maison silencieuse, une femme parut au balcon.\n   \" Paola „ murmura Giacomo.\n   \" Prends garde à     V ernezzi, dit Paola, si mon mari te voyait, ce serait fait\nde nous. „\n   L a lune les éclairait à flots, entourant d’un nimbe blanchâtre la belle Italienne.\nJolie brune aux yeu x profondément noirs, à la gorge d’albâtre mal emprisonnée\ndans un peignoir de satin rose, elle aurait pu représenter la fille des Capulets,\ntandis que son blond Roméo, à l’allure fière, drapé dans son manteau, l’attendait\nà ses pieds. Enivrée de ses chants, elle s ’était penchée au-dessus du balcon.\n   \" Encore „ murmura-t-elle.\n   Et de nouveau, dans la quiétude du soir, une voix s’éleva, douce d ’abord, pas­\nsionnée ensuite...\n\n\n   Un grand vieillard, tout de noir    vêtu, se       tenait debout derrière Paola.      Dansson\noubli de tout, elle ne l’avait point vu entrer,l’œil brillant, un sourire sardonique\naux lèvres. Vernezzi contempla longtemps sa femme, contenant mal sa rage, après\nquoi il fit signe à deux hommes qui l’accompagnaient. Ceux-ci sortirent...\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 673, "texte": "                                         - 139 -\nPaola, toute à son amour, souriait à Giacomo. Elle n’avait pas vu un grand vieillard,\ntout de noir vêtu, se tenant debout derrière elle.\n    Giacomo ne chantait plus. Captivé par la beauté de Paola, il restait là, dans\nune muette adoration, souriant à sa maîtresse.\n    Il ne prêta pas attention à deux hommes qui rôdaient le long du mur de\nl’habitation, et lorsqu’ils s’élancèrent sur lui, il n’eut pas le temps de crier.\n    Le bruit d’un corps tombant à l’eau, ce fut tout          Giacomo ne chantait plus.\n      Stockholm, août 18 9 1.                                        Louis V é h e n n e .\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-09-n9-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 139, "page_fin": 140, "titre_corps": "Messidor", "titre_sommaire": "Messidor (poésie)", "rubrique": "", "signature_source": "Ad. Westermann", "ancre_debut": "MESSIDOR. A UNE JEUNE FILLE", "ancre_fin": "A d . W esterm ann.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LAMBEAUDETACHED'UNEVIED'ARTISTE.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 178, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 673, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "MESSIDOR.\n                                                                    A UNE JEUNE FILLE.\n                         O h! regarde, charmante fille ,\n                          Voici le temps de la m oisson;\n                         Voici l'été, le soleil brille,\n                         L! oiseau chante dans le buisson;\n\n                         D ans les champs, levés dès l’aurore\n                         Ils s’en vont, les g a is moissonneurs :\n                         Ils sont joyeux, le matin dore\n                         L es blés m ûrs parsem és de fleurs.\n\n                         Il fa it chaud dans la plaine immense;\n                         L e soleil monte dans les cieux\n                         E t les fa u lx bruissant en cadence\n                         S e fo n t lourdes aux bras nerveux.\n\n                         Les champs sont remplis d'allégresse.\n                         — O S eig n eu r! bénis de ta main\n                         L es beaux épis, sainte richesse,\n                         Q ui doivent nous donner du p a in !\n\n                         L es blés se couchent : les javelles\n                         Semblent de loin des sillons d ’or.\n                         O h! comme les plaines sont belles\n                         Sous le soleil de M essidor!\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 900, "texte": "                                           - 140 -\n                             Toute la nature immortelle\n                             Chante sous le ciel éclatant,\n                             Regarde, la terre est bien belle,\n                             O charmante f ille, et pourtant,\n\n                             S i le divin Maître des Mondes\n                             M'offrait la terre et ses splendeurs,\n                             La terre avec ses moissons blondes,\n                             Les épis dorés et les fleurs,\n\n                             Les horizons pleins de lumière,\n                             Les prés charmants, les champsjoyeux,\n                             Je lui rendrais toute la terre\n                             Pour un regard de tes beaux yeux!\n\n                                                                      A d . W esterm ann.\n\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-09-n9-010", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 140, "page_fin": 143, "titre_corps": "Lambeau détaché d’une vie d’artiste", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J. D. G.", "ancre_debut": "LAMBEAUDETACHED'UNEVIED'ARTISTE. J ’étais allé par un matin de juin", "ancre_fin": "J. D. 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Dans les feuillaisons touf­\nfues se jouait et riait la lumière et sur l’exubérance des couleurs, éclatant dans\nles    parterres,   ruisselait   l’or du soleil.   L ’eau d’un petit étang se   moirait très\ngentiment\n      Je trouvai mon ami dans son atelier. D errière un amoncellement de chevalets\noù reposaient des tableaux, des toiles inachevées, des ébauches de toutes espèces,\ncouché dans une grande chaise longue de couleur sombre mangée par le soleil,\nPaul Didier lisait, la cigarette aux lèvres. Il pénétrait par la grande fenêtre un\n"}, {"page_pdf": 180, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2766, "texte": "                                      - 141 -\nbeau jour    qui bleuissait la fumée volutant dans      l'air, et rien n’était délicieux\ncomme la lutte des tons et des couleurs de toutes ces toiles posées là, au hasard.\n    En me voyant entrer Paul se leva, vint à moi, sa figure pâle un peu épanouie,\nles yeux écarquillés de surprise comme après un rêve, et me serrant nerveusement\nles deux mains :\n    — « T ien s, mon bon, que je suis content de te revoir! A près si longtemps!\nJ ’ai pensé à toi il y a quelques jou rs!\n   Je prétextai mes occupations, mon manque de temps. Puis insensiblement la\nconversation, une de ces conversations d'amis qui se retrouvent après un assez\nlong temps de séparation, battit son plein. On parla des affaires, d’art, des années\nenvolées. Et que sais-je? Enfin on parla de tout sans ordre et sans suite.\n    Paul causait avec une incroyable volubilité et franchement je l'écoutais très\ndistrait par tout ce qui m’entourait. Je trouvais un indéfinissable plaisir à contem­\npler toutes les toiles amoncellées devant moi et celles accrochées aux murs au\npapier fleuri. Elles symbolisaient en quelque sorte un lambeau de la vie du peintre.\n   Là, deux jolies colombes blanches aux aîles faiblement rosées se becquetaient\ntrès amoureusement. Plus loin,     un peu   voilée   d’ombres douces, une     colombe,\ntriste comme de beaux yeu x pleins      de larmes,    regardait   sa compagne morte,\ncouchée les aîles pendantes. C'était vraiment gracieux et peint avec beaucoup de\nfinesse. A côté de cela un paysage sombre, inquiétant de mélancolie, puis des\nfleurs jetaient des points éclatants et des portraits dont le regard obstiné vous\nfixe.\n   Parmi les portraits celui d'une jeune fille me frappa. Il me semblait fait avec\nplus de soins, plus d’art que les autres.    Paul Didier   s’aperçut de la sorte de\nfascination qu’il exerçait sur moi et une tristesse profonde se grava au fond de\nses yeu x.\n   — “ Tu la regardes, dit-il ; n’est-elle pas charmante? C ’est Madeleine A u v ry . „\n  Et comme je paraissais étonné du son étrange qu’avait pris sa voix en pronon­\nçant ce nom, il commença lentement :\n   \" T u sais que je n’ai pas toujours habité ici.    Ce n'est que depuis quelques\n„ années que j ’ai acheté cette campagne où avant moi Madeleine         A u vry   et sa\n» mère, veuve d’un peintre de quelque talent, que tu as peut-être connu, venaient\n» passer la bonne saison. Moi, j ’habitais l’été dans ce petit châlet que tu peux\n» apercevoir, là-bas, derrière ces grands arbres.\n   » Un jou r je   reçus une lettre de Madame A u vry . Elle me demandait si je\n» pouvais venir faire le portrait de sa fille. L a   lettre contenait des éloges dont\n» je n’ai jamais essayé de discuter la sincérité. Mais, vois-tu, à nous peintres,\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2970, "texte": "                                       - 142 -\n» notre cuirasse d'indifférence n'est pas très dûre et elle se troue vite sous les\n» éloges ou les flatteries, ce qui est presque la même chose. J'acceptai donc et\n» lui fis savoir que le lendemain j ’étais à sa disposition. A h! mon cher, je me\n» rappelle tout cela comme si c’était d’hier!\n   » C ’était par un matin tout mouillé de rosée que je m’acheminai jusqu’ici. J ’aperçus,\n» arrivé près de la grille toute vieille que je n’ai pas fait changer, Madeleine se\n» promenant lentement, par les allées sablées, appuyée au bras de sa mère. Tout\n» de suite je fus envahi par l’idée qu’avec un tel modèle je devais faire un chef-\n» d’œ uvre! Tu ris, mon ami! Tu n’as pas tort., car les artistes ont quelquefois de\n» folles idées! — et longuement il étreignit du regard le portrait et continua, s’animant :\n   — » C ’est que Madeleine était vraiment ravissante dans le radieux épanouisse­\n» ment de ses vingt ans. Si tu avais pu la voir! S u r toute sa personne s’épendait\n» quelque chose d’infiniment tendre et frêle, comme une vague langueur. Son teint\n» avait la pâleur douce des blancs œillets d'automne. Sous ses paupières presque\n» toujours à demi-retombées, scintillaient deux petits yeux d'une lumineuse sérénité,\n» reflétant la candeur de son âme et d’intimes tristesses. On aurait dit à la voir\n» en sa robe pâle et sous la blancheur des nues, quelque blonde vierge évocatrice\n» de rêves roses, descendue d'un beau vitrail de vieille cathédrale. »\n   A vec cette puissance d’évocation que possèdent presque tous les artistes, il la\nrevoyait non avec sa beauté réelle, mais ayant en elle quelque chose de céleste.\n   » Ce fut donc ce matin là que je commençai le portrait de Madeleine, de ma\n» chère Madeleine. Je dis ma chère, car je l’adorais, non pas comme un artiste\n» aime tout ce qui est beau, mais j ’éprouvais pour elle un amour inexplicable qui\n» me tenaillait le cœur.\n   » Il avait été   convenu que pour ne pas se fatiguer, Madeleine ne poserait\n» qu’une heure par jour et, mon        cher, toutes mes journées se passaient dans\n„ l’attente de cette heure délicieuse. Madeleine était là, devant moi, me regardant\n» de ses yeux si impressionnants que je me demande aujourd’hui comment je suis\n» parvenu à reproduire aussi fidèlement ses traits sur cette toile. Lentement nous\n„ nous étions laissés aller à échanger quelques mots sur nos manières d’envisager\n„ l’art. Elle avait des idées d’une naïve originalité dont j ’ai maintes fois profité, je\n» ne te le cache pas. Puis, de temps à autre la mère venait craintivement m’encourager\n„ et me féliciter! Oh!     les belles heures j ’ai vécues alors!   Cela s’incrusta pour\n„ toujours en ma mémoire.\n   „ Mais j ’avais remarqué    que ces séances fatiguaient Madeleine outre m esure.\n„ Cet éréthisme s ’exaspérait en elle en des souffrances. Sa pâleur augmentait et\n„ le   flot de ses pensées coulait plus lent, parfois plein de        mornes tristesses.\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1931, "texte": "                                                       - 143 -\n „ Souvent, très souvent, elle se levait pour voir son portrait, me donnait des\n „ conseils, se trouvant très belle, prétendant que je flattais le modèle. Et elle\n „ se contemplait avec des ravissements d’enfant!\n     „ Un jour je la trouvai plus pâle encore que la veille; la langueur continuait à\n ,, consumer son pauvre petit corps. Elle vint lentement se regarder, derrière moi.\n „ Je sentis sa main appuyée sur mon épaule, car elle n’avait plus la force de se\n „ soutenir. J ’entendais mon cœur battre fébrilement à en rompre ma poitrine et de sa\n„ voix suavement affaiblie, comme venant des profondeurs les plus voilées de son\n„ âme, elle me murmurait « Vous avez du talent! Oh! oui, beaucoup!\n     „ Le lendemain, je devais donner le dernier coup de pinceau à son portrait.\n „ J’éprouvais en même temps de la joie et un profond chagrin, car je n’allais plus\n„ me trouver auprès d’elle! Et ces heures m'étaient si douces! Quand j ’arrivai elle\n„ m’attendait avec sa mère. Madeleine resta silencieuse avec dans le regard une\n„ douleur résignée. La séance se prolongea un peu et quand j ’eus fini elle se leva,\n„ vint encore se regarder, fut charmée. Ses joues devinrent d’un rose terne, puis\n „ reprirent leur pâleur. Ses lèvres ébauchèrent un sourire de contentement; ses\n „ paupières à demi-retombées déjà, se fermèrent doucement et, avec un impercep ­\n„ tible frisson, elle mourut dans les bras de sa mère, comme un petit oiseau tombé\n„ de son nid, meurt sans le moindre battement d’aile. »\n     Paul s’était tu et tous deux nous regardions ce portrait qu’il avait conservé. En\nme retournant vers mon ami, je vis une petite larme irisée par le soleil glisser\nle long de sa joue. Et pour repousser cette tristesse qui nous envahissait, je lui\ndis en riant un peu :\n     — « Viens, Paul, nous irons prendre l’air! »                           J. D. G.\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1891-09-n9-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1891-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1891-000.pdf", "ocr_sha256": "099e4f4947a24f9524bee8149a8c97ee53e2a8a0e6105e8563228a8af4339cf5", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 143, "page_fin": 144, "titre_corps": "Bibliographie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J. D. 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Citons :\np age de G eo rges Eekhoud, sous le titre: Les Croix\nprocessionnaires, m orceau qui caractérise bien la\n                                                                            — Le silence est effrayant,\nsubtile et com plexe personnalité de cet écrivain,\n                                                                            Il est béant le lent silence !\nun des ferven ts de la Je u n e B elgique II y a quel­\nque chose d'hallucinant dans cette sarabande des\ncro ix tristes; c’est écrit avec une v e rv e un peu dou­                   Comme un morceau de gel,\nlou reu se m ais infiniment obsédante.                                      L a lune aussi du fo n d du puits\n   L a L e c t u r e des “ Vers,, d’Em ile V erh aeren laisse ;             Descend son visage éternel.\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 6634, "texte": "                                                                  - 144 -\n          Mou cœur est un quartier de chair,                              revu e dont les collaborateurs sont p resque tous\n          Un bloc de viande sanglante,                                    d es bu veu rs de ciel bleu !\n                                                                             L a re vu e du Dauphiné en com pte de bons parm i\n          Mon coeur il bat au fo n d du puits\n                                                                          s e s collaborateu rs et m algré cet e sp èce de m épris\n          Contre un morceau de lune ardente,                              m êlé de pitié qui s ’attache à tous ceu x qui se p e r­\n                                                                          m ettent de crucifier quelques v e rs su r le p apier,\n          Le silence et le g ra n d froid,\n                                                                          ils continuent à en ciseler et souvent de très-\n          E t par la nuit le pâle effroi,                                 délicats. R em arq u é ceu x de G u stave R iv et, de\n          D'un ciel plein d’astres en voyage.                             C h arles Niemand et de L . N. Cham pion et Paul\n                                                                          Durand.\n  Nous le répétons, ces v e rs ont une douce atti­\n                                                                                                         »\nrance, certain s ont un relie! saisissan t d’originalité,                                               * *\n\nsont bien éloignés des terrains éternellem ent\nbattus et on les sent écrits p a r un vra i poète.                           L a Revue Belge (15 A o û t & 1 r S e p t e m b r e ) . R ien\n  Ce fascicule contient encore de bons v e rs de                          de bien saillant dans le s deu x dern iers num éros.\nFerdinand H érold : “ Du Vitrail des Maintes. „                           L e Lamento de Ch. B eltjen s a vraim ent une étendue\n                                                                          dém esurée pour un tel sujet. A u milieu de v e rs\n                                 *\n                             ♦       *                                    lourds se dégagent quelques p assa g e s délicats.\n                                                                             A sign aler un article Bossu et et la Question sociale\n  La Mercure de France                   (n °   de   S e p te m b re ).   signé Ch. Tilm an et Les Etoiles de P au l D elh aye,\nT o u jo u rs très in téressan te cette revu e. D ans ce                  seulem ent elles sont un peu trop froides ces étoiles :\nd ern ier num éro nous avo n s rem arqué : “ Caquets\nde Ménage „ de Ju le s R e n a rd ; “ Anniversaire „ de\n                                                                          E t dans mon cœur ravi surgit alors l’ idée\nJe a n Court et \" Calvaire Immémorial „ de Saint-\n                                                                          De pouvoir, en un jo u r mille fo is désiré,\nP ol-R ou x.\n   L e second d es ces articles ren ferm e une pitto­                     Asservir à tes lois tout mon être enivré,\nresqu e description de taverne. S o u s les asso m b ris­                 P a r ton subtil parfum de v ier g e impossédée.\nsem ents du jo u r tom bé, une lum ière violacée suinte\nau tra v e rs des vitrau x, baignant d’une clarté                         Mais, ô fatalité qui toujours me poursuit!\nvagu e le s b u veu rs aveulis. Il y a dans ces quelques                  J e lis dans tes yeux clairs, blonde et pâle rêveuse,\np ages de réelles qualités de facture et d’ob ser­\n                                                                          Qu’il ne tressaille en toi nulle fibre amoureuse,\nvation.\n   P lein s d’originalité le s v e rs Sphinx de G erm ain                 E t que mon rêve, hélas! s’éteindra dans la nuit!\nN ouveau :\n                                                                             L a France Moderne (N° des 7 et 23 A o û t ) est\n          \" Toutes les femm es sont des reines :                          encore endeuillie. L ’oraison funèbre de Je a n L o m ­\n          Impératrices souveraines,                                       bard, son réd acteu r en chef, rap pelle sa vie et le s\n                                                                          luttes qu’il a en trep rises pour se conquérir la p lace\n          E t grisettes de magasin,\n                                                                          qui lui était due- dans les lettres. S a fécondité fut\n          E t premières communiantes,\n                                                                          prodigieuse bien que m ort à 37 ans. S e s œ u vres\n          Après comme avant si liantes                                    sont: A d el,poèm e, Lois Majoures, roman de m œ urs\n          Avec les lèvres du cousin. „                                    politiques p ro vin ciales; Agonie qui reconstitue\n                                                                          R o m e en décadence au temps d’H éliogabale et\n   11 y a de la grâce et de la d élicatesse dans ces                      Byzance ou l’Em pire d’Orient, sous le règne de\nv e rs , dictés dans le ravissem ent d’une adoration                      Constantin Capronym e. D e plus, il était su r le\nque nous ne discuterons p as ici — de la fem m e des                      point de publier Un Volontaire de 92 et Communes !\nreines comme dit Germ ain N ouveau.                                       Communes! où il nous m ontre les conditions\n   E t ce n’est point tout, citons encore les deux                        d’existence des bourgeois et des m anants à\nBallades et V endredi-Saint de L au rent T ailh ade.                      l’époque qui p ré cé d a directem ent l’affran ch isse­\n                              *\n                                                                          ment des Com m unes. R em arq u é encore dans c e s\n                             * *\n                                                                          num éros : la Vigne de J . M azade et Propos Théori­\n                                                                          ques de R en é Ghil.\n  Le Sylphe (n° d e J u i l l e t ) . A v e c quel effarem ent\nles bons bourgeois qui se soucient fort peu de tous\nces rê v e s éthérés de poètes, doivent vo ir cette                                                                          J . D. G.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 166, "texte": " Première Année. N° 9.                                                                           Septmbre18 91.\n\n\n\n                  ESSAIS                  P U B L IÉ S P A R LE\n\n\n\n\nCERCLE LITTÉRAIRE FRANÇAIS\n                        REVUE MENSUELLE.\n\n                              SOM M AIRE                     D U       N° 9 .\n\n        « Le liv re d e la p itié et de la m o rt » .                  P ierre H a n c a r t .\n\n        Rêve d ’id y lle (Sonnet) ........................ R o d r i g u e S é r a s q u i e r\n        La valse des V a ls e s ....................                   Louis De B.\n        Sérén a t a .........................................Louis V é h e n n e .\n        M essidor (p o é sie ) .....................               . A n     W estermann.\n\n        Lam beau détaché d ’une vie d 'a rtis te .                 .   J   D,. G.\n        B ib lio g ra p h ie ....................        .    .    . J. D . G.\n\n\n\n\n               P r ix d u n u m é ro :       4 0                         c e n t im e s .\n     P r ix     d e l ’a b o n n e m e n t : u n                        a n 1 fra n c s.\n\n\n                                  BUREAU            DU J O U R N A L :\n  GAND, 71, B U E DE F L A N D R E , 71, GAND.\n\n\n                                               GAND,\n        Im prim erie m écanique de LÉON DE BUSSCHER, rue Savaen, 32.\n\n                                  TOUS       DROITS      RÉSERVÉS.\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "     N .-B . — Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire parviendra au\n                   bureau de la rédaction, RUE DE FLANDRE, 71, GAND,\n\n                L e s journaux ou revues qui désireraien t faire l’échange\n                     sont p riés de s’adresser au bureau du Journal-\n\n\n\n                                                           P\n                                                           U\n                                                           B\n                                                           L\n                                                           I\n                                                           C\n                                                           A\n                                                           TI\n                                                            O\n                                                            N\n                                                            SR\n                                                             ECOM M ANDEES.\n1. La Jeune Belgique, Revue Mensuelle. — Boulevard d’A ndlerlecht, B r u x e l l e s .\n        Abonnement 1 0    francs.\n\n2. La Revue Belge. — Rue de Bériot, 42, L o u v a i n .\n       Abonnement un an 4          fr. ; le numéro 2 0    centimes,\n\n3.    Les Jeunes, Revue Mensuelle. — 6 , rue de Fer, N a m u r .\n        Abonnement 5     francs.\n\n4. Les Annales Gauloises, Revue Littéraire & Artistique.                   - Paraissant le 5 et le 20 de\n     chaque mois. — Rédaction : P a r i s , 17, rue du Commandeur.\n        Abonnement 6     fr. ; prix du numéro 2 0        centimes.\n\n5. Le Sylphe, Revue Mensuelle. — 8 , Faubourg Trois-Cloîtres, G r e n o b l e .\n        Abonnement ( t fr. ; prix du numéro 5 O centimes.\n\n6.   Le N ord Littéraire, Revue Mensuelle. — 113 , rue de Paris, V a l e n c i e n n e s .\n        Abonnement un an 5         francs.\n\n7. Bulletin Littéraire Mensuel de la Société L'Amicitia, V a l e n c i e n n e s .\n       Abonnement un an & francs.\n\n8. L ’A rt moderne (paraissant le dimanche). — Rue de l’Industrie, 32, Bruxelles.\n        Abonnement un an 1 0        francs.\n\n9. Mercure de France, Mensuel. — Rédaction, 15, rue de l’Echaudé, St-Germain, Paris.\n        Abonnement un an 7         fr ; prix du numéro 6 0     centimes.\n\n10. Revue L ib re, Mensuelle — Rédaction : 15, Chaussée de W avre, Bruxelles.\n        Abonnement un an 5         fr.; prix du numéro 5 0 centimes\n\n11 . L a France Moderne. — Bureaux: 15, Boulevard du Nord, Marseille.\n        Abonnement un an 6         fr. ; prix du numéro 1 0    centimes.\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "     LELIVREDELAPITIE&DELAMORT.\n                                                                     A C a r o l i n e P.\n\n\n\n\n  Loti vient de donner quelques pages exquises, délicieuses, pleines de sentiment,\nde ces pages comme lui seul en sait écrire, car lui seul a le don d’émouvoir par\ncette teinte de douce mélancolie répandue par tout le livre.\n  Comme il le dit lui-même dans les quelques lignes liminaires du volume, \" ce livre\nest encore plus moi que tous ceux que j'ai écrits jusqu'à ce jour. „ Et cependant cette\npersonnalité qu’il semble vouloir mettre en lumière ici, nous l'avons déjà vue ébauchée\ndans ses ouvrages précédents. Là, elle se trouvait moins dans le fond que dans\nla forme, cette manière de s’exprimer qui n'est qu'à lui, ces petites phrases qui\npour employer l’expression de Lemaitre, ont un immense frisson ; mais cependant\nnous l’avions devinée durant ces longues rêveries dont on doit subir le charme\nlorsqu’on a fermé un de ses livres. Il nous avait dit déjà       sa jeunesse rêveuse,\nsa tristesse sans cause, cette désespérance, ce sentiment du néant de toute chose,\n« de la poussière des poussières » qu’il a éprouvé, enfant encore, alors qu’à cet âge\non ne voit d’ordinaire que des lèvres roses illuminées de sourires charmants, ces fronts\noù jamais ne passe le plus léger nuage, des yeux reflétant la joie, l’insouciance,\nde beaux   grands yeux de velours très       francs, très interrogateurs, mais jamais\ntristes. E t nous aimions   ce Loti qui nous donnait ces émotions, qui nous faisait\ngoûter ces sentiments si profonds laissant une souvenance chère. Et après, on se\nsentait comme meilleur, le coeur plus disposé à la pitié, une plus grande sensibilité,\nun besoin d’amour.\n   Cet épanchement du cœur se         trouvait déjà dans « le Roman d’ un Enfant »,\ncette exquise confession, ces pages pleines de charme qui m’ont causé tant de\nplaisir, et en même temps une grande douleur, une grande pitié pour cet enfant\ntrop rêveur, trop triste.\n   Le   livre qu’il donne aujourd’hui — livre admirable — est encore plus intime\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "                                       - 130 -\nque tous ceux qu’il a donnés. Ce sont comme des feuillets d’un journal écrit pour\nlui, alors qu’il voguait, là-bas très loin, balloté par les flots, alors qu’il songeait\nà sa bonne vieille mère, à Tante Claire, à la patrie, à sa maison,          à toutes     ces\nchoses connues, si chères, qu’on semble aimer davantage dans ces longues heures\nde rêveries où l’on se sent bien seul, sans ces marques de tendre affection, sans\namis auxquels on puisse dire ses aspirations, ses pensers secrets, ses rêves....\n   Comme dans tous les livres de Loti, il n’y        a pas là de ces gros dram es, de\nces intrigues qui à force de complications deviennent inextricables ; il n’y a pas de\nces subtiles analyses du cœur humain comme Bourget sait en faire. Non, ses livres\nne sont pas des romans. C ’est mieux que cela, beaucoup          mieux. Ils forment un\ngenre original qui charme à cause même de son originalité. Ce qui plait chez Loti\nc’est qu’il sent profondément ce qu’il voit, qu’il dit si bien ce qu’il sent. Et puis\nle monde    dans lequel il nous transporte est un monde inconnu pour nous, ou du\nmoins un monde que nous nous imaginions sous un tout autre aspect que                  celui\nsous lequel il nous le représente. Vous souvenez-vous de          ces « mers hyperbo­\nréennes » du golfe de Salonique, de Tahiti, cette      île   paradisiaque, du Japon, de\nce pays lugubrement navrant, profondément triste, dépeint dans « L e Roman d’ un\nSpahi „ ? Cette poésie naturelle enchante, car pour moi personne n’est aussi grand\ncoloriste, personne n’exprime mieux les sensations les plus fines, les plus délicates,\nles plus intimes. Vous souvenez-vous de cette si touchante amitié pour ce grand\nenfant, pour Y ve s ? Et Rarahu, et Jatougaye et Gaud et la vieille Yvonne, leur souvenir\nn’est-il pas délicieux ?\n   Mais aujourd’hui il ne nous parle plus de tous ces êtres et de ces pays loin­\ntains qu’il nous avait fait aimer. Il est pour ainsi dire l’unique personnage du\nlivre ; c’est dans le tréfonds de son cœur qu’il nous laisse lire. Oh ! c’est un pur\nchef-d’œuvre que ces pages qui font vibrer tout ce que l’on a de bon en soi.\n  Vous     vous rappelez sans doute     ces mots qu’écrivait Loti : « Je vais          vous\n„ ouvrir mon cœur, vous faire ma profession de foi.... Je          ne crois à rien ni à\n„ personne; je n'aime personne ni rien ; je n’ai ni foi ni espérance» E h bien ! le\n„ Loti du « L ivre de la Pitié et de la Mort » n’est plus du tout ce Loti-là,          c’est\nun Loti que j ’aime beaucoup      mieux, qu'on ne soupçonnerait jamais d’avoir écrit\nces vilaines choses que je viens de      rappeler. Ce Loti froid, sans enthousiasme,\nplongé dans cette apathique indifférence, semblant regarder tout d’un air dédai­\n                                                 «\n\ngneux, ce Loti avec son calme méprisanti si pénible, avec quelque chose d’insen­\nsible, est devenu tout autre. Il a comme abandonné ce je ne sais quoi d'inhumain\nqu’il avait en lui ; il a éprouvé comme le besoin d’aimer, de sentir de l’affection\nautour de lui,    de reporter sa sensibilité et sa pitié      naturelles   sur   ceux qui\nsouffrent — hommes ou bêtes — et dont il voit les misères.\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                                       - 131 -\n     Ce besoin d’expansion lui fait dire aussi ses rêves, ses pensers. Et c’est pourquoi\nson livre est si difficile à analyser. T elles pages ne sont que des visions. (Rêve-\nP ays sans nom — Dans le Passé mort). Et tout cela est dit avec une précision, dans\nune langue si délicatement nuancée et en même temps sans apprêt, “ une langue\nà part „ qui rend si complètement les choses, quoiqu’en dise Loti lui-même, qu’on\nne peut songer à donner un résumé de ces chapitres. A ussi bien peut-on détailler\nle    beau?   Les   chefs-d’œuvre ne perdent-ils   pas   à être ainsi disséqués? Mieux\nvaut les ju g e r dans l’ensemble et de par soi-même. On goûtera         alors tout ce\nqu’il y a de poésie, de       \" rendu „ dans cette apparition d’ \" E lle ,, (Rêve); dans\nl’évocation de ce \" pays lointain, — mais lointain, lointain bien au-delà des habi­\ntuelles distances terrestres, tellement que, tout de suite, dès que le décor a com­\nmencé de s ’éclairer, même avant d’avoir bien vu, en lui-même il a eu la notion de\ncet éloignement effroyable „ (Pays sans nom) ; — dans la souvenance de ce passé\nqu’il voudrait revivre quand il voit sa grand-mère et sa grand-tante Berthe causant\nde \" deux de leurs sœurs, mortes accidentellement, très jeunes. » Et puis cette\npage où il dit sa rêverie, à Ajaccio, dans la maison de Napoléon, devant un portrait\nde la “ pâle Madame Laetitia. „\n     « De cette mère     d’empereur ma pensée se         reporta sur la mienne, à moi\n» l’obscur, et — sans qu’il me soit possible d’expliquer en aucune façon ce senti­\n     ment-là — j ’éprouvai une tristesse    subite, quelque chose comme un vertige\n» d’abîme, à me dire que ce souper des Bonaparte, revu tout à coup si nettement,\n» se passait plus d’un demi-siècle avant qu'il fût question dans ce monde de ma\n» mère à moi; de ma mère qui est toujours ce que j’ai de plus précieux et de\n» plus stable, qui est toujours celle contre qui je me serre, avec un reste de con­\n» fiance tendre de petit enfant, quand la terreur me prend, plus sombre, de la\n» destruction et du vide.\n      „ Je ne sais comment exprimer cela, moi, j’aimerais mieux pouvoir me figurer\n» que ses commencements à elle remontent plus haut que tout, que sa foi douce, qui\n» me rassure encore, a des origines un peu lointaines dans le passé; — de même\n» que j ’ai l’inconséquence de presque espérer pour son âme, au delà de la mort,\n» un prolongement sans fin. Non, songer à un temps déjà si semblable au nôtre et\n» où cependant elle n’avait pas même commencé d’exister, cela me déroute; je crois\n» que cela me donne une perception nouvelle, plus décevante encore, du rien que\n» nous sommes tous deux dans le tourbillonnement immense des êtres et dans l’infinité\n» des temps. »\n     J ’ai trouvé cette page une des plus belles que j ’ai jamais lues. Peut-être parce\nque j ’ai perdu, très jeune, ma mère, que je n’ai pas connu ses caresses et ses\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "                                      - 132 -\nbaiserô, que je ne puis plus me serrer contre elle “ avec un reste de confiance\ntendre de petit enfant.... »\n     Oui, Loti me semble bien meilleur    que jadis et je le préfère ainsi, avec ses\nsentiments plus beaux, plus grands, avec       cette p itié , cette   commisération   qu’il\néprouve pour tout ce qui souffre : — pour ce vieux forçat qui verse des larmes\nd’indicible misère quand il songe au pauvre moineau, son compagnon d’infortune,\nnourri au pain de la prison; il l’emmenait là-bas, loin de la patrie; et pendant la\ntraversée il s’est échappé de la petite cage peinte en vert; ses ailes coupées Tont\nempêché de voler et il a chu, et pendant qu’il “ regardait s’éloigner sur l’écume de\nla mer le petit corps gris qui se débattait toujours, il s’était senti effroyablement\nseul maintenant, pour jamais, et de grosses larmes, des larmes de désespérance\nsolitaire et suprême lui brouillaient la vue ; „ — pour ce vieux chat galeux \" qui\ntraînait, là, dans la rue, seul, se prolongeant comme il pouvait, s’efforçant de se\nretarder la mort „    dont personne n’avait pitié et auquel il donne la mort pour\nabréger ses souffrances ; — pour \" ces petits êtres maladifs, ces petits scrofuleux „\nsoignés à Pen-Bron ; — pour ces veuves de pêcheurs auxquelles il distribue des\nsecours, et qui, pour le rem ercier étaient là, sur la route, formant des groupes\n« émus, recueillis, immobiles, qui se regardaient sans rien dire » — pour « ces deux\npauvres bœufs étiolés, am aigris, pitoyables, la peau déjà usée sur les saillies des\nqs   par les frottements du roulis.. ., devant encore souffrir longtemps avant d’être\ntués; s o u ffrir du froid, des secousses, de la mouillure, de l’engourdissement, d e là\npeur       »\n     Tout cela est dit en très petites phrases qui semblent comme des soupirs, des\nsanglots, qu’arrache la vue de toutes ces misères. Et sur tout cela est répandu\nquelque chose d’infiniment mélancolique qui faisait dire à une de mes amies : « C ’est\njoli, joli; mais, après, on se sent dans l'âme une indéfinissable pitié, quelque chose\nde poignant, une douleur de voir souffrir ainsi. „\n     C ’est encore ce nouveau Loti dans les deux       chefs-d’œuvre “ Vie de Deux\nChattes „ et \" Tante Claire nous quitte „. C ’est ce qu’il y a de plus beau peut-être\ndans le livre, si tant est qu’on puisse arrêter son choix parmi de si belles choses.\nCes pages respirent le calme, la paix. C ’est l’amour d'une mère et d’une Tante ;\net cet amour est délicieux; il fait goûter tout le charme de la vie d’intérieur, alors\nqu’on a besoin pour atténuer les chagrins et les désespérances de la vie, de beau­\ncoup de caresses, de beaucoup d’affection. C ’est encore cette joie intime de revoir\nles choses qu’on a vues toujours à la même place, auxquelles on a songé longtemps\npendant les quarts passés seul, loin, très loin, au large, appuyé au bastingage en\nregardant la mer irisée clapotant contre le navire. C ’est cet attendrissement qu’on\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                                       - 133 -\néprouve à toucher tout ce que la vieille mère et la bonne tante ont soigné durant\nl’absence. C ’est le bonheur de pouvoir \" reposer les yeu x avec recueillement sur\nles deux chers visages qui souriaient là, un peu vieillis et encadrés de boucles\nplus grises » pendant que la Moumoutte blanche gambadait par la chambre pour\nfaire fête au nouvel arrivé. T ou t cela donne une si bonne « impression de nid. „\nEt comme c’est charmant ces longues soirées passées en famille, et cette tendre\naffection d’êtres qui s’aiment.\n   Et   cependant   sur   tout cela   plane quelque   chose    de triste. Souvent,     trop\nsouvent peut-être, l’idée de la mort, qui n’a jamais abandonné Loti,             jette une\npénombre sur ces tableaux d’intérieur si riants: Ce sont des tristesses indicibles,\ndes songeries douloureuses, puis comme la préscience de la disparition prochaine\nde sa mère et de tante Claire. A        chaque   retour       illes   retrouve vieillies, plus\nproches du déclin. “ A vec une infinie mélancolie, dans cette cour égayée de soleil\nnouveau, je regardais les deux chères promeneuses en cheveux blancs, en robe de\ndeuil, maman et tante Claire, aller et venir.... Et quand leurs deux robes noires\ncheminaient, s’écartaient de moi, dans le recul de cette avenue verte qui est la\ncour de notre maison familiale, je remarquais surtout ce que leur allure avait de\nplus lent et de plus b risé.... Oh! le temps, peut-être prochain, où, dans l’avenue\nverte toujours pareille je ne les verrai plus! Est-ce vraiment possible que ce temps\nvienne?.... »\n   Hélas! oui, il viendra ce temps. Ce sont d’abord les deux Moumouttes qui\nmeurent. Puis c’est tante Claire qui quitte! Et dans ces pages racontant l’agonie\net la mort de celle qu’il a tant aimée, Loti a mis toute son âme endolorie, attristée.\nIl ne restera d’elle que quelques menus objets, des souvenirs, qui lui rappelleront\nbien imparfaitement ses cheveux blancs et son bon sourire. Lui, Loti, les gardera\nlongtemps dans sa mémoire, ses traits d’une douceur infinie; il la reverra souventes\nfois comme il l’a vue sur son lit de mort « le visage a pris une expression de\npaix suprême, une distinction tranquille avec un vague sourire très doux, un air\nde planer au-dessus de toutes choses et de nous-mêmes... Tante Claire est devenue\njolie, jolie comme jamais nous ne l’avions vue dans sa v ie; l’expression de paix\nsuprême et triomphante semble s’être fixée pour toujours comme dans du marbre.\nSon visage actuel est plutôt une représentation idéale d’elle-même, dans laquelle,\nen régularisant tous les traits, on n’avait conservé que le charme de douceur et de\nbonté reflété au dehors de son âme. „\n   O h! Samuel et les autres, si vous saviez combien Loti a aimé tante C laire,\ncombien il l’a pleurée! Et dire que lorsque vous verrez son portrait, plus tard, ce\nsera pour vous \" une chose simplement respectable, qu’on regarde à peine! »\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "                                       - 134 -\n   Cette désespérance si sentie a je ne sais quoi de résigné, qu’à sa seule évocation,\non sent une émotion vous prendre à la gorge et une larme trembloter au bout\ndes cils.\n   Quand j ’ai fermé le livre j ’ai songé longtemps, j ’ai eu une de ces douces rêveries\noù je me sentais encore     comme transporté lentement, sans secousses, dans des\nrégions lointaines, avec au cœur une perception de quelque chose de douloureusement\nimpressionnant.\n   Oh ! ce Loti. Et comme Jules Lem aitre je me suis dit : \" Il me fait trop de plaisir,\net un plaisir trop aigu et qui s’enfonce trop dans ma chair, pour que je sois en\nétat de le ju g e r. A peine ai-je su dire que je l’aimais. »\n\n                                                                        P ier r e H a n c a r t .\n\n\n\n\n                       RÊVE D’IDYLLE.                      Mais, hélas! ce n'est qu'un rêve /...\n\n                                                                              (A. d e M u s s e t ).\n\n\n                   J e voudrais, perdu dans une forêt,\n                   Rem pli de parfum s, de fle u rs et d'ombrage,\n                   Des merles siffleurs tout plein le f euillage,\n                   Tapissé de mousse, un coin bien secret ;\n\n                   Avec un ruisseau bordé de muguet,\n                   Humide cristal dont le. flo t volage\n                   S e brise en courant su r le cailloutage,\n                   E t qui de la moire a le doux reflet.\n\n                   D e myosotis, d'iris, d ’anémones,\n                   Tu rem plirais là les deux mains mignonnes ;\n                   J 'en couronnerais, moi, tes blonds cheveux;\n\n                   E t tous deux blottis sous quelque g r a n d saule,\n                   Reposant ton fr o n t p u r son mon épaule,\n                   Nous lirions Musset cher aux amoureux !\n\n   M a i 1891.                                                   R od r ig u e S é r a s q u i e r .\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                       - 135 -\n\n\n\n              LA VALSE DES VALSES.         D e ce corps qui se cam bre en form e virginale\n                                           T o u ch er le front, sond er le s y e u x , p re ss e r la m ain\n                                           A cette main, à ces y e u x purs, à ce front p â le ,\n\n                                           Ju r e r la foi qui met l’e xtase au cœ ur humain\n                                           Ivre éternellem ent, sou rire au D ieu qui m’aim e,\n                                           Et divinem ent fou, su r le bord du chemin,\n\n                                           R e ste r en seveli dans ce rê v e su prêm e!\n                                                                                 (F r é d é r ic B a t a il l e )\n\n\n\n\n   Eparpillant au vent du rêve les fanes de mes premiers jours de vacances,\nsolitaire, j ’allai, après-dîner, m’asseoir avec un livre dans le sable humide, tout\ncontre les dunes.\n   Le    matin des torrents   d’unepluie chaude se sont              abattus, claquant sur                     les\ngenêts   en fleurs ; aux tiges    des oyats qu’agite la brise grelottent encore des\nperles arc-en-ciellées.\n   La    mer glauque,     aux vagues   moutonnantes, vient râler à mes pieds ;                                 les\ncoquillages par elle apportés s ’entrechoquent avec un bruissement clair au milieu\nde l’écume, et là-bas, contre les jetées l’eau se heurte avec un clapotis qui s’ indé­\nfinit en des    assonances mutines. Au       large,     un panache          de     fumée : c’est                un\nsteam er; les voiles blanches d’un trois-mâts s ’abaissent à l’horizon, et, longeant la\ncôte, semblables à des coquilles de        noix', les bateaux de pêche pansus, à la\nvoilure rougeaude.\n   L e ciel se rétablit, bleu avec de grands nuages blancs,                 compacts, massés en\ncharpie ou se déroulant comme de larges bandelettes de toile effilochées; et la chaleur\ndu soleil lourd s’épand en brûlantes coulées.\n   Couché dans le sable pour lire plus à l’aise, distrait, je suis des yeux les vols\nde mouettes qui planent au-dessus de la mer en poussant de petits cris, les barques\nqui rentrent au port, les nuages qui fuyent, chassés par le vent, .... et, bercé par le\nmurmure des vagues, je m’assoupis.......\n                                             *\n                                            * *\n\n   S u r la   grève lentement marche pieds nus une jeune fille, vêtue d’une longue\ntoge blanche à manches flottantes, l'a taille serrée dans une ceinture d’or, le front\nceint d’une auréole en flamme; ses cheveux blonds flottent dénoués sur ses épaules\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "                                           - 136 -\naux reflets d’opale. S e s lèvres d’incarnat esquissent un sourire mi-triste, qui fait\nrayonner son visage très-pâle, à la peau de satin, aux pommettes rosées ; nerveuses,\nles ailes de son nez frémissent; et           ses    yeux    pers, chargés d’extases indicibles,\nfixent sur moi leur regard profond, qui m’attire, irrésistible, comme un aimant.\n     Tout à coup du ciel descendent quatre an g es: ils soulèvent dans leurs bras,\ncomme une sœur, la vierge blanche, qui ne me quitte pas de ses grands yeux\nverts, hypnotiseurs, — que je sens par moments                  sourdre à ma bouche la folle\ntentation de mordre à belles dents, comme des reines-claudes, — et l’emportent\ndoucement   vers    leur    m ystérieuse      patrie.   Et   tandis qu’à la suite     du groupe\nangélique je nage dans l’océan éthéré, je contemple les quatre envoyés célestes :\ncelui tout de noir vêtu, blond, au regard caressant, est la Charité ; à côté de\nlui vole l’Espérance, à la robe verte parsemée d’étoiles d’or ; plus loin est                  la\nJustice, armée d’un glaive flamboyant, et suivie par la Persévérance, revêtue de\nla tunique des voyageurs. Et tous quatre, unissant leurs forces dans un fraternel\neffort, emmènent cette vierge tant            pure loin des autres mortels,         chez qui tout\nn’est qu’égoïsm e   et     vice, vers   les      très-hautes   régions du dévouement et        de\nl’amour.\n   Pendant que j ’interprète ainsi la signification de cette vision muette, nous nous\nélevons, rapides, vers l'inconnu. L a terre est déjà loin : sous nos pieds, la mer\nimmense, calme avec de petites vagues miroitantes au soleil, et tout là-bas, les\nlignes jaunatres    de la côte, où par-ci par-là on distingue les masses noires des\nvilles.\n   Nous arrivons bientôt au dessus d’un grand nuage blanc, cotonneux ; les anges\ny déposent leur fardeau, sans mot d ire ; puis s’envolent, rapides, et disparaissent\ndans l’immensité bleue.\n  Et je me retrouve        seul à seul avec la vierge blonde, qui longuement encore\nme regarde de ses beaux yeu x pers; ses lèvres de corail qui sourient laissent entre­\nvoir ses dents, telles des perles       fines;      enfin elle s’avance, vers moi   me prend le\nbras, s’y appuie, voluptueuse, et de la tête me fait signe de la suivre.\n   Un jardin   m’apparaît,      où des parcs          de fleurs   éclatent,   semblables   à des\namas de pierres précieuses. L a brise agite les muguets qui se cachent                     et les\ncampanules angelusantes; sur un fond de blancs lilas, des roses et des œillets\nrouges semblent des larmes de sang. Là-bas, très loin, des carrés de tulipes feu\net de jacinthes mauve pâle.\n   Et, silencieux, nous parcourons les sentiers solitaires; seul le frôlement de sa\ntunique fait se pencher les fleurettes et bruisser les herbes folles. Elle baisse vers\nle sol le regard mouillé de ses prunelles; et, pressant doucement sa main blanc\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                                          - 137 -\nde neige, aux ongles roses, je contemple, ému, ses cheveux blonds qui m’effleurent,\nagités par la brise enivrante, le charnel satin de ses épaules nacrées, son front\nauréolé, ses yeu x qui me fascinent — comme un phare les papillons nocturnes —\nqui ensorcellent mon bras à son bras, mon âme à son âm e.....\n   Puis, nonchalante, elle pose sa tête pure sur mon épaule, et me contemple\ntoujours, muette, de ses yeu x profonds et doux....\n   Soudain nous vient très lointainement une musique suave, le rythme berceur\nd’une valse, dont les mesures glissent autour de nous amoureusement, tel un vol\nde colombes        très   d o u ces, nous frôlent comme les battements d’un éventail       de\nplumes décom posées....\n   J ’enlace la taille souple et frémissante de la jeune fille, doucement — de peur\nde casser la tant frêle — et je l’emporte dans le tournoiement voluptueux de la\nvalse molle... Insensée passe notre danse à travers les allées ombreuses; nos pieds\nse détachent du sol, montent, planent sur d’invisibles ailes, tandis que pianissimo\nla musique rythme la valse jolie.\n   Lorsque nous nous arrêtons, épuisés, ma danseuse mi-pâmée, dépose sur mes lèvres\nbrûlantes un long, très long baiser, et, avec un regard chargé d’une folle ivresse,\nd’une extase infernale pour l’amour maladif, nerveux, de sa chair sapide, à pulpe\nde pêche, penchée sur mon épaule, elle murmure à mon oreille, d’une voix lasse\net frémissante : « Je suis... je suis ta bien-aimée!... »\n   L e premier moment de stupeur passé, éperdu, je                veux ressaisir ma blonde\namoureuse, l’étreindre. ., mais elle disparaît, et devant moi, au milieu de l’herbe\nfine, blanc, un lis inviolé monte vers le ciel, majestueux, comme un jet d’eau.\n   Et    tandis que je      reste là, pétrifié, l’œil fou,   les lèvres aphones, la     brise\nqui me lèche, chargée de senteurs capiteuses toujours m’apporte par bouffées le\nry thme berceur de la valse et le bruit des vagues; et parmi le babil des brins\nd’herbe, sorte du lis angelusant comme la voix très douce d’une mignarde sylphide\nqui soupire. « Je suis... je suis ta bien-aimée ! »\n\n\n   Je me réveille.. . Tout là-bas, la mer qui s’est retirée. A l’horizon, empourprant\nl’onde et le ciel de bandes de feu, le soleil aboli trempe dans l’eau salée le bas\nde son    disque érubescent.      Et   du bout de     la digue,    qu'un   monde   raffiné se\npressant autour du kiosque, emplit de bruit et de toilettes claires, faibles m’ar­\nrivent, jouées par la musique militaire, les dernières mesures de la \" Valse des\nValses „ de Strauss. .. que je venais de danger avec la vierge blonde.\n\n\n    Août 18 9 1.                                                            Louis D. B.\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "                                      - 138 -\n\n\n                     S E R E N A TA.\n   Venise dormait       A u loin, des chants de gondoliers, langoureux, infiniment\ntristes, mouraient dans la nuit. Des reflets de lumières papillotaient à la surface\nde l’eau moirée du Canal Grande, vaguement éclairé par une lune blafarde.\n   Un petit fanal rouge à l’avant, une gondole rasait les murs des quais; fendant\nsilencieusement les flots, elle vint se ranger près d’une maison de riche apparence,\nau balcon tout de fer forgé...\n   Un jeune homme sortit de la nacelle, s’avança sous les fenêtres. Il était seul,\nbien seul sur le quai désert. Tout se taisait; les embarcations se faisaient de plus\nen plus rares, les étoiles brillaient, semblables à   des lueurs de cierges sur un\nimmense voile de crêpe... Venise dormait.\n\n\n   Dans la quiétude du soir, une voix s’éleva, douce d’abord, passionnée ensuite.\nSous les fenêtres de sa maîtresse, Giacomo égrenait une sérénade amoureuse. El;\nc’était ainsi chaque nuit. L e chant montait, clair et harmonieux, puis, répété par\nl'écho, se perdait dans le lointain, plus faible à mesure, enfin mourait doucement.\nUne lumière brilla dans la maison silencieuse, une femme parut au balcon.\n   \" Paola „ murmura Giacomo.\n   \" Prends garde à     V ernezzi, dit Paola, si mon mari te voyait, ce serait fait\nde nous. „\n   L a lune les éclairait à flots, entourant d’un nimbe blanchâtre la belle Italienne.\nJolie brune aux yeu x profondément noirs, à la gorge d’albâtre mal emprisonnée\ndans un peignoir de satin rose, elle aurait pu représenter la fille des Capulets,\ntandis que son blond Roméo, à l’allure fière, drapé dans son manteau, l’attendait\nà ses pieds. Enivrée de ses chants, elle s ’était penchée au-dessus du balcon.\n   \" Encore „ murmura-t-elle.\n   Et de nouveau, dans la quiétude du soir, une voix s’éleva, douce d ’abord, pas­\nsionnée ensuite...\n\n\n   Un grand vieillard, tout de noir    vêtu, se       tenait debout derrière Paola.      Dansson\noubli de tout, elle ne l’avait point vu entrer,l’œil brillant, un sourire sardonique\naux lèvres. Vernezzi contempla longtemps sa femme, contenant mal sa rage, après\nquoi il fit signe à deux hommes qui l’accompagnaient. Ceux-ci sortirent...\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                                         - 139 -\nPaola, toute à son amour, souriait à Giacomo. Elle n’avait pas vu un grand vieillard,\ntout de noir vêtu, se tenant debout derrière elle.\n    Giacomo ne chantait plus. Captivé par la beauté de Paola, il restait là, dans\nune muette adoration, souriant à sa maîtresse.\n    Il ne prêta pas attention à deux hommes qui rôdaient le long du mur de\nl’habitation, et lorsqu’ils s’élancèrent sur lui, il n’eut pas le temps de crier.\n    Le bruit d’un corps tombant à l’eau, ce fut tout          Giacomo ne chantait plus.\n      Stockholm, août 18 9 1.                                        Louis V é h e n n e .\n\n\n                    MESSIDOR.\n                                                                    A UNE JEUNE FILLE.\n                         O h! regarde, charmante fille ,\n                          Voici le temps de la m oisson;\n                         Voici l'été, le soleil brille,\n                         L! oiseau chante dans le buisson;\n\n                         D ans les champs, levés dès l’aurore\n                         Ils s’en vont, les g a is moissonneurs :\n                         Ils sont joyeux, le matin dore\n                         L es blés m ûrs parsem és de fleurs.\n\n                         Il fa it chaud dans la plaine immense;\n                         L e soleil monte dans les cieux\n                         E t les fa u lx bruissant en cadence\n                         S e fo n t lourdes aux bras nerveux.\n\n                         Les champs sont remplis d'allégresse.\n                         — O S eig n eu r! bénis de ta main\n                         L es beaux épis, sainte richesse,\n                         Q ui doivent nous donner du p a in !\n\n                         L es blés se couchent : les javelles\n                         Semblent de loin des sillons d ’or.\n                         O h! comme les plaines sont belles\n                         Sous le soleil de M essidor!\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "                                           - 140 -\n                             Toute la nature immortelle\n                             Chante sous le ciel éclatant,\n                             Regarde, la terre est bien belle,\n                             O charmante f ille, et pourtant,\n\n                             S i le divin Maître des Mondes\n                             M'offrait la terre et ses splendeurs,\n                             La terre avec ses moissons blondes,\n                             Les épis dorés et les fleurs,\n\n                             Les horizons pleins de lumière,\n                             Les prés charmants, les champsjoyeux,\n                             Je lui rendrais toute la terre\n                             Pour un regard de tes beaux yeux!\n\n                                                                      A d . W esterm ann.\n\n\n\n\n          LAMBEAUDETACHED'UNEVIED'ARTISTE.\n      J ’étais allé par un matin de juin passer quelques heures chez mon ami le\npeintre Paul Didier.\n      Il habitait alors   une charmante campagne à l’orée du         bois de Tihange, au\nmilieu d’une superbe éclosion de fleurs et de piaillements d'oiseaux. Cette cam­\npagne était digne d’abriter         un peintre ! De folles clématites grimpaient les murs\nun peu frustes ; au toit s’agrippaient de gracieuses pendaisons de g^-cines. L ’éclat\nde     la façade quoique timidement        atténué par le vert des feuilles se détachait\nencore éblouissant sur les masses sombres du              bois. Dans les feuillaisons touf­\nfues se jouait et riait la lumière et sur l’exubérance des couleurs, éclatant dans\nles    parterres,   ruisselait   l’or du soleil.   L ’eau d’un petit étang se   moirait très\ngentiment\n      Je trouvai mon ami dans son atelier. D errière un amoncellement de chevalets\noù reposaient des tableaux, des toiles inachevées, des ébauches de toutes espèces,\ncouché dans une grande chaise longue de couleur sombre mangée par le soleil,\nPaul Didier lisait, la cigarette aux lèvres. Il pénétrait par la grande fenêtre un\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                      - 141 -\nbeau jour    qui bleuissait la fumée volutant dans      l'air, et rien n’était délicieux\ncomme la lutte des tons et des couleurs de toutes ces toiles posées là, au hasard.\n    En me voyant entrer Paul se leva, vint à moi, sa figure pâle un peu épanouie,\nles yeux écarquillés de surprise comme après un rêve, et me serrant nerveusement\nles deux mains :\n    — « T ien s, mon bon, que je suis content de te revoir! A près si longtemps!\nJ ’ai pensé à toi il y a quelques jou rs!\n   Je prétextai mes occupations, mon manque de temps. Puis insensiblement la\nconversation, une de ces conversations d'amis qui se retrouvent après un assez\nlong temps de séparation, battit son plein. On parla des affaires, d’art, des années\nenvolées. Et que sais-je? Enfin on parla de tout sans ordre et sans suite.\n    Paul causait avec une incroyable volubilité et franchement je l'écoutais très\ndistrait par tout ce qui m’entourait. Je trouvais un indéfinissable plaisir à contem­\npler toutes les toiles amoncellées devant moi et celles accrochées aux murs au\npapier fleuri. Elles symbolisaient en quelque sorte un lambeau de la vie du peintre.\n   Là, deux jolies colombes blanches aux aîles faiblement rosées se becquetaient\ntrès amoureusement. Plus loin,     un peu   voilée   d’ombres douces, une     colombe,\ntriste comme de beaux yeu x pleins      de larmes,    regardait   sa compagne morte,\ncouchée les aîles pendantes. C'était vraiment gracieux et peint avec beaucoup de\nfinesse. A côté de cela un paysage sombre, inquiétant de mélancolie, puis des\nfleurs jetaient des points éclatants et des portraits dont le regard obstiné vous\nfixe.\n   Parmi les portraits celui d'une jeune fille me frappa. Il me semblait fait avec\nplus de soins, plus d’art que les autres.    Paul Didier   s’aperçut de la sorte de\nfascination qu’il exerçait sur moi et une tristesse profonde se grava au fond de\nses yeu x.\n   — “ Tu la regardes, dit-il ; n’est-elle pas charmante? C ’est Madeleine A u v ry . „\n  Et comme je paraissais étonné du son étrange qu’avait pris sa voix en pronon­\nçant ce nom, il commença lentement :\n   \" T u sais que je n’ai pas toujours habité ici.    Ce n'est que depuis quelques\n„ années que j ’ai acheté cette campagne où avant moi Madeleine         A u vry   et sa\n» mère, veuve d’un peintre de quelque talent, que tu as peut-être connu, venaient\n» passer la bonne saison. Moi, j ’habitais l’été dans ce petit châlet que tu peux\n» apercevoir, là-bas, derrière ces grands arbres.\n   » Un jou r je   reçus une lettre de Madame A u vry . Elle me demandait si je\n» pouvais venir faire le portrait de sa fille. L a   lettre contenait des éloges dont\n» je n’ai jamais essayé de discuter la sincérité. Mais, vois-tu, à nous peintres,\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": "                                       - 142 -\n» notre cuirasse d'indifférence n'est pas très dûre et elle se troue vite sous les\n» éloges ou les flatteries, ce qui est presque la même chose. J'acceptai donc et\n» lui fis savoir que le lendemain j ’étais à sa disposition. A h! mon cher, je me\n» rappelle tout cela comme si c’était d’hier!\n   » C ’était par un matin tout mouillé de rosée que je m’acheminai jusqu’ici. J ’aperçus,\n» arrivé près de la grille toute vieille que je n’ai pas fait changer, Madeleine se\n» promenant lentement, par les allées sablées, appuyée au bras de sa mère. Tout\n» de suite je fus envahi par l’idée qu’avec un tel modèle je devais faire un chef-\n» d’œ uvre! Tu ris, mon ami! Tu n’as pas tort., car les artistes ont quelquefois de\n» folles idées! — et longuement il étreignit du regard le portrait et continua, s’animant :\n   — » C ’est que Madeleine était vraiment ravissante dans le radieux épanouisse­\n» ment de ses vingt ans. Si tu avais pu la voir! S u r toute sa personne s’épendait\n» quelque chose d’infiniment tendre et frêle, comme une vague langueur. Son teint\n» avait la pâleur douce des blancs œillets d'automne. Sous ses paupières presque\n» toujours à demi-retombées, scintillaient deux petits yeux d'une lumineuse sérénité,\n» reflétant la candeur de son âme et d’intimes tristesses. On aurait dit à la voir\n» en sa robe pâle et sous la blancheur des nues, quelque blonde vierge évocatrice\n» de rêves roses, descendue d'un beau vitrail de vieille cathédrale. »\n   A vec cette puissance d’évocation que possèdent presque tous les artistes, il la\nrevoyait non avec sa beauté réelle, mais ayant en elle quelque chose de céleste.\n   » Ce fut donc ce matin là que je commençai le portrait de Madeleine, de ma\n» chère Madeleine. Je dis ma chère, car je l’adorais, non pas comme un artiste\n» aime tout ce qui est beau, mais j ’éprouvais pour elle un amour inexplicable qui\n» me tenaillait le cœur.\n   » Il avait été   convenu que pour ne pas se fatiguer, Madeleine ne poserait\n» qu’une heure par jour et, mon        cher, toutes mes journées se passaient dans\n„ l’attente de cette heure délicieuse. Madeleine était là, devant moi, me regardant\n» de ses yeux si impressionnants que je me demande aujourd’hui comment je suis\n» parvenu à reproduire aussi fidèlement ses traits sur cette toile. Lentement nous\n„ nous étions laissés aller à échanger quelques mots sur nos manières d’envisager\n„ l’art. Elle avait des idées d’une naïve originalité dont j ’ai maintes fois profité, je\n» ne te le cache pas. Puis, de temps à autre la mère venait craintivement m’encourager\n„ et me féliciter! Oh!     les belles heures j ’ai vécues alors!   Cela s’incrusta pour\n„ toujours en ma mémoire.\n   „ Mais j ’avais remarqué    que ces séances fatiguaient Madeleine outre m esure.\n„ Cet éréthisme s ’exaspérait en elle en des souffrances. Sa pâleur augmentait et\n„ le   flot de ses pensées coulait plus lent, parfois plein de        mornes tristesses.\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                                                       - 143 -\n „ Souvent, très souvent, elle se levait pour voir son portrait, me donnait des\n „ conseils, se trouvant très belle, prétendant que je flattais le modèle. Et elle\n „ se contemplait avec des ravissements d’enfant!\n     „ Un jour je la trouvai plus pâle encore que la veille; la langueur continuait à\n ,, consumer son pauvre petit corps. Elle vint lentement se regarder, derrière moi.\n „ Je sentis sa main appuyée sur mon épaule, car elle n’avait plus la force de se\n „ soutenir. J ’entendais mon cœur battre fébrilement à en rompre ma poitrine et de sa\n„ voix suavement affaiblie, comme venant des profondeurs les plus voilées de son\n„ âme, elle me murmurait « Vous avez du talent! Oh! oui, beaucoup!\n     „ Le lendemain, je devais donner le dernier coup de pinceau à son portrait.\n „ J’éprouvais en même temps de la joie et un profond chagrin, car je n’allais plus\n„ me trouver auprès d’elle! Et ces heures m'étaient si douces! Quand j ’arrivai elle\n„ m’attendait avec sa mère. Madeleine resta silencieuse avec dans le regard une\n„ douleur résignée. La séance se prolongea un peu et quand j ’eus fini elle se leva,\n„ vint encore se regarder, fut charmée. Ses joues devinrent d’un rose terne, puis\n „ reprirent leur pâleur. Ses lèvres ébauchèrent un sourire de contentement; ses\n „ paupières à demi-retombées déjà, se fermèrent doucement et, avec un impercep ­\n„ tible frisson, elle mourut dans les bras de sa mère, comme un petit oiseau tombé\n„ de son nid, meurt sans le moindre battement d’aile. »\n     Paul s’était tu et tous deux nous regardions ce portrait qu’il avait conservé. En\nme retournant vers mon ami, je vis une petite larme irisée par le soleil glisser\nle long de sa joue. Et pour repousser cette tristesse qui nous envahissait, je lui\ndis en riant un peu :\n     — « Viens, Paul, nous irons prendre l’air! »                           J. D. G.\n\n\n         BIBLIOGRAPHIE.\n                                                                   une m élancolique im pression et en mêm e tem ps un\n     A     travers les Revues.\n                                                                   charm e. L e rythm e est étrangem ent m usical. C es\n                                                                   v e rs sont faits de beaucoup de poésie et se prêtent\n   L a Je u n e B e lg iq u e (n ° d ’ a o u r) publie une belle   difficilement à l’A n alyse. Citons :\np age de G eo rges Eekhoud, sous le titre: Les Croix\nprocessionnaires, m orceau qui caractérise bien la\n                                                                            — Le silence est effrayant,\nsubtile et com plexe personnalité de cet écrivain,\n                                                                            Il est béant le lent silence !\nun des ferven ts de la Je u n e B elgique II y a quel­\nque chose d'hallucinant dans cette sarabande des\ncro ix tristes; c’est écrit avec une v e rv e un peu dou­                   Comme un morceau de gel,\nlou reu se m ais infiniment obsédante.                                      L a lune aussi du fo n d du puits\n   L a L e c t u r e des “ Vers,, d’Em ile V erh aeren laisse ;             Descend son visage éternel.\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "                                                                  - 144 -\n          Mou cœur est un quartier de chair,                              revu e dont les collaborateurs sont p resque tous\n          Un bloc de viande sanglante,                                    d es bu veu rs de ciel bleu !\n                                                                             L a re vu e du Dauphiné en com pte de bons parm i\n          Mon coeur il bat au fo n d du puits\n                                                                          s e s collaborateu rs et m algré cet e sp èce de m épris\n          Contre un morceau de lune ardente,                              m êlé de pitié qui s ’attache à tous ceu x qui se p e r­\n                                                                          m ettent de crucifier quelques v e rs su r le p apier,\n          Le silence et le g ra n d froid,\n                                                                          ils continuent à en ciseler et souvent de très-\n          E t par la nuit le pâle effroi,                                 délicats. R em arq u é ceu x de G u stave R iv et, de\n          D'un ciel plein d’astres en voyage.                             C h arles Niemand et de L . N. Cham pion et Paul\n                                                                          Durand.\n  Nous le répétons, ces v e rs ont une douce atti­\n                                                                                                         »\nrance, certain s ont un relie! saisissan t d’originalité,                                               * *\n\nsont bien éloignés des terrains éternellem ent\nbattus et on les sent écrits p a r un vra i poète.                           L a Revue Belge (15 A o û t & 1 r S e p t e m b r e ) . R ien\n  Ce fascicule contient encore de bons v e rs de                          de bien saillant dans le s deu x dern iers num éros.\nFerdinand H érold : “ Du Vitrail des Maintes. „                           L e Lamento de Ch. B eltjen s a vraim ent une étendue\n                                                                          dém esurée pour un tel sujet. A u milieu de v e rs\n                                 *\n                             ♦       *                                    lourds se dégagent quelques p assa g e s délicats.\n                                                                             A sign aler un article Bossu et et la Question sociale\n  La Mercure de France                   (n °   de   S e p te m b re ).   signé Ch. Tilm an et Les Etoiles de P au l D elh aye,\nT o u jo u rs très in téressan te cette revu e. D ans ce                  seulem ent elles sont un peu trop froides ces étoiles :\nd ern ier num éro nous avo n s rem arqué : “ Caquets\nde Ménage „ de Ju le s R e n a rd ; “ Anniversaire „ de\n                                                                          E t dans mon cœur ravi surgit alors l’ idée\nJe a n Court et \" Calvaire Immémorial „ de Saint-\n                                                                          De pouvoir, en un jo u r mille fo is désiré,\nP ol-R ou x.\n   L e second d es ces articles ren ferm e une pitto­                     Asservir à tes lois tout mon être enivré,\nresqu e description de taverne. S o u s les asso m b ris­                 P a r ton subtil parfum de v ier g e impossédée.\nsem ents du jo u r tom bé, une lum ière violacée suinte\nau tra v e rs des vitrau x, baignant d’une clarté                         Mais, ô fatalité qui toujours me poursuit!\nvagu e le s b u veu rs aveulis. Il y a dans ces quelques                  J e lis dans tes yeux clairs, blonde et pâle rêveuse,\np ages de réelles qualités de facture et d’ob ser­\n                                                                          Qu’il ne tressaille en toi nulle fibre amoureuse,\nvation.\n   P lein s d’originalité le s v e rs Sphinx de G erm ain                 E t que mon rêve, hélas! s’éteindra dans la nuit!\nN ouveau :\n                                                                             L a France Moderne (N° des 7 et 23 A o û t ) est\n          \" Toutes les femm es sont des reines :                          encore endeuillie. L ’oraison funèbre de Je a n L o m ­\n          Impératrices souveraines,                                       bard, son réd acteu r en chef, rap pelle sa vie et le s\n                                                                          luttes qu’il a en trep rises pour se conquérir la p lace\n          E t grisettes de magasin,\n                                                                          qui lui était due- dans les lettres. S a fécondité fut\n          E t premières communiantes,\n                                                                          prodigieuse bien que m ort à 37 ans. S e s œ u vres\n          Après comme avant si liantes                                    sont: A d el,poèm e, Lois Majoures, roman de m œ urs\n          Avec les lèvres du cousin. „                                    politiques p ro vin ciales; Agonie qui reconstitue\n                                                                          R o m e en décadence au temps d’H éliogabale et\n   11 y a de la grâce et de la d élicatesse dans ces                      Byzance ou l’Em pire d’Orient, sous le règne de\nv e rs , dictés dans le ravissem ent d’une adoration                      Constantin Capronym e. D e plus, il était su r le\nque nous ne discuterons p as ici — de la fem m e des                      point de publier Un Volontaire de 92 et Communes !\nreines comme dit Germ ain N ouveau.                                       Communes! où il nous m ontre les conditions\n   E t ce n’est point tout, citons encore les deux                        d’existence des bourgeois et des m anants à\nBallades et V endredi-Saint de L au rent T ailh ade.                      l’époque qui p ré cé d a directem ent l’affran ch isse­\n                              *\n                                                                          ment des Com m unes. R em arq u é encore dans c e s\n                             * *\n                                                                          num éros : la Vigne de J . M azade et Propos Théori­\n                                                                          ques de R en é Ghil.\n  Le Sylphe (n° d e J u i l l e t ) . A v e c quel effarem ent\nles bons bourgeois qui se soucient fort peu de tous\nces rê v e s éthérés de poètes, doivent vo ir cette                                                                          J . D. G.\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": ""}, {"page_pdf": 185, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 9, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1891-09", "signet_source": "Première année - N°9 - Septembre 1891", "preuve": "Numéro lu sur la couverture, PDF 166 (« Première Année. N° 9 ») ; le mois imprimé AOUT est biffé et remplacé à la main par « Septembre » avant 1891, lu sur l'image.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}