{"numero_id": "ulb-reveil-1892-03-n3", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "articles": [{"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-001", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Deuxième Année — N° 3 M A R S 1892", "ancre_fin": "FRANÇAIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "S O M M A IR E H u b e r t", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 283, "texte": "Deuxième Année — N° 3                                                      M A R S 1892\n\n\n\n\n     LE\n        RÉVEIL\nRevue mensuelle de Littérature &d'Art\n             P U B L IÉ E S O U S L E S A U S P IC E S DU C ERC LE L IT T É R A IR E FRANÇAIS\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-002", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "S O M M A IR E H u b e r t", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 84, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 283, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "S O M M A IR E\nH u b e r t S t i e r n e t .L e Voyage.\nF e r n a n d S é v e r i n ................ Vers.\nR o d r ig u e S é r a s q u i e r . . .                . M usée.\nA lfr e d L avach ery                   .. . .            L e R o i est m ort.\nP i e r r e D é v o l u y E n les H a sa rd s...\n                          .\n\n\n\n\nF r é d é r i c F r i c h e L es L auriers.\n                          .\n\n\n\n\nC a r l o s d u F a y ............................... Sym phonie Blanche.\nG e o r g e s T o u c h a r d ......................... P rofils d'am oureux (suite et fin ).\n\n                  Chroniques T héâtrales, L itté r a ire s, etc.\n                                  Tablettes\n\n\n\nAbonnement : Belgique, un an 5 francs. (Pour l’étranger, le port en sus).\n                          L e n u m é ro : 5 0 centim e».\n\n\n      Rédaetion : Rue de Flandre, 71, GAND.\n                                  TOUS DROITS RÉSERVÉS.\n\n\n\n                  G and, imp. à vapeur F . 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Deffernez, Ch. Delchevalerie, E ugène Demolder, Joseph D esgenêts,\nMaurice Desombianx, P ierre D evoluy, Carlos du P ay, Charles Frappart,\nFrédéric F riche, Valère Gille, Arnold Gofîin, Pierre Hancart, José Hennebicq,\nGustave Eahn, Hubert Krains, A lfred Lavachery, Camille Lemonnier, Léon\nLucy-Mar, Paul M., Maurice Maeterlinck, Georges Marlow, Géo Mauvère,\nFrancis N autet, Jean N ovis, Panl Redonnel, Georges Rodenbach, Fernand\nR oussel, Rodrigue Sérasquier, Fernand Séverin, Charles S lu yts, Hubert Stier-\nnet, Georges Tonchard, Franz Troch, Louis Véhenne, A uguste V ierset,\nAdolphe We8termann, etc.\n\n\n\n\n     L e Réveil ne publie que de l’inédit.\n\n     Les manuscrits ne sont pas rendus.\n\n     Les collaborateurs sont responsables de leurs articles.\n\n    Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire\nparviendra à la rédaction.\n\n     Les journaux ou revues qui désireraient faire l ’échange sont\npriés de s’adresser à la rédaction.\n\n                                                            ----\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-004", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1277, "fin_caractere_exclue": 1455, "texte": "BOITE AUX LETTRES.\n    P. R. Montpellier. — Avons reçu envoi; soumettrons au comité\nde Rédaction.\n    A. Y. Saint-H ubert. — Idem.\n    A. W. 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Dans\n         l ’oubli des choses qu’engendrent les minutes heureuses,\n         j ’ignorais le point de départ de mon voyage, son but, sa\ndurée. Mon corps suivait mon âme qui voguait sur un lac de béati­\ntude, telle une amoureuse dans une barque de fleurs et de parfums,\nà la surface d’une eau bleue, tranquille et sans rives. Mon cœur\ndérobait à la nature des trésors inconnus de générosité. Aucun\nêtre humain n ’affligeait mes paysages de bonheur, et le monde\nretrouvait pour mes yeux sa naïve clarté d’aube. Des harmonies\ninattendues partout accompagnaient mes rêves : des eaux songeuses\nglissaient leurs regards de ciel entre de voluptueuses verdures, de\ndoux chants d’oiseaux s’épandaient en frissons d’allégresse.\n   Mes yeux éblouis se reposèrent sur les gazons infinis aux courbes\nmolles. Déjà le spleen des complètes satisfactions m’inquiétait,\nlorsque j ’arrivai au sommet d’une colline : à mes oreilles, résonna\nun formidable hosanna, le hosanna de toutes les blancheurs de la\nterre, réfugiées dans l’âme de cet incommensurable champ de lis et\nde roses neigeuses. Au plus loin que percevaient mes yeux, ondulait\nla mer de pureté : les fleurs innombrables et frémissantes exhalaient\ndes senteurs troublantes, se pressaient, se parlaient en un bruisse­\nment, s’enlacaient, en guirlandes éthérées prenaient leur vol ou,\nhérissées, échevelaient au ciel leurs pétales las de chasteté.\n   Des lis, des roses blanches, des lis, des roses blanches... et le\nfleuve candide courait là-bas baigner l’ivresse rouge du soleil tombé.\n   Mes pas, un instant suspendus par le ravissement, foulèrent à\nregret la miraculeuse floraison où n’apparaissait aucun sentier ; et\ndans les tiges souples qui se ployaient, dans les corolles qui s’écra­\nsaient, je voyais des tailles de jeunes filles et des cœurs d’enfants,\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2504, "texte": "66                             LE RÉVEIL\n\n\n\n\n Ce sacrifice d ’innocences m uettes m’ém ut à l’égal d’un crime.\n Cependant l ’athm osphère chargé des lourds effluves berça doucement\n mes sens en un délicieux état de sommeil lucide. L’horizon m ’attirait\n irrésistiblem ent et mes pas s’accélérèrent sans souci de la fatigue\n inévitable.\n    Soudain, je m’a rrê ta i... Le soleil avait-il disparu? Maints efforts\nme fu rent nécessaires pour am ener à l ’évidence la réalité du phéno­\nm ène qui pouvait s’être accompli depuis bien longtemps déjà; car,\nje me rendis compte que j ’avais conservé au fond des yeux l’héroïque\nvision du couchant.\n    Le ciel pourtant é ta it d ’un gris uniforme et opaque ; je me baissai\npour chercher une consolation dans le suave contact des corolles :\nle sol était couvert de neige, de neige blanche et froide           Je me\nreto u rn ai, re g rettan t le paradis des roses e t fus étonné de le voir\nsi loin de m oi; je m ’en rappelai tous les enchantem ents, ce souvenir\nm ’accabla d’une tristesse am ère : pourquoi avais-je m arché si vite?\nE t la pensée de rebrousser chemin ne me naquit même point, car en\ntoutes les fibres de mon être frém issait l ’impatience de nouveaux pas.\n    La neige, toujours la neige, sous un ciel im pitoyable.... P eu à\npeu, mes jam bes s’engourdirent : mon pied glissa, je tom bai; en\ndépit d’une vive douleur, me relevant aussitôt, je continuai sans\nrelâche. Trois nouvelles chutes successives me m irent les genoux\nen sang. La souffrance fit crier ma bouche, mais ses griffes glissèrent\nsur le m arbre de ma volonté. Cependant, m algré le rude combat, je\nsentais le découragem ent s’introduire en tra ître dans mes veines.\n    Mes yeux, d’un regard désespéré trouèrent les ténèbres : au loin,\nune masse plus sombre s’accusa, dont les contours vagues faisaient\nun tem ple fantastique bâti dans la n u it avec de la nuit plus noire.\nLa forme entrevue me convainquit presque de l ’existence d ’un\ngigantesque mausolée, et cette idée que je m ’acheminais vers la\nm ort tout à coup ranim a mes forces et me réjouit parce qu’elle me\nsauva de la terrifiante perspective des errem ents sans but. Les\nheures se traîn è ren t douloureuses : dans l ’obscurité, rien ne se pré­\ncisa; mes muscles fléchirent; les chutes cruelles se renouvelèrent..;\nquand, au sommet du m onum ent ténébreux qui ne liv ra point son\nénigme, s’irradia une lum ière d ’une intensité extraordinaire; elle se\nrépandit en un instant dans l ’immensité de la campagne neigeuse\n"}, {"page_pdf": 88, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2501, "texte": "                               L E RÉVEIL                             67\n\n\n\n\nqu’elle parsem a de mille feux, semblable à 1111 je t éblouissant de\nliquides pierreries. Ce fut rapide comme une chute d ’étoile et, pen­\ndant ce tem ps, il me sembla apercevoir çà et là, au loin, partout,\ndes points mobiles qui pouvaient être des hommes et qui suivaient la\nmême direction que moi. La m arche s’acharna vers l’astre m ysté­\nrieux dont l ’éclat si tôt m ort avait rempli mon âme et lui avait fait\noublier sa guenille lam entable. Je nourris ma résistance au souvenir\nde l’éclair disparu et longtemps la neige resta un tapis étincelant.\nPuis, une douce illusion me la m ontra d ’une divine roseur dont la\ncause pas une seule m inute ne me fut suspecte. E tait-ce point pour­\ntan t mon sang qui lui donnait cette teinte et le sang d’autres, avant\nmoi passés p ar ces chemins? Non, c’était de la neige rose et lumi­\nneuse et je frémis du bonheur qu’il y au rait à se perdre, à se\ndissoudre en cette belle neige rose, plus lum ineuse que l ’horrible\nciel g ris... Mais cet éclat, me cria une voix, n ’est qu’un vague reflet\nde l ’astre que tu ne vois plus et qui est là, vers lequel tu m arches...\nVa! — Grâce! Je suis à bout de forces, je n ’arriverai point, mes\nmembres sont déchirés, je doute__\n   Oh ! Dieu ! la lum ière !\n   A insi, chaque désespérance est relevée d ’un rayon qui brille à\npropos, puis, s’éteint, et les phases d’agonie lente et bénie se\nsuccèdent. Le chem in m onte, m onte, devient abrupt. Le m onum ent\ndes ténèbres a disparu; il n ’a jam ais existé, l’illusion m ’a trom pé;\nc’est ce calvaire que j ’entrevoyais. M aintenant je 11e suis plus seul\nà le grav ir : beaucoup d’autres, comme moi, ten ten t l ’escalade,\nexténués, les chairs en lam beaux, mais, m uets et les yeux brillants\nobstiném ent levés vers le sommet de consolante mais fugitive\nclarté. Parfois, rapide, sans cri, quelque chose passe à mon côté,\nroulant vers le bas : un compagnon plus avancé, a fait un faux p a s...\nLe nombre se restrein t à mesure que l ’on m onte, mais, les chutes\nne découragent personne. Parfois aussi, mon pied rencontre un\npoint ré sista n t; j ’appuie fortem ent pour m ’élever et 11e veux point\nsavoir que ces escaliers naturels sont des corps dont l’âme seule\nacheva l ’ascension.\n   J ’aperçois le sommet et je n ’approche point encore; le ciel au-\ndessus est moins g ris; la lum ière n ’apparaît plus : était-elle donc\naussi un m irage? P eut-être, charitablem ent réfléchi, l ’inexpri­\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1180, "texte": "68                             LE RÉVEIL\n\n\n\n\nmable faisceau formé des trillions de regards que dirige l ’hum anité\nvers cette m agnétique hauteur? — Des hommes sont là-h au t, les\nh eureux! Ils touchent au but, dirait-on, et rien ne révèle leur joie;\nils gardent l’attitude d’aspiration dolente de ceux qui les suivent de\nloin; le visage tourné vers le haut, ils avancent toujours. Je\ncrois les reconnaître : ce sont des gens célèbres. Dans ce qu’ils\np o rten t, — des livres, des tableaux, — gît une parcelle de cette\nlum ière sem ant l’espoir dans les champs neigeux où piétinent les\nhom m es... D’autres voyageurs, dont je n ’aperçois plus que le buste,\nla tète, descendent déjà le versant opposé de la m ontagne...\n   Dieu! quelle peine! Impossible d ’avancer, le pied me m anque......\n   A h ...!\n   — L ’effroyable chute que je venais de faire en rêve, m’éveilla.\nT rem blant de la secousse morale produite par cette trop brusque et\nstupéfiante vision, je me levai et, bravem ent, me remis à m archer\ndans la plaine neigeuse aux horizons immenses.\n\n                                              H ubert   Stie r n e t .\n       Janvier 1892.\n\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 68, "page_fin": 69, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Séverin", "ancre_debut": "VERS M on cœ ur chante", "ancre_fin": "S év erin.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Musée P o u r C arlos", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 89, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 1180, "fin_caractere_exclue": 1719, "texte": "VERS\n     M on cœ ur chante, ce soir, devant la m er p lu s belle :\n          « S i les vagues ne p a rlen t que d'elle,\n          Qu'elle vienne à la p la in te des va g u e s! »\n  L e u r do u x prélude obscur a d it tes grâces vagues,\n  M ais j e suis las, ô reine, et ve u x ta visio n !\n     V ie n s! que ce calm e soir te ceigne de rayons.\n  N o u s t ’avons bien rêvée en ta robe nuée,\n  F rêle rêve de reine a u x tresses dénouées,\n  E t le charm e épandu de tes y e u x sérieux,\n  E t les flo ts subissant tes pieds harm onieux,\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 502, "texte": "                          L E RÉVEIL                                            69\n\n\n\nM ais, ô seul rayon vra i d 'u n rêve que nous eûmes,\nPose ton clair vol d ’ange en la jo ie des écum es!\nJ e suis triste, et te p leu re , hélas! com m e autrefois :\n     « S i le soir n ’est si beau que p o u r toi,\n     S o is docile à l'appel d 'u n tel soir. »\nE t m on cœ ur exilé chante son va in espoir.\n\n  1890.                                    F ernand         S év erin .\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-007", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 69, "page_fin": 69, "titre_corps": "Musée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Rodrigue Sérasquier", "ancre_debut": "Musée P o u r C arlos", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 502, "fin_caractere_exclue": 1371, "texte": "Musée\n\n                                                 P o u r C arlos   du   F ay.\n\n\n\n\n    Tout d'abord des senteurs de moisi, de poussière.\n    Des vitrines s'élevant jusques aux plafonds,\n   Renferment des oiseaux teintés en mille tons,\n   Flamants grêles et canards traînant le derrière.\n\n   Le milieu de la salle où mon pas solitaire\n   Clair sonne, est occupé par les squelettes longs\n   D'immenses cétacés. A côte, des lions\n   A la gueule initiante, aux yeux brillants de verre.\n\n   Dans les casiers vitrés sont : squelettes vernis,\n   A nim aux empaillés, noirs, bruns, grands et petits,\n   Foule sombre et par endroits qu’un dos clair bigarre.\n\n    E t là près des bocaux, un héron au long col,\n    Qui regarde, étonné, submergé dans l’alcool,\n    Grimacer un fœ tus étrangement hilare.\n\n                                  R o d r ig u e S é r a s q u ie r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-008", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 70, "page_fin": 76, "titre_corps": "Le roi est mort", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Alfred Lavachery", "ancre_debut": "Le roi est mort eL vieux Machureau", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "Le roi est mort\n\n          eL vieux Machureau liait des fagots dans les bois de Corbion,\n            quand vint à passer sur la route le facteur de la poste qui\n            lui dit à travers le taillis, comme une grande nouvelle :\na Le roi est mort! » et continua son chemin. De quoi, le vieux\nMachureau ayant pensé : a Ah bien ! si le roi est mort, je vas me\nreposer un brin, » s’assit sur un fagot, tira de sa poche un bout de\npipe en terre noire, l ’alluma, en couvrit le fourneau d’un couvercle\nde cuivre et se mit à fumer lentement.\n   Il avait la mine d’un finaud, le vieux bûcheron, avec ses petits\nyeux d’un brun roux, son nez long et mince, ses lèvres fines dont les\ncommissures rejoignaient en un pli circulaire son menton en galoche;\nil avaitla mine aussi d’un brave homme pas trop malin, — à volonté.\n   En fumant, il regardait le dessous des bois.\n   L’automne commençait à rougir la verdure et l’on entendait les\ndoux sifflements des rouges-gorges; de gros coups de vent faisaient\ncliqueter contre terre les premières feuilles mortes, puis roulaient\ndans les profondeurs lointaines.\n   Après une longue rêverie, le vieux Machureau se remit à l’ou­\nvrage, mais une idée lui était entrée dans la tête à la suite de la\nphrase : « Le roi est mort, » et il attendait impatiemment la vesprée.\nAlors, jetant sa veste sur ses épaules, il s’enfonça sous la futaie par\ndes sentes à lui seul connues et gagna sa chaumine à l’orée des bois\nde France. A sa femme et à son fils, le grand gars aux yeux de\ncolombe, il dit : « Le roi est mort. »\n   Et sa femme leva de grands bras au ciel.\n   Lui, sans faire attention à ces jérémiades, toucha son fils d’un\nregard de m aître, qui emmena le jeune homme à sa suite dans un\nenclos qu’ils avaient autour du logis. Là, clignant des yeux dans les\nyeux du grand gars : « Puisque le roi est mort, dit-il, c’est le\nmoment de faire un bon coup, m’est avis. » Et il ajouta jovialement :\n« Va décrocher le fusil de dessous le chaume, mon fieu ! »\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "                              L E RÉ VEIL                             71\n\n\n\n\n    — Jésus, mon Dieu! gém issait la femme à M achureau quand son\nhomme re n tra dans la maison.\n    — Suffit! gronda le vieux en s’affalant sur une chaise au coin de\nl ’âtre. Ça ne renverse pas notre m arm ite, qu’il soit m ort, n ’est-ce\npas? Donc, suffit!\n    Le grand gars étan t ensuite descendu de l ’étage avec le fusil, il\nlui fit signe d ’approcher, exam ina l ’arm e, en fit jo u er la batterie\net, la ren d an t à son fils : « Tu as la poire à poudre? dem anda-t-il;\net les chevrotines? et les capsules?\n    — Je les ai, répondit-il; m ais qu’est-ce que cela fait que le roi\nsoit m ort!\n    — Tu as peur? dem anda le vieux.\n    Le grand gars se contenta de sourire.\n    — Tu sais où il est? re p rit le vieux.\n    — Si je sa is!...\n    — Bonne chance alors !\n    Le grand gars avait démonté le fusil et s’en était accroché la\nbandoulière autour du cou, de sorte que la crosse pendait d ’un côté\net le canon de l ’autre, dissimulés sous sa blouse bleue.\n    Il était parti avant la chute complète du jo u r, parce que la\nroute était longue et qu’il com ptait s’a rrê te r aux environs de la\nferm e des Mouches. C’était la fille de là qu’il aim ait, le grand gars\naux yeux de colombe, — la belle A nnette R osier rencontrée aux\nfêtes de village et qui volontiers acceptait sa main pour descendre de\ncarriole. Il s’était dit : « C’est donc qu’elle n ’a pas de fierté, puis­\nqu’elle accepte les politesses d’un porte-balle? » E t cette pensée,\njointe à la beauté d’A nnette, l ’avait bientôt induit en tentation\nd’amour. Il s’en était féru tout de bon, sans oser, par pudeur de\npauvre h ère, lui sonner m ot de l ’aventure. A vait-elle pourtant\ndeviné le gros secret? Le grand gars s’en faisait mille questions,\ntout en allongeant le pas sur les sentiers devenus sombres.\n    Quand, arrivé sur la grand’route, il aperçut les bâtim ents de la\nferme, il délibéra s’il irait tout unim ent frapper à la porte et\ndem ander à p arler à Mamzelle A nnette; ou bien s’il attendrait\nqu’un varlet en sortît, qu’il chargerait de faire le message. Il se\n décida pour le second parti. Son ennui dès lors fut d’attendre et\n l’autre en même tem ps lui revint : que son père, qui depuis des mois\n l’avait laissé tranquille, l’eût envoyé au bois juste ce soir-là.\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2205, "texte": "72                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\n    — Le roi est m ort! Le roi est m ort! se disait-il. E t c’est pour\ncela qu’il m ’envoie au bois? Le vieux est trop m alin, cela n ’est pas\nbon : il nous en cuira un jo u r ou l’autre.\n    Il entendit bientôt les aboiem ents des chiens de garde, Copeau et\nZoulou. Il guetta et, à la longue, il v it sur la blancheur de la route\nune ombre grise informe encore : ce devait être Lebraque qui habi­\ntait Bouillon et avait permission tous les trois jo u rs de retourner\nvoir sa femme. Le grand gars se leva vitem ent et se dirigea vers\nl’homme.\n    — C’est toi, Lebraque? cria-t-il.\n    — Hé! ho! qui va là? demanda l ’homme effrayé.\n    — M achureau, répondit-il en rian t.\n    — Trébleu ! fit l’autre avec hésitation.\n    Mais le grand gars avait eu le tem ps de l ’accoster et de se faire\nreconnaître.\n    — Lebraque, mon garçon, rep rit-il, si tu veux me faire plaisir,—\net à charge de revanche, tu sais : j ’irai faire bientôt mes achats\nd ’hiver à Bouillon, — retourne à la ferme et fais savoir à Mamzelle\nA nnette que je voudrais lui dire un m ot. J ’attendrai dans la traverse.\n    — V olontiers, répondit Lebraque en tournant sur ses talons.\n    Le grand gars l ’accompagna jusqu’à une portée de fusil de la\nferme. Il fallait, pour y arriv er de la route, faire un grand bout de\nchemin à trav ers les cultures. Le grand gars s’arrêta au milieu,\napercevant de là l’énorme porche béant. Une lumière allait et venait\ndans la cour et, en la voyant, il pensait à sa vie parfois si dure de\ncolporteur, dont il au rait ta n t de plaisir à se reposer dans la belle\nferm e, avec la gentille A nnette pour lui faire rire le cœur.\n    — A bas, Zoulou ! A bas !\n    C’était la voix d’A nnette, — le grand gars l ’avait trop avant dans\nl ’oreille pour ne pas la reconnaître. Il m archa prestem ent à la re n ­\ncontre de la jeune fille qui venait à lui avec Lebraque. Quand il les\nvit ensemble, le varlet leur souhaita le bonsoir et s’éloigna.\n    — C’est gentil à vous d’être venue, Mamzelle A nnette, dit le\ngrand gars.\n    — Ne me rem erciez pas, répondit A nnette gaîm ent. E ntre amis,\non cherche à se faire plaisir.\n    — Vous voulez donc bien que soyons amis?\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "                              L E RÉVEIL                              73\n\n\n\n\n   — Vous ai-je jam ais parlé autrem ent?\n   — Non, bien sûr, re p rit-il; et c’est justem ent pour cela, con­\ntinua-t-il sur un ton d’hésitation, qu’il m ’est venu des id ées....\ndes idées de mariage.\n   — Cela n ’est pas défendu, fit A nnette rian t toujours.\n   — Mais c’est avec vous, Mamzelle A nnette, dit-il.\n   — Je pense bien, dit-elle.\n   — Vous me voudriez bien pour m ari? s’écria-t-il, et, se rappro­\nchant, il lui p rit la taille.\n   A nnette se dégagea de l ’étreinte du jeune homme.\n   — Ce n ’est pas tout de s’em brasser, lui dit-elle. Nous avons\nd’abord à penser au père Rosier.\n   — Il ne sera pas fier de moi, sans doute, répondit-il avec\ntristesse.\n    A nnette se h âta de reprendre : « Il ne s’agit pas de fierté comme\nvous l’entendez. Un gars habile et travailleur sera toujours le bien­\nvenu chez nous. Mais le père ne serait pas fâché tout de même si\nson gendre pouvait lui arriv er avec un sac de napoléons : — affaire\nde m ontrer qu’il estime son fils à un bon prix.\n   — Des napoléons, moi? fit le jeune homme comme frappé d ’un\ncoup en pleine poitrine; je n ’en ai point; nous n ’en avons point à la\nmaison, — j ’aime m ieux vous le dire franchem ent, Mamzelle\nA nnette. E t, s ’il en est ainsi aujourd’hui, il en sera encore ainsi\ndemain et toujours.\n    Il se détournait d ’elle en parlant et frappait le sol du pied. Elle,\nm achinalem ent, s’était reculée ju sq u ’à la haie, d ’où elle arrachait\ndes brindilles d’aubépine qu’elle cassait entre ses doigts.\n    — Quoi faire? m urm ura-t-elle enfin.\n    — Il n ’y a rien de rien, répondit-il; c’est le sort !\n    Sa voix était devenue sourde. Dans le silence, les morceaux de\nm étal suspendus au-dessus des champs de pommes de terre pour\n effrayer les sangliers, sonnaient en s’entrechoquant.\n    Le grand gars écouta.\n    — Allons! fit-il. C’est en passant devant chez vous que l’idée\nm ’est venue de vous parler. J ’aurais m ieux fait d’aller tout droit\n mon chemin.\n    Rapidem ent, elle vint à lui.\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2380, "texte": "74                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\n    — Où allez-vous?\n    Et, tâtant de la main par dessus le sarrau, elle sentit la crosse\n du fusil. — « Ah! malheureux, reprit-elle, je devine. » Il l’avait\n saisie dans ses bras; elle l’écarta.\n    — On pardonne la pauvreté, fit-elle; mais la prison et le dés­\n honneur, je ne les pardonnerai jamais.\n    Elle s’était enfuie avant qu’il eût songé à la retenir. Un instant,\n il voulut la suivre, mais les chiens de garde, entendant venir un pas\n étranger derrière celui de leur maîtresse, aboyèrent avec fureur,\n et il rebroussa chemin.\n    Quand il se retrouva sur la route, tout son sang sauvage lui\n rem ontant à la tête, il ju ra terriblement.\n    La nuit était venue. Il s’arrêta pour regarder à l’orient s’il n ’y\n avait pas encore de lune. La nuit était noire. Il avait allumé sa pipe\n et le tabac, en brûlant dans le fourneau à découvert, éclairait son\n visage de lueurs rouges. Ce n ’était plus le grand gars aux yeux de\n colombe; ses lèvres avaient un pli méchant; son nez semblait\naminci et descendait vers la bouche comme un bec d’oiseau. Il prit\n un sentier sous bois et cessa de fumer. A droite et à gauche, les\narbres noirs se massaient, inquiétants. Un silence de prison\ntombait des hauteurs étoilées; l ’haleine silencieuse des profon­\ndeurs obscures soufflait des taillis. Depuis un instant, les sous-bois\navaient paru frémir et des raies blanches glissaient au milieu\ndes feuillages sombres. Une fougère, légère et fine dans la lumière\nlunaire, se dressait au pied du tronc argenté d’un bouleau; des\nmousses s’étendaient sur le sol vague en traînées de cendres. Le\nsentier manqua. Une borne de pierre était plantée à proximité d’un\nchêne énorme. Au loin, tout au loin, un bruit s’éleva, dont le grand\ngars suivit attentivement la rapide progression sur les cimes des\narbres : c’était un de ces coups de vent nocturnes qui amènent les\nfantômes. Le grand gars en ayant exactement suivi la direction,\ns’ouvrit un chemin au travers des branchages jusqu’au bord d’une\nclairière. Brusquement, il disparut.\n    La lune versait sa lumière neigeuse sur l’herbe rase de la clai­\nrière ; au dessus, s’arrondissait un pan du ciel piqué de pâles étoiles\net reposant sur des cimes lointaines glacées d’inconsistantes lueurs.\nUne seconde fois, un souffle roula doucement sur l'étendue des bois,\npuis le silence reprit, farouche.\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2210, "texte": "                              LE R ÉVEIL                             75\n\n\n\n\n    E ntre la menace d’A nnette et l ’ordre de son père, le jeune homme\nn ’avait pas hésité. Il aim ait Annette mais il aim ait son père et\nm ettait l’affection filiale au dessus de l ’autre. E t cet am our pour\nson père, toujours il l ’avait eu, par n ature d’abord, puis par une\nraison pareille à celle qui unit au renard le renardeau, l ’un ayant\nenseigné à l’au tre ses ruses e t lui ayant livré en toute confiance le\nfond et le tréfond de son sac. C’était pourtant son m ariage avec\nA nnette qui était en jeu. Qu’un procès-verbal lui fût dressé, qu’une\ncondamnation s’ensuivît, il était facile de prévoir que la jeune fille\nn ’essaierait même plus d ’em porter le consentem ent de ses parents.\n    Au fond du silence, naquit un bruit presque im perceptible et qui,\nà l’oreille exercée du grand gars, s’accusa bientôt en un glissement\ndoux sur des feuillages que l ’on frôle. Le fusil arm é, il attendit,\ntenant le regard rivé sur un taillis dont, soudain, il vit onduler les\nbranches supérieures. Une forme confuse... Il épaula rapidem ent,\nvisa...\n    — Un garde !\n    Tourbillonnants et le h eu rtan t de leur vol effaré, des éclairs\npassèrent dans son âme : il allait être trouvé le fusil braqué comme\nune menace sur le garde, — ce serait la prison !...\n    Il touchait du doigt la détente, lorsque l ’homme, jusqu’alors\naccroupi, se dressa. Un cri jaillit de la poitrine du grand gars :\n« Mon père !... »\n    Le vieux M achureau fut d ’un bond auprès de son fils.\n    — Jette ton fusil n ’im porte où, dit-il d’une voix haletante. Le\nbois est plein de gardes. Le roi n ’est pas m ort. Filons !\n    A utant eû t valu parler à une souche.\n    — Filons! rép éta le vieux M achureau.\n    Le grand gars fit un geste vague d ’assentim ent, mais sans bouger\nde place.\n    — Eh bien? gronda le vieux.\n    Enfin, il parvint à se relever de son agenouillem ent et, tous deux,\ns ’etan t jetés dans le taillis, dévalèrent le long d ’une pente qui les\namena sur le bord d ’un ruisseau.\n    Le grand gars p rit de l ’eau dans le creux de sa main et s’en\nmouilla le visage.\n    — Je ne vous ai pas dit, m urm ura-t-il avec un sentim ent de\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2065, "texte": "76                             L E RÉVEIL\n\n\n\n\nte rre u r qui lui fit courir un frisson sur la nuque; to u t à l ’heure, je\nvous tenais au bout de mon fusil... j ’allais tire r...\n    — M illiards ! Es-tu bête !\n    — Vous m ’aviez dit : « Le roi est m ort; » je ne com prenais pas...\nE t puis j ’aime A nnette de la ferme des Mouches. Quand vous êtes\narriv é, je vous ai pris pour un garde. Alors, tout cela m ’a tourné\ndans la tête, qu’il allait me dresser procès-verbal, qu’A nnette ne\nvoudrait plus de m oi... et j ’allais tire r quand je vous ai reconnu.\n    Le vieux l ’avait écouté avec stupeur.\n    — Si tu n ’étais pas mon fils, répondit-il, je dirais que tu as eu\npeur. Mais alors, c’est probablem ent que l’am our t ’a rendu bête,\n mon garçon?\n    Le grand gars se secoua comme un chien battu.\n    Cependant le vieux s ’était mis à m archer en écartant doucement\n les branches. Son fils le suivait. Ils allèrent ainsi longtemps en\n silence. Quand le bois s’éclaircit, le vieux s’arrêta.\n    — Ce n ’est pas le roi, dit-il, — celui qui est à B ruxelles, — qui\n est m o rt; c’est le vieux Leroy, le cantonnier. L’autre ne m eurt pas;\n quand il n ’y est plus, il y en a un autre. La justice va toujours et\n les gendarmes aussi. Si j ’avais su, je ne t ’aurais pas envoyé au bois,\n puisque depuis des mois nous devenons honnêtes gens...\n     — H a! fit le grand gars.\n    Ils se rem irent en m arche et rencontrèrent un sentier qu’ils\n  suivirent.\n     Là, se penchant à l’oreille de son fils, il lui dit presque tendre­\n  m ent : « D’ailleurs, j ’ai fait ma pelote et si ceux de la ferme des\n  Mouches te demandent des napoléons pour te donner leur fille, je te\n  m ontrerai demain où sont cachés les miens. Il ne me m anquerait\n  plus que de m ourir subitem ent comme Leroy : mes beaux napoléons\n  seraient perdus! »\n     Ce fut une joie pour le grand gars, mais il était encore sous le\n  coup du m eurtre qu’il avait failli com m ettre et son cœ ur n ’en fut\n  pas tout de suite pénétré.\n                                                 A lfred Lavachery.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 77, "titre_corps": "En les hasards : Aventurine", "titre_sommaire": "En les Hasards...", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre Dévoluy", "ancre_debut": "En les hasards.. Aventurine De vos yeux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 98, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 849, "texte": "En les hasards..\n\n                     Aventurine\n\n\nDe vos yeux sourieurs, mystérieuse amie,\nL ’effluve en velours d’or aimante mon cœur las,\nMon cœur las où les deuils carillonnent des glas\nE t mon regard lointain de blême Jérémie;\n\nJe vous rêve la brune mie et l ’endormie\nE t la mignonne fraternelle aux frais soulas,\nDans mes bras très berceurs de vagabond Silas,\nJe vous porterais loin et ne dormirais mie.\n\nM’êtes-vous pas le fruit d’élite du verger ?\nLa brebis claire et vive, orgueil pur du berger,\nQue solennel il mène au pré joyeux des roses\n\nNuptiales! où l’or des grenades se fend...\nL ’aiguail de votre amour ondoîrait mes névroses\nE t je vous aimerais mille ans, ô mon enfant.\n\n                                        P ie r r e D é v o l u y .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-010", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 78, "page_fin": 78, "titre_corps": "Les Lauriers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Frédéric Friche", "ancre_debut": "Les Lauriers N ous n ’irons p lu s au bois", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 68, "fin_caractere_exclue": 1279, "texte": "Les Lauriers\n\n     N ous n ’irons p lu s au bois, les lauriers sont coupés.\n     L a s, M arquise cruelle et qui jam ais n ’aimâtes —\n     — Quand de votre amour seul mes jours sont occupés —\n     N ous n'irons p lu s au bois, les lauriers sont coupés.\n     Vous aimiez mordiller leurs très fins aromates.\n\n     P rès de l’étang m irant l’iris et le glaïeul,\n     Où l'or des frondaisons choie en souples voltiges,\n     M oi, j'ir a i tristem ent m ’asseoir, j ’irai, tout seul.\n     P res de l’étang m irant l'iris et le glaïeul\n     L a sève perle encore à la blancheur des tiges.\n\n     L es liserons sèches aux marbres sont tremblants.\n     L e s faunes dénudés ont des airs ironiques...\n     B ien ne nous sauvera des longs hivers iniques :\n     L es liserons sèchés aux marbres sont trem blants;\n     Très chère, je vous vis hier deux cheveux blancs.\n\n     A h ! nous avons laissé passer le temps des roses,\n     M arquise, et des ja sm in s, et des pompeux lauriers,\n     E t la bise a sonné l’appel des jo u rs moroses;\n     A h ! nous avons laissé passer le temps des roses —\n     S i vous l’eussiez voulu, quel amour vous auriez!\n\n                                               F r édér ic F r ic h e.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 79, "titre_corps": "Symphonie blanche", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Carlos du Fay", "ancre_debut": "S y m p h o n ie blanche « Mon Rêve »", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 691, "texte": "S y m p h o n ie blanche\n\n             « Mon Rêve »\n\n\n                                P o u r F . V an H e r r ew eg h e .\n\n\n\n\nIls pleurent d ’argent dans mon cœur,\nLes blancs flocons de neige pâle,\nE t leur descente musicale,\nVague, au loin, rythmique se meurt.\n\nC'est un lointain, bien lointain rêve,\nRêve blanc   —de cygnes, d ’amour —\nComme il en passe en mon humour,\nOisels héraldiques de grèves.\n\nCette neige tourbillonnant\nE n mon cœur   —tels de blancs fantômes —\nC ’est l'orchestre des pâles gnomes\nSecouant leurs grelots d'argent.\n\n                                    Carlos          du      F ay.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-012", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 80, "page_fin": 87, "titre_corps": "Profils d’amoureux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Touchard", "ancre_debut": "Profils d’Amoureux NOUVELLE ( S u ite et fin) V III", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 101, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 1622, "texte": "Profils d’Amoureux\n                           NOUVELLE\n\n                          ( S u ite et fin)\n\n                               V III\n\n        L\n        e soir, dans le salon de la villa, tout garni d’objets\n         chinois et japonais, Lucienne s’asseyait parfois au piano\n         et commençait un morceau de Grieg plein de mélancolie\nbrumeuse. Souvent aussi elle reprenait la mélodie de Lalo :\n\n                   « Vainement, ma lien aimée,\n                   On croit me désespérer.... »\n\n  Des papillons et des mouches venaient se brûler les ailes à la\nlampe, qui éclairait le livre de la tante Aline et le journal de\nM. Vilmeuse. Roland était à côté de Lucienne, debout, prêt à\ntourner la page....\n  Derrière les portes, on entendait la rumeur de la mer, et, plus\nprès, le bruit de la foule circulant sur la digue.\n\n                                 IX\n\n   Et voici que déjà l’on songeait au retour. La plage se dépeuplait.\nQuelques villas étaient déjà fermées, calfeutrées. Un brouillard blanc\narrivait quelquefois, fermait l’horizon, étendant partout de l ’humi­\ndité. Souvent aussi les jours s’écoulaient en pluies moroses....\n   Le retour !\n   Roland eut un grand serrement de cœur. Le retour de la mer, de\ncette vie d’insouciance, et, quoi qu’on fasse, de bonheur, un bon­\nheur égoïste très physique, il est vrai, — et d’autre part cette âpre\nobligation de ne plus flirter avec ses devoirs, de considérer l ’exis­\ntence sous un aspect moins frivole, moins détaché de toute réalité,\nlui emplissaient le cœur d’amertume. Et il allait quitter Lucienne!\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2047, "texte": "                               L E RÉVEIL                              8l\n\n\nIl lui sem blait que cette séparation serait une crise dans sa vie. Les\nam oureux m arivaudages de tous les jours n ’avaient pas été sans\neffet. Roland s’apercevait que cette idylle, à peine ébauchée, avait\nvite fait son chemin dans son âm e. Car les am ourettes sont comme\ncertaines fleurs des bois : facilem ent écloses, elles sont lentes à se\nfaner.\n   E t lorsque Roland quitta Lucienne, il fut très pâle et trè s triste,\ntriste surtout parce qu’elle ne l ’était pas, la cruelle, et triste aussi\nparce qu’il devinait qu’A lbert, précédé de son renom de mauvais\nsujet, au rait plus que lui des chances de succès en lui faisant\nles doux yeux.\n\n\n                       DEUXIEME PARTIE\n                                    I\n   La lum ière, affaiblie par le store baissé, noyait la cham bre d ’une\ntristesse qui s’attach ait aux meubles et leur donnait, m algré le beau\nsoleil luisant derrière la croisée, une physionomie mélancolique.\n   Lucienne était étendue sur une chaise longue, le front rejeté en\narrière, le regard vaguem ent fixé sur une pendule en sèvres qui\nsanglotait son tic tac. Elle contem plait les heures qui fuyaient, se\nrappelait tout un bonheur déjà clos, toute une jeunesse en train de\nse faner, et voyait trop clairem ent le tissu de rêves illusoires qu’était\nson avenir.\n   Toutes ces pensées la rendaient solitaire.\n   Elle alla au ja rd in .\n   Septembre touchait à sa fin; cependant, les rayons jaunes du soleil\nétendaient encore une caresse tiède sur les végétations, dont se\ndégageait une grande lassitude. Pleine d’aromes, et douce comme\nun long coup d’éventail, une faible brise courbait les graminées\navec un bruit de soie qu’on froisse.\n   Lucienne s’était couchée dans un ham ac qu’elle avait accroché\nentre deux arb res; sa respiration faisait vibrer les ailes nacrées de\nses narines et soulevait rythm iquem ent sa poitrine garçonnière. Sur\nsa robe bleu pâle tran ch ait le jaune vif d’un roman à peine découpé,\nabandonné dans le filet.\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2108, "texte": "82                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\n  E t elle restait rêveuse, revoyait confusément les bonnes heures\npassées avec Roland pendant ces vacances presque finies, tout ce\nmois de soleil passé à B lankenberghe, et qui suscitait en elle des\nsouvenirs de dunes, de cabines, de digue, d’estacade.\n  A présent, elle trouvait les heures trop longues...\n\n                                  II\n\n   Un soir, encapuchonnée dans un bachlik de soir, Lucienne\nm archait à pas lents dans un sentier du parc, son prom enoir favori,\nnaguère plein de pervenches, de stellaires et de véroniques, m ainte­\nn an t to u t vêtu de mousse humide. Elle passait droite et fière comme\nun lis dans les grisailles d’autom ne, qui se fondaient en tons\nviolâtres à chaque échancrure des bosquets. La n u it descendait peu\nà peu, étendant sur la te rre une brum e argentée, et sem ant au ciel\ndes étoiles d’or.\n   L’angelus tin ta à l ’église du village.\n   Il est temps de re n tre r, pensa Lucienne en écoutant tom ber les\nsons de cloche.\n   E t elle se sentit si seule, si seule...\n   L entem ent, elle revint sur ses pas.\n\n                                  III\n\n   Elle avait été pensionnaire pendant un an, à P aris. On lui avait\nm ontré la musique, la peinture, le boston; de plus, elle était revenue\nfarcie d’une foule de connaissances : physique, chimie, géographie,\net encore de ces langues étrangères dont on retient assez pour\ndébiter des barbarism es anglais, allem ands ou italiens. Tout ceci,\nLucienne s’était empressée de l’oublier, de crainte de paraître un\njo u r bas-bleu, comme la tante Aline qui tra ita it les papillons de\ncharm ants lépidoptères. Loin de revenir avec les grâces timides\net froides des pensionnaires, elle avait rapporté certains airs éva­\nporés qui la rendaient ravissante, et cette façon de vous regarder\n(elle appelait cela son regard de bataille), fixem ent, ardem m ent dans\nles yeux, qui la faisait paraître si passionnée. L’on ne s’avisait pas\ntoujours qu’elle n ’était qu’une coquette faisant ses premières arm es.\n Dans sa façon d’aim er, il y avait aussi de cette curiosité des vierges\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2097, "texte": "                              L E RÉVEIL                              83\n\n\nque quelques échappées de vue ont piquée au vif, et que tem père\ntoujours une crainte indéfinie de l ’inconnu.\n  Au reste, son caractère se traçait, s’établissait sur les bases de\nson passé, celui de ta n t de jeunes filles d ’aujourd’hui, et de son\néducation, cette éducation qui vous affuble l ’esprit de quelques\nsentim ents de parade, toujours les mêmes, toujours sem blablem ent\nexprim és, et, pour ainsi dire, codifiés. P our le civilisé m oderne, le\ncôté sentim ental de l ’âme est lettre m orte; il aime de deux\nmanières : bestialem ent, d’abord, la femme qui, dans le tournoie­\nm ent d’un bal, lui a m ontré l’appât voluptueux de sa poitrine et de\nses bras découverts; par intérêt, d ’autre p a rt, celle qui lui assurera\nune vie m atérielle tranquille et confortable.\n\n                                   IV\n  On attendait Albert.\n   Un jo u r, Lucienne avait entendu dire :\n   « — Albert? On ne parvient pas à le tire r des pattes de cette\nMary G ren t... »\n  Elle ne le connaissait presque pas : des souvenirs d ’enfance...\n  Le jo u r de son arrivée, c’était le jo u r qu’on réunissait ordinaire­\nm ent à C havreux les amis des environs, elle soigna plus que de\ncoutume sa toilette. A mademoiselle Aline, qui la considérait avec\nétonnem ent, elle répondit :\n   « — Eh bien, ma tan te, ne suis-je pas tout à fait ém oustillante,\naujourd’hui? »\n  Eberluée par ce bagout inaccoutumé, la tante l’avait morigénée.\n« Lucienne, où prenez-vous ces expressions... »\n   Puis elles s’étaient rendues au salon.\n   Sur le coup de cinq heures, on entendit dans l ’allée le galop d’un\ncheval. Un in stan t après, A lbert paraissait, on le présentait aux\ninvités.\n   En apercevant sa cousine, A lbert se dit, en m ordillant sa\nmoustache, qu’elle n ’était pas m échante du tout. Peu à peu, il se\nretira avec elle près d’une grande lampe voilée d’un abat-jour en\ndentelle. B ientôt ils se lancèrent à fond de train dans un tel flirtage,\nqu’A lbert pensa que Lucienne lui serait un charm ant déduit pendant\nson séjour à Chavreux\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1576, "texte": "84                             L E RÉVEIL\n\n\n\n\n                                    V\n\n    Un galop de chevaux retentissait sur la route. Dans le m ail-coach\naux lanternes allumées régnait une joyeuse animation : l ’on contait,\njacassait, discutait à perte de vue sur mille sujets insignifiants en\neux-mêmes et auxquels la gaîté du mom ent attach ait un in térêt\n furtif. Des rires se m êlaient au bruit des paroles, des roues et du\ngalop.\n    Cependant, la nuit était venue, une nuit claire qu’arrosait un\nrayon de lune.\n   A lbert et Lucienne étaient silencieux.\n   Dans l ’intim ité des mains jointes et des bras se frôlant, elle sentait\n m onter une longue e t douce caresse, tandis que lui, considérant son\n visage vaguem ent éclairé, la trouvait plus jolie que jam ais.\n    — E h bien, vous vous taisez, Lucienne?\n    — Non, elle parle si bas...\n    — Qu’on ne se comprend que mieux? Mes compliments, ma\n bonne.\n    E t sous le regard fixe de la lune et des étoiles, les conversations\n continuèrent leur égrènem ent tapageur.\n\n                                    VI\n\n   Il y avait dans le parc un étang, avec une barque, des nénuphars\net des poissons rouges; et sur le bord, des bancs, et sur l ’un de ces\nbancs, Lucienne et Albert.\n   « — Ma chère, je suis jaloux, très jaloux!\n  — Ah bah! de quel droit?\n  — ...trè s jalo u x ...\n   — P eut-on savoir de qui?\n   — Vous me le demandez?\n  — Puisque je ne me figure même pas...\n   — Le cœ ur sur la m ain?\n   — Oui.\n   — Tudieu! — Vous aim ez... V oyons... contons la chose par le\n menu. Vous aimez la moustache de Roland?\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1566, "texte": "                             L E RÉVEIL                              85\n\n\n  — Pourquoi pas? Un peu.\n  — E t sa conversation ?\n  — Beaucoup, mon cher.\n  — E t lui-m êm e, passionném ent, sans doute?\n  — Certes, mon très cher, c’est comme vous le dites.\n  — Tandis que moi, vilaine?\n  — P as du tout !\n   — P as du tout? Savez-vous qu’il pourrait vous en cuire, Made­\nmoiselle? — P as même un peu?\n   — P as même un peu !\n   — E h bien, vous allez me le payer! »\n   Albert voulu la saisir pour l’em brasser. Elle s’éloigna en\ncourant, en ria n t, dévoilant d ’adorables quenottes blanches. E t très\nloin, elle s’exclam a encore d’un air moqueur : \" — Pas du tout, là! \"\n\n                                 VII\n\n   « — A lbert, que disiez-vous de moi à ma tante? Expliquez-moi,\ns’il vous plaît?\n   — Je ne me souviens pas, m a bonne...\n   — Ne plaisantons pas. Je suis fâchée.\n   — V raim ent! C’est si terrible?\n   — Je vous demande la vérité.\n   — R ien que la vérité, mais j ’ig n o re ...\n   — Je vais vous m ettre sur la voie. Vous avez dit à ma tante que,\nsans être positivem ent chic, j ’avais du m ontant!\n   — M ais... je ne parlais pas de vous!\n   — Vrai?\n    — Comment ! Je demande même un baiser de réconciliation !\n    — Un baiser!! Mais si l ’on nous surprenait!\n    — Donc, si l ’on ne pouvait nous su rprendre?...\n\n                                 VIII\n\n  E t Lucienne sen tit qu’elle aim ait A lbert, ce beau cousin entré\ntout à coup dans sa vie. Elle sentait que Roland ne lui était rien\nde plus qu’un bon camarade. Elle avait pour lui beaucoup de sym­\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2135, "texte": "86                             L E RÉVEIL\n\n\n\n\npathie et d’estim e, mais il 11e devait pas dem ander davantage...\nM entalem ent, elle le com parait à A lbert, plus corrom pu, certes,\nmais bien plus séd u isan t...\n    ...P a r les persiennes closes, une douce lum ière pénétrait. Des\nfleurs m ouillaient dans des vases de cristal et répandaient leur\nparfum. On entendait des conversations dans la chambre voisine.\n    Lucienne était assise, frileuse, les pieds reposant sur une moelleuse\npeau d’ours.\n    A lbert entra, la v it seule.\n    Soudain, il lui p rit les mains, les couvrit de chauds baisers.\n    Stupéfaite, elle ne trouvait rien à répondre...\n    E t Albert était arrivé à ses fins. I l s'éta it amusé. Il ne voulait\npas pousser les choses plus loin ; car dans sa fatuité il se disait que\nde Lucienne il pouvait faire ce qu’il voulait.\n    En q u ittan t B iarritz, il était las des baisers frelatés auxquels il\nétait habitué. Il s’était dit que quelques jours lui suffiraient pour\nam ouracher la jeune cousine. Il y était arrivé facilement. Victoire\npeu glorieuse, du reste. Il avait préféré un instant Lucienne aux\ntu tu s et aux jupes des danseuses, au m aquillage de ses m aîtresses\nMais il ne l ’aim ait pas. En am our, je ne sais qui l’a dit avant moi,\nil y a toujours un dupé qui aim e, et un dupeur qui se laisse aim er.\n    Le lendem ain, A lbert quitta C havreux. Son départ si prom pt\nétonna M. Vilmeuse et la tante A line; et Lucienne vit alors qu’il\ns’était joué d’elle.\n    E t ce lui fut une grande douleur...\n    A lbert p rétexta une affaire urgente, qu’il entoura de m ystère pour\nla rendre plus vraisemblable.\n    Ce fut, pour Lucienne, une grande douleur, une grande désil­\nlusion et elle se repentit de s ’être laissé prendre à l’appeau des mots\nenjôleurs, des paroles amoureuses.\n\n                                    IX\n\n  Un mois après, Roland revint à C havreux, à pied, car il n ’était\npas attendu. C’était le soir, après un de ces jours gris d ’autom ne\nqui font songer que notre pays est, hélas! bien septentrional. La nuit\ntom bait, et une bruine froide striait l’air. Oh ! ce soir de province !\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1041, "texte": "                              L Ë RÉVEIL                              87\n\n\n\n\nQu’ils étaient mélancoliques, les pavés noirs, vernis d’une boue\nluisante! Qu’elles étaient mélancoliques, les rues où lentem ent les\nréverbères s’allum aient!\n   Voici que s’ouvrait la porte de l ’église : tous les fidèles, d’une\ndémarche n ette et bourgeoise, prenaient leur essor. Sur les m arches\nde l ’escalier s’agitaient et se confondaient leurs ombres. Bientôt,\ntout retom bait dans le silence.\n   E t Roland était pris d ’une m élancolie noire, comme après une\ngrande désillusion.\n\n                                   X\n\n   Lucienne lui p aru t toute autre, moins insouciante, moins joyeuse\nqu’autrefois.\n   E t un jo u r elle lui dit :\n   « — Mon Dieu! vous êtes trop parfait, mon cher R oland. Ayez\nun défaut, un vice, un seul, un tout p e tit... et je consens à vous\népouser, si toutefois vous le désirez ! »\n   E t Roland com prit qu’elle ne l ’aim ait plus, qu’elle ne l’aim erait\nplus.\n\n                                            Georges T ouchard.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-013", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 88, "page_fin": 91, "titre_corps": "Chronique théâtrale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Luigi", "ancre_debut": "CHRONIQUE TH E A T R A L E I. 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Et puis, toujours un peu, l’éternelle\n histoire des moutons de Panurge...\n    La plus fêtée des bénéficiaires a été Mlle Dupré, notre excellente\n chanteuse d’opéra-comique, qui, dans Lakmé, a été l ’objet de\n manifestations absolument sympathiques. C’a été un hommage\n unanime, sans abstention aucune, se traduisant en pluie de bouquets\n et en nombreux cadeaux. Nul doute que Mlle Dupré, dont c’était la\npremière soirée « à bénéfice » ne garde le meilleur souvenir des\npreuves d’estime et d’admiration que lui ont données les gantois.\n    A signaler une bonne reprise des Contes d ’Hoffmann, dont les\ndeux exécutions ont eu pour spectateurs,... les banquettes. Voilà\ncependant une jolie partition, qui, il y a quelques années, faisait\nfureur chez nous, et m aintenant... Sic tran sit... A citer Mr Darras,\nfort correct dans le triple rôle du conseiller Lindorf, de Coppélius\net du docteur Miracle, et M11e Dupré, trés bien, comme chanteuse,\n dans le rôle de la poupée.\n    La fille de Fanchon la vielleuse ( l r“ représentation : Paris,\n Folies-Dramatiques ; 3 novembre 1891), a fait ensuite son appari­\ntion sur notre scène, après avoir obtenu de grands succès à Paris\net à Bruxelles. — Vraiment? me direz-vous, je ne m ’en serais\njamais douté. — Cela m’étonne autant que vous.\n    La musique — de Varney — est d’un fade, d’un fade, et quant\nau livret, je n ’hésite pas à dire que comme invraisemblance et\ncrétinisme, c’est assez réussi. Ce notaire, bon génie des petites\nchavoyardes, se déguisant en prince indien, et toute cette scène\n absurde de l’idole à trois têtes, et le flûtiste Zéphirin, donnant des\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2533, "texte": "                               L E RÉVEIL                              89\n\n\n leçons de musique, ainsi que d’autres arts d’agrém ent, à la femme\n de ce brave m aître Bellavoine, qui prétend n ’avoir jam ais été\n notarié, to u t cela est très suggestif. E t puis, de tem ps à autre,\n Fanchon venant nous débiter une petite chanson sur sa vielle,\n instrum ent tombé en disgrâce de nos jours, mais qui m ’a semblé\n avoir quelque analogie avec la bassinoire. Voilà.\n    De vraim ent réussi, nous n ’avons relevé qu’un chœ ur tout plein\n de fraîcheur au l r acte, et une très jolie gavotte au 2e. Le reste de\n l’œ uvre, — et, comme on le voit, ce n ’est pas la petite partie, —\n est à l’avenant. Quant au fameux duo des cochers : J ’ su is cocher,\n V es cocher, u n cocher et un cocher, ça f a i t deux cochers, le clou\n de la pièce, p araît-il, la musique nous semble en tous points en\n rapport avec les paroles. Qu’on en juge alors.\n    Lorsqu’on voit de pareilles bêtises, on se demande par où est\n passé cet esprit gaulois dont les français sont si fiers, et à la place\n duquel sel nous ne trouvons que gros poivre, c’est-à-dire crudités\ndéplacées, faisant rire bruyam m ent quelques m alins, tout heureux\nd’avoir com pris, de ceux-là qui com prennent toujours, alors même\nqu’il n ’y a rien à com prendre. E t dire qu’il a fallu trois têtes, — au­\ntan t qu’à l ’idole, — pour composer ce charm ant poème. En somme,\nun insuccès; un nouveau cadavre à m ettre dans le grand four crém a­\ntoire, où se sont déjà englouties ta n t de pièces. La mise en scène\nétait pourtant très soignée, et l ’interprétation fort bonne dans son\nensemble. M. Cazeneuve a été excellent, comme toujours, du reste,\ndans le rôle de Jacquot, e t M. Grésini, a, cette fois-ci, bien saisi le\nrôle de m aître Bellavoine.\n   M. Casset, du th éâtre de Liège, que nous avons entendu dans\nRobert et dans L a J u iv ê , a obtenu du succès, succès partagé par sa\npartenaire, Mlle Minnie Tracey, une chanteuse de beaucoup d’avenir.\nInutile de dire qu’à ces représentations assistait le public habituel\ndes soirées de grand-opéra, c’est-à-dire personne. E t cependant on\nréclam ait à cor et à cri un fort ténor. Mais quand il y en a un, on ne\nveut pas aller l ’entendre.\n   Coquelin cadet et Jean Coquelin sont venus nous rendre visite\ndans M lle de la Seiglière. Ils ont obtenu un succès énorme, bien\nmérité, car ce sont-là vraim ent deux a rtiste s, épris de leur a rt, de\nceux qui procurent un véritable plaisir aux am ateurs de comédie,\npeu habitués à pareille aubaine.\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2332, "texte": "90                            L E R ÉVEIL\n\n\n\n\n    L e p e tit duc a été donné au bénéfice de M. Cazeneuve. Mme Caze-\nneu v e-P irard , qui se produisait pour la prem ière fois sur notre\nscène, a fait une excellente impression dans le rôle du duc de\nP arth en ay , qu’elle a fort bien rem pli.\n    Annoncé : L e Rêve, le Voyage de S m e tte.\n    M. B ayard, — a lias Bouveret — actuellem ent directeur à N am ur,\na été nommé pour exploiter notre th éâtre, pendant la campagne\nth éâtrale 1892-1893. Les genres représentés seront le grand-opéra,\nl ’opéra-comique et l ’opérette.\n\n                        II. T héâtre M inard.\n\n   De même que son grand frère, le th éâtre Minard donne en plein\ndans les soirées à bénéfices. Nous avons eu d’abord celui de Mme Car­\nling dans M a Cousine, l ’œuvre de Meilhac dont on disait si grand\nbien. Avouons que pour l ’énorme m ajorité du public, cela a été une\ndésillusion. Cette pièce f i n de siècle (dénomination que lui donne\nl’affiche!) contient certes de très fines études : caractères bien\nobservés, quoique extravagants, mais l’intrigue même, — si intrigue\nil y a — est trop absurde pour intéresser. E t puis il y a des lon­\ngueurs, des longueurs, notam m ent l’histoire de ce soporifique\npiston d’Hortense. Le fameux pas du Moulin rouge, dansé par\nM” Carling, n ’a réussi qu’à choquer tous les spectateurs, même les\nmoins chatouilleux. Avec beaucoup d’autres, nous sommes d’avis\nque le th éâtre ne se prête nullem ent à des exhibitions de ce genre,\nto u t au plus dignes d’une baraque. Est-ce là ce que l’on appelle l ’a rt\ndram atique fin de siècle?\n   Mnie Carling a reçu une foule de cadeaux et de corbeilles, lui\nprouvant combien fort elle est aimée du public gantois, dont elle\npartage les faveurs avec Mme W ilson, qui, égalem ent, a été l’objet\nde m anifestations sym pathiques dans le R om an d 'u n jeu n e homme\npa uvre, donné à son bénéfice.\n    Clo-Clo, une bouffonnerie assez réussie, a obtenu un succès de\nfou rire. Les rôles étaient très bien tenus par MM. Fontenelle,\nGenot, Aurès et Delaunay, Mmes C arling, Genot et Ribell. Chose à\nn o ter, la pièce était mieux sue que d ’ordinaire, et le souffleur n ’a\npas eu trop à se dém ener. La mise en scène, comme toujours, était\nfort soignée, et notam m ent bien planté, le décor représentant le\nbuffet de la Roche Trom pette.\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 643, "texte": "                               L E RÉVEIL                              91\n\n\n\n   M. Genot, notre délicieux comique, ainsi que Mme Genot,, ont eu\npour leur représentation à bénéfice, la deuxième représentation des\nProvinciales à P a ris, pastiche assez faible de Labiche et de Henne-\nquin.\n   Nous apprenons avec plaisir que M. Fontenelle nous reste l’an\nprochain. Cette année-ci déjà, il s’est m ontré adm inistrateur intel­\nligent et a fait tous ses efforts pour plaire au public ; il est décidé de\nfaire mieux encore durant la future campagne. Tous nos vœux pour\nla réussite de ses projets.                                      L u ig i.\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-014", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 91, "page_fin": 91, "titre_corps": "Au Conservatoire royal : premier concert", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J. 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Les œuvres\nde W ag n er ont été beaucoup moins bien rendues : dans l ’admirable\nintroduction de Parsifal, pièce sym phonique évocant successivement\nles principales idées du dram e, l ’orchestre a manqué d ’hom ogénéité ;\ndans les m urm ures de la F orêt de Siegfried il s’est m ontré obscur,\nconfus et n ’est pas parvenu à faire saillir le relief de l ’œuvre comme\nil eût fallu (les seconds violons ont été médiocres); quant à l ’ouver­\nture des M aîtres C hanteurs elle a manqué d ’éclat et de noblesse.\n(Pourquoi les mouvements si pressés?)\n   Nous avons entendu avec plaisir mais sans émotion aucune un\npianiste-virtuose M. Edouard P otjes, doué d’une rem arquable\nmémoire musicale et d’un mécanisme fort développé, mais jouant\nfroidement : exécution soignée d’un beau Concerto pour piano et\norchestre de S charw enka (Concerto où l’orchestre domine la partie\nde piano), du Prélude en r é bémol de Chopin et de l’Invitation à la\nvalse de W eber (avec des arabesques qui nuisent au cachet de l ’œuvre).\n   Un mot pour finir. — Le public des concerts ne pourrait-il jacasser\nun peu moins pendant l ’exécution des m orceaux? Il m ontrerait ainsi\nqu’il vient au Conservatoire par goût et non par pose.\n   Nous avons appris avec plaisir qu’au program me du prochain\nconcert figure F re ih ir d’Emile M athieu.                       J. D.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-015", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 92, "page_fin": 94, "titre_corps": "Chronique littéraire : Coups de plume, Échos plaintifs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. H.", "ancre_debut": "CH RO NIQU E L IT T É R A IR E Coups de Plum e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 113, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 2176, "texte": "CH RO NIQU E L IT T É R A IR E\n\n\n      Coups de Plum e par F i r m i n V a n d e n B o s c h .\n           Echos Plaintifs par G. C a r l i e r .\n\n            oMnsieur Vanden Bosch a eu l’heureuse idée de réunir et de\n             publier quelques articles (1), dont un certain nombre, je\n             crois, ont paru il y a peu de temps dans la Revue Belge.\n   Empreintes d’un véritable cachet d’originalité, écrites avec infini­\nment d’esprit, d’un style facile, vif, quelquefois même un peu\nbatailleur, ces quelques pages sont d’une lecture très agréable, et en\nmême temps instructive — ce qui ne nuit jam ais. Ce sont des\nsouvenirs de sa vie de collégien que l’auteur nous dit, mais ces\nsouvenirs sont mêlés à des réflexions très justes, touchant à un ordre\nd’idées des plus importants : l’enseignement de la littérature dans\nles établissements d’instruction moyenne.\n   Cette plaquette est un vrai plaidoyer, et un plaidoyer très bien\nfait en faveur des modernes. Reprenant les idées de M. Vanden\nBosch, on regrette de devoir constater que dans l’enseignement —\ntant officiel que privé — on s’en tient beaucoup trop exclusivement\naux classiques, aux écrivains du dix-septième siècle. Des évolutions\nlittéraires qui se sont produites depuis on n’en a cure. Cela lient à la\nroutine sans doute, car je me plais à croire que ces Messieurs de ce\nqu’on appelle « le Conseil de Perfectionnement » ne sont pas sans\nreconnaître quelque valeur aux écrivains contemporains. Mais que\nvoulez-vous? Ces juges très savants se servaient dans leurs classes,\nalors qu’ils étaient potaches des « Leçons choisies de Littérature\nFrançaise et de Morale » par Charles André, ou de tout autre\nouvrage similaire; pourquoi les potaches d’aujourd’hui ne se con ­\ntenteraient-ils pas de ce qui leur a suffi à eux, les gros bonnets de\nl’enseignement? Et c’est pourquoi les jeunes gens ont entre les mains\ndes recueils, où, la plupart du temps, il n’y a pas le plus petit extrait\ndes nombreux chefs-d’œuvre littéraires du dix-neuvième siècle.\n\n  (1) Coups de Plum e par Firm in Vanden B obcH. — Louvain, Aug. Fonteyn.\nPrix : 50 centim es.\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2317, "texte": "                                 L E RÉVEIL                                 93\n\n\n\n    Mais, d ira-t-on, de pareils ouvrages n ’étan t plus au courant des\nmanifestations de la littérature moderne, pourquoi n ’en pas adopter\nd’autres? A h! voilà.. .. Pourquoi?\n    Il est donc entendu qu’un rhétoricien frais émoulu — j ’entends de\nces rhétoriciens sans initiative et affligés d’une incuriosité pour la\nlittératu re m oderne vraim ent regrettable — ne connaît, souvent\nmême pas de nom T h. G autier, les Goncourt, Banville, Leconte de\nLisle, Sully P ru d ’homme, P ailleron, Augier etc. — Mais au moins\nil connait les classiques, les R acine, les M olière, les Corneille, les\n Bossuet! — Oh! si peu—\n    P assant à un autre sujet, M. Vanden Bosch — dans un article\nfort joli d’ailleurs — nous parle des femmes qui se piquent de\nlittératu re. P o u r lui, sous le rapport littéraire, « le barom ètre de\nl ’esprit féminin m arque faux-fixe d . Cette proposition me semble\nexcessive. Il y a certainem ent des femmes, qui se pâm ent d ’admi­\nration devant telles pages de ces hobereaux de la littératu re qui s’ap­\npellent Em. Richebourg, Ohnet, X . de M ontépin, Ponson du T errail ;\nmais il ne faut pas généraliser cette tendance au mauvais goût.\nC’est l ’apanage de quelques fem m es; laissons le leur, mais ne\npoussons pas notre générosité jusqu’à vouloir l ’octroyer à toutes.\n    Cette question mise de côté les observations que M. V anden Bosch\na fait valoir dans sa très intéressante plaquette, me sem blent fort\njustes. Je ne saurais assez engager tout le monde à lire ces « Coups\nde P lu m e », car chacun pourra tire r profit de cette lecture.\n\n                                      *\n\n   Je crois qu’il me serait difficile de lire une cinquantaine de pages\nde Millevoye ou de Lefranc de Pom pignan, sans étouffer plusieurs\nbâillements. Ces pleurnicheries et ces lam entations me fatiguent,\nm ’en dorm ent.... même si elles sont exprimées d ’une m anière plus\npoétique que ne l ’a fait M. C arlier dans le volume qu’il vient de\nfaire p araître (1). Entendons-nous! Je n ’entends faire aucune com­\nparaison en tre M. C arlier et ces deux larm oyeurs; l’auteur des\nEchos P la in tifs pourrait ne pas être satisfait, et il aurait raison,\n\n\n\n  (1) Echos P laintifs par G. Carlier. — Gand, Snoeck-D ucajou, fr. 2.50.\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2423, "texte": " 94                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\n  car rien ne sied comme la modestie à un jeune poète. J ’ai sim plem ent\n  voulu dire que cette même influence soporifique que produisent sur\n moi les vers de Millevoye, je l’ai éprouvée, et plus fortem ent encore,\n  après avoir lu le recueil de poésies de M. Carlier.\n      M. C arlier, si ses vers sont la vraie expression de ce qu’il\n éprouve, est un désenchanté, un désespéré. Tout ce qu’il chante\n (est-ce bien le verbe qu’il faut employer?) ce sont les désillusions de\n l’am our, la tristesse de la vie. A l’en croire, il n ’y aurait dans\n  l ’existence qu’un bon moment, c’est celui où on la quitte. Il n ’y a\n rien de plus désolant que ces vers lugubres, quasi m acabres surtout\n qu’il sont sensés exprim er l’état d’âme d’un tout jeune homme. Je\n dis sensés parce que je ne puis presque pas concevoir un pareil\n pessimisme chez quelqu’un qui sait peut-être à peine ce que c’est que\n la vie.\n      Nous ne discuterons pas les idées de Mr C arlier; chacun a les\n siennes. Lui voit la vie en noir, moi je la vois plutôt toute rosée, me\n réservant un foule de joies, de plaisirs. Rêve chim érique, aléatoire!\n Qu’im porte! Les illusions font vivre. Mais, pour en revenir aux\n E chos P l a i n ti f s , si l ’auteur nous voulait conter ses chagrins,\n n ’aurait-il pas pu le faire moins souvent, et sur un ton un peu plus\n différent? Lisez ces quelques pages; c’est toujours la même antienne.\n Deux bonnes poésies, deux vrais poésies d’une mélancolie douce et\n berceuse, m ’auraient plu davantage que toutes ces redites et toutes\n ces longueurs.\n      Q uant à la forme nous n ’en parlerons guère si ce n ’est pour con­\n seiller à l’au teur de trav ailler, et de trav ailler beaucoup.\n      E t l ’impression générale? C’est que si j ’avais été M. C arlier\nj ’aurais composé de ces Echos P la in tifs une espèce de Cahier Rouge.\nFrançois Coppée a publié le sien; moi, G. C arlier je l ’aurais re n ­\nfermé religieusem ent dans quelque tiro ir, et je me serais contenté de\nle feuilleter quelquefois, le soir, entre deux soupirs à la lune.\n      Que M. C arlier me perm ette, de lui donner un dernier conseil.\nIl se trouve to u t exprim é dans une phrase que je viens de lire dans\nF eu illes Détachées, le dernier livre de M. Renan. Voici : 3 Amusez\nvous, puisque vous avez vingt an s; travaillez aussi. »\n\n                                                             P . H.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-016", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 95, "page_fin": 96, "titre_corps": "Tablettes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TABLETTES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 116, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 139, "fin_caractere_exclue": 4056, "texte": "TABLETTES\n\n           A tra v ers l e s R e v u e s            de Hérédia et des vers Bignés J . Suchet.\n   Lire en entier le numéro triple (le                  L a R e v u e B e l g e ( 1er F év.) donne d e s\njanvier de l a J e u n e B e l g iq u e . Nous y    vers do Ch. B eltjens, et une nouvelle\nremarquons une prose d’Eug. Demolder,               d'Edg. Bonehill. Le num éro du 15 F év.\net des vers d’A . Giraud, Valère Gille,             contient un com pte rendu des «Autom­\nG. Kahn e t Iwan Gilkin.                            nales» de C. du Fay.\n   Dans le fascicule du M e r c u r e d e               L e S y l p h e e st ressuscité : nous n ’a ­\nF r a n c e , « De l'A r t Magnifique, » par        vions plus entendu parler de lui depuis\nSt P ol R oux; Sonnets de José Maria de             Ju illet 91. Dans le premier fascicule de\nHérédia, vers de A . P . H érold; proses            92 nous avons lu avec plaisir des vers de\nde Rachilde et R. de Gourmont.                      Fabro des Essarts, G. de M ontget et\n   L ’E r m it a g e de Janvier donne une           E . Chebroux.\nlettre de Ch. Maurras à l ’auteur de                    R o u e n -A r t is t e contient une biogra­\nThulé des Brumes. Proses d’Ad. R etté.              phie, un portrait et des vers d’Henry\nR. Tardivaux, H. Mazel. Vers de P . Du­             de B ra ism e . A utres vers encore d’A .\nfay et H. Degron.                                   Duvaut, E ug. Manuel et P . Verlaine.\n   C h im è r e contient une étude sur le               L a R e v u e G é n é r a l e (Fév.) nous offre\nSocialisme intégral, par P . Redonnel, et           un article « S u r le Socialisme A llemand »\ndes vers de P . D évoluy, P . H uret, Cam.          par F in n in Vanden B oB ch.\nMauclair, Cat. Blée.                                    Dans l a R e v u e U n iv e r s it a ir e (15\n  L a R e v u e I n d é p e n d a n t e (Janvier)   Janvier) « Introduction au droit de ven­\nnous arrive avec des extraits d’H enrick            geance » par Léon H ennebicq.\nIbsen, d e s vers de René G hil, G. et J.               L e C o in d u F e u (F é v .) donne « Comme\nCouturat, et une fort bonne prose de                il fa u t les aimer, » par A rth. Detry et un\nP. Dévoluy.                                         compte-rendu des « Fleurs de M auve. »\n  L a R e v u e B l a n c h e (Janvier) publie          D a n s l a R e v u e R o se (24 Janv.) B al\nen prose un « Fragment « de Romain                  rustique, par C. Natal. Le fascicule du\nCoolus A citer parmi les vers : « L a               14 F év. renferme : « Libres Chevauchées, »\nFontaine » (Intus) d’A . Thonnar, et des            par M. Raphaël, une étude de Fr. P aul­\nsonnets de Nicolas K enlio.                         han et des vers si g n é s F leur des Bois.\n  Bienvenue et longue vie à F l o r é a l .             L a L ib r e C r it iq u e (4 F év.) à lire :\nLe premier fascicule contient, outre des            « Une École, » par R. Charmette. A\narticles de C. Lem onnier, E m. V er­               citer, d a n s le numéro exceptionnel illu s­\nhaeren etc., une originale « Mort d ’Aube »         tré, les articles de MM. E. Georges, N .\nde G. V yttal. V ers de A. Thonnar, Edm .           Outer, F . Roussel.\nRassenfosse, Ch. Brown, P . Gérardy.                    L e B l u e t (Fév.). A ssez bon num éro,\n   Mêmes souhaits à L a C r o is a d e qui          horm is : \" Pour une cabotine, \" par Louis\ndonne des proses d’H . M azel, Ad. Lacu­            DeBcombe6, — un disciple de l ’ami Mon­\nzon, des vers do P . Redonnel et G. V i­            tépin — et les vers signés G. Carie.\ncaire.                                                 Dans la R e v u e d e s R e v u e s , M. Cilwa,\n   Dans le M a g a s in L it t é r a ir e (Janv.)   je crois, s’occupe tout particulièrem ent\nde Gand, à lire une étude sur José Maria            du \" R é v e i l , \" Certes il est libre de ne\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4247, "texte": "96                                           LE RÉVEIL\n\n\n\n\npas apprécier tel ou tel article paru dans                         P etites N o u v e lle s\nnotre revue, mais il ne lui est pas du tout\nperm is d’ignorer que le groupe de voy­\nelles « ia », dans « glaciales » par exem ­              CONCOURS LITTÉRAIRE DU SYLPHE\nple, est disyllabique. Si, avant d’accuser\n                                                          Du 1r fé v rie r a u 31 m ars 1892, le\ngratuitem ent Fernand Roussel de con­\n                                                       S y lphe o uvre à tous les litté ra te u rs son\nfondre les vers de onze pieds avec le s\n                                                       8e concours (poésie e t prose).\nalexandrins, il avait consulté le diction­\n                                                          De nom breux prix (vases de Sèvres,\nnaire des rim es de Quitard, (page 21),\n                                                       m édailles, volumes et diplômes) seront\ndont le B luet préconise l'emploi sur sa\n                                                       décernés aux lauréats.\ncouverture, il ne se serait pas exposé il\n                                                          Demander le programme et les con­\ncom mettre p areille... .erreur.\n                                                       ditions du concours à M. Alexandre\n    L e M é p h i s t o (nos 19 et 20) outre les\n                                                       M ichel, secrétaire du Comité, 8, F au­\nchroniques théâtrales hebdomadaires,\n                                                       bourg Très Cloîtres, Grenoble.\nparle du « Rêve » de Bruneau et de\nl ’E xposition des XIII.                                                     **\n    L a F r a n c e M o d e r n e a-t-elle rendu          Il vient de se fonder il Anvers une\nsa belle âme à Dieu? Nous n ’avons plus                A ssociation pour l’Art, d o n t l e com ité est\neu de ses nouvelles depuis le m ois de                 composé de MM. Charles Dum ercy, Max\nDécembre dernier.                                      Elskamp, Georges M orren, Georges\n    Au dernier m om ent, nous n ’avons pas             Sérigiers, Henry Van de Velde. N o u s\nencore reçu l e S i l l o n . Par contre nous          extrayons ces lignes du m anifeste :\narrive L e C h a s s e u r d e C h e v e l u r e s ,   “ Autorisé par un respect des Choses de\nm oniteur du possible, avec des articles               l ’Art, qu’il veut au-delà de l ’Intérêt,\nsignés Tristan Bernard, G. M uhlfeld,                  des Coteries et de l’E cole, un Comité\nR . Coolus; ainsi que l a R e v u e M o d e r n e      s’est fondé. — Il se vouera, argum en­\ndont nous parlerons prochainem ent.                    tant d’expositions d’Art, de conférences\n                                                       et d'auditions musicales, à la défense\n                                                       des Idées et des Vouloirs des P lus\n   Dans son numéro du 5 février dernier,\n                                                       Récents Artistes. — \"\nla Flandre Libérale citant le com pte­\nrendu que fait le Bien Public des \" Coups\nde P lum e \" de M. Firm in Vanden Bosch,                 Nous rendrons compte en notre pro­\nhasarde cette phrase : « Il s’agit d’une               chain fascicule du volum e de vers :\nbrochure qui vien t de paraître, que nous              « Chansons naïves » que M. Paul Gérardy,\nne connaissons pas, et dont, du reste, ne              directeur de la jeune revue F l o r é a l ,\nnous donne guère envie la critique qu’en               vien t de faire paraître.\nfa it le B ien Public. »\n   C’est ce que je m e disais ! L ire et par­\nler de l ’œuvre des jeunes en général, et                 A notre collaborateur F . Roussel nos\nde celle de M. Vanden Bosch en parti­                  excuses pour la coquille qui s’est glissée\nculier, cela est bien au-dessous de la                 en notre dernier n° ( Déception, page 34).\ndignité des grands oncles et du Sainte-                P rière de lire au lieu de : A u milieu des\nBeuve de la Flandre!                                   p leurs...., au milieu des fle u rs....\n                               Cha ntecler .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-03-n3-017", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Bureaux de vente du R É V E I L", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 118, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 2232, "texte": "Bureaux de vente du R É V E I L\n\n  G and.              — Ad. H oste, rue des Cham ps, 49.\n                        L ib rairie U niverselle, rue Courte du J o u r.\n                        Mme O tte, rue de F landre.\n  B r u x e l l e s . — Office de Publicité, rue de la M adeleine.\n  L ié g e .          — D ’H eur, rue P o n t d’île.\n\n\n\n\n           PUBLICATIONS RECOMMANDÉES :\nL e c h a s s e u r d e C h e v e l u r e s — b.m — R u e V ézelay, 15, P aris.\nL e B l u e t . — m — R ue Croix des P etits C ham ps, P aris.\nC h i m è r e . — m — Cours G am betta, 52, M ontpellier.\nL a C r o i s a d e . — m — R ue Mexico, 19, L e H âvre.\nL ’ E r m i t a g e . — m — R ue de V arennes, 26, P aris.\nF l o r é a l . — m — R ue S t. R ém y, 22, Liége.\nL a F r a n c e M o d e r n e . — b .m — F aubourg du N ord, 15, M arseille.\nL a J e u n e B e l g i q u e . — m — R u e P otagère, 64, B ruxelles.\nL e M a g a s i n L i t t é r a i r e . — m — R ue H au t-P o rt, 52, Gand.\nL e M é p h i s t o . — h — R u e du L om bard, 28, A nvers.\nL e M e r c u r e d e F r a n c e . — m — R ue de l’É chaudé-S ‘-G erm ain,\n     15, P aris.\nLe   M ouvem ent      L i t t é r a i r e . — b.m — R u e des Minimes, 13,\n     B ruxelles.\nLa. L ib r e C ritiq u e.   — h — R ue S ouveraine, 37, B ruxelles.\nLa R evue B e lg e . —       b.m — P lace de la S ta tio n , 10, L o u v ain .\n\n\n                                                    1'\nL a R e v u e B la n c h e . -    m -        R ue M artyrs, 19 P aris.\n                                            ( R ue de O uest, 74, L iége.\nL a R e v u e G é n é r a l e . — m — R ue T reu ren b erg , 16, B ruxelles.\nL a R e v u e I n d é p e n d a n t e . — m — R u e des P yram ides. 12, P a ris.\nL a R e v u e M o d e r n e . — m — R ue O rdener, 96, P aris.\nL a R e v u e U n i v e r s i t a i r e . — m — R ue d ’A nderlecht, S ‘ G illes.\nR o u e n - A r t i s t e . — R ue G rand-P ont, 4, R ouen.\nL E S i l l o n . — m — R ue de C habrol, 3 1 , P aris.\nL e S y l p h e . — m — Rue- de la G are , 2, V o iro n (Isère).\n\n\n                                  m     = M ensuel.\n                                 b .m   = Bi-M ensuel.\n                                  h     == H ebdom adaire.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 84, "texte": "Deuxième Année — N° 3                                                      M A R S 1892\n\n\n\n\n     LE\n        RÉVEIL\nRevue mensuelle de Littérature &d'Art\n             P U B L IÉ E S O U S L E S A U S P IC E S DU C ERC LE L IT T É R A IR E FRANÇAIS\n\n\n\n\n                                S O M M A IR E\nH u b e r t S t i e r n e t .L e Voyage.\nF e r n a n d S é v e r i n ................ Vers.\nR o d r ig u e S é r a s q u i e r . . .                . M usée.\nA lfr e d L avach ery                   .. . .            L e R o i est m ort.\nP i e r r e D é v o l u y E n les H a sa rd s...\n                          .\n\n\n\n\nF r é d é r i c F r i c h e L es L auriers.\n                          .\n\n\n\n\nC a r l o s d u F a y ............................... Sym phonie Blanche.\nG e o r g e s T o u c h a r d ......................... P rofils d'am oureux (suite et fin ).\n\n                  Chroniques T héâtrales, L itté r a ire s, etc.\n                                  Tablettes\n\n\n\nAbonnement : Belgique, un an 5 francs. (Pour l’étranger, le port en sus).\n                          L e n u m é ro : 5 0 centim e».\n\n\n      Rédaetion : Rue de Flandre, 71, GAND.\n                                  TOUS DROITS RÉSERVÉS.\n\n\n\n                  G and, imp. à vapeur F . M eyer-V an Loo, rue de Flandre, 66.\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "                      LE RÉV EIL\n      REVUE M ENSUELLE DE LITTÉRATURE & D’ART\n\n        P U B L I É E S O U S L E S A U S P I C E S DU C E R C L E L I T T É R A I R E F R A N Ç A I S .\n\n\n\n\n            PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n  Edm. Deffernez, Ch. Delchevalerie, E ugène Demolder, Joseph D esgenêts,\nMaurice Desombianx, P ierre D evoluy, Carlos du P ay, Charles Frappart,\nFrédéric F riche, Valère Gille, Arnold Gofîin, Pierre Hancart, José Hennebicq,\nGustave Eahn, Hubert Krains, A lfred Lavachery, Camille Lemonnier, Léon\nLucy-Mar, Paul M., Maurice Maeterlinck, Georges Marlow, Géo Mauvère,\nFrancis N autet, Jean N ovis, Panl Redonnel, Georges Rodenbach, Fernand\nR oussel, Rodrigue Sérasquier, Fernand Séverin, Charles S lu yts, Hubert Stier-\nnet, Georges Tonchard, Franz Troch, Louis Véhenne, A uguste V ierset,\nAdolphe We8termann, etc.\n\n\n\n\n     L e Réveil ne publie que de l’inédit.\n\n     Les manuscrits ne sont pas rendus.\n\n     Les collaborateurs sont responsables de leurs articles.\n\n    Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire\nparviendra à la rédaction.\n\n     Les journaux ou revues qui désireraient faire l ’échange sont\npriés de s’adresser à la rédaction.\n\n                                                            ----\n\n                          BOITE AUX LETTRES.\n    P. R. Montpellier. — Avons reçu envoi; soumettrons au comité\nde Rédaction.\n    A. Y. Saint-H ubert. — Idem.\n    A. W. Nancy. — Attendons de vos nouvelles.\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                       Le Voyage\n       eJ marchais à travers une terre d’ineffable printemps. Dans\n         l ’oubli des choses qu’engendrent les minutes heureuses,\n         j ’ignorais le point de départ de mon voyage, son but, sa\ndurée. Mon corps suivait mon âme qui voguait sur un lac de béati­\ntude, telle une amoureuse dans une barque de fleurs et de parfums,\nà la surface d’une eau bleue, tranquille et sans rives. Mon cœur\ndérobait à la nature des trésors inconnus de générosité. Aucun\nêtre humain n ’affligeait mes paysages de bonheur, et le monde\nretrouvait pour mes yeux sa naïve clarté d’aube. Des harmonies\ninattendues partout accompagnaient mes rêves : des eaux songeuses\nglissaient leurs regards de ciel entre de voluptueuses verdures, de\ndoux chants d’oiseaux s’épandaient en frissons d’allégresse.\n   Mes yeux éblouis se reposèrent sur les gazons infinis aux courbes\nmolles. Déjà le spleen des complètes satisfactions m’inquiétait,\nlorsque j ’arrivai au sommet d’une colline : à mes oreilles, résonna\nun formidable hosanna, le hosanna de toutes les blancheurs de la\nterre, réfugiées dans l’âme de cet incommensurable champ de lis et\nde roses neigeuses. Au plus loin que percevaient mes yeux, ondulait\nla mer de pureté : les fleurs innombrables et frémissantes exhalaient\ndes senteurs troublantes, se pressaient, se parlaient en un bruisse­\nment, s’enlacaient, en guirlandes éthérées prenaient leur vol ou,\nhérissées, échevelaient au ciel leurs pétales las de chasteté.\n   Des lis, des roses blanches, des lis, des roses blanches... et le\nfleuve candide courait là-bas baigner l’ivresse rouge du soleil tombé.\n   Mes pas, un instant suspendus par le ravissement, foulèrent à\nregret la miraculeuse floraison où n’apparaissait aucun sentier ; et\ndans les tiges souples qui se ployaient, dans les corolles qui s’écra­\nsaient, je voyais des tailles de jeunes filles et des cœurs d’enfants,\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "66                             LE RÉVEIL\n\n\n\n\n Ce sacrifice d ’innocences m uettes m’ém ut à l’égal d’un crime.\n Cependant l ’athm osphère chargé des lourds effluves berça doucement\n mes sens en un délicieux état de sommeil lucide. L’horizon m ’attirait\n irrésistiblem ent et mes pas s’accélérèrent sans souci de la fatigue\n inévitable.\n    Soudain, je m’a rrê ta i... Le soleil avait-il disparu? Maints efforts\nme fu rent nécessaires pour am ener à l ’évidence la réalité du phéno­\nm ène qui pouvait s’être accompli depuis bien longtemps déjà; car,\nje me rendis compte que j ’avais conservé au fond des yeux l’héroïque\nvision du couchant.\n    Le ciel pourtant é ta it d ’un gris uniforme et opaque ; je me baissai\npour chercher une consolation dans le suave contact des corolles :\nle sol était couvert de neige, de neige blanche et froide           Je me\nreto u rn ai, re g rettan t le paradis des roses e t fus étonné de le voir\nsi loin de m oi; je m ’en rappelai tous les enchantem ents, ce souvenir\nm ’accabla d’une tristesse am ère : pourquoi avais-je m arché si vite?\nE t la pensée de rebrousser chemin ne me naquit même point, car en\ntoutes les fibres de mon être frém issait l ’impatience de nouveaux pas.\n    La neige, toujours la neige, sous un ciel im pitoyable.... P eu à\npeu, mes jam bes s’engourdirent : mon pied glissa, je tom bai; en\ndépit d’une vive douleur, me relevant aussitôt, je continuai sans\nrelâche. Trois nouvelles chutes successives me m irent les genoux\nen sang. La souffrance fit crier ma bouche, mais ses griffes glissèrent\nsur le m arbre de ma volonté. Cependant, m algré le rude combat, je\nsentais le découragem ent s’introduire en tra ître dans mes veines.\n    Mes yeux, d’un regard désespéré trouèrent les ténèbres : au loin,\nune masse plus sombre s’accusa, dont les contours vagues faisaient\nun tem ple fantastique bâti dans la n u it avec de la nuit plus noire.\nLa forme entrevue me convainquit presque de l ’existence d ’un\ngigantesque mausolée, et cette idée que je m ’acheminais vers la\nm ort tout à coup ranim a mes forces et me réjouit parce qu’elle me\nsauva de la terrifiante perspective des errem ents sans but. Les\nheures se traîn è ren t douloureuses : dans l ’obscurité, rien ne se pré­\ncisa; mes muscles fléchirent; les chutes cruelles se renouvelèrent..;\nquand, au sommet du m onum ent ténébreux qui ne liv ra point son\nénigme, s’irradia une lum ière d ’une intensité extraordinaire; elle se\nrépandit en un instant dans l ’immensité de la campagne neigeuse\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                               L E RÉVEIL                             67\n\n\n\n\nqu’elle parsem a de mille feux, semblable à 1111 je t éblouissant de\nliquides pierreries. Ce fut rapide comme une chute d ’étoile et, pen­\ndant ce tem ps, il me sembla apercevoir çà et là, au loin, partout,\ndes points mobiles qui pouvaient être des hommes et qui suivaient la\nmême direction que moi. La m arche s’acharna vers l’astre m ysté­\nrieux dont l ’éclat si tôt m ort avait rempli mon âme et lui avait fait\noublier sa guenille lam entable. Je nourris ma résistance au souvenir\nde l’éclair disparu et longtemps la neige resta un tapis étincelant.\nPuis, une douce illusion me la m ontra d ’une divine roseur dont la\ncause pas une seule m inute ne me fut suspecte. E tait-ce point pour­\ntan t mon sang qui lui donnait cette teinte et le sang d’autres, avant\nmoi passés p ar ces chemins? Non, c’était de la neige rose et lumi­\nneuse et je frémis du bonheur qu’il y au rait à se perdre, à se\ndissoudre en cette belle neige rose, plus lum ineuse que l ’horrible\nciel g ris... Mais cet éclat, me cria une voix, n ’est qu’un vague reflet\nde l ’astre que tu ne vois plus et qui est là, vers lequel tu m arches...\nVa! — Grâce! Je suis à bout de forces, je n ’arriverai point, mes\nmembres sont déchirés, je doute__\n   Oh ! Dieu ! la lum ière !\n   A insi, chaque désespérance est relevée d ’un rayon qui brille à\npropos, puis, s’éteint, et les phases d’agonie lente et bénie se\nsuccèdent. Le chem in m onte, m onte, devient abrupt. Le m onum ent\ndes ténèbres a disparu; il n ’a jam ais existé, l’illusion m ’a trom pé;\nc’est ce calvaire que j ’entrevoyais. M aintenant je 11e suis plus seul\nà le grav ir : beaucoup d’autres, comme moi, ten ten t l ’escalade,\nexténués, les chairs en lam beaux, mais, m uets et les yeux brillants\nobstiném ent levés vers le sommet de consolante mais fugitive\nclarté. Parfois, rapide, sans cri, quelque chose passe à mon côté,\nroulant vers le bas : un compagnon plus avancé, a fait un faux p a s...\nLe nombre se restrein t à mesure que l ’on m onte, mais, les chutes\nne découragent personne. Parfois aussi, mon pied rencontre un\npoint ré sista n t; j ’appuie fortem ent pour m ’élever et 11e veux point\nsavoir que ces escaliers naturels sont des corps dont l’âme seule\nacheva l ’ascension.\n   J ’aperçois le sommet et je n ’approche point encore; le ciel au-\ndessus est moins g ris; la lum ière n ’apparaît plus : était-elle donc\naussi un m irage? P eut-être, charitablem ent réfléchi, l ’inexpri­\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "68                             LE RÉVEIL\n\n\n\n\nmable faisceau formé des trillions de regards que dirige l ’hum anité\nvers cette m agnétique hauteur? — Des hommes sont là-h au t, les\nh eureux! Ils touchent au but, dirait-on, et rien ne révèle leur joie;\nils gardent l’attitude d’aspiration dolente de ceux qui les suivent de\nloin; le visage tourné vers le haut, ils avancent toujours. Je\ncrois les reconnaître : ce sont des gens célèbres. Dans ce qu’ils\np o rten t, — des livres, des tableaux, — gît une parcelle de cette\nlum ière sem ant l’espoir dans les champs neigeux où piétinent les\nhom m es... D’autres voyageurs, dont je n ’aperçois plus que le buste,\nla tète, descendent déjà le versant opposé de la m ontagne...\n   Dieu! quelle peine! Impossible d ’avancer, le pied me m anque......\n   A h ...!\n   — L ’effroyable chute que je venais de faire en rêve, m’éveilla.\nT rem blant de la secousse morale produite par cette trop brusque et\nstupéfiante vision, je me levai et, bravem ent, me remis à m archer\ndans la plaine neigeuse aux horizons immenses.\n\n                                              H ubert   Stie r n e t .\n       Janvier 1892.\n\n\n\n\n                             VERS\n     M on cœ ur chante, ce soir, devant la m er p lu s belle :\n          « S i les vagues ne p a rlen t que d'elle,\n          Qu'elle vienne à la p la in te des va g u e s! »\n  L e u r do u x prélude obscur a d it tes grâces vagues,\n  M ais j e suis las, ô reine, et ve u x ta visio n !\n     V ie n s! que ce calm e soir te ceigne de rayons.\n  N o u s t ’avons bien rêvée en ta robe nuée,\n  F rêle rêve de reine a u x tresses dénouées,\n  E t le charm e épandu de tes y e u x sérieux,\n  E t les flo ts subissant tes pieds harm onieux,\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                          L E RÉVEIL                                            69\n\n\n\nM ais, ô seul rayon vra i d 'u n rêve que nous eûmes,\nPose ton clair vol d ’ange en la jo ie des écum es!\nJ e suis triste, et te p leu re , hélas! com m e autrefois :\n     « S i le soir n ’est si beau que p o u r toi,\n     S o is docile à l'appel d 'u n tel soir. »\nE t m on cœ ur exilé chante son va in espoir.\n\n  1890.                                    F ernand         S év erin .\n\n\n\n\n                           Musée\n\n                                                 P o u r C arlos   du   F ay.\n\n\n\n\n    Tout d'abord des senteurs de moisi, de poussière.\n    Des vitrines s'élevant jusques aux plafonds,\n   Renferment des oiseaux teintés en mille tons,\n   Flamants grêles et canards traînant le derrière.\n\n   Le milieu de la salle où mon pas solitaire\n   Clair sonne, est occupé par les squelettes longs\n   D'immenses cétacés. A côte, des lions\n   A la gueule initiante, aux yeux brillants de verre.\n\n   Dans les casiers vitrés sont : squelettes vernis,\n   A nim aux empaillés, noirs, bruns, grands et petits,\n   Foule sombre et par endroits qu’un dos clair bigarre.\n\n    E t là près des bocaux, un héron au long col,\n    Qui regarde, étonné, submergé dans l’alcool,\n    Grimacer un fœ tus étrangement hilare.\n\n                                  R o d r ig u e S é r a s q u ie r .\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "70                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\n                  Le roi est mort\n\n          eL vieux Machureau liait des fagots dans les bois de Corbion,\n            quand vint à passer sur la route le facteur de la poste qui\n            lui dit à travers le taillis, comme une grande nouvelle :\na Le roi est mort! » et continua son chemin. De quoi, le vieux\nMachureau ayant pensé : a Ah bien ! si le roi est mort, je vas me\nreposer un brin, » s’assit sur un fagot, tira de sa poche un bout de\npipe en terre noire, l ’alluma, en couvrit le fourneau d’un couvercle\nde cuivre et se mit à fumer lentement.\n   Il avait la mine d’un finaud, le vieux bûcheron, avec ses petits\nyeux d’un brun roux, son nez long et mince, ses lèvres fines dont les\ncommissures rejoignaient en un pli circulaire son menton en galoche;\nil avaitla mine aussi d’un brave homme pas trop malin, — à volonté.\n   En fumant, il regardait le dessous des bois.\n   L’automne commençait à rougir la verdure et l’on entendait les\ndoux sifflements des rouges-gorges; de gros coups de vent faisaient\ncliqueter contre terre les premières feuilles mortes, puis roulaient\ndans les profondeurs lointaines.\n   Après une longue rêverie, le vieux Machureau se remit à l’ou­\nvrage, mais une idée lui était entrée dans la tête à la suite de la\nphrase : « Le roi est mort, » et il attendait impatiemment la vesprée.\nAlors, jetant sa veste sur ses épaules, il s’enfonça sous la futaie par\ndes sentes à lui seul connues et gagna sa chaumine à l’orée des bois\nde France. A sa femme et à son fils, le grand gars aux yeux de\ncolombe, il dit : « Le roi est mort. »\n   Et sa femme leva de grands bras au ciel.\n   Lui, sans faire attention à ces jérémiades, toucha son fils d’un\nregard de m aître, qui emmena le jeune homme à sa suite dans un\nenclos qu’ils avaient autour du logis. Là, clignant des yeux dans les\nyeux du grand gars : « Puisque le roi est mort, dit-il, c’est le\nmoment de faire un bon coup, m’est avis. » Et il ajouta jovialement :\n« Va décrocher le fusil de dessous le chaume, mon fieu ! »\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                              L E RÉ VEIL                             71\n\n\n\n\n    — Jésus, mon Dieu! gém issait la femme à M achureau quand son\nhomme re n tra dans la maison.\n    — Suffit! gronda le vieux en s’affalant sur une chaise au coin de\nl ’âtre. Ça ne renverse pas notre m arm ite, qu’il soit m ort, n ’est-ce\npas? Donc, suffit!\n    Le grand gars étan t ensuite descendu de l ’étage avec le fusil, il\nlui fit signe d ’approcher, exam ina l ’arm e, en fit jo u er la batterie\net, la ren d an t à son fils : « Tu as la poire à poudre? dem anda-t-il;\net les chevrotines? et les capsules?\n    — Je les ai, répondit-il; m ais qu’est-ce que cela fait que le roi\nsoit m ort!\n    — Tu as peur? dem anda le vieux.\n    Le grand gars se contenta de sourire.\n    — Tu sais où il est? re p rit le vieux.\n    — Si je sa is!...\n    — Bonne chance alors !\n    Le grand gars avait démonté le fusil et s’en était accroché la\nbandoulière autour du cou, de sorte que la crosse pendait d ’un côté\net le canon de l ’autre, dissimulés sous sa blouse bleue.\n    Il était parti avant la chute complète du jo u r, parce que la\nroute était longue et qu’il com ptait s’a rrê te r aux environs de la\nferm e des Mouches. C’était la fille de là qu’il aim ait, le grand gars\naux yeux de colombe, — la belle A nnette R osier rencontrée aux\nfêtes de village et qui volontiers acceptait sa main pour descendre de\ncarriole. Il s’était dit : « C’est donc qu’elle n ’a pas de fierté, puis­\nqu’elle accepte les politesses d’un porte-balle? » E t cette pensée,\njointe à la beauté d’A nnette, l ’avait bientôt induit en tentation\nd’amour. Il s’en était féru tout de bon, sans oser, par pudeur de\npauvre h ère, lui sonner m ot de l ’aventure. A vait-elle pourtant\ndeviné le gros secret? Le grand gars s’en faisait mille questions,\ntout en allongeant le pas sur les sentiers devenus sombres.\n    Quand, arrivé sur la grand’route, il aperçut les bâtim ents de la\nferme, il délibéra s’il irait tout unim ent frapper à la porte et\ndem ander à p arler à Mamzelle A nnette; ou bien s’il attendrait\nqu’un varlet en sortît, qu’il chargerait de faire le message. Il se\n décida pour le second parti. Son ennui dès lors fut d’attendre et\n l’autre en même tem ps lui revint : que son père, qui depuis des mois\n l’avait laissé tranquille, l’eût envoyé au bois juste ce soir-là.\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "72                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\n    — Le roi est m ort! Le roi est m ort! se disait-il. E t c’est pour\ncela qu’il m ’envoie au bois? Le vieux est trop m alin, cela n ’est pas\nbon : il nous en cuira un jo u r ou l’autre.\n    Il entendit bientôt les aboiem ents des chiens de garde, Copeau et\nZoulou. Il guetta et, à la longue, il v it sur la blancheur de la route\nune ombre grise informe encore : ce devait être Lebraque qui habi­\ntait Bouillon et avait permission tous les trois jo u rs de retourner\nvoir sa femme. Le grand gars se leva vitem ent et se dirigea vers\nl’homme.\n    — C’est toi, Lebraque? cria-t-il.\n    — Hé! ho! qui va là? demanda l ’homme effrayé.\n    — M achureau, répondit-il en rian t.\n    — Trébleu ! fit l’autre avec hésitation.\n    Mais le grand gars avait eu le tem ps de l ’accoster et de se faire\nreconnaître.\n    — Lebraque, mon garçon, rep rit-il, si tu veux me faire plaisir,—\net à charge de revanche, tu sais : j ’irai faire bientôt mes achats\nd ’hiver à Bouillon, — retourne à la ferme et fais savoir à Mamzelle\nA nnette que je voudrais lui dire un m ot. J ’attendrai dans la traverse.\n    — V olontiers, répondit Lebraque en tournant sur ses talons.\n    Le grand gars l ’accompagna jusqu’à une portée de fusil de la\nferme. Il fallait, pour y arriv er de la route, faire un grand bout de\nchemin à trav ers les cultures. Le grand gars s’arrêta au milieu,\napercevant de là l’énorme porche béant. Une lumière allait et venait\ndans la cour et, en la voyant, il pensait à sa vie parfois si dure de\ncolporteur, dont il au rait ta n t de plaisir à se reposer dans la belle\nferm e, avec la gentille A nnette pour lui faire rire le cœur.\n    — A bas, Zoulou ! A bas !\n    C’était la voix d’A nnette, — le grand gars l ’avait trop avant dans\nl ’oreille pour ne pas la reconnaître. Il m archa prestem ent à la re n ­\ncontre de la jeune fille qui venait à lui avec Lebraque. Quand il les\nvit ensemble, le varlet leur souhaita le bonsoir et s’éloigna.\n    — C’est gentil à vous d’être venue, Mamzelle A nnette, dit le\ngrand gars.\n    — Ne me rem erciez pas, répondit A nnette gaîm ent. E ntre amis,\non cherche à se faire plaisir.\n    — Vous voulez donc bien que soyons amis?\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                              L E RÉVEIL                              73\n\n\n\n\n   — Vous ai-je jam ais parlé autrem ent?\n   — Non, bien sûr, re p rit-il; et c’est justem ent pour cela, con­\ntinua-t-il sur un ton d’hésitation, qu’il m ’est venu des id ées....\ndes idées de mariage.\n   — Cela n ’est pas défendu, fit A nnette rian t toujours.\n   — Mais c’est avec vous, Mamzelle A nnette, dit-il.\n   — Je pense bien, dit-elle.\n   — Vous me voudriez bien pour m ari? s’écria-t-il, et, se rappro­\nchant, il lui p rit la taille.\n   A nnette se dégagea de l ’étreinte du jeune homme.\n   — Ce n ’est pas tout de s’em brasser, lui dit-elle. Nous avons\nd’abord à penser au père Rosier.\n   — Il ne sera pas fier de moi, sans doute, répondit-il avec\ntristesse.\n    A nnette se h âta de reprendre : « Il ne s’agit pas de fierté comme\nvous l’entendez. Un gars habile et travailleur sera toujours le bien­\nvenu chez nous. Mais le père ne serait pas fâché tout de même si\nson gendre pouvait lui arriv er avec un sac de napoléons : — affaire\nde m ontrer qu’il estime son fils à un bon prix.\n   — Des napoléons, moi? fit le jeune homme comme frappé d ’un\ncoup en pleine poitrine; je n ’en ai point; nous n ’en avons point à la\nmaison, — j ’aime m ieux vous le dire franchem ent, Mamzelle\nA nnette. E t, s ’il en est ainsi aujourd’hui, il en sera encore ainsi\ndemain et toujours.\n    Il se détournait d ’elle en parlant et frappait le sol du pied. Elle,\nm achinalem ent, s’était reculée ju sq u ’à la haie, d ’où elle arrachait\ndes brindilles d’aubépine qu’elle cassait entre ses doigts.\n    — Quoi faire? m urm ura-t-elle enfin.\n    — Il n ’y a rien de rien, répondit-il; c’est le sort !\n    Sa voix était devenue sourde. Dans le silence, les morceaux de\nm étal suspendus au-dessus des champs de pommes de terre pour\n effrayer les sangliers, sonnaient en s’entrechoquant.\n    Le grand gars écouta.\n    — Allons! fit-il. C’est en passant devant chez vous que l’idée\nm ’est venue de vous parler. J ’aurais m ieux fait d’aller tout droit\n mon chemin.\n    Rapidem ent, elle vint à lui.\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "74                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\n    — Où allez-vous?\n    Et, tâtant de la main par dessus le sarrau, elle sentit la crosse\n du fusil. — « Ah! malheureux, reprit-elle, je devine. » Il l’avait\n saisie dans ses bras; elle l’écarta.\n    — On pardonne la pauvreté, fit-elle; mais la prison et le dés­\n honneur, je ne les pardonnerai jamais.\n    Elle s’était enfuie avant qu’il eût songé à la retenir. Un instant,\n il voulut la suivre, mais les chiens de garde, entendant venir un pas\n étranger derrière celui de leur maîtresse, aboyèrent avec fureur,\n et il rebroussa chemin.\n    Quand il se retrouva sur la route, tout son sang sauvage lui\n rem ontant à la tête, il ju ra terriblement.\n    La nuit était venue. Il s’arrêta pour regarder à l’orient s’il n ’y\n avait pas encore de lune. La nuit était noire. Il avait allumé sa pipe\n et le tabac, en brûlant dans le fourneau à découvert, éclairait son\n visage de lueurs rouges. Ce n ’était plus le grand gars aux yeux de\n colombe; ses lèvres avaient un pli méchant; son nez semblait\naminci et descendait vers la bouche comme un bec d’oiseau. Il prit\n un sentier sous bois et cessa de fumer. A droite et à gauche, les\narbres noirs se massaient, inquiétants. Un silence de prison\ntombait des hauteurs étoilées; l ’haleine silencieuse des profon­\ndeurs obscures soufflait des taillis. Depuis un instant, les sous-bois\navaient paru frémir et des raies blanches glissaient au milieu\ndes feuillages sombres. Une fougère, légère et fine dans la lumière\nlunaire, se dressait au pied du tronc argenté d’un bouleau; des\nmousses s’étendaient sur le sol vague en traînées de cendres. Le\nsentier manqua. Une borne de pierre était plantée à proximité d’un\nchêne énorme. Au loin, tout au loin, un bruit s’éleva, dont le grand\ngars suivit attentivement la rapide progression sur les cimes des\narbres : c’était un de ces coups de vent nocturnes qui amènent les\nfantômes. Le grand gars en ayant exactement suivi la direction,\ns’ouvrit un chemin au travers des branchages jusqu’au bord d’une\nclairière. Brusquement, il disparut.\n    La lune versait sa lumière neigeuse sur l’herbe rase de la clai­\nrière ; au dessus, s’arrondissait un pan du ciel piqué de pâles étoiles\net reposant sur des cimes lointaines glacées d’inconsistantes lueurs.\nUne seconde fois, un souffle roula doucement sur l'étendue des bois,\npuis le silence reprit, farouche.\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                              LE R ÉVEIL                             75\n\n\n\n\n    E ntre la menace d’A nnette et l ’ordre de son père, le jeune homme\nn ’avait pas hésité. Il aim ait Annette mais il aim ait son père et\nm ettait l’affection filiale au dessus de l ’autre. E t cet am our pour\nson père, toujours il l ’avait eu, par n ature d’abord, puis par une\nraison pareille à celle qui unit au renard le renardeau, l ’un ayant\nenseigné à l’au tre ses ruses e t lui ayant livré en toute confiance le\nfond et le tréfond de son sac. C’était pourtant son m ariage avec\nA nnette qui était en jeu. Qu’un procès-verbal lui fût dressé, qu’une\ncondamnation s’ensuivît, il était facile de prévoir que la jeune fille\nn ’essaierait même plus d ’em porter le consentem ent de ses parents.\n    Au fond du silence, naquit un bruit presque im perceptible et qui,\nà l’oreille exercée du grand gars, s’accusa bientôt en un glissement\ndoux sur des feuillages que l ’on frôle. Le fusil arm é, il attendit,\ntenant le regard rivé sur un taillis dont, soudain, il vit onduler les\nbranches supérieures. Une forme confuse... Il épaula rapidem ent,\nvisa...\n    — Un garde !\n    Tourbillonnants et le h eu rtan t de leur vol effaré, des éclairs\npassèrent dans son âme : il allait être trouvé le fusil braqué comme\nune menace sur le garde, — ce serait la prison !...\n    Il touchait du doigt la détente, lorsque l ’homme, jusqu’alors\naccroupi, se dressa. Un cri jaillit de la poitrine du grand gars :\n« Mon père !... »\n    Le vieux M achureau fut d ’un bond auprès de son fils.\n    — Jette ton fusil n ’im porte où, dit-il d’une voix haletante. Le\nbois est plein de gardes. Le roi n ’est pas m ort. Filons !\n    A utant eû t valu parler à une souche.\n    — Filons! rép éta le vieux M achureau.\n    Le grand gars fit un geste vague d ’assentim ent, mais sans bouger\nde place.\n    — Eh bien? gronda le vieux.\n    Enfin, il parvint à se relever de son agenouillem ent et, tous deux,\ns ’etan t jetés dans le taillis, dévalèrent le long d ’une pente qui les\namena sur le bord d ’un ruisseau.\n    Le grand gars p rit de l ’eau dans le creux de sa main et s’en\nmouilla le visage.\n    — Je ne vous ai pas dit, m urm ura-t-il avec un sentim ent de\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "76                             L E RÉVEIL\n\n\n\n\nte rre u r qui lui fit courir un frisson sur la nuque; to u t à l ’heure, je\nvous tenais au bout de mon fusil... j ’allais tire r...\n    — M illiards ! Es-tu bête !\n    — Vous m ’aviez dit : « Le roi est m ort; » je ne com prenais pas...\nE t puis j ’aime A nnette de la ferme des Mouches. Quand vous êtes\narriv é, je vous ai pris pour un garde. Alors, tout cela m ’a tourné\ndans la tête, qu’il allait me dresser procès-verbal, qu’A nnette ne\nvoudrait plus de m oi... et j ’allais tire r quand je vous ai reconnu.\n    Le vieux l ’avait écouté avec stupeur.\n    — Si tu n ’étais pas mon fils, répondit-il, je dirais que tu as eu\npeur. Mais alors, c’est probablem ent que l’am our t ’a rendu bête,\n mon garçon?\n    Le grand gars se secoua comme un chien battu.\n    Cependant le vieux s ’était mis à m archer en écartant doucement\n les branches. Son fils le suivait. Ils allèrent ainsi longtemps en\n silence. Quand le bois s’éclaircit, le vieux s’arrêta.\n    — Ce n ’est pas le roi, dit-il, — celui qui est à B ruxelles, — qui\n est m o rt; c’est le vieux Leroy, le cantonnier. L’autre ne m eurt pas;\n quand il n ’y est plus, il y en a un autre. La justice va toujours et\n les gendarmes aussi. Si j ’avais su, je ne t ’aurais pas envoyé au bois,\n puisque depuis des mois nous devenons honnêtes gens...\n     — H a! fit le grand gars.\n    Ils se rem irent en m arche et rencontrèrent un sentier qu’ils\n  suivirent.\n     Là, se penchant à l’oreille de son fils, il lui dit presque tendre­\n  m ent : « D’ailleurs, j ’ai fait ma pelote et si ceux de la ferme des\n  Mouches te demandent des napoléons pour te donner leur fille, je te\n  m ontrerai demain où sont cachés les miens. Il ne me m anquerait\n  plus que de m ourir subitem ent comme Leroy : mes beaux napoléons\n  seraient perdus! »\n     Ce fut une joie pour le grand gars, mais il était encore sous le\n  coup du m eurtre qu’il avait failli com m ettre et son cœ ur n ’en fut\n  pas tout de suite pénétré.\n                                                 A lfred Lavachery.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                      LE REVEIL                                      77\n\n\n\n\n              En les hasards..\n\n                     Aventurine\n\n\nDe vos yeux sourieurs, mystérieuse amie,\nL ’effluve en velours d’or aimante mon cœur las,\nMon cœur las où les deuils carillonnent des glas\nE t mon regard lointain de blême Jérémie;\n\nJe vous rêve la brune mie et l ’endormie\nE t la mignonne fraternelle aux frais soulas,\nDans mes bras très berceurs de vagabond Silas,\nJe vous porterais loin et ne dormirais mie.\n\nM’êtes-vous pas le fruit d’élite du verger ?\nLa brebis claire et vive, orgueil pur du berger,\nQue solennel il mène au pré joyeux des roses\n\nNuptiales! où l’or des grenades se fend...\nL ’aiguail de votre amour ondoîrait mes névroses\nE t je vous aimerais mille ans, ô mon enfant.\n\n                                        P ie r r e D é v o l u y .\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "78                           L E RÉ VEIL\n\n\n\n\n                       Les Lauriers\n\n     N ous n ’irons p lu s au bois, les lauriers sont coupés.\n     L a s, M arquise cruelle et qui jam ais n ’aimâtes —\n     — Quand de votre amour seul mes jours sont occupés —\n     N ous n'irons p lu s au bois, les lauriers sont coupés.\n     Vous aimiez mordiller leurs très fins aromates.\n\n     P rès de l’étang m irant l’iris et le glaïeul,\n     Où l'or des frondaisons choie en souples voltiges,\n     M oi, j'ir a i tristem ent m ’asseoir, j ’irai, tout seul.\n     P res de l’étang m irant l'iris et le glaïeul\n     L a sève perle encore à la blancheur des tiges.\n\n     L es liserons sèches aux marbres sont tremblants.\n     L e s faunes dénudés ont des airs ironiques...\n     B ien ne nous sauvera des longs hivers iniques :\n     L es liserons sèchés aux marbres sont trem blants;\n     Très chère, je vous vis hier deux cheveux blancs.\n\n     A h ! nous avons laissé passer le temps des roses,\n     M arquise, et des ja sm in s, et des pompeux lauriers,\n     E t la bise a sonné l’appel des jo u rs moroses;\n     A h ! nous avons laissé passer le temps des roses —\n     S i vous l’eussiez voulu, quel amour vous auriez!\n\n                                               F r édér ic F r ic h e.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                LE RÉVEIL                                              79\n\n\n\n\n     S y m p h o n ie blanche\n\n             « Mon Rêve »\n\n\n                                P o u r F . V an H e r r ew eg h e .\n\n\n\n\nIls pleurent d ’argent dans mon cœur,\nLes blancs flocons de neige pâle,\nE t leur descente musicale,\nVague, au loin, rythmique se meurt.\n\nC'est un lointain, bien lointain rêve,\nRêve blanc   —de cygnes, d ’amour —\nComme il en passe en mon humour,\nOisels héraldiques de grèves.\n\nCette neige tourbillonnant\nE n mon cœur   —tels de blancs fantômes —\nC ’est l'orchestre des pâles gnomes\nSecouant leurs grelots d'argent.\n\n                                    Carlos          du      F ay.\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "8   o                       L E RÉVEIL\n\n\n\n\n             Profils d’Amoureux\n                           NOUVELLE\n\n                          ( S u ite et fin)\n\n                               V III\n\n        L\n        e soir, dans le salon de la villa, tout garni d’objets\n         chinois et japonais, Lucienne s’asseyait parfois au piano\n         et commençait un morceau de Grieg plein de mélancolie\nbrumeuse. Souvent aussi elle reprenait la mélodie de Lalo :\n\n                   « Vainement, ma lien aimée,\n                   On croit me désespérer.... »\n\n  Des papillons et des mouches venaient se brûler les ailes à la\nlampe, qui éclairait le livre de la tante Aline et le journal de\nM. Vilmeuse. Roland était à côté de Lucienne, debout, prêt à\ntourner la page....\n  Derrière les portes, on entendait la rumeur de la mer, et, plus\nprès, le bruit de la foule circulant sur la digue.\n\n                                 IX\n\n   Et voici que déjà l’on songeait au retour. La plage se dépeuplait.\nQuelques villas étaient déjà fermées, calfeutrées. Un brouillard blanc\narrivait quelquefois, fermait l’horizon, étendant partout de l ’humi­\ndité. Souvent aussi les jours s’écoulaient en pluies moroses....\n   Le retour !\n   Roland eut un grand serrement de cœur. Le retour de la mer, de\ncette vie d’insouciance, et, quoi qu’on fasse, de bonheur, un bon­\nheur égoïste très physique, il est vrai, — et d’autre part cette âpre\nobligation de ne plus flirter avec ses devoirs, de considérer l ’exis­\ntence sous un aspect moins frivole, moins détaché de toute réalité,\nlui emplissaient le cœur d’amertume. Et il allait quitter Lucienne!\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                               L E RÉVEIL                              8l\n\n\nIl lui sem blait que cette séparation serait une crise dans sa vie. Les\nam oureux m arivaudages de tous les jours n ’avaient pas été sans\neffet. Roland s’apercevait que cette idylle, à peine ébauchée, avait\nvite fait son chemin dans son âm e. Car les am ourettes sont comme\ncertaines fleurs des bois : facilem ent écloses, elles sont lentes à se\nfaner.\n   E t lorsque Roland quitta Lucienne, il fut très pâle et trè s triste,\ntriste surtout parce qu’elle ne l ’était pas, la cruelle, et triste aussi\nparce qu’il devinait qu’A lbert, précédé de son renom de mauvais\nsujet, au rait plus que lui des chances de succès en lui faisant\nles doux yeux.\n\n\n                       DEUXIEME PARTIE\n                                    I\n   La lum ière, affaiblie par le store baissé, noyait la cham bre d ’une\ntristesse qui s’attach ait aux meubles et leur donnait, m algré le beau\nsoleil luisant derrière la croisée, une physionomie mélancolique.\n   Lucienne était étendue sur une chaise longue, le front rejeté en\narrière, le regard vaguem ent fixé sur une pendule en sèvres qui\nsanglotait son tic tac. Elle contem plait les heures qui fuyaient, se\nrappelait tout un bonheur déjà clos, toute une jeunesse en train de\nse faner, et voyait trop clairem ent le tissu de rêves illusoires qu’était\nson avenir.\n   Toutes ces pensées la rendaient solitaire.\n   Elle alla au ja rd in .\n   Septembre touchait à sa fin; cependant, les rayons jaunes du soleil\nétendaient encore une caresse tiède sur les végétations, dont se\ndégageait une grande lassitude. Pleine d’aromes, et douce comme\nun long coup d’éventail, une faible brise courbait les graminées\navec un bruit de soie qu’on froisse.\n   Lucienne s’était couchée dans un ham ac qu’elle avait accroché\nentre deux arb res; sa respiration faisait vibrer les ailes nacrées de\nses narines et soulevait rythm iquem ent sa poitrine garçonnière. Sur\nsa robe bleu pâle tran ch ait le jaune vif d’un roman à peine découpé,\nabandonné dans le filet.\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "82                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\n  E t elle restait rêveuse, revoyait confusément les bonnes heures\npassées avec Roland pendant ces vacances presque finies, tout ce\nmois de soleil passé à B lankenberghe, et qui suscitait en elle des\nsouvenirs de dunes, de cabines, de digue, d’estacade.\n  A présent, elle trouvait les heures trop longues...\n\n                                  II\n\n   Un soir, encapuchonnée dans un bachlik de soir, Lucienne\nm archait à pas lents dans un sentier du parc, son prom enoir favori,\nnaguère plein de pervenches, de stellaires et de véroniques, m ainte­\nn an t to u t vêtu de mousse humide. Elle passait droite et fière comme\nun lis dans les grisailles d’autom ne, qui se fondaient en tons\nviolâtres à chaque échancrure des bosquets. La n u it descendait peu\nà peu, étendant sur la te rre une brum e argentée, et sem ant au ciel\ndes étoiles d’or.\n   L’angelus tin ta à l ’église du village.\n   Il est temps de re n tre r, pensa Lucienne en écoutant tom ber les\nsons de cloche.\n   E t elle se sentit si seule, si seule...\n   L entem ent, elle revint sur ses pas.\n\n                                  III\n\n   Elle avait été pensionnaire pendant un an, à P aris. On lui avait\nm ontré la musique, la peinture, le boston; de plus, elle était revenue\nfarcie d’une foule de connaissances : physique, chimie, géographie,\net encore de ces langues étrangères dont on retient assez pour\ndébiter des barbarism es anglais, allem ands ou italiens. Tout ceci,\nLucienne s’était empressée de l’oublier, de crainte de paraître un\njo u r bas-bleu, comme la tante Aline qui tra ita it les papillons de\ncharm ants lépidoptères. Loin de revenir avec les grâces timides\net froides des pensionnaires, elle avait rapporté certains airs éva­\nporés qui la rendaient ravissante, et cette façon de vous regarder\n(elle appelait cela son regard de bataille), fixem ent, ardem m ent dans\nles yeux, qui la faisait paraître si passionnée. L’on ne s’avisait pas\ntoujours qu’elle n ’était qu’une coquette faisant ses premières arm es.\n Dans sa façon d’aim er, il y avait aussi de cette curiosité des vierges\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                              L E RÉVEIL                              83\n\n\nque quelques échappées de vue ont piquée au vif, et que tem père\ntoujours une crainte indéfinie de l ’inconnu.\n  Au reste, son caractère se traçait, s’établissait sur les bases de\nson passé, celui de ta n t de jeunes filles d ’aujourd’hui, et de son\néducation, cette éducation qui vous affuble l ’esprit de quelques\nsentim ents de parade, toujours les mêmes, toujours sem blablem ent\nexprim és, et, pour ainsi dire, codifiés. P our le civilisé m oderne, le\ncôté sentim ental de l ’âme est lettre m orte; il aime de deux\nmanières : bestialem ent, d’abord, la femme qui, dans le tournoie­\nm ent d’un bal, lui a m ontré l’appât voluptueux de sa poitrine et de\nses bras découverts; par intérêt, d ’autre p a rt, celle qui lui assurera\nune vie m atérielle tranquille et confortable.\n\n                                   IV\n  On attendait Albert.\n   Un jo u r, Lucienne avait entendu dire :\n   « — Albert? On ne parvient pas à le tire r des pattes de cette\nMary G ren t... »\n  Elle ne le connaissait presque pas : des souvenirs d ’enfance...\n  Le jo u r de son arrivée, c’était le jo u r qu’on réunissait ordinaire­\nm ent à C havreux les amis des environs, elle soigna plus que de\ncoutume sa toilette. A mademoiselle Aline, qui la considérait avec\nétonnem ent, elle répondit :\n   « — Eh bien, ma tan te, ne suis-je pas tout à fait ém oustillante,\naujourd’hui? »\n  Eberluée par ce bagout inaccoutumé, la tante l’avait morigénée.\n« Lucienne, où prenez-vous ces expressions... »\n   Puis elles s’étaient rendues au salon.\n   Sur le coup de cinq heures, on entendit dans l ’allée le galop d’un\ncheval. Un in stan t après, A lbert paraissait, on le présentait aux\ninvités.\n   En apercevant sa cousine, A lbert se dit, en m ordillant sa\nmoustache, qu’elle n ’était pas m échante du tout. Peu à peu, il se\nretira avec elle près d’une grande lampe voilée d’un abat-jour en\ndentelle. B ientôt ils se lancèrent à fond de train dans un tel flirtage,\nqu’A lbert pensa que Lucienne lui serait un charm ant déduit pendant\nson séjour à Chavreux\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "84                             L E RÉVEIL\n\n\n\n\n                                    V\n\n    Un galop de chevaux retentissait sur la route. Dans le m ail-coach\naux lanternes allumées régnait une joyeuse animation : l ’on contait,\njacassait, discutait à perte de vue sur mille sujets insignifiants en\neux-mêmes et auxquels la gaîté du mom ent attach ait un in térêt\n furtif. Des rires se m êlaient au bruit des paroles, des roues et du\ngalop.\n    Cependant, la nuit était venue, une nuit claire qu’arrosait un\nrayon de lune.\n   A lbert et Lucienne étaient silencieux.\n   Dans l ’intim ité des mains jointes et des bras se frôlant, elle sentait\n m onter une longue e t douce caresse, tandis que lui, considérant son\n visage vaguem ent éclairé, la trouvait plus jolie que jam ais.\n    — E h bien, vous vous taisez, Lucienne?\n    — Non, elle parle si bas...\n    — Qu’on ne se comprend que mieux? Mes compliments, ma\n bonne.\n    E t sous le regard fixe de la lune et des étoiles, les conversations\n continuèrent leur égrènem ent tapageur.\n\n                                    VI\n\n   Il y avait dans le parc un étang, avec une barque, des nénuphars\net des poissons rouges; et sur le bord, des bancs, et sur l ’un de ces\nbancs, Lucienne et Albert.\n   « — Ma chère, je suis jaloux, très jaloux!\n  — Ah bah! de quel droit?\n  — ...trè s jalo u x ...\n   — P eut-on savoir de qui?\n   — Vous me le demandez?\n  — Puisque je ne me figure même pas...\n   — Le cœ ur sur la m ain?\n   — Oui.\n   — Tudieu! — Vous aim ez... V oyons... contons la chose par le\n menu. Vous aimez la moustache de Roland?\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                             L E RÉVEIL                              85\n\n\n  — Pourquoi pas? Un peu.\n  — E t sa conversation ?\n  — Beaucoup, mon cher.\n  — E t lui-m êm e, passionném ent, sans doute?\n  — Certes, mon très cher, c’est comme vous le dites.\n  — Tandis que moi, vilaine?\n  — P as du tout !\n   — P as du tout? Savez-vous qu’il pourrait vous en cuire, Made­\nmoiselle? — P as même un peu?\n   — P as même un peu !\n   — E h bien, vous allez me le payer! »\n   Albert voulu la saisir pour l’em brasser. Elle s’éloigna en\ncourant, en ria n t, dévoilant d ’adorables quenottes blanches. E t très\nloin, elle s’exclam a encore d’un air moqueur : \" — Pas du tout, là! \"\n\n                                 VII\n\n   « — A lbert, que disiez-vous de moi à ma tante? Expliquez-moi,\ns’il vous plaît?\n   — Je ne me souviens pas, m a bonne...\n   — Ne plaisantons pas. Je suis fâchée.\n   — V raim ent! C’est si terrible?\n   — Je vous demande la vérité.\n   — R ien que la vérité, mais j ’ig n o re ...\n   — Je vais vous m ettre sur la voie. Vous avez dit à ma tante que,\nsans être positivem ent chic, j ’avais du m ontant!\n   — M ais... je ne parlais pas de vous!\n   — Vrai?\n    — Comment ! Je demande même un baiser de réconciliation !\n    — Un baiser!! Mais si l ’on nous surprenait!\n    — Donc, si l ’on ne pouvait nous su rprendre?...\n\n                                 VIII\n\n  E t Lucienne sen tit qu’elle aim ait A lbert, ce beau cousin entré\ntout à coup dans sa vie. Elle sentait que Roland ne lui était rien\nde plus qu’un bon camarade. Elle avait pour lui beaucoup de sym­\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "86                             L E RÉVEIL\n\n\n\n\npathie et d’estim e, mais il 11e devait pas dem ander davantage...\nM entalem ent, elle le com parait à A lbert, plus corrom pu, certes,\nmais bien plus séd u isan t...\n    ...P a r les persiennes closes, une douce lum ière pénétrait. Des\nfleurs m ouillaient dans des vases de cristal et répandaient leur\nparfum. On entendait des conversations dans la chambre voisine.\n    Lucienne était assise, frileuse, les pieds reposant sur une moelleuse\npeau d’ours.\n    A lbert entra, la v it seule.\n    Soudain, il lui p rit les mains, les couvrit de chauds baisers.\n    Stupéfaite, elle ne trouvait rien à répondre...\n    E t Albert était arrivé à ses fins. I l s'éta it amusé. Il ne voulait\npas pousser les choses plus loin ; car dans sa fatuité il se disait que\nde Lucienne il pouvait faire ce qu’il voulait.\n    En q u ittan t B iarritz, il était las des baisers frelatés auxquels il\nétait habitué. Il s’était dit que quelques jours lui suffiraient pour\nam ouracher la jeune cousine. Il y était arrivé facilement. Victoire\npeu glorieuse, du reste. Il avait préféré un instant Lucienne aux\ntu tu s et aux jupes des danseuses, au m aquillage de ses m aîtresses\nMais il ne l ’aim ait pas. En am our, je ne sais qui l’a dit avant moi,\nil y a toujours un dupé qui aim e, et un dupeur qui se laisse aim er.\n    Le lendem ain, A lbert quitta C havreux. Son départ si prom pt\nétonna M. Vilmeuse et la tante A line; et Lucienne vit alors qu’il\ns’était joué d’elle.\n    E t ce lui fut une grande douleur...\n    A lbert p rétexta une affaire urgente, qu’il entoura de m ystère pour\nla rendre plus vraisemblable.\n    Ce fut, pour Lucienne, une grande douleur, une grande désil­\nlusion et elle se repentit de s ’être laissé prendre à l’appeau des mots\nenjôleurs, des paroles amoureuses.\n\n                                    IX\n\n  Un mois après, Roland revint à C havreux, à pied, car il n ’était\npas attendu. C’était le soir, après un de ces jours gris d ’autom ne\nqui font songer que notre pays est, hélas! bien septentrional. La nuit\ntom bait, et une bruine froide striait l’air. Oh ! ce soir de province !\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                              L Ë RÉVEIL                              87\n\n\n\n\nQu’ils étaient mélancoliques, les pavés noirs, vernis d’une boue\nluisante! Qu’elles étaient mélancoliques, les rues où lentem ent les\nréverbères s’allum aient!\n   Voici que s’ouvrait la porte de l ’église : tous les fidèles, d’une\ndémarche n ette et bourgeoise, prenaient leur essor. Sur les m arches\nde l ’escalier s’agitaient et se confondaient leurs ombres. Bientôt,\ntout retom bait dans le silence.\n   E t Roland était pris d ’une m élancolie noire, comme après une\ngrande désillusion.\n\n                                   X\n\n   Lucienne lui p aru t toute autre, moins insouciante, moins joyeuse\nqu’autrefois.\n   E t un jo u r elle lui dit :\n   « — Mon Dieu! vous êtes trop parfait, mon cher R oland. Ayez\nun défaut, un vice, un seul, un tout p e tit... et je consens à vous\népouser, si toutefois vous le désirez ! »\n   E t Roland com prit qu’elle ne l ’aim ait plus, qu’elle ne l’aim erait\nplus.\n\n                                            Georges T ouchard.\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "88                             LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                    CHRONIQUE TH E A T R A L E\n\n\n                           I. Grand Théâtre\n\n           iRen de bien saillant dans ce mois; des bénéfices et puis\n             encore des bénéfices; histoire de faire passer les pièces res­\n             sassées, et, en même temps, d’encaisser de jolies recettes.\n Car il n ’y a pas à dire, le public aime ces petites fêtes de famille,\n et il vient en foule dès qu’il espère voir fleurir une artiste, recher­\nchant ces manifestations bruyantes, tout content de trouver des\nsemblables dans notre vaste salle de spectacle, ayant, ces jours-là,\nperdu ses airs de thébaïde. Et puis, toujours un peu, l’éternelle\n histoire des moutons de Panurge...\n    La plus fêtée des bénéficiaires a été Mlle Dupré, notre excellente\n chanteuse d’opéra-comique, qui, dans Lakmé, a été l ’objet de\n manifestations absolument sympathiques. C’a été un hommage\n unanime, sans abstention aucune, se traduisant en pluie de bouquets\n et en nombreux cadeaux. Nul doute que Mlle Dupré, dont c’était la\npremière soirée « à bénéfice » ne garde le meilleur souvenir des\npreuves d’estime et d’admiration que lui ont données les gantois.\n    A signaler une bonne reprise des Contes d ’Hoffmann, dont les\ndeux exécutions ont eu pour spectateurs,... les banquettes. Voilà\ncependant une jolie partition, qui, il y a quelques années, faisait\nfureur chez nous, et m aintenant... Sic tran sit... A citer Mr Darras,\nfort correct dans le triple rôle du conseiller Lindorf, de Coppélius\net du docteur Miracle, et M11e Dupré, trés bien, comme chanteuse,\n dans le rôle de la poupée.\n    La fille de Fanchon la vielleuse ( l r“ représentation : Paris,\n Folies-Dramatiques ; 3 novembre 1891), a fait ensuite son appari­\ntion sur notre scène, après avoir obtenu de grands succès à Paris\net à Bruxelles. — Vraiment? me direz-vous, je ne m ’en serais\njamais douté. — Cela m’étonne autant que vous.\n    La musique — de Varney — est d’un fade, d’un fade, et quant\nau livret, je n ’hésite pas à dire que comme invraisemblance et\ncrétinisme, c’est assez réussi. Ce notaire, bon génie des petites\nchavoyardes, se déguisant en prince indien, et toute cette scène\n absurde de l’idole à trois têtes, et le flûtiste Zéphirin, donnant des\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                               L E RÉVEIL                              89\n\n\n leçons de musique, ainsi que d’autres arts d’agrém ent, à la femme\n de ce brave m aître Bellavoine, qui prétend n ’avoir jam ais été\n notarié, to u t cela est très suggestif. E t puis, de tem ps à autre,\n Fanchon venant nous débiter une petite chanson sur sa vielle,\n instrum ent tombé en disgrâce de nos jours, mais qui m ’a semblé\n avoir quelque analogie avec la bassinoire. Voilà.\n    De vraim ent réussi, nous n ’avons relevé qu’un chœ ur tout plein\n de fraîcheur au l r acte, et une très jolie gavotte au 2e. Le reste de\n l’œ uvre, — et, comme on le voit, ce n ’est pas la petite partie, —\n est à l’avenant. Quant au fameux duo des cochers : J ’ su is cocher,\n V es cocher, u n cocher et un cocher, ça f a i t deux cochers, le clou\n de la pièce, p araît-il, la musique nous semble en tous points en\n rapport avec les paroles. Qu’on en juge alors.\n    Lorsqu’on voit de pareilles bêtises, on se demande par où est\n passé cet esprit gaulois dont les français sont si fiers, et à la place\n duquel sel nous ne trouvons que gros poivre, c’est-à-dire crudités\ndéplacées, faisant rire bruyam m ent quelques m alins, tout heureux\nd’avoir com pris, de ceux-là qui com prennent toujours, alors même\nqu’il n ’y a rien à com prendre. E t dire qu’il a fallu trois têtes, — au­\ntan t qu’à l ’idole, — pour composer ce charm ant poème. En somme,\nun insuccès; un nouveau cadavre à m ettre dans le grand four crém a­\ntoire, où se sont déjà englouties ta n t de pièces. La mise en scène\nétait pourtant très soignée, et l ’interprétation fort bonne dans son\nensemble. M. Cazeneuve a été excellent, comme toujours, du reste,\ndans le rôle de Jacquot, e t M. Grésini, a, cette fois-ci, bien saisi le\nrôle de m aître Bellavoine.\n   M. Casset, du th éâtre de Liège, que nous avons entendu dans\nRobert et dans L a J u iv ê , a obtenu du succès, succès partagé par sa\npartenaire, Mlle Minnie Tracey, une chanteuse de beaucoup d’avenir.\nInutile de dire qu’à ces représentations assistait le public habituel\ndes soirées de grand-opéra, c’est-à-dire personne. E t cependant on\nréclam ait à cor et à cri un fort ténor. Mais quand il y en a un, on ne\nveut pas aller l ’entendre.\n   Coquelin cadet et Jean Coquelin sont venus nous rendre visite\ndans M lle de la Seiglière. Ils ont obtenu un succès énorme, bien\nmérité, car ce sont-là vraim ent deux a rtiste s, épris de leur a rt, de\nceux qui procurent un véritable plaisir aux am ateurs de comédie,\npeu habitués à pareille aubaine.\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "90                            L E R ÉVEIL\n\n\n\n\n    L e p e tit duc a été donné au bénéfice de M. Cazeneuve. Mme Caze-\nneu v e-P irard , qui se produisait pour la prem ière fois sur notre\nscène, a fait une excellente impression dans le rôle du duc de\nP arth en ay , qu’elle a fort bien rem pli.\n    Annoncé : L e Rêve, le Voyage de S m e tte.\n    M. B ayard, — a lias Bouveret — actuellem ent directeur à N am ur,\na été nommé pour exploiter notre th éâtre, pendant la campagne\nth éâtrale 1892-1893. Les genres représentés seront le grand-opéra,\nl ’opéra-comique et l ’opérette.\n\n                        II. T héâtre M inard.\n\n   De même que son grand frère, le th éâtre Minard donne en plein\ndans les soirées à bénéfices. Nous avons eu d’abord celui de Mme Car­\nling dans M a Cousine, l ’œuvre de Meilhac dont on disait si grand\nbien. Avouons que pour l ’énorme m ajorité du public, cela a été une\ndésillusion. Cette pièce f i n de siècle (dénomination que lui donne\nl’affiche!) contient certes de très fines études : caractères bien\nobservés, quoique extravagants, mais l’intrigue même, — si intrigue\nil y a — est trop absurde pour intéresser. E t puis il y a des lon­\ngueurs, des longueurs, notam m ent l’histoire de ce soporifique\npiston d’Hortense. Le fameux pas du Moulin rouge, dansé par\nM” Carling, n ’a réussi qu’à choquer tous les spectateurs, même les\nmoins chatouilleux. Avec beaucoup d’autres, nous sommes d’avis\nque le th éâtre ne se prête nullem ent à des exhibitions de ce genre,\nto u t au plus dignes d’une baraque. Est-ce là ce que l’on appelle l ’a rt\ndram atique fin de siècle?\n   Mnie Carling a reçu une foule de cadeaux et de corbeilles, lui\nprouvant combien fort elle est aimée du public gantois, dont elle\npartage les faveurs avec Mme W ilson, qui, égalem ent, a été l’objet\nde m anifestations sym pathiques dans le R om an d 'u n jeu n e homme\npa uvre, donné à son bénéfice.\n    Clo-Clo, une bouffonnerie assez réussie, a obtenu un succès de\nfou rire. Les rôles étaient très bien tenus par MM. Fontenelle,\nGenot, Aurès et Delaunay, Mmes C arling, Genot et Ribell. Chose à\nn o ter, la pièce était mieux sue que d ’ordinaire, et le souffleur n ’a\npas eu trop à se dém ener. La mise en scène, comme toujours, était\nfort soignée, et notam m ent bien planté, le décor représentant le\nbuffet de la Roche Trom pette.\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                               L E RÉVEIL                              91\n\n\n\n   M. Genot, notre délicieux comique, ainsi que Mme Genot,, ont eu\npour leur représentation à bénéfice, la deuxième représentation des\nProvinciales à P a ris, pastiche assez faible de Labiche et de Henne-\nquin.\n   Nous apprenons avec plaisir que M. Fontenelle nous reste l’an\nprochain. Cette année-ci déjà, il s’est m ontré adm inistrateur intel­\nligent et a fait tous ses efforts pour plaire au public ; il est décidé de\nfaire mieux encore durant la future campagne. Tous nos vœux pour\nla réussite de ses projets.                                      L u ig i.\n\n   A u C onservatoire R o y a l — P rem ier Concert. — Assez\n beau réveil après l ’habituel sommeil du nouvel a n ; intéressant\n program m e consacré à la musique allem ande, de M ozart à R ichard\n W ag n er, chose dont il convient — en ces temps d ’opérettes et de\n fades m usiquettes de salon — de féliciter M. Sam uel. La symphonie\n en sol m in eu r de M ozart ainsi que l’ouverture en u t m ajeur de\nBeethoven ont été exécutées honorablem ent et avec une certaine\nchaleur; cependant il est regrettable que les cuivres continuent à\nlancer d ’im portunes discordances et cela fort souvent. Les œuvres\nde W ag n er ont été beaucoup moins bien rendues : dans l ’admirable\nintroduction de Parsifal, pièce sym phonique évocant successivement\nles principales idées du dram e, l ’orchestre a manqué d ’hom ogénéité ;\ndans les m urm ures de la F orêt de Siegfried il s’est m ontré obscur,\nconfus et n ’est pas parvenu à faire saillir le relief de l ’œuvre comme\nil eût fallu (les seconds violons ont été médiocres); quant à l ’ouver­\nture des M aîtres C hanteurs elle a manqué d ’éclat et de noblesse.\n(Pourquoi les mouvements si pressés?)\n   Nous avons entendu avec plaisir mais sans émotion aucune un\npianiste-virtuose M. Edouard P otjes, doué d’une rem arquable\nmémoire musicale et d’un mécanisme fort développé, mais jouant\nfroidement : exécution soignée d’un beau Concerto pour piano et\norchestre de S charw enka (Concerto où l’orchestre domine la partie\nde piano), du Prélude en r é bémol de Chopin et de l’Invitation à la\nvalse de W eber (avec des arabesques qui nuisent au cachet de l ’œuvre).\n   Un mot pour finir. — Le public des concerts ne pourrait-il jacasser\nun peu moins pendant l ’exécution des m orceaux? Il m ontrerait ainsi\nqu’il vient au Conservatoire par goût et non par pose.\n   Nous avons appris avec plaisir qu’au program me du prochain\nconcert figure F re ih ir d’Emile M athieu.                       J. D.\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "92                            LE REVEIL\n\n\n\n\n                   CH RO NIQU E L IT T É R A IR E\n\n\n      Coups de Plum e par F i r m i n V a n d e n B o s c h .\n           Echos Plaintifs par G. C a r l i e r .\n\n            oMnsieur Vanden Bosch a eu l’heureuse idée de réunir et de\n             publier quelques articles (1), dont un certain nombre, je\n             crois, ont paru il y a peu de temps dans la Revue Belge.\n   Empreintes d’un véritable cachet d’originalité, écrites avec infini­\nment d’esprit, d’un style facile, vif, quelquefois même un peu\nbatailleur, ces quelques pages sont d’une lecture très agréable, et en\nmême temps instructive — ce qui ne nuit jam ais. Ce sont des\nsouvenirs de sa vie de collégien que l’auteur nous dit, mais ces\nsouvenirs sont mêlés à des réflexions très justes, touchant à un ordre\nd’idées des plus importants : l’enseignement de la littérature dans\nles établissements d’instruction moyenne.\n   Cette plaquette est un vrai plaidoyer, et un plaidoyer très bien\nfait en faveur des modernes. Reprenant les idées de M. Vanden\nBosch, on regrette de devoir constater que dans l’enseignement —\ntant officiel que privé — on s’en tient beaucoup trop exclusivement\naux classiques, aux écrivains du dix-septième siècle. Des évolutions\nlittéraires qui se sont produites depuis on n’en a cure. Cela lient à la\nroutine sans doute, car je me plais à croire que ces Messieurs de ce\nqu’on appelle « le Conseil de Perfectionnement » ne sont pas sans\nreconnaître quelque valeur aux écrivains contemporains. Mais que\nvoulez-vous? Ces juges très savants se servaient dans leurs classes,\nalors qu’ils étaient potaches des « Leçons choisies de Littérature\nFrançaise et de Morale » par Charles André, ou de tout autre\nouvrage similaire; pourquoi les potaches d’aujourd’hui ne se con ­\ntenteraient-ils pas de ce qui leur a suffi à eux, les gros bonnets de\nl’enseignement? Et c’est pourquoi les jeunes gens ont entre les mains\ndes recueils, où, la plupart du temps, il n’y a pas le plus petit extrait\ndes nombreux chefs-d’œuvre littéraires du dix-neuvième siècle.\n\n  (1) Coups de Plum e par Firm in Vanden B obcH. — Louvain, Aug. Fonteyn.\nPrix : 50 centim es.\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                                 L E RÉVEIL                                 93\n\n\n\n    Mais, d ira-t-on, de pareils ouvrages n ’étan t plus au courant des\nmanifestations de la littérature moderne, pourquoi n ’en pas adopter\nd’autres? A h! voilà.. .. Pourquoi?\n    Il est donc entendu qu’un rhétoricien frais émoulu — j ’entends de\nces rhétoriciens sans initiative et affligés d’une incuriosité pour la\nlittératu re m oderne vraim ent regrettable — ne connaît, souvent\nmême pas de nom T h. G autier, les Goncourt, Banville, Leconte de\nLisle, Sully P ru d ’homme, P ailleron, Augier etc. — Mais au moins\nil connait les classiques, les R acine, les M olière, les Corneille, les\n Bossuet! — Oh! si peu—\n    P assant à un autre sujet, M. Vanden Bosch — dans un article\nfort joli d’ailleurs — nous parle des femmes qui se piquent de\nlittératu re. P o u r lui, sous le rapport littéraire, « le barom ètre de\nl ’esprit féminin m arque faux-fixe d . Cette proposition me semble\nexcessive. Il y a certainem ent des femmes, qui se pâm ent d ’admi­\nration devant telles pages de ces hobereaux de la littératu re qui s’ap­\npellent Em. Richebourg, Ohnet, X . de M ontépin, Ponson du T errail ;\nmais il ne faut pas généraliser cette tendance au mauvais goût.\nC’est l ’apanage de quelques fem m es; laissons le leur, mais ne\npoussons pas notre générosité jusqu’à vouloir l ’octroyer à toutes.\n    Cette question mise de côté les observations que M. V anden Bosch\na fait valoir dans sa très intéressante plaquette, me sem blent fort\njustes. Je ne saurais assez engager tout le monde à lire ces « Coups\nde P lu m e », car chacun pourra tire r profit de cette lecture.\n\n                                      *\n\n   Je crois qu’il me serait difficile de lire une cinquantaine de pages\nde Millevoye ou de Lefranc de Pom pignan, sans étouffer plusieurs\nbâillements. Ces pleurnicheries et ces lam entations me fatiguent,\nm ’en dorm ent.... même si elles sont exprimées d ’une m anière plus\npoétique que ne l ’a fait M. C arlier dans le volume qu’il vient de\nfaire p araître (1). Entendons-nous! Je n ’entends faire aucune com­\nparaison en tre M. C arlier et ces deux larm oyeurs; l’auteur des\nEchos P la in tifs pourrait ne pas être satisfait, et il aurait raison,\n\n\n\n  (1) Echos P laintifs par G. Carlier. — Gand, Snoeck-D ucajou, fr. 2.50.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": " 94                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\n  car rien ne sied comme la modestie à un jeune poète. J ’ai sim plem ent\n  voulu dire que cette même influence soporifique que produisent sur\n moi les vers de Millevoye, je l’ai éprouvée, et plus fortem ent encore,\n  après avoir lu le recueil de poésies de M. Carlier.\n      M. C arlier, si ses vers sont la vraie expression de ce qu’il\n éprouve, est un désenchanté, un désespéré. Tout ce qu’il chante\n (est-ce bien le verbe qu’il faut employer?) ce sont les désillusions de\n l’am our, la tristesse de la vie. A l’en croire, il n ’y aurait dans\n  l ’existence qu’un bon moment, c’est celui où on la quitte. Il n ’y a\n rien de plus désolant que ces vers lugubres, quasi m acabres surtout\n qu’il sont sensés exprim er l’état d’âme d’un tout jeune homme. Je\n dis sensés parce que je ne puis presque pas concevoir un pareil\n pessimisme chez quelqu’un qui sait peut-être à peine ce que c’est que\n la vie.\n      Nous ne discuterons pas les idées de Mr C arlier; chacun a les\n siennes. Lui voit la vie en noir, moi je la vois plutôt toute rosée, me\n réservant un foule de joies, de plaisirs. Rêve chim érique, aléatoire!\n Qu’im porte! Les illusions font vivre. Mais, pour en revenir aux\n E chos P l a i n ti f s , si l ’auteur nous voulait conter ses chagrins,\n n ’aurait-il pas pu le faire moins souvent, et sur un ton un peu plus\n différent? Lisez ces quelques pages; c’est toujours la même antienne.\n Deux bonnes poésies, deux vrais poésies d’une mélancolie douce et\n berceuse, m ’auraient plu davantage que toutes ces redites et toutes\n ces longueurs.\n      Q uant à la forme nous n ’en parlerons guère si ce n ’est pour con­\n seiller à l’au teur de trav ailler, et de trav ailler beaucoup.\n      E t l ’impression générale? C’est que si j ’avais été M. C arlier\nj ’aurais composé de ces Echos P la in tifs une espèce de Cahier Rouge.\nFrançois Coppée a publié le sien; moi, G. C arlier je l ’aurais re n ­\nfermé religieusem ent dans quelque tiro ir, et je me serais contenté de\nle feuilleter quelquefois, le soir, entre deux soupirs à la lune.\n      Que M. C arlier me perm ette, de lui donner un dernier conseil.\nIl se trouve to u t exprim é dans une phrase que je viens de lire dans\nF eu illes Détachées, le dernier livre de M. Renan. Voici : 3 Amusez\nvous, puisque vous avez vingt an s; travaillez aussi. »\n\n                                                             P . H.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                                           L E RÉVEIL                                               95\n\n\n\n\n                                TABLETTES\n\n           A tra v ers l e s R e v u e s            de Hérédia et des vers Bignés J . Suchet.\n   Lire en entier le numéro triple (le                  L a R e v u e B e l g e ( 1er F év.) donne d e s\njanvier de l a J e u n e B e l g iq u e . Nous y    vers do Ch. B eltjens, et une nouvelle\nremarquons une prose d’Eug. Demolder,               d'Edg. Bonehill. Le num éro du 15 F év.\net des vers d’A . Giraud, Valère Gille,             contient un com pte rendu des «Autom­\nG. Kahn e t Iwan Gilkin.                            nales» de C. du Fay.\n   Dans le fascicule du M e r c u r e d e               L e S y l p h e e st ressuscité : nous n ’a ­\nF r a n c e , « De l'A r t Magnifique, » par        vions plus entendu parler de lui depuis\nSt P ol R oux; Sonnets de José Maria de             Ju illet 91. Dans le premier fascicule de\nHérédia, vers de A . P . H érold; proses            92 nous avons lu avec plaisir des vers de\nde Rachilde et R. de Gourmont.                      Fabro des Essarts, G. de M ontget et\n   L ’E r m it a g e de Janvier donne une           E . Chebroux.\nlettre de Ch. Maurras à l ’auteur de                    R o u e n -A r t is t e contient une biogra­\nThulé des Brumes. Proses d’Ad. R etté.              phie, un portrait et des vers d’Henry\nR. Tardivaux, H. Mazel. Vers de P . Du­             de B ra ism e . A utres vers encore d’A .\nfay et H. Degron.                                   Duvaut, E ug. Manuel et P . Verlaine.\n   C h im è r e contient une étude sur le               L a R e v u e G é n é r a l e (Fév.) nous offre\nSocialisme intégral, par P . Redonnel, et           un article « S u r le Socialisme A llemand »\ndes vers de P . D évoluy, P . H uret, Cam.          par F in n in Vanden B oB ch.\nMauclair, Cat. Blée.                                    Dans l a R e v u e U n iv e r s it a ir e (15\n  L a R e v u e I n d é p e n d a n t e (Janvier)   Janvier) « Introduction au droit de ven­\nnous arrive avec des extraits d’H enrick            geance » par Léon H ennebicq.\nIbsen, d e s vers de René G hil, G. et J.               L e C o in d u F e u (F é v .) donne « Comme\nCouturat, et une fort bonne prose de                il fa u t les aimer, » par A rth. Detry et un\nP. Dévoluy.                                         compte-rendu des « Fleurs de M auve. »\n  L a R e v u e B l a n c h e (Janvier) publie          D a n s l a R e v u e R o se (24 Janv.) B al\nen prose un « Fragment « de Romain                  rustique, par C. Natal. Le fascicule du\nCoolus A citer parmi les vers : « L a               14 F év. renferme : « Libres Chevauchées, »\nFontaine » (Intus) d’A . Thonnar, et des            par M. Raphaël, une étude de Fr. P aul­\nsonnets de Nicolas K enlio.                         han et des vers si g n é s F leur des Bois.\n  Bienvenue et longue vie à F l o r é a l .             L a L ib r e C r it iq u e (4 F év.) à lire :\nLe premier fascicule contient, outre des            « Une École, » par R. Charmette. A\narticles de C. Lem onnier, E m. V er­               citer, d a n s le numéro exceptionnel illu s­\nhaeren etc., une originale « Mort d ’Aube »         tré, les articles de MM. E. Georges, N .\nde G. V yttal. V ers de A. Thonnar, Edm .           Outer, F . Roussel.\nRassenfosse, Ch. Brown, P . Gérardy.                    L e B l u e t (Fév.). A ssez bon num éro,\n   Mêmes souhaits à L a C r o is a d e qui          horm is : \" Pour une cabotine, \" par Louis\ndonne des proses d’H . M azel, Ad. Lacu­            DeBcombe6, — un disciple de l ’ami Mon­\nzon, des vers do P . Redonnel et G. V i­            tépin — et les vers signés G. Carie.\ncaire.                                                 Dans la R e v u e d e s R e v u e s , M. Cilwa,\n   Dans le M a g a s in L it t é r a ir e (Janv.)   je crois, s’occupe tout particulièrem ent\nde Gand, à lire une étude sur José Maria            du \" R é v e i l , \" Certes il est libre de ne\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "96                                           LE RÉVEIL\n\n\n\n\npas apprécier tel ou tel article paru dans                         P etites N o u v e lle s\nnotre revue, mais il ne lui est pas du tout\nperm is d’ignorer que le groupe de voy­\nelles « ia », dans « glaciales » par exem ­              CONCOURS LITTÉRAIRE DU SYLPHE\nple, est disyllabique. Si, avant d’accuser\n                                                          Du 1r fé v rie r a u 31 m ars 1892, le\ngratuitem ent Fernand Roussel de con­\n                                                       S y lphe o uvre à tous les litté ra te u rs son\nfondre les vers de onze pieds avec le s\n                                                       8e concours (poésie e t prose).\nalexandrins, il avait consulté le diction­\n                                                          De nom breux prix (vases de Sèvres,\nnaire des rim es de Quitard, (page 21),\n                                                       m édailles, volumes et diplômes) seront\ndont le B luet préconise l'emploi sur sa\n                                                       décernés aux lauréats.\ncouverture, il ne se serait pas exposé il\n                                                          Demander le programme et les con­\ncom mettre p areille... .erreur.\n                                                       ditions du concours à M. Alexandre\n    L e M é p h i s t o (nos 19 et 20) outre les\n                                                       M ichel, secrétaire du Comité, 8, F au­\nchroniques théâtrales hebdomadaires,\n                                                       bourg Très Cloîtres, Grenoble.\nparle du « Rêve » de Bruneau et de\nl ’E xposition des XIII.                                                     **\n    L a F r a n c e M o d e r n e a-t-elle rendu          Il vient de se fonder il Anvers une\nsa belle âme à Dieu? Nous n ’avons plus                A ssociation pour l’Art, d o n t l e com ité est\neu de ses nouvelles depuis le m ois de                 composé de MM. Charles Dum ercy, Max\nDécembre dernier.                                      Elskamp, Georges M orren, Georges\n    Au dernier m om ent, nous n ’avons pas             Sérigiers, Henry Van de Velde. N o u s\nencore reçu l e S i l l o n . Par contre nous          extrayons ces lignes du m anifeste :\narrive L e C h a s s e u r d e C h e v e l u r e s ,   “ Autorisé par un respect des Choses de\nm oniteur du possible, avec des articles               l ’Art, qu’il veut au-delà de l ’Intérêt,\nsignés Tristan Bernard, G. M uhlfeld,                  des Coteries et de l’E cole, un Comité\nR . Coolus; ainsi que l a R e v u e M o d e r n e      s’est fondé. — Il se vouera, argum en­\ndont nous parlerons prochainem ent.                    tant d’expositions d’Art, de conférences\n                                                       et d'auditions musicales, à la défense\n                                                       des Idées et des Vouloirs des P lus\n   Dans son numéro du 5 février dernier,\n                                                       Récents Artistes. — \"\nla Flandre Libérale citant le com pte­\nrendu que fait le Bien Public des \" Coups\nde P lum e \" de M. Firm in Vanden Bosch,                 Nous rendrons compte en notre pro­\nhasarde cette phrase : « Il s’agit d’une               chain fascicule du volum e de vers :\nbrochure qui vien t de paraître, que nous              « Chansons naïves » que M. Paul Gérardy,\nne connaissons pas, et dont, du reste, ne              directeur de la jeune revue F l o r é a l ,\nnous donne guère envie la critique qu’en               vien t de faire paraître.\nfa it le B ien Public. »\n   C’est ce que je m e disais ! L ire et par­\nler de l ’œuvre des jeunes en général, et                 A notre collaborateur F . Roussel nos\nde celle de M. Vanden Bosch en parti­                  excuses pour la coquille qui s’est glissée\nculier, cela est bien au-dessous de la                 en notre dernier n° ( Déception, page 34).\ndignité des grands oncles et du Sainte-                P rière de lire au lieu de : A u milieu des\nBeuve de la Flandre!                                   p leurs...., au milieu des fle u rs....\n                               Cha ntecler .\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "              Bureaux de vente du R É V E I L\n\n  G and.              — Ad. H oste, rue des Cham ps, 49.\n                        L ib rairie U niverselle, rue Courte du J o u r.\n                        Mme O tte, rue de F landre.\n  B r u x e l l e s . — Office de Publicité, rue de la M adeleine.\n  L ié g e .          — D ’H eur, rue P o n t d’île.\n\n\n\n\n           PUBLICATIONS RECOMMANDÉES :\nL e c h a s s e u r d e C h e v e l u r e s — b.m — R u e V ézelay, 15, P aris.\nL e B l u e t . — m — R ue Croix des P etits C ham ps, P aris.\nC h i m è r e . — m — Cours G am betta, 52, M ontpellier.\nL a C r o i s a d e . — m — R ue Mexico, 19, L e H âvre.\nL ’ E r m i t a g e . — m — R ue de V arennes, 26, P aris.\nF l o r é a l . — m — R ue S t. R ém y, 22, Liége.\nL a F r a n c e M o d e r n e . — b .m — F aubourg du N ord, 15, M arseille.\nL a J e u n e B e l g i q u e . — m — R u e P otagère, 64, B ruxelles.\nL e M a g a s i n L i t t é r a i r e . — m — R ue H au t-P o rt, 52, Gand.\nL e M é p h i s t o . — h — R u e du L om bard, 28, A nvers.\nL e M e r c u r e d e F r a n c e . — m — R ue de l’É chaudé-S ‘-G erm ain,\n     15, P aris.\nLe   M ouvem ent      L i t t é r a i r e . — b.m — R u e des Minimes, 13,\n     B ruxelles.\nLa. L ib r e C ritiq u e.   — h — R ue S ouveraine, 37, B ruxelles.\nLa R evue B e lg e . —       b.m — P lace de la S ta tio n , 10, L o u v ain .\n\n\n                                                    1'\nL a R e v u e B la n c h e . -    m -        R ue M artyrs, 19 P aris.\n                                            ( R ue de O uest, 74, L iége.\nL a R e v u e G é n é r a l e . — m — R ue T reu ren b erg , 16, B ruxelles.\nL a R e v u e I n d é p e n d a n t e . — m — R u e des P yram ides. 12, P a ris.\nL a R e v u e M o d e r n e . — m — R ue O rdener, 96, P aris.\nL a R e v u e U n i v e r s i t a i r e . — m — R ue d ’A nderlecht, S ‘ G illes.\nR o u e n - A r t i s t e . — R ue G rand-P ont, 4, R ouen.\nL E S i l l o n . — m — R ue de C habrol, 3 1 , P aris.\nL e S y l p h e . — m — Rue- de la G are , 2, V o iro n (Isère).\n\n\n                                  m     = M ensuel.\n                                 b .m   = Bi-M ensuel.\n                                  h     == H ebdom adaire.\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 3, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1892-03", "signet_source": "Deuxième année - N°3 - Mars 1892", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 84 (« Deuxième Année, N° 3, MARS 1892 »).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}