{"numero_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "articles": [{"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-001", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "FLANDRE ET W ALLO N IE LE REVEIL Ve ANN ÉE N° 14 et 15", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 223, "texte": "FLANDRE ET W ALLO N IE\n\n\n\n\n                                     LE REVEIL\nVe ANN ÉE N° 14 et 15 (n o u v . série)      F é v r i e r - m a r s 1895\n                                          C e n u m é r o d o u b le 1 Fr.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-002", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Voir le Sommaire à la quatrièm e page", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 79, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2221, "texte": "Voir le Sommaire à la quatrièm e page de\n            la couverture\n\n                      LE R É V E I L\n                         (F L A N D R E E T W A L L O N IE )\n\n     MENSUEL DE LITTÉRATURE ET D’ART\n                                      NOUVELLE SÉRIE\n\n  Paraît le dernier jour dit mois en fascicules de\n                  48 ou 60 pages.\n\n\nSecrétaire de la Rédaction : F r é d é r i c F r i c h e\n  Comité de Rédaction: A l b e r t A r n a y , L u c i e n                         De   B u ssch er,\nC iia r i.e s D e i x h e v a l e r i e , M a x   E ls k a m p , F r é d é r i c    F r ic h e , P a u l\nG é r a r d y , Edm ond G le s e n e r , R ic h a r d L e d e n t, M a u r ic e M a e t e r ­\nlin c k ,   H e n r i M a u r e l, A l b e r t M o c k e l, P i e r r e     M.     O lin , Edm ond\nR a s s e n fo s s e , H en ri d e R é g n ie r , S té p h a n e R ic h e lle , G r é g o ir e\nL e R o y , R o d rig u e     S é r a s q u ie r , C h a r le s   V an    L e r b e r g h e , E m ile\nV erh aeren .\n\n\n                      Rédaction, Rue de la Roue, 5, Bruxelles.\n                  Administration, Rue Neuve St-Pierre, 71, Gand.\n\n\n\n             A b o n n e m e n t : un an 5 frs. (Étranger 6 francs.)\n\n                             LE NUMÉRO: 5 0                centimes.\n\n\n                          SÉRIE DU RECUEIL :\n1ère A N N E E , 1891, (les Essais) un volume in-40 de\n          200 pages. (Quelques exemplaires) . . .                                         . fr. 4- 0 0\nIIe A N N É E , 1892, un volume in-8° raisin de 400 pages\n          Prix, marqué’ fr. 5 (quelques exemplaires)\n          Prix majoré en raison de la rareté du volume \" 12 0 0\nIIIe A N N É E , 1893, un volume in-8° coquille de\n          400 p a g e s .................................................................»      6 00\nIV e A N N É E , 1894, un volum e in-8° grand-médian\n          de 520 p a g e s ......................................................... »          6 00\n  L ’année 1895 formera deux volumes in-8° de 300 pages chacun.\n\n\nL 'A d m in is tr a tio n ra ch è tera it au p r i x f o r t des e x e m ­\n        p la ir e s en bon é ta t des n0s 4 et 5 de 1892\n    ainsi que des n°s 1 et 3 des E s s a i s (1891).\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-004", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 69, "page_fin": 73, "titre_corps": "La Littérature de demain", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Léon Paschal", "ancre_debut": "LA LITTÉRATURE DE DEMAIN. Il a paru, il y a vingt ans", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 1223, "texte": "LA LITTÉRATURE DE DEMAIN.\n    Il a paru, il y a vingt ans déjà, un livre dont les idées\njetèrent dans mon esprit de vives lumières. Je parle de\nla Teoria dei periodi politici de Ferrari. La rareté\nde la revue où le livre parut en articles m’en interdit la\nlecture, mais un long [compte-rendu publié au tome II\nde la Revue Philosophique m’en tint lieu. Le titre\nlaisse transparaître le sujet. Ferrari observe une con­\nstance, jamais démentie par l’histoire, dans la manière\ndont les ères sociales se succèdent et il détermine les\nlois de ces renouvellements. Cette œuvre m’eut inspiré\nseulement l’intérêt que requiert toute idée neuve si je\nn’avais eu présentes des vues très nettes sur la manière\ndont concordent les périodes sociales et les écoles litté­\nraires. Il importe de faire voir la dépendance de ces\ndeux domaines. Un événement social ou politique fut à\nla base de tout revirement d'art. Il est banal de rappeler\nl’influence de la Grèce vaincue qui poliça la poésie fruste\nd’Ennius. L’esprit chrétien fit prévaloir le rythme binaire\nau détriment des rythmes tertiaires. Le mariage d’Eléo­\nnore de Guyenne avec un roi de l’Ile de France fit fleu-\n                                                       6\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1834, "texte": "70                       LE RÉV EIL\n\nrir au nord de la Loire la « gaie saber » de Provence et\nles victoires de Louis XIV répandirent l’art classique\ndans l’Europe occidentale. Ces faits, à part le triomphe\nchrétien, sont d’apparence fortuits mais les énergies\nsociales aussi suscitent une littérature en même temps\nqu’une situation morale et ces deux ordres d’activité\nrévèlent leur concordance aux yeux qui vont au fond\n des origines. Avant un mouvement politique la littéra­\n ture précise le but vers lequel tendent les désirs confus\nde la mulititude. En fresques radieuses elle peint le\nmirage des îles prochaines. Ainsi dans l’homme chaque\nacte est précédé d’une image. Tous deux sont, dans son\ncerveau, les faces doubles, l’une interne, l’autre externe,\nd’un même phénomène nerveux ; ce qui se passe dans un\nêtre individuel se reproduit dans la société ; celle-ci\n offrant tous les caractères d’un organisme vital.\n    Voici brièvement la thèse de Ferrari : Après une\ngénération pensante, où s’ébauchent les théories, où les\nidées fermentent et pénètrent peu à peu la multitude,\n vient une génération où ces forces accumulées, ces éner­\n gies contraintes brisent violemment l’entrave qu’oppose\n à toute initiative l’inertie du passé. Ces ères ont chacu­\n ne une trentaine d’années. Mais des forces anciennes,\nralliant autour d’elles les intérêts lésés, réagissent contre\n l’esprit révolutionnaire dont les excès mêmes ont com­\n promis le triomphe. Il en résulte une période troublée\n par les alternatives du règne ancien et du règne nouveau.\n Ce dernier finit par s’affirmer et une ère apaisée vient\n clore le cycle. L’homme, durant ce calme, se contente,\n privé d’aspirations nouvelles,de jouir d’un état qu’il croit\n stable à toujours. Mais bientôt les questions non réso­\n lues, les iniquités subsistantes fomentent des idées\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1849, "texte": "                        FÉVRIER-MARS                     71\n\n d’équité et de justice. Une classe demeurée dans l’ombre\n revendique des droits méconnus et nous en revenons au\n premier stade décrit à la suite duquel les autres se renou­\n vellent. M. Ferrari met en lumière ces lois qui régissent\n toutes les vicissitudes de l’histoire. Leur vérité apparaît\n frappante en notre siècle. Après Voltaire, esprit rétro­\n spectif mais destructeur et sceptique, et J. J. Rous­\n seau, âme ardente, vient la révolution qui soudain\n détourne toutes les intelligences vers l’action au détri­\n ment de l’art. La figure de M. Mille dans l'Étui de nacre\n montre d’une manière animée cette volte-face brusque.\n Après les tourmentes sociales, où les âmes humaines se\nsont révélées dans le dévoilement de leurs passions, des\npoètes surviennent, poètes exaltés, ayant puisé dans les\nfastes de leur enfance assez de magnificences et de splen­\ndeurs pour en pétrir des rêves épiques. Bonaparte obsède\nHugo. Dans son art et dans les luttes qu’il soutint se\nreproduisent les grands remous et les revirements de\nla restauration. Hugo eut une vue consciente de cet\nétat. Il parle à maintes reprises de Richelieu dont l’épo­\nque eut avec la sienne des analogies. L’école parnas­\nsienne fat un romantisme figé. Entre le jouisseur et le\npoète pratiquant l'art pour l’art ne se trouve aucune\ndissemblance. Tous deux sont guidés par un même\nsouci d’égotisme. Le plus grand esprit d’alors : Leconte\nde Lisle, dédaigneux d’un temps où toute idée stagnait,\ntourna sa pensée vers la majesté des théogonies défuntes.\nLe réalisme est une résultante encore du même état.\nL’absence d’idées donna la prééminence à la forme dans\nle poème et au réalisme descriptif dans la prose.\n   Aujourd’hui se révèlent les signes des temps nouveaux.\nL’ère des précurseurs commence, selon les paroles de\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1821, "texte": "73                       L E RÉV EIL\n\nFerrari. Autour de nous un mouvement profond se crée,\ndes désirs confus, des paroles indécises sont dites et\nc’est à nos œuvres prochaines de prononcer le mot déci­\nsif. L’art de demain sera social. Malgré nous, nos rêves\ns’imprégnent des idées éparses et des mirages ensoleil­\nlent les lointains. La science en ses prévisions confirme\nl’assentiment involontaire de notre esprit et un acquies­\ncement s’élève des foules obscures. Il ne s’agit point\n de créer des œuvres où ces dernières viendront se com­\nplaire. Entre elles et l’art, il exista à tous les siècles une\nlacune. Mais nous ressentons, en des émois fraternels,\nleurs angoisses, leurs espoirs et il nous est réservé la\ndestinée hautaine de traduire en un verbe immortel,\nétranger à elles, leurs vagues songes et leurs cris\néphémères. Nier, dans la conjoncture présente, l’art du\npassé et instaurer un art radicalement neuf serait une\npensée présomptueuse et légèrement risible. Un frisson\ninquiet agite nos rêves, des lumières se dévoilent, une\nfoi dans des félicités prochaines exalte nos désirs, un but\nprécis coordonne nos énergies et ces circonstances vivi­\n fieront notre art malgré les traditions anciennes qui ne\nmeurent jamais toute entières.\n    Ainsi donc nous entrons dans une ère nouvelle ; la plus\nbelle, car dans le champ illimité qui s’ouvre la pensée et\nle songe sont défrênés. L’Idée prépare son règne, tâchons\nde donner son envergure à nos œuvres et que nos voix\n aient un retentissement égal au sien. Elle se magnifie\n déjà aux poèmes actuels et ceux de demain s’inspireront\n d’elle encore d’avantage. Le siècle qui s’inaugure est\n fabuleux et grandiose par ses forces latentes, ses pro­\n fondeurs de souffrances et ses mirages. Il nous faut\n hausser notre âme, la faire vibrer à l’unisson de cette vie\n"}, {"page_pdf": 86, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 342, "texte": "                      FÉVRIER-M ARS                       73\n\nfiévreuse, l’élargir jusqu’à ce que la « société promise »\nse meuve dans sa vastitude, tout ressentir enfin pour\navoir la puissance de tout dire. Car dans la fuite des\nêtres et du temps une seule chose demeure : les Œuvres.\n                                      L éo n P asch a l\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-005", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 74, "page_fin": 74, "titre_corps": "Vers : Paysage", "titre_sommaire": "Vers", "rubrique": "", "signature_source": "Gustave Kahn", "ancre_debut": "VERS PAYSAGE Le rêve vieillissant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 1140, "texte": "VERS\n                        PAYSAGE\nLe rêve vieillissant s’est tordu aux balcons\nD e la maison sénile et close\nEn rictus fe r et bronze de griffons —\n Aux plafonds d’aride vieillesse\nSe fendillent des mascarons\nA utour de qui, l’évangile de Watteau peignit des roses.\nLes marches du perron tremblotent encore d'un pas,\nD u pas de qui descendit le dernier\nE t dans l’étang morne, non loin de là, jeta la clef\nD e la maison torve, appauvrie d'un trépas,\nE t dans plus solitaire asyle se cacha.\nE t blessé dans le jardin des anémones\nOù le jet d'eau roucoulait plaintivement\nEn face d'un reposoir d’amants,\nKiosque riant de chèvrefeuilles,\nCorrodé de mousses en sa niche de feuilles,\nLe priape tend la main pour l'aumône.\nImpassible sous le soleil ou les ondées,\nVivant la ruine stricte des choses terminées,\nLa maison vieille et close s’effrite aux doigts du temps,\nE t les rongeurs parmi les vieux buffets et les dressoirs\nSarabandent, puis s'ébattent dans l'armoire\nJadis hantée des gais billets galants trempés de larmes\nE t vivent, dans cette mort 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soudain,\nOntparsemé de brindilles d'étoiles, l'herbe tragique.\nL ’herbe que ses pieds foulèrent indifférents !\nLe gazon sacré comme jadis Tempé !\nSéjour d’une muse ou de deux, où les calandres\nVenaient pépier près de sa voix, reine du Tendre !\n Bosquets jolis plafonnés de frondaisons,\n Cage aux baisers nonchalants !\n Alors l'amant, laissant tomber l'appel tragique\nE t se sentant si seul, quoiqu’épié,\nSi tranquille, quoique l’âme tant percée,\n Grave un hiérogramme sur un arbre touffu\nE t s'en va rimant, à demi-consolé.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-007", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 76, "titre_corps": "Vers : Lied", "titre_sommaire": "Vers", "rubrique": "", "signature_source": "Gustave Kahn", 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eux le sol aussi dur que l’hiver\nE t son amour tumultueux monte en tempête.\nIl tangue au dos de la victime, il tangue et, lourd,\nIl la mord et la serre et la force, brisée ;\nElle, lesy e u x ailleurs, triste, quoique grisée,\nS'éplore en vague appel, là-bas, vers le soir sourd.\nLe soir? — il brûle ainsi qu'un éclat de cuirasse;\nIl est mortel; il rape une clarté d’acier\nSur la mare du champ et les fleurs du sentier :\nLe soir est rogue et dur à la plainte qui passe.\nTandis que plus féroce et se cabrant plus haut\nLe mâle en son étau de rut, appuyé, écrase,\nViolente, terrasse — et quoique las, s'embrase\nE t se raidit soudain pour un nouvel assaut,\n Tel! — Mais dès qu'on l’éloigne, énorme encor, le\n                                                           [ventre\nOrageux et ballant, les pas lourds et hagards ;\nElle, s'affaisse et tombe et rouvre ses regards\nSilencieusement pour que la mort y rentre.\n      (1886)                       E m il e V e r h a e r e n .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 78, "page_fin": 80, "titre_corps": "Mon cœur au glaive", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Pierre M. Olin", "ancre_debut": "MON CŒUR AU GLAIVE. A travers les brumes pâles", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 1469, "texte": "M O N C Œ U R A U G L A IV E .\n\n       A travers les brumes pâles de cette journée paci­\nfiée, je vis une masse informe et monumentale. Des\nfrondaisons, des floraisons et des mousses prêtaient\nune vie intense à ce cadavre, car je reconnus que\nc’étaient les ruines augustes de quelque vieux temple.\n   Peu de chose paraissait subsister sous le formidable\nécroulement ; seuls les tronçons mélancoliques de deux\ntours gardaient le souvenir de leur geste vers les plus\nsublimes altitudes.\n   Comment dire les durs travaux que j’accomplis et les\npénibles chemins que je suivis, pour pénétrer sous\nl’amas des immémoriaux décombres ; trop longue serait\ncette monotone et fastidieuse histoire.\n   Ah, la beauté et la noblesse des pierres ouvrées,\ntombées là, les unes sur les autres, comme si quel­\nqu’impitoyable ouragan avait d’un coup renversé le\nmonument, à moins que les éternels et fiévreux brouil­\nlards de cette contrée maléficieuse, trompant de pré­\nsomptueux architectes, n’eussent pourri les fondations\njusqu’à ce définitif écroulement.\n   Mais quel fut mon étonnement, quand par le couloir\nde hasardeux débris, je parvins au cœur de cette ruine\nignorée, qu’une lueur mystérieuse éclairait encore :\nc’était une prodigieuse cathédrale d’un culte aboli hier,\neut-on dit, car les cierges brûlaient toujours leur\nflamme sans lumière et le faste d’une dévotion vivante\net somptueuse surgissait au milieu du silence ancien,\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1722, "texte": "                      FÉVRIER-M ARS                    19\n\nque seuls mes pas étrangers profanaient de sonorités\ngraves.\n   Avec une commençante terreur de ma solitude, mais\nun respect qui devait m’acquérir la mansuétude du\nmaître des sépultuaires nefs, je parcourus cette immen­\nsité architecturale qui semblait n’attendre que des prê­\ntres, pour chanter les gloires les plus éclatantes. Mais\nnul ne vint et les orgues restèrent muettes.\n    Aux bas-côtés, de nombreuses chapelles étaient\ndédiées à des saints et à des saintes, dont les icônes\nétaient souillés. Les uns étaient couverts d’immondes\ntoiles d’araignées et de poussière, la plupart avaient la\ntête brisée, plusieurs gisaient dans les coins en mécon­\nnaissables débris.\n    Pourquoi donc l’abandon de ce temple, dont la splen­\n deur intérieure niait la ruine extérieure ? Pourqui cet\n étonnant poème de pierres, de métaux et de vitraux?\n    Le chœur était barré d’un immense rideau de pour­\n pre, qu’on eut dit trempé dans du sang tant son éclat\n vivait encore. Ma main l’écarta et mon effroi fut\n extrême de découvrir un autel d’une richesse incompa­\n rable, barbare et terrifiante et qui était v id e .\n    Serait-ce donc pour le néant que fut rompue la\n primitive inertie de ces pierres ? Et rien ne répondait à\n mon angoisse interrogeante. Errant pour regagner des\n lieux moins étranges, je vis alors le portail ouvert, où\n se projetait une grande ombre mouvante et je me sentis\n pénétré par un souffle glacial, qui fit crier mes os dans\n leurs jointures. Dehors enfin, et échappé à cette hor­\n rible température — nulle arctique fête d’ours polaires,\n n’en offrit jamais de pareille — je me retournai pour\n regarder une dernière fois l’inquiétante ruine.\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1033, "texte": "80                       LE R ÉV EIL\n\n    J ’étais devant le front de la cathédrale ; il était plus\nintact que les flancs, les tours paraissaient plus hautes\nd’ici, et le portail ouvrait entière sa large baie. Mais\n du sommet de l’ogive avait chû une sculpture singulière\n et colossale, qui, restée droite, obstruait presque l’en­\ntrée. C’était un cœur flamboyant, sommé d’un archange\ndebout au milieu des flammes pétrifiées, le front\nappuyé sur le pommeau d’un glaive aussi haut que lui-\nmême, les mains posées à la croix de la garde. Et\n ce glaive transperçait le cœur d’où coulait encore du\n sang.\n     Et longtemps alors, je contemplai l’archange en qui\n je crus me reconnaître, et son visage barré de la croix\n de son épée souriait, et je restais fasciné devant l’ironie\n atrocement compatissante de ce sourire.\n     Or, ses ailes étaient de chauve-souris et c’étaient\n  elles, qui d’un mouvement lent et d’un rhythme éternel,\n  glaçaient l’air que j’avais respiré.\n     1893.                             P i e r r e M. O lin .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-010", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 83, "titre_corps": "Entrevision", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles van Lerberghe", "ancre_debut": "ENTREVISION à Max Elskamp Une tiédeur ombreuse", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 75, "fin_caractere_exclue": 728, "texte": "ENTREVISION\n\n                                 à M ax E l s k a m p .\n\n\nUne tiédeur ombreuse et dormante,\nDes haleines de fleurs mourantes,\nParmi de vagues clartés d'opales,\nDes apparitions vaporeuses et pâles,\nPas un souffle, pas une voix,\nUne chambre de belle-au-bois ;\nEnveloppées d’un trouble songe\nDes formes, que l'air déforme et prolonge,\nComme une harpe qui résonna....\nE t la fenêtre, avec les tranquilles images,\nD ’un au-delà pensif et doux,\n Ainsi, silencieusement, ouverte\nSur les chaudes pelouses vertes\nD 'un après-midi d'août.\nLà, dans les gerbes défaites\nD'un or diadémé de feux,\n Que, et les mains distraites,\n— Des faucilles au milieu\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1122, "texte": "82                     L E R É V E IL\n\n     D e la moisson fauchée —\n     Elle est couchée.\n     Et, les seins puérils,\n      Regarde entre ses cils.\n     Sesy e u x aux splendeurs solitaires\n      Reflètent la terre.\n     Dans sa bouche humide trempe\n     Unefleur écarlate.\n     D e petites ailes à ses tempes\n      Battent.\n     Il semble que le temps et la vie,\n      Avec leurs grandes ombres fraternelles,\n     E t leurs silencieux rayons;\n     Leur corbeille mystique emplie\n     D e fruits, de fleurs et d’épis blonds,\n     Se sont posés sur la maison,\n     E t que cette heure est éternelle.\n     Il semble, aussi, que tout dénonce,\n     Par ce cœur sourd et ces y e u x las,\n     L'approche étrange et la présence\n     D e quelqu'un qu'on ne voit pas,\n     Qui s’est mêlé à ce silence,\n     P as à pas.\n     Là, c'est le songe où l'heure s'enchante,\n     Sous les paupières demi-closes,\n     Là, comme en des miroirs lointains,\n     Se mémore la vie ardente,\n     Dont c'est l'extase en les jardins.\n     Là, du lointain frisson des choses,\n     Viennent au calme d’une grève,\n     S ’évanouir les ondes brèves.\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 728, "texte": "                FÉVRIER-M A RS                  83\n\nLà, radieuse, sous l’arceau\nQu’enguirlandent des fleurs heureuses,\nTasse une sphère d’azur et d’eau.\nCe qui vient et ce qui passe\nSe mire en sa tremblante grâce :\nLa joie du dehors et la joie d’ici.\nUne âme innocente vient ainsi;\nUne fragilité de verre.\nE t tout le ciel et toute la terre,\nDans le songe d’un jour d'été.\nUn peu de divin, comme en un souffle,\nEn un regard mêlé de jour;\nCe qu'en contient une parole,\nCe qu'il en fa u t pour dire amour;\nUn vague et léger symbole\nD e ma Joie et de sa ‘B eauté ;\nUn peu de mon âme et de ton âme,\nEnfant divine ! qui passas,\nParmi ces ombres et cesflammes,\nVêtue des roses d’ici-bas.\n                    C harles van L erberg h e\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 84, "page_fin": 112, "titre_corps": "Le Grand Mystère thuringien, ou le Jeu spirituel des dix vierges", "titre_sommaire": "Le Grand Mystère Thuringien, ou le Jeu spirituel des dix Vierges", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Gérardy", "ancre_debut": "LE GRAND MYSTÈRE THURINGIEN OU LE JEU SPIRITUEL DES DIX VIERGES", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 97, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 41, "fin_caractere_exclue": 1600, "texte": "L\n     E GRAND MYSTÈRE THURINGIEN *\n       OU * LE JEU SPIRITUEL DES DIX\n       VIERGES * REPRÉSENTÉ A EISEN-\n     ACH * LE VINGT QUATRE AVRIL m c c c x x ii\n     TRADUIT * D’APRÈS LE TEXTE ORIGINAL\nRETROUVÉ A MÜLHOUSE * ET PUBLIÉ A\nHALLE EN m d c c c l v * PAR LUDW IG BECH-\nSTEIN.\n                        à K arl W olfshehl, amicalement.\n\n\n   Voici, en sa grandeur fruste et roide, un jeu très\n ancien qui émut à mort l’âme naïve d’un joyeux prince\n du temps jadis.\n   L’aventure vaut d’être contée au seuil des strophes\nplangorantes.\n   Et la voici, selon de très vieilles chroniques.\n   En ce temps là le pays de Thuringe était en liesse.\n Le très puissant landgrave Frédéric, surnommé le\nJoyeux, avait terminé par la victoire toutes ses guerres.\nEt, pieusement, on s’adonna à la joie.\n   Dans un parc de chasse près la bonne ville d’Eise-\nnach, des clercs avec leurs escholiers jouèrent ce jeu des\n dix vierges, le 24 avril 1322.\n   Le prince y fut attentif. Et lorsque, malgré les\nprières de Marie, le Christ impitoyable chassa loin de\nson beau royaume les vierges folles, le landgrave Fré­\ndéric fut saisi d’effroi et de colère et il s’exclama :\n« Qu’est-ce donc que la foi chrétienne si les prières\nde la vierge et des saints ne parviennent à sauver un\npécheur? »\n   Et il se retira en son château de Wartburg; il fouilla\nles textes sacrés, il exaspéra l’érudition des clercs et\npendant cinq jours il couva sa fureur. Et le cinquième\njour qui était un dimanche, très tôt au matin il réveilla\nla landgravine et lui dit : « Faites préparer des repas de\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1971, "texte": "                       FÉVRIER-M ARS                    85\n\npoisson pour ceux qui jeûnent et des viandes pour ceux\nqui ne jeûnent pas et dites au prêtre de m’attendre avec\nla messe ; car je veux dormir d’abord et me reposer. »\nEt la femme se leva et fit ce qui était commandé. Mais,\nvers la sixième heure, elle s’en retourna vers le prince,\nl’appela et lui dit : « Levez-vous, l’heure passe et le\npeuple vous attend. » Mais lui, ouvrant les yeux, ne\npouvait plus parler : paralysé d’un côté et muet il gisait\nlà, un demi-vivant. Et il vécut dans les souffrances pen­\ndant plus de trois années ; puis il mourut, âgé de 55 ans,\naprès avoir entendu, pour le repos de son âme, la messe\ndes morts.\n   Il fut enterré dans la chapelle de St-Jean en l’église\nSte-Cathérine à Eisenach. Et il laissa un fils qui s’appe­\nlait aussi Frédéric. Et celui-ci, voulant connaître le\nsort de l’âme de son père, fit venir un maître en magie\nnoire qui révéla que l’âme du mort était en purgatoire\net souffrait, dans un fond, derrière la Wartburg, en\ndessous de la dernière tour.\n\n\n   Magie des paroles dolentes et des liturgiques incanta­\ntions sur une âme naïve !\n   Mais certes aussi, pour ce jeu unique et solennel rien,\nextérieurement, n’avait été négligé.\n   Ls scène? — Sur un trône très élevé, le Christ, hiéra­\ntique et grave en de riches vêtures apportées d’Orient\npar quelque marchand byzantin : sans gestes et grave,\ncomme la fatalité — un peu sans doute, tel qu’il trône à\nl’entrée de l’église St-Jacques à Liège. — A ses pieds,\nla Vierge, humble et douce, et les anges. Et plus loin et\nplus bas le troupeau des humains au bord de l’abime\noù grouillent les démons. Les vierges sages montent les\ndegrés, fières et joyeuses, avec leurs lampes qui brûlent,\ncependant que les folles, leurs lampes vides renversées,\ns’en vont, se lamentant, parmi les spectateurs effrayés,\n en pleurant leurs strophes désolées et leur refrain sans\n                                                    7\n"}, {"page_pdf": 99, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1432, "texte": "86                      L E RÉV EIL\n\nespoir, dont les paroles dernières se perdent parmi le\ngouffre où hurlent les démons :\n  « Pour cela nous sommes perdues pour l’éternité ! »\n                           ***\n   Légendaire par son succès fatal, et pourtant inconnu,\nce jeu ne fut retrouvé qu’en notre siècle. Ludwig Bech­\nstein le publia à Halle, en 1855. Notre traduction est\nlittérale selon ce texte. Nous n’avons pas traduit les\nparoles latines pour ne pas enlever son caractère original\nà l’œuvre et nous avons seulement indiqué, comme fait\nle manuscrit, par leurs premiers mots les versets latins,\nretrouvables, la plupart, en des livres de liturgie catho­\nliques.\n                           ***\n   On remarquera l’ordonnance artiste, en sa belle grâce\nroide, de l’œuvre. Lentes, les premières strophes alter­\nnent avec de nombreux versets latins chantés. Déjà,\naprès l’exposition, l’allure devient plus rapide, les\nchants se font plus rares et les voici bientôt disparus\navec l’espoir. Des plaintes saccadées et rapides ; et puis,\nfinalement, la large et belle strophe épique, désolée en\nclameurs longues et comme s’effaçant en sanglots, la\nhaute strophe aux éclats retenus des vieilles épopées ;\net, avec toute la beauté de telles lamentations eschy­\nliennes, ces paroles toujours par tous répétées :\n   « Hélas et hélas !\n   Ne verrons-nous plus jamais Jésus-Christ ? »\n                                                P. G.\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 811, "texte": "                         FÉVRIER-MARS                        87\n\n\n\n\n L U D U S DE DECEM V IR G IN IB U S .\n\n\n    P rim o e d u c a tu r d o m in ic a p e r s o n a cum\nm a ria    et a n g e l i s ca n tan d o R e sp o n so riu m :\nTestium Domini.\n   D einde v i r g i n e s c a n ta n te s : Regnum M undi.\n   Q uo finito a n g e l i c a n ta n t secundum res­\np o n so riu m .\nSilence chères gens\nafin qu’on vous instruise ;\nsilence, afin qu’on vous parle\ndu fils aimé de Dieu,\nde Jésus Christ —\nque son nom est doux à dire.\n   c o r u s c a n t a t r e s p o n s o r i u m Homo quidam\nfecit, e t c .\n   d o m in ic a p e r s o n a (*) c a n ta t et a g it : Dicite\ninvitatis : ecce prandium meum paravi; venite ad\nnuptias dicit dominus.\n  (*) Dominica, persona et ailleurs Primarius au lieu de Jesus-\nChrist.\n"}, {"page_pdf": 101, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1004, "texte": "88                             L E R ÉV EIL\n\nJe veux t’envoyer, messager,\nau loin de pays étrangers\nvers mes amis fidèles.\nTu leur annonceras ceci\net à tous mes fidèles aussi\nqui voulurent pour moi souffrir\ntoutes les angoisses ;\ndis leur, par ma vérité,\nqu’en échange je leur donnerai\nrécompense éternelle et éternelle vie ;\net dis leur de ne pas tarder\net qu’ils doivent se préparer\npour venir à mon grand banquet :\nje l’offre par amour pour eux ;\nprès de moi je les veux asseoir\net les réjouir de leurs ennuis.\n     d u o a n g e li v a d u n t a d v i r g i n e s c a n t a n d o\nSint lainpi vestri, e tc .\n  F in ito re sp o n so rio t o u s d ic it ad v irg in e s\nMaintenant écoutez, chères, sans moquerie :\nle dieu du ciel vous fait part,\nnotre créateur à tous,\nd’une nouvelle agréable ;\nlui qui tous vous aime mieux\nque jamais père ou mère n’aima son enfant,\nil vous mande d’être prêtes\npour son grand festin ;\nle jour et la nuit il faut\nl’honorer de vos bonnes œuvres ;\net toutes il faut aussi\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1044, "texte": "                       FÉVRIER-M ARS                  89\n\n\n\nêtre bien chastes et pures ;\nportez toutes aussi de sûres\nlampes brûlantes pour le bon témoignage ;\nainsi veut Dieu, le céleste fiancé,\nquand par amour il vient auprès de vous ;\nsi lors il vous trouve prêtes\nah que vous serez heureuses !\nmais qui tarde trop à se préparer\naura des douleurs plus qu’il ne peut penser.\n  angeli r e c e d u n t .\n  prudentes c a n t a n t    responsorium      quarum\nprim a incipiet :\n  Emendemus in melius, etc.\n  p r im a   dicit rhy thm ice :\n\nHé, que chacune le sache,\nnous sommes toutes mortelles.\nLa mort s’approche rapidement\nque ce soit tard ou tôt,\naucune de nous ne lui échappe,\nnous ne savons pas quand elle nous lance son filet,\nquand nous avalons son hameçon.\nJe vous donnerai le meilleur conseil :\nNous sommes toutes invitées,\ntoutes, grandes et petites\net les jeunes et les vieilles\nà des joies nombreuses.\nNous devons dans notre enfance\ntravailler pour être certaines.\nSi nous attendions la vieillesse\nnous pourrions manquer le banquet.\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1111, "texte": "90                          LE RÉV EIL\n\n\nSi le fiancé nous trouve prêtes\nnous serons menées\nvers des joies sans fin.\nVoyez, sœurs, pour nous ceci me semble le meilleur\n                                          [conseil.\n     s e c u n d a p r u d e n s d icit rhythm um   :\nEn vérité nous agirons volontiers selon ton conseil,\nnous n’hésiterons plus davantage.\nLa certitude est bonne en toutes choses.\nNous tournerons notre esprit\nvers les choses divines,\nce nous sera salutaire.\nA quoi nous servent nos atours ?\nNous préparerons nos lampes ;\ncela, en vérité, nous portera bonheur,\nCar ainsi nous parviendrons au banquet.\n  p r i m a f a t u a in c ip it re sp o n so riu m : Ta-\nbularer si nescies e t d ic it rh y th m u m :\nSœurs chères, suivez mes enseignements,\nne nous arrêtons pas à leurs conseils ;\nmoi je vous donnerai un avis meilleur ;\nnous vivrons bien longtemps encore.\nTant de fois nous le trouvons écrit\nque Dieu ne veut pas la mort du pécheur\nmais qu’il se convertisse et vive longtemps.\nJe suis meilleure conseillère ;\nla miséricorde de Dieu est si grande\nqu’en vérité je veux me fier à elle :\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1187, "texte": "                         FÉVRIER-M ARS                        91\n\nnous voulons nous réjouir de notre jeune corps.\nDieu agisse avec nous selon sa volonté.\nNous arriverons toujours à temps au festin.\nAllons prendre les balles et les osselets\npour oublier nos peines\net éloignons-nous de ces vieilles bigotes.\n   s e c u n d a f a t u a d ic it rh y th m u m :\nVolontiers nous suivrons ton enseignement.\nQui voudrait s’occuper encore\nde jeûne et de prière\ncomme ces vieilles bigotes ?\nTrente années encore nous nous réjouirons\npuis nous laisserons couper nos chevelures\npour nous en aller au couvent.\nNon, j’aime mieux encore attendre pâques !\nAinsi j’ai décidé.\nEt alors je deviendrai une nonne.\nSi Dieu nous a destiné son royaume\nje sais que Saint-Pierre ne nous en éloignera pas.\n   Tune f a t u æ c o riz a n d o e t cum m agno\ng a u d io v a d u n t ad aliu m locum .\n   ANGELI : Si le longam horam.\n   t e r t i a p r u d e n s in c ip ie t re s p o n s o riu m :\n Beati eritis cum vos oderint homines,\n   quo finito d icit R hythm um :\nRéjouissez-vous mes chères sœurs.\nDieu voulut supporter ennuis et peines\npour nous créer des jours faciles.\nDe tous les maux qui nous sont advenus\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1077, "texte": "92                      LE REV EIL.\n\nle juge nous récompensera bellement\npar un centuple gage.\nE t si par le monde nous sommes haïes\nen quoi cela nous peut-il nuire ?\nDieu lui-même nous aimera,\net si par les hommes nous sommes méprisées\nalors Dieu nous recevra avec amour.\nMaintenant soyez joyeuses et de bonne humeur,\nle Dieu doux est si bon,\nil nous donnera assurément\nle beau royaume du ciel.\n    ANGELI : Sile.\n    T u n c om nes f a t u æ h a b e a n t convivium ,\n d ep o n an t seque d o rm ia n t.\n    T u n c t e r t i a in c ip it in v ita to riu m :\n                                   Surgite vigilemus, etc.\n Du secours, du secours !\nJe crains les châtiments de Dieu\nqui nous surviendront bientôt.\nCombien de temps encore resterons-nous inoccupées ?\nIl ne faut plus hésiter,\nIl faut entreprendre quelque chose\nqui puisse nous être utile à nous autres folles.\nMaintenant nous sommes si vides de bonnes œuvres.\nVrai, nous devrions veiller\n et nous préparer,\n nous ne savons pas quand viendra le fiancé.\n Hélas ! nous avons peu travaillé,\n nos plaisirs ont mal fini ;\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1076, "texte": "                        FÉVRIER-M ARS                        93\n\nde quoi, folles, pourrions-nous nous réjouir\nlorsque nous vivons au milieu des soucis ?\n  QUARTA FATUA.\nEn vérité nous devrions emprunter\nce qui nous manque à nous-mêmes,\nnous devrions aller vers les sages.\nEn d’humbles attitudes\nnous devrions les prier ardemment\net leur demander avec ferveur\nqu’elles daignent consentir à donner\nà nous folles un peu de leur huile ;\nnous en avons grand besoin.\n   ANGELI : Sile.\n   o m n e s f a t u æ v ad an t ad p ru d e n te s, et\n   q u i n t a dicit :\n                               Date nobis de oleo vestro, etc.\nNous vous prions nobles vierges\nécoutez-nous pour votre honneur à vous-mêmes.\nA nous l’huile a manqué,\nnos lampes se sont éteintes ;\nhélas ! nos bonnes œuvres sont rares.\nDonnez nous donc en secours\nune partie de votre huile\nafin que le bonheur et le salut vous suivent.\n   q u a r t a p r u d e n s , resp o n so riu m : ne forte non\nsufficiat nobis et vobis ite potins, etc.\nChères, volontiers nous écouterions vos prières\nsi cela nous était possible ;\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1162, "texte": "94                        L E REV EIL\n\nsi nous partagions avec vous\nnous en aurions certainement trop peu.\nIl nous semble préférable que vous alliez\nvous informer vous-mêmes ;\nnous ne pouvons partager avec vous\nachetez-en là où vous en trouverez à vendre.\n    T une f a t u æ v ad a n t ad em endum oleum.\n    p r i m a c a n ta t : Omnipotens pater, e tc .\n    s e c u n d a f a t u a : Sed eamus oleum emere, preeter\nquod nil possumus agere, qui caret hoc, carebit gloriœ.\n   a l i æ re sp o n d e n t : Heu quantus est noster dolor.\n    P r i m a d ic it:\nO Dieu très doux, très bon,\npar ton martyre et par ta mort\nqu’il te plaise d’avoir pitié\naujourd’hui de nous très pauvres.\nEh bien, chères sœurs, dites votre conseil,\ncherchez ce que nous pourrions faire.\nL’huile nous a manqué,\nnos lampes se sont éteintes.\nSi nous savions où demander de l’huile\npoliment et en toute humilité,\ncar cela nous causerait malheur\ns’il nous fallait porter nos lampes éteintes.\n   E t tune S e c u n d a F a t u a c a n ta t: sedeamus, etc.,\nquo finito d icit R h y th m u m :\nAh qui aura pitié de nous,\nde nous très pauvres !\nIl n’y a plus de refuge pour nous très pauvres !\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1190, "texte": "                        FÉVRÎER-MARS                         95\n\nOù nous faut-il aller pour prendre cette huile\nqui tant nous manque maintenant.\nSi nous avions mille marcs en or rouge\nvolontiers nous les donnerions\nsi nous pouvions en avoir seulement une larme.\n   A n g e l i : Sile.\n   D o m in ic a P e r s o n a v a d a t ad p ru d e n te s cum\nA n g e l i s cantando : Ecce sponsus venit, e tc .\n   Q uo finito U n u s A n g e l u s d i c i t :\nVoyez, voici venir le vrai fiancé.\nQui veut à son banquet venir\ndoit s’être préparé d’avance,\net, que cela lui fasse joie ou peine,\non ne l’attendra plus davantage.\nMaintes fois déjà il vous fut répété\nqu’il faut être prêt en tout temps\nparce que Dieu ne permettra pas\nque quelqu’un soit prévenu\net sache l’heure où viendra la mort.\n   P r u d e n t e s c a n ta n t : Regnum mundi\n   Q uo finito resp o n so rio , Q u i n t a d i c i t :\nLes honneurs de la terre nous les avons\ndédaignés comme Dieu l’enseigne ;\nà l’orgueil et à l’ignorance\nnous avons renoncé pour les biens éternels ;\net tout ce qui est sur la terre\nnous l’avons abandonné pour le seigneur Jésus-Christ\nauquel nous croyons\net auquel nous sommes par nos regards attachées\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 992, "texte": "96                              LE R ÉV EIL\n\net que nous aimons du fond de notre cœur\navec tous nos sens.\n     Q u in t a P r u d e n s d u c e n s e a s .\n     P r i m a r i u s c a n t a t : veni electa mea, e t c .\n\nParce que je vous ai trouvées\nprêtes à toute heure\nje vous donnerai\nrécompense éternelle et éternelle vie,\net moi-même je vous mènerai\nde ce pays de tristesse\nvers l’éternelle félicité\nque mon père vous a préparée.\nMarie, ma chère mère,\nje te recommande ces petites vierges,\nasseois-les auprès de toi-même\net réjouis-les de toutes leurs peines.\n     M a ria s u p e r p o n a n s e i s c o r o n a s     cantando\nTransite ad me omnes e t c .\nSoyez les bienvenues vous mes enfants élues.\nPlus jamais vous ne souffrirez d’ennui ni de peine,\nje vous récompenserai moi-même\npar les couronnes éternelles ;\nvous posséderez le ciel\navec moi éternellement.\n   p r u d e n t e s c a n ta n t : Sanctus, sanctus, sanctus et\na n g e l i : Gloria et honor.\n   q u in ta p ru d e n s :\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1138, "texte": "                           FÉVRIER-M ARS                 97\n\nSois loué doux Christ !\ntu nous as en peu de temps\nbien récompensé de nos travaux\npar l’éternelle félicité.\nHonneur et louange à toi, doux Christ,\nparce que tu es un juge juste.\nSois loué, saint Esprit,\nparce que ton secours surtout\nnous a conduites vers ces joies.\nBonheur à nous parce qu’on s’est souvenu de nous,\nbonheur à nous aujourd’hui et toujours\nparce que nous t’avons reconnu.\nPuisque nous pouvons être auprès de toi\nmille ans nous paraîtront un jour.\n  d o m in ic a p e r s o n a habet m agnum convivium .\n  a n g e l i : Si le.\n  f a t u æ v ad an t a d n u p tia s c a n ta n d o :\n  Iniquitates nostras, etc.\n  s e c u n d a f a t u a d ic it :\n\nSeigneur père, dieu du ciel,\nnous te prions par ta mort amère\nque tu souffris sur la sainte croix ;\népargne-nous maintenant, nous pauvres femmes.\nNotre bêtise nous a perdues.\nFais-nous part maintenant de la grande miséricorde,\net Marie aussi ta chère mère\net laisse nous pauvres entrer à ton banquet.\n  d o m in ic a p e r s o n a : Qui tempus non congrue peni-\ntens perdiderit, frustra cum precibus ad regis januam\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 910, "texte": "98                       LE R É V E IL\n\npervenerit\net d ic it R hythm um :\nCelui qui a perdu son temps de jeunesse\net n’a pas fait pénitence pour ses péchés,\ns’il arrive devant mon royaume,\nil ne lui sera pas ouvert.\n  t e r t i a f a t u a : Domine, domine aperi nobis.\nOuvre, Seigneur, ta porte.\nLes femmes infortunées sont devant\net te prient, cher Seigneur,\nde leur rendre ta grâce.\n   d o m in ic a p e r s o n a : Amen, amen, dico vobis\nnescio vos.\nJe ne sais pas qui vous êtes !\npuisque en aucun temps\nvous ne m’avez reconnu moi-même\net que jamais vous n’avez fait un bien aux autres pauvres,\nimpitoyablement\nle beau royaume du ciel vous restera fermé.\n     quarta fatua :\n\n Puisque Dieu même nous a repoussées\n prions maintenant Marie la douce vierge,\n la mère de toute miséricorde ;\n qu’elle prenne en pitié notre grande douleur\n et prie son cher enfant pour nous pauvres\nfin qu’il ait pitié de nous.\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1097, "texte": "                                 FEVRIER-M ARS                    99\n\n   om nes f a tu æ p r o s t r a t a e in t e r r a m c a n t a n t :\nRecordare Virgo Mater, e t c .\n   QUARTA :\nMarie, Mère et Vierge,\nqui ne refuses ta miséricorde à personne,\nnous te supplions de prier le dieu doux\ngracieusement par sa mort\nqu’il souffrit sur la croix\npour le salut de tous les hommes,\nafin qu’il détourne de nous sa colère\npour son honneur à lui et l’honneur de toutes les vierges.\n   q u i n t a : Exaudi, e tc .\nMarie, Mère et Vierge,\nil n o u s fu t s o u v e n t d it d e to i\nque tu es pleine de toutes les grâces ;\nnous avons maintenant bien besoin de grâce\net nous te prions très ardemment\npour l’honneur de toutes les vierges\nde supplier encore ton fils pour nous pauvres\nafin qu’il prenne pitié de nous.\n   m a r i a . Rhythmum.\nSi vous aviez fait un plaisir à moi ou à mon fils\ncela vous viendrait bien à point maintenant,\nmais cela manque et c’est pourquoi je crains\nque nos prières à toutes seront vaines.\nJe veux essayer pourtant auprès de mon cher fils\nsi je ne puis y trouver quelque grâce.\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1104, "texte": "100                           L E RÉV EIL\n\n  m a r i a f l e x is g e n i b u s c a n t a t : Miserere, mise­\nrere, miserere populo tuo, e t c .\nEh bien, mon cher fils,\nsouviens-toi aujourd’hui de ta pauvre mère\net pense aux douleurs nombreuses\nque je souffris par ta mort amère.\nSeigneur fils, lorsque je t’ai donné la vie\nje n’avais ni maison ni palais,\ncar toute pauvreté\nje la souffris à cause de ta bonté ;\nj’eus du travail avec toi en vérité\nplus de trente-trois années ;\nvois, cher enfant, récompense-moi de tout cela mainte-\net aie pitié de ces pauvres.                          [nant\n   d o m in ic a p e r s o n a ad M ariam : Cœlum et terra\ntransibunt, verbum autem meum in œternum permanet.\nMère, souviens-toi de la parole\nqui là se trouve écrite :\nLe ciel et la terre périront\navant que ne périssent mes paroles.\nD’après cela toute l’armée du ciel\nne peut sauver un pécheur.\n  l u c if e r a d d o m i n i c a m p e r s o n a m .\nSeigneur tu me promis\nque tu serais un juge juste ;\nlaisse donc cette troupe maudite\nsans jugement aller en enfer.\n  DOMINICA PERSONA.\nJuste jugement aura lieu.\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1055, "texte": "                      FÉVRIER-M A RS                101\n\nLes maudits doivent s’éloigner de moi\ndans l’enfer profond\noù ils deviendront les compagnons des démons.\n   UNUS DIABOLUS SC. BELCZEBUG dicit :\nJésus parle bien dans notre jeu.\nJe veux aller prendre des chaînes.\nQuiconque nous avons pris\nqu’il soit homme ou femme\nnous nous hâterons avec lui\net le mènerons sur le balai à cent lieues.\n  SECUNDUS DIABOLUS LUCIFER.\nSeigneur Dieu très cher\nsois un juge juste !\nTu écouteras aussi mon histoire :\nmoi, Lucifer, et toute ma troupe\nnous t’apprenons que c’est sur notre conseil\nque ces pécheresses sont en retard.\nPar elles nous souffrons plus de peine\nqu’il n’y a de gouttes d’eau dans la mer.\nNous n’aurions pas fait tout cela\nsi elles avaient renoncé au péché.\nQu’elles soient donc maudites sans rémission.\nLe soufre, la poix et toutes les douleurs.\nQu’elles les partagent avec nous à jamais.\n  DOMINICA PERSONA.\nMaintenant je veux être un juge juste ;\nparle mon démon méchant;\ndis-moi, esprit maudit,\n                                                8\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 890, "texte": "102                     LE R ÉV EIL\n\npourquoi as-tu porté ces vierges au péché\nau point que jamais il n’y aura de pitié pour elles ?\n  SECUNDUS LUCIFER :\nSeigneur j’ai fait cela\nparce que je ne puis leur pardonner\nla perte de ma gloire au ciel\nque jamais plus hélas je ne puis retrouver ;\nseigneur créateur\nmaintenant juge avec justice ces pécheurs.\n  DOMINICA PERSONA.\n\nJuste jugement sera prononcé ;\nles maudites doivent s’en aller loin de moi\ndans l’enfer profond\net devenir les compagnes des démons.\n   o m n e s d i a b o l i cla m a n t :\nA nous, seigneur, à nous !\n   m a r i a , flexis g e n ib u s d ic it :\n Hélas mon cher enfant,\nje suis pourtant ta mère;\npense à la douleur\n que je souffris de ton martyre\n lorsqu’un glaive traversa mon âme.\n Récompense-moi en ces pauvres\n des peines que je souffris par toi\n et prends pitié d’elles.\n Tu es leur père, elles sont tes enfants ;\n"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1149, "texte": "                         FÉVRIER-M A RS                      103\n\nah, pense donc que de souffrances amères,\ncombien de douleurs tu souffris pour elles.\nPar quelques actes que\nces pécheresses aient pu te courroucer,\ntrès chère puissance de Dieu,\nfils très cher, très bon,\nexauce quand même ta mère !\nEt si je t’ai fait quelque bien\nexauce cette humble prière\net laisse cette troupe lamentable\nsans jugement s’asseoir à ton banquet.\n  d o m in ic a p e r s o n a , ad M a ria m   le n ite r.\nTaisez-vous, madame ma mère,\n il ne faut pas tenir de tels discours.\nLorsqu’elles étaient sur la terre\nelles ne songèrent jamais aux bonnes œuvres.\nToute ma colère est juste contre elles,\nje leur refuse toute miséricorde ;\nparce que sur la terre elles ne m’ont pas cherché\nje les abandonne aux maudits.\nLeur repentir tardif ne sert à rien.\nJe dois maintenant juger selon ma justice :\nallez, vous, maudites de corps et d’âme,\nje vous chasse loin de moi ;\nallez dans le feu qui fut préparé\npour les démons et ceux qui les suivent.\nPauvre pécheresse va-t-en loin de moi,\nje te refuse grâce et consolation ;\nva loin de mes yeux,\nma face ne luira jamais pour toi,\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1071, "texte": "104                          LE RÉV EIL.\n\nsors de mon royaume\nque tu as, très lamentable,\nperdu par tes péchés ;\nporte avec toi le fardeau des péchés,\néloigne-toi de moi et crie et gémis.\nTu ne seras exaucée ni maintenant ni jamais.\n   a n g e l i : Si le.\n  d i a b o l i c irc u m d a n t eas cath en am .\n  p r i m a c a n ta t : Cecid.it corona.\n  T u n e o m n e s f a t u a e fa c ia n t p e n d e re   coro-\nn a s i n c a p i te e t p la n g a n t.\n   p r im a d i c i t :\n\nOh le chemin lamentable !\nmalheur d’être née !\nmalheur sur toi, o mère, de m’avoir portée,\nde ne m’avoir pas étranglée dans mes langes.\nQue la mort ne m’a-t-elle prise\navant que je ne vinsse au monde ;\nque ne suis-je morte comme un chien\navant qu’on ne me nommât d’un nom chrétien.\nQue ne m’a-t-on donc pendue\navant que je ne reçusse le saint baptême ;\nalors je ne souffrirais pas tant.\nMaintenant il faut que je me lamente.\nMalheur, o père, que je sois devenue ton enfant ;\npourquoi m’as-tu élevée si tendrement,\nque ne m’as-tu noyée\nplutôt que de m’abandonner\nainsi à ma propre volonté !\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1168, "texte": "                         FÉVRIER-M ARS                 105\n\n\nMaintenant je ne souhaite et ne désire plus rien\nsi ce n’est d’être un crapaud ;\npar tout le monde abhorré\nje ramperais alors dans un marais impur.\nMaintenant, pauvre, je dois m’asseoir sur le siège du\n                                                 [démon\npour l’éternité.\nQuiconque a du sens et de l’esprit\nqu’il réfléchisse au sort réservé à ceux\nqui s’en vont d’ici chargés de péchés.\n  s e c u n d a f a t u a : Deficit gaudium, e t c .\n\n Du secours encore et du secours !\n Nous avons beaucoup trop tardé ;\n personne maintenant ne veut avoir pitié\n de nous pécheresses très pauvres.\n Tordez toutes vos mains\n et lamentez-vous de la désolation\n dans laquelle vous serez toujours.\nJamais plus nous ne serons libres de souffrances;\nah pleurez, pauvres, toutes vos larmes !\nVous ne connaîtrez plus jamais\nni grâce ni consolation.\nHélas qu’adviendra-t-il de nous !\nSi nous pleurions autant\nqu’il y a d’eau dans la mer\nce ne serait qu’une part de nos larmes.\nEt, pauvres, nous nous lamenterons surtout\nde ne pouvoir de nos yeux\njamais contempler le Dieu riche.\nMaintenant criez, arrachez vous les cheveux !\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1060, "texte": "10 6                   L E RÉV EIL\n\nmaintenant seulement nous avons conscience,\nà cette heure même,\nde tous nos péchés\nque pendant de si longues années\nnous n’avons voulu dire à notre confesseur ;\nhélas, maudit orgueil !\nLe châtiment nous frappe trop fort.\nTandis que Dieu vivra dans le ciel\nnous devrons planer dans l’enfer.\nHélas, maudite malice,\ntu nous causes peine et souffrance ;\nhélas, o haine et envie,\nque vous nous êtes devenues amères !\nvous nous faites trop souffrir\npuis qu’il nous faut nous éloigner de Dieu.\n   T e r t ia\n\n\nMaintenant, amies de mon cœur, laissez-moi vous dire\net vous apprendre la plainte lamentable.\nA moi, pauvre fille infortunée,\nDieu a refusé sa miséricorde\net sa chère mère Marie\nne me put secourir.\nA tous les saints aussi je suis en haine.\nEcoutez notre plainte lamentable :\nle démon lui-même est en colère contre nous\npuisqu’il nous a enlevé tout bien.\nTout ce qui a vie alentour\nne peut faire qu’il nous vienne encore du secours.\nHélas ! madame la mort, que ne m’avez-vous prise !\nMoi pauvre, combien je suis maudite !\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1338, "texte": "                        FÉVRIER-M ARS                     10 7\n\n\n\nJadis pourtant vous guettiez mon corps sans pitié.\nPourquoi maintenant ne me prenez-vous pas ?\nHé ! mort, puisses-tu me tuer\npourque je ne doive pas souffrir aussi grand tourment.\nHé ! mort effroyable, secours moi\npuisque ma peine n’a pas de fin ;\nje préfère une mort lamentable\nà une pareille vie impure.\nBonnes gens, réfléchissez donc\npour que ceci vous soit utile\net fasse que vous n’en triez pas dans les peines sans miséri-\n                                                       [corde\nque nous pauvres devons éternellement souffrir.\n  Q uarta F a tu a .\nMaintenant écoutez, bienheureux qui vivez encore,\nnous devons vous servir de miroir\npour que vous preniez exemple à nous\npour guider votre vie.\nPendant les jours de votre vie vous devez avoir\nDieu et sa chère mère devant les yeux.\nNous pensions vivre longtemps,\net, pauvres folles, nous ne voulions pas nous appliquer\n                                    [vers la grâce de Dieu.\nLa mort nous était cachée.\nEt c’est pour cela, pauvres, qu’il nous toujours être en\n                                                      [souci\net souffrir des peines sans fin.\nAh ! maintenant tordez vos mains\nvous tous qui vivez encore en péchés,\net priez Dieu pourqu’il vous donne une bonne fin\net le vrai repentir de vos péchés.'\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1194, "texte": "10 8                        LE RÉV EIL\n\nJe vous conseille cela comme un ami à son ami\ncar chez celui qui est avare de bonnes oeuvres\njusqu’à l’instant du dernier voyage ,\nle repentir devient petit.\nSachez-le tous ensemble.\nCela nous est arrivé ainsi à nous pauvres.\nApitoyez vous sur nous\ncar parce que nous n’avons cherché la grâce,\nnous sommes parmi les maudits\nqui doivent aller en enfer\net souffrir des douleurs à jamais sans lin,\n   Q u in t a F a t u a :\n\nHélas ! jour effroyable\nque personne ne puisse t’échapper !\nMalheur à qui jamais n’a pensé à toi !\nNous voilà aujourd’hui éloignées de toute joie.\nMaintenant nous te pouvons maudire\npuisque notre Dieu et sa chère mère Marie ne se lais­\n                                         sent apitoyer.\nEh bien, mère Marie de la miséricorde,\nsi tu ne peux détourner de nous cette grande douleur\nà qui alors la dirons-nous ?\nIl faut donc que nous nous désolions\nparce que jamais nous n’aurons ni grâce ni consolation\naussi longtemps qu’existera le royaume de Dieu.\nHélas péché, quel assassin tu es !\nqu’il y en a peu qui se guérissent de tes blessures\nparmi ceux auprès de qui on te trouve\nquand vient leur dernière heure.\nHélas, péché maudit,\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "                        FÉVRIER-MARS                       109\nqui peut te sonder !\nLa multiple peine\nqu’il nous faut souffrir par toi,\nelle devient grande sans mesure.\nMaintenant, chers de partout, écoutez\nsi ce n’est une grande douleur\nde devoir à jamais être la compagne des démons.\nOù y aurait-il une peine plus grande\nque de ne jamais pouvoir contempler\nDieu ni sa chère mère.\nAussi je vous conseille en vérité\nde vous repentir à temps et de faire pénitence\net de vous garder de péchés\nsi vous voulez vous épargner ce voyage lamentable.\n   P o st haec f a t u æ v a d a n t in te r p o p u lu m\ncan tan d o p lan cto s.\n   p r im a c a n ta t :\nMaintenant commencent les grands cris et les larmes de\n                                                [plus en plus :\nDieu nous a maudites, il nous a chassées loin de lui ;\nnous avons causé sa colère, il n’est pas de secours pour\n                                                        [nous.\nAyez pitié de nous car nous sommes lamentables.\n   a l i æ re sp o n d e n t ad q u em lib et versum :\nHélas et hélas\nne verrons-nous plus jamais Jésus-Christ !\n  SECUNDA FA T U A :\nEcoutez tous notre plainte de ce que notre Seigneur nous\n                                                  [a fait.\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1285, "texte": "110                        LE RÉVEIL\n\nIl n’a pas voulu exaucer la prière de sa mère\nqui pria pour nous très pauvres ; hélas cela ne nous\n                                               [sauva pas !\nil dit : pourquoi aurais-je pitié d’elles, elles ne firent\n                                   [jamais rien pour moi.\n  t e r t i a fa t u a v e r tit se a d M ariam in clin an d o\ncap u t, c a n ta t :\nMarie, mère de Dieu, si tu es secourable\nsecours nous donc, nous qui sommes prisonnières.\nTu devins mère de Dieu à cause de nos péchés ;\nviens donc très belle et pure et bonne femme, le démon\n                                 [nous tient prisonnières.\n  QUARTA FATUA :\n\nMaintenant pauvres lamentez-vous d’avoir jamais vécu.\nNos péchés nous ont menées en de grandes angoisses;\ndans l’enfer nous devons souffrir de lourdes peines ;\nfemmes, pleurez sur notre infortune et gardez-vous, vous\n                                              [ferez bien.\n  QUINTA FATUA :\n\nPuisque dieu, le bon, ne veut avoir pitié de nous\nni sa chère mère, pauvres, où nous en irons-nous?\nMadame la Mort, nous voulez-vous tuer, ce serait heu-\n                              [reux pour nous pauvres ;\nautrement nous devrons éternellement souffrir peines et\n                                                [soucis.\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1309, "texte": "                       FÉVRIER-MARS                       111\n\n  Ite m PRIMA FATUA :\nSi Dieu ne nous fait grâce nous sommes perdues;\noui, nous sommes maudites, que vous le sachiez bien.\nVous pouvez bien réfléchir pendant que nous nous en\n                                                  'irons\net si vous voulez gagner la grâce de Dieu, gardez-vous\n                                       [bien de pécher.\n  SECUNDA FATUA :\n\nA vous toutes, chères, je dis ma plainte : Moi, pauvre\n                                                      [fille,\nje me suis réveillée lamentablement dans la chute éter­\n                                                     nelle .\nPendant que les bons vivront en joie,\navec les maudits toujours je planerai dans la peine infinie.\n  TERTIA FATUA d ic it :\n\nMaintenant reposez-vous tous qui êtes encore sur la terre;\nà nous seulement le fil s de la vierge ne veut pas donner\n                                                [de repos,\nil nous veut chasser ; où nous en irons-nous, pauvres !\nil nous envoie avec notre âme et notre corps aussi, là où\n                      [nous ne verrons plus jamais Dieu.\n  QUARTA FATUA :\n\nHélas la souffrance et le voyage lamentable !\nmaintenant il nous faut nous séparer de la troupe céleste.\nLe Dieu riche de joie nous ne le verrons plus jamais ;\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1237, "texte": "112                        LE RÉVEIL\n\nToute joie pour nous est disparue et toute angoisse\n                                            [commence,\n  Q u in t a dicit :\nHélas, cette lourde et effrayante douleur !\nNous ne pourrons mourir et sommes mortes éternelle-\n                                                 [ment.\nLa douleur sans fond devient notre tombeau.\nLà nous devrons éternellement souffrir parce que per­\n                             sonne ne veut nous sauver.\n  Q uarta F atua :\nHélas et hélas, nous très pauvres ! pourquoi sommes-\n                                             [nous nées ?\nDieu souffrit en vain son grand martyre pour nous.\nEt ses plaies profondes, hélas, ne nous sauvent pas.\nNous sommes arrivées à nos dernières heures\nsans repentir et sans confession.\n  Q u in t a :\nAmis et parents ne vous donnez pas de peine ;\naumônes et dons ne nous servent à rien ;\nce qu’on fait encore de bien pour nous est perdu ;\naux morts à quoi bon les services funèbres ? Nous avons\n                               [mérité la colère de Dieu.\n  A l i æ respondent\n\nNous sommes perdues pour l’éternité.\n      E X P L IC IT L U D U S D E D ECEM V IR G IN IB U S.\n\n\n                                   Trad : P a u l G é r a r d y .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-012", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 113, "page_fin": 113, "titre_corps": "Vers : La douloureuse ivresse", "titre_sommaire": "Vers", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Roussel", "ancre_debut": "VERS LA DOULOUREUSE IVRESSE à Frédéric Friche", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 126, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 91, "fin_caractere_exclue": 847, "texte": "VERS\n\n\n        LA DOULOUREUSE IVRESSE\n\n                                   à F r é d é r ic F r ic h e\n\nQuand la nuit s’aventure à descendre sur terre\nDans ses flottants habits d’étoiles vaporeuses,\ncMon âme m’apparaît moins triste et moins amère.\nElle se fond avec les ténèbres heureuses.\nD e ses ombres la nuit lui fa it un beau manteau\nSoyeux et caressant sous ses reflets lunaires.\nIl monte de ses plis un chant calme et si beau\nQue meurent doucement ses peines solitaires.\nHeure charmante et belle ! Heures mélancoliques\nOù je la vois briller dans son rêve apaisé\nComme, dans du soleil, un joyau délaissé !\nHélas ! la 'Peine et la Pensée, hôtes tragiques,\n‘V iennent de s'éveiller avec bruit dans mon cœur\nE t se grisent de joie en buvant ma douleur !\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-013", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 114, "page_fin": 114, "titre_corps": "Vers : Le voyage inutile", "titre_sommaire": "Vers", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Roussel", "ancre_debut": "LE VOYAGE INUTILE Trop souvent", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 127, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 982, "texte": "LE VOYAGE INUTILE\n\nTrop souvent j'ai frappé de mes lèvres luisantes\n A l'huis mystérieux de beaux cœurs souriants ;\n Mon âme s'enchantait de son rôle d’amante\nE t goûtait la saveur de longs baisers pervers.\n Mon âme étaitfragile ainsi que du silence,\n‘Belle de la douleur des enfants que l'on bat,\nSes yeux étaient naïf s et chantaient sa souffrance\nE t ses mains décelaient d’étranges passions.\n Mon âmefu t longtemps opulente et flattée\n M irant au clair miroir du rêve et du désir\nSa grâce douloureuse et sa beautéfêtée.\nN ul à ses y e u x ne sut evoquer le bonheur.\nJ ’ai revu la songeuse et belle aventureuse\nErrant sur les chemins clos naguère d’amour.\nSesy e u x aux teintes de violettes peureuses\nPleuraient la vanité du voyage entrepris.\nE t doucement alors, j ’ai pris sa main fanée\nE t ma voix lui chanta comme un orgue éclatant\nLe seul et bel amour de ma chaude pensée\nE t sur ses lèvres d’or vint éclore un sourire !\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-014", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 115, "page_fin": 115, "titre_corps": "Vers : Le jouet sacrifié", "titre_sommaire": "Vers", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Roussel", "ancre_debut": "LE JOUET SACRIFIÉ Au milieu d’un verger", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 82, "fin_caractere_exclue": 1008, "texte": "LE JOUET SACRIFIÉ\n\n A u milieu d'un verger, dans la lumière blonde\nLa petite enfant lasse et souriante songe\nEn tenant dans ses mains un frêle et doux hochet\nQue ses doigts tracassiers ont déjà contrefait.\nSur les lys familiers et les roses voisines\nDes papillons pareils aux âmes orphelines\nCalment l’étrange voix du jouet délicat.\nSur les étangs voisins, des cygnes alanguis\nGlissent dans la pâleur de leurs plumes neigeuses,\nE t que berce en chantant un murmure d'oiseau\nSi doux que l’on dirait un frôlem ent sur l'eau.\nTrès doucement alors le rêve d’un sourire\nDans les y e u x de l’enfant nait et s’épanouit,\nTandis que le jouet innocemment brisé\nEparpille le sang de ses songes blessés,\n A u m ilieu du som m eil de verdures fr ile u s e s .\nLe silence a pâli la fine et belle enfant\n Au milieu des ondes des ombres frissonnantes\nEt je ne l’ai plus vue de sa lèvre lassée\nSourire au beau jouet mourant sur les galons...\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-015", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 116, "page_fin": 116, "titre_corps": "Vers : La bonne souffrance", "titre_sommaire": "Vers", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Roussel", "ancre_debut": "LA BONNE SOUFFRANCE. 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Il évoque, ce mot, l’idée\nd’une parfaite conscience-d'homme-, c réan t une œ u v r e\ngrande par son humanité, sociale et puissante, répon­\ndant aux nécessités des cœurs et des esprits de tous.\nTel rayonne l’Art païen de la Grèce ; tel aussi s’af­\nfirma, en musique, en architecture, dans les statues et\ndans les poèmes, l’Art chrétien du Moyen-Age. Si, dans\nle domaine musical, l’Art chrétien produit encore, de\nloin en loin, quelques dernières et pâles efflorescences,\nen vertu de cette énorme puissance de conservation que\npossède l’Église ; si l’Art païen s’affirme vainqueur dans\nles rêves d’un Nietzsche, avant peut-être de renaître\nmagnifié, ce qu’on nous sert, à nous, dans les riches\nconcerts bourgeois, ce que nous présente le snobisme et\nla fausse élégance des dilettantes, cela mérite-t-il le\nnom vénéré d’Art? Non certes.\n    Aussi bien, presque tous nos compositeurs modernes\nne sont que des musiciens, des aligneurs de notes. Com­\nbien différents les grands créateurs d’œuvres musicales !\nLes génies, accessibles à toutes les manifestations de la\nvie, ont fait jaillir leur art d’un ensemble d’idées et de\nsentiments ; pour les compositeurs à l’usage des bour-\n                                                    9\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1726, "texte": "118                      LE RÉVEIL\n\ngeois au contraire, la musique se réduit à l’habileté.\nLes génies, donnant libre cours à leur développement\npersonnel, créent leur forme avec leur œuvre ; nos com­\npositeurs se font une technique d’imitation, et rempla­\ncent le don de l’invention par ce qu’on appelle la patte ;\nles génies ont pris part à la vie de leur peuple et l’ont\naimé; nos compositeurs, comment pourraient-ils avoir\nun art social, s’ils ne regardent pas en avant ? et comment\npourraient-ils regarder en avant, si tout leur esprit se\nréduit à un mécanisme plus ou moins bien truqué? Les\ngénies ont ressenti avec l’humanité et avec la nature\ncette grande force qui entraîne les êtres, les fait parti­\nciper à l’existence qui s’affirme, à l’amour, et les con­\nfond dans le commun enthousiasme de toute vie joyeuse,\nde toute création.\n    Qu’importe que le compositeur ait plus ou moins de\ntechnique ? Ce qu’il faut, c’est de l ' Art, et combien\nrares aujourd’hui ceux qui savent dégager de ce mot\nimmense les profondes et éternelles vérités dont il est\nle symbole !\n    J. Séb. Bach était un croyant, une nature reli­\ngieuse ; en écrivant sa Passion selon St. Matthieu, il\nécrivait, du plus profond de son âme, son Evangile à\nlui, en sa langue à lui ; Beethoven avait lu dans l’Ode à\nla Joie de Schiller, au-delà du poète, à travers l’éter­\nnelle Humanité, le prodigieux enlacement des choses,\n et l’harmonie des sphères ; lui aussi, il a rendu, dans sa\n langue à lui, sa grande et lumineuse Foi. En notre\n siècle, Richard Wagner, sous l’influence du grand Art\n simple et vrai des épopées populaires, du souffle révo­\n lutionnaire des philosophes romantiques de l’Alle­\n magne, enfin de cet oubli mystique du phénomène\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1743, "texte": "                       FEVRIER-MARS                       119\n\n\ndans l’Idée, de cette absorption des soleils dans la\nrégénération de l’intelligence, qui caractérise la philo­\nsophie de Schopenhauer, Wagner, dis-je, a su créer un\nArt en rapport avec toutes les manifestations de la\npensée et de l’action, un Art véritable.\n   Où s’affirme un élan comme celui-là chez nos grat­\nteurs de papier à portées ? J ’en connais un pourtant\nque je sais génial (1), parmi nos compositeurs, parce\nque lui aussi, il a lutté et souffert, il a vécu son art, il\na ressenti le soulèvement de l’humanité en lui ; et\nl’œuvre à laquelle il travaille, arrêtée à chaque instant\npar la souffrance, cette œuvre, elle prendra place parmi\nles grandes créations humaines, parceque, loin d’être\nde la musique simplement, elle est au contraire la tra­\nduction en harmonies de tout un état intellectuel, d’une\nensemble d’idées : une création.\n   Qu’on se pénètre de cette vérité : l’Art ne peut être\ndétaché de l’Unité dont il n’est qu’un aspect : vie\nsociale, vie morale de l’artiste, vie intellectuelle,\ncroyance en une humanité d’avenir, autant d’aspects\nqui tous se retrouvent dans l’œuvre de n’importe quel\ngrand artiste. L’un des plus vastes génies de l’Art,\nMichel-Ange, est philosophe et s’enthousiasme pour\nSavonarola ; il est poète, il écrit ; il est sculpteur, il est\npeintre ; il fait les plans de St. Pierre ; et la vie sociale\nne le trouve pas indifférent : il dirige les travaux de\nfortification de Florence à travers les dangers. Léonard\nde Vinci est aussi grand savant que peintre immortel.\nGoethe s’illustre par ses travaux de sciences naturelles.\nHugo le poète lutte pour la liberté de son peuple, puis\npour l’avènement de l’Humanité.\n  (1) Erasme Raway.\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "120                     LE RÉVEIL\n\n  Borner le rôle de l’artiste à l’habileté technique,\nséparer l’Art du Tout indissoluble dont il n’est qu’un\naspect, l’isoler de l’Humanité, de la Société, étrange\naberration, stérilisant mensonge !\n  Or, c’est à ce mensonge que collabore par son\nignorance la société bourgeoise d’aujourd’hui.\n\n                           II.\n\n   La musique, extérieurement, pour le public, se mani­\nfeste à présent sous deux formes : le théâtre et le\nconcert. Or, ces deux formes de spectacle sont viciées,\ndès l’origine, détestables par essence ; elles ne dureront\nque le temps que durera notre civilisation de parvenus\nprétentieux et de banquiers avilis.\n   Le théâtre d’abord : chaque soir, on y joue; les tré­\nteaux se couvrent de figurantes et de danseuses; les\ndécors fastueux, conçus, comme les costumes, dans le\nfaux mauvais goût de l’époque, masquent le manque\nabsolu de plastique des personnages et des groupes ; les\nvocalises, les notes pointées, les chatouillement délicats\nde voix stylées au point d’être réduites à d’extraordi­\nnaires mécanismes, font oublier le néant de l’œuvre. Et\ncette œuvre, quel rapport a-t-elle avec la civilisation,\navec l’Unité humaine ? En quoi se rattache-t-elle à l’en­\nsemble des espoirs et des idées du temps ? En quoi se\nfait-elle sociale, morale, éducatrice ?\n    Prenez par contre le théâtre à Athènes, au grand\nsiècle : sorti du culte même, des fêtes de Dionysos, de\n la célébration de l’éternelle poussée des êtres, il garde\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1772, "texte": "                       FÉVRIER-MARS\n\nson caractère solennel ; on ne joue qu’aux Lénéennes et\nDionysiaques. Tenant de toutes ses attaches à la vie si\nharmonieusement parfaite des citoyens libres, il offre un\nensemble complet, il est synthèse à la fois de la musique,\nde la poésie, de la plastique ; la poésie se précise en\nattitudes ; la musique n’est pas « un bruit coûteux »,\nmais respectueuse de la ligne elle accentue et rend plus\nlumineux les contours de la poésie ; elle joue le rôle de\nla peinture dans l’ornementation des temples. Les\nacteurs sont des artistes qui se sont préparés longtemps;\nle premier acteur est souvent l’auteur du drame lui-\nmême ; le masque et l’ample vêtement font disparaître\nles personnages, et ne montrent que la représentation\nadéquate des caractères, tels que les voulut le poète.\nLe chœur joue un rôle essentiel, il conseille et con­\nsole, il est comme la participation du public au drame.\n   Aujourd’hui, le cabotin domine; le chœur chante,\nindifférent; les ballerines passent, plaisir sensuel,\nà travers une action sans consistance, sans intérêt ; le\nthéâtre d’opéra n’est qu’un beuglant distingué. Les\nvieux juifs millionnaires y cherchent des maîtresses, et\nles bourgeois repus y vont digérer, le panse pleine et le\nnéant dans l’âme.\n   Un seul créateur d’art s’est révolté contre cette infa­\nmie: Wagner. Il a créé un théâtre nouveau,il a écrit d’une\nplume flamboyante cette grande philosophie dont l'A r t\net la Révolution, Opéra et Drame, peuvent donner\nune idée : et sans la générosité d’un roi qui eut le cou­\nrage de vivre, librement, comme un de ces riches tyrans\nde Syracuse; sans l’entêtement d’un Franz Liszt, se\nsacrifiant au public en sauvant son ami des coude-à-\ncoude avilissants, son œuvre aurait-elle pu trouver une\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1705, "texte": "                         LE RÉVEIL\n\nréalisation visible, cette réalisation indispensable à toute\nœuvre dramatique, sans laquelle l’œuvre dramatique\nreste sans action et morte presque ?\n   Le Concert n’est pas meilleur que le théâtre : même\ncabotinisme chez les exécutants, même snobisme chez\nles dilettantes même abrutissement du public. Au temps\nde Pindare, l’oratorio de concert (si je puis employer\nces mots modernes) réunissait tous les éléments de\npensée et de réalisation indispensables pour former une\nœuvre d’art : à l’occasion de la victoire remportée aux\nagones, aux jeux nationaux de la Grèce, devant tous les\nhommes libres, le Poète lyrique créait une œuvre :\nœuvre sociale, comme le drame, issue, comme lui, de la\nvie même du peuple : cette œuvre, faite pour répondre à\nl’âme de toute une civilisation, déployait l’architecture\nmouvante et lumineuse du rhythme dorique et de cette\n musique claire de la cithare d’Apollon, avec des pas et\n des cadences, et des Idées s’objectivant en mouvantes\n attitudes.\n    Au Moyen-Age aussi, la musique eut son rôle social,\ndans l’ensemble de la vie, dans l’Église : elle s’harmoni­\nsait avec le poème, et le poème n’était que la réalisation\nde l’Idée, de la Foi, de la Croyance collective.\n    Aujourd’hui, qu’est-ce que nos concerts? Une cabale\n comme conclusion de mille intrigues ; des toilettes, des\nflirts, des appréciations stupides ; le bourgeois privi­\nlégié s’érigeant en juge, par les absurdes claquements\nde ses pattes, sur l’Artiste, ce prêtre, ce divin : honte\n et douleur ! Les privilégiés seuls admis ; le peuple, le\n simple qui ressent, libre des préjugés d’éducation,\n écarté !\n    Aussi, jamais cette indissoluble Unité de l’Art, de la\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1604, "texte": "                        f é v r i e r -m a r s\n\n\nCroyance et de la Vérité n’a-t-elle été moins reconnue,\nplus négligée. Nous vivons dans le désordre; la guerre\nde toutes les tendances, de toutes les ambitions s’est\nsubstituée à l’effort collectif. Aussi, que le bourgeois ne\ns’irrite point de voir des artistes, fiers et incompris, se\nretirer en d’imaginaires aristocraties : l’aristocratique\nphilosophie stoïcienne n’a-t-elle pas dominé les esprits\nà la fin de la république romaine et sous les tyrans impé­\nriaux? L’artiste, dégoûté, se retire de la vie, il voit au-delà\n      ; il se révolte, les moins forts désespèrent, les génies\nespèrent toujours.\n   Mais comme de tout chaos se dégage un jour ou\nl’autre, sous l’effort des clartés majeures, l’ordre éblouis­\nsant, ainsi cette lutte de chaque instant affirmera-t-elle\nde plus en plus, dans l’âme de l’artiste, la liberté ; sa\npersonnalité se développera, s’élargira ; l’inévitable\nanarchie viendra, puis l’inévitable liberté. Ainsi se\nrenouera la grande et sublime tradition : paganisme\nchristianisme, humanité.\n                               III.\n   En attendant, recherchons sous les décombres les\nquelques battements de vie qui font espérer une renais­\nsance, et enterrons nos morts aussi. Voyons ce qui\nrelève de la vie et de l’humanité chez les artistes, et les\nravages qu’a imposés à leur nature le triste état de la\nsociété actuelle.\n   Deux compositeurs belges, cet hiver, ont attiré l’at­\ntention par des œuvres nouvelles : au concert, M. Paul\nGilson, par sa Francesca da Ri mini, au théâtre\nM. Emile Mathieu, par son Enfance de R oland.\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1788, "texte": "134                      LE RÉVEIL\n\n   Jusqu’à ce jour, on peut dire de M. Gilson qu’il s’est\nmontré musicien, mais non artiste. Ernest Hello écri­\nvait, dans une note de son étonnant livre de l’Homme,\nceci : « Par le mot : Art, j’entends tout ce qui, sculpture,\n» peinture, parole, prose ou vers, exprime ou représente\n» les traditions du monde et l’idéal des nations. Par le\n» mot : Littérature, j’entends les exercices des écrivains\n» et quelquefois leurs tours de force. »\n   La même chose pourrait s’affirmer de la musique :\nl’artiste, ici également, n’existe que si la personnalité\nest complète : il ne suffit pas d’avoir de la patte. Il faut\nd’abord avoir l’intuition de la vie des choses, des Idées,\ncomme proclamait Schopenhauer, donnant à ce mot son\nsens platonicien, les Images éternelles ; les Thomistes\nsavent que créer, c’est reconnaître ; pour Aristote, tout\nart est une imitation, une reconnaissance; pour recon­\nnaître, il faut l’intuition.\n   Voici deux hommes, tous deux s’occupant de musique,\nécoutant pour la première fois un drame de Wagner ;\n— le fait s’est passé ici, lors des représentations Neu­\nmann ; le premier suit anxieusement dans l’orchestre les\nmoindres détails techniques de l’instrumentation, le\nsecond se laisse aller à son impression profonde, et ne\nsonge pas même à se demander si c’est un cor anglais\nou un basson qui joue : le premier est un musicien, le\nsecond est un artiste. Ou encore, voici un compositeur\ndoué d’une patte étonnante : il a fouillé les partitions des\nmaîtres, non pour découvrir l’idée sous les multiples\nformes de la notation musicale, mais pour s’approprier\ncelle-ci, exclusivement; en voici un autre qui, pour\n créer une œuvre, invoque d’abord tout ce qu’il ressent\n d’humanité, puis traduit en une conception pure et puis-\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1251, "texte": "                      FÉVRIER-MARS                     125\n\nsanté l’état de son âme et l’essence de son art, et se fait\nune technique, nouvelle et personnelle, à chaque œuvre\nnouvelle : le premier est un musicien, le second un grand\nartiste ; et pour mettre des noms, le premier est un\nGilson, le second un Raway. Je ne mets pas en doute\nla sincérité du premier, mais je le trouve d’une intellec­\ntualité inférieure. S’il est une œuvre apte à démontrer\ncette vérité, c’est la Francesca da Ri mini de M. Gilson :\nnous y trouvons l’opposé des conditions d’art que nous\ndéfinissions en commençant. Le poème qui est de\nM. Jules Guilliaume, est ce que peut être un poème de\nM. Jules Guilliaume, un désert d’une désolante plati­\ntude. Quelques exemples de sa prosodie :\n      « Partout, de longues plaintes,\n        de sourds gémissements ;\n        l’horreur et l’épouvante\n        me font dresser les cheveux.\n  Les Ames impénitentes, dans le lointain :\n        Ha, ha, ha! — ha, ha, ha! »\n  Ou encore :\n      « Je vois briller tes yeux,\n         plus clairs que les astres des cieux. »\n  Plus loin :\n      « Marqués du sceau de la colère,\n         mortels, confessez quelle fut\n         la faute qui rendit vos mânes\n         indignes de voir le salut ».\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1425, "texte": " 126                      le ré v e il\n\n     Autre exemple :\n         « Ma Francesca, sois sans crainte ;\n           l’enfer, pas plus que la mort,\n           n’a de pouvoir assez fort\n           pour rompre notre étreinte ».\n     Et pour finir :\n         « Seigneur, à toi j’ai recours ;\n           du fond de ce gouffre,\n           vers toi je pleure et crie;\n           ne laisse pas sans secours\n           mon âme qui souffre,\n           mon âme endolorie.\n    Les Ames impénitentes :\n                     Ha ! ha ! ha ! »\n    Donc, ici s’anéantit d’un trait tout un côté de l’Unité\n de l’œuvre d’art, telle que la concevaient les anciens,\n telle que voulait la rétablir Wagner. L’idée de l’œuvre\n cependant était d’une puissance peu commune ; cette idée\nnaturellement n’appartient pas à M. Jules Guilliaume)\nmais à la légende poétique. Francesca renonce à la féli­\ncité céleste qui lui est offerte, elle préfère l’étemelle\ndamnation pour suivre son amant. Chacun ressentira\ntout ce qu’il y a de profondément humain dans cette\ndonnée; rarement sujet plus beau s’est offert à la réali­\nsation de l’artiste. Qu’en fait M. Gilson? (Je ne parle\nplus de M. Jules Guilliaume). Vous pensez peut-être\nqu’il aura, par sa musique, fait passer à travers les âmes\ncette passion dévorante, matérielle, païenne après tout,\nde Francesca ; vous pensez que des cris de ceux qui sont\nréprouvés à jamais pour avoir trop aimé se dégage une\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1732, "texte": "                        FÉVRIER-MARS\n\nimpression de douleur qui tord, une passion d’enivre­\nment à faire tout oublier? Eh bien ! de tout cela, rien !\nPas de conception : M. Gilson n’a ni ressenti ni pensé\nson sujet. Il s’est complu dans une esthétique imitée de\nBerlioz, il a fait de la musique descriptive ; il est devenu\nsimple exécutant, il a aligné des notes pour des instru­\nments. Mais que peut une technique d’ouvrier de la\nmusique quand il faudrait trouver les harmonies qui\ndoivent dilater l’âme et soulever dans les cœurs tout ce\nqui y dort d’humanité? Et même ici, la technique de M.\nGilson a sombré: car pour rendre tout le drame d’amour,\nà peine a-t-il pu découvrir une phrase, d’allure wagné­\nrienne, de plastique peu sincère, qui laisse froid. On\n sent que l'homme n’y est pas. Avant de « faire de la\n musique », M. Gilson aurait dû vivre; il s’enferme de\n longues journées dans une studieuse solitude, gratte et\n regratte les procédés des maîtres, pour voir ce qu’il y a\n au fond, s’efforce de les égaler, et attache plus d’impor­\n tance aux notes d’une clarinette basse qu’à l’expression\n émue et simple de nos tristesses, de nos espoirs, de nos\n joies. Tant que M. Gilson restera un musicien, il ne fera\n pas œuvre d’Art. Je ne dis pas : tant qu’il restera au\n point où il se trouve. Non! Ce n’est pas une évolution\n qu’il faut à son talent pour qu’il s’affirme, réel ; c’est une\n révolution absolue. Il faut retourner le bonhomme et le\n refaire à neuf.\n  Si le Concert avec son faux clinquant et ses succès\néphémères nous a montré comment une nature bien\ndouée, au lieu de se développer dans tous ses côtés\nhumains, se perdait dans une technique de commande,\nau théâtre s’affirmera le même phénomène : nous avons\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1716, "texte": "138                      LE RÉVEIL.\n\n entendu cet hiver l’Enfance de Roland de Mr E. Ma­\n thieu ; cette œuvre, impuissante à provoquer la moindre\n émotion, nous sera un nouvel exemple de la stérilité de\n la musique contemporaine et de la rareté du sens\n artistique.\n    Mr E. Mathieu, se conformant aux traditions de\n R. Wagner, a écrit lui-même son texte et conçu simul­\n tanément poème et musique. Or, c’est précisément le\n néant de cette conception première qui nous révélera\n pourquoi l’auteur n’a pas créé une œuvre nouvelle, mais\n simplement mis des notes sur des mots, péniblement.\n   R. Wagner s’est forgé une langue littéraire et musi­\n cale, une mimique et une plastique à lui ; R. Wagner\n avait une conception de l’humanité, personnelle et phi­\nlosophique ; il avait ressenti toute l’intensité d’émotion\ndes légendes de son peuple, il prenait part à toutes les\nmanifestations de la pensée et de la vie ; il fut révolu­\ntionnaire et hégélien avant quarante-huit, dans la suite\nil fut disciple de Schopenhauer ; de plus, il remonta\naux sources de son art, rien de ce qui est humain ne\nlui fut étranger, et il se reporta aux grandes et glo­\nrieuses époques de l’histoire ; on retrouve dans son\nœuvre cette pénétrante connaissance de la Grèce an­\ncienne, source de toute beauté pour le génie, mine à\nplates imitations pour les nullités.\n   Cette révolte de l’humanité, cette intensité d’expres­\nsion et de vie, les trouvons-nous dans l’œuvre de\nMr Mathieu ? Son sujet, l’a-t-il vécu ? l’a-t-il ressenti ?\nPasse-t-il à travers son poème, le vivifiant souffle des\nchoses ? Sa poétique s’anime-t-elle des fortes joies et\ndes fortes douleurs, des enthousiasmes et des soulève­\nments d’âme suggestifs d’humanité ?\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 129, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1786, "texte": "                       FEVRIER-MARS                      I39\n   Et à côté de ce premier élément de toute création\nd’Art, l’autre élément, indispensable aussi, l’Idée ou\nl’Image, qui jaillit de l’intuition profonde de l’Artiste\nreconnaissant sous les apparences les grandes harmo­\nnies des êtres, se trouve-t-il dans l’œuvre de Mr Mat­\nhieu ? — Non ! Nulle part ! — Or, ces deux éléments\nse combinent en toute grande œuvre d’art, humaine et\nsociale. Et quand dans un drame ou un poème je ne les\ntrouve pas, je nie que ce poème ou ce drame soit une\nœuvre d’art ; la technique peut en être habile ; les\nautomates accomplissent des mouvements, mais un\nmécanisme n’est pas précisément une âme.\n   Quand Wagner puisait dans la légende, il revoyait\nd’abord, par sa puissance d’imagination, les primitives\népopées ; il s’en appropriait le sens caché ; puis il les\ncréait à nouveau, et sa philosophie à lui faisait jaillir de\nnouvelles clartés dans les temples du Graal, et de\nnouveaux orages aux rochers des Walküres.\n   M. Mathieu ne s’est rien approprié de l’esprit des\nrécits romantiques qu’il exploite. Il a pris comme thème\ndeux ballades de Uhland, et a fait là-dessus un devoir\nde rhétorique, une amplification d’examen. Il intercale\nmême quelques pages de son modèle, et c’est pitié de\nvoir ces deux arts, si différents, accolés en une même\nœuvre, le dialogue et la ballade romantique. La forme\nn’offre rien de particulier; c’est un chaos discors : on\nne sait si c’est là des vers ou de la prose. M. Mathieu\n croit-il avoir écrit en vers libres peut-être? Mais ce n’est\npas parce que des vers ne riment pas ou riment mal\npeuvent être qu’ils appelés vers libres ! Le vers libre\n a son rhythme, d’accord avec le rhythme de l’image et\n de la pensée. Rien de ces caractères chez M. Mathieu.\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 130, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1636, "texte": "130                     LE RÉVEIL\n\n   La musique? Sans doute la technique intéresserait-\nelle un musicien. Mais nous n’avons que trop de musi­\nciens, encore une fois, et pas assez d’artistes. En tous\ncas, mon impression, la voici. Goethe jeune homme\ndisait de lui-même que tout ce qu’il pensait lui venait en\nvers. En écoutant le R oland de M. Mathieu, on éprouve\nle sentiment contraire : on croirait presque, que rien de\nce qu’il pense ne lui vient en musique. Il n’y a là ni\nligne, ni architecture.\n   Et ici, je touche un point commun à M. Gilson, à\nM. Mathieu, à tant d’autres de nos contemporains :\nl'absence de ligne. Nous sommes donc à j’opposé du\ngrand Art musical. Si parfois chez Wagner la ligne,\nl’image, s’obscurcit, c’est sous la poussée confuse de vie\nà travers tout, de cette vie d’enthousiasme et de puis­\nsant délire que les Grecs incorporaient dans le mythe de\nDionysos. Mais chez nos techniciens, rien de Dionysos,\net rien non plus de la pureté de contours, de la clarté,\n de l’architecture, de la ligne; en ceci, j’opposerais\nvolontiers à l’art confus de nos musiciens, l’art de\n Gluck et sa ligne admirable : nos musiciens, armés de la\ntechnique la plus complexe, semblent empêtrés dans un\n bruit chaotique. Gluck, avec des procédés d’harmonie\n et des moyens de réalisation élémentaires, si on les com­\n pare aux trucs actuels, a parlé un langage si suggestif\n d’humanité, si simple, que l’émotion naît d’elle-même,\n et que l’âme se sent élargie, plus grande et plus pure.\n                           IV.\n  Il serait injuste de rendre nos compositeurs responsa­\nbles de cet état de choses. Le compositeur ne vit pas\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 131, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1792, "texte": "                       FÉVRIER-MARS\n\nisolé; il subit toutes les influences que les systèmes\nd’éducation actuels, les préjugés d’une société difforme,\nnos conditions atroces d’existence imposent, dès leur\nenfance, aux natures d’élite. Combien peu résistent,\ncombien peu parviennent, malgré l’étouffement ambiant,\nà grandir, à croître, à s’élever vers le soleil !\n   Outre ces conditions générales d’existence, nous\ndevons envisager aussi la déplorable situation créée à\nl’Art dans notre monde bourgeois. Le théâtre comme le\nconcert ne tiennent plus en rien à la vie sociale ; le\nthéâtre antique, les mystères au Moyen-Age, tenaient de\ntous côtés à la croyance collective et à la vie publique ;\naujourd’hui théâtres et concerts ne sont plus que des\nplaisirs extérieurs, sans prise sur l’esprit du peuple, sans\nrôle civilisateur : on sacrifie au mauvais goût d’un public\nde gens prétentieux et vains, farcis de préjugés, sans\nsympathie réelle pour l’Art ; les applaudissements vont\nà qui amuse, à qui étonne ; on acclame les tours de force\ndu compositeur ou de l’exécutant. Quand le bourgeois\nvoit un grand orchestre, accru d’instruments bizarres,et\ndes choristes jusqu’au fond des coulisses, il s’imagine\nêtre en présence d’une œuvre de génie; et les chefs\n d’orchestre, par malheur, en France et en Belgique du\nmoins, n’ont pas une vision plus haute de leur art. Quant\n aux journalistes, sauf quelques exceptionnels égarés,\n leur infamie ne connait pas de limite.\n   Dans un semblable milieu, que peut faire l’artiste?\n A-t-il le temps de s’éduquer, de vivre son œuvre, de\n penser et de concevoir? Les rares artistes qui se révol­\n tent, et vivent une véritable vie, quel accueil leur réserve\n notre public de parvenus et de crétins ?\n    Le public réclame ses plaisirs. On va au théâtre pour\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 132, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1786, "texte": "132                      LE REVEIL\n\ns’amuser, c’est entendu, et au concert pour voir des\nacrobates. Aussi le théâtre est-il tombé si bas, que les\nœuvres des génies mêmes de l’Art, quand de loin en loin\non les représente, nous apparaissent, défigurées par le\ncabotinisme courant; on les massacre, sans conviction,\net l’éducation du public tombe chaque fois d’un degré.\n   Le rôle social de l’Art ne renaîtra que quand la société\nactuelle aura été renversée et transformée.\n   Même écœurement au concert : Les Concerts popu­\nlaires deviennent plus nuls chaque jour. Bientôt on n’y\nentendra plus que des cantatrices à roulades et des\npianistes de quatre ans, de petits prodiges!\n   Aussi est-ce avec joie que nous saluons toute tenta­\ntive de renouveau, tout effort pour sortir de l’ordure.\nLa Société des N ouveaux Concerts, créée par la volonté\net la belle conscience d’artiste de M. Georges Khnopff,\nque d’intrigues basses et viles n’a-t-elle pas dû subir à\nses débuts ! Espérons que la jeune institution réalisera\nun idéal plus élevé que les vieilles boites. Que dans les\npremiers jours, d’anciennes habitudes se mêlent encore\nau progrès, il faut s’y attendre. Mais, croyons nous, là\ndu moins, les quelques rares artistes, isolés aujourd’hui,\ntrouveront un foyer et une patrie.\n   Une patrie provisoire ! Car la véritable patrie n’exis­\ntera pour l’artiste qu’au jour où toutes les petitesses de\nl’ordre social que nous subissons, les dernières erreurs\ndes métaphysiques de l’Absolu, les platitudes devant la\npuissance des hommes comme devant les idoles qu’on\npropose à l’adoration des natures trop simples pour rai­\nsonner, feront place à une société meilleure ; au jour où\ntout ce qui obscurcit la limpidité originaire des yeux et\nl’élan vraiment humain des cœurs sera vaincu par la\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 133, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1850, "texte": "                       FÉVRIER-MARS                                133\n\n liberté naissante ; où pour la première fois, cette liberté\n dont on parle tant, et qui jusqu’aujourd’hui a été com­\nprimée dans toutes ses manifestations, parviendra à se\n dégager, fière et hardie, en brisant, par un effort suprê­\nme, ses chaînes que souvent déjà dans leur colère les\nles génies de l’action ont secouées, et dont les anneaux\n commencent à sauter ; ce jour là, un nouveau Promé­\n thée, délivré pour toutes les éternités futures, donnera\n au monde ce feu sacré qui malgré les étouffements tita­\nnesques de toutes les tyrannies, vit toujours sous la\ncendre. Et ce sera le définitif Regnarök des vices, des\ninégalités, des jugements iniques, des lâchetés et des\nfaiblesses. Alors aussi, l’Artiste, redevenu libre, ne\nrelèvera plus que de l’Art, c’est-à-dire de l’expression\nla plus humaine et la plus sociale de la conscience collec­\ntive des peuples.\n   Jusque là nous aurons, hélas ! chez les uns, cette\nparodie grotesque qui, sous le nom d’art, amuse le public\navide de divertissements et d’enivrements insensés ; et à\ncôté, chez les rares artistes vrais, l’Art révolté et\ndestructeur, et la philosophie négative d’un Nietzsche\net d’un Schopenhauer. Mais au jour de la grande Aurore,\nl’Art enfin délivré, magnifié, sublime, rayonnera de ses\nmille rayons, réchauffera les coeurs rendus à la joie, et\nparera d’innombrables efflorescences la grande fête de\nl’Humanité régénérée.. Mais, je vous le dis encore, il\nfaut que la société actuelle périsse pour que puisse croî­\ntre l’humanité future. Les tempêtes d’hiver tomberont,\nau jour de l’éternel Retour ; tel est le sens profond du\ngrand culte de Dionysos, d’où jaillit le Drame grec.\n                                      G e o r g e s M e s n il .\n                                                           10\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-017", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 134, "page_fin": 134, "titre_corps": "L’Aube", "titre_sommaire": "L’Aube. L’Ame sœur", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Marlow", "ancre_debut": "L’AUBE. C’est le matin : Les fleurs", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 147, "page_imprimee": 134, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 1260, "texte": "L’AUBE.\n\nC’est le matin : Les fleurs qui souriaient pensives\n A u x étoiles que l'aube effeuille, s'enjolivent\nD 'arabesques d'azur, et frissonnant un peu\nSous la caresse frêle et lasse du ciel bleu\nLe je t d'eau se réveille avec un long bruit d'ailes.\nUn vol éblouissant de paons sur les tourelles\nSe pose, et le soleil émergeant des rosiers\nQue de beaux papillons frôlent extasiés,\nCrible les plumes d'or de rouges pierreries.\nSur l'eau rêveuse où vague une jonque fleurie,\nCygne mystérieux que la brise d'été\n Balance eu effleurant de reflets enchantés\nLes chemins sinueux que son sillage creuse,\nS’entr’ouvrent un à un les lys de l'île heureuse.\nDans les halliers, la voix des cloches a tinté\n C’est le matin : D e doux pétales argentés\n N eigent sur les oiseaux que le parfum des roses\n Grise et fa it trembloter parmi les lauriers-roses\n C 'est la fête des fleurs ! O songe que le jour\n Câline lentement de sa chanson d'amour,\n çAlle\\ bercer la calme sœur qui dort encore\n  M algré le rire clair de la divine aurore\n Dans la sérénité de ses vœux enfantins,\n O songe, et dites-lui que les y e u x du matin\n Dorent mon âme où les chères voix revenues\n  Chantent la pure joie des choses ingénues.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-018", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 135, "page_fin": 135, "titre_corps": "L’Ame sœur", "titre_sommaire": "L’Aube. L’Ame sœur", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Marlow", "ancre_debut": "L’AME SŒUR. La douce ascension de l’âme", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 148, "page_imprimee": 135, "debut_caractere": 78, "fin_caractere_exclue": 754, "texte": "L’AME SŒ UR.\n\nLa douce ascension de l’âme vers l'Aurore\nOù la Lyre en accords subtils qu’attriste encore\nL ’espoir d'un chimérique amour, prélude lente\n A u x fêtes dont rêva notre enfance indolente, '\nL'ascension dans la blancheur frêle des ailes\nE t des fleurs qu'angélise une brise fidèle,\nEveille enfin la voix qui vibre insoupçonnée\nSur les lèvres d'amour d'une sœur devinée\nParmi les visions liliales, et l’aube\nBaisant timidement le lin pur de sa robe\nEnguirlande de claires roses innocentes\nLe songe vaporeux de sa langueur naissante....\nE t l'âme recueillie élève vers son âme\nLe calice de joie que sa gloire réclame.\n                                G eorges M arlow\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-019", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 136, "page_fin": 137, "titre_corps": "L’Ame pérégrine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Rodrigue Sérasquier", "ancre_debut": "L’AME PÉRÉGRINE. Je suis poète, enfant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 149, "page_imprimee": 136, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1130, "texte": "L’AME PÉRÉGRINE.\n\nJe suis poète, enfant, et mon âme est divine,\nE t mes rêves sont beaux et grands comme les deux.\nSi je chante parfois, en mes rimes câlines,\n\"Parmi les flots berceurs un pays radieux\nD ont ton cœur ingénu sourit et s’émerveille,\nC 'est qu'un Dieu bon, le jour d 'A vril où je suis né\nDans le triomphe clair d’une aurore vermeille,\nEn un jardin tout blanc de jasmins, m'a donné,\nDouce et pure comme une fleur, une âme heureuse.\n— Depuis des temps lointains elle avait tressailli\nEn des corps lumineux de vierges sourieuses,\nE t de poètes blonds au fro n t grave et pâli,\nD e beaux vieillards sachant la course d'or des astres,\nD ’enfants aux y e u x d’azur, et de fiers voyageurs\n Qui touchèrent, après l'infini des désastres,\nLes bords longtemps rêvés de pays enchanteurs.\n Oui mon âme a vécu chacune de ces vies,\nE t se souvient de tant de joies, de tant de pleurs,\n D e tant de sites et de deux, dont la magie\n Parfois l’exalte encore en un songe de fleurs.\n Des grands deux que je vis, des calmes paysages,\n E t des palais d’onyx cuivrés par les couchants,\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 137, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 641, "texte": "                       FEVRIER-MARS                            137\n\nJ'ai bâti de ces souvenirs, de ces mirages,\nUn pays irisé, merveilleux et dolent ;\nCes grèves, ces cités, je les évoque toutes,\nE t tous les gestes chers, et toutes les bontés,\nE t ces voix qu’en les nuits d’été souvent j ’écoute....\n— E t j ’ai cru retrouver dans ta svelte beauté\nTout cela, tout cela, ces rythmes, ces merveilles ;\nN os âmes revivront trois mille ans de splendeur,\nEt, buvant les regards de nos claires prunelles,\nEnfin connaîtrons-nous — peut-être — le Bonheur !\n                             R o d r ig u e S é r a s q u ie r .\n  de « l’Ile Enchantée »\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-020", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 138, "page_fin": 153, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Denis Lalieux", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE. Camille Mauclair Sonatines d’Automne", "ancre_fin": "D e n is L a l ie u x.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A U X PR O C H A IN S", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 151, "page_imprimee": 138, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 1642, "texte": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE.\n\n\n  C a m il l e M a u c l a ir — Sonatines d’Automne — Paris, Perrin.\n  L . D u m u r — L a Motte de terre — Paris, Mercure.\n  L . R io t o r — Deux Nomarques de lettres — Paris, la Plum e.\n  A . H e in s — A Gand — Gand, N. Heins.\n  A . B o s c h o t — Faunesses et Bacchantes — Bruxelles, Lacom blez.\n      id.      — Matin d’Automne —                id.        id .\n  L . D e l a t t r e — Les Miroirs de Jeunesse   id.         id.\n  M a u r ic e L e B l o n d — Première étape du néophyte — Paris***.\n  ANDRÉet M a u r ic e M a g r e — Eveils— Toulouse, Vialelle-Perry.\n  P a u l F o r t — Il y a là des cris — Paris, Mercure.\n  P. A . H ir s c h — Sonnets et Chansons — Paris, B ailly.\n  G. P o l t i — Les 36 situations dramatiques — Paris, Mercure.\n  J e a n C a s ie r — Flammes et Flammèches — Brux-Lacom blez.\n\n   Folie serait-ce de vouloir définir les Sonatines d’automne mieux\nque M. Mauclair lui-même le fit en une courte notule exempte de\npose. Ce sont bien là des lieds, des historiettes étranges, de petits\npoèmes n’ayant guère plus de raisons d’être qu’un frisson ou un\n sourire. E t, vraim ent, on songe en les lisant au Schumann des\nNovelettes envers lequel l ’auteur se croit surtout redevable\nd’exemple. Mais aussi des réminiscences de M. Maeterlinck\nsurgissent çà et là ......\n   Un homme se joue de petites sonates à lui-même dans la non­\nchalance de l’automne, dit encore la notule. Un hom m e?... Un\njeune homme, oui, et quelle foi ardente il a su garder malgré les\népines et les ronces de la route ! Elle v it en lui, la douce qu’ il\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 139, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "                           F ÉVRIER-MARS\n\nchante, cette sœur vers qui il va comme vers une eau calme, celle\n\" aux yeux tièdes \" qui « balance sa chevelure d e soie dans la nuit\nclaire ». Certes on a quelque peine à le croire lorsqu’il parle de la\nmaison de tristesse qui serait celle de la chère voyageuse et la\nsienne. Qu’un peu d’ennui descende parfois dans les cœurs avec la\npluie des sonneries se libérant aux clochers — qu’importe! Il est\ndes minutes exquises capables de séduire une âme digne de soi. Il\nest des instants où l'esprit déjà porté au doute se grise des parfums\natténués du souvenir et alors tout renaît sous un rayon plus beau.\n   Je le demande à ceux qui ont aim é: quels moments valent celui\noù, après avoir quitté sa belle maîtresse, l’amant s’en retourne —\nmélancolique un peu à force de bonheur — en respirant l'odo­\nrant souvenir des lèvres enivrantes de l’amoureuse ? L a nuit est\nde nonchaloir, de langueur, et le poëte balbutie, le front levé vers\nles étoiles qui l’entendent peut être, balbutie en songeant à Elle:\n\n\n         Avec tes cheveux blonds frisés,\n         Avec ta bouche plissée,\n         Avec tes cils baissés lentement sur tes prunelles,\n         Tu as l'air d'une petite fiancée,\n         Pour rire vraiment, pour rire.\n\n         Tes mains menues\n         Avec leurs gestes maladroits,\n         C'est drôle et terrible à la fois\n         Tes mains maladroites et nues.\n\n         Ça fait des choses gentilles,\n         Ça joue aux menottes,\n         Ça tapote des notes qui pétillent,\n         E t puis ça chiffonne des mantilles\n         Pour rire, vraiment, pour rire.\n\n         E t puis alors c'est une œuvre de luxure,\n         De rite obeur et de lenteur sûre,\n         Une œuvre ténébreuse et. somptueuse\n         Où tu te pâmes jusqu’au sang et jusqu'au délire :\n         Est-ce pour rire, ah ! dis, pour rire ?\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 140, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1799, "texte": "140                          LE RÉVEIL\n\n   Vers libres et des meilleurs. \" L es formes du vers m’ont été indif­\nférentes, dit M. Mauclair. Encore faut-il signaler l’extraordinaire\nhabileté de facture qui frappe à chaque page.\n   M. Mauclair excelle du reste tout autant dans le vers régulier.\nMais quelle pièce citer à titre d’exemple ? Ce serait surtout le\nLied qui ouvre le volume ou le Chant vers le soir de la page 6.\nPar malheur l’un et l’autre sont assez longs — et les scinder, je\nn’ose. Pourtant c'est encore ce qu'il y a de mieux à faire. O yez\nla fin de ce chant :\n\n\n         Un soir tu t'entendras dans l'ombre violette\n         Chanter bas la chanson du cueilleur de baisers,\n         E t tu seras le simple calice de fête\n         Qui naît fragile dans les buissons apaisés.\n\n         E t tout sera connu de la nuit primitive\n         E t tous les yeux de la Bonté seront sur vous\n         Pour étoiler la Fiancée inattentive\n         E t l'Amant grave de ce mystère très doux.\n\n\n         Vous minerez la vie heureuse des corolles,\n         Vous ne saurez que la tristesse des roseaux,\n         Vos jeu x amuseront les aurores frivoles,\n         E t vos sourires seront comme des oiseaux.\n\n         C ’est ainsi qu’il viendra t’aimer selon le calme\n         E t confondre en ton sein lui-même et son reflet :\n         Ce sera l’annonciation d’une palme\n         Sur ce front que la ronce éternelle cerclait.\n\n\n   Après cela vous croyez peut être que tout est dit? Nenni, le\nvolume ne contient pas que des strophes d’amour. Un curieux\nfragment de poème (Narcisse) et les Prières des dernières pages\nsont surtout remarquables ainsi que d’autres pièces encore où le\ncharme toujours vert de la chanson populaire se retrouve avec\nune note d’art l’avivant discrètement. Voici les Couronnes :\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1762, "texte": "                            FÉVRIER-MARS                          141\n\n                C'est la fillette aux yeux cernés\n                Avec son air étonné\n                E t ses trois frêles couronnes.\n\n                L'une de fraiche pimprenelle\n                L ’autre de vigne en dentelle,\n                Dans la troisième une rose d’automne,\n\n                L a pimprenelle est pour son âme,\n                L a vigne est pour l ’amuser\n                L a rose à qui voudra l’aimer.\n\n                — Beau chevalier, beau chevalier !\n                Mais il ne passe plus personne\n                E t la fillette aux yeux cernés\n\n                A laissé tomber les couronnes.\n\n   M. Mauclair ne laisse pas choir les siennes. Ici même on le\nsignalait, à propos d'Eleusis, comme un des plus actifs et des\nmieux doués de la jeunesse littéraire. A chaque œuvre nouvelle\nson beau talent plus nettement s’affirme. Je suis de ceux qui\nl’admirent et qui fondent sur lui d'enthousiastes espoirs.\nComment douter de cet écrivain dont les moindres articles —\nau Mercure, par exemple — révèlent à toute évidence des\nmérites point ordinaires de poète et de penseur? N’en doutez\npas, lectrice, et vous, lecteur: l’avenir nous donnera raison.\n\n\n\n\n  L a motte de terre ... voilà un titre qui nous reporte loin, au plus\nloin de la Fable. Euphèmos, comme l’on sait, reçut de T riton, en\ngage d’hospitalité, une motte de terre qui, du vaisseau des Argo­\nnautes, tomba dans la mer. D ’autre part, un des principaux\nmodes de possession féodale fut l'investiture par la motte gazon-\nnée. Dans la pièce de M. Dum ur il se trouve que le mariage\ndétruit la personnalité et que, avant le « oui » formel, l’homme\nremet sa destinée entre les fines mains cruelles de celle dont\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2187, "texte": "                                  L e RÈVEtL\n\nles yeux lui plurent. Poupée frivole, elle s’en joue — sachant bien\nque toute velléité de révolte elle la réprimera sans peine par un\nregard boudeur ou un alléchant sourire. Suivez d’ailleurs ce bout\nde scène :\n  L a M è r e M a r t h e — L e voyageur arrivé ce matin prétend que\ntu manques de caractère.\n  C l a u d e (troublé) — Il prétend cela ?\n  A d e l a id e (la promise à Claude). — Quoi, tu as du caractère ?\nJe ne m’en serais jam ais douté : tu fais tout ce que je veux.\n  C l a u d e — Tout, non.\n  A d e l a id e Oh ! si je v e u x b ien tu feras p o u r m o i m êm e ce q u i\n te d é p la it.\n    C l a u d e — Adelaïde, tu es la seule femme qui puisse me faire\nfaiblir.\n    A d e l a i d e — Je le sais bien. Un homme fort est donc à la\n merci d’ une faible femme ?\n    — E t comme la mère Marthe reproche à Claude cette faiblesse,\n comme elle prédit à son fils et à la fiancée « un martyre de toutes\n ses minutes :\n    A d e l a id e (allant embrasser Claude) — Claude, réponds !\n    C l a u d e — Que tes lèvres sont douces !\n    C’est l’envoûtement. Pieds et poings liés, l’amoureux se livre.\n Adelaïde d’avance règle la vie qu’elle mènera après les noces.\n Chocolat à huit heures. Un tour de jardin après la première toi­\n lette, qu’une autre remplacera l’après-midi. Sa Grâce daignera\nalors prendre place au comptoir. Mais il n’y en a pas ! On en\nachètera un. L e soir il faudra beaucoup de lumières dans l’au­\nberge ; le dimanche on dansera dans le jardin ... Que de change­\n ments, s’écrie la mère Marthe ; tout sera donc organisé à sa\nfantaisie ?\n   A d e l a id e — A ma fantaisie.\n   C l a u d e — S a petite âme est ardente, elle part, elle voltige...\n   L a M è r e M a r t h e — E t tu auras bien à faire à lui courir après.\n   C l a u d e — Ce sera mon occupation....\n   — Si ce qui précède est amer, les autres scènes le sont davantage\nencore E t lorsqu’à la fin de l’acte Claude, brusquement désabusé,\nchasse Adelaïde, celle-ci sait bien ce qu’elle dit en s’écriant . \" T oi\naussi tu as peut-être les bras trop faibles.... Je reviendrai demain.\n   Vous avez lu : aussi. Ceci parce qu’un autre personnage parti-\n"}, {"page_pdf": 156, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2187, "texte": "                           f é v r ie r -m ars                    143\n\ncipe à l’action. C’est le Voyageur. Il a voulu rester indépendant,\nil s’est garé des passions pour se conserver une vie digne et il se\nproclame hautement un homme libre. Pourtant il n’en est pas\nmoins envoûté. Dans un coffre qu’il traîne à sa suite, se trouve\nune motte de terre. Elle lui rappelle (petite note chauvine habile­\nment servie) sa province natale qu’une guerre fit céder à l’étranger.\n Un soir, il veut poser le coffre sur l’appui d’une fenêtre afin de\nfaire prendre l’air à la bonne terre qui le console de l’exil ; mais,\ntandis qu’il enlève la caisse, celle-ci lui tombe sur la tête et il\n s’abat tué sur le coup.\n    L a conclusion ? Ne serait-ce qu’à défaut d’autre entrave il reste\n le préjugé ou l’idée de la patrie et que, dans l’état actuel, la\n liberté vraie et totale est impossible à acquérir ?\n    Un acte bien campé, bien écrit, dont le symbolisme n’est pas\n pour maldisposer ceux qui se tournent de préférence vers un\n théâtre simplement issu de la vie. C ’est à lire ou à entendre. Mais\n M. D um ur serait-il tout-à-fait misogyne ?\n\n\n\n\n   Dans le principe, parait-il, le volume de M. Riotor devait com­\nprendre toute une série d’études littéraires. Mais l ’auteur a\nvu que, pour certains écrivains, il avait fait fausse route ;\nen fin de compte, il ne publie que deux articles datés de 1883\net 1885, un sur Jules Barbey d’A urevilly et un sur Léon Alpinien\nCladel.\n   E n Barbey d’A urevilly M. Riotor salue l’orgueil le plus solide\ndu temps. Il vante son style merveilleux aux shakespeariennes\ntournures et son imagination puissante. Royaliste et religieux\ncet écrivain le fut, nous dit-il, à la manière d’un Joseph de\nMaistre parce qu’un gentilhomme ne pouvait être républicain\net athée. De fait, c’était un grand seigneur, admirateur forcené\nde la vieille élégance française. E t c’était aussi l'homme de\ntous les dix-huit Brumaires. L ’égalité lui apparaissait comme la\npire de nos utopies fraternelles. Il avait l’amour outré de la\nviolence et du despotisme autant — et ce n’est pas peu dire —\nque l’am our du sol natal.\n   M. Riotor termine cette première étude en disant que, pour\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": " 144                          LE RÉVEIL\n\n  celui qui a sondé les œuvres de Barbey d’A u revilly et leurs\n  mystérieuses beautés, il n’est pas possible de les oublier. Cet\n  écrivain n’a-t-il pas fait revivre en plein X IX e siècle les plus\n  belles conceptions d'honneur et de beauté ? On reviendra, termine\n  l’analyste, à la veine tragique qui fut sienne « car notre esprit,\n  notre cœur, notre âme sont las de l’inepte littérature actuelle\n sans grandeur et sans beauté \".\n     Faisons des réserves au sujet de ces dernières paroles et passons\n à l’étude sur Cladel. Elle est plus documentée que l ’autre, si\n non plus pittoresque. Des anecdotes — et, longuement établi,\n le décor où l’auteur des Va-nu-pieds et d’O mpdrailles œuvrait,\n M. Riotor semble avoir été attiré davantage encore par\n cet écrivain-ci que par l’aristocrate qu’il lui donne pour\n vis-à-vis. Léon Cladel, socialiste d’art, assoiffé de justice\n nous est montré comme un « Alcide de la pensée ; il se cambre,\n il se piète, il fait saillir ses muscles, frappe le sol du talon\n et jongle avec les mots comme un hercule avec les poids, les\n frappe en cadence ou les entre-choque dans un bruit de galets\nroulés; imite les coups de mine qui sautent, le granit qui éclate,\nle torrent qui se brise et coule,pour se briser encore; et, par-dessus\ntout, ahan,ahan, le tâ cheron gémit à fendre l’âme, la face trempée\net le plébéien halète, et longuement, péniblement, affreusement,\nretourne son morceau de glèbe et de boue qui doit le faire\nmanger, et nait, et vit, aime dans ce champ qui est son horizon,\net brutalement souffleté par le sort, meurt à la peine,\"\n    On nous dit encore que Cladel hyperbolise et centuple le\ncourage populaire, qu’il ne peut jam ais prendre assez bas ses\nTiti-Foyssac pour les élever assez haut. Un loup-garou de l’idée,\najoute enfin M. Riotor, une sorte de Champavert plus près de\nnous...\n    Ainsi ce petit volume est fort curieux. Nous nous sommes\nlonguement arrêté à telles appréciations émises avec beaucoup de\nsagacité et d’à propos. Cette critique se lit du reste avec le\nmême plaisir qu’une œ uvre originale. N’est-ce pas tout dire?\n\n\n\n  A G a nd: vieilles pierres, murs vénérables, rudes bastilles...\nainsi se titre le volume de M. Heins. De curieuses notes,\n"}, {"page_pdf": 158, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "                           FEVRIER-MARS                            145\n\nde curieux croquis pris au Château des Comtes, au Beffroi Com­\nmunal, à l’ A bbaye de St-Bavon. T out un monde ancien revit\nainsi à nos yeux. A chaque page vous arrête un fragment d’art,\névoqué d’un crayon alerte et souligné d’une mention enthousiaste.\n« Elles sont là, les Ruines, s’écrie l’ Auteur. Quel calme! quel\nabandon » M. Heins se demande si, après les restaurations pro­\njetées, le château des comtes ne perdra p a s quelque chose de sa\n \" magique évocation romane. \" C’est fort à craindre ; le vieux\nneuf ou le nouveau vieux est toujours une faute.\n    Nous ne pouvons évidemment suivre l’auteur pas à pas dans\nses pérégrinations. L es moindres détails ont ici de l'intérêt.\nCombien curieuses les sculptures que certaines planches repro­\nduisent ! On y trouve à la fois une gaucherie et une intensité\nd’expression qui ne lassent point. Mais je m’attarde. « En tes\nruines, abbaye naguère si riche et si grande, porte une des pages,\ndirai-je par le menu tous tes jo ya u x retrouvés, conservés \". Ce\nque, avec l’aide du dessin, M. Heins n ’ a pas cru pouvoir exprimer\ncomment donc le pourrions-nous en ne nous servant qu e d e mots?\nMieux est d’applaudir simplement à l’ hommage respectueux que\nl ’artiste vient de rendre à sa ville natale Ajoutons que l’ouvrage\nse présente sous un aspect fort original et séduisant à l’œil.\n\n                                 ***\n  Faunesses et Bacchantes. Des vers inégaux, un peu froids,\ncorrects ici, là tout autres. Relevé, au hasard de la lecture, des\nexpressions assez singulières : les vierges marinaient dans la myrrhe.,\nla blancheur d'un corps replet,., les seins pommelés, proches, sont\nréunis ainsi qu’oiseaux gémeaux...\n  Ma foi, cela ne m’enthousiasme guère. Ceci non plus:\n      Qu'on entende le râle âpre et les violences\n      De vos souffles d'amour hachés de baisers secs,\n      Avec le cinglement, sous les lèvres claquantes,\n      Des formes lourdes, enfonçant dans les varechs\n  Oh ! ce dernier vers Qu’en dites-vous ? M. Boschot tombe du\nreste aussi dans l’évidentes fautes d’harmonie : \" E t le cou court et\nmusculeux se plante droit \" trouve-t-on page 30. Il est vrai... \" Que\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1593, "texte": "146                             LE RÉVEIL\n\ncelui-là qui n’a jam ais péché lui jette la première pierre \"\n  V oici une pièce caractéristique :\n\n                              O L Y M P IA *\n\n       Dans des verts sombres et des noirs, le blanc des draps\n       Porte l’éclat flétri de ses formes vénales :\n       Elle a l'ennui des lendemains d’amours banales,\n       E t la fatigue des baisers que l’or paîra.\n\n       L a lassitude de l'étreinte est dans ses bras,\n       E t quoique jeune, avec des minceurs virginales,\n       Elle a des reflets gris, restes de saturnales,\n       Sur la peau sale et veule autour du corps peu gras.\n\n       E t ses seins sont chétifs, de fille entretenue,\n       Qui par l’amour ou la misère, toujours nue,\n       N ’a jamais le sommeil d’un lit inoccupé.\n\n       E t son cou grêle, encor de formes enfantines,\n       Bien que courtes et bestiales, est coupé\n       D'un ruban mince comme un trait de guillotine.\n\n  Edition économique. T itre peu justifié puisque défilent en ces\npages Antiope, Diane, Yseult, Esther, la Joconde et même Néron,\nChérubin et la Vierge Marie.\n  Dédicaces tout ce qu’il y a de mieux : Puvis, Zola, Rops, V er­\nlaine, Hérédia, Goncourt,Mme W agner.\n\n\n\n   D e Matin d’Automne, il peut être parlé assez différemment.\nLes vers de cette seconde plaquette sont plus souples et plus\nmusicaux. Encore faut-il regretter que M. Boschot complique\nçà et là fort inutilement son dire.\n   Duo d’amour. Dans un décor botticellien — l’Aimé, l’Aimée.\nL u i, poète, veut un amour idéal. Il évoque la vierge blonde qu’il\n\n (*) De Manet, Luxembourg.\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1866, "texte": "                           FÉVRIER-MARS                           147\n\nentrevit en rêve. Elle, au contraire, désire être aimée en femme.\nQue lui importent les pensées de celui qui vin t à elle ? Est-il\nd’autre rêve que celui de vivre — et les caresses et les baisers ?....\n\n         J e veux te conquérir, pour être aimée entière\n\n         J e veux de chauds baisers pris entre mes cheveux\n         Parm i ma chair amoureuse que je te donne.\n\n  Il répond:\n\n         Oh, ta beauté qui nous fa it dieux, par ses caresses.\n         E t puis nous avilit par elles !\n\n  Mais insinuante, l'Aim ée murmure :\n\n         Toute ma vie est de t'aimer comme tu veux,\n         E n mère, en sœur, en muse, et puis de te sourire\n         S i ton front devient trisic ; et, si tu le désires,\n         D'épandre à tes regards le flot de mes cheveux;\n         E t de donner encor mes plus jeunes baisers\n         A ta lèvre qui dit de si câlines choses,\n         E t d’être toute tienne, ô pauvre enfant qui n’oses\n         Vivre cette vie âpre où tu serais brisé.\n\n\n\n\n   Ici même nous vantions l’autre jour le premier livre de\nM. Delattre. Son nouveau recueil ne nous plait pas autant.\nL ’auteur semble vouloir abandonner le genre ingénu et charmant\npar quoi il débuta. L a chose se comprend. L ’esprit mûrit et\nréclame d’autres aliments. Une manière nouvelle de considérer les\nchoses peu à peu s’atteste. Mais, entre les deux états, entre l’éveil\net la maturité, il se produit une sorte de mue. M. Delattre\nen est à l’époque de la mue. Etonnez-vous, après cela, que\nses dernières œuvres soient indécises. L es épisodes s’y heurtent\nau petit bonheur. L ’auteur commence en blanc, tombe dans\nle noir, tourne ensuite au jaune et ce sans transition aucune.\nLisez donc les Bons Aoûterons, le Petit voyage sentimental et vous\nverree. J’offre l’édition sur hollande des œuvres complètes de\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2182, "texte": "                              LE RÉVEIL\n\nM. P otvin à qui me prouvera que ces proses sont bien comprises et\nsurtout bien conduites. Quant au Rendez-vous des Wallons, vrai,\nc’est le comble.\n   Il y a dans ce volume un petit jo yau : Ex-voto de pierre bleue.\n Pourquoi le tout n ’est-il pas écrit ainsi ? Pourquoi notamment le\n Conte à la Robe gris perle n’a-t-il pas les mîm es qualités ? Sans les\naffreux trous qu’on y découvre ce serait la meilleure pièce du\nlivre. O yez ce passage:\n    « J’ai pour toi un joli village, un village tout entier, de pignons\nblancs, de poules picorant sous les haies et de treilles au soleil.\nT u ne connais pas mon village? C’est toi, pourtant, qui me l ’as\ncréé et tu le tiens encore dans tes menottes, car tu m’évoques\naujourd’ hui, de mon pays, un coin naïf et tendre comme toi et qu;\nte ressemble autant que s’apparient deux gouttes d’eau, sœurs du\nmême filet de cristal.\n   Galante de quinze ans, je te mènerai en ce pré, vois, enclos par\nici de charmilles, par là de hauts arbres qui semblent s’appuyer\nsur la côte traçant l’horizon.\n   Penche-toi dans les branches. V a ! les oiseaux n ’auront pas\npeur. L ’herbe du pré est fine et de couleur calme, d’un vert doux\net ingénu comme ton cœur. Vois au loin, ma bonne amie, à\nl'endroit où le soleil commence; l’herbe est joyeuse et luisante...\n L e sais-tu? T u es le côté du soleil. \"\n   Bonnes proses encore Le Bruly de Pesches (sauf que la première\npartie en est fort inutile) et L a Maison au bois. M. Delattre est\névidemment quelqu’un et c’est un vrai poète.\n   L ’auteur des Miroirs de Jeunesse me permettra-t-il de lui faire\nremarquer combien est déplaisant le ton sentencieux qu’il lui\narrive de prendre? Que je lui crie aussi : gardons-nous d’abuser\ndes détails typiques; le jeu souvente fois est dangereux.\n\n                                    *\n   S ’il faut en croire la table des matières qui se trouve à la fin de\nla mince plaquette de M. Maurice L e Blond, sa Première étape\ndu, Néophyte servira de prélude à une éthique de respectable enver­\ngure.\n   En ce cas, pourquoi ne pas attendre le tout pour formuler un\navis ? Je me plais toutefois à constater, dès à présent, que M. L e\n"}, {"page_pdf": 162, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2268, "texte": "                            FÉVRIER-MARS                            149\n\nBlond possède une qualité de bon aloi : il écrit dans un style très\npur, très précis. Sa phrase est nette ; elle dit ce qu’il faut dire\nsans ampleur inutile, sans contournures à la mode de Pontoise ou\nd’ailleurs. Il y a pas mal de « jeunes « qui n’ en feraient pas autant.\nMoi-même je devrais, peut être, prendre exem ple....\n   Quant à son système — car déjà et quoi qu’il puisse croire\nsystème il y a — hum ! je ne sais trop si l’on peut s’y fier. C’est\nfort beau de dire 1 Foin ! des philosophies d’antan. Chaque\népoque requiert la sienne propre. » Cependant est-il bien sage\nde « chercher un champ d’expérience dans l’irréel avec, pour\ninstrument, le rêve » ?\n   Mais, je le répète, je ne discuterai rien m aintenant. Simplement\nai-je voulu sourire un instant au nouveau venu. M. L e Blond\ndonne du « m a ît r e » à ouïe que veux-tu à M. Saint Georges de\nBouhélier. Je lui souhaite sincèrement de m ériter un jour, mieux\nque son avoué initiateur ne l’a mérité ju sq u ’ici, ce titre que\nnous devons, par respect pour nous-mêmes, éviter de prodiguer.\n\n\n\n\n   M ieux qu’une brève mention mérite le livre de M. M. André et\nMaurice Magre. L es poèmes qu’ils réunirent sous ce titre\nEveils ne sont pas exempts, je le reconnais, de menus défauts;\nmais on le leur pardonne pour le sentiment délicat, pour la\ndélicieuse bouffée de jeunesse que ces œuvrettes exhalent. E t ce\nsont bien des soupirs de cœurs trop tendres, ces vers. Dans telles\npièces d’ailleurs des phrases vous arrêtent dont l’écho vibre en\nune tombée de notes indécises et troublantes.\n   L a vision à laquelle M. M. Magre dédient le culte ému de ces\npremières rimes, nous la voyons passer en des sites bien de\nlégende et de rêve. Parfois cependant, elle s’atteste en de moins\nchimériques milieux, réalité d'une heure que vêt un rien de soir\nou d'enfantine aurore — lorsqu’au loin frisonne une chanson de\nmandoline ou que s’éveillent les balbutiantes harmonies du\nsilence.\n   Parmi ces poèmes, celui ouvrant le volume obtint nos préféren­\nces. Dommage qu’il soit un peu long pour le ci 1er en entier. L e\npoète y évoque l’absente, celle qui en un songe d'hiver, vint\n                                                               11\n"}, {"page_pdf": 163, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1943, "texte": "                              LE RÉVEIL\n\n\" s’accouder près de ses rêves pâles, \" Oh, dit-il, avec je ne\nsais quoi de triste dans la voix,\n\n       O h ! les yeux qui savaient de la trop bien vernie...\n       et tandis que le vent errait au seuil des portes\n      et faisait tourner l ’ombre au fond des avenues\n      je la berçais de mon amour aux formes mortes.\n\n\n\n\n   On me dira que je retarde mais qu’importe ! Toujours me\nséduiront les œuvres qui fleurent la vie et laissent après elles\ncomme un relent d’éprouvée tristesse.\n   Il y a là des cris, nous avertit M. Paul F o rt. E t c'est vrai. Cris\nde joie souffrante, de souffrance encore chère à qui l’éprouve,\nde nostalgique esseulement. Aussi, de fines ironies à soi-même\ndécochées afin de se leurrer un peu.\n   Modernes à l'excès — si j ’ose dire — ces strophes. A prime\nlecture, je confesse, elles me déroutèrent. S ’il vous arrive de les\nlire, ne vous désespérez pas pour si peu. Il suffit d’insister et,\ncomme une dame en deuil soulevant son voile, cette poésie\nsourira bientôt de tous les sourires d’une âme qui se possède.\n   Car elle se possède. Elle sait son triste destin dont la mélan      ­\n colie — telle à la boutonnière une touffe de fleurs symboliques —\nse précise en l’épigraphe empruntée à Senancour. E t, de la forêt\n à la ville, de la ville aux saules des près, des campagnes somno­\n lentes aux bois songeurs ou aux parterres printaniers, le poète\n nous guide en se chantant toujours.\n    S ’il me fallait, parmi ces deux cents pages, faire une sélection,\n je dirais : j ’aime surtout les Demoiselles de mes larmes (titre\n significatif si l’on y veut un tantinet réfléchir) où notamment,\n ce vers me surprit :\n\n        Ta voix de bille bleue en trille au creux d'un verre....\n\n   Pour clore : en ces ébauches, comme dit l’auteur, maintes\n influences se trahissent : Laforgue, Kahn, Claudel, Maeterlinck,\n Corbière ... Mais en plus un autre accent s’y perçoit — celui,\n"}, {"page_pdf": 164, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1921, "texte": "                            FÉVRIER-MARS\n\nje pense, de M. Fort auquel il ne reste guère qu’à mettre en sa\nmaison l’ordre voulu pour que, sous le jo ur désirable, chaque\nchose nettement se dessine.\n\n\n\n   M. Paul-Arm and Hirsch a bien voulu se dire que si le Réveil\nl'a précédemment plus ou moins \" éreinté \" ce ne put être de\nparti-pris. C ’est fort gentil à lui de nous a v o ir envoyé sa nouvelle\nplaquette et nous nous en félicitons d’autant plus qu’elle marque\nsur la précédente un réel progrès. Pourtant, en ces Sonnets\nChansons des fautes si évidentes se dressent encore que l ’on\ncomprend mal comment elles passèrent inaperçues.\n   L ’auteur nous dit que c’est là « l’essai d’un artiste sincère \" .\nIl espère \" du juge un posthume sursis \". Pourquoi ne lui\ndonnerions-nous pas satisfaction ? D isons toutefois qu’à notre\navis M. Hirsch, épris de choses précises et doué d’un esprit\nraisonneur, philosophique ou, si l’on veut, scientifique, s’accordera\ntoujours mal de la mobilité requise pour un bon travail de\npoète. On nous comprendra en lisant le sonnet ci-après, titré\nObsession et que frontonne — avec une dédicace à notre collabo­\nrateur M. Vielé-Griffin — une épigraphe signée Montesquieu :\n\n      Ton regard chatoyant illuminait mon âme\n      Où se jouait le drame affreux de mon amour :\n      Ton regard ne quitta pas le mien dès le jour\n      Où je te vis, inaccessible et vain dictame.\n      J ’ai voulu me mirer en la ténèbre infâme :\n      Mes yeux ont rencontré ce regard de velours\n      Qui me poursuit depuis ce jou r maudit, toujours,\n      Avec le désespérant calme d’un vieux brahme.\n      Immobiles éclairs, vagues ensorceleurs,\n       Vous tentez de me vaincre en masquant mis pâleurs\n      Avec vos feux brillants qui recèlent la vie,\n       Tandis que je m'évade ainsi qu’un assassin,\n       De cette obsession dont mon âme est suivie,\n       E t que j ’ai peur, ignorant même son dessein !\n"}, {"page_pdf": 165, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2262, "texte": "152                         LE RÉVEIL\n\n   C’est un véritable travail de bénédiction que celui entrepris par\nM. Polti et je suis de ceux qui, en dépit des menus reproches\nqu’on lui fit et lui pourrait faire, l'acclameront d’un sincère\nbravo.\n   L ’auteur nous dit qu’il s’inspira d'une affirmation — non prou­\nvée d'ailleurs — de Gozzi, ce singulier comédien-auteur, rival de\nGoldoni, créateur du genre fiabesque et dont le rare talent som­\nbra dans une malheureuse passion pour la médiocre Ricci. A\nentendre M. Polti, il a simplement vou lu « présenter les faces du\nprisme que posséda G ozzi. » N’empêche que son œuvre est bien\nà lui et je vous affie qu'il l’a menée rondement.\n   Trente-six situations dramatiques, donc trente-six émotions,\nécrit-il dans sa préface ; pas une de plus. Et voilà la saveur de\nl’existence, voilà ce qui va et vient depuis que l’humanité existe,\nvoilà ce qui ira et viendra tant qu’elle existera.\n   A vec clairvoyance, avec une intelligence avisée de classificateur.\nM. Polti dénombre les dites situations. Pour chacune surgissent\ndes exemples pris un peu partout dans toutes les littératures.C’est\nd’une belle érudition, se dit-on. Et d’une goût parfait, me souffle\nl’autre.\n    Un livre, vous dis-je,qui doit se trouver entre les mains de tous\nceux entretenant des aspirations vers le théâtre. Car, à l’indication\nconsciencieuse de ce qui fut fait, s’ajoute l'indication précise de\n ce qui reste à faire. Pour tels cas, M. Polti établit, par A + B sans\n X autour, que trente-cinq intrigues générales absolument vierges\n sont trouvables lesquelles donneront « pour peu qu'on se plaise à\n les traiter d’après le goût des innombrables écoles passées et pré­\n sentes « trente-cinq séries de pastiches originaux.... »\n    Mais vous lirez le livre, n’est-ce pas ? Peut-être vous sem­\n blera-t-il un peu ardu. Peut-être vous viendra-t-il à l’esprit\n d'objecter qu’il aurait pu se présenter sous une forme moins\n didactique, moins sèchement documentaire, avec l’enrubanne          ­\n  ment de quelques phrases de couleurs tendres. A h ! comme il est\n vrai qu’on ne saurait contenter tout le monde et... zut ! disons\n  son père (c’est plus vile fait). Ce qui m’agrée à moi, c’est précisé­\n  ment que l’on ne trouve ici que — des preuves.\n"}, {"page_pdf": 166, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1882, "texte": "                              FEVRIER-MARS                              153\n\n    M. Casier, à ce que m’assure le sieur On — pronom indéfini de\npère en fils — M. Casier considère Flammes et Flammèches comme\nla meilleure de ses œuvres passés, présentes et (si mes souvenirs\nsont exacts) futures.\n    O perfide Illusion, dangereuse compagne des poètes et des fous,\ndéesse marâtre jetant la confusion dansles pauvres cervelles éprises\nd’azur, que voilà bien de tes coups !\n    Ah! si je connaissais M.Casier, combien éloquemment je le semon        ­\ncerais! «Mon cher ami, ainsi mielleusement débuterais-je, vous\nfites certes des choses pas trop mal ; mais je défie l’esprit le moins\nsubtil ou l’âme la moins délicate de prendre quelque goût à ceci.\nHeureusement, un mérite bien spécial vous reste acquis. J ’avais\nvu des gens qui mangeaient, buvaient, pianotaient, dessinaient,\njouaient même aux jeux de l’amour et du hasard.... avec les pieds !\nmais oncques n’avais-je vu quelqu’un qui fu t capable de penser et\nd’écrire à l’aide d’iceulx. Dans Flammes et Flammèches vous réali­\nsâtes ce prodige et pour ce du moins il me faut vous féliciter. Après\ncela, il est tout indiqué que vous vous essayiez à marcher désor­\nmais sur les mains. A llez-y donc ! E t que vous soit ouverte l'al­\ngèbre (tu l’as voulu Georges Dandi n) du Dieu que vous bénites\n \" pour la pompe du paon \". Puissiez-vous aussi, selon votre souhait,\nêtre préservé du microbe du péché. Mais, là, prenez garde. Ne dites-\nvous pas d’ un autre vous-même que\n\n  Chaque langue à son tour l ’attire à ses parfums.\n\n  Elle est bien dangereuse, cette petite manie-là. Prenez garde\ncomme sagement le font les\n  Tours où le nom du saint mystiquement palpite\n  E t qui servent à l ’ange et l ’oiseau de perchoir\nAm en.                                               D e n is L a l ie u x .\n\n                                  ***\n  "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-021", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 153, "page_fin": 154, "titre_corps": "Aux prochains", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A U X PR O C H A IN S : Emile Verhaeren", "ancre_fin": "Paul Arden : Par les Chemins; etc.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "CHRONIQUE D’ART", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 166, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 1882, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": "A U X PR O C H A IN S : Emile Verhaeren, les Villages Illusoires; —\nH enry Maubel, Ames de Couleur; — Francis Vielé-Griffln, P àlai;\n— Albert Giraud, Hors du siècle (II); — Henri Bordeaux, Ames\nModernes ; — Camille Lem onnier, L'ironique Amour; — Georges\nDwelshauvers, Les classiques chrétiens et l ’étude de la Latinité ; —\n"}, {"page_pdf": 167, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 570, "texte": "154                             LE RÈVÉIL\n\nGustave Kahn, Domaine de Fée ; — Léon Riotor, Les Raisons de\nPascalin, —     L’\n                 Ami inconnu ; — Pierre Louijs, Les chansons de\nB ilitis; — A . Ferdinand Hérold, L e Victorieux, — Max Elskam p,\nE n symbole vers l’Apostolat; — Victor Remouchamps, Vers l'A m e’,\n— Léon Paschal, H élie ; — M. Maeterlinck, Les Disciples à Sais et\nles Fragments de Novalis, avec préface. — Annabilla (t’is p ity she\nis a whore), de Ford ; — W . Ritter : E . de Pury; — Paul Arden :\nPar les Chemins; etc. —\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-022", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 154, "page_fin": 160, "titre_corps": "Chronique d’art", "titre_sommaire": "Chronique artistique", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Lemmen", "ancre_debut": "CHRONIQUE D’ART. 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Latente chez les préraphaélites, manifeste\nchez Madox-Brown et chez Rossetti, cette réforme, que W illiam -\nMorris mit un noble enthousiasme à propager, trouva en W alter\nCrâne un prosélyte ardent et le plus gracieux, le plus aimable, le\nplus ingénieux popularisateur. E t n’est-ce pas à vous, Crâne, que\nl'on doit l’actuel engouement du moutonnier public pour les\npapiers-peints, les meubles anglais, les objets de Morris et les\nloques de L iberty ? V otre influence, Crâne, a été plus grande\nencore que votre talent. Un des premiers en votre pays vous essay­\nâtes d’embellir le décor de notre pauvre vie, et ceux que catéchi­\nsèrent votre parole, vos écrits, vos œuvres, sont légion aujourd-\n"}, {"page_pdf": 168, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": "                           F ÉVRIER-MARS                           155\n\n\nhui : Image, W h all, V o ysey, Sum ner, Gaskin, Housman ne sont-\nils pas vos élèves, en somme, et tous ceux qni collaborent à ce\nmauvais périodique, le Studio, et tous ceux qui apprirent un métier\nd’art à Birm ingham ou à Manchester ne sont-ils pas un peu vos\nimitateurs? E t par eux vous serez dépassé, C rane, pour eux,\noublié : déjà l’on trouve maigre votre dessin et de goût allemand,\non reproche au faux archaïsme de vos peintures, à votre trop\nabondante « facilité », au manque d’abstraction de vos décors,\npleins des historiettes de vos albums !\n   Mais vous resterez, bon Crane, l’unique évocateur des féeries et\ndes vieux contes, et mon admiration sera à vous encore lorsque\nles riches papiers-peints seront usés, les étoffes esthétiques élimées,\net les beaux, les inutiles mobiliers rongés des vers et trépassés ;\nvous resterez, par vos livres d’images, le dispensateur de très\nartistiques, de très pures, d’incomparables joies 1\n\n\n\n  JA M E S ENSOR.\n\n\n    Depuis quinze ans les œuvres de M. Ensor sont le scandale des\n expositions : On les vit à l'Essor, aux X X , rarement aux Salons\nd’où les ju rys graves les exilaient. L ’exposition actuelle ne pré­\nsente qu’une faible partie de l’œuvre de M. Ensor, mais embrasse\ntoute la carrière de l’artiste et nous donne de revoir les toiles qui\nsuscitèrent les colères et les rires et valurent à M. Ensor d’être,\ndès ses débuts, conspué.E t voici les Masques, le Pouilleux indisposé,\nle Lampiste, la Dame en détresse, des natures-mortes, des fleurs.\n L a peinture de M. Ensor paraît singulièrement assagie depuis\nl ’époque déjà lointaine où elle soulevait l’indignation d’un public\népanchant à flots sa sottise. E t ce Pouilleux, ce Lampiste, ces Mas­\nques, — qui m ’évoquent le souvenir de toiles absentes, les Po-\nchards, les Intérieurs bourgeois, dont les outrances jadis effarèrent,\n— resteront parmi le meilleur de l’œuvre peint de M. Ensor.\n L ’artiste aujourd’hui s'est singulièrement écarté de la voie de ses\ndébuts et sa production actuelle ne fait point prévoir qu'il y re­\ntourne jam ais ; et que ce soit un bien ou un mal, qu’il ait raison\nou tort, il serait prématuré et il ne m’appartient pas de le dire.\nMais on ne peut méconnaître et il est bon de rappeler l’énorme\n"}, {"page_pdf": 169, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2716, "texte": "                                           LE RÉVEIL\n\ninfluence que M. Ensor — et avec lui son disciple W illy Finch (*)\n— exerça un moment sur la plupart d'entre nous, sur certains qui\ndepuis ont évolué et dont la personnalité s’est affirmée. Cette influ­\nence, M. Toorop la subit plus qu’aucun et elle s’étendit même\njusqu’à M. Khnopff qui lui dut sa meilleure toile peut-être, En\nécoutant du Schumann.\n   Mais le beau peintre qu’était M. Ensor, le coloriste enthou­\nsiaste et puissant, épris jusqu’ici de réalité, le voici sollicité par\ndes rêveries m ystiques manifestement inspirées par l’œuvre\ngravé de Rembrandt. E t ce sont de vastes et blonds fusains, la\nMort mystique d’un théologien, les Auréoles du Christ ou les sensibi­\nlités de la Lumière. Mais ces compositions ne constituent qu’un\népisode, qu’une hésitation dans la marche de l’ artiste. L a\npitoyable odyssée d’un Christ, un Christ bafoué, auquel peut-\nêtre il se comparait, et abreuvé de fiel comme lui, Ensor,\nl’avait été de sarcasmes — est suivie bientôt des Terribles\ntribulations de Saint Antoine et d’une innombrable série de\ndessins coloriés et d’eaux-fortes où Ensor affirme décidément\npour le grotesque, les diableries et le macabre, un goût dont il\nne se départira plus.\n   Et voici que vomissant d’horribles invectives, éjectant des\nflots d’ordures, il se venge des outrages que le public lui infligea,\npar des œuvres qui l'insultent, des œuvres où sous la cocasserie\net l’apparente jovialité des conceptions, perce une haine féroce,\nune amertume cruelle. L e visage humain n ’est plus pour lui que\nprétexte à hideuses déformations ; l’humanité, il la montre livrée\nà ses bas instincts, vautrée dans la fange. Il perd tout respect,\n hue la sottise de la foule, (Bourgeois indignés sifflant Wagner,)\n raille la science et le progrès, (Les mauvais médecins, L a sensibilité\n en 1890 et la vivisection, L a sensibilité en 1590 et la roue, le\n bûcher, etc), crache, sur « nos plus nobles institutions », la\n\n    (*) A près l’exposition rétrospective de M . Ensor, une exposition des œ uvres de M . Finch\ns’indiquerait. Liés d’am itié, défendant les m êm es idées, poursuivant en art un but identique, le\ntravail de ces deux artistes s’accom plit en quelque sorte parallèlem ent. M ais M . Finch, esprit\nm oins fantaisiste, m oins im aginatif, m ais aussi plus scientifique et m oins troublé que M . Ensor,\nmontrerait une plus logique évolution, on n’ignore pas que M . Finch fut, en Belgique, le premier\nadepte des théories de R ood que G eorges Seurat et M . Signac appliquaient à la peinture. U ne\nexposition do ce probe artiste, — qu’on oublie un peu, sem ble-t-il, — serait, à plus d’un titre,\n                                  intéresa\n"}, {"page_pdf": 170, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "                          FÉVRIER-MARS                           157\npolice, la magistrature, et ne voit dans « l’imposant appareil\nde la Justice \" q u ’une solennelle bouffonnerie, (Les bons juges).\n   Si sa verre satirique et grossière s ’élève parfois à la hauteur\nd’un pamphlet, comme dans le Massacre des pêcheurs ostendais, —\npacifiés à coups de fusil, — elle s’amuse aussi à encarnavaler\nl’histoire, telle cette extraordinaire Bataille des Eperons d’Or,\noù, dans le fourmillement de la lutte, les chevaliers se livrent\naux plus scatologiques ébats, à d’inénarrables et furieux assauts ;\nou bien, comme dans Les soudards Kès et Pruta entrant dans la\nVille de Bise, montre une cité bizarre, toute blanche de givre,\ninvestie par des hordes de mercenaires, rappelant, en leurs\nlégions burlesques, les défilés de nos milices bourgeoises.\n   E n somme, malgré le peu de sympathies q u ’é v e illent sans\ndoute chez les gens \" sérieux \" les tendances actuelles, les allures\ntrop indépendantes de M. Ensor, on ne peut méconnaître en lui\nune personnalité aux faces nombreuses, un talent indiscutable.\n\n\n   POUR L’ART.\n   Modelée sur le patron de la Libre Esthétique, — ainsi que le\nseront, n’est-ce pas ? toutes les expositions à venir, Société des\nBeaux-Arts ou même Aquarellistes Royaux, — le cercle Pour l'A rt\na souci d’exhiber un certain lot de curiosités étrangères renforçant\nl’habituel contingent local. E t ces expositions rentrent ainsi dans\nle programme de divertissement des gens du m on de, — p a r les\nmusiques ou conférences, — et des « am ateurs » qui y vont\néchanger, contre de l’argent, de petits étains. A h ! mais, c’est que\nle goût se forme et que les exhibitions d’art deviennent pour les\nvieux marchands de bric-à-brac et pour les magasins de frivolité\nune concurrence redoutable. L es négociants du \" haut de la\nville \" peuvent se ruiner en inefficaces réclames : leur élégante\nclientèle trouvera en de plus séduisants bazars à satisfaire ses\ngoûts distingués !\n   Car ces salons semblent répondre plutôt au désir d'étonner,\nde fasciner, de raccoler le public par de bruyantes parades, qu’à\nune ferme et convaincue volonté d'œ uvrer pour le Beau. E t je\nne doute pas que bientôt, tout souci d’art définitivement banni,\nelles ne s’assimilent au rang des \" Universal providers \", des\n"}, {"page_pdf": 171, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "  158                          LE RÉVEIL.\n\n \" W orld’s fair \" et n’aient finalement plus de rapport avec les\n Magasins du L ou vre qu’avec le Musée du même nom.\n       L ’importance que prennent les arts d'ornementation, les arts\n    industriels, pousse, par raison de mode, \" l’artiste \" d’hier à se\n    faire artisan, à univers aliser son talent, à le disperser plutôt,\n    comme M. Coppens, en recherches inquiètes. Et il faudrait\n    louer M. Coppens pour la diversité de ses tentatives et sa\n    curiosité en dehors de la peinture : il est céramiste et potier,\n    il a des reliures, des étains, un tapis.. Mais ce tapis, par\n   exemple, est conçu comme un tableau, il a un « sujet t, il a\n   des ombres dégradées, des demi-teintes, une perspective. S ’il\n   ne peut être regardé que dans un sens, il ne peut davantage,\n   condition première cependant à exiger d'un tapis, être vu à plat.\n   Ce tapis, qui n ’est pas un tapis, ne peut être pendu à un mur\n   puisqu’il n’est pas non plus un tableau. Je puis être sévère envers\n   M. Coppens, étant moi-même, dans un essai antérieur au sien,\n   tombé dans l’une au moins des erreurs que je lui signale. Un\n  tapis est un objet de pure ornementation et doit par conséquent\n  répudier toute idée d’anecdote, écarter toute représentation\n  naturelle des choses. Mais le motif du décor peut être suggéré\n  par la nature, se constituer de formes hiératisées d'animaux, de\n  fleurs, — ainsi, dans le lotus égyptien, hiératique, se retrouvent\n  toutes les parties constitutives du végétal. Si donc le motif choisi,\n  le thème décoratif, comme dans le « foyer » de M. Coppens, est le\n  poisson, il s’agit d’agencer une arabesque où l’animal ne soit que\n prétexte à déformations décoratives, belles, évoquant l 'idée de\n poisson. Mais l’artiste dépassera le but, échouera à figurer, se\n jouant dans une onde, parmi des nénuphars et des reflets de lune,\n de réels poissons ! Persister dans cette voie serait aboutir vite\n à l’imitation de ces populaires descentes de lit à tigres furieux et\nà paisibles terre-neuve; mais je crains fort que l’on n’aille même\n plus loin : les artistes-tapissiers nous feront piétiner bientôt,\n après les zoologies variées et les extravagantes flores géantes, des\nportraits de famille et des effigies de célébrités, — tant grand\nsera leur désir d’innover. Ils ignorent que l’art ne se renouvelle\npas par la nouveauté des sujets, mais par la stricte observance et\nla juste application de ses éternelles lois.\n     L e défaut de convenance, d'appropriation que j ’ai reproché au\n"}, {"page_pdf": 172, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2448, "texte": "                           FÉVRIER-MARS                         159\ntapis de M. Coppens, je pourrais le faire aussi à sa garniture de\ncheminée, aux reliures de M. W iener et, en général, à la plupart\ndes productions qui figurent sous l’étiquette maintenant à la\nmode «d’art appliqué ». Car les artistes n’obéissent point à un\npur souci d’art, mais flattent et encouragent un goût momentané\ndu vain public pour tout cc qui est «artistique», — un goût\nplus dangereux peut-être que celui qu’il éprouvait précédemment\npour la basse camelote du commerce. L e public, qui a un\néloignement natif pour ce qui est abstrait, ne comprend pas que\nla beauté soit de formes, de lignes, de proportions, de matière ;\net l’art ornemental consiste, dans son esprit, à convertir en choses\ninutiles des objets d’un usage courant, à compliquer le simple,\nà couvrir d’injustifiables surcharges des ustensiles qui jusqu’à\nprésent en étaient privés.\n  Non, un vase quelconque ne sera pas embelli par l’application\nd’une croupe féminine, d’une fleur, d’une grenouille; et les\nproductions monstrueuses de Palissy, de même que ces faïences\nbrabançonnes simulant, presqu’en trompe-l’œil, des volailles, des\nlégumes, des fruits, sont des aberrations absolues du goût, le fait\nd’une totale ignorance de la beauté. L e Japon aussi exerça une\ninfluence parfois néfaste sur nos industries d'art. N’est-ce pas à\nlui, dans la poterie principalement, que l’on doit ce goût du\ntourmenté, du bizarre et du difforme ? E t la vogue énorme\nattachée aux produits d’extrême-orient, aux « chinoiseries », ne\ntémoignerait-elle pas un peu de leur infériorité ? L es japonais\nfurent avant tout d’uniques imagiers et de précieux décorateurs\nde tissus, mais bien souvent, et dans la plupart de leurs poteries\net dans maints de leurs bronzes, ils font preuve d’ une esthétique\ndéplorable, à la fatale séduction de laquelle des artistes de talent\nn’échappent pas. J'en prends un exemple : L es deux potiers\nDelaherche et Dalpayrat-Lesbros, rivalisent par la beauté de\nleurs émaux, et les produits du second, si l’on juge par les\ndéballages nombreux, doivent avoir acquis, plus que ceux du\npremier, la vogue. Pourquoi ? Parce qu’ils sont justement\nd'esthétique japonaise, parce qu’ils possèdent cette amusante\ndiversité propre à séduire la foule. L a forme, la couleur, l’aspect\nde ces grès varient autant que leur destination : il y a des\ncrapauds, des masques, des ossements, de vagues rondeurs de\n"}, {"page_pdf": 173, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 880, "texte": "160                         LE RÉVEIL\n\nchair, des éléphants, une tête au fond d’un cendrier, etc. Rien\nn’est la longue plus lassant et vite on subit le dégoût de ce\nqui à n'est que futile, anecdotique ou bizarre. E t les vases de\nDelaherche, les vases nus, auxquels ici-même j'ai peut-être bien\ninjustement reproché la monotonie, recèlent une beauté plus\ndurable et plus pure, leurs formes étant pures et belles.\n    Mais, comme je l’ai dit, les artistes ne semblent guère plus\nsoucieux que le bon public lui-même de questions d’esthétique et\nl’on ne doit naturellement attendre d’eux aucun effort pour le\ndétourner d'un courant de mode où eux-mêmes l’entraînent. E t\nle public, comme auparavant, choisira toujours de deux objets\ncelui qui est orné et les métaux de M. W olfers parce qu’ils sont\n\"i riches \" .\n                                           G eo r g e s L e m m e n .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-023", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 161, "page_fin": 162, "titre_corps": "Éphémérides nationales", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Tutu", "ancre_debut": "ÉPHÉMÉRIDES NATIONALES C’est aujourd’hui le cinquantième anniversaire", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 174, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 110, "fin_caractere_exclue": 2036, "texte": "ÉPHÉM ÉRIDES NATIONALES\n        C'est aujourd’hui le cinquantièm e anniversaire de notre indépendance nationale !\n                                          J. Casteletn, lre vers de la Brabançonne. Le\n\n  Journal des Gens de lettres belges      a bien réellement reparu. Le\n   docteu r V alen tin y sign ale com m e abso lu m en t rem arqu able\n                           la Jeune Belgique.\nle n u m é ro d e ja n v ie r d e                      E t il p ro cla m e : «\nPoètes et prosateurs y font assaut de talen t et de style. A part »\nune couple « d’états d’âm istes », il nous faudrait les citer tous. »\nIl y a là des vers superbes, des vers de vrais poètes, de poètes »\nd e p rem ier ran g. A u p rès d ’eu x, 1 ’« illu stre m aître » d ’E m ile »\nLecom te, M allarm é, fait tout sim plem ent pitié, et Paul Verlaine »\nm ême, sauf en quelques endroits, n’est qu’un maladroit gâcheur,\n  t Le docteur Valentin assure, attendri, que nous n’avons jam ais\neu d’écrivains   t le faisant dans une langue plus belle et plus bril­\nlante, ni plus à la fois.   »\n   Cet aveu nous scandalise.\n                                            X\n  La Jeune Belgique de février reproduit, commente, et loue un\nfragment du livre de M. Max Nordau, la magistrale exécution\nintitulée : Symbolisme.\n                                            X\n Le Journal des Gens de lettres belges de février reproduit, com­\nmente, et loue un fragment du livre de M. Max Nordau, la\nmagistrale exécution intitulée : Symbolisme.\n                                             X\n M. Valère Gille fait savoir, à la Jeune Belgique, que M. Maurice\nMaeterlinck est un pseudo-artiste.\n                                            X\n   L e docteur Valentin fait savoir, au Journal des Gens de lettres\nbelges, qu’on ne «gobe déjà plus cette bonne blague — (M. Maeter­\nlinck) — qu’au suave Réveil de Gand, et encore... » (sic).\n                                             X\n"}, {"page_pdf": 175, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1285, "texte": "162                         LE RÉVEIL\n\n De la Jeune Belgique :\n        Berthe, Berthe, pourquoi t’acharner à la perte,\n        Du jeune et beau Néarque, Berthe,\n        (etc., etc.).\n                                X\n D u Journal des Gens de lettres Beiges :\n               Allez y , traitez moi de bûche,\n               De ganache, de ramolli!\n               A chaque rime je trébuche :\n                Je suis d’un gâtisme accompli,\n               tetc., etc.).\n  D e la Jeune Belgique :\n               Autour de la table de fer\n               Babille un joyeux groupe,\n               Que l’or glacé du Rœderer(1)\n               Parfume notre coupe,\n               (etc., etc.).\n                                 X\n  Du Journal des Gens de lettres Belges .\n               Mais f i de vers pour imbéciles\n               Qu’un vieux moricaud fa it pleurer !\n               F i de vers si peu difficiles\n               Qu’on les lirait pour digérer,\n               (etc., etc.).\n                                 X\n  L e Journal des Gens de lettres Belges fusionne avec la Jeune\nBelgique. M. Iwan Gilkin et le docteur Valentin exerceront con­\njointement les pouvoirs consulaires.\n                                    (du Calendrier de T U T U .)\n\n\n\n\n  (1) Encore ? (Note de la Rédaction).\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-024", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 163, "page_fin": 166, "titre_corps": "Tablettes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TABLETTES Quelques coquilles se sont glissées", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 176, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 92, "fin_caractere_exclue": 1660, "texte": "TABLETTES\n\n  Quelques coquilles se sont glissées, en la lettre de Mr A lbert\nMockel, au dernier numéro du Réveil. Nous prions notre cher\ncollaborateur de nous excuser, et nous nous hâtons de les\ndénoncer :\n  Page 63, ligne 38, il faut : et leur sagacité.\n     ib.  , dernière ligne : ces étonnantes machines.\n  Page 64, dernière ligne : frapper le bon pour atteindre le vil.\n\n                                X\n\n  Nous avons reçu : O Instituto, revue scientifique et littéraire\nportugaise. L a partie littéraire comprend des vers de Mr Louis\nPilate de Brinn’Gaubast, (si loin, mon Dieu !) et, ce qui est\nmieux, un poème de Mr Eugenio de Castro, intitulé Tiresias\net dédié à Theophilo Braga, le pocte bien connu des Tempêtes\nsonores, des Mirages Séculaires, etc. A citer ce tercet :\n\n             Solto o pallio de purpura solemne,\n             Os cabellos, a tunica c os collares,\n             Eil-a que entra nas aguas do Hippocrene.\n\n   V oilà des vers que Bocage n’eût pas hésité à signer. Un peu\nplus loin, nous rencontrons un néologisme exquis, « rufladoras, »\ndû au célèbre romancier brésilien José de Alencar, l’auteur\nd’lracéma et de Guarany.\n   Mr Eugenio de Castro ne démérite pas de ses aînés : Almeida\nGarret, Castilho, Thom az Ribeiro, Guilherm e Braga, Guerra\nJunqueiro, Bulhâo Pato, Gonçaloes C resp o ettan t d’autres mer­\nveilleux artistes, hélas ! trop peu connus des littérateurs Belges\net Français.\n                                X\n\n  Il paraîtra à Bruxelles le 6 Octobre de cette année un journal\nd’art et de critique, intitulé la Vie Littéraire.\n"}, {"page_pdf": 177, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2081, "texte": "164                          LE REVEIL\n\n     Sa matière sera partagée comme suit : un article d’idée, de ten­\n  dance, d’esthétique ou de biographie ; des compte-rendus de tous\n  les livres qui paraissent, des discussions impersonnelles et con­\n  sciencieuses sur ce qui intéresse les beaux-arts et particulièrement\n  les lettres; des correspondances de Vienne, de Paris et d’A lle­\n  magne, des notes sur la musique et la peinture, un memento\n général et complet relatif à toutes les manifestations d’art, d’où\n  qu’elles viennent ; un bulletin bibliographique enfin. Une prose\nl e t un poème dans chaque numéro formeront la partie de pure\n  ittérature.\n     La Vie Littéraire paraîtra en 8 pages grand format, tous les\n  quinze jours. Une collaboration nombreuse s’est groupée déjà\n autour de ceux qui eurent l’initiative : Paul Arden, Albert L é v y ,\n  Léon Paschal, Fernand Roussel.\n     L e journal est sous la protection d’un Comité composé d’un\n  nombre illimité de membres I l fait appel à tous les artistes inté­\n  ressés à la réussite de cette tentative et les prie de vouloir bien\n envoyer leur adhésion provisoire à M. Léon Paschal, 3, rue du\n  Mambour à Liège, qui leur fera parvenir tous les renseignements\n  qu’ils pourront désirer.\n                                  X\n\n   En préparation, de Max Elskamp : Les sept œuvres de Misé­\nricorde.\n                                  X\n\n   Sous presse au Réveil, pour paraître le 15 avril :\n     L ’Ame en E xil, un volume de vers de Georges Marlow.\n      Paroles Intimes, un volume de proses de Léon Paschal.\n   L a souscription à ces deux volumes est ouverte au Réveil.\n\n                                  X\n\n  Voilà que Mr Camille Doucet est mort.\n  On lui doit ce vers simple :\n              Léon, je te défends de brosser mon chapeau !\n  A rapprocher d’un alexandrin de Benoit Quinet, cet autre\n mort illustre :\n              E t la peste se mit dans les pommes de terre.\n\n                                  X\n\n   A vril, avril ! pêchons, en la Revue Hebdomadaire du 30 mars,\n ces vers économiques de Mr André Lem oynne ;\n"}, {"page_pdf": 178, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2397, "texte": "                            FEVRIER-MARS                          165\n\n\n                          V o l d ’O is e a u x .\n\n        Les cygnes migrateurs qui passent dans les airs,\n        Pèlerins de haut vol, fiers de leurs ailes grandes,\n        Sont tout surpris de voir tant d'espaces déserts :\n        Des steppes, des marais, des grèves et des landes\n\n        « C ’est triste, pensent-ils... ne croit-on pas rêver\n        Quand, à perte de vue, on trouve abandonnées\n        D ’immenses régions qu’on devrait cultiver.\n        Et qui donnent sans fr u it depuis nombre d'années ?..\n\n                     A   A u g u s t e P o in t e l in .\n        Dans un siècle de fer, de houille et de vapeur,\n        La vie est rude, hélas ! pour le paysagiste,\n        S i la gloire est souvent un mirage trompeur,\n        L a fo i ne s'éteint pas dans un vrat cœur d'artiste...\n\n                                     x\n\n  L e Journal des Gens de lettres Belges exhibe «p our l ’horripi­\n  lation des adolescents du Réveil » (hélas !), un pas mal long\n« tœnia rostré Benoit Quinet. « Quand on considère, dit-il que ce\n« sont là les vers d’un gamin de dix-huit-ans, aujourd’hui pres-\n  qu’octogénaire(1) et n’ayant jam ais cessé de produire des pages\n« superbes; quand on songe que ses œuvres subséquentes infatiga­\n  blement signalées par nous depuis vingt ans, ne lui ont guère\n« valu, jusqu’ici, dans nos jeunes régions, que les brocards de nos\n« plus ignares avortons de lettres ; lorqu’au nom de Benoit Quinet,\n« de Coomans,deux de nos gloires les plus pures,on entend opposer\n« le nom de Casteleyn dans certains petits cénacles, quel esprit\n« sensé, quel homme de cœur pourrait s’étonner encore de nous\n« vo ir parfois rentasser brutalement tant d'ombilics endoloris,\n« mis à v if par trop de béates et mutuelles caresses ? Qui pourrait\n« nous blâmer d’être à certains moments sans pitié devant tant\n« d’impertinente sottise, d’ignorance et de juvénile candeur ? »\n   L e docteur Valentin — qui donc disait que les morts sont vite ?\n— voudrait nous persuader que ces trois défunts illustres : Coo­\nmans, Benoit Quinet, lui-même enfin, eurent une fort belle langue.\nNous sommes sceptiques; nous nous refusons énergiquement à ce\nqu’il nous la passe, en tous cas. E t nous repoussons furieusement\nses insinuations sénilement ombilicales.\n\n  (1) Octogénaire ? Mais il est mort ! (Note de la Rédaction.)\n"}, {"page_pdf": 179, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1634, "texte": "166                            LE RÉV EIL\n\n  L es lecteurs du Réveil qui posséderaient de l’année 1894 des\nnuméros souillés, pourront en obtenir gratuitement le remplace­\nment, en s’adressant à l’Administration de la revue avant le\n1er mai prochain; à cette date, ce service gratuit sera supprimé.\n\n                                   X\n\n               A N T H O L O G IE F R A N C O -B E L G E .\n                                             au Dr Emile Valentin, dit\n                                             : le T o m b e a u -q u i-r e c a lc itre .\n\n   D ’un article de M. Paul Sainte-Brigitte sur M. Camille Lem on-\nn ier, intitulé : Coups de plume translucides :\n   Homme de cœur, extrêmement pitoyable et généreux ; travailleur\nardent dont le bagage littéraire surmonte de beaucoup celui des\ngrands producteurs par le nombre des livres et la complexité des\nallures.                            (La Justice, 20 Janvier 1895.)\n\n                                   X\n\n  A propos de M. Louis Heym ans :\n   Ayant eu le malheur de perdre son pire, abattu dcans la force de\nl’âge, victime d’un travail forcené, il se raidit, s’ankylosa et s’impro­\nvisa vieillard au seuil de la jeunesse, afin de piocher consciencieuse­\nment le sérieux nécessaire aux responsabilités imprévues qui s’impo­\nsaient à lui.                             (Petit Bleu, 22 Janvier 1895.)\n\n                                   X\n\n  D ’un Bulletin Politique :\n   « L es dernières nouvelles suivantes de la capitale espagnole\njettent quelque lumière sur la situation, mais ne font que l’assombrir\ndavantage.                           (Etoile Belge, 19 mars 1895.;\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-025", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "COLLECTION DU “ RÉVEIL » chez EDMOND DEMAN", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 180, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 188, "fin_caractere_exclue": 6578, "texte": "C O L L E C T I O N D U “ RÉVEIL »\n\n           chez EDMOND DEMAN, libraire à Bruxelles\n\n\n\n\n                                                                                                                                     M. Kats, rue courte du Jour.\n\n\n\n\n                                                                                                                                        la Chaussée d’Antin, 11.\n                                 Rue d’Arenberg, 16\n\n\n\n\n                                                                                                                                     Gnusé, rue du Pont d’île.\n                                                                                                                                     Hcymans, rue du Bruul.\n\n\n\n                                                                                                                                     Liltauer, Odeonsplalz.\n                                        ONT PARU :\n1 8 9 4 — M a u r i c e M a e t e r l i n c k : Alladine et Palomides, Intérieur, la Mort\n                                         de Tintagiles, trois petits drames pour\n                                         marionettes. (Troisième Edition.)\n                                         Un volume in-16 raisin sur fort papier\n                                         vélin teinté, orné de culs de lampe de\n                                         Georges M in n e .......................... Fr. 3,50\n\n\n\n\n                                                                                                                                     M A L IN E S\n       F e rn a n d R o u sse l :        L e Bonheur Irréel.\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                      M UNICH\n                                                                                                                                     LIÈGE :\n\n                                                                                                                                     PARIS :\n                                                                                                           DÉPOSITAIRES DU RECUEIL\n                                                                                                                                     GAND :\n                                         Un volume de proses, in-16 grand-mé­\n                                         dian, avec un frontispice de Charles\n                                         Doudelet ; tiré à 250 exemplaires nu­\n                                         mérotés sur papier de Hollande Van\n                                         G e ld e r ..................................... : Fr. 2,00\n\n1895 —    E m ile V e r h a e r e n :    Les Villages illusoires.\n                                         Un volume de vers, in-16 grand-jésus,\n                                         tirage limité ; impression en deux cou­\n                                         leurs sur fort vélin teinté ; orné de qua­\n                                         tre images par Georges Minne. F r. 3,00\n                                                                                                                                                         de\n        H e n ry M au b el :             Ames de Couleurs.\n                                                                                                                                     Société anonyme « l’Art », Avenue\n\n                                         Un volume de proses, in-i6 royal»\n                                         tirage limité, impression en deux cou­\n                                                                                                                                     Doliger, Galeries de la Reine.\n\n\n\n\n                                         leurs, sur papier vergé de cuve Fr. 2,00\n                                                                                                                                     Deman, rue d’Arenberg, 16.\n\n\n\n\n                                                                                                                                     Engelcke, rue des Foulons.\n\n\n\n\n                          VIENT DE PARAITRE :\n                                                                                                                                     Hoste, rue des Champs.\n                                                                                                                                     Forst, Place de Meir.\n\n\n\n\n                                                                                                                                       la Toison d’Or, 56.\n\n\n\n\n       V i c t o r R e m o u c h a m p s : Vers l’Ame.\n                                         Un volume de proses, in-ifi impérial ;\n                                         tiré à 250 exemplaires numérotés sur\n                                         papier deHollandeVan Gelder. Fr. 3,50\n\n                   POUR PARAITRE LE 15 AVRIL\n        G e o rg e s M a rlo w :          L ’Am e en E xil.\n                                         Un cahier de vers, in 12“ raisin oblong,\n                                                                                                                                     BRU XELLES\n\n\n\n\n                                         tirage à 250 exemplaires numérotés,\n                                                                                                                                     ANVERS :\n\n\n\n\n                                         sur papier de cuve Ingres teinté.\n                                                                          Fr. 3.00\n        L éon P a sc h a l :             Paroles intimes.\n                                                                                                                                                                      GAND\n\n\n\n\n                                          Un volume de proses, tirage limité,\n                                          format in-160, sur papier français vergé\n                                          de c u v e .......................................... Fr. 2.00\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-02-n14-15-026", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE DU N UMÉRO DE FÉVRIER-MARS 1895", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 181, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 888, "texte": "SOMMAIRE DU N UMÉRO DE FÉVRIER-MARS 1895\n\n\n\n\n       Hors texte de Georges Minne : La Cène.\n\nLéon Paschal.................La Littérature de demain\nGustave Kahn . . . .           Vers\nEmile Verhaeren.       . . . En Flandre\nPierre M. Olin . . . .         M on cœur au Glaive\nCharles Van Lerberghe . Entrevision\nPaul Gérardy, trad. . . Le Grand M ystère Thu-\n                                  ringien, ou le Jeu spi­\n                                               rituel des dix Vierges.\nFernand Roussel.    . . . V ers\nGeorges Mesnil . . . .    l'A r t impossible\nGeorges Mariow.     . . . L ’Aube.\n      —                   L ’Ame Sœur\nRodrigue Sérasquier . . L ’Ame pérégrine\n\nGeorges Lemmen : Chronique artistique. — Denis\n  Lalieux : Chronique littéraire. — Tutu : Ephémé-\n  rides N ationales. — Tablettes.\n\n\n\n\n     Gand, Imprimerie centrale G. De Keukelaere, rue longue du Verger, 31\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 78, "texte": "FLANDRE ET W ALLO N IE\n\n\n\n\n                                     LE REVEIL\nVe ANN ÉE N° 14 et 15 (n o u v . série)      F é v r i e r - m a r s 1895\n                                          C e n u m é r o d o u b le 1 Fr.\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "Voir le Sommaire à la quatrièm e page de\n            la couverture\n\n                      LE R É V E I L\n                         (F L A N D R E E T W A L L O N IE )\n\n     MENSUEL DE LITTÉRATURE ET D’ART\n                                      NOUVELLE SÉRIE\n\n  Paraît le dernier jour dit mois en fascicules de\n                  48 ou 60 pages.\n\n\nSecrétaire de la Rédaction : F r é d é r i c F r i c h e\n  Comité de Rédaction: A l b e r t A r n a y , L u c i e n                         De   B u ssch er,\nC iia r i.e s D e i x h e v a l e r i e , M a x   E ls k a m p , F r é d é r i c    F r ic h e , P a u l\nG é r a r d y , Edm ond G le s e n e r , R ic h a r d L e d e n t, M a u r ic e M a e t e r ­\nlin c k ,   H e n r i M a u r e l, A l b e r t M o c k e l, P i e r r e     M.     O lin , Edm ond\nR a s s e n fo s s e , H en ri d e R é g n ie r , S té p h a n e R ic h e lle , G r é g o ir e\nL e R o y , R o d rig u e     S é r a s q u ie r , C h a r le s   V an    L e r b e r g h e , E m ile\nV erh aeren .\n\n\n                      Rédaction, Rue de la Roue, 5, Bruxelles.\n                  Administration, Rue Neuve St-Pierre, 71, Gand.\n\n\n\n             A b o n n e m e n t : un an 5 frs. (Étranger 6 francs.)\n\n                             LE NUMÉRO: 5 0                centimes.\n\n\n                          SÉRIE DU RECUEIL :\n1ère A N N E E , 1891, (les Essais) un volume in-40 de\n          200 pages. (Quelques exemplaires) . . .                                         . fr. 4- 0 0\nIIe A N N É E , 1892, un volume in-8° raisin de 400 pages\n          Prix, marqué’ fr. 5 (quelques exemplaires)\n          Prix majoré en raison de la rareté du volume \" 12 0 0\nIIIe A N N É E , 1893, un volume in-8° coquille de\n          400 p a g e s .................................................................»      6 00\nIV e A N N É E , 1894, un volum e in-8° grand-médian\n          de 520 p a g e s ......................................................... »          6 00\n  L ’année 1895 formera deux volumes in-8° de 300 pages chacun.\n\n\nL 'A d m in is tr a tio n ra ch è tera it au p r i x f o r t des e x e m ­\n        p la ir e s en bon é ta t des n0s 4 et 5 de 1892\n    ainsi que des n°s 1 et 3 des E s s a i s (1891).\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": ""}, {"page_pdf": 81, "texte": ""}, {"page_pdf": 82, "texte": "          LA LITTÉRATURE DE DEMAIN.\n    Il a paru, il y a vingt ans déjà, un livre dont les idées\njetèrent dans mon esprit de vives lumières. Je parle de\nla Teoria dei periodi politici de Ferrari. La rareté\nde la revue où le livre parut en articles m’en interdit la\nlecture, mais un long [compte-rendu publié au tome II\nde la Revue Philosophique m’en tint lieu. Le titre\nlaisse transparaître le sujet. Ferrari observe une con­\nstance, jamais démentie par l’histoire, dans la manière\ndont les ères sociales se succèdent et il détermine les\nlois de ces renouvellements. Cette œuvre m’eut inspiré\nseulement l’intérêt que requiert toute idée neuve si je\nn’avais eu présentes des vues très nettes sur la manière\ndont concordent les périodes sociales et les écoles litté­\nraires. Il importe de faire voir la dépendance de ces\ndeux domaines. Un événement social ou politique fut à\nla base de tout revirement d'art. Il est banal de rappeler\nl’influence de la Grèce vaincue qui poliça la poésie fruste\nd’Ennius. L’esprit chrétien fit prévaloir le rythme binaire\nau détriment des rythmes tertiaires. Le mariage d’Eléo­\nnore de Guyenne avec un roi de l’Ile de France fit fleu-\n                                                       6\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "70                       LE RÉV EIL\n\nrir au nord de la Loire la « gaie saber » de Provence et\nles victoires de Louis XIV répandirent l’art classique\ndans l’Europe occidentale. Ces faits, à part le triomphe\nchrétien, sont d’apparence fortuits mais les énergies\nsociales aussi suscitent une littérature en même temps\nqu’une situation morale et ces deux ordres d’activité\nrévèlent leur concordance aux yeux qui vont au fond\n des origines. Avant un mouvement politique la littéra­\n ture précise le but vers lequel tendent les désirs confus\nde la mulititude. En fresques radieuses elle peint le\nmirage des îles prochaines. Ainsi dans l’homme chaque\nacte est précédé d’une image. Tous deux sont, dans son\ncerveau, les faces doubles, l’une interne, l’autre externe,\nd’un même phénomène nerveux ; ce qui se passe dans un\nêtre individuel se reproduit dans la société ; celle-ci\n offrant tous les caractères d’un organisme vital.\n    Voici brièvement la thèse de Ferrari : Après une\ngénération pensante, où s’ébauchent les théories, où les\nidées fermentent et pénètrent peu à peu la multitude,\n vient une génération où ces forces accumulées, ces éner­\n gies contraintes brisent violemment l’entrave qu’oppose\n à toute initiative l’inertie du passé. Ces ères ont chacu­\n ne une trentaine d’années. Mais des forces anciennes,\nralliant autour d’elles les intérêts lésés, réagissent contre\n l’esprit révolutionnaire dont les excès mêmes ont com­\n promis le triomphe. Il en résulte une période troublée\n par les alternatives du règne ancien et du règne nouveau.\n Ce dernier finit par s’affirmer et une ère apaisée vient\n clore le cycle. L’homme, durant ce calme, se contente,\n privé d’aspirations nouvelles,de jouir d’un état qu’il croit\n stable à toujours. Mais bientôt les questions non réso­\n lues, les iniquités subsistantes fomentent des idées\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                        FÉVRIER-MARS                     71\n\n d’équité et de justice. Une classe demeurée dans l’ombre\n revendique des droits méconnus et nous en revenons au\n premier stade décrit à la suite duquel les autres se renou­\n vellent. M. Ferrari met en lumière ces lois qui régissent\n toutes les vicissitudes de l’histoire. Leur vérité apparaît\n frappante en notre siècle. Après Voltaire, esprit rétro­\n spectif mais destructeur et sceptique, et J. J. Rous­\n seau, âme ardente, vient la révolution qui soudain\n détourne toutes les intelligences vers l’action au détri­\n ment de l’art. La figure de M. Mille dans l'Étui de nacre\n montre d’une manière animée cette volte-face brusque.\n Après les tourmentes sociales, où les âmes humaines se\nsont révélées dans le dévoilement de leurs passions, des\npoètes surviennent, poètes exaltés, ayant puisé dans les\nfastes de leur enfance assez de magnificences et de splen­\ndeurs pour en pétrir des rêves épiques. Bonaparte obsède\nHugo. Dans son art et dans les luttes qu’il soutint se\nreproduisent les grands remous et les revirements de\nla restauration. Hugo eut une vue consciente de cet\nétat. Il parle à maintes reprises de Richelieu dont l’épo­\nque eut avec la sienne des analogies. L’école parnas­\nsienne fat un romantisme figé. Entre le jouisseur et le\npoète pratiquant l'art pour l’art ne se trouve aucune\ndissemblance. Tous deux sont guidés par un même\nsouci d’égotisme. Le plus grand esprit d’alors : Leconte\nde Lisle, dédaigneux d’un temps où toute idée stagnait,\ntourna sa pensée vers la majesté des théogonies défuntes.\nLe réalisme est une résultante encore du même état.\nL’absence d’idées donna la prééminence à la forme dans\nle poème et au réalisme descriptif dans la prose.\n   Aujourd’hui se révèlent les signes des temps nouveaux.\nL’ère des précurseurs commence, selon les paroles de\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "73                       L E RÉV EIL\n\nFerrari. Autour de nous un mouvement profond se crée,\ndes désirs confus, des paroles indécises sont dites et\nc’est à nos œuvres prochaines de prononcer le mot déci­\nsif. L’art de demain sera social. Malgré nous, nos rêves\ns’imprégnent des idées éparses et des mirages ensoleil­\nlent les lointains. La science en ses prévisions confirme\nl’assentiment involontaire de notre esprit et un acquies­\ncement s’élève des foules obscures. Il ne s’agit point\n de créer des œuvres où ces dernières viendront se com­\nplaire. Entre elles et l’art, il exista à tous les siècles une\nlacune. Mais nous ressentons, en des émois fraternels,\nleurs angoisses, leurs espoirs et il nous est réservé la\ndestinée hautaine de traduire en un verbe immortel,\nétranger à elles, leurs vagues songes et leurs cris\néphémères. Nier, dans la conjoncture présente, l’art du\npassé et instaurer un art radicalement neuf serait une\npensée présomptueuse et légèrement risible. Un frisson\ninquiet agite nos rêves, des lumières se dévoilent, une\nfoi dans des félicités prochaines exalte nos désirs, un but\nprécis coordonne nos énergies et ces circonstances vivi­\n fieront notre art malgré les traditions anciennes qui ne\nmeurent jamais toute entières.\n    Ainsi donc nous entrons dans une ère nouvelle ; la plus\nbelle, car dans le champ illimité qui s’ouvre la pensée et\nle songe sont défrênés. L’Idée prépare son règne, tâchons\nde donner son envergure à nos œuvres et que nos voix\n aient un retentissement égal au sien. Elle se magnifie\n déjà aux poèmes actuels et ceux de demain s’inspireront\n d’elle encore d’avantage. Le siècle qui s’inaugure est\n fabuleux et grandiose par ses forces latentes, ses pro­\n fondeurs de souffrances et ses mirages. Il nous faut\n hausser notre âme, la faire vibrer à l’unisson de cette vie\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                      FÉVRIER-M ARS                       73\n\nfiévreuse, l’élargir jusqu’à ce que la « société promise »\nse meuve dans sa vastitude, tout ressentir enfin pour\navoir la puissance de tout dire. Car dans la fuite des\nêtres et du temps une seule chose demeure : les Œuvres.\n                                      L éo n P asch a l\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "74                      LE RÉV EIL\n\n\n\n\n                        VERS\n                        PAYSAGE\nLe rêve vieillissant s’est tordu aux balcons\nD e la maison sénile et close\nEn rictus fe r et bronze de griffons —\n Aux plafonds d’aride vieillesse\nSe fendillent des mascarons\nA utour de qui, l’évangile de Watteau peignit des roses.\nLes marches du perron tremblotent encore d'un pas,\nD u pas de qui descendit le dernier\nE t dans l’étang morne, non loin de là, jeta la clef\nD e la maison torve, appauvrie d'un trépas,\nE t dans plus solitaire asyle se cacha.\nE t blessé dans le jardin des anémones\nOù le jet d'eau roucoulait plaintivement\nEn face d'un reposoir d’amants,\nKiosque riant de chèvrefeuilles,\nCorrodé de mousses en sa niche de feuilles,\nLe priape tend la main pour l'aumône.\nImpassible sous le soleil ou les ondées,\nVivant la ruine stricte des choses terminées,\nLa maison vieille et close s’effrite aux doigts du temps,\nE t les rongeurs parmi les vieux buffets et les dressoirs\nSarabandent, puis s'ébattent dans l'armoire\nJadis hantée des gais billets galants trempés de larmes\nE t vivent, dans cette mort de l'homme, sans alarmes.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                     FÉVRIER-M ARS                      75\n\n\n\n\n                      X V IIIe\n\nLes faons des parcs et les paons des jardins\n N' ont voulu tressaillir à l'appel nostalgique\n‘Du cor de l'amant aux halliers de lutins,\nE t les fées marionettes, d'un rire soudain,\nOntparsemé de brindilles d'étoiles, l'herbe tragique.\nL ’herbe que ses pieds foulèrent indifférents !\nLe gazon sacré comme jadis Tempé !\nSéjour d’une muse ou de deux, où les calandres\nVenaient pépier près de sa voix, reine du Tendre !\n Bosquets jolis plafonnés de frondaisons,\n Cage aux baisers nonchalants !\n Alors l'amant, laissant tomber l'appel tragique\nE t se sentant si seul, quoiqu’épié,\nSi tranquille, quoique l’âme tant percée,\n Grave un hiérogramme sur un arbre touffu\nE t s'en va rimant, à demi-consolé.\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "76                  Le r é v e il\n\n\n\n                        LIED\n     L ’idole pâle de ce cœur\n     S ’est glacée un beau soir moqueur\n     D ’un printemps d’or et de parure.\n     Dans un jardin si solitaire\n     E t fané au bord de la mer\n     Le rêveur avive sa blessure.\n     D e blanches mouettesJolies\n     Se posent à la grève sans parole\n     E t s'enfuient à tire d’aile.\n      Blanches oscillations de pensées\n      Que le cœur pourpre ne saitfixer\n     Saignent des flèches que barbèlent\n     La mémoire âpre des jours d’étés.\n                                    G u sta v e K a h n .\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                         FÉVRIER-M ARS                         77\n\n\n                      EN FLANDRE\nLe vaste étalon noir fougueusement crêté\nD ’ébène et de soleil, s’ébroue en l’herbe froide ;\nQuand tout à coup ses y e u x brûlent et son cou roide\nHennit vers la femelle avec férocité.\nSa crinière lui cingle à flots d'orgueil la tête;\nE t son poitrail se gonfle et ses jarrets de fe r\nCassent sous eux le sol aussi dur que l’hiver\nE t son amour tumultueux monte en tempête.\nIl tangue au dos de la victime, il tangue et, lourd,\nIl la mord et la serre et la force, brisée ;\nElle, lesy e u x ailleurs, triste, quoique grisée,\nS'éplore en vague appel, là-bas, vers le soir sourd.\nLe soir? — il brûle ainsi qu'un éclat de cuirasse;\nIl est mortel; il rape une clarté d’acier\nSur la mare du champ et les fleurs du sentier :\nLe soir est rogue et dur à la plainte qui passe.\nTandis que plus féroce et se cabrant plus haut\nLe mâle en son étau de rut, appuyé, écrase,\nViolente, terrasse — et quoique las, s'embrase\nE t se raidit soudain pour un nouvel assaut,\n Tel! — Mais dès qu'on l’éloigne, énorme encor, le\n                                                           [ventre\nOrageux et ballant, les pas lourds et hagards ;\nElle, s'affaisse et tombe et rouvre ses regards\nSilencieusement pour que la mort y rentre.\n      (1886)                       E m il e V e r h a e r e n .\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "78                      L E RÉV EIL\n\n\n\n\n        M O N C Œ U R A U G L A IV E .\n\n       A travers les brumes pâles de cette journée paci­\nfiée, je vis une masse informe et monumentale. Des\nfrondaisons, des floraisons et des mousses prêtaient\nune vie intense à ce cadavre, car je reconnus que\nc’étaient les ruines augustes de quelque vieux temple.\n   Peu de chose paraissait subsister sous le formidable\nécroulement ; seuls les tronçons mélancoliques de deux\ntours gardaient le souvenir de leur geste vers les plus\nsublimes altitudes.\n   Comment dire les durs travaux que j’accomplis et les\npénibles chemins que je suivis, pour pénétrer sous\nl’amas des immémoriaux décombres ; trop longue serait\ncette monotone et fastidieuse histoire.\n   Ah, la beauté et la noblesse des pierres ouvrées,\ntombées là, les unes sur les autres, comme si quel­\nqu’impitoyable ouragan avait d’un coup renversé le\nmonument, à moins que les éternels et fiévreux brouil­\nlards de cette contrée maléficieuse, trompant de pré­\nsomptueux architectes, n’eussent pourri les fondations\njusqu’à ce définitif écroulement.\n   Mais quel fut mon étonnement, quand par le couloir\nde hasardeux débris, je parvins au cœur de cette ruine\nignorée, qu’une lueur mystérieuse éclairait encore :\nc’était une prodigieuse cathédrale d’un culte aboli hier,\neut-on dit, car les cierges brûlaient toujours leur\nflamme sans lumière et le faste d’une dévotion vivante\net somptueuse surgissait au milieu du silence ancien,\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                      FÉVRIER-M ARS                    19\n\nque seuls mes pas étrangers profanaient de sonorités\ngraves.\n   Avec une commençante terreur de ma solitude, mais\nun respect qui devait m’acquérir la mansuétude du\nmaître des sépultuaires nefs, je parcourus cette immen­\nsité architecturale qui semblait n’attendre que des prê­\ntres, pour chanter les gloires les plus éclatantes. Mais\nnul ne vint et les orgues restèrent muettes.\n    Aux bas-côtés, de nombreuses chapelles étaient\ndédiées à des saints et à des saintes, dont les icônes\nétaient souillés. Les uns étaient couverts d’immondes\ntoiles d’araignées et de poussière, la plupart avaient la\ntête brisée, plusieurs gisaient dans les coins en mécon­\nnaissables débris.\n    Pourquoi donc l’abandon de ce temple, dont la splen­\n deur intérieure niait la ruine extérieure ? Pourqui cet\n étonnant poème de pierres, de métaux et de vitraux?\n    Le chœur était barré d’un immense rideau de pour­\n pre, qu’on eut dit trempé dans du sang tant son éclat\n vivait encore. Ma main l’écarta et mon effroi fut\n extrême de découvrir un autel d’une richesse incompa­\n rable, barbare et terrifiante et qui était v id e .\n    Serait-ce donc pour le néant que fut rompue la\n primitive inertie de ces pierres ? Et rien ne répondait à\n mon angoisse interrogeante. Errant pour regagner des\n lieux moins étranges, je vis alors le portail ouvert, où\n se projetait une grande ombre mouvante et je me sentis\n pénétré par un souffle glacial, qui fit crier mes os dans\n leurs jointures. Dehors enfin, et échappé à cette hor­\n rible température — nulle arctique fête d’ours polaires,\n n’en offrit jamais de pareille — je me retournai pour\n regarder une dernière fois l’inquiétante ruine.\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "80                       LE R ÉV EIL\n\n    J ’étais devant le front de la cathédrale ; il était plus\nintact que les flancs, les tours paraissaient plus hautes\nd’ici, et le portail ouvrait entière sa large baie. Mais\n du sommet de l’ogive avait chû une sculpture singulière\n et colossale, qui, restée droite, obstruait presque l’en­\ntrée. C’était un cœur flamboyant, sommé d’un archange\ndebout au milieu des flammes pétrifiées, le front\nappuyé sur le pommeau d’un glaive aussi haut que lui-\nmême, les mains posées à la croix de la garde. Et\n ce glaive transperçait le cœur d’où coulait encore du\n sang.\n     Et longtemps alors, je contemplai l’archange en qui\n je crus me reconnaître, et son visage barré de la croix\n de son épée souriait, et je restais fasciné devant l’ironie\n atrocement compatissante de ce sourire.\n     Or, ses ailes étaient de chauve-souris et c’étaient\n  elles, qui d’un mouvement lent et d’un rhythme éternel,\n  glaçaient l’air que j’avais respiré.\n     1893.                             P i e r r e M. O lin .\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                FÉVRIER-M ARS                         8l\n\n\n\n\n              ENTREVISION\n\n                                 à M ax E l s k a m p .\n\n\nUne tiédeur ombreuse et dormante,\nDes haleines de fleurs mourantes,\nParmi de vagues clartés d'opales,\nDes apparitions vaporeuses et pâles,\nPas un souffle, pas une voix,\nUne chambre de belle-au-bois ;\nEnveloppées d’un trouble songe\nDes formes, que l'air déforme et prolonge,\nComme une harpe qui résonna....\nE t la fenêtre, avec les tranquilles images,\nD ’un au-delà pensif et doux,\n Ainsi, silencieusement, ouverte\nSur les chaudes pelouses vertes\nD 'un après-midi d'août.\nLà, dans les gerbes défaites\nD'un or diadémé de feux,\n Que, et les mains distraites,\n— Des faucilles au milieu\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "82                     L E R É V E IL\n\n     D e la moisson fauchée —\n     Elle est couchée.\n     Et, les seins puérils,\n      Regarde entre ses cils.\n     Sesy e u x aux splendeurs solitaires\n      Reflètent la terre.\n     Dans sa bouche humide trempe\n     Unefleur écarlate.\n     D e petites ailes à ses tempes\n      Battent.\n     Il semble que le temps et la vie,\n      Avec leurs grandes ombres fraternelles,\n     E t leurs silencieux rayons;\n     Leur corbeille mystique emplie\n     D e fruits, de fleurs et d’épis blonds,\n     Se sont posés sur la maison,\n     E t que cette heure est éternelle.\n     Il semble, aussi, que tout dénonce,\n     Par ce cœur sourd et ces y e u x las,\n     L'approche étrange et la présence\n     D e quelqu'un qu'on ne voit pas,\n     Qui s’est mêlé à ce silence,\n     P as à pas.\n     Là, c'est le songe où l'heure s'enchante,\n     Sous les paupières demi-closes,\n     Là, comme en des miroirs lointains,\n     Se mémore la vie ardente,\n     Dont c'est l'extase en les jardins.\n     Là, du lointain frisson des choses,\n     Viennent au calme d’une grève,\n     S ’évanouir les ondes brèves.\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                FÉVRIER-M A RS                  83\n\nLà, radieuse, sous l’arceau\nQu’enguirlandent des fleurs heureuses,\nTasse une sphère d’azur et d’eau.\nCe qui vient et ce qui passe\nSe mire en sa tremblante grâce :\nLa joie du dehors et la joie d’ici.\nUne âme innocente vient ainsi;\nUne fragilité de verre.\nE t tout le ciel et toute la terre,\nDans le songe d’un jour d'été.\nUn peu de divin, comme en un souffle,\nEn un regard mêlé de jour;\nCe qu'en contient une parole,\nCe qu'il en fa u t pour dire amour;\nUn vague et léger symbole\nD e ma Joie et de sa ‘B eauté ;\nUn peu de mon âme et de ton âme,\nEnfant divine ! qui passas,\nParmi ces ombres et cesflammes,\nVêtue des roses d’ici-bas.\n                    C harles van L erberg h e\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "84                      LE REV EIL.\n\n\n\n\n L\n     E GRAND MYSTÈRE THURINGIEN *\n       OU * LE JEU SPIRITUEL DES DIX\n       VIERGES * REPRÉSENTÉ A EISEN-\n     ACH * LE VINGT QUATRE AVRIL m c c c x x ii\n     TRADUIT * D’APRÈS LE TEXTE ORIGINAL\nRETROUVÉ A MÜLHOUSE * ET PUBLIÉ A\nHALLE EN m d c c c l v * PAR LUDW IG BECH-\nSTEIN.\n                        à K arl W olfshehl, amicalement.\n\n\n   Voici, en sa grandeur fruste et roide, un jeu très\n ancien qui émut à mort l’âme naïve d’un joyeux prince\n du temps jadis.\n   L’aventure vaut d’être contée au seuil des strophes\nplangorantes.\n   Et la voici, selon de très vieilles chroniques.\n   En ce temps là le pays de Thuringe était en liesse.\n Le très puissant landgrave Frédéric, surnommé le\nJoyeux, avait terminé par la victoire toutes ses guerres.\nEt, pieusement, on s’adonna à la joie.\n   Dans un parc de chasse près la bonne ville d’Eise-\nnach, des clercs avec leurs escholiers jouèrent ce jeu des\n dix vierges, le 24 avril 1322.\n   Le prince y fut attentif. Et lorsque, malgré les\nprières de Marie, le Christ impitoyable chassa loin de\nson beau royaume les vierges folles, le landgrave Fré­\ndéric fut saisi d’effroi et de colère et il s’exclama :\n« Qu’est-ce donc que la foi chrétienne si les prières\nde la vierge et des saints ne parviennent à sauver un\npécheur? »\n   Et il se retira en son château de Wartburg; il fouilla\nles textes sacrés, il exaspéra l’érudition des clercs et\npendant cinq jours il couva sa fureur. Et le cinquième\njour qui était un dimanche, très tôt au matin il réveilla\nla landgravine et lui dit : « Faites préparer des repas de\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                       FÉVRIER-M ARS                    85\n\npoisson pour ceux qui jeûnent et des viandes pour ceux\nqui ne jeûnent pas et dites au prêtre de m’attendre avec\nla messe ; car je veux dormir d’abord et me reposer. »\nEt la femme se leva et fit ce qui était commandé. Mais,\nvers la sixième heure, elle s’en retourna vers le prince,\nl’appela et lui dit : « Levez-vous, l’heure passe et le\npeuple vous attend. » Mais lui, ouvrant les yeux, ne\npouvait plus parler : paralysé d’un côté et muet il gisait\nlà, un demi-vivant. Et il vécut dans les souffrances pen­\ndant plus de trois années ; puis il mourut, âgé de 55 ans,\naprès avoir entendu, pour le repos de son âme, la messe\ndes morts.\n   Il fut enterré dans la chapelle de St-Jean en l’église\nSte-Cathérine à Eisenach. Et il laissa un fils qui s’appe­\nlait aussi Frédéric. Et celui-ci, voulant connaître le\nsort de l’âme de son père, fit venir un maître en magie\nnoire qui révéla que l’âme du mort était en purgatoire\net souffrait, dans un fond, derrière la Wartburg, en\ndessous de la dernière tour.\n\n\n   Magie des paroles dolentes et des liturgiques incanta­\ntions sur une âme naïve !\n   Mais certes aussi, pour ce jeu unique et solennel rien,\nextérieurement, n’avait été négligé.\n   Ls scène? — Sur un trône très élevé, le Christ, hiéra­\ntique et grave en de riches vêtures apportées d’Orient\npar quelque marchand byzantin : sans gestes et grave,\ncomme la fatalité — un peu sans doute, tel qu’il trône à\nl’entrée de l’église St-Jacques à Liège. — A ses pieds,\nla Vierge, humble et douce, et les anges. Et plus loin et\nplus bas le troupeau des humains au bord de l’abime\noù grouillent les démons. Les vierges sages montent les\ndegrés, fières et joyeuses, avec leurs lampes qui brûlent,\ncependant que les folles, leurs lampes vides renversées,\ns’en vont, se lamentant, parmi les spectateurs effrayés,\n en pleurant leurs strophes désolées et leur refrain sans\n                                                    7\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "86                      L E RÉV EIL\n\nespoir, dont les paroles dernières se perdent parmi le\ngouffre où hurlent les démons :\n  « Pour cela nous sommes perdues pour l’éternité ! »\n                           ***\n   Légendaire par son succès fatal, et pourtant inconnu,\nce jeu ne fut retrouvé qu’en notre siècle. Ludwig Bech­\nstein le publia à Halle, en 1855. Notre traduction est\nlittérale selon ce texte. Nous n’avons pas traduit les\nparoles latines pour ne pas enlever son caractère original\nà l’œuvre et nous avons seulement indiqué, comme fait\nle manuscrit, par leurs premiers mots les versets latins,\nretrouvables, la plupart, en des livres de liturgie catho­\nliques.\n                           ***\n   On remarquera l’ordonnance artiste, en sa belle grâce\nroide, de l’œuvre. Lentes, les premières strophes alter­\nnent avec de nombreux versets latins chantés. Déjà,\naprès l’exposition, l’allure devient plus rapide, les\nchants se font plus rares et les voici bientôt disparus\navec l’espoir. Des plaintes saccadées et rapides ; et puis,\nfinalement, la large et belle strophe épique, désolée en\nclameurs longues et comme s’effaçant en sanglots, la\nhaute strophe aux éclats retenus des vieilles épopées ;\net, avec toute la beauté de telles lamentations eschy­\nliennes, ces paroles toujours par tous répétées :\n   « Hélas et hélas !\n   Ne verrons-nous plus jamais Jésus-Christ ? »\n                                                P. G.\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                         FÉVRIER-MARS                        87\n\n\n\n\n L U D U S DE DECEM V IR G IN IB U S .\n\n\n    P rim o e d u c a tu r d o m in ic a p e r s o n a cum\nm a ria    et a n g e l i s ca n tan d o R e sp o n so riu m :\nTestium Domini.\n   D einde v i r g i n e s c a n ta n te s : Regnum M undi.\n   Q uo finito a n g e l i c a n ta n t secundum res­\np o n so riu m .\nSilence chères gens\nafin qu’on vous instruise ;\nsilence, afin qu’on vous parle\ndu fils aimé de Dieu,\nde Jésus Christ —\nque son nom est doux à dire.\n   c o r u s c a n t a t r e s p o n s o r i u m Homo quidam\nfecit, e t c .\n   d o m in ic a p e r s o n a (*) c a n ta t et a g it : Dicite\ninvitatis : ecce prandium meum paravi; venite ad\nnuptias dicit dominus.\n  (*) Dominica, persona et ailleurs Primarius au lieu de Jesus-\nChrist.\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "88                             L E R ÉV EIL\n\nJe veux t’envoyer, messager,\nau loin de pays étrangers\nvers mes amis fidèles.\nTu leur annonceras ceci\net à tous mes fidèles aussi\nqui voulurent pour moi souffrir\ntoutes les angoisses ;\ndis leur, par ma vérité,\nqu’en échange je leur donnerai\nrécompense éternelle et éternelle vie ;\net dis leur de ne pas tarder\net qu’ils doivent se préparer\npour venir à mon grand banquet :\nje l’offre par amour pour eux ;\nprès de moi je les veux asseoir\net les réjouir de leurs ennuis.\n     d u o a n g e li v a d u n t a d v i r g i n e s c a n t a n d o\nSint lainpi vestri, e tc .\n  F in ito re sp o n so rio t o u s d ic it ad v irg in e s\nMaintenant écoutez, chères, sans moquerie :\nle dieu du ciel vous fait part,\nnotre créateur à tous,\nd’une nouvelle agréable ;\nlui qui tous vous aime mieux\nque jamais père ou mère n’aima son enfant,\nil vous mande d’être prêtes\npour son grand festin ;\nle jour et la nuit il faut\nl’honorer de vos bonnes œuvres ;\net toutes il faut aussi\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                       FÉVRIER-M ARS                  89\n\n\n\nêtre bien chastes et pures ;\nportez toutes aussi de sûres\nlampes brûlantes pour le bon témoignage ;\nainsi veut Dieu, le céleste fiancé,\nquand par amour il vient auprès de vous ;\nsi lors il vous trouve prêtes\nah que vous serez heureuses !\nmais qui tarde trop à se préparer\naura des douleurs plus qu’il ne peut penser.\n  angeli r e c e d u n t .\n  prudentes c a n t a n t    responsorium      quarum\nprim a incipiet :\n  Emendemus in melius, etc.\n  p r im a   dicit rhy thm ice :\n\nHé, que chacune le sache,\nnous sommes toutes mortelles.\nLa mort s’approche rapidement\nque ce soit tard ou tôt,\naucune de nous ne lui échappe,\nnous ne savons pas quand elle nous lance son filet,\nquand nous avalons son hameçon.\nJe vous donnerai le meilleur conseil :\nNous sommes toutes invitées,\ntoutes, grandes et petites\net les jeunes et les vieilles\nà des joies nombreuses.\nNous devons dans notre enfance\ntravailler pour être certaines.\nSi nous attendions la vieillesse\nnous pourrions manquer le banquet.\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "90                          LE RÉV EIL\n\n\nSi le fiancé nous trouve prêtes\nnous serons menées\nvers des joies sans fin.\nVoyez, sœurs, pour nous ceci me semble le meilleur\n                                          [conseil.\n     s e c u n d a p r u d e n s d icit rhythm um   :\nEn vérité nous agirons volontiers selon ton conseil,\nnous n’hésiterons plus davantage.\nLa certitude est bonne en toutes choses.\nNous tournerons notre esprit\nvers les choses divines,\nce nous sera salutaire.\nA quoi nous servent nos atours ?\nNous préparerons nos lampes ;\ncela, en vérité, nous portera bonheur,\nCar ainsi nous parviendrons au banquet.\n  p r i m a f a t u a in c ip it re sp o n so riu m : Ta-\nbularer si nescies e t d ic it rh y th m u m :\nSœurs chères, suivez mes enseignements,\nne nous arrêtons pas à leurs conseils ;\nmoi je vous donnerai un avis meilleur ;\nnous vivrons bien longtemps encore.\nTant de fois nous le trouvons écrit\nque Dieu ne veut pas la mort du pécheur\nmais qu’il se convertisse et vive longtemps.\nJe suis meilleure conseillère ;\nla miséricorde de Dieu est si grande\nqu’en vérité je veux me fier à elle :\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                         FÉVRIER-M ARS                        91\n\nnous voulons nous réjouir de notre jeune corps.\nDieu agisse avec nous selon sa volonté.\nNous arriverons toujours à temps au festin.\nAllons prendre les balles et les osselets\npour oublier nos peines\net éloignons-nous de ces vieilles bigotes.\n   s e c u n d a f a t u a d ic it rh y th m u m :\nVolontiers nous suivrons ton enseignement.\nQui voudrait s’occuper encore\nde jeûne et de prière\ncomme ces vieilles bigotes ?\nTrente années encore nous nous réjouirons\npuis nous laisserons couper nos chevelures\npour nous en aller au couvent.\nNon, j’aime mieux encore attendre pâques !\nAinsi j’ai décidé.\nEt alors je deviendrai une nonne.\nSi Dieu nous a destiné son royaume\nje sais que Saint-Pierre ne nous en éloignera pas.\n   Tune f a t u æ c o riz a n d o e t cum m agno\ng a u d io v a d u n t ad aliu m locum .\n   ANGELI : Si le longam horam.\n   t e r t i a p r u d e n s in c ip ie t re s p o n s o riu m :\n Beati eritis cum vos oderint homines,\n   quo finito d icit R hythm um :\nRéjouissez-vous mes chères sœurs.\nDieu voulut supporter ennuis et peines\npour nous créer des jours faciles.\nDe tous les maux qui nous sont advenus\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "92                      LE REV EIL.\n\nle juge nous récompensera bellement\npar un centuple gage.\nE t si par le monde nous sommes haïes\nen quoi cela nous peut-il nuire ?\nDieu lui-même nous aimera,\net si par les hommes nous sommes méprisées\nalors Dieu nous recevra avec amour.\nMaintenant soyez joyeuses et de bonne humeur,\nle Dieu doux est si bon,\nil nous donnera assurément\nle beau royaume du ciel.\n    ANGELI : Sile.\n    T u n c om nes f a t u æ h a b e a n t convivium ,\n d ep o n an t seque d o rm ia n t.\n    T u n c t e r t i a in c ip it in v ita to riu m :\n                                   Surgite vigilemus, etc.\n Du secours, du secours !\nJe crains les châtiments de Dieu\nqui nous surviendront bientôt.\nCombien de temps encore resterons-nous inoccupées ?\nIl ne faut plus hésiter,\nIl faut entreprendre quelque chose\nqui puisse nous être utile à nous autres folles.\nMaintenant nous sommes si vides de bonnes œuvres.\nVrai, nous devrions veiller\n et nous préparer,\n nous ne savons pas quand viendra le fiancé.\n Hélas ! nous avons peu travaillé,\n nos plaisirs ont mal fini ;\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                        FÉVRIER-M ARS                        93\n\nde quoi, folles, pourrions-nous nous réjouir\nlorsque nous vivons au milieu des soucis ?\n  QUARTA FATUA.\nEn vérité nous devrions emprunter\nce qui nous manque à nous-mêmes,\nnous devrions aller vers les sages.\nEn d’humbles attitudes\nnous devrions les prier ardemment\net leur demander avec ferveur\nqu’elles daignent consentir à donner\nà nous folles un peu de leur huile ;\nnous en avons grand besoin.\n   ANGELI : Sile.\n   o m n e s f a t u æ v ad an t ad p ru d e n te s, et\n   q u i n t a dicit :\n                               Date nobis de oleo vestro, etc.\nNous vous prions nobles vierges\nécoutez-nous pour votre honneur à vous-mêmes.\nA nous l’huile a manqué,\nnos lampes se sont éteintes ;\nhélas ! nos bonnes œuvres sont rares.\nDonnez nous donc en secours\nune partie de votre huile\nafin que le bonheur et le salut vous suivent.\n   q u a r t a p r u d e n s , resp o n so riu m : ne forte non\nsufficiat nobis et vobis ite potins, etc.\nChères, volontiers nous écouterions vos prières\nsi cela nous était possible ;\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "94                        L E REV EIL\n\nsi nous partagions avec vous\nnous en aurions certainement trop peu.\nIl nous semble préférable que vous alliez\nvous informer vous-mêmes ;\nnous ne pouvons partager avec vous\nachetez-en là où vous en trouverez à vendre.\n    T une f a t u æ v ad a n t ad em endum oleum.\n    p r i m a c a n ta t : Omnipotens pater, e tc .\n    s e c u n d a f a t u a : Sed eamus oleum emere, preeter\nquod nil possumus agere, qui caret hoc, carebit gloriœ.\n   a l i æ re sp o n d e n t : Heu quantus est noster dolor.\n    P r i m a d ic it:\nO Dieu très doux, très bon,\npar ton martyre et par ta mort\nqu’il te plaise d’avoir pitié\naujourd’hui de nous très pauvres.\nEh bien, chères sœurs, dites votre conseil,\ncherchez ce que nous pourrions faire.\nL’huile nous a manqué,\nnos lampes se sont éteintes.\nSi nous savions où demander de l’huile\npoliment et en toute humilité,\ncar cela nous causerait malheur\ns’il nous fallait porter nos lampes éteintes.\n   E t tune S e c u n d a F a t u a c a n ta t: sedeamus, etc.,\nquo finito d icit R h y th m u m :\nAh qui aura pitié de nous,\nde nous très pauvres !\nIl n’y a plus de refuge pour nous très pauvres !\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                        FÉVRÎER-MARS                         95\n\nOù nous faut-il aller pour prendre cette huile\nqui tant nous manque maintenant.\nSi nous avions mille marcs en or rouge\nvolontiers nous les donnerions\nsi nous pouvions en avoir seulement une larme.\n   A n g e l i : Sile.\n   D o m in ic a P e r s o n a v a d a t ad p ru d e n te s cum\nA n g e l i s cantando : Ecce sponsus venit, e tc .\n   Q uo finito U n u s A n g e l u s d i c i t :\nVoyez, voici venir le vrai fiancé.\nQui veut à son banquet venir\ndoit s’être préparé d’avance,\net, que cela lui fasse joie ou peine,\non ne l’attendra plus davantage.\nMaintes fois déjà il vous fut répété\nqu’il faut être prêt en tout temps\nparce que Dieu ne permettra pas\nque quelqu’un soit prévenu\net sache l’heure où viendra la mort.\n   P r u d e n t e s c a n ta n t : Regnum mundi\n   Q uo finito resp o n so rio , Q u i n t a d i c i t :\nLes honneurs de la terre nous les avons\ndédaignés comme Dieu l’enseigne ;\nà l’orgueil et à l’ignorance\nnous avons renoncé pour les biens éternels ;\net tout ce qui est sur la terre\nnous l’avons abandonné pour le seigneur Jésus-Christ\nauquel nous croyons\net auquel nous sommes par nos regards attachées\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "96                              LE R ÉV EIL\n\net que nous aimons du fond de notre cœur\navec tous nos sens.\n     Q u in t a P r u d e n s d u c e n s e a s .\n     P r i m a r i u s c a n t a t : veni electa mea, e t c .\n\nParce que je vous ai trouvées\nprêtes à toute heure\nje vous donnerai\nrécompense éternelle et éternelle vie,\net moi-même je vous mènerai\nde ce pays de tristesse\nvers l’éternelle félicité\nque mon père vous a préparée.\nMarie, ma chère mère,\nje te recommande ces petites vierges,\nasseois-les auprès de toi-même\net réjouis-les de toutes leurs peines.\n     M a ria s u p e r p o n a n s e i s c o r o n a s     cantando\nTransite ad me omnes e t c .\nSoyez les bienvenues vous mes enfants élues.\nPlus jamais vous ne souffrirez d’ennui ni de peine,\nje vous récompenserai moi-même\npar les couronnes éternelles ;\nvous posséderez le ciel\navec moi éternellement.\n   p r u d e n t e s c a n ta n t : Sanctus, sanctus, sanctus et\na n g e l i : Gloria et honor.\n   q u in ta p ru d e n s :\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                           FÉVRIER-M ARS                 97\n\nSois loué doux Christ !\ntu nous as en peu de temps\nbien récompensé de nos travaux\npar l’éternelle félicité.\nHonneur et louange à toi, doux Christ,\nparce que tu es un juge juste.\nSois loué, saint Esprit,\nparce que ton secours surtout\nnous a conduites vers ces joies.\nBonheur à nous parce qu’on s’est souvenu de nous,\nbonheur à nous aujourd’hui et toujours\nparce que nous t’avons reconnu.\nPuisque nous pouvons être auprès de toi\nmille ans nous paraîtront un jour.\n  d o m in ic a p e r s o n a habet m agnum convivium .\n  a n g e l i : Si le.\n  f a t u æ v ad an t a d n u p tia s c a n ta n d o :\n  Iniquitates nostras, etc.\n  s e c u n d a f a t u a d ic it :\n\nSeigneur père, dieu du ciel,\nnous te prions par ta mort amère\nque tu souffris sur la sainte croix ;\népargne-nous maintenant, nous pauvres femmes.\nNotre bêtise nous a perdues.\nFais-nous part maintenant de la grande miséricorde,\net Marie aussi ta chère mère\net laisse nous pauvres entrer à ton banquet.\n  d o m in ic a p e r s o n a : Qui tempus non congrue peni-\ntens perdiderit, frustra cum precibus ad regis januam\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "98                       LE R É V E IL\n\npervenerit\net d ic it R hythm um :\nCelui qui a perdu son temps de jeunesse\net n’a pas fait pénitence pour ses péchés,\ns’il arrive devant mon royaume,\nil ne lui sera pas ouvert.\n  t e r t i a f a t u a : Domine, domine aperi nobis.\nOuvre, Seigneur, ta porte.\nLes femmes infortunées sont devant\net te prient, cher Seigneur,\nde leur rendre ta grâce.\n   d o m in ic a p e r s o n a : Amen, amen, dico vobis\nnescio vos.\nJe ne sais pas qui vous êtes !\npuisque en aucun temps\nvous ne m’avez reconnu moi-même\net que jamais vous n’avez fait un bien aux autres pauvres,\nimpitoyablement\nle beau royaume du ciel vous restera fermé.\n     quarta fatua :\n\n Puisque Dieu même nous a repoussées\n prions maintenant Marie la douce vierge,\n la mère de toute miséricorde ;\n qu’elle prenne en pitié notre grande douleur\n et prie son cher enfant pour nous pauvres\nfin qu’il ait pitié de nous.\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                                 FEVRIER-M ARS                    99\n\n   om nes f a tu æ p r o s t r a t a e in t e r r a m c a n t a n t :\nRecordare Virgo Mater, e t c .\n   QUARTA :\nMarie, Mère et Vierge,\nqui ne refuses ta miséricorde à personne,\nnous te supplions de prier le dieu doux\ngracieusement par sa mort\nqu’il souffrit sur la croix\npour le salut de tous les hommes,\nafin qu’il détourne de nous sa colère\npour son honneur à lui et l’honneur de toutes les vierges.\n   q u i n t a : Exaudi, e tc .\nMarie, Mère et Vierge,\nil n o u s fu t s o u v e n t d it d e to i\nque tu es pleine de toutes les grâces ;\nnous avons maintenant bien besoin de grâce\net nous te prions très ardemment\npour l’honneur de toutes les vierges\nde supplier encore ton fils pour nous pauvres\nafin qu’il prenne pitié de nous.\n   m a r i a . Rhythmum.\nSi vous aviez fait un plaisir à moi ou à mon fils\ncela vous viendrait bien à point maintenant,\nmais cela manque et c’est pourquoi je crains\nque nos prières à toutes seront vaines.\nJe veux essayer pourtant auprès de mon cher fils\nsi je ne puis y trouver quelque grâce.\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "100                           L E RÉV EIL\n\n  m a r i a f l e x is g e n i b u s c a n t a t : Miserere, mise­\nrere, miserere populo tuo, e t c .\nEh bien, mon cher fils,\nsouviens-toi aujourd’hui de ta pauvre mère\net pense aux douleurs nombreuses\nque je souffris par ta mort amère.\nSeigneur fils, lorsque je t’ai donné la vie\nje n’avais ni maison ni palais,\ncar toute pauvreté\nje la souffris à cause de ta bonté ;\nj’eus du travail avec toi en vérité\nplus de trente-trois années ;\nvois, cher enfant, récompense-moi de tout cela mainte-\net aie pitié de ces pauvres.                          [nant\n   d o m in ic a p e r s o n a ad M ariam : Cœlum et terra\ntransibunt, verbum autem meum in œternum permanet.\nMère, souviens-toi de la parole\nqui là se trouve écrite :\nLe ciel et la terre périront\navant que ne périssent mes paroles.\nD’après cela toute l’armée du ciel\nne peut sauver un pécheur.\n  l u c if e r a d d o m i n i c a m p e r s o n a m .\nSeigneur tu me promis\nque tu serais un juge juste ;\nlaisse donc cette troupe maudite\nsans jugement aller en enfer.\n  DOMINICA PERSONA.\nJuste jugement aura lieu.\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                      FÉVRIER-M A RS                101\n\nLes maudits doivent s’éloigner de moi\ndans l’enfer profond\noù ils deviendront les compagnons des démons.\n   UNUS DIABOLUS SC. BELCZEBUG dicit :\nJésus parle bien dans notre jeu.\nJe veux aller prendre des chaînes.\nQuiconque nous avons pris\nqu’il soit homme ou femme\nnous nous hâterons avec lui\net le mènerons sur le balai à cent lieues.\n  SECUNDUS DIABOLUS LUCIFER.\nSeigneur Dieu très cher\nsois un juge juste !\nTu écouteras aussi mon histoire :\nmoi, Lucifer, et toute ma troupe\nnous t’apprenons que c’est sur notre conseil\nque ces pécheresses sont en retard.\nPar elles nous souffrons plus de peine\nqu’il n’y a de gouttes d’eau dans la mer.\nNous n’aurions pas fait tout cela\nsi elles avaient renoncé au péché.\nQu’elles soient donc maudites sans rémission.\nLe soufre, la poix et toutes les douleurs.\nQu’elles les partagent avec nous à jamais.\n  DOMINICA PERSONA.\nMaintenant je veux être un juge juste ;\nparle mon démon méchant;\ndis-moi, esprit maudit,\n                                                8\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "102                     LE R ÉV EIL\n\npourquoi as-tu porté ces vierges au péché\nau point que jamais il n’y aura de pitié pour elles ?\n  SECUNDUS LUCIFER :\nSeigneur j’ai fait cela\nparce que je ne puis leur pardonner\nla perte de ma gloire au ciel\nque jamais plus hélas je ne puis retrouver ;\nseigneur créateur\nmaintenant juge avec justice ces pécheurs.\n  DOMINICA PERSONA.\n\nJuste jugement sera prononcé ;\nles maudites doivent s’en aller loin de moi\ndans l’enfer profond\net devenir les compagnes des démons.\n   o m n e s d i a b o l i cla m a n t :\nA nous, seigneur, à nous !\n   m a r i a , flexis g e n ib u s d ic it :\n Hélas mon cher enfant,\nje suis pourtant ta mère;\npense à la douleur\n que je souffris de ton martyre\n lorsqu’un glaive traversa mon âme.\n Récompense-moi en ces pauvres\n des peines que je souffris par toi\n et prends pitié d’elles.\n Tu es leur père, elles sont tes enfants ;\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                         FÉVRIER-M A RS                      103\n\nah, pense donc que de souffrances amères,\ncombien de douleurs tu souffris pour elles.\nPar quelques actes que\nces pécheresses aient pu te courroucer,\ntrès chère puissance de Dieu,\nfils très cher, très bon,\nexauce quand même ta mère !\nEt si je t’ai fait quelque bien\nexauce cette humble prière\net laisse cette troupe lamentable\nsans jugement s’asseoir à ton banquet.\n  d o m in ic a p e r s o n a , ad M a ria m   le n ite r.\nTaisez-vous, madame ma mère,\n il ne faut pas tenir de tels discours.\nLorsqu’elles étaient sur la terre\nelles ne songèrent jamais aux bonnes œuvres.\nToute ma colère est juste contre elles,\nje leur refuse toute miséricorde ;\nparce que sur la terre elles ne m’ont pas cherché\nje les abandonne aux maudits.\nLeur repentir tardif ne sert à rien.\nJe dois maintenant juger selon ma justice :\nallez, vous, maudites de corps et d’âme,\nje vous chasse loin de moi ;\nallez dans le feu qui fut préparé\npour les démons et ceux qui les suivent.\nPauvre pécheresse va-t-en loin de moi,\nje te refuse grâce et consolation ;\nva loin de mes yeux,\nma face ne luira jamais pour toi,\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "104                          LE RÉV EIL.\n\nsors de mon royaume\nque tu as, très lamentable,\nperdu par tes péchés ;\nporte avec toi le fardeau des péchés,\néloigne-toi de moi et crie et gémis.\nTu ne seras exaucée ni maintenant ni jamais.\n   a n g e l i : Si le.\n  d i a b o l i c irc u m d a n t eas cath en am .\n  p r i m a c a n ta t : Cecid.it corona.\n  T u n e o m n e s f a t u a e fa c ia n t p e n d e re   coro-\nn a s i n c a p i te e t p la n g a n t.\n   p r im a d i c i t :\n\nOh le chemin lamentable !\nmalheur d’être née !\nmalheur sur toi, o mère, de m’avoir portée,\nde ne m’avoir pas étranglée dans mes langes.\nQue la mort ne m’a-t-elle prise\navant que je ne vinsse au monde ;\nque ne suis-je morte comme un chien\navant qu’on ne me nommât d’un nom chrétien.\nQue ne m’a-t-on donc pendue\navant que je ne reçusse le saint baptême ;\nalors je ne souffrirais pas tant.\nMaintenant il faut que je me lamente.\nMalheur, o père, que je sois devenue ton enfant ;\npourquoi m’as-tu élevée si tendrement,\nque ne m’as-tu noyée\nplutôt que de m’abandonner\nainsi à ma propre volonté !\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                         FÉVRIER-M ARS                 105\n\n\nMaintenant je ne souhaite et ne désire plus rien\nsi ce n’est d’être un crapaud ;\npar tout le monde abhorré\nje ramperais alors dans un marais impur.\nMaintenant, pauvre, je dois m’asseoir sur le siège du\n                                                 [démon\npour l’éternité.\nQuiconque a du sens et de l’esprit\nqu’il réfléchisse au sort réservé à ceux\nqui s’en vont d’ici chargés de péchés.\n  s e c u n d a f a t u a : Deficit gaudium, e t c .\n\n Du secours encore et du secours !\n Nous avons beaucoup trop tardé ;\n personne maintenant ne veut avoir pitié\n de nous pécheresses très pauvres.\n Tordez toutes vos mains\n et lamentez-vous de la désolation\n dans laquelle vous serez toujours.\nJamais plus nous ne serons libres de souffrances;\nah pleurez, pauvres, toutes vos larmes !\nVous ne connaîtrez plus jamais\nni grâce ni consolation.\nHélas qu’adviendra-t-il de nous !\nSi nous pleurions autant\nqu’il y a d’eau dans la mer\nce ne serait qu’une part de nos larmes.\nEt, pauvres, nous nous lamenterons surtout\nde ne pouvoir de nos yeux\njamais contempler le Dieu riche.\nMaintenant criez, arrachez vous les cheveux !\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "10 6                   L E RÉV EIL\n\nmaintenant seulement nous avons conscience,\nà cette heure même,\nde tous nos péchés\nque pendant de si longues années\nnous n’avons voulu dire à notre confesseur ;\nhélas, maudit orgueil !\nLe châtiment nous frappe trop fort.\nTandis que Dieu vivra dans le ciel\nnous devrons planer dans l’enfer.\nHélas, maudite malice,\ntu nous causes peine et souffrance ;\nhélas, o haine et envie,\nque vous nous êtes devenues amères !\nvous nous faites trop souffrir\npuis qu’il nous faut nous éloigner de Dieu.\n   T e r t ia\n\n\nMaintenant, amies de mon cœur, laissez-moi vous dire\net vous apprendre la plainte lamentable.\nA moi, pauvre fille infortunée,\nDieu a refusé sa miséricorde\net sa chère mère Marie\nne me put secourir.\nA tous les saints aussi je suis en haine.\nEcoutez notre plainte lamentable :\nle démon lui-même est en colère contre nous\npuisqu’il nous a enlevé tout bien.\nTout ce qui a vie alentour\nne peut faire qu’il nous vienne encore du secours.\nHélas ! madame la mort, que ne m’avez-vous prise !\nMoi pauvre, combien je suis maudite !\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                        FÉVRIER-M ARS                     10 7\n\n\n\nJadis pourtant vous guettiez mon corps sans pitié.\nPourquoi maintenant ne me prenez-vous pas ?\nHé ! mort, puisses-tu me tuer\npourque je ne doive pas souffrir aussi grand tourment.\nHé ! mort effroyable, secours moi\npuisque ma peine n’a pas de fin ;\nje préfère une mort lamentable\nà une pareille vie impure.\nBonnes gens, réfléchissez donc\npour que ceci vous soit utile\net fasse que vous n’en triez pas dans les peines sans miséri-\n                                                       [corde\nque nous pauvres devons éternellement souffrir.\n  Q uarta F a tu a .\nMaintenant écoutez, bienheureux qui vivez encore,\nnous devons vous servir de miroir\npour que vous preniez exemple à nous\npour guider votre vie.\nPendant les jours de votre vie vous devez avoir\nDieu et sa chère mère devant les yeux.\nNous pensions vivre longtemps,\net, pauvres folles, nous ne voulions pas nous appliquer\n                                    [vers la grâce de Dieu.\nLa mort nous était cachée.\nEt c’est pour cela, pauvres, qu’il nous toujours être en\n                                                      [souci\net souffrir des peines sans fin.\nAh ! maintenant tordez vos mains\nvous tous qui vivez encore en péchés,\net priez Dieu pourqu’il vous donne une bonne fin\net le vrai repentir de vos péchés.'\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "10 8                        LE RÉV EIL\n\nJe vous conseille cela comme un ami à son ami\ncar chez celui qui est avare de bonnes oeuvres\njusqu’à l’instant du dernier voyage ,\nle repentir devient petit.\nSachez-le tous ensemble.\nCela nous est arrivé ainsi à nous pauvres.\nApitoyez vous sur nous\ncar parce que nous n’avons cherché la grâce,\nnous sommes parmi les maudits\nqui doivent aller en enfer\net souffrir des douleurs à jamais sans lin,\n   Q u in t a F a t u a :\n\nHélas ! jour effroyable\nque personne ne puisse t’échapper !\nMalheur à qui jamais n’a pensé à toi !\nNous voilà aujourd’hui éloignées de toute joie.\nMaintenant nous te pouvons maudire\npuisque notre Dieu et sa chère mère Marie ne se lais­\n                                         sent apitoyer.\nEh bien, mère Marie de la miséricorde,\nsi tu ne peux détourner de nous cette grande douleur\nà qui alors la dirons-nous ?\nIl faut donc que nous nous désolions\nparce que jamais nous n’aurons ni grâce ni consolation\naussi longtemps qu’existera le royaume de Dieu.\nHélas péché, quel assassin tu es !\nqu’il y en a peu qui se guérissent de tes blessures\nparmi ceux auprès de qui on te trouve\nquand vient leur dernière heure.\nHélas, péché maudit,\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                        FÉVRIER-MARS                       109\nqui peut te sonder !\nLa multiple peine\nqu’il nous faut souffrir par toi,\nelle devient grande sans mesure.\nMaintenant, chers de partout, écoutez\nsi ce n’est une grande douleur\nde devoir à jamais être la compagne des démons.\nOù y aurait-il une peine plus grande\nque de ne jamais pouvoir contempler\nDieu ni sa chère mère.\nAussi je vous conseille en vérité\nde vous repentir à temps et de faire pénitence\net de vous garder de péchés\nsi vous voulez vous épargner ce voyage lamentable.\n   P o st haec f a t u æ v a d a n t in te r p o p u lu m\ncan tan d o p lan cto s.\n   p r im a c a n ta t :\nMaintenant commencent les grands cris et les larmes de\n                                                [plus en plus :\nDieu nous a maudites, il nous a chassées loin de lui ;\nnous avons causé sa colère, il n’est pas de secours pour\n                                                        [nous.\nAyez pitié de nous car nous sommes lamentables.\n   a l i æ re sp o n d e n t ad q u em lib et versum :\nHélas et hélas\nne verrons-nous plus jamais Jésus-Christ !\n  SECUNDA FA T U A :\nEcoutez tous notre plainte de ce que notre Seigneur nous\n                                                  [a fait.\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "110                        LE RÉVEIL\n\nIl n’a pas voulu exaucer la prière de sa mère\nqui pria pour nous très pauvres ; hélas cela ne nous\n                                               [sauva pas !\nil dit : pourquoi aurais-je pitié d’elles, elles ne firent\n                                   [jamais rien pour moi.\n  t e r t i a fa t u a v e r tit se a d M ariam in clin an d o\ncap u t, c a n ta t :\nMarie, mère de Dieu, si tu es secourable\nsecours nous donc, nous qui sommes prisonnières.\nTu devins mère de Dieu à cause de nos péchés ;\nviens donc très belle et pure et bonne femme, le démon\n                                 [nous tient prisonnières.\n  QUARTA FATUA :\n\nMaintenant pauvres lamentez-vous d’avoir jamais vécu.\nNos péchés nous ont menées en de grandes angoisses;\ndans l’enfer nous devons souffrir de lourdes peines ;\nfemmes, pleurez sur notre infortune et gardez-vous, vous\n                                              [ferez bien.\n  QUINTA FATUA :\n\nPuisque dieu, le bon, ne veut avoir pitié de nous\nni sa chère mère, pauvres, où nous en irons-nous?\nMadame la Mort, nous voulez-vous tuer, ce serait heu-\n                              [reux pour nous pauvres ;\nautrement nous devrons éternellement souffrir peines et\n                                                [soucis.\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                       FÉVRIER-MARS                       111\n\n  Ite m PRIMA FATUA :\nSi Dieu ne nous fait grâce nous sommes perdues;\noui, nous sommes maudites, que vous le sachiez bien.\nVous pouvez bien réfléchir pendant que nous nous en\n                                                  'irons\net si vous voulez gagner la grâce de Dieu, gardez-vous\n                                       [bien de pécher.\n  SECUNDA FATUA :\n\nA vous toutes, chères, je dis ma plainte : Moi, pauvre\n                                                      [fille,\nje me suis réveillée lamentablement dans la chute éter­\n                                                     nelle .\nPendant que les bons vivront en joie,\navec les maudits toujours je planerai dans la peine infinie.\n  TERTIA FATUA d ic it :\n\nMaintenant reposez-vous tous qui êtes encore sur la terre;\nà nous seulement le fil s de la vierge ne veut pas donner\n                                                [de repos,\nil nous veut chasser ; où nous en irons-nous, pauvres !\nil nous envoie avec notre âme et notre corps aussi, là où\n                      [nous ne verrons plus jamais Dieu.\n  QUARTA FATUA :\n\nHélas la souffrance et le voyage lamentable !\nmaintenant il nous faut nous séparer de la troupe céleste.\nLe Dieu riche de joie nous ne le verrons plus jamais ;\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "112                        LE RÉVEIL\n\nToute joie pour nous est disparue et toute angoisse\n                                            [commence,\n  Q u in t a dicit :\nHélas, cette lourde et effrayante douleur !\nNous ne pourrons mourir et sommes mortes éternelle-\n                                                 [ment.\nLa douleur sans fond devient notre tombeau.\nLà nous devrons éternellement souffrir parce que per­\n                             sonne ne veut nous sauver.\n  Q uarta F atua :\nHélas et hélas, nous très pauvres ! pourquoi sommes-\n                                             [nous nées ?\nDieu souffrit en vain son grand martyre pour nous.\nEt ses plaies profondes, hélas, ne nous sauvent pas.\nNous sommes arrivées à nos dernières heures\nsans repentir et sans confession.\n  Q u in t a :\nAmis et parents ne vous donnez pas de peine ;\naumônes et dons ne nous servent à rien ;\nce qu’on fait encore de bien pour nous est perdu ;\naux morts à quoi bon les services funèbres ? Nous avons\n                               [mérité la colère de Dieu.\n  A l i æ respondent\n\nNous sommes perdues pour l’éternité.\n      E X P L IC IT L U D U S D E D ECEM V IR G IN IB U S.\n\n\n                                   Trad : P a u l G é r a r d y .\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                    FÉVRIER-MARS                             113\n\n\n\n\n                      VERS\n\n\n        LA DOULOUREUSE IVRESSE\n\n                                   à F r é d é r ic F r ic h e\n\nQuand la nuit s’aventure à descendre sur terre\nDans ses flottants habits d’étoiles vaporeuses,\ncMon âme m’apparaît moins triste et moins amère.\nElle se fond avec les ténèbres heureuses.\nD e ses ombres la nuit lui fa it un beau manteau\nSoyeux et caressant sous ses reflets lunaires.\nIl monte de ses plis un chant calme et si beau\nQue meurent doucement ses peines solitaires.\nHeure charmante et belle ! Heures mélancoliques\nOù je la vois briller dans son rêve apaisé\nComme, dans du soleil, un joyau délaissé !\nHélas ! la 'Peine et la Pensée, hôtes tragiques,\n‘V iennent de s'éveiller avec bruit dans mon cœur\nE t se grisent de joie en buvant ma douleur !\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "114                     LE RÉVEIL\n\n\n\n\n              LE VOYAGE INUTILE\n\nTrop souvent j'ai frappé de mes lèvres luisantes\n A l'huis mystérieux de beaux cœurs souriants ;\n Mon âme s'enchantait de son rôle d’amante\nE t goûtait la saveur de longs baisers pervers.\n Mon âme étaitfragile ainsi que du silence,\n‘Belle de la douleur des enfants que l'on bat,\nSes yeux étaient naïf s et chantaient sa souffrance\nE t ses mains décelaient d’étranges passions.\n Mon âmefu t longtemps opulente et flattée\n M irant au clair miroir du rêve et du désir\nSa grâce douloureuse et sa beautéfêtée.\nN ul à ses y e u x ne sut evoquer le bonheur.\nJ ’ai revu la songeuse et belle aventureuse\nErrant sur les chemins clos naguère d’amour.\nSesy e u x aux teintes de violettes peureuses\nPleuraient la vanité du voyage entrepris.\nE t doucement alors, j ’ai pris sa main fanée\nE t ma voix lui chanta comme un orgue éclatant\nLe seul et bel amour de ma chaude pensée\nE t sur ses lèvres d’or vint éclore un sourire !\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                         FÉVRIER-MARS                    115\n\n\n\n\n                 LE JOUET SACRIFIÉ\n\n A u milieu d'un verger, dans la lumière blonde\nLa petite enfant lasse et souriante songe\nEn tenant dans ses mains un frêle et doux hochet\nQue ses doigts tracassiers ont déjà contrefait.\nSur les lys familiers et les roses voisines\nDes papillons pareils aux âmes orphelines\nCalment l’étrange voix du jouet délicat.\nSur les étangs voisins, des cygnes alanguis\nGlissent dans la pâleur de leurs plumes neigeuses,\nE t que berce en chantant un murmure d'oiseau\nSi doux que l’on dirait un frôlem ent sur l'eau.\nTrès doucement alors le rêve d’un sourire\nDans les y e u x de l’enfant nait et s’épanouit,\nTandis que le jouet innocemment brisé\nEparpille le sang de ses songes blessés,\n A u m ilieu du som m eil de verdures fr ile u s e s .\nLe silence a pâli la fine et belle enfant\n Au milieu des ondes des ombres frissonnantes\nEt je ne l’ai plus vue de sa lèvre lassée\nSourire au beau jouet mourant sur les galons...\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "116                     LE RÉVEIL\n\n\n\n\n            LA BONNE SOUFFRANCE.\n\n\nDans mon brillant jardin de fleurs et de lumière\nD ont les sentiers sont faits d’un silence enchanteur,\nTon âme, ô mon enfant innocente et sifière\nSourit en torturant à plaisir mon vieux cœur.\nSouffrant divinement sous tes mains ignorantes,\nTes y e u x ont recueilli l’éclair des mes y e u x froids,\nE t le silence, ami de mes longues tourmentes\nA vu se lamenter un cœur mort à la foi.\nEnfant !petite enfant, lasse fin de mes peines,\n Mes mains avec amour se joignent pour prier\nTa bonne cruauté de me supplicier...\nDans la splendeur des fleurs ma douleur est sereine:\nLaisse donc sur mon cœur greffer tes doigts d’enfant\nP our qu’il revive encor dans ses rêves d'antan !\n                                    F ern an d R o u ssel\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                      FÉVRIER-MARS                      117\n\n\n\n\n                L’ART IM POSSIBLE\n    A PROPOS D’UN HIVER MUSICAL A BRUXELLES\n                                               Mars 1895.\n\n                               I.\n    Il semble difficile aujourd’hui de prononcer le mot\n d 'A rt à propos de musique. Il évoque, ce mot, l’idée\nd’une parfaite conscience-d'homme-, c réan t une œ u v r e\ngrande par son humanité, sociale et puissante, répon­\ndant aux nécessités des cœurs et des esprits de tous.\nTel rayonne l’Art païen de la Grèce ; tel aussi s’af­\nfirma, en musique, en architecture, dans les statues et\ndans les poèmes, l’Art chrétien du Moyen-Age. Si, dans\nle domaine musical, l’Art chrétien produit encore, de\nloin en loin, quelques dernières et pâles efflorescences,\nen vertu de cette énorme puissance de conservation que\npossède l’Église ; si l’Art païen s’affirme vainqueur dans\nles rêves d’un Nietzsche, avant peut-être de renaître\nmagnifié, ce qu’on nous sert, à nous, dans les riches\nconcerts bourgeois, ce que nous présente le snobisme et\nla fausse élégance des dilettantes, cela mérite-t-il le\nnom vénéré d’Art? Non certes.\n    Aussi bien, presque tous nos compositeurs modernes\nne sont que des musiciens, des aligneurs de notes. Com­\nbien différents les grands créateurs d’œuvres musicales !\nLes génies, accessibles à toutes les manifestations de la\nvie, ont fait jaillir leur art d’un ensemble d’idées et de\nsentiments ; pour les compositeurs à l’usage des bour-\n                                                    9\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "118                      LE RÉVEIL\n\ngeois au contraire, la musique se réduit à l’habileté.\nLes génies, donnant libre cours à leur développement\npersonnel, créent leur forme avec leur œuvre ; nos com­\npositeurs se font une technique d’imitation, et rempla­\ncent le don de l’invention par ce qu’on appelle la patte ;\nles génies ont pris part à la vie de leur peuple et l’ont\naimé; nos compositeurs, comment pourraient-ils avoir\nun art social, s’ils ne regardent pas en avant ? et comment\npourraient-ils regarder en avant, si tout leur esprit se\nréduit à un mécanisme plus ou moins bien truqué? Les\ngénies ont ressenti avec l’humanité et avec la nature\ncette grande force qui entraîne les êtres, les fait parti­\nciper à l’existence qui s’affirme, à l’amour, et les con­\nfond dans le commun enthousiasme de toute vie joyeuse,\nde toute création.\n    Qu’importe que le compositeur ait plus ou moins de\ntechnique ? Ce qu’il faut, c’est de l ' Art, et combien\nrares aujourd’hui ceux qui savent dégager de ce mot\nimmense les profondes et éternelles vérités dont il est\nle symbole !\n    J. Séb. Bach était un croyant, une nature reli­\ngieuse ; en écrivant sa Passion selon St. Matthieu, il\nécrivait, du plus profond de son âme, son Evangile à\nlui, en sa langue à lui ; Beethoven avait lu dans l’Ode à\nla Joie de Schiller, au-delà du poète, à travers l’éter­\nnelle Humanité, le prodigieux enlacement des choses,\n et l’harmonie des sphères ; lui aussi, il a rendu, dans sa\n langue à lui, sa grande et lumineuse Foi. En notre\n siècle, Richard Wagner, sous l’influence du grand Art\n simple et vrai des épopées populaires, du souffle révo­\n lutionnaire des philosophes romantiques de l’Alle­\n magne, enfin de cet oubli mystique du phénomène\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                       FEVRIER-MARS                       119\n\n\ndans l’Idée, de cette absorption des soleils dans la\nrégénération de l’intelligence, qui caractérise la philo­\nsophie de Schopenhauer, Wagner, dis-je, a su créer un\nArt en rapport avec toutes les manifestations de la\npensée et de l’action, un Art véritable.\n   Où s’affirme un élan comme celui-là chez nos grat­\nteurs de papier à portées ? J ’en connais un pourtant\nque je sais génial (1), parmi nos compositeurs, parce\nque lui aussi, il a lutté et souffert, il a vécu son art, il\na ressenti le soulèvement de l’humanité en lui ; et\nl’œuvre à laquelle il travaille, arrêtée à chaque instant\npar la souffrance, cette œuvre, elle prendra place parmi\nles grandes créations humaines, parceque, loin d’être\nde la musique simplement, elle est au contraire la tra­\nduction en harmonies de tout un état intellectuel, d’une\nensemble d’idées : une création.\n   Qu’on se pénètre de cette vérité : l’Art ne peut être\ndétaché de l’Unité dont il n’est qu’un aspect : vie\nsociale, vie morale de l’artiste, vie intellectuelle,\ncroyance en une humanité d’avenir, autant d’aspects\nqui tous se retrouvent dans l’œuvre de n’importe quel\ngrand artiste. L’un des plus vastes génies de l’Art,\nMichel-Ange, est philosophe et s’enthousiasme pour\nSavonarola ; il est poète, il écrit ; il est sculpteur, il est\npeintre ; il fait les plans de St. Pierre ; et la vie sociale\nne le trouve pas indifférent : il dirige les travaux de\nfortification de Florence à travers les dangers. Léonard\nde Vinci est aussi grand savant que peintre immortel.\nGoethe s’illustre par ses travaux de sciences naturelles.\nHugo le poète lutte pour la liberté de son peuple, puis\npour l’avènement de l’Humanité.\n  (1) Erasme Raway.\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "120                     LE RÉVEIL\n\n  Borner le rôle de l’artiste à l’habileté technique,\nséparer l’Art du Tout indissoluble dont il n’est qu’un\naspect, l’isoler de l’Humanité, de la Société, étrange\naberration, stérilisant mensonge !\n  Or, c’est à ce mensonge que collabore par son\nignorance la société bourgeoise d’aujourd’hui.\n\n                           II.\n\n   La musique, extérieurement, pour le public, se mani­\nfeste à présent sous deux formes : le théâtre et le\nconcert. Or, ces deux formes de spectacle sont viciées,\ndès l’origine, détestables par essence ; elles ne dureront\nque le temps que durera notre civilisation de parvenus\nprétentieux et de banquiers avilis.\n   Le théâtre d’abord : chaque soir, on y joue; les tré­\nteaux se couvrent de figurantes et de danseuses; les\ndécors fastueux, conçus, comme les costumes, dans le\nfaux mauvais goût de l’époque, masquent le manque\nabsolu de plastique des personnages et des groupes ; les\nvocalises, les notes pointées, les chatouillement délicats\nde voix stylées au point d’être réduites à d’extraordi­\nnaires mécanismes, font oublier le néant de l’œuvre. Et\ncette œuvre, quel rapport a-t-elle avec la civilisation,\navec l’Unité humaine ? En quoi se rattache-t-elle à l’en­\nsemble des espoirs et des idées du temps ? En quoi se\nfait-elle sociale, morale, éducatrice ?\n    Prenez par contre le théâtre à Athènes, au grand\nsiècle : sorti du culte même, des fêtes de Dionysos, de\n la célébration de l’éternelle poussée des êtres, il garde\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                       FÉVRIER-MARS\n\nson caractère solennel ; on ne joue qu’aux Lénéennes et\nDionysiaques. Tenant de toutes ses attaches à la vie si\nharmonieusement parfaite des citoyens libres, il offre un\nensemble complet, il est synthèse à la fois de la musique,\nde la poésie, de la plastique ; la poésie se précise en\nattitudes ; la musique n’est pas « un bruit coûteux »,\nmais respectueuse de la ligne elle accentue et rend plus\nlumineux les contours de la poésie ; elle joue le rôle de\nla peinture dans l’ornementation des temples. Les\nacteurs sont des artistes qui se sont préparés longtemps;\nle premier acteur est souvent l’auteur du drame lui-\nmême ; le masque et l’ample vêtement font disparaître\nles personnages, et ne montrent que la représentation\nadéquate des caractères, tels que les voulut le poète.\nLe chœur joue un rôle essentiel, il conseille et con­\nsole, il est comme la participation du public au drame.\n   Aujourd’hui, le cabotin domine; le chœur chante,\nindifférent; les ballerines passent, plaisir sensuel,\nà travers une action sans consistance, sans intérêt ; le\nthéâtre d’opéra n’est qu’un beuglant distingué. Les\nvieux juifs millionnaires y cherchent des maîtresses, et\nles bourgeois repus y vont digérer, le panse pleine et le\nnéant dans l’âme.\n   Un seul créateur d’art s’est révolté contre cette infa­\nmie: Wagner. Il a créé un théâtre nouveau,il a écrit d’une\nplume flamboyante cette grande philosophie dont l'A r t\net la Révolution, Opéra et Drame, peuvent donner\nune idée : et sans la générosité d’un roi qui eut le cou­\nrage de vivre, librement, comme un de ces riches tyrans\nde Syracuse; sans l’entêtement d’un Franz Liszt, se\nsacrifiant au public en sauvant son ami des coude-à-\ncoude avilissants, son œuvre aurait-elle pu trouver une\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "                         LE RÉVEIL\n\nréalisation visible, cette réalisation indispensable à toute\nœuvre dramatique, sans laquelle l’œuvre dramatique\nreste sans action et morte presque ?\n   Le Concert n’est pas meilleur que le théâtre : même\ncabotinisme chez les exécutants, même snobisme chez\nles dilettantes même abrutissement du public. Au temps\nde Pindare, l’oratorio de concert (si je puis employer\nces mots modernes) réunissait tous les éléments de\npensée et de réalisation indispensables pour former une\nœuvre d’art : à l’occasion de la victoire remportée aux\nagones, aux jeux nationaux de la Grèce, devant tous les\nhommes libres, le Poète lyrique créait une œuvre :\nœuvre sociale, comme le drame, issue, comme lui, de la\nvie même du peuple : cette œuvre, faite pour répondre à\nl’âme de toute une civilisation, déployait l’architecture\nmouvante et lumineuse du rhythme dorique et de cette\n musique claire de la cithare d’Apollon, avec des pas et\n des cadences, et des Idées s’objectivant en mouvantes\n attitudes.\n    Au Moyen-Age aussi, la musique eut son rôle social,\ndans l’ensemble de la vie, dans l’Église : elle s’harmoni­\nsait avec le poème, et le poème n’était que la réalisation\nde l’Idée, de la Foi, de la Croyance collective.\n    Aujourd’hui, qu’est-ce que nos concerts? Une cabale\n comme conclusion de mille intrigues ; des toilettes, des\nflirts, des appréciations stupides ; le bourgeois privi­\nlégié s’érigeant en juge, par les absurdes claquements\nde ses pattes, sur l’Artiste, ce prêtre, ce divin : honte\n et douleur ! Les privilégiés seuls admis ; le peuple, le\n simple qui ressent, libre des préjugés d’éducation,\n écarté !\n    Aussi, jamais cette indissoluble Unité de l’Art, de la\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                        f é v r i e r -m a r s\n\n\nCroyance et de la Vérité n’a-t-elle été moins reconnue,\nplus négligée. Nous vivons dans le désordre; la guerre\nde toutes les tendances, de toutes les ambitions s’est\nsubstituée à l’effort collectif. Aussi, que le bourgeois ne\ns’irrite point de voir des artistes, fiers et incompris, se\nretirer en d’imaginaires aristocraties : l’aristocratique\nphilosophie stoïcienne n’a-t-elle pas dominé les esprits\nà la fin de la république romaine et sous les tyrans impé­\nriaux? L’artiste, dégoûté, se retire de la vie, il voit au-delà\n      ; il se révolte, les moins forts désespèrent, les génies\nespèrent toujours.\n   Mais comme de tout chaos se dégage un jour ou\nl’autre, sous l’effort des clartés majeures, l’ordre éblouis­\nsant, ainsi cette lutte de chaque instant affirmera-t-elle\nde plus en plus, dans l’âme de l’artiste, la liberté ; sa\npersonnalité se développera, s’élargira ; l’inévitable\nanarchie viendra, puis l’inévitable liberté. Ainsi se\nrenouera la grande et sublime tradition : paganisme\nchristianisme, humanité.\n                               III.\n   En attendant, recherchons sous les décombres les\nquelques battements de vie qui font espérer une renais­\nsance, et enterrons nos morts aussi. Voyons ce qui\nrelève de la vie et de l’humanité chez les artistes, et les\nravages qu’a imposés à leur nature le triste état de la\nsociété actuelle.\n   Deux compositeurs belges, cet hiver, ont attiré l’at­\ntention par des œuvres nouvelles : au concert, M. Paul\nGilson, par sa Francesca da Ri mini, au théâtre\nM. Emile Mathieu, par son Enfance de R oland.\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "134                      LE RÉVEIL\n\n   Jusqu’à ce jour, on peut dire de M. Gilson qu’il s’est\nmontré musicien, mais non artiste. Ernest Hello écri­\nvait, dans une note de son étonnant livre de l’Homme,\nceci : « Par le mot : Art, j’entends tout ce qui, sculpture,\n» peinture, parole, prose ou vers, exprime ou représente\n» les traditions du monde et l’idéal des nations. Par le\n» mot : Littérature, j’entends les exercices des écrivains\n» et quelquefois leurs tours de force. »\n   La même chose pourrait s’affirmer de la musique :\nl’artiste, ici également, n’existe que si la personnalité\nest complète : il ne suffit pas d’avoir de la patte. Il faut\nd’abord avoir l’intuition de la vie des choses, des Idées,\ncomme proclamait Schopenhauer, donnant à ce mot son\nsens platonicien, les Images éternelles ; les Thomistes\nsavent que créer, c’est reconnaître ; pour Aristote, tout\nart est une imitation, une reconnaissance; pour recon­\nnaître, il faut l’intuition.\n   Voici deux hommes, tous deux s’occupant de musique,\nécoutant pour la première fois un drame de Wagner ;\n— le fait s’est passé ici, lors des représentations Neu­\nmann ; le premier suit anxieusement dans l’orchestre les\nmoindres détails techniques de l’instrumentation, le\nsecond se laisse aller à son impression profonde, et ne\nsonge pas même à se demander si c’est un cor anglais\nou un basson qui joue : le premier est un musicien, le\nsecond est un artiste. Ou encore, voici un compositeur\ndoué d’une patte étonnante : il a fouillé les partitions des\nmaîtres, non pour découvrir l’idée sous les multiples\nformes de la notation musicale, mais pour s’approprier\ncelle-ci, exclusivement; en voici un autre qui, pour\n créer une œuvre, invoque d’abord tout ce qu’il ressent\n d’humanité, puis traduit en une conception pure et puis-\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                      FÉVRIER-MARS                     125\n\nsanté l’état de son âme et l’essence de son art, et se fait\nune technique, nouvelle et personnelle, à chaque œuvre\nnouvelle : le premier est un musicien, le second un grand\nartiste ; et pour mettre des noms, le premier est un\nGilson, le second un Raway. Je ne mets pas en doute\nla sincérité du premier, mais je le trouve d’une intellec­\ntualité inférieure. S’il est une œuvre apte à démontrer\ncette vérité, c’est la Francesca da Ri mini de M. Gilson :\nnous y trouvons l’opposé des conditions d’art que nous\ndéfinissions en commençant. Le poème qui est de\nM. Jules Guilliaume, est ce que peut être un poème de\nM. Jules Guilliaume, un désert d’une désolante plati­\ntude. Quelques exemples de sa prosodie :\n      « Partout, de longues plaintes,\n        de sourds gémissements ;\n        l’horreur et l’épouvante\n        me font dresser les cheveux.\n  Les Ames impénitentes, dans le lointain :\n        Ha, ha, ha! — ha, ha, ha! »\n  Ou encore :\n      « Je vois briller tes yeux,\n         plus clairs que les astres des cieux. »\n  Plus loin :\n      « Marqués du sceau de la colère,\n         mortels, confessez quelle fut\n         la faute qui rendit vos mânes\n         indignes de voir le salut ».\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": " 126                      le ré v e il\n\n     Autre exemple :\n         « Ma Francesca, sois sans crainte ;\n           l’enfer, pas plus que la mort,\n           n’a de pouvoir assez fort\n           pour rompre notre étreinte ».\n     Et pour finir :\n         « Seigneur, à toi j’ai recours ;\n           du fond de ce gouffre,\n           vers toi je pleure et crie;\n           ne laisse pas sans secours\n           mon âme qui souffre,\n           mon âme endolorie.\n    Les Ames impénitentes :\n                     Ha ! ha ! ha ! »\n    Donc, ici s’anéantit d’un trait tout un côté de l’Unité\n de l’œuvre d’art, telle que la concevaient les anciens,\n telle que voulait la rétablir Wagner. L’idée de l’œuvre\n cependant était d’une puissance peu commune ; cette idée\nnaturellement n’appartient pas à M. Jules Guilliaume)\nmais à la légende poétique. Francesca renonce à la féli­\ncité céleste qui lui est offerte, elle préfère l’étemelle\ndamnation pour suivre son amant. Chacun ressentira\ntout ce qu’il y a de profondément humain dans cette\ndonnée; rarement sujet plus beau s’est offert à la réali­\nsation de l’artiste. Qu’en fait M. Gilson? (Je ne parle\nplus de M. Jules Guilliaume). Vous pensez peut-être\nqu’il aura, par sa musique, fait passer à travers les âmes\ncette passion dévorante, matérielle, païenne après tout,\nde Francesca ; vous pensez que des cris de ceux qui sont\nréprouvés à jamais pour avoir trop aimé se dégage une\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                        FÉVRIER-MARS\n\nimpression de douleur qui tord, une passion d’enivre­\nment à faire tout oublier? Eh bien ! de tout cela, rien !\nPas de conception : M. Gilson n’a ni ressenti ni pensé\nson sujet. Il s’est complu dans une esthétique imitée de\nBerlioz, il a fait de la musique descriptive ; il est devenu\nsimple exécutant, il a aligné des notes pour des instru­\nments. Mais que peut une technique d’ouvrier de la\nmusique quand il faudrait trouver les harmonies qui\ndoivent dilater l’âme et soulever dans les cœurs tout ce\nqui y dort d’humanité? Et même ici, la technique de M.\nGilson a sombré: car pour rendre tout le drame d’amour,\nà peine a-t-il pu découvrir une phrase, d’allure wagné­\nrienne, de plastique peu sincère, qui laisse froid. On\n sent que l'homme n’y est pas. Avant de « faire de la\n musique », M. Gilson aurait dû vivre; il s’enferme de\n longues journées dans une studieuse solitude, gratte et\n regratte les procédés des maîtres, pour voir ce qu’il y a\n au fond, s’efforce de les égaler, et attache plus d’impor­\n tance aux notes d’une clarinette basse qu’à l’expression\n émue et simple de nos tristesses, de nos espoirs, de nos\n joies. Tant que M. Gilson restera un musicien, il ne fera\n pas œuvre d’Art. Je ne dis pas : tant qu’il restera au\n point où il se trouve. Non! Ce n’est pas une évolution\n qu’il faut à son talent pour qu’il s’affirme, réel ; c’est une\n révolution absolue. Il faut retourner le bonhomme et le\n refaire à neuf.\n  Si le Concert avec son faux clinquant et ses succès\néphémères nous a montré comment une nature bien\ndouée, au lieu de se développer dans tous ses côtés\nhumains, se perdait dans une technique de commande,\nau théâtre s’affirmera le même phénomène : nous avons\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "138                      LE RÉVEIL.\n\n entendu cet hiver l’Enfance de Roland de Mr E. Ma­\n thieu ; cette œuvre, impuissante à provoquer la moindre\n émotion, nous sera un nouvel exemple de la stérilité de\n la musique contemporaine et de la rareté du sens\n artistique.\n    Mr E. Mathieu, se conformant aux traditions de\n R. Wagner, a écrit lui-même son texte et conçu simul­\n tanément poème et musique. Or, c’est précisément le\n néant de cette conception première qui nous révélera\n pourquoi l’auteur n’a pas créé une œuvre nouvelle, mais\n simplement mis des notes sur des mots, péniblement.\n   R. Wagner s’est forgé une langue littéraire et musi­\n cale, une mimique et une plastique à lui ; R. Wagner\n avait une conception de l’humanité, personnelle et phi­\nlosophique ; il avait ressenti toute l’intensité d’émotion\ndes légendes de son peuple, il prenait part à toutes les\nmanifestations de la pensée et de la vie ; il fut révolu­\ntionnaire et hégélien avant quarante-huit, dans la suite\nil fut disciple de Schopenhauer ; de plus, il remonta\naux sources de son art, rien de ce qui est humain ne\nlui fut étranger, et il se reporta aux grandes et glo­\nrieuses époques de l’histoire ; on retrouve dans son\nœuvre cette pénétrante connaissance de la Grèce an­\ncienne, source de toute beauté pour le génie, mine à\nplates imitations pour les nullités.\n   Cette révolte de l’humanité, cette intensité d’expres­\nsion et de vie, les trouvons-nous dans l’œuvre de\nMr Mathieu ? Son sujet, l’a-t-il vécu ? l’a-t-il ressenti ?\nPasse-t-il à travers son poème, le vivifiant souffle des\nchoses ? Sa poétique s’anime-t-elle des fortes joies et\ndes fortes douleurs, des enthousiasmes et des soulève­\nments d’âme suggestifs d’humanité ?\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                       FEVRIER-MARS                      I39\n   Et à côté de ce premier élément de toute création\nd’Art, l’autre élément, indispensable aussi, l’Idée ou\nl’Image, qui jaillit de l’intuition profonde de l’Artiste\nreconnaissant sous les apparences les grandes harmo­\nnies des êtres, se trouve-t-il dans l’œuvre de Mr Mat­\nhieu ? — Non ! Nulle part ! — Or, ces deux éléments\nse combinent en toute grande œuvre d’art, humaine et\nsociale. Et quand dans un drame ou un poème je ne les\ntrouve pas, je nie que ce poème ou ce drame soit une\nœuvre d’art ; la technique peut en être habile ; les\nautomates accomplissent des mouvements, mais un\nmécanisme n’est pas précisément une âme.\n   Quand Wagner puisait dans la légende, il revoyait\nd’abord, par sa puissance d’imagination, les primitives\népopées ; il s’en appropriait le sens caché ; puis il les\ncréait à nouveau, et sa philosophie à lui faisait jaillir de\nnouvelles clartés dans les temples du Graal, et de\nnouveaux orages aux rochers des Walküres.\n   M. Mathieu ne s’est rien approprié de l’esprit des\nrécits romantiques qu’il exploite. Il a pris comme thème\ndeux ballades de Uhland, et a fait là-dessus un devoir\nde rhétorique, une amplification d’examen. Il intercale\nmême quelques pages de son modèle, et c’est pitié de\nvoir ces deux arts, si différents, accolés en une même\nœuvre, le dialogue et la ballade romantique. La forme\nn’offre rien de particulier; c’est un chaos discors : on\nne sait si c’est là des vers ou de la prose. M. Mathieu\n croit-il avoir écrit en vers libres peut-être? Mais ce n’est\npas parce que des vers ne riment pas ou riment mal\npeuvent être qu’ils appelés vers libres ! Le vers libre\n a son rhythme, d’accord avec le rhythme de l’image et\n de la pensée. Rien de ces caractères chez M. Mathieu.\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "130                     LE RÉVEIL\n\n   La musique? Sans doute la technique intéresserait-\nelle un musicien. Mais nous n’avons que trop de musi­\nciens, encore une fois, et pas assez d’artistes. En tous\ncas, mon impression, la voici. Goethe jeune homme\ndisait de lui-même que tout ce qu’il pensait lui venait en\nvers. En écoutant le R oland de M. Mathieu, on éprouve\nle sentiment contraire : on croirait presque, que rien de\nce qu’il pense ne lui vient en musique. Il n’y a là ni\nligne, ni architecture.\n   Et ici, je touche un point commun à M. Gilson, à\nM. Mathieu, à tant d’autres de nos contemporains :\nl'absence de ligne. Nous sommes donc à j’opposé du\ngrand Art musical. Si parfois chez Wagner la ligne,\nl’image, s’obscurcit, c’est sous la poussée confuse de vie\nà travers tout, de cette vie d’enthousiasme et de puis­\nsant délire que les Grecs incorporaient dans le mythe de\nDionysos. Mais chez nos techniciens, rien de Dionysos,\net rien non plus de la pureté de contours, de la clarté,\n de l’architecture, de la ligne; en ceci, j’opposerais\nvolontiers à l’art confus de nos musiciens, l’art de\n Gluck et sa ligne admirable : nos musiciens, armés de la\ntechnique la plus complexe, semblent empêtrés dans un\n bruit chaotique. Gluck, avec des procédés d’harmonie\n et des moyens de réalisation élémentaires, si on les com­\n pare aux trucs actuels, a parlé un langage si suggestif\n d’humanité, si simple, que l’émotion naît d’elle-même,\n et que l’âme se sent élargie, plus grande et plus pure.\n                           IV.\n  Il serait injuste de rendre nos compositeurs responsa­\nbles de cet état de choses. Le compositeur ne vit pas\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                       FÉVRIER-MARS\n\nisolé; il subit toutes les influences que les systèmes\nd’éducation actuels, les préjugés d’une société difforme,\nnos conditions atroces d’existence imposent, dès leur\nenfance, aux natures d’élite. Combien peu résistent,\ncombien peu parviennent, malgré l’étouffement ambiant,\nà grandir, à croître, à s’élever vers le soleil !\n   Outre ces conditions générales d’existence, nous\ndevons envisager aussi la déplorable situation créée à\nl’Art dans notre monde bourgeois. Le théâtre comme le\nconcert ne tiennent plus en rien à la vie sociale ; le\nthéâtre antique, les mystères au Moyen-Age, tenaient de\ntous côtés à la croyance collective et à la vie publique ;\naujourd’hui théâtres et concerts ne sont plus que des\nplaisirs extérieurs, sans prise sur l’esprit du peuple, sans\nrôle civilisateur : on sacrifie au mauvais goût d’un public\nde gens prétentieux et vains, farcis de préjugés, sans\nsympathie réelle pour l’Art ; les applaudissements vont\nà qui amuse, à qui étonne ; on acclame les tours de force\ndu compositeur ou de l’exécutant. Quand le bourgeois\nvoit un grand orchestre, accru d’instruments bizarres,et\ndes choristes jusqu’au fond des coulisses, il s’imagine\nêtre en présence d’une œuvre de génie; et les chefs\n d’orchestre, par malheur, en France et en Belgique du\nmoins, n’ont pas une vision plus haute de leur art. Quant\n aux journalistes, sauf quelques exceptionnels égarés,\n leur infamie ne connait pas de limite.\n   Dans un semblable milieu, que peut faire l’artiste?\n A-t-il le temps de s’éduquer, de vivre son œuvre, de\n penser et de concevoir? Les rares artistes qui se révol­\n tent, et vivent une véritable vie, quel accueil leur réserve\n notre public de parvenus et de crétins ?\n    Le public réclame ses plaisirs. On va au théâtre pour\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "132                      LE REVEIL\n\ns’amuser, c’est entendu, et au concert pour voir des\nacrobates. Aussi le théâtre est-il tombé si bas, que les\nœuvres des génies mêmes de l’Art, quand de loin en loin\non les représente, nous apparaissent, défigurées par le\ncabotinisme courant; on les massacre, sans conviction,\net l’éducation du public tombe chaque fois d’un degré.\n   Le rôle social de l’Art ne renaîtra que quand la société\nactuelle aura été renversée et transformée.\n   Même écœurement au concert : Les Concerts popu­\nlaires deviennent plus nuls chaque jour. Bientôt on n’y\nentendra plus que des cantatrices à roulades et des\npianistes de quatre ans, de petits prodiges!\n   Aussi est-ce avec joie que nous saluons toute tenta­\ntive de renouveau, tout effort pour sortir de l’ordure.\nLa Société des N ouveaux Concerts, créée par la volonté\net la belle conscience d’artiste de M. Georges Khnopff,\nque d’intrigues basses et viles n’a-t-elle pas dû subir à\nses débuts ! Espérons que la jeune institution réalisera\nun idéal plus élevé que les vieilles boites. Que dans les\npremiers jours, d’anciennes habitudes se mêlent encore\nau progrès, il faut s’y attendre. Mais, croyons nous, là\ndu moins, les quelques rares artistes, isolés aujourd’hui,\ntrouveront un foyer et une patrie.\n   Une patrie provisoire ! Car la véritable patrie n’exis­\ntera pour l’artiste qu’au jour où toutes les petitesses de\nl’ordre social que nous subissons, les dernières erreurs\ndes métaphysiques de l’Absolu, les platitudes devant la\npuissance des hommes comme devant les idoles qu’on\npropose à l’adoration des natures trop simples pour rai­\nsonner, feront place à une société meilleure ; au jour où\ntout ce qui obscurcit la limpidité originaire des yeux et\nl’élan vraiment humain des cœurs sera vaincu par la\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                       FÉVRIER-MARS                                133\n\n liberté naissante ; où pour la première fois, cette liberté\n dont on parle tant, et qui jusqu’aujourd’hui a été com­\nprimée dans toutes ses manifestations, parviendra à se\n dégager, fière et hardie, en brisant, par un effort suprê­\nme, ses chaînes que souvent déjà dans leur colère les\nles génies de l’action ont secouées, et dont les anneaux\n commencent à sauter ; ce jour là, un nouveau Promé­\n thée, délivré pour toutes les éternités futures, donnera\n au monde ce feu sacré qui malgré les étouffements tita­\nnesques de toutes les tyrannies, vit toujours sous la\ncendre. Et ce sera le définitif Regnarök des vices, des\ninégalités, des jugements iniques, des lâchetés et des\nfaiblesses. Alors aussi, l’Artiste, redevenu libre, ne\nrelèvera plus que de l’Art, c’est-à-dire de l’expression\nla plus humaine et la plus sociale de la conscience collec­\ntive des peuples.\n   Jusque là nous aurons, hélas ! chez les uns, cette\nparodie grotesque qui, sous le nom d’art, amuse le public\navide de divertissements et d’enivrements insensés ; et à\ncôté, chez les rares artistes vrais, l’Art révolté et\ndestructeur, et la philosophie négative d’un Nietzsche\net d’un Schopenhauer. Mais au jour de la grande Aurore,\nl’Art enfin délivré, magnifié, sublime, rayonnera de ses\nmille rayons, réchauffera les coeurs rendus à la joie, et\nparera d’innombrables efflorescences la grande fête de\nl’Humanité régénérée.. Mais, je vous le dis encore, il\nfaut que la société actuelle périsse pour que puisse croî­\ntre l’humanité future. Les tempêtes d’hiver tomberont,\nau jour de l’éternel Retour ; tel est le sens profond du\ngrand culte de Dionysos, d’où jaillit le Drame grec.\n                                      G e o r g e s M e s n il .\n                                                           10\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "134                    LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                       L’AUBE.\n\nC’est le matin : Les fleurs qui souriaient pensives\n A u x étoiles que l'aube effeuille, s'enjolivent\nD 'arabesques d'azur, et frissonnant un peu\nSous la caresse frêle et lasse du ciel bleu\nLe je t d'eau se réveille avec un long bruit d'ailes.\nUn vol éblouissant de paons sur les tourelles\nSe pose, et le soleil émergeant des rosiers\nQue de beaux papillons frôlent extasiés,\nCrible les plumes d'or de rouges pierreries.\nSur l'eau rêveuse où vague une jonque fleurie,\nCygne mystérieux que la brise d'été\n Balance eu effleurant de reflets enchantés\nLes chemins sinueux que son sillage creuse,\nS’entr’ouvrent un à un les lys de l'île heureuse.\nDans les halliers, la voix des cloches a tinté\n C’est le matin : D e doux pétales argentés\n N eigent sur les oiseaux que le parfum des roses\n Grise et fa it trembloter parmi les lauriers-roses\n C 'est la fête des fleurs ! O songe que le jour\n Câline lentement de sa chanson d'amour,\n çAlle\\ bercer la calme sœur qui dort encore\n  M algré le rire clair de la divine aurore\n Dans la sérénité de ses vœux enfantins,\n O songe, et dites-lui que les y e u x du matin\n Dorent mon âme où les chères voix revenues\n  Chantent la pure joie des choses ingénues.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                      FÉVRIER-MARS                  135\n\n\n\n\n                  L’AME SŒ UR.\n\nLa douce ascension de l’âme vers l'Aurore\nOù la Lyre en accords subtils qu’attriste encore\nL ’espoir d'un chimérique amour, prélude lente\n A u x fêtes dont rêva notre enfance indolente, '\nL'ascension dans la blancheur frêle des ailes\nE t des fleurs qu'angélise une brise fidèle,\nEveille enfin la voix qui vibre insoupçonnée\nSur les lèvres d'amour d'une sœur devinée\nParmi les visions liliales, et l’aube\nBaisant timidement le lin pur de sa robe\nEnguirlande de claires roses innocentes\nLe songe vaporeux de sa langueur naissante....\nE t l'âme recueillie élève vers son âme\nLe calice de joie que sa gloire réclame.\n                                G eorges M arlow\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "136                    LE REVEIL\n\n\n\n\n               L’AME PÉRÉGRINE.\n\nJe suis poète, enfant, et mon âme est divine,\nE t mes rêves sont beaux et grands comme les deux.\nSi je chante parfois, en mes rimes câlines,\n\"Parmi les flots berceurs un pays radieux\nD ont ton cœur ingénu sourit et s’émerveille,\nC 'est qu'un Dieu bon, le jour d 'A vril où je suis né\nDans le triomphe clair d’une aurore vermeille,\nEn un jardin tout blanc de jasmins, m'a donné,\nDouce et pure comme une fleur, une âme heureuse.\n— Depuis des temps lointains elle avait tressailli\nEn des corps lumineux de vierges sourieuses,\nE t de poètes blonds au fro n t grave et pâli,\nD e beaux vieillards sachant la course d'or des astres,\nD ’enfants aux y e u x d’azur, et de fiers voyageurs\n Qui touchèrent, après l'infini des désastres,\nLes bords longtemps rêvés de pays enchanteurs.\n Oui mon âme a vécu chacune de ces vies,\nE t se souvient de tant de joies, de tant de pleurs,\n D e tant de sites et de deux, dont la magie\n Parfois l’exalte encore en un songe de fleurs.\n Des grands deux que je vis, des calmes paysages,\n E t des palais d’onyx cuivrés par les couchants,\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                       FEVRIER-MARS                            137\n\nJ'ai bâti de ces souvenirs, de ces mirages,\nUn pays irisé, merveilleux et dolent ;\nCes grèves, ces cités, je les évoque toutes,\nE t tous les gestes chers, et toutes les bontés,\nE t ces voix qu’en les nuits d’été souvent j ’écoute....\n— E t j ’ai cru retrouver dans ta svelte beauté\nTout cela, tout cela, ces rythmes, ces merveilles ;\nN os âmes revivront trois mille ans de splendeur,\nEt, buvant les regards de nos claires prunelles,\nEnfin connaîtrons-nous — peut-être — le Bonheur !\n                             R o d r ig u e S é r a s q u ie r .\n  de « l’Ile Enchantée »\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "138                           LË RÉVEIL.\n\n\n\n\n              CHRONIQUE LITTÉRAIRE.\n\n\n  C a m il l e M a u c l a ir — Sonatines d’Automne — Paris, Perrin.\n  L . D u m u r — L a Motte de terre — Paris, Mercure.\n  L . R io t o r — Deux Nomarques de lettres — Paris, la Plum e.\n  A . H e in s — A Gand — Gand, N. Heins.\n  A . B o s c h o t — Faunesses et Bacchantes — Bruxelles, Lacom blez.\n      id.      — Matin d’Automne —                id.        id .\n  L . D e l a t t r e — Les Miroirs de Jeunesse   id.         id.\n  M a u r ic e L e B l o n d — Première étape du néophyte — Paris***.\n  ANDRÉet M a u r ic e M a g r e — Eveils— Toulouse, Vialelle-Perry.\n  P a u l F o r t — Il y a là des cris — Paris, Mercure.\n  P. A . H ir s c h — Sonnets et Chansons — Paris, B ailly.\n  G. P o l t i — Les 36 situations dramatiques — Paris, Mercure.\n  J e a n C a s ie r — Flammes et Flammèches — Brux-Lacom blez.\n\n   Folie serait-ce de vouloir définir les Sonatines d’automne mieux\nque M. Mauclair lui-même le fit en une courte notule exempte de\npose. Ce sont bien là des lieds, des historiettes étranges, de petits\npoèmes n’ayant guère plus de raisons d’être qu’un frisson ou un\n sourire. E t, vraim ent, on songe en les lisant au Schumann des\nNovelettes envers lequel l ’auteur se croit surtout redevable\nd’exemple. Mais aussi des réminiscences de M. Maeterlinck\nsurgissent çà et là ......\n   Un homme se joue de petites sonates à lui-même dans la non­\nchalance de l’automne, dit encore la notule. Un hom m e?... Un\njeune homme, oui, et quelle foi ardente il a su garder malgré les\népines et les ronces de la route ! Elle v it en lui, la douce qu’ il\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                           F ÉVRIER-MARS\n\nchante, cette sœur vers qui il va comme vers une eau calme, celle\n\" aux yeux tièdes \" qui « balance sa chevelure d e soie dans la nuit\nclaire ». Certes on a quelque peine à le croire lorsqu’il parle de la\nmaison de tristesse qui serait celle de la chère voyageuse et la\nsienne. Qu’un peu d’ennui descende parfois dans les cœurs avec la\npluie des sonneries se libérant aux clochers — qu’importe! Il est\ndes minutes exquises capables de séduire une âme digne de soi. Il\nest des instants où l'esprit déjà porté au doute se grise des parfums\natténués du souvenir et alors tout renaît sous un rayon plus beau.\n   Je le demande à ceux qui ont aim é: quels moments valent celui\noù, après avoir quitté sa belle maîtresse, l’amant s’en retourne —\nmélancolique un peu à force de bonheur — en respirant l'odo­\nrant souvenir des lèvres enivrantes de l’amoureuse ? L a nuit est\nde nonchaloir, de langueur, et le poëte balbutie, le front levé vers\nles étoiles qui l’entendent peut être, balbutie en songeant à Elle:\n\n\n         Avec tes cheveux blonds frisés,\n         Avec ta bouche plissée,\n         Avec tes cils baissés lentement sur tes prunelles,\n         Tu as l'air d'une petite fiancée,\n         Pour rire vraiment, pour rire.\n\n         Tes mains menues\n         Avec leurs gestes maladroits,\n         C'est drôle et terrible à la fois\n         Tes mains maladroites et nues.\n\n         Ça fait des choses gentilles,\n         Ça joue aux menottes,\n         Ça tapote des notes qui pétillent,\n         E t puis ça chiffonne des mantilles\n         Pour rire, vraiment, pour rire.\n\n         E t puis alors c'est une œuvre de luxure,\n         De rite obeur et de lenteur sûre,\n         Une œuvre ténébreuse et. somptueuse\n         Où tu te pâmes jusqu’au sang et jusqu'au délire :\n         Est-ce pour rire, ah ! dis, pour rire ?\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "140                          LE RÉVEIL\n\n   Vers libres et des meilleurs. \" L es formes du vers m’ont été indif­\nférentes, dit M. Mauclair. Encore faut-il signaler l’extraordinaire\nhabileté de facture qui frappe à chaque page.\n   M. Mauclair excelle du reste tout autant dans le vers régulier.\nMais quelle pièce citer à titre d’exemple ? Ce serait surtout le\nLied qui ouvre le volume ou le Chant vers le soir de la page 6.\nPar malheur l’un et l’autre sont assez longs — et les scinder, je\nn’ose. Pourtant c'est encore ce qu'il y a de mieux à faire. O yez\nla fin de ce chant :\n\n\n         Un soir tu t'entendras dans l'ombre violette\n         Chanter bas la chanson du cueilleur de baisers,\n         E t tu seras le simple calice de fête\n         Qui naît fragile dans les buissons apaisés.\n\n         E t tout sera connu de la nuit primitive\n         E t tous les yeux de la Bonté seront sur vous\n         Pour étoiler la Fiancée inattentive\n         E t l'Amant grave de ce mystère très doux.\n\n\n         Vous minerez la vie heureuse des corolles,\n         Vous ne saurez que la tristesse des roseaux,\n         Vos jeu x amuseront les aurores frivoles,\n         E t vos sourires seront comme des oiseaux.\n\n         C ’est ainsi qu’il viendra t’aimer selon le calme\n         E t confondre en ton sein lui-même et son reflet :\n         Ce sera l’annonciation d’une palme\n         Sur ce front que la ronce éternelle cerclait.\n\n\n   Après cela vous croyez peut être que tout est dit? Nenni, le\nvolume ne contient pas que des strophes d’amour. Un curieux\nfragment de poème (Narcisse) et les Prières des dernières pages\nsont surtout remarquables ainsi que d’autres pièces encore où le\ncharme toujours vert de la chanson populaire se retrouve avec\nune note d’art l’avivant discrètement. Voici les Couronnes :\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                            FÉVRIER-MARS                          141\n\n                C'est la fillette aux yeux cernés\n                Avec son air étonné\n                E t ses trois frêles couronnes.\n\n                L'une de fraiche pimprenelle\n                L ’autre de vigne en dentelle,\n                Dans la troisième une rose d’automne,\n\n                L a pimprenelle est pour son âme,\n                L a vigne est pour l ’amuser\n                L a rose à qui voudra l’aimer.\n\n                — Beau chevalier, beau chevalier !\n                Mais il ne passe plus personne\n                E t la fillette aux yeux cernés\n\n                A laissé tomber les couronnes.\n\n   M. Mauclair ne laisse pas choir les siennes. Ici même on le\nsignalait, à propos d'Eleusis, comme un des plus actifs et des\nmieux doués de la jeunesse littéraire. A chaque œuvre nouvelle\nson beau talent plus nettement s’affirme. Je suis de ceux qui\nl’admirent et qui fondent sur lui d'enthousiastes espoirs.\nComment douter de cet écrivain dont les moindres articles —\nau Mercure, par exemple — révèlent à toute évidence des\nmérites point ordinaires de poète et de penseur? N’en doutez\npas, lectrice, et vous, lecteur: l’avenir nous donnera raison.\n\n\n\n\n  L a motte de terre ... voilà un titre qui nous reporte loin, au plus\nloin de la Fable. Euphèmos, comme l’on sait, reçut de T riton, en\ngage d’hospitalité, une motte de terre qui, du vaisseau des Argo­\nnautes, tomba dans la mer. D ’autre part, un des principaux\nmodes de possession féodale fut l'investiture par la motte gazon-\nnée. Dans la pièce de M. Dum ur il se trouve que le mariage\ndétruit la personnalité et que, avant le « oui » formel, l’homme\nremet sa destinée entre les fines mains cruelles de celle dont\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "                                  L e RÈVEtL\n\nles yeux lui plurent. Poupée frivole, elle s’en joue — sachant bien\nque toute velléité de révolte elle la réprimera sans peine par un\nregard boudeur ou un alléchant sourire. Suivez d’ailleurs ce bout\nde scène :\n  L a M è r e M a r t h e — L e voyageur arrivé ce matin prétend que\ntu manques de caractère.\n  C l a u d e (troublé) — Il prétend cela ?\n  A d e l a id e (la promise à Claude). — Quoi, tu as du caractère ?\nJe ne m’en serais jam ais douté : tu fais tout ce que je veux.\n  C l a u d e — Tout, non.\n  A d e l a id e Oh ! si je v e u x b ien tu feras p o u r m o i m êm e ce q u i\n te d é p la it.\n    C l a u d e — Adelaïde, tu es la seule femme qui puisse me faire\nfaiblir.\n    A d e l a i d e — Je le sais bien. Un homme fort est donc à la\n merci d’ une faible femme ?\n    — E t comme la mère Marthe reproche à Claude cette faiblesse,\n comme elle prédit à son fils et à la fiancée « un martyre de toutes\n ses minutes :\n    A d e l a id e (allant embrasser Claude) — Claude, réponds !\n    C l a u d e — Que tes lèvres sont douces !\n    C’est l’envoûtement. Pieds et poings liés, l’amoureux se livre.\n Adelaïde d’avance règle la vie qu’elle mènera après les noces.\n Chocolat à huit heures. Un tour de jardin après la première toi­\n lette, qu’une autre remplacera l’après-midi. Sa Grâce daignera\nalors prendre place au comptoir. Mais il n’y en a pas ! On en\nachètera un. L e soir il faudra beaucoup de lumières dans l’au­\nberge ; le dimanche on dansera dans le jardin ... Que de change­\n ments, s’écrie la mère Marthe ; tout sera donc organisé à sa\nfantaisie ?\n   A d e l a id e — A ma fantaisie.\n   C l a u d e — S a petite âme est ardente, elle part, elle voltige...\n   L a M è r e M a r t h e — E t tu auras bien à faire à lui courir après.\n   C l a u d e — Ce sera mon occupation....\n   — Si ce qui précède est amer, les autres scènes le sont davantage\nencore E t lorsqu’à la fin de l’acte Claude, brusquement désabusé,\nchasse Adelaïde, celle-ci sait bien ce qu’elle dit en s’écriant . \" T oi\naussi tu as peut-être les bras trop faibles.... Je reviendrai demain.\n   Vous avez lu : aussi. Ceci parce qu’un autre personnage parti-\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                           f é v r ie r -m ars                    143\n\ncipe à l’action. C’est le Voyageur. Il a voulu rester indépendant,\nil s’est garé des passions pour se conserver une vie digne et il se\nproclame hautement un homme libre. Pourtant il n’en est pas\nmoins envoûté. Dans un coffre qu’il traîne à sa suite, se trouve\nune motte de terre. Elle lui rappelle (petite note chauvine habile­\nment servie) sa province natale qu’une guerre fit céder à l’étranger.\n Un soir, il veut poser le coffre sur l’appui d’une fenêtre afin de\nfaire prendre l’air à la bonne terre qui le console de l’exil ; mais,\ntandis qu’il enlève la caisse, celle-ci lui tombe sur la tête et il\n s’abat tué sur le coup.\n    L a conclusion ? Ne serait-ce qu’à défaut d’autre entrave il reste\n le préjugé ou l’idée de la patrie et que, dans l’état actuel, la\n liberté vraie et totale est impossible à acquérir ?\n    Un acte bien campé, bien écrit, dont le symbolisme n’est pas\n pour maldisposer ceux qui se tournent de préférence vers un\n théâtre simplement issu de la vie. C ’est à lire ou à entendre. Mais\n M. D um ur serait-il tout-à-fait misogyne ?\n\n\n\n\n   Dans le principe, parait-il, le volume de M. Riotor devait com­\nprendre toute une série d’études littéraires. Mais l ’auteur a\nvu que, pour certains écrivains, il avait fait fausse route ;\nen fin de compte, il ne publie que deux articles datés de 1883\net 1885, un sur Jules Barbey d’A urevilly et un sur Léon Alpinien\nCladel.\n   E n Barbey d’A urevilly M. Riotor salue l’orgueil le plus solide\ndu temps. Il vante son style merveilleux aux shakespeariennes\ntournures et son imagination puissante. Royaliste et religieux\ncet écrivain le fut, nous dit-il, à la manière d’un Joseph de\nMaistre parce qu’un gentilhomme ne pouvait être républicain\net athée. De fait, c’était un grand seigneur, admirateur forcené\nde la vieille élégance française. E t c’était aussi l'homme de\ntous les dix-huit Brumaires. L ’égalité lui apparaissait comme la\npire de nos utopies fraternelles. Il avait l’amour outré de la\nviolence et du despotisme autant — et ce n’est pas peu dire —\nque l’am our du sol natal.\n   M. Riotor termine cette première étude en disant que, pour\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": " 144                          LE RÉVEIL\n\n  celui qui a sondé les œuvres de Barbey d’A u revilly et leurs\n  mystérieuses beautés, il n’est pas possible de les oublier. Cet\n  écrivain n’a-t-il pas fait revivre en plein X IX e siècle les plus\n  belles conceptions d'honneur et de beauté ? On reviendra, termine\n  l’analyste, à la veine tragique qui fut sienne « car notre esprit,\n  notre cœur, notre âme sont las de l’inepte littérature actuelle\n sans grandeur et sans beauté \".\n     Faisons des réserves au sujet de ces dernières paroles et passons\n à l’étude sur Cladel. Elle est plus documentée que l ’autre, si\n non plus pittoresque. Des anecdotes — et, longuement établi,\n le décor où l’auteur des Va-nu-pieds et d’O mpdrailles œuvrait,\n M. Riotor semble avoir été attiré davantage encore par\n cet écrivain-ci que par l’aristocrate qu’il lui donne pour\n vis-à-vis. Léon Cladel, socialiste d’art, assoiffé de justice\n nous est montré comme un « Alcide de la pensée ; il se cambre,\n il se piète, il fait saillir ses muscles, frappe le sol du talon\n et jongle avec les mots comme un hercule avec les poids, les\n frappe en cadence ou les entre-choque dans un bruit de galets\nroulés; imite les coups de mine qui sautent, le granit qui éclate,\nle torrent qui se brise et coule,pour se briser encore; et, par-dessus\ntout, ahan,ahan, le tâ cheron gémit à fendre l’âme, la face trempée\net le plébéien halète, et longuement, péniblement, affreusement,\nretourne son morceau de glèbe et de boue qui doit le faire\nmanger, et nait, et vit, aime dans ce champ qui est son horizon,\net brutalement souffleté par le sort, meurt à la peine,\"\n    On nous dit encore que Cladel hyperbolise et centuple le\ncourage populaire, qu’il ne peut jam ais prendre assez bas ses\nTiti-Foyssac pour les élever assez haut. Un loup-garou de l’idée,\najoute enfin M. Riotor, une sorte de Champavert plus près de\nnous...\n    Ainsi ce petit volume est fort curieux. Nous nous sommes\nlonguement arrêté à telles appréciations émises avec beaucoup de\nsagacité et d’à propos. Cette critique se lit du reste avec le\nmême plaisir qu’une œ uvre originale. N’est-ce pas tout dire?\n\n\n\n  A G a nd: vieilles pierres, murs vénérables, rudes bastilles...\nainsi se titre le volume de M. Heins. De curieuses notes,\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": "                           FEVRIER-MARS                            145\n\nde curieux croquis pris au Château des Comtes, au Beffroi Com­\nmunal, à l’ A bbaye de St-Bavon. T out un monde ancien revit\nainsi à nos yeux. A chaque page vous arrête un fragment d’art,\névoqué d’un crayon alerte et souligné d’une mention enthousiaste.\n« Elles sont là, les Ruines, s’écrie l’ Auteur. Quel calme! quel\nabandon » M. Heins se demande si, après les restaurations pro­\njetées, le château des comtes ne perdra p a s quelque chose de sa\n \" magique évocation romane. \" C’est fort à craindre ; le vieux\nneuf ou le nouveau vieux est toujours une faute.\n    Nous ne pouvons évidemment suivre l’auteur pas à pas dans\nses pérégrinations. L es moindres détails ont ici de l'intérêt.\nCombien curieuses les sculptures que certaines planches repro­\nduisent ! On y trouve à la fois une gaucherie et une intensité\nd’expression qui ne lassent point. Mais je m’attarde. « En tes\nruines, abbaye naguère si riche et si grande, porte une des pages,\ndirai-je par le menu tous tes jo ya u x retrouvés, conservés \". Ce\nque, avec l’aide du dessin, M. Heins n ’ a pas cru pouvoir exprimer\ncomment donc le pourrions-nous en ne nous servant qu e d e mots?\nMieux est d’applaudir simplement à l’ hommage respectueux que\nl ’artiste vient de rendre à sa ville natale Ajoutons que l’ouvrage\nse présente sous un aspect fort original et séduisant à l’œil.\n\n                                 ***\n  Faunesses et Bacchantes. Des vers inégaux, un peu froids,\ncorrects ici, là tout autres. Relevé, au hasard de la lecture, des\nexpressions assez singulières : les vierges marinaient dans la myrrhe.,\nla blancheur d'un corps replet,., les seins pommelés, proches, sont\nréunis ainsi qu’oiseaux gémeaux...\n  Ma foi, cela ne m’enthousiasme guère. Ceci non plus:\n      Qu'on entende le râle âpre et les violences\n      De vos souffles d'amour hachés de baisers secs,\n      Avec le cinglement, sous les lèvres claquantes,\n      Des formes lourdes, enfonçant dans les varechs\n  Oh ! ce dernier vers Qu’en dites-vous ? M. Boschot tombe du\nreste aussi dans l’évidentes fautes d’harmonie : \" E t le cou court et\nmusculeux se plante droit \" trouve-t-on page 30. Il est vrai... \" Que\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "146                             LE RÉVEIL\n\ncelui-là qui n’a jam ais péché lui jette la première pierre \"\n  V oici une pièce caractéristique :\n\n                              O L Y M P IA *\n\n       Dans des verts sombres et des noirs, le blanc des draps\n       Porte l’éclat flétri de ses formes vénales :\n       Elle a l'ennui des lendemains d’amours banales,\n       E t la fatigue des baisers que l’or paîra.\n\n       L a lassitude de l'étreinte est dans ses bras,\n       E t quoique jeune, avec des minceurs virginales,\n       Elle a des reflets gris, restes de saturnales,\n       Sur la peau sale et veule autour du corps peu gras.\n\n       E t ses seins sont chétifs, de fille entretenue,\n       Qui par l’amour ou la misère, toujours nue,\n       N ’a jamais le sommeil d’un lit inoccupé.\n\n       E t son cou grêle, encor de formes enfantines,\n       Bien que courtes et bestiales, est coupé\n       D'un ruban mince comme un trait de guillotine.\n\n  Edition économique. T itre peu justifié puisque défilent en ces\npages Antiope, Diane, Yseult, Esther, la Joconde et même Néron,\nChérubin et la Vierge Marie.\n  Dédicaces tout ce qu’il y a de mieux : Puvis, Zola, Rops, V er­\nlaine, Hérédia, Goncourt,Mme W agner.\n\n\n\n   D e Matin d’Automne, il peut être parlé assez différemment.\nLes vers de cette seconde plaquette sont plus souples et plus\nmusicaux. Encore faut-il regretter que M. Boschot complique\nçà et là fort inutilement son dire.\n   Duo d’amour. Dans un décor botticellien — l’Aimé, l’Aimée.\nL u i, poète, veut un amour idéal. Il évoque la vierge blonde qu’il\n\n (*) De Manet, Luxembourg.\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "                           FÉVRIER-MARS                           147\n\nentrevit en rêve. Elle, au contraire, désire être aimée en femme.\nQue lui importent les pensées de celui qui vin t à elle ? Est-il\nd’autre rêve que celui de vivre — et les caresses et les baisers ?....\n\n         J e veux te conquérir, pour être aimée entière\n\n         J e veux de chauds baisers pris entre mes cheveux\n         Parm i ma chair amoureuse que je te donne.\n\n  Il répond:\n\n         Oh, ta beauté qui nous fa it dieux, par ses caresses.\n         E t puis nous avilit par elles !\n\n  Mais insinuante, l'Aim ée murmure :\n\n         Toute ma vie est de t'aimer comme tu veux,\n         E n mère, en sœur, en muse, et puis de te sourire\n         S i ton front devient trisic ; et, si tu le désires,\n         D'épandre à tes regards le flot de mes cheveux;\n         E t de donner encor mes plus jeunes baisers\n         A ta lèvre qui dit de si câlines choses,\n         E t d’être toute tienne, ô pauvre enfant qui n’oses\n         Vivre cette vie âpre où tu serais brisé.\n\n\n\n\n   Ici même nous vantions l’autre jour le premier livre de\nM. Delattre. Son nouveau recueil ne nous plait pas autant.\nL ’auteur semble vouloir abandonner le genre ingénu et charmant\npar quoi il débuta. L a chose se comprend. L ’esprit mûrit et\nréclame d’autres aliments. Une manière nouvelle de considérer les\nchoses peu à peu s’atteste. Mais, entre les deux états, entre l’éveil\net la maturité, il se produit une sorte de mue. M. Delattre\nen est à l’époque de la mue. Etonnez-vous, après cela, que\nses dernières œuvres soient indécises. L es épisodes s’y heurtent\nau petit bonheur. L ’auteur commence en blanc, tombe dans\nle noir, tourne ensuite au jaune et ce sans transition aucune.\nLisez donc les Bons Aoûterons, le Petit voyage sentimental et vous\nverree. J’offre l’édition sur hollande des œuvres complètes de\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "                              LE RÉVEIL\n\nM. P otvin à qui me prouvera que ces proses sont bien comprises et\nsurtout bien conduites. Quant au Rendez-vous des Wallons, vrai,\nc’est le comble.\n   Il y a dans ce volume un petit jo yau : Ex-voto de pierre bleue.\n Pourquoi le tout n ’est-il pas écrit ainsi ? Pourquoi notamment le\n Conte à la Robe gris perle n’a-t-il pas les mîm es qualités ? Sans les\naffreux trous qu’on y découvre ce serait la meilleure pièce du\nlivre. O yez ce passage:\n    « J’ai pour toi un joli village, un village tout entier, de pignons\nblancs, de poules picorant sous les haies et de treilles au soleil.\nT u ne connais pas mon village? C’est toi, pourtant, qui me l ’as\ncréé et tu le tiens encore dans tes menottes, car tu m’évoques\naujourd’ hui, de mon pays, un coin naïf et tendre comme toi et qu;\nte ressemble autant que s’apparient deux gouttes d’eau, sœurs du\nmême filet de cristal.\n   Galante de quinze ans, je te mènerai en ce pré, vois, enclos par\nici de charmilles, par là de hauts arbres qui semblent s’appuyer\nsur la côte traçant l’horizon.\n   Penche-toi dans les branches. V a ! les oiseaux n ’auront pas\npeur. L ’herbe du pré est fine et de couleur calme, d’un vert doux\net ingénu comme ton cœur. Vois au loin, ma bonne amie, à\nl'endroit où le soleil commence; l’herbe est joyeuse et luisante...\n L e sais-tu? T u es le côté du soleil. \"\n   Bonnes proses encore Le Bruly de Pesches (sauf que la première\npartie en est fort inutile) et L a Maison au bois. M. Delattre est\névidemment quelqu’un et c’est un vrai poète.\n   L ’auteur des Miroirs de Jeunesse me permettra-t-il de lui faire\nremarquer combien est déplaisant le ton sentencieux qu’il lui\narrive de prendre? Que je lui crie aussi : gardons-nous d’abuser\ndes détails typiques; le jeu souvente fois est dangereux.\n\n                                    *\n   S ’il faut en croire la table des matières qui se trouve à la fin de\nla mince plaquette de M. Maurice L e Blond, sa Première étape\ndu, Néophyte servira de prélude à une éthique de respectable enver­\ngure.\n   En ce cas, pourquoi ne pas attendre le tout pour formuler un\navis ? Je me plais toutefois à constater, dès à présent, que M. L e\n"}, {"page_pdf": 162, "texte": "                            FÉVRIER-MARS                            149\n\nBlond possède une qualité de bon aloi : il écrit dans un style très\npur, très précis. Sa phrase est nette ; elle dit ce qu’il faut dire\nsans ampleur inutile, sans contournures à la mode de Pontoise ou\nd’ailleurs. Il y a pas mal de « jeunes « qui n’ en feraient pas autant.\nMoi-même je devrais, peut être, prendre exem ple....\n   Quant à son système — car déjà et quoi qu’il puisse croire\nsystème il y a — hum ! je ne sais trop si l’on peut s’y fier. C’est\nfort beau de dire 1 Foin ! des philosophies d’antan. Chaque\népoque requiert la sienne propre. » Cependant est-il bien sage\nde « chercher un champ d’expérience dans l’irréel avec, pour\ninstrument, le rêve » ?\n   Mais, je le répète, je ne discuterai rien m aintenant. Simplement\nai-je voulu sourire un instant au nouveau venu. M. L e Blond\ndonne du « m a ît r e » à ouïe que veux-tu à M. Saint Georges de\nBouhélier. Je lui souhaite sincèrement de m ériter un jour, mieux\nque son avoué initiateur ne l’a mérité ju sq u ’ici, ce titre que\nnous devons, par respect pour nous-mêmes, éviter de prodiguer.\n\n\n\n\n   M ieux qu’une brève mention mérite le livre de M. M. André et\nMaurice Magre. L es poèmes qu’ils réunirent sous ce titre\nEveils ne sont pas exempts, je le reconnais, de menus défauts;\nmais on le leur pardonne pour le sentiment délicat, pour la\ndélicieuse bouffée de jeunesse que ces œuvrettes exhalent. E t ce\nsont bien des soupirs de cœurs trop tendres, ces vers. Dans telles\npièces d’ailleurs des phrases vous arrêtent dont l’écho vibre en\nune tombée de notes indécises et troublantes.\n   L a vision à laquelle M. M. Magre dédient le culte ému de ces\npremières rimes, nous la voyons passer en des sites bien de\nlégende et de rêve. Parfois cependant, elle s’atteste en de moins\nchimériques milieux, réalité d'une heure que vêt un rien de soir\nou d'enfantine aurore — lorsqu’au loin frisonne une chanson de\nmandoline ou que s’éveillent les balbutiantes harmonies du\nsilence.\n   Parmi ces poèmes, celui ouvrant le volume obtint nos préféren­\nces. Dommage qu’il soit un peu long pour le ci 1er en entier. L e\npoète y évoque l’absente, celle qui en un songe d'hiver, vint\n                                                               11\n"}, {"page_pdf": 163, "texte": "                              LE RÉVEIL\n\n\" s’accouder près de ses rêves pâles, \" Oh, dit-il, avec je ne\nsais quoi de triste dans la voix,\n\n       O h ! les yeux qui savaient de la trop bien vernie...\n       et tandis que le vent errait au seuil des portes\n      et faisait tourner l ’ombre au fond des avenues\n      je la berçais de mon amour aux formes mortes.\n\n\n\n\n   On me dira que je retarde mais qu’importe ! Toujours me\nséduiront les œuvres qui fleurent la vie et laissent après elles\ncomme un relent d’éprouvée tristesse.\n   Il y a là des cris, nous avertit M. Paul F o rt. E t c'est vrai. Cris\nde joie souffrante, de souffrance encore chère à qui l’éprouve,\nde nostalgique esseulement. Aussi, de fines ironies à soi-même\ndécochées afin de se leurrer un peu.\n   Modernes à l'excès — si j ’ose dire — ces strophes. A prime\nlecture, je confesse, elles me déroutèrent. S ’il vous arrive de les\nlire, ne vous désespérez pas pour si peu. Il suffit d’insister et,\ncomme une dame en deuil soulevant son voile, cette poésie\nsourira bientôt de tous les sourires d’une âme qui se possède.\n   Car elle se possède. Elle sait son triste destin dont la mélan      ­\n colie — telle à la boutonnière une touffe de fleurs symboliques —\nse précise en l’épigraphe empruntée à Senancour. E t, de la forêt\n à la ville, de la ville aux saules des près, des campagnes somno­\n lentes aux bois songeurs ou aux parterres printaniers, le poète\n nous guide en se chantant toujours.\n    S ’il me fallait, parmi ces deux cents pages, faire une sélection,\n je dirais : j ’aime surtout les Demoiselles de mes larmes (titre\n significatif si l’on y veut un tantinet réfléchir) où notamment,\n ce vers me surprit :\n\n        Ta voix de bille bleue en trille au creux d'un verre....\n\n   Pour clore : en ces ébauches, comme dit l’auteur, maintes\n influences se trahissent : Laforgue, Kahn, Claudel, Maeterlinck,\n Corbière ... Mais en plus un autre accent s’y perçoit — celui,\n"}, {"page_pdf": 164, "texte": "                            FÉVRIER-MARS\n\nje pense, de M. Fort auquel il ne reste guère qu’à mettre en sa\nmaison l’ordre voulu pour que, sous le jo ur désirable, chaque\nchose nettement se dessine.\n\n\n\n   M. Paul-Arm and Hirsch a bien voulu se dire que si le Réveil\nl'a précédemment plus ou moins \" éreinté \" ce ne put être de\nparti-pris. C ’est fort gentil à lui de nous a v o ir envoyé sa nouvelle\nplaquette et nous nous en félicitons d’autant plus qu’elle marque\nsur la précédente un réel progrès. Pourtant, en ces Sonnets\nChansons des fautes si évidentes se dressent encore que l ’on\ncomprend mal comment elles passèrent inaperçues.\n   L ’auteur nous dit que c’est là « l’essai d’un artiste sincère \" .\nIl espère \" du juge un posthume sursis \". Pourquoi ne lui\ndonnerions-nous pas satisfaction ? D isons toutefois qu’à notre\navis M. Hirsch, épris de choses précises et doué d’un esprit\nraisonneur, philosophique ou, si l’on veut, scientifique, s’accordera\ntoujours mal de la mobilité requise pour un bon travail de\npoète. On nous comprendra en lisant le sonnet ci-après, titré\nObsession et que frontonne — avec une dédicace à notre collabo­\nrateur M. Vielé-Griffin — une épigraphe signée Montesquieu :\n\n      Ton regard chatoyant illuminait mon âme\n      Où se jouait le drame affreux de mon amour :\n      Ton regard ne quitta pas le mien dès le jour\n      Où je te vis, inaccessible et vain dictame.\n      J ’ai voulu me mirer en la ténèbre infâme :\n      Mes yeux ont rencontré ce regard de velours\n      Qui me poursuit depuis ce jou r maudit, toujours,\n      Avec le désespérant calme d’un vieux brahme.\n      Immobiles éclairs, vagues ensorceleurs,\n       Vous tentez de me vaincre en masquant mis pâleurs\n      Avec vos feux brillants qui recèlent la vie,\n       Tandis que je m'évade ainsi qu’un assassin,\n       De cette obsession dont mon âme est suivie,\n       E t que j ’ai peur, ignorant même son dessein !\n"}, {"page_pdf": 165, "texte": "152                         LE RÉVEIL\n\n   C’est un véritable travail de bénédiction que celui entrepris par\nM. Polti et je suis de ceux qui, en dépit des menus reproches\nqu’on lui fit et lui pourrait faire, l'acclameront d’un sincère\nbravo.\n   L ’auteur nous dit qu’il s’inspira d'une affirmation — non prou­\nvée d'ailleurs — de Gozzi, ce singulier comédien-auteur, rival de\nGoldoni, créateur du genre fiabesque et dont le rare talent som­\nbra dans une malheureuse passion pour la médiocre Ricci. A\nentendre M. Polti, il a simplement vou lu « présenter les faces du\nprisme que posséda G ozzi. » N’empêche que son œuvre est bien\nà lui et je vous affie qu'il l’a menée rondement.\n   Trente-six situations dramatiques, donc trente-six émotions,\nécrit-il dans sa préface ; pas une de plus. Et voilà la saveur de\nl’existence, voilà ce qui va et vient depuis que l’humanité existe,\nvoilà ce qui ira et viendra tant qu’elle existera.\n   A vec clairvoyance, avec une intelligence avisée de classificateur.\nM. Polti dénombre les dites situations. Pour chacune surgissent\ndes exemples pris un peu partout dans toutes les littératures.C’est\nd’une belle érudition, se dit-on. Et d’une goût parfait, me souffle\nl’autre.\n    Un livre, vous dis-je,qui doit se trouver entre les mains de tous\nceux entretenant des aspirations vers le théâtre. Car, à l’indication\nconsciencieuse de ce qui fut fait, s’ajoute l'indication précise de\n ce qui reste à faire. Pour tels cas, M. Polti établit, par A + B sans\n X autour, que trente-cinq intrigues générales absolument vierges\n sont trouvables lesquelles donneront « pour peu qu'on se plaise à\n les traiter d’après le goût des innombrables écoles passées et pré­\n sentes « trente-cinq séries de pastiches originaux.... »\n    Mais vous lirez le livre, n’est-ce pas ? Peut-être vous sem­\n blera-t-il un peu ardu. Peut-être vous viendra-t-il à l’esprit\n d'objecter qu’il aurait pu se présenter sous une forme moins\n didactique, moins sèchement documentaire, avec l’enrubanne          ­\n  ment de quelques phrases de couleurs tendres. A h ! comme il est\n vrai qu’on ne saurait contenter tout le monde et... zut ! disons\n  son père (c’est plus vile fait). Ce qui m’agrée à moi, c’est précisé­\n  ment que l’on ne trouve ici que — des preuves.\n"}, {"page_pdf": 166, "texte": "                              FEVRIER-MARS                              153\n\n    M. Casier, à ce que m’assure le sieur On — pronom indéfini de\npère en fils — M. Casier considère Flammes et Flammèches comme\nla meilleure de ses œuvres passés, présentes et (si mes souvenirs\nsont exacts) futures.\n    O perfide Illusion, dangereuse compagne des poètes et des fous,\ndéesse marâtre jetant la confusion dansles pauvres cervelles éprises\nd’azur, que voilà bien de tes coups !\n    Ah! si je connaissais M.Casier, combien éloquemment je le semon        ­\ncerais! «Mon cher ami, ainsi mielleusement débuterais-je, vous\nfites certes des choses pas trop mal ; mais je défie l’esprit le moins\nsubtil ou l’âme la moins délicate de prendre quelque goût à ceci.\nHeureusement, un mérite bien spécial vous reste acquis. J ’avais\nvu des gens qui mangeaient, buvaient, pianotaient, dessinaient,\njouaient même aux jeux de l’amour et du hasard.... avec les pieds !\nmais oncques n’avais-je vu quelqu’un qui fu t capable de penser et\nd’écrire à l’aide d’iceulx. Dans Flammes et Flammèches vous réali­\nsâtes ce prodige et pour ce du moins il me faut vous féliciter. Après\ncela, il est tout indiqué que vous vous essayiez à marcher désor­\nmais sur les mains. A llez-y donc ! E t que vous soit ouverte l'al­\ngèbre (tu l’as voulu Georges Dandi n) du Dieu que vous bénites\n \" pour la pompe du paon \". Puissiez-vous aussi, selon votre souhait,\nêtre préservé du microbe du péché. Mais, là, prenez garde. Ne dites-\nvous pas d’ un autre vous-même que\n\n  Chaque langue à son tour l ’attire à ses parfums.\n\n  Elle est bien dangereuse, cette petite manie-là. Prenez garde\ncomme sagement le font les\n  Tours où le nom du saint mystiquement palpite\n  E t qui servent à l ’ange et l ’oiseau de perchoir\nAm en.                                               D e n is L a l ie u x .\n\n                                  ***\n  A U X PR O C H A IN S : Emile Verhaeren, les Villages Illusoires; —\nH enry Maubel, Ames de Couleur; — Francis Vielé-Griffln, P àlai;\n— Albert Giraud, Hors du siècle (II); — Henri Bordeaux, Ames\nModernes ; — Camille Lem onnier, L'ironique Amour; — Georges\nDwelshauvers, Les classiques chrétiens et l ’étude de la Latinité ; —\n"}, {"page_pdf": 167, "texte": "154                             LE RÈVÉIL\n\nGustave Kahn, Domaine de Fée ; — Léon Riotor, Les Raisons de\nPascalin, —     L’\n                 Ami inconnu ; — Pierre Louijs, Les chansons de\nB ilitis; — A . Ferdinand Hérold, L e Victorieux, — Max Elskam p,\nE n symbole vers l’Apostolat; — Victor Remouchamps, Vers l'A m e’,\n— Léon Paschal, H élie ; — M. Maeterlinck, Les Disciples à Sais et\nles Fragments de Novalis, avec préface. — Annabilla (t’is p ity she\nis a whore), de Ford ; — W . Ritter : E . de Pury; — Paul Arden :\nPar les Chemins; etc. —\n\n\n\n\n                     CHRONIQUE D’ART.\n\n      .   E X P O S IT IO N S D E J A N V I E R E T F É V R IE R .\n\n\n  W A L T E R CR A N E .\n\n   D e très variés échantillons, mais choisis comme au hasard par\nle barnum qui les promène, et n’offrant pas entre eux une bien\ngrande cohésion, montrent Crâne tour à tour peintre, décorateur,\nillustrateur. L a renaissance des arts d’ornement, que nous voyons\ns’épanouir et prendre une telle extension aujourd'hui, eut son\nberceau en Angleterre. Latente chez les préraphaélites, manifeste\nchez Madox-Brown et chez Rossetti, cette réforme, que W illiam -\nMorris mit un noble enthousiasme à propager, trouva en W alter\nCrâne un prosélyte ardent et le plus gracieux, le plus aimable, le\nplus ingénieux popularisateur. E t n’est-ce pas à vous, Crâne, que\nl'on doit l’actuel engouement du moutonnier public pour les\npapiers-peints, les meubles anglais, les objets de Morris et les\nloques de L iberty ? V otre influence, Crâne, a été plus grande\nencore que votre talent. Un des premiers en votre pays vous essay­\nâtes d’embellir le décor de notre pauvre vie, et ceux que catéchi­\nsèrent votre parole, vos écrits, vos œuvres, sont légion aujourd-\n"}, {"page_pdf": 168, "texte": "                           F ÉVRIER-MARS                           155\n\n\nhui : Image, W h all, V o ysey, Sum ner, Gaskin, Housman ne sont-\nils pas vos élèves, en somme, et tous ceux qni collaborent à ce\nmauvais périodique, le Studio, et tous ceux qui apprirent un métier\nd’art à Birm ingham ou à Manchester ne sont-ils pas un peu vos\nimitateurs? E t par eux vous serez dépassé, C rane, pour eux,\noublié : déjà l’on trouve maigre votre dessin et de goût allemand,\non reproche au faux archaïsme de vos peintures, à votre trop\nabondante « facilité », au manque d’abstraction de vos décors,\npleins des historiettes de vos albums !\n   Mais vous resterez, bon Crane, l’unique évocateur des féeries et\ndes vieux contes, et mon admiration sera à vous encore lorsque\nles riches papiers-peints seront usés, les étoffes esthétiques élimées,\net les beaux, les inutiles mobiliers rongés des vers et trépassés ;\nvous resterez, par vos livres d’images, le dispensateur de très\nartistiques, de très pures, d’incomparables joies 1\n\n\n\n  JA M E S ENSOR.\n\n\n    Depuis quinze ans les œuvres de M. Ensor sont le scandale des\n expositions : On les vit à l'Essor, aux X X , rarement aux Salons\nd’où les ju rys graves les exilaient. L ’exposition actuelle ne pré­\nsente qu’une faible partie de l’œuvre de M. Ensor, mais embrasse\ntoute la carrière de l’artiste et nous donne de revoir les toiles qui\nsuscitèrent les colères et les rires et valurent à M. Ensor d’être,\ndès ses débuts, conspué.E t voici les Masques, le Pouilleux indisposé,\nle Lampiste, la Dame en détresse, des natures-mortes, des fleurs.\n L a peinture de M. Ensor paraît singulièrement assagie depuis\nl ’époque déjà lointaine où elle soulevait l’indignation d’un public\népanchant à flots sa sottise. E t ce Pouilleux, ce Lampiste, ces Mas­\nques, — qui m ’évoquent le souvenir de toiles absentes, les Po-\nchards, les Intérieurs bourgeois, dont les outrances jadis effarèrent,\n— resteront parmi le meilleur de l’œuvre peint de M. Ensor.\n L ’artiste aujourd’hui s'est singulièrement écarté de la voie de ses\ndébuts et sa production actuelle ne fait point prévoir qu'il y re­\ntourne jam ais ; et que ce soit un bien ou un mal, qu’il ait raison\nou tort, il serait prématuré et il ne m’appartient pas de le dire.\nMais on ne peut méconnaître et il est bon de rappeler l’énorme\n"}, {"page_pdf": 169, "texte": "                                           LE RÉVEIL\n\ninfluence que M. Ensor — et avec lui son disciple W illy Finch (*)\n— exerça un moment sur la plupart d'entre nous, sur certains qui\ndepuis ont évolué et dont la personnalité s’est affirmée. Cette influ­\nence, M. Toorop la subit plus qu’aucun et elle s’étendit même\njusqu’à M. Khnopff qui lui dut sa meilleure toile peut-être, En\nécoutant du Schumann.\n   Mais le beau peintre qu’était M. Ensor, le coloriste enthou­\nsiaste et puissant, épris jusqu’ici de réalité, le voici sollicité par\ndes rêveries m ystiques manifestement inspirées par l’œuvre\ngravé de Rembrandt. E t ce sont de vastes et blonds fusains, la\nMort mystique d’un théologien, les Auréoles du Christ ou les sensibi­\nlités de la Lumière. Mais ces compositions ne constituent qu’un\népisode, qu’une hésitation dans la marche de l’ artiste. L a\npitoyable odyssée d’un Christ, un Christ bafoué, auquel peut-\nêtre il se comparait, et abreuvé de fiel comme lui, Ensor,\nl’avait été de sarcasmes — est suivie bientôt des Terribles\ntribulations de Saint Antoine et d’une innombrable série de\ndessins coloriés et d’eaux-fortes où Ensor affirme décidément\npour le grotesque, les diableries et le macabre, un goût dont il\nne se départira plus.\n   Et voici que vomissant d’horribles invectives, éjectant des\nflots d’ordures, il se venge des outrages que le public lui infligea,\npar des œuvres qui l'insultent, des œuvres où sous la cocasserie\net l’apparente jovialité des conceptions, perce une haine féroce,\nune amertume cruelle. L e visage humain n ’est plus pour lui que\nprétexte à hideuses déformations ; l’humanité, il la montre livrée\nà ses bas instincts, vautrée dans la fange. Il perd tout respect,\n hue la sottise de la foule, (Bourgeois indignés sifflant Wagner,)\n raille la science et le progrès, (Les mauvais médecins, L a sensibilité\n en 1890 et la vivisection, L a sensibilité en 1590 et la roue, le\n bûcher, etc), crache, sur « nos plus nobles institutions », la\n\n    (*) A près l’exposition rétrospective de M . Ensor, une exposition des œ uvres de M . Finch\ns’indiquerait. Liés d’am itié, défendant les m êm es idées, poursuivant en art un but identique, le\ntravail de ces deux artistes s’accom plit en quelque sorte parallèlem ent. M ais M . Finch, esprit\nm oins fantaisiste, m oins im aginatif, m ais aussi plus scientifique et m oins troublé que M . Ensor,\nmontrerait une plus logique évolution, on n’ignore pas que M . Finch fut, en Belgique, le premier\nadepte des théories de R ood que G eorges Seurat et M . Signac appliquaient à la peinture. U ne\nexposition do ce probe artiste, — qu’on oublie un peu, sem ble-t-il, — serait, à plus d’un titre,\n                                  intéresa\n"}, {"page_pdf": 170, "texte": "                          FÉVRIER-MARS                           157\npolice, la magistrature, et ne voit dans « l’imposant appareil\nde la Justice \" q u ’une solennelle bouffonnerie, (Les bons juges).\n   Si sa verre satirique et grossière s ’élève parfois à la hauteur\nd’un pamphlet, comme dans le Massacre des pêcheurs ostendais, —\npacifiés à coups de fusil, — elle s’amuse aussi à encarnavaler\nl’histoire, telle cette extraordinaire Bataille des Eperons d’Or,\noù, dans le fourmillement de la lutte, les chevaliers se livrent\naux plus scatologiques ébats, à d’inénarrables et furieux assauts ;\nou bien, comme dans Les soudards Kès et Pruta entrant dans la\nVille de Bise, montre une cité bizarre, toute blanche de givre,\ninvestie par des hordes de mercenaires, rappelant, en leurs\nlégions burlesques, les défilés de nos milices bourgeoises.\n   E n somme, malgré le peu de sympathies q u ’é v e illent sans\ndoute chez les gens \" sérieux \" les tendances actuelles, les allures\ntrop indépendantes de M. Ensor, on ne peut méconnaître en lui\nune personnalité aux faces nombreuses, un talent indiscutable.\n\n\n   POUR L’ART.\n   Modelée sur le patron de la Libre Esthétique, — ainsi que le\nseront, n’est-ce pas ? toutes les expositions à venir, Société des\nBeaux-Arts ou même Aquarellistes Royaux, — le cercle Pour l'A rt\na souci d’exhiber un certain lot de curiosités étrangères renforçant\nl’habituel contingent local. E t ces expositions rentrent ainsi dans\nle programme de divertissement des gens du m on de, — p a r les\nmusiques ou conférences, — et des « am ateurs » qui y vont\néchanger, contre de l’argent, de petits étains. A h ! mais, c’est que\nle goût se forme et que les exhibitions d’art deviennent pour les\nvieux marchands de bric-à-brac et pour les magasins de frivolité\nune concurrence redoutable. L es négociants du \" haut de la\nville \" peuvent se ruiner en inefficaces réclames : leur élégante\nclientèle trouvera en de plus séduisants bazars à satisfaire ses\ngoûts distingués !\n   Car ces salons semblent répondre plutôt au désir d'étonner,\nde fasciner, de raccoler le public par de bruyantes parades, qu’à\nune ferme et convaincue volonté d'œ uvrer pour le Beau. E t je\nne doute pas que bientôt, tout souci d’art définitivement banni,\nelles ne s’assimilent au rang des \" Universal providers \", des\n"}, {"page_pdf": 171, "texte": "  158                          LE RÉVEIL.\n\n \" W orld’s fair \" et n’aient finalement plus de rapport avec les\n Magasins du L ou vre qu’avec le Musée du même nom.\n       L ’importance que prennent les arts d'ornementation, les arts\n    industriels, pousse, par raison de mode, \" l’artiste \" d’hier à se\n    faire artisan, à univers aliser son talent, à le disperser plutôt,\n    comme M. Coppens, en recherches inquiètes. Et il faudrait\n    louer M. Coppens pour la diversité de ses tentatives et sa\n    curiosité en dehors de la peinture : il est céramiste et potier,\n    il a des reliures, des étains, un tapis.. Mais ce tapis, par\n   exemple, est conçu comme un tableau, il a un « sujet t, il a\n   des ombres dégradées, des demi-teintes, une perspective. S ’il\n   ne peut être regardé que dans un sens, il ne peut davantage,\n   condition première cependant à exiger d'un tapis, être vu à plat.\n   Ce tapis, qui n ’est pas un tapis, ne peut être pendu à un mur\n   puisqu’il n’est pas non plus un tableau. Je puis être sévère envers\n   M. Coppens, étant moi-même, dans un essai antérieur au sien,\n   tombé dans l’une au moins des erreurs que je lui signale. Un\n  tapis est un objet de pure ornementation et doit par conséquent\n  répudier toute idée d’anecdote, écarter toute représentation\n  naturelle des choses. Mais le motif du décor peut être suggéré\n  par la nature, se constituer de formes hiératisées d'animaux, de\n  fleurs, — ainsi, dans le lotus égyptien, hiératique, se retrouvent\n  toutes les parties constitutives du végétal. Si donc le motif choisi,\n  le thème décoratif, comme dans le « foyer » de M. Coppens, est le\n  poisson, il s’agit d’agencer une arabesque où l’animal ne soit que\n prétexte à déformations décoratives, belles, évoquant l 'idée de\n poisson. Mais l’artiste dépassera le but, échouera à figurer, se\n jouant dans une onde, parmi des nénuphars et des reflets de lune,\n de réels poissons ! Persister dans cette voie serait aboutir vite\n à l’imitation de ces populaires descentes de lit à tigres furieux et\nà paisibles terre-neuve; mais je crains fort que l’on n’aille même\n plus loin : les artistes-tapissiers nous feront piétiner bientôt,\n après les zoologies variées et les extravagantes flores géantes, des\nportraits de famille et des effigies de célébrités, — tant grand\nsera leur désir d’innover. Ils ignorent que l’art ne se renouvelle\npas par la nouveauté des sujets, mais par la stricte observance et\nla juste application de ses éternelles lois.\n     L e défaut de convenance, d'appropriation que j ’ai reproché au\n"}, {"page_pdf": 172, "texte": "                           FÉVRIER-MARS                         159\ntapis de M. Coppens, je pourrais le faire aussi à sa garniture de\ncheminée, aux reliures de M. W iener et, en général, à la plupart\ndes productions qui figurent sous l’étiquette maintenant à la\nmode «d’art appliqué ». Car les artistes n’obéissent point à un\npur souci d’art, mais flattent et encouragent un goût momentané\ndu vain public pour tout cc qui est «artistique», — un goût\nplus dangereux peut-être que celui qu’il éprouvait précédemment\npour la basse camelote du commerce. L e public, qui a un\néloignement natif pour ce qui est abstrait, ne comprend pas que\nla beauté soit de formes, de lignes, de proportions, de matière ;\net l’art ornemental consiste, dans son esprit, à convertir en choses\ninutiles des objets d’un usage courant, à compliquer le simple,\nà couvrir d’injustifiables surcharges des ustensiles qui jusqu’à\nprésent en étaient privés.\n  Non, un vase quelconque ne sera pas embelli par l’application\nd’une croupe féminine, d’une fleur, d’une grenouille; et les\nproductions monstrueuses de Palissy, de même que ces faïences\nbrabançonnes simulant, presqu’en trompe-l’œil, des volailles, des\nlégumes, des fruits, sont des aberrations absolues du goût, le fait\nd’une totale ignorance de la beauté. L e Japon aussi exerça une\ninfluence parfois néfaste sur nos industries d'art. N’est-ce pas à\nlui, dans la poterie principalement, que l’on doit ce goût du\ntourmenté, du bizarre et du difforme ? E t la vogue énorme\nattachée aux produits d’extrême-orient, aux « chinoiseries », ne\ntémoignerait-elle pas un peu de leur infériorité ? L es japonais\nfurent avant tout d’uniques imagiers et de précieux décorateurs\nde tissus, mais bien souvent, et dans la plupart de leurs poteries\net dans maints de leurs bronzes, ils font preuve d’ une esthétique\ndéplorable, à la fatale séduction de laquelle des artistes de talent\nn’échappent pas. J'en prends un exemple : L es deux potiers\nDelaherche et Dalpayrat-Lesbros, rivalisent par la beauté de\nleurs émaux, et les produits du second, si l’on juge par les\ndéballages nombreux, doivent avoir acquis, plus que ceux du\npremier, la vogue. Pourquoi ? Parce qu’ils sont justement\nd'esthétique japonaise, parce qu’ils possèdent cette amusante\ndiversité propre à séduire la foule. L a forme, la couleur, l’aspect\nde ces grès varient autant que leur destination : il y a des\ncrapauds, des masques, des ossements, de vagues rondeurs de\n"}, {"page_pdf": 173, "texte": "160                         LE RÉVEIL\n\nchair, des éléphants, une tête au fond d’un cendrier, etc. Rien\nn’est la longue plus lassant et vite on subit le dégoût de ce\nqui à n'est que futile, anecdotique ou bizarre. E t les vases de\nDelaherche, les vases nus, auxquels ici-même j'ai peut-être bien\ninjustement reproché la monotonie, recèlent une beauté plus\ndurable et plus pure, leurs formes étant pures et belles.\n    Mais, comme je l’ai dit, les artistes ne semblent guère plus\nsoucieux que le bon public lui-même de questions d’esthétique et\nl’on ne doit naturellement attendre d’eux aucun effort pour le\ndétourner d'un courant de mode où eux-mêmes l’entraînent. E t\nle public, comme auparavant, choisira toujours de deux objets\ncelui qui est orné et les métaux de M. W olfers parce qu’ils sont\n\"i riches \" .\n                                           G eo r g e s L e m m e n .\n"}, {"page_pdf": 174, "texte": "                                   FEVRIER-MARS                                         161\n\n\n\n\n              ÉPHÉM ÉRIDES NATIONALES\n        C'est aujourd’hui le cinquantièm e anniversaire de notre indépendance nationale !\n                                          J. Casteletn, lre vers de la Brabançonne. Le\n\n  Journal des Gens de lettres belges      a bien réellement reparu. Le\n   docteu r V alen tin y sign ale com m e abso lu m en t rem arqu able\n                           la Jeune Belgique.\nle n u m é ro d e ja n v ie r d e                      E t il p ro cla m e : «\nPoètes et prosateurs y font assaut de talen t et de style. A part »\nune couple « d’états d’âm istes », il nous faudrait les citer tous. »\nIl y a là des vers superbes, des vers de vrais poètes, de poètes »\nd e p rem ier ran g. A u p rès d ’eu x, 1 ’« illu stre m aître » d ’E m ile »\nLecom te, M allarm é, fait tout sim plem ent pitié, et Paul Verlaine »\nm ême, sauf en quelques endroits, n’est qu’un maladroit gâcheur,\n  t Le docteur Valentin assure, attendri, que nous n’avons jam ais\neu d’écrivains   t le faisant dans une langue plus belle et plus bril­\nlante, ni plus à la fois.   »\n   Cet aveu nous scandalise.\n                                            X\n  La Jeune Belgique de février reproduit, commente, et loue un\nfragment du livre de M. Max Nordau, la magistrale exécution\nintitulée : Symbolisme.\n                                            X\n Le Journal des Gens de lettres belges de février reproduit, com­\nmente, et loue un fragment du livre de M. Max Nordau, la\nmagistrale exécution intitulée : Symbolisme.\n                                             X\n M. Valère Gille fait savoir, à la Jeune Belgique, que M. Maurice\nMaeterlinck est un pseudo-artiste.\n                                            X\n   L e docteur Valentin fait savoir, au Journal des Gens de lettres\nbelges, qu’on ne «gobe déjà plus cette bonne blague — (M. Maeter­\nlinck) — qu’au suave Réveil de Gand, et encore... » (sic).\n                                             X\n"}, {"page_pdf": 175, "texte": "162                         LE RÉVEIL\n\n De la Jeune Belgique :\n        Berthe, Berthe, pourquoi t’acharner à la perte,\n        Du jeune et beau Néarque, Berthe,\n        (etc., etc.).\n                                X\n D u Journal des Gens de lettres Beiges :\n               Allez y , traitez moi de bûche,\n               De ganache, de ramolli!\n               A chaque rime je trébuche :\n                Je suis d’un gâtisme accompli,\n               tetc., etc.).\n  D e la Jeune Belgique :\n               Autour de la table de fer\n               Babille un joyeux groupe,\n               Que l’or glacé du Rœderer(1)\n               Parfume notre coupe,\n               (etc., etc.).\n                                 X\n  Du Journal des Gens de lettres Belges .\n               Mais f i de vers pour imbéciles\n               Qu’un vieux moricaud fa it pleurer !\n               F i de vers si peu difficiles\n               Qu’on les lirait pour digérer,\n               (etc., etc.).\n                                 X\n  L e Journal des Gens de lettres Belges fusionne avec la Jeune\nBelgique. M. Iwan Gilkin et le docteur Valentin exerceront con­\njointement les pouvoirs consulaires.\n                                    (du Calendrier de T U T U .)\n\n\n\n\n  (1) Encore ? (Note de la Rédaction).\n"}, {"page_pdf": 176, "texte": "                         FÉVRIER-MARS                         163\n\n\n\n\n                      TABLETTES\n\n  Quelques coquilles se sont glissées, en la lettre de Mr A lbert\nMockel, au dernier numéro du Réveil. Nous prions notre cher\ncollaborateur de nous excuser, et nous nous hâtons de les\ndénoncer :\n  Page 63, ligne 38, il faut : et leur sagacité.\n     ib.  , dernière ligne : ces étonnantes machines.\n  Page 64, dernière ligne : frapper le bon pour atteindre le vil.\n\n                                X\n\n  Nous avons reçu : O Instituto, revue scientifique et littéraire\nportugaise. L a partie littéraire comprend des vers de Mr Louis\nPilate de Brinn’Gaubast, (si loin, mon Dieu !) et, ce qui est\nmieux, un poème de Mr Eugenio de Castro, intitulé Tiresias\net dédié à Theophilo Braga, le pocte bien connu des Tempêtes\nsonores, des Mirages Séculaires, etc. A citer ce tercet :\n\n             Solto o pallio de purpura solemne,\n             Os cabellos, a tunica c os collares,\n             Eil-a que entra nas aguas do Hippocrene.\n\n   V oilà des vers que Bocage n’eût pas hésité à signer. Un peu\nplus loin, nous rencontrons un néologisme exquis, « rufladoras, »\ndû au célèbre romancier brésilien José de Alencar, l’auteur\nd’lracéma et de Guarany.\n   Mr Eugenio de Castro ne démérite pas de ses aînés : Almeida\nGarret, Castilho, Thom az Ribeiro, Guilherm e Braga, Guerra\nJunqueiro, Bulhâo Pato, Gonçaloes C resp o ettan t d’autres mer­\nveilleux artistes, hélas ! trop peu connus des littérateurs Belges\net Français.\n                                X\n\n  Il paraîtra à Bruxelles le 6 Octobre de cette année un journal\nd’art et de critique, intitulé la Vie Littéraire.\n"}, {"page_pdf": 177, "texte": "164                          LE REVEIL\n\n     Sa matière sera partagée comme suit : un article d’idée, de ten­\n  dance, d’esthétique ou de biographie ; des compte-rendus de tous\n  les livres qui paraissent, des discussions impersonnelles et con­\n  sciencieuses sur ce qui intéresse les beaux-arts et particulièrement\n  les lettres; des correspondances de Vienne, de Paris et d’A lle­\n  magne, des notes sur la musique et la peinture, un memento\n général et complet relatif à toutes les manifestations d’art, d’où\n  qu’elles viennent ; un bulletin bibliographique enfin. Une prose\nl e t un poème dans chaque numéro formeront la partie de pure\n  ittérature.\n     La Vie Littéraire paraîtra en 8 pages grand format, tous les\n  quinze jours. Une collaboration nombreuse s’est groupée déjà\n autour de ceux qui eurent l’initiative : Paul Arden, Albert L é v y ,\n  Léon Paschal, Fernand Roussel.\n     L e journal est sous la protection d’un Comité composé d’un\n  nombre illimité de membres I l fait appel à tous les artistes inté­\n  ressés à la réussite de cette tentative et les prie de vouloir bien\n envoyer leur adhésion provisoire à M. Léon Paschal, 3, rue du\n  Mambour à Liège, qui leur fera parvenir tous les renseignements\n  qu’ils pourront désirer.\n                                  X\n\n   En préparation, de Max Elskamp : Les sept œuvres de Misé­\nricorde.\n                                  X\n\n   Sous presse au Réveil, pour paraître le 15 avril :\n     L ’Ame en E xil, un volume de vers de Georges Marlow.\n      Paroles Intimes, un volume de proses de Léon Paschal.\n   L a souscription à ces deux volumes est ouverte au Réveil.\n\n                                  X\n\n  Voilà que Mr Camille Doucet est mort.\n  On lui doit ce vers simple :\n              Léon, je te défends de brosser mon chapeau !\n  A rapprocher d’un alexandrin de Benoit Quinet, cet autre\n mort illustre :\n              E t la peste se mit dans les pommes de terre.\n\n                                  X\n\n   A vril, avril ! pêchons, en la Revue Hebdomadaire du 30 mars,\n ces vers économiques de Mr André Lem oynne ;\n"}, {"page_pdf": 178, "texte": "                            FEVRIER-MARS                          165\n\n\n                          V o l d ’O is e a u x .\n\n        Les cygnes migrateurs qui passent dans les airs,\n        Pèlerins de haut vol, fiers de leurs ailes grandes,\n        Sont tout surpris de voir tant d'espaces déserts :\n        Des steppes, des marais, des grèves et des landes\n\n        « C ’est triste, pensent-ils... ne croit-on pas rêver\n        Quand, à perte de vue, on trouve abandonnées\n        D ’immenses régions qu’on devrait cultiver.\n        Et qui donnent sans fr u it depuis nombre d'années ?..\n\n                     A   A u g u s t e P o in t e l in .\n        Dans un siècle de fer, de houille et de vapeur,\n        La vie est rude, hélas ! pour le paysagiste,\n        S i la gloire est souvent un mirage trompeur,\n        L a fo i ne s'éteint pas dans un vrat cœur d'artiste...\n\n                                     x\n\n  L e Journal des Gens de lettres Belges exhibe «p our l ’horripi­\n  lation des adolescents du Réveil » (hélas !), un pas mal long\n« tœnia rostré Benoit Quinet. « Quand on considère, dit-il que ce\n« sont là les vers d’un gamin de dix-huit-ans, aujourd’hui pres-\n  qu’octogénaire(1) et n’ayant jam ais cessé de produire des pages\n« superbes; quand on songe que ses œuvres subséquentes infatiga­\n  blement signalées par nous depuis vingt ans, ne lui ont guère\n« valu, jusqu’ici, dans nos jeunes régions, que les brocards de nos\n« plus ignares avortons de lettres ; lorqu’au nom de Benoit Quinet,\n« de Coomans,deux de nos gloires les plus pures,on entend opposer\n« le nom de Casteleyn dans certains petits cénacles, quel esprit\n« sensé, quel homme de cœur pourrait s’étonner encore de nous\n« vo ir parfois rentasser brutalement tant d'ombilics endoloris,\n« mis à v if par trop de béates et mutuelles caresses ? Qui pourrait\n« nous blâmer d’être à certains moments sans pitié devant tant\n« d’impertinente sottise, d’ignorance et de juvénile candeur ? »\n   L e docteur Valentin — qui donc disait que les morts sont vite ?\n— voudrait nous persuader que ces trois défunts illustres : Coo­\nmans, Benoit Quinet, lui-même enfin, eurent une fort belle langue.\nNous sommes sceptiques; nous nous refusons énergiquement à ce\nqu’il nous la passe, en tous cas. E t nous repoussons furieusement\nses insinuations sénilement ombilicales.\n\n  (1) Octogénaire ? Mais il est mort ! (Note de la Rédaction.)\n"}, {"page_pdf": 179, "texte": "166                            LE RÉV EIL\n\n  L es lecteurs du Réveil qui posséderaient de l’année 1894 des\nnuméros souillés, pourront en obtenir gratuitement le remplace­\nment, en s’adressant à l’Administration de la revue avant le\n1er mai prochain; à cette date, ce service gratuit sera supprimé.\n\n                                   X\n\n               A N T H O L O G IE F R A N C O -B E L G E .\n                                             au Dr Emile Valentin, dit\n                                             : le T o m b e a u -q u i-r e c a lc itre .\n\n   D ’un article de M. Paul Sainte-Brigitte sur M. Camille Lem on-\nn ier, intitulé : Coups de plume translucides :\n   Homme de cœur, extrêmement pitoyable et généreux ; travailleur\nardent dont le bagage littéraire surmonte de beaucoup celui des\ngrands producteurs par le nombre des livres et la complexité des\nallures.                            (La Justice, 20 Janvier 1895.)\n\n                                   X\n\n  A propos de M. Louis Heym ans :\n   Ayant eu le malheur de perdre son pire, abattu dcans la force de\nl’âge, victime d’un travail forcené, il se raidit, s’ankylosa et s’impro­\nvisa vieillard au seuil de la jeunesse, afin de piocher consciencieuse­\nment le sérieux nécessaire aux responsabilités imprévues qui s’impo­\nsaient à lui.                             (Petit Bleu, 22 Janvier 1895.)\n\n                                   X\n\n  D ’un Bulletin Politique :\n   « L es dernières nouvelles suivantes de la capitale espagnole\njettent quelque lumière sur la situation, mais ne font que l’assombrir\ndavantage.                           (Etoile Belge, 19 mars 1895.;\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                                                                                                                                     Librairie de l’Art Indépendant, rue de\n                C O L L E C T I O N D U “ RÉVEIL »\n\n           chez EDMOND DEMAN, libraire à Bruxelles\n\n\n\n\n                                                                                                                                     M. Kats, rue courte du Jour.\n\n\n\n\n                                                                                                                                        la Chaussée d’Antin, 11.\n                                 Rue d’Arenberg, 16\n\n\n\n\n                                                                                                                                     Gnusé, rue du Pont d’île.\n                                                                                                                                     Hcymans, rue du Bruul.\n\n\n\n                                                                                                                                     Liltauer, Odeonsplalz.\n                                        ONT PARU :\n1 8 9 4 — M a u r i c e M a e t e r l i n c k : Alladine et Palomides, Intérieur, la Mort\n                                         de Tintagiles, trois petits drames pour\n                                         marionettes. (Troisième Edition.)\n                                         Un volume in-16 raisin sur fort papier\n                                         vélin teinté, orné de culs de lampe de\n                                         Georges M in n e .......................... Fr. 3,50\n\n\n\n\n                                                                                                                                     M A L IN E S\n       F e rn a n d R o u sse l :        L e Bonheur Irréel.\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                      M UNICH\n                                                                                                                                     LIÈGE :\n\n                                                                                                                                     PARIS :\n                                                                                                           DÉPOSITAIRES DU RECUEIL\n                                                                                                                                     GAND :\n                                         Un volume de proses, in-16 grand-mé­\n                                         dian, avec un frontispice de Charles\n                                         Doudelet ; tiré à 250 exemplaires nu­\n                                         mérotés sur papier de Hollande Van\n                                         G e ld e r ..................................... : Fr. 2,00\n\n1895 —    E m ile V e r h a e r e n :    Les Villages illusoires.\n                                         Un volume de vers, in-16 grand-jésus,\n                                         tirage limité ; impression en deux cou­\n                                         leurs sur fort vélin teinté ; orné de qua­\n                                         tre images par Georges Minne. F r. 3,00\n                                                                                                                                                         de\n        H e n ry M au b el :             Ames de Couleurs.\n                                                                                                                                     Société anonyme « l’Art », Avenue\n\n                                         Un volume de proses, in-i6 royal»\n                                         tirage limité, impression en deux cou­\n                                                                                                                                     Doliger, Galeries de la Reine.\n\n\n\n\n                                         leurs, sur papier vergé de cuve Fr. 2,00\n                                                                                                                                     Deman, rue d’Arenberg, 16.\n\n\n\n\n                                                                                                                                     Engelcke, rue des Foulons.\n\n\n\n\n                          VIENT DE PARAITRE :\n                                                                                                                                     Hoste, rue des Champs.\n                                                                                                                                     Forst, Place de Meir.\n\n\n\n\n                                                                                                                                       la Toison d’Or, 56.\n\n\n\n\n       V i c t o r R e m o u c h a m p s : Vers l’Ame.\n                                         Un volume de proses, in-ifi impérial ;\n                                         tiré à 250 exemplaires numérotés sur\n                                         papier deHollandeVan Gelder. Fr. 3,50\n\n                   POUR PARAITRE LE 15 AVRIL\n        G e o rg e s M a rlo w :          L ’Am e en E xil.\n                                         Un cahier de vers, in 12“ raisin oblong,\n                                                                                                                                     BRU XELLES\n\n\n\n\n                                         tirage à 250 exemplaires numérotés,\n                                                                                                                                     ANVERS :\n\n\n\n\n                                         sur papier de cuve Ingres teinté.\n                                                                          Fr. 3.00\n        L éon P a sc h a l :             Paroles intimes.\n                                                                                                                                                                      GAND\n\n\n\n\n                                          Un volume de proses, tirage limité,\n                                          format in-160, sur papier français vergé\n                                          de c u v e .......................................... Fr. 2.00\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": " SOMMAIRE DU N UMÉRO DE FÉVRIER-MARS 1895\n\n\n\n\n       Hors texte de Georges Minne : La Cène.\n\nLéon Paschal.................La Littérature de demain\nGustave Kahn . . . .           Vers\nEmile Verhaeren.       . . . En Flandre\nPierre M. Olin . . . .         M on cœur au Glaive\nCharles Van Lerberghe . Entrevision\nPaul Gérardy, trad. . . Le Grand M ystère Thu-\n                                  ringien, ou le Jeu spi­\n                                               rituel des dix Vierges.\nFernand Roussel.    . . . V ers\nGeorges Mesnil . . . .    l'A r t impossible\nGeorges Mariow.     . . . L ’Aube.\n      —                   L ’Ame Sœur\nRodrigue Sérasquier . . L ’Ame pérégrine\n\nGeorges Lemmen : Chronique artistique. — Denis\n  Lalieux : Chronique littéraire. — Tutu : Ephémé-\n  rides N ationales. — Tablettes.\n\n\n\n\n     Gand, Imprimerie centrale G. De Keukelaere, rue longue du Verger, 31\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 2, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1895-02", "signet_source": "Ve année - N°14-15 (nouvelle série) - Février-Mars 1895", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 78 (« Ve année, n° 14 et 15, nouv. série, février-mars 1895 »).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}