{"numero_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "articles": [{"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-001", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Deuxième Année", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 106, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 455, "texte": "Deuxième Année -     No 3\n                                                     MARS 1893\n\n                                          1\n\n\n\n\n       LA\n\n\n\n Re~ û .                                MENSUELLE\n\n                          be j!,ittérature, b'tlrt & b'Jfconomie\n                                              politique\n\n\n\n\n             Le Numéro : 2S Centimes\n\n\n\n\n                   1{édaction ft .Admù1istration :\n\n      Rue Gendebien, 18, Bruxelles\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-002", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Note de la rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Secrétaires de Rédaction", "ancre_fin": "Jacques Patient, etc", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 141, "fin_caractere_exclue": 1254, "texte": "Secrétaires de Rédaction :\n\n                   Paul SAINTE BRIGITTE                 a Sander PIERRON\n\n                                      ABONNEMENTS :\n            j.\n   •   ' .J\"'\n                 ~. tfelgiq9e : Un an, 3 francs; six mois, fr. 1.75\n                 ~ ..Etrang,è r ~      :.))     4   »          ))          » 2.25\n                                      ·}\n                                    Le numero : 2 5 centimes ·\n                                                           j          :•\n                                                                    ')'\n\n                             CO LLA'B 07{_.A TE U?{_S:\n\n   Georges Eekhoud - Emile Verhaeren - Camille Lemonnier -\nEugène Demolder - Hubert Krains -Joseph Desgenêts -Louis\nDelattre - Emile Vandervelde - Dr Charbonnier ~- Rodrigue Se-\nrasquier - Lucien de Busscher - Frans Delbastée - Elslander .-\nMathias Robert - Henry Le Bœuf - Henry Ketels - Géo Mauvère\n- Lucien jottrand- Charles Frappart- Frédéric Friche- Georges\nTouchard- Pierre Armen - Paul janssens- jacques Patient, etc.\n\n\n\n                                              "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-003", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1254, "fin_caractere_exclue": 2038, "texte": "SOMMAIRE\nVague croquis de vieille couleur .                             EuGENE DEMOLDER.\nV ers de la miséricorde                                        JosEPH DEsGENÊTs.\nVieille question.                                              ]. VERBEECK etL. ENOIR.\nRictus chrétien (vers).                                        pAUL SAINTE BRIGITTE.\nBurch Mitsu (suite)                                            GEORGES EEKHOUD.\nCommuniorr:                                                    PAUL }ANSSENS.\nLa mort de Taine .                                             HENRY LE BŒUF.\nChronique Artistique.                                          X.\nBibliographie.                                                 P. Ste B.\nGrappillages et Petite Correspondance .                        xx.\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-004", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 81, "titre_corps": "Vague croquis de vieille couleur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Eugène DEMOLDER.", "ancre_debut": "V ague croquis de vieille c o u leu r             'éCtait des joueurs de bo", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 108, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 2, "fin_caractere_exclue": 2025, "texte": "V ague croquis de vieille c o u leu r\n            'éCtait des joueurs de boules, à la porte d’un cabaret. Les\n              boules ronflaient sur le sol battu et leur tapage faisait chan­\n              ter un serin encagé, pendu dans une vigne. Des pintes se\n              piquaient d’un point lum ineux, au bord des fenêtres, et\ndans un jardin proche s’endormaient de pesants tournesols.\n   O n entendait en passant des bruits de beuverie, des coups de cartes\nabattues sur des tonneaux vides, des dés roulant et, aux portes, sous\nles gorges brillantes des pigeons du colombier, des m anants, en cli­\ng nant de l’œil, essuyaient, du revers de leurs manches, leurs bouches\nmouillées, afin d’y planter plus proprem ent leur pipe.\n   E t pourtant les cloches sonnaient des angélus ; sur les cieux fendus\net satinés, des lisières, au loin, semblaient seules les occuper, avec\nleurs bouleaux, frêles larmes d’argent sur la som breur des chênes.\n   Un village en fête résonnait dans l’or du soir. La liesse était colo­\nrée et pétulante la saoûlence. A toutes les fenêtres, des figures allumées\ns’encadraient dans des pariétaires bien fleuris, tapissant les façades\nbrunes, jaunes ou roses. Des femmes à chair dodue, le corsage délacé,\njetant au boucan de la kermesse les perles de leurs rires, laissaient\nprendre leurs tailles à des mains goulues et cueillir comme pèches de\njuin leurs savoureux têtons. Des musiciens étaient juchés sur des ton­\nneaux, y dansant, ainsi que des satyres sur leur socles, et tout autour\nc’était des rondes de manants et de ganges éclaboussant de leur ivresse\nl’herbe des prés, les tabliers volant, les bénêts plantés de pipe, sautant\nsur les tignasses aux sons d’un chalumeau. T o u t le monde buvait à\nfières lampées : des figures levées s’éclairaient à quelque lourd pot de\nbière mieux qu’au ciel rose. Et des porcs reniflant, sous les sureaux\naux grappes noires, couraient, crottés de purin, dans les jambes flagel­\nlantes ou frénétiques de la foule.                    Eugène D e m o l d e r .\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-005", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 82, "page_fin": 82, "titre_corps": "Vers de la miséricorde", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joseph DESGENÊTS.", "ancre_debut": "Vers de la m iséricorde    La lente caravane des ro", "ancre_fin": "e n ê t s .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Vieille Q uestion    L e « critique aussi ignar", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 69, "fin_caractere_exclue": 1958, "texte": "Vers de la m iséricorde\n   La lente caravane des roulottes chargées cahote sur les détestables\n cailloux de la route qui se rétrécit au loin pour s’enfoncer en un ciel\n ténébreux et dur.\n   Un jour pénible et pluvieux m onte. Par les clartés rousses qu’il met\naux broussailles et aux arbres, un soleil jaune se devine, à l’horizon\nlointain, par delà l’épaisse forêt. Un vent infatigable se lamente en les\nfrissonnantes frondaisons.\n   De débonnaires haridelles s’exténuent, têtes basses et crinières\néparses, à tirer les lourdes roulottes d ’une pitoyable tribu de crève-la\nfaim qui s’en va traîner sa profonde détresse par les campagnes et les\nvilles.\n   Ils n ’ont point attendu l’aurore pour appareiller vers des contrées\nqu’ils croient moins inclémentes à leurs douleurs. Leur courage n e\ns’est pas effrité aux rigueurs de leur vie sans joies et leurs cœ urs ne\nse sont pas ouverts à l’envie et à la haine. C’est vers l’inconnu qu’ils\nportent leur humilité et leur abjection, à la grâce de D ieu...\n   Acrobates, bateleurs, clowns, lutteurs, gymnasiarques se joignent\naux efforts exaspérés des bêtes et poussent aux roues qui cassent les durs\ncailloux du chemin. La marmaille de ces rustres prolifiques criaille dans\nle vent claquant les bâches des grands chariots. Des chiens décharnés\nvagabondent autour de cette m orne caravane de la misère.\n   Sans défaillir, les défroqués, choyés de la m alchance, poursuivront\nleur chemin vers la ville dont ils commencent à percevoir, là-bas, à leur\ngauche, les fumées et les tours, vers la ville où ils élèveront leurs ba­\nraquem ents éphémères, vers la ville où, dans le brouhaha des fanfares\nforaines, ils devront inciter la foule à la miséricorde, par des rires et\ndes fariboles et par l’étalage navrant d’une joie trom peuse et cruelle.\n                                                   Joseph D e s g e n ê t s .\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-006", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 82, "page_fin": 84, "titre_corps": "Vieille Question", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "J. Verbeeck.", "ancre_debut": "Vieille Q uestion    L e « critique aussi ignar", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 109, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 1958, "fin_caractere_exclue": 2298, "texte": "Vieille Q uestion\n   L e « critique aussi ignare qu’ignoré » nous envoie u n droit de réponse. Il\nn ’est pas content de l’article où nous opposions à son ap p réciatio n du je u n e\nM ouvem ent L ittéraire, d ’im pression française en Belgique, l’opinion flat­\nteu se de M. B rans, u n écrivain flam and bien connu. L e m orceau est assez.\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2916, "texte": "                                 LA        REVUE ROUGE                               83\n\n\nlong, m ais il est très caractéristique : C’est V erbeeck p ein t p a r lui-m êm e.\nP o u r vous pro u v er qu’il n ’est pas aussi ignare que nous le prétendions,\nM. V erbeeck cite les nom s d ’H om ère, d’E schyle, M ilton, D ante, V an\nM aerland, V ondel. M olière, G oethe et bien d’autres. P e ste ! quelle érudi­\ntion! quelle m ém oire ! toutefois il oublie M. N esto r de T ière qu’il a égalé\np o u rtan t aux plus grands écrivains dram atiques du siècle, appréciation que\nle jeune et talentueux dram atique flam and au ra sans doute été le prem ier à\ntro u ver légèrem ent exagérée. M. V erbeeck reproch e au x jeu n es écrivains\nfrançais de ne pas être aussi forts que tous ces colosses. Il est exigeant,\nM. V erbeeck ! Q ue diable! on peut faire preuve de quelque talen t sans être\nS h akespeare ou... D oor V an R ijsw yck !\n   L e passage le plus édifiant du droit de réponse ci-dessous est le débinage\ndu confrère flam and, coupable de ne pas p enser com m e M. V erbeeck. Q uel\ndédain pour M. B rans, au teu r en tout et pour tout de trois petits opuscules. P eu h !\nTrois petits opuscules ! T rois m inim es volum es ! E h bien, et vous, M. V er­\nbeeck? Où sont-ils vos nom breux m ajuscules volum es ou m êm e votre unique\nopuscule m inusculissim e ?\n   M ais, en attendant, M. V erbeeck, rom ancier, poète, historien ou d ram a­\nturge, V erbe'eck-Ç orneille ou V erbeeck-M ilton, oyons M. V erbeeck épisto­\nlaire, casseur de sucre, V erbeeck-Sévigné :\n\n                 A la R édaction de la R evue Rouge\n\n   En vertu du droit de réponse, je vous prie de faire paraître les\nlignes suivantes dans votre plus prochain numéro :\n   Vous dites que « je suis un critique aussi ignare qu'ignoré. »\n   Soit. Je regrette de n ’être pas aussi illustre que les secrétaires de\nvotre rédaction, Sander Pierron et Paul Ste Brigitte, ainsi que la pres­\nque totalité, sauf deux ou trois exceptions, de vos collaborateurs. —\nLe m onde en effet, est rempli de leur gloire! — Vous citez l’opinion\nsuivante d’un critique d’une revue flamande :\n   « La jeune littérature belge d'expression française est, dès mainte ­\n  nant, supérieure à noire littérature flamande nouvelle » et vous ajou­\ntez : « l’opinion de ce critique, auteur de plusieurs remarquables\n» volumes, a une autre importance que celle de M. Verbeeck. »\n   Vous parlez avec une candeur que j’adm ire, de choses que vous\nne connaissez pas; cet auteur de plusieurs remarquables volumes a\nécrit en tout et pour tout trois petits opuscules.\n   Pardon, soyons exact : il a réédité aussi quelques pages d’un vieil\nauteur et a fourni, de plus, quelques articles de revue. — Q uant à la\nvaleur des trois minuscules volumes dont il s’agit, il ne m ’appartient\npas de l’apprécier; mais l’auteur lui-même en conviendra : ce ne sont\nque des essais littéraires : letterproeven.\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2755, "texte": "84                           LA REVUE ROU GE\n\n\n\n    Hommes au cerveau puissant, que parlez-vous de jeune littérature\nbelge d’expression française et de littérature flamande nouvelle? T o u t\ncela sonne terriblem ent creux. En littérature, qu’y a-t-il d’éternelle­\nm ent jeune, si ce n ’est les Homère, les Eschyle, les Lucrèce, les Shakes­\npeare, les Camoëns, les M ilton, les Dante, les Van M aerland, les\nV ondel, les M olière, les Goethe et tant d’autres génies?\n    Jeune Belgique! Jeune Flandre!.. Charlatanisme que tout cela! Cu ­\nmulets exécutés par ceux qui ne savent com m ent attirer autrem ent\nl’attention sur leur insignifiante personnalité.\n    En quoi la Jeune-Belgique et la Jeune-Flandre sont-ils plus jeunes\nqu’un Charles De Coster ou un D oor Van Rijswyek? Est-ce en leurs\nphrases tourm entées, leurs expressions insaisissables à force d’être\ncherchées? Est-ce en leurs sujets, d’inspiration courte, d ’invention\nultra-rom anesque, quoique visant au réalisme outré? Est-ce en leurs\nrécits sans vie, ni action, n’offrant que descriptions interminables sous\nprétexte d’analyses? A h, que les « jeunes », les prétentieux de notre\ntemps paraissent vieillots, à côté des anciens, les m odestes et les forts!\n— Vous-même, ô Revue Rouge, vous traitez déjà quelques-uns de ces\nJeune-Belgique d’ankilosés, après 12 années de vie!\n    Pour ne parler que de nos écrivains flamands, ce sont en réalité ceux\nqui n ’ont cure d’appartenir à la Jeune Flandre, qui sont les plus talen­\ntueux et les plus renommés.\n    Un dernier point. Vous faites vôtres les paroles d e la Jeune-Belgique :\n « Ce qui fut la civilisation flamande n ’a plus ni foyer, ni expansion ».\nLa plus haute expression de la civilisation, n ’est-ce point l’art? N ’y a-\nt-il plus d’art flamand? Plus de peinture, de sculpture, d’architecture, de\n littérature, de musique flamandes? L’a rt flamand est-il frappé de stéri­\n lité? Il me semble, au contraire, qu’il se porte assez bien.\n     Un fait digne de remarque : la plupart des littérateurs belges-fran ­\n çais se piquent d’être des Flamands, et vous-m êm e, Revue-Rouge, vous\n qualifiez le meilleur d’entre eux de « fougueux écrivain flamand ».\n     O sainte Logique !                                      J. V e r b e e c k .\n\n  N . D. L . R . — M. V erbeeck n ’est pas d’accord avec M. L . E n o ir; c’est\névidem m ent son d roit, m ais pourquoi, au début de la lettre de notre\nC orrespondant, cette allusion personnelle — aussi absurde q u ’insignifiante\n— aux secrétaires de la R?\n  Ceci pour dire que nous ne som m es pas solidaires des opinions de nos\ncollaborateurs et pour ajouter que M. V erbeeck a eu tort, en ce cas, de\ns’attaq u e r à notre personnalité — si infime soit-elle, — absolum ent étran ­\ngère à ce débat.\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-007", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 86, "titre_corps": "Rictus chrétien", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul SAINTE BRIGITTE.", "ancre_debut": "R ictu s chrétien (1)                                                                     A J o sep h D esg e n êts.                                          S u r", "ancre_fin": "it t e . Décembre 92.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "B u r c h M itsu                                  ( s u it e)                                       II      Cependant juil", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 112, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 145, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "R ictu s chrétien (1)\n                                                                    A J o sep h D esg e n êts.\n\n\n                                       S u r la croix Jésus semble rire.\n\n                                       Son visage est triste encor\n                                       E t fu lg u re ses yeux d ’or\n                                       P a r mon âme de tristesse;\n\n                                       Son visage est blanc de peur,\n                                       D ’un outrage aussi, trompeur\n                                       E n d ’orgueilleuses détresses.\n\n                                       E t son visage est sans feu ,\n                                       Sans plus de songe et d ’aveu\n                                       Que d ’espoir aux lèvres closes;\n\n                                      Son visage d ’ingénu\n                                      S u r qui le Verbe inconnu\n                                      Effeuille au hasard, des roses.\n\n                                      S u r la croix Jésus semble rire.\n\n                                      E t le rictus de ses lèvres\n                                      Où perdure un long dégoût,\n                                      A u x tenaillements des fièvres\n                                      Semble accorder un absoud;\n\n                                     Les fièvres du désespoir\n                                     De connaître un monde infâme\n                                     E t peut-être aussi d ’avoir\n                                     D éflorescé très belle âme.\n\n                                     Ce rictus parait vengeur\n                                     Bien qu’un peu miséricorde,\n                                     Dessinant d ’un trait majeur\n                                     L ’irrémédiable discorde.\n\n                                     S u r la croix Jésus semble rire.\n\n\n( 1 ) E x tra it de Chansons Tristes, en p rép aratio n .\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 375, "texte": "86                         LA REVUE ROUGE\n\n\n\n                     E t doucement monte en ces rires\n                     Où chantent des regrets vainqueurs,\n                     L ’effroi mortel de nos délires\n                     E t les refrains de nos rancœurs.\n                                    P a u l S a in t e B r ig it t e .\n  Décembre 92.\n\n\n\n                      "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-008", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 86, "page_fin": 93, "titre_corps": "Burch Mitsu", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Georges EEKHOUD.", "ancre_debut": "B u r c h M itsu                                  ( s u it e)                                       II      Cependant juil", "ancre_fin": "o u d . (A suivre.)", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "C o m m u n io n    Depuis longtem ps, j’aspi", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 113, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 375, "fin_caractere_exclue": 2247, "texte": "B u r c h M itsu\n                                 ( s u it e)\n\n                                     II\n\n    Cependant juillet revint et, avec ce mois, les quelques jours de trêve\n si impatiem ment attendus. A mon arrivée à O stende j’eus bientôt re­\nlancé mon ami de la saison passée. C’était toujours le même brave,\nsuperbe et cordial garçon. Et dès notre nouvelle rencontre nous nous\nretrouvions ajustés, nos caractères s’emboîtaient comme si nous ne\nnous étions jamais quittés. Un air plus grave, plus occupé me frappa\nchez mon féal camarade et perça sous les éclats de sa belle humeur.\nDans la voix mâle et cuivrée, au métal généreux, qu’on aurait dit\ncoulé dans le même moule que les bourdons des beffrois communiers,\ngrattaient, rauquaient des notes étranglées et sourdes, révélant une\npréoccupation, un souci qui demandait à s’épancher. Sa fierté l’empê­\ncha longtemps de me confier cette peine et, aussi désireux que je fusse\nde provoquer sa confidence, je craignais de l’effaroucher en le ques­\ntionnant directement. Je remarquai aussi que plus je lui parlais avec\nbonté pour l’amener à m ’ouvrir son cœ ur, plus sa voix rude et ferme\ntremblait et s’engorgeait; et plus ses yeux vaguement brouillés de\nlarmes dém entaient le loyal sourire de ses lèvres. Le digne Burch ne\nplaisantait plus avec sa rondeur et sa gaillardise habituelles dans ce\nragoûtant et pittoresque dialecte west-flam and, langage aux flexions\ninsinuantes, se perdant en un gazouillis de voyelles, dont les molles\nintonations jurent avec l’air crâne et les gestes énergiques de ceux qui\nle parlent.\n    Un jour, las de sa contrainte, je me décidai à lui dem ander nette­\nm ent ce qui lui pesait sur la poitrine. Il essaya de protester, de se ré­\ncrier en enflant la voix et en éclatant de rire, mais je ne fus pas dupe\nde cette fausse hilarité et j’insistai, me fâchant presque, froissé par sa\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2877, "texte": "                                                      LA                REVUE ROUGE                                                          87\n\n\n\n méfiance : « Vous n ’avez donc aucune amitié pour m oi? » finis-je par\n lui dire. A ce reproche il fondit en un flux de paroles lourdes et cris­\n pantes comme autant de sanglots qui menaçaient à tout instant de tour­\n ner en larmes et qu’il déguisait sous un toux convulsive. Il m ’avoua et\n me dépeignit sa gêne profonde, celle des siens, celle de tous ceux de\n son métier. De plus, la conscription le guettait cet hiver, et ce n ’est\n pas un gaillard fait comme lui qu’on exempterait du service s’il tirait\n un mauvais num éro ! Leur dangereux et pénible labeur ne rapportait\n presque rien, alors que les nécessités de la vie augmentaient de jour en\n jour. Ils ne pêchaient pas moins de poisson cependant; ils m ontraient\n toujours autant d’ardeur et d’énergie au travail ! Com m ent se faisait-il\n alors qu’autour d’eux on s’enrichissait, on vivait dans l’abondance,\n sans une inquiétude, sans un mauvais jour, en se croisant pour ainsi\n dire les bras? Pourquoi les travailleurs étaient-ils seuls à partir? « Est-il\n juste, M onsieur, disait Burch, que nous ayons si peu de pain? Chaque\n jour le bourgeois rogne sur la maigre ration qu’il nous accorde. Nous\n ne leur coûtons pas grand’ chose, cependant, aux patrons! Du mom ent\n qu’il y a de quoi m anger nous sommes contents de notre sort. N otre\n luxe, c’est un peu de braise dans la chaufferette de notre grand’m ère,\n un m ouchoir de couleur et une bague en argent pour notre promise,\n un caram el, un babeleer pour les m ioches, des pantoufles à fleurs ou\n des bottines à piqûres de fils de couleur et à très hauts talons, pour faire\n le brave et nous ballader avec nos amies, après la besogne, une poignée\n de censs encore au fond du gousset de notre bonne culotte de drap\n noir — neuve depuis Pâques dernière — juste de quoi battre quelques\nflikkers dans les salles de danse du port et vider au même verre un ou\n deux litres de bière brune en grignottant une darne de scholle (1) qui\nrend la boisson plus carressante au gosier ! Jusqu’à présent ces dou­\nceurs ne nous étaient pas refusées! Nous prenions gaîment la vie et\ns’il survenait une contrariété, ma foi, celle-ci passait comme une\nnuée, nous m ordions plus rudement notre chique; voilà tout!\n    Sur ces entrefaites, Gust, le frère aîné de Burch, le digne pendant de\nmon inséparable, mais plus hâlé, plus massif, déjà barbu, la vivante\nimage de ce que Burch serait dans deux ans, était revenu de la grande\npêche et, en m er, un jour que je les avais loués tous deux, ce Gust me\ncompléta le tableau de la situation pitoyable des marins de notre lit­\ntoral :\n\n  { 1 } Scholle, c a r r e le t; flik k ers, e n tre c h a ts ; censs, d e u x c e n tim e s ; babeleer, su crerie fa v o r ite des en fan ts du\npeuple.\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2725, "texte": "88                            LA RE VUE RO UGE\n\n\n\n   Les écoreurs, c’est-à-dire les commissionnaires qui se chargent de\nvendre la cargaison d’un bateau de pêche, m oyennant un pour cent véri­\ntablem ent usuraire, se liguaient avec les armateurs et les gros poisson­\nniers contre les infimes m anouvriers de la mer. Et comme s’il ne suffi­\nsait pas de ces écoreurs, ou plutôt de ces écorcheurs, pour rançonner\nles pauvres diables, l’ogre E tat et l’ogre municipal, représentés par un\ntas de gabelous et de recors, achevaient de les dépouiller des deniers\nobtenus au prix de tant de luttes et de périls. Enfin, ceci pour le coup\nde grâce, l’étranger faisait, sur le marché d’O stende m êm e, une con­\ncurrence désastreuse aux marins belges. Oui, les gros mareyeurs osten ­\ndais, au lieu de favoriser leurs pauvres concitoyens, les pêcheurs indi­\ngènes, leur préféraient les Anglais et les Français !\n   A insi, ayant pris la mer vers la fin de ju in , la flottille islandaise dont\nGust faisait partie, avait été précédée au port par un gros arrivage de\nbateaux boulonnais et la présence de la m orue des Français avait\nabaissé à la minque la m orue ostendai.se de dix francs par panier, de\nsorte que celui-ci ne valait plus que soixante-dix francs. Pour ajouter\nà l’amertume de Gust et de ses com pagnons, c’était à la consignation\nd’écoreurs et d’armateurs ostendais que les bateaux de Boulogne\nétaient venus vendre leur pêche.\n   — « Et dire que lorsque tout se passe pour le mieux, nous gagnons\nà peine de quoi subsister ! ajouta l’aîné des Mitsu. Jugez-en, M onsieur :\nun sloop est généralem ent m onté par quatre hommes et un mousse,\ncommandé par un patron. Après une pêche qui dure, lorsque le temps\nest favorable, sept à huit jours, — je parle de la pêche dans la mer du\nN o rd , — mais qui se prolonge beaucoup plus longtem ps lorsque la\nm er est mauvaise et le vent contraire, le bateau regagne le port avec\nune cargaison valant en m oyenne cinq cents francs. L ’armateur com ­\nmence par retenir de cette somme le total des frais de rem orquage,\ndroits de m inque, prix de la glace, total qui m onte bien à deux cents\nfrancs. Il s'attribue encore quinze pour cent pour les avaries et l’usure\nde la barque, pour l’entretien des cordages, ce qui fait soixante-quinze\nfrancs. R estent donc deux cent vingt-cinq francs de bénéfice, dont\nchaque hom m e de l’équipage ne touche que cinq pour cent, soit une\ndouzaine de francs. Et c’est avec ces douze francs que le pêcheur est\nobligé de faire vivre sa famille !\n   N on seulem ent les étrangers, avec la complicité de nos protecteurs\nnaturels, viennent nous arracher de la bouche cette misérable croûte\nde p ain , mais nous sommes persécutés et spoliés de toutes façons par\n"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2827, "texte": "                            LA REVUE ROUGE                              89\n\n\n\nnos concurrents dans les pêcheries de la mer du Nord. Ils ne se bor­\nnent pas à nous fermer leurs ports et leurs marchés, mais ils voudraient\nencore nous empêcher de prendre le poisson. Q uant au gouvernem ent\nbelge, la protection qu’il nous accorde est tout bonnem ent dérisoire! »\n    E t G ust, entrant dans des explications détaillées, me raconta les\nconflits entre chalutiers belges et harenguiers anglais. Les chalutiers\npêchent au m oyen d’un filet en forme de sac. C elui-ci, rattaché, à\nl’aide d’un câble solide, au bateau qui dérive avec la m arée, drague\nle fond de la mer. Le harenguier, lui, use de filets perpendiculaires\nplongeant à plusieurs m ètres sous l’eau et s’étendant sur un espace\nd’une lieue et plus, retenus par des bouées qui flottent à la surface. Le\nbateau harenguier, amarré à cette muraille flottante, garde une im mo­\nbilité relative, tandis que le chalutier se livre à de continuels déplace­\n ments. Il en résulte que lorsque dans sa course le chalutier rencontre\n les filets du haranguier, il ne peut avancer qu’en relevant son filet et en\n perdant parfois plus d’une heure que dure cette opération, à moins de\n passer o u tre, brutalement, et de déchirer les engins obstruant sa route.\n C’est à ce m oyen expéditif que les chalutiers, de loin les plus nom­\n breux, les Belges aussi bien que les Anglais, les Hollandais et les\n Français, recouraient presque chaque fois au début, exaspérés qu’ils\n étaient par les barrières qui se dressaient dans toutes les directions de­\n vant eux. Mais les honnêtes English se défendirent d’user jamais de\n ces pratiques violentes et en attribuèrent le m onopole exclusif à nos\n pêcheurs flamands. Ils donnèrent même le nom de belgian devil ou\n diable belge à l’un des instrum ents tranchants employés pour perfo­\n rer les filets des haranguiers et ils exhibèrent cet outil destructif, en\n m anière de pièce a conviction, pour accabler leurs rivaux, dans tous\n les procès ou enquêtes provoqués par des différends entre pêcheurs\n  des deux nations.\n     Nos simples matelots, à commencer par Gust et Burch Mitsu, se\n  disaient avec la logique primordiale des Kerels, aborigènes des côtes\n  flamandes, que la mer, étant libre, nul n ’a le droit de s’y im planter à\n  l’exclusion des autres, et partant ils estimaient que l’emploi du diable\n  belge ou de tout autre diable du même genre n ’avait rien de criminel.\n  Longtemps donc, ils ne se firent faute de se frayer, à coups de hache\n  et de tranchet, un chemin à travers les rêts des gêneurs, et de mettre\n  en capilotade les filets des harenguiers. Toutefois, depuis la convention\n  de La H a y e, nos gaillards, soi-disant mieux éclairés sur leurs devoirs,\n  ont délaissé ces pratiques sommaires. O n ne trouverait même plus à\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2596, "texte": "90                          LA       REVUE ROUGE\n\n\n\nbord de nos chaloupes ostendaises un seul des engins prohibés. Cela\nn ’empêche pas les Anglais de nous accuser comme devant. Le préjugé\ns’invétère surtout à Low estoft, où les tribunaux se m ontrent d’une\npartialité outrageuse à l’égard des marins flamands. Lorsque ceux-ci ne\nsont pas poursuivis pour avoir lacéré les filets des haranguiers britan­\nniques, on leur cherche chicane à propos de la disposition de leurs\nfeux. D ’autres fois nos pêcheurs auraient menacé ou assailli des étran­\ngers, comme s’il pouvait raisonnablement venir à la pensée de l’équi­\npage d’un sloop ostendais, composé tout au plus de cinq ou six placides\nmatelots, dont un gam in, d’aborder, d ’assaulter, comme disent les\ninsulaires, un harenguier m onté au minimum par dix formidables gail­\nlards. E nfin, les chicaneurs d’outre-m er poussent l’acharnement contre\nnos malheureux compatriotes, jusqu’à les accuser de résistance aux\ncroiseurs britanniques qui les surprennent en état de contravention,\ncomme si un infime petit bateau, équipé de la manière qu’on vient\nde voir, s’aviserait jamais de lutter contre quarante à soixante-dix blue-\njachs de la marine royale , armés de carabines, sans parler d’une ré­\nserve d’armstrongs et de hotchkiss.\n    Je rapporte, ici, une grande partie des renseignem ents que Gust\nMitsu me procura sur la condition des pêcheurs belges, comparée à\n celle des étrangers, car ces particularités feront mieux comprendre les\n événements que cette condition, précaire jusqu’à en devenir inique,\nallait amener.\n    Gust me raconta encore qu’il était avéré que m aintes fois les arma­\n teurs britanniques poursuivant les Belges pour des prétendues nuisan­\n ces, par exemple pour la destruction de leur matériel de pêche, avaient\nenvoyé en m er des engins détériorés et hors d’usage, dont ils se fai­\nsaient ingénieusement payer le remplacement par nos débonnaires\ncompatriotes.\n    Si la grande pêche ne rapportait guère, l’autre était plus ingrate\nencore. Burch me conta que les poissonniers riaient au nez de sa fian­\ncée, lorsqu’elle s’avisait de demander trois francs d’une m anne de cre­\nvettes contenant une dizaine de kilos. Ils lui mettaient le marché à la\nmain et il lui fallait bien passer par leurs exigences, ou sinon les exploi­\nteurs s’adressaient à une pauvresse plus coulante, peut-être, hélas, plus\ndénuée, plus désespérée encore. Et dire que dans les restaurants une\npoignée de crevettes, servie en hors-d’œ uvre, allait jusqu’à deux et\ntrois francs!\n   — A h , se demandait le pauvre garçon, pourquoi ces riches m es­\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2773, "texte": "                            LA REVUE ROU GE                              91\n\n\n\nsieurs et dames ne traîtent-ils pas directement avec nous? Pourqui cet\nentêtem ent à enrichir les gros boutiquiers, les fournisseurs qui nous\naccordent à peine un liard pour ce qu’ils revendront une pièce d’or?\n   Je songeais qu’à tous les échelons de la vie économique, les inter­\nmédiaires jouaient le rôle d’affameurs. La disproportion entre le gain\ndu salarié, du principal facteur de toute production et celui du m ar­\nchand roublard et parasite, criait vraim ent vengeance à l’avenir, au\nsiècle de demain ! O h, cette paresse, cette bête d’indolence, cette sotte\nvanité du millionnaire qui paie au mercanti sans marchander, sans\nbroncher, des sommes fabuleuses pour la denrée à la conquête ou à la\nfabrication de laquelle le misérable, serf de la glèbe, de l’océan, du\ncharbonnage, de l’usine ou de l’atelier de couture n ’a ramassé que tout\njuste de quoi ne pas crever de faim! En me faisant ces réflexions, je me\nsentais devenir bien plus enragé, bien plus révolté que les victimes de\ncette abominable exploitation et je ne savais lequel était le plus inouï,\nde la résignation et de la mansuétude de l’indigent ou du cynisme des\noligarques !\n   Ces huit jours de vacances s’écoulèrent pour moi dans un état de\nmalaise et d’énervem ent. Je ressentais profondém ent la détresse am­\nbiante et Burch, ne m ’eût-il par confié les tribulations qui l’accablaient,\nlui et tous ceux de son métier, que la ru e , le quartier des pêcheurs,\njusqu’aux façades de leurs bicoques, jusqu’à la lourdeur même de l’air\nqu’ils respiraient me les auraient révélées.\n   Les orgues de Barbarie et les orchestrions des cabarets voisins de\n mon auberge, les m oulins à musique qui si souvent m ’avait empêché\n de dormir, et fait pester les nuits du dimanche et du lu n d i, n ’accompa­\n gnaient plus les ébats des lourds danseurs fringuant l’un avec l’autre\nou accolés à leurs « bonnes amies ». Plus que jamais les marins des\ndiverses nationalités faisaient bande à part. La hargne, la provocation,\nla haine transpiraient dans les moindres gestes et dans les plus indiffé­\nrentes paroles des O stendais, d’ordinaire si conciliants. A présent des\nrixes éclataient tous les jours et les batailleurs n’attendaient même plus,\n pour en venir aux prises, les heures nocturnes et les endroits écartés,\nmais en plein midi la police devait intervenir dans les échauffourées et\n conduire au poste des pugilistes ou des joueurs de couteau.\n   Dans la ville neuve et mondaine, sur la digue fashionable, on ne se\ndoutait pas de cette fermentation de sombre augure et c’est à peine si\n un écho de ces chamaillis défrayait incidemment les conversations des\ntablées d’hôtes ou se mêlait aux potinières parlotes de la plage. Un\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2789, "texte": "92                          LA REVUE ROUGE\n\n\n\n temps superbe contribuait à bercer le monde élégant dans son bien-être\n opulent et sa végétative quiétude. La chaleur, cette année, était même\n telle qu’elle en devenait insupportable partout ailleurs qu’au bord de\n l’océan. Jamais, de mémoire d’O stendais, difficiles à contenter cepen­\n dant, la saison n ’avait été aussi rémunératrice. Hôtels, villas, pensions,\n regorgeaient de baigneurs.\n    Aux heures d’exhibitions mondaines c’était, sur Pestran, devant le\n « carré » des bains, un éblouissement de toilettes claires savamm ent\n chiffonnées, une corbeille de professionnelles beautés de tous les pays\n du globe autour desquelles bourdonnaient, en des flirtages ostensibles,\n l’essaim des jeunes bêtas insupportables d’arrogance et de fatuité.\n    Les soirs, au Casino, on dansait et on jouait avec rage. Les concerts\n panachés du Kursaal rem ém oraient aux abonnés des Opéras et des Bouf­\nfes les grands succès de l’hiver précédent; W agner alternait avec Deli ­\nbes et la valse des Maîtres Chanteurs s’accoquinait aux pizzicati de Silvia.\n    Cependant, les pêcheurs flânaient et chômaient en plus grand nom ­\n bre que d’ordinaire. Ils m ettaient une certaine jactance bourrue à en­\ncombrer l’asphalte du prom enoir et ils accaparaient d ’un air torve, des\nheures, sans démarrer, les bancs commodes réservés à l’indolence des\npromeneurs du high-life.\n    E n ru e , les musards ne s’abordaient plus avec leur bonhom ie et leur\njovialité habituelles, avec ces grosses mais cordiales appellations ponc­\ntuées de bourrades qui font s’épanouir plus largem ent et se détendre\nplus radieusement encore leurs bonnes faces plébéiennes.\n    Dans le chenal, au bas des pilotis, les chaloupiers cessaient d’offrir\nleurs embarcations et leurs bons services aux habitués de l’estacade.\n    Peu de barques ostendaises prenaient la mer. Le m ouvem ent du port\net de la m inque n ’était plus alimenté que par l’étranger.\n    Je me rappelle spécialem ent, en poignant contraste avec le marasme\ndu marché, un jour de régates : les yachts de plaisance, venant de\nD ouvres, luisants, corrects, peints à neuf, batelets de luxe enfilant le\ngoulet d’où tant de besoigneuses chaloupes ostendaises appareillèrent\npour le naufrage, — le canon prodiguant des salves de bienvenue, —\nles voiles blanches comme un plastron de dandy, les carènes vernies\nainsi que des escarpins de bal, les flammes multicolores nouées coquet­\ntem en t, en manière de cravate, au sommet du mât. Cette flottille de\nballade, ces équipages d’am ateurs, ces dillettanti de la navigation défi­\nlant devant les vides et rugueuses barques de pêches ostendaises, bar­\nques grévistes qui, loin de faire parade comme en d’autres temps de\nkerm esse, avait ramené ou même enlevé leur pavillon !\n"}, {"page_pdf": 120, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 766, "texte": "                            LA REVUE ROUGE                              93\n\n\n\n  La kermesse d’Ostende, coïncidant avec ces fêtes mondaines, rendit\ntoutefois une apparence de joie violente et de vie en dehors au quartier\ndes pêcheurs. Chez les logeurs, mes voisins, les musiques rabâchèrent\nleurs loures et leurs quadrilles fastidieux. Mais cette allégresse sonnait\nfaux; il sem blait, à observer danseurs et buveurs, que ceux-ci voulus­\nsent se donner le change et s’étourdir une bonne fois, en une scène\nturbulente, avant de m onter à je ne sais quel Golgotha. Je n ’avais plus\nvu les Mitsu depuis plusieurs jours. L’absence de Burch m ’inquiétait\nsurtout.                                           Georges E e k h o u d .\n     (A suivre.)\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-009", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 93, "page_fin": 95, "titre_corps": "Communion", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. 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Du milieu de ce chaos jaillissait parfois comme un élan de\nreconnaissance et de prière vers le soleil rédempteur, des dômes et des\ntours d’église. Des vitres de m ansarde, allumées soudain d’un rayon,\nfulguraient comme un éclair, puis s’éteignaient subitem ent, tandis que\nla clarté renaissait ailleurs, plus vive, triangulaire et aiguë comme un\nluisardement de poignard.\n   P arto u t, d ’argentins sons de cloche, si suavement doux, communi­\nquaient à l’air de visibles vibrations qui allaient mettre en branle les\nâmes pieuses et les poussaient vers les temples, où déjà retentissaient\ndes hosannas de gloire, dans les lumières versicolores et étincelantes\nqui fusaient à travers les vitraux.\n   Plus bas, à mes pieds, le canal allongeait sa stagnation rectiligne et\nglauque, où s’enfoncaient jusqu’au bord des chalands surmontés,\ncomme d’un ornem ent, d’une m âture svelte et élégante, qui se dessi­\nnait en lignes noires et nettes sur le clair du matin. L’eau , ridée joyeu­\nsem ent, ne portait plus aucun souvenir des verdâtres noyés qui, par les\nnuits mauvaises et sans lune, viennent grimacer à sa surface.\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2442, "texte": "94                          LA       REVUE ROUGE\n\n\n\n   En levant la tète, je vis, de l’autre côté de la ville, parmi la campagne\ndorée, des rameaux d’arbres, agités par le vent, me taire comme des\nsignes.\n   Com m ent résister à cet appel suggestif et si plein de promesses ? Je\nme dirigeai fièvreusement vers mes paysages d’élection.\n   Arrivé à la hauteur, je me retournai.\n   L ’étang d’un bleu d’acier, moiré par la brise, se pailletait d’or dans\nla lumière matinale, tandis que, plus loin, la ville se dentelait en sombre\nsur le ciel lumineux.\n   Après avoir traversé une étendue de sable jaune, qui faisait rêver à\nquelque Sahara, j’enfilai une cavée profonde, dont les talus broussail­\nleux m ontraient, par endroits, les taches jaunes des récents éboule ­\nments. Il y régnait un âcre parfum de terre que je reniflais avec\ndélices.\n   J ’arrivai bientôt à la plaine im mense, barrée dans le lointain par la\nligne noire des forêts.\n   Elle était partagée en figures régulières par les cultures. A de cer­\ntaines places, le blé verdissait déjà, commençait à tasser; à côté, les\nterres fraîchement éventrées par le soc, ponctuaient la campagne de\nluisants. Au milieu de tout cela, les sentiers filaient en divers sens,\nblancs et m ystérieux, m enant à des destinations inconnues. Sur leurs\nbords, s’égrènent de petits cabarets à toit rouge, qui, pendant le jour,\nprésentent une physionom ie débonnaire, mais sont, au soir tombé, le\nthéâtre d’épouvantables tueries, alors que les maraudeurs sont revenus\nd’expédition lointaine.\n   Bien que la belle saison ne soit pas encore à son début, les patauds\ntravaillent déjà aux champs. D ’aucuns charrient par les chemins les\nfumiers mordorés. Ils vous saluent, en passant, d’un guttural bonjour,\net vous contemplent d’un œil bleu et bovin, où peut se lire quelque\nétonnem ent. Les autres dirigent leurs charrues avec le geste ferme\ndes anciens gladiateurs, pendant qu’ils sacrent contre leurs chevaux\net impriment à la longe des m ouvem ents secs; ou bien, debout sur\nune crête, se détachant sur le clair horizon en attitude sculpturale,\ns’occupent à bêcher.\n   Devant les bordes, au toit de glui moussu, les étables ouvertes\nenvoient le beuglem ent des vaches, au milieu de l’odeur chaude et\nammoniacale des litières. Dans la cour, les poules font entendre des\ngloussements précipités; les femmes vaquent à leur besogne, court\nvêtues, la tête couverte d’un m ouchoir de couleur, tandis que les\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 822, "texte": "                            LA REVUE ROUGE\n\n\n\nsceaux qu’elles tiennent à la main grincent comme des- poulies. Le\nchien de garde, intrigué par votre présence, vous poursuit de ses\nrauques aboiements, longtemps encore après que vous avez perdu\nla ferme de vue.\n   Ht ce fut ainsi, par les routes blanches, prenant plaisir à entendre\nles grasses et traînardes syllabes des paysans, à odorer le fumet qui\némane d’eux et qui ressemble tant à l’odeur de la terre, que je m ’ini­\ntiai une nouvelle fois à la campagne.\n   Lorsque je m ’en allai, le soleil sombrait à l’occident et la lune, dans\nl’orient obscurci, montait comme la pâle hostie, qui, la première fois\ncette année, me communiait dans les paysages de tous mes amours.\n                                                           P. J a n s s e n s .\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-010", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 95, "page_fin": 96, "titre_corps": "La Mort de Taine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry LE BŒUF.", "ancre_debut": "L a M ort de T a in e    La littérature françai", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 122, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 822, "fin_caractere_exclue": 2400, "texte": "L a M ort de T a in e\n   La littérature française vient de perdre, dans Hippolyte Taine, une\nde ses plus illustres lumières, un de ses penseurs les plus profonds.\n   Cet esprit complet et rigoureux, qui dès l’Ecole Normale sut s’imposer\nà l’attention, par sa logique impitoyable et convaincue, par la nouveauté\ntoute révolutionnaire de ses aperçus, a eu sur les générations littéraires\nune puissante et généreuse influence.\n   Taine est, en t o u t , un philosophe amoureux de la méthode, du sys­\ntème exact, du plan équilibré. Sa doctrine, reprenant la tradition des\nsensualistes, très inspirée de Hegel et de Spinoza, est celle du matéria­\nlisme positiviste; et, soit qu’il étudie la Révolution ou la vie parisienne,\nla littérature anglaise ou Part hollandais, il a su fortifier cette philoso­\nphie du fa it par des applications précises, il a su la féconder par d ’in­\ntenses méditations.\n   Les amis de sa vie intime nous Pont dépeint comme un tempérament\naimable, d’une réserve calme, s’échauffant rarement en discussions\npassionnées; et ce fut sans aucune vanité qu’il voyait s’étendre autour\nde son nom une gloire de plus en plus brillante.\n   Avant de parvenir à la célébrité avec ses deux œuvres magistrales :\nl'Histoire de la Littérature Anglaise et les Origines de la France con­\ntemporaine, il s’était fait remarquer déjà par des études hardies et nou­\nvelles dont l’originalité ce la critique et la richesse imaginative effa­\nrouchèrent les esprits paisibles, épris des officielles philosophies du\ntemps. Ses attaques railleuses, sa gaieté un peu lourde mais d’une\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2610, "texte": "96                          LA       REVUE ROUGE\n\n\n\n si copieuse ironie, furent très sensibles aux pontifes de la m étaphysique\n et ses savantes moqueries leur causèrent grand dommage.\n    Cet esprit de satire, dont l’allure toute nouvelle résulte de la\n rigueur du raisonnem ent et de l’abondance dans l’argum entation,\n T aine l’a employé encore, avec une verve plus calmée, dans son\nlivre d’analyse : Vie et opinions de Thomas Graindorge. Il s’y m on­\ntre déjà l’absolutiste systém atique, tirant de quelques faits des lois\nintransigeantes, m arquant en traits un peu massifs la physionomie plus\nnuancée et souple de la vie parisienne. Sa dialectique s’anime en dé­\nductions plus passionnées dans sa splendide Philosophie de l'Art.; il se\nrévèle artiste coloré et pittoresque, presque poète, dans son Voyage\naux Pyrénées et ses Notes sur l'Angleterre.\n    Mais il fut surtout grand, comme penseur, critique, analyste et his­\ntorien, dans la remarquable Histoire de la Littérature Anglaise et dans\ncette admirable étude sur la Révolution française, l’une des œuvres les\nplus concentrées, brillantes et sincèrement honnêtes qui aient été con­\nçues : on comprend qu’un tel recueil d’observations, de faits et\nd’idées, où la logique se poursuit impitoyable et systém atique, ait\nsoulevé de telles vénérations fanatiques et dés protestations aussi\nviolem ment acharnées.\n    Ce n ’est pas au lendemain de la disparition d’une pareille intelli­\ngence que l’on peut juger avec justesse de sa puissance et de son rang\nlittéraire; par contre, on constatera aisément l’influence qu’ont eues\nsur toute une moitié de siècle l'érudition si longuement méditée et la\nm éthode si universellement appliquée de M. Taine: Il eut, dans le\ndomaine du rom an, deux élèves : Zola et Bourget. Com me le dit\nM. Daudet, Zola était l’élève indiscipliné, admirant son directeur phi­\nlosophique comme un ancêtre intellectuel, tandis que Bourget était le\ndisciple favori, épris avec vénération de l’acuité pénétrante du m aître;\net Barrès l’admire également comme un perspicace analyste plutôt qu’un\nencyclopédiste puissant.\n    Son intelligence a brillé avec une intensité forte; ce fut une pure\nlum ière, qui sut éclairer et grouper les tem péram ents divergents de\ndeux générations successives. P our tous les jeunes, épris de choses lit­\ntéraires, il restera digne des plus grandes admirations par la puissante\nuniversalité de son talent; et son incessant labeur, la probité jamais\ntachée de son entière existence, le recom m andent à notre sincère\nrespect.\n                                                       H enry Le B œ u f .\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-011", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 98, "titre_corps": "Chronique Artistique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "X.", "ancre_debut": "C hronique A rtistiq ue                    V ic to r G ilsoul & E u g èn e L", "ancre_fin": "lequel nous avons toute confiance. 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Il y aurait beaucoup à dire de leurs paysages\net de leurs scènes villageoises, p arce q u ’ils ont su y m ettre ce je ne sais\nquoi de g rand et de calm e qui nous saisit et ne s'efface jam ais com plète­\nm ent de notre m ém oire.\n   M alheureusem ent la place qui nous est accordée ici est assez restreinte\net vraim ent, cette fois, nous le regrettons.\n   Q u’il nous soit perm is d ’essayer de trad u ire le souvenir que nous g ar­\ndons de quelques-unes des toiles de ces deux artistes :\n   D ’abord la lame, de M. G ilsoul. E lle se hausse au prem ier plan, elle\nroule, poussée p ar cette force b rutale des flots, qui les écrase contre les\nestacades, qui les éparpille en écum e ja u n â tre et les fait s’étaler au loin\nsur les grèves sablonneuses ; elle rem plit presque tout le tableau de ses\nbouillonnem ents et cependant on devine derrière elle, l’étendue im m ense\net rem uante de la m er, m ontant ju sq u ’au cadre, ne laissan t qu’un e bande\nde ciel que voile, au centre, l’échevèlem ent d ’une fumée.\n   L ’Harmonie automnale est à la fois douce et violen te; douce à cause de\nl’im perceptible hum idité qui baigne les grands arbres et les ravins verts;\nviolente de tout l ’écroulem ent fauve des feuillages.\n   P uis, d ’intenses im pressions crépusculaires, paisibles et calm es : domaine\nseigneurial et la péniche endorm ie sous les étoiles, à l’abri de peupliers\nm ystérieux.\n   U ne note d’une g rande justesse : la fête au château.\n   E n som m e au tan t de pages d ’une puissante couleur, d’une intense poésie.\n   M. L aerm an s, lui, voit et peint les paysans, non pas comme to u t le\nmonde, m ais d'u n e m anière particulière à la fois drôle et triste. Ce sont\np resq u e des caricatures, m ais des caricatures qui font plutôt p en ser que\nrire. L es attitudes, les physionom ies sont accentuées, exagérées même, et\nc’est, je crois, ce qui fait leu r caractère.\n   L es fonds de pay sag e de M. L aerm ans, soit qu’ils s’estom pent au loin\ndans l’am otsphère gris-perle des lignes de forêts, soit q u ’ils s’inondent de\npleine lum ière, sont d ’une gran d eu r et d’une sim plicité m agistrales. Ces\nbouts de landes ou de cham ps sont em preints d'une poésie sévère ou d ’une\n"}, {"page_pdf": 125, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 556, "texte": "98                              LA REVUE RO UGE\n\n\n\ngaieté charm ante, soit q u ’ils en cad ren t les faucheu rs à côté de leurs gerbes\nou l’ouvrier rev en an t le soir, quand s'assom brit au ciel, la lourde m asse\ndes nuages. Citon s aussi la prière au village si ju ste d'observation.\n   E spérons, pour finir, q u 'il nous sera donné, à la pro ch ain e exposition, de\np a rle r en term es aussi élogieux de quelques autres m em bres de ce groupe\nen lequel nous avons toute confiance.                                        X.\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-012", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 98, "page_fin": 100, "titre_corps": "Bibliographie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. Ste B.", "ancre_debut": "B ibliograph ie         L IV R E S — B R O C H U R E S — R E V U E", "ancre_fin": "rs envois. P . 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V andervelde a étudié l’organisation m orale, politique et sociale du\nM onténégro. Il a vu et il a observé.\n   U n point caractéristique q u ’il nous signale, c’est que la fem m e, dans\ncette petite nation, se trouve traitée en bête de som m e plutôt qu’en créature\nhum aine. L es M onténégrins disent : « N o s fem m es sont des m ules! » E t\nils le pensent et ils le prouvent.\n   « Il y a quelque chose qui nous révolte, dit E m ile V andervelde, dans le\n» spectacle q u ’offre le soir la g ran d ’ rue de C ettinje : les hom m es se p ro ­\n» m ènent p a r groupes, le Kandjar et le revolver d’ordonnance à la ceinture,\n» fum ant le ichibouk, ou grillant des « s è c h e s » dans des porte-cigarettes\n» de plus d’un m ètre de long. D ’autres s’attro u p en t autour d’un hideux\n» kiosque, écoutant claironner les m usiciens du P rin ce ; — ou bien, assis\n» sous le g ran d m ûrier (jadis trib u n a l en p lein air) ils se com m uniquent\n» verbeusem ent les nouvelles du jour.\n   » E t p endant ce tem ps, b lanches sous leu r voile de deuil, les fem m es,\n» leu r tonneau sur les reins, s’en vont à la fontaine. L a coutum e est\n» ancienne, m ais la fontaine, q uand nous passâm es, v enait d’être placée. On\n» n’av ait pas encore m is la d ernière couche sur la statu ette de fer qui la\n» surm onte — quelque déesse aux jam bes lisses et aux seins vierges; cruel\n» contraste avec les pauvres m ortelles d’alentour, déform ées p a r des la ­\n  b eurs de bête de som m e, traîn an t leurs pieds p lats sous des jam b es\n  m assives, tassées p a r les fardeaux de plusieurs générations.\n  » Si telle est la condition des fem m es dans la capitale, à cinq h eures des\n» villes autrichiennes de la côte, il va sans dire qu’elle est bien plus dure,\n» plus m isérable encore, d ans les villages de l’intérieur, perdus dans leurs\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2853, "texte": "                                 LA REVUE ROUGE                                     99\n\n\n» cuvettes rocheuses, à l’abri de toute infiltration de nos idées égalitaires.\n» C’est ju sq u e là qu’il faut pén étrer pour apprécier à son exacte v aleu r le\n» régim e patriarcal. »\n  L a bro ch u re de M. V andervelde est hautem ent intéressante. D e plus elle\nest écrite sans prétention, d ans une langue très sim ple et très p u re.\n  L e Mercure de France publie une p rose de R achilde, Les vendanges de\nSodome, et des vers de Je a n Cours, A lbert Sam ain, E rn e st R aynaud. D e\nplus, des articles intéressants d’A. G erm ain et d’A lfred V alette.\n  L e s Essais d ’A r t libre (de P aris, n° de février) nous d o n n en t des vers de\nC arl B oès et des notes de Ch. H . H irsch, sur le Werther de M. M assenet.\n   L ’A r t littéraire (de P a ris , février). U n article de F ran ço is Coulon et des\nv ers d’E m ile B ernard.\n  E n L ’Harmonie (de M arseille, février), le prince P ie rre K ropotkine traite\nde l'Anarchie dans l’évolution Socialiste, et M. S. H arm an d , de l'Esthétique trans­\ncendentale.\n  E g alem en t des fragm ents de la Légende du Barde, de L o u ise M ichel.\n   D ans L ’A r t Social (de P aris), u n article de G abriel d e la S alle et une\np ro se de G ustave L e R ouge : Notre Dame la Guillotine.\n   L a Révolution (Paris), nouveau jo u rn al quotidien, socialiste, fondé p a r\nn o tre excellent confrère M. Cam ille de S ainte Croix, com bat avec énergie\nle p anam ism e qui ronge la F ra n ce et qui s’étend vers les au tres nations,\ndites civilisées. (Voyez l’Italie, l'A llem agne, l’E spagne). P u b lie chaque\njo u r une liste de chéquards, du m onde des lettres et de la presse. T rès\nin téressantes, ces listes, et très édifiantes surtout.\n   M. H . P e ssa rd a touché 7500 frs et notre grand oncle F ran cisq u e Sarcey,\n3 ooo; M. H e n ry F ouquier, 15ooo francs et A lexandre H ep p , 1000 francs.\n   L a Nouvelle Revue a reçu 59000 francs et la vénérable Revue des Deux Mondes,\n57381 francs.\n   Si l’on ajoute à cela que M. de L esseps et M. de F rey cin et sont m em bres\nde l'A cadém ie française et q u ’il a été question de la cand id atu re F ou q u ier\naux dernières élections académ iques...\n  L a Révolte (Paris) publie du K ropotkine, du B alzac, du Tolstoï, du V ol­\ntaire et du P ro u d ’hon.\n L a Revue Blanche (Paris) offre à ses lecteurs de bien beaux vers de Cam ille\nM auclair et de José M. H érédia.\n  D ans la Revendication Sociale (Bruxelles), des articles d’O ctave M oulin et\nd’Em ile V andervelde.\n D ans le Coin du Feu (Verviers), un bon article d’O ctave M oulin, intitulé :\nCharité.\n  Le Mouvement Littéraire (B ru x elles), continue son enquête littéraire,\ntoujours fort in té ressa n te; nous en reparlerons lorsqu’elle sera term inée et\nque nous p ourrons l’envisager d’ensem ble.\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 959, "texte": "100                            LA REVUE RO UGE\n\n\n\n  L a Lutte pour l ’A r t (Bruxelles) p leu re .la déchéan ce de l’a rt du ch an t et\npublie des n otes fort in téressantes sur C ésar F ran ck .\n   L ’Ermitage (Paris). U n lam entable article de M. H ug u es R eb ell, dans\nlequel il sem ble com parer la dém ocratie contem poraine à u n e ban d e de\nv oleurs et d ’assassins et MM. de L essep s et Eiffel à des dieux de l’an ­\ntiquité ! !\n   U ne bonne étude de S t-A ntoine sur S tendhal et F lau b e rt.\n  Chimère nous ap p o rte des vers, toujours très m ièvres et m êm e écœ urants\nde G eorges T ouchard. E t du R edonnel, du D évoluy , du M auvère.\n   N ous n ’avons point reçu le Drapeau, le Magasin Littéraire, le Réveil, Floréal,\nl'E n dehors et le Chat Huant.\n   N ous dem andons à nos confrères de vouloir bien rég u lariser leu rs envois.\n                                                                   P . Ste B.\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-013", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 100, "page_fin": 100, "titre_corps": "Grappillages", "titre_sommaire": "Grappillages et Petite Correspondance", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "G rappillages    N otre excellent collab", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 127, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 959, "fin_caractere_exclue": 2367, "texte": "G rappillages\n   N otre excellent collaborateur M athias R obert, étan t toujours attein t d ’une\nm aladie excessivem ent sérieuse qui nous donne de fortes inquiétudes, nous\nn ’avons pu nous trouver en possession, — de la chronique q u ’il destinait\na u salon du Voorwaerts; nous prions les m em bres de cette v aillan te p h a­\nlange de vouloir bien nous excuser.\n  A vis. — N ous prions ceux de nos abonnés qui n e reçoivent p as réguliè­\nrem ent n o tre publication, d ’ad resser leurs réclam ations à l’adm inistration\nde la Revue Rouge.\n   N ous inform ons nos abonnés sem estriels que leu r ab o n n em en t cesse, à\np artir de ce n°. N ous nous p erm ettrons dans quelques jo u rs de m ettre\nen circulation les quittances pour le second sem estre et nous espérons\nqu’elles recevront bon accueil.\n  N ous adjoignons à ce num éro, un bulletin de souscription aux Chansons\nTristes de notre am i P a u l Sàinte-B rigitte.\n  N o tre dévoué et très sym pathique collaborateu r G eorges E ek houd,\nvient d ’ad resser à M. Iw a n G ilkin sa dém ission de m em bre du Com ité\nde la Jeune-Belgique.\n  G eorges E ekhoud déclare ne pouvoir accepter ni ad m ettre les déclarations\nde janvier.\n  V ient de p ara ître à P aris, Claudine Lamour, de n o tre ém inent co llab o ra­\nteu r C am ille L em onnier.\n\n\n\n              P etite C orrespondance\n  M . Jean... (M alines). C’est vous qui êtes coupable, M onsieur!\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-03-n3-014", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Cqurs complet pour Messieurs, Dames", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 250, "fin_caractere_exclue": 1264, "texte": "Cqurs complet pour Messieurs, Dames él: Ellfants\n           Ouvert tous les jours. de 6 à 10 heures du soir\n                  et le dimanche, de 2 a 4 heures\n\n\n               3 francs par mois, jusqu'à l'âge de rS ans;\n              s     ))       ))   passé cet âge ;\n            r,So »          ))    pour le cours d'ensemble.\n\n\n\n\nEX-PROFESSEUR DE LL. AA. RR. LES PRINCES BAUDOUIN ET\n                ALBERT DE BELGIQUE\n\n         Rue de Wauthier, 93, à Laeken\n                          (PHO\\\"JSOIHE;I!ENT)\n\n\n\n   N. B. Les inscriptions sont reçues au domicile du Professeur.\n\n\n\n\n    Pour paraître le IO ma1 prochain, chez les éditeurs\nL. & A. GoDENNE, à Malines\n                      '\n                  Chansons Tristes\nun beau volume de vers, in-r6, sur papier de luxe, carac-\ntères elzéviriens, au prix de trois francs, en souscription.\n     On souscrit chez l'auteur, rue Gendebien, r8, à Bru-\nxelles, ou chez les éditeurs L. & A. Godenne, rue Notre-\nDame, IO r, à Malines.\n     On souscrit par carte postale.\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 451, "texte": " '•\n      1\n          IOO\n\n\n                             . H\n\n\n\n                  Imprimerie Artistique\n\n      L. & A. GODENNE\n                Rue Notre-Dame, Ioi, à Malines\n\n\n\n\n      Typographie, Lithographie, Autographie, Gravure\n\n                Spécialité ~'5mpressions ~e lu:!;e\n\njournaux, 73rochures, 7.\\_evues, Prix- courants, Catalogues, etc.\n\n                      FABRIQUE DE REGISTRES\n\n\n  Imprimés Industriels, Administratifs & Commerciaux\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 106, "texte": "Deuxième Année -     No 3\n                                                     MARS 1893\n\n                                          1\n\n\n\n\n       LA\n\n\n\n Re~ û .                                MENSUELLE\n\n                          be j!,ittérature, b'tlrt & b'Jfconomie\n                                              politique\n\n\n\n\n             Le Numéro : 2S Centimes\n\n\n\n\n                   1{édaction ft .Admù1istration :\n\n      Rue Gendebien, 18, Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "                            La Revue Rouge\n  MENSUELLE DE LITTERATURE, n'ART ET D'ECONOMIE POLITIQUE\n\n\n\n\n                                    Secrétaires de Rédaction :\n\n                   Paul SAINTE BRIGITTE                 a Sander PIERRON\n\n                                      ABONNEMENTS :\n            j.\n   •   ' .J\"'\n                 ~. tfelgiq9e : Un an, 3 francs; six mois, fr. 1.75\n                 ~ ..Etrang,è r ~      :.))     4   »          ))          » 2.25\n                                      ·}\n                                    Le numero : 2 5 centimes ·\n                                                           j          :•\n                                                                    ')'\n\n                             CO LLA'B 07{_.A TE U?{_S:\n\n   Georges Eekhoud - Emile Verhaeren - Camille Lemonnier -\nEugène Demolder - Hubert Krains -Joseph Desgenêts -Louis\nDelattre - Emile Vandervelde - Dr Charbonnier ~- Rodrigue Se-\nrasquier - Lucien de Busscher - Frans Delbastée - Elslander .-\nMathias Robert - Henry Le Bœuf - Henry Ketels - Géo Mauvère\n- Lucien jottrand- Charles Frappart- Frédéric Friche- Georges\nTouchard- Pierre Armen - Paul janssens- jacques Patient, etc.\n\n\n\n                                              SOMMAIRE\nVague croquis de vieille couleur .                             EuGENE DEMOLDER.\nV ers de la miséricorde                                        JosEPH DEsGENÊTs.\nVieille question.                                              ]. VERBEECK etL. ENOIR.\nRictus chrétien (vers).                                        pAUL SAINTE BRIGITTE.\nBurch Mitsu (suite)                                            GEORGES EEKHOUD.\nCommuniorr:                                                    PAUL }ANSSENS.\nLa mort de Taine .                                             HENRY LE BŒUF.\nChronique Artistique.                                          X.\nBibliographie.                                                 P. Ste B.\nGrappillages et Petite Correspondance .                        xx.\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "  V ague croquis de vieille c o u leu r\n            'éCtait des joueurs de boules, à la porte d’un cabaret. Les\n              boules ronflaient sur le sol battu et leur tapage faisait chan­\n              ter un serin encagé, pendu dans une vigne. Des pintes se\n              piquaient d’un point lum ineux, au bord des fenêtres, et\ndans un jardin proche s’endormaient de pesants tournesols.\n   O n entendait en passant des bruits de beuverie, des coups de cartes\nabattues sur des tonneaux vides, des dés roulant et, aux portes, sous\nles gorges brillantes des pigeons du colombier, des m anants, en cli­\ng nant de l’œil, essuyaient, du revers de leurs manches, leurs bouches\nmouillées, afin d’y planter plus proprem ent leur pipe.\n   E t pourtant les cloches sonnaient des angélus ; sur les cieux fendus\net satinés, des lisières, au loin, semblaient seules les occuper, avec\nleurs bouleaux, frêles larmes d’argent sur la som breur des chênes.\n   Un village en fête résonnait dans l’or du soir. La liesse était colo­\nrée et pétulante la saoûlence. A toutes les fenêtres, des figures allumées\ns’encadraient dans des pariétaires bien fleuris, tapissant les façades\nbrunes, jaunes ou roses. Des femmes à chair dodue, le corsage délacé,\njetant au boucan de la kermesse les perles de leurs rires, laissaient\nprendre leurs tailles à des mains goulues et cueillir comme pèches de\njuin leurs savoureux têtons. Des musiciens étaient juchés sur des ton­\nneaux, y dansant, ainsi que des satyres sur leur socles, et tout autour\nc’était des rondes de manants et de ganges éclaboussant de leur ivresse\nl’herbe des prés, les tabliers volant, les bénêts plantés de pipe, sautant\nsur les tignasses aux sons d’un chalumeau. T o u t le monde buvait à\nfières lampées : des figures levées s’éclairaient à quelque lourd pot de\nbière mieux qu’au ciel rose. Et des porcs reniflant, sous les sureaux\naux grappes noires, couraient, crottés de purin, dans les jambes flagel­\nlantes ou frénétiques de la foule.                    Eugène D e m o l d e r .\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "82                              LA RE V U E ROUGE\n\n\n\n\n               Vers de la m iséricorde\n   La lente caravane des roulottes chargées cahote sur les détestables\n cailloux de la route qui se rétrécit au loin pour s’enfoncer en un ciel\n ténébreux et dur.\n   Un jour pénible et pluvieux m onte. Par les clartés rousses qu’il met\naux broussailles et aux arbres, un soleil jaune se devine, à l’horizon\nlointain, par delà l’épaisse forêt. Un vent infatigable se lamente en les\nfrissonnantes frondaisons.\n   De débonnaires haridelles s’exténuent, têtes basses et crinières\néparses, à tirer les lourdes roulottes d ’une pitoyable tribu de crève-la\nfaim qui s’en va traîner sa profonde détresse par les campagnes et les\nvilles.\n   Ils n ’ont point attendu l’aurore pour appareiller vers des contrées\nqu’ils croient moins inclémentes à leurs douleurs. Leur courage n e\ns’est pas effrité aux rigueurs de leur vie sans joies et leurs cœ urs ne\nse sont pas ouverts à l’envie et à la haine. C’est vers l’inconnu qu’ils\nportent leur humilité et leur abjection, à la grâce de D ieu...\n   Acrobates, bateleurs, clowns, lutteurs, gymnasiarques se joignent\naux efforts exaspérés des bêtes et poussent aux roues qui cassent les durs\ncailloux du chemin. La marmaille de ces rustres prolifiques criaille dans\nle vent claquant les bâches des grands chariots. Des chiens décharnés\nvagabondent autour de cette m orne caravane de la misère.\n   Sans défaillir, les défroqués, choyés de la m alchance, poursuivront\nleur chemin vers la ville dont ils commencent à percevoir, là-bas, à leur\ngauche, les fumées et les tours, vers la ville où ils élèveront leurs ba­\nraquem ents éphémères, vers la ville où, dans le brouhaha des fanfares\nforaines, ils devront inciter la foule à la miséricorde, par des rires et\ndes fariboles et par l’étalage navrant d’une joie trom peuse et cruelle.\n                                                   Joseph D e s g e n ê t s .\n\n\n\n                     Vieille Q uestion\n   L e « critique aussi ignare qu’ignoré » nous envoie u n droit de réponse. Il\nn ’est pas content de l’article où nous opposions à son ap p réciatio n du je u n e\nM ouvem ent L ittéraire, d ’im pression française en Belgique, l’opinion flat­\nteu se de M. B rans, u n écrivain flam and bien connu. L e m orceau est assez.\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                                 LA        REVUE ROUGE                               83\n\n\nlong, m ais il est très caractéristique : C’est V erbeeck p ein t p a r lui-m êm e.\nP o u r vous pro u v er qu’il n ’est pas aussi ignare que nous le prétendions,\nM. V erbeeck cite les nom s d ’H om ère, d’E schyle, M ilton, D ante, V an\nM aerland, V ondel. M olière, G oethe et bien d’autres. P e ste ! quelle érudi­\ntion! quelle m ém oire ! toutefois il oublie M. N esto r de T ière qu’il a égalé\np o u rtan t aux plus grands écrivains dram atiques du siècle, appréciation que\nle jeune et talentueux dram atique flam and au ra sans doute été le prem ier à\ntro u ver légèrem ent exagérée. M. V erbeeck reproch e au x jeu n es écrivains\nfrançais de ne pas être aussi forts que tous ces colosses. Il est exigeant,\nM. V erbeeck ! Q ue diable! on peut faire preuve de quelque talen t sans être\nS h akespeare ou... D oor V an R ijsw yck !\n   L e passage le plus édifiant du droit de réponse ci-dessous est le débinage\ndu confrère flam and, coupable de ne pas p enser com m e M. V erbeeck. Q uel\ndédain pour M. B rans, au teu r en tout et pour tout de trois petits opuscules. P eu h !\nTrois petits opuscules ! T rois m inim es volum es ! E h bien, et vous, M. V er­\nbeeck? Où sont-ils vos nom breux m ajuscules volum es ou m êm e votre unique\nopuscule m inusculissim e ?\n   M ais, en attendant, M. V erbeeck, rom ancier, poète, historien ou d ram a­\nturge, V erbe'eck-Ç orneille ou V erbeeck-M ilton, oyons M. V erbeeck épisto­\nlaire, casseur de sucre, V erbeeck-Sévigné :\n\n                 A la R édaction de la R evue Rouge\n\n   En vertu du droit de réponse, je vous prie de faire paraître les\nlignes suivantes dans votre plus prochain numéro :\n   Vous dites que « je suis un critique aussi ignare qu'ignoré. »\n   Soit. Je regrette de n ’être pas aussi illustre que les secrétaires de\nvotre rédaction, Sander Pierron et Paul Ste Brigitte, ainsi que la pres­\nque totalité, sauf deux ou trois exceptions, de vos collaborateurs. —\nLe m onde en effet, est rempli de leur gloire! — Vous citez l’opinion\nsuivante d’un critique d’une revue flamande :\n   « La jeune littérature belge d'expression française est, dès mainte ­\n  nant, supérieure à noire littérature flamande nouvelle » et vous ajou­\ntez : « l’opinion de ce critique, auteur de plusieurs remarquables\n» volumes, a une autre importance que celle de M. Verbeeck. »\n   Vous parlez avec une candeur que j’adm ire, de choses que vous\nne connaissez pas; cet auteur de plusieurs remarquables volumes a\nécrit en tout et pour tout trois petits opuscules.\n   Pardon, soyons exact : il a réédité aussi quelques pages d’un vieil\nauteur et a fourni, de plus, quelques articles de revue. — Q uant à la\nvaleur des trois minuscules volumes dont il s’agit, il ne m ’appartient\npas de l’apprécier; mais l’auteur lui-même en conviendra : ce ne sont\nque des essais littéraires : letterproeven.\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "84                           LA REVUE ROU GE\n\n\n\n    Hommes au cerveau puissant, que parlez-vous de jeune littérature\nbelge d’expression française et de littérature flamande nouvelle? T o u t\ncela sonne terriblem ent creux. En littérature, qu’y a-t-il d’éternelle­\nm ent jeune, si ce n ’est les Homère, les Eschyle, les Lucrèce, les Shakes­\npeare, les Camoëns, les M ilton, les Dante, les Van M aerland, les\nV ondel, les M olière, les Goethe et tant d’autres génies?\n    Jeune Belgique! Jeune Flandre!.. Charlatanisme que tout cela! Cu ­\nmulets exécutés par ceux qui ne savent com m ent attirer autrem ent\nl’attention sur leur insignifiante personnalité.\n    En quoi la Jeune-Belgique et la Jeune-Flandre sont-ils plus jeunes\nqu’un Charles De Coster ou un D oor Van Rijswyek? Est-ce en leurs\nphrases tourm entées, leurs expressions insaisissables à force d’être\ncherchées? Est-ce en leurs sujets, d’inspiration courte, d ’invention\nultra-rom anesque, quoique visant au réalisme outré? Est-ce en leurs\nrécits sans vie, ni action, n’offrant que descriptions interminables sous\nprétexte d’analyses? A h, que les « jeunes », les prétentieux de notre\ntemps paraissent vieillots, à côté des anciens, les m odestes et les forts!\n— Vous-même, ô Revue Rouge, vous traitez déjà quelques-uns de ces\nJeune-Belgique d’ankilosés, après 12 années de vie!\n    Pour ne parler que de nos écrivains flamands, ce sont en réalité ceux\nqui n ’ont cure d’appartenir à la Jeune Flandre, qui sont les plus talen­\ntueux et les plus renommés.\n    Un dernier point. Vous faites vôtres les paroles d e la Jeune-Belgique :\n « Ce qui fut la civilisation flamande n ’a plus ni foyer, ni expansion ».\nLa plus haute expression de la civilisation, n ’est-ce point l’art? N ’y a-\nt-il plus d’art flamand? Plus de peinture, de sculpture, d’architecture, de\n littérature, de musique flamandes? L’a rt flamand est-il frappé de stéri­\n lité? Il me semble, au contraire, qu’il se porte assez bien.\n     Un fait digne de remarque : la plupart des littérateurs belges-fran ­\n çais se piquent d’être des Flamands, et vous-m êm e, Revue-Rouge, vous\n qualifiez le meilleur d’entre eux de « fougueux écrivain flamand ».\n     O sainte Logique !                                      J. V e r b e e c k .\n\n  N . D. L . R . — M. V erbeeck n ’est pas d’accord avec M. L . E n o ir; c’est\névidem m ent son d roit, m ais pourquoi, au début de la lettre de notre\nC orrespondant, cette allusion personnelle — aussi absurde q u ’insignifiante\n— aux secrétaires de la R?\n  Ceci pour dire que nous ne som m es pas solidaires des opinions de nos\ncollaborateurs et pour ajouter que M. V erbeeck a eu tort, en ce cas, de\ns’attaq u e r à notre personnalité — si infime soit-elle, — absolum ent étran ­\ngère à ce débat.\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                                                 LA REVUE ROUGE                                  85\n\n\n\n                                          R ictu s chrétien (1)\n                                                                    A J o sep h D esg e n êts.\n\n\n                                       S u r la croix Jésus semble rire.\n\n                                       Son visage est triste encor\n                                       E t fu lg u re ses yeux d ’or\n                                       P a r mon âme de tristesse;\n\n                                       Son visage est blanc de peur,\n                                       D ’un outrage aussi, trompeur\n                                       E n d ’orgueilleuses détresses.\n\n                                       E t son visage est sans feu ,\n                                       Sans plus de songe et d ’aveu\n                                       Que d ’espoir aux lèvres closes;\n\n                                      Son visage d ’ingénu\n                                      S u r qui le Verbe inconnu\n                                      Effeuille au hasard, des roses.\n\n                                      S u r la croix Jésus semble rire.\n\n                                      E t le rictus de ses lèvres\n                                      Où perdure un long dégoût,\n                                      A u x tenaillements des fièvres\n                                      Semble accorder un absoud;\n\n                                     Les fièvres du désespoir\n                                     De connaître un monde infâme\n                                     E t peut-être aussi d ’avoir\n                                     D éflorescé très belle âme.\n\n                                     Ce rictus parait vengeur\n                                     Bien qu’un peu miséricorde,\n                                     Dessinant d ’un trait majeur\n                                     L ’irrémédiable discorde.\n\n                                     S u r la croix Jésus semble rire.\n\n\n( 1 ) E x tra it de Chansons Tristes, en p rép aratio n .\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "86                         LA REVUE ROUGE\n\n\n\n                     E t doucement monte en ces rires\n                     Où chantent des regrets vainqueurs,\n                     L ’effroi mortel de nos délires\n                     E t les refrains de nos rancœurs.\n                                    P a u l S a in t e B r ig it t e .\n  Décembre 92.\n\n\n\n                      B u r c h M itsu\n                                 ( s u it e)\n\n                                     II\n\n    Cependant juillet revint et, avec ce mois, les quelques jours de trêve\n si impatiem ment attendus. A mon arrivée à O stende j’eus bientôt re­\nlancé mon ami de la saison passée. C’était toujours le même brave,\nsuperbe et cordial garçon. Et dès notre nouvelle rencontre nous nous\nretrouvions ajustés, nos caractères s’emboîtaient comme si nous ne\nnous étions jamais quittés. Un air plus grave, plus occupé me frappa\nchez mon féal camarade et perça sous les éclats de sa belle humeur.\nDans la voix mâle et cuivrée, au métal généreux, qu’on aurait dit\ncoulé dans le même moule que les bourdons des beffrois communiers,\ngrattaient, rauquaient des notes étranglées et sourdes, révélant une\npréoccupation, un souci qui demandait à s’épancher. Sa fierté l’empê­\ncha longtemps de me confier cette peine et, aussi désireux que je fusse\nde provoquer sa confidence, je craignais de l’effaroucher en le ques­\ntionnant directement. Je remarquai aussi que plus je lui parlais avec\nbonté pour l’amener à m ’ouvrir son cœ ur, plus sa voix rude et ferme\ntremblait et s’engorgeait; et plus ses yeux vaguement brouillés de\nlarmes dém entaient le loyal sourire de ses lèvres. Le digne Burch ne\nplaisantait plus avec sa rondeur et sa gaillardise habituelles dans ce\nragoûtant et pittoresque dialecte west-flam and, langage aux flexions\ninsinuantes, se perdant en un gazouillis de voyelles, dont les molles\nintonations jurent avec l’air crâne et les gestes énergiques de ceux qui\nle parlent.\n    Un jour, las de sa contrainte, je me décidai à lui dem ander nette­\nm ent ce qui lui pesait sur la poitrine. Il essaya de protester, de se ré­\ncrier en enflant la voix et en éclatant de rire, mais je ne fus pas dupe\nde cette fausse hilarité et j’insistai, me fâchant presque, froissé par sa\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                                                      LA                REVUE ROUGE                                                          87\n\n\n\n méfiance : « Vous n ’avez donc aucune amitié pour m oi? » finis-je par\n lui dire. A ce reproche il fondit en un flux de paroles lourdes et cris­\n pantes comme autant de sanglots qui menaçaient à tout instant de tour­\n ner en larmes et qu’il déguisait sous un toux convulsive. Il m ’avoua et\n me dépeignit sa gêne profonde, celle des siens, celle de tous ceux de\n son métier. De plus, la conscription le guettait cet hiver, et ce n ’est\n pas un gaillard fait comme lui qu’on exempterait du service s’il tirait\n un mauvais num éro ! Leur dangereux et pénible labeur ne rapportait\n presque rien, alors que les nécessités de la vie augmentaient de jour en\n jour. Ils ne pêchaient pas moins de poisson cependant; ils m ontraient\n toujours autant d’ardeur et d’énergie au travail ! Com m ent se faisait-il\n alors qu’autour d’eux on s’enrichissait, on vivait dans l’abondance,\n sans une inquiétude, sans un mauvais jour, en se croisant pour ainsi\n dire les bras? Pourquoi les travailleurs étaient-ils seuls à partir? « Est-il\n juste, M onsieur, disait Burch, que nous ayons si peu de pain? Chaque\n jour le bourgeois rogne sur la maigre ration qu’il nous accorde. Nous\n ne leur coûtons pas grand’ chose, cependant, aux patrons! Du mom ent\n qu’il y a de quoi m anger nous sommes contents de notre sort. N otre\n luxe, c’est un peu de braise dans la chaufferette de notre grand’m ère,\n un m ouchoir de couleur et une bague en argent pour notre promise,\n un caram el, un babeleer pour les m ioches, des pantoufles à fleurs ou\n des bottines à piqûres de fils de couleur et à très hauts talons, pour faire\n le brave et nous ballader avec nos amies, après la besogne, une poignée\n de censs encore au fond du gousset de notre bonne culotte de drap\n noir — neuve depuis Pâques dernière — juste de quoi battre quelques\nflikkers dans les salles de danse du port et vider au même verre un ou\n deux litres de bière brune en grignottant une darne de scholle (1) qui\nrend la boisson plus carressante au gosier ! Jusqu’à présent ces dou­\nceurs ne nous étaient pas refusées! Nous prenions gaîment la vie et\ns’il survenait une contrariété, ma foi, celle-ci passait comme une\nnuée, nous m ordions plus rudement notre chique; voilà tout!\n    Sur ces entrefaites, Gust, le frère aîné de Burch, le digne pendant de\nmon inséparable, mais plus hâlé, plus massif, déjà barbu, la vivante\nimage de ce que Burch serait dans deux ans, était revenu de la grande\npêche et, en m er, un jour que je les avais loués tous deux, ce Gust me\ncompléta le tableau de la situation pitoyable des marins de notre lit­\ntoral :\n\n  { 1 } Scholle, c a r r e le t; flik k ers, e n tre c h a ts ; censs, d e u x c e n tim e s ; babeleer, su crerie fa v o r ite des en fan ts du\npeuple.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "88                            LA RE VUE RO UGE\n\n\n\n   Les écoreurs, c’est-à-dire les commissionnaires qui se chargent de\nvendre la cargaison d’un bateau de pêche, m oyennant un pour cent véri­\ntablem ent usuraire, se liguaient avec les armateurs et les gros poisson­\nniers contre les infimes m anouvriers de la mer. Et comme s’il ne suffi­\nsait pas de ces écoreurs, ou plutôt de ces écorcheurs, pour rançonner\nles pauvres diables, l’ogre E tat et l’ogre municipal, représentés par un\ntas de gabelous et de recors, achevaient de les dépouiller des deniers\nobtenus au prix de tant de luttes et de périls. Enfin, ceci pour le coup\nde grâce, l’étranger faisait, sur le marché d’O stende m êm e, une con­\ncurrence désastreuse aux marins belges. Oui, les gros mareyeurs osten ­\ndais, au lieu de favoriser leurs pauvres concitoyens, les pêcheurs indi­\ngènes, leur préféraient les Anglais et les Français !\n   A insi, ayant pris la mer vers la fin de ju in , la flottille islandaise dont\nGust faisait partie, avait été précédée au port par un gros arrivage de\nbateaux boulonnais et la présence de la m orue des Français avait\nabaissé à la minque la m orue ostendai.se de dix francs par panier, de\nsorte que celui-ci ne valait plus que soixante-dix francs. Pour ajouter\nà l’amertume de Gust et de ses com pagnons, c’était à la consignation\nd’écoreurs et d’armateurs ostendais que les bateaux de Boulogne\nétaient venus vendre leur pêche.\n   — « Et dire que lorsque tout se passe pour le mieux, nous gagnons\nà peine de quoi subsister ! ajouta l’aîné des Mitsu. Jugez-en, M onsieur :\nun sloop est généralem ent m onté par quatre hommes et un mousse,\ncommandé par un patron. Après une pêche qui dure, lorsque le temps\nest favorable, sept à huit jours, — je parle de la pêche dans la mer du\nN o rd , — mais qui se prolonge beaucoup plus longtem ps lorsque la\nm er est mauvaise et le vent contraire, le bateau regagne le port avec\nune cargaison valant en m oyenne cinq cents francs. L ’armateur com ­\nmence par retenir de cette somme le total des frais de rem orquage,\ndroits de m inque, prix de la glace, total qui m onte bien à deux cents\nfrancs. Il s'attribue encore quinze pour cent pour les avaries et l’usure\nde la barque, pour l’entretien des cordages, ce qui fait soixante-quinze\nfrancs. R estent donc deux cent vingt-cinq francs de bénéfice, dont\nchaque hom m e de l’équipage ne touche que cinq pour cent, soit une\ndouzaine de francs. Et c’est avec ces douze francs que le pêcheur est\nobligé de faire vivre sa famille !\n   N on seulem ent les étrangers, avec la complicité de nos protecteurs\nnaturels, viennent nous arracher de la bouche cette misérable croûte\nde p ain , mais nous sommes persécutés et spoliés de toutes façons par\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                            LA REVUE ROUGE                              89\n\n\n\nnos concurrents dans les pêcheries de la mer du Nord. Ils ne se bor­\nnent pas à nous fermer leurs ports et leurs marchés, mais ils voudraient\nencore nous empêcher de prendre le poisson. Q uant au gouvernem ent\nbelge, la protection qu’il nous accorde est tout bonnem ent dérisoire! »\n    E t G ust, entrant dans des explications détaillées, me raconta les\nconflits entre chalutiers belges et harenguiers anglais. Les chalutiers\npêchent au m oyen d’un filet en forme de sac. C elui-ci, rattaché, à\nl’aide d’un câble solide, au bateau qui dérive avec la m arée, drague\nle fond de la mer. Le harenguier, lui, use de filets perpendiculaires\nplongeant à plusieurs m ètres sous l’eau et s’étendant sur un espace\nd’une lieue et plus, retenus par des bouées qui flottent à la surface. Le\nbateau harenguier, amarré à cette muraille flottante, garde une im mo­\nbilité relative, tandis que le chalutier se livre à de continuels déplace­\n ments. Il en résulte que lorsque dans sa course le chalutier rencontre\n les filets du haranguier, il ne peut avancer qu’en relevant son filet et en\n perdant parfois plus d’une heure que dure cette opération, à moins de\n passer o u tre, brutalement, et de déchirer les engins obstruant sa route.\n C’est à ce m oyen expéditif que les chalutiers, de loin les plus nom­\n breux, les Belges aussi bien que les Anglais, les Hollandais et les\n Français, recouraient presque chaque fois au début, exaspérés qu’ils\n étaient par les barrières qui se dressaient dans toutes les directions de­\n vant eux. Mais les honnêtes English se défendirent d’user jamais de\n ces pratiques violentes et en attribuèrent le m onopole exclusif à nos\n pêcheurs flamands. Ils donnèrent même le nom de belgian devil ou\n diable belge à l’un des instrum ents tranchants employés pour perfo­\n rer les filets des haranguiers et ils exhibèrent cet outil destructif, en\n m anière de pièce a conviction, pour accabler leurs rivaux, dans tous\n les procès ou enquêtes provoqués par des différends entre pêcheurs\n  des deux nations.\n     Nos simples matelots, à commencer par Gust et Burch Mitsu, se\n  disaient avec la logique primordiale des Kerels, aborigènes des côtes\n  flamandes, que la mer, étant libre, nul n ’a le droit de s’y im planter à\n  l’exclusion des autres, et partant ils estimaient que l’emploi du diable\n  belge ou de tout autre diable du même genre n ’avait rien de criminel.\n  Longtemps donc, ils ne se firent faute de se frayer, à coups de hache\n  et de tranchet, un chemin à travers les rêts des gêneurs, et de mettre\n  en capilotade les filets des harenguiers. Toutefois, depuis la convention\n  de La H a y e, nos gaillards, soi-disant mieux éclairés sur leurs devoirs,\n  ont délaissé ces pratiques sommaires. O n ne trouverait même plus à\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "90                          LA       REVUE ROUGE\n\n\n\nbord de nos chaloupes ostendaises un seul des engins prohibés. Cela\nn ’empêche pas les Anglais de nous accuser comme devant. Le préjugé\ns’invétère surtout à Low estoft, où les tribunaux se m ontrent d’une\npartialité outrageuse à l’égard des marins flamands. Lorsque ceux-ci ne\nsont pas poursuivis pour avoir lacéré les filets des haranguiers britan­\nniques, on leur cherche chicane à propos de la disposition de leurs\nfeux. D ’autres fois nos pêcheurs auraient menacé ou assailli des étran­\ngers, comme s’il pouvait raisonnablement venir à la pensée de l’équi­\npage d’un sloop ostendais, composé tout au plus de cinq ou six placides\nmatelots, dont un gam in, d’aborder, d ’assaulter, comme disent les\ninsulaires, un harenguier m onté au minimum par dix formidables gail­\nlards. E nfin, les chicaneurs d’outre-m er poussent l’acharnement contre\nnos malheureux compatriotes, jusqu’à les accuser de résistance aux\ncroiseurs britanniques qui les surprennent en état de contravention,\ncomme si un infime petit bateau, équipé de la manière qu’on vient\nde voir, s’aviserait jamais de lutter contre quarante à soixante-dix blue-\njachs de la marine royale , armés de carabines, sans parler d’une ré­\nserve d’armstrongs et de hotchkiss.\n    Je rapporte, ici, une grande partie des renseignem ents que Gust\nMitsu me procura sur la condition des pêcheurs belges, comparée à\n celle des étrangers, car ces particularités feront mieux comprendre les\n événements que cette condition, précaire jusqu’à en devenir inique,\nallait amener.\n    Gust me raconta encore qu’il était avéré que m aintes fois les arma­\n teurs britanniques poursuivant les Belges pour des prétendues nuisan­\n ces, par exemple pour la destruction de leur matériel de pêche, avaient\nenvoyé en m er des engins détériorés et hors d’usage, dont ils se fai­\nsaient ingénieusement payer le remplacement par nos débonnaires\ncompatriotes.\n    Si la grande pêche ne rapportait guère, l’autre était plus ingrate\nencore. Burch me conta que les poissonniers riaient au nez de sa fian­\ncée, lorsqu’elle s’avisait de demander trois francs d’une m anne de cre­\nvettes contenant une dizaine de kilos. Ils lui mettaient le marché à la\nmain et il lui fallait bien passer par leurs exigences, ou sinon les exploi­\nteurs s’adressaient à une pauvresse plus coulante, peut-être, hélas, plus\ndénuée, plus désespérée encore. Et dire que dans les restaurants une\npoignée de crevettes, servie en hors-d’œ uvre, allait jusqu’à deux et\ntrois francs!\n   — A h , se demandait le pauvre garçon, pourquoi ces riches m es­\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                            LA REVUE ROU GE                              91\n\n\n\nsieurs et dames ne traîtent-ils pas directement avec nous? Pourqui cet\nentêtem ent à enrichir les gros boutiquiers, les fournisseurs qui nous\naccordent à peine un liard pour ce qu’ils revendront une pièce d’or?\n   Je songeais qu’à tous les échelons de la vie économique, les inter­\nmédiaires jouaient le rôle d’affameurs. La disproportion entre le gain\ndu salarié, du principal facteur de toute production et celui du m ar­\nchand roublard et parasite, criait vraim ent vengeance à l’avenir, au\nsiècle de demain ! O h, cette paresse, cette bête d’indolence, cette sotte\nvanité du millionnaire qui paie au mercanti sans marchander, sans\nbroncher, des sommes fabuleuses pour la denrée à la conquête ou à la\nfabrication de laquelle le misérable, serf de la glèbe, de l’océan, du\ncharbonnage, de l’usine ou de l’atelier de couture n ’a ramassé que tout\njuste de quoi ne pas crever de faim! En me faisant ces réflexions, je me\nsentais devenir bien plus enragé, bien plus révolté que les victimes de\ncette abominable exploitation et je ne savais lequel était le plus inouï,\nde la résignation et de la mansuétude de l’indigent ou du cynisme des\noligarques !\n   Ces huit jours de vacances s’écoulèrent pour moi dans un état de\nmalaise et d’énervem ent. Je ressentais profondém ent la détresse am­\nbiante et Burch, ne m ’eût-il par confié les tribulations qui l’accablaient,\nlui et tous ceux de son métier, que la ru e , le quartier des pêcheurs,\njusqu’aux façades de leurs bicoques, jusqu’à la lourdeur même de l’air\nqu’ils respiraient me les auraient révélées.\n   Les orgues de Barbarie et les orchestrions des cabarets voisins de\n mon auberge, les m oulins à musique qui si souvent m ’avait empêché\n de dormir, et fait pester les nuits du dimanche et du lu n d i, n ’accompa­\n gnaient plus les ébats des lourds danseurs fringuant l’un avec l’autre\nou accolés à leurs « bonnes amies ». Plus que jamais les marins des\ndiverses nationalités faisaient bande à part. La hargne, la provocation,\nla haine transpiraient dans les moindres gestes et dans les plus indiffé­\nrentes paroles des O stendais, d’ordinaire si conciliants. A présent des\nrixes éclataient tous les jours et les batailleurs n’attendaient même plus,\n pour en venir aux prises, les heures nocturnes et les endroits écartés,\nmais en plein midi la police devait intervenir dans les échauffourées et\n conduire au poste des pugilistes ou des joueurs de couteau.\n   Dans la ville neuve et mondaine, sur la digue fashionable, on ne se\ndoutait pas de cette fermentation de sombre augure et c’est à peine si\n un écho de ces chamaillis défrayait incidemment les conversations des\ntablées d’hôtes ou se mêlait aux potinières parlotes de la plage. Un\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "92                          LA REVUE ROUGE\n\n\n\n temps superbe contribuait à bercer le monde élégant dans son bien-être\n opulent et sa végétative quiétude. La chaleur, cette année, était même\n telle qu’elle en devenait insupportable partout ailleurs qu’au bord de\n l’océan. Jamais, de mémoire d’O stendais, difficiles à contenter cepen­\n dant, la saison n ’avait été aussi rémunératrice. Hôtels, villas, pensions,\n regorgeaient de baigneurs.\n    Aux heures d’exhibitions mondaines c’était, sur Pestran, devant le\n « carré » des bains, un éblouissement de toilettes claires savamm ent\n chiffonnées, une corbeille de professionnelles beautés de tous les pays\n du globe autour desquelles bourdonnaient, en des flirtages ostensibles,\n l’essaim des jeunes bêtas insupportables d’arrogance et de fatuité.\n    Les soirs, au Casino, on dansait et on jouait avec rage. Les concerts\n panachés du Kursaal rem ém oraient aux abonnés des Opéras et des Bouf­\nfes les grands succès de l’hiver précédent; W agner alternait avec Deli ­\nbes et la valse des Maîtres Chanteurs s’accoquinait aux pizzicati de Silvia.\n    Cependant, les pêcheurs flânaient et chômaient en plus grand nom ­\n bre que d’ordinaire. Ils m ettaient une certaine jactance bourrue à en­\ncombrer l’asphalte du prom enoir et ils accaparaient d ’un air torve, des\nheures, sans démarrer, les bancs commodes réservés à l’indolence des\npromeneurs du high-life.\n    E n ru e , les musards ne s’abordaient plus avec leur bonhom ie et leur\njovialité habituelles, avec ces grosses mais cordiales appellations ponc­\ntuées de bourrades qui font s’épanouir plus largem ent et se détendre\nplus radieusement encore leurs bonnes faces plébéiennes.\n    Dans le chenal, au bas des pilotis, les chaloupiers cessaient d’offrir\nleurs embarcations et leurs bons services aux habitués de l’estacade.\n    Peu de barques ostendaises prenaient la mer. Le m ouvem ent du port\net de la m inque n ’était plus alimenté que par l’étranger.\n    Je me rappelle spécialem ent, en poignant contraste avec le marasme\ndu marché, un jour de régates : les yachts de plaisance, venant de\nD ouvres, luisants, corrects, peints à neuf, batelets de luxe enfilant le\ngoulet d’où tant de besoigneuses chaloupes ostendaises appareillèrent\npour le naufrage, — le canon prodiguant des salves de bienvenue, —\nles voiles blanches comme un plastron de dandy, les carènes vernies\nainsi que des escarpins de bal, les flammes multicolores nouées coquet­\ntem en t, en manière de cravate, au sommet du mât. Cette flottille de\nballade, ces équipages d’am ateurs, ces dillettanti de la navigation défi­\nlant devant les vides et rugueuses barques de pêches ostendaises, bar­\nques grévistes qui, loin de faire parade comme en d’autres temps de\nkerm esse, avait ramené ou même enlevé leur pavillon !\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "                            LA REVUE ROUGE                              93\n\n\n\n  La kermesse d’Ostende, coïncidant avec ces fêtes mondaines, rendit\ntoutefois une apparence de joie violente et de vie en dehors au quartier\ndes pêcheurs. Chez les logeurs, mes voisins, les musiques rabâchèrent\nleurs loures et leurs quadrilles fastidieux. Mais cette allégresse sonnait\nfaux; il sem blait, à observer danseurs et buveurs, que ceux-ci voulus­\nsent se donner le change et s’étourdir une bonne fois, en une scène\nturbulente, avant de m onter à je ne sais quel Golgotha. Je n ’avais plus\nvu les Mitsu depuis plusieurs jours. L’absence de Burch m ’inquiétait\nsurtout.                                           Georges E e k h o u d .\n     (A suivre.)\n\n\n                       C o m m u n io n\n   Depuis longtem ps, j’aspirais au premier rayon du soleil, afin de\nm ’élancer dans mes campagnes de dilection, là-bas, vers le haut de la\nville, comme un aigle altéré de lumière et d’espace.\n   Un matin, au lever, après des mois de grisaille et de brumes, l’astre\nluisait dans un ciel du bleu le plus pur.\n   Le cœ ur battant comme un marteau, les jambes molles de frénétique\nenthousiasm e, l’esprit en ébullition, j’ouvris la fenêtre toute grande.\n   Devant moi, au recul de l’horizon, la ville arrondissait sa perspective\nbleuâtre. Du milieu de ce chaos jaillissait parfois comme un élan de\nreconnaissance et de prière vers le soleil rédempteur, des dômes et des\ntours d’église. Des vitres de m ansarde, allumées soudain d’un rayon,\nfulguraient comme un éclair, puis s’éteignaient subitem ent, tandis que\nla clarté renaissait ailleurs, plus vive, triangulaire et aiguë comme un\nluisardement de poignard.\n   P arto u t, d ’argentins sons de cloche, si suavement doux, communi­\nquaient à l’air de visibles vibrations qui allaient mettre en branle les\nâmes pieuses et les poussaient vers les temples, où déjà retentissaient\ndes hosannas de gloire, dans les lumières versicolores et étincelantes\nqui fusaient à travers les vitraux.\n   Plus bas, à mes pieds, le canal allongeait sa stagnation rectiligne et\nglauque, où s’enfoncaient jusqu’au bord des chalands surmontés,\ncomme d’un ornem ent, d’une m âture svelte et élégante, qui se dessi­\nnait en lignes noires et nettes sur le clair du matin. L’eau , ridée joyeu­\nsem ent, ne portait plus aucun souvenir des verdâtres noyés qui, par les\nnuits mauvaises et sans lune, viennent grimacer à sa surface.\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "94                          LA       REVUE ROUGE\n\n\n\n   En levant la tète, je vis, de l’autre côté de la ville, parmi la campagne\ndorée, des rameaux d’arbres, agités par le vent, me taire comme des\nsignes.\n   Com m ent résister à cet appel suggestif et si plein de promesses ? Je\nme dirigeai fièvreusement vers mes paysages d’élection.\n   Arrivé à la hauteur, je me retournai.\n   L ’étang d’un bleu d’acier, moiré par la brise, se pailletait d’or dans\nla lumière matinale, tandis que, plus loin, la ville se dentelait en sombre\nsur le ciel lumineux.\n   Après avoir traversé une étendue de sable jaune, qui faisait rêver à\nquelque Sahara, j’enfilai une cavée profonde, dont les talus broussail­\nleux m ontraient, par endroits, les taches jaunes des récents éboule ­\nments. Il y régnait un âcre parfum de terre que je reniflais avec\ndélices.\n   J ’arrivai bientôt à la plaine im mense, barrée dans le lointain par la\nligne noire des forêts.\n   Elle était partagée en figures régulières par les cultures. A de cer­\ntaines places, le blé verdissait déjà, commençait à tasser; à côté, les\nterres fraîchement éventrées par le soc, ponctuaient la campagne de\nluisants. Au milieu de tout cela, les sentiers filaient en divers sens,\nblancs et m ystérieux, m enant à des destinations inconnues. Sur leurs\nbords, s’égrènent de petits cabarets à toit rouge, qui, pendant le jour,\nprésentent une physionom ie débonnaire, mais sont, au soir tombé, le\nthéâtre d’épouvantables tueries, alors que les maraudeurs sont revenus\nd’expédition lointaine.\n   Bien que la belle saison ne soit pas encore à son début, les patauds\ntravaillent déjà aux champs. D ’aucuns charrient par les chemins les\nfumiers mordorés. Ils vous saluent, en passant, d’un guttural bonjour,\net vous contemplent d’un œil bleu et bovin, où peut se lire quelque\nétonnem ent. Les autres dirigent leurs charrues avec le geste ferme\ndes anciens gladiateurs, pendant qu’ils sacrent contre leurs chevaux\net impriment à la longe des m ouvem ents secs; ou bien, debout sur\nune crête, se détachant sur le clair horizon en attitude sculpturale,\ns’occupent à bêcher.\n   Devant les bordes, au toit de glui moussu, les étables ouvertes\nenvoient le beuglem ent des vaches, au milieu de l’odeur chaude et\nammoniacale des litières. Dans la cour, les poules font entendre des\ngloussements précipités; les femmes vaquent à leur besogne, court\nvêtues, la tête couverte d’un m ouchoir de couleur, tandis que les\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "                            LA REVUE ROUGE\n\n\n\nsceaux qu’elles tiennent à la main grincent comme des- poulies. Le\nchien de garde, intrigué par votre présence, vous poursuit de ses\nrauques aboiements, longtemps encore après que vous avez perdu\nla ferme de vue.\n   Ht ce fut ainsi, par les routes blanches, prenant plaisir à entendre\nles grasses et traînardes syllabes des paysans, à odorer le fumet qui\némane d’eux et qui ressemble tant à l’odeur de la terre, que je m ’ini­\ntiai une nouvelle fois à la campagne.\n   Lorsque je m ’en allai, le soleil sombrait à l’occident et la lune, dans\nl’orient obscurci, montait comme la pâle hostie, qui, la première fois\ncette année, me communiait dans les paysages de tous mes amours.\n                                                           P. J a n s s e n s .\n\n\n                 L a M ort de T a in e\n   La littérature française vient de perdre, dans Hippolyte Taine, une\nde ses plus illustres lumières, un de ses penseurs les plus profonds.\n   Cet esprit complet et rigoureux, qui dès l’Ecole Normale sut s’imposer\nà l’attention, par sa logique impitoyable et convaincue, par la nouveauté\ntoute révolutionnaire de ses aperçus, a eu sur les générations littéraires\nune puissante et généreuse influence.\n   Taine est, en t o u t , un philosophe amoureux de la méthode, du sys­\ntème exact, du plan équilibré. Sa doctrine, reprenant la tradition des\nsensualistes, très inspirée de Hegel et de Spinoza, est celle du matéria­\nlisme positiviste; et, soit qu’il étudie la Révolution ou la vie parisienne,\nla littérature anglaise ou Part hollandais, il a su fortifier cette philoso­\nphie du fa it par des applications précises, il a su la féconder par d ’in­\ntenses méditations.\n   Les amis de sa vie intime nous Pont dépeint comme un tempérament\naimable, d’une réserve calme, s’échauffant rarement en discussions\npassionnées; et ce fut sans aucune vanité qu’il voyait s’étendre autour\nde son nom une gloire de plus en plus brillante.\n   Avant de parvenir à la célébrité avec ses deux œuvres magistrales :\nl'Histoire de la Littérature Anglaise et les Origines de la France con­\ntemporaine, il s’était fait remarquer déjà par des études hardies et nou­\nvelles dont l’originalité ce la critique et la richesse imaginative effa­\nrouchèrent les esprits paisibles, épris des officielles philosophies du\ntemps. Ses attaques railleuses, sa gaieté un peu lourde mais d’une\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "96                          LA       REVUE ROUGE\n\n\n\n si copieuse ironie, furent très sensibles aux pontifes de la m étaphysique\n et ses savantes moqueries leur causèrent grand dommage.\n    Cet esprit de satire, dont l’allure toute nouvelle résulte de la\n rigueur du raisonnem ent et de l’abondance dans l’argum entation,\n T aine l’a employé encore, avec une verve plus calmée, dans son\nlivre d’analyse : Vie et opinions de Thomas Graindorge. Il s’y m on­\ntre déjà l’absolutiste systém atique, tirant de quelques faits des lois\nintransigeantes, m arquant en traits un peu massifs la physionomie plus\nnuancée et souple de la vie parisienne. Sa dialectique s’anime en dé­\nductions plus passionnées dans sa splendide Philosophie de l'Art.; il se\nrévèle artiste coloré et pittoresque, presque poète, dans son Voyage\naux Pyrénées et ses Notes sur l'Angleterre.\n    Mais il fut surtout grand, comme penseur, critique, analyste et his­\ntorien, dans la remarquable Histoire de la Littérature Anglaise et dans\ncette admirable étude sur la Révolution française, l’une des œuvres les\nplus concentrées, brillantes et sincèrement honnêtes qui aient été con­\nçues : on comprend qu’un tel recueil d’observations, de faits et\nd’idées, où la logique se poursuit impitoyable et systém atique, ait\nsoulevé de telles vénérations fanatiques et dés protestations aussi\nviolem ment acharnées.\n    Ce n ’est pas au lendemain de la disparition d’une pareille intelli­\ngence que l’on peut juger avec justesse de sa puissance et de son rang\nlittéraire; par contre, on constatera aisément l’influence qu’ont eues\nsur toute une moitié de siècle l'érudition si longuement méditée et la\nm éthode si universellement appliquée de M. Taine: Il eut, dans le\ndomaine du rom an, deux élèves : Zola et Bourget. Com me le dit\nM. Daudet, Zola était l’élève indiscipliné, admirant son directeur phi­\nlosophique comme un ancêtre intellectuel, tandis que Bourget était le\ndisciple favori, épris avec vénération de l’acuité pénétrante du m aître;\net Barrès l’admire également comme un perspicace analyste plutôt qu’un\nencyclopédiste puissant.\n    Son intelligence a brillé avec une intensité forte; ce fut une pure\nlum ière, qui sut éclairer et grouper les tem péram ents divergents de\ndeux générations successives. P our tous les jeunes, épris de choses lit­\ntéraires, il restera digne des plus grandes admirations par la puissante\nuniversalité de son talent; et son incessant labeur, la probité jamais\ntachée de son entière existence, le recom m andent à notre sincère\nrespect.\n                                                       H enry Le B œ u f .\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                               LA REVUE RO UGE                                97\n\n\n\n\n               C hronique A rtistiq ue\n                   V ic to r G ilsoul & E u g èn e L a e rm a n s\n                                  (Voorwaarts)\n   Il en est un peu des expositions com m e des livres : on se souvient de\nquelques toiles, com m e on se rappelle quelques pages. L e dern ier salon\ndu « V oorw aarts » est presque lointain déjà, et cep en d an t dè l’ensem ble\nsi in téressan t d’artistes vaillants et chercheurs, se dégagent deux perso n ­\nn alités robustes et profondes.\n   Si l’on disposait de nom breuses pages, il ne serait pas m alaisé de les\ncouvrir des m ultiples im pressions que font naître en nous les œ uvres de\nMM. G ilsoul et L aerm ans. Il y aurait beaucoup à dire de leurs paysages\net de leurs scènes villageoises, p arce q u ’ils ont su y m ettre ce je ne sais\nquoi de g rand et de calm e qui nous saisit et ne s'efface jam ais com plète­\nm ent de notre m ém oire.\n   M alheureusem ent la place qui nous est accordée ici est assez restreinte\net vraim ent, cette fois, nous le regrettons.\n   Q u’il nous soit perm is d ’essayer de trad u ire le souvenir que nous g ar­\ndons de quelques-unes des toiles de ces deux artistes :\n   D ’abord la lame, de M. G ilsoul. E lle se hausse au prem ier plan, elle\nroule, poussée p ar cette force b rutale des flots, qui les écrase contre les\nestacades, qui les éparpille en écum e ja u n â tre et les fait s’étaler au loin\nsur les grèves sablonneuses ; elle rem plit presque tout le tableau de ses\nbouillonnem ents et cependant on devine derrière elle, l’étendue im m ense\net rem uante de la m er, m ontant ju sq u ’au cadre, ne laissan t qu’un e bande\nde ciel que voile, au centre, l’échevèlem ent d ’une fumée.\n   L ’Harmonie automnale est à la fois douce et violen te; douce à cause de\nl’im perceptible hum idité qui baigne les grands arbres et les ravins verts;\nviolente de tout l ’écroulem ent fauve des feuillages.\n   P uis, d ’intenses im pressions crépusculaires, paisibles et calm es : domaine\nseigneurial et la péniche endorm ie sous les étoiles, à l’abri de peupliers\nm ystérieux.\n   U ne note d’une g rande justesse : la fête au château.\n   E n som m e au tan t de pages d ’une puissante couleur, d’une intense poésie.\n   M. L aerm an s, lui, voit et peint les paysans, non pas comme to u t le\nmonde, m ais d'u n e m anière particulière à la fois drôle et triste. Ce sont\np resq u e des caricatures, m ais des caricatures qui font plutôt p en ser que\nrire. L es attitudes, les physionom ies sont accentuées, exagérées même, et\nc’est, je crois, ce qui fait leu r caractère.\n   L es fonds de pay sag e de M. L aerm ans, soit qu’ils s’estom pent au loin\ndans l’am otsphère gris-perle des lignes de forêts, soit q u ’ils s’inondent de\npleine lum ière, sont d ’une gran d eu r et d’une sim plicité m agistrales. Ces\nbouts de landes ou de cham ps sont em preints d'une poésie sévère ou d ’une\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "98                              LA REVUE RO UGE\n\n\n\ngaieté charm ante, soit q u ’ils en cad ren t les faucheu rs à côté de leurs gerbes\nou l’ouvrier rev en an t le soir, quand s'assom brit au ciel, la lourde m asse\ndes nuages. Citon s aussi la prière au village si ju ste d'observation.\n   E spérons, pour finir, q u 'il nous sera donné, à la pro ch ain e exposition, de\np a rle r en term es aussi élogieux de quelques autres m em bres de ce groupe\nen lequel nous avons toute confiance.                                        X.\n\n\n\n                         B ibliograph ie\n        L IV R E S — B R O C H U R E S — R E V U E S — JO U R N A U X\n\n   N ous avons reçu les P r e s t i g e s de M. Jo seph D eclareuil, p aru s à P aris,\nchez G irard, l’éditeur des Essais d ’A r t libre. N o tre am i, H en ry L e Bœuf, en\np arlera dans le num éro d'avril.\n  N otre vaillant collaborateur, E m ile V andervelde, a fait éditer, chez W e is­\nsenbruch, la conférence q u ’il a faite à la Société de G éographie, su r le\nM o nténégro.\n   Ce sont des souvenirs et des im pressions de voyage, très intéréssants,\ntrès curieux et très profonds, car M. V anderveld e voyage en artiste, en\nhom m e de science et en penseur.\n   M. V andervelde a étudié l’organisation m orale, politique et sociale du\nM onténégro. Il a vu et il a observé.\n   U n point caractéristique q u ’il nous signale, c’est que la fem m e, dans\ncette petite nation, se trouve traitée en bête de som m e plutôt qu’en créature\nhum aine. L es M onténégrins disent : « N o s fem m es sont des m ules! » E t\nils le pensent et ils le prouvent.\n   « Il y a quelque chose qui nous révolte, dit E m ile V andervelde, dans le\n» spectacle q u ’offre le soir la g ran d ’ rue de C ettinje : les hom m es se p ro ­\n» m ènent p a r groupes, le Kandjar et le revolver d’ordonnance à la ceinture,\n» fum ant le ichibouk, ou grillant des « s è c h e s » dans des porte-cigarettes\n» de plus d’un m ètre de long. D ’autres s’attro u p en t autour d’un hideux\n» kiosque, écoutant claironner les m usiciens du P rin ce ; — ou bien, assis\n» sous le g ran d m ûrier (jadis trib u n a l en p lein air) ils se com m uniquent\n» verbeusem ent les nouvelles du jour.\n   » E t p endant ce tem ps, b lanches sous leu r voile de deuil, les fem m es,\n» leu r tonneau sur les reins, s’en vont à la fontaine. L a coutum e est\n» ancienne, m ais la fontaine, q uand nous passâm es, v enait d’être placée. On\n» n’av ait pas encore m is la d ernière couche sur la statu ette de fer qui la\n» surm onte — quelque déesse aux jam bes lisses et aux seins vierges; cruel\n» contraste avec les pauvres m ortelles d’alentour, déform ées p a r des la ­\n  b eurs de bête de som m e, traîn an t leurs pieds p lats sous des jam b es\n  m assives, tassées p a r les fardeaux de plusieurs générations.\n  » Si telle est la condition des fem m es dans la capitale, à cinq h eures des\n» villes autrichiennes de la côte, il va sans dire qu’elle est bien plus dure,\n» plus m isérable encore, d ans les villages de l’intérieur, perdus dans leurs\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                                 LA REVUE ROUGE                                     99\n\n\n» cuvettes rocheuses, à l’abri de toute infiltration de nos idées égalitaires.\n» C’est ju sq u e là qu’il faut pén étrer pour apprécier à son exacte v aleu r le\n» régim e patriarcal. »\n  L a bro ch u re de M. V andervelde est hautem ent intéressante. D e plus elle\nest écrite sans prétention, d ans une langue très sim ple et très p u re.\n  L e Mercure de France publie une p rose de R achilde, Les vendanges de\nSodome, et des vers de Je a n Cours, A lbert Sam ain, E rn e st R aynaud. D e\nplus, des articles intéressants d’A. G erm ain et d’A lfred V alette.\n  L e s Essais d ’A r t libre (de P aris, n° de février) nous d o n n en t des vers de\nC arl B oès et des notes de Ch. H . H irsch, sur le Werther de M. M assenet.\n   L ’A r t littéraire (de P a ris , février). U n article de F ran ço is Coulon et des\nv ers d’E m ile B ernard.\n  E n L ’Harmonie (de M arseille, février), le prince P ie rre K ropotkine traite\nde l'Anarchie dans l’évolution Socialiste, et M. S. H arm an d , de l'Esthétique trans­\ncendentale.\n  E g alem en t des fragm ents de la Légende du Barde, de L o u ise M ichel.\n   D ans L ’A r t Social (de P aris), u n article de G abriel d e la S alle et une\np ro se de G ustave L e R ouge : Notre Dame la Guillotine.\n   L a Révolution (Paris), nouveau jo u rn al quotidien, socialiste, fondé p a r\nn o tre excellent confrère M. Cam ille de S ainte Croix, com bat avec énergie\nle p anam ism e qui ronge la F ra n ce et qui s’étend vers les au tres nations,\ndites civilisées. (Voyez l’Italie, l'A llem agne, l’E spagne). P u b lie chaque\njo u r une liste de chéquards, du m onde des lettres et de la presse. T rès\nin téressantes, ces listes, et très édifiantes surtout.\n   M. H . P e ssa rd a touché 7500 frs et notre grand oncle F ran cisq u e Sarcey,\n3 ooo; M. H e n ry F ouquier, 15ooo francs et A lexandre H ep p , 1000 francs.\n   L a Nouvelle Revue a reçu 59000 francs et la vénérable Revue des Deux Mondes,\n57381 francs.\n   Si l’on ajoute à cela que M. de L esseps et M. de F rey cin et sont m em bres\nde l'A cadém ie française et q u ’il a été question de la cand id atu re F ou q u ier\naux dernières élections académ iques...\n  L a Révolte (Paris) publie du K ropotkine, du B alzac, du Tolstoï, du V ol­\ntaire et du P ro u d ’hon.\n L a Revue Blanche (Paris) offre à ses lecteurs de bien beaux vers de Cam ille\nM auclair et de José M. H érédia.\n  D ans la Revendication Sociale (Bruxelles), des articles d’O ctave M oulin et\nd’Em ile V andervelde.\n D ans le Coin du Feu (Verviers), un bon article d’O ctave M oulin, intitulé :\nCharité.\n  Le Mouvement Littéraire (B ru x elles), continue son enquête littéraire,\ntoujours fort in té ressa n te; nous en reparlerons lorsqu’elle sera term inée et\nque nous p ourrons l’envisager d’ensem ble.\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "100                            LA REVUE RO UGE\n\n\n\n  L a Lutte pour l ’A r t (Bruxelles) p leu re .la déchéan ce de l’a rt du ch an t et\npublie des n otes fort in téressantes sur C ésar F ran ck .\n   L ’Ermitage (Paris). U n lam entable article de M. H ug u es R eb ell, dans\nlequel il sem ble com parer la dém ocratie contem poraine à u n e ban d e de\nv oleurs et d ’assassins et MM. de L essep s et Eiffel à des dieux de l’an ­\ntiquité ! !\n   U ne bonne étude de S t-A ntoine sur S tendhal et F lau b e rt.\n  Chimère nous ap p o rte des vers, toujours très m ièvres et m êm e écœ urants\nde G eorges T ouchard. E t du R edonnel, du D évoluy , du M auvère.\n   N ous n ’avons point reçu le Drapeau, le Magasin Littéraire, le Réveil, Floréal,\nl'E n dehors et le Chat Huant.\n   N ous dem andons à nos confrères de vouloir bien rég u lariser leu rs envois.\n                                                                   P . Ste B.\n\n\n                           G rappillages\n   N otre excellent collaborateur M athias R obert, étan t toujours attein t d ’une\nm aladie excessivem ent sérieuse qui nous donne de fortes inquiétudes, nous\nn ’avons pu nous trouver en possession, — de la chronique q u ’il destinait\na u salon du Voorwaerts; nous prions les m em bres de cette v aillan te p h a­\nlange de vouloir bien nous excuser.\n  A vis. — N ous prions ceux de nos abonnés qui n e reçoivent p as réguliè­\nrem ent n o tre publication, d ’ad resser leurs réclam ations à l’adm inistration\nde la Revue Rouge.\n   N ous inform ons nos abonnés sem estriels que leu r ab o n n em en t cesse, à\np artir de ce n°. N ous nous p erm ettrons dans quelques jo u rs de m ettre\nen circulation les quittances pour le second sem estre et nous espérons\nqu’elles recevront bon accueil.\n  N ous adjoignons à ce num éro, un bulletin de souscription aux Chansons\nTristes de notre am i P a u l Sàinte-B rigitte.\n  N o tre dévoué et très sym pathique collaborateu r G eorges E ek houd,\nvient d ’ad resser à M. Iw a n G ilkin sa dém ission de m em bre du Com ité\nde la Jeune-Belgique.\n  G eorges E ekhoud déclare ne pouvoir accepter ni ad m ettre les déclarations\nde janvier.\n  V ient de p ara ître à P aris, Claudine Lamour, de n o tre ém inent co llab o ra­\nteu r C am ille L em onnier.\n\n\n\n              P etite C orrespondance\n  M . Jean... (M alines). C’est vous qui êtes coupable, M onsieur!\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                                               \\\n                                                          !J   ~L 1\n                                                     t ~,\n                                                ~naiJl'l\\\n Cqurs complet pour Messieurs, Dames él: Ellfants\n           Ouvert tous les jours. de 6 à 10 heures du soir\n                  et le dimanche, de 2 a 4 heures\n\n\n               3 francs par mois, jusqu'à l'âge de rS ans;\n              s     ))       ))   passé cet âge ;\n            r,So »          ))    pour le cours d'ensemble.\n\n\n\n\nEX-PROFESSEUR DE LL. AA. RR. LES PRINCES BAUDOUIN ET\n                ALBERT DE BELGIQUE\n\n         Rue de Wauthier, 93, à Laeken\n                          (PHO\\\"JSOIHE;I!ENT)\n\n\n\n   N. B. Les inscriptions sont reçues au domicile du Professeur.\n\n\n\n\n    Pour paraître le IO ma1 prochain, chez les éditeurs\nL. & A. GoDENNE, à Malines\n                      '\n                  Chansons Tristes\nun beau volume de vers, in-r6, sur papier de luxe, carac-\ntères elzéviriens, au prix de trois francs, en souscription.\n     On souscrit chez l'auteur, rue Gendebien, r8, à Bru-\nxelles, ou chez les éditeurs L. & A. Godenne, rue Notre-\nDame, IO r, à Malines.\n     On souscrit par carte postale.\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": " '•\n      1\n          IOO\n\n\n                             . H\n\n\n\n                  Imprimerie Artistique\n\n      L. & A. GODENNE\n                Rue Notre-Dame, Ioi, à Malines\n\n\n\n\n      Typographie, Lithographie, Autographie, Gravure\n\n                Spécialité ~'5mpressions ~e lu:!;e\n\njournaux, 73rochures, 7.\\_evues, Prix- courants, Catalogues, etc.\n\n                      FABRIQUE DE REGISTRES\n\n\n  Imprimés Industriels, Administratifs & Commerciaux\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1893-03", "signet_source": "Deuxième année - N°3 - Mars 1893", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 106", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}