{"numero_id": "ulb-reveil-1892-04-n4", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "articles": [{"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-001", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Deuxième Année — N° 4 A V R I L 1892", "ancre_fin": "FRANÇAIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE H u b e r t", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 120, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 281, "texte": "Deuxième Année — N° 4                                                  A V R I L 1892\n\n\n\n\n     LE\n       RÉVEIL\n       RevuemensuelledeLittérature&d'Art\n            P U B L IÉ E S O U S L E S A U S P IC E S DU C ERC LE L IT T É R A IR E FRANÇAIS\n\n\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-002", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE H u b e r t", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 120, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 281, "fin_caractere_exclue": 1360, "texte": "SOMMAIRE\nH u b e r t K ra in s .              . . L e s poèmes en prose d 'A r th u r R im baud.\nA u g u s te V ie b s e t.           . . L es B ibiadéri.\nG e o rg e s M a r low             . . Prophétie.\nM a u r ic e D e s o m b ia u x           . L a Fenêtre (F r a g m e n t).\nP au l R edonnel .                   . . A nabase.\nL o u is V é h e n n e        . . . M onsieur M ouche.\nG éo M a u v è r e . . . .                  F la in e Châtelaine.\nJ o s e p h D e s g e n ê ts         . . Ceux de là-bas...\nJ e a n N o v i s ....................... Cœur M o rt.\nG. T .................................... A propos de « L a flûte        à Siebel. »\n                 Chroniques T héâtrales, L itté ra ir e s , etc.\n                                 Tablettes\n\n\nAbonnement : Belgique, un an 5 francs. (Pour l’étranger, le port en sus).\n                         L e n u m éro : 5 0 cen tim es.\n\n\n      Rédaction : Rue de Flandre, 71, GAND.\n                                 TOUS DROITS R ÉSER V ÉS.\n\n\n\n\n                 G and, imp. à vapeur F . 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Deffernez, Ch. Delchevalerie, E ugène Demolder, Joseph D esgenêts,\nMaurice Desombiaux, Pierre Devoluy, Carlos du P ay, Charles Frappart,\nFrédéric F riche, Valère Gille, Arnold Goflin, Pierre Hancart, José Hennebicq,\nGustave Kahn, Hubert Krains, Alfred Lavachery, Camille Lemonnier, Léon\nLncy-Mar, Paul M., Maurice Maeterlinck, Georges Marlow, Géo Mauvère,\nF rancis N autet, Jean N ovis, Paul Redonnel, Georges Rodenbach, Fernand\nR oussel, Rodrigue Sérasquier, Fernand Séverin, Charles S lu yts, Hubert Stier-\nnet, Georges Touchard, Franz Troch, Louis Véhenne, A uguste V ierset,\nAdolphe W esterm acn, etc.\n\n\n\n\n     L e Réveil ne publie que de l'inédit.\n\n     Les manuscrits ne sont pas rendus.\n\n     Les collaborateurs sont responsables de leurs articles.\n\n    Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire\nparviendra à la rédaction.\n\n     Les journaux ou revues qui désireraient faire l’échange sont\npriés de s’adresser à la rédaction.\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-004", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "BOITE AUX LETTRES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 121, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1213, "fin_caractere_exclue": 1582, "texte": "BOITE AUX LETTRES.\n     L. L. M. Liége. — Avons reçu envois; ils seront examinés.\n     A. D . B. Bruges. — Idem.\n     M. le Rédacteur du « Chasseur de Chevelures     Paris — Signa­\nlons l'irrégularité de l’envoi de votre journal.\n     C. D. Liége et F . N. Bruxelles. — Attendons l'accomplissement\nde vos promesses.\n     C. S. Anvers. — Avez-vous reçu dernière lettre?\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-005", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 102, "titre_corps": "Les poèmes en prose d’Arthur Rimbaud", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hubert Krains", "ancre_debut": "Les Poèmes en Prose d’A rthur R imbaud", "ancre_fin": "Mars , 1892.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les Bibiadépi", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 122, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1752, "texte": "Les Poèmes en Prose\n\n     d’A rthur R imbaud\n\n          L\n          a courte jeunesse agitée d’A rthur Rimbaud, sa disparition\n           brusque et mystérieuse, les détails contradictoires qu’on a\n           publiés sur sa vie, l’incertitude où l’on est sur son sort, le\nclassent parmi ces artistes dont l’existence elle-même est un roman\nd’autant plus séduisant qu’on n ’en possède guère que le sommaire,\nce qui permet à l ’imagination de chacun d’en arranger les scènes\nselon sa fantaisie. « M. A rthur Rimbaud, écrit Paul Verlaine dans\nla préface des Illu m in a tio n s, est né d’une famille de bonne bour­\ngeoisie à Charleville (Ardennes) où il fit d’excellentes études quelque\npeu révoltées. A seize ans, il avait écrit les plus beaux vers du\nmonde, dont de nombreux extraits furent donnés naguère dans les\nPoètes M audits. Il a m aintenant dans les trente-sept ans et voyage\nen Asie, où il s’occupe de travaux d’art, \"\n   Tout cela est un peu vague comme biographie. Le magnifique\npoète des Fêtes Galantes et des Romances sans paroles est un\npiètre historien! Heureusement que Rimbaud nous a laissé un petit\nlivre qui nous renseigne entièrement sur la nature de son esprit;\ncela nous dédommage de l’ignorance où nous sommes de ses faits et\ngestes lorsqu’il vivait dans notre vieille société européenne, gourmée\net sage, et qui ne tolère la poésie qu’à la condition qu’on n’en fasse\n pas sur la place publique. Il n ’est pas plus permis au poète qu’à qui\n que ce soit de troubler ses voisins; il peut chanter mais dans le petit\n coin que la communauté veut bien lui concéder, comme le tailleur\n sur son établi ou l’oiseau dans sa cage. Malheur à lui s’il possède un\n tempérament d’aventurier! S’il y a en lui du Da Ponte ou du\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2555, "texte": " 98                             L E RÉVEIL\n\n\n\n\nCasanova — ce qui arrive quelquefois chez les artistes, même\nchez les plus grands — il sera étouffé de bonne heure, à moins\nqu’une force de volonté et une sagesse incomparables ne le con­\nduisent petit à petit à la plus sublime résignation. C’est à ce noble\nsacrifice du bonheur m atériel que nous devons les F leu rs du M a l et\nles rom ans de Barbey d’Aurevilly.\n    E sprit frère de ceux de Baudelaire et de Barbey, A rth u r Rimbaud\nn ’a pas eu leur patience. Ne pouvant aller à la société, et celle-ci ne\nparaissant pas prête à lui faire la vie qu’il rêvait, il lui a tourné le\ndos. Il a renoncé à son a rt, comme ce moine espagnol qui je ta ses\ntableaux, sa palette et ses pinceaux par la fenêtre de sa cellule, de\npeur que la gloire ne l’enorgueillit et n ’entraîna sa dam nation éter­\nnelle. Rim baud, lui, n ’a abandonné que ses outils, son œuvre nous\nreste : un volume de vers et un petit recueil de poèmes en prose. Le\nprem ier a été saisi dès son apparition en librairie, à cause d ’un\ndémêlé entre l ’éditeur et le préfacier, M. L arzens; il contenait\nd ’ailleurs plusieurs pièces dont l ’authenticité est contestée. Les\npoèmes en prose suffisent, du reste, pour nous édifier sur la puis­\nsance intellectuelle et les tendances artistiques d’A rth u r Rimbaud.\n   Ceux qui ne chercheraient dans ce petit livre que les qualités\nextérieures du poème en prose, c’est-à-dire l ’eurythm ie spéciale qui\nrésulte de la précision de la prose unie à l ’harm onie du vers, s ’en\niraien t désappointés. Les Illu m in a tio n s et une Saison en E n fe r ne\nressem blent en rien à l’œuvre plus ou moins réussie d’un débutant\nde talen t. L’auteur avait un esprit trop original et une vision trop\npersonnelle des êtres et des choses pour m ettre ses pieds dans les pas\nde ses prédécesseurs. Sa forme est généralem ent violente et tum ul­\ntueuse comme sa pensée. Les idées s’échappaient comme des je ts de\nlave brûlante de son cerveau et se figeaient immédiatement sur le\npapier. Rimbaud est un de ces poètes aux aspirations infinies, qui\ntrouvent le monde étroit, laid et mesquin et qui tentent de s’en\nforger un à leur taille, par la force de leur volonté et la puissance\nde leur im agination. Toutes les douleurs, tous les désirs et tous les\nrêves qui peuvent harceler un être hum ain ont agi sim ultaném ent\nsur le cerveau de ce jeune homme — que M. A lbert Giraud appelait\nrécem m ent, avec infinim ent de justesse, un gam in de génie. Ses\npoèmes en prose sont précis sous ce rapport comme un journal où il\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2624, "texte": "                               LE R É V E IL                            99\n\n\n\n\naurait noté une à une les tortures qn’il a subies dans la période de\ncrise que tout artiste traverse avant d’être entièrem ent m aître du\ndémon révolté qu’il porte en soi. Des cris de rage, des lam entations\nd’abandonné, des im précations de damné, des gémissements de\nvictime, et ce rire douloureux du désespéré, plus terrifian t que tout\nle reste, voilà ce qui vous serre le cœ ur et vous déchire l’esprit à la\nlecture des Illu m in a tio n s et d'U ne Saison en E n fe r . Rimbaud se\nretourne lui-même sur le gril pour qu’aucune partie de son âme\nn ’échappe à la souffrance. Tout bien considéré, c’est une faiblesse\nque de se réfugier dans une tour d’ivoire pour pleurer ou pour\nchanter, l ’écho qui ne vous renvoie que vos soupirs ou vos chansons\nest un écho monotone et quelquefois débilitant; le vrai fort affronte\nla bourrasque, il expose sa poitrine aux m orsures des vents et laisse\nson cœ ur ouvert à toutes les plaintes confuses qui s’élèvent sous le\nciel. Mille voix crient par la bouche d ’A rth u r Rimbaud : l ’am ertum e,\nla souffrance et le désespoir universels s’engouffrent dans son âme\npour y choisir une expression vibrante et forte.\n   Ce qui blesse surtout ses yeux nostalgiques, c’est la vulgarité et\nla grossièreté des choses qui l ’entourent, la platitude, la médiocrité\net le prosaïsme de la société au milieu de laquelle il est forcé de\nvivre. Comme le comte de Lautréam ont — avec lequel il présente\nd’ailleurs de nombreuses analogies — il aurait pu s’écrier : « L’uni­\nvers n ’est pas ce que j ’avais rêvé de plus beau. » P our se soustraire\nà ce spectacle douloureux, il essaye d ’abord de voir le monde avec\nles yeux étonnés et ravis de l ’enfant; il voudrait rajeunir la vieille\nterre, rendre aux choses leur simplicité et leur candeur prim itives :\n« Aussitôt que l’idée du déluge se fut rassise, — un lièvre s’a rrê ta\ndans les sainfoins et les clochettes m ouvantes, et dit sa prière à\nl’arc-en-ciel, à trav ers la toile de l’araignée ». Il s’efforce aussi de\ncomprendre la vie à la façon des cœurs simples, des fragm ents des\ncontes de P errau lt traîn e n t dans sa mémoire et il s’en sert pour\ncolorer ses visions : « Le sang coula, chez Barbe-Bleue, aux\nabattoirs, dans les cirques où le sceau de Dieu blêm it les fenêtres.\nLe sang et le lait coulèrent. » Bientôt le sang coule seul; il ruisselle;\nses poèmes en sont barbouillés; leur reflet de pourpre éblouit les\nyeux. Les Illu m in a tio n s form ent ainsi une succession de tableaux\ndont le côté fantastique, am er et cruel s’accentue graduellem ent.\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2634, "texte": "100                           L E RÉVEIL\n\n\n\n\nP a r suite de son indifférence pour tout ce qui est ordinaire, d ’une\nassim ilation ou d’une compréhension facile, dans son besoin de tout\nsynthétiser, de surprendre dans les choses ce qu’elles ont d’essentiel,\nil supprime les liaisons; il place côte à côte les choses les plus dispa­\nrates et les représente seulem ent par quelques uns de leurs traits\nles plus saillants. De là l’obscurité de plusieurs de ses poèmes dont\non n ’est pas toujours certain d ’avoir pénétré le sens, même après\nune laborieuse m éditation. Quelquefois, du reste, il brouille les\nimages à dessein; tel de ses poèmes est une tombe dont lui seul\npourrait nous dire ce qu’elle contient; il enfouit sa pensée sous un\nenchevêtrem ent de phrases hiéroglyphiques, puis s ’éloigne en\ndisant : « J ’ai seul la clef de cette parade sauvage ».\n    Son égoïsme, cependant, ne va pas toujours aussi loin. Son œuvre\nest semée d ’idées grandes et fortes, philosophiques ou purem ent\nartistiques, qui vous retiennent, vous h an ten t, ouvrent devant\nl ’esprit des abîmes de réflexions. Nul mieux que Rimbaud n ’a\nexprim é — d’une façon rudim entaire et en quelque sorte avec\nnégligence — le malaise et l ’inquiétude des esprits supérieurs\nvivant dans une époque utilitaire. Le spectacle de notre société\nuniquem ent préoccupée de son bonheur m atériel et qui ré trécit le\nplus possible son horizon afin de s’émousser l ’esprit lui arrache cette\nexclamation m éprisante : a Quel siècle à mains! » Avec sa Vierge\nF o lle, il demande « la vie d’aventures qui existe dans les livres des\nenfants ». Puis le voilà qui se cherche dans le passé : « Qu’étais-je\nau siècle dernier : je ne me retrouve qu’aujourd’hui. P lus de vaga­\nbonds, plus de guerres vagues. La race inférieure a tout couvert —\nle peuple comme on dit, la raison; la nation, la science. » Le voilà\nenfin qui s’élance dans l ’avenir, en poussant des cris frénétiques :\n« R ien n ’est vanité; à la science et en a v a n t!... A h! vite, vite un\npeu; là-bas, par delà la nuit, ces récompenses futures, éternelles...»\n   De ses explorations dans le passé ou dans l’avenir, il revient\ncourbaturé; sa tête s ’incline, son orgueil fait place à un désespoir\nimmense et profond : « Le m eilleur, c’est un sommeil bien ivre sur\nla greva », écrit-il dans M auvais Sang. Il essaye de se trom per lui-\nm ême; il je tte de la cendre sur le brasier qui brûle au fond de son\nâme ; il s’excite à la résignation : a Nous existerons en nous amu­\nsant ». Mais bientôt a le feu se relève avec son damné » et le forçat\nreprend sa m arche douloureuse, par des routes obscures et sans but.\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2536, "texte": "                               LE RÉVEIL\n\n\n\n\n    Beaucoup d’autres, sans doute, ont exprimés la souffrance, la\ndouleur de vivre, l’ennui des âmes nobles exilées sur cette terre.\nIls en ont dit la beauté triste, la volupté particulière; ils se sont créé\ndes paradis de mélancolie. Chez Rimbaud, la douleur est sans\ncontre-poids; ni espoir, ni résignation; elle agit dans toute sa\nviolence, et il en éclaire de préférence les arêtes. E t s’il y a un peu\nde consolation pour un tel damné, elle ne pourra surgir des choses\npaisibles ou sereines, mais elle naîtra, elle aussi, du bizarre et du\nmerveilleux. Il rêve « la nature primitive travaillée par un a rt\nsuperbe ». Dans l 'Alchimie du Verbe, il écrit : « J ’aimais les pein­\ntures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques,\nenseignes, enluminures populaires; la littérature démodée, latin\nd’église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules,\ncontes de fées, petits livres de l’enfance, opéras vieux, refrains\nniais, rythm es naïfs \" ; et plus loin : \" Je m’habituai à l’hallucina­\ntion simple : je voyais très franchement une mosquée à la place\nd’une usine, une école de tambours faite par des anges; des calèches\n sur les routes du ciel, un salon au fond d’un lac; les monstres, les\nmystères; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi. »\n    Voilà le monde considéré sous le jour propre au rêve! On peut\n ainsi trouver, dans les Illum inations, les germes de plusieurs écoles\n littéraires récentes. E t ce n’est pas là le moindre intérêt de ce petit\n livre : Rimbaud s’y confesse, il éclaire pour nous les recoins les\n plus intimes de son cerveau, et de son œuvre touffue et convul­\n sionnée, irradie plus d’une pensée originale qui ouvre à l’esprit\n des routes imprévues et lumineuses.\n    Rimbaud était également marqué du signe qui caractérise l’homme\n moderne : il était sceptique. Ce penseur, ce magicien, ce superbe\n virtuose se siffle lui-même. Quand il a édifié les rêves les plus\n splendides, il les renverse tout à coup d’une chiquenaude; il\n interrompt ses lamentations et ses cris de désespoir pour émettre\n une réflexion de gavroche. Le scepticisme est le commencement de\n la sagesse humaine. Rimbaud a écrit que l’action est un énervement.\n A-t-il fini par se convaincre que la douleur dont l’art régale ses\n prêtres et ses serviteurs ne vaut pas les récompenses tangibles de\n la vie active, et faut-il chercher ici l’explication de son silence subit\n et de sa mystérieuse disparition? Telle est la question qu’on se pose\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 550, "texte": "102                          L E RÉVEIL\n\n\n\n\naprès avoir fermé le volume dont nous venons de nous occuper, et\nl’on reg rette, en ces m inutes de recueillem ent où la pensée rem onte\ninstinctivem ent de l ’œuvre à son auteur, où l’on voudrait expliquer\ncelui-ci par celle-là et pénétrer davantage dans son intim ité, de ne\npouvoir évoquer autrem ent l’image d ’A rth u r Rim baud que sous la\nforme nébuleuse d’un personnage de légende.\n\n                                               H ubert K r a in s .\n      M ars , 1892.\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 102, "page_fin": 102, "titre_corps": "Les Bibiadéri", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Aug. Vierset", "ancre_debut": "Les Bibiadépi a L econte de L is l e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 127, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 550, "fin_caractere_exclue": 1482, "texte": "Les Bibiadépi\n\n                                                  a   L econte   de   L is l e\n\n\n\n\n      Sous le velum soyeux serti de filigranes\n      M irant sa moire en l'eau limpide des bassins,\n      Le vieux radjah, couché sur de moelleux coussins,\n      Rêve, fron t éventé des esclaves persanes.\n\n      Clochettes d'or aux pieds, col ceint de cymophanes,\n      Les Bibiadéri tournoient en fols essaims,\n      E t leurs ventres lascifs, et l ’ambre de leurs seins,\n      Luisent sous le tissu des sanis diaphanes        .\n      Elles miment la danse en arquant leurs bras nus;\n      L ’ample écharpe de gaze, au bout des doigts menus,\n      Voltige, baignant l'air de suaves arômes.\n\n      E t le vieillard, troublé p a r de lointains plaisirs,\n      P a r ces corps m i-voilés d'étoffes polychromes,\n      Languissamment se meurt du regret des désirs.\n\n                                                  A ug . V ie r s e t .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-007", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 103, "page_fin": 103, "titre_corps": "Prophétie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Marlow", "ancre_debut": "Prophétie A V ic t o r D e n y n", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 85, "fin_caractere_exclue": 747, "texte": "Prophétie\n\n                                       A V ic t o r D e n y n .\n\n\n\n\nS i doucement pleure le Fleuve\nQue l ’on dirait une âme veuve,\nUne âme d ’immense abandon,\nA llant au devant des tendresses\n        E t du pardon.\n\n\nPorteur de défuntes caresses,\nIl viendra vers toi, qui professes\nUn culte aux Vierges de langueur,\nIl viendra vers toi, p a r la brune,\n        Mon pauvre cœur!\n\n\nProfilant des rayons de lune\nS u r tes blessures de rancune,\nS u r tes stigmates d 'âpreté,\nLe Fleuve étrange des années\nNoiera tes floraisons fanées\nTrés lentement, l ’une après l ’une,\nE n ses flots de malignité.\n\n                                 Georges M a r l o w .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-008", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 104, "page_fin": 105, "titre_corps": "La Fenêtre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Desombiaux", "ancre_debut": "La Fenêtre (F ragm ent) à A u g u s t e B ie r n a u x", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 129, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 1837, "texte": "La Fenêtre\n                              (F ragm ent)\n\n\n\n                                                 à A u g u s t e B ie r n a u x .\n\n\n\n\n          ’Cest dans une très vieille ville, une rue silencieuse de\n            demeures anciennes dont les croisées toujours closes ont\n            l ’air de dormir depuis les époques lointaines où leurs\nhautains seigneurs partirent en Terre-Sainte délivrer le tombeau du\nChrist, avec un cortège de bannières, de fanfares, de héraults et\nd’hommes d’armes.\n    Une rue du passé que notre temps barbare et impie n ’a pas encore\ndévastée, où l’herbe croît entre les pierres qu’elle soulève.\n    Une seule fenêtre, pareille à un grand œil de songe où se sont\nréflétées toutes les tristesses, rêve de l ’heure morte, des siècles en\nallés, glorieux.\n    A la voussure du cintre tout en granit, l’écu de la maison, que\nl ’altière famille n’écartela jamais, se montre, surmonté d’un tortil\nde baron.\n    C’étaient, ses maîtres, de hauts barons feudataires n’ayant\nd ’autres suzerains que le Roy et Dieu. Leur souche, plus ancienne\nque les chênes rabougris de l’immense forêt dont les têtes houleuses\napparaissent là-bas, dans les vapeurs du lointain, n’avait jamais subi\nla moindre flétrissure.\n    Oui, la noble maison pouvait l’étaler avec orgueil son blason aussi\npur que les lys de France, et les ancêtres, dans leurs tombeaux,\ndevaient dormir en paix, leur descendance suivrait toujours l’an­\ntique et brève devise gravée sur l ’acier de l’épée qui avait navré\ntant de Sarrazins.\n    Dans la chambre, une vieille femme aux cheveux gris recouverts\nd’une cape noire, pensive et triste, brode une éternelle tapisserie et,\nde temps en temps, regarde les rares gens qui passent, furtifs, sur\nla rue, comme un bruit de feuilles mortes.\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2392, "texte": "                               L E RÉV EIL                            105\n\n\n   Vespres viennent de finir.\n   Des ombres sortent de l ’église gothique qui s’endort, résignée,\ndans le regret des temps pieux.\n   Les rayons du soleil glorieux de cette fin de journée, tom bent du\nfauve couchant sur la fenêtre, trav ersan t la salle en une bande d’or\net expirant en reflets bizarres sur les boiseries noires qui courent le\nlong de la m uraille.\n    Dans le poudroiement d ’une lumière vermeille, s’enflamme un\nmagnifique cuir espagnol animé par des figures en relief, mais aux\ndorures émiettées et rougies.\n   Les sièges immenses et lourds, tout en bois de chêne, portent au\ndessus de leur dossier, l ’écusson de la famille.\n   E t l ’on croirait voir les ombres des rudes barons assis devant\nl’énorme cheminée en pierre sculptée, avec ses grands chenets de\nfer forgé, se reposant d’expéditions lointaines, dans cette salle où\ntraîn e encore, attiédie, une odeur de bataille, de sang et de carnage.\n   La vieille femme est assise à la fenêtre, pensive.\n    Son visage triste apparaît sur la draperie de pourpre, reste d’une\nantique splendeur, qui tombe du dessus de la croisée.\n    Elle semble attendre, à travers les âges, les bien aimés qui s’en\nallèrent vers les contrées lointaines et inconnues, à la voix éclatante\ndes missionnaires aux barbes longues, aux masques formidables.\n    Jam ais rien du présent blasphém atoire ne vient troubler la lente\nrêverie qu’elle brode en son esprit, toujours la même, comme l’éter­\nnelle tapisserie sur laquelle elle penche sa tête fatiguée.\n    Le soir tombe lentem ent des riches tentures,7 effaçant\n                                                       »    le contour des\nmeubles d o n tla présence s’atteste seulem ent par une large tache noire.\n    Les cuirs de Cordoue on t éteint leur reflet d’incendie.\n    Comme un lys surnaturel grandi dans le crépuscule, subitem ent,\nune blanche apparition de jeune fille se dresse vague, dans le mys­\ntère de l ’ombre.\n    De la rue, où les ténèbres s’amassent peu à peu, que seules des\n palpitations d’échos m orts se sem blent rappeler à la vie d’autrefois,\n on aperçoit la vierge pure et m ièvre exquisem ent, passer dans la\n chambre et se pencher vers la vieille femme qui, toujours pensive et\n triste, brode sa lente rêverie.\n                                           Maurice Desombiaux .\n     (1887)\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 106, "page_fin": 107, "titre_corps": "Anabase", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Redonnel", "ancre_debut": "Anabase Une partie de moi s ’en est allée", "ancre_fin": "P aul R ed on n el.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Monsieur Mouche H istoire", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 131, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 64, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "Anabase\n\n\n        Une partie de moi s ’en est allée.\n\n       B leue et mauve, rose et Hanche, elle fu t.\n       N e se souvenant de quoi que ce fû t\n            E ncor que ce fu t triste à peine;\n       E t c'est pour cela qu’elle aim ait le ciel\n       E t m ieux encore la mer que le ciel\n            Qu’elle trouvait calme trop souvent.\n\n\n       Peut-être avait-on trop pa rlé de fées?\n       E t sans doute aussi fut-elle la fée\n             D e quelque magique royaume?\n       Trop récente, l’exode du berceau\n       P o u r qu'elle dut maudire le berceau\n            P a r lequel on choit en ce monde.\n\n\n       E t la m ultitude des folles sœurs\n       A qui ne vient ja m a is l'oubli, ses sœurs\n            L a m aintinrent en joie intense,\n       Toute l'aube, et l'aurore, et le m atin,\n       Quand la n u it soudain, après u n m atin,\n            Croula cruellement sur elle.\n\n\n       D e ce monde-ci trop acoquinée,\n       E lle n 'était déjà plus l'acoquinée,\n            Qu’on châtia la vagabonde.\n       E t seule, dans l'abîme à ja m a is noir\n       D e trop marcher à tâtons dans le noir\n            Voilà qu'elle s’est égarée.\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 794, "texte": "                             LE RÉVEIL                               107\n\n\n           Si je savais par quelle abrupte allée?...\n           M ais la folle qui m'est tant est allée\n                Dans je ne sais plus quelle impasse!\n           De quel potentat du monde, la main\n           Pitoyable, la lumineuse main\n                De merci, lui sera tendue?\n\n           C’est elle qui là-bas s'est égarée.\n           Pourquoi ne crie-t-elle pas, l'égarée,\n               Dans la solitude de l’ombre?\n           Rose et blanche, bleue et mauve, elle fut.\n           Ne se souvenant de quoi que ce fût\n               Encor que ce fut triste à peine...\n\n           Qu'on aille chercher la pauvre en allée.\n\n                                              P aul R ed on n el .\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-010", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 107, "page_fin": 112, "titre_corps": "Monsieur Mouche", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Louis Véhenne", "ancre_debut": "Monsieur Mouche H istoire vécue", "ancre_fin": "V É H E N N E.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Elaine Châtelaine", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 132, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 794, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "Monsieur Mouche\n                           H istoire vécue\n\n\n            oMnsieur Mouche est malade. Et la baraque est fermée. A\n              l’extérieur, les panneaux de toile peinte enroulés, une\n              grosse caisse et un tambour dormant dans un coin de\nl’estrade, le vent agitant la lanière de cuir attachée au battant de la\ncloche, muette maintenant, faisant gémir les chevrons pourris du toit.\n   E t cela fait une triste impression que la vue de cette loge sombre,\nau milieu des cordons de gaz ou des lampes fumeuses des échoppes\nvoisines. Ce silence pesant, régnant là, alors que la joie éclate par­\ntout ailleurs, glace.\n   C’est que la foire bat son plein à cette heure, l’heure où phi­\nlistins pansus, étudiants en goguettes, couturières et grisettes se\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2443, "texte": " 1 o8                           LE RÉVEIL\n\n\n\n\n h eu rte n t dans un incessant va-et-vient. C’est le moment des parades\n en plein vent. Ici, un clown enfariné reçoit gratuitem ent des\n horions, là, de pauvres filles hâves, aux formes avachies, esquissent\n des gigues, tandis que le patron de la boîte, une canne à la m ain,\n le buson sur l ’oreille, s’époumone dans un porte-voix : a Allons,\n Mesdames et messieurs, dix centimes seulem ent » et de taper su r le\np r i x des places affiché à l ’entrée « on commence à l ’instant ». Alors\nle tam bour de faire des ra et des fia, la grosse caisse de tonner, la\nflûte et la clarinette de lancer des cris stridents, le trom bone de\ngronder, la cloche de sonner à toute volée. E t les chiens savants de\nhogner, et les perroquets des îles de voleter autour de leur perchoir,\net le petit ours brun de grogner et de tire r sur sa chaîne.\n    Du reste, ce chahut, souvent pour rien, car le prom eneur est\nméfiant et ne se hasarde guère là où il pourrait être dupé. E t puis :\n « Cette baraque a l ’air sa le .... on a déjà vu ça ailleu rs.... il y aura\ntrop de m onde         est-on bien sûr que ce soit convenable        cela ne\ndure pas assez longtemps.» Tels les raisonnem ents des bons pères de\nfamille.\n    Les fritures regorgent de m onde; à l ’entrée, de grosses m atrones,\naffalées dans des fauteuils aux formes préhistoriques, ont l’air de\nprésider à des sacrifices, fourrageant de leurs doigts, point blancs du\ntout, dans des montagnes de russes ; une odeur de graillon s’échappe\ndes fourneaux, empeste l ’air. Les petits chevaux sont envahis par\nune foule tapageuse; les ronflements des orgues, les sifflets de la m a­\nchine form ent un concert discordant, où se m êlent les rires perlés\ndes femmes, les appels des hommes. E t sur le fond clair du carrousel\nse détachent, m arquées de lueurs rouges, ces ombres bizarres, ainsi\nune cavalerie fantastique, échevelée, de faunes et de bacchantes.\n    A tout ce vacarm e, encore des détonations, des fusées trav ersan t\nle noir du ciel, s’épanouissant en gerbes irradiantes, em brasant\nsoudainem ent le champ de foire, éclairant crûm ent les visages des\nprom eneurs, les faisant ressem bler à des êtres sortis de quelque\napocalyptique géhenne.\n\n\n  Monsieur Mouche est malade. Il ne passera probablem ent pas la\nnuit. Déjà il ne parle plus. E t ce sera une grande perte pour le\nThéâtre des A tractions (avec un t sur l’affiche), car c’était grâce à\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2516, "texte": "                               LE RÉVEIL                             109\n\n\n\n\nlui que les affaires m archaient un peu, qu’on parvenait à nouer les\ndeux bouts. Il y avait bien aussi les deux frères F errari, les célèbres\nathlètes, la belle Léona, une jolie brune de vingt ans, faisant le\ntrapèze, puis deux trois clowns à la face glabre, un Auguste miné\np ar la fièvre hectique, et le propriétaire du th éâtre, ex-directeur de\ncirque, brave vieux, rongé par la m isère, plus propre à rien, mais\ntout ce personnel réuni ne valait pas encore M onsieur Mouche, ainsi\nappelé à cause de l’exiguïté de sa taille, le plus p etit homme du\nmonde, m esurant quatre-vingts centim ètres, âgé de trente-cinq ans,\np arlan t plusieurs langues, chantant le nouveau répertoire des cafés\nconcerts de P a ris, le nain des nains, comme l ’annonçait l’affiche en\ngrosses capitales.\n   De la roulotte, où il dorm ait habituellem ent, on l ’avait transporté\ndans l’in térieur de la baraque. Là, il se trouverait m ieux, il aurait\nplus d ’air, il n ’étoufferait pas comme dans cette voiture, avait dit\nle directeur. Un digne charlatan, m andé par lui, avait déclaré qu’il\nne com prenait pas grand chose à ce m al.... enfin qu’il n ’y avait rien\nà faire, que ce serait pour cette nuit, et là-dessus s’en était allé.\n   Alors, puisque cela n ’au rait tout de même pas duré longtemps,\non av ait décidé de ne pas jouer ce soir, de laisser le m alheureux\nm ourir en paix. C’était une recette perdue, mais le patron avait\nbon cœur envers ses pensionnaires. Depuis longtemps, le nain\nvoyageait avec lui, et il s’était senti une affection pour cet avorton\nqui n ’avait jam ais eu de parents, d’amis, enfant du hasard et de la\nmisère. Du reste, plusieurs artistes, entre autres les F e rra ri, Léona,\nétaient engagés pour ce soir-là au Théâtre des Variétés, afin de\nvarier un peu le program m e du dit théâtre. Il n ’y avait donc que\ndemi-mal.\n  Monsieur Mouche, dans son petit lit, si petit, si petit, geignait.\nSa tête intelligente se profilait très pâle sur l ’oreiller, éclairée par\nun lumignon placé à son chevet, ses yeux vifs scrutaient tous les\nangles de la tente, comme pour y chercher quelqu’un. E t ce regard\navait quelque chose de très doux, mais aussi de très triste.\n   Dans la baraque, se trouvait la petite voiture qu’on exposait à\nl’extérieur et dans laquelle Monsieur Mouche était censé faire ses\npromenades, la m aisonnette, semblable à l ’habitation d’une poupée,\npar la fenêtre de laquelle le pygmée passait le bras en agitant sa\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2328, "texte": "110                            L E RÉV EIL\n\n\n\n\nsonnette. E t ce joujou avait émoustillé la curiosité de ta n t de badauds\nmassés là, et à l’appel de sa clochette, tan t de personnes étaient\nentrées, et ta n t de sous avaient afflué dans la caisse. M aintenant,\nc’était fini. L’on ne m ontrerait plus ses petits souliers, ses petits\npantalons, ses petites chemises, c’était bien fini.\n   Mais de quelle nature était la maladie de M onsieur Mouche?\nPersonne ne le savait. Depuis quelque temps déjà, il s’était montré\nsombre, avait paru profondément affligé, ce qui avait amené le\npatron à lui dem ander la cause de son chagrin. Il n ’avait pas\nrépondu.\n   Ce que le brave vieux n ’avait pas rem arqué, c’est que ce chan­\ngem ent dans le caractère du nain, ce besoin d ’être seul, cette peine\nqu’il éprouvait à placer encore un mot, ce dégoût pour la nourriture\nqu’on lui offrait, dataient de peu de jo u rs après l’engagem ent des\nF e rra ri et de Léona. Mais après tout, cela ne prouvait rien. Simple\ncoïncidence, peut-être.\n    Toujours est-il que le m atin il avait été impossible à Monsieur\nMouche de se lever. L’on voyait aux contractions des muscles de son\nvisage, combien les souffrances qu’il ressentait intérieurem ent\ndevaient être atroces, mais il faisait des efforts inouïs pour ne pas\nlaisser échapper les cris que lui arrach ait la douleur.\n   Soudain, la toile de la tente se souleva et Léona en tra , déjà\npresque entièrem ent habillée pour la représentation qu’elle devait\ndonner au Théâtre des Variétés. Elle était vraim ent très bien ainsi.\nSon m aillot collant dessinait ses formes gracieuses, un peu fluettes\nencore; un corsage rouge, pailleté de lamelles d’or, s’échancrait sur\nsa gorge polie; ses cheveux, relevés en torsade au sommet de la\ntête, étaient retenus par une bande de métal, surm ontée d’une\nétoile de verre.\n    Quand Monsieur Mouche l ’aperçut, ses yeux s’illum inèrent sou­\ndain de flammes étranges. Il s’était soulevé sur ses oreillers pour\nmieux la voir, pour mieux pouvoir la boire du regard, et dans ses\nprunelles, passait m aintenant un rayon de joie sans bornes, d’am our\ninfini.\n    Oui, d’am our, am our immense, profond comme l’abîme, amour\ninsensé de ce nain pour cette belle jeune fille. Oh ! il le savait bien\nque c’était impossible ; il avait plus d’une fois frémi en songeant à\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "                                L E RÉVEIL                              111\n\n\n cet accouplement m onstrueux; sa petite intelligence s’était perdue\n dans la contemplation de cette horrible vision. Il n ’ignorait pas, le\n pauvre, qu’il n ’était qu’un avorton, un être vil, mais cela l ’empê ­\n chait-il d’aim er? Les crapauds et les vers de terre n ’aimaient-ils pas?\n    Sachant son m al sans rem ède, n ’ayant jam ais osé l ’avouer à celle\n qui seule, au rait pu le g u érir,— ta n t il se serait senti m éprisé,— il\n av ait préféré en finir une bonne fois. Combien souvent pourtant,\n dans des moments de rage im puissante, n ’avait-il pas été sur le point\n de crier son am our à tous, dans l’espoir absurde que quelqu’un\npourrait calm er ses souffrances, mais toujours sa bouche était restée\nhiuette en songeant à elle, elle qui était cause de sa m o rt.... qui\nn ’en a u rait jam ais rien su.\n   E t les jo u rs avaient passé, plus am ers et plus sombres à mesure,\net il avait pris la vie en horreur, et voilà.... il se m ourait m ainte­\nn ant dans sa couchette.\n    Du dehors, arrivaient par bouffées, les cris joyeux de cette foule\nde badauds, ignorants de l’agonie de ce misérable sous cette tente.\n   Léona fu retait dans tous les recoins de la baraque, cherchant sans\ndoute un engin nécessaire à son travail.\n   Mais bientôt se m ontrèrent plus visibles, sur le visage du moribond,\nles affres de la m ort. Il s’agita douloureusem ent; ses petites mains,\néchappées de dessous la couverture, com m encèrent sur les draps\nune hideuse promenade de va-et-vient. Jam ais plus les pauvres\nmenottes ne s’arrêteraien t avant le grand repos final.\n   Au so rtir d ’un spasme, où tout son être s’était violemment con­\ntracté, ses muscles se détendirent, ses mains s’ouvrirent, et l’une\nd’elles laissa échapper un flacon vide, qui alla rouler sur la terre.\nLe délire l ’avait pris m aintenant : il balbutiait des paroles incohé­\nrentes, il poussait des cris inarticulés.\n   Léona s’était approchée de son lit, tâchait de le calmer. Alors\nMonsieur Mouche ouvrit tout grands les yeux, et de sa bouche\nsortirent ces mots, mais si bas, si bas, comme s’il avait craint de\nblasphém er avant de m ourir :\n   « L éo n a.... je t ’aim e     je t’aim e.. .»\n   La jeu n e fille c ru t qu’il était devenu fou, mais les prunelles du\nnain braquées sur elle, brillantes de convoitise, lui dirent assez qu’il\navait toute sa raison. Il sem blait vouloir graver à jam ais dans son\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 929, "texte": "112                                   L E RÉV EIL\n\n\n\n\ncerveau l ’image de Léona, em porter avec lui dans la tombe cette\nsuprême vision de la femme aimée.\n   Soudain, elle aperçut la fiole vide, près de la couche du m ourant.\nOh! elle com prenait tout, m aintenant, et une infinie pitié la saisissait.\n   Les yeux du nain pâlissaient; ç’allait être fini. Alors, s’avançant\nprès de lui, Léona déposa sur ses lèvres un long, un trè s long baiser.\n   Au contact de cette bouche ta n t désirée, le visage du petit être\ns’épanouit dans un sourire de béatitude heureuse, sourire qu’il\nconserva jusque dans la m ort.\n   « P au v re nabot » dit Léona, en essuyant une larme.\n   Les m enottes du nain des nains avaient interrom pu leur prom e­\nnade sur la couverture du lit. La petite âme de Monsieur Mouche\ns’était envolée.\n\n                                                              LOUIS V É H E N N E .\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 112, "page_fin": 114, "titre_corps": "Elaine Châtelaine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Géo Mauvère", "ancre_debut": "Elaine Châtelaine po u r A u g u s t e V ie r s e t", "ancre_fin": "Ma u v è r e.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Ceux de là-bas", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 137, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 929, "fin_caractere_exclue": 1884, "texte": "Elaine Châtelaine\n\n                                                                po u r   A u g u s t e V ie r s e t\n\n\n\n\n          L 'h iver b u r in a it en n o ir les bra n ch elettes n ettes\n          S u r le c ie l fa n é d ’o r rose dôm e d ’a z u r\n          Où les étoiles o u v ra ie n t le u rs y e u x d 'en fa n telettes\n          E t la lu n e c la ir e m o r d a it le c ie l p â le .\n\n\n          Soie d u so ir ép lo yée a u c ie l de p re s tig e\n          E pin glée d 'a stre s e t de lu n e svelte,\n          C 'é ta it s u r la robe co u leu r d u tem ps, so len n elle ,\n          Des fleu rs d 'o r e t l'essor des songes en v e rtig e !\n\n\n          L 'h iver b u r in a it en n o ir les b ra n ch elettes:\n          Un m a n o ir se d r e s s a it co n tre la m o r t d u s o le il ,\n          A vec to u r e lle s , crén ea u x , la n ces e t g iro u ettes\n          E xh au ssé d a n s le p a r c fa n é des éto iles p â le s .\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2071, "texte": "                            LE RÉVEIL                                     113\n\nD ans la s a lle où la L égen de se m ir e a u x m u r s\n— Des estocs e t d es d ra g o n s s 'e x a lte n t en ta p isse ries,\nD es écussons a g riffe n t le u r s a ca n th es fleu rie s,\nDes lions se d re sse n t en h u r la n t s u r a z u r , —\n\nD ans la sa lle , les fileu ses e t le u rs fu s e a u x fr ê le s ,\nL es fileu ses a u x fu s e a u x e t ro u e ts len ts,\n         B lo n d es e t sa g es com m e des anges\n          C h an ten t d'an cien s r e fr a in s g a la n ts.\n\nJolies sous le u rs c h e v e u x fin s en coulées ro id es,\nE lles sem b le n t file r des c la r té s d e lu n e e t d e lys,\nOu bien, en g râ c e s la sses d e v ie rg e s fro id e s,\nT isser des n im bes p o u r les S a in ts d u P a r a d is .\n\nI l y a M a g d ela in e e t B la n ch e a u x m in es d e rein e\nP u is de n a ïv e s fille s a u x y e u x d o u x ,\nM ais la p lu s belle, c'est la C h â tela in e E la in e\nD ont les p a u v r e s y e u x so n t la s d e p le u r e r .\n\nL a g ra n d e s a lle de L égen de o u v e rte a u so ir lu m in e u x\nQ ui tra n sp e rc e les v itr a u x v io le ts d e g la iv e s\nE n ten d les v ie ille s chansons d e n a ïfs a m o u r e u x\nS 'éva p o rer d a n s les espéran ces e t les rê v e s .\n\nE t ce so n t des fileu ses blondes, fr ê le s e t lentes,\nDe p a u v r e s p e tite s fileu ses n a ïves e t douces\nQui m u se n t des r e fr a in s de chansons g a la n te s.\n\n\n\n\nE nchâssée en les riv e s som bres d u c a d re h é ra ld iq u e\nE t m ir a n t en con fu sion p o ly c h ro m e la s a lle\nP le in e d'h iver e t d e so ir m éla n co liq u e\nOù le ch œ u r des fileu ses p a r a i t fa n to m a l.\n\nUne g la c e co lo ssa le d a m la n u it\nD resse l'effroi d e r é p e r c u te r u n p a r e i l songe.\n\nOr, v o ic i que, les ro u e ts to u r n a n t en cadence,\nL a g la c e én orm e s'est ro m p u e d u h a u t en b a s ;\nN ettem en t, la g la c e s'est ro m p u e d a n s le silen ce.\nLes fileu ses se ta is e n t e t p â lisse n t.\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1223, "texte": "1 1 4                                LE RÉVEIL\n\n\n\n         L es fileu ses se lè v e n t , im m o b iles d e p e u r ,\n         P u is secou en t le u r to rp e u r e t so rte n t en tu m u lte\n         En c ria n t, b ra s levés, éch evelées...\n\n\n         L'écho des vo û tes d e p ie r r e rép ète : M a lh eu r !\n         L a n u it e m p lit la g ra n d e s a lle d 'h orreu r.\n\n\n\n\n         C’é ta it E la in e C h âtelain e q u i d e v a it m o u rir,\n         L a p lu s ra v is s a n te e t r o y a le fille tte ,\n         L a p a u v r e p e tite fileu se a u cœ u r g ro s de so u p irs,\n         L a p lu s a d o ra b le des C h â lela in ettes.\n\n\n         On la p o r ta sous u n lin c eu l b la n c e t d 'a z u r\n         P a r des sentes, en l'a u ro re argen tin e,\n         E t les cloches p le u r a ie n t des g la s en so u rd in e\n         E t les fileu ses p le u r a ie n t sous le u r ch evelu re.\n\n\n         On l'e n te r ra . sim p lem en t, com m e elle é ta it\n         E t l'h iver c la ir d e g e l p le u r a p a r la p la in e\n         S u r la m o r t d e la C h âtelain e E lain e.\n\n\n                                                                G éo Ma u v è r e .\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-012", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 114, "page_fin": 116, "titre_corps": "Ceux de là-bas", "titre_sommaire": "Ceux de là-bas...", "rubrique": "", 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Un recoin s’éclairait des rousses clartés de\nla lampe juchée sur l’entablement de la haute cheminée. En plein\ndans cette faible lumière projetée par l’abat-jour, un vieux, rabougri\net chenu, le visage ravagé de rides, s’immobilisait, tout perdu\ndans un vieux fauteuil en rotin. Ses yeux à peine fendus erraient\nsur un journal largement déployé. De jeunes gars rougeauds, forte­\nment membrés, regardaient, silencieux, les bleuâtres et imprécises\nvolutes de fumée qui montaient de leurs grandes pipes éclaboussant\nl’obscurité de points rouges. Les femmes, éreintées et courbaturées,\nla tête dans leurs mains calleuses, les coudes sur la table, somnolaient.\nUne souveraine fatigue oppressait ces pacants qui maintenant\ns’anéantissaient avec béatitude.\n   Tout à coup, un frisson sillonna la face un peu blémie du vieux et\navec une voix cassée qui les fit tous sursauter, les yeux égarés et\ninquiets :\n   — \" Mes enfants... \"\n   Le ton grave et inaccoutumé sur lequel il prononça ce mot aiguil­\nlonna leur inconsciente curiosité. Il s’arrêta, s’approcha de la lampe\npour mieux déchiffrer les hiéroglyphes du journal. Puis il commença\nd’une voix usée et saccadée à leur lire la banale relation d’un terrible\ncoup de grisou qui avait éclaté là-bas, au pays du charbon. Les morts\nétaient nombreux, écrasés sous les éboulements, ensevelis en la pro­\nfondeur de la fosse enflammée. Il n’y avait que quelques escapés....\n    Le vieux, à la pénible lecture de ces infortunes imméritées, ne\n pouvait maîtriser son émotion ; sa gorge s’emprisonnait comme dans\n un étau; les mots traînaillaient, puis tourbillonnaient à ses yeux.\n Ces misères étranges qu’oux les terriens ne connaissaient que vues\n à travers le prisme sombre de leurs intelligences endormies, lui\n secouaient violemment les entrailles. Lui, toujours si bénévole il\n n’admettait pas cela! Sa colère indignée s’exacerba et jaillit en un\n formidable et tumultueux juron.\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 616, "texte": "116                          L E RÉV EIL\n\n\n\n\n    Tous communiaient en une même et profonde pensée de sincère\ncommisération. Leur fatigue s’était évanouie à la brusque révélation\nde ces m alheurs qu’ils savaient très grands et irréparables mais que\nleurs cerveaux obscurcis ne saisissaient pas exactem ent. E t dans le\nsoir qui s’était fait très sombre, s’envola l ’essaim de leurs âmes de\nru stres, pleines d’une immense pitié, vers ceux de là-bas....\n\n\n                                            J oseph Desgenêts .\n\n\n  (Ecrit au lendemain du coup de grisou d’Anderlues).— Mars, 1892.\n\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-013", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 116, "page_fin": 117, "titre_corps": "Cœur mort", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Novis", "ancre_debut": "Cœur mort Pour J o s e p h D e s g e n ê t s", "ancre_fin": "J ean N ovis.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A propos de « La Flûte à Siebel »", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 141, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 616, "fin_caractere_exclue": 1301, "texte": "Cœur mort\n\n                                               Pour J o s e p h D e s g e n ê t s .\n\n\n\n\n                L a pâle neige en la n u it douce\n                D escend et tournoie en m on cœ ur\n                C ouvrant de sa légere mousse\n                L e s révoltes de m a rancœ ur.\n\n\n                C ’est u n léger floconnem ent,\n                Une neigée aérienne\n                Douce et lassée infinim ent,\n                T r ès blanche ouate aérienne.\n\n\n                T o u t se perd, tout se noie et f u i t\n                E n m on cœur, sous l ’albe neigée\n                E t n u l rayon d ’espoir ne lu it\n                D a n s m on âm e en son gel figée.\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 544, "texte": "                              LE RÉVEIL                             117\n\n\n                 Inquiet, en vain je me penche\n                 E t j ’explore le puits profond\n                 D e mon âm e; la neige blanche\n                 Tournoie en l'abîme sans fond.\n\n                 Dans le puits noir où je me penche\n                 L a neige tournoie et s ’épanche,\n                 E t c’est la mort, la mort du cœur\n                 D ans le poison de sa rancœur.\n\n                                                      J ean N ovis .\n\n\n\n\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-014", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 117, "page_fin": 119, "titre_corps": "À propos de « La Flûte à Siebel »", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. 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Les pauvres lecteurs évoquent\nl'homme entre deux âges si bien tondu par ses deux maîtresses.\n   La presse jeune m’a semblé très injuste à l’égard de Max W aller,\nn’a voulu voir en lui qu’un auteur de vers de mirliton, qui fu re n t\névidemment composés après boire ajoute le Mercure de France, qui\nest parfois féroce. Il est vrai de dire que Max W aller ne bûchait pas\nses vers, écrivait un poème en moins d’un mois, ce que beaucoup de\nmes amis considèrent comme une hérésie artistique. Est-ce, mon\nDieu! un si grand crime que de ne pas abolir tout à fait l’inspiration,\nle laisser-aller, la verve? Faut-il que1 toutes les œuvres de notre\népoque apparaissent aux générations prochaines sous le même aspect\nde raideur amidonnée? Oh! Je sais la recette moderne : pontifiez,\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1676, "texte": "118                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\net vous serez gobé! M alheureusem ent, c ’est trop facile. En ce\nm om ent, deux ou trois mille littérateu rs tâchent d’épater l ’introu­\nvable public. C’est dommage : parm i eux, il y a de vrais talents, des\nperles dans beaucoup de fumier.\n   M. P au l Lacomblez a bien fait de publier la F lû te à Siebel : ce\nn ’est pas une œuvre embêtante. Qu’on me pardonne ce gros m ot :\nc’est le seul qui caractérise bien tous les petits chefs-d’œuvres qu’on\nnous sert aujourd’hui sous prétexte de renaissance artistique.\n   La poésie de Max W aller, c’est une combinaison de sentim entalité\net de bonne hum eur, saupoudrée de je-m ’en-fichisme. Mais c’est\nplutôt du sourire que du rire franc : juste ce qu’il faut pour ne pas\nvous a ttriste r avec de jolies désespérances, des spleens à la poudre\nde riz.\n    Voici un e x tra it :\n\n                            Berceuse\n\n                    Je su is tr iste , m a reine,\n             Que mon cœ ur, mon cœur a de peine,\n                    Je su is triste , ma reine,\n                    D ’être si loin de vous.\n\n                    Je vous ai vue à peine,\n             Que mon cœ ur, mon cœur a de peine,\n                    Je vous ai vue à peine\n                    P rès du Fossé-aux-Loups.\n\n                    Mon âme est pleine, p lein e,\n             Que mon cœ ur, mon cœur a de peine.,\n                     Mon âme est pleine, plein e,\n                    De vers a u x rim es d ’or.\n\n                     Je veille, H élène, H élène,\n             Que mon cœ ur, mon cœur a de peine,\n                     Je veille, Hélène, Hélène,\n                     C’est le lecteur qui dort.\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 953, "texte": "                             LE   R ÉV EIL                        119\n\n\n\n\n                 L a chose est souveraine,\n            Que mon cœur, mon cœur a de peine,\n                    La, chose est souveraine\n                    E t ça ne coûte rien.\n\n                 Dors tranquille et sereine,\n            Que mon cœur, mon cœur a de peine,\n                    Dors tranquille et sereine,\n            D ors, mon enfant, c’est pour ton bien.\n\n  Max W aller a le mérite d’avoir fondé en pleine Béotie la Jeune\nBelgique, il y a dix ans. Il a le mérite non moins grand de n ’être le\nchef d’aucune école. De plus, il a laissé des œuvres en prose, pleines\nde prime-sauts de grâce et de fraîcheur. Le style élégant, spirituel,\ntout en joliesse ne se retrouve, chez nous, que dans les œuvrettes\nd’Henri Maubel, M iette, le conte, et la M iette plus jeune jouée au\nMolière.\n                                                           G. T.\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-015", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 119, "page_fin": 122, "titre_corps": "Chronique théâtrale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Luigi", "ancre_debut": "CHRONIQUE TH ÉÂ TR A LE . I. 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J ’ai dit le Rêve et le Voyage de Suzette.\n  Parlons d’abord du Rêve, drame lyrique, tiré du roman d’Emile\nZola, musique d’Alfred Bruneau (1re représentation : Paris, Opéra-\nComique, 18 juin 1891).\n   Nous ne ferons pas comme de certains journaux, certains chroni­\nqueurs, qui, n ’osant se prononcer sur la valeur d’une œuvre après\nune première audition, — ceci, fort juste, d’ailleurs, — emploient\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2458, "texte": "120                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\ndeux colonnes d ’im prim erie pour nous apprendre finalement qu’ils\nne savent à quel saint se vouer et qui, — cela plus répréhensible, —\naprès nous avoir posé quelques points d’interrogation, ne parlent\njam ais plus dans la suite de l ’œuvre en question, soit qu’ils aient la\nmémoire courte, soit qu’ils se trouvent dans la position critique de\nl ’âne de B uridan.\n    Nous dirons notre opinion toute franche, laissant à chacun du\nreste, le droit d’avoir la sienne. E t cette opinion personnelle quant\nau R êve, est que jam ais peut-être aucun opéra nous a fait une telle\nimpression, nous a autant intéressé que cet ouvrage d ’une genèse\nparticulière, conçu en dehors de toutes les règles, de toutes les\nexigences de la scène, avec un m épris absolu de tous les poncifs,\ncette œuvre d’un quelqu'un, ayant eu une idée, une conception,\nl ’ay an t communiquée à tous ceux qui éprouvent le besoin de voir et\n d’entendre du nouveau, à tous les partisans de l ’émancipation de l ’a rt.\n    Nous savons bien que pour les personnes habituées aux anciens\nopéras, où, dans un cadre grotesque, se mouvaient chanteurs et\nchanteuses, venant soupirer des airs devant le pupitre du chef\nd ’orchestre, ou lancer des cris à faire frém ir le lustre, cela déroute\nun peu, mais il faudra s’y faire. E t puis, se dem ande-t-on, où sont\nles choristes en rang d’oignons, où les ballerines venant danser le\n ballet traditionnel devant le seigneur obligé de toute bonne pièce?\nTout ce cartonnage a disparu. P lus que l ’élém ent hum ain, vivant,\nplus qu’une musique ininterrom pue, n ’ayant rien de commun avec\nle « morceau », une musique soumise à la discipline du poème qui\njoue le rôle prépondérant.\n    Dans le R êve, ni airs, ni duos, ni chœ urs visibles; à la cantonade\n seulem ent, des voix d’anges, des chants d’église, les cantiques d ’une\nprocession qui passe. C’est une déclamation mélodieuse, d ’où se\ndégage un sentim ent de bonté, de foi naïve, d ’am our p u r, donnant\nle souffle d’existence à la cruelle légende d’Angélique et de Félicien\nd’H autecœ ur. Il faudrait tout citer dans l ’analyse de la partition :\nle 1er acte to u t entier, senti d ’un bout à l ’autre, puis le tableau\nexquis du Clos-Marie, la procession, d’une énorme puissance d’évo­\n cation, le charm e délicieux qui se dégage de cette scène de la\ncham bre d ’Angélique, où semblent planer des vols d’anges, enfin\nl’entrevue de l ’évêque et de son fils.\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2579, "texte": "                              L E RÉ V E IL                           121\n\n\n\n\n   Un défaut, faisant un to rt énorme au poème : Pourquoi avoir\nsupprimé le dernier tableau nous m ontrant Angélique se m ourant\ndans les bras de Félicien au sortir de l’église; pourquoi, au lieu de\nce dénouem ent si bien en rapport avec l ’ensemble de l ’œ uvre, nous\narriv er avec une fin de conte de fées, grotesque et pot-au-feu au\npossible : Angélique épousa Félicien; elle vécut heureuse et eut\nbeaucoup d ’enfants. Zola, du reste, avait compris que cela ne pouvait\nêtre, que cette Angélique, faite d ’un peu de vie, de beaucoup\nd’am our et de passion, ne savait survivre à l ’accom plissement de\nson rêve, que ce rêve était sa vie, qu’achevé, elle ne pouvait plus\nexister. Pourquoi alors changer les intentions du poète? Pourquoi\nterm in er par un pâté une page si adm irablem ent écrite?\n    La musique du Rêve n ’accuse presque pas de faiblesses; tout le\ndram e est un, d ’une homogénéité parfaite, se soutenant jusqu’au\nbout sans effort. Ce que l ’on peut reprocher à M. B runeau, c ’est un\nparti pris de dissonances, évidem m ent né de l ’h o rreu r qu’il a de la\nbanalité, mais qui engendrerait aussi la monotonie si l ’on en abu­\nsait, to u t au tan t que les mélodies d ’autrefois.\n    Bref, l’auteur a selon nous brillam m ent réussi; il nous a donné\nune sensation a d ’autre chose » et ce serait déjà assez pour consacrer\n un succès, en notre siècle de plagiaires et d ’im itateurs, où toute\n imagination semble endormie. Ceux qui n ’ont pas goûté le Rêve\n aujourd’hui, l ’apprécieront plus tard , fatalem ent, lorsqu’ils se seront\n familiarisés avec les nouvelles écoles. E t m algré nous, nous songions\n à ces paroles de Berlioz, encore un incompris de ceux d ’autrefois :\n «Il faut collectionner les pierres qu’on vous jette; elles vous serviront\n un jo u r pour votre piédestal ».\n    M aintenant, un mot de l ’interprétation. Mlle Dupré a très bien\n rendu la figure extatique et virginale d’Angélique; Mr Séran a été\n parfait en Félicien, bien qu’il ne ressem blât pas en tous points à un\n blond Jésus; Mr Soum a fait une splendide création de l ’évêque Jean\n d’Hautecœ ur; avec une autorité superbe, il a rendu ce rôle où se\n  m êlent les sentim ents du père, de l’époux et du prêtre. Moins par­\n  faits étaient Mr D arras et Mme Gayet dans les rôles épisodiques\n  d’Hubert et d’H ubertine.\n     Nous ne nous am userons pas à parler longuem ent du Voyage de\n  Suzette, opérette à grand spectacle, musique de Léon V asseur (1re\n  représentation : P aris. Gaîté, 20 janvier 1890).\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2530, "texte": "122                             L E RÉ V E IL\n\n\n\n\n   Constatons seulem ent que le public a paru prendre plaisir à la\npièce, applaudissant sans réserve les animaux du ja rd in zoologique,\nles clow ns, et quelquefois les acteurs. Ne voulant pas troubler la\ndouce joie générale et n ’aim ant pas à être appelé grincheux, nous\npréférons ne souffler mot de l ’œ uvre mêm e, tout en félicitant les\nexcellents interprètes du Voyage de S uzette, qui ont fait de leur\nm ieux pour faire passer une pièce absolument nulle, comme musique\net livret, bien en rapport avec la période foraine que nous traversons\nen ce moment.\n\n                         II. T héâtre M inard.\n\n     M. Fontenelle aussi, nous dit au revoir jusqu’à l ’an prochain. Un\n reproche que l ’on ne pourra jam ais adresser à la troupe de Comédie\n française, c’est que durant l ’année écoulée, son répertoire m anquait\n de variété. P endant le dernier mois, plusieurs nouvelles pièces ont\n encore été représentées : dans le genre sérieux, L e C ourrier de\n L y o n , Serge P anine; comme vaudevilles, L es fe m m e s collantes,\n T rois fe m m e s p o u r u n m a ri, — très spirituelle, cette comédie de\n G renet-D ancourt, — L a Garçonnière, Le Voyage de M onsieur\n P errichon, puis aussi B elle-M am an dans laquelle, d ’après l ’affiche,\n Mme W ilson jouait Madame Noiret, rôle de délicatesse (?) et de\n haute fantaisie (??) dessiné de main de m aître (???) p ar Victorien\n Sardou. A notre humble avis, il s’en faut de beaucoup que B elle-\n M am an soit le chef-d’œuvre de Sardou, bien que cette pièce ait été\njouée sur toutes les scènes avec succès.\n     Ces dernières représentations ont été pour ainsi dire au tan t de\n soirées à bénéfice : bénéfice de Mr Esquier, bénéfice de Mr A urès,\n ju sq u ’au bénéfice du directeur, Mr Fontenelle, puis encore bénéfice\n de Mr Roels, pianiste e t... chef d’orchestre, lorsqu’il y avait des\n musiciens, ce qui arriv ait rarem ent. Dans cette prodigalité, un seul\n artiste a été oublié, un des plus consciencieux cependant, toujours\n su r la brèche, jouant tous les rôles, un de ceux qui m éritaient le\n plus la reconnaissance des habitués du M inard : Mr Delaunay.\n     Mais si le directeur avait jugé inutile de donner un bénéfice à ce\n pensionnaire, le public, lui, ne l ’avait pas oublié, et dans T rois\nfem m es p o u r u n m a ri, il a été l’objet d ’une m anifestation spon­\n tanée, toute de sym pathie, m anifestation que Mr Delaunay n ’oubliera\n pas de sitôt.                                                     L u ig i.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-016", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 123, "page_fin": 124, "titre_corps": "Chronique artistique : Exposition Maurice Bekaert, Exposition Fernand Aelman", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. G. F.", "ancre_debut": "CHRONIQUE A R TISTIQ U E xEp o sitio n M aurice B ek aert", "ancre_fin": "A. G. 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Bekaert a beaucoup d’avenir, comme le prouve par\nexemple son Corbion, excellente symphonie de toits bleus sous la\ngrisaille du ciel, comme le prouvent certains coins très fouillés de\nses autres toiles Mais que de maladresses encore, et de négligences !\nVoyez plutôt Soleil d’H iver, ou F lm dre au Printemps :\n\n                        ......... un paysage\n                          Très compliqué\n             Où l ’on voit qu’un monsieur très sage\n                           S ’est appliqué,\n\neût dit Musset, de cette mandarinade où l’on trouverait la matière\nde vingt tableaux. — Et le Pêcheur d'Anguilles, où par une singu­\nlière faute de perspective, notre placide Escaut tombe en Niagara\nderrière le cadre !\n   Pourtant, nous le répétons, M. Bekaert est un peintre de grand\nespoir, mais deux où trois de ces tableaux là auraient à eux seuls\nfait bien meilleure impression que ce maladroit assemblage de\nvingt-cinq machines. La fable m ontre... qu’il faut se défier des\nexpositions particulières.\n                                    *\n                                  * *\n\n   E xp osition F ernan d A elm an. — Peintre très correct, celui-\nci, l’antipodaire du précédent. Tous les tableaux : Poésie à’H iver,\nCrépuscule, etc., sont bien dessinés, bien peints, seulement, voilà,\ntoute recherche de vérité, de vie en est exclue. On dirait d’un\nmédaillé au salon de 18-10. Il aurait certes fait les délices de nos\ngrands pères, mais, depuis, l’art n ’a pas absolument piétiné sur\nplace, ce nous semble !\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 437, "texte": "124                              LE   R ÉV EIL\n\n\n\n\n   Les copies rapportées de musées étrangers, ne nous plaisent guère\nmieux; elles sont étriquées, maigres de touche. Est-ce là la\nrichesse de Rembrant, le faire large et hardi de Frans Hals?\n   Il faut dire que les tons jaunes tombant des baies vitrées, malgré\nle velum, déconcerte singulièrement.\n                                                          A. G. F.\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-017", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 124, "page_fin": 127, "titre_corps": "Chronique littéraire : Les Chansons naïves, En pays flamand", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. H.", "ancre_debut": "CHRONIQUE L IT TÉRA IR E Les Chansons Naïves", "ancre_fin": "P . 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Gérardy, inconnu aujourd’hui,\nmais qui ne tardera pas, je l’espère, à briller au premier rang des\npoètes belges ...\n  Il dit quelque part :\n\n                 Oh! c’est un lied bien monotone,\n                 Pleurant toujours les mêmes pleurs,\n                 Chantant toujours les mêmes fleu rs            ,\n                 Le lied que mon âme chantonne.\n\n   Qu’il n ’y ait pas une très grande variété dans les sujets de ses\npoésies, c’est possible; mais on ne s’en aperçoit guère tellement le\ncharme qui s’en dégage est grand. Il y a dans ces vers, qui se\nressentent un peu de l ’influence de Henri Heine, quelque chose de\nsi ineffablement doux, de si profondément mélancolique, qu’on se\nlaisse prendre tout entier par cette musique berceuse, par la manière\nquelque peu éthérée dont ces choses sont dites, par la douce tristesse\nqui se dégage de tout cela. C’est tris te ;... mais c’est si joliment triste!\n    Ces poésies sont quelquefois comme l’évocation d’un passé mort.\nElles semblent un bouquet d’edelweise ou de myosotis dont la senteur\n\n  (1) Les Chansons Naïves par Paul Gérardy. — L iège, des presses de Floréal; 3 fr\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2482, "texte": "                               LE RÉVEIL                              125\n\n\n\nfanée évoque des souvenirs lointains. Elles font songer aux belles\nchâtelaines chantées dans les ballades, aux pages blonds, aux\nantiques châteaux des bords du R hin ; et c’est là, qu’à la vesprée, on\nvoudrait lire ces vers. Il me semble qu’on goûterait bien mieux tout\nce qu’il y a dans cette poésie où l ’auteur nous m ontre ce trouvère\nqui vient ch an ter « en un ja rd in de lys » avec, au milieu, un castel\n« enclos en un lac de sommeil » ... Il chanta sa chanson triste et les\nlys et la dame écoutèrent. Mais les trois cordes de la lyre cassèrent,\net les lys, et les cygnes, et la dame m oururent — et le trouvère\ns’en alla triste et m uet, «m ais jam ais plus il ne chanta ». — C’est un\nrien, mais c’est si gentim ent dit. A citer encore L a Princesse N a ïv e ,\nC hansons, N u i t d 'H ive r.\n     A illeurs, le poète nous chante ses pleurs, ses souffrances, son\nennui. E t ces sentim ents sont si délicatem ent exprim és qu’on croirait\n entendre des m urm ures d’une voix très douce. E t toujours cette\n même note mélancolique. A lire : « A la dérive, » « A l'E n ­\n dormie, » et surtout deux poésies que je regrette de ne pouvoir\n transcrire ici : a Les B a isers » et \" E lle \" .\n     Dans la seconde partie de son livre, intitulée Les C roix, il y a\n une tein te de m ysticisme qui ajoute encore au charm e qu ’011 éprouve.\n Que le poète nous m ontre ces grandes croix avec de « petits bon-\n dieux de cuivre », les croix solitaires des carrefours ou celles\n plantées le long des chemins déserts, les croix des cim etières, ou\n cette tour qui « sommeille du sommeil des croix », jam ais on ne\n trouve une note m acabre, mais c’est la toujours même impression\n d’infinie tristesse qu’on perçoit......\n     E t après avoir relu Les Chansons N aïves, je me suis répété ce\n  que disait M. Emile F aguet à propos de B ea u té, le tout récent\n  volume de vers de M. Eugène Hollande, un jeune poète aussi :\n  « ....V o ilà les bons m oments du bibliographe, ceux qui le consolent\n  de beaucoup d’autres, ceux où il salue, avec un p etit trem blem ent\n  intérieur, une espérance__\n                                   ***\n    Je suis persuadé que la plupart des Gantois qui ont coutume de\n se rendre aux villes de bains pour s’y g riser de f l i r t , pour s'y\n étourdir dans les plaisirs faciles, ou bien qui s’en vont là-bas, dans\n le pays qu’il est de bon ton d ’avoir vu, ne connaissent pas du tout,\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2326, "texte": "12 6                              L E RE V E IL\n\n\n\n\nou du moins presque pas, les environs de leur ville. E t cependant\nils ont là, à deux pas, des coins très jolis, des points de vue très\npittoresques dont de bonne foi ils ignorent com plètem ent l ’existence.\nEspérons que le livre que MM. A. Heins et G. M eunier viennent de\nfaire p araître (1) aura un tan tin et raison de leur apathique\nindifférence.\n   M. A. Heins a réuni qnelques croquis très finement et très déli­\ncatem ent faits qu’il a dû prendre pendant ses courses vagabondes à\ntrav ers la Flandre. Il nous conduit tan tô t le long de l ’Escaut ou de\nla Lys, ro u lan t tranquillem ent leurs eaux bleutées entre leurs berges\nfleuries, et passant près de ces charm ants villages flamands, Afsné,\nDickelvenne, Gavre, Appels, Tam ise; — tan tô t c’est le nord de la\nF lan d re, le pays d’Eecloo et le pays de W aas « aux renflements\nsablonneux » qu’il nous m ontre; — c’est ensuite cette Zélande si\nproprette et si caractéristique ; — c’est encore Ypres et ses environs;\n— c’est enfin le plateau central de la F landre, un peu plus vallonné\ndéjà que le reste du pays, arrosé par un adorable ruisselet dont les\neaux sem blent m urm urer une douce complainte entre les taillis qui\nlongent ses bords, la Zwalm « de si douce poésie en son argentine\nclarté » ....\n   Le très personnel et très délicat talent de M. Heins a su, dans\ncette série de croquis, faire revivre d’une façon très exacte quelques\nsites pleins de poésie, em preints d ’une fraîcheur et d’un charm e très\npén étran ts. E t quand on a eu parcouru cette centaine de pages on\nse prend à dire comme les enfants, après une histoire qui les a cap­\ntivés : E n co re!... C’est que ces croquis suggèrent invinciblem ent\nen vous des réminiscences de journées ensoleillées passées à la\ncam pagne, alors que le printem ps a à peine mis au bout des branches\nles chatons v erts ou jaunes des bourgeons; — c’est que tout cela\nvous rem et en mémoire ces rêveries dans les sapinières qui fleurent\nbon, — ou bien encore ces délicieuses flâneries le long des ruisseaux\nclapotant, sous les bouleaux au fût lamé d’argent, au feuillage\ndentelé que fait vibrer la brise roulant en elle des parfum s, du\nsoleil, de la g a îté ....\n\n\n   (1) E n pays flam and, par A . H eins et G. M eunier. — Gand, Ad. Hoete; p etit\nin.-8°.\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 523, "texte": "                                L E R É V E IL                          I 27\n\n\n\n\n    Tout le monde connaît le talen t de M. Heins. Aussi l’on ne\n doutera pas du cachet très artistique qu’il a su donner à son livre.\n    M. Georges M eunier a contribué aussi au succès que E n pays\nfla m a n d au ra certainem ent. Il a développé si je puis dire, et rattaché\n les différents croquis par quelques notes, concises il est vrai, mais\n d’une grande précision et d’une grande clarté.                  P . H.\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-018", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 127, "page_fin": 127, "titre_corps": "Deux conférences", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J. 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Le sujet de la\n Conférence, « Pages inédites du rom an de Georges Sand et d ’Alfred\n de M usset » offrait l ’incom m ensurable avantage d’avoir été sou ­\n vente fois déjà mis à contribution. Mr F rédérix l’a tra ité , à grand\nrenfort de feuillets, d’une façon assez intéressante mais point du\ntout originale.\n      24 m ars 1802.\n   Au même Cercle notre collaborateur Maurice Desombiaux a donné\ndevant le public tout effaré d’entendre parler d’une littératu re belge\nqu’il ne soupçonnait pas une conférence pour nous extrêm em ent in­\ntéressante. Le sujet : \" Les lettres belges contemporaines \" a été\nsoigneusement traité, d ’Octave P irm ez, De Coster, C. Lem onnier et\nW aller à la Jeune Belgique actuelle : Giraud, V erhaeren, E ekhoud,\nDemolder, K rains, V. Gille, G ilkin, etc. Le conférencier a insisté\navec beaucoup de raison sur le caractère national de tous ces écri ­\nvains. Nous aurions voulu entendre M. Desombiaux étudier plus\nparticulièrem ent ces écrivains, ces vrais artistes, en faire ja illir la\npersonnalité devant ce public toujours prêt à critiquer les innovations\n— sans les connaître — et les œuvres — sans les lire — des jeunes.\nM. Desombiaux a exposé très franchem ent ses idées, ce dont nous\nle félicitons sincèrem ent.                                    J. D.\n     29 mars 1 8 9 2 .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-019", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 128, "page_fin": 128, "titre_corps": "Tablettes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TABLETTES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 153, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 5197, "texte": "TABLETTES\n\n            A tra v ers l e s R e v u e s                              Petites Nouvelles\n    Quelle floraison de jo lies choses en ces                 L 'article d e n otre collaborateur Hubert\nnom breuses jeunes Revues ! E t tout                        Krains était com posé quand les « E n tre­\nd’abord, souhaitons la bienvenue au                         tiens politiques et littéraires » ont publié\nM o u v e m e n t l i t t é r a ir e que viennent           une lettre de la sœ ur d’Arthur Rimbaud\nde fond era Bruxelles Fernand Roussel,                      d’après laquelle l ’auteur des Illu m in a ­\nRaym ond N yst e t L é o n Donnay. — Dans                   tions serait m ort dans un hôpital de Mar­\nles 1rsnos fraternisent jeunes et anciens.                  seille, après avoir vécu plusieurs années\n   Puis vien nent L a J e u n e B e l g iq u e              en A frique.\n(n° de février et n° de mars) toujours très\nsubstantielle avec les nom s : Em . V er­\n                                                                Ci-dessous, pour l ’insigne esbaubisse ­\nhaeren, A lb. A rnay, G. Stevens, E ug.\n                                                            m ent de nos lecteurs, la profonde admi­\nDem older, André Fontainas, Iwan Gil­\n                                                            ration des snobs et la plus grande édifi­\nlin . L a R e v u e M o d e r n e (février) con­\n                                                            cation des générations f u tu r e s , le pro­\ntien t beaucoup de bonnes proses et de\n                                                            gram m e, pour l ’année 1893, du Concours\nbons vers de même que le M a g a s in l i t ­\n                                                            littéraire de l’Académie R oyale de B el­\nt é r a ir e (février) où nous relevons « Le\n                                                            gique :\nLarcin des Mages, » conte mystique d’H.\nH oornaert. Lans la R e v u e G é n é r a l e                   Première question. — “ Faire l ’histoire\n(mars) un article intéressant d’Henry                       de l'architecture qui florissa it en Belgique\nBordeaux sur P . Bourget. Au M e r c u r e                  pendant le coure du x v e siècle et au\nD BFRAN CE (m a rs ) sommaire comme tou­                    com m encem ent du XVIe, architecture\njours tr è s chargé avec les nom s de Gas­                  qui a donné naissance à tant d’édifices\nton D anville, Rem y de Gourmont, G.                        civils remarquables, tels que halles,\nAlbert-A urier etc. A lire dans la R e v u e                hôtels de v ille , beffrois, sièges de cor­\nU n iv e r s it a ir e (février, un article de              porations, de justice, etc.\n« L ou is Varlez : Les Homestead exemption                      “ Décrire le caractère et l’origine de\nacts ». De la R e v u e I n d é p e n d a n t e nous        l ’architecture de cette période, avec\nsignalons un article original de (J. M a u ­                dessins et croquis à l'appui. „\nclair sur le Barrésisme. La jeune revue                         Deuxième question. — \" Apprécier le\nF l o r é a l a un second n ° très bon ; au                 rôle de la gravure en taille douce, depuis\nsommaire l e s n o m s d’H de R égnier, F.                  les derniers perfectionnem ents de la\nSéverin, Ad. Hardy, (J. D elchevalerie,                     photographie, et indiquer celui qu’elle\nEdm ond Rassenfosse.                                        peut être appelée à jouer dans l ’avenir, \"\n   L ’E iim ita g e nous arrive avec des vers                   Troisième question. — \" Quel est le rôle\net proses de ses erm ites habituels : Remy                  réservé à la peinture dans son association\nde Gourmont, H. Mazel, René Tardi­                          avec l ’architecture et la sculpture,\nvaux, A . Saint-Paul et C h im è re , tou­                  comme élém ents de la décoration des\njours auBsi alerte, intéreB B aute avec la                  édifices ?\nB uite de l ’é lu d e de son rédacteur P. R e­\ndonnel sur le Socialisme intégral de B.                         « Déterm iner l'influence de cette asso­\nM alon et leB vers d’A ug. Vi e r s e t , (J.               ciation sur le développem ent général\nFrappart. P . Dévoluy. La L ib r e C ri­                    d es arts plastiques ».\ntiq u e no u s annonce un nouveau n° e x ­                      Quatrième question. — « F aire, au point\nceptionnel de Pâques. Cette vaillante re­                   de vue musical, l ’histoire de la chanson\nvue ne chôme guère. Enfin beaucoup                          m ondaine, française et flamande, à une\nd’autres encore que n ou s n e pouvons que                  seule voix, dans les provinces belges\nciter faute de place : L e S i l l o n , l e S y l­         depuis le XIe siècle jusqu’à nos jours , .\np h e , L a R e v u e B e lg e , R o u en A r t i s t e ,\nL a F r a n c e M o d e rn e , L a R e v u e R o se,\n L e Coin d u F e u , L e M éph is to , L a C ro i­\n sa d e , L e B l u e t .           Ch a n t e c l e r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-04-n4-020", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Bureaux de vente du R É V E I L", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 154, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 2486, "texte": "Bureaux de vente du R É V E I L :\n   G and.              — Ad. H oste, rue des C ham ps, 49.\n                         L ib rairie U niverselle, rue C ourte du J o u r.\n                         Mme Otte, rue de F landre.\n   B r u x e l l e s . — Office de Publicité, r u e de la M adeleine.\n   L ié g e .          — D ’H eu r, rue P ont d’île.\n\n\n\n\n          PUBLICATIONS RECOMMANDÉES :\nL e B l u e t . — m — R ue Croix des P etits C ham ps, P aris.\nL e c h a s s e u r d e C h e v e l u r e s — b.m — R u e V ézelay, 15, P a ris,\nC h i m è r e . — m — C ours G am betta, 52, M ontpellier.\nL a C r o i s a d e . — m — R ue M exico, 19, L e H âvre.\nL ’ E r m i t a g e . — m — R ue de V arennes, 26, P aris.\nF l o r é a l . — m — R ue S t . R ém y, 22, Liège.\nL a F r a n c e M o d e r n e . — b.m — F aubourg du N ord, 15, M arseille.\nL a J e u n e B e l g i q u e . — m — R ue P otagère, 64, B ruxelles.\nL a L i b r e C r i t i q u e . — h — R ue Souveraine, 37, B ruxelles.\nL e M a g a s i n L i t t é r a i r e . — m — R ue H au t-P o rt, 52, Gand.\nL e M é p h i s t o . — h — R ue du L om bard, 28, Anvers.\nL e M e r c u r e d e F r a n c e . — m — R ue de l’É chaudé-S t-G erm ain,\n      15, P aris.\nL e M o u v e m e n t L i t t é r a i r e . — b.m — R u e des Minimes, 13,\n      B ruxelles.\nL e M o u v e m e n t S o c i a l . — b. m. — Maison du P euple, B ruxelles.\nL a R e v u e B e l g e . — b.m — P lace de la S ta tio n , ro, L o u v ain .\n                                                           ( R ue des M artyrs,1 9 , P aris.\nL a R e v u e B la n ch e . — m — - -\n                                                   1.\n                                             ( R ue de O uest, 74, Liège.\nL a R e v u e G é n é r a l e . — m — R ue T reu ren b erg , 16, B ruxelles.\nL a R e v u e I n d é p e n d a n t e . — m — R u e des P yram ides. 12, P a ris.\nL a R e v u e M o d e r n e . — m — R ue O rdener, g6, P aris.\nL a R e v u e R o s e . — h — P lace du T h éâ tre, 12, Liège.\nL a R e v u e U n i v e r s i t a i r e . — m — R ue d ’A nderlecht, S t G illes.\nR o u e n - A r t i s t e . — R ue G rand-P ont, 4, R ouen.\nL e S i l l o n . — m — R ue de C habrol, 31, P aris.\nL e S y l p h e . — m — R ue de la G are, 2, V oiron (Isère).\nL a S y r i n x . — M . — R ue L acépède 27, Aix (Provence).\n\n                               M     = M ensuel.\n                              b .m   = Bi-M ensuel.\n                               H     = H ebdom adaire.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 120, "texte": "Deuxième Année — N° 4                                                  A V R I L 1892\n\n\n\n\n     LE\n       RÉVEIL\n       RevuemensuelledeLittérature&d'Art\n            P U B L IÉ E S O U S L E S A U S P IC E S DU C ERC LE L IT T É R A IR E FRANÇAIS\n\n\n\n\n                               SOMMAIRE\nH u b e r t K ra in s .              . . L e s poèmes en prose d 'A r th u r R im baud.\nA u g u s te V ie b s e t.           . . L es B ibiadéri.\nG e o rg e s M a r low             . . Prophétie.\nM a u r ic e D e s o m b ia u x           . L a Fenêtre (F r a g m e n t).\nP au l R edonnel .                   . . A nabase.\nL o u is V é h e n n e        . . . M onsieur M ouche.\nG éo M a u v è r e . . . .                  F la in e Châtelaine.\nJ o s e p h D e s g e n ê ts         . . Ceux de là-bas...\nJ e a n N o v i s ....................... Cœur M o rt.\nG. T .................................... A propos de « L a flûte        à Siebel. »\n                 Chroniques T héâtrales, L itté ra ir e s , etc.\n                                 Tablettes\n\n\nAbonnement : Belgique, un an 5 francs. (Pour l’étranger, le port en sus).\n                         L e n u m éro : 5 0 cen tim es.\n\n\n      Rédaction : Rue de Flandre, 71, GAND.\n                                 TOUS DROITS R ÉSER V ÉS.\n\n\n\n\n                 G and, imp. à vapeur F . M eyer-V an Loo, rue de Flandre, 66.\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "                      LE RÉV EIL\n      REVUE M ENSUELLE DE LITTÉRA TU RE & D’ART\n\n        P U B L I É E S O U S L E S A U S P I C E S DU C E R C L E L I T T É R A I R E F RA N Ç A I S .\n\n\n\n\n           PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n   Edm. Deffernez, Ch. Delchevalerie, E ugène Demolder, Joseph D esgenêts,\nMaurice Desombiaux, Pierre Devoluy, Carlos du P ay, Charles Frappart,\nFrédéric F riche, Valère Gille, Arnold Goflin, Pierre Hancart, José Hennebicq,\nGustave Kahn, Hubert Krains, Alfred Lavachery, Camille Lemonnier, Léon\nLncy-Mar, Paul M., Maurice Maeterlinck, Georges Marlow, Géo Mauvère,\nF rancis N autet, Jean N ovis, Paul Redonnel, Georges Rodenbach, Fernand\nR oussel, Rodrigue Sérasquier, Fernand Séverin, Charles S lu yts, Hubert Stier-\nnet, Georges Touchard, Franz Troch, Louis Véhenne, A uguste V ierset,\nAdolphe W esterm acn, etc.\n\n\n\n\n     L e Réveil ne publie que de l'inédit.\n\n     Les manuscrits ne sont pas rendus.\n\n     Les collaborateurs sont responsables de leurs articles.\n\n    Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire\nparviendra à la rédaction.\n\n     Les journaux ou revues qui désireraient faire l’échange sont\npriés de s’adresser à la rédaction.\n\n\n\n\n                         BOITE AUX LETTRES.\n     L. L. M. Liége. — Avons reçu envois; ils seront examinés.\n     A. D . B. Bruges. — Idem.\n     M. le Rédacteur du « Chasseur de Chevelures     Paris — Signa­\nlons l'irrégularité de l’envoi de votre journal.\n     C. D. Liége et F . N. Bruxelles. — Attendons l'accomplissement\nde vos promesses.\n     C. S. Anvers. — Avez-vous reçu dernière lettre?\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                  Les Poèmes en Prose\n\n     d’A rthur R imbaud\n\n          L\n          a courte jeunesse agitée d’A rthur Rimbaud, sa disparition\n           brusque et mystérieuse, les détails contradictoires qu’on a\n           publiés sur sa vie, l’incertitude où l’on est sur son sort, le\nclassent parmi ces artistes dont l’existence elle-même est un roman\nd’autant plus séduisant qu’on n ’en possède guère que le sommaire,\nce qui permet à l ’imagination de chacun d’en arranger les scènes\nselon sa fantaisie. « M. A rthur Rimbaud, écrit Paul Verlaine dans\nla préface des Illu m in a tio n s, est né d’une famille de bonne bour­\ngeoisie à Charleville (Ardennes) où il fit d’excellentes études quelque\npeu révoltées. A seize ans, il avait écrit les plus beaux vers du\nmonde, dont de nombreux extraits furent donnés naguère dans les\nPoètes M audits. Il a m aintenant dans les trente-sept ans et voyage\nen Asie, où il s’occupe de travaux d’art, \"\n   Tout cela est un peu vague comme biographie. Le magnifique\npoète des Fêtes Galantes et des Romances sans paroles est un\npiètre historien! Heureusement que Rimbaud nous a laissé un petit\nlivre qui nous renseigne entièrement sur la nature de son esprit;\ncela nous dédommage de l’ignorance où nous sommes de ses faits et\ngestes lorsqu’il vivait dans notre vieille société européenne, gourmée\net sage, et qui ne tolère la poésie qu’à la condition qu’on n’en fasse\n pas sur la place publique. Il n ’est pas plus permis au poète qu’à qui\n que ce soit de troubler ses voisins; il peut chanter mais dans le petit\n coin que la communauté veut bien lui concéder, comme le tailleur\n sur son établi ou l’oiseau dans sa cage. Malheur à lui s’il possède un\n tempérament d’aventurier! S’il y a en lui du Da Ponte ou du\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": " 98                             L E RÉVEIL\n\n\n\n\nCasanova — ce qui arrive quelquefois chez les artistes, même\nchez les plus grands — il sera étouffé de bonne heure, à moins\nqu’une force de volonté et une sagesse incomparables ne le con­\nduisent petit à petit à la plus sublime résignation. C’est à ce noble\nsacrifice du bonheur m atériel que nous devons les F leu rs du M a l et\nles rom ans de Barbey d’Aurevilly.\n    E sprit frère de ceux de Baudelaire et de Barbey, A rth u r Rimbaud\nn ’a pas eu leur patience. Ne pouvant aller à la société, et celle-ci ne\nparaissant pas prête à lui faire la vie qu’il rêvait, il lui a tourné le\ndos. Il a renoncé à son a rt, comme ce moine espagnol qui je ta ses\ntableaux, sa palette et ses pinceaux par la fenêtre de sa cellule, de\npeur que la gloire ne l’enorgueillit et n ’entraîna sa dam nation éter­\nnelle. Rim baud, lui, n ’a abandonné que ses outils, son œuvre nous\nreste : un volume de vers et un petit recueil de poèmes en prose. Le\nprem ier a été saisi dès son apparition en librairie, à cause d ’un\ndémêlé entre l ’éditeur et le préfacier, M. L arzens; il contenait\nd ’ailleurs plusieurs pièces dont l ’authenticité est contestée. Les\npoèmes en prose suffisent, du reste, pour nous édifier sur la puis­\nsance intellectuelle et les tendances artistiques d’A rth u r Rimbaud.\n   Ceux qui ne chercheraient dans ce petit livre que les qualités\nextérieures du poème en prose, c’est-à-dire l ’eurythm ie spéciale qui\nrésulte de la précision de la prose unie à l ’harm onie du vers, s ’en\niraien t désappointés. Les Illu m in a tio n s et une Saison en E n fe r ne\nressem blent en rien à l’œuvre plus ou moins réussie d’un débutant\nde talen t. L’auteur avait un esprit trop original et une vision trop\npersonnelle des êtres et des choses pour m ettre ses pieds dans les pas\nde ses prédécesseurs. Sa forme est généralem ent violente et tum ul­\ntueuse comme sa pensée. Les idées s’échappaient comme des je ts de\nlave brûlante de son cerveau et se figeaient immédiatement sur le\npapier. Rimbaud est un de ces poètes aux aspirations infinies, qui\ntrouvent le monde étroit, laid et mesquin et qui tentent de s’en\nforger un à leur taille, par la force de leur volonté et la puissance\nde leur im agination. Toutes les douleurs, tous les désirs et tous les\nrêves qui peuvent harceler un être hum ain ont agi sim ultaném ent\nsur le cerveau de ce jeune homme — que M. A lbert Giraud appelait\nrécem m ent, avec infinim ent de justesse, un gam in de génie. Ses\npoèmes en prose sont précis sous ce rapport comme un journal où il\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                               LE R É V E IL                            99\n\n\n\n\naurait noté une à une les tortures qn’il a subies dans la période de\ncrise que tout artiste traverse avant d’être entièrem ent m aître du\ndémon révolté qu’il porte en soi. Des cris de rage, des lam entations\nd’abandonné, des im précations de damné, des gémissements de\nvictime, et ce rire douloureux du désespéré, plus terrifian t que tout\nle reste, voilà ce qui vous serre le cœ ur et vous déchire l’esprit à la\nlecture des Illu m in a tio n s et d'U ne Saison en E n fe r . Rimbaud se\nretourne lui-même sur le gril pour qu’aucune partie de son âme\nn ’échappe à la souffrance. Tout bien considéré, c’est une faiblesse\nque de se réfugier dans une tour d’ivoire pour pleurer ou pour\nchanter, l ’écho qui ne vous renvoie que vos soupirs ou vos chansons\nest un écho monotone et quelquefois débilitant; le vrai fort affronte\nla bourrasque, il expose sa poitrine aux m orsures des vents et laisse\nson cœ ur ouvert à toutes les plaintes confuses qui s’élèvent sous le\nciel. Mille voix crient par la bouche d ’A rth u r Rimbaud : l ’am ertum e,\nla souffrance et le désespoir universels s’engouffrent dans son âme\npour y choisir une expression vibrante et forte.\n   Ce qui blesse surtout ses yeux nostalgiques, c’est la vulgarité et\nla grossièreté des choses qui l ’entourent, la platitude, la médiocrité\net le prosaïsme de la société au milieu de laquelle il est forcé de\nvivre. Comme le comte de Lautréam ont — avec lequel il présente\nd’ailleurs de nombreuses analogies — il aurait pu s’écrier : « L’uni­\nvers n ’est pas ce que j ’avais rêvé de plus beau. » P our se soustraire\nà ce spectacle douloureux, il essaye d ’abord de voir le monde avec\nles yeux étonnés et ravis de l ’enfant; il voudrait rajeunir la vieille\nterre, rendre aux choses leur simplicité et leur candeur prim itives :\n« Aussitôt que l’idée du déluge se fut rassise, — un lièvre s’a rrê ta\ndans les sainfoins et les clochettes m ouvantes, et dit sa prière à\nl’arc-en-ciel, à trav ers la toile de l’araignée ». Il s’efforce aussi de\ncomprendre la vie à la façon des cœurs simples, des fragm ents des\ncontes de P errau lt traîn e n t dans sa mémoire et il s’en sert pour\ncolorer ses visions : « Le sang coula, chez Barbe-Bleue, aux\nabattoirs, dans les cirques où le sceau de Dieu blêm it les fenêtres.\nLe sang et le lait coulèrent. » Bientôt le sang coule seul; il ruisselle;\nses poèmes en sont barbouillés; leur reflet de pourpre éblouit les\nyeux. Les Illu m in a tio n s form ent ainsi une succession de tableaux\ndont le côté fantastique, am er et cruel s’accentue graduellem ent.\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "100                           L E RÉVEIL\n\n\n\n\nP a r suite de son indifférence pour tout ce qui est ordinaire, d ’une\nassim ilation ou d’une compréhension facile, dans son besoin de tout\nsynthétiser, de surprendre dans les choses ce qu’elles ont d’essentiel,\nil supprime les liaisons; il place côte à côte les choses les plus dispa­\nrates et les représente seulem ent par quelques uns de leurs traits\nles plus saillants. De là l’obscurité de plusieurs de ses poèmes dont\non n ’est pas toujours certain d ’avoir pénétré le sens, même après\nune laborieuse m éditation. Quelquefois, du reste, il brouille les\nimages à dessein; tel de ses poèmes est une tombe dont lui seul\npourrait nous dire ce qu’elle contient; il enfouit sa pensée sous un\nenchevêtrem ent de phrases hiéroglyphiques, puis s ’éloigne en\ndisant : « J ’ai seul la clef de cette parade sauvage ».\n    Son égoïsme, cependant, ne va pas toujours aussi loin. Son œuvre\nest semée d ’idées grandes et fortes, philosophiques ou purem ent\nartistiques, qui vous retiennent, vous h an ten t, ouvrent devant\nl ’esprit des abîmes de réflexions. Nul mieux que Rimbaud n ’a\nexprim é — d’une façon rudim entaire et en quelque sorte avec\nnégligence — le malaise et l ’inquiétude des esprits supérieurs\nvivant dans une époque utilitaire. Le spectacle de notre société\nuniquem ent préoccupée de son bonheur m atériel et qui ré trécit le\nplus possible son horizon afin de s’émousser l ’esprit lui arrache cette\nexclamation m éprisante : a Quel siècle à mains! » Avec sa Vierge\nF o lle, il demande « la vie d’aventures qui existe dans les livres des\nenfants ». Puis le voilà qui se cherche dans le passé : « Qu’étais-je\nau siècle dernier : je ne me retrouve qu’aujourd’hui. P lus de vaga­\nbonds, plus de guerres vagues. La race inférieure a tout couvert —\nle peuple comme on dit, la raison; la nation, la science. » Le voilà\nenfin qui s’élance dans l ’avenir, en poussant des cris frénétiques :\n« R ien n ’est vanité; à la science et en a v a n t!... A h! vite, vite un\npeu; là-bas, par delà la nuit, ces récompenses futures, éternelles...»\n   De ses explorations dans le passé ou dans l’avenir, il revient\ncourbaturé; sa tête s ’incline, son orgueil fait place à un désespoir\nimmense et profond : « Le m eilleur, c’est un sommeil bien ivre sur\nla greva », écrit-il dans M auvais Sang. Il essaye de se trom per lui-\nm ême; il je tte de la cendre sur le brasier qui brûle au fond de son\nâme ; il s’excite à la résignation : a Nous existerons en nous amu­\nsant ». Mais bientôt a le feu se relève avec son damné » et le forçat\nreprend sa m arche douloureuse, par des routes obscures et sans but.\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                               LE RÉVEIL\n\n\n\n\n    Beaucoup d’autres, sans doute, ont exprimés la souffrance, la\ndouleur de vivre, l’ennui des âmes nobles exilées sur cette terre.\nIls en ont dit la beauté triste, la volupté particulière; ils se sont créé\ndes paradis de mélancolie. Chez Rimbaud, la douleur est sans\ncontre-poids; ni espoir, ni résignation; elle agit dans toute sa\nviolence, et il en éclaire de préférence les arêtes. E t s’il y a un peu\nde consolation pour un tel damné, elle ne pourra surgir des choses\npaisibles ou sereines, mais elle naîtra, elle aussi, du bizarre et du\nmerveilleux. Il rêve « la nature primitive travaillée par un a rt\nsuperbe ». Dans l 'Alchimie du Verbe, il écrit : « J ’aimais les pein­\ntures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques,\nenseignes, enluminures populaires; la littérature démodée, latin\nd’église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules,\ncontes de fées, petits livres de l’enfance, opéras vieux, refrains\nniais, rythm es naïfs \" ; et plus loin : \" Je m’habituai à l’hallucina­\ntion simple : je voyais très franchement une mosquée à la place\nd’une usine, une école de tambours faite par des anges; des calèches\n sur les routes du ciel, un salon au fond d’un lac; les monstres, les\nmystères; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi. »\n    Voilà le monde considéré sous le jour propre au rêve! On peut\n ainsi trouver, dans les Illum inations, les germes de plusieurs écoles\n littéraires récentes. E t ce n’est pas là le moindre intérêt de ce petit\n livre : Rimbaud s’y confesse, il éclaire pour nous les recoins les\n plus intimes de son cerveau, et de son œuvre touffue et convul­\n sionnée, irradie plus d’une pensée originale qui ouvre à l’esprit\n des routes imprévues et lumineuses.\n    Rimbaud était également marqué du signe qui caractérise l’homme\n moderne : il était sceptique. Ce penseur, ce magicien, ce superbe\n virtuose se siffle lui-même. Quand il a édifié les rêves les plus\n splendides, il les renverse tout à coup d’une chiquenaude; il\n interrompt ses lamentations et ses cris de désespoir pour émettre\n une réflexion de gavroche. Le scepticisme est le commencement de\n la sagesse humaine. Rimbaud a écrit que l’action est un énervement.\n A-t-il fini par se convaincre que la douleur dont l’art régale ses\n prêtres et ses serviteurs ne vaut pas les récompenses tangibles de\n la vie active, et faut-il chercher ici l’explication de son silence subit\n et de sa mystérieuse disparition? Telle est la question qu’on se pose\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "102                          L E RÉVEIL\n\n\n\n\naprès avoir fermé le volume dont nous venons de nous occuper, et\nl’on reg rette, en ces m inutes de recueillem ent où la pensée rem onte\ninstinctivem ent de l ’œuvre à son auteur, où l’on voudrait expliquer\ncelui-ci par celle-là et pénétrer davantage dans son intim ité, de ne\npouvoir évoquer autrem ent l’image d ’A rth u r Rim baud que sous la\nforme nébuleuse d’un personnage de légende.\n\n                                               H ubert K r a in s .\n      M ars , 1892.\n\n\n\n                        Les Bibiadépi\n\n                                                  a   L econte   de   L is l e\n\n\n\n\n      Sous le velum soyeux serti de filigranes\n      M irant sa moire en l'eau limpide des bassins,\n      Le vieux radjah, couché sur de moelleux coussins,\n      Rêve, fron t éventé des esclaves persanes.\n\n      Clochettes d'or aux pieds, col ceint de cymophanes,\n      Les Bibiadéri tournoient en fols essaims,\n      E t leurs ventres lascifs, et l ’ambre de leurs seins,\n      Luisent sous le tissu des sanis diaphanes        .\n      Elles miment la danse en arquant leurs bras nus;\n      L ’ample écharpe de gaze, au bout des doigts menus,\n      Voltige, baignant l'air de suaves arômes.\n\n      E t le vieillard, troublé p a r de lointains plaisirs,\n      P a r ces corps m i-voilés d'étoffes polychromes,\n      Languissamment se meurt du regret des désirs.\n\n                                                  A ug . V ie r s e t .\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "             LE RÉVEIL                                            103\n\n\n\n\n           Prophétie\n\n                                       A V ic t o r D e n y n .\n\n\n\n\nS i doucement pleure le Fleuve\nQue l ’on dirait une âme veuve,\nUne âme d ’immense abandon,\nA llant au devant des tendresses\n        E t du pardon.\n\n\nPorteur de défuntes caresses,\nIl viendra vers toi, qui professes\nUn culte aux Vierges de langueur,\nIl viendra vers toi, p a r la brune,\n        Mon pauvre cœur!\n\n\nProfilant des rayons de lune\nS u r tes blessures de rancune,\nS u r tes stigmates d 'âpreté,\nLe Fleuve étrange des années\nNoiera tes floraisons fanées\nTrés lentement, l ’une après l ’une,\nE n ses flots de malignité.\n\n                                 Georges M a r l o w .\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "1 0 4                        LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                       La Fenêtre\n                              (F ragm ent)\n\n\n\n                                                 à A u g u s t e B ie r n a u x .\n\n\n\n\n          ’Cest dans une très vieille ville, une rue silencieuse de\n            demeures anciennes dont les croisées toujours closes ont\n            l ’air de dormir depuis les époques lointaines où leurs\nhautains seigneurs partirent en Terre-Sainte délivrer le tombeau du\nChrist, avec un cortège de bannières, de fanfares, de héraults et\nd’hommes d’armes.\n    Une rue du passé que notre temps barbare et impie n ’a pas encore\ndévastée, où l’herbe croît entre les pierres qu’elle soulève.\n    Une seule fenêtre, pareille à un grand œil de songe où se sont\nréflétées toutes les tristesses, rêve de l ’heure morte, des siècles en\nallés, glorieux.\n    A la voussure du cintre tout en granit, l’écu de la maison, que\nl ’altière famille n’écartela jamais, se montre, surmonté d’un tortil\nde baron.\n    C’étaient, ses maîtres, de hauts barons feudataires n’ayant\nd ’autres suzerains que le Roy et Dieu. Leur souche, plus ancienne\nque les chênes rabougris de l’immense forêt dont les têtes houleuses\napparaissent là-bas, dans les vapeurs du lointain, n’avait jamais subi\nla moindre flétrissure.\n    Oui, la noble maison pouvait l’étaler avec orgueil son blason aussi\npur que les lys de France, et les ancêtres, dans leurs tombeaux,\ndevaient dormir en paix, leur descendance suivrait toujours l’an­\ntique et brève devise gravée sur l ’acier de l’épée qui avait navré\ntant de Sarrazins.\n    Dans la chambre, une vieille femme aux cheveux gris recouverts\nd’une cape noire, pensive et triste, brode une éternelle tapisserie et,\nde temps en temps, regarde les rares gens qui passent, furtifs, sur\nla rue, comme un bruit de feuilles mortes.\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                               L E RÉV EIL                            105\n\n\n   Vespres viennent de finir.\n   Des ombres sortent de l ’église gothique qui s’endort, résignée,\ndans le regret des temps pieux.\n   Les rayons du soleil glorieux de cette fin de journée, tom bent du\nfauve couchant sur la fenêtre, trav ersan t la salle en une bande d’or\net expirant en reflets bizarres sur les boiseries noires qui courent le\nlong de la m uraille.\n    Dans le poudroiement d ’une lumière vermeille, s’enflamme un\nmagnifique cuir espagnol animé par des figures en relief, mais aux\ndorures émiettées et rougies.\n   Les sièges immenses et lourds, tout en bois de chêne, portent au\ndessus de leur dossier, l ’écusson de la famille.\n   E t l ’on croirait voir les ombres des rudes barons assis devant\nl’énorme cheminée en pierre sculptée, avec ses grands chenets de\nfer forgé, se reposant d’expéditions lointaines, dans cette salle où\ntraîn e encore, attiédie, une odeur de bataille, de sang et de carnage.\n   La vieille femme est assise à la fenêtre, pensive.\n    Son visage triste apparaît sur la draperie de pourpre, reste d’une\nantique splendeur, qui tombe du dessus de la croisée.\n    Elle semble attendre, à travers les âges, les bien aimés qui s’en\nallèrent vers les contrées lointaines et inconnues, à la voix éclatante\ndes missionnaires aux barbes longues, aux masques formidables.\n    Jam ais rien du présent blasphém atoire ne vient troubler la lente\nrêverie qu’elle brode en son esprit, toujours la même, comme l’éter­\nnelle tapisserie sur laquelle elle penche sa tête fatiguée.\n    Le soir tombe lentem ent des riches tentures,7 effaçant\n                                                       »    le contour des\nmeubles d o n tla présence s’atteste seulem ent par une large tache noire.\n    Les cuirs de Cordoue on t éteint leur reflet d’incendie.\n    Comme un lys surnaturel grandi dans le crépuscule, subitem ent,\nune blanche apparition de jeune fille se dresse vague, dans le mys­\ntère de l ’ombre.\n    De la rue, où les ténèbres s’amassent peu à peu, que seules des\n palpitations d’échos m orts se sem blent rappeler à la vie d’autrefois,\n on aperçoit la vierge pure et m ièvre exquisem ent, passer dans la\n chambre et se pencher vers la vieille femme qui, toujours pensive et\n triste, brode sa lente rêverie.\n                                           Maurice Desombiaux .\n     (1887)\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "10 6                     L E RÉVEIL\n\n\n\n\n                        Anabase\n\n\n        Une partie de moi s ’en est allée.\n\n       B leue et mauve, rose et Hanche, elle fu t.\n       N e se souvenant de quoi que ce fû t\n            E ncor que ce fu t triste à peine;\n       E t c'est pour cela qu’elle aim ait le ciel\n       E t m ieux encore la mer que le ciel\n            Qu’elle trouvait calme trop souvent.\n\n\n       Peut-être avait-on trop pa rlé de fées?\n       E t sans doute aussi fut-elle la fée\n             D e quelque magique royaume?\n       Trop récente, l’exode du berceau\n       P o u r qu'elle dut maudire le berceau\n            P a r lequel on choit en ce monde.\n\n\n       E t la m ultitude des folles sœurs\n       A qui ne vient ja m a is l'oubli, ses sœurs\n            L a m aintinrent en joie intense,\n       Toute l'aube, et l'aurore, et le m atin,\n       Quand la n u it soudain, après u n m atin,\n            Croula cruellement sur elle.\n\n\n       D e ce monde-ci trop acoquinée,\n       E lle n 'était déjà plus l'acoquinée,\n            Qu’on châtia la vagabonde.\n       E t seule, dans l'abîme à ja m a is noir\n       D e trop marcher à tâtons dans le noir\n            Voilà qu'elle s’est égarée.\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                             LE RÉVEIL                               107\n\n\n           Si je savais par quelle abrupte allée?...\n           M ais la folle qui m'est tant est allée\n                Dans je ne sais plus quelle impasse!\n           De quel potentat du monde, la main\n           Pitoyable, la lumineuse main\n                De merci, lui sera tendue?\n\n           C’est elle qui là-bas s'est égarée.\n           Pourquoi ne crie-t-elle pas, l'égarée,\n               Dans la solitude de l’ombre?\n           Rose et blanche, bleue et mauve, elle fut.\n           Ne se souvenant de quoi que ce fût\n               Encor que ce fut triste à peine...\n\n           Qu'on aille chercher la pauvre en allée.\n\n                                              P aul R ed on n el .\n\n\n\n\n                Monsieur Mouche\n                           H istoire vécue\n\n\n            oMnsieur Mouche est malade. Et la baraque est fermée. A\n              l’extérieur, les panneaux de toile peinte enroulés, une\n              grosse caisse et un tambour dormant dans un coin de\nl’estrade, le vent agitant la lanière de cuir attachée au battant de la\ncloche, muette maintenant, faisant gémir les chevrons pourris du toit.\n   E t cela fait une triste impression que la vue de cette loge sombre,\nau milieu des cordons de gaz ou des lampes fumeuses des échoppes\nvoisines. Ce silence pesant, régnant là, alors que la joie éclate par­\ntout ailleurs, glace.\n   C’est que la foire bat son plein à cette heure, l’heure où phi­\nlistins pansus, étudiants en goguettes, couturières et grisettes se\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": " 1 o8                           LE RÉVEIL\n\n\n\n\n h eu rte n t dans un incessant va-et-vient. C’est le moment des parades\n en plein vent. Ici, un clown enfariné reçoit gratuitem ent des\n horions, là, de pauvres filles hâves, aux formes avachies, esquissent\n des gigues, tandis que le patron de la boîte, une canne à la m ain,\n le buson sur l ’oreille, s’époumone dans un porte-voix : a Allons,\n Mesdames et messieurs, dix centimes seulem ent » et de taper su r le\np r i x des places affiché à l ’entrée « on commence à l ’instant ». Alors\nle tam bour de faire des ra et des fia, la grosse caisse de tonner, la\nflûte et la clarinette de lancer des cris stridents, le trom bone de\ngronder, la cloche de sonner à toute volée. E t les chiens savants de\nhogner, et les perroquets des îles de voleter autour de leur perchoir,\net le petit ours brun de grogner et de tire r sur sa chaîne.\n    Du reste, ce chahut, souvent pour rien, car le prom eneur est\nméfiant et ne se hasarde guère là où il pourrait être dupé. E t puis :\n « Cette baraque a l ’air sa le .... on a déjà vu ça ailleu rs.... il y aura\ntrop de m onde         est-on bien sûr que ce soit convenable        cela ne\ndure pas assez longtemps.» Tels les raisonnem ents des bons pères de\nfamille.\n    Les fritures regorgent de m onde; à l ’entrée, de grosses m atrones,\naffalées dans des fauteuils aux formes préhistoriques, ont l’air de\nprésider à des sacrifices, fourrageant de leurs doigts, point blancs du\ntout, dans des montagnes de russes ; une odeur de graillon s’échappe\ndes fourneaux, empeste l ’air. Les petits chevaux sont envahis par\nune foule tapageuse; les ronflements des orgues, les sifflets de la m a­\nchine form ent un concert discordant, où se m êlent les rires perlés\ndes femmes, les appels des hommes. E t sur le fond clair du carrousel\nse détachent, m arquées de lueurs rouges, ces ombres bizarres, ainsi\nune cavalerie fantastique, échevelée, de faunes et de bacchantes.\n    A tout ce vacarm e, encore des détonations, des fusées trav ersan t\nle noir du ciel, s’épanouissant en gerbes irradiantes, em brasant\nsoudainem ent le champ de foire, éclairant crûm ent les visages des\nprom eneurs, les faisant ressem bler à des êtres sortis de quelque\napocalyptique géhenne.\n\n\n  Monsieur Mouche est malade. Il ne passera probablem ent pas la\nnuit. Déjà il ne parle plus. E t ce sera une grande perte pour le\nThéâtre des A tractions (avec un t sur l’affiche), car c’était grâce à\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                               LE RÉVEIL                             109\n\n\n\n\nlui que les affaires m archaient un peu, qu’on parvenait à nouer les\ndeux bouts. Il y avait bien aussi les deux frères F errari, les célèbres\nathlètes, la belle Léona, une jolie brune de vingt ans, faisant le\ntrapèze, puis deux trois clowns à la face glabre, un Auguste miné\np ar la fièvre hectique, et le propriétaire du th éâtre, ex-directeur de\ncirque, brave vieux, rongé par la m isère, plus propre à rien, mais\ntout ce personnel réuni ne valait pas encore M onsieur Mouche, ainsi\nappelé à cause de l’exiguïté de sa taille, le plus p etit homme du\nmonde, m esurant quatre-vingts centim ètres, âgé de trente-cinq ans,\np arlan t plusieurs langues, chantant le nouveau répertoire des cafés\nconcerts de P a ris, le nain des nains, comme l ’annonçait l’affiche en\ngrosses capitales.\n   De la roulotte, où il dorm ait habituellem ent, on l ’avait transporté\ndans l’in térieur de la baraque. Là, il se trouverait m ieux, il aurait\nplus d ’air, il n ’étoufferait pas comme dans cette voiture, avait dit\nle directeur. Un digne charlatan, m andé par lui, avait déclaré qu’il\nne com prenait pas grand chose à ce m al.... enfin qu’il n ’y avait rien\nà faire, que ce serait pour cette nuit, et là-dessus s’en était allé.\n   Alors, puisque cela n ’au rait tout de même pas duré longtemps,\non av ait décidé de ne pas jouer ce soir, de laisser le m alheureux\nm ourir en paix. C’était une recette perdue, mais le patron avait\nbon cœur envers ses pensionnaires. Depuis longtemps, le nain\nvoyageait avec lui, et il s’était senti une affection pour cet avorton\nqui n ’avait jam ais eu de parents, d’amis, enfant du hasard et de la\nmisère. Du reste, plusieurs artistes, entre autres les F e rra ri, Léona,\nétaient engagés pour ce soir-là au Théâtre des Variétés, afin de\nvarier un peu le program m e du dit théâtre. Il n ’y avait donc que\ndemi-mal.\n  Monsieur Mouche, dans son petit lit, si petit, si petit, geignait.\nSa tête intelligente se profilait très pâle sur l ’oreiller, éclairée par\nun lumignon placé à son chevet, ses yeux vifs scrutaient tous les\nangles de la tente, comme pour y chercher quelqu’un. E t ce regard\navait quelque chose de très doux, mais aussi de très triste.\n   Dans la baraque, se trouvait la petite voiture qu’on exposait à\nl’extérieur et dans laquelle Monsieur Mouche était censé faire ses\npromenades, la m aisonnette, semblable à l ’habitation d’une poupée,\npar la fenêtre de laquelle le pygmée passait le bras en agitant sa\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "110                            L E RÉV EIL\n\n\n\n\nsonnette. E t ce joujou avait émoustillé la curiosité de ta n t de badauds\nmassés là, et à l’appel de sa clochette, tan t de personnes étaient\nentrées, et ta n t de sous avaient afflué dans la caisse. M aintenant,\nc’était fini. L’on ne m ontrerait plus ses petits souliers, ses petits\npantalons, ses petites chemises, c’était bien fini.\n   Mais de quelle nature était la maladie de M onsieur Mouche?\nPersonne ne le savait. Depuis quelque temps déjà, il s’était montré\nsombre, avait paru profondément affligé, ce qui avait amené le\npatron à lui dem ander la cause de son chagrin. Il n ’avait pas\nrépondu.\n   Ce que le brave vieux n ’avait pas rem arqué, c’est que ce chan­\ngem ent dans le caractère du nain, ce besoin d ’être seul, cette peine\nqu’il éprouvait à placer encore un mot, ce dégoût pour la nourriture\nqu’on lui offrait, dataient de peu de jo u rs après l’engagem ent des\nF e rra ri et de Léona. Mais après tout, cela ne prouvait rien. Simple\ncoïncidence, peut-être.\n    Toujours est-il que le m atin il avait été impossible à Monsieur\nMouche de se lever. L’on voyait aux contractions des muscles de son\nvisage, combien les souffrances qu’il ressentait intérieurem ent\ndevaient être atroces, mais il faisait des efforts inouïs pour ne pas\nlaisser échapper les cris que lui arrach ait la douleur.\n   Soudain, la toile de la tente se souleva et Léona en tra , déjà\npresque entièrem ent habillée pour la représentation qu’elle devait\ndonner au Théâtre des Variétés. Elle était vraim ent très bien ainsi.\nSon m aillot collant dessinait ses formes gracieuses, un peu fluettes\nencore; un corsage rouge, pailleté de lamelles d’or, s’échancrait sur\nsa gorge polie; ses cheveux, relevés en torsade au sommet de la\ntête, étaient retenus par une bande de métal, surm ontée d’une\nétoile de verre.\n    Quand Monsieur Mouche l ’aperçut, ses yeux s’illum inèrent sou­\ndain de flammes étranges. Il s’était soulevé sur ses oreillers pour\nmieux la voir, pour mieux pouvoir la boire du regard, et dans ses\nprunelles, passait m aintenant un rayon de joie sans bornes, d’am our\ninfini.\n    Oui, d’am our, am our immense, profond comme l’abîme, amour\ninsensé de ce nain pour cette belle jeune fille. Oh ! il le savait bien\nque c’était impossible ; il avait plus d’une fois frémi en songeant à\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                                L E RÉVEIL                              111\n\n\n cet accouplement m onstrueux; sa petite intelligence s’était perdue\n dans la contemplation de cette horrible vision. Il n ’ignorait pas, le\n pauvre, qu’il n ’était qu’un avorton, un être vil, mais cela l ’empê ­\n chait-il d’aim er? Les crapauds et les vers de terre n ’aimaient-ils pas?\n    Sachant son m al sans rem ède, n ’ayant jam ais osé l ’avouer à celle\n qui seule, au rait pu le g u érir,— ta n t il se serait senti m éprisé,— il\n av ait préféré en finir une bonne fois. Combien souvent pourtant,\n dans des moments de rage im puissante, n ’avait-il pas été sur le point\n de crier son am our à tous, dans l’espoir absurde que quelqu’un\npourrait calm er ses souffrances, mais toujours sa bouche était restée\nhiuette en songeant à elle, elle qui était cause de sa m o rt.... qui\nn ’en a u rait jam ais rien su.\n   E t les jo u rs avaient passé, plus am ers et plus sombres à mesure,\net il avait pris la vie en horreur, et voilà.... il se m ourait m ainte­\nn ant dans sa couchette.\n    Du dehors, arrivaient par bouffées, les cris joyeux de cette foule\nde badauds, ignorants de l’agonie de ce misérable sous cette tente.\n   Léona fu retait dans tous les recoins de la baraque, cherchant sans\ndoute un engin nécessaire à son travail.\n   Mais bientôt se m ontrèrent plus visibles, sur le visage du moribond,\nles affres de la m ort. Il s’agita douloureusem ent; ses petites mains,\néchappées de dessous la couverture, com m encèrent sur les draps\nune hideuse promenade de va-et-vient. Jam ais plus les pauvres\nmenottes ne s’arrêteraien t avant le grand repos final.\n   Au so rtir d ’un spasme, où tout son être s’était violemment con­\ntracté, ses muscles se détendirent, ses mains s’ouvrirent, et l’une\nd’elles laissa échapper un flacon vide, qui alla rouler sur la terre.\nLe délire l ’avait pris m aintenant : il balbutiait des paroles incohé­\nrentes, il poussait des cris inarticulés.\n   Léona s’était approchée de son lit, tâchait de le calmer. Alors\nMonsieur Mouche ouvrit tout grands les yeux, et de sa bouche\nsortirent ces mots, mais si bas, si bas, comme s’il avait craint de\nblasphém er avant de m ourir :\n   « L éo n a.... je t ’aim e     je t’aim e.. .»\n   La jeu n e fille c ru t qu’il était devenu fou, mais les prunelles du\nnain braquées sur elle, brillantes de convoitise, lui dirent assez qu’il\navait toute sa raison. Il sem blait vouloir graver à jam ais dans son\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "112                                   L E RÉV EIL\n\n\n\n\ncerveau l ’image de Léona, em porter avec lui dans la tombe cette\nsuprême vision de la femme aimée.\n   Soudain, elle aperçut la fiole vide, près de la couche du m ourant.\nOh! elle com prenait tout, m aintenant, et une infinie pitié la saisissait.\n   Les yeux du nain pâlissaient; ç’allait être fini. Alors, s’avançant\nprès de lui, Léona déposa sur ses lèvres un long, un trè s long baiser.\n   Au contact de cette bouche ta n t désirée, le visage du petit être\ns’épanouit dans un sourire de béatitude heureuse, sourire qu’il\nconserva jusque dans la m ort.\n   « P au v re nabot » dit Léona, en essuyant une larme.\n   Les m enottes du nain des nains avaient interrom pu leur prom e­\nnade sur la couverture du lit. La petite âme de Monsieur Mouche\ns’était envolée.\n\n                                                              LOUIS V É H E N N E .\n\n\n\n\n                         Elaine Châtelaine\n\n                                                                po u r   A u g u s t e V ie r s e t\n\n\n\n\n          L 'h iver b u r in a it en n o ir les bra n ch elettes n ettes\n          S u r le c ie l fa n é d ’o r rose dôm e d ’a z u r\n          Où les étoiles o u v ra ie n t le u rs y e u x d 'en fa n telettes\n          E t la lu n e c la ir e m o r d a it le c ie l p â le .\n\n\n          Soie d u so ir ép lo yée a u c ie l de p re s tig e\n          E pin glée d 'a stre s e t de lu n e svelte,\n          C 'é ta it s u r la robe co u leu r d u tem ps, so len n elle ,\n          Des fleu rs d 'o r e t l'essor des songes en v e rtig e !\n\n\n          L 'h iver b u r in a it en n o ir les b ra n ch elettes:\n          Un m a n o ir se d r e s s a it co n tre la m o r t d u s o le il ,\n          A vec to u r e lle s , crén ea u x , la n ces e t g iro u ettes\n          E xh au ssé d a n s le p a r c fa n é des éto iles p â le s .\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                            LE RÉVEIL                                     113\n\nD ans la s a lle où la L égen de se m ir e a u x m u r s\n— Des estocs e t d es d ra g o n s s 'e x a lte n t en ta p isse ries,\nD es écussons a g riffe n t le u r s a ca n th es fleu rie s,\nDes lions se d re sse n t en h u r la n t s u r a z u r , —\n\nD ans la sa lle , les fileu ses e t le u rs fu s e a u x fr ê le s ,\nL es fileu ses a u x fu s e a u x e t ro u e ts len ts,\n         B lo n d es e t sa g es com m e des anges\n          C h an ten t d'an cien s r e fr a in s g a la n ts.\n\nJolies sous le u rs c h e v e u x fin s en coulées ro id es,\nE lles sem b le n t file r des c la r té s d e lu n e e t d e lys,\nOu bien, en g râ c e s la sses d e v ie rg e s fro id e s,\nT isser des n im bes p o u r les S a in ts d u P a r a d is .\n\nI l y a M a g d ela in e e t B la n ch e a u x m in es d e rein e\nP u is de n a ïv e s fille s a u x y e u x d o u x ,\nM ais la p lu s belle, c'est la C h â tela in e E la in e\nD ont les p a u v r e s y e u x so n t la s d e p le u r e r .\n\nL a g ra n d e s a lle de L égen de o u v e rte a u so ir lu m in e u x\nQ ui tra n sp e rc e les v itr a u x v io le ts d e g la iv e s\nE n ten d les v ie ille s chansons d e n a ïfs a m o u r e u x\nS 'éva p o rer d a n s les espéran ces e t les rê v e s .\n\nE t ce so n t des fileu ses blondes, fr ê le s e t lentes,\nDe p a u v r e s p e tite s fileu ses n a ïves e t douces\nQui m u se n t des r e fr a in s de chansons g a la n te s.\n\n\n\n\nE nchâssée en les riv e s som bres d u c a d re h é ra ld iq u e\nE t m ir a n t en con fu sion p o ly c h ro m e la s a lle\nP le in e d'h iver e t d e so ir m éla n co liq u e\nOù le ch œ u r des fileu ses p a r a i t fa n to m a l.\n\nUne g la c e co lo ssa le d a m la n u it\nD resse l'effroi d e r é p e r c u te r u n p a r e i l songe.\n\nOr, v o ic i que, les ro u e ts to u r n a n t en cadence,\nL a g la c e én orm e s'est ro m p u e d u h a u t en b a s ;\nN ettem en t, la g la c e s'est ro m p u e d a n s le silen ce.\nLes fileu ses se ta is e n t e t p â lisse n t.\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "1 1 4                                LE RÉVEIL\n\n\n\n         L es fileu ses se lè v e n t , im m o b iles d e p e u r ,\n         P u is secou en t le u r to rp e u r e t so rte n t en tu m u lte\n         En c ria n t, b ra s levés, éch evelées...\n\n\n         L'écho des vo û tes d e p ie r r e rép ète : M a lh eu r !\n         L a n u it e m p lit la g ra n d e s a lle d 'h orreu r.\n\n\n\n\n         C’é ta it E la in e C h âtelain e q u i d e v a it m o u rir,\n         L a p lu s ra v is s a n te e t r o y a le fille tte ,\n         L a p a u v r e p e tite fileu se a u cœ u r g ro s de so u p irs,\n         L a p lu s a d o ra b le des C h â lela in ettes.\n\n\n         On la p o r ta sous u n lin c eu l b la n c e t d 'a z u r\n         P a r des sentes, en l'a u ro re argen tin e,\n         E t les cloches p le u r a ie n t des g la s en so u rd in e\n         E t les fileu ses p le u r a ie n t sous le u r ch evelu re.\n\n\n         On l'e n te r ra . sim p lem en t, com m e elle é ta it\n         E t l'h iver c la ir d e g e l p le u r a p a r la p la in e\n         S u r la m o r t d e la C h âtelain e E lain e.\n\n\n                                                                G éo Ma u v è r e .\n\n\n\n\n                   Ceux de là-bas...\n\n          eLs pacants de la ferme grisés de toute cette journée trimée\n            au grand air, roupillaient en la quiétude de la chambre.\n            La soudaine détente de leurs muscles les abîmait dans une\nsorte de prostration despotique. Ils étaient là, dégingandés et muets,\naffalés sur leurs sièges, s’assoupissant à la voluptueuse sensation\nd’engourdissement qu’influençait le crépusculaire silence....\n   La fenêtre était béante sur l’immensité de la campagne qui se\ndrapait d’une brouée mauve des reflets du soleil alangui, s’inclinant\nà l’ondoiement lointain des collines. Plus sombres que le ciel, des\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                              LE RÉVEIL                              115\n\n\namoncellements d’arbres piquaient l ’horizon. Ç à et là transparaissait\nencore la blancheur des fermes. P ar intervalles irréguliers traînait\nun lent meuglement de vache.\n   Dans la chambre les ombres commençaient à s’accrocher aux\nmeubles, à s’écraser aux encoignures. Une délicieuse fraîcheur\nvespérale frissonnait dans l’air imprégné des parfums du courtil que\nsurplombait la croisée. Un recoin s’éclairait des rousses clartés de\nla lampe juchée sur l’entablement de la haute cheminée. En plein\ndans cette faible lumière projetée par l’abat-jour, un vieux, rabougri\net chenu, le visage ravagé de rides, s’immobilisait, tout perdu\ndans un vieux fauteuil en rotin. Ses yeux à peine fendus erraient\nsur un journal largement déployé. De jeunes gars rougeauds, forte­\nment membrés, regardaient, silencieux, les bleuâtres et imprécises\nvolutes de fumée qui montaient de leurs grandes pipes éclaboussant\nl’obscurité de points rouges. Les femmes, éreintées et courbaturées,\nla tête dans leurs mains calleuses, les coudes sur la table, somnolaient.\nUne souveraine fatigue oppressait ces pacants qui maintenant\ns’anéantissaient avec béatitude.\n   Tout à coup, un frisson sillonna la face un peu blémie du vieux et\navec une voix cassée qui les fit tous sursauter, les yeux égarés et\ninquiets :\n   — \" Mes enfants... \"\n   Le ton grave et inaccoutumé sur lequel il prononça ce mot aiguil­\nlonna leur inconsciente curiosité. Il s’arrêta, s’approcha de la lampe\npour mieux déchiffrer les hiéroglyphes du journal. Puis il commença\nd’une voix usée et saccadée à leur lire la banale relation d’un terrible\ncoup de grisou qui avait éclaté là-bas, au pays du charbon. Les morts\nétaient nombreux, écrasés sous les éboulements, ensevelis en la pro­\nfondeur de la fosse enflammée. Il n’y avait que quelques escapés....\n    Le vieux, à la pénible lecture de ces infortunes imméritées, ne\n pouvait maîtriser son émotion ; sa gorge s’emprisonnait comme dans\n un étau; les mots traînaillaient, puis tourbillonnaient à ses yeux.\n Ces misères étranges qu’oux les terriens ne connaissaient que vues\n à travers le prisme sombre de leurs intelligences endormies, lui\n secouaient violemment les entrailles. Lui, toujours si bénévole il\n n’admettait pas cela! Sa colère indignée s’exacerba et jaillit en un\n formidable et tumultueux juron.\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "116                          L E RÉV EIL\n\n\n\n\n    Tous communiaient en une même et profonde pensée de sincère\ncommisération. Leur fatigue s’était évanouie à la brusque révélation\nde ces m alheurs qu’ils savaient très grands et irréparables mais que\nleurs cerveaux obscurcis ne saisissaient pas exactem ent. E t dans le\nsoir qui s’était fait très sombre, s’envola l ’essaim de leurs âmes de\nru stres, pleines d’une immense pitié, vers ceux de là-bas....\n\n\n                                            J oseph Desgenêts .\n\n\n  (Ecrit au lendemain du coup de grisou d’Anderlues).— Mars, 1892.\n\n\n\n\n                         Cœur mort\n\n                                               Pour J o s e p h D e s g e n ê t s .\n\n\n\n\n                L a pâle neige en la n u it douce\n                D escend et tournoie en m on cœ ur\n                C ouvrant de sa légere mousse\n                L e s révoltes de m a rancœ ur.\n\n\n                C ’est u n léger floconnem ent,\n                Une neigée aérienne\n                Douce et lassée infinim ent,\n                T r ès blanche ouate aérienne.\n\n\n                T o u t se perd, tout se noie et f u i t\n                E n m on cœur, sous l ’albe neigée\n                E t n u l rayon d ’espoir ne lu it\n                D a n s m on âm e en son gel figée.\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                              LE RÉVEIL                             117\n\n\n                 Inquiet, en vain je me penche\n                 E t j ’explore le puits profond\n                 D e mon âm e; la neige blanche\n                 Tournoie en l'abîme sans fond.\n\n                 Dans le puits noir où je me penche\n                 L a neige tournoie et s ’épanche,\n                 E t c’est la mort, la mort du cœur\n                 D ans le poison de sa rancœur.\n\n                                                      J ean N ovis .\n\n\n\n\nA propos de « La Flûte à Siebel »\n\n         'D\n          aucuns trouveront un tantinet ridicule que je vous entre ­\n          tienne d’un poète défunt. Parler des morts, n’est-ce pas, en\n          littérature, causer un préjudice aux vivants? Oh! la\nconcurrence, la lutte pour la vie, pour le coin au soleil! E t les\nlecteurs sont devenus si rares qu’on se les arrache vraiment, soit en\ndénigrant (voir les navrants interviews de J. Huret) soit en battant\ndésespérément la grosse caisse. Les pauvres lecteurs évoquent\nl'homme entre deux âges si bien tondu par ses deux maîtresses.\n   La presse jeune m’a semblé très injuste à l’égard de Max W aller,\nn’a voulu voir en lui qu’un auteur de vers de mirliton, qui fu re n t\névidemment composés après boire ajoute le Mercure de France, qui\nest parfois féroce. Il est vrai de dire que Max W aller ne bûchait pas\nses vers, écrivait un poème en moins d’un mois, ce que beaucoup de\nmes amis considèrent comme une hérésie artistique. Est-ce, mon\nDieu! un si grand crime que de ne pas abolir tout à fait l’inspiration,\nle laisser-aller, la verve? Faut-il que1 toutes les œuvres de notre\népoque apparaissent aux générations prochaines sous le même aspect\nde raideur amidonnée? Oh! Je sais la recette moderne : pontifiez,\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "118                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\net vous serez gobé! M alheureusem ent, c ’est trop facile. En ce\nm om ent, deux ou trois mille littérateu rs tâchent d’épater l ’introu­\nvable public. C’est dommage : parm i eux, il y a de vrais talents, des\nperles dans beaucoup de fumier.\n   M. P au l Lacomblez a bien fait de publier la F lû te à Siebel : ce\nn ’est pas une œuvre embêtante. Qu’on me pardonne ce gros m ot :\nc’est le seul qui caractérise bien tous les petits chefs-d’œuvres qu’on\nnous sert aujourd’hui sous prétexte de renaissance artistique.\n   La poésie de Max W aller, c’est une combinaison de sentim entalité\net de bonne hum eur, saupoudrée de je-m ’en-fichisme. Mais c’est\nplutôt du sourire que du rire franc : juste ce qu’il faut pour ne pas\nvous a ttriste r avec de jolies désespérances, des spleens à la poudre\nde riz.\n    Voici un e x tra it :\n\n                            Berceuse\n\n                    Je su is tr iste , m a reine,\n             Que mon cœ ur, mon cœur a de peine,\n                    Je su is triste , ma reine,\n                    D ’être si loin de vous.\n\n                    Je vous ai vue à peine,\n             Que mon cœ ur, mon cœur a de peine,\n                    Je vous ai vue à peine\n                    P rès du Fossé-aux-Loups.\n\n                    Mon âme est pleine, p lein e,\n             Que mon cœ ur, mon cœur a de peine.,\n                     Mon âme est pleine, plein e,\n                    De vers a u x rim es d ’or.\n\n                     Je veille, H élène, H élène,\n             Que mon cœ ur, mon cœur a de peine,\n                     Je veille, Hélène, Hélène,\n                     C’est le lecteur qui dort.\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                             LE   R ÉV EIL                        119\n\n\n\n\n                 L a chose est souveraine,\n            Que mon cœur, mon cœur a de peine,\n                    La, chose est souveraine\n                    E t ça ne coûte rien.\n\n                 Dors tranquille et sereine,\n            Que mon cœur, mon cœur a de peine,\n                    Dors tranquille et sereine,\n            D ors, mon enfant, c’est pour ton bien.\n\n  Max W aller a le mérite d’avoir fondé en pleine Béotie la Jeune\nBelgique, il y a dix ans. Il a le mérite non moins grand de n ’être le\nchef d’aucune école. De plus, il a laissé des œuvres en prose, pleines\nde prime-sauts de grâce et de fraîcheur. Le style élégant, spirituel,\ntout en joliesse ne se retrouve, chez nous, que dans les œuvrettes\nd’Henri Maubel, M iette, le conte, et la M iette plus jeune jouée au\nMolière.\n                                                           G. T.\n\n\n                  CHRONIQUE TH ÉÂ TR A LE .\n\n\n\n                        I. G rand T héâtre.\n\n          uA moment où paraîtront ces lignes, notre théâtre aura\n            fermé. Aussi, sachant combien peu l’on s’intéresse encore\n           à ce qui n ’est plus, ne nous occuperons-nous dans cette\nchronique que des deux premières qui ont clôturé notre saison\nthéâtrale. J ’ai dit le Rêve et le Voyage de Suzette.\n  Parlons d’abord du Rêve, drame lyrique, tiré du roman d’Emile\nZola, musique d’Alfred Bruneau (1re représentation : Paris, Opéra-\nComique, 18 juin 1891).\n   Nous ne ferons pas comme de certains journaux, certains chroni­\nqueurs, qui, n ’osant se prononcer sur la valeur d’une œuvre après\nune première audition, — ceci, fort juste, d’ailleurs, — emploient\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "120                            L E RÉVEIL\n\n\n\n\ndeux colonnes d ’im prim erie pour nous apprendre finalement qu’ils\nne savent à quel saint se vouer et qui, — cela plus répréhensible, —\naprès nous avoir posé quelques points d’interrogation, ne parlent\njam ais plus dans la suite de l ’œuvre en question, soit qu’ils aient la\nmémoire courte, soit qu’ils se trouvent dans la position critique de\nl ’âne de B uridan.\n    Nous dirons notre opinion toute franche, laissant à chacun du\nreste, le droit d’avoir la sienne. E t cette opinion personnelle quant\nau R êve, est que jam ais peut-être aucun opéra nous a fait une telle\nimpression, nous a autant intéressé que cet ouvrage d ’une genèse\nparticulière, conçu en dehors de toutes les règles, de toutes les\nexigences de la scène, avec un m épris absolu de tous les poncifs,\ncette œuvre d’un quelqu'un, ayant eu une idée, une conception,\nl ’ay an t communiquée à tous ceux qui éprouvent le besoin de voir et\n d’entendre du nouveau, à tous les partisans de l ’émancipation de l ’a rt.\n    Nous savons bien que pour les personnes habituées aux anciens\nopéras, où, dans un cadre grotesque, se mouvaient chanteurs et\nchanteuses, venant soupirer des airs devant le pupitre du chef\nd ’orchestre, ou lancer des cris à faire frém ir le lustre, cela déroute\nun peu, mais il faudra s’y faire. E t puis, se dem ande-t-on, où sont\nles choristes en rang d’oignons, où les ballerines venant danser le\n ballet traditionnel devant le seigneur obligé de toute bonne pièce?\nTout ce cartonnage a disparu. P lus que l ’élém ent hum ain, vivant,\nplus qu’une musique ininterrom pue, n ’ayant rien de commun avec\nle « morceau », une musique soumise à la discipline du poème qui\njoue le rôle prépondérant.\n    Dans le R êve, ni airs, ni duos, ni chœ urs visibles; à la cantonade\n seulem ent, des voix d’anges, des chants d’église, les cantiques d ’une\nprocession qui passe. C’est une déclamation mélodieuse, d ’où se\ndégage un sentim ent de bonté, de foi naïve, d ’am our p u r, donnant\nle souffle d’existence à la cruelle légende d’Angélique et de Félicien\nd’H autecœ ur. Il faudrait tout citer dans l ’analyse de la partition :\nle 1er acte to u t entier, senti d ’un bout à l ’autre, puis le tableau\nexquis du Clos-Marie, la procession, d’une énorme puissance d’évo­\n cation, le charm e délicieux qui se dégage de cette scène de la\ncham bre d ’Angélique, où semblent planer des vols d’anges, enfin\nl’entrevue de l ’évêque et de son fils.\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                              L E RÉ V E IL                           121\n\n\n\n\n   Un défaut, faisant un to rt énorme au poème : Pourquoi avoir\nsupprimé le dernier tableau nous m ontrant Angélique se m ourant\ndans les bras de Félicien au sortir de l’église; pourquoi, au lieu de\nce dénouem ent si bien en rapport avec l ’ensemble de l ’œ uvre, nous\narriv er avec une fin de conte de fées, grotesque et pot-au-feu au\npossible : Angélique épousa Félicien; elle vécut heureuse et eut\nbeaucoup d ’enfants. Zola, du reste, avait compris que cela ne pouvait\nêtre, que cette Angélique, faite d ’un peu de vie, de beaucoup\nd’am our et de passion, ne savait survivre à l ’accom plissement de\nson rêve, que ce rêve était sa vie, qu’achevé, elle ne pouvait plus\nexister. Pourquoi alors changer les intentions du poète? Pourquoi\nterm in er par un pâté une page si adm irablem ent écrite?\n    La musique du Rêve n ’accuse presque pas de faiblesses; tout le\ndram e est un, d ’une homogénéité parfaite, se soutenant jusqu’au\nbout sans effort. Ce que l ’on peut reprocher à M. B runeau, c ’est un\nparti pris de dissonances, évidem m ent né de l ’h o rreu r qu’il a de la\nbanalité, mais qui engendrerait aussi la monotonie si l ’on en abu­\nsait, to u t au tan t que les mélodies d ’autrefois.\n    Bref, l’auteur a selon nous brillam m ent réussi; il nous a donné\nune sensation a d ’autre chose » et ce serait déjà assez pour consacrer\n un succès, en notre siècle de plagiaires et d ’im itateurs, où toute\n imagination semble endormie. Ceux qui n ’ont pas goûté le Rêve\n aujourd’hui, l ’apprécieront plus tard , fatalem ent, lorsqu’ils se seront\n familiarisés avec les nouvelles écoles. E t m algré nous, nous songions\n à ces paroles de Berlioz, encore un incompris de ceux d ’autrefois :\n «Il faut collectionner les pierres qu’on vous jette; elles vous serviront\n un jo u r pour votre piédestal ».\n    M aintenant, un mot de l ’interprétation. Mlle Dupré a très bien\n rendu la figure extatique et virginale d’Angélique; Mr Séran a été\n parfait en Félicien, bien qu’il ne ressem blât pas en tous points à un\n blond Jésus; Mr Soum a fait une splendide création de l ’évêque Jean\n d’Hautecœ ur; avec une autorité superbe, il a rendu ce rôle où se\n  m êlent les sentim ents du père, de l’époux et du prêtre. Moins par­\n  faits étaient Mr D arras et Mme Gayet dans les rôles épisodiques\n  d’Hubert et d’H ubertine.\n     Nous ne nous am userons pas à parler longuem ent du Voyage de\n  Suzette, opérette à grand spectacle, musique de Léon V asseur (1re\n  représentation : P aris. Gaîté, 20 janvier 1890).\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "122                             L E RÉ V E IL\n\n\n\n\n   Constatons seulem ent que le public a paru prendre plaisir à la\npièce, applaudissant sans réserve les animaux du ja rd in zoologique,\nles clow ns, et quelquefois les acteurs. Ne voulant pas troubler la\ndouce joie générale et n ’aim ant pas à être appelé grincheux, nous\npréférons ne souffler mot de l ’œ uvre mêm e, tout en félicitant les\nexcellents interprètes du Voyage de S uzette, qui ont fait de leur\nm ieux pour faire passer une pièce absolument nulle, comme musique\net livret, bien en rapport avec la période foraine que nous traversons\nen ce moment.\n\n                         II. T héâtre M inard.\n\n     M. Fontenelle aussi, nous dit au revoir jusqu’à l ’an prochain. Un\n reproche que l ’on ne pourra jam ais adresser à la troupe de Comédie\n française, c’est que durant l ’année écoulée, son répertoire m anquait\n de variété. P endant le dernier mois, plusieurs nouvelles pièces ont\n encore été représentées : dans le genre sérieux, L e C ourrier de\n L y o n , Serge P anine; comme vaudevilles, L es fe m m e s collantes,\n T rois fe m m e s p o u r u n m a ri, — très spirituelle, cette comédie de\n G renet-D ancourt, — L a Garçonnière, Le Voyage de M onsieur\n P errichon, puis aussi B elle-M am an dans laquelle, d ’après l ’affiche,\n Mme W ilson jouait Madame Noiret, rôle de délicatesse (?) et de\n haute fantaisie (??) dessiné de main de m aître (???) p ar Victorien\n Sardou. A notre humble avis, il s’en faut de beaucoup que B elle-\n M am an soit le chef-d’œuvre de Sardou, bien que cette pièce ait été\njouée sur toutes les scènes avec succès.\n     Ces dernières représentations ont été pour ainsi dire au tan t de\n soirées à bénéfice : bénéfice de Mr Esquier, bénéfice de Mr A urès,\n ju sq u ’au bénéfice du directeur, Mr Fontenelle, puis encore bénéfice\n de Mr Roels, pianiste e t... chef d’orchestre, lorsqu’il y avait des\n musiciens, ce qui arriv ait rarem ent. Dans cette prodigalité, un seul\n artiste a été oublié, un des plus consciencieux cependant, toujours\n su r la brèche, jouant tous les rôles, un de ceux qui m éritaient le\n plus la reconnaissance des habitués du M inard : Mr Delaunay.\n     Mais si le directeur avait jugé inutile de donner un bénéfice à ce\n pensionnaire, le public, lui, ne l ’avait pas oublié, et dans T rois\nfem m es p o u r u n m a ri, il a été l’objet d ’une m anifestation spon­\n tanée, toute de sym pathie, m anifestation que Mr Delaunay n ’oubliera\n pas de sitôt.                                                     L u ig i.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                             LE   R ÉV EIL                         123\n\n\n\n\n                   CHRONIQUE A R TISTIQ U E\n\n         xEp o sitio n M aurice B ek aert. — On abuse vraiment des\n           expositions particulières, en notre bonne ville : elles peu­\n           vent être fort utiles, attachantes au plus haut point, mais\nseulement pour un peintre dont la personnalité s’affirme déjà bien\nnette ; mais ces assemblages d’études malhabiles, premiers bégaye-\nments d’un jeune, qu’on nous sert depuis quelque temps sont tout\nsimplement déplorables.\n   Certes, M. Bekaert a beaucoup d’avenir, comme le prouve par\nexemple son Corbion, excellente symphonie de toits bleus sous la\ngrisaille du ciel, comme le prouvent certains coins très fouillés de\nses autres toiles Mais que de maladresses encore, et de négligences !\nVoyez plutôt Soleil d’H iver, ou F lm dre au Printemps :\n\n                        ......... un paysage\n                          Très compliqué\n             Où l ’on voit qu’un monsieur très sage\n                           S ’est appliqué,\n\neût dit Musset, de cette mandarinade où l’on trouverait la matière\nde vingt tableaux. — Et le Pêcheur d'Anguilles, où par une singu­\nlière faute de perspective, notre placide Escaut tombe en Niagara\nderrière le cadre !\n   Pourtant, nous le répétons, M. Bekaert est un peintre de grand\nespoir, mais deux où trois de ces tableaux là auraient à eux seuls\nfait bien meilleure impression que ce maladroit assemblage de\nvingt-cinq machines. La fable m ontre... qu’il faut se défier des\nexpositions particulières.\n                                    *\n                                  * *\n\n   E xp osition F ernan d A elm an. — Peintre très correct, celui-\nci, l’antipodaire du précédent. Tous les tableaux : Poésie à’H iver,\nCrépuscule, etc., sont bien dessinés, bien peints, seulement, voilà,\ntoute recherche de vérité, de vie en est exclue. On dirait d’un\nmédaillé au salon de 18-10. Il aurait certes fait les délices de nos\ngrands pères, mais, depuis, l’art n ’a pas absolument piétiné sur\nplace, ce nous semble !\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "124                              LE   R ÉV EIL\n\n\n\n\n   Les copies rapportées de musées étrangers, ne nous plaisent guère\nmieux; elles sont étriquées, maigres de touche. Est-ce là la\nrichesse de Rembrant, le faire large et hardi de Frans Hals?\n   Il faut dire que les tons jaunes tombant des baies vitrées, malgré\nle velum, déconcerte singulièrement.\n                                                          A. G. F.\n\n                    CHRONIQUE L IT T É R A IR E\n\n\n        Les Chansons Naïves, p a r P a u l G é r a r d y .\n      En pays flamand, par A. H e in s et G. M e u n ie r .\n\n           oMnsieur Paul Gérardy, le directeur de Floréal, la jeune\n             et vaillante revue liégeoise, vient de faire paraître un\n             volume de poésies intitulé Les Chansons Naïves. (1) C’est\nun nom à retenir que celui de M. Gérardy, inconnu aujourd’hui,\nmais qui ne tardera pas, je l’espère, à briller au premier rang des\npoètes belges ...\n  Il dit quelque part :\n\n                 Oh! c’est un lied bien monotone,\n                 Pleurant toujours les mêmes pleurs,\n                 Chantant toujours les mêmes fleu rs            ,\n                 Le lied que mon âme chantonne.\n\n   Qu’il n ’y ait pas une très grande variété dans les sujets de ses\npoésies, c’est possible; mais on ne s’en aperçoit guère tellement le\ncharme qui s’en dégage est grand. Il y a dans ces vers, qui se\nressentent un peu de l ’influence de Henri Heine, quelque chose de\nsi ineffablement doux, de si profondément mélancolique, qu’on se\nlaisse prendre tout entier par cette musique berceuse, par la manière\nquelque peu éthérée dont ces choses sont dites, par la douce tristesse\nqui se dégage de tout cela. C’est tris te ;... mais c’est si joliment triste!\n    Ces poésies sont quelquefois comme l’évocation d’un passé mort.\nElles semblent un bouquet d’edelweise ou de myosotis dont la senteur\n\n  (1) Les Chansons Naïves par Paul Gérardy. — L iège, des presses de Floréal; 3 fr\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                               LE RÉVEIL                              125\n\n\n\nfanée évoque des souvenirs lointains. Elles font songer aux belles\nchâtelaines chantées dans les ballades, aux pages blonds, aux\nantiques châteaux des bords du R hin ; et c’est là, qu’à la vesprée, on\nvoudrait lire ces vers. Il me semble qu’on goûterait bien mieux tout\nce qu’il y a dans cette poésie où l ’auteur nous m ontre ce trouvère\nqui vient ch an ter « en un ja rd in de lys » avec, au milieu, un castel\n« enclos en un lac de sommeil » ... Il chanta sa chanson triste et les\nlys et la dame écoutèrent. Mais les trois cordes de la lyre cassèrent,\net les lys, et les cygnes, et la dame m oururent — et le trouvère\ns’en alla triste et m uet, «m ais jam ais plus il ne chanta ». — C’est un\nrien, mais c’est si gentim ent dit. A citer encore L a Princesse N a ïv e ,\nC hansons, N u i t d 'H ive r.\n     A illeurs, le poète nous chante ses pleurs, ses souffrances, son\nennui. E t ces sentim ents sont si délicatem ent exprim és qu’on croirait\n entendre des m urm ures d’une voix très douce. E t toujours cette\n même note mélancolique. A lire : « A la dérive, » « A l'E n ­\n dormie, » et surtout deux poésies que je regrette de ne pouvoir\n transcrire ici : a Les B a isers » et \" E lle \" .\n     Dans la seconde partie de son livre, intitulée Les C roix, il y a\n une tein te de m ysticisme qui ajoute encore au charm e qu ’011 éprouve.\n Que le poète nous m ontre ces grandes croix avec de « petits bon-\n dieux de cuivre », les croix solitaires des carrefours ou celles\n plantées le long des chemins déserts, les croix des cim etières, ou\n cette tour qui « sommeille du sommeil des croix », jam ais on ne\n trouve une note m acabre, mais c’est la toujours même impression\n d’infinie tristesse qu’on perçoit......\n     E t après avoir relu Les Chansons N aïves, je me suis répété ce\n  que disait M. Emile F aguet à propos de B ea u té, le tout récent\n  volume de vers de M. Eugène Hollande, un jeune poète aussi :\n  « ....V o ilà les bons m oments du bibliographe, ceux qui le consolent\n  de beaucoup d’autres, ceux où il salue, avec un p etit trem blem ent\n  intérieur, une espérance__\n                                   ***\n    Je suis persuadé que la plupart des Gantois qui ont coutume de\n se rendre aux villes de bains pour s’y g riser de f l i r t , pour s'y\n étourdir dans les plaisirs faciles, ou bien qui s’en vont là-bas, dans\n le pays qu’il est de bon ton d ’avoir vu, ne connaissent pas du tout,\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "12 6                              L E RE V E IL\n\n\n\n\nou du moins presque pas, les environs de leur ville. E t cependant\nils ont là, à deux pas, des coins très jolis, des points de vue très\npittoresques dont de bonne foi ils ignorent com plètem ent l ’existence.\nEspérons que le livre que MM. A. Heins et G. M eunier viennent de\nfaire p araître (1) aura un tan tin et raison de leur apathique\nindifférence.\n   M. A. Heins a réuni qnelques croquis très finement et très déli­\ncatem ent faits qu’il a dû prendre pendant ses courses vagabondes à\ntrav ers la Flandre. Il nous conduit tan tô t le long de l ’Escaut ou de\nla Lys, ro u lan t tranquillem ent leurs eaux bleutées entre leurs berges\nfleuries, et passant près de ces charm ants villages flamands, Afsné,\nDickelvenne, Gavre, Appels, Tam ise; — tan tô t c’est le nord de la\nF lan d re, le pays d’Eecloo et le pays de W aas « aux renflements\nsablonneux » qu’il nous m ontre; — c’est ensuite cette Zélande si\nproprette et si caractéristique ; — c’est encore Ypres et ses environs;\n— c’est enfin le plateau central de la F landre, un peu plus vallonné\ndéjà que le reste du pays, arrosé par un adorable ruisselet dont les\neaux sem blent m urm urer une douce complainte entre les taillis qui\nlongent ses bords, la Zwalm « de si douce poésie en son argentine\nclarté » ....\n   Le très personnel et très délicat talent de M. Heins a su, dans\ncette série de croquis, faire revivre d’une façon très exacte quelques\nsites pleins de poésie, em preints d ’une fraîcheur et d’un charm e très\npén étran ts. E t quand on a eu parcouru cette centaine de pages on\nse prend à dire comme les enfants, après une histoire qui les a cap­\ntivés : E n co re!... C’est que ces croquis suggèrent invinciblem ent\nen vous des réminiscences de journées ensoleillées passées à la\ncam pagne, alors que le printem ps a à peine mis au bout des branches\nles chatons v erts ou jaunes des bourgeons; — c’est que tout cela\nvous rem et en mémoire ces rêveries dans les sapinières qui fleurent\nbon, — ou bien encore ces délicieuses flâneries le long des ruisseaux\nclapotant, sous les bouleaux au fût lamé d’argent, au feuillage\ndentelé que fait vibrer la brise roulant en elle des parfum s, du\nsoleil, de la g a îté ....\n\n\n   (1) E n pays flam and, par A . H eins et G. M eunier. — Gand, Ad. Hoete; p etit\nin.-8°.\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                L E R É V E IL                          I 27\n\n\n\n\n    Tout le monde connaît le talen t de M. Heins. Aussi l’on ne\n doutera pas du cachet très artistique qu’il a su donner à son livre.\n    M. Georges M eunier a contribué aussi au succès que E n pays\nfla m a n d au ra certainem ent. Il a développé si je puis dire, et rattaché\n les différents croquis par quelques notes, concises il est vrai, mais\n d’une grande précision et d’une grande clarté.                  P . H.\n\n                      DEUX      CONFÉRENCES\n\n    A u Cercle A rtistiq u e et L ittéra ire. — L ’autre soir, Mr Gustave\n F rédérix donnait une conférence qui com ptera dans ses intéressantes\n annales, conférence rem arquable en ce seul sens que l'in flu en t\nfo llic u la ir e de l'Indépendance n ’a point fulminé contre les jeunes.\n Il y au rait cependant eu moyen d ’intercaler ci et là quelques unes\n de ces petites tirades toujours les mêmes et de dire sa râtelée à ces\njeu n es im p ertinents. Sans doute Mr F rédérix était en belle hum eur\n et il a su refouler son ire dédaigneuse : nous le remercions au nom\n de ceux que son talen t aurait pu escarbouiller. Le sujet de la\n Conférence, « Pages inédites du rom an de Georges Sand et d ’Alfred\n de M usset » offrait l ’incom m ensurable avantage d’avoir été sou ­\n vente fois déjà mis à contribution. Mr F rédérix l’a tra ité , à grand\nrenfort de feuillets, d’une façon assez intéressante mais point du\ntout originale.\n      24 m ars 1802.\n   Au même Cercle notre collaborateur Maurice Desombiaux a donné\ndevant le public tout effaré d’entendre parler d’une littératu re belge\nqu’il ne soupçonnait pas une conférence pour nous extrêm em ent in­\ntéressante. Le sujet : \" Les lettres belges contemporaines \" a été\nsoigneusement traité, d ’Octave P irm ez, De Coster, C. Lem onnier et\nW aller à la Jeune Belgique actuelle : Giraud, V erhaeren, E ekhoud,\nDemolder, K rains, V. Gille, G ilkin, etc. Le conférencier a insisté\navec beaucoup de raison sur le caractère national de tous ces écri ­\nvains. Nous aurions voulu entendre M. Desombiaux étudier plus\nparticulièrem ent ces écrivains, ces vrais artistes, en faire ja illir la\npersonnalité devant ce public toujours prêt à critiquer les innovations\n— sans les connaître — et les œuvres — sans les lire — des jeunes.\nM. Desombiaux a exposé très franchem ent ses idées, ce dont nous\nle félicitons sincèrem ent.                                    J. D.\n     29 mars 1 8 9 2 .\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "128                                              LE RÉV EIL\n\n\n\n\n                                   TABLETTES\n\n            A tra v ers l e s R e v u e s                              Petites Nouvelles\n    Quelle floraison de jo lies choses en ces                 L 'article d e n otre collaborateur Hubert\nnom breuses jeunes Revues ! E t tout                        Krains était com posé quand les « E n tre­\nd’abord, souhaitons la bienvenue au                         tiens politiques et littéraires » ont publié\nM o u v e m e n t l i t t é r a ir e que viennent           une lettre de la sœ ur d’Arthur Rimbaud\nde fond era Bruxelles Fernand Roussel,                      d’après laquelle l ’auteur des Illu m in a ­\nRaym ond N yst e t L é o n Donnay. — Dans                   tions serait m ort dans un hôpital de Mar­\nles 1rsnos fraternisent jeunes et anciens.                  seille, après avoir vécu plusieurs années\n   Puis vien nent L a J e u n e B e l g iq u e              en A frique.\n(n° de février et n° de mars) toujours très\nsubstantielle avec les nom s : Em . V er­\n                                                                Ci-dessous, pour l ’insigne esbaubisse ­\nhaeren, A lb. A rnay, G. Stevens, E ug.\n                                                            m ent de nos lecteurs, la profonde admi­\nDem older, André Fontainas, Iwan Gil­\n                                                            ration des snobs et la plus grande édifi­\nlin . L a R e v u e M o d e r n e (février) con­\n                                                            cation des générations f u tu r e s , le pro­\ntien t beaucoup de bonnes proses et de\n                                                            gram m e, pour l ’année 1893, du Concours\nbons vers de même que le M a g a s in l i t ­\n                                                            littéraire de l’Académie R oyale de B el­\nt é r a ir e (février) où nous relevons « Le\n                                                            gique :\nLarcin des Mages, » conte mystique d’H.\nH oornaert. Lans la R e v u e G é n é r a l e                   Première question. — “ Faire l ’histoire\n(mars) un article intéressant d’Henry                       de l'architecture qui florissa it en Belgique\nBordeaux sur P . Bourget. Au M e r c u r e                  pendant le coure du x v e siècle et au\nD BFRAN CE (m a rs ) sommaire comme tou­                    com m encem ent du XVIe, architecture\njours tr è s chargé avec les nom s de Gas­                  qui a donné naissance à tant d’édifices\nton D anville, Rem y de Gourmont, G.                        civils remarquables, tels que halles,\nAlbert-A urier etc. A lire dans la R e v u e                hôtels de v ille , beffrois, sièges de cor­\nU n iv e r s it a ir e (février, un article de              porations, de justice, etc.\n« L ou is Varlez : Les Homestead exemption                      “ Décrire le caractère et l’origine de\nacts ». De la R e v u e I n d é p e n d a n t e nous        l ’architecture de cette période, avec\nsignalons un article original de (J. M a u ­                dessins et croquis à l'appui. „\nclair sur le Barrésisme. La jeune revue                         Deuxième question. — \" Apprécier le\nF l o r é a l a un second n ° très bon ; au                 rôle de la gravure en taille douce, depuis\nsommaire l e s n o m s d’H de R égnier, F.                  les derniers perfectionnem ents de la\nSéverin, Ad. Hardy, (J. D elchevalerie,                     photographie, et indiquer celui qu’elle\nEdm ond Rassenfosse.                                        peut être appelée à jouer dans l ’avenir, \"\n   L ’E iim ita g e nous arrive avec des vers                   Troisième question. — \" Quel est le rôle\net proses de ses erm ites habituels : Remy                  réservé à la peinture dans son association\nde Gourmont, H. Mazel, René Tardi­                          avec l ’architecture et la sculpture,\nvaux, A . Saint-Paul et C h im è re , tou­                  comme élém ents de la décoration des\njours auBsi alerte, intéreB B aute avec la                  édifices ?\nB uite de l ’é lu d e de son rédacteur P. R e­\ndonnel sur le Socialisme intégral de B.                         « Déterm iner l'influence de cette asso­\nM alon et leB vers d’A ug. Vi e r s e t , (J.               ciation sur le développem ent général\nFrappart. P . Dévoluy. La L ib r e C ri­                    d es arts plastiques ».\ntiq u e no u s annonce un nouveau n° e x ­                      Quatrième question. — « F aire, au point\nceptionnel de Pâques. Cette vaillante re­                   de vue musical, l ’histoire de la chanson\nvue ne chôme guère. Enfin beaucoup                          m ondaine, française et flamande, à une\nd’autres encore que n ou s n e pouvons que                  seule voix, dans les provinces belges\nciter faute de place : L e S i l l o n , l e S y l­         depuis le XIe siècle jusqu’à nos jours , .\np h e , L a R e v u e B e lg e , R o u en A r t i s t e ,\nL a F r a n c e M o d e rn e , L a R e v u e R o se,\n L e Coin d u F e u , L e M éph is to , L a C ro i­\n sa d e , L e B l u e t .           Ch a n t e c l e r .\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "               Bureaux de vente du R É V E I L :\n   G and.              — Ad. H oste, rue des C ham ps, 49.\n                         L ib rairie U niverselle, rue C ourte du J o u r.\n                         Mme Otte, rue de F landre.\n   B r u x e l l e s . — Office de Publicité, r u e de la M adeleine.\n   L ié g e .          — D ’H eu r, rue P ont d’île.\n\n\n\n\n          PUBLICATIONS RECOMMANDÉES :\nL e B l u e t . — m — R ue Croix des P etits C ham ps, P aris.\nL e c h a s s e u r d e C h e v e l u r e s — b.m — R u e V ézelay, 15, P a ris,\nC h i m è r e . — m — C ours G am betta, 52, M ontpellier.\nL a C r o i s a d e . — m — R ue M exico, 19, L e H âvre.\nL ’ E r m i t a g e . — m — R ue de V arennes, 26, P aris.\nF l o r é a l . — m — R ue S t . R ém y, 22, Liège.\nL a F r a n c e M o d e r n e . — b.m — F aubourg du N ord, 15, M arseille.\nL a J e u n e B e l g i q u e . — m — R ue P otagère, 64, B ruxelles.\nL a L i b r e C r i t i q u e . — h — R ue Souveraine, 37, B ruxelles.\nL e M a g a s i n L i t t é r a i r e . — m — R ue H au t-P o rt, 52, Gand.\nL e M é p h i s t o . — h — R ue du L om bard, 28, Anvers.\nL e M e r c u r e d e F r a n c e . — m — R ue de l’É chaudé-S t-G erm ain,\n      15, P aris.\nL e M o u v e m e n t L i t t é r a i r e . — b.m — R u e des Minimes, 13,\n      B ruxelles.\nL e M o u v e m e n t S o c i a l . — b. m. — Maison du P euple, B ruxelles.\nL a R e v u e B e l g e . — b.m — P lace de la S ta tio n , ro, L o u v ain .\n                                                           ( R ue des M artyrs,1 9 , P aris.\nL a R e v u e B la n ch e . — m — - -\n                                                   1.\n                                             ( R ue de O uest, 74, Liège.\nL a R e v u e G é n é r a l e . — m — R ue T reu ren b erg , 16, B ruxelles.\nL a R e v u e I n d é p e n d a n t e . — m — R u e des P yram ides. 12, P a ris.\nL a R e v u e M o d e r n e . — m — R ue O rdener, g6, P aris.\nL a R e v u e R o s e . — h — P lace du T h éâ tre, 12, Liège.\nL a R e v u e U n i v e r s i t a i r e . — m — R ue d ’A nderlecht, S t G illes.\nR o u e n - A r t i s t e . — R ue G rand-P ont, 4, R ouen.\nL e S i l l o n . — m — R ue de C habrol, 31, P aris.\nL e S y l p h e . — m — R ue de la G are, 2, V oiron (Isère).\nL a S y r i n x . — M . — R ue L acépède 27, Aix (Provence).\n\n                               M     = M ensuel.\n                              b .m   = Bi-M ensuel.\n                               H     = H ebdom adaire.\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 4, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1892-04", "signet_source": "Deuxième année - N°4 - Avril 1892", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 120 (« Deuxième Année, N° 4, AVRIL 1892 »).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}