{"numero_id": "ulb-reveil-1895-06-n18", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "articles": [{"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-001", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "FL A ND RE F.T W A L", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 280, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 175, "texte": "FL A ND RE F.T W A L LO N IE\n\n\n\n\n                                     L E   R   E   V   E   I    L\nV° ANN É E N* 18 ( no u v . série)                             J u i n 1895\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-002", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Abonnement", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Voir le Sommaire à la quatrièm e page de la couverture", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 281, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 2440, "texte": "Voir le Sommaire à la quatrièm e page de\n             la couverture\n\n                      LE R É V E I L\n                          (FLANDRE              ET W ALLO N IE)\n\n      MENSUEL DE LITTÉRATURE ET D’ART\n                                      NOUVELLE SÉRIE\n\n   Paraît le dernier jour du mois en fascicules de\n                   48 ou 60 pages.\n\n\n Secrétaire de la Rédaction : A l b e r t G u e q u i e r ( F r é d é r i c F r i c h e ) .\n   Comité de Rédaction : A l b e r t A r n a y , L u c i e n d e B u s s c h e r ,\nC h a r le s D e lc h e v a le r ie , M ax       E ls k a m p ,    P a u l G é r a r d y , Edm ond\n G le s e n e r , A l b e r t G u e q u ie r, R ic h a r d L e d e n t, M a u r ic e M a e t e r ­\nlin c k ,   H e n r i M a u d e l , A l b e r t M o c k e l , P i e r r e M . O i.in , M a u r i c e\nd e s O m b ia u x , E d m o n d R a s s e n f o s s e , H e is r i d e R é g n i e r , S t é p h a n e\nR ic h e lle ,    G r é g o ir e   Le     Roy,     R o d rig u e     S é r a s q u ie r ,   C h a r i.e s\nv a n L e r b e r g h e , E m ile V e r h a e r e n .\n\n\n\n                      Rédaction, Rue de la Roue, 5, Bruxelles.\n                  Administration, Rue Neuve St-Pierre, 71, Gand.\n\n\n\n             A b o n n e m e n t : un an 5 frs. (É tra n g e r 6 francs.)\n\n                             LE NUMÉRO : S A centimes.\n\n\n\n                          S É R I E DU R E C U E I L :\nIere A N N E E , 1891, (les Essais) un volume in-4° de\n          300 pages. (Quelques exemplaires) . . .                                                4 00\n                                                                                           . fr. -\nIIe A N N É E , 1893, un volume in-8° raisin de 400 pages\n          Prix marqué fr. 5 (quelques exemplaires)\n          P rix majoré en raison de la rareté du volume \"                                       12 00\nIII* A N N É E , 1893, un volume in-8° coquille de\n          400 p a g e s ................................ ................................\"       6 00\nIV e A N N É E , 1894, un volume in-8° grand-médian\n          de 530 p a g e s .......................................................... »          6 00\n  L ’année 1895 formera deux volumes in-8°de 3oo pages chacun.\n\n\nL 'A d m in is tr a tio n ra c h è te ra it au p r i x f o r t des e x e m ­\n        p la ir e s en bon é ta t des nos 4 et 5 d e 1892\n    ainsi que des n os 1 et 3 des E s s a i s (1891).\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-004", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 255, "page_fin": 257, "titre_corps": "Le Jardin d’acclimatation", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Maubel", "ancre_debut": "LE J A RD IN D’AC CL IM A TA T IO N L’Art est ce qui crée", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 284, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 937, "texte": "LE J A RD IN D’AC CL IM A TA T IO N\n\n   L’Art est ce qui crée le symbole de l’être de sorte\nqu’il manifeste la religion de l’homme libre.\n   Libre examen du vrai, libre élection du beau, sont\ndes expressions de valeur purement humaine dont per­\nsonne ne peut discuter ni contrôler l’usage.\n   On a vu d’ardents revendicateurs de liberté refuser\ncette liberté à d’autres lorsqu’ils pensèrent avoir fondé\nle monde immuable de leurs désirs.\n   Pourquoi dire : « on a vu » comme si c’était un fait\nexceptionnel. On le voit tous les jours et c’est un phé­\nnomène apparemment nécessaire dans l’ordre politique\noù ceux qui sont arrivés à la plateforme se retournent\ncontre ceux qui voudraient y monter. Nos sociétés sont\nconstruites en forme de pyramide avec des fauteuils au\nsommet. Il suffit ici de deux ou trois hommes fatigués\nou de mauvaise humeur pour barrer tout le passage.\n                                                      18\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1820, "texte": "256                      LE RÉVEIL\n\n\n\n\n    Il est étrange qu’à l’instant où presque tout le monde\nest mécontent de ces sortes de constructions,des artistes\ntentent de parquer leurs semblables dans un enclos et de\nmettre les créateurs d’œuvres de rêve en société avec\ndes lois et avec des juges ; à les entendre le bourreau ne\nserait pas de trop.\n    Je les trouve peu généreux et partant peu respectueux\nde la beauté qui n’a pas besoin qu’on la défende, qui\nassurément se détourne de la lutte réelle et de ses injures\net de ses blessures. La beauté peut resplendir du seul\namour de quelques hommes, et en admettant qu’ils soient\nces hommes-là, si vraiment le désordre est autour d’eux,\nleur prière muette doit suffire à entretenir des fleurs au\njardin du Parnasse. A quoi bon alors ces cris,ces colères et\ncette garde vilainement civique qui défile,armes chargées,\nà travers leurs songes, ne différant de l’autre que par ce\nqu’elle est bien alignée. Ça me rappelle les soirées de\nville paisible où nous avions des cartouches plein les\npoches. Oh! ce service d’ordre qui menace ceux qui\nvont seuls, cette police pour ramener tous les passants\nà la grande route et forcer chacun à rentrer à heure fixe\nchez tout le monde ! — Est-ce que vraiment on aurait\ndéjà sonné le couvre feu?\n    Drôles de gardiens qui mettent l’éteignoir sur la\n flamme pour la « conserver », et comme ils ont hérité du\n mal ambiant, du mal qui fait qu’on s’arrête et qu’on se\n range, pour laisser passer quoi? les autorités?... et la\n gendarmerie en pantalons d’été?...\n     Je viens de lire une petite revue où l’on parle d’ortho­\n doxie avec respect et où l’on voit des jeunes reprocher\n à un autre jeune d’avoir parlé « d’azur blond. » N’ont-ils\n jamais vu le ciel des côtes flamandes ?\n     Voilà de bons élèves d’une détestable école. Allons-\n"}, {"page_pdf": 286, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1591, "texte": "                         JU IN 1 8 9 5                      257\n\n\n nous voir arriver maintenant, une génération d’éplu­\n cheurs de phrases et de ramasseurs de mégots, descen­\n dants inattendus de ceux qui chassaient au néologisme\n dans la Belgique de Lemonnier ?...\n    Je sais une maison où ces gardes-champêtres furent\ntrès peu reçus, même naguère ; on en sortait de temps\n en temps pour les rosser et littérairement ils en sont\n morts.\n    Aujourd’hui!... C’est bizarre! on n’hérite pourtant\npas de ceux qu’on a tués publiquement.\n   Dans cette maison nous avons eu bien des joies et je\ncrois que ça venait de l’air pur et du soleil qu’on y lais­\nsait entrer par toutes les fenêtres. Les jours de fête,\njours du Seigneur que chacun adorait à sa guise, on y\n faisait de délicieuses communions. Cette maison n’avait\n pas l’air d’une église. Elle donnait sur un beau jardin\n où les prosateurs très humbles ne s’aventuraient\n qu’avec des craintes religieuses.\n    C’était le fameux jardin du Parnasse. J ’ai su depuis\n qu’il était d’acclimatation.\n    Vous savez ce que c’est qu’un jardin d’acclimatation ;\nc’est un jardin où il y a des cages d’où l’on voit la\nnature à travers une grille.\n   Or, de mon temps, si j’ai bonne mémoire, toutes les\ncages étaient ouvertes et les animaux sortis et comme\nles hommes que j’y voyais s’occupaient surtout à soigner\nles fleurs, j’avais cru que c’était un très ancien jardin où\nles cages étaient restées d’autrefois mais où les expé­\nriences d’acclimatation étaient abandonnées pour tou­\njours.\n                                         H enry M au bel.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-005", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 258, "page_fin": 259, "titre_corps": "Une statue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren", "ancre_debut": "UNE STATUE Un bloc de bronze", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 287, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 999, "texte": "UNE STATUE\n\n\nUn bloc de bronze où son nom luit sur une plaque.\nVentre riche, mâchoire ardente et menton gourd\nHaine et orgueil murant son gros fro n t lourd\nE t poing énorme à fendre en deux toutes attaques.\nLe carrefour solennisé de palais froids,\nD’où ses regards têtus et violents encore\nScrutent quels fe u x d’éveil bougent dans telle aurore,\nComme sa volonté se carre en angles droits.\nIl fu t celui de l’heure et des hasards bigarres,\n Mais textuel, sitôt qu’il tint la force en mams\nE t qu'il put étouffer dans hier le lendemain\nDéjà sonore et plein de cassantes fanfares.\nSa colère fit loi durant ces jours bâtés\nOù toutes voix montaient vers ses panégyriques,\nOù son rêve d'état strict et géométrique\nTranquillisait l’aboiplautif des lâchetés.\nIl se sentait la force étroite et qui déprime,\nTantôt sournois, tantôt cruel et contempteur,\nE t quand il se dressait de toute sa hauteur\nIl n'arrivait jamais qu’au niveau d’un grand crime.\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 486, "texte": "                       JU IN 18 9 5                             259\n\n Massif devant la vie il l'obstrua, depuis\nQu'il s’imposa sauveur des rois et de lui-même\nE t qu'il utilisa la peur et l'affre blême\nEn des complots naïfs qu'il étranglait, la nuit.\nSi bien qu'il apparaît sur la place publique\nFéroce et rancunier, autoritaire et fort,\nE t défendant encor d'un geste hyperbolique\nSon piédestal bâti comme son coffre-fort.\n                                 E m il e V e r h a e r e n .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 260, "page_fin": 267, "titre_corps": "Fermel", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Hub. Stiernet", "ancre_debut": "F E R M E L (1) A travers l’entrebâillement", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 289, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 60, "fin_caractere_exclue": 1199, "texte": "F E R M E L (1)\n\n   A travers l’entrebâillement d’une porte, la vision\ndouloureuse d’une jeune femme pâle mourant sur un\ngrabat, voilà tous mes souvenirs maternels. La voix de\nma mère, cette voix qui bruit jusqu’à la mort dans le\ncœur comme la voix de l’océan dans la conque, je ne\nm’en souviens point ; sa main ne m’a jamais caressé et\nles marâtres volontés qui n’allumèrent point devant moi\nle fanal d’espérance, me privèrent aussi du nid de ten­\ndresse où les autres se réfugient quand tout les aban­\ndonne. Ma vie, sans mère et sans Dieu, a été une con­\nvulsion dans le noir.\n   Du naufrage que fut mon enfance, j’ai pourtant saisi\nune fragileé pave qui s’effrite elle-même peu à peu et que\nje tremble de voir s’anéantir. C’est l’image de mon\naïeule, une femme de haute stature, aux tournures\nd’homme. Elle se rendait chaque matin dans un pen­\nsionnat pour cirer les bottines et expédier la grosse\nbesogne des cuisines. Lorsqu’on s’aperçut qu’elle com­\nmençait à se mouvoir avec peine, on la remercia en lui\npoussant cinq francs dans la main. Restée seule avec\nmon père en qui elle n’avait point trouvé d’affection,\n\n  (1) D'un roman.\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1911, "texte": "                         JU I N 1 8 9 5                 261\n\n\nelle comprit qu’on ne lui pardonnerait plus le peu de\npain qu’elle mangeait et se mit à mendier. Voilà mainte­\nnant que je revois la grande vieille, allant de porte en\nporte, appuyée sur un bâton, traînant une jambe, un\n jupon bleu finement rayé de noir et déteint relevé\n sur les épaules puissantes et droites, la tête couverte\n d’un mouchoir clair encadrant sa figure noyée de tris­\n tesse où saignaient ses yeux de misère... Je ne voyais\n jamais de regards d’amour que dans ces pauvres bons\n yeux rongés ; cette bouche affaissée sous le poids des\n humiliantes sollicitations, seule, me disait de douces\n paroles et le cruauté froide de mon père m’arracha cette\n chère mendiante dont la tendresse m’eût sauvé peut-être.\n    Un matin, le garde-champêtre apporta chez nous\n un papier qui parut faire grand plaisir à mon père ; le\n jour suivant, je le vis s’entretenir plusieurs fois longue­\n ment avec notre voisin ; c’était un homme qui possédait\n une légère charrette et un mauvais cheval dont il tirait\n de quoi vivre. Deux fois par semaine, il se rendait de\nnuit à Tongres, petite ville distante de quelques lieues\n où se tenait un important marché de bestiaux. Les mar­\n chands de porcs, fort nombreux dans la localité, ne dis­\nposant point d’autre moyen de transport, lui confiaient\nleur marchandise. Mon père lui exposait sans doute une\nquestion gênante, car il faisait force gestes, et l’autre\nremuait la tête par petits coups affirmatifs en l’écoutant.\nLe lendemain, grand’mère ne sortit point; elle resta\nprès du feu, muette, m’attira souvent près d’elle et\npromena ses regards pleins de larmes sur la maisonnée ;\nles grains usés de son rosaire glissaient plus lents entre\nses longs doigts de mourante. La nuit, vers deux heures,\nje fus réveillé par un bruit inaccoutumé ; grand’mère\nqui couchait comme moi sous le toit, n’était plus dans\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1638, "texte": "262                     LE R ÉV EIL\n\n\nson lit. Je regardai au dehors par la lucarne : une\ncharrette stationnait devant notre porte. Je sentis\ninstinctivement qu’il se passait des événements extra­\nordinaires et je descendis sans m’habiller. Le souvenir\ndes choses de cette nuit me brûle encore les yeux :\ngrand’mère était assise à table, son mouchoir sur la\ntête, son jupon relevé sur les épaules comme quand elle\nallait mendier ; elle buvait une tasse de café pendant que\nmon père debout à côté du voisin parlait d’un ton de\nvoix moins rogue que d’habitude ; chacun des hommes\ntenait en main un verre rempli de genièvre. On n’en­\ntendait rien au dehors et les paroles du maître de la\nmaison avaient une résonnance étrange. La chère\nvieille, horriblement pâle, se leva sans un mot et, d’un\npas saccadé, lent et tragique qui me rend le frisson, se\ndirigea vers la porte, suivie des deux hommes. Ils la\nhissèrent sur la charrette où ses grandes proportions lui\ndonnèrent soudain, dans l’obscurité, l’apparence fantas­\ntique d’une statue de pierre que des bandits descellaient\npour la faire tomber.\n   — Asseyez-vous dans le fond, vous serez mieux, dit\nmon père.\n   — Mais ne gênez pas trop votre compagnon, ajouta\nle messager.\n   Il voulait parler d’un porc gras couché dans le véhi­\ncule.\n   — Il fait assez frisquet, observa-t-il; vous n’auriez\npas un peu de paille, pour jeter sur le dos de l’animal ?\n   J ’avais les pieds mis sur la pierre, mais je ne m’aper­\ncevais pas du froid. Je sentis une grosse douleur me\nmonter à la gorge et je ne pus retenir un cri :\n   — Grand’mère!\n   Mon père se retourna plein de colère, tel qu’un homme\n"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 263, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1818, "texte": "                       J U IN   18 95                 263\n\n\n\n\nsurpris au milieu d’une mauvaise action, et lança vers\nmoi un coup de pied qui ne m’atteignit point. Je regagnai\nle grenier en sanglottant et me remis à la lucarne d'où\nje vis la charrette s’éloigner, cahotant la pauvre aïeule\nqui tremblait à côté de l’animal endormi dans la paille\nchaude. Une navrance indicible noyait mon cœur d’en­\nfant ; il me sembla qu’on m’arrachait violemment de la\npoitrine une chose qui s’en allait là-bas dans la nuit et\nque je ne retrouverais plus. Jusqu’au matin, je pleurai\nà chaudes larmes en appelant grand’mère. J ’ai appris\ndepuis qu’elle s’éteignit quelques mois après à l’hospice\noù elle s’était laissé conduire avec une muette résigna­\ntion aux pires douleurs.\n   J ’apprécie aujourd’hui combien je fus heureux de ne\npoint comprendre alors l’abominable forfait de ces\nheures ; mon père m’eût causé une insurmontable hor­\nreur. Dans les années qui suivirent, il ne s’occupa de\nmoi que lorsque je pouvais aider à ses commodités. Il\nne m’envoya jamais à l’école. L’après-midi, pendant\nqu’il dormait sa sieste dans l’arrière-salle où était son\nlit, j’étais contraint de garder la première pièce, blotti\ndans un coin, sans mouvement, et ces heures de solitude\nme plongeaient dans des tristesses qui faisaient jaillir\ndes larmes de mes yeux. A moins pourtaient qu’un cha­\nritable rayon de soleil, se glissant dans la chambre, ne\nvînt tendre son échelle de lumière à mon âme qui ne\ndemandait qu’à s’évader vers le ciel bleu, ou que je ne\nprisse plaisir à regarder, derrière la cotonnette à car­\nreaux rouges et blancs des rideaux, l’or pulvérisé\n de l’astre.\n    Tout à coup, la porte de l’entrevent s’ouvrait et\nj’apercevais la face congestionnée de mon père ; ses yeux\nbleus qui ne s’arrêtaient jamais sur moi, avaient des\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 264, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "264                     LE RÉV EIL\n\n\n froideurs d’acier; sa peau lisse tirée sur sa face sau­\n guine, ses lèvres minces, ses mouvements lents d’homme\n fort lui donnaient l’extérieur d’un cynique bourreau ; je\n m’esquivais sans bruit, heureux d’être dans la rue où je\n séjournais jusqu’au soir et où ma vie commençait à\n ressembler un peu à celle des enfants de mon âge;\n cependant la laideur physique dont j’était affligé, ma\n pauvreté, le pitoyable esseulement où je me sentais, ma\n timidité excessive et une grande bonté naturelle me\n constituaient souvent le souffre-douleur de mes compa­\ngnons et me procuraient souvent une peine quand leur\n espiègle irréflexion trouvait un plaisir.\n   Je rentrais à la tombée de la nuit et, le plus souvent\nsans souper, je grimpais en hâte dans ma pauvre man­\nsarde où je me tenais d’abord bien coi, éprouvant au\ndépart de mon père le frissonnement de joie qui salue,\ndans le cœur de la femme et des enfants, le retour du\npère aimé. Alors, il m’arrivait souvent de me lever dans\nmon lit, de passez la tête au dehors par la lucarne du\ntoit et de rester ainsi longtemps, lors des belles nuits\nd’étoiles, songeant dans la fraîcheur. A ce moment, les\nautres enfants s’assoupissaient douillettement sur les\ngenoux des pères et des mères, mais, ma volupté, pour\nêtre triste, n’était pas moins intense que la leur. Le\nvillage dormait. Parde la les habitations, les collines du\nLimbourg méridional arrondissaient leurs faites blanchis\nde lune qui paraissaient des lacs tranquilles de clarté\nblonde. Plus près, dans la vallée noire où se perdaient\nles maisons et les vergers, j’entendais couler la rivière\nque j’avais toujours cru sans voix, je percevais le mur­\nmure de la moindre brise, et le sifflement d’un train\npassant à plusieurs lieues me bouleversait soudain comme\nl’appel angoissé d’un désespéré qui se noyait très loin.\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 265, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "                         J U IN   18 95                 265\n\n\n\nLes arbres voisins, dans l’ombre ténue, se rappro­\nchaient, conversaient sans gestes brusques et requé­\nraient mes sympathies. D’ailleurs, cette revanche de\nl’âme des choses pendant le repos de l’homme m’intéres­\nsait plus que la vie même que je soupçonnais plus\nhostile.\n    Une de ces nuit me retraça avec toute son âcreté la\nscène douloureuse. Tout à coup, j’aperçus descendant\nla rue, la charrette du voisin qui se rendait à Tongres.\nIl me sembla que grand’mère était encore là, cahotée à\ncôté du porc gras. Mes yeux fiévreux et pleins de larmes\nse mirent à percer les ténèbres pour suivre le véhicule\nqui s’y enfonça graduellement et disparut. Durant quel­\nques instants, le roulement arriva à mon oreille, s’étouf­\nfant dans les verdures, se ravivant aux éclaircies. Puis,\n mon imagination surexcitée me montra grand’mère, la\n grande, vieille et bonne mendiante, dans son jupon relevé\n sur les épaules qui, à l’horizon, me faisait un signe... Je\n tendis les bras vers elle en disant son nom... Le passage\n subit d’un chat courant l’amourette m’effraya.\n    Pendant ces heures nocturnes, je fus souvent intrigué\n par une lumière que j’apercevais à travers la vitre supé­\n rieure d’une fenêtre dont le reste était soigneusement\n ment obscurci. Cette fenêtre donnait jour sur le jardin\n à un estaminet tenu par une forte femme rouge, sans\n  enfant, dont le mari était pudleur dans une usine des\n bords de la Meuse. Une fois, je la vis s’éteindre tout à\n  coup, et, pendant que j’observais si elle n’allait pas se\n  rallumer, j’entendis la clef de mon père dans la serrure\n  et je me couchai précipitamment. La persistance de\n  cette lampe solitaire et tardive agaçait ma songerie\n  comme la présence d’un intrus à une fête intime; entre\n  les branches des pommiers, elle me blessait. Ne l’assi­\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 266, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1690, "texte": "2 66                    LE R ÉV EIL\n\n\nmilai-je point à quelque méchante étoile que ses bonnes\n sœurs du ciel avaient précipitée à terre?\n    C’était bien une étoile des plus malfaisantes de mon\n ciel que j’avais découverte.\n   Un soir, plusieurs détonations successives me firent\ntressauter dans mon lit... La rareté d’un pareil bruit ne\npouvait manquer de mettre les gens en émoi ; dans la\nrue, des groupes passèrent qui parlaient haut de sang,\nde mort, d’assassins. Cela dura longtemps et je n’en­\ntendis pas rentrer mon père qui, pensai-je, s’attardait à\ncause de l’incident. Le vent qui secouait violemment la\nmaisonnette, la pluie qui cinglait la lucarne m’empêchè­\nrent de satisfaire ma curiosité; finalement, je m’endor­\nmis. Chose étrange! à mon réveil, en pleine lumière, il\nme parut que la foule n’avait point quitté la rue, qu’elle\ns’y était massée ; une rumeur de colère montait jusqu’à\nmoi et la porte du rez-de-chaussée était ébranlée plus\nque la veille. Je courus à la trappe et je regardai. Mon\npère se tenait devant l’entrée, armé du couperet et\ncriait :\n   — Le premier qui entre est mort !\n   Du dehors, les voix hurlaient :\n   — Enfoncez l’huche ! Enfoncez l’huche !\n   Je tremblais de frayeur, mes dents claquaient. Cette\nscène horrible que je ne m’expliquais point me remuait\ncomme un cauchemar et m’ôtait la faculté de prononcer\nle moindre mot.\n   Soudain, d’un bond, un gendarme sauta par derrière\nau cou de mon père en saisissant la hache d’une main, il\nle renversa d’un coup au milieu de la salle ; sa tête\nsonna contre la pierre. Un second policier, entré de\nmême que le premier par la fenêtre de la chambre à\ncoucher, vint à la rescousse. Le monde fit irruption\n"}, {"page_pdf": 296, "page_imprimee": 267, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 801, "texte": "                         JUIN   1895                       267\n\ndans la demeure. Mon père, maintenu à terre par les\njambes, par les cheveux, n’avait plus rien d’humain :\nl’écume aux lèvres, les yeux en feu, il rugissait, tel un\nfauve. Toutes les figures étaient empreintes de colère,\ndes menaces se croisaient : A. mort l’assassin ! Echar-\npez-le !....\n   Je le vis emmener, ligotté entre les deux gemdarmes\net suivi par la foule dont les huées et les vociférations le\nfouettaient comme un vent de tempête. Un homme du\nvillage lui lança un coup de pied dans les reins.\n   C’était mon père qui avait tué à coups de revolver sa\nmaîtresse, la femme de l’estaminet à la mystérieuse\nlumière.\n                                    Hub. S             .\n                                            t ie r n e t\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-007", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 268, "page_fin": 269, "titre_corps": "Le Pèlerin", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Rodrigue Sérasquier", "ancre_debut": "LE PÈ L E R IN Bon pèlerin, chanteur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 297, "page_imprimee": 268, "debut_caractere": 59, "fin_caractere_exclue": 1190, "texte": "LE PÈ L E R IN\n\n\n Bon pèlerin, chanteur des Chansons Eternelles,\n A u murmure des flots berçant mes joyeux rêves,\n Devers la mer fleurie de blanches caravelles\nJe chemine, foulant l'or infini des grèves\nOù vient mourir la vague, en les jonchant de conques\n Dont la courbe s'irise et rit en feux vermeils.\nEt je chante, — toujours, — ta chevelure blonde,\nE t tes grands y e u x rêveurs pailletés de soleil,\nTes doigts gemmés, aux simples gestes de prière,\nE t tous les songes bleus que nous fîmes jadis,\nLes soirs d’extase, au temps des candeurs éphémères,\nQuand nous forgions l’espoir de calmes paradis\nOù pour rendre à jamais nos âmes impoilues\nN ous aurions respiré tous les lys du chemin,\nOù, pour me consoler de douleurs ingénues,\nTu couvrirais mon front de l'ombre de tes mains.\n— Sur la crête des flots qu’allume le soleil\nJe suis le vol léger des oiseaux et des barques,\nE t mon âme, avec eux à nouveau qui s'embarque,\nCingle vers la magie de l'horizon vermeil...\n— On m'a dit cependant qu’il est là-bas une île\nOù les jours sont plus clairs et les couchants plus\n                                                    [beaux,\n"}, {"page_pdf": 298, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1546, "texte": "                              JUIN   1895                              269\n\n\n\n\nOù la splendeur des nuits s'emplit d'astres nouveaux...\n Mais le voyage est long, et nos corps sont fragiles !...\nCrois-tu que nous saurions, forts d'un espoir si haut,\n M eurtrir nos mains d'enfants à hâler des cordages,\nN os doigts accoutumés au frôlement des pages\nSous la lampe entourant nos têtes d’un halo,\n       doigts accoutumés au contact blanc, sonore,\nDes claviers redisant tous nos songes heureux,\n Mes mains ne sachant d’autre mer que tes cheveux,\nE t tes mains, que des flots de fleurs venant d’éclore?...\n— Mais l'espoir chante en nous! Si nous devons\n                                                 [souffrir\n M ille maux inconnus de nos âmes, sans trêve,\nPartons en souriant pour cette île de rêve,\n      dussions-nous la voir, enfin, que pour mourir !\nL ’ineffable bonheur de pouvoir vivre un songe,\nLorsque pendant des mois votre âme en a vécu !\nLe ‘B ut atteint enfin ! La joie d’avoir vaincu\nLa chair triste, et ses lâchetés et ses mensonges !...\n— N os cœurs se sont baignés en des soirs triomphaux\nEt des matins d'une blancheur surnaturelle ;\n Mais nous contemplerons des aurores plus belles !\n— Vois cette barque proche, inclinée sur les flots :\n Agite en blancs appels ton mouchoir vers sa voile,\nE t cinglons vers le pays bleu de nos espoirs,\nE t préludons, joyeux, à des chants dans le soir,\nSous le regard ami des tremblantes étoiles !\n    De « l'Ile Enchantée. »\n                                     R o d r ig u e S é r a s q u ie r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-008", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 270, "page_fin": 272, "titre_corps": "Chansons d’hiver", "titre_sommaire": "Chanson d’hiver", "rubrique": "", "signature_source": "Tristan Klingsor", "ancre_debut": "C H A N S O N S D ’H I V E R I J'aime le bourdon", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 299, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 764, "texte": "C H A N S O N S D ’H I V E R\n\n                             I\n\n       J'aime le bourdon des rouets frêles\n      le soir auprès des tapisseries,\n      quand les doigts las emmêlent entre elles\n      oiselles et roses de féeries.\n      J 'aime ouïr les contes des fileuses\n      radotant aux grésils des chandelles\n      les histoires d’amour fabuleuses\n      de dames et de pages fidèles.\n       A u ronflement des rouets fragiles\n      les bouches au quenottes cassées\n      marmonnent à l’heure de vigiles\n      leurs vieillottes chansons cadencées.\n      C’est l'aventure de Loys le page\n      qui mourut d’amour fo l pour sa belle\n      recevant une fleur en message, —\n      ou celle de Jehan et d'Isabelle.\n"}, {"page_pdf": 300, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 991, "texte": "                    JUIN 1895                 271\n\n\n\n\nLes lèvres ont des contes sans nombre;\nl'heure coule de songes frôlée\net si la porte s'ouvre dans l’ombre\nles mains s'arrêtent ensorcelées....\nCar chacune des frêles fileuses\ncroit entendre venir (comme au conte)\navec la fleur d’amour fabuleuse\naux doigts, quelque page ou quelque comte.\nQui s'agenouillera devant elle\npour déposer sur ses mains flétries\nle baiser (toujours jeune et fidèle)\nde l'amoureux tardif des féeries.\n\n                       II\n\n Quand reviendra le beau Prince Avril\nen habits d’aubépines, ma douce,\ndites-lui que je suis mort et qu’il\nremporte ses couronnes de mousse.\n Dites-lui qu’il aille vers ailleurs,\nvider son sac de fleurs mi-fermées,\nque les morts n’ont pas besoin de fleurs...\ndites-lui cela ma douce aimée.\nSous un sapin de neige couvert\npend mon squelette fleuri de neige :\nsi l'on me donnait tes habits verts\net roses,A vril, ah ! qu'en ferais-je ?\n                                              19\n"}, {"page_pdf": 301, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 617, "texte": "272                     L E R É V E IL\n\n\n\n\n       Mais, Prince Avril, qu’est-ce que tu veux?\n      Tu peux remporter tes fleurs de joie :\n      tu n'auras pas ma douce aux cheveux,\n      ma douce aux cheveux tissés de soie....\n      Car elle est fidèle à nos serments\n      d'amour surannés sous la ramée\n      (n'est-ce pas ma mie ?) et sûrement\n      (n'est-ce pas ma douce mie aimée ?)\n      Sous les sapins vous viendrez baiser\n      les fines mains blanches et jolies\n      de mon squelette fleurdelisé\n       Qui se berce, berce ! à ces folies....\n                                   T r is t a n K l in g s o r\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 273, "page_fin": 273, "titre_corps": "Ballades : I", "titre_sommaire": "Ballades", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Fort", "ancre_debut": "BALLADES. 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Oh\nson panier de cuivre, oh ses treillis d’éclairs. Que c’est\nlourd et brûlant. Sais-tu que la coquille de ma tête se\nfend... — Ta pensée, bel oiseau, ta pensée fend les\nairs. » — A s’y tendre, à s’y tendre, oh qu’ils doivent\nle gagner ce ciel ceux de l’enfer !\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-010", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 273, "page_fin": 274, "titre_corps": "Ballades : II", "titre_sommaire": "Ballades", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Fort", "ancre_debut": "II. — Synthétic Clown-Clown, hip, hip, tournez", "ancre_fin": "dans un orage", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "III. 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Attention, Messieurs ! — guignez l’arc de Noé...\nDeux trois cinq deux trois cinq dix, rrrrrrran ! » —\nCessez! Analytic, cessez ! assez ! Il va se rompre...\nDieu !.. Ah ! — Synthétic se tord, puis dans la sciure\ndu cirque inscrit d’un doigt profond cette sombre\népitaphe :\n                           CI-GIT\n                          A N A L Y T IC\n                  ce clown qu’on disait sage\n                          — très fol !\n                        et mort de rage\n           de n ’avoir pu tourner dans un orage.\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 274, "page_fin": 275, "titre_corps": "Ballades : III", "titre_sommaire": "Ballades", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Fort", "ancre_debut": "III. Je me pense, je pense bien", "ancre_fin": "aux fontaines proches", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "IV. Deuil sourd", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 303, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 1033, "fin_caractere_exclue": 1544, "texte": "III.\n  Je me pense, je pense bien, — je pense Dieu, je pense\nmieux. Je fais des heureux.\n   Mon torse enveloppé dans un draper à grands des­\nsins, or mat sur or. Fond de ciel rose et or, fresque\nd’aurore où des loins d’arabesque — incarnadins. Fort\nbeau décor. Ma main gauche gantée et l’autre tient un\ngant ; à mes pieds des anges tout petits et nus : je\npense... on m’adore. Passe-t-il un passant? à cet in­\nconnu je jette mon gant, — un ange s’évapore.\n   « L’ami ! ma place un peu, — je veux bien être heu­\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1016, "texte": "                         J U IN   18 95\n                                                      275\n\n reux, je passerai, attends. L’ami, prends ma place, —\nattends, voici le gant. » — Je passe tout heureux...\n« Hé, l’ami le gant ?» — L’ami il a mis le gant dans sa\npoche ! — « Gueux ! » Et puis... et puis vers les cieux,\nmes anges le portent tout heureux !\n   A te penser, mon Dieu, que j’ai donc fait d’heureux !\nmais à te presser de te révéler à moi faquin, faquin —\nles belles volées !\n   Je veux me noyer aux fontaines proches. — Non,\nnon, l’ami dieu, — vraiment Si Tu Es, — tu serais trop\nheureux ! Tiens ! je te nierai.\n                 ...ah ah, je n’ sais plus.\n   Beau décor encore. Ma main droite nue, l’autre tient\nun gant ; à mes pieds des anges tout petits et nus : je\npense... on m’adore. Passe-t-il un passant ? je jette mon\ngant... Il passe un passant! je jette mon gant à cet\nInconnu. Il a mis, le gueux ! ma raison dans sa poche,\n— je vais me noyer aux fontaines proches.\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-012", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 275, "page_fin": 277, "titre_corps": "Ballades : IV", "titre_sommaire": "Ballades", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Fort", "ancre_debut": "IV. Deuil sourd. Le roi est mort", "ancre_fin": "à la même enseigne", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "V J ’ai rêvé vraiment", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 304, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 1016, "fin_caractere_exclue": 1621, "texte": "IV.\n   Deuil sourd. Le roi est mort. — Fanfare. Vive le\nroi ! — Pas encore ?... Entre temps, quoi pas ? Tribou­\nlet roi. — « Amis, venez fleurer la fraîche violette dont\nla Mort a posé deux lianes sur ces tempes vertes » —\nAllons, Triboulet. — « Non, venez rire, amis, des lau­\nriers flétris que le Sort a mis sur cette rose tête. » —\nAh ! c’est bon de rire. Bravo Triboulet. — Mais le\npeuple en chœur : « Mais ce roi qui meurt avait une\nréputation parfaite... » — Et parmi, ce rat de biblio­\nthèque : « Nous en ferons de la bonne histoire, 3fr. 50,\nde ce roi mort. » — Et, toutes les femmes : « Dans nos\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1732, "texte": "2 76                   L E RÉVEIL\n\n\n\n\n mémoires, qu’il ait ce front de violettes. » — Enfin,\n nos banquiers : « Sur nos monnaies, qu’il ait, qu’il ait\n ce front lauré, nous nous en foutons, que la hausse l’ap­\n prouve, nous le promettons. » — De la tombe au\npavois, toi, jeune roi, frétille. — De dire entre nous\nbrutes : « Il a le vice en tête » , va, cela n’est rien\n auprès de nos gros malins qui te cèlent ce qui suit —\nnous le cachant moins : « Déjà, sous les lauriers fanés\nde ses ancêtres, les sentez-vous régner, à couleur que\n veux-tu, ces mines mauvaises bêtes, du cramoisi : je\nt’ordonne ou tu meurs, jusqu’à ce glacé : dis-moi donc,\nmon esclave, le prix que tu l’estimes, ton sort que je\ndédaigne?... » — « Gueulons, gueulons, derrière nos\nfanfarons ! » — Mais le roi des fous : « Peuple, on se crie\nle Maître à chaque nouveau règne. Bavardages. Vous\nles trouverez, en vérité, « les tempes de violettes », de\nce petit dernier. Mes chers bons lâches, allons, autour\nde moi ; écoutez-bien ma voix — je la veux fort basse :\nParions que, plus tard, toutes nos mémoires feront\nreverdir pour lui plus d’un laurier. » — Le peuple\ngrondait, — quand le fou des rois se mit à chanter :\n« Nous vous connaissons, bon peuple ! vous en ferez,\nn’est-ce pas, des saucissons, s’il veut bouger ce gosse\ncouronné ! » — Tout le peuple riait, — et le fou des\nrois se mit à chanter : « C’est la royauté pour l’éter­\nnité ! »\n   De la tombe au pavois, Reine-mère de geindre :\n« Pauvre petit sans gloire, que de craintes pour toi ! »\n— Mais le roi des fous tirant son brocart : « Madame,\nsoyez patiente, la gloire, ça vous tombe quand on n’y\n pense pas. C’est moi qui vous le dis, le mioche en\naura ». — « Taisez-vous, vieux fou », — « Madame,\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 478, "texte": "                         J U IN   1895               277\n\nsoyez patiente, votre fils mourra. La gloire, ça vous\ntombe comme ça, sur la tombe ». — « Fou, tais-toi ».\n— « Au surplus, je veux dire deux mots pour lui à\ncertains rats de bibliothèque de mes amis. Service\néternel. De père en fils, Madame, les rats, ça déterre ».\n— « Fou ! ça ronge aussi.... » — « Fort bien dit, ma\nReine, dix-mille ans de ça, nous sommes tous logés à\nla même enseigne ».\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-013", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 277, "page_fin": 277, "titre_corps": "Ballades : V", "titre_sommaire": "Ballades", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Fort", "ancre_debut": "V J ’ai rêvé vraiment : Entreprendre d’abattre", "ancre_fin": "Pour de bon", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "VI La passion fut si grande", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 306, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 478, "fin_caractere_exclue": 955, "texte": "V\n   J ’ai rêvé vraiment :\n   Entreprendre d’abattre à coups de mâchoire d’âne\ncette ironie, ma mie, — là, éternelle aux plis de ta\nbouchette....\n   Rêvé vraiment.\n   — Mais, pour de bon :\n   Saisir ma hachette, et faire la récolte de toutes tes\ndents, de leur grand rire à ma révolte !\n   Puis les enfouir dans la cave tes dents, — dans un\ntonneau noir enfouir ton grand rire...\n   — Jeter là des étouppes, une torche, et m’enfuir !\n   Pour de bon.\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-014", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 277, "page_fin": 277, "titre_corps": "Ballades : VI", "titre_sommaire": "Ballades", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Fort", "ancre_debut": "VI La passion fut si grande du vent", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 306, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 955, "fin_caractere_exclue": 1211, "texte": "VI\n   La passion fut si grande du vent pour leurs voiles —\nque mes navires sombrent.\n   Bel exemple !\n   De vouloir être des navires, — la Forêt d’un seul\nbond se jette sur la mer.\n   Alors quoi ?\n  — L’orage, l’orage, tu veux changer d’esclave ?\n   Bah !\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-015", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 278, "page_fin": 278, "titre_corps": "Ballades : VII", "titre_sommaire": "Ballades", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Fort", "ancre_debut": "VII Je suis le bellâtre du sentiment", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 307, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 66, "fin_caractere_exclue": 826, "texte": "VII\n\n   Je suis le bellâtre du sentiment, — « un peu plus\n qu’une bête » véritablement, quand, ivre à flamber mes\n cheveux au firmament, à rouler, que je gueule, mon\nfront dans les étoiles, je familiarise avec le réverbère\nque, chatouille ! je viole à califourchon. — O étoiles si\npâles que je bave en pleurant quand je me dis poète au\nbras du cipal....\n   Mais que dire de moi sinon : « Dieu m’a fait ».\n   Mais que dire de moi !...\n   « Du haut du ciel Shakespeare me tendra-t-il sa\nlyre! Shakespeare est « muet », c’est bien, je le\nvolerai ».\n   Malgré « le noir de l’ongle » de vrai sentiment, le\nnoir de l’ongle à peine (encore, moi, je les ronge) — ne\nsommes-nous pas plusieurs à ce jeu, mes enfants ?\n                                      P aul F ort .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-016", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 279, "page_fin": 280, "titre_corps": "Vers : Sapho", "titre_sommaire": "Vers", "rubrique": "", "signature_source": "Valmy Baysse", "ancre_debut": "SA PH O Pour Frédéric Friche. 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O Thargelia ! mes sœurs perverses !\nViennent les voluptés prodigues qui nous versent\nL ’oubli profond et les désirs inexprimés.\nLa foie, amante des amantes, qu'elle vienne\nQu’elle caresse nos y e u x clos, nos corps pâmés,\nPour les charmer aux sons des flûtes phrygiennes.\n      A oût 1894\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-017", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 280, "page_fin": 282, "titre_corps": "Vers : Circé", "titre_sommaire": "Vers", "rubrique": "", "signature_source": "Valmy Baysse", "ancre_debut": "C IR CÉ Pour Ernest Dupont Les parfums", "ancre_fin": "5 Juillet 1894", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "H É L IO G A B A L E", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 309, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 561, "fin_caractere_exclue": 1125, "texte": "C IR C É\n                                       Pour Ernest Dupont\n\nLes parfums distillaient leurs puissantes ivresses\nDans son palais d’onyx veiné d'azur changeant,\nPerdue en ses cheveux profonds, l’enchanteresse\nLaisse s’épandre la merveille de son chant.\nElle tissait... Serti de couleurs éclatantes\nL'ouvrage déroulait ses plis harmonieux\nEt ceux d'A rgos, et ceux d’Ithaque et d'Agrigente\nVoulurent s'éperdre en la gloire de ses yeu x.\nE t la déesse les reçut en sa demeure.\nLentement défilait le cortège des Heures\nE t le soleil mettait sa robe de pourpris.\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1292, "texte": "                        JU IN     18 95              281\n\n\n\n\nEux, charmés, ils fixaient les grands y e u x impudiques\nE t plus calme, dans un affollement de lis,\nS ’envolait la chanson charmeuse etfatidique.\nOr voici le Héros que prédisait Mercure, —\nIl vient, armé du glaive implacable et vengeur.\n...E t déroulant pour lui sa longue chevelure\nElle affronte le téméraire voyageur.\nLa farine et le miel mêlés au vin de Pramne\nSont prêts et verseront l’oubli dans son cerveau,\nE t l’ivresse mystérieuse des pavots\nLe jetteront dans les bras de la courtisane.\nO Chimère !.. Bar dé de gloire et casque d’or,\nIl vient beau comme Achille et plus grand que Stentor,\nE t repoussant les bras suppliants d’Euryloque.\nAy a n t au cœur la joie étrange de l'Am ant,\nLe glaive en main, il s’avança très lentement\nVers la déesse aux y e u x ensorceleurs et glauques.\n                              *\n                          *       *\n\n\n\n\n Alors elle tendit vers lui ses lèvres pâles,\nElle entoura son cou de ses bras lumineux,\nElle le conduisit vers un trône d'opale\nE t le vainqueur put regarder en ses grands yeu x.\nIl y vit une mer chantante, il vit des voiles\nD'azur appareillant pour les ports enchantés,\nE t tous les rayons d'or et toutes les étoiles\nEn ses vagues berçaient leurs magiques clartés.\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 351, "texte": "282                         LE RÉVEIL\n\n\n\n\nIl vit l’essaim joyeux et subtil des caresses,\nIl perçut vaguement des hymnes d’allégresse.\nLe roi d’Ithaque regardait toujours lesyeu x.\nIl avait rejeté ses armes et son glaive. —\nE t s’éperdant en l’océan mystérieux,\nIl vit le vol ardent et coloré des Rêves.\n      5 Juillet 1894\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-018", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 282, "page_fin": 284, "titre_corps": "Vers : Héliogabale", "titre_sommaire": "Vers", "rubrique": "", "signature_source": "Valmy Baysse", "ancre_debut": "H É L IO G A B A L E Offrant la nudité", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 311, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 351, "fin_caractere_exclue": 1008, "texte": "H É L IO G A B A L E\n\nOffrant la nudité de leur torse viril,\nEphèbes glorieux des superbes cohortes,\nIls dormaient d'un sommeil étrange et puéril,\nAvec du rêve au fond de leurs prunelles mortes.\nLes éphèbes dormaient, impeccablement beaux,\nSous les y e u x de la mort implacable et jalouse.\n— Comme des fleurs de jais sur un voile d’épouse,\nDans le ciel éclatant sont passés les corbeaux.\nE t drapé dans sa robe immense et lumineuse,\nIl regardait la phalange victorieuse\n Qui lançait vers le ciel ses boucliers très lourds.\nE t dans la plaine, les joueuses de cymbales,\nDansant au roulement continu des tambours,\n Chantaient lejeune Imperator, Héliogabale.\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1083, "texte": "                        JUIN 1 8 9 5             283\n\n\n\n                           ***\n\nL'adolescent aux lèvres rouges, aux mains blanches,\nFrémissantes encor de désirs et d’essor,\nCheminait, secouant au rythme de ses hanches\nLes voluptés de ses merveilleux cheveux d'or.\nIl chantait d'une voix pleine de frénésie :\n« Il me fa u t la chanson ardente de l’Eveil,\nLe rire harmonieux des éphébes d’A sie\nE t l’éblouissement des rayons de soleil.\nE t mon corps aspire aux luxures inconnues !...\n Attelez à mon char des courtisanes n ues\nTour que leur nudité flagelle mon désir. »\nE t son regard suivait sur le miroir des dalles\nLes fuyants reflets des perles et des saphyrs\nQui s’agriffaient à ses éclatantes sandales.\n                          $**\n\nOr le soleil occidental s’en est allé\nDans sa gloire d'époux divin et magnifique.\nL'éphèbe impérial sous le ciel étoilé\nChante un épithalame à la lune magique.\nE t de son lit où s’étiolent de grands lis,\nSous le regard des esclaves assyriennes\nQui brûlent de l’encens dans des vases fleuris\nD e rubis merveilleux et de perles anciennes,\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 413, "texte": "284                      LE   RÉVEIL\n\n\n\n\nIl écoutait, pareils aux plaintes de la mer,\n Monter des bruits de mort parmi des heurts de fer,\nE t son corps se dressa comme pour la tribune.\nA lors on vit sesy e u x marqués de fa rd vermeil,\nSes y e u x où s’accrochaient des rayons de soleil,\nQui souriaient encore aux N oces de la Lune.\n                                       V alm y B a y sse\n      N ovem bre 1893.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-019", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 285, "page_fin": 296, "titre_corps": "La Peste à Bergame", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J. P. Jacobsen", "ancre_debut": "LA PESTE A BERGAME. Le Vieux-Bergame était bâti", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 314, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 78, "fin_caractere_exclue": 1440, "texte": "LA PESTE A BERGAME.\n\n     Le Vieux-Bergame était bâti au sommet d’une mon­\n  tagne peu élevée, entouré de murs et de portes, et le\n Nouveau-Bergame là-bas au pied de la montagne, était\n  ouvert à tous les vents.\n     Un jour la peste se déclara là-bas, dans la ville\n  nouvelle et s’étendit effroyablement; il mourut une\n multitude d’hommes et les autres se sauvèrent à travers\n  la plaine vers les quatre horizons. — Et les bour­\n geois du Vieux-Bergame incendièrent la ville aban­\n donnée pour purifier l’air, mais ce fut en vain. On\n commençait aussi à mourir là-haut chez eux, d’abord un\n par jour, puis cinq, puis dix, à la fin vingt, et quand ce\n fut l’apogée, encore beaucoup plus.\n    Et eux, ils ne pouvaient pas se sauver, comme avaient\n fait ceux de la ville neuve.\n    Car il en était parmi eux qui essayèrent; mais ils\n menèrent la vie d’un animal traqué, se cachant en des\nfossés et des cavernes, en des forêts et des champs\nverdoyants. Bientôt les paysans, dans les demeures\ndesquels les premiers fuyards avaient apporté la peste,\nlapidèrent tout étranger qu’ils rencontraient et ils les\nchassaient de leur territoire et les abattaient sans grâce\nni miséricorde comme des chiens enragés, par légitime\ndéfense, ainsi qu’ils le pensaient.\n    Les gens du Vieux-Bergame devaient demeurer où ils\nétaient et de jour en jour la chaleur augmentait et de\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1764, "texte": "286                      le   r éveil\n\n\n\n\n jour en jour l’effroyable maladie devenait plus âpre et\n plus avide à la proie. La terreur grandit jusqu’à la folie\n et tout ce qu’il y avait eu d’ordre et d’autorité, il\n semblait que la terre l’eut englouti pour mettre à la place\n tout ce qu’il y a de pire.\n   Dès l’origine, quand la peste commença, fraternelle­\nment, les gens s’étaient associés pour veiller au bon et\nprompt enfouissement des cadavres ; ils avaient eu soin\nde faire allumer chaque jour sur les places et les\nmarchés de grands bûchers, afin que la saine fumée se\nrépandît à travers la ville. On avait distribué aux\npauvres des genévriers et du vinaigre; et surtout,jour et\nnuit les habitants visitaient les églises, seuls et par pro­\ncessions, chaque jour ils s’en furent devant Dieu avec\nleurs prières, et chaque soir quand le soleil s’en allait\nau repos, les cloches de toutes les églises, de leurs cent\ngueules balancées avaient crié leur plainte au ciel. Et\nl’on avait ordonné des jeûnes, et les reliques, chaque\njour, étaient exposées sur les autels.\n   Un jour enfin,comme ils ne savaient plus que faire,au\nson des trompes et des trompettes, du haut du balcon\nde la maison du conseil, ils avaient proclamé la Sainte-\nVierge podestat, ou bourgmestre de la ville, pour main­\ntenant et toute l’éternité !\n   Mais tout cela ne servait à rien ; il n’y avait rien qui\naidât.\n   Et quand le peuple comprit cela et peu-à-peu s’affer­\nmit dans la croyance que le ciel ne voulait ou ne pou­\nvait pas aider, non seulement on laissa pendre les\nmains, disant : Advienne maintenant ce que voudra,\nmais, c’était comme si le péché, secrète et rampante\nmaladie, se changeait tout à coup en une méchante et\nrageuse peste publique, qui, la main dans la main avec\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1816, "texte": "                         JUIN   1895                   287\n\n\n\n\nl’épidémie corporelle, tendît à assassiner l’âme comme\nl’autre les corps, tant incroyables étaient leurs actes, si\nmonstrueuses leurs aberrations. L’air était saturé de\nblasphèmes et d’impiété, de rauques cris de débauche\net de hurlements de buveurs et la plus sauvage nuit ne\ncache pas plus de luxure que de tels jours.\n   « Nous voulons manger aujourd’hui, car demain nous\ndevons mourir. »\n   C’était comme si là-dessus ils avaient écrit des notes\net qu’on les eût jouées sur des instruments variés en un\nimmense concert d’enfer. Oui, si tous les péchés\nn’avaient été inventés depuis longtemps on les eût\ninventés ici, car il n’y avait pas de chemin que n’eus­\nsent pris ces égarés. Les vices les plus contre nature\nflorissaient parmi eux et même tels péchés rares comme\nla nécromancie, la sorcellerie, l’évocation du diable y\nétaient communs ; car il y en avait beaucoup qui atten­\ndaient des puissances infernales cette protection que le\nciel ne leur voulait pas accorder.\n   Tout ce qui s’appelle amour du prochain ou compas­\nsion avait disparu des esprits; chaque n’avait de pensées\nque pour soi-même. On regardait le malade comme l’en­\nnemi commun ; et quand il arrivait à un malheureux de\ntomber dans la rue, épuisé par la première fièvre de la\npeste, il n’y avait aucune porte qui s’ouvrît à lui, mais\non le forçait à coups de lance ou de pierres à se traîner\nhors du chemin de ceux qui étaient encore sains.\n   Et de jour en jour la peste augmentait, le soleil brû­\nlait au-dessus de la ville, pas une goutte de pluie ne\ntombait, aucun nuage ne se remuait, et les cadavres qui\npourrissaient dans les maisons, et les cadavres qui\nn’étaient pas bien enterrés exhalaient une puanteur qui\nse mêlait à l’air immobile des rues et attirait des nuées\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1761, "texte": " 288                      LE R ÉVEIL\n\n\n\n\n de corbeaux et de corneilles, en sorte que les murailles\n et les toits en étaient noirs. Et tout autour, sur le mur\n d’enceinte de la ville, il y avait, solitaires, d’étranges,\n de grands oiseaux d’autres pays, de bien loin, avec des\n becs avides de proie et des serres crispées dans l’attente ;\n et ils étaient là qui regardaient en bas, avec leurs yeux\n tranquilles, avides, comme s’ils attendaient que la ville\n se changeât en une seule, grande fosse à charognes.\n    Il y avait juste onze semaines que la peste avait com­\n mencé, lorsque le veilleur de la tour et d’autres gens\n habitant des lieux élevés, virent un étrange cortège qui\n de la plaine se recourbait vers les ruelles de la Ville-\n Nouvelle entre les pierres noircies de fumée et les mon­\n ceaux de cendre noire. Une multitude! Certes bien\n six cents ou plus, hommes et femmes, vieux et jeunes\n et ils avaient de grandes croix noires parmi eux et\nde larges bannières, rouges comme du feu et du sang,\nau-dessus d’eux. Ils chantent en avançant et des lamen­\ntations désespérées s’élevent dans l’air tranquille et\ntiède.\n   Brunes, grises, noires leurs vêtures, mais tous ils\n portent un signe rouge sur la poitrine. Comme ils appro­\nchent on voit que c’est une croix. Car ils approchent\ntoujours. Ils se pressent dans le chemin raide qu’en­\ntoure de paix une antique muraille, vers la vieille ville.\n C’est une houle de visages pâles; ils portent des lanières\nen main, une pluie de feu est peinte sur leurs lanières\nrouges, et dans la poussée au-dessus d’eux se balançent\nles croix noires.\n   De la foule serrée s’élève une senteur de sueur, de\ncendre, de poussière des chemins et de vieil encens.\nIls ne chantent plus, il ne parlent pas non plus — rien\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1678, "texte": "                        JUIN 1 8 9 5                    2 89\n\n\n\nque le trépignement, comme d’un troupeau, de leurs\npieds nus.\n   Un visage après l’autre plonge dans l’ombre de la\nporte sous la tour, pour revenir au jour de l’autre côté,\nles cils à demi-clos et comme effrayé de la lumière.\n   Les chants alors reprennent : un miserere ; ils serrent\nplus fort les lanières et marchent plus fermes, comme\nau son d’un chant de guerre.\n   Ils ont l’air de sortir d’une ville affamée, leurs joues\nsont creuses, leurs os saillent, leurs lèvres sont exsan­\ngues et sous les yeux ils ont des cercles noirs.\n   Ceux de Bergame sont accourus et les contemplent\navec étonnement et effroi. Des visages rouges de\ndébauchés regardent ces faces pâles ; des regards pares­\nseux, alanguis de luxure se baissent devant ces yeux\naigus, étincelants; des railleurs de blasphèmes restent\nbouche bée devant ces hymnes.\n   Et à toutes leurs lanières colle du sang.\n   D'étranges impressions assaillirent le peuple en face\nde ces gens.\n   Mais cela ne dura guère et l’émotion fut vite\nsecouée : quelques-uns avaient reconnu parmi les\nporteurs de croix un cordonnier à moitié fou de\nBrescia et sur le champ, à cause de lui, toute la troupe\nparut ridicule. Pourtant, c’était quelque chose de\nneuf, une distraction dans le quotidien, et lorsque les\nétrangers s’avancèrent vers la cathédrale on marcha\nderrière eux comme on aurait suivi une bande de saltim­\nbanques, ou un ours apprivoisé.\n   Mais pendant qu’on avançait en se poussant, des\ncolères se levaient, on se sentait si vain et si vide\nen face de la solennité de ces gens et l’on comprenait\nfort bien que ces cordonniers et tailleurs étaient venus\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1836, "texte": " 290                      LE RÉVEIL\n\n\n\n\n pour convertir, pour prier et prononcer les paroles\n qu’on ne voulait pas entendre. Il y avait là deux\n maigres philosophes à cheveux gris qui avaient érigé\n l’impiété en système. Avec toute la méchanceté de leur\n cœur ils excitaient la foule surchauffée, si bien qu’à\n chaque pas qu’on faisait vers l’église elle devenait plus\n menaçante,les accès de colère se faisaient plus sauvages;\n encore un peu et les mains se seraient levées sur ces\n tailleurs de lanières étrangers. Mais, à peine à cent pas\n de l’église voilà qu’une taverne s’ouvrit et toute une\nbande de buveurs s’en élançèrent, l’un sur le dos de\n l’autre et ils se mirent en tête de la procession et la\nmenèrent en chantant et en hurlant avec des grimaces\nrailleuses et risibles, à l’exception d’un seul qui montait\nen faisant la roue les degrés couverts d’herbe de l’esca­\nlier de l’église. On en rit, et ainsi tous parvinrent en\npaix jusque dans le sanctuaire.\n    Il semblait étrange de se retrouver encore une fois\nici, de marcher à travers les grands espaces froids dans\ncet air encore plein de la buée de jadis et de la senteur des\ncierges de cire, — sur les vieilles dalles affaissées avec\nleurs ornements à demi effacés et les blanches inscrip­\ntions qui avaient si souvent exaspéré la pensée. Et\ntandis que, fâché un peu et curieux aussi, l’œil se\nlaissait gagner au repos de la pénombre douce sous la\nvoûte, ou se reposait sur la diversité effacée d’ors\npoussiéreux et de couleurs enfumées, ou encore se per­\ndait parmi l’ombre des recoins de l’autel, une sorte de\nvéhémence naissait qu’on ne pouvait retenir.\n    Pendant ce temps ceux de la taverne menaient leur\n débauche là-haut près du maître-autel et un grand et\nrobuste boucher parmi eux, un jeune homme, avait\npris un tablier blanc et se l’était attaché au cou en\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1838, "texte": "                          JUIN   1895                    291\n\nsorte qu’il pendait comme un manteau sur son dos ; et\nainsi, avec des paroles sauvages et bouffonnes, pleines\nd’impudeur et de blasphème, il disait la messe ; et un\npetit vieux ventru, léger et agile quoique gros, avec\nune figure comme une citrouille séchée, servait la\nmesse et répondait en les termes les plus immondes\nqu’on pût s’imaginer, et il s’agenouillait, il faisait des\nrévérences, tournait le dos à l’autel et sonnait de la cloche\ncomme d’une sonnette de fou et autour de lui il traçait\ndes cercles avec l’encensoir ; et le reste des ivrognes\nétaient étendus de toute leur longueur sur les marches\net hurlaient de rire et poussaient des hoquets d’ivresse.\n    Et toute l’église riait et se moquait des étrangers et\nleur criait de bien remarquer, pour s’en instruire, le cas\nqu’on faisait de leur bondieu à Vieux-Bergame. Car ce\nn’était pas qu’on cherchât querelle à Dieu, si on se ré­\njouissait de ce cortège ; mais, et cela faisait la joie de\ntous, chaque blasphème devait être une épine dans le\ncœur de ces saints.\n    Les saints se tenaient au milieu de la nef et gémis­\nsaient de douleur, leurs cœurs bouillonnaient de haine\net de désir de vengeance, et des yeux et des mains ils\nsuppliaient Dieu qu’il se vengeât des insultes dont\n on l’accablait en sa propre demeure ; car ils vou­\nlaient bien périr avec ces présomptueux, si seulement\n il plaisait à Dieu de montrer sa puissance, avec volupté\n ils se laisseraient écraser en son honneur si seulement\n il lui plaisait de triompher, si la terreur, le désespoir et\n le repentir venu trop tard devaient arracher des cris\n à toutes ces lèvres impies.\n    Et ils entonnèrent un Miserere dont chaque note\n retentit comme un appel vers cette pluie de soufre qui\n tomba sur Sodome, vers cette puissance qu’avait Sam-\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1840, "texte": "292                       LE RÉVEIL\n\n\n\n\n son, quand il renversa la colonne dans la maison des\n Philistins. Ils suppliaient par des chants et des paroles,\n ils découvraient leurs épaules et suppliaient de leurs\n lanières. Ils étaient là, agenouillés, rang à rang, nus\n jusqu’à la ceinture et brandissaient les cordes nouées de\n dards sur leurs dos sanglants. Sauvages, rageurs,\n ils frappaient et le sang dégouttait des lanières\n sifflantes. Chaque coup était un sacrifice à Dieu. Que\n ne pouvaient-ils frapper plus fort ! Que ne pouvaient-ils\n à ses yeux ici, se déchirer en mille lambeaux san­\n glants. Ce corps avec lequel ils avaient péché contre\nles commandements, il devait être puni, martyrisé,\nanéanti afin que Dieu vît combien ils haïssaient leurs\npéchés, afin qu’il vît qu’ils devenaient des chiens pour\nlui plaire — moins que des chiens sans volonté, la plus\nvile vermine qui mange la poussière sous ses semelles.\nEt coup sur coup ils frappaient jusqu’à ce que les bras\nleur tombassent contractés en des crampes. Ils étaient là\ncouchés, rang à rang, avec des yeux étincelants de\nfolie, avec de l’écume à la bouche, le sang découlant le\nlong de leur chair.\n    Et ceux qui contemplaient ceci sentirent tout-à-coup\nbattre leurs cœurs ; ils remarquaient que des rougeurs\nmontaient à leurs joues et que la respiration leur deve­\nnait difficile. C’était comme si quelque chose de froid\nse tendait sous la peau de leur crâne, leurs genoux fai­\nblissaient. Car ceci les saisissait : il y avait en leurs cer­\nvelles un petit grain de folie qui comprit cette folie.\n    Se sentir l’esclave de la divinité puissante, dure,\ns’abaisser jusqu’à s’étendre à ses pieds, être sa pro­\npriété, non pas en calme piété, non pas dans la quié­\ntude de tranquilles prières, mais furieusement, dans\nl’ivresse de l’abaissement, dans le sang et les hurle-\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1765, "texte": "                         j u in   18 9 5                293\n\n\n\n\nments, sous les luisantes lanières humides : cela, ils\nétaient capable de le comprendre, et même le boucher\nse tut, et les philosophes édentés baissaient leurs têtes\ngrises devant les yeux qui regardaient.\n   Et le silence se fit complètement dans l’église, seule,\nune rumeur légère parcourait la foule.\n   Un des étrangers alors se leva,un jeune moine,et parla.\nIl était pâle comme un linceul, ses yeux noirs luisaient\ncomme des charbons qui vont s’éteindre et les traits\nsombres, durcis par la douleur autour de la bouche,\nsemblaient taillés dans le bois avec un couteau et ne\nressemblaient pas à des plis dans une figure humaine.\n   En prière, il levait vers le ciel ses mains minces et\nmalades et les manches du froc noir glissaient le long de\nses maigres bras blancs.\n   Alors il parla.\n   Il parla de l’enfer, de ce qu’il est infini, comme le\nciel est infini ; du solitaire monde de douleur que chaque\ndamné doit remplir de ses souffrances et de ses cris; il y\na là des mers de soufre, des champs de scorpions, des\nflammes qui vous entourent comme un manteau et de\ntranquilles flammes durcies qui s’enfonçent comme des\nlances et des vrilles qu’on retourne dans une plaie.\n   Le silence régnait, sans souffle ils écoutaient ses\nparoles ; car il parlait comme s’il avait vu de ses propres\njeux, et ils se demandaient : N’est-ce pas un des damnés\nenvoyé vers nous de l’infernal abime pour rendre témoi­\ngnage devant nous?\n   Alors il prêcha longtemps de la loi et de la sévérité de\nla loi, et que chaque parole en doit être observée,car tout\nmanquement dont les pécheurs se rendront coupa­\nbles leur sera compté jusqu’à la dernière once. « Mais\nChrist est mort pour nos péchés, dites-vous, nous ne\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 294, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1861, "texte": "294                     L E RÉVEIL\n\n\n\n\n sommes plus soumis à la loi. Mais moi je vous dis que\n l’enfer ne sera pas frustré d’un seul d’entre vous, et pas\n une dent de fer des tortionnaires roues de la gehenne ne\n passera à côté de votre chair. Vous comptez sur la croix\n du Golgotha, venez, venez, venez et contemplez-là ! Je\n vous mènerai à ses pieds.\n    C’était un vendredi, comme vous savez, quand ils l’ont\n poussé hors de leurs portes et lui ont mis le bout le\n plus lourd d’une croix sur les épaules et l’ont forcé à la\n porter sur une colline infertile devant la ville; et ils\n l’accompagnèrent en foule et leurs pas firent s’élever\n la poussière en sorte qu’un nuage rouge semblait\nentourer le lieu. Et ils lui ont arraché ses habits et l’ont\ndénudé comme les gens de justice devant tous les\nregards dénudent un criminel afin que tous puissent\nvoir la chair qui sera livrée à la torture. Et ils le\njetèrent sur la croix, ils l’étendirent et enfoncèrent un\nclou de fer dans chacune de ses mains se débattant, et\nun clou à travers ses pieds croisés, avec des massues ils\nenfoncèrent les clous dans sa tête. Et ils élevèrent la\ncroix dans un trou creusé en terre mais elle ne voulait\npas rester debout et droit et ils la poussèrent par-ci,\npar-là et enfoncèrent des coins et des cales tout autour\net ceux qui faisaient cela baissèrent la visière de leur\nchapeau, afin que le sang de ses mains ne dégouttât pas\ndans leurs yeux. Et lui là-haut regardait les soldats qui\njouaient aux dés sa vêture déchirée, et toute la foule\nhurlante pour laquelle il souffrait afin qu’elle fût sauvée.\nEt dans toute la foule il n’y avait pas un œil compatis­\nsant. Et ceux d’en-bas le regardaient de nouveau qui\npendait là-haut, souffrant et épuisé et ils virent la\n  planche au-dessus de sa tête, où il était écrit : Roi des\n Juifs, et ils le raillaient et lui crièrent :\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 295, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "                           JUIN 1895                       295\n\n    «Toi qui démolis le temple et le reconstruis en trois\njours, aide-toi maintenant toi-même ; si tu es le fils de\n Dieu, descends donc de cette croix ».\n   Alors le fils unique de Dieu ressentit la colère en son\nesprit et ils vit qu’elles n’étaient pas dignes du salut ces\nfoules qui remplissent la terre, et il arracha ses pieds de\nl’emprise du clou, et ses poings se crispèrent autour des\nclous de ses mains et tandis que les bras de la croix se\ntendirent comme un arc, il en arracha les clous ; et il\nsauta sur le sol, saisit son vêtement dont les dés rou­\nlèrent sur la pente du Golgotha et il s’en revêtit avec la\ncolère d’un roi et s’éleva vers le ciel. Et la croix était\nvide, et le grand œuvre de la réconciliation ne fut jamais\naccompli. Il n’y a pas de médiateur entre nous et Dieu ;\naucun Jésus n’est mort pour nous sur la croix, aucun\nJésus n’est mort pour nous sur la croix, « aucun\nJésus n’est mort pour nous sur la croix ! »\n   Il se tut.\n   Aux dernières paroles il s’était courbé sur la foule et\nde ses lèvres et de ses mains ensemble il avait fulminé\nson arrêt et un gémissement d’angoisse avait traversé\nl’église ; et dans les recoins on commençait à sangloter.\n   Le boucher alors se poussa en avant, les mains\nlevées, menaçantes, pâle comme un cadavre il cria :\n« Moine, moine, veux-tu de nouveau le clouer à la croix,\nveux-tu ! » Et des sifflements rauques s’entendirent der­\nrière lui: «Oui, oui, crucifie, crucifie-le!» Et de toutes les\nbouches menaçantes,autoritaires, comme en un ouragan\nles cris s’élevaient vers la voûte : « Crucifie, crucifie-le! »\n   Et claire et haute, une seule voix tremblante :\n« Crucifie-le ! »\n   Mais le moine de là-haut contemplait les mains ten­\ndues et les visages grimaçants avec les trous obscurs des\n                                                          31\n"}, {"page_pdf": 325, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "296                      LE RÉVEIL\n\n\n\n\nlèvres hurlantes, où les rangées de dents blanches\nétincelaient comme des dents de fauves excités et en un\nmoment d’extase il étendit les mains vers le ciel et rit.\nAlors ils descendit et ses gens levèrent les bannières\naux pluies de soufre et leurs noires croix vides, et ils se\nruèrent hors de l’église et de nouveau il s’en allèrent à\ntravers le marché et par l’ouverture de la porte sous la\ntour.\n   Et ceux de Vieux-Bergame les regardaient, hagards,\ndescendre la montagne. Sur le chemin raide que des\nmurailles entourent de paix planait en brume la\nlumière du soleil qui au-dehors descendait sur la plaine;\nmais sur le mur d’enceinte rouge de la ville, les ombres\nde leurs grandes croix qui se balançaient dans la\npoussée, se dessinaient, noires et dures.\n    Le chant retentit plus loin ; l’une ou l’autre bannière\n encore resplendissait en rouge dans le désert noirci par\n la fumée de la ville neuve, puis il disparurent dans la\n plaine lumineuse.\n                                     J . P . J acobsen .\n                                Trad. P a u l G é r a r d y .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-020", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 297, "page_fin": 298, "titre_corps": "La Chanson des filandières", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA C H A N S O N D E S F IL A N D IÈ R E S I. Ton fil se file", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 326, "page_imprimee": 297, "debut_caractere": 53, "fin_caractere_exclue": 669, "texte": "LA C H A N S O N D E S F IL A N D IÈ R E S\n\n                      I.\n      Ton fil se file,\n      Sais-tu, passant\n      Des mers, des villes?\n      Ton fil se file\n      Tout le temps.\n      Les rouets rouent\n      A u seuil des portes.\n      Le bois tourne avec la roue\n      D u rouet qui roue...\n      Ta sœur est morte.\n      Sans arrêt,\n      Vide et se devide\n      L 'écheveau frais...\n      E t puis un autre, et puis après,\n      E t plus jamais de chrysalide !\n\n                     II,\n      A toi le fil!\n      O filandière,\n      Ton ciseau est-il agile ?\n      Le fil se file\n       Alors en arrière.\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1066, "texte": "2 98                   L E R É V E IL\n\n\n\n\n              Il e s t filé\n              Le fil fatal;\n              Où est-il allé,\n              Sœur bien-aîmée\n              Des landes tombales?\n              Fileras-tu\n              Encore une fois\n              Le fil perdu\n              — Est-il rompu ? —\n               De l'autrefois ?\n                            III.\n        E t file toujours et file encor\n         Mais ne le dis pas au passant pâle\n        Qui veut encor trouver de l'or\n         M algré son astre et son opale,\n        Qui veut encor trouver de l'or\n        Tour mettre aux y e u x de ses oiseaux;\n                le dis pas : ils seraient morts\n         Bien trop jeunes et bien trop tôt.\n        N e le dis pas : ils seraient morts;\n        Plus que du vide en la volière\n        En attendant les autres bords...\n        ‘P ourquoi filer, ô filandiére ?\n        En attendant les autres bords...\n        Vous Lachésis et toi Clotho,\n        Le lin est fin, le chanvre sort,\n         Pourquoi le couper puisqu'il est beau ?\n       Sept. 94\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-021", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 299, "page_fin": 300, "titre_corps": "Épitaphe d’un amour mort", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André Lebey", "ancre_debut": "ÉPITAPHE D’UN AMOUR MORT. 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René Ghil,\nHamon, Abel Pelletier, Léon Riotor.\n  L a Renaissance idéaliste— (grue duQuatorze-juillet, Bois-Colombe\nSeine) — dont la couverture se psitacise de bleu et de jaune,\npublie Les cahiers d’un indifférent, où nous trouvons ces nota­\ntions définitives :\n\n  « L e bonheur est purement relatif à l'ê tre.\n  » Toutes les notions sont fausses.\n  « Suivant la propension de l’être, l’égotisme est heureux ou\nnéfaste.\n  « Nul acte n’est méritoire, pas plus que blâmable.\n\n    Aussi ne vous blâmerons-nous aucunement, ô A . F ., qui de\nl ’ombre nous jetez le trouble de ces paroles nouvelles !\n\n                                     X\n\n   Nous ne pouvons comme nous le voudrions, parler longue­\nment des revues, où se concentre une vie si intense Nous\ndisposons de trop peu de place, et il nous faut souvent nous\ncontenter de signaler les publications nouvelles. Mentionnons\ncependant, aux derniers fascicules du Mercure de France, deux\npoemes splendides, les Deux Faunes, de Francis Vielé-Griffin et\nle Vase, d’Henri de Régnier.\n   E t de ce dernier encore, aux Essais de Jeunes de mai, quelques\nvers admirables, dont la Plume s’amusa follement.\n"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2120, "texte": "302                            LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                                   X\n\n   D ’un article de M. Jean de Bonnefon sur le Cardinal Gibbons\n(Journal du 28 mai 1895), le début et la fin sont également sur­\nprenants :\n   D ix années, passant sur le front de cet ascète à la vapeur, n’ont\nmarqué leurs griffes ni sur l’os de ce crâne ni sur les idées de ce\ncerveau\n   Un ascète à la vapeur ! Oh, ce dix-neuvième siècle !... où s’ar­\nrétera-t-il, dirait l ’oncle Sarcey.\n   E t ceci :\n   ....devant mon regard se dresse toujours la figure de ce nouveau\nSaint Paul, qui va encore étonner les pauvres aigles déplumés qui ont\npris pour aire la perruque défraîchie d 'un catholicisme de hallebardier.\n   Au fait, ces aigles doivent avoir l'aire bien piètre I\n\n\n                                   X\n\n  Par Le Parcours du Rêve au Souvenir, Mr le Comte Robert de\nMontesquiou détient pour longtemps, et triomphalement, le\nrecord des plus mauvais vers :\n                        PRINCE         EDIE.\n       Pour ses noces, le duc de Clarence-Avendale\n       Donne à Mary de Teck, en escorte d’honneur,\n       Margaret Grosvenor, qui, la première, étale\n       L a traîne de sa Dame, en ce jour de bonheur.\n       C'est la fille du duc de Westminster. L a fille\n       D u fe u comte Granville est lady Leveson,\n       Victoria Gorver. Celle de la fam ille\n       Du duc d’A thol, portant des roses à foison\n       Sera Dorothéa Murray ; Lady Greville\n       L a fille d’un Warwick, Eva, ferme la file\n       Avec l'aînée enfant de lord Sefton, des noeuds\n       De ce royal hymen promené par la ville,\n       Suprême finir, lady Gertrude Molyneux.\n       Non ! les Dames sont la Douleur et l ’Epouvante\n       L a Stupéfaction et l'Incrédulité ;\n       L a Grande Maitresse est l ’Horreur, et la Servante,\n       L a Folie. Ecoutez : il s'était alité,\n       Jeudi, pour quelque m al, Jeudi, l ’autre, il expire,\n       Sa fiancée exulte, est au comble des vœux ;\n       Future épouse heureuse, et Reine, elle soupire\n       De l'extase à l ’orgueil ; des feux d’amour aux feux\n       De ses royaux bijoux elle vague, bercée ;\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1607, "texte": "                            J U IN 1 8 9 5                        303\n\n      Elle essaie une robe, une parure, et rit :\n      Vingt robes, vingt manteaux !... — La voilà transpercée !\n      Son auguste amoureux agonise et périt.\n      L ’Europe allait boucler ses malles pour la noce :\n      Allez ! L'enterrement vous attend, le bouquet\n      Est de mise au cercueil. Le fournisseur féroce\n      Tourne le tulle en crêpe, obscurcit l’affiquet.\n      Suspendez le trousseau, la fiancée essaie\n      Son deuil; n'entrelacez plus de chiffres au bord\n      D'aucuns draps nuptiaux : la Faucheuse est passée,\n      Changeant tout... — et rendez les cadeaux tout d'abord !\n  Mais qu’à donc fait Mr Maurice Barrès, pour que lui soit dédié\ncet épithalame encercueillatoire ?\n\n                                 X\n\n              Le meilleur veau, c’est encor Jean Rameau,\naffirma Tailhade. On peut soutenir avec une certitude égale que :\n              L a meilleure huître est Francisque Sarcey.\n   L es autres ne donnent qu'une fois leur perle, et encore il faut\nles faire pourrir. Francisque au contraire en donne indéfiniment,\ndes perles. Voici l’une des dernières formées : \" L ’auteur \" — du\nJournal des Goncourt — « est un névrosé. Il n’y a pas à se préoc­\ncuper de ce qu’il écrit. I l faut plutôt le plaindre ! »\n   E t Tartuffe ?\n\n                                 X\n\n   Paraîtra prochainement chez Gnusé, à Liège, un drame de\nRichard Ledent, Les Entraves. L a souscription à ce livre est\nouverte chez l'éditeur, rue Pont d'île 51 à Liège, au prix de 3 fr.\nl’exemplaire sur vélin ; sur japon impérial, 10 frs.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-023", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 304, "page_fin": 310, "titre_corps": "Table des matières", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "TABLE DES MATIÈRES (TO M E V) N° 13 - J A N V I E R 1895", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 333, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1946, "texte": "TABLE                       DES               MATIÈRES\n                                             (TO M E V)\n\n\n\n\n                                N° 13 -          J A N V I E R 1895\n\nAlbert Mockel......................... Comme je passais en Germanie                                          1\nCharles van Lerberghc                      . . Fontaine de Vie .                           . . .           12\nN O V A L IS ,\n    (M. Maeterlinck trad.) . Les Disciples à Saïs . . . .                                                  14\nAndré F o n ta in a s ................... Les Estuaires d'Ombre . . .                                      26\nCharles Sluyts......................... L a demeure fastueuse . . .                                        33\nAlbert A r n a y ..........................Chronique littéraire . . . .                                    38\nAlbert Mockel, F. Friche . . Polémiques.................................... 60\nL e R é v e i l ................................ T a b le tte s .......................................... 67\n\n\n\n\n                   Nos 1 4 et 15 -              F E V R I E R -M A R S 1895\n\nHors-texte de Georges Minne . . L a d u e .\nLéon Paschal......................................L a littérature de demain.                        71\nGustave K a h n .................................V e r s .......................................... 7 4\nEmile V e r h a e r e n ........................... En F landre.............................. 77\nPierre M. O l i n .................................Mon Cœur au Glaive . .                           78\nCharles van Lerberghe . . . .                         EntrevISio n .......................... 81\nPaul Gérardy, t r a d ......................Le grand mystère Thurin-\n                                                        gien, ou le jeu spirituel\n                                                        des dix Vierges . . .                       84\n"}, {"page_pdf": 334, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2715, "texte": "                                             JU IN    18 9 5                                        305\n\n\nFernand R o u s s e l ........................... V e r s .........................................113\nGeorges M e s n il................................ L 'A r t impossible .                       . . 117\nGeorge M a rlo w .................................L'Aube — L ’Ame Sœ ur.                              134\nRodrigue S é r a s q u ie r ...................... L ’Ame pér2grine .                          . . 136\nDenis L a l i e u x .................................Chronique littéraire                      . . 138\nGeorges L e m m e n ........................... Chronique artistique                           . . 154\nT u t u ................................................Ephémérides nationales                      . 161\nL e R é v e il........................................... Tablettes................................... 163\n\n\n\n\n                                  N° 16 -         A V R IL 1895\n\n\nEm ile V e r h a e r e n ... L 'A r t archéologique                                       . . 167\nHenri de R é g n i e r ............ S o n n e t ............................................. 17a\nFernand Séverin................. E g lo g u e .............................................173\nLéon Paschal..............Maxime Séveranz.                                                . . 175\nCharles van Lerberghe               . . . . Interlude...........................185\nA . Ferdinand H é r o ld Sonnets clégiaquces .                                            . . 187\n                                  .\n\n\n\n\nAlfred L avach ery . . . . . .                    L 'Œ illet des Dunes . . 190\nLionel des R i e u x .................... -       Le F l e u v e ..................... 208\nL e Réveil . . .          - ....... Tablettes..............................................211\n\n\n\n\n                                    N° 17 — M AI 1893\n\nCharles D elchevalerie......................Un Cas littéraire .                            .    . 215\nAlbert G uequier................................ Chansons de Novembre                         et\n                                                           de M a i ................. 220\nRichard L e d e n t................................ A t l i .................................224\nEmmanuel Delbousquet . . . .                           Diptyque....................... 233\nAlfred Lavachery . . . . . .                           L 'Œ illet des Dunes .                   . 235\nCharles G u é r in .................................S o n n e t s ...........................250\nH. V a n d e n u lte .................................Ténèbres........................... 252\n"}, {"page_pdf": 335, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1346, "texte": "305                                         LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                                   N° 18 — JUIN 1895\n\n\n                      Hors-texte de : Charles Doudelet.\nH enry M au bel.................................Le Ja rd in d ’Acclimatation                          255\nEm ile V e r h a e r é n ........................... Une S t a t u e ............................. 258\nHubert S ti e r n e t ........................... Ferme! ........................................260\nRodrigue Sd rasq u ier...................... L e P è l e r i n .............................268\nTristan K lin g s o r ........................... Chanson d 'hiver .                    . . . 270\nPaul F o r t ...................................... B a lla d e s .................................. 273\nValm y B a is s e .................................Vers ..............................................279\nP. P. Jacobsen (P. Gerardy trad)                         LaPeste à Bergame . . 285\nAndré L ebey . , ......................             La  chanson des Filandières 297\n       »                ......................... Epilaphe d ’un amour m ort                          299\nL e R é v e i l ................................... T a b le tte s ................................ 301\n\nTable des matières pour Ja n vier-Ju in 18 95...................................305\n"}, {"page_pdf": 336, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1303, "texte": "                  TABLE                       ALPHABÉTIQUE\n\n                               PAR NOMS D’AUTEURS ( i )\n\n                                                (TOME V)\n\n\n\n\n                                           ALBERT ARNAY\nChronique littéraire . . . .                                                             -    .    .      38\n\n                                EMMANUEL DELBOUSQUET\nD yp tique................................                                           .   .    .    .    233\n\n                                CHARLES DELCHEVALERIE\nUn cas l i t t é r a i r e ................................................................................215\n\n                                        ANDRÉ FONTAINAS\nLes Estuaires d' O m b r e .................................                                              26\n\n                                                PAUL FORT\nB a lla d e s .....................................                                                     273\n\n                                           PAUL GÉRARDY\nL e grand mystère thuringien, ou le Jeu spirituel des dix\n         V i e r g e s ..................................................................................84\n\n\n\n   ( 1) L es titr e s d es p o ésies so n t im p rim és en ita liq u e .\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "308                                                   L E R É V E IL\n\n\n\n\n                                           ALBERT GUEQUIER\nChansons de Novembre et de M a i .....................                                               . . . .                220\n                                             CHARLES GUÉRIN\nSonnets                                                                                                                     250\n\n                                     A. FERDINAND HÉROLD\nSonnets clégiaques................................................................................ 187\n\n                                               .1. P . .JACOBSEN\n                                            (P. Gérardy, trad.)\nL a Peste à B e rg a m e ....................................................................... 2 7 9\n\n                                               GUSTAVE KAHN\nV e r s ...........................................................................                  .     .     .     .       74\n\n                                         TRISTAN KLINGSOR\nChanson d 'H i v e r ................................................................................ 276\n\n                                               DENIS LALIEUX\nChronique litté r a ir e ...........................................................................138\n\n                                        ALFRED LAVACHERY\nL 'Œ illet des D u n e s ................................................................190, 235\n\n                                                 ANDRÉ LEBEY\nL a chanson des F ilandières. — Epitaphe d'un amour m ort.                                                             .    239\n\n                                            RICHARD LEDENT\nAtli, d r a m e .............................................................................................................. 2 34\n\n                                           GEORGES LEMMEN\nChronique a rtistiq u e...........................................................................154\n\n                                           GEORGES MARLOW\nL ’Aube — l ’Ame S a u r ......................................................................134\n\n                                             HENRY MAUBEL\nL e Jardin d’A cclim atation ............................................................... 255\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2560, "texte": "                                               JUIN      18 9 5                                              30   9\n\n                                        GEORGES MESNIL\nL 'A rt im p o s s ib le .................................................................................117\n\n                                       ALBERT MOCKEL\nComme je passais en G e r m a n i e ......................                              . . .                     1\nP o lé m iq u e ............................................................................................. 60\n\n                                                 NOVALIS\n                                   CM. M aeterlinck, trad.)\nL e s Disciples à S a i s ..........................................................................                 14\n\n                                        PIERRE M. OLIN\nMon Cœur au g l a i v e ....................................................................                              78\n\n                                          LÉON PASCHAL\nL a Littérature de d e m a in ................................                   . . . .                71\nMaxime S e v e ra n z .................................................................................175\n\n                                   HENRI DE RÉGNIER\nSonnet.......................................................................................................172\n\n                                     LIONEL DES RIEUX\nLe F le u v e ...........................................           ,..208\n                                                                   .\n\n\n\n\n                                    FERNAND ROUSSEL\nV e r s ...................................................................................................... 113\n\n                                RODRIGUE SÉRAStiUIER\nL'Am e pérégrine......................................................................                      136\nLe P è l e r i n ........................................................................................... 268\n\n                                     FERNAND SÉVERIN\nE g lo g u e ......................................................................                         193\n\n                                       CHARLES SLUYTS\nL a Demeure fa s t u e u s e ........................................................................33\n\n                                     HUBERT STIERNET\nFerm el                                                                                                     260\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1406, "texte": "3io                                           LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                                              TABLETTES\n                                                                                 67, 163, 211, 301\n                                                  TUTU\nEphémérides nationales................................................................ 161\n                                         VALMY-BAISSE\nV e r s .............................................................................................. 291\n                                 H. VAN DE PUTTE\nT énèbres .....................................................................................\n                         CHARLES VAN LERBERGHE\nFontaine d t V ie ........................................................................... .......\nE n trevisio n ............................................................................................. 81\nInterlude . . .                     ..................................................................... 185\n\n                                EMILE VERHAEREN\nE n F la n d r e ...................................................................................... 77\nL ’A rt Archéologique.......................................................................... 167\nUne s t a t u e ........................................................................................... 258\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-024", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Librairie de l’Art Indépendant, rue de C O L L E C T I O N DU", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 340, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 133, "fin_caractere_exclue": 6666, "texte": "Librairie de l’Art Indépendant, rue de\n                   C O L L E C T I O N DU “ REVEIL »\n\n              chez EDMOND DEMAN, libraire à Bruxelles\n\n\n\n\n                                                                                                                                     M. Kats, rue courte du Jour.\n                                  Rue d’Arenberg, 16\n\n\n\n\n                                                                                                                                       la Chaussée d’Antin, 1 1\n                                                                                                                                     Gnusé, rue du Pont d’île.\n                                                                                                                                     Heymans, rue du Bruul.\n\n\n\n                                                                                                                                     Littauer, Odeonsplatz.\n                                     ONT PARU :\n1894—        M a u r i c e M a e t e r u n c k : Alladine et Palomides, Intérieur, la Mort\n                                         de Tintagiles, trois petits drames pour\n                                         marionettes. (Troisième Edition.)\n                                         Un volume in-16 raisin sur fort papier\n                                         vélin teinté, orné de culs de lampe de\n                                                                                                 3,50\n\n\n\n\n                                                                                                                                                 :\n                                         Georges M in n e ........................ Fr.\n\n\n\n\n                                                                                                                                    MALINES\n\n\n\n                                                                                                                                                                     MUNICH\n                                                                                                                                    LIÈGE :\n                                                                                                          DÉPOSITAIRES DU RECUEIL\n\n                                                                                                                                    PARIS :\n           F ernand R oussel :\n\n\n\n\n                                                                                                                                    GAND :\n                                        L e Bonheur Irréel.\n                                         Un volume de proses, in-16 grand-mé­\n                                         dian, avec un frontispice de Charles\n                                         Doudelet; tiré à 250 exemplaires nu­\n                                         mérotés sur papier de Hollande Van\n                                         G e ld e r ........................... Fr. 2,00\n\n18 9 5 —     E mile V hrhaeren :        Les Villages illusoires.\n                                         Un volum e de vers, in-16 grand-jésus,\n                                         tirage limité ; impression en deux cou­\n                                         leurs sur tort vélin teinté ; orné de qua­\n                                         tre images par Georges Minne. F r, 3,00                                                                       de\n                                                                                                                                    Société anonyme • l’Art », Avenue\n\n           H enry M aubel :             Ames de Couleurs.\n                                        Un volume de proses, in-16 royal,\n                                                                                                                                    Doliger, Galeries de la Reine.\n                                                                                                                                    Deman, rue d’Arenberg, 16.\n\n\n\n\n                                         tirage limité, impression en deux cou­\n                                                                                                                                    Engelcke, rue des Foulons.\n\n\n\n                                        leurs, sur papier vergé de cuve Fr. 2,00\n                                                                                                                                    Hoste, rue des Champs.\n                                                                                                                                    Forst, Place de Meir.\n\n\n\n\n                                                                                                                                      la Toison d'Or, 56.\n\n\n\n\n                        VIENNENT DE PARAITRE :\n       V ictor R e m ouc h am ps :       Vers l'Ame.\n                                         Un volume de proses, in-16 im périal;\n                                         tiré à 250 exemplaires numérotés sur\n                                         papier de Hollande Van Gelder. F r. 3,50\n\n       G eorges M arl o w :             L ’Ame en E xil.\n                                        Un cahier de vers, in 120 raisin oblong,\n                                        tirage à 350 exemplaires numérotés,\n                                                                                                                                    BRU XELLES\n\n\n\n\n                                        sur papier de cuve Ingres teinté.\n                                                                                                                                    ANVERS :\n\n\n\n\n                                                                         Fr. 3.00\n       L é o n P a s c h a l. :         Paroles intimes.\n                                                                                                                                                                    GAND\n\n\n\n\n                                        Un volum e de proses, tirage limité,\n                                        format in-160, sur papier de cuve\n                                        I n g r e s .......................................... Fr, 2.00\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1895-06-n18-025", "volume": "ELB-ULB-a0130-1895-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1895-000.pdf", "ocr_sha256": "51c2cde7fa2302b00f3f3f62d15d96fbe2b7304f610c8db9f7f519b592353673", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE DU NUMÉRO DE JUIN 1 8 9 5", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 341, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 9, "fin_caractere_exclue": 715, "texte": "SOMMAIRE DU NUMÉRO DE JUIN 1 8 9 5\n\n\n\n\n               Hors-texte de Charles Doudelet\nHenry Maubel             .    .Le Jardin d’acclimatation.\nE m ile V e r h a e r e n . . Une Statue.\n\nHubert Stiernet . . Fermel.\nRodrigue Sérasquier Le Pèlerin,\nTristan Klingsor. . Chanson d'hiver.\nPaul Fort . . . . ‘Ballades.\nValmy Baisse.              . . Vers.\nJ . P. J a c o b s e n\n   (P. Gérardy, trad.)\n                   La Veste à V er game.\nAndré Lebey . . .  La Chanson des Filandières.\n     id.       . . Epitaphe d’un amour mort.\n                                  Tablettes.\n         Table de matières pour Janvier-Juin 1895.\n\n\n\n\n        Gand, Imprim erie centrale G. De Keukelaere, rue longue du Verger, 31\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 280, "texte": "FL A ND RE F.T W A L LO N IE\n\n\n\n\n                                     L E   R   E   V   E   I    L\nV° ANN É E N* 18 ( no u v . série)                             J u i n 1895\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": " Voir le Sommaire à la quatrièm e page de\n             la couverture\n\n                      LE R É V E I L\n                          (FLANDRE              ET W ALLO N IE)\n\n      MENSUEL DE LITTÉRATURE ET D’ART\n                                      NOUVELLE SÉRIE\n\n   Paraît le dernier jour du mois en fascicules de\n                   48 ou 60 pages.\n\n\n Secrétaire de la Rédaction : A l b e r t G u e q u i e r ( F r é d é r i c F r i c h e ) .\n   Comité de Rédaction : A l b e r t A r n a y , L u c i e n d e B u s s c h e r ,\nC h a r le s D e lc h e v a le r ie , M ax       E ls k a m p ,    P a u l G é r a r d y , Edm ond\n G le s e n e r , A l b e r t G u e q u ie r, R ic h a r d L e d e n t, M a u r ic e M a e t e r ­\nlin c k ,   H e n r i M a u d e l , A l b e r t M o c k e l , P i e r r e M . O i.in , M a u r i c e\nd e s O m b ia u x , E d m o n d R a s s e n f o s s e , H e is r i d e R é g n i e r , S t é p h a n e\nR ic h e lle ,    G r é g o ir e   Le     Roy,     R o d rig u e     S é r a s q u ie r ,   C h a r i.e s\nv a n L e r b e r g h e , E m ile V e r h a e r e n .\n\n\n\n                      Rédaction, Rue de la Roue, 5, Bruxelles.\n                  Administration, Rue Neuve St-Pierre, 71, Gand.\n\n\n\n             A b o n n e m e n t : un an 5 frs. (É tra n g e r 6 francs.)\n\n                             LE NUMÉRO : S A centimes.\n\n\n\n                          S É R I E DU R E C U E I L :\nIere A N N E E , 1891, (les Essais) un volume in-4° de\n          300 pages. (Quelques exemplaires) . . .                                                4 00\n                                                                                           . fr. -\nIIe A N N É E , 1893, un volume in-8° raisin de 400 pages\n          Prix marqué fr. 5 (quelques exemplaires)\n          P rix majoré en raison de la rareté du volume \"                                       12 00\nIII* A N N É E , 1893, un volume in-8° coquille de\n          400 p a g e s ................................ ................................\"       6 00\nIV e A N N É E , 1894, un volume in-8° grand-médian\n          de 530 p a g e s .......................................................... »          6 00\n  L ’année 1895 formera deux volumes in-8°de 3oo pages chacun.\n\n\nL 'A d m in is tr a tio n ra c h è te ra it au p r i x f o r t des e x e m ­\n        p la ir e s en bon é ta t des nos 4 et 5 d e 1892\n    ainsi que des n os 1 et 3 des E s s a i s (1891).\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": ""}, {"page_pdf": 283, "texte": ""}, {"page_pdf": 284, "texte": "     LE J A RD IN D’AC CL IM A TA T IO N\n\n   L’Art est ce qui crée le symbole de l’être de sorte\nqu’il manifeste la religion de l’homme libre.\n   Libre examen du vrai, libre élection du beau, sont\ndes expressions de valeur purement humaine dont per­\nsonne ne peut discuter ni contrôler l’usage.\n   On a vu d’ardents revendicateurs de liberté refuser\ncette liberté à d’autres lorsqu’ils pensèrent avoir fondé\nle monde immuable de leurs désirs.\n   Pourquoi dire : « on a vu » comme si c’était un fait\nexceptionnel. On le voit tous les jours et c’est un phé­\nnomène apparemment nécessaire dans l’ordre politique\noù ceux qui sont arrivés à la plateforme se retournent\ncontre ceux qui voudraient y monter. Nos sociétés sont\nconstruites en forme de pyramide avec des fauteuils au\nsommet. Il suffit ici de deux ou trois hommes fatigués\nou de mauvaise humeur pour barrer tout le passage.\n                                                      18\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "256                      LE RÉVEIL\n\n\n\n\n    Il est étrange qu’à l’instant où presque tout le monde\nest mécontent de ces sortes de constructions,des artistes\ntentent de parquer leurs semblables dans un enclos et de\nmettre les créateurs d’œuvres de rêve en société avec\ndes lois et avec des juges ; à les entendre le bourreau ne\nserait pas de trop.\n    Je les trouve peu généreux et partant peu respectueux\nde la beauté qui n’a pas besoin qu’on la défende, qui\nassurément se détourne de la lutte réelle et de ses injures\net de ses blessures. La beauté peut resplendir du seul\namour de quelques hommes, et en admettant qu’ils soient\nces hommes-là, si vraiment le désordre est autour d’eux,\nleur prière muette doit suffire à entretenir des fleurs au\njardin du Parnasse. A quoi bon alors ces cris,ces colères et\ncette garde vilainement civique qui défile,armes chargées,\nà travers leurs songes, ne différant de l’autre que par ce\nqu’elle est bien alignée. Ça me rappelle les soirées de\nville paisible où nous avions des cartouches plein les\npoches. Oh! ce service d’ordre qui menace ceux qui\nvont seuls, cette police pour ramener tous les passants\nà la grande route et forcer chacun à rentrer à heure fixe\nchez tout le monde ! — Est-ce que vraiment on aurait\ndéjà sonné le couvre feu?\n    Drôles de gardiens qui mettent l’éteignoir sur la\n flamme pour la « conserver », et comme ils ont hérité du\n mal ambiant, du mal qui fait qu’on s’arrête et qu’on se\n range, pour laisser passer quoi? les autorités?... et la\n gendarmerie en pantalons d’été?...\n     Je viens de lire une petite revue où l’on parle d’ortho­\n doxie avec respect et où l’on voit des jeunes reprocher\n à un autre jeune d’avoir parlé « d’azur blond. » N’ont-ils\n jamais vu le ciel des côtes flamandes ?\n     Voilà de bons élèves d’une détestable école. Allons-\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "                         JU IN 1 8 9 5                      257\n\n\n nous voir arriver maintenant, une génération d’éplu­\n cheurs de phrases et de ramasseurs de mégots, descen­\n dants inattendus de ceux qui chassaient au néologisme\n dans la Belgique de Lemonnier ?...\n    Je sais une maison où ces gardes-champêtres furent\ntrès peu reçus, même naguère ; on en sortait de temps\n en temps pour les rosser et littérairement ils en sont\n morts.\n    Aujourd’hui!... C’est bizarre! on n’hérite pourtant\npas de ceux qu’on a tués publiquement.\n   Dans cette maison nous avons eu bien des joies et je\ncrois que ça venait de l’air pur et du soleil qu’on y lais­\nsait entrer par toutes les fenêtres. Les jours de fête,\njours du Seigneur que chacun adorait à sa guise, on y\n faisait de délicieuses communions. Cette maison n’avait\n pas l’air d’une église. Elle donnait sur un beau jardin\n où les prosateurs très humbles ne s’aventuraient\n qu’avec des craintes religieuses.\n    C’était le fameux jardin du Parnasse. J ’ai su depuis\n qu’il était d’acclimatation.\n    Vous savez ce que c’est qu’un jardin d’acclimatation ;\nc’est un jardin où il y a des cages d’où l’on voit la\nnature à travers une grille.\n   Or, de mon temps, si j’ai bonne mémoire, toutes les\ncages étaient ouvertes et les animaux sortis et comme\nles hommes que j’y voyais s’occupaient surtout à soigner\nles fleurs, j’avais cru que c’était un très ancien jardin où\nles cages étaient restées d’autrefois mais où les expé­\nriences d’acclimatation étaient abandonnées pour tou­\njours.\n                                         H enry M au bel.\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "258                    LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                  UNE STATUE\n\n\nUn bloc de bronze où son nom luit sur une plaque.\nVentre riche, mâchoire ardente et menton gourd\nHaine et orgueil murant son gros fro n t lourd\nE t poing énorme à fendre en deux toutes attaques.\nLe carrefour solennisé de palais froids,\nD’où ses regards têtus et violents encore\nScrutent quels fe u x d’éveil bougent dans telle aurore,\nComme sa volonté se carre en angles droits.\nIl fu t celui de l’heure et des hasards bigarres,\n Mais textuel, sitôt qu’il tint la force en mams\nE t qu'il put étouffer dans hier le lendemain\nDéjà sonore et plein de cassantes fanfares.\nSa colère fit loi durant ces jours bâtés\nOù toutes voix montaient vers ses panégyriques,\nOù son rêve d'état strict et géométrique\nTranquillisait l’aboiplautif des lâchetés.\nIl se sentait la force étroite et qui déprime,\nTantôt sournois, tantôt cruel et contempteur,\nE t quand il se dressait de toute sa hauteur\nIl n'arrivait jamais qu’au niveau d’un grand crime.\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "                       JU IN 18 9 5                             259\n\n Massif devant la vie il l'obstrua, depuis\nQu'il s’imposa sauveur des rois et de lui-même\nE t qu'il utilisa la peur et l'affre blême\nEn des complots naïfs qu'il étranglait, la nuit.\nSi bien qu'il apparaît sur la place publique\nFéroce et rancunier, autoritaire et fort,\nE t défendant encor d'un geste hyperbolique\nSon piédestal bâti comme son coffre-fort.\n                                 E m il e V e r h a e r e n .\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "260                     LE RÉV EIL\n\n\n\n\n                     F E R M E L (1)\n\n   A travers l’entrebâillement d’une porte, la vision\ndouloureuse d’une jeune femme pâle mourant sur un\ngrabat, voilà tous mes souvenirs maternels. La voix de\nma mère, cette voix qui bruit jusqu’à la mort dans le\ncœur comme la voix de l’océan dans la conque, je ne\nm’en souviens point ; sa main ne m’a jamais caressé et\nles marâtres volontés qui n’allumèrent point devant moi\nle fanal d’espérance, me privèrent aussi du nid de ten­\ndresse où les autres se réfugient quand tout les aban­\ndonne. Ma vie, sans mère et sans Dieu, a été une con­\nvulsion dans le noir.\n   Du naufrage que fut mon enfance, j’ai pourtant saisi\nune fragileé pave qui s’effrite elle-même peu à peu et que\nje tremble de voir s’anéantir. C’est l’image de mon\naïeule, une femme de haute stature, aux tournures\nd’homme. Elle se rendait chaque matin dans un pen­\nsionnat pour cirer les bottines et expédier la grosse\nbesogne des cuisines. Lorsqu’on s’aperçut qu’elle com­\nmençait à se mouvoir avec peine, on la remercia en lui\npoussant cinq francs dans la main. Restée seule avec\nmon père en qui elle n’avait point trouvé d’affection,\n\n  (1) D'un roman.\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "                         JU I N 1 8 9 5                 261\n\n\nelle comprit qu’on ne lui pardonnerait plus le peu de\npain qu’elle mangeait et se mit à mendier. Voilà mainte­\nnant que je revois la grande vieille, allant de porte en\nporte, appuyée sur un bâton, traînant une jambe, un\n jupon bleu finement rayé de noir et déteint relevé\n sur les épaules puissantes et droites, la tête couverte\n d’un mouchoir clair encadrant sa figure noyée de tris­\n tesse où saignaient ses yeux de misère... Je ne voyais\n jamais de regards d’amour que dans ces pauvres bons\n yeux rongés ; cette bouche affaissée sous le poids des\n humiliantes sollicitations, seule, me disait de douces\n paroles et le cruauté froide de mon père m’arracha cette\n chère mendiante dont la tendresse m’eût sauvé peut-être.\n    Un matin, le garde-champêtre apporta chez nous\n un papier qui parut faire grand plaisir à mon père ; le\n jour suivant, je le vis s’entretenir plusieurs fois longue­\n ment avec notre voisin ; c’était un homme qui possédait\n une légère charrette et un mauvais cheval dont il tirait\n de quoi vivre. Deux fois par semaine, il se rendait de\nnuit à Tongres, petite ville distante de quelques lieues\n où se tenait un important marché de bestiaux. Les mar­\n chands de porcs, fort nombreux dans la localité, ne dis­\nposant point d’autre moyen de transport, lui confiaient\nleur marchandise. Mon père lui exposait sans doute une\nquestion gênante, car il faisait force gestes, et l’autre\nremuait la tête par petits coups affirmatifs en l’écoutant.\nLe lendemain, grand’mère ne sortit point; elle resta\nprès du feu, muette, m’attira souvent près d’elle et\npromena ses regards pleins de larmes sur la maisonnée ;\nles grains usés de son rosaire glissaient plus lents entre\nses longs doigts de mourante. La nuit, vers deux heures,\nje fus réveillé par un bruit inaccoutumé ; grand’mère\nqui couchait comme moi sous le toit, n’était plus dans\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "262                     LE R ÉV EIL\n\n\nson lit. Je regardai au dehors par la lucarne : une\ncharrette stationnait devant notre porte. Je sentis\ninstinctivement qu’il se passait des événements extra­\nordinaires et je descendis sans m’habiller. Le souvenir\ndes choses de cette nuit me brûle encore les yeux :\ngrand’mère était assise à table, son mouchoir sur la\ntête, son jupon relevé sur les épaules comme quand elle\nallait mendier ; elle buvait une tasse de café pendant que\nmon père debout à côté du voisin parlait d’un ton de\nvoix moins rogue que d’habitude ; chacun des hommes\ntenait en main un verre rempli de genièvre. On n’en­\ntendait rien au dehors et les paroles du maître de la\nmaison avaient une résonnance étrange. La chère\nvieille, horriblement pâle, se leva sans un mot et, d’un\npas saccadé, lent et tragique qui me rend le frisson, se\ndirigea vers la porte, suivie des deux hommes. Ils la\nhissèrent sur la charrette où ses grandes proportions lui\ndonnèrent soudain, dans l’obscurité, l’apparence fantas­\ntique d’une statue de pierre que des bandits descellaient\npour la faire tomber.\n   — Asseyez-vous dans le fond, vous serez mieux, dit\nmon père.\n   — Mais ne gênez pas trop votre compagnon, ajouta\nle messager.\n   Il voulait parler d’un porc gras couché dans le véhi­\ncule.\n   — Il fait assez frisquet, observa-t-il; vous n’auriez\npas un peu de paille, pour jeter sur le dos de l’animal ?\n   J ’avais les pieds mis sur la pierre, mais je ne m’aper­\ncevais pas du froid. Je sentis une grosse douleur me\nmonter à la gorge et je ne pus retenir un cri :\n   — Grand’mère!\n   Mon père se retourna plein de colère, tel qu’un homme\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                       J U IN   18 95                 263\n\n\n\n\nsurpris au milieu d’une mauvaise action, et lança vers\nmoi un coup de pied qui ne m’atteignit point. Je regagnai\nle grenier en sanglottant et me remis à la lucarne d'où\nje vis la charrette s’éloigner, cahotant la pauvre aïeule\nqui tremblait à côté de l’animal endormi dans la paille\nchaude. Une navrance indicible noyait mon cœur d’en­\nfant ; il me sembla qu’on m’arrachait violemment de la\npoitrine une chose qui s’en allait là-bas dans la nuit et\nque je ne retrouverais plus. Jusqu’au matin, je pleurai\nà chaudes larmes en appelant grand’mère. J ’ai appris\ndepuis qu’elle s’éteignit quelques mois après à l’hospice\noù elle s’était laissé conduire avec une muette résigna­\ntion aux pires douleurs.\n   J ’apprécie aujourd’hui combien je fus heureux de ne\npoint comprendre alors l’abominable forfait de ces\nheures ; mon père m’eût causé une insurmontable hor­\nreur. Dans les années qui suivirent, il ne s’occupa de\nmoi que lorsque je pouvais aider à ses commodités. Il\nne m’envoya jamais à l’école. L’après-midi, pendant\nqu’il dormait sa sieste dans l’arrière-salle où était son\nlit, j’étais contraint de garder la première pièce, blotti\ndans un coin, sans mouvement, et ces heures de solitude\nme plongeaient dans des tristesses qui faisaient jaillir\ndes larmes de mes yeux. A moins pourtaient qu’un cha­\nritable rayon de soleil, se glissant dans la chambre, ne\nvînt tendre son échelle de lumière à mon âme qui ne\ndemandait qu’à s’évader vers le ciel bleu, ou que je ne\nprisse plaisir à regarder, derrière la cotonnette à car­\nreaux rouges et blancs des rideaux, l’or pulvérisé\n de l’astre.\n    Tout à coup, la porte de l’entrevent s’ouvrait et\nj’apercevais la face congestionnée de mon père ; ses yeux\nbleus qui ne s’arrêtaient jamais sur moi, avaient des\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "264                     LE RÉV EIL\n\n\n froideurs d’acier; sa peau lisse tirée sur sa face sau­\n guine, ses lèvres minces, ses mouvements lents d’homme\n fort lui donnaient l’extérieur d’un cynique bourreau ; je\n m’esquivais sans bruit, heureux d’être dans la rue où je\n séjournais jusqu’au soir et où ma vie commençait à\n ressembler un peu à celle des enfants de mon âge;\n cependant la laideur physique dont j’était affligé, ma\n pauvreté, le pitoyable esseulement où je me sentais, ma\n timidité excessive et une grande bonté naturelle me\n constituaient souvent le souffre-douleur de mes compa­\ngnons et me procuraient souvent une peine quand leur\n espiègle irréflexion trouvait un plaisir.\n   Je rentrais à la tombée de la nuit et, le plus souvent\nsans souper, je grimpais en hâte dans ma pauvre man­\nsarde où je me tenais d’abord bien coi, éprouvant au\ndépart de mon père le frissonnement de joie qui salue,\ndans le cœur de la femme et des enfants, le retour du\npère aimé. Alors, il m’arrivait souvent de me lever dans\nmon lit, de passez la tête au dehors par la lucarne du\ntoit et de rester ainsi longtemps, lors des belles nuits\nd’étoiles, songeant dans la fraîcheur. A ce moment, les\nautres enfants s’assoupissaient douillettement sur les\ngenoux des pères et des mères, mais, ma volupté, pour\nêtre triste, n’était pas moins intense que la leur. Le\nvillage dormait. Parde la les habitations, les collines du\nLimbourg méridional arrondissaient leurs faites blanchis\nde lune qui paraissaient des lacs tranquilles de clarté\nblonde. Plus près, dans la vallée noire où se perdaient\nles maisons et les vergers, j’entendais couler la rivière\nque j’avais toujours cru sans voix, je percevais le mur­\nmure de la moindre brise, et le sifflement d’un train\npassant à plusieurs lieues me bouleversait soudain comme\nl’appel angoissé d’un désespéré qui se noyait très loin.\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                         J U IN   18 95                 265\n\n\n\nLes arbres voisins, dans l’ombre ténue, se rappro­\nchaient, conversaient sans gestes brusques et requé­\nraient mes sympathies. D’ailleurs, cette revanche de\nl’âme des choses pendant le repos de l’homme m’intéres­\nsait plus que la vie même que je soupçonnais plus\nhostile.\n    Une de ces nuit me retraça avec toute son âcreté la\nscène douloureuse. Tout à coup, j’aperçus descendant\nla rue, la charrette du voisin qui se rendait à Tongres.\nIl me sembla que grand’mère était encore là, cahotée à\ncôté du porc gras. Mes yeux fiévreux et pleins de larmes\nse mirent à percer les ténèbres pour suivre le véhicule\nqui s’y enfonça graduellement et disparut. Durant quel­\nques instants, le roulement arriva à mon oreille, s’étouf­\nfant dans les verdures, se ravivant aux éclaircies. Puis,\n mon imagination surexcitée me montra grand’mère, la\n grande, vieille et bonne mendiante, dans son jupon relevé\n sur les épaules qui, à l’horizon, me faisait un signe... Je\n tendis les bras vers elle en disant son nom... Le passage\n subit d’un chat courant l’amourette m’effraya.\n    Pendant ces heures nocturnes, je fus souvent intrigué\n par une lumière que j’apercevais à travers la vitre supé­\n rieure d’une fenêtre dont le reste était soigneusement\n ment obscurci. Cette fenêtre donnait jour sur le jardin\n à un estaminet tenu par une forte femme rouge, sans\n  enfant, dont le mari était pudleur dans une usine des\n bords de la Meuse. Une fois, je la vis s’éteindre tout à\n  coup, et, pendant que j’observais si elle n’allait pas se\n  rallumer, j’entendis la clef de mon père dans la serrure\n  et je me couchai précipitamment. La persistance de\n  cette lampe solitaire et tardive agaçait ma songerie\n  comme la présence d’un intrus à une fête intime; entre\n  les branches des pommiers, elle me blessait. Ne l’assi­\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "2 66                    LE R ÉV EIL\n\n\nmilai-je point à quelque méchante étoile que ses bonnes\n sœurs du ciel avaient précipitée à terre?\n    C’était bien une étoile des plus malfaisantes de mon\n ciel que j’avais découverte.\n   Un soir, plusieurs détonations successives me firent\ntressauter dans mon lit... La rareté d’un pareil bruit ne\npouvait manquer de mettre les gens en émoi ; dans la\nrue, des groupes passèrent qui parlaient haut de sang,\nde mort, d’assassins. Cela dura longtemps et je n’en­\ntendis pas rentrer mon père qui, pensai-je, s’attardait à\ncause de l’incident. Le vent qui secouait violemment la\nmaisonnette, la pluie qui cinglait la lucarne m’empêchè­\nrent de satisfaire ma curiosité; finalement, je m’endor­\nmis. Chose étrange! à mon réveil, en pleine lumière, il\nme parut que la foule n’avait point quitté la rue, qu’elle\ns’y était massée ; une rumeur de colère montait jusqu’à\nmoi et la porte du rez-de-chaussée était ébranlée plus\nque la veille. Je courus à la trappe et je regardai. Mon\npère se tenait devant l’entrée, armé du couperet et\ncriait :\n   — Le premier qui entre est mort !\n   Du dehors, les voix hurlaient :\n   — Enfoncez l’huche ! Enfoncez l’huche !\n   Je tremblais de frayeur, mes dents claquaient. Cette\nscène horrible que je ne m’expliquais point me remuait\ncomme un cauchemar et m’ôtait la faculté de prononcer\nle moindre mot.\n   Soudain, d’un bond, un gendarme sauta par derrière\nau cou de mon père en saisissant la hache d’une main, il\nle renversa d’un coup au milieu de la salle ; sa tête\nsonna contre la pierre. Un second policier, entré de\nmême que le premier par la fenêtre de la chambre à\ncoucher, vint à la rescousse. Le monde fit irruption\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "                         JUIN   1895                       267\n\ndans la demeure. Mon père, maintenu à terre par les\njambes, par les cheveux, n’avait plus rien d’humain :\nl’écume aux lèvres, les yeux en feu, il rugissait, tel un\nfauve. Toutes les figures étaient empreintes de colère,\ndes menaces se croisaient : A. mort l’assassin ! Echar-\npez-le !....\n   Je le vis emmener, ligotté entre les deux gemdarmes\net suivi par la foule dont les huées et les vociférations le\nfouettaient comme un vent de tempête. Un homme du\nvillage lui lança un coup de pied dans les reins.\n   C’était mon père qui avait tué à coups de revolver sa\nmaîtresse, la femme de l’estaminet à la mystérieuse\nlumière.\n                                    Hub. S             .\n                                            t ie r n e t\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "268                     LE RÉV EIL\n\n\n\n\n                    LE PÈ L E R IN\n\n\n Bon pèlerin, chanteur des Chansons Eternelles,\n A u murmure des flots berçant mes joyeux rêves,\n Devers la mer fleurie de blanches caravelles\nJe chemine, foulant l'or infini des grèves\nOù vient mourir la vague, en les jonchant de conques\n Dont la courbe s'irise et rit en feux vermeils.\nEt je chante, — toujours, — ta chevelure blonde,\nE t tes grands y e u x rêveurs pailletés de soleil,\nTes doigts gemmés, aux simples gestes de prière,\nE t tous les songes bleus que nous fîmes jadis,\nLes soirs d’extase, au temps des candeurs éphémères,\nQuand nous forgions l’espoir de calmes paradis\nOù pour rendre à jamais nos âmes impoilues\nN ous aurions respiré tous les lys du chemin,\nOù, pour me consoler de douleurs ingénues,\nTu couvrirais mon front de l'ombre de tes mains.\n— Sur la crête des flots qu’allume le soleil\nJe suis le vol léger des oiseaux et des barques,\nE t mon âme, avec eux à nouveau qui s'embarque,\nCingle vers la magie de l'horizon vermeil...\n— On m'a dit cependant qu’il est là-bas une île\nOù les jours sont plus clairs et les couchants plus\n                                                    [beaux,\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "                              JUIN   1895                              269\n\n\n\n\nOù la splendeur des nuits s'emplit d'astres nouveaux...\n Mais le voyage est long, et nos corps sont fragiles !...\nCrois-tu que nous saurions, forts d'un espoir si haut,\n M eurtrir nos mains d'enfants à hâler des cordages,\nN os doigts accoutumés au frôlement des pages\nSous la lampe entourant nos têtes d’un halo,\n       doigts accoutumés au contact blanc, sonore,\nDes claviers redisant tous nos songes heureux,\n Mes mains ne sachant d’autre mer que tes cheveux,\nE t tes mains, que des flots de fleurs venant d’éclore?...\n— Mais l'espoir chante en nous! Si nous devons\n                                                 [souffrir\n M ille maux inconnus de nos âmes, sans trêve,\nPartons en souriant pour cette île de rêve,\n      dussions-nous la voir, enfin, que pour mourir !\nL ’ineffable bonheur de pouvoir vivre un songe,\nLorsque pendant des mois votre âme en a vécu !\nLe ‘B ut atteint enfin ! La joie d’avoir vaincu\nLa chair triste, et ses lâchetés et ses mensonges !...\n— N os cœurs se sont baignés en des soirs triomphaux\nEt des matins d'une blancheur surnaturelle ;\n Mais nous contemplerons des aurores plus belles !\n— Vois cette barque proche, inclinée sur les flots :\n Agite en blancs appels ton mouchoir vers sa voile,\nE t cinglons vers le pays bleu de nos espoirs,\nE t préludons, joyeux, à des chants dans le soir,\nSous le regard ami des tremblantes étoiles !\n    De « l'Ile Enchantée. »\n                                     R o d r ig u e S é r a s q u ie r .\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "270                     L E RÉV EIL\n\n\n\n\n             C H A N S O N S D ’H I V E R\n\n                             I\n\n       J'aime le bourdon des rouets frêles\n      le soir auprès des tapisseries,\n      quand les doigts las emmêlent entre elles\n      oiselles et roses de féeries.\n      J 'aime ouïr les contes des fileuses\n      radotant aux grésils des chandelles\n      les histoires d’amour fabuleuses\n      de dames et de pages fidèles.\n       A u ronflement des rouets fragiles\n      les bouches au quenottes cassées\n      marmonnent à l’heure de vigiles\n      leurs vieillottes chansons cadencées.\n      C’est l'aventure de Loys le page\n      qui mourut d’amour fo l pour sa belle\n      recevant une fleur en message, —\n      ou celle de Jehan et d'Isabelle.\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                    JUIN 1895                 271\n\n\n\n\nLes lèvres ont des contes sans nombre;\nl'heure coule de songes frôlée\net si la porte s'ouvre dans l’ombre\nles mains s'arrêtent ensorcelées....\nCar chacune des frêles fileuses\ncroit entendre venir (comme au conte)\navec la fleur d’amour fabuleuse\naux doigts, quelque page ou quelque comte.\nQui s'agenouillera devant elle\npour déposer sur ses mains flétries\nle baiser (toujours jeune et fidèle)\nde l'amoureux tardif des féeries.\n\n                       II\n\n Quand reviendra le beau Prince Avril\nen habits d’aubépines, ma douce,\ndites-lui que je suis mort et qu’il\nremporte ses couronnes de mousse.\n Dites-lui qu’il aille vers ailleurs,\nvider son sac de fleurs mi-fermées,\nque les morts n’ont pas besoin de fleurs...\ndites-lui cela ma douce aimée.\nSous un sapin de neige couvert\npend mon squelette fleuri de neige :\nsi l'on me donnait tes habits verts\net roses,A vril, ah ! qu'en ferais-je ?\n                                              19\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "272                     L E R É V E IL\n\n\n\n\n       Mais, Prince Avril, qu’est-ce que tu veux?\n      Tu peux remporter tes fleurs de joie :\n      tu n'auras pas ma douce aux cheveux,\n      ma douce aux cheveux tissés de soie....\n      Car elle est fidèle à nos serments\n      d'amour surannés sous la ramée\n      (n'est-ce pas ma mie ?) et sûrement\n      (n'est-ce pas ma douce mie aimée ?)\n      Sous les sapins vous viendrez baiser\n      les fines mains blanches et jolies\n      de mon squelette fleurdelisé\n       Qui se berce, berce ! à ces folies....\n                                   T r is t a n K l in g s o r\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "                        J U IN    18 9 5              273\n\n\n\n\n                   BALLADES.\n\n                             I.\n   — « O Maladie, ma vieille hôtesse... — Quoi? mon\nbel oiseau, mon aigle. — Oui, dans son aire, les ailes\ncroulées, ton aigle, il les a dans sa tête à présent ses\nbeaux vols, il les a sous sa fièvre maintenant ses vols\nanciens. — Ah mon bel oiseau, du temps de tes vols le\nbleu que tu cherchais, l’as-tu toujours atteint ? —\nAigle, m’être brûlé les serres à la foudre. — Tes ailes ?\n— Ailes foudroyées. — Mon bel oiseau, depuis tes\nailes croulées, le manque-t-elle l’Azur, dis-moi, ta pen­\nsée ? — N’importe, c’est un œuf si petit que ma tête.\nMon vol perçait l’orage. L’orage couve ma tête. Oh\nson panier de cuivre, oh ses treillis d’éclairs. Que c’est\nlourd et brûlant. Sais-tu que la coquille de ma tête se\nfend... — Ta pensée, bel oiseau, ta pensée fend les\nairs. » — A s’y tendre, à s’y tendre, oh qu’ils doivent\nle gagner ce ciel ceux de l’enfer !\n\n                            II.\n  — Synthétic Clown-Clown, hip, hip, tournez ! —\n« Six pirouettes bleu blanc blanc bleu, voilà le Ciel !\nsix pirouettes bleu vert vert bleu, voilà la Mer ! six\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "274                      LE R É V E IL\n\n\npirouettes vert jaune jaune vert, c’est le Désert ! six\npirouettes or jaune jaune or, c’est le Soleil ! » — Bravo,\nbravo, un p’tit bravo, messieurs. Analytic Clown-\nClown, à vous, tournez ! — « Soit. Messieurs, décom­\nposons, suivez-moi bien : Violet, deux pirouettes,\nIndigo, trois pirouettes, Bleu, cinq pirouettes, Vert,\ndeux pirouettes, Jaune, trois pirouettes, Orangé, cinq\npirouettes, Rouge, dix pirouettes. Total : trente pirou­\nettes. Attention, Messieurs ! — guignez l’arc de Noé...\nDeux trois cinq deux trois cinq dix, rrrrrrran ! » —\nCessez! Analytic, cessez ! assez ! Il va se rompre...\nDieu !.. Ah ! — Synthétic se tord, puis dans la sciure\ndu cirque inscrit d’un doigt profond cette sombre\népitaphe :\n                           CI-GIT\n                          A N A L Y T IC\n                  ce clown qu’on disait sage\n                          — très fol !\n                        et mort de rage\n           de n ’avoir pu tourner dans un orage.\n\n\n                           III.\n  Je me pense, je pense bien, — je pense Dieu, je pense\nmieux. Je fais des heureux.\n   Mon torse enveloppé dans un draper à grands des­\nsins, or mat sur or. Fond de ciel rose et or, fresque\nd’aurore où des loins d’arabesque — incarnadins. Fort\nbeau décor. Ma main gauche gantée et l’autre tient un\ngant ; à mes pieds des anges tout petits et nus : je\npense... on m’adore. Passe-t-il un passant? à cet in­\nconnu je jette mon gant, — un ange s’évapore.\n   « L’ami ! ma place un peu, — je veux bien être heu­\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                         J U IN   18 95\n                                                      275\n\n reux, je passerai, attends. L’ami, prends ma place, —\nattends, voici le gant. » — Je passe tout heureux...\n« Hé, l’ami le gant ?» — L’ami il a mis le gant dans sa\npoche ! — « Gueux ! » Et puis... et puis vers les cieux,\nmes anges le portent tout heureux !\n   A te penser, mon Dieu, que j’ai donc fait d’heureux !\nmais à te presser de te révéler à moi faquin, faquin —\nles belles volées !\n   Je veux me noyer aux fontaines proches. — Non,\nnon, l’ami dieu, — vraiment Si Tu Es, — tu serais trop\nheureux ! Tiens ! je te nierai.\n                 ...ah ah, je n’ sais plus.\n   Beau décor encore. Ma main droite nue, l’autre tient\nun gant ; à mes pieds des anges tout petits et nus : je\npense... on m’adore. Passe-t-il un passant ? je jette mon\ngant... Il passe un passant! je jette mon gant à cet\nInconnu. Il a mis, le gueux ! ma raison dans sa poche,\n— je vais me noyer aux fontaines proches.\n                           IV.\n   Deuil sourd. Le roi est mort. — Fanfare. Vive le\nroi ! — Pas encore ?... Entre temps, quoi pas ? Tribou­\nlet roi. — « Amis, venez fleurer la fraîche violette dont\nla Mort a posé deux lianes sur ces tempes vertes » —\nAllons, Triboulet. — « Non, venez rire, amis, des lau­\nriers flétris que le Sort a mis sur cette rose tête. » —\nAh ! c’est bon de rire. Bravo Triboulet. — Mais le\npeuple en chœur : « Mais ce roi qui meurt avait une\nréputation parfaite... » — Et parmi, ce rat de biblio­\nthèque : « Nous en ferons de la bonne histoire, 3fr. 50,\nde ce roi mort. » — Et, toutes les femmes : « Dans nos\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "2 76                   L E RÉVEIL\n\n\n\n\n mémoires, qu’il ait ce front de violettes. » — Enfin,\n nos banquiers : « Sur nos monnaies, qu’il ait, qu’il ait\n ce front lauré, nous nous en foutons, que la hausse l’ap­\n prouve, nous le promettons. » — De la tombe au\npavois, toi, jeune roi, frétille. — De dire entre nous\nbrutes : « Il a le vice en tête » , va, cela n’est rien\n auprès de nos gros malins qui te cèlent ce qui suit —\nnous le cachant moins : « Déjà, sous les lauriers fanés\nde ses ancêtres, les sentez-vous régner, à couleur que\n veux-tu, ces mines mauvaises bêtes, du cramoisi : je\nt’ordonne ou tu meurs, jusqu’à ce glacé : dis-moi donc,\nmon esclave, le prix que tu l’estimes, ton sort que je\ndédaigne?... » — « Gueulons, gueulons, derrière nos\nfanfarons ! » — Mais le roi des fous : « Peuple, on se crie\nle Maître à chaque nouveau règne. Bavardages. Vous\nles trouverez, en vérité, « les tempes de violettes », de\nce petit dernier. Mes chers bons lâches, allons, autour\nde moi ; écoutez-bien ma voix — je la veux fort basse :\nParions que, plus tard, toutes nos mémoires feront\nreverdir pour lui plus d’un laurier. » — Le peuple\ngrondait, — quand le fou des rois se mit à chanter :\n« Nous vous connaissons, bon peuple ! vous en ferez,\nn’est-ce pas, des saucissons, s’il veut bouger ce gosse\ncouronné ! » — Tout le peuple riait, — et le fou des\nrois se mit à chanter : « C’est la royauté pour l’éter­\nnité ! »\n   De la tombe au pavois, Reine-mère de geindre :\n« Pauvre petit sans gloire, que de craintes pour toi ! »\n— Mais le roi des fous tirant son brocart : « Madame,\nsoyez patiente, la gloire, ça vous tombe quand on n’y\n pense pas. C’est moi qui vous le dis, le mioche en\naura ». — « Taisez-vous, vieux fou », — « Madame,\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                         J U IN   1895               277\n\nsoyez patiente, votre fils mourra. La gloire, ça vous\ntombe comme ça, sur la tombe ». — « Fou, tais-toi ».\n— « Au surplus, je veux dire deux mots pour lui à\ncertains rats de bibliothèque de mes amis. Service\néternel. De père en fils, Madame, les rats, ça déterre ».\n— « Fou ! ça ronge aussi.... » — « Fort bien dit, ma\nReine, dix-mille ans de ça, nous sommes tous logés à\nla même enseigne ».\n                            V\n   J ’ai rêvé vraiment :\n   Entreprendre d’abattre à coups de mâchoire d’âne\ncette ironie, ma mie, — là, éternelle aux plis de ta\nbouchette....\n   Rêvé vraiment.\n   — Mais, pour de bon :\n   Saisir ma hachette, et faire la récolte de toutes tes\ndents, de leur grand rire à ma révolte !\n   Puis les enfouir dans la cave tes dents, — dans un\ntonneau noir enfouir ton grand rire...\n   — Jeter là des étouppes, une torche, et m’enfuir !\n   Pour de bon.\n                           VI\n   La passion fut si grande du vent pour leurs voiles —\nque mes navires sombrent.\n   Bel exemple !\n   De vouloir être des navires, — la Forêt d’un seul\nbond se jette sur la mer.\n   Alors quoi ?\n  — L’orage, l’orage, tu veux changer d’esclave ?\n   Bah !\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "278                      LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                           VII\n\n   Je suis le bellâtre du sentiment, — « un peu plus\n qu’une bête » véritablement, quand, ivre à flamber mes\n cheveux au firmament, à rouler, que je gueule, mon\nfront dans les étoiles, je familiarise avec le réverbère\nque, chatouille ! je viole à califourchon. — O étoiles si\npâles que je bave en pleurant quand je me dis poète au\nbras du cipal....\n   Mais que dire de moi sinon : « Dieu m’a fait ».\n   Mais que dire de moi !...\n   « Du haut du ciel Shakespeare me tendra-t-il sa\nlyre! Shakespeare est « muet », c’est bien, je le\nvolerai ».\n   Malgré « le noir de l’ongle » de vrai sentiment, le\nnoir de l’ongle à peine (encore, moi, je les ronge) — ne\nsommes-nous pas plusieurs à ce jeu, mes enfants ?\n                                      P aul F ort .\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                        JUIN   1895                           2 79\n\n\n\n\n                       SA PH O\n\n                                      Pour Frédéric Friche.\n\n\nElle allait dans la floraison blanche des lis..\nLes aèdes, les orateurs, les philosophes,\nP ar les chemins bordés de cytises fleuris,\n Admiraient la magie ardente de sa strophe.\nLaissant s’épandre la clarté de ses cheveux,\nElle écoutait monter la rumeur des louanges...\nSon corps s'allanguissait en des poses étranges\nE t ses lèvres clamaient des mots harmonieux.\nDans un envolement de gammes et de prisme,\nLa mer vaste scandait le chant de son lyrisme,\nLe soleil allumait son rêve dans ses yeu x.\nA lors ivre de gloire et d'amours éperdues,\nM ettant à nu son torse et ses reins merveilleux,\n Affollée, elle se dressait les mains tendues.\n\n                           **\n« Vous qui venez le fro n t couronné d'hyacinthes,\nFemmes faites de grâce et de subtilité ;\nVous m’avez enseigné la langueur des étreintes\nEl vos yeux m’ont chanté leur hymne de clarté.\n                                                         20\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "280                    LE RÉVEIL\n\n\n\n\nPar les bois qu' emplissaient des bruissements de palmes,\nVous m’avez révélé des rythmes éclatants\nE t vos voix lentes ont bercé mes heures calmes\nE t mes rêves ont pris l'essor à leurs accents.\nO Calice ! O Thargelia ! mes sœurs perverses !\nViennent les voluptés prodigues qui nous versent\nL ’oubli profond et les désirs inexprimés.\nLa foie, amante des amantes, qu'elle vienne\nQu’elle caresse nos y e u x clos, nos corps pâmés,\nPour les charmer aux sons des flûtes phrygiennes.\n      A oût 1894\n\n\n\n\n                        C IR C É\n                                       Pour Ernest Dupont\n\nLes parfums distillaient leurs puissantes ivresses\nDans son palais d’onyx veiné d'azur changeant,\nPerdue en ses cheveux profonds, l’enchanteresse\nLaisse s’épandre la merveille de son chant.\nElle tissait... Serti de couleurs éclatantes\nL'ouvrage déroulait ses plis harmonieux\nEt ceux d'A rgos, et ceux d’Ithaque et d'Agrigente\nVoulurent s'éperdre en la gloire de ses yeu x.\nE t la déesse les reçut en sa demeure.\nLentement défilait le cortège des Heures\nE t le soleil mettait sa robe de pourpris.\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                        JU IN     18 95              281\n\n\n\n\nEux, charmés, ils fixaient les grands y e u x impudiques\nE t plus calme, dans un affollement de lis,\nS ’envolait la chanson charmeuse etfatidique.\nOr voici le Héros que prédisait Mercure, —\nIl vient, armé du glaive implacable et vengeur.\n...E t déroulant pour lui sa longue chevelure\nElle affronte le téméraire voyageur.\nLa farine et le miel mêlés au vin de Pramne\nSont prêts et verseront l’oubli dans son cerveau,\nE t l’ivresse mystérieuse des pavots\nLe jetteront dans les bras de la courtisane.\nO Chimère !.. Bar dé de gloire et casque d’or,\nIl vient beau comme Achille et plus grand que Stentor,\nE t repoussant les bras suppliants d’Euryloque.\nAy a n t au cœur la joie étrange de l'Am ant,\nLe glaive en main, il s’avança très lentement\nVers la déesse aux y e u x ensorceleurs et glauques.\n                              *\n                          *       *\n\n\n\n\n Alors elle tendit vers lui ses lèvres pâles,\nElle entoura son cou de ses bras lumineux,\nElle le conduisit vers un trône d'opale\nE t le vainqueur put regarder en ses grands yeu x.\nIl y vit une mer chantante, il vit des voiles\nD'azur appareillant pour les ports enchantés,\nE t tous les rayons d'or et toutes les étoiles\nEn ses vagues berçaient leurs magiques clartés.\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "282                         LE RÉVEIL\n\n\n\n\nIl vit l’essaim joyeux et subtil des caresses,\nIl perçut vaguement des hymnes d’allégresse.\nLe roi d’Ithaque regardait toujours lesyeu x.\nIl avait rejeté ses armes et son glaive. —\nE t s’éperdant en l’océan mystérieux,\nIl vit le vol ardent et coloré des Rêves.\n      5 Juillet 1894\n\n\n\n\n                       H É L IO G A B A L E\n\nOffrant la nudité de leur torse viril,\nEphèbes glorieux des superbes cohortes,\nIls dormaient d'un sommeil étrange et puéril,\nAvec du rêve au fond de leurs prunelles mortes.\nLes éphèbes dormaient, impeccablement beaux,\nSous les y e u x de la mort implacable et jalouse.\n— Comme des fleurs de jais sur un voile d’épouse,\nDans le ciel éclatant sont passés les corbeaux.\nE t drapé dans sa robe immense et lumineuse,\nIl regardait la phalange victorieuse\n Qui lançait vers le ciel ses boucliers très lourds.\nE t dans la plaine, les joueuses de cymbales,\nDansant au roulement continu des tambours,\n Chantaient lejeune Imperator, Héliogabale.\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                        JUIN 1 8 9 5             283\n\n\n\n                           ***\n\nL'adolescent aux lèvres rouges, aux mains blanches,\nFrémissantes encor de désirs et d’essor,\nCheminait, secouant au rythme de ses hanches\nLes voluptés de ses merveilleux cheveux d'or.\nIl chantait d'une voix pleine de frénésie :\n« Il me fa u t la chanson ardente de l’Eveil,\nLe rire harmonieux des éphébes d’A sie\nE t l’éblouissement des rayons de soleil.\nE t mon corps aspire aux luxures inconnues !...\n Attelez à mon char des courtisanes n ues\nTour que leur nudité flagelle mon désir. »\nE t son regard suivait sur le miroir des dalles\nLes fuyants reflets des perles et des saphyrs\nQui s’agriffaient à ses éclatantes sandales.\n                          $**\n\nOr le soleil occidental s’en est allé\nDans sa gloire d'époux divin et magnifique.\nL'éphèbe impérial sous le ciel étoilé\nChante un épithalame à la lune magique.\nE t de son lit où s’étiolent de grands lis,\nSous le regard des esclaves assyriennes\nQui brûlent de l’encens dans des vases fleuris\nD e rubis merveilleux et de perles anciennes,\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "284                      LE   RÉVEIL\n\n\n\n\nIl écoutait, pareils aux plaintes de la mer,\n Monter des bruits de mort parmi des heurts de fer,\nE t son corps se dressa comme pour la tribune.\nA lors on vit sesy e u x marqués de fa rd vermeil,\nSes y e u x où s’accrochaient des rayons de soleil,\nQui souriaient encore aux N oces de la Lune.\n                                       V alm y B a y sse\n      N ovem bre 1893.\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                         JU IN 18 9 5                   285\n\n\n\n\n              LA PESTE A BERGAME.\n\n     Le Vieux-Bergame était bâti au sommet d’une mon­\n  tagne peu élevée, entouré de murs et de portes, et le\n Nouveau-Bergame là-bas au pied de la montagne, était\n  ouvert à tous les vents.\n     Un jour la peste se déclara là-bas, dans la ville\n  nouvelle et s’étendit effroyablement; il mourut une\n multitude d’hommes et les autres se sauvèrent à travers\n  la plaine vers les quatre horizons. — Et les bour­\n geois du Vieux-Bergame incendièrent la ville aban­\n donnée pour purifier l’air, mais ce fut en vain. On\n commençait aussi à mourir là-haut chez eux, d’abord un\n par jour, puis cinq, puis dix, à la fin vingt, et quand ce\n fut l’apogée, encore beaucoup plus.\n    Et eux, ils ne pouvaient pas se sauver, comme avaient\n fait ceux de la ville neuve.\n    Car il en était parmi eux qui essayèrent; mais ils\n menèrent la vie d’un animal traqué, se cachant en des\nfossés et des cavernes, en des forêts et des champs\nverdoyants. Bientôt les paysans, dans les demeures\ndesquels les premiers fuyards avaient apporté la peste,\nlapidèrent tout étranger qu’ils rencontraient et ils les\nchassaient de leur territoire et les abattaient sans grâce\nni miséricorde comme des chiens enragés, par légitime\ndéfense, ainsi qu’ils le pensaient.\n    Les gens du Vieux-Bergame devaient demeurer où ils\nétaient et de jour en jour la chaleur augmentait et de\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "286                      le   r éveil\n\n\n\n\n jour en jour l’effroyable maladie devenait plus âpre et\n plus avide à la proie. La terreur grandit jusqu’à la folie\n et tout ce qu’il y avait eu d’ordre et d’autorité, il\n semblait que la terre l’eut englouti pour mettre à la place\n tout ce qu’il y a de pire.\n   Dès l’origine, quand la peste commença, fraternelle­\nment, les gens s’étaient associés pour veiller au bon et\nprompt enfouissement des cadavres ; ils avaient eu soin\nde faire allumer chaque jour sur les places et les\nmarchés de grands bûchers, afin que la saine fumée se\nrépandît à travers la ville. On avait distribué aux\npauvres des genévriers et du vinaigre; et surtout,jour et\nnuit les habitants visitaient les églises, seuls et par pro­\ncessions, chaque jour ils s’en furent devant Dieu avec\nleurs prières, et chaque soir quand le soleil s’en allait\nau repos, les cloches de toutes les églises, de leurs cent\ngueules balancées avaient crié leur plainte au ciel. Et\nl’on avait ordonné des jeûnes, et les reliques, chaque\njour, étaient exposées sur les autels.\n   Un jour enfin,comme ils ne savaient plus que faire,au\nson des trompes et des trompettes, du haut du balcon\nde la maison du conseil, ils avaient proclamé la Sainte-\nVierge podestat, ou bourgmestre de la ville, pour main­\ntenant et toute l’éternité !\n   Mais tout cela ne servait à rien ; il n’y avait rien qui\naidât.\n   Et quand le peuple comprit cela et peu-à-peu s’affer­\nmit dans la croyance que le ciel ne voulait ou ne pou­\nvait pas aider, non seulement on laissa pendre les\nmains, disant : Advienne maintenant ce que voudra,\nmais, c’était comme si le péché, secrète et rampante\nmaladie, se changeait tout à coup en une méchante et\nrageuse peste publique, qui, la main dans la main avec\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                         JUIN   1895                   287\n\n\n\n\nl’épidémie corporelle, tendît à assassiner l’âme comme\nl’autre les corps, tant incroyables étaient leurs actes, si\nmonstrueuses leurs aberrations. L’air était saturé de\nblasphèmes et d’impiété, de rauques cris de débauche\net de hurlements de buveurs et la plus sauvage nuit ne\ncache pas plus de luxure que de tels jours.\n   « Nous voulons manger aujourd’hui, car demain nous\ndevons mourir. »\n   C’était comme si là-dessus ils avaient écrit des notes\net qu’on les eût jouées sur des instruments variés en un\nimmense concert d’enfer. Oui, si tous les péchés\nn’avaient été inventés depuis longtemps on les eût\ninventés ici, car il n’y avait pas de chemin que n’eus­\nsent pris ces égarés. Les vices les plus contre nature\nflorissaient parmi eux et même tels péchés rares comme\nla nécromancie, la sorcellerie, l’évocation du diable y\nétaient communs ; car il y en avait beaucoup qui atten­\ndaient des puissances infernales cette protection que le\nciel ne leur voulait pas accorder.\n   Tout ce qui s’appelle amour du prochain ou compas­\nsion avait disparu des esprits; chaque n’avait de pensées\nque pour soi-même. On regardait le malade comme l’en­\nnemi commun ; et quand il arrivait à un malheureux de\ntomber dans la rue, épuisé par la première fièvre de la\npeste, il n’y avait aucune porte qui s’ouvrît à lui, mais\non le forçait à coups de lance ou de pierres à se traîner\nhors du chemin de ceux qui étaient encore sains.\n   Et de jour en jour la peste augmentait, le soleil brû­\nlait au-dessus de la ville, pas une goutte de pluie ne\ntombait, aucun nuage ne se remuait, et les cadavres qui\npourrissaient dans les maisons, et les cadavres qui\nn’étaient pas bien enterrés exhalaient une puanteur qui\nse mêlait à l’air immobile des rues et attirait des nuées\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": " 288                      LE R ÉVEIL\n\n\n\n\n de corbeaux et de corneilles, en sorte que les murailles\n et les toits en étaient noirs. Et tout autour, sur le mur\n d’enceinte de la ville, il y avait, solitaires, d’étranges,\n de grands oiseaux d’autres pays, de bien loin, avec des\n becs avides de proie et des serres crispées dans l’attente ;\n et ils étaient là qui regardaient en bas, avec leurs yeux\n tranquilles, avides, comme s’ils attendaient que la ville\n se changeât en une seule, grande fosse à charognes.\n    Il y avait juste onze semaines que la peste avait com­\n mencé, lorsque le veilleur de la tour et d’autres gens\n habitant des lieux élevés, virent un étrange cortège qui\n de la plaine se recourbait vers les ruelles de la Ville-\n Nouvelle entre les pierres noircies de fumée et les mon­\n ceaux de cendre noire. Une multitude! Certes bien\n six cents ou plus, hommes et femmes, vieux et jeunes\n et ils avaient de grandes croix noires parmi eux et\nde larges bannières, rouges comme du feu et du sang,\nau-dessus d’eux. Ils chantent en avançant et des lamen­\ntations désespérées s’élevent dans l’air tranquille et\ntiède.\n   Brunes, grises, noires leurs vêtures, mais tous ils\n portent un signe rouge sur la poitrine. Comme ils appro­\nchent on voit que c’est une croix. Car ils approchent\ntoujours. Ils se pressent dans le chemin raide qu’en­\ntoure de paix une antique muraille, vers la vieille ville.\n C’est une houle de visages pâles; ils portent des lanières\nen main, une pluie de feu est peinte sur leurs lanières\nrouges, et dans la poussée au-dessus d’eux se balançent\nles croix noires.\n   De la foule serrée s’élève une senteur de sueur, de\ncendre, de poussière des chemins et de vieil encens.\nIls ne chantent plus, il ne parlent pas non plus — rien\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                        JUIN 1 8 9 5                    2 89\n\n\n\nque le trépignement, comme d’un troupeau, de leurs\npieds nus.\n   Un visage après l’autre plonge dans l’ombre de la\nporte sous la tour, pour revenir au jour de l’autre côté,\nles cils à demi-clos et comme effrayé de la lumière.\n   Les chants alors reprennent : un miserere ; ils serrent\nplus fort les lanières et marchent plus fermes, comme\nau son d’un chant de guerre.\n   Ils ont l’air de sortir d’une ville affamée, leurs joues\nsont creuses, leurs os saillent, leurs lèvres sont exsan­\ngues et sous les yeux ils ont des cercles noirs.\n   Ceux de Bergame sont accourus et les contemplent\navec étonnement et effroi. Des visages rouges de\ndébauchés regardent ces faces pâles ; des regards pares­\nseux, alanguis de luxure se baissent devant ces yeux\naigus, étincelants; des railleurs de blasphèmes restent\nbouche bée devant ces hymnes.\n   Et à toutes leurs lanières colle du sang.\n   D'étranges impressions assaillirent le peuple en face\nde ces gens.\n   Mais cela ne dura guère et l’émotion fut vite\nsecouée : quelques-uns avaient reconnu parmi les\nporteurs de croix un cordonnier à moitié fou de\nBrescia et sur le champ, à cause de lui, toute la troupe\nparut ridicule. Pourtant, c’était quelque chose de\nneuf, une distraction dans le quotidien, et lorsque les\nétrangers s’avancèrent vers la cathédrale on marcha\nderrière eux comme on aurait suivi une bande de saltim­\nbanques, ou un ours apprivoisé.\n   Mais pendant qu’on avançait en se poussant, des\ncolères se levaient, on se sentait si vain et si vide\nen face de la solennité de ces gens et l’on comprenait\nfort bien que ces cordonniers et tailleurs étaient venus\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": " 290                      LE RÉVEIL\n\n\n\n\n pour convertir, pour prier et prononcer les paroles\n qu’on ne voulait pas entendre. Il y avait là deux\n maigres philosophes à cheveux gris qui avaient érigé\n l’impiété en système. Avec toute la méchanceté de leur\n cœur ils excitaient la foule surchauffée, si bien qu’à\n chaque pas qu’on faisait vers l’église elle devenait plus\n menaçante,les accès de colère se faisaient plus sauvages;\n encore un peu et les mains se seraient levées sur ces\n tailleurs de lanières étrangers. Mais, à peine à cent pas\n de l’église voilà qu’une taverne s’ouvrit et toute une\nbande de buveurs s’en élançèrent, l’un sur le dos de\n l’autre et ils se mirent en tête de la procession et la\nmenèrent en chantant et en hurlant avec des grimaces\nrailleuses et risibles, à l’exception d’un seul qui montait\nen faisant la roue les degrés couverts d’herbe de l’esca­\nlier de l’église. On en rit, et ainsi tous parvinrent en\npaix jusque dans le sanctuaire.\n    Il semblait étrange de se retrouver encore une fois\nici, de marcher à travers les grands espaces froids dans\ncet air encore plein de la buée de jadis et de la senteur des\ncierges de cire, — sur les vieilles dalles affaissées avec\nleurs ornements à demi effacés et les blanches inscrip­\ntions qui avaient si souvent exaspéré la pensée. Et\ntandis que, fâché un peu et curieux aussi, l’œil se\nlaissait gagner au repos de la pénombre douce sous la\nvoûte, ou se reposait sur la diversité effacée d’ors\npoussiéreux et de couleurs enfumées, ou encore se per­\ndait parmi l’ombre des recoins de l’autel, une sorte de\nvéhémence naissait qu’on ne pouvait retenir.\n    Pendant ce temps ceux de la taverne menaient leur\n débauche là-haut près du maître-autel et un grand et\nrobuste boucher parmi eux, un jeune homme, avait\npris un tablier blanc et se l’était attaché au cou en\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                          JUIN   1895                    291\n\nsorte qu’il pendait comme un manteau sur son dos ; et\nainsi, avec des paroles sauvages et bouffonnes, pleines\nd’impudeur et de blasphème, il disait la messe ; et un\npetit vieux ventru, léger et agile quoique gros, avec\nune figure comme une citrouille séchée, servait la\nmesse et répondait en les termes les plus immondes\nqu’on pût s’imaginer, et il s’agenouillait, il faisait des\nrévérences, tournait le dos à l’autel et sonnait de la cloche\ncomme d’une sonnette de fou et autour de lui il traçait\ndes cercles avec l’encensoir ; et le reste des ivrognes\nétaient étendus de toute leur longueur sur les marches\net hurlaient de rire et poussaient des hoquets d’ivresse.\n    Et toute l’église riait et se moquait des étrangers et\nleur criait de bien remarquer, pour s’en instruire, le cas\nqu’on faisait de leur bondieu à Vieux-Bergame. Car ce\nn’était pas qu’on cherchât querelle à Dieu, si on se ré­\njouissait de ce cortège ; mais, et cela faisait la joie de\ntous, chaque blasphème devait être une épine dans le\ncœur de ces saints.\n    Les saints se tenaient au milieu de la nef et gémis­\nsaient de douleur, leurs cœurs bouillonnaient de haine\net de désir de vengeance, et des yeux et des mains ils\nsuppliaient Dieu qu’il se vengeât des insultes dont\n on l’accablait en sa propre demeure ; car ils vou­\nlaient bien périr avec ces présomptueux, si seulement\n il plaisait à Dieu de montrer sa puissance, avec volupté\n ils se laisseraient écraser en son honneur si seulement\n il lui plaisait de triompher, si la terreur, le désespoir et\n le repentir venu trop tard devaient arracher des cris\n à toutes ces lèvres impies.\n    Et ils entonnèrent un Miserere dont chaque note\n retentit comme un appel vers cette pluie de soufre qui\n tomba sur Sodome, vers cette puissance qu’avait Sam-\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "292                       LE RÉVEIL\n\n\n\n\n son, quand il renversa la colonne dans la maison des\n Philistins. Ils suppliaient par des chants et des paroles,\n ils découvraient leurs épaules et suppliaient de leurs\n lanières. Ils étaient là, agenouillés, rang à rang, nus\n jusqu’à la ceinture et brandissaient les cordes nouées de\n dards sur leurs dos sanglants. Sauvages, rageurs,\n ils frappaient et le sang dégouttait des lanières\n sifflantes. Chaque coup était un sacrifice à Dieu. Que\n ne pouvaient-ils frapper plus fort ! Que ne pouvaient-ils\n à ses yeux ici, se déchirer en mille lambeaux san­\n glants. Ce corps avec lequel ils avaient péché contre\nles commandements, il devait être puni, martyrisé,\nanéanti afin que Dieu vît combien ils haïssaient leurs\npéchés, afin qu’il vît qu’ils devenaient des chiens pour\nlui plaire — moins que des chiens sans volonté, la plus\nvile vermine qui mange la poussière sous ses semelles.\nEt coup sur coup ils frappaient jusqu’à ce que les bras\nleur tombassent contractés en des crampes. Ils étaient là\ncouchés, rang à rang, avec des yeux étincelants de\nfolie, avec de l’écume à la bouche, le sang découlant le\nlong de leur chair.\n    Et ceux qui contemplaient ceci sentirent tout-à-coup\nbattre leurs cœurs ; ils remarquaient que des rougeurs\nmontaient à leurs joues et que la respiration leur deve­\nnait difficile. C’était comme si quelque chose de froid\nse tendait sous la peau de leur crâne, leurs genoux fai­\nblissaient. Car ceci les saisissait : il y avait en leurs cer­\nvelles un petit grain de folie qui comprit cette folie.\n    Se sentir l’esclave de la divinité puissante, dure,\ns’abaisser jusqu’à s’étendre à ses pieds, être sa pro­\npriété, non pas en calme piété, non pas dans la quié­\ntude de tranquilles prières, mais furieusement, dans\nl’ivresse de l’abaissement, dans le sang et les hurle-\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                         j u in   18 9 5                293\n\n\n\n\nments, sous les luisantes lanières humides : cela, ils\nétaient capable de le comprendre, et même le boucher\nse tut, et les philosophes édentés baissaient leurs têtes\ngrises devant les yeux qui regardaient.\n   Et le silence se fit complètement dans l’église, seule,\nune rumeur légère parcourait la foule.\n   Un des étrangers alors se leva,un jeune moine,et parla.\nIl était pâle comme un linceul, ses yeux noirs luisaient\ncomme des charbons qui vont s’éteindre et les traits\nsombres, durcis par la douleur autour de la bouche,\nsemblaient taillés dans le bois avec un couteau et ne\nressemblaient pas à des plis dans une figure humaine.\n   En prière, il levait vers le ciel ses mains minces et\nmalades et les manches du froc noir glissaient le long de\nses maigres bras blancs.\n   Alors il parla.\n   Il parla de l’enfer, de ce qu’il est infini, comme le\nciel est infini ; du solitaire monde de douleur que chaque\ndamné doit remplir de ses souffrances et de ses cris; il y\na là des mers de soufre, des champs de scorpions, des\nflammes qui vous entourent comme un manteau et de\ntranquilles flammes durcies qui s’enfonçent comme des\nlances et des vrilles qu’on retourne dans une plaie.\n   Le silence régnait, sans souffle ils écoutaient ses\nparoles ; car il parlait comme s’il avait vu de ses propres\njeux, et ils se demandaient : N’est-ce pas un des damnés\nenvoyé vers nous de l’infernal abime pour rendre témoi­\ngnage devant nous?\n   Alors il prêcha longtemps de la loi et de la sévérité de\nla loi, et que chaque parole en doit être observée,car tout\nmanquement dont les pécheurs se rendront coupa­\nbles leur sera compté jusqu’à la dernière once. « Mais\nChrist est mort pour nos péchés, dites-vous, nous ne\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "294                     L E RÉVEIL\n\n\n\n\n sommes plus soumis à la loi. Mais moi je vous dis que\n l’enfer ne sera pas frustré d’un seul d’entre vous, et pas\n une dent de fer des tortionnaires roues de la gehenne ne\n passera à côté de votre chair. Vous comptez sur la croix\n du Golgotha, venez, venez, venez et contemplez-là ! Je\n vous mènerai à ses pieds.\n    C’était un vendredi, comme vous savez, quand ils l’ont\n poussé hors de leurs portes et lui ont mis le bout le\n plus lourd d’une croix sur les épaules et l’ont forcé à la\n porter sur une colline infertile devant la ville; et ils\n l’accompagnèrent en foule et leurs pas firent s’élever\n la poussière en sorte qu’un nuage rouge semblait\nentourer le lieu. Et ils lui ont arraché ses habits et l’ont\ndénudé comme les gens de justice devant tous les\nregards dénudent un criminel afin que tous puissent\nvoir la chair qui sera livrée à la torture. Et ils le\njetèrent sur la croix, ils l’étendirent et enfoncèrent un\nclou de fer dans chacune de ses mains se débattant, et\nun clou à travers ses pieds croisés, avec des massues ils\nenfoncèrent les clous dans sa tête. Et ils élevèrent la\ncroix dans un trou creusé en terre mais elle ne voulait\npas rester debout et droit et ils la poussèrent par-ci,\npar-là et enfoncèrent des coins et des cales tout autour\net ceux qui faisaient cela baissèrent la visière de leur\nchapeau, afin que le sang de ses mains ne dégouttât pas\ndans leurs yeux. Et lui là-haut regardait les soldats qui\njouaient aux dés sa vêture déchirée, et toute la foule\nhurlante pour laquelle il souffrait afin qu’elle fût sauvée.\nEt dans toute la foule il n’y avait pas un œil compatis­\nsant. Et ceux d’en-bas le regardaient de nouveau qui\npendait là-haut, souffrant et épuisé et ils virent la\n  planche au-dessus de sa tête, où il était écrit : Roi des\n Juifs, et ils le raillaient et lui crièrent :\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                           JUIN 1895                       295\n\n    «Toi qui démolis le temple et le reconstruis en trois\njours, aide-toi maintenant toi-même ; si tu es le fils de\n Dieu, descends donc de cette croix ».\n   Alors le fils unique de Dieu ressentit la colère en son\nesprit et ils vit qu’elles n’étaient pas dignes du salut ces\nfoules qui remplissent la terre, et il arracha ses pieds de\nl’emprise du clou, et ses poings se crispèrent autour des\nclous de ses mains et tandis que les bras de la croix se\ntendirent comme un arc, il en arracha les clous ; et il\nsauta sur le sol, saisit son vêtement dont les dés rou­\nlèrent sur la pente du Golgotha et il s’en revêtit avec la\ncolère d’un roi et s’éleva vers le ciel. Et la croix était\nvide, et le grand œuvre de la réconciliation ne fut jamais\naccompli. Il n’y a pas de médiateur entre nous et Dieu ;\naucun Jésus n’est mort pour nous sur la croix, aucun\nJésus n’est mort pour nous sur la croix, « aucun\nJésus n’est mort pour nous sur la croix ! »\n   Il se tut.\n   Aux dernières paroles il s’était courbé sur la foule et\nde ses lèvres et de ses mains ensemble il avait fulminé\nson arrêt et un gémissement d’angoisse avait traversé\nl’église ; et dans les recoins on commençait à sangloter.\n   Le boucher alors se poussa en avant, les mains\nlevées, menaçantes, pâle comme un cadavre il cria :\n« Moine, moine, veux-tu de nouveau le clouer à la croix,\nveux-tu ! » Et des sifflements rauques s’entendirent der­\nrière lui: «Oui, oui, crucifie, crucifie-le!» Et de toutes les\nbouches menaçantes,autoritaires, comme en un ouragan\nles cris s’élevaient vers la voûte : « Crucifie, crucifie-le! »\n   Et claire et haute, une seule voix tremblante :\n« Crucifie-le ! »\n   Mais le moine de là-haut contemplait les mains ten­\ndues et les visages grimaçants avec les trous obscurs des\n                                                          31\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "296                      LE RÉVEIL\n\n\n\n\nlèvres hurlantes, où les rangées de dents blanches\nétincelaient comme des dents de fauves excités et en un\nmoment d’extase il étendit les mains vers le ciel et rit.\nAlors ils descendit et ses gens levèrent les bannières\naux pluies de soufre et leurs noires croix vides, et ils se\nruèrent hors de l’église et de nouveau il s’en allèrent à\ntravers le marché et par l’ouverture de la porte sous la\ntour.\n   Et ceux de Vieux-Bergame les regardaient, hagards,\ndescendre la montagne. Sur le chemin raide que des\nmurailles entourent de paix planait en brume la\nlumière du soleil qui au-dehors descendait sur la plaine;\nmais sur le mur d’enceinte rouge de la ville, les ombres\nde leurs grandes croix qui se balançaient dans la\npoussée, se dessinaient, noires et dures.\n    Le chant retentit plus loin ; l’une ou l’autre bannière\n encore resplendissait en rouge dans le désert noirci par\n la fumée de la ville neuve, puis il disparurent dans la\n plaine lumineuse.\n                                     J . P . J acobsen .\n                                Trad. P a u l G é r a r d y .\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                 JU IN 1 8 9 5               297\n\n\n\n\nLA C H A N S O N D E S F IL A N D IÈ R E S\n\n                      I.\n      Ton fil se file,\n      Sais-tu, passant\n      Des mers, des villes?\n      Ton fil se file\n      Tout le temps.\n      Les rouets rouent\n      A u seuil des portes.\n      Le bois tourne avec la roue\n      D u rouet qui roue...\n      Ta sœur est morte.\n      Sans arrêt,\n      Vide et se devide\n      L 'écheveau frais...\n      E t puis un autre, et puis après,\n      E t plus jamais de chrysalide !\n\n                     II,\n      A toi le fil!\n      O filandière,\n      Ton ciseau est-il agile ?\n      Le fil se file\n       Alors en arrière.\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "2 98                   L E R É V E IL\n\n\n\n\n              Il e s t filé\n              Le fil fatal;\n              Où est-il allé,\n              Sœur bien-aîmée\n              Des landes tombales?\n              Fileras-tu\n              Encore une fois\n              Le fil perdu\n              — Est-il rompu ? —\n               De l'autrefois ?\n                            III.\n        E t file toujours et file encor\n         Mais ne le dis pas au passant pâle\n        Qui veut encor trouver de l'or\n         M algré son astre et son opale,\n        Qui veut encor trouver de l'or\n        Tour mettre aux y e u x de ses oiseaux;\n                le dis pas : ils seraient morts\n         Bien trop jeunes et bien trop tôt.\n        N e le dis pas : ils seraient morts;\n        Plus que du vide en la volière\n        En attendant les autres bords...\n        ‘P ourquoi filer, ô filandiére ?\n        En attendant les autres bords...\n        Vous Lachésis et toi Clotho,\n        Le lin est fin, le chanvre sort,\n         Pourquoi le couper puisqu'il est beau ?\n       Sept. 94\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                       JUIN   1895                     299\n\n\n\n\n        ÉPITAPHE D’UN AMOUR MORT.\n\nL ’aurore fu t rapide et le soleil incline\nSon dernier reflet derrière les collines\n Qui dans les lointains d’or dressent leurs cônes d’ombre ;\n C’est l’astre d’argent clair au ciel déjà sombre.\n Mon destin qui sourit fait signe à ma détresse\nEn montrant l'autre route où volent d'autres tresses...\n Mais l’Amour plus pensif a replié ses ailes\nE t regardant là-bas les plaines d'asphodèles\n Où s'exilent ceux-là dont l'âme haute est veuve,\nLaisse son arc brisé tomber dans l'eau du fleuve.\nJe sanglote en rêvant au fo n d du crépuscule\nA ton ombre qui vient, s'approche et se recule\nE t revient soupirer à mon oreille lasse\nLes refrains d’autrefois, maintenant tûs, hélas !\nDepuis que le bonheur désertant mon côté\nA ssombrit l’avenir de l’ombre du passé !\n Mais la plainte estfutile et toute larme vaine !\n Mon cœur encor saignant ne peut se raconter...\nLaisse-moi donc trainer ma pauvre vie humaine\nE t retourne aux palais où tu penses chanter.\nQue l’oubli te soit bon du passant ridicule\nQui berçant dans l’azur sa pauvre âme crédule\nCroyait avoir trouvé le véritable abri.\nSi cependant, plus tard, lasse de ceux qui rient\nE t de la fange d'or qu'ils offrent à ta lèvre\nTu sens en toi tout le regret de l'heure brève\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "300                    J.E K É V E I L\n\n\n\n\nOu, par leur reflet d’or à travers d'autres cieux,\nDes astres fu g itif s étoilèrent tes yeux,\nLa porte s'ouvrira sous le coup du heurtoir\nE t dans le vieux château de silence et de nuit,\nOù comme en un tombeau j'aurai muré ma vie\nTu pourras regarder les murs nus ety voir\nTon image à jamais s’orner d’un crêpe noir.\n      2 Mai 95                           A ndré L e be y.\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                            J U IN       18 95                  301\n\n\n\n\n                      TABLETTES.\n\n  Feront désormais partie du sous-comité d’extension du Réveil :\nMM. Paul Arden, A rthur Daxelet, André Fontainas, Louis\nHirsche, et du comité de rédaction, Mr Maurice des Ombiaux.\n\n                                     X\n\n\n   Signalons deux nouveaux confrères : L ’Enclos, (7, rue de l’A n ­\nnonciation, Paris). Parmi les collaborateurs, MM. René Ghil,\nHamon, Abel Pelletier, Léon Riotor.\n  L a Renaissance idéaliste— (grue duQuatorze-juillet, Bois-Colombe\nSeine) — dont la couverture se psitacise de bleu et de jaune,\npublie Les cahiers d’un indifférent, où nous trouvons ces nota­\ntions définitives :\n\n  « L e bonheur est purement relatif à l'ê tre.\n  » Toutes les notions sont fausses.\n  « Suivant la propension de l’être, l’égotisme est heureux ou\nnéfaste.\n  « Nul acte n’est méritoire, pas plus que blâmable.\n\n    Aussi ne vous blâmerons-nous aucunement, ô A . F ., qui de\nl ’ombre nous jetez le trouble de ces paroles nouvelles !\n\n                                     X\n\n   Nous ne pouvons comme nous le voudrions, parler longue­\nment des revues, où se concentre une vie si intense Nous\ndisposons de trop peu de place, et il nous faut souvent nous\ncontenter de signaler les publications nouvelles. Mentionnons\ncependant, aux derniers fascicules du Mercure de France, deux\npoemes splendides, les Deux Faunes, de Francis Vielé-Griffin et\nle Vase, d’Henri de Régnier.\n   E t de ce dernier encore, aux Essais de Jeunes de mai, quelques\nvers admirables, dont la Plume s’amusa follement.\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "302                            LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                                   X\n\n   D ’un article de M. Jean de Bonnefon sur le Cardinal Gibbons\n(Journal du 28 mai 1895), le début et la fin sont également sur­\nprenants :\n   D ix années, passant sur le front de cet ascète à la vapeur, n’ont\nmarqué leurs griffes ni sur l’os de ce crâne ni sur les idées de ce\ncerveau\n   Un ascète à la vapeur ! Oh, ce dix-neuvième siècle !... où s’ar­\nrétera-t-il, dirait l ’oncle Sarcey.\n   E t ceci :\n   ....devant mon regard se dresse toujours la figure de ce nouveau\nSaint Paul, qui va encore étonner les pauvres aigles déplumés qui ont\npris pour aire la perruque défraîchie d 'un catholicisme de hallebardier.\n   Au fait, ces aigles doivent avoir l'aire bien piètre I\n\n\n                                   X\n\n  Par Le Parcours du Rêve au Souvenir, Mr le Comte Robert de\nMontesquiou détient pour longtemps, et triomphalement, le\nrecord des plus mauvais vers :\n                        PRINCE         EDIE.\n       Pour ses noces, le duc de Clarence-Avendale\n       Donne à Mary de Teck, en escorte d’honneur,\n       Margaret Grosvenor, qui, la première, étale\n       L a traîne de sa Dame, en ce jour de bonheur.\n       C'est la fille du duc de Westminster. L a fille\n       D u fe u comte Granville est lady Leveson,\n       Victoria Gorver. Celle de la fam ille\n       Du duc d’A thol, portant des roses à foison\n       Sera Dorothéa Murray ; Lady Greville\n       L a fille d’un Warwick, Eva, ferme la file\n       Avec l'aînée enfant de lord Sefton, des noeuds\n       De ce royal hymen promené par la ville,\n       Suprême finir, lady Gertrude Molyneux.\n       Non ! les Dames sont la Douleur et l ’Epouvante\n       L a Stupéfaction et l'Incrédulité ;\n       L a Grande Maitresse est l ’Horreur, et la Servante,\n       L a Folie. Ecoutez : il s'était alité,\n       Jeudi, pour quelque m al, Jeudi, l ’autre, il expire,\n       Sa fiancée exulte, est au comble des vœux ;\n       Future épouse heureuse, et Reine, elle soupire\n       De l'extase à l ’orgueil ; des feux d’amour aux feux\n       De ses royaux bijoux elle vague, bercée ;\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                            J U IN 1 8 9 5                        303\n\n      Elle essaie une robe, une parure, et rit :\n      Vingt robes, vingt manteaux !... — La voilà transpercée !\n      Son auguste amoureux agonise et périt.\n      L ’Europe allait boucler ses malles pour la noce :\n      Allez ! L'enterrement vous attend, le bouquet\n      Est de mise au cercueil. Le fournisseur féroce\n      Tourne le tulle en crêpe, obscurcit l’affiquet.\n      Suspendez le trousseau, la fiancée essaie\n      Son deuil; n'entrelacez plus de chiffres au bord\n      D'aucuns draps nuptiaux : la Faucheuse est passée,\n      Changeant tout... — et rendez les cadeaux tout d'abord !\n  Mais qu’à donc fait Mr Maurice Barrès, pour que lui soit dédié\ncet épithalame encercueillatoire ?\n\n                                 X\n\n              Le meilleur veau, c’est encor Jean Rameau,\naffirma Tailhade. On peut soutenir avec une certitude égale que :\n              L a meilleure huître est Francisque Sarcey.\n   L es autres ne donnent qu'une fois leur perle, et encore il faut\nles faire pourrir. Francisque au contraire en donne indéfiniment,\ndes perles. Voici l’une des dernières formées : \" L ’auteur \" — du\nJournal des Goncourt — « est un névrosé. Il n’y a pas à se préoc­\ncuper de ce qu’il écrit. I l faut plutôt le plaindre ! »\n   E t Tartuffe ?\n\n                                 X\n\n   Paraîtra prochainement chez Gnusé, à Liège, un drame de\nRichard Ledent, Les Entraves. L a souscription à ce livre est\nouverte chez l'éditeur, rue Pont d'île 51 à Liège, au prix de 3 fr.\nl’exemplaire sur vélin ; sur japon impérial, 10 frs.\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "              TABLE                       DES               MATIÈRES\n                                             (TO M E V)\n\n\n\n\n                                N° 13 -          J A N V I E R 1895\n\nAlbert Mockel......................... Comme je passais en Germanie                                          1\nCharles van Lerberghc                      . . Fontaine de Vie .                           . . .           12\nN O V A L IS ,\n    (M. Maeterlinck trad.) . Les Disciples à Saïs . . . .                                                  14\nAndré F o n ta in a s ................... Les Estuaires d'Ombre . . .                                      26\nCharles Sluyts......................... L a demeure fastueuse . . .                                        33\nAlbert A r n a y ..........................Chronique littéraire . . . .                                    38\nAlbert Mockel, F. Friche . . Polémiques.................................... 60\nL e R é v e i l ................................ T a b le tte s .......................................... 67\n\n\n\n\n                   Nos 1 4 et 15 -              F E V R I E R -M A R S 1895\n\nHors-texte de Georges Minne . . L a d u e .\nLéon Paschal......................................L a littérature de demain.                        71\nGustave K a h n .................................V e r s .......................................... 7 4\nEmile V e r h a e r e n ........................... En F landre.............................. 77\nPierre M. O l i n .................................Mon Cœur au Glaive . .                           78\nCharles van Lerberghe . . . .                         EntrevISio n .......................... 81\nPaul Gérardy, t r a d ......................Le grand mystère Thurin-\n                                                        gien, ou le jeu spirituel\n                                                        des dix Vierges . . .                       84\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "                                             JU IN    18 9 5                                        305\n\n\nFernand R o u s s e l ........................... V e r s .........................................113\nGeorges M e s n il................................ L 'A r t impossible .                       . . 117\nGeorge M a rlo w .................................L'Aube — L ’Ame Sœ ur.                              134\nRodrigue S é r a s q u ie r ...................... L ’Ame pér2grine .                          . . 136\nDenis L a l i e u x .................................Chronique littéraire                      . . 138\nGeorges L e m m e n ........................... Chronique artistique                           . . 154\nT u t u ................................................Ephémérides nationales                      . 161\nL e R é v e il........................................... Tablettes................................... 163\n\n\n\n\n                                  N° 16 -         A V R IL 1895\n\n\nEm ile V e r h a e r e n ... L 'A r t archéologique                                       . . 167\nHenri de R é g n i e r ............ S o n n e t ............................................. 17a\nFernand Séverin................. E g lo g u e .............................................173\nLéon Paschal..............Maxime Séveranz.                                                . . 175\nCharles van Lerberghe               . . . . Interlude...........................185\nA . Ferdinand H é r o ld Sonnets clégiaquces .                                            . . 187\n                                  .\n\n\n\n\nAlfred L avach ery . . . . . .                    L 'Œ illet des Dunes . . 190\nLionel des R i e u x .................... -       Le F l e u v e ..................... 208\nL e Réveil . . .          - ....... Tablettes..............................................211\n\n\n\n\n                                    N° 17 — M AI 1893\n\nCharles D elchevalerie......................Un Cas littéraire .                            .    . 215\nAlbert G uequier................................ Chansons de Novembre                         et\n                                                           de M a i ................. 220\nRichard L e d e n t................................ A t l i .................................224\nEmmanuel Delbousquet . . . .                           Diptyque....................... 233\nAlfred Lavachery . . . . . .                           L 'Œ illet des Dunes .                   . 235\nCharles G u é r in .................................S o n n e t s ...........................250\nH. V a n d e n u lte .................................Ténèbres........................... 252\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "305                                         LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                                   N° 18 — JUIN 1895\n\n\n                      Hors-texte de : Charles Doudelet.\nH enry M au bel.................................Le Ja rd in d ’Acclimatation                          255\nEm ile V e r h a e r é n ........................... Une S t a t u e ............................. 258\nHubert S ti e r n e t ........................... Ferme! ........................................260\nRodrigue Sd rasq u ier...................... L e P è l e r i n .............................268\nTristan K lin g s o r ........................... Chanson d 'hiver .                    . . . 270\nPaul F o r t ...................................... B a lla d e s .................................. 273\nValm y B a is s e .................................Vers ..............................................279\nP. P. Jacobsen (P. Gerardy trad)                         LaPeste à Bergame . . 285\nAndré L ebey . , ......................             La  chanson des Filandières 297\n       »                ......................... Epilaphe d ’un amour m ort                          299\nL e R é v e i l ................................... T a b le tte s ................................ 301\n\nTable des matières pour Ja n vier-Ju in 18 95...................................305\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "                  TABLE                       ALPHABÉTIQUE\n\n                               PAR NOMS D’AUTEURS ( i )\n\n                                                (TOME V)\n\n\n\n\n                                           ALBERT ARNAY\nChronique littéraire . . . .                                                             -    .    .      38\n\n                                EMMANUEL DELBOUSQUET\nD yp tique................................                                           .   .    .    .    233\n\n                                CHARLES DELCHEVALERIE\nUn cas l i t t é r a i r e ................................................................................215\n\n                                        ANDRÉ FONTAINAS\nLes Estuaires d' O m b r e .................................                                              26\n\n                                                PAUL FORT\nB a lla d e s .....................................                                                     273\n\n                                           PAUL GÉRARDY\nL e grand mystère thuringien, ou le Jeu spirituel des dix\n         V i e r g e s ..................................................................................84\n\n\n\n   ( 1) L es titr e s d es p o ésies so n t im p rim és en ita liq u e .\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": "308                                                   L E R É V E IL\n\n\n\n\n                                           ALBERT GUEQUIER\nChansons de Novembre et de M a i .....................                                               . . . .                220\n                                             CHARLES GUÉRIN\nSonnets                                                                                                                     250\n\n                                     A. FERDINAND HÉROLD\nSonnets clégiaques................................................................................ 187\n\n                                               .1. P . .JACOBSEN\n                                            (P. Gérardy, trad.)\nL a Peste à B e rg a m e ....................................................................... 2 7 9\n\n                                               GUSTAVE KAHN\nV e r s ...........................................................................                  .     .     .     .       74\n\n                                         TRISTAN KLINGSOR\nChanson d 'H i v e r ................................................................................ 276\n\n                                               DENIS LALIEUX\nChronique litté r a ir e ...........................................................................138\n\n                                        ALFRED LAVACHERY\nL 'Œ illet des D u n e s ................................................................190, 235\n\n                                                 ANDRÉ LEBEY\nL a chanson des F ilandières. — Epitaphe d'un amour m ort.                                                             .    239\n\n                                            RICHARD LEDENT\nAtli, d r a m e .............................................................................................................. 2 34\n\n                                           GEORGES LEMMEN\nChronique a rtistiq u e...........................................................................154\n\n                                           GEORGES MARLOW\nL ’Aube — l ’Ame S a u r ......................................................................134\n\n                                             HENRY MAUBEL\nL e Jardin d’A cclim atation ............................................................... 255\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                                               JUIN      18 9 5                                              30   9\n\n                                        GEORGES MESNIL\nL 'A rt im p o s s ib le .................................................................................117\n\n                                       ALBERT MOCKEL\nComme je passais en G e r m a n i e ......................                              . . .                     1\nP o lé m iq u e ............................................................................................. 60\n\n                                                 NOVALIS\n                                   CM. M aeterlinck, trad.)\nL e s Disciples à S a i s ..........................................................................                 14\n\n                                        PIERRE M. OLIN\nMon Cœur au g l a i v e ....................................................................                              78\n\n                                          LÉON PASCHAL\nL a Littérature de d e m a in ................................                   . . . .                71\nMaxime S e v e ra n z .................................................................................175\n\n                                   HENRI DE RÉGNIER\nSonnet.......................................................................................................172\n\n                                     LIONEL DES RIEUX\nLe F le u v e ...........................................           ,..208\n                                                                   .\n\n\n\n\n                                    FERNAND ROUSSEL\nV e r s ...................................................................................................... 113\n\n                                RODRIGUE SÉRAStiUIER\nL'Am e pérégrine......................................................................                      136\nLe P è l e r i n ........................................................................................... 268\n\n                                     FERNAND SÉVERIN\nE g lo g u e ......................................................................                         193\n\n                                       CHARLES SLUYTS\nL a Demeure fa s t u e u s e ........................................................................33\n\n                                     HUBERT STIERNET\nFerm el                                                                                                     260\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": "3io                                           LE RÉVEIL\n\n\n\n\n                                              TABLETTES\n                                                                                 67, 163, 211, 301\n                                                  TUTU\nEphémérides nationales................................................................ 161\n                                         VALMY-BAISSE\nV e r s .............................................................................................. 291\n                                 H. VAN DE PUTTE\nT énèbres .....................................................................................\n                         CHARLES VAN LERBERGHE\nFontaine d t V ie ........................................................................... .......\nE n trevisio n ............................................................................................. 81\nInterlude . . .                     ..................................................................... 185\n\n                                EMILE VERHAEREN\nE n F la n d r e ...................................................................................... 77\nL ’A rt Archéologique.......................................................................... 167\nUne s t a t u e ........................................................................................... 258\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                                                                                                                                     Librairie de l’Art Indépendant, rue de\n                   C O L L E C T I O N DU “ REVEIL »\n\n              chez EDMOND DEMAN, libraire à Bruxelles\n\n\n\n\n                                                                                                                                     M. Kats, rue courte du Jour.\n                                  Rue d’Arenberg, 16\n\n\n\n\n                                                                                                                                       la Chaussée d’Antin, 1 1\n                                                                                                                                     Gnusé, rue du Pont d’île.\n                                                                                                                                     Heymans, rue du Bruul.\n\n\n\n                                                                                                                                     Littauer, Odeonsplatz.\n                                     ONT PARU :\n1894—        M a u r i c e M a e t e r u n c k : Alladine et Palomides, Intérieur, la Mort\n                                         de Tintagiles, trois petits drames pour\n                                         marionettes. (Troisième Edition.)\n                                         Un volume in-16 raisin sur fort papier\n                                         vélin teinté, orné de culs de lampe de\n                                                                                                 3,50\n\n\n\n\n                                                                                                                                                 :\n                                         Georges M in n e ........................ Fr.\n\n\n\n\n                                                                                                                                    MALINES\n\n\n\n                                                                                                                                                                     MUNICH\n                                                                                                                                    LIÈGE :\n                                                                                                          DÉPOSITAIRES DU RECUEIL\n\n                                                                                                                                    PARIS :\n           F ernand R oussel :\n\n\n\n\n                                                                                                                                    GAND :\n                                        L e Bonheur Irréel.\n                                         Un volume de proses, in-16 grand-mé­\n                                         dian, avec un frontispice de Charles\n                                         Doudelet; tiré à 250 exemplaires nu­\n                                         mérotés sur papier de Hollande Van\n                                         G e ld e r ........................... Fr. 2,00\n\n18 9 5 —     E mile V hrhaeren :        Les Villages illusoires.\n                                         Un volum e de vers, in-16 grand-jésus,\n                                         tirage limité ; impression en deux cou­\n                                         leurs sur tort vélin teinté ; orné de qua­\n                                         tre images par Georges Minne. F r, 3,00                                                                       de\n                                                                                                                                    Société anonyme • l’Art », Avenue\n\n           H enry M aubel :             Ames de Couleurs.\n                                        Un volume de proses, in-16 royal,\n                                                                                                                                    Doliger, Galeries de la Reine.\n                                                                                                                                    Deman, rue d’Arenberg, 16.\n\n\n\n\n                                         tirage limité, impression en deux cou­\n                                                                                                                                    Engelcke, rue des Foulons.\n\n\n\n                                        leurs, sur papier vergé de cuve Fr. 2,00\n                                                                                                                                    Hoste, rue des Champs.\n                                                                                                                                    Forst, Place de Meir.\n\n\n\n\n                                                                                                                                      la Toison d'Or, 56.\n\n\n\n\n                        VIENNENT DE PARAITRE :\n       V ictor R e m ouc h am ps :       Vers l'Ame.\n                                         Un volume de proses, in-16 im périal;\n                                         tiré à 250 exemplaires numérotés sur\n                                         papier de Hollande Van Gelder. F r. 3,50\n\n       G eorges M arl o w :             L ’Ame en E xil.\n                                        Un cahier de vers, in 120 raisin oblong,\n                                        tirage à 350 exemplaires numérotés,\n                                                                                                                                    BRU XELLES\n\n\n\n\n                                        sur papier de cuve Ingres teinté.\n                                                                                                                                    ANVERS :\n\n\n\n\n                                                                         Fr. 3.00\n       L é o n P a s c h a l. :         Paroles intimes.\n                                                                                                                                                                    GAND\n\n\n\n\n                                        Un volum e de proses, tirage limité,\n                                        format in-160, sur papier de cuve\n                                        I n g r e s .......................................... Fr, 2.00\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "         SOMMAIRE DU NUMÉRO DE JUIN 1 8 9 5\n\n\n\n\n               Hors-texte de Charles Doudelet\nHenry Maubel             .    .Le Jardin d’acclimatation.\nE m ile V e r h a e r e n . . Une Statue.\n\nHubert Stiernet . . Fermel.\nRodrigue Sérasquier Le Pèlerin,\nTristan Klingsor. . Chanson d'hiver.\nPaul Fort . . . . ‘Ballades.\nValmy Baisse.              . . Vers.\nJ . P. J a c o b s e n\n   (P. Gérardy, trad.)\n                   La Veste à V er game.\nAndré Lebey . . .  La Chanson des Filandières.\n     id.       . . Epitaphe d’un amour mort.\n                                  Tablettes.\n         Table de matières pour Janvier-Juin 1895.\n\n\n\n\n        Gand, Imprim erie centrale G. De Keukelaere, rue longue du Verger, 31\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": ""}, {"page_pdf": 343, "texte": ""}, {"page_pdf": 344, "texte": ""}, {"page_pdf": 345, "texte": ""}, {"page_pdf": 346, "texte": ""}, {"page_pdf": 347, "texte": ""}, {"page_pdf": 348, "texte": ""}, {"page_pdf": 349, "texte": ""}, {"page_pdf": 350, "texte": ""}, {"page_pdf": 351, "texte": ""}, {"page_pdf": 352, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1895-06", "signet_source": "Ve année - N°18 (nouvelle série) - Juin 1895", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 280 (« Ve année N° 18 (nouv. série) Juin 1895 »). PDF 342 à 352 : pages blanches, gardes et reliure de l'ULB, hors revue.", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}