{"numero_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "articles": [{"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-001", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Deuxieme Année - No 6 & 7 JUIN -JUILLET 1893", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 178, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 390, "texte": "Deuxieme Année -     No 6 & 7\n                                         JUIN -JUILLET 1893\n\n\n\n\n       LA\n\n\n\n                                         MENSUELLE\n                          t\">e l-ittérature, t'>'Brt 8. t'>'J6conomte\n                                            politique\n\n\n\n\n             Le Numéro : So Centimes\n\n\n\n\n                   1\\..édaction a .Admt'nistration :\n      Rue\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-002", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La Revue Rouge ~ŒNSUELLE DE LITTERATURE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 179, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 1799, "texte": "La Revue Rouge\n  ~ŒNSUELLE DE LITTERATURE, n'ART ET D'ECONOMIE POLITIQUE\n\n\n\n                     Secrétaires de Rédaction :\n         Paul SAINTE BRIGITTE ét Sander PIERRON\n\n                       AB      NNEMENTS :\n\n          Belgique   Un an, 3 francs; six m >is, fr. r.75\n          Etranger       ))     4   ))               ))   2.25\n                     Le numero : 2) centimes\n\n\n                 COLL..A730'R._..ATEU'R._S:\n   Georges Eekhoud - Emile Verhaeren - Camille Lemonnier -\nEugène Demolder - Hubert Krains -joseph Desgenêts - Louis\nDelattre - Emile Vandervelde - Dr Charbonnier -- Rodrigue Se-\nrasquier - Lucien de ·Busscher - Frans Delbastée _.... Elslander -\nMathias Robert - Henry Le Bœuf - Henry Ketels - Géo Mauvère\n- Lucien jottrand- Charles Frappart- Frédéric Friche - Pierre\nArmen - Paul janssens -jean Laenen -jacques Patient, etc.\n\n\n                              SOMMAIRE\nTb. Thore-Bürger .                          .     LuciEN JoTTRAND.\n  (avec une lettre inedite de CHARLES B;AUDELAIRE)\nLa Mère des Soldats . .                      GEORGES EEKHOUD.\nUne Statue (Vers)                            EMILE VERHAEREN.\nLe Baptême de St Nicolas.                    EuGENE DEMOLDER .\nChants des campagnes pauvres               . SANDER PIERRON.\nL'Evolution Symboliste .                     HENRY LE BŒuF.\nCamille Lemonnier et la Justice.             PAUL STE BRIGITTE.\nRevue Litteraire :\n  DuLhesse de Malfi .\n                                             H. LE B.\n  Dit un page .\n  Prima Ver ba ,\n                                             P. STE B.\n  Histoire de Louis XVII\n  Les Vertiges .                             A.\n  Dieu et l'Etat.                            P.J.\nGrappillages .\nPetite Correspondance\n                                             P. STE B.\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-003", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 141, "page_fin": 141, "titre_corps": "Pour nos lecteurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "P. Ste B. et S. P.", "ancre_debut": "P o u r nos lecteurs    D an s un ré ce n t v o y a g e qu", "ancre_fin": "te B. e t S. 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B ü rg er                                                                       (A   propos de M anet)     Edouar", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 180, "page_imprimee": 141, "debut_caractere": 727, "fin_caractere_exclue": 1736, "texte": "T h é o p h ile T h o ré -B ü rg e r\nA propos de quelques lettres de Charles Baudelaire, Eugène Delacroix,\n                  Jules Dupré, Théodore Rousseau.\n\n                                            I\n\n   « La glorification d’Eugène Delacroix, écrivait M. Maurice Du\nSeigneur, dans une étude intitulée Eugène Delacroix et Théophile\n Thoré, qui parut dans le Journal des Arts (O ctobre, Novembre et\nDécembre 1890) a été en même temps la consécration des jugements\nformulés par la vaillante critique du Romantisme, de cette critique\npleine d ’admiration et d’enthousiasme pour le grand coloriste. Parmi\nles écrivains d’art de cette époque, Théophile T h o ré est peut-être\ncelui qui a proclamé le plus haut et avec le plus de verve le génie\nd ’Eugène Delacroix » auquel nous ajouterons Théodore Rousseau,\nJules Dupré, Diaz, Decamps et, comme dit M. Paul Mantz, dans la\npréface du catalogue de la vente des tableaux de T horé, de tout ce\ngroupe, qui rêvait d’introduire dans la peinture les émotions de l’es-\n"}, {"page_pdf": 181, "page_imprimee": 142, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": " 142                                                   LA RE V U E ROUGE\n\n\n\n\n prit, et dont le talent est aujourd’hui accepté et consacré. A cette\n époque s’élevaient encore contre eux les préjugés des conservateurs\n de l’art pur, à présent « les portes de plus d’un temple se sont\n ouvertes pour recevoir ceux qu’on vouait jadis à d’immortelles gé­\n monies et l’avenir a donné pleinement raison au courageux cri­\n tique » ( 1).\n     « T h o ré tenait pour les nouveautés, il célébrait courageusement les\n hardiesses de l’école grandissante, il croyait à Delacroix insulté, à\n Decamps méconnu, à Rousseau proscrit. De pareilles audaces peu­\n vent aujourd’hui paraître toutes naturelles, mais elles étaient alors\n parfaitement excentriques. Comme il arrive souvent, l’hérésie est\n devenue la vérité » (2).\n    La critique autorisée s’ém ut et attaqua le défenseur des tendances\n nouvelles avec la même violence dont elle usait envers les artistes\n sincères à la recherche d’une formule originale, d’un art plus jeune,\n m archant de pair avec la philosophie, la politique et la science. Elle\n alla jusqu’à le qualifier de « défenseur com prom ettant d’artistes qui\n n ’entendaient nullem ent accepter la responsabilité de ses actes. »\n    Il fallait, pour résister à ces attaques continuelles, pour persévérer\ndans la voie lumineuse que suivaient les novateurs, une science pro­\nfonde, une énergie à toute épreuve et une foi sincère en l’éternelle\névolution progressive de l’esprit humain. T horé possédait ces qualités\net put, grâce à elles, triom pher de l’obscure routine.\n    « Il y a déjà bien longtem ps — un peu après 1830, qui semblait pro­\nm ettre la liberté — écrivait-il dans les premières pages de son Salon\nde 1861 — l’art français était en pleine révolution. O n se battait à\nl’épée ou même d’une façon moins chevaleresque pour ou contre une\npièce de théâtre, un livre, une brochure, un article de journal, un\ntableau, une statue, une lithographie. T o u t le monde en était : les\nartistes et les littérateurs, les critiques et le public. Il s’agissait, en ce\ntem ps-là de savoir si chacun a le droit de faire dans les lettres et dans\nles arts ce qu’il veut, c’est-à-dire ce qu’il sent et ce qu’il comprend,\nce qu’il voit ou qu’il imagine. Il y avait d ’un côté toutes les autorités,\nles académies et les écoles, tous les gens d’im portance, toutes les an ­\nciennes illustrations littéraires et artistiques, toutes les puissances de la\ngrande presse. De l’autre côté une pléiade d’écrivains très hardis et\n\n\n (1)   M au rice D u S e ig n e u r. L e conseiller du bibliophile. I e r O c to b r e 1876.\n (2 ) M . P a u l M an tz, a rtic le d e M . M a u rice D u S e ig n e u r. J o u r n a l des A rts.\n"}, {"page_pdf": 182, "page_imprimee": 143, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2630, "texte": "                           LA   revue   rouge                        143\n\n\n\n\ntrès productifs, une petite bande de rapins barbus, effrontés comme\ndes moineaux, et quelques critiques qui ne se gênaient guère — ... il\nfallut un quart de siècle pour que le public en vint à reconnaître que\ndeux ou trois critiques obstinés n ’avaient pas eu tort, en attaquant des\ncentaines d’artistes — dont les nom s sont oubliés aujourd'hui — en\nexaltant une dizaine d’artistes, qui sont aujourd’hui la gloire de la\nFrance ! » — et du m onde entier.\n   A notre époque un peu lasse, où l’on affecte un décevant scepti­\ncisme, où un regrettable « indifférentisme » tente à s’im planter par­\ntout, on voudrait voir renaître les enthousiasmes d’antan pour ce qui\nest beau, juste, vrai. M alheureusem ent on pourrait encore appliquer\nà la critique actuelle, ce qu’en disait T horé en 1861 :\n   \" En général, la critique contemporaine ne semble pas avoir des\nimpressions bien vives; aussi n ’a-t-elle pas de phrases très franches et\ntrès claires; on ne sait pas trop ce qu’elle approuve et ce qu’elle con­\ndamne. Elle s’abandonne au préjugé, à ce qui est admis. Elle suit\nl’opinion au lieu de la conduire. Elle a cependant un devoir de cons­\ncience et même une certaine responsabilité publique, puisqu’elle est, *\nsuivant le m ot de Shakespeare : « le sonneur de cloches qui se lève le\npremier et qui appelle les autres à l’église. » Il im porte qu’elle ne soit\npas le sonneur de petites églises et que, au contraire, elle attire la\nfoule dans le temple le plus vaste, le plus indépendant et le plus\néclairé. »\n   Le public a toujours été et sera fort longtemps encore, rebelle aux\ntendances nouvelles; M. Pierre P étro z explique cette particularité dans\nla brochure qu’il publia en 1884, sous le titre : Un critique, d’art au\nX I X me siècle, et dans laquelle il a fort bien saisi la personnalité de\nThoré-B urger.\n   « A moins de dons naturels assez rares, on ne sent, on n ’apprécie\nl’une ou l’autre de ces beautés (celle de la nature et celle de l’art) que\nsi l ’on a appris à la découvrir, à la regarder, à s’en rendre compte.\nT h o ré pensait que le principal devoir de la critique était d’éclairer à\ncet égard le public qui ne se trom pe souvent que faute de lumière et\nd’un insuffisant exercice de ses facultés esthétiques, d’élever à soi les\nindifférents ou les aveugles. » « Si Rem brandt revenait au monde pour\nenvoyer des tableaux à l’exposition, écrit Burger, il est bien probable\nqu’on ne les trouverait pas assez finis et assez charmants, à supposer\nmême que le jury les eût admis. Et Rubens, on l’accuserait de ne pas\nsavoir dessiner. »\n"}, {"page_pdf": 183, "page_imprimee": 144, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "144                                   LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n    Il faut donc, pour diriger le public, des hommes possédant des\n facultés esthétiques suffisamment exercées, qui puissent en quelque\n sorte avoir l’intuition du progrès.\n    Je ne crois pas qu’il existe de meilleure définition du progrès dans\n l’art que celle de M. Littré : « il faut une définition différente de celle\n qu’on donne pour la science et dire qu’il se développe quand d ’âge en\n âge il devient autre, en restant conforme à la beauté. » — « L ’instinct\nrévolutionnaire, l’habitude de chercher les rapports existant entre les\nprincipales modifications de l’art et les grandes transform ations de la\nphilosophie, de la science et de la politique, ont toujours préservé\nT h o ré de l’erreur que professent des esprits éclairés, mais prévenus ou\nrebelles à certaines notions, qui considèrent le m ot progrès comme un\nm ot vide de sens dès qu’il s’agit de l’art. — Il croyait fermement au\nprogrès dans l’ordre intellectuel et dans l’ordre social, sinon en un seul\net même pays, au moins tour à tour chez l’une des nations de l’Europe,\net il ne supposait pas que l’art, soumis en tous temps et en tous lieux\nà l’influence des idées et des m œ urs, pût demeurer stationnaire ou\nrétrograder alors que tout change et progresse autour de lui — ( 1).\n    Il croyait si bien au progrès que, lorsque parurent les premières\nmanifestations du naturalisme, ayant confiance en ces artistes qui vou­\nlaient, comme les sciences, s’attacher à l’étude des faits, de la nature\nvivante, telle qu’ils la voyaient et la com prenaient pour arriver à la\nconnaissance des lois, à des généralisations théoriques, mais positives,\nil déploya la même ardeur pour défendre les Millet, les Courbet et les\nM anet que celle qu’il dépensa si généreusem ent pour les R om anti­\nques : « Com m ent s’étonner du naturalism e dans l’art, puisqu’il est\nprécisément l’analogue du procédé nouveau suivi dans toutes les\ndirections de l’esprit hum ain, dans la philosophie, dans la politique,\ndans la science, dans l’économie sociale. »\n    « Il y a eu, il y a dans la presse démocratique, des critiques qui ont\nessayé d’expliquer com m ent il est possible que l’art concoure au pro­\ngrès social et reçoive de celui-ci une impulsion favorable; il n ’y en a\npas qui l’ait fait aussi clairement, aussi judicieusement et complète­\nm ent que T h o ré;... il les a toujours montrés se prêtant m utuellem ent\naide, et il n ’a jamais sacrifié l’art au progrès social ou subordonné le\nprogrès social à l’art. Il adm ettait entre eux une sorte de hiérarchie et\n\n\n  ( i ) M . P ie r r e P e tr o z .\n"}, {"page_pdf": 184, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1689, "texte": "                                          LA REVUE R O U G E                               145\n\n\nla respectait; cependant, s’il croyait au progrès social, il aimait trop\npassionném ent l’art pour lui demander de renoncer à une seule de ses\nqualités essentielles. Il niait d’ailleurs qu’un am oindrissem ent quel­\nconque de celui-ci pût être en quoi que ce soit favorable à celui-là\npuisqu’ils avaient tous deux un but et des intérêts identiques » (1).\n   T h o ré fut toujours avec les novateurs et les audacieux et nous ne\ndoutons pas que s’il eût été donné à l’ém inent critique, au profond\nconnaisseur des anciens maîtres flamands et hollandais, qui n ’avait\nd’autre souci que l’intérêt de la vérité, d’assister à l’éclosion d’une\ntendance nouvelle s’intitulant « Symbolisme », il n ’eût sagement jugé\nles jeunes auxquels nous répétons la belle invocation de la préface de\nses Salons (édition de 1868, page 32) :\n   « O jeunesse immortelle, c’est toi qui as l’audace et la conviction,\n» c’est toi qui te hasardes résolûm ent vers l’inconnu. C’est toi qui\n» passes à la nage les fleuves et les torrents pour aller sur l’autre\n» rive cueillir des fleurs d’un parfum étrange et d ’une couleur innom ­\n  mée. C’est toi qui escalades les m ontagnes et les glaciers pour aller\n» regarder d’en haut ce qui resplendit tout autour. C’est toi qui cours\n» après les chimères, qui les apprivoises et finis par les asservir au\n» foyer domestique. C ’est de toi qu’il faut attendre toute initiative et\n» toute pénétration, tout entraînem ent salutaire vers la destinée! »\n\n                                                       *\n                                                     * *\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-005", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 145, "page_fin": 148, "titre_corps": "Lettre de Charles Baudelaire à W. Bürger", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Lucien JOTTRAND.", "ancre_debut": "L e ttre de C h arles B au d elaire à W . B ü rg er                                                                       (A   propos de M anet)     Edouar", "ancre_fin": "t r a n d .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L a M ère des Soldats *()    A cette banale enseigne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 184, "page_imprimee": 145, "debut_caractere": 1689, "fin_caractere_exclue": 2542, "texte": "L e ttre de C h arles B au d elaire à W . B ü rg er\n                                                                      (A   propos de M anet)\n\n   Edouard Manet exposait au salon de 1864, plusieurs toiles qui va­\nlurent à leur auteur les injures de la foule et les exclamations des\ncritiques autorisés. Voici ce qu’écrivit Bürger, à propos de l’une de\nces toiles intitulée le Toréador : ... Ce toréador, éventré pour le plaisir\nde quelques milliers de spectateurs affolés, est une figure de grandeur\nnaturelle, audacieusement copiée d’après un chef-d’œuvre de la galerie\nPourtalès (n° 163 du catalogue), peint par Vélasquez tout simplement.\nM. M anet a les qualités d ’un magicien, des effets lumineux, des tons\nflamboyants, qui pastichent Vélasquez et Goya, ses maîtres de prédi-\n\n\n (1) Un critique d ’art au X I X ° s., p a r P ie rr e P e tr o z .\n"}, {"page_pdf": 185, "page_imprimee": 146, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2372, "texte": " 146                                       LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\nlection... Dans son second tableau, les Anges au tombeau du Christ,\nc’est un autre maître espagnol, le Gréco, qu’il a pastiché avec une\négale furie, sans doute en manière de sarcasme contre les amoureux\ntransis de la peinture discrète et proprette... Je conviens que ce formi­\ndable Christ et ses anges, aux ailes bleu de Prusse, ont l ’air de se\nmoquer du monde, qui dit : « O n n ’a pas idée de ça! une aberration! »\n« C’est encore une femme très distinguée qui apostrophait ainsi le\npauvre Christ de M. M anet, exposé à la risée des pharisiennes de\nParis. Ça n ’empêche pas que les blancs du linceul et les tons de chair\nne soient extrêm em ent justes dans la peinture de M. Manet, que le\nmodelé du bras droit surtout et le raccourci des jambes du Christ ne\nrappellent des maîtres assez estimés... » ( 1)\n   A la fin de ce même article, nous lisons ce qui suit :\n   \" La critique doit se défier de ces rapprochem ents d’où elle infère\npresque toujours une im itation; la similitude apparente de deux\nartistes peut n ’être que le résultat de mystérieuses coïncidences ! »\nC’est ce que Charles Baudelaire, ami de Manet, écrivit à Bürger.\n   Nous reproduisons ici, dans son intégrité, cette lettre intéressante :\n\n                                                        « Bruxelles, Taverne du Globe.\n\n                            » Cher Monsieur,\n\n    » J’ignore si vous vous souvenez de moi et de nos anciennes discus­\n sions. Tant d’années s’écoulent si vite! Je lis très assidûment ce que vous\nfaites, et je veux vous remercier pour le plaisir que vous m’avez fa it en\nprenant la défense de mon ami Edouard Manet, et en lui rendant un peu\njustice. Seulement il y a quelques petites choses à rectifier dans les\n opinions que vous avez émises.\n    » M. Manet que l’on croit fo u et enragé, est simplement un homme très\n loyal, très simple, fa isa n t tout ce qu’il peut pour être raisonnable, mais\n malheureusement marqué de romantisme depuis sa naissance.\n    » Le mot pastiche n’est pas juste. M. Manet n’a jamais vu de Goya,\n M . Manet n’a jam ais vu de Gréco, M. Manet n’a jamais vu la galerie\n Pourtalès.\n    » Cela vous paraît incroyable, mais cela est vrai.\n\n\n   ( 1) S a lo n de 1 86 4 , p. 6 8 , 69 e t 100 (S alo n s de M . B ü rg e r de 1861 à 1 8 6 8 ). P a ris . Jules\nR e n o u a rd , 18 7 0 .\n"}, {"page_pdf": 186, "page_imprimee": 147, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2462, "texte": "                                LA RE V U E ROU GE                               147\n\n\n\n    » Moi-même, j ’ai admiré avec stupéfaction ces mystérieuses coïnci­\ndences.\n    » M. Manet, à l’époque où nous jouissions de ce merveilleux musée\nespagnol que la stupide république française, dans son respect abusif de\nla propriété, a rendu aux princes d’Orléans, M. Manet était un enfant\net servait à bord d ’un navire.\n    » On lui a tant parlé de ses pastiches de Goya, que maintenant il\ncherche à voir des Goya.\n    » Il est vrai qu’il a vu des Vélasque z ne sais où.\n    » Vous doutez de tout ce que je vous dis? Fous doutez que de si éton­\nnants parallélismes géométriques puissent se présenter dans la nature?\nEh bien! on m ’accuse, moi, d’imiter Edgar Poe! Savez -vous pourquoi j ’ai\nsi patiemment traduit Poë? Parce qu’il me ressemblait.\n    » La première fois que j ’ai ouvert un livre de lui, j ’ai vu, avec épou­\nvante et ravissement, non seulement des sujets rêvés par moi, mais des\np h r a s e s pensées par moi, et écrites par lui vingt ans auparavant.\n\n    » Et nunc, erudimini, vos qui judicatis...! N e vous fâchez pas; mais\nconservez pour moi dans un coin de votre cerveau un bon souvenir. —\n Toutes les fo is que vous chercherez à rendre service h Manet, je vous\nremercierai.\n                                                    \" Charles B a u d e l a i r e . »\n\n    Bürger ne se fâcha pas, mais jugeant que « la liberté de la critique\nest la condition première de la liberté de l’art » et faisant preuve ainsi\nde conscience et d’honnêteté, il ajouta aux quelques lignes de Baude­\nlaire :\n    « ... les phénom ènes de l’esprit sont communs à tous, et ils peuvent\nse produire sous des formes pareilles chez plusieurs individus qui ne\nse connaissent point mutuellement... Je tiens donc qu’Edouard M anet\nn ’a jamais vu de Goya et q u ’il est tout naturellem ent coloriste à la\nfaçon de ce peintre exquis et fantasque... Nous consignons toujours en\npassant que la peinture de Manet n ’est pas un pastiche de Goya, et\nnous avons plaisir à répéter que ce jeune peintre est un vrai peintre,\nplus peintre à lui tout seul que la bande entière des grands prix de\nRome. »\n   N otons encore ce passage du Salon de 1868 : « Je me risque à dire\nque M. Edouard M anet voit très bien. C ’est la première qualité pour\nêtre peintre. A la vérité, il faut encore d’autres qualités avec celle-là.\nManet voit la couleur et la lumière, après quoi il ne s’inquiète plus du\n"}, {"page_pdf": 187, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 922, "texte": " 148                                    LA REVUE RO U G E\n\n\n\nreste. Q uand il a fait sur sa toile « la tache de couleur » que font sur\nla nature ambiante un personnage ou un objet, il se tient quitte. Ne\nlui en demandez pas plus long, — pour le m om ent. Le mérite princi­\npal de ces œ uvres, c’est la lumière qui circule et qui distribue partout\nle modelé et le relief. M. Manet se débrouillera plus tard, quand il\nsongera à donner leur valeur relative aux parties essentielles des\nêtres. »\n   Aujourd’hui nous pouvons admirer l 'Olympia « qui, au salon de\n1865, fit courir tout Paris pour voir cette drôle de femme, son bouquet\nsplendide, sa négresse et son chat noir » — ce bouquet lumineux\net ce chat hoffmannesque. Elle attend au Luxembourg, le mom ent de\nrejoindre au Louvre « l’auguste assemblée des maîtres anciens. »\n     (A suivre).                                    Lucien J o t t r a n d .\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-006", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 148, "page_fin": 150, "titre_corps": "La Mère des soldats", "titre_sommaire": "La Mère des Soldats", "rubrique": "", "signature_source": "Georges EEKHOUD.", "ancre_debut": "L a M ère des Soldats *()    A cette banale enseigne", "ancre_fin": ". (La fin au prochain numéro.)", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "U n e statu e                       A n’im porte quel précurs", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 187, "page_imprimee": 148, "debut_caractere": 922, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "L a M ère des Soldats *()\n   A cette banale enseigne la Belle Vue, un estam inet point banal du\ntout, et moins banale encore la baez ine. Demandez plutôt aux soldats\n de la garnison ? Si vous parliez de la Belle Vue, beaucoup de pousse-\ncailloux ne vous com prenaient pas, ou bien, après avoir réfléchi et\ntâtonné :\n   — La Belle Vue? connais pas!... Ah, si, tout de même. Mais c’est\nchez maman Fontaine, chez la « Mère des Soldats, » que vous voulez\ndire.\n   O , ne pensez pas à mal. Il ne s’agit pas d’une « tenancière, » d ’une\nde celles que vous savez. Le sobriquet de la digne femme est un\nbrevet de bonté écartant toute mauvaise pensée.\n   C’était un tout petit « stam inet » au coin d’une plaine d’exercices,\nprès des anciens rem parts, de la grande ville flamande. T rois fenêtres.\nPour mobilier : quatre tables de bois blanc recurées à en paraître\ntoujours neuves, fraîchement rabotées; quelques chaises de paille;\nun petit billard, dit chinois, jeu d’enfants ou de soldats — car y a-t-il\nplus grands enfants que les militaires et les marins? — une vieille\nhorloge au timbre adorable, une de ces horloges dont le timbre\ns’attendrit et se bonifie comme le bon vin, un com ptoir derrière\n\n\n (*) Cette nouvelle fait partie des Proses G ym niques, un volume, pour paraître prochainement.\n"}, {"page_pdf": 188, "page_imprimee": 149, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2785, "texte": "                             LA REVUE ROU GE                               I 49\n\n\n\nlequel s’étagent des brocs, des verres, et sur la cheminée une naïve\ngarniture en verre soufflé, que la bonne femme avait reçu d ’une sien\ncousin, verrier au Val-Saint-Lam bert.\n   Car elle est wallonne, la digne veuve Fontaine, qui, sans enfants,\ns’est faite la mère de tous les soldats de la garnison. Maîtresse femme,\nsolide comme un hom m e, cinquantenaire, mais réjouie et rose, saine\ncomme une jeunesse. Combien de « classes, » de « levées, » a-t-elle\ndéjà vu passer par son établissement, la cordiale femme ! Les anciens,\nles libérés la recom m andent aux nouveaux venus. Nulle ne s’entend\ncomme elle à vous retourner, à vous retaper le moral du conscrit\nnostalgique, à le brusquer affectueusement. Ils lui racontaient leurs\naffaires. Elle lit leurs lettres et aux illettrés, elle sert parfois d’écrivain\npublic, ou bien elle leur dicte ce qu’il faut mettre sur le papier.\n   C ’est chez elle que le permissionnaire rentrant de congé dépose\nses provisions, ses épargnes. C ’est chez elle aussi qu’aux époques de\nlicenciement les pioupious paient leur dernière tournée, en chantant.\nEt voilà les rappelés en pantalon blanc, en veste d’intérieur, le livret\npassé dans leur veste, si comiques, poupards et fessus. Combien elle\nen avait vu défiler? Artilleurs, avec leur tunique à pans ornés d’une\ngrenade enflammée, le talpak à plumet, les fourragères rouges; piotes\nà culottes grises, petits carabiniers verts et jaunes, chasseurs, lanciers\ngris; guides plus élégants, jolis hom m es, culottés de rouge, sanglés\ndans le dolm an; grands grenadiers embarrassés de leur stature hum i­\nliante pour le com m un des m ortels, avec des têtes d’enfants candides,\ncouronnant des corps terribles. Maman Fontaine connaissait leurs\nnom s et même leurs surnoms, même leur signalem ent; elle eût pu\nrétablir trait par trait leur registre matricule.\n   C’était à la Belle Vue, ou plutôt chez maman Fontaine, la mère des\nsoldats, leur mère, qu’ils venaient parler de leur autre mère, s’épancher\ndes vexations du service, des persécutions que leur faisait endurer\nl’un ou l’autre caporal schlague qui les « cherchait ». Et quelle puissante\nmédiatrice que cette simple femme! Son honnêteté était un prestige,\nim posant même aux gradés, même aux officiers. Q ue d’injustices elle\nprévint ! Q ue de malheurs elle empêcha. Les mauvais sujets, les soudrilles\net les remplaçants ne franchissaient pas son seuil. Voisine des bouges\nqui entourent souvent ces casernes, c’était la maison honnête et pa­\ntriarcale, sentant bon l’ordre, la probité et la vertu. Souvent, lorsque\npris d ’une de ces furies prétoriennes, qui s’em parent de tem ps à autres\nd’une garnison à la suite de conflits avec les pékins, les soldats met-\n"}, {"page_pdf": 189, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 965, "texte": "150                        LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\ntaient à sac toutes les maisons du quartier, à commencer par les débits\ninterlopes, la rage de ces démolisseurs se fut reportée sur l’im prudent\nqui eût seulement osé frôler de son sabre la porte ou les volets de la\nBelle Vue. O n l’eût écharpé. M alheur même à celui des leurs, au\nmauvais garçon qui se fut avisé de m anquer en paroles à la mère des\nsoldats. Il aurait eu maille à partir avec tout son régim ent, voire avec\ntoute la garnison. Son compte eût été réglé mille fois plutôt qu’une.\nAussi les mauvais coucheurs, les traînards d’éperons, les ivrognes, les\ncherche-querelles, les rossards, ne venaient pas chez la digne femme.\nD ’ailleurs, été comme hiver, onze heures sonnant, elle fermait ses\nvolets, et elle n ’eût même plus ouvert au com m andant de la place\nlui-même.\n                                                   Georges E e k h o u d .\n   (La fin au prochain numéro.)\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-007", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 150, "page_fin": 151, "titre_corps": "Une statue", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Emile VERHAEREN.", "ancre_debut": "U n e statu e                       A n’im porte quel précurs", "ancre_fin": "a e r e n .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Le B a p tê m e de S a in t N i c o l a s (l)    Le jour du baptême arri", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 189, "page_imprimee": 150, "debut_caractere": 965, "fin_caractere_exclue": 1815, "texte": "U n e statu e\n                      A n’im porte quel précurseur.\n\n         Avec, devant les yeux, l’astre qu’était son âme,\n         Par des chemins de rocs incandescents de flamme,\n         Il s’en était allé si loin vers l ’inconnu\n         Que son siècle vieux et chenu\n          Toussant la mort au vent trop fo rt de sa pensée,\n         L ’avait férocement enseveli dans la risée.\n\n         Il gisait tel, depuis des tas d ’années\n         Vers l ’avenir échelonnées,\n         Lorsqu’un matin la ville éclata d ’or\n         Et de fête pour son apothéose\n         Et le grandit en une pose\n         De volonté debout sur un piédestal d ’or.\n\n         On inscrivit sur le granit, en marge,\n         L ’exil subi, la fa im , l ’oubli et la prison;\n         Et l'on tressa comme une floraison\n         San crime ancien autour de son fro n t large.\n"}, {"page_pdf": 190, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 804, "texte": "                                                      LA REVUE ROU GE                                                                   I5I\n\n\n\n\n                   On lui prit sa pensée et l’on en fit des lois;\n                   On lui prit sa folie et l ’on en fit de l’ordre;\n                   E t ses railleurs d’antan ne savaient plus où mordre\n                   Le battant de tocsin qui sautait dans sa voix.\n\n                  Sa statue étonnante illuminait la brune;\n                  Et le peuple, le soir, après le travail sombre,\n                  Menait vers lui ses f i ls pour embrasser dans l’ombre\n                  Le vêtement sacré que lui faisait la lune.\n                                                                                          Emile V e r h a e r e n .\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-008", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 151, "page_fin": 155, "titre_corps": "Le Baptême de Saint Nicolas", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Eugène Demolder.", "ancre_debut": "Le B a p tê m e de S a in t N i c o l a s (l)    Le jour du baptême arri", "ancre_fin": "o l d e r .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "C h a n ts des C am p agn es pauvres                                          A mes sœurs Lucie et Jeann", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 190, "page_imprimee": 151, "debut_caractere": 804, "fin_caractere_exclue": 2330, "texte": "Le B a p tê m e de S a in t N i c o l a s (l)\n   Le jour du baptême arriva et ce fut une grande fête à Ypermonde.\n   Le bruit de l’événement s’était déjà répandu par la ville. Les en ­\n fants criaient :\n   — Saint Nicolas est né! Saint Nicolas est né!\n   Com me il avait gelé, la neige était intacte. Jamais les drapeaux des\ncorporations ou les bannières religieuses ne se déployèrent avec tant\nd’éclat qu’au milieu de ce décor d’herm ine où le soleil distribuait à\nprofusion ses rayons.\n   Les rues étaient ornées comme si un empereur, suivi de son es­\ncorte, allait entrer dans la ville en triom phateur. Nul vent n ’agitait\nles oriflammes. Leurs mille couleurs donnaient l’illusion de jardins\nde roses, de lys, de tulipes, suspendus aux fenêtres. Au som m et de la\ncathédrale, au faîte du beffroi les grands drapeaux des jours de fête\navaient été hissés à leur hampe, avec leurs aigles couronnés, qui pa­\nraissaient ainsi d’étranges oiseaux planant au ciel bleu.\n   Les habitants d’Ypermonde, vêtus de leurs manteaux d’hiver les plus\nriches, circulaient lentem ent le long des façades. Ils s’abordaient en\nparlant de l’événement du jour.\n   T outes les femmes prétendaient avoir vu l’ange descendre du ciel,\npendant la nuit de la naissance de Saint Nicolas.\n\n\n  ( 1) F ra g m e n t in éd it tiré d e « l’ H isto ire A u th e n tiq u e du g ran d S ain t - N ico la s » é c rite p o u r le s en fan ts\net d o n t le s d e u x prem iers ch ap itres o n t pa ru dans la Société N o u v elle et dans le M ouvem ent littéraire.\n"}, {"page_pdf": 191, "page_imprimee": 152, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2384, "texte": "152                         LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\n   — O ui, chère voisine, quand je l’ai vu, il était au-dessous de la\nlune.\n   T o u t à coup, on vit arriver au loin, un riche carosse, traîné par deux\nchevaux blancs.\n   Ces chevaux foulaient fièrement la neige, secouant par intervalles,\nen hennissant, leurs crinières qui paraissaient de laine, tant elles\nétaient blanches.\n   Dans le carosse était assise T rinette, tenant sur ses genoux l’enfant\nemm aillotté de soie. Elle avait placé sur son giron une peau d’agneau\npour réchauffer le nouveau-né, si la bise s’était m ontrée trop âpre.\n   Vis-à-vis d’elle avaient pris place le parrain et la marraine. Celle-\nci, toute jeune encore, et d’une réelle beauté, avec ses grands yeux\nlimpides, était aussi opulem m ent habillée qu’une marquise. Intim idée\npar tout ce peuple qui l’acclamait au passage, elle se baissait parfois\nen faisant à l’enfant une risette.\n   Le parrain était un jeune seigneur qui portait une épée au côté,\nune toque à plumeé sur la tête. Il contem plait la foule d’un air satis ­\nfait. Il était d’ailleurs propriétaire d’un grand château; on le ren­\ncontrait souvent dans les bois, chassant à la tête d’une meute de\nchiens; il possédait des moulins à vent et à eau, des étangs pleins\nde poissons, et trois chevaux de grand prix que son père avait achetés\nà son intention en A ngleterre, lors d’un grand voyage au-delà\nde la mer du Nord.\n   Le carosse arriva sous le porche de la cathédrale et s’arrêta.\n   Le parrain descendit le premier et offrit la main à sa compagne. T ri-\nnette suivit avec l’enfant.\n   C’était une des plus belles cathédrales de cette partie de l’Europe.\nElle dressait au-dessus de sa façade, comme l’église de Sainte Gudule\nà Bruxelles et comme N otre-D am e de Paris, deux immenses tours\ncarrées. Ces tours étaient flanquées d’innombrables niches, dans les­\nquelles figuraient, en pierre sculptée, une légion de saints et de saintes,\nainsi que les principaux ducs de Bourgogne et les guerriers de leur\ntemps.\n   Au centre de la façade, une immense verrière, en rosace, m ettait\ncomme une grande roue.\n   Les trois portes étaient surm ontées de nom breuses figures de m ar­\ntyres et d’archanges, et derrière le monument, à l’extrém ité de son\nlong toit, soutenu par des absides gigantesques, une flèche pointue pi­\nquait le ciel surm ontée d’une croix sur laquelle perchait un coq d ’or.\n"}, {"page_pdf": 192, "page_imprimee": 153, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2386, "texte": "                           LA REVUE ROU GE                           153\n\n\n\n   Ce m atin-là, le soleil perçait les verrières dont les mille couleurs\nincendiées par le jour rayonnant jetaient des galettes de lumière\nbariolée aux colonnes séparant les nefs ou bien aux dalles du sol sur\nlesquelles étaient gravées des inscriptions tombales. O n eût dit que\nc’était déjà le printemps qui venait faire resplendir les tabernacles des\nautels et les grands chandeliers. Les fantaisies des rayons, aux teintes\nbrillantes, empruntées aux vitraux, paraissaient couronner de fleurs\nfraîchement cueillies les vases sacrés; les vierges, en m arbre ou en\nchêne bruni, semblaient aussi printannières qu’au mois de mai, lors­\nqu’on les fête.\n   Le gros bourdon se mit à tinter. Là-bas, dans le chœ ur, des encen­\nsoirs brûlaient.\n   Le peuple était entré dans la cathédrale et s’y pressait avec dé­\nvotion.\n   — C’est m onseigneur l’archevêque qui baptise lui-m êm e l’enfant,\ndisaient à leurs voisins des commères bien informées.\n   — O ui, vous pensez, madame.\n   O n entendait le glissement des chaises sur les dalles et le bedaud,\nsa hallebarde au poing, en grand costume, une petite épée en sautoir,\nse promenait solennellement au milieu des paroissiens.\n   Comme c’était jour d’hiver et que le fleuve était gelé, beaucoup\nétaient venus à la messe, des patins à la m ain; les joues étaient d ’un\nrose vif, piquées par la froidure. Les vieillards portaient des m an­\nteaux doublés de peaux de renards ou de loutres et les femmes avaient\nrabattu sur leurs oreilles les brides de leurs bonnets et de leurs\nchaperons.\n   Le groupe, sorti du carosse, s’avança lentem ent au milieu de la\ncathédrale. Dans le fond du chœ ur, une porte s’ouvrit. Q uatre enfants\nen soutanelle violette, porteurs de grands chandeliers d’argent, se\nm ontrèrent d’abord; puis quatre autres, qui balançaient des encensoirs.\n   M onseigneur l’archevêque parut alors dans toute la splendeur de\nson costume d’apparat.\n   Il avait sur la tête une m itre blanche et s’appuyait sur une crosse\nmagnifique.\n   Sa chasuble était le chef-d’œ uvre du chasublier d’Ypermonde. O n y\nvoyait des pélicans en argent sur des broderies d’or, parmi les dessins\ncapricieux que faisaient mille fleurs charmantes.\n   M onseigneur l’archevêque avait une figure douce et blanche de\nvieillard miséricordieux. Au geste de bénédiction que faisaient ses\n"}, {"page_pdf": 193, "page_imprimee": 154, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2421, "texte": "154                        LA REVUE R O U G E\n\n\n\n\n doigts levés, on devinait qu’un peu de la bonté du ciel lui était\n échue en partage.\n   A son entrée, l’orgue se mit à chanter onctueusem ent, et l’on eût\ndit vraim ent, tant cette apparition était sereine et riche, que des\ncolombes allaient voleter dans la musique et que des paons blancs\nallaient venir s’abattre sur les sculptures en chêne noir du jubé.\n   Des chanoines suivaient l’archevêque et celui-ci se dirigea vers le\n nouveau-né.\n   T ous se rendirent aux fonds baptismaux.\n   L ’orgue résonnait toujours, et d’une façon telle que les habitants\n d’Ypermonde ne se rappelaient pas avoir ouï jamais de musique\naussi sublime. Parfois ces fugues semblaient des choeurs d ’enfants\ncélébrant des N oëls; d’autres fois c’étaient des voix d ’anges qui\nentonnaient des chants de gloire dans des jardins pleins de lys et\nde lumière. Il s’élevait aussi des sons qui paraissaient sortir de m i­\nraculeuses chapelles d’argent, tant ils étaient suaves, et l’on eût\ndit que de larges nappes de clarté s’étendaient dans les phrases de\ncette harmonie.\n   Les fonds baptismaux étaient ciselés en cuivre; ils figuraient une\nimmense coupe ornée d ’écussons en émail et dont le pied reposait\nsur quatre lions de métal couchés sur le sol.\n   La marraine présenta l’enfant au-dessus de la coupe, qui contenait\nune eau claire et lustrale.\n   Un silence très profond régnait parmi le peuple.\n   Alors l’archevêque, tandis qu’un enfant de chœ ur relevait le coin\nde son manteau, versa sur le front de Saint Nicolas un peu de cette\nonde limpide qu’il avait prise dans une écaille et il prononça des\nparoles sacramentelles.\n   Les sons de l’orgue furent à cette instant tellem ent purs qu’on eût\ndit que le ciel s’était ouvert et que tous les archanges, et que tous\nles chérubins planaient au-dessus de la ville d’Ypermonde, les uns\navec des violes, les autres avec des flûtes, les autres avec des\nviolons ou des hautbois. O n les devinait presque, frôlant de leur\nlongue robe blanche ou de leurs ailes couleur d’arc en ciel les tours\nde la cathédrale et m ettant leurs figures auréolées et leurs gestes de\nmusiciens le long des gargouilles grim açant sous la neige. O h! oui,\nc’était de la musique qui descendait des espaces bleus ou se passent les\névénements étranges qui font naître les étoiles. Jamais les oreilles\nhumaines ne furent à une fête pareille. Le temple, rendu plus léger\n"}, {"page_pdf": 194, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1123, "texte": "                            LA RE V U E RO UGE                          155\n\n\n\npar ces accords aériens, semblait vouloir se détacher de la terre et\nm onter prodigieusem ent vers le zénith.\n    Aussi une légende a-t-elle pris naissance dès ce m om ent à Yper­\nm onde.\n    O n y raconte qu’au m om ent où Saint Nicolas était entré dans\nla cathédrale, une femme vêtue de bleu, le regard doux et les mains\nblanches comme une âme rachetée, était venue s’asseoir devant le\nclavier de l’orgue et s’était mise à jouer. L ’organiste et les chantres,\nà son aspect m ystique, s’étaient jetés à genoux, émerveillés de sa\nbeauté supra-terrestre.\n   — Je suis votre patronne, avait-elle dit aux musiciens.\n   T o u t le m onde croit que cette femme, descendue au jubé par\nl’escalier du carillonneur et qui m ontra un génie si profond dans\nl’art de faire chanter et ronfler les tuyaux sonores des orgues,\nn ’était autre que Sainte Cécile, la vierge artiste, issue jadis d’une\nnoble famille romaine et qui souffrit le m artyre sous le règne\nd’Alexandre Sévère.\n                                                Eugène D e m o l d e r .\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-009", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 155, "page_fin": 160, "titre_corps": "Chants des campagnes pauvres", "titre_sommaire": "Chants des campagnes pauvres", "rubrique": "", "signature_source": "Sander PIERRON.", "ancre_debut": "C h a n ts des C am p agn es pauvres                                          A mes sœurs Lucie et Jeann", "ancre_fin": "o n . Schaerbeek, mai 1893.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L ’E v o lu tio n S ym boliste                             A PR O PO S D ’UN              LIVRE         NOUVE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 194, "page_imprimee": 155, "debut_caractere": 1123, "fin_caractere_exclue": 2183, "texte": "C h a n ts des C am p agn es pauvres\n                                         A mes sœurs Lucie et Jeanne.\n                                    I\n\n   Des horizons im m enses; parfois une ferme, un bouquet d’arbres\nrabougris, fait de maigres branches supportant de pauvres fruits. Une\nterre jaune, inculte, du sable et de l’argile et où poussent, par ci par\nlà des blés m inces, bas, tristes de vivre dans ce désert pitoyable.\nL’été, le soleil crève les flancs de la terre et m et à nu ses entrailles\ndesséchées. Aussi se creusent l’hiver les mains des sans-logis, lorsque\nla bise les cingle de ses fouets de glace. Chaque saison, la terre se\nride plus profondém ent; on la dirait plus vieille que toutes les autres\nglèbes.\n   L ’hiver le sol est boueux, on y enfonce jusqu’aux genoux; les\npaysans s’y aventurent avec la crainte des embûches et des surnatu­\nrelles rencontres. Les ornières sont des ruisseaux, les flaques des\nmares stagnantes et profondes. T o u t est m ort, blanc et pâle. La\nfumée, sortant du toit des chaumières, se confond avec la brume. La\n"}, {"page_pdf": 195, "page_imprimee": 156, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2437, "texte": " 156                        LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\nnuit, parmi les nuages, la lune brille sinistrem ent, les chemins ont\npeine à lui arracher ses argentins rayons, qui donnent aux objets de\nsuspectes silhouettes.\n   Des sapinières encadrent les lointains et semblent les noires m u­\nrailles d’une vétuste citadelle, qui serait là pour anéantir leur révolte,\nsi les paysans, un jour, abandonnaient leurs outils pour raisonner leur\nsouffrance et réclam er du bonheur.\n   Les intempéries se succèdent; la pluie détrempe les campagnes,\ngoutte dans les chaumières des besoigneux, avive leur mélancolie par\nsa chute m onotone. Le vent souffle en chantant dans les bruyères;\ndes rafales passent, déracinent les arbres chétifs, balayent les cours\ndes fermes, em portent les toitures, renversent les enclos. Il gèle des\nsemaines, la neige durcit; les labours et les chaussées ne form ent\nplus qu’une plaine de glace sans transparence, lourde, où se voient\ndes traces de sabots, laissées là après le passage d’un paysan. Frileux,\nles gens restent au logis, usant, à se chauffer, la provision de bois\nmaigre ramassée sous les sapins.\n\n                                    II\n\n   Les beaux jours reviennent; le soleil m oins m orose s’enhardit et se\n m ontre souvent. La terre détrem pée se sèche peu à peu. L’herbe\npousse rare, les bruyères form ent par les loins un im mense tapis\nsom bre qui disparaît en tons violets derrière les plaines et aux pieds\n des hameaux et des sapinières qui pâlissent.\n   T o u t croît péniblement. Et le laboureur peine, transpire à arracher\naux champs les trésors de leur fécondité. Il draine, bèche sans repos,\ndu jour au crépuscule, aime sa terre autant que le produit de ses\npropres flancs; il la vénère, pleurant parfois à la voix si revêche et si\nmauvaise m algré sa prévenance et son labeur. Il la foule avec respect\net des fois, il arrête sa charrue pour admirer l’infini des cultures. Une\nactivité débordante règne dans les fermes. O n est pauvre toujours,\nmais on se sent heureux au retour du printem ps et de sa douce cha­\nleur. Les petites vaches sortent conduites par un jeune vacher, pieds\nnus, qui les dirige par les bruyères, paître à leur aise. Il chante, tout\nheureux d’être dehors, suivant les chemins avec ses bêtes, ces chemins\nparcourus si souvent la dernière saison et dont il lui a fallu durant\ndes mois oublier l’existence.\n   De vieilles charrettes cahotent sur les routes, avancent lentem ent\n"}, {"page_pdf": 196, "page_imprimee": 157, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2403, "texte": "                           LA REVUE ROUGE                            1 57\n\n\n\nà cause de leur lourde charge. Des sillons se forment, infiniment, se\nconfondent par la perspective avec d’autres sillons. Des chevaux\ntrapus tirent la charrue, cadençant leur allure pesante; leur tête ba­\nlance en ligne verticale. Parfois, au détour d’un labour, ils hennissent\navec joie et dressent les oreilles au passage d’un vol de cigognes ou\nde corbeaux.\n   Des laboureurs parcourent la lande en grandes lignes droites et\nparallèles, étendent leurs bras qui sème et répand autour d’eux, à la\nvolée, le germ e de la moisson.\n   T o u t le tem ps que durent les travaux, les oiseaux picoreurs\ns’ébattent au-dessus des têtes des semeurs, s’enhardissent et s’aven­\ntu ren t sur les champs, lorsque l’hom m e y a passé. Des épouvantails\nse dressent de distance en distance, et éloignent les oiseaux vers\nd’autres contrées plus clémentes peut-être. Plus la saison avance, plus\nles laboureurs s’exténuent, s’acharnent à leur besogne.\n   Pas une âme reste inactive; les femmes aussi travaillent, reprisent\nles vêtem ents usés de leurs gars, nettoient les outils, rouillés par les\npluies récentes, aiguisent les faulx sur des meules vétustes. Elles\ntrottinent dans les places, apprêtent les granges, les approprient pour\nrecevoir les moissons. Les enfants grandissent, de saison en saison\nleur taille se développe, et bientôt de nouveaux serfs, de nouvelles\nrecrues viendront élargir le cercle des peineurs. Dès leur adolescence\nils sont cultivateurs invétérés et lorsqu’ils ont vingt ans, ils sont\nmusclés à force de travail.\n\n\n                                  III\n\n\n    Les fermes sont pleines de bruits et retentissent du chant des\nfilles. Les carrelages ont des éclats sanguins. Les vitres sont vierges\nde poussière, les rideaux sans usure-, et les m urs blancs comme neige\nsous leur couche de chaux récente. Les tables sont propres comme\nune âme de chrétien. Sur les planches des cuisines, les casserolles de\ncuivre ont des scintillements d’astres d’o r; les bahuts m ontrent les\nassiettes d’étain des ancêtres, plus brillantes que des miroirs.\n    Les femmes préparent leurs cottes et les kiels de leurs hommes.\n    Dans les cabarets un changem ent s ’opère. Un orchestrion est placé\ndans un angle exhibant ses séries de trom pettes jaunes, ses statuettes\npeintes battant la mesure et ses colonnettes torses mobiles. Des\n"}, {"page_pdf": 197, "page_imprimee": 158, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2642, "texte": "158                         LA RE VUE ROU GE\n\n\n\n\nbranches de sapin dessinent sur les m urs des guirlandes. Des drapeaux\ndécorent la façade où des lanternes de papier coloré relient les fe­\nnêtres et form ent au-dessus de la porte une girandole étrange.\n    C’est la kermesse. La campagne est déserte, pas un travailleur\nn ’est occupé sur l’étendue des champs. T ous restent au village. Depuis\nle m atin ils ont vêtu leurs beaux effets; les femmes ont mis leur bon­\nnet blanc. Pour quelques jours on oublie le travail, la misère, la dou­\nleur. La joie pénètre partout, séduit les plus soucieux.\n    Les cloches de l’église tintent avec allégresse; dans la nef tout le\nhameau est assemblé, tous prosternés, en des poses édifiantes, prodi­\nguent les prières.\n    Au sortir de la messe on se déride pour ne songer qu’à la fête. Des\ncabarets sort un concert de voix joyeuses de buveurs, de pintes qui\ns’entrechoquent, de violons dont on racle cruellement les cordes.\n    Des groupes se form ent, font le tour des hameaux en vociférant des\nchansons, s’arrêtent chez les baes de connaissance pour se mouiller le\ngosier. Et les filles sont lutinées de ci de là, baisées à pleines bouches;\net elles ne se fâchent point, rient aux éclats et se soustraient habile­\nm ent aux étreintes hébétées qui les serrent avec désir.\n    Puis vient le soir. Du fond des campagnes on entend l’orchestrion\négrener ses ritournelles cadencées. Sa musique s’élève mélancolique,\npleurnichante, se perdant parfois dans l’éclat des voix ivres et furieu­\nses. Et les gars et les filles dansent, tourbillonnent, culbutent, s’accou­\nplent, ont des gestes engageants et canailles. Des rixes éclatent sou­\nvent, elles se continuent au dehors entre les jaloux; parfois le sang\ncoule sans entraver la débauche. Les femmes rient, s’enivrent autant\nque les galants; les kiels se frippent, les cottes et les bonnets blancs se\nsouillent. La kermesse s’étend jusqu’aux grand’routes que prennent\ndes bandes de paysans pour se rendre à d’autres hameaux.\n    Çà et là, au bout d ’une perche devant un cabaret, une vessie gon­\nflée balance tranquillem ent sa panse arrondie. Les rustauds, alléchés\npar cette parlante enseigne, s’entassent dans la salle, se gavent de\ntripes, de boudins et de côtelettes grasses. C’est un festin joyeux;\ntout le m onde dévore, en buvant des pintes pour s’émoustiller; on\ns’arrête souvent pour respirer et pour chanter un couplet.\n    Sur les routes des ivrognes roulent dans les fossés en ronchonnant.\n    Des couples se perdent dans les bruyères et gagnent les bois de\nsapins qui retentissent d’une musique de baisers et de petits cris de\nfilles lutinées.\n"}, {"page_pdf": 198, "page_imprimee": 159, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2556, "texte": "                             LA RE VUE ROU GE                           159\n\n\n  Et la musique de l’orchestrion se perd au loin, vague, sem ant ses\nnotes avec lenteur, comme las de jouer......\n\n                                    IV\n\n    Les mois s’écoulent; le soleil gagne lentem ent la cime élevée des\n cieux et laisse tom ber à pic ses rayons de flammes. L’été arrive, expul­\n sant les fraîcheurs printannières. Les mares se dessèchent, les ruisseaux\n m ontrent leur lit où des poissons argentés agonisent fascinés par l’éclat\n du ciel bleu. La m oisson est dolente comme si les paysans avaient\n le regret de faucher ces blés trop courts sans expansion ni sève. Pour\n les semailles on m anquait de bras, pour la récolte on ne peut les oc­\n cuper tous. Les granges sont trop vastes et sem blent gênées de rece­\nvoir les pauvres provisions qu’on leur confie. Des meules de foin et\n de luzerne naine s’élèvent à l’écart des ferm es; elles sont chétives,\nsans ampleur et, de loin, ressem blent à de grands champignons.\n    La tem pérature s’alourdit, on respire péniblement. Des vapeurs, le\nmatin, sortent de terre, la stérilité y entre par les portes ouvertes. Le\nniveau des puits baisse sensiblement. L’herbe brunit, se recroqueville.\nLes sapins répandent sous leur om brage des parfums résineux et\nviolents.\n    Et le soir, au loin, des feux s’allument sur la lisière des bois; les\nfeuilles m ortes amoncelées s’incen dient, em panachent la nuit de flam­\nbeaux immenses. Et les sapinières apparaissent, plus sombres que de\ncoutum e, avec leur ceinture de murailles de deuil. O n croirait, à la\nlueur des brasiers, les voir s’avancer et vouloir briser les villages et les\nhameaux dans leurs griffes impitoyables.\n    Dans les chaumières, les yeux collés aux vitres, les rustres regar­\ndent dans la nuit le grandiose spectacle: les femmes et les vieillards se\nsignent et disent des prières. Des pleurs sortent des berceaux où les\nenfants ont peur en voyant les vieux si craintifs et si tristes.\n    Les intem péries se succèdent, la pluie détrem pe les campagnes,\ngoutte dans les chaumières des besoigneux, avive leur mélancolie par\nsa chute m onotone. Le vent souffle en chantant dans les bruyères.\nDes rafales passent, déracinent les arbres chétifs, balayent les cours\ndes fermes, em portent les toitures, renversent les enclos. Il g êle des\nsemaines, la neige durcit; les labours et les chaussées ne form ent plus\nqu’une plaine de glace sans transparence, lourde, où se voient des\ntraces de sabots laissées là après le passage d’un paysan. Frileux, les\n"}, {"page_pdf": 199, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 547, "texte": " 160                                           L A RE VUE ROUGE\n\n\n\n\ngens restent au logis, usant à se chauffer, la provision de bois maigre\nramassée sous les sapins. Les femmes ont les yeux rouges et se\ndésespèrent en regardant les campagnes moroses. Les hom m es ne\ncausent pas, sont inactifs, attisent le feu de l’âtre ou contem plent avec\nmélancolie les flocons blancs qui, lentem ent, choient sur la terre\nléthargique.\n                                                       Sander P i e r r o n .\n   Schaerbeek, mai 1893.\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-010", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 160, "page_fin": 164, "titre_corps": "L’Évolution symboliste II", "titre_sommaire": "L’Evolution Symboliste", "rubrique": "", "signature_source": "Henry LE BŒUF.", "ancre_debut": "L ’E v o lu tio n S ym boliste                             A PR O PO S D ’UN              LIVRE         NOUVE", "ancre_fin": "H enry L e Bœ uf.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "C am ille L e m o n n ie r et la Ju stic e    A l’heure presque où la ju", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 199, "page_imprimee": 160, "debut_caractere": 547, "fin_caractere_exclue": 2146, "texte": "L ’E v o lu tio n S ym boliste\n                            A PR O PO S D ’UN              LIVRE         NOUVEAU           ( 1).\n\n\n                                                               II\n\n   L’étude docum entée et approfondie des m anifestations symbolistes\nen Belgique serait une tâche pénible, tout au plus accessible à ceux\nq u’un travail attentif et une observation expérimentale ont rendus\ndignes d’une pareille entreprise. Pas d’écoles nettem ent tracées, pas\nde théoriciens explicites; des groupes, fraternellement unis, res­\npectant leurs mutuelles convictions d’art, et poursuivant chacun en\nsa voie, l’idéal rêvé. Toutefois, certaines personnalités se détachent,\nqui semblent caractériser par leurs tendances l’expansion du m ou­\nvem ent nouveau : Maeterlinck, en ses vers et pièces de théâtre; Van\nLerberghe, dans ses Flaireurs; Verhaeren, dans ses poésies der­\nnières et principalement les Campagnes hallucinées, se préoccupent\nsurtout d’une évocation d’impression, une suggestion de sensations\nqui recherche la mystérieuse prolongation des réalités dans le rêve\ntroublé.\n   L’œuvre dramatique de M. Maurice Maeterlinck est tout entière\nconçue dans l’esprit de ces tendances. Choisissons com m e exemple\nson dernier ouvrage représenté, l’adorable légende de Pelléas et M èli ­\nsande, dont la troupe de M. Lugné-Poë nous a donné, ce mois, une si\nartistique interprétation. Q uel charme touchant, pénétrant et étrange\ndans ces naïvetés profondes, ces sensations qui effleurent à peine e t\n\n\n (1)   Chansons Tristes d e P a u l S a in te B rig itte . —   G o d e n n e , M alines.\n"}, {"page_pdf": 200, "page_imprimee": 161, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2259, "texte": "                                 LA REVUE R O U G E                  16 1\n\n\n\n\nsubsistent en souvenirs intenses! Et cependant, ce son t outes choses\nsuggérées, à peine dépeintes \"dans\" le dialogue, dont l’ensemble pro­\nduit cet effet, ces impressions longuem ent poursuivantes, après la\npremière lecture ou la première audition. Cette ém otion si délicate,\nce vague craintif et enveloppant, ce voile som bre qui adoucit la trop\ngrande réalité des visions, tout réclame de l’esprit un travail imagi­\nnatif et personnel, et l’auditeur, suppléant par ses propres facultés aux\nesquisses imprécises qui lui sont présentées, fait lui-même ce travail\nde suggestion évocative qui donne tant de pénétration aux senti­\nm ents qu’il éprouve.\n   Il en est de même pour les Flaireurs de M. Van Lerberghe, œuvre\nmoins raffinée et plus sobrem ent construite, où l’auteur recherche\nses effets de terreur et de m ystère dans la non-apparition des person­\nnages sinistres, et le canevas supposé d’une musique étrange, non\ninterprétative et surnaturelle. Mais le travail fourni par le lecteur est\nle même, et plus celui-ci aura l’im agination vivace, plus il sera pro­\nfondément impressionné.\n   J ’arrive aux poètes. M. Verhaeren vient d’affirmer la riche puis­\nsance de son talent dans une œ uvre nourrie et forte, où se rem arquent\nsurtout l’élévation et la solidité de l’inspiration poétique : les Cam­\npagnes Hallucinées (1). Des pièces comme le Fléau, le Moulin des\nPéchés sont du pur symbolisme, la seconde surtout, bien que le Fléau\nsoit supérieur comme conception, grandeur d’ensemble et largesse\ndu vers.\n   Dans la plupart de ses pièces, M. Verhaeren semble s’adresser à la\nfaculté auditrice plutôt que visuelle pour évoquer en l’esprit les ta­\nbleaux à dépeindre. Il dira, par exemple :\n\n                          C’est la plaine, la plaine,\n                          Immensément, à perdre haleine.\n\n   Dans la description d’un marais pourri de fièvres, où règne un\nsilence malsain, un seul bruit s’entend :\n                          Parfois comme un hoquet,\n                          Un flot pâteux mine la rive,\n                          Et la glaise, comme un paquet\n                          Tombe dans l ’eau de bile et de salive.\n\n\n ( 1) Chez Deman, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 201, "page_imprimee": 162, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2465, "texte": " 162                        LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\n   Je citerai enfin ces deux vers si grandem ent mélancoliques :\n\n          Et puis un cri toujours plus pauvre et lent d ’oiseau,\n          Infiniment là-bas, un cri à l’agonie.\n\n   Les Campagnes hallucinées ont des terreurs étranges, de l’inex­\nplicable im pressionnant. — Ces sentim ents, hum ains pourtant, ne\npeuvent s’analyser. Il semble que l’esprit recherche, par un incon­\nscient travail de mémoire, les terreurs de l’enfance, et les ravive avec\nintensité. D ’autres ém otions sont plus viriles ; telles les Chansons de\nFou dont la torture pénible et les douleurs passionnées coupent les\ntableaux hagards de sites entrevus en demi-cauchemars. — M. V er­\nhaeren a produit une incontestable œ uvre d’art, aux bizarreries ém ou­\nvantes, dont l’esthétique est très hautem ent placée et très noblem ent\nsoutenue.\n                                    *\n                                   * *\n\n   C’est aussi par l’évocation imprécise des sensations poétiques que\nl’auteur des Chansons Tristes veut suggérer au lecteur, « par un travail\n de déchiffrement », les impressions ressenties; et si l’on en croit l’ex­\nplicative définition de Mallarmé, c’est bien là du symbolisme.\n   Celui des Chansons Tristes est essentiellement musical. F. Brune ­\ntière, dans une étude sur les Symbolistes et les Décadents, a rem ar­\nqué que cette école appliquait à la littérature les procédés musicaux,\npour atteindre au m oyen de syllabes ingénieusem ent rythm ées, son\nbut évocatif. L’A rt en littérature, architectural chez les classiques,\npictural dans le rom antism e, semblerait évoluer vers la musique, et\nrechercher dans le vague d’une mélopée entendue, plus que lue et\ncomprise, les ém otions musicales vers lesquelles tendent les m o­\ndernes écoles. — Cette observation paraît assez judicieuse, et ce que\nnous avons pu rem arquer jusqu’ici ne peut que la confirmer.\n   Dès les premières pages des Chansons Tristes, on devine cette par­\nticularité originale, ce renoncem ent au rendu im médiat de l’image\npar les yeux, et la préférence pour l’audition vaguem ent évocative.\nEt c’est ce qui expliquera les excès auxquels se trouve amené l’auteur,\ncertaines aridités dans la com position, le sacrifice presque absolu de\ntoute com préhension à la caresse musicale de l’harm onie versifiée,\ncomme dans les pièces : Les Vals trompeurs, D ’une fée, certaines\nstrophes du Chant de Révolte; — la singularité de certaines épithètes,\n"}, {"page_pdf": 202, "page_imprimee": 163, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2316, "texte": "                           LA REVUE ROU GE                                        I 63\n\n\n\n\ndont le rapport avec l’objet semble nul : Indubitable nue, Soirs vindi­\ncatifs.\n  Au reste, cette poésie ne s’épluche pas. L ’esprit se laisse gagner\npeu à peu par le charme de ce rythm e chantant, aisé, aux syllabes\nsonores et douces. Il est captivé par ce style inattendu, cette musique\nberçante dont la cadence molle évoque d’étranges m élodies; il ne\ndemande plus d’idées, il ne sent et ne voit que de vagues impressions,\ndes images en grisaille. — Q ue de jolies choses, adoucies en ces\ntonalités confuses!\n                C’est là-bas la tour de Tristesse,\n                c’est là bas la tour d ’Ennui,\n                y pleure encor mainte princesse.\n                                                          (V ieu x c h an t).\n\n                Et prennent leur vol sans clameurs,\n                Blanches étoiles, une à une...\n                                                                (Mélodie).\n                 Petit Jésus des légendes\n                 est redescendu sur la terre\n                 et sur la terre miraculeuse\n                 il veut auréoler son cœur\n                 d ’un peu d ’Amour et d ’Extase.\n                                                      (S o n g e d ’E n fa n t)\n\n   Mais l’auteur ne se borne pas à ces seules délicatesses. Il a des\nindignations de belle jeunesse, un am our large et ému des humbles,\nun sentim ent intim e et puissant de com m isération pour leurs misères.\nIl les verra représentées, les douleurs d’en-bas, dans les Rafales sym ­\nboliques, « qui sont les inconnus, les humbles, ceux qui chantent\net qui pleurent, chantent leurs désespoirs et pleurent leurs illusions. »\n— Il a des révoltes soudaines, qui s’exprim ent en paradoxales pièces :\nRictus chrétien, et les amers Actes de Foi et d ’Espérance; il a des\nvisions picturales aux im pressions sobres et vivaces :\n                   O vagues, de meurtre enivrées,\n                   Océan large et fo rt et las,\n                   Océan des profondeurs noires,\n                   Vos accents verts seront pour nous,\n                   Des ressouvenirs bleus et moires\n                   Dans l ’horizon des lointains roux.\n                                                         (S ab le s M o rts).\n"}, {"page_pdf": 203, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1318, "texte": "164                        LA REVUE R O U G E\n\n\n\n\n  Il a enfin de tendres pitiés, une résignation mélancoliquement\napaisée pour le pauvre m artyre d’innocents suppliciés :\n\n                 Ils n’ont point maudit leurs bourreaux,\n                 point crié vengeance au seigneur,\n                 ils ont montré leurs petits cœurs,\n                 leurs petits cœurs des jours de fête,\n                 saignant d ’effroyables douleurs,\n                 la douleur des grands poètes.\n                                                    (B a lla d e d 'A u trefo is).\n\n\n   — En dédiant son ouvrage à Emile Verhaeren, Paul Sainte Brigitte\ns’est placé sous la tutelle de son véritable maître. O n devine aisé­\nm ent, dans le rythm e de certains vers, la liberté de plusieurs pièces,\nl’impression spéciale de l’ensemble, une adm iration convaincue et\npassionnée pour l’auteur des Moines et des Campagnes hallucinées. —\nLes Chansons Tristes, œ uvre de début, ont de l’inexpérience irrésolue,\ndes exagérations fougueuses; mais leurs qualités caractéristiques sont\nfortes et durables, et leur charm e étrange et neuf plaira à ceux qu’at­\ntire la suggestion, par l’évocation musicale, de vagues images, à peine\nentrevues en m ystérieux rêves.\n                                                 H enry L e         Bœ uf.\n\n\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-011", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 164, "page_fin": 166, "titre_corps": "Camille Lemonnier et la Justice", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "PAUL SAINTE BRIGITTE.", "ancre_debut": "C am ille L e m o n n ie r et la Ju stic e    A l’heure presque où la ju", "ancre_fin": "r ig it t e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Revue littéraire    L a Duchesse de Malfi (W eb", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 203, "page_imprimee": 164, "debut_caractere": 1318, "fin_caractere_exclue": 2086, "texte": "C am ille L e m o n n ie r et la Ju stic e\n   A l’heure presque où la justice belge attire Camille Lem onnier à la\nbarre d’une cour d’assises, le Maître lance au m onde littéraire son der­\nnier livre.\n   Le Bestiaire vient de paraître chez Savine.\n   Et tel ce volume, toute une suite de nouvelles, de proses, très fortes\nde réalité et d’observation, très violentes de passion et de brutalité, —\nde bestialité, écrite dans cette langue, délicatement subjugueuse, dont\nle maître nous a livré la puissance en maintes œ uvres déjà relues.\n   Différentes de ces nouvelles ont été publiées en diverses revues.\nN ous nous souvenons avoir lu Les supercheries du théâtre dans Le\nRéveil, alors que notre ami Desgenêts était encore directeur de cette\npublication, croyons-nous.\n"}, {"page_pdf": 204, "page_imprimee": 165, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2127, "texte": "                            LA REVUE ROUGE                            165\n\n\n\n  Le prêche, une prose d’un très haut sentim ent symbolique, a paru\ndans Le Réveil également, num éro d’avril de cette année.\n  N ous réservons à notre excellent chroniqueur Le Bœuf, la délicate\nmission d’analyser avec sa subtilité coutumière, le récent œ uvre de\nLemonnier.\n\n\n\n   Le Bestiaire! Quel titre suggestif qui pourrait bien effaroucher le\nridiculem ent pudibond parquet de Bruxelles, lequel nous semble depuis\nquelque temps épris d’une moralité maniaque.\n   Ces messieurs du parquet n ’aiment pas la littérature, ces messieurs\ndu parquet n ’aim ent surtout pas la littérature de M. Lem onnier.\n   E t de là un com plot de policiers, traîné dans les ténébreux couloirs\nd’un palais de Justice contre toute une littérature, l’avenir intellectuel\nd’une nation.\n   Car il faut se l’im aginer, très grande est la portée de ces poursuites\nque l’on inflige à l’un des écrivains les plus puissants, les plus talen­\ntueux et les plus sympathiques.\n   C’est l’âme de to ut un m ouvem ent qui se sent violée, c’est l’effort\nd’un quart de siècle de labeurs et de peines que l’on stigmatise indi­\ngnem ent au regard d’un monde déjà par trop injuste et hostile.\n   Et que dire de ce procureur général qui, s’insurgeant contre une\nordonnance de non lieu, délivrée par la chambre des mises en accu­\nsation, décide quand même les poursuites ?\n   A quoi donc sert la chambre des mises en accusation en Belgique,\net les procureurs généraux sont-ils investis d’un pouvoir arbitraire ?\n   Nous dem andons qu’on nous réponde.\n\n\n\n   Il y a quelques années, Camille Lem onnier fut poursuivi en France,\npour la publication dans le Gil Blas, de l’Enfant du Crapaud.\n   Le parquet de Bruxelles resta sans émotion, mais à la chambre un\nM. W oeste dem anda au m inistre, M. Lejeune, des explications sur\nl’inaction de la Justice devant le caractère pornographique et haute­\nm ent corrupteur de l 'Enfant du Crapaud.\n   L ’honorable M. Lejeune, en quelques phrases de sa puissante\néloquence, défendit vaillamm ent, et Camille Lem onnier et la liberté\nabsolue dans l’art.\n"}, {"page_pdf": 205, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 769, "texte": " 166                            LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n   Q ue doit-il penser aujourd’hui de ce procureur général qui a ordon­\nné les poursuites?\n   Si une interpellation s’élève au Parlem ent (ce qu’il ne faut pas\nespérer, hélas!) qu’y répondra-t-il?\n   La situation du m inistre est très critique et nous voudrions bien\nconnaître, à simple titre curieux, le sentim ent intim e de M. Lejeune.\n   Hors de cela, nous nous réservons le droit absolu de discuter le\njugem ent quel qu’il soit.\n   E t nous envoyons à m aître Camille Lem onnier l’expression de nos\ntrès vives sym pathies à la veille d’un procès, d’où son nom sortira\nplus glorieux et plus vénéré.\n                                                    Paul S a i n t e   B r ig it t e .\n\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-012", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 166, "page_fin": 169, "titre_corps": "Revue littéraire", "titre_sommaire": "Revue littéraire", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Revue littéraire    L a Duchesse de Malfi (W eb", "ancre_fin": "n t tous nos am is.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "G rappillages    T rès nom breuses nous ar", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 205, "page_imprimee": 166, "debut_caractere": 769, "fin_caractere_exclue": 2740, "texte": "Revue littéraire\n   L a Duchesse de Malfi (W ebster) trad. p a r G. E ekhoud, Bruxelles, M onnom .\n    M. G eorges E ekhoud, qui avait étudié d éjà avec une p u issante intensité\nl’esp rit et le caractère de l’A ngleterre sous la R enaissance, dans sa belle\n œ uvre critique A u siècle de Shakespeare, a choisi dans la m ultitude de pièces\n que cette époque a produites une tragédie de Jo h n W eb ster, Duchessof Malfi,\net il en a ten té la traduction avec une com plète réu ssite. C ette période\nlittéraire, où les passions s’assouvissent furieusem ent, où la n atu re s'é ­\np an ch e violem m ent et sans frein, était bien faite pour séduire son âm e fou­\ngueuse, fortem ent éprise de réalités non com plexes et curieuse de sen sa­\ntions larges et puissantes.\n   T aine a m agistralem ent étudié ces œ uvres de vie intense, de passions\nénorm es « écrites par des hom m es experts en fait d ’actions tragiques, pour\nune race violente, surnourrie et triste. » — C om bien cette terrib le tragédie\nde W e b ste r, aux violents coloris, fait p âlir les pénibles p roductions de siè­\ncles ultérieurs ! D ès les prem ières scènes, les caractères se p récisen t vigou­\nreusem ent, en quelques m ots; l’action avance, court, se précipite en une\ng rad ation haletante, ju sq u ’aux atrocités poignantes du quatrièm e acte, la\nscèn e des figures de cire, celle des fous, l’étranglem en t de la d u chesse et\nle désespoir brusque et sublim e de F erd in an d , le frère assassin, qui s’ex­\nh ale en une plainte déchirante : « Q u e je revoie son v isage!.. P o u rq u o i\nn ’as-tu point pris pitié d ’elle? » L a com passion, la haine, la te rre u r se\nsuivent, se h eu rten t, se m êlent sans répit, et cette succession continue de\nsensations extrêm es agite le lecteur d ’une ém otion tragique et profonde. E t\nquel noir pessim ism e ! B osola, l’am bitieux h y p p o crite, frap p é à m ort, m u r­\nm ure ces dernières paroles : « O ce som bre m onde ! — D ans quelles tén è­\n"}, {"page_pdf": 206, "page_imprimee": 167, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2654, "texte": "                              LA REVUE ROU GE                               167\n\n\nb res, au fond de quel abîm e d’obscurité vit cette p au v re h um anité crain ­\ntive ! » Ces m alédictions dernières et découragées, au m ilieu de ces agonies\ncoupables, ont une solennité sublim e.\n   M. E ekh o u d a su rendre avec u n grand talen t et un e vigoureuse solidité\nles violences de couleurs et hardiesses de m étaphores du tragique anglais ;\net cette prem ière traduction, accom plie avec sou p lesse et passion, fait\nesp érer de nouvelles tentatives dans ce dom aine si fécond et peu exploré\ndu th é âtre anglais sous la R enaissance.\n\n  D it un Page, L iège, B enard.\n  N ous avions reçu, depuis quelques sem aines déjà, u ne artistique p la ­\nquette, sans nom d’auteur, D it un Page, et des com plications de m anuscrit\nnous avaient em pêché d’en p arler. N ous réparons cette lacune. D it un Page\nest une œ uvrette exquise, sans prétentions, à la poésie douce et vaguem ent\nm élancolique. L ’auteur, qui garde l’anonym at, p o u r ajo u ter sans doute à\ncette im pression de léger m ystère, rech erch e, dans u ne sim plicité naïve, la\nca ressa n te expression de son ém otion délicate. C ertaines strophes sont\nravissantes de n a tu re l :\n\n                       E t je chante avec les oiseaux,\n                       Je parle aux arbres de la route,\n                       Je m’assois sur l’herbe, et j ’écoute\n                       Les larmes douces des ruisseaux.\n\n  D ’autres, p lus m usicales, ont u n e sav eu r originale dans leur calm e\nap aisé :\n\n            Viens, tu endormiras les chants de ma tristesse,\n            Tu chanteras d’amour, bien doucement d'espoir;\n            Viens calmer de tes rires l’angoisse de ma détresse,\n            Allons-nous en très loin tant que tombe le soir.\n\n            E t nous irons très seuls au calme des solitudes\n            Sous la bénédiction très douce du bon Dieu.\n\n   L ’auteu r abonde en répétitions heureuses, dont le reto u r donne la sen sa­\ntion exquise d’un m onotone engourdissem ent.\n   Ces pages de poésie légère (illustrées avec un goût heureux p ar R a ssen ­\nfosse et D onnay) ont un rythm e b erceu r et de sp éciales caresses; et leur\ndouce et plaintive m élancolie fait aisém ent reco n n aître un poète liégeois\nqui donne parfois aux je u n es revues de charm antes pièces de vers,\nartistiquem ent ciselées.\n                                                                  H . L e B.\n\n   Prima Verba, V. Th. O rban, L am ertin, B ruxelles.\n   M. V ictor-T hom as O rban a beaucoup voyagé. E n 1888, il séjo u rn ait à\nL isbonne, à S ain t-P au l du B résil, à R io de Janeiro.\n"}, {"page_pdf": 207, "page_imprimee": 168, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3258, "texte": "168                              LA REVUE ROU GE\n\n\n\n  E n 1889, il séjournait à M arseille, à l’Ile de G orée (Afrique), à S an ta Cruz\nde Ténériffe et à R io de Janeiro.\n  E t certain m atin, M. O rban a quitté le B résil!...\n\n   Histoire populaire de Louis X V I I , E . de F erd in .\n    N ous avons reçu de P aris, en m êm e envoi, u n e histoire populaire de\nLouis X V I I et le bulletin m ensuel de La Société d’Etudes sur la Question\nLouis X V I I . N ous osons l ’avouer, cela nous intéresse fort peu. Si encore\nles légitim istes pouvaient préten d re sérieusem ent au trô n e de F ran ce,\nm ais eux ni les autres ne doivent esp érer se voir réin staller, en de p ro ­\nchains temps-, sous le couvert des fleurs de lys.\n   N ous ne disons pas que le peuple français serait m oins h eureux sous ce\nrégim e que sous celui de la R épublique actuelle, cette R épublique ouverte\nà tous les crim es et à tous les déshonneurs, m ais nous disons que l’avenir\nest à d 'au tres lois, à d ’autres organism es, plus ju ste et plus honnête, plus\négalitaire et plus généreux.\n   Si l'au teu r de l’histoire populaire de L ouis X V II, M. de F ertin , a écarté\nde son ouvrage toute préoccupation politique, ce qui est possible, alors,\nm oins encore son livre nous intéresse.\n   L e fils de L ouis C apet, le seizièm e du nom , a subi la rage et la vengeance\ndu peuple fou ; il a subi cette rage p a r une m ort cruelle ou p ar une vie m isé­\nrable de douleurs. — S incèrem ent, j'a i pitié.\n   M ais pourquoi, un siècle après ce fait, s’intéresser encore si vivacem ent à\nune question défunte? N ’y a-t-il pas chaque jour, à nos côtés, dans les rues,\ndans les im passes, des petits enfants qui se m eurent, qui to u ssen t p én ib le­\nm ent leu r existence et q u ’un p ère m audit assom m e dans ses convulsions\nd ’ivresse !\n   E t cette m isère d’aujourd’hui, cette d étresse pitoyable, nous ém eut a u tre­\nm ent que la vie pauvre d ’un petit roi m artyr.\n                                                                       P . S te B.\n\n   Les Vertiges, E rn e st B ouhaye. L éo n V anier, P aris. — A p rès les Pres­\ntiges de Joseph D eclareuil, les Vertiges de M. B ouhaye.\n   M. B ouhaye n ’est pas h an té p a r le m ystère, p a r le tén éb reu x des jeu n es\nécoles. Il forge un vers très net, très clair, sans originalité et sans accu ser\nd’esthétique spéciale. L a form e sem ble du reste le préo ccu p er fort peu, et\ncependant l’idée n ’a rien de particu lier ni de subjugueux. M. B ouhaye r a p ­\npelle les poètes de l’ancien P arn a sse de C atulle M endès. Il dédie ses vers\ndu reste à S ully P ru d ’hom m e, A ndré T heu riet et... F ran ço is C oppée !\n   Il nous serait difficile de faire une chronique du livre de M. B o u h ay e; sa\nm use est de celles qui ne disent rien à notre âme.\n                                                                               A.\n\n   Dieu et l’Etat. — B akonnine.\n   D ans la b rochure « D ieu et l ’E ta t, » B akonnine dém ontre, au m oyen de\np reuves irréfutables, que l’autorité de droit divin fut toujours funeste et ne\nservit jam ais q u 'à cacher les turp itu d es des gouvernem ents tem porels. S ans\n\n\n\n\n                                                                                          I\n"}, {"page_pdf": 208, "page_imprimee": 169, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1877, "texte": "                                 LA REVUE ROUGE                                    169\n\n\ns’a rrê te r au trem en t aux origines de l’état qui sont déjà condam nées p a r la\nm orale publique, telles que la supériorité physique, la violence, la n o ­\nblesse, la fortune, il considère le cas où la science serait investie du p o u ­\nvoir. D ’abord, au m ilieu des R abales et des intrigues qui seraien t m enées\nen vue de la possession de l’autorité, il serait difficile de distinguer les\nsavants p réten d u s des savants véritables. E t m ême fit-on cette supposition,\nque la direction ap p a rtin t aux plus m éritants, on n ’au rait encore aucune\ng aran tie de la justice de leu r gouvernem ent. E n su ite, dès q u 'u n hom m e\narriv e au pouvoir, il se corrom pt, c’est infaillible; et le joug de la science\nse ra it plus du r et plus despotique peut-être que n ’im porte quel autre. E t\np u is, il faut co nsidérer aussi que la science se d étru it elle-m êm e co n tin u el­\nlem ent : la vérité d’au jo u rd ’hui, c’est l’erreu r de dem ain. L a p lu p a rt des\nsavants, d’ailleurs, sem blent form és davantage aux choses de la vie à m e­\nsure que leu r instru ctio n se développe. N e consid éran t que des faits isolés\nq u ’ils étudient sous tous leurs aspects, ils m anquen t n écessairem en t d’une\nconception intégrale du m onde.\n   L e livre conclut à la suppression de tous les gouvernem ents. (Des hom m es\nchez lesquels est né le sentim ent de l’égalité, ne se laissen t pas gouverner,\nils ap p re n n en t à se gouverner eux-mêmes).\n\n\n   A V IS . — L a Revue Rouge ne p a ra îtra pas en août, p a r suite des vacances,\nm ais p a ra îtra à la fin de septem bre, en num éro double. A p a rtir d ’O ctobre,\nd e gran d s changem ents s’opérero n t : notre Revue p ren d ra un essor nouveau\nauq u el ap p lau d iro n t tous nos am is.\n\n\n\n\n                            "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-013", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 169, "page_fin": 172, "titre_corps": "Grappillages", "titre_sommaire": "Grappillages", "rubrique": "", "signature_source": "P. 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H enri\nM azel.\n   D ans Le Mouvement Littéraire une lettre ouverte de C am ille L em onnier,\nd’une adm irable envolée, à M. L ejeune, m inistre d e la Justice, à p ropos du\nprochain procès dont va affliger le M aître un p arq u et ridicule.\n   D ans le m êm e num éro, nous lisons une bonne chronique de Je an D elville,\nsur Pelléas et Mélisande, et une étude de N y st su r les Campagnes Hallucinées.\n   L e Coin du Feu, toujours verviétois, hélas ! consacre son n° de ju in à la m é­\nm oire d'u n de ses collaborateurs.\n   C ’eût peut-être été parfait et digne, si le défunt — un pédagogue qui s ’o u ­\nblia ju sq u ’à publier quelques volum es — n’eût pas écrit des âneries com m e\ncelles-ci :\n   « Il faut que les écoles existent p o u r les fem m es com m e p o u r les\n» hom m es, écoles prim aires, m oyennes, universitaires. Si le rationalism e\n» n ’a pas assez de vitalité p o u r organiser un p areil enseignem ent, q u ’il\n» cesse de se plaindre et souffre, sans geindre, qu’on le tue.\n   » Mouton, qu’il aille à l'abattoir ; il est indigne de la vérité. »\n   Mieux encore :\n   « L e m ariage, constituant la base m êm e de l’ord re social, tout serm ent\n» conjugal est le plus sacré, le plus inviolable, le plus im portant de tous les\n» serm ents...\n   » Voilà pourquoi tout hom m e qui abandonne une p au v re fille, ap rès l’avoir\n» séduite, est tout sim plem ent une canaille. »\n   Si nous voulions nous am user et am user nos lecteurs, no u s pourrions en\np ublier des centaines du m êm e gout, m ais nous ne nous soucions p as de\nfaire p areille besogne et nous tenons à laisser la m ém oire du m onsieur en\nquestion en paix.\n   M ais nous trouvons franchem ent que tout cela est très gros et il est v rai­\nm ent triste de voir des gens faire devant de sem blables énorm ités, des\ngénuflexions d’extase.\n\n   U n certain m onsieur qui signe A. V. R. dans un e petite g azette : L a Fédé­\nration artistique (pourquoi artistique?) a éjaculé récem m ent un e chronique\nsur le salon de M ons. E t cette chronique fam euse déb u te p a r u ne petite\ndigression sur le rao ù t servi aux artistes p a r l’édilité de la locatité. Soit :\nM. A. V. R. aim e beaucoup le cham pagne, probab lem en t; q u an t à la p a r ­\ntie artistique du salon, il s’en m oque bien.\n   Ce m onsieur a vu là beaucoup de ta b lea u x ; le grand art, d’ap rès lui, était\nreprésenté par un seul tableau : Gilles de Chili, de M. A nt. B ourlard, le d irecteu r\nde l’académ ie de M ons.\n   N aturellem ent, M. P o rta els, un m aître n ’est-ce pas? a exposé des œ uvres\nadmirables et M. L éo n H erb o des tableaux splendides.\n   MM. M ellery et C. M eunier, eux, sont presque nuls.\n   « M. M ellery, toujours trè s co rrect com m e dessin, ab an d o n n e un p eu les\n» noirs dans son Souvenir de l’île de Marken, une jeune Z élandaise assise, pen-\n"}, {"page_pdf": 210, "page_imprimee": 171, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2840, "texte": "                                  LA REVUE RO UGE                                      1 71\n\n\n\n» sive au m ilieu d ’une cham bre où les m eubles anciens et les faïences de\n» D elft je tte n t une note très décorative.\n   » A citer encore les envois de M M               et C. M eunier qui expose ses éter­\n   nelles figurines : Souffleurs de verre et Abatteur; q u and M. M eunier, sacré\n» g ran d artiste depuis longtem ps, nous m ontrera-t-il un e œ uvre achevée ?\n» ju s q u ’ici il s’est toujours arrêté au point où la difficulté commence, » ajoute le dit\nA. V. R. avec une désinvolture grotesque.\n   O n ne com m ente pas une appréciation p areille qui n 'e st pas de n atu re à\ném ouvoir la p uissance du M aître, l’on se contente d ’inscrire soigneusem ent\nle nom du critiquailleur, au teu r des lignes précitées, — et de s’en resso u ­\nv enir à l’occasion.\n\n  E n tre tous les envois d es peintres belges au salon de M unich, il convient\nde citer p articulièrem ent : la Courbe et l'Automne du jeu n e m aître V ictor\nG ilsoul.\n  L e fam eux prix quinquennal n ’est pas encore décerné. Il p araît que le\nJu ry hésite, ce qui ne nous étonne pas, — l’hésitation n 'é ta n t plus avouable.\n  N ous nous som m es laissés dire que G eorges E ekhoud, no tre fougueux\nam i et M. de M onge sont en p résen ce.....\n  M. de M onge ?\n   N ous venons de recevoir un périodique nouveau : Feuille d’Echos.\n   S on prem ier num éro est vraim ent fort peu intéressan t. N ous y lisons .\nq u elques lignes de biographie — archi connues sur P a u l G ilson et des vers\nde M. T héo H annon.\n   Ce peu de chose est agrém enté de quelques dessins, dont l’un rep résen te\n... l’uniform e du Royal Cycliste! N ous eussions dit q u an d m êm e au jeu n e\nconfrère nos souhaits de bienvenue, si nous n ’avions trouvé au fronton de\nsa publication cet alliage lam entable : « R evue belge illustrée, d’art, de\nlittérature, de sport et de théâtre.\n   R evue d’a rt et de sport!\n   C ette prom iscuité infâm e nous soulève et nous donne peu d’espoir. N ous\nn’avons rien à atten d re d’une telle R e v u e; son prem ier num éro du reste\nl’avoue hautem ent.\n   T o u te l’am bition de Feuille d ’Echos sera toujours d ’être ce que l ’on peut\nappeler un joli journal.\n   U n joli journal! peut-être, m ais rien de plus.\n\n  L es Récits de Nazareth de notre collab o rateu r E ugène D em older, viennent\nde paraître, chez l ’éditeur V os; prix 3 . 50 fr. De Me C ham aillac, (alias L .\nCourouble) : Contes et Souvenirs, chez L acom blez.            —\n\n  N ous avons eu le charm e d’avoir à B ruxelles, deux rep résen tatio n s de\nla C om pagnie de M. L ugué-P oë. E lle a interprêté, Pelléas et Mélisande, la\nDame de la Mer et l'Intruse.\n  L a p rem ière soirée, celle où M. L ugué-P oë rep résen tait Pelléas et Méli­\nsande, était particu lièrem en t intéressante.\n"}, {"page_pdf": 211, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": " 172                            LA REVUE     rouge\n\n\n\n\n   L es bourgeois et les im béciles étaient arrivés, assez nom breux, avec l’in­\ntention préalab le de trouver tout très bête; (ils eu ssen t b ien fait de s’ex a­\nm iner auparavant).\n   Ils ont essayé quelques coups de sifflet, de tem ps à autre, m ais leurs m i­\nsérables tentatives ont été étouffées subitem ent p a r les acclam ations des\nesthètes qui s’étaient réunis au Parc, ce soir-là, et p ar la p artie subtilem ent\nintelligente du public.\n  Çà et là quelques grognem ents sont partis des h au tes régions de la salle,\nfaisant s’esclaffer la quantité négligeable des spectateurs.\n  C ’est à croire que les B ruxellois devront toujours pro u v er leur grossièreté\net leu r bêtise. Ceci dit, un mot des acteurs.\n  M. L u g ué-P oë et Mlle M euris sont deux réels artistes; ils ont jo u é et\ncom pris leur rôle dans la perfection et il nous ont p aru bien supérieurs\ncam arades qui sem blaient p o u rtan t prouver toute leu r puissance.\n  D ans la Dame de la M er et dans l'Intruse nous avons constaté un e chose\npénible : les acteurs ne connaissaient presque pas leu r rô le, l’on entendait\ndans la salle, le souffleur d’un façon ridicule, ce qui p ro d u isait u n effet\ndétèstable.\n  M ais n ’em pêche que l’in terp rétatio n a été bonne dans son ensem ble et\nque dans l'Intruse surtout, M. L u g ué-P oë s’est affirmé g ran d artiste.\n\n                                                                     P . Ste B.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-014", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 172, "page_fin": 172, "titre_corps": "Petites Correspondances", "titre_sommaire": "Petite Correspondance", "rubrique": "", "signature_source": "P. Ste B.", "ancre_debut": "Petites C orrespondances   I.     IV. (Verviers). — D ans l’un de", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 211, "page_imprimee": 172, "debut_caractere": 1498, "fin_caractere_exclue": 2391, "texte": "Petites C orrespondances\n  I.     IV. (Verviers). — D ans l’un de nos prochains num éros, p ara îtra votre\narticle.\n\n  Mathias Robert. — Q ue devenez-vous ? A q uand de vos nouvelles ?\n\n  J . D. (Gand). — A ttendons étude dont vous nous avez parlé.\n\n   Doua Sol. (B ruxelles, via V erviers). — C haleureusem ent m erci, belle\nprincesse, pour l’envoi du b u lletin de souscription, libellé de si h eu reu se\net spirituelle façon.\n   E t v raim ent vous n ’êtes pas tro p exigeante ; l’articulet-réclam e que vous\navez publié dans le Coin du Feu, valait certes un exem plaire des Chansons\n Tristes. M ais, chère m adam e, j ’ai le reg ret de vous dire que je ne traite\njam ais p a r voie de poste restante.\n   J ’aim e les situations nettes et franches, et l’incognito, n ’est-ce pas, p eu t\nconduire à la lâcheté.\n                                                                     P . Ste B.\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-06-n6-7-015", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "lmprin1erie Artistique", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 213, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 113, "fin_caractere_exclue": 553, "texte": "lmprin1erie Artistique\n\n             L. · & A. 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Elslander -\nMathias Robert - Henry Le Bœuf - Henry Ketels - Géo Mauvère\n- Lucien jottrand- Charles Frappart- Frédéric Friche - Pierre\nArmen - Paul janssens -jean Laenen -jacques Patient, etc.\n\n\n                              SOMMAIRE\nTb. Thore-Bürger .                          .     LuciEN JoTTRAND.\n  (avec une lettre inedite de CHARLES B;AUDELAIRE)\nLa Mère des Soldats . .                      GEORGES EEKHOUD.\nUne Statue (Vers)                            EMILE VERHAEREN.\nLe Baptême de St Nicolas.                    EuGENE DEMOLDER .\nChants des campagnes pauvres               . SANDER PIERRON.\nL'Evolution Symboliste .                     HENRY LE BŒuF.\nCamille Lemonnier et la Justice.             PAUL STE BRIGITTE.\nRevue Litteraire :\n  DuLhesse de Malfi .\n                                             H. LE B.\n  Dit un page .\n  Prima Ver ba ,\n                                             P. STE B.\n  Histoire de Louis XVII\n  Les Vertiges .                             A.\n  Dieu et l'Etat.                            P.J.\nGrappillages .\nPetite Correspondance\n                                             P. STE B.\n"}, {"page_pdf": 180, "texte": "                     P o u r nos lecteurs\n   D an s un ré ce n t v o y a g e qu’il v ie n t de faire à P a ris, l ’un de n os c o l­\nlab orateu rs e s t en tré en p o sse ssio n d’un en sem b le tr è s com plet et\nin éd it de d ocu m ents la is s é s par T h oré Bürger.\n   C’e s t un dépôt sa cré, so r te de le g s pieux qu’il doit à la b ien v eilla n ce\ne t à la con fiance d’un am i in tim e de T h oré.\n   N ous cro y o n s que la publication de c e s le ttr e s, féco n d es en d éta ils\nin con n u s, r e la tifs à l ’h isto ire de l ’art et des a r tiste s, p résen tera pour\nn o s lecteu rs un réel in té rê t.\n                                                                     P. S te B. e t S. P.\n\n\n\n\n            T h é o p h ile T h o ré -B ü rg e r\nA propos de quelques lettres de Charles Baudelaire, Eugène Delacroix,\n                  Jules Dupré, Théodore Rousseau.\n\n                                            I\n\n   « La glorification d’Eugène Delacroix, écrivait M. Maurice Du\nSeigneur, dans une étude intitulée Eugène Delacroix et Théophile\n Thoré, qui parut dans le Journal des Arts (O ctobre, Novembre et\nDécembre 1890) a été en même temps la consécration des jugements\nformulés par la vaillante critique du Romantisme, de cette critique\npleine d ’admiration et d’enthousiasme pour le grand coloriste. Parmi\nles écrivains d’art de cette époque, Théophile T h o ré est peut-être\ncelui qui a proclamé le plus haut et avec le plus de verve le génie\nd ’Eugène Delacroix » auquel nous ajouterons Théodore Rousseau,\nJules Dupré, Diaz, Decamps et, comme dit M. Paul Mantz, dans la\npréface du catalogue de la vente des tableaux de T horé, de tout ce\ngroupe, qui rêvait d’introduire dans la peinture les émotions de l’es-\n"}, {"page_pdf": 181, "texte": " 142                                                   LA RE V U E ROUGE\n\n\n\n\n prit, et dont le talent est aujourd’hui accepté et consacré. A cette\n époque s’élevaient encore contre eux les préjugés des conservateurs\n de l’art pur, à présent « les portes de plus d’un temple se sont\n ouvertes pour recevoir ceux qu’on vouait jadis à d’immortelles gé­\n monies et l’avenir a donné pleinement raison au courageux cri­\n tique » ( 1).\n     « T h o ré tenait pour les nouveautés, il célébrait courageusement les\n hardiesses de l’école grandissante, il croyait à Delacroix insulté, à\n Decamps méconnu, à Rousseau proscrit. De pareilles audaces peu­\n vent aujourd’hui paraître toutes naturelles, mais elles étaient alors\n parfaitement excentriques. Comme il arrive souvent, l’hérésie est\n devenue la vérité » (2).\n    La critique autorisée s’ém ut et attaqua le défenseur des tendances\n nouvelles avec la même violence dont elle usait envers les artistes\n sincères à la recherche d’une formule originale, d’un art plus jeune,\n m archant de pair avec la philosophie, la politique et la science. Elle\n alla jusqu’à le qualifier de « défenseur com prom ettant d’artistes qui\n n ’entendaient nullem ent accepter la responsabilité de ses actes. »\n    Il fallait, pour résister à ces attaques continuelles, pour persévérer\ndans la voie lumineuse que suivaient les novateurs, une science pro­\nfonde, une énergie à toute épreuve et une foi sincère en l’éternelle\névolution progressive de l’esprit humain. T horé possédait ces qualités\net put, grâce à elles, triom pher de l’obscure routine.\n    « Il y a déjà bien longtem ps — un peu après 1830, qui semblait pro­\nm ettre la liberté — écrivait-il dans les premières pages de son Salon\nde 1861 — l’art français était en pleine révolution. O n se battait à\nl’épée ou même d’une façon moins chevaleresque pour ou contre une\npièce de théâtre, un livre, une brochure, un article de journal, un\ntableau, une statue, une lithographie. T o u t le monde en était : les\nartistes et les littérateurs, les critiques et le public. Il s’agissait, en ce\ntem ps-là de savoir si chacun a le droit de faire dans les lettres et dans\nles arts ce qu’il veut, c’est-à-dire ce qu’il sent et ce qu’il comprend,\nce qu’il voit ou qu’il imagine. Il y avait d ’un côté toutes les autorités,\nles académies et les écoles, tous les gens d’im portance, toutes les an ­\nciennes illustrations littéraires et artistiques, toutes les puissances de la\ngrande presse. De l’autre côté une pléiade d’écrivains très hardis et\n\n\n (1)   M au rice D u S e ig n e u r. L e conseiller du bibliophile. I e r O c to b r e 1876.\n (2 ) M . P a u l M an tz, a rtic le d e M . M a u rice D u S e ig n e u r. J o u r n a l des A rts.\n"}, {"page_pdf": 182, "texte": "                           LA   revue   rouge                        143\n\n\n\n\ntrès productifs, une petite bande de rapins barbus, effrontés comme\ndes moineaux, et quelques critiques qui ne se gênaient guère — ... il\nfallut un quart de siècle pour que le public en vint à reconnaître que\ndeux ou trois critiques obstinés n ’avaient pas eu tort, en attaquant des\ncentaines d’artistes — dont les nom s sont oubliés aujourd'hui — en\nexaltant une dizaine d’artistes, qui sont aujourd’hui la gloire de la\nFrance ! » — et du m onde entier.\n   A notre époque un peu lasse, où l’on affecte un décevant scepti­\ncisme, où un regrettable « indifférentisme » tente à s’im planter par­\ntout, on voudrait voir renaître les enthousiasmes d’antan pour ce qui\nest beau, juste, vrai. M alheureusem ent on pourrait encore appliquer\nà la critique actuelle, ce qu’en disait T horé en 1861 :\n   \" En général, la critique contemporaine ne semble pas avoir des\nimpressions bien vives; aussi n ’a-t-elle pas de phrases très franches et\ntrès claires; on ne sait pas trop ce qu’elle approuve et ce qu’elle con­\ndamne. Elle s’abandonne au préjugé, à ce qui est admis. Elle suit\nl’opinion au lieu de la conduire. Elle a cependant un devoir de cons­\ncience et même une certaine responsabilité publique, puisqu’elle est, *\nsuivant le m ot de Shakespeare : « le sonneur de cloches qui se lève le\npremier et qui appelle les autres à l’église. » Il im porte qu’elle ne soit\npas le sonneur de petites églises et que, au contraire, elle attire la\nfoule dans le temple le plus vaste, le plus indépendant et le plus\néclairé. »\n   Le public a toujours été et sera fort longtemps encore, rebelle aux\ntendances nouvelles; M. Pierre P étro z explique cette particularité dans\nla brochure qu’il publia en 1884, sous le titre : Un critique, d’art au\nX I X me siècle, et dans laquelle il a fort bien saisi la personnalité de\nThoré-B urger.\n   « A moins de dons naturels assez rares, on ne sent, on n ’apprécie\nl’une ou l’autre de ces beautés (celle de la nature et celle de l’art) que\nsi l ’on a appris à la découvrir, à la regarder, à s’en rendre compte.\nT h o ré pensait que le principal devoir de la critique était d’éclairer à\ncet égard le public qui ne se trom pe souvent que faute de lumière et\nd’un insuffisant exercice de ses facultés esthétiques, d’élever à soi les\nindifférents ou les aveugles. » « Si Rem brandt revenait au monde pour\nenvoyer des tableaux à l’exposition, écrit Burger, il est bien probable\nqu’on ne les trouverait pas assez finis et assez charmants, à supposer\nmême que le jury les eût admis. Et Rubens, on l’accuserait de ne pas\nsavoir dessiner. »\n"}, {"page_pdf": 183, "texte": "144                                   LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n    Il faut donc, pour diriger le public, des hommes possédant des\n facultés esthétiques suffisamment exercées, qui puissent en quelque\n sorte avoir l’intuition du progrès.\n    Je ne crois pas qu’il existe de meilleure définition du progrès dans\n l’art que celle de M. Littré : « il faut une définition différente de celle\n qu’on donne pour la science et dire qu’il se développe quand d ’âge en\n âge il devient autre, en restant conforme à la beauté. » — « L ’instinct\nrévolutionnaire, l’habitude de chercher les rapports existant entre les\nprincipales modifications de l’art et les grandes transform ations de la\nphilosophie, de la science et de la politique, ont toujours préservé\nT h o ré de l’erreur que professent des esprits éclairés, mais prévenus ou\nrebelles à certaines notions, qui considèrent le m ot progrès comme un\nm ot vide de sens dès qu’il s’agit de l’art. — Il croyait fermement au\nprogrès dans l’ordre intellectuel et dans l’ordre social, sinon en un seul\net même pays, au moins tour à tour chez l’une des nations de l’Europe,\net il ne supposait pas que l’art, soumis en tous temps et en tous lieux\nà l’influence des idées et des m œ urs, pût demeurer stationnaire ou\nrétrograder alors que tout change et progresse autour de lui — ( 1).\n    Il croyait si bien au progrès que, lorsque parurent les premières\nmanifestations du naturalisme, ayant confiance en ces artistes qui vou­\nlaient, comme les sciences, s’attacher à l’étude des faits, de la nature\nvivante, telle qu’ils la voyaient et la com prenaient pour arriver à la\nconnaissance des lois, à des généralisations théoriques, mais positives,\nil déploya la même ardeur pour défendre les Millet, les Courbet et les\nM anet que celle qu’il dépensa si généreusem ent pour les R om anti­\nques : « Com m ent s’étonner du naturalism e dans l’art, puisqu’il est\nprécisément l’analogue du procédé nouveau suivi dans toutes les\ndirections de l’esprit hum ain, dans la philosophie, dans la politique,\ndans la science, dans l’économie sociale. »\n    « Il y a eu, il y a dans la presse démocratique, des critiques qui ont\nessayé d’expliquer com m ent il est possible que l’art concoure au pro­\ngrès social et reçoive de celui-ci une impulsion favorable; il n ’y en a\npas qui l’ait fait aussi clairement, aussi judicieusement et complète­\nm ent que T h o ré;... il les a toujours montrés se prêtant m utuellem ent\naide, et il n ’a jamais sacrifié l’art au progrès social ou subordonné le\nprogrès social à l’art. Il adm ettait entre eux une sorte de hiérarchie et\n\n\n  ( i ) M . P ie r r e P e tr o z .\n"}, {"page_pdf": 184, "texte": "                                          LA REVUE R O U G E                               145\n\n\nla respectait; cependant, s’il croyait au progrès social, il aimait trop\npassionném ent l’art pour lui demander de renoncer à une seule de ses\nqualités essentielles. Il niait d’ailleurs qu’un am oindrissem ent quel­\nconque de celui-ci pût être en quoi que ce soit favorable à celui-là\npuisqu’ils avaient tous deux un but et des intérêts identiques » (1).\n   T h o ré fut toujours avec les novateurs et les audacieux et nous ne\ndoutons pas que s’il eût été donné à l’ém inent critique, au profond\nconnaisseur des anciens maîtres flamands et hollandais, qui n ’avait\nd’autre souci que l’intérêt de la vérité, d’assister à l’éclosion d’une\ntendance nouvelle s’intitulant « Symbolisme », il n ’eût sagement jugé\nles jeunes auxquels nous répétons la belle invocation de la préface de\nses Salons (édition de 1868, page 32) :\n   « O jeunesse immortelle, c’est toi qui as l’audace et la conviction,\n» c’est toi qui te hasardes résolûm ent vers l’inconnu. C’est toi qui\n» passes à la nage les fleuves et les torrents pour aller sur l’autre\n» rive cueillir des fleurs d’un parfum étrange et d ’une couleur innom ­\n  mée. C’est toi qui escalades les m ontagnes et les glaciers pour aller\n» regarder d’en haut ce qui resplendit tout autour. C’est toi qui cours\n» après les chimères, qui les apprivoises et finis par les asservir au\n» foyer domestique. C ’est de toi qu’il faut attendre toute initiative et\n» toute pénétration, tout entraînem ent salutaire vers la destinée! »\n\n                                                       *\n                                                     * *\n\n            L e ttre de C h arles B au d elaire à W . B ü rg er\n                                                                      (A   propos de M anet)\n\n   Edouard Manet exposait au salon de 1864, plusieurs toiles qui va­\nlurent à leur auteur les injures de la foule et les exclamations des\ncritiques autorisés. Voici ce qu’écrivit Bürger, à propos de l’une de\nces toiles intitulée le Toréador : ... Ce toréador, éventré pour le plaisir\nde quelques milliers de spectateurs affolés, est une figure de grandeur\nnaturelle, audacieusement copiée d’après un chef-d’œuvre de la galerie\nPourtalès (n° 163 du catalogue), peint par Vélasquez tout simplement.\nM. M anet a les qualités d ’un magicien, des effets lumineux, des tons\nflamboyants, qui pastichent Vélasquez et Goya, ses maîtres de prédi-\n\n\n (1) Un critique d ’art au X I X ° s., p a r P ie rr e P e tr o z .\n"}, {"page_pdf": 185, "texte": " 146                                       LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\nlection... Dans son second tableau, les Anges au tombeau du Christ,\nc’est un autre maître espagnol, le Gréco, qu’il a pastiché avec une\négale furie, sans doute en manière de sarcasme contre les amoureux\ntransis de la peinture discrète et proprette... Je conviens que ce formi­\ndable Christ et ses anges, aux ailes bleu de Prusse, ont l ’air de se\nmoquer du monde, qui dit : « O n n ’a pas idée de ça! une aberration! »\n« C’est encore une femme très distinguée qui apostrophait ainsi le\npauvre Christ de M. M anet, exposé à la risée des pharisiennes de\nParis. Ça n ’empêche pas que les blancs du linceul et les tons de chair\nne soient extrêm em ent justes dans la peinture de M. Manet, que le\nmodelé du bras droit surtout et le raccourci des jambes du Christ ne\nrappellent des maîtres assez estimés... » ( 1)\n   A la fin de ce même article, nous lisons ce qui suit :\n   \" La critique doit se défier de ces rapprochem ents d’où elle infère\npresque toujours une im itation; la similitude apparente de deux\nartistes peut n ’être que le résultat de mystérieuses coïncidences ! »\nC’est ce que Charles Baudelaire, ami de Manet, écrivit à Bürger.\n   Nous reproduisons ici, dans son intégrité, cette lettre intéressante :\n\n                                                        « Bruxelles, Taverne du Globe.\n\n                            » Cher Monsieur,\n\n    » J’ignore si vous vous souvenez de moi et de nos anciennes discus­\n sions. Tant d’années s’écoulent si vite! Je lis très assidûment ce que vous\nfaites, et je veux vous remercier pour le plaisir que vous m’avez fa it en\nprenant la défense de mon ami Edouard Manet, et en lui rendant un peu\njustice. Seulement il y a quelques petites choses à rectifier dans les\n opinions que vous avez émises.\n    » M. Manet que l’on croit fo u et enragé, est simplement un homme très\n loyal, très simple, fa isa n t tout ce qu’il peut pour être raisonnable, mais\n malheureusement marqué de romantisme depuis sa naissance.\n    » Le mot pastiche n’est pas juste. M. Manet n’a jamais vu de Goya,\n M . Manet n’a jam ais vu de Gréco, M. Manet n’a jamais vu la galerie\n Pourtalès.\n    » Cela vous paraît incroyable, mais cela est vrai.\n\n\n   ( 1) S a lo n de 1 86 4 , p. 6 8 , 69 e t 100 (S alo n s de M . B ü rg e r de 1861 à 1 8 6 8 ). P a ris . Jules\nR e n o u a rd , 18 7 0 .\n"}, {"page_pdf": 186, "texte": "                                LA RE V U E ROU GE                               147\n\n\n\n    » Moi-même, j ’ai admiré avec stupéfaction ces mystérieuses coïnci­\ndences.\n    » M. Manet, à l’époque où nous jouissions de ce merveilleux musée\nespagnol que la stupide république française, dans son respect abusif de\nla propriété, a rendu aux princes d’Orléans, M. Manet était un enfant\net servait à bord d ’un navire.\n    » On lui a tant parlé de ses pastiches de Goya, que maintenant il\ncherche à voir des Goya.\n    » Il est vrai qu’il a vu des Vélasque z ne sais où.\n    » Vous doutez de tout ce que je vous dis? Fous doutez que de si éton­\nnants parallélismes géométriques puissent se présenter dans la nature?\nEh bien! on m ’accuse, moi, d’imiter Edgar Poe! Savez -vous pourquoi j ’ai\nsi patiemment traduit Poë? Parce qu’il me ressemblait.\n    » La première fois que j ’ai ouvert un livre de lui, j ’ai vu, avec épou­\nvante et ravissement, non seulement des sujets rêvés par moi, mais des\np h r a s e s pensées par moi, et écrites par lui vingt ans auparavant.\n\n    » Et nunc, erudimini, vos qui judicatis...! N e vous fâchez pas; mais\nconservez pour moi dans un coin de votre cerveau un bon souvenir. —\n Toutes les fo is que vous chercherez à rendre service h Manet, je vous\nremercierai.\n                                                    \" Charles B a u d e l a i r e . »\n\n    Bürger ne se fâcha pas, mais jugeant que « la liberté de la critique\nest la condition première de la liberté de l’art » et faisant preuve ainsi\nde conscience et d’honnêteté, il ajouta aux quelques lignes de Baude­\nlaire :\n    « ... les phénom ènes de l’esprit sont communs à tous, et ils peuvent\nse produire sous des formes pareilles chez plusieurs individus qui ne\nse connaissent point mutuellement... Je tiens donc qu’Edouard M anet\nn ’a jamais vu de Goya et q u ’il est tout naturellem ent coloriste à la\nfaçon de ce peintre exquis et fantasque... Nous consignons toujours en\npassant que la peinture de Manet n ’est pas un pastiche de Goya, et\nnous avons plaisir à répéter que ce jeune peintre est un vrai peintre,\nplus peintre à lui tout seul que la bande entière des grands prix de\nRome. »\n   N otons encore ce passage du Salon de 1868 : « Je me risque à dire\nque M. Edouard M anet voit très bien. C ’est la première qualité pour\nêtre peintre. A la vérité, il faut encore d’autres qualités avec celle-là.\nManet voit la couleur et la lumière, après quoi il ne s’inquiète plus du\n"}, {"page_pdf": 187, "texte": " 148                                    LA REVUE RO U G E\n\n\n\nreste. Q uand il a fait sur sa toile « la tache de couleur » que font sur\nla nature ambiante un personnage ou un objet, il se tient quitte. Ne\nlui en demandez pas plus long, — pour le m om ent. Le mérite princi­\npal de ces œ uvres, c’est la lumière qui circule et qui distribue partout\nle modelé et le relief. M. Manet se débrouillera plus tard, quand il\nsongera à donner leur valeur relative aux parties essentielles des\nêtres. »\n   Aujourd’hui nous pouvons admirer l 'Olympia « qui, au salon de\n1865, fit courir tout Paris pour voir cette drôle de femme, son bouquet\nsplendide, sa négresse et son chat noir » — ce bouquet lumineux\net ce chat hoffmannesque. Elle attend au Luxembourg, le mom ent de\nrejoindre au Louvre « l’auguste assemblée des maîtres anciens. »\n     (A suivre).                                    Lucien J o t t r a n d .\n\n\n\n                L a M ère des Soldats *()\n   A cette banale enseigne la Belle Vue, un estam inet point banal du\ntout, et moins banale encore la baez ine. Demandez plutôt aux soldats\n de la garnison ? Si vous parliez de la Belle Vue, beaucoup de pousse-\ncailloux ne vous com prenaient pas, ou bien, après avoir réfléchi et\ntâtonné :\n   — La Belle Vue? connais pas!... Ah, si, tout de même. Mais c’est\nchez maman Fontaine, chez la « Mère des Soldats, » que vous voulez\ndire.\n   O , ne pensez pas à mal. Il ne s’agit pas d’une « tenancière, » d ’une\nde celles que vous savez. Le sobriquet de la digne femme est un\nbrevet de bonté écartant toute mauvaise pensée.\n   C’était un tout petit « stam inet » au coin d’une plaine d’exercices,\nprès des anciens rem parts, de la grande ville flamande. T rois fenêtres.\nPour mobilier : quatre tables de bois blanc recurées à en paraître\ntoujours neuves, fraîchement rabotées; quelques chaises de paille;\nun petit billard, dit chinois, jeu d’enfants ou de soldats — car y a-t-il\nplus grands enfants que les militaires et les marins? — une vieille\nhorloge au timbre adorable, une de ces horloges dont le timbre\ns’attendrit et se bonifie comme le bon vin, un com ptoir derrière\n\n\n (*) Cette nouvelle fait partie des Proses G ym niques, un volume, pour paraître prochainement.\n"}, {"page_pdf": 188, "texte": "                             LA REVUE ROU GE                               I 49\n\n\n\nlequel s’étagent des brocs, des verres, et sur la cheminée une naïve\ngarniture en verre soufflé, que la bonne femme avait reçu d ’une sien\ncousin, verrier au Val-Saint-Lam bert.\n   Car elle est wallonne, la digne veuve Fontaine, qui, sans enfants,\ns’est faite la mère de tous les soldats de la garnison. Maîtresse femme,\nsolide comme un hom m e, cinquantenaire, mais réjouie et rose, saine\ncomme une jeunesse. Combien de « classes, » de « levées, » a-t-elle\ndéjà vu passer par son établissement, la cordiale femme ! Les anciens,\nles libérés la recom m andent aux nouveaux venus. Nulle ne s’entend\ncomme elle à vous retourner, à vous retaper le moral du conscrit\nnostalgique, à le brusquer affectueusement. Ils lui racontaient leurs\naffaires. Elle lit leurs lettres et aux illettrés, elle sert parfois d’écrivain\npublic, ou bien elle leur dicte ce qu’il faut mettre sur le papier.\n   C ’est chez elle que le permissionnaire rentrant de congé dépose\nses provisions, ses épargnes. C ’est chez elle aussi qu’aux époques de\nlicenciement les pioupious paient leur dernière tournée, en chantant.\nEt voilà les rappelés en pantalon blanc, en veste d’intérieur, le livret\npassé dans leur veste, si comiques, poupards et fessus. Combien elle\nen avait vu défiler? Artilleurs, avec leur tunique à pans ornés d’une\ngrenade enflammée, le talpak à plumet, les fourragères rouges; piotes\nà culottes grises, petits carabiniers verts et jaunes, chasseurs, lanciers\ngris; guides plus élégants, jolis hom m es, culottés de rouge, sanglés\ndans le dolm an; grands grenadiers embarrassés de leur stature hum i­\nliante pour le com m un des m ortels, avec des têtes d’enfants candides,\ncouronnant des corps terribles. Maman Fontaine connaissait leurs\nnom s et même leurs surnoms, même leur signalem ent; elle eût pu\nrétablir trait par trait leur registre matricule.\n   C’était à la Belle Vue, ou plutôt chez maman Fontaine, la mère des\nsoldats, leur mère, qu’ils venaient parler de leur autre mère, s’épancher\ndes vexations du service, des persécutions que leur faisait endurer\nl’un ou l’autre caporal schlague qui les « cherchait ». Et quelle puissante\nmédiatrice que cette simple femme! Son honnêteté était un prestige,\nim posant même aux gradés, même aux officiers. Q ue d’injustices elle\nprévint ! Q ue de malheurs elle empêcha. Les mauvais sujets, les soudrilles\net les remplaçants ne franchissaient pas son seuil. Voisine des bouges\nqui entourent souvent ces casernes, c’était la maison honnête et pa­\ntriarcale, sentant bon l’ordre, la probité et la vertu. Souvent, lorsque\npris d ’une de ces furies prétoriennes, qui s’em parent de tem ps à autres\nd’une garnison à la suite de conflits avec les pékins, les soldats met-\n"}, {"page_pdf": 189, "texte": "150                        LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\ntaient à sac toutes les maisons du quartier, à commencer par les débits\ninterlopes, la rage de ces démolisseurs se fut reportée sur l’im prudent\nqui eût seulement osé frôler de son sabre la porte ou les volets de la\nBelle Vue. O n l’eût écharpé. M alheur même à celui des leurs, au\nmauvais garçon qui se fut avisé de m anquer en paroles à la mère des\nsoldats. Il aurait eu maille à partir avec tout son régim ent, voire avec\ntoute la garnison. Son compte eût été réglé mille fois plutôt qu’une.\nAussi les mauvais coucheurs, les traînards d’éperons, les ivrognes, les\ncherche-querelles, les rossards, ne venaient pas chez la digne femme.\nD ’ailleurs, été comme hiver, onze heures sonnant, elle fermait ses\nvolets, et elle n ’eût même plus ouvert au com m andant de la place\nlui-même.\n                                                   Georges E e k h o u d .\n   (La fin au prochain numéro.)\n\n\n\n\n                        U n e statu e\n                      A n’im porte quel précurseur.\n\n         Avec, devant les yeux, l’astre qu’était son âme,\n         Par des chemins de rocs incandescents de flamme,\n         Il s’en était allé si loin vers l ’inconnu\n         Que son siècle vieux et chenu\n          Toussant la mort au vent trop fo rt de sa pensée,\n         L ’avait férocement enseveli dans la risée.\n\n         Il gisait tel, depuis des tas d ’années\n         Vers l ’avenir échelonnées,\n         Lorsqu’un matin la ville éclata d ’or\n         Et de fête pour son apothéose\n         Et le grandit en une pose\n         De volonté debout sur un piédestal d ’or.\n\n         On inscrivit sur le granit, en marge,\n         L ’exil subi, la fa im , l ’oubli et la prison;\n         Et l'on tressa comme une floraison\n         San crime ancien autour de son fro n t large.\n"}, {"page_pdf": 190, "texte": "                                                      LA REVUE ROU GE                                                                   I5I\n\n\n\n\n                   On lui prit sa pensée et l’on en fit des lois;\n                   On lui prit sa folie et l ’on en fit de l’ordre;\n                   E t ses railleurs d’antan ne savaient plus où mordre\n                   Le battant de tocsin qui sautait dans sa voix.\n\n                  Sa statue étonnante illuminait la brune;\n                  Et le peuple, le soir, après le travail sombre,\n                  Menait vers lui ses f i ls pour embrasser dans l’ombre\n                  Le vêtement sacré que lui faisait la lune.\n                                                                                          Emile V e r h a e r e n .\n\n\n\n\n        Le B a p tê m e de S a in t N i c o l a s (l)\n   Le jour du baptême arriva et ce fut une grande fête à Ypermonde.\n   Le bruit de l’événement s’était déjà répandu par la ville. Les en ­\n fants criaient :\n   — Saint Nicolas est né! Saint Nicolas est né!\n   Com me il avait gelé, la neige était intacte. Jamais les drapeaux des\ncorporations ou les bannières religieuses ne se déployèrent avec tant\nd’éclat qu’au milieu de ce décor d’herm ine où le soleil distribuait à\nprofusion ses rayons.\n   Les rues étaient ornées comme si un empereur, suivi de son es­\ncorte, allait entrer dans la ville en triom phateur. Nul vent n ’agitait\nles oriflammes. Leurs mille couleurs donnaient l’illusion de jardins\nde roses, de lys, de tulipes, suspendus aux fenêtres. Au som m et de la\ncathédrale, au faîte du beffroi les grands drapeaux des jours de fête\navaient été hissés à leur hampe, avec leurs aigles couronnés, qui pa­\nraissaient ainsi d’étranges oiseaux planant au ciel bleu.\n   Les habitants d’Ypermonde, vêtus de leurs manteaux d’hiver les plus\nriches, circulaient lentem ent le long des façades. Ils s’abordaient en\nparlant de l’événement du jour.\n   T outes les femmes prétendaient avoir vu l’ange descendre du ciel,\npendant la nuit de la naissance de Saint Nicolas.\n\n\n  ( 1) F ra g m e n t in éd it tiré d e « l’ H isto ire A u th e n tiq u e du g ran d S ain t - N ico la s » é c rite p o u r le s en fan ts\net d o n t le s d e u x prem iers ch ap itres o n t pa ru dans la Société N o u v elle et dans le M ouvem ent littéraire.\n"}, {"page_pdf": 191, "texte": "152                         LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\n   — O ui, chère voisine, quand je l’ai vu, il était au-dessous de la\nlune.\n   T o u t à coup, on vit arriver au loin, un riche carosse, traîné par deux\nchevaux blancs.\n   Ces chevaux foulaient fièrement la neige, secouant par intervalles,\nen hennissant, leurs crinières qui paraissaient de laine, tant elles\nétaient blanches.\n   Dans le carosse était assise T rinette, tenant sur ses genoux l’enfant\nemm aillotté de soie. Elle avait placé sur son giron une peau d’agneau\npour réchauffer le nouveau-né, si la bise s’était m ontrée trop âpre.\n   Vis-à-vis d’elle avaient pris place le parrain et la marraine. Celle-\nci, toute jeune encore, et d’une réelle beauté, avec ses grands yeux\nlimpides, était aussi opulem m ent habillée qu’une marquise. Intim idée\npar tout ce peuple qui l’acclamait au passage, elle se baissait parfois\nen faisant à l’enfant une risette.\n   Le parrain était un jeune seigneur qui portait une épée au côté,\nune toque à plumeé sur la tête. Il contem plait la foule d’un air satis ­\nfait. Il était d’ailleurs propriétaire d’un grand château; on le ren­\ncontrait souvent dans les bois, chassant à la tête d’une meute de\nchiens; il possédait des moulins à vent et à eau, des étangs pleins\nde poissons, et trois chevaux de grand prix que son père avait achetés\nà son intention en A ngleterre, lors d’un grand voyage au-delà\nde la mer du Nord.\n   Le carosse arriva sous le porche de la cathédrale et s’arrêta.\n   Le parrain descendit le premier et offrit la main à sa compagne. T ri-\nnette suivit avec l’enfant.\n   C’était une des plus belles cathédrales de cette partie de l’Europe.\nElle dressait au-dessus de sa façade, comme l’église de Sainte Gudule\nà Bruxelles et comme N otre-D am e de Paris, deux immenses tours\ncarrées. Ces tours étaient flanquées d’innombrables niches, dans les­\nquelles figuraient, en pierre sculptée, une légion de saints et de saintes,\nainsi que les principaux ducs de Bourgogne et les guerriers de leur\ntemps.\n   Au centre de la façade, une immense verrière, en rosace, m ettait\ncomme une grande roue.\n   Les trois portes étaient surm ontées de nom breuses figures de m ar­\ntyres et d’archanges, et derrière le monument, à l’extrém ité de son\nlong toit, soutenu par des absides gigantesques, une flèche pointue pi­\nquait le ciel surm ontée d’une croix sur laquelle perchait un coq d ’or.\n"}, {"page_pdf": 192, "texte": "                           LA REVUE ROU GE                           153\n\n\n\n   Ce m atin-là, le soleil perçait les verrières dont les mille couleurs\nincendiées par le jour rayonnant jetaient des galettes de lumière\nbariolée aux colonnes séparant les nefs ou bien aux dalles du sol sur\nlesquelles étaient gravées des inscriptions tombales. O n eût dit que\nc’était déjà le printemps qui venait faire resplendir les tabernacles des\nautels et les grands chandeliers. Les fantaisies des rayons, aux teintes\nbrillantes, empruntées aux vitraux, paraissaient couronner de fleurs\nfraîchement cueillies les vases sacrés; les vierges, en m arbre ou en\nchêne bruni, semblaient aussi printannières qu’au mois de mai, lors­\nqu’on les fête.\n   Le gros bourdon se mit à tinter. Là-bas, dans le chœ ur, des encen­\nsoirs brûlaient.\n   Le peuple était entré dans la cathédrale et s’y pressait avec dé­\nvotion.\n   — C’est m onseigneur l’archevêque qui baptise lui-m êm e l’enfant,\ndisaient à leurs voisins des commères bien informées.\n   — O ui, vous pensez, madame.\n   O n entendait le glissement des chaises sur les dalles et le bedaud,\nsa hallebarde au poing, en grand costume, une petite épée en sautoir,\nse promenait solennellement au milieu des paroissiens.\n   Comme c’était jour d’hiver et que le fleuve était gelé, beaucoup\nétaient venus à la messe, des patins à la m ain; les joues étaient d ’un\nrose vif, piquées par la froidure. Les vieillards portaient des m an­\nteaux doublés de peaux de renards ou de loutres et les femmes avaient\nrabattu sur leurs oreilles les brides de leurs bonnets et de leurs\nchaperons.\n   Le groupe, sorti du carosse, s’avança lentem ent au milieu de la\ncathédrale. Dans le fond du chœ ur, une porte s’ouvrit. Q uatre enfants\nen soutanelle violette, porteurs de grands chandeliers d’argent, se\nm ontrèrent d’abord; puis quatre autres, qui balançaient des encensoirs.\n   M onseigneur l’archevêque parut alors dans toute la splendeur de\nson costume d’apparat.\n   Il avait sur la tête une m itre blanche et s’appuyait sur une crosse\nmagnifique.\n   Sa chasuble était le chef-d’œ uvre du chasublier d’Ypermonde. O n y\nvoyait des pélicans en argent sur des broderies d’or, parmi les dessins\ncapricieux que faisaient mille fleurs charmantes.\n   M onseigneur l’archevêque avait une figure douce et blanche de\nvieillard miséricordieux. Au geste de bénédiction que faisaient ses\n"}, {"page_pdf": 193, "texte": "154                        LA REVUE R O U G E\n\n\n\n\n doigts levés, on devinait qu’un peu de la bonté du ciel lui était\n échue en partage.\n   A son entrée, l’orgue se mit à chanter onctueusem ent, et l’on eût\ndit vraim ent, tant cette apparition était sereine et riche, que des\ncolombes allaient voleter dans la musique et que des paons blancs\nallaient venir s’abattre sur les sculptures en chêne noir du jubé.\n   Des chanoines suivaient l’archevêque et celui-ci se dirigea vers le\n nouveau-né.\n   T ous se rendirent aux fonds baptismaux.\n   L ’orgue résonnait toujours, et d’une façon telle que les habitants\n d’Ypermonde ne se rappelaient pas avoir ouï jamais de musique\naussi sublime. Parfois ces fugues semblaient des choeurs d ’enfants\ncélébrant des N oëls; d’autres fois c’étaient des voix d ’anges qui\nentonnaient des chants de gloire dans des jardins pleins de lys et\nde lumière. Il s’élevait aussi des sons qui paraissaient sortir de m i­\nraculeuses chapelles d’argent, tant ils étaient suaves, et l’on eût\ndit que de larges nappes de clarté s’étendaient dans les phrases de\ncette harmonie.\n   Les fonds baptismaux étaient ciselés en cuivre; ils figuraient une\nimmense coupe ornée d ’écussons en émail et dont le pied reposait\nsur quatre lions de métal couchés sur le sol.\n   La marraine présenta l’enfant au-dessus de la coupe, qui contenait\nune eau claire et lustrale.\n   Un silence très profond régnait parmi le peuple.\n   Alors l’archevêque, tandis qu’un enfant de chœ ur relevait le coin\nde son manteau, versa sur le front de Saint Nicolas un peu de cette\nonde limpide qu’il avait prise dans une écaille et il prononça des\nparoles sacramentelles.\n   Les sons de l’orgue furent à cette instant tellem ent purs qu’on eût\ndit que le ciel s’était ouvert et que tous les archanges, et que tous\nles chérubins planaient au-dessus de la ville d’Ypermonde, les uns\navec des violes, les autres avec des flûtes, les autres avec des\nviolons ou des hautbois. O n les devinait presque, frôlant de leur\nlongue robe blanche ou de leurs ailes couleur d’arc en ciel les tours\nde la cathédrale et m ettant leurs figures auréolées et leurs gestes de\nmusiciens le long des gargouilles grim açant sous la neige. O h! oui,\nc’était de la musique qui descendait des espaces bleus ou se passent les\névénements étranges qui font naître les étoiles. Jamais les oreilles\nhumaines ne furent à une fête pareille. Le temple, rendu plus léger\n"}, {"page_pdf": 194, "texte": "                            LA RE V U E RO UGE                          155\n\n\n\npar ces accords aériens, semblait vouloir se détacher de la terre et\nm onter prodigieusem ent vers le zénith.\n    Aussi une légende a-t-elle pris naissance dès ce m om ent à Yper­\nm onde.\n    O n y raconte qu’au m om ent où Saint Nicolas était entré dans\nla cathédrale, une femme vêtue de bleu, le regard doux et les mains\nblanches comme une âme rachetée, était venue s’asseoir devant le\nclavier de l’orgue et s’était mise à jouer. L ’organiste et les chantres,\nà son aspect m ystique, s’étaient jetés à genoux, émerveillés de sa\nbeauté supra-terrestre.\n   — Je suis votre patronne, avait-elle dit aux musiciens.\n   T o u t le m onde croit que cette femme, descendue au jubé par\nl’escalier du carillonneur et qui m ontra un génie si profond dans\nl’art de faire chanter et ronfler les tuyaux sonores des orgues,\nn ’était autre que Sainte Cécile, la vierge artiste, issue jadis d’une\nnoble famille romaine et qui souffrit le m artyre sous le règne\nd’Alexandre Sévère.\n                                                Eugène D e m o l d e r .\n\n\n\n  C h a n ts des C am p agn es pauvres\n                                         A mes sœurs Lucie et Jeanne.\n                                    I\n\n   Des horizons im m enses; parfois une ferme, un bouquet d’arbres\nrabougris, fait de maigres branches supportant de pauvres fruits. Une\nterre jaune, inculte, du sable et de l’argile et où poussent, par ci par\nlà des blés m inces, bas, tristes de vivre dans ce désert pitoyable.\nL’été, le soleil crève les flancs de la terre et m et à nu ses entrailles\ndesséchées. Aussi se creusent l’hiver les mains des sans-logis, lorsque\nla bise les cingle de ses fouets de glace. Chaque saison, la terre se\nride plus profondém ent; on la dirait plus vieille que toutes les autres\nglèbes.\n   L ’hiver le sol est boueux, on y enfonce jusqu’aux genoux; les\npaysans s’y aventurent avec la crainte des embûches et des surnatu­\nrelles rencontres. Les ornières sont des ruisseaux, les flaques des\nmares stagnantes et profondes. T o u t est m ort, blanc et pâle. La\nfumée, sortant du toit des chaumières, se confond avec la brume. La\n"}, {"page_pdf": 195, "texte": " 156                        LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\nnuit, parmi les nuages, la lune brille sinistrem ent, les chemins ont\npeine à lui arracher ses argentins rayons, qui donnent aux objets de\nsuspectes silhouettes.\n   Des sapinières encadrent les lointains et semblent les noires m u­\nrailles d’une vétuste citadelle, qui serait là pour anéantir leur révolte,\nsi les paysans, un jour, abandonnaient leurs outils pour raisonner leur\nsouffrance et réclam er du bonheur.\n   Les intempéries se succèdent; la pluie détrempe les campagnes,\ngoutte dans les chaumières des besoigneux, avive leur mélancolie par\nsa chute m onotone. Le vent souffle en chantant dans les bruyères;\ndes rafales passent, déracinent les arbres chétifs, balayent les cours\ndes fermes, em portent les toitures, renversent les enclos. Il gèle des\nsemaines, la neige durcit; les labours et les chaussées ne form ent\nplus qu’une plaine de glace sans transparence, lourde, où se voient\ndes traces de sabots, laissées là après le passage d’un paysan. Frileux,\nles gens restent au logis, usant, à se chauffer, la provision de bois\nmaigre ramassée sous les sapins.\n\n                                    II\n\n   Les beaux jours reviennent; le soleil m oins m orose s’enhardit et se\n m ontre souvent. La terre détrem pée se sèche peu à peu. L’herbe\npousse rare, les bruyères form ent par les loins un im mense tapis\nsom bre qui disparaît en tons violets derrière les plaines et aux pieds\n des hameaux et des sapinières qui pâlissent.\n   T o u t croît péniblement. Et le laboureur peine, transpire à arracher\naux champs les trésors de leur fécondité. Il draine, bèche sans repos,\ndu jour au crépuscule, aime sa terre autant que le produit de ses\npropres flancs; il la vénère, pleurant parfois à la voix si revêche et si\nmauvaise m algré sa prévenance et son labeur. Il la foule avec respect\net des fois, il arrête sa charrue pour admirer l’infini des cultures. Une\nactivité débordante règne dans les fermes. O n est pauvre toujours,\nmais on se sent heureux au retour du printem ps et de sa douce cha­\nleur. Les petites vaches sortent conduites par un jeune vacher, pieds\nnus, qui les dirige par les bruyères, paître à leur aise. Il chante, tout\nheureux d’être dehors, suivant les chemins avec ses bêtes, ces chemins\nparcourus si souvent la dernière saison et dont il lui a fallu durant\ndes mois oublier l’existence.\n   De vieilles charrettes cahotent sur les routes, avancent lentem ent\n"}, {"page_pdf": 196, "texte": "                           LA REVUE ROUGE                            1 57\n\n\n\nà cause de leur lourde charge. Des sillons se forment, infiniment, se\nconfondent par la perspective avec d’autres sillons. Des chevaux\ntrapus tirent la charrue, cadençant leur allure pesante; leur tête ba­\nlance en ligne verticale. Parfois, au détour d’un labour, ils hennissent\navec joie et dressent les oreilles au passage d’un vol de cigognes ou\nde corbeaux.\n   Des laboureurs parcourent la lande en grandes lignes droites et\nparallèles, étendent leurs bras qui sème et répand autour d’eux, à la\nvolée, le germ e de la moisson.\n   T o u t le tem ps que durent les travaux, les oiseaux picoreurs\ns’ébattent au-dessus des têtes des semeurs, s’enhardissent et s’aven­\ntu ren t sur les champs, lorsque l’hom m e y a passé. Des épouvantails\nse dressent de distance en distance, et éloignent les oiseaux vers\nd’autres contrées plus clémentes peut-être. Plus la saison avance, plus\nles laboureurs s’exténuent, s’acharnent à leur besogne.\n   Pas une âme reste inactive; les femmes aussi travaillent, reprisent\nles vêtem ents usés de leurs gars, nettoient les outils, rouillés par les\npluies récentes, aiguisent les faulx sur des meules vétustes. Elles\ntrottinent dans les places, apprêtent les granges, les approprient pour\nrecevoir les moissons. Les enfants grandissent, de saison en saison\nleur taille se développe, et bientôt de nouveaux serfs, de nouvelles\nrecrues viendront élargir le cercle des peineurs. Dès leur adolescence\nils sont cultivateurs invétérés et lorsqu’ils ont vingt ans, ils sont\nmusclés à force de travail.\n\n\n                                  III\n\n\n    Les fermes sont pleines de bruits et retentissent du chant des\nfilles. Les carrelages ont des éclats sanguins. Les vitres sont vierges\nde poussière, les rideaux sans usure-, et les m urs blancs comme neige\nsous leur couche de chaux récente. Les tables sont propres comme\nune âme de chrétien. Sur les planches des cuisines, les casserolles de\ncuivre ont des scintillements d’astres d’o r; les bahuts m ontrent les\nassiettes d’étain des ancêtres, plus brillantes que des miroirs.\n    Les femmes préparent leurs cottes et les kiels de leurs hommes.\n    Dans les cabarets un changem ent s ’opère. Un orchestrion est placé\ndans un angle exhibant ses séries de trom pettes jaunes, ses statuettes\npeintes battant la mesure et ses colonnettes torses mobiles. Des\n"}, {"page_pdf": 197, "texte": "158                         LA RE VUE ROU GE\n\n\n\n\nbranches de sapin dessinent sur les m urs des guirlandes. Des drapeaux\ndécorent la façade où des lanternes de papier coloré relient les fe­\nnêtres et form ent au-dessus de la porte une girandole étrange.\n    C’est la kermesse. La campagne est déserte, pas un travailleur\nn ’est occupé sur l’étendue des champs. T ous restent au village. Depuis\nle m atin ils ont vêtu leurs beaux effets; les femmes ont mis leur bon­\nnet blanc. Pour quelques jours on oublie le travail, la misère, la dou­\nleur. La joie pénètre partout, séduit les plus soucieux.\n    Les cloches de l’église tintent avec allégresse; dans la nef tout le\nhameau est assemblé, tous prosternés, en des poses édifiantes, prodi­\nguent les prières.\n    Au sortir de la messe on se déride pour ne songer qu’à la fête. Des\ncabarets sort un concert de voix joyeuses de buveurs, de pintes qui\ns’entrechoquent, de violons dont on racle cruellement les cordes.\n    Des groupes se form ent, font le tour des hameaux en vociférant des\nchansons, s’arrêtent chez les baes de connaissance pour se mouiller le\ngosier. Et les filles sont lutinées de ci de là, baisées à pleines bouches;\net elles ne se fâchent point, rient aux éclats et se soustraient habile­\nm ent aux étreintes hébétées qui les serrent avec désir.\n    Puis vient le soir. Du fond des campagnes on entend l’orchestrion\négrener ses ritournelles cadencées. Sa musique s’élève mélancolique,\npleurnichante, se perdant parfois dans l’éclat des voix ivres et furieu­\nses. Et les gars et les filles dansent, tourbillonnent, culbutent, s’accou­\nplent, ont des gestes engageants et canailles. Des rixes éclatent sou­\nvent, elles se continuent au dehors entre les jaloux; parfois le sang\ncoule sans entraver la débauche. Les femmes rient, s’enivrent autant\nque les galants; les kiels se frippent, les cottes et les bonnets blancs se\nsouillent. La kermesse s’étend jusqu’aux grand’routes que prennent\ndes bandes de paysans pour se rendre à d’autres hameaux.\n    Çà et là, au bout d ’une perche devant un cabaret, une vessie gon­\nflée balance tranquillem ent sa panse arrondie. Les rustauds, alléchés\npar cette parlante enseigne, s’entassent dans la salle, se gavent de\ntripes, de boudins et de côtelettes grasses. C’est un festin joyeux;\ntout le m onde dévore, en buvant des pintes pour s’émoustiller; on\ns’arrête souvent pour respirer et pour chanter un couplet.\n    Sur les routes des ivrognes roulent dans les fossés en ronchonnant.\n    Des couples se perdent dans les bruyères et gagnent les bois de\nsapins qui retentissent d’une musique de baisers et de petits cris de\nfilles lutinées.\n"}, {"page_pdf": 198, "texte": "                             LA RE VUE ROU GE                           159\n\n\n  Et la musique de l’orchestrion se perd au loin, vague, sem ant ses\nnotes avec lenteur, comme las de jouer......\n\n                                    IV\n\n    Les mois s’écoulent; le soleil gagne lentem ent la cime élevée des\n cieux et laisse tom ber à pic ses rayons de flammes. L’été arrive, expul­\n sant les fraîcheurs printannières. Les mares se dessèchent, les ruisseaux\n m ontrent leur lit où des poissons argentés agonisent fascinés par l’éclat\n du ciel bleu. La m oisson est dolente comme si les paysans avaient\n le regret de faucher ces blés trop courts sans expansion ni sève. Pour\n les semailles on m anquait de bras, pour la récolte on ne peut les oc­\n cuper tous. Les granges sont trop vastes et sem blent gênées de rece­\nvoir les pauvres provisions qu’on leur confie. Des meules de foin et\n de luzerne naine s’élèvent à l’écart des ferm es; elles sont chétives,\nsans ampleur et, de loin, ressem blent à de grands champignons.\n    La tem pérature s’alourdit, on respire péniblement. Des vapeurs, le\nmatin, sortent de terre, la stérilité y entre par les portes ouvertes. Le\nniveau des puits baisse sensiblement. L’herbe brunit, se recroqueville.\nLes sapins répandent sous leur om brage des parfums résineux et\nviolents.\n    Et le soir, au loin, des feux s’allument sur la lisière des bois; les\nfeuilles m ortes amoncelées s’incen dient, em panachent la nuit de flam­\nbeaux immenses. Et les sapinières apparaissent, plus sombres que de\ncoutum e, avec leur ceinture de murailles de deuil. O n croirait, à la\nlueur des brasiers, les voir s’avancer et vouloir briser les villages et les\nhameaux dans leurs griffes impitoyables.\n    Dans les chaumières, les yeux collés aux vitres, les rustres regar­\ndent dans la nuit le grandiose spectacle: les femmes et les vieillards se\nsignent et disent des prières. Des pleurs sortent des berceaux où les\nenfants ont peur en voyant les vieux si craintifs et si tristes.\n    Les intem péries se succèdent, la pluie détrem pe les campagnes,\ngoutte dans les chaumières des besoigneux, avive leur mélancolie par\nsa chute m onotone. Le vent souffle en chantant dans les bruyères.\nDes rafales passent, déracinent les arbres chétifs, balayent les cours\ndes fermes, em portent les toitures, renversent les enclos. Il g êle des\nsemaines, la neige durcit; les labours et les chaussées ne form ent plus\nqu’une plaine de glace sans transparence, lourde, où se voient des\ntraces de sabots laissées là après le passage d’un paysan. Frileux, les\n"}, {"page_pdf": 199, "texte": " 160                                           L A RE VUE ROUGE\n\n\n\n\ngens restent au logis, usant à se chauffer, la provision de bois maigre\nramassée sous les sapins. Les femmes ont les yeux rouges et se\ndésespèrent en regardant les campagnes moroses. Les hom m es ne\ncausent pas, sont inactifs, attisent le feu de l’âtre ou contem plent avec\nmélancolie les flocons blancs qui, lentem ent, choient sur la terre\nléthargique.\n                                                       Sander P i e r r o n .\n   Schaerbeek, mai 1893.\n\n\n\n                  L ’E v o lu tio n S ym boliste\n                            A PR O PO S D ’UN              LIVRE         NOUVEAU           ( 1).\n\n\n                                                               II\n\n   L’étude docum entée et approfondie des m anifestations symbolistes\nen Belgique serait une tâche pénible, tout au plus accessible à ceux\nq u’un travail attentif et une observation expérimentale ont rendus\ndignes d’une pareille entreprise. Pas d’écoles nettem ent tracées, pas\nde théoriciens explicites; des groupes, fraternellement unis, res­\npectant leurs mutuelles convictions d’art, et poursuivant chacun en\nsa voie, l’idéal rêvé. Toutefois, certaines personnalités se détachent,\nqui semblent caractériser par leurs tendances l’expansion du m ou­\nvem ent nouveau : Maeterlinck, en ses vers et pièces de théâtre; Van\nLerberghe, dans ses Flaireurs; Verhaeren, dans ses poésies der­\nnières et principalement les Campagnes hallucinées, se préoccupent\nsurtout d’une évocation d’impression, une suggestion de sensations\nqui recherche la mystérieuse prolongation des réalités dans le rêve\ntroublé.\n   L’œuvre dramatique de M. Maurice Maeterlinck est tout entière\nconçue dans l’esprit de ces tendances. Choisissons com m e exemple\nson dernier ouvrage représenté, l’adorable légende de Pelléas et M èli ­\nsande, dont la troupe de M. Lugné-Poë nous a donné, ce mois, une si\nartistique interprétation. Q uel charme touchant, pénétrant et étrange\ndans ces naïvetés profondes, ces sensations qui effleurent à peine e t\n\n\n (1)   Chansons Tristes d e P a u l S a in te B rig itte . —   G o d e n n e , M alines.\n"}, {"page_pdf": 200, "texte": "                                 LA REVUE R O U G E                  16 1\n\n\n\n\nsubsistent en souvenirs intenses! Et cependant, ce son t outes choses\nsuggérées, à peine dépeintes \"dans\" le dialogue, dont l’ensemble pro­\nduit cet effet, ces impressions longuem ent poursuivantes, après la\npremière lecture ou la première audition. Cette ém otion si délicate,\nce vague craintif et enveloppant, ce voile som bre qui adoucit la trop\ngrande réalité des visions, tout réclame de l’esprit un travail imagi­\nnatif et personnel, et l’auditeur, suppléant par ses propres facultés aux\nesquisses imprécises qui lui sont présentées, fait lui-même ce travail\nde suggestion évocative qui donne tant de pénétration aux senti­\nm ents qu’il éprouve.\n   Il en est de même pour les Flaireurs de M. Van Lerberghe, œuvre\nmoins raffinée et plus sobrem ent construite, où l’auteur recherche\nses effets de terreur et de m ystère dans la non-apparition des person­\nnages sinistres, et le canevas supposé d’une musique étrange, non\ninterprétative et surnaturelle. Mais le travail fourni par le lecteur est\nle même, et plus celui-ci aura l’im agination vivace, plus il sera pro­\nfondément impressionné.\n   J ’arrive aux poètes. M. Verhaeren vient d’affirmer la riche puis­\nsance de son talent dans une œ uvre nourrie et forte, où se rem arquent\nsurtout l’élévation et la solidité de l’inspiration poétique : les Cam­\npagnes Hallucinées (1). Des pièces comme le Fléau, le Moulin des\nPéchés sont du pur symbolisme, la seconde surtout, bien que le Fléau\nsoit supérieur comme conception, grandeur d’ensemble et largesse\ndu vers.\n   Dans la plupart de ses pièces, M. Verhaeren semble s’adresser à la\nfaculté auditrice plutôt que visuelle pour évoquer en l’esprit les ta­\nbleaux à dépeindre. Il dira, par exemple :\n\n                          C’est la plaine, la plaine,\n                          Immensément, à perdre haleine.\n\n   Dans la description d’un marais pourri de fièvres, où règne un\nsilence malsain, un seul bruit s’entend :\n                          Parfois comme un hoquet,\n                          Un flot pâteux mine la rive,\n                          Et la glaise, comme un paquet\n                          Tombe dans l ’eau de bile et de salive.\n\n\n ( 1) Chez Deman, Bruxelles.\n"}, {"page_pdf": 201, "texte": " 162                        LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\n   Je citerai enfin ces deux vers si grandem ent mélancoliques :\n\n          Et puis un cri toujours plus pauvre et lent d ’oiseau,\n          Infiniment là-bas, un cri à l’agonie.\n\n   Les Campagnes hallucinées ont des terreurs étranges, de l’inex­\nplicable im pressionnant. — Ces sentim ents, hum ains pourtant, ne\npeuvent s’analyser. Il semble que l’esprit recherche, par un incon­\nscient travail de mémoire, les terreurs de l’enfance, et les ravive avec\nintensité. D ’autres ém otions sont plus viriles ; telles les Chansons de\nFou dont la torture pénible et les douleurs passionnées coupent les\ntableaux hagards de sites entrevus en demi-cauchemars. — M. V er­\nhaeren a produit une incontestable œ uvre d’art, aux bizarreries ém ou­\nvantes, dont l’esthétique est très hautem ent placée et très noblem ent\nsoutenue.\n                                    *\n                                   * *\n\n   C’est aussi par l’évocation imprécise des sensations poétiques que\nl’auteur des Chansons Tristes veut suggérer au lecteur, « par un travail\n de déchiffrement », les impressions ressenties; et si l’on en croit l’ex­\nplicative définition de Mallarmé, c’est bien là du symbolisme.\n   Celui des Chansons Tristes est essentiellement musical. F. Brune ­\ntière, dans une étude sur les Symbolistes et les Décadents, a rem ar­\nqué que cette école appliquait à la littérature les procédés musicaux,\npour atteindre au m oyen de syllabes ingénieusem ent rythm ées, son\nbut évocatif. L’A rt en littérature, architectural chez les classiques,\npictural dans le rom antism e, semblerait évoluer vers la musique, et\nrechercher dans le vague d’une mélopée entendue, plus que lue et\ncomprise, les ém otions musicales vers lesquelles tendent les m o­\ndernes écoles. — Cette observation paraît assez judicieuse, et ce que\nnous avons pu rem arquer jusqu’ici ne peut que la confirmer.\n   Dès les premières pages des Chansons Tristes, on devine cette par­\nticularité originale, ce renoncem ent au rendu im médiat de l’image\npar les yeux, et la préférence pour l’audition vaguem ent évocative.\nEt c’est ce qui expliquera les excès auxquels se trouve amené l’auteur,\ncertaines aridités dans la com position, le sacrifice presque absolu de\ntoute com préhension à la caresse musicale de l’harm onie versifiée,\ncomme dans les pièces : Les Vals trompeurs, D ’une fée, certaines\nstrophes du Chant de Révolte; — la singularité de certaines épithètes,\n"}, {"page_pdf": 202, "texte": "                           LA REVUE ROU GE                                        I 63\n\n\n\n\ndont le rapport avec l’objet semble nul : Indubitable nue, Soirs vindi­\ncatifs.\n  Au reste, cette poésie ne s’épluche pas. L ’esprit se laisse gagner\npeu à peu par le charme de ce rythm e chantant, aisé, aux syllabes\nsonores et douces. Il est captivé par ce style inattendu, cette musique\nberçante dont la cadence molle évoque d’étranges m élodies; il ne\ndemande plus d’idées, il ne sent et ne voit que de vagues impressions,\ndes images en grisaille. — Q ue de jolies choses, adoucies en ces\ntonalités confuses!\n                C’est là-bas la tour de Tristesse,\n                c’est là bas la tour d ’Ennui,\n                y pleure encor mainte princesse.\n                                                          (V ieu x c h an t).\n\n                Et prennent leur vol sans clameurs,\n                Blanches étoiles, une à une...\n                                                                (Mélodie).\n                 Petit Jésus des légendes\n                 est redescendu sur la terre\n                 et sur la terre miraculeuse\n                 il veut auréoler son cœur\n                 d ’un peu d ’Amour et d ’Extase.\n                                                      (S o n g e d ’E n fa n t)\n\n   Mais l’auteur ne se borne pas à ces seules délicatesses. Il a des\nindignations de belle jeunesse, un am our large et ému des humbles,\nun sentim ent intim e et puissant de com m isération pour leurs misères.\nIl les verra représentées, les douleurs d’en-bas, dans les Rafales sym ­\nboliques, « qui sont les inconnus, les humbles, ceux qui chantent\net qui pleurent, chantent leurs désespoirs et pleurent leurs illusions. »\n— Il a des révoltes soudaines, qui s’exprim ent en paradoxales pièces :\nRictus chrétien, et les amers Actes de Foi et d ’Espérance; il a des\nvisions picturales aux im pressions sobres et vivaces :\n                   O vagues, de meurtre enivrées,\n                   Océan large et fo rt et las,\n                   Océan des profondeurs noires,\n                   Vos accents verts seront pour nous,\n                   Des ressouvenirs bleus et moires\n                   Dans l ’horizon des lointains roux.\n                                                         (S ab le s M o rts).\n"}, {"page_pdf": 203, "texte": "164                        LA REVUE R O U G E\n\n\n\n\n  Il a enfin de tendres pitiés, une résignation mélancoliquement\napaisée pour le pauvre m artyre d’innocents suppliciés :\n\n                 Ils n’ont point maudit leurs bourreaux,\n                 point crié vengeance au seigneur,\n                 ils ont montré leurs petits cœurs,\n                 leurs petits cœurs des jours de fête,\n                 saignant d ’effroyables douleurs,\n                 la douleur des grands poètes.\n                                                    (B a lla d e d 'A u trefo is).\n\n\n   — En dédiant son ouvrage à Emile Verhaeren, Paul Sainte Brigitte\ns’est placé sous la tutelle de son véritable maître. O n devine aisé­\nm ent, dans le rythm e de certains vers, la liberté de plusieurs pièces,\nl’impression spéciale de l’ensemble, une adm iration convaincue et\npassionnée pour l’auteur des Moines et des Campagnes hallucinées. —\nLes Chansons Tristes, œ uvre de début, ont de l’inexpérience irrésolue,\ndes exagérations fougueuses; mais leurs qualités caractéristiques sont\nfortes et durables, et leur charm e étrange et neuf plaira à ceux qu’at­\ntire la suggestion, par l’évocation musicale, de vagues images, à peine\nentrevues en m ystérieux rêves.\n                                                 H enry L e         Bœ uf.\n\n\n\n\n  C am ille L e m o n n ie r et la Ju stic e\n   A l’heure presque où la justice belge attire Camille Lem onnier à la\nbarre d’une cour d’assises, le Maître lance au m onde littéraire son der­\nnier livre.\n   Le Bestiaire vient de paraître chez Savine.\n   Et tel ce volume, toute une suite de nouvelles, de proses, très fortes\nde réalité et d’observation, très violentes de passion et de brutalité, —\nde bestialité, écrite dans cette langue, délicatement subjugueuse, dont\nle maître nous a livré la puissance en maintes œ uvres déjà relues.\n   Différentes de ces nouvelles ont été publiées en diverses revues.\nN ous nous souvenons avoir lu Les supercheries du théâtre dans Le\nRéveil, alors que notre ami Desgenêts était encore directeur de cette\npublication, croyons-nous.\n"}, {"page_pdf": 204, "texte": "                            LA REVUE ROUGE                            165\n\n\n\n  Le prêche, une prose d’un très haut sentim ent symbolique, a paru\ndans Le Réveil également, num éro d’avril de cette année.\n  N ous réservons à notre excellent chroniqueur Le Bœuf, la délicate\nmission d’analyser avec sa subtilité coutumière, le récent œ uvre de\nLemonnier.\n\n\n\n   Le Bestiaire! Quel titre suggestif qui pourrait bien effaroucher le\nridiculem ent pudibond parquet de Bruxelles, lequel nous semble depuis\nquelque temps épris d’une moralité maniaque.\n   Ces messieurs du parquet n ’aiment pas la littérature, ces messieurs\ndu parquet n ’aim ent surtout pas la littérature de M. Lem onnier.\n   E t de là un com plot de policiers, traîné dans les ténébreux couloirs\nd’un palais de Justice contre toute une littérature, l’avenir intellectuel\nd’une nation.\n   Car il faut se l’im aginer, très grande est la portée de ces poursuites\nque l’on inflige à l’un des écrivains les plus puissants, les plus talen­\ntueux et les plus sympathiques.\n   C’est l’âme de to ut un m ouvem ent qui se sent violée, c’est l’effort\nd’un quart de siècle de labeurs et de peines que l’on stigmatise indi­\ngnem ent au regard d’un monde déjà par trop injuste et hostile.\n   Et que dire de ce procureur général qui, s’insurgeant contre une\nordonnance de non lieu, délivrée par la chambre des mises en accu­\nsation, décide quand même les poursuites ?\n   A quoi donc sert la chambre des mises en accusation en Belgique,\net les procureurs généraux sont-ils investis d’un pouvoir arbitraire ?\n   Nous dem andons qu’on nous réponde.\n\n\n\n   Il y a quelques années, Camille Lem onnier fut poursuivi en France,\npour la publication dans le Gil Blas, de l’Enfant du Crapaud.\n   Le parquet de Bruxelles resta sans émotion, mais à la chambre un\nM. W oeste dem anda au m inistre, M. Lejeune, des explications sur\nl’inaction de la Justice devant le caractère pornographique et haute­\nm ent corrupteur de l 'Enfant du Crapaud.\n   L ’honorable M. Lejeune, en quelques phrases de sa puissante\néloquence, défendit vaillamm ent, et Camille Lem onnier et la liberté\nabsolue dans l’art.\n"}, {"page_pdf": 205, "texte": " 166                            LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n   Q ue doit-il penser aujourd’hui de ce procureur général qui a ordon­\nné les poursuites?\n   Si une interpellation s’élève au Parlem ent (ce qu’il ne faut pas\nespérer, hélas!) qu’y répondra-t-il?\n   La situation du m inistre est très critique et nous voudrions bien\nconnaître, à simple titre curieux, le sentim ent intim e de M. Lejeune.\n   Hors de cela, nous nous réservons le droit absolu de discuter le\njugem ent quel qu’il soit.\n   E t nous envoyons à m aître Camille Lem onnier l’expression de nos\ntrès vives sym pathies à la veille d’un procès, d’où son nom sortira\nplus glorieux et plus vénéré.\n                                                    Paul S a i n t e   B r ig it t e .\n\n\n\n\n                        Revue littéraire\n   L a Duchesse de Malfi (W ebster) trad. p a r G. E ekhoud, Bruxelles, M onnom .\n    M. G eorges E ekhoud, qui avait étudié d éjà avec une p u issante intensité\nl’esp rit et le caractère de l’A ngleterre sous la R enaissance, dans sa belle\n œ uvre critique A u siècle de Shakespeare, a choisi dans la m ultitude de pièces\n que cette époque a produites une tragédie de Jo h n W eb ster, Duchessof Malfi,\net il en a ten té la traduction avec une com plète réu ssite. C ette période\nlittéraire, où les passions s’assouvissent furieusem ent, où la n atu re s'é ­\np an ch e violem m ent et sans frein, était bien faite pour séduire son âm e fou­\ngueuse, fortem ent éprise de réalités non com plexes et curieuse de sen sa­\ntions larges et puissantes.\n   T aine a m agistralem ent étudié ces œ uvres de vie intense, de passions\nénorm es « écrites par des hom m es experts en fait d ’actions tragiques, pour\nune race violente, surnourrie et triste. » — C om bien cette terrib le tragédie\nde W e b ste r, aux violents coloris, fait p âlir les pénibles p roductions de siè­\ncles ultérieurs ! D ès les prem ières scènes, les caractères se p récisen t vigou­\nreusem ent, en quelques m ots; l’action avance, court, se précipite en une\ng rad ation haletante, ju sq u ’aux atrocités poignantes du quatrièm e acte, la\nscèn e des figures de cire, celle des fous, l’étranglem en t de la d u chesse et\nle désespoir brusque et sublim e de F erd in an d , le frère assassin, qui s’ex­\nh ale en une plainte déchirante : « Q u e je revoie son v isage!.. P o u rq u o i\nn ’as-tu point pris pitié d ’elle? » L a com passion, la haine, la te rre u r se\nsuivent, se h eu rten t, se m êlent sans répit, et cette succession continue de\nsensations extrêm es agite le lecteur d ’une ém otion tragique et profonde. E t\nquel noir pessim ism e ! B osola, l’am bitieux h y p p o crite, frap p é à m ort, m u r­\nm ure ces dernières paroles : « O ce som bre m onde ! — D ans quelles tén è­\n"}, {"page_pdf": 206, "texte": "                              LA REVUE ROU GE                               167\n\n\nb res, au fond de quel abîm e d’obscurité vit cette p au v re h um anité crain ­\ntive ! » Ces m alédictions dernières et découragées, au m ilieu de ces agonies\ncoupables, ont une solennité sublim e.\n   M. E ekh o u d a su rendre avec u n grand talen t et un e vigoureuse solidité\nles violences de couleurs et hardiesses de m étaphores du tragique anglais ;\net cette prem ière traduction, accom plie avec sou p lesse et passion, fait\nesp érer de nouvelles tentatives dans ce dom aine si fécond et peu exploré\ndu th é âtre anglais sous la R enaissance.\n\n  D it un Page, L iège, B enard.\n  N ous avions reçu, depuis quelques sem aines déjà, u ne artistique p la ­\nquette, sans nom d’auteur, D it un Page, et des com plications de m anuscrit\nnous avaient em pêché d’en p arler. N ous réparons cette lacune. D it un Page\nest une œ uvrette exquise, sans prétentions, à la poésie douce et vaguem ent\nm élancolique. L ’auteur, qui garde l’anonym at, p o u r ajo u ter sans doute à\ncette im pression de léger m ystère, rech erch e, dans u ne sim plicité naïve, la\nca ressa n te expression de son ém otion délicate. C ertaines strophes sont\nravissantes de n a tu re l :\n\n                       E t je chante avec les oiseaux,\n                       Je parle aux arbres de la route,\n                       Je m’assois sur l’herbe, et j ’écoute\n                       Les larmes douces des ruisseaux.\n\n  D ’autres, p lus m usicales, ont u n e sav eu r originale dans leur calm e\nap aisé :\n\n            Viens, tu endormiras les chants de ma tristesse,\n            Tu chanteras d’amour, bien doucement d'espoir;\n            Viens calmer de tes rires l’angoisse de ma détresse,\n            Allons-nous en très loin tant que tombe le soir.\n\n            E t nous irons très seuls au calme des solitudes\n            Sous la bénédiction très douce du bon Dieu.\n\n   L ’auteu r abonde en répétitions heureuses, dont le reto u r donne la sen sa­\ntion exquise d’un m onotone engourdissem ent.\n   Ces pages de poésie légère (illustrées avec un goût heureux p ar R a ssen ­\nfosse et D onnay) ont un rythm e b erceu r et de sp éciales caresses; et leur\ndouce et plaintive m élancolie fait aisém ent reco n n aître un poète liégeois\nqui donne parfois aux je u n es revues de charm antes pièces de vers,\nartistiquem ent ciselées.\n                                                                  H . L e B.\n\n   Prima Verba, V. Th. O rban, L am ertin, B ruxelles.\n   M. V ictor-T hom as O rban a beaucoup voyagé. E n 1888, il séjo u rn ait à\nL isbonne, à S ain t-P au l du B résil, à R io de Janeiro.\n"}, {"page_pdf": 207, "texte": "168                              LA REVUE ROU GE\n\n\n\n  E n 1889, il séjournait à M arseille, à l’Ile de G orée (Afrique), à S an ta Cruz\nde Ténériffe et à R io de Janeiro.\n  E t certain m atin, M. O rban a quitté le B résil!...\n\n   Histoire populaire de Louis X V I I , E . de F erd in .\n    N ous avons reçu de P aris, en m êm e envoi, u n e histoire populaire de\nLouis X V I I et le bulletin m ensuel de La Société d’Etudes sur la Question\nLouis X V I I . N ous osons l ’avouer, cela nous intéresse fort peu. Si encore\nles légitim istes pouvaient préten d re sérieusem ent au trô n e de F ran ce,\nm ais eux ni les autres ne doivent esp érer se voir réin staller, en de p ro ­\nchains temps-, sous le couvert des fleurs de lys.\n   N ous ne disons pas que le peuple français serait m oins h eureux sous ce\nrégim e que sous celui de la R épublique actuelle, cette R épublique ouverte\nà tous les crim es et à tous les déshonneurs, m ais nous disons que l’avenir\nest à d 'au tres lois, à d ’autres organism es, plus ju ste et plus honnête, plus\négalitaire et plus généreux.\n   Si l'au teu r de l’histoire populaire de L ouis X V II, M. de F ertin , a écarté\nde son ouvrage toute préoccupation politique, ce qui est possible, alors,\nm oins encore son livre nous intéresse.\n   L e fils de L ouis C apet, le seizièm e du nom , a subi la rage et la vengeance\ndu peuple fou ; il a subi cette rage p a r une m ort cruelle ou p ar une vie m isé­\nrable de douleurs. — S incèrem ent, j'a i pitié.\n   M ais pourquoi, un siècle après ce fait, s’intéresser encore si vivacem ent à\nune question défunte? N ’y a-t-il pas chaque jour, à nos côtés, dans les rues,\ndans les im passes, des petits enfants qui se m eurent, qui to u ssen t p én ib le­\nm ent leu r existence et q u ’un p ère m audit assom m e dans ses convulsions\nd ’ivresse !\n   E t cette m isère d’aujourd’hui, cette d étresse pitoyable, nous ém eut a u tre­\nm ent que la vie pauvre d ’un petit roi m artyr.\n                                                                       P . S te B.\n\n   Les Vertiges, E rn e st B ouhaye. L éo n V anier, P aris. — A p rès les Pres­\ntiges de Joseph D eclareuil, les Vertiges de M. B ouhaye.\n   M. B ouhaye n ’est pas h an té p a r le m ystère, p a r le tén éb reu x des jeu n es\nécoles. Il forge un vers très net, très clair, sans originalité et sans accu ser\nd’esthétique spéciale. L a form e sem ble du reste le préo ccu p er fort peu, et\ncependant l’idée n ’a rien de particu lier ni de subjugueux. M. B ouhaye r a p ­\npelle les poètes de l’ancien P arn a sse de C atulle M endès. Il dédie ses vers\ndu reste à S ully P ru d ’hom m e, A ndré T heu riet et... F ran ço is C oppée !\n   Il nous serait difficile de faire une chronique du livre de M. B o u h ay e; sa\nm use est de celles qui ne disent rien à notre âme.\n                                                                               A.\n\n   Dieu et l’Etat. — B akonnine.\n   D ans la b rochure « D ieu et l ’E ta t, » B akonnine dém ontre, au m oyen de\np reuves irréfutables, que l’autorité de droit divin fut toujours funeste et ne\nservit jam ais q u 'à cacher les turp itu d es des gouvernem ents tem porels. S ans\n\n\n\n\n                                                                                          I\n"}, {"page_pdf": 208, "texte": "                                 LA REVUE ROUGE                                    169\n\n\ns’a rrê te r au trem en t aux origines de l’état qui sont déjà condam nées p a r la\nm orale publique, telles que la supériorité physique, la violence, la n o ­\nblesse, la fortune, il considère le cas où la science serait investie du p o u ­\nvoir. D ’abord, au m ilieu des R abales et des intrigues qui seraien t m enées\nen vue de la possession de l’autorité, il serait difficile de distinguer les\nsavants p réten d u s des savants véritables. E t m ême fit-on cette supposition,\nque la direction ap p a rtin t aux plus m éritants, on n ’au rait encore aucune\ng aran tie de la justice de leu r gouvernem ent. E n su ite, dès q u 'u n hom m e\narriv e au pouvoir, il se corrom pt, c’est infaillible; et le joug de la science\nse ra it plus du r et plus despotique peut-être que n ’im porte quel autre. E t\np u is, il faut co nsidérer aussi que la science se d étru it elle-m êm e co n tin u el­\nlem ent : la vérité d’au jo u rd ’hui, c’est l’erreu r de dem ain. L a p lu p a rt des\nsavants, d’ailleurs, sem blent form és davantage aux choses de la vie à m e­\nsure que leu r instru ctio n se développe. N e consid éran t que des faits isolés\nq u ’ils étudient sous tous leurs aspects, ils m anquen t n écessairem en t d’une\nconception intégrale du m onde.\n   L e livre conclut à la suppression de tous les gouvernem ents. (Des hom m es\nchez lesquels est né le sentim ent de l’égalité, ne se laissen t pas gouverner,\nils ap p re n n en t à se gouverner eux-mêmes).\n\n\n   A V IS . — L a Revue Rouge ne p a ra îtra pas en août, p a r suite des vacances,\nm ais p a ra îtra à la fin de septem bre, en num éro double. A p a rtir d ’O ctobre,\nd e gran d s changem ents s’opérero n t : notre Revue p ren d ra un essor nouveau\nauq u el ap p lau d iro n t tous nos am is.\n\n\n\n\n                            G rappillages\n   T rès nom breuses nous arrivent les revues ce mois, et fort intéressantes,\np articulièrem ent :\n   L e Mercure de France, publie du R em y de G ourm ont, du A ndré F o n ­\ntaines, des lettres inédites de V incent V an G ogh et du L ouis D um ur.\n   L ’Ermitage donne une com édie inédite de S ten d h al et trois chansons de\nM aurice M aeterlinck.\n   D e plus, u n article de M azel, dans lequel notre distingué confrère exhum e\nla polém ique de janvier-février entre la Jeune-Belgique et la Revue Rouge.\n   E t pour concilier les deux théories, M azel nous rem ém ore un e formule\nde son am i S aint-A ntoine : « L a théorie de l’a rt p o u r l’a rt est une faveur\naux époques d ’esprit réaliste, en défaveur aux époques d’esprit idéaliste. »\n   L ’Harmonie, de M arseille, p ara îtra en num éro double d e Juin-Juillet.\nC ette publication exceptionnelle contiendra des articles de : K ropotkine,\nH ec to r F ra n ce , L ouise M ichel, Sébastien F au re, etc., et de fort beaux\ndessins de F o ra in et V illette.\n"}, {"page_pdf": 209, "texte": "170                             LA REVUE R O U G E\n\n\n\n   E n Floréal, de beaux vers de M ockel, R ichard L ed en t, G érard y et R a s­\nsenfosse.\n   Les Essais d’art libre publient des fragm ents de Vieux Saxe de M. H enri\nM azel.\n   D ans Le Mouvement Littéraire une lettre ouverte de C am ille L em onnier,\nd’une adm irable envolée, à M. L ejeune, m inistre d e la Justice, à p ropos du\nprochain procès dont va affliger le M aître un p arq u et ridicule.\n   D ans le m êm e num éro, nous lisons une bonne chronique de Je an D elville,\nsur Pelléas et Mélisande, et une étude de N y st su r les Campagnes Hallucinées.\n   L e Coin du Feu, toujours verviétois, hélas ! consacre son n° de ju in à la m é­\nm oire d'u n de ses collaborateurs.\n   C ’eût peut-être été parfait et digne, si le défunt — un pédagogue qui s ’o u ­\nblia ju sq u ’à publier quelques volum es — n’eût pas écrit des âneries com m e\ncelles-ci :\n   « Il faut que les écoles existent p o u r les fem m es com m e p o u r les\n» hom m es, écoles prim aires, m oyennes, universitaires. Si le rationalism e\n» n ’a pas assez de vitalité p o u r organiser un p areil enseignem ent, q u ’il\n» cesse de se plaindre et souffre, sans geindre, qu’on le tue.\n   » Mouton, qu’il aille à l'abattoir ; il est indigne de la vérité. »\n   Mieux encore :\n   « L e m ariage, constituant la base m êm e de l’ord re social, tout serm ent\n» conjugal est le plus sacré, le plus inviolable, le plus im portant de tous les\n» serm ents...\n   » Voilà pourquoi tout hom m e qui abandonne une p au v re fille, ap rès l’avoir\n» séduite, est tout sim plem ent une canaille. »\n   Si nous voulions nous am user et am user nos lecteurs, no u s pourrions en\np ublier des centaines du m êm e gout, m ais nous ne nous soucions p as de\nfaire p areille besogne et nous tenons à laisser la m ém oire du m onsieur en\nquestion en paix.\n   M ais nous trouvons franchem ent que tout cela est très gros et il est v rai­\nm ent triste de voir des gens faire devant de sem blables énorm ités, des\ngénuflexions d’extase.\n\n   U n certain m onsieur qui signe A. V. R. dans un e petite g azette : L a Fédé­\nration artistique (pourquoi artistique?) a éjaculé récem m ent un e chronique\nsur le salon de M ons. E t cette chronique fam euse déb u te p a r u ne petite\ndigression sur le rao ù t servi aux artistes p a r l’édilité de la locatité. Soit :\nM. A. V. R. aim e beaucoup le cham pagne, probab lem en t; q u an t à la p a r ­\ntie artistique du salon, il s’en m oque bien.\n   Ce m onsieur a vu là beaucoup de ta b lea u x ; le grand art, d’ap rès lui, était\nreprésenté par un seul tableau : Gilles de Chili, de M. A nt. B ourlard, le d irecteu r\nde l’académ ie de M ons.\n   N aturellem ent, M. P o rta els, un m aître n ’est-ce pas? a exposé des œ uvres\nadmirables et M. L éo n H erb o des tableaux splendides.\n   MM. M ellery et C. M eunier, eux, sont presque nuls.\n   « M. M ellery, toujours trè s co rrect com m e dessin, ab an d o n n e un p eu les\n» noirs dans son Souvenir de l’île de Marken, une jeune Z élandaise assise, pen-\n"}, {"page_pdf": 210, "texte": "                                  LA REVUE RO UGE                                      1 71\n\n\n\n» sive au m ilieu d ’une cham bre où les m eubles anciens et les faïences de\n» D elft je tte n t une note très décorative.\n   » A citer encore les envois de M M               et C. M eunier qui expose ses éter­\n   nelles figurines : Souffleurs de verre et Abatteur; q u and M. M eunier, sacré\n» g ran d artiste depuis longtem ps, nous m ontrera-t-il un e œ uvre achevée ?\n» ju s q u ’ici il s’est toujours arrêté au point où la difficulté commence, » ajoute le dit\nA. V. R. avec une désinvolture grotesque.\n   O n ne com m ente pas une appréciation p areille qui n 'e st pas de n atu re à\ném ouvoir la p uissance du M aître, l’on se contente d ’inscrire soigneusem ent\nle nom du critiquailleur, au teu r des lignes précitées, — et de s’en resso u ­\nv enir à l’occasion.\n\n  E n tre tous les envois d es peintres belges au salon de M unich, il convient\nde citer p articulièrem ent : la Courbe et l'Automne du jeu n e m aître V ictor\nG ilsoul.\n  L e fam eux prix quinquennal n ’est pas encore décerné. Il p araît que le\nJu ry hésite, ce qui ne nous étonne pas, — l’hésitation n 'é ta n t plus avouable.\n  N ous nous som m es laissés dire que G eorges E ekhoud, no tre fougueux\nam i et M. de M onge sont en p résen ce.....\n  M. de M onge ?\n   N ous venons de recevoir un périodique nouveau : Feuille d’Echos.\n   S on prem ier num éro est vraim ent fort peu intéressan t. N ous y lisons .\nq u elques lignes de biographie — archi connues sur P a u l G ilson et des vers\nde M. T héo H annon.\n   Ce peu de chose est agrém enté de quelques dessins, dont l’un rep résen te\n... l’uniform e du Royal Cycliste! N ous eussions dit q u an d m êm e au jeu n e\nconfrère nos souhaits de bienvenue, si nous n ’avions trouvé au fronton de\nsa publication cet alliage lam entable : « R evue belge illustrée, d’art, de\nlittérature, de sport et de théâtre.\n   R evue d’a rt et de sport!\n   C ette prom iscuité infâm e nous soulève et nous donne peu d’espoir. N ous\nn’avons rien à atten d re d’une telle R e v u e; son prem ier num éro du reste\nl’avoue hautem ent.\n   T o u te l’am bition de Feuille d ’Echos sera toujours d ’être ce que l ’on peut\nappeler un joli journal.\n   U n joli journal! peut-être, m ais rien de plus.\n\n  L es Récits de Nazareth de notre collab o rateu r E ugène D em older, viennent\nde paraître, chez l ’éditeur V os; prix 3 . 50 fr. De Me C ham aillac, (alias L .\nCourouble) : Contes et Souvenirs, chez L acom blez.            —\n\n  N ous avons eu le charm e d’avoir à B ruxelles, deux rep résen tatio n s de\nla C om pagnie de M. L ugué-P oë. E lle a interprêté, Pelléas et Mélisande, la\nDame de la Mer et l'Intruse.\n  L a p rem ière soirée, celle où M. L ugué-P oë rep résen tait Pelléas et Méli­\nsande, était particu lièrem en t intéressante.\n"}, {"page_pdf": 211, "texte": " 172                            LA REVUE     rouge\n\n\n\n\n   L es bourgeois et les im béciles étaient arrivés, assez nom breux, avec l’in­\ntention préalab le de trouver tout très bête; (ils eu ssen t b ien fait de s’ex a­\nm iner auparavant).\n   Ils ont essayé quelques coups de sifflet, de tem ps à autre, m ais leurs m i­\nsérables tentatives ont été étouffées subitem ent p a r les acclam ations des\nesthètes qui s’étaient réunis au Parc, ce soir-là, et p ar la p artie subtilem ent\nintelligente du public.\n  Çà et là quelques grognem ents sont partis des h au tes régions de la salle,\nfaisant s’esclaffer la quantité négligeable des spectateurs.\n  C ’est à croire que les B ruxellois devront toujours pro u v er leur grossièreté\net leu r bêtise. Ceci dit, un mot des acteurs.\n  M. L u g ué-P oë et Mlle M euris sont deux réels artistes; ils ont jo u é et\ncom pris leur rôle dans la perfection et il nous ont p aru bien supérieurs\ncam arades qui sem blaient p o u rtan t prouver toute leu r puissance.\n  D ans la Dame de la M er et dans l'Intruse nous avons constaté un e chose\npénible : les acteurs ne connaissaient presque pas leu r rô le, l’on entendait\ndans la salle, le souffleur d’un façon ridicule, ce qui p ro d u isait u n effet\ndétèstable.\n  M ais n ’em pêche que l’in terp rétatio n a été bonne dans son ensem ble et\nque dans l'Intruse surtout, M. L u g ué-P oë s’est affirmé g ran d artiste.\n\n                                                                     P . Ste B.\n\n\n\n\n           Petites C orrespondances\n  I.     IV. (Verviers). — D ans l’un de nos prochains num éros, p ara îtra votre\narticle.\n\n  Mathias Robert. — Q ue devenez-vous ? A q uand de vos nouvelles ?\n\n  J . D. (Gand). — A ttendons étude dont vous nous avez parlé.\n\n   Doua Sol. (B ruxelles, via V erviers). — C haleureusem ent m erci, belle\nprincesse, pour l’envoi du b u lletin de souscription, libellé de si h eu reu se\net spirituelle façon.\n   E t v raim ent vous n ’êtes pas tro p exigeante ; l’articulet-réclam e que vous\navez publié dans le Coin du Feu, valait certes un exem plaire des Chansons\n Tristes. M ais, chère m adam e, j ’ai le reg ret de vous dire que je ne traite\njam ais p a r voie de poste restante.\n   J ’aim e les situations nettes et franches, et l’incognito, n ’est-ce pas, p eu t\nconduire à la lâcheté.\n                                                                     P . Ste B.\n"}, {"page_pdf": 212, "texte": ""}, {"page_pdf": 213, "texte": "                                                                      __l!lL _\n\n\\ ;~\n\n\n                          lmprin1erie Artistique\n\n             L. · & A. GODENNE\n                        Rue Notre-Dame, xox, à Malines\n\n\n\n\n              Typographie, I -ithograpbie, Autographie, Gravure\n\n                        Spécialité \"'5mpresstons \"e lu~e\n\n       ·1   jou maux; .'Brochures, 'R._etmes, 'Prix- coll raut s, Catalogues, etc.\n\n              Imprimés Industriels, Administratifs & Commerciaux\n                                FABRIQUE DE REGISTRES\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 9, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1893-06", "signet_source": "Deuxième année - N°6-7 - Juin-Juillet 1893", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 178", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}