{"numero_id": "ulb-reveil-1892-06-n6", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "articles": [{"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-001", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Deuxième Année — N° 6 J U I N 1892", "ancre_fin": "FRANÇAIS", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 194, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 297, "texte": "Deuxième Année — N° 6                                                               J U I N 1892\n\n\n\n     LE\n        RÉVEIL\nRevue mensuelle de Littérature & d'Art\n              P U B L IÉ E S O U S L E S A U SP IC ES DU C ER C LE L IT T É R A IR E FRANÇAIS\n\n\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-002", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE F er n a n d", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 194, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 297, "fin_caractere_exclue": 1671, "texte": "SOMMAIRE\nF er n a n d R ou ssel .        . L e s Blanches F iançailles.\nV a l è r e G ILLE . . . A b el.\nG e o r g e s T o u c h a r d . Octobre.\nL ouis Vé h e n n e .            . E n des Sentiers 'fleuris ( L i e d ) .\nC a r l o s d u F a y . . . L ’I n o ubliée.\nA l f r e d L a v a c h e r y . Charlemagne.\nE d m o n d D e f f e b n é z . L e B ille t.\nR o d r ig u e S é r a s q u ie r L 'I le enchantée.\n                                                      C HR O N IQ U E L I T T É R A I R E .\n•Jo s e p h D e s g e n ê t s .   .   F . N a u t e t : L es lettres belges d ’expression\n                                                              française.\nF r é d é r ic F r ic h e .       .   J . S o t t ia u x : Roses d ’A u to m n e.\n                                                      C HRONIQ UE A R T IS T IQ U E :\nR o d r ig u e S é e a s q u ie r      Union des A rtiste s des F landres.\nJ o s e p h D e s g f .n è t s . .     Cercle A rtistiq u e et L ittéra ire.\n                                              Tablettes\n\n\n\nAbonnement : Belgique, un an 5 francs. (Pour l’étranger, le port en sus).\n                              L e n u m éro : 5 0 centim es.\n\n       Rédaction : Rue de Flandre, 71, GAND.\n                                      TOUS DROITS RÉSER V ÉS.\n\n\n\n                    G and, imp. fi vapeur F . 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Deffernez, Ch. Delchevalerie, E ugène Demolder, Joseph D esgen êts,\nMaurice Desombianx, P ierre Devolny, Carlos dn F ay, Georges Eekhoud,\nCharles Erappart, Frédéric F rich e, Paul Gérardy, Valère Gille, Arnold Goffin,\nPierre Hancart, José Hennebicq, Gustave Kahn, T ristan K lingsor, Hubert\nKrains, Alfred Lavachery, Camille Lemonnier, Grégoire Le Koy, Léon Lucy-\nMar, Paul M., Maurice M aeterlinck, Georges Mariow, Géo Manvère, F rancis\nN autet, Jean N ovis, Pan] Redonnel, Georges Rodenbach, Fernand R onssel,\nRodrigue Sérasquier, Fernand Séverin, Charles S ln yts, Hubert Stiernet,\nGeorges T onchard, Louis Véhenne, A n g n steV ierset, Adolphe W esterm ann, etc.\n\n\n\n\n     L e Réveil ne publie que de l'inédit.\n\n     Les m anuscrits ne sont pas rendus.\n\n     Les collaborateurs sont responsables de leurs articles.\n\n    Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire\nparviendra à la rédaction.\n\n     Les journaux ou revues qui désireraient faire l’échange sont\npriés de s'adresser à la rédaction.\n\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-004", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Boîte aux lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J. 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Une fam iliarité déférante\ns ’établissait e n tr’elle et P aul et ces primes heures d’intim ité où l’on\nse dévoile m ot par mot les charm aient. Ils se trouvaient des points\nd’attache aux pareilles idées énoncées au même moment. P our de\nsemblables choses leurs voix ém ettaient telles semblables inflexions\net leur silence sem blait fait aussi d’identiques sensations. Les lèvres\nsouriantes contem plaient leurs pensées, sans autre expression\nnécessaire. E t cet abandon de toute phrase trop nette les prédispo­\nsait aux longues r êver ies indécises, où passaient des sentim ents\nconfus, encore obscurs. C’étaient les prem ières et im matérielles\ncaresses de la voix e t de l’âm e.\n    B ientôt, m uettem ent complices d’un rapprochem ent désiré plus\nfréquent, ils se prom enèrent au delà de la ville, dans la campagne.\nCette joie d ’une délivrance de ses peines d ’orpheline, abandonnait\n Yvonne aux surprises de sa nature brusquem ent réveillée et tout\n ce qui faisait son secret de femme silencieuse, se livrait alors en\n causeries étoilées d’aveux. Cette idylle blonde m ettait une éclaircie\n au ciel d ’âme troublée de Paul. Il se laissait guider p ar la jeunesse\n d’Yvonne, étonné et, trop oublieuse subitem ent de ses to rtu res\n anciennes, sa n ature de nerveux et d’inquiet voyait en elle la\n Femme au geste suprême qu’il appelait jadis, du fond de ses heures\n mortelles.\n    — Pourquoi donc êtes-vous toujours si grave, demanda Yvonne\n de sa voix au tim bre doux, lors d’une de leurs échappées au travers\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "162                            LE RÉVEIL\n\n\n\n\nles campagnes, lors cristallisées de givre? — E t comme un peu sur­\npris de cette demande que rien de leur conversation passée ne faisait\nprévoir, P aul restait immobile, Yvonne reprit :\n     — Mais oui ! vous m ’êtes toujours apparu si grave et l’air si triste\nque je me suis dem andée—\n     — Si je suis souvent triste et longuement souffrant, et parfois\nrêv eu r devant vous — c’est que la joie s’absente de ma pensée\ne t que souvent j ’ai voulu com prendre votre silence, e t . . .\n     — E t, re p rit Yvonne légèrem ent pâlie?...\n     — E t, continua P au l, s’a rrê ta n t, le regard anxieux — et à force\nde vouloir vous lire, je suis devenu plus songeur et grave d ’une\nsouffrance qui restera peut-être obscure pour vous?\n     Y vonne, parée de cette grâce singulière qui la rendait étrange­\nm ent captivante, où seules, au milieu de la pâleur des chairs,\n souriaient les lèvres, Yvonne lui dit :\n     — Qu’ai-je donc en moi qui vous inquiète?\n     — Oh! dit P aul, ce qui m ’intéresse en vous, c’est toute une âme\nque je voudrais comprendre et qui m ’est restée fermée. Puis il ajouta,\nles paroles plus basses et lentes, presque flottantes sur le rebord des\nlèvres hésitantes : — C’est p eut-être quelque élan plus doux et plus\nsensible qui m’entraîne vers vous...\n     Yvonne s’était baissée, arrac h an t quelques fleurs tardives et\n fatiguées qui bordaient, de leurs teintes fanées, la route blanche.\n Elle était vaguem ent ém ue; ses doigts, dégantés et rosés par la\n m orsure éphém ère du vent, trem blaient en cassant d’un petit mou­\n vem ent brusque les tiges raidies. Paul s’était tù. Il regardait au\n loin m onter un filet bleuâtre de fumée, mince comme un ruban, dans\n l ’espace gris. La vie sem blait au repos dans la campagne; nul bruit\n sous le ciel bas aux teintes plombées.\n     — Oui, reprit P aul, d’une voix plus basse — c’est peut-être\nquelque chose de plus doux et de plus humain qui m ’entraîne vers\n vous.\n     Yvonne, s’était redressée et toujours silencieuse, entrem êlait de\n feuilles les fleurs cueillies. Un air sérieux ombrageait son clair\n regard, et sans répondre à la dernière phrase :\n     — Qu’ai-je donc en moi que vous vouliez com prendre?\n     — Tout, exclam a P aul, subitem ent grisé, votre cœ ur, votre rêve,\n cet idéal que je devine, et qui doit être et qui m’attire?\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "                                L E RÉVEIL                              16 3\n\n\n\n\n    Yvonne releva sur lui les yeux devenus inquiets e t l ’ombre d ’une\n mélancolie rem plaça l ’éclat du regard. Cette mélancolie de femme\n— ce silence de deux cœurs qui allaient se dévoiler, avait un charm e\npuissant et subtil, une sensation vibrante qui les envahissait tous\ndeux — et leur silence même dégageait l’aveu des âmes qui s’aim ent\nen se taisant.\n    — Comprenez-vous m aintenant, que je sois souvent resté triste?\n    — Oh! Taisez-vous, dit Yvonne brusquem ent, dans un cri de\n peur; vous ne saurez rien de ce que je sens. Ce que je rêve est si\n beau et d’un émoi tel que rien ne saurait l’exprim er. Le silence a\npour moi de trop grandes bontés et j ’y puise des sensations trop\npures pour le détruire. Je veux vivre ainsi, embellie de cette vie\ntaciturne et m a solitude s’enivrera de songes et de vagues b o n h eu rs..\n    — Qui sait, interrom pit P aul, railleur, si ces visions charm antes\net solitaires ne s’évaporeront pas avec l ’âg e...\n    — Pourquoi? — coupa Y vonne, faisant un signe négatif de la tête.\n    — E t vous vous trouverez plus tard délaissée, au regret de votre\n solitude si â prem ent continuée?\n    — P e u t-ê tre , re p rit Yvonne, oui p eu t-être, me trouverai-je plus\nta rd seule; mais j ’ai vécu trop avec mes chim ères adorables, trop\navec les palombes m erveilleuses de mes rêves! Elles m ’ont donné\njusqu’à présent le m eilleur de leur cœ ur et je me suis couchée,\nconquise au miel de leurs m urm ures, dans l ’abandon de toute\njouissance hum aine.\n    Les dernières paroles d ’Yvonne expiraien t m ollem ent, faisant\nnaître à leur passage un re g ret voluptueux et las.\n    Paul s’é ta it irrité . Yvonne venait de révéler un idéal altier que\n rien n ’am olirait. Elle paraissait vouloir continuer ce renoncem ent\nplein d ’inattendu. Elle se taisait, m aintenant les tra its pâlis, comme\nennuyée d’en avoir trop dit.\n    — Vos rêves, hélas! n’ont rien d ’hum ain, Yvonne, et le\n suprême bonheur, croyez-moi, naît et m eurt d ’une souffrance ou\n d’un dévoûment.\n    — Oh! rep rit la voix sombre de P aul après un mom ent de silence\n — j ’ai souffert en vous écoutant, Yvonne. Je m ’étais figuré un idéal\n plus doux en vous et voilà que vous passerez au milieu des ruines\n de nos cœ urs, distraite et hautaine.\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "164                            ij;   r é v e il\n\n\n\n\n    Ce fut presqu’en une plainte que ces phrases agonisèrent. Yvonne,\nsurprise, le regarda lentem ent et sonda de ses yeux curieux cette\nâme qui pleurait à côté d’elle. Elle s’étonnait de cette souffrance\nqu’elle m éconnaissait, de ce cœ ur qui l’environnait de rêves et\nd’espoirs, comme un cortège d’invisibles tendresses et lorsqu’elle se\nvit soumise aux regards de P aul, lorsqu’elle sentit à nouveau naître\nen elle l ’oppression et l ’indéfinissable malaise d’antan, Yvonne tout\nà coup devina la puissance qui l ’avait poursuivie et qui avait atteint\nsa sensibilité aux heures d ’isolem ent. E t devant cette douleur qui\nl’im plorait, qui priait à paroles génufléchies to u t le bonheur de ses\njoies anciennes s’effraya et pleura par sa voix obscurcie de crainte.\n    — Oh! laissez-m oi, je sais tout, je me souviens m aintenant de\n vos regards qui s’alourdissaient sur moi, dans l ’Église; je me sou­\n viens des inquiétudes, de vos yeux qui me suivaient et me torturaient!\nNe soyez pas ainsi, P aul, à troubler ma vie et laissez-moi vivre\ndoucem ent, dans l’oubli des autres et de moi-même.\n    Yvonne avait nerveusem ent croisé les mains sur le sein gauche\ncomme pour re te n ir des flots de mots douloureux, et les yeux clos,\nelle descendait, silencieuse et glacée, dans son cœ ur, espérant y\n trouver un peu de paix et de calme.\n    — P aul re p rit d’une voix sourde : Oui, c’est moi qui me trouvais\n dans l’Eglise, c’est moi qui vous enfonçais im pitoyablem ent mes\nyeux dans votre chair, c’est moi qui souffrais d ’une peine aiguë et\n constante. Oh! croyez-moi, je vous haïssais, aux griffes de je ne\n sais quels désirs cruels. Pourquoi m ’avoir dit l’intim ité de votre Rêve!\n E t m aintenant que la moisson est faite, oh ! écoutez donc ma douleur\n qui sanglote, ma douleur qui vous aime ! —\n    La grande solitude des campagnes d ’hiver enveloppait cette scène\n d ’une intensité poignante. Ils étaient seuls dans l ’horizon étroit et\n gris, troué de distance en distance p ar la raie droite des sillons. Les\n routes s’enrubannaient blanches parmi l’étalem ent des terres\n sombres et de loin, au milieu des arbres nus, s’obliquaient les toits\n rouges. A peine m ordorée, la lune au travers des nues argentines\n transparaissait déjà.\n    Yvonne se taisait toujours, les yeux clos. P aul m aintenant\ninquiet, dit doucement :\n     — Yvonne?\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "                                L E RÉV EIL                               i 65\n\n\n\n\n    — Vous m ’avez brisée; prenez-moi comme amie. Mais de grâce,\n ajouta-t-elle avec un regard d’indicible prière, plus rien de ce que\n vous m ’avez dit aujourd’hui.\n    Et, m ettan t dans la main de P aul ses doigts rosés p ar l ’air hum ide,\n et lorsqu’il les eu t baisés, elle lui dit, le sourire mélancolique et doux :\n    — Voici le gage de notre am itié. —\n    P aul s’était trouvé après cette scène im prévue, où sa souffrance\n avait jailli en cris de haine et de surprise, comme au sortir d’un\n sommeil trop lourd — le lendemain d’une n u it m auvaise. Après ce\n qu’elle avait avoué de ses pensées, élaborées au fond de sa solitude,\npourquoi s’était-t-elle sentie atteinte à nouveau de cette oppression\ndes jours anciens, du jo u r précis où lui-même par la toute victoire\nde sa volonté, la soum ettait à ses angoisses? P a r quelles affinités\ns’était-elle livrée, ainsi, pantelante? Il sem blait que leurs pensées\nfussent ju sq u ’à ce jo u r à l’opposite de leurs instincts.\n    M aintenant il la devinait vaincue, il la sentait troublée d ’un\nréveil soudain. Ce fut avec inquiétude qu’il l ’attendit le\nlendem ain.\n    Yvonne, une fois seule, avait entendu sangloter sa bonté devant\nP aul. Un doute avait jeté sur elle un voilà sombre constellé de\nfatigue et d ’effroi, car elle se tro u v ait sans défense à merci d ’une\nattaque indécise de sa nature. Yvonne, en ce moment souffrait de\nce doux éveil — énigm atique! — de la femme dans l'enfant. Une\nvoluptueuse lassitude l ’enguirlandait de désirs, de vague émoi, de\ntoute une évocation fleurie de souhaits. Elle se trouvait dans des\nroyaumes de joies rares. E t Yvonne en ce moment avait le regard\nqu’ont les femmes aim antes : des regards où toute une tim idité\nsensuelle so u rit; ce regard troublant, lentem ent élevé, comme\nune promesse et comme un rem ercîm ent. Dans sa cham bre, où\nchantait tout un passé irréel, des parfums presqu'éteints effleuraient\nses chairs m ates, l ’incitant peu à peu à l’avenir. Cependant, elle\nre sta it grave. Il semblait que sa grâce ancienne, à tire -d ’ailes\navait fui et m aintenant elle se sentait plus hum aine, moins fine.\nLes chères mélancolies d’antan l ’avaient abandonnée et elle se\nvoyait toute pâle, toute pauvre. P resq u ’involontairem ent, elle se\ncourbait dans une attitude de chasteté, et toute pensive elle se\nvoyait en face d’un horizon brum eux. En elle, pourtant, persistait\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2402, "texte": "1 66                           L E RÉVEIL\n\n\n\n\nune révolte; to u t son passé lui seyait si bien, qu’elle s’en séparait\npeinée; m ais une sensation exquise de fraîcheur l ’enveloppait toute\ne t dans son jeune sang, à flots doux, d’ignorées émotions\npalpitaient.\n    L’homme qui l ’avait ainsi distraite de son monde artificiel ne lui\nrev en ait à la mémoire qu’en tra its amincis. E t de nouveau sa\npensée se créait un exil dans des joies seulem ent devinées, sans\nsouci de mieux connaître celui qui les lui avait procurées.\n    Au fond trop troublée et trop peureuse pour rester ainsi seule,\nYvonne descendit le lendem ain; et craintive, cette fois elle était\ndécidée à ne plus se laisser surprendre. Elle cèlerait son cœur\nobstiném ent avec des phrases agiles et des pensées adroites à parer\ntous les coups. Toute nouvelle venue dans ce monde de passions,\nencore inoffensive devant P au l, elle s’évanouirait d’esprit, s ’il\nten tait de renouer la conversation de la veille. Elle se m ontrerait\ncâline cependant, pour cette âme qu’elle devinait souffrante ; et elle\nau rait d’invisibles gestes d’âme pour caresser sa douleur et pour\nendorm ir son rêve. Mais d’un mot elle défendrait toute échappée au\nPays du Songe !\n    Paul se tro uvait encore inquiet; il était venu ce soir-là tô t et la\nm ère B runel , distraite, toujours parlante, l’endorm ait à la fin de\nsa parlerie pacifiante.\n    Quand Yvonne en tra, d’un geste de calme confiance elle lui\nten d it la m ain; mais tout de suite, devinant l ’état de P aul, elle fut\nm uette, surprise de sa physionomie pâlie où l’angoisse d ’un rêve\ntrop beau pleurait. Elle perdit conscience des promesses qu’elle\ns ’était faites, dominée de pitié et toute sa bonté, toute son abnéga­\ntion, encore d’elle inconnue, s’éveillèrent. E t d’un mot, elle le\nrassura, se livrant toute, l ’am enant au dehors, ignorant ce qui allait\nse passer, comment se term inerait la soirée.\n    La ville bruyait; la pluie avait lissé les trottoirs et sous les\nréverbères, des taches de clarté rouge sautaient sous l ’écart brusque\ndu v en t.,L a foule sortait hâtive, libérée du labeur quotidien. Les\nombres s’évanouissaient au coin des rues. Yvonne, près de P aul,\nallait, silencieuse, la tête baissée, droit devant elle. M achinalem ent,\nils se trou v èren t au Béguinage, enveloppé d’un sommeil ténébreux.\nLes petites maisons basses, sans couleur, sans la poésie m ystérieuse\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2489, "texte": "                               LE RÉVEIL                               16 7\n\n\n\n\n des heures de lum ière, évoquaient un renoncem ent énorm e. La petite\n église confondait sa masse avec les ténèbres. Eux ne se voyaient\n pas, ta n t l’ombre était épaisse. Instinctivem ent ils assourdirent leur\nm arche, se dirigeant vers la chapelle. Elle était close. P aul trébucha\net cogna la porte. Un bruit, profond et sourd, allongea sa plainte\nroulante dans le silence. Yvonne, la pensée déjà craintive, frissonna,\nprête à fu ir; elle ignorait m aintenant pourquoi, comment elle se\n trouvait là et dans sa te rre u r elle sentait des mains froides sur elle.\n Ce silence la glaçait et dans l ’ombre sa voix trem bla : P artons. Ils\n sortiren t, tous deux en proie aux visions supersticieuses ; des\nfrissons de frayeur blanche couraient ainsi que des vaguelettes sur\nleur chair. Devant les maisons petites des sœ urs, elle s’a rrê ta comme\npour respirer un peu de vie et de protection. Alors brusquem ent,\nderrière le m ur entourant le béguinage, des clameurs brutales\nsonnèrent. Yvonne répéta : P artons. Dehors ils frôlèrent des\nombres qui s’écartaient à peine de leur passage. Un m urm ure les\n suivait dans l ’étroite rue m ontante. Yvonne avait pris le bras de\nP au l; et des ricanem ents froids s’accrochaient à leurs pas, nerveux\net glissant. Au clocher, dix heures m artelèrent la nuit sombre.\n    Au détour d ’une rue, la sécurité de la lum ière la calma, et\nregardant longuem ent P aul, elle dit d’une voix de résurection :\nMerci !\n   — Yvonne, dem anda-t-il, que vouliez-vous me dire?\n    — Ne le devinez-vous pas?\n   — Non, rep rit P au l, ou du moins je n ’en sais pas assez. J ’en suis\nvenu à douter de tout, à me trom per sur les plus clairs sentim ents.\n   Us rev in ren t lentem ent et ren trère n t. Dans l’om bre, Yvonne\nfut reprise de frayeur. Paul l ’éclaira. Devant sa porte elle le fixa,\nles yeux durs, les yeux clairs où sa volonté se manifesta nette et\npure. P aul baissa les siens et Yvonne d ’un mouvement de confiance,\nle fit en tre r. Alors, dans cette cham bre, où toute une vie de femme\nrevivait dans la finesse des bibelots, Yvonne parla :\n   — Vous m ’aimez, P au l; votre am our s’est étrangem ent imposé\ndans m a pensée : vous êtes venu en moi par une volonté plus forte\nque la m ienne, et je me sais conquise, car ignorante des choses et\nde la vie, j ’ai vécu de visions. Je sens en moi un orgueil trop\nhautain, une fierté trop ardente pour ne pas être prédestinée à\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "168                           L E R É V E IL\n\n\n\n\ndes joies délirantes ou à des douleurs profondes. La pure et simple\naffection ne me suffit pas. Puisque je m ’exile auprès de vous, je\nserai à vous de toute ma puissance et de tout mon dévoûm ent. Mon\nâme sera le berceau de votre am our, — mais il en deviendra le\ncercueil, car je devine en moi l’essence qui fait le bonheur et\nl’essence qui engendre les ruines du remords. Oh! je ne veux pas\nde cette partie ridicule du cœ ur où nait la fleur dérisoire du seul\nam our! Je vous veux aussi dans toute votre puissance et tout votre\ndevoùm ent. J ’ai fait de trop beaux rêves, des rêves d’une griserie\ntrop altière, pour me contenter de peu. Je vous aim erai, mais avec\nun idéal de luxe, de grandeur et de tourm ent — qui nous liera et\nqui fera re n aître, de son agonie, un am our qu’on ne connaîtra pas\naprès nous. J ’arrive, dans le monde pour tous dans l’ignorance de\nmon âge et de mon sexe. P our vous je dépouillerai mes robes\nvirginales et p eut-être serez-vous effrayé du gouffre am er et\nadorable de mon âm e. Vous me voyez en h o rreu r de ces luxures\n basses, de ces luxures d’am ants hum ains. Je veux quelque chose de\n plus grand, car je veux que notre am our naisse plus dans notre\n pensée que dans notre cœur. Je serai la lum ière et la femme. Vous\n serez à moi parce que je serai secourable. Oh! croyez-moi, peut-\n être les joies que j ’imagine ne naitront-elles jam ais à l’ombre de nos\n cœ urs, mais la douleur, la résignation et les rêves éteints ont de si\n puissants a ttra its que je saurais trouver, dans l ’excès de la peine,\n une jouissance semblable à celle du bonheur! Nous nous élèverons\n radieux comme des aurores au ciel de notre am our et nos félicités\n s’élanceront, toujours inassouvies aux clairs baisers de notre Foi!\n     P aul vit surgir des paroles d’Yvonne un enfer désirable où chacune\n des flammes cruellem ent rouges ou bleues, était une sensation de\n souffrance ou de joie. Il se sentait l ’esclave de ces visions, de ces\n visions de fatigue, d’éclosions et de m ort et Yvonne se dressait\n comme un Ange A norm al, désirable de souhaits encore couchés au\n fond d’une âme qui s’éveillait dans la beauté noire d ’un rêve! Cet\n am our, dessiné en mots de magie et de flamme, de mots où palpitait\n l’âme des caresses captieuses, le courbait devant elle et il se livrait\n heureux dans la te rre u r de cet avenir de ténèbres et de lum ières!\n  Il assistait avec une tristesse heureuse à l’ensevelissem ent des im­\n  pressions anciennes qu’avait fait naître en lui Yvonne, la sainte\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "                              L E RÉVEIL                             16 9\n\n\n\n\nd’an tan , détachée de sa niche en quête d ’une prière, et cette femme\nnouvelle qui se drapait hautainem ent dans son mépris et dans sa\nfierté, des reliques de son âm e, qui s’élevait si forte dans son\norgueilleux idéal que P aul avait devant elle le sentim ent craintif et\nfrileux qu’on éprouve à être seul dans les cathédrales au soir.\n    Yvonne souriait; elle suivait, à coup d’œil sû r, l’ivresse du vin\nqu’elle venait de verser dans les veines de P aul et brutalem ent le\ntriom phe plan ta dans ses prunelles ardentes, dans ses prunelles\narrondies de femme victorieuse, la prescience de le savoir à elle, à\nelle seule, dans sa force et dans sa soumission.\n   A lors câline, de sa voix m usicale, elle se surprit à caresser l ’âme\nde P au l, de phrases pleines de douceur, de bonté, de toute sa féminité\nadorable.\n   — Y vonne, votre rêve est cruel et beau comme une dam nation.\nP endant que vous parliez, vêtue de vos grâces captieuses, je voyais\nun ange aux ailes de tentation et d’effroi ; par ces m erveilles qu’à\nflots de lum ières irrita n te s vous venez d’épandre, je me sens à vous,\ndocile et faible. Voyez, Yvonne, voyez en moi l’enfant crucifié sur\nla croix d’une âme plus souffrante, parce qu’elle connut mieux que\nvous la vie, et que la vie l ’a fanée, et que la vie fut pour elle\nexempte du temps de bonheur. Elle a trop connu l’ardente souffrance\npour croire encore à l ’irréelle splendeur du songe et si comme vous,\nelle puise un peu de jouissance dans l’excès de sa peine, oh ! croyez-\nmoi cette jouissance est si faible qu’elle est un tourm ent dans sa\ndouceur fugitive ! L ’am ertum e et le délaissem ent furent mon pays\nd ’élection et voyez, Yvonne, voyez comme je reviens courbé de ces\nlandes sombres! Je viens à vous qui m ’avez appelé, l ’esprit vierge\net l ’âme obscure — car j ’ai trop craint la griserie des bonheurs\nintérieurs, pour m ’y oublier comme vous, douce femme ignorante!\nJe savais le crucial réveil que me réservait ce luxe solitaire et\ndevenu lâche devant lui je me suis abandonné aux griffantes caresses\nde ma misère! Prenez donc pitié d ’elle, madone du R êve, prenez\npitié d’elle et priez pour elle dans le cher tabernacle de votre âme.\nJe vous aim erai p eut-être comme j ’adore la m ysticité des vierges,\navec candeur, avec un vague effroi, de toute mon impiété! Je viens\nà vous l’âme parée de doutes, de haines et de railleries. Faites que\nmes doutes deviennent de la foi, mes haines de l ’oubli, mes railleries\ndes croyances. Je m ’endors en vous, la seule femme miraculeuse.\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2188, "texte": "170                               L E REVEIL\n\n\n\n\n   Yvonne s ’était levée, émue en écoutant ainsi pleurer à ses côtés\nl’orchestre mélancolique des peines, et venue devant P au l, re p rit :\n   — J ’aurai pour moi le doux orgueil de votre consolation et vous\ntrouverez en moi, chère aurore de mes yeux! — les candeurs d’une\nenfant! Ayez en mon am our confiance et voyez y le repos de vos\nmornes souffrances, tête adorable, nimbée d ’obscurité! Je serai votre\nlum ière Adèle et mes yeux seront si clairs, seront si bons que votre\nâme s’y baignera et se consolera. Abandonnez heureusem ent vos\ndoutes fragiles et les yeux dans les yeux que votre âme entre dans\nla m ienne. Les lys et les roses, les jasm ins et les étoiles pour v o u s\nse m arieront dans leurs ch a n ts d’espérance e t vous vous bercerez dans\nun éth er si limpide que vous sourirez à leur bonté. P aul — ô secou ­\nrable douceur que votre nom pour moi ! voyez je suis nue aux yeux\nde votre cœ u r; je viens à vous en vierge et voyez ma chevelure\nceinte d’am our, d’abnégation et de pureté! Vous avez éveillé,\ndoucement des mains de votre douleur, la femme qui somm eillait\nen mon enfance et je viens à vous pure et blanche comme une\nhostie. Je serai dans votre vie, comme une rosée et comme une\naube. Prenez-m oi, prenez mon âme et dites-moi les chères paroles\ndes promesses. Ecoutez la m ollissante harm onie de mon cœur qui\nsanglote, Paul! Nous sommes seuls dans la vie et nos âmes veulent\ndans leur sororal essor, se baiser, s’aim er, et souffrir si loin des\nchoses basses , que nous aurons en nous quelques rayons divins de\nfoi et de sincérité !\n   Yvonne su rp rise dans l ’étreinte des bras de P aul, entendit ch an ter\nen elle :\n   — M’aimes-tu?\n   La chambre ombragée, restait silencieuse; un silence nuital,\nprofond et frissonnant les entourait de solitude. P aul, la voix trem ­\nblante, re p rit :\n   — M’aim es-tu?\n   Alors comme un m urm ure de nuit, fluide et légère comme une\nvoix d’om bre, l ’âme d’Yvonne s’avoua et toute pâle répondit :\n   — Oui. — (1)\n                                                       F ernand R o u sse l .\n\n\n (1) D’un roman en préparation s ous ce titre : Les Blanches Fiançailles,\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 171, "page_fin": 171, "titre_corps": "Abel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Valère Gille", "ancre_debut": "Abel M o n frère", "ancre_fin": "V alère G il l e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Octobre", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions 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printem ps plus âgé, couple\nheureux, poursuivant le rêve de leur prime jeunesse en les sentiers\nfleuris.\n                                      *    *\n\n   Il s’était m iré dans ses yeux, plus purs que le bleu du ciel, où il\npercevait des étoiles, plus profonds que celui de la m er, où il lui\nsem blait voir fuir des voiles blanches. Il s’était senti vaincu par ses\nregards, attiran ts comme l ’abîme, plus azurés que ceux de la sirène,\net de même que le voyageur égaré devient am oureux de la déesse,\nparce qu’il a entendu sa voix cristalline, il l’avait aimée, elle, parce\nqu’il s’était m iré dans ses yeux bleus.\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2214, "texte": "                                LE RÉVEIL                                173\n\n\n\n   Oh! qui donc nous chantera des yeux le charm e troublant,\nl’im mensité des regards? Les regards de l ’enfant, plus calmes que\nla surface polie d’un lac aux eaux de saphir, plus doux que ceux\nde l ’agneau; ceux de l ’adolescent, noyés en des lointains de rêve;\nles regards angoissés de la vierge dans la profondeur des nuits tièdes\nde printem ps, ceux du moribond, où l ’on dirait comme un vague\neffroi de l ’inconnu, peut-être déjà une vision de l ’au-delà de la\ntombe. Oh! qui donc nous chantera des yeux le charm e troublant,\nl’im mensité des regards?\n\n\n\n   La vie leur av ait semblé bien douce. Les ans avaient passé sans\naltérer leur am itié; toujours ils se croyaient jeunes, parce que leur\nam our n ’avait pas vieilli.\n    \" Je t ’aime \" se disaient-ils à vingt ans. \" Je t ’aime \" se disaient-\nils encore, bien que l ’âge les eût voûtés, bien que la neige eût rem ­\nplacé les blonds épis de leurs cheveux. Ils avaient vécu, doucement\nbercés p ar cette illu sio n d’une jeunesse qui leur semblait ne devoir\njam ais finir, leu r paraissait aussi inaltérable que leur tendresse, e lle s\njours avaient succédé aux jours, et la v ie leur a v a it sem blé bien douce.\n\n                                        *\n                                    *       *\n\n   H élas! ils m oururent bientôt. Comme ils se tenaient enlacés\ncomme jad is et toujours, sur le seuil de leur dem eure, un homme\nvint à passer. — a Depuis quand corbeaux hideux et fourbus se\nbecquètent-ils ainsi que gentes palombes » dit-il en éclatant de rire.\nSe regardant bien en face pour voir si c’était vraim ent à eux que\ns’adressaient pareilles paroles, ils s’aperçurent seulem ent alors\nqu’ils n ’étaient plus que deux vieux rabougris, à la peau ratatinée,\naux yeux éteints. Leur illusion était détruite, et ne pouvant subir\nla vérité, hélas, ils m oururent bientôt.\n\n                                        *\n                                   *        *\n\n\n  P eu t-être en des sentiers fleuris de paradis, dans les éperdues\ndélices de là-h aut, séparés de leur enveloppe terrestre, les deux\nam ants redevenus jeunes à jam ais continuent-ils de s ’aim er pour\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 611, "texte": "174                               L E RÉ VEIL\n\n\n\n\nl ’éternité. Tandis que le vilain homme qui leur a dévoilé la vérité\nest peut-être actuellem ent en des noirceurs d’enfer, lui, cause de\ntout le m al, lui qui détruisit l'illu sio n , plus précieuse que la vie,\nillusion d ’un am our sans fin et toujours jeune. Sans lui, ils se\nseraient encore adorés longtemps sur la te rre , n ’auraient pas\nété achever de sitôt le rêve qu’ils avaient commencé ici-bas, en\ndes sentiers fleuris de paradis.\n                                                                L ouis V é h e n n e .\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 174, "page_fin": 180, "titre_corps": "L’Inoubliée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Carlos du Fay", "ancre_debut": "L’Inoubliée E n mon cœ u r", "ancre_fin": "M ai 1892.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Charlemagne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 209, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 611, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": "L’Inoubliée\n\n                                                             E n mon cœ u r\n                                                                                  L ’I n o u b l i é e\n\n\n                                             F i la it la neige des reg rets\n                                             A u ro u et le n t d u s o u v e n ir;\n\n                                             E t j e m 'en s u is allé p a r la p a ix des E g lises\n                                             V e rs les cantiques blancs d?inconsolation.\n\n\n\n\n                                                                                 I\n                A u bois des h a n tises d ’a u to m n e\n                T om b a ien t en m on cœ u r en d eu illé,\n                Des sq u elettes ro u g is de fe u ille s,\n                Comm e des so u p irs d e B a isers.\n\n                E t m u e, a lbe, v e rs s a su rp rise,\n                P la n a it en ces é th ers lo in ta in s\n                L 'âm e d e m o n â m e, s u r p ris e\n                Des p le u r s résig n es de m on cœ u r.\n\n               L 'E n fa n t su r g it, a u to rse frê le ,\n               T elle q u 'a u x j a d i s irisé s,\n               E l, douce, a v e n a n t en les rêves\n               C him ériques d e m es B a isers.\n\n                En la tu n iqu e d e m es songes,\n                E m a n a n t a u p a r f u m des fleu rs,\n                Ce f u t l'E n fa n t des bleu s m ensonges\n                E t des b a isers len ts de m o n cœ u r.\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1517, "texte": "                    L E RÉVEIL                                175\n\n                                                         II\n\nOr, en ses y e u x bleu s d ’in scien ce\nL a blon de E n fa n t, d e c a n d e u rs, p â le ,\nE g re n a it u n b la n c ch a p ele t\nA la m a d o n e d'innocence.\n\nEn u n so u r ire d e re g re ts\nE lle é g re n a it son ch a p elet.\n\nE t sous la neige en s a d é v a le ,\nT ou t bas — c 'é ta it u n fa ib le r â le\nQ ui s'é c h a p p a it d u cœ u r in q u ie t\nDe la blon de E n fa n t tr is te e t p â le .\n\n                                                        III\n\nL ors, j'e u s tr is te des v a g u e s grèves,\nOù c o u r a it , en le ch em in long\nDe m on c œ u r m o r t e t de m es rêves.\nL a p â le E n fa n t a u x ch eveu x blonds.\n\nJ ’eus tr is te d u d iv in so u rire ,\nD isa n t les longs p a r d o n s d'effrois\nDe la p e tite E n fa n t m a r ty r e\nA u x a p p e ls d ’a m o u r sou s les c ro ix .\n\nDe p le u r s s'esto m p a n t s u r la neige\nN o ta it — m u sic a l e t sile n t.\nL ’écho des tim id e s a rp èg es\nSan g lo tes p a r son c œ u r      E n fa n t.\n\nE t c'étaien t, com m e p a r la p la in e ,\nD e va g u es c ilices lo in ta in s,\nC h a n ta n t le d e u il des n u its lo in ta in es\nA u x cœ u rs p e r d u s en m es chem ins.\n\n                                                        IV\n\nMon cœ u r, en les heu res p a ssées\nA u sein d 'étern elles b la n ch eu rs,\nV ers les a m o u rs en so le illée s ,\nF u t le ciboire d e ses p le u r s ,\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1627, "texte": "176                        L E RÉVEIL\n\n\n\n\n      Q u an d , de m es lèvres p riso n n iè r e ,\n      Comm e à l'e x ta se s'h u m ecta n t,\n      R a b a is s a it — ro se — s a p a u p iè r e\n      S u r l'a z u r de son œ il d'E n fan t.\n\n                                                         V\n\n      J'a i rê v é de v a in e s caresses :\n      A u la c d e so le il e t d 'a z u r\n      L es cygnes d is a ie n t nos p ro m e sses.\n      P o u rq u o i h éla s! u n a m o u r p u r ?\n\n\n      A u se in d e fr ô lu r e s songeuses.\n      E t d 'ém a n a tio n s d 'a n ta n ,\n      C é ta ie n t des ca resses fr ile u s e s\n      A u x lèv re s de la blon de E n fa n t.\n\n\n      C 'étaien t des p u d e u r s v ir g in a le s :\n      P e rd u e en ces tro u b la n ts ch em in s\n      M a bouche, a u x ca n d e u rs lilia le s ,\n      F r ô la it le m a r b ré de son sein.\n\n\n      C 'é ta it , sous son r e g a r d vo la g e,\n      Un essor b la n c d e flocons flou s ;\n      E t c'éta it, sou s son b la n c corsage,\n      Un ch a n t d 'a m o u r à m es g en o u x .\n\n\n                                                         VI\n\n      C 'é ta it, de B on h eu r e t d e G râce,\n      L e c h a n t d e la d iv in e E x ta se.\n\n\n      C 'é ta ie n t d e su a ve s p e n se rs,\n      S i d o u x e t s i m éla n co liq u es,\n      Des p e n se r s d 'a m o u rs sym bo liq u es\n      S u r les lè v re s de m es b a isers.\n\n\n      C 'é ta ie n t d e bien p â le s im a g es,\n      Où les re in e s des tem p s p a ssé s\n      E ffe u illa ie n t en le u r c œ u r la ssé\n      Des m a rg u e rite s à le u r p a g e.\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1511, "texte": "                      L E R É V E IL                         177\n\n\n C é ta ie n t en cor — to u t bas — des p le u r s ,\n Des p le u r s tr is te s e t a n g éliq u es.\n Q ui d e le u rs ch a n ts len ts e t m ystiq u e s\n B e rç a ie n t e t co n so la ien t nos cœ u rs.\n\n                                                      V II\n M on â m e, d 'a m o u r en lisée;\n A u x c h a n ts d u s o ir é ta it bercée\n De som nolence e t d e p en sée.\n\nE t, des h a n tises d e m on ciel,\nM ’o b sé d a it la fille tte rose\nF ila n t u n r a y o n d e so le il\nA u ro u e t de m o n cœ u r m orose.\n\nE t j ' a i bercé m o n rê v e len t,\nE n son r a y o n d e s o le il p â le ,\nA la tié d e u r d u j o u r s ile n t\nE t du, c ie l a lo u r d i d'opale.\n\nCe f u t le so ir, en u n long p l e u r ,\nA u d é c lin d u so le il m orose.\nQue se b risa son fr ê le cœ u r\nA vec le d e rn ie r r a y o n rose.\n\n                                                     V III\n\nOr, d e p u is, j e file en r ê v a n t\nA u b r u it d e sa p la in te brisée,\nL a n eige d e m es p le u r s d 'a rg e n t\nS u r la tom be d e l'E n-A llée.\n\n                                                       IX\nE t lo rsq u e h éla s! p le u r e m on cœ u r,\nQ uand il n eige sous m a fe n être ,\nCe so n t des la rm e s d e d o u le u r\nQ ui n eig en t len tes d a n s m on cœ u r.\n\nE n la v e sp é r a le p â le u r\nQ ui p lis s e d'om bres m a fe n ê tre ,\nJe vo is m o n rê v e d e B on h eu r\nQ ui p le u r e en neige d a n s m on cœ u r.\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1628, "texte": "17 8                        L E R ÉVEIL\n\n\n\n\n                                                               X\n\n       Or j ' a i de lu g u b res h an tises\n       E n m on cœ u r où p le u r e sa m o rt;\n       E t j e m 'en v a is p a r les É glises\n       V ivre e t m e so u v en ir encor.\n\n\n       E t j ' a i v u des fem m es fu r tiv e s ,\n       T réb u ch a n t , len tes, d a n s la n u it,\n       Q ui p a ss e n t, q u a n d sonne m in u it,\n       En esso r g r is d'â m es cra in tives;\n\n       C h an tan t, loin d u d o u lo u re u x b r u it\n       L a ng u is sa n t d e l'oiseau q u i f u i t\n       L a b la n ch eu r des neiges g élives,\n       J 'a i p e r ç u lo rs des v o ix p la in tiv e s .\n\n                                                              XI\n\n       D an s les om bres d u so ir chanté,\n       C 'é ta it — q u elqu e an cien n e m u siq u e —\n       Un a ir v ie illo t e t su ra n n é ;\n\n       C 'était d o u x e t m éla n co liq u e,\n       Ces v o ix lo in ta in es d u p a ssé ,\n       Ces v o ix d ’u n e é tra n g e m u siqu e.\n\n       Ce se m b la it, eu tin ry th m e usé,\n       L a chanson len te e t sym b o liq u e\n       Des la rm e s d e m on cœ u r lassé.\n\n\n       E t, sou s quelque effluve m ystiq u e,\n       L on gtem ps, bien lon gtem ps, j ' a i rêvé,\n       A u x ch a n ts d e la dou ce m u siqu e.\n\n                                                             X II\n\n       De l'É glise a u x vo û tes d e P a ix ,\n       L en te m e n t , so r te n t les h eu reu ses;\n       E t, m o rts, a u côté des dorm eu ses\n       R ep o sen t — de S o ir — les rou ets.\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1826, "texte": "                            L E RÉVEIL                                            179\n\n\n                                                            X III\n\n       E n m o i , c ’e st u n b r u it confus d 'âm es,\n       E t q u i d a n s l'im m en sité cla m e.\n\n\n                                                            X IV\n\n        T ou rn en t m a in te n a n t les ro u ets :\n       Ils file n t la n eige q u i tombe;\n       Comm e u n blan c lin c eu l s u r sa tom be,\n       I ls file n t de m o rte ls reg re ts.\n\n       Ils file n t son B a ise r de F em m e,\n       Ils file n t nos blanches A m ou rs,\n       E t la neige tom be to u jou rs\n       S u r le ro u e t le n t d e m on â m e.\n\n                                                             XV\n\n       A n é a n ti d e son vo u lo ir,\n       Je m a rch e, triste , en m a n u it d'âm e,\n        V ers l'É te rn e l lo in ta in m a n o ir\n       D 'am ou r, où repose la D am e.\n\n\n  M ais les cygn es s'en v o n t — oh len ts — a u fil d e l'eau;\n  L es cygn es s'en v o n t en le u r cou rse tr is te e t lasse,\n  L oin des ra n c œ u rs d 'ic i , v e rs le P a y s d u B eau .\n\n\n  E t c'est com m e u n e ssa im b la n c d e v ierg e s q u i p a sse,\n  F u y a n t, p a r l'éth er b le u , l'heure des vo lu p tés,\n  E t l'ivro sse a la n g u ie a u sein d e la terra sse .\n\n\n  E t les cygn es s'en v o n t , fr ô lé s, en longs baisers,\n  B u d e u il la s c if des fleu rs, p le u r a n t a u b ord d e l ’onde;\n  E t, com m e des ly s blancs, ils vo n t, im m a cu lés.\n\n\n  Ils v o n t... De le u r silla g e , en l ’ea u c la ir e c i p ro fo n d e ,\n  E m a n en t ; v ers m on cœ ur, quelques lo in ta in s re le n ts...\n  Ce sem b len t m 'être des B a ise r s d e V ierge blonde.\n\nH élas, c'est le D ép a rt, l'A dieu des cygn es b la n c s.\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1433, "texte": " 180                                     L E RÉ V E IL\n\n\n\n\n                                                                        XVI\n\n                Am lo in , le crép u scu le en lu eu rs v e sp éra le s ;\n                E t sem b len t, en les d e u x , des flo ra iso n s p lu s p â le s .\n\n                Ces p â le s flo ra iso n s e t celles d e là -b a s ,\n                C hanten t u n c h a n t p l a i n t i f e t d o u x en m on cœ u r l a s .\n\n                C e s t u n tr iste cortège e t b la n c d'âm es honnies :\n                L es V ierges d e la m o r t a u x p â le s agon ies. —\n\n               Ces âm es des d e u ils b lan cs, et des lo in ta in es m o rts,\n               En les p â le u rs des N u its v irg in a le s d ’a lo rs,\n\n               Des cœ u rs sa c rifiés, c ’e st le s u b til cortège,\n               H y m n a n t son c h a n t d ’a m o u r, en m y stiq u e solfège.\n\n                                                                      X V II\n               L ors, j ' a i ten d u les lèv re s p o u r les flocons blancs\n                Qui to m b a ie n t de ces cœ u rs, en b a isers flous e t lents;\n\n               E t j ’a i bu les ou blis de l'heure ta n t a im ée\n               En un p a r d o n T rès Grand, et v e rs l'Inoubliée.\n\n                                                                 C arlos       du   F ay.\n       M ai 1892.\n\n\n\n                             "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-010", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 180, "page_fin": 183, "titre_corps": "Charlemagne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Alfred Lavachery", "ancre_debut": "Charlemagne pApelez une autre affaire", "ancre_fin": "A lfred L avach ery.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le Billet", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 215, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 1433, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "Charlemagne\n           pApelez une autre affaire, dit le président.\n               Le tribunal venait de condamner un escroc ; il comptait\n             expédier avec la même célérité sereine quelque autre\nm alfaiteur, lorsque, à l ’appel du greffier, parut à la barre un gamin\nd’une dizaine d ’années que la vue des juges sembla tout d’abord\nfrapper d ’hébètem ent. Après s’être assis, peu à peu il retrouva son\nassurance et sa petite figure, jolie m algré la misère qui en avait\némacié les traits, s’em bellit encore de l ’attention intelligente qu’il\nm it à écouter.\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2150, "texte": "                               L E RÉVEIL                             181\n\n\n\n\n    — Vos nom et prénom s? dem anda le président.\n    — Jean -P ierre Lomba.\n    — Votre âge?\n    — Treize ans.\n    — Profession ! Qu’est-ce que vous faites?\n    — Je porte les commissions pour un pâtissier.\n    — Allez vous rasseoir.\n    En même tem ps, d’un signe de tête, le président donna la parole\nau ju g e-rapporteur.\n   — Lomba est inculpé.... euh! e u h ! .... prévenu d’avoir, à Liège,\nle 5 décembre, commis un vol au préjudice de la nommée M arie-\nCatherine Vanesse.\n   Le juge leva les yeux et, regardant la table où d’ordinaire étaient\ndéposées les pièces à conviction, fit signe au greffier qu’il n ’y voyait\npas ce qu’il cherchait. Le greffier sourit et, d’un mot, av ertit l ’huis­\nsier qui so rtit de l’auditoire.\n    Cependant, le juge-rapporteur continuait la lecture des pièces du\ndossier, d’où il résultait que Lomba, chez lequel de mauvais instincts\nprécoces s’étaient éveillés.... euh! e u h !       révélés de bonne heure,\navait soustrait frauduleusem ent au préjudice de la femme Vanesse\nune m arionnette.\n   L’huissier ren tra. Il y eut parm i les spectateurs des chuchotte ­\nments et des rires : il agitait au bout d’une mince tige de fer, une\nm arionnette grossièrem ent travaillée au couteau dans un morceau\nde bois et couverte de lam beaux d’étoffes aux couleurs vives qui lui\nfaisaient une sorte de pagne, de longues manches tailladées e t un\nm anteau; sur la tête, un morceau de papier doré coupé en dents de\nscie figurait une couronne.\n   Jea n -P ie rre se souleva sur son banc, essayant de voir ce que lui\ndérobait le bureau où siégeaient les juges, puis, lorsqu’au milieu de\nrires plus accentués, l’huissier eut placé la m arionnette su r la table,\nun soupir s ’ex hala de la poitrine du g a m in , — un long soupir dont on\nn ’aurait pu dire de quel genre d’émotion il était l ’écho.\n   Après l ’audition de la plaignante et de l ’agent qui avait dressé le\nprocès-verbal, le président se tourna vers Jean -P ierre.\n   — Levez-vous. Vous avez entendu? C’est très mal ce que vous\navez fait : 0n n e doit pas voler, voua savez bien cela.\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2270, "texte": "182                             L E RÉVEIL\n\n\n\n\n    Jean -P ierre, debout, les pieds rivés au plancher, tournait sa cas­\nquette dans ses mains agitées d’un léger tremblem ent.\n    — Je n ’ai pas volé ! fît-il brusquement.\n    Une pâleur profonde succéda sur son visage à la rougeur de la\nhonte et, les yeux fixes, il re p rit : « Ce n ’est pas vrai que j ’aie volé,\nje le ju re ! »\n    — Ta ta ta ta , fit le président; ne jurez pas : vous êtes encore\ntrop jeune. Dites la vérité, cela vaudra mieux.\n    — Je vais vous dire, repondit Jean -P ierre, et, m ontrant sur la\ntable la m arionnette étendue dans une pose de désespérance, ses\nbras et ses jam bes articulés form ant des angles bizarres : « Ça,\nn ’est-ce pas? poursuivit-il; on voudrait me le donner m aintenant,\nque je n ’en voudrais plus .. ah bien! non. »\n    — R assurez-vous, dit le president avec un sourire; on n ’a pas\nenvie de vous faire de cadeau.\n    — C’est pourtant pour l ’avoir, n ’est-ce pas? que Monsieur l ’agent\ndit que je l’ai décroché de la boutique? répondit Jean -P ierre. Eh\nbien ! ce n ’est pas vrai, ce n ’est pas pour ça.\n    — Ah bah! P our quoi donc?\n    — Je vais vous dire...\n    Jean -P ierre réfléchit un instant. — « Voilà, fit-il. Mon camarade\net moi nous étions place du Marché le jo u r de la veille de Noël, au\nsoir, n ’est-il pas vrai? Alors, mon cam arade me dit : « Tiens!\nregarde un peu là. N ’est-ce pas Charlem agne? » qu’il me dit. Je\nregarde et je dis si. »\n    — Charlem agne, c’est la m arionnette? demanda le président.\n    — Oui; et quand on joue les m arionnettes chez Flaba, en Bêche,\nre p rit Jean -P ierre, il y a toujours Charlem agne, voyez-vous, et\nc ’est lui qui punit les chevaliers félons et toutes les canailles. Mon\ncam arade et moi, nous n ’allions aux m arionnettes que pour voir\nCharlem agne. Alors donc, sur la place du M arché, voilà qu’il me\ndit : « C’est Charlem agne, » et, tout de suite, il me vient à l’idée :\n\" F au t pourtant que je le tienne en main. \" Vous com prenez?...\nE t je m ’approche, pendant que mon cam arade, qui n ’avait pas la\nmême idée que moi, se sauve en me disant que son père l’attendait.\nJe regarde la m archande et, à voir sa mine, je me dis qu’elle ne\nme laissera pas prendre Charlem agne en main, qu’elle dira que je\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1666, "texte": "                              LE RÉVEIL                             18 3\n\n\n\n\nvais le salir et ci et ça; alors donc je l’ai pris tout de même sans lui\ndem ander la permission et elle s’est mise à crier après moi, ce qui a\nfait que je me suis sauvé.\n    — Il a fallu que l’agent se m ette à votre poursuite, rem arqua le\nprésident.\n    — Il est payé pour ça, répondit Jean -P ierre ; mais n ’empêche,\nallez! que j ’aurais rendu à Madame son Charlem agne : ce n ’est pas\nle v rai, comme on le voit sur le th éâtre.\n    — La parole est à M onsieur le substitut du procureur du roi.\n    — Un seul m ot, Messieurs, dit le substitut en se levant. C’est la\npremière fois que Lomba com paraît devant vous; on n ’a aucun\nreproche à faire à sa conduite et, en considération de son jeune\nâg e,je crois que vous ferez bien en le renvoyant des poursuites.\n    Il prit à côté de lui le code et, l ’ayant feuilleté, en invoqua\nl ’article un tel, puis, en vertu de l ’article un tel, — un autre, —\nrequit qu’il plût toutefois au tribunal m ettre Lomba Jea n -P ie rre à\nla disposition du gouvernem ent ju sq u ’à l’âge de dix-huit ans.\n    — Cela ne peut lui faire que du bien, ajouta-t-il en se rasseyant.\n    Le président fit un grand signe affirmatif et, après avoir consulté\ndu regard ses assesseurs qui opinèrent du bonnet, il renvoya Jean-\nP ierre Lomba des poursuites, dit toutefois que le tribunal le m ettait\nà la disposition du gouvernem ent jusqu’à l ’âge de dix-huit ans\naccomplis et, s’enfonçant dans son fauteuil : «Greffier, continua-t-il,\nappelez une autre affaire. »\n                                              A lfred L avach ery.\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 183, "page_fin": 184, "titre_corps": "Le Billet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Deffernez", "ancre_debut": "Le Billet Très court", "ancre_fin": "E dmond D effe r n e z .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L’Ile Enchantée", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 218, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 1666, "fin_caractere_exclue": 2123, "texte": "Le Billet\n     Très court, il commençait ainsi : \" Cher adoré \" .\n     E t finissait charm ant par ces mots : \" L a Sirène \".\n     Oh! je la vois sourire à mon cœur éploré,\n     sur le seuil qu’on m ’ouvrait, dressant son port de reine;\n\n     L o r s , toute ensoleillée au rayon timoré\n     d ’u n m a tin gorgé d ’or, elle glissa, sereine,\n     le billet dans ma m ain, et le fro n t coloré\n     s ’en fu it loin du seuil triste où depuis mon cœur trame.\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 479, "texte": "184                           L E RÉ V E IL\n\n\n\n\n      C'est son cloître, vois-tu; lui-même a p ris le froc\n      — comme ces moines saints qui, là-ha u t, sur le roc,\n      égrènent leurs chagrins dans l'ombre cellulaire.\n\n      L a rive est toujours là, mais la sirène a fu i.\n      M o n cœur pleure, car tout a disparu pour lui;\n      et le pauvre billet dort en son scapulaire.\n\n                                              E dmond D effe r n e z .\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-012", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 184, "page_fin": 185, "titre_corps": "L’Île enchantée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Rodrigue Sérasquier", "ancre_debut": "L’Ile Enchantée Sur l'étang clair", "ancre_fin": "R o d r ig u e S é r a s q u ie r .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 219, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 479, "fin_caractere_exclue": 1665, "texte": "L’Ile E nchantée\n\n       Su r l'étang clair bordé de sombres boulingrins,\n       — Où Bacchus, Apollon, Vulcain aux jambes torses,\n       E t des gladiateurs dressent leurs pâles torses,\n       Le glaive nu levé vers les Dieux pérégrins. —\n\n       Tels que d’antiques nefs à carène de neige\n       Glissent deux cygnes, en leur blancheur reflétés.\n       Des chants de rossignol, par l ’écho répétés,\n       Troublent le parc silent de leur limpide arpège...\n                                   *\n                                 * *\n       S i nous pouvions comme eux consumer notre Amour\n       E n quelque île lointaine, ô ma très-frêle Vierge,\n       E n quelque île aux bosquets fleuris, aux sentes vierges,\n       Où sous un soleil d'or s'éternise le jo u r!\n\n       E n cette Ile Enchantée aperçue en mes rêves,\n       Où des arbres couverts de roses floraisons\n       Eclatent, émergeant de vaporeux gazons\n       Tout constellés d'iris, au bord des eaux qui rêvent...\n\n       Sur un lac de cristal, semé de nénufa rs\n       A u x yeux d'ambre, nous glisserions en une blanche\n       Barque, vêlus de très-fines tuniques blanches,\n       La topaze flottant de tes cheveux épars;\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 669, "texte": "                                    L E RÉVEIL\n\n\n\n\n       E t parmi la fraîcheur et la paix des feuillages,\n       Nonchalamment assis sur des sièges dores,\n       Je noyerais mes regards en tes yeux adorés.\n       Les jours s'écouleraient sans augmenter notre âge...\n                                   *\n                                 * *\n       Soudain s'évanouit mon rêve; sans espoir\n       A f u i l 'I le Enchantée aux bosquets de jouvence...\n       E t j'aperçois au loin, sur l'étang de silence,\n       Les deux cygnes glissant en la pourpre du soir.\n\n                                           R o d r ig u e   S é r a s q u ie r .\n\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-013", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 185, "page_fin": 186, "titre_corps": "Chronique littéraire : Francis Nautet, Histoire des lettres belges d’expression française", "titre_sommaire": "F. Nautet : Les lettres belges d’expression française", "rubrique": "", "signature_source": "Joseph Desgenèts", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE Francis Nautet", "ancre_fin": "Jo seph D e s g e n è t s .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Jules Sottiaux", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 220, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 669, "fin_caractere_exclue": 1840, "texte": "C H R O N IQ U E L IT T É R A IR E\n\n\n\n\n    F r a n c is   N a u tet.   —    Histoire des lettres belges\n                      d’expression française. (*)\n\n\n           'Léclosion d’un livre de critique à large envergure est chose\n             trop peu fréquente en Belgique pour ne pas souhaiter à\n             l ’œ uvre récente de M. Francis N autet, «H istoire des lettres\nbelges d ’expression française » tout le succès qu’elle requiert. L ’éla­\nboration judicieuse d ’un travail aussi ardu prouve pérem ptoirem ent\nune rem arquable vigueur de sens critique et une vraie indépendance\nd ’opinions. Ce n ’est point un assemblage d ’idées toutes faites, de\npréjugés antédiluviennem ent consacrés, de profondes génuflexions,\nà la m anière de certains critiques, devant le goût relatif du public\net cela est réconfortant et très susceptible de sym pathie. La plume\nde M. Francis N autet est alerte et vivace et on ne lui fera certes pas\nle reproche de s’être laissée contam iner par la critique prétendûm ent\nautorisée. La finesse de la forme, la justesse des appréciations\ndénotent une ra re perspicacité.\n\n\n  (*) Un volum e, chez Hochez, Éditeur îi Bruxelles. (1,25 fr.).\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "18 6                                L E RÉV IÎIL\n\n\n\n\n    Le livre comporte quatre chapitres que nous voudrions analyser\nd ’une façon détaillée mais que la place restreinte qui nous est\nréservée ici nous oblige à signaler sim plement : Les Sources du\nsentim ent littéra ire en Belgique, les Influences du P assé, la Genèse\ndu mouvement actuel, un chapitre des plus curieux qui insiste sur\nla véritable floraison de revues littéraires de ces dernières années\ntelles que « L a Jeune Belgique, L a Société N ouvelle, L ’A r t m o­\nderne, L a W allonie, Le M ouvem ent L ittéra ire, F loréal etc., toutes\nrevues vivantes où se dépensent des talents très personnels qui sont\nune des preuves de l ’originalité et du caractère national que dort\navoir notre littératu re, ironiquem ent critiquée par d’aucuns. C’est\nce que M. F rancis N autet exprim e fort justem ent en ces quelques\nlignes : « La Belgique, ne pouvant, par son exiguïté, rem plir de\ngrande mission sociale, politique ou religieuse, n ’a d ’autres sources\nd ’élévation et de supériorité que l ’a rt et la pensée. C’est pourquoi\nil fut inconcevable de m ésestim er l ’ardente jeunesse qui sut m ettre\ntout son cœ ur et toute sa peine à l’édification d’une littératu re n a­\ntionale ou qui to ut au moins, s’il faut être modeste, tém oigna d’un\nvigoureux élan précurseur. »\n    Le volume se term ine par une superbe étude sur Charles De\nCoster « le prem ier écrivain-artiste belge qui, il y a vingt ans, lu tta\ndésespérém ent, seul, sans escorte et sans appui, — contre tous. »\n    L ’H isto ire des lettres belges est un livre qui se recom m ande par\ndes qualités supérieures de critique et l ’esprit de combativité sincère\nqui y souffle lui donne en même temps qu’un caractère spécial\nquelque chose de très attachant.\n                                                       Jo seph D e s g e n è t s .\n\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-014", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 186, "page_fin": 188, "titre_corps": "Chronique littéraire : Jules Sottiaux, Roses d’Automne", "titre_sommaire": "J. Sottiaux : Roses d’Automne", "rubrique": "", "signature_source": "Frédéric Friche", "ancre_debut": "Jules Sottiaux Roses d’Automne", "ancre_fin": "F r é d é r ic F r ic h e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE ARTISTIQUE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 221, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 1871, "fin_caractere_exclue": 2353, "texte": "J u le s S o ttia u x .   — Roses d’Automne. (*)\n\n\n          'au teu r dit en préface : Mes pâles roses d ' A utom ne vous\n           apparaîtront bien épineuses sans doute. P o u rta n t, n'ayez\n           n u lle crainte; ceuillez les doucement, pétales p a r p éta les...\n    Hé! pauvres de nous, elles s ’effeuillent au toucher, m algré le fil\nd ’archal dont les avait soutenues leur prudent jardinier.\n\n\n   *( ) Un volum e, im prim erie Tourneur-Sm itz, Charleroi. (2 francs).\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 187, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2073, "texte": "                                    L E RÉVEIL                          187\n\n\n\n   Ce livre est vraim ent curieux; ajoutez à François Coppé un quel­\nconque des chansonniers de 1820, multipliez par Joseph Prudhom m e,\nvous aurez M onsieur Sottiaux. Il a, dans ses Roses d ’A utom ne,\naccum ulé les choses les plus inouïes: une inconscience absolue,\nnaïve, de toute poésie, un préchi-précha de prix de vertu et des\nfautes de français, sans parler des nom breux sujets de pendule, en\nzinc, qui décorent son œ uvre, M usulm ane et Croisé, par exemple.\nFaut-il que je cite?.. Vous devinez, sans lire :\n\n        M a is du m oins, laisse-m oi voler vers ta p a trie ,\n        N e m ’abandonnes p a s, tu me f e r a is m o u rir,\n        B ien loin de ce vallon, de via mère a tte n d rie\n                    J 'ir a i, sans un s o u p ir!\n\n  Puis, quelques pastiches de Coppée, délirants, la P a tro u ille par\nexemple ou bien : E n chemin de f e r (P aysages p r is su r le v i f ) . Je\ncueille :\n\n        L ’abbé tranquillem ent récite son bréviaire;\n        Le m ilita ire songe au prochain régim ent;\n        L es commis sont fâchés su r le gouvernement\n        E t f o n t , à tout propos, des gestes pleins de grâce;\n        L es dam es, s'approchant se p a rle n t à voix basse,\n        E t moi j e vous écris ceci, tout sim plem ent (!!!)\n        C harleroi, Charleroi, tout le monde descend!\n\n   Mais ce ne sont que bagatelles de la porte : écoutez le flétrir le\nvice et prôner la vertu, en ces vers flagellants : S u r u n Orgue de\nB a rb a rie. L’au teu r, à sa fenêtre, regarde (naturellem ent)\n\n        .............. des n u its l'astre m y sté rie u x.\n\n        M a is, quelle est cette voix qui trouble ain si ce lieu.\n        E t détourne u n moment ma douce rêverie?\n        C'est to i! v il in stru m e n t! orgue de B arbarie!\n        Trouble de nos cités, dont le son rauque et d u r\n        A ppelle, du sein de quelque taudis im p u r\n        Où se donnent la m ain la débauche et la honte\n        L'aveugle ouvrier qui ne voit pas qu'on l ’esc o m p te ...\n"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1079, "texte": "188                             L E RÉV EIL\n\n\n\n\n  E t pendant que se passent ces abominations :\n\n        ................ l ’honnête homme au fo y e r se repose,\n        P a r m i les sien s, fidèle au devoir qu i s'impose.\n\n  Mais M. Sottiaux nous peint aussi des objets plus austères :\n\n                     Sous l 'effort de la pensée,\n                     I l t i - e n t la m ain baissée\n                     L e poète, le rêveur;\n                     E t triste en sa solitude,\n                     D ans son cabinet d ’étude\n                     I l d it ce que d it son cœ ur.'\n\n  Ou plus réjouissants, sous le titre suggestif de : Silence! ( ! !!) —\nJe recueille\n                   P a rlez bas, car le p e tit\n                   E s t là dans son lit\n                            Q u’i l rêve\n                   A ttendez que son sommeil\n                          Sans aucun éveil\n                             S'achève.\n\n  De même pour le lecteur des Roses d ’A utom ne.\n\n                                                F r é d é r ic F r ic h e .\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-015", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 188, "page_fin": 190, "titre_corps": "Chronique artistique : Quatrième exposition de l’Union des Artistes des Flandres", "titre_sommaire": "Union des Artistes des Flandres", "rubrique": "", "signature_source": "Rodrigue Sérasquier", "ancre_debut": "CHRONIQUE ARTISTIQUE Quatrième Exposition", "ancre_fin": "R o d r ig u e S é r a s q u i e r .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Exposition des Œuvres de M. Baron", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 223, "page_imprimee": 188, "debut_caractere": 1079, "fin_caractere_exclue": 1748, "texte": "C H R O N IQ U E A R T IS T IQ U E\n\n\nQuatrième Exposition de l’U nion des Artistes des Flandres.\n\n\n          B\n          ien que renferm ant une ou deux petites horreurs sculptu­\n           rales, e t quelques m ètres carrés de polychrom e barbouillage,\n           dont je ne dirai rien, — car en fait de critique, un principe\nque j ’ai élu mien est de ne considérer en une œuvre artistique que\nce qu’elle offre de rem arquable, sans chercher à m ettre en relief ses\ndéfauts; et extensivem ent, de ne louer en une exposition que les\nartistes vrais, sans décourager par une ironie facile ceux qui le\npourraient devenir; — cette exposition révèle chez plusieurs artistes\n"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 189, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2604, "texte": "                               LE RE VEIL                              189\n\n\n\nune tendance prononcée vers la production d ’œ uvres neuves, per­\nsonnelles, s’éloignant du classique paysage, du p o rtra it terne et figé\ncomme une enseigne.\n    E t to u t d ’abord je citerai : M. M ontald, qui, mieux qu’aucun\nau tre, a perçu l ’Idéal artistique tel que je le conçois, et dont le\ntableau L ’Oiseau et les Sylphides est peut-être le m eilleur de l’e x ­\nposition; — M. Doudelet, aux sobres, mais symboliques et sugges­\ntives aquarelles, parmi lesquelles je relève : Calme d'âm e, O iseaux\ndu m a l, A n a n kè; — et M. Billiet, exposant un tableau en pointillé,\nL a Convalescente, qui contient de très rem arquables effets de\nlum ière, et un clair E ffe t de m a tin . —\n    V iennent ensuite : M. W y tsm an , le peintre délicat des paysages\naux tonalités douces, aux horizons violacés, et Mme W y tsm an , avec\nun B o rd d ’étang très coloré; — M. M arcette, dont nous voyons, en\npointillé, une nocturne fort bien rendue et un paysage brum eux où\nl ’effet voulu n ’est pas atte in t; — enfin MM. T rem erie; De Saedeleer,\navec un bon Contre jo u r ; et V erstraeten nous présentant Les M eules\nsous un ciel de grisaille très naturel, mais p ar contre un Soir ne\nv alan t pas le cadre qui l ’entoure. —\n    Deux peintres m éritent une mention spéciale : MM. De W e tte et\nH orenbant. Ce sont, de tous ces « artistes des F landres, » peut-être\nlesseu ls d o n t l ’œ uvre revêt un caractère véritablem ent \" flamand \".—\nM. De W e tte expose : Oude dagen, une bonne vieille filant le rouet\nen sa cham brette blanche, et H e t stille leven, une jeune femme et\nsa m ère, songeuses, occupées à d’interm inables coutures devant leur\nfenêtre aux pots à fleurs rougeauds comme le carrelage en argile,\net près du classique bahut boiteux supportant un plateau garni de\ntasses. — De M. H orenbant, nous rem arquons un L andschap, très\ncaractéristique, que nous aurions cependant voulu un peu plus clair,\net un original S ta d zich t. —\n     Notons encore, parm i les autres peintures : un paysage un peu\ntern e, mais d ’une grande finesse, de M. de Sim pel; — des marines\nde MM. Cogen et du R y ; — de M. Toeffart : A rtiste s au repos et\nF a m ille de chats, deux gentils tableaux, (et une Cora sur un h o r­\n rible fauteuil v ert!) — de M. Van A cker, deux pastels qui révèlent\n du ta le n t, et deux autres, trop artificiels, de Melle Van B utsele; —\n enfin une F a n ta isie de M. Van Melle, qui se plait à évoquer en ses\n toiles les exquises m ièvreries orientales; et de lumineux V ieux quais\n de M. W illaert.\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 900, "texte": " 19 0                           L E RÉVEIL\n\n\n\n\n    Un mot des sculptures. Nous relevons : une É tu d e de Sculpture\npolychrome ém aillèe, et un Modèle de b a s-relief, de M. Hippolyte\nLe Roy, — dont j ’avais oublié de signaler deux tableaux : la M er\nM éditerranée à Terracine et à Porto Anzio; — un plâtre nerveux\nde M. George M inne; — Captive, statuette de M. K asteleyn; et de\nM. Van den Bossche deux m arbres : Veuve en p rière, Le P rin te m p s,\ne t un p lâtre, Sous le Directoire. — Ce pour clore.\n    En somme, une probante m anifestation de la vitalité artistique\nde nos provinces flamandes, manifestation à laquelle le public n ’a\npas répondu avec assez d ’em pressem ent, et que la plupart des jo u r­\nnaux quotidiens, — selon leur excellente habitude, — n ’ont eu garde\nd’annoncer et d ’encourager.\n                                             R o d r ig u e S é r a s q u i e r .\n\n\n\n   "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-016", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 190, "page_fin": 191, "titre_corps": "Chronique artistique : Exposition des œuvres de M. 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Au rebours de ce que\nl ’on aurait pu être tenté de croire, le Salon trien n al qui s’ouvrira\nen notre ville au mois d’août prochain n ’a pas concentré toutes les\nactivités et toutes les initiatives vu le nombre considérable d’exposi­\ntions qui se sont succédées d’une façon presque ininterrom pue en\nl'espace de quelques mois. C’est un germ inal artistique dont il y a\nlieu de se réjouir hautem ent.\n    Ce que l’on a ratiociné sur les avantages ou les désavantages des\nexpositions particulières est prodigieux. Quoique la question fût\nd’une im portance relative les avis se sont néanmoins diversifiés à\nl’infini. Les expositions collectives ou particulières ne se valent-elles\npas? Il suffit que tout esprit étroit et m alintentionné soit rigoureu­\nsem ent banni de leur organisation et aussi que les trous du crible\ndu ju ry restent immuables, ne se rapetissent ou ne s’agrandissent\npas selon l ’arb itraire des membres. Une idée excellente a été émise :\nil s’ag irait d’ouvrir une salle perm anente où tout artiste aurait la\nfaculté d’exposer ses œuvres pendant un te mps limité sans devoir\nles soum ettre à la partialité d’un ju ry .\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "                                            L E R É V E IL                                         191\n\n\n\n\n   Les toiles nom breuses que M. Baron a réunies au Cercle A rtis­\ntique tém oignent d ’un labeur infatigable et sont em preintes d’une\npersonnalité fort caractéristique à différents points de vue. A ujour­\nd’hui — ceci dit en toute sincérité — ces peintures nous paraissent\nd ’une placidité trop froide et d’une tonalité trop peu franche. Le\ngris dom inant est conventionnel et to u t manque en général de\nlum ière, surto u t dans les av an t-p lan s; seulem ent les ciels sont tous\nrem arquablem ent et puissam m ent rendus, les perspectives irrépro­\nchables. En présence de ces œuvres, personnelles pour la p lu p art,\nil serait injuste de m éconnaître le novateur que fut M. Baron il y a\nune tren tain e d’années et de nier la place im portante qu’il occupe\ndans l ’histoire de la peinture en Belgique.\n    Nous citerons parm i les œuvres qui nous ont semblé les plus inté­\nressantes : Journée de P rin te m p s, paysage lum ineux, certainem ent\nle m eilleur du salonnet ; la Roche a u x Corbeaux, t r è s vivant et d ’une\nbelle harm onie de couleurs; puis quelques paysages habillem ent\ntravaillés représentant des environs de N am ur ; un effet de neige\n(Route de B ruxelles à Namur) qui serait parfait si on pouvait en\nabstraire les maisons qui le déparent to talem en t; le C hevreuil p erd u\nrappelle le faire de C ourbet; les panneaux décoratifs (fleurs) sont\nd’une rigidité m orte et fort sèche.\n    Comme nous l ’écrivions plus h aut, cette peinture décèle un vigou­\nreux et incontestable talen t mais nous p araît trop conventionnelle\npour susciter la poignante émotion d’a r t que d’autres œ uvres nous\nont fait éprouver.\n                                                                Jo seph       D esg e n è t s.\n   M a i 1892.\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-017", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 191, "page_fin": 192, "titre_corps": "Tablettes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Chantecler", "ancre_debut": "TABLETTES A t r a v e r s le s R e v u e s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 226, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 1887, "fin_caractere_exclue": 2971, "texte": "TABLETTES\n         A t r a v e r s le s R e v u e s            ville; et L ’E nfer Familial par Saint-Pol-\n                                                     Roux.\n   A lire dans L a J e u n e B e l g iq u e de         De C h im è r e (Floréal) le sommaire est\n mai des vers d’A lbert Giraud, L 'A dora­           à citer tou t entier : outre la Réponse\ntion des Mages et des Chansons d ’Amour              ouverte de Ju les Bois à Pierre Dévoluy,\n de G, D estrée.                                     des vers de Rem y de Gourmont, D. G.\n   Dans L e M e r c u r e d e F r a n c e , O f­     R osetti (traduction), R ené Caillié, FernJ\nfra n d e funéraire à H ym nis, de P. Quillard;      Maznde; des proses par Henri Mazel Jules\n Le Vitrail des Saintes de A . F'. H érold; Le       Renard, notre ami Joseph Desgenêts; et\n Vieux dans sa barbe, p a r R. Minhar; La            de Paul R edonnel, Le Malandrinat litté­\n Boutique d'histoire naturelle p a r Ch. M e r ­     raire.\n ki ; Le Rêve de la M ort, de Gaston Dan-               En L e M o u v e m en t L it t é r a ir e (8 m ai)\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 5085, "texte": "192                                             L E RÉV EIL\n\n\n\n\nnous relevons une chronique parisienne                      Quoi qu’on en dise, l a R e v u e B e l g e\net une chanson de Marcel L efevre, e t des                nous réserve encore de bons num éros,\nvers de notre collaborateur Lucien De                     tém oin celui du 1er Mai, où nous rele­\nBusscher (Jean Novis).                                    vons : L a Cité magique par A . G eens.\n    A u sommaire de F l o r é a l (Avril) :                 N ous recevons encore : L a F r a n c k\nGeorges Saint-Sinleux, Vers; A lbert                      M o d e r n e (1er et 22 Mai) le prem ier de\nThonnar, Légende de la naissance du bon                   ces n°“ est consacré au Socialism e, et\nDieu depitié; Auguste Donnay, Printemps                   contient un portrait de B enoit Malon;\nclair; Edm ond Rassenfosse, Chansons;                     — R o u e n - A r t i s t e avec une chronique\nLéon Paschal, Fragment d'un roman;                        Littéraire sur P aul R edonnel; — L a\nPaul Gérardy, Vers.                                       R e v u e U n iv e r s ita ir e , L e S y lp h e , L e\n    L e M a g a s i n L i t t é r a i r e du 15 Mai       B l u e t , et L e C o i n d u F e u .\npublie des vers de Grégoire le Roy : Voilà                    Souhaitons la bienvenue et longue vie\nl'hiver, voilà les peines....                             aux E s s a i s d e s J e u n e s , de T oulouse,\n    Dans la R e v u e I n d é p e n d a n t e (Avril) :   dont nous est parvenu le troisièm e n».\nG. Lecom te, l'A rt contemporain; Ch. Sau­                (Mai). Rédacteur en ch ef : Em m anuel\nnier, l'A r l nouveau (Camille Pissarro et                Delbousquet. — Nous arrive aussi L a\nles indépendants); G. P o lli, Notation de                J e u n e - F r a n c e , journal politique et lit­\ngestes; André Picard, Le cheval; Ed.                      téraire, organe des Etudiants de Paris.\ngrandes, Une visite.                                          Nous n ’avons pas reçu : L a C r o i s a d e ,\n    L a R e v u e B l a n c h e d’A vril renferme         ( serait-elle déjà term inée ?); et L a R e v u e\n une prose remarquable de Cam.Mauclair,                   R o s e (qui toujours encore dém énage).\nL a Tristesse de la pourpre; en le n° de Mai,                 L e S i l l o n et L a S y r i n x arriveront\nAlceste régénéré par Pierre V e b e re t Chan­            trop tard pour que nous en puissions\nsons bas de Stéphane Mallarmé.                            parler dans ce fascicule.\n  Dans l a R evue Générale , lire la Revue\n                                                                                           Ch a n t ec l e r .\nLittéraire d’E ugène Gilbert.\n    L ’E r m i t a g e (15 A vril donne, en vers,\nune Epitre testamentaire fort hum oris­                                P e tit es N o u v e l l e s\ntique par G. Fourest ; N uit Phénicienne\n                                                            On nous annonce de nouvelles con­\npar Joseph D eclareuil, et une prose de\nR ené Tardivaux, Les fleu rs sur le chemin.               sœ urs, nées avec le P rintem ps . Ce sont :\n                                                          Simple R evue, Revue Jeune, Paris Jeune\n    Lire dans L a R e v u e M o d e r n e (25             et L ’Id ée Libre.\n A v r il) : Chanson de Gabriel Vicaire,\n P rim itifs par Henry de Braisne, Chanson\n de route par Ch. F uster, et une Pastorale                 A ux prochains fascicules les com pte-\n Louis X V de A. Patron. — E n le n° du                   r e n d u s de\n                                                                      : L a Fin des Bourgeois par\n 10 M a i , trois bonnes pièces de vers : La              Camille L em onnier; Bruges la Morte\n Vierge aux Anges égalem ent du beau                      par Georges Rodenbach ; — Sérénité, par\n poète H enry de Braisne, Les larmes d'une                Léon Donnay; — H ild-hyllia par Jules\njeune fille d’Ernest Bouhaye et L a vie                   Sauvenière.\n d'une fle u r par F irm in Roger.\n    L a L i b r e C r i t i q u e nous envoie son                                  **\n numéro exceptionnel illustré, renfer­                       Le Salon triennal de Gand (peinture\n m ant une romance e t deux p hototypies                  et Sculpture) s’ouvrira le 21 août pro­\n hors-texte. J ’y ai lu avec plaisir les                  chain. La clôture en est fixée au 10 oc­\n proses de MM. A . Geens et N. Outer.                     tobre. Les envois doivent être annoncés\n N ous applaudissons à l ’initiative de cette             avant le 15 J u ille t, par un e lettre adres­\n vaillante revue, et lui conseillons de                   sé e àla commission directrice au Casino.\n m ultiplier autant que possible ces nu ­                 Les ouvrages doivent-être déposés au\n m éros purem ent littéraires : la critique               plus tard le 20 Juillet.\n n e perdra rien à laisser passer son tour\n de temps à autre, et la littérature, elle,\n ne pourra qu'y gagner.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1892-06-n6-018", "volume": "ELB-ULB-a0130-1892-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1892-000.pdf", "ocr_sha256": "9e306ce074a04f4e6c0a6de3792fdae866ac460f4455b793ffe85578baa0176d", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Bureaux de vente du R É V E I L", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 228, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 3040, "texte": "Bureaux de vente du R É V E I L\n\n  Gand.               —- Âd. H oste, rue des C ham ps, 49.\n                        L ib rairie U niverselle, rue Courte du J o u r.\n                        Mme O tte, rue de F landre.\n  B r u x e l l e s . — Jérôm e-D oliger, G alerie de la Reine, 32.\n  L ié g e .          — D ’H eur, rue P o n t d ’île.\n\n\n\n           PUBLICATIONS RECOMMANDÉES ;\nL e B l u e t . — m — R ue Croix des P etits C ham ps, P aris.\nC h i m è r e . — m — Cours G am betta, 52, M ontpellier.\nL e C o i n d u F e u . — m — R ue Neuve, 25, V erviers.\nL e C o u r r i e r A r t i s t i q u e e t L i t t é r a i r e . — h — R ue de P r o ­\n     vence, 5, P aris.\nL a C r o i s a d e . — m — R ue Mexico, 19, L e H avre.\nL ’ E r m i t a g e . — m — R ue de V arennes, 26, P aris.\nE s s a i s d e J e u n e s — m — R ue de la Concorde, 2, Toulouse.\nF l o r é a l . — m — R ue S t . R ém y, 22, Liège.\nL a F r a n c e M o d e r n e . — b . m — F a u b o u r g du N o r d , 15, M a r s e ille .\nL a J e u n e B e l g i q u e . — m — R u e P o t a g è r e , 64, B r u x e l l e s .\nL a J e u n e F r a n c e . — h — R ue du C a r d i n a l L e m o i n e , 61, P a r i s .\nL a L i b r e C r i t i q u e . — h — R ue S o u v e r a i n e , 37, B r u x e l l e s .\nL e M a g a s i n L i t t é r a i r e . — m — R ue H a u t - P o r t , 52, G a n d .\nL e M é p h i s t o . — h — R ue du L om bard, 28. Anvers.\nL e M e r c u r e d e F r a n c e . — m — R ue de l’É chaudé-S t-G erm ain,\n      15, P aris.\nLe    M ouvem ent L it t é r a ir e . —           b.m —         R ue des Minimes, 13,\n      B ruxelles.\nL e M o u v e m e n t S o c i a l . — b . m . — M a is o n du P e u p l e , B r u x e l l e s .\nL a R e v u e B e l g e . — b . m — P l a c e de l a S t a t i o n , 10, L o u v a i n .\n                                                         ( R ue des M artyrs, 19, P aris.\nL a R e v u e B la n ch e .       — m —\n                                                            1\n                                           ( R ue de O uest, 74, L iége.\nL a R e v u e G é n é r a l e . — m — R ue T reu ren b erg , 16, B ruxelles.\nL a R e v u e I n d é p e n d a n t e . — m — R u e des P y r a m i d e s . 12, P a r i s .\nL a R e v u e M o d e r n e . — b.m — R u e O rdener, 96, P aris.\nL a R e v u e R o s e . — h — P lace du T h é â t r e , 12, Liège.\nR e v u e S o cia le e t P o l it iq u e . —         P a r a î t six fois p a r a n .    Rue\n      Jo sep h II, 39, B ruxelles.\nL a R e v u e U n i v e r s i t a i r e . — m — R u e C o e n r a e t s , 54, S‘ G i l l e s .\nR o u e n - A r t i s t ë . — R ue G rand-P ont, 4, R ouen.\nL e S illo n . — m —             R u e de C habrol, 31, P aris.\nL e S y l p h e . — m — R u e-d e la              G are, 2, V oiron (Isère).\nL a S y r i n x . — m. — R ue Lacépède 27, A i x (Provence).\n\n\n                                     M     =   M ensuel.\n                                    B .M   =   Bi-M ensuel.\n                                     h     =   H ebdom adaire.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 194, "texte": "Deuxième Année — N° 6                                                               J U I N 1892\n\n\n\n     LE\n        RÉVEIL\nRevue mensuelle de Littérature & d'Art\n              P U B L IÉ E S O U S L E S A U SP IC ES DU C ER C LE L IT T É R A IR E FRANÇAIS\n\n\n\n                                      SOMMAIRE\nF er n a n d R ou ssel .        . L e s Blanches F iançailles.\nV a l è r e G ILLE . . . A b el.\nG e o r g e s T o u c h a r d . Octobre.\nL ouis Vé h e n n e .            . E n des Sentiers 'fleuris ( L i e d ) .\nC a r l o s d u F a y . . . L ’I n o ubliée.\nA l f r e d L a v a c h e r y . Charlemagne.\nE d m o n d D e f f e b n é z . L e B ille t.\nR o d r ig u e S é r a s q u ie r L 'I le enchantée.\n                                                      C HR O N IQ U E L I T T É R A I R E .\n•Jo s e p h D e s g e n ê t s .   .   F . N a u t e t : L es lettres belges d ’expression\n                                                              française.\nF r é d é r ic F r ic h e .       .   J . S o t t ia u x : Roses d ’A u to m n e.\n                                                      C HRONIQ UE A R T IS T IQ U E :\nR o d r ig u e S é e a s q u ie r      Union des A rtiste s des F landres.\nJ o s e p h D e s g f .n è t s . .     Cercle A rtistiq u e et L ittéra ire.\n                                              Tablettes\n\n\n\nAbonnement : Belgique, un an 5 francs. (Pour l’étranger, le port en sus).\n                              L e n u m éro : 5 0 centim es.\n\n       Rédaction : Rue de Flandre, 71, GAND.\n                                      TOUS DROITS RÉSER V ÉS.\n\n\n\n                    G and, imp. fi vapeur F . M eyer-V an Loo, r ue de Flandre, 66.\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "                       LE RÉV EIL\n      REVUE MENSUELLE I)E LITTÉRATURE & D’ART\n\n         P U B L I É E S O U S L E S A U S P I C E S DU C E R C L E L I T T É R A I R E F R A N Ç A I S .\n\n\n\n            PRINCIPAUX COLLABORATEURS :\n  Edm. Deffernez, Ch. Delchevalerie, E ugène Demolder, Joseph D esgen êts,\nMaurice Desombianx, P ierre Devolny, Carlos dn F ay, Georges Eekhoud,\nCharles Erappart, Frédéric F rich e, Paul Gérardy, Valère Gille, Arnold Goffin,\nPierre Hancart, José Hennebicq, Gustave Kahn, T ristan K lingsor, Hubert\nKrains, Alfred Lavachery, Camille Lemonnier, Grégoire Le Koy, Léon Lucy-\nMar, Paul M., Maurice M aeterlinck, Georges Mariow, Géo Manvère, F rancis\nN autet, Jean N ovis, Pan] Redonnel, Georges Rodenbach, Fernand R onssel,\nRodrigue Sérasquier, Fernand Séverin, Charles S ln yts, Hubert Stiernet,\nGeorges T onchard, Louis Véhenne, A n g n steV ierset, Adolphe W esterm ann, etc.\n\n\n\n\n     L e Réveil ne publie que de l'inédit.\n\n     Les m anuscrits ne sont pas rendus.\n\n     Les collaborateurs sont responsables de leurs articles.\n\n    Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire\nparviendra à la rédaction.\n\n     Les journaux ou revues qui désireraient faire l’échange sont\npriés de s'adresser à la rédaction.\n\n\n\n\n                          BOITE AUX LETTRES.\n      G.        C. Gand. — La meilleure maxime envoyée n’est pas inédite.\nP rière de relire les notules imprimées ci-dessus.\n      J . H . Bruxelles. — Prose parvenue trop tard.\n      L. L. M. Liège. — L’abondance des m atières nous oblige à re­\nm ettre aux prochains fascicules les vers envoyés.\n      L. L. Beauvais. — Idem.\n     C. S. Anvers. — Remercîments pour votre promesse.\n\n                                                                                                   J . D.\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "        Les Blanches Fiançailles\n           eLur union se resséra; Y vonne, dans la grâce simple de sa\n             robe de deuil, s ’imposait par sa calme douceur; elle\n             éparpillait sur le cercle familial l ’imprévu et la fraîcheur\nd’une causerie toujours m ouvem entée. Une fam iliarité déférante\ns ’établissait e n tr’elle et P aul et ces primes heures d’intim ité où l’on\nse dévoile m ot par mot les charm aient. Ils se trouvaient des points\nd’attache aux pareilles idées énoncées au même moment. P our de\nsemblables choses leurs voix ém ettaient telles semblables inflexions\net leur silence sem blait fait aussi d’identiques sensations. Les lèvres\nsouriantes contem plaient leurs pensées, sans autre expression\nnécessaire. E t cet abandon de toute phrase trop nette les prédispo­\nsait aux longues r êver ies indécises, où passaient des sentim ents\nconfus, encore obscurs. C’étaient les prem ières et im matérielles\ncaresses de la voix e t de l’âm e.\n    B ientôt, m uettem ent complices d’un rapprochem ent désiré plus\nfréquent, ils se prom enèrent au delà de la ville, dans la campagne.\nCette joie d ’une délivrance de ses peines d ’orpheline, abandonnait\n Yvonne aux surprises de sa nature brusquem ent réveillée et tout\n ce qui faisait son secret de femme silencieuse, se livrait alors en\n causeries étoilées d’aveux. Cette idylle blonde m ettait une éclaircie\n au ciel d ’âme troublée de Paul. Il se laissait guider p ar la jeunesse\n d’Yvonne, étonné et, trop oublieuse subitem ent de ses to rtu res\n anciennes, sa n ature de nerveux et d’inquiet voyait en elle la\n Femme au geste suprême qu’il appelait jadis, du fond de ses heures\n mortelles.\n    — Pourquoi donc êtes-vous toujours si grave, demanda Yvonne\n de sa voix au tim bre doux, lors d’une de leurs échappées au travers\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "162                            LE RÉVEIL\n\n\n\n\nles campagnes, lors cristallisées de givre? — E t comme un peu sur­\npris de cette demande que rien de leur conversation passée ne faisait\nprévoir, P aul restait immobile, Yvonne reprit :\n     — Mais oui ! vous m ’êtes toujours apparu si grave et l’air si triste\nque je me suis dem andée—\n     — Si je suis souvent triste et longuement souffrant, et parfois\nrêv eu r devant vous — c’est que la joie s’absente de ma pensée\ne t que souvent j ’ai voulu com prendre votre silence, e t . . .\n     — E t, re p rit Yvonne légèrem ent pâlie?...\n     — E t, continua P au l, s’a rrê ta n t, le regard anxieux — et à force\nde vouloir vous lire, je suis devenu plus songeur et grave d ’une\nsouffrance qui restera peut-être obscure pour vous?\n     Y vonne, parée de cette grâce singulière qui la rendait étrange­\nm ent captivante, où seules, au milieu de la pâleur des chairs,\n souriaient les lèvres, Yvonne lui dit :\n     — Qu’ai-je donc en moi qui vous inquiète?\n     — Oh! dit P aul, ce qui m ’intéresse en vous, c’est toute une âme\nque je voudrais comprendre et qui m ’est restée fermée. Puis il ajouta,\nles paroles plus basses et lentes, presque flottantes sur le rebord des\nlèvres hésitantes : — C’est p eut-être quelque élan plus doux et plus\nsensible qui m’entraîne vers vous...\n     Yvonne s’était baissée, arrac h an t quelques fleurs tardives et\n fatiguées qui bordaient, de leurs teintes fanées, la route blanche.\n Elle était vaguem ent ém ue; ses doigts, dégantés et rosés par la\n m orsure éphém ère du vent, trem blaient en cassant d’un petit mou­\n vem ent brusque les tiges raidies. Paul s’était tù. Il regardait au\n loin m onter un filet bleuâtre de fumée, mince comme un ruban, dans\n l ’espace gris. La vie sem blait au repos dans la campagne; nul bruit\n sous le ciel bas aux teintes plombées.\n     — Oui, reprit P aul, d’une voix plus basse — c’est peut-être\nquelque chose de plus doux et de plus humain qui m ’entraîne vers\n vous.\n     Yvonne, s’était redressée et toujours silencieuse, entrem êlait de\n feuilles les fleurs cueillies. Un air sérieux ombrageait son clair\n regard, et sans répondre à la dernière phrase :\n     — Qu’ai-je donc en moi que vous vouliez com prendre?\n     — Tout, exclam a P aul, subitem ent grisé, votre cœ ur, votre rêve,\n cet idéal que je devine, et qui doit être et qui m’attire?\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                                L E RÉVEIL                              16 3\n\n\n\n\n    Yvonne releva sur lui les yeux devenus inquiets e t l ’ombre d ’une\n mélancolie rem plaça l ’éclat du regard. Cette mélancolie de femme\n— ce silence de deux cœurs qui allaient se dévoiler, avait un charm e\npuissant et subtil, une sensation vibrante qui les envahissait tous\ndeux — et leur silence même dégageait l’aveu des âmes qui s’aim ent\nen se taisant.\n    — Comprenez-vous m aintenant, que je sois souvent resté triste?\n    — Oh! Taisez-vous, dit Yvonne brusquem ent, dans un cri de\n peur; vous ne saurez rien de ce que je sens. Ce que je rêve est si\n beau et d’un émoi tel que rien ne saurait l’exprim er. Le silence a\npour moi de trop grandes bontés et j ’y puise des sensations trop\npures pour le détruire. Je veux vivre ainsi, embellie de cette vie\ntaciturne et m a solitude s’enivrera de songes et de vagues b o n h eu rs..\n    — Qui sait, interrom pit P aul, railleur, si ces visions charm antes\net solitaires ne s’évaporeront pas avec l ’âg e...\n    — Pourquoi? — coupa Y vonne, faisant un signe négatif de la tête.\n    — E t vous vous trouverez plus tard délaissée, au regret de votre\n solitude si â prem ent continuée?\n    — P e u t-ê tre , re p rit Yvonne, oui p eu t-être, me trouverai-je plus\nta rd seule; mais j ’ai vécu trop avec mes chim ères adorables, trop\navec les palombes m erveilleuses de mes rêves! Elles m ’ont donné\njusqu’à présent le m eilleur de leur cœ ur et je me suis couchée,\nconquise au miel de leurs m urm ures, dans l ’abandon de toute\njouissance hum aine.\n    Les dernières paroles d ’Yvonne expiraien t m ollem ent, faisant\nnaître à leur passage un re g ret voluptueux et las.\n    Paul s’é ta it irrité . Yvonne venait de révéler un idéal altier que\n rien n ’am olirait. Elle paraissait vouloir continuer ce renoncem ent\nplein d ’inattendu. Elle se taisait, m aintenant les tra its pâlis, comme\nennuyée d’en avoir trop dit.\n    — Vos rêves, hélas! n’ont rien d ’hum ain, Yvonne, et le\n suprême bonheur, croyez-moi, naît et m eurt d ’une souffrance ou\n d’un dévoûment.\n    — Oh! rep rit la voix sombre de P aul après un mom ent de silence\n — j ’ai souffert en vous écoutant, Yvonne. Je m ’étais figuré un idéal\n plus doux en vous et voilà que vous passerez au milieu des ruines\n de nos cœ urs, distraite et hautaine.\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "164                            ij;   r é v e il\n\n\n\n\n    Ce fut presqu’en une plainte que ces phrases agonisèrent. Yvonne,\nsurprise, le regarda lentem ent et sonda de ses yeux curieux cette\nâme qui pleurait à côté d’elle. Elle s’étonnait de cette souffrance\nqu’elle m éconnaissait, de ce cœ ur qui l’environnait de rêves et\nd’espoirs, comme un cortège d’invisibles tendresses et lorsqu’elle se\nvit soumise aux regards de P aul, lorsqu’elle sentit à nouveau naître\nen elle l ’oppression et l ’indéfinissable malaise d’antan, Yvonne tout\nà coup devina la puissance qui l ’avait poursuivie et qui avait atteint\nsa sensibilité aux heures d ’isolem ent. E t devant cette douleur qui\nl’im plorait, qui priait à paroles génufléchies to u t le bonheur de ses\njoies anciennes s’effraya et pleura par sa voix obscurcie de crainte.\n    — Oh! laissez-m oi, je sais tout, je me souviens m aintenant de\n vos regards qui s’alourdissaient sur moi, dans l ’Église; je me sou­\n viens des inquiétudes, de vos yeux qui me suivaient et me torturaient!\nNe soyez pas ainsi, P aul, à troubler ma vie et laissez-moi vivre\ndoucem ent, dans l’oubli des autres et de moi-même.\n    Yvonne avait nerveusem ent croisé les mains sur le sein gauche\ncomme pour re te n ir des flots de mots douloureux, et les yeux clos,\nelle descendait, silencieuse et glacée, dans son cœ ur, espérant y\n trouver un peu de paix et de calme.\n    — P aul re p rit d’une voix sourde : Oui, c’est moi qui me trouvais\n dans l’Eglise, c’est moi qui vous enfonçais im pitoyablem ent mes\nyeux dans votre chair, c’est moi qui souffrais d ’une peine aiguë et\n constante. Oh! croyez-moi, je vous haïssais, aux griffes de je ne\n sais quels désirs cruels. Pourquoi m ’avoir dit l’intim ité de votre Rêve!\n E t m aintenant que la moisson est faite, oh ! écoutez donc ma douleur\n qui sanglote, ma douleur qui vous aime ! —\n    La grande solitude des campagnes d ’hiver enveloppait cette scène\n d ’une intensité poignante. Ils étaient seuls dans l ’horizon étroit et\n gris, troué de distance en distance p ar la raie droite des sillons. Les\n routes s’enrubannaient blanches parmi l’étalem ent des terres\n sombres et de loin, au milieu des arbres nus, s’obliquaient les toits\n rouges. A peine m ordorée, la lune au travers des nues argentines\n transparaissait déjà.\n    Yvonne se taisait toujours, les yeux clos. P aul m aintenant\ninquiet, dit doucement :\n     — Yvonne?\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                                L E RÉV EIL                               i 65\n\n\n\n\n    — Vous m ’avez brisée; prenez-moi comme amie. Mais de grâce,\n ajouta-t-elle avec un regard d’indicible prière, plus rien de ce que\n vous m ’avez dit aujourd’hui.\n    Et, m ettan t dans la main de P aul ses doigts rosés p ar l ’air hum ide,\n et lorsqu’il les eu t baisés, elle lui dit, le sourire mélancolique et doux :\n    — Voici le gage de notre am itié. —\n    P aul s’était trouvé après cette scène im prévue, où sa souffrance\n avait jailli en cris de haine et de surprise, comme au sortir d’un\n sommeil trop lourd — le lendemain d’une n u it m auvaise. Après ce\n qu’elle avait avoué de ses pensées, élaborées au fond de sa solitude,\npourquoi s’était-t-elle sentie atteinte à nouveau de cette oppression\ndes jours anciens, du jo u r précis où lui-même par la toute victoire\nde sa volonté, la soum ettait à ses angoisses? P a r quelles affinités\ns’était-elle livrée, ainsi, pantelante? Il sem blait que leurs pensées\nfussent ju sq u ’à ce jo u r à l’opposite de leurs instincts.\n    M aintenant il la devinait vaincue, il la sentait troublée d ’un\nréveil soudain. Ce fut avec inquiétude qu’il l ’attendit le\nlendem ain.\n    Yvonne, une fois seule, avait entendu sangloter sa bonté devant\nP aul. Un doute avait jeté sur elle un voilà sombre constellé de\nfatigue et d ’effroi, car elle se tro u v ait sans défense à merci d ’une\nattaque indécise de sa nature. Yvonne, en ce moment souffrait de\nce doux éveil — énigm atique! — de la femme dans l'enfant. Une\nvoluptueuse lassitude l ’enguirlandait de désirs, de vague émoi, de\ntoute une évocation fleurie de souhaits. Elle se trouvait dans des\nroyaumes de joies rares. E t Yvonne en ce moment avait le regard\nqu’ont les femmes aim antes : des regards où toute une tim idité\nsensuelle so u rit; ce regard troublant, lentem ent élevé, comme\nune promesse et comme un rem ercîm ent. Dans sa cham bre, où\nchantait tout un passé irréel, des parfums presqu'éteints effleuraient\nses chairs m ates, l ’incitant peu à peu à l’avenir. Cependant, elle\nre sta it grave. Il semblait que sa grâce ancienne, à tire -d ’ailes\navait fui et m aintenant elle se sentait plus hum aine, moins fine.\nLes chères mélancolies d’antan l ’avaient abandonnée et elle se\nvoyait toute pâle, toute pauvre. P resq u ’involontairem ent, elle se\ncourbait dans une attitude de chasteté, et toute pensive elle se\nvoyait en face d’un horizon brum eux. En elle, pourtant, persistait\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "1 66                           L E RÉVEIL\n\n\n\n\nune révolte; to u t son passé lui seyait si bien, qu’elle s’en séparait\npeinée; m ais une sensation exquise de fraîcheur l ’enveloppait toute\ne t dans son jeune sang, à flots doux, d’ignorées émotions\npalpitaient.\n    L’homme qui l ’avait ainsi distraite de son monde artificiel ne lui\nrev en ait à la mémoire qu’en tra its amincis. E t de nouveau sa\npensée se créait un exil dans des joies seulem ent devinées, sans\nsouci de mieux connaître celui qui les lui avait procurées.\n    Au fond trop troublée et trop peureuse pour rester ainsi seule,\nYvonne descendit le lendem ain; et craintive, cette fois elle était\ndécidée à ne plus se laisser surprendre. Elle cèlerait son cœur\nobstiném ent avec des phrases agiles et des pensées adroites à parer\ntous les coups. Toute nouvelle venue dans ce monde de passions,\nencore inoffensive devant P au l, elle s’évanouirait d’esprit, s ’il\nten tait de renouer la conversation de la veille. Elle se m ontrerait\ncâline cependant, pour cette âme qu’elle devinait souffrante ; et elle\nau rait d’invisibles gestes d’âme pour caresser sa douleur et pour\nendorm ir son rêve. Mais d’un mot elle défendrait toute échappée au\nPays du Songe !\n    Paul se tro uvait encore inquiet; il était venu ce soir-là tô t et la\nm ère B runel , distraite, toujours parlante, l’endorm ait à la fin de\nsa parlerie pacifiante.\n    Quand Yvonne en tra, d’un geste de calme confiance elle lui\nten d it la m ain; mais tout de suite, devinant l ’état de P aul, elle fut\nm uette, surprise de sa physionomie pâlie où l’angoisse d ’un rêve\ntrop beau pleurait. Elle perdit conscience des promesses qu’elle\ns ’était faites, dominée de pitié et toute sa bonté, toute son abnéga­\ntion, encore d’elle inconnue, s’éveillèrent. E t d’un mot, elle le\nrassura, se livrant toute, l ’am enant au dehors, ignorant ce qui allait\nse passer, comment se term inerait la soirée.\n    La ville bruyait; la pluie avait lissé les trottoirs et sous les\nréverbères, des taches de clarté rouge sautaient sous l ’écart brusque\ndu v en t.,L a foule sortait hâtive, libérée du labeur quotidien. Les\nombres s’évanouissaient au coin des rues. Yvonne, près de P aul,\nallait, silencieuse, la tête baissée, droit devant elle. M achinalem ent,\nils se trou v èren t au Béguinage, enveloppé d’un sommeil ténébreux.\nLes petites maisons basses, sans couleur, sans la poésie m ystérieuse\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                               LE RÉVEIL                               16 7\n\n\n\n\n des heures de lum ière, évoquaient un renoncem ent énorm e. La petite\n église confondait sa masse avec les ténèbres. Eux ne se voyaient\n pas, ta n t l’ombre était épaisse. Instinctivem ent ils assourdirent leur\nm arche, se dirigeant vers la chapelle. Elle était close. P aul trébucha\net cogna la porte. Un bruit, profond et sourd, allongea sa plainte\nroulante dans le silence. Yvonne, la pensée déjà craintive, frissonna,\nprête à fu ir; elle ignorait m aintenant pourquoi, comment elle se\n trouvait là et dans sa te rre u r elle sentait des mains froides sur elle.\n Ce silence la glaçait et dans l ’ombre sa voix trem bla : P artons. Ils\n sortiren t, tous deux en proie aux visions supersticieuses ; des\nfrissons de frayeur blanche couraient ainsi que des vaguelettes sur\nleur chair. Devant les maisons petites des sœ urs, elle s’a rrê ta comme\npour respirer un peu de vie et de protection. Alors brusquem ent,\nderrière le m ur entourant le béguinage, des clameurs brutales\nsonnèrent. Yvonne répéta : P artons. Dehors ils frôlèrent des\nombres qui s’écartaient à peine de leur passage. Un m urm ure les\n suivait dans l ’étroite rue m ontante. Yvonne avait pris le bras de\nP au l; et des ricanem ents froids s’accrochaient à leurs pas, nerveux\net glissant. Au clocher, dix heures m artelèrent la nuit sombre.\n    Au détour d ’une rue, la sécurité de la lum ière la calma, et\nregardant longuem ent P aul, elle dit d’une voix de résurection :\nMerci !\n   — Yvonne, dem anda-t-il, que vouliez-vous me dire?\n    — Ne le devinez-vous pas?\n   — Non, rep rit P au l, ou du moins je n ’en sais pas assez. J ’en suis\nvenu à douter de tout, à me trom per sur les plus clairs sentim ents.\n   Us rev in ren t lentem ent et ren trère n t. Dans l’om bre, Yvonne\nfut reprise de frayeur. Paul l ’éclaira. Devant sa porte elle le fixa,\nles yeux durs, les yeux clairs où sa volonté se manifesta nette et\npure. P aul baissa les siens et Yvonne d ’un mouvement de confiance,\nle fit en tre r. Alors, dans cette cham bre, où toute une vie de femme\nrevivait dans la finesse des bibelots, Yvonne parla :\n   — Vous m ’aimez, P au l; votre am our s’est étrangem ent imposé\ndans m a pensée : vous êtes venu en moi par une volonté plus forte\nque la m ienne, et je me sais conquise, car ignorante des choses et\nde la vie, j ’ai vécu de visions. Je sens en moi un orgueil trop\nhautain, une fierté trop ardente pour ne pas être prédestinée à\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "168                           L E R É V E IL\n\n\n\n\ndes joies délirantes ou à des douleurs profondes. La pure et simple\naffection ne me suffit pas. Puisque je m ’exile auprès de vous, je\nserai à vous de toute ma puissance et de tout mon dévoûm ent. Mon\nâme sera le berceau de votre am our, — mais il en deviendra le\ncercueil, car je devine en moi l’essence qui fait le bonheur et\nl’essence qui engendre les ruines du remords. Oh! je ne veux pas\nde cette partie ridicule du cœ ur où nait la fleur dérisoire du seul\nam our! Je vous veux aussi dans toute votre puissance et tout votre\ndevoùm ent. J ’ai fait de trop beaux rêves, des rêves d’une griserie\ntrop altière, pour me contenter de peu. Je vous aim erai, mais avec\nun idéal de luxe, de grandeur et de tourm ent — qui nous liera et\nqui fera re n aître, de son agonie, un am our qu’on ne connaîtra pas\naprès nous. J ’arrive, dans le monde pour tous dans l’ignorance de\nmon âge et de mon sexe. P our vous je dépouillerai mes robes\nvirginales et p eut-être serez-vous effrayé du gouffre am er et\nadorable de mon âm e. Vous me voyez en h o rreu r de ces luxures\n basses, de ces luxures d’am ants hum ains. Je veux quelque chose de\n plus grand, car je veux que notre am our naisse plus dans notre\n pensée que dans notre cœur. Je serai la lum ière et la femme. Vous\n serez à moi parce que je serai secourable. Oh! croyez-moi, peut-\n être les joies que j ’imagine ne naitront-elles jam ais à l’ombre de nos\n cœ urs, mais la douleur, la résignation et les rêves éteints ont de si\n puissants a ttra its que je saurais trouver, dans l ’excès de la peine,\n une jouissance semblable à celle du bonheur! Nous nous élèverons\n radieux comme des aurores au ciel de notre am our et nos félicités\n s’élanceront, toujours inassouvies aux clairs baisers de notre Foi!\n     P aul vit surgir des paroles d’Yvonne un enfer désirable où chacune\n des flammes cruellem ent rouges ou bleues, était une sensation de\n souffrance ou de joie. Il se sentait l ’esclave de ces visions, de ces\n visions de fatigue, d’éclosions et de m ort et Yvonne se dressait\n comme un Ange A norm al, désirable de souhaits encore couchés au\n fond d’une âme qui s’éveillait dans la beauté noire d ’un rêve! Cet\n am our, dessiné en mots de magie et de flamme, de mots où palpitait\n l’âme des caresses captieuses, le courbait devant elle et il se livrait\n heureux dans la te rre u r de cet avenir de ténèbres et de lum ières!\n  Il assistait avec une tristesse heureuse à l’ensevelissem ent des im­\n  pressions anciennes qu’avait fait naître en lui Yvonne, la sainte\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                              L E RÉVEIL                             16 9\n\n\n\n\nd’an tan , détachée de sa niche en quête d ’une prière, et cette femme\nnouvelle qui se drapait hautainem ent dans son mépris et dans sa\nfierté, des reliques de son âm e, qui s’élevait si forte dans son\norgueilleux idéal que P aul avait devant elle le sentim ent craintif et\nfrileux qu’on éprouve à être seul dans les cathédrales au soir.\n    Yvonne souriait; elle suivait, à coup d’œil sû r, l’ivresse du vin\nqu’elle venait de verser dans les veines de P aul et brutalem ent le\ntriom phe plan ta dans ses prunelles ardentes, dans ses prunelles\narrondies de femme victorieuse, la prescience de le savoir à elle, à\nelle seule, dans sa force et dans sa soumission.\n   A lors câline, de sa voix m usicale, elle se surprit à caresser l ’âme\nde P au l, de phrases pleines de douceur, de bonté, de toute sa féminité\nadorable.\n   — Y vonne, votre rêve est cruel et beau comme une dam nation.\nP endant que vous parliez, vêtue de vos grâces captieuses, je voyais\nun ange aux ailes de tentation et d’effroi ; par ces m erveilles qu’à\nflots de lum ières irrita n te s vous venez d’épandre, je me sens à vous,\ndocile et faible. Voyez, Yvonne, voyez en moi l’enfant crucifié sur\nla croix d’une âme plus souffrante, parce qu’elle connut mieux que\nvous la vie, et que la vie l ’a fanée, et que la vie fut pour elle\nexempte du temps de bonheur. Elle a trop connu l’ardente souffrance\npour croire encore à l ’irréelle splendeur du songe et si comme vous,\nelle puise un peu de jouissance dans l’excès de sa peine, oh ! croyez-\nmoi cette jouissance est si faible qu’elle est un tourm ent dans sa\ndouceur fugitive ! L ’am ertum e et le délaissem ent furent mon pays\nd ’élection et voyez, Yvonne, voyez comme je reviens courbé de ces\nlandes sombres! Je viens à vous qui m ’avez appelé, l ’esprit vierge\net l ’âme obscure — car j ’ai trop craint la griserie des bonheurs\nintérieurs, pour m ’y oublier comme vous, douce femme ignorante!\nJe savais le crucial réveil que me réservait ce luxe solitaire et\ndevenu lâche devant lui je me suis abandonné aux griffantes caresses\nde ma misère! Prenez donc pitié d ’elle, madone du R êve, prenez\npitié d’elle et priez pour elle dans le cher tabernacle de votre âme.\nJe vous aim erai p eut-être comme j ’adore la m ysticité des vierges,\navec candeur, avec un vague effroi, de toute mon impiété! Je viens\nà vous l’âme parée de doutes, de haines et de railleries. Faites que\nmes doutes deviennent de la foi, mes haines de l ’oubli, mes railleries\ndes croyances. Je m ’endors en vous, la seule femme miraculeuse.\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "170                               L E REVEIL\n\n\n\n\n   Yvonne s ’était levée, émue en écoutant ainsi pleurer à ses côtés\nl’orchestre mélancolique des peines, et venue devant P au l, re p rit :\n   — J ’aurai pour moi le doux orgueil de votre consolation et vous\ntrouverez en moi, chère aurore de mes yeux! — les candeurs d’une\nenfant! Ayez en mon am our confiance et voyez y le repos de vos\nmornes souffrances, tête adorable, nimbée d ’obscurité! Je serai votre\nlum ière Adèle et mes yeux seront si clairs, seront si bons que votre\nâme s’y baignera et se consolera. Abandonnez heureusem ent vos\ndoutes fragiles et les yeux dans les yeux que votre âme entre dans\nla m ienne. Les lys et les roses, les jasm ins et les étoiles pour v o u s\nse m arieront dans leurs ch a n ts d’espérance e t vous vous bercerez dans\nun éth er si limpide que vous sourirez à leur bonté. P aul — ô secou ­\nrable douceur que votre nom pour moi ! voyez je suis nue aux yeux\nde votre cœ u r; je viens à vous en vierge et voyez ma chevelure\nceinte d’am our, d’abnégation et de pureté! Vous avez éveillé,\ndoucement des mains de votre douleur, la femme qui somm eillait\nen mon enfance et je viens à vous pure et blanche comme une\nhostie. Je serai dans votre vie, comme une rosée et comme une\naube. Prenez-m oi, prenez mon âme et dites-moi les chères paroles\ndes promesses. Ecoutez la m ollissante harm onie de mon cœur qui\nsanglote, Paul! Nous sommes seuls dans la vie et nos âmes veulent\ndans leur sororal essor, se baiser, s’aim er, et souffrir si loin des\nchoses basses , que nous aurons en nous quelques rayons divins de\nfoi et de sincérité !\n   Yvonne su rp rise dans l ’étreinte des bras de P aul, entendit ch an ter\nen elle :\n   — M’aimes-tu?\n   La chambre ombragée, restait silencieuse; un silence nuital,\nprofond et frissonnant les entourait de solitude. P aul, la voix trem ­\nblante, re p rit :\n   — M’aim es-tu?\n   Alors comme un m urm ure de nuit, fluide et légère comme une\nvoix d’om bre, l ’âme d’Yvonne s’avoua et toute pâle répondit :\n   — Oui. — (1)\n                                                       F ernand R o u sse l .\n\n\n (1) D’un roman en préparation s ous ce titre : Les Blanches Fiançailles,\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                      L E RÉVEIL                                 17 1\n\n\n\n\n                         Abel\n\nM o n frère, épargne-moi : l’ivresse de la vie\nN e m ’a pas ébloui de ses mirages d ’or;\nT u p eux m ’aimer, puisque m a p a rt de ce trésor\nJ e te la cède sans regret et sans envie.\n\nQue craindre d ’un en fa n t qui succombe au destin,\nE t dont les faibles m ains n ’ont point porté le glaive?\nJ e suis l’A bel qui va, dès que l’aube se lève,\nOuvrir de ses beaux yeux les roses du m atin.\n\nT a clémente p itié ne m 'est pas une offense;\nL e sacrifice est doux pour ceux à qui l'enfance\nA z u r é la bonté de leurs yeux exaucés.\n\nL iv re ta bouche fière à m a bouche soumise\nA fin que dans ion cœur ivre de mes baisers\nJ ’enfonce, en t'enlaçant, les ongles que j ’aiguise.\n\n                                          V alère   G il l e .\n\n\n\n\n                      Octobre\n\n    A llo n s p a r les fo rê ts d ’autom n e,\n    O ma, blonde, c u e illir des fle u rs\n    P our une vierge qu i p a rd o n n e\n    A nos am oureuses p â leu rs,\n\n    L eu rs douces sou illu res fa ta le s\n    E t tous leu rs péchés ingénus;\n    Puis nous sèm erons des pétales\n    S u r bien des crim es in c o n n u s...\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "172                               LE RÉV EIL\n\n\n\n\n           A l l o n s p a r les f o r ê t s d 'a u to m n e\n           E t les bois m é la n c o lis é s\n           Q u i s u r le g r is d u ciel g r i f fo n n e n t\n           De v ie u x g r im o ir e s em pesés.\n\n           T e s b e a u x c h e v e u x de soie, et te n d re s\n           C o m m e u n e r ic h e g a z e d ’or,\n           S e r o n t u n e f l e u r d a n s les ce n d res\n           T r o p a u to m n a le s d u d éc o r.\n\n                                                  G eorges T ouchard.\n\n\n\n\n          En des sentiers fleuris\n                                      L ie d\n\n\n\n\n         nE les sentiers fleuris de la prim e jeunesse, ils m archaient,\n           insouciants, effeuillant les pétales immaculés des lys, elle,\n          toute rose, aux yeux bleus, com ptant dix-huit renouveaux,\nlui, brun, aux yeux noirs, de deux printem ps plus âgé, couple\nheureux, poursuivant le rêve de leur prime jeunesse en les sentiers\nfleuris.\n                                      *    *\n\n   Il s’était m iré dans ses yeux, plus purs que le bleu du ciel, où il\npercevait des étoiles, plus profonds que celui de la m er, où il lui\nsem blait voir fuir des voiles blanches. Il s’était senti vaincu par ses\nregards, attiran ts comme l ’abîme, plus azurés que ceux de la sirène,\net de même que le voyageur égaré devient am oureux de la déesse,\nparce qu’il a entendu sa voix cristalline, il l’avait aimée, elle, parce\nqu’il s’était m iré dans ses yeux bleus.\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                                LE RÉVEIL                                173\n\n\n\n   Oh! qui donc nous chantera des yeux le charm e troublant,\nl’im mensité des regards? Les regards de l ’enfant, plus calmes que\nla surface polie d’un lac aux eaux de saphir, plus doux que ceux\nde l ’agneau; ceux de l ’adolescent, noyés en des lointains de rêve;\nles regards angoissés de la vierge dans la profondeur des nuits tièdes\nde printem ps, ceux du moribond, où l ’on dirait comme un vague\neffroi de l ’inconnu, peut-être déjà une vision de l ’au-delà de la\ntombe. Oh! qui donc nous chantera des yeux le charm e troublant,\nl’im mensité des regards?\n\n\n\n   La vie leur av ait semblé bien douce. Les ans avaient passé sans\naltérer leur am itié; toujours ils se croyaient jeunes, parce que leur\nam our n ’avait pas vieilli.\n    \" Je t ’aime \" se disaient-ils à vingt ans. \" Je t ’aime \" se disaient-\nils encore, bien que l ’âge les eût voûtés, bien que la neige eût rem ­\nplacé les blonds épis de leurs cheveux. Ils avaient vécu, doucement\nbercés p ar cette illu sio n d’une jeunesse qui leur semblait ne devoir\njam ais finir, leu r paraissait aussi inaltérable que leur tendresse, e lle s\njours avaient succédé aux jours, et la v ie leur a v a it sem blé bien douce.\n\n                                        *\n                                    *       *\n\n   H élas! ils m oururent bientôt. Comme ils se tenaient enlacés\ncomme jad is et toujours, sur le seuil de leur dem eure, un homme\nvint à passer. — a Depuis quand corbeaux hideux et fourbus se\nbecquètent-ils ainsi que gentes palombes » dit-il en éclatant de rire.\nSe regardant bien en face pour voir si c’était vraim ent à eux que\ns’adressaient pareilles paroles, ils s’aperçurent seulem ent alors\nqu’ils n ’étaient plus que deux vieux rabougris, à la peau ratatinée,\naux yeux éteints. Leur illusion était détruite, et ne pouvant subir\nla vérité, hélas, ils m oururent bientôt.\n\n                                        *\n                                   *        *\n\n\n  P eu t-être en des sentiers fleuris de paradis, dans les éperdues\ndélices de là-h aut, séparés de leur enveloppe terrestre, les deux\nam ants redevenus jeunes à jam ais continuent-ils de s ’aim er pour\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "174                               L E RÉ VEIL\n\n\n\n\nl ’éternité. Tandis que le vilain homme qui leur a dévoilé la vérité\nest peut-être actuellem ent en des noirceurs d’enfer, lui, cause de\ntout le m al, lui qui détruisit l'illu sio n , plus précieuse que la vie,\nillusion d ’un am our sans fin et toujours jeune. Sans lui, ils se\nseraient encore adorés longtemps sur la te rre , n ’auraient pas\nété achever de sitôt le rêve qu’ils avaient commencé ici-bas, en\ndes sentiers fleuris de paradis.\n                                                                L ouis V é h e n n e .\n\n\n\n                              L’Inoubliée\n\n                                                             E n mon cœ u r\n                                                                                  L ’I n o u b l i é e\n\n\n                                             F i la it la neige des reg rets\n                                             A u ro u et le n t d u s o u v e n ir;\n\n                                             E t j e m 'en s u is allé p a r la p a ix des E g lises\n                                             V e rs les cantiques blancs d?inconsolation.\n\n\n\n\n                                                                                 I\n                A u bois des h a n tises d ’a u to m n e\n                T om b a ien t en m on cœ u r en d eu illé,\n                Des sq u elettes ro u g is de fe u ille s,\n                Comm e des so u p irs d e B a isers.\n\n                E t m u e, a lbe, v e rs s a su rp rise,\n                P la n a it en ces é th ers lo in ta in s\n                L 'âm e d e m o n â m e, s u r p ris e\n                Des p le u r s résig n es de m on cœ u r.\n\n               L 'E n fa n t su r g it, a u to rse frê le ,\n               T elle q u 'a u x j a d i s irisé s,\n               E l, douce, a v e n a n t en les rêves\n               C him ériques d e m es B a isers.\n\n                En la tu n iqu e d e m es songes,\n                E m a n a n t a u p a r f u m des fleu rs,\n                Ce f u t l'E n fa n t des bleu s m ensonges\n                E t des b a isers len ts de m o n cœ u r.\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                    L E RÉVEIL                                175\n\n                                                         II\n\nOr, en ses y e u x bleu s d ’in scien ce\nL a blon de E n fa n t, d e c a n d e u rs, p â le ,\nE g re n a it u n b la n c ch a p ele t\nA la m a d o n e d'innocence.\n\nEn u n so u r ire d e re g re ts\nE lle é g re n a it son ch a p elet.\n\nE t sous la neige en s a d é v a le ,\nT ou t bas — c 'é ta it u n fa ib le r â le\nQ ui s'é c h a p p a it d u cœ u r in q u ie t\nDe la blon de E n fa n t tr is te e t p â le .\n\n                                                        III\n\nL ors, j'e u s tr is te des v a g u e s grèves,\nOù c o u r a it , en le ch em in long\nDe m on c œ u r m o r t e t de m es rêves.\nL a p â le E n fa n t a u x ch eveu x blonds.\n\nJ ’eus tr is te d u d iv in so u rire ,\nD isa n t les longs p a r d o n s d'effrois\nDe la p e tite E n fa n t m a r ty r e\nA u x a p p e ls d ’a m o u r sou s les c ro ix .\n\nDe p le u r s s'esto m p a n t s u r la neige\nN o ta it — m u sic a l e t sile n t.\nL ’écho des tim id e s a rp èg es\nSan g lo tes p a r son c œ u r      E n fa n t.\n\nE t c'étaien t, com m e p a r la p la in e ,\nD e va g u es c ilices lo in ta in s,\nC h a n ta n t le d e u il des n u its lo in ta in es\nA u x cœ u rs p e r d u s en m es chem ins.\n\n                                                        IV\n\nMon cœ u r, en les heu res p a ssées\nA u sein d 'étern elles b la n ch eu rs,\nV ers les a m o u rs en so le illée s ,\nF u t le ciboire d e ses p le u r s ,\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "176                        L E RÉVEIL\n\n\n\n\n      Q u an d , de m es lèvres p riso n n iè r e ,\n      Comm e à l'e x ta se s'h u m ecta n t,\n      R a b a is s a it — ro se — s a p a u p iè r e\n      S u r l'a z u r de son œ il d'E n fan t.\n\n                                                         V\n\n      J'a i rê v é de v a in e s caresses :\n      A u la c d e so le il e t d 'a z u r\n      L es cygnes d is a ie n t nos p ro m e sses.\n      P o u rq u o i h éla s! u n a m o u r p u r ?\n\n\n      A u se in d e fr ô lu r e s songeuses.\n      E t d 'ém a n a tio n s d 'a n ta n ,\n      C é ta ie n t des ca resses fr ile u s e s\n      A u x lèv re s de la blon de E n fa n t.\n\n\n      C 'étaien t des p u d e u r s v ir g in a le s :\n      P e rd u e en ces tro u b la n ts ch em in s\n      M a bouche, a u x ca n d e u rs lilia le s ,\n      F r ô la it le m a r b ré de son sein.\n\n\n      C 'é ta it , sous son r e g a r d vo la g e,\n      Un essor b la n c d e flocons flou s ;\n      E t c'éta it, sou s son b la n c corsage,\n      Un ch a n t d 'a m o u r à m es g en o u x .\n\n\n                                                         VI\n\n      C 'é ta it, de B on h eu r e t d e G râce,\n      L e c h a n t d e la d iv in e E x ta se.\n\n\n      C 'é ta ie n t d e su a ve s p e n se rs,\n      S i d o u x e t s i m éla n co liq u es,\n      Des p e n se r s d 'a m o u rs sym bo liq u es\n      S u r les lè v re s de m es b a isers.\n\n\n      C 'é ta ie n t d e bien p â le s im a g es,\n      Où les re in e s des tem p s p a ssé s\n      E ffe u illa ie n t en le u r c œ u r la ssé\n      Des m a rg u e rite s à le u r p a g e.\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                      L E R É V E IL                         177\n\n\n C é ta ie n t en cor — to u t bas — des p le u r s ,\n Des p le u r s tr is te s e t a n g éliq u es.\n Q ui d e le u rs ch a n ts len ts e t m ystiq u e s\n B e rç a ie n t e t co n so la ien t nos cœ u rs.\n\n                                                      V II\n M on â m e, d 'a m o u r en lisée;\n A u x c h a n ts d u s o ir é ta it bercée\n De som nolence e t d e p en sée.\n\nE t, des h a n tises d e m on ciel,\nM ’o b sé d a it la fille tte rose\nF ila n t u n r a y o n d e so le il\nA u ro u e t de m o n cœ u r m orose.\n\nE t j ' a i bercé m o n rê v e len t,\nE n son r a y o n d e s o le il p â le ,\nA la tié d e u r d u j o u r s ile n t\nE t du, c ie l a lo u r d i d'opale.\n\nCe f u t le so ir, en u n long p l e u r ,\nA u d é c lin d u so le il m orose.\nQue se b risa son fr ê le cœ u r\nA vec le d e rn ie r r a y o n rose.\n\n                                                     V III\n\nOr, d e p u is, j e file en r ê v a n t\nA u b r u it d e sa p la in te brisée,\nL a n eige d e m es p le u r s d 'a rg e n t\nS u r la tom be d e l'E n-A llée.\n\n                                                       IX\nE t lo rsq u e h éla s! p le u r e m on cœ u r,\nQ uand il n eige sous m a fe n être ,\nCe so n t des la rm e s d e d o u le u r\nQ ui n eig en t len tes d a n s m on cœ u r.\n\nE n la v e sp é r a le p â le u r\nQ ui p lis s e d'om bres m a fe n ê tre ,\nJe vo is m o n rê v e d e B on h eu r\nQ ui p le u r e en neige d a n s m on cœ u r.\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "17 8                        L E R ÉVEIL\n\n\n\n\n                                                               X\n\n       Or j ' a i de lu g u b res h an tises\n       E n m on cœ u r où p le u r e sa m o rt;\n       E t j e m 'en v a is p a r les É glises\n       V ivre e t m e so u v en ir encor.\n\n\n       E t j ' a i v u des fem m es fu r tiv e s ,\n       T réb u ch a n t , len tes, d a n s la n u it,\n       Q ui p a ss e n t, q u a n d sonne m in u it,\n       En esso r g r is d'â m es cra in tives;\n\n       C h an tan t, loin d u d o u lo u re u x b r u it\n       L a ng u is sa n t d e l'oiseau q u i f u i t\n       L a b la n ch eu r des neiges g élives,\n       J 'a i p e r ç u lo rs des v o ix p la in tiv e s .\n\n                                                              XI\n\n       D an s les om bres d u so ir chanté,\n       C 'é ta it — q u elqu e an cien n e m u siq u e —\n       Un a ir v ie illo t e t su ra n n é ;\n\n       C 'était d o u x e t m éla n co liq u e,\n       Ces v o ix lo in ta in es d u p a ssé ,\n       Ces v o ix d ’u n e é tra n g e m u siqu e.\n\n       Ce se m b la it, eu tin ry th m e usé,\n       L a chanson len te e t sym b o liq u e\n       Des la rm e s d e m on cœ u r lassé.\n\n\n       E t, sou s quelque effluve m ystiq u e,\n       L on gtem ps, bien lon gtem ps, j ' a i rêvé,\n       A u x ch a n ts d e la dou ce m u siqu e.\n\n                                                             X II\n\n       De l'É glise a u x vo û tes d e P a ix ,\n       L en te m e n t , so r te n t les h eu reu ses;\n       E t, m o rts, a u côté des dorm eu ses\n       R ep o sen t — de S o ir — les rou ets.\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                            L E RÉVEIL                                            179\n\n\n                                                            X III\n\n       E n m o i , c ’e st u n b r u it confus d 'âm es,\n       E t q u i d a n s l'im m en sité cla m e.\n\n\n                                                            X IV\n\n        T ou rn en t m a in te n a n t les ro u ets :\n       Ils file n t la n eige q u i tombe;\n       Comm e u n blan c lin c eu l s u r sa tom be,\n       I ls file n t de m o rte ls reg re ts.\n\n       Ils file n t son B a ise r de F em m e,\n       Ils file n t nos blanches A m ou rs,\n       E t la neige tom be to u jou rs\n       S u r le ro u e t le n t d e m on â m e.\n\n                                                             XV\n\n       A n é a n ti d e son vo u lo ir,\n       Je m a rch e, triste , en m a n u it d'âm e,\n        V ers l'É te rn e l lo in ta in m a n o ir\n       D 'am ou r, où repose la D am e.\n\n\n  M ais les cygn es s'en v o n t — oh len ts — a u fil d e l'eau;\n  L es cygn es s'en v o n t en le u r cou rse tr is te e t lasse,\n  L oin des ra n c œ u rs d 'ic i , v e rs le P a y s d u B eau .\n\n\n  E t c'est com m e u n e ssa im b la n c d e v ierg e s q u i p a sse,\n  F u y a n t, p a r l'éth er b le u , l'heure des vo lu p tés,\n  E t l'ivro sse a la n g u ie a u sein d e la terra sse .\n\n\n  E t les cygn es s'en v o n t , fr ô lé s, en longs baisers,\n  B u d e u il la s c if des fleu rs, p le u r a n t a u b ord d e l ’onde;\n  E t, com m e des ly s blancs, ils vo n t, im m a cu lés.\n\n\n  Ils v o n t... De le u r silla g e , en l ’ea u c la ir e c i p ro fo n d e ,\n  E m a n en t ; v ers m on cœ ur, quelques lo in ta in s re le n ts...\n  Ce sem b len t m 'être des B a ise r s d e V ierge blonde.\n\nH élas, c'est le D ép a rt, l'A dieu des cygn es b la n c s.\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": " 180                                     L E RÉ V E IL\n\n\n\n\n                                                                        XVI\n\n                Am lo in , le crép u scu le en lu eu rs v e sp éra le s ;\n                E t sem b len t, en les d e u x , des flo ra iso n s p lu s p â le s .\n\n                Ces p â le s flo ra iso n s e t celles d e là -b a s ,\n                C hanten t u n c h a n t p l a i n t i f e t d o u x en m on cœ u r l a s .\n\n                C e s t u n tr iste cortège e t b la n c d'âm es honnies :\n                L es V ierges d e la m o r t a u x p â le s agon ies. —\n\n               Ces âm es des d e u ils b lan cs, et des lo in ta in es m o rts,\n               En les p â le u rs des N u its v irg in a le s d ’a lo rs,\n\n               Des cœ u rs sa c rifiés, c ’e st le s u b til cortège,\n               H y m n a n t son c h a n t d ’a m o u r, en m y stiq u e solfège.\n\n                                                                      X V II\n               L ors, j ' a i ten d u les lèv re s p o u r les flocons blancs\n                Qui to m b a ie n t de ces cœ u rs, en b a isers flous e t lents;\n\n               E t j ’a i bu les ou blis de l'heure ta n t a im ée\n               En un p a r d o n T rès Grand, et v e rs l'Inoubliée.\n\n                                                                 C arlos       du   F ay.\n       M ai 1892.\n\n\n\n                             Charlemagne\n           pApelez une autre affaire, dit le président.\n               Le tribunal venait de condamner un escroc ; il comptait\n             expédier avec la même célérité sereine quelque autre\nm alfaiteur, lorsque, à l ’appel du greffier, parut à la barre un gamin\nd’une dizaine d ’années que la vue des juges sembla tout d’abord\nfrapper d ’hébètem ent. Après s’être assis, peu à peu il retrouva son\nassurance et sa petite figure, jolie m algré la misère qui en avait\némacié les traits, s’em bellit encore de l ’attention intelligente qu’il\nm it à écouter.\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                               L E RÉVEIL                             181\n\n\n\n\n    — Vos nom et prénom s? dem anda le président.\n    — Jean -P ierre Lomba.\n    — Votre âge?\n    — Treize ans.\n    — Profession ! Qu’est-ce que vous faites?\n    — Je porte les commissions pour un pâtissier.\n    — Allez vous rasseoir.\n    En même tem ps, d’un signe de tête, le président donna la parole\nau ju g e-rapporteur.\n   — Lomba est inculpé.... euh! e u h ! .... prévenu d’avoir, à Liège,\nle 5 décembre, commis un vol au préjudice de la nommée M arie-\nCatherine Vanesse.\n   Le juge leva les yeux et, regardant la table où d’ordinaire étaient\ndéposées les pièces à conviction, fit signe au greffier qu’il n ’y voyait\npas ce qu’il cherchait. Le greffier sourit et, d’un mot, av ertit l ’huis­\nsier qui so rtit de l’auditoire.\n    Cependant, le juge-rapporteur continuait la lecture des pièces du\ndossier, d’où il résultait que Lomba, chez lequel de mauvais instincts\nprécoces s’étaient éveillés.... euh! e u h !       révélés de bonne heure,\navait soustrait frauduleusem ent au préjudice de la femme Vanesse\nune m arionnette.\n   L’huissier ren tra. Il y eut parm i les spectateurs des chuchotte ­\nments et des rires : il agitait au bout d’une mince tige de fer, une\nm arionnette grossièrem ent travaillée au couteau dans un morceau\nde bois et couverte de lam beaux d’étoffes aux couleurs vives qui lui\nfaisaient une sorte de pagne, de longues manches tailladées e t un\nm anteau; sur la tête, un morceau de papier doré coupé en dents de\nscie figurait une couronne.\n   Jea n -P ie rre se souleva sur son banc, essayant de voir ce que lui\ndérobait le bureau où siégeaient les juges, puis, lorsqu’au milieu de\nrires plus accentués, l’huissier eut placé la m arionnette su r la table,\nun soupir s ’ex hala de la poitrine du g a m in , — un long soupir dont on\nn ’aurait pu dire de quel genre d’émotion il était l ’écho.\n   Après l ’audition de la plaignante et de l ’agent qui avait dressé le\nprocès-verbal, le président se tourna vers Jean -P ierre.\n   — Levez-vous. Vous avez entendu? C’est très mal ce que vous\navez fait : 0n n e doit pas voler, voua savez bien cela.\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "182                             L E RÉVEIL\n\n\n\n\n    Jean -P ierre, debout, les pieds rivés au plancher, tournait sa cas­\nquette dans ses mains agitées d’un léger tremblem ent.\n    — Je n ’ai pas volé ! fît-il brusquement.\n    Une pâleur profonde succéda sur son visage à la rougeur de la\nhonte et, les yeux fixes, il re p rit : « Ce n ’est pas vrai que j ’aie volé,\nje le ju re ! »\n    — Ta ta ta ta , fit le président; ne jurez pas : vous êtes encore\ntrop jeune. Dites la vérité, cela vaudra mieux.\n    — Je vais vous dire, repondit Jean -P ierre, et, m ontrant sur la\ntable la m arionnette étendue dans une pose de désespérance, ses\nbras et ses jam bes articulés form ant des angles bizarres : « Ça,\nn ’est-ce pas? poursuivit-il; on voudrait me le donner m aintenant,\nque je n ’en voudrais plus .. ah bien! non. »\n    — R assurez-vous, dit le president avec un sourire; on n ’a pas\nenvie de vous faire de cadeau.\n    — C’est pourtant pour l ’avoir, n ’est-ce pas? que Monsieur l ’agent\ndit que je l’ai décroché de la boutique? répondit Jean -P ierre. Eh\nbien ! ce n ’est pas vrai, ce n ’est pas pour ça.\n    — Ah bah! P our quoi donc?\n    — Je vais vous dire...\n    Jean -P ierre réfléchit un instant. — « Voilà, fit-il. Mon camarade\net moi nous étions place du Marché le jo u r de la veille de Noël, au\nsoir, n ’est-il pas vrai? Alors, mon cam arade me dit : « Tiens!\nregarde un peu là. N ’est-ce pas Charlem agne? » qu’il me dit. Je\nregarde et je dis si. »\n    — Charlem agne, c’est la m arionnette? demanda le président.\n    — Oui; et quand on joue les m arionnettes chez Flaba, en Bêche,\nre p rit Jean -P ierre, il y a toujours Charlem agne, voyez-vous, et\nc ’est lui qui punit les chevaliers félons et toutes les canailles. Mon\ncam arade et moi, nous n ’allions aux m arionnettes que pour voir\nCharlem agne. Alors donc, sur la place du M arché, voilà qu’il me\ndit : « C’est Charlem agne, » et, tout de suite, il me vient à l’idée :\n\" F au t pourtant que je le tienne en main. \" Vous com prenez?...\nE t je m ’approche, pendant que mon cam arade, qui n ’avait pas la\nmême idée que moi, se sauve en me disant que son père l’attendait.\nJe regarde la m archande et, à voir sa mine, je me dis qu’elle ne\nme laissera pas prendre Charlem agne en main, qu’elle dira que je\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                              LE RÉVEIL                             18 3\n\n\n\n\nvais le salir et ci et ça; alors donc je l’ai pris tout de même sans lui\ndem ander la permission et elle s’est mise à crier après moi, ce qui a\nfait que je me suis sauvé.\n    — Il a fallu que l’agent se m ette à votre poursuite, rem arqua le\nprésident.\n    — Il est payé pour ça, répondit Jean -P ierre ; mais n ’empêche,\nallez! que j ’aurais rendu à Madame son Charlem agne : ce n ’est pas\nle v rai, comme on le voit sur le th éâtre.\n    — La parole est à M onsieur le substitut du procureur du roi.\n    — Un seul m ot, Messieurs, dit le substitut en se levant. C’est la\npremière fois que Lomba com paraît devant vous; on n ’a aucun\nreproche à faire à sa conduite et, en considération de son jeune\nâg e,je crois que vous ferez bien en le renvoyant des poursuites.\n    Il prit à côté de lui le code et, l ’ayant feuilleté, en invoqua\nl ’article un tel, puis, en vertu de l ’article un tel, — un autre, —\nrequit qu’il plût toutefois au tribunal m ettre Lomba Jea n -P ie rre à\nla disposition du gouvernem ent ju sq u ’à l’âge de dix-huit ans.\n    — Cela ne peut lui faire que du bien, ajouta-t-il en se rasseyant.\n    Le président fit un grand signe affirmatif et, après avoir consulté\ndu regard ses assesseurs qui opinèrent du bonnet, il renvoya Jean-\nP ierre Lomba des poursuites, dit toutefois que le tribunal le m ettait\nà la disposition du gouvernem ent jusqu’à l ’âge de dix-huit ans\naccomplis et, s’enfonçant dans son fauteuil : «Greffier, continua-t-il,\nappelez une autre affaire. »\n                                              A lfred L avach ery.\n\n\n\n\n                            Le Billet\n     Très court, il commençait ainsi : \" Cher adoré \" .\n     E t finissait charm ant par ces mots : \" L a Sirène \".\n     Oh! je la vois sourire à mon cœur éploré,\n     sur le seuil qu’on m ’ouvrait, dressant son port de reine;\n\n     L o r s , toute ensoleillée au rayon timoré\n     d ’u n m a tin gorgé d ’or, elle glissa, sereine,\n     le billet dans ma m ain, et le fro n t coloré\n     s ’en fu it loin du seuil triste où depuis mon cœur trame.\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "184                           L E RÉ V E IL\n\n\n\n\n      C'est son cloître, vois-tu; lui-même a p ris le froc\n      — comme ces moines saints qui, là-ha u t, sur le roc,\n      égrènent leurs chagrins dans l'ombre cellulaire.\n\n      L a rive est toujours là, mais la sirène a fu i.\n      M o n cœur pleure, car tout a disparu pour lui;\n      et le pauvre billet dort en son scapulaire.\n\n                                              E dmond D effe r n e z .\n\n\n\n                      L’Ile E nchantée\n\n       Su r l'étang clair bordé de sombres boulingrins,\n       — Où Bacchus, Apollon, Vulcain aux jambes torses,\n       E t des gladiateurs dressent leurs pâles torses,\n       Le glaive nu levé vers les Dieux pérégrins. —\n\n       Tels que d’antiques nefs à carène de neige\n       Glissent deux cygnes, en leur blancheur reflétés.\n       Des chants de rossignol, par l ’écho répétés,\n       Troublent le parc silent de leur limpide arpège...\n                                   *\n                                 * *\n       S i nous pouvions comme eux consumer notre Amour\n       E n quelque île lointaine, ô ma très-frêle Vierge,\n       E n quelque île aux bosquets fleuris, aux sentes vierges,\n       Où sous un soleil d'or s'éternise le jo u r!\n\n       E n cette Ile Enchantée aperçue en mes rêves,\n       Où des arbres couverts de roses floraisons\n       Eclatent, émergeant de vaporeux gazons\n       Tout constellés d'iris, au bord des eaux qui rêvent...\n\n       Sur un lac de cristal, semé de nénufa rs\n       A u x yeux d'ambre, nous glisserions en une blanche\n       Barque, vêlus de très-fines tuniques blanches,\n       La topaze flottant de tes cheveux épars;\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                                    L E RÉVEIL\n\n\n\n\n       E t parmi la fraîcheur et la paix des feuillages,\n       Nonchalamment assis sur des sièges dores,\n       Je noyerais mes regards en tes yeux adorés.\n       Les jours s'écouleraient sans augmenter notre âge...\n                                   *\n                                 * *\n       Soudain s'évanouit mon rêve; sans espoir\n       A f u i l 'I le Enchantée aux bosquets de jouvence...\n       E t j'aperçois au loin, sur l'étang de silence,\n       Les deux cygnes glissant en la pourpre du soir.\n\n                                           R o d r ig u e   S é r a s q u ie r .\n\n\n\n\n                      C H R O N IQ U E L IT T É R A IR E\n\n\n\n\n    F r a n c is   N a u tet.   —    Histoire des lettres belges\n                      d’expression française. (*)\n\n\n           'Léclosion d’un livre de critique à large envergure est chose\n             trop peu fréquente en Belgique pour ne pas souhaiter à\n             l ’œ uvre récente de M. Francis N autet, «H istoire des lettres\nbelges d ’expression française » tout le succès qu’elle requiert. L ’éla­\nboration judicieuse d ’un travail aussi ardu prouve pérem ptoirem ent\nune rem arquable vigueur de sens critique et une vraie indépendance\nd ’opinions. Ce n ’est point un assemblage d ’idées toutes faites, de\npréjugés antédiluviennem ent consacrés, de profondes génuflexions,\nà la m anière de certains critiques, devant le goût relatif du public\net cela est réconfortant et très susceptible de sym pathie. La plume\nde M. Francis N autet est alerte et vivace et on ne lui fera certes pas\nle reproche de s’être laissée contam iner par la critique prétendûm ent\nautorisée. La finesse de la forme, la justesse des appréciations\ndénotent une ra re perspicacité.\n\n\n  (*) Un volum e, chez Hochez, Éditeur îi Bruxelles. (1,25 fr.).\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "18 6                                L E RÉV IÎIL\n\n\n\n\n    Le livre comporte quatre chapitres que nous voudrions analyser\nd ’une façon détaillée mais que la place restreinte qui nous est\nréservée ici nous oblige à signaler sim plement : Les Sources du\nsentim ent littéra ire en Belgique, les Influences du P assé, la Genèse\ndu mouvement actuel, un chapitre des plus curieux qui insiste sur\nla véritable floraison de revues littéraires de ces dernières années\ntelles que « L a Jeune Belgique, L a Société N ouvelle, L ’A r t m o­\nderne, L a W allonie, Le M ouvem ent L ittéra ire, F loréal etc., toutes\nrevues vivantes où se dépensent des talents très personnels qui sont\nune des preuves de l ’originalité et du caractère national que dort\navoir notre littératu re, ironiquem ent critiquée par d’aucuns. C’est\nce que M. F rancis N autet exprim e fort justem ent en ces quelques\nlignes : « La Belgique, ne pouvant, par son exiguïté, rem plir de\ngrande mission sociale, politique ou religieuse, n ’a d ’autres sources\nd ’élévation et de supériorité que l ’a rt et la pensée. C’est pourquoi\nil fut inconcevable de m ésestim er l ’ardente jeunesse qui sut m ettre\ntout son cœ ur et toute sa peine à l’édification d’une littératu re n a­\ntionale ou qui to ut au moins, s’il faut être modeste, tém oigna d’un\nvigoureux élan précurseur. »\n    Le volume se term ine par une superbe étude sur Charles De\nCoster « le prem ier écrivain-artiste belge qui, il y a vingt ans, lu tta\ndésespérém ent, seul, sans escorte et sans appui, — contre tous. »\n    L ’H isto ire des lettres belges est un livre qui se recom m ande par\ndes qualités supérieures de critique et l ’esprit de combativité sincère\nqui y souffle lui donne en même temps qu’un caractère spécial\nquelque chose de très attachant.\n                                                       Jo seph D e s g e n è t s .\n\n\n\n          J u le s S o ttia u x .   — Roses d’Automne. (*)\n\n\n          'au teu r dit en préface : Mes pâles roses d ' A utom ne vous\n           apparaîtront bien épineuses sans doute. P o u rta n t, n'ayez\n           n u lle crainte; ceuillez les doucement, pétales p a r p éta les...\n    Hé! pauvres de nous, elles s ’effeuillent au toucher, m algré le fil\nd ’archal dont les avait soutenues leur prudent jardinier.\n\n\n   *( ) Un volum e, im prim erie Tourneur-Sm itz, Charleroi. (2 francs).\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                                    L E RÉVEIL                          187\n\n\n\n   Ce livre est vraim ent curieux; ajoutez à François Coppé un quel­\nconque des chansonniers de 1820, multipliez par Joseph Prudhom m e,\nvous aurez M onsieur Sottiaux. Il a, dans ses Roses d ’A utom ne,\naccum ulé les choses les plus inouïes: une inconscience absolue,\nnaïve, de toute poésie, un préchi-précha de prix de vertu et des\nfautes de français, sans parler des nom breux sujets de pendule, en\nzinc, qui décorent son œ uvre, M usulm ane et Croisé, par exemple.\nFaut-il que je cite?.. Vous devinez, sans lire :\n\n        M a is du m oins, laisse-m oi voler vers ta p a trie ,\n        N e m ’abandonnes p a s, tu me f e r a is m o u rir,\n        B ien loin de ce vallon, de via mère a tte n d rie\n                    J 'ir a i, sans un s o u p ir!\n\n  Puis, quelques pastiches de Coppée, délirants, la P a tro u ille par\nexemple ou bien : E n chemin de f e r (P aysages p r is su r le v i f ) . Je\ncueille :\n\n        L ’abbé tranquillem ent récite son bréviaire;\n        Le m ilita ire songe au prochain régim ent;\n        L es commis sont fâchés su r le gouvernement\n        E t f o n t , à tout propos, des gestes pleins de grâce;\n        L es dam es, s'approchant se p a rle n t à voix basse,\n        E t moi j e vous écris ceci, tout sim plem ent (!!!)\n        C harleroi, Charleroi, tout le monde descend!\n\n   Mais ce ne sont que bagatelles de la porte : écoutez le flétrir le\nvice et prôner la vertu, en ces vers flagellants : S u r u n Orgue de\nB a rb a rie. L’au teu r, à sa fenêtre, regarde (naturellem ent)\n\n        .............. des n u its l'astre m y sté rie u x.\n\n        M a is, quelle est cette voix qui trouble ain si ce lieu.\n        E t détourne u n moment ma douce rêverie?\n        C'est to i! v il in stru m e n t! orgue de B arbarie!\n        Trouble de nos cités, dont le son rauque et d u r\n        A ppelle, du sein de quelque taudis im p u r\n        Où se donnent la m ain la débauche et la honte\n        L'aveugle ouvrier qui ne voit pas qu'on l ’esc o m p te ...\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "188                             L E RÉV EIL\n\n\n\n\n  E t pendant que se passent ces abominations :\n\n        ................ l ’honnête homme au fo y e r se repose,\n        P a r m i les sien s, fidèle au devoir qu i s'impose.\n\n  Mais M. Sottiaux nous peint aussi des objets plus austères :\n\n                     Sous l 'effort de la pensée,\n                     I l t i - e n t la m ain baissée\n                     L e poète, le rêveur;\n                     E t triste en sa solitude,\n                     D ans son cabinet d ’étude\n                     I l d it ce que d it son cœ ur.'\n\n  Ou plus réjouissants, sous le titre suggestif de : Silence! ( ! !!) —\nJe recueille\n                   P a rlez bas, car le p e tit\n                   E s t là dans son lit\n                            Q u’i l rêve\n                   A ttendez que son sommeil\n                          Sans aucun éveil\n                             S'achève.\n\n  De même pour le lecteur des Roses d ’A utom ne.\n\n                                                F r é d é r ic F r ic h e .\n\n\n\n                   C H R O N IQ U E A R T IS T IQ U E\n\n\nQuatrième Exposition de l’U nion des Artistes des Flandres.\n\n\n          B\n          ien que renferm ant une ou deux petites horreurs sculptu­\n           rales, e t quelques m ètres carrés de polychrom e barbouillage,\n           dont je ne dirai rien, — car en fait de critique, un principe\nque j ’ai élu mien est de ne considérer en une œuvre artistique que\nce qu’elle offre de rem arquable, sans chercher à m ettre en relief ses\ndéfauts; et extensivem ent, de ne louer en une exposition que les\nartistes vrais, sans décourager par une ironie facile ceux qui le\npourraient devenir; — cette exposition révèle chez plusieurs artistes\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "                               LE RE VEIL                              189\n\n\n\nune tendance prononcée vers la production d ’œ uvres neuves, per­\nsonnelles, s’éloignant du classique paysage, du p o rtra it terne et figé\ncomme une enseigne.\n    E t to u t d ’abord je citerai : M. M ontald, qui, mieux qu’aucun\nau tre, a perçu l ’Idéal artistique tel que je le conçois, et dont le\ntableau L ’Oiseau et les Sylphides est peut-être le m eilleur de l’e x ­\nposition; — M. Doudelet, aux sobres, mais symboliques et sugges­\ntives aquarelles, parmi lesquelles je relève : Calme d'âm e, O iseaux\ndu m a l, A n a n kè; — et M. Billiet, exposant un tableau en pointillé,\nL a Convalescente, qui contient de très rem arquables effets de\nlum ière, et un clair E ffe t de m a tin . —\n    V iennent ensuite : M. W y tsm an , le peintre délicat des paysages\naux tonalités douces, aux horizons violacés, et Mme W y tsm an , avec\nun B o rd d ’étang très coloré; — M. M arcette, dont nous voyons, en\npointillé, une nocturne fort bien rendue et un paysage brum eux où\nl ’effet voulu n ’est pas atte in t; — enfin MM. T rem erie; De Saedeleer,\navec un bon Contre jo u r ; et V erstraeten nous présentant Les M eules\nsous un ciel de grisaille très naturel, mais p ar contre un Soir ne\nv alan t pas le cadre qui l ’entoure. —\n    Deux peintres m éritent une mention spéciale : MM. De W e tte et\nH orenbant. Ce sont, de tous ces « artistes des F landres, » peut-être\nlesseu ls d o n t l ’œ uvre revêt un caractère véritablem ent \" flamand \".—\nM. De W e tte expose : Oude dagen, une bonne vieille filant le rouet\nen sa cham brette blanche, et H e t stille leven, une jeune femme et\nsa m ère, songeuses, occupées à d’interm inables coutures devant leur\nfenêtre aux pots à fleurs rougeauds comme le carrelage en argile,\net près du classique bahut boiteux supportant un plateau garni de\ntasses. — De M. H orenbant, nous rem arquons un L andschap, très\ncaractéristique, que nous aurions cependant voulu un peu plus clair,\net un original S ta d zich t. —\n     Notons encore, parm i les autres peintures : un paysage un peu\ntern e, mais d ’une grande finesse, de M. de Sim pel; — des marines\nde MM. Cogen et du R y ; — de M. Toeffart : A rtiste s au repos et\nF a m ille de chats, deux gentils tableaux, (et une Cora sur un h o r­\n rible fauteuil v ert!) — de M. Van A cker, deux pastels qui révèlent\n du ta le n t, et deux autres, trop artificiels, de Melle Van B utsele; —\n enfin une F a n ta isie de M. Van Melle, qui se plait à évoquer en ses\n toiles les exquises m ièvreries orientales; et de lumineux V ieux quais\n de M. W illaert.\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": " 19 0                           L E RÉVEIL\n\n\n\n\n    Un mot des sculptures. Nous relevons : une É tu d e de Sculpture\npolychrome ém aillèe, et un Modèle de b a s-relief, de M. Hippolyte\nLe Roy, — dont j ’avais oublié de signaler deux tableaux : la M er\nM éditerranée à Terracine et à Porto Anzio; — un plâtre nerveux\nde M. George M inne; — Captive, statuette de M. K asteleyn; et de\nM. Van den Bossche deux m arbres : Veuve en p rière, Le P rin te m p s,\ne t un p lâtre, Sous le Directoire. — Ce pour clore.\n    En somme, une probante m anifestation de la vitalité artistique\nde nos provinces flamandes, manifestation à laquelle le public n ’a\npas répondu avec assez d ’em pressem ent, et que la plupart des jo u r­\nnaux quotidiens, — selon leur excellente habitude, — n ’ont eu garde\nd’annoncer et d ’encourager.\n                                             R o d r ig u e S é r a s q u i e r .\n\n\n\n   Exposition des Œ uvres de M. Baron au Cercle Artistique\n\n\n           aL Section des A rts du Cercle A rtistique et Littéraire a donné\n             en ces derniers temps des preuves d’une vitalité très réelle\n             que nous désirerions voir continuer. Au rebours de ce que\nl ’on aurait pu être tenté de croire, le Salon trien n al qui s’ouvrira\nen notre ville au mois d’août prochain n ’a pas concentré toutes les\nactivités et toutes les initiatives vu le nombre considérable d’exposi­\ntions qui se sont succédées d’une façon presque ininterrom pue en\nl'espace de quelques mois. C’est un germ inal artistique dont il y a\nlieu de se réjouir hautem ent.\n    Ce que l’on a ratiociné sur les avantages ou les désavantages des\nexpositions particulières est prodigieux. Quoique la question fût\nd’une im portance relative les avis se sont néanmoins diversifiés à\nl’infini. Les expositions collectives ou particulières ne se valent-elles\npas? Il suffit que tout esprit étroit et m alintentionné soit rigoureu­\nsem ent banni de leur organisation et aussi que les trous du crible\ndu ju ry restent immuables, ne se rapetissent ou ne s’agrandissent\npas selon l ’arb itraire des membres. Une idée excellente a été émise :\nil s’ag irait d’ouvrir une salle perm anente où tout artiste aurait la\nfaculté d’exposer ses œuvres pendant un te mps limité sans devoir\nles soum ettre à la partialité d’un ju ry .\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "                                            L E R É V E IL                                         191\n\n\n\n\n   Les toiles nom breuses que M. Baron a réunies au Cercle A rtis­\ntique tém oignent d ’un labeur infatigable et sont em preintes d’une\npersonnalité fort caractéristique à différents points de vue. A ujour­\nd’hui — ceci dit en toute sincérité — ces peintures nous paraissent\nd ’une placidité trop froide et d’une tonalité trop peu franche. Le\ngris dom inant est conventionnel et to u t manque en général de\nlum ière, surto u t dans les av an t-p lan s; seulem ent les ciels sont tous\nrem arquablem ent et puissam m ent rendus, les perspectives irrépro­\nchables. En présence de ces œuvres, personnelles pour la p lu p art,\nil serait injuste de m éconnaître le novateur que fut M. Baron il y a\nune tren tain e d’années et de nier la place im portante qu’il occupe\ndans l ’histoire de la peinture en Belgique.\n    Nous citerons parm i les œuvres qui nous ont semblé les plus inté­\nressantes : Journée de P rin te m p s, paysage lum ineux, certainem ent\nle m eilleur du salonnet ; la Roche a u x Corbeaux, t r è s vivant et d ’une\nbelle harm onie de couleurs; puis quelques paysages habillem ent\ntravaillés représentant des environs de N am ur ; un effet de neige\n(Route de B ruxelles à Namur) qui serait parfait si on pouvait en\nabstraire les maisons qui le déparent to talem en t; le C hevreuil p erd u\nrappelle le faire de C ourbet; les panneaux décoratifs (fleurs) sont\nd’une rigidité m orte et fort sèche.\n    Comme nous l ’écrivions plus h aut, cette peinture décèle un vigou­\nreux et incontestable talen t mais nous p araît trop conventionnelle\npour susciter la poignante émotion d’a r t que d’autres œ uvres nous\nont fait éprouver.\n                                                                Jo seph       D esg e n è t s.\n   M a i 1892.\n\n\n                                TABLETTES\n         A t r a v e r s le s R e v u e s            ville; et L ’E nfer Familial par Saint-Pol-\n                                                     Roux.\n   A lire dans L a J e u n e B e l g iq u e de         De C h im è r e (Floréal) le sommaire est\n mai des vers d’A lbert Giraud, L 'A dora­           à citer tou t entier : outre la Réponse\ntion des Mages et des Chansons d ’Amour              ouverte de Ju les Bois à Pierre Dévoluy,\n de G, D estrée.                                     des vers de Rem y de Gourmont, D. G.\n   Dans L e M e r c u r e d e F r a n c e , O f­     R osetti (traduction), R ené Caillié, FernJ\nfra n d e funéraire à H ym nis, de P. Quillard;      Maznde; des proses par Henri Mazel Jules\n Le Vitrail des Saintes de A . F'. H érold; Le       Renard, notre ami Joseph Desgenêts; et\n Vieux dans sa barbe, p a r R. Minhar; La            de Paul R edonnel, Le Malandrinat litté­\n Boutique d'histoire naturelle p a r Ch. M e r ­     raire.\n ki ; Le Rêve de la M ort, de Gaston Dan-               En L e M o u v e m en t L it t é r a ir e (8 m ai)\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "192                                             L E RÉV EIL\n\n\n\n\nnous relevons une chronique parisienne                      Quoi qu’on en dise, l a R e v u e B e l g e\net une chanson de Marcel L efevre, e t des                nous réserve encore de bons num éros,\nvers de notre collaborateur Lucien De                     tém oin celui du 1er Mai, où nous rele­\nBusscher (Jean Novis).                                    vons : L a Cité magique par A . G eens.\n    A u sommaire de F l o r é a l (Avril) :                 N ous recevons encore : L a F r a n c k\nGeorges Saint-Sinleux, Vers; A lbert                      M o d e r n e (1er et 22 Mai) le prem ier de\nThonnar, Légende de la naissance du bon                   ces n°“ est consacré au Socialism e, et\nDieu depitié; Auguste Donnay, Printemps                   contient un portrait de B enoit Malon;\nclair; Edm ond Rassenfosse, Chansons;                     — R o u e n - A r t i s t e avec une chronique\nLéon Paschal, Fragment d'un roman;                        Littéraire sur P aul R edonnel; — L a\nPaul Gérardy, Vers.                                       R e v u e U n iv e r s ita ir e , L e S y lp h e , L e\n    L e M a g a s i n L i t t é r a i r e du 15 Mai       B l u e t , et L e C o i n d u F e u .\npublie des vers de Grégoire le Roy : Voilà                    Souhaitons la bienvenue et longue vie\nl'hiver, voilà les peines....                             aux E s s a i s d e s J e u n e s , de T oulouse,\n    Dans la R e v u e I n d é p e n d a n t e (Avril) :   dont nous est parvenu le troisièm e n».\nG. Lecom te, l'A rt contemporain; Ch. Sau­                (Mai). Rédacteur en ch ef : Em m anuel\nnier, l'A r l nouveau (Camille Pissarro et                Delbousquet. — Nous arrive aussi L a\nles indépendants); G. P o lli, Notation de                J e u n e - F r a n c e , journal politique et lit­\ngestes; André Picard, Le cheval; Ed.                      téraire, organe des Etudiants de Paris.\ngrandes, Une visite.                                          Nous n ’avons pas reçu : L a C r o i s a d e ,\n    L a R e v u e B l a n c h e d’A vril renferme         ( serait-elle déjà term inée ?); et L a R e v u e\n une prose remarquable de Cam.Mauclair,                   R o s e (qui toujours encore dém énage).\nL a Tristesse de la pourpre; en le n° de Mai,                 L e S i l l o n et L a S y r i n x arriveront\nAlceste régénéré par Pierre V e b e re t Chan­            trop tard pour que nous en puissions\nsons bas de Stéphane Mallarmé.                            parler dans ce fascicule.\n  Dans l a R evue Générale , lire la Revue\n                                                                                           Ch a n t ec l e r .\nLittéraire d’E ugène Gilbert.\n    L ’E r m i t a g e (15 A vril donne, en vers,\nune Epitre testamentaire fort hum oris­                                P e tit es N o u v e l l e s\ntique par G. Fourest ; N uit Phénicienne\n                                                            On nous annonce de nouvelles con­\npar Joseph D eclareuil, et une prose de\nR ené Tardivaux, Les fleu rs sur le chemin.               sœ urs, nées avec le P rintem ps . Ce sont :\n                                                          Simple R evue, Revue Jeune, Paris Jeune\n    Lire dans L a R e v u e M o d e r n e (25             et L ’Id ée Libre.\n A v r il) : Chanson de Gabriel Vicaire,\n P rim itifs par Henry de Braisne, Chanson\n de route par Ch. F uster, et une Pastorale                 A ux prochains fascicules les com pte-\n Louis X V de A. Patron. — E n le n° du                   r e n d u s de\n                                                                      : L a Fin des Bourgeois par\n 10 M a i , trois bonnes pièces de vers : La              Camille L em onnier; Bruges la Morte\n Vierge aux Anges égalem ent du beau                      par Georges Rodenbach ; — Sérénité, par\n poète H enry de Braisne, Les larmes d'une                Léon Donnay; — H ild-hyllia par Jules\njeune fille d’Ernest Bouhaye et L a vie                   Sauvenière.\n d'une fle u r par F irm in Roger.\n    L a L i b r e C r i t i q u e nous envoie son                                  **\n numéro exceptionnel illustré, renfer­                       Le Salon triennal de Gand (peinture\n m ant une romance e t deux p hototypies                  et Sculpture) s’ouvrira le 21 août pro­\n hors-texte. J ’y ai lu avec plaisir les                  chain. La clôture en est fixée au 10 oc­\n proses de MM. A . Geens et N. Outer.                     tobre. Les envois doivent être annoncés\n N ous applaudissons à l ’initiative de cette             avant le 15 J u ille t, par un e lettre adres­\n vaillante revue, et lui conseillons de                   sé e àla commission directrice au Casino.\n m ultiplier autant que possible ces nu ­                 Les ouvrages doivent-être déposés au\n m éros purem ent littéraires : la critique               plus tard le 20 Juillet.\n n e perdra rien à laisser passer son tour\n de temps à autre, et la littérature, elle,\n ne pourra qu'y gagner.\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "                Bureaux de vente du R É V E I L\n\n  Gand.               —- Âd. H oste, rue des C ham ps, 49.\n                        L ib rairie U niverselle, rue Courte du J o u r.\n                        Mme O tte, rue de F landre.\n  B r u x e l l e s . — Jérôm e-D oliger, G alerie de la Reine, 32.\n  L ié g e .          — D ’H eur, rue P o n t d ’île.\n\n\n\n           PUBLICATIONS RECOMMANDÉES ;\nL e B l u e t . — m — R ue Croix des P etits C ham ps, P aris.\nC h i m è r e . — m — Cours G am betta, 52, M ontpellier.\nL e C o i n d u F e u . — m — R ue Neuve, 25, V erviers.\nL e C o u r r i e r A r t i s t i q u e e t L i t t é r a i r e . — h — R ue de P r o ­\n     vence, 5, P aris.\nL a C r o i s a d e . — m — R ue Mexico, 19, L e H avre.\nL ’ E r m i t a g e . — m — R ue de V arennes, 26, P aris.\nE s s a i s d e J e u n e s — m — R ue de la Concorde, 2, Toulouse.\nF l o r é a l . — m — R ue S t . R ém y, 22, Liège.\nL a F r a n c e M o d e r n e . — b . m — F a u b o u r g du N o r d , 15, M a r s e ille .\nL a J e u n e B e l g i q u e . — m — R u e P o t a g è r e , 64, B r u x e l l e s .\nL a J e u n e F r a n c e . — h — R ue du C a r d i n a l L e m o i n e , 61, P a r i s .\nL a L i b r e C r i t i q u e . — h — R ue S o u v e r a i n e , 37, B r u x e l l e s .\nL e M a g a s i n L i t t é r a i r e . — m — R ue H a u t - P o r t , 52, G a n d .\nL e M é p h i s t o . — h — R ue du L om bard, 28. Anvers.\nL e M e r c u r e d e F r a n c e . — m — R ue de l’É chaudé-S t-G erm ain,\n      15, P aris.\nLe    M ouvem ent L it t é r a ir e . —           b.m —         R ue des Minimes, 13,\n      B ruxelles.\nL e M o u v e m e n t S o c i a l . — b . m . — M a is o n du P e u p l e , B r u x e l l e s .\nL a R e v u e B e l g e . — b . m — P l a c e de l a S t a t i o n , 10, L o u v a i n .\n                                                         ( R ue des M artyrs, 19, P aris.\nL a R e v u e B la n ch e .       — m —\n                                                            1\n                                           ( R ue de O uest, 74, L iége.\nL a R e v u e G é n é r a l e . — m — R ue T reu ren b erg , 16, B ruxelles.\nL a R e v u e I n d é p e n d a n t e . — m — R u e des P y r a m i d e s . 12, P a r i s .\nL a R e v u e M o d e r n e . — b.m — R u e O rdener, 96, P aris.\nL a R e v u e R o s e . — h — P lace du T h é â t r e , 12, Liège.\nR e v u e S o cia le e t P o l it iq u e . —         P a r a î t six fois p a r a n .    Rue\n      Jo sep h II, 39, B ruxelles.\nL a R e v u e U n i v e r s i t a i r e . — m — R u e C o e n r a e t s , 54, S‘ G i l l e s .\nR o u e n - A r t i s t ë . — R ue G rand-P ont, 4, R ouen.\nL e S illo n . — m —             R u e de C habrol, 31, P aris.\nL e S y l p h e . — m — R u e-d e la              G are, 2, V oiron (Isère).\nL a S y r i n x . — m. — R ue Lacépède 27, A i x (Provence).\n\n\n                                     M     =   M ensuel.\n                                    B .M   =   Bi-M ensuel.\n                                     h     =   H ebdom adaire.\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1892-06", "signet_source": "Deuxième année - N°6 - Juin 1892", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 194 (« Deuxième Année. N° 6. JUIN 1892 »). 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