{"numero_id": "ulb-reveil-1895-04-n16", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "articles": [{"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-001", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "FLANDRE ET W A L LO N IE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 182, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 213, "texte": "FLANDRE ET W A L LO N IE\n\n\n\n\n                                         L E RÉVEIL\nV° A N N É E N° 1 6 ( n o u v . série)              AV R IL 18955\n                                                Ce numéro 0.50 C.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-002", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Voir le Sommaire à la quatrièm e page de la couverture", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 183, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2309, "texte": "Voir le Sommaire à la quatrièm e page de\n            la couverture\n\n                   LE R É V E I L\n                       (FLAN D RE            ET W ALLO N IE)\n\n    MENSUEL DE LITTÉRATURE ET D’ART\n                                   NOUVELLE SERIE\n\n  Paraît le dernier jour du mois en fascicules, de\n                  48 ou 60 pages.\n\n\nSecrétaire de la Rédaction : A l b e r t G u e q u i e r ( F r é d é r i c F r i c h e ) .\n Comité de Rédaction : A l b e r t A R N A Y , L u c i e n D e B u . s s c h e r ,\nC h a r le s D e lc h e v a le r ie , M ax     E ls k a m p ,    P a u l G é r a r d y , Edm ond\nG le s e n e r , A l b e r t G u e q u ie r, R ic h a r d L e d e n t, M a u r ic e M a e t e r ­\nl i n c k , H e n r i M a u b e l, A l b e r t M o c k e l, P i e r r e M. O lin ,       Edm ond\nR a sse n fo sse ,    H e n ri d e R é g n ie r , S té p h a n e     R ic h e l l e , G r é g o ir e\nL e R o y , R o d r ig u e   S é r a s q u ie r , C h a r le s   V an L e rb e rg h e ,     E m ile\nV erh aeren .\n\n\n\n                     Rédaction, Rue de la Roue, 5, Bruxelles.\n                 Administration, Rue Neuve St-Pierre, 71 , Gand.\n\n\n\n            A b o n n e m e n t : un an 5 frs. (É tran ger 6 francs.)\n\n                             LE NUMÉRO : 5 0              centimes.\n\n\n\n                         SÉRIE DU RECUEIL :\n       A N N E E , 1891,        (les Essais ) l u i volu m e in-4\" de\n            200 pages. (Quelques exem plaires)                         . . . . fr. 4 00\nI I e A N N E E , 1892, un volu m e in-8° raisin de 400 pages\n            P r ix m arqué fr. 5 (quelques exem plaires)\n            P r ix m ajoré en raison de la rareté du v o lu m e                             \" 12 00\nI I I e A N N É E , 1893, un volu m e                in-8° coqu ille de\n            400 pages                .................................................... 1    600\nI V ' A N N É E , 1894, un v o lu m e in-8° grand-m édian\n            de 530 p a g e s ............................................................ »    6 00\n     L ’année 1895 form era deux volu m es in-8° de 300 pages chacun.\n\n\n\n L 'A d m in is tr a tio n r a c h è te ra it au p r i x f o r t des e x e m ­\n         p la ir e s en bon éta t des nos 4 et 5 d e 1892\n     ainsi que des n °s 1 et 3 des E s s a i s (1891).\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-003", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 167, "page_fin": 171, "titre_corps": "L’Art archéologique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren", "ancre_debut": "L’ART ARCHEOLOGIQUE. 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La\ncertitude fondamentale n’était point entamée : on\nn’avait donné que peu de coups de bêche à Dieu, à sa\nbible, au roc de son l’église. Ceux-ci semblaient hors\n                                                     12\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1695, "texte": "168                       LE R ÉV EIL\n\n\nd’atteinte, comme certains sommets des Andes ou\npersonne n’est parvenu et peut-être ne parviendra.\n   Aujourd’hui une théorie soudaine et inédite sur\nl’origine des mondes a été établie. On a fixé l’histoire\nde la terre et de certains astres. Le premier homme, on\nle recherche, non plus en des paradis, mais en de\nlointains horizons cachés derrière des millions d’années,\nnon plus là bas dans un jardin mais en des cavernes ou\nle feu qu’il invente et les pierres qu’il taille, le distin­\nguent seuls des fauves avec lesquels il habite.\n   Son langage est à son tour disséqué, réduit a ses\néléments premiers. On entrevoit que les racines des\nnombreuses familles de mots qui se sont multipliés et se\nsont dispersés aux quatre coins de la terre sont peu\nnombreuses et que parler n’est pas un don divin, comme\nle soutenait de Bonald, mais une lente et progressive\nconquête. Tout cela bien humble et bien glorieux à la\nfois, surtout si l’on songe aux transformations indéfini­\nment accélérées.\n   La religion, on l’a prise a ses débuts : on l’a jugée\nune simple affirmation de la peur d’abord, une consola­\ntion ensuite, une ordonnance pompeuse et riche enfin.\nLes différents cultes ont été comparés et l’analyse a\nviolé des tabernacles d’il y a mille ans. Les philosophies\nont été déshabillées des voiles métaphysiques et\ncertaines adoptées comme des sortes de religions\nlaïques à l’usage de ceux qui n’en ont plus d’autre.\n   Les légendes sont entrées avec leurs profonds sym­\nboles dans l’examen de tous : on sait leurs berceaux et\nleurs tombes.\n   Les littératures mêmes les plus lointaines furent\ndéchiffrées et inventoriées. Les pays où l’art fleurissait\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1775, "texte": "                        A V R IL 18 9 5                 169\n\n\n\nil y a mille et mille ans ont été passionément conquis\nau savoir.\n    Il en est résulté un tas énorme de notions soudaines\net neuves trouvées grâce à des fouilles, à des calculs,\nà des hypothèses et sur ce tas de notions sorties de\nl’ossuaire des passés, s’est élevé le monument de\nl’admiration et de la surprises universelles, pieusement.\n    C’est donc bien cela la caractéristique de notre âge :\nun retour unanime vers l’autrefois; un examen rétro­\nspectif de la conscience totale, une confession univer­\nselle. C’est aussi ce qui tord en unité les mille efforts\nd’investigation moderne, durant sa dernière étape\ncentenaire presqu’accomplie. Résumé indispensable et\ntravail urgent à la veille de cette période non moins\nformidable de transformations qui va, indubitablement,\n casser notre civilisation usée et créer l’homme de demain.\n    Il ne se pouvait pas que les artistes assistassent\nindemnes a une telle poussée savante, opérant a côté\nd’eux. Ils devaient se mêler aux archéologues, ne fut-\nce que pour les aider et ouvrir sur les merveilles qu’ils\n découvraient d’autres yeux que ceux des commissaires-\n priseurs ou des catalogueurs d’un musée. Mais ce\ncommerce leur fut néfaste. Eux aussi se mirent bientôt\nà parler des travaux accomplis plus que des travaux à\nfaire, des maîtres morts plus que des vivants, des chefs-\nd’œuvre nettoyés de leur poussière plus que des rêves\nqui eussent du germer en eux pour se dresser un jour\nen statues et en panneaux imprévus et triomphants.\nOn fit de la littérature archéologique, de la peinture\net de la sculpture médiévales, des meubles égyptiens,\n indous, pompéens, japonais, si bien qu’il ne fallut\n  plus que de l’habileté et de la singerie pour être artiste\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 170, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1768, "texte": "170                     LE RÉVEIL\n\n\net pour intéresser et vendre. Certes faut-il distinguer\nde la tourbe des plagiaires, certains génies — tel Flau­\nbert, tel Leys — qui, par des prodiges d’imagination et\nde sensibilité parvinrent à vivre de l’atmosphère d’une\népoque périmée et restèrent eux-mêmes. Toutefois leur\nexemple fut néfaste et à côte d’eux fourmillèrent les\ncostumiers qui ordonnaient un tableau avec le souci\nmajeur de ne point peindre aux défroques de leurs\nmannequins un bouton qui ne fut pas du temps. Il y\neut les poëtes parnassiens qui firent des rimes riches\navec des mots baroques, pris aux vocabulaires spéciaux\nd’un dictionnaire analogique et qui affirmaient que\njamais la poésie n’avait été plus parfaite et d’un métier\nplus souple. Il y eut des artisans et des architectes qui\nréédifièrent Athènes dans les brumes bavaroises et\nBabylone à Bruxelles et l’Inde et l’Egypte à Londres.\nEt tout l’art fut reconstitution du passé au lieu d’être\nassise du présent ou élan vers l’avenir.\n   Cette malheureuse tendance d’imitation et de recons­\ntruction, ce polissage à neuf des vieilles choses, ce\nnettoyage européen des ruines de l’Asie ne s’alentit guère\ndepuis cinquante ans et même à cette heure-ci de flo­\nraison nouvelle, se perpetue. C’est d’Angleterre surtout\nque vient le mal. Nul plus que l’Anglais n’est adapta­\nteur et assimilateur. Ses plus renommés artistes en ce\nsiècle reconstituèrent mais ne créèrent pas. On dirait\nque n’ayant point d’école médiévale ils en rêvent une\nposthume et qu’ils s’évertuent à réaliser cette absur­\ndité : avoir des ancêtres contemporains. En leurs\ninnombrables colonies, ils se répandent volant à leurs\n« barbares » des plans de temples, des colorations\nd’idoles, des lignes et des tons. Ceux d’entre eux qui\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1603, "texte": "                        A V R IL . I 8 9 5                              171\n\n\nbâtissent, ou bien pillent des livrés sur l’architecture ou\ns’en vont dans l’Inde où dans l’Egypte s’inspirer et\n« découvrir du neuf ». Les ébénistes créent des formes\n— baptisées non pas style anglais mais genre anglais —\nqui sont en train de gaver d’idéal tous les bourgeois\ndu monde. Tous les peuples, toutes les races, toutes les\ncivilisations y collaborent : et cette industrie fait tache\net envahit la bijouterie, la reliure, l’impression. Les\ntorts qu’aux yeux des artistes eût la renaissance, sont\ncopieusement accentués. Au seizième siècle, Athènes et\nRome n’imposaient en somme que des arts nés en des\nmilieux occidentaux. Aujourd’hui on veut acclimater\nchez nous ce qui rôtit sous les tropiques aussi bien que\nce qui gèle sous les pôles. Et ce tas d’objets de douane\nvenu de partout est déformé au point de n’être plus\nqu’une grimace et consigné en des appartements à\nlatis et à baguettes en des réduits ornementés de\ntringles et de petits bâtons, où l’on reconnaît l’écurie\nà boxes remontée de la cour au premier étage. Et tout\ncela est horrible et distingué.\n   L’art actuel est pourri de science à tel point que ceux\nd’entre les artistes qui désirent le plus la simplicité ne\nparviennent point à se liberer complètement du bibelot\net que bientôt on s’en ira chez les maçon, charpentier,\n badigeonneur du plus lointain et du plus exilé des\nvillages, en quête d’une demeure meublée à laquelle on\népargnera enfin l’épithète de confortable.\n                                             E m il e V e r h a e r e n .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-004", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 172, "page_fin": 172, "titre_corps": "Sonnet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de Régnier", "ancre_debut": "SONNET Moi, proscrit de la ville", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 189, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 799, "texte": "SONNET\n\n\n Moi, proscrit de la ville et par elle exilé\nQui, le long de la mer, marche devant mon ombre,\nC/lu fond de mon destin, debout, j'ai ciselé\nL'exergue indestructible au fronton du décombre.\n\nA ux treize portes où l’or est de pourpre ou d’ambre\nA s'ouvrir, tour à tour, sur l’aurore et le soir,\nDe la rose d’A vril aux grappes de Septembre,\nDu rire des paniers aux sanglots du pressoir,\n\nJ ’ai sculpté longuement de mes mains patientes\n Des visages en pleurs et des faces riantes\n Parmi les glaives nus ou les outres de peau ;\n\nCar j'écoute le vent qui murmure et m'apporte\nA l'oreille la voix que sculpte mon marteau\nDes treize bouches d'or que sont les treize portes !\n                               H e n r i d e R é g n ie r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-005", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 173, "page_fin": 174, "titre_corps": "Églogue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "EGLOGUE a L ou is D e l a t t r e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 190, "page_imprimee": 173, "debut_caractere": 93, "fin_caractere_exclue": 801, "texte": "EGLOGUE\n\n                                    a L ou is D e l a t t r e\n\n\n\n                            I\n\nN o us songions. Mais quel souffle ineffable, parfois,\nSecouant sur nos fronts le songe des grands bois,\nD ’un espoir inconnu troublait nos heures pures?\nIvre du vent nouveau qui souffle des halliers,\nJe t'emmène aujourd'hui vers les bois familiers,\nToute pâle en tes pleurs, pour les amours futures.\nTon corps chaste frém it de n'être plus secret!\nLaisse, en ces matins clairs, oh ! laisse la forêt\nTresser à ta beauté d'odorantes ceintures !\n\n                            II\nFeuilles tendres des bois, ô floraison d'avril,\nEnlacez, enlacez à ce corps puéril,\nTour le parer encore, une flore enfantine.\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 174, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 839, "texte": "1 74                    LE R ÉV EIL\n\n\nMêlez tout un printemps à ses cheveux obscurs !\nEn leur faste trop lourd, inondez ses reins purs,\nDescende\\ avec eux sur sa grêle poitrine !\nV êtez de chasteté ce jeune et frêle corps!\nV êtez-en les plus doux, les plus tendres trésors,\nFeuilles fraîches, ô frêle et première aubépine!\n                               III\nTu voilais le jaloux secret de ta beauté :\n Mais, ô chère, tes mains ne m'ont point résisté,\nE t j ’épèle tout bas ton frissonnant mystère.\nDouces rébellions ! O combats enfantins !\nJe sens bien dans mes mains se dénouer tes mains\nEt, sous mes longs baisers, fléchir ta tête fière.\nJe te vois bien sourire, enfant, parmi tes pleurs.\nFolle qui me défends de respirer tes fleurs !\nCe sourire ignoré te livre tout entière.\n                                F e r n a n d S e v e r in .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 175, "page_fin": 184, "titre_corps": "Maxime Séveranz", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Léon Paschal", "ancre_debut": "M A X IM E SÉV ER A N Z(1). Pour Paul Arden.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 192, "page_imprimee": 175, "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 1294, "texte": "M A X IM E SÉV ER A N Z(1).\n\n                                            Pour Paul Arden.\n\n\n   Maxime Séveranz vivait à part, solitaire et taciturne.\nNul mot de confidence n’émergeait à ses lèvres et une\nmanière d’orgueil froidissait les amitiés un peu chaleu­\nreuses. De même qu’à Fastrier une destinée fraternelle\navait jeté sur son front une ombre, cette tristesse indé­\ncise naissait d’un de ces drames intimes dont une pudeur\nconstante refoule l’aveu. De tels brisements se portent\ncélés en soi, toujours douloureux, et l’on pardonne à\nceux qui vous blessent en heurtant à leur insu la plaie\nignorée. De là le sourire d’indulgence lasse et la froi­\ndeur hautaine du regard. Sa pensée mûrie dans l’isole­\nment avait acquis une acuité divinatrice et une ardeur\nconcentrée.\n   En un très lointain souvenir, pareille à une image de\nsonge qui s’atténue durant la veille, Séveranz voyait,\ndevinait à mieux dire, un profil pâle, enchanté d’un\nsourire et coiffé de cheveux blonds comme les siens.\n   Madame Séveranz, sa mère, était osseuse et revêche.\nAuprès d’elle il avait vécu dans une dure contrainte qui\nbrisa toutes ses effusions attendries. Parfois, assis sur\n\n (1) Pages détachées de « Jeunesses », roman.\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 176, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1713, "texte": "176                     LE RÉVEIL\n\n\nun placet à feuilleter des estampes, le front contre les\ngenoux de cette femme cousant près de l’embrasure, il\nsentait se mouiller ses cils ; alors il se levait fuyant dans\nle jardin sous une tonnelle fleurie où retombaient de\ntoutes parts les clématites folles et demeurait là, seul, son\npetit front entre les poings, jusqu’au crépuscule,\nheureux qu’on ne l’y vint pas surprendre. Les corolles\nretombantes l’enveloppaient d’une haleine douce et de\ncaresses humides.\n    Durant cette enfance il habitait une demeure grande\net neuve de la rue des Armuriers. Des meubles mesquins\nélargissaient apparemment la salle à manger où la\nlumière blême d’une double fenêtre épandait un ton\nfroid sur la tapisserie grise. Honorine Borgnet arrivait\nsur les trois heures passer l’après-dînée avec sa mère,\nsœur d’elle.\n    Honorine Borgnet était demoiselle, maigre comme\nMadame Séveranz et grande. Ses paroles aigries, de\ncoutume désobligeantes, décelaient les rancunes d’une\ndestinée indue. Elle eut désiré avec sa sœur une vie\ndouce, un peu gourmande, et, frustrée, elle dissimu­\nlait contre elle le ressentiment de son mariage. Tante\nHonorine arrivait donc. Sa robe toujours même de soie\n moirée et changeante, soie rêche traînant avec un frois­\n sement sec de feuilles mortes, sa mantille unie, frangée\n de dentelles paraissaient faire, à les voir sans cesse sur\n elle, part intégrante de sa personne. Les deux femmes\n s’asseyaient près de la table, à coudre ou à remailler les\n bas. Des chiffons débordaient de leur giron. Maxime sur\nun coin faisait ses devoirs d’écolier ; s’il se distrayait, un\n mot bref le rappelait à sa tâche.\n    Mais durant les longues paresses silencieuses, sa\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 177, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1751, "texte": "                        AVRIL 1895                    177\n\npensée d’indolence, déjà rêveuse, s’oubliait à regarder\npar la fenêtre un arbre. Dans l’embrumement du soir\nles hautes branches prenaient des allures fantasques :\nprêtre à son prêche, puis au remuement des brises,\ntoutes, figuraient des mêlées de chevaliers. Quand leurs\nyeux se lassaient sur les aiguilles, la servante apportait\nla lampe allumée. Une clef grinçait à la grande porte;\nson père entrait, se penchait sur ses pages y jeter un\nregard, apportant du dehors dans sa longue barbe noire\nun frisson de froidure. Le journal l’attendait. Les deux\nfemmes déposaient leurs coutures et, les mains sur les\ngenoux, près du poêle, écoutaient la lecture.\n    Sa mère toussotait. Son père éteignant son cigare le\ndéposait sur la cheminée.\n    Un matin ses parents sortirent, habillés de noir.\n A la manche de Maxime un brassard de crêpe fut noué.\n Peu après, un soir, il entendit dans la chambre fermée\n des éclats de voix. Aux jours suivants Mlle Honorine\n Borgnet ne vint pas.\n    Raidi en son petit costume endimanché, après messe,\n Maxime faisait d’habitude une visite à la vieille demoi­\n selle. Le haut corridor à pavement de marbre, son salon\n blanc à filets d’or étaient pour lui prestigieux. Aux\n murailles pendaient par des cordelières vertes à de\n petites rosaces de cuivre des estampes anciennes dans\n des cadres aux bosselures ternies. Sur la cheminée des\n vases de porcelaine peinte, sous globes, avec des fleurs\n surannées, déteintes et factices. Ces fleurs n’était-ce\n l’âme de la vieille fille? Entre ces vases une pendule à\n bergers. Dans un coin, près de son fauteuil, un canari.\n    Honorine puisait dans une boite des friandises séchées\n qui s’émiettaient sous les doigts :\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 178, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1580, "texte": "78                        LE RÉV EIL\n\n\n   — Tenez Max, et donnez un morceau à l’oiseau.\n   Maxime glisse une ébréchure de son gâteau entre les\nlégers grillages et la vieille fille fait de ses lèvres minces\nde petites grimaces tendres à l’oiseau qui sautille et\npiaille.\n   — Piet, Piet, entendez-vous, Max, il vous remercie.\n   Mais ce dimanche Honorine était commisérante ; son\nregard insincère errait de ses yeux à ses cheveux blonds.\nMaxime eut une courte gêne, il demeura interdit au\nmilieu du salon, puis, venu près d’elle, Honorine eut, de\nses mains jaunies, des caresses froides, feintement\nattendries :\n   — Pauvre Max, pauvre Max...\n   Maxime entendit ces mots comme un sifflet de bise et,\nà son insu, par un présage occulte, par un pressentiment\nobscur, son âme tactile frissonna, sa lèvre trembla et il\nregarda la tante avec des cils humides.\n   — Peut-on mentir ainsi ! Votre mère, Max, n’est pas\nvotre mère. Hélène est morte quand vous aviez un an à\npeine. Hélène était comme vous élancée et blonde. Je\nl’ai connue jadis quand nous allions, jeunes filles, à\nl’institut des dames chrétiennes. Hélène était douce et\ntrès pieuse.\n   Et ses mains d’un geste machinal peignaient la cheve­\nlure de Max. Il la regardait avec, au for de l’âme, une\nvague hébétude et ses pleurs se refoulaient sous l’entas­\nsement de pensées confuses.\n   — N’est-ce pas qu’elle est dure votre nouvelle mère?\nChez moi vous trouveriez des jeux. J ’ai d’anciennes\npoupées dans le grenier.\n   Quand Maxime partit au coup de midi un sillon\nd’ombre rayait son front. Les paroles et les incidents de\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 179, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1581, "texte": "                       AVRIL 18 95                      179\n\n\nla visite s’étaient avec fixité gravés dans sa mémoire. Il\nn’en put approfondir le sens célé à sa pensée puérile.\nPerversement, Honorine, avec joie d’endolorir, avait\nentr’ouvert à son âme les réalités de la vie. Maxime\ns’efforçait à comprendre mais saisissait seul des appa­\nrences et les mots prononcés par la vieille fille sonnaient\ncontinûment à ses oreilles avec leur timbre sifflant.\n   A sa rentrée, table servie mais nulle parole affec­\ntueuse et légère où tinte le rire familial. En ce silence\nson inquiétude mise en éveil était aux écoutes. Maxime\nremarqua la lumière blêmie épandue de la large embra­\nsure ; sa serviette vieillie de quinze jours était souillée\nde macules et son souvenir se portait vers ces tablées où\nle retenaient parfois les mères de ses camarades, vers\nleur joie, leurs scintils de cristaux et leur coude-à-\ncoude ; là des ondes d’amour éjouissaient les fronts et\nfaisaient aux âmes un délassement.\n   Son père s’adossa à la chaise :\n   — Tu es rentré tard ce midi.\n   — Sans doute il est allé chez Honorine, partit du\ncôté opposé de la table.\n   — Je te défends de te rendre chez elle. Qu’as-tu à y\nfaire ?\n   Maxime eut un regard sournois :\n   — On ne m’a rien dit.\n   Alors vinrent des phrases aigres. Max n’y répondit\npas, mais il aperçut les vieilles poupées dans la demeure\nétrangère apparue accueillante en cet instant comme un\nrefuge. Ces vieilles poupées, un monde de jeux dans un\ngrenier d’ombre, oh ! les paroles perfides qui insinuèrent\nen son âme crédule un stérile regret.\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 180, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1824, "texte": "180                     LE R É V E IL\n\n\n   Un oncle des deux sœurs était décédé, léguant à\nMadame Severanz sa fortune totale : trois fermes aux\nenvirons de Battice grevées d’hypothèques et des prés.\nMademoiselle Honorine avait eu chezle notaire Heurteux\ndes phrases dépitées, des remarques hostiles. Les sœurs\ns’étaient séparées ensuite la tête haute et ennemies.\n   Durant les heures de couture la servante venait tra­\nvailler avec sa mère. Elles communiaient en une égale\nservilité d’âme. La maîtresse ressassait des vilénies,\ndépréciait Honorine en ses ridicules de femme et la\nservante, par bassesse complaisante, approuvait en ren­\nchérissant sur elle. Maxime, incliné sur ses livres,\nécoutait. Une noblesse innée s’insurgeait en lui et, men­\ntalement, en une tendresse dupée, il défendait contre\nelles la vieille fille. Ses mains aux tempes, toujours aux\nécoutes, une pensée sournoise veillait sous son silence,\ndans l’attente qu’un mot vint éclairer les paroles incom­\nprises. Un divorce plus profond à chaque heure s’accen­\ntuait entre ces êtres et lui et la figure blonde, des loin­\ntains du passé, ressurgissait plus précise : Hélène. Ses\nyeux francs devinrent faux ; il guetta aux portes,\nmédita avec des naïvetés enfantines les paroles sur­\nprises sur des lèvres adultes et auxquelles il prêtait des\nconcordances avec l’objet de ses angoisses. A fouiller\ndans les tiroirs, sous des mouchoirs il trouva, dans un\nécrin poussiéreux, un médaillon ovale en vermeil ; un\ntreillis de fils d’or y traçait des entrelacs et son ruban\nde velours était usé. Ses petits ongles cassés à l’ouvrir,\nun épis de cheveux s’y crollait, cheveux blonds, cheveux\nd'elle. Max ravit le bijou jalousement et, en des baisers\n meurtris, il écrasait sur l’ovale sa bouche frêle. Il le\n cacha avec l’inquiétude continue de le voir découvrir.\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 181, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1784, "texte": "                         AVRIL 18 9 5                   l 8l\n\nAinsi son âme s’était figée à l’âge des rires et des\nlarmes passagères. Par une contrainte journalière il\nse devinait étranger dans cette demeure. La sécheresse\nd’âme de madame Séveranz à son égard, l’existence\nmaussade qui lui pesait comme un mauvais air avaient\nune cause. Il sentait dans les autres familles une tendresse\nindulgente, à lui inconnue. Devant une caresse sa poi­\ntrine se crispait, sa lèvre tremblait sans pleurer. Mais\nces larmes pesantes, refoulées, ne se cristallisent-elles en\npierreries et n’est-ce elles qui rutilent à l’adolescence\ndans les joyaux d’art? Durant trois ans il eut une vie\nsolitaire, blessée et taciturne. Aux soir d’amertume, il\nassemblait ses souvenirs et, peu à peu, il comprit son\nexistence passée.\n   Entre le père et le fils les paroles devinrent rares. Les\nparents prévirent le secret révélé sans oser s’aventurer\nen une explication franche. Il y eut désormais dans la\nfamille une barrière occulte qui séparait ses membres.\nUne pensée tue se révélait sous les mots et dans l’inter­\nvalle des silences. En son isolement Maxime grandit.\nDurant ces années d’enfance l’intelligence sans cesse ten­\ndue affina en lui une énergie concentrée. Aux aguets de\ntoute parole, s’efforçant de surprendre sur un visage\nl’idée voilée, il fut perspicace et ses tendresses dupées\ndéposèrent en son âme aguerrie et précoce une salutaire\namertume. Sa jeunesse morale avait reçu de la destinée\nles leçons viriles et martiales des enfants de Lacédémone.\nDès sa quinzième année, célant à tous l’énigme qui lui\npesait, Séveranz trouva une joie sereine et altière dans\nles heures recueillies.\n   Dans sa demeure il s’estima comme d’une race autre.\nLa mère réelle, au visage doux et inconnu, acquérait,\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 182, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1789, "texte": "182                       LE RÉVEIL\n\n dans sa piété pour elle, un prestige d’impératrice; il était,\nlui, une âme patricienne bannie en une maison roturière.\nEt plus tard un même orgueil s’érigea en lui, lorsque\ntout ébloui des lumières révélées au cours des nuitées\nstudieuses, il vit avec mépris le monde où confusément\ns’agitent les vilénies.\n   Ainsi derrière la façade correcte et peinte, aux fenê­\ntres propres, aux rideaux frangés se dissimulait un\ndrame intime et vulgaire. Mais malgré les froissements,\ndès le seuil de sa chambre claire qu’il orna selon ses\nprédilections, Séveranz éprouvait une joie austère.\nFrustré de toutes les douceurs, son âme adulte avait\ncherché aux livres, aux magnificences des vastes rêves\nla saveur des voluptés dont il fut sevré. Alors resplen­\ndirent en gemmes les larmes contraintes jadis. Ses ran­\ncœurs d’enfance ne lui firent pas une intelligence aride ;\nau contraire son amour s’épandit au dehors et vivifia\nses pensées. Dans une tendresse solidaire, il ressentit la\nvie du monde. Son intelligence accoutumée à d’autres\namertumes sut broyer sans dégout le brou qui enve­\nloppe les philosophies et, après les préliminaires revê­\nches, Séveranz vit s’entrouvrir les domaines de fables et\nde merveilles. Sa fougue prêtait un relief aux pensées ;\nelles agissaient devant ses yeux et s’engendraient. Il\nen était de bondissantes comme des étalons, de splen­\ndides comme des paons, de farouches comme des\nléopards ; elles vivaient vraiment et elles tressaillaient\nsous son front aux heures pensives. De la sorte il erra\naux cavernes de Platon dont les murailles s’illuminent\nde mirages, et, sous le poignet logique de Spinoza,\ndescendit les degrés d’or et de granit qui mènent de\nDieu au monde.\n   Les heures les plus voluptueuses, certes et austères,\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 183, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1863, "texte": "                        AVRIL 18 95                     183\n\n\n furent celles des clairs matins. Tôt levé, la chair abluée,\nil portait sa petite table près de la fenêtre large ouverte\net s’adonnait à des lectures. Le soleil surgissait de ses\nbrumes au dessus d’Argenteau. Il sentait à son front le\nruissellement de ses lumières. La Meuse au-delà de la\nville noyée et silencieuse, scintillait en brusques clartés.\nDes teintes d’une exquise fraîcheur drapaient les col­\nlines. Les soirs pourpres, étalant en leur splendeur le\nfaste des déclins, le séduisaient moins. En son âme\naussi se levaient des soleils, toute une aube encore fri­\nleuse et craintive s’y dévoilait, décelant des promesses\nde prochaines maturités. Sous son front têtu, sous ses\ncheveux blonds et crespelés, le monde se déroulait en\nfresques éblouissantes et, au cours des lectures, une\nidée ou le vers radieux d’un poème, pareils à un sou­\ndain éclair, réveillaient ces fresques assoupies, les fai­\nsant ressurgir en leur magnificence rénovée et Séveranz\néprouvait comme un émerveillement. Souvent sa pensée\ns’élargissait encore et il voyait se coaguler en étoiles\nla poussière d’or des nébuleuses, les astres girer dans\nl’ivresse d’un éternel amour, la terre verdir et l’homme,\nparcelle de lumière, fragment d’étoile, purifier sa chair\net son âme, pour se noyer, vêtu de candeur, dans la\nsérénité et dans la mort. Et lui, dont l’enfance avait\néprouvé toutes les meurtrissures, estimait la vie belle,\nparce qu’il avait voué son âme plénière à cette vie plus\nvaste et toujours majestueuse que les événements ne\ntroublent pas ; sa pensée portant en elle l’orgueil d’un\nmonde se désintéressait de la vie limitée et pré­\ncaire.\n    Son énergie se consacrait à une œuvre. En celle-ci\n  s’unissaient ses heures contemplatives et passionnelles.\n                                                       13\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 184, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 237, "texte": "                        LE RÉV EIL\n\n\nCelles-ci s’étaient côtoyées durant son adolescence sans\nque l’intellligence ni la chair aient pu se dominer en\nune lutte triomphante.\n        I\n                                     Léon P   asch al.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-007", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 185, "page_fin": 186, "titre_corps": "Interlude", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles van Lerberghe", "ancre_debut": "IN T E R L U D E . Songe encor, Âme sereine", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 202, "page_imprimee": 185, "debut_caractere": 65, "fin_caractere_exclue": 608, "texte": "IN T E R L U D E .\n\n\nSonge encor, Âme sereine,\n Avec tes y e u x de vague azur,\nQu'il n'est ici nulle peine,\nQue tout est amour...\n A ux solitudes, où nous sommes,\nRien ne doit nous troubler des hommes. ..\nLaisse la paix descendre en eux.\nDéjà le soir tombe ; oublie,\nE t viens en ces jardins heureux,\nOù le chœur des heures légères,\nParm i les songes et les sourires,\nEnchantent toute vie.\n\n\nA l'entour du bassin rond,\nComme des roses autour d’un front,\nUne ronde de filles blondes\nTourne et va, s'arrête un peu,\n A l’entour du bassin bleu ;\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 186, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 390, "texte": "186                     LE RÉV EIL\n\n\n      ‘T uis retourne, et l'une donne\n       A l'autre sa petite main,\n      E t toutes marchent en couronne,\n       Toutes chantent en chemin ;\n      Elles chantent et se répondent,\n      E t leurs claires images blondes\n       Tournent et nagent\n       Dans l'onde,\n       Parmi les poissons d’or.\n                       C h arles van L er ber g h e.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-008", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 187, "page_fin": 187, "titre_corps": "Sonnets élégiaques : Adieu, Naïade claire", "titre_sommaire": "Sonnets élégiaques", "rubrique": "", "signature_source": "A.-Ferdinand Herold", "ancre_debut": "SONNETS ÉLÉGIAQ UES. 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toujours endormis.\n\nOh, les farouches D ieux nous furent ennemis,\nL'heure où tu succombas au poids plombé du ceste.\nTes chers y e u x ne voient plus le doux ciel, et ton geste\nN e guida point la fiancée au seuil promis.\n\nDans le morne Hadès, où blêmit l’asphodèle,\nUne ombre vague plaint une plainte fidèle,\nE t c'est ton ombre, ô pâle adoré qui m’attends.\n\nE t moi, la robe déchirée et sans parure,\nJ'ai perdu les chansons heureuses du printemps,\nE t pour toi j ’ai coupé ma blonde chevelure.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-010", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 189, "page_fin": 189, "titre_corps": "Sonnets élégiaques : Nuit, glorieuse Nuit", "titre_sommaire": "Sonnets élégiaques", "rubrique": "", "signature_source": 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l'amoureux sommeil ne m'éveiller jamais.\n                               A .- F e r d in a n d H e r o l d .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 190, "page_fin": 207, "titre_corps": "L’Œillet des dunes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Alfred Lavachery", "ancre_debut": "L’Œ IL L E T D ES D U N E S Hystérique, mon cher", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 207, "page_imprimee": 190, "debut_caractere": 54, "fin_caractere_exclue": 1207, "texte": "L’Œ IL L E T D ES D U N E S\n\n    — Hystérique, mon cher.\n    Cela dit d’un ton décisif par l’aquarelliste Cornelis\n pour expliquer les allures de la jeune femme, — qui\n assurément n’avaient rien à démêler avec la pathologie\n et trouvaient leur raison d’être dans le besoin d’expan­\n sion d’une enfant pleine de vie, jouissant pour une fois\n sans contrainte de la liberté où la laissait son mari plus\nâgé qu’elle, — nous pénétrâmes dans le comedor du\nKursaal où, m’asseyant à la table déjà servie, je remâchai\navec humeur le mot injurieux, tandis que Madame\nLeemans interpellait Cornelis.\n   — Eh bien? Et Madame Van Ormen?\n   — Je vous dirai que son mari ne me l’a pas donnée à\ngarder.\n   — En quoi peut-être il n’a pas eu tort, riposta\nMadame Leemans en riant; mais la voici :\n   La chaise à ma droite fut tirée et, remuant dans l’air\ntiède de la salle ce léger parfum d’héliotrope dont elle\nétait toujours entourée, Madame Van Ormen vint s’y\nasseoir, disant de sa belle voix de contralto : — Je me\nsuis fait attendre? Ne me grondez pas : c’est la faute de\nMonsieur Cornelis.\n   — Ma faute ?\n   Il se penchait en arrière sur le dossier de sa chaise et\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 191, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1581, "texte": "                         AVRIL 1895                       191\n\nMadame Van Ormen, tournée de même, expliqua : Vos\nleçons sont si intéressantes et font passer le temps si\nvite! Il ne me reste pas un quart d’heure pour rentrer\nme changer un peu.\n   — Mon mari ne se change pas, c’est plus tôt tait ! dit\nMadame Cornelis avec un gros rire.\n   — Vraiment, vous allez vous mettre à peindre?\ndemandai-je.\n   Madame Van Ormen plongea dans les miens ses yeux\nde velours brun où brillait la flamme de ses vingt ans,\neut un sourire sérieux et me dit : — Ne m’en croyez-\nvous pas capable?\n   — Ce n’est pas cela...\n   Et, comme j’hésitais à formuler toute ma pensée : —\nJ ’ai commencé trop tard ? reprit-elle ; je suis trop âgée?...\n   — Trop âgée, vous la jeunesse même !...\n   Elle dut lire en mes yeux cette protestation intérieure\nde mon admiration, car je vis un afflux de sang rose\ncolorer un instant son teint d’une éblouissante matité.\n— Trop jeune plutôt, lui répondis-je, que doit-on penser\nen vous rencontrant dans les dunes avec un compagnon,\n sur le front duquel il n’est pas écrit qu’il est votre\nmaître ès-arts?\n    A dessein, j’oubliais qu’elle en avait un second ser­\nvant de correctif au premier, — le fils Leemans, — bien\nque celui-ci, peintre de genre, s’arrêtât de préférence\ndans les estaminets ou les cours de ferme où il trouvait\nà faire des études plus en rapport avec ses goûts. Elle ne\nm’en parla pas davantage et je ne sais trop ce que je me\n permis de conclure de son silence...\n    — Hystérique, mon cher.\n    Le mot, brutal comme un arrêt de justice, continuait\n"}, {"page_pdf": 209, "page_imprimee": 192, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1695, "texte": "192                     l.E RÉV EIL\n\n\nde résonner en ma poitrine sur le ton catégorique et\nsans appel qu’y avait mis l’aquarelliste. — Mais, après\ntout, qu’en savait-il? Durant leurs longues et solitaires\nséances dans les dunes, quels sourires avaient donc eu\npour lui ces lèvres rouges comme de beaux fruits\nd’amour et de vie? Quelles caresses, ces yeux aux pro­\nfondeurs de velours? Quels accents, cette voix chaude,\naux inflexions de mystère et de volupté? N’était-il pas\nvrai plutôt que, l’enveloppant lui-même des effluves de\nses désirs vers cette beauté blanche qu’il s’imaginait si\naisément saisissable, il avait essayé de porter le trouble\ndans les sens de la jeune femme et que, rebuté en ses\ntentatives de séduction, il se vengeait d’elle en l’accusant\nprécisément de ce qu’il avait pu constater qu’elle n’était\n pas?...\n    Assise à demi sur la balustrade du Kursaal, sous la\nverandah duquel nous prenions le café, d’un petit geste\n aisé, sans forfanterie, elle portait à ses lèvres une ciga­\n rette, dont elle lançait ensuite la fumée en tournant un\n peu la tête vers la mer qui, là-bas, avec le ciel d’un bleu\n pâle, lui faisait un fond d’un charme élégant et discret.\n Parfois, elle me regardait avec un sourire où je croyais\n voir qu’elle sollicitait mon indulgence et mon appro­\n bation.\n    M’apprêtant à fumer, j’allai vers elle. Elle me tendit\n sa cigarette, après en avoir fait tomber la cendre d’un\n coup d’ongle. — Ah ! vous voyez, fit-elle en riant ; vous\n venez me demander du feu !\n    Elle avait deviné que je la désapprouvais et, coquette­\n ment, voulait rentrer en grâce.\n    — C’est par goût que vous vous empoisonnez ainsi ?\n    — Quel mauvais goût, n’est-ce pas ?\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1656, "texte": "                       A V R IL 18 9 5                  I 63\n\n   Puis, Cornelis ayant paru à côté de moi en lui deman­\ndant si elle était prête, elle descendit de la balustrade\net je la vis bientôt s’éloigner sur la plage avec l’aquarel­\nliste qui tirait de sa courte pipe en racine des bouffées\norageuses.\n   —Vous ne les accompagnez pas? me demanda Madame\nLeemans ; mais, feignant de ne pas entendre sa malicieuse\nquestion, je retournai m’asseoir devant ma tasse de\ncafé.\n   — Et toi? reprit Madame Leemans en s’adressant à\nson fils ; tu ne travailles pas aujourd’hui.\n   Etendu de son long sur un des bancs de la verandah, le\ngrand garçon s’éventait avec son chapeau. Il répondit à\nsa mère en fermant les yeux : — Moi, je dors; puis, se\nmettant brusquement sur son séant et s’enfonçant son\nfeutre jusqu’aux oreilles : — Non ! je m’en vais, reprit-il.\nIl descendit l’escalier quatre à quatre et s’en fut se\n coucher sur le sable où il demeura immobile, jusqu’à ce\n que sa mère étant allée le chatouiller du bout de son\n ombrelle, le contraignit à se lever et à l’accompagner\n dans la promenade qu’elle faisait d’ordinaire à ces heures-\n là le long de la plage. Auparavant, il m’avait appelé d’un\n grand geste du bras et je m’étais empressé de les\n rejoindre.\n    Entre les familles Leemans et Van Ormen, habitant\n toutes deux Bruxelles, il y avait des relations d’amitié\n dont m’avaient averti dès les premiers jours les manières\n d’être de Madame Leemans vis-à-vis de Madame Van\n Ormen.\n    Je me disposais à profiter de l’occasion de me rensei­\n gner sur celle-ci, quand Madame Leemans m’épargna\n la peine de manifester mon désir, comme si, en m’invi­\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1637, "texte": "194                     LE RÉVEIL\n\n\ntant à partager sa promenade, elle n’avait eu elle-même\nd’autre but que de le devancer.\n   —Vous trouvez Marcelle singulière, commença-t-elle.\n   — Lunatique, interrompit son fils qui ramassait des\ncoquillages et s’amusait à les lancer devant lui. Il répé­\nta : — Lunatique, d’une voix de clown en jetant en l’air\nun coquillage qu’il rattrapa dans le fond de son chapeau.\n   Ses bouffonneries faisaient hausser les épaules à sa\nmère qui pourtant, l’instant d’après, souriait en mur­\nmurant : — Oh ! José ! Grand enfant !\n   — Singulière ? Un peu, répondis-je à Madame Lee­\nmans ; mais la faute en est sans doute à sa grande jeu­\nnesse, à sa vivacité naturelle, à...\n   — A son mari, interrompit José.\n   — Le mari de Marcelle et le mien sont du même\nâge, tenta d’expliquer Madame Leemans, c’est-à-dire\nqu’ils ne sont plus jeunes et...\n   Elle se tourna vers son fils : — Mais enfin qu’as-tu\nvoulu dire ? lui demanda-t-elle avec impatience.\n   — J ’ai voulu dire, répondit José, que, lorsqu’un\nhomme de quarante-trois ans a épousé une jeune femme\nde dix-huit, ce ne doit pas être amusant tous les jours,\n— pour sa jeune femme, et qu’alors, si le mari est pra­\ntique. il doit laisser à sa femme une certaine liberté, —\nlui permettre, par exemple, de griller des cigarettes,\nd’apprendre l’aquarelle et même la peinture à l’huile.\nJ ’ai dit.\n   Il salua, fit une pirouette et, revenant à sa mère qui\nme regardait, inquiète de l’effet que produisaient sur\nmoi les cabrioles de son fils : — Je t’assure que je ne\nlui ai jamais fait la cour, maman, — jamais ! ajouta-t-il ;\ndonc Monsieur Van Ormen a raison.\n"}, {"page_pdf": 212, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1752, "texte": "                        AVRIL 18 95                    195\n\n   Je te le permettrais ! fit la mère avec un geste mena­\nçant de son ombrelle et, se tournant vers moi : — Ne\ndirait-on pas qu’il n’a qu’à vouloir pour que Marcelle\nse jette dans ses bras ? Les hommes sont d’une fatuité !.\n   Je baissais la tête et sans doute devina-t-elle que je\nn’étais pas entièrement indemne de ce péché mignon\ndu sexe fort, car elle reprit, mais en s’adressant à son\nfils : — Marcelle est une honnête femme et si tu entre­\nprenais de la détourner de ses devoirs, tu commettrais\nnon seulement une mauvaise action, mais encore une\nsottise dont elle ne tarderait pas à te punir. Tu es bon\nde me dire que tu ne lui as jamais fait la cour ! T’ima­\ngines-tu qu’elle te laisserait faire et qu’elle est à la\nmerci du premier homme qui lui dira qu’il la trouve\njolie? Et s’animant de plus en plus : — Voyez-vous cela!\nUne jeune femme ne pourra plus fumer une cigarette\net plaisanter, sans qu’on la soupçonne d’être vicieuse ?\nMais où es-tu allé prendre l’opinion que tu te fais des\nfemmes, mon garçon ?\n    Je regardais José. Les deux mains en ;poches, le\nfeutre rejeté en arrière, de façon que, dans le large en­\ncadrement des bords relevés, sa figure imberbe ressem­\nblait au masque ahuri et goguenard de Pierrot, il\nmarchait, s’arrêtait soudain, se remettait à marcher,\nexprimant ainsi la surprise où le plongeait cette bour­\nrade maternelle. Et je pouvais conclure que le discours\nqui l’étonnait si fort allait non pas à lui, mais à l’autre\ninterlocuteur de Madame Leemans.\n    Je pris le parti de lui répondre en usant du même\ndétour et, interpellant son fils : — Eh bien, mon ami\nJosé, vous voilà prévenu ! lui dis-je. Soyez charitable\net prévenez à leur tour vos amis...\n"}, {"page_pdf": 213, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1541, "texte": "                        L E RÉV EIL\n\n\n   — Cornelis ? demanda-t-il en simulant un air profon­\ndément interrogateur.\n   — Monsieur Cornelis est marié, fit Madame Lee­\nmans ; d’ailleurs, il part demain.\n   — Qui donc me faudra-t-il prévenir ? reprit-il, les\nmains tendues désespérément, puis, soudain, il se\nfrappa le front et nous le vîmes prendre sa course vers\nle Kursaal.\n   — José ! José !\n   Sa mère le rappelait.\n   — Où va-t-il? interrogeait-elle, José !\n   Il était déjà hors de portée de la voix. — Laissez-le\nfaire. Je parie qu’il s’est décidé à retourner travailler.\n   — Grand enfant ! murmura-t-elle avec un sourire.\nExcusez-le.\n  Nulle part qu’en ce coin délicieux de la Panne, où,\npour la seconde fois, j’étais venu me mettre au vert, je\nne jouissais mieux de la mer ; nulle part, je n’éprouvais\nà un tel degré la joie de me laisser vivre dans l’envelop­\npante caresse du soleil et des brises. Une vie simple en\nun paysage calme, tirant sa seule variété du mouvement\nqu’y apportaient les arrivées et les départs des commen­\nsaux de l’hôtel où je logeais et prenais mes repas ; de\nlongues journées de paresse, de lectures et de flâneries\nsur la plage et dans les dunes, coupées de bavardages\navec des hommes ou des femmes, mes égaux en loisir ;\nparfois, — j’avais de ces lubies, — lorsque je sentais le\nbesoin de rentrer dans la civilisation et que la nostalgie\nme prenait des rues, des trottoirs, des magasins et des\nréverbères, une courte fugue vers Fumes ou vers Dun­\nkerque ; une ignorance absolue de ce qui se passait dans\n"}, {"page_pdf": 214, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1807, "texte": "                        AVRIL 1895                      197\n\n\nla ville, lieu habituel de ma résidence, et l’oubli me\nvenant, aussi complet que si je n’y eusse jamais mis les\npieds, des gens que j’y fréquentais et de ceux que j’y\nsaluais chaque jour, à la même heure, au même endroit\ndu boulevard, — en me rémémorant ces avantages,\nj’étais prêt à lever vers le ciel des bras reconnaissants et\nà m’écrier : — J ’ai trouvé le bonheur !...\n   Mais non ! cette force-là, je ne l’avais même pas et,\nplongé dans une inconscience animale, — sorte de som­\nnambulisme bleu, jaune et vert, des couleurs de ciel,\ndes sables et de la mer, — j’étais heureux sans le savoir,\n— ce qui est, je pense, la manière la plus parfaite d’être\nheureux.\n   Le vent fraîchit et, dans la lointaine perspective des\nterres, au d e là des tours de Furnes massées lourde­\nment sur l’horizon parmi de frêles rideaux de peupliers,\nle bleu du ciel s’épaissit et tourna au violet ; à gauche,\nle clocher de Coxyde et plus loin, reculé aux derniers\nplans, celui d’Oostduinkerke dressèrent leur légères\npointes pâles sur un fond tout assombri déjà. Comme\nun cercle de fumée, le soir montait très lent, très doux,\nd’une puissance irrésistible. Collines rondes ici, là cuves\nprofondes, les dunes où, sur les sables gris, étaient jetés\ndes tapis bruns et verts d’églantiers nains et de serpolet,\nrenforçaient leurs couleurs, le gris devenant noir, le\nbrun et le vert se veloutant de reflets carminés. Et, sur\nce paysage aux lignes planes et fuyant aux infinies pro­\nfondeurs, la paix enchantée d’une fin de jour d’été repo­\nsait dans la sérénité des cieux et le silence de la terre.\n   Puis, le spectacle de la mer me sollicita. Aux limites\nde l’horizon, sous un nuage frangé d’orange qui barrait\nle ciel transversalement, le soleil se couchait. Un\n"}, {"page_pdf": 215, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1620, "texte": "198                      L E RÉV EIL\n\n\nabîme de pourpre incandescente s’ouvrait au ras de\nl’eau, frappant sa surface vert-pâle d’un long reflet\nd’argent, et, du milieu du gouffre de lumière, l’astre\nd’or projetait dans l’étendue ses derniers rayons. Mes\nyeux éblouis se fermèrent malgré moi. Lorsque je les\nrouvris, il s’était rapproché des flots où, brusquement,\nil sombra, tandis que la nuée suspendue au dessus de\nlui, après avoir recueilli son regard suprême, devenait à\nson tour un peu d’ombre au front du ciel éteint.\n   Ce soir-là, ma solitude m’ayant pesé tout à coup, je\nfus un des premiers à rentrer au Kursaal et, lorsque je\nvis paraître Madame Leemans, Madame Cornelis et sa\nfille, j’allai vivement à leur rencontre, heureux de les\nretrouver; mais je m’arrêtai en chemin : à leur suite\npénétraient dans la salle une dame et deux jeunes filles,\nvers lesquelles, aussitôt qu’elle les aperçut, se tour­\nnèrent toutes les attentions de Madame Leemans.\n   — A cette heure-ci? s’écria-t-elle avec surprise.\n   — C’est une idée de Sophie, dit la dame qui montra\nune des jeunes filles.\n   Sans m’en prévenir, elle a dit d’atteller et, lorsque la\nvoiture s’est trouvée prête :\n   — Eh bien, maman, allons-nous souper à La Panne\navec Marcelle? A quoi je n’ai pu faire autrement que de\nrépondre oui.\n   — Et nous voici, conclut Sophie joyeusement.\n   Au milieu de ces femmes qui passaient et repassaient\ndevant moi, indifférentes à ma présence, pour aller\naccrocher leurs chapeaux et leurs cabans un peu partout,\naux espagnolettes des fenêtres et aux deux ou trois\nporte-manteaux cloués aux murs de la chambre, en con­\n"}, {"page_pdf": 216, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1687, "texte": "                         AVRIL 18 95                       199\n\ntinuant à bavarder avec Madame Leemans que, peu\ncertain qu’elle connût mon nom, je n’osais prier de me\nprésenter, je faisais un assez sot personnage. Je voulus\nme rapprocher de Madame Cornelis, mais en ce moment\non lui remit une lettre, et force me fut de virer sur mes\ntalons. Pour mettre fin à ma situation ridicule, je\nretournai sous la verandah.\n   Sur la plage où commençaient à se répandre les\nombres du soir, je reconnus bientôt la haute silhouette\ndégingandée de José.\n   — Eh bien ? criai-je ; êtes-vous content de vous ?\n   Je le vis relever la tête, surpris de cette interruption\ninattendue à ses réflexions et, gaîment : — Ah ! c’est\nvous, répondit-il ; vous m’avez fait peur.\n   — M’avez-vous pris pour croquemitaine ?\n   — J ’ai dix-neuf ans, Monsieur ! Non ; je rêvais et\nvotre voix m’a interrompu au moment où je voyais la\nfoule s’écraser devant mes tableaux.\n   — Ah ! j’ai eu tort, lui dis-je en riant; j’aurais dû vous\nlaissers vos illusions.\n   Il gravit l’escalier lestement et, quand il m’eut rejoint,\nentendant le bruit des conversations et des rires qui\nvenait à nous par les fenêtres ouvertes de la salle à\nmanger : — Il y a du monde ? fit-il.\n   — Une dame et deux jeunes filles qui arrivent de\nFumes, pour souper avec Madame Van Ormen.\n   — Sa mère et ses deux sœurs, me dit-il ; Madame et\nMesdemoiselles Béraud.\n   Il fit mine de s’épousseter, se lissa les cheveux sur les\ntempes puis, m'offrant le bras : — Venez-vous? reprit-il.\n   Il me précéda dans la chambre où je trouvai toutes\n les dames assises à table et alla serrer la main de\n                                                      14\n"}, {"page_pdf": 217, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1590, "texte": "200                      LE R ÉV EIL\n\n\nMadame Béraud et de ses filles qui, toutes trois, l’ac­\ncueillirent avec des sourires où se lisait une satisfaction\nréelle ; puis, s’asseyant à sa place, — à côté de Made­\nmoiselle Sophie, — il se saisit d’un plat de crevettes\nplacé devant lui...\n   — José ! José ! intervint sa mère.\n   — J ’ai faim.\n   — Mais on attend un peu. Et d’ailleurs, l’on sert ses\n voisines avant de se servir soi-même.\n   — Mademoiselle Sophie ne mange jamais de crevettes.\n   — Mais au contraire, se hâta de répondre Sophie, je\nles adore.\n   De la pointe de son couteau, il fit tomber la moitié du\ndu plat sur l’assiette de la jeune fille, se servit â son tour\net, me passant ce qui restait : — Si vous attendez davan­\ntage, il n’y en aura plus, me dit-il.\n   Ces plaisanteries trouvaient grâce aux yeux de\nMadame Béraud et de ses filles qui paraissaient habi­\ntuées à s’en amuser; quant à moi, appréciant la bonne\nhumeur et l’enfantine simplicité qui d’ordinaire y prési­\ndaient, volontiers j’en souriais aussi, et cette visible\nindulgence n’était pas étrangère à la sympathie que me\nmarquait Madame Leemans.\n   — Oh ! José ! Grand enfant ! murmurait-elle.\n   Et Madame Béraud, tournant vers elle sa figure toute\nronde, aux traits épaissis par l’âge, aux yeux demeurés\nclairs, d’un calme profond et d’une expression d’inalté­\nrable bonté, baissait doucement les paupières, ayant\nl’air de dire, pour la rassurer ; Laissez les rires ; ils sont\nsi jeunes !\n    Mademoiselle Sophie avait dix-huit ans tout au plus.\n Grâcieuse plutôt que jolie, elle n’avait aucun des traits\n"}, {"page_pdf": 218, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1680, "texte": "                        AVRIL 18 9 5                   201\n\n\nde Madame Van Ormen et ses gestes moins contenus, sa\nvoix plus claire, fort belle aussi, son visage aux lignes\nplus sérieuses et ses yeux limpides d’un brun moins\nsombre et moins velouté, faisaient d’elle un type distinct\noù, sous l’exubérance d’une jeunesse récemment échap­\npée à la contrainte de la pension, perçait déjà la grande\npersonne posée, sincère cependant et sans prétention\nqu’elle serait plus tard. Surtout, il ne se dégageait point\nd’elle cette impression de mystère qui troublait en\nMadame Van Ormen.\n   Sa sœur, beaucoup plus âgée et d’un maintien comme\nd’une expression de visage presque graves, paraissait, en\nsa ressemblance avec Madame Béraud, une seconde mère\nchargée se veiller en sous-ordre sur les propos d’une gaîté\ntrop peu mesurée auxquels s’abandonnait parfois Sophie.\n   — Je vois, dit Madame Béraud, se décidant la der­\nnière à se servir, que Marcelle n’a pas perdu la mau­\nvaise habitude de se faire attendre. Est-ce toujours ainsi?\n   Elle me regardait, la chaise vide à ma droite l’avertis­\nsant qu’en ma qualité de voisin je devais être le mieux à\nmême de lui répondre.\n   — Monsieur Cornelis lui donne des leçons d’aquarelle,\ndis-je avec un demi sourire, et, dans ces conditions, on\ns’attarde aisément.\n   — D’aquarelle? répéta Sophie qui se tourna vers\nJosé. Je croyais qu’elle apprenait la peinture à l’huile-\n   — Il y a encore le pastel, répondit José très sérieux,\nla peinture à fresque et puis la sculpture, l’architecture,\nla littérature, la bicyclette....\n   — Ma sœur n’est pas là pour se défendre, cela n’est\npas généreux.\n   La voix de Madame Van Ormen les interrompit. —\n"}, {"page_pdf": 219, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1637, "texte": "202                     LE RÉV EIL\n\n\nOn dit du mal des absents ? Monsieur Cornelis, vite !\nVenez prendre notre défense.\n   Bien qu’en retrouvant inopinément sa mère et ses\nsœurs, qu’elle avait quittées depuis huit jours à peine,\nla jeune femme fût excusable de ne pas se livrer à de\ngrandes démonstrations, j’avoue cependant qu’en ne la\nvoyant ni s’étonner de leur présence ni les embrasser,\n je fus bien près de m’indigner de cette froideur et que,\npour l’excuser, il me fallut imaginer qu’elles s’étaient\nrencontrées déjà, — que la voiture avait passé près de\nl’endroit où Madame Van Ormen et Cornelis s’étaient\n établis pour peindre.\n   Je ne pus résister au désir de le demander à la jeune\n femme, mais, si bas que j’eusse parlé, la sœur aînée\nm’avait entendu et ce fut elle qui répondit à la question-\n— Non, nous ne nous sommes pas vues, dit-elle ; mais\n Marcelle est fort indépendante,— n’est ce pas, Marcelle?\n    Ses paroles prononcées sur un ton de douce protes­\n tation et que l’on m’adressait à moi comme un reproche,\n me firent comprendre combien Madame Van Ormen\n était traitée en enfant gâtée, et elle-même répondit de\n façon à confirmer en moi cette impression, disant, avec\n un sourire caressant de ses beaux yeux : — On a tou­\n jours eu trop d’indulgence pour mes défauts.\n    — Vous partez demain ?\n    — Demain, répondait Cornelis à Mademoiselle Sophie.\n    — Et il n’y aura plus ici que moi pour représenter le\n grand art! fit José avec un geste d’une ampleur théâtrale.\n    — Et Marcelle ? demanda Sophie ; décidément, vous\n la croyez toujours absente.\n    — Oh ! je compte si peu pour lui, fit Madame Van\n  Ormen.\n"}, {"page_pdf": 220, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1525, "texte": "                         A V R IL 18 9 5                  203\n\n\n   — Le regrettez-vous ? interrogea José.\n   — Mais oui, certainement, qui me portera mon\nbagage pour aller peindre ?\n   — Alors, c’est que vous prenez vos compagnons pour\ndes ânes ? Monsieur. Cornelis, il faut absolument que\nvous restiez.\n   — Pour faire l’âne ? fit l’aquarelliste.\n   — José ! José ! intervint Madame Leemans.\n   — Monsieur Cornelis parti, vous allez continuer seule\nà peindre? demandai-je à Madame Van Ormen.\n   — J ’essaierai, avec les- conseils de Monsieur Lee­\nmans.\n   — Je ne sais plus peindre, déclara José.\n   — L’avez-vous jamais su ?\n   — Ça, mademoiselle Sophie, c’est une méchanceté ;\nmais je vous pardonne, — attendu que vous ne vous y\nconnaissez pas.\n   Rappelé de nouveau à l’ordre par sa mère, il me mon­\ntra du doigt : — Ce Monsieur-là s’y connaît, fit-il.\nVous n’avez jamais vu son album ? Comment ! Vous ne\nl’avez jamais vu ?\n   Il porta sa main droite à ses lèvres et, déposant un\nbaiser sur les extrémités rapprochées de ses cinq\ndoigts : — Chouette ! s’écria-t-il. Demandez-lui.\n   J ’avais ri des plaisanteries qu’il adressait aux autres :\nil ne me restait qu’à subir de bonne grâce celle qui me\nvisait à mon tour et, répondant aux muettes interroga­\ntions de tous ces regards qu’elle avait tournés vers\nmoi : Dans cet album, commencé-je, — oh ! prenez\ngarde ! — dans cet album, sont notés tous vos faits et\ngestes, toutes vos paroles, toutes vos qualités et tous\nvos défauts, et, un jour, lorsque je serai rentré chez\n"}, {"page_pdf": 221, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1647, "texte": "204                     LE RÉV EIL\n\n\nmoi et qu’il ne me restera plus que le souvenir en train\nde s’effacer des heures charmantes que j’ai passées ici,\nl’ayant relu avec grande attention, je m’amuserai peut-\nêtre à retracer vos portraits...\n   Ceci était la vérité. Je tenais note des menus faits de\nmon existence à La Panne, moins pour me les rappeler\neux-mêmes que pour retrouver dans le cahier où ils\nétaient inscrits, les rayons de soleil, les paysages, les\nbrises et les parfums qu’ils enfermaient entre ses lignes.\n    — Il contient des dessins? demanda Madame Van\n Ormen, dont, à l’ardeur plus vive de son regard, je\nsentis que je venais d’éveiller fortement la curiosité.\n    Il est rempli de mauvais desseins, fit José; méfions-\nnous ; il n’en faut pas davantage pour que nous passions\n à la postérité.\n    La conversation dès lors dévia vers la littérature et,\n si les appréciations sur les auteurs contemporains ne\n différèrent pas autrement de celles que nous entendons\n proférer tous les jours autour de nous, elles étaient du\nmoins émises sans prétention, aucune des personnes\nprésentes ne se piquant de s’y connaître. José manifesta\n même, à peu près sérieusement, cette opinion qu’il\n n’admettait en fait de littérature que celle des faits\n divers et des cours d’assises. — Celle-là au moins est\n vraie, conclut-il, et, si vous prétendez qu’elle n’a rien\n d’artistique, je vous répondrai... qu’est-ce que je vous\n répondrais bien ?\n    — Dis-moi qui tu lis et je te dirai qui tu es, lui\n répondis-je en riant.\n    — Je ne suis pourtant ni un chien écrasé ni un gibier\n de potence !\n    — Peut-être êtes-vous en train de le devenir.\n"}, {"page_pdf": 222, "page_imprimee": 205, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1680, "texte": "                        AVRIL 1895                      205\n\n\n   Lorsque le souper terminé, nous allâmes nous asseoir\nsous la verandah et que, envoyant côte à côte la fumée\nde nos cigarettes aux étoiles, je me hasardai à demander\nà Madame Van Ormen ce qu’elle lisait, elle chercha\nquelque temps, puis, avec un sourire : — Quels sont les\nlivres qu’à votre avis je préfère ? fit-elle.\n   — Si je pouvais le deviner le moins du monde, je\nvous le dirais franchement.\n   — Essayez, vous me ferez plaisir.\n   Il était évident qu’elle désirait connaître l’opinion que\nje me faisais d’elle et, comme, de mon côté, je ne vou­\nlais pas la lui dire, nous eussions longtemps joué à\ncache-cache, si José, se jetant soudain entre nous,\nn’eut, fort innocemment, trahi le secret qu’elle voulait\ngarder.\n   — Je vous rendrai votre bouquin, lui dit-il. Là ! cette\nhistoire... Gomment s’appelle-t-elle? Elle est bien en­\n nuyeuse, entre parenthèses et je comprends que vous me\nl’ayez passée : c’était une manière de vous en débar­\nrasser. Mais comment diable ! s’appelle-t-elle ? Le\n Peintre marié... non ! non ! Le Prêtre marié...\n    Dans l’ombre où nous étions plongés, je sentis sur\nmon visage le regard interrogateur de Madame Van\n Ormen, mais, voulant pénétrer pour quelle raison elle\n avait entrepris la lecture de ce livre admirable, je pris\n soin de feindre que je n’attachais aucune importance à la\n révélation de José et observai longtemps le silence. Je\n faisais mine de regarder une étoile qui brillait devant\n nous au-dessus de la mer et d’écouter les longs batte­\n ments rythmiques de la marée sur la plage.\n    — Tiens! murmurai-je enfin; cette idée de lire du\n Barbey d’Aurevilly !\n"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1603, "texte": "206                     LE RÉVEIL\n\n\n    — C’est un livre qu’on m’a prêté, dit-elle.\n    — A moi aussi, fit José, et j’ai remarqué que les\nlivres qu’on me prêtait étaient toujours ennuyeux. Je\nne dis pas cela pour les vôtres — qui sentent toujours\nsi bon, acheva-t-il en s’adressant à Madame Van\nOrmen.\n    L’étoile que je regardais parut s’animer d’une scintil­\nlation plus vive et la mer battre plus fort sur la plage.\nJe ne sais quel mouvement s’était fait en moi...\n    — Vous êtes poétique, ce soir, reprit Madame Van\n Ormen après une assez longue pause, durant laquelle\nj’imaginai qu’elle avait voulu laisser à la phrase de José\nle temps de produire tout son effet sur moi.\n    — C’est ainsi quand il fait noir : il m’arrive de ne pas\nme reconnaître moi-même.\n    Il poussa un gros soupir, et, s’adressant à moi : —\nVous noterez ce soupir dans votre album, n’est-ce pas?\nC’est peut-être mon avant-dernier ; — et que Madame\nVan Ormen a dit que j’étais poétique, ce soir; — et que\nje n’ai pas su, ni elle non plus, achever la lecture du\nPrêtre marié...\n    — Je proteste, interrompit Madame Van Ormen; je\n l’ai lu jusqu’au bout.\n    — En prenant votre courage à deux mains, ajoutai-je,\n qui donc a eu l’idée de vous le prêter ?\n    Jusque là, rien dans ce que j’avais dit n’avait pu lui\nfaire pressentir si j’admirais ce livre et si je lui saurais\ngré de l’avoir lu ; mais, en ces derniers mots, sa finesse\nlui fit découvrir mon véritable sentiment et, très gaie\nalors : — C’est moi qui ai demandé qu’on me le prête,\nrépondit-elle ; et j’ai trouvé cela bien beau, oh ! bien\n beau ! de toute beauté !\n"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 837, "texte": "                       AVRIL 18 95                     207\n\n   Bien bien ! oh ! bien beau ! de toute beauté ! — si je\nn’étais pas satisfait après cela....\n   La petite étoile, là-bas, me faisait signe : — Sois con­\ntent ; — n’insiste pas davantage ! Et, de sa grande voix,\nparlant dans l’ombre immense, la mer me disait : — Si\nelle ment un peu, — oh ! très peu, — n’est-ce point\npour te plaire ?\n   Je tressaillis : José, par plaisanterie, s’était laissé\nchoir de son banc en faisant le plus de tapage possible.\nQuand il se fut ramassé : — Je dormais, dit-il. Il suffit\nque l’on parle de romans devant moi pour que je tombe\nde sommeil. Il leva le doigt au ciel, solennellement : —\nJe suis né pour être peintre!\n   — Pour être boulanger, rectifia Cornelis.\n                                 A lfred L avachery .\n   (La fin au N° prochain)\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-012", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 208, "page_fin": 210, "titre_corps": "Le Fleuve", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Lionel des Rieux", "ancre_debut": "LE F L E U V E . à R o b e r t d e la V il l e n e u v e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 225, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 58, "fin_caractere_exclue": 922, "texte": "LE F L E U V E .\n\n                           à R o b e r t d e la V il l e n e u v e .\n\n\nLe fleuve est descendu jadis du ciel hautain\nE t même il garde encor sa noble ressemblance\nE t le destin du ciel est encor son destin.\nLoin des glaciers, où l’aigle épioyait son vol ample,\nParmi la forêt d’ombre et la prairie en fleurs,\nIl déroule son onde harmonieuse et lente :\n                            X\n\n\nVoici l'île fermée aux faunes ravisseurs\nOù, chair nue et cheveux épars, au son des lyres,\nLes nymphes, deux à deux, dansent avec leurs sœurs.\nSur leurs baisers déjà les étoiles s'inclinent\nE t le satyre seul, jaloux de tels secrets,\nD u cri de sa luxure interrompt leurs délices.\n                            x\nVoici, sur le coteau qu'abritent des cyprès,\nLa vigne, où brandissant leurs torches et leurs thyrses,\nLes bacchantes au ciel jettent leurs cris sacrés.\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1165, "texte": "                         AVRIL 18 95                  209\n\n\nCouronné de sapin, vêtu de peaux de tigre,\nUn Silène titube en leur cercle mouvant\nE t rit à voir ainsi, dès l'aube, qu'il est ivre.\n                             ***\nFace au soleil tombé, voici, soleil levant,\nQue le rouge vainqueur s'érige sur la plaine,\nEt les buccins chantent sa gloire, dans le vent.\nSeul, il va ; mais l’orgueil a frém i sur sa lèvre\nQuand, de son char, indolemment, il a jeté,\nDans le fleuve encor pur, le tronçon de son glaive.\n                              *\n                             * *\n\nVoici, bouclier d’ombre aux flèches de l'été,\nLe bois où deux époux croient fu ir au Temps hostile,\nEt, près du flot changeant, parlent d’éternité.\nLa villa devant eux élargit son portique\nEt, sur le seuil, l'esclave, émue à leurs baisers,\nPense au pays d’amour où son âme est captive.\n                           ** *\nVoici la ville blanche aux travaux délaissés\nE t l’arène où le peuple acclame la vitesse\nDes beaux éphèbes nus vers la palme lancés.\nEt, plus loin les jardins, que la Muse protège,\nOù le maître, parmi ses disciples chéris,\nLeur enseigne les dieux et la vie immortelle.\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 550, "texte": "                                   L E RÉVEIL\n\n\n\n                           ***\nVoici le port enfin où, par les vents surpris,\nOnt fa it escale, un soir d’automne, trois navires\nDont les rameurs parlaient un langage incompris.\nEt, dans l’ombre, c'est là que vinrent de la ville\nOffrir aux étrangers le printemps de leur chair\nDes vierges qui sentaient, dans leur âme divine,\n Monter la nostalgie immense de la mer !\n                                              L io n e l d e s R i e u x .\n\n\n   d e : l e s p r e s t ig e s d e l ’o n d e , féerie.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-013", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 211, "page_fin": 214, "titre_corps": "Tablettes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TABLETTES. Notre secrétaire de rédaction abandonne", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 228, "page_imprimee": 211, "debut_caractere": 109, "fin_caractere_exclue": 1443, "texte": "TABLETTES.\n\n\n  Notre secrétaire de rédaction abandonne définitivement le\npseudonyme de Frédéric Friche, et signera désormais, de son\nnom, Albert Guequier.\n\n                                       X\n\n   L a poussée de mai fait verdoyer les feuilles nouvelles. Nous\nrecevons : L a C o u p e , recueil mensuel d’Art et d'Ethique\n(Joseph Loubet, directeur, 11, Rue Logis St-Paul, Montpellier).\nL a Coupe « paraîtra régulièrement durant onze mois, le douzième\nfacsicule, d’illustrations, clora la publication «.\n   L ’ idée certes est amusante. Puis ainsi, il n’ y a plus à craindre\nl’ennui d’une publication toujours identique traînant, bien des\nannées après avoir épuisé ce qu’elle avait à dire, deux ou trois\nnoms mornes et suris.\n   L e premier numéro s’ouvre sur un sonnet splendide d’Henri de\nRégnier. Puis des vers d'Albert Samain, Alfred Massebiau; A u\nmatin, de Joseph Loubet.\n\n                                       X\n\n  Bien amusant aussi, mais autrement, le programme de la\nR e v u e l it t é r a ir e in d é p e n d a n t e — « contes, nouvelles, impres­\nsions de voyage, études, poésies, bibliographie, questions littéraires,\netc. (sic) (19, Rue de Carouge, Genève).\n   L e but de la revue est de \" faciliter aux auteurs les moyens\nd'être lus, sans passer sous les fourches caudines des éditeurs, bureaux\nde rédaction, etc. \"\n"}, {"page_pdf": 229, "page_imprimee": 212, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1987, "texte": "212                                        L E R ÉV EIL\n\n\n  L e sommaire nous révèle, les noms de MM. H . L yon n et, Jacinte\nVerdaguer, Robert Sand, E. Franz W iener, Edmond Julien,\nC. Villotte, etc. Nous y retrouvons aussi Mr. Iwan Gilkin.\n\n                                                  X\n\n  Enfin : L ’É p r e u v e L it t é r a ir e , supplément français de Pan,\nla grande revue allemande. L ’Epreuve publiera des œuvres\ninédites d’écrivains français et des traductions d’études et de\npoèmes publiés en langue allemande par Pan. A u premier nu­\nméro, fort beau, nous rencontrons les noms de Gustave Kahn,\nNietzsche, Verlaine, Rém y de Gourmont, A . F. Hérold, etc.\n\n                                                  X\n\n   A la J e u n e B e l g iq u e , tout auprès de nouveaux vers bachiques\net d’une louange congrue de Mr Albert Chapaux — (mes petits\nsont mignons) — M. Iwan G ilkin assure et répète que les oies\nque nous sommes, au Réveil de Gand (1), poussent des cancans\nindignés sur leur petite butte, et qu’il a troublé nos joies. M. Iwan\nGilkin se trompe, et nous ne sommes pas indignés du tout. Nous\nsuivons simplement à l’égard de ses vaticinations aigrelettes la\ndoctrine aimable du philosophe chinois Ye-Men-Fou.\n\n                                                  X\n\n   L e Premier des petits essais d'enthousiasme va paraître sous le\ntitre de : A propos de B öcklin. ,\n\n                                                  X\n\n  Nous recevons, touchant un projet de coopérative intellectuelle,\nla circulaire suivante :\n                                 Monsieur,\n   Nous venons vous proposer de vous associer à nous pour fonder m e\nSociété Coopérative dont la nécessité se justifie par les considérations\nsuivantes :\n   L e commerce de livres, de revues et de journaux manque de centra­\nlisation. On doit recourir à un grand nombre d'intermédiaires diffé-\n\n  (1) Pourquoi ce trait cruel... de Gand — Nous ne disons pourtant pas : La Jeune Belgique de Schaerbeek\n       )\n"}, {"page_pdf": 230, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3360, "texte": "                               AVRIL 18 95                             213\n\nrents : libraires, bouquinistes, marchands de journaux, rédactions de\nrevues, poste. De là une foule d’ennuis: bulletins de souscription à\nremplir, tracasseries postales pour des reçus minuscules, etc. L ’idéal\nserait que chacun pût obtenir les publications dont il a besoin en\ns'adressant à un bureau, unique, et en s’acquittant soit globalement,\nsoit par versements mensuels ou trimestriels réguliers, de façon à\npouvoir établir nettement son budget littéraire.\n   S i un semblable bureau doit se créer, il est utile de lui donner la\nforme de la Société Coopérative ; les industriels en publicité, les édi­\nteurs, fo n t aux intermédiaires des réductions qui varient entre 15 et\n25 % Une Société Coopérative ne cherchant pas à réaliser de grands\nbénéfices pourrait donc fa ire à ses membres une réduction de 10 %\nsur tout ce qu'elle leur vendrait, et de 15 % au moins sur des publi­\ncations qu'elle déterminerait dans un bulletin. Elle retiendrait sur les\nopérations de 5 à 10 % pour couvrir les frais d’administration et\ncréer un fonds qui serait distribué aux coopérateurs sous forme de\nbons à valoir pour leurs achats ultérieurs.\n   Faire obtenir à 18 francs ce qui en coûte aujourd'hui 20 n ’est d'ail­\nleurs qu’une raison accessoire de notre proposition. Notre véritable\nbut, c'est, à la faveur de ce souci d’économie, d'établir, dans l ’inten­\ntion d'élever le niveau général de la culture, une puissante association\nde tous ceux qui, quelles que soient leurs tendances philosophiques ou\nreligieuses, font dans notre pays œuvre sincère de science, d’art ou de\n morale, pour ne pas dire de politique.\n   Or, ce but serait infailliblement atteint. S i notre projet de société se\nréalise, la majorité des travailleurs intellectuels s’y trouvera groupée,\net certainement ils donneront aux administrateurs de la Société le\nmandat impératif de soutenir toutes les entreprises de publicité qui en\nsont dignes, et spécialement tous les efforts qui peuvent se faire dans le\npays même. E t rien ne sera plus aisé : Les publications malhonnêtes ou\n absolument sans valeur ne figureront pas sur les listes de périodiques\nque le Conseil d'administration offrira aux membres à des prix de\nfaveur. Un classement se fera d’ailleurs de lui-même : comme il faut\nnécessairement apporter à une publication un certain nombre d'abon­\nnements pour obtenir une réduction importante, la Société devra\ndemander à ses adhérents de se mettre d’accord pour choisir les jou r­\nnaux et les revues les plus dignes des souscriptions, autrement dit\nétablir une sorte de referendum pour dresser sa liste; or, il n'est pas\ndouteux que le suffrage général ne donne ses préférences aux meil­\nleures productions dans chaque catégorie; au surplus, indépendam­\nment de toute intervention directe du Conseil de la société, les publica­\ntions estimables retireront de grands avantages du système même des\nabonnements ; ceci ne peut se comprendre que par un exemple : Beau­\ncoup de personnes ne sont pas abonnées à la Société Nouvelle et au\nRéveil, qui n ’hésiteraient plus à se faire adresser ces revues, s'il leur\nsuffisait de donner, le 2 décembre, quatre coups de crayon sur une\ncirculaire et de payer, en une fois, à leur facteur, vers le 15 décembre,\nune somme de 43 francs, pour recevoir pendant un an la Société\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2409, "texte": "214                           LE RÉVEIL\n\n\n Nouvelle, le Réveil, la Réforme et le Peuple, publications dont les\nquatre abonnements pris à part reviennent aujourd’hui à 48 francs,\nsans compter les ennuis de la poste.\n? Nous engageons les lecteurs à faire eux-mêmes le calcul pour les\npublications qu'ils reçoivent ou désirent recevoir, par exemple pour le\ngroupe : Revue générale. Journal de Bruxelles, Durendal,\n Muséon, Justice sociale, ou le groupe : Revue de Belgique, Revue\n Universitaire, Indépendance, Ils comprendront aisément combien\nl’association de toutes les forces intellectuelles du pays peut augmenter\nla vitalité des publications périodiques d’un ordre élevé.\n    Il nous reste maintenant à vous exposer dans quelles conditions\ncette société coopérative pourrait se constituer.\n    Rien 11e doit être fa it ou maintenu si l'on ne réunit pas un mini­\nmum de 1000 coopérateurs, ayant souscrit chacun une action de cinq\nfrancs. Il ne s’agit pas ici de 1000 actions, mais de 1000 actionnai­\nres, c'est-à-dire de 1000 personnes intéressées à s'adresser plutôt à la\n librairie coopérative qu'à une autre. Nous n’avons pas à craindre que\nla bonne direction intellectuelle et morale de l’entreprise souffre de ce\nfait que certains actionnaires auraient un très grand nombre d’ac­\ntions ; l’article 89 de la loi de 1873 donne à tous Us coopérateurs\nvoix égale, quel que soit le chiffre de leur apport.\n    Pour jouir des avantages de la coopération, il faudrait, de plus,\nverser une cotisation minime destinée à couvrir les frais d’un petit\nbulletin bibliographique indispensable tout au moins pour indiquer le\nchiffre des différents prix de faveur offerts aux membres de la Société.\n\n      —\n    Les coopérateurs payant leur cotisation auraient droit :\n    A     à des réductions de 10 à 15 % sur la plupart des publications\npériodiques belges et étrangères;\n    B — à des réductions de 15 à 20 % sur tout livre payé au comp­\ntant, sauf crédit de 3 mois accordé par le gérant, sous sa, responsabi­\n lité, aux personnes qu'il jugerait solvables ;\n    C — à un tarif de faveur sur les annonces de la Bourse aux livres\n du Bulletin bibliographique de la Société ;\n    D — éventuellement à des réductions sur l ’abonnement de lecture à\n des bibliothèques circulantes à déterminer.\n     L es adhésions doivent être adressées à M. Tourret-Grignan,\n secrétaire du comité provisoire, 54, rue Fonsny, Bruxelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-014", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Librairie de l’Art Indépendant, rue de C O L L E C T I O N D U", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 232, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 130, "fin_caractere_exclue": 6644, "texte": "Librairie de l’Art Indépendant, rue de\n               C O L L E C T I O N D U “ RÉVEIL -\n\n           chez EDMOND DEMAN, libraire à Bruxelles\n\n\n\n\n                                                                                                                                  M. Kats, rue courte du Jour.\n\n\n\n\n                                                                                                                                    la Chaussée d’Antin, 11.\n                               Rue d’Arenberg, 16\n\n\n\n\n                                                                                                                                  Gnusé, rue du Pont d'île,\n                                                                                                                                  Heymans, rue du Bruul.\n\n\n\n                                                                                                                                  Liltauer, Odeonsplatz.\n                                  ONT PARU :\n1804— M a u r i c e M a e t e r l i n c k : Alladine et Palomides, Intérieur, la Mort\n                                      de Tintagiles, (rois petits drames pour\n                                      marionettes. (Troisième Edition.)\n                                      Un volume in-i6 raisin sur fort papier\n                                      vélin teinté, orné de culs de lampe de\n                                                                                              3,50\n\n\n\n\n                                                                                                                                               :\n                                      Georges M in n e               Fr.\n\n\n\n\n                                                                                                                                  MALINES\n\n\n\n                                                                                                                                                                   M UNICH\n                                                                                                                                  LIÈGE :\n                                     Le Bonheur Irréel.\n\n\n\n\n                                                                                                        DÉPOSITAIRES DU RECUEIL\n\n\n                                                                                                                                  PARIS :\n       Fernand Roussel :\n\n\n\n\n                                                                                                                                  GAND :\n                                      Un volume de proses, in-i6 grand-mé­\n                                      dian, avec un frontispice de Charles\n                                      Doudelet; tiré à 350 exemplaires nu­\n                                      mérotés sur papier de Hollande Van\n                                      G e ld e r ..................................... : Fr. 2,00\n\n        E m ile V eriiaiîren :       Les Villages illusoires.\n                                      Un volum e de vers, in-16 grand-jésus,\n                                      tirage limité ; impression en deux cou­\n                                      leurs sur lort vélin teinté; orné de qua­\n                                      tre images par Georges Minne. Fr. 3,00                                                                         de\n                                                                                                                                  Société anonyme < l’Art », Avenue\n\n       H enry M aubel :              Ames de Couleurs.\n                                      Un volume de proses, in-i6 royal,\n                                                                                                                                  Doliger, Galeries de la Reine.\n                                                                                                                                  Deman, rue d’Arenberg, 16.\n\n\n\n\n                                      tirage limité, impression en deux cou­\n                                                                                                                                  Engelcke, rue des Foulons.\n\n\n\n                                      leurs, sur papier vergé de cuve Fr. 2,00\n                                                                                                                                  Hoste, rue des Champs.\n                                                                                                                                  Forst, Place de Meir.\n\n\n\n\n                                                                                                                                    la Toison d’Or, 56.\n\n\n\n\n                     VIKNNENT DE PARAITRE :\n       V ictor Remoucuames :          Vers VAme.\n                                      Un volume de proses, in-16 impérial ;\n                                      tiré à 250 exemplaires numérotés sur\n                                      papier de HollandeVan Gelder. Fr. 3,50\n\n       G eorges M aulow :             L ’Ame en E xil.\n                                      Un cahier de vers, in 120 raisin oblong,\n                                                                                                                                        :\n\n\n\n\n                                      tirage à 350 exemplaires numérotés,\n                                                                                                                                  BRUXELLES\n\n\n\n\n                                      sur papier de cuve Ingres teinté.\n                                                                                                                                  ANVERS :\n\n\n\n\n                                                                       Fr. 3.00\n       Léon Paschal :                 Paroles intimes.\n                                                                                                                                                                  GAND\n\n\n\n\n                                      Un volume de proses, tirage limité,\n                                      format in-i6°, sur papier de cuve\n                                      I n g r e s .......................................... Fr. 2.00\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-04-n16-015", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "S O M M A I R E DU N U M É R O D ' A V R I L 1895", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 233, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 8, "fin_caractere_exclue": 562, "texte": "S O M M A I R E DU N U M É R O D ' A V R I L 1895\n\n\n\n\nEmile Verhaeren................  L ’A rt Archéologique\nHenri de Régnier . . . .            Sonnet\nFernand Séverin................ Eglogue\nLéon Paschal.................... Maxime Séveranz\nCharles van Lerberghe.       . . Interlude\nA. Ferdinand Hérold . . . Sonnets élégiaques\nAlfred Lavachery . . . .            L'Œ illet des ‘Dunes\nLionel des Rieux................ Le Fleuve.\n\n                                Tablettes.\n\n\n\n\n      Gand, Imprim erie centrale G. De Keukelaere, rue longue du Verger, 31\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 182, "texte": "FLANDRE ET W A L LO N IE\n\n\n\n\n                                         L E RÉVEIL\nV° A N N É E N° 1 6 ( n o u v . série)              AV R IL 18955\n                                                Ce numéro 0.50 C.\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "Voir le Sommaire à la quatrièm e page de\n            la couverture\n\n                   LE R É V E I L\n                       (FLAN D RE            ET W ALLO N IE)\n\n    MENSUEL DE LITTÉRATURE ET D’ART\n                                   NOUVELLE SERIE\n\n  Paraît le dernier jour du mois en fascicules, de\n                  48 ou 60 pages.\n\n\nSecrétaire de la Rédaction : A l b e r t G u e q u i e r ( F r é d é r i c F r i c h e ) .\n Comité de Rédaction : A l b e r t A R N A Y , L u c i e n D e B u . s s c h e r ,\nC h a r le s D e lc h e v a le r ie , M ax     E ls k a m p ,    P a u l G é r a r d y , Edm ond\nG le s e n e r , A l b e r t G u e q u ie r, R ic h a r d L e d e n t, M a u r ic e M a e t e r ­\nl i n c k , H e n r i M a u b e l, A l b e r t M o c k e l, P i e r r e M. O lin ,       Edm ond\nR a sse n fo sse ,    H e n ri d e R é g n ie r , S té p h a n e     R ic h e l l e , G r é g o ir e\nL e R o y , R o d r ig u e   S é r a s q u ie r , C h a r le s   V an L e rb e rg h e ,     E m ile\nV erh aeren .\n\n\n\n                     Rédaction, Rue de la Roue, 5, Bruxelles.\n                 Administration, Rue Neuve St-Pierre, 71 , Gand.\n\n\n\n            A b o n n e m e n t : un an 5 frs. (É tran ger 6 francs.)\n\n                             LE NUMÉRO : 5 0              centimes.\n\n\n\n                         SÉRIE DU RECUEIL :\n       A N N E E , 1891,        (les Essais ) l u i volu m e in-4\" de\n            200 pages. (Quelques exem plaires)                         . . . . fr. 4 00\nI I e A N N E E , 1892, un volu m e in-8° raisin de 400 pages\n            P r ix m arqué fr. 5 (quelques exem plaires)\n            P r ix m ajoré en raison de la rareté du v o lu m e                             \" 12 00\nI I I e A N N É E , 1893, un volu m e                in-8° coqu ille de\n            400 pages                .................................................... 1    600\nI V ' A N N É E , 1894, un v o lu m e in-8° grand-m édian\n            de 530 p a g e s ............................................................ »    6 00\n     L ’année 1895 form era deux volu m es in-8° de 300 pages chacun.\n\n\n\n L 'A d m in is tr a tio n r a c h è te ra it au p r i x f o r t des e x e m ­\n         p la ir e s en bon éta t des nos 4 et 5 d e 1892\n     ainsi que des n °s 1 et 3 des E s s a i s (1891).\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "            L’ART ARCHEOLOGIQUE.\n\n\n   L’admirable élan qui a poussé notre siècle vers l’étude\ndes origines doit être combattu aujourd’hui en une de\nses conséquences néfastes : l’archéologie en art.\n   Certes le travail en notre temps a été prodigieux et\nvainqueur. Nous avons non pas résolu mais éclairci\nd’angoissants problèmes. Anciennement les investiga­\ntions portaient sur des questions moins décisives ; on\ndiscutait sur des vérités latérales ; on ergotait sur des\npoints théologiques ou philosophiques très passion­\nnants mais peu subversifs ; on ne dénouait pas tout le\ntrophée des connaissances afin de le recomposer avec\nd’autres arguments pareils à des armes refourbies. La\ncertitude fondamentale n’était point entamée : on\nn’avait donné que peu de coups de bêche à Dieu, à sa\nbible, au roc de son l’église. Ceux-ci semblaient hors\n                                                     12\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": "168                       LE R ÉV EIL\n\n\nd’atteinte, comme certains sommets des Andes ou\npersonne n’est parvenu et peut-être ne parviendra.\n   Aujourd’hui une théorie soudaine et inédite sur\nl’origine des mondes a été établie. On a fixé l’histoire\nde la terre et de certains astres. Le premier homme, on\nle recherche, non plus en des paradis, mais en de\nlointains horizons cachés derrière des millions d’années,\nnon plus là bas dans un jardin mais en des cavernes ou\nle feu qu’il invente et les pierres qu’il taille, le distin­\nguent seuls des fauves avec lesquels il habite.\n   Son langage est à son tour disséqué, réduit a ses\néléments premiers. On entrevoit que les racines des\nnombreuses familles de mots qui se sont multipliés et se\nsont dispersés aux quatre coins de la terre sont peu\nnombreuses et que parler n’est pas un don divin, comme\nle soutenait de Bonald, mais une lente et progressive\nconquête. Tout cela bien humble et bien glorieux à la\nfois, surtout si l’on songe aux transformations indéfini­\nment accélérées.\n   La religion, on l’a prise a ses débuts : on l’a jugée\nune simple affirmation de la peur d’abord, une consola­\ntion ensuite, une ordonnance pompeuse et riche enfin.\nLes différents cultes ont été comparés et l’analyse a\nviolé des tabernacles d’il y a mille ans. Les philosophies\nont été déshabillées des voiles métaphysiques et\ncertaines adoptées comme des sortes de religions\nlaïques à l’usage de ceux qui n’en ont plus d’autre.\n   Les légendes sont entrées avec leurs profonds sym­\nboles dans l’examen de tous : on sait leurs berceaux et\nleurs tombes.\n   Les littératures mêmes les plus lointaines furent\ndéchiffrées et inventoriées. Les pays où l’art fleurissait\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                        A V R IL 18 9 5                 169\n\n\n\nil y a mille et mille ans ont été passionément conquis\nau savoir.\n    Il en est résulté un tas énorme de notions soudaines\net neuves trouvées grâce à des fouilles, à des calculs,\nà des hypothèses et sur ce tas de notions sorties de\nl’ossuaire des passés, s’est élevé le monument de\nl’admiration et de la surprises universelles, pieusement.\n    C’est donc bien cela la caractéristique de notre âge :\nun retour unanime vers l’autrefois; un examen rétro­\nspectif de la conscience totale, une confession univer­\nselle. C’est aussi ce qui tord en unité les mille efforts\nd’investigation moderne, durant sa dernière étape\ncentenaire presqu’accomplie. Résumé indispensable et\ntravail urgent à la veille de cette période non moins\nformidable de transformations qui va, indubitablement,\n casser notre civilisation usée et créer l’homme de demain.\n    Il ne se pouvait pas que les artistes assistassent\nindemnes a une telle poussée savante, opérant a côté\nd’eux. Ils devaient se mêler aux archéologues, ne fut-\nce que pour les aider et ouvrir sur les merveilles qu’ils\n découvraient d’autres yeux que ceux des commissaires-\n priseurs ou des catalogueurs d’un musée. Mais ce\ncommerce leur fut néfaste. Eux aussi se mirent bientôt\nà parler des travaux accomplis plus que des travaux à\nfaire, des maîtres morts plus que des vivants, des chefs-\nd’œuvre nettoyés de leur poussière plus que des rêves\nqui eussent du germer en eux pour se dresser un jour\nen statues et en panneaux imprévus et triomphants.\nOn fit de la littérature archéologique, de la peinture\net de la sculpture médiévales, des meubles égyptiens,\n indous, pompéens, japonais, si bien qu’il ne fallut\n  plus que de l’habileté et de la singerie pour être artiste\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": "170                     LE RÉVEIL\n\n\net pour intéresser et vendre. Certes faut-il distinguer\nde la tourbe des plagiaires, certains génies — tel Flau­\nbert, tel Leys — qui, par des prodiges d’imagination et\nde sensibilité parvinrent à vivre de l’atmosphère d’une\népoque périmée et restèrent eux-mêmes. Toutefois leur\nexemple fut néfaste et à côte d’eux fourmillèrent les\ncostumiers qui ordonnaient un tableau avec le souci\nmajeur de ne point peindre aux défroques de leurs\nmannequins un bouton qui ne fut pas du temps. Il y\neut les poëtes parnassiens qui firent des rimes riches\navec des mots baroques, pris aux vocabulaires spéciaux\nd’un dictionnaire analogique et qui affirmaient que\njamais la poésie n’avait été plus parfaite et d’un métier\nplus souple. Il y eut des artisans et des architectes qui\nréédifièrent Athènes dans les brumes bavaroises et\nBabylone à Bruxelles et l’Inde et l’Egypte à Londres.\nEt tout l’art fut reconstitution du passé au lieu d’être\nassise du présent ou élan vers l’avenir.\n   Cette malheureuse tendance d’imitation et de recons­\ntruction, ce polissage à neuf des vieilles choses, ce\nnettoyage européen des ruines de l’Asie ne s’alentit guère\ndepuis cinquante ans et même à cette heure-ci de flo­\nraison nouvelle, se perpetue. C’est d’Angleterre surtout\nque vient le mal. Nul plus que l’Anglais n’est adapta­\nteur et assimilateur. Ses plus renommés artistes en ce\nsiècle reconstituèrent mais ne créèrent pas. On dirait\nque n’ayant point d’école médiévale ils en rêvent une\nposthume et qu’ils s’évertuent à réaliser cette absur­\ndité : avoir des ancêtres contemporains. En leurs\ninnombrables colonies, ils se répandent volant à leurs\n« barbares » des plans de temples, des colorations\nd’idoles, des lignes et des tons. Ceux d’entre eux qui\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                        A V R IL . I 8 9 5                              171\n\n\nbâtissent, ou bien pillent des livrés sur l’architecture ou\ns’en vont dans l’Inde où dans l’Egypte s’inspirer et\n« découvrir du neuf ». Les ébénistes créent des formes\n— baptisées non pas style anglais mais genre anglais —\nqui sont en train de gaver d’idéal tous les bourgeois\ndu monde. Tous les peuples, toutes les races, toutes les\ncivilisations y collaborent : et cette industrie fait tache\net envahit la bijouterie, la reliure, l’impression. Les\ntorts qu’aux yeux des artistes eût la renaissance, sont\ncopieusement accentués. Au seizième siècle, Athènes et\nRome n’imposaient en somme que des arts nés en des\nmilieux occidentaux. Aujourd’hui on veut acclimater\nchez nous ce qui rôtit sous les tropiques aussi bien que\nce qui gèle sous les pôles. Et ce tas d’objets de douane\nvenu de partout est déformé au point de n’être plus\nqu’une grimace et consigné en des appartements à\nlatis et à baguettes en des réduits ornementés de\ntringles et de petits bâtons, où l’on reconnaît l’écurie\nà boxes remontée de la cour au premier étage. Et tout\ncela est horrible et distingué.\n   L’art actuel est pourri de science à tel point que ceux\nd’entre les artistes qui désirent le plus la simplicité ne\nparviennent point à se liberer complètement du bibelot\net que bientôt on s’en ira chez les maçon, charpentier,\n badigeonneur du plus lointain et du plus exilé des\nvillages, en quête d’une demeure meublée à laquelle on\népargnera enfin l’épithète de confortable.\n                                             E m il e V e r h a e r e n .\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "172                     L E R ÉV EIL\n\n\n\n\n                     SONNET\n\n\n Moi, proscrit de la ville et par elle exilé\nQui, le long de la mer, marche devant mon ombre,\nC/lu fond de mon destin, debout, j'ai ciselé\nL'exergue indestructible au fronton du décombre.\n\nA ux treize portes où l’or est de pourpre ou d’ambre\nA s'ouvrir, tour à tour, sur l’aurore et le soir,\nDe la rose d’A vril aux grappes de Septembre,\nDu rire des paniers aux sanglots du pressoir,\n\nJ ’ai sculpté longuement de mes mains patientes\n Des visages en pleurs et des faces riantes\n Parmi les glaives nus ou les outres de peau ;\n\nCar j'écoute le vent qui murmure et m'apporte\nA l'oreille la voix que sculpte mon marteau\nDes treize bouches d'or que sont les treize portes !\n                               H e n r i d e R é g n ie r .\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                      AVRIL 18 95                               173\n\n\n\n\n                     EGLOGUE\n\n                                    a L ou is D e l a t t r e\n\n\n\n                            I\n\nN o us songions. Mais quel souffle ineffable, parfois,\nSecouant sur nos fronts le songe des grands bois,\nD ’un espoir inconnu troublait nos heures pures?\nIvre du vent nouveau qui souffle des halliers,\nJe t'emmène aujourd'hui vers les bois familiers,\nToute pâle en tes pleurs, pour les amours futures.\nTon corps chaste frém it de n'être plus secret!\nLaisse, en ces matins clairs, oh ! laisse la forêt\nTresser à ta beauté d'odorantes ceintures !\n\n                            II\nFeuilles tendres des bois, ô floraison d'avril,\nEnlacez, enlacez à ce corps puéril,\nTour le parer encore, une flore enfantine.\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "1 74                    LE R ÉV EIL\n\n\nMêlez tout un printemps à ses cheveux obscurs !\nEn leur faste trop lourd, inondez ses reins purs,\nDescende\\ avec eux sur sa grêle poitrine !\nV êtez de chasteté ce jeune et frêle corps!\nV êtez-en les plus doux, les plus tendres trésors,\nFeuilles fraîches, ô frêle et première aubépine!\n                               III\nTu voilais le jaloux secret de ta beauté :\n Mais, ô chère, tes mains ne m'ont point résisté,\nE t j ’épèle tout bas ton frissonnant mystère.\nDouces rébellions ! O combats enfantins !\nJe sens bien dans mes mains se dénouer tes mains\nEt, sous mes longs baisers, fléchir ta tête fière.\nJe te vois bien sourire, enfant, parmi tes pleurs.\nFolle qui me défends de respirer tes fleurs !\nCe sourire ignoré te livre tout entière.\n                                F e r n a n d S e v e r in .\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                         A V R IL 1 8 9 5                      175\n\n\n\n\n            M A X IM E SÉV ER A N Z(1).\n\n                                            Pour Paul Arden.\n\n\n   Maxime Séveranz vivait à part, solitaire et taciturne.\nNul mot de confidence n’émergeait à ses lèvres et une\nmanière d’orgueil froidissait les amitiés un peu chaleu­\nreuses. De même qu’à Fastrier une destinée fraternelle\navait jeté sur son front une ombre, cette tristesse indé­\ncise naissait d’un de ces drames intimes dont une pudeur\nconstante refoule l’aveu. De tels brisements se portent\ncélés en soi, toujours douloureux, et l’on pardonne à\nceux qui vous blessent en heurtant à leur insu la plaie\nignorée. De là le sourire d’indulgence lasse et la froi­\ndeur hautaine du regard. Sa pensée mûrie dans l’isole­\nment avait acquis une acuité divinatrice et une ardeur\nconcentrée.\n   En un très lointain souvenir, pareille à une image de\nsonge qui s’atténue durant la veille, Séveranz voyait,\ndevinait à mieux dire, un profil pâle, enchanté d’un\nsourire et coiffé de cheveux blonds comme les siens.\n   Madame Séveranz, sa mère, était osseuse et revêche.\nAuprès d’elle il avait vécu dans une dure contrainte qui\nbrisa toutes ses effusions attendries. Parfois, assis sur\n\n (1) Pages détachées de « Jeunesses », roman.\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "176                     LE RÉVEIL\n\n\nun placet à feuilleter des estampes, le front contre les\ngenoux de cette femme cousant près de l’embrasure, il\nsentait se mouiller ses cils ; alors il se levait fuyant dans\nle jardin sous une tonnelle fleurie où retombaient de\ntoutes parts les clématites folles et demeurait là, seul, son\npetit front entre les poings, jusqu’au crépuscule,\nheureux qu’on ne l’y vint pas surprendre. Les corolles\nretombantes l’enveloppaient d’une haleine douce et de\ncaresses humides.\n    Durant cette enfance il habitait une demeure grande\net neuve de la rue des Armuriers. Des meubles mesquins\nélargissaient apparemment la salle à manger où la\nlumière blême d’une double fenêtre épandait un ton\nfroid sur la tapisserie grise. Honorine Borgnet arrivait\nsur les trois heures passer l’après-dînée avec sa mère,\nsœur d’elle.\n    Honorine Borgnet était demoiselle, maigre comme\nMadame Séveranz et grande. Ses paroles aigries, de\ncoutume désobligeantes, décelaient les rancunes d’une\ndestinée indue. Elle eut désiré avec sa sœur une vie\ndouce, un peu gourmande, et, frustrée, elle dissimu­\nlait contre elle le ressentiment de son mariage. Tante\nHonorine arrivait donc. Sa robe toujours même de soie\n moirée et changeante, soie rêche traînant avec un frois­\n sement sec de feuilles mortes, sa mantille unie, frangée\n de dentelles paraissaient faire, à les voir sans cesse sur\n elle, part intégrante de sa personne. Les deux femmes\n s’asseyaient près de la table, à coudre ou à remailler les\n bas. Des chiffons débordaient de leur giron. Maxime sur\nun coin faisait ses devoirs d’écolier ; s’il se distrayait, un\n mot bref le rappelait à sa tâche.\n    Mais durant les longues paresses silencieuses, sa\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                        AVRIL 1895                    177\n\npensée d’indolence, déjà rêveuse, s’oubliait à regarder\npar la fenêtre un arbre. Dans l’embrumement du soir\nles hautes branches prenaient des allures fantasques :\nprêtre à son prêche, puis au remuement des brises,\ntoutes, figuraient des mêlées de chevaliers. Quand leurs\nyeux se lassaient sur les aiguilles, la servante apportait\nla lampe allumée. Une clef grinçait à la grande porte;\nson père entrait, se penchait sur ses pages y jeter un\nregard, apportant du dehors dans sa longue barbe noire\nun frisson de froidure. Le journal l’attendait. Les deux\nfemmes déposaient leurs coutures et, les mains sur les\ngenoux, près du poêle, écoutaient la lecture.\n    Sa mère toussotait. Son père éteignant son cigare le\ndéposait sur la cheminée.\n    Un matin ses parents sortirent, habillés de noir.\n A la manche de Maxime un brassard de crêpe fut noué.\n Peu après, un soir, il entendit dans la chambre fermée\n des éclats de voix. Aux jours suivants Mlle Honorine\n Borgnet ne vint pas.\n    Raidi en son petit costume endimanché, après messe,\n Maxime faisait d’habitude une visite à la vieille demoi­\n selle. Le haut corridor à pavement de marbre, son salon\n blanc à filets d’or étaient pour lui prestigieux. Aux\n murailles pendaient par des cordelières vertes à de\n petites rosaces de cuivre des estampes anciennes dans\n des cadres aux bosselures ternies. Sur la cheminée des\n vases de porcelaine peinte, sous globes, avec des fleurs\n surannées, déteintes et factices. Ces fleurs n’était-ce\n l’âme de la vieille fille? Entre ces vases une pendule à\n bergers. Dans un coin, près de son fauteuil, un canari.\n    Honorine puisait dans une boite des friandises séchées\n qui s’émiettaient sous les doigts :\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": "78                        LE RÉV EIL\n\n\n   — Tenez Max, et donnez un morceau à l’oiseau.\n   Maxime glisse une ébréchure de son gâteau entre les\nlégers grillages et la vieille fille fait de ses lèvres minces\nde petites grimaces tendres à l’oiseau qui sautille et\npiaille.\n   — Piet, Piet, entendez-vous, Max, il vous remercie.\n   Mais ce dimanche Honorine était commisérante ; son\nregard insincère errait de ses yeux à ses cheveux blonds.\nMaxime eut une courte gêne, il demeura interdit au\nmilieu du salon, puis, venu près d’elle, Honorine eut, de\nses mains jaunies, des caresses froides, feintement\nattendries :\n   — Pauvre Max, pauvre Max...\n   Maxime entendit ces mots comme un sifflet de bise et,\nà son insu, par un présage occulte, par un pressentiment\nobscur, son âme tactile frissonna, sa lèvre trembla et il\nregarda la tante avec des cils humides.\n   — Peut-on mentir ainsi ! Votre mère, Max, n’est pas\nvotre mère. Hélène est morte quand vous aviez un an à\npeine. Hélène était comme vous élancée et blonde. Je\nl’ai connue jadis quand nous allions, jeunes filles, à\nl’institut des dames chrétiennes. Hélène était douce et\ntrès pieuse.\n   Et ses mains d’un geste machinal peignaient la cheve­\nlure de Max. Il la regardait avec, au for de l’âme, une\nvague hébétude et ses pleurs se refoulaient sous l’entas­\nsement de pensées confuses.\n   — N’est-ce pas qu’elle est dure votre nouvelle mère?\nChez moi vous trouveriez des jeux. J ’ai d’anciennes\npoupées dans le grenier.\n   Quand Maxime partit au coup de midi un sillon\nd’ombre rayait son front. Les paroles et les incidents de\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                       AVRIL 18 95                      179\n\n\nla visite s’étaient avec fixité gravés dans sa mémoire. Il\nn’en put approfondir le sens célé à sa pensée puérile.\nPerversement, Honorine, avec joie d’endolorir, avait\nentr’ouvert à son âme les réalités de la vie. Maxime\ns’efforçait à comprendre mais saisissait seul des appa­\nrences et les mots prononcés par la vieille fille sonnaient\ncontinûment à ses oreilles avec leur timbre sifflant.\n   A sa rentrée, table servie mais nulle parole affec­\ntueuse et légère où tinte le rire familial. En ce silence\nson inquiétude mise en éveil était aux écoutes. Maxime\nremarqua la lumière blêmie épandue de la large embra­\nsure ; sa serviette vieillie de quinze jours était souillée\nde macules et son souvenir se portait vers ces tablées où\nle retenaient parfois les mères de ses camarades, vers\nleur joie, leurs scintils de cristaux et leur coude-à-\ncoude ; là des ondes d’amour éjouissaient les fronts et\nfaisaient aux âmes un délassement.\n   Son père s’adossa à la chaise :\n   — Tu es rentré tard ce midi.\n   — Sans doute il est allé chez Honorine, partit du\ncôté opposé de la table.\n   — Je te défends de te rendre chez elle. Qu’as-tu à y\nfaire ?\n   Maxime eut un regard sournois :\n   — On ne m’a rien dit.\n   Alors vinrent des phrases aigres. Max n’y répondit\npas, mais il aperçut les vieilles poupées dans la demeure\nétrangère apparue accueillante en cet instant comme un\nrefuge. Ces vieilles poupées, un monde de jeux dans un\ngrenier d’ombre, oh ! les paroles perfides qui insinuèrent\nen son âme crédule un stérile regret.\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "180                     LE R É V E IL\n\n\n   Un oncle des deux sœurs était décédé, léguant à\nMadame Severanz sa fortune totale : trois fermes aux\nenvirons de Battice grevées d’hypothèques et des prés.\nMademoiselle Honorine avait eu chezle notaire Heurteux\ndes phrases dépitées, des remarques hostiles. Les sœurs\ns’étaient séparées ensuite la tête haute et ennemies.\n   Durant les heures de couture la servante venait tra­\nvailler avec sa mère. Elles communiaient en une égale\nservilité d’âme. La maîtresse ressassait des vilénies,\ndépréciait Honorine en ses ridicules de femme et la\nservante, par bassesse complaisante, approuvait en ren­\nchérissant sur elle. Maxime, incliné sur ses livres,\nécoutait. Une noblesse innée s’insurgeait en lui et, men­\ntalement, en une tendresse dupée, il défendait contre\nelles la vieille fille. Ses mains aux tempes, toujours aux\nécoutes, une pensée sournoise veillait sous son silence,\ndans l’attente qu’un mot vint éclairer les paroles incom­\nprises. Un divorce plus profond à chaque heure s’accen­\ntuait entre ces êtres et lui et la figure blonde, des loin­\ntains du passé, ressurgissait plus précise : Hélène. Ses\nyeux francs devinrent faux ; il guetta aux portes,\nmédita avec des naïvetés enfantines les paroles sur­\nprises sur des lèvres adultes et auxquelles il prêtait des\nconcordances avec l’objet de ses angoisses. A fouiller\ndans les tiroirs, sous des mouchoirs il trouva, dans un\nécrin poussiéreux, un médaillon ovale en vermeil ; un\ntreillis de fils d’or y traçait des entrelacs et son ruban\nde velours était usé. Ses petits ongles cassés à l’ouvrir,\nun épis de cheveux s’y crollait, cheveux blonds, cheveux\nd'elle. Max ravit le bijou jalousement et, en des baisers\n meurtris, il écrasait sur l’ovale sa bouche frêle. Il le\n cacha avec l’inquiétude continue de le voir découvrir.\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                         AVRIL 18 9 5                   l 8l\n\nAinsi son âme s’était figée à l’âge des rires et des\nlarmes passagères. Par une contrainte journalière il\nse devinait étranger dans cette demeure. La sécheresse\nd’âme de madame Séveranz à son égard, l’existence\nmaussade qui lui pesait comme un mauvais air avaient\nune cause. Il sentait dans les autres familles une tendresse\nindulgente, à lui inconnue. Devant une caresse sa poi­\ntrine se crispait, sa lèvre tremblait sans pleurer. Mais\nces larmes pesantes, refoulées, ne se cristallisent-elles en\npierreries et n’est-ce elles qui rutilent à l’adolescence\ndans les joyaux d’art? Durant trois ans il eut une vie\nsolitaire, blessée et taciturne. Aux soir d’amertume, il\nassemblait ses souvenirs et, peu à peu, il comprit son\nexistence passée.\n   Entre le père et le fils les paroles devinrent rares. Les\nparents prévirent le secret révélé sans oser s’aventurer\nen une explication franche. Il y eut désormais dans la\nfamille une barrière occulte qui séparait ses membres.\nUne pensée tue se révélait sous les mots et dans l’inter­\nvalle des silences. En son isolement Maxime grandit.\nDurant ces années d’enfance l’intelligence sans cesse ten­\ndue affina en lui une énergie concentrée. Aux aguets de\ntoute parole, s’efforçant de surprendre sur un visage\nl’idée voilée, il fut perspicace et ses tendresses dupées\ndéposèrent en son âme aguerrie et précoce une salutaire\namertume. Sa jeunesse morale avait reçu de la destinée\nles leçons viriles et martiales des enfants de Lacédémone.\nDès sa quinzième année, célant à tous l’énigme qui lui\npesait, Séveranz trouva une joie sereine et altière dans\nles heures recueillies.\n   Dans sa demeure il s’estima comme d’une race autre.\nLa mère réelle, au visage doux et inconnu, acquérait,\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": "182                       LE RÉVEIL\n\n dans sa piété pour elle, un prestige d’impératrice; il était,\nlui, une âme patricienne bannie en une maison roturière.\nEt plus tard un même orgueil s’érigea en lui, lorsque\ntout ébloui des lumières révélées au cours des nuitées\nstudieuses, il vit avec mépris le monde où confusément\ns’agitent les vilénies.\n   Ainsi derrière la façade correcte et peinte, aux fenê­\ntres propres, aux rideaux frangés se dissimulait un\ndrame intime et vulgaire. Mais malgré les froissements,\ndès le seuil de sa chambre claire qu’il orna selon ses\nprédilections, Séveranz éprouvait une joie austère.\nFrustré de toutes les douceurs, son âme adulte avait\ncherché aux livres, aux magnificences des vastes rêves\nla saveur des voluptés dont il fut sevré. Alors resplen­\ndirent en gemmes les larmes contraintes jadis. Ses ran­\ncœurs d’enfance ne lui firent pas une intelligence aride ;\nau contraire son amour s’épandit au dehors et vivifia\nses pensées. Dans une tendresse solidaire, il ressentit la\nvie du monde. Son intelligence accoutumée à d’autres\namertumes sut broyer sans dégout le brou qui enve­\nloppe les philosophies et, après les préliminaires revê­\nches, Séveranz vit s’entrouvrir les domaines de fables et\nde merveilles. Sa fougue prêtait un relief aux pensées ;\nelles agissaient devant ses yeux et s’engendraient. Il\nen était de bondissantes comme des étalons, de splen­\ndides comme des paons, de farouches comme des\nléopards ; elles vivaient vraiment et elles tressaillaient\nsous son front aux heures pensives. De la sorte il erra\naux cavernes de Platon dont les murailles s’illuminent\nde mirages, et, sous le poignet logique de Spinoza,\ndescendit les degrés d’or et de granit qui mènent de\nDieu au monde.\n   Les heures les plus voluptueuses, certes et austères,\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                        AVRIL 18 95                     183\n\n\n furent celles des clairs matins. Tôt levé, la chair abluée,\nil portait sa petite table près de la fenêtre large ouverte\net s’adonnait à des lectures. Le soleil surgissait de ses\nbrumes au dessus d’Argenteau. Il sentait à son front le\nruissellement de ses lumières. La Meuse au-delà de la\nville noyée et silencieuse, scintillait en brusques clartés.\nDes teintes d’une exquise fraîcheur drapaient les col­\nlines. Les soirs pourpres, étalant en leur splendeur le\nfaste des déclins, le séduisaient moins. En son âme\naussi se levaient des soleils, toute une aube encore fri­\nleuse et craintive s’y dévoilait, décelant des promesses\nde prochaines maturités. Sous son front têtu, sous ses\ncheveux blonds et crespelés, le monde se déroulait en\nfresques éblouissantes et, au cours des lectures, une\nidée ou le vers radieux d’un poème, pareils à un sou­\ndain éclair, réveillaient ces fresques assoupies, les fai­\nsant ressurgir en leur magnificence rénovée et Séveranz\néprouvait comme un émerveillement. Souvent sa pensée\ns’élargissait encore et il voyait se coaguler en étoiles\nla poussière d’or des nébuleuses, les astres girer dans\nl’ivresse d’un éternel amour, la terre verdir et l’homme,\nparcelle de lumière, fragment d’étoile, purifier sa chair\net son âme, pour se noyer, vêtu de candeur, dans la\nsérénité et dans la mort. Et lui, dont l’enfance avait\néprouvé toutes les meurtrissures, estimait la vie belle,\nparce qu’il avait voué son âme plénière à cette vie plus\nvaste et toujours majestueuse que les événements ne\ntroublent pas ; sa pensée portant en elle l’orgueil d’un\nmonde se désintéressait de la vie limitée et pré­\ncaire.\n    Son énergie se consacrait à une œuvre. En celle-ci\n  s’unissaient ses heures contemplatives et passionnelles.\n                                                       13\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": "                        LE RÉV EIL\n\n\nCelles-ci s’étaient côtoyées durant son adolescence sans\nque l’intellligence ni la chair aient pu se dominer en\nune lutte triomphante.\n        I\n                                     Léon P   asch al.\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                  A V R IL . 1 8 9 5        185\n\n\n\n\n             IN T E R L U D E .\n\n\nSonge encor, Âme sereine,\n Avec tes y e u x de vague azur,\nQu'il n'est ici nulle peine,\nQue tout est amour...\n A ux solitudes, où nous sommes,\nRien ne doit nous troubler des hommes. ..\nLaisse la paix descendre en eux.\nDéjà le soir tombe ; oublie,\nE t viens en ces jardins heureux,\nOù le chœur des heures légères,\nParm i les songes et les sourires,\nEnchantent toute vie.\n\n\nA l'entour du bassin rond,\nComme des roses autour d’un front,\nUne ronde de filles blondes\nTourne et va, s'arrête un peu,\n A l’entour du bassin bleu ;\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "186                     LE RÉV EIL\n\n\n      ‘T uis retourne, et l'une donne\n       A l'autre sa petite main,\n      E t toutes marchent en couronne,\n       Toutes chantent en chemin ;\n      Elles chantent et se répondent,\n      E t leurs claires images blondes\n       Tournent et nagent\n       Dans l'onde,\n       Parmi les poissons d’or.\n                       C h arles van L er ber g h e.\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                     AVRIL I 8 9 5                    187\n\n\n\n\n         SONNETS ÉLÉGIAQ UES.\n\nA dieu, N aïade claire, ô source qui t’épanches\nÉcumeuse et riante au creux de ce rocher ;\n Adieu, pré verdoyant où chantait le vacher ;\n Adieu, verger fécond et clos de vieilles planches.\n\nBientôt, au lit dernier de feuilles et de branches\nDes jeunes filles en pleurs viendront me coucher,\nE t bientôt flambera mon virginal bûcher :\nHermès va me ravir parmi les ombres blanches.\n\nTu pleures, doux Ménalque, ô triste fiancé?\n Ah, le temps des amours et des jeu x est passé..\n‘P ourtant je supplierai la reine Perséphone.\n\nElle me laissera fu ir le Hadès, parfois ;\nEt, dans le soir léger qui soupire et frissonne,\nTu sentiras, ami, mes baisers et ma voix.\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": "188                         RÉV EIL\n\n\n\nO pauvre bien-aimé, je pleure et je gémis,\n Aphrodite n'éclaire plus l'aube céleste\nE t par les prés et par les bois que je déteste\nLes fleurs et les oiseaux sont toujours endormis.\n\nOh, les farouches D ieux nous furent ennemis,\nL'heure où tu succombas au poids plombé du ceste.\nTes chers y e u x ne voient plus le doux ciel, et ton geste\nN e guida point la fiancée au seuil promis.\n\nDans le morne Hadès, où blêmit l’asphodèle,\nUne ombre vague plaint une plainte fidèle,\nE t c'est ton ombre, ô pâle adoré qui m’attends.\n\nE t moi, la robe déchirée et sans parure,\nJ'ai perdu les chansons heureuses du printemps,\nE t pour toi j ’ai coupé ma blonde chevelure.\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                     AVRIL 18 95                              l8\n\n\nN uit, glorieuse N uit, Souveraine étoilée,\nBienveillante aux mortels et maternelle aux Dieux,\nToi vers qui le jardin chante un hymne pieux,\nToi qui rouvres la fleur que le jour eût brûlée :\n\nQue ton souffle, amical à la calme vallée,\nOh, que ton souffle frais me caresse les yeux,\nE t qu’il y sèche enfin les pleurs silencieux,\nLes pleurs vains dont a ri l'ingrate Chariclée.\n\nO N uit propice en qui se perdent les sanglots,\nSois attentive et douce à ma prière : clos\n Mes paupières pour que mon lourd chagrin s'allège.\n\nDonne-moi le repos charmeur que tu promets,\nQue sur mon fro n t descende un beau songe, et puissé-je\nD e l'amoureux sommeil ne m'éveiller jamais.\n                               A .- F e r d in a n d H e r o l d .\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "190                       L E R ÉV EIL\n\n\n\n\n           L’Œ IL L E T D ES D U N E S\n\n    — Hystérique, mon cher.\n    Cela dit d’un ton décisif par l’aquarelliste Cornelis\n pour expliquer les allures de la jeune femme, — qui\n assurément n’avaient rien à démêler avec la pathologie\n et trouvaient leur raison d’être dans le besoin d’expan­\n sion d’une enfant pleine de vie, jouissant pour une fois\n sans contrainte de la liberté où la laissait son mari plus\nâgé qu’elle, — nous pénétrâmes dans le comedor du\nKursaal où, m’asseyant à la table déjà servie, je remâchai\navec humeur le mot injurieux, tandis que Madame\nLeemans interpellait Cornelis.\n   — Eh bien? Et Madame Van Ormen?\n   — Je vous dirai que son mari ne me l’a pas donnée à\ngarder.\n   — En quoi peut-être il n’a pas eu tort, riposta\nMadame Leemans en riant; mais la voici :\n   La chaise à ma droite fut tirée et, remuant dans l’air\ntiède de la salle ce léger parfum d’héliotrope dont elle\nétait toujours entourée, Madame Van Ormen vint s’y\nasseoir, disant de sa belle voix de contralto : — Je me\nsuis fait attendre? Ne me grondez pas : c’est la faute de\nMonsieur Cornelis.\n   — Ma faute ?\n   Il se penchait en arrière sur le dossier de sa chaise et\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                         AVRIL 1895                       191\n\nMadame Van Ormen, tournée de même, expliqua : Vos\nleçons sont si intéressantes et font passer le temps si\nvite! Il ne me reste pas un quart d’heure pour rentrer\nme changer un peu.\n   — Mon mari ne se change pas, c’est plus tôt tait ! dit\nMadame Cornelis avec un gros rire.\n   — Vraiment, vous allez vous mettre à peindre?\ndemandai-je.\n   Madame Van Ormen plongea dans les miens ses yeux\nde velours brun où brillait la flamme de ses vingt ans,\neut un sourire sérieux et me dit : — Ne m’en croyez-\nvous pas capable?\n   — Ce n’est pas cela...\n   Et, comme j’hésitais à formuler toute ma pensée : —\nJ ’ai commencé trop tard ? reprit-elle ; je suis trop âgée?...\n   — Trop âgée, vous la jeunesse même !...\n   Elle dut lire en mes yeux cette protestation intérieure\nde mon admiration, car je vis un afflux de sang rose\ncolorer un instant son teint d’une éblouissante matité.\n— Trop jeune plutôt, lui répondis-je, que doit-on penser\nen vous rencontrant dans les dunes avec un compagnon,\n sur le front duquel il n’est pas écrit qu’il est votre\nmaître ès-arts?\n    A dessein, j’oubliais qu’elle en avait un second ser­\nvant de correctif au premier, — le fils Leemans, — bien\nque celui-ci, peintre de genre, s’arrêtât de préférence\ndans les estaminets ou les cours de ferme où il trouvait\nà faire des études plus en rapport avec ses goûts. Elle ne\nm’en parla pas davantage et je ne sais trop ce que je me\n permis de conclure de son silence...\n    — Hystérique, mon cher.\n    Le mot, brutal comme un arrêt de justice, continuait\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "192                     l.E RÉV EIL\n\n\nde résonner en ma poitrine sur le ton catégorique et\nsans appel qu’y avait mis l’aquarelliste. — Mais, après\ntout, qu’en savait-il? Durant leurs longues et solitaires\nséances dans les dunes, quels sourires avaient donc eu\npour lui ces lèvres rouges comme de beaux fruits\nd’amour et de vie? Quelles caresses, ces yeux aux pro­\nfondeurs de velours? Quels accents, cette voix chaude,\naux inflexions de mystère et de volupté? N’était-il pas\nvrai plutôt que, l’enveloppant lui-même des effluves de\nses désirs vers cette beauté blanche qu’il s’imaginait si\naisément saisissable, il avait essayé de porter le trouble\ndans les sens de la jeune femme et que, rebuté en ses\ntentatives de séduction, il se vengeait d’elle en l’accusant\nprécisément de ce qu’il avait pu constater qu’elle n’était\n pas?...\n    Assise à demi sur la balustrade du Kursaal, sous la\nverandah duquel nous prenions le café, d’un petit geste\n aisé, sans forfanterie, elle portait à ses lèvres une ciga­\n rette, dont elle lançait ensuite la fumée en tournant un\n peu la tête vers la mer qui, là-bas, avec le ciel d’un bleu\n pâle, lui faisait un fond d’un charme élégant et discret.\n Parfois, elle me regardait avec un sourire où je croyais\n voir qu’elle sollicitait mon indulgence et mon appro­\n bation.\n    M’apprêtant à fumer, j’allai vers elle. Elle me tendit\n sa cigarette, après en avoir fait tomber la cendre d’un\n coup d’ongle. — Ah ! vous voyez, fit-elle en riant ; vous\n venez me demander du feu !\n    Elle avait deviné que je la désapprouvais et, coquette­\n ment, voulait rentrer en grâce.\n    — C’est par goût que vous vous empoisonnez ainsi ?\n    — Quel mauvais goût, n’est-ce pas ?\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                       A V R IL 18 9 5                  I 63\n\n   Puis, Cornelis ayant paru à côté de moi en lui deman­\ndant si elle était prête, elle descendit de la balustrade\net je la vis bientôt s’éloigner sur la plage avec l’aquarel­\nliste qui tirait de sa courte pipe en racine des bouffées\norageuses.\n   —Vous ne les accompagnez pas? me demanda Madame\nLeemans ; mais, feignant de ne pas entendre sa malicieuse\nquestion, je retournai m’asseoir devant ma tasse de\ncafé.\n   — Et toi? reprit Madame Leemans en s’adressant à\nson fils ; tu ne travailles pas aujourd’hui.\n   Etendu de son long sur un des bancs de la verandah, le\ngrand garçon s’éventait avec son chapeau. Il répondit à\nsa mère en fermant les yeux : — Moi, je dors; puis, se\nmettant brusquement sur son séant et s’enfonçant son\nfeutre jusqu’aux oreilles : — Non ! je m’en vais, reprit-il.\nIl descendit l’escalier quatre à quatre et s’en fut se\n coucher sur le sable où il demeura immobile, jusqu’à ce\n que sa mère étant allée le chatouiller du bout de son\n ombrelle, le contraignit à se lever et à l’accompagner\n dans la promenade qu’elle faisait d’ordinaire à ces heures-\n là le long de la plage. Auparavant, il m’avait appelé d’un\n grand geste du bras et je m’étais empressé de les\n rejoindre.\n    Entre les familles Leemans et Van Ormen, habitant\n toutes deux Bruxelles, il y avait des relations d’amitié\n dont m’avaient averti dès les premiers jours les manières\n d’être de Madame Leemans vis-à-vis de Madame Van\n Ormen.\n    Je me disposais à profiter de l’occasion de me rensei­\n gner sur celle-ci, quand Madame Leemans m’épargna\n la peine de manifester mon désir, comme si, en m’invi­\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": "194                     LE RÉVEIL\n\n\ntant à partager sa promenade, elle n’avait eu elle-même\nd’autre but que de le devancer.\n   —Vous trouvez Marcelle singulière, commença-t-elle.\n   — Lunatique, interrompit son fils qui ramassait des\ncoquillages et s’amusait à les lancer devant lui. Il répé­\nta : — Lunatique, d’une voix de clown en jetant en l’air\nun coquillage qu’il rattrapa dans le fond de son chapeau.\n   Ses bouffonneries faisaient hausser les épaules à sa\nmère qui pourtant, l’instant d’après, souriait en mur­\nmurant : — Oh ! José ! Grand enfant !\n   — Singulière ? Un peu, répondis-je à Madame Lee­\nmans ; mais la faute en est sans doute à sa grande jeu­\nnesse, à sa vivacité naturelle, à...\n   — A son mari, interrompit José.\n   — Le mari de Marcelle et le mien sont du même\nâge, tenta d’expliquer Madame Leemans, c’est-à-dire\nqu’ils ne sont plus jeunes et...\n   Elle se tourna vers son fils : — Mais enfin qu’as-tu\nvoulu dire ? lui demanda-t-elle avec impatience.\n   — J ’ai voulu dire, répondit José, que, lorsqu’un\nhomme de quarante-trois ans a épousé une jeune femme\nde dix-huit, ce ne doit pas être amusant tous les jours,\n— pour sa jeune femme, et qu’alors, si le mari est pra­\ntique. il doit laisser à sa femme une certaine liberté, —\nlui permettre, par exemple, de griller des cigarettes,\nd’apprendre l’aquarelle et même la peinture à l’huile.\nJ ’ai dit.\n   Il salua, fit une pirouette et, revenant à sa mère qui\nme regardait, inquiète de l’effet que produisaient sur\nmoi les cabrioles de son fils : — Je t’assure que je ne\nlui ai jamais fait la cour, maman, — jamais ! ajouta-t-il ;\ndonc Monsieur Van Ormen a raison.\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": "                        AVRIL 18 95                    195\n\n   Je te le permettrais ! fit la mère avec un geste mena­\nçant de son ombrelle et, se tournant vers moi : — Ne\ndirait-on pas qu’il n’a qu’à vouloir pour que Marcelle\nse jette dans ses bras ? Les hommes sont d’une fatuité !.\n   Je baissais la tête et sans doute devina-t-elle que je\nn’étais pas entièrement indemne de ce péché mignon\ndu sexe fort, car elle reprit, mais en s’adressant à son\nfils : — Marcelle est une honnête femme et si tu entre­\nprenais de la détourner de ses devoirs, tu commettrais\nnon seulement une mauvaise action, mais encore une\nsottise dont elle ne tarderait pas à te punir. Tu es bon\nde me dire que tu ne lui as jamais fait la cour ! T’ima­\ngines-tu qu’elle te laisserait faire et qu’elle est à la\nmerci du premier homme qui lui dira qu’il la trouve\njolie? Et s’animant de plus en plus : — Voyez-vous cela!\nUne jeune femme ne pourra plus fumer une cigarette\net plaisanter, sans qu’on la soupçonne d’être vicieuse ?\nMais où es-tu allé prendre l’opinion que tu te fais des\nfemmes, mon garçon ?\n    Je regardais José. Les deux mains en ;poches, le\nfeutre rejeté en arrière, de façon que, dans le large en­\ncadrement des bords relevés, sa figure imberbe ressem­\nblait au masque ahuri et goguenard de Pierrot, il\nmarchait, s’arrêtait soudain, se remettait à marcher,\nexprimant ainsi la surprise où le plongeait cette bour­\nrade maternelle. Et je pouvais conclure que le discours\nqui l’étonnait si fort allait non pas à lui, mais à l’autre\ninterlocuteur de Madame Leemans.\n    Je pris le parti de lui répondre en usant du même\ndétour et, interpellant son fils : — Eh bien, mon ami\nJosé, vous voilà prévenu ! lui dis-je. Soyez charitable\net prévenez à leur tour vos amis...\n"}, {"page_pdf": 213, "texte": "                        L E RÉV EIL\n\n\n   — Cornelis ? demanda-t-il en simulant un air profon­\ndément interrogateur.\n   — Monsieur Cornelis est marié, fit Madame Lee­\nmans ; d’ailleurs, il part demain.\n   — Qui donc me faudra-t-il prévenir ? reprit-il, les\nmains tendues désespérément, puis, soudain, il se\nfrappa le front et nous le vîmes prendre sa course vers\nle Kursaal.\n   — José ! José !\n   Sa mère le rappelait.\n   — Où va-t-il? interrogeait-elle, José !\n   Il était déjà hors de portée de la voix. — Laissez-le\nfaire. Je parie qu’il s’est décidé à retourner travailler.\n   — Grand enfant ! murmura-t-elle avec un sourire.\nExcusez-le.\n  Nulle part qu’en ce coin délicieux de la Panne, où,\npour la seconde fois, j’étais venu me mettre au vert, je\nne jouissais mieux de la mer ; nulle part, je n’éprouvais\nà un tel degré la joie de me laisser vivre dans l’envelop­\npante caresse du soleil et des brises. Une vie simple en\nun paysage calme, tirant sa seule variété du mouvement\nqu’y apportaient les arrivées et les départs des commen­\nsaux de l’hôtel où je logeais et prenais mes repas ; de\nlongues journées de paresse, de lectures et de flâneries\nsur la plage et dans les dunes, coupées de bavardages\navec des hommes ou des femmes, mes égaux en loisir ;\nparfois, — j’avais de ces lubies, — lorsque je sentais le\nbesoin de rentrer dans la civilisation et que la nostalgie\nme prenait des rues, des trottoirs, des magasins et des\nréverbères, une courte fugue vers Fumes ou vers Dun­\nkerque ; une ignorance absolue de ce qui se passait dans\n"}, {"page_pdf": 214, "texte": "                        AVRIL 1895                      197\n\n\nla ville, lieu habituel de ma résidence, et l’oubli me\nvenant, aussi complet que si je n’y eusse jamais mis les\npieds, des gens que j’y fréquentais et de ceux que j’y\nsaluais chaque jour, à la même heure, au même endroit\ndu boulevard, — en me rémémorant ces avantages,\nj’étais prêt à lever vers le ciel des bras reconnaissants et\nà m’écrier : — J ’ai trouvé le bonheur !...\n   Mais non ! cette force-là, je ne l’avais même pas et,\nplongé dans une inconscience animale, — sorte de som­\nnambulisme bleu, jaune et vert, des couleurs de ciel,\ndes sables et de la mer, — j’étais heureux sans le savoir,\n— ce qui est, je pense, la manière la plus parfaite d’être\nheureux.\n   Le vent fraîchit et, dans la lointaine perspective des\nterres, au d e là des tours de Furnes massées lourde­\nment sur l’horizon parmi de frêles rideaux de peupliers,\nle bleu du ciel s’épaissit et tourna au violet ; à gauche,\nle clocher de Coxyde et plus loin, reculé aux derniers\nplans, celui d’Oostduinkerke dressèrent leur légères\npointes pâles sur un fond tout assombri déjà. Comme\nun cercle de fumée, le soir montait très lent, très doux,\nd’une puissance irrésistible. Collines rondes ici, là cuves\nprofondes, les dunes où, sur les sables gris, étaient jetés\ndes tapis bruns et verts d’églantiers nains et de serpolet,\nrenforçaient leurs couleurs, le gris devenant noir, le\nbrun et le vert se veloutant de reflets carminés. Et, sur\nce paysage aux lignes planes et fuyant aux infinies pro­\nfondeurs, la paix enchantée d’une fin de jour d’été repo­\nsait dans la sérénité des cieux et le silence de la terre.\n   Puis, le spectacle de la mer me sollicita. Aux limites\nde l’horizon, sous un nuage frangé d’orange qui barrait\nle ciel transversalement, le soleil se couchait. Un\n"}, {"page_pdf": 215, "texte": "198                      L E RÉV EIL\n\n\nabîme de pourpre incandescente s’ouvrait au ras de\nl’eau, frappant sa surface vert-pâle d’un long reflet\nd’argent, et, du milieu du gouffre de lumière, l’astre\nd’or projetait dans l’étendue ses derniers rayons. Mes\nyeux éblouis se fermèrent malgré moi. Lorsque je les\nrouvris, il s’était rapproché des flots où, brusquement,\nil sombra, tandis que la nuée suspendue au dessus de\nlui, après avoir recueilli son regard suprême, devenait à\nson tour un peu d’ombre au front du ciel éteint.\n   Ce soir-là, ma solitude m’ayant pesé tout à coup, je\nfus un des premiers à rentrer au Kursaal et, lorsque je\nvis paraître Madame Leemans, Madame Cornelis et sa\nfille, j’allai vivement à leur rencontre, heureux de les\nretrouver; mais je m’arrêtai en chemin : à leur suite\npénétraient dans la salle une dame et deux jeunes filles,\nvers lesquelles, aussitôt qu’elle les aperçut, se tour­\nnèrent toutes les attentions de Madame Leemans.\n   — A cette heure-ci? s’écria-t-elle avec surprise.\n   — C’est une idée de Sophie, dit la dame qui montra\nune des jeunes filles.\n   Sans m’en prévenir, elle a dit d’atteller et, lorsque la\nvoiture s’est trouvée prête :\n   — Eh bien, maman, allons-nous souper à La Panne\navec Marcelle? A quoi je n’ai pu faire autrement que de\nrépondre oui.\n   — Et nous voici, conclut Sophie joyeusement.\n   Au milieu de ces femmes qui passaient et repassaient\ndevant moi, indifférentes à ma présence, pour aller\naccrocher leurs chapeaux et leurs cabans un peu partout,\naux espagnolettes des fenêtres et aux deux ou trois\nporte-manteaux cloués aux murs de la chambre, en con­\n"}, {"page_pdf": 216, "texte": "                         AVRIL 18 95                       199\n\ntinuant à bavarder avec Madame Leemans que, peu\ncertain qu’elle connût mon nom, je n’osais prier de me\nprésenter, je faisais un assez sot personnage. Je voulus\nme rapprocher de Madame Cornelis, mais en ce moment\non lui remit une lettre, et force me fut de virer sur mes\ntalons. Pour mettre fin à ma situation ridicule, je\nretournai sous la verandah.\n   Sur la plage où commençaient à se répandre les\nombres du soir, je reconnus bientôt la haute silhouette\ndégingandée de José.\n   — Eh bien ? criai-je ; êtes-vous content de vous ?\n   Je le vis relever la tête, surpris de cette interruption\ninattendue à ses réflexions et, gaîment : — Ah ! c’est\nvous, répondit-il ; vous m’avez fait peur.\n   — M’avez-vous pris pour croquemitaine ?\n   — J ’ai dix-neuf ans, Monsieur ! Non ; je rêvais et\nvotre voix m’a interrompu au moment où je voyais la\nfoule s’écraser devant mes tableaux.\n   — Ah ! j’ai eu tort, lui dis-je en riant; j’aurais dû vous\nlaissers vos illusions.\n   Il gravit l’escalier lestement et, quand il m’eut rejoint,\nentendant le bruit des conversations et des rires qui\nvenait à nous par les fenêtres ouvertes de la salle à\nmanger : — Il y a du monde ? fit-il.\n   — Une dame et deux jeunes filles qui arrivent de\nFumes, pour souper avec Madame Van Ormen.\n   — Sa mère et ses deux sœurs, me dit-il ; Madame et\nMesdemoiselles Béraud.\n   Il fit mine de s’épousseter, se lissa les cheveux sur les\ntempes puis, m'offrant le bras : — Venez-vous? reprit-il.\n   Il me précéda dans la chambre où je trouvai toutes\n les dames assises à table et alla serrer la main de\n                                                      14\n"}, {"page_pdf": 217, "texte": "200                      LE R ÉV EIL\n\n\nMadame Béraud et de ses filles qui, toutes trois, l’ac­\ncueillirent avec des sourires où se lisait une satisfaction\nréelle ; puis, s’asseyant à sa place, — à côté de Made­\nmoiselle Sophie, — il se saisit d’un plat de crevettes\nplacé devant lui...\n   — José ! José ! intervint sa mère.\n   — J ’ai faim.\n   — Mais on attend un peu. Et d’ailleurs, l’on sert ses\n voisines avant de se servir soi-même.\n   — Mademoiselle Sophie ne mange jamais de crevettes.\n   — Mais au contraire, se hâta de répondre Sophie, je\nles adore.\n   De la pointe de son couteau, il fit tomber la moitié du\ndu plat sur l’assiette de la jeune fille, se servit â son tour\net, me passant ce qui restait : — Si vous attendez davan­\ntage, il n’y en aura plus, me dit-il.\n   Ces plaisanteries trouvaient grâce aux yeux de\nMadame Béraud et de ses filles qui paraissaient habi­\ntuées à s’en amuser; quant à moi, appréciant la bonne\nhumeur et l’enfantine simplicité qui d’ordinaire y prési­\ndaient, volontiers j’en souriais aussi, et cette visible\nindulgence n’était pas étrangère à la sympathie que me\nmarquait Madame Leemans.\n   — Oh ! José ! Grand enfant ! murmurait-elle.\n   Et Madame Béraud, tournant vers elle sa figure toute\nronde, aux traits épaissis par l’âge, aux yeux demeurés\nclairs, d’un calme profond et d’une expression d’inalté­\nrable bonté, baissait doucement les paupières, ayant\nl’air de dire, pour la rassurer ; Laissez les rires ; ils sont\nsi jeunes !\n    Mademoiselle Sophie avait dix-huit ans tout au plus.\n Grâcieuse plutôt que jolie, elle n’avait aucun des traits\n"}, {"page_pdf": 218, "texte": "                        AVRIL 18 9 5                   201\n\n\nde Madame Van Ormen et ses gestes moins contenus, sa\nvoix plus claire, fort belle aussi, son visage aux lignes\nplus sérieuses et ses yeux limpides d’un brun moins\nsombre et moins velouté, faisaient d’elle un type distinct\noù, sous l’exubérance d’une jeunesse récemment échap­\npée à la contrainte de la pension, perçait déjà la grande\npersonne posée, sincère cependant et sans prétention\nqu’elle serait plus tard. Surtout, il ne se dégageait point\nd’elle cette impression de mystère qui troublait en\nMadame Van Ormen.\n   Sa sœur, beaucoup plus âgée et d’un maintien comme\nd’une expression de visage presque graves, paraissait, en\nsa ressemblance avec Madame Béraud, une seconde mère\nchargée se veiller en sous-ordre sur les propos d’une gaîté\ntrop peu mesurée auxquels s’abandonnait parfois Sophie.\n   — Je vois, dit Madame Béraud, se décidant la der­\nnière à se servir, que Marcelle n’a pas perdu la mau­\nvaise habitude de se faire attendre. Est-ce toujours ainsi?\n   Elle me regardait, la chaise vide à ma droite l’avertis­\nsant qu’en ma qualité de voisin je devais être le mieux à\nmême de lui répondre.\n   — Monsieur Cornelis lui donne des leçons d’aquarelle,\ndis-je avec un demi sourire, et, dans ces conditions, on\ns’attarde aisément.\n   — D’aquarelle? répéta Sophie qui se tourna vers\nJosé. Je croyais qu’elle apprenait la peinture à l’huile-\n   — Il y a encore le pastel, répondit José très sérieux,\nla peinture à fresque et puis la sculpture, l’architecture,\nla littérature, la bicyclette....\n   — Ma sœur n’est pas là pour se défendre, cela n’est\npas généreux.\n   La voix de Madame Van Ormen les interrompit. —\n"}, {"page_pdf": 219, "texte": "202                     LE RÉV EIL\n\n\nOn dit du mal des absents ? Monsieur Cornelis, vite !\nVenez prendre notre défense.\n   Bien qu’en retrouvant inopinément sa mère et ses\nsœurs, qu’elle avait quittées depuis huit jours à peine,\nla jeune femme fût excusable de ne pas se livrer à de\ngrandes démonstrations, j’avoue cependant qu’en ne la\nvoyant ni s’étonner de leur présence ni les embrasser,\n je fus bien près de m’indigner de cette froideur et que,\npour l’excuser, il me fallut imaginer qu’elles s’étaient\nrencontrées déjà, — que la voiture avait passé près de\nl’endroit où Madame Van Ormen et Cornelis s’étaient\n établis pour peindre.\n   Je ne pus résister au désir de le demander à la jeune\n femme, mais, si bas que j’eusse parlé, la sœur aînée\nm’avait entendu et ce fut elle qui répondit à la question-\n— Non, nous ne nous sommes pas vues, dit-elle ; mais\n Marcelle est fort indépendante,— n’est ce pas, Marcelle?\n    Ses paroles prononcées sur un ton de douce protes­\n tation et que l’on m’adressait à moi comme un reproche,\n me firent comprendre combien Madame Van Ormen\n était traitée en enfant gâtée, et elle-même répondit de\n façon à confirmer en moi cette impression, disant, avec\n un sourire caressant de ses beaux yeux : — On a tou­\n jours eu trop d’indulgence pour mes défauts.\n    — Vous partez demain ?\n    — Demain, répondait Cornelis à Mademoiselle Sophie.\n    — Et il n’y aura plus ici que moi pour représenter le\n grand art! fit José avec un geste d’une ampleur théâtrale.\n    — Et Marcelle ? demanda Sophie ; décidément, vous\n la croyez toujours absente.\n    — Oh ! je compte si peu pour lui, fit Madame Van\n  Ormen.\n"}, {"page_pdf": 220, "texte": "                         A V R IL 18 9 5                  203\n\n\n   — Le regrettez-vous ? interrogea José.\n   — Mais oui, certainement, qui me portera mon\nbagage pour aller peindre ?\n   — Alors, c’est que vous prenez vos compagnons pour\ndes ânes ? Monsieur. Cornelis, il faut absolument que\nvous restiez.\n   — Pour faire l’âne ? fit l’aquarelliste.\n   — José ! José ! intervint Madame Leemans.\n   — Monsieur Cornelis parti, vous allez continuer seule\nà peindre? demandai-je à Madame Van Ormen.\n   — J ’essaierai, avec les- conseils de Monsieur Lee­\nmans.\n   — Je ne sais plus peindre, déclara José.\n   — L’avez-vous jamais su ?\n   — Ça, mademoiselle Sophie, c’est une méchanceté ;\nmais je vous pardonne, — attendu que vous ne vous y\nconnaissez pas.\n   Rappelé de nouveau à l’ordre par sa mère, il me mon­\ntra du doigt : — Ce Monsieur-là s’y connaît, fit-il.\nVous n’avez jamais vu son album ? Comment ! Vous ne\nl’avez jamais vu ?\n   Il porta sa main droite à ses lèvres et, déposant un\nbaiser sur les extrémités rapprochées de ses cinq\ndoigts : — Chouette ! s’écria-t-il. Demandez-lui.\n   J ’avais ri des plaisanteries qu’il adressait aux autres :\nil ne me restait qu’à subir de bonne grâce celle qui me\nvisait à mon tour et, répondant aux muettes interroga­\ntions de tous ces regards qu’elle avait tournés vers\nmoi : Dans cet album, commencé-je, — oh ! prenez\ngarde ! — dans cet album, sont notés tous vos faits et\ngestes, toutes vos paroles, toutes vos qualités et tous\nvos défauts, et, un jour, lorsque je serai rentré chez\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "204                     LE RÉV EIL\n\n\nmoi et qu’il ne me restera plus que le souvenir en train\nde s’effacer des heures charmantes que j’ai passées ici,\nl’ayant relu avec grande attention, je m’amuserai peut-\nêtre à retracer vos portraits...\n   Ceci était la vérité. Je tenais note des menus faits de\nmon existence à La Panne, moins pour me les rappeler\neux-mêmes que pour retrouver dans le cahier où ils\nétaient inscrits, les rayons de soleil, les paysages, les\nbrises et les parfums qu’ils enfermaient entre ses lignes.\n    — Il contient des dessins? demanda Madame Van\n Ormen, dont, à l’ardeur plus vive de son regard, je\nsentis que je venais d’éveiller fortement la curiosité.\n    Il est rempli de mauvais desseins, fit José; méfions-\nnous ; il n’en faut pas davantage pour que nous passions\n à la postérité.\n    La conversation dès lors dévia vers la littérature et,\n si les appréciations sur les auteurs contemporains ne\n différèrent pas autrement de celles que nous entendons\n proférer tous les jours autour de nous, elles étaient du\nmoins émises sans prétention, aucune des personnes\nprésentes ne se piquant de s’y connaître. José manifesta\n même, à peu près sérieusement, cette opinion qu’il\n n’admettait en fait de littérature que celle des faits\n divers et des cours d’assises. — Celle-là au moins est\n vraie, conclut-il, et, si vous prétendez qu’elle n’a rien\n d’artistique, je vous répondrai... qu’est-ce que je vous\n répondrais bien ?\n    — Dis-moi qui tu lis et je te dirai qui tu es, lui\n répondis-je en riant.\n    — Je ne suis pourtant ni un chien écrasé ni un gibier\n de potence !\n    — Peut-être êtes-vous en train de le devenir.\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                        AVRIL 1895                      205\n\n\n   Lorsque le souper terminé, nous allâmes nous asseoir\nsous la verandah et que, envoyant côte à côte la fumée\nde nos cigarettes aux étoiles, je me hasardai à demander\nà Madame Van Ormen ce qu’elle lisait, elle chercha\nquelque temps, puis, avec un sourire : — Quels sont les\nlivres qu’à votre avis je préfère ? fit-elle.\n   — Si je pouvais le deviner le moins du monde, je\nvous le dirais franchement.\n   — Essayez, vous me ferez plaisir.\n   Il était évident qu’elle désirait connaître l’opinion que\nje me faisais d’elle et, comme, de mon côté, je ne vou­\nlais pas la lui dire, nous eussions longtemps joué à\ncache-cache, si José, se jetant soudain entre nous,\nn’eut, fort innocemment, trahi le secret qu’elle voulait\ngarder.\n   — Je vous rendrai votre bouquin, lui dit-il. Là ! cette\nhistoire... Gomment s’appelle-t-elle? Elle est bien en­\n nuyeuse, entre parenthèses et je comprends que vous me\nl’ayez passée : c’était une manière de vous en débar­\nrasser. Mais comment diable ! s’appelle-t-elle ? Le\n Peintre marié... non ! non ! Le Prêtre marié...\n    Dans l’ombre où nous étions plongés, je sentis sur\nmon visage le regard interrogateur de Madame Van\n Ormen, mais, voulant pénétrer pour quelle raison elle\n avait entrepris la lecture de ce livre admirable, je pris\n soin de feindre que je n’attachais aucune importance à la\n révélation de José et observai longtemps le silence. Je\n faisais mine de regarder une étoile qui brillait devant\n nous au-dessus de la mer et d’écouter les longs batte­\n ments rythmiques de la marée sur la plage.\n    — Tiens! murmurai-je enfin; cette idée de lire du\n Barbey d’Aurevilly !\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "206                     LE RÉVEIL\n\n\n    — C’est un livre qu’on m’a prêté, dit-elle.\n    — A moi aussi, fit José, et j’ai remarqué que les\nlivres qu’on me prêtait étaient toujours ennuyeux. Je\nne dis pas cela pour les vôtres — qui sentent toujours\nsi bon, acheva-t-il en s’adressant à Madame Van\nOrmen.\n    L’étoile que je regardais parut s’animer d’une scintil­\nlation plus vive et la mer battre plus fort sur la plage.\nJe ne sais quel mouvement s’était fait en moi...\n    — Vous êtes poétique, ce soir, reprit Madame Van\n Ormen après une assez longue pause, durant laquelle\nj’imaginai qu’elle avait voulu laisser à la phrase de José\nle temps de produire tout son effet sur moi.\n    — C’est ainsi quand il fait noir : il m’arrive de ne pas\nme reconnaître moi-même.\n    Il poussa un gros soupir, et, s’adressant à moi : —\nVous noterez ce soupir dans votre album, n’est-ce pas?\nC’est peut-être mon avant-dernier ; — et que Madame\nVan Ormen a dit que j’étais poétique, ce soir; — et que\nje n’ai pas su, ni elle non plus, achever la lecture du\nPrêtre marié...\n    — Je proteste, interrompit Madame Van Ormen; je\n l’ai lu jusqu’au bout.\n    — En prenant votre courage à deux mains, ajoutai-je,\n qui donc a eu l’idée de vous le prêter ?\n    Jusque là, rien dans ce que j’avais dit n’avait pu lui\nfaire pressentir si j’admirais ce livre et si je lui saurais\ngré de l’avoir lu ; mais, en ces derniers mots, sa finesse\nlui fit découvrir mon véritable sentiment et, très gaie\nalors : — C’est moi qui ai demandé qu’on me le prête,\nrépondit-elle ; et j’ai trouvé cela bien beau, oh ! bien\n beau ! de toute beauté !\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "                       AVRIL 18 95                     207\n\n   Bien bien ! oh ! bien beau ! de toute beauté ! — si je\nn’étais pas satisfait après cela....\n   La petite étoile, là-bas, me faisait signe : — Sois con­\ntent ; — n’insiste pas davantage ! Et, de sa grande voix,\nparlant dans l’ombre immense, la mer me disait : — Si\nelle ment un peu, — oh ! très peu, — n’est-ce point\npour te plaire ?\n   Je tressaillis : José, par plaisanterie, s’était laissé\nchoir de son banc en faisant le plus de tapage possible.\nQuand il se fut ramassé : — Je dormais, dit-il. Il suffit\nque l’on parle de romans devant moi pour que je tombe\nde sommeil. Il leva le doigt au ciel, solennellement : —\nJe suis né pour être peintre!\n   — Pour être boulanger, rectifia Cornelis.\n                                 A lfred L avachery .\n   (La fin au N° prochain)\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "208                    L E R ÉV EIL\n\n\n\n\n                  LE F L E U V E .\n\n                           à R o b e r t d e la V il l e n e u v e .\n\n\nLe fleuve est descendu jadis du ciel hautain\nE t même il garde encor sa noble ressemblance\nE t le destin du ciel est encor son destin.\nLoin des glaciers, où l’aigle épioyait son vol ample,\nParmi la forêt d’ombre et la prairie en fleurs,\nIl déroule son onde harmonieuse et lente :\n                            X\n\n\nVoici l'île fermée aux faunes ravisseurs\nOù, chair nue et cheveux épars, au son des lyres,\nLes nymphes, deux à deux, dansent avec leurs sœurs.\nSur leurs baisers déjà les étoiles s'inclinent\nE t le satyre seul, jaloux de tels secrets,\nD u cri de sa luxure interrompt leurs délices.\n                            x\nVoici, sur le coteau qu'abritent des cyprès,\nLa vigne, où brandissant leurs torches et leurs thyrses,\nLes bacchantes au ciel jettent leurs cris sacrés.\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "                         AVRIL 18 95                  209\n\n\nCouronné de sapin, vêtu de peaux de tigre,\nUn Silène titube en leur cercle mouvant\nE t rit à voir ainsi, dès l'aube, qu'il est ivre.\n                             ***\nFace au soleil tombé, voici, soleil levant,\nQue le rouge vainqueur s'érige sur la plaine,\nEt les buccins chantent sa gloire, dans le vent.\nSeul, il va ; mais l’orgueil a frém i sur sa lèvre\nQuand, de son char, indolemment, il a jeté,\nDans le fleuve encor pur, le tronçon de son glaive.\n                              *\n                             * *\n\nVoici, bouclier d’ombre aux flèches de l'été,\nLe bois où deux époux croient fu ir au Temps hostile,\nEt, près du flot changeant, parlent d’éternité.\nLa villa devant eux élargit son portique\nEt, sur le seuil, l'esclave, émue à leurs baisers,\nPense au pays d’amour où son âme est captive.\n                           ** *\nVoici la ville blanche aux travaux délaissés\nE t l’arène où le peuple acclame la vitesse\nDes beaux éphèbes nus vers la palme lancés.\nEt, plus loin les jardins, que la Muse protège,\nOù le maître, parmi ses disciples chéris,\nLeur enseigne les dieux et la vie immortelle.\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "                                   L E RÉVEIL\n\n\n\n                           ***\nVoici le port enfin où, par les vents surpris,\nOnt fa it escale, un soir d’automne, trois navires\nDont les rameurs parlaient un langage incompris.\nEt, dans l’ombre, c'est là que vinrent de la ville\nOffrir aux étrangers le printemps de leur chair\nDes vierges qui sentaient, dans leur âme divine,\n Monter la nostalgie immense de la mer !\n                                              L io n e l d e s R i e u x .\n\n\n   d e : l e s p r e s t ig e s d e l ’o n d e , féerie.\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "                                AVRIL 18 9 5                                211\n\n\n\n\n                         TABLETTES.\n\n\n  Notre secrétaire de rédaction abandonne définitivement le\npseudonyme de Frédéric Friche, et signera désormais, de son\nnom, Albert Guequier.\n\n                                       X\n\n   L a poussée de mai fait verdoyer les feuilles nouvelles. Nous\nrecevons : L a C o u p e , recueil mensuel d’Art et d'Ethique\n(Joseph Loubet, directeur, 11, Rue Logis St-Paul, Montpellier).\nL a Coupe « paraîtra régulièrement durant onze mois, le douzième\nfacsicule, d’illustrations, clora la publication «.\n   L ’ idée certes est amusante. Puis ainsi, il n’ y a plus à craindre\nl’ennui d’une publication toujours identique traînant, bien des\nannées après avoir épuisé ce qu’elle avait à dire, deux ou trois\nnoms mornes et suris.\n   L e premier numéro s’ouvre sur un sonnet splendide d’Henri de\nRégnier. Puis des vers d'Albert Samain, Alfred Massebiau; A u\nmatin, de Joseph Loubet.\n\n                                       X\n\n  Bien amusant aussi, mais autrement, le programme de la\nR e v u e l it t é r a ir e in d é p e n d a n t e — « contes, nouvelles, impres­\nsions de voyage, études, poésies, bibliographie, questions littéraires,\netc. (sic) (19, Rue de Carouge, Genève).\n   L e but de la revue est de \" faciliter aux auteurs les moyens\nd'être lus, sans passer sous les fourches caudines des éditeurs, bureaux\nde rédaction, etc. \"\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "212                                        L E R ÉV EIL\n\n\n  L e sommaire nous révèle, les noms de MM. H . L yon n et, Jacinte\nVerdaguer, Robert Sand, E. Franz W iener, Edmond Julien,\nC. Villotte, etc. Nous y retrouvons aussi Mr. Iwan Gilkin.\n\n                                                  X\n\n  Enfin : L ’É p r e u v e L it t é r a ir e , supplément français de Pan,\nla grande revue allemande. L ’Epreuve publiera des œuvres\ninédites d’écrivains français et des traductions d’études et de\npoèmes publiés en langue allemande par Pan. A u premier nu­\nméro, fort beau, nous rencontrons les noms de Gustave Kahn,\nNietzsche, Verlaine, Rém y de Gourmont, A . F. Hérold, etc.\n\n                                                  X\n\n   A la J e u n e B e l g iq u e , tout auprès de nouveaux vers bachiques\net d’une louange congrue de Mr Albert Chapaux — (mes petits\nsont mignons) — M. Iwan G ilkin assure et répète que les oies\nque nous sommes, au Réveil de Gand (1), poussent des cancans\nindignés sur leur petite butte, et qu’il a troublé nos joies. M. Iwan\nGilkin se trompe, et nous ne sommes pas indignés du tout. Nous\nsuivons simplement à l’égard de ses vaticinations aigrelettes la\ndoctrine aimable du philosophe chinois Ye-Men-Fou.\n\n                                                  X\n\n   L e Premier des petits essais d'enthousiasme va paraître sous le\ntitre de : A propos de B öcklin. ,\n\n                                                  X\n\n  Nous recevons, touchant un projet de coopérative intellectuelle,\nla circulaire suivante :\n                                 Monsieur,\n   Nous venons vous proposer de vous associer à nous pour fonder m e\nSociété Coopérative dont la nécessité se justifie par les considérations\nsuivantes :\n   L e commerce de livres, de revues et de journaux manque de centra­\nlisation. On doit recourir à un grand nombre d'intermédiaires diffé-\n\n  (1) Pourquoi ce trait cruel... de Gand — Nous ne disons pourtant pas : La Jeune Belgique de Schaerbeek\n       )\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "                               AVRIL 18 95                             213\n\nrents : libraires, bouquinistes, marchands de journaux, rédactions de\nrevues, poste. De là une foule d’ennuis: bulletins de souscription à\nremplir, tracasseries postales pour des reçus minuscules, etc. L ’idéal\nserait que chacun pût obtenir les publications dont il a besoin en\ns'adressant à un bureau, unique, et en s’acquittant soit globalement,\nsoit par versements mensuels ou trimestriels réguliers, de façon à\npouvoir établir nettement son budget littéraire.\n   S i un semblable bureau doit se créer, il est utile de lui donner la\nforme de la Société Coopérative ; les industriels en publicité, les édi­\nteurs, fo n t aux intermédiaires des réductions qui varient entre 15 et\n25 % Une Société Coopérative ne cherchant pas à réaliser de grands\nbénéfices pourrait donc fa ire à ses membres une réduction de 10 %\nsur tout ce qu'elle leur vendrait, et de 15 % au moins sur des publi­\ncations qu'elle déterminerait dans un bulletin. Elle retiendrait sur les\nopérations de 5 à 10 % pour couvrir les frais d’administration et\ncréer un fonds qui serait distribué aux coopérateurs sous forme de\nbons à valoir pour leurs achats ultérieurs.\n   Faire obtenir à 18 francs ce qui en coûte aujourd'hui 20 n ’est d'ail­\nleurs qu’une raison accessoire de notre proposition. Notre véritable\nbut, c'est, à la faveur de ce souci d’économie, d'établir, dans l ’inten­\ntion d'élever le niveau général de la culture, une puissante association\nde tous ceux qui, quelles que soient leurs tendances philosophiques ou\nreligieuses, font dans notre pays œuvre sincère de science, d’art ou de\n morale, pour ne pas dire de politique.\n   Or, ce but serait infailliblement atteint. S i notre projet de société se\nréalise, la majorité des travailleurs intellectuels s’y trouvera groupée,\net certainement ils donneront aux administrateurs de la Société le\nmandat impératif de soutenir toutes les entreprises de publicité qui en\nsont dignes, et spécialement tous les efforts qui peuvent se faire dans le\npays même. E t rien ne sera plus aisé : Les publications malhonnêtes ou\n absolument sans valeur ne figureront pas sur les listes de périodiques\nque le Conseil d'administration offrira aux membres à des prix de\nfaveur. Un classement se fera d’ailleurs de lui-même : comme il faut\nnécessairement apporter à une publication un certain nombre d'abon­\nnements pour obtenir une réduction importante, la Société devra\ndemander à ses adhérents de se mettre d’accord pour choisir les jou r­\nnaux et les revues les plus dignes des souscriptions, autrement dit\nétablir une sorte de referendum pour dresser sa liste; or, il n'est pas\ndouteux que le suffrage général ne donne ses préférences aux meil­\nleures productions dans chaque catégorie; au surplus, indépendam­\nment de toute intervention directe du Conseil de la société, les publica­\ntions estimables retireront de grands avantages du système même des\nabonnements ; ceci ne peut se comprendre que par un exemple : Beau­\ncoup de personnes ne sont pas abonnées à la Société Nouvelle et au\nRéveil, qui n ’hésiteraient plus à se faire adresser ces revues, s'il leur\nsuffisait de donner, le 2 décembre, quatre coups de crayon sur une\ncirculaire et de payer, en une fois, à leur facteur, vers le 15 décembre,\nune somme de 43 francs, pour recevoir pendant un an la Société\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "214                           LE RÉVEIL\n\n\n Nouvelle, le Réveil, la Réforme et le Peuple, publications dont les\nquatre abonnements pris à part reviennent aujourd’hui à 48 francs,\nsans compter les ennuis de la poste.\n? Nous engageons les lecteurs à faire eux-mêmes le calcul pour les\npublications qu'ils reçoivent ou désirent recevoir, par exemple pour le\ngroupe : Revue générale. Journal de Bruxelles, Durendal,\n Muséon, Justice sociale, ou le groupe : Revue de Belgique, Revue\n Universitaire, Indépendance, Ils comprendront aisément combien\nl’association de toutes les forces intellectuelles du pays peut augmenter\nla vitalité des publications périodiques d’un ordre élevé.\n    Il nous reste maintenant à vous exposer dans quelles conditions\ncette société coopérative pourrait se constituer.\n    Rien 11e doit être fa it ou maintenu si l'on ne réunit pas un mini­\nmum de 1000 coopérateurs, ayant souscrit chacun une action de cinq\nfrancs. Il ne s’agit pas ici de 1000 actions, mais de 1000 actionnai­\nres, c'est-à-dire de 1000 personnes intéressées à s'adresser plutôt à la\n librairie coopérative qu'à une autre. Nous n’avons pas à craindre que\nla bonne direction intellectuelle et morale de l’entreprise souffre de ce\nfait que certains actionnaires auraient un très grand nombre d’ac­\ntions ; l’article 89 de la loi de 1873 donne à tous Us coopérateurs\nvoix égale, quel que soit le chiffre de leur apport.\n    Pour jouir des avantages de la coopération, il faudrait, de plus,\nverser une cotisation minime destinée à couvrir les frais d’un petit\nbulletin bibliographique indispensable tout au moins pour indiquer le\nchiffre des différents prix de faveur offerts aux membres de la Société.\n\n      —\n    Les coopérateurs payant leur cotisation auraient droit :\n    A     à des réductions de 10 à 15 % sur la plupart des publications\npériodiques belges et étrangères;\n    B — à des réductions de 15 à 20 % sur tout livre payé au comp­\ntant, sauf crédit de 3 mois accordé par le gérant, sous sa, responsabi­\n lité, aux personnes qu'il jugerait solvables ;\n    C — à un tarif de faveur sur les annonces de la Bourse aux livres\n du Bulletin bibliographique de la Société ;\n    D — éventuellement à des réductions sur l ’abonnement de lecture à\n des bibliothèques circulantes à déterminer.\n     L es adhésions doivent être adressées à M. Tourret-Grignan,\n secrétaire du comité provisoire, 54, rue Fonsny, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "                                                                                                                                  Librairie de l’Art Indépendant, rue de\n               C O L L E C T I O N D U “ RÉVEIL -\n\n           chez EDMOND DEMAN, libraire à Bruxelles\n\n\n\n\n                                                                                                                                  M. Kats, rue courte du Jour.\n\n\n\n\n                                                                                                                                    la Chaussée d’Antin, 11.\n                               Rue d’Arenberg, 16\n\n\n\n\n                                                                                                                                  Gnusé, rue du Pont d'île,\n                                                                                                                                  Heymans, rue du Bruul.\n\n\n\n                                                                                                                                  Liltauer, Odeonsplatz.\n                                  ONT PARU :\n1804— M a u r i c e M a e t e r l i n c k : Alladine et Palomides, Intérieur, la Mort\n                                      de Tintagiles, (rois petits drames pour\n                                      marionettes. (Troisième Edition.)\n                                      Un volume in-i6 raisin sur fort papier\n                                      vélin teinté, orné de culs de lampe de\n                                                                                              3,50\n\n\n\n\n                                                                                                                                               :\n                                      Georges M in n e               Fr.\n\n\n\n\n                                                                                                                                  MALINES\n\n\n\n                                                                                                                                                                   M UNICH\n                                                                                                                                  LIÈGE :\n                                     Le Bonheur Irréel.\n\n\n\n\n                                                                                                        DÉPOSITAIRES DU RECUEIL\n\n\n                                                                                                                                  PARIS :\n       Fernand Roussel :\n\n\n\n\n                                                                                                                                  GAND :\n                                      Un volume de proses, in-i6 grand-mé­\n                                      dian, avec un frontispice de Charles\n                                      Doudelet; tiré à 350 exemplaires nu­\n                                      mérotés sur papier de Hollande Van\n                                      G e ld e r ..................................... : Fr. 2,00\n\n        E m ile V eriiaiîren :       Les Villages illusoires.\n                                      Un volum e de vers, in-16 grand-jésus,\n                                      tirage limité ; impression en deux cou­\n                                      leurs sur lort vélin teinté; orné de qua­\n                                      tre images par Georges Minne. Fr. 3,00                                                                         de\n                                                                                                                                  Société anonyme < l’Art », Avenue\n\n       H enry M aubel :              Ames de Couleurs.\n                                      Un volume de proses, in-i6 royal,\n                                                                                                                                  Doliger, Galeries de la Reine.\n                                                                                                                                  Deman, rue d’Arenberg, 16.\n\n\n\n\n                                      tirage limité, impression en deux cou­\n                                                                                                                                  Engelcke, rue des Foulons.\n\n\n\n                                      leurs, sur papier vergé de cuve Fr. 2,00\n                                                                                                                                  Hoste, rue des Champs.\n                                                                                                                                  Forst, Place de Meir.\n\n\n\n\n                                                                                                                                    la Toison d’Or, 56.\n\n\n\n\n                     VIKNNENT DE PARAITRE :\n       V ictor Remoucuames :          Vers VAme.\n                                      Un volume de proses, in-16 impérial ;\n                                      tiré à 250 exemplaires numérotés sur\n                                      papier de HollandeVan Gelder. Fr. 3,50\n\n       G eorges M aulow :             L ’Ame en E xil.\n                                      Un cahier de vers, in 120 raisin oblong,\n                                                                                                                                        :\n\n\n\n\n                                      tirage à 350 exemplaires numérotés,\n                                                                                                                                  BRUXELLES\n\n\n\n\n                                      sur papier de cuve Ingres teinté.\n                                                                                                                                  ANVERS :\n\n\n\n\n                                                                       Fr. 3.00\n       Léon Paschal :                 Paroles intimes.\n                                                                                                                                                                  GAND\n\n\n\n\n                                      Un volume de proses, tirage limité,\n                                      format in-i6°, sur papier de cuve\n                                      I n g r e s .......................................... Fr. 2.00\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "        S O M M A I R E DU N U M É R O D ' A V R I L 1895\n\n\n\n\nEmile Verhaeren................  L ’A rt Archéologique\nHenri de Régnier . . . .            Sonnet\nFernand Séverin................ Eglogue\nLéon Paschal.................... Maxime Séveranz\nCharles van Lerberghe.       . . Interlude\nA. Ferdinand Hérold . . . Sonnets élégiaques\nAlfred Lavachery . . . .            L'Œ illet des ‘Dunes\nLionel des Rieux................ Le Fleuve.\n\n                                Tablettes.\n\n\n\n\n      Gand, Imprim erie centrale G. De Keukelaere, rue longue du Verger, 31\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 3, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1895-04", "signet_source": "Ve année - N°16 (nouvelle série) - Avril 1895", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 182 (« Ve année N° 16 (nouv. série) Avril 1895 »).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}