{"numero_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "articles": [{"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-001", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Deuxième Année - No 4 AVRIL 1893", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 130, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 405, "texte": "Deuxième Année -     No 4\n                                                 AVRIL 1893\n\n\n\n\n       LA\n\n\n\n                                         MENSUELLE\n                          ~e ')Littérature, ~·:art & ~·JBconomie\n\n                                           politique\n\n\n\n\n             Le Numéro : 2S Centimes\n\n\n\n\n                   7\\.édaction a ..Administration :\n      Rue Gendebien, 18, Bruxelles\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-002", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La Revue Rouge MENSUELLE DE LITTERATURE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 131, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1561, "texte": "La Revue Rouge\n MENSUELLE DE LITTERATURE, D'ART ET D'ECONOMIE POLITIQUE\n\n\n\n\n                     Secrétaires de Rédaction :\n\n          Paul SAINTE BRIGITTE          a Sander PIERRON\n\n                       ABONNEMENTS :\n\n          Belgique   Un an, 3 francs; six n1ois, fr. I.7 5\n          Etranger            4    ))        ))         )) 2.25\n                     Le numéro    25 centimes\n\n\n\n                 COLL.A<JJO'l\\_..ATEU'l\\_5:\n\n   Georges Eekhoud - Emile Verhaeren- Camille Lemonnier -\nEugène Demolder - Hubert Krains -joseph Desgenêts - Louis\nDelattre - Emile Vandervelde - Dr Charbonnier -- Rodrigue Se·\nrasquier - Lucien de Busscher - Frans Delbastée - Elslander -\nMathias Robert - Henry Le Bœuf - Henry Ketels - Géo Mauvère\n- Lucien jottrand- Charles Frappart- Frédéric Friche - Pierre\nArmen -    Paul janssens -jacques Patient, etc.\n\n\n\n\n                          SOMMAIRE\n\nMatin de joie et de douleur                       JosEPH DEsGENÊTs.\nV ers la Mort .                                   RoDRIGUE SERASQUIER.\nScène                                             MATHIAs RoBERT.\nAmoroso (vers) .                                  JosEPH DECLAREUIL.\nBurch Mitsu (suite) .                             GEORGES EEKHOUD.\nLe Rosier .                                       SANDER PIERRON.\nLe Salon des XX                                   ARPIN.\n                                                                  •\nLes Livres .                                      HENRY LE BŒUF.\nGrappillages et Petites Correspondances.          P. S<e B.\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-003", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 101, "page_fin": 102, "titre_corps": "Matin de joie et de douleur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joseph DESGENÈTS.", "ancre_debut": "M a tin de joie et de d o u le u r                                                     A P aul Sainte Brigitte.              P", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 132, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "M a tin de joie et de d o u le u r\n                                                    A P aul Sainte Brigitte.\n\n\n\n          Par ce m atin déjà tout papillotant de clartés bleues, le trou-\n             peau de vaches parut, au sortir de l’étable, hésitant et\n             inquiet. Quelques bêtes encore ensommeillées rechignèrent\n             même et, sans la vigilance m ordante d’un musculeux chien\npréposé à leur garde, elles n ’auraient point franchi les clôtures. Leurs\ngros yeux aqueux s’avivèrent à la caresse du vent qui soufflait, très\nfrais et chargé de senteurs florales. Et ce furent leurs lents meugle­\nm ents, les aboiements des chiens de ferme et les claironnées des coqs\nrépétées aux lointains horizons qui arrachèrent la campagne à son\nsommeil tranquille.\n   A ujourd’hui le vacher avait devancé l’heure à laquelle tous les\nm atins il m enait paître son troupeau, mais il ne chantait point ses\nchansons coutumières et les claquements de son fouet ne reten­\ntissaient guère. L’habituelle mansuétude qu’il avait pour ses bêtes\navait fait place à une rudesse sombre qui les effrayait; il les pressait\ndes plus près, ne leur laissant point brouter l’herbe des ornières.\nT oujours il avait suivi le chemin sinueux qui court le long de la\nrivière, là-bas, près des vertes yeuses; ce matin il allait droit devant\nlui, sans s’arrêter aux détours de la veille, vers le pré favori et riant\nque l’on voyait reverdoyer au loin, à travers la jeune feuillée des\nhaies.\n   Le chemin lui sembla d’une longueur infinie et ce lui fut une joie\nsans bornes que de pouvoir écarter les pesantes barrières qui le\nfermaient. Elles grincèrent sur leurs gonds mangés de rouille et, une\nà une, dociles m aintenant et lentes, les vaches passèrent au pacage\ntou t criblé de soleil et de fleurs. Elles s’y éparpillèrent et leurs tave-\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2456, "texte": "102                         LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n lures fauves, brunes et noires se m oirèrent et se lustrèrent à la claire\n lumière de cette m atinée de printemps.\n    Agité et haletant, le vacher s’affala sur un vieux tronc d’arbre\n abattu et ses yeux se tournèrent vers la grand’route que l’on soup­\n çonnait à quelque distance de la lignée régulière de ses hauts arbres.\n    C’était de là-bas qu’était venue l’amoureuse de la veille, — de la\nroute où une tribu de pitoyables forains avait érigé ses baraque­\nm ents de misère, ployée sous la fatigue des grandes marches quo­\ntidiennes.\n   Il attendait, oppressé d’impatience, souffrant du recueillement qui\npesait autour de lui....\n   L’inoubliable bonheur qu’il avait éprouvé hier lui remplissait le\ncœ ur; impérieusement il avait subi cette totale jouissance et son\nsouvenir s’éterniserait en lui, tant l’initiation avait été vive et violente\nla volupté.\n   La reverrait-il jamais? Ils s’étaient aimés une heure de toute l’ardeur\nde leurs cœ urs juvénils, lui, l’hom m e simple et ignorant, elle, la fille\ncapricieuse et raffinée, avec la complicité d’un superbe soleil vivifiant\net nouveau. La caresse de ses doigts l’irritait encore, il souffrait tou­\njours les brûlures délicieuses de ses lèvres enfiévrées; à ses oreilles\nchantait la douceur de sa voix câline; des frissons couraient sur ses\nchairs pantelantes; il revoyait ses larges prunelles lointaines où sa\nvirginité avait som bré; l’empreinte de ses bras enroulés à son cou lui\nétait restée et il sentait bondir sa poitrine gonflée et secouée de\ndésirs.\n   Q uand donc reviendraient ces m om ents d’ivresse, m inutes bienheu­\nreuses? Ses yeux, tournés obstiném ent vers la route, étaient leurrés\npar la fièvre et ne voyaient point que lentem ent les roulottes s’étaient\nmises en m arche; ses oreilles bourdonnantes des m ots de passion\nqu’elles avaient ignorés jusqu’alors n ’avaient pas distingué le doux\nbruissem ent du vent en les frondaisons du bruit dur des roues sur les\npavés de la route. Et ce ne fut que lorsque la dernière roulotte eût dis­\nparu au détour du chemin, derrière les collines coupant l’horizon,\nqu’il sentit bien que quelque chose était venu troubler la tranquillité\nde sa vie de vacher débonnaire et que son cœ ur s’en irait désormais\npar les routes infinies le long desquelles les miséreux forains pour­\nsuivent leur m ystérieuse destinée...\n\n                                                Joseph D e s g e n ê t s .\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-004", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 103, "page_fin": 104, "titre_corps": "Vers la mort", "titre_sommaire": "Vers la Mort", "rubrique": "", "signature_source": "Rodrigue SÉRASQUIER.", "ancre_debut": "Vers la M ort                                                        A Georges Eekhoud.       Un cla", "ancre_fin": "s q u ie r .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Scène   Pierrot : En up-to-dateux.   C", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 134, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 105, "fin_caractere_exclue": 2426, "texte": "Vers la M ort\n                                                       A Georges Eekhoud.\n\n\n    Un clair soleil de printemps m onte, radieux, inondant de lumière\ndorée le verger, qu’entourent les bâtim ents de l’hôpital, gais, en briques\nrouges, et toiturés d’ardoise. Il a plu la nuit : le sol des allées est dé­\ntrem pé, et aux fils de fer clôturant les gazons grelottent des gouttes\narc-en-ciellées. Des vaches broutent indolem m ent l’herbe fine, où\ns’ébat to u t un peuple de poules, gloussant, picorant; par instants,\nun chant de coq s’élève, clair, dans la vaporeuse brume matinale. Les\npommiers en fleurs érigent leurs couronnes blanches, et, pendus à des\ncordes, des linges de couleurs vives sèchent aux premiers rayons\n d’avril.\n    T o u t là-bas, l a ferme de l’hôpital, d’où sortent des meuglements\n ensommeillés, et la com m unauté des religieuses, que domine un\n clocher surm onté d’un coq doré, semblant lancer vers le ciel lumineux\n sa claironnade joyeuse. Des sœurs en cornette blanche trottent,\n furtives, longeant les m urs; la cloche de la petite chapelle sonne à\ntoute volée, et ses. notes claires vibrent et s’éparpillent dans l’air\n humide.\n    Les malades, avides de liberté, de ciel bleu, d’air pur, de lumière\n dorée et de douce chaleur réconfortante, sont venus aux fenêtres.\nPartout, des figures hâves, aux yeux ternes, coiffées de bonnets de\n coton, contem plent, collées aux carreaux, l’éveil de la nature, l’éclo ­\n sion du printemps, la venue de ce m atin prestigieux. Ils s’im prégnent\n de bon soleil et déjà sentent la santé et les forces renaître en eux avec\n les sèves m ontantes, tandis que là-bas la voix claire de la cloche leur\n parle de joie et d’espoir. Et tous ces pauvres cerveaux, appareillant\n pour la berge des rêves, vagabondent vers le temps des étés lourds,\n des capiteuses fenaisons, des moissons dorées et des surabondantes\n vendanges.....\n    Soudain, dans une allée, deux brancardiers passent, portant un\n cadavre dont le linceul imprécise les formes... Les rêves s’envolent,\n les illusions s’évanouissent, et les malades, rappelés à la réalité brutale,\n jusqu’à ce qu’ils aient disparu, les suivent d’un regard de curiosité\n hagarde...; et, quittant les fenêtres, oppressés de tristesse, irrémédia­\n blement mélancolisés, ils se replongent dans l’atmosphère morbide,\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 439, "texte": "104                         LA R EVUE ROUGE\n\n\n\n\npoussiéreuse, — aux odeurs d’onguents, de potions amères et gluantes,\n— de leur chambre, qu’égaie seul un rayon de soleil, étoilant d’un\npoint d’or le balancier de l’horloge, qui compte la chute inexorable du\nT em ps dans le N éant, et la venue, pour chacun d’eux, du M om ent\ninévitable, fatal...                            Rodrigue   S ér a s q u ie r .\n\n\n\n\n                               "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-005", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 104, "page_fin": 106, "titre_corps": "Scène", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Mathias ROBERT.", "ancre_debut": "Scène   Pierrot : En up-to-dateux.   C", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 135, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 439, "fin_caractere_exclue": 1964, "texte": "Scène\n  Pierrot : En up-to-dateux.\n  Colombine : En point d’interrogation. Tendances lacrymatoires.\n                                P ier r o t\n\n       Hé bien, non, ma Colombinette autrefois chère, je ne sais ni ne\npuis — t ’encore aimer...\n   Ha! Ha! Aimer! Je t ’aime — mi, fa, mi — point d’orgue sur fa.\nUn peu, beaucoup, passionnément, pas du tout. Il y en a juste pour\nles quatre pétales de Poutrageusem ent jaune renoncule — ce pissenlit!\n   Un baiser, le baiser, le depuis toujours doux baiser, sur des lè-è-è-\nvres roses, depuis toujours aussi.\n   Ce relent, un jour, de cuisine — O h! laquelle de gargote — sur ces\nmêmes lèvres, roses évidemment...\n   T ra la la... quel cet air? Ah! oui, tes phrases, tes dires — ô ces mots\n— non — encore ouïs, n ’est-ce pas?\n    « Chéri, chéri, toi seul que j’aime, que je devais aimer; les autres,\ndes étapes, vers toi ! »\n    Devoir, ce devoir! Classe, pions et doigts noirs d’encre! T ra la la\nla. Voici venir le printemps tiède... les amoureux s’en vont au bois, tra\nla la la...\n    S’asseoir sur le gazon, ton ton...\n                           ( Colombine pleure.)\n                                 P ie r r o t\n\n  Pleure ! Ça lave, ô la lave de tes pleurs ! Et le cratère de ta petite\nâme, de ta bonne bête de petite âme poupéenne !\n  Pâtés et rubans. Et quoi encore dans ce gouffre de petite âme ?\n  Am our encore et am our toujours. Et la rime, et le trémolo.\n  Tiens, Gavarni : « Vous m ’avez donné un chien et dix sous, vous\navez eu pour un chien et dix sous d’amour. »\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2016, "texte": "                           LA REVUE RO UGE                            105\n\n\n  J ’ai omis — ô l’ulcère de ton cœ ur qui pleure son leurre! — le petit\nchien : Azor, m on bijou.\n  O n devrait toujours donner un petit chien, ça console.\n       Et Magdeleine, tout en larmes, s’abattit aux pieds de Jésus.\nPense-tu pas que ce devait ennuyer Jésus?\n  Q ue je voudrais savoir ce qu’il a répondu!\n                      ( Colombine plus fo r t pleure.)\n\n                                 P ie r r o t\n\n   N ’insultez pas une femme qui tombe! T ra la lire-Tire-lire. Alouette\net pelote. T a dot?\n       De sa lyre aux divins accords, O rphée attendrissait les plus\nfarouches animaux.\n   O h ! qu’animal ne suis-je, et farouche singulièrem ent, m a liqué ­\nfactieuse, pour — ô ces — nos nuits am oureuses! — plus forte l’étreinte\net cruelle plus la m orsure — jouissance !\n   Pour, de dents acérées, faire en le satin ou baudruche qui te contient\nun trou, une lucarne. La joie, alors, de l’intérieur révélé!\n   Accorder ton rire, faux si souvent. Et, sur ta corde sensible, dénudée\nenfin, pincer le grand air. Et encore, à l’eau phéniquée (En faudrait\nbeaucoup, crois-tu?) laver ta conscience, ton extensible conscience.\n   Et en ton cerveau — bulle d’air, souffler. (Epousseter, quoi !)\n   Fû...û...û...\n   Plutôt, non! Le distiller — Hein, cette idée! — l’alambiquer, en\nfaire un extrait double que sur m on cœur, mon grand cœur, je por­\nterais, enclos en une — d’or pur à tan t de carats — délicieusement\nouvrée petite boîte.\n   Une châsse, à ton cerveau, comme pour d’hypothétiques maxil­\nlaires de canonisé!\n   Un autel pour, en mes loisirs intentionnés de revenez-y amoureux,\nla prière désireuse. Le beau sort de ton cerveau, cet hôtel des idées\ndont nul ne voulut.\n   Q uel dom m age d’y penser si tard. Tarare!\n       ( Colombine n’a cessé encore ses pleurs. Le sanglot pointe.)\n\n                                P ie r r o t\n\n  Q u ’est-ce que l’âme? Le principe de la pensée et des mouvements\nvolontaires dans l’homme.\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1956, "texte": "106                           LA REVUE R O U G E\n\n\n\n\n  Volontaire! Le fus-tu?!\n  Et puis ta pensée, tes principes!\n             « Je voudrais bien savoir quel est ce jeune hom m e,\n             Si c’est un g rand seigneur, s’il a la forte somm e. »\n\n  T es caresses — une robe; tes baisers — bijoux, et le reste, des sous.\n  Troisièm e dessous, am our éthéré.\n  Envol devers l’immatériel en les étreintes délirantes.\n  « O h! dis, je meurs. » — M ort subite et résurrection — tasse de\nchocolat!\n        (Les sanglots de Colombine s’avèrent en rythme crispant.)\n\n                                    P ier r o t\n\n   Que donc va devenir ta beauté, cette bellement peinte enseigne\nattireuse des clients bénévoles, si ne cesse ce déluge en tentative de\nvoulu rapprochem ent ?\n   La scène, la grande scène, sotto voce; harpe, violon et clarinette.\nUn « tenu » des yeux en m otif reprocheur. Puis la crise, tutti-solo bref\nde grosse caisse.\n   Ah ça! vous autres, vous clichez tout?\n   T u sais, les cuivres, ensemble, c’est plus gai. Troû...oû...oû... djoum,\nbam, tarata, dji...\n   (E t puis, ça passe, plus vite.)\n   T iens, une voie pour les musiciens, talentueux nécessairement :\n   « Harm onisations variées pour petites femmes lâchées. Répertoire\nchrom atique des meilleurs effets à produire selon le tem péram ent\nde l’auditeur — subisseur — m onologues divers et vraisemblables\npour renforcer l’impression. — Leçons à domicile. »\n   A recom m ander aux S ous-W agner en mal de plagiat chronique.\n   Alors, dis, tu pourrais professer?\nColombine semble avoir conscience de sa situation marécageuse et regarde\n  à la fa ço n des blessés qui vont dire « o u s u i s - j e ? » dans les romans à\n  deux sous.\n  Puis, indignée, probablement, elle s’écrie : (sol au-dessus de la\nportée.)\n  « Sale type. »\n                                    P ierro t\n\n  T o u t finit par des chansons.\n                                                       Mathias R o b e r t .\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-006", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 107, "page_fin": 107, "titre_corps": "Amoroso", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Joseph DECLAREUIL.", "ancre_debut": "Amoroso ()*                     L'élixir de tes yeux a cen", "ancre_fin": "r e u i l .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "B u rc h M itsu                                            ( su it e)      Celle du dimanche", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 138, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 132, "fin_caractere_exclue": 1213, "texte": "Amoroso ()*\n                    L'élixir de tes yeux a centuplé ma force,\n                    —- De tes yeux qui sont grands et pareils au lotus —\n                    Ta chère odeur m’enivre et tes membres, vêtus\n                    De gaze s'ent r’ouvrant comme une jeune écorce,\n\n                    Laissent voir ta blancheur où mon désir s’amorce.\n                    J ’aime ta large hanche et tes longs cils battus,\n                    l'a bouche où j ’ai puisé de magiques vertus;\n                    Mes bras, te ceinturant, infléchiront ce torse\n\n                    Plus blanc que sur les mers un vol de goélands,\n                    El, serve à tout jamais de furieux élans,\n                    Sur de riches tapis, parmi les citronnelles,\n\n                    A u x battements rythmés et fauves de ton cœur,\n                    Je thésauriserai tes ardeurs criminelles,\n                    E t prendrai tes cheveux comme un drapeau vainqueur.\n\n                                                        Joseph D e c l a r e u i l .\n\n\n\n\n                                    "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-007", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 107, "page_fin": 115, "titre_corps": "Burch Mitsu (suite)", "titre_sommaire": "Burch Mitsu (suite)", "rubrique": "", "signature_source": "Georges EEKHOUD.", "ancre_debut": "B u rc h M itsu                                            ( su it e)      Celle du dimanche", "ancre_fin": "o u d . 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A présent elle avait l’air famé­\nlique et débraillé d’une coureuse de grèves. La misère avait creusé\nses joues roses et rebondies, et les rides, semblables à des encoches,\n\n (*) E x tr a it d e s Prestiges.\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2551, "texte": "108                          LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\n m arquaient le nom bre des jours sans pain. C’est même à grand peine\n que je parvins à dominer l’affligeante surprise que me causa cette\n m étam orphose. Burch paraissait avoir bu plus que de coutum e et ma\n présence sembla d’abord l’embarrasser.\n    — Eh bien, lui dis-je sur un ton de reproche, que devenez-vous ?\n O n fainéante, on s’est mis en grève, alors...\n    — Ah, Monsieur, s’exclama-t-il fiévreux, tout est perdu, tout est\n fini... Je ne me reconnais plus m oi-m êm e et je ne sais ce qu’ils font,\n ce qu’ils feront'encore de moi!.. N on, vous n ’imaginez point ce qu’ils\n in v en ten t pour nous réduire à la famine. Ils n ’ont rien trouvé de mieux\n à présent que de perm ettre à des richards d’Anvers de se liguer pour\n nous faire concurrence, à nous autres, pauvres diables, dans nos\n derniers m oyens de ressources. Ces intrus possèdent une rosse de\n bateau à vapeur pouvant embarquer à la fois une centaine de passagers,\n de sorte qu’à cette heure tous les am ateurs de prom enades en mer\n ont délaissé nos barquettes à voiles. A quoi bon nous m orfondre\n alors au pied de l’estacade? Tenez, mieux vaut ne pas assister à ce\n spectacle, car nous sentions la colère nous retourner le sang et aussi\nvrai qu’il y a un Dieu, nous allions nous porter à quelque extrémité,\npris d’un impérieux besoin de détruire les choses et .même les êtres.\nVoilà pourquoi vous ne me verrez plus à m on poste. Vous, Monsieur,\nvous nous restiez fidèle, il est vrai, mais nous sommes nom breux et\ncomme vous ne pouviez nous engager tous, je n ’ai pas voulu être le\nseul...\n    Il n ’acheva pas, tout gêné, rougissant, ayant peur de se vanter de\nson abnégation et de sa touchante solidarité.\n    Le noble, le sublime garçon! C’était donc pour ce m otif qu’il\nm ’évitait et que je ne le rencontrais plus.\n    — Burch, murmurai-je, m on pauvre Burch !\n    Et ne trouvai point d’autres paroles tant mon cœ ur se gonflait\njusqu’à se fendre pour contenir tout le sien.\n    La veille, le fâcheux paquebot dont se plaignaient les chaloupiers\nd’O stende, avait offusqué mes regards, mais si mes goûts esthétiques\navaient été choqués par cette m achine aussi ingénieuse qu’horrible où\nles bourgeois anachroniques s’entassaient comme sur l’impériale d’un\nomnibus, une véritable haine s’empara de moi en apprenant que cette\nabominable patache ne se bornait pas à attenter à la grandeur, à l’har­\nm onie de l’océan, mais qu’elle servait à affamer les travailleurs les\nplus intéressants, ceux qui m ’étaient le plus chers.\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2411, "texte": "                                                      LA REVUE RO UGE   109\n\n\n    — Burch! Mon pauvre Burch!..\n   Je ne pus que répéter ces mots, sans parvenir à lâcher les mains de\nl’ami et en le regardant au plus profond des yeux bleus pour m ’éblouir\nà jamais des reflets de sa grande âme.\n    Si la séparation m ’avait coûté l’année d’avant, combien mon regret\nétait plus crispant aujourd’hui, car il se doublait de véritables affres\nmorales au sujet de m on com pagnon préféré. J ’avais conscience que\npour ne pas m ’alarm er il me voilait les plus sombres perspectives. Je\nme mis au lit, mais sans pouvoir dorm ir; toute la nuit l’image de Burch\nme hanta com m e le fantôme d’un ami déjà pleuré.\n   Dans l’auberge attenante un accordéon reprenait sans cesse le même\nair dolent à prétentions dansantes, une polka fallacieuse comme toutes\ncelles que Burch dut danser cette nuit-là.\n   Pourquoi les accords de cet instrum ent faubourien me reportèrent-\nils aux tem ps légendaires de la Kerjingalande? Par instants je croyais\nouïr la corne-m use pathétique et belliqueuse des aborigènes. Corres­\npondance plus suggestive encore et d’une action plus actuelle : une\ncrevasse dans le soufflet de l’accordéon déterm inait une lamentable\nfuite de mélodie et périodiquement, à chaque appel de la note perforée,\nle son s’échappait comme un râle, comme d’un poumon troué par\nune balle et d’où le sang giclerait avec les derniers souffles (1).\n   P ar surcroit d’obsession, des pétarades de carabines et des pièces\nd’artifice éclataient, non loin de là, sur le champ de foire. Et j’en vins\nà me rappeler m a dernière soirée avec Burch aux vacances précédentes,\nsur la digue, au bord de la m er jalouse, lorsque les vagues brasillantes\nm ’avaient évoqué de lointains feux de peloton. Cette nuit le crépite­\nm ent de l’occulte fusillade s’était bien rapproché depuis l’autre fois et,\naprès chaque détonation, l’accordéon me semblait implorer le coup de\ngrâce et gémir, plus oppressé, plus suffoqué par sa blessure.\n\n                                                               III\n\n   Quelques jours après ma rentrée à Bruxelles, les journaux consta­\ntaient, en leur style apathique, les premiers éclats de la tourm ente.\nUne dépêche énonçait ceci : « Aujourd’hui, M. Duvyvre, armateur-\nécoreur, ayant mis en vente de la morue de provenance étrangère, le\n\n\n  (1) V o ir C o u tu m a c e (N o u v e lle C a rth a g e.)\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2635, "texte": "110                         LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\nm écontentem ent des pêcheurs s’est traduit par des manifestations\ntumultueuses et l’on a dû renoncer à continuer la vente ».\n   Il n ’y avait encore là rien de bien tragique, mais, transi d’inquié­\ntude, je lus et relus ce télégramme succinct dont les lettres dansaient\nen flamboyants zigzags devant mes yeux; puis je courus tout d’une\ntraite à la gare et sautais, après une mortelle attente d’une heure, dans\nl’express pour Ostende.\n   Q uand j’arrivai, vers le soir, rien n ’indiquait une effervescence\npopulaire : mêmes criailleries de groom s, de chasseurs, de cochers et\nde commissionnaires assaillant, à la descente du train, une nuée de\nbaigneurs élégants; mêm e cavalcade d’omnibus et de fiacres, em por­\ntan t, avec force claquements de fouets, ces retardataires, non moins\nempilés et encaqués que leurs colis, vers les caravansérails de la digue\net du centre de la ville.\n   La rue de la chapelle, où je m ’engageai à la suite de l’étourdissant\ncortège, gardait sa physionom ie d’artère de fausse capitale, quelque\nchose comme la rue de la M adeleine ou la rue Neuve, émigrées au\nbord de la mer avec les étalages, les brevets et les enseignes de leurs\nfournisseurs fameux. L’invariable m ouvem ent de flaneurs et de désœ u­\nvrés cosmopolites en équipem ent fantaisiste d’un négligé savant, d’un\nlaisser-aller laborieux, regagnant avec une langueur affectée les ves­\npérales tables d’hôte que les bouffées alléchantes des cuisines annon­\nçaient aussi éloquem m ent que les appels des cloches.\n   Les patrons de l’auberge ne furent pas m édiocrem ent surpris de me\nrevoir, surtout lorsque je leur eus dit la cause de ce retour. Ils se m o­\nquèrent presque de moi : « V raim ent, s’exclama la baesine, on prend\nà Bruxelles ces bisbilles-là au grand sérieux!.. Un simple m alentendu,\nMonsieur. O n s’arrangera, on finit toujours par s’arranger ici. Nos\npêcheurs ne sont pas gens à se m onter la caboche. Si traitables, si\n doux, de vrais m outons! O n en a raison avec quelques bonnes\n paroles! Ainsi, vous avez cru assister ici à des horreurs comme celles\n qui se passent chez ces mauvais coucheurs de charbonniers ! Rassurez-\nvous. Aujourd’hui il n ’y parait déjà plus! » Ht l’Anglais souligna les\n dires de sa femme par ce m ot dédaigneux : Humburg ! Des bêtises !\n    L ’optimisme de l’hôtesse ne me rassura qu’à moitié. Quoique établis\n en plein quartier besoigneux, ils vivaient si distants de leur voisins, et\n leur prospérité relative, leur clientèle cosmopolite, leur commerce qui\n ne chôm ait jamais, les rendait indifférents à la situation famélique de\n leur entourage.\n"}, {"page_pdf": 142, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2732, "texte": "                            LA REVUE RO UGE                             111\n\n\n\n    Je me mis à la recherche des deux frères Mitsu. N on seulement ils\nn ’étaient pas chez eux, mais toute la famille avait quitté le logis, car je\ncognai vainem ent à la porte.\n    Cette absence anormale justifiait mes premières appréhensions.\nJ ’entrai dans quelques cabarets du quai et m ’informai de mes amis.\nNul ne put me dire où ils se trouvaient. Les buveurs causaient avec\ncalme et paraissaient s’entretenir de choses indifférentes. Pas u n e\nallusion aux incidents de la veille. Plusieurs pêcheurs à qui je touchai\nun m ot de ces troubles, haussaient les épaules avec humeur, comme si\nj’avais voulu les mystifier. Décidément, ou bien ces humbles se dé­\nfiaient de moi, ou bien les gens de l’hôtel disaient vrai et les journaux\navaient exagéré un simple malentendu. Je finis par adm ettre le seconde\nde ces suppositions et regagnai ma chambre, bien décidé à reprendre,\nle lendemain, un des premiers trains pour Bruxelles.\n    T andis que je m ’habillais, rassuré, aux tintem ents de la matineuse\ncloche de la m inque convoquant les acheteurs à la criée, un hourivari\nse déchaîna to u t à coup sous mes fenêtres, le quai retentit de trépi­\ngnem ents et de clameurs insolites, dans lesquelles je reconnus des\nprotestations et des menaces. Matelots et pêcheurs se portaient à la\nhâte vers le bassin où le rassemblement de plus en plus houleux gros­\nsissait jusqu’à représenter une véritable insurrection.\n    C’est donc que le bal recommence :\n    Je descends dans la rue et comme je m ’enquiers des causes de cette\nsurexcitation, un des m anifestants me m ontre une chaloupe anglaise\net un chalutier de Berwick qui viennent d’entrer dans la port. O r, on\nattendait quatre bateaux de pêche ostendais, — entre autres la Con ­\nstantici, sur laquelle était m onté l’aîné des Mitsu, — et encore sous\nl’impression de leurs griefs de la veille, les Flamands sont résolus à\ns’opposer à la vente de la cargaison des Englisch. Ceux-ci, encouragés\npar quelques commis de mareyeurs et par la présence des employés\nde la minque, croient à de simples bravades de la part des indigènes.\nGoddam! ils ne se laisseront pas intimider par ces criailleries! Et voilà\nqu’ils se m ettent en devoir de déposer sur le quai les paniers gorgés\nde poissons. Auraient-ils raison, ces spoliateurs, de nous com pter pour\nsi peu de chose? Les Flamands d’aujourd’hui ne représenteraient-ils\nplus que des brouillons et des pleutres, à qui les grandes nations pour­\nraient imposer le régime auquel les brimeurs ou bullies des collèges\nd’outre-M anchë soum ettaient autrefois les fa g s, leurs souffre-douleur!\n    Une dizaine de bannettes s’alignent déjà le long du rivage, prêtes\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2599, "texte": " 112                        LA REVUE R O U G E\n\n\n\n\n  pour la billotée et, toujours, les O stendais se contentent de les en­\n  tourer en se gargarisant d’injures et en roulant de grands gestes dans\n  le vide. Pas un ne bouge efficacement.\n     J ’éprouve un sentim ent étrange et complexe : d’une part, je serais\n tenté de me réjouir de l’inoffensive issue de cette contestation; d’autre\n part, cette tolérance, cette veulerie de mes com patriotes ne laisse pas\n de m ’énerver et de m ’humilier profondément.\n     O Kerels! O les Pieds-Bleus! O Zannekin! où êtes-vous? Vos des­\n cendants n ’ont-ils plus dans leurs veines une seule goutte de votre\n sang rebelle et farouche ?\n     — Allons, assez de criaillerie! Q u ’on se range un peu et qu’on fasse\n place! clame le facteur de la halle, en s’interposant, tandis que les\n English s’apprêtent flegm atiquem ent à caler les lourds paniers sur\n leurs larges épaules.\n     Comme s’ils n ’avaient attendu que ce signal, tout à coup, sans m ot\n d’ordre, nos pêcheurs se ruent sur la marchandise. Harop! Harop!\n Coups de pied, à droite, à gauche! T outes les cloyères renversées\n sur le sol. O n dirait des cornes d’abondance dégorgeant leurs trésors.\n O le joli poisson, aux écailles irisées, aux tons de nacre et d’azur!\n L ’appétissante et fraîche marée, l’espoir des riches gourm ets, dispersée\n aux quatre vents! Elle est propre, à présent, la délectable marchandise!\n C ’est qu’ils vous l’accom odent, sur place, sans poêle à frire ou sans\n casserole, nos fricasseurs expéditifs : Ils vous en trem pent une water-\nz ooi comme n ’en rêvèrent jamais, à la veille des ventrées, nos sensuelles\n bourgeoises! Raies, turbots, plies, congres, aiglefins, cabillauds, bar­\nbues, poissons Saint-Pierre se m étam orphosent en autant de poissons\nvolants qui replongent, en ricochant, dans l’eau salée ou vont s’abattre,\nplus vite qu’ils n’en furent extraits, sur les chaloupes de la vieille A n­\ngleterre!\n    Merry England cède le pas à Merry Beigium! T o u t à la joie, les\nFlamands ne récrim inent, ne sacrent plus. Émoustillés, exultant, ils se\nlivrent à cet exercice avec la gaillardise de collégiens engagés dans\nune partie de balle. Ah, je les calomniais ! Q u ’ils sont beaux, nos pê­\ncheurs, nos mousses musclés et râblés, s’am usant à se renvoyer, du\npoing et du pied, les poissons gluants par dessus les têtes de leurs\npropriétaires consternés. Les commères, accourues du fond des ve­\nnelles riveraines, se m ettent de la partie avec plus d’entrain encore\nque leurs hommes.\n    Quelle joie, oui; mais quelle sinistre allégresse. Lorsqu’on rit ainsi,\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2761, "texte": "                           LA RE V U E RO UGE                         113\n\n\n\nc’est qu’on n ’a plus de larmes à répandre. N on seulem ent ils rient,\nmais ils chantent, ils dansent. Ils achèvent de détruire la m archan­\ndise m audite en la foulant sous leurs sabots au rythmJ\n                                                            e d’une gigue\neffrénée.\n   L’émeute ne s’en prend pas encore aux personnes toutefois, mais\nles Anglais, déconcertés par l’imprévu du coup de m ain, ont jugé\nprudent de sauter à bord de leurs bateaux d’où ils assistent ébaubis à\nla destruction de leur pêche. L’algarade se bornerait à des pertes m a­\ntérielles, si les agents de police — toujours opportuns, ces policiers!\n— ne s’avisaient de vouloir arracher aux furieux la denrée désormais\nim propre à la consom m ation, la charogne boueuse, l’innommable ma­\ntelote qu’est devenue la ragoûtante pêche des Anglais. Mal en prend\naux alguazils. O n les lapide avec ces éclaboussures, on les vautre dans\nce margouillis, on. les barbouille de fiel et de laitance. Leur sifflet\nd’alarme appelle à la rescousse un piquet de gendarmes. A vant que\nceux-ci aient eu le temps de m ettre la baïonnette au canon, on la leur\narrache des mains, on la convertit en tire-bouchon, comme s’il ne\ns’agissait que d’un simple fil de fer. Débordés, argousins et pandores\nfuient dans la direction de la m inque où ils espèrent se retrancher. La\nfoule se rue à leurs trousses; elle les rejoint, elle les précède même\ndans la halle au poisson. Tom bés au pouvoir de leurs ennemis, il va\nleur en cuire, lorsque tout à coup une diversion se produit. Q uelqu’un\ns’écrie : « Hé camarades, lâchez ces malheureux; il y en a de plus\nmalfaisants ! Allons plutôt faire visite à Duvyvre et Valckeniers ! »\n   J ’ai reconnu la voix de Burch Mitsu et je l’aperçois, dominant, au\nm oins d’une tête, la. bande des émeutiers. Ils subissent son ascendant,\n faut-il croire, car ils abandonnent leurs prisonniers et s’ébranlent à sa\nsuite, au pas gym nastique, en criant : « A bas Duvyvre! A bas Val­\nckeniers ! »\n   Duvyvre et Valckeniers sont les écoreurs destinataires du poisson\nanglais. Je me laisse em porter dans la bourrasque populaire jusqu’aux\nabords des bureaux et des magasins désignés à la vengeance des\npêcheurs. En quelques m inutes ils ont enfoncé les portes, brisé les\nfenêtres; dégarni les étaux, ravagé et piétiné la marchandise. Si, flai­\nrant le grabuge, les patrons n ’avaient jugé prudent de se réfugier chez\ndes amis, on les aurait écorchés comme de simples anguilles. La dé­\nvastation s’accomplit au roulem ent d’imprécations terribles : « A m ort\nles traîtres! A l’eau les Judas! A bas les amis de l’étranger! Ils nous\n arrachent le pain noir de la bouche ! La patrie n ’existe plus ! Nos pro­\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2668, "texte": "114                         LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\ntecteurs nous ont vendus! La m arâtre affame ses enfants! Les tem pêtes\nsont m oins m eurtières que les arm ateurs! Ils battent m onnaie avec\n notre misère et font suer de l’or à nos cadavres ! »\n   Désespérant de m ettre la main sur les exploiteurs, ne trouvant plus\nrien à détruire, la horde, toujours commandée par Burch M itsu,\nretourne aux bassins et s’y confond avec d’autres colonnes de\nrévoltés.\n   La population entière a déserté ses taudis pour se répandre sur les\nquais. Les mères hâves et ridées traînent à leurs jupes une marmaille\nfamélique et lamentable. Chez cette classe de prolétaires, les mâles pré­\nservent plus longtem ps leurs fleurs de jeunesse et de santé dans les\nathlétiques opérations du plein air, les bromes du large nettoyant leurs\npoum ons et entretenant la pureté de leur sang. Les épouses, au con­\ntraire, sont flétries et fanées avant l’âge par de nom breuses couches,\npar de continuelles privations, par l’hum idité, les ténèbres et la pesti­\nlence de leurs galetas. Les marins passent des aventures et des crises\nde leurs pérégrinations sur l’océan, aux turbulentes et folles bordées\nsur la terre ferme ; ils se gobergent de l’avenir, se retrem pent constam ­\nm ent dans l’action, et après avoir cuvé leur alcool, retournent s’eni­\nvrer d’héroïsme. Les femmes connaissent les veilles sinistres, les\ninsomnies pleines d’effrois. Pendant les tem pêtes m eurtrières, les\ntranses et les affres sont pour celles qui attendent à terre et non pour les\nlutteurs intrépides et ingénus qui se m esurent, corps à corps, avec les\néléments inéluctables. Eux expirent debout, sans voir approcher la\nm ort, mais elles agonisent durant toute leur vie.\n   Aujourd’hui, pourtant, le souffle tragique les a visitées à leur tour.\nElle abdiquent la prévoyance, la prosaïque sagesse, la résignation\ncagnarde, la terreur du lendemain. Les conseillères calmantes et timorées\nsont devenues autant d’instigatrices incendiaires. N on seulem ent elles\napprouvent la rébellion des pêcheurs, mais elles les exhortent à persis­\nter dans leur résistance. Elles circulent de groupe en groupe pour\nharanguer leurs frères, leurs fiancés, leurs maris. Elles trouvent de ces\nparoles corrosives qui avivent et tisonnent le feu des représailles dans\nles cœ urs les plus évangéliques. Ah, il ne faudrait pas que l’un d’eux\ns’avisât de reprendre la m er ! Elles se chargeraient de le débarquer m ort\nou vif.\n   T andis que les pêcheurs faisaient acte de sommaire justice chez les\nDuvyvre et Valckeniers, elles se sont rendues à bord des barques gré­\nvistes et, après avoir ramené les pavillons, elles ont drapé les voiles de\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 786, "texte": "                             LA REVUE RO UGE\n                                                                           115\n\n\n\nfunèbres bandes de crêpe, comme lorsque l’équipage a laissé quelqu’un\ndes siens dans la grande tasse. « Vous le voyez! s’écrient-elles en\nm ontrant ces barques endeuillies, nous demandons la m ort! ».\n   Les cheveux épars, les yeux égarés, la bouche convulsive, la voix\nfêlée, le geste impérieux, leur laideur devenait sublime, et ces pau­\nvresses, généralem ent passives, qui ne connaissent de la vie que les\nsoucis délétères et la croupissante obscurité, évoquaient les prophé ­\ntesses et les sibylles fulgurantes des temps bibliques.\n\n                                                 Georges E e k h o u d .\n     (A suivre.)\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-008", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 115, "page_fin": 116, "titre_corps": "Le Rosier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Sander PIERRON.", "ancre_debut": "Le Rosier                                                              Pour l'aimée.     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D ’heureuses larmes brillèrent\ndans ses yeux et s’épandirent sur le gazon, en fraîche rosée.\n   Chaque fois qu’il revenait, de nouvelles fleurs avaient poussé. A\nprésent il ne les com ptait plus, tellem ent elles étaient nombreuses et\ngrandes. A la fin de l’autom ne la tombe de la grand’mère ressemblait\nà un immense bouquet. Puis, une à une, les roses se fanèrent, per­\ndirent leurs pétales jaunis et se m êlèrent sur le sol aux feuilles m ortes.\n   L’enfant vit le rosier morose, pendant l’hiver, couvert de neige ou\ndégouttant de pluie. Enfin il vit le soleil revenir, les branches bour­\ngeonner et porter des feuilles, puis il assista à l’éclosion des roses\njoyeuses. Et son cœ ur aussi redevenait joyeux et de nouveau il pleu­\nrait en priant.\n   L’enfant grandit, devint homme et, à mesure qu’il grandissait, le\nrosier du cimetière croissait, étendait ses branches, multipliait ses\nfleurs, couvrait de son m anteau les tombes voisines.\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 324, "texte": "116                         LA R E V U E   ROU GE\n\n\n\n\n  Et chaque dimanche, le fils rapportait une gerbe de roses qu’il pla­\nçait dans un vase toute la semaine et sa chambre s’emplissait du sou­\nvenir parfumé de la chère morte.\n                                                    Sander P i e r r o n .\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-009", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 116, "page_fin": 117, "titre_corps": "Le Salon des XX", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "ARPIN.", "ancre_debut": "Le Salon des XX    La dom inante, au salon de", "ancre_fin": "vitrail. 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A citer : l ’enfant au hibou,\net un Berger, et un admirable portrait d’Henry de Groun.\n   Ensor, le coloriste à la dynamite, un triste jusqu’au sardonism e; à\nla fois pince-sans-rire et fulgurant.\n   Mlle Holleman, sollicitée par l’ange du bizarre : du Carie Vernet\nmacabre.\n   Jan Toorop, hanté de symboles et qui tend par trop, lui, le vigou­\nreux et ressenti coloriste, à se déprendre du symbolisme im manent de\ntout art sincère.\n   Rops, le grand confesseur du nu m oderne, le vivisecteur à l’eau\nforte.\n    Tout Pricker : le rébus magnifié.\n   Charles Doudelet : enfiévré de la peur ambiante, du désespoir et de\nl’effroi des choses ; des paysages lus dans M aeterlinck, hargneux,\nmaléfiques, des entrées de gorges maudites devant lesquelles des\nconjurateurs s’angoissent en occultes sérénades.\n   Hornel, le plus coloriste — dans le sens flamand — des Anglais\npourris d’italianisme médiéval.\n    Van Rysselberghe, un des seuls pointillistes qui fassent oublier, c’est-\nà-dire qui justifient le procédé.\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 783, "texte": "                               LA REVUE ROUGE                                      117\n\n\n\n   Léon Frédéric, toujours intéressant, mais moins heureux que dans\nses com positions précédentes.\n   Rodin representé par un m agistral buste de César Franck.\n   Gaspard: un jeune maître. Son Baiser, d’une chasteté hardie, d ’une\nvolupté contenue, forme une opposition bien venue à une des œuvres\npopulaires de Lambeaux, son maître.\n   Toulouse L antrec : l’affichage infernal et macabre, l’apothéose du\nm onde sombre et cryptogame chancrant Paris la grande « ville de\njoie. »\n   Carpentier : des poteries d'argent pour les Gambrinus fin de siècle.\n   Besnard : le Messie du vitrail.\n                                                                      A r p in .\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-010", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 117, "page_fin": 119, "titre_corps": "Les Livres", "titre_sommaire": "Les Livres", "rubrique": "", "signature_source": "H. 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Il n ’ose se livrer, ce semble, en toute franchise à une régu­\nlière inspiration, plus tourm enté d’une expression étrange, accrochant\nviolem m ent l’attention, que soucieux d’un rendu exact, serrant l’idée\npoétique ou la vision imaginative. Les pièces de vers qu’il range sous\nde vagues dénom inations, An Pays de Dolence, Par les chemins, Cré­\npuscule, renferm ent une série de sensations incomplètes, non poussées,\noù le pénible et constant souci d’un pittoresque choquant coupe court\nà toute inspiration commençante, — Et pourtant, combien nous im ­\npressionnent davantage les images simples et non torturées! Soit qu’il\ndépeigne les angoisses de son héros d’épopée, qui « crut que l’hiver\ntom bait dans son cœ ur », soit qu’il laisse tom ber au milieu du fouillis\ndéplaisant et lourd de ses recherches inquiètes, des vers excellents,\npresqu’admirables, comme ceux-ci que j’ai notés :\n        Ses blancs gestes sont doux comme des m ains d ’enfant.\n        ... A ux battem ents rythm és et fauves de ton cœ ur.\n\n  Mais peut-on approuver un auteur qui compare un astre « hérissé\nd’aigrettes lumineuses » au « dos des chats qui s’étirent en rond » ?\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2479, "texte": "118                         La   revue   rouge\n\n\n\n\n— Est-on ému, aussi peu que ce soit, par cette phrase prétentieuse :\n« Des lam entos sinistres et des râles, — joués sur des claviers de\nfeuilles inouïs ? » — Et enfin, peut-on découvrir un sincère et puis­\nsant souci d’art dans cette strophe du plus pur verbiage :\n\n                  T on âm e de souffrance éprise\n                  V int se réfléter en la m er\n                  D e volupté dont l’em brun grise\n                  L ’âm e b lanche aux flots d'outrem er.\n\n   — Vague impression d’un état d’âme, dira-t-on. Nous répondons\nque ce n ’est plus là de la littérature, mais plutôt le vagissem ent confus\nd’une sorte de décadence.\n   M. Declareuil abandonnera ces funestes voies, et de lui-même. Il\nserait peu croyable, en effet, qu’il ne sente pas en son propre cœ ur\ncombien sont plus intenses, plus élevées, poétiques et fortes, les pièces\nsimples et larges, comme son sonnet Amoroso, que nous publions. —\nLa prose du début, elle aussi, est d’un sentim ent plus uniforme, moins\ndétaché, bien que la mosaïque d’un style extraordinairem ent compact\nla rende d’une lecture assez difficile; mais ces souvenirs directs de\nl’épopée du D ante offrent de l’intérêt, ainsi que les curieuses re­\ncherches d’expression, presque classiques; car M. Declareuil, qui tend\nsouvent au m odernism e le plus aigu, ne dédaigne pas d’em prunter à\nHom ère son mode de com paraison épique ou de traduire la célèbre\nimage : « Cette obscure clarté qui tom be des étoiles » par cette phrase\nà effet : « Cependant une lueur comme stellaire rendait les lignes\nconfuses des choses. »\n   Ce sont là des am usements de dillettante. — En somme, M. Decla­\nreuil, qui semble assez impressionné du magnificisme farceur d e Saint-\nPol-Roux, a en lui la m atière d’un écrivain généreux, au style copieux\nen préoccupations diverses; mais s’il poursuit dans la voie poétique,\nil abandonnera sans nul doute toutes ces surcharges voulues, ces\neffets factices et un peu puérils, que lui inspirent ses tâtonnantes in­\nquiétudes.\n   Relisez les morceaux : l'Androgyne, la Consécration à Tanit, Amoroso,\nvous y trouverez un sentim ent très réel, librem ent et fortem ent ex­\nprimé en v ers soutenus et bien frappés; mais ces caprices de versifi­\ncation où la forme ruine le fond (Soirs), ces petites pièces d’une légè­\nreté manquée, ces « forêts coruscantes» et ces « ponants de chrysoprase, »\ntout cela n’ém eut aucunement, ne produit qu’une impression plutôt\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2286, "texte": "                              LA REVUE RO UGE                                119\n\n\n\n pénible, d’une pauvreté inavouée, se cachant sous de déroutantes bizar­\nreries et que l’on prendrait aisément pour de l’impuissance, si d’autres\npages plus libres et larges ne s’y joignaient heureusem ent pour dé­\nm entir le lecteur et le réconforter de leur souffle.\n   — Le simple recueil d’impressions d’Italie, Sous le Bleu, de M. Van\nden Bosch est d’une lecture plus aisée et coulante. Disons aussi que\nles prétentions de ce petit volume sont beaucoup moindres, un peu\ntrop rapetissées même. Les descriptions agréables et gentilles qui nous\nsont faites de ce pays de lumière ont peu d’intensité et ne fixent que\nsuperficiellement l’attention. — Il en est qui ont du charm e : je citerai\nune courte peinture de Pise et une promenade dans Rome assez\nexactem ent notée. Pourtant, tout cela est d’une vision un peu étroite\net restreinte ; aucun tableau d’ensemble, aucune page de large senti­\nment. En ce clair pays du bleu, M. Van den Bosch n ’a vu que des\ncouleurs et des costumes ; les particularités si attachantes du caractère\nitalien, les influences si visibles du climat et de la contrée sur la fécon­\ndité artistique de cette brillante nation, tout cela ne présente, pour\nson tem péram ent descriptif, qu’un intérêt très négligeable. Dans cet\nordre d’idées, c’est à peine si l’on peut rem arquer une comparaison de\nla Vénus et du Laocoon, — ce qui, depuis Lessing, a perdu toute\noriginalité — et une m aigre étude sur l’œuvre de Raphaël. — Mais\non aurait mauvaise grâce à exiger de M. Van den Bosch plus qu’il\nn ’a voulu donner. Telle qu’il la présente, son œ uvrette est gracieuse,\net elle plaira surtout par le style, chatoyant, aisé, adroit, dont l’allure\nsouple est caressante.\n    Certaines notes, d’une heureuse expression, accusent même une\nobservation assez judicieuse : « Les tunnels sont comme les repous­\nsoirs des paysages » rem arque-t-il avant d’arriver à Pise. — Ces pages\nde souvenir, où l’auteur a voulu « griffonner, le soir venu, les impres­\nsions du jour, » ont un charme assez fin et une couleur riante; m ais\nleur inspiration est peu nouvelle et rarem ent personnelle.\n                                                                H. L e B.\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-011", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 119, "page_fin": 120, "titre_corps": "Grappillages", "titre_sommaire": "Grappillages et Petites Correspondances", "rubrique": "", "signature_source": "P. Ste B.", "ancre_debut": "Grappillages   A l ’U niversité de Bruxel", "ancre_fin": "du mois. P . Ste B.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Petites C orrespondances   Paul Janssens. — V otre art", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 150, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 2286, "fin_caractere_exclue": 2602, "texte": "Grappillages\n  A l ’U niversité de Bruxelles, p a r u n effort très louable, des professeurs,\ndes étudiants et anciens étudiants viennent de fonder une société, une\nsorte d ’association, en vue d’élever, dans le peuple, le niveau intellectuel;\n— n e faisant en cela que suivre l’exem ple d ’Oxford et de Cam bridge.\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2429, "texte": "120                             LA RÉVUE R O U GE\n\n\n\n    Il sera donné des conférences, des cours populaires d’enseignem ent su­\n périeur, revêtis d ’un caractère exclusivem ent scientifique.\n    L e but de l’A ssociation, pour l ’extension universitaire, est évidem m ent d é­\nm ocratique et m érite éloge et encouragem ent, — m ais il faut bien dire que\nle peuple est si peu p rép aré à de telles études supérieures, si rudim entaires\net si superficielles qu’elles puissent être.\n    Il y a lieu aujourd’hui, précisém ent devant cet effort — très louable, rép é­\nto n s-le — de reg retter que nous n ’ayons p as l’établissem ent de l’instruction\nobligatoire. T ous les m inistères qui ont dirigé le pouvoir depuis la R évo­\nvolution de 1830 , — ta n t libéraux que catholiques —- n ’ont p o in t trouvé la\nforce et peut-être le courage de d écréter pareille réform e.\n   E t à l’heu re actuelle du problèm e révisionniste, s’agite la g ran d e arm ée\ndes conservateurs, la vieille garde de gauche et de droite, et proclam e le\np eu p le indigne d’aller au x urnes électorales... parce q u ’il est incapable et\nillettré!\n   Il nous sem ble que l'Extension universitaire ferait œ uvre sage et utile (style\nofficiel) en com m ençant ses travaux p ar réclam er énergiquem ent l’In stru c­\ntio n obligatoire.\n   C ertes il est très noble pour un savant de faire p artag er à ses frères, à ses\ncom patriotes le résu ltat de scs recherches et de ses productions et de les\nin itier aux problèm es de sa science, m ais l’E ta t doit donner au peu p le la\npossibilité d’acq u érir les prem ières notions scientifiques sans lesquelles\nest absolum ent infructueux et m êm e incom préhensible, l ’enseignem ent\nsupérieur.\n   U n nouveau périodique vient de se form er. Il sera l ’organe de la société\nlittéraire et artistique du C entre. Son nom : Le Caveau Louviérois.\n   T ous nos souhaits, n ’est-ce pas?\n\n   N ous dem andons à nos confrèros du Drapeau, du Chat Huant et du Ma­\ngasin Littéraire, pour quelle raiso n ils ne continuent avec la Revue Rouge\nl’échange accepté?\n   D isons égalem ent que nous n ’avons point reçu Chimère.\n\n   E n notre prochain n° nous p arlerons de Claudine Humour, de notre colla­\nb o rate u r C am ille L em onnier.\n  Avis. — N ous prions instam m ent nos collaborateu rs de nous envoyer\nleurs copies avant le 5 du mois.\n                                                            P . Ste B.\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-012", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 120, "page_fin": 120, "titre_corps": "Petites Correspondances", "titre_sommaire": "Grappillages et Petites Correspondances", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Petites C orrespondances   Paul Janssens. — V otre art", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 151, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 2429, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "Petites C orrespondances\n  Paul Janssens. — V otre article nous est arrivé trop tard. N ous le co n ser­\nvons pour mai.\n  Lucien Jottrand. — N ous donnerez-vous quelque chose p o u r mai?\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-04-n4-013", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Cours complet pour Messieurs, Dames ét Enfants            Ouvert tous l", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 152, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1097, "texte": "Cours complet pour Messieurs, Dames ét Enfants\n           Ouvert tous les jours, de 6 à ro heures elu soir\n                  et le dimanche, de z a 4 heures\n\n\n               3 francs par mois, jusqu'à l'âge de r5 ans;\n              5     ))       ))   passé cet âge;     1\n            r,So \"          ))    pour le cours d'ensemble.\n\n                                                              J\n\nEX-PROFESSEUR DE LL. AA. RR. LES PRINCES BAUDOUIN ET\n                ALBERT DE BELGIQUE\n\n         Rue de Wauthier, 93, à Laeken\n                          (PlW\\~ISOmE)rE:\\T)\n\n\n\n   N. B. Les inscriptions sont reçues au domicile du Professeur.\n\n\n\n\n    Pour paraître le IO mai prochain, chez les -éditeurs\nL. & A. GoDENNE' a Malines                                         ...\n\n                  Chansons Tristes\nun beau volume de vers, in-16, sur papier de luxe, carac-\ntères elzéviriens, au prix de trois francs, en souscription.\n     On souscrit chez l'auteur, rue Gendebien, r8, a Bru-\nxelles, ou chez les éditeurs L. & A. Godenne, 28, Grand'\nPlace, a Malines.\n     On souscrit par carte postale.\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 546, "texte": "          Pour cause d'ag1 ...1dissement\n\n                   L'IMPRiMER lE\n\n\n L. & A. GODENNE\n                        A MALINES\n\n           sera transférée, il partir du 1 mai prochain\n                                       CT\n\n\nde la · rue Notre- Dame, il la Grand' Place, 28, même ville\n\n\n\n\n Typographie, Lithographie, Autographie, Gravure\n\n          Spécialité b'5mpresstons be lu!e\n\nJouruaux) 'Brochures) 'R,_evues, Prix-courants) Catalogues) etc.\n\n                  FABRIQUE DE REGISTRES\n\n Imprimés Industriels, Administratifs & Commerciaux\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 130, "texte": "Deuxième Année -     No 4\n                                                 AVRIL 1893\n\n\n\n\n       LA\n\n\n\n                                         MENSUELLE\n                          ~e ')Littérature, ~·:art & ~·JBconomie\n\n                                           politique\n\n\n\n\n             Le Numéro : 2S Centimes\n\n\n\n\n                   7\\.édaction a ..Administration :\n      Rue Gendebien, 18, Bruxelles\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "                La Revue Rouge\n MENSUELLE DE LITTERATURE, D'ART ET D'ECONOMIE POLITIQUE\n\n\n\n\n                     Secrétaires de Rédaction :\n\n          Paul SAINTE BRIGITTE          a Sander PIERRON\n\n                       ABONNEMENTS :\n\n          Belgique   Un an, 3 francs; six n1ois, fr. I.7 5\n          Etranger            4    ))        ))         )) 2.25\n                     Le numéro    25 centimes\n\n\n\n                 COLL.A<JJO'l\\_..ATEU'l\\_5:\n\n   Georges Eekhoud - Emile Verhaeren- Camille Lemonnier -\nEugène Demolder - Hubert Krains -joseph Desgenêts - Louis\nDelattre - Emile Vandervelde - Dr Charbonnier -- Rodrigue Se·\nrasquier - Lucien de Busscher - Frans Delbastée - Elslander -\nMathias Robert - Henry Le Bœuf - Henry Ketels - Géo Mauvère\n- Lucien jottrand- Charles Frappart- Frédéric Friche - Pierre\nArmen -    Paul janssens -jacques Patient, etc.\n\n\n\n\n                          SOMMAIRE\n\nMatin de joie et de douleur                       JosEPH DEsGENÊTs.\nV ers la Mort .                                   RoDRIGUE SERASQUIER.\nScène                                             MATHIAs RoBERT.\nAmoroso (vers) .                                  JosEPH DECLAREUIL.\nBurch Mitsu (suite) .                             GEORGES EEKHOUD.\nLe Rosier .                                       SANDER PIERRON.\nLe Salon des XX                                   ARPIN.\n                                                                  •\nLes Livres .                                      HENRY LE BŒUF.\nGrappillages et Petites Correspondances.          P. S<e B.\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "       M a tin de joie et de d o u le u r\n                                                    A P aul Sainte Brigitte.\n\n\n\n          Par ce m atin déjà tout papillotant de clartés bleues, le trou-\n             peau de vaches parut, au sortir de l’étable, hésitant et\n             inquiet. Quelques bêtes encore ensommeillées rechignèrent\n             même et, sans la vigilance m ordante d’un musculeux chien\npréposé à leur garde, elles n ’auraient point franchi les clôtures. Leurs\ngros yeux aqueux s’avivèrent à la caresse du vent qui soufflait, très\nfrais et chargé de senteurs florales. Et ce furent leurs lents meugle­\nm ents, les aboiements des chiens de ferme et les claironnées des coqs\nrépétées aux lointains horizons qui arrachèrent la campagne à son\nsommeil tranquille.\n   A ujourd’hui le vacher avait devancé l’heure à laquelle tous les\nm atins il m enait paître son troupeau, mais il ne chantait point ses\nchansons coutumières et les claquements de son fouet ne reten­\ntissaient guère. L’habituelle mansuétude qu’il avait pour ses bêtes\navait fait place à une rudesse sombre qui les effrayait; il les pressait\ndes plus près, ne leur laissant point brouter l’herbe des ornières.\nT oujours il avait suivi le chemin sinueux qui court le long de la\nrivière, là-bas, près des vertes yeuses; ce matin il allait droit devant\nlui, sans s’arrêter aux détours de la veille, vers le pré favori et riant\nque l’on voyait reverdoyer au loin, à travers la jeune feuillée des\nhaies.\n   Le chemin lui sembla d’une longueur infinie et ce lui fut une joie\nsans bornes que de pouvoir écarter les pesantes barrières qui le\nfermaient. Elles grincèrent sur leurs gonds mangés de rouille et, une\nà une, dociles m aintenant et lentes, les vaches passèrent au pacage\ntou t criblé de soleil et de fleurs. Elles s’y éparpillèrent et leurs tave-\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "102                         LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n lures fauves, brunes et noires se m oirèrent et se lustrèrent à la claire\n lumière de cette m atinée de printemps.\n    Agité et haletant, le vacher s’affala sur un vieux tronc d’arbre\n abattu et ses yeux se tournèrent vers la grand’route que l’on soup­\n çonnait à quelque distance de la lignée régulière de ses hauts arbres.\n    C’était de là-bas qu’était venue l’amoureuse de la veille, — de la\nroute où une tribu de pitoyables forains avait érigé ses baraque­\nm ents de misère, ployée sous la fatigue des grandes marches quo­\ntidiennes.\n   Il attendait, oppressé d’impatience, souffrant du recueillement qui\npesait autour de lui....\n   L’inoubliable bonheur qu’il avait éprouvé hier lui remplissait le\ncœ ur; impérieusement il avait subi cette totale jouissance et son\nsouvenir s’éterniserait en lui, tant l’initiation avait été vive et violente\nla volupté.\n   La reverrait-il jamais? Ils s’étaient aimés une heure de toute l’ardeur\nde leurs cœ urs juvénils, lui, l’hom m e simple et ignorant, elle, la fille\ncapricieuse et raffinée, avec la complicité d’un superbe soleil vivifiant\net nouveau. La caresse de ses doigts l’irritait encore, il souffrait tou­\njours les brûlures délicieuses de ses lèvres enfiévrées; à ses oreilles\nchantait la douceur de sa voix câline; des frissons couraient sur ses\nchairs pantelantes; il revoyait ses larges prunelles lointaines où sa\nvirginité avait som bré; l’empreinte de ses bras enroulés à son cou lui\nétait restée et il sentait bondir sa poitrine gonflée et secouée de\ndésirs.\n   Q uand donc reviendraient ces m om ents d’ivresse, m inutes bienheu­\nreuses? Ses yeux, tournés obstiném ent vers la route, étaient leurrés\npar la fièvre et ne voyaient point que lentem ent les roulottes s’étaient\nmises en m arche; ses oreilles bourdonnantes des m ots de passion\nqu’elles avaient ignorés jusqu’alors n ’avaient pas distingué le doux\nbruissem ent du vent en les frondaisons du bruit dur des roues sur les\npavés de la route. Et ce ne fut que lorsque la dernière roulotte eût dis­\nparu au détour du chemin, derrière les collines coupant l’horizon,\nqu’il sentit bien que quelque chose était venu troubler la tranquillité\nde sa vie de vacher débonnaire et que son cœ ur s’en irait désormais\npar les routes infinies le long desquelles les miséreux forains pour­\nsuivent leur m ystérieuse destinée...\n\n                                                Joseph D e s g e n ê t s .\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                             LA RE VU E R O U GE                         10 3\n\n\n\n\n                       Vers la M ort\n                                                       A Georges Eekhoud.\n\n\n    Un clair soleil de printemps m onte, radieux, inondant de lumière\ndorée le verger, qu’entourent les bâtim ents de l’hôpital, gais, en briques\nrouges, et toiturés d’ardoise. Il a plu la nuit : le sol des allées est dé­\ntrem pé, et aux fils de fer clôturant les gazons grelottent des gouttes\narc-en-ciellées. Des vaches broutent indolem m ent l’herbe fine, où\ns’ébat to u t un peuple de poules, gloussant, picorant; par instants,\nun chant de coq s’élève, clair, dans la vaporeuse brume matinale. Les\npommiers en fleurs érigent leurs couronnes blanches, et, pendus à des\ncordes, des linges de couleurs vives sèchent aux premiers rayons\n d’avril.\n    T o u t là-bas, l a ferme de l’hôpital, d’où sortent des meuglements\n ensommeillés, et la com m unauté des religieuses, que domine un\n clocher surm onté d’un coq doré, semblant lancer vers le ciel lumineux\n sa claironnade joyeuse. Des sœurs en cornette blanche trottent,\n furtives, longeant les m urs; la cloche de la petite chapelle sonne à\ntoute volée, et ses. notes claires vibrent et s’éparpillent dans l’air\n humide.\n    Les malades, avides de liberté, de ciel bleu, d’air pur, de lumière\n dorée et de douce chaleur réconfortante, sont venus aux fenêtres.\nPartout, des figures hâves, aux yeux ternes, coiffées de bonnets de\n coton, contem plent, collées aux carreaux, l’éveil de la nature, l’éclo ­\n sion du printemps, la venue de ce m atin prestigieux. Ils s’im prégnent\n de bon soleil et déjà sentent la santé et les forces renaître en eux avec\n les sèves m ontantes, tandis que là-bas la voix claire de la cloche leur\n parle de joie et d’espoir. Et tous ces pauvres cerveaux, appareillant\n pour la berge des rêves, vagabondent vers le temps des étés lourds,\n des capiteuses fenaisons, des moissons dorées et des surabondantes\n vendanges.....\n    Soudain, dans une allée, deux brancardiers passent, portant un\n cadavre dont le linceul imprécise les formes... Les rêves s’envolent,\n les illusions s’évanouissent, et les malades, rappelés à la réalité brutale,\n jusqu’à ce qu’ils aient disparu, les suivent d’un regard de curiosité\n hagarde...; et, quittant les fenêtres, oppressés de tristesse, irrémédia­\n blement mélancolisés, ils se replongent dans l’atmosphère morbide,\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "104                         LA R EVUE ROUGE\n\n\n\n\npoussiéreuse, — aux odeurs d’onguents, de potions amères et gluantes,\n— de leur chambre, qu’égaie seul un rayon de soleil, étoilant d’un\npoint d’or le balancier de l’horloge, qui compte la chute inexorable du\nT em ps dans le N éant, et la venue, pour chacun d’eux, du M om ent\ninévitable, fatal...                            Rodrigue   S ér a s q u ie r .\n\n\n\n\n                               Scène\n  Pierrot : En up-to-dateux.\n  Colombine : En point d’interrogation. Tendances lacrymatoires.\n                                P ier r o t\n\n       Hé bien, non, ma Colombinette autrefois chère, je ne sais ni ne\npuis — t ’encore aimer...\n   Ha! Ha! Aimer! Je t ’aime — mi, fa, mi — point d’orgue sur fa.\nUn peu, beaucoup, passionnément, pas du tout. Il y en a juste pour\nles quatre pétales de Poutrageusem ent jaune renoncule — ce pissenlit!\n   Un baiser, le baiser, le depuis toujours doux baiser, sur des lè-è-è-\nvres roses, depuis toujours aussi.\n   Ce relent, un jour, de cuisine — O h! laquelle de gargote — sur ces\nmêmes lèvres, roses évidemment...\n   T ra la la... quel cet air? Ah! oui, tes phrases, tes dires — ô ces mots\n— non — encore ouïs, n ’est-ce pas?\n    « Chéri, chéri, toi seul que j’aime, que je devais aimer; les autres,\ndes étapes, vers toi ! »\n    Devoir, ce devoir! Classe, pions et doigts noirs d’encre! T ra la la\nla. Voici venir le printemps tiède... les amoureux s’en vont au bois, tra\nla la la...\n    S’asseoir sur le gazon, ton ton...\n                           ( Colombine pleure.)\n                                 P ie r r o t\n\n  Pleure ! Ça lave, ô la lave de tes pleurs ! Et le cratère de ta petite\nâme, de ta bonne bête de petite âme poupéenne !\n  Pâtés et rubans. Et quoi encore dans ce gouffre de petite âme ?\n  Am our encore et am our toujours. Et la rime, et le trémolo.\n  Tiens, Gavarni : « Vous m ’avez donné un chien et dix sous, vous\navez eu pour un chien et dix sous d’amour. »\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                           LA REVUE RO UGE                            105\n\n\n  J ’ai omis — ô l’ulcère de ton cœ ur qui pleure son leurre! — le petit\nchien : Azor, m on bijou.\n  O n devrait toujours donner un petit chien, ça console.\n       Et Magdeleine, tout en larmes, s’abattit aux pieds de Jésus.\nPense-tu pas que ce devait ennuyer Jésus?\n  Q ue je voudrais savoir ce qu’il a répondu!\n                      ( Colombine plus fo r t pleure.)\n\n                                 P ie r r o t\n\n   N ’insultez pas une femme qui tombe! T ra la lire-Tire-lire. Alouette\net pelote. T a dot?\n       De sa lyre aux divins accords, O rphée attendrissait les plus\nfarouches animaux.\n   O h ! qu’animal ne suis-je, et farouche singulièrem ent, m a liqué ­\nfactieuse, pour — ô ces — nos nuits am oureuses! — plus forte l’étreinte\net cruelle plus la m orsure — jouissance !\n   Pour, de dents acérées, faire en le satin ou baudruche qui te contient\nun trou, une lucarne. La joie, alors, de l’intérieur révélé!\n   Accorder ton rire, faux si souvent. Et, sur ta corde sensible, dénudée\nenfin, pincer le grand air. Et encore, à l’eau phéniquée (En faudrait\nbeaucoup, crois-tu?) laver ta conscience, ton extensible conscience.\n   Et en ton cerveau — bulle d’air, souffler. (Epousseter, quoi !)\n   Fû...û...û...\n   Plutôt, non! Le distiller — Hein, cette idée! — l’alambiquer, en\nfaire un extrait double que sur m on cœur, mon grand cœur, je por­\nterais, enclos en une — d’or pur à tan t de carats — délicieusement\nouvrée petite boîte.\n   Une châsse, à ton cerveau, comme pour d’hypothétiques maxil­\nlaires de canonisé!\n   Un autel pour, en mes loisirs intentionnés de revenez-y amoureux,\nla prière désireuse. Le beau sort de ton cerveau, cet hôtel des idées\ndont nul ne voulut.\n   Q uel dom m age d’y penser si tard. Tarare!\n       ( Colombine n’a cessé encore ses pleurs. Le sanglot pointe.)\n\n                                P ie r r o t\n\n  Q u ’est-ce que l’âme? Le principe de la pensée et des mouvements\nvolontaires dans l’homme.\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "106                           LA REVUE R O U G E\n\n\n\n\n  Volontaire! Le fus-tu?!\n  Et puis ta pensée, tes principes!\n             « Je voudrais bien savoir quel est ce jeune hom m e,\n             Si c’est un g rand seigneur, s’il a la forte somm e. »\n\n  T es caresses — une robe; tes baisers — bijoux, et le reste, des sous.\n  Troisièm e dessous, am our éthéré.\n  Envol devers l’immatériel en les étreintes délirantes.\n  « O h! dis, je meurs. » — M ort subite et résurrection — tasse de\nchocolat!\n        (Les sanglots de Colombine s’avèrent en rythme crispant.)\n\n                                    P ier r o t\n\n   Que donc va devenir ta beauté, cette bellement peinte enseigne\nattireuse des clients bénévoles, si ne cesse ce déluge en tentative de\nvoulu rapprochem ent ?\n   La scène, la grande scène, sotto voce; harpe, violon et clarinette.\nUn « tenu » des yeux en m otif reprocheur. Puis la crise, tutti-solo bref\nde grosse caisse.\n   Ah ça! vous autres, vous clichez tout?\n   T u sais, les cuivres, ensemble, c’est plus gai. Troû...oû...oû... djoum,\nbam, tarata, dji...\n   (E t puis, ça passe, plus vite.)\n   T iens, une voie pour les musiciens, talentueux nécessairement :\n   « Harm onisations variées pour petites femmes lâchées. Répertoire\nchrom atique des meilleurs effets à produire selon le tem péram ent\nde l’auditeur — subisseur — m onologues divers et vraisemblables\npour renforcer l’impression. — Leçons à domicile. »\n   A recom m ander aux S ous-W agner en mal de plagiat chronique.\n   Alors, dis, tu pourrais professer?\nColombine semble avoir conscience de sa situation marécageuse et regarde\n  à la fa ço n des blessés qui vont dire « o u s u i s - j e ? » dans les romans à\n  deux sous.\n  Puis, indignée, probablement, elle s’écrie : (sol au-dessus de la\nportée.)\n  « Sale type. »\n                                    P ierro t\n\n  T o u t finit par des chansons.\n                                                       Mathias R o b e r t .\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                                      LA REVUE ROU GE                                  107\n\n\n\n                                      Amoroso ()*\n                    L'élixir de tes yeux a centuplé ma force,\n                    —- De tes yeux qui sont grands et pareils au lotus —\n                    Ta chère odeur m’enivre et tes membres, vêtus\n                    De gaze s'ent r’ouvrant comme une jeune écorce,\n\n                    Laissent voir ta blancheur où mon désir s’amorce.\n                    J ’aime ta large hanche et tes longs cils battus,\n                    l'a bouche où j ’ai puisé de magiques vertus;\n                    Mes bras, te ceinturant, infléchiront ce torse\n\n                    Plus blanc que sur les mers un vol de goélands,\n                    El, serve à tout jamais de furieux élans,\n                    Sur de riches tapis, parmi les citronnelles,\n\n                    A u x battements rythmés et fauves de ton cœur,\n                    Je thésauriserai tes ardeurs criminelles,\n                    E t prendrai tes cheveux comme un drapeau vainqueur.\n\n                                                        Joseph D e c l a r e u i l .\n\n\n\n\n                                    B u rc h M itsu\n                                           ( su it e)\n\n\n   Celle du dimanche au lundi de la kermesse était la dernière soirée\nde m on séjour à O stende et mon inséparable, averti cependant de\ncette circonstance, ne donnait point signe de vie. Après l’avoir vaine­\nm ent attendu à notre rendez-vous habituel, je me mis à sa recherche\net, courant de guinguette en musico, je tombai enfin sur lui. Il était\naccompagné de sa fiancée, la pêcheuse de crevettes, une blonde qu’il\nm ’avait présentée l’an dernier et dont la mine plantureuse et saine\nréjouissait alors les yeux et le cœur. A présent elle avait l’air famé­\nlique et débraillé d’une coureuse de grèves. La misère avait creusé\nses joues roses et rebondies, et les rides, semblables à des encoches,\n\n (*) E x tr a it d e s Prestiges.\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "108                          LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\n m arquaient le nom bre des jours sans pain. C’est même à grand peine\n que je parvins à dominer l’affligeante surprise que me causa cette\n m étam orphose. Burch paraissait avoir bu plus que de coutum e et ma\n présence sembla d’abord l’embarrasser.\n    — Eh bien, lui dis-je sur un ton de reproche, que devenez-vous ?\n O n fainéante, on s’est mis en grève, alors...\n    — Ah, Monsieur, s’exclama-t-il fiévreux, tout est perdu, tout est\n fini... Je ne me reconnais plus m oi-m êm e et je ne sais ce qu’ils font,\n ce qu’ils feront'encore de moi!.. N on, vous n ’imaginez point ce qu’ils\n in v en ten t pour nous réduire à la famine. Ils n ’ont rien trouvé de mieux\n à présent que de perm ettre à des richards d’Anvers de se liguer pour\n nous faire concurrence, à nous autres, pauvres diables, dans nos\n derniers m oyens de ressources. Ces intrus possèdent une rosse de\n bateau à vapeur pouvant embarquer à la fois une centaine de passagers,\n de sorte qu’à cette heure tous les am ateurs de prom enades en mer\n ont délaissé nos barquettes à voiles. A quoi bon nous m orfondre\n alors au pied de l’estacade? Tenez, mieux vaut ne pas assister à ce\n spectacle, car nous sentions la colère nous retourner le sang et aussi\nvrai qu’il y a un Dieu, nous allions nous porter à quelque extrémité,\npris d’un impérieux besoin de détruire les choses et .même les êtres.\nVoilà pourquoi vous ne me verrez plus à m on poste. Vous, Monsieur,\nvous nous restiez fidèle, il est vrai, mais nous sommes nom breux et\ncomme vous ne pouviez nous engager tous, je n ’ai pas voulu être le\nseul...\n    Il n ’acheva pas, tout gêné, rougissant, ayant peur de se vanter de\nson abnégation et de sa touchante solidarité.\n    Le noble, le sublime garçon! C’était donc pour ce m otif qu’il\nm ’évitait et que je ne le rencontrais plus.\n    — Burch, murmurai-je, m on pauvre Burch !\n    Et ne trouvai point d’autres paroles tant mon cœ ur se gonflait\njusqu’à se fendre pour contenir tout le sien.\n    La veille, le fâcheux paquebot dont se plaignaient les chaloupiers\nd’O stende, avait offusqué mes regards, mais si mes goûts esthétiques\navaient été choqués par cette m achine aussi ingénieuse qu’horrible où\nles bourgeois anachroniques s’entassaient comme sur l’impériale d’un\nomnibus, une véritable haine s’empara de moi en apprenant que cette\nabominable patache ne se bornait pas à attenter à la grandeur, à l’har­\nm onie de l’océan, mais qu’elle servait à affamer les travailleurs les\nplus intéressants, ceux qui m ’étaient le plus chers.\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                                                      LA REVUE RO UGE   109\n\n\n    — Burch! Mon pauvre Burch!..\n   Je ne pus que répéter ces mots, sans parvenir à lâcher les mains de\nl’ami et en le regardant au plus profond des yeux bleus pour m ’éblouir\nà jamais des reflets de sa grande âme.\n    Si la séparation m ’avait coûté l’année d’avant, combien mon regret\nétait plus crispant aujourd’hui, car il se doublait de véritables affres\nmorales au sujet de m on com pagnon préféré. J ’avais conscience que\npour ne pas m ’alarm er il me voilait les plus sombres perspectives. Je\nme mis au lit, mais sans pouvoir dorm ir; toute la nuit l’image de Burch\nme hanta com m e le fantôme d’un ami déjà pleuré.\n   Dans l’auberge attenante un accordéon reprenait sans cesse le même\nair dolent à prétentions dansantes, une polka fallacieuse comme toutes\ncelles que Burch dut danser cette nuit-là.\n   Pourquoi les accords de cet instrum ent faubourien me reportèrent-\nils aux tem ps légendaires de la Kerjingalande? Par instants je croyais\nouïr la corne-m use pathétique et belliqueuse des aborigènes. Corres­\npondance plus suggestive encore et d’une action plus actuelle : une\ncrevasse dans le soufflet de l’accordéon déterm inait une lamentable\nfuite de mélodie et périodiquement, à chaque appel de la note perforée,\nle son s’échappait comme un râle, comme d’un poumon troué par\nune balle et d’où le sang giclerait avec les derniers souffles (1).\n   P ar surcroit d’obsession, des pétarades de carabines et des pièces\nd’artifice éclataient, non loin de là, sur le champ de foire. Et j’en vins\nà me rappeler m a dernière soirée avec Burch aux vacances précédentes,\nsur la digue, au bord de la m er jalouse, lorsque les vagues brasillantes\nm ’avaient évoqué de lointains feux de peloton. Cette nuit le crépite­\nm ent de l’occulte fusillade s’était bien rapproché depuis l’autre fois et,\naprès chaque détonation, l’accordéon me semblait implorer le coup de\ngrâce et gémir, plus oppressé, plus suffoqué par sa blessure.\n\n                                                               III\n\n   Quelques jours après ma rentrée à Bruxelles, les journaux consta­\ntaient, en leur style apathique, les premiers éclats de la tourm ente.\nUne dépêche énonçait ceci : « Aujourd’hui, M. Duvyvre, armateur-\nécoreur, ayant mis en vente de la morue de provenance étrangère, le\n\n\n  (1) V o ir C o u tu m a c e (N o u v e lle C a rth a g e.)\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "110                         LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\nm écontentem ent des pêcheurs s’est traduit par des manifestations\ntumultueuses et l’on a dû renoncer à continuer la vente ».\n   Il n ’y avait encore là rien de bien tragique, mais, transi d’inquié­\ntude, je lus et relus ce télégramme succinct dont les lettres dansaient\nen flamboyants zigzags devant mes yeux; puis je courus tout d’une\ntraite à la gare et sautais, après une mortelle attente d’une heure, dans\nl’express pour Ostende.\n   Q uand j’arrivai, vers le soir, rien n ’indiquait une effervescence\npopulaire : mêmes criailleries de groom s, de chasseurs, de cochers et\nde commissionnaires assaillant, à la descente du train, une nuée de\nbaigneurs élégants; mêm e cavalcade d’omnibus et de fiacres, em por­\ntan t, avec force claquements de fouets, ces retardataires, non moins\nempilés et encaqués que leurs colis, vers les caravansérails de la digue\net du centre de la ville.\n   La rue de la chapelle, où je m ’engageai à la suite de l’étourdissant\ncortège, gardait sa physionom ie d’artère de fausse capitale, quelque\nchose comme la rue de la M adeleine ou la rue Neuve, émigrées au\nbord de la mer avec les étalages, les brevets et les enseignes de leurs\nfournisseurs fameux. L’invariable m ouvem ent de flaneurs et de désœ u­\nvrés cosmopolites en équipem ent fantaisiste d’un négligé savant, d’un\nlaisser-aller laborieux, regagnant avec une langueur affectée les ves­\npérales tables d’hôte que les bouffées alléchantes des cuisines annon­\nçaient aussi éloquem m ent que les appels des cloches.\n   Les patrons de l’auberge ne furent pas m édiocrem ent surpris de me\nrevoir, surtout lorsque je leur eus dit la cause de ce retour. Ils se m o­\nquèrent presque de moi : « V raim ent, s’exclama la baesine, on prend\nà Bruxelles ces bisbilles-là au grand sérieux!.. Un simple m alentendu,\nMonsieur. O n s’arrangera, on finit toujours par s’arranger ici. Nos\npêcheurs ne sont pas gens à se m onter la caboche. Si traitables, si\n doux, de vrais m outons! O n en a raison avec quelques bonnes\n paroles! Ainsi, vous avez cru assister ici à des horreurs comme celles\n qui se passent chez ces mauvais coucheurs de charbonniers ! Rassurez-\nvous. Aujourd’hui il n ’y parait déjà plus! » Ht l’Anglais souligna les\n dires de sa femme par ce m ot dédaigneux : Humburg ! Des bêtises !\n    L ’optimisme de l’hôtesse ne me rassura qu’à moitié. Quoique établis\n en plein quartier besoigneux, ils vivaient si distants de leur voisins, et\n leur prospérité relative, leur clientèle cosmopolite, leur commerce qui\n ne chôm ait jamais, les rendait indifférents à la situation famélique de\n leur entourage.\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                            LA REVUE RO UGE                             111\n\n\n\n    Je me mis à la recherche des deux frères Mitsu. N on seulement ils\nn ’étaient pas chez eux, mais toute la famille avait quitté le logis, car je\ncognai vainem ent à la porte.\n    Cette absence anormale justifiait mes premières appréhensions.\nJ ’entrai dans quelques cabarets du quai et m ’informai de mes amis.\nNul ne put me dire où ils se trouvaient. Les buveurs causaient avec\ncalme et paraissaient s’entretenir de choses indifférentes. Pas u n e\nallusion aux incidents de la veille. Plusieurs pêcheurs à qui je touchai\nun m ot de ces troubles, haussaient les épaules avec humeur, comme si\nj’avais voulu les mystifier. Décidément, ou bien ces humbles se dé­\nfiaient de moi, ou bien les gens de l’hôtel disaient vrai et les journaux\navaient exagéré un simple malentendu. Je finis par adm ettre le seconde\nde ces suppositions et regagnai ma chambre, bien décidé à reprendre,\nle lendemain, un des premiers trains pour Bruxelles.\n    T andis que je m ’habillais, rassuré, aux tintem ents de la matineuse\ncloche de la m inque convoquant les acheteurs à la criée, un hourivari\nse déchaîna to u t à coup sous mes fenêtres, le quai retentit de trépi­\ngnem ents et de clameurs insolites, dans lesquelles je reconnus des\nprotestations et des menaces. Matelots et pêcheurs se portaient à la\nhâte vers le bassin où le rassemblement de plus en plus houleux gros­\nsissait jusqu’à représenter une véritable insurrection.\n    C’est donc que le bal recommence :\n    Je descends dans la rue et comme je m ’enquiers des causes de cette\nsurexcitation, un des m anifestants me m ontre une chaloupe anglaise\net un chalutier de Berwick qui viennent d’entrer dans la port. O r, on\nattendait quatre bateaux de pêche ostendais, — entre autres la Con ­\nstantici, sur laquelle était m onté l’aîné des Mitsu, — et encore sous\nl’impression de leurs griefs de la veille, les Flamands sont résolus à\ns’opposer à la vente de la cargaison des Englisch. Ceux-ci, encouragés\npar quelques commis de mareyeurs et par la présence des employés\nde la minque, croient à de simples bravades de la part des indigènes.\nGoddam! ils ne se laisseront pas intimider par ces criailleries! Et voilà\nqu’ils se m ettent en devoir de déposer sur le quai les paniers gorgés\nde poissons. Auraient-ils raison, ces spoliateurs, de nous com pter pour\nsi peu de chose? Les Flamands d’aujourd’hui ne représenteraient-ils\nplus que des brouillons et des pleutres, à qui les grandes nations pour­\nraient imposer le régime auquel les brimeurs ou bullies des collèges\nd’outre-M anchë soum ettaient autrefois les fa g s, leurs souffre-douleur!\n    Une dizaine de bannettes s’alignent déjà le long du rivage, prêtes\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": " 112                        LA REVUE R O U G E\n\n\n\n\n  pour la billotée et, toujours, les O stendais se contentent de les en­\n  tourer en se gargarisant d’injures et en roulant de grands gestes dans\n  le vide. Pas un ne bouge efficacement.\n     J ’éprouve un sentim ent étrange et complexe : d’une part, je serais\n tenté de me réjouir de l’inoffensive issue de cette contestation; d’autre\n part, cette tolérance, cette veulerie de mes com patriotes ne laisse pas\n de m ’énerver et de m ’humilier profondément.\n     O Kerels! O les Pieds-Bleus! O Zannekin! où êtes-vous? Vos des­\n cendants n ’ont-ils plus dans leurs veines une seule goutte de votre\n sang rebelle et farouche ?\n     — Allons, assez de criaillerie! Q u ’on se range un peu et qu’on fasse\n place! clame le facteur de la halle, en s’interposant, tandis que les\n English s’apprêtent flegm atiquem ent à caler les lourds paniers sur\n leurs larges épaules.\n     Comme s’ils n ’avaient attendu que ce signal, tout à coup, sans m ot\n d’ordre, nos pêcheurs se ruent sur la marchandise. Harop! Harop!\n Coups de pied, à droite, à gauche! T outes les cloyères renversées\n sur le sol. O n dirait des cornes d’abondance dégorgeant leurs trésors.\n O le joli poisson, aux écailles irisées, aux tons de nacre et d’azur!\n L ’appétissante et fraîche marée, l’espoir des riches gourm ets, dispersée\n aux quatre vents! Elle est propre, à présent, la délectable marchandise!\n C ’est qu’ils vous l’accom odent, sur place, sans poêle à frire ou sans\n casserole, nos fricasseurs expéditifs : Ils vous en trem pent une water-\nz ooi comme n ’en rêvèrent jamais, à la veille des ventrées, nos sensuelles\n bourgeoises! Raies, turbots, plies, congres, aiglefins, cabillauds, bar­\nbues, poissons Saint-Pierre se m étam orphosent en autant de poissons\nvolants qui replongent, en ricochant, dans l’eau salée ou vont s’abattre,\nplus vite qu’ils n’en furent extraits, sur les chaloupes de la vieille A n­\ngleterre!\n    Merry England cède le pas à Merry Beigium! T o u t à la joie, les\nFlamands ne récrim inent, ne sacrent plus. Émoustillés, exultant, ils se\nlivrent à cet exercice avec la gaillardise de collégiens engagés dans\nune partie de balle. Ah, je les calomniais ! Q u ’ils sont beaux, nos pê­\ncheurs, nos mousses musclés et râblés, s’am usant à se renvoyer, du\npoing et du pied, les poissons gluants par dessus les têtes de leurs\npropriétaires consternés. Les commères, accourues du fond des ve­\nnelles riveraines, se m ettent de la partie avec plus d’entrain encore\nque leurs hommes.\n    Quelle joie, oui; mais quelle sinistre allégresse. Lorsqu’on rit ainsi,\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                           LA RE V U E RO UGE                         113\n\n\n\nc’est qu’on n ’a plus de larmes à répandre. N on seulem ent ils rient,\nmais ils chantent, ils dansent. Ils achèvent de détruire la m archan­\ndise m audite en la foulant sous leurs sabots au rythmJ\n                                                            e d’une gigue\neffrénée.\n   L’émeute ne s’en prend pas encore aux personnes toutefois, mais\nles Anglais, déconcertés par l’imprévu du coup de m ain, ont jugé\nprudent de sauter à bord de leurs bateaux d’où ils assistent ébaubis à\nla destruction de leur pêche. L’algarade se bornerait à des pertes m a­\ntérielles, si les agents de police — toujours opportuns, ces policiers!\n— ne s’avisaient de vouloir arracher aux furieux la denrée désormais\nim propre à la consom m ation, la charogne boueuse, l’innommable ma­\ntelote qu’est devenue la ragoûtante pêche des Anglais. Mal en prend\naux alguazils. O n les lapide avec ces éclaboussures, on les vautre dans\nce margouillis, on. les barbouille de fiel et de laitance. Leur sifflet\nd’alarme appelle à la rescousse un piquet de gendarmes. A vant que\nceux-ci aient eu le temps de m ettre la baïonnette au canon, on la leur\narrache des mains, on la convertit en tire-bouchon, comme s’il ne\ns’agissait que d’un simple fil de fer. Débordés, argousins et pandores\nfuient dans la direction de la m inque où ils espèrent se retrancher. La\nfoule se rue à leurs trousses; elle les rejoint, elle les précède même\ndans la halle au poisson. Tom bés au pouvoir de leurs ennemis, il va\nleur en cuire, lorsque tout à coup une diversion se produit. Q uelqu’un\ns’écrie : « Hé camarades, lâchez ces malheureux; il y en a de plus\nmalfaisants ! Allons plutôt faire visite à Duvyvre et Valckeniers ! »\n   J ’ai reconnu la voix de Burch Mitsu et je l’aperçois, dominant, au\nm oins d’une tête, la. bande des émeutiers. Ils subissent son ascendant,\n faut-il croire, car ils abandonnent leurs prisonniers et s’ébranlent à sa\nsuite, au pas gym nastique, en criant : « A bas Duvyvre! A bas Val­\nckeniers ! »\n   Duvyvre et Valckeniers sont les écoreurs destinataires du poisson\nanglais. Je me laisse em porter dans la bourrasque populaire jusqu’aux\nabords des bureaux et des magasins désignés à la vengeance des\npêcheurs. En quelques m inutes ils ont enfoncé les portes, brisé les\nfenêtres; dégarni les étaux, ravagé et piétiné la marchandise. Si, flai­\nrant le grabuge, les patrons n ’avaient jugé prudent de se réfugier chez\ndes amis, on les aurait écorchés comme de simples anguilles. La dé­\nvastation s’accomplit au roulem ent d’imprécations terribles : « A m ort\nles traîtres! A l’eau les Judas! A bas les amis de l’étranger! Ils nous\n arrachent le pain noir de la bouche ! La patrie n ’existe plus ! Nos pro­\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": "114                         LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\ntecteurs nous ont vendus! La m arâtre affame ses enfants! Les tem pêtes\nsont m oins m eurtières que les arm ateurs! Ils battent m onnaie avec\n notre misère et font suer de l’or à nos cadavres ! »\n   Désespérant de m ettre la main sur les exploiteurs, ne trouvant plus\nrien à détruire, la horde, toujours commandée par Burch M itsu,\nretourne aux bassins et s’y confond avec d’autres colonnes de\nrévoltés.\n   La population entière a déserté ses taudis pour se répandre sur les\nquais. Les mères hâves et ridées traînent à leurs jupes une marmaille\nfamélique et lamentable. Chez cette classe de prolétaires, les mâles pré­\nservent plus longtem ps leurs fleurs de jeunesse et de santé dans les\nathlétiques opérations du plein air, les bromes du large nettoyant leurs\npoum ons et entretenant la pureté de leur sang. Les épouses, au con­\ntraire, sont flétries et fanées avant l’âge par de nom breuses couches,\npar de continuelles privations, par l’hum idité, les ténèbres et la pesti­\nlence de leurs galetas. Les marins passent des aventures et des crises\nde leurs pérégrinations sur l’océan, aux turbulentes et folles bordées\nsur la terre ferme ; ils se gobergent de l’avenir, se retrem pent constam ­\nm ent dans l’action, et après avoir cuvé leur alcool, retournent s’eni­\nvrer d’héroïsme. Les femmes connaissent les veilles sinistres, les\ninsomnies pleines d’effrois. Pendant les tem pêtes m eurtrières, les\ntranses et les affres sont pour celles qui attendent à terre et non pour les\nlutteurs intrépides et ingénus qui se m esurent, corps à corps, avec les\néléments inéluctables. Eux expirent debout, sans voir approcher la\nm ort, mais elles agonisent durant toute leur vie.\n   Aujourd’hui, pourtant, le souffle tragique les a visitées à leur tour.\nElle abdiquent la prévoyance, la prosaïque sagesse, la résignation\ncagnarde, la terreur du lendemain. Les conseillères calmantes et timorées\nsont devenues autant d’instigatrices incendiaires. N on seulem ent elles\napprouvent la rébellion des pêcheurs, mais elles les exhortent à persis­\nter dans leur résistance. Elles circulent de groupe en groupe pour\nharanguer leurs frères, leurs fiancés, leurs maris. Elles trouvent de ces\nparoles corrosives qui avivent et tisonnent le feu des représailles dans\nles cœ urs les plus évangéliques. Ah, il ne faudrait pas que l’un d’eux\ns’avisât de reprendre la m er ! Elles se chargeraient de le débarquer m ort\nou vif.\n   T andis que les pêcheurs faisaient acte de sommaire justice chez les\nDuvyvre et Valckeniers, elles se sont rendues à bord des barques gré­\nvistes et, après avoir ramené les pavillons, elles ont drapé les voiles de\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                             LA REVUE RO UGE\n                                                                           115\n\n\n\nfunèbres bandes de crêpe, comme lorsque l’équipage a laissé quelqu’un\ndes siens dans la grande tasse. « Vous le voyez! s’écrient-elles en\nm ontrant ces barques endeuillies, nous demandons la m ort! ».\n   Les cheveux épars, les yeux égarés, la bouche convulsive, la voix\nfêlée, le geste impérieux, leur laideur devenait sublime, et ces pau­\nvresses, généralem ent passives, qui ne connaissent de la vie que les\nsoucis délétères et la croupissante obscurité, évoquaient les prophé ­\ntesses et les sibylles fulgurantes des temps bibliques.\n\n                                                 Georges E e k h o u d .\n     (A suivre.)\n\n\n\n\n                           Le Rosier\n                                                             Pour l'aimée.\n\n   Q uand la grand’mère fut m orte, l’enfant acheta une pousse de\nrosier, qu’il alla planter sur sa tombe, dans la terre inculte et jaune du\ncimetière. Le dimanche il passait ses heures à soigner le jardinet, à\nl’arroser avec ferveur voulant le rendre riant et agréable à la pauvre\nm orte. Le rosier avait déjà des feuilles. Un dimanche, lorsque l’enfant\nse trouva devant la tombe, une grosse rose s’épanouissait sur l’unique\nbranche et répandait de doux parfums. D ’heureuses larmes brillèrent\ndans ses yeux et s’épandirent sur le gazon, en fraîche rosée.\n   Chaque fois qu’il revenait, de nouvelles fleurs avaient poussé. A\nprésent il ne les com ptait plus, tellem ent elles étaient nombreuses et\ngrandes. A la fin de l’autom ne la tombe de la grand’mère ressemblait\nà un immense bouquet. Puis, une à une, les roses se fanèrent, per­\ndirent leurs pétales jaunis et se m êlèrent sur le sol aux feuilles m ortes.\n   L’enfant vit le rosier morose, pendant l’hiver, couvert de neige ou\ndégouttant de pluie. Enfin il vit le soleil revenir, les branches bour­\ngeonner et porter des feuilles, puis il assista à l’éclosion des roses\njoyeuses. Et son cœ ur aussi redevenait joyeux et de nouveau il pleu­\nrait en priant.\n   L’enfant grandit, devint homme et, à mesure qu’il grandissait, le\nrosier du cimetière croissait, étendait ses branches, multipliait ses\nfleurs, couvrait de son m anteau les tombes voisines.\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "116                         LA R E V U E   ROU GE\n\n\n\n\n  Et chaque dimanche, le fils rapportait une gerbe de roses qu’il pla­\nçait dans un vase toute la semaine et sa chambre s’emplissait du sou­\nvenir parfumé de la chère morte.\n                                                    Sander P i e r r o n .\n\n\n\n                  Le Salon des XX\n   La dom inante, au salon des X X , c’est le souci du neuf ou du reneuf,\nle raffinement de l’invu et la recherche de l’inédit ou de l’exhumé.\n   Au hasard de mes notules :\n   Lemmens, chercheur jusqu’à l’inquiétude, très épris pour le m om ent\nde l’illustration présentant un alliage hybride mais attachant de japo­\nnisme et d’anglicisme, un ornem aniste qui composerait de délicieux\nmodèles de bijoux en train de ressusciter l’arabesque et de rajeunir le\nfrontispice.\n   De Gouve de Nuncques, du naïf ou du néo-firmitif, visions d ’enfant\nou de blasé débonnaire, impressions rendues avec une gaucherie atta­\nchante, d’une patte gourde mais fervente. A citer : l ’enfant au hibou,\net un Berger, et un admirable portrait d’Henry de Groun.\n   Ensor, le coloriste à la dynamite, un triste jusqu’au sardonism e; à\nla fois pince-sans-rire et fulgurant.\n   Mlle Holleman, sollicitée par l’ange du bizarre : du Carie Vernet\nmacabre.\n   Jan Toorop, hanté de symboles et qui tend par trop, lui, le vigou­\nreux et ressenti coloriste, à se déprendre du symbolisme im manent de\ntout art sincère.\n   Rops, le grand confesseur du nu m oderne, le vivisecteur à l’eau\nforte.\n    Tout Pricker : le rébus magnifié.\n   Charles Doudelet : enfiévré de la peur ambiante, du désespoir et de\nl’effroi des choses ; des paysages lus dans M aeterlinck, hargneux,\nmaléfiques, des entrées de gorges maudites devant lesquelles des\nconjurateurs s’angoissent en occultes sérénades.\n   Hornel, le plus coloriste — dans le sens flamand — des Anglais\npourris d’italianisme médiéval.\n    Van Rysselberghe, un des seuls pointillistes qui fassent oublier, c’est-\nà-dire qui justifient le procédé.\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                               LA REVUE ROUGE                                      117\n\n\n\n   Léon Frédéric, toujours intéressant, mais moins heureux que dans\nses com positions précédentes.\n   Rodin representé par un m agistral buste de César Franck.\n   Gaspard: un jeune maître. Son Baiser, d’une chasteté hardie, d ’une\nvolupté contenue, forme une opposition bien venue à une des œuvres\npopulaires de Lambeaux, son maître.\n   Toulouse L antrec : l’affichage infernal et macabre, l’apothéose du\nm onde sombre et cryptogame chancrant Paris la grande « ville de\njoie. »\n   Carpentier : des poteries d'argent pour les Gambrinus fin de siècle.\n   Besnard : le Messie du vitrail.\n                                                                      A r p in .\n\n\n\n                        B ib liog raphie\n                                 L E S L IV R E S\n  Prestiges, de Jo seph D eclareuil. — E d ite u r : G irard, P aris.\n  Sous le Bleu, de F irm in V anden Bosch. — E d ite u r : Siffer, G and.\n\n   M. Declareuil, dont les Prestiges viennent de paraître chez Girard,\nà Paris, est un esprit assez complexe et hésitant, un poète inquiet et\nmorose. Il n ’ose se livrer, ce semble, en toute franchise à une régu­\nlière inspiration, plus tourm enté d’une expression étrange, accrochant\nviolem m ent l’attention, que soucieux d’un rendu exact, serrant l’idée\npoétique ou la vision imaginative. Les pièces de vers qu’il range sous\nde vagues dénom inations, An Pays de Dolence, Par les chemins, Cré­\npuscule, renferm ent une série de sensations incomplètes, non poussées,\noù le pénible et constant souci d’un pittoresque choquant coupe court\nà toute inspiration commençante, — Et pourtant, combien nous im ­\npressionnent davantage les images simples et non torturées! Soit qu’il\ndépeigne les angoisses de son héros d’épopée, qui « crut que l’hiver\ntom bait dans son cœ ur », soit qu’il laisse tom ber au milieu du fouillis\ndéplaisant et lourd de ses recherches inquiètes, des vers excellents,\npresqu’admirables, comme ceux-ci que j’ai notés :\n        Ses blancs gestes sont doux comme des m ains d ’enfant.\n        ... A ux battem ents rythm és et fauves de ton cœ ur.\n\n  Mais peut-on approuver un auteur qui compare un astre « hérissé\nd’aigrettes lumineuses » au « dos des chats qui s’étirent en rond » ?\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "118                         La   revue   rouge\n\n\n\n\n— Est-on ému, aussi peu que ce soit, par cette phrase prétentieuse :\n« Des lam entos sinistres et des râles, — joués sur des claviers de\nfeuilles inouïs ? » — Et enfin, peut-on découvrir un sincère et puis­\nsant souci d’art dans cette strophe du plus pur verbiage :\n\n                  T on âm e de souffrance éprise\n                  V int se réfléter en la m er\n                  D e volupté dont l’em brun grise\n                  L ’âm e b lanche aux flots d'outrem er.\n\n   — Vague impression d’un état d’âme, dira-t-on. Nous répondons\nque ce n ’est plus là de la littérature, mais plutôt le vagissem ent confus\nd’une sorte de décadence.\n   M. Declareuil abandonnera ces funestes voies, et de lui-même. Il\nserait peu croyable, en effet, qu’il ne sente pas en son propre cœ ur\ncombien sont plus intenses, plus élevées, poétiques et fortes, les pièces\nsimples et larges, comme son sonnet Amoroso, que nous publions. —\nLa prose du début, elle aussi, est d’un sentim ent plus uniforme, moins\ndétaché, bien que la mosaïque d’un style extraordinairem ent compact\nla rende d’une lecture assez difficile; mais ces souvenirs directs de\nl’épopée du D ante offrent de l’intérêt, ainsi que les curieuses re­\ncherches d’expression, presque classiques; car M. Declareuil, qui tend\nsouvent au m odernism e le plus aigu, ne dédaigne pas d’em prunter à\nHom ère son mode de com paraison épique ou de traduire la célèbre\nimage : « Cette obscure clarté qui tom be des étoiles » par cette phrase\nà effet : « Cependant une lueur comme stellaire rendait les lignes\nconfuses des choses. »\n   Ce sont là des am usements de dillettante. — En somme, M. Decla­\nreuil, qui semble assez impressionné du magnificisme farceur d e Saint-\nPol-Roux, a en lui la m atière d’un écrivain généreux, au style copieux\nen préoccupations diverses; mais s’il poursuit dans la voie poétique,\nil abandonnera sans nul doute toutes ces surcharges voulues, ces\neffets factices et un peu puérils, que lui inspirent ses tâtonnantes in­\nquiétudes.\n   Relisez les morceaux : l'Androgyne, la Consécration à Tanit, Amoroso,\nvous y trouverez un sentim ent très réel, librem ent et fortem ent ex­\nprimé en v ers soutenus et bien frappés; mais ces caprices de versifi­\ncation où la forme ruine le fond (Soirs), ces petites pièces d’une légè­\nreté manquée, ces « forêts coruscantes» et ces « ponants de chrysoprase, »\ntout cela n’ém eut aucunement, ne produit qu’une impression plutôt\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                              LA REVUE RO UGE                                119\n\n\n\n pénible, d’une pauvreté inavouée, se cachant sous de déroutantes bizar­\nreries et que l’on prendrait aisément pour de l’impuissance, si d’autres\npages plus libres et larges ne s’y joignaient heureusem ent pour dé­\nm entir le lecteur et le réconforter de leur souffle.\n   — Le simple recueil d’impressions d’Italie, Sous le Bleu, de M. Van\nden Bosch est d’une lecture plus aisée et coulante. Disons aussi que\nles prétentions de ce petit volume sont beaucoup moindres, un peu\ntrop rapetissées même. Les descriptions agréables et gentilles qui nous\nsont faites de ce pays de lumière ont peu d’intensité et ne fixent que\nsuperficiellement l’attention. — Il en est qui ont du charm e : je citerai\nune courte peinture de Pise et une promenade dans Rome assez\nexactem ent notée. Pourtant, tout cela est d’une vision un peu étroite\net restreinte ; aucun tableau d’ensemble, aucune page de large senti­\nment. En ce clair pays du bleu, M. Van den Bosch n ’a vu que des\ncouleurs et des costumes ; les particularités si attachantes du caractère\nitalien, les influences si visibles du climat et de la contrée sur la fécon­\ndité artistique de cette brillante nation, tout cela ne présente, pour\nson tem péram ent descriptif, qu’un intérêt très négligeable. Dans cet\nordre d’idées, c’est à peine si l’on peut rem arquer une comparaison de\nla Vénus et du Laocoon, — ce qui, depuis Lessing, a perdu toute\noriginalité — et une m aigre étude sur l’œuvre de Raphaël. — Mais\non aurait mauvaise grâce à exiger de M. Van den Bosch plus qu’il\nn ’a voulu donner. Telle qu’il la présente, son œ uvrette est gracieuse,\net elle plaira surtout par le style, chatoyant, aisé, adroit, dont l’allure\nsouple est caressante.\n    Certaines notes, d’une heureuse expression, accusent même une\nobservation assez judicieuse : « Les tunnels sont comme les repous­\nsoirs des paysages » rem arque-t-il avant d’arriver à Pise. — Ces pages\nde souvenir, où l’auteur a voulu « griffonner, le soir venu, les impres­\nsions du jour, » ont un charme assez fin et une couleur riante; m ais\nleur inspiration est peu nouvelle et rarem ent personnelle.\n                                                                H. L e B.\n\n\n                         Grappillages\n  A l ’U niversité de Bruxelles, p a r u n effort très louable, des professeurs,\ndes étudiants et anciens étudiants viennent de fonder une société, une\nsorte d ’association, en vue d’élever, dans le peuple, le niveau intellectuel;\n— n e faisant en cela que suivre l’exem ple d ’Oxford et de Cam bridge.\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "120                             LA RÉVUE R O U GE\n\n\n\n    Il sera donné des conférences, des cours populaires d’enseignem ent su­\n périeur, revêtis d ’un caractère exclusivem ent scientifique.\n    L e but de l’A ssociation, pour l ’extension universitaire, est évidem m ent d é­\nm ocratique et m érite éloge et encouragem ent, — m ais il faut bien dire que\nle peuple est si peu p rép aré à de telles études supérieures, si rudim entaires\net si superficielles qu’elles puissent être.\n    Il y a lieu aujourd’hui, précisém ent devant cet effort — très louable, rép é­\nto n s-le — de reg retter que nous n ’ayons p as l’établissem ent de l’instruction\nobligatoire. T ous les m inistères qui ont dirigé le pouvoir depuis la R évo­\nvolution de 1830 , — ta n t libéraux que catholiques —- n ’ont p o in t trouvé la\nforce et peut-être le courage de d écréter pareille réform e.\n   E t à l’heu re actuelle du problèm e révisionniste, s’agite la g ran d e arm ée\ndes conservateurs, la vieille garde de gauche et de droite, et proclam e le\np eu p le indigne d’aller au x urnes électorales... parce q u ’il est incapable et\nillettré!\n   Il nous sem ble que l'Extension universitaire ferait œ uvre sage et utile (style\nofficiel) en com m ençant ses travaux p ar réclam er énergiquem ent l’In stru c­\ntio n obligatoire.\n   C ertes il est très noble pour un savant de faire p artag er à ses frères, à ses\ncom patriotes le résu ltat de scs recherches et de ses productions et de les\nin itier aux problèm es de sa science, m ais l’E ta t doit donner au peu p le la\npossibilité d’acq u érir les prem ières notions scientifiques sans lesquelles\nest absolum ent infructueux et m êm e incom préhensible, l ’enseignem ent\nsupérieur.\n   U n nouveau périodique vient de se form er. Il sera l ’organe de la société\nlittéraire et artistique du C entre. Son nom : Le Caveau Louviérois.\n   T ous nos souhaits, n ’est-ce pas?\n\n   N ous dem andons à nos confrèros du Drapeau, du Chat Huant et du Ma­\ngasin Littéraire, pour quelle raiso n ils ne continuent avec la Revue Rouge\nl’échange accepté?\n   D isons égalem ent que nous n ’avons point reçu Chimère.\n\n   E n notre prochain n° nous p arlerons de Claudine Humour, de notre colla­\nb o rate u r C am ille L em onnier.\n  Avis. — N ous prions instam m ent nos collaborateu rs de nous envoyer\nleurs copies avant le 5 du mois.\n                                                            P . Ste B.\n\n\n\n           Petites C orrespondances\n  Paul Janssens. — V otre article nous est arrivé trop tard. N ous le co n ser­\nvons pour mai.\n  Lucien Jottrand. — N ous donnerez-vous quelque chose p o u r mai?\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": " Cours complet pour Messieurs, Dames ét Enfants\n           Ouvert tous les jours, de 6 à ro heures elu soir\n                  et le dimanche, de z a 4 heures\n\n\n               3 francs par mois, jusqu'à l'âge de r5 ans;\n              5     ))       ))   passé cet âge;     1\n            r,So \"          ))    pour le cours d'ensemble.\n\n                                                              J\n\nEX-PROFESSEUR DE LL. AA. RR. LES PRINCES BAUDOUIN ET\n                ALBERT DE BELGIQUE\n\n         Rue de Wauthier, 93, à Laeken\n                          (PlW\\~ISOmE)rE:\\T)\n\n\n\n   N. B. Les inscriptions sont reçues au domicile du Professeur.\n\n\n\n\n    Pour paraître le IO mai prochain, chez les -éditeurs\nL. & A. GoDENNE' a Malines                                         ...\n\n                  Chansons Tristes\nun beau volume de vers, in-16, sur papier de luxe, carac-\ntères elzéviriens, au prix de trois francs, en souscription.\n     On souscrit chez l'auteur, rue Gendebien, r8, a Bru-\nxelles, ou chez les éditeurs L. & A. Godenne, 28, Grand'\nPlace, a Malines.\n     On souscrit par carte postale.\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "          Pour cause d'ag1 ...1dissement\n\n                   L'IMPRiMER lE\n\n\n L. & A. GODENNE\n                        A MALINES\n\n           sera transférée, il partir du 1 mai prochain\n                                       CT\n\n\nde la · rue Notre- Dame, il la Grand' Place, 28, même ville\n\n\n\n\n Typographie, Lithographie, Autographie, Gravure\n\n          Spécialité b'5mpresstons be lu!e\n\nJouruaux) 'Brochures) 'R,_evues, Prix-courants) Catalogues) etc.\n\n                  FABRIQUE DE REGISTRES\n\n Imprimés Industriels, Administratifs & Commerciaux\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 7, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1893-04", "signet_source": "Deuxième année - N°4 - Avril 1893", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 130", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}