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CAMILLE LEMONNIER.\n\nLes Re~ignes .                                         j.-f. ELSLANDER.\nBurch Mitsu (suite).                                   GEORGES EECKHOUD ~\n\nDernièr Rêve (Nod).                                    LuciEN JoTTRAND.\n\nSoir   .   .    •.                                     JosEPH DEsGENÊTS.\n\nPage devinee .                                         MATHIAS RoBERT.\n\nLes Misereux .                                         PAUL ]ANSSE~S.\n\n;chronique Musicale.                                   H. 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D ’ailleurs, la chaleur me revient, il n ’y a plus\n              que cette sensation de glace dans les épaules. » Il entendit\nsonner deux coups à l’horloge de l’Hôtel de Ville.\n   — Q uoi! il ne serait encore que deux heures, gém it-il. Il me\nfaudrait encore m archer pendant quatre ou cinq heures !\n   Un espoir lui restait. A cinq heures il se rabattrait vers un quar­\ntier de cantines et de petits débits; il irait s’y attabler avec les\nm araîchers dans la chaleur du premier feu; ses deux sous lui\nprocureraient une réparatrice décoction de marc de café.\n   T o u t de même le temps lui semblait s’allonger effroyablement;\nil tacha de récupérer la notion de l’heure en dénombrant les minutes,\ncom ptant jusqu’à soixante, puis recom m erçant. Mais le quart d’heure\nqu’il gagna ainsi dura une éternité; mieux valait s’en rapporter aux\ninexorables lois des choses.\n   Une prudence excessive réglait ses m ouvem ents; il surveillait son\nesprit et ses pas de crainte d’une défaillance. A la longue cependant,\nune lassitude le harassait qu’il s’efforça de déjouer par de brefs repos\nalternés sur une jambe et sur l’autre. C’était un brisement de ses\npauvres reins concasses comme par des pilons, une ankylosé des\ngenoux qu’il ne savait plus plier et surtout un recroquevillement si\ndouloureux des orteils qu’il lui semblait m archer sur des tôles chauf­\nfées à blanc. Chaque fois qu’il passait devant un banc, il fermait les\nyeux, tantaliés de l’envie épouvantable de s’y poser.\n   Le cadran de la M aison-Dorée tout à coup s’alluma dans la ténèbre\nd’un ciel arctique : encore une fois, l’heure le décevait. — « Se peut-il\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2717, "texte": "34                          LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\n que quarante minutes seulem ent se soient écoulées depuis la sonnerie\nde l’H ôtel de ville? se dit-il consterné, en trem blant de tous ses\nmembres. Mais il faudrait adm ettre alors que l’heure gèle aux hor­\nloges, comme l’air de cette exécrable nuit. Mon Dieu ! je crois, en\nvous, je crois à vos miracles. Donnez-m oi la force d’aller jusqu’au\nbout. » Sa gorge se déchirait en des abois de toux, il subissait l'évi­\ndence de sa poitrine mise à nu et tenaillée jusqu’au foie par des crocs-\n( — Et partout on dort, il y a là des alcôves où reposent des gens heu­\nreux. Plus même une lumière aux étages, l’indice d’une veillée triste\nprès d’un lit de m oribond, la lampe d’un chercheur de problèmes;\nje me sentirais moins seul. — ) Sous les réverbères blêmes, il perçut\nau loin des silhouettes se m ouvant dans la désolation nue des tro t­\ntoirs. Un besoin de se frotter à une chaleur d ’humanité fraternelle le\nramassa dans un dernier effort. Sans doute, c’étaient des malheureux\ncomme lui... Du fond de leurs cabans, les deux sergots regardèrent\naccourir le singulier passant, cette nocturne caricature d'un pauvre\ndiable claquant des dents et grelottant sous une redingote ridicule.\n    — Hé! l’ami, où allez-vous de ce train?\n    Une honte fière le redressa. « Je m ’en retourne chez moi. » Mais\naprès quelques cents mètres, son pied choppa, il tomba sur les genoux.\n— « Serait-ce la fin, seigneur mon Dieu? pensa-t-il. » Et l’agonie m o­\nrale commença. Il renia ce prénom de Fortuné reçu avec l’ondoiement\nbaptismal et qui le vouait aux joies de la vie; il maudit les années\nde collège, l’instruction vaine, la duperie d es diplômes qui l’avaient\nincité au leurre des ambitions mauvaises alors qu’à l’exemple des siens,\nil eût pu bêcher la terre, forger le fer, m anier la cognée dans les bois.\n    En se raidissant, Gervais parvint à se traîner jusqu’à un seuil. « Une\nseconde seulement, rien que le temps de reposer mes pauvres pieds\ndéjà m orts; puis je repartirai, j’irai jusqu’à ce que je m ’abatte sans\nespoir de me relever. Ah! les hommes, les canailles! » Ce cri de dé ­\nréliction sanglota sans écho. Depuis huit jours, il colportait en ses\n basques son rouleau de poésies, une pauvre écriture des rêves reco­\npiée de sa plus belle main, de cette main de maître d’école qui aux\n petits apprenait à tenir la plume. Sentant sa poitrine se prendre, il\n l’éploya contre sa gorge raclée par les râles et par dessus noua les\n bras en croix pour se réchauffer au moins à cette flamme des beaux\n soirs de songes et de musiques. — « Maman! Jeannille! La petite\n maison sous les treilles... BA... BE... BI... BO ... BU... Il y avait une\n fois une belle princesse... »\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 624, "texte": "                           LA REVUE R O U G E                          35\n\n\n\n\n   Des battants de cloches, sans souffrance, m artelaient ses tempes, des\nchocs tum ultueux de fontes, un fracas de trains bondissant à toute\nvitesse sur des plaques tournantes, le bruit des hautes eaux contre les\npiles d’un pont. Et une figure ne s’effacait pas tout de suite, Jeannille\nfaisant les cent pas sur le boulevard avec le tordion de ses hanches\nminces et le claquement de l’ironique éventail dont elle fouettait cette\nnuit des pôles.\n                                               Camille L e m o n n i e r .\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1892-12-n3-005", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 35, "page_fin": 37, "titre_corps": "Les Résignés", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J.-F. 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Il a d’abord envahi la poitrine des consola­\nteurs qui, longtem ps, ont lutté, dont la voix a continué à s’élever,\nquand même, vibrante de toute l’anxiété qui glaçait leur âme. Ils ont\nvoulu préserver les expectants du mal qui les frappait; ils ont voulu\nsauver le monde de l’écroulement que, déjà, ils prévoyaient, et ils se\nsont faits les icoglans d’une société basée sur l’injustice et l’exaction.\n   M algré tout, les ténèbres sont descendues peu à peu sur la foule\nprosternée, et l’épouvante est accourue, rapide comme la tempête,\nl’épouvante de l’éternel silence toujours dressé comme une muraille\ndevant les prières.\n   Ils ont trem blé; leur regard a trahi leur angoisse, et ils se sont\ntrouvés impuissants à dominer les murmures de ceux qu’ils avaient\ntrompés.\n   Alors l’espoir a disparu tout à coup du ciel.\n   Les sacrifiés ont compris que leur attente était vaine.\n   T ro p tard !\n   La force des maîtres grandissait; la voûte dont ils allaient écraser\nles esclaves était presque achevée; leur dom ination semblait inébran­\nlable.\n"}, {"page_pdf": 55, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2459, "texte": "36                          LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\n     Car ils n ’avaient pas écouté, eux, les objurgations de ceux qui m on­\n traient les magnificences, les délices de la vie future et prêchaient le\n mépris des richesses. Ils les gardaient, les richesses et les jouissances,\n n ’acceptant la promesse de la vie future que comme une consolation\n de la mort.\n    Ils étaient heureux. Tous leurs efforts ne tendaient qu’à la conti­\n nuation de leur bonheur, à l’exhaussement de leur puissance...\n    ... De ce jour la résignation n’est plus permise.\n    Les malheureux savent m aintenant qu’ils n ’ont rien à attendre,\n qu’aucune compensation ne leur sera donnée, qu’ils m ourront avec\nl’affreux regret de n ’avoir pas connu un instant la félicité, avec l’af­\nfreuse joie d’en avoir fini avec la douleur. Ils savent cela et ceux qui\n acceptent sans rage un tel sort, ceux qui courbent tristem ent le front\n en suppliant seulement leurs bourreaux d’être pitoyables, de ne pas\ntrop les martyriser, sont des êtres vils et abjects !\n    Il faut que les affamés fassent retentir le monde de leurs hurlem ents !\nIl faut que l’effroi des iniquités amassées depuis tant de siècles em­\nplisse les cœ urs ! Il faut que la menace des représailles fasse frissonner\njusqu’aux indifférents! Et que rien, sinon l’aurore de l’ère nouvelle,\nne brise l’élan rédem pteur!\n    Ils ne se donnent plus la peine, les Assouvis, d’entretenir la flamme\nde l’idéal au cœ ur du Pauvre; la parole humaine a perdu, à jamais, les\naccents réconfortants. Il ne s’en lèvera plus, des enthousiastes, pour\nessayer de tuer l’incroyance.\n    Ce serait inutile, d ’ailleurs.\n    Le cynisme s’étale hideusement sur les faces, les contractant en un\nricanem ent terrible.\n    La bataille est engagée; le temps de la dissimulation est fini.\n    N e le voient-ils pas, les silencieux?\n    Alors, pourquoi ne pas relever la tête, pourquoi ne pas se joindre\nà ceux qui ont accepté résolum ent la guerre et qui luttent, héroïques,\nsentant bien qu’ils seront frappés tôt ou tard, mais com ptant que\nd’autres les vengeront !\n    Car la lumière, si longtemps attendue, semble naître enfin ! Elle ne\njaillit pas des ténèbres où les regards l’ont cherchée; elle sort lente­\nm ent des entrailles de la souffrance. Elle répand comme un rayon­\nnem ent diffus qui, déjà, emplit tout l’espace; elle dilate les poitrines;\nelle ouvre de force les paupières déjà closes. Elle annonce la fin des\nmisères et des afflictions.\n"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1609, "texte": "                             LA REVUE R O U G E                           37\n\n\n\n    C’est la Justice.\n   Les torturés qui n ’osent pas croire en elle, qui laissent s’abaisser\n sur eux, passivement, la griffe toujours plus lourde et plus cruelle des\nRepus, qui pleurent et obéissent, ceux-là sont des criminels, ceux-là\nsont des traîtres !\n   Il se peut qu’à force de privations ils en soient arrivés à ne plus\nrien désirer, qu’ils estiment que, pour eux, le salut ne vaudra plus\nl’effort qu’ils accompliraient pour l ’obtenir, qu’ils préfèrent leur ser­\nvage, comme ces prisonniers qui demandent à retourner au cachot,\naprès une longue captivité!\n   Mais qu'ils se souviennent que, comme hommes, ils ont le devoir\nd’aider à l’œ uvre commune, et qu’il viendra des générations qui ont\ndroit au bonheur.\n   Oui, Ils sont parvenus à étouffer en leurs victimes toute énergie,\ntoute force d ’âme; ils en ont fait des êtres dégradés, incapables de\nvouloir la salvation et qu’ils pourront peut-être ruer sur leurs frères!\n   C’est là l’obstacle contre lequel se heurteront longtemps les révoltés.\n   Mais il faudra bien qu'un jour ils se lèvent aussi, ces châtrés! O n\ntrouvera bien un outrage qui leur fouaillera le sang; on saura bien\nfaire jaillir de leur cœ ur amolli la flambée de l’indignation et les\narracher à leur hébètem ent !\n   Alors le bras qui les aura frappés leur m ontrera l’ennemi. Et s’ils\nne com prennent pas, s’ils ne veulent pas, ce seront des lâches !\n   O n saura ce qu’il faudra en faire.\n                                                    J.-F. E l s l a n d e r .\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1892-12-n3-006", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 37, "page_fin": 39, "titre_corps": "Burch Mitsu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges Eeckhoud", "ancre_debut": "B u rc h M itsu                                   (s u it e )      Devant moi se dres", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 56, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 1609, "fin_caractere_exclue": 2202, "texte": "B u rc h M itsu\n                                  (s u it e )\n\n\n   Devant moi se dresse le bâtim ent de la m inque dont la cloche\nsonne les périodiques criées comme autant d’angelus. La minque,\ntoujours saturée d’un encens vireux, mais salubre, regorgeant d’of­\nfrandes entassées dans les cloyères et les bannettes, et charroyées\ndu quai par des mousses et des poissonniers musclés. Et les chasse-\nmarée attendent sur un rail de raccordement avec la gare, le m o­\nm ent d’apporter tout ce poisson aux voraces terriers. Vides, — le\ndim anche, par exemple ou dans la soirée, — ces grands wagons\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2626, "texte": "38                         LA REVUE ROU GE\n\n\n\nservent de théâtre aux sublimes parties de cache-cache des culottins\net des bambines déjà vêtus comme leurs parents, héritiers rou­\ngeauds et poupards d’une race extraordinairement prolifique. Future\nchair à poisson, ces gamins rieurs affectent déjà l’allure balancée\ndes gabiers! Combien de ces délurés espiègles m ourront sur la terre\nferme ?\n   Car il s’en faut que la mer soit toujours la chatte caressante qui\nflatte et câline de ses vaguilles festonnées les mondaines des beaux\nmois d’été. Il s’en faut aussi qu’elle se m ontre nourricière généreuse\npour ceux qu’elle attire sur ses abîmes; d’ailleurs, elle aurait beau\nprodiguer les pêches miraculeuses, le meilleur, la presque totalité du\ngain remplit les coffres d’âpres et cupides courtiers.\n   Q ue d’angoisses lorsque la mer a ses fureurs noires et qu’elle s’agite\ncomme en mal d’enfant, car ses gésines préparent des m ortuaires au\nlieu d’annoncer des naissances! Heureuses les Ostendaises quand il\nn ’y a pas d’absents, quand toutes les barques sont rentrées! Ces jours\nde tourm ente, il y a foule sur l’estacade; les femmes guettent à l’ho­\nrizon la voile du père, du mari, du frère, du fiancé, du fils bien-aimé.\nCes jours-là, les cheminées des masures n’arborent pas, à l’heure de\nmidi, la joyeuse fumée. Et les derniers écus, destinés à trom per la\nfaim, se fondent, pour trom per les angoisses, sur les comptoirs des\ncabarets! Et, ces jours-là aussi, la m armaille, accrochée aux jupes des\nménagères, criaille, et, l’estomac vide, n ’a pas le cœ ur au jeu !\n   Et comme s’il ne suffisait pas des bourrasques pour décimer cette\npopulation compacte, de temps en tem ps le typhus, le choléra, la\nvariole donnent un bon coup de balai dans ce grouillis de misérables\nqu’on croirait, à les voir peiner si dur, ne pas souhaiter mieux que\nd’être supprimés une bonne fois! Et pourtant le pullulement recom ­\nmence de plus belle. Et pour un naufragé il y a toujours six nourris­\nsons. Le père rentre dans la nuit sousmarine, avant que son dernier né\nne voie le jour! Chaque été les pots de géraniums arborés aux fenêtres\ndes bicoques n ’épanouissent pas une fleur de m oins, et les ménages\ncom ptent toujours le même nom bre de petiots!\n   Les vieillards, au seuil des portes, semblent presque aussi nombreux\nque les commères et les enfants, car il faut croire que l’Océan est\nsurtout friand d’hommes dans la fleur de l’âge. Il y a des femmes\nveuves de plusieurs époux, et des enfants de plusieurs lits, on pourrait\ndire des orphelins de plusieurs tempêtes. Le dernier mari est souvent\nà peine plus âgé que le fils aîné!\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2500, "texte": "                            LA REVUE ROU GE                                39\n\n\n\n    Q ue de flâneries par les petites rues batelières, laides, oh oui ! sales\n et trop droites, mais si pittoresquem ent habitées. Et l’aspect de ville\n joujou, que présente le quai des Pêcheurs, vu de la plaine entourant\n le nouveau phare.\n    Je m ’arrête devant les éventaires des mansardes et régale les m ar­\n mots, aux prunelles élargies p ar de gourmandes convoitises, d’une\n livre de bigarreaux ou de cerises noires. Lescommères prennent le\n frais sur         le pas de leurs portes, rem aillent lesfiletsou tricotent pour\nleurs hommes un de ces jerseys de laine bleue sans couture, — comme\nla tunique du divin maitre, — dans lequel se m oulent les torses bom ­\n bés. Q ue de crépuscules passés à contempler ce quai des Pêcheurs\navec ses           allées et venues de matelots !\n    A les juger sur leurs allures, on prendrait ces solides maroufles\npour les ouvriers les plus parresseux de la terre. Ils prom ènent leurs\ngrandes carcasses flegmatiques et charnues le long des quais, sur les\nestacades, ou s’allongent à plat ventre, et baient aux nuages et scrutent\n au plus profond de l’horizon les voiles des camarades. Quelques-uns\nsont briquetés, d’autres ont des physionomies ligneuses et basanées ;\npresque tous ont la peau aussi dure que le pain noir qu’ils mangent.\nA les voir batifoler entre eux, ou s’éterniser devant un verre de bière,\non se m éprendrait sur leur énergie et leur activité.\n    Pendant la saison, ceux que la pêche n ’occupe pas, guettent, sur\nl’estacade, le passage des clients, pour leur proposer une promenade\nen mer, dans l’un de ces petits canots à voiles garés au pied des pilotis\nrongés de- varechs. N euf fois sur dix, le flâneur passe, im portuné.\nM oi-même, au début, je faisais à peine attention à ces humbles indus­\ntriels, et écoutais avec impatience le boniment qu’ils me baragoui­\nnaient en un français de contrebande :\n    — U n bon petite brise pour un petite tour en mer, Monsieur?.. Un\njoli bateau et un bonne matelot, M onsieur?\n    Un jour cependant, la figure d’un de ces braves garçons indiqua tant\nde supplication et de contrariété, à m on refus, que sur le point de passer\noutre, je consentis à fréter sa coquille de noix. Il godilla son embarca­\ntion jusqu’à ce que nous fussions sortis du chenal. Puis il se m it en\ndevoir de guinder son m ât et de brasser sa voile.\n\n                                               Georges E e c k h o u d .\n     (A suivre).\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1892-12-n3-007", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 40, "page_fin": 41, "titre_corps": "Dernier rêve", "titre_sommaire": "Dernier rêve (Noël)", "rubrique": "", "signature_source": "Lucien Jottrand", "ancre_debut": "D e rn ier Rêve                                    NOËL                                                       A Henry Le Bœuf.     C’est l", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 59, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 72, "fin_caractere_exclue": 2024, "texte": "D e rn ier Rêve\n                                   NOËL\n                                                      A Henry Le Bœuf.\n\n   C’est là-bas, sur la m er grande que bouleverse le vent. Les vagues\nénormes s’entrechoquent, se crèvent et roulent à l’infini.\n   Le navire qui craque sous les efforts du « nordet », tangue et s’in­\ncline sur l’eau profonde et noire. Les lames méchantes lui crachent\nleur écume jaune, le couvrant tout entier...\n   La m er est grise, le ciel est noir, les flocons blancs tom bent, tombent,\nchassés par les rafales froides.\n   Et le navire va, tanguant de ci, de là, hop là!... labourant de son\nétrave droite, la vieille triste qui hurle au vent.\n   « O h hisse ! à la grande voile!..\n   » Etouffe, ohé! du foc!.. »\n   Là-haut, dans la hune que mouillent les embruns, où s’accroche la\nneige, un mousse est cramponné, bleu de froid, pelotonné contre le\nmat. Il regarde, le petit mousse, là-bas, du côté du Nord, où s’étend\nsous les brumes d’hiver la Belgique humide et froide.\n   Là est sa mère, là est sa famille à lui.\n   D ’où il est, il ne voit plus rien que le ciel gris qui écrase et la mer\nterrible qui, en coups de bélier, frappe le navire. Il ne voit plus le\npont, il ne distingue plus ses com pagnons dispersés dans la mâture.\nIl est perdu dans le brouillard et les glaçons. Il va de ci, de là, hop là !..\n   Enlevé comme une plume, toujours tanguant, roulant, gémissant,\nva le bateau, tout petit lui aussi, sur l’eau immense!..\n\n\n                         Noël!.. Noël!.. Noël!..\n   ... Dans la chaumière rien ne bouge. Dans l’âtre le feu s’éteint,\njetant encore d’incertaines lueurs rouges et jaunes comme des follets.\n   Une lumière brille dans la chambre voisine. A une table de bois,\nune vieille est assise tenant une lettre qu’elle lit avidement.\n   Au dehors, c’est la tem pête; c’est le vent du Nord qui fait rage,\ncouchant les arbres dans les chemins, sifflant dans les cheminées d’où\ntombe de la suie...\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2025, "texte": "                             LA REVUE ROU GE                                   41\n\n\n   ... Elle ne lit plus, la vieille; elle est toujours là, cependant, mais\nelle dort; ses lunettes sont tombées sur la table, la lampe s’est éteinte...\n   ... Il fait noir !..\n   ... Un grand coup de vent, une rafale épouvantable, et tout croule,\ntom be, tombe, dans un abîme sans fond. La maison craque, s’en ­\ntr’ouvre; puis, plus rien...\n   ... Il fait noir!....\n   ... Il fait froid !....\n   ... T o u t là-bas, à l’horizon, une grande « panne » claire s’allonge;\nau milieu, un clocher pointu, une flèche hardie de granit vieux et\nsombre, se dresse vers les nuages ternes qui toujours sèm ent leurs\npapillons blancs           Derrière, un groupe d’anges bleus et roses m onte,\nentraînant une vieille femme dans un cercle lumineux...\n   ... « C ’est grand’mère qui m onte au ciel!.... »\n\n   Hop là!.... de ci, de là, le navire; et chante le vent dans les m ats et\nles cordages; et fouette la neige, et m ouillent les em bruns!..\n   Des chutes effrayantes dans des gouffres         puis un choc, violent,\nrude, rem uant tout l’être...\n    ... Dans la hune un hom m e vient d’arriver.\n   — « O hé Jan... O hé!.. »\n   Des sifflements lugubres lui répondent, et pour ne pas être emporté,\nle m atelot s’accroche à une drisse.\n   — « Jan !.. Jan !.. »\n   Les vagues s’entrechoquent toujours, se suivent, m ontent les unes\nsur les autres et s’écrasent avec de grands bruits sourds...\n   Jan était là, cramponné à une corde, blême, bleu, immobile, crispé.\nSes yeux étaient hagards, ses lèvres pâles s’entrouvraient pour un\nsourire!...\n   — \" Jan... Jan... » et l’hom m e le secouait.\n   Il était m ort, Jan, m ort de froid, de terreur!\n\n  Et aux environs d’Anvers-la-Flamande, dans une m aisonnette bien\nclose, la vieille dorm ait dans son grand lit, tranquille, rêvant à son\npetit-fils parti si loin!..\n\n                          Noël!.. Noël!.. Noël!..\n                                                    Lucien J o t t r a n d .\n    Décembre.\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1892-12-n3-008", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 42, "page_fin": 43, "titre_corps": "Soir", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joseph Desgenêts", "ancre_debut": "Soir                                                   A Georges Eeckhoud.        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T rès haut dans le ciel une\n lune parcimonieuse fait sa trouée : les nuages s’éclairent; une brume\n trem blote sur la campagne abandonnée; de noirs troncs d’arbres s’al­\n longent et des branches s’étirent dans l’ombre qui s’amasse ; la ligne\n onduleuse des m ontagnes fermant l’horizon se confond presque avec\n le ciel som bre; épars dans les champs, des feux de fanes s’épuisent et\n dispersent leurs fumées jaunâtres; dans la vallée, des lueurs tragiques\n jaillissent des grandes cheminées d’usines et semblent des torches\n géantes brandies vers le ciel éclairé; des flammes s’échappent et s’ir­\n radient en resplendissantes gerbes d’étincelles.\n     Comme tous les soirs, à la même heure, par les temps de pluie et\n de gel aussi bien que par les temps de lune sereine, les miséreux, en\n groupe taciturne et morne, s’achem inent vers le village assis là-haut,\n sur la crête de la montagne. Passivement ils gravissent leur doulou­\n reux calvaire, poussés par une inexorable fatalité. Comme eux, leurs\n ancêtres se sont blessés aux cailloux de la route, comme eux leurs\n enfants s’y m eurtriront.\n    La pente du chemin est pénible         et haletante leur marche. Les\ngenoux fléchissent, les jambes refusent de les porter; les attitudes\nsont exténuées et désespérées; les gestes lents et fatigués; toutes les\njoies ont été moissonnées en leurs cœurs vacillants; la même expres­\nsion de douleur les étreint et les écrase; sous leurs vêtements couleur\nde terre les hom m es et les femmes se distinguent à peine....\n    Et ils m archent et s’essoufflent à escalader le chemin pierreux qui\nleur déchire les pieds. Leurs cœ urs mutilés s’ouvrent à toutes les dé­\nsespérances des jours à venir; leurs illusions se sont évanouies à\nl’âpreté de leur vie besogneuse et mauvaise. La cruelle chanson de\nleur déchéance chante à leurs oreilles.\n    Et pourtant     là-bas, de ces usines qui m ugissent comme la mer,\nde ce fastueux décor tout fulgurant, de ces machines dont les stri­\n"}, {"page_pdf": 62, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1274, "texte": "                            LA REVUE ROU GE                                   43\n\n\n\ndences se répercutent dans le soir, de ces cheminées vomissant des\ncascades de feux, de ces laminoirs tressaillant au choc sonore des\nlourds marteaux, de ces mines noires et profondes, de cette glèbe\nféconde aux m oissons abondantes, ne sont-ils point, eux, les miséreux,\nles m éconnus, la grande âme irréductible ?\n   Par ce soir radieux et solennel, leurs souffrances accumulées depuis\ndes siècles, s’envolent en un large et fraternel essor. Ils sont m uets,\nmais leurs cœ urs s’emplissent des mêmes et douces ém otions. Jamais\nla terre ne leur est apparue si belle, jamais la vie ne leur a semblé si\ngrande! Leurs misères, leurs peines, leurs douleurs se taisent devant\nce paysage prophétique que leurs yeux contem plent recueillis et exta­\nsiés, et en leurs cerveaux incultes s’évoquent des visions grandioses\nde puissance et de dom ination.....\n   Et moins péniblement ils gravissent leur calvaire, insensibles aux\ncailloux écorcheurs du chemin, guidés par une clarté d’espérance\nsouriant to u t là-bas, en la nuit tombée, à travers la frondaison des\ngrands arbres de la route.....\n                                                 Joseph D e s g e n ê t s .\n\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1892-12-n3-009", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 43, "page_fin": 44, "titre_corps": "Page devinée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Mathias Robert", "ancre_debut": "Page devinée    Les rues me font m al, par t", "ancre_fin": "o b e r t .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les M iséreux                                                  A A . Vanderstraeten.      Dans", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 1274, "fin_caractere_exclue": 2031, "texte": "Page devinée\n   Les rues me font m al, par tout ce soleil. T ro p rient. Je dois être\nminablement pâle, je le sens à certains regards. Je semble un re ­\nproche, sans doute....\n   Ils ne comprendraient pas qu’on puisse avoir faim m aintenant; je\nm ’évade, tête baissée : tous ces magasins me brûlent au ventre, et\npuis, on trouve, parfois, à terre....\n   Je crains de heurter quelqu’un, on pourrait supposer mal. T antôt,\non m ’a dit : « Imbécile!» lorsque j’ai cogné ce chien aux bras d’une\ndame — bien mise. — Ma mère me prenait ainsi, autrefois, quand je\npeinais jusqu’à pleurer sur un devoir ardu : « T ravaille, chéri, ton savoir\nte sera seule richesse plus tard. »\n   Partie, hélas! la pauvre; aussi les rêves! Quelle souffrance, si elle\nme voit !....\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1518, "texte": " 44                         LA REV U E ROUGE\n\n\n\n\n   Un cimetière. O n est bien dans ce calme et toutes ces fleurs...\n   Mais on se cramponne, d’instinct, à la vie, si mauvaise soit elle, en\nprésence de tous ces morts. Il serait si doux les rejoindre, pourtant :\nne plus penser, ni errer, ni souffrir; engraisser cette terre qui ne peut\nmême me nourrir !\n   La m ort nivelle tout, dit-on. Ironie ! Un coin des pauvres existe,\npiqué de misérables croix, avec un nom , une date, ou seulement un\nnuméro. Et ces m ots poignants : fosse commune!....\n   Il y a le quartier riche, aussi, où l’on paie le dernier sommeil non\ntroublé : des allées de pierres rigides, du marbre, de l’or. Ici, beaucoup\nde vertueux et de bienfaisants : l’humanité est décidément bonne —\naprès — .....\n   Pourquoi me viennent ces réflexions méchantes ? J ’étais — et me\ncrois encore — bon cependant. Rancune?\n   « Aimez -vous les uns les autres. » Parole sublime!\n\n  O h ! cette faim qui me torture toujours ! Cela m onte, l’on dirait :\nma gorge est en feu....\n\n   Ah! oui! T e rappelles-tu, mère, ces délicieuses crêpes fumantes que\ntu nous taisais à la Noël? Rondes et dorées — comme ce soleil — . Et\non en m angeait! T rop, parfois .... V eux-tu m ’en faire encore, dis?....\n  Pose-les sur l’herbe, là!.... Encore      Encore      P our tous !....\n   Il y en a!.... Il y en a!....\n   C’est bon, m anger!.... Si tu savais... depuis... combien.....\n\n                                                  Mathias R o b e r t .\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1892-12-n3-010", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 44, "page_fin": 45, "titre_corps": "Les Miséreux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul Janssens", "ancre_debut": "Les M iséreux                                                  A A . Vanderstraeten.      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Vanderstraeten.\n\n\n   Dans la large rue, toute emplie de foule m ouvante et dont la nuit\nbleue est piquée de la lumière des réverbères, à côté de l’église\ndressant d’un seul bloc, contre le ciel étoilé, sa masse d’ombre, de\nsilence et d’immobilité, cinq pochards s’am ènent, sur une ligne, se\ndonnant le bras.\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": "                            L a Re v u e   rouge                               45\n\n\n\n    L’œ il hébété, la casquette dans la nuque, ils se laissent aller à la\n dérive, ils déambulent, d’un pas vacillant et automatique, le trottoir\n en pente. L ’un d’eux, qui parait le plus solide, esquisse à peine le geste\n vague de frapper le triangle qu’il tient en main, afin d ’accompagner\nla musique sanglotante du joueur d’accordéon, qui les précède m élan­\ncolique et guenilleux. T ous, la tète ballante, faisant des zigzags de\ndroite et de gauche, ouvrent une bouche pâteuse et, sans observer le\nrythm e de l’instrum ent, beuglent tous les refrains qui leur viennent à\nl’esprit. Celui de droite, se détachant soudain du groupe, essaie de\nbattre un entrechat et, assommé par l’ivresse, s’effondre grotesquement\nsur le pavé, à la joie imbécile des passants. Pendant quelques instants,\nse barbouillant de boue, il reste vautré dans la rue, avec des m ouve­\nments m aladroits pour se relever, sans y parvenir, jusqu’à ce que ses\ncompagnons, tant bien que mal, le ramassent et le réintègrent dans\nle rang...\n   Et de nouveau continue leur ballade lamentable, sous la musique\nobsédante que le joueur famélique, infatigable, séduit par la perspective\ndu salaire, tire de son accordéon.\n   T o u t le jour, ils ont travaillé, les malheureux, sous l’œil hostile et\nla parole brutale du maître et, m aintenant, en liberté, ils ont voulu\ns’étourdir dans la boisson. Dans les premiers m om ents, légèrement\némoustillés, ils s’en sont donnés à cœ ur joie et ont trouvé réellement\nl’oubli de leurs peines. Mais, à présent, la tête lourde, l’estomac navré,\nle m ur d'airain de la misère qui de toutes parts ferme leur existence,\ns’est de nouveau dressé devant eux dans toute son implacabilité. Et,\ns’ils chantent encore, c’est pour se donner un vain change. Car ils\nsavent trop bien, malgré la brume qui obscurcit leur cerveau, que\ndemain il faudra reprendre la chaîne fatale...\n   Et, toujours, ils déambulent, sous la musique de l’accordéon qui\nscande, en sanglotant, la tristesse de leur cœur...\n   M aintenant, ils on t presque disparu dans l’éloignement, et parmi\nles ténèbres d’une ruelle, ils ne sont plus que de vagues silhouettes,\ninfiniment tristes, que les sons de l’instrum ent entourent de leurs\npleurs.\n                                                      Paul J a n s s e n s .\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1892-12-n3-011", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 46, "page_fin": 46, "titre_corps": "Chronique musicale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. 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T outes les\n qualités requises dans l’a rt du chant, on les retro u v e dans cette exécution\n si soignée, si parfaite, si « pieuse », de ces poëm es et chansons sincères et\n naïfs, — fraîches et naturelles, m algré les subtilités curieuses d’un contre­\n point toujours sa v an t et s û r.\n    L es deux m eilleurs m orceaux du concert étaient, à no tre avis, deux\n K yrie d’une ém otion intim e et étrangem ent forte, d 'u n a rt si p u r et d’une\n conception si élevée qu’on en avait les paupières hum ides.\n    E t p as un défaut dans l’exécution de ces m erveilles : l'ensem ble est\nd ’une égalité soutenue, sur laquelle s’élève l’organe clair et riche de\n so listes; les voix adm irablem ent pondérées; s’unissent en des sonorités\n pleines et toujours pu rem en t douces, des harm onies d’une im peccable\njustesse qui se posent, se déroulent, s’am plifient, se rép o n d en t et d isp a­\nraissen t une à une ju sq u ’au son final m ouran t lui-même dans u n lent\ndecrescendo, tenu, fragile, im perceptible.\n    O utre la p artie religieuse, le program m e com prenait un e seconde partie\nplus profane de chansonnettes galantes et gaillardes, rendues avec to u t\nautant de perfection com m e ém ission de voix, m ais m oins ju stes d’expres­\nsion. — N éanm oins, M. de L ange, qui tenait le b âto n de direction, à été\nchaleureusem ent rap p elé p a r un public enthousiaste.\n    L ’orchestre, fort bien conduit p ar le b ras nerveux de M. D upont, a en c a­\ndré ces perles d’archaïsm e p a r l’ouverture de la Flûte Enchantée, la suite de\nPeer Gyrd et la fraîche et vivante ouverture d 'E u rya nthe, le to u t ad m irab le­\nm ent rendu, Peer Gynt surtout : les deux parties de q u atu o r en sourdine, la\nM ort d ’A se et la Danse d ’A n itra étaient d ’une im pression exacte, profonde\npour l’une, d’une légèreté gaie pour l’au tre ; et le public, très autoritaire, a\nexigé que l’on reprit la danse, m algré les gestes récalcitran ts du sym pa­\nthique chef d’orchestre.\n                                                                   H . L e B.\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1892-12-n3-012", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 47, "page_fin": 48, "titre_corps": "Grapillages", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "GRAPILLAGES        oNtre collaborateur Je", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 66, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 112, "fin_caractere_exclue": 3539, "texte": "GRAPILLAGES\n       oNtre collaborateur Je an B rézal     d’extérieur, p a r sa tête de Christ,\n        (Louis Dum onti vient de per­        aux cheveux noirs, très abondants\n        dre son p ère , M. C onstant         et bouclés. L e g ran d M aître de la\nD um ont, conseiller à la Cour de            R ose + Croix nous a en tretenu du\nC assation. N ous prenons une p a rt         M ystère, de la M agie, de l’A m our et\ntrès vive à la douleur de notre ami         su rto u t de l'A rt. Il nous a exposé\net nous présentons à la fam ille nos        ses théories, — celles de la Rose +\nb ien sincères com plim ents de con­        Croix p elad an esq u e et en ces th éo ­\ndoléance.                                   ries, de bonnes choses pourtant,\n                                            juxtaposées à dos déclam ations éso­\n   C ercle Pour l'A r t. P rem ier salon;   tériques, d’une sav eu r relative, —\np eu fourni à mon opinion, m ais de         pour nous, profanes, bien entendu.\nbonnes toiles, de belles et fortes             E t le S ar a term iné son prêche p ar\nqualités, de curieux tem péram ents         la lecture du C oran de la R ose +\nd ’artistes. E t parto u t se dégage la     Croix, d’un style rem arq u ab le de\nrem arquable im pression d’un évolu­        délicatesse, m ais qui m ’a rap p elé\ntif effort de concept idéal, vers le        cependant, bien m algré moi, le b o ­\nsym bole et le R êve ; ce qui a valu à      nim ent de certains pitres, ou si l’on\ncette phalange d’esthètes, la risée et      aim e mieux, les largesses de la n ­\nl’injure des bourgeois et de la criti­      gage des prêtres catholiques.\nquaille, car, ce m e sem ble, jam ais          Bref, une séance curieuse et inté­\nla P re sse ne s’est m ontrée si ag re s­   ressante, d ’où l’on est sorti sous une\nsive, si injuste et si bête vis-à-vis       im pression de rêve et de m ystère.\ndes tentatives des Jeunes.                                               P . Ste B.\n   J ’aurais voulu p arle r longuem ent\n                                                        P a r le s R e v u e s\nde l’exposition P our l'A rt, d’au tan t\nplus que je ne partag e pas absolu­            E n le Mouvement Littéraire, l’écuyer\nm ent les théories esthétiques de           Je an D elville, de la R ose + Croix,\ncertains de ces artistes; pour di­          du T em ple et du G raal, se porte à\nverses raisons, il me faut y renoncer       des fureurs m ulticolores, et cela à\nà m on g rand regret.                       propos de la scandaleuse réception\n   Q u’on m e perm ette cependant de        faite au S ar P ela d an p a r le Cercle\ndire com bien m ’a intéressé la confé­      Artistique et Littéraire.\nrence, pardon, le prêche, du S ar P e ­        V ous avez raison m ille fois, Jean\nladan, que Pour l’A r t nous a offert.      D elville, et vous m ’approuverez, si\n   L e S ar M érodak Jo séphin est un       je vous dis que le S ar P ela d an eut\ncharm eur, p a r sa puissance cérébrale     mieux été reçu à la Maison du Peuple,\net p a r la rem arquable recherche de       p a r des ouvriers et des dém ocrates,\nson verbe, et d’une originalité très        qu’au Cercle Artistique, p ar des bour­\np u issante aussi, ce verbe, quoique        geois orgueilleux et ignorants.\nparfois d ’une nébulosité effrayante.          A rem arq u er dans le Mouvement\nJoséphin P ela d an est aussi curieux       Littéraire, u n article de notre colla­\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4381, "texte": "48                                      LA REVUE ROU GE\n\n\n\nb o rate u r C. L em onnier, sur C. M eu­                  q u ets, — non des plantes chétives et\nnier, et aussi d’adm irables vers de                       souffreteuses !\nnotre collaborateur E m ile V erh ae­                        Moi ég alem en t, ch er co n frère,\nren, intitulés : Les Mendiants.                            aussi je n ’aim e g u è re le Coin du Feu.\n                                                                                         P. Ste B.\n  L e Réveil publie des vers et des\nproses de nos co llaborateurs C a­                           L e 12 ja n v ier prochain, ouverture\nm ille L em o n n ier, G eorges T o u ­                    du salon du je u n e et v aillan t cercle :\nch ard et G éo M auvère. A ussi des                         Voorwaerts.\nvers de G erard y et d’A ug. V ierset et                      N otre ami, P a u l G ilson vient d ’en ­\nune prose, Barbel, de L éo n P asch al.                    voyer à P aris les p artitio n s de sa\n   Cliimére, revue in d épendante et                       sym phonie L a M er ; très p ro ch ain e­\nd ’insolence littéraire. D irecteur : M.                   m ent elle se ra in terp rétée au con­\nP a u l R edonnel.                                         cert C olonne. L e jeu n e com posi­\n   D es vers de P ie rre D evoluy et de                    te u r term ine en ce m om ent une\nP a u l C hassay, de M arius A ndré et                     œ uvre nouvelle : L e Démon. N ous en\nD elbousquez.                                              avons entendu des fragm ents chez\n    E t P a u l R edonnel déclare que                      l’auteur, ils nous ont laissé une forte\nB audelaire, L e conte de L isle, V er­                    et profonde im pression.\nla in e, B arbey d’A urévilly, L éo n\n                                                             L e salon des aq u arellistes vient de\nBloy, V illiers de l’Isle A dam et\n                                                           s’ouvrir ; nous en parlerons en notre\nd’autres d evraient faire p artie des\n                                                           prochain num éro.\nétudes classiques.\n   C ertes, ce serait à souhaiter, m ais                     P rochain em en t nous publierons\nje doute fort que notre confrère p a r­                    une nouvelle de E ug. D em older.\nvienne à fondre l’im m uable en cras­                        On annonce un p ro ch ain volum e\nsure des pédagogue:;.                                      de notre co llab o rateu r C am ille L e ­\n Floréal, l e n° de septem bre. D es frag­                 m onnier, à p ara ître bientôt.\nm ents d 'A lgabal de Stéfan G eorge.                          D e G eorges T ouchard, des vers :\n  L e Sillon (octobre-novem bre). M.                       L ’A m our des roses, chez A lexis M oens.\nJules B onnet, en l’Eternel naufrage,                      P rix : 2 francs.\ns’écrie très sérieusem ent : « E t je                         D e Ch. F ra p p art, un acte en vers,\nbénis les hom m es avides d ’or ! »                        intitulé : L e M arquis Joué, chez\n  ... D onc M. de R othschild, ou                          M oens aussi. P rix : un franc.\nbien encore les députés français?                             D ’H en ri K etels, chez C astaigne,\n  L e Coin du Feu. (A tout seigneur,                       un petit volum e de vers : Rythmes gris\ntout honneur). M. A rthur D etry con­                      et roses. P rix : 2 francs.\ntinue à. p réten d re q u 'il fa u t au foyer                 U ltérieu rem en t nous p arlero n s de\n de fam ille des fleurs dont on respire le par­            ces fleurettes.\nfu m . E t il n ’a pas de préférences, il                    E n notre dern ier num éro, de très\naim e les roses, les œ illets, les hélio­                  nom breuses fautes d’im pression.\ntropes, les m uguets. (Moi je préfère                        N ous prions nos lecteurs de re ­\nles chrysanthèm es !) Il ne veut que                       m arquer que nous avons changé\ndes fleurs naturelles, — non des p ro ­                    d’éd iteu r. — D orénavant, nous p a ra î­\nduits de serre, il veut de frais bou­                      trons le 15 du mois. Avis à nos lecteurs.\n\n                      M alin es. — Im p rim erie L . & A . G o d en n e , ru e N .-D ., 101.\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1892-12-n3-013", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Cours complet pour Messieurs, Dames", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 68, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 979, "texte": "Cours complet pour Messieurs, Dames él: Enfants\n          Ouvert tous les jours. de 6 à 10 heures du soir\n                 et le dimanche, de z à 4 heures\n\n\n             3 francs par mois, jusqu'à l'àge de rS ·ans;\n              5   ))       ))   passé cet àge ;\n           r,5o   »       ))    pour le cours d'ensemble.\n\n\n\n\nEX-PROFESSEUR DE LL. AA. RR. LES PRINCES BAUDOUIN ET '\n                ALBERT DE BELGIQUE\n\n        Rue de Wauthier, 93, à Laeken\n                          (PHO\\'ISOII(ë:IIE:'\\T)\n\n\n  N .. B. Les inscriptions sont reçues au domicile du Professeur.\n\n\n\n Vient de paraître, chez L. & A. GoDENNE, a Malines\n\n\n      Chansons· Tristes\n                                       par PAUL SAINTE BR~GITTE.\n\n  En vente : à Bruxelles, chez Lawmblez, Rosez, jérôme,\nOffice de Publicité et Alexandre Moens.\n  a Paris, chez Vanier et Marson Flammarion;\n  à Gand, chez Otte;\n  à Liège, chez Gnusé;\n  à Malines, chez Godenne.\n                        Prix : 1 fr.         so.\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 716, "texte": "     '.1:111'1\n     1 Ir ri                                                      ~l[fl .\n\n\n\n\n                         Imprin1erie Artistique\n\n\n            L. & A. GODENNE\n                          Grand' Place, 28, à M3lines\n\n\n\n\n                 Typographie, Lithographie, Autographie, Gravure\n\n                        Spécialité 1)'3-mpressions l)e lu~e\n\n        Joumaux, 'Brochures, ~ evues, Prix-courants, Catalogues, etc.\n\n                              FABRIQUE DE REGISTRES\n\n\n           Imprimés Industriels, Administratifs & Commerciaux\n\n1-\n\n                                                                  IJ\n                                 ,\n                                                              •\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 50, "texte": "Premiere Année -   No 3\n                                          DÉCEMBRE 1892\n\n\n\n\n        LA\n\n\n\n                                        MENSUELLE\n                          ~e ~ittérature, ~'Brt & ~'J6conomie\n                                            politique\n\n\n\n\n               Le Numéro : 2S Centin1es\n\n\n\n\n                   '1\\.édaction cï .Administration :\n      . Rue                                   Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "                     La Revue Rouge\n MENSUELLE DE LITTÉRATURE, D'ART ET n'ECONOMIE POLITIQUE\n\n\n\n\n                          Secrétaires de Rédaction\n           Paul SAINTE-BRIGITTE él: Sander PIERRON\n\n\n\n\n                            ABONNEMENTS :\n\n\n               Be.gique   Un an, ) francs; six mois, fr. 1.75\n               Etranger            4    ))                ))   2.25\n\n                          Le numero     2 5 centimes\n\n\n\n\n                      COLL.A7307.(.ATEU7.(S:\n\n  Georges Eeckhoud - Emile Verhaeren - Camille Lemonnier -\nEugène Demolder - Joseph Desgenêts- Emile Vandervelde - D''\nCharbonnier - Frans Delbastée - Elslander - Mathias Robert -\nHenry Le Bœuf- Henry Ketels - Géo Mau~ère -Lucien Jottrand -'\n- Charles Frappart - Jean Brézal - George Touchard - Pierre·\nArmen - Paul Janssens, etc.\n\n\n\n\n                               SOMMAIRE\nA Vau-la-Rue (suite et fin).                           CAMILLE LEMONNIER.\n\nLes Re~ignes .                                         j.-f. ELSLANDER.\nBurch Mitsu (suite).                                   GEORGES EECKHOUD ~\n\nDernièr Rêve (Nod).                                    LuciEN JoTTRAND.\n\nSoir   .   .    •.                                     JosEPH DEsGENÊTS.\n\nPage devinee .                                         MATHIAS RoBERT.\n\nLes Misereux .                                         PAUL ]ANSSE~S.\n\n;chronique Musicale.                                   H. LE B.\nGr a pillages.\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                     A V a u -la-R u e\n                              (s u it e e t f i n )\n\n\n            nUe réflexion arrêta Fortuné Gervais : — Prenons garde à\n              économiser nos pauvres jambes, j’en suis vraim ent trop\n              prodigue. D ’ailleurs, la chaleur me revient, il n ’y a plus\n              que cette sensation de glace dans les épaules. » Il entendit\nsonner deux coups à l’horloge de l’Hôtel de Ville.\n   — Q uoi! il ne serait encore que deux heures, gém it-il. Il me\nfaudrait encore m archer pendant quatre ou cinq heures !\n   Un espoir lui restait. A cinq heures il se rabattrait vers un quar­\ntier de cantines et de petits débits; il irait s’y attabler avec les\nm araîchers dans la chaleur du premier feu; ses deux sous lui\nprocureraient une réparatrice décoction de marc de café.\n   T o u t de même le temps lui semblait s’allonger effroyablement;\nil tacha de récupérer la notion de l’heure en dénombrant les minutes,\ncom ptant jusqu’à soixante, puis recom m erçant. Mais le quart d’heure\nqu’il gagna ainsi dura une éternité; mieux valait s’en rapporter aux\ninexorables lois des choses.\n   Une prudence excessive réglait ses m ouvem ents; il surveillait son\nesprit et ses pas de crainte d’une défaillance. A la longue cependant,\nune lassitude le harassait qu’il s’efforça de déjouer par de brefs repos\nalternés sur une jambe et sur l’autre. C’était un brisement de ses\npauvres reins concasses comme par des pilons, une ankylosé des\ngenoux qu’il ne savait plus plier et surtout un recroquevillement si\ndouloureux des orteils qu’il lui semblait m archer sur des tôles chauf­\nfées à blanc. Chaque fois qu’il passait devant un banc, il fermait les\nyeux, tantaliés de l’envie épouvantable de s’y poser.\n   Le cadran de la M aison-Dorée tout à coup s’alluma dans la ténèbre\nd’un ciel arctique : encore une fois, l’heure le décevait. — « Se peut-il\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": "34                          LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\n que quarante minutes seulem ent se soient écoulées depuis la sonnerie\nde l’H ôtel de ville? se dit-il consterné, en trem blant de tous ses\nmembres. Mais il faudrait adm ettre alors que l’heure gèle aux hor­\nloges, comme l’air de cette exécrable nuit. Mon Dieu ! je crois, en\nvous, je crois à vos miracles. Donnez-m oi la force d’aller jusqu’au\nbout. » Sa gorge se déchirait en des abois de toux, il subissait l'évi­\ndence de sa poitrine mise à nu et tenaillée jusqu’au foie par des crocs-\n( — Et partout on dort, il y a là des alcôves où reposent des gens heu­\nreux. Plus même une lumière aux étages, l’indice d’une veillée triste\nprès d’un lit de m oribond, la lampe d’un chercheur de problèmes;\nje me sentirais moins seul. — ) Sous les réverbères blêmes, il perçut\nau loin des silhouettes se m ouvant dans la désolation nue des tro t­\ntoirs. Un besoin de se frotter à une chaleur d ’humanité fraternelle le\nramassa dans un dernier effort. Sans doute, c’étaient des malheureux\ncomme lui... Du fond de leurs cabans, les deux sergots regardèrent\naccourir le singulier passant, cette nocturne caricature d'un pauvre\ndiable claquant des dents et grelottant sous une redingote ridicule.\n    — Hé! l’ami, où allez-vous de ce train?\n    Une honte fière le redressa. « Je m ’en retourne chez moi. » Mais\naprès quelques cents mètres, son pied choppa, il tomba sur les genoux.\n— « Serait-ce la fin, seigneur mon Dieu? pensa-t-il. » Et l’agonie m o­\nrale commença. Il renia ce prénom de Fortuné reçu avec l’ondoiement\nbaptismal et qui le vouait aux joies de la vie; il maudit les années\nde collège, l’instruction vaine, la duperie d es diplômes qui l’avaient\nincité au leurre des ambitions mauvaises alors qu’à l’exemple des siens,\nil eût pu bêcher la terre, forger le fer, m anier la cognée dans les bois.\n    En se raidissant, Gervais parvint à se traîner jusqu’à un seuil. « Une\nseconde seulement, rien que le temps de reposer mes pauvres pieds\ndéjà m orts; puis je repartirai, j’irai jusqu’à ce que je m ’abatte sans\nespoir de me relever. Ah! les hommes, les canailles! » Ce cri de dé ­\nréliction sanglota sans écho. Depuis huit jours, il colportait en ses\n basques son rouleau de poésies, une pauvre écriture des rêves reco­\npiée de sa plus belle main, de cette main de maître d’école qui aux\n petits apprenait à tenir la plume. Sentant sa poitrine se prendre, il\n l’éploya contre sa gorge raclée par les râles et par dessus noua les\n bras en croix pour se réchauffer au moins à cette flamme des beaux\n soirs de songes et de musiques. — « Maman! Jeannille! La petite\n maison sous les treilles... BA... BE... BI... BO ... BU... Il y avait une\n fois une belle princesse... »\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                           LA REVUE R O U G E                          35\n\n\n\n\n   Des battants de cloches, sans souffrance, m artelaient ses tempes, des\nchocs tum ultueux de fontes, un fracas de trains bondissant à toute\nvitesse sur des plaques tournantes, le bruit des hautes eaux contre les\npiles d’un pont. Et une figure ne s’effacait pas tout de suite, Jeannille\nfaisant les cent pas sur le boulevard avec le tordion de ses hanches\nminces et le claquement de l’ironique éventail dont elle fouettait cette\nnuit des pôles.\n                                               Camille L e m o n n i e r .\n\n\n\n                      Les Résignés\n   Les religions ont accompli, à travers les tem ps, ce miracle de\nfaire subir aux misérables la loi du riche et du fort. Les prêtres pro­\nm ettaient aux vaincus une vie meilleure en l’existence de laquelle ils\ncroyaient eux-mêmes; ils leur m ontraient l’avenir d’un bras enthou­\nsiaste et tous les yeux se tournaient vers la délivrance annoncée,\ndouloureux mais confiants, et les souffrances se calmaient sous le\nsouffle alliciant de la foi.\n   Mais le doute est venu. Il a d’abord envahi la poitrine des consola­\nteurs qui, longtem ps, ont lutté, dont la voix a continué à s’élever,\nquand même, vibrante de toute l’anxiété qui glaçait leur âme. Ils ont\nvoulu préserver les expectants du mal qui les frappait; ils ont voulu\nsauver le monde de l’écroulement que, déjà, ils prévoyaient, et ils se\nsont faits les icoglans d’une société basée sur l’injustice et l’exaction.\n   M algré tout, les ténèbres sont descendues peu à peu sur la foule\nprosternée, et l’épouvante est accourue, rapide comme la tempête,\nl’épouvante de l’éternel silence toujours dressé comme une muraille\ndevant les prières.\n   Ils ont trem blé; leur regard a trahi leur angoisse, et ils se sont\ntrouvés impuissants à dominer les murmures de ceux qu’ils avaient\ntrompés.\n   Alors l’espoir a disparu tout à coup du ciel.\n   Les sacrifiés ont compris que leur attente était vaine.\n   T ro p tard !\n   La force des maîtres grandissait; la voûte dont ils allaient écraser\nles esclaves était presque achevée; leur dom ination semblait inébran­\nlable.\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "36                          LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\n     Car ils n ’avaient pas écouté, eux, les objurgations de ceux qui m on­\n traient les magnificences, les délices de la vie future et prêchaient le\n mépris des richesses. Ils les gardaient, les richesses et les jouissances,\n n ’acceptant la promesse de la vie future que comme une consolation\n de la mort.\n    Ils étaient heureux. Tous leurs efforts ne tendaient qu’à la conti­\n nuation de leur bonheur, à l’exhaussement de leur puissance...\n    ... De ce jour la résignation n’est plus permise.\n    Les malheureux savent m aintenant qu’ils n ’ont rien à attendre,\n qu’aucune compensation ne leur sera donnée, qu’ils m ourront avec\nl’affreux regret de n ’avoir pas connu un instant la félicité, avec l’af­\nfreuse joie d’en avoir fini avec la douleur. Ils savent cela et ceux qui\n acceptent sans rage un tel sort, ceux qui courbent tristem ent le front\n en suppliant seulement leurs bourreaux d’être pitoyables, de ne pas\ntrop les martyriser, sont des êtres vils et abjects !\n    Il faut que les affamés fassent retentir le monde de leurs hurlem ents !\nIl faut que l’effroi des iniquités amassées depuis tant de siècles em­\nplisse les cœ urs ! Il faut que la menace des représailles fasse frissonner\njusqu’aux indifférents! Et que rien, sinon l’aurore de l’ère nouvelle,\nne brise l’élan rédem pteur!\n    Ils ne se donnent plus la peine, les Assouvis, d’entretenir la flamme\nde l’idéal au cœ ur du Pauvre; la parole humaine a perdu, à jamais, les\naccents réconfortants. Il ne s’en lèvera plus, des enthousiastes, pour\nessayer de tuer l’incroyance.\n    Ce serait inutile, d ’ailleurs.\n    Le cynisme s’étale hideusement sur les faces, les contractant en un\nricanem ent terrible.\n    La bataille est engagée; le temps de la dissimulation est fini.\n    N e le voient-ils pas, les silencieux?\n    Alors, pourquoi ne pas relever la tête, pourquoi ne pas se joindre\nà ceux qui ont accepté résolum ent la guerre et qui luttent, héroïques,\nsentant bien qu’ils seront frappés tôt ou tard, mais com ptant que\nd’autres les vengeront !\n    Car la lumière, si longtemps attendue, semble naître enfin ! Elle ne\njaillit pas des ténèbres où les regards l’ont cherchée; elle sort lente­\nm ent des entrailles de la souffrance. Elle répand comme un rayon­\nnem ent diffus qui, déjà, emplit tout l’espace; elle dilate les poitrines;\nelle ouvre de force les paupières déjà closes. Elle annonce la fin des\nmisères et des afflictions.\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                             LA REVUE R O U G E                           37\n\n\n\n    C’est la Justice.\n   Les torturés qui n ’osent pas croire en elle, qui laissent s’abaisser\n sur eux, passivement, la griffe toujours plus lourde et plus cruelle des\nRepus, qui pleurent et obéissent, ceux-là sont des criminels, ceux-là\nsont des traîtres !\n   Il se peut qu’à force de privations ils en soient arrivés à ne plus\nrien désirer, qu’ils estiment que, pour eux, le salut ne vaudra plus\nl’effort qu’ils accompliraient pour l ’obtenir, qu’ils préfèrent leur ser­\nvage, comme ces prisonniers qui demandent à retourner au cachot,\naprès une longue captivité!\n   Mais qu'ils se souviennent que, comme hommes, ils ont le devoir\nd’aider à l’œ uvre commune, et qu’il viendra des générations qui ont\ndroit au bonheur.\n   Oui, Ils sont parvenus à étouffer en leurs victimes toute énergie,\ntoute force d ’âme; ils en ont fait des êtres dégradés, incapables de\nvouloir la salvation et qu’ils pourront peut-être ruer sur leurs frères!\n   C’est là l’obstacle contre lequel se heurteront longtemps les révoltés.\n   Mais il faudra bien qu'un jour ils se lèvent aussi, ces châtrés! O n\ntrouvera bien un outrage qui leur fouaillera le sang; on saura bien\nfaire jaillir de leur cœ ur amolli la flambée de l’indignation et les\narracher à leur hébètem ent !\n   Alors le bras qui les aura frappés leur m ontrera l’ennemi. Et s’ils\nne com prennent pas, s’ils ne veulent pas, ce seront des lâches !\n   O n saura ce qu’il faudra en faire.\n                                                    J.-F. E l s l a n d e r .\n\n\n\n                      B u rc h M itsu\n                                  (s u it e )\n\n\n   Devant moi se dresse le bâtim ent de la m inque dont la cloche\nsonne les périodiques criées comme autant d’angelus. La minque,\ntoujours saturée d’un encens vireux, mais salubre, regorgeant d’of­\nfrandes entassées dans les cloyères et les bannettes, et charroyées\ndu quai par des mousses et des poissonniers musclés. Et les chasse-\nmarée attendent sur un rail de raccordement avec la gare, le m o­\nm ent d’apporter tout ce poisson aux voraces terriers. Vides, — le\ndim anche, par exemple ou dans la soirée, — ces grands wagons\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "38                         LA REVUE ROU GE\n\n\n\nservent de théâtre aux sublimes parties de cache-cache des culottins\net des bambines déjà vêtus comme leurs parents, héritiers rou­\ngeauds et poupards d’une race extraordinairement prolifique. Future\nchair à poisson, ces gamins rieurs affectent déjà l’allure balancée\ndes gabiers! Combien de ces délurés espiègles m ourront sur la terre\nferme ?\n   Car il s’en faut que la mer soit toujours la chatte caressante qui\nflatte et câline de ses vaguilles festonnées les mondaines des beaux\nmois d’été. Il s’en faut aussi qu’elle se m ontre nourricière généreuse\npour ceux qu’elle attire sur ses abîmes; d’ailleurs, elle aurait beau\nprodiguer les pêches miraculeuses, le meilleur, la presque totalité du\ngain remplit les coffres d’âpres et cupides courtiers.\n   Q ue d’angoisses lorsque la mer a ses fureurs noires et qu’elle s’agite\ncomme en mal d’enfant, car ses gésines préparent des m ortuaires au\nlieu d’annoncer des naissances! Heureuses les Ostendaises quand il\nn ’y a pas d’absents, quand toutes les barques sont rentrées! Ces jours\nde tourm ente, il y a foule sur l’estacade; les femmes guettent à l’ho­\nrizon la voile du père, du mari, du frère, du fiancé, du fils bien-aimé.\nCes jours-là, les cheminées des masures n’arborent pas, à l’heure de\nmidi, la joyeuse fumée. Et les derniers écus, destinés à trom per la\nfaim, se fondent, pour trom per les angoisses, sur les comptoirs des\ncabarets! Et, ces jours-là aussi, la m armaille, accrochée aux jupes des\nménagères, criaille, et, l’estomac vide, n ’a pas le cœ ur au jeu !\n   Et comme s’il ne suffisait pas des bourrasques pour décimer cette\npopulation compacte, de temps en tem ps le typhus, le choléra, la\nvariole donnent un bon coup de balai dans ce grouillis de misérables\nqu’on croirait, à les voir peiner si dur, ne pas souhaiter mieux que\nd’être supprimés une bonne fois! Et pourtant le pullulement recom ­\nmence de plus belle. Et pour un naufragé il y a toujours six nourris­\nsons. Le père rentre dans la nuit sousmarine, avant que son dernier né\nne voie le jour! Chaque été les pots de géraniums arborés aux fenêtres\ndes bicoques n ’épanouissent pas une fleur de m oins, et les ménages\ncom ptent toujours le même nom bre de petiots!\n   Les vieillards, au seuil des portes, semblent presque aussi nombreux\nque les commères et les enfants, car il faut croire que l’Océan est\nsurtout friand d’hommes dans la fleur de l’âge. Il y a des femmes\nveuves de plusieurs époux, et des enfants de plusieurs lits, on pourrait\ndire des orphelins de plusieurs tempêtes. Le dernier mari est souvent\nà peine plus âgé que le fils aîné!\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                            LA REVUE ROU GE                                39\n\n\n\n    Q ue de flâneries par les petites rues batelières, laides, oh oui ! sales\n et trop droites, mais si pittoresquem ent habitées. Et l’aspect de ville\n joujou, que présente le quai des Pêcheurs, vu de la plaine entourant\n le nouveau phare.\n    Je m ’arrête devant les éventaires des mansardes et régale les m ar­\n mots, aux prunelles élargies p ar de gourmandes convoitises, d’une\n livre de bigarreaux ou de cerises noires. Lescommères prennent le\n frais sur         le pas de leurs portes, rem aillent lesfiletsou tricotent pour\nleurs hommes un de ces jerseys de laine bleue sans couture, — comme\nla tunique du divin maitre, — dans lequel se m oulent les torses bom ­\n bés. Q ue de crépuscules passés à contempler ce quai des Pêcheurs\navec ses           allées et venues de matelots !\n    A les juger sur leurs allures, on prendrait ces solides maroufles\npour les ouvriers les plus parresseux de la terre. Ils prom ènent leurs\ngrandes carcasses flegmatiques et charnues le long des quais, sur les\nestacades, ou s’allongent à plat ventre, et baient aux nuages et scrutent\n au plus profond de l’horizon les voiles des camarades. Quelques-uns\nsont briquetés, d’autres ont des physionomies ligneuses et basanées ;\npresque tous ont la peau aussi dure que le pain noir qu’ils mangent.\nA les voir batifoler entre eux, ou s’éterniser devant un verre de bière,\non se m éprendrait sur leur énergie et leur activité.\n    Pendant la saison, ceux que la pêche n ’occupe pas, guettent, sur\nl’estacade, le passage des clients, pour leur proposer une promenade\nen mer, dans l’un de ces petits canots à voiles garés au pied des pilotis\nrongés de- varechs. N euf fois sur dix, le flâneur passe, im portuné.\nM oi-même, au début, je faisais à peine attention à ces humbles indus­\ntriels, et écoutais avec impatience le boniment qu’ils me baragoui­\nnaient en un français de contrebande :\n    — U n bon petite brise pour un petite tour en mer, Monsieur?.. Un\njoli bateau et un bonne matelot, M onsieur?\n    Un jour cependant, la figure d’un de ces braves garçons indiqua tant\nde supplication et de contrariété, à m on refus, que sur le point de passer\noutre, je consentis à fréter sa coquille de noix. Il godilla son embarca­\ntion jusqu’à ce que nous fussions sortis du chenal. Puis il se m it en\ndevoir de guinder son m ât et de brasser sa voile.\n\n                                               Georges E e c k h o u d .\n     (A suivre).\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "40                           LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n                        D e rn ier Rêve\n                                   NOËL\n                                                      A Henry Le Bœuf.\n\n   C’est là-bas, sur la m er grande que bouleverse le vent. Les vagues\nénormes s’entrechoquent, se crèvent et roulent à l’infini.\n   Le navire qui craque sous les efforts du « nordet », tangue et s’in­\ncline sur l’eau profonde et noire. Les lames méchantes lui crachent\nleur écume jaune, le couvrant tout entier...\n   La m er est grise, le ciel est noir, les flocons blancs tom bent, tombent,\nchassés par les rafales froides.\n   Et le navire va, tanguant de ci, de là, hop là!... labourant de son\nétrave droite, la vieille triste qui hurle au vent.\n   « O h hisse ! à la grande voile!..\n   » Etouffe, ohé! du foc!.. »\n   Là-haut, dans la hune que mouillent les embruns, où s’accroche la\nneige, un mousse est cramponné, bleu de froid, pelotonné contre le\nmat. Il regarde, le petit mousse, là-bas, du côté du Nord, où s’étend\nsous les brumes d’hiver la Belgique humide et froide.\n   Là est sa mère, là est sa famille à lui.\n   D ’où il est, il ne voit plus rien que le ciel gris qui écrase et la mer\nterrible qui, en coups de bélier, frappe le navire. Il ne voit plus le\npont, il ne distingue plus ses com pagnons dispersés dans la mâture.\nIl est perdu dans le brouillard et les glaçons. Il va de ci, de là, hop là !..\n   Enlevé comme une plume, toujours tanguant, roulant, gémissant,\nva le bateau, tout petit lui aussi, sur l’eau immense!..\n\n\n                         Noël!.. Noël!.. Noël!..\n   ... Dans la chaumière rien ne bouge. Dans l’âtre le feu s’éteint,\njetant encore d’incertaines lueurs rouges et jaunes comme des follets.\n   Une lumière brille dans la chambre voisine. A une table de bois,\nune vieille est assise tenant une lettre qu’elle lit avidement.\n   Au dehors, c’est la tem pête; c’est le vent du Nord qui fait rage,\ncouchant les arbres dans les chemins, sifflant dans les cheminées d’où\ntombe de la suie...\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                             LA REVUE ROU GE                                   41\n\n\n   ... Elle ne lit plus, la vieille; elle est toujours là, cependant, mais\nelle dort; ses lunettes sont tombées sur la table, la lampe s’est éteinte...\n   ... Il fait noir !..\n   ... Un grand coup de vent, une rafale épouvantable, et tout croule,\ntom be, tombe, dans un abîme sans fond. La maison craque, s’en ­\ntr’ouvre; puis, plus rien...\n   ... Il fait noir!....\n   ... Il fait froid !....\n   ... T o u t là-bas, à l’horizon, une grande « panne » claire s’allonge;\nau milieu, un clocher pointu, une flèche hardie de granit vieux et\nsombre, se dresse vers les nuages ternes qui toujours sèm ent leurs\npapillons blancs           Derrière, un groupe d’anges bleus et roses m onte,\nentraînant une vieille femme dans un cercle lumineux...\n   ... « C ’est grand’mère qui m onte au ciel!.... »\n\n   Hop là!.... de ci, de là, le navire; et chante le vent dans les m ats et\nles cordages; et fouette la neige, et m ouillent les em bruns!..\n   Des chutes effrayantes dans des gouffres         puis un choc, violent,\nrude, rem uant tout l’être...\n    ... Dans la hune un hom m e vient d’arriver.\n   — « O hé Jan... O hé!.. »\n   Des sifflements lugubres lui répondent, et pour ne pas être emporté,\nle m atelot s’accroche à une drisse.\n   — « Jan !.. Jan !.. »\n   Les vagues s’entrechoquent toujours, se suivent, m ontent les unes\nsur les autres et s’écrasent avec de grands bruits sourds...\n   Jan était là, cramponné à une corde, blême, bleu, immobile, crispé.\nSes yeux étaient hagards, ses lèvres pâles s’entrouvraient pour un\nsourire!...\n   — \" Jan... Jan... » et l’hom m e le secouait.\n   Il était m ort, Jan, m ort de froid, de terreur!\n\n  Et aux environs d’Anvers-la-Flamande, dans une m aisonnette bien\nclose, la vieille dorm ait dans son grand lit, tranquille, rêvant à son\npetit-fils parti si loin!..\n\n                          Noël!.. Noël!.. Noël!..\n                                                    Lucien J o t t r a n d .\n    Décembre.\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": " 42                         LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\n                                 Soir\n                                                  A Georges Eeckhoud.\n\n\n     P ortant le poids d’un rude et quotidien labeur, ils m archent len­\n  tem ent vers les clartés qui, une à une, s’allument, là-bas, au village,\n  à travers la frondaison des grands arbres de la route....\n     Le crépuscule est chaud et tranquille. T rès haut dans le ciel une\n lune parcimonieuse fait sa trouée : les nuages s’éclairent; une brume\n trem blote sur la campagne abandonnée; de noirs troncs d’arbres s’al­\n longent et des branches s’étirent dans l’ombre qui s’amasse ; la ligne\n onduleuse des m ontagnes fermant l’horizon se confond presque avec\n le ciel som bre; épars dans les champs, des feux de fanes s’épuisent et\n dispersent leurs fumées jaunâtres; dans la vallée, des lueurs tragiques\n jaillissent des grandes cheminées d’usines et semblent des torches\n géantes brandies vers le ciel éclairé; des flammes s’échappent et s’ir­\n radient en resplendissantes gerbes d’étincelles.\n     Comme tous les soirs, à la même heure, par les temps de pluie et\n de gel aussi bien que par les temps de lune sereine, les miséreux, en\n groupe taciturne et morne, s’achem inent vers le village assis là-haut,\n sur la crête de la montagne. Passivement ils gravissent leur doulou­\n reux calvaire, poussés par une inexorable fatalité. Comme eux, leurs\n ancêtres se sont blessés aux cailloux de la route, comme eux leurs\n enfants s’y m eurtriront.\n    La pente du chemin est pénible         et haletante leur marche. Les\ngenoux fléchissent, les jambes refusent de les porter; les attitudes\nsont exténuées et désespérées; les gestes lents et fatigués; toutes les\njoies ont été moissonnées en leurs cœurs vacillants; la même expres­\nsion de douleur les étreint et les écrase; sous leurs vêtements couleur\nde terre les hom m es et les femmes se distinguent à peine....\n    Et ils m archent et s’essoufflent à escalader le chemin pierreux qui\nleur déchire les pieds. Leurs cœ urs mutilés s’ouvrent à toutes les dé­\nsespérances des jours à venir; leurs illusions se sont évanouies à\nl’âpreté de leur vie besogneuse et mauvaise. La cruelle chanson de\nleur déchéance chante à leurs oreilles.\n    Et pourtant     là-bas, de ces usines qui m ugissent comme la mer,\nde ce fastueux décor tout fulgurant, de ces machines dont les stri­\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                            LA REVUE ROU GE                                   43\n\n\n\ndences se répercutent dans le soir, de ces cheminées vomissant des\ncascades de feux, de ces laminoirs tressaillant au choc sonore des\nlourds marteaux, de ces mines noires et profondes, de cette glèbe\nféconde aux m oissons abondantes, ne sont-ils point, eux, les miséreux,\nles m éconnus, la grande âme irréductible ?\n   Par ce soir radieux et solennel, leurs souffrances accumulées depuis\ndes siècles, s’envolent en un large et fraternel essor. Ils sont m uets,\nmais leurs cœ urs s’emplissent des mêmes et douces ém otions. Jamais\nla terre ne leur est apparue si belle, jamais la vie ne leur a semblé si\ngrande! Leurs misères, leurs peines, leurs douleurs se taisent devant\nce paysage prophétique que leurs yeux contem plent recueillis et exta­\nsiés, et en leurs cerveaux incultes s’évoquent des visions grandioses\nde puissance et de dom ination.....\n   Et moins péniblement ils gravissent leur calvaire, insensibles aux\ncailloux écorcheurs du chemin, guidés par une clarté d’espérance\nsouriant to u t là-bas, en la nuit tombée, à travers la frondaison des\ngrands arbres de la route.....\n                                                 Joseph D e s g e n ê t s .\n\n\n\n\n                       Page devinée\n   Les rues me font m al, par tout ce soleil. T ro p rient. Je dois être\nminablement pâle, je le sens à certains regards. Je semble un re ­\nproche, sans doute....\n   Ils ne comprendraient pas qu’on puisse avoir faim m aintenant; je\nm ’évade, tête baissée : tous ces magasins me brûlent au ventre, et\npuis, on trouve, parfois, à terre....\n   Je crains de heurter quelqu’un, on pourrait supposer mal. T antôt,\non m ’a dit : « Imbécile!» lorsque j’ai cogné ce chien aux bras d’une\ndame — bien mise. — Ma mère me prenait ainsi, autrefois, quand je\npeinais jusqu’à pleurer sur un devoir ardu : « T ravaille, chéri, ton savoir\nte sera seule richesse plus tard. »\n   Partie, hélas! la pauvre; aussi les rêves! Quelle souffrance, si elle\nme voit !....\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": " 44                         LA REV U E ROUGE\n\n\n\n\n   Un cimetière. O n est bien dans ce calme et toutes ces fleurs...\n   Mais on se cramponne, d’instinct, à la vie, si mauvaise soit elle, en\nprésence de tous ces morts. Il serait si doux les rejoindre, pourtant :\nne plus penser, ni errer, ni souffrir; engraisser cette terre qui ne peut\nmême me nourrir !\n   La m ort nivelle tout, dit-on. Ironie ! Un coin des pauvres existe,\npiqué de misérables croix, avec un nom , une date, ou seulement un\nnuméro. Et ces m ots poignants : fosse commune!....\n   Il y a le quartier riche, aussi, où l’on paie le dernier sommeil non\ntroublé : des allées de pierres rigides, du marbre, de l’or. Ici, beaucoup\nde vertueux et de bienfaisants : l’humanité est décidément bonne —\naprès — .....\n   Pourquoi me viennent ces réflexions méchantes ? J ’étais — et me\ncrois encore — bon cependant. Rancune?\n   « Aimez -vous les uns les autres. » Parole sublime!\n\n  O h ! cette faim qui me torture toujours ! Cela m onte, l’on dirait :\nma gorge est en feu....\n\n   Ah! oui! T e rappelles-tu, mère, ces délicieuses crêpes fumantes que\ntu nous taisais à la Noël? Rondes et dorées — comme ce soleil — . Et\non en m angeait! T rop, parfois .... V eux-tu m ’en faire encore, dis?....\n  Pose-les sur l’herbe, là!.... Encore      Encore      P our tous !....\n   Il y en a!.... Il y en a!....\n   C’est bon, m anger!.... Si tu savais... depuis... combien.....\n\n                                                  Mathias R o b e r t .\n\n\n\n\n                     Les M iséreux\n                                                 A A . Vanderstraeten.\n\n\n   Dans la large rue, toute emplie de foule m ouvante et dont la nuit\nbleue est piquée de la lumière des réverbères, à côté de l’église\ndressant d’un seul bloc, contre le ciel étoilé, sa masse d’ombre, de\nsilence et d’immobilité, cinq pochards s’am ènent, sur une ligne, se\ndonnant le bras.\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                            L a Re v u e   rouge                               45\n\n\n\n    L’œ il hébété, la casquette dans la nuque, ils se laissent aller à la\n dérive, ils déambulent, d’un pas vacillant et automatique, le trottoir\n en pente. L ’un d’eux, qui parait le plus solide, esquisse à peine le geste\n vague de frapper le triangle qu’il tient en main, afin d ’accompagner\nla musique sanglotante du joueur d’accordéon, qui les précède m élan­\ncolique et guenilleux. T ous, la tète ballante, faisant des zigzags de\ndroite et de gauche, ouvrent une bouche pâteuse et, sans observer le\nrythm e de l’instrum ent, beuglent tous les refrains qui leur viennent à\nl’esprit. Celui de droite, se détachant soudain du groupe, essaie de\nbattre un entrechat et, assommé par l’ivresse, s’effondre grotesquement\nsur le pavé, à la joie imbécile des passants. Pendant quelques instants,\nse barbouillant de boue, il reste vautré dans la rue, avec des m ouve­\nments m aladroits pour se relever, sans y parvenir, jusqu’à ce que ses\ncompagnons, tant bien que mal, le ramassent et le réintègrent dans\nle rang...\n   Et de nouveau continue leur ballade lamentable, sous la musique\nobsédante que le joueur famélique, infatigable, séduit par la perspective\ndu salaire, tire de son accordéon.\n   T o u t le jour, ils ont travaillé, les malheureux, sous l’œil hostile et\nla parole brutale du maître et, m aintenant, en liberté, ils ont voulu\ns’étourdir dans la boisson. Dans les premiers m om ents, légèrement\némoustillés, ils s’en sont donnés à cœ ur joie et ont trouvé réellement\nl’oubli de leurs peines. Mais, à présent, la tête lourde, l’estomac navré,\nle m ur d'airain de la misère qui de toutes parts ferme leur existence,\ns’est de nouveau dressé devant eux dans toute son implacabilité. Et,\ns’ils chantent encore, c’est pour se donner un vain change. Car ils\nsavent trop bien, malgré la brume qui obscurcit leur cerveau, que\ndemain il faudra reprendre la chaîne fatale...\n   Et, toujours, ils déambulent, sous la musique de l’accordéon qui\nscande, en sanglotant, la tristesse de leur cœur...\n   M aintenant, ils on t presque disparu dans l’éloignement, et parmi\nles ténèbres d’une ruelle, ils ne sont plus que de vagues silhouettes,\ninfiniment tristes, que les sons de l’instrum ent entourent de leurs\npleurs.\n                                                      Paul J a n s s e n s .\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "46            L a Revue rouge\n\n\n\n\n                 C h ro n iq u e M usicale\n    L es Concerts populaires ont inauguré le dim anche 4 décem bre, leu r vingt-\n huitièm e année d ’existence, p a r l’audition de l' Amsterdamsch a Capetta Koor,\n dirigé p ar M. D aniel de L ange. C’est u n choix de dix-huit chan teu rs\n d ’élite qui se sont donné com m e tâch e hautem en t artistique la rech erch e\n et l’exécution parfaite de chœ urs néerlandais des X V e et X V Ie siècles.\n    O n ne p eut connaître les entières ressources de la voix hum aine, si l’on\n n’a entendu cette rem arquable chapelle, si célèbre déjà en A llem agne et\n dont la rép u tatio n ne nous était que faiblem ent parv en u e. T outes les\n qualités requises dans l’a rt du chant, on les retro u v e dans cette exécution\n si soignée, si parfaite, si « pieuse », de ces poëm es et chansons sincères et\n naïfs, — fraîches et naturelles, m algré les subtilités curieuses d’un contre­\n point toujours sa v an t et s û r.\n    L es deux m eilleurs m orceaux du concert étaient, à no tre avis, deux\n K yrie d’une ém otion intim e et étrangem ent forte, d 'u n a rt si p u r et d’une\n conception si élevée qu’on en avait les paupières hum ides.\n    E t p as un défaut dans l’exécution de ces m erveilles : l'ensem ble est\nd ’une égalité soutenue, sur laquelle s’élève l’organe clair et riche de\n so listes; les voix adm irablem ent pondérées; s’unissent en des sonorités\n pleines et toujours pu rem en t douces, des harm onies d’une im peccable\njustesse qui se posent, se déroulent, s’am plifient, se rép o n d en t et d isp a­\nraissen t une à une ju sq u ’au son final m ouran t lui-même dans u n lent\ndecrescendo, tenu, fragile, im perceptible.\n    O utre la p artie religieuse, le program m e com prenait un e seconde partie\nplus profane de chansonnettes galantes et gaillardes, rendues avec to u t\nautant de perfection com m e ém ission de voix, m ais m oins ju stes d’expres­\nsion. — N éanm oins, M. de L ange, qui tenait le b âto n de direction, à été\nchaleureusem ent rap p elé p a r un public enthousiaste.\n    L ’orchestre, fort bien conduit p ar le b ras nerveux de M. D upont, a en c a­\ndré ces perles d’archaïsm e p a r l’ouverture de la Flûte Enchantée, la suite de\nPeer Gyrd et la fraîche et vivante ouverture d 'E u rya nthe, le to u t ad m irab le­\nm ent rendu, Peer Gynt surtout : les deux parties de q u atu o r en sourdine, la\nM ort d ’A se et la Danse d ’A n itra étaient d ’une im pression exacte, profonde\npour l’une, d’une légèreté gaie pour l’au tre ; et le public, très autoritaire, a\nexigé que l’on reprit la danse, m algré les gestes récalcitran ts du sym pa­\nthique chef d’orchestre.\n                                                                   H . L e B.\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                                La Revue rouge                                    47\n\n\n\n\n                       GRAPILLAGES\n       oNtre collaborateur Je an B rézal     d’extérieur, p a r sa tête de Christ,\n        (Louis Dum onti vient de per­        aux cheveux noirs, très abondants\n        dre son p ère , M. C onstant         et bouclés. L e g ran d M aître de la\nD um ont, conseiller à la Cour de            R ose + Croix nous a en tretenu du\nC assation. N ous prenons une p a rt         M ystère, de la M agie, de l’A m our et\ntrès vive à la douleur de notre ami         su rto u t de l'A rt. Il nous a exposé\net nous présentons à la fam ille nos        ses théories, — celles de la Rose +\nb ien sincères com plim ents de con­        Croix p elad an esq u e et en ces th éo ­\ndoléance.                                   ries, de bonnes choses pourtant,\n                                            juxtaposées à dos déclam ations éso­\n   C ercle Pour l'A r t. P rem ier salon;   tériques, d’une sav eu r relative, —\np eu fourni à mon opinion, m ais de         pour nous, profanes, bien entendu.\nbonnes toiles, de belles et fortes             E t le S ar a term iné son prêche p ar\nqualités, de curieux tem péram ents         la lecture du C oran de la R ose +\nd ’artistes. E t parto u t se dégage la     Croix, d’un style rem arq u ab le de\nrem arquable im pression d’un évolu­        délicatesse, m ais qui m ’a rap p elé\ntif effort de concept idéal, vers le        cependant, bien m algré moi, le b o ­\nsym bole et le R êve ; ce qui a valu à      nim ent de certains pitres, ou si l’on\ncette phalange d’esthètes, la risée et      aim e mieux, les largesses de la n ­\nl’injure des bourgeois et de la criti­      gage des prêtres catholiques.\nquaille, car, ce m e sem ble, jam ais          Bref, une séance curieuse et inté­\nla P re sse ne s’est m ontrée si ag re s­   ressante, d ’où l’on est sorti sous une\nsive, si injuste et si bête vis-à-vis       im pression de rêve et de m ystère.\ndes tentatives des Jeunes.                                               P . Ste B.\n   J ’aurais voulu p arle r longuem ent\n                                                        P a r le s R e v u e s\nde l’exposition P our l'A rt, d’au tan t\nplus que je ne partag e pas absolu­            E n le Mouvement Littéraire, l’écuyer\nm ent les théories esthétiques de           Je an D elville, de la R ose + Croix,\ncertains de ces artistes; pour di­          du T em ple et du G raal, se porte à\nverses raisons, il me faut y renoncer       des fureurs m ulticolores, et cela à\nà m on g rand regret.                       propos de la scandaleuse réception\n   Q u’on m e perm ette cependant de        faite au S ar P ela d an p a r le Cercle\ndire com bien m ’a intéressé la confé­      Artistique et Littéraire.\nrence, pardon, le prêche, du S ar P e ­        V ous avez raison m ille fois, Jean\nladan, que Pour l’A r t nous a offert.      D elville, et vous m ’approuverez, si\n   L e S ar M érodak Jo séphin est un       je vous dis que le S ar P ela d an eut\ncharm eur, p a r sa puissance cérébrale     mieux été reçu à la Maison du Peuple,\net p a r la rem arquable recherche de       p a r des ouvriers et des dém ocrates,\nson verbe, et d’une originalité très        qu’au Cercle Artistique, p ar des bour­\np u issante aussi, ce verbe, quoique        geois orgueilleux et ignorants.\nparfois d ’une nébulosité effrayante.          A rem arq u er dans le Mouvement\nJoséphin P ela d an est aussi curieux       Littéraire, u n article de notre colla­\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "48                                      LA REVUE ROU GE\n\n\n\nb o rate u r C. L em onnier, sur C. M eu­                  q u ets, — non des plantes chétives et\nnier, et aussi d’adm irables vers de                       souffreteuses !\nnotre collaborateur E m ile V erh ae­                        Moi ég alem en t, ch er co n frère,\nren, intitulés : Les Mendiants.                            aussi je n ’aim e g u è re le Coin du Feu.\n                                                                                         P. Ste B.\n  L e Réveil publie des vers et des\nproses de nos co llaborateurs C a­                           L e 12 ja n v ier prochain, ouverture\nm ille L em o n n ier, G eorges T o u ­                    du salon du je u n e et v aillan t cercle :\nch ard et G éo M auvère. A ussi des                         Voorwaerts.\nvers de G erard y et d’A ug. V ierset et                      N otre ami, P a u l G ilson vient d ’en ­\nune prose, Barbel, de L éo n P asch al.                    voyer à P aris les p artitio n s de sa\n   Cliimére, revue in d épendante et                       sym phonie L a M er ; très p ro ch ain e­\nd ’insolence littéraire. D irecteur : M.                   m ent elle se ra in terp rétée au con­\nP a u l R edonnel.                                         cert C olonne. L e jeu n e com posi­\n   D es vers de P ie rre D evoluy et de                    te u r term ine en ce m om ent une\nP a u l C hassay, de M arius A ndré et                     œ uvre nouvelle : L e Démon. N ous en\nD elbousquez.                                              avons entendu des fragm ents chez\n    E t P a u l R edonnel déclare que                      l’auteur, ils nous ont laissé une forte\nB audelaire, L e conte de L isle, V er­                    et profonde im pression.\nla in e, B arbey d’A urévilly, L éo n\n                                                             L e salon des aq u arellistes vient de\nBloy, V illiers de l’Isle A dam et\n                                                           s’ouvrir ; nous en parlerons en notre\nd’autres d evraient faire p artie des\n                                                           prochain num éro.\nétudes classiques.\n   C ertes, ce serait à souhaiter, m ais                     P rochain em en t nous publierons\nje doute fort que notre confrère p a r­                    une nouvelle de E ug. D em older.\nvienne à fondre l’im m uable en cras­                        On annonce un p ro ch ain volum e\nsure des pédagogue:;.                                      de notre co llab o rateu r C am ille L e ­\n Floréal, l e n° de septem bre. D es frag­                 m onnier, à p ara ître bientôt.\nm ents d 'A lgabal de Stéfan G eorge.                          D e G eorges T ouchard, des vers :\n  L e Sillon (octobre-novem bre). M.                       L ’A m our des roses, chez A lexis M oens.\nJules B onnet, en l’Eternel naufrage,                      P rix : 2 francs.\ns’écrie très sérieusem ent : « E t je                         D e Ch. F ra p p art, un acte en vers,\nbénis les hom m es avides d ’or ! »                        intitulé : L e M arquis Joué, chez\n  ... D onc M. de R othschild, ou                          M oens aussi. P rix : un franc.\nbien encore les députés français?                             D ’H en ri K etels, chez C astaigne,\n  L e Coin du Feu. (A tout seigneur,                       un petit volum e de vers : Rythmes gris\ntout honneur). M. A rthur D etry con­                      et roses. P rix : 2 francs.\ntinue à. p réten d re q u 'il fa u t au foyer                 U ltérieu rem en t nous p arlero n s de\n de fam ille des fleurs dont on respire le par­            ces fleurettes.\nfu m . E t il n ’a pas de préférences, il                    E n notre dern ier num éro, de très\naim e les roses, les œ illets, les hélio­                  nom breuses fautes d’im pression.\ntropes, les m uguets. (Moi je préfère                        N ous prions nos lecteurs de re ­\nles chrysanthèm es !) Il ne veut que                       m arquer que nous avons changé\ndes fleurs naturelles, — non des p ro ­                    d’éd iteu r. — D orénavant, nous p a ra î­\nduits de serre, il veut de frais bou­                      trons le 15 du mois. Avis à nos lecteurs.\n\n                      M alin es. — Im p rim erie L . & A . G o d en n e , ru e N .-D ., 101.\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "Cours complet pour Messieurs, Dames él: Enfants\n          Ouvert tous les jours. de 6 à 10 heures du soir\n                 et le dimanche, de z à 4 heures\n\n\n             3 francs par mois, jusqu'à l'àge de rS ·ans;\n              5   ))       ))   passé cet àge ;\n           r,5o   »       ))    pour le cours d'ensemble.\n\n\n\n\nEX-PROFESSEUR DE LL. AA. RR. LES PRINCES BAUDOUIN ET '\n                ALBERT DE BELGIQUE\n\n        Rue de Wauthier, 93, à Laeken\n                          (PHO\\'ISOII(ë:IIE:'\\T)\n\n\n  N .. B. Les inscriptions sont reçues au domicile du Professeur.\n\n\n\n Vient de paraître, chez L. & A. GoDENNE, a Malines\n\n\n      Chansons· Tristes\n                                       par PAUL SAINTE BR~GITTE.\n\n  En vente : à Bruxelles, chez Lawmblez, Rosez, jérôme,\nOffice de Publicité et Alexandre Moens.\n  a Paris, chez Vanier et Marson Flammarion;\n  à Gand, chez Otte;\n  à Liège, chez Gnusé;\n  à Malines, chez Godenne.\n                        Prix : 1 fr.         so.\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": "     '.1:111'1\n     1 Ir ri                                                      ~l[fl .\n\n\n\n\n                         Imprin1erie Artistique\n\n\n            L. & A. GODENNE\n                          Grand' Place, 28, à M3lines\n\n\n\n\n                 Typographie, Lithographie, Autographie, Gravure\n\n                        Spécialité 1)'3-mpressions l)e lu~e\n\n        Joumaux, 'Brochures, ~ evues, Prix-courants, Catalogues, etc.\n\n                              FABRIQUE DE REGISTRES\n\n\n           Imprimés Industriels, Administratifs & Commerciaux\n\n1-\n\n                                                                  IJ\n                                 ,\n                                                              •\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 3, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1892-12", "signet_source": "Première année - N°3 - Décembre 1892", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 50", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}