{"numero_id": "ulb-reveil-1894-05-n5", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "articles": [{"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-001", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "FLANDRE ET WALLONIE LE REVEIL IVe ANNÉE N° 5", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 252, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 211, "texte": "FLANDRE ET WALLONIE\n\n\n\n\n                                 L E REVEIL\n       IVe A N N É E N° 5 ( n o u v . série)                  M A I 1894\n\n                                               Ce numéro 50 centimes\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-002", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Voir le Sommaire à la quatrième page de la couverture", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 253, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2284, "texte": "V o ir le So m m aire à la q u a triè m e p a g e de\n                 la c o u v e rtu re\n\n\n\n                LE R É V E I L\n                         ( FLANDRE ET WALLONIE)\n\n        MENSUEL                DE      LITTÉRATURE                      ET      D ’A R T\n                                     NOUVELLE          SÉR IE\n\n\n                      P a ra ît le dernier jo u r du mois\n\n\nSecrétaire de Rédaction : F r é d é r i c F r i c h e\n                               R odrig ue S é r a sq u ier\nAdministrateurs :               FLORENT BOSSAERTS\n\n   Comité       de Rédaction : A l b e r t A r n a y , L u c i e n D e                 B ussche r ,\nC h a r l e s D e l c h e v a l e r ie , Ma x    E lsk a m p , F réd ér ic F rich e, P a u l\nG é r a r d y , E d m on d G l e s e n e r , R i c h a r d L e d e n t , M a u r i c e M a e t e r ­\nl in ck ,   H e n r i M a u r e l , A l b e r t M o c k e l , P i e r r e M. O l i n , E d m o n d\nR asse n f o sse , Henri        de    R ég n ie r , Stéph an e R ich elle, G régoire\nL e R o y , R odrigue S é r a s q u ie r , C h a r l e s         V an L e r b e r g he , E mile\nV erhaeren.                             ____________\n\n                      Rédaction, Rue St-Liévin,               306,     Gand.\n\n                  Administration, Rue Neuve St-Pierre, 71, Gand.\n\n\n    Adresser à la          Rédaction       tous     manuscrits,        livres     et    revues.\n\n\n             A bonnem ent           : un an 5 frs. (É tranger 6 francs.)\n\n\n                          SÉRIE DU RECUEIL :\nI ere A N N É E , 1 891, (les Essais) un volu m e in-40 de\n            200 pages. P rix m arqué fr. 4 ............................. (épuisés)\nI I e A N N É E , 1892, un volu m e in-8° raisin de 400 pages\n            P r ix m arqué fr. 5 (quelques exem plaires\n            seulem ent). P rix m a j o r é ................................... fr. 12 00\nI I I e A N N É E , 1893, un volu m e in-8° coquille de\n            400 p a g e s ......................................................................\" 6 00\n    L ’année 1894 form era un volu m e in-8° grand-m édian de\n                                     550 pages environ\n\n\nL 'A d m in istra tion rachèterait au p r ix fo r t des exem ­\n        p laires en bon état des nos 4 et 5 de 1892.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-003", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 225, "page_fin": 228, "titre_corps": "Fragment", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "FRAGMENT (*) Le corps pesant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 254, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 37, "fin_caractere_exclue": 1569, "texte": "F R A G M E N T (*)\n\n   L e corps pesant, rep lo yé, les jam b es m olles, G h isla in e m onta\nà sa cham bre dont elle reclaqua la porte d’ un geste n on ch alan t.\nE lle but une grande gorgée d'eau, rem plit le v erre et y plongea\nla clém atite ju s q u ’au col.\n   L e s fenêtres s’ou v raie n t au large sur des prairies désertes. U n\nsentier tangent a u x prairies cou rait vers le c lo ch e r q u i pointait,\nlà-bas, d’ un buisson de toits rouges et d ’arbres. S u r le ciel pâli,\nle geste de la croix se dessinait d ’or, de la cro ix atte n tive et pa­\ntiente, attendant que tout ce q u ’il y a va it d ’êtres dans le v illag e se\nfût groupé autour de sa pensée.\n    G h islain e ram enait scs regards très lo in , par le sentier. E n se\ndéshabillant elle refaisait la prom enade et la prom enade im aginée\nlui sem blait délicieuse. C h aqu e vêtem en t, en tom bant, l’allégeait\nd’ un peu de fatigue. E lle a va it besoin de s’affranchir de tout ce qui\ncou vra it, de tout ce qui cachait son corps. E lle laissa tom ber ses\nvêtem en ts un à un pour que la jou issan ce de se d élivrer, étant\n m oins a ctive, fût plus profonde et prolongée en elle.\n    L a clém atite, plongée de toute sa tige dans l’eau, s'épanouissait\n de gratitude. G h islain e savou rait d ’avance la sensation v iv ifia n te\n de l’eau. C ette pensée de l’eau lui fit com parer scs seins naissants\n a u x n én u fars qui fleurissaien t à la surface de l'é ta n g toujours\ncalm e.\n    *, d’une étude de vie en é la b o ra tio n .                     18\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2630, "texte": "226                                LE S ÉVEIL\n\n\n\n   E lle se v o y a it en chair. Q uelle jo ie volu ptueu se elle a va it\nrapportée de la cam pagne au jou rd ’h u i. Il lu i eut sem blé n aturel et\nm eilleur d’a ller ain si, le corps baign é d’air et d’eau, par le sentier,\nju s q u ’au v illa g e , dans l ’om bre des arbres courbés pour la prière\ndu soir.\n    E lle enten dit un cliquètem en t de griffes au p lancher : la porte\nétait en tr’ou verte. K à m a v en ait d ’en trer et la regardait. E lle\ntressaillit com m e au rév eil, u ne bouffée de sang au v isa ge ; un cri\nde colère et de p eur s’étouffa dans sa gorge. E lle n ’eut q u ’ un\ngeste qui fit fu ir le chien et ce qui lu i parut abom inable ce fut de\ntrav erse r nue la cham bre en cou ran t pou r referm er la porte à\nclef.\n    C ’était tout le sang de son corps qui lui était m onté au visage.\nL ’eau froide la calm a.\n    Q uand elle se fut rhabillée avec des soins tendres et des coquet­\nteries in habituelles, elle hésita à descendre. E lle a v a it l’âm e\ntroublée. Ses regards se posèrent su r un liv re étrange qu i n 'était\nlà que depuis la veille et q u ’elle n’a v a it pas encore feuilleté. Un\nliv re im prim é sur du tissus, une sorte de crêpe de la cou leu r du\nlin et, p our les m ains et p our les y e u x , logean t ainsi la fable dans\nun corps m o elleu x et souple. U n liv re a u x im ages exotiques\nenjam ban t les pages, s’épandant de l’une à l’autre en détours de\np aysages au xqu els les nuances d ’une subtilité ingénue d on naient\nune étendue de rêve. U n liv re qui ch antait a u x sens a va n t de\nch an ter à l’im agin ation , cap tivan t au toucher, au regard, à l’odorat\ncar il exh alait un parfum fin et sau vage que G h islain e pensait\n être le parfum de l’âm e de la p au vre Y o zém a dont ce liv re parlait.\n    P o urqu oi Y o zém a ?. Il n’ y a v a it pas de nom sous l’ im age. Ce\n nom so y e u x était v en u tout à coup a u x lèvres de G hislain e.\n C ’était le n om de la sensation que lui suscitait la v isio n de sa\n sœ ur am oureuse, ailleu rs q u ’en ce pays-ci, dans le passé essentiel,\njad is, en un temps étran ger dont la cou leu r était à deu x ou trois\n tons d’harm onie du nôtre.\n    Y o zém a, dans le jard in s’ap p u yait à la crête du m ur. E lle a va it\n la figure ém aillée de lueurs roses que tein taien t le vert et le m auve\n des plantes du paysage. A u delà du m ur il y avait un étang et\n l’on sentait l’od eur de l'eau. U n ch a n t planait, chargé du parfum\n  des herbes dont il courbait la pointe en les frôlant. A travers la\n  large nappe m ousseuse d'un e cascade deux grands y e u x d’être\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2792, "texte": "                                    MAI 1 8 9 4                                227\n\n\n\n  sem blaient regarder. M ais tous les regards de Y o zé m a , toute son\n âm e s’effusaient v ers la place de ce ciel lu stré où s'était effacée la\n figure vers laq u elle elle son geait. O n lu i a v a it e n le v é son vêtem en t\n de volu p té ; la peau délicate et heureuse qu i la ren dait sen sible au\n bonheur.\n    E lle se retira de la crête du m u r bas où elle était penchée,\n plongée dans la lum ière de ce ciel, et son v isa ge se détendit dans\n l'om bre du ja rd in m aternel et fécond. L a tristesse s’était pliée\n et repliée à ce visage, l'a v a it lig n é de larm es. E lle recom m en ça à\n pleurer. L e s coudes au rebord du m u r, elle pleurait dans ses\nm ain s. L e s larm es ja illissa ie n t entre ses doigts serrés, glissaien t à\nses poignets, s’ accroch aien t à ses lèvres, à son m en ton , lu i\nin on daient les jo u es et la gorge. I l y en eut q u i v in r e n t m o u iller la\nterre, ce pan de terre qu'ils d e v a ie n t ensem encer ensem ble.\n    M achin alem en t, elle se m it à faire sa b esogn e. E lle a va it\napporté un sachet de sem en ces. E lle le v id a p ar p oign ées. L a terre\nsem blait généreuse ; elle é ta it gonflée de désirs. Y o z é m a don nait à\nm an ger à la terre m ais son geste m écan iq u e rh y th m ait de la\n m ort. On eut dit que to u t l’ espoir de sa v ie lu i retom bait su r les\népaules. T o u te u ne v ie en re traite don t l’a v e n ir n ’a v a it pas v o u lu\nl’accab lait. L a tristesse faisait d éfaillir ses bras ; ses m ain s retom ­\n baient ou vertes au b alan cem en t de son geste de sem er. L a tristesse\nchassait la sem ence de ce s m ain s m odelées p o u r les caresses et\n pour les possessions. C es m ain s étaien t encore m ouillées de\n larm es.\n    Q uand elle eut to u t sem é, pend an t u n in stan t qu ’elle passa,\n inerte et sans regard, ses m ains à dem i ou v ertes sem blèrent ten ir\n quelque chose de rêvé ; puis elles se v id èren t et se désanim èrent\n et Y o zém a , le rêve a b a ttu de son corps, tom b a assise, le regard\n à la terre, l’être cassé.\n    U n insecte v en a it de com m encer l’ascen sion du m u r.\n    E lle resta longtem ps ainsi. A u m oins son âm e v it elle passer un\n lo n g m orceau d’éternité. L ’ insecte m o n tait; m on tait lentem ent.\n Il faisait le v o y a g e d’ une année de sa v ie . L ’ insecte portait le\n regard de Y o zém a et sa m arche obstinée en était plu s pénible.\n  Peut-être fu y a it-il cette terre su r laquelle elle a v a it pleuré. I l\n  atteign it le hau t du m u r. Y o zém a sentit u n frôlis de tiges à ses\n  jup es. S o n regard retom ba cruellem en t com m e si l’insecte l’a va it\n  secoué de sa carapace ; la terre a v a it lait des êtres. U n e plante\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2053, "texte": "228                             LE RÉVEIL\n\n\nsortait de la terre. L a fleu r était toute épanouie et hau te quand\nY o zém a l’aperçut. I l lu i passa u n m ouvem en t de gourm and ise\nm échante à la bouche et a u x y e u x . E lle arrach a la fleu r d'un\ngeste de rapt, d 'u n geste fou et l’ approcha de ses n arines: ses\nnarines palpitèrent à la sensation la plu s douloureuse. C ette belle\nfleu r était em poisonnée d’ une p u an teu r âpre.\n    L ’ insecte v en ait de disparaître au v ersa n t du m u r. L a figure de\nY o zém a s’était détournée du ciel et le ciel s’était voilé. L e v e n t\nne frôlait plus les herbes et, p rivées de la caresse qui tout à l'h eu re\nles u nissait, les herbes, im m obiles, regardaient descendre de ce\nciel d’orage la lu eu r dérobée qui m en açait de les faucher. L e s\nparfu m s étaient retom bés. O n ne sentait plus l’od eu r de l’eau.\nL a cascade tarie, les y e u x d’être s’étaient éteints, ensevelis sous\nde la terre éboulée.\n    Y o zé m a était descen due à des p rofon deurs de tristesse où\nl ’éton n em ent ne v it plu s. E lle n ’avait pas rejeté la (leur ; elle la\nregard ait, la frottait d’ un geste autom atiqu e à ses lèvres, en\nasp irait l ’horrible parfum et ses n arines se gonflaien t pou r m ieu x\nle prendre, l’absorber. P u is, sans hâte, elle attach a la fleu r à\nson corsage com m e p o u r toujours. L e froid de la tige hu m id e de\nm ale-sève frôla sa peau qu i en fut glacée\n    G h islain e aussi, à ce m om ent, sentit contre sa gorge, entre ses\nseins affleurants, déjà in qu iets, le froid de la tige de la clém atite\n blan ch e au cœ u r m au ve q u ’elle v en a it de retirer de l’eau et ..qui\n n ’a v a it pas de p arfum , m ais seulem ent une fraîch eu r de parfum .\n E lle frissonna et com prit que cette lraîch eu r faisait re v en ir la\n douce v ie à son v isa ge et ré v eilla it sa joliesse un in stan t affaissée\n sous le poids d ’im ages affreuses qui avaien t passé en elle com m e\n  des in conn u es.\n                                                     H enry M au bel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-004", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 229, "page_fin": 232, "titre_corps": "Les Disciples à Saïs", "titre_sommaire": "Les Disciples à Saïs (fragment)", "rubrique": "", "signature_source": "Novalis", "ancre_debut": "LES DISCIPLES A SAIS I. 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Q ui les su it\net les com pare verra su rg ir d'étran ges figu res; figures qu i sem blent\napparten ir à cette gran de écriture chiffrée q u ’on ren con tre partout;\nsu r les ailes, su r les œ ufs, dans les n uages, dans la neige, dans les\ncristau x , dans les form es des rocs, su r les e au x congelées, à l’ in­\ntérieu r et à l’extérieu r des m ontagnes, des p lantes, des a n im au x,\ndes hom m es, dans les clartés du ciel, su r les disques de v erre et de\np oix lo rsq u 'o n les frotte et lorsq u ’on les a tto u ch e ; dans les\nlim ailles q u i en tou ren t l’ aim an t, et dans les étran ges con jon ctures\ndu h a s a rd ... O n y pressent la cle f de cette écriture sin g u lière et sa\ngram m aire; m ais ce pressentim ent ne v e u t pas se fixer dans une\nform e et sem ble se refuser à d ev en ir la cle f suprêm e. O n d irait que\nqu elque alcahest est répandu su r les sens des hom m es. C e n ’est\nque par m om en ts que leurs peines e t leurs désirs paraissent pren ­\ndre corps. A in si naissent leurs pressentim ents; m ais peu après\ntout flotte de n o u veau , com m e autrefois, devan t leurs y e u x .\n    J’entendis dire de loin que l'In in tellig ib ilité n ’était que le\n résultat de l’ In in te llig e n ce ; que celle-ci cherchait ce q u ’elle a v a it\n déjà, et, ainsi, ne p ou vait rien tro u v e r par-delà. O n ne com prenait\n pas la p arole, parce que la parole ne se com pren ait pas, n e vo u lait\n pas se com prendre elle-m êm e. L e S an scrit véritab le p arlait pou r le\n p laisir de parler, parce que la parole était sa jo ie et son essence.\n    P eu de tem ps après un autre d it : L ’E critu re sain te n ’a pas\n besoin d’exp lication s. C elu i qu i énonce la V é rité est plein de la\n v ie étern elle, et ce qu ’ il écrit n ou s apparaît p rodigieu sem en t relié\n à d’auth entiques m ystères, car c’est un accord de la sym p h o n ie\n de l’ U n ive rs.\n    A ssurém en t cette v o ix parlait de n otre M aître, car il s'entend à\n réu n ir les traits qu i so n t épars de tous côtés. U n e clarté sin gu lière\ns’allu m e en son regard, quan d les R u n es su blim es son t ou vertes\n"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "230                              LE REVEIL\n\n\nd evan t nous et qu ’ il épie en nos y e u x le le ve r de l’étoile qui doit\nn ou s rendre v isib le et in telligib le la F igu re . S ’il nous v o it tristes,\net que la n u it ne cède pas, il nous console, et prom et au v o y a n t\nassidu et fidèle u ne fortun e m eilleure. S o u ve n t il nous a dit\ncom m en t, en son enfan ce, le désir d’exercer ses sens, de les\noccup er et de les satisfaire ne lu i laissait aucun repos. I l con ­\ntem plait les étoiles, et su r le sable, il im itait leu r position et\nleu r cou rs. I l regard ait sans cesse dans l'océan de l’a ir ; et ne se\nlassait point d'ad m irer sa clarté, ses m ouvem ents, ses n uages,\nses lu m ières. Il rassem blait des pierres, des fleurs, des insectes\nde toute espèce, et les p laçait de m ille façons diverses, en lignes\ndevan t lu i. I l exam in ait le s hom m es et les a n im au x. Il s ’asseyait\nau bord de la m er et y cherchait des coqu illages. Il écoutait\na tten tivem en t son cœ u r et ses pensées. Il ne savait où son\ndésir le poussait. L o rsq u ’ il fut plus âgé, il erra par le m onde,\nv is ita d ’autres terres, d’autres m ers, d’autres cieu x.\n    I l v it des rocs n o u veau x , des plantes in conn u es, des an im au x,\ndes hom m es. Il descendit en des cavernes et su t de quelles stratifi­\ncations variées était form é l’édifice de l’ U n ivers. I l façonna l ’argile\nen étranges figures de ro ch ers. P eu à peu, il ren con tra partout\ndes objets q u ’il con naissait déjà, m ais ils étaient étrangem ent\nm êlés et appariés, et ainsi, bien souvent, d ’extraord in aires\nchoses s’ordonn aien t d’elles-m êm es en lu i. I l rem arqua bien tôt\nlès com bin aison s qui u n issaien t toutes choses, les con jon ctures,\nles coïncidences. Il ne tard a pas à ne plus rien v o ir isolém ent.\nE n grandes im ages v ariées se pressaient les perceptions de ses sens.\nI l entendait, v o y a it, to u ch ait et pensait en m êm e tem ps. Il aim ait\nà réu n ir des étrangers. T a n tô t les étoiles lu i sem blaien t des\nho m m es, tan tôt les hom m es des étoiles, les pierres, des a n i­\nm a u x , les nuages, des p la n tes. Il jo u a it ave c les forces et les\napparences. I l sa v ait où et com m en t ceci et cela p ou vait se trou ver\net apparaître et ch erch a it ainsi su r les cordes, des sons et des\nch an ts q u i ne fussent qu ’à lu i seul.\n    Il ne nous apprend pas ce q u 'il lu i ad vin t depuis lors. Il nous\ndit que nous-m êm es, gu idés par notre désir et par lu i, nous\ndécou vriron s ce qui lui est a rriv é. P lu sieu rs d ’entre nous l’on t\nquitté. Ils retournèren t vers leurs parents et appriren t des\nm étiers. Quelques uns furen t e n v o y é s par lu i au d eh ors; m ais\n n ou s ne savon s où. Il les a v a it choisis. P arm i eu x , les uns\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2820, "texte": "                                   MAI 1 8 9 4                                 231\n\n\nétaient là depuis peu de tem ps ; les autres a va ien t fait un plus\n lo n g séjour. L ’un d’e u x était encore un enfant ; il était à peine\n a rriv é que le M aître v o u lu t lui liv re r l’enseignem ent. Il a va it\nde gran ds y e u x som bres à fond d ’a zu r ; sa peau b rillait com m e\nles ly s , et ses ch eveu x com m e de légers nuages lorsque des­\ncend le soir. S a v o ix nous entrait dans le cœ ur. V o lo n ­\ntiers, n ou s lu i eussions donné nos fleurs, n os pierres, nos\np lu m es, et tout ce que nous possédions. Il souriait a ve c une\ng ravité in fin ie, et nous étions étran gem ent heu reu x à ses côtés.\nU n jo u r, il revien d ra, dit n otre m aître, et dem eurera parm i\nn ou s. A lo rs l’enseignem ent prendra fin. Il e n v o y a ave c lui\nun autre disciple, à cause de qu i, so u ven t, nous fûm es affligés.\nT o u jo u rs, il sem blait triste. Il fut ici du ran t bien des années ;\nrien ne lui réussissait. Il a v a it peine à tro u ve r qu elque chose,\nlorsque nous ch erch io n s des cristau x ou des fleurs. Il a va it peine\naussi à v o ir au loin et ne p arven ait pas à disposer avec art les\nlignes variées. Il brisait tout ce q u ’ il touchait. E t cependant nul\nn 'a v a it u n e telle ardeur, u ne telle jo ie à v o ir et à entendre.\n U n jo u r, — c’était a va n t que l’enfant fû t entré dans notre cercle\n— il d ev in t to u t à cou p adroit et jo y e u x . T riste , il s’en était a llé ,\nil ne reven ait p as; et la n u it s'av an çait. N ous étion s fort in q u iets.\nS ou d ain , au le v e r de l’aurore, nous entendîm es sa v o ix en un\nbosquet v o isin . Il ch an tait un ch an t jo y e u x et sublim e. N ous\nétions étonnés. L e m aître je ta du côté de l’aurore un regard\ncom m e je n’en verrai jam ais p lu s. L e ch a n teu r fut bientôt parm i\nn ou s, et, u ne béatitude in d icib le peinte su r son visa ge, nous\napportait u n e h u m b le petite pierre d’ une form e singulière. L e\nm aître la prit dans sa m ain, em brassa longuem ent son disciple,\npuis il n ou s regarda, les y e u x m ouillés de larm es, et m it cette\npetite pierre à un endroit v a ca n t parm i les autres pierres, là tout\nju ste , où com m e des rayon s, plusieurs lignes se ren con traien t.\n   Je n ’ou blierai ja m ais ce m om ent. Il nous sem bla que nous\na vio n s eu, en passant, dans nos âm es, un c la ir pressentim ent\nde ce m erveilleu x U n ivers.\n   M oi aussi, je su is m oins habile que les autres ; et l'o n eût dit\nque les trésors de la n ature ne se d éco u vraien t pas v o lo n tiers à\nmes y e u x . C ependant, le M aître m ’aim e bien , et il m e laisse à\nmes pensées, lorsque les autres sorten t à la recherche. Je n ’ai\njam ais ép rou vé ce q u ’ép rou va le M aître. T o u t m e ram ène en\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2680, "texte": "232                            LE   R É V E IL\n\n\n\n\nm oi-m êm e. J ’ai com pris ce q u ’a dit un jo u r la seconde v o ix .\nJe su is heu reu x de con tem pler les choses et les figures m erv eilleu ­\nses des salles, m ais il me sem ble qu ’ elles ne sont qu e des im ages,\ndes vo ile s, des ornem ents rassem blés au to u r d ’ une im age d iv in e ;\net celle-ci occupe sans cesse m es pensées. Je ne la ch erch e pas,\nm ais je cherche so u ven t en elles. O n d irait q u ’elles v o n t me\nm on trer le ch em in , où, profondém ent endorm ie, m 'atten d la\nvierge que m on esprit désire.\n   L e M aître ne m ’en a jam ais parlé, et je ne peux rien lui a vo u er ;\nil m e sem ble que c’est un in vio lab le secret. J ’eusse v o u lu\nin terro ger cet enfan t m ystérieu x ; je trou vais je ne sais quel air\nfraternel en ses traits, et tout, à ses côtés m e sem blait plus c la ir et\nplus profond. C ertes, s’il était dem euré plus longtem ps, j ’eusse\nép rou vé plus de choses en m oi-m êm e. E t peut-être aussi, q u ’à la\nfin, m on cœ u r se fût o u v ert et m a lan gu e se fût déliée. J ’eusse\nv o u lu m ’en a ller avec lu i. Il n ’en fut pas ainsi. J ’ ignore com bien\nde tem ps encore il faut que je dem eure ici. Je crois q u ’il m ’ y\nfaudra rester toujours. J ’ose à gran d peine m e l’a vo u e r; m ais\ncette pensée m 'oppresse, trop in tim em en t : je crois q u ’ un jo u r je\ntrou verai ici ce qui m ’ém eut sans cesse ; toujours elle est là.\nL o rsq u e je m arche ici, dans cet espoir, tous m ’apparaît sous une\nform e plus haute et dans un ordre n o u v e a u ; et tout in diqu e une\nm êm e patrie. C haqu e o b jet m e sem ble alors si con n u et si c h e r!\nE t ce qui n aguère, me paraissait sin gu lier et étrange m e d evien t\ntout à coup fam ilier.\n    C ette étrangeté m êm e m ’est étrange, et c’est pourquoi cette\nréu n io n m ’attira et me repoussa to u jo u rs en m êm e tem ps. Je ne\npuis com prendre le M aître. Il m ’est si incom préhensiblem ent ch er!\nJe le sais, il m e com prend, il n 'a jam ais parlé con tre mon\nsen tim en t ou contre m on désir. B ien plus, il v eu t que nous\nsu ivion s notre propre chem in , car chaque chem in n o u veau passe\nsu r des terres n ou velles et nous ram ène enfin à ces dem eures, à\ncette patrie sacrée. O r, je v e u x , m oi aussi, décrire m a F ig u re ,\net si aucun m ortel, selon l ’in scription qu i est là, ne soulève le\nvo ile , il faut que nous tâch ion s à n ou s rendre im m ortels. C elui\nqui ne v eu t pas le so u lever, n’ est pas un disciple à Sais.\n                                      T ra d u it de N O V A L I S par\n                                       M a u r ic e M a e t e r l in c k .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-005", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 233, "page_fin": 235, "titre_corps": "Vieilles plaintes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Rassenfosse", "ancre_debut": "VIEILLES PLAINTES A MARCEL MONTANDON", "ancre_fin": "vers nous qui serions morts", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "RENAISSANCE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 262, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 90, "fin_caractere_exclue": 777, "texte": "V IE IL L E S             PLAINTES\n\n\n                                           A M A R C E L M ONTANDON\n\n\n\n                                  I\n\n\n       Da\n        isy,tu as jeté la fleur\nla pauvre fleu r blanche\nque j e t'avais donnée\nD aisy ! D aisy !\n\nT u t’en es allée insouciante...\nE t tu m’ as fa it si mal\nE n rejetant la fleu r que j e t’avais donnée\nD aisy, D aisy !\n\nJ e l ’a i reprise, D aisy, et j e lu i ai donné\nà boire tous mes p leurs...\nHélas, voici qu’elle meurt\nD aisy, D aisy !\n\nA h ! tu as fa it mourir la fleu r\npar ton insouciance\nT oi si bonne\nD aisy, D aisy !\n\nVois, la fleu r blanche est morte\nD aisy, D aisy !\nL a fle u r ... c ’était mon cœur\nD aisy, D aisy\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1082, "texte": "234                          Le r é v e il\n\n\n\n\n                                  II\n\n\n\n      Qu'êtes-vous devenue\n      E t ne saviez-vous pas\n      Quand vous fûtes disparue\n      Qu’i l fa lla it sonner le glas ?\n\n\n      L e glas pour moi !\n\n\n      L e glas pour les fleurs des prairies,\n      P o u r la jo ie du soleil chantant d'or à mon cœur,\n      Pour les lys, pour les roses meurtries\n      P o u r mes petits oiseaux morts avec nos fleurs !\n\n\n      A h ! ne saviez-vous pas P\n\n\n      L o rs sont venus les corbeaux noirs\n      E n grandes bandes par les brouillards\n      E t les autres en longs triangles\n      P a r les matins de novembre.\n\n\n      C ’est mon rêve de printemps mort.\n      Mais oublions ! — L a rosée\n      S u r mon frêle ja r d in d' enfant mort\n      L a rosée d ’or fu t gelée.\n\n\n      M ais ignorez !\n\n\n      E t les rideaux noirs mis à ma maison\n      Triste à cause des feu illes tombées,\n      Les petites croix sur la tombe des oiseaux blonds,\n      D e nos petits oiseaux dont la voix s'était cassée !\n\n      S u r tout cela que nous aimions !\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 286, "texte": "                     Mai 1894                               235\n\nEcoutez ? C ’est la voix qui pleure du passé.\nCette voix ne vous est-elle douce encore ?\nA lors souvenons-nous\nE t avec moi, tenez, pleurez,\nComme d ’autres petits enfants vers nous qui serions morts.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 235, "page_fin": 236, "titre_corps": "Vieilles plaintes : Renaissance", "titre_sommaire": "Vieilles plaintes", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Rassenfosse", "ancre_debut": "RENAISSANCE Pâle enfant souveraine", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 264, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 286, "fin_caractere_exclue": 1305, "texte": "RENAISSANCE\n\n\nP â le enfant souveraine au x gestes diaphanes\nO ù glissent vos beaux songes comme laine au fuseau,\nF ile z vers moi, Très Douce, un peu de geste d ’aube\nqui raviront mes y eu x comme un printemps nouveau.\n\n\nVoyez, j e suis l ’enfant altéré de vos songes\nE t de vos y eu x limpides et de vos pieuses mains\nDont la douceur s'effile comme f i l de la vierge\nE n la candeur chantante des radieux matins.\n\n\nChantez ! Chantez l'aurore de votre âme fleurie !\nQue le lait de votre voix vienne baigner mon fron t !\nBercez-moi de vos gestes de blanche sœur bénie\nE t pansez-moi du mal que les autres me fo n t !\n\n\nO ma vierge angéline de lumière et de jo ie !\nVous êtes belle et si douce que me voici renaître\nE n une plus calme enfance et des langes de soie\nBlanche comme les cierges des blanches Pâques sereines !\n\n\nCueillez ces fleurs, lys et roses, que vous jette ma voix\nP a r vous aimée ainsi lentement murmurée !\nPrenez toutes ces fleu rs et mes larmes de jo ie\nE t parez-vous amour. Vous êtes bien aimée !\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 611, "texte": "236                       LE RÉVEIL\n\n\n\n      Des fleurs, des fleurs encore ! Cueillez au vol !\n      Voici de blanches fleu rs ! Voici ! Levez vos bras graciles !\n      D es perles ! D es larmes d'or ! Cueillez, cueillez au vol !\n      Tendue en ce beau geste divin de vos chevilles.\n\n      Laissez mes y eu x s'ouvrir à toute cette grâce\n      De votre corps où glisse la bleueur du lapis,\n      D e votre corps-enfant à l'âme harmonieuse !\n      Sourire et vous bénir de mes larmes heureuses\n      Sous la gracile estompe de cette nuit soyeuse !\n\n                                       E dmond R assen fo sse\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-007", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 237, "page_fin": 238, "titre_corps": "Basse cour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Leclercq", "ancre_debut": "BASSE COUR Lasse de filer", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 266, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 2113, "texte": "BASSE        COUR\n\n\n\n\n   L a s s e de file r a l’om bre du v ie u x pom m ier où ne gazou ille\nn u l oiseau depuis q u ’on y délégua, sous l’accordéon d ’une\ncasquette, le frac — vestige d’ un passé de révéren ces et de\np avan es — dont les m anches em brassent l ’a zu r, la petite porchère,\nles y e u x perdus en la con tem plation de la m are où barbotent\nles oies, abandon n e sa qu enouille.\n\n   L e s cochons sem blent des roses dans l’ herbe tendre et verte,\nles vach es ru m in en t les lu zern es, les din don s m érid ion aux,\nfiers de train er u n cortège de plum es, erren t dédaigneusem ent\nparm i les poulets tan dis que perchées su r qu elque barrière, les\npintades, l’œ il m i clos, garden t ran cu ne à la N atu re de les avo ir\nfait com estibles.\n\n   M ais ni les can ards ni les oies ni les poulets ni les pintades\nni m êm e les train s, ces écu reu ils à queue blan ch e qu i déguerpis­\nsent à travers les prairies, ne distraien t la boudeuse enfant : son\nâm e est lasse d’étern ellem en t errer de la m are au pom m ier et\nm ain tenan t que ses y e u x son t plus hau ts que les haies et les\njo n q u illes, elle rêve à la forêt en trevu e parm i les tulles du\nlo in tain .\n\n   E lle rêve à la forêt, à la m ystérieuse forêt d’où m ontent les\nbrises qu i em pourprent les jo u e s, ép arp illen t les ch eveu x ,\nbercent les iris a u x tiges élancées ; à la forêt où des princes, en\np ourpoin ts busqués de perles, enlacen t sous la caresse argentée\ndes b ouleaux des fées a u x n uq ues m erveilleu ses.\n\n   E tre fib re... fu ir cet étern el enclos où la m are clign ote son œ il\nboueu x et qui épie ; être libre, c o u rir v ers la forêt bruissante,\nenten d re craquer les feuilles sous ses orteils n u s et, les ch e ve u x\népais en la frivo lité des aném ones, rêver dans un bois d ’orangers\nà q u elque m agique palais tandis qu ’ u ne fée radieuse et jo lie ,\nin clin é e sourian te su r sa cou ch e, déposerait entre ses m ains aux\nstries d ’a zu r u ne q u en o uille enchan tée.\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 749, "texte": "238                             LE RÉVEIL\n\n\n   P o u r e x ile r de son regard tout réel h o rizo n profan an t l’ im ­\nprécis du R êve, la fillette a doucem ent clos ses paupières, cepen­\nd an t que su r son visage la brise éparpille le charm e de la che­\nv e lu re ... E t m ain tenan t q u ’elle en tro u vre les cils, elle v o it, à\ntrav ers l’e n ch evêtrem en t doré de ses ch eveu x — tel un treillage\ndélicat et léger — la forêt s'an éan tir au crép u scu le... et, n aïve,\nl’adolescente s’attriste et sanglote ca r sem blable a u x frileuses\net pâles tourterelles captives dans leu r cage d ’osier, à l’oiseau\n fier englué à son cœ ur, la forêt, aussi, est en cage.\n                                                      P a u l L eclercq .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-008", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 239, "page_fin": 239, "titre_corps": "Aveu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Antoine Sabatier", "ancre_debut": "AVEU Garde notre secret", "ancre_fin": "", 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troublant nos âmes innocentes\nP a r l ’incantation de rites singuliers\nNous fum es leur jouet au calme des halliers,\nGuet-à-pens dont leurs yeu x railleurs eurent l'aubaine\nE t qui les fit sourire en leur barbe d'êbène.\n\nGarde, ô forêt, la faute et cèle les aveux.\nO Nymphes des taillis, Nymphes aux longs cheveux,\nAutour du coin discret qui sait notre mystère\nRépandez, répandez une paix tutélaire.\nE t verse, ô toi, rosée, en symboliques pleurs\nTa jeunesse aurorale au calice des fleurs,\nVerse ta fraîch eur d ’aube et la candeur des givres,\nA fin que les baisers de nos lèvres tombés\nY dorment, plus dévots qu'en la paix des jubés,\n      Leurs pâmoisons d ’abeilles ivres.\n                                A n t o in e S a b a t ie r\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 240, "page_fin": 241, "titre_corps": "Aux seuls aimés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Richard Ledent", "ancre_debut": "AUX SEULS AIMÉS à Auguste Javaux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 269, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 1320, "texte": "AU X SEULS         A IM É S\n\n\n\n\n                                                 à A uguste J avaux.\n\n\n\n                                I\n\n\n\n      V iens dans la forêt d'or des captivants automnes\n         où nos coeurs, esseulés dans le ravissement,\n      vivront la beauté de leur rêve, chastement\n      et le vent chantera ses hymnes monotones.\n\n\n      D ans la paix du silence, ainsi qu'au sanctuaire,\n      abritons le secret de ce moment divin\n      qu'êternisa ta voix tremblante du matin\n      quand j e sus la douceur de la parole chère !\n\n\n      Tu seras l'univers unique de moi-même\n      et tu seras la joie de mon ciel lum ineux,\n      car mon désir et ton désir ne fo n t plus deux\n      puisqu'ils sont confondus en notre âme que j ' aime !\n\n\n                                II.\n\n      Eteignons les clartés songeuses de la lampe,\n      laisse glisser le livre aux très vieilles estampes\n      vivant étrangement sous le foyer d' hiver :\n      les Christs saignent leurs plaies, les Vierges désespèrent.\n\n\n      Tes cheveux, sur mon fro n t, laissent rouler leurs ondes\n      et dans le rougeoîment du feu , tes splendeurs blondes\n      ont desje u x caressants comme brises d ’aurore...\n      et ma lèvre croit boire — épars — des reflets d'or.\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1187, "texte": "                               MAI 1894                                  241\n\n\n\n\n        Mais que l’heure soit fa ite en sa chute bénie\n       d'un peu de bruit, d'un peu de temps, d 'un peu de vie,\n       l ’heure immole une autre heure et renaîtra toujours\n       identique à nos cœurs fou s de leur jeune amour !\n\n                                 i i i\n\n\n       Sagement, notre vie a coulé comme un fleuve,\n      nous n’avons pas connu la gloire des vains rêves\n      et dans la même paix, sans orgueil, sans épreuves,\n      la mort sera pour nous un beau soir qui s'achève.\n\n      Retournons dans les bois joyeu x de nos vingt ans\n      et comme alors, ta main doit trembler dans la m ienne;\n      T u souris... et je vois trembler tes cheveux blancs ?\n      Pardonne, j ’oubliais notre jeunesse ancienne !\n\n      J ’oubliais que mon cœur ne bat que faiblem ent...\n      — feu illes du souvenir, ce cœur, vous le jonchez ! —\n      A llon s revoir les bois joyeu x de nos vingt ans\n      et reçois, comme alors, mon fidèle baiser !\n\nL i é g e , A v r i l 1894 .               R ic h a r d   L e d e n t.\n\n\n\n\n                                                                         19\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-010", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 242, "page_fin": 243, "titre_corps": "Vers une étoile", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Rodrigue Sérasquier", "ancre_debut": "VERS UNE ÉTOILE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 271, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 84, "fin_caractere_exclue": 2538, "texte": "V E R S U N E É T O IL E\n\n\n\n                                                                  à P ie r r e -M a r ie O lin ,\n                                                                       très-sy m p ath iqu em en t.\n\n\n\n   D e p u i s d es j o u r s , d e p u is d es n u its , s o u s l ’a z u r in fin i d ’où\nc o u la ie n t le s o rs d u s o le il, s o u s le c ie l c e n d r e -e t-s u ie o ù z ig z a ­\ng u a ie n t d es é c la ir s , p a r la p lu ie , p a r le s v e n ts , p a r le s te m p ê te s,\nla flo tte d es ta r ta n e s a u x b la n c h e s v o ile s e ffilées c in g la it s u r la\nm e r g la u q u e , v e r s d es p h a re s illu s o ir e s , à p e in e e n tr e v u s p a r les\nn u its c a lm e s , e t d o n t le s lu e u r s   fu g itiv e s s e m b la ie n t d a n s e r a u\nr a s d es flo ts, c o m m e d es fe u x -fo lle ts .\n   C ’était au soir d ’un jo u r triom p h al. S u r la m er a u x vagues\nd’ém eraude, de ci de là frangées d ’écum e irisée, au son de\ncâlines barcarolles les tartanes v o gu aien t, éch an cran t de leurs\nm inces silhouettes noires l’ h o rizo n ensan glan té. E t tandis que la\nfoule des pérégrins, indifférente a u x splendeurs du cou ch an t,\nb u va it, riait, ch an tait, ou se préoccupait de la puérilité d ’un je u\nfu tile, en l’ une des barques qui glissa it, in clin ée, à l’écart des\nautres, était, seul, un adolescent a u x ch e ve u x blonds, en tu n ique\nde lin on , faisant ja illir de sa L y r e des sonorités m agiques, et\nlevan t les y e u x au ciel, où se profilait vagu em ent, — gigan tesque\ncataclysm e, — devers le soleil som bré com m e une v ille orientale\nen flam m es, dressant v ers les nuages d'en cre l’in can descen ce de\nses dôm es et de ses grêles m inarets.\n    L e s cieu x et les nuées se teign iren t d’or, de pourpre, de\n m au ve, puis devin ren t céruléens, et leu r splen deu r se réfléchit en\n l’eau devenue n oire, perverse. C ’était l’ heure g rise .......\n    P eu à peu, l'om bre e n v a h it l’espace ; les étoiles grelottèren t au\n fond des cieu x de velo urs. — S ou d ain , dans la n u it v en u e, les\n phares su rgiren t, éblouissants, et de jo y e u x \" E v o h é ! \" reten ti­\n ren t, em portés p ar les ven ts salins.\n    L e s tartanes se dispersèrent, chacu ne cin glan t vers u n feu élu.\n L ’adolescent, sans cesser d ’enchan ter la m er par la lim pidité de\n ses préludes, ch o isit une lu m ière très claire et pure, brillan t avec\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1615, "texte": "                                      MAI 1894                                   243\n\n\n la douceur d ’ un regard d’aim ée, h a u t, très h a u t su r l’ h orizon . L a\n barque, in clin a n t la gracilité de ses v o ile s, fen dait, bondissante,\n l ’écum e des flots, berçant à leu r m u rm ure les songes bleu s de\n l’A ède. Il rê v a it d ’une terre ineffable de p a ix , d’am ou r et de bon­\n h eu r, où l’E n fa n t, d’ étern ité ch an tée et atten du e, s'en v ien d rait\n vers lu i, p ar les sables d ’or, pour le con du ire, à travers des forêts\n d’arbres fleuris de bouquets roses, en de féeriques' palais de\n m arbre et de cristal gardés par de gran d s S p h in x allon gés au\n s o le il......\n    L e s ch an ts et les rires, ram enés par le vent,\" avec les autres\ntartanes s’étaient éloign és peu à peu, puis s'étaien t tu s. L a L y r e\nde l’A ède seule v ib ra it encore, en cascade de notes claires et\nm étalliq u es... L a lu e u r sororale, à m esure que la barque en\napprochait, sem b la it m o n ter, m o n ter to u jo u rs, et n u lle grève ne\ns’estom pait, blan ch e en le c la ir de lu n e ....\n    S ou d ain , un gran d craq u e m e n t : l’e sq u if s'était brisé contre\ndes roch ers           I l in clin a ses anten n es, et, lentem ent, som bra.\nL ’adolescent blon d, to u jo u rs ch a n tan t, fu t en glou ti par l’eau\nperverse, dont le m u rm u re désolé c o u v rit sa v o ix ........\n    E t à la v oû te des cieu x , tout là-bas, u ne E to ile b rillait, calm e et\nfroide, com m e un d iam an t.\n    Ostende, A oût 93.                            R o d r ig u e S é r a s q u ie r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 244, "page_fin": 253, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Arnay", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE Emerson Sept essais", "ancre_fin": "Albert Arnay", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "II. En récompense de mon beau dévouement", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 273, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 70, "fin_caractere_exclue": 2793, "texte": "CHRONIQUE                   LITTÉRAIRE\n\n\n\n\nE m e r s o n . — Sept essais. (B ru x . L acom b lez)\nC a m . M a u c l a ir . —   Eleusis. (Paris Perrin)\nC a m . L e m o n n i e r . — L 'A rche. (Paris D entu)\nM a u r ic e   M a e t e r l in c k . —\n                                      Alladine et Palomidcs, etc. (Gand\n                                        L e Réveil)\nA . F . H é r o l d . — L a légende de Ste Liberata. (P aris L e M ercure)\nl ’ O u v r e u s e . — Rythmes et rires. (Paris L a Plum e)\nA . S a b a t i e r . — L e Baiser de J ea n (Paris G irard).\n\n                                          I\n\n    E m erson ! ce nom évoque à la fois un philosophe et un poète,\n— un poète, m ’affirm e-t-on, trop porté à philosopher et un philo­\nsophe, cela je le sais, trop enclin à poétiser. L e s deu x m oitiés de\ncelte personnalité se son t donc m u tu ellem en t contrariées ; de là\ncette incertitude, ce m an que de liaison, cette confusion m ême\nque l’on observe dans les écrits du penseur am éricain .\n    C a r la confusion est réelle. T e ls de ses \" essais \" évo qu en t\nl ’étran ge arch itectu re d’ un palais im possible dont certain s esca­\nlie rs ne m èneraient à rien ou aboutiraien t à des cham bres privées\nd’a ir et de jo u r. On se laisse con du ire, on v a , on v a ; m ais, quand\na rriv e l'in stan t, on essaie so u v e n t en v ain de s'orien ter ou de se\n retro u ver : personne n’est près de v o u s et nul ne v o u s répond.\n    Je ne su is pas le prem ier qui s'enhardisse à form uler cette\n opin ion. Qui s’e n h ard isse... je dis bien , car en cet écrivain\n d aucun s v o u lu re n t et v eu len t encore salu er un dem i-dieu. Il est\n des critiq ues anglais qui lui accordèrent ce titre : génie ! m ais\n d ’autres opinèrent, presque en m êm e tem ps, q ue son éthique est\n aussi dénuée d ’autorité que sa poésie l’est de v ie et sa philosophie\n de sagesse. S a form e aussi fut discutée, c’est-à-dire, su iv an t les\nju g es, louangée ou hon nie. Il se tro u va q u elqu ’ un pour en dire\n que les idées p euven t y être enterrées si profondém ent que le\n com m un des lecteurs serait incapable de les d é c o u v rir; tandis\n qu ’ un autre déclara que ja m ais autan t d ’ harm onie, de clarté\n douce ne scin tilla à la pointe des m oindres mots. D an s tout cela\n il y a peut-être une part d ’exactitu de. L a philosophie em erson-\n n ien n e est trop éclectique, trop on d oyan te, trop ch an gean te;\n m ais elle a des élan s d une in contestable puissance, de beaux\n coups d'aile, de larges envolées. S i l’au teu r ne v o it parfois pas\n très loin , il v o it beaucoup de choses ; on eut aim é q u ’il creusât\n davan tage telles pensées qu ’il tend à m ettre en re lie f m ais la\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3275, "texte": "                                 Ma i   1894                            245\n\n\n\n\nm anière don t il les signale n’est pas sans beauté, sans déjà de\nréels m érites.\n   P o u r m oi, ce qu i ch e z lui me p laira toujours c’est le courage\nqu ’il m ontra à v o u lo ir relever l’ H om m e et ce dans un p ays où on\nch erchait p lu tôt à le réduire au rôle an o n ym e d’ un sim ple rouage.\nJ ’aim e cet enthousiasm e tou jo u rs je u n e avec lequel il nous crie\nde croire en n ou s, d’élev er notre person nalité, tel un trophée\nvain q u eu r, au dessus des obstacles de l’existence, — de ne laisser\npoint entam er notre in d ivid u alité par les con tin gen ces hostiles\nqui la vou d ra ien t am oin drir. Il est tant de penseurs qui on t\nprêché le con traire ! On m e dira q u ’eux aussi ont sign alé un des\naspects de la vérité. C e n ’est pas l'in stan t d ’aborder ce genre de\ndiscussions. B orn ons-n ou s à dire que l’ hu m an ité a besoin d’être\nconsolée et que, pour lui perm ettre d ’attein dre au sum m un qui\nlui fut assigné, pour lui perm ettre de réaliser la pleine floraison\ndont elle porte en soi les germ es, il im porte q u 'à côté des v o ix\npessim istes qui en disent la douloureuse destinée, des v o ix\nconfiantes se fassent entendre qui lu i rendent sa vaillance.\n   On se ferait une idée in exacte d’ E m erson, en le ju g ea n t d ’après\nscs s e u ls \" E ssais \" . P o u r le con naître, il faut a v o ir au m oins\nparcouru d 'au tres de ses écrits : Nature, Représentative Men et\nm ême (à ce que me dit u n jo u r un am i plus renseigné que moi)\ntelles ae ses œ u vres poétiques. D an s les Représentants de\nl'Hum anité, que nous lûm es a v ec une adm iration non m itigée,\nil s’est plu à présenter P la to n , S w ed enborg, M ontaigne, S h akes­\npeare, N apoléon I e r et G oethe, com m e les prototypes des déve­\nloppem ents dont l’âm e et la nature hum aines sont susceptibles.\nE h bien ! il a lui-m êm e quelque chose de chacu n de ces esprits.\nA jo u te z que ses préceptes se rapprochent de ceu x de C a rly le et\nvou s le con n aîtrez, je pense, a ve c quelque certitude.\n    M . I. W ill (un p seudonym e é v id e m m e n t a bien trad uit, avec\nu ne élégance à sign aler, les sept essais q u ’il a su ch o isir a v e c\nbeaucoup de tact et beaucoup de goût. A u nom bre de ces essais,\nil en est qui son t vraim en t caractéristiques : Confiance en soi-même,\nL e Poète, Caractère ... U n e belle préface de M . M aeterlinck\nprécède cette traduction, prélace dont le thèm e p rin cipal est\n\" que ce q u ’il y a de plus étrange dans l’hom m e c ’est sa g ravité\net sa sagesse cachées et que l'âm e seule im porte \" . A u reste le\npréfacier a heureusem ent défini le philosophe de B oston lo rsq u ’ il\nl'appelle \" le pasteur m atinal des prés pâles et v erts d’ un opti­\nm ism e n ou veau , naturel et plausible. \"\n\n\n   L ’a ctiv ité que M . M au clair a m ontrée depuis le jo u r où il s e\nrévéla, suffirait à m e ran ger au nom bre de scs am is. Je me sens\nporté d ’in stin ct v ers ceu x qui v eu len t fortem ent ce q u ’ ils on t\nv o u lu , v ers ceu x qui m ettent qu elque obstination à ne point se\np a ye r de loin en loin au m o yen d ’une page indécise v en u e, faute\nde m ieu x, par un soir en lan gu eu r ou un m atin d 'en n u i. E t\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3462, "texte": "246                              LE REVEIL\n\n\n lorsqu’à pareil v o u lo ir un réel talent s’ajo u te et que celui ch ez\n qu i ces qu alités se font jo u r n ’a pas encore fran chi tous les degrés\n de la prem ière jeun esse, il me parait ju s te de ne pas lu i m ar­\n chander la sym p ath ie à laquelle il a droit.\n     E n p u bliant ce prem ier liv re , M . M au clair s’est im posé plus\nv iv e m e n t à notre atten tion . E leu sis... ce titre pou rrait paraître\nv agu e si l’on n ’a va it ajo u té \" C au series su r la cité intérieure \" .\nE t v raim en t, ce n ’est pas à tort q u ’il se com plète ainsi. D e très\ncurieu ses réflexions sont exprim ées au cours de ces pages su r le\nsym b o le, la poésie, le m ystère, le caractère, le sty le. L ’au teu r\nn ou s donne aussi, à propos d ’arts futurs, des notes a u xq u elles on\nne peut contester un sérieu x fond d’origin alité. P a r con tre,\nj ’aim e m oins à l'o u ïr lo rsq u ’il s’abandonne a u x tendances\nm étap hysiqu es qui lu i tien nen t fort à cœ ur. Je n’ ai pu m e\ndéfendre de tro u v e r excessifs les com m entaires q u 'il déroule\na u to u r du m y th e de N arcisse. N ’est-ce pas a ller bien loin , en\neffet, que de com parer le bel éphèbe païen à Jésus de N azareth\net cela sous raison que N arcisse s’est décou vert pour soi-m êm e\net Jésus pour les autres ? M ais ces erreu rs ou ces exagérations\nsont encore le fait d’ un esprit qu i s’in terroge avec persistance et\ncette persistance m êm e est la cause prem ière des défauts grands\nou petits de ces essais. A force de croire q u ’il doit y a v o ir autre\nchose, à force de v o u lo ir arrach er au parce que son pourquoi,\nM . M au clair perd par m om ents la v oie ou du m oins il ne nous\nl ’in diqu e pas avec la certitu de qu ’ il faudrait. N ous préférons de\nbeaucoup l’entendre su ggérer que \" ce que nous prenons pour\ndu m ystère, n 'est so uven t q u 'u n e inconn aissan ce tem poraire des\nrapports \" que de v o ir se glisser sous sa plum e cette phrase\ndéconcertante        \" c’est peut - être toute la sagesse            q u 'u n e\nch evelu re \" V o ic i u ne au tre pensée qu i force certain em en t\nl ’attention : \" Qui su ivon s-n o u s dans la ru e, lisons nous\npage 237, quand nous songeons et que n ou s m archons sans\nD ut ? — Peu t-être ne p ou rsuivon s-n ou s à ces in stan ts que\nl ’ un des êtres que nous serons plus tard \" . A près a v o ir lu ces\nlignes, on s’arrête, su rpris ou troublé, et il ne s’en faut guère que\nl ’on donne ou vertem en t raison à l’auteu r. M ais le m oyen d’être\nde son a vis s’ il lu i plaît de ne v o ir dans la clarté qu ’ une \" duperie\net so u ven t u ne platitude ? \" L u i-m êm e doit n ’en être qu ’à dem i\ncon vain cu p u isq u ’il regrette à un autre endroit de \" sen tir com ­\nbien ces pages sont obscures et m aladroites \" . S ’il écrit : il y a le\nv ers libre ou rien, nous pou vo n s ne pas trop nous effaroucher ;\nn ous ne le p ouvon s plus quan d il assure que \" plus le dessin s’af­\nfran chit du graph iqu e, plus il v a u t \" . H eureusem en t des idées\nd'u n e réelle envergu re, exprim ées a ve c autorité, rachètent ces\naudaces chancelan tes. J ’en v eu x pou r preu ve telle phrase é n o n ­\nçan t que \" tout évén em en t dans l'âm e d’ une foule déterm ine dès\nson annonce un com m encem ent de sa propre sy n th è se ... \"\n    L e s citation s que j e vien s d’a lign er s’éton n ent quelque peu\nd ’être rapprochées. I l m e p lu t de les ch o isir de la sorte,\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3390, "texte": "                                    MAI 1894                                 247\n\n\n\n\nleu r diversité n ’établissant que m ieu x la diversité de ces cause­\nries. C au series intéressantes — l’ai-je n ettem ent dit ? — m ais où\nM. M au clair se m ontre d ’une hu m eu r extraord in airem en t v a g a ­\nbonde. O r est-ce bien là ce q u ’ il eut fallu dès l’in stan t où il\ns’agissait, non pas de parler in cid em m ent des choses grav es dont\non n ou s entretient, m ais d ’en établir la v e rtu , la nécessaire\nv a le u r et la logique entente ? M. M au clair se \" délie de toute pro­\nmesse de fidélité à sa visio n \" ; il nous donne son liv re \" vierge\nde correction s et de désaveu x. \" — O serai-je a vo u er que j ’eusse\npréléré un peu plus de d iscip lin e ? A l'égal d ’ Em erson dont je\nparlais tan tôt, M . M au clair nous apporte des \" lam beaux d ’ora­\ncles \" au tan t que des oracles m êm es. S eu lem en t, Em erson ne\ns’est peut-être jam ais douté de la ju stesse de ce reproche, tandis\nque M. M au clair l’a en q u elque sorte pressenti. D ès lors pour­\nquoi n ’a v o ir pas ch erch é à l’e v ite r ? P o u rq u oi n ’a v o ir pas tenté\nde réaliser plus étroitem ent la \" con jon ction de l’art et de l’éth i­\nque \" ? P o urqu oi a v o ir perm is que dans cette cité in térieure des\nom bres vin ssen t assom brir les élégances pensives et les courbes\nharm on ieuses du paysage ?\n\n                                        *\n                                       * *\n\n    E n v a in essaîrais-je de définir la dern ier liv re de M . C am ille\nL e m o n n ie r m ieu x que celu i-ci l’a fait dans sa préface. C ’est bien\nle \" Journ al d ’une m am an \" q u ’il a é c r it; c ’est bien \" u ne histoire\nde bonne fem m e, avec des fins de chapitres com m e des fins de\nm ois, des points de suspension où la caisse est v id e et le cœ u r\naussi, des reprises d ’espoir et des rentrées d'argen t. \" M ais, en\nregard de ces données d’ensem ble, il faut noter les idées spéciales\nque l’on rencontre au détour des m oindres épisodes. S ou s ce\nrapport encore l’au teu r s’exprim e le m ieu x du m onde lo rsq u 'il\nnous dit que \" certaines de ces pages font pressentir l’ idéation de\nla fem m e n ou velle, son aspiration à la cultu re de soi, la possibilité\nd’ une v ie plus libre, m oins assujettie au m ensonge social. \" Ces\ndéclarations sim plifient singulièrem en t m a tâche. Je pourrais\n me borner à ajo u ter que M. L e m o n n ie r réalisa son v o u lo ir,\n si je ne tenais à ju stifier mon a v is et à ren con trer les objections\nque ce liv re souleva. D ’aucun s essayèren t de me persuader que\nl ’Arche ne serait q u ’un rom an in ach evé. E h bien ! j'a i lu le\nvolu m e, je l’ai relu et je me fortifie dans l’opin ion que cette\n m anière de v o ir ne sau rait être la bonne. L e prem ier m érite de\ncette œ u vre consiste précisém ent en ce q u ’elle est con tin ue dans\n ses interruptions com m e la v ie elle-m êm e. E t, v raim en t, dans la\nréalité les circon stan ces entrent-elles toujours en scène, l'u n e\naprès l'a u tre , au m om ent précis où on s'av ise de le souh aiter ? L a\ntable est-elle tou jo u rs m ise et sans cesse occupée par un n ouveau\n c o n viv e ? N ’est-ce pas le propre de toute v ie d’arrêter parfois son\n développem ent v isib le, sans que la raison de cet arrêt se trahisse\n et sans que les évén em en ts passés se trou ven t séparés de ceu x\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3523, "texte": " 248                           LE REVEIL\n\n\n  qu i les su iv e n t? A qui le pénètre, la v ie se révèle dans sa\n  to ta lité ; p our ceu x qui ne se l ’attestent point, une om bre vo ilera\n  toujours ce qui n ’est pas la brutale extériorité. D e m êm e\n  certaines sym phonies ne sont com prises entièrem ent que par\n  ceu x qui entendent se répercuter en e u x la v o ix suprêm e de leurs\n  silences. M . L e m o n n ie r est de ceu x-là et l'Arche est u ne œ u vre\n  don t toutes les parties se tiennent parfaitem ent. M ais, p o u r en\n  apprécier la foncière v a le u r, il im porte de su ivre soi-m êm e les\n  routes de traverse in diquées par l ’écrivain et où il eut raison de\n  ne pas se su bstituer à de trop éviden tes réflexions. —\n     J ai hâte de le dire, les écrits sont rares où à plus de\n  fraîch eu r de sen tim en t, de jeu n esse de cœ u r et d’esprit (oh !\n  les exquises choses que l’on apprend trop à étouffer ou à cor­\n  rompre) se jo ig n e une a n a ly se p lu s discrète et plus persuasive.\n C es pages on t je ne sais quelle grâce à elles, une grâce de ça\n et là si ténue que l’on est tenté de ne v o ir, ave c l ’au teu r lui-\n m êm e, q u’un pastel délicat et léger. M ais q u ’on y prenne garde.\n Cette joliesse a la clarté hum ide d’ u ne larm e et, si de la beauté\n existe en ce liv re , c’est la \" beauté douloureuse qu i est toute la\n beauté m orale. \" A u surplus proclam a-t-on ja m ais p lu s hau t la\n réconfortante in tim ité de la v raie fam ille ? A h ! je sais, on m e de­\n m andera cc que cela a de com m un a ve c la littérature. Q ue ré p o n ­\n d rai-je, sinon qu e l’art doit refléter la v ie en la su blim an t o u en\n l ’éclairant et que c’est dans la fam ille, volo n tiers décriée par un\n snobism e de prem ière gran deu r, q u ’ il faut ch erch er une des e x ­\n pressions de la v ie les plus h arm on iqu es. M. L e m o n n ie r a eu\n raison de ne pas se préoccuper des récrim in ation s possibles d ’im ­\n pavides théoriciens épris de leu r m arotte. Il eut raison éga le­\n m ent de p lacer en pleine lum ière — en l'en tou ra n t des beautés\n q u ’il lui a attribuées — l’ im age radieuse de la m ère. L a M ère !\n elle est, par certain s côtés, le sym b o le de l’hu m an ité présente\n et le n o y a u de l'h u m an ité future. A ce titre, notre atten tion\n lui est toujours due ; m ais lorsq u ’elle sait se com prendre, com m e\n l’héroïne de l'Arche, une adm iration lu i re v ien t que les artistes\n ne d oiven t pas faire fi de franchem ent lu i reconnaître.\n     Je m entionnais tout-à-l’heure le spécial cou ran t d’ idées qu i\ntraverse ce livre. M. L e m o n n ie r s'en prend hard im en t au m en­\nsonge social et le dénonce san s am bages. Il serait si facile, dit-il,\nde v iv r e selon son cœ ur, d ’écarter le parasitism e des raisons\ntoutes faites. E t pourquoi au lieu de lim iter la fam ille à d ’élé­\n m entaires raisons de con san guin ité ne pas l'édifier su r des affec­\ntions é p ro u v é e s? ... N ous som m es au m onde, dit-il encore, p o u r\nm ériter la vie. — M ais c ’est su rtou t la con dition de la fem m e\nqui le préoccupe. Il la v o u d ra it lib re, décisivem en t rachetée et\napte désorm ais à s’affirm er dans la plénitude de son in dép en ­\ndance. E t la je u n e fille ? A h ! elle devrait n ’être plus la petite\npoupée q u ’on attife, qu i s’ aim e à son m iroir et jacasse et dan se\net s’essaie à sourire ; elle devrait s’écouter, ch erch er à se c o n ­\nn aître et s’efforcer d'être un jo u r \" la con science de l’ ho m m e. v\n"}, {"page_pdf": 278, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3373, "texte": "                                    Mai    1894                                249\n\n\n\n\nN ous som m es des p auvres à présent, nous avo n s tous au fond\nde nous un m y stè re ... O u vro n s, o u v ro n s les fenêtres ! E t l’écri­\nv a in form ule une pensée que m oi-m êm e j’ai so uven tefois d éfen ­\ndue auprès de toi, m on fidèle R ichelle, auprès de v o u s, m on\nch er V a n L e rb e rgh e, c’est q u ’ un jo u r v ien d ra où le b o n h eu r sera\nconsidéré com m e u ne science, où l’on apprendra la théorie\ndu bon heur !\n     M . L e m o n n ie r a su, sans longs sign alem en ts, sans ch erch er la\np sych o logie à qu atorze heures, établir nettem ent les personnages\nqui dans celte A rc h e v ien n en t et v o n t. E t c’est M me C lé ric y , la\n m am an, p our laquelle à des jo u rs clairs de pleine aisance\nsuccédèrent des heures grises de gêne aux abois, la m am an si\nv a illa n te, si aim ante, si tendrem ent inquiète, si m am an, enfin, —\n m am an de la n u rsery et non du pot au feu ou du salon, raison ­\n n euse a u s s i— étern elle et sen tim en tale raisonneuse, com m e elle\n dit. C e sont les enfants : Jacques, délicat et sensible ; L ilin e —\n \" si petit cristal, si oiseau de paradis dans les hautes bran ch es; \"\n G rig ri \" un cœ u r de plum es pou r réchauffer les o isillo n s frileux \"\n C ’est V in cen t, le m ari, être chim ériq ue, con science élém en taire;\n c ’est D u m on t, le bon, le fidèle D u m on t qui aim a peut-être — d'un\na m ou r secret com m e celui qu i inspira le son net d 'A r v e rs , à la\nlecture duquel il se sen tit si ém u à certain jo u r — celle dont les\nsouffrances font sa propre peine. E t puis encore E lise M uret,\nl’am ie, dont le cœ u r se tourne vers l’affection com m e u ne fleur\ndédaignée v ers le bon soleil. E t les M onard, les voisin s, qu i\nvou d raien t tan t que l'u n d ’eu x m eure pou r que l’autre pû t m o u rir\ntout de suite ap rès... E t tous enfin ! ..\n    L a form e de ce liv re est d ’ une origin alité d ouce; elle fait\nsonger à une m odulation m élancoliq ue de hautbois au loin d ’un\nb rou illard d’autom ne. M ais encore elle est très idoine à la pensée\net, v ra i, il en ém ane, com m e de la bonne E lise M uret, \" de\nl’enlacem en t. \" L e seul reproche à lui faire, c’est d’être d ’a ven tu re\ntrop littéraire. J ’eusse aim é que tels p aysages trop m erveilleu se­\nm en t décrits pour un \" Journ al \" ne s’ y trou vassen t pas. E t\np ourtan t, j ’ai bien hésite a v a n t de m ’en co n va in cre. N ’est-il pas\ndifficile, en effet, de résister à des phrases com m e celle-ci,\nterm inan t, à la page 194, une notation de petit jo u r : \" l’aube\nreplie frileusem ent son aile ; il fait de n ou veau D ie u ! \"\n                                         **\n\n   L e s écrivain s de race, a dit un jo u r en substance M. G u stav e\nK a h n , on t tous un décor personnel d’où s’ essorent leurs rêves,\nd'où m onte, en chants ailés ou en paroles pures, leur pensée 1\nC e décor, M. M aeterlinck l’a érigé des ses débuts, dès ce v o lu m e\nd’ une in ou bliable étrangeté : Serres chaudes; et si, depuis lors, il\nl'a pu v a rie r par certain s je u x de lign es ou de cou leu rs, par\ncertaines dispositions d’ une esthétique plu s raffinée — rappelant\nles exquises com positions de S ir E d w ard B u rn e Jones ou de\nM. W alter C ra ne — l’ensem ble, à coup sûr, ne s’ en est guère\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3369, "texte": "250                            LE RÉVEIL\n\n\n\nm odifié. A ce point de vu e , les trois petits dram es par qu oi la\n\" collection du Réveil \" v ien t d’a v o ir l’heu r et l’ h o n n eu r de\ns’ in au gu rer p euven t n ’être pas une révélation. Ils ne le sont non\nplus (ceci n’est pas à prendre pour un reproche) en ce qui\ncon cern e leur esprit général et les grandes lois auxqu elles la\nconception de l’écrivain s'est attachée. M êm e philosophie ici\nque dans les œ u vres antérieures : les choses ne sont pas à leur\nplace, on ne com prend pas tout ce que l’on sait, to u t ce qu 'on\nse rappelle. On v it aussi en attendant l’inattendu — avec toutefois\ndes soirs graves où la v ie in u tile v o u s rem onte à la gorge, car\nchacu n porte en soi des raisons de ne pas v iv re . E t cela parce que\np ou r v iv re vraim en t il faudrait a ajouter quelque chose a la v ie \"\net ne pas s’enclore en l’am biante torpeur lorsque l’âm e s’avance\nle lo n g d ’ un autre chem in ; cela encore parce que le m alheu r\nest in fatigable et que nous nous endorm ons au m om ent où sa\nm ain funeste o u vre la porte et fr a p p e ...\n    L e m a lh e u r — c ’est lu i qui oriente ces d ram es; il en dirige\nles épisodes, il en tien t la clef. D an s A lladine et Palomides, on le\ndécouvre peut-être m oins que la fatalité qu i le prépare; dans\nIntérieur, c’est son approche plutôt que sa présence qui vou s fait\nh a le te r; m ais dans L a mort de Tintagiles c ’est bien cette présence\nim m uable, c'est bien la certitude de cette présence qui étend\nson aile noire su r les pages oppressées. C ette différence se trahit\nd ’ailleurs ch ez les protagonistes. A lla d in e et Palom ides regardent\nau-delà des clartés froides d ’a len to u r; le V ie illa rd — qu i n ’ose\nassom brir, par une nou velle pénible, l 'Intérieur au repos sous la\nclarté b ien veillan te de la lam pe — regarde la v ie m êm e, avec\ndes regards in sp irés; m ais sœ u r Y grain e est de ceu x qu i\nregardent en deçà, de ceu x au xqu els tout a m enti, qu i n ’on t pas\nv u à tem ps et qu i n ’on t pas pu faire ce qu ’ ils eussent aim é.\nA in si donc nous ob servon s ici, dans une non éq u ivo q u e m esure,\nl ’attitude que pren nen t, devan t l’énigm e des évén em en ts, les\nêtres que douèrent d’ une sensibilité précoce ou tard ive des fées\ngénéreuses ou avares. C es dram es résum ent ce que nous som m es\na u x heures les plus dissem blables d’un M oi non m oins divers ;\nils le résum ent étonnam m ent si l’on ajoute les p auvres qui\n \" ne saven t jam ais rien \" et vo n t à la dérive sans rien distin gu er\nnon plus. E t l'œ u v re entière dit bien ce q u 'il faudrait être pour\nêtre enfin.\n    Parm i les personnages évo lu a n t en ces scènes, il en est, com m e\ndans to u s les dram es de M . M aeterlinck, au xqu els il nous serait\n fort difficile de con stitu er u ne gén éalogie, de trou ver un air de\n parenté a ve c des création s antérieures. L e front à'- la croisée, ils\n tournen t le dos à ce qui sem ble être toute leu r v ie et c’est plus\n lo in , par-delà les \" délicieuses choses vertes \" a u xqu elles les\n autres bornent leurs suprêm es aspirations, q u ’ils con tem plen t\n u n e sérénité qu i d’e u x ém ane et vers eu x revien t. Ils v o n t \" où\n leurs y e u x les m ènent \" , et pourtant, au m ystère de leur être,\n c'est toujours le trille clair des aurores où l’om bre m êm e des\n"}, {"page_pdf": 280, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3612, "texte": "                                  MAI 1894                               251\n\n\nsaules s’ in clin e avec douceur. L o rsq u ’ ils se sont ou ïs, offrez-leur\nles astucieuses réalités qu i nous fon t battre des m ains et ils les\nfuiro n t d ’ un unan im e accord — si séduisantes q u ’elles puissent\nêtre. L e u rs m ouvem ents sont \" spiritu alisés par la distance \" ;\ns'ils p arlen t, leu r v o ix sem ble a v o ir traversé la m ort ou le ciel.\nC e sont de petites âm es ven ues on ne sait d’où et q u i, si j ’ose me\nse rvir d’ une phrase de l'Arche, étaient de toute éternité en m arche\nl’ u ne v ers l ’autre, à travers les patries et les m ers, — de petites\nâm es dont la rencontre atteste soudain la grâce préservée.\n    C ’est à M. M aeterlin ck, j ’ insiste à ce propos, que rev ien t le\n m érite d ’a v o ir tiré ces choses de l’om bre. E n adm ettant q u ’ il\n n’eut pas eu d’autre m érite, celu i-là seul suffirait à le ven ger d ’ une\n critiq u e aussi bornée que prétendum ent scientifique. Il m e faut\n dire m ain tenan t que les personnages dont je parle, sans rien\n dép ouiller de leu r charm e origin el, v iv e n t cette fois d’ une v ie\n p lu s cadencée. I l y a a u to u r de leur front je ne sais quelle clarté,\n faisant m ieu x ressortir leu r identité terrestre C ertain s lecteurs,\n je m ’en doute assez, regretteront q u ’il puisse y a v o ir ain si autre\n chose que l'extériorité d ’u ne apparition, d’ une visio n devinée en\nun clair o b scu r de légende. C e regret ne sau rait v e n ir de moi ; je\ntrou ve, au con traire, un charm e de plus à ce que ces fervents de\nl ’au-delà sym p ath isen t davan tage ave c n otre habituelle attente.\nD a n s tous les cas, lire ces pages c'est se co n va in cre qu ’ il n ’ y a\nen cela rien de perdu ; c ’est se co n va in cre aussi que M. M aeter­\nlin ck a fait tressaillir son talent d ’ un frisson n ou veau .\n    S i l’on rapproche des précédents écrits du m ême au teu r l’ un\nou l’autre de ces dram es — et notam m ent Alladine et Palomides ou\nla Mort de T intagiles — on rem arque que les derniers v en u s m et­\n ten t en action des caractères plus élevés que ceu x dont nous co n ­\n nûm es antérieurem ent. C om bien belle cette A stolain e que P a lo ­\n m ides, son fiancé d ’hier, ne gu idera pas v ers les E d ens d 'am our,\n parce qu ’ il n ’a pu résister au charm e in fan tile d’ une petite esclave\n v en u e du fond de l’A rcad ie ! O u i, com bien belle, cette seule su r­\n v iv a n te des filles du v ie u x roi A blam o re, car ne la voyon s-n ou s\n pas aim er d avan tage, aim er jusqu ’à l’aider à con qu érir un bon heur\n q u ’elle ne résum e plu s, celui qu 'u n ty ran n iq u e hasard ra vit à ses\n esp oirs. Il y a en elle u ne bonté chrétien n e et m iséricordieuse, un\n d évou em en t a tten tif et tendre, im posant à celui qui la contem ple\n son ascendant propice. C om m e elle s’affirm e aussi cette sœ ur\n Y grain e , en qui toute la douleur païenne exh ale ses cris ja lo u x ,\n cette p au vre sœ ur Y g ra in e m eurtrissan t, dans une n u it sans issue,\n à la porte à jam ais close de la m ort, ses m ains frêles et tan t faites\n p ou r allum er, au c la ir soleil de la jo ie , leurs a n n eau x!\n     D e ce qu i précède on au ra déjà inféré que, pour ceu x-là m êm e\n qui apprécièrent sans en rien négliger, ce qui con stituait, il y a\n hu it jo u rs encore, le bagage littéraire de M. M aeterlin ck, des\n d écouvertes sont à faire dans ce brelan de pièces n ou velles. L a\n différence, le progrès si l’on préfère, ne s’atteste pas seulem ent\n dans des attitudes inédites, dans l ’accentuation particulière de\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3445, "texte": "252                               L 6 RÉVEIL\n\n\n\ntelles physion om ies isolées m ais aussi dans l’ensem ble de cer­\ntaines scenes extraord in airem en t éloquentes m algré leur peu de\ndurée. A l’acte II du prem ier dram e, je me su is longuem ent arrêté\nà la scène finale (où Palom ides confesse à A stolain e q u ’il ne sera\njam ais \" celui q u ’il a va it espéré deven ir \" , où A stolain e prononce :\n \" je puis respirer avec m oins d'inquiétude, puisque je ne su is plus\n heureuse \") et je n ’ im agine pas que l’on puisse donner à la parole\n hum ain e — cette grelottan te pauvresse — un accent qu i la\n rapproche davan tage du langage intérieur. L a scène qui o u v re\nl ’acte su iv an t est plus v ib ra n te encore. A stolain e v eu t persuader\n à son père que la rup tu re v ien t d’elle seule. L e roi a surpris trop\n de choses p ou r p ou vo ir croire sa fille. Il sent d ’ailleu rs que si elle\n lui parle en se ten an t à l’écart, c’est dans la crain te que la\nrencontre de leurs âm es ne trahisse son gén éreu x m ensonge. C ’est\nm oi qui vais v e n ir, m urm ure-t-il. Il s ’approche, puis s'arrête et\nla regarde longuem ent. \" Je te v o is, A stolain e, \" dit-il. E t la\nvierge sanglote en l’em brassant tandis q u ’à cette sim ple e x ­\nclam ation \" m on père ! \" ces sim ples m ots répondent : \" tu\nv ois bien que c ’était in utile. \" Serait-il v ra i que devan t\nd'aussi belles explosions d 'art et de cœ ur, d ’aucun s dem eu­\nren t indifférents ? E t faut-il prodiguer les citations ? A l’acte\nI V , la scène d'am our entre A llad in e et Palom ides, captifs\ndes grottes souterraines où la jalo u sie du roi les a fait p ré ­\ncipiter, de quel élan n’est-elle aussi ! Il s’ y élève des cris qui\np euven t être com parés a u x cris les plus beaux que l’ hum anité\nproféra. Palom ides v ien t d ’en lever le bandeau qui recou vrait les\ny e u x de l’aim ée. Y vois-tu ? lui dem ande-t-il. O u i, répon d-elle...\nje ne v o is que toi ! R épétez-vou s cette phrase, prise entre bien\nd ’autres, répétez la, si vou s le p o u vez, en l’écoutant tom ber au\nplus profond de vous-m êm e et dites si tout l’am ou r ne l’effleura\npas de son aile palpitante. M ais c’est la scène entière q u ’il\nfaudrait reproduire, depuis l ’instant où A lladin e s’écrie a E lles\nv iv e n t ! elles v iv e n t ! \" en entourant de ses m ains à peine libres\nle cou de Palom ides, ju s q u ’au m om ent où ce dern ier laisse\ns’échapper ces m ots p ieux \" J ’étends les bras pour t’adm irer\ncom m e si tu n ’étais plus à moi et p u is je les rapproche ju s q u ’à ce\nque je touche tes baisers et je n ’aperçois plus qu 'u n b o n h eu r\né tem el. \" C ’est ce bon heur qui fait s’appeler les am ants, de\ncham bre à cham bre, lorsque, à l ’acte V , nous les trou vo n s\nexp iran ts; c ’est lu i qui leu r en tro u vre, au seuil m êm e de la m ort,\ndes paradis a u x fleurs idéales... M ais pourquoi insister si longue­\nm ent à propos de ce seul dram e ? Interieur a des beautés auxqu elles\nnotre adm iration se doit égalem en t. E t à l'acte dernier de la\nMort de Tintagiles M . M aeterlinck a atteint un tragique intense\nqui laisse loin ses m eilleures scènes du m êm e genre. O h ! ces\nparoles d ’Y grain e à qu i, de plus en plus faiblem ent, l'en fan tin e\nv o ix de T in ta g iles répond. O h ! cette d ouleu r qui supplie ou\nexig e, s'agen ou ille ou se dresse m enaçante, qui pleure ou\ns’em porte. O h ! ces im précations in utiles et désespérées après\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1976, "texte": "                                MAI 1 8 9 4                               253\n\n\n\nlesquelles sœ ur Y g ra in e s ’affaisse dans les ténèbres tandis que le\nrideau descen d...\n   P arlo n s de la form e. P as n ’est besoin cette fois de la défendre\ncon tre la m auvaise h u m eu r des gens g rin ch e u x. P lu s de répéti­\ntions (pendez vou s m ôsieu Nordau) rien qui paraisse heurté, rien\nque puisse dén on cer l’exagération railleuse des m eilleurs feu ille­\ntonistes com m e de l’ indigence de pensée ou de la p auvreté de\nsty le . C ’est clair, lim pide, n ou rri, ave c la m êm e o rigin alité, le\nm êm e coloris sobre, la m êm e splendeur d ’im ages que précédem ­\nm en t et des trou vailles com m e celles-ci : l'eau qui paraissait\nm orte au fond des grandes cu ves de l’a v e n ir... le ciel est un\nanneau de cristal au jou rd ’ h u i... ta joie est tom bée su r mes lèvres\ncom m e un enfant au seuil de la m aison, etc. etc.\n   Il se pou rrait que l’on m e fit un g rie f — car m on com pte\nrendu s’ach ève — de n’ a vo ir pas souligné la spécialisation s y m ­\nbolique de ces dram es. J ’ai peut-être eu tort, en effet ; seulem ent\nil m a paru que ce n ’est pas là ce q u ’ils on t de plus caracté­\nristiq ue et les dissertations à ce su jet ne m an queron t pas.\nA u reste le m oyen de tout dire dans un article m êm e allon gé ?\nIl est tan t de choses que j ’eusse aim é de sign aler et devan t\n lesquelles je dois passer en silence !\n   U n m ot de l’édition. L a délicatesse m ’em pêche de lui faire\nu n e grosse réclam e ; n éan m oin s je v e u x ne pas taire mon goût\np ou r la co u ve rtu re si curieusem ent arch aïqu e ainsi que pour les\nculs de lam pe, d’ une intensité d ’expression rem arquable dessinés\np ar M . G eorges M in ne. C eci du reste n ’est q u 'u n début et je\n ne doute pas que l'édition su ivan te ne soit plus artistique\n encore.\n\n                                                   A lber t A rnay.\n\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-012", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 253, "page_fin": 255, "titre_corps": "Chronique littéraire : II", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Denis Lalieux", "ancre_debut": "II. 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L e s poèmes de l’au teu r de la légende\nde Sainte Liber ata sont d ’un bon faiseur, la coupe en est élégante,\nles n uances choisies, le ryth m e distingué. C ela se lit sans effort\nni con train te, dans une sorte le bercem ent. M ais, au-delà de ce\np laisir issant de la clarté du dire, n u lle esthétique ém otion ne\nsu rgit. E n v a in s’ interroge-t-on : m uet le cœ u r et calm e l’esprit.\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2934, "texte": "254                                                    LE RÉVEIL\n\n\n    J’ajouterai que M . H érold, s’ il a de réels bonheurs d’expres­\nsion et des trou vailles exquises, a lign e parfois des singularités\nd ’ un go û t assez contestable. E t puis il ne se préoccupe pas\nto u jo u rs de dire des choses n ouvelles. O h ! je sais - - n il n u o vi —\nM ais que de fois n ’avons-n ou s pas entendu parler des bleus\nparvis gemmes d'étoiles. des chevelures des roseaux, de la sainte voix\ndes forets, de l'éclat divin du jo u r , de la plainte des ruisseaux et\nne savon s-nous, au m oins en théorie, depuis l’âge de raison que\nles biens de la terre sont vains ?\n    V o u s a llez ob jecter que je me liv re à des citations perfides?\nC ro yez-m o i cependant, je ne cherche point le poncif à qu atorze\nheures. M ais encore u ne fois il faut bien vou s dire ce qu i est. E t,\nsi je p ou vais désirer parler plutôt en to ut bien d’ un de nos\ncollaborateurs et am is, sed m agis am ica veritas ..\n\n    M a m aiden ch ro n iqu e littéraire v o u s parlait de W illy . M e\n v o ici en arrêt à présent devan t un liv re de l’O u vreu se du C irque\n d’été. C ela s’appelle Rythmes et rires. Il n’y a pas beaucoup de\n rires, m oin s, a coup sû r, que dans les Soirées perdues, et en fait de\n ryth m es, (délicieux parfois, ex : cette facile et sourian te A u tric h e\nqu i fut pendant quelques lu stres l'in n ocen t paradis de la m u si­\n que), je n’ai pointé que les pages 134. 135 et 152/53. C ependant\nj ai noté encore de bons articles con cern ant B erlio z et M ozart\n et un los de prem ière classe en faveu r de ce cher C ésar F ra n ck\nqu i, franchem ent, ne l’a pas volé. Est-ce tout ? A h ! n on , il\ny a les horreu rs. E n v o u lez-vo u s?\n     1°) On n ou s apprend que la Mer de M. G ilso n a effarouché le\n \" pom piérism e belge. \" C ’est évid em m ent pour cela que cette\n œ u vre a eu ch ez n ou s tout le succès q u ’elle m éritait.\n    2°) G ou nod au rait été le m usicien du second em pire. L e bon ,\nl’excellen t billet ! C om m e si to u t le m onde ne sa v ait pas que le\n dit em pire a trou vé sa véritab le expression m usicale c h e z ...\n Offenbach\".\n    3°) I l sem ble que p ou r l ’O u vreu se M . E ekh ou d ait cessé\nd’écrire après les Rythmes pittoresques et M. V erh aeren après\nles Moines. E lle a bien raison, la chère o u v reu se, de crier à page\nque v eu x-tu : suis-je don c renseignée !\n    4°) M lle L itw in n , assure l’O u vreu se, a jo u é à la Monnaie\nS ieglind e. E tion s-n ou s bêtes de croire q u ’elle avait p lu tôt ten u le\nrôle de B rün eh ild e.\n    50) ... Q uatre vou s suffisent, le cteu r? Ne v ou s gên ez donc pas ;\nj ’en ai assez aussi.\n\n  L e Jean de M . S ab atier est un Jean après le supplice. I l n ’est\n\n\n  * E t p u i s q u i d o n c n ’a t r o u v é à l a l e t t r e G d e s o n d i c t i o n n a i r e : G o u n o d = s u c c é d a n é d e\n    rt.\n      za\n       o\n       M\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "                                         MAI 1 8 9 4                                 255\n\n\n\ne n s cè n e q u e p o u r s e la is s e r d ire p a r H é ro d ia d e d e s ch o s e s ,\ndes choses .. M ais le p lus drôle c’est qu’après avoir été décollé,\naprès qu’on eut pu voir sa pauvre tête écrasée (scène III) sous le\ntalo n d e la « re in e a u gu ste et vén érée » , le fa ro u ch e m an geu r\nd e sa u te ­ re lles rep a ra ît ic i a b so lu m e n t co m p le t. J e cro is d u\nm oins qu’il en est ainsi sinon com m ent H érodiade pourrait-elle\nsouhaiter qu’ilparlât (scène IV) et comment regarderait-il Hérode\n(scène VI) avec des yeux... « silencieux com m e des\n   javelots » ? M . S ab a tier, o n le vo it, sa it p a y er d ’a u d a ce. Il y\na d ’a ille u rs d a n s so n p o è m e d es tra its h a rd is. L e p o id s d ’u n e\nvengeance ymate une fièvre ; Hérodiade\n     s’écrie : Q   ue\n        n'ai-je... Quï tes cris d’angoisse et joui ta\n   douleur. Elle déclare (en parlant de son âme) qu’une\n     vision F éblouit, que son ire est une\n   illusion et, après avoir formulé ce\n       désir : Dans le calm e des nuits m urm urer\n       mes aveux Comme des clous d'argent piquant de\n   blanches toiles\n       Elle déplore : Ces m em bres allongés com m e\n    des leviers roides ! J’en passe\n   et des meilleures. V ilain e édition, agrém entée d’un dessin de\nM . Séon qui... m ais ce serait trop long, j’en parlerai la prochaine\nfo is. Il y a d a n s le B a ise r d e J e a n u n « ch œ u r d es g u e tte u rs »\nd o n t o n n o u s d o n n e la m u s iq u e s ig n é e H e n r y C o u v a g n e :\non a\n                                                               fait moins bien que\n\n  cela. Denis L alieux. ERRATA. — Dans la précédente Chronique\n     littéraire il faut :page 219 dilection\n       et non détection » 220 em pêchèrent et non\n         empêcheraient» 221 pré-voyante et non\n       prévoyante » 222 Corbière faisait et non\n  faisantPrière à MM les typos d’imprimer à l’avenir : émotionnelle,\ntraditionnelle (avec deux n) et shoking sans ce vilain c que nous\nreprocha la chère Ouvreuse.\n\n   A U X P R O C H A IN S A lb ert M o ck e l, P r o p o s d e littéra tu re. —\n   Fernand Roussel, Le Bonheur Irréel. — Robert Scheffer, L’Idylle\n   d ’un p rin ce. — San der P ierron , P ag es de ch arité. — G eorges\n   Rodenbach, M usée de Béguines. — Clair Tisseur, Pauca Paucis.\n   — A n d ré F o n tain as, N u its d ’E p ïp h a n ies. — H u gu e s R eb e ll,\n   Chants de la pluie et du soleil. — Jules Bois, La Porte héroïque\n   du Ciel. — M adeleine L ép ine, L a bien A im ée, — Jean V iollis,\n   Soleil touchant. — Charles Bronne, La Vie. — Villiers de l’Isle\n   Adam, Morgane. — Robert de Souza, Fum erolles. — etc.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-013", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 256, "page_fin": 256, "titre_corps": "Tablettes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TA BLETTE S Nouveaux confrères", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 285, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 143, "fin_caractere_exclue": 5219, "texte": "TA BLETTE S\n\n\n\n\n     N o u v e au x con frè res                                                    E n l’A R T L IT T É R A IR E , d es ve rs d e M r G u sta v e\n     L 'A N N O N C I A T I O N , r é d ig é e p a r S a in t -                Kahn. En VAN NU EN\n  G e o r g e s d e B o n h é lie r , 5 0 , R u e R o d ie r , P a r is ,          S T R A K S , le s b e lle s o r n e ­ m e n t a t i o n s d e M .\n Abonnement : 4 francs. LE                                                     V a n d e v e ld e , V a n R i js s e l­ b e r g h e e t L e m m e n .\n     R Ê V E E T L ’I D É E , m e n s u e l . — R é d a c ­                    La Revue W allonne\n  te u r e n c h e f M r M a u r ic e L e b lo n d , 1 0 , r u e\n                                                                                   v ie n t d e d o n n e r l e p r e ­ m i e r n u m é r o d e s a\n  d e s T e n n e r o lle s , S t C lo u d . A b o n n e m e n t\n                                                                               n o u v e lle s é r ie : b ie n d e s c h o s e s à r e t e n ir ,\n : 6 francs\n                                                                               e n c e n u m é ro : d e trè s b e a u x v e rs d e M M .\n     p a r a n . C ’e s t l e 2 4 j u i n p r o c h a i n q u e s e r a        V e r h a e r e n , S é v e r i n . — A v r il d e L é o n P a s c h a l .\n in a u g u r é à Ix e lle s , le m o n u m e n t é le v é à C h a r le s       U n fr a g m e n t d e V e rs la V ie , d e R ic h a r d L e d e n t.\n  D e C o ster, d û à M . C h a rles                                           P r o s e s c h a r m a n t e s d e P . M .O lin e t E d m o n d\n    S a m u e l. A l a d e m a n d e d e l ’a d m i n i s t r a t i o n\n                                                                                                    G\n                                                                                                    r.\n                                                                                                     lesn\n  c o m m u ­ n a le , M . C a m ille L e m o n n ie r a c o n s titu é\n u n c o m it é c h a r g é d e l ’o r g a n is a t i o n d e l a c é r é ­        A p a raître d a n s la co lle ctio n d u R év eil A m e s d e\nmonie. Ce                                                                      C o u le u r, d ’H e n r y M a u b e l, e t D 'u n e Cité e x ilé e ,\n    c o m ité e s t a in s i c o m p o s é : M M . L e e ­                      poèm e de Paul Alériel [Georges M arlow] V iennent de\n m a n s , B o u r g m e s t r e d ’I x e l l e s , F . B a u d o u x ,        paraître en\n P e te r B e n o it, F . B r o u e z , C h . B u ls , E u g è n e                 cette collection ; Alladin e et Palom ides, Intérieur\n D e m o ld e r , H e c to r D e n is , J u lie n D ille n s ,                 et la M ort d e Tin ta g ile t, trois p e tits d ra m e s p ou r\n G e o r ­ g e s E e k h o u d , I w a n G ilk in , A lb e r t G ir a u d .     m a r io n ­ n e t t e s , p a r M a u r ic e M a e te r lin c k . L e\n G r e y s o n , H . K r a in s , P . L a c o m b le z , C a m ille            B onheur Irréel, de Fernand Roussel .\n L e m o n n ie r , A m . L y n e n , M a u r i c e M a e t e r lin c k ,\n H e n r i M a u b e l , O c t a v e M a u s , X a v ie r M e l l e r y ,\n C o n s t a n t in M e u n i e r , F r a n c is N a u t e t , R . N y s t ,\n                                                                                  P a r a ît r a p r o c h a in e m e n t à la B ib lio t h è q u e\n H . P e r g a m e n i, E d m o n d P ic a r d , C h , F o t v in ,\n                                                                               d ’O c c i t a n i e : L e s c h a n s o n s é t e r n e l l e s , u n\n F . R o p s , E . S m it s , E m i le V e r h a e r e n .\n                                                                               v o lu m e d e v e r s p a r P a u l R e d o n n e l. E x e m p la ir e s\n                                                                               s u r p a p ie r d e c o u le u r : 2 5 fr . H o lla n d e . 1 0\n    C e m o is c i : A d m ir é à la S O C I É T É N O U ­\n                                                                               fr. p a p ier tein té, 3 .5 0 fr.\n V E L L E , d e s v e r s s p l e n d id e s d ’E m il e V e r h a e ­\nren , : Le Son n eu r, le F ossoyeur.\n    A la J E U N E B E L G I Q U E , u n p o è m e d e M .                        V ie n t d e p a r a îtr e c h e z M io t e t J a m a r , im p r i­\n A lb e r t G ir a u d , l a T e n t a t i o n d e S a n d r o B o ­           m e u r s é d ite u r s à L iè g e : L a V ie , c o n te s e t\nt i c e l l i , d é jà r e m a r q u é e n l a N o u v e l l e R e v u e       L é g e n d e s p a r C h a r le s B r o n n e . P r ix d u v o lu m e\n            l.\n             io\n              ra\n               te\n                In                                                             :s u r ja p o n , 5 fr . s u r p a p ie r fo r t, 2 fr .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-014", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "COLLECTION DU RÉVEIL chez EDMOND DEMAN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 286, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1461, "texte": "COLLECTION DU RÉVEIL\n   chez E D M O N D D E M A N , libraire à B ru x elles\n\n\n\n                       VIENNENT DE PARAITRE :\n\n\n\n\nM a u r i c e M a e t e r l i n c k : A lladine et Palomides, Intérieur, la Mort\n\n                               de Tintagiles, trois petits drames pour\n                               marionnettes.\n                               U n v o lu m e in-16 raisin su r fort papier\n                               v élin teinté\n                                               P r i x .............................F r. 3,50\n\n\n\nF ernand    R oussel :        L e Bonheur Irréel\n                              U n volu m e de proses, in-16 grand-m é­\n                              dian , tiré à 250 exem plaires num érotés\n                              su r papier de H ollan de V a n G elder.\n                                            P r ix .        .    .   .    .    F r. 2,00\n\n\n\n\n              DÉPOSITAIRES DU RECUEIL\n\n    ANVERS :                   F o rst, Place de M eir.\n     BRUXELLES :                D em an , rue d ’A r en berg, 14.\n            —                  D oliger, G aleries de la R eine.\n    GAND :                     E n gelcke, rue des F ou lon s.\n       —                       H oste, rue des Cham ps.\n       —                        M eyre-P aren t, rue C ou rte du Jour.\n    L IÈ G E :                 G n u sé, rue du P o n t d’ île .\n    M A L IN E S :             H e ym a n s, rue du B ru u l.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1894-05-n5-015", "volume": "ELB-ULB-a0130-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "f17e88eee50b004b57b67472694e16b0d33ddb1f0bf9985c0234a681383ada1e", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE DU NUMÉRO DE MAI 1894", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 287, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 894, "texte": "S O MMA I RE DU N U M É R O DE MAI                                                       1894.\n\n\n\n\nHenri Maubel                   .           .       .    Fragment\nNOVALIS (Maurice Maeter­\n    linck (trad.)                                      Les Disciples à Sais (fragment)\nEdmond Rassenfosse .                                    Vieilles Plaintes\n\nPaul Leclercq .                        .       .       Basse Cour\nAntoine Sabatier                       .       .        Aveu\nRichard Ledent.                        .       .       Aux seuls aimés\nRodrigue Sérasquier .                                   Vers une Etoile\n\nAlbert Arnay el Denis\n    Lalieux.               .       .           Chronique littéraire\n\n                                                   Tablettes\n\n\n\n\n       G a n d , l m p . c e n tr a le , B . D e K e u k e la e r e , r u e lon g u e du V e r g e r , 3 1 ,\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 252, "texte": "FLANDRE ET WALLONIE\n\n\n\n\n                                 L E REVEIL\n       IVe A N N É E N° 5 ( n o u v . série)                  M A I 1894\n\n                                               Ce numéro 50 centimes\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "V o ir le So m m aire à la q u a triè m e p a g e de\n                 la c o u v e rtu re\n\n\n\n                LE R É V E I L\n                         ( FLANDRE ET WALLONIE)\n\n        MENSUEL                DE      LITTÉRATURE                      ET      D ’A R T\n                                     NOUVELLE          SÉR IE\n\n\n                      P a ra ît le dernier jo u r du mois\n\n\nSecrétaire de Rédaction : F r é d é r i c F r i c h e\n                               R odrig ue S é r a sq u ier\nAdministrateurs :               FLORENT BOSSAERTS\n\n   Comité       de Rédaction : A l b e r t A r n a y , L u c i e n D e                 B ussche r ,\nC h a r l e s D e l c h e v a l e r ie , Ma x    E lsk a m p , F réd ér ic F rich e, P a u l\nG é r a r d y , E d m on d G l e s e n e r , R i c h a r d L e d e n t , M a u r i c e M a e t e r ­\nl in ck ,   H e n r i M a u r e l , A l b e r t M o c k e l , P i e r r e M. O l i n , E d m o n d\nR asse n f o sse , Henri        de    R ég n ie r , Stéph an e R ich elle, G régoire\nL e R o y , R odrigue S é r a s q u ie r , C h a r l e s         V an L e r b e r g he , E mile\nV erhaeren.                             ____________\n\n                      Rédaction, Rue St-Liévin,               306,     Gand.\n\n                  Administration, Rue Neuve St-Pierre, 71, Gand.\n\n\n    Adresser à la          Rédaction       tous     manuscrits,        livres     et    revues.\n\n\n             A bonnem ent           : un an 5 frs. (É tranger 6 francs.)\n\n\n                          SÉRIE DU RECUEIL :\nI ere A N N É E , 1 891, (les Essais) un volu m e in-40 de\n            200 pages. P rix m arqué fr. 4 ............................. (épuisés)\nI I e A N N É E , 1892, un volu m e in-8° raisin de 400 pages\n            P r ix m arqué fr. 5 (quelques exem plaires\n            seulem ent). P rix m a j o r é ................................... fr. 12 00\nI I I e A N N É E , 1893, un volu m e in-8° coquille de\n            400 p a g e s ......................................................................\" 6 00\n    L ’année 1894 form era un volu m e in-8° grand-m édian de\n                                     550 pages environ\n\n\nL 'A d m in istra tion rachèterait au p r ix fo r t des exem ­\n        p laires en bon état des nos 4 et 5 de 1892.\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "                                     F R A G M E N T (*)\n\n   L e corps pesant, rep lo yé, les jam b es m olles, G h isla in e m onta\nà sa cham bre dont elle reclaqua la porte d’ un geste n on ch alan t.\nE lle but une grande gorgée d'eau, rem plit le v erre et y plongea\nla clém atite ju s q u ’au col.\n   L e s fenêtres s’ou v raie n t au large sur des prairies désertes. U n\nsentier tangent a u x prairies cou rait vers le c lo ch e r q u i pointait,\nlà-bas, d’ un buisson de toits rouges et d ’arbres. S u r le ciel pâli,\nle geste de la croix se dessinait d ’or, de la cro ix atte n tive et pa­\ntiente, attendant que tout ce q u ’il y a va it d ’êtres dans le v illag e se\nfût groupé autour de sa pensée.\n    G h islain e ram enait scs regards très lo in , par le sentier. E n se\ndéshabillant elle refaisait la prom enade et la prom enade im aginée\nlui sem blait délicieuse. C h aqu e vêtem en t, en tom bant, l’allégeait\nd’ un peu de fatigue. E lle a va it besoin de s’affranchir de tout ce qui\ncou vra it, de tout ce qui cachait son corps. E lle laissa tom ber ses\nvêtem en ts un à un pour que la jou issan ce de se d élivrer, étant\n m oins a ctive, fût plus profonde et prolongée en elle.\n    L a clém atite, plongée de toute sa tige dans l’eau, s'épanouissait\n de gratitude. G h islain e savou rait d ’avance la sensation v iv ifia n te\n de l’eau. C ette pensée de l’eau lui fit com parer scs seins naissants\n a u x n én u fars qui fleurissaien t à la surface de l'é ta n g toujours\ncalm e.\n    *, d’une étude de vie en é la b o ra tio n .                     18\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "226                                LE S ÉVEIL\n\n\n\n   E lle se v o y a it en chair. Q uelle jo ie volu ptueu se elle a va it\nrapportée de la cam pagne au jou rd ’h u i. Il lu i eut sem blé n aturel et\nm eilleur d’a ller ain si, le corps baign é d’air et d’eau, par le sentier,\nju s q u ’au v illa g e , dans l ’om bre des arbres courbés pour la prière\ndu soir.\n    E lle enten dit un cliquètem en t de griffes au p lancher : la porte\nétait en tr’ou verte. K à m a v en ait d ’en trer et la regardait. E lle\ntressaillit com m e au rév eil, u ne bouffée de sang au v isa ge ; un cri\nde colère et de p eur s’étouffa dans sa gorge. E lle n ’eut q u ’ un\ngeste qui fit fu ir le chien et ce qui lu i parut abom inable ce fut de\ntrav erse r nue la cham bre en cou ran t pou r referm er la porte à\nclef.\n    C ’était tout le sang de son corps qui lui était m onté au visage.\nL ’eau froide la calm a.\n    Q uand elle se fut rhabillée avec des soins tendres et des coquet­\nteries in habituelles, elle hésita à descendre. E lle a v a it l’âm e\ntroublée. Ses regards se posèrent su r un liv re étrange qu i n 'était\nlà que depuis la veille et q u ’elle n’a v a it pas encore feuilleté. Un\nliv re im prim é sur du tissus, une sorte de crêpe de la cou leu r du\nlin et, p our les m ains et p our les y e u x , logean t ainsi la fable dans\nun corps m o elleu x et souple. U n liv re a u x im ages exotiques\nenjam ban t les pages, s’épandant de l’une à l’autre en détours de\np aysages au xqu els les nuances d ’une subtilité ingénue d on naient\nune étendue de rêve. U n liv re qui ch antait a u x sens a va n t de\nch an ter à l’im agin ation , cap tivan t au toucher, au regard, à l’odorat\ncar il exh alait un parfum fin et sau vage que G h islain e pensait\n être le parfum de l’âm e de la p au vre Y o zém a dont ce liv re parlait.\n    P o urqu oi Y o zém a ?. Il n’ y a v a it pas de nom sous l’ im age. Ce\n nom so y e u x était v en u tout à coup a u x lèvres de G hislain e.\n C ’était le n om de la sensation que lui suscitait la v isio n de sa\n sœ ur am oureuse, ailleu rs q u ’en ce pays-ci, dans le passé essentiel,\njad is, en un temps étran ger dont la cou leu r était à deu x ou trois\n tons d’harm onie du nôtre.\n    Y o zém a, dans le jard in s’ap p u yait à la crête du m ur. E lle a va it\n la figure ém aillée de lueurs roses que tein taien t le vert et le m auve\n des plantes du paysage. A u delà du m ur il y avait un étang et\n l’on sentait l’od eur de l'eau. U n ch a n t planait, chargé du parfum\n  des herbes dont il courbait la pointe en les frôlant. A travers la\n  large nappe m ousseuse d'un e cascade deux grands y e u x d’être\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "                                    MAI 1 8 9 4                                227\n\n\n\n  sem blaient regarder. M ais tous les regards de Y o zé m a , toute son\n âm e s’effusaient v ers la place de ce ciel lu stré où s'était effacée la\n figure vers laq u elle elle son geait. O n lu i a v a it e n le v é son vêtem en t\n de volu p té ; la peau délicate et heureuse qu i la ren dait sen sible au\n bonheur.\n    E lle se retira de la crête du m u r bas où elle était penchée,\n plongée dans la lum ière de ce ciel, et son v isa ge se détendit dans\n l'om bre du ja rd in m aternel et fécond. L a tristesse s’était pliée\n et repliée à ce visage, l'a v a it lig n é de larm es. E lle recom m en ça à\n pleurer. L e s coudes au rebord du m u r, elle pleurait dans ses\nm ain s. L e s larm es ja illissa ie n t entre ses doigts serrés, glissaien t à\nses poignets, s’ accroch aien t à ses lèvres, à son m en ton , lu i\nin on daient les jo u es et la gorge. I l y en eut q u i v in r e n t m o u iller la\nterre, ce pan de terre qu'ils d e v a ie n t ensem encer ensem ble.\n    M achin alem en t, elle se m it à faire sa b esogn e. E lle a va it\napporté un sachet de sem en ces. E lle le v id a p ar p oign ées. L a terre\nsem blait généreuse ; elle é ta it gonflée de désirs. Y o z é m a don nait à\nm an ger à la terre m ais son geste m écan iq u e rh y th m ait de la\n m ort. On eut dit que to u t l’ espoir de sa v ie lu i retom bait su r les\népaules. T o u te u ne v ie en re traite don t l’a v e n ir n ’a v a it pas v o u lu\nl’accab lait. L a tristesse faisait d éfaillir ses bras ; ses m ain s retom ­\n baient ou vertes au b alan cem en t de son geste de sem er. L a tristesse\nchassait la sem ence de ce s m ain s m odelées p o u r les caresses et\n pour les possessions. C es m ain s étaien t encore m ouillées de\n larm es.\n    Q uand elle eut to u t sem é, pend an t u n in stan t qu ’elle passa,\n inerte et sans regard, ses m ains à dem i ou v ertes sem blèrent ten ir\n quelque chose de rêvé ; puis elles se v id èren t et se désanim èrent\n et Y o zém a , le rêve a b a ttu de son corps, tom b a assise, le regard\n à la terre, l’être cassé.\n    U n insecte v en a it de com m encer l’ascen sion du m u r.\n    E lle resta longtem ps ainsi. A u m oins son âm e v it elle passer un\n lo n g m orceau d’éternité. L ’ insecte m o n tait; m on tait lentem ent.\n Il faisait le v o y a g e d’ une année de sa v ie . L ’ insecte portait le\n regard de Y o zém a et sa m arche obstinée en était plu s pénible.\n  Peut-être fu y a it-il cette terre su r laquelle elle a v a it pleuré. I l\n  atteign it le hau t du m u r. Y o zém a sentit u n frôlis de tiges à ses\n  jup es. S o n regard retom ba cruellem en t com m e si l’insecte l’a va it\n  secoué de sa carapace ; la terre a v a it lait des êtres. U n e plante\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "228                             LE RÉVEIL\n\n\nsortait de la terre. L a fleu r était toute épanouie et hau te quand\nY o zém a l’aperçut. I l lu i passa u n m ouvem en t de gourm and ise\nm échante à la bouche et a u x y e u x . E lle arrach a la fleu r d'un\ngeste de rapt, d 'u n geste fou et l’ approcha de ses n arines: ses\nnarines palpitèrent à la sensation la plu s douloureuse. C ette belle\nfleu r était em poisonnée d’ une p u an teu r âpre.\n    L ’ insecte v en ait de disparaître au v ersa n t du m u r. L a figure de\nY o zém a s’était détournée du ciel et le ciel s’était voilé. L e v e n t\nne frôlait plus les herbes et, p rivées de la caresse qui tout à l'h eu re\nles u nissait, les herbes, im m obiles, regardaient descendre de ce\nciel d’orage la lu eu r dérobée qui m en açait de les faucher. L e s\nparfu m s étaient retom bés. O n ne sentait plus l’od eu r de l’eau.\nL a cascade tarie, les y e u x d’être s’étaient éteints, ensevelis sous\nde la terre éboulée.\n    Y o zé m a était descen due à des p rofon deurs de tristesse où\nl ’éton n em ent ne v it plu s. E lle n ’avait pas rejeté la (leur ; elle la\nregard ait, la frottait d’ un geste autom atiqu e à ses lèvres, en\nasp irait l ’horrible parfum et ses n arines se gonflaien t pou r m ieu x\nle prendre, l’absorber. P u is, sans hâte, elle attach a la fleu r à\nson corsage com m e p o u r toujours. L e froid de la tige hu m id e de\nm ale-sève frôla sa peau qu i en fut glacée\n    G h islain e aussi, à ce m om ent, sentit contre sa gorge, entre ses\nseins affleurants, déjà in qu iets, le froid de la tige de la clém atite\n blan ch e au cœ u r m au ve q u ’elle v en a it de retirer de l’eau et ..qui\n n ’a v a it pas de p arfum , m ais seulem ent une fraîch eu r de parfum .\n E lle frissonna et com prit que cette lraîch eu r faisait re v en ir la\n douce v ie à son v isa ge et ré v eilla it sa joliesse un in stan t affaissée\n sous le poids d ’im ages affreuses qui avaien t passé en elle com m e\n  des in conn u es.\n                                                     H enry M au bel.\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                                  m ai 1 8 9 4                                22 9\n\n\n\n\n                    LES DISCIPLES A SAIS\n\n                                        I.\n\n                              L E D IS C IP L E .\n\n    L e s hom m es m archen t par des ch em in s n om breux. Q ui les su it\net les com pare verra su rg ir d'étran ges figu res; figures qu i sem blent\napparten ir à cette gran de écriture chiffrée q u ’on ren con tre partout;\nsu r les ailes, su r les œ ufs, dans les n uages, dans la neige, dans les\ncristau x , dans les form es des rocs, su r les e au x congelées, à l’ in­\ntérieu r et à l’extérieu r des m ontagnes, des p lantes, des a n im au x,\ndes hom m es, dans les clartés du ciel, su r les disques de v erre et de\np oix lo rsq u 'o n les frotte et lorsq u ’on les a tto u ch e ; dans les\nlim ailles q u i en tou ren t l’ aim an t, et dans les étran ges con jon ctures\ndu h a s a rd ... O n y pressent la cle f de cette écriture sin g u lière et sa\ngram m aire; m ais ce pressentim ent ne v e u t pas se fixer dans une\nform e et sem ble se refuser à d ev en ir la cle f suprêm e. O n d irait que\nqu elque alcahest est répandu su r les sens des hom m es. C e n ’est\nque par m om en ts que leurs peines e t leurs désirs paraissent pren ­\ndre corps. A in si naissent leurs pressentim ents; m ais peu après\ntout flotte de n o u veau , com m e autrefois, devan t leurs y e u x .\n    J’entendis dire de loin que l'In in tellig ib ilité n ’était que le\n résultat de l’ In in te llig e n ce ; que celle-ci cherchait ce q u ’elle a v a it\n déjà, et, ainsi, ne p ou vait rien tro u v e r par-delà. O n ne com prenait\n pas la p arole, parce que la parole ne se com pren ait pas, n e vo u lait\n pas se com prendre elle-m êm e. L e S an scrit véritab le p arlait pou r le\n p laisir de parler, parce que la parole était sa jo ie et son essence.\n    P eu de tem ps après un autre d it : L ’E critu re sain te n ’a pas\n besoin d’exp lication s. C elu i qu i énonce la V é rité est plein de la\n v ie étern elle, et ce qu ’ il écrit n ou s apparaît p rodigieu sem en t relié\n à d’auth entiques m ystères, car c’est un accord de la sym p h o n ie\n de l’ U n ive rs.\n    A ssurém en t cette v o ix parlait de n otre M aître, car il s'entend à\n réu n ir les traits qu i so n t épars de tous côtés. U n e clarté sin gu lière\ns’allu m e en son regard, quan d les R u n es su blim es son t ou vertes\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "230                              LE REVEIL\n\n\nd evan t nous et qu ’ il épie en nos y e u x le le ve r de l’étoile qui doit\nn ou s rendre v isib le et in telligib le la F igu re . S ’il nous v o it tristes,\net que la n u it ne cède pas, il nous console, et prom et au v o y a n t\nassidu et fidèle u ne fortun e m eilleure. S o u ve n t il nous a dit\ncom m en t, en son enfan ce, le désir d’exercer ses sens, de les\noccup er et de les satisfaire ne lu i laissait aucun repos. I l con ­\ntem plait les étoiles, et su r le sable, il im itait leu r position et\nleu r cou rs. I l regard ait sans cesse dans l'océan de l’a ir ; et ne se\nlassait point d'ad m irer sa clarté, ses m ouvem ents, ses n uages,\nses lu m ières. Il rassem blait des pierres, des fleurs, des insectes\nde toute espèce, et les p laçait de m ille façons diverses, en lignes\ndevan t lu i. I l exam in ait le s hom m es et les a n im au x. Il s ’asseyait\nau bord de la m er et y cherchait des coqu illages. Il écoutait\na tten tivem en t son cœ u r et ses pensées. Il ne savait où son\ndésir le poussait. L o rsq u ’ il fut plus âgé, il erra par le m onde,\nv is ita d ’autres terres, d’autres m ers, d’autres cieu x.\n    I l v it des rocs n o u veau x , des plantes in conn u es, des an im au x,\ndes hom m es. Il descendit en des cavernes et su t de quelles stratifi­\ncations variées était form é l’édifice de l’ U n ivers. I l façonna l ’argile\nen étranges figures de ro ch ers. P eu à peu, il ren con tra partout\ndes objets q u ’il con naissait déjà, m ais ils étaient étrangem ent\nm êlés et appariés, et ainsi, bien souvent, d ’extraord in aires\nchoses s’ordonn aien t d’elles-m êm es en lu i. I l rem arqua bien tôt\nlès com bin aison s qui u n issaien t toutes choses, les con jon ctures,\nles coïncidences. Il ne tard a pas à ne plus rien v o ir isolém ent.\nE n grandes im ages v ariées se pressaient les perceptions de ses sens.\nI l entendait, v o y a it, to u ch ait et pensait en m êm e tem ps. Il aim ait\nà réu n ir des étrangers. T a n tô t les étoiles lu i sem blaien t des\nho m m es, tan tôt les hom m es des étoiles, les pierres, des a n i­\nm a u x , les nuages, des p la n tes. Il jo u a it ave c les forces et les\napparences. I l sa v ait où et com m en t ceci et cela p ou vait se trou ver\net apparaître et ch erch a it ainsi su r les cordes, des sons et des\nch an ts q u i ne fussent qu ’à lu i seul.\n    Il ne nous apprend pas ce q u 'il lu i ad vin t depuis lors. Il nous\ndit que nous-m êm es, gu idés par notre désir et par lu i, nous\ndécou vriron s ce qui lui est a rriv é. P lu sieu rs d ’entre nous l’on t\nquitté. Ils retournèren t vers leurs parents et appriren t des\nm étiers. Quelques uns furen t e n v o y é s par lu i au d eh ors; m ais\n n ou s ne savon s où. Il les a v a it choisis. P arm i eu x , les uns\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                                   MAI 1 8 9 4                                 231\n\n\nétaient là depuis peu de tem ps ; les autres a va ien t fait un plus\n lo n g séjour. L ’un d’e u x était encore un enfant ; il était à peine\n a rriv é que le M aître v o u lu t lui liv re r l’enseignem ent. Il a va it\nde gran ds y e u x som bres à fond d ’a zu r ; sa peau b rillait com m e\nles ly s , et ses ch eveu x com m e de légers nuages lorsque des­\ncend le soir. S a v o ix nous entrait dans le cœ ur. V o lo n ­\ntiers, n ou s lu i eussions donné nos fleurs, n os pierres, nos\np lu m es, et tout ce que nous possédions. Il souriait a ve c une\ng ravité in fin ie, et nous étions étran gem ent heu reu x à ses côtés.\nU n jo u r, il revien d ra, dit n otre m aître, et dem eurera parm i\nn ou s. A lo rs l’enseignem ent prendra fin. Il e n v o y a ave c lui\nun autre disciple, à cause de qu i, so u ven t, nous fûm es affligés.\nT o u jo u rs, il sem blait triste. Il fut ici du ran t bien des années ;\nrien ne lui réussissait. Il a v a it peine à tro u ve r qu elque chose,\nlorsque nous ch erch io n s des cristau x ou des fleurs. Il a va it peine\naussi à v o ir au loin et ne p arven ait pas à disposer avec art les\nlignes variées. Il brisait tout ce q u ’ il touchait. E t cependant nul\nn 'a v a it u n e telle ardeur, u ne telle jo ie à v o ir et à entendre.\n U n jo u r, — c’était a va n t que l’enfant fû t entré dans notre cercle\n— il d ev in t to u t à cou p adroit et jo y e u x . T riste , il s’en était a llé ,\nil ne reven ait p as; et la n u it s'av an çait. N ous étion s fort in q u iets.\nS ou d ain , au le v e r de l’aurore, nous entendîm es sa v o ix en un\nbosquet v o isin . Il ch an tait un ch an t jo y e u x et sublim e. N ous\nétions étonnés. L e m aître je ta du côté de l’aurore un regard\ncom m e je n’en verrai jam ais p lu s. L e ch a n teu r fut bientôt parm i\nn ou s, et, u ne béatitude in d icib le peinte su r son visa ge, nous\napportait u n e h u m b le petite pierre d’ une form e singulière. L e\nm aître la prit dans sa m ain, em brassa longuem ent son disciple,\npuis il n ou s regarda, les y e u x m ouillés de larm es, et m it cette\npetite pierre à un endroit v a ca n t parm i les autres pierres, là tout\nju ste , où com m e des rayon s, plusieurs lignes se ren con traien t.\n   Je n ’ou blierai ja m ais ce m om ent. Il nous sem bla que nous\na vio n s eu, en passant, dans nos âm es, un c la ir pressentim ent\nde ce m erveilleu x U n ivers.\n   M oi aussi, je su is m oins habile que les autres ; et l'o n eût dit\nque les trésors de la n ature ne se d éco u vraien t pas v o lo n tiers à\nmes y e u x . C ependant, le M aître m ’aim e bien , et il m e laisse à\nmes pensées, lorsque les autres sorten t à la recherche. Je n ’ai\njam ais ép rou vé ce q u ’ép rou va le M aître. T o u t m e ram ène en\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "232                            LE   R É V E IL\n\n\n\n\nm oi-m êm e. J ’ai com pris ce q u ’a dit un jo u r la seconde v o ix .\nJe su is heu reu x de con tem pler les choses et les figures m erv eilleu ­\nses des salles, m ais il me sem ble qu ’ elles ne sont qu e des im ages,\ndes vo ile s, des ornem ents rassem blés au to u r d ’ une im age d iv in e ;\net celle-ci occupe sans cesse m es pensées. Je ne la ch erch e pas,\nm ais je cherche so u ven t en elles. O n d irait q u ’elles v o n t me\nm on trer le ch em in , où, profondém ent endorm ie, m 'atten d la\nvierge que m on esprit désire.\n   L e M aître ne m ’en a jam ais parlé, et je ne peux rien lui a vo u er ;\nil m e sem ble que c’est un in vio lab le secret. J ’eusse v o u lu\nin terro ger cet enfan t m ystérieu x ; je trou vais je ne sais quel air\nfraternel en ses traits, et tout, à ses côtés m e sem blait plus c la ir et\nplus profond. C ertes, s’il était dem euré plus longtem ps, j ’eusse\nép rou vé plus de choses en m oi-m êm e. E t peut-être aussi, q u ’à la\nfin, m on cœ u r se fût o u v ert et m a lan gu e se fût déliée. J ’eusse\nv o u lu m ’en a ller avec lu i. Il n ’en fut pas ainsi. J ’ ignore com bien\nde tem ps encore il faut que je dem eure ici. Je crois q u ’il m ’ y\nfaudra rester toujours. J ’ose à gran d peine m e l’a vo u e r; m ais\ncette pensée m 'oppresse, trop in tim em en t : je crois q u ’ un jo u r je\ntrou verai ici ce qui m ’ém eut sans cesse ; toujours elle est là.\nL o rsq u e je m arche ici, dans cet espoir, tous m ’apparaît sous une\nform e plus haute et dans un ordre n o u v e a u ; et tout in diqu e une\nm êm e patrie. C haqu e o b jet m e sem ble alors si con n u et si c h e r!\nE t ce qui n aguère, me paraissait sin gu lier et étrange m e d evien t\ntout à coup fam ilier.\n    C ette étrangeté m êm e m ’est étrange, et c’est pourquoi cette\nréu n io n m ’attira et me repoussa to u jo u rs en m êm e tem ps. Je ne\npuis com prendre le M aître. Il m ’est si incom préhensiblem ent ch er!\nJe le sais, il m e com prend, il n 'a jam ais parlé con tre mon\nsen tim en t ou contre m on désir. B ien plus, il v eu t que nous\nsu ivion s notre propre chem in , car chaque chem in n o u veau passe\nsu r des terres n ou velles et nous ram ène enfin à ces dem eures, à\ncette patrie sacrée. O r, je v e u x , m oi aussi, décrire m a F ig u re ,\net si aucun m ortel, selon l ’in scription qu i est là, ne soulève le\nvo ile , il faut que nous tâch ion s à n ou s rendre im m ortels. C elui\nqui ne v eu t pas le so u lever, n’ est pas un disciple à Sais.\n                                      T ra d u it de N O V A L I S par\n                                       M a u r ic e M a e t e r l in c k .\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                           Ma i 1 89 4                                233\n\n\n\n\n            V IE IL L E S             PLAINTES\n\n\n                                           A M A R C E L M ONTANDON\n\n\n\n                                  I\n\n\n       Da\n        isy,tu as jeté la fleur\nla pauvre fleu r blanche\nque j e t'avais donnée\nD aisy ! D aisy !\n\nT u t’en es allée insouciante...\nE t tu m’ as fa it si mal\nE n rejetant la fleu r que j e t’avais donnée\nD aisy, D aisy !\n\nJ e l ’a i reprise, D aisy, et j e lu i ai donné\nà boire tous mes p leurs...\nHélas, voici qu’elle meurt\nD aisy, D aisy !\n\nA h ! tu as fa it mourir la fleu r\npar ton insouciance\nT oi si bonne\nD aisy, D aisy !\n\nVois, la fleu r blanche est morte\nD aisy, D aisy !\nL a fle u r ... c ’était mon cœur\nD aisy, D aisy\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "234                          Le r é v e il\n\n\n\n\n                                  II\n\n\n\n      Qu'êtes-vous devenue\n      E t ne saviez-vous pas\n      Quand vous fûtes disparue\n      Qu’i l fa lla it sonner le glas ?\n\n\n      L e glas pour moi !\n\n\n      L e glas pour les fleurs des prairies,\n      P o u r la jo ie du soleil chantant d'or à mon cœur,\n      Pour les lys, pour les roses meurtries\n      P o u r mes petits oiseaux morts avec nos fleurs !\n\n\n      A h ! ne saviez-vous pas P\n\n\n      L o rs sont venus les corbeaux noirs\n      E n grandes bandes par les brouillards\n      E t les autres en longs triangles\n      P a r les matins de novembre.\n\n\n      C ’est mon rêve de printemps mort.\n      Mais oublions ! — L a rosée\n      S u r mon frêle ja r d in d' enfant mort\n      L a rosée d ’or fu t gelée.\n\n\n      M ais ignorez !\n\n\n      E t les rideaux noirs mis à ma maison\n      Triste à cause des feu illes tombées,\n      Les petites croix sur la tombe des oiseaux blonds,\n      D e nos petits oiseaux dont la voix s'était cassée !\n\n      S u r tout cela que nous aimions !\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "                     Mai 1894                               235\n\nEcoutez ? C ’est la voix qui pleure du passé.\nCette voix ne vous est-elle douce encore ?\nA lors souvenons-nous\nE t avec moi, tenez, pleurez,\nComme d ’autres petits enfants vers nous qui serions morts.\n\n\n\n\n                RENAISSANCE\n\n\nP â le enfant souveraine au x gestes diaphanes\nO ù glissent vos beaux songes comme laine au fuseau,\nF ile z vers moi, Très Douce, un peu de geste d ’aube\nqui raviront mes y eu x comme un printemps nouveau.\n\n\nVoyez, j e suis l ’enfant altéré de vos songes\nE t de vos y eu x limpides et de vos pieuses mains\nDont la douceur s'effile comme f i l de la vierge\nE n la candeur chantante des radieux matins.\n\n\nChantez ! Chantez l'aurore de votre âme fleurie !\nQue le lait de votre voix vienne baigner mon fron t !\nBercez-moi de vos gestes de blanche sœur bénie\nE t pansez-moi du mal que les autres me fo n t !\n\n\nO ma vierge angéline de lumière et de jo ie !\nVous êtes belle et si douce que me voici renaître\nE n une plus calme enfance et des langes de soie\nBlanche comme les cierges des blanches Pâques sereines !\n\n\nCueillez ces fleurs, lys et roses, que vous jette ma voix\nP a r vous aimée ainsi lentement murmurée !\nPrenez toutes ces fleu rs et mes larmes de jo ie\nE t parez-vous amour. Vous êtes bien aimée !\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "236                       LE RÉVEIL\n\n\n\n      Des fleurs, des fleurs encore ! Cueillez au vol !\n      Voici de blanches fleu rs ! Voici ! Levez vos bras graciles !\n      D es perles ! D es larmes d'or ! Cueillez, cueillez au vol !\n      Tendue en ce beau geste divin de vos chevilles.\n\n      Laissez mes y eu x s'ouvrir à toute cette grâce\n      De votre corps où glisse la bleueur du lapis,\n      D e votre corps-enfant à l'âme harmonieuse !\n      Sourire et vous bénir de mes larmes heureuses\n      Sous la gracile estompe de cette nuit soyeuse !\n\n                                       E dmond R assen fo sse\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "                               MAI 1894                               237\n\n\n\n\n                         BASSE        COUR\n\n\n\n\n   L a s s e de file r a l’om bre du v ie u x pom m ier où ne gazou ille\nn u l oiseau depuis q u ’on y délégua, sous l’accordéon d ’une\ncasquette, le frac — vestige d’ un passé de révéren ces et de\np avan es — dont les m anches em brassent l ’a zu r, la petite porchère,\nles y e u x perdus en la con tem plation de la m are où barbotent\nles oies, abandon n e sa qu enouille.\n\n   L e s cochons sem blent des roses dans l’ herbe tendre et verte,\nles vach es ru m in en t les lu zern es, les din don s m érid ion aux,\nfiers de train er u n cortège de plum es, erren t dédaigneusem ent\nparm i les poulets tan dis que perchées su r qu elque barrière, les\npintades, l’œ il m i clos, garden t ran cu ne à la N atu re de les avo ir\nfait com estibles.\n\n   M ais ni les can ards ni les oies ni les poulets ni les pintades\nni m êm e les train s, ces écu reu ils à queue blan ch e qu i déguerpis­\nsent à travers les prairies, ne distraien t la boudeuse enfant : son\nâm e est lasse d’étern ellem en t errer de la m are au pom m ier et\nm ain tenan t que ses y e u x son t plus hau ts que les haies et les\njo n q u illes, elle rêve à la forêt en trevu e parm i les tulles du\nlo in tain .\n\n   E lle rêve à la forêt, à la m ystérieuse forêt d’où m ontent les\nbrises qu i em pourprent les jo u e s, ép arp illen t les ch eveu x ,\nbercent les iris a u x tiges élancées ; à la forêt où des princes, en\np ourpoin ts busqués de perles, enlacen t sous la caresse argentée\ndes b ouleaux des fées a u x n uq ues m erveilleu ses.\n\n   E tre fib re... fu ir cet étern el enclos où la m are clign ote son œ il\nboueu x et qui épie ; être libre, c o u rir v ers la forêt bruissante,\nenten d re craquer les feuilles sous ses orteils n u s et, les ch e ve u x\népais en la frivo lité des aném ones, rêver dans un bois d ’orangers\nà q u elque m agique palais tandis qu ’ u ne fée radieuse et jo lie ,\nin clin é e sourian te su r sa cou ch e, déposerait entre ses m ains aux\nstries d ’a zu r u ne q u en o uille enchan tée.\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "238                             LE RÉVEIL\n\n\n   P o u r e x ile r de son regard tout réel h o rizo n profan an t l’ im ­\nprécis du R êve, la fillette a doucem ent clos ses paupières, cepen­\nd an t que su r son visage la brise éparpille le charm e de la che­\nv e lu re ... E t m ain tenan t q u ’elle en tro u vre les cils, elle v o it, à\ntrav ers l’e n ch evêtrem en t doré de ses ch eveu x — tel un treillage\ndélicat et léger — la forêt s'an éan tir au crép u scu le... et, n aïve,\nl’adolescente s’attriste et sanglote ca r sem blable a u x frileuses\net pâles tourterelles captives dans leu r cage d ’osier, à l’oiseau\n fier englué à son cœ ur, la forêt, aussi, est en cage.\n                                                      P a u l L eclercq .\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "                MAI 1 8 9 4 .                                 239\n\n\n\n\n                     AVEU\n\n\n\nG    arde notre secret, foret où j e l'aim ai,\n      Forêt, foret furtive, en la douceur de mai,\nE t sois la confidente aux caresses d ’aïeule,\nToi qui nous vis passer enlaces, seul à seule,\nOui, la bonne grand-mère indulgente a u x petits,\nE t tendre, et qui les cache en son giron blottis.\nSéduits par un murmure ému d 'épithalames\nNous fu m es des enfants n aïfs, et nous allantes\nEcoutant l'hymne cher qui résonnait en nous\nE t dont l ’écho tremblé fit plier nos genoux.\n\nGarde notre secret, bois au charme complice,\nForêt païenne où dort l'antique maléfice\nDes Sylvains égrillards et des faunes lascifs,\nPeut-être qu’à travers les chênes et les ifs,\nIls surprirent nos pas égarés dans les sentes,\nPeut-être que troublant nos âmes innocentes\nP a r l ’incantation de rites singuliers\nNous fum es leur jouet au calme des halliers,\nGuet-à-pens dont leurs yeu x railleurs eurent l'aubaine\nE t qui les fit sourire en leur barbe d'êbène.\n\nGarde, ô forêt, la faute et cèle les aveux.\nO Nymphes des taillis, Nymphes aux longs cheveux,\nAutour du coin discret qui sait notre mystère\nRépandez, répandez une paix tutélaire.\nE t verse, ô toi, rosée, en symboliques pleurs\nTa jeunesse aurorale au calice des fleurs,\nVerse ta fraîch eur d ’aube et la candeur des givres,\nA fin que les baisers de nos lèvres tombés\nY dorment, plus dévots qu'en la paix des jubés,\n      Leurs pâmoisons d ’abeilles ivres.\n                                A n t o in e S a b a t ie r\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "240                       LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                   AU X SEULS         A IM É S\n\n\n\n\n                                                 à A uguste J avaux.\n\n\n\n                                I\n\n\n\n      V iens dans la forêt d'or des captivants automnes\n         où nos coeurs, esseulés dans le ravissement,\n      vivront la beauté de leur rêve, chastement\n      et le vent chantera ses hymnes monotones.\n\n\n      D ans la paix du silence, ainsi qu'au sanctuaire,\n      abritons le secret de ce moment divin\n      qu'êternisa ta voix tremblante du matin\n      quand j e sus la douceur de la parole chère !\n\n\n      Tu seras l'univers unique de moi-même\n      et tu seras la joie de mon ciel lum ineux,\n      car mon désir et ton désir ne fo n t plus deux\n      puisqu'ils sont confondus en notre âme que j ' aime !\n\n\n                                II.\n\n      Eteignons les clartés songeuses de la lampe,\n      laisse glisser le livre aux très vieilles estampes\n      vivant étrangement sous le foyer d' hiver :\n      les Christs saignent leurs plaies, les Vierges désespèrent.\n\n\n      Tes cheveux, sur mon fro n t, laissent rouler leurs ondes\n      et dans le rougeoîment du feu , tes splendeurs blondes\n      ont desje u x caressants comme brises d ’aurore...\n      et ma lèvre croit boire — épars — des reflets d'or.\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                               MAI 1894                                  241\n\n\n\n\n        Mais que l’heure soit fa ite en sa chute bénie\n       d'un peu de bruit, d'un peu de temps, d 'un peu de vie,\n       l ’heure immole une autre heure et renaîtra toujours\n       identique à nos cœurs fou s de leur jeune amour !\n\n                                 i i i\n\n\n       Sagement, notre vie a coulé comme un fleuve,\n      nous n’avons pas connu la gloire des vains rêves\n      et dans la même paix, sans orgueil, sans épreuves,\n      la mort sera pour nous un beau soir qui s'achève.\n\n      Retournons dans les bois joyeu x de nos vingt ans\n      et comme alors, ta main doit trembler dans la m ienne;\n      T u souris... et je vois trembler tes cheveux blancs ?\n      Pardonne, j ’oubliais notre jeunesse ancienne !\n\n      J ’oubliais que mon cœur ne bat que faiblem ent...\n      — feu illes du souvenir, ce cœur, vous le jonchez ! —\n      A llon s revoir les bois joyeu x de nos vingt ans\n      et reçois, comme alors, mon fidèle baiser !\n\nL i é g e , A v r i l 1894 .               R ic h a r d   L e d e n t.\n\n\n\n\n                                                                         19\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "242                                   LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                                V E R S U N E É T O IL E\n\n\n\n                                                                  à P ie r r e -M a r ie O lin ,\n                                                                       très-sy m p ath iqu em en t.\n\n\n\n   D e p u i s d es j o u r s , d e p u is d es n u its , s o u s l ’a z u r in fin i d ’où\nc o u la ie n t le s o rs d u s o le il, s o u s le c ie l c e n d r e -e t-s u ie o ù z ig z a ­\ng u a ie n t d es é c la ir s , p a r la p lu ie , p a r le s v e n ts , p a r le s te m p ê te s,\nla flo tte d es ta r ta n e s a u x b la n c h e s v o ile s e ffilées c in g la it s u r la\nm e r g la u q u e , v e r s d es p h a re s illu s o ir e s , à p e in e e n tr e v u s p a r les\nn u its c a lm e s , e t d o n t le s lu e u r s   fu g itiv e s s e m b la ie n t d a n s e r a u\nr a s d es flo ts, c o m m e d es fe u x -fo lle ts .\n   C ’était au soir d ’un jo u r triom p h al. S u r la m er a u x vagues\nd’ém eraude, de ci de là frangées d ’écum e irisée, au son de\ncâlines barcarolles les tartanes v o gu aien t, éch an cran t de leurs\nm inces silhouettes noires l’ h o rizo n ensan glan té. E t tandis que la\nfoule des pérégrins, indifférente a u x splendeurs du cou ch an t,\nb u va it, riait, ch an tait, ou se préoccupait de la puérilité d ’un je u\nfu tile, en l’ une des barques qui glissa it, in clin ée, à l’écart des\nautres, était, seul, un adolescent a u x ch e ve u x blonds, en tu n ique\nde lin on , faisant ja illir de sa L y r e des sonorités m agiques, et\nlevan t les y e u x au ciel, où se profilait vagu em ent, — gigan tesque\ncataclysm e, — devers le soleil som bré com m e une v ille orientale\nen flam m es, dressant v ers les nuages d'en cre l’in can descen ce de\nses dôm es et de ses grêles m inarets.\n    L e s cieu x et les nuées se teign iren t d’or, de pourpre, de\n m au ve, puis devin ren t céruléens, et leu r splen deu r se réfléchit en\n l’eau devenue n oire, perverse. C ’était l’ heure g rise .......\n    P eu à peu, l'om bre e n v a h it l’espace ; les étoiles grelottèren t au\n fond des cieu x de velo urs. — S ou d ain , dans la n u it v en u e, les\n phares su rgiren t, éblouissants, et de jo y e u x \" E v o h é ! \" reten ti­\n ren t, em portés p ar les ven ts salins.\n    L e s tartanes se dispersèrent, chacu ne cin glan t vers u n feu élu.\n L ’adolescent, sans cesser d ’enchan ter la m er par la lim pidité de\n ses préludes, ch o isit une lu m ière très claire et pure, brillan t avec\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "                                      MAI 1894                                   243\n\n\n la douceur d ’ un regard d’aim ée, h a u t, très h a u t su r l’ h orizon . L a\n barque, in clin a n t la gracilité de ses v o ile s, fen dait, bondissante,\n l ’écum e des flots, berçant à leu r m u rm ure les songes bleu s de\n l’A ède. Il rê v a it d ’une terre ineffable de p a ix , d’am ou r et de bon­\n h eu r, où l’E n fa n t, d’ étern ité ch an tée et atten du e, s'en v ien d rait\n vers lu i, p ar les sables d ’or, pour le con du ire, à travers des forêts\n d’arbres fleuris de bouquets roses, en de féeriques' palais de\n m arbre et de cristal gardés par de gran d s S p h in x allon gés au\n s o le il......\n    L e s ch an ts et les rires, ram enés par le vent,\" avec les autres\ntartanes s’étaient éloign és peu à peu, puis s'étaien t tu s. L a L y r e\nde l’A ède seule v ib ra it encore, en cascade de notes claires et\nm étalliq u es... L a lu e u r sororale, à m esure que la barque en\napprochait, sem b la it m o n ter, m o n ter to u jo u rs, et n u lle grève ne\ns’estom pait, blan ch e en le c la ir de lu n e ....\n    S ou d ain , un gran d craq u e m e n t : l’e sq u if s'était brisé contre\ndes roch ers           I l in clin a ses anten n es, et, lentem ent, som bra.\nL ’adolescent blon d, to u jo u rs ch a n tan t, fu t en glou ti par l’eau\nperverse, dont le m u rm u re désolé c o u v rit sa v o ix ........\n    E t à la v oû te des cieu x , tout là-bas, u ne E to ile b rillait, calm e et\nfroide, com m e un d iam an t.\n    Ostende, A oût 93.                            R o d r ig u e S é r a s q u ie r .\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "244                                   LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                  CHRONIQUE                   LITTÉRAIRE\n\n\n\n\nE m e r s o n . — Sept essais. (B ru x . L acom b lez)\nC a m . M a u c l a ir . —   Eleusis. (Paris Perrin)\nC a m . L e m o n n i e r . — L 'A rche. (Paris D entu)\nM a u r ic e   M a e t e r l in c k . —\n                                      Alladine et Palomidcs, etc. (Gand\n                                        L e Réveil)\nA . F . H é r o l d . — L a légende de Ste Liberata. (P aris L e M ercure)\nl ’ O u v r e u s e . — Rythmes et rires. (Paris L a Plum e)\nA . S a b a t i e r . — L e Baiser de J ea n (Paris G irard).\n\n                                          I\n\n    E m erson ! ce nom évoque à la fois un philosophe et un poète,\n— un poète, m ’affirm e-t-on, trop porté à philosopher et un philo­\nsophe, cela je le sais, trop enclin à poétiser. L e s deu x m oitiés de\ncelte personnalité se son t donc m u tu ellem en t contrariées ; de là\ncette incertitude, ce m an que de liaison, cette confusion m ême\nque l’on observe dans les écrits du penseur am éricain .\n    C a r la confusion est réelle. T e ls de ses \" essais \" évo qu en t\nl ’étran ge arch itectu re d’ un palais im possible dont certain s esca­\nlie rs ne m èneraient à rien ou aboutiraien t à des cham bres privées\nd’a ir et de jo u r. On se laisse con du ire, on v a , on v a ; m ais, quand\na rriv e l'in stan t, on essaie so u v e n t en v ain de s'orien ter ou de se\n retro u ver : personne n’est près de v o u s et nul ne v o u s répond.\n    Je ne su is pas le prem ier qui s'enhardisse à form uler cette\n opin ion. Qui s’e n h ard isse... je dis bien , car en cet écrivain\n d aucun s v o u lu re n t et v eu len t encore salu er un dem i-dieu. Il est\n des critiq ues anglais qui lui accordèrent ce titre : génie ! m ais\n d ’autres opinèrent, presque en m êm e tem ps, q ue son éthique est\n aussi dénuée d ’autorité que sa poésie l’est de v ie et sa philosophie\n de sagesse. S a form e aussi fut discutée, c’est-à-dire, su iv an t les\nju g es, louangée ou hon nie. Il se tro u va q u elqu ’ un pour en dire\n que les idées p euven t y être enterrées si profondém ent que le\n com m un des lecteurs serait incapable de les d é c o u v rir; tandis\n qu ’ un autre déclara que ja m ais autan t d ’ harm onie, de clarté\n douce ne scin tilla à la pointe des m oindres mots. D an s tout cela\n il y a peut-être une part d ’exactitu de. L a philosophie em erson-\n n ien n e est trop éclectique, trop on d oyan te, trop ch an gean te;\n m ais elle a des élan s d une in contestable puissance, de beaux\n coups d'aile, de larges envolées. S i l’au teu r ne v o it parfois pas\n très loin , il v o it beaucoup de choses ; on eut aim é q u ’il creusât\n davan tage telles pensées qu ’il tend à m ettre en re lie f m ais la\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                                 Ma i   1894                            245\n\n\n\n\nm anière don t il les signale n’est pas sans beauté, sans déjà de\nréels m érites.\n   P o u r m oi, ce qu i ch e z lui me p laira toujours c’est le courage\nqu ’il m ontra à v o u lo ir relever l’ H om m e et ce dans un p ays où on\nch erchait p lu tôt à le réduire au rôle an o n ym e d’ un sim ple rouage.\nJ ’aim e cet enthousiasm e tou jo u rs je u n e avec lequel il nous crie\nde croire en n ou s, d’élev er notre person nalité, tel un trophée\nvain q u eu r, au dessus des obstacles de l’existence, — de ne laisser\npoint entam er notre in d ivid u alité par les con tin gen ces hostiles\nqui la vou d ra ien t am oin drir. Il est tant de penseurs qui on t\nprêché le con traire ! On m e dira q u ’eux aussi ont sign alé un des\naspects de la vérité. C e n ’est pas l'in stan t d ’aborder ce genre de\ndiscussions. B orn ons-n ou s à dire que l’ hu m an ité a besoin d’être\nconsolée et que, pour lui perm ettre d ’attein dre au sum m un qui\nlui fut assigné, pour lui perm ettre de réaliser la pleine floraison\ndont elle porte en soi les germ es, il im porte q u 'à côté des v o ix\npessim istes qui en disent la douloureuse destinée, des v o ix\nconfiantes se fassent entendre qui lu i rendent sa vaillance.\n   On se ferait une idée in exacte d’ E m erson, en le ju g ea n t d ’après\nscs s e u ls \" E ssais \" . P o u r le con naître, il faut a v o ir au m oins\nparcouru d 'au tres de ses écrits : Nature, Représentative Men et\nm ême (à ce que me dit u n jo u r un am i plus renseigné que moi)\ntelles ae ses œ u vres poétiques. D an s les Représentants de\nl'Hum anité, que nous lûm es a v ec une adm iration non m itigée,\nil s’est plu à présenter P la to n , S w ed enborg, M ontaigne, S h akes­\npeare, N apoléon I e r et G oethe, com m e les prototypes des déve­\nloppem ents dont l’âm e et la nature hum aines sont susceptibles.\nE h bien ! il a lui-m êm e quelque chose de chacu n de ces esprits.\nA jo u te z que ses préceptes se rapprochent de ceu x de C a rly le et\nvou s le con n aîtrez, je pense, a ve c quelque certitude.\n    M . I. W ill (un p seudonym e é v id e m m e n t a bien trad uit, avec\nu ne élégance à sign aler, les sept essais q u ’il a su ch o isir a v e c\nbeaucoup de tact et beaucoup de goût. A u nom bre de ces essais,\nil en est qui son t vraim en t caractéristiques : Confiance en soi-même,\nL e Poète, Caractère ... U n e belle préface de M . M aeterlinck\nprécède cette traduction, prélace dont le thèm e p rin cipal est\n\" que ce q u ’il y a de plus étrange dans l’hom m e c ’est sa g ravité\net sa sagesse cachées et que l'âm e seule im porte \" . A u reste le\npréfacier a heureusem ent défini le philosophe de B oston lo rsq u ’ il\nl'appelle \" le pasteur m atinal des prés pâles et v erts d’ un opti­\nm ism e n ou veau , naturel et plausible. \"\n\n\n   L ’a ctiv ité que M . M au clair a m ontrée depuis le jo u r où il s e\nrévéla, suffirait à m e ran ger au nom bre de scs am is. Je me sens\nporté d ’in stin ct v ers ceu x qui v eu len t fortem ent ce q u ’ ils on t\nv o u lu , v ers ceu x qui m ettent qu elque obstination à ne point se\np a ye r de loin en loin au m o yen d ’une page indécise v en u e, faute\nde m ieu x, par un soir en lan gu eu r ou un m atin d 'en n u i. E t\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "246                              LE REVEIL\n\n\n lorsqu’à pareil v o u lo ir un réel talent s’ajo u te et que celui ch ez\n qu i ces qu alités se font jo u r n ’a pas encore fran chi tous les degrés\n de la prem ière jeun esse, il me parait ju s te de ne pas lu i m ar­\n chander la sym p ath ie à laquelle il a droit.\n     E n p u bliant ce prem ier liv re , M . M au clair s’est im posé plus\nv iv e m e n t à notre atten tion . E leu sis... ce titre pou rrait paraître\nv agu e si l’on n ’a va it ajo u té \" C au series su r la cité intérieure \" .\nE t v raim en t, ce n ’est pas à tort q u ’il se com plète ainsi. D e très\ncurieu ses réflexions sont exprim ées au cours de ces pages su r le\nsym b o le, la poésie, le m ystère, le caractère, le sty le. L ’au teu r\nn ou s donne aussi, à propos d ’arts futurs, des notes a u xq u elles on\nne peut contester un sérieu x fond d’origin alité. P a r con tre,\nj ’aim e m oins à l'o u ïr lo rsq u ’il s’abandonne a u x tendances\nm étap hysiqu es qui lu i tien nen t fort à cœ ur. Je n’ ai pu m e\ndéfendre de tro u v e r excessifs les com m entaires q u 'il déroule\na u to u r du m y th e de N arcisse. N ’est-ce pas a ller bien loin , en\neffet, que de com parer le bel éphèbe païen à Jésus de N azareth\net cela sous raison que N arcisse s’est décou vert pour soi-m êm e\net Jésus pour les autres ? M ais ces erreu rs ou ces exagérations\nsont encore le fait d’ un esprit qu i s’in terroge avec persistance et\ncette persistance m êm e est la cause prem ière des défauts grands\nou petits de ces essais. A force de croire q u ’il doit y a v o ir autre\nchose, à force de v o u lo ir arrach er au parce que son pourquoi,\nM . M au clair perd par m om ents la v oie ou du m oins il ne nous\nl ’in diqu e pas avec la certitu de qu ’ il faudrait. N ous préférons de\nbeaucoup l’entendre su ggérer que \" ce que nous prenons pour\ndu m ystère, n 'est so uven t q u 'u n e inconn aissan ce tem poraire des\nrapports \" que de v o ir se glisser sous sa plum e cette phrase\ndéconcertante        \" c’est peut - être toute la sagesse            q u 'u n e\nch evelu re \" V o ic i u ne au tre pensée qu i force certain em en t\nl ’attention : \" Qui su ivon s-n o u s dans la ru e, lisons nous\npage 237, quand nous songeons et que n ou s m archons sans\nD ut ? — Peu t-être ne p ou rsuivon s-n ou s à ces in stan ts que\nl ’ un des êtres que nous serons plus tard \" . A près a v o ir lu ces\nlignes, on s’arrête, su rpris ou troublé, et il ne s’en faut guère que\nl ’on donne ou vertem en t raison à l’auteu r. M ais le m oyen d’être\nde son a vis s’ il lu i plaît de ne v o ir dans la clarté qu ’ une \" duperie\net so u ven t u ne platitude ? \" L u i-m êm e doit n ’en être qu ’à dem i\ncon vain cu p u isq u ’il regrette à un autre endroit de \" sen tir com ­\nbien ces pages sont obscures et m aladroites \" . S ’il écrit : il y a le\nv ers libre ou rien, nous pou vo n s ne pas trop nous effaroucher ;\nn ous ne le p ouvon s plus quan d il assure que \" plus le dessin s’af­\nfran chit du graph iqu e, plus il v a u t \" . H eureusem en t des idées\nd'u n e réelle envergu re, exprim ées a ve c autorité, rachètent ces\naudaces chancelan tes. J ’en v eu x pou r preu ve telle phrase é n o n ­\nçan t que \" tout évén em en t dans l'âm e d’ une foule déterm ine dès\nson annonce un com m encem ent de sa propre sy n th è se ... \"\n    L e s citation s que j e vien s d’a lign er s’éton n ent quelque peu\nd ’être rapprochées. I l m e p lu t de les ch o isir de la sorte,\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "                                    MAI 1894                                 247\n\n\n\n\nleu r diversité n ’établissant que m ieu x la diversité de ces cause­\nries. C au series intéressantes — l’ai-je n ettem ent dit ? — m ais où\nM. M au clair se m ontre d ’une hu m eu r extraord in airem en t v a g a ­\nbonde. O r est-ce bien là ce q u ’ il eut fallu dès l’in stan t où il\ns’agissait, non pas de parler in cid em m ent des choses grav es dont\non n ou s entretient, m ais d ’en établir la v e rtu , la nécessaire\nv a le u r et la logique entente ? M. M au clair se \" délie de toute pro­\nmesse de fidélité à sa visio n \" ; il nous donne son liv re \" vierge\nde correction s et de désaveu x. \" — O serai-je a vo u er que j ’eusse\npréléré un peu plus de d iscip lin e ? A l'égal d ’ Em erson dont je\nparlais tan tôt, M . M au clair nous apporte des \" lam beaux d ’ora­\ncles \" au tan t que des oracles m êm es. S eu lem en t, Em erson ne\ns’est peut-être jam ais douté de la ju stesse de ce reproche, tandis\nque M. M au clair l’a en q u elque sorte pressenti. D ès lors pour­\nquoi n ’a v o ir pas ch erch é à l’e v ite r ? P o u rq u oi n ’a v o ir pas tenté\nde réaliser plus étroitem ent la \" con jon ction de l’art et de l’éth i­\nque \" ? P o urqu oi a v o ir perm is que dans cette cité in térieure des\nom bres vin ssen t assom brir les élégances pensives et les courbes\nharm on ieuses du paysage ?\n\n                                        *\n                                       * *\n\n    E n v a in essaîrais-je de définir la dern ier liv re de M . C am ille\nL e m o n n ie r m ieu x que celu i-ci l’a fait dans sa préface. C ’est bien\nle \" Journ al d ’une m am an \" q u ’il a é c r it; c ’est bien \" u ne histoire\nde bonne fem m e, avec des fins de chapitres com m e des fins de\nm ois, des points de suspension où la caisse est v id e et le cœ u r\naussi, des reprises d ’espoir et des rentrées d'argen t. \" M ais, en\nregard de ces données d’ensem ble, il faut noter les idées spéciales\nque l’on rencontre au détour des m oindres épisodes. S ou s ce\nrapport encore l’au teu r s’exprim e le m ieu x du m onde lo rsq u 'il\nnous dit que \" certaines de ces pages font pressentir l’ idéation de\nla fem m e n ou velle, son aspiration à la cultu re de soi, la possibilité\nd’ une v ie plus libre, m oins assujettie au m ensonge social. \" Ces\ndéclarations sim plifient singulièrem en t m a tâche. Je pourrais\n me borner à ajo u ter que M. L e m o n n ie r réalisa son v o u lo ir,\n si je ne tenais à ju stifier mon a v is et à ren con trer les objections\nque ce liv re souleva. D ’aucun s essayèren t de me persuader que\nl ’Arche ne serait q u ’un rom an in ach evé. E h bien ! j'a i lu le\nvolu m e, je l’ai relu et je me fortifie dans l’opin ion que cette\n m anière de v o ir ne sau rait être la bonne. L e prem ier m érite de\ncette œ u vre consiste précisém ent en ce q u ’elle est con tin ue dans\n ses interruptions com m e la v ie elle-m êm e. E t, v raim en t, dans la\nréalité les circon stan ces entrent-elles toujours en scène, l'u n e\naprès l'a u tre , au m om ent précis où on s'av ise de le souh aiter ? L a\ntable est-elle tou jo u rs m ise et sans cesse occupée par un n ouveau\n c o n viv e ? N ’est-ce pas le propre de toute v ie d’arrêter parfois son\n développem ent v isib le, sans que la raison de cet arrêt se trahisse\n et sans que les évén em en ts passés se trou ven t séparés de ceu x\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": " 248                           LE REVEIL\n\n\n  qu i les su iv e n t? A qui le pénètre, la v ie se révèle dans sa\n  to ta lité ; p our ceu x qui ne se l ’attestent point, une om bre vo ilera\n  toujours ce qui n ’est pas la brutale extériorité. D e m êm e\n  certaines sym phonies ne sont com prises entièrem ent que par\n  ceu x qui entendent se répercuter en e u x la v o ix suprêm e de leurs\n  silences. M . L e m o n n ie r est de ceu x-là et l'Arche est u ne œ u vre\n  don t toutes les parties se tiennent parfaitem ent. M ais, p o u r en\n  apprécier la foncière v a le u r, il im porte de su ivre soi-m êm e les\n  routes de traverse in diquées par l ’écrivain et où il eut raison de\n  ne pas se su bstituer à de trop éviden tes réflexions. —\n     J ai hâte de le dire, les écrits sont rares où à plus de\n  fraîch eu r de sen tim en t, de jeu n esse de cœ u r et d’esprit (oh !\n  les exquises choses que l’on apprend trop à étouffer ou à cor­\n  rompre) se jo ig n e une a n a ly se p lu s discrète et plus persuasive.\n C es pages on t je ne sais quelle grâce à elles, une grâce de ça\n et là si ténue que l’on est tenté de ne v o ir, ave c l ’au teu r lui-\n m êm e, q u’un pastel délicat et léger. M ais q u ’on y prenne garde.\n Cette joliesse a la clarté hum ide d’ u ne larm e et, si de la beauté\n existe en ce liv re , c’est la \" beauté douloureuse qu i est toute la\n beauté m orale. \" A u surplus proclam a-t-on ja m ais p lu s hau t la\n réconfortante in tim ité de la v raie fam ille ? A h ! je sais, on m e de­\n m andera cc que cela a de com m un a ve c la littérature. Q ue ré p o n ­\n d rai-je, sinon qu e l’art doit refléter la v ie en la su blim an t o u en\n l ’éclairant et que c’est dans la fam ille, volo n tiers décriée par un\n snobism e de prem ière gran deu r, q u ’ il faut ch erch er une des e x ­\n pressions de la v ie les plus h arm on iqu es. M. L e m o n n ie r a eu\n raison de ne pas se préoccuper des récrim in ation s possibles d ’im ­\n pavides théoriciens épris de leu r m arotte. Il eut raison éga le­\n m ent de p lacer en pleine lum ière — en l'en tou ra n t des beautés\n q u ’il lui a attribuées — l’ im age radieuse de la m ère. L a M ère !\n elle est, par certain s côtés, le sym b o le de l’hu m an ité présente\n et le n o y a u de l'h u m an ité future. A ce titre, notre atten tion\n lui est toujours due ; m ais lorsq u ’elle sait se com prendre, com m e\n l’héroïne de l'Arche, une adm iration lu i re v ien t que les artistes\n ne d oiven t pas faire fi de franchem ent lu i reconnaître.\n     Je m entionnais tout-à-l’heure le spécial cou ran t d’ idées qu i\ntraverse ce livre. M. L e m o n n ie r s'en prend hard im en t au m en­\nsonge social et le dénonce san s am bages. Il serait si facile, dit-il,\nde v iv r e selon son cœ ur, d ’écarter le parasitism e des raisons\ntoutes faites. E t pourquoi au lieu de lim iter la fam ille à d ’élé­\n m entaires raisons de con san guin ité ne pas l'édifier su r des affec­\ntions é p ro u v é e s? ... N ous som m es au m onde, dit-il encore, p o u r\nm ériter la vie. — M ais c ’est su rtou t la con dition de la fem m e\nqui le préoccupe. Il la v o u d ra it lib re, décisivem en t rachetée et\napte désorm ais à s’affirm er dans la plénitude de son in dép en ­\ndance. E t la je u n e fille ? A h ! elle devrait n ’être plus la petite\npoupée q u ’on attife, qu i s’ aim e à son m iroir et jacasse et dan se\net s’essaie à sourire ; elle devrait s’écouter, ch erch er à se c o n ­\nn aître et s’efforcer d'être un jo u r \" la con science de l’ ho m m e. v\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "                                    Mai    1894                                249\n\n\n\n\nN ous som m es des p auvres à présent, nous avo n s tous au fond\nde nous un m y stè re ... O u vro n s, o u v ro n s les fenêtres ! E t l’écri­\nv a in form ule une pensée que m oi-m êm e j’ai so uven tefois d éfen ­\ndue auprès de toi, m on fidèle R ichelle, auprès de v o u s, m on\nch er V a n L e rb e rgh e, c’est q u ’ un jo u r v ien d ra où le b o n h eu r sera\nconsidéré com m e u ne science, où l’on apprendra la théorie\ndu bon heur !\n     M . L e m o n n ie r a su, sans longs sign alem en ts, sans ch erch er la\np sych o logie à qu atorze heures, établir nettem ent les personnages\nqui dans celte A rc h e v ien n en t et v o n t. E t c’est M me C lé ric y , la\n m am an, p our laquelle à des jo u rs clairs de pleine aisance\nsuccédèrent des heures grises de gêne aux abois, la m am an si\nv a illa n te, si aim ante, si tendrem ent inquiète, si m am an, enfin, —\n m am an de la n u rsery et non du pot au feu ou du salon, raison ­\n n euse a u s s i— étern elle et sen tim en tale raisonneuse, com m e elle\n dit. C e sont les enfants : Jacques, délicat et sensible ; L ilin e —\n \" si petit cristal, si oiseau de paradis dans les hautes bran ch es; \"\n G rig ri \" un cœ u r de plum es pou r réchauffer les o isillo n s frileux \"\n C ’est V in cen t, le m ari, être chim ériq ue, con science élém en taire;\n c ’est D u m on t, le bon, le fidèle D u m on t qui aim a peut-être — d'un\na m ou r secret com m e celui qu i inspira le son net d 'A r v e rs , à la\nlecture duquel il se sen tit si ém u à certain jo u r — celle dont les\nsouffrances font sa propre peine. E t puis encore E lise M uret,\nl’am ie, dont le cœ u r se tourne vers l’affection com m e u ne fleur\ndédaignée v ers le bon soleil. E t les M onard, les voisin s, qu i\nvou d raien t tan t que l'u n d ’eu x m eure pou r que l’autre pû t m o u rir\ntout de suite ap rès... E t tous enfin ! ..\n    L a form e de ce liv re est d ’ une origin alité d ouce; elle fait\nsonger à une m odulation m élancoliq ue de hautbois au loin d ’un\nb rou illard d’autom ne. M ais encore elle est très idoine à la pensée\net, v ra i, il en ém ane, com m e de la bonne E lise M uret, \" de\nl’enlacem en t. \" L e seul reproche à lui faire, c’est d’être d ’a ven tu re\ntrop littéraire. J ’eusse aim é que tels p aysages trop m erveilleu se­\nm en t décrits pour un \" Journ al \" ne s’ y trou vassen t pas. E t\np ourtan t, j ’ai bien hésite a v a n t de m ’en co n va in cre. N ’est-il pas\ndifficile, en effet, de résister à des phrases com m e celle-ci,\nterm inan t, à la page 194, une notation de petit jo u r : \" l’aube\nreplie frileusem ent son aile ; il fait de n ou veau D ie u ! \"\n                                         **\n\n   L e s écrivain s de race, a dit un jo u r en substance M. G u stav e\nK a h n , on t tous un décor personnel d’où s’ essorent leurs rêves,\nd'où m onte, en chants ailés ou en paroles pures, leur pensée 1\nC e décor, M. M aeterlinck l’a érigé des ses débuts, dès ce v o lu m e\nd’ une in ou bliable étrangeté : Serres chaudes; et si, depuis lors, il\nl'a pu v a rie r par certain s je u x de lign es ou de cou leu rs, par\ncertaines dispositions d’ une esthétique plu s raffinée — rappelant\nles exquises com positions de S ir E d w ard B u rn e Jones ou de\nM. W alter C ra ne — l’ensem ble, à coup sûr, ne s’ en est guère\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "250                            LE RÉVEIL\n\n\n\nm odifié. A ce point de vu e , les trois petits dram es par qu oi la\n\" collection du Réveil \" v ien t d’a v o ir l’heu r et l’ h o n n eu r de\ns’ in au gu rer p euven t n ’être pas une révélation. Ils ne le sont non\nplus (ceci n’est pas à prendre pour un reproche) en ce qui\ncon cern e leur esprit général et les grandes lois auxqu elles la\nconception de l’écrivain s'est attachée. M êm e philosophie ici\nque dans les œ u vres antérieures : les choses ne sont pas à leur\nplace, on ne com prend pas tout ce que l’on sait, to u t ce qu 'on\nse rappelle. On v it aussi en attendant l’inattendu — avec toutefois\ndes soirs graves où la v ie in u tile v o u s rem onte à la gorge, car\nchacu n porte en soi des raisons de ne pas v iv re . E t cela parce que\np ou r v iv re vraim en t il faudrait a ajouter quelque chose a la v ie \"\net ne pas s’enclore en l’am biante torpeur lorsque l’âm e s’avance\nle lo n g d ’ un autre chem in ; cela encore parce que le m alheu r\nest in fatigable et que nous nous endorm ons au m om ent où sa\nm ain funeste o u vre la porte et fr a p p e ...\n    L e m a lh e u r — c ’est lu i qui oriente ces d ram es; il en dirige\nles épisodes, il en tien t la clef. D an s A lladine et Palomides, on le\ndécouvre peut-être m oins que la fatalité qu i le prépare; dans\nIntérieur, c’est son approche plutôt que sa présence qui vou s fait\nh a le te r; m ais dans L a mort de Tintagiles c ’est bien cette présence\nim m uable, c'est bien la certitude de cette présence qui étend\nson aile noire su r les pages oppressées. C ette différence se trahit\nd ’ailleurs ch ez les protagonistes. A lla d in e et Palom ides regardent\nau-delà des clartés froides d ’a len to u r; le V ie illa rd — qu i n ’ose\nassom brir, par une nou velle pénible, l 'Intérieur au repos sous la\nclarté b ien veillan te de la lam pe — regarde la v ie m êm e, avec\ndes regards in sp irés; m ais sœ u r Y grain e est de ceu x qu i\nregardent en deçà, de ceu x au xqu els tout a m enti, qu i n ’on t pas\nv u à tem ps et qu i n ’on t pas pu faire ce qu ’ ils eussent aim é.\nA in si donc nous ob servon s ici, dans une non éq u ivo q u e m esure,\nl ’attitude que pren nen t, devan t l’énigm e des évén em en ts, les\nêtres que douèrent d’ une sensibilité précoce ou tard ive des fées\ngénéreuses ou avares. C es dram es résum ent ce que nous som m es\na u x heures les plus dissem blables d’un M oi non m oins divers ;\nils le résum ent étonnam m ent si l’on ajoute les p auvres qui\n \" ne saven t jam ais rien \" et vo n t à la dérive sans rien distin gu er\nnon plus. E t l'œ u v re entière dit bien ce q u 'il faudrait être pour\nêtre enfin.\n    Parm i les personnages évo lu a n t en ces scènes, il en est, com m e\ndans to u s les dram es de M . M aeterlinck, au xqu els il nous serait\n fort difficile de con stitu er u ne gén éalogie, de trou ver un air de\n parenté a ve c des création s antérieures. L e front à'- la croisée, ils\n tournen t le dos à ce qui sem ble être toute leu r v ie et c’est plus\n lo in , par-delà les \" délicieuses choses vertes \" a u xqu elles les\n autres bornent leurs suprêm es aspirations, q u ’ils con tem plen t\n u n e sérénité qu i d’e u x ém ane et vers eu x revien t. Ils v o n t \" où\n leurs y e u x les m ènent \" , et pourtant, au m ystère de leur être,\n c'est toujours le trille clair des aurores où l’om bre m êm e des\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "                                  MAI 1894                               251\n\n\nsaules s’ in clin e avec douceur. L o rsq u ’ ils se sont ou ïs, offrez-leur\nles astucieuses réalités qu i nous fon t battre des m ains et ils les\nfuiro n t d ’ un unan im e accord — si séduisantes q u ’elles puissent\nêtre. L e u rs m ouvem ents sont \" spiritu alisés par la distance \" ;\ns'ils p arlen t, leu r v o ix sem ble a v o ir traversé la m ort ou le ciel.\nC e sont de petites âm es ven ues on ne sait d’où et q u i, si j ’ose me\nse rvir d’ une phrase de l'Arche, étaient de toute éternité en m arche\nl’ u ne v ers l ’autre, à travers les patries et les m ers, — de petites\nâm es dont la rencontre atteste soudain la grâce préservée.\n    C ’est à M. M aeterlin ck, j ’ insiste à ce propos, que rev ien t le\n m érite d ’a v o ir tiré ces choses de l’om bre. E n adm ettant q u ’ il\n n’eut pas eu d’autre m érite, celu i-là seul suffirait à le ven ger d ’ une\n critiq u e aussi bornée que prétendum ent scientifique. Il m e faut\n dire m ain tenan t que les personnages dont je parle, sans rien\n dép ouiller de leu r charm e origin el, v iv e n t cette fois d’ une v ie\n p lu s cadencée. I l y a a u to u r de leur front je ne sais quelle clarté,\n faisant m ieu x ressortir leu r identité terrestre C ertain s lecteurs,\n je m ’en doute assez, regretteront q u ’il puisse y a v o ir ain si autre\n chose que l'extériorité d ’u ne apparition, d’ une visio n devinée en\nun clair o b scu r de légende. C e regret ne sau rait v e n ir de moi ; je\ntrou ve, au con traire, un charm e de plus à ce que ces fervents de\nl ’au-delà sym p ath isen t davan tage ave c n otre habituelle attente.\nD a n s tous les cas, lire ces pages c'est se co n va in cre qu ’ il n ’ y a\nen cela rien de perdu ; c ’est se co n va in cre aussi que M. M aeter­\nlin ck a fait tressaillir son talent d ’ un frisson n ou veau .\n    S i l’on rapproche des précédents écrits du m ême au teu r l’ un\nou l’autre de ces dram es — et notam m ent Alladine et Palomides ou\nla Mort de T intagiles — on rem arque que les derniers v en u s m et­\n ten t en action des caractères plus élevés que ceu x dont nous co n ­\n nûm es antérieurem ent. C om bien belle cette A stolain e que P a lo ­\n m ides, son fiancé d ’hier, ne gu idera pas v ers les E d ens d 'am our,\n parce qu ’ il n ’a pu résister au charm e in fan tile d’ une petite esclave\n v en u e du fond de l’A rcad ie ! O u i, com bien belle, cette seule su r­\n v iv a n te des filles du v ie u x roi A blam o re, car ne la voyon s-n ou s\n pas aim er d avan tage, aim er jusqu ’à l’aider à con qu érir un bon heur\n q u ’elle ne résum e plu s, celui qu 'u n ty ran n iq u e hasard ra vit à ses\n esp oirs. Il y a en elle u ne bonté chrétien n e et m iséricordieuse, un\n d évou em en t a tten tif et tendre, im posant à celui qui la contem ple\n son ascendant propice. C om m e elle s’affirm e aussi cette sœ ur\n Y grain e , en qui toute la douleur païenne exh ale ses cris ja lo u x ,\n cette p au vre sœ ur Y g ra in e m eurtrissan t, dans une n u it sans issue,\n à la porte à jam ais close de la m ort, ses m ains frêles et tan t faites\n p ou r allum er, au c la ir soleil de la jo ie , leurs a n n eau x!\n     D e ce qu i précède on au ra déjà inféré que, pour ceu x-là m êm e\n qui apprécièrent sans en rien négliger, ce qui con stituait, il y a\n hu it jo u rs encore, le bagage littéraire de M. M aeterlin ck, des\n d écouvertes sont à faire dans ce brelan de pièces n ou velles. L a\n différence, le progrès si l’on préfère, ne s’atteste pas seulem ent\n dans des attitudes inédites, dans l ’accentuation particulière de\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": "252                               L 6 RÉVEIL\n\n\n\ntelles physion om ies isolées m ais aussi dans l’ensem ble de cer­\ntaines scenes extraord in airem en t éloquentes m algré leur peu de\ndurée. A l’acte II du prem ier dram e, je me su is longuem ent arrêté\nà la scène finale (où Palom ides confesse à A stolain e q u ’il ne sera\njam ais \" celui q u ’il a va it espéré deven ir \" , où A stolain e prononce :\n \" je puis respirer avec m oins d'inquiétude, puisque je ne su is plus\n heureuse \") et je n ’ im agine pas que l’on puisse donner à la parole\n hum ain e — cette grelottan te pauvresse — un accent qu i la\n rapproche davan tage du langage intérieur. L a scène qui o u v re\nl ’acte su iv an t est plus v ib ra n te encore. A stolain e v eu t persuader\n à son père que la rup tu re v ien t d’elle seule. L e roi a surpris trop\n de choses p ou r p ou vo ir croire sa fille. Il sent d ’ailleu rs que si elle\n lui parle en se ten an t à l’écart, c’est dans la crain te que la\nrencontre de leurs âm es ne trahisse son gén éreu x m ensonge. C ’est\nm oi qui vais v e n ir, m urm ure-t-il. Il s ’approche, puis s'arrête et\nla regarde longuem ent. \" Je te v o is, A stolain e, \" dit-il. E t la\nvierge sanglote en l’em brassant tandis q u ’à cette sim ple e x ­\nclam ation \" m on père ! \" ces sim ples m ots répondent : \" tu\nv ois bien que c ’était in utile. \" Serait-il v ra i que devan t\nd'aussi belles explosions d 'art et de cœ ur, d ’aucun s dem eu­\nren t indifférents ? E t faut-il prodiguer les citations ? A l’acte\nI V , la scène d'am our entre A llad in e et Palom ides, captifs\ndes grottes souterraines où la jalo u sie du roi les a fait p ré ­\ncipiter, de quel élan n’est-elle aussi ! Il s’ y élève des cris qui\np euven t être com parés a u x cris les plus beaux que l’ hum anité\nproféra. Palom ides v ien t d ’en lever le bandeau qui recou vrait les\ny e u x de l’aim ée. Y vois-tu ? lui dem ande-t-il. O u i, répon d-elle...\nje ne v o is que toi ! R épétez-vou s cette phrase, prise entre bien\nd ’autres, répétez la, si vou s le p o u vez, en l’écoutant tom ber au\nplus profond de vous-m êm e et dites si tout l’am ou r ne l’effleura\npas de son aile palpitante. M ais c’est la scène entière q u ’il\nfaudrait reproduire, depuis l ’instant où A lladin e s’écrie a E lles\nv iv e n t ! elles v iv e n t ! \" en entourant de ses m ains à peine libres\nle cou de Palom ides, ju s q u ’au m om ent où ce dern ier laisse\ns’échapper ces m ots p ieux \" J ’étends les bras pour t’adm irer\ncom m e si tu n ’étais plus à moi et p u is je les rapproche ju s q u ’à ce\nque je touche tes baisers et je n ’aperçois plus qu 'u n b o n h eu r\né tem el. \" C ’est ce bon heur qui fait s’appeler les am ants, de\ncham bre à cham bre, lorsque, à l ’acte V , nous les trou vo n s\nexp iran ts; c ’est lu i qui leu r en tro u vre, au seuil m êm e de la m ort,\ndes paradis a u x fleurs idéales... M ais pourquoi insister si longue­\nm ent à propos de ce seul dram e ? Interieur a des beautés auxqu elles\nnotre adm iration se doit égalem en t. E t à l'acte dernier de la\nMort de Tintagiles M . M aeterlinck a atteint un tragique intense\nqui laisse loin ses m eilleures scènes du m êm e genre. O h ! ces\nparoles d ’Y grain e à qu i, de plus en plus faiblem ent, l'en fan tin e\nv o ix de T in ta g iles répond. O h ! cette d ouleu r qui supplie ou\nexig e, s'agen ou ille ou se dresse m enaçante, qui pleure ou\ns’em porte. O h ! ces im précations in utiles et désespérées après\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "                                MAI 1 8 9 4                               253\n\n\n\nlesquelles sœ ur Y g ra in e s ’affaisse dans les ténèbres tandis que le\nrideau descen d...\n   P arlo n s de la form e. P as n ’est besoin cette fois de la défendre\ncon tre la m auvaise h u m eu r des gens g rin ch e u x. P lu s de répéti­\ntions (pendez vou s m ôsieu Nordau) rien qui paraisse heurté, rien\nque puisse dén on cer l’exagération railleuse des m eilleurs feu ille­\ntonistes com m e de l’ indigence de pensée ou de la p auvreté de\nsty le . C ’est clair, lim pide, n ou rri, ave c la m êm e o rigin alité, le\nm êm e coloris sobre, la m êm e splendeur d ’im ages que précédem ­\nm en t et des trou vailles com m e celles-ci : l'eau qui paraissait\nm orte au fond des grandes cu ves de l’a v e n ir... le ciel est un\nanneau de cristal au jou rd ’ h u i... ta joie est tom bée su r mes lèvres\ncom m e un enfant au seuil de la m aison, etc. etc.\n   Il se pou rrait que l’on m e fit un g rie f — car m on com pte\nrendu s’ach ève — de n’ a vo ir pas souligné la spécialisation s y m ­\nbolique de ces dram es. J ’ai peut-être eu tort, en effet ; seulem ent\nil m a paru que ce n ’est pas là ce q u ’ils on t de plus caracté­\nristiq ue et les dissertations à ce su jet ne m an queron t pas.\nA u reste le m oyen de tout dire dans un article m êm e allon gé ?\nIl est tan t de choses que j ’eusse aim é de sign aler et devan t\n lesquelles je dois passer en silence !\n   U n m ot de l’édition. L a délicatesse m ’em pêche de lui faire\nu n e grosse réclam e ; n éan m oin s je v e u x ne pas taire mon goût\np ou r la co u ve rtu re si curieusem ent arch aïqu e ainsi que pour les\nculs de lam pe, d’ une intensité d ’expression rem arquable dessinés\np ar M . G eorges M in ne. C eci du reste n ’est q u 'u n début et je\n ne doute pas que l'édition su ivan te ne soit plus artistique\n encore.\n\n                                                   A lber t A rnay.\n\n\n                                      II.\n\n   E n récom pense de m on beau dévou em en t de l’autre jo u r, on\nm ’a offert         un fauteuil de second c h ro n iq u eu r littéraire.\nSi vou s v o u lez bien le perm ettre, je com m encerai sans plus\ntard er à jou er mon petit bonhom m e de rôle.\n   C om m en cer... v o ilà le h ic. T o u jo u r s ce pas qu i coû te ! Il est\nv ra i q u ’il y a la gran de ressource, celle de faire parler les autres\nà sa p lace et, ten ez, m a m ém oire me balbutie u n m ot que l’on\nm ’assure être de M. M allarm é et d’après lequel \" les liv re s de\nv e rs, c’est tou jo u rs bien \" . V ra i ou faux, le m ot v a u t su rtou t\nlo rsq u ’il s’agit de M. H érold. L e s poèmes de l’au teu r de la légende\nde Sainte Liber ata sont d ’un bon faiseur, la coupe en est élégante,\nles n uances choisies, le ryth m e distingué. C ela se lit sans effort\nni con train te, dans une sorte le bercem ent. M ais, au-delà de ce\np laisir issant de la clarté du dire, n u lle esthétique ém otion ne\nsu rgit. E n v a in s’ interroge-t-on : m uet le cœ u r et calm e l’esprit.\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "254                                                    LE RÉVEIL\n\n\n    J’ajouterai que M . H érold, s’ il a de réels bonheurs d’expres­\nsion et des trou vailles exquises, a lign e parfois des singularités\nd ’ un go û t assez contestable. E t puis il ne se préoccupe pas\nto u jo u rs de dire des choses n ouvelles. O h ! je sais - - n il n u o vi —\nM ais que de fois n ’avons-n ou s pas entendu parler des bleus\nparvis gemmes d'étoiles. des chevelures des roseaux, de la sainte voix\ndes forets, de l'éclat divin du jo u r , de la plainte des ruisseaux et\nne savon s-nous, au m oins en théorie, depuis l’âge de raison que\nles biens de la terre sont vains ?\n    V o u s a llez ob jecter que je me liv re à des citations perfides?\nC ro yez-m o i cependant, je ne cherche point le poncif à qu atorze\nheures. M ais encore u ne fois il faut bien vou s dire ce qu i est. E t,\nsi je p ou vais désirer parler plutôt en to ut bien d’ un de nos\ncollaborateurs et am is, sed m agis am ica veritas ..\n\n    M a m aiden ch ro n iqu e littéraire v o u s parlait de W illy . M e\n v o ici en arrêt à présent devan t un liv re de l’O u vreu se du C irque\n d’été. C ela s’appelle Rythmes et rires. Il n’y a pas beaucoup de\n rires, m oin s, a coup sû r, que dans les Soirées perdues, et en fait de\n ryth m es, (délicieux parfois, ex : cette facile et sourian te A u tric h e\nqu i fut pendant quelques lu stres l'in n ocen t paradis de la m u si­\n que), je n’ai pointé que les pages 134. 135 et 152/53. C ependant\nj ai noté encore de bons articles con cern ant B erlio z et M ozart\n et un los de prem ière classe en faveu r de ce cher C ésar F ra n ck\nqu i, franchem ent, ne l’a pas volé. Est-ce tout ? A h ! n on , il\ny a les horreu rs. E n v o u lez-vo u s?\n     1°) On n ou s apprend que la Mer de M. G ilso n a effarouché le\n \" pom piérism e belge. \" C ’est évid em m ent pour cela que cette\n œ u vre a eu ch ez n ou s tout le succès q u ’elle m éritait.\n    2°) G ou nod au rait été le m usicien du second em pire. L e bon ,\nl’excellen t billet ! C om m e si to u t le m onde ne sa v ait pas que le\n dit em pire a trou vé sa véritab le expression m usicale c h e z ...\n Offenbach\".\n    3°) I l sem ble que p ou r l ’O u vreu se M . E ekh ou d ait cessé\nd’écrire après les Rythmes pittoresques et M. V erh aeren après\nles Moines. E lle a bien raison, la chère o u v reu se, de crier à page\nque v eu x-tu : suis-je don c renseignée !\n    4°) M lle L itw in n , assure l’O u vreu se, a jo u é à la Monnaie\nS ieglind e. E tion s-n ou s bêtes de croire q u ’elle avait p lu tôt ten u le\nrôle de B rün eh ild e.\n    50) ... Q uatre vou s suffisent, le cteu r? Ne v ou s gên ez donc pas ;\nj ’en ai assez aussi.\n\n  L e Jean de M . S ab atier est un Jean après le supplice. I l n ’est\n\n\n  * E t p u i s q u i d o n c n ’a t r o u v é à l a l e t t r e G d e s o n d i c t i o n n a i r e : G o u n o d = s u c c é d a n é d e\n    rt.\n      za\n       o\n       M\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "                                         MAI 1 8 9 4                                 255\n\n\n\ne n s cè n e q u e p o u r s e la is s e r d ire p a r H é ro d ia d e d e s ch o s e s ,\ndes choses .. M ais le p lus drôle c’est qu’après avoir été décollé,\naprès qu’on eut pu voir sa pauvre tête écrasée (scène III) sous le\ntalo n d e la « re in e a u gu ste et vén érée » , le fa ro u ch e m an geu r\nd e sa u te ­ re lles rep a ra ît ic i a b so lu m e n t co m p le t. J e cro is d u\nm oins qu’il en est ainsi sinon com m ent H érodiade pourrait-elle\nsouhaiter qu’ilparlât (scène IV) et comment regarderait-il Hérode\n(scène VI) avec des yeux... « silencieux com m e des\n   javelots » ? M . S ab a tier, o n le vo it, sa it p a y er d ’a u d a ce. Il y\na d ’a ille u rs d a n s so n p o è m e d es tra its h a rd is. L e p o id s d ’u n e\nvengeance ymate une fièvre ; Hérodiade\n     s’écrie : Q   ue\n        n'ai-je... Quï tes cris d’angoisse et joui ta\n   douleur. Elle déclare (en parlant de son âme) qu’une\n     vision F éblouit, que son ire est une\n   illusion et, après avoir formulé ce\n       désir : Dans le calm e des nuits m urm urer\n       mes aveux Comme des clous d'argent piquant de\n   blanches toiles\n       Elle déplore : Ces m em bres allongés com m e\n    des leviers roides ! J’en passe\n   et des meilleures. V ilain e édition, agrém entée d’un dessin de\nM . Séon qui... m ais ce serait trop long, j’en parlerai la prochaine\nfo is. Il y a d a n s le B a ise r d e J e a n u n « ch œ u r d es g u e tte u rs »\nd o n t o n n o u s d o n n e la m u s iq u e s ig n é e H e n r y C o u v a g n e :\non a\n                                                               fait moins bien que\n\n  cela. Denis L alieux. ERRATA. — Dans la précédente Chronique\n     littéraire il faut :page 219 dilection\n       et non détection » 220 em pêchèrent et non\n         empêcheraient» 221 pré-voyante et non\n       prévoyante » 222 Corbière faisait et non\n  faisantPrière à MM les typos d’imprimer à l’avenir : émotionnelle,\ntraditionnelle (avec deux n) et shoking sans ce vilain c que nous\nreprocha la chère Ouvreuse.\n\n   A U X P R O C H A IN S A lb ert M o ck e l, P r o p o s d e littéra tu re. —\n   Fernand Roussel, Le Bonheur Irréel. — Robert Scheffer, L’Idylle\n   d ’un p rin ce. — San der P ierron , P ag es de ch arité. — G eorges\n   Rodenbach, M usée de Béguines. — Clair Tisseur, Pauca Paucis.\n   — A n d ré F o n tain as, N u its d ’E p ïp h a n ies. — H u gu e s R eb e ll,\n   Chants de la pluie et du soleil. — Jules Bois, La Porte héroïque\n   du Ciel. — M adeleine L ép ine, L a bien A im ée, — Jean V iollis,\n   Soleil touchant. — Charles Bronne, La Vie. — Villiers de l’Isle\n   Adam, Morgane. — Robert de Souza, Fum erolles. — etc.\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "     256                                                            LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                                                             TA BLETTE S\n\n\n\n\n     N o u v e au x con frè res                                                    E n l’A R T L IT T É R A IR E , d es ve rs d e M r G u sta v e\n     L 'A N N O N C I A T I O N , r é d ig é e p a r S a in t -                Kahn. En VAN NU EN\n  G e o r g e s d e B o n h é lie r , 5 0 , R u e R o d ie r , P a r is ,          S T R A K S , le s b e lle s o r n e ­ m e n t a t i o n s d e M .\n Abonnement : 4 francs. LE                                                     V a n d e v e ld e , V a n R i js s e l­ b e r g h e e t L e m m e n .\n     R Ê V E E T L ’I D É E , m e n s u e l . — R é d a c ­                    La Revue W allonne\n  te u r e n c h e f M r M a u r ic e L e b lo n d , 1 0 , r u e\n                                                                                   v ie n t d e d o n n e r l e p r e ­ m i e r n u m é r o d e s a\n  d e s T e n n e r o lle s , S t C lo u d . A b o n n e m e n t\n                                                                               n o u v e lle s é r ie : b ie n d e s c h o s e s à r e t e n ir ,\n : 6 francs\n                                                                               e n c e n u m é ro : d e trè s b e a u x v e rs d e M M .\n     p a r a n . C ’e s t l e 2 4 j u i n p r o c h a i n q u e s e r a        V e r h a e r e n , S é v e r i n . — A v r il d e L é o n P a s c h a l .\n in a u g u r é à Ix e lle s , le m o n u m e n t é le v é à C h a r le s       U n fr a g m e n t d e V e rs la V ie , d e R ic h a r d L e d e n t.\n  D e C o ster, d û à M . C h a rles                                           P r o s e s c h a r m a n t e s d e P . M .O lin e t E d m o n d\n    S a m u e l. A l a d e m a n d e d e l ’a d m i n i s t r a t i o n\n                                                                                                    G\n                                                                                                    r.\n                                                                                                     lesn\n  c o m m u ­ n a le , M . C a m ille L e m o n n ie r a c o n s titu é\n u n c o m it é c h a r g é d e l ’o r g a n is a t i o n d e l a c é r é ­        A p a raître d a n s la co lle ctio n d u R év eil A m e s d e\nmonie. Ce                                                                      C o u le u r, d ’H e n r y M a u b e l, e t D 'u n e Cité e x ilé e ,\n    c o m ité e s t a in s i c o m p o s é : M M . L e e ­                      poèm e de Paul Alériel [Georges M arlow] V iennent de\n m a n s , B o u r g m e s t r e d ’I x e l l e s , F . B a u d o u x ,        paraître en\n P e te r B e n o it, F . B r o u e z , C h . B u ls , E u g è n e                 cette collection ; Alladin e et Palom ides, Intérieur\n D e m o ld e r , H e c to r D e n is , J u lie n D ille n s ,                 et la M ort d e Tin ta g ile t, trois p e tits d ra m e s p ou r\n G e o r ­ g e s E e k h o u d , I w a n G ilk in , A lb e r t G ir a u d .     m a r io n ­ n e t t e s , p a r M a u r ic e M a e te r lin c k . L e\n G r e y s o n , H . K r a in s , P . L a c o m b le z , C a m ille            B onheur Irréel, de Fernand Roussel .\n L e m o n n ie r , A m . L y n e n , M a u r i c e M a e t e r lin c k ,\n H e n r i M a u b e l , O c t a v e M a u s , X a v ie r M e l l e r y ,\n C o n s t a n t in M e u n i e r , F r a n c is N a u t e t , R . N y s t ,\n                                                                                  P a r a ît r a p r o c h a in e m e n t à la B ib lio t h è q u e\n H . P e r g a m e n i, E d m o n d P ic a r d , C h , F o t v in ,\n                                                                               d ’O c c i t a n i e : L e s c h a n s o n s é t e r n e l l e s , u n\n F . R o p s , E . S m it s , E m i le V e r h a e r e n .\n                                                                               v o lu m e d e v e r s p a r P a u l R e d o n n e l. E x e m p la ir e s\n                                                                               s u r p a p ie r d e c o u le u r : 2 5 fr . H o lla n d e . 1 0\n    C e m o is c i : A d m ir é à la S O C I É T É N O U ­\n                                                                               fr. p a p ier tein té, 3 .5 0 fr.\n V E L L E , d e s v e r s s p l e n d id e s d ’E m il e V e r h a e ­\nren , : Le Son n eu r, le F ossoyeur.\n    A la J E U N E B E L G I Q U E , u n p o è m e d e M .                        V ie n t d e p a r a îtr e c h e z M io t e t J a m a r , im p r i­\n A lb e r t G ir a u d , l a T e n t a t i o n d e S a n d r o B o ­           m e u r s é d ite u r s à L iè g e : L a V ie , c o n te s e t\nt i c e l l i , d é jà r e m a r q u é e n l a N o u v e l l e R e v u e       L é g e n d e s p a r C h a r le s B r o n n e . P r ix d u v o lu m e\n            l.\n             io\n              ra\n               te\n                In                                                             :s u r ja p o n , 5 fr . s u r p a p ie r fo r t, 2 fr .\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                COLLECTION DU RÉVEIL\n   chez E D M O N D D E M A N , libraire à B ru x elles\n\n\n\n                       VIENNENT DE PARAITRE :\n\n\n\n\nM a u r i c e M a e t e r l i n c k : A lladine et Palomides, Intérieur, la Mort\n\n                               de Tintagiles, trois petits drames pour\n                               marionnettes.\n                               U n v o lu m e in-16 raisin su r fort papier\n                               v élin teinté\n                                               P r i x .............................F r. 3,50\n\n\n\nF ernand    R oussel :        L e Bonheur Irréel\n                              U n volu m e de proses, in-16 grand-m é­\n                              dian , tiré à 250 exem plaires num érotés\n                              su r papier de H ollan de V a n G elder.\n                                            P r ix .        .    .   .    .    F r. 2,00\n\n\n\n\n              DÉPOSITAIRES DU RECUEIL\n\n    ANVERS :                   F o rst, Place de M eir.\n     BRUXELLES :                D em an , rue d ’A r en berg, 14.\n            —                  D oliger, G aleries de la R eine.\n    GAND :                     E n gelcke, rue des F ou lon s.\n       —                       H oste, rue des Cham ps.\n       —                        M eyre-P aren t, rue C ou rte du Jour.\n    L IÈ G E :                 G n u sé, rue du P o n t d’ île .\n    M A L IN E S :             H e ym a n s, rue du B ru u l.\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "       S O MMA I RE DU N U M É R O DE MAI                                                       1894.\n\n\n\n\nHenri Maubel                   .           .       .    Fragment\nNOVALIS (Maurice Maeter­\n    linck (trad.)                                      Les Disciples à Sais (fragment)\nEdmond Rassenfosse .                                    Vieilles Plaintes\n\nPaul Leclercq .                        .       .       Basse Cour\nAntoine Sabatier                       .       .        Aveu\nRichard Ledent.                        .       .       Aux seuls aimés\nRodrigue Sérasquier .                                   Vers une Etoile\n\nAlbert Arnay el Denis\n    Lalieux.               .       .           Chronique littéraire\n\n                                                   Tablettes\n\n\n\n\n       G a n d , l m p . c e n tr a le , B . D e K e u k e la e r e , r u e lon g u e du V e r g e r , 3 1 ,\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1894-05", "signet_source": "IVe année - N°5 (nouvelle série) - Mai 1894", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 252 (« Flandre et Wallonie, IVe année, n° 5 (nouv. série), mai 1894 », « Ce numéro 50 centimes »), et sur le sommaire de la quatrième page de couverture, PDF 287 (« Sommaire du numéro de mai 1894 »).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}