{"numero_id": "ulb-reveil-1896-05-n29", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "articles": [{"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-001", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LE R EVEIL R E C L MENSUEL", "ancre_fin": "(Nouv. série)", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 290, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 83, "fin_caractere_exclue": 389, "texte": "LE\n R                        EVEIL\n  R     E     C  L MENSUEL\n                   U       E     I\n\n\n             DE LITTERATURE & D'ART.\n            M A I 1896                                                                     N ° 29 (Nouv. série)\n\n\n\n                                                       "}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-002", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE L es J e u n e s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 290, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 389, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "SOMMAIRE\n\n\n\n\n                       L es J e u n e s ............................................................D enis L alieu x\n                       M éditation en l’A ube de M a i........................F . Vielé-Griffin\n                       B onne-M am an p e r d u e ....................................B lanche R ousseau\n                       Cinq E n lu m in u re s................................................M ax Elskamp\n                       P ro ses de to u te E t e r n i t é ..............................Edm. D e B ruijn\n                       P o è m e s .................................................................. Edmond P ilon\n                       V ariations (à R o sin e )..........................................Camille             Delettreq\n                       N ouvelles de L o n d r e s ....................................Osman                   Edwards\n                       Chronique L i t t é r a i r e ..........................................Albert          Arnay\n                       N otules du m o i s ................................................M ath.              R obert\n\n\n                                          O rnem entations de Ch. D oudelet\n\n\n\n\n                                                                                        Ce numéro : fr. 0 . 5 0\n\n\n                       6e ANNEE                                                                  TOME VII\n\nI m p . 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(étranger 6 fr.)\n\n\n               D irecteur : A l b e r t A R N A Y\n\n       Secrétaire de Rédaction : M a t h R O B E R T\n\n   Adm inistrateur : M a u r ic e V A N D E R M E Y L E N .\n\n\n\n         Comités de R édaction et de P ropriété :\n\nGeorges Angelroth, Paul Arden, Albert A rn ay, F lo ren t B o s­\nsaerts, Charles Bronne, Cyriël Buysse, A rthur Daxhelet,\nLucien Do Busscher, Charles Delchevalerie, Edmond Deman,\nPierre D evoluy, Auguste Donnay , Georges Dwelshauwers,\nMax Elskamp, Georges F lé, André Fontainas, Charles Frappart,\nGeorges Garnir, Paul Gerardy, Edmond Glesener, Albert\nGuéquier, Auguste Henrotay, A . Ferdinand Herold, Louis\nHirsche, Auguste Jenart, Georges Khnopff, Denis Lalieux,\nAlfred L avach ery, Richard Ledent, Georges Lemmen, Grégoire\nL e Roy, Maurice Maeterlinck, Georges Marlow, Antonio Marquèsj\nHenry Maubel, Stuart Merrill, Albert Mockel, Stéphane Montjoie,\nPierre M. Olin, Léon Paschal, Armand Rassenfosse, Edmond\nRassenfosse, Henri de Régnier, Victor Remouchamps, Stéphane\nRichelle, Math. Robert, Georges Rodenbach, Fernand Roussel,\nAlbert Saint-Paul, Rodrigue Serasquier, Charles Sluyts, Arthur\nSouchor, Maurice Vanderm eylen, James Van Drunen, Emile\nVan Heurck, Charles Vanlerberghe, Théo Van Rysselberghe,\nEm ile Verhaeren, Francis Vielé Griffin.\n\n\n\n   Le Réveil ne publie que de l’inédit.\n   L es articles qui y paraissent n’engagent que les signa taires— la\nrevue étant du reste ouverte à toutes les tendance;, s ans distinc­\ntion de genres ou d’écoles.\n   T ous les manuscrits, livres et revues doivent être adressés au\nDirecteur : 64 rue Kessels Bruxelles.\n   Pour tout ce qui concerne l’Administration écrire à M. Vander ­\nmeylen A venue de l’Hippodrome n° 30 B ru x elles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-004", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 269, "page_fin": 274, "titre_corps": "Les Jeunes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Denis Lalieux", "ancre_debut": "LES JEUNES Que n'en a-t-en pas dit", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 292, "page_imprimee": 269, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1286, "texte": "LES JEU N ES\n\n\n\n   Q ue n’en a-t-e n pas dit, que n’en dit-on pas sur tous\nles tons et tous les jours ! A entendre les graves cri­\ntiques — ceux qui mutuellement s’estiment « autorisés » —\ntout jeune homme épris d ’autre chose que des banalités\ncourantes serait un grotesque m iso g y n e , un équivoque\nalchim iste s’adonnant à des nébulosités sans nom.\nE sprits obscurcis avant l’âge, âmes mortes, cœurs sans\némois — telles sont les étiquettes que l’on se plaît à nous\nappliquer. Encore oubliais-je de recenser notre absolue\nignorance, car il paraît que nous ignorons tout et que\nnous sommes fort mal venus à vouloir prétendre au plus\n léger savoir...\n    Sans doute, ces menus propos, que ceux-là mêmes qui\nnous accusent de manquer de sérieux prodiguent, en\nriant sous cape, à leur trop bénévole clientèle, ces\npropos ont été maintes fois relevés ainsi qu’il convenait,\n c’est-à-dire avec une belle indignation, fervente et\n convaincue. Il n’ y a pas longtem ps, à cette place,\n M . A ndré L eb ey , sans gan ts et sans mitaines, disait à\nl’auteur des Ro ugon ce que cet écrivain d ’hier nous a\nforcés à penser de lui. Cependant, en laissant de côté le\n candidat perpétuel à l’immortalité quand même, il est\n                                                   22\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 270, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1852, "texte": "270                      LE RÉVEIL\n\n\n\nbon de répéter ce que l’on semble ne vouloir pas\nentendre. L es Jeunes ont ce droit et même le devoir\nde défendre obstinément les destinées nouvelles qu’il\nleur est réservé d’ouvrir. Cela d'ailleurs ils le peuvent\nsans se départir vis-à-vis de leurs aînés du respect que\nd’aucuns m éritèrent et auquel il est toujours beau de\nne pas déroger.\n   Vraim ent il suffirait d’un peu de clairvoyance pour se\npersuader que le mouvement littéraire encore à son\naurore est tout juste le contraire de ce que les chers\nbonzes prétendent. Loin d’être en hostilité avec l’époque,\nce mouvement en constitue, par certains côtés, le fidèle\nreflet. L es romantiques épris d’actions éclatantes, de\nchimériques aventures, d ’épopées vertigineuses — dont\nils avaient en quelque sorte sucé la nostalgie (Musset\nd ixit, avec le lait maternel — ne pouvaient être différents\nde ce qu’ils ont été L orsq u ’il fut avéré que rien ne\nressusciterait des splendeurs passées, lorsque la vacuité\napparut d'une vie sans avenir et sur laquelle le ciel\npesait comme une menace, Baudelaire chanta ou plutôt\nil exhala ces plaintes fières où l'on perçoit toutes les\ninquiétudes de la jeunesse du temps. L e P a rn a s s e ? Si\nl’on ne veut y voir une nécessaire réaction contre la\nveulerie d'écrivailleurs plus ou moins officiels, il n'est\npas difficile de l ’expliquer, avec une pointe de paradoxe,\nen faisant appel à des considérations fort étrangères\nà la littérature. M ais depuis lors des idées inédites, des\naspirations précédemment inconnues se sont révélée;..\n Un désir de vie plus libre, d’épanouissement sans con­\ntrainte, de latitude et d'espace, un désir combien v if de\nrenouveau, de printemps spirituel et d'âme a jailli au\nfond des êtres. T rop longtem ps ce fut la nuit et l'âme\nhumaine n’est pas faite pour les ténèbres. Voici qu’elle\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 271, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1853, "texte": "                          M AI   18 96\n\n\n\n\n  a disjoint les pierres des vieilles tours où des vouloirs\n  hostiles l’emprisonnèrent et elle s’élance vers la lumière,\n  vers la vivifiante, vers la radieuse lumière !\n     Il n’est possible à personne de prévoir avec quelque\n  certitude ce qui restera des nombreuses œuvres littéraires\n  que des éditeurs avisés ou routiniers publient journelle­\n ment. Certains censeurs cependant vont jusqu’à pré­\n tendre que la Postérité n’en redira que d ’infimes\n fragm ents. N otre fin de siècle, proclam ent-ils, n’a rien\n produit de décisif. E t de jeunes chroniqueurs font\n chorus. M . Jean V iollis dernièrement s’y prêtait dans\n une revue nouveau-née de Toulouse. M ais ceux-là\n même qui affectent pareille sévérité doivent reconnaître\n que les poètes d’aujourd’hui ont singulièrement affiné\n la langue, qu’ils en ont fait valoir davantage toutes les\n ressources, qu’ils ont tendu jusqu’à les rompre toutes\n les cordes de la lyre Jamais les chanterelles n’avaient\n eu des sonorités si claires et les notes graves jamais\n n’avaient atteint d’aussi lointaines profondeurs. Q ue de\n recoins de m ystère et d ’éternelle rêverie se sont, par ce\n seul prodige, comme à l’audition suggestive de cer­\ntaines musiques, tout-à-coup révélés aux lecteurs\nattentifs! D es floraisons inouïes, du fond des solitudes\npsychiques, ont éclos sous nos veux leurs printanières\ncorolles En admettant que ce ne soient là que des\nprémisses, n’est-ce pas suffisant pour que, dans notre\nhistoire littéraire, dans l’histoire de la littérature\nfrançaise, les récents efforts vers le M ieux ne puissent\nêtre négligés?\n    C es efforts autre chose les distingue: c ’est qu’ils\ns ’attestèrent en toute liberté. V oilà surtout qui ne\ns’était jamais vu. T ou jou rs il y eut des genres, des\nmodes, des écoles, l’on ne sait quels im périeux mots\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 272, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1845, "texte": "272                       LE RÉVEIL\n\n\nd ’ordre donnés par les dispensateurs patentés du succès\ntu de la gloire. iL fallait rester dans les rangs, marcher\nà la suite d'une bannière connue — et reconnue —\nemboîter le pas à tel chef de file dont c ’était l’heure\nde régn er... en attendant qu’un autre prit la place.\nPareilles erreurs n’ont plus cours à présent. O n a enfin\nadmis que les règles ne servent de rien — ou du moins\nqu’elles doivent aider à l’expression de la personnalité\net non pas l’entraver. H é ! certes, sous peine de ne plus\ns’entendre, des conventions linguistiques sont néces­\nsaires et il ne s’agit pas de vouloir sans réflexion faire\ntable rase de toutes. M ais quant à l’ordonnance même\n— vers libre, vers régulier, prose rythm ée ou dire\naustère — qu’importe ! A y e z du talent de quelque\nmanière que vous le vouliez... ou le puissiez. Nous\nexigeons d ’un auteur qu’il nous émeuve. C ’est notre\ndroit. D ’autre part, c ’est le sien de recourir à cette fin\naux moyens qui lui semblent le mieux indiqués. Une\nœuvre d ’art vaut, non pas par la prédominance de l’un\nou de l’autre procédé, mais par le nombre de sensations\nqu’elle procure, par cela seul qui chante en l’esprit du\nlecteur lorsque, le dernier feuillet lu, il se recueille —\npieusement.\n   E t l'art nouveau sait chanter d ’une voix vraiment\njuvénile et claire et heureuse de s’ouïr. L a génération\nprécédente de poètes, s’absorbait dans la contemplation\nd’impavides attitudes. E lle haïssait le mouvement et\nvoulait que la beauté fût de silence et immobile — et\nqu’un voile de mélancolie ou de désespérance interceptât\nl’éclair de ses yeu x. L e « Sois charmante et tais-toi », le\n« J 'a i p lu s de souvenirs que si j'a v a is m ille ans » de\nBaudelaire en furent le vrai credo ; l’artificiel plus que\nl’harmonieuse réalité les requérait. N ous ne nierons pas\n"}, {"page_pdf": 296, "page_imprimee": 273, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1856, "texte": "                         m a i 18 9 6                   2 73\n\n\n\nle talent, voire le génie, de certaines œuvres que ces\nidées régirent. Malheureusement,, elles sont trop loin de\nla nature et toute littérature qui s’en écarte ainsi perd\ndu coup son plus v if joyau.\n    C ’est ce joyau que les Jeunes ont retrouvé et dont ils\nont paré le front charmant de la déesse. Dans la plupart\ndes œuvres des derniers venus, un identique élan\ns’indique vers les choses ambiantes : sites où c ’est la\ngloire des forces m ystérieuses éparses sous l’azur !...\nE t cela sent bon le soleil, la brise parfumée et cela\némeut doucement parce que frais et rieur et limpide —\nparce que l’amour vrai y éperd ses balbutiantes\njoliesses. L ’ Am our? H é! bien, oui. On a prétendu que\nc ’en était fait et peut-être, à tel moment, l’avons-nous\ncrû nous même. D uplicités, m archandages, étreintes\nhypocrites et mollasses abandons : ainsi pouvait-on en\nétablir le bilan. L e reste? L es beaux esprits le trou­\nvaient non pas naïf mais pire et tel qui ne l’admettait\npas opinait encore, par cant. Pourtant c ’était la\nmeilleure part qu’ainsi l’on dédaignait. E t c ’est à cette\nsim plicité bonne, sans grandes phrases, sans gestes\néperdus, que les jeunes écrivains, tant décriés, par de\nmultiples détours lentement nous ramènent. L a Eoule\nleur devra bientôt de saluer à nouveau les aurorales\nvoies d ’où les esprits moroses l’exilèrent.\n    Evidem m ent, cette ère nouvelle pas plus que la\nprécédente ne sera stable. Un jour viendra où, pour le\nseul plaisir de changer, les règles seront reprises, où\nles artistes, las de trop de liberté, restaureront toutes\nles contraintes contre lesquelles ils luttent si courageuse­\nment maintenant. C eux qui prophétisent ce revenez-y\nsavent bien qu’ils ne courent pas grand risque de se\ntrom per. M ais en quoi ils se trom pent, c ’est en disant\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": 274, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 526, "texte": "274                    LE RÉVEIL\n\n\n\nque ce sera un juste retour des erreurs contemporaines.\nA u contraire, c ’est alors seulement que l’on fera, que\nl’on refera fausse route. L ’erreur est de réfréner les\nbelles aspirations que l’on sent naître en soi, de les\nassujettir à des théories, à des préceptes uniformes et\nvains. E t si la vérité peut être de ce monde, c’est sur\nnos horizons, comme un prestigieux astre d ’or, qu’elle\na paru et qu’elle brille — les Jeunes!\n                                   D e n i s L a l ie u x\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-005", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 275, "page_fin": 277, "titre_corps": "Méditation en l’aube de mai", "titre_sommaire": "Méditation en l’Aube de Mai", "rubrique": "", "signature_source": "Francis Vielé-Griffin", "ancre_debut": "MÉDITATION EN L'AUBE DE MAI La douce chose que ceci", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 298, "page_imprimee": 275, "debut_caractere": 74, "fin_caractere_exclue": 1186, "texte": "M É D I T A T I O N E N L ’A U B E D E M A I\n\n\nL a douce chose que ceci :\nm ê l e r les roses a u x soucis,\nL e rêve au rire, l ’espoir au doute,\nE t d ’effeuiller sur toute route\nL a grappe lourde des lilas\nE n p lu ie légère de pétales\nSe fo n d a n t, couleur d ’ombre, en l ’ombre matinale\n A u g r é de la brise qui dit tout bas\n— E n tre les roses et les lilas —\nL a vieille strophe des P oètes...\n\n\n\nL e soir le p etit livre où chante encor P étrarque\nSonne sous des mains fr ê le s , comme un clavecin ;\nL e L ac, où goutte encor la rame au fla n c des barques,\nE ntend les vieux grands mots dont on rira demain ;\nE t L a Bonne Chanson tremble a u x lèvres nubiles\nD ’un fr isso n d'ailes d'or posé au cœur des roses ;\nE t n'aurons-nous rien dit que chantent, au soir, les fille s,\nQuand la brise de m a i ouvre leur bouche close\nD u long baiser des fle u r s que la nuit éparpille ?...\n\n\nL es mots les p lu s d o u x balbutient\nE t la jo ie est muette :\nI l n'est pas de p a role en quoi l'A m o u r se f ie\n  Avec son pas f u r t i f et sa lèvre inquiète ;\nE t, si l'A mour survient, le livre du poète\n"}, {"page_pdf": 299, "page_imprimee": 276, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1370, "texte": "276                       LE RÉVEIL\n\n\n\nGlisse à terre et s'effeuille,\n Avec la rose et le lilas — espoir et d eu il —\nE t la chanson humaine se tait devant la V ie.\n\n A u be de m a i , auréolée du vieu x d é lic e !\n\nTu sais bien que ma haine et mon am our complices\nO nt f a i t ma route droite et fleurie comme un sceptre\nOù, sur le velours blanc de la poussière lisse,\nL'om bre des fe u ille s bleue sème des F le u r s de L y s ;\nJ ’y ai m arché sans honte à la victoire inepte;\n\nCar j e sais qu'au dehors, où le matin est seul,\nL ’arbre p a rle et la p ierre est vivante.\nE t j e vais saluer avec la voix des plantes\nL ’auguste droit d ’aînesse du chêne et du tilleu l ;\n\nN o tre fo i sans orgueil, lasse d'humanité,\n    appelle p lu s l'espoir du f o n d des fo u les hâves :\nL a N ature est tragique en l'ingénuité\n De son rêve éternel, im périeux et grave ;\n\nL e sanglot de la V ie énerve, ou s'interprète\nComme la jo ie suprême et le but surhum ain ;\nM a rch erio n s-n o u s encor vers l'aube des demains,\nm e n d ia n t de sa joie et lu i tendant la main\nSans voir la vanité de la vieille requête?\n\nQue la main qui se ferm e et qui se crispe est p lein e\n— C'est soi qu'on doit flé c h ir et non les astres —\nQue c'est du cœur humain que sourd la jo ie humaine,\nQ ue l'aube est impuissante en sa g lo ire sereine\nA pallier, si l ’âme est veule, son désastre;\n"}, {"page_pdf": 300, "page_imprimee": 277, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 568, "texte": "                          M AI   18 96                           277\n\nQue tout n’est pas de vivre, une heure et ju s q u ’au bout,\nL e p etit chemin vert où l'Am our rit dans l ’ombre,\nOù l'on cu eille à sa fa im des fr u its amers ou doux,\nE t de s'asseoir au carrefou r où l'on f ait nombre ;\nm a i s que la m o r t fra p p a n t la V o lo n té debout\nF a it, du revers bruni de sa f a u x qui frisso n n e,\nL u ire vers l ’avenir humain éclos de nous\nL a seule jo ie de vivre et de m ourir en hommes.\n\n                           F rancis V ie l é - G r i f f i n .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-006", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 278, "page_fin": 292, "titre_corps": "Bonne-maman perdue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Blanche Rousseau", "ancre_debut": "BONNE-MAMAN PERDUE à Francis Nautet J'ai entendu raconter", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 301, "page_imprimee": 278, "debut_caractere": 52, "fin_caractere_exclue": 1620, "texte": "B O N N E -M A M A N P E R D U E\n\n                                         à Francis Nautet.\n\n   J ’ai entendu raconter, jadis, qu’une petite vieille\nfemme de chez nous, nommée bonne-maman à cause de\nson grand âge, et peut-être aussi peur la douceur d ’un\nsourire, épanoui dans l'entrecroisem ent d’un millier de\nrides, j ’ai entendu raconter que petite bonne-maman\ns'était perdue un jour, un jour de neige où le village\nsemblait poudré de sucre et où, dans les chemins soli­\ntaires, on ne pouvait se reconnaître, ni si le ciel était\nbien le ciel tant il ressemblait sans les pointes habituelles\ndes jolis toits rouges, à une grande mer de brouillard\ntout près d’envahir la terre.\n   C ’était un Dimanche ; il avait neigé toute la nuit et\nbonne-maman avait mis son châle bleu à fleurs jaunes,\nscs souliers fourrés et sur sa tête le plus beau des\nbonnets, celui aux larges rubans qui, noués sous le\nmenton, semblent un immense papillon agitant les ailes\nsur une jolie fleurette séchée. E lle était partie au matin,\nà l ’heure où la maison s’éveille au chant des trois canaris\njaunes, s’égosillant dans la cage qu’on a vue de tous\ntemps pendue au mur de la cuisine — et déjà la vache\nmugissait dans l’étable tandis que la servante, M arianne,\nencore mal éveillée, ouvrait les volets du salon... Des\nfemmes en bras nus apparaissaient au rideau levé d ’une\nfenêtre, s’habillant pour la g ran d ’messe, et, bien qu’il\nfût très tôt, Joseph et Pierre et Antoine, les enfants\ndu brasseur, se lançaient des pelotons de neige à\ngrands cris caChe-nez envolés, derrière le mur du\n"}, {"page_pdf": 302, "page_imprimee": 279, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1876, "texte": "                        MAI 1896                       279\n\ncim etière, là où court cette ruelle malpropre qui semble\nle paradis des enfants de l’école.\n    Car elle habitait, petite bonne-maman, sur la place\nmême de l’église et du cim etière, une maisonnette à\nvolets gris tranchant sans dureté sur le jaune fané de la\nfaçade... deux marches étaient devant la porte, où\nsautillaient constamment trois ou quatre vieilles poules\net un coq sans queue... un peu plus loin un petit tas\nde fum ier... mais cela n’était qu’une basse-courette\npour rire, car derrière la maison il y avait une vraie\ncour avec un hangar, un rang pour le porc, une étable\noù M ichette ruminait tranquillement, et parfois on\napercevait sa tête, passée par le carré découpé dans la\nporte .. O ui, dans les soirs d ’été, bien souvent je l’ai\nvue ainsi, la bonne vache rousse, regardant de ses gros\nyeu x étonnés vers le porc folâtre se vautrant dans le\npurin ... et plus loin, vers le clocher de l’église, élancé\n sur le fond vert d’un bois de sapins en pente, et plus\n loin encore, là où les prairies s’indéfinisent, roses,\nmauves fondues vers le ciel pacifique.. Cela me donnait\nmême une étrange impression ; en la voyant ainsi, ses\n bons yeu x étonnés, daNs la cour où sèche un linge bien\n blanc sur des cordes tendues .. en voyant le toit, les\n volets gris, les deux marches de pierre un peu usées,\n rassem blem ent de ces choses, à ma grands surprise,\n formait bonne-maman, tout comme si elle eut été faite\n d ’elles, et en voyant bonne-maman, son sourire ridé,\n le papillon de son bonnet, ses petites mains semblables\n à des pétales de rose si longtem ps restés dans un livre\n de prières qu’ils en seraient tout racornis... en la\n  voyant ainsi, un peu courbée et toute gentillette dans sa\n  grâce fripée, je songais aux volets gris, aux poules\n  qui picorent devant la maisonnette, à la bonne vache\n"}, {"page_pdf": 303, "page_imprimee": 280, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1801, "texte": "280                     LE RÉVE IL\n\n\nqui interroge un bout de ciel derrière le clocher de\nl'église...\n   M ais, ce matin-là donc, il avait neigé beaucoup, et le\nclocher était tout blanc sur les prairies blanches et le\nciel blanc, et le village semblait faire sa première com­\nmunion et attendre, bien patiemment, que le bon Dieu\ndaignât descendre. Bonne-maman m archait vite, d ’un\npas sautillant et menu, ses yeux ronds, son nez moqueur,\ntoute son allure alerte et provocante lui donnait un peu\nl’air d’un de ces moineaux francs qui viennent picorer\ndu pain sous vos fenêtres et parfois agitent la queue\navec des « cu ic... cu ic... » m oqueurs; elle tenait sa\nrobe d ’une main et si retroussée qu’on voyait plus haut\nque la cheville ses jambes de poupée couvertes de bas\nviolets — oh ! jolies et douces petites jambes violettes !\npetits évêques moqueurs, petits évêques d e fleurs et de\npierrots qui s’en iriaient vite, vite, à travers l’hiver...\n Dans l’autre main, elle tenait bien serré un grand\nparapluie de coton, et, tout en marchant, parlotait,\navec le parapluie, avec la neige, avec les bas vio lets...\n « A i-je la clef de la m aison ? — Oui ! la vo ilà...\nM arianne, pour sûr, oubliera de fermer l’étable et ma\npauvre M ichette va g eler... Tiens, me voici déjà à\nla ferme ! Allons, je marche encore bien, mais le blanc,\ncela fait mal aux yeux ! » — Bien que tout cela n’eût\nrien de très gai, elle riait, pourtant, riait de toutes ses\ngencives, de la fine pointe frangée de son châle, ses\nmains riaient dans les gros gants de trois couleurs,\net ses cheveux ! les bouclettes d ’or éteint, qui frétil­\nlaient, petites vieilles évaporées, tout follement sous la\nruche du bonnet...\n    Comme elle allait ainsi, elle rencontra des gens qui\n la saluèrent: « A h ! bonne-m am an!... voilà bonne-\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 281, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1854, "texte": "                          MAI 18 9 6                     281\n\n\n\n\nmaman en route ! — E t où allez-vous comme cela,\nbonne-maman ? — Bonne-maman, faites bien attention,\nla neige est si épaisse... vous pourriez vous perdre ;\nles meilleurs yeux ne s’y reconnaissent plus aujour­\nd’hui... »\n     « Vraim ent non, les meilleurs yeu x ! » disait bonne-\nmaman avec son fin sourire... « E h bien, les miens\nvalent mieux que ceux-là, voilà tout, mon garço n ... »\n     E lle repartait, sautillante, et pas plus pesante sur la\nneige que ces petites femmes découpées en papier, et\nqui dansent en se tenant la m ain... Vraim ent pour ceux\nqui s’arrêtaient à la voir s’en aller, elle avait la tour­\nnure fantasque et drôlette d ’une vieille en carton\np ein t... E t de très loin surtout, le parapluie profilé, le\nnez crochu, la ruche, la jambe violette, quand elle\nn’était plus qu’une minuscule vieille, bibelot d ’étagère,\ntoute prête, semblait-il, à s’évaporer dans la brume\nfondante du ciel .. Elle n’avait cure des avis, mais elle\nrencontra d ’autres gens qui l’avertirent encore et qui\nlui disaient des choses à hausser les épaules, avec un\nair sérieux, et un jeune paysan joufflu lui cria, en\npassant : « — Bonne-maman ne dépassez plus le cal­\n vaire ! P ar delà, vers le bois d’H ayette, la route et les\n champs se confondent. Personne, depuis hier, n’a osé\ny passer, et aucune trace ne peut vous indiquer le\n chemin. » — Sans répondre, bonne-maman hochait le\n m enton... le papillon, dessous, battait des ailes ironi­\n quement : A h ! ils avaient peur pour elle, comme si\n c ’était à son âge qu’on allait ne plus connaître les\n chem ins... comme si elle allait se perdre sur les routes\n qu ’elle faisait quand elle était encore une toute petite\nfille... A h ! cette jeunesse, cette jeunesse avec ses\nconseils ! . . E t tintem ent ironique des volets gris deux,\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 282, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1739, "texte": "282                     L E R É V E IL\n\n\net les petits évêques mettent la crosse en l’air et se\npoussent du coude, et voici que j ’ai vu dans l’entre-\nbaîllement de la porte le museau fûté d’une souris,\ntandis que le chat dort, couché en rond sur le toit du\nhangar.\n\n    Cependant, bonne-maman était arrivée au calvaire,\nprécisément à ce calvaire qu’on lui avait tant recom­\nmandé de ne pas dépasser. C ’était, dans un enfoncement,\nune grande croix où un Christ à longs cheveux achevait\nde mourir. — D e très loin s’apercevaient les deux bras\nouverts, et peut-être était ce la bénédiction du village.\nBonne-maman monta, en soufflant, la petite terrasse où\non avait planté la croix depuis des temps oublies ;\nelle se mit à essuyer, avec son mouchoir rouge, de\nl ’eau sale dégouttant mélancoliquement du front et de\nla bouche entr’ouverte, et comme elle faisait ainsi, il lui\nparut soudain voir un sourire navré passer sur le visage\ndu Christ .. Mais ces sortes de choses sont presque\ntoujours imaginations de vieilles gens, et elle n’y\nsongea plus aussitôt... Elle s’arrêta devant le Christ à\ndire un pater, et plus elle le regardait, plus elle s’as­\nsombrissait de la tristesse de son pauvre corps torturé\n— car un souffle de peine, lourd et venu on ne sait\nd ’où, avait frôlé soudain la cage tiède où son cœur\nvoletait si également de barreau en barreau ; et voilà\nqu’il s’était arrêté sur un bâton tordu, à regarder\nentre les fils de fer, la neige et les nuages gris.\n    Peut-être, en ce moment, bonne-maman eut-elle le\nsentiment d ’un danger proche. — Autour du chemin\nqu ’elle venait de parcourir, d’autres chemins rayon­\nnaient, cachés à sa vue par des talus et des monticules\noù des buissons décharnés secouaient des fils de glace.\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 283, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1895, "texte": "                         MAI 1896                      283\n\n\n\n Il y avait des routes et des sentiers qui t ous aboutis­\nsaient au calvaire, pourtant, en se retournant, bonne-\nmaman ne pouvait voir d’où ils venaient, car ils\ns ’enfonçaient brusquement et comme dans un gouffre,\net ainsi passait aussi la route d’où elle venait... M ais\ncela n’était pas encore trop effrayant, car c’étaient des\nchemins bien tracés entre des talus et qu’il était im pos­\nsible de ne pas retrouver, mais ce qui était terrifiant\nc ’était cette vaste plaine de neige qui s’étendait de\nl'autre côté, uniformément bleue et lisse, sans un arbre,\nsans une maison, où un soleil blanc faisait scintiller\ndes paillettes comme des larmes .. Ah ! dans les chemins\nenfoncés, là-bas, il devait passer de bonnes gens, des\npaysans en blouses soufflant dans leurs doigts et des\nfillettes en capelines rouges - car précisément sonnait\nle dernier coup de la messe - dreling ! dreling ! —\ntoutes les cloches ensemble, et si lointaines, semblait-\nil, si lointaines, comme une petite voix joyeuse qui\nrirait, sous un pont, à l’autre bout du m onde...\n    Bonne-maman restait, indécise, appuyée à la croix ;\nla neige s’était remise à tomber, en ronde échevelée, et\nl e grand parapluie refusait de s’ouvrir. — N e ferait-elle\npas mieux de s’en retourner tout simplement, aller dire\nson chapelet dans la vieille église à sa place habituelle,\n sous la chaise, les pieds enfoncés dans le paillasson de\nlaine? Peu à peu, comme elle pensait ainsi, toutes choses\nse transformaient autour de bonne-maman, et voici\nqu’elle se trouve devant l’autel et la vierge aux yeux\ncandidement levés, et les paysans arrivent par groupes,\ntandis que les enfants se tassent sur les bancs et se\ndétournent en reniflant pour vous regarder entrer... E t\nM onsieur le Curé apparaît justement à la porte de la\nsacristie, très imposant avec son gros ventre, sous la\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 284, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1875, "texte": "                          LE RÉ V E IL\n\n\nchasuble et le surplis... l’enfant de chœur, derrière lui,\nagite la sonnette, et un mince rayon de soleil glisse par\nles vitraux à travers la neige. — M ais voici une agita­\ntion, des rires étouffés, les filles pouffent dans leurs\nm ouchoirs... A h ! c ’est ce coquin de Tom , le chien du\nboucher, il s ’obstine chaque dimanche à suivre son\nmaître à la messe, et le voici arrivé presqu’au pied de\nl'autel : « Allons, Tom , d eh ors!... Non vilaine bête !... »\nC h u t!... l'orgue commence, scs petites notes cassées\npleurent dans l’église avec un son de trom pette vieil­\nlotte. .. E t au dessus de tout cela, ding, dong, dreling ! !...\nles trois cloches ensemble qui échevèlent leurs voix par\nla cam pagne...\n   Certes, en temps ordinaire, bonne-maman ne se fût\npas obstinée ; la vue seule de la grande nappe de neige\noù nulle trace de chemin n’apparaissait, rien que cette\nvue l’eut fait revenir très agilem ent vers le village.\nSans com pter encore que les cloches l’appelaient, oui,\nappelaient bonne-maman avec une voix humaine :\n« Bonne-maman ! petite bonne-maman ! revenez ! —\ndreling, dreling ! — Voici que M onsieur le Curé entre\ndans la sacristie et qu’il décroche le su rplis... E t les\nenfants de cœur versent l’eau et le vin dans les burettes\net le clerc est monté à l’orgu e... Revenez, petite bonne-\nmaman, revenez! revenez! re-ve-nez!... dreling! dreling!\ndreling ! » T o u t cela, certes, l’eut décidée sans la\nmoindre hésitation, mais voilà ! bonne-maman était\norgueilleuse ; dans sa si jolie tête de vieille, toute fleurie\nde bon sens, l’orgueil avait poussé, Dieu sait comment,\nainsi l’on voit la folle-avoine faire poindre une tête effron­\ntée entre les épis de froment si droitement alignés. « — Si\nje reviens, » pensa bonne-maman, « ils vont se moquer\nde m oi... O ui, Jacques et L ouis qui courent si hardiment\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 285, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1778, "texte": "                        MAI   1896                     285\n\nderrière les filles à la kermesse et rient des vieilles\ngens; pour sûr ils se moqueront de moi, ils diront\ndemain, à la fabrique : « Bonne-maman n’a pas voulu\nnous écouter, mais elle a eu peur quand elle a vu la\nneige... O ui, elle a méprisé nos avis et elle s’en allait\nfièrement, avec son beau bonnet et son châle à franges\net vous auriez dit une grande dam e... mais, un peu de\nneige dans le chemin, et elle est revenue bien v ite ! —\nNon, ils ne riront pas de moi. » pensa bonne-maman peu\nsagement, et la voici partie, droit devant elle, dans ce\nqu’elle supposait devoir être une rou te...\n   J ’ai entendu dire qu’au moment même où elle s’avan­\ncait vers la plaine, les cloches s’étaient mises à sonner\nplus vite, non ensemble mais l’une après l’autre et puis\nla dernière éperdument, éperdûment, jusqu’à ce que sa\nvoix se brisât et m ourût...\n\n   Bonne-maman était donc partie, au hasard, sur la\ngrande nappe blanche... E t où m archait-elle, à présent?\nétait-ce la rou te? Etait-ce un cham p? Vraim ent on\nn’eut pu le dire. Si épaisse était la couche de neige\nqu’il était impossible de distinguer en dessous les pavés\nou la terre durcie — mais pour rien au monde elle\nn’eut convenu de cela. E lle pensait : « Je suis sur le\nchemin : ici, la terre du fermier, à gauche le pré de\nJean ... en allant toujours tout droit j ’arriverai dans\nune demi-heure. Dans une petite demi-heure je vais\nvoir apparaître les premières maisons. » — E lle pensait\nainsi, pas trop sûre tout de même, et m algré les\nlamentations de petite dame raison qui protestait, dans\nun coin de son âm e... E lle pleurait, la pauvre dame,\nson tablier sur sa tête, appuyée à la barre du poêle...\n« Je vous dis, bonne-maman... » A h ! oui, personne\n"}, {"page_pdf": 309, "page_imprimee": 286, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1753, "texte": "286                     L E RÉV E IL\n\n\nne l’écoutait ! et le lutin de l’entêtement, à califourchon\nsur une flamme, se moquait d’elle et lui jetait des\npoignées d’étincelles au visage ; et bonne-maman le\nlaissait faire, bien qu’elle eût un peu honte, connaissant\npar son ange gardien que la bonne dame disait des\nchoses sensées. — E lle laissait le lutin se moquer et\ntirer la langue, sachant bien que pour cela elle méritait\nun châtiment.\n   Cependant, quand après avoir marché vingt m inutes...\npuis vin gt-cin q... puis une demi-heure bonne-maman\nn’aperçut toujours rien, elle eut un frisson de peur qui\nla secoua de la tête aux pieds ; mais, même en frisson­\nnant ainsi elle se disait encore : « Je ne crains rien,\nje ne suis pas perdue... peut-être me suis-je un peu\nécartée de la rou te... En obliquant à droite je ne peux\nmanquer de la retrouver et dans cinq... non, dans dix\nminutes, je verrai des toits et des arbres... » car elle\nétait plus têtue et déraisonnable qu’une enfant mal\nélevée. — E lle marcha donc à droite, et quand elle eut\nété ainsi pendant bien plus de temps qu’elle n’avait\npensé, devant et derrière, et des deux côtés, la grande\nplaine de neige continuait de s’étendre, implacablement\net touchant le ciel par tous ses bouts. — A lors elle\ndut bien se d ire : « Je suis perdue... et pleurer dans\nson cœur des larmes gelées et misérables.\n\n   Je ne vous souhaite pas de connaître jamais l’horrible\nangoisse qui plia l’âme de la pauvre vieille, quand\nelle se vit perdue et seule sur l'immense étendue bleutée\noù elle n'était pas plus de chose qu’un caillou noir, pas\nplus grande ni importante qu’un petit berger d’arche\nde N oë enfantine, jeté sur une pelouse de n eige...\nEncore, s'il lui était donné tout-à-coup, de se dresser\n"}, {"page_pdf": 310, "page_imprimee": 287, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "                         MAI 18 96\n\n\nsur sa rondelle de bois, à force de sautiller sans repos\net sans découragem ent, le petit berger devrait bien\nfinir par se retrouver devant la maison ; mais hélas !\npour être de chair et d’os, les jambes de bonne-maman\nn’en allaient pas plus vite et allaient moins longtem ps...\nE lles avaient froid, elles se plaignaient, parfois même,\ncomme dans une velléité de révolte, semblaient ne plus\nvouloir avancer — « et que devenir, que devenir, se\ndisait bonne-maman, si mes jam bes ne me portent\nplus ? »\n   Elle revint en arrière ; la neige, à mesure, cachait les\ntraces de ses pas et elle allait mollement, car on est bien\nplus lourd et plus usé quand la confiance ne voltige pas\ndevant so i... C ’est une petite flamme rose qui badine et\nvous tire la langue, et, parfois vous mène dans des pays\nétrangers et très loin d’où vous deviez être, mais cepen­\ndant, tant qu’on la voit danser on ne se plaint de rien et\nla peine s’oublie, et on est prêt à la suivre encore,\nn’importe où elle voudra m ener... L a flamme s’était\néteinte depuis ce moment où, s’étant retournée, bonne-\nmaman avait vu la plaine indéfinie comme quelque\nmonstre prêt à l'en glou tir... et même avait-elle jamais\nbrillé sur la n eige?... Peureuse, elle était restée là-bas\naux pieds du Christ, et des petits oiseaux allaient s’y\nréchauffer.\n   D es images effrayantes se dressaient, une à une,\ndevant bonne-maman, à mesure qu’elle se décourageait\ndavantage, comme des êtres sinistres et méchants qui\ns’amuseraient à arracher par lambeaux sa pauvre âme\npeureuse... O h ! pour une si petite âme, c ’était une\nbien grande étendue de neige et de pensée... C ’était\nun bien grand ciel pour une petite âme habituée à le\nregarder à travers les vitres d'une fenêtre. — E lle en\n"}, {"page_pdf": 311, "page_imprimee": 288, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1836, "texte": "288                      LE R É V E IL\n\n\nconnaissait un seul coin, celui qui s’étend au-dessus de\nla place et où le coq du clocher s’élance triomphalement,\nle même qui baise au front les bois de sapins et les\ntoits rouges. Ce ciel-ci était immense et sans je u x ...\nSon regard était la-bas, sans doute, posé sur la maison­\nnette ja u n e?.... Ici il n'y avait qu’un seul visage éteint,\nun immense visage penché, qui vous tuerait en vous\nbaisant...\n   Dans beaucoup de tableaux lugubres, obstinément\nune même pensée venait hanter la vieille, jusqu’à la\nfaire trembler sur scs jambes lasses. C ’était le souvenir\nd’un chien qui avait hurlé toute une nuit de Noël et\nqu’on avait trouvé m ort, gelé dans la neige, au m atin...\nA h ! ces hurlements lamentables et terribles ! E lle les\nentendait encore ! elle avait beau enfouir les oreilles\ndans son châle, ils grelottaient de plus en plus près,\net tout ce soir terrible reviva it... E lle se retrouvait\ndans son lit, dressée, une sueur au front, et voici que\nde nouveau, elle se levait en hâte, se penchait à la\nfen être: — « Est-ce toi Tom ?... » U n grand silence ;\ntoutes les vitres sont noires... des tas de neige semblent\ndes tombes .. la lune disperse de grandes plaques\njaunes, sur le sol... Comme la place ressemble à un\ncimetière et ces maisons silencieuses, n j dirait-on pas\ndes gens qui veillent les morts ? Comment avoir vécu\ntant d'années dans ce cimetière et le voir aujourd’hui\nseulem ent?... O ui, en te moment, c ’étaient ces choses\nqu’elle revoyait, et non seulement cela, mais des\nquestions absurdes venaient s’agiter devant elle, comme\ndes pantins sautant au b out d ’un fil... Qui était ce\nchien ? d ’où venait-il ? pourquoi avait-il hurlé précisé­\nment cette nuit de N oël — l’angoissant, elle seule, de\ntout le v illa g e ? ... Elle allait mourir, mourir comme le\n"}, {"page_pdf": 312, "page_imprimee": 289, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1720, "texte": "                            mai   1896\n\n\nchien, peut-être pour ne l’avoir pas secouru .. On\nraconterait plus tard aux enfants comment petite bonne-\nmaman s’était perdue dans la neige pour n’avoir pas\nvoulu écouter la cloche qui lui disait de revenir...\ndreling ! ding ! ding !... oui, la voix d’une autre petite\nbonne-maman bien plus vieille encore et qui tricote\ndepuis toujours dans la tour de l ’église et avec des\naigu illes... d in g !... frappe l’annonce à la messe sur des\nportes de fer.\n\n    Voyez-vou s, elle commençait déjà à radoter un peu,\ncomme si la mort se fût hâtée d ’étendre un doigt sur\nson frêle cerveau... Elle serait sans doute devenue folle\ntout-à-fait, elle serait revenue au village tenir des\npropos idiots, semblable à ces vieilles en enfance que\nles gamins poursuivent de leurs m oqueries... Cette\ntriste chose aurait pu arriver si tout-à-coup u ne vue\ninouïe, éblouissante ne l’avait jetée en arrière... et\nc ’était tout simplement deux de ces gamins si cruels\nqui s’avançaient vers elle, en poussant devant eux une\nénorme boule de neige. L e cou tendu, les narines\ndilatées la vieille s’arrêta : « Joseph ! Antoine ! » elle\ncriait ainsi les premiers noms qui lui venaient aux\nlèvres, sans songer que ce n’étaient pas ceux de ces\npetits inconnus et qu’ils ne la comprendraient point...\n « Antoine ! Antoine ! » de toute la force de son âme\npalpitante.\n     Ces enfants n’étaient pas plus m échants que d’autres ;\n c ’étaient deux garçonnets qu’on avait envoyés jouer et\nils s’en donnaient à cœur joie. — Ils entendirent bien\ncette vieille crier vers eux, mais en quoi cela les regar­\ndait-il?... Ils s’appelaient Charles et P h ilip p e; ce\nJoseph, cet Antoine étaient sans doute deux petits\n"}, {"page_pdf": 313, "page_imprimee": 290, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1831, "texte": "290                      LE R É V E IL\n\n\ngarçons méchants enfuis de chez leur grand’m ère?... Ils\nauraient bien pu s ’approcher de la vieille et tâcher de\nl’aider, car elle semblait bien vieille et bien seule dans\nla plaine. Ils pensaient ainsi dans le fond de leurs cœurs,\ndans ce coin caché, derrière le rideau que l’enfant Jésus\nseul connaît, et soulève parfois ; mais le jeu était si\namusant ! E t ils sifflotaient, évitant mutuellement leurs\nregards comme ceux qui savent mal faire; ils s’éloignè­\nrent ainsi, et comme iis s’en allaient, il parut à la vieille\nqu’ils poussaient son cœur, devant eux, son propre\ncœ ur, gelé, durci, énorme, bondissant sur la neige au\nhasard de leurs volon tés...\n\n   O r, voyez comme il ne faut jamais désespérer, c ’est à\nce moment où tout semblait perdu qu’un grand espoir\nnouveau jaillit. — E n suivant la trace de la boule de\nneige, bonne-maman retrouverait les enfants... qui sait?\nle village !.. Cette idée lui donna des jambes et des yeu x\nnouveaux, et la voilà partie, vaillante petite vieille, de\ntoute son âme partie vers le retour.\n   E lle était vraiment une petite bonne-maman nouvelle,\nrajeunie, et mille fois plus douce et plus forte que l’an­\ncienne, tandis qu’elle trottinait à travers mille réflexions\nprofitables. M aintenant, et tout à coup, les vilaines\nimages hurlantes s’étaient en allées de son cœur et\nd’autres visions toutes tièdes les avaient rem placées. . .\nO ui, et je crois que la flammèche rose revenait de loin\ndanser devant elle, car elle se penchait à tout moment et\nregardait la trace avec des yeux humides.. « A cette\nheure, pensait-elle, M arianne à fini de dîner, car il est\nbien p lus de m idi!... E t mon café chauffe doucement sur\nle côté du poêle. » Elle revoyait la cuisine, et les tableaux\nnoircis et la cage des serins. E t elle revoyait encore la\n"}, {"page_pdf": 314, "page_imprimee": 291, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1644, "texte": "                          M AI 1 8 9 6                     291\n\npetite cour, et elle-même jetant du grain aux poules. —\n« Eh bien! bonne-maman, comment cela va-t-il? » —\n« P as mal, P ierre, j ’en ai encore pour quelques ans...\n— E t vos enfants, bonne-maman? — E t C atherin e?... »\nE lle avait ainsi d’anciens menus propos tintant dans ses\noreilles. Oh ! les jolies clochettes fidèles ! P uis, tout à\ncoup, s’apercevant combien elle en éprouvait de plaisir,\nelle se disait : « Non, non, je ne reverrai plus tout cela !\nP etite bor.ne-maman, vous n'irez plus jeter le grain aux\np o u les!... « Elle tâchait de s’imaginer le village en émoi,\nles paysans partis à la nuit, avec leurs lanternes qu’ils\nlèvent parfois en criant bien haut : « Bonne-maman !__\np etite... bon ... ne .. m am an!... » E t elle prom ettait des\ncierges à la vierge, mais c ’était cela par jeu, car elle se\nsentait approcher, la trace se déroulait devant elle\ncomme un ruban, et c'en était fini de craindre.\n\n\n                                *\n\n\n   D ois-je raconter encore comment après avoir marché\nun peu de temps bonne-maman se retrouva aux pieds\nde la croix, et comment elle se laissa tom ber à genoux,\navec un grand cri, et comment, dans la suite, elle\nécouta toujours les sages co n seils?... Non, car vous\nl’avez deviné sans moi.\n   M ais l ’histoire de petite bonne-maman m’a fait\npenser à ces cœurs simples qui se fatiguent un jour de\nregarder le clocher et les poules, par une petite fenêtre.\nIls partent comme pour une promenade, une simple\npromenade dans la neige, et il ne craignent rien parce\nqu’ils ont de bons yeu x très clairs et des jambes\nvaillantes.\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 292, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 550, "texte": "29 2                        L E R É V E IL\n\n\n   E u x aussi rencontrent des hommes qui leurs disent\n« N ’allez pas plus loin ! vous allez vous perdre ! »\nM ais ils rient et secouent la tête.\n   E t j ’ai pensé cela avec infiniment de tendresse et de\npitié, car je sais qu’ils auront à souffrir mainte angoisse\navant de retrouver la croix où les mène la boule de\nneige des enfants...\n   M ais voici le soir venu, et bonne-maman ferme les\nvolets gris.\n   N o v e m b re   1895.\n\n                                             B L ANCHE R O U S S E A U .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-007", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 293, "page_fin": 293, "titre_corps": "Enluminures : En rond les maisons", "titre_sommaire": "Cinq Enluminures", "rubrique": "", "signature_source": "Max Elskamp", "ancre_debut": "ENLUMINURES (Chansons) En rond les maisons I En rond les maisons comme pour danser", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 316, "page_imprimee": 293, "debut_caractere": 48, "fin_caractere_exclue": 682, "texte": "E N L U M IN U R E S\n\n           ( Chansons)\n\n  En r o n d les maisons\n\n                  I\n   E n rond les maisons\n   comme p o u r danser,\n   en rond les maisons\n   où, sur le marché,\n\n   l ’homme qui dit là\n   des mots à chanter,\n   c'est moi p o u r la jo ie\n   des miens tout en p a ix .\n\n   Or, g a i ! le fe r m ie r ,\n   s a lu t! l'aubergiste,\n   et jo ie ! le berger,\n   que M ai vous assiste,\n\n   c'est fê te , à bras nus\n   cuisez boulangers,\n   et, papegai chu,\n   riez les archers ;\n\n   pu is jo ie tout en rond\n   des toits, des bâtisses,\n   avec le printemps\n   ouvrez vos comices :\n\nle jo u e u r d'orgue est arrivé.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-008", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 294, "page_fin": 294, "titre_corps": "Enluminures : Et connais-tu Marco la Belle", "titre_sommaire": 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les Géants sortent en A o û t ,\n\n\n\n      et pu is encor la bienheureuse\n      chanson si douce où c’est, de nuit,\n      passant sous la fe n ê tr e heureuse\n      l ’eau complice du bon am i ;\n\n\n\n      or, connais-tu, — c’est la p lu s belle —\n       A n n a-la-L un e avec ses pies ?\n      mais alors chantent a u x ru elles\n      les enfants autour des bougies.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-009", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 295, "page_fin": 295, "titre_corps": "Enluminures : Puis violon haussé d’un ton", "titre_sommaire": "Cinq Enluminures", "rubrique": "", "signature_source": "Max Elskamp", "ancre_debut": "Puis violon haussé d'un ton III Puis violon haussé d'un ton", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, 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l'honneur des fem m es,\n          lors c’est chanson\n            à fe n d r e l ’âme.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-010", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 296, "page_fin": 296, "titre_corps": "Enluminures : Mais l’heure sonne", "titre_sommaire": "Cinq Enluminures", "rubrique": "", "signature_source": "Max Elskamp", "ancre_debut": "Mais l'heure sonne IV Mais l'heure sonne", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 319, "page_imprimee": 296, "debut_caractere": 62, "fin_caractere_exclue": 963, "texte": "M a is   l ’h e u r e     sonne\n\n\n\n                              IV\n\n                   M a is l'heu re sonne\n                     et c'est le jo u r ,\n             et la mauvaise nuit d'am our\n             en allée loin et sans retour,\n                 mais l'heure sonne;\n\n\n\n                   et pauvres hommes,\n                     pauvres fem m es,\n      doigts a u x fu s e a u x ou mains a u x rames,\n               en paradis allez de l'âme\n                    droit à vos trônes.\n\n\n                  M a is l'heure sonne\n                      avec sa voix\n             de toute douce et bonne f o i ,\n               et le soleil, avec sa jo ie ,\n                  met sa couronne ;\n\n\n\n                  mais l ’heure sonne,\n                    et gens de bien,\n            gagner      le ciel avec vos mains,\n        p o u r ceu x de f o i tous les chemins\n                   mènent à R ome.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-011", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": 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que 'Pâques d it sa bonté\n su r les villes et sur les toits,\n et dans la chair, et dans la f o i ,\n p u is qu 'il f a i t d o u x comme en été.\n\n\n m a i s F la n d re alors déjà si bonne,\n avec vos mains de charité,\n et Saint 'Pierre et M arthe la bonne,\n que de beaux jo u r s nous sont comptés\n\n\n p o u r la jo ie simple d'êtr e en f ê t e\n avec la bouche, avec les y e u x\n et de s'a ller cœur au milieu\n des choses, des gens et des bêtes,\n\n\n car voici l'avare qui donne\n et les prodigues amendés,\n et Saint P ier re et M arthe la bonne,\n lors mes villes tout en beauté.\n\n                                     M ax E lskamp\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-012", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 298, "page_fin": 298, "titre_corps": "Proses de toute-éternité : Ecce Hominem", "titre_sommaire": "Proses de toute Éternité", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond De Bruijn", "ancre_debut": "PROSES DE TOUTE-ÉTERNITÉ Ecce Hominem à M. Charles Doudelet", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 321, "page_imprimee": 298, "debut_caractere": 56, "fin_caractere_exclue": 1755, "texte": "P R O S E S D E T O U T E -É T E R N IT É\n\n                         E cce   H o m in e m\n\nà M. Charles Doudelet.\n                          L u ge te, o V encres, Cupidincsque,\n                          E t qu antum est ho m in um V en ustierum.\n                                        (C. V a i . e r i l ' s C a t u l l u s )\n\n   L âch e et presque un enfant, abattant ça et là au long\ndes sentiers, d’un geste puéril de cette massue grasse du\nsang de tels monstres, les branches mortes qui épinaient\nle tronc des cèdres, puis, tête tournée, fu rtif si des yeux\nde lion à sa poursuite ne s’aiguisaient dans le noir, il\nétait sorti des forêts, le plus courageux des fils d’une\nfemme et tellement homme qu’il fût divin, H ercule.\n   Voici la plaine.\n   Ah, si le vertueux Philoctète venait à le retrouver !\n quel reproche alors que de lire dans ses yeu x l ’ancienne\ngloire et ce que racontent de lui les pasteurs et les\nguerriers. E t il tremble, et il écoute, hébété, gronder\npeut-être à l’orée du bois l’ours et le sanglier, passer\npeut-être le nom d’Iole dans le vent, d’Iole pourtant si\nbelle et dont il meurt. E t comme le désespoir à cette\nfaute, sans bornes la plaine s’étend à la fu ite...\n   I nfinie, infinie ; les dernières dunes des deux H espéries\ndoivent s’engloutir dans la mer et la mer dans le ciel.\nC ar aussi bien là-bas s’arrondit maintenant l’orbe de la\nterre, et — si se dressent dans le bleu divin la poitrine\nvelue et d ’or sous la tête penchée sans même une\ncolère, et les muscles des bras toujours souples et durs\nà la fois comme du fer rouge, — voici les reins lamen­\ntables, la main honteuse devant le sexe brûlé de\nchancres passer sous le joug de ton auréole, ô terre !\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-013", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 299, "page_fin": 301, "titre_corps": "Proses de toute-éternité : La Mort", "titre_sommaire": "Proses de toute Éternité", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond De Bruijn", "ancre_debut": "La Mort Comment au ch. IV de la Gen. Morte Moriaris", "ancre_fin": "Edmond De Bruijn.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 322, "page_imprimee": 299, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 1574, "texte": "La    M ort\n\nCom m ent a u ch. I V de la Gen.\n\n                                              Morte Moriaris...\n\n\n    L ’homme mourrait donc de mort. E t l’ordre s ’avéra\n en l’éployem ent de l'authentique anecdote terrestre.\n    L e frère jugea son frère à l’égal d’une brebis ou d'un\n oiseau de proie : ceci suffit et l’estimation basse, en cette\n sorte, introduisit la mort sur cette terre. « Aucun de\n nous n’a dormi plus qu’une nuit, mais quand j'immole\n un agneau ou quand je tords un aigle, ceux-là, ils n’ont\n plus su ouvrir les yeu x. E t le frère et moi, ne saignons\n nous pas aux cailloux ; non plus, ne tombons nous sous\n un arbre trop lourd? Sommes nous don c... quoi? A h !\n faire que les yeux du frère ne s ’ouvrent jamais plus. »\n    Caïn regarda la nuque d ’A b el, la massue fit le coup\n d’immolation, Abel s’endormit.\n    L a nature venait de changer ou d’apparaître ; Caïn\navait créé une négation. A y ez pitié! t o u s ses muscles\nd’un coup, semblait-il, lui étaient coupés et quelque\nchose entrait en lui. Il avait inventé la mort. R egardez:\nil est la M ort. E t le pécheur se recrée dans la semence\nde son crime.\n    On vit la gauche de D ieu alors imposer un signe\nà Caïn, quelque lettre, insinuent les rabbi, brûlée au\nfront comme un diamant noir ou plutôt, dit Théodoret,\nle tremblement des membres               D ésir fiévreux du\nlibidineux, panique du voleur, troubles de l’agonisant !\nEn un assassin, toutes les sueurs, et les plombs autour\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 300, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1561, "texte": "300                      L E RÉV E IL\n\n\nde chaque attentat et toutes les affres de chaque\nvictim e !\n    P ar ce signe fut sacré le bourreau-victime, le vaga­\nbond semeur du moins, l'infini nihiliste, Caïn.\n   E t l’œil encore de Celui qui ordonne, lui indiqua\nd ’errer et que les mondes à travers le temps lui\nresteraient un cercle affolé. Il apparut que l'immortelle\nM ort cherche sa vie dans la mort de ce qui vit ; que\nle pouvoir et le besoin de la mort progressent selon la\nvie anéantie, la faim selon les victimes, comme un élan\naccéléré sur une spire infinie.\n\n\n\n\n    L es races du premier millénaire s’élevèrent comme\ndes forêts, et, au-delà de la mer, des peuples entiers\nignoraient le grand sommeil Dans quelques bourgs,\ndes vieillards moururent calmes : la mort se rassasiait\nsans passion.\n    Un cri ! Voici mourir des femmes dans toute la\ngloire de leurs tresses ; voilà mourir des jeunes hommes\ndont le sang est doux comme une huile. E t Caïn s’en\nallait très loin. Il s’en alla très loin par les terres et au-\ndelà des mers, et il ne trouva nulle part assez d’ombre\npour reposer sa tête. L es sanglots des chiens encourus\nl ’annonçaient au-delà des murs ; les mères rentraient\nleurs enfants comme des m oulons, on couvrait les\nciternes, on mettait du buis aux portes...\n    A h ! les bons petits enfants roses, rose et bleu. E t le\nplaisir des têtes bouclées de garçonnets. L ’ombre pour\nma tête je veux la trouver sur le jaune ivoire des\npoitrines vierges, oreiller aux bonnes lavandes.\n    Achever les vieillards enivrés ; un drame dans le lit\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 301, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1684, "texte": "                                                          301\n des époux adultères, les jeunes amants qui veulent\n vivre ! ah ! — fossoyeurs, fossoyeurs — et l’enfant\n étouffé sous sa mère : Faits-divers.\n    M es cheveux gris, ma peau sèche, mon cœur froid,\nje veux vous mener vers quelles fêtes : N os cœurs à\nl’unisson, cher ange... et puis, là, trépigner à ce mas­\nsacre d’innocents, trépigner, les piétiner et les moudre.\n    Mes vieux os qui trouez mes chairs, mes veines\nnoires, je veux vous mener vers quelles fêtes : Blanc\nde lait, bleu de m ai... A h ! M argueridette dans l’herbe\nau coin du bois ton cœur sous ma serpe; mes amours\ntoujours, O phélie, ton blanc cou m’induit à des folies;\nl a gorge d ’A gnès, délicatesses ; et la Lam balle aux\n prestes et blonds sourcils, je veux qu’elle me sourie.\n    M es pieds, mes pieds, vous avez trouvé le carrefour\n des bonnes routes ; à gauche, il n’y a pas de blé et\nc ’est famine ; à droite, il n’y a pas d’herbe et c’est la\nsainte guerre ; ici il n’y a pas d ’amour et c ’est révolte.\nTaïaut, mes chiens, tout doux, mes corbeaux ! je puis\npartout tuer mon frère.\n\n\n   J e te déris, M ort, vieille hyène verte et noire\ncouchée le soir sur le monde, goulue et pleurante, je\nte déris et je regarde tes regards. V oici mes chairs :\nmon corps est blanc comme un suaire et calme comme\nune plante. M ords: je verrai les prairies de l’an mille\net les anges.\n   Q ue personne, en adieu, ne se rébellionne contre la\nmort. Il faut m ourir... Celui qui répond : « Je ne\nveux pas le F A I R E ... » celui-là tue la M ort, tue Caïn\net sera puni sept fois plus. A h ! l’A n tifau st....\n                                 E dmond D e B r uijn ."}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-014", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 302, "page_fin": 302, "titre_corps": "Poèmes : Le Pasteur des flots", "titre_sommaire": "Poèmes", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Pilon", "ancre_debut": "POÈMES à Robert Scheffer LE PASTEUR DES FLOTS Comme des seins", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 325, "page_imprimee": 302, "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 1283, "texte": "POÈMES\n                                              à Robert Scheffer\n\n\n               L E P A S T E U R D ES F L O T S .\n\n\nComme des seins de tumultueuses Océanides\nL es coquillages clairs se gonflent vers le ciel\nE t les fle u r s du corail sem blent des lèvres livides\nQ ui chercheraient la sève et recueilleraient le miel\nD es belles algues nues et des coquillages vides !\n\nL e virg in al marin rêveur d'amours sauvages\nD ont l 'héroïque départ attriste la baie âpre\nE st devenu le pasteur des vents et le pâtre\n Des troupeaux de l'écum e et du f l u x de la plage\nE t son pipeau sonore est maintenant la conque\nQue lu i disputent les Océanides blondes ;\n\nLes troupeaux passeront sur le corps du B erger !\nL es flo ts recouvriront le corps de leur P asteur !\nToute la M er criera dans ses antres en fle u r s\n A ballotter de baie en baie et de g o lfe en rocher\nL ’esq u if abandonné du timide ram eur ;\n\nS eu l son pipeau sera le seul ly s sur la mer\nQ ui fle u r ir a p o u r lu i dans la main des Sirènes\nE t p o u r le couronner de palmes de fe u illa g e s\nL es lèvres seules des cora u x baiseront sa chair\nE t m êleront à sa chevelure un sillage\nD e varechs lu m in eu x et de grand s ly s sauvages...\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-015", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 303, "page_fin": 304, "titre_corps": "Poèmes : Automne", "titre_sommaire": "Poèmes", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Pilon", "ancre_debut": "AUTOMNE Les Noces de l'Année attirent dans le Port", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 326, "page_imprimee": 303, "debut_caractere": 85, "fin_caractere_exclue": 992, "texte": "AUTOMNE\n\n\n\nL es N oces de l ’A nnée attirent dans le P ort\nUne affluence de navires et de nefs,\nUne étoile s'éteint su r le cimier des chefs,\nUn astre s'allum e a u x vigies du p o rt ;\nD e s cargaisons roses de f r u i t s ,\nD e s fa n a iso n s rouges de fleu rs,\n A u x pontons des hautes nefs,\nB rillen t la nuit,\n Autom ne en fleurs !\n\n\nO les Pauvres et les A ffam és vers les thyrses\nD e s raisins que les navires apportent,\nO les P auvres et les Tristes,\nUn g la s lou rd d'airain s'élève ; l'A n n é e est morte\nE t voici ses richesses d'or p o u r vos bouches !\n\n\nP ommes et pavois pesants d ’épaisses grappes,\nA rrivage en rade\nE t relâche à l ’Ile oit la mer fle u r ie\nJ e tte à la côte ouverte un trésor,\n V o ici l'agonie\nE t voici la mort\nD e cette Année enfin dont c ’est la noce heureuse\n A u g o lfe pavoisé d ’écharpes lum ineuses\nQ u'agitent les marins du p o rt\n A la vigie en fleurs !\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 304, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1096, "texte": "304                      L E R É V E IL\n\n\nL es coteaux dépouillés revivent a u x convois\nD e s chaloupes que les vendangeurs\nE t que les moissonneurs, en trains de bois,\nG uident selon l a brise vers des 'Ports m eilleu rs!\nL es collines parées de pampres,\nL es monticules rosés d ’aurore,\nL es vais ravis de roses,\nLes forêts fe u illu e s de hampes\nOnt jo n c h é de leur faste étoilé de trèfles\nUne affluence de navires et de nefs !\n\nP auvres, tendez vos mains, c'est la m ort de l'année\nE t c’est sa noce où vous ser e z les conviés,\nPauvres, tendez vos bras, ce sont les épousailles\nD e celles des moissons et de ceu x des sem ailles !\nV oyez, la M e r rougie est vive de vendanges,\nL es Conques vivent de cris étranges,\nL es paniers débordent sur les,pavois,\nVotre misère est riche à leur fa n g e ,\nE t leurs lauriers vous fo n t des R ois !\n\nL es N o ces de l'Année attirent dans le P o rt\nUne affluence de navires et de nefs,\nUne étoile s'éteint a u x casques des chefs\nE t si le re flu x meurt, c’est sous un afflux d 'or !\n\n                                          E dmond P il o n .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-016", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 305, "page_fin": 310, "titre_corps": "Variations sentimentales et sceptiques", "titre_sommaire": "Variations (à Rosine)", "rubrique": "", "signature_source": "Casimir Delettrez", "ancre_debut": "VARIATIONS SENTIMENTALES ET SCEPTIQUES I. à Rosine A vous ma première", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 328, "page_imprimee": 305, "debut_caractere": 89, "fin_caractere_exclue": 1645, "texte": "V A R IA T IO N S\n      S E N T IM E N T A L E S E T S C E P T IQ U E S\n\n                              I.\n                                                à Rosine.\n\n    A vous ma première, Rosine. Vraim ent à qui la\npourrais-je dédier sinon à ma vieille amie de tant de\njours, de tant de soirs? Vieille !... protesterez-vous, avec\ncette moue charmante que si bien je sais — comme d’une\nenfant blonde à qui l’on refuse une dragée Cependant,\ndussiez-vous bouder, je ne me reprendrai pas. A quarante\nans on a certes le droit de s’entendre décerner ce\nbeau titre, que vous même revendiquez, Rosine, aux\nrares minutes où vous vous écoutez. E t puis que servi­\nrait de le vouloir répudier? L e temps s’envole — et ftt!\npareil à un bel oiseau avide de brise fraîche et de ciel\nbleu, il ne revient pas, il ne revient plus. A parler franc,\nc ’est peut être parce que vous êtes telle que mon assi­\nduité à vous revoir point ne varie. Jeunette encore —\ndites-m oi, vous dont la perspicacité ne saurait faillir —\nm’auriez-vous si longtemps retenu? R espirée la rose,\neffeuillée la m arguerite, pressé le fruit acide ou de toute\ndouceur, ne m’en serais-je allé, moi aussi, insouciant et\nléger, vers de nouveaux vergers crépusculaires ou d ’aube,\nde liesse ou de silence?...\n    M ais puisque nous en sommes là je veux ne rien céler.\nC'est vrai qu ’il fait gentil chez vous. Cela vous a, avec je\nne sais quoi d ’austère, un air douillet de nid d ’amour —\njuste ce qu’il faut pour être doucettem ent ensemble. On\nentre et le parasol japonais, large ouvert au plafond, et\n"}, {"page_pdf": 329, "page_imprimee": 306, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1819, "texte": "306                     LE RÉV EIL\n\n\nles lanternes m ulticolores qui le bordent, comme autant\nde fleurs bizarres, dissipent d’un accueil riant toute idée\nmorose. Sur la table, la lampe et son abat-jour ponceau\nfont une lumière discrètem ent joyeuse encore. Combien\njolis ces meubles de poupée — bois des îles (Cythère\neut son temps de gloire, Madame) et satin tendre ! U ne\nglace, au fond de la pièce, requiert votre sourire,\nl’attarde, le perpétue sans doute. E t si les m ackarts de\nla cheminée, où flambe une inlassable bûche, me déplai­\nsent un rien, ils s ’entourent de photos que j ’aime\nrevoir : la vôtre, en son cadre de peluche vive (les\nfemmes sont frileuses, m’avez-vous dit, en plagiant —\nah! que c ’est mal — telle romance démodée), puis la\nsienne, au beau Daphnis de votre prem ier printem ps —\nla sienne qu’une modeste vitre préserve, un homme, à\nvotre avis, étant toujours m ieux lorsque simplement\nmis.\n    Oui da! qu’il fait gentil chez vous. A u reste point n’en\nfaudrait autant que pour l’on pût se plaire à vos côtés.\n A ve c quel art, M adame, vous savez recevoir! V otre\nshake-hands, votre sourire — le buste s ’inclinant un\npeu, tandis que du talon vous écartez votre traîne — et\nce mot toujours nouveau par quoi il vous agrée de dire\nque dans Elseneur le gentilhomme était attendu... tout\ncela n’est qu’à vous. Puis vous voici au samovar. L e fin\nsouchong fume dans les tasses, et, pendant que vous\naffaire la dînette promise, je vous sais gré — mes yeu x\ndu coin d’ombre où je me tiens épiant vos moindres\nm ouvem ents— je vous sais gré de rester ainsi souple et\ngracile et câline comme une chatte am oureuse et sp iri­\ntuelle, oh! combien. « U n ... d eu x ? ... » Généralem ent,\nje dis un. L e petit pain de sucre tom be, par votre fine\nmain lâché. « Moi, j ’en voudrai bien deux » zézayez-\n"}, {"page_pdf": 330, "page_imprimee": 307, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1951, "texte": "                          M AI 1 8 9 6                    307\n\n\n\n vous, d ’une vo ix exquisem ent enfantine. V ous vous\n asseyez à l’autre coin du sofa et votre causerie s’ordonne,\n en mots vils ou lents, selon que les souvenirs se pressent\n à vos lèvres ou que vous les retenez pour les mieux voir\n passer. « C ’était en 186 ...; je dînais avec le duc de X . »\n Ou bien : « L e petit comte L a R ., joli comme un éphèbe\n florentin, me disait un so ir... » O u bien encore : « N on\n mais étions-nous folles ! A u sortir du spectacle, nous\n signifions à nos chevaliers qu’ils devaient en rester là.\n N ous couvions une idée et voulions la réaliser coûte que\n coûte. Fanny nous avait soufflé qu’il serait très drôle\nd ’inviter à souper trois pauvres hères et de les rendre\ntous de bonheur. E tait-ce bien, était-ce m al? En ce\ntcm ps-là je ne m ’appliquais guère à réfléchir. T o u t était\nprêt chez Marion, la troisième, peur nous recevoir et\nelle avait fait les choses comme si un prince de Golconde\nlui eut été annoncé. L e programme fut fidèlement\nexécuté. J ’avais avisé un petit étudiant, blond, avec de\nclairs yeu x bleus — les miens sont noirs, cela « repous­\nsait » donc bien — une barbichette d’un liard et timide,\ncomme une pensionnaire de province... A u prime abord,\nil fit mine de fuir et j ’eus pas mal de peine à le retenir...\nCe que lui valut cette soirée, je l’ignore; quant à moi,\njamais je n’en sus de meilleure. » E t vous allez, Rosine,\nvous allez, riant ici, là tout à coup mélanc olique un brin,\net l’heure avance nu petit cadran de Sèvres sans que ni\nvous ni moi un instant y songions.\n    A h ! les délicieux six o’clock — five sent la pose, pas\nvrai? Lorsque le « conte du jour » (chaque jour a le sien)\nest achevé, parfois, après un court silence où nous nous\névitons, votre caprice requiert d’espiègles chuchoteries.\n« E st-ce qu’on ne dira pas à sa petite Rosine qu’on\nl’aime? » Vous fusez cela avec un soupçon de reproche\n"}, {"page_pdf": 331, "page_imprimee": 308, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1921, "texte": "                          L E R É V E IL\n\n\n qu’une comédienne envierait et vous voici debout, en face\n le foyer, les mains jointes derrière le dos. Je viens à\n vou s; d’un doigt attentif je sépare les menottes blanches\n chargées de bagues, j ’en tiens une - la gauche, celle du\n cœur — dans ma main, et, entourant votre taille, mes\n lèvres frôlant vos cheveux, je vous les répète ces mots\n que tant d’autres tant de fois vous répétèrent, ces mots\n telle une musique languide ou tel un vin puissant, ces\nmots par quoi — puérile folie ! — se leurre d ’un rayon de\n Mai votre Septembre. « C ’est donc vrai, Zizi, Zizine,\n Rosine, que vous voulez bien que l’on vous aime un peu,\n beaucoup, passionnément, et ces cheveux où s’attarde la\n nuit et ces doigts joliets de fée enfant et vos yeux comme\n des diamants som bres?... V ous voulez bien qu’on aime\nces lèvres roses et minces et le grain noir, là, aux com ­\n missures appelant le baiser? M ais encore que diriez-vous\n si les miennes se penchaient et savouraient le fondant\nparfumé que votre sang colore? Tendrem ent, passionné­\nment — le voulez-vous? Ou que ce soit comme dans les\nféeries où le prince charmant éveille la dormeuse ; comme\ndans les romans où l’on s’aime jusqu'à la mort ; comme\nclans la réalité meilleure que tout rêve pour qui la sait\ncomprendre, Rosine. » Il arrive que j ’oublie presque mon\nrôle et que j ’incline à n’être plus l’occasionnel acteur\njouant, l’esprit ailleurs, la scène qu’il vous plut de\nvouloir. M ais vous prévenez toujours l'instant perfide\nqui très certainement nous raillerait — et c ’est votre\nrire perles et trilles clairs, cependant que vos yeux\nlonguem ent sur mes yeux se posent. Je songe alors à\ntous ceux que ce regard et ce rire captèrent, à ceux qui\ntu ren t à vos lèvres — calice de volupté empli — le\nbonheur de vivre ou l’inéluctable désir de mourir. J e revis\nles frairies déjà lointaines qu’à vous seule vous animiez,\n"}, {"page_pdf": 332, "page_imprimee": 309, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2014, "texte": "                           MAI 1 8 9 6                    309\n\n\n  ô cher printemps mélodieux et odorant, ô cher soleil de\n  joie! Je songe à vous, je songe à nous, M adame, tandis\n  que vous riez et longuem ent me regardez.\n     L es délicieux six o’clock, Rosine, et qu’on est bien\n  chez vous ! N ’y suis-je pas tour-à-tour, sans être l’un ou\n  l’autre, un enfant trop choyé, un frère cadet, l’amant\n  qu’on trom pe et l ’amant qu’on aime? N i celui-ci, ni\n  celui-là et certes tous, en attitude, suivant que vous en\n  décidez. L ’heure passe, l’heure sonne au cadran de Sèvres\n autour duquel m arquis et m arquises de Saxe attardent\n leurs identiques m ignardises, l ’heure sonne sans que ni\n vous ni moi y prenions garde. P ourtan t l’instant appré­\n hendé arrive. « L ’alouette chante, Rom éo. » C ’est votre\n voix, triste et joueuse, mutine et grave. M ais voici que\n vraiment, tirelirante, une alouette, là, au sommet d ’une\n tenture, a paru. Qui donc vous fit présent de ce décon­\n certant joujou dont vous révélez par un frôlis à peine de\n votre petit doigt l’aimable et tyrannique présence? Ainsi\n s’atténue à souhait la mélancolie du départ. M êm e n’est-\n ce pas — cette chanson que vous suscitez — comme si\n toute l’aurore emplissait la cham bre... et nos cœurs (ne\n dites pas non, Rosine) d ’une neuve clarté?\n    E t lorsque le nécessaire « au revoir » nous exile aux\nseuls chemins du banal vivre ; lorsque, après vous avoir\n baisée, — entre les yeu x, à l’endroit où se rejoignent les\nsourcils attestant votre inflexible et pour moi toujours\nindulgente volonté — lorsque je m’en suis allé, Rosine,\nest-il certain que nul regret n’est vôtre? N e regrettez-\nvous un peu, non pas le temps perdu, mais le temps qui\nnous sépare et nous séparera toujours ? Q uels exem plaires\namants nous eussions fait! N e le sais-je pas depuis la\nmatinée d’automne où, tout là-bas, en ces bruyères natales\nvers lesquelles de nostalgiques souvenances vous avaient\n                                                    25\n"}, {"page_pdf": 333, "page_imprimee": 310, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 848, "texte": "3 10                      LE   R É V E IL\n\n\n\n\nguidée, mes regards, au détour d’un sentier d’ombre\nhumide et de silence, ont rencontré les vôtres — de tant\nde rêve, de lassitude et de tristesse em plis... Peut-être\nnous sommes-nous, à cette minute indécise, reconnus\nl’un dans l’autre — moi plus désenchanté ou vous plus\ntenace à lutter contre le mauvais sort, contre la destinée\nfaucheuse d’illusions. E t peut-être m’aimez-vous un peu,\nà présent, m algré l’indifférence qu’il vous agrée d’affecter.\nP eu t-être vous aimé-je, m algré tout, davantage que je\nne crois ou ne veux l’avouer. M ais n’est-ce pas parce\nqu’il est temps de vous le dire que je vous adresse cette\népitre — à laquelle je souhaite presque, à laquelle je\ncrains fort que vous ne répondiez mie, Madame, m ’amie.\n\n                                  C a s im ir D e l e t t r e z .\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-017", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 311, "page_fin": 312, "titre_corps": "Nouvelles de Londres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Osman Edwards", "ancre_debut": "NOUVELLES DE LONDRES Les grandes villes sont", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 334, "page_imprimee": 311, "debut_caractere": 92, "fin_caractere_exclue": 2438, "texte": "N O U VELLES DE LONDRES\n\n\n     Les grandes villes sont de nos jours tellement rapprochées, grâce\n aux journaux et aux chemins de fer, que nul lecteur ne s'étonnera\n si ce bout de chronique londonnienne arrive à Bruxelles... via\n Moscou ! Le plus humble des pèlerins, attiré vers cette \" ville tenta­\n culaire \" autant par la mémoire de Dostoï vsky que par le sacre du\n  Tsar, j ’ai presque peine à oublier un moment les rues encombrées, les\n bâtiments couverts de drapeaux de fête et de flamboyantes devises qui\n ne jurent du reste point avec les dômes baroques et multicolores du\n Kremlin, — j'a i peine à oublier tout cela pour vous signaler quelques\n œuvres, vues ou lues là-bas, dans ma lointaine patrie, qui appellent\n l ’attention, des amis des arts anglais.\n     D ’abord, place aux peintres. Laissons l ’Academ y, ce vaste cara­\n vansérail oà la médiocrité se pavane, ou les trafiquants de la palette\n étalent leurs articles courants. Vous trouverez à la New G allery de\nplus authentiques trésors. S ir Edward Burne Joncs ne quitte pas son\n royaume légendaire. Lancelot at the Chapel o f the Grail, s’age­\n nouille, humble et vaincu, au bord d’une forêt, au clair de lune.\n L'œuvre est belle. Mais vraiment cette femme de rêve, aux yeux bleus\n et pensifs, qui passe sur les remparts d'une citadelle assiégée en faisant\n résonner des cymbales, quoiqu’elle soit une merveille de dessin et de\ncouleur, a l ’expression trop triste pour bien exprimer le vers de\nMilton soulignant le tableau :\n            W hen rosy Dawn cornes dancing from the East.\n     On connaissait déjà Tim e, Death, Judgement — le noble groupe\nallégorique de G. F . Watts. Celui-ci y ajoute E arth, une forte fille\nrousse, les bras surchargés de fruits et de fleurs. Très discuté,\nl’envoi de Fernand K hnopff : Les Caresses — qui intrigue fort les\nvisiteurs, autant qu’ils admirent le beau torse de l ’éphèbe appuyé\nsur une énigmatique tigresse. Parmi les portraits — pour ne citer que\ndes œuvres de choix — j ’ai remarqué ceux de Thomas Hardy et de\nJ . M. Barrie qui sont davantage à admirer, il me faut bien le dire,\ndans leurs romans qu'en la dite salle.\n    L e roman ! Malgré qu'un auteur américain (M. 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J ’aimerais pouvoir\nm'arrêter longuement à ce livre audacieux, d'une logique aussi\n«trouvée » que rigoureuse, et qui, venant après Tim e Machine, après te\nSi range Visitor, après le Stolen Bacillus, promet à son auteur la\nrenommée d'un Jules Verne qui ne se contenterait pas d’un public de\ncollégiens. Plus a amuseur \", si vous voulez, mais observateur fin et\ncharmant est M. Anthony Hope, l'enfant gâté du monde théâtral et\nlittéraire. Lisez les D olly Dialogues. S i vous n’êtes pas convaincu,\navec Guy de Maupassant, que Miss Harriett résume les qualités\ndistinctives d'une anglaise, vous rendrez hommage à la petite\nMicklelaw type délicieux de jeune miss flirtant avec grâce et assurance\nni demi-vierge, ni trop à la Gyp, mais une Cleopâtre en porcelaine\ndont l'Antoine l ’emporte en esprit sur son prédécesseur romain...\nReste à citer T he Prisoner of Tenda, drame tiré d’un roman\nd'aventures pittoresque et vif, que suivra bientôt The God in the Car\npar lequel M. Hope a réalisé une élude admirable d'un César de la\nhaute finance ressemblant fort à M. Cécil Rhodes...\n    Mon sac est vide. C’est du reste heureux car les cris des isvostchiks,\npoussés dans cette langue barbare qui transforme le Réveil en\n « Proboujdienie », traversent la fenêtre. Il faut sortir. Je regrette de\nvous laisser si tôt. E t pourtant si vous saviez quel indicible attrait\noffrent pour l'étranger les moindres choses de ce déconcertant pays où\nc’est à côté de l'intelligence la plus affinée, une nonpareille ignorance,\n— où la richesse la plus fastueuse domine de toute sa féodale insolence\nmit pauvreté dont nulle part ailleurs je n'avais vu d'exemple!\n  Moscou 13 Mai 1896.\n\n                                                O sm an E d w a r d s\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-018", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 313, "page_fin": 338, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Arnay", "ancre_debut": "CHRONIQUE LITTÉRAIRE Œuvres de MM. Pierre Louijs", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 336, "page_imprimee": 313, "debut_caractere": 82, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "C H R O N IQ U E L IT T É R A IR E\n\nŒ uvres de MM. Pierre Louijs, Maurice Maeterlinck, Franz\n    Mahutte, Alfred Lavachery, A . F . Hérold, Léon Paschal,\n    Paul Fort, J. de T allenay, I. W ill, Jehan Maillart, Emile\n    G reyson, Ed. Picard, Tristan Klingsor, A rthur Toisoul, Le\n    Centaure.\n\n                                   I'\n\n   A la couverture du livre de M. Pierre Louijs, un sous titre se\ntrouve : Mœurs antiques. Aphrodite est donc, si l'on veut, un\nroman archéologique. N'est-ce pas à propos de Flaubert qu'il a été\nsoutenu que ce genre est stérile? Il est curieux cependant que des\nécrivains périodiquement s’ y adonnent. Gautier ne fit rien\nd’autre quand il écrivit le Roman de la Momie dont l’allure géné­\nrale ou plutôt le manque d’allure nous a toujours déplu. Flaubert,\navec Salammbô et Hérodias, a laissé son nom à deux œuvres\ninoubliables. M. Anatole France a écrit Thaïs dont on peut vanter\nl'ironie tendre, le scepticisme aimable, la forme très pure. En\nAllemagne, George Ebers, si habile que soit la donnée de\nson roman (Eine Ægyptische Künigstochter) paru à Stuttgart en\n1873, n’a réalisé que des pages trop mêlées de modernisme par\nquoi ses livres d'histoire et le mérite d’avoir découvert le stèle\nd'Amenemheb ne seront pas éclipsés. En Angleterre... non,\nn ’allongeons pas cette nomenclature. Mais remarquons que\nles œuvres qui viennent d’être citées, reconstitutions habiles\nou éloquentes de civilisations éteintes, ne se réclament guère\nd’idées supérieures à celles suscitées par les ex'gences du récit.\nHé! oui Salammbô atteste l’emprise violente de la chair, toutes\nles ardeurs de l’amour et que celui-ci est fort comme la mort,\nselon le mot de l’Ecriture. Thaïs, après Paphnutius de Hroswilha,\nnous répète, d'une part, qu’il \" n’est point de péché si grave,\npoint de crime que ne puissent expier les larmes du repentir, \"\net, d’autre part, qu'à vouloir convertir une pécheresse on\ncourt grand risque de lui succéder dans les rangs des réprouvés.\n"}, {"page_pdf": 337, "page_imprimee": 314, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2568, "texte": " 314                          L E R É V E IL\n\n\n\n   E t p u is ? — T out cela semble peu hardi en regard de ce que\n   M. Pierre Louijs n’a pas hésité à défendre.\n      Celui-ci fait précéder son roman d’une significative et explicite\n  préface. Lisez-la. \" L ’amour, y est-il dit, avec toutes ses consé­\n  quences, était pour les Grecs le sentiment le plus vertueux, le\n  plus fécond en grandeurs... Il n’y a sous le soleil rien de plus\n  sacré que l’amour physique, rien de plus beau que le corps\n  hum ain... Ceux qui n’ont pas senti jusqu’à leur limite, soit pour\n  les aimer, soit pour les maudire, les exigences de la chair sont par\n  là-même incapables de comprendre toute l’étendue des exigences\n de l’esprit... \" Et, parlant du personnage féminin qui occupe la\n première place dans le roman, il ajoute : \" Courtisane, elle le sera\n avec la franchise, l’ardeur et aussi la fierté de tout être humain\n qui a vocation et qui tient dans la société une place librement\n choisie, \"\n     Bien des gens se récrieront. Il est vrai, les idées ont beaucoup\n changé; mais M. Louijs a \" écrit son livre avec la simplicité qu’un\n Athénien aurait mise à la relation des mêmes aventures et\n souhaite qu’on le lise dans le même esprit. \" Ce n’est donc pas\n aux petites filles de Gautier qu’il le faut confier. A vant d'en\n découper les feuillets il serait imprudent aussi de ne pas se\n rappeler que, maintenant encore, la morale est, comme a dit\n Stendhal, une question de latitude et que la foi de beaucoup\n d’homme?, Jean Jacques a pu l’écrire, est une affaire de géogra­\n phie. A u reste pourquoi nous faire meilleurs que nous sommes ?\nSi fortement qu’elle puisse nous tenir, la vieille hypocrisie\npuritaine, oublions la devant l’œ uvre de M. L ou ijs dont la\nprobité — il est bon d’en parler, on la contestera assez — ne\nsaurait être mise en doute.\n    L e sujet de ce roman? L e suivre pas à pas prendrait des pages.\nSachez seulement que le sculpteur Démétrios s’éprend d’une\ncourtisane et que celle-ci se refuse à l’entendre. Pourtant toutes\nles femmes d’Alexandrie implorer t de lui l ’aumône d’amour. Il\nest l’amant de la reine. Il est beau comme Adonis. Que fait tout\ncela à Chrysis la belle! A vant de l’exaucer elle en veut obtenir les\ntrois cadeaux que souhaite son caprice et Démétrios ne pourra les\nlui offrir qu’en consentant au vo l, au meurtre, au sacrilège. Il\npromet néanmoins et tient parole. Mais, dans l’intervalle de leur\nrencontre, voici qu’en rêve il vit auprès de Chrysis les heures\nvoluptueuses qu’il s’était souhaitées. Quand il la revoit, plus rien\n"}, {"page_pdf": 338, "page_imprimee": 315, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "                               mai 1 8 9 6                        315\n\nne chante en lui l’hym ne de l’impérieux désir. Tandis que\nChrysis, soudain transfigurée à l'idée du sacrifice auquel il a\nconsenti, se sent follement éprise,Démétrios demeure indifférent.\n « Je t’ai eue malgré toi, répond-il; on n’a jam ais le bonheur deux\nfois sur le même petit coin de terre ». Et comme C h iysis insiste,\n il exige qu'elle se pare des bijoux volés et s’en montre revêtue ; la\n foule la livrera aux soldats de la reine — mais il ira la v o ir dans\nsa prison. E t c’est ce qui arrive. Seulement quand Démétrios paraît,\n il reste muet, l’esprit ailleurs. Chrysis meurt sans que celle\nsuprême nuit lui ait fait, comme elle l’espérait, \" connaître éper­\n dument tout ce que l’amour le plus emporté peut faire éprouver à\n une femme. \" Mais elle sera immortelle. Démétrios demande à ce\ncorps, si beau \" de la beauté plus qu’humaine de la peau qui\ns'éteint \", l’inspiration d’une œuvre nouvelle. Ne sait-il pas\n \" qu’une seule chose est précieuse: savoir tirer de l’instant qui\npasse tout ce qu’il peut donner? \"\n    V oilà la grosse charpente de l’œuvre. Mais le roman de\nM. Louijs serait bien pauvre s’il n’avait que cela. Des épisodes\nsecondaires surgissent un peu partout — et les détails ont ici un\ncharme inexprimable. Il s’y trouve des tableaux dont la délicatesse\noncques ne lut surpassée. A u fait, tout dans cette œuvre forme\ntableau. L es premières lignes — où Chrysis, couchée sur la\npoitrine, pique de petils trous symétriques son oreiller de lin\nvert — en sont un, tout comme les dernières décrivant l’enseve­\nlissement dans le silencieux jardin d'Hermanubis. Tableau encore\ncette Passante qui marche seule, sur la jetée d'Alexandrie, au clair\nde lune, en faisant jouer les reflets de ses bagues. Tableau\ntoujours la reine Bérénice approchant en somptueuse litière et\nle Dîner ch e f la courtisane Bacchis (ah ! celle capricieuse Seso,\nqui, prise de vin, trempe le bout de son sein dans un sorbet à la\nneige) et la Foule commentant les funestes événements dont riches\net pauvres sont troublés... L ’on pourrait presque dire que chaque\nchapitre pris isolément forme un tout d’une vie intrinsèque, d’ une\nspéciale entente, cela sans que le moindre vide arrête entre les\ndifférentes parties de l’œuvre. M. L ouijs, en effet, est de ceux qui\nattachent à l’ unité d'un livre une importance capitale. C ’est ainsi\nque l’on trouve dans Aphrodite des sortes de leitmotiven, des thèmes\ncaractéristiques qui viennent et vont tout le long du roman et\ns’offrent au lecteur lorsque l’esprit des protagonistes logiquement\ns’y doit reporter.\n"}, {"page_pdf": 339, "page_imprimee": 316, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2633, "texte": " 3 16                         L E R É V E IL\n\n\n\n     Je viens de parler de \" tableaux \" et j ’ai entendu souligner de la\n  sorte le rare sens du décor dont l’auteur a su faire preuve. Ce qui\n  le confirmerait, si une confirmation était nécessaire, c’est, à coup\n  sûr, les paysages qui au hasard de la lecture nous arrêtèrent.\n  Ce sont les jardins, la mer, la double rade et « les gloires incom­\n  parables des cités maritimes, \" la ville lointaine que Démétrios\n  admire de la chambre de la petite courtisane Melitta. C ’est le\n  décor que Chrysis contemple au sortir de l’orgie — frais instant\n  d’aube ou le soleil « repose sur l’horizon comme une vaste orange\n  élargie \", où \" les vapeurs violettes s’élèvent des rues silencieuses\n et s'évanouissent dans l ’air humide. \" E l celui encore, entrevu par\n la fenêtre de la prison, aurore mélodieuse t vers laquelle Chrysis\n jette un dernier regard de jeunesse perdue » et tant d’autres qui\n vivent et vivront au fond de nous. Ce qui les distingue surtout\n c’est qu’ils ont un air parfait de réalité surprise et, à la fois, qu'un\n art prodigieux les grandit ou les sublimise de toutes les émotions\n qu’ils font naître. Pourtant, nulle superfétation n ’y apparaît. Les\n lignes sont brèves mais de quelle fraîcheur les tons !\n    Puisque m’y voici, j ’aime autant en finir avec cette question de\n forme sauf à revenir plus loin sur les idées fondamentales de\n l’œuvre. Pour d’aucuns le style de M. Louijs rappellera celui de\n Gautier, de Flaubert, d’Anatole France. Un fat se permit\n même tout-à-l’heure de me parler à ce propos de Catulle Mendès.\nL a vérité est que M. Louijs, s’il a, comme tous les écrivains\nde marque — et ce depuis longtemps car déjà Chœribus de\nSamos, au début des Poèmes fersiques, se plaint d’arriver trop\ntard — s’il a, dis-je, certains ascendants intellectuels plus ou\nmoins déterminés s’est créé une langue à lui et bien à lui. Rien\nn ’égale, je pense, la câlinante volupté qui pointe au détour\nde chaque phrase et vous prend, vous berce, vous poigne et à\nlaquelle on ne saurait résister L'auteur a tout pour lui. Un mou­\nvement d’étoffe, une petite ombre sur le chemin, l’éclat fugitif\nd’ un regard suffisent pour que nous réjouissent de vraies trou­\nvailles Il excelle à traduire le mouvement, l ’âme ondoyante et\nunanime de la foule aussi bien que telle individualité au repos. Et\nle rythme est si différent selon que cette foule se livre au simple\nplaisir d e la bonne flânerie ou qu’elle se presse, échevelée, dans\nun épeuré vertige. Qui plus est, M. L ouijs arrive à une sensibilisa­\ntion telle que. sans signale ment — ou presque sans — ses person­\n"}, {"page_pdf": 340, "page_imprimee": 317, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2595, "texte": "                             M AI 1896                            317\n\nnages se différencient de prime abord en leur extériorité et que,\np arla seule magie du style, le même protagoniste, le même com­\nparse revêtent des aspects étonnamment divers suivant tels états\nd’âme que le sens de leurs phrases n'exprime pas. Style admirable\nqui donne raison à Gérard de Nerval disant que pour être bon pro­\nsateur il faut avoir été poète. Tous nous savons depuis longtemps\nque M. Louijs est dans ce cas. E t tenez il n’est rien dans la poésie\namoureuse qui soit beaucoup plus cloquent que les paroles pleines\nde mélancolie et de désir de la reine Bérénice à Démétrios. Mais\nai-je dit que l’émotion et le tragique sombre ne trouvent pas\nl’écrivain d’Aphrodite moins apte à les servir? Lisez les pages où\nChrysis sanglote d’amour lorsque celui qu’elle aime se détourne\nd'elle — et sa mort avec quelle simplicité forte elle est décrite !\n   Revenons maintenant à l’esprit de l’œ uvre. On a lu plus haut\ntels fragments de la préface. Il les faudrait compléter en insistant\nsur celte remarque, tout au long formulée, que \" les cités où le\nlégislateur a prétendu implanter une vertu artificielle, se sont\nvues, dès le premier jour, condamnées à la mort totale », et sur\ncette autre que \" la sensualité est la condition mystérieuse, mais\nnécessaire et créatrice, du développement intellectuel ». Platon\ndans le Banquet n’opine pas autrement, \" Dans tous les arts,\ndit-il, on demeure obscur quand on n’est pas inspiré par l’amour\net c'est par l ’effort de l’amour que l'homme s’élève à Dieu. » L a\nfemme surtout, de l'avis de M. L ouijs, est faite pour aimer, pour\nêtre aimée, \" Sa mission suprême, lisons-nous page 202, est de se\nprostituer avec ou sans art \". Remarquez ce dernier mot. L ’amour\nphysique n’est-il pas un art? Il nous souvient ici d'une phrase de\nM. Jules Destrée, alors qu’il n’était pas encore investi du mandat\nlégislatif qui l’absorbe à présent. Il regrettait qu’aucune grande\namoureuse n’ait laissé de traité, d'enseignement écrit. M. Louijs\ndoit le regretter, lui aussi. Il ne se borne pas à excuser les courti­\nsanes — celles qui s’affirment telles sans comédie vertueuse — il\nles défend car elles sont \" l'asile où l'homme se repose de marcher\nvers la mort. » Au surplus s’il réprouve Bathylle. il admet Sapphô\nsans prendre prétexte des larmes dont il est parlé dans le poème\n baudelairien.\n   De ce poème, rappelez-vous le vers : « Que nous veulent les lois\ndu juste et de l’injuste? » Vous le voyez, M. Louijs non plus n’en\na cure. Mais il entend entend que l’amour, la volupté, ne se\n"}, {"page_pdf": 341, "page_imprimee": 318, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2378, "texte": "318                         LE R É V E IL\n\n\n\nmêle pas à la pensée. Elle doit l’exciter, l’aviver, la favoriser\nsimplement. Ce mot de Buffon nous est restitué: \" Il n’y a dans\ncette passion — l’amour — que le physique qui soit bon, le moral\nn’en vaut rien \". L e moral .... essayez donc de l’extirper\nmaintenant. On ne secoue pas ainsi dix-neuf siècles de civilisation\nnouvelle, et, depuis la Nouvelle Hélotse, la sensation ne nous\nsatisfait plus si quelque sentiment ne s’y ajoute. Il se peut, en\neffet, que ce soit un mal M. Louijs semble en être tout-à-fait\nconvaincu. A l’entendre, la femme n’a rien de commun avec\nl’ idéal, avec l’infini. Sourde à fout plaisir intellectuel, elle est\nincapable de comprendre l’un, elle ne saurait réaliser l’autre.\nL ’instrument est m erveilleux mais quelques cordes seulement en\nvibrent.\n    Un instrument et rien de plus — à la portée du premier venu\nqui passe. V oyez plutôt : Chrysis, pour qui l’on dérobe les perles\nde la déesse, échoue au sortir d’un festin dans un bouge à matelots.\nImaginez donc plus absolue inconscience Et pourtant, des\nmobiles fort évidents se découvrent en l'être fragile qui résume\ntout l’univers — toute la nature sans cesse inquiète de se perpétuer,\n\" Ce que vous voulez, dit à la courtisane le beau Démétrios, dès\nque les seins vous poussent, ce n ’est pas aimer ni être aimée, c’est\nlier un homme à vos chevilles, l’abaisser, lui ployer la tête et\nmettre vos sandales dessus. \" A insi donc, rien que la vanité\nla plus vaine et l’on ne sait quel \" instinct de cruauté. \" Mais\nà l’opposite c’est ici pour la petite Eve, en son affirmation non\nidéelle, presque un culte. \" Aucun spectacle de la nature, est-il\nnotamment dit quelque part, ne semble digne d’étonnement à\nceux qui ont vu dans leurs bras la transfiguration de la femme\naimée. » De telles phrases corrigent ce que d’autres de ce livre\npourraient avoir de trop dur. Ne suffit-il pas que la femme ait cet\nascendant et cette puissance et cette gloire? Car elle est glorieuse\nen ces pages. Elle éclate en sa majestueuse ou troublante nudité,\nqui ne choquait pas, lorsque sans tares, les esprits du temps où\nl’écrivain nous reporte. Grandeur fangeuse, oui; seulement\nl’ignominie ainsi comprise en impose encore. E t la sensualité\ndevient de la sorte un règne de beauté que nous ne pénétrons\nplus qu’au prix d’un violent effort mais qui devait — lorsque\n"}, {"page_pdf": 342, "page_imprimee": 319, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2363, "texte": "                             M AI 1 8 9 6                        319\n\n\n\ntous, spontanément, y adhéraient — faire jaillir sur chaque\nroute d’éclatantes floraisons spirituelles à jam ais mortes en nos\njardins.\n   Nous devons ajouter que cette sensualité s’atteste parfois au\ncours de cc roman en des modalités moins élémentaires. N’y est-il\npas question de \" courtisanes sentimentales \" ? E t certes le raffi­\nnement nous plaît qu’exprime Démétrios ainsi : \" Ce qui fait que\nles maîtresses diffèrent c’est qu'elles ont chacune des façons\npersonnelles de conclure un événement en somme aussi monotone\nque nécessaire et dont la recherche ne vaudrait pas, si l’on n’avait\nque lui en perspective, toute la peine que nous prenons pour\ntrouver une maîtresse parfaite. \" L es gens grincheux ne man­\nqueront pas de découvrir une contradiction plus qu’évidente\nentre ceci et les affirmations reproduites ci-avant. Mais ces gens-\nlà pourraient, comme a dit M. Vandenbosch, trouver bien d'autres\npous dans la crinière du lion. Si je déclare : \" Aphrodite est un\nchef-d’œuvre et le plus beau roman que nous lûmes depuis\nlongtemps \", ils me répondront que l'idée même n’en est pas\ntoujours des plus neuves. L e vol du collier rappelle celui du\nzaïmph dans Salammbô. L e crucifiement de l’esclave Aphrodisia\n— accusée par ses sœurs d’un méfait qu'elle n’a pas commis —\néveille des réminiscences aussi. E t quand les petites joueuses de\nflûte emportent, aux dernières pages, le corps de Chrysis morte,\nn’est-ce pas un rappel de la fin d’Hérodias? A ce compte, on\npourrait, en regardant de plus près, découvrir une dizaine de\nlignes — pas davantage, croyez m’en — qui pâlissent auprès des\nautres. Mais qu’est-ce cela si l'ensemble rayonne? Est-il par l à\nmoins vrai que ce livre nous restitue en toute maîtrise un\ndes côtés les plus intéressants d’un lointain jadis dont notre\népoque de bel effort moral n’a certes pas atteint l’harmonieuse\nunité? Et celle-ci nous semble davantage perceptible dans le\nroman de M. Louijs que dans les écrits mêmes du temps. Souvente\nfois du reste des œuvres que l'antiquité inspira nous ont ainsi\nséduit. Il faut, croyons-nous, en trouver la raison dans le fait que»\nprécisément pour pallier ou pour justifier leurs hardiesses, les\nauteurs s’efforçaient de donner à l’atmosphère ambiante le\nmaximum de douceur ou d’intensité qu’elle pouvait avoir.\n"}, {"page_pdf": 343, "page_imprimee": 320, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2206, "texte": "320                          L E R É V E IL\n\n\n\nM. L ouijs tout particulièrement s’y est efforcé ; il y a tout\nparticulièrement réussi.\n   Pour moi, j ’ai lu Aphrodite devant la fenêtre déclose sur un\ntiède soir de printemps où le ciel d ’un bleu profond s’illim itait du\nmyriadaire scintillement de ses étoiles d’or. Parfois, comme un\ncomplémentaire écho, j'entendais chanter en ma mémoire telles\nphrases ardentes ou nostalgiques de Glück. Ou bien je songeais à\nl’un des artistes les plus nobles de la peinture anglaise contem­\nporaine à Albert Moore que je ne cesserai de vanter et dont le\ntalent recevra tôt ou tard la consécration qu’il mérite. Je\nrevoyais, lorsque méditant entre deux chapitres, la Summer night\nqui se trouve à Liverpool, ces quatre jeunes femmes côte à côte\nsur un sofa [des guirlandes s’enlacent au-dessus de leurs têtes]\ndevant la mer argentée de lune — ces quatre femmes aux formes\ndivines, nues jusqu’aux hanches, toute la femme vraiment. L a\npremière, appuyée sur sa main, regarde de ses yeux mélodieux on\nne sait quelle vision jaillie d’elle au plus loin de la chambre. L a\nseconde, les mains nouées derrière la tête, contemple, une der­\nnière fois, dans la voluptueuse lassitude de qui précède le som­\nmeil, le bel horizon déployé où il semble qu’un dieu, au son\ndes lyres et des harpes, va paraître. L a troisième dort, le bras\nreplié sur la poitrine, d’un sommeil sans songe et que le silen­\ncieux frémissement de la vie rend plus beau. E t la dernière,\nles bras relevés, noue sur sa nuque appelant le baiser, — noue\navec ce geste qui est peut-être de tous les gestes féminins le\nplus harmonique — les rubans serpentant parmi sa chevelure.\nMalgré de déplaisants accessoires, cette œuvre de Moore est\nd’une volupté exquise, d’une indicible musicalité. Aphrodite,\navec quelque chose de plus sensibilisé encore, nous a laissé la\nmême ineffable, la même inoubliable impression.\n\n\n                                 II\n\n   L e temps est loin où de défendre M. Maeterlinck, même devant\nles intelligents, pouvait fournir à la critique l’occasion de rompre\nde belles lances. Depuis que j ’en parlai moi-même pour la pre­\nmière fois, il y a quelque sept ans, la fameuse dame Renommée a\n"}, {"page_pdf": 344, "page_imprimee": 321, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "                              M AI 1 8 9 6                        321\n\n\n\naugmenté à son intention le jeu puissant de ses non moins célèbres\ntrompettes. Il a su tous les succès, toute la gloire. Mais, malgré\n l'encens qui eut été funeste à tels que nous connaissons bien,\ncomme il est resté admirablement simple et le modeste grand\n écrivain des débuts !\n    En cela il est certes conséquent — passez-moi cet horrible\nvocable — avec son œuvre même. Le Trésor des Humbles, n ’est-ce\npas la simplicité qui les fait mieux discerner les vérités que nous\nne découvrons pas toujours ? Un autre joyau pourtant y brille : le\nsilence, grâce auquel s’avive l'acuité du regard intérieur et qui\nnous fait pénétrer ou seulement — ah ! que la chose est encore\nrare — reconnaître les âmes qui frôlent la nôtre sur des chcmins\nde printemps ou d’hiver.\n    M. Remy de Gourmont a pu dire \" qu’aujourd’hui on lit des\nessais de M. Maeterlinck aussi aisément et sans plus de préalables\nenquêtes qu’hier on lisait une dissertation de M. de Vogue ou de\nM. Larroumet. \" L e public a fini par reconnaître que le nouveau-\nvenu tenait, pour employer une expression du vieux Corneille,\n\" des propos d’une suite éternelle \" . Néanmoins, d’aucuns ignorent\npeut-être encore les courants souterrains qui s’ y jouent. C ’est\nsurtout à ceux-là que la lecture du Trésor des Humbles doit être\nconseillée car cette œuvre est comme une lampe fidèle par quoi\nles moindres apparences, les intentions les plus fugaces nettement\nse précisent au seuil enigmatique de l’ombre.\n    De ce livre je veux ne retenir que certains passages caractéristi­\nques. \" Jamais, nous dit l’auteur, la parole ne sert aux communi­\ncations véritables entre les êtres \" . Ces communications, les âmes\nseules les établissent et \" dès que les lèvres dorment les âmes se\nmettent a l’œuvre \". Les âmes interrogeront de plus sceptiques?\nIl est bien certain que leur \" domaine s'étend chaque jo u r davan­\ntage \" . L a vie morale aussi bien que l ’autre se modifie et change\nde pôle. \" Si vous n ’êtes pas bon, votre présence le proclame\naujourd’hui bien plus qu’il y a deux ou trois siècles. » A u reste\n\" un pressentiment, l'impression étrange d'une entrevue ou d’un\nregard... phénomènes spirituels dont les plus grands, les plus\npensifs d’entre nos frères s’occupaient à peine autrefois, les plus\npetits s’en inquiètent aujourd’hui ». Nous commençons à com­\n"}, {"page_pdf": 345, "page_imprimee": 322, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2370, "texte": "3 22                         L E R É V E IL\n\n\n\nprendre que le mystère nous enveloppe. Nous commençons à\ncomprendre \" ce qu’il y a d’étonnant dans le seul fait de vivre \" .\nNous percevons mieux qu’il est d’inéluctables lois, depuis toujours\net à jam ais, au plus profond des consciences, et que, si chaque\nhomme, comme disait Voltaire, à sa dose d’imperfection et de\ndémence, chacun aussi a sa dose de beauté intime, de bonté, de\njustice. « Nous ne pouvons, s’écrie M. Maeterlinck, nous empê­\ncher de pardonner \". Et ailleurs il écrit \" qu'il n’ y a rien au\n monde qui soit plus avide de beauté, rien qui s’embellisse plus\naisément qu’une âme \".\n   Las ! cette bonté nous ne la pratiquons que selon de ridicules\npréjugés qui la restreignent à de mécaniques manifestations d'un\ninstant. C'est dans les profondeurs qu'il faudrait être bons. Il\n faudrait \" selon la vérité première que tous les êtres se tinssent\nen face de nous comme l’amant en face de l’amante. \" Nous parlons\n de beauté et ce n’est q u ’à de rares minutes que nous la révélons à\n nous-mêmes ! Nous en avons peur, nous nous efforçons trop\n souvent de l’étouffer \" sous dés montagnes d’ordure ». Or, cette\nbeauté devrait \" ne pas demeurer une fête isolée dans la vie mais\n devenir une fête quotidienne. \" Vous me demanderez où la\n trouver. M. Maeterlinck s'est posé, lui aussi, la question. Et il\nrépond : \" N’est-ce pas dans l’amour que se trouvent les plus purs\néléments de beauté que nous puissions offrir à l’âme ? \" L'am our\njailli de tous, vers tous — et tous communiant au même banquet\ndans de fraternelles intentions... Ainsi changée et s’affirmant telle,\nl'humanité serait évidemment de beaucoup supérieure à ce qu’elle\nnous apparaît maintenant. Et ces temps viendront. Il me souvient\nd'un article paru dans le premier numéro de la Revue sentimentale,\narticle disant que la beauté future sera une beauté d’âme s ’affir­\nmant dans une indépendance presque absolue de la ligne. Pour­\nquoi n’en pas préparer l ’avènement plutôt que de nous obstiner à\nde vaines illusions de l’autre dont la splendeur païenne ne saurait\nplus renaître ?\n   Parmi les essais que Le Trésor des Humbles réunit, il en est deux\nqui me semblent en quelque sorte assurer l’équilibre de ceux qui\nles accompagnent. J’imagine que les plus acharnés contradicteurs\nverraient devant ceux-là fléchir leurs objections. Ces essais ont\n"}, {"page_pdf": 346, "page_imprimee": 323, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2482, "texte": "                               MAI   18 9 6                         323\n\npour titre Les Avertis et Sur les Femmes. Ils commentent l’attitude\nde bien des personnages voulus précédemment par l'auteur. Les\nA vertis? Ce sont ces étranges enfants, « les enfants attentifs de la\nmort précoce \" qui ont déjà tout compris lorsque leurs frères\nbalbutient à peine leurs premières surprises. Ils ont des apercep­\ntions prodigieuses et c’est comme s’ils distinguaient sans effort la\nterre promise que nous n’entrevoyons encore. M. Maeterlinck le\npeut bien dire, qui donc n'a eu l’occasion d'observer de tels êtres?\nReconnaître qu ’il en est, c’est admettre du même coup qu'il y a\nautour de nous autre chose que ce qui frappe nos regards et que les\nfaits ne sont que les \" traînards des grandes forces qu’on ne voit\np a s .\" Et serait-il vrai que la vie n’apparaît plus lucide q u ’à\nmesure qu’on approche de son terme, serait-il vrai que l’on ne\npénètre les mobiles de l'être qu'à la veille du n'être plus ? Si jam ais\nvous avez vu à vos côtés quelqu'un se mourir, lentement mourir,\nde cette terrible phtisie pulmonaire, vous aurez remarqué combien\nla sensibilité, la compréhension s’augmentaient et quelle étrange\npénétration des pensées tues, des bonheurs ou des souffrances\nqu'on lui voulait cacher s’avivait chez le malade selon les progrès\ndu mal. Pourtant ce n’était plus dans ce cas là je ne sais quelle\ndisposition innée, quelle originelle aptitude comme chez les\nenfants dont il vient d’être parlé.\n   L e second des deux essais que nous avons spécialement retenus\nne nous entretient pas avec moins d’étrange autorité de ces mani­\nfestations mystérieuses que tous discernent à certaines minutes\nmais auxquelles nous négligeons presque toujours de réfléchir. E t\ndans ces pages Sur les Femmes, que de choses fortement pensées !\nC'est d’abord que \" toutes nos amours naîtront, jusqu'à la fin,\ndans les rayons de l'étoile de l'amour qui nous est destiné. \" En\nd’autres termes, nous aurons beau choisir, changer, aller de l’une\nà l’autre et de l’autre à l'une, celle qu’il est dans notre destin\nd’aimer renaîtra toujours en nous-mêmes et sera toujours présente\nà nos côtés. Interrogez-vous, n’est-il pas vrai qu’il est un rien qui\nvous a souri chez toutes celles dont le bras s’appuya sur le vôtre,\nchez toutes celles dont les lèvres, pour cette caresse fraîche et\ntiède et parfumée du baiser s ’unirent à vos lèvres ? Ne vous\nétonnez pas qu'il en soit ainsi. \" L e royaume de l'amour est\n"}, {"page_pdf": 347, "page_imprimee": 324, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "3 24                         LE R É V E IL\n\n\n\navant tout le royaume des certitudes. \" Mais aussi \" la femme\nest plus près de Dieu et se livre avec moins de réserve à l ’action\npure du mystère \" . C’est pour cela qu’elle seule sait nous faire\nvivre des instants où aucune de nos facultés ne se tient à l'écart.\nEt à ceux qui lui reprochent son manque de cérébralité, sa pau­\nvreté intellectuelle et les petits propos vagues qu’elle s’exerce à\nzézayer avec des mines d'ange déchu ou d'archange futur,\nM. Maeterlinck répond : \" Croyez-vous que j ’aie soif d’une parole\nsublime lorsque je sens qu’une âme me regarde dans l’âme, et que\nje ne sache pas que les plus admirables pensées n'ont pas le droit\nde relever la tête en face des mystères? Je suis toujours au bord\nde l’océan, et s i j ’étais Platon, Pascal ou Michel-Ange et que mon\namante me parlât de ses pendants d’oreilles, tout ce que je dirais,\n tout ce qu’elle me dirait, flotterait avec le même aspect sur les\nprofondeurs de la mer intérieure que nous contemplons l’un dans\nl'autre. Ma pensée la plus haute ne pèsera pas plus dans les\nbalances de la vie ou de l’amour que les trois petits mois que\nl’enfant qui m'aimait m’aura dits sur ses bagues d’argent, sur son\ncollier de perles ou de morceaux de verre .. \"\n   On vient de citer Pascal. Voici que je me rappelle un mot de\nlui. \" Il y a en D ieu, dit-il, assez de lumière pour ceux qui ne\n désirent que de voir \" M. Maeterlinck semble nous dire qu 'il y a\n en notre âme assez de lumière pour ceux qui ne désirent que\nd’aimer et de croire. Et c’est de magistrale façon qu’ il nous\nprouve que d’Alembert était dans le vrai en affirmant qu’une\n \" pensée neuve, forte, juste porte avec elle son expression. \"\n\n\n\n\n   Ceux qui lisent connaissent M. Franz Mahutte dont c’est à pré­\nsent le quatrième volume. Dans le précédent (Gens de Province) son\nverveux talent se plaisait déjà à l’étude des individualités de vie\nbanale. Voici qu’il y revient, en accentuant ses intentions pre­\nmières. L es êtres qu’il fait défiler devant nous sont Sans Horizon\nIls n’ont rien vu, ne voient rien, ne verront jam ais rien au-delà\ndes contingences de l’existence coutumière. Ce sont les aveugles\n"}, {"page_pdf": 348, "page_imprimee": 325, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2495, "texte": "                               M AI 1 8 9 6                           325\n\nde l ’Evangile. Mais de méchants aveugles, toujours à l’affût de\nquelque neuve calomnie. Boire, manger, calomnier — telle est\n(ajoutez-y, si vous voulez, des mots que je vous épargne) la seule\ndevise qui leur puisse convenir.\n    En province encore l'action de ce nouveau roman généralement\névolue. On sent que l’imagination a peu à voir céans et que\nl’œuvre réunit des remarques soigneusement recensées et mises\nensuite bout-à-bout, selon une ligne directrice d’ailleurs guère\nsinueuse. C ’est avec un réel et viril talent que l'a u teur nous\ndécouvre les compromissions stagnant au fond des consciences,\nétriquées et haineuses, des petites villes. Il le fait aussi sans nulle\natténuation. On croirait que certaines tirades d e livre ont été\nsténographiées tant elles semblent exactes, rigoureusement et\ntyranniquement exactes. Ce n’est plus une lecture. C ’est comme si\nl'on venait d’être transporté dans un monde nouveau — comme si\nl’ on était soi-même à Boucy, à Famal, localités imaginaires ne\nressemblant que trop à telles localités situées non loin de nous. Et\nquel monde, celui-là! Ces pages laissent après elles l’effroi d’un\npays sans issue où l’atmosphère s’imprégne de relents v énéficiels,\noù des germes morbides empoisonnent la bonté, la jeunesse, la\nbeauté et l’amour. Même, ces choses, depuis longtemps, sur cette\nterre de veulerie sont mortes. L es fantômes vivants qui passent\nen ces chapitres s’entretiennent sur un ton de confidence de leurs\npieds et de leurs intestins !\n    Elle est d’une belle âpreté la langue que l’auteur de Sans\nHorizon s’est forgée pour définir ces êtres achromes et inancs. Il\nnous dit d’un de ses personnages qu’ il \" inquisitionnait d’une\nprunelle placidement méprisante \". En parlant de M. Mahutte\nl'adverbe serait de trop. Placidement ! Mais il crie à Boucy et à\nFamal leurs hypocrites, c ’est-à-dire deux fois infamantes, infamies\navec l’accent d'un Jérémie clamant ses imprécations aux peuples\nde la Bible! L a comparaison est-elle pour vous déplaire ? Je puis\ndire aussi que l'auteur enfonce le scalpel dans l'organisme corrom­\npu qu’il étudie, avec une joie intense d’entendre le patient crier\n— et, au coin des lèvres, un inexprimable sourire qu'il hausse par\nmoments jusqu’à un rire qui fait mal. \" Certains animaux appelés\nbêtes par l’homme agitent, s’écrie-t-il, dans leur boite crânienne un\n\n\n\n                                                                 26\n"}, {"page_pdf": 349, "page_imprimee": 326, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "326                         LE   R É V E IL\n\n\n\nesprit moins épais \". Cette phrase est peut-être le principal\nargument du livre.\n    Notez qu’ici tous se ressemblent. A peine un semblant\nd’exception : Charles Marbaix. Mais, vo yez, cet être — chez qui\nl’on devine qu’auraient pu s’affirmer de nobles sentiments et\ngermer de fécondes idées — sent, malgré la résistance qu’il y\noppose, le pénétrer les miasmes infestant tout ce qui l’entoure.\nEst-elle moins banale, moins décevante, sa vie? Lui-même la\nrésume : \" Porto, stout, café, bière, cognac \" avec parfois, une\nescale dans une maison à gros numéro. C’est là seulement qu’il\ntrouvera un rayon, sinon de bonheur, de franche sympathie.\nUne gouge de lui s'éprend; \" il y a une femme au moins qui\nl ’aime, prêle, sur un signe, à l’entretenir d e son objection. \"\nScrutez ce que ces seuls mots recèlent de désenchantement et\nde souffrance morale...\n    Et voilà lâché cc que je désirais presque taire. M. Mahutte, on\nle sent, doit avoir souffert intensément, doit souffrir — à un degré\naigu qu’une instinctive pudeur le fait dissimuler — de ce qui fait\nsouffrir son Charles Marbaix. L u i aussi était né bon. A preuve,\nl’émotion simple et comme agenouillée avec laquelle il décrit la\nmaladie, l’agonie, la mort de la maman Marbaix. O h! il a beau se\nrebiffer, il a beau essayer de nous donner le change. En inter­\nrogeant les autres, il se découvre soi-même.\n    De ce qui précède on pourrait inférer que le volum e de\n M. Mahutte est plutôt une collection d’individus observés iso­\nlément. Ce serait nous fort mal comprendre. L es milieux qui\n déterminent cette atrophie psychique, ce gagaïsme plus triste\nque l’autre, ne restent pas dans l'ombre. E t tous les milieux de\n province, — petit café sournoisement déshonnête, collège, église,\n pension — tous, vous dis-je, apparaissent comme reflétés sur un\n écran attirant noire vu e. A joutez que des scènes, celle par\n exemple des \" élections \" — encore que m ’en déplaise l’esprit —\net telle \" distribution des prix \" ont avec du mouvement et de la\nvie une précision d’instantanés de choix. Mais voilà qui serait\nmal conclure. C’est d’eaux-fortes qu’il faudrait parler et de m or­\ndantes encore. Oui, un beau volum e d'eaux-fortes, se complétant\nl’ une l’autre, veuillez le bien noter, et où la stricte exactitude —\n"}, {"page_pdf": 350, "page_imprimee": 327, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2114, "texte": "                              MAI   18 9 6                        327\n\nsurtout lorsqu’il s’agit du monde professoral, particulièrement...\nétudié — s'exaspère à l’occasion en traits caricaturaux qui font\nsonger, plutôt qu’à la bonhomie terrible d'un Léonce Petit, à\nl ’ironie cruelle d’ un Vallotton hors Paris.\n\n\n\n\n    En province aussi nous guide M. L avach ery dont la Dinah\n L id iere est un roman bien établi auquel l’éditeur Bénard a fait\n gente toilette. En province aussi... et, quoique les choses se pas­\n sent de bien autre manière que dans le livre de M. Mahutte, on\n peut se demander si M. Lavachery s’est montre plus clément. Il y\n a ici une telle somnolence, un calme effrayant autant qu’ineffable!\n En fin de compte par quoi de supérieur, par quelles visées qui les\n puissent honorer, ses personnages se libèrent-ils de la banalité\ndu « tous les jours? » On ne voit pas comment le Vir latin leur\nserait applicable.\n    D ’aucuns me diront que notre collaborateur n’a certainement\npas cherché à produire celte impression. Mais un écrivain n’aboutit\npas toujours à ce qu'il prévoyait. Les significations secondaires\npeuvent exercer plus d’ascendant que les significations principales.\nJe ne fais du reste aucune difficulté pour reconnaître que Dinah\nD idière appelle d’autres considéra! ions. L ’on trouve formulé ici ce\nje ne sais quoi de reposant que peut avoir, à certaines heures et\npour certains regards, l’existence coutumière des gens que l’on\nappelle les simples bonnes gens. T out est relatif. Une fleur a peut-\nêtre des bonheurs prodigieux que n o us ignorons, que nous igno­\nrerons toujours. Et ces âmes en réductum — ayant, croirait-on. un\nangle déjà dans l’ombre prim itive et finale — savent des minutes\nqui feraient pâlir nos plus conscientes liesses. Pour qui les\nobserve alors, elles prennent une apparence de rayonnem ent\ndélicieusement nuancée et je suis tout prêt à croire que le foyer\nmême des sentiments qu’elles éprouvent ne manque pas d’inten­\nsité. Cela, M. Mahutte ne l’a pas découvert. M. Lavachery y est\nallé out droit. Self influence sans doute; disposition à l ’optimisme\n"}, {"page_pdf": 351, "page_imprimee": 328, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2399, "texte": "3 28                        L E R É V E IL\n\n\n\n\nchez l’un, au pessimisme chez l’autre. Mais encore est-il vrai\nqu'il y a province et province. Et c’est à Bouillon, dans cette\nluxuriante nature ardennaise où les cœurs ont peut-être conservé\nleur originelle ém olivilé, que rit de tout le rire de ses briques\nau soleil le châlet de la gentille D inah.\n   M. Lavachery est un écrivain distingué et charmeur. Il dit avec\npondération, avec une agréable mesure tout ce qu'il veut bien\ndire. Il sait, lorsque les événements l’exigent, avoir l’énergie\ndésirable, mais c’est plus particulièrement de demi-teintes qu’il\nse montre épris. Il est tout en demi-teinte, ce personnage de\nMlle Didière, qui sacrifie en faveur d’ une amie le juvénile amour\nqu’e lle sent éclore en soi. Elle a des naïvetés délicieuses aux­\nquelles on cherche à peine à résister. Quand elle paraît, c’est\ncomme s’il venait du plus loin d’elle-même une clarté meilleure...\n   Cette première inclination de jeune fille est, je pense, ce que\nM. L avachery a surtout voulu analyser. Ce n’est pas sans habileté\nqu’il en développe les phases L e personnage serait même un type\nsi, à toute évidence, il n’était trop composé en vue des scènes\nmêmes auxquelles il participe. Pour tout dire, l’écrivain se laisse\nparfois aller à trop de lyrisme, tandis que des détails d’ une\nspéciale importance le trouvent presque distrait.\n    L ’amour, dans ce roman, est une sorte de langueur douce, une\nrêverie bercée par une main invisible, une rêverie sans cris, sans\nlarmes, sans impatiences, sans guère de heurts. Im aginez une eau\nlente et claire dans un printanier paysage. C ’est cela — c’est la\nsérénité virginale du matin ou la virginité sereine d’un beau soir.\nT out le décor où l’action évolue s’offre sous cet unique aspect.\nPeut-être est-ce par là que l’œuvre de M. L avachery est destinée\nà plaire Ceux qui croient encore, de toute la croyance première,\naux rêves roses que chacun fait au moins une fois, se pencheront\nsur ces pages comme vers un fidèle miroir. L es autres... la\nnostalgie leur sera bonne de telles minutes lointaines où tout\nleur souriait de leur propre sourire.\n   Dinah Didière me semble attester chez l’auteur une aptitude\nqu'il ne soupçonne pas: ce lle du théâtre — d’ un théâtre qui aurait,\ncomme déjà l’œuvre dont je parle, cet air de tranquille réalité\nde maints romans anglais. L es dialogues qui émaillent cé volume\n"}, {"page_pdf": 352, "page_imprimee": 329, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2283, "texte": "                              m a i   1896                          329\nsont de ceux qui, sur les planches, ne manqueraient pas de\n« porter ». Ils ont de la vivacité, les mots s’y jouent sans effort,\net— cela surtout est caractéristique — ils nous font voir plus\navant en l’âme des protagonistes que les explications auxquelles\nl ’écrivain s’essaie par après. Telles scènes sont toutes faites; il n’y\na qu'à les jouer. Et celle-là est d’une délicatesse à signaler où\nDinah et son amie, 0 un jour argenté qui détaille adorablement\nl'entremêlement des fleurs et des feuillages » s'avouent mutuelle­\nment leur grand secret, cet amour pour le beau Lacharlerie que\nD inah, en accordant sa main à un autre, n’oubliera peut-être pas\ntout-à-fait. Je dis peut-être car elle ne se dissipe pas, à la réflexion\nmême, l’incertitude que M. L avach ery a voulue à son livre,\ncomme si souvent dans la vie, dans l’énigmatique vie!\n\n                                 * * *\n\n\n\n\n   Voici deux nouveaux livres de M. Hérold. L e prem ier est une\nsorte de légende formée à l'aide d'emprunts habiles à des évangiles\napocryphes et d’où est résulté un tout intéressant, qui tient bien.\nChose curieuse, dans ce Livra de la Naissance,.rie la Vie et rie la\nMort de la Bienheureuse Vierge Marie, il n’est guère parlé du temps\npendant lequel le Christ accomplit son glorieux apostolat. L a\ntentation devait pourtant être forte de définir l’état d’âme de\nMarie à ces moments. Entre l’Enfance et la Passion, la légende de\nM Hérold ne nous révèle rien. Mais, cette enfance, que de jolis\nmotifs l’adornent! Il est si peu un « fils de l’Homme », le fils de\nM arie; il est si gentiment le bambino des tableaux religieux,\nconscient de sa toute puissance. Après le départ de Bethléhem,\nvoici, sur la route, une caverne d'où s'élancent de terrifiants\ndragons. Jésus descend des bras de sa mère et force les vilaines\nbêtes à réintégrer leur antre obscur. L es panthères et les lions\ndocilement le suivent. Un palmier est-il trop haut pour qu'au\ndésir de Marie l’on en puisse cueillir les fruits, il fait se courber\nl'arbre à portée de la main. Mais il est vindicatif aussi le futur\nSauveur du monde ! Ne voue-t-il pas à mort l'enfant inconnu qui\ns e permet de combler les sillons tracés dans le sable par sa\nmenotte divine ?\n"}, {"page_pdf": 353, "page_imprimee": 330, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2439, "texte": "330                         L E R E V E IL\n\n\n\n   C'est par de tels traits que l’origine populaire des éléments de\ncette légende plus nettement s’avère. Ailleurs est bien faite pour\nsurprendre l’incrédulité d’ une femme des montagnes se refusant à\nadmettre qu’une vierge ait pu donner le jour à un fils et n ’y\najoutant foi qu’après avoir obtenu ce qu’obtint plus tard du Christ\nmême le méfiant Thom as. N'est-il pas vrai que cette trouvaille\nest moult plaisante ? Bien des pages de ce luxueux volume — orné\npar M. Paul Ranson de lettrines fort originales — nous ont plu\npour la même raison. Au chapitre X X Joseph est parti pour\nBethléhem, à la recherche d’ une sage-femme, car l'événement\nattendu bientôt se produira. Soudain — présage obscur — tout\ns’arrête à ses yeux : le miracle est accompli. L es souffles de l’air\nont cessé. L es oiseaux du ciel sont immobiles. L es brebis que\nconduisait un berger n ’avancent plus et les eaux du fleuve ont\nsuspendu leur cours... Ces pages sont belles en leur langue simple\nde véridique révélation. Mais il faudrait citer encore certain\nchapitre disant la vie de Marie dans le temple du Seigneur. \" Sa\nface était pure et splendide comme la neige et l’on pouvait à peine\nfixer son visage tant il brillait. \" Même après la mort, cette\nsplendeur, est sienne. \" Après que les vierges eurent vêtu son\ncorps du linceul, la lumière perçait le linceul, obscurcie à peine. \"\nA insi une clarté douce de toutes les pages de ce livre émane et se\npropage en l'esprit du lecteur attentif...\n\n   J ’ai hâte de passer au second volume que je mentionnais ci-\navant. Il s’agit d’ une traduction de Kalidasa — traduction point\nlittérale, M. Hérold s’étant \" cru autorisé à faire œuvre de critique\nen même temps que de traducteur. Non que j ’aie, ajoute-t-il dans\nson Avertissement, rien ajouté au texte primitif mais, çà et là, j ’ai\nretranché quelques phrases qui me semblaient l’alourdir et en\naltérer sans raison la beauté. \" On se plait assez depuis quelque\ntemps à en agir ainsi avec les vieux auteurs et ce n’est pas tou­\njours plus mal. Parmi les récentes tentatives de ce genre, il faut\nciter l’œuvre de F ord adaptée par M. Maeterlinck et le Philaster de\nBeaumont & Flelcher auquel s ’est consacré M. Georges Eekhoud.\nVous savez si tous deux ont réussi à ne point dénaturer ces m aî­\ntresses œuvres du théâtre anglais. M. H éro ll n’a pas été moins\nattentif en émondant la \" comédie héroïque \" de Kalidasa.\n"}, {"page_pdf": 354, "page_imprimee": 331, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2452, "texte": "                              mai   1896                           331\n\n\n\n    S ’il est un théâtre peu connu, c’est le théâtre indien et il y a\n tout lieu de le regretter. Sans doute il n’eut pas la fécondité du\n théâtre grec ou du théâtre latin, mais l’inspiration qui le gouverne\n est d'un charme subtil et très particulier. Parmi cette pléiade\n d’écrivains dramatiques, surgis là-bas entre le premier siècle avant\n J.-C. et le treizième siècle de noire ère, mes préférences vont à\n Soudraka de qui le Chariot d'enfant à chaque lecture aisément me\n retient. Vous n 'y trouverez pas l’om bre d’ une influence étrangère ;\n les peintures y sont attrayantes et fortes, l'intrigue se dénoue\n bien et l’amour de courtisane qui constitue le noyau de l’action\n est défini ainsi qu’il convient. Puis quelle énergie dans certaines\n pensées, comme la langue se prête à ce qu’elle doit formuler!\n Mais, ce poète mis au premier rang, il est certain qu’avant\n Bhavabhouti si habile à confesser, à éclairer les consciences et\n dont tel \" dialogue conjugal \" a pu être comparé au Cantique des\n Cantiques, avant Sri Harcha Deva de qui le Collier vaut d’être lu,\n avant Radjasekhava et Visakhadatta, écrivains de décadence,\n encore que dans la Statue le premier ait fait montre d’une manière\n d’impressionnisme qui étonne, — immédiatement après Soudraka,\n c’est Kalidasa qu’il faut nommer.\n   L'anneau de Çakuntala traduit par M. Hérold, aussi bien\n d’ailleurs que le Héros et la Nymphe du même poète, est une petite\n merveille. Il s'y trouve une fraîcheur caressante d’idylle que les\n meilleurs bucoliques pourraient envier. On sent du reste cette\nœuvre religieusement proche de la nature qui l’inspire. L e\npathétique y atteint sans effort de très hauts sommets tandis que\nla grâce est si polie des dialogues et l'élégance très recherchée des\nimages qui s’y rencontrent.\n   C ’est surtout par leurs détails qui p laisent ces scènes, par tels\npaysages, par l’étude des caractères, par l’élude en ses mobilités\net sa constance d’un amour prédestiné. A isé il serait de noter au\nhasard des pages des réparties savoureuses et des mots profonds.\nJe ne veux, en espérant que M. Hérold nous donnera un jour\nd’autres traductions aussi habilement réalisées du même théâtre,\nje ne veux vous citer que ces deux phrases : « En ces forêts saintes,\noù l’on cherche la paix suprême, il est des feux cachés et qui\nembraseraient tout : ainsi dans le cristal, si frais à toucher, les\n"}, {"page_pdf": 355, "page_imprimee": 332, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "3 32                        L E R É V E IL\n\n\n\nrais du soleil allument les plus ardentes flammes. \" E t à l’acte III\nle Roi Duhshanta monologuant se dit : \" Ma pensée reste\nstagnante, pareille à l’eau profonde qui ne monte jam ais à la\nsurface des étangs. \"\n\n                                 *\n                                * *\n\n\n   M. Léon Paschal a placé en tête d'Hélie, drame à la manière\nancienne, une note qui me dispensera de bien des commentaires :\n\" Si cette vallée d’ombre (où l’action se meut) est la vie, Hélie\ndans ma pensée n'est pas tel homme, un individu ne requérant\npas. selon moi, un intérêt large et réfléchi, mais l'humanité\nentière qui gravit les siècles. Hélie est l’humanité actuelle et de\nla sorte sous une draperie antique j'a i voulu faire vibrer l'âme\ncontemporaine. \" C’est bien ce que nous trouvons en ces pages,\nune orientation vers de moins exclusives, vers de moins égoïstes\npréoccupations. C’est la lente allance vers des Chanaans où tout\nparaît plus clair, où plus rien n'oppresse des anciennes tristesses\net des vieilles douleurs. Mais par quelles étapes seulement on y\narrive! Celui-là seul y parvient qui a senti chanter en soi ou se\nplaindre toutes les joies et toutes les misères humaines.\n   Quoiqu'on dise l’auteur, je ne suis pas absolument convaincu\nqu’il n’y ait en ces pages nulle spécialisation d’existence indivi­\nduelle. Je serais même tenté de croire que les idées fondamentales\nont ici quelque rapport autobiographique. On devine au tournant\ndes phrases des inquiétudes qui semblent ne devoir pas affecter\ntoutes les consciences et dont M. Paschal a eu, j ’imagine, person­\nnellement à triompher. Il lui déplaira peut-être que je le fasse\nressortir. Pourquoi le tairais-je pourtant, lorsque c’est en cela\nsurtout que se trouve à mes yeux le mérite de son œuvre. C ’est\npour la discrétion qu’i la mise à s’indiquer que je veux l’applaudir.\n   La note que je viens de citer ajoute que ces scènes auraient été\nécrites en vue de la représentation. Je ne pense pas qu’elles\npuissent dans ces conditions produire tout l’effet que, sans doute,\nl'auteur se plut à espérer. Si je fais abstraction de la fin — qui a\nsuccessivement de la flamme et un soudain apaisement, significatif\n"}, {"page_pdf": 356, "page_imprimee": 333, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2299, "texte": "                            M AI 1896                           333\n\nd'un auroral demain — les dialogues me semblent évoluer avec\ntrop de solennelle lenteur et s’amplifier au-delà d e la sphère psy­\nchique des personnages. Cependant comme la ligne en est, à maint\nendroit, de belle harmonie reposante! Sa continuité ajoute,\nd'autre part, à sa force d'expression ; et, si nous pouvons souhaiter\nque les ombres fussent plus nettement opposées aux grandes\nclartés qui tout-à-coup s'annoncent, le dire a des nuances d’une\ndistinction incontestable. Lisez ces pages où c’est entre Ayglande\net Hélie, se rencontrant sur la même roule — à ces minutes de\nprime éveil, quand les voix intérieures tressaillent d'un pur\nenthousiasme que jamais plus elles n'auront, lisez ces pages où\nc’est entre les héros jeunes et beaux les balbutiements d’aimer.\n \" Dites, soupire Ayglande, quels sont ces baisers que l’on regrette\n encore à l'heure où l'on est près d'en mourir \". Mais peu après ce\ncri exaspéré retentira dans la bouche d’Hélie : \" Je suis heureux\n comme si j'avais détrôné Dieu ! \" Et ce sera bientôt l’amer réveil\n — toujours même et toujours poignant : \" L ’amour n’est pas une\n aube qui persiste. \"\n    A cet endroit aussi l'œ uvre a de beaux élans. Plus d'émotion\ns'y mêle lorsque s’atteste la lutte entre Hélie, entre son désir\nd ’altitudes, de lumière — et Ayglande, la nostalgique amante\n défendant l'unique part de bonheur qu’elle puisse entrevoir.\n A s’efforcer au-delà, elle trouvera la mort. E t lui, à vouloir\n ascendre aux éternelles vérités lumineuses, retombera meurti —\n plus d’ombre l'enveloppant \" L a lumière ne lut pas créée pour\n les regards mortels accoutumés aux ténèbres. \" Cependant il\n énoncera des préceptes moins désenchantants : \" Humiliez vos\n âmes, résignez-vous à souffrir. Dieu règne dans la paix des cœurs,\n hommes de bon vouloir, épouses aux douceurs conciliantes. L a\n joie est aux âmes candides et le bonheur dans la félicité de ceux\n qu’on aime. \"\n    J’ai dit de ce drame et les qualités et les défauts. A-t-on bien\n compris que j ’en aime la noblesse d'idées, la calme distinction ?\n  A t-on bien compris que M. Paschal n’est pas un simple aligneur\n de phrases mais que l’on peut trouver en lui, pour employer une\n  expression toute faite, l'étoffe d'un penseur?..\n"}, {"page_pdf": 357, "page_imprimee": 334, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2467, "texte": " 334                          L E R É V E IL\n\n\n\n     D eux livres de Ballades par M. Paul Fort, aux ornementations\n   curieuses — notamment de ce talentueux artiste qu’est Maurice\n   Dumont. Je voudrais ne pas m'attarder à ces pages et dire\n  simplement l'enthousiasme qu'elles suscitèrent en moi. Il est du\n   reste hors de doute que peu d’œuvres se prêtent moins à l’analyse.\n   Ce qui caractérise certaines d'entre ces proses libres c’est autant\n  ce qu’elles font deviner que ce qu’elles disent. Il semble parfois\n  qu’entre la pensée de l’écrivain et celle du lecteur, fût-il des mieux\n   prévenus, une atmosphère intermédiaire s'étende où tout écho se\n  modifie, où, par leur diffusion, les clartés premières prennent un\n  fort différent éclat. E t la lumière que l’on observe ainsi paraît\n  tellement insolite qu’on se sent tout d'abord disposé à la nier. L es\n  proses de M. Fort exigent de qui les veut comprendre un\n  lucide retour à leurs sources. Ceux qui ne sauront s’y efforcer\n crieront à l'obnubilation. Déjà ce fut lait. \" Parce que je vais à\n l'aveuglette, plusieurs m’ont dit que j ’étais bête, aveugle d'autres,\n et d’autres fou \" dit telle Ballade pour conclure. Laissez moi\n l ’affirmer : M Fort, au contraire, est un des esprits les plus\n originaux qui se soient révélés parmi les écrivains de la dernière\n lignée.\n     D e ces poèmes, savamment rythm és, la spontanéité surtout\n nous plut. Il n’est rien ici qui sente de près ou de loin la chose\n voulue et longuement, obstinément élaborée. Or, si le roman,\n le drame requièrent une telle préparation, un poème vaut surtout\n lorsqu’il donne l’impression d’ un seul beau jet venu du cœ ur ou\nde l’esprit. A vec M. Fort il en est toujours ainsi. Et, au soudain\nélancement de l’idée initiale, voici que surgissent de l’ombre,\nnombreuses, des idées adjacentes de volontaire allure. L ’im agina­\ntion de l’écrivain est toujours prête et toujours impatiente de partir.\nElle l ’emporte et nous emporte dans une sorte de vertige bigarré,\nà travers les plus bizarres enchevêtris de vérités ou d’erreurs,\nd’affirmations brèves ou de paradoxes étincelants. On a la sensa­\ntion qu’au lointain, là-bas, un gouffre s ’ouvrira au fond duquel\ntout ira sombrer irréparablement. Cependant une étoile d’espoir\ndécouvre le plus souvent aux marches de ces Thulés des horizons\nmeilleurs. Elle n’est point banale la sensation, qui se précise alors,\ndu danger éludé — et comme de respirer cet air plus vif est doux !\n"}, {"page_pdf": 358, "page_imprimee": 335, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2192, "texte": "                                                                335\n\n   Ce sont peut-être les alternances de fougue et d'un peu idyllique\nsimplesse qui donnent aux pages dont nous parlons leur princi­\npal intérêt. C ’est par quoi elles nous paraissent d’une très exacte\nplénitude de vie. Je dis exacte, non sans raison. N’est-il pas vrai\nque toute émotion ne s'intensifie et ne se complète que par une\némotion contraire? Il est vraiment rare qu'en une existence\nd’ identiques vibrations se répètent avec quelque persistance. A\nune heure de ciel succède une heure de purgatoire ou d’enfer et\nla première ne serait si bonne si nous devions ne pas connaître les\nsuivantes.\n  Je sens bien que ce qui précède paraîtra assez vague à d'aucuns\nqui me lisent. Je le répète, ces poèmes échappent à l'analyse.\nPourtant je puis signaler encore qu’il s’ y trouve une singulière\nironie portée çà et là à un diapason aigu. M. Fort s'exaspère\nmême aisément contre les souvenirs qui l’assaillent, contre ses\naspirations et ses désirs... Je puis mentionner également que\nl’auteur fait montre d'une réelle érudition et que sa langue n’est\njam ais en pauvreté. Je vanterai, si vous le voulez, tels paysages\nd’amour, de tristesse ou d’ennui qu’il érige en quelques brèves\nlignes. Mais ne m’en demandez pas davantage. A u reste M. Fort\na collaboré à différentes reprises à notre revue. Vous savez donc\ncomme moi que l’abondance de ses ressources intellectuelles ne\nlaisse pas toujours de lui nuire. Cet inconvénient s'atténuera de\nsoi-même. Dès à présent, l'écrivain s’efforce à une expression plus\ncondensée, plus concrète. Comme le disait M. K ahn, les lettrés ne\nle peuvent plus ignorer. Il aura son heure demain.\n\n\n                                III\n\n\n   Celte chronique, écrite au jo ur le jour, s’allonge outre mesure\net nombre de volumes, consciencieusement lus, s’empilent encore\nsur ma table. Je me vois forcé, la place manquant, de n'en parler\nqu’en peu de mots. Je le regrette notamment pour ce qui concerne\nla nouvelle de Mme de Tallenay — un bon écrivain qui eut forcé\nBarbey d’A urevilly à nier d’un trait de plume sa fameuse sortie\ncontre le bas-bleuisme. Au Sanatorium nous conte l’amour naissant\n"}, {"page_pdf": 359, "page_imprimee": 336, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2433, "texte": "336                           L E R É V E IL\n\n\n\n  entre un médecin et une jeune phtisique dans un de ces caravan­\n  sérails de la douleur qui s’élèvent sur les bords du Rhin. Œ uvrette\n  des mieux sensibilisées, avec de jolis traits d’exquis e féminité et,\n à la fois, une mâle assurance, une sobriété puissante d’expression.\n  Ajoutons qu’une aile de mystère plane sur ces scènes où\n s’exhale dans l'ombre la plainte de deux cœurs qui eussent si\n délicieusement chanté ..O n sait que Mme de Tallenay écrivit\n  précédemment l'Invisible où se formulent des \" sensations de\n  l’au-delà ». Il est en la nouvelle qui nous arrête à présent comme\n  un écho atténué de celte œuvre antérieure. C ’est assez pour que\n  nous nous promettions d'étudier de plus près celle belle person­\n nalité d’artiste à la première occasion. —\n     L ivre de femme encore, Une Squaw, signé de ce pseudonyme\n significatif: I W ill. L ’auteur fait vraim ent montre d’un sincère\n vouloir d'échapper à la banalité courante. Elle veut que se\n tournent vers l’avenir ses réflexions et ses pensées. Ces pages ont\n de belles hardiesses. Cependant parmi ces cinq essais celui intitulé\n les Mères nous a seul paru décisif A utour des autres trop d’incer­\n titude demeure. Mme... I. W ill semble du reste avoir peine à\n éluder l'influence d’Emerson dont elle se fit précédemment la\n traductrice. J'avoue que son style m’a laissé une impression\n plutôt désagréable. Il trahit trop l’effort. Et des tournures comme\n celle-ci : \" Ils ont de l’infini la même conception qu'un enfant qui\n serrerait dans ses deux mains une poêle à frire dont la queue\n n’aurait pas de fin \" ne sauraient assurément nous plaire. —\n    L es Contes Chimériques de M. Maillart sont un début qui peut\ncompter. L ’auteur fait preuve d’une certaine habileté de mise en\npage et peut-être y a-t-il en lui les germes d’ un vrai tempérament\nd'écrivain. Chimériques... l’épithète convient bien à ces poèmes où\nla vie est reléguée au second plan, où (les Vieux, les Veilleurs)\nse perçoit l’approche insidieuse d’une heure de deuil qui bientôt\nréalisera ses desseins. —\n    M. Em ile Greyson est un littérateur impénitent. Il n’a de cesse\nd'augmenter son bagage. Vous avez lu, je présume, certains de ses\nlivres — et, par exemple, Juffer Daadje et Juffer Doortje qui tient\nune place fort honorable dans l’histoire des lettres belges. L e\nnouveau in -18 que vient de publier Lacom blez (A travers Passions\n"}, {"page_pdf": 360, "page_imprimee": 337, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2457, "texte": "                                 M AI 1896                               337\n\net C a p rices ) vaut sans conteste bien des œuvres d’écrivains moins\nloin de nous. L e style en est d’une belle clarté et les événements y\njustifient telles études de caractères hardiment champlevés.\n Mais surtout il faut reconnaître la fraîcheur de ces pages où\nabondent des traits de savoureuse observation et de discret\nréalisme. —\n   Nous avons reçu \" L e S erm on su r la M ontagne et le So cia lism e\ncontem porain \" par M Edmond Picard. Il est inutile, n’est-ce pas,\nd’user de longues phrases pour dire que celle glose à l'Evangile de\n Mathieu est écrite dans' un style éloquent et aisé — celui que\n M. Picard a su faire sien et auquel, à chaque manifestation\nnouvelle, on se sent davantage acquis. Mais... le R éveil est et doit\nrester une revue de littérature et d’art. —\n   M. Tristan Klirigsor, en écrivant F ille s F le u r s , a réalisé un\nmarquant progrès sur ses œuvres précédentes. Ces vers sont d’ une\nmusique doucement enveloppante soulignant des menus gestes\nvoluptueux et câlins. Des belles passent. De T o u ra in e de\n Trébizon de, de T h u lé , elles sont, pour qui écouta en ces strophes\nde bon poète vanter leur charme ingénu ou mortel, dés visions à\névoquer aux heures de mélancolie et d'en n u i.—\n   Sous une couverture d’un vert tendre, comme les primes\nfeuilles des lilas doux fleurant et des grisantes aubépines, s’offre\nla plaquette de M. Arthur Toisoul (M ai). Ici c’est une belle confi­\ndence d’esprit jeune et de cœur à l’aurore et sa chanson fervente,\nsa chanson adorante à la bien aimée A caractériser ces poèmes, le\npremier vers de la pièce de tête (C a r voici de la jo ie sereine) suffirait.\nM. Toisoul ne ressemble ni à tel poète ni à tel rimeur. Il est lui,\ntendrement, naïvement. Oh ! je n’aime pas d’égale façon tout ce\nqu'il se plaît à nous faire entendre. Je crois remarquer çà et là une\ntendance à contraindre d'images moins adéquates qu’il faudrait la\nsim| le idée première Mais le ver à d’autres places est d’ une point\nbanale souplesse. On le lit alors avec d’autant plus de plaisir que\nl'édition (signée Lacomblez) fera le bonheur des bibliophiles. —\n   L es Bibliophiles .. Qu’ ils feuillettent donc le premier numéro du\nCentau re qui vient de paraître. Il peut soutenir la comparaison\navec les revues trimestrielles anglaises — T h e Sa v o y et le Yellow\nB ook. Aussi me reprocherais-je de ne pas le signaler à l’ égal d’un\n"}, {"page_pdf": 361, "page_imprimee": 338, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 619, "texte": "338                         L E R É V E IL\n\n\nvolum e. Au sommaire de longs poèmes de MM. L ouijs, Hérold,\nLebey, Gide. Un sonnet de M de Régnier arrive en tê te. Mais j ’ai\nsurtout aimé la Longue lettre à la Bien Aimée de M. de T inan, où\nc’est si bien des heures de jeune homme de ce temps et si spiri­\ntuellement si finement dites!\n   De la partie artistique citons : Touchez I'Amour ; superbe litho­\ngraphie par L éandre ; de Jacques E. Blanche une planche en\ntrois couleurs, très personnelle ; de Rops un vernis mou très\n caractéristique (le Flirt)...\n\n                                             A lbert A rn ay.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-019", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 339, "page_fin": 340, "titre_corps": "Notules du mois", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Math Robert", "ancre_debut": "NOTULES DU MOIS Trois revues nouvelles", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 362, "page_imprimee": 339, "debut_caractere": 92, "fin_caractere_exclue": 2020, "texte": "N O T U L E S D U M O IS\n\n\n\n   T rois revues nouvelles : l'Aube (mensuelle-internationale,\nParis), liminée d’une belle couverture de Fabien L aun ay. Jacques\nSt-Cère y constate une littérature belge, nationale et personnelle,\nmais ajoute que nos littérateurs auront à \" se débarrasser de\ncertaines excentricités de formes qui étonnent même les moins\nprévenus contre ce genre de gymnastique intellectuelle. \" (?)\n   — La Province Nouvelle (mensuelle, Auxerre) s’impose, belle­\nment, la diffusion en province de l’art jeune et libre. A u som­\nmaire : Paysage intérieur, pages méditatives, d’Ed. Pilon.\n   — L a Revue Sentimentale (mensuelle, Paris) qui s'annonce :\n« Malgré le mélancolique et le fané de ce titre, nous avons voulu\nle choisir pour annoncer l’âge des âmes. Car le temps de la simpli­\ncité doit revenir... \"\n   A lire :\n   Studio : Notice sur V o ysey, un des plus marquants et des\nmieux orientés parmi les décorateurs anglais venus à la suite du\nmouvement préraphaélite.\n   Libre Critique : L ’art religieux, Edg. Baes, intéressant par sa\ncompréhension large de l’art ecclésiastique et sa répulsion (j’y\napplaudis ! de l’horrible bondieuserie.\n   Mercure : Introduction à un essai sur Laforgue, signée M. Maeter­\nlinck ; traductions de contes arméniens et hongrois.\n   Revue Encyclopédique : Etude sur le théâtre hongrois, J. Kont,\navec une analyse curieuse de la Tragédie de l'homme, d’Emerich\nMadàch.\n   Revue Blanche : Vie mentale, G. Kahn ; Les Energies, P . Adam.\n   Art Moderne (10 Mai) : T out ce qui était à dire, et le mieux qu’il\nsoit, sur l ’audacieuse tentative de la Section d'A rt (Maison du\nPeuple) de faire interpréter par des amateurs Philaster, adaptation\nde Georges Eekhoud d’après Beaumont et Fletcher. Indépendam­\nment de l’émotion ressentie à certaines pages vibrantes de cette\ntragédie, une gratitude s’impose pour ce que fait présager cet éveil\nd’ un théâtre sans but d’intérêt ni cabotins.\n"}, {"page_pdf": 363, "page_imprimee": 340, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2219, "texte": "340                           LE   R É V E IL\n\n\n\n   Revue de Belgique (15 Mai), une Fantaisie Epique par Herman\nPergameni, qui \" conclut de l'imagination des enfants à celle des\nra:es dans leur enfance \" .\n   P A N n os 4 et 5 Article de H uy smans sur Fra Angelico\". Nouvelles\nChansons de Bititis par Pierre Louijs. Intéressant et documente\narticle de H enry Van de Velde sur les Papiers peints artistiques. A\nsignaler encore tel bois de Veldheer — un nom à retenir. T itre :\nUne rue de Village.\n   De Vlaamsche School. Parmi les récentes reproductions signalons\nle Tournoi d'Amour de Doudelet et une aquarelle (Gertrud verlaat\nde Kerk) par quoi, non sans originalité, Albrecht Rodenbach\nillustra son drame : Irolds Jeugd.\n   La Renaissance Idéaliste et Le Rêve et l'Idée fusionnent et\ndeviennent Documents sur le Naturisme. Y remarqué l'Hiver en\nméditation, Saint-Georges de Bl u hélier.\n   Moderni revue, de Prague, traduit Verhaeren et Retté.\n   L ’Ermitage commence un conte norvégien de Jonas L ie, traduit\npar Georges Khnopff. Encore : L'âme philosophique de M. Maeterlinck\nsigné Hassé. - Il fonctionne, à cette revue, un critique... mettons\nréjouissant qui débite sous le nom de chronique littéraire des\npastiches des Kamtchatka. \" Cet excellent homme fait remarquer\nà l’ un des poètes qu'il incrimine que nuages et lueurs sont\ndissyllabiques et \" mier \" monosyllabique, et lui conseille l'étude\ndes vrais maîtres et le retour à Chénier « depuis lequel il ne s’est\npresque rien écrit en France qui lût de France \". C’est une manie,\ndu reste, car un autre est renvoyé à Anatole France et un\ntroisième à Charles d'O rléans! M. Lionel des Rieux devrait\nretourner au pionnat, qui doit certainement le réclamer.\n\n     Notre collaborateu r et ami Alf. L avachery vient d’avoir la\n  douleur de perdre sa mère. L a rédaction du Reveil le prie\n  d'accepter ses sincères compliments de condoléance.\n\n  Verhaeren et Rodenbach, les voici chevaliers de l’ Ordre\nde Léopold. Certes, cette décision ne peut ajouter en rien à la\nvaleur de leurs œuvres. Mais, en la provoquant. M S chollaert a\nrompu avec de ridicules traditions et s'est pur là honoré soi-même.\n\n                                                M ath   R obert.\n"}]}, {"article_id": "ulb-reveil-1896-05-n29-020", "volume": "ELB-ULB-a0130-1896-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0130-1896-000.pdf", "ocr_sha256": "a28871b1f1c74f51debeb1bc60bf7ff95151d9b3ffeea84a4941f213353305a9", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Librairie de l’Art Indépendant, rue de Monnot et Blanc", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 364, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 137, "fin_caractere_exclue": 7444, "texte": "Librairie de l’Art Indépendant, rue de\n\n                                                                                                                                         Monnot et Blanc, 9, rue Victor Hugo\n                   C O L L E C T IO N D U \" R É V E IL \"\n            chez E D M O N D               D E M A N , libraire à B ru x elles\n\n\n\n\n                                                                                                                                         M. Kats, rue courte du Jour.\n\n\n\n\n                                                                                                                                            la Chaussée d’Antin, 11.\n                                                                                                                                         Gnusé, rue du Pont d’île.\n                                                                                                                                         Heymans, rue du Bruul.\n                                R ue de la M ontagne, 86\n\n\n\n\n                                                                                                                                         Littauer, Odeonsplatz.\n                                        ONT           PARU\n\n\n18 9 4 — M a u r i c e M a e t e r l i n c k : Alladine et Palomides, Intérieur, la Mort\n                                            de Tintagiles, trois petits drames pour\n                                            marionettes. (Quatrième Edition.)\n                                            Un volume in-16 raisin sur fort papier\n                                            vélin teinté, orné de culs de lampe de\n                                            Georges M in n e .......................... Fr. 3 ,5 0\n\n\n\n\n                                                                                                                                       M A L IN E S\n                                                                                                                                       LIÈGE :\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                    MUNICH\n                                                                                                                                       PARIS :\n                                                                                                                                       GAND :\n                                                                                                               R E C U E IL\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                    LYON :\n        F ernand R oussel :                L e Bonheur Irréel.\n                                            Un volume de proses, in-16 grand-mé­\n                                            dian, avec un frontispice de Charles\n                                            Doudelet; tiré à 250 exemplaires nu­\n                                            mérotés sur papier de Hollande Van\n                                           G e ld e r ..................................... : Fr. 2 ,0 0\n                                                                                                               DU\n\n\n\n1895 — E m i l e                    :      Les Villages illusoires.\n                                                                                                               D É P O S IT A IR E S\n\n\n\n                   V erhaeren\n                                           Un volume de vers, in-16 grand-jésus,\n                                           tirage limité ; impression en deux cou­\n                                                                                                                                                        de\n\n\n                                           leurs sur fort vélin teinté ; orné de qua­\n                                           tre images par Georges Minne. (Épuisé)\n                                                                                                                                       Société anonyme \" l’Art \", Avenue\n\n\n\n\n       H enry M au bel :                   Ames de Couleur.\n                                                                                                                                       Doliger, Galeries de la Reine.\n                                                                                                                                       Deman, rue d’Arenberg, 16.\n\n\n\n\n                                           Un volume de proses, in-16 royal,\n                                                                                                                                       Engelcke, rue des Foulons.\n\n\n\n\n                                           tirage limité, impression en deux cou­\n                                                                                                                                       Hoste, rue des Champs.\n\n\n\n\n                                           leurs, sur papier vergé de cuve Fr. 2 ,0 0\n                                                                                                                                       Forst. Place de Meir.\n\n\n\n\n                                                                                                                                         la Toison d'Or, 56.\n\n\n\n\n       V ic to r R e m o u c h a m p s :   Vers l'Ame.\n                                           Un volume de proses, in-16 impérial ;\n                                           tiré à 250 exemplaires numérotés sur\n                                           papier de Hollande Van Gelder. Fr. 3 ,5 0\n\n\n       G eorges M arlow :                  L ’Ame en E xil.\n                                           Un cahier de vers, in 12° raisin oblong,\n                                           tirage à 250 exemplaires numérotés,\n                                           sur papier de cuve Ingres teinté.\n                                                                                                                                       BRU XELLES\n\n\n\n\n                                                                            Fr. 3 .0 0\n                                                                                                                                       ANVERS :\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                   :\n\n\n\n\n       L éon P a s c h a l :               Paroles intimes.\n                                                                                                                                                                   GAND\n\n\n\n\n                                           Un volume de proses, tirage limité,\n                                           format in-16°, sur papier de cuve\n                                           I n g r e s .......................................... Fr. 2 .0 0\n"}, {"page_pdf": 365, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4509, "texte": "     HOTEL ET RESTAURAIT DU PRIEE IMPERIAL\nDOUVRES                                    Q U A I D E L ’A M I R A U T É                                                  DOUVRES\n                                  Près le Port et les G ares de Chem in de F e r - Vue de la M e r\n         TENU               PAR            G. N . C O N R A D I ,                         d e p u is                      1 8 6 9\n   C u isin e fr a n ç a is e .   • P r i x modérés. -       B o n s lits et bons v in s.             -       O n y p a rle F r a n ça is.\n\n\n\n\nMAES & FILS                                                                     PAUL                                                     BO\n                                                                                                                                          S\n                                                                                                                                          D\n                                                                                                                                          Y\n                                                                                                                                          E\n                                                                                                                                          N\n                                                                     E   N      G    L     I S            H           T   A    I L   O   R\n  F A IE V O E S              A R T IS T IQ U E S                                        Rue des Fripiers\n      MONT-ST-ÀMAND l e z - G A N D\n\n                                                                                    V iennent de paraître au\n\nCHAPELLERIE VAN D ED ILD E MERCURE DE FRANCE\n             Boulevard du Nord, 24\n                                                                                     P ie r r e   L o u ijs       :   Aphrodite\n         B    R     U     X       E   L    L   E   S                      R .   d e G o u rm o n t :          L e Pèlerin du Silence\n\n\n\n\n  Journal des Artistes                                              L E L I V R E D ’A R T\n                                                                                                          (Paris)\n             (H ebdom adaire — Paris)\n                                                                    «MENSUEL ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE\n1 a n : 15 fr. — F r . 0 .2 5 le n u m éro                         1 a n : E t r a n g e r 15 fr. — F r . 1 .2 5 le\n                                                                                                      n u m éro\n\n\n   A LA BELLE JARDINIERE\nM A R C H E aux G R A IN S , 3, G A N D\n             A D . L E D A N T\n                                                                    IM\n                                                                     PRIM\n                                                                        ERIECENTRALE     G                A       N        D\n Confections pour Hommes et Enfants\n             G e n re g r a n d ta ille u r\n     Spécialité draperies Anglaises.                                  Spécialité d'éditions de luxe\n                                                                                                                                     VOL\n                        A S S U           R A N        C E     C O N T R E                   L E               V O L\n\n\nVOI                                    A S S U R A N C E D 'O B J E T S D ' A R T\n                  B R U X E L L E S — 4 , R u e de S u isse , 4 — B R U X E L L E S\n\n\n             L'ART JEUNE                                                         L ’E R M I T A G E\n 1 3 1 , R U E             ID E        B R A B A N            T\n                                                                           8, R u e J u l i e t te L a m b e r, 8\n                   BRUXELLES                                                                          PARIS\n             F r. 0 , 6 0             le num éro                                F B .    O.SO             £j33        N U M É R O\n\n\n\n\n                                      Lisez le PETIT                             BLEU\n         QUOTIDIEN                        B R U X E LL O IS         IL L U S T R É                ;       S     C E N T IM E S\n\n\n                  Imprim erie centrale G. D e Ke ukelaer e, rue lo n g u e du V e r g e r , 3 1 , G a n d\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 290, "texte": "                                                                                   LE\n R                        EVEIL\n  R     E     C  L MENSUEL\n                   U       E     I\n\n\n             DE LITTERATURE & D'ART.\n            M A I 1896                                                                     N ° 29 (Nouv. série)\n\n\n\n                                                       SOMMAIRE\n\n\n\n\n                       L es J e u n e s ............................................................D enis L alieu x\n                       M éditation en l’A ube de M a i........................F . Vielé-Griffin\n                       B onne-M am an p e r d u e ....................................B lanche R ousseau\n                       Cinq E n lu m in u re s................................................M ax Elskamp\n                       P ro ses de to u te E t e r n i t é ..............................Edm. D e B ruijn\n                       P o è m e s .................................................................. Edmond P ilon\n                       V ariations (à R o sin e )..........................................Camille             Delettreq\n                       N ouvelles de L o n d r e s ....................................Osman                   Edwards\n                       Chronique L i t t é r a i r e ..........................................Albert          Arnay\n                       N otules du m o i s ................................................M ath.              R obert\n\n\n                                          O rnem entations de Ch. D oudelet\n\n\n\n\n                                                                                        Ce numéro : fr. 0 . 5 0\n\n\n                       6e ANNEE                                                                  TOME VII\n\nI m p . C E N T R AL E ' G A N D     017 2 6 2\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "                LE R É V E I L\n                  (FLANDRE       ET WALLONIE)\n\n    MENSUEL DE LITTÉRATURE ET D’ART\n                          NOUVELLE SÉRIE\n\n  P a ra ît le dernier jo u r du mois en fascicules de\n                     60 ou 80 pages\n\n\n      Abonnement : UN AN, 5 fr. (étranger 6 fr.)\n\n\n               D irecteur : A l b e r t A R N A Y\n\n       Secrétaire de Rédaction : M a t h R O B E R T\n\n   Adm inistrateur : M a u r ic e V A N D E R M E Y L E N .\n\n\n\n         Comités de R édaction et de P ropriété :\n\nGeorges Angelroth, Paul Arden, Albert A rn ay, F lo ren t B o s­\nsaerts, Charles Bronne, Cyriël Buysse, A rthur Daxhelet,\nLucien Do Busscher, Charles Delchevalerie, Edmond Deman,\nPierre D evoluy, Auguste Donnay , Georges Dwelshauwers,\nMax Elskamp, Georges F lé, André Fontainas, Charles Frappart,\nGeorges Garnir, Paul Gerardy, Edmond Glesener, Albert\nGuéquier, Auguste Henrotay, A . Ferdinand Herold, Louis\nHirsche, Auguste Jenart, Georges Khnopff, Denis Lalieux,\nAlfred L avach ery, Richard Ledent, Georges Lemmen, Grégoire\nL e Roy, Maurice Maeterlinck, Georges Marlow, Antonio Marquèsj\nHenry Maubel, Stuart Merrill, Albert Mockel, Stéphane Montjoie,\nPierre M. Olin, Léon Paschal, Armand Rassenfosse, Edmond\nRassenfosse, Henri de Régnier, Victor Remouchamps, Stéphane\nRichelle, Math. Robert, Georges Rodenbach, Fernand Roussel,\nAlbert Saint-Paul, Rodrigue Serasquier, Charles Sluyts, Arthur\nSouchor, Maurice Vanderm eylen, James Van Drunen, Emile\nVan Heurck, Charles Vanlerberghe, Théo Van Rysselberghe,\nEm ile Verhaeren, Francis Vielé Griffin.\n\n\n\n   Le Réveil ne publie que de l’inédit.\n   L es articles qui y paraissent n’engagent que les signa taires— la\nrevue étant du reste ouverte à toutes les tendance;, s ans distinc­\ntion de genres ou d’écoles.\n   T ous les manuscrits, livres et revues doivent être adressés au\nDirecteur : 64 rue Kessels Bruxelles.\n   Pour tout ce qui concerne l’Administration écrire à M. Vander ­\nmeylen A venue de l’Hippodrome n° 30 B ru x elles.\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                     LES JEU N ES\n\n\n\n   Q ue n’en a-t-e n pas dit, que n’en dit-on pas sur tous\nles tons et tous les jours ! A entendre les graves cri­\ntiques — ceux qui mutuellement s’estiment « autorisés » —\ntout jeune homme épris d ’autre chose que des banalités\ncourantes serait un grotesque m iso g y n e , un équivoque\nalchim iste s’adonnant à des nébulosités sans nom.\nE sprits obscurcis avant l’âge, âmes mortes, cœurs sans\némois — telles sont les étiquettes que l’on se plaît à nous\nappliquer. Encore oubliais-je de recenser notre absolue\nignorance, car il paraît que nous ignorons tout et que\nnous sommes fort mal venus à vouloir prétendre au plus\n léger savoir...\n    Sans doute, ces menus propos, que ceux-là mêmes qui\nnous accusent de manquer de sérieux prodiguent, en\nriant sous cape, à leur trop bénévole clientèle, ces\npropos ont été maintes fois relevés ainsi qu’il convenait,\n c’est-à-dire avec une belle indignation, fervente et\n convaincue. Il n’ y a pas longtem ps, à cette place,\n M . A ndré L eb ey , sans gan ts et sans mitaines, disait à\nl’auteur des Ro ugon ce que cet écrivain d ’hier nous a\nforcés à penser de lui. Cependant, en laissant de côté le\n candidat perpétuel à l’immortalité quand même, il est\n                                                   22\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "270                      LE RÉVEIL\n\n\n\nbon de répéter ce que l’on semble ne vouloir pas\nentendre. L es Jeunes ont ce droit et même le devoir\nde défendre obstinément les destinées nouvelles qu’il\nleur est réservé d’ouvrir. Cela d'ailleurs ils le peuvent\nsans se départir vis-à-vis de leurs aînés du respect que\nd’aucuns m éritèrent et auquel il est toujours beau de\nne pas déroger.\n   Vraim ent il suffirait d’un peu de clairvoyance pour se\npersuader que le mouvement littéraire encore à son\naurore est tout juste le contraire de ce que les chers\nbonzes prétendent. Loin d’être en hostilité avec l’époque,\nce mouvement en constitue, par certains côtés, le fidèle\nreflet. L es romantiques épris d’actions éclatantes, de\nchimériques aventures, d ’épopées vertigineuses — dont\nils avaient en quelque sorte sucé la nostalgie (Musset\nd ixit, avec le lait maternel — ne pouvaient être différents\nde ce qu’ils ont été L orsq u ’il fut avéré que rien ne\nressusciterait des splendeurs passées, lorsque la vacuité\napparut d'une vie sans avenir et sur laquelle le ciel\npesait comme une menace, Baudelaire chanta ou plutôt\nil exhala ces plaintes fières où l'on perçoit toutes les\ninquiétudes de la jeunesse du temps. L e P a rn a s s e ? Si\nl’on ne veut y voir une nécessaire réaction contre la\nveulerie d'écrivailleurs plus ou moins officiels, il n'est\npas difficile de l ’expliquer, avec une pointe de paradoxe,\nen faisant appel à des considérations fort étrangères\nà la littérature. M ais depuis lors des idées inédites, des\naspirations précédemment inconnues se sont révélée;..\n Un désir de vie plus libre, d’épanouissement sans con­\ntrainte, de latitude et d'espace, un désir combien v if de\nrenouveau, de printemps spirituel et d'âme a jailli au\nfond des êtres. T rop longtem ps ce fut la nuit et l'âme\nhumaine n’est pas faite pour les ténèbres. Voici qu’elle\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                          M AI   18 96\n\n\n\n\n  a disjoint les pierres des vieilles tours où des vouloirs\n  hostiles l’emprisonnèrent et elle s’élance vers la lumière,\n  vers la vivifiante, vers la radieuse lumière !\n     Il n’est possible à personne de prévoir avec quelque\n  certitude ce qui restera des nombreuses œuvres littéraires\n  que des éditeurs avisés ou routiniers publient journelle­\n ment. Certains censeurs cependant vont jusqu’à pré­\n tendre que la Postérité n’en redira que d ’infimes\n fragm ents. N otre fin de siècle, proclam ent-ils, n’a rien\n produit de décisif. E t de jeunes chroniqueurs font\n chorus. M . Jean V iollis dernièrement s’y prêtait dans\n une revue nouveau-née de Toulouse. M ais ceux-là\n même qui affectent pareille sévérité doivent reconnaître\n que les poètes d’aujourd’hui ont singulièrement affiné\n la langue, qu’ils en ont fait valoir davantage toutes les\n ressources, qu’ils ont tendu jusqu’à les rompre toutes\n les cordes de la lyre Jamais les chanterelles n’avaient\n eu des sonorités si claires et les notes graves jamais\n n’avaient atteint d’aussi lointaines profondeurs. Q ue de\n recoins de m ystère et d ’éternelle rêverie se sont, par ce\n seul prodige, comme à l’audition suggestive de cer­\ntaines musiques, tout-à-coup révélés aux lecteurs\nattentifs! D es floraisons inouïes, du fond des solitudes\npsychiques, ont éclos sous nos veux leurs printanières\ncorolles En admettant que ce ne soient là que des\nprémisses, n’est-ce pas suffisant pour que, dans notre\nhistoire littéraire, dans l’histoire de la littérature\nfrançaise, les récents efforts vers le M ieux ne puissent\nêtre négligés?\n    C es efforts autre chose les distingue: c ’est qu’ils\ns ’attestèrent en toute liberté. V oilà surtout qui ne\ns’était jamais vu. T ou jou rs il y eut des genres, des\nmodes, des écoles, l’on ne sait quels im périeux mots\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "272                       LE RÉVEIL\n\n\nd ’ordre donnés par les dispensateurs patentés du succès\ntu de la gloire. iL fallait rester dans les rangs, marcher\nà la suite d'une bannière connue — et reconnue —\nemboîter le pas à tel chef de file dont c ’était l’heure\nde régn er... en attendant qu’un autre prit la place.\nPareilles erreurs n’ont plus cours à présent. O n a enfin\nadmis que les règles ne servent de rien — ou du moins\nqu’elles doivent aider à l’expression de la personnalité\net non pas l’entraver. H é ! certes, sous peine de ne plus\ns’entendre, des conventions linguistiques sont néces­\nsaires et il ne s’agit pas de vouloir sans réflexion faire\ntable rase de toutes. M ais quant à l’ordonnance même\n— vers libre, vers régulier, prose rythm ée ou dire\naustère — qu’importe ! A y e z du talent de quelque\nmanière que vous le vouliez... ou le puissiez. Nous\nexigeons d ’un auteur qu’il nous émeuve. C ’est notre\ndroit. D ’autre part, c ’est le sien de recourir à cette fin\naux moyens qui lui semblent le mieux indiqués. Une\nœuvre d ’art vaut, non pas par la prédominance de l’un\nou de l’autre procédé, mais par le nombre de sensations\nqu’elle procure, par cela seul qui chante en l’esprit du\nlecteur lorsque, le dernier feuillet lu, il se recueille —\npieusement.\n   E t l'art nouveau sait chanter d ’une voix vraiment\njuvénile et claire et heureuse de s’ouïr. L a génération\nprécédente de poètes, s’absorbait dans la contemplation\nd’impavides attitudes. E lle haïssait le mouvement et\nvoulait que la beauté fût de silence et immobile — et\nqu’un voile de mélancolie ou de désespérance interceptât\nl’éclair de ses yeu x. L e « Sois charmante et tais-toi », le\n« J 'a i p lu s de souvenirs que si j'a v a is m ille ans » de\nBaudelaire en furent le vrai credo ; l’artificiel plus que\nl’harmonieuse réalité les requérait. N ous ne nierons pas\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "                         m a i 18 9 6                   2 73\n\n\n\nle talent, voire le génie, de certaines œuvres que ces\nidées régirent. Malheureusement,, elles sont trop loin de\nla nature et toute littérature qui s’en écarte ainsi perd\ndu coup son plus v if joyau.\n    C ’est ce joyau que les Jeunes ont retrouvé et dont ils\nont paré le front charmant de la déesse. Dans la plupart\ndes œuvres des derniers venus, un identique élan\ns’indique vers les choses ambiantes : sites où c ’est la\ngloire des forces m ystérieuses éparses sous l’azur !...\nE t cela sent bon le soleil, la brise parfumée et cela\némeut doucement parce que frais et rieur et limpide —\nparce que l’amour vrai y éperd ses balbutiantes\njoliesses. L ’ Am our? H é! bien, oui. On a prétendu que\nc ’en était fait et peut-être, à tel moment, l’avons-nous\ncrû nous même. D uplicités, m archandages, étreintes\nhypocrites et mollasses abandons : ainsi pouvait-on en\nétablir le bilan. L e reste? L es beaux esprits le trou­\nvaient non pas naïf mais pire et tel qui ne l’admettait\npas opinait encore, par cant. Pourtant c ’était la\nmeilleure part qu’ainsi l’on dédaignait. E t c ’est à cette\nsim plicité bonne, sans grandes phrases, sans gestes\néperdus, que les jeunes écrivains, tant décriés, par de\nmultiples détours lentement nous ramènent. L a Eoule\nleur devra bientôt de saluer à nouveau les aurorales\nvoies d ’où les esprits moroses l’exilèrent.\n    Evidem m ent, cette ère nouvelle pas plus que la\nprécédente ne sera stable. Un jour viendra où, pour le\nseul plaisir de changer, les règles seront reprises, où\nles artistes, las de trop de liberté, restaureront toutes\nles contraintes contre lesquelles ils luttent si courageuse­\nment maintenant. C eux qui prophétisent ce revenez-y\nsavent bien qu’ils ne courent pas grand risque de se\ntrom per. M ais en quoi ils se trom pent, c ’est en disant\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "274                    LE RÉVEIL\n\n\n\nque ce sera un juste retour des erreurs contemporaines.\nA u contraire, c ’est alors seulement que l’on fera, que\nl’on refera fausse route. L ’erreur est de réfréner les\nbelles aspirations que l’on sent naître en soi, de les\nassujettir à des théories, à des préceptes uniformes et\nvains. E t si la vérité peut être de ce monde, c’est sur\nnos horizons, comme un prestigieux astre d ’or, qu’elle\na paru et qu’elle brille — les Jeunes!\n                                   D e n i s L a l ie u x\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "                           MAI 1 8 9 6                     275\n\n\n\n\n       M É D I T A T I O N E N L ’A U B E D E M A I\n\n\nL a douce chose que ceci :\nm ê l e r les roses a u x soucis,\nL e rêve au rire, l ’espoir au doute,\nE t d ’effeuiller sur toute route\nL a grappe lourde des lilas\nE n p lu ie légère de pétales\nSe fo n d a n t, couleur d ’ombre, en l ’ombre matinale\n A u g r é de la brise qui dit tout bas\n— E n tre les roses et les lilas —\nL a vieille strophe des P oètes...\n\n\n\nL e soir le p etit livre où chante encor P étrarque\nSonne sous des mains fr ê le s , comme un clavecin ;\nL e L ac, où goutte encor la rame au fla n c des barques,\nE ntend les vieux grands mots dont on rira demain ;\nE t L a Bonne Chanson tremble a u x lèvres nubiles\nD ’un fr isso n d'ailes d'or posé au cœur des roses ;\nE t n'aurons-nous rien dit que chantent, au soir, les fille s,\nQuand la brise de m a i ouvre leur bouche close\nD u long baiser des fle u r s que la nuit éparpille ?...\n\n\nL es mots les p lu s d o u x balbutient\nE t la jo ie est muette :\nI l n'est pas de p a role en quoi l'A m o u r se f ie\n  Avec son pas f u r t i f et sa lèvre inquiète ;\nE t, si l'A mour survient, le livre du poète\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "276                       LE RÉVEIL\n\n\n\nGlisse à terre et s'effeuille,\n Avec la rose et le lilas — espoir et d eu il —\nE t la chanson humaine se tait devant la V ie.\n\n A u be de m a i , auréolée du vieu x d é lic e !\n\nTu sais bien que ma haine et mon am our complices\nO nt f a i t ma route droite et fleurie comme un sceptre\nOù, sur le velours blanc de la poussière lisse,\nL'om bre des fe u ille s bleue sème des F le u r s de L y s ;\nJ ’y ai m arché sans honte à la victoire inepte;\n\nCar j e sais qu'au dehors, où le matin est seul,\nL ’arbre p a rle et la p ierre est vivante.\nE t j e vais saluer avec la voix des plantes\nL ’auguste droit d ’aînesse du chêne et du tilleu l ;\n\nN o tre fo i sans orgueil, lasse d'humanité,\n    appelle p lu s l'espoir du f o n d des fo u les hâves :\nL a N ature est tragique en l'ingénuité\n De son rêve éternel, im périeux et grave ;\n\nL e sanglot de la V ie énerve, ou s'interprète\nComme la jo ie suprême et le but surhum ain ;\nM a rch erio n s-n o u s encor vers l'aube des demains,\nm e n d ia n t de sa joie et lu i tendant la main\nSans voir la vanité de la vieille requête?\n\nQue la main qui se ferm e et qui se crispe est p lein e\n— C'est soi qu'on doit flé c h ir et non les astres —\nQue c'est du cœur humain que sourd la jo ie humaine,\nQ ue l'aube est impuissante en sa g lo ire sereine\nA pallier, si l ’âme est veule, son désastre;\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                          M AI   18 96                           277\n\nQue tout n’est pas de vivre, une heure et ju s q u ’au bout,\nL e p etit chemin vert où l'Am our rit dans l ’ombre,\nOù l'on cu eille à sa fa im des fr u its amers ou doux,\nE t de s'asseoir au carrefou r où l'on f ait nombre ;\nm a i s que la m o r t fra p p a n t la V o lo n té debout\nF a it, du revers bruni de sa f a u x qui frisso n n e,\nL u ire vers l ’avenir humain éclos de nous\nL a seule jo ie de vivre et de m ourir en hommes.\n\n                           F rancis V ie l é - G r i f f i n .\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "278                     L E RÉVEIL\n\n\n\n\n             B O N N E -M A M A N P E R D U E\n\n                                         à Francis Nautet.\n\n   J ’ai entendu raconter, jadis, qu’une petite vieille\nfemme de chez nous, nommée bonne-maman à cause de\nson grand âge, et peut-être aussi peur la douceur d ’un\nsourire, épanoui dans l'entrecroisem ent d’un millier de\nrides, j ’ai entendu raconter que petite bonne-maman\ns'était perdue un jour, un jour de neige où le village\nsemblait poudré de sucre et où, dans les chemins soli­\ntaires, on ne pouvait se reconnaître, ni si le ciel était\nbien le ciel tant il ressemblait sans les pointes habituelles\ndes jolis toits rouges, à une grande mer de brouillard\ntout près d’envahir la terre.\n   C ’était un Dimanche ; il avait neigé toute la nuit et\nbonne-maman avait mis son châle bleu à fleurs jaunes,\nscs souliers fourrés et sur sa tête le plus beau des\nbonnets, celui aux larges rubans qui, noués sous le\nmenton, semblent un immense papillon agitant les ailes\nsur une jolie fleurette séchée. E lle était partie au matin,\nà l ’heure où la maison s’éveille au chant des trois canaris\njaunes, s’égosillant dans la cage qu’on a vue de tous\ntemps pendue au mur de la cuisine — et déjà la vache\nmugissait dans l’étable tandis que la servante, M arianne,\nencore mal éveillée, ouvrait les volets du salon... Des\nfemmes en bras nus apparaissaient au rideau levé d ’une\nfenêtre, s’habillant pour la g ran d ’messe, et, bien qu’il\nfût très tôt, Joseph et Pierre et Antoine, les enfants\ndu brasseur, se lançaient des pelotons de neige à\ngrands cris caChe-nez envolés, derrière le mur du\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "                        MAI 1896                       279\n\ncim etière, là où court cette ruelle malpropre qui semble\nle paradis des enfants de l’école.\n    Car elle habitait, petite bonne-maman, sur la place\nmême de l’église et du cim etière, une maisonnette à\nvolets gris tranchant sans dureté sur le jaune fané de la\nfaçade... deux marches étaient devant la porte, où\nsautillaient constamment trois ou quatre vieilles poules\net un coq sans queue... un peu plus loin un petit tas\nde fum ier... mais cela n’était qu’une basse-courette\npour rire, car derrière la maison il y avait une vraie\ncour avec un hangar, un rang pour le porc, une étable\noù M ichette ruminait tranquillement, et parfois on\napercevait sa tête, passée par le carré découpé dans la\nporte .. O ui, dans les soirs d ’été, bien souvent je l’ai\nvue ainsi, la bonne vache rousse, regardant de ses gros\nyeu x étonnés vers le porc folâtre se vautrant dans le\npurin ... et plus loin, vers le clocher de l’église, élancé\n sur le fond vert d’un bois de sapins en pente, et plus\n loin encore, là où les prairies s’indéfinisent, roses,\nmauves fondues vers le ciel pacifique.. Cela me donnait\nmême une étrange impression ; en la voyant ainsi, ses\n bons yeu x étonnés, daNs la cour où sèche un linge bien\n blanc sur des cordes tendues .. en voyant le toit, les\n volets gris, les deux marches de pierre un peu usées,\n rassem blem ent de ces choses, à ma grands surprise,\n formait bonne-maman, tout comme si elle eut été faite\n d ’elles, et en voyant bonne-maman, son sourire ridé,\n le papillon de son bonnet, ses petites mains semblables\n à des pétales de rose si longtem ps restés dans un livre\n de prières qu’ils en seraient tout racornis... en la\n  voyant ainsi, un peu courbée et toute gentillette dans sa\n  grâce fripée, je songais aux volets gris, aux poules\n  qui picorent devant la maisonnette, à la bonne vache\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "280                     LE RÉVE IL\n\n\nqui interroge un bout de ciel derrière le clocher de\nl'église...\n   M ais, ce matin-là donc, il avait neigé beaucoup, et le\nclocher était tout blanc sur les prairies blanches et le\nciel blanc, et le village semblait faire sa première com­\nmunion et attendre, bien patiemment, que le bon Dieu\ndaignât descendre. Bonne-maman m archait vite, d ’un\npas sautillant et menu, ses yeux ronds, son nez moqueur,\ntoute son allure alerte et provocante lui donnait un peu\nl’air d’un de ces moineaux francs qui viennent picorer\ndu pain sous vos fenêtres et parfois agitent la queue\navec des « cu ic... cu ic... » m oqueurs; elle tenait sa\nrobe d ’une main et si retroussée qu’on voyait plus haut\nque la cheville ses jambes de poupée couvertes de bas\nviolets — oh ! jolies et douces petites jambes violettes !\npetits évêques moqueurs, petits évêques d e fleurs et de\npierrots qui s’en iriaient vite, vite, à travers l’hiver...\n Dans l’autre main, elle tenait bien serré un grand\nparapluie de coton, et, tout en marchant, parlotait,\navec le parapluie, avec la neige, avec les bas vio lets...\n « A i-je la clef de la m aison ? — Oui ! la vo ilà...\nM arianne, pour sûr, oubliera de fermer l’étable et ma\npauvre M ichette va g eler... Tiens, me voici déjà à\nla ferme ! Allons, je marche encore bien, mais le blanc,\ncela fait mal aux yeux ! » — Bien que tout cela n’eût\nrien de très gai, elle riait, pourtant, riait de toutes ses\ngencives, de la fine pointe frangée de son châle, ses\nmains riaient dans les gros gants de trois couleurs,\net ses cheveux ! les bouclettes d ’or éteint, qui frétil­\nlaient, petites vieilles évaporées, tout follement sous la\nruche du bonnet...\n    Comme elle allait ainsi, elle rencontra des gens qui\n la saluèrent: « A h ! bonne-m am an!... voilà bonne-\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                          MAI 18 9 6                     281\n\n\n\n\nmaman en route ! — E t où allez-vous comme cela,\nbonne-maman ? — Bonne-maman, faites bien attention,\nla neige est si épaisse... vous pourriez vous perdre ;\nles meilleurs yeux ne s’y reconnaissent plus aujour­\nd’hui... »\n     « Vraim ent non, les meilleurs yeu x ! » disait bonne-\nmaman avec son fin sourire... « E h bien, les miens\nvalent mieux que ceux-là, voilà tout, mon garço n ... »\n     E lle repartait, sautillante, et pas plus pesante sur la\nneige que ces petites femmes découpées en papier, et\nqui dansent en se tenant la m ain... Vraim ent pour ceux\nqui s’arrêtaient à la voir s’en aller, elle avait la tour­\nnure fantasque et drôlette d ’une vieille en carton\np ein t... E t de très loin surtout, le parapluie profilé, le\nnez crochu, la ruche, la jambe violette, quand elle\nn’était plus qu’une minuscule vieille, bibelot d ’étagère,\ntoute prête, semblait-il, à s’évaporer dans la brume\nfondante du ciel .. Elle n’avait cure des avis, mais elle\nrencontra d ’autres gens qui l’avertirent encore et qui\nlui disaient des choses à hausser les épaules, avec un\nair sérieux, et un jeune paysan joufflu lui cria, en\npassant : « — Bonne-maman ne dépassez plus le cal­\n vaire ! P ar delà, vers le bois d’H ayette, la route et les\n champs se confondent. Personne, depuis hier, n’a osé\ny passer, et aucune trace ne peut vous indiquer le\n chemin. » — Sans répondre, bonne-maman hochait le\n m enton... le papillon, dessous, battait des ailes ironi­\n quement : A h ! ils avaient peur pour elle, comme si\n c ’était à son âge qu’on allait ne plus connaître les\n chem ins... comme si elle allait se perdre sur les routes\n qu ’elle faisait quand elle était encore une toute petite\nfille... A h ! cette jeunesse, cette jeunesse avec ses\nconseils ! . . E t tintem ent ironique des volets gris deux,\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "282                     L E R É V E IL\n\n\net les petits évêques mettent la crosse en l’air et se\npoussent du coude, et voici que j ’ai vu dans l’entre-\nbaîllement de la porte le museau fûté d’une souris,\ntandis que le chat dort, couché en rond sur le toit du\nhangar.\n\n    Cependant, bonne-maman était arrivée au calvaire,\nprécisément à ce calvaire qu’on lui avait tant recom­\nmandé de ne pas dépasser. C ’était, dans un enfoncement,\nune grande croix où un Christ à longs cheveux achevait\nde mourir. — D e très loin s’apercevaient les deux bras\nouverts, et peut-être était ce la bénédiction du village.\nBonne-maman monta, en soufflant, la petite terrasse où\non avait planté la croix depuis des temps oublies ;\nelle se mit à essuyer, avec son mouchoir rouge, de\nl ’eau sale dégouttant mélancoliquement du front et de\nla bouche entr’ouverte, et comme elle faisait ainsi, il lui\nparut soudain voir un sourire navré passer sur le visage\ndu Christ .. Mais ces sortes de choses sont presque\ntoujours imaginations de vieilles gens, et elle n’y\nsongea plus aussitôt... Elle s’arrêta devant le Christ à\ndire un pater, et plus elle le regardait, plus elle s’as­\nsombrissait de la tristesse de son pauvre corps torturé\n— car un souffle de peine, lourd et venu on ne sait\nd ’où, avait frôlé soudain la cage tiède où son cœur\nvoletait si également de barreau en barreau ; et voilà\nqu’il s’était arrêté sur un bâton tordu, à regarder\nentre les fils de fer, la neige et les nuages gris.\n    Peut-être, en ce moment, bonne-maman eut-elle le\nsentiment d ’un danger proche. — Autour du chemin\nqu ’elle venait de parcourir, d’autres chemins rayon­\nnaient, cachés à sa vue par des talus et des monticules\noù des buissons décharnés secouaient des fils de glace.\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                         MAI 1896                      283\n\n\n\n Il y avait des routes et des sentiers qui t ous aboutis­\nsaient au calvaire, pourtant, en se retournant, bonne-\nmaman ne pouvait voir d’où ils venaient, car ils\ns ’enfonçaient brusquement et comme dans un gouffre,\net ainsi passait aussi la route d’où elle venait... M ais\ncela n’était pas encore trop effrayant, car c’étaient des\nchemins bien tracés entre des talus et qu’il était im pos­\nsible de ne pas retrouver, mais ce qui était terrifiant\nc ’était cette vaste plaine de neige qui s’étendait de\nl'autre côté, uniformément bleue et lisse, sans un arbre,\nsans une maison, où un soleil blanc faisait scintiller\ndes paillettes comme des larmes .. Ah ! dans les chemins\nenfoncés, là-bas, il devait passer de bonnes gens, des\npaysans en blouses soufflant dans leurs doigts et des\nfillettes en capelines rouges - car précisément sonnait\nle dernier coup de la messe - dreling ! dreling ! —\ntoutes les cloches ensemble, et si lointaines, semblait-\nil, si lointaines, comme une petite voix joyeuse qui\nrirait, sous un pont, à l’autre bout du m onde...\n    Bonne-maman restait, indécise, appuyée à la croix ;\nla neige s’était remise à tomber, en ronde échevelée, et\nl e grand parapluie refusait de s’ouvrir. — N e ferait-elle\npas mieux de s’en retourner tout simplement, aller dire\nson chapelet dans la vieille église à sa place habituelle,\n sous la chaise, les pieds enfoncés dans le paillasson de\nlaine? Peu à peu, comme elle pensait ainsi, toutes choses\nse transformaient autour de bonne-maman, et voici\nqu’elle se trouve devant l’autel et la vierge aux yeux\ncandidement levés, et les paysans arrivent par groupes,\ntandis que les enfants se tassent sur les bancs et se\ndétournent en reniflant pour vous regarder entrer... E t\nM onsieur le Curé apparaît justement à la porte de la\nsacristie, très imposant avec son gros ventre, sous la\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "                          LE RÉ V E IL\n\n\nchasuble et le surplis... l’enfant de chœur, derrière lui,\nagite la sonnette, et un mince rayon de soleil glisse par\nles vitraux à travers la neige. — M ais voici une agita­\ntion, des rires étouffés, les filles pouffent dans leurs\nm ouchoirs... A h ! c ’est ce coquin de Tom , le chien du\nboucher, il s ’obstine chaque dimanche à suivre son\nmaître à la messe, et le voici arrivé presqu’au pied de\nl'autel : « Allons, Tom , d eh ors!... Non vilaine bête !... »\nC h u t!... l'orgue commence, scs petites notes cassées\npleurent dans l’église avec un son de trom pette vieil­\nlotte. .. E t au dessus de tout cela, ding, dong, dreling ! !...\nles trois cloches ensemble qui échevèlent leurs voix par\nla cam pagne...\n   Certes, en temps ordinaire, bonne-maman ne se fût\npas obstinée ; la vue seule de la grande nappe de neige\noù nulle trace de chemin n’apparaissait, rien que cette\nvue l’eut fait revenir très agilem ent vers le village.\nSans com pter encore que les cloches l’appelaient, oui,\nappelaient bonne-maman avec une voix humaine :\n« Bonne-maman ! petite bonne-maman ! revenez ! —\ndreling, dreling ! — Voici que M onsieur le Curé entre\ndans la sacristie et qu’il décroche le su rplis... E t les\nenfants de cœur versent l’eau et le vin dans les burettes\net le clerc est monté à l’orgu e... Revenez, petite bonne-\nmaman, revenez! revenez! re-ve-nez!... dreling! dreling!\ndreling ! » T o u t cela, certes, l’eut décidée sans la\nmoindre hésitation, mais voilà ! bonne-maman était\norgueilleuse ; dans sa si jolie tête de vieille, toute fleurie\nde bon sens, l’orgueil avait poussé, Dieu sait comment,\nainsi l’on voit la folle-avoine faire poindre une tête effron­\ntée entre les épis de froment si droitement alignés. « — Si\nje reviens, » pensa bonne-maman, « ils vont se moquer\nde m oi... O ui, Jacques et L ouis qui courent si hardiment\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                        MAI   1896                     285\n\nderrière les filles à la kermesse et rient des vieilles\ngens; pour sûr ils se moqueront de moi, ils diront\ndemain, à la fabrique : « Bonne-maman n’a pas voulu\nnous écouter, mais elle a eu peur quand elle a vu la\nneige... O ui, elle a méprisé nos avis et elle s’en allait\nfièrement, avec son beau bonnet et son châle à franges\net vous auriez dit une grande dam e... mais, un peu de\nneige dans le chemin, et elle est revenue bien v ite ! —\nNon, ils ne riront pas de moi. » pensa bonne-maman peu\nsagement, et la voici partie, droit devant elle, dans ce\nqu’elle supposait devoir être une rou te...\n   J ’ai entendu dire qu’au moment même où elle s’avan­\ncait vers la plaine, les cloches s’étaient mises à sonner\nplus vite, non ensemble mais l’une après l’autre et puis\nla dernière éperdument, éperdûment, jusqu’à ce que sa\nvoix se brisât et m ourût...\n\n   Bonne-maman était donc partie, au hasard, sur la\ngrande nappe blanche... E t où m archait-elle, à présent?\nétait-ce la rou te? Etait-ce un cham p? Vraim ent on\nn’eut pu le dire. Si épaisse était la couche de neige\nqu’il était impossible de distinguer en dessous les pavés\nou la terre durcie — mais pour rien au monde elle\nn’eut convenu de cela. E lle pensait : « Je suis sur le\nchemin : ici, la terre du fermier, à gauche le pré de\nJean ... en allant toujours tout droit j ’arriverai dans\nune demi-heure. Dans une petite demi-heure je vais\nvoir apparaître les premières maisons. » — E lle pensait\nainsi, pas trop sûre tout de même, et m algré les\nlamentations de petite dame raison qui protestait, dans\nun coin de son âm e... E lle pleurait, la pauvre dame,\nson tablier sur sa tête, appuyée à la barre du poêle...\n« Je vous dis, bonne-maman... » A h ! oui, personne\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "286                     L E RÉV E IL\n\n\nne l’écoutait ! et le lutin de l’entêtement, à califourchon\nsur une flamme, se moquait d’elle et lui jetait des\npoignées d’étincelles au visage ; et bonne-maman le\nlaissait faire, bien qu’elle eût un peu honte, connaissant\npar son ange gardien que la bonne dame disait des\nchoses sensées. — E lle laissait le lutin se moquer et\ntirer la langue, sachant bien que pour cela elle méritait\nun châtiment.\n   Cependant, quand après avoir marché vingt m inutes...\npuis vin gt-cin q... puis une demi-heure bonne-maman\nn’aperçut toujours rien, elle eut un frisson de peur qui\nla secoua de la tête aux pieds ; mais, même en frisson­\nnant ainsi elle se disait encore : « Je ne crains rien,\nje ne suis pas perdue... peut-être me suis-je un peu\nécartée de la rou te... En obliquant à droite je ne peux\nmanquer de la retrouver et dans cinq... non, dans dix\nminutes, je verrai des toits et des arbres... » car elle\nétait plus têtue et déraisonnable qu’une enfant mal\nélevée. — E lle marcha donc à droite, et quand elle eut\nété ainsi pendant bien plus de temps qu’elle n’avait\npensé, devant et derrière, et des deux côtés, la grande\nplaine de neige continuait de s’étendre, implacablement\net touchant le ciel par tous ses bouts. — A lors elle\ndut bien se d ire : « Je suis perdue... et pleurer dans\nson cœur des larmes gelées et misérables.\n\n   Je ne vous souhaite pas de connaître jamais l’horrible\nangoisse qui plia l’âme de la pauvre vieille, quand\nelle se vit perdue et seule sur l'immense étendue bleutée\noù elle n'était pas plus de chose qu’un caillou noir, pas\nplus grande ni importante qu’un petit berger d’arche\nde N oë enfantine, jeté sur une pelouse de n eige...\nEncore, s'il lui était donné tout-à-coup, de se dresser\n"}, {"page_pdf": 310, "texte": "                         MAI 18 96\n\n\nsur sa rondelle de bois, à force de sautiller sans repos\net sans découragem ent, le petit berger devrait bien\nfinir par se retrouver devant la maison ; mais hélas !\npour être de chair et d’os, les jambes de bonne-maman\nn’en allaient pas plus vite et allaient moins longtem ps...\nE lles avaient froid, elles se plaignaient, parfois même,\ncomme dans une velléité de révolte, semblaient ne plus\nvouloir avancer — « et que devenir, que devenir, se\ndisait bonne-maman, si mes jam bes ne me portent\nplus ? »\n   Elle revint en arrière ; la neige, à mesure, cachait les\ntraces de ses pas et elle allait mollement, car on est bien\nplus lourd et plus usé quand la confiance ne voltige pas\ndevant so i... C ’est une petite flamme rose qui badine et\nvous tire la langue, et, parfois vous mène dans des pays\nétrangers et très loin d’où vous deviez être, mais cepen­\ndant, tant qu’on la voit danser on ne se plaint de rien et\nla peine s’oublie, et on est prêt à la suivre encore,\nn’importe où elle voudra m ener... L a flamme s’était\néteinte depuis ce moment où, s’étant retournée, bonne-\nmaman avait vu la plaine indéfinie comme quelque\nmonstre prêt à l'en glou tir... et même avait-elle jamais\nbrillé sur la n eige?... Peureuse, elle était restée là-bas\naux pieds du Christ, et des petits oiseaux allaient s’y\nréchauffer.\n   D es images effrayantes se dressaient, une à une,\ndevant bonne-maman, à mesure qu’elle se décourageait\ndavantage, comme des êtres sinistres et méchants qui\ns’amuseraient à arracher par lambeaux sa pauvre âme\npeureuse... O h ! pour une si petite âme, c ’était une\nbien grande étendue de neige et de pensée... C ’était\nun bien grand ciel pour une petite âme habituée à le\nregarder à travers les vitres d'une fenêtre. — E lle en\n"}, {"page_pdf": 311, "texte": "288                      LE R É V E IL\n\n\nconnaissait un seul coin, celui qui s’étend au-dessus de\nla place et où le coq du clocher s’élance triomphalement,\nle même qui baise au front les bois de sapins et les\ntoits rouges. Ce ciel-ci était immense et sans je u x ...\nSon regard était la-bas, sans doute, posé sur la maison­\nnette ja u n e?.... Ici il n'y avait qu’un seul visage éteint,\nun immense visage penché, qui vous tuerait en vous\nbaisant...\n   Dans beaucoup de tableaux lugubres, obstinément\nune même pensée venait hanter la vieille, jusqu’à la\nfaire trembler sur scs jambes lasses. C ’était le souvenir\nd’un chien qui avait hurlé toute une nuit de Noël et\nqu’on avait trouvé m ort, gelé dans la neige, au m atin...\nA h ! ces hurlements lamentables et terribles ! E lle les\nentendait encore ! elle avait beau enfouir les oreilles\ndans son châle, ils grelottaient de plus en plus près,\net tout ce soir terrible reviva it... E lle se retrouvait\ndans son lit, dressée, une sueur au front, et voici que\nde nouveau, elle se levait en hâte, se penchait à la\nfen être: — « Est-ce toi Tom ?... » U n grand silence ;\ntoutes les vitres sont noires... des tas de neige semblent\ndes tombes .. la lune disperse de grandes plaques\njaunes, sur le sol... Comme la place ressemble à un\ncimetière et ces maisons silencieuses, n j dirait-on pas\ndes gens qui veillent les morts ? Comment avoir vécu\ntant d'années dans ce cimetière et le voir aujourd’hui\nseulem ent?... O ui, en te moment, c ’étaient ces choses\nqu’elle revoyait, et non seulement cela, mais des\nquestions absurdes venaient s’agiter devant elle, comme\ndes pantins sautant au b out d ’un fil... Qui était ce\nchien ? d ’où venait-il ? pourquoi avait-il hurlé précisé­\nment cette nuit de N oël — l’angoissant, elle seule, de\ntout le v illa g e ? ... Elle allait mourir, mourir comme le\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "                            mai   1896\n\n\nchien, peut-être pour ne l’avoir pas secouru .. On\nraconterait plus tard aux enfants comment petite bonne-\nmaman s’était perdue dans la neige pour n’avoir pas\nvoulu écouter la cloche qui lui disait de revenir...\ndreling ! ding ! ding !... oui, la voix d’une autre petite\nbonne-maman bien plus vieille encore et qui tricote\ndepuis toujours dans la tour de l ’église et avec des\naigu illes... d in g !... frappe l’annonce à la messe sur des\nportes de fer.\n\n    Voyez-vou s, elle commençait déjà à radoter un peu,\ncomme si la mort se fût hâtée d ’étendre un doigt sur\nson frêle cerveau... Elle serait sans doute devenue folle\ntout-à-fait, elle serait revenue au village tenir des\npropos idiots, semblable à ces vieilles en enfance que\nles gamins poursuivent de leurs m oqueries... Cette\ntriste chose aurait pu arriver si tout-à-coup u ne vue\ninouïe, éblouissante ne l’avait jetée en arrière... et\nc ’était tout simplement deux de ces gamins si cruels\nqui s’avançaient vers elle, en poussant devant eux une\nénorme boule de neige. L e cou tendu, les narines\ndilatées la vieille s’arrêta : « Joseph ! Antoine ! » elle\ncriait ainsi les premiers noms qui lui venaient aux\nlèvres, sans songer que ce n’étaient pas ceux de ces\npetits inconnus et qu’ils ne la comprendraient point...\n « Antoine ! Antoine ! » de toute la force de son âme\npalpitante.\n     Ces enfants n’étaient pas plus m échants que d’autres ;\n c ’étaient deux garçonnets qu’on avait envoyés jouer et\nils s’en donnaient à cœur joie. — Ils entendirent bien\ncette vieille crier vers eux, mais en quoi cela les regar­\ndait-il?... Ils s’appelaient Charles et P h ilip p e; ce\nJoseph, cet Antoine étaient sans doute deux petits\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "290                      LE R É V E IL\n\n\ngarçons méchants enfuis de chez leur grand’m ère?... Ils\nauraient bien pu s ’approcher de la vieille et tâcher de\nl’aider, car elle semblait bien vieille et bien seule dans\nla plaine. Ils pensaient ainsi dans le fond de leurs cœurs,\ndans ce coin caché, derrière le rideau que l’enfant Jésus\nseul connaît, et soulève parfois ; mais le jeu était si\namusant ! E t ils sifflotaient, évitant mutuellement leurs\nregards comme ceux qui savent mal faire; ils s’éloignè­\nrent ainsi, et comme iis s’en allaient, il parut à la vieille\nqu’ils poussaient son cœur, devant eux, son propre\ncœ ur, gelé, durci, énorme, bondissant sur la neige au\nhasard de leurs volon tés...\n\n   O r, voyez comme il ne faut jamais désespérer, c ’est à\nce moment où tout semblait perdu qu’un grand espoir\nnouveau jaillit. — E n suivant la trace de la boule de\nneige, bonne-maman retrouverait les enfants... qui sait?\nle village !.. Cette idée lui donna des jambes et des yeu x\nnouveaux, et la voilà partie, vaillante petite vieille, de\ntoute son âme partie vers le retour.\n   E lle était vraiment une petite bonne-maman nouvelle,\nrajeunie, et mille fois plus douce et plus forte que l’an­\ncienne, tandis qu’elle trottinait à travers mille réflexions\nprofitables. M aintenant, et tout à coup, les vilaines\nimages hurlantes s’étaient en allées de son cœur et\nd’autres visions toutes tièdes les avaient rem placées. . .\nO ui, et je crois que la flammèche rose revenait de loin\ndanser devant elle, car elle se penchait à tout moment et\nregardait la trace avec des yeux humides.. « A cette\nheure, pensait-elle, M arianne à fini de dîner, car il est\nbien p lus de m idi!... E t mon café chauffe doucement sur\nle côté du poêle. » Elle revoyait la cuisine, et les tableaux\nnoircis et la cage des serins. E t elle revoyait encore la\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                          M AI 1 8 9 6                     291\n\npetite cour, et elle-même jetant du grain aux poules. —\n« Eh bien! bonne-maman, comment cela va-t-il? » —\n« P as mal, P ierre, j ’en ai encore pour quelques ans...\n— E t vos enfants, bonne-maman? — E t C atherin e?... »\nE lle avait ainsi d’anciens menus propos tintant dans ses\noreilles. Oh ! les jolies clochettes fidèles ! P uis, tout à\ncoup, s’apercevant combien elle en éprouvait de plaisir,\nelle se disait : « Non, non, je ne reverrai plus tout cela !\nP etite bor.ne-maman, vous n'irez plus jeter le grain aux\np o u les!... « Elle tâchait de s’imaginer le village en émoi,\nles paysans partis à la nuit, avec leurs lanternes qu’ils\nlèvent parfois en criant bien haut : « Bonne-maman !__\np etite... bon ... ne .. m am an!... » E t elle prom ettait des\ncierges à la vierge, mais c ’était cela par jeu, car elle se\nsentait approcher, la trace se déroulait devant elle\ncomme un ruban, et c'en était fini de craindre.\n\n\n                                *\n\n\n   D ois-je raconter encore comment après avoir marché\nun peu de temps bonne-maman se retrouva aux pieds\nde la croix, et comment elle se laissa tom ber à genoux,\navec un grand cri, et comment, dans la suite, elle\nécouta toujours les sages co n seils?... Non, car vous\nl’avez deviné sans moi.\n   M ais l ’histoire de petite bonne-maman m’a fait\npenser à ces cœurs simples qui se fatiguent un jour de\nregarder le clocher et les poules, par une petite fenêtre.\nIls partent comme pour une promenade, une simple\npromenade dans la neige, et il ne craignent rien parce\nqu’ils ont de bons yeu x très clairs et des jambes\nvaillantes.\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "29 2                        L E R É V E IL\n\n\n   E u x aussi rencontrent des hommes qui leurs disent\n« N ’allez pas plus loin ! vous allez vous perdre ! »\nM ais ils rient et secouent la tête.\n   E t j ’ai pensé cela avec infiniment de tendresse et de\npitié, car je sais qu’ils auront à souffrir mainte angoisse\navant de retrouver la croix où les mène la boule de\nneige des enfants...\n   M ais voici le soir venu, et bonne-maman ferme les\nvolets gris.\n   N o v e m b re   1895.\n\n                                             B L ANCHE R O U S S E A U .\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "             M AI 1896              293\n\n\n      E N L U M IN U R E S\n\n           ( Chansons)\n\n  En r o n d les maisons\n\n                  I\n   E n rond les maisons\n   comme p o u r danser,\n   en rond les maisons\n   où, sur le marché,\n\n   l ’homme qui dit là\n   des mots à chanter,\n   c'est moi p o u r la jo ie\n   des miens tout en p a ix .\n\n   Or, g a i ! le fe r m ie r ,\n   s a lu t! l'aubergiste,\n   et jo ie ! le berger,\n   que M ai vous assiste,\n\n   c'est fê te , à bras nus\n   cuisez boulangers,\n   et, papegai chu,\n   riez les archers ;\n\n   pu is jo ie tout en rond\n   des toits, des bâtisses,\n   avec le printemps\n   ouvrez vos comices :\n\nle jo u e u r d'orgue est arrivé.\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "294                          L E R É V E IL\n\n\n\n\n        Et   c o n n a i s -t u   M arco      la   B elle ?\n\n                                  II\n\n      E t connais-tu M arco la B elle,\n      et N onne voulez-vous danser,\n      et c'est le L y s de la venelle\n      que l ’un dit ici en été,\n\n\n      et pu is encor, quand il f a i t fr o id ,\n      les pauvres D e u x enfants de R oi\n      qui s ’aimaient tant que c ’est vraie cro ix\n      les chanter, même à basse voix.\n\n\n\n       M ais connais-tu la ritou rnelle\n      qui f a i t rues pleines et gens soûls,\n      en F la n d re toute a u x hirondelles\n      quand les Géants sortent en A o û t ,\n\n\n\n      et pu is encor la bienheureuse\n      chanson si douce où c’est, de nuit,\n      passant sous la fe n ê tr e heureuse\n      l ’eau complice du bon am i ;\n\n\n\n      or, connais-tu, — c’est la p lu s belle —\n       A n n a-la-L un e avec ses pies ?\n      mais alors chantent a u x ru elles\n      les enfants autour des bougies.\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                 M AI 1896                   295\n\n\n\n Puis v i o l o n h a u s s é d ’u n t o n\n\n                    III\n             P uis violon\n           haussé d'un ton\n — c'est dans le cahier à chanter —\n   alors le très vieu x boulanger\n          qui bat sa fem m e\n         nue corps et âme, ~\n\n\n                 et violon\n             baissé d'un tou,\n     c ’est le so leil avec la p lu ie\n     em m énageant la diablerie\n             d ’une kerm esse\n         sans cloche ou messe.\n\n\n                P uis violons\n             trop d o u x et bons\n    a u x maisons de mauvaise vie,\n     c’ est à l'am our ju s q u ’à la lie\n                 les matelots\n              suivant leur lot ;\n\n\n               et violons,\n              accordéons,\n       et musiques à l'unisson\ndes couteaux en l'honneur des fem m es,\n          lors c’est chanson\n            à fe n d r e l ’âme.\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "296                       L E R É V E IL\n\n\n\n\n                 M a is   l ’h e u r e     sonne\n\n\n\n                              IV\n\n                   M a is l'heu re sonne\n                     et c'est le jo u r ,\n             et la mauvaise nuit d'am our\n             en allée loin et sans retour,\n                 mais l'heure sonne;\n\n\n\n                   et pauvres hommes,\n                     pauvres fem m es,\n      doigts a u x fu s e a u x ou mains a u x rames,\n               en paradis allez de l'âme\n                    droit à vos trônes.\n\n\n                  M a is l'heure sonne\n                      avec sa voix\n             de toute douce et bonne f o i ,\n               et le soleil, avec sa jo ie ,\n                  met sa couronne ;\n\n\n\n                  mais l ’heure sonne,\n                    et gens de bien,\n            gagner      le ciel avec vos mains,\n        p o u r ceu x de f o i tous les chemins\n                   mènent à R ome.\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                       MAI   1896                    297\n\n\n\n\nO r S aint P ie rr e et M a r t h e la bonne\n\n                             V\n\n O r Saint P ier re et M a r th e la bonne,\n voici que le coq a chanté,\n et que, Jésu s ressuscité,\n c'est grand e f ê t e chez les hommes,\n\n\n et que 'Pâques d it sa bonté\n su r les villes et sur les toits,\n et dans la chair, et dans la f o i ,\n p u is qu 'il f a i t d o u x comme en été.\n\n\n m a i s F la n d re alors déjà si bonne,\n avec vos mains de charité,\n et Saint 'Pierre et M arthe la bonne,\n que de beaux jo u r s nous sont comptés\n\n\n p o u r la jo ie simple d'êtr e en f ê t e\n avec la bouche, avec les y e u x\n et de s'a ller cœur au milieu\n des choses, des gens et des bêtes,\n\n\n car voici l'avare qui donne\n et les prodigues amendés,\n et Saint P ier re et M arthe la bonne,\n lors mes villes tout en beauté.\n\n                                     M ax E lskamp\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "298                          L E RÉ V E IL\n\n\n\n\n         P R O S E S D E T O U T E -É T E R N IT É\n\n                         E cce   H o m in e m\n\nà M. Charles Doudelet.\n                          L u ge te, o V encres, Cupidincsque,\n                          E t qu antum est ho m in um V en ustierum.\n                                        (C. V a i . e r i l ' s C a t u l l u s )\n\n   L âch e et presque un enfant, abattant ça et là au long\ndes sentiers, d’un geste puéril de cette massue grasse du\nsang de tels monstres, les branches mortes qui épinaient\nle tronc des cèdres, puis, tête tournée, fu rtif si des yeux\nde lion à sa poursuite ne s’aiguisaient dans le noir, il\nétait sorti des forêts, le plus courageux des fils d’une\nfemme et tellement homme qu’il fût divin, H ercule.\n   Voici la plaine.\n   Ah, si le vertueux Philoctète venait à le retrouver !\n quel reproche alors que de lire dans ses yeu x l ’ancienne\ngloire et ce que racontent de lui les pasteurs et les\nguerriers. E t il tremble, et il écoute, hébété, gronder\npeut-être à l’orée du bois l’ours et le sanglier, passer\npeut-être le nom d’Iole dans le vent, d’Iole pourtant si\nbelle et dont il meurt. E t comme le désespoir à cette\nfaute, sans bornes la plaine s’étend à la fu ite...\n   I nfinie, infinie ; les dernières dunes des deux H espéries\ndoivent s’engloutir dans la mer et la mer dans le ciel.\nC ar aussi bien là-bas s’arrondit maintenant l’orbe de la\nterre, et — si se dressent dans le bleu divin la poitrine\nvelue et d ’or sous la tête penchée sans même une\ncolère, et les muscles des bras toujours souples et durs\nà la fois comme du fer rouge, — voici les reins lamen­\ntables, la main honteuse devant le sexe brûlé de\nchancres passer sous le joug de ton auréole, ô terre !\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                               M AI 1 8 9 6                       299\n\n\n\n\n                             La    M ort\n\nCom m ent a u ch. I V de la Gen.\n\n                                              Morte Moriaris...\n\n\n    L ’homme mourrait donc de mort. E t l’ordre s ’avéra\n en l’éployem ent de l'authentique anecdote terrestre.\n    L e frère jugea son frère à l’égal d’une brebis ou d'un\n oiseau de proie : ceci suffit et l’estimation basse, en cette\n sorte, introduisit la mort sur cette terre. « Aucun de\n nous n’a dormi plus qu’une nuit, mais quand j'immole\n un agneau ou quand je tords un aigle, ceux-là, ils n’ont\n plus su ouvrir les yeu x. E t le frère et moi, ne saignons\n nous pas aux cailloux ; non plus, ne tombons nous sous\n un arbre trop lourd? Sommes nous don c... quoi? A h !\n faire que les yeux du frère ne s ’ouvrent jamais plus. »\n    Caïn regarda la nuque d ’A b el, la massue fit le coup\n d’immolation, Abel s’endormit.\n    L a nature venait de changer ou d’apparaître ; Caïn\navait créé une négation. A y ez pitié! t o u s ses muscles\nd’un coup, semblait-il, lui étaient coupés et quelque\nchose entrait en lui. Il avait inventé la mort. R egardez:\nil est la M ort. E t le pécheur se recrée dans la semence\nde son crime.\n    On vit la gauche de D ieu alors imposer un signe\nà Caïn, quelque lettre, insinuent les rabbi, brûlée au\nfront comme un diamant noir ou plutôt, dit Théodoret,\nle tremblement des membres               D ésir fiévreux du\nlibidineux, panique du voleur, troubles de l’agonisant !\nEn un assassin, toutes les sueurs, et les plombs autour\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "300                      L E RÉV E IL\n\n\nde chaque attentat et toutes les affres de chaque\nvictim e !\n    P ar ce signe fut sacré le bourreau-victime, le vaga­\nbond semeur du moins, l'infini nihiliste, Caïn.\n   E t l’œil encore de Celui qui ordonne, lui indiqua\nd ’errer et que les mondes à travers le temps lui\nresteraient un cercle affolé. Il apparut que l'immortelle\nM ort cherche sa vie dans la mort de ce qui vit ; que\nle pouvoir et le besoin de la mort progressent selon la\nvie anéantie, la faim selon les victimes, comme un élan\naccéléré sur une spire infinie.\n\n\n\n\n    L es races du premier millénaire s’élevèrent comme\ndes forêts, et, au-delà de la mer, des peuples entiers\nignoraient le grand sommeil Dans quelques bourgs,\ndes vieillards moururent calmes : la mort se rassasiait\nsans passion.\n    Un cri ! Voici mourir des femmes dans toute la\ngloire de leurs tresses ; voilà mourir des jeunes hommes\ndont le sang est doux comme une huile. E t Caïn s’en\nallait très loin. Il s’en alla très loin par les terres et au-\ndelà des mers, et il ne trouva nulle part assez d’ombre\npour reposer sa tête. L es sanglots des chiens encourus\nl ’annonçaient au-delà des murs ; les mères rentraient\nleurs enfants comme des m oulons, on couvrait les\nciternes, on mettait du buis aux portes...\n    A h ! les bons petits enfants roses, rose et bleu. E t le\nplaisir des têtes bouclées de garçonnets. L ’ombre pour\nma tête je veux la trouver sur le jaune ivoire des\npoitrines vierges, oreiller aux bonnes lavandes.\n    Achever les vieillards enivrés ; un drame dans le lit\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                                                          301\n des époux adultères, les jeunes amants qui veulent\n vivre ! ah ! — fossoyeurs, fossoyeurs — et l’enfant\n étouffé sous sa mère : Faits-divers.\n    M es cheveux gris, ma peau sèche, mon cœur froid,\nje veux vous mener vers quelles fêtes : N os cœurs à\nl’unisson, cher ange... et puis, là, trépigner à ce mas­\nsacre d’innocents, trépigner, les piétiner et les moudre.\n    Mes vieux os qui trouez mes chairs, mes veines\nnoires, je veux vous mener vers quelles fêtes : Blanc\nde lait, bleu de m ai... A h ! M argueridette dans l’herbe\nau coin du bois ton cœur sous ma serpe; mes amours\ntoujours, O phélie, ton blanc cou m’induit à des folies;\nl a gorge d ’A gnès, délicatesses ; et la Lam balle aux\n prestes et blonds sourcils, je veux qu’elle me sourie.\n    M es pieds, mes pieds, vous avez trouvé le carrefour\n des bonnes routes ; à gauche, il n’y a pas de blé et\nc ’est famine ; à droite, il n’y a pas d’herbe et c’est la\nsainte guerre ; ici il n’y a pas d ’amour et c ’est révolte.\nTaïaut, mes chiens, tout doux, mes corbeaux ! je puis\npartout tuer mon frère.\n\n\n   J e te déris, M ort, vieille hyène verte et noire\ncouchée le soir sur le monde, goulue et pleurante, je\nte déris et je regarde tes regards. V oici mes chairs :\nmon corps est blanc comme un suaire et calme comme\nune plante. M ords: je verrai les prairies de l’an mille\net les anges.\n   Q ue personne, en adieu, ne se rébellionne contre la\nmort. Il faut m ourir... Celui qui répond : « Je ne\nveux pas le F A I R E ... » celui-là tue la M ort, tue Caïn\net sera puni sept fois plus. A h ! l’A n tifau st....\n                                 E dmond D e B r uijn .\n                                                   24\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "302                       L E R É V E IL\n\n\n\n\n                        POÈMES\n                                              à Robert Scheffer\n\n\n               L E P A S T E U R D ES F L O T S .\n\n\nComme des seins de tumultueuses Océanides\nL es coquillages clairs se gonflent vers le ciel\nE t les fle u r s du corail sem blent des lèvres livides\nQ ui chercheraient la sève et recueilleraient le miel\nD es belles algues nues et des coquillages vides !\n\nL e virg in al marin rêveur d'amours sauvages\nD ont l 'héroïque départ attriste la baie âpre\nE st devenu le pasteur des vents et le pâtre\n Des troupeaux de l'écum e et du f l u x de la plage\nE t son pipeau sonore est maintenant la conque\nQue lu i disputent les Océanides blondes ;\n\nLes troupeaux passeront sur le corps du B erger !\nL es flo ts recouvriront le corps de leur P asteur !\nToute la M er criera dans ses antres en fle u r s\n A ballotter de baie en baie et de g o lfe en rocher\nL ’esq u if abandonné du timide ram eur ;\n\nS eu l son pipeau sera le seul ly s sur la mer\nQ ui fle u r ir a p o u r lu i dans la main des Sirènes\nE t p o u r le couronner de palmes de fe u illa g e s\nL es lèvres seules des cora u x baiseront sa chair\nE t m êleront à sa chevelure un sillage\nD e varechs lu m in eu x et de grand s ly s sauvages...\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                          mai 1896                      303\n\n\n\n\n                     AUTOMNE\n\n\n\nL es N oces de l ’A nnée attirent dans le P ort\nUne affluence de navires et de nefs,\nUne étoile s'éteint su r le cimier des chefs,\nUn astre s'allum e a u x vigies du p o rt ;\nD e s cargaisons roses de f r u i t s ,\nD e s fa n a iso n s rouges de fleu rs,\n A u x pontons des hautes nefs,\nB rillen t la nuit,\n Autom ne en fleurs !\n\n\nO les Pauvres et les A ffam és vers les thyrses\nD e s raisins que les navires apportent,\nO les P auvres et les Tristes,\nUn g la s lou rd d'airain s'élève ; l'A n n é e est morte\nE t voici ses richesses d'or p o u r vos bouches !\n\n\nP ommes et pavois pesants d ’épaisses grappes,\nA rrivage en rade\nE t relâche à l ’Ile oit la mer fle u r ie\nJ e tte à la côte ouverte un trésor,\n V o ici l'agonie\nE t voici la mort\nD e cette Année enfin dont c ’est la noce heureuse\n A u g o lfe pavoisé d ’écharpes lum ineuses\nQ u'agitent les marins du p o rt\n A la vigie en fleurs !\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "304                      L E R É V E IL\n\n\nL es coteaux dépouillés revivent a u x convois\nD e s chaloupes que les vendangeurs\nE t que les moissonneurs, en trains de bois,\nG uident selon l a brise vers des 'Ports m eilleu rs!\nL es collines parées de pampres,\nL es monticules rosés d ’aurore,\nL es vais ravis de roses,\nLes forêts fe u illu e s de hampes\nOnt jo n c h é de leur faste étoilé de trèfles\nUne affluence de navires et de nefs !\n\nP auvres, tendez vos mains, c'est la m ort de l'année\nE t c’est sa noce où vous ser e z les conviés,\nPauvres, tendez vos bras, ce sont les épousailles\nD e celles des moissons et de ceu x des sem ailles !\nV oyez, la M e r rougie est vive de vendanges,\nL es Conques vivent de cris étranges,\nL es paniers débordent sur les,pavois,\nVotre misère est riche à leur fa n g e ,\nE t leurs lauriers vous fo n t des R ois !\n\nL es N o ces de l'Année attirent dans le P o rt\nUne affluence de navires et de nefs,\nUne étoile s'éteint a u x casques des chefs\nE t si le re flu x meurt, c’est sous un afflux d 'or !\n\n                                          E dmond P il o n .\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                         MAI 1 8 9 6                        305\n\n\n\n\n                     V A R IA T IO N S\n      S E N T IM E N T A L E S E T S C E P T IQ U E S\n\n                              I.\n                                                à Rosine.\n\n    A vous ma première, Rosine. Vraim ent à qui la\npourrais-je dédier sinon à ma vieille amie de tant de\njours, de tant de soirs? Vieille !... protesterez-vous, avec\ncette moue charmante que si bien je sais — comme d’une\nenfant blonde à qui l’on refuse une dragée Cependant,\ndussiez-vous bouder, je ne me reprendrai pas. A quarante\nans on a certes le droit de s’entendre décerner ce\nbeau titre, que vous même revendiquez, Rosine, aux\nrares minutes où vous vous écoutez. E t puis que servi­\nrait de le vouloir répudier? L e temps s’envole — et ftt!\npareil à un bel oiseau avide de brise fraîche et de ciel\nbleu, il ne revient pas, il ne revient plus. A parler franc,\nc ’est peut être parce que vous êtes telle que mon assi­\nduité à vous revoir point ne varie. Jeunette encore —\ndites-m oi, vous dont la perspicacité ne saurait faillir —\nm’auriez-vous si longtemps retenu? R espirée la rose,\neffeuillée la m arguerite, pressé le fruit acide ou de toute\ndouceur, ne m’en serais-je allé, moi aussi, insouciant et\nléger, vers de nouveaux vergers crépusculaires ou d ’aube,\nde liesse ou de silence?...\n    M ais puisque nous en sommes là je veux ne rien céler.\nC'est vrai qu ’il fait gentil chez vous. Cela vous a, avec je\nne sais quoi d ’austère, un air douillet de nid d ’amour —\njuste ce qu’il faut pour être doucettem ent ensemble. On\nentre et le parasol japonais, large ouvert au plafond, et\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "306                     LE RÉV EIL\n\n\nles lanternes m ulticolores qui le bordent, comme autant\nde fleurs bizarres, dissipent d’un accueil riant toute idée\nmorose. Sur la table, la lampe et son abat-jour ponceau\nfont une lumière discrètem ent joyeuse encore. Combien\njolis ces meubles de poupée — bois des îles (Cythère\neut son temps de gloire, Madame) et satin tendre ! U ne\nglace, au fond de la pièce, requiert votre sourire,\nl’attarde, le perpétue sans doute. E t si les m ackarts de\nla cheminée, où flambe une inlassable bûche, me déplai­\nsent un rien, ils s ’entourent de photos que j ’aime\nrevoir : la vôtre, en son cadre de peluche vive (les\nfemmes sont frileuses, m’avez-vous dit, en plagiant —\nah! que c ’est mal — telle romance démodée), puis la\nsienne, au beau Daphnis de votre prem ier printem ps —\nla sienne qu’une modeste vitre préserve, un homme, à\nvotre avis, étant toujours m ieux lorsque simplement\nmis.\n    Oui da! qu’il fait gentil chez vous. A u reste point n’en\nfaudrait autant que pour l’on pût se plaire à vos côtés.\n A ve c quel art, M adame, vous savez recevoir! V otre\nshake-hands, votre sourire — le buste s ’inclinant un\npeu, tandis que du talon vous écartez votre traîne — et\nce mot toujours nouveau par quoi il vous agrée de dire\nque dans Elseneur le gentilhomme était attendu... tout\ncela n’est qu’à vous. Puis vous voici au samovar. L e fin\nsouchong fume dans les tasses, et, pendant que vous\naffaire la dînette promise, je vous sais gré — mes yeu x\ndu coin d’ombre où je me tiens épiant vos moindres\nm ouvem ents— je vous sais gré de rester ainsi souple et\ngracile et câline comme une chatte am oureuse et sp iri­\ntuelle, oh! combien. « U n ... d eu x ? ... » Généralem ent,\nje dis un. L e petit pain de sucre tom be, par votre fine\nmain lâché. « Moi, j ’en voudrai bien deux » zézayez-\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": "                          M AI 1 8 9 6                    307\n\n\n\n vous, d ’une vo ix exquisem ent enfantine. V ous vous\n asseyez à l’autre coin du sofa et votre causerie s’ordonne,\n en mots vils ou lents, selon que les souvenirs se pressent\n à vos lèvres ou que vous les retenez pour les mieux voir\n passer. « C ’était en 186 ...; je dînais avec le duc de X . »\n Ou bien : « L e petit comte L a R ., joli comme un éphèbe\n florentin, me disait un so ir... » O u bien encore : « N on\n mais étions-nous folles ! A u sortir du spectacle, nous\n signifions à nos chevaliers qu’ils devaient en rester là.\n N ous couvions une idée et voulions la réaliser coûte que\n coûte. Fanny nous avait soufflé qu’il serait très drôle\nd ’inviter à souper trois pauvres hères et de les rendre\ntous de bonheur. E tait-ce bien, était-ce m al? En ce\ntcm ps-là je ne m ’appliquais guère à réfléchir. T o u t était\nprêt chez Marion, la troisième, peur nous recevoir et\nelle avait fait les choses comme si un prince de Golconde\nlui eut été annoncé. L e programme fut fidèlement\nexécuté. J ’avais avisé un petit étudiant, blond, avec de\nclairs yeu x bleus — les miens sont noirs, cela « repous­\nsait » donc bien — une barbichette d’un liard et timide,\ncomme une pensionnaire de province... A u prime abord,\nil fit mine de fuir et j ’eus pas mal de peine à le retenir...\nCe que lui valut cette soirée, je l’ignore; quant à moi,\njamais je n’en sus de meilleure. » E t vous allez, Rosine,\nvous allez, riant ici, là tout à coup mélanc olique un brin,\net l’heure avance nu petit cadran de Sèvres sans que ni\nvous ni moi un instant y songions.\n    A h ! les délicieux six o’clock — five sent la pose, pas\nvrai? Lorsque le « conte du jour » (chaque jour a le sien)\nest achevé, parfois, après un court silence où nous nous\névitons, votre caprice requiert d’espiègles chuchoteries.\n« E st-ce qu’on ne dira pas à sa petite Rosine qu’on\nl’aime? » Vous fusez cela avec un soupçon de reproche\n"}, {"page_pdf": 331, "texte": "                          L E R É V E IL\n\n\n qu’une comédienne envierait et vous voici debout, en face\n le foyer, les mains jointes derrière le dos. Je viens à\n vou s; d’un doigt attentif je sépare les menottes blanches\n chargées de bagues, j ’en tiens une - la gauche, celle du\n cœur — dans ma main, et, entourant votre taille, mes\n lèvres frôlant vos cheveux, je vous les répète ces mots\n que tant d’autres tant de fois vous répétèrent, ces mots\n telle une musique languide ou tel un vin puissant, ces\nmots par quoi — puérile folie ! — se leurre d ’un rayon de\n Mai votre Septembre. « C ’est donc vrai, Zizi, Zizine,\n Rosine, que vous voulez bien que l’on vous aime un peu,\n beaucoup, passionnément, et ces cheveux où s’attarde la\n nuit et ces doigts joliets de fée enfant et vos yeux comme\n des diamants som bres?... V ous voulez bien qu’on aime\nces lèvres roses et minces et le grain noir, là, aux com ­\n missures appelant le baiser? M ais encore que diriez-vous\n si les miennes se penchaient et savouraient le fondant\nparfumé que votre sang colore? Tendrem ent, passionné­\nment — le voulez-vous? Ou que ce soit comme dans les\nféeries où le prince charmant éveille la dormeuse ; comme\ndans les romans où l’on s’aime jusqu'à la mort ; comme\nclans la réalité meilleure que tout rêve pour qui la sait\ncomprendre, Rosine. » Il arrive que j ’oublie presque mon\nrôle et que j ’incline à n’être plus l’occasionnel acteur\njouant, l’esprit ailleurs, la scène qu’il vous plut de\nvouloir. M ais vous prévenez toujours l'instant perfide\nqui très certainement nous raillerait — et c ’est votre\nrire perles et trilles clairs, cependant que vos yeux\nlonguem ent sur mes yeux se posent. Je songe alors à\ntous ceux que ce regard et ce rire captèrent, à ceux qui\ntu ren t à vos lèvres — calice de volupté empli — le\nbonheur de vivre ou l’inéluctable désir de mourir. J e revis\nles frairies déjà lointaines qu’à vous seule vous animiez,\n"}, {"page_pdf": 332, "texte": "                           MAI 1 8 9 6                    309\n\n\n  ô cher printemps mélodieux et odorant, ô cher soleil de\n  joie! Je songe à vous, je songe à nous, M adame, tandis\n  que vous riez et longuem ent me regardez.\n     L es délicieux six o’clock, Rosine, et qu’on est bien\n  chez vous ! N ’y suis-je pas tour-à-tour, sans être l’un ou\n  l’autre, un enfant trop choyé, un frère cadet, l’amant\n  qu’on trom pe et l ’amant qu’on aime? N i celui-ci, ni\n  celui-là et certes tous, en attitude, suivant que vous en\n  décidez. L ’heure passe, l’heure sonne au cadran de Sèvres\n autour duquel m arquis et m arquises de Saxe attardent\n leurs identiques m ignardises, l ’heure sonne sans que ni\n vous ni moi y prenions garde. P ourtan t l’instant appré­\n hendé arrive. « L ’alouette chante, Rom éo. » C ’est votre\n voix, triste et joueuse, mutine et grave. M ais voici que\n vraiment, tirelirante, une alouette, là, au sommet d ’une\n tenture, a paru. Qui donc vous fit présent de ce décon­\n certant joujou dont vous révélez par un frôlis à peine de\n votre petit doigt l’aimable et tyrannique présence? Ainsi\n s’atténue à souhait la mélancolie du départ. M êm e n’est-\n ce pas — cette chanson que vous suscitez — comme si\n toute l’aurore emplissait la cham bre... et nos cœurs (ne\n dites pas non, Rosine) d ’une neuve clarté?\n    E t lorsque le nécessaire « au revoir » nous exile aux\nseuls chemins du banal vivre ; lorsque, après vous avoir\n baisée, — entre les yeu x, à l’endroit où se rejoignent les\nsourcils attestant votre inflexible et pour moi toujours\nindulgente volonté — lorsque je m’en suis allé, Rosine,\nest-il certain que nul regret n’est vôtre? N e regrettez-\nvous un peu, non pas le temps perdu, mais le temps qui\nnous sépare et nous séparera toujours ? Q uels exem plaires\namants nous eussions fait! N e le sais-je pas depuis la\nmatinée d’automne où, tout là-bas, en ces bruyères natales\nvers lesquelles de nostalgiques souvenances vous avaient\n                                                    25\n"}, {"page_pdf": 333, "texte": "3 10                      LE   R É V E IL\n\n\n\n\nguidée, mes regards, au détour d’un sentier d’ombre\nhumide et de silence, ont rencontré les vôtres — de tant\nde rêve, de lassitude et de tristesse em plis... Peut-être\nnous sommes-nous, à cette minute indécise, reconnus\nl’un dans l’autre — moi plus désenchanté ou vous plus\ntenace à lutter contre le mauvais sort, contre la destinée\nfaucheuse d’illusions. E t peut-être m’aimez-vous un peu,\nà présent, m algré l’indifférence qu’il vous agrée d’affecter.\nP eu t-être vous aimé-je, m algré tout, davantage que je\nne crois ou ne veux l’avouer. M ais n’est-ce pas parce\nqu’il est temps de vous le dire que je vous adresse cette\népitre — à laquelle je souhaite presque, à laquelle je\ncrains fort que vous ne répondiez mie, Madame, m ’amie.\n\n                                  C a s im ir D e l e t t r e z .\n"}, {"page_pdf": 334, "texte": "                                M AI   1896                            311\n\n\n               N O U VELLES DE LONDRES\n\n\n     Les grandes villes sont de nos jours tellement rapprochées, grâce\n aux journaux et aux chemins de fer, que nul lecteur ne s'étonnera\n si ce bout de chronique londonnienne arrive à Bruxelles... via\n Moscou ! Le plus humble des pèlerins, attiré vers cette \" ville tenta­\n culaire \" autant par la mémoire de Dostoï vsky que par le sacre du\n  Tsar, j ’ai presque peine à oublier un moment les rues encombrées, les\n bâtiments couverts de drapeaux de fête et de flamboyantes devises qui\n ne jurent du reste point avec les dômes baroques et multicolores du\n Kremlin, — j'a i peine à oublier tout cela pour vous signaler quelques\n œuvres, vues ou lues là-bas, dans ma lointaine patrie, qui appellent\n l ’attention, des amis des arts anglais.\n     D ’abord, place aux peintres. Laissons l ’Academ y, ce vaste cara­\n vansérail oà la médiocrité se pavane, ou les trafiquants de la palette\n étalent leurs articles courants. Vous trouverez à la New G allery de\nplus authentiques trésors. S ir Edward Burne Joncs ne quitte pas son\n royaume légendaire. Lancelot at the Chapel o f the Grail, s’age­\n nouille, humble et vaincu, au bord d’une forêt, au clair de lune.\n L'œuvre est belle. Mais vraiment cette femme de rêve, aux yeux bleus\n et pensifs, qui passe sur les remparts d'une citadelle assiégée en faisant\n résonner des cymbales, quoiqu’elle soit une merveille de dessin et de\ncouleur, a l ’expression trop triste pour bien exprimer le vers de\nMilton soulignant le tableau :\n            W hen rosy Dawn cornes dancing from the East.\n     On connaissait déjà Tim e, Death, Judgement — le noble groupe\nallégorique de G. F . Watts. Celui-ci y ajoute E arth, une forte fille\nrousse, les bras surchargés de fruits et de fleurs. Très discuté,\nl’envoi de Fernand K hnopff : Les Caresses — qui intrigue fort les\nvisiteurs, autant qu’ils admirent le beau torse de l ’éphèbe appuyé\nsur une énigmatique tigresse. Parmi les portraits — pour ne citer que\ndes œuvres de choix — j ’ai remarqué ceux de Thomas Hardy et de\nJ . M. Barrie qui sont davantage à admirer, il me faut bien le dire,\ndans leurs romans qu'en la dite salle.\n    L e roman ! Malgré qu'un auteur américain (M. Howells) se soit\nplaint de ce que \" tous les contes sont déjà contés \", de jeunes écrivains\narrivent à se créer un genre particulier. M. H. G. Wells arrache ses\n"}, {"page_pdf": 335, "texte": "312                            L E R É V E IL\n\n\n\nsujets aux reins mêmes de la Science et n'a pas reculé devant les\népisodes cruels qui épouvantent les lecteurs de l 'Island of D r Moreau.\nMoins psychologique que Là-Bas, de M. Huysmans, l ’étude de\nM. Wells égale l'autre en horreur. Vivisecteur enragé, le docteur\npeuple une île australe de monstres semi-humains issus des infernales\nexpériences auxquelles il se livre. Domptés par la crainte de leur...\nbourreau, ces êtres étrangement mixtes marmottent au fond d'obscures\ncavernes la toujours mente prière — sans oser lâcher bride aux\ninstincts brutaux qui s'impatientent en eux. J ’aimerais pouvoir\nm'arrêter longuement à ce livre audacieux, d'une logique aussi\n«trouvée » que rigoureuse, et qui, venant après Tim e Machine, après te\nSi range Visitor, après le Stolen Bacillus, promet à son auteur la\nrenommée d'un Jules Verne qui ne se contenterait pas d’un public de\ncollégiens. Plus a amuseur \", si vous voulez, mais observateur fin et\ncharmant est M. Anthony Hope, l'enfant gâté du monde théâtral et\nlittéraire. Lisez les D olly Dialogues. S i vous n’êtes pas convaincu,\navec Guy de Maupassant, que Miss Harriett résume les qualités\ndistinctives d'une anglaise, vous rendrez hommage à la petite\nMicklelaw type délicieux de jeune miss flirtant avec grâce et assurance\nni demi-vierge, ni trop à la Gyp, mais une Cleopâtre en porcelaine\ndont l'Antoine l ’emporte en esprit sur son prédécesseur romain...\nReste à citer T he Prisoner of Tenda, drame tiré d’un roman\nd'aventures pittoresque et vif, que suivra bientôt The God in the Car\npar lequel M. Hope a réalisé une élude admirable d'un César de la\nhaute finance ressemblant fort à M. Cécil Rhodes...\n    Mon sac est vide. C’est du reste heureux car les cris des isvostchiks,\npoussés dans cette langue barbare qui transforme le Réveil en\n « Proboujdienie », traversent la fenêtre. Il faut sortir. Je regrette de\nvous laisser si tôt. E t pourtant si vous saviez quel indicible attrait\noffrent pour l'étranger les moindres choses de ce déconcertant pays où\nc’est à côté de l'intelligence la plus affinée, une nonpareille ignorance,\n— où la richesse la plus fastueuse domine de toute sa féodale insolence\nmit pauvreté dont nulle part ailleurs je n'avais vu d'exemple!\n  Moscou 13 Mai 1896.\n\n                                                O sm an E d w a r d s\n"}, {"page_pdf": 336, "texte": "                            M AI   1896                       313\n\n\n              C H R O N IQ U E L IT T É R A IR E\n\nŒ uvres de MM. Pierre Louijs, Maurice Maeterlinck, Franz\n    Mahutte, Alfred Lavachery, A . F . Hérold, Léon Paschal,\n    Paul Fort, J. de T allenay, I. W ill, Jehan Maillart, Emile\n    G reyson, Ed. Picard, Tristan Klingsor, A rthur Toisoul, Le\n    Centaure.\n\n                                   I'\n\n   A la couverture du livre de M. Pierre Louijs, un sous titre se\ntrouve : Mœurs antiques. Aphrodite est donc, si l'on veut, un\nroman archéologique. N'est-ce pas à propos de Flaubert qu'il a été\nsoutenu que ce genre est stérile? Il est curieux cependant que des\nécrivains périodiquement s’ y adonnent. Gautier ne fit rien\nd’autre quand il écrivit le Roman de la Momie dont l’allure géné­\nrale ou plutôt le manque d’allure nous a toujours déplu. Flaubert,\navec Salammbô et Hérodias, a laissé son nom à deux œuvres\ninoubliables. M. Anatole France a écrit Thaïs dont on peut vanter\nl'ironie tendre, le scepticisme aimable, la forme très pure. En\nAllemagne, George Ebers, si habile que soit la donnée de\nson roman (Eine Ægyptische Künigstochter) paru à Stuttgart en\n1873, n’a réalisé que des pages trop mêlées de modernisme par\nquoi ses livres d'histoire et le mérite d’avoir découvert le stèle\nd'Amenemheb ne seront pas éclipsés. En Angleterre... non,\nn ’allongeons pas cette nomenclature. Mais remarquons que\nles œuvres qui viennent d’être citées, reconstitutions habiles\nou éloquentes de civilisations éteintes, ne se réclament guère\nd’idées supérieures à celles suscitées par les ex'gences du récit.\nHé! oui Salammbô atteste l’emprise violente de la chair, toutes\nles ardeurs de l’amour et que celui-ci est fort comme la mort,\nselon le mot de l’Ecriture. Thaïs, après Paphnutius de Hroswilha,\nnous répète, d'une part, qu’il \" n’est point de péché si grave,\npoint de crime que ne puissent expier les larmes du repentir, \"\net, d’autre part, qu'à vouloir convertir une pécheresse on\ncourt grand risque de lui succéder dans les rangs des réprouvés.\n"}, {"page_pdf": 337, "texte": " 314                          L E R É V E IL\n\n\n\n   E t p u is ? — T out cela semble peu hardi en regard de ce que\n   M. Pierre Louijs n’a pas hésité à défendre.\n      Celui-ci fait précéder son roman d’une significative et explicite\n  préface. Lisez-la. \" L ’amour, y est-il dit, avec toutes ses consé­\n  quences, était pour les Grecs le sentiment le plus vertueux, le\n  plus fécond en grandeurs... Il n’y a sous le soleil rien de plus\n  sacré que l’amour physique, rien de plus beau que le corps\n  hum ain... Ceux qui n’ont pas senti jusqu’à leur limite, soit pour\n  les aimer, soit pour les maudire, les exigences de la chair sont par\n  là-même incapables de comprendre toute l’étendue des exigences\n de l’esprit... \" Et, parlant du personnage féminin qui occupe la\n première place dans le roman, il ajoute : \" Courtisane, elle le sera\n avec la franchise, l’ardeur et aussi la fierté de tout être humain\n qui a vocation et qui tient dans la société une place librement\n choisie, \"\n     Bien des gens se récrieront. Il est vrai, les idées ont beaucoup\n changé; mais M. Louijs a \" écrit son livre avec la simplicité qu’un\n Athénien aurait mise à la relation des mêmes aventures et\n souhaite qu’on le lise dans le même esprit. \" Ce n’est donc pas\n aux petites filles de Gautier qu’il le faut confier. A vant d'en\n découper les feuillets il serait imprudent aussi de ne pas se\n rappeler que, maintenant encore, la morale est, comme a dit\n Stendhal, une question de latitude et que la foi de beaucoup\n d’homme?, Jean Jacques a pu l’écrire, est une affaire de géogra­\n phie. A u reste pourquoi nous faire meilleurs que nous sommes ?\nSi fortement qu’elle puisse nous tenir, la vieille hypocrisie\npuritaine, oublions la devant l’œ uvre de M. L ou ijs dont la\nprobité — il est bon d’en parler, on la contestera assez — ne\nsaurait être mise en doute.\n    L e sujet de ce roman? L e suivre pas à pas prendrait des pages.\nSachez seulement que le sculpteur Démétrios s’éprend d’une\ncourtisane et que celle-ci se refuse à l’entendre. Pourtant toutes\nles femmes d’Alexandrie implorer t de lui l ’aumône d’amour. Il\nest l’amant de la reine. Il est beau comme Adonis. Que fait tout\ncela à Chrysis la belle! A vant de l’exaucer elle en veut obtenir les\ntrois cadeaux que souhaite son caprice et Démétrios ne pourra les\nlui offrir qu’en consentant au vo l, au meurtre, au sacrilège. Il\npromet néanmoins et tient parole. Mais, dans l’intervalle de leur\nrencontre, voici qu’en rêve il vit auprès de Chrysis les heures\nvoluptueuses qu’il s’était souhaitées. Quand il la revoit, plus rien\n"}, {"page_pdf": 338, "texte": "                               mai 1 8 9 6                        315\n\nne chante en lui l’hym ne de l’impérieux désir. Tandis que\nChrysis, soudain transfigurée à l'idée du sacrifice auquel il a\nconsenti, se sent follement éprise,Démétrios demeure indifférent.\n « Je t’ai eue malgré toi, répond-il; on n’a jam ais le bonheur deux\nfois sur le même petit coin de terre ». Et comme C h iysis insiste,\n il exige qu'elle se pare des bijoux volés et s’en montre revêtue ; la\n foule la livrera aux soldats de la reine — mais il ira la v o ir dans\nsa prison. E t c’est ce qui arrive. Seulement quand Démétrios paraît,\n il reste muet, l’esprit ailleurs. Chrysis meurt sans que celle\nsuprême nuit lui ait fait, comme elle l’espérait, \" connaître éper­\n dument tout ce que l’amour le plus emporté peut faire éprouver à\n une femme. \" Mais elle sera immortelle. Démétrios demande à ce\ncorps, si beau \" de la beauté plus qu’humaine de la peau qui\ns'éteint \", l’inspiration d’une œuvre nouvelle. Ne sait-il pas\n \" qu’une seule chose est précieuse: savoir tirer de l’instant qui\npasse tout ce qu’il peut donner? \"\n    V oilà la grosse charpente de l’œuvre. Mais le roman de\nM. Louijs serait bien pauvre s’il n’avait que cela. Des épisodes\nsecondaires surgissent un peu partout — et les détails ont ici un\ncharme inexprimable. Il s’y trouve des tableaux dont la délicatesse\noncques ne lut surpassée. A u fait, tout dans cette œuvre forme\ntableau. L es premières lignes — où Chrysis, couchée sur la\npoitrine, pique de petils trous symétriques son oreiller de lin\nvert — en sont un, tout comme les dernières décrivant l’enseve­\nlissement dans le silencieux jardin d'Hermanubis. Tableau encore\ncette Passante qui marche seule, sur la jetée d'Alexandrie, au clair\nde lune, en faisant jouer les reflets de ses bagues. Tableau\ntoujours la reine Bérénice approchant en somptueuse litière et\nle Dîner ch e f la courtisane Bacchis (ah ! celle capricieuse Seso,\nqui, prise de vin, trempe le bout de son sein dans un sorbet à la\nneige) et la Foule commentant les funestes événements dont riches\net pauvres sont troublés... L ’on pourrait presque dire que chaque\nchapitre pris isolément forme un tout d’une vie intrinsèque, d’ une\nspéciale entente, cela sans que le moindre vide arrête entre les\ndifférentes parties de l’œuvre. M. L ouijs, en effet, est de ceux qui\nattachent à l’ unité d'un livre une importance capitale. C ’est ainsi\nque l’on trouve dans Aphrodite des sortes de leitmotiven, des thèmes\ncaractéristiques qui viennent et vont tout le long du roman et\ns’offrent au lecteur lorsque l’esprit des protagonistes logiquement\ns’y doit reporter.\n"}, {"page_pdf": 339, "texte": " 3 16                         L E R É V E IL\n\n\n\n     Je viens de parler de \" tableaux \" et j ’ai entendu souligner de la\n  sorte le rare sens du décor dont l’auteur a su faire preuve. Ce qui\n  le confirmerait, si une confirmation était nécessaire, c’est, à coup\n  sûr, les paysages qui au hasard de la lecture nous arrêtèrent.\n  Ce sont les jardins, la mer, la double rade et « les gloires incom­\n  parables des cités maritimes, \" la ville lointaine que Démétrios\n  admire de la chambre de la petite courtisane Melitta. C ’est le\n  décor que Chrysis contemple au sortir de l’orgie — frais instant\n  d’aube ou le soleil « repose sur l’horizon comme une vaste orange\n  élargie \", où \" les vapeurs violettes s’élèvent des rues silencieuses\n et s'évanouissent dans l ’air humide. \" E l celui encore, entrevu par\n la fenêtre de la prison, aurore mélodieuse t vers laquelle Chrysis\n jette un dernier regard de jeunesse perdue » et tant d’autres qui\n vivent et vivront au fond de nous. Ce qui les distingue surtout\n c’est qu’ils ont un air parfait de réalité surprise et, à la fois, qu'un\n art prodigieux les grandit ou les sublimise de toutes les émotions\n qu’ils font naître. Pourtant, nulle superfétation n ’y apparaît. Les\n lignes sont brèves mais de quelle fraîcheur les tons !\n    Puisque m’y voici, j ’aime autant en finir avec cette question de\n forme sauf à revenir plus loin sur les idées fondamentales de\n l’œuvre. Pour d’aucuns le style de M. Louijs rappellera celui de\n Gautier, de Flaubert, d’Anatole France. Un fat se permit\n même tout-à-l’heure de me parler à ce propos de Catulle Mendès.\nL a vérité est que M. Louijs, s’il a, comme tous les écrivains\nde marque — et ce depuis longtemps car déjà Chœribus de\nSamos, au début des Poèmes fersiques, se plaint d’arriver trop\ntard — s’il a, dis-je, certains ascendants intellectuels plus ou\nmoins déterminés s’est créé une langue à lui et bien à lui. Rien\nn ’égale, je pense, la câlinante volupté qui pointe au détour\nde chaque phrase et vous prend, vous berce, vous poigne et à\nlaquelle on ne saurait résister L'auteur a tout pour lui. Un mou­\nvement d’étoffe, une petite ombre sur le chemin, l’éclat fugitif\nd’ un regard suffisent pour que nous réjouissent de vraies trou­\nvailles Il excelle à traduire le mouvement, l ’âme ondoyante et\nunanime de la foule aussi bien que telle individualité au repos. Et\nle rythme est si différent selon que cette foule se livre au simple\nplaisir d e la bonne flânerie ou qu’elle se presse, échevelée, dans\nun épeuré vertige. Qui plus est, M. L ouijs arrive à une sensibilisa­\ntion telle que. sans signale ment — ou presque sans — ses person­\n"}, {"page_pdf": 340, "texte": "                             M AI 1896                            317\n\nnages se différencient de prime abord en leur extériorité et que,\np arla seule magie du style, le même protagoniste, le même com­\nparse revêtent des aspects étonnamment divers suivant tels états\nd’âme que le sens de leurs phrases n'exprime pas. Style admirable\nqui donne raison à Gérard de Nerval disant que pour être bon pro­\nsateur il faut avoir été poète. Tous nous savons depuis longtemps\nque M. Louijs est dans ce cas. E t tenez il n’est rien dans la poésie\namoureuse qui soit beaucoup plus cloquent que les paroles pleines\nde mélancolie et de désir de la reine Bérénice à Démétrios. Mais\nai-je dit que l’émotion et le tragique sombre ne trouvent pas\nl’écrivain d’Aphrodite moins apte à les servir? Lisez les pages où\nChrysis sanglote d’amour lorsque celui qu’elle aime se détourne\nd'elle — et sa mort avec quelle simplicité forte elle est décrite !\n   Revenons maintenant à l’esprit de l’œ uvre. On a lu plus haut\ntels fragments de la préface. Il les faudrait compléter en insistant\nsur celte remarque, tout au long formulée, que \" les cités où le\nlégislateur a prétendu implanter une vertu artificielle, se sont\nvues, dès le premier jour, condamnées à la mort totale », et sur\ncette autre que \" la sensualité est la condition mystérieuse, mais\nnécessaire et créatrice, du développement intellectuel ». Platon\ndans le Banquet n’opine pas autrement, \" Dans tous les arts,\ndit-il, on demeure obscur quand on n’est pas inspiré par l’amour\net c'est par l ’effort de l’amour que l'homme s’élève à Dieu. » L a\nfemme surtout, de l'avis de M. L ouijs, est faite pour aimer, pour\nêtre aimée, \" Sa mission suprême, lisons-nous page 202, est de se\nprostituer avec ou sans art \". Remarquez ce dernier mot. L ’amour\nphysique n’est-il pas un art? Il nous souvient ici d'une phrase de\nM. Jules Destrée, alors qu’il n’était pas encore investi du mandat\nlégislatif qui l’absorbe à présent. Il regrettait qu’aucune grande\namoureuse n’ait laissé de traité, d'enseignement écrit. M. Louijs\ndoit le regretter, lui aussi. Il ne se borne pas à excuser les courti­\nsanes — celles qui s’affirment telles sans comédie vertueuse — il\nles défend car elles sont \" l'asile où l'homme se repose de marcher\nvers la mort. » Au surplus s’il réprouve Bathylle. il admet Sapphô\nsans prendre prétexte des larmes dont il est parlé dans le poème\n baudelairien.\n   De ce poème, rappelez-vous le vers : « Que nous veulent les lois\ndu juste et de l’injuste? » Vous le voyez, M. Louijs non plus n’en\na cure. Mais il entend entend que l’amour, la volupté, ne se\n"}, {"page_pdf": 341, "texte": "318                         LE R É V E IL\n\n\n\nmêle pas à la pensée. Elle doit l’exciter, l’aviver, la favoriser\nsimplement. Ce mot de Buffon nous est restitué: \" Il n’y a dans\ncette passion — l’amour — que le physique qui soit bon, le moral\nn’en vaut rien \". L e moral .... essayez donc de l’extirper\nmaintenant. On ne secoue pas ainsi dix-neuf siècles de civilisation\nnouvelle, et, depuis la Nouvelle Hélotse, la sensation ne nous\nsatisfait plus si quelque sentiment ne s’y ajoute. Il se peut, en\neffet, que ce soit un mal M. Louijs semble en être tout-à-fait\nconvaincu. A l’entendre, la femme n’a rien de commun avec\nl’ idéal, avec l’infini. Sourde à fout plaisir intellectuel, elle est\nincapable de comprendre l’un, elle ne saurait réaliser l’autre.\nL ’instrument est m erveilleux mais quelques cordes seulement en\nvibrent.\n    Un instrument et rien de plus — à la portée du premier venu\nqui passe. V oyez plutôt : Chrysis, pour qui l’on dérobe les perles\nde la déesse, échoue au sortir d’un festin dans un bouge à matelots.\nImaginez donc plus absolue inconscience Et pourtant, des\nmobiles fort évidents se découvrent en l'être fragile qui résume\ntout l’univers — toute la nature sans cesse inquiète de se perpétuer,\n\" Ce que vous voulez, dit à la courtisane le beau Démétrios, dès\nque les seins vous poussent, ce n ’est pas aimer ni être aimée, c’est\nlier un homme à vos chevilles, l’abaisser, lui ployer la tête et\nmettre vos sandales dessus. \" A insi donc, rien que la vanité\nla plus vaine et l’on ne sait quel \" instinct de cruauté. \" Mais\nà l’opposite c’est ici pour la petite Eve, en son affirmation non\nidéelle, presque un culte. \" Aucun spectacle de la nature, est-il\nnotamment dit quelque part, ne semble digne d’étonnement à\nceux qui ont vu dans leurs bras la transfiguration de la femme\naimée. » De telles phrases corrigent ce que d’autres de ce livre\npourraient avoir de trop dur. Ne suffit-il pas que la femme ait cet\nascendant et cette puissance et cette gloire? Car elle est glorieuse\nen ces pages. Elle éclate en sa majestueuse ou troublante nudité,\nqui ne choquait pas, lorsque sans tares, les esprits du temps où\nl’écrivain nous reporte. Grandeur fangeuse, oui; seulement\nl’ignominie ainsi comprise en impose encore. E t la sensualité\ndevient de la sorte un règne de beauté que nous ne pénétrons\nplus qu’au prix d’un violent effort mais qui devait — lorsque\n"}, {"page_pdf": 342, "texte": "                             M AI 1 8 9 6                        319\n\n\n\ntous, spontanément, y adhéraient — faire jaillir sur chaque\nroute d’éclatantes floraisons spirituelles à jam ais mortes en nos\njardins.\n   Nous devons ajouter que cette sensualité s’atteste parfois au\ncours de cc roman en des modalités moins élémentaires. N’y est-il\npas question de \" courtisanes sentimentales \" ? E t certes le raffi­\nnement nous plaît qu’exprime Démétrios ainsi : \" Ce qui fait que\nles maîtresses diffèrent c’est qu'elles ont chacune des façons\npersonnelles de conclure un événement en somme aussi monotone\nque nécessaire et dont la recherche ne vaudrait pas, si l’on n’avait\nque lui en perspective, toute la peine que nous prenons pour\ntrouver une maîtresse parfaite. \" L es gens grincheux ne man­\nqueront pas de découvrir une contradiction plus qu’évidente\nentre ceci et les affirmations reproduites ci-avant. Mais ces gens-\nlà pourraient, comme a dit M. Vandenbosch, trouver bien d'autres\npous dans la crinière du lion. Si je déclare : \" Aphrodite est un\nchef-d’œuvre et le plus beau roman que nous lûmes depuis\nlongtemps \", ils me répondront que l'idée même n’en est pas\ntoujours des plus neuves. L e vol du collier rappelle celui du\nzaïmph dans Salammbô. L e crucifiement de l’esclave Aphrodisia\n— accusée par ses sœurs d’un méfait qu'elle n’a pas commis —\néveille des réminiscences aussi. E t quand les petites joueuses de\nflûte emportent, aux dernières pages, le corps de Chrysis morte,\nn’est-ce pas un rappel de la fin d’Hérodias? A ce compte, on\npourrait, en regardant de plus près, découvrir une dizaine de\nlignes — pas davantage, croyez m’en — qui pâlissent auprès des\nautres. Mais qu’est-ce cela si l'ensemble rayonne? Est-il par l à\nmoins vrai que ce livre nous restitue en toute maîtrise un\ndes côtés les plus intéressants d’un lointain jadis dont notre\népoque de bel effort moral n’a certes pas atteint l’harmonieuse\nunité? Et celle-ci nous semble davantage perceptible dans le\nroman de M. Louijs que dans les écrits mêmes du temps. Souvente\nfois du reste des œuvres que l'antiquité inspira nous ont ainsi\nséduit. Il faut, croyons-nous, en trouver la raison dans le fait que»\nprécisément pour pallier ou pour justifier leurs hardiesses, les\nauteurs s’efforçaient de donner à l’atmosphère ambiante le\nmaximum de douceur ou d’intensité qu’elle pouvait avoir.\n"}, {"page_pdf": 343, "texte": "320                          L E R É V E IL\n\n\n\nM. L ouijs tout particulièrement s’y est efforcé ; il y a tout\nparticulièrement réussi.\n   Pour moi, j ’ai lu Aphrodite devant la fenêtre déclose sur un\ntiède soir de printemps où le ciel d ’un bleu profond s’illim itait du\nmyriadaire scintillement de ses étoiles d’or. Parfois, comme un\ncomplémentaire écho, j'entendais chanter en ma mémoire telles\nphrases ardentes ou nostalgiques de Glück. Ou bien je songeais à\nl’un des artistes les plus nobles de la peinture anglaise contem­\nporaine à Albert Moore que je ne cesserai de vanter et dont le\ntalent recevra tôt ou tard la consécration qu’il mérite. Je\nrevoyais, lorsque méditant entre deux chapitres, la Summer night\nqui se trouve à Liverpool, ces quatre jeunes femmes côte à côte\nsur un sofa [des guirlandes s’enlacent au-dessus de leurs têtes]\ndevant la mer argentée de lune — ces quatre femmes aux formes\ndivines, nues jusqu’aux hanches, toute la femme vraiment. L a\npremière, appuyée sur sa main, regarde de ses yeux mélodieux on\nne sait quelle vision jaillie d’elle au plus loin de la chambre. L a\nseconde, les mains nouées derrière la tête, contemple, une der­\nnière fois, dans la voluptueuse lassitude de qui précède le som­\nmeil, le bel horizon déployé où il semble qu’un dieu, au son\ndes lyres et des harpes, va paraître. L a troisième dort, le bras\nreplié sur la poitrine, d’un sommeil sans songe et que le silen­\ncieux frémissement de la vie rend plus beau. E t la dernière,\nles bras relevés, noue sur sa nuque appelant le baiser, — noue\navec ce geste qui est peut-être de tous les gestes féminins le\nplus harmonique — les rubans serpentant parmi sa chevelure.\nMalgré de déplaisants accessoires, cette œuvre de Moore est\nd’une volupté exquise, d’une indicible musicalité. Aphrodite,\navec quelque chose de plus sensibilisé encore, nous a laissé la\nmême ineffable, la même inoubliable impression.\n\n\n                                 II\n\n   L e temps est loin où de défendre M. Maeterlinck, même devant\nles intelligents, pouvait fournir à la critique l’occasion de rompre\nde belles lances. Depuis que j ’en parlai moi-même pour la pre­\nmière fois, il y a quelque sept ans, la fameuse dame Renommée a\n"}, {"page_pdf": 344, "texte": "                              M AI 1 8 9 6                        321\n\n\n\naugmenté à son intention le jeu puissant de ses non moins célèbres\ntrompettes. Il a su tous les succès, toute la gloire. Mais, malgré\n l'encens qui eut été funeste à tels que nous connaissons bien,\ncomme il est resté admirablement simple et le modeste grand\n écrivain des débuts !\n    En cela il est certes conséquent — passez-moi cet horrible\nvocable — avec son œuvre même. Le Trésor des Humbles, n ’est-ce\npas la simplicité qui les fait mieux discerner les vérités que nous\nne découvrons pas toujours ? Un autre joyau pourtant y brille : le\nsilence, grâce auquel s’avive l'acuité du regard intérieur et qui\nnous fait pénétrer ou seulement — ah ! que la chose est encore\nrare — reconnaître les âmes qui frôlent la nôtre sur des chcmins\nde printemps ou d’hiver.\n    M. Remy de Gourmont a pu dire \" qu’aujourd’hui on lit des\nessais de M. Maeterlinck aussi aisément et sans plus de préalables\nenquêtes qu’hier on lisait une dissertation de M. de Vogue ou de\nM. Larroumet. \" L e public a fini par reconnaître que le nouveau-\nvenu tenait, pour employer une expression du vieux Corneille,\n\" des propos d’une suite éternelle \" . Néanmoins, d’aucuns ignorent\npeut-être encore les courants souterrains qui s’ y jouent. C ’est\nsurtout à ceux-là que la lecture du Trésor des Humbles doit être\nconseillée car cette œuvre est comme une lampe fidèle par quoi\nles moindres apparences, les intentions les plus fugaces nettement\nse précisent au seuil enigmatique de l’ombre.\n    De ce livre je veux ne retenir que certains passages caractéristi­\nques. \" Jamais, nous dit l’auteur, la parole ne sert aux communi­\ncations véritables entre les êtres \" . Ces communications, les âmes\nseules les établissent et \" dès que les lèvres dorment les âmes se\nmettent a l’œuvre \". Les âmes interrogeront de plus sceptiques?\nIl est bien certain que leur \" domaine s'étend chaque jo u r davan­\ntage \" . L a vie morale aussi bien que l ’autre se modifie et change\nde pôle. \" Si vous n ’êtes pas bon, votre présence le proclame\naujourd’hui bien plus qu’il y a deux ou trois siècles. » A u reste\n\" un pressentiment, l'impression étrange d'une entrevue ou d’un\nregard... phénomènes spirituels dont les plus grands, les plus\npensifs d’entre nos frères s’occupaient à peine autrefois, les plus\npetits s’en inquiètent aujourd’hui ». Nous commençons à com­\n"}, {"page_pdf": 345, "texte": "3 22                         L E R É V E IL\n\n\n\nprendre que le mystère nous enveloppe. Nous commençons à\ncomprendre \" ce qu’il y a d’étonnant dans le seul fait de vivre \" .\nNous percevons mieux qu’il est d’inéluctables lois, depuis toujours\net à jam ais, au plus profond des consciences, et que, si chaque\nhomme, comme disait Voltaire, à sa dose d’imperfection et de\ndémence, chacun aussi a sa dose de beauté intime, de bonté, de\njustice. « Nous ne pouvons, s’écrie M. Maeterlinck, nous empê­\ncher de pardonner \". Et ailleurs il écrit \" qu'il n’ y a rien au\n monde qui soit plus avide de beauté, rien qui s’embellisse plus\naisément qu’une âme \".\n   Las ! cette bonté nous ne la pratiquons que selon de ridicules\npréjugés qui la restreignent à de mécaniques manifestations d'un\ninstant. C'est dans les profondeurs qu'il faudrait être bons. Il\n faudrait \" selon la vérité première que tous les êtres se tinssent\nen face de nous comme l’amant en face de l’amante. \" Nous parlons\n de beauté et ce n’est q u ’à de rares minutes que nous la révélons à\n nous-mêmes ! Nous en avons peur, nous nous efforçons trop\n souvent de l’étouffer \" sous dés montagnes d’ordure ». Or, cette\nbeauté devrait \" ne pas demeurer une fête isolée dans la vie mais\n devenir une fête quotidienne. \" Vous me demanderez où la\n trouver. M. Maeterlinck s'est posé, lui aussi, la question. Et il\nrépond : \" N’est-ce pas dans l’amour que se trouvent les plus purs\néléments de beauté que nous puissions offrir à l’âme ? \" L'am our\njailli de tous, vers tous — et tous communiant au même banquet\ndans de fraternelles intentions... Ainsi changée et s’affirmant telle,\nl'humanité serait évidemment de beaucoup supérieure à ce qu’elle\nnous apparaît maintenant. Et ces temps viendront. Il me souvient\nd'un article paru dans le premier numéro de la Revue sentimentale,\narticle disant que la beauté future sera une beauté d’âme s ’affir­\nmant dans une indépendance presque absolue de la ligne. Pour­\nquoi n’en pas préparer l ’avènement plutôt que de nous obstiner à\nde vaines illusions de l’autre dont la splendeur païenne ne saurait\nplus renaître ?\n   Parmi les essais que Le Trésor des Humbles réunit, il en est deux\nqui me semblent en quelque sorte assurer l’équilibre de ceux qui\nles accompagnent. J’imagine que les plus acharnés contradicteurs\nverraient devant ceux-là fléchir leurs objections. Ces essais ont\n"}, {"page_pdf": 346, "texte": "                               MAI   18 9 6                         323\n\npour titre Les Avertis et Sur les Femmes. Ils commentent l’attitude\nde bien des personnages voulus précédemment par l'auteur. Les\nA vertis? Ce sont ces étranges enfants, « les enfants attentifs de la\nmort précoce \" qui ont déjà tout compris lorsque leurs frères\nbalbutient à peine leurs premières surprises. Ils ont des apercep­\ntions prodigieuses et c’est comme s’ils distinguaient sans effort la\nterre promise que nous n’entrevoyons encore. M. Maeterlinck le\npeut bien dire, qui donc n'a eu l’occasion d'observer de tels êtres?\nReconnaître qu ’il en est, c’est admettre du même coup qu'il y a\nautour de nous autre chose que ce qui frappe nos regards et que les\nfaits ne sont que les \" traînards des grandes forces qu’on ne voit\np a s .\" Et serait-il vrai que la vie n’apparaît plus lucide q u ’à\nmesure qu’on approche de son terme, serait-il vrai que l’on ne\npénètre les mobiles de l'être qu'à la veille du n'être plus ? Si jam ais\nvous avez vu à vos côtés quelqu'un se mourir, lentement mourir,\nde cette terrible phtisie pulmonaire, vous aurez remarqué combien\nla sensibilité, la compréhension s’augmentaient et quelle étrange\npénétration des pensées tues, des bonheurs ou des souffrances\nqu'on lui voulait cacher s’avivait chez le malade selon les progrès\ndu mal. Pourtant ce n’était plus dans ce cas là je ne sais quelle\ndisposition innée, quelle originelle aptitude comme chez les\nenfants dont il vient d’être parlé.\n   L e second des deux essais que nous avons spécialement retenus\nne nous entretient pas avec moins d’étrange autorité de ces mani­\nfestations mystérieuses que tous discernent à certaines minutes\nmais auxquelles nous négligeons presque toujours de réfléchir. E t\ndans ces pages Sur les Femmes, que de choses fortement pensées !\nC'est d’abord que \" toutes nos amours naîtront, jusqu'à la fin,\ndans les rayons de l'étoile de l'amour qui nous est destiné. \" En\nd’autres termes, nous aurons beau choisir, changer, aller de l’une\nà l’autre et de l’autre à l'une, celle qu’il est dans notre destin\nd’aimer renaîtra toujours en nous-mêmes et sera toujours présente\nà nos côtés. Interrogez-vous, n’est-il pas vrai qu’il est un rien qui\nvous a souri chez toutes celles dont le bras s’appuya sur le vôtre,\nchez toutes celles dont les lèvres, pour cette caresse fraîche et\ntiède et parfumée du baiser s ’unirent à vos lèvres ? Ne vous\nétonnez pas qu'il en soit ainsi. \" L e royaume de l'amour est\n"}, {"page_pdf": 347, "texte": "3 24                         LE R É V E IL\n\n\n\navant tout le royaume des certitudes. \" Mais aussi \" la femme\nest plus près de Dieu et se livre avec moins de réserve à l ’action\npure du mystère \" . C’est pour cela qu’elle seule sait nous faire\nvivre des instants où aucune de nos facultés ne se tient à l'écart.\nEt à ceux qui lui reprochent son manque de cérébralité, sa pau­\nvreté intellectuelle et les petits propos vagues qu’elle s’exerce à\nzézayer avec des mines d'ange déchu ou d'archange futur,\nM. Maeterlinck répond : \" Croyez-vous que j ’aie soif d’une parole\nsublime lorsque je sens qu’une âme me regarde dans l’âme, et que\nje ne sache pas que les plus admirables pensées n'ont pas le droit\nde relever la tête en face des mystères? Je suis toujours au bord\nde l’océan, et s i j ’étais Platon, Pascal ou Michel-Ange et que mon\namante me parlât de ses pendants d’oreilles, tout ce que je dirais,\n tout ce qu’elle me dirait, flotterait avec le même aspect sur les\nprofondeurs de la mer intérieure que nous contemplons l’un dans\nl'autre. Ma pensée la plus haute ne pèsera pas plus dans les\nbalances de la vie ou de l’amour que les trois petits mois que\nl’enfant qui m'aimait m’aura dits sur ses bagues d’argent, sur son\ncollier de perles ou de morceaux de verre .. \"\n   On vient de citer Pascal. Voici que je me rappelle un mot de\nlui. \" Il y a en D ieu, dit-il, assez de lumière pour ceux qui ne\n désirent que de voir \" M. Maeterlinck semble nous dire qu 'il y a\n en notre âme assez de lumière pour ceux qui ne désirent que\nd’aimer et de croire. Et c’est de magistrale façon qu’ il nous\nprouve que d’Alembert était dans le vrai en affirmant qu’une\n \" pensée neuve, forte, juste porte avec elle son expression. \"\n\n\n\n\n   Ceux qui lisent connaissent M. Franz Mahutte dont c’est à pré­\nsent le quatrième volume. Dans le précédent (Gens de Province) son\nverveux talent se plaisait déjà à l’étude des individualités de vie\nbanale. Voici qu’il y revient, en accentuant ses intentions pre­\nmières. L es êtres qu’il fait défiler devant nous sont Sans Horizon\nIls n’ont rien vu, ne voient rien, ne verront jam ais rien au-delà\ndes contingences de l’existence coutumière. Ce sont les aveugles\n"}, {"page_pdf": 348, "texte": "                               M AI 1 8 9 6                           325\n\nde l ’Evangile. Mais de méchants aveugles, toujours à l’affût de\nquelque neuve calomnie. Boire, manger, calomnier — telle est\n(ajoutez-y, si vous voulez, des mots que je vous épargne) la seule\ndevise qui leur puisse convenir.\n    En province encore l'action de ce nouveau roman généralement\névolue. On sent que l’imagination a peu à voir céans et que\nl’œuvre réunit des remarques soigneusement recensées et mises\nensuite bout-à-bout, selon une ligne directrice d’ailleurs guère\nsinueuse. C ’est avec un réel et viril talent que l'a u teur nous\ndécouvre les compromissions stagnant au fond des consciences,\nétriquées et haineuses, des petites villes. Il le fait aussi sans nulle\natténuation. On croirait que certaines tirades d e livre ont été\nsténographiées tant elles semblent exactes, rigoureusement et\ntyranniquement exactes. Ce n’est plus une lecture. C ’est comme si\nl'on venait d’être transporté dans un monde nouveau — comme si\nl’ on était soi-même à Boucy, à Famal, localités imaginaires ne\nressemblant que trop à telles localités situées non loin de nous. Et\nquel monde, celui-là! Ces pages laissent après elles l’effroi d’un\npays sans issue où l’atmosphère s’imprégne de relents v énéficiels,\noù des germes morbides empoisonnent la bonté, la jeunesse, la\nbeauté et l’amour. Même, ces choses, depuis longtemps, sur cette\nterre de veulerie sont mortes. L es fantômes vivants qui passent\nen ces chapitres s’entretiennent sur un ton de confidence de leurs\npieds et de leurs intestins !\n    Elle est d’une belle âpreté la langue que l’auteur de Sans\nHorizon s’est forgée pour définir ces êtres achromes et inancs. Il\nnous dit d’un de ses personnages qu’ il \" inquisitionnait d’une\nprunelle placidement méprisante \". En parlant de M. Mahutte\nl'adverbe serait de trop. Placidement ! Mais il crie à Boucy et à\nFamal leurs hypocrites, c ’est-à-dire deux fois infamantes, infamies\navec l’accent d'un Jérémie clamant ses imprécations aux peuples\nde la Bible! L a comparaison est-elle pour vous déplaire ? Je puis\ndire aussi que l'auteur enfonce le scalpel dans l'organisme corrom­\npu qu’il étudie, avec une joie intense d’entendre le patient crier\n— et, au coin des lèvres, un inexprimable sourire qu'il hausse par\nmoments jusqu’à un rire qui fait mal. \" Certains animaux appelés\nbêtes par l’homme agitent, s’écrie-t-il, dans leur boite crânienne un\n\n\n\n                                                                 26\n"}, {"page_pdf": 349, "texte": "326                         LE   R É V E IL\n\n\n\nesprit moins épais \". Cette phrase est peut-être le principal\nargument du livre.\n    Notez qu’ici tous se ressemblent. A peine un semblant\nd’exception : Charles Marbaix. Mais, vo yez, cet être — chez qui\nl’on devine qu’auraient pu s’affirmer de nobles sentiments et\ngermer de fécondes idées — sent, malgré la résistance qu’il y\noppose, le pénétrer les miasmes infestant tout ce qui l’entoure.\nEst-elle moins banale, moins décevante, sa vie? Lui-même la\nrésume : \" Porto, stout, café, bière, cognac \" avec parfois, une\nescale dans une maison à gros numéro. C’est là seulement qu’il\ntrouvera un rayon, sinon de bonheur, de franche sympathie.\nUne gouge de lui s'éprend; \" il y a une femme au moins qui\nl ’aime, prêle, sur un signe, à l’entretenir d e son objection. \"\nScrutez ce que ces seuls mots recèlent de désenchantement et\nde souffrance morale...\n    Et voilà lâché cc que je désirais presque taire. M. Mahutte, on\nle sent, doit avoir souffert intensément, doit souffrir — à un degré\naigu qu’une instinctive pudeur le fait dissimuler — de ce qui fait\nsouffrir son Charles Marbaix. L u i aussi était né bon. A preuve,\nl’émotion simple et comme agenouillée avec laquelle il décrit la\nmaladie, l’agonie, la mort de la maman Marbaix. O h! il a beau se\nrebiffer, il a beau essayer de nous donner le change. En inter­\nrogeant les autres, il se découvre soi-même.\n    De ce qui précède on pourrait inférer que le volum e de\n M. Mahutte est plutôt une collection d’individus observés iso­\nlément. Ce serait nous fort mal comprendre. L es milieux qui\n déterminent cette atrophie psychique, ce gagaïsme plus triste\nque l’autre, ne restent pas dans l'ombre. E t tous les milieux de\n province, — petit café sournoisement déshonnête, collège, église,\n pension — tous, vous dis-je, apparaissent comme reflétés sur un\n écran attirant noire vu e. A joutez que des scènes, celle par\n exemple des \" élections \" — encore que m ’en déplaise l’esprit —\net telle \" distribution des prix \" ont avec du mouvement et de la\nvie une précision d’instantanés de choix. Mais voilà qui serait\nmal conclure. C’est d’eaux-fortes qu’il faudrait parler et de m or­\ndantes encore. Oui, un beau volum e d'eaux-fortes, se complétant\nl’ une l’autre, veuillez le bien noter, et où la stricte exactitude —\n"}, {"page_pdf": 350, "texte": "                              MAI   18 9 6                        327\n\nsurtout lorsqu’il s’agit du monde professoral, particulièrement...\nétudié — s'exaspère à l’occasion en traits caricaturaux qui font\nsonger, plutôt qu’à la bonhomie terrible d'un Léonce Petit, à\nl ’ironie cruelle d’ un Vallotton hors Paris.\n\n\n\n\n    En province aussi nous guide M. L avach ery dont la Dinah\n L id iere est un roman bien établi auquel l’éditeur Bénard a fait\n gente toilette. En province aussi... et, quoique les choses se pas­\n sent de bien autre manière que dans le livre de M. Mahutte, on\n peut se demander si M. Lavachery s’est montre plus clément. Il y\n a ici une telle somnolence, un calme effrayant autant qu’ineffable!\n En fin de compte par quoi de supérieur, par quelles visées qui les\n puissent honorer, ses personnages se libèrent-ils de la banalité\ndu « tous les jours? » On ne voit pas comment le Vir latin leur\nserait applicable.\n    D ’aucuns me diront que notre collaborateur n’a certainement\npas cherché à produire celte impression. Mais un écrivain n’aboutit\npas toujours à ce qu'il prévoyait. Les significations secondaires\npeuvent exercer plus d’ascendant que les significations principales.\nJe ne fais du reste aucune difficulté pour reconnaître que Dinah\nD idière appelle d’autres considéra! ions. L ’on trouve formulé ici ce\nje ne sais quoi de reposant que peut avoir, à certaines heures et\npour certains regards, l’existence coutumière des gens que l’on\nappelle les simples bonnes gens. T out est relatif. Une fleur a peut-\nêtre des bonheurs prodigieux que n o us ignorons, que nous igno­\nrerons toujours. Et ces âmes en réductum — ayant, croirait-on. un\nangle déjà dans l’ombre prim itive et finale — savent des minutes\nqui feraient pâlir nos plus conscientes liesses. Pour qui les\nobserve alors, elles prennent une apparence de rayonnem ent\ndélicieusement nuancée et je suis tout prêt à croire que le foyer\nmême des sentiments qu’elles éprouvent ne manque pas d’inten­\nsité. Cela, M. Mahutte ne l’a pas découvert. M. Lavachery y est\nallé out droit. Self influence sans doute; disposition à l ’optimisme\n"}, {"page_pdf": 351, "texte": "3 28                        L E R É V E IL\n\n\n\n\nchez l’un, au pessimisme chez l’autre. Mais encore est-il vrai\nqu'il y a province et province. Et c’est à Bouillon, dans cette\nluxuriante nature ardennaise où les cœurs ont peut-être conservé\nleur originelle ém olivilé, que rit de tout le rire de ses briques\nau soleil le châlet de la gentille D inah.\n   M. Lavachery est un écrivain distingué et charmeur. Il dit avec\npondération, avec une agréable mesure tout ce qu'il veut bien\ndire. Il sait, lorsque les événements l’exigent, avoir l’énergie\ndésirable, mais c’est plus particulièrement de demi-teintes qu’il\nse montre épris. Il est tout en demi-teinte, ce personnage de\nMlle Didière, qui sacrifie en faveur d’ une amie le juvénile amour\nqu’e lle sent éclore en soi. Elle a des naïvetés délicieuses aux­\nquelles on cherche à peine à résister. Quand elle paraît, c’est\ncomme s’il venait du plus loin d’elle-même une clarté meilleure...\n   Cette première inclination de jeune fille est, je pense, ce que\nM. L avachery a surtout voulu analyser. Ce n’est pas sans habileté\nqu’il en développe les phases L e personnage serait même un type\nsi, à toute évidence, il n’était trop composé en vue des scènes\nmêmes auxquelles il participe. Pour tout dire, l’écrivain se laisse\nparfois aller à trop de lyrisme, tandis que des détails d’ une\nspéciale importance le trouvent presque distrait.\n    L ’amour, dans ce roman, est une sorte de langueur douce, une\nrêverie bercée par une main invisible, une rêverie sans cris, sans\nlarmes, sans impatiences, sans guère de heurts. Im aginez une eau\nlente et claire dans un printanier paysage. C ’est cela — c’est la\nsérénité virginale du matin ou la virginité sereine d’un beau soir.\nT out le décor où l’action évolue s’offre sous cet unique aspect.\nPeut-être est-ce par là que l’œuvre de M. L avachery est destinée\nà plaire Ceux qui croient encore, de toute la croyance première,\naux rêves roses que chacun fait au moins une fois, se pencheront\nsur ces pages comme vers un fidèle miroir. L es autres... la\nnostalgie leur sera bonne de telles minutes lointaines où tout\nleur souriait de leur propre sourire.\n   Dinah Didière me semble attester chez l’auteur une aptitude\nqu'il ne soupçonne pas: ce lle du théâtre — d’ un théâtre qui aurait,\ncomme déjà l’œuvre dont je parle, cet air de tranquille réalité\nde maints romans anglais. L es dialogues qui émaillent cé volume\n"}, {"page_pdf": 352, "texte": "                              m a i   1896                          329\nsont de ceux qui, sur les planches, ne manqueraient pas de\n« porter ». Ils ont de la vivacité, les mots s’y jouent sans effort,\net— cela surtout est caractéristique — ils nous font voir plus\navant en l’âme des protagonistes que les explications auxquelles\nl ’écrivain s’essaie par après. Telles scènes sont toutes faites; il n’y\na qu'à les jouer. Et celle-là est d’une délicatesse à signaler où\nDinah et son amie, 0 un jour argenté qui détaille adorablement\nl'entremêlement des fleurs et des feuillages » s'avouent mutuelle­\nment leur grand secret, cet amour pour le beau Lacharlerie que\nD inah, en accordant sa main à un autre, n’oubliera peut-être pas\ntout-à-fait. Je dis peut-être car elle ne se dissipe pas, à la réflexion\nmême, l’incertitude que M. L avach ery a voulue à son livre,\ncomme si souvent dans la vie, dans l’énigmatique vie!\n\n                                 * * *\n\n\n\n\n   Voici deux nouveaux livres de M. Hérold. L e prem ier est une\nsorte de légende formée à l'aide d'emprunts habiles à des évangiles\napocryphes et d’où est résulté un tout intéressant, qui tient bien.\nChose curieuse, dans ce Livra de la Naissance,.rie la Vie et rie la\nMort de la Bienheureuse Vierge Marie, il n’est guère parlé du temps\npendant lequel le Christ accomplit son glorieux apostolat. L a\ntentation devait pourtant être forte de définir l’état d’âme de\nMarie à ces moments. Entre l’Enfance et la Passion, la légende de\nM Hérold ne nous révèle rien. Mais, cette enfance, que de jolis\nmotifs l’adornent! Il est si peu un « fils de l’Homme », le fils de\nM arie; il est si gentiment le bambino des tableaux religieux,\nconscient de sa toute puissance. Après le départ de Bethléhem,\nvoici, sur la route, une caverne d'où s'élancent de terrifiants\ndragons. Jésus descend des bras de sa mère et force les vilaines\nbêtes à réintégrer leur antre obscur. L es panthères et les lions\ndocilement le suivent. Un palmier est-il trop haut pour qu'au\ndésir de Marie l’on en puisse cueillir les fruits, il fait se courber\nl'arbre à portée de la main. Mais il est vindicatif aussi le futur\nSauveur du monde ! Ne voue-t-il pas à mort l'enfant inconnu qui\ns e permet de combler les sillons tracés dans le sable par sa\nmenotte divine ?\n"}, {"page_pdf": 353, "texte": "330                         L E R E V E IL\n\n\n\n   C'est par de tels traits que l’origine populaire des éléments de\ncette légende plus nettement s’avère. Ailleurs est bien faite pour\nsurprendre l’incrédulité d’ une femme des montagnes se refusant à\nadmettre qu’une vierge ait pu donner le jour à un fils et n ’y\najoutant foi qu’après avoir obtenu ce qu’obtint plus tard du Christ\nmême le méfiant Thom as. N'est-il pas vrai que cette trouvaille\nest moult plaisante ? Bien des pages de ce luxueux volume — orné\npar M. Paul Ranson de lettrines fort originales — nous ont plu\npour la même raison. Au chapitre X X Joseph est parti pour\nBethléhem, à la recherche d’ une sage-femme, car l'événement\nattendu bientôt se produira. Soudain — présage obscur — tout\ns’arrête à ses yeux : le miracle est accompli. L es souffles de l’air\nont cessé. L es oiseaux du ciel sont immobiles. L es brebis que\nconduisait un berger n ’avancent plus et les eaux du fleuve ont\nsuspendu leur cours... Ces pages sont belles en leur langue simple\nde véridique révélation. Mais il faudrait citer encore certain\nchapitre disant la vie de Marie dans le temple du Seigneur. \" Sa\nface était pure et splendide comme la neige et l’on pouvait à peine\nfixer son visage tant il brillait. \" Même après la mort, cette\nsplendeur, est sienne. \" Après que les vierges eurent vêtu son\ncorps du linceul, la lumière perçait le linceul, obscurcie à peine. \"\nA insi une clarté douce de toutes les pages de ce livre émane et se\npropage en l'esprit du lecteur attentif...\n\n   J ’ai hâte de passer au second volume que je mentionnais ci-\navant. Il s’agit d’ une traduction de Kalidasa — traduction point\nlittérale, M. Hérold s’étant \" cru autorisé à faire œuvre de critique\nen même temps que de traducteur. Non que j ’aie, ajoute-t-il dans\nson Avertissement, rien ajouté au texte primitif mais, çà et là, j ’ai\nretranché quelques phrases qui me semblaient l’alourdir et en\naltérer sans raison la beauté. \" On se plait assez depuis quelque\ntemps à en agir ainsi avec les vieux auteurs et ce n’est pas tou­\njours plus mal. Parmi les récentes tentatives de ce genre, il faut\nciter l’œuvre de F ord adaptée par M. Maeterlinck et le Philaster de\nBeaumont & Flelcher auquel s ’est consacré M. Georges Eekhoud.\nVous savez si tous deux ont réussi à ne point dénaturer ces m aî­\ntresses œuvres du théâtre anglais. M. H éro ll n’a pas été moins\nattentif en émondant la \" comédie héroïque \" de Kalidasa.\n"}, {"page_pdf": 354, "texte": "                              mai   1896                           331\n\n\n\n    S ’il est un théâtre peu connu, c’est le théâtre indien et il y a\n tout lieu de le regretter. Sans doute il n’eut pas la fécondité du\n théâtre grec ou du théâtre latin, mais l’inspiration qui le gouverne\n est d'un charme subtil et très particulier. Parmi cette pléiade\n d’écrivains dramatiques, surgis là-bas entre le premier siècle avant\n J.-C. et le treizième siècle de noire ère, mes préférences vont à\n Soudraka de qui le Chariot d'enfant à chaque lecture aisément me\n retient. Vous n 'y trouverez pas l’om bre d’ une influence étrangère ;\n les peintures y sont attrayantes et fortes, l'intrigue se dénoue\n bien et l’amour de courtisane qui constitue le noyau de l’action\n est défini ainsi qu’il convient. Puis quelle énergie dans certaines\n pensées, comme la langue se prête à ce qu’elle doit formuler!\n Mais, ce poète mis au premier rang, il est certain qu’avant\n Bhavabhouti si habile à confesser, à éclairer les consciences et\n dont tel \" dialogue conjugal \" a pu être comparé au Cantique des\n Cantiques, avant Sri Harcha Deva de qui le Collier vaut d’être lu,\n avant Radjasekhava et Visakhadatta, écrivains de décadence,\n encore que dans la Statue le premier ait fait montre d’une manière\n d’impressionnisme qui étonne, — immédiatement après Soudraka,\n c’est Kalidasa qu’il faut nommer.\n   L'anneau de Çakuntala traduit par M. Hérold, aussi bien\n d’ailleurs que le Héros et la Nymphe du même poète, est une petite\n merveille. Il s'y trouve une fraîcheur caressante d’idylle que les\n meilleurs bucoliques pourraient envier. On sent du reste cette\nœuvre religieusement proche de la nature qui l’inspire. L e\npathétique y atteint sans effort de très hauts sommets tandis que\nla grâce est si polie des dialogues et l'élégance très recherchée des\nimages qui s’y rencontrent.\n   C ’est surtout par leurs détails qui p laisent ces scènes, par tels\npaysages, par l’étude des caractères, par l’élude en ses mobilités\net sa constance d’un amour prédestiné. A isé il serait de noter au\nhasard des pages des réparties savoureuses et des mots profonds.\nJe ne veux, en espérant que M. Hérold nous donnera un jour\nd’autres traductions aussi habilement réalisées du même théâtre,\nje ne veux vous citer que ces deux phrases : « En ces forêts saintes,\noù l’on cherche la paix suprême, il est des feux cachés et qui\nembraseraient tout : ainsi dans le cristal, si frais à toucher, les\n"}, {"page_pdf": 355, "texte": "3 32                        L E R É V E IL\n\n\n\nrais du soleil allument les plus ardentes flammes. \" E t à l’acte III\nle Roi Duhshanta monologuant se dit : \" Ma pensée reste\nstagnante, pareille à l’eau profonde qui ne monte jam ais à la\nsurface des étangs. \"\n\n                                 *\n                                * *\n\n\n   M. Léon Paschal a placé en tête d'Hélie, drame à la manière\nancienne, une note qui me dispensera de bien des commentaires :\n\" Si cette vallée d’ombre (où l’action se meut) est la vie, Hélie\ndans ma pensée n'est pas tel homme, un individu ne requérant\npas. selon moi, un intérêt large et réfléchi, mais l'humanité\nentière qui gravit les siècles. Hélie est l’humanité actuelle et de\nla sorte sous une draperie antique j'a i voulu faire vibrer l'âme\ncontemporaine. \" C’est bien ce que nous trouvons en ces pages,\nune orientation vers de moins exclusives, vers de moins égoïstes\npréoccupations. C’est la lente allance vers des Chanaans où tout\nparaît plus clair, où plus rien n'oppresse des anciennes tristesses\net des vieilles douleurs. Mais par quelles étapes seulement on y\narrive! Celui-là seul y parvient qui a senti chanter en soi ou se\nplaindre toutes les joies et toutes les misères humaines.\n   Quoiqu'on dise l’auteur, je ne suis pas absolument convaincu\nqu’il n’y ait en ces pages nulle spécialisation d’existence indivi­\nduelle. Je serais même tenté de croire que les idées fondamentales\nont ici quelque rapport autobiographique. On devine au tournant\ndes phrases des inquiétudes qui semblent ne devoir pas affecter\ntoutes les consciences et dont M. Paschal a eu, j ’imagine, person­\nnellement à triompher. Il lui déplaira peut-être que je le fasse\nressortir. Pourquoi le tairais-je pourtant, lorsque c’est en cela\nsurtout que se trouve à mes yeux le mérite de son œuvre. C ’est\npour la discrétion qu’i la mise à s’indiquer que je veux l’applaudir.\n   La note que je viens de citer ajoute que ces scènes auraient été\nécrites en vue de la représentation. Je ne pense pas qu’elles\npuissent dans ces conditions produire tout l’effet que, sans doute,\nl'auteur se plut à espérer. Si je fais abstraction de la fin — qui a\nsuccessivement de la flamme et un soudain apaisement, significatif\n"}, {"page_pdf": 356, "texte": "                            M AI 1896                           333\n\nd'un auroral demain — les dialogues me semblent évoluer avec\ntrop de solennelle lenteur et s’amplifier au-delà d e la sphère psy­\nchique des personnages. Cependant comme la ligne en est, à maint\nendroit, de belle harmonie reposante! Sa continuité ajoute,\nd'autre part, à sa force d'expression ; et, si nous pouvons souhaiter\nque les ombres fussent plus nettement opposées aux grandes\nclartés qui tout-à-coup s'annoncent, le dire a des nuances d’une\ndistinction incontestable. Lisez ces pages où c’est entre Ayglande\net Hélie, se rencontrant sur la même roule — à ces minutes de\nprime éveil, quand les voix intérieures tressaillent d'un pur\nenthousiasme que jamais plus elles n'auront, lisez ces pages où\nc’est entre les héros jeunes et beaux les balbutiements d’aimer.\n \" Dites, soupire Ayglande, quels sont ces baisers que l’on regrette\n encore à l'heure où l'on est près d'en mourir \". Mais peu après ce\ncri exaspéré retentira dans la bouche d’Hélie : \" Je suis heureux\n comme si j'avais détrôné Dieu ! \" Et ce sera bientôt l’amer réveil\n — toujours même et toujours poignant : \" L ’amour n’est pas une\n aube qui persiste. \"\n    A cet endroit aussi l'œ uvre a de beaux élans. Plus d'émotion\ns'y mêle lorsque s’atteste la lutte entre Hélie, entre son désir\nd ’altitudes, de lumière — et Ayglande, la nostalgique amante\n défendant l'unique part de bonheur qu’elle puisse entrevoir.\n A s’efforcer au-delà, elle trouvera la mort. E t lui, à vouloir\n ascendre aux éternelles vérités lumineuses, retombera meurti —\n plus d’ombre l'enveloppant \" L a lumière ne lut pas créée pour\n les regards mortels accoutumés aux ténèbres. \" Cependant il\n énoncera des préceptes moins désenchantants : \" Humiliez vos\n âmes, résignez-vous à souffrir. Dieu règne dans la paix des cœurs,\n hommes de bon vouloir, épouses aux douceurs conciliantes. L a\n joie est aux âmes candides et le bonheur dans la félicité de ceux\n qu’on aime. \"\n    J’ai dit de ce drame et les qualités et les défauts. A-t-on bien\n compris que j ’en aime la noblesse d'idées, la calme distinction ?\n  A t-on bien compris que M. Paschal n’est pas un simple aligneur\n de phrases mais que l’on peut trouver en lui, pour employer une\n  expression toute faite, l'étoffe d'un penseur?..\n"}, {"page_pdf": 357, "texte": " 334                          L E R É V E IL\n\n\n\n     D eux livres de Ballades par M. Paul Fort, aux ornementations\n   curieuses — notamment de ce talentueux artiste qu’est Maurice\n   Dumont. Je voudrais ne pas m'attarder à ces pages et dire\n  simplement l'enthousiasme qu'elles suscitèrent en moi. Il est du\n   reste hors de doute que peu d’œuvres se prêtent moins à l’analyse.\n   Ce qui caractérise certaines d'entre ces proses libres c’est autant\n  ce qu’elles font deviner que ce qu’elles disent. Il semble parfois\n  qu’entre la pensée de l’écrivain et celle du lecteur, fût-il des mieux\n   prévenus, une atmosphère intermédiaire s'étende où tout écho se\n  modifie, où, par leur diffusion, les clartés premières prennent un\n  fort différent éclat. E t la lumière que l’on observe ainsi paraît\n  tellement insolite qu’on se sent tout d'abord disposé à la nier. L es\n  proses de M. Fort exigent de qui les veut comprendre un\n  lucide retour à leurs sources. Ceux qui ne sauront s’y efforcer\n crieront à l'obnubilation. Déjà ce fut lait. \" Parce que je vais à\n l'aveuglette, plusieurs m’ont dit que j ’étais bête, aveugle d'autres,\n et d’autres fou \" dit telle Ballade pour conclure. Laissez moi\n l ’affirmer : M Fort, au contraire, est un des esprits les plus\n originaux qui se soient révélés parmi les écrivains de la dernière\n lignée.\n     D e ces poèmes, savamment rythm és, la spontanéité surtout\n nous plut. Il n’est rien ici qui sente de près ou de loin la chose\n voulue et longuement, obstinément élaborée. Or, si le roman,\n le drame requièrent une telle préparation, un poème vaut surtout\n lorsqu’il donne l’impression d’ un seul beau jet venu du cœ ur ou\nde l’esprit. A vec M. Fort il en est toujours ainsi. Et, au soudain\nélancement de l’idée initiale, voici que surgissent de l’ombre,\nnombreuses, des idées adjacentes de volontaire allure. L ’im agina­\ntion de l’écrivain est toujours prête et toujours impatiente de partir.\nElle l ’emporte et nous emporte dans une sorte de vertige bigarré,\nà travers les plus bizarres enchevêtris de vérités ou d’erreurs,\nd’affirmations brèves ou de paradoxes étincelants. On a la sensa­\ntion qu’au lointain, là-bas, un gouffre s ’ouvrira au fond duquel\ntout ira sombrer irréparablement. Cependant une étoile d’espoir\ndécouvre le plus souvent aux marches de ces Thulés des horizons\nmeilleurs. Elle n’est point banale la sensation, qui se précise alors,\ndu danger éludé — et comme de respirer cet air plus vif est doux !\n"}, {"page_pdf": 358, "texte": "                                                                335\n\n   Ce sont peut-être les alternances de fougue et d'un peu idyllique\nsimplesse qui donnent aux pages dont nous parlons leur princi­\npal intérêt. C ’est par quoi elles nous paraissent d’une très exacte\nplénitude de vie. Je dis exacte, non sans raison. N’est-il pas vrai\nque toute émotion ne s'intensifie et ne se complète que par une\némotion contraire? Il est vraiment rare qu'en une existence\nd’ identiques vibrations se répètent avec quelque persistance. A\nune heure de ciel succède une heure de purgatoire ou d’enfer et\nla première ne serait si bonne si nous devions ne pas connaître les\nsuivantes.\n  Je sens bien que ce qui précède paraîtra assez vague à d'aucuns\nqui me lisent. Je le répète, ces poèmes échappent à l'analyse.\nPourtant je puis signaler encore qu’il s’ y trouve une singulière\nironie portée çà et là à un diapason aigu. M. Fort s'exaspère\nmême aisément contre les souvenirs qui l’assaillent, contre ses\naspirations et ses désirs... Je puis mentionner également que\nl’auteur fait montre d'une réelle érudition et que sa langue n’est\njam ais en pauvreté. Je vanterai, si vous le voulez, tels paysages\nd’amour, de tristesse ou d’ennui qu’il érige en quelques brèves\nlignes. Mais ne m’en demandez pas davantage. A u reste M. Fort\na collaboré à différentes reprises à notre revue. Vous savez donc\ncomme moi que l’abondance de ses ressources intellectuelles ne\nlaisse pas toujours de lui nuire. Cet inconvénient s'atténuera de\nsoi-même. Dès à présent, l'écrivain s’efforce à une expression plus\ncondensée, plus concrète. Comme le disait M. K ahn, les lettrés ne\nle peuvent plus ignorer. Il aura son heure demain.\n\n\n                                III\n\n\n   Celte chronique, écrite au jo ur le jour, s’allonge outre mesure\net nombre de volumes, consciencieusement lus, s’empilent encore\nsur ma table. Je me vois forcé, la place manquant, de n'en parler\nqu’en peu de mots. Je le regrette notamment pour ce qui concerne\nla nouvelle de Mme de Tallenay — un bon écrivain qui eut forcé\nBarbey d’A urevilly à nier d’un trait de plume sa fameuse sortie\ncontre le bas-bleuisme. Au Sanatorium nous conte l’amour naissant\n"}, {"page_pdf": 359, "texte": "336                           L E R É V E IL\n\n\n\n  entre un médecin et une jeune phtisique dans un de ces caravan­\n  sérails de la douleur qui s’élèvent sur les bords du Rhin. Œ uvrette\n  des mieux sensibilisées, avec de jolis traits d’exquis e féminité et,\n à la fois, une mâle assurance, une sobriété puissante d’expression.\n  Ajoutons qu’une aile de mystère plane sur ces scènes où\n s’exhale dans l'ombre la plainte de deux cœurs qui eussent si\n délicieusement chanté ..O n sait que Mme de Tallenay écrivit\n  précédemment l'Invisible où se formulent des \" sensations de\n  l’au-delà ». Il est en la nouvelle qui nous arrête à présent comme\n  un écho atténué de celte œuvre antérieure. C ’est assez pour que\n  nous nous promettions d'étudier de plus près celle belle person­\n nalité d’artiste à la première occasion. —\n     L ivre de femme encore, Une Squaw, signé de ce pseudonyme\n significatif: I W ill. L ’auteur fait vraim ent montre d’un sincère\n vouloir d'échapper à la banalité courante. Elle veut que se\n tournent vers l’avenir ses réflexions et ses pensées. Ces pages ont\n de belles hardiesses. Cependant parmi ces cinq essais celui intitulé\n les Mères nous a seul paru décisif A utour des autres trop d’incer­\n titude demeure. Mme... I. W ill semble du reste avoir peine à\n éluder l'influence d’Emerson dont elle se fit précédemment la\n traductrice. J'avoue que son style m’a laissé une impression\n plutôt désagréable. Il trahit trop l’effort. Et des tournures comme\n celle-ci : \" Ils ont de l’infini la même conception qu'un enfant qui\n serrerait dans ses deux mains une poêle à frire dont la queue\n n’aurait pas de fin \" ne sauraient assurément nous plaire. —\n    L es Contes Chimériques de M. Maillart sont un début qui peut\ncompter. L ’auteur fait preuve d’une certaine habileté de mise en\npage et peut-être y a-t-il en lui les germes d’ un vrai tempérament\nd'écrivain. Chimériques... l’épithète convient bien à ces poèmes où\nla vie est reléguée au second plan, où (les Vieux, les Veilleurs)\nse perçoit l’approche insidieuse d’une heure de deuil qui bientôt\nréalisera ses desseins. —\n    M. Em ile Greyson est un littérateur impénitent. Il n’a de cesse\nd'augmenter son bagage. Vous avez lu, je présume, certains de ses\nlivres — et, par exemple, Juffer Daadje et Juffer Doortje qui tient\nune place fort honorable dans l’histoire des lettres belges. L e\nnouveau in -18 que vient de publier Lacom blez (A travers Passions\n"}, {"page_pdf": 360, "texte": "                                 M AI 1896                               337\n\net C a p rices ) vaut sans conteste bien des œuvres d’écrivains moins\nloin de nous. L e style en est d’une belle clarté et les événements y\njustifient telles études de caractères hardiment champlevés.\n Mais surtout il faut reconnaître la fraîcheur de ces pages où\nabondent des traits de savoureuse observation et de discret\nréalisme. —\n   Nous avons reçu \" L e S erm on su r la M ontagne et le So cia lism e\ncontem porain \" par M Edmond Picard. Il est inutile, n’est-ce pas,\nd’user de longues phrases pour dire que celle glose à l'Evangile de\n Mathieu est écrite dans' un style éloquent et aisé — celui que\n M. Picard a su faire sien et auquel, à chaque manifestation\nnouvelle, on se sent davantage acquis. Mais... le R éveil est et doit\nrester une revue de littérature et d’art. —\n   M. Tristan Klirigsor, en écrivant F ille s F le u r s , a réalisé un\nmarquant progrès sur ses œuvres précédentes. Ces vers sont d’ une\nmusique doucement enveloppante soulignant des menus gestes\nvoluptueux et câlins. Des belles passent. De T o u ra in e de\n Trébizon de, de T h u lé , elles sont, pour qui écouta en ces strophes\nde bon poète vanter leur charme ingénu ou mortel, dés visions à\névoquer aux heures de mélancolie et d'en n u i.—\n   Sous une couverture d’un vert tendre, comme les primes\nfeuilles des lilas doux fleurant et des grisantes aubépines, s’offre\nla plaquette de M. Arthur Toisoul (M ai). Ici c’est une belle confi­\ndence d’esprit jeune et de cœur à l’aurore et sa chanson fervente,\nsa chanson adorante à la bien aimée A caractériser ces poèmes, le\npremier vers de la pièce de tête (C a r voici de la jo ie sereine) suffirait.\nM. Toisoul ne ressemble ni à tel poète ni à tel rimeur. Il est lui,\ntendrement, naïvement. Oh ! je n’aime pas d’égale façon tout ce\nqu'il se plaît à nous faire entendre. Je crois remarquer çà et là une\ntendance à contraindre d'images moins adéquates qu’il faudrait la\nsim| le idée première Mais le ver à d’autres places est d’ une point\nbanale souplesse. On le lit alors avec d’autant plus de plaisir que\nl'édition (signée Lacomblez) fera le bonheur des bibliophiles. —\n   L es Bibliophiles .. Qu’ ils feuillettent donc le premier numéro du\nCentau re qui vient de paraître. Il peut soutenir la comparaison\navec les revues trimestrielles anglaises — T h e Sa v o y et le Yellow\nB ook. Aussi me reprocherais-je de ne pas le signaler à l’ égal d’un\n"}, {"page_pdf": 361, "texte": "338                         L E R É V E IL\n\n\nvolum e. Au sommaire de longs poèmes de MM. L ouijs, Hérold,\nLebey, Gide. Un sonnet de M de Régnier arrive en tê te. Mais j ’ai\nsurtout aimé la Longue lettre à la Bien Aimée de M. de T inan, où\nc’est si bien des heures de jeune homme de ce temps et si spiri­\ntuellement si finement dites!\n   De la partie artistique citons : Touchez I'Amour ; superbe litho­\ngraphie par L éandre ; de Jacques E. Blanche une planche en\ntrois couleurs, très personnelle ; de Rops un vernis mou très\n caractéristique (le Flirt)...\n\n                                             A lbert A rn ay.\n"}, {"page_pdf": 362, "texte": "                             MAI 1896                             339\n\n\n\n                   N O T U L E S D U M O IS\n\n\n\n   T rois revues nouvelles : l'Aube (mensuelle-internationale,\nParis), liminée d’une belle couverture de Fabien L aun ay. Jacques\nSt-Cère y constate une littérature belge, nationale et personnelle,\nmais ajoute que nos littérateurs auront à \" se débarrasser de\ncertaines excentricités de formes qui étonnent même les moins\nprévenus contre ce genre de gymnastique intellectuelle. \" (?)\n   — La Province Nouvelle (mensuelle, Auxerre) s’impose, belle­\nment, la diffusion en province de l’art jeune et libre. A u som­\nmaire : Paysage intérieur, pages méditatives, d’Ed. Pilon.\n   — L a Revue Sentimentale (mensuelle, Paris) qui s'annonce :\n« Malgré le mélancolique et le fané de ce titre, nous avons voulu\nle choisir pour annoncer l’âge des âmes. Car le temps de la simpli­\ncité doit revenir... \"\n   A lire :\n   Studio : Notice sur V o ysey, un des plus marquants et des\nmieux orientés parmi les décorateurs anglais venus à la suite du\nmouvement préraphaélite.\n   Libre Critique : L ’art religieux, Edg. Baes, intéressant par sa\ncompréhension large de l’art ecclésiastique et sa répulsion (j’y\napplaudis ! de l’horrible bondieuserie.\n   Mercure : Introduction à un essai sur Laforgue, signée M. Maeter­\nlinck ; traductions de contes arméniens et hongrois.\n   Revue Encyclopédique : Etude sur le théâtre hongrois, J. Kont,\navec une analyse curieuse de la Tragédie de l'homme, d’Emerich\nMadàch.\n   Revue Blanche : Vie mentale, G. Kahn ; Les Energies, P . Adam.\n   Art Moderne (10 Mai) : T out ce qui était à dire, et le mieux qu’il\nsoit, sur l ’audacieuse tentative de la Section d'A rt (Maison du\nPeuple) de faire interpréter par des amateurs Philaster, adaptation\nde Georges Eekhoud d’après Beaumont et Fletcher. Indépendam­\nment de l’émotion ressentie à certaines pages vibrantes de cette\ntragédie, une gratitude s’impose pour ce que fait présager cet éveil\nd’ un théâtre sans but d’intérêt ni cabotins.\n"}, {"page_pdf": 363, "texte": "340                           LE   R É V E IL\n\n\n\n   Revue de Belgique (15 Mai), une Fantaisie Epique par Herman\nPergameni, qui \" conclut de l'imagination des enfants à celle des\nra:es dans leur enfance \" .\n   P A N n os 4 et 5 Article de H uy smans sur Fra Angelico\". Nouvelles\nChansons de Bititis par Pierre Louijs. Intéressant et documente\narticle de H enry Van de Velde sur les Papiers peints artistiques. A\nsignaler encore tel bois de Veldheer — un nom à retenir. T itre :\nUne rue de Village.\n   De Vlaamsche School. Parmi les récentes reproductions signalons\nle Tournoi d'Amour de Doudelet et une aquarelle (Gertrud verlaat\nde Kerk) par quoi, non sans originalité, Albrecht Rodenbach\nillustra son drame : Irolds Jeugd.\n   La Renaissance Idéaliste et Le Rêve et l'Idée fusionnent et\ndeviennent Documents sur le Naturisme. Y remarqué l'Hiver en\nméditation, Saint-Georges de Bl u hélier.\n   Moderni revue, de Prague, traduit Verhaeren et Retté.\n   L ’Ermitage commence un conte norvégien de Jonas L ie, traduit\npar Georges Khnopff. Encore : L'âme philosophique de M. Maeterlinck\nsigné Hassé. - Il fonctionne, à cette revue, un critique... mettons\nréjouissant qui débite sous le nom de chronique littéraire des\npastiches des Kamtchatka. \" Cet excellent homme fait remarquer\nà l’ un des poètes qu'il incrimine que nuages et lueurs sont\ndissyllabiques et \" mier \" monosyllabique, et lui conseille l'étude\ndes vrais maîtres et le retour à Chénier « depuis lequel il ne s’est\npresque rien écrit en France qui lût de France \". C’est une manie,\ndu reste, car un autre est renvoyé à Anatole France et un\ntroisième à Charles d'O rléans! M. Lionel des Rieux devrait\nretourner au pionnat, qui doit certainement le réclamer.\n\n     Notre collaborateu r et ami Alf. L avachery vient d’avoir la\n  douleur de perdre sa mère. L a rédaction du Reveil le prie\n  d'accepter ses sincères compliments de condoléance.\n\n  Verhaeren et Rodenbach, les voici chevaliers de l’ Ordre\nde Léopold. Certes, cette décision ne peut ajouter en rien à la\nvaleur de leurs œuvres. Mais, en la provoquant. M S chollaert a\nrompu avec de ridicules traditions et s'est pur là honoré soi-même.\n\n                                                M ath   R obert.\n"}, {"page_pdf": 364, "texte": "                                                                                                                                         Librairie de l’Art Indépendant, rue de\n\n                                                                                                                                         Monnot et Blanc, 9, rue Victor Hugo\n                   C O L L E C T IO N D U \" R É V E IL \"\n            chez E D M O N D               D E M A N , libraire à B ru x elles\n\n\n\n\n                                                                                                                                         M. Kats, rue courte du Jour.\n\n\n\n\n                                                                                                                                            la Chaussée d’Antin, 11.\n                                                                                                                                         Gnusé, rue du Pont d’île.\n                                                                                                                                         Heymans, rue du Bruul.\n                                R ue de la M ontagne, 86\n\n\n\n\n                                                                                                                                         Littauer, Odeonsplatz.\n                                        ONT           PARU\n\n\n18 9 4 — M a u r i c e M a e t e r l i n c k : Alladine et Palomides, Intérieur, la Mort\n                                            de Tintagiles, trois petits drames pour\n                                            marionettes. (Quatrième Edition.)\n                                            Un volume in-16 raisin sur fort papier\n                                            vélin teinté, orné de culs de lampe de\n                                            Georges M in n e .......................... Fr. 3 ,5 0\n\n\n\n\n                                                                                                                                       M A L IN E S\n                                                                                                                                       LIÈGE :\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                    MUNICH\n                                                                                                                                       PARIS :\n                                                                                                                                       GAND :\n                                                                                                               R E C U E IL\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                    LYON :\n        F ernand R oussel :                L e Bonheur Irréel.\n                                            Un volume de proses, in-16 grand-mé­\n                                            dian, avec un frontispice de Charles\n                                            Doudelet; tiré à 250 exemplaires nu­\n                                            mérotés sur papier de Hollande Van\n                                           G e ld e r ..................................... : Fr. 2 ,0 0\n                                                                                                               DU\n\n\n\n1895 — E m i l e                    :      Les Villages illusoires.\n                                                                                                               D É P O S IT A IR E S\n\n\n\n                   V erhaeren\n                                           Un volume de vers, in-16 grand-jésus,\n                                           tirage limité ; impression en deux cou­\n                                                                                                                                                        de\n\n\n                                           leurs sur fort vélin teinté ; orné de qua­\n                                           tre images par Georges Minne. (Épuisé)\n                                                                                                                                       Société anonyme \" l’Art \", Avenue\n\n\n\n\n       H enry M au bel :                   Ames de Couleur.\n                                                                                                                                       Doliger, Galeries de la Reine.\n                                                                                                                                       Deman, rue d’Arenberg, 16.\n\n\n\n\n                                           Un volume de proses, in-16 royal,\n                                                                                                                                       Engelcke, rue des Foulons.\n\n\n\n\n                                           tirage limité, impression en deux cou­\n                                                                                                                                       Hoste, rue des Champs.\n\n\n\n\n                                           leurs, sur papier vergé de cuve Fr. 2 ,0 0\n                                                                                                                                       Forst. Place de Meir.\n\n\n\n\n                                                                                                                                         la Toison d'Or, 56.\n\n\n\n\n       V ic to r R e m o u c h a m p s :   Vers l'Ame.\n                                           Un volume de proses, in-16 impérial ;\n                                           tiré à 250 exemplaires numérotés sur\n                                           papier de Hollande Van Gelder. Fr. 3 ,5 0\n\n\n       G eorges M arlow :                  L ’Ame en E xil.\n                                           Un cahier de vers, in 12° raisin oblong,\n                                           tirage à 250 exemplaires numérotés,\n                                           sur papier de cuve Ingres teinté.\n                                                                                                                                       BRU XELLES\n\n\n\n\n                                                                            Fr. 3 .0 0\n                                                                                                                                       ANVERS :\n\n\n\n\n                                                                                                                                                                   :\n\n\n\n\n       L éon P a s c h a l :               Paroles intimes.\n                                                                                                                                                                   GAND\n\n\n\n\n                                           Un volume de proses, tirage limité,\n                                           format in-16°, sur papier de cuve\n                                           I n g r e s .......................................... Fr. 2 .0 0\n"}, {"page_pdf": 365, "texte": "     HOTEL ET RESTAURAIT DU PRIEE IMPERIAL\nDOUVRES                                    Q U A I D E L ’A M I R A U T É                                                  DOUVRES\n                                  Près le Port et les G ares de Chem in de F e r - Vue de la M e r\n         TENU               PAR            G. N . C O N R A D I ,                         d e p u is                      1 8 6 9\n   C u isin e fr a n ç a is e .   • P r i x modérés. -       B o n s lits et bons v in s.             -       O n y p a rle F r a n ça is.\n\n\n\n\nMAES & FILS                                                                     PAUL                                                     BO\n                                                                                                                                          S\n                                                                                                                                          D\n                                                                                                                                          Y\n                                                                                                                                          E\n                                                                                                                                          N\n                                                                     E   N      G    L     I S            H           T   A    I L   O   R\n  F A IE V O E S              A R T IS T IQ U E S                                        Rue des Fripiers\n      MONT-ST-ÀMAND l e z - G A N D\n\n                                                                                    V iennent de paraître au\n\nCHAPELLERIE VAN D ED ILD E MERCURE DE FRANCE\n             Boulevard du Nord, 24\n                                                                                     P ie r r e   L o u ijs       :   Aphrodite\n         B    R     U     X       E   L    L   E   S                      R .   d e G o u rm o n t :          L e Pèlerin du Silence\n\n\n\n\n  Journal des Artistes                                              L E L I V R E D ’A R T\n                                                                                                          (Paris)\n             (H ebdom adaire — Paris)\n                                                                    «MENSUEL ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE\n1 a n : 15 fr. — F r . 0 .2 5 le n u m éro                         1 a n : E t r a n g e r 15 fr. — F r . 1 .2 5 le\n                                                                                                      n u m éro\n\n\n   A LA BELLE JARDINIERE\nM A R C H E aux G R A IN S , 3, G A N D\n             A D . L E D A N T\n                                                                    IM\n                                                                     PRIM\n                                                                        ERIECENTRALE     G                A       N        D\n Confections pour Hommes et Enfants\n             G e n re g r a n d ta ille u r\n     Spécialité draperies Anglaises.                                  Spécialité d'éditions de luxe\n                                                                                                                                     VOL\n                        A S S U           R A N        C E     C O N T R E                   L E               V O L\n\n\nVOI                                    A S S U R A N C E D 'O B J E T S D ' A R T\n                  B R U X E L L E S — 4 , R u e de S u isse , 4 — B R U X E L L E S\n\n\n             L'ART JEUNE                                                         L ’E R M I T A G E\n 1 3 1 , R U E             ID E        B R A B A N            T\n                                                                           8, R u e J u l i e t te L a m b e r, 8\n                   BRUXELLES                                                                          PARIS\n             F r. 0 , 6 0             le num éro                                F B .    O.SO             £j33        N U M É R O\n\n\n\n\n                                      Lisez le PETIT                             BLEU\n         QUOTIDIEN                        B R U X E LL O IS         IL L U S T R É                ;       S     C E N T IM E S\n\n\n                  Imprim erie centrale G. D e Ke ukelaer e, rue lo n g u e du V e r g e r , 3 1 , G a n d\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1896-05", "signet_source": "6eme année - tome VII - n°29 (nouvelle série) - Mai 1896", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 290 (« MAI 1896 », « N° 29 (Nouv. série) »).", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}