{"numero_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "articles": [{"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2-001", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Deuxième Année", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 430, "texte": "Deuxième Année -     No 2\n                                                FÉVRIER 1893\n\n\n\n\n       LA\n\n\n\n                                         MENSUELLE\n                          ~e   jlfttérature, ~'Hrt & ~'JBconomte\n                                            politique\n\n\n\n\n             Le Nu1néro : 2S Centimes\n\n\n\n\n                   '1\\.édactz\"on a .Administration :\n\n                                              Bruxelles\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2-002", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Note de la rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Secrétaires de Rédaction", "ancre_fin": "Jacques Patient, etc", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 189, "fin_caractere_exclue": 975, "texte": "Secrétaires de Rédaction :\n\n          Paul SAINTE-BRIGITTE a Sander PIER ~ \"N\n\n\n                           ABONNEMENTS\n\n\n           Belgique      Un an, 3 francs; six mois, fr. 1.75\n           Etranger              4    ))                   )) 2.25\n                      Le numero       25 centimes\n\n\n\n                    COLLA730'1\\,.ATEU'l\\,S:\n\n   Georges Eekhoud - Emile Verhaeren - Camille Lemonnier -\nEugène Demolder - Hubert Krains -Joseph Desgenêts -Louis\nDelattre - Emile Vandervelde - Dr Charbonnier -- Rodrigue Se·\nrasquier -Frans Delbastée- Elslander- Mathias _Robert -Henry\nLe Bœuf - Henry Ketels - Géo Mauvère - Lucien Jottrand -\nCharles Frappart - Frédéric Friche - Georges Touchard - Pierre\nArmen - Paul Janssens - Jacques Patient, etc.\n\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2-003", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 87, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 975, "fin_caractere_exclue": 1552, "texte": "SOMMAIRE\n\nA la Jeune-Belgique .      .                   LA REvuE RouGE.\nLes ports nocturnes (vers)                     E~HLE VERHAEREN.\nKilkà (legende celtique)                       LucœN JoTTRAND.\nBurcb Mitsu (suite) .                          GEORGES EEKHOUD.\nActe de Charite (vers)                         PAUL SAINTE-BRIGITTE.\nVieille question.                              L. ENOIR.\nChronique Litteraire .                         SANDER PJERRON.\nChronique Artistique.                          H.LEB.\nGrappillages .                                 H . LE B. ét P. 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Q u ’im­\nporte la façon dont on traite une œuvre, si elle est la nette expression\nde l'idéal d’un artiste.\n   La Jeune-Belgique dit, en citant plusieurs jeunes revues littéraires :\n« la Revue Ronge s’inféode à l’Art social — démocratique. »\n   Va pour l’A rt social.\n   Un rom an de psychologie, d’observation, c’est de l’Art social.\nUne œ uvre de Constantin Meunier est une œuvre à tendance révolu­\ntionnaire, sans que l’artiste ait songé à la moindre étiquette. Pendant\nl’exécution, il n ’a fait que suivre le courant sympathique de son âme\nqui le guide toujours vers la souffrance et l’oppression.\n   A rt social, Cladel; Art social, Verhaeren; Art social, l’art de tant\nde maîtres préférés !\n   A la Revue Rouge nous faisons de Part social, puisque art social\nil y a.\n   Pourquoi?\n   Nous sommes un groupe de jeunes, appartenant, la plupart, au\npeuple; élevés parmi celui-ci ou vivant de son milieu et de sa vie,\nconnaissant donc ses besoins, ses aspirations, ses souffrances, ses\nbontés, ses' sacrifices, ses révoltes et ses haines. Ces sentiments diffé­\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2625, "texte": "66                         L A REVUE ROUGE\n\n\n\n\nrents, incomparables par leur intensité et leur franchise à ceux de\ntoute autre classe de la société, nous impressionnent vivement et nous\nportent tout naturellem ent, poussés par un viril élan, à donner forme\nd’art à nos observations et à nos pensées.\n    Q uant à imposer nos sentim ents, nos convictions démocratiques à\ntout le monde, quant à prétendre qu’il n’y a d’art que celui inspiré par\nla vie, les moeurs et les revendications populaires, nous n ’y avons\njamais songé. Nous repousserions même ceux qui viendraient à nous\npar mode et par genre. N ous sommes ennemis de tout snobisme. Nous\nn ’aurons que du mépris pour les parasites des lettres, pour les pasti­\ncheurs qui rum inent sans cesse les idées des autres, pour les pâles\nsatellites des écrivains originaux et des véritables créateurs.\n   Aimer le peuple, l’humanité, la nature, tout ce qui existe, exalter\nles mobiles généreux, participer à l’œ uvre sublime d’une régénération\nsociale, exprimer artistiquem ent avec éloquence, avec passion, avec\nsincérité — oui, nous répétons ce m ot que le Parnasse a répudié de\nson vocabulaire, — les sentim ents qui oppressent et qui tourm entent\nles âmes compatissantes et évangéliques autant que la masse, la légion\ndes infimes ; telles nos aspirations, tel notre souci. Nous rêvons un\nart bien vivant, un art qui soit de notre temps, un art d’une contem ­\nporanéité intense. Les malédictions des rimailleurs d ’alexandrins et\ndes pédagogues du Parnasse n’entraveront pas notre essor.\n    La Jeune-Belgique prétend qu’il faille suivre certaines conventions\nen Art. Evidemment. L’orthographe, la grammaire et la syntaxe sont\nconnaissances indispensables à quiconque se pique d’écrire. Mais il\nn ’y a pas de règles définitives. Le style change, d’époque en époque.\nAucune esthétique, aucune prosodie n’est immuable. Et ce n ’est pas\nle Parnasse français ou même celui de la Jeune-Belgique qui servira\nde modèle exclusif, de code suprême aux poètes de demain ou même\nà ceux d’aujourd'hui.\n   La Jeune-Belgique nous semble hypnotisée par le rom antism e et le\nParnasse. En dehors de Baudelaire et de Banville, il n ’y a pas de salut.\nElle tourne au conservatoire. Elle ne crée plus, elle théorise.\n    Q uand W aher de Stolzing se fait vieux, il devient Bechmesser!\nLa vieille Jeune empaille les vieux oiseaux venus de France. Elle sert\nde bocal aux alexandrins d ’antan; un bocal dont le vinaigre aurait\nbesoin d’être renouvelé.\n   Un inquiétant misonéisme littéraire afflige ces fougueux et remuants\ninnovateurs d’autrefois. Ainsi, lorsqu’ils prédisent que « les tendances\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 793, "texte": "                              LA REVUE ROUGE                               67\n\n\n\nincohérentes et libres de certains poètes resteront sans suite » on\ncroit voir Baour Lormian enterrer Victor Hugo. Ils finiront par réha­\nbiliter Louis Hymatis et Frédérix.\n   T riste! T riste!\n   A la Jeune-Belgique, on se croit toujours jeune. Mais, chère amie,\nvous avez douze années d’existence et les mêmes traditions qu’à votre\ndébut; la vétusté attaque votre bâtim ent; Pankylose vous réduit à\nl’immobilité... Et il vous étonne que d’autres, plus jeunes et plus gail­\nlards, vous appellent à un combat nouveau en faisant claquer au vent\nla masse d’un étendard dont vous ne connaissiez point les couleurs.\n\n                                                      L a R evue R ouge.\n\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2-005", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 67, "page_fin": 68, "titre_corps": "Les ports nocturnes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Verhaeren.", "ancre_debut": "L e s ports nocturnes                     Sur la fièvre dernière                Q", "ancre_fin": "a e r e n .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "K ilk â (*)                                                           CHANT IV      Un jour rougeât", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 793, "fin_caractere_exclue": 1923, "texte": "L e s ports nocturnes\n\n                   Sur la fièvre dernière\n               Que l'heure active et régulière, apporte\n               E n des Glascow de brouillards noirs,\n               Tombe le soir, comme une bête morte.\n\n               Les docks à l ’infini, à travers l’horizon,\n               Dorment mornes et uniformes;\n               Avec leurs blocs, leurs toits et leurs Maisons,\n               Les docks à l’infini, parmi les ombres, dorment.\n\n               L a nuit s’installe avec brutalité;\n               Mais les ciseaux de la lumière\n               A u long des quais coupent l ’obscurité,\n               A coups menus, de réverbère en réverbère.\n\n               On devine, là-bas, les bricks légers et clairs,\n               Avec de l’ambre et des minéraux roses\n               E t des aciers vêtus d ’éclairs\n               E t des agrès où les aras se posent.\n\n               E t les focs bleus et les poupes couleur safran\n               E t les vergues et les quilles barbares,\n               E t les sabords lustrés de cuivre et de guitran\n               E t les mats verts et blancs des îles Baléares.\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 715, "texte": "68                                                LA REVUE ROUGE\n\n\n\n                E t les steamers rauquants, venus des Nords,\n                E t ceux des mers de lutte et de victoire,\n                Avec leur cargaison m orne comme des morts\n                E t leur guibre de fe r sur leur étrave noire.\n\n                S i bien qu’on sait son âme, où ces grands ports se mirent,\n                Sombrer en une nuit de ténèbres de vair\n                Que seuls, d’heure en heure, déchirent\n                Les ongles d ’or des carillons dans l ’air.\n                                                                          E m ile V er h a e r e n .\n\n\n\n\n                                                    "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2-006", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 68, "page_fin": 71, "titre_corps": "Kilká", "titre_sommaire": "Kilkà (légende celtique)", "rubrique": "", "signature_source": "Lucien JOTTRAND.", "ancre_debut": "K ilk â (*)                                                           CHANT IV      Un jour rougeât", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 91, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 715, "fin_caractere_exclue": 2092, "texte": "K ilk â (*)\n                                                          CHANT IV\n\n\n   Un jour rougeâtre se lève; des nuées grises se poursuivent sur un\nfond de mornes vapeurs qui s’éclairent parfois d’une froide lumière.\nUne lourdeur pèse dans l’atm osphère; on entend au loin un roule­\nment continu, un grondem ent de m onstres aux fonds de cavernes\nmystérieuses.\n   De grands vols d’oiseaux de m er passent en claironnant et en\nbrâm ant; ils se déployent et se replient, puis tom bent soudain... L’ho­\nrizon disparait dans des brumes violettes.\n   Les vagues se soulèvent plus lourdem ent; au large, elles ne dé­\nferlaient plus comme si leurs eaux trop pesantes se fussent changées\nen du métal fondu:\n   Sur les roches elles se brisent, se déchirent et s’éparpillent en étin­\ncellements fauves; jusqu’aux bois lointains dont les branches frôlent\nl’étal des lames, court une longue ligne phosphorescente, une pous­\nsière lumineuse qu’on distingue à peine, tant le jour qui se lève est\nchargé de sombres brum es....\n   ... Dans la grotte, Kilkâ est éveillée; assise à côté de Bardol, elle le\nregarde, immobile. Lui dort toujours ; sa respiration régulière soulève\net abaisse sa lourde poitrine. De sa main fine et longue, Kilkâ lisse\nles tresses du guerrier, et doucement, doucement, elle se m et à chan-\n\n\n (*) E x tra it d e K ilk â , lé g e n d e C e ltiq u e en IV ch an ts.\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2498, "texte": "                            LA REVUE ROU GE                               69\n\n\n\n\nter une lente mélopée dont certains accents sonnent comme des tim ­\nbres voilés; peu à peu elle hausse la voix, les accents se font plus\ndurs et bientôt ils deviennent si rudes et résonnants qu’on ne les\ncroirait pas sortis d’une gorge de femme.\n    ... Bardol s’éveille alors, et dans le premier m om ent, il reste im m o­\nbile, comme cloué au sol par le chant de la druidesse.\n   Puis il se soulève et ses yeux rencontrent ceux de Kilkâ éperdûment\nfixés sur les siens...\n    Toujours elle chante et son chant s’entremêle de cris sauvages,\nde claironnem ents d’oiseaux fous; elle a chanté aussi, à la première\naurore de son amour, mais alors le chant était doux, c’était l’appel aux\ninexprimables douceurs des baisers, aux longues caresses; m aintenant,\nc’est l’adieu sauvage, c’est le chant de la m ort !..\n    Bardol lui tend les bras, désespérément, et elle ne les voit pas ; il se\ncramponne à elle, et toujours elle chante; sa poitrine se soulève ten­\ndant sa tunique violette; elle chante et des sons rauques se mêlent à\nses cris; elle chante et ses cheveux défaits lui voilent le visage; elle\nchante, et ses membres s’agitent fébrilem ent; elle chante, puis elle\ntom be; Bardol la saisit et la soulève jusqu’à ses lèvres...\n    Au dehors, les sourdes détonations deviennent plus distinctes, des\nroulem ents se répondent : c’est l’orage.\n    Des exhalaisons illuminent les grèves, des éclairs zigzaguent entre\nles nuages; de longues traînées de feu luisent au ciel, zèbrent les vo­\nlutes noires, du zénith à l’horizon.\n    La plage fume et fulgure dans la trop lourde chaleur; les flammes\nse croisent, semblant s’allumer les unes les autres; des éblouissements\njaunes et violets accrochent les crêtes des roches, couvertes d’écume\nlumineuse.\n    O n se croirait en une nuit de création...\n    Bardol, le grand chef, se sent troublé et n ’ose, et ne peut relever sa\n haute stature sous ce ciel écrasant; il se traîne jusqu’à l’entrée de la\n grotte où de grosses et larges gouttes d’eau se plaquent sur sa cuirasse...\n    Mais la pluie ne dura pas. *\n    Alors Kilkâ s’approcha de lui et le releva d’un geste.\n    — C’est m aintenant! Pars, pars dans ta barque; fuis ce funeste\n rivage qui appartient à la m ort! Pars, je le veux!....\n     Ses grands yeux verts brillent dans le jour som bre; sa voix éraillée\n par son chant exaspéré, est impérieuse et, du bras étendu, elle montre\n la mer enveloppée de vapeurs.\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2326, "texte": "70                           LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n   — Pars, Bardol, pars, je vais m ourir !\n   Et sa voix se fait plus douce, et ses yeux s’emplissent de larmes,\ntandis que son bras retom be inerte le long de son corps frêle.\n   — Pars, Bardol, pars, je vais m ourir!\n   Et elle s’accroche à lui, les bras autour du cou; leurs lèvres se re­\ntrouvent encore.\n   — M ourir! oh, dieux cruels, m ourir quand on aime!\n   Des sanglots lui m ontent à la gorge, et elle cache sa m ignonne tête\ndans le sein du guerrier; le tonnerre gronde, le ciel paraît de feu rouge\net cependant il fait sombre.\n   Lui ne sait l’abandonner.\n   — N on, Kilkâ; non, je ne puis partir; vois la m er en fureur; écoute\nla voix du ciel; non, je ne puis partir sous ces éclairs; non... je n ’ose;.,\nj’ai peur, Kilkâ, j’ai peur!\n   Et lui, Bardol, le grand, l’invincible gaulois, fils de Hilde-W ig,\ntrem ble comme une femme à l’approche de l’ennemi. Il tremble et son\nfront se couvre de sueur froide ; il grelotte et il se sent brûler de mille\nardeurs, de mille désirs....\n   — Pars, je le veux! N e crains ni le ciel, ni la m er; tu es invincible;\npars, ami, car déjà l’affreuse m ort étend ses ailes d’oiseau noir sur l’île\nde Belenus ; pars !\n   Lentem ent, elle le pousse vers le rivage, vers les roches m on­\nstrueuses qui tressaillent sous les coups incessants de la foudre.\n   Penchés contre le vent, ils vont.\n   La barque de Bardol saute sur les lames déferlantes; on la voit à\npeine dans la fumée qui m onte des eaux bouleversées....\n   Ils arrivent ainsi jusqu’aux nappes liquides s’étalant à leurs pieds.\n   Alors, Bardol se retourne pour prendre encore une fois celle qui\nbientôt sera un inerte cadavre au milieu des grandes pierres; mais\nKilkâ, impassible, lui tend un collier de blanches coquilles :\n   — Prends ce collier, Bardol, mets-le autour de ton cou ; qu’il pende\nsur ta poitrine d’airain;... prends garde aussi : tu m ’as possédée vi­\nvante, m orte, je te posséderai et ne te quitterai plus.....\n   U n tourbillon d ’eau et de vent, un éblouissement defoudre, un\nfracas de tonnerre dom ina ses paroles; puis les sifflements affolés\npassèrent.\n   « ... Je serai dans l’orage; je serai dans la brise; je vibrerai dans les\nrayons de lune, je palpiterai dans les ténèbres. Fils de Bel-Héol, par\nKoridwen, je prends possession de toi ! »\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2550, "texte": "                            LA REVUE ROU GE                                71\n\n\n\n    Elle lui m it ses deux mains sur les épaules et les regards rivés aux\n siens, semblant plonger en cet instant suprême au plus profond de\nl’âme de Bardol, elle ajouta :\n    — Souviens-toi des prophéties. T u me verras dans la barque du\ndépart. Ce qui doit être sera;... va!\n    Alors il avança dans les eaux mugissantes; devant lui, la vague\nrecula; elle recula, mais revint, et comme elle cognait les grands rocs,\nelle frappa l’homme en pleine poitrine; lui, ainsi qu’un bloc de granit\net de bronze, ne céda pas; les eaux se séparèrent et il gagna sa barque.\n   D ’un saut, il y fut; et virant lentem ent, poussé par les flots et les\nsouffles ardents de la terre, il partit, bondissant sur les lames.\n    Cram ponné aux flancs de l’esquif, arc-bouté, Bardol tâcha d’aperce­\nvoir encore Kilkâ; mais il ne vit que les longues crêtes écumeuses et,\nau loin, dans la brume de feu, l’îlot de Bélénus...\n   ... Kilkâ, du haut d’un m orne de granit, regarda s’éloigner la barque;\nelle la suivit des yeux, puis, quand le voile de buées violettes se fut\nrefermé pour toujours sur Bardol, elle descendit et courut à la grotte.\n   Folle, échevelée, rompue, elle se jeta sur la couche d’algues, de\nvarech et de goém on; elle s’y étendit trois fois; s’imprégna du parfum\ndes tiges écrasées, puis, s’étant relevée, les yeux pleins de larmes\nsilencieuses, elle prit dans une anfractuosité des pierres, une grande\ncoupe de corne; elle la remplit de suc de belladone renfermé dans une\noutre de fibres et, se tournant vers le large, la vida d’un trait, puis\nse coucha sur les algues.\n   Insensiblem ent, un sommeil lourd engourdit ses m em bres; ses\npaupières battirent dans leurs larmes       une grande mollesse l’envahit\npeu à peu. — Elle se sentait lasse et pourtant heureuse; aucun désir\nne la possédait plus; alors tout se voila et Kilkâ fut m orte....\n                                    *\n                                   * *\n\n   L ’aube se leva toute rose; des oiseaux chantaient dans les arbres, et\nles lames, calmées pendant la nuit, tressautaient encore par moment,\nvenaient m ourir sur les grèves, entre les grands mornes de granit.\n   Des algues et des fleurs de mer frangeaient les eaux étalées ; une\nrouge étoile restait au ciel pâlissant; dans un éclaboussement du soleil\nqui surgissait au loin des brumes suspendues, elle disparut.\n   Un oiseau pâle passa en chantant et gagna la haute mer.\n  1892.                                         Lucien J o t t r a n d .\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2-007", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 72, "page_fin": 73, "titre_corps": "Burch Mitsu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges EEKHOUD.", "ancre_debut": "B u rc h M itsu                                   (s u it e )      Cette année encor", "ancre_fin": "k h o u d .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A c t e de Charité (1)                          J ’aime les pauvres, les pa", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 95, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 72, "fin_caractere_exclue": 2424, "texte": "B u rc h M itsu\n                                  (s u it e )\n\n\n   Cette année encore plus que les autres, je vis s’approcher la fin\nde mes courtes vacances avec un sentim ent de tristesse et d’appré­\nhension.\n   La mer me captive et me béatifie à tel point que je ne l’ai jamais\nquittée pour rentrer dans la grande fournaise citadine, sans un cris­\npant serrem ent de cœur. Et c’est, presque navré jusqu’aux larmes, que,\ndans le train, le nez collé à la vitre, je vois décliner la silhouette\ndu phare derrière la bordure d’arbres prosternés par le vent d’ouest !\n   A présent que j’avais trouvé une âme parfaitement adéquate à la\ncontrée de mes délices, un être qui s’harmonisait avec cette nature\npatriale, mon départ devenait plus cruel encore! Quelque superbe\nque soit une région, j’estime, à l’encontre de beaucoup de misan­\nthropes rustiques et de paysagistes boudeurs, que l’homme en demeure\nle véritable centre, le plus éloquent foyer. Souvent, il suffit d’un être\nhum ain, d’une créature bellem ent autochtone, pour condenser et\nrésumer la nature d’un pays, voire d’une race avec toute l’intensité et\ntoute la magnificence du symbole.\n   Ainsi, je le répète, ce simple ouvrier — qui ne soupçonna jamais\nquelle prépondérance il revêtait à mes yeux — m ’incarnait à la fois\nle mystérieux et toujours jeune Océan et la noblesse stoïque et intré­\npide du m étier de marin. Des générations de naufragés sublimes revi­\nvaient et sym pathisaient en l’épanouissement de sablon de jeunesse.\nCe pauvre diable, ce paria, était corrélatif aussi de la patrie flamande,\net, avec son masque à la fois résolu et placide, viril et touchant, c’était\nainsi que je me figurais les Kerels ou les Pieds Bleus, la terreur des\nIsemgrins et des Normands. Mais plus encore que tout cela, un charme\nm ystérieux, indéfinissable, et que je ne m ’expliquai que plus tard, me\nretenait auprès de ce m atelot fruste et illettré. Souvent, dans son dis­\ncours et dans sa physionomie, dans ses gestes les plus simples, dans\nses attitudes pendant les m anœuvres de notre barque, dans toute sa\npersonne enfin, en dépit de la signification et de la portée actuelle de\nses paroles et de ses m ouvements, surgissait un prestige occulte et\nvirtuel. En l’écoutant et en le regardant, je songeais — je n ’aurais su\ndire pourquoi — à de généreux sacrifices, je l’associais à des pressen­\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1968, "texte": "                                            LA REVUE ROU GE                             73\n\n\n\ntiments aussi mélancoliques que des regrets. Je l’avais devant moi et\ndéjà il m ’était mémorable, je dirai même légendaire.\n   Plus d’une fois me venait aux lèvres ce refrain de ces très arrière-\nancêtres : « N ous allons chanter les Kerels. Ce sont de mauvais gre­\ndins. Il veulent dicter la loi aux chevaliers et portent leur bonnet de\ntravers ! » Aujourd’hui je m ’explique cette voix passionnée, cette allure\nlointainem ent tragique et cette lumière bizarre et fatidique qui le\nnimbait à certains moments !\n   Mon dernier soir d’Ostende flatta et exaspéra singulièrement ces\nbizarres dispositions sympathiques. J’étais resté longtemps avec Burch\nsur la Digue, au pied de l’ancien phare, à contem pler et à écouter la\nmer. Depuis des heures nous ne parlions presque plus. Il fallait nous\nrésoudre à rentrer. Au mom ent de la séparation nos mains dem eurèrent\nlongtemps étreintes : « Alors, à l’année prochaine, lui dis-je, à moins\nque d’ici là vous ne consentiez à vous aventurer un jour à Bruxelles. »\n   Mais à l ’idée de s’engager à l’intérieur des terres, pour toute réponse\nBurch tourna filialement ses regards vers la féline hypnotiseuse, et les\nramena ensuite vers moi, avec un bon sourire incrédule, exprimant\nplus éloquem m ent que des paroles, l’absolue incompatibilité de ce\nvoyage avec sa personne — avec son Destin peut-être.\n   La mer grondait, chantait doucement; elle avait l’air de faire le gros\ndos. O r, en ce m om ent de nos adieux, comme si l’élément despotique\nsuzerain absolu de mon féal camarade devenait envieux de notre\nintim ité, une grosse vague s’éleva là-bas, au-dessus de la nappe à\npeine agitée, bondit vers nous et, phosphorescente, en s’éparpillant\nsur le brise-lames, crépita comme un lointain feu de peloton.\n\n      (A suivre.)                                             Georges E e k h o u d .\n\n\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2-008", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 74, "titre_corps": "Acte de Charité", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul SAINTE-BRIGITTE.", "ancre_debut": "A c t e de Charité (1)                          J ’aime les pauvres, les pa", "ancre_fin": "r ig it t e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Vieille Q uestion    Dans son num éro d’octobr", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 96, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 1968, "fin_caractere_exclue": 2304, "texte": "A c t e de Charité (1)\n\n                        J ’aime les pauvres, les pauvres qui peinent.\n                        Je les aime pour leur Souffrance;\n                        Je les aime parce que d ’autres les méprisent;\n                        Je les aime pour leur misère.\n\n\n ( 1) E x tr a it des Chansons Tristes, en prép aration-\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 600, "texte": "74                           LA REVUE ROU GE\n\n\n\n                J ’aime les humbles, les humbles qui luttent,\n                Je les aime pour leur vaillance;\n                Je les aime parce que point d’orgueil ne les ronge,\n                Parce que vivre leur suffit.\n\n                J ’aime, j ’aime tous ceux qui peinent,\n                Tous ceux qui luttent et tous ceux qui pleurent,\n                Je les aime pour leur tristesse,\n                Je les aime pour leur douleur!\n                                                  P a u l S a in t e - B r ig it t e .\n\n\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2-009", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 74, "page_fin": 75, "titre_corps": "Vieille Question", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "L. 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Verbeeck, collaborateur flam ingant du Mouvement\n Littéraire, qui reprochait aux écrivains belges, nés en pays flamand,\nde préférer la langue française à la langue flamande, la Jeune-Belgique\ndisait : « Nous avons choisi la langue de nos voisins du Midi plutôt\nque la langue de nos voisins du Nord, — les uns parce que nous\nconnaissions bien la première et mal la seconde; — les autres, parce\nqu’à leur avis, ce qui fut la civilisation flamande n ’a plus ni foyer, ni\nexpansion..... Si, au bout de trois ou quatre lustres de production\nlittéraire, nos écrivains de la Jeune-Belgique ont attiré l’attention du\npublic français, il leur eût été plus facile, assurément, de briller dans\nle cercle modeste et restreint d’une littérature attardée, dont la plupart\ndes coryphées accommodent à la sauce néerlandaise les audaces des\nSoumet et des Millevoye. »\n   O r, voici que les Flamingants eux-mêmes, et non les moins talen­\ntueux, reconnaissent la supériorité de la jeune littérature belge d’ex­\npression française sur celle d’expression néerlandaise.\n   Un des derniers numéros de la Dicht- en Kunsthalle, une des rares\nrevues flamandes qui ont le sens et le goût littéraire non oblitérés\npar un épais chauvinisme adm inistratif et pédagogique, contient une\ntrès belle étude, signée J. M. Brans, et consacrée à l’avant-dernier\nouvrage, publié par un de nos collaborateurs et amis.\n   L’opinion de M. Brans, auteur de plusieurs remarquables volumes,\nentr’autres d’une série de contes réunis sous ce titre : Limburgsche\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1024, "texte": "                            LA REVUE R O U G E                               75\n\n\n\n\nSchetsen, a une autre importance que celle de M. Verbeeck, critique\naussi ignare qu’ignoré.\n   Voici la conclusion de M. Brans :\n   « Je term inerai par cette constatation ! La jeune littérature belge\nd’expression française est dès m aintenant supérieure à notre littérature\nflamande nouvelle, et il est grandem ent temps que nos écrivains\nréunissent tous leurs efforts pour ne pas être com plètem ent relégués\ndans l’ombre. Nous espérons qu’ils feront cette tentative et qu’elle\naboutira. ».\n   Il nous étonne qu’après cette déclaration hardie, insérée dans une\npublication flamande, M. Brans n ’ait pas encore été massacré par les\nVerbeeck.\n   Puisque nous parlons de la Dicht- en Kunsthalle, signalons l’excel­\nlente traduction qu’elle a publiée, du Reniement de Saint Pierre, un\ndes Contes d ’ Yperdamme de notre ami et collaborateur Eugène De\nM older.                                                    L. 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La vie, l’existence de l’écrivain sont retracées avec fougue\net éloquence, comme si son biographe eût créé un type selon la con­\nception et la personnalité de ses autres œuvres originales.\n   Dans les chapitres suivants, Georges Eekhoud nous décrit la ville\nde Londres, avec son peuple malheureux, buveur, batailleur, mais\nspectateur assidu des scènes à la mode, spectateur aussi difficile que\npeu besogneux, ne m anquant point de prouver son m écontentement\nà l’auteur d’un drame sans qualités; la C our avec ses courtisans aux\ncostumes chatoyants, ses seigneurs babillards et fiers et ses dames\ngalantes, assoiffées de plaisirs et de réjouissances. Le dernier chapitre\nnous parait le plus intéressant; l’historien nous dévoile les dessous\ndu T héâtre anglais, nous m ontre et caractérise les acteurs des comé­\ndies et des drames des auteurs de l’époque, pénètre avec nous dans\nles salles de spectacles, ne nous cachant aucun détail des habitudes et\ndes m œ urs du siècle, nous initie au travail des écrivains, nous fait\nconnaître leurs m oyens d’existence et leurs soucis.\n   A u siècle de Shakespeare est un livre de haute valeur artistique;\nGeorges Eekhoud y a relaté des anecdotes inédites qui ajoutent en­\ncore une saveur au charme qui s’en dégage. Certaines descriptions\nsont inoubliables et impressionnent sincèrement le lecteur, peu habi­\ntué de délecter des œuvres critiques aussi profondes et aussi grande­\nm ent conçues.                                     Sander P i e r r o n .\n\n\n\n               "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2-011", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 77, "titre_corps": "Chronique Artistique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. Le B.", "ancre_debut": "C h ro n iq u e A rtistiq u e                                   W ERTHER     D ans l’histoire", "ancre_fin": "grande. H . 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M assenet\ns’est adressé, ont su construire assez habilem ent quatre actes com plets avec\nl’intrigue très sim ple du rom an germ anique, et le u r livret ban alem en t ver­\nsifié, a des scènes ingénieuses et des contrastes saisissants, bien qu’assez\nattendus.\n   Q uant au com positeur, disons sans ta rd e r q u ’il s’est trouvé au-dessous de\nsa tâche. E st-ce p a r suite d’une production excessive et forcém ent affai­\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3287, "texte": "                               LA        REVUE ROUGE                            77\n\n\nblissante? Est-ce une fièvre hâtive de toujours m ettre au jo u r qui fait su p ­\np léer à la n aturelle inspiration une fabrication h aletante? U n sujet aussi\nte n tan t au rait dû être réservé à un talen t de com plexion plus solide, de\nm ûre et saine conception, qui pouvait com prendre sans h ésitation et dans\nson fra p p an t ensem ble une œ uvre de génie, où un e philosophie de fatal\npessim ism e s’alliait à la chaude et entraînante poésie rom antique. — M.\nM assenet n’a pas com pris le rom an de G oethe et cet échec était facile à\nprévoir. P o u r lui, toute passion consiste en langueurs m élodiques fadem ent\nsentim entales, en stringendo chrom atiques ou en coups des cym bales et\nassourdissantes sonorités des cuivres. Il est bien puéril et prim itif d’expri­\nm er le sum m um du désir passionné p ar les stupéfiantes détonations qui\nfont, au troisièm e acte, toute la bruyante ardeur du duo d ’am our. — E n\nfaisant abstraction de cette singulière com préhension des ressources or­\nch estrales, il nous reste des m élodies gracieuses et faciles, au tour bien\nfrançais, com m e la p hrase principale de tendresse exposée p ar le violon­\ncelle solo, sur un accom pagnem ent syncopé de clarinette, puis rep rise p ar\nle violon solo, et qui ne valait pas tous les développem ents que le com po­\nsiteur lui a fait subir.\n   Il y a lieu de rem arq u er cependant certaines intentions d ’une recherche\nassez ju ste, com m e l’air agitato à l’italienne de W e rth er au 2° acte, et le\nd ép a rt de C harlotte dans cette m êm e partie, soulignée d ’un rythm e dur\narrac h é aux quatrièm es cordes. M ais ce sont là de courts effets, des es­\nquisses aussitôt coupées p ar un rem plissage h aleta n t et pénible.\n   T out ce qui est épisodique et alerte est mieux réussi. Je citerai le délicat\nm otif des enfants, les joyeuses apparitions de Sophie, dont les trilles rieurs\ndu 3 ° acte sont p o u rtan t assez inattendus et intem pestifs : m ais à côté de\nces courtes pages un peu riantes et fraîches, se creusent des vides e t des\ntrous à peine recouverts d ’une m usique forcée et peu sentie : le prem ier\nrécit de W e rth er, son duo avec A lbert et tous les passages où le texte récla­\nm ait une intense profondeur d’âm e et de cœ ur, sont traités avec une d éce­\nv ante sécheresse, une superficie de sentim ents dont la ban alité nous étonne.\n— C ette poignante ém otion, cette intim e et torturante douleur qui pousse\nl’am ant ju sq u ’à la désespérance du suicide, M. M assenet l’a rendue par\nune m élodique m élancolie, une tristesse à peine effleurante, sous laquelle\non ne trouve rien qu’un fond de rom ances agréables et berceuses : tel le\njoli tableau de W e tz lar pendant la veillée de N oël, où le décor est fran ch e­\nm ent plus jo li et d’une sensation mieux com prise que la sym phonie orches­\ntra le qui le d evrait dépeindre.\n   L ’œ uvre dernière de M. M assenet fournit une soirée d'audition rep o ­\nsante et facile ; m ais il nous faut avouer que l'A rt, com pris de la sorte, accuse\nu ne esthétique assez avilie, et si Werther peut paraître joli parfois, on n’y\nsa u ra it ren co n trer aucune page qui soit belle et grande.       H . L e B.\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2-012", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 77, "page_fin": 79, "titre_corps": "A la Maison du Peuple", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "H. Le B.", "ancre_debut": "A la M a iso n du P eu p le    L a section d’A rt de la M ai", "ancre_fin": "escalier. H . L e B.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "GRAPPILLAGES    M onsieur Ch. 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L a conclusion de sa conférence, ap puy ée de nom breux ap p lau ­\ndissem ents, a été dite p ar le conférencier avec un e chaleur convaincante\net com m unicative. G eorges E ekhoud a m is très gracieusem ent à notre\ndisposition ce b rillant exposé de théories si fières et louables, et nous\nsom m es heureux de pouvoir intégralem ent le com m uniquer à nos lecteurs :\n\n    « M ais pour nous, p o u r les artistes, Ib sen est en outre un profond obser­\n v ateu r d’âm es et un génial au teu r dram atique.\n    » S on a rt s’im pose m êm e à ceux qui com battent ses idées.\n    » U ne poésie véhém ente, où se retrouve quelque chose des visions fu­\n m euses et incendiaires d’u n G oya du N ord, des im ages b rillan tes com me\n des diam ants ou voilées noirs comme les cieux polaires, à la fois pures et\n froides com m e la neige, h abillent et d rapent ses conceptions les plus au s­\ntè re s et les plus chagrines. Son verbe se colore et s’exalte à l’enthousiasm e\n des Skaldes. Quoi qu’il fasse, il est bien de son pays, le descen d an t des\n b ardes belliqueux.\n    » P e e r G y n t et B r a n d ne font qu’un seul hom m e, c’est H e n d r i k I b s e n .\n E t jam ais l’âm e de la Norwège conteuse n ’a été mieux incarnée que p a r le\np en seu r qui lui reprochait ses rêveries. Je dirai m êm e que ni B r a n d , ni\nles com édies sociales d ’Ibsen, n ’auraient leu r éloquence, leu r universelle\nportée, si elles n’avaient été écrites avec un peu de cette « géniale folie »\nque le poète a vainem ent tenté de blasphém er dans P e e r G y n t . E t peut-\nêtre le m oraliste ne sera-t-il im m ortel que grâce à la prestigieuse et divine\ncollaboration de l’artiste! D isons m ieux : sans la poésie com prise dans le\nsens le plus large, il n ’y aurait ni prêtres, ni apôtres, ni révolutionnaires!\n    » Oui, car la poésie, la vraie poésie, est autre chose que l’a rt frigide et\ncristallisé, tout en form ule, tout en pastiche, tout en décalque, que les pions\net les porte-férules voudraient nous im poser com m e la dernière et suprêm e\nétape de l’esthétique. D e ce qu’un artiste fut très grand, très adm irable,\nil n’en résu lte pas que, sous prétexte de lui tém oigner notre ferveur, il\nnous faille nous confiner et dans sa pensée, et dans ses m oyens d’ex p res­\nsion. C’est faire injure aux génies, c’est les calom nier, que de les adm irer\nainsi.\n   » A rrière ceux qui m arquent le pas ! A rrière les im passibles et les écri­\nvains de m étier, les cabotins de l’écriloire! A rrière les académ ies!\n   » L e beau est éternel. C haque siècle en ap p o rte une m anifestation. P as\nplus que les autres facultés de l’âm e hum aine, la puissance artistique n ’a\ndit son dernier mot. P a s plus qu’à l’O céan on ne p eu t dire à l’A rt : « Tu\nn ’iras pas plus loin ! » L es C anut et les X erxès de la critique en seront\npour leurs censures et pour leurs anathèm es!\n   » L e génie hum ain qui fut assez riche pour se payer le D ante ap rès H om ère,\nS h akespeare après E schyle et S ophocle, la R enaissance après l’A rt G rec\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1259, "texte": "                                LA REVUE RO UGE                                       79\n\n\net l’A rt gothique — le génie hum ain consolera encore l’hum anité p ar des\nartistes sublim es et nouveaux.\n  » C ’est pourquoi, cam arades, allons surtout aux chercheurs, à ceux qui\nosent, à ceux qui vivent, à ceux qui accordent leur âm e, donc leu r A rt,\nà l’infini besoin d’idéal, de renouveau et de perfection qui est notre seule\nraison d’être sur cette planète! »\n\n  A près la conférence de G eorges E ekhoud, très attentivem ent écoutée\net vivem ent applaudie, la séance s’est clôturée p ar l’audition de quelques\nœ uvres de G rieg, l’am i d ’Ibsen. M M. S evenants et M iry nous ont jo u é une\nSonate pour piano et violoncelle assez pauvre et courte d’inspiration, mais\ntoujours originale dans le développem ent des phrases. L es fragm ents de la\nm usique pour Peer Gynt et quelques m élodies chantées avec une ju stesse\nexpressive p a r Mlle R achel N eyt, com plétaient le program m e. O n a re ­\nm arqué avec peine com bien était défectueuse l’acoustique de la salle et\ncom bien insupportable le m ouvem ent des entrées p a r le b ru y an t escalier.\n                                                                       H . L e B.\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2-013", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 79, "page_fin": 80, "titre_corps": "Grappillages", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "GRAPPILLAGES    M onsieur Ch. F ra p p ai t, un", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 102, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 1259, "fin_caractere_exclue": 3185, "texte": "GRAPPILLAGES\n   M onsieur Ch. F ra p p ai t, un de nos   m orceau de poésie très sincère et\ncollaborateurs, a livré au public, il       toujours soutenue.\ny a quelques deux m ois, un acte               D ans cet ensem ble si séduisant,\nen vers, le Marquis joué, qu’il serait      certains vers détonent, p a r une lour­\ntrès injuste de passer sous silence.        d eur un peu tern e et le prosaïque de\nCette œ uvre, toute de jeunesse et          la tournure. J ’en ai noté quelques-\nde charm e, accuse, en effet, de rée l­     uns : Marquise, je suis sûr qu’il y avait\nles qualités de versificateur et de         maldonne. — Veillez donc à ne m’interrom­\npoète, et sa lecture en est u n vrai        pre plus du tout. — A h ! mais elle, elle est\npetit régal littéraire.                     belle.\n   M onsieur F ra p p a rt a choisi pour       M ais ce ne sont que taches m i­\nsa gracieuse bluette, l’alexandrin          nim es et si peu nom breuses q u ’il\nrégulier dont il coupe la m onotonie        serait m alséan t d’en faire à l’au teu r\np ar un habile et fréquent usage de         un grief exagéré.\nl’enjam bem ent. Son vers est d’une            Le Marquis Joué constitue une g ra­\nbelle venue et se développe avec            cieuse piécette X V IIIe siècle, au\ng rande aisance, surtout dans les           charm e très caressant, et si les sen­\npassages plus em portés de p assio n ­      tim ents q u ’il développe to u t n atu ­\nn ante te n d resse et de caressants        rellem ent sont éternels et se retro u ­\naveux. Sous ce rapport, les- souve­         v ent partout, l’originalité du talen t\nnirs d’am our que conte la railleuse        de M. F ra p p a rt ne s’en affirme pas\nm arquise et que l’am oureux L éan d re     moins, et cela sans éclatant affichage\nrep ren d vers la fin avec une entraî­      ni grossière prétention.\nn ante chaleur, constituent un jo li                                    H . L e B.\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2939, "texte": " 80                             LA          REVUE ROUGE\n\n\n\n   A vons reçu :                             m usicale consacrée aux œ uvres d e\n   Le Réveil, le Drapeau, le Magasin         nos jeunes com positeurs Belges :\nLittéraire, Floréal, le Mouvement Litté­     G ilson, A gniez, V an Dam, L u n s­\nraire, la Revendication sociale (nos bons    sens, D e Bouck, etc.\nsouhaits de réussite) le Méphisto, Lou­         L e m ême jo u r, de 10 à 1 heure, les\nvain-Jeunes, le Journal des Etudiants et     salles seront accessibles au public,\nle Coin du Feu, tous de Belgique.            au prix dém ocratique de dix ce n ­\n   E t aussi : le Chat Huant, de B or­       tim es.\ndeaux, l ’Harmonie, de M arseille,\nChimère, de M ontpellier, la Revue\nBlanche, les Essais d ’A r t libre, l’E n          P e tite C o rre s p o n d a n c e\ndehors, La Révolution et la Révolte, de\nP a ris; et A révolta, de L isbonne.           Jacques P ... — A tten d re et E s ­\n                                             pérer. (Voir Alex. D um as : M onte\n    Q ue nos Confrères de la Lutte pour      Christo.)\nl ’A rt veuillent bien accepter tous\nnos vœ ux de réussite et de pro sp é­         A rthur T ... — B eau faiseur de\nrité, pour le vaillant organe qu’ils        vers, certes, votre a rt sera plein de\nv iennent de lancer, et qu’ils nous         revers, — et vous ferez naufrage\np ardonnent de leur exprim er, un peu       très probab lem en t — et peut-être\ntard, notre sym pathie.                     m êm e serez vous sans pain...\n                                              A dieu.\n   N ous espérons pouvoir publier\np rochainem ent u n article de notre          G eorges T ouchard. — P o in t de\ném inent collaborateur E m ile V an­        place pour vos vers en ce num éro-ci.\ndervelde.                                   M erci toujours.\n\n   N o tre vaillant collaborateur, M a­       Ch. F ra p p a rt (Namur). — A tte n ­\nth ias R o b ert, v ient d’être cruelle­    dons quelque chose de vous p o u r\nm ent frappé p a r la m ort de sa sœ ur,    M ars.\nMlle R obert. N ous présentons à n o ­\n                                              Jo seph D esgenêts (Gand). — A\ntre am i l’expression de nos senti­\n                                            quand de vos nouvelles ? S y m p ath i­\nm ents de condoléance.\n                                            quem ent.\n   P a r suite de ce douloureux inci­\ndent, la chronique du Voorwaerts, que         M athias R obert. — V otre spiri­\nM. R obert s’était chargé d’écrire,         tuelle fantaisie p assera le m ois p ro ­\nne nous est point parvenue. Ce sera         chain. Bien merci.\np o ur M ars.\n                                              D o n a S o l (Coin du Feu). G rand\n  D im anche 12 cou rant (jour de clô­      m erci pour la réclam e. Com bien\nture) à 2 heures, en la salle de l'E x ­    vous dois-je?\nposition du «V oorw aerts », audition                                 P . S te B.\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-02-n2-014", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "En · souscription chez L. a A. GGOENNE, éditeurs", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 63, "fin_caractere_exclue": 561, "texte": "En · souscription chez L. a A. GGOENNE, éditeurs\n                  Grand' Place Malines   /\n\n\n\n\n     Le Verbe Aurora!\n                          PAR\n\n\n\n               JosÉ HENNEBICQ\n\n Un volume de yers petit in-16, sur beau papier velin\n                    Prix : 2 francs\n  On souscrit, par carte postale, au bureau du journaJ,\nà Bruxelles, et chez les éditeurs, a Malines.\n\n\n\n\n   Nous ~appelons que le\n\n            Banquet Eekhoud\n\nse fera le samecli 28 octobre, au GRAND\nHôTEL, à      Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 500, "texte": "     IJiml\n\n\n\n                   Imprimerie Artistique\n\n        L. · & A. GODENNE\n                    Grand' Place, 28, à Malines\n\n\n\n\n         Typographie, Lithographie, Autographie, Gravure\n\n                Spécialité ~·g.mpresstons ~e luJ;e\n\n      Journaux, 'Broclmres, 'R._evues, Prix-courants, Catalogues, etc.\n\n                        FABRIQUE DE REGISTRES\n\n\n        Imprimés Industriels, Administratifs & Commerciaux\n 1\n\n\n:1'~-----------,,,\n    ~\n                  :;:- - l\n                 IJ\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 86, "texte": "Deuxième Année -     No 2\n                                                FÉVRIER 1893\n\n\n\n\n       LA\n\n\n\n                                         MENSUELLE\n                          ~e   jlfttérature, ~'Hrt & ~'JBconomte\n                                            politique\n\n\n\n\n             Le Nu1néro : 2S Centimes\n\n\n\n\n                   '1\\.édactz\"on a .Administration :\n\n                                              Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "                                                      yf    •\n\n\n\n\n                    La Revue Rouge\n   MENSUELLE DE LITTERATURE, D'ART ET D'ECONOMIE POLITIQUE\n\n\n\n\n                         Secrétaires de Rédaction :\n\n          Paul SAINTE-BRIGITTE a Sander PIER ~ \"N\n\n\n                           ABONNEMENTS\n\n\n           Belgique      Un an, 3 francs; six mois, fr. 1.75\n           Etranger              4    ))                   )) 2.25\n                      Le numero       25 centimes\n\n\n\n                    COLLA730'1\\,.ATEU'l\\,S:\n\n   Georges Eekhoud - Emile Verhaeren - Camille Lemonnier -\nEugène Demolder - Hubert Krains -Joseph Desgenêts -Louis\nDelattre - Emile Vandervelde - Dr Charbonnier -- Rodrigue Se·\nrasquier -Frans Delbastée- Elslander- Mathias _Robert -Henry\nLe Bœuf - Henry Ketels - Géo Mauvère - Lucien Jottrand -\nCharles Frappart - Frédéric Friche - Georges Touchard - Pierre\nArmen - Paul Janssens - Jacques Patient, etc.\n\n\n\n                               SOMMAIRE\n\nA la Jeune-Belgique .      .                   LA REvuE RouGE.\nLes ports nocturnes (vers)                     E~HLE VERHAEREN.\nKilkà (legende celtique)                       LucœN JoTTRAND.\nBurcb Mitsu (suite) .                          GEORGES EEKHOUD.\nActe de Charite (vers)                         PAUL SAINTE-BRIGITTE.\nVieille question.                              L. ENOIR.\nChronique Litteraire .                         SANDER PJERRON.\nChronique Artistique.                          H.LEB.\nGrappillages .                                 H . LE B. ét P. Sre_B.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "          A la « J e u n e -B e lg iq u e »\n\n           aL jeune-Belgique publie, sous le titre de Déclarations, un\n             manifeste de cinq longues pages où, en rappelant vague­\n             m ent les articles de son program me, elle combat de pénible\n             façon l’Art social, dont, dit-elle, « les nouvelles recrues\nlittéraires ont relevé les tristes drapeaux ».\n    Q ue nous im porte la forme ou plutôt la formule d’une œuvre ; en\nart on n ’envisage que le point de savoir si elle a été exécutée sincè­\nrement, si la routine ne s’est mêlée à l’inspiration personnelle. Q u ’im­\nporte la façon dont on traite une œuvre, si elle est la nette expression\nde l'idéal d’un artiste.\n   La Jeune-Belgique dit, en citant plusieurs jeunes revues littéraires :\n« la Revue Ronge s’inféode à l’Art social — démocratique. »\n   Va pour l’A rt social.\n   Un rom an de psychologie, d’observation, c’est de l’Art social.\nUne œ uvre de Constantin Meunier est une œuvre à tendance révolu­\ntionnaire, sans que l’artiste ait songé à la moindre étiquette. Pendant\nl’exécution, il n ’a fait que suivre le courant sympathique de son âme\nqui le guide toujours vers la souffrance et l’oppression.\n   A rt social, Cladel; Art social, Verhaeren; Art social, l’art de tant\nde maîtres préférés !\n   A la Revue Rouge nous faisons de Part social, puisque art social\nil y a.\n   Pourquoi?\n   Nous sommes un groupe de jeunes, appartenant, la plupart, au\npeuple; élevés parmi celui-ci ou vivant de son milieu et de sa vie,\nconnaissant donc ses besoins, ses aspirations, ses souffrances, ses\nbontés, ses' sacrifices, ses révoltes et ses haines. Ces sentiments diffé­\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "66                         L A REVUE ROUGE\n\n\n\n\nrents, incomparables par leur intensité et leur franchise à ceux de\ntoute autre classe de la société, nous impressionnent vivement et nous\nportent tout naturellem ent, poussés par un viril élan, à donner forme\nd’art à nos observations et à nos pensées.\n    Q uant à imposer nos sentim ents, nos convictions démocratiques à\ntout le monde, quant à prétendre qu’il n’y a d’art que celui inspiré par\nla vie, les moeurs et les revendications populaires, nous n ’y avons\njamais songé. Nous repousserions même ceux qui viendraient à nous\npar mode et par genre. N ous sommes ennemis de tout snobisme. Nous\nn ’aurons que du mépris pour les parasites des lettres, pour les pasti­\ncheurs qui rum inent sans cesse les idées des autres, pour les pâles\nsatellites des écrivains originaux et des véritables créateurs.\n   Aimer le peuple, l’humanité, la nature, tout ce qui existe, exalter\nles mobiles généreux, participer à l’œ uvre sublime d’une régénération\nsociale, exprimer artistiquem ent avec éloquence, avec passion, avec\nsincérité — oui, nous répétons ce m ot que le Parnasse a répudié de\nson vocabulaire, — les sentim ents qui oppressent et qui tourm entent\nles âmes compatissantes et évangéliques autant que la masse, la légion\ndes infimes ; telles nos aspirations, tel notre souci. Nous rêvons un\nart bien vivant, un art qui soit de notre temps, un art d’une contem ­\nporanéité intense. Les malédictions des rimailleurs d ’alexandrins et\ndes pédagogues du Parnasse n’entraveront pas notre essor.\n    La Jeune-Belgique prétend qu’il faille suivre certaines conventions\nen Art. Evidemment. L’orthographe, la grammaire et la syntaxe sont\nconnaissances indispensables à quiconque se pique d’écrire. Mais il\nn ’y a pas de règles définitives. Le style change, d’époque en époque.\nAucune esthétique, aucune prosodie n’est immuable. Et ce n ’est pas\nle Parnasse français ou même celui de la Jeune-Belgique qui servira\nde modèle exclusif, de code suprême aux poètes de demain ou même\nà ceux d’aujourd'hui.\n   La Jeune-Belgique nous semble hypnotisée par le rom antism e et le\nParnasse. En dehors de Baudelaire et de Banville, il n ’y a pas de salut.\nElle tourne au conservatoire. Elle ne crée plus, elle théorise.\n    Q uand W aher de Stolzing se fait vieux, il devient Bechmesser!\nLa vieille Jeune empaille les vieux oiseaux venus de France. Elle sert\nde bocal aux alexandrins d ’antan; un bocal dont le vinaigre aurait\nbesoin d’être renouvelé.\n   Un inquiétant misonéisme littéraire afflige ces fougueux et remuants\ninnovateurs d’autrefois. Ainsi, lorsqu’ils prédisent que « les tendances\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                              LA REVUE ROUGE                               67\n\n\n\nincohérentes et libres de certains poètes resteront sans suite » on\ncroit voir Baour Lormian enterrer Victor Hugo. Ils finiront par réha­\nbiliter Louis Hymatis et Frédérix.\n   T riste! T riste!\n   A la Jeune-Belgique, on se croit toujours jeune. Mais, chère amie,\nvous avez douze années d’existence et les mêmes traditions qu’à votre\ndébut; la vétusté attaque votre bâtim ent; Pankylose vous réduit à\nl’immobilité... Et il vous étonne que d’autres, plus jeunes et plus gail­\nlards, vous appellent à un combat nouveau en faisant claquer au vent\nla masse d’un étendard dont vous ne connaissiez point les couleurs.\n\n                                                      L a R evue R ouge.\n\n\n\n\n                      L e s ports nocturnes\n\n                   Sur la fièvre dernière\n               Que l'heure active et régulière, apporte\n               E n des Glascow de brouillards noirs,\n               Tombe le soir, comme une bête morte.\n\n               Les docks à l ’infini, à travers l’horizon,\n               Dorment mornes et uniformes;\n               Avec leurs blocs, leurs toits et leurs Maisons,\n               Les docks à l’infini, parmi les ombres, dorment.\n\n               L a nuit s’installe avec brutalité;\n               Mais les ciseaux de la lumière\n               A u long des quais coupent l ’obscurité,\n               A coups menus, de réverbère en réverbère.\n\n               On devine, là-bas, les bricks légers et clairs,\n               Avec de l’ambre et des minéraux roses\n               E t des aciers vêtus d ’éclairs\n               E t des agrès où les aras se posent.\n\n               E t les focs bleus et les poupes couleur safran\n               E t les vergues et les quilles barbares,\n               E t les sabords lustrés de cuivre et de guitran\n               E t les mats verts et blancs des îles Baléares.\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "68                                                LA REVUE ROUGE\n\n\n\n                E t les steamers rauquants, venus des Nords,\n                E t ceux des mers de lutte et de victoire,\n                Avec leur cargaison m orne comme des morts\n                E t leur guibre de fe r sur leur étrave noire.\n\n                S i bien qu’on sait son âme, où ces grands ports se mirent,\n                Sombrer en une nuit de ténèbres de vair\n                Que seuls, d’heure en heure, déchirent\n                Les ongles d ’or des carillons dans l ’air.\n                                                                          E m ile V er h a e r e n .\n\n\n\n\n                                                    K ilk â (*)\n                                                          CHANT IV\n\n\n   Un jour rougeâtre se lève; des nuées grises se poursuivent sur un\nfond de mornes vapeurs qui s’éclairent parfois d’une froide lumière.\nUne lourdeur pèse dans l’atm osphère; on entend au loin un roule­\nment continu, un grondem ent de m onstres aux fonds de cavernes\nmystérieuses.\n   De grands vols d’oiseaux de m er passent en claironnant et en\nbrâm ant; ils se déployent et se replient, puis tom bent soudain... L’ho­\nrizon disparait dans des brumes violettes.\n   Les vagues se soulèvent plus lourdem ent; au large, elles ne dé­\nferlaient plus comme si leurs eaux trop pesantes se fussent changées\nen du métal fondu:\n   Sur les roches elles se brisent, se déchirent et s’éparpillent en étin­\ncellements fauves; jusqu’aux bois lointains dont les branches frôlent\nl’étal des lames, court une longue ligne phosphorescente, une pous­\nsière lumineuse qu’on distingue à peine, tant le jour qui se lève est\nchargé de sombres brum es....\n   ... Dans la grotte, Kilkâ est éveillée; assise à côté de Bardol, elle le\nregarde, immobile. Lui dort toujours ; sa respiration régulière soulève\net abaisse sa lourde poitrine. De sa main fine et longue, Kilkâ lisse\nles tresses du guerrier, et doucement, doucement, elle se m et à chan-\n\n\n (*) E x tra it d e K ilk â , lé g e n d e C e ltiq u e en IV ch an ts.\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                            LA REVUE ROU GE                               69\n\n\n\n\nter une lente mélopée dont certains accents sonnent comme des tim ­\nbres voilés; peu à peu elle hausse la voix, les accents se font plus\ndurs et bientôt ils deviennent si rudes et résonnants qu’on ne les\ncroirait pas sortis d’une gorge de femme.\n    ... Bardol s’éveille alors, et dans le premier m om ent, il reste im m o­\nbile, comme cloué au sol par le chant de la druidesse.\n   Puis il se soulève et ses yeux rencontrent ceux de Kilkâ éperdûment\nfixés sur les siens...\n    Toujours elle chante et son chant s’entremêle de cris sauvages,\nde claironnem ents d’oiseaux fous; elle a chanté aussi, à la première\naurore de son amour, mais alors le chant était doux, c’était l’appel aux\ninexprimables douceurs des baisers, aux longues caresses; m aintenant,\nc’est l’adieu sauvage, c’est le chant de la m ort !..\n    Bardol lui tend les bras, désespérément, et elle ne les voit pas ; il se\ncramponne à elle, et toujours elle chante; sa poitrine se soulève ten­\ndant sa tunique violette; elle chante et des sons rauques se mêlent à\nses cris; elle chante et ses cheveux défaits lui voilent le visage; elle\nchante, et ses membres s’agitent fébrilem ent; elle chante, puis elle\ntom be; Bardol la saisit et la soulève jusqu’à ses lèvres...\n    Au dehors, les sourdes détonations deviennent plus distinctes, des\nroulem ents se répondent : c’est l’orage.\n    Des exhalaisons illuminent les grèves, des éclairs zigzaguent entre\nles nuages; de longues traînées de feu luisent au ciel, zèbrent les vo­\nlutes noires, du zénith à l’horizon.\n    La plage fume et fulgure dans la trop lourde chaleur; les flammes\nse croisent, semblant s’allumer les unes les autres; des éblouissements\njaunes et violets accrochent les crêtes des roches, couvertes d’écume\nlumineuse.\n    O n se croirait en une nuit de création...\n    Bardol, le grand chef, se sent troublé et n ’ose, et ne peut relever sa\n haute stature sous ce ciel écrasant; il se traîne jusqu’à l’entrée de la\n grotte où de grosses et larges gouttes d’eau se plaquent sur sa cuirasse...\n    Mais la pluie ne dura pas. *\n    Alors Kilkâ s’approcha de lui et le releva d’un geste.\n    — C’est m aintenant! Pars, pars dans ta barque; fuis ce funeste\n rivage qui appartient à la m ort! Pars, je le veux!....\n     Ses grands yeux verts brillent dans le jour som bre; sa voix éraillée\n par son chant exaspéré, est impérieuse et, du bras étendu, elle montre\n la mer enveloppée de vapeurs.\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "70                           LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n   — Pars, Bardol, pars, je vais m ourir !\n   Et sa voix se fait plus douce, et ses yeux s’emplissent de larmes,\ntandis que son bras retom be inerte le long de son corps frêle.\n   — Pars, Bardol, pars, je vais m ourir!\n   Et elle s’accroche à lui, les bras autour du cou; leurs lèvres se re­\ntrouvent encore.\n   — M ourir! oh, dieux cruels, m ourir quand on aime!\n   Des sanglots lui m ontent à la gorge, et elle cache sa m ignonne tête\ndans le sein du guerrier; le tonnerre gronde, le ciel paraît de feu rouge\net cependant il fait sombre.\n   Lui ne sait l’abandonner.\n   — N on, Kilkâ; non, je ne puis partir; vois la m er en fureur; écoute\nla voix du ciel; non, je ne puis partir sous ces éclairs; non... je n ’ose;.,\nj’ai peur, Kilkâ, j’ai peur!\n   Et lui, Bardol, le grand, l’invincible gaulois, fils de Hilde-W ig,\ntrem ble comme une femme à l’approche de l’ennemi. Il tremble et son\nfront se couvre de sueur froide ; il grelotte et il se sent brûler de mille\nardeurs, de mille désirs....\n   — Pars, je le veux! N e crains ni le ciel, ni la m er; tu es invincible;\npars, ami, car déjà l’affreuse m ort étend ses ailes d’oiseau noir sur l’île\nde Belenus ; pars !\n   Lentem ent, elle le pousse vers le rivage, vers les roches m on­\nstrueuses qui tressaillent sous les coups incessants de la foudre.\n   Penchés contre le vent, ils vont.\n   La barque de Bardol saute sur les lames déferlantes; on la voit à\npeine dans la fumée qui m onte des eaux bouleversées....\n   Ils arrivent ainsi jusqu’aux nappes liquides s’étalant à leurs pieds.\n   Alors, Bardol se retourne pour prendre encore une fois celle qui\nbientôt sera un inerte cadavre au milieu des grandes pierres; mais\nKilkâ, impassible, lui tend un collier de blanches coquilles :\n   — Prends ce collier, Bardol, mets-le autour de ton cou ; qu’il pende\nsur ta poitrine d’airain;... prends garde aussi : tu m ’as possédée vi­\nvante, m orte, je te posséderai et ne te quitterai plus.....\n   U n tourbillon d ’eau et de vent, un éblouissement defoudre, un\nfracas de tonnerre dom ina ses paroles; puis les sifflements affolés\npassèrent.\n   « ... Je serai dans l’orage; je serai dans la brise; je vibrerai dans les\nrayons de lune, je palpiterai dans les ténèbres. Fils de Bel-Héol, par\nKoridwen, je prends possession de toi ! »\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                            LA REVUE ROU GE                                71\n\n\n\n    Elle lui m it ses deux mains sur les épaules et les regards rivés aux\n siens, semblant plonger en cet instant suprême au plus profond de\nl’âme de Bardol, elle ajouta :\n    — Souviens-toi des prophéties. T u me verras dans la barque du\ndépart. Ce qui doit être sera;... va!\n    Alors il avança dans les eaux mugissantes; devant lui, la vague\nrecula; elle recula, mais revint, et comme elle cognait les grands rocs,\nelle frappa l’homme en pleine poitrine; lui, ainsi qu’un bloc de granit\net de bronze, ne céda pas; les eaux se séparèrent et il gagna sa barque.\n   D ’un saut, il y fut; et virant lentem ent, poussé par les flots et les\nsouffles ardents de la terre, il partit, bondissant sur les lames.\n    Cram ponné aux flancs de l’esquif, arc-bouté, Bardol tâcha d’aperce­\nvoir encore Kilkâ; mais il ne vit que les longues crêtes écumeuses et,\nau loin, dans la brume de feu, l’îlot de Bélénus...\n   ... Kilkâ, du haut d’un m orne de granit, regarda s’éloigner la barque;\nelle la suivit des yeux, puis, quand le voile de buées violettes se fut\nrefermé pour toujours sur Bardol, elle descendit et courut à la grotte.\n   Folle, échevelée, rompue, elle se jeta sur la couche d’algues, de\nvarech et de goém on; elle s’y étendit trois fois; s’imprégna du parfum\ndes tiges écrasées, puis, s’étant relevée, les yeux pleins de larmes\nsilencieuses, elle prit dans une anfractuosité des pierres, une grande\ncoupe de corne; elle la remplit de suc de belladone renfermé dans une\noutre de fibres et, se tournant vers le large, la vida d’un trait, puis\nse coucha sur les algues.\n   Insensiblem ent, un sommeil lourd engourdit ses m em bres; ses\npaupières battirent dans leurs larmes       une grande mollesse l’envahit\npeu à peu. — Elle se sentait lasse et pourtant heureuse; aucun désir\nne la possédait plus; alors tout se voila et Kilkâ fut m orte....\n                                    *\n                                   * *\n\n   L ’aube se leva toute rose; des oiseaux chantaient dans les arbres, et\nles lames, calmées pendant la nuit, tressautaient encore par moment,\nvenaient m ourir sur les grèves, entre les grands mornes de granit.\n   Des algues et des fleurs de mer frangeaient les eaux étalées ; une\nrouge étoile restait au ciel pâlissant; dans un éclaboussement du soleil\nqui surgissait au loin des brumes suspendues, elle disparut.\n   Un oiseau pâle passa en chantant et gagna la haute mer.\n  1892.                                         Lucien J o t t r a n d .\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "72                          LA RE VUE RO UGE\n\n\n\n\n                       B u rc h M itsu\n                                  (s u it e )\n\n\n   Cette année encore plus que les autres, je vis s’approcher la fin\nde mes courtes vacances avec un sentim ent de tristesse et d’appré­\nhension.\n   La mer me captive et me béatifie à tel point que je ne l’ai jamais\nquittée pour rentrer dans la grande fournaise citadine, sans un cris­\npant serrem ent de cœur. Et c’est, presque navré jusqu’aux larmes, que,\ndans le train, le nez collé à la vitre, je vois décliner la silhouette\ndu phare derrière la bordure d’arbres prosternés par le vent d’ouest !\n   A présent que j’avais trouvé une âme parfaitement adéquate à la\ncontrée de mes délices, un être qui s’harmonisait avec cette nature\npatriale, mon départ devenait plus cruel encore! Quelque superbe\nque soit une région, j’estime, à l’encontre de beaucoup de misan­\nthropes rustiques et de paysagistes boudeurs, que l’homme en demeure\nle véritable centre, le plus éloquent foyer. Souvent, il suffit d’un être\nhum ain, d’une créature bellem ent autochtone, pour condenser et\nrésumer la nature d’un pays, voire d’une race avec toute l’intensité et\ntoute la magnificence du symbole.\n   Ainsi, je le répète, ce simple ouvrier — qui ne soupçonna jamais\nquelle prépondérance il revêtait à mes yeux — m ’incarnait à la fois\nle mystérieux et toujours jeune Océan et la noblesse stoïque et intré­\npide du m étier de marin. Des générations de naufragés sublimes revi­\nvaient et sym pathisaient en l’épanouissement de sablon de jeunesse.\nCe pauvre diable, ce paria, était corrélatif aussi de la patrie flamande,\net, avec son masque à la fois résolu et placide, viril et touchant, c’était\nainsi que je me figurais les Kerels ou les Pieds Bleus, la terreur des\nIsemgrins et des Normands. Mais plus encore que tout cela, un charme\nm ystérieux, indéfinissable, et que je ne m ’expliquai que plus tard, me\nretenait auprès de ce m atelot fruste et illettré. Souvent, dans son dis­\ncours et dans sa physionomie, dans ses gestes les plus simples, dans\nses attitudes pendant les m anœuvres de notre barque, dans toute sa\npersonne enfin, en dépit de la signification et de la portée actuelle de\nses paroles et de ses m ouvements, surgissait un prestige occulte et\nvirtuel. En l’écoutant et en le regardant, je songeais — je n ’aurais su\ndire pourquoi — à de généreux sacrifices, je l’associais à des pressen­\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                            LA REVUE ROU GE                             73\n\n\n\ntiments aussi mélancoliques que des regrets. Je l’avais devant moi et\ndéjà il m ’était mémorable, je dirai même légendaire.\n   Plus d’une fois me venait aux lèvres ce refrain de ces très arrière-\nancêtres : « N ous allons chanter les Kerels. Ce sont de mauvais gre­\ndins. Il veulent dicter la loi aux chevaliers et portent leur bonnet de\ntravers ! » Aujourd’hui je m ’explique cette voix passionnée, cette allure\nlointainem ent tragique et cette lumière bizarre et fatidique qui le\nnimbait à certains moments !\n   Mon dernier soir d’Ostende flatta et exaspéra singulièrement ces\nbizarres dispositions sympathiques. J’étais resté longtemps avec Burch\nsur la Digue, au pied de l’ancien phare, à contem pler et à écouter la\nmer. Depuis des heures nous ne parlions presque plus. Il fallait nous\nrésoudre à rentrer. Au mom ent de la séparation nos mains dem eurèrent\nlongtemps étreintes : « Alors, à l’année prochaine, lui dis-je, à moins\nque d’ici là vous ne consentiez à vous aventurer un jour à Bruxelles. »\n   Mais à l ’idée de s’engager à l’intérieur des terres, pour toute réponse\nBurch tourna filialement ses regards vers la féline hypnotiseuse, et les\nramena ensuite vers moi, avec un bon sourire incrédule, exprimant\nplus éloquem m ent que des paroles, l’absolue incompatibilité de ce\nvoyage avec sa personne — avec son Destin peut-être.\n   La mer grondait, chantait doucement; elle avait l’air de faire le gros\ndos. O r, en ce m om ent de nos adieux, comme si l’élément despotique\nsuzerain absolu de mon féal camarade devenait envieux de notre\nintim ité, une grosse vague s’éleva là-bas, au-dessus de la nappe à\npeine agitée, bondit vers nous et, phosphorescente, en s’éparpillant\nsur le brise-lames, crépita comme un lointain feu de peloton.\n\n      (A suivre.)                                             Georges E e k h o u d .\n\n\n\n                                    A c t e de Charité (1)\n\n                        J ’aime les pauvres, les pauvres qui peinent.\n                        Je les aime pour leur Souffrance;\n                        Je les aime parce que d ’autres les méprisent;\n                        Je les aime pour leur misère.\n\n\n ( 1) E x tr a it des Chansons Tristes, en prép aration-\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "74                           LA REVUE ROU GE\n\n\n\n                J ’aime les humbles, les humbles qui luttent,\n                Je les aime pour leur vaillance;\n                Je les aime parce que point d’orgueil ne les ronge,\n                Parce que vivre leur suffit.\n\n                J ’aime, j ’aime tous ceux qui peinent,\n                Tous ceux qui luttent et tous ceux qui pleurent,\n                Je les aime pour leur tristesse,\n                Je les aime pour leur douleur!\n                                                  P a u l S a in t e - B r ig it t e .\n\n\n\n\n                   Vieille Q uestion\n   Dans son num éro d’octobre dernier, la Jeune-Belgique, répondant\n à un certain M. Verbeeck, collaborateur flam ingant du Mouvement\n Littéraire, qui reprochait aux écrivains belges, nés en pays flamand,\nde préférer la langue française à la langue flamande, la Jeune-Belgique\ndisait : « Nous avons choisi la langue de nos voisins du Midi plutôt\nque la langue de nos voisins du Nord, — les uns parce que nous\nconnaissions bien la première et mal la seconde; — les autres, parce\nqu’à leur avis, ce qui fut la civilisation flamande n ’a plus ni foyer, ni\nexpansion..... Si, au bout de trois ou quatre lustres de production\nlittéraire, nos écrivains de la Jeune-Belgique ont attiré l’attention du\npublic français, il leur eût été plus facile, assurément, de briller dans\nle cercle modeste et restreint d’une littérature attardée, dont la plupart\ndes coryphées accommodent à la sauce néerlandaise les audaces des\nSoumet et des Millevoye. »\n   O r, voici que les Flamingants eux-mêmes, et non les moins talen­\ntueux, reconnaissent la supériorité de la jeune littérature belge d’ex­\npression française sur celle d’expression néerlandaise.\n   Un des derniers numéros de la Dicht- en Kunsthalle, une des rares\nrevues flamandes qui ont le sens et le goût littéraire non oblitérés\npar un épais chauvinisme adm inistratif et pédagogique, contient une\ntrès belle étude, signée J. M. Brans, et consacrée à l’avant-dernier\nouvrage, publié par un de nos collaborateurs et amis.\n   L’opinion de M. Brans, auteur de plusieurs remarquables volumes,\nentr’autres d’une série de contes réunis sous ce titre : Limburgsche\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                            LA REVUE R O U G E                               75\n\n\n\n\nSchetsen, a une autre importance que celle de M. Verbeeck, critique\naussi ignare qu’ignoré.\n   Voici la conclusion de M. Brans :\n   « Je term inerai par cette constatation ! La jeune littérature belge\nd’expression française est dès m aintenant supérieure à notre littérature\nflamande nouvelle, et il est grandem ent temps que nos écrivains\nréunissent tous leurs efforts pour ne pas être com plètem ent relégués\ndans l’ombre. Nous espérons qu’ils feront cette tentative et qu’elle\naboutira. ».\n   Il nous étonne qu’après cette déclaration hardie, insérée dans une\npublication flamande, M. Brans n ’ait pas encore été massacré par les\nVerbeeck.\n   Puisque nous parlons de la Dicht- en Kunsthalle, signalons l’excel­\nlente traduction qu’elle a publiée, du Reniement de Saint Pierre, un\ndes Contes d ’ Yperdamme de notre ami et collaborateur Eugène De\nM older.                                                    L. E n o i r .\n\n\n\n              C h ro n iq u e L itté raire\n   A u siècle de Shakespeare, par Georges Eekhoud; Paul Lacomblez,\néditeur, à Bruxelles.\n   N otre fougueux écrivain flamand, le poète des opprimés et las­\nd’aller, vient de publier une admirable étude consacrée aux m œurs si\nétonnantes et si pittoresques du siècle de Shakespeare.\n   Ce livre, intéressant au plus haut degré, est, pour l’auteur du Cycle\nPatibulaire, la preuve d’une érudition étonnante, en ce qui concerne\nla connaissance des œuvres des anciennes pléiades.\n   L ’étude, qui comprend près de deux cents pages, est divisée en\nquatre parties : Hors ville, Londres, L a Cour et Le Théâtre.\n   Dans le premier chapitre, Eekhoud nous transporte dans les cam­\npagnes, nous initie aux habitudes et aux coutumes des paysans, nous\ndécrit leurs m œ urs, nous dépeint les paysages avec une adresse et\nune connaissance qui feraient croire que l’écrivain les a vécues et ob­\nservées lui-même.\n   T o u t y est net, précis, im pressionnant, vrai. Et dans ce cadre\nétrange, il nous fait assister à l’éclosion d’un être, enfant d’abord,\nouvrier ensuite, puis artiste, artiste tel qu’on n ’en vit jamais, original\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "76                             LA R EV U E ROU GE\n\n\n\n\ncomme pas un et dont les œuvres immortelles sont encore, et seront\ntoujours, l’admiration des penseurs et l’idéal des dramaturges : Sha­\nkespeare. La vie, l’existence de l’écrivain sont retracées avec fougue\net éloquence, comme si son biographe eût créé un type selon la con­\nception et la personnalité de ses autres œuvres originales.\n   Dans les chapitres suivants, Georges Eekhoud nous décrit la ville\nde Londres, avec son peuple malheureux, buveur, batailleur, mais\nspectateur assidu des scènes à la mode, spectateur aussi difficile que\npeu besogneux, ne m anquant point de prouver son m écontentement\nà l’auteur d’un drame sans qualités; la C our avec ses courtisans aux\ncostumes chatoyants, ses seigneurs babillards et fiers et ses dames\ngalantes, assoiffées de plaisirs et de réjouissances. Le dernier chapitre\nnous parait le plus intéressant; l’historien nous dévoile les dessous\ndu T héâtre anglais, nous m ontre et caractérise les acteurs des comé­\ndies et des drames des auteurs de l’époque, pénètre avec nous dans\nles salles de spectacles, ne nous cachant aucun détail des habitudes et\ndes m œ urs du siècle, nous initie au travail des écrivains, nous fait\nconnaître leurs m oyens d’existence et leurs soucis.\n   A u siècle de Shakespeare est un livre de haute valeur artistique;\nGeorges Eekhoud y a relaté des anecdotes inédites qui ajoutent en­\ncore une saveur au charme qui s’en dégage. Certaines descriptions\nsont inoubliables et impressionnent sincèrement le lecteur, peu habi­\ntué de délecter des œuvres critiques aussi profondes et aussi grande­\nm ent conçues.                                     Sander P i e r r o n .\n\n\n\n               C h ro n iq u e A rtistiq u e\n                                  W ERTHER\n\n   D ans l’histoire des littératures eu ropéennes, le W erther de G oethe est\nsan s conteste l’u n des rom ans les plus puissam m ent passionnés et géniale ­\nm ent conçus, et cette œ uvre qui, p a r sa forte intensité, eût de si néfastes in ­\nfluences, devait ten ter un m usicien, — la m usique étant p ar excellence l’art\nle p lus sentim entalem ent expressif. — L es librettistes auxquels M. M assenet\ns’est adressé, ont su construire assez habilem ent quatre actes com plets avec\nl’intrigue très sim ple du rom an germ anique, et le u r livret ban alem en t ver­\nsifié, a des scènes ingénieuses et des contrastes saisissants, bien qu’assez\nattendus.\n   Q uant au com positeur, disons sans ta rd e r q u ’il s’est trouvé au-dessous de\nsa tâche. E st-ce p a r suite d’une production excessive et forcém ent affai­\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                               LA        REVUE ROUGE                            77\n\n\nblissante? Est-ce une fièvre hâtive de toujours m ettre au jo u r qui fait su p ­\np léer à la n aturelle inspiration une fabrication h aletante? U n sujet aussi\nte n tan t au rait dû être réservé à un talen t de com plexion plus solide, de\nm ûre et saine conception, qui pouvait com prendre sans h ésitation et dans\nson fra p p an t ensem ble une œ uvre de génie, où un e philosophie de fatal\npessim ism e s’alliait à la chaude et entraînante poésie rom antique. — M.\nM assenet n’a pas com pris le rom an de G oethe et cet échec était facile à\nprévoir. P o u r lui, toute passion consiste en langueurs m élodiques fadem ent\nsentim entales, en stringendo chrom atiques ou en coups des cym bales et\nassourdissantes sonorités des cuivres. Il est bien puéril et prim itif d’expri­\nm er le sum m um du désir passionné p ar les stupéfiantes détonations qui\nfont, au troisièm e acte, toute la bruyante ardeur du duo d ’am our. — E n\nfaisant abstraction de cette singulière com préhension des ressources or­\nch estrales, il nous reste des m élodies gracieuses et faciles, au tour bien\nfrançais, com m e la p hrase principale de tendresse exposée p ar le violon­\ncelle solo, sur un accom pagnem ent syncopé de clarinette, puis rep rise p ar\nle violon solo, et qui ne valait pas tous les développem ents que le com po­\nsiteur lui a fait subir.\n   Il y a lieu de rem arq u er cependant certaines intentions d ’une recherche\nassez ju ste, com m e l’air agitato à l’italienne de W e rth er au 2° acte, et le\nd ép a rt de C harlotte dans cette m êm e partie, soulignée d ’un rythm e dur\narrac h é aux quatrièm es cordes. M ais ce sont là de courts effets, des es­\nquisses aussitôt coupées p ar un rem plissage h aleta n t et pénible.\n   T out ce qui est épisodique et alerte est mieux réussi. Je citerai le délicat\nm otif des enfants, les joyeuses apparitions de Sophie, dont les trilles rieurs\ndu 3 ° acte sont p o u rtan t assez inattendus et intem pestifs : m ais à côté de\nces courtes pages un peu riantes et fraîches, se creusent des vides e t des\ntrous à peine recouverts d ’une m usique forcée et peu sentie : le prem ier\nrécit de W e rth er, son duo avec A lbert et tous les passages où le texte récla­\nm ait une intense profondeur d’âm e et de cœ ur, sont traités avec une d éce­\nv ante sécheresse, une superficie de sentim ents dont la ban alité nous étonne.\n— C ette poignante ém otion, cette intim e et torturante douleur qui pousse\nl’am ant ju sq u ’à la désespérance du suicide, M. M assenet l’a rendue par\nune m élodique m élancolie, une tristesse à peine effleurante, sous laquelle\non ne trouve rien qu’un fond de rom ances agréables et berceuses : tel le\njoli tableau de W e tz lar pendant la veillée de N oël, où le décor est fran ch e­\nm ent plus jo li et d’une sensation mieux com prise que la sym phonie orches­\ntra le qui le d evrait dépeindre.\n   L ’œ uvre dernière de M. M assenet fournit une soirée d'audition rep o ­\nsante et facile ; m ais il nous faut avouer que l'A rt, com pris de la sorte, accuse\nu ne esthétique assez avilie, et si Werther peut paraître joli parfois, on n’y\nsa u ra it ren co n trer aucune page qui soit belle et grande.       H . L e B.\n\n                            A la M a iso n du P eu p le\n\n  L a section d’A rt de la M aison du P eu p le nous a donné, le 31 jan v ier\ndernier, une séance très intéressante et réussie, au program m e de laquelle\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": " 78                                LA REVUE ROUGE\n\n\n\nfigurait une conférence de G eorges E ekh o u d sur H en d rik Ibsen, et une p a r­\ntie m usicale consacrée à E d w a rd Grieg. N ous a conté de façon vivante et\nattach an te la vie assez étrange du célèbre dram aturge Scandinave et il\nnous a développé avec un jugem ent critique très solide et sûr le sujet de\nses œ uvres, ap p u y an t ses judicieuses observations de lectu res choisies\navec goût. L a conclusion de sa conférence, ap puy ée de nom breux ap p lau ­\ndissem ents, a été dite p ar le conférencier avec un e chaleur convaincante\net com m unicative. G eorges E ekhoud a m is très gracieusem ent à notre\ndisposition ce b rillant exposé de théories si fières et louables, et nous\nsom m es heureux de pouvoir intégralem ent le com m uniquer à nos lecteurs :\n\n    « M ais pour nous, p o u r les artistes, Ib sen est en outre un profond obser­\n v ateu r d’âm es et un génial au teu r dram atique.\n    » S on a rt s’im pose m êm e à ceux qui com battent ses idées.\n    » U ne poésie véhém ente, où se retrouve quelque chose des visions fu­\n m euses et incendiaires d’u n G oya du N ord, des im ages b rillan tes com me\n des diam ants ou voilées noirs comme les cieux polaires, à la fois pures et\n froides com m e la neige, h abillent et d rapent ses conceptions les plus au s­\ntè re s et les plus chagrines. Son verbe se colore et s’exalte à l’enthousiasm e\n des Skaldes. Quoi qu’il fasse, il est bien de son pays, le descen d an t des\n b ardes belliqueux.\n    » P e e r G y n t et B r a n d ne font qu’un seul hom m e, c’est H e n d r i k I b s e n .\n E t jam ais l’âm e de la Norwège conteuse n ’a été mieux incarnée que p a r le\np en seu r qui lui reprochait ses rêveries. Je dirai m êm e que ni B r a n d , ni\nles com édies sociales d ’Ibsen, n ’auraient leu r éloquence, leu r universelle\nportée, si elles n’avaient été écrites avec un peu de cette « géniale folie »\nque le poète a vainem ent tenté de blasphém er dans P e e r G y n t . E t peut-\nêtre le m oraliste ne sera-t-il im m ortel que grâce à la prestigieuse et divine\ncollaboration de l’artiste! D isons m ieux : sans la poésie com prise dans le\nsens le plus large, il n ’y aurait ni prêtres, ni apôtres, ni révolutionnaires!\n    » Oui, car la poésie, la vraie poésie, est autre chose que l’a rt frigide et\ncristallisé, tout en form ule, tout en pastiche, tout en décalque, que les pions\net les porte-férules voudraient nous im poser com m e la dernière et suprêm e\nétape de l’esthétique. D e ce qu’un artiste fut très grand, très adm irable,\nil n’en résu lte pas que, sous prétexte de lui tém oigner notre ferveur, il\nnous faille nous confiner et dans sa pensée, et dans ses m oyens d’ex p res­\nsion. C’est faire injure aux génies, c’est les calom nier, que de les adm irer\nainsi.\n   » A rrière ceux qui m arquent le pas ! A rrière les im passibles et les écri­\nvains de m étier, les cabotins de l’écriloire! A rrière les académ ies!\n   » L e beau est éternel. C haque siècle en ap p o rte une m anifestation. P as\nplus que les autres facultés de l’âm e hum aine, la puissance artistique n ’a\ndit son dernier mot. P a s plus qu’à l’O céan on ne p eu t dire à l’A rt : « Tu\nn ’iras pas plus loin ! » L es C anut et les X erxès de la critique en seront\npour leurs censures et pour leurs anathèm es!\n   » L e génie hum ain qui fut assez riche pour se payer le D ante ap rès H om ère,\nS h akespeare après E schyle et S ophocle, la R enaissance après l’A rt G rec\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                                LA REVUE RO UGE                                       79\n\n\net l’A rt gothique — le génie hum ain consolera encore l’hum anité p ar des\nartistes sublim es et nouveaux.\n  » C ’est pourquoi, cam arades, allons surtout aux chercheurs, à ceux qui\nosent, à ceux qui vivent, à ceux qui accordent leur âm e, donc leu r A rt,\nà l’infini besoin d’idéal, de renouveau et de perfection qui est notre seule\nraison d’être sur cette planète! »\n\n  A près la conférence de G eorges E ekhoud, très attentivem ent écoutée\net vivem ent applaudie, la séance s’est clôturée p ar l’audition de quelques\nœ uvres de G rieg, l’am i d ’Ibsen. M M. S evenants et M iry nous ont jo u é une\nSonate pour piano et violoncelle assez pauvre et courte d’inspiration, mais\ntoujours originale dans le développem ent des phrases. L es fragm ents de la\nm usique pour Peer Gynt et quelques m élodies chantées avec une ju stesse\nexpressive p a r Mlle R achel N eyt, com plétaient le program m e. O n a re ­\nm arqué avec peine com bien était défectueuse l’acoustique de la salle et\ncom bien insupportable le m ouvem ent des entrées p a r le b ru y an t escalier.\n                                                                       H . L e B.\n\n\n\n                     GRAPPILLAGES\n   M onsieur Ch. F ra p p ai t, un de nos   m orceau de poésie très sincère et\ncollaborateurs, a livré au public, il       toujours soutenue.\ny a quelques deux m ois, un acte               D ans cet ensem ble si séduisant,\nen vers, le Marquis joué, qu’il serait      certains vers détonent, p a r une lour­\ntrès injuste de passer sous silence.        d eur un peu tern e et le prosaïque de\nCette œ uvre, toute de jeunesse et          la tournure. J ’en ai noté quelques-\nde charm e, accuse, en effet, de rée l­     uns : Marquise, je suis sûr qu’il y avait\nles qualités de versificateur et de         maldonne. — Veillez donc à ne m’interrom­\npoète, et sa lecture en est u n vrai        pre plus du tout. — A h ! mais elle, elle est\npetit régal littéraire.                     belle.\n   M onsieur F ra p p a rt a choisi pour       M ais ce ne sont que taches m i­\nsa gracieuse bluette, l’alexandrin          nim es et si peu nom breuses q u ’il\nrégulier dont il coupe la m onotonie        serait m alséan t d’en faire à l’au teu r\np ar un habile et fréquent usage de         un grief exagéré.\nl’enjam bem ent. Son vers est d’une            Le Marquis Joué constitue une g ra­\nbelle venue et se développe avec            cieuse piécette X V IIIe siècle, au\ng rande aisance, surtout dans les           charm e très caressant, et si les sen­\npassages plus em portés de p assio n ­      tim ents q u ’il développe to u t n atu ­\nn ante te n d resse et de caressants        rellem ent sont éternels et se retro u ­\naveux. Sous ce rapport, les- souve­         v ent partout, l’originalité du talen t\nnirs d’am our que conte la railleuse        de M. F ra p p a rt ne s’en affirme pas\nm arquise et que l’am oureux L éan d re     moins, et cela sans éclatant affichage\nrep ren d vers la fin avec une entraî­      ni grossière prétention.\nn ante chaleur, constituent un jo li                                    H . L e B.\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": " 80                             LA          REVUE ROUGE\n\n\n\n   A vons reçu :                             m usicale consacrée aux œ uvres d e\n   Le Réveil, le Drapeau, le Magasin         nos jeunes com positeurs Belges :\nLittéraire, Floréal, le Mouvement Litté­     G ilson, A gniez, V an Dam, L u n s­\nraire, la Revendication sociale (nos bons    sens, D e Bouck, etc.\nsouhaits de réussite) le Méphisto, Lou­         L e m ême jo u r, de 10 à 1 heure, les\nvain-Jeunes, le Journal des Etudiants et     salles seront accessibles au public,\nle Coin du Feu, tous de Belgique.            au prix dém ocratique de dix ce n ­\n   E t aussi : le Chat Huant, de B or­       tim es.\ndeaux, l ’Harmonie, de M arseille,\nChimère, de M ontpellier, la Revue\nBlanche, les Essais d ’A r t libre, l’E n          P e tite C o rre s p o n d a n c e\ndehors, La Révolution et la Révolte, de\nP a ris; et A révolta, de L isbonne.           Jacques P ... — A tten d re et E s ­\n                                             pérer. (Voir Alex. D um as : M onte\n    Q ue nos Confrères de la Lutte pour      Christo.)\nl ’A rt veuillent bien accepter tous\nnos vœ ux de réussite et de pro sp é­         A rthur T ... — B eau faiseur de\nrité, pour le vaillant organe qu’ils        vers, certes, votre a rt sera plein de\nv iennent de lancer, et qu’ils nous         revers, — et vous ferez naufrage\np ardonnent de leur exprim er, un peu       très probab lem en t — et peut-être\ntard, notre sym pathie.                     m êm e serez vous sans pain...\n                                              A dieu.\n   N ous espérons pouvoir publier\np rochainem ent u n article de notre          G eorges T ouchard. — P o in t de\ném inent collaborateur E m ile V an­        place pour vos vers en ce num éro-ci.\ndervelde.                                   M erci toujours.\n\n   N o tre vaillant collaborateur, M a­       Ch. F ra p p a rt (Namur). — A tte n ­\nth ias R o b ert, v ient d’être cruelle­    dons quelque chose de vous p o u r\nm ent frappé p a r la m ort de sa sœ ur,    M ars.\nMlle R obert. N ous présentons à n o ­\n                                              Jo seph D esgenêts (Gand). — A\ntre am i l’expression de nos senti­\n                                            quand de vos nouvelles ? S y m p ath i­\nm ents de condoléance.\n                                            quem ent.\n   P a r suite de ce douloureux inci­\ndent, la chronique du Voorwaerts, que         M athias R obert. — V otre spiri­\nM. R obert s’était chargé d’écrire,         tuelle fantaisie p assera le m ois p ro ­\nne nous est point parvenue. Ce sera         chain. Bien merci.\np o ur M ars.\n                                              D o n a S o l (Coin du Feu). G rand\n  D im anche 12 cou rant (jour de clô­      m erci pour la réclam e. Com bien\nture) à 2 heures, en la salle de l'E x ­    vous dois-je?\nposition du «V oorw aerts », audition                                 P . S te B.\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                                                          Il\n  En · souscription chez L. a A. GGOENNE, éditeurs\n                  Grand' Place Malines   /\n\n\n\n\n     Le Verbe Aurora!\n                          PAR\n\n\n\n               JosÉ HENNEBICQ\n\n Un volume de yers petit in-16, sur beau papier velin\n                    Prix : 2 francs\n  On souscrit, par carte postale, au bureau du journaJ,\nà Bruxelles, et chez les éditeurs, a Malines.\n\n\n\n\n   Nous ~appelons que le\n\n            Banquet Eekhoud\n\nse fera le samecli 28 octobre, au GRAND\nHôTEL, à      Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "     IJiml\n\n\n\n                   Imprimerie Artistique\n\n        L. · & A. GODENNE\n                    Grand' Place, 28, à Malines\n\n\n\n\n         Typographie, Lithographie, Autographie, Gravure\n\n                Spécialité ~·g.mpresstons ~e luJ;e\n\n      Journaux, 'Broclmres, 'R._evues, Prix-courants, Catalogues, etc.\n\n                        FABRIQUE DE REGISTRES\n\n\n        Imprimés Industriels, Administratifs & Commerciaux\n 1\n\n\n:1'~-----------,,,\n    ~\n                  :;:- - l\n                 IJ\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1893-02", "signet_source": "Deuxième année - N°2 - Février 1893", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 86", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}