{"numero_id": "ulb-reveil-1895-05-n17", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "articles": [{"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-001", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "FLANDRE ET W A L L O N I E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 234, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 202, "texte": "FLANDRE ET W A L L O N I E\n\n\n\n\n                                      L E REVEIL\nV° A N N ÉE N° 17 (n o u v . série)               MAI 1895\n                                             Ce numéro 0.50 C.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-002", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Voir le Sommaire à la quatrième page de la couverture", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 235, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2253, "texte": "Voir le Sommaire à la quatrième page de\n            la couverture\n\n                     LE R É V E I L\n                         (FLANDRE               ET WALLONIE)\n\n     MENSUEL DE LITTÉRATURE ET D’ART\n                                     NOUVELLE SÉRIE\n\n  Paraît le dernier jour du mois en fascicules de\n                  48 ou 60 pages.\n\n\nSecrétaire d e la Rédaction : A l b e r t G u e q u i e r ( F r é d é r i c F r i c h e ) .\n  Comité de Rédaction : A l b e r t A r n a y , L u c i e n D e B u s s c h e r ,\nC h a r l e s D e l c h e v a l e r ie , Ma x   E lsk a m p,       P a u l G é r a r d y , E dmond\nG l e s e n e r , A l b e r t G u e q u ie r , R ic h a r d L e d e n t , M a u r ic e Ma e t e r ­\nl in c k ,   H e n r i M a u b e l , A l b e r t M o c k e l , P i e r r e M . O l in , E dm ond\nR a ssen fo sse,        H e n r i d e R é g n ie r , S t é p h a n e   R ic h e l l e , G r é g o ir e\nL e R o y , R o d r ig u e    S é r a s q u ie r , C h a r l e s   V an L e r b e r g h e ,   E m il e\nV erh a eren .\n\n\n\n                      Rédaction, Rue de la Roue, 5, Bruxelles.\n                  Administration, Rue Neuve St-Pierre, 71, Gand.\n\n\n\n              A b o n n e m e n t : un an 5 frs. (Étranger 6 francs.)\n\n                             LE NUMÉRO : 5 0               centimes.\n\n\n\n                          S É R IE DU R E C U E I L ;\n Ire A N N E E , 1891, (les Essais) un volume in-40 de\n          200 pages. (Quelques exemplaires) . . . . fr. 4 00\nIIe A N N É E , 1892, un volume in-8° raisin de 400 pages\n          P rix marqué fr. 5 (quelques exemplaires)\n          Prix majoré en raison de la rareté du volume                                        « 12 00\nIIIe A N N É E , 1893, un volume in-8° coquille de\n          400 p a g e s....................................................................... »6 00\nIV e A N N É E , 1894, un volume in-8° grand-médian\n          de 520 p a g e s ............................................................. »      6 00\n   L'année 1895 formera deux volumes in-8° de 300 pages chacun.\n\n\n L 'A d m in is tr a tio n r a c h è te ra it au p r i x f o r t des e x e m ­\n         p la ir e s en bon éta t des n 05 4 et 5 de 1892\n     ainsi que des nos 1 et 3 des E s s a i s (1891).\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-003", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 215, "page_fin": 219, "titre_corps": "Un cas littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Delchevalerie", "ancre_debut": "UN CAS L I T T É R A I R E . En attendant", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 236, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 10, "fin_caractere_exclue": 761, "texte": "UN CAS L I T T É R A I R E .\n\n\n   En attendant qu’il ait terminé la mise au net de son\nreportage italique, si nous parlions un peu de M. Zola ?\nNous nous sommes si bien habitués à entendre ce nom\nclamé par les mille trompettes de la réclame que,\nsemblables au meunier, dont le sommeil s’interrompt à\nl’instant où s’arrête le ronflement des meules, il nous\nparaît qu’il nous manque quelque chose dès que ses\ndeux syllabes colorées ne claironnent plus à nos\noreilles.\n   Pour parler de M. Zola, nous avons, d’ailleurs, de la\nressource. Si ses livres n’alimentent que la curiosité\nd’un mois sur douze, lui-même, par ses postulations au\nplus obscur strapontin vacant à l’Académie française\nest devenu depuis un lustre une « actualité » quasi-\npermanente.\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1550, "texte": "216                       LE R ÉV EIL\n\n\n   Une élection a-t-elle lieu ? On dispute ses chances,\non s’égaie de son échec, on déplore son insistance, et\nplus d’un s’en indigne. Depuis longtemps, en effet, le\ncandidat, aussi perpétuel en son rôle que M. Camille\nDoucet l’était — hélas ! — dans le sien, devrait être\nfixé sur les intentions des vieillards dont il rêve\nl’accolade.\n   Il n’en est rien. Un « immortel » quelqu’il soit, vient-\nil à disparaître? Dans la quinzaine M. Zola quémande\nl’honneur de lui succéder. Il n’est pas difficile ; tous les\nfauteuils lui sont bons. Il se contentera de celui qu’on\nlui donnera, et se soumettra, pour pouvoir enfin s’y\n carrer, à toutes les compromettantes formalités d’intro­\nduction qui sont d’usage. Evincé une fois de plus, il\nne se rebutera pas encore. Il deviendra une sorte de\n Mendiant étrange et légendaire dont le périodique\nretour finira par halluciner les survivants de son\népoque. Cet homme est hanté. Si la mort le terrassait\nbrusquement, il se lèverait dans son agonie, et\ntendrait les bras dans la direction de la Coupole.\n\n                            ***\n    M. Zola veut être de l’Académie. Il a dit un jour :\n« Etant donné qu’en France il existe une Académie\nlittéraire, je dois en être ». Il a raison — la question\nde vanité mise à part — si ce qu’on appelle l’Académie\nfrançaise est le corps des quarante plus hautes noto­\nriétés de la plume et du verbe en France. Est-ce le cas?\nJ ’imagine que M. Zola a su à quoi s’en tenir avant\nmême d’avoir effectué ses premières visites. Pour être\n"}, {"page_pdf": 238, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1524, "texte": "                         M AI I 8 9 5                 21 7\n\n\nrevenu à une opinion si gracieusement irisée, il a dû\ntraverser une terrible crise d’amnésie.\n   Alors, quoi ? J ’estime pour ma part qu’il faut con­\nclure à une désastreuse manie sénile et que le mieux\nserait qu’on permît enfin à M. Zola d’entrer à l’Aca­\ndémie, par la petite porte ou par la grande ; il a prouvé\nqu’il n’est pas « regardant. » Qu’on abrège ce spectacle\net les commentaires qui s’ensuivent ; la dignité des\nlettres s’en trouvera bien.\n\n                           ***\n\n    Ce dénouement aurait, en ce moment même, une\n opportunité spéciale. En effet, pour les délicats, la\nseule raison d’être de l’association des Quarante est\n qu’une réception, de temps à autre, donne lieu à une\nrare et savoureuse fête d’éloquence Les discours de\nMM. de Hérédia et Bourget sont tout ce qu’on attend\nde leur rôle académique.\n    Or, dans ce corps dont tous les membres seront\nbientôt des cadets de M. Zola, deux vacances se sont\nproduites. MM. Duruy et de Lesseps sont morts, et\nl’auteur de Lourdes a aussitôt mis sous enveloppe, à\nl’adresse de M. le secrétaire perpétuel, deux exem­\nplaires de sa formule de sollicitation. M. Zola n’est pas\nde ceux qui pensent qu’il ne faut pas chasser deux\nlièvres à la fois. Il postule l’accès des deux fauteuils,\ns’il en rate un, il se rabattra sur l’autre. N’est-il pas\nurgent de mettre fin à ces expédients ?\n   D’autant plus que, je le répète, une bonne occasion\n se présente. Puisque-encore qu’il les ait bien méritées\n"}, {"page_pdf": 239, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1567, "texte": "2l 8\n\n\ntoutes les deux, M. Zola ne peut obtenir qu’une seule des\nstalles convoitées et, au reste, il faut reconnaître qu’il\nn’a jamais demandé davantage, pourquoi ne lui permet­\ntrait-on pas d’occuper celle qu’a délaissée M. de Lesseps?\nAu point de vue littéraire, cela n’engage à rien...\n                             ***\n   Je le dis sans aucune ironie : cette solution me paraît\nla meilleure et la plus rationnelle. Elle sauvegarde la\nréputation de M. Zola, qui menace de sombrer sous les\nquolibets. Elle permet d’envisager de nouveau sans\nacrimonie cette carrière qui, en définitive, fut féconde\nen œuvres probes et fortes. Elle fournit enfin à M. Zola\nle motif d’une bonne page de sa veine ordinaire, qui\nsera le tribut d’hommage habituel et son excuse per­\nsonnelle auprès des lettrés.\n   Je m’explique. Nul ne pouvait se figurer ce charpentier\ndes Ro ugon succédant à Taine et se servant, pour dis­\nséquer les sûres méthodes du maître, de l’outil inexact\net grossier de sa science fantaisiste. Sa rétine n’était\npoint faite non plus pour apprécier les chatoiements du\nlumineux langage et de la prismatique philosophie de\nRenan. D’autre part, il n’eût point dans son atelier\ntrouvé de balances pour y peser les rythmes d’un\nLeconte de Lisle. Et, malgré son humilité, j’aurais\ndéploré pour lui, — je le déplore bien plus pour M. de\nHérédia — qu’il fût affligé de la succession d’un M. de\nMazade.\n   Ce qu’on demandera au discours de M. Zola, ce ne\n sont point des vues littéraires, ce n’est ni le charme\n d’une dissertation athénienne, ni les lueurs d’une phrase\n"}, {"page_pdf": 240, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1793, "texte": "                         M AI 1 8 9 5                              219\n\n\nonduleuse et coruscante, c’est d’être une page épique,\nemportée dans le grand souffle de Germinal ou de la\n  Débâcle, une page où il y ait des remuements de foule,\ndes splendeurs et des désastres, et l’atmosphère de ce\nsecond Empire dont date M. Zola.\n    Il ne peut être question, n’est-ce pas, d’exalter la lit­\ntérature du grand Français? M. Zola pourra donc en\ncinquante pages, faire le roman de cet homme et de cette\ndestinée, montrer la popularité s’éprenant de ce nom,\ndécrire la bienheureuse entreprise de Suez, l’inaugura­\ntion du canal en une fête splendide, sous le soleil d’Egypte,\ndevant l’impératrice accourue. Puis, l’espoir du peuple\nrué vers les guichets du Panama, le rêve néfaste qui\namènera les pires catastrophes, les travaux impossibles,\nle roc qui résiste, les millions absorbés, la fraude ca­\nchant, jusqu’au parlement, les échecs qui se succèdent.\nEnfin les séances vengeresses, les journaux qui dénon­\n cent, le calvaire des assises, la condamnation, la re­\ntraite, la mort. Je crois encore qu’il n’y a personne dans\n les lettres françaises, pour traiter cette odyssée, cet\népique fiasco aussi largement que peut le faire M. Zola.\n    Cette phrase pourrait me dispenser de dire en finis­\nsant, que la mauvaise humeur de ces pages se réclame\n uniquement de la douteuse tenue littéraire de l’incri­\nminé. Fussé-je des quarante — éventualité heureu­\n sement absurde — il est probable même que, dans\n l’espèce, je me croirais un devoir de mansuétude et de\njustice à remplir : celui de permettre, sinon d’offrir à\n M. Zola ce dernier triomphe. Il s’est tant humilié et de\n si bonne grâce, qu’on lui doit bien cette compensation.\n                             C h a r l e s D e l c h e v a l e r ie .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-004", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 220, "page_fin": 220, "titre_corps": "Chansons de novembre et de mai : I", "titre_sommaire": "Chansons de novembre et de mai", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Guequier", "ancre_debut": "CHANSONS DE NOVEMBRE ET DE MAI I. 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— frère, dormez-vous ?\nQuels voyageurs tout autour de nous\nSe hâtent et s’éloignent en départs frivoles.\nUn enfant a chanté de vieux airs sur la route.\n Mais le vent siffle fo rt et les feuilles s’en vont;\nLe soir dans la rivière, s’en vont, tombent toutes\nE t fo n t un petit sillage profond.\nLes feuilles des platanes et les feuilles des hêtres\nSont toutes tombées : les voici,\nIl y avait des fleurs secrètes, —\nN ous n'avons pas su les trouver, peut-être\nParmi les bois de ce pays.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 222, "page_fin": 222, "titre_corps": "Chansons de novembre et de mai : III", "titre_sommaire": "Chansons de novembre et de mai", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Guequier", "ancre_debut": "III II fa it grand vent dessus la plaine", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 243, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 72, "fin_caractere_exclue": 1013, "texte": "III\n\n II fa it grand vent dessus la plaine\n Soufflez, le vent — moulins, tournez en tempête,\n E t criez, tournez sur vos grands essieux\n Criez que l'hiver est descendu des deux.\nLes deux sont brisés et mêlés, ils tombent,\n Ils ont rebondi par dessus ma maison.\nLa bûche au fe u siffle et dans les tisons\n Voici un ancien amour qui frissonne.\nHiver, hiver, déjà de retour !\nFeuilles rouges, et roseaux des berges et des tours\nSe sont noircis dans le vent qui se lève.\nOn en fit des jonchées, un jour de fête\n— C’était, aux villages où jadis nous passions,\nUn jour d’orgues et de grandes processions.\n Y a-t-il eu des fleurs vraiment ?\n— Oui, souviens-toi, nous les trouvions belles :\nA ubépine et jasmin blanc,\nN ous en cueillions des bouquets dans les haies\n Mais je ne sais pas, refleuriront-elles au printemps ?..\nHiver qui souffles dans la plaine\nTour toujours, je crois, tu rends furieux,\nLes moulins tournoyants qui heurtent les deux !\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-008", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 223, "page_fin": 223, "titre_corps": "Chansons de novembre et de mai : IV", "titre_sommaire": "Chansons de novembre et de mai", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Guequier", "ancre_debut": "IV A u bord de l'eau, dans le tranquille été", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 246, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 96, "fin_caractere_exclue": 707, "texte": "IV\n\n A u bord de l'eau, dans le tranquille été\nVers la maison qui attend sous les branches\nUn ciel de dimanche\nT a vue passer\nHêtres noirs au bord des sources\nE t pelouses de jeune lin, —\nDe feuilles arrachées tu frappais mes mains\nE t ta bouche.\nLe soir tremblait dans les eaux\nQuand tu dénouas ta chevelure,\nLa nuit regardait et une à une\nDes étoiles ont fleuri les roseaux.\nN uit chère, silence, et croire encore !\nUn parfum s’éveille au bout du chemin :\nC’est l'aubépine d'hier et puis c’est le jasmin,\nE t l’odeur de tes cheveux sombres !\n\n                                     A l b e r t G u e q u ie r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 224, "page_fin": 232, "titre_corps": "Atli", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Richard Ledent", "ancre_debut": "A T L I (*) (P IÈ C E EN 3 SC È N E S.)", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 247, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 80, "fin_caractere_exclue": 889, "texte": "A T L I (*)\n\n                    (P IÈ C E EN 3 SC È N E S.)\n\n\n                   à M M A l b é r i c M a g n a rd et G uy R o p a r t z\n                                    en bon Souvenir.\n\n\n                             S C È N E I.\n\n   La flotte victorieuse retourne au pays d'où elle\npartit à la conquête de terres révélatrices. Sur l’un des\nnavires sont réunis les poètes et les principaux guer­\nriers. Un bâteau quelque peu isolé des autres, s’avance\nmorne et solennel : il porte le corps d’Atli-le-Héros.\n                      L e s P o è t e s chantent tour à tour :\nVole la joie sur la mer,\nvole la joie sur la terre\njusqu’au bout du royaume !\nO Reine, que tes yeux noirs\nqui vinrent illuminer nos âmes pour le départ,\nlaissent flotter des clartés autour de notre joie,\n\n  (*) D ’un livre à paraître.\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1466, "texte": "                        M AI   18 95                 225\n\ncar nous sommes les vainqueurs de la mort\net nous pûmes,\ndans les pays que notre audace nous révéla,\nconquérir l’or d’un peuple et maîtriser un monde !\nIls sont là tes guerriers cherchant dans les cordages,\nles éclairs que tes yeux leur jetaient au passage,\n— guerriers farouches qu’un signe de Toi faisait enfants—\nSache tes mots qui jadis pénétrèrent dans leur cœur :\n« Allez, le ciel là-bas ne clôture pas la mer.\nLe soleil vit et meurt dans les flots qui s’insurgent.\nJe devine en la nuit qui m’entoure et m’enserre,\ndes horizons nouveaux et des villes lumineuses.\nAllez ! Dans vos navires, entassez vos cohortes\net le guerrier qu’un jour heureux fera héros,\nsera le possesseur que ma chair attendra.\nMon lit sera son lit, mes baisers son butin...\nAllez dans vos navires entasser vos cohortes ! »\nEt les doux chanteurs de la terre\ns’en allèrent aussi sur la mer...\nNous vîmes des rivières sanglantes,\ndes palais où clamait la terreur des esclaves,\n des plaines où s’entassait le silence des vaincus.\n Et nous, les doux chanteurs des aurores printanières,\nnos corps enveloppés dans les flammes et le sang,\n nous sûmes parmi les cris et les fanfares de fête,\n jeter un chant d’amour et de pitié ardente.\n Nos cœurs ont des décors émouvants et tragiques.\n Regardez le navire que nous semblons traîner...\n Parais Atli !... O toi, dont les yeux fascinaient\n comme les eaux bleues du lac emprisonnant le ciel,\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1283, "texte": "                        LE RÉVEIL\n\n\ntu vis en des yeux conquérants\nla profondeur d’un rêve !\nEt des vastes fenêtres, arrachant les tentures\nqui cachaient les fureurs souveraines de la mer,\ntu crias aux guerriers heureux et frisonnants :\n— Entendez-vous ? La Reine a parlé comme un dieu.\nJe serai riche, vous serez riches de mille victoires,\nmais je serai, guerriers, le roi de vos courages\net je dis à la Reine en étendant la main :\nTon lit sera mon lit, tes baisers mon butin.\nLes guerriers exaltés se ruèrent sur les portes\net sur l’heure, les navires emportèrent leurs cohortes.\nAtli chanta :\nVers les villes merveilleuses que la Reine a rêvées,\nje conduirai vos destinées.\nLa nuit, là-bas, n’est plus la nuit qui règne,\nc’est le jour qui éclate et qui nous montrera\ndes palais d’or pareils à des soleils immenses.\nVous aurez tout : plaines, forêts infinies,\nciel infini qu’au loin la mer seule bornera\net moi, je reviendrai vers ce pays et ce château\noù des formes blanches paraissent agiter des signaux.\nEt seul, dans la nuit claire propice à mon retour,\nje boirai les baisers qui pleuvront sur mes lèvres.\nAtli est mort...\nJ ’ai vu son sang dans la prairie,\nj’ai vu son sang rougir les fleurs\net les oiseaux alors ont tu leurs chants légers.\n Ma voix, ma voix mourut avec Atli\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1318, "texte": "                       m ai   1895                   2 27\n\n\n\n\ncar devant la beauté de sa face glorieuse,\nimmobile et pâle sous ses longs cheveux,\no quel chanteur, eût-il lui-même la voix d’un dieu\npour célébrer la mort stupéfiante et dure,\neût pu chanter devant la foule qui gémissait?\nJ ’ai lacéré ma robe et meurtri ma poitrine\net comme l’enfant parmi les vignes\nqui presse le lourd raisin\nafin de contempler le jus sacré des grappes,\nj’ai levé mes doigts vers le ciel\nchauds du sang précieux qu’ils prenaient au héros\net j’ai dit : C’est le sang lustral\nque le calice des sacrifices doit recueillir...\nAtli, ton sang bouillonne dans le ciboire pieux,\nc’est comme ta jeunesse à travers la plaine\nqui veut courir, pousser le joyeux cri de vie!...\nDispersons-nous aux carrefours des routes\net sur nos fronts, mettons un peu de sang,\nle sang d’Atli, le sang très pur et très vaillant.\nNous chanterons l’orgueil et le mystère des soirs\net le départ vers l’inconnu fascinateur ;\nla splendeur du palais et, dominant la foule,\nla Reine qui souriait en nous donnant ses yeux ;\nles guerriers oublieux des caresses des amantes\nqui penchés sur les mâts, restaient silencieux\net regardaient la Reine que la rive emportait ;\nles lendemains vibrants noyés de folle lumière\net la mort que narguaient les grands rires d’allégresse.\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1160, "texte": "228                    LE RÉV EIL\n\n\n Nous chanterons l’angoisse des cieux noirs en révolte,\nles flots hurleurs fuyant la rive tumultueux ;\nla terre qui déployait ses floraisons ardentes\njusqu’aux montagnes perdues au loin dans le soleil.\nNous dirons — o merveille de nos croyances naïves! —\nla très réelle beauté de nos songes qui vécurent :\nFleuves remplis d’azur,\nfleuves remplis d’étoiles,\ntraînant l’éternité des soirs et des matins.\nOisiveté des barques\npavoisées d’écarlate\nqui laissaient dans l’eau molle un sillage de pourpre.\nMusique insoupçonnée\ndont l’ardeur séductive\nn’avait pas la fureur d’impérieux buccins.\nVilles de charme, de lumière,\nd’agate et de béryl,\non aurait pu former d’artificiels liquides\navec les pierres étranges que des bouches parfumées\nnous firent connaître avec la douceur de leurs noms.\nOn aurait pu former des lacs, des lacs de feu\njetant vers le soleil des rayons fabuleux.\nVilles de charme, de lumière\nbâties au fond des cieux\ntelles les cités royales que la mort nous promet,\nnous tournons vers tes tours, tes palais, tes jardins,\nnos yeux extasiés comme un hommage lointain.\n Atli est mort...\n Fier d’un rêve, il partit\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1419, "texte": "                          M AI 1 8 9 5                  2 39\n\net sur vos fronts, guerriers, il posa l’or conquis\nen des couronnes éblouissantes.\nVos doigts furent annelés des splendeurs que les femmes\nfaisaient briller à leurs mains pâles\net des étoffes soyeuses couvrirent vos manteaux rudes.\nGardant l’accoutrement primitif du départ,\nAtli, homme seul et vrai, n’adora que son rêve,\nles trésors amassés autour de vos misères\nne firent pas tressaillir le calme de sa face.\nLe cœur d’Atli était comme l’herbe des pelouses,\naccueillante au repos d’un corps majestueux\net le héros semblait, dans son royaume intime,\nne voir que la promesse qui parlait à ses yeux.\nPromesse bénie, promesse loyale et solennelle !\n— Mon lit sera ton lit, mes baisers ton butin —\nPromesse d’émoi où s’agitaient en ronde aimée\nles voluptés des chairs au soleil de la vie !\n                         Tous les poètes chantent tournés\n                            vers le navire qui porte le\n                            corps d’Atli.\n O vainqueur endormi sous les blancs étendards\nque ton bras emporta jadis avec le glaive !\n Tu luttas pour toi-même\n et donnas chaque jour un peu de vie au rêve...\n O guerrier tout couvert de langes enfantins\n qu’un dieu fit héroïque avec une âme d’oiseau,\n n’étais-tu pas un frère aux célestes jardins\n de nos cœurs qui comprennent le tremblement des\n                                                 [feuilles ?\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1232, "texte": "230                      L E RÉV EIL\n\n\nO toi, chantre égaré parmi les chocs de fer,\nqui vécus pour l’amour de la Beauté palpable,\nn’avais-tu pas comme nous l’orgueil de l’irréel ?\nTa voix, ta voix, Atli, devait chanter Je ciel.\n                          A u m ilieu d ’eu x su rg it O rlof.\n                          O rlof\n\nMauvais chanteurs, brisez vos lyres,\n l’épopée est finie et ce navire funèbre\nramène Atli sanglant sous les blancs étendards.\n La Reine vers qui nos vœux s’élancent comme des\n                                             [coursiers,\nregardera nos faces où rayonne la Victoire.\nLa Reine verra mon glaive lourd du sang des vaincus,\nla Reine verra mes yeux qui commandèrent les foules,\nsa main prendra ma main et je serais l’Elu.\nEcoutez... Que vos lyres se brisent et soient maudites\nsi vous chantez Atli dont les exploits sont morts !\n                           U ne ligne im m ense se dessine\n                             à l’horizon.\n                  L e s V ig ie s   criant\nTerre! Terre!\n                         O rlof\n\nEcoutez-moi, chanteurs des immortels combats,\nprêtres des cieux anciens qui surgiront bientôt...\nCélébrez ma Conquête et créez l’auréole\nque ma posture hautaine portera vers la Reine\n"}, {"page_pdf": 254, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1050, "texte": "                         M AI 1 8 9 5                     231\n\n\n\net l’écho, sur la grève, attentif à vos voix,\ndira : Courbez vos fronts devant le guerrier roi !\n                       L e s V ig ie s\n\nTerre! Terre!\nLevez vos boucliers et saluez la terre !\n                            Grand tumulte sur le navire.\n                   U n P o è t e à Orlof\n\nNous chanterons ce que nos voix voudront chanter,\nnous ne sommes pas, Orlof, les esclaves du désir\net nous magnifions les songes grandioses\nque dans l’air, librement, nous contemplons vivants !\n                       L e s V ig ie s\n\nTerre! Terre!\n                       Les poètes se pressent sur l’avant\n                         du bâteau.\n                      L e s P0ÈTE6\n\nVole la joie sur la mer,\nVole la joie sur la terre\njusqu’au bout du royaume !\nO Reine, que tes yeux noirs\nqui vinrent illuminer nos âmes pour le départ,\nlaissent flotter des clartés autour de notre joie\ncar nous sommes les vainqueurs de la mort\net nous pûmes,\n                                                     16\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 426, "texte": "232                    LE R É V E IL\n\n\ndans les pays que notre audace nous révéla,\nconquérir l’or d’un peuple et maîtriser un monde !\n                     La terre, de plus en plus, devient\n                       visible et l'on découvre la foule\n                       qui pousse de joyeuses et colos­\n                       sales clameurs.\n     Liège, 1895.\n                                       R ic h a r d L e d e n t .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-010", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 233, "page_fin": 234, "titre_corps": "Diptyque", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emmanuel Delbousquet", "ancre_debut": "D IP T Y Q U E POSER I. Ton doigt si toujours doux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 256, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 838, "texte": "D IP T Y Q U E\n\n                          POSER\n\n\n\n                             I.\n\nTon doigt si toujours doux ! cerclé de claire opale\n(oh l’ongle rose, v if pétale épanoui !)\nque mes y e u x suivent en un rêve évanoui,\nvient, d'un lent vol frô ler mon fro n t de veilles pâles.\nL ’heure est morte. L ’huile embaumée éloigne encore\nd’un orbe où vit l’âme d’azur de la lumière\nl’ombre bleuie, un peu, des choses coutumières,\nadoucissant l’éclat chanteur de tes y e u x d’or.\nE t ta voix tombe, tel un son de harpe molle\npour convier mon être aux extases plus sûres...\net le silence est mélodieux de tes paroles...\nOh le poème ! qu’on n’écrit en verbes ternes\nvibrant dans les sanglots des hautaines luxures —\naux sourires fleuris que ton regard décerne !\n"}, {"page_pdf": 257, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 941, "texte": "234                    L E R ÉV EIL\n\n\n\n\n                           II.\n\n                     Ces glaces tant de fois belles de ta présence.\n                                            A ndré Ch é n ie r .\n\nUn au-delà mystérieux de rives vagues\ns'étoile des clartés endormeuses des lampes —\nmiroirs où meurt un soir de très vieilles estampes\ndéchiré du scintil froid et clair de tes bagues.\nC'est l'eau morte où vivait ta beauté — qui sans vagues\nreflète l'impudeur de nos poses qui rampent,\nl’éploiement des cheveux où nos désirs se trempent —\net mire la folie de nos y e u x qui divaguent.\nC 'est le splendide ennui du vide inexorable,\nquand ce miroir n’est pas fleuri de ta paresse :\nun vide affreux ! heurté de mes y e u x misérables —\nEt, sur les lampes d’or stigmatisant les g uivres\nauréolant le clair Péché de nos caresses,\nj ’y contemple sans fin ce mensonge qu’est vivre !\n                          E m m anuel D e lb o u sq u e t.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 235, "page_fin": 249, "titre_corps": "L’Œillet des dunes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Alfred Lavachery", "ancre_debut": "L’Œ IL L E T D E S D U N E S (*) L’aquarelliste était allé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 258, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 74, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "L’Œ IL L E T D E S D U N E S (*)\n\n   L’aquarelliste était allé terminer ses malles et rentrait\nau Kursaal, suivi de sa femme et de sa fille. Il chercha\ndes yeux Madame Van Ormen et vint s’asseoir devant\nnous, sur le banc que José avait laissé libre; puis, ayant\ntiré sa pipe, il se mit à la bourrer lentement, en se tour­\nnant à demi vers la mer. Madame Van Ormen achevait\nsa cigarette, dont le feu, par moments, éclairait sa figure.\nJe surpris en ses regards une sorte d’hésitation, comme\nsi, placé entre les deux hommes sur lesquels s’était égale­\nment exercée sa puissance, elle n’eût plus su auquel s’en\nprendre pour le moment, sans que l’un ou l’autre\nl’accusât de coquetterie. Elle se tira d’affaire en allant\nrejoindre sa mère et ses sœurs. Resté seul avec moi,\n Cornelis, par contenance, fit mine de regarder quelques\n instants encore la mer; après quoi, je le vis se lever,\n remettre sa pipe en poche et, tout en fredonnant la\n barcarolle de Radoux :\n                    Dites, la jeune belle,\n                    Où voulez-vous aller?\n\nmanœuvrer pour se rapprocher du groupe des femmes.\n— Que m’importait-il de savoir ce qu’il allait dire à\n  (*) V o ir n° d’avril, page 190\n"}, {"page_pdf": 259, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1663, "texte": "236                      L E RÉV EIL\n\n\nMadame Van Ormen et ce qu’elle lui répondrait? Pour­\nquoi, d’un autre côté, m’attardais-je sur ce banc où\nj’avais l’air d’être en pénitence? Je me levai à mon tour\net me dirigeai vers l’escalier. Dès mes premiers pas,\nMadame Van Ormen quitta sa mère et, venant me\nprendre par la main : — Maman me fait remarquer\nqu’elle ne vous a pas été présentée, fit-elle...\n   — C’eût été à moi à prévenir le désir de Madame\nBéraud, interrompis-je; mais, ne sachant pas si l’on\nconnaissait mon nom...\n   Elle se contenta de sourire et, m’amenant devant sa\nmère et ses sœurs, fit les présentations en bonne et due\nforme. Très contente ensuite d’avoir pu, sans porter\nombrage à Cornelis, me montrer que je restais l’objet de\nses attentions, elle me prit pour arbitre dans une discus­\nsion qu’elle avait entamée avec l’aquarelliste et José,\neux prétendant que des fleurs, dont un gros bouquet\ndéposé sur la table avait attiré leur attention, prove­\nnaient d’un jardin abandonné, elle affirmant qu’elles\nétaient sauvages.\n   — Toutes les fleurs évidemment ont commencé par\nl’être, fit José ; et vous-même, madame Van Ormen,\nbien que, depuis, vous soyez devenu une des plus jolies.\n   — Ah ! décidément, vous êtes très poétique, ce soir...\n   A ce ton détaché, il était évident qu’elle ne tenait\nguère à une admiration qui s’évaporait en paroles.\n   — Allons, maman ! fit l’aînée des demoiselles Béraud\nen donnant le signal du départ.\n   Nous les reconduisîmes jusqu’à leur voiture qui\nstationnait sur la chaussée aboutissant à la plage et, de\nlà, les ayant vues partir, nous revînmes vers le Kursaal\nen longeant lentement le bord de la mer.\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1773, "texte": "                         MAI 18 9 5                     237\n\n\n\n\n   La nuit était charmante et d’une sérénité qui me\nportait à un attendrissement sentimental, auquel je\ncompris cependant que la présence de Madame Van\n Ormen n’était pas étrangère, et la question se dressa\ndevant moi, précise et impérieuse : — Que lui veux-tu?\nAussi bien n’était-ce pas la première fois que je me la\nposais; mais, jusqu’ici, j’étais parvenu à l’éluder, les\nmouvements de nature assez complexe qu’excitait en\nmoi la jeune femme ne s’étant pas encore imposés à mon\nattention avec la même autorité. M’étais-je donc, à\ntrente-cinq ans, laissé prendre comme un tout jeune\nhomme? Et, en demeurant dans un cercle d’attraction\ndont je sentais qu’il me deviendrait bientôt impossible\nde sortir, voulais-je me faire aimer d’elle ou jouais-je le\njeu dangereux de braver mon cœur ?\n   On parlait autour de moi. Les voix rieuses semblaient\nrebondir au bruit monotone des flots battant la plage,\net, parfois, reconnaissant celle de Madame Van Ormen,\nun frémissement secouait mes nerfs, tandis que, de mes\nregards avides, je cherchais la silhouette de la jeune\nfemme pour les y reposer, dans la molle sérénité de la\nnuit nuptiale. Tantôt, j’étais heureux qu’elle ne fit pas\nattention à moi ; l’instant d’après, je lui en voulais de\nme préférer ce Cornelis, ce José, — car c’était avec\neux qu’elle bavardait, — me laissant à Madame Leemans\net à la femme de l’aquarelliste qui tous deux, d’une\nvoix où je percevais des bâillements réprimés, me\nfaisaient part en brefs épiphonèmes de leurs idées sur\nDieu, le ciel, la vie future....\n   Et pourtant, les entendant, au travers de mes pensées\nmoroses, parler de ces très vieilles idées qui, elles aussi,\n sont en train de s’en aller avec les autres, mais, somme\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "238                       LE RÉV EIL\n\n\ntoute, grâce auxquelles, — en attendant mieux, — nous\nne tuons pas, nous ne volons pas et quelques-uns d’entre\nnous se font même scrupule de prendre la femme de\nleur prochain, je formais la résolution de quitter\nLa Panne.\n                    — Dites la jeune belle,\n                    Où voulez-vous aller ?\n                    L a voile étend son aile ;\n                    L a brise va souffler.\n\n  A plein gosier, Cornelis jeta ce couplet au silence\nqui en frémit, puis ce fut autour de José, enfin sa voix,\nde même, s’éleva pour dire la chanson de Fortunio :\n              Si vous croyez que je vais dire....\n\net doucement les sons montaient, semblant planer un\ninstant pour venir à moi, — à moi seul par dessus la\ntête des deux autres....\n   Le lendemain matin, j’étais décidé à partir pour\nDunkerque. Je parlai de mon projet pendant le déjeuner\net Madame Leemans, me regardant avec quelque\nhésitation : — Il y a trois ou quatre jours que je me\nproposais de faire le voyage avec José, me dit-elle; je\nl’ai toujours remis par crainte de la fatigue....\n   — Dis la vérité, maman, interrompit son fils ; parce\nque tu avais peur de t’ennuyer en ma compagnie.\n   — José ! José ! murmura Madame Leemans.\n   — Voulez-vous accepter la mienne, lui demandai-je.\nNous reconduirons les Cornelis à la gare d’Adinkerke\net, tandis qu’ils s’en retourneront à Bruxelles, nous\nprendrons le train qui suit, je crois, le leur de quelques\nminutes.\n    Bien que j’eusse pris la résolution d’aller à Dunkerque\n"}, {"page_pdf": 262, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1667, "texte": "                         M AI 1 8 9 5                  239\n\n\n\npour rompre le charme qu’exerçait sur moi Madame\nVan Ormen, il y avait, dans la proposition que je\nfaisais à Madame Leemans, l’arrière-pensée qu’elle\nparlerait de notre excursion à la jeune femme qui\ndemanderait à en faire partie. Et c’est ce qui eut lieu,\nen effet. Elle entra avec les Cornelis et battit des\nmains, lorsque Madame Leemans lui parla du complot\nque nous avions formé de l’enlever.\n    — Au grand art de la peinture à l’eau ! ajouta José.\n    — Nous aurons ainsi le plaisir de vous conduire à la\n gare, fit Madame Van Ormen en se tournant vers\n Cornelis.\n    — Permettez ! lui répondit l’aquarelliste assez sèche­\n ment ; si vous allez à Dunkerque, le plaisir de nous\n conduire n’est qu’accessoire.\n    — Là ! s’écria José ; ne voudrait-il pas nous empêcher\n d’aller à Dunkerque ! Je proteste ! C’est de la tyrannie !\n    — Je n’empêche rien ; seulement, Je constate.\n    — Monsieur Cornelis est triste de nous quitter,\n intervint Madame Leemans ; et, plutôt que de lui cher­\n cher querelle, nous devrions le remercier de ses sentiments\n à notre égard. Pour moi, je regrette sincèrement qu’il\n ne puisse nous accompagner.\n     — Nous regrettons tous son départ, reprit Madame\n  Van Ormen ; moi surtout, que vais-je faire lorsque vous\n  ne serez plus là? continua-t-elle en le regardant avec\n  un sourire où elle mit toute sa caressante puissance de\n  séduction.\n     Nous embarquâmes les Cornelis. L’aquarelliste et\n  Madame Van Ormen, se serrèrent la main et, à peine le\n  train se fut-il mis en marche, que la jeune femme, déli­\n  bérément, tourna le dos à la portière où il me parut que\n"}, {"page_pdf": 263, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1637, "texte": "240                      LE RÉV EIL\n\n\nCornelis s’attardait avec l’intention de la retenir.\n   En attendant l’arrivée du train que nous devions\nprendre, on nous fit rentrer dans la salle d’attente que\ntraversèrent bientôt les voyageurs qu’il transportait,\nle plus grand nombre pour passer par le bureau de la\ndouane, quelques uns seulement parvenus à destination.\nParmi ceux-ci, je vis deux dames se rapprocher avec\nvivacité de Madame Van Ormen.\n   — Comment, toi ici? Par quel hasard? Mais nous\narrivons précisément pour te voir...\n   Oh ! le regard deçu que leur jeta la jeune femme\nforcée de renoncer à son voyage.\n   — Mes cousines, fit-elle en nous les présentant ; et,\ncomme on nous appelait pour entrer en wagon, hâtive­\nment elle nous serra la main et je vis deux larmes piquer\nde points brillants la nacre de ses yeux et, sur eux,\ns’abaisser soudain ses paupières aux longs cils.\n   C’est, autour du train, à chaque arrêt, un va et-vient\nprécipité de cornettes blanches, sous lesquelles, rou­\ngeaudes ou fanées, on entrevoit des figures de femmes ;\nou, sous la casquette ronde à visière plate, des visages\nde garçon de vingt ans, — pêcheurs qui vont s’engager\nà Dunkerque ou qui, revenus d’une campagne en mer,\nvisitent de village en village des amis et connaissances ;\net, ajoutés à la vue inaccoutumée pour moi de ces\npersonnages, les noms des gares qui me sont inconnus :\nGhyvelde, Zuydcote, Rosendael, La Tente-Verte, me\ndonnent la vive impression des lointains voyages, de ces\ndéparts pour l’au-delà des océans toujours idéalisés dans\nl’imagination des gens casaniers et attachés au piquet\nde leurs occupations sédentaires.\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1822, "texte": "                        M AI   1895                    241\n   Une gare où les files de wagons se massent sur des\nécheveaux de voies, avec, par ci par là, des écriteaux\nqui nous refont toute la géographie des départements\ndu Nord ; du monde qui part, du monde qui arrive et,\ndans la foule, des employés en sarrau bleu, la casquette\nplate à broderie d’argent sur des visages à moustaches\nnoires ; peu de bruit, une discipline qui ne hurle ni ne\nmenace : nous sommes au plaisant pays de France.\n   Nous sortons et, devant nous, une partie de Dunkerque\napparaît, — d’un blanc passé au gris, — vastes entre­\npôts, usines qui fument, ponts, canaux et toits rouges\nou bleus au dessus desquels, en légères dentelles noires,\nse profilent des mâts, des vergues et des cordages.\n   Nous nous dirigeons vers la ville. Assez petites, en\ngénéral, et la plupart gardant cet air fermé, caractéris­\ntique d’habitudes provinciales, les maisons ont des\ncouleurs ternies par la fumée et la poussière du sol ; on\ndirait qu’il s’y est déposé à la longue, en couche très\nlégère, une patine bitumineuse donnant à leurs façades\nun peu de ces teintes dorées qu’ont les bois de manœuvre\net les câbles. En des coins, la pierre jaune qui a servi à\nles construire et à laquelle s’est attachée cette buée\ngrasse, rappelle invinciblement les coques des vieilles\nbarques de pêche. Une odeur de marine, dont l’air est\npartout imprégné, aide d’ailleurs à la comparaison.\n   Sur la grand’place, à l’un des angles de laquelle,\nséparée en deux par le tracé d’une rue, s’élève l’église\nde St-Eloi, restée temple seulement par sa nef, devenue\npar sa tour beffroi communal, les magasins, d’apparence\ntrès simple, s’ouvrent par d’étroites portes sans seuils\nde plain pied avec le pavé. Au centre, entre deux\nréductions de mâts de vaisseaux garnis de vergues et de\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1782, "texte": "243                     LE RÉV EIL\n\n\ncordages, une noire statue, — un Jean Bart, écrasé sous\nle faix du grand chapeau à plumes Lous XIV, botté, au\ncorps maigre, à la face trop longue, commande un de\nces abordages qui lui ont valu d’être là, — si mal d’ail­\nleurs, — coulé en bronze. Cependant, au pied du\ncorsaire figé en une pose qu’ont imitée tous les dessus\nde pendules, au milieu de ces logis évoquant des images\nd’antiques et humbles négoces, un tramway met une\nnote moderne de vie moins enfermée.\n   De la gare, il conduit à la plage de Malo, traversant,\naprès la ville, des fortifications, des ponts-levis et des\nesplanades qui, brusquement, jettent, dans ce décor\nembastillé, une gaîté de gazons verdoyants et d’allées\nd’arbres. Là, au débouché des portes, appuyés contre\nles barrières qui dominent les fossés, deux petits soldats\nde la ligne font sentinelle, si peu importuns aux passants\net si insoucieux de la manière dont se porte un fusil !\nD’autres ont établi un bivac : on les aperçoit vêtus de\ntoile grise, — les armes en faisceaux vers le fond de la\nplaine — couchés par groupes dans l’herbe que bleuit\nune brume de soleil ; d’autres encore, de l’artillerie ou\ndu train, conduisent quelque fourgon, en levant, sur\nl’attelage qui se mutine au passage du tram, leur bras\narmé du fouet à manche court, à longue lanière.\n   Une blancheur diffuse, réverbérée du sol sablonneux,\nde toiles, de murs peints à la chaux, du ciel même et du\nsoleil brillant à travers les matinales vapeurs marines,\net, dans cette clarté laiteuse, éclatant, le rouge aux\nbriques des villas, le brun-clair à leurs balcons et à leurs\nfaîtages, le bleu aux boiseries et aux bâches rayées des\nboutiques, c’est la première impression que produit\nMalo à l’arrivée. Et, lorsqu’on s’est promené sur la\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": "                          M AI 18 9 5                     243\n\ndigue surplombant presque une plage étroite, en forme\nd’un fer à cheval, dont l’une des pointes s’arrête sur la\ngauche à un cap surmonté d’un phare et l’autre, sur la\ndroite, se perd vers Braydunes en des écroulements de\nsables remués pour des bâtisses prochaines, on se prend\nà comparer ces constructions, qui, sous l’immensité des\ncieux, paraissent si petites, à des jouets d’enfants qu’une\nmain a posés là et viendra reprendre quand le jeu aura\ncessé. Quand on se souvient alors du Dunkerque com­\nmerçant et militaire que l’on a traversé, Malo semble une\njolie enluminure éphémère en marge d’un livre de\ncaisse ou d’un registre matricule.\n   Nous nous installons pour diner sur une terrasse de\nrestaurant élevée, d’où nous voyons la plage à l’heure\ndu bain, en un éloignement suffisant pour que l’ensem­\nble seul nous apparaisse, sans le détail, parfois ridicule,\ndes ossatures et des embonpoints des baigneurs. La mer,\naux longues et calmes ondulations sur lesquelles rit le\nsoleil, harmonise leurs teintes pâles avec les cabines\nrayes blanc et bleu, et sur cette fine et délicate aquarelle\nqu’encadre l’azur doux du ciel, le regard caressé se\nrepose et mollement entraîne l’esprit en des rêveries\nd’une tranquille et lénifiante indécision.\n   Et c’est encore, devant moi, un jeune prêtre, autour\nduquel, en des attentions respectueuses de son caractère\nsacré et inquiètes de sa santé peut-être, sa sœur et son\nbeau-frère s’empressent avec des questions tendres, les\nmêmes mots presque et les mêmes intonations qu’en\ns’adressant à leurs enfants.\n   De tout cela, — et des jolis officiers qui, là-bas, passent\nà cheval sur la plage, un éclair sur chacune de leurs\nbroderies d’or, et des Vingt-huit jours dont je vois ,\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1612, "texte": "244                      LE RÉV EIL\n\nderrière les sables éboulés, disparaître les files en longue\ncapote bleue, d’où dépassent deux bouts de pantalons\nrouges et sur laquelle appuie une ligne nette de bois\nbrun et d’acier bruni, — ma songerie se fait très\nétrangère, très française, tout à fait oublieuse de l’en­\nfant gâtée que j’ai laissée ce matin dans la gare d’Adin­\nkerke, le cœur gros et incapable de me dérober les\nlarmes soudaines qu’ont fait monter à ses yeux le dépit\net la tristesse.\n   — Enfant gâtée, simplement. Ce sont les mots qui\nrésument tout ce que Madame Leemans m’a dit encore\nde la jeune femme ; et, comme nous revenons, tandis\nque le train file à travers les dunes et que je vois fuir\ndes lapins troussant affolés leur petite queue blanche,\nou bien, s’essorant brusquement d’un buisson d’argou­\nsier, un épervier aux aîles en forme de faux, je sens au\ncœur une joie, qui n’est pas uniquement, celle de ren­\ntrer dans la paisible retraite que j’ai choisie pour mes\nvacances.\n\n   Je l’aperçus avec ses enfants et leur bonne. Le soleil\nqui se couchait dans une gloire de feux rouges et de\nlégères nuées où se réverbéraient ses rayons d’or,\néclairait le groupe dont il prolongeait les ombres sur la\nplage au loin déserte. C’était la première fois que je la\nvoyais, sans qu’il y eût autour d’elle des personnes qui,\npar leur présence, excitaient sa vivacité et son amabilité\ntoujours prêtes, et, sur ses traits, une expression, que\nje ne lui connaissais pas, de réflexion et de gravité,\ncomme, dans sa marche, une lenteur nonchalante et\n posée, lui donnaient une grâce nouvelle, plus sérieuse,\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1689, "texte": "                                                        345\n\n adorablement en harmonie avec la solennelle poésie de\n l’heure.\n    Je crus qu’elle allait se plaindre de n’avoir pu nous\n suivre, mais il n’en fut rien et, reprenant aussitôt ses\n habituelles façons de bonne humeur, elle me dit qu’elle\n avait fait les honneurs de La Panne à ses deux cousines\n et que, s’étant promenée autant que si elle nous eût\n accompagnés, elle avait pu se croire en excursion aussi.\n Comme elle me parlait, je remarquai, dans sa voix, le\nchangement qui m’avait frappé un instant auparavant\n dans sa personne ; le timbre en était voilé ; en certaines\nde ses modulations, résonnait une gaîté forcée et le\nsourire même dont elles étaient accompagnées, n’avait\npas cet abandon qui en était le grand charme.\n    — Et vous, qu’avez-vous fait? me demanda-t-elle. En\nmême temps, elle s’arrêta, regarda derrière elle vers les\nlointains de la plage, puis se remit en marche, lentement,\nfaisant mine de m’écouter, mais saisissant la moindre\noccasion de retourner de quelques pas en arrière pour\ns’occuper de ses enfants.\n    — Pardonnez-moi, faisait-elle ; et ses beaux yeux,\ndont les caresses n’avaient pu perdre ni leur ineffable\nvelouté, ni leurs enveloppantes attirances, se tournaient\nvers moi, répétant : — Pardon.\n    Au moment de gravir l’escalier du Kursaal, — et\ncombien de fois, voyant sa lenteur, me demandai-je si\nnous finirions par y arriver? — elle regarda vers la\nroute parcourue, sur laquelle le soir avait tiré son rideau\nd’ombres ; vivement ensuite, elle en monta les degrés,\nde l’air, auquel je ne pus me tromper, de quelqu’un\nqui, de guerre lasse, se résoud à faire ce dont il n’a\nnulle envie.\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1682, "texte": "246                      L E RÉV EIL\n\n\n    Durant le souper, où Madame Leemans, très lasse du\n voyage, déclara qu’elle paraissait pour ne pas nous\n désobliger, les préoccupations de Madame Van Ormen\n se dissipèrent et, malgré sa fatigue, Madame Leemans\nlui ayant conté ce que nous avions vu à Dunkerque,\n elle s’y intéressa tout à fait, voulut en savoir davantage\n et, plusieurs fois, me demanda de compléter certains\ndétails. José nous interrompait. Elle lui chercha que­\nrelle et voulut qu’à son tour il lui fit un récit de notre\nvoyage. Il se mettait debout pour lui obéir, caricaturant\nun conférencier qui cherche son exorde dans son verre\nd’eau sucrée, lorsque, trouant de ses appels nasillards\nl’épaisseur du silence nocturne, un cornet de bicyclette\nretentit sur la plage.\n    — Les voilà seulement ! s’écria Madame Van Ormen\nqui se leva de table, courut à la fenêtre et, en manière\nd’explication, nous dit qu’elle les avait vus partir au\ncommencement de l’après-midi.\n    — Les ! Les ! Qui les ? lui demanda José, se précipi­\ntant drôlement à sa suite.\n    Bientôt, penché derrière elle, il nous renseigna, sa\nmère et moi, en ces termes sur ce qu’il entrevoyait et\n devinait dans l’obscurité de la plage.\n   — Une lanterne ! Deux lanternes ! — sur l’une, —\nc’est à dire sur l’une des bicyclettes, un Monsieur...\nMais c’est Monsieur Verneuil : je le reconnais à son\nchapeau de paille. — Il se penche devant l’autre\nlanterne. Celle-là, c’est Mademoiselle Verneuil : je la\nreconnais.... à son frère. Elle a quelque chose à sa roue,\npas la lanterne, pas Mademoiselle Verneuil, — la\nbicyclette. — Tiens ! Elle me regarde.\n    Il envoya du bout des doigts un baiser dans l’ombre.\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1698, "texte": "                         M AI 1 8 9 5                  247\n\n— Bon ! fit-il ; je me suis trompé d’adresse : c’est lui\nqui me regardait.\n   — José ! José ! interrompit sa mère. Allons ! viens\nte rasseoir.\n   — Maman, c’est si intéressant ! Ah voici qu’ils\nremontent sur leurs machines.... Déjà? Tû ! tû ! Go\nahead.... — Ce fut un rêve !....\n   Il revint s’asseoir en baissant la tête d’un air éploré,\ntandis que Madame Van Ormen s’attardait à la fenêtre,\noù je la voyais se pencher, se pencher, et que, de très\nloin maintenant, les appels nasillards des cornets\ntrouaient l’opaque silence de la nuit.\n   Elle revint enfin prendre sa place à table et, Madame\nLeemans lui ayant demandé ce qu’elle trouvait de si\nintéressant à regarder des cyclistes, — j’affectais de me\ndésintéresser de la question et roulais une cigarette\navec une attention soutenue, — elle répondit en riant\nqu’elle l’ignorait, qu’elle aurait bien voulu savoir monter\nà bicyclette, que son mari seulement ne voulait pas lui\npermettre de prendre des leçons.\n   — Apprenez sans qu’il le sache ! fit José.\n   — Justement, j’y pensais, reprit-elle.\n   — Et Monsieur Verneuil se fera un plaisir de vous\nservir de maître, ajoutai-je en me levant pour passer\nsous la verandah et, de là, bientôt, sur la plage où je\nm’éloignai dans l’ombre....\n   Ce Verneuil, un des habitants de l’une des cinq ou six\nvillas bâties sur les dunes, était un beau garçon de vingt-\ncinq ans que l’on apercevait de loin en loin, entièrement\nétranger à la colonie bourgeoise de La Panne, qu’il\nparaissait tenir en parfait dédain, et sur lequel Madame\nVan Ormen brûlait sans doute d’excerser la puissance\n                                                       17\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1662, "texte": "248                     L E R ÉV EIL\n\n\nde ses charmes. Il était probable que, durant cette\naprès-midi, en la rencontrant sur la plage, il lui avait\nadressé quelque regard où elle avait pu lire son admi­\nration pour elle et que, pour lui montrer qu’elle n’y\navait pas été insensible, elle eût désiré le revoir à son\nretour et lui marquer la même attention. Cette occasion\nlui ayant manqué, il s’en était présenté une autre qu’elle\navait saisie avec empressement et dont elle pouvait\ncroire que le jeune homme lui-même l’avait fait naître.\n— Enfant gâtée, soit ! Mais j’avais bien eu tort, décidé­\nment, de prendre pour moi seul ce sourire qui passait de\nl’un à l’autre, de Cornelis à Monsieur Verneuil, de\nMonsieur Verneuil à qui rencontrerait ensuite cette\nenfant gâtée enragée de plaire quand même, toujours et\nà tous...\n   Il est tard, je suis las et j’ai sommeil. Je reviens vers\nla maison où logent les commensaux du Kursaal. En\napprochant, à l’une des fenêtres ouvertes de l’étage, je\nreconnais, à l’aspect caractéristique de jeune écolier que\nlui donnent son chapeau marin en paille blanche et le\ncollet de son caban relevé jusqu’aux oreilles, Madame\nVan Ormen accoudée des deux bras à l’appui et penchée\nau dehors.\n   — Eh bien, que faites-vous là ? Vous rêvez aux étoiles?\n   — J ’écoute, me répond-elle de sa voix qu’elle rend\nsérieuse ; mais, devinant dans l’ombre où m’apparaît là\nblancheur de son visage, la caresse de son regard et celle\nde son sourire, auxquelles elle n’est point parvenue à\nimposer la même contrainte : — Vous écoutez? lui\ndis-je incrédule.\n   — J ’écoute le bruit de la mer ; c’est comme une\n charmante mélodie qui vous berce...\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 953, "texte": "                        M AI 1 8 9 5                     249\n\n\n\n\n   Elle n’est là, je l’en soupçonne, que pour guetter\nl’habitant des villas. Je l’interromps et, presque dure­\nment : — Vrai ! vous feriez mieux d’aller dormir.\n   — Je ne sais pas dormir d’aussi bonne heure.\n   — Les remords, peut-être!...\n   Puis, apercevant, dans les chambres des Leemans, de\nla lumière aux fentes des volets : — Bonsoir, ajoutai-je,\net dormez bien.\n   Je pousse la porte et je l’entends, d’un ton très\nsérieuse cette fois, me souhaiter un bonsoir où, selon\nl’accentuation flamande, toute sa voix appuie sur la\npremière syllabe.\n   Il y a dans les dunes, là-bas, une petite fleur blanche\nteintée de mauve qui m’a souri et dont le parfum frais et\nsauvage m’est monté à la tête. Et qu’y puis-je si tous\nont droit à ce parfum et à ce sourire ? La petite fleur\ndes dunes n’a pas été créée pour me plaire à moi seul !\n                               A lfred L a va ch er y.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-012", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 250, "page_fin": 250, "titre_corps": "Sonnets : Langueur d’avril", "titre_sommaire": "Sonnets", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Guérin", "ancre_debut": "L A N G U E U R D ’A V R I L La vie a déchiré", "ancre_fin": "dans les jardins pensifs", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "S O I R AU C L A V E C I N", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 273, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 57, "fin_caractere_exclue": 724, "texte": "L A N G U E U R D ’A V R I L\nLa vie a déchiré sa robe de recluse,\net tend son ventre et rit aux bouches amoureuses,\net sa chair que l'hiver maquillait de céruse\nrayonne et se raidit en mamelles sêveuses ;\ngouge adorable de pitié qui ne refuse\nson ventre ni ses seins au lépreux las d'errer,\nil s’élève de sa rumeur ample et confuse\nun désir d'être bon et d'être pardonné.\n‘Dans le soir qu’une flûte au loin mourante effleure\ns’éloigne vers l’espoir le vol tiède des heures;\nles lilas s'agriffant aux songes maladifs\nenguirlandent d'oubli l'automne amer des livres;\net muet de langueur on écoute revivre\nl’âme des arbres morts dans les jardins pensifs.\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-013", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 250, "page_fin": 251, "titre_corps": "Sonnets : Soir au clavecin", "titre_sommaire": "Sonnets", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Guérin", "ancre_debut": "S O I R AU C L A V E C I N V otre main alanguie", "ancre_fin": "meurt sur le clavier", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "LA VAI NE R É V O L T E", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 273, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 724, "fin_caractere_exclue": 1128, "texte": "S O I R AU C L A V E C I N\nV otre main alanguie erre à fleur de clavier,\nl'or assoupi s'éveille aux topazes des bagues,\net la musique lente et vieillotte enrubanne\nmaints songes miens ; vôtres aussi, ne l’oublie\nLa cire agonisante ourle les chandeliers,\nvous chantez à sous-voix, je vous parle à voix basse :\nsi nous buvions un doigt de crème des Barbades,\nm'amie ; et dans le même dé, si vous vouliez ?\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 358, "texte": "                        M AI 18 9 5                           251\nVotre bouche à ravir se crispe d'une moue\npour ce que l’annulaire en piquant une mouche\nsur votre gorge, entre les seins put dévier.\nVous défaille\\ dans la caresse des ténèbres\net sous l’aveu d'amour qui s'attarde à vos lèvres ;\net le lied s'alangore et meurt sur le clavier.\n\n\n\n             "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-014", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 251, "page_fin": 251, "titre_corps": "Sonnets : La vaine révolte", "titre_sommaire": "Sonnets", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Guérin", "ancre_debut": "LA VAI NE R É V O L T E Si le soir lourd de ton passé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 274, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 358, "fin_caractere_exclue": 1086, "texte": "LA VAI NE R É V O L T E\n Si le soir lourd de ton passé, si le soir tombe\n sur ton âme, sur ton amour et sur ta foi,\njette l’anneau d'or vert qui s’enlace à ton doigt,\n l'anneau d’espoir, à l'océan d'ombre qui monte.\n Sur les jours de jadis que ton songe prolonge\n tu penches ta jeunesse et tu doutes qu’il soit\n dans l’inconnu quelqu'un d’éternel dont la voix\n de tristesse attendrie à ta plainte réponde.\n Egoutte, note à note, alors, aux cieux déserts\n les puérilités de ta flûte, des airs\n aigus qui sembleront rire de ta révolte.\n Et, pourtant, ne vaut-il pas mieux rester muet,\n attendre que le vent monotone d’automne\n éparpille le peu de cendre que tu es ?\n                                      C h a r l e s G ué r in .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-015", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 252, "page_fin": 254, "titre_corps": "Ténèbres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. Vandeputte", "ancre_debut": "TÉNÈBRES. Oh ! soyons-nous dans ce silence", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 275, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 795, "texte": "TÉNÈBRES.\n\n\nOh ! soyons-nous dans ce silence nostalgique\n\nnos y e u x sont clos à l'ensanglantement magique\ndes couchants rutilants... Oh ! c'est si bon la nuit !\nne rien faire... se taire... et bercer son ennui\nau rythme agonisant de lointaines musiques\nqui sanglotent la mort sous des azurs mystiques.\nPenser aux choses en allées, à des couleurs\nfanées, aux aimés morts... Oh ! les relents de fleurs\nenivrantes étrangement et exotiques...\n\nOh ! soyons-nous dans les ténèbres balsamiques —\n\nLes rideaux retroussés crevassent leurs grands pans,\navec des coqs sur leurs ergots, avec des paons\nfaisant la roue, avec l’éclair roux et tragique\ndes coutelas, et d’une lune fantastique,\n brodés d’or v if sur les grands pans de velours noir.\n"}, {"page_pdf": 276, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1284, "texte": "                       M AI 18 9 5                      253\n\n Avec la nuit, quelqu'une est revenue s'asseoir\nsur un siège haut, en une pose hiératique\ndevant moi. E t ses y e u x d’azur mélancolique\nluisent seuls dans la nuit. Son corps est ruisselant\nde pierreries — et nu. Dans le lent soir dolent,\naux chevrotants bémols d’un clavecin antique\npleut sur mon pauvre esprit, las, l’oubli léthargique\nOh ! soyons-nous dans le silence et la nuit. Oh ! —\nVoici qu’autour de tes cheveux l'or d’un halo\ns'auréole. Telles sont les Vierges gothiques\ndes vieux maîtres naïfs...\n                           Oh ! tes y e u x magnétiques,\nphares ! soudainement ont transpercé la N uit !\nE t aussitôt la chambre resplendit et bruit...\n Les rideaux retroussés crevassent leurs grands pans,\n avec des coqs sur leurs ergots, avec des paons\nfaisant la roue, avec l'éclair roux et tragique\n des coutelas, et d'une lune fantastique,\n brodés d'or vif sur les grands pans de velours noir...\n Ors bruisellants ! coqs ! paons ! éclairs ! Oh ! dans le\n                                                    [soir.\n Quel éblouissement de clartés symphoniques !\n Les phares de ses yeu x, jadis mélancoliques,\n me dardent dans la nuit. — Ton corps est ruisselant\n de pierreries ! et nu. — Dans le lent soir dolent\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 637, "texte": "254                     LE R EVE IL\n\n\nastre ! ton corps flambant de gemmes prismatiques\nest un soleil aubal !\n                        Des rythmes harmoniques\noh ! des clameurs ! des cris ! stridents des clavecins\ntintinabulent, loin.\n                        Oh ! et tes seins ! tes seins !\ncloutés de diamants et vêtus d'or magique\nme regardent aussi dans la ténèbre épique...\nE t je suis dans la nuit... Oh ! c’est si bon la nuit !\nne rien faire... se taire... et bercer son ennui\nau rythme agonisant de lointaine musique...\nOh ! soyons-nous dans le silence nostalgique...\n                                      H. V a n d e p u t t e .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-016", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Librairie de l’Art Indépendant, rue de C O L L E C T I O N DU", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 278, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 137, "fin_caractere_exclue": 6977, "texte": "Librairie de l’Art Indépendant, rue de\n                 C O L L E C T I O N DU “ RÉVEIL -\n\n            chez EDMOND DEMAN, libraire à Bruxelles\n\n\n\n\n                                                                                                                                         M. Kats, rue courte du Jour.\n\n\n\n\n                                                                                                                                           la Chaussée d’Antin, t i .\n                                   Rue d’Arenberg, 16\n\n\n\n\n                                                                                                                                         Gnusé, rue du Pont d'île.\n                                                                                                                                         Heyjnans, rue du Bruul.\n\n\n\n                                                                                                                                         Littauer, Odeonsplatz.\n                                       ONT PARU :\n1894— M a u r ic e M a e t e r l i n c k : Alladine et P alom ides, Interieur, la Mort\n                                           de Tintagiles, trois petits drames pour\n                                           marionettes. (Troisième Edition.)\n                                           Un volume in-i6 raisin sur fort papier\n                                           vélin teinté, orné de culs de lampe de\n\n\n\n\n                                                                                                                                                      :\n                                           Georges M in n e ...........................Fr. 3,50\n\n\n\n\n                                                                                                                                         MA LIN ES\n\n\n\n                                                                                                                                                                          MUNICH\n                                                                                                                                         LIÈGE :\n                                                                                                              DÉPOSITAIRES DU RECUEIL\n        F ernand R oussel :\n\n\n\n\n                                                                                                                                         PARIS :\n                                                                                                                                         GAND :\n                                            Le Bonheur Irréel.\n                                             Un volume de proses, in-16 grand-mé­\n                                             dian, avec un frontispice de Charles\n                                             Doudelct; tiré à 250 exemplaires nu­\n                                             mérotés sur papier de Hollande Van\n                                            G e ld e r ..................................... : Fr. 2,00\n\n1895 — E m i l e V e r h a e r e n :        Les Villages illusoires.\n                                            Un volum e de vers, in-16 grand-jésus,\n                                            tirage limité ; impression en deux cou­\n                                            leurs sur fort vélin teinté ; orné de qua­\n                                            tre images par Georges Minne. F r. 3,00                                                                        de\n                                                                                                                                                            1 l'Art 1, Avenue\n\n        H enry M au bel :                   Ames de Couleurs.\n                                            Un volume de proses, in-16 royal,\n                                                                                                                                        Doliger, Galeries de la Reine.\n                                                                                                                                        Deman, rue d’Arenberg, 16.\n\n\n\n\n                                            tirage limité, impression en deux cou­\n                                                                                                                                        Engelcke, rue des Foulons.\n\n\n\n                                            leurs, sur papier vergé de cuve Fr. 2,00\n                                                                                                                                        Hoste, rue des Champs.\n                                                                                                                                          la Toison d’Or, 56.\n                                                                                                                                        Forst, Place de Meir.\n\n\n\n\n                        VIENNENT DE PARAITRE :\n                                                                                                                                        Société anonyme <\n\n\n\n\n       V ic t o r R e m o u c h a m p s :   Vers l’Ame.\n                                            Un volum e de proses, in-16 impérial;\n                                            tiré à 350 exemplaires numérotés sur\n                                            papier de Hollande Van Gelder. Fr. 3,60\n\n       G eorges M arlow :                   L'Ame en E xil.\n                                            U n cahier de vers, in 12° raisin oblong,\n                                            tirage à 350 exemplaires numérotés,\n                                                                                                                                        BRU XELLES\n\n\n\n\n                                            sur papier de cuve Ingres teinté.\n                                                                                                                                        ANVERS :\n\n\n\n\n                                                                              Fr. 3.00\n                                            Paroles intimes.\n                                                                                                                                                                        GAND\n\n\n\n\n       L éon P a sc h a l\n                                            Un volum e de proses, tirage limité,\n                                            format in-160, sur papier de cuve\n                                            I n g r e s .......................................... Fr. 2.00\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-05-n17-017", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE DU NUM ÉRO DE MAI 1 8 9 5", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 279, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 372, "texte": "SOMMAIRE DU NUM ÉRO DE MAI 1 8 9 5\n\n\n\n\nCharles Delchevalerie . Un cas Littéraire\nAlbert Guequier. Chansons de novem bre et de Mai\nRichard Ledent . . . Atli.\nEmmanuël Delbousquet Diptyque\nAlfred Lavachery . . L 'Œ illet des Dunes\nCharles Guérin . . . Sonnets\nH. Van de Putte. . . Ténèbres\n\n\n\n\n    Gand, Imprimerie centrale G. De Keukelaere, rue longue du Verger, 31\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 234, "texte": "FLANDRE ET W A L L O N I E\n\n\n\n\n                                      L E REVEIL\nV° A N N ÉE N° 17 (n o u v . série)               MAI 1895\n                                             Ce numéro 0.50 C.\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "Voir le Sommaire à la quatrième page de\n            la couverture\n\n                     LE R É V E I L\n                         (FLANDRE               ET WALLONIE)\n\n     MENSUEL DE LITTÉRATURE ET D’ART\n                                     NOUVELLE SÉRIE\n\n  Paraît le dernier jour du mois en fascicules de\n                  48 ou 60 pages.\n\n\nSecrétaire d e la Rédaction : A l b e r t G u e q u i e r ( F r é d é r i c F r i c h e ) .\n  Comité de Rédaction : A l b e r t A r n a y , L u c i e n D e B u s s c h e r ,\nC h a r l e s D e l c h e v a l e r ie , Ma x   E lsk a m p,       P a u l G é r a r d y , E dmond\nG l e s e n e r , A l b e r t G u e q u ie r , R ic h a r d L e d e n t , M a u r ic e Ma e t e r ­\nl in c k ,   H e n r i M a u b e l , A l b e r t M o c k e l , P i e r r e M . O l in , E dm ond\nR a ssen fo sse,        H e n r i d e R é g n ie r , S t é p h a n e   R ic h e l l e , G r é g o ir e\nL e R o y , R o d r ig u e    S é r a s q u ie r , C h a r l e s   V an L e r b e r g h e ,   E m il e\nV erh a eren .\n\n\n\n                      Rédaction, Rue de la Roue, 5, Bruxelles.\n                  Administration, Rue Neuve St-Pierre, 71, Gand.\n\n\n\n              A b o n n e m e n t : un an 5 frs. (Étranger 6 francs.)\n\n                             LE NUMÉRO : 5 0               centimes.\n\n\n\n                          S É R IE DU R E C U E I L ;\n Ire A N N E E , 1891, (les Essais) un volume in-40 de\n          200 pages. (Quelques exemplaires) . . . . fr. 4 00\nIIe A N N É E , 1892, un volume in-8° raisin de 400 pages\n          P rix marqué fr. 5 (quelques exemplaires)\n          Prix majoré en raison de la rareté du volume                                        « 12 00\nIIIe A N N É E , 1893, un volume in-8° coquille de\n          400 p a g e s....................................................................... »6 00\nIV e A N N É E , 1894, un volume in-8° grand-médian\n          de 520 p a g e s ............................................................. »      6 00\n   L'année 1895 formera deux volumes in-8° de 300 pages chacun.\n\n\n L 'A d m in is tr a tio n r a c h è te ra it au p r i x f o r t des e x e m ­\n         p la ir e s en bon éta t des n 05 4 et 5 de 1892\n     ainsi que des nos 1 et 3 des E s s a i s (1891).\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "          UN CAS L I T T É R A I R E .\n\n\n   En attendant qu’il ait terminé la mise au net de son\nreportage italique, si nous parlions un peu de M. Zola ?\nNous nous sommes si bien habitués à entendre ce nom\nclamé par les mille trompettes de la réclame que,\nsemblables au meunier, dont le sommeil s’interrompt à\nl’instant où s’arrête le ronflement des meules, il nous\nparaît qu’il nous manque quelque chose dès que ses\ndeux syllabes colorées ne claironnent plus à nos\noreilles.\n   Pour parler de M. Zola, nous avons, d’ailleurs, de la\nressource. Si ses livres n’alimentent que la curiosité\nd’un mois sur douze, lui-même, par ses postulations au\nplus obscur strapontin vacant à l’Académie française\nest devenu depuis un lustre une « actualité » quasi-\npermanente.\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "216                       LE R ÉV EIL\n\n\n   Une élection a-t-elle lieu ? On dispute ses chances,\non s’égaie de son échec, on déplore son insistance, et\nplus d’un s’en indigne. Depuis longtemps, en effet, le\ncandidat, aussi perpétuel en son rôle que M. Camille\nDoucet l’était — hélas ! — dans le sien, devrait être\nfixé sur les intentions des vieillards dont il rêve\nl’accolade.\n   Il n’en est rien. Un « immortel » quelqu’il soit, vient-\nil à disparaître? Dans la quinzaine M. Zola quémande\nl’honneur de lui succéder. Il n’est pas difficile ; tous les\nfauteuils lui sont bons. Il se contentera de celui qu’on\nlui donnera, et se soumettra, pour pouvoir enfin s’y\n carrer, à toutes les compromettantes formalités d’intro­\nduction qui sont d’usage. Evincé une fois de plus, il\nne se rebutera pas encore. Il deviendra une sorte de\n Mendiant étrange et légendaire dont le périodique\nretour finira par halluciner les survivants de son\népoque. Cet homme est hanté. Si la mort le terrassait\nbrusquement, il se lèverait dans son agonie, et\ntendrait les bras dans la direction de la Coupole.\n\n                            ***\n    M. Zola veut être de l’Académie. Il a dit un jour :\n« Etant donné qu’en France il existe une Académie\nlittéraire, je dois en être ». Il a raison — la question\nde vanité mise à part — si ce qu’on appelle l’Académie\nfrançaise est le corps des quarante plus hautes noto­\nriétés de la plume et du verbe en France. Est-ce le cas?\nJ ’imagine que M. Zola a su à quoi s’en tenir avant\nmême d’avoir effectué ses premières visites. Pour être\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "                         M AI I 8 9 5                 21 7\n\n\nrevenu à une opinion si gracieusement irisée, il a dû\ntraverser une terrible crise d’amnésie.\n   Alors, quoi ? J ’estime pour ma part qu’il faut con­\nclure à une désastreuse manie sénile et que le mieux\nserait qu’on permît enfin à M. Zola d’entrer à l’Aca­\ndémie, par la petite porte ou par la grande ; il a prouvé\nqu’il n’est pas « regardant. » Qu’on abrège ce spectacle\net les commentaires qui s’ensuivent ; la dignité des\nlettres s’en trouvera bien.\n\n                           ***\n\n    Ce dénouement aurait, en ce moment même, une\n opportunité spéciale. En effet, pour les délicats, la\nseule raison d’être de l’association des Quarante est\n qu’une réception, de temps à autre, donne lieu à une\nrare et savoureuse fête d’éloquence Les discours de\nMM. de Hérédia et Bourget sont tout ce qu’on attend\nde leur rôle académique.\n    Or, dans ce corps dont tous les membres seront\nbientôt des cadets de M. Zola, deux vacances se sont\nproduites. MM. Duruy et de Lesseps sont morts, et\nl’auteur de Lourdes a aussitôt mis sous enveloppe, à\nl’adresse de M. le secrétaire perpétuel, deux exem­\nplaires de sa formule de sollicitation. M. Zola n’est pas\nde ceux qui pensent qu’il ne faut pas chasser deux\nlièvres à la fois. Il postule l’accès des deux fauteuils,\ns’il en rate un, il se rabattra sur l’autre. N’est-il pas\nurgent de mettre fin à ces expédients ?\n   D’autant plus que, je le répète, une bonne occasion\n se présente. Puisque-encore qu’il les ait bien méritées\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "2l 8\n\n\ntoutes les deux, M. Zola ne peut obtenir qu’une seule des\nstalles convoitées et, au reste, il faut reconnaître qu’il\nn’a jamais demandé davantage, pourquoi ne lui permet­\ntrait-on pas d’occuper celle qu’a délaissée M. de Lesseps?\nAu point de vue littéraire, cela n’engage à rien...\n                             ***\n   Je le dis sans aucune ironie : cette solution me paraît\nla meilleure et la plus rationnelle. Elle sauvegarde la\nréputation de M. Zola, qui menace de sombrer sous les\nquolibets. Elle permet d’envisager de nouveau sans\nacrimonie cette carrière qui, en définitive, fut féconde\nen œuvres probes et fortes. Elle fournit enfin à M. Zola\nle motif d’une bonne page de sa veine ordinaire, qui\nsera le tribut d’hommage habituel et son excuse per­\nsonnelle auprès des lettrés.\n   Je m’explique. Nul ne pouvait se figurer ce charpentier\ndes Ro ugon succédant à Taine et se servant, pour dis­\nséquer les sûres méthodes du maître, de l’outil inexact\net grossier de sa science fantaisiste. Sa rétine n’était\npoint faite non plus pour apprécier les chatoiements du\nlumineux langage et de la prismatique philosophie de\nRenan. D’autre part, il n’eût point dans son atelier\ntrouvé de balances pour y peser les rythmes d’un\nLeconte de Lisle. Et, malgré son humilité, j’aurais\ndéploré pour lui, — je le déplore bien plus pour M. de\nHérédia — qu’il fût affligé de la succession d’un M. de\nMazade.\n   Ce qu’on demandera au discours de M. Zola, ce ne\n sont point des vues littéraires, ce n’est ni le charme\n d’une dissertation athénienne, ni les lueurs d’une phrase\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "                         M AI 1 8 9 5                              219\n\n\nonduleuse et coruscante, c’est d’être une page épique,\nemportée dans le grand souffle de Germinal ou de la\n  Débâcle, une page où il y ait des remuements de foule,\ndes splendeurs et des désastres, et l’atmosphère de ce\nsecond Empire dont date M. Zola.\n    Il ne peut être question, n’est-ce pas, d’exalter la lit­\ntérature du grand Français? M. Zola pourra donc en\ncinquante pages, faire le roman de cet homme et de cette\ndestinée, montrer la popularité s’éprenant de ce nom,\ndécrire la bienheureuse entreprise de Suez, l’inaugura­\ntion du canal en une fête splendide, sous le soleil d’Egypte,\ndevant l’impératrice accourue. Puis, l’espoir du peuple\nrué vers les guichets du Panama, le rêve néfaste qui\namènera les pires catastrophes, les travaux impossibles,\nle roc qui résiste, les millions absorbés, la fraude ca­\nchant, jusqu’au parlement, les échecs qui se succèdent.\nEnfin les séances vengeresses, les journaux qui dénon­\n cent, le calvaire des assises, la condamnation, la re­\ntraite, la mort. Je crois encore qu’il n’y a personne dans\n les lettres françaises, pour traiter cette odyssée, cet\népique fiasco aussi largement que peut le faire M. Zola.\n    Cette phrase pourrait me dispenser de dire en finis­\nsant, que la mauvaise humeur de ces pages se réclame\n uniquement de la douteuse tenue littéraire de l’incri­\nminé. Fussé-je des quarante — éventualité heureu­\n sement absurde — il est probable même que, dans\n l’espèce, je me croirais un devoir de mansuétude et de\njustice à remplir : celui de permettre, sinon d’offrir à\n M. Zola ce dernier triomphe. Il s’est tant humilié et de\n si bonne grâce, qu’on lui doit bien cette compensation.\n                             C h a r l e s D e l c h e v a l e r ie .\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": "220                   LE RÉVEIL\n\n\n\n\n      CHANSONS DE NOVEMBRE ET DE MAI\n\n\n                           I.\n\n\nUn soir de novembre où- la rivière\nS’était mirée en des robes plus mièvres,\nLes folles filles d’autrefois\nEn passant m'ont toutes parlé à la fois.\n\nElles sourient et passent — je les mets en fu ite ? —\nElles ont cueilli, pour leurs cheveux, les marguerites ;\nToutes les marguerites d'autrefois\nCuvaient embaumé le sentier des bois.\n\n Mais parmi les berges où le vent tremble\nLes grands flots d'hiver se sont tous enfuis ensemble.\n\nTous les flots verts et bleus, les flots à la dérive\nOnt emporté mon âme au fil de l’eau comme un navire.\n"}, {"page_pdf": 242, "texte": "                     M AI 1 8 9 5                 221\n\n\n\n\n                           II\n\n\nLes feuilles des grands platanes\nSont toutes tombées ce matin.\nOn dirait qu’un vent lointain\nEffeuille mon cœur sur la route pâle.\nLa route allongée entre les vieux arbres,\n Regarde au loin pour les voir approcher.\n— Est-il des coins de mousse et d'arbres\nE t des coins d’ombre, sous les clochers?\nVole, vole, mon cœur s'envole!\nComme il est tard ! — frère, dormez-vous ?\nQuels voyageurs tout autour de nous\nSe hâtent et s’éloignent en départs frivoles.\nUn enfant a chanté de vieux airs sur la route.\n Mais le vent siffle fo rt et les feuilles s’en vont;\nLe soir dans la rivière, s’en vont, tombent toutes\nE t fo n t un petit sillage profond.\nLes feuilles des platanes et les feuilles des hêtres\nSont toutes tombées : les voici,\nIl y avait des fleurs secrètes, —\nN ous n'avons pas su les trouver, peut-être\nParmi les bois de ce pays.\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": " 222                       L E R ÉV EIL\n\n\n\n\n                            III\n\n II fa it grand vent dessus la plaine\n Soufflez, le vent — moulins, tournez en tempête,\n E t criez, tournez sur vos grands essieux\n Criez que l'hiver est descendu des deux.\nLes deux sont brisés et mêlés, ils tombent,\n Ils ont rebondi par dessus ma maison.\nLa bûche au fe u siffle et dans les tisons\n Voici un ancien amour qui frissonne.\nHiver, hiver, déjà de retour !\nFeuilles rouges, et roseaux des berges et des tours\nSe sont noircis dans le vent qui se lève.\nOn en fit des jonchées, un jour de fête\n— C’était, aux villages où jadis nous passions,\nUn jour d’orgues et de grandes processions.\n Y a-t-il eu des fleurs vraiment ?\n— Oui, souviens-toi, nous les trouvions belles :\nA ubépine et jasmin blanc,\nN ous en cueillions des bouquets dans les haies\n Mais je ne sais pas, refleuriront-elles au printemps ?..\nHiver qui souffles dans la plaine\nTour toujours, je crois, tu rends furieux,\nLes moulins tournoyants qui heurtent les deux !\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": ""}, {"page_pdf": 245, "texte": ""}, {"page_pdf": 246, "texte": "                        MAI 1895                            223\n\n\n\n\n                            IV\n\n A u bord de l'eau, dans le tranquille été\nVers la maison qui attend sous les branches\nUn ciel de dimanche\nT a vue passer\nHêtres noirs au bord des sources\nE t pelouses de jeune lin, —\nDe feuilles arrachées tu frappais mes mains\nE t ta bouche.\nLe soir tremblait dans les eaux\nQuand tu dénouas ta chevelure,\nLa nuit regardait et une à une\nDes étoiles ont fleuri les roseaux.\nN uit chère, silence, et croire encore !\nUn parfum s’éveille au bout du chemin :\nC’est l'aubépine d'hier et puis c’est le jasmin,\nE t l’odeur de tes cheveux sombres !\n\n                                     A l b e r t G u e q u ie r .\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "2 24                            L E R É V E IL\n\n\n\n\n                             A T L I (*)\n\n                    (P IÈ C E EN 3 SC È N E S.)\n\n\n                   à M M A l b é r i c M a g n a rd et G uy R o p a r t z\n                                    en bon Souvenir.\n\n\n                             S C È N E I.\n\n   La flotte victorieuse retourne au pays d'où elle\npartit à la conquête de terres révélatrices. Sur l’un des\nnavires sont réunis les poètes et les principaux guer­\nriers. Un bâteau quelque peu isolé des autres, s’avance\nmorne et solennel : il porte le corps d’Atli-le-Héros.\n                      L e s P o è t e s chantent tour à tour :\nVole la joie sur la mer,\nvole la joie sur la terre\njusqu’au bout du royaume !\nO Reine, que tes yeux noirs\nqui vinrent illuminer nos âmes pour le départ,\nlaissent flotter des clartés autour de notre joie,\n\n  (*) D ’un livre à paraître.\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                        M AI   18 95                 225\n\ncar nous sommes les vainqueurs de la mort\net nous pûmes,\ndans les pays que notre audace nous révéla,\nconquérir l’or d’un peuple et maîtriser un monde !\nIls sont là tes guerriers cherchant dans les cordages,\nles éclairs que tes yeux leur jetaient au passage,\n— guerriers farouches qu’un signe de Toi faisait enfants—\nSache tes mots qui jadis pénétrèrent dans leur cœur :\n« Allez, le ciel là-bas ne clôture pas la mer.\nLe soleil vit et meurt dans les flots qui s’insurgent.\nJe devine en la nuit qui m’entoure et m’enserre,\ndes horizons nouveaux et des villes lumineuses.\nAllez ! Dans vos navires, entassez vos cohortes\net le guerrier qu’un jour heureux fera héros,\nsera le possesseur que ma chair attendra.\nMon lit sera son lit, mes baisers son butin...\nAllez dans vos navires entasser vos cohortes ! »\nEt les doux chanteurs de la terre\ns’en allèrent aussi sur la mer...\nNous vîmes des rivières sanglantes,\ndes palais où clamait la terreur des esclaves,\n des plaines où s’entassait le silence des vaincus.\n Et nous, les doux chanteurs des aurores printanières,\nnos corps enveloppés dans les flammes et le sang,\n nous sûmes parmi les cris et les fanfares de fête,\n jeter un chant d’amour et de pitié ardente.\n Nos cœurs ont des décors émouvants et tragiques.\n Regardez le navire que nous semblons traîner...\n Parais Atli !... O toi, dont les yeux fascinaient\n comme les eaux bleues du lac emprisonnant le ciel,\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "                        LE RÉVEIL\n\n\ntu vis en des yeux conquérants\nla profondeur d’un rêve !\nEt des vastes fenêtres, arrachant les tentures\nqui cachaient les fureurs souveraines de la mer,\ntu crias aux guerriers heureux et frisonnants :\n— Entendez-vous ? La Reine a parlé comme un dieu.\nJe serai riche, vous serez riches de mille victoires,\nmais je serai, guerriers, le roi de vos courages\net je dis à la Reine en étendant la main :\nTon lit sera mon lit, tes baisers mon butin.\nLes guerriers exaltés se ruèrent sur les portes\net sur l’heure, les navires emportèrent leurs cohortes.\nAtli chanta :\nVers les villes merveilleuses que la Reine a rêvées,\nje conduirai vos destinées.\nLa nuit, là-bas, n’est plus la nuit qui règne,\nc’est le jour qui éclate et qui nous montrera\ndes palais d’or pareils à des soleils immenses.\nVous aurez tout : plaines, forêts infinies,\nciel infini qu’au loin la mer seule bornera\net moi, je reviendrai vers ce pays et ce château\noù des formes blanches paraissent agiter des signaux.\nEt seul, dans la nuit claire propice à mon retour,\nje boirai les baisers qui pleuvront sur mes lèvres.\nAtli est mort...\nJ ’ai vu son sang dans la prairie,\nj’ai vu son sang rougir les fleurs\net les oiseaux alors ont tu leurs chants légers.\n Ma voix, ma voix mourut avec Atli\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                       m ai   1895                   2 27\n\n\n\n\ncar devant la beauté de sa face glorieuse,\nimmobile et pâle sous ses longs cheveux,\no quel chanteur, eût-il lui-même la voix d’un dieu\npour célébrer la mort stupéfiante et dure,\neût pu chanter devant la foule qui gémissait?\nJ ’ai lacéré ma robe et meurtri ma poitrine\net comme l’enfant parmi les vignes\nqui presse le lourd raisin\nafin de contempler le jus sacré des grappes,\nj’ai levé mes doigts vers le ciel\nchauds du sang précieux qu’ils prenaient au héros\net j’ai dit : C’est le sang lustral\nque le calice des sacrifices doit recueillir...\nAtli, ton sang bouillonne dans le ciboire pieux,\nc’est comme ta jeunesse à travers la plaine\nqui veut courir, pousser le joyeux cri de vie!...\nDispersons-nous aux carrefours des routes\net sur nos fronts, mettons un peu de sang,\nle sang d’Atli, le sang très pur et très vaillant.\nNous chanterons l’orgueil et le mystère des soirs\net le départ vers l’inconnu fascinateur ;\nla splendeur du palais et, dominant la foule,\nla Reine qui souriait en nous donnant ses yeux ;\nles guerriers oublieux des caresses des amantes\nqui penchés sur les mâts, restaient silencieux\net regardaient la Reine que la rive emportait ;\nles lendemains vibrants noyés de folle lumière\net la mort que narguaient les grands rires d’allégresse.\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "228                    LE RÉV EIL\n\n\n Nous chanterons l’angoisse des cieux noirs en révolte,\nles flots hurleurs fuyant la rive tumultueux ;\nla terre qui déployait ses floraisons ardentes\njusqu’aux montagnes perdues au loin dans le soleil.\nNous dirons — o merveille de nos croyances naïves! —\nla très réelle beauté de nos songes qui vécurent :\nFleuves remplis d’azur,\nfleuves remplis d’étoiles,\ntraînant l’éternité des soirs et des matins.\nOisiveté des barques\npavoisées d’écarlate\nqui laissaient dans l’eau molle un sillage de pourpre.\nMusique insoupçonnée\ndont l’ardeur séductive\nn’avait pas la fureur d’impérieux buccins.\nVilles de charme, de lumière,\nd’agate et de béryl,\non aurait pu former d’artificiels liquides\navec les pierres étranges que des bouches parfumées\nnous firent connaître avec la douceur de leurs noms.\nOn aurait pu former des lacs, des lacs de feu\njetant vers le soleil des rayons fabuleux.\nVilles de charme, de lumière\nbâties au fond des cieux\ntelles les cités royales que la mort nous promet,\nnous tournons vers tes tours, tes palais, tes jardins,\nnos yeux extasiés comme un hommage lointain.\n Atli est mort...\n Fier d’un rêve, il partit\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                          M AI 1 8 9 5                  2 39\n\net sur vos fronts, guerriers, il posa l’or conquis\nen des couronnes éblouissantes.\nVos doigts furent annelés des splendeurs que les femmes\nfaisaient briller à leurs mains pâles\net des étoffes soyeuses couvrirent vos manteaux rudes.\nGardant l’accoutrement primitif du départ,\nAtli, homme seul et vrai, n’adora que son rêve,\nles trésors amassés autour de vos misères\nne firent pas tressaillir le calme de sa face.\nLe cœur d’Atli était comme l’herbe des pelouses,\naccueillante au repos d’un corps majestueux\net le héros semblait, dans son royaume intime,\nne voir que la promesse qui parlait à ses yeux.\nPromesse bénie, promesse loyale et solennelle !\n— Mon lit sera ton lit, mes baisers ton butin —\nPromesse d’émoi où s’agitaient en ronde aimée\nles voluptés des chairs au soleil de la vie !\n                         Tous les poètes chantent tournés\n                            vers le navire qui porte le\n                            corps d’Atli.\n O vainqueur endormi sous les blancs étendards\nque ton bras emporta jadis avec le glaive !\n Tu luttas pour toi-même\n et donnas chaque jour un peu de vie au rêve...\n O guerrier tout couvert de langes enfantins\n qu’un dieu fit héroïque avec une âme d’oiseau,\n n’étais-tu pas un frère aux célestes jardins\n de nos cœurs qui comprennent le tremblement des\n                                                 [feuilles ?\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "230                      L E RÉV EIL\n\n\nO toi, chantre égaré parmi les chocs de fer,\nqui vécus pour l’amour de la Beauté palpable,\nn’avais-tu pas comme nous l’orgueil de l’irréel ?\nTa voix, ta voix, Atli, devait chanter Je ciel.\n                          A u m ilieu d ’eu x su rg it O rlof.\n                          O rlof\n\nMauvais chanteurs, brisez vos lyres,\n l’épopée est finie et ce navire funèbre\nramène Atli sanglant sous les blancs étendards.\n La Reine vers qui nos vœux s’élancent comme des\n                                             [coursiers,\nregardera nos faces où rayonne la Victoire.\nLa Reine verra mon glaive lourd du sang des vaincus,\nla Reine verra mes yeux qui commandèrent les foules,\nsa main prendra ma main et je serais l’Elu.\nEcoutez... Que vos lyres se brisent et soient maudites\nsi vous chantez Atli dont les exploits sont morts !\n                           U ne ligne im m ense se dessine\n                             à l’horizon.\n                  L e s V ig ie s   criant\nTerre! Terre!\n                         O rlof\n\nEcoutez-moi, chanteurs des immortels combats,\nprêtres des cieux anciens qui surgiront bientôt...\nCélébrez ma Conquête et créez l’auréole\nque ma posture hautaine portera vers la Reine\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "                         M AI 1 8 9 5                     231\n\n\n\net l’écho, sur la grève, attentif à vos voix,\ndira : Courbez vos fronts devant le guerrier roi !\n                       L e s V ig ie s\n\nTerre! Terre!\nLevez vos boucliers et saluez la terre !\n                            Grand tumulte sur le navire.\n                   U n P o è t e à Orlof\n\nNous chanterons ce que nos voix voudront chanter,\nnous ne sommes pas, Orlof, les esclaves du désir\net nous magnifions les songes grandioses\nque dans l’air, librement, nous contemplons vivants !\n                       L e s V ig ie s\n\nTerre! Terre!\n                       Les poètes se pressent sur l’avant\n                         du bâteau.\n                      L e s P0ÈTE6\n\nVole la joie sur la mer,\nVole la joie sur la terre\njusqu’au bout du royaume !\nO Reine, que tes yeux noirs\nqui vinrent illuminer nos âmes pour le départ,\nlaissent flotter des clartés autour de notre joie\ncar nous sommes les vainqueurs de la mort\net nous pûmes,\n                                                     16\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "232                    LE R É V E IL\n\n\ndans les pays que notre audace nous révéla,\nconquérir l’or d’un peuple et maîtriser un monde !\n                     La terre, de plus en plus, devient\n                       visible et l'on découvre la foule\n                       qui pousse de joyeuses et colos­\n                       sales clameurs.\n     Liège, 1895.\n                                       R ic h a r d L e d e n t .\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "                         MAI 1 8 9 5                   233\n\n\n\n\n                    D IP T Y Q U E\n\n                          POSER\n\n\n\n                             I.\n\nTon doigt si toujours doux ! cerclé de claire opale\n(oh l’ongle rose, v if pétale épanoui !)\nque mes y e u x suivent en un rêve évanoui,\nvient, d'un lent vol frô ler mon fro n t de veilles pâles.\nL ’heure est morte. L ’huile embaumée éloigne encore\nd’un orbe où vit l’âme d’azur de la lumière\nl’ombre bleuie, un peu, des choses coutumières,\nadoucissant l’éclat chanteur de tes y e u x d’or.\nE t ta voix tombe, tel un son de harpe molle\npour convier mon être aux extases plus sûres...\net le silence est mélodieux de tes paroles...\nOh le poème ! qu’on n’écrit en verbes ternes\nvibrant dans les sanglots des hautaines luxures —\naux sourires fleuris que ton regard décerne !\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "234                    L E R ÉV EIL\n\n\n\n\n                           II.\n\n                     Ces glaces tant de fois belles de ta présence.\n                                            A ndré Ch é n ie r .\n\nUn au-delà mystérieux de rives vagues\ns'étoile des clartés endormeuses des lampes —\nmiroirs où meurt un soir de très vieilles estampes\ndéchiré du scintil froid et clair de tes bagues.\nC'est l'eau morte où vivait ta beauté — qui sans vagues\nreflète l'impudeur de nos poses qui rampent,\nl’éploiement des cheveux où nos désirs se trempent —\net mire la folie de nos y e u x qui divaguent.\nC 'est le splendide ennui du vide inexorable,\nquand ce miroir n’est pas fleuri de ta paresse :\nun vide affreux ! heurté de mes y e u x misérables —\nEt, sur les lampes d’or stigmatisant les g uivres\nauréolant le clair Péché de nos caresses,\nj ’y contemple sans fin ce mensonge qu’est vivre !\n                          E m m anuel D e lb o u sq u e t.\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "                            MAI 1895                    235\n\n\n\n\n          L’Œ IL L E T D E S D U N E S (*)\n\n   L’aquarelliste était allé terminer ses malles et rentrait\nau Kursaal, suivi de sa femme et de sa fille. Il chercha\ndes yeux Madame Van Ormen et vint s’asseoir devant\nnous, sur le banc que José avait laissé libre; puis, ayant\ntiré sa pipe, il se mit à la bourrer lentement, en se tour­\nnant à demi vers la mer. Madame Van Ormen achevait\nsa cigarette, dont le feu, par moments, éclairait sa figure.\nJe surpris en ses regards une sorte d’hésitation, comme\nsi, placé entre les deux hommes sur lesquels s’était égale­\nment exercée sa puissance, elle n’eût plus su auquel s’en\nprendre pour le moment, sans que l’un ou l’autre\nl’accusât de coquetterie. Elle se tira d’affaire en allant\nrejoindre sa mère et ses sœurs. Resté seul avec moi,\n Cornelis, par contenance, fit mine de regarder quelques\n instants encore la mer; après quoi, je le vis se lever,\n remettre sa pipe en poche et, tout en fredonnant la\n barcarolle de Radoux :\n                    Dites, la jeune belle,\n                    Où voulez-vous aller?\n\nmanœuvrer pour se rapprocher du groupe des femmes.\n— Que m’importait-il de savoir ce qu’il allait dire à\n  (*) V o ir n° d’avril, page 190\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "236                      L E RÉV EIL\n\n\nMadame Van Ormen et ce qu’elle lui répondrait? Pour­\nquoi, d’un autre côté, m’attardais-je sur ce banc où\nj’avais l’air d’être en pénitence? Je me levai à mon tour\net me dirigeai vers l’escalier. Dès mes premiers pas,\nMadame Van Ormen quitta sa mère et, venant me\nprendre par la main : — Maman me fait remarquer\nqu’elle ne vous a pas été présentée, fit-elle...\n   — C’eût été à moi à prévenir le désir de Madame\nBéraud, interrompis-je; mais, ne sachant pas si l’on\nconnaissait mon nom...\n   Elle se contenta de sourire et, m’amenant devant sa\nmère et ses sœurs, fit les présentations en bonne et due\nforme. Très contente ensuite d’avoir pu, sans porter\nombrage à Cornelis, me montrer que je restais l’objet de\nses attentions, elle me prit pour arbitre dans une discus­\nsion qu’elle avait entamée avec l’aquarelliste et José,\neux prétendant que des fleurs, dont un gros bouquet\ndéposé sur la table avait attiré leur attention, prove­\nnaient d’un jardin abandonné, elle affirmant qu’elles\nétaient sauvages.\n   — Toutes les fleurs évidemment ont commencé par\nl’être, fit José ; et vous-même, madame Van Ormen,\nbien que, depuis, vous soyez devenu une des plus jolies.\n   — Ah ! décidément, vous êtes très poétique, ce soir...\n   A ce ton détaché, il était évident qu’elle ne tenait\nguère à une admiration qui s’évaporait en paroles.\n   — Allons, maman ! fit l’aînée des demoiselles Béraud\nen donnant le signal du départ.\n   Nous les reconduisîmes jusqu’à leur voiture qui\nstationnait sur la chaussée aboutissant à la plage et, de\nlà, les ayant vues partir, nous revînmes vers le Kursaal\nen longeant lentement le bord de la mer.\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "                         MAI 18 9 5                     237\n\n\n\n\n   La nuit était charmante et d’une sérénité qui me\nportait à un attendrissement sentimental, auquel je\ncompris cependant que la présence de Madame Van\n Ormen n’était pas étrangère, et la question se dressa\ndevant moi, précise et impérieuse : — Que lui veux-tu?\nAussi bien n’était-ce pas la première fois que je me la\nposais; mais, jusqu’ici, j’étais parvenu à l’éluder, les\nmouvements de nature assez complexe qu’excitait en\nmoi la jeune femme ne s’étant pas encore imposés à mon\nattention avec la même autorité. M’étais-je donc, à\ntrente-cinq ans, laissé prendre comme un tout jeune\nhomme? Et, en demeurant dans un cercle d’attraction\ndont je sentais qu’il me deviendrait bientôt impossible\nde sortir, voulais-je me faire aimer d’elle ou jouais-je le\njeu dangereux de braver mon cœur ?\n   On parlait autour de moi. Les voix rieuses semblaient\nrebondir au bruit monotone des flots battant la plage,\net, parfois, reconnaissant celle de Madame Van Ormen,\nun frémissement secouait mes nerfs, tandis que, de mes\nregards avides, je cherchais la silhouette de la jeune\nfemme pour les y reposer, dans la molle sérénité de la\nnuit nuptiale. Tantôt, j’étais heureux qu’elle ne fit pas\nattention à moi ; l’instant d’après, je lui en voulais de\nme préférer ce Cornelis, ce José, — car c’était avec\neux qu’elle bavardait, — me laissant à Madame Leemans\net à la femme de l’aquarelliste qui tous deux, d’une\nvoix où je percevais des bâillements réprimés, me\nfaisaient part en brefs épiphonèmes de leurs idées sur\nDieu, le ciel, la vie future....\n   Et pourtant, les entendant, au travers de mes pensées\nmoroses, parler de ces très vieilles idées qui, elles aussi,\n sont en train de s’en aller avec les autres, mais, somme\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "238                       LE RÉV EIL\n\n\ntoute, grâce auxquelles, — en attendant mieux, — nous\nne tuons pas, nous ne volons pas et quelques-uns d’entre\nnous se font même scrupule de prendre la femme de\nleur prochain, je formais la résolution de quitter\nLa Panne.\n                    — Dites la jeune belle,\n                    Où voulez-vous aller ?\n                    L a voile étend son aile ;\n                    L a brise va souffler.\n\n  A plein gosier, Cornelis jeta ce couplet au silence\nqui en frémit, puis ce fut autour de José, enfin sa voix,\nde même, s’éleva pour dire la chanson de Fortunio :\n              Si vous croyez que je vais dire....\n\net doucement les sons montaient, semblant planer un\ninstant pour venir à moi, — à moi seul par dessus la\ntête des deux autres....\n   Le lendemain matin, j’étais décidé à partir pour\nDunkerque. Je parlai de mon projet pendant le déjeuner\net Madame Leemans, me regardant avec quelque\nhésitation : — Il y a trois ou quatre jours que je me\nproposais de faire le voyage avec José, me dit-elle; je\nl’ai toujours remis par crainte de la fatigue....\n   — Dis la vérité, maman, interrompit son fils ; parce\nque tu avais peur de t’ennuyer en ma compagnie.\n   — José ! José ! murmura Madame Leemans.\n   — Voulez-vous accepter la mienne, lui demandai-je.\nNous reconduirons les Cornelis à la gare d’Adinkerke\net, tandis qu’ils s’en retourneront à Bruxelles, nous\nprendrons le train qui suit, je crois, le leur de quelques\nminutes.\n    Bien que j’eusse pris la résolution d’aller à Dunkerque\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "                         M AI 1 8 9 5                  239\n\n\n\npour rompre le charme qu’exerçait sur moi Madame\nVan Ormen, il y avait, dans la proposition que je\nfaisais à Madame Leemans, l’arrière-pensée qu’elle\nparlerait de notre excursion à la jeune femme qui\ndemanderait à en faire partie. Et c’est ce qui eut lieu,\nen effet. Elle entra avec les Cornelis et battit des\nmains, lorsque Madame Leemans lui parla du complot\nque nous avions formé de l’enlever.\n    — Au grand art de la peinture à l’eau ! ajouta José.\n    — Nous aurons ainsi le plaisir de vous conduire à la\n gare, fit Madame Van Ormen en se tournant vers\n Cornelis.\n    — Permettez ! lui répondit l’aquarelliste assez sèche­\n ment ; si vous allez à Dunkerque, le plaisir de nous\n conduire n’est qu’accessoire.\n    — Là ! s’écria José ; ne voudrait-il pas nous empêcher\n d’aller à Dunkerque ! Je proteste ! C’est de la tyrannie !\n    — Je n’empêche rien ; seulement, Je constate.\n    — Monsieur Cornelis est triste de nous quitter,\n intervint Madame Leemans ; et, plutôt que de lui cher­\n cher querelle, nous devrions le remercier de ses sentiments\n à notre égard. Pour moi, je regrette sincèrement qu’il\n ne puisse nous accompagner.\n     — Nous regrettons tous son départ, reprit Madame\n  Van Ormen ; moi surtout, que vais-je faire lorsque vous\n  ne serez plus là? continua-t-elle en le regardant avec\n  un sourire où elle mit toute sa caressante puissance de\n  séduction.\n     Nous embarquâmes les Cornelis. L’aquarelliste et\n  Madame Van Ormen, se serrèrent la main et, à peine le\n  train se fut-il mis en marche, que la jeune femme, déli­\n  bérément, tourna le dos à la portière où il me parut que\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "240                      LE RÉV EIL\n\n\nCornelis s’attardait avec l’intention de la retenir.\n   En attendant l’arrivée du train que nous devions\nprendre, on nous fit rentrer dans la salle d’attente que\ntraversèrent bientôt les voyageurs qu’il transportait,\nle plus grand nombre pour passer par le bureau de la\ndouane, quelques uns seulement parvenus à destination.\nParmi ceux-ci, je vis deux dames se rapprocher avec\nvivacité de Madame Van Ormen.\n   — Comment, toi ici? Par quel hasard? Mais nous\narrivons précisément pour te voir...\n   Oh ! le regard deçu que leur jeta la jeune femme\nforcée de renoncer à son voyage.\n   — Mes cousines, fit-elle en nous les présentant ; et,\ncomme on nous appelait pour entrer en wagon, hâtive­\nment elle nous serra la main et je vis deux larmes piquer\nde points brillants la nacre de ses yeux et, sur eux,\ns’abaisser soudain ses paupières aux longs cils.\n   C’est, autour du train, à chaque arrêt, un va et-vient\nprécipité de cornettes blanches, sous lesquelles, rou­\ngeaudes ou fanées, on entrevoit des figures de femmes ;\nou, sous la casquette ronde à visière plate, des visages\nde garçon de vingt ans, — pêcheurs qui vont s’engager\nà Dunkerque ou qui, revenus d’une campagne en mer,\nvisitent de village en village des amis et connaissances ;\net, ajoutés à la vue inaccoutumée pour moi de ces\npersonnages, les noms des gares qui me sont inconnus :\nGhyvelde, Zuydcote, Rosendael, La Tente-Verte, me\ndonnent la vive impression des lointains voyages, de ces\ndéparts pour l’au-delà des océans toujours idéalisés dans\nl’imagination des gens casaniers et attachés au piquet\nde leurs occupations sédentaires.\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "                        M AI   1895                    241\n   Une gare où les files de wagons se massent sur des\nécheveaux de voies, avec, par ci par là, des écriteaux\nqui nous refont toute la géographie des départements\ndu Nord ; du monde qui part, du monde qui arrive et,\ndans la foule, des employés en sarrau bleu, la casquette\nplate à broderie d’argent sur des visages à moustaches\nnoires ; peu de bruit, une discipline qui ne hurle ni ne\nmenace : nous sommes au plaisant pays de France.\n   Nous sortons et, devant nous, une partie de Dunkerque\napparaît, — d’un blanc passé au gris, — vastes entre­\npôts, usines qui fument, ponts, canaux et toits rouges\nou bleus au dessus desquels, en légères dentelles noires,\nse profilent des mâts, des vergues et des cordages.\n   Nous nous dirigeons vers la ville. Assez petites, en\ngénéral, et la plupart gardant cet air fermé, caractéris­\ntique d’habitudes provinciales, les maisons ont des\ncouleurs ternies par la fumée et la poussière du sol ; on\ndirait qu’il s’y est déposé à la longue, en couche très\nlégère, une patine bitumineuse donnant à leurs façades\nun peu de ces teintes dorées qu’ont les bois de manœuvre\net les câbles. En des coins, la pierre jaune qui a servi à\nles construire et à laquelle s’est attachée cette buée\ngrasse, rappelle invinciblement les coques des vieilles\nbarques de pêche. Une odeur de marine, dont l’air est\npartout imprégné, aide d’ailleurs à la comparaison.\n   Sur la grand’place, à l’un des angles de laquelle,\nséparée en deux par le tracé d’une rue, s’élève l’église\nde St-Eloi, restée temple seulement par sa nef, devenue\npar sa tour beffroi communal, les magasins, d’apparence\ntrès simple, s’ouvrent par d’étroites portes sans seuils\nde plain pied avec le pavé. Au centre, entre deux\nréductions de mâts de vaisseaux garnis de vergues et de\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "243                     LE RÉV EIL\n\n\ncordages, une noire statue, — un Jean Bart, écrasé sous\nle faix du grand chapeau à plumes Lous XIV, botté, au\ncorps maigre, à la face trop longue, commande un de\nces abordages qui lui ont valu d’être là, — si mal d’ail­\nleurs, — coulé en bronze. Cependant, au pied du\ncorsaire figé en une pose qu’ont imitée tous les dessus\nde pendules, au milieu de ces logis évoquant des images\nd’antiques et humbles négoces, un tramway met une\nnote moderne de vie moins enfermée.\n   De la gare, il conduit à la plage de Malo, traversant,\naprès la ville, des fortifications, des ponts-levis et des\nesplanades qui, brusquement, jettent, dans ce décor\nembastillé, une gaîté de gazons verdoyants et d’allées\nd’arbres. Là, au débouché des portes, appuyés contre\nles barrières qui dominent les fossés, deux petits soldats\nde la ligne font sentinelle, si peu importuns aux passants\net si insoucieux de la manière dont se porte un fusil !\nD’autres ont établi un bivac : on les aperçoit vêtus de\ntoile grise, — les armes en faisceaux vers le fond de la\nplaine — couchés par groupes dans l’herbe que bleuit\nune brume de soleil ; d’autres encore, de l’artillerie ou\ndu train, conduisent quelque fourgon, en levant, sur\nl’attelage qui se mutine au passage du tram, leur bras\narmé du fouet à manche court, à longue lanière.\n   Une blancheur diffuse, réverbérée du sol sablonneux,\nde toiles, de murs peints à la chaux, du ciel même et du\nsoleil brillant à travers les matinales vapeurs marines,\net, dans cette clarté laiteuse, éclatant, le rouge aux\nbriques des villas, le brun-clair à leurs balcons et à leurs\nfaîtages, le bleu aux boiseries et aux bâches rayées des\nboutiques, c’est la première impression que produit\nMalo à l’arrivée. Et, lorsqu’on s’est promené sur la\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "                          M AI 18 9 5                     243\n\ndigue surplombant presque une plage étroite, en forme\nd’un fer à cheval, dont l’une des pointes s’arrête sur la\ngauche à un cap surmonté d’un phare et l’autre, sur la\ndroite, se perd vers Braydunes en des écroulements de\nsables remués pour des bâtisses prochaines, on se prend\nà comparer ces constructions, qui, sous l’immensité des\ncieux, paraissent si petites, à des jouets d’enfants qu’une\nmain a posés là et viendra reprendre quand le jeu aura\ncessé. Quand on se souvient alors du Dunkerque com­\nmerçant et militaire que l’on a traversé, Malo semble une\njolie enluminure éphémère en marge d’un livre de\ncaisse ou d’un registre matricule.\n   Nous nous installons pour diner sur une terrasse de\nrestaurant élevée, d’où nous voyons la plage à l’heure\ndu bain, en un éloignement suffisant pour que l’ensem­\nble seul nous apparaisse, sans le détail, parfois ridicule,\ndes ossatures et des embonpoints des baigneurs. La mer,\naux longues et calmes ondulations sur lesquelles rit le\nsoleil, harmonise leurs teintes pâles avec les cabines\nrayes blanc et bleu, et sur cette fine et délicate aquarelle\nqu’encadre l’azur doux du ciel, le regard caressé se\nrepose et mollement entraîne l’esprit en des rêveries\nd’une tranquille et lénifiante indécision.\n   Et c’est encore, devant moi, un jeune prêtre, autour\nduquel, en des attentions respectueuses de son caractère\nsacré et inquiètes de sa santé peut-être, sa sœur et son\nbeau-frère s’empressent avec des questions tendres, les\nmêmes mots presque et les mêmes intonations qu’en\ns’adressant à leurs enfants.\n   De tout cela, — et des jolis officiers qui, là-bas, passent\nà cheval sur la plage, un éclair sur chacune de leurs\nbroderies d’or, et des Vingt-huit jours dont je vois ,\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "244                      LE RÉV EIL\n\nderrière les sables éboulés, disparaître les files en longue\ncapote bleue, d’où dépassent deux bouts de pantalons\nrouges et sur laquelle appuie une ligne nette de bois\nbrun et d’acier bruni, — ma songerie se fait très\nétrangère, très française, tout à fait oublieuse de l’en­\nfant gâtée que j’ai laissée ce matin dans la gare d’Adin­\nkerke, le cœur gros et incapable de me dérober les\nlarmes soudaines qu’ont fait monter à ses yeux le dépit\net la tristesse.\n   — Enfant gâtée, simplement. Ce sont les mots qui\nrésument tout ce que Madame Leemans m’a dit encore\nde la jeune femme ; et, comme nous revenons, tandis\nque le train file à travers les dunes et que je vois fuir\ndes lapins troussant affolés leur petite queue blanche,\nou bien, s’essorant brusquement d’un buisson d’argou­\nsier, un épervier aux aîles en forme de faux, je sens au\ncœur une joie, qui n’est pas uniquement, celle de ren­\ntrer dans la paisible retraite que j’ai choisie pour mes\nvacances.\n\n   Je l’aperçus avec ses enfants et leur bonne. Le soleil\nqui se couchait dans une gloire de feux rouges et de\nlégères nuées où se réverbéraient ses rayons d’or,\néclairait le groupe dont il prolongeait les ombres sur la\nplage au loin déserte. C’était la première fois que je la\nvoyais, sans qu’il y eût autour d’elle des personnes qui,\npar leur présence, excitaient sa vivacité et son amabilité\ntoujours prêtes, et, sur ses traits, une expression, que\nje ne lui connaissais pas, de réflexion et de gravité,\ncomme, dans sa marche, une lenteur nonchalante et\n posée, lui donnaient une grâce nouvelle, plus sérieuse,\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "                                                        345\n\n adorablement en harmonie avec la solennelle poésie de\n l’heure.\n    Je crus qu’elle allait se plaindre de n’avoir pu nous\n suivre, mais il n’en fut rien et, reprenant aussitôt ses\n habituelles façons de bonne humeur, elle me dit qu’elle\n avait fait les honneurs de La Panne à ses deux cousines\n et que, s’étant promenée autant que si elle nous eût\n accompagnés, elle avait pu se croire en excursion aussi.\n Comme elle me parlait, je remarquai, dans sa voix, le\nchangement qui m’avait frappé un instant auparavant\n dans sa personne ; le timbre en était voilé ; en certaines\nde ses modulations, résonnait une gaîté forcée et le\nsourire même dont elles étaient accompagnées, n’avait\npas cet abandon qui en était le grand charme.\n    — Et vous, qu’avez-vous fait? me demanda-t-elle. En\nmême temps, elle s’arrêta, regarda derrière elle vers les\nlointains de la plage, puis se remit en marche, lentement,\nfaisant mine de m’écouter, mais saisissant la moindre\noccasion de retourner de quelques pas en arrière pour\ns’occuper de ses enfants.\n    — Pardonnez-moi, faisait-elle ; et ses beaux yeux,\ndont les caresses n’avaient pu perdre ni leur ineffable\nvelouté, ni leurs enveloppantes attirances, se tournaient\nvers moi, répétant : — Pardon.\n    Au moment de gravir l’escalier du Kursaal, — et\ncombien de fois, voyant sa lenteur, me demandai-je si\nnous finirions par y arriver? — elle regarda vers la\nroute parcourue, sur laquelle le soir avait tiré son rideau\nd’ombres ; vivement ensuite, elle en monta les degrés,\nde l’air, auquel je ne pus me tromper, de quelqu’un\nqui, de guerre lasse, se résoud à faire ce dont il n’a\nnulle envie.\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": "246                      L E RÉV EIL\n\n\n    Durant le souper, où Madame Leemans, très lasse du\n voyage, déclara qu’elle paraissait pour ne pas nous\n désobliger, les préoccupations de Madame Van Ormen\n se dissipèrent et, malgré sa fatigue, Madame Leemans\nlui ayant conté ce que nous avions vu à Dunkerque,\n elle s’y intéressa tout à fait, voulut en savoir davantage\n et, plusieurs fois, me demanda de compléter certains\ndétails. José nous interrompait. Elle lui chercha que­\nrelle et voulut qu’à son tour il lui fit un récit de notre\nvoyage. Il se mettait debout pour lui obéir, caricaturant\nun conférencier qui cherche son exorde dans son verre\nd’eau sucrée, lorsque, trouant de ses appels nasillards\nl’épaisseur du silence nocturne, un cornet de bicyclette\nretentit sur la plage.\n    — Les voilà seulement ! s’écria Madame Van Ormen\nqui se leva de table, courut à la fenêtre et, en manière\nd’explication, nous dit qu’elle les avait vus partir au\ncommencement de l’après-midi.\n    — Les ! Les ! Qui les ? lui demanda José, se précipi­\ntant drôlement à sa suite.\n    Bientôt, penché derrière elle, il nous renseigna, sa\nmère et moi, en ces termes sur ce qu’il entrevoyait et\n devinait dans l’obscurité de la plage.\n   — Une lanterne ! Deux lanternes ! — sur l’une, —\nc’est à dire sur l’une des bicyclettes, un Monsieur...\nMais c’est Monsieur Verneuil : je le reconnais à son\nchapeau de paille. — Il se penche devant l’autre\nlanterne. Celle-là, c’est Mademoiselle Verneuil : je la\nreconnais.... à son frère. Elle a quelque chose à sa roue,\npas la lanterne, pas Mademoiselle Verneuil, — la\nbicyclette. — Tiens ! Elle me regarde.\n    Il envoya du bout des doigts un baiser dans l’ombre.\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "                         M AI 1 8 9 5                  247\n\n— Bon ! fit-il ; je me suis trompé d’adresse : c’est lui\nqui me regardait.\n   — José ! José ! interrompit sa mère. Allons ! viens\nte rasseoir.\n   — Maman, c’est si intéressant ! Ah voici qu’ils\nremontent sur leurs machines.... Déjà? Tû ! tû ! Go\nahead.... — Ce fut un rêve !....\n   Il revint s’asseoir en baissant la tête d’un air éploré,\ntandis que Madame Van Ormen s’attardait à la fenêtre,\noù je la voyais se pencher, se pencher, et que, de très\nloin maintenant, les appels nasillards des cornets\ntrouaient l’opaque silence de la nuit.\n   Elle revint enfin prendre sa place à table et, Madame\nLeemans lui ayant demandé ce qu’elle trouvait de si\nintéressant à regarder des cyclistes, — j’affectais de me\ndésintéresser de la question et roulais une cigarette\navec une attention soutenue, — elle répondit en riant\nqu’elle l’ignorait, qu’elle aurait bien voulu savoir monter\nà bicyclette, que son mari seulement ne voulait pas lui\npermettre de prendre des leçons.\n   — Apprenez sans qu’il le sache ! fit José.\n   — Justement, j’y pensais, reprit-elle.\n   — Et Monsieur Verneuil se fera un plaisir de vous\nservir de maître, ajoutai-je en me levant pour passer\nsous la verandah et, de là, bientôt, sur la plage où je\nm’éloignai dans l’ombre....\n   Ce Verneuil, un des habitants de l’une des cinq ou six\nvillas bâties sur les dunes, était un beau garçon de vingt-\ncinq ans que l’on apercevait de loin en loin, entièrement\nétranger à la colonie bourgeoise de La Panne, qu’il\nparaissait tenir en parfait dédain, et sur lequel Madame\nVan Ormen brûlait sans doute d’excerser la puissance\n                                                       17\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "248                     L E R ÉV EIL\n\n\nde ses charmes. Il était probable que, durant cette\naprès-midi, en la rencontrant sur la plage, il lui avait\nadressé quelque regard où elle avait pu lire son admi­\nration pour elle et que, pour lui montrer qu’elle n’y\navait pas été insensible, elle eût désiré le revoir à son\nretour et lui marquer la même attention. Cette occasion\nlui ayant manqué, il s’en était présenté une autre qu’elle\navait saisie avec empressement et dont elle pouvait\ncroire que le jeune homme lui-même l’avait fait naître.\n— Enfant gâtée, soit ! Mais j’avais bien eu tort, décidé­\nment, de prendre pour moi seul ce sourire qui passait de\nl’un à l’autre, de Cornelis à Monsieur Verneuil, de\nMonsieur Verneuil à qui rencontrerait ensuite cette\nenfant gâtée enragée de plaire quand même, toujours et\nà tous...\n   Il est tard, je suis las et j’ai sommeil. Je reviens vers\nla maison où logent les commensaux du Kursaal. En\napprochant, à l’une des fenêtres ouvertes de l’étage, je\nreconnais, à l’aspect caractéristique de jeune écolier que\nlui donnent son chapeau marin en paille blanche et le\ncollet de son caban relevé jusqu’aux oreilles, Madame\nVan Ormen accoudée des deux bras à l’appui et penchée\nau dehors.\n   — Eh bien, que faites-vous là ? Vous rêvez aux étoiles?\n   — J ’écoute, me répond-elle de sa voix qu’elle rend\nsérieuse ; mais, devinant dans l’ombre où m’apparaît là\nblancheur de son visage, la caresse de son regard et celle\nde son sourire, auxquelles elle n’est point parvenue à\nimposer la même contrainte : — Vous écoutez? lui\ndis-je incrédule.\n   — J ’écoute le bruit de la mer ; c’est comme une\n charmante mélodie qui vous berce...\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": "                        M AI 1 8 9 5                     249\n\n\n\n\n   Elle n’est là, je l’en soupçonne, que pour guetter\nl’habitant des villas. Je l’interromps et, presque dure­\nment : — Vrai ! vous feriez mieux d’aller dormir.\n   — Je ne sais pas dormir d’aussi bonne heure.\n   — Les remords, peut-être!...\n   Puis, apercevant, dans les chambres des Leemans, de\nla lumière aux fentes des volets : — Bonsoir, ajoutai-je,\net dormez bien.\n   Je pousse la porte et je l’entends, d’un ton très\nsérieuse cette fois, me souhaiter un bonsoir où, selon\nl’accentuation flamande, toute sa voix appuie sur la\npremière syllabe.\n   Il y a dans les dunes, là-bas, une petite fleur blanche\nteintée de mauve qui m’a souri et dont le parfum frais et\nsauvage m’est monté à la tête. Et qu’y puis-je si tous\nont droit à ce parfum et à ce sourire ? La petite fleur\ndes dunes n’a pas été créée pour me plaire à moi seul !\n                               A lfred L a va ch er y.\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "250                    L E R É V E IL\n\n\n\n\n               L A N G U E U R D ’A V R I L\nLa vie a déchiré sa robe de recluse,\net tend son ventre et rit aux bouches amoureuses,\net sa chair que l'hiver maquillait de céruse\nrayonne et se raidit en mamelles sêveuses ;\ngouge adorable de pitié qui ne refuse\nson ventre ni ses seins au lépreux las d'errer,\nil s’élève de sa rumeur ample et confuse\nun désir d'être bon et d'être pardonné.\n‘Dans le soir qu’une flûte au loin mourante effleure\ns’éloigne vers l’espoir le vol tiède des heures;\nles lilas s'agriffant aux songes maladifs\nenguirlandent d'oubli l'automne amer des livres;\net muet de langueur on écoute revivre\nl’âme des arbres morts dans les jardins pensifs.\n\n              S O I R AU C L A V E C I N\nV otre main alanguie erre à fleur de clavier,\nl'or assoupi s'éveille aux topazes des bagues,\net la musique lente et vieillotte enrubanne\nmaints songes miens ; vôtres aussi, ne l’oublie\nLa cire agonisante ourle les chandeliers,\nvous chantez à sous-voix, je vous parle à voix basse :\nsi nous buvions un doigt de crème des Barbades,\nm'amie ; et dans le même dé, si vous vouliez ?\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "                        M AI 18 9 5                           251\nVotre bouche à ravir se crispe d'une moue\npour ce que l’annulaire en piquant une mouche\nsur votre gorge, entre les seins put dévier.\nVous défaille\\ dans la caresse des ténèbres\net sous l’aveu d'amour qui s'attarde à vos lèvres ;\net le lied s'alangore et meurt sur le clavier.\n\n\n\n             LA VAI NE R É V O L T E\n Si le soir lourd de ton passé, si le soir tombe\n sur ton âme, sur ton amour et sur ta foi,\njette l’anneau d'or vert qui s’enlace à ton doigt,\n l'anneau d’espoir, à l'océan d'ombre qui monte.\n Sur les jours de jadis que ton songe prolonge\n tu penches ta jeunesse et tu doutes qu’il soit\n dans l’inconnu quelqu'un d’éternel dont la voix\n de tristesse attendrie à ta plainte réponde.\n Egoutte, note à note, alors, aux cieux déserts\n les puérilités de ta flûte, des airs\n aigus qui sembleront rire de ta révolte.\n Et, pourtant, ne vaut-il pas mieux rester muet,\n attendre que le vent monotone d’automne\n éparpille le peu de cendre que tu es ?\n                                      C h a r l e s G ué r in .\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "252                      LE RÉV EIL\n\n\n\n\n                   TÉNÈBRES.\n\n\nOh ! soyons-nous dans ce silence nostalgique\n\nnos y e u x sont clos à l'ensanglantement magique\ndes couchants rutilants... Oh ! c'est si bon la nuit !\nne rien faire... se taire... et bercer son ennui\nau rythme agonisant de lointaines musiques\nqui sanglotent la mort sous des azurs mystiques.\nPenser aux choses en allées, à des couleurs\nfanées, aux aimés morts... Oh ! les relents de fleurs\nenivrantes étrangement et exotiques...\n\nOh ! soyons-nous dans les ténèbres balsamiques —\n\nLes rideaux retroussés crevassent leurs grands pans,\navec des coqs sur leurs ergots, avec des paons\nfaisant la roue, avec l’éclair roux et tragique\ndes coutelas, et d’une lune fantastique,\n brodés d’or v if sur les grands pans de velours noir.\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "                       M AI 18 9 5                      253\n\n Avec la nuit, quelqu'une est revenue s'asseoir\nsur un siège haut, en une pose hiératique\ndevant moi. E t ses y e u x d’azur mélancolique\nluisent seuls dans la nuit. Son corps est ruisselant\nde pierreries — et nu. Dans le lent soir dolent,\naux chevrotants bémols d’un clavecin antique\npleut sur mon pauvre esprit, las, l’oubli léthargique\nOh ! soyons-nous dans le silence et la nuit. Oh ! —\nVoici qu’autour de tes cheveux l'or d’un halo\ns'auréole. Telles sont les Vierges gothiques\ndes vieux maîtres naïfs...\n                           Oh ! tes y e u x magnétiques,\nphares ! soudainement ont transpercé la N uit !\nE t aussitôt la chambre resplendit et bruit...\n Les rideaux retroussés crevassent leurs grands pans,\n avec des coqs sur leurs ergots, avec des paons\nfaisant la roue, avec l'éclair roux et tragique\n des coutelas, et d'une lune fantastique,\n brodés d'or vif sur les grands pans de velours noir...\n Ors bruisellants ! coqs ! paons ! éclairs ! Oh ! dans le\n                                                    [soir.\n Quel éblouissement de clartés symphoniques !\n Les phares de ses yeu x, jadis mélancoliques,\n me dardent dans la nuit. — Ton corps est ruisselant\n de pierreries ! et nu. — Dans le lent soir dolent\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "254                     LE R EVE IL\n\n\nastre ! ton corps flambant de gemmes prismatiques\nest un soleil aubal !\n                        Des rythmes harmoniques\noh ! des clameurs ! des cris ! stridents des clavecins\ntintinabulent, loin.\n                        Oh ! et tes seins ! tes seins !\ncloutés de diamants et vêtus d'or magique\nme regardent aussi dans la ténèbre épique...\nE t je suis dans la nuit... Oh ! c’est si bon la nuit !\nne rien faire... se taire... et bercer son ennui\nau rythme agonisant de lointaine musique...\nOh ! soyons-nous dans le silence nostalgique...\n                                      H. V a n d e p u t t e .\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "                                                                                                                                         Librairie de l’Art Indépendant, rue de\n                 C O L L E C T I O N DU “ RÉVEIL -\n\n            chez EDMOND DEMAN, libraire à Bruxelles\n\n\n\n\n                                                                                                                                         M. Kats, rue courte du Jour.\n\n\n\n\n                                                                                                                                           la Chaussée d’Antin, t i .\n                                   Rue d’Arenberg, 16\n\n\n\n\n                                                                                                                                         Gnusé, rue du Pont d'île.\n                                                                                                                                         Heyjnans, rue du Bruul.\n\n\n\n                                                                                                                                         Littauer, Odeonsplatz.\n                                       ONT PARU :\n1894— M a u r ic e M a e t e r l i n c k : Alladine et P alom ides, Interieur, la Mort\n                                           de Tintagiles, trois petits drames pour\n                                           marionettes. (Troisième Edition.)\n                                           Un volume in-i6 raisin sur fort papier\n                                           vélin teinté, orné de culs de lampe de\n\n\n\n\n                                                                                                                                                      :\n                                           Georges M in n e ...........................Fr. 3,50\n\n\n\n\n                                                                                                                                         MA LIN ES\n\n\n\n                                                                                                                                                                          MUNICH\n                                                                                                                                         LIÈGE :\n                                                                                                              DÉPOSITAIRES DU RECUEIL\n        F ernand R oussel :\n\n\n\n\n                                                                                                                                         PARIS :\n                                                                                                                                         GAND :\n                                            Le Bonheur Irréel.\n                                             Un volume de proses, in-16 grand-mé­\n                                             dian, avec un frontispice de Charles\n                                             Doudelct; tiré à 250 exemplaires nu­\n                                             mérotés sur papier de Hollande Van\n                                            G e ld e r ..................................... : Fr. 2,00\n\n1895 — E m i l e V e r h a e r e n :        Les Villages illusoires.\n                                            Un volum e de vers, in-16 grand-jésus,\n                                            tirage limité ; impression en deux cou­\n                                            leurs sur fort vélin teinté ; orné de qua­\n                                            tre images par Georges Minne. F r. 3,00                                                                        de\n                                                                                                                                                            1 l'Art 1, Avenue\n\n        H enry M au bel :                   Ames de Couleurs.\n                                            Un volume de proses, in-16 royal,\n                                                                                                                                        Doliger, Galeries de la Reine.\n                                                                                                                                        Deman, rue d’Arenberg, 16.\n\n\n\n\n                                            tirage limité, impression en deux cou­\n                                                                                                                                        Engelcke, rue des Foulons.\n\n\n\n                                            leurs, sur papier vergé de cuve Fr. 2,00\n                                                                                                                                        Hoste, rue des Champs.\n                                                                                                                                          la Toison d’Or, 56.\n                                                                                                                                        Forst, Place de Meir.\n\n\n\n\n                        VIENNENT DE PARAITRE :\n                                                                                                                                        Société anonyme <\n\n\n\n\n       V ic t o r R e m o u c h a m p s :   Vers l’Ame.\n                                            Un volum e de proses, in-16 impérial;\n                                            tiré à 350 exemplaires numérotés sur\n                                            papier de Hollande Van Gelder. Fr. 3,60\n\n       G eorges M arlow :                   L'Ame en E xil.\n                                            U n cahier de vers, in 12° raisin oblong,\n                                            tirage à 350 exemplaires numérotés,\n                                                                                                                                        BRU XELLES\n\n\n\n\n                                            sur papier de cuve Ingres teinté.\n                                                                                                                                        ANVERS :\n\n\n\n\n                                                                              Fr. 3.00\n                                            Paroles intimes.\n                                                                                                                                                                        GAND\n\n\n\n\n       L éon P a sc h a l\n                                            Un volum e de proses, tirage limité,\n                                            format in-160, sur papier de cuve\n                                            I n g r e s .......................................... Fr. 2.00\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "       SOMMAIRE DU NUM ÉRO DE MAI 1 8 9 5\n\n\n\n\nCharles Delchevalerie . Un cas Littéraire\nAlbert Guequier. Chansons de novem bre et de Mai\nRichard Ledent . . . Atli.\nEmmanuël Delbousquet Diptyque\nAlfred Lavachery . . L 'Œ illet des Dunes\nCharles Guérin . . . Sonnets\nH. Van de Putte. . . Ténèbres\n\n\n\n\n    Gand, Imprimerie centrale G. De Keukelaere, rue longue du Verger, 31\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 4, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1895-05", "signet_source": "Ve année - N°17 (nouvelle série) - Mai 1895", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 234 (« Ve année N° 17 (nouv. série) Mai 1895 »).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}