{"numero_id": "ulb-revue-rouge-1893-11-n11", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "articles": [{"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-11-n11-001", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Deuxième Année - No n NOVEMBRE 1893", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 282, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 354, "texte": "Deuxième Année -     No n\n                                                 NOVEMBRE 1893\n\n\n\n\n                                         MENSUELLE\n                                   ~'tlrt & ~e     l-ittérature\n\n\n\n\n              Le Numéro : 2S Centimes\n\n\n\n\n                   1.\\.édaction él .Administration :\n       Rue Gendebien, 18, Bruxelles\n\n      • 1\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-11-n11-002", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Note de la rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La Revue Rouge Secrétaires de Rédaction", "ancre_fin": "Charles Van Lerberghe - Emile Verhaeren.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 283, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1028, "texte": "La Revue Rouge\n\n\n                       Secrétaires de Rédaction :\n\n         Paul SAINTE BRIGITTE           él: Sander PIERRON\n\n\n                          ABONNEMENTS\n\n      , -\" Belgique     Un an, 3 francs; six mois, fr. 1.75\n          - Etranger       ))\n                              4      ))          ))         )) 2.25\n                       Le numero : . 25' ' centimes\n\n\n\n                  COLL.A7307\\_.ATEU7\\.S:\n\n   Pierre Armen - Lucien de Busscher - Louis Delattre - Frans\n Delbastée - Eugène Der.1older __: Joseph Desgenêts - Georges\n Eekhoud- J.·F. Elslander -Max Elskamp ·- Charles Frapp!\\rt -\n  Frédéric Friche - Paul Janssens -~ Lucien Jottrand - Hubert\n Krains - Jean Laenen - Henry Le Bœuf - Emile Lecomte -\n Maurice Maeterlinck -_ Henry Maubel - Géo Mauvère - Francis\n  Nautet -Raymond Nyst - Sander Pierron - Mathias Robert -\n· Paul Sainte Brigitte - Rodrigue Serasquier - Hubert Stiernet -\n Emile Vandervelde - Charles Van Lerberghe - Emile Verhaeren.\n\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-11-n11-003", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE Le Banquet Eekhoud", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 283, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1028, "fin_caractere_exclue": 1459, "texte": "SOMMAIRE\n\nLe Banquet Eekhoud .                                  LA REVUE RouGE.\n\nTh. Thore-Bürger (sui té)                             LUCIEN jOTTRAND.\n\nPâques noires (fragment)                              j.-F. ELSLANDER.\n\nAmour.                                                JEAN LAENEN     0\n\n\n\n\nChronique Litteraire                                  HE).;RY LE BœuF.\n\nGrappillages .                                        ***\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-11-n11-004", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 29, "page_fin": 34, "titre_corps": "Le Banquet Eekhoud", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Revue Rouge", "ancre_debut": "Le Banquet Eekhoud    La grande fête triom pha", "ancre_fin": "par leur aide attentive et loyale.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "T h é o p h ile T h o ré -B ü rg e r                                                             (Suite) ( 1)                                                                       IV     « Le propre du ca", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 284, "page_imprimee": 29, "debut_caractere": 5, "fin_caractere_exclue": 1522, "texte": "Le Banquet Eekhoud\n   La grande fête triom phale se fit le 28 octobre.\n   T o u tes les amitiés, toutes les sym pathies, toutes les adm irations,\n— tous les coeurs s’unirent en un im mense et glorieux cri de vic­\ntoire pour celui qui si longtem ps lutta et qui toujours fut raillé,\nvilipendé et m éconnu.\n   Il fallait dire à Georges Eekhoud la suprême joie de l’acclamer à\nl’heure de sa vie où toutes les résistances s’inclinaient, où tous les\ndétracteurs capitulaient devant son œuvre, devant son génie.\n   Cette grande parole tut dite.\n\n   Les luttes d’Ecoles et dé Coteries s’effacèrent à l’im périeux désir\n d’acclamer le M aître et de fêter-sa victoire.\n   La Société Nouvelle, l'A rt Moderne, le Mouvement Littéraire, la Jeune\n Belgique, le Réveil, la Nervie, Floréal, le Libre Journal, la Revue Rouge,\ntous fraternisaient. A la table d’honneur voisinaient, Georges Eek­\nhoud, Camille Lem onnier, Jules Le Jeune, Edm ond Picard, Constantin\nMeunier, Charles Buls, X avier Mellery, Eugène R obert et Victor\nArnould.\n   E t aux diverses tables, s’accordaient en une franche et loyale cor­\ndialité : littérateurs de branche aînée et de branche cadette, peintres,\nsculpteurs, musiciens, avocats, journalistes, hom m es politiques. A\nl’heure des toasts, notre ami H enry Le B œ uf s’est levé et a prononcé\nau nom de la Revue Rouge, quelques paroles de sympathie, d’admira­\ntion et de reconnaissance. Puis Emile V erhaeren a lu un superbe\npoème, m agnifiant Georges Eekhoud.\n   N ous le transcrivons com plètem ent :\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 30, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2408, "texte": "30                         LA REVUE ROU GE\n\n\n\n         D ans cet œ uvre que tous, avec toute n o tre âm e,\n         Au long des jo u rs ingrats, rayés parfois de flam me,\n         Im patients d ’éveil, graves de souvenir,\n         N ous bâtissons — depuis quinze ans — vers l’avenir,\n         T o n a rt à toi, to n a rt séditieux de force,\n         T o n a rt rude et crispé se d resse com m e un torse,\n         N o n p as d’onyx parfait, n on p as de m arb re pur,\n         N o n p a s correct et b lanc sur fond b an a l d’azur,\n         M ais de sève angoissée et de chair énergique\n         O ù s’ouvre — entaille au clair — la pourpre, fleur tragique.\n\n\n         E n ce to rse large et vivant, tu l’as plan té\n         Ce cœ ur, le tien, où tout am our a ferm enté :\n         L a passio n elle est vissée en toi; tu l’aim es\n         E n ces cris to rtu rés et ses gestes suprêm es.\n         T u choisis tiens parm i les coins de to n pays\n         L es bourgs les plus lointains, les sols les plus tran sis;\n         A u fond des yeux de ceux que repousse le m onde,\n         T u recueilles, pieux, l ’affre la plus profonde.\n         L e plus h a u t de nous tous, tu l ’es, p a r cette foi\n         Q ue les b attus et les chassés ont m ise en toi;\n         T es vœ ux, depuis longtem ps, font la croisière h um aine\n         P a r à travers les m ers des p leurs et de la peine,\n         N ’ay a n t crainte jam ais que les vents arro g an ts\n         N ’accro ch en t à ton m ât l’aile des ouragans,\n         N i que s’égare au loin to n courage erratiq u e\n         P a rti pour u n g ran d p o rt de pitié frénétique.\n\n\n         A ussi, chaque fois q u ’un de tes livres s’en vient\n         T e prouver tel : fiévreux de l’art, fiévreux du bien,\n         U niquem ent m ordu p a r ton travail, vorace\n         D ’ém otion extrêm e et r ouge où b out ta race,\n         L o y al â tous et bon et de zèle affermi\n         Q uand la bêtise au to u r de nos bouquins aboie,\n         T e m agnifions-nous avec ferveur et joie\n         Com m e m aître écrivain et com m e m aître am i.\n\n\n  Ensuite s’est levé Camille Lem onnier qui a fait l’historique du\nm ouvem ent d’art en Belgique.\n  Il a remercié le m inistre Lejeune de sa présence; « honorant avec\néclat un simple et intègre écrivain. » Le Maître a term iné son discours\npar une m agistrale et étonnante étude de l’œ uvre de Georges Eek­\nhoud.\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 33, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2663, "texte": "                             L a RE VUE ROUGE                              33\n\n\n\n\n     N ous en donnons le passage le plus caractéristique :\n     « J ’atteste l’Œ u v re entier de Georges Eekhoud : j’en évoque les\n am ertumes, les révoltes, les sombres splendeurs. Il n ’en est point qui\n soit m ieux selon notre évangile social, selon notre espoir et notre\n besoin d’une répartition meilleure de la vie. Cet Œ u v re ne com bat pas\n avec les armes habituelles; il ne discute ni ne prom ulgue, mais il\n dégage les fluides, il aim ante à la clémence, à la fin des séculaires\n divisions, à la bonne affection fraternelle. Vous y verrez cette sym ­\n pathie, ce don d’effusion, cette faculté presque eucharistique d’être\n toute l’affliction des âmes qui ne peuvent s’exprim er et de leur\n donner une voix, car Eekhoud, par excellence, se dénonce le poète et\n l’ami des taciturnes. Il les confesse, il les console, il les attire à lui de\n to u t le m agnétism e de son cœ ur miséricordieux. Les âmes m uettes\n sont entre ses mains comme des malades de ne savoir de quoi elles\n souffrent et pour quelles fautes elles sont punies. Il se couche auprès\nd’elles sur les lits de douleur, il baigne ses yeux en leurs nostalgies,\nil lave leurs plaies et y appuie le grand baiser que saint Julien l’H os­\npitalier m et à la bouche du lépreux. C’est aux simples, aux humbles,\naux déchus qu’il voue scs ferveurs; il brûle pour eux d’un am our\nom brageux et m orbide, de cet am our qui est une souffrance et\nvoudrait racheter la détresse sociale en l'assum ant toute, en se trans­\nperçant jusqu’au sacrifice corporel des épées retirées vives de la\nblessure des âmes. »\n    Lorsque Camille Lem onnier eût prononcé les derniers m ots et\nqu’il étreignit dans ses bras l’auteur de la Nouvelle, Cartbage, qui\nest un peu son cadet, se fut dans la salle des acclamations enthou­\nsiastes de joie délirante. O n acclamait Eekhoud, le vainqueur des\nâpres luttes et des combats gigantesques, et Camille Lem onnier, le\nMaitre et l’initiateur qui avait conduit jadis à la croisade, les pre­\nmières recrues littéraires et qui aujourd’hui sortait d’une cour\nd’assises où un parquet, ignorant et servil, l’avait traîné au siège\nd’infamie des forbans assassins.\n    Georges Eekhoud a remercié par une allocution très simple, dite\nd’une voix superlativem ent émue. Il a constallé l’évolution qui se\nproduit en Belgique pour les A rts; et après avoir évoqué l’âme de\nMax W aller et dit son espoir ferme en les derniers venus, Eekhoud\na reporté to u t l’honneur de la victoire sur ses frères d’armes de la\nJeune-Belgique :\n    « C ’est l’avènem ent, a-t-il dit, du règne de la poésie et de la litté­\n"}, {"page_pdf": 289, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1119, "texte": "34                                                   LA REVUE ROU GE\n\n\n\nrature que nous célébrons ici. Et c’est au nom de mes frères d’armes,\nc’est au nom de la pleïade des écrivains de la Jeune-Belgique, honorés\nen ma personne, par vos sym pathies et vos applaudissements, que je\nvous remercie du fond de l’âme. »\n   Ensuite Jean Volders a prononcé quelques paroles au nom du\nparti ouvrier et du Peuple. Et des groupes se sont formés, aux\ncordiales conversations, aux présentations d’usage et aux discussions\naffectueuses.\n\n  (S ’étaient fait excuser par lettre ou dépêche de ne pouvoir assister\nau banquet : Félicien Rops, Peter Benoit, Paul Janson, Jean Blockx,\net MM. Jules De Burlet, m inistre des Beaux Arts, Frans Gittens,\nGeorges Garnir, André Fontainas, A rthur Goemaer, C onstantin de\nBoni, Gustave Andelbrouck, Fernand Baudoux, T h. Radoux, Lucien\nSolvay, Emile Agniez, Henri Nizet, Massart, Gevaert, Emile R oyer et\nMaurice Frison).\n\n   Les organisateurs du banquet rem ercient cordialement tous ceux\nqui ont contribué à l’entière réussite de la fête, par leur aide attentive\net loyale.\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-11-n11-006", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 34, "page_fin": 40, "titre_corps": "Théophile Thoré-Bürger IV", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Lucien Jottrand", "ancre_debut": "T h é o p h ile T h o ré -B ü rg e r                                                             (Suite) ( 1)                                                                       IV     « Le propre du ca", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 289, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 1119, "fin_caractere_exclue": 1985, "texte": "T h é o p h ile T h o ré -B ü rg e r\n                                                            (Suite) ( 1)\n\n                                                                     IV\n\n   « Le propre du caractère de M. Delacroix fut toujours une inquié­\ntude qui ne lui laissait pas de relâche. V oir et exprimer la vie et ses\nimages, dans tous les temps et dans tous les pays, sous toutes les\nformes, tel était son tourm ent. Il n ’y a pas un peintre, dans aucune\nécole dont l’œ uvre soit plus variée que l’œ uvre d’Eugène Delacroix.\nLa haute antiquité asiatique, la Bible et la m ythologie, l’histoire grecque\net rom aine, l’Evangile, le m oyen-âge, les philosophes, les poètes,\nles rom anciers, les faits contem porains, les scènes de m œ urs, tout\n\n\n ( 1)   V o ir le s n09 d e la R evue Rouge de J u in -J u ille t-A o û t- S e p te m b r e - O c to b r e 1893.\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2928, "texte": "                                                       LA REVUE RO UGE                                                                           35\n\n\nlui a fourni des sujets. » ( 1) Il suffirait de citer les titres de ses prin­\ncipaux tableaux pour s’en convaincre.\n    ... « Sa curiosité fut prodigieuse, il voulut que rien de l’idéal émané\n de l’univers n ’échappât à son investigation, et il entreprit de s’inté­\nresser à la Religion, à l’Histoire. Le livre, — le poème, le rom an, le\ndrame, l’histoire, — c’est ce qui prit, pour Delacroix, la place du\nm onde animé, ou plutôt, c’est ce qui se présenta, de par la loi naturelle\nde son intelligence raffinée, comme le résumé du m onde vivant. Les\ncréations des écrivains, les personnages ressuscités par les historiens\ns’im posèrent. Faust et Hamlet lui apparurent plus nettem ent que les\nhom m es de son temps, parce qu’ils sont de tous les tem ps. » — « Il\ns’échauffa à la fréquentation des écrivains et, si la vie de Dante, celle\nde M ichel-Ange l’ont soutenu et hanté (2), il s’est complu au milieu\ndes sujets que lui soum ettaient plus im m édiatem ent les génies de la\nlittérature contem poraine : Goethe, Byron et Châteaubriand.\n    « La prédilection de M. Delacroix, écrit T horé, le porte sans cesse\nvers les grands drames du cœ ur humain. U n jour, en compagnie de\nG oethe, il évoqua cette immortelle figure du docteur Faust, le don\nJuan intellectuel, et il se m it à vivre avec l’esprit de Faust entre les\nfioles poudreuses, les crânes vides et les livres rongés de vers; il\najusta une physionom ie et un pourpoint à M éphistophélès et il l’in­\ntroduisit chez M arthe et M arguerite. Puis il les prom ena Faust et\nM éphistophélès, tantôt dans le caveau d’Auerbach, à Leipzig, tantôt\ndans les m ontagnes du Harz, au milieu du sabbat et des apparitions\nm agiques, tan tô t dans le cachot où M arguerite est en délire. O poète\nde l’Allemagne, ô Goethe! le peintre français a complété ta création.\nDésormais vos deux nom s sont inséparables comme la pensée et\nl’im age se m êlant au sein de Dieu, comme l’âme et le corps unis\nensemble dans l’hom m e! » Goethe lui-m êm e, n ’a-t-il pas dit à\npropos des dix-sept planches composées et exécutées pour la traduc­\ntion de Faust, par M. Albert Stapfer (1828) : « Je retrouve dans ces\nimages toutes les impressions de ma jeunesse. » Vraiment, comme\nle fait rem arquer M. Eugène V éron (3), cette reconnaissance par\nG oethe de la supériorité dramatique de la traduction de Faust par\n\n\n\n  (1) T h . T h o r é . Indépendance Belge, 28 A o û t 186 4.\n  (2) P h ilo so p h ie g é n é ra le de l’ œ u v r e d 'E u g è n e D e la c r o ix , par M . G u s t a v e G eoffroy. F la n d re L ib é ra le du 6\nN o v e m b re 1893. — P a u l F l at d a n s l'é tu d e su r le m a ître p récéd an t le J ou rn a l.\n  (3) Eu gène D ela cro ix, c o lle c tio n des « A rtis te s C é lè b re s » p u b liée par la lib r a ir ie d e l ’ A r t.\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2612, "texte": "36                                                      LA REVUE R O UGE\n\n\n\nDelacroix, est des plus curieuses; car, bien que cela s’explique par le\n caractère complexe du génie de Goethe, qui fut autant un hom m e de\n science qu’un poète, il est rare que les artistes se rendent compte\n des différences radicales des génies créateurs et des esprits critiques.\n    « Déjà R etsch, en Allemagne, avait traduit l’œ uvre de Goethe dans\nune suite de dessins au trait; mais M. Delacroix et Retsch sont deux\ntalents assez originaux pour pouvoir traiter un m ême sujet sous des\naspects différents. Retsch est calme, sobre et serré; il cherche la ligne\net la grandeur des effets. Retsch a surtout un talent de sculpteur.\nM. Delacroix a plutôt les facultés qui font les poètes, sa perception\nest rapide, ardente, son im agination pittoresque, son expression\nn ’hésite jamais et réfléchit juste la physionom ie vivante des êtres.\nAussi s’est-il mieux im prégné du génie m ystique et panthéiste de\nGoethe. N ous ne craignons pas de dire que les lithographies de Faust\nseront un des plus glorieux titres de M. Delacroix aux yeux de la\npostérité. » ( 1).\n    A lord Byron, Delacroix a em prunté « une scène déchirante qui se\npasse dans un cachot. Le Prisonnier de Chillon, enfermé avec son\njeune frère, le voit m ourir lentem ent sous ses yeux. Il s’élance\ncom m e un frénétique vers le point obscur ou gît sur la paille un\ncorps amaigri. O h ! qui pourrait briser cette lourde chaîne qui coupe\nses flancs, afin que le frère aille embrasser son frère à sa dernière\nheure! Mais la chaine est rivée à la colonne, et trop courte, hélas!\npour que le prisonnier puisse atteindre au m ourant. Com me ses pieds\npressent le sol humide! comme sa poitrine se raidit contre le fer!\ncomme ses bras s’allongent et saisissent le vide! comme ses doigts se\ncrispent! comme ses cheveux sont hérissés et sa bouche écumante!\ncomme ses vêtem ents sont en lambeaux! Le Tantale antique est un\nmagnifique symbole de l ' mpuissance, mais T antale n ’aspire qu’à la\nsatisfaction de la matière. Le prisonnier de Chillon, c’est T antale\nspiritualisé; son désir est un sentim ent et un amour. O Byron! que\nn ’as-tu vu ta poésie traduite dans cette énergique peinture ! La sym ­\npathie d’un grand cœ ur inspiré par le tien aurait guéri ton orgueilleux\nmépris de la race humaine et de tes amères dérisions... » (2).\n   « La Mort de Lara est terrible et m ystérieuse comme le poème de\nByron. Le guerrier, couvert de son armure, repose sur le sol :\n\n\n (2) T h . T h o r é . Siècle. 2 5 F é v r ie r 1837.\n (3) T h . T h o r é . S iècle, 25 F é v rie r 1837.\n"}, {"page_pdf": 292, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2736, "texte": "                                                         LA REVUE R O U G E   37\n\n\n quoique la figure n ’ait pas plus d’un pied de long, il paraît gigan­\ntesque, com m e une statue de M ichel-Ange, à cause du caractère des\nformes. Sur lui se penche son page aux cheveux dénoués — sa\nm aîtresse — un ange désolé dont l’âme traverse déjà la m atière\nvisible pour s’envoler vers le ciel. Le paysage est d’une grandeur\nsublime et le ciel en parfaite harm onie avec cette tem pête morale. » (1)\n   E t après Hamlet, après Faust, après Bonnivard et L ara, c’est l’Atala\nde M. de Châteaubriand qui séduisit Delacroix. Il en reproduisit un\ntouchant épisode qu’il intitula les Natchez . « Deux sauvages fuyant\nle massacre de leur tribu, rem ontent le Meschacébé;... et pendant\ncette course pénible, la jeune femme a été prise des douleurs de\nl’enfantem ent. Elle a mis au m onde un fils. Ils sont là, tous trois\nm aintenant, la jeune mère étendue sur le gazon et le père qui tient\ndans ses bras le nouveau-né. Affaissée par la souffrance, le corps plié\nen deux, elle regarde son enfant avec am our, elle ne songe point à la\nvie errante et proscrite qui attend le fils des Natchez. Les forêts sont\nsi vertes ! le ciel est si bleu ! Dieu protégera l’enfant, et l’enfant croîtra\ncomme ces plantes vivaces qui s’épanouissent au soleil... » (2).\n   Comme on le voit, « partout où brillent les éclairs du feu divin,\nM. Delacroix se sent attiré par une sorte de m agnétism e. Il vit dans\nla flamme comme la salamandre, et du sein de la flamme, il prend ces\ncréations déjà animées; il les illumine à son tour du reflet de son\npropre génie et il les pare de m agnifiques couleurs. — Il n ’y eût point\npour lui de sentiers arides ou de déserts sans ém otions; car ces deux\ncom pagnes de voyage, la poésie et l’inquiétude lui font voir mille acci­\ndents variés. S’il traverse le désert, il s’extasiera sur ces horizons\nperdus dans le ciel, et il les dépassera par la pensée, il admirera les\neffets de la lumière qui change le sable en grains d’or et en pierreries\néclatantes, il saisira dans l’im mensité tout un m onde animé qui\néchappe au sens du vulgaire. Il com prenait tout par les im ages; il ne\ncom prenait rien par les idées. Son intelligence était un im agination...\n« On nous juge toujours avec des idées de littérateurs, écrit Delacroix\ndans un lettre au critique, et ce sont celles qu’on a la sottise de nous\ndemander. Je voudrais bien qu’il soit aussi vrai que vous le dites que je\nn’ai que des idées de peintre : je n’en demande pas davantage » — (3).\n« ... Il voyait l’histoire, continue T horé, pour ainsi dire com m e un\n\n (1) Id e m . C onstitu tionnel 1848.\n ( 2 ) T h . T h o r é . Siècle. 25 F é v r ie r 1837.\n ( 3)          Id e m .\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": 38, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2565, "texte": "38                                                  LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\nm irage, dont les causes mystérieuses ne l’inquiétaient pas. P our lui,\nles idées n ’existaient qu’à l’état de personnification. Une fois l’image\ncréée, il était satisfait et il trouve que c’est bien... Ça existe, donc ça\nsignifie tout ce qu’on voudra. » ( 1).\n   Ce que cela signifie, c’est qu’à côté de la beauté froide et immobile,\nil existe une beauté ayant sa source dans les agitations du cœ ur. S’il\nexiste une beauté m athém atique et positive, résultant d’un certain\nrapport dans les proportions, il en est une autre qui réside plutôt\ndans le sujet que dans l’objet pour em ployer la langue m étaphysique\ndes Allemands; elle dégage ce m agnétism e inexplicable qui vous\nattire et vous étourdit, en faisant vibrer vos sentim ents les plus in­\ntimes. L ’une est la beauté matérialiste, l’autre, la beauté idéale, et c’est\ncette beauté-là qui fut familière à M. Delacroix et dont il porta le\ntype en lui-même. Sans être réellement écrite dans la création qui\nnous charme, elle éveille au fond de notre âme ces rêves m ystérieux\nde l’infini par lesquels l’hom me communique avec le surnaturel (2).\n\n                                                                   *\n                                                                  * *\n\n    M. Paul Fiat, parlant de Baudelaire, note avec beaucoup de justesse\nqu’un esprit inventif éprouve toujours une jouissance particulière à\nconstater la vérification d’une hypothèse. Certes, si T h o ré avait connu\nl’existence du Journal qu’on publia, il y a quelques mois, et s’il lui\neut été donné d’en lire des passages, il y eut trouvé une confirmation\ncomplète de ses appréciations et de ses jugements. Il est vraim ent\nregrettable que les com m entateurs du Journal d’Eugène Delacroix\nn ’aient pas juxtaposé certains passages des articles du critique et\nquelques notes journalières du peintre.\n   Les quelques lignes suivantes le prouveront surabondam ment.\n   Dans le Journal Delacroix, à la date du 6 mars 1832, nous trouvons\nles indications que voici :\n   « A Garbia... courses de poudre dans la plaine avant la rivière, les\ndeux hom m es qui se sont choqués : celui dont le cheval a touché du\nciel par terre. Un surtout, à cafetan bleu noir et fourreau de fusil en\nsautoir, plus tard un hom m e à cafetan bleu ciel. La tribu nous suivant:\ndésordre, poussière ; précédé de la cavalerie. Courses de poudre : les\n\n (1) Idem . Indépendance Belge. 28 A o û t 1864.\n (2) T h . T h o r é . A p ro p o s d e la M édèe. R ev u e de P a ris, 1838.\n"}, {"page_pdf": 294, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2477, "texte": "                                   LA REVUE ROU GE                     39\n\n\nchevaux dans la poussière, le soleil derrière, les bras retroussés dans\nl’élan. »\n    T h o ré écrivait en 1847 (1 ) à propos des Exercices militaires des\nMarocains : « Ils offrent une douzaine de cavaliers lancés au milieu\nde 1’air et de la poussière. O n disait près de moi com m e une critique :\n« Aucun de ces chevaux ne touche la terre. » Je crois bien, ils volent.\nCes enragés de chevaux arabes ont des ailes au dos et aux pieds\ncom m e la figure de ce jeune hom m e de l'Héliodore de Raphaël, et\ndans leur course rapide, ils ont encore la coquetterie de risquer toute\nsorte de m ouvem ents imprévus. P our im iter le langage du X V IIIe\nsiècle, à propos des femmes, ils se donnent des airs de tête et de\ncroupe les plus capricieux du m onde. Chacun a déjà sa toilette parti­\nculière et ses couleurs, depuis l’opale jusqu’au fauve, depuis les vifs\nreflets de l’argent jusqu’aux tons sourds du café brûlé. La belle volée,\net comme les cavaliers suivent la cadence du galop em porté, comme\nils se penchent sur les crinières tenant au poing le fusil ciselé; comme\nles burnous et les draperies multicolores se m êlent harm onieusem ent\nà la robe éclatante des chevaux! C’est une furie échevelée qui se\ncom m unique à la nature et qui parait entraîner les nuages et les m on­\ntagnes avec la poussière.\n   Pouvait-on mieux amplifier les notes rapides prises au cours d’un\nvoyage? Cette description nette et colorée ne donne-t-elle pas une\nidée parfaite de ces fantasias qui inspirèrent tous les peintres qui\nvisitèrent l’O rient? N ’éprouve-t-on pas cette im pression de m ouve­\nm ent qui vous saisit devant ces personnages qui rem uent, gesticulent,\ncourent, se précipitent devant ces chevaux et ces hom m es que la\ntoile semble contenir avec peine ! « O n dirait qu’ils vont s’échapper\ndu cadre; ils ont sur leur contour comme un flamboiement perpétuel,\ncom m e un trem blem ent lumineux d ’atm osphère, une ligne inflexible\nne les attache pas à leurs fonds (2). »\n   Le 2 février de la même année 1832, Delacroix écrivait, après une\nséance de dessin d’après une femme maure... « Sortie vers quatre\nheure. Un Maure à tête remarquable qui avait un turban blanc par­\ndessus le haïjck. Tête des Maures de Rubens, narines et lèvres un peu\ngrosses, yeux hardis... Le vieux juif dans sa boutique en redescen­\ndant à la maison... ( Gérard Dow) ».\n\n\n (1 ) C onstitutionnel.\n (2)   Théophile G a u t i e r .\n"}, {"page_pdf": 295, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2783, "texte": "  40                                                 LA R E V UE ROUGE\n\n\n\n\n       Delacroix ressentait la plus vive adm iration pour les maîtres hol­\n   landais, disent les annotateurs, le souvenir de Gérard Dow, évoqué\n   par une scène marocaine, est curieux à noter ici.\n       Il n ’est pas moins curieux, dans un autre ordre d’idées, de citer les\n   passages suivants extraits du Salon du Constitutionnel de 1847, Par\n   T h o ré :\n      D ’abord, à propos de l 'Odalisque, il remarque que les « petits vases\n   à parfums sont exécutés avec la touche spirituelle de Teniers. »\n      Ensuite, parlant des Musiciens ju ifs de Mogador, il dit : « T rois\n   figures qui se dessinent sur un lambris de perles, sans aucun acces­\n   soire, il n ’y a rien autour d’elles que le vide, mais ce vide est rempli\n  par je ne sais quel air impondérable dont on a pourtant la sensation\n  comme dans les sobres intérieurs hollandais de Pieter de Hoch. »\n      Les maîtres auxquels pensait Delacroix au Maroc, sont ceux que\n  T h o ré invoque, ou à peu près : Teniers, Gérard Dow et Pieter de\n  Hoch, n ’appartiennent-ils pas, l’un en Flandre, les autres en Hol­\n  lande, au même groupe de peintres du X V IIe siècle?\n      La lettre suivante, qui term inera cette partie de notre article, sera\n  une preuve encore de la sym pathie qui n ’avait pas tardé à rapprocher\n  ces deux hommes, si bien faits pour se com prendre et s’apprécier,\n  Eugène Delacroix et Théophile T horé.\n      Mon cher ami, rappelez-vous donc que, quand vous avez vu le tableau\n  en question (1), je n’en étais pas le maître; que depuis j ’ai fa it auprès de\n  l’obstiné propriétaire tous les efforts possibles pour qu’il me rendit ma\n parole, et que c’est avec beaucoup de chagrin que je vous ai dit qu’il\n n’en voulait pas démordre. J’aurais mille fo is préféré, au contraire, le\n voir entre vos mains. Vous avez fa it sur Ingres un article parfait. Vous\n avez touché la vraie corde, et personne, jusqu’à présent, n’avait signalé\n ce vice radical, cette absence de cœur, d’âme, de raison, enfin de tout ce\n qui touche « mortalia corda », ce défaut capital qui ne mène qu’à satis­\nfa ire une saine curiosité et à produire des ouvrages chinois, ce qu’il fa it\n moins la naïveté, laquelle est encore plus absente :que tout le reste.\n     Recevez mes amitiés dévouées et aussi l’expression de mon regret bien\n sincère au sujet du tableau.\n                                                       Eug. Delacroix.\n     le lundi (16.1846?)\n                                                      Lucien J o t t r a n d .\n            (A suivre).\n\n  (1) N o te d e T h . T h o r é . C e s t la Rébccca enlevée p ar les ordres du tem plier Boisguilberl, e x p o sé e so u s le n*\n129, en 1864, et q ui ap p a rtien t à M . B o rru et.\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-11-n11-007", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 41, "page_fin": 45, "titre_corps": "Pâques noires", "titre_sommaire": "Pâques noires (fragment)", "rubrique": "", "signature_source": "J.-F. Elslander", "ancre_debut": "P â q u e s noires (1                                           )                                      I    Lorsque les brumes ve", "ancre_fin": "a n d e r .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Amour                                                     A P aul Sainte Brigitte.    I", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 296, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 99, "fin_caractere_exclue": 1899, "texte": "P â q u e s noires (1\n                                          )\n                                     I\n\n  Lorsque les brumes vespérales, m ontant à l’horizon, voilent l’écla­\ntan t halo des lueurs crépusculaires,\n  les masses énormes du Tem ple surgissent lentem ent sous la cou­\npole som ptueuse du ciel.\n\n  Il dresse dans la nuit les rudes tronçons de ses stèles brisées, les\npans granitiques de ses murailles séculaires, les arcs indestructibles de\nses porches béants, les quartiers de ses gradins escaladant les rampes\nde pyramides colossales foudroyées dans leur élan.\n\n  Il apparaît comme l’œ uvre vertigineuse de surnaturelles puissances\nexhaussant, des entrailles de la terre, les vestiges gigantesques d’un\nm onde disparu, englouti dans l’ouragan de feu des cataclysmes\nbibliques.\n\n   Les roches de ses cavernes surplom bent de grondants abîmes où\nflotte un vague reflet de brasier m al éteint.\n   Ses avenues enserrent, des longues files orbiculaires de leurs piliers\ncubiques, des arènes funèbres où rôde l’Eftroi de la Malemort...\n\n  ... Et la sourde frénésie d’une rage agressive s’exhale des décombres,\n  lançant, par la paix nocturne, vers les constellations radieuses,\n  le grincem ent de la révolte invaincue, l’anathèm e des fureurs\nenchaînées, l’invective contem ptrice du Mal qui veut une nouvelle\ndamnation... plus implacable...\n\n   La plaine, endeuillie, se prosterne devant ses entassem ents tum ul­\ntueux,\n   subissant la domination de sa force souveraine, le prestige de son\naudace-héroïque et superbe.\n   Une trem blante imploration rayonne, de toutes parts, vers la soli­\ntude maudite,\n   où va se célébrer la Pâque terrible,\n   le cruel et tragique drame de haine dont les rites se déroulent sous\nla menace suspendue de l’exterm ination vengeresse.\n\n (1)   E x tra its.\n"}, {"page_pdf": 297, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1776, "texte": "42                         LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\n  U n lourd silence s’amoncelle au-dessus de la chaotique étendue\ncouverte des blocs calcinés d’éruptions anciennes,\n  silence où halète l’angoisse...\n  L ’ombre y descend en une im mense colonne noire, l’ensevelissant\nsous un m ystérieux sépulcre qui s’érige jusqu’au ciel.\n\n  A utour d’elle, les rum eurs s’éteignent, les énergies s’affaissent,\n  dans l’attente du funeste événem ent qui se prépare.\n  La vie, se repliant, écoute les souterrains échos d’une agitation\ngrandissante issant des inscrutables profondeurs de la nécropole...\n\n   Pçu à peu, au-dessus des crêtes basaltiques aux dures lignes heur­\ntées,\n   s’élève une étrange nuée rouge\n   qui plane et s’éploye dans l’espace, comme dans l’en-haut des nefs,\nle rayonnem ent des larmes vibrantes des cierges...\n\n  O n dirait la réfraction intense du fond incandescent d’un vaste\ncratère où soufflent des rafales dévastatrices, où déferlent des houles\nde lave, et dont les flancs déchirés vont projeter des gerbes de cendres\nbrûlantes.\n\n  Le ciel devient plus opaque,\n  la plaine plus désolée,\n  ... tandis que s’embrase l’antre formidable où s’essore le Choral\nsacrilège...\n\n                                   II\n\n  Aux inacessibles retraits du cirque cyclopéen,\n  une m ultitude médusée se traîne devant les autels d’une divinité san­\nguinaire, plus féroce, plus avide que les Molochs des antiques religions,\n  et qui écrase sur sa poitrine ardente des brassées de victimes,\n  les laissant retom ber ensuite, tordues, inertes, dans une boue de\nchairs pantelantes.\n\n  Pareille à un fléau, la tourbe fanatique parcourt une route immuable.\n  Les rum eurs confuses de sa marche étouffent les heurts saccadés de\nson remous enveloppeur\n  et les râles de ceux qu’on égorge.\n"}, {"page_pdf": 298, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "                           LA REVUE RO UGE                            43\n\n\n\n   Chacun va droit devant soi, las, désespéré, taciturne, une flamme\nlivide dans les yeux, abattant tout ce qu’il rencontre, du même coup\naveugle, enjambant les m oribonds, traversant les mares de sang,\n   vers un but qu’il sait pourtant jamais ne pouvoir atteindre\n   ... jusqu’à ce que, frappé à son tour, il tom be enfin, et que le flot\nle couvre, impassible.\n\n  Le dieu, l’horrible dieu contem ple la mêlée d’un regard froid,\n  plus dur, plus despotique, plus farouche, m aintenant qu’il triom phe.\n  Sa gueule se convulse de mépris et de dégoût, rugissante encore\ndes blasphèmes qu’elle a proférés.\n  Il exige de honteuses m utilations des misérables qui l’implorent.\n  Ils sait que nulle persécution ne pourra désormais ébranler leur\napathie, nul enthousiasm e vivifier leur mollesse cynique, nulle infamie\ném ouvoir leur criminelle indifférence.\n\n   Culte stoïque et grandiose, dont la foi est bannie, où rien ne sub­\nsiste des fervents holocaustes d’autrefois!..\n   Léthargique et blême foule en m arche dans la nuit d’un dédale\nlugubre, sur lequel pèse la crypte inexorable d’une destinée fatale !..\n\n  L’accom plissement de la N orm e fatidique a étranglé la peur, le\nregret, le rêve. .\n  Rien ne tressaille plus.\n  La silencieuse hécatom be continue, et son horreur se noie dans les\nfanges fétides.\n  Le long m artyre des suppliciés est solitaire.\n  Pas un regard ne s’abaisse, pas une pitié ne se penche sur leur\nagonie.\n  Après le m onstrueux em brassem ent de l’idole effroyable, ils ram ­\npent, démembrés, hagards, cherchant une fosse où ils puissent trépas­\nser enfin...\n\n                                   III\n\n  La fatigue de l’éternel m ensonge les accable.\n\n  Autrefois ils furent les Gémissants :\n  Un prodigieux effort les avait soulevés, les avait arrachés à leur\nabject vautrem ent de bête,\n  em portés en plein ciel...\n"}, {"page_pdf": 299, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1728, "texte": "44                            LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n  Dès ce m om ent ils ont souffert,\n  surhum ainem ent,\n  ... mais résignés.\n  Leur espoir m ontait en une flamme rigide vers la rédem ption\npromise.\n\n  Ils se sont laissé attacher au poteau de torture, ils on t senti se nouer\nautour de leurs flancs des chaines rougies, s’enfoncer dans leur chair\ndes dards barbelés, se rom pre leurs os sous la m orsure des tenailles.\n\n     Et les affres de la passion leur semblaient douces,\n     car elles annonçaient l’instant suprême...\n\n   Mais ils étaient livrés à la sauvage barbarie de victimaires implaca­\nbles, charognes plaintives dont les entrailles balayaient le sol, dont les\nplaies se gangrenaient, qu’une nuée de rapaces déchiquetaient, lam ­\nbeau par lambeau.\n\n     Longtem ps ils ont été les Rebelles.\n\n   Ils se sont cabrés dans les liens, élargissant leurs blessures affreuses,\nvom issant un sang noir.\n   Ils se sont écharpé la poitrine, pour y tuer les germes vivaces de\nl’abominable espoir.\n   Ils ont brandi leurs poings crispés vers le ciel.\n   Ils ont proféré d’horribles im précations, reniant leurs anciennes\ncroyances, réclam ant le châtim ent de leurs outrages.\n   ... bégayant de terreur, à la fin,\n   de n’entendre retentir jamais que leur propre voix...\n\n     Les ténèbres les ont enveloppés,\n     d’impénétrables ténèbres au fond desquelles ils s’usaient les yeux,\n     encore !\n     à chercher les naissantes lueurs de l’apothéose attendue\n\n     M aintenant ils sont devenus les Mornes.\n\n  Ils se traînent dans un im monde cloaque, laissant après eux des\ndébris putrides, respirant la pestilentielle buée d’une infection délétère,\n  fuyant toujours la nuit\n  ... et la trouvant partout, glacée, hallucinante.\n"}, {"page_pdf": 300, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1213, "texte": "                            LA RE V U E RO UGE                             45\n\n\n\n  Ils n ’im plorent plus, ils ne vocifèrent plus.\n\n  La vorace divinité à laquelle ils se donnent, pieuvre insatiable aux\nvisqueux tentacules, les étouffe, les broie, les vide de leur sang et de\nleurs moelles.\n\n  Mais leur dernier souffle, leur dernier regard sera pour l’aveugle\nidole.\n  Mais tan t de haine leur est restée dans le cœ ur, de leur foi trahie,\nqu’aucune expiation ne leur semble assez grande.\n\n  Culte magnifique, dans sa superbe hautaine, dans son am ertum e\nrenonciatrice !..\n\n  L’Inassouvi, plus fier que l’espoir méprisé, va intrépidem ent au\nnéant qu’il ose affronter, et où il tombe, sans même fermer les yeux.\n\n  Il a écarté de son chemin, d’un bras puissant, les fictions trom ­\npeuses.\n  Il a cessé de suivre le vol des Chimères ironiques.\n  Il marche seul,\n  seul!\n  ennemi de tout,\n  de tout exécré,\n  luttant jusqu’à ce qu’il sombre.\n\n  Et l’admirable grandeur de son courage,\n  ... c’est d’être debout encore\n  lorsque tan t d’écroulements se sont produits autour de lui,\n  c’est de rester muet\n  au milieu du silence qui l’étreint !..         J.-F. E l s l a n d e r .\n\n\n\n                              "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-11-n11-008", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 45, "page_fin": 47, "titre_corps": "Amour", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Laenen", "ancre_debut": "Amour                                                     A P aul Sainte Brigitte.    I", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 300, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 1213, "fin_caractere_exclue": 1594, "texte": "Amour\n                                                    A P aul Sainte Brigitte.\n\n  Ils s’étaient vus pour la première fois, à l’église, vers l’heure cré­\npusculaire.\n  Des vitraux, où s’ébattaient les derniers rayons solaires, coulait une\nlueur rouge, em pourprant d ’une façon étrange, son pâle visage. Les\nvolutes d’encens tournoyaient, se tordaient capricieusement, allaient\n"}, {"page_pdf": 301, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2422, "texte": "46                          LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n se confondre dans le haut des nefs en une vapeur bleuâtre. L’air sta­\ngnant distillait un arôme m ystique, inondant l’âme de je ne sais quelle\naspiration vers l’au-delà...\n   Longtem ps, il avait épié cette insolite étrangère, qui, agenouillée,\nimmobile, la figure cachée dans ses mains fluettes, semblait em por­\ntée par quelque songe surnaturel...\n   A présent, une obscurité opaque envahissait l’église entière; to u ­\njours, la songeuse méditait... Et ce fut seulem ent quand sur les figures\nsaintes des vitraux se réflétait l’irradiance verte de la première étoile,\nqu’elle se leva. Semblable à une om bre, altière, elle se dirigea vers la\nsortie.\n   Sous le porche humide, éclairé parcim onieusem ent par la lumière\nvacillante d’une lanterne, elle le rencontra... Ils échangèrent un regard.\nAu fond de leurs yeux, brilla la flamme d’un m ystique amour.\n   Ils s’étaient compris.\n   T ous les jours, au tem ple de D ieu,plongé dans la mélancolie vespé­\nrale, ils se voyaient. Seuls — en présence des esprits ambiants —\nleurs âmes, illuminées de lueurs divines, voguaient à pleine voile dans\nles régions de là-haut.\n   Bientôt, plus intim em ent ils se connûrent.\n   Elle avait vécu seule avec sa vieille mère, im potente, et morte il y a\nquelques jours. M aintenant, l’argent gagné en donnant des leçons de\nmusique, devait subvenir à ses besoins... Mais, cette pauvreté lui plai­\nsait mieux qu’une aisance m alhonnêtem ent acquise. D ’ailleurs, elle\nfuyait ce troupeau foncièrem ent infect — l’hum anité ignoble — la\nchaste fille savait aussi que, sur cette terre, son âme impeccable,\nemplie d’idéal, ne goûterait jamais un m om ent de félicité.\n   Lui, issu d’une famille riche, ne savait supporter la compagnie de\nses semblables, riches cupides, esprits terre-à-terre, bannissant de\nl’âme aux sentim ents lascifs, toute envolée vers l’irréel.\n   L’original toqué — ainsi on le surnom m ait — éprouvait pour eux,\nune haine qu’il aurait voulu assouvir par l’indifférence; mais une lan­\ngueur le prenait et une lassitude m orne com prim ait son cœur.\n   Ce fut donc la destinée de ces deux êtres surhum ains de lier leurs\nâmes indissolublement.\n   Seule, la vie com m une dans quelque lieu isolé, m itigerait leurs souf­\nfrances m orales; les am ours spirituelles — esprits unis, planant dans\nles régions du rêve — dissiperaient la morbidesse de leur âme endo­\nlorie...\n"}, {"page_pdf": 302, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2521, "texte": "                           LA REVUE ROU GE                               47\n\n\n\n   Ils se firent donc construire une bâtisse, — très bizarre, — concep­\ntion de leurs idées exorbitantes.\n   Elle se massait, sombre, avec ses murs embrunis, au som m et d ’une\ncolline.\n   Avec ses fenêtres basses, la brum e constante qui l’enveloppait,\nelle évoquait un refuge des sorciers-alchim istes du m oyen-âge...\n   E t la mélancolie du paysage environnant, semblait encore endueil ­\nlir son aspect...\n   Du nord au sud, une haute futaie noyée dans une brume\népaisse, barrait l’horizon; et des autres côtés, s’élevaient des m on­\ntagnes aux flancs arides, où poussaient péniblem ent quelques herbes\nsèches; au milieu, s’étendait, im mense, la vallée, vaste — m arécage —\noù surgissaient les tiges émaciées de joncs noirâtres; le soir, quand les\nfeux-follets se prom enaient et qu’au fond des flaques bourbeuses, se\nm irait la lune, les crapauds, aux grands yeux stupides, braqués sur la\nblême T an it, m êlaient leurs coassem ents aux ululements lugubres\ndes hiboux...\n   Alors, l’œ il indiscret de la lune pénétra par les croisées ternes,\ndans l’habitacle des m ystiques amoureux.\n   Sous cette pénom bre bleue, la pièce s’épanouit, fantasmagorique...\nUne femme, idéalement belle, est assise devant un harm onium . Un\ncorps svelte, aux contours gracieux; une figure d’une beauté raphaé ­\nlesque, un front large, pensif; la ligne exquise d’un nez légèrem ent\naquilin; des joues liliales, rivalisant avec les plus purs reflets du\nnacre; une bouche exquise, déchaussant dans un irréprochable m ou­\nvem ent labial, deux rangées de dents irisées; des prunelles violettes,\nd’une surprenante expression m ystique, plus profondes qu’un ciel\nd’O rient, et surtout une opulente chevelure, couleur d’ambre, lustrée,\nondoyante, faisant ressortir la perfection de ce glorieux visage... O h !\ncette beauté mirifique, revêtue de ce blouissement lunaire!....\n   Des mélodies où semble vibrer toute l’ardeur juvénile de son âme\nchaste, s’élèv en t, suscitent des idées supraterrestres. O n dirait des\ncantiques, exécutés là-haut, dans l'Empyrée, en la gloire du Seigneur,\npar des chérubins sublimes, par des archanges aux figures radiantes.\n   Ces harm onies divines ravissent l’élu de son âme, le transportent\ndans les régions éthérées du rêve. Alors, leur âme, sous une étreinte\néperdue, s’essore, là-haut, en les profondeurs azurées, pour se réjouir\naux lueurs sidérales.\n  O ctobre 93.                                          Jean L a e n e n .\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-11-n11-009", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 48, "page_fin": 51, "titre_corps": "Revue Littéraire", "titre_sommaire": "Chronique littéraire", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Le Bœuf", "ancre_debut": "Revue L itté raire                La N ou velle C arth age, de", "ancre_fin": "e B œ u f .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L iste des Souscripteurs au Banquet E ekhoud             organisé par la Revue R o", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 303, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 77, "fin_caractere_exclue": 3346, "texte": "Revue L itté raire\n               La N ou velle C arth age, de G eorges Eekhoud\n\n                                                                ch ez L a c o m b le z , B ru xe lles.\n\n\n\n    L a Nouvelle Carthage est une œ uvre, et une œ uvre de cœ ur. On l’a dit ;\non le rép é tera sans doute. M ais n’est-ce point l’intense et suprêm e im­\npression que dégagent par-dessus tout ces cris de passion folle, ces étreintes\nto rtu ran tes d ’im m ense a m o u r? — L ’histoire de L a u re n t P arid ae l n 'est pas\nu n conte distrayant, une intrigue attach an te et dram atique, un prétexte à\ndescriptions accum ulées : c’est un chant som bre, atro cem en t douloureux,\nl ’expression effrénée d ’une tend resse surhum aine, aux divines charités,\ndont les vœ ux éperdus d ’universel bon h eu r sont tro p larges p o u r la m es­\nquine enveloppe corporelle qui les contient et les com prim e; — ce n’est\npas davantage un poèm e d’anarchism e an tiso cial, un essai p ratiq u e de\nthéories réform atrices : c ’est une plainte ardente et continue devant de\nfraternelles souffrances, l'âm e com patissante p leu ran t d ’ép ouvantables\nsanglots sur les m isères des hum bles, subies avec résignation ou repoussées\navec révolte; et ce sont ces accents d’exceptionnelle m iséricorde q u ’il nous\nfaut adm irer surtout en G eorges E ekhoud, le pu issan t écrivain aux te n ­\ndances ju sq u ’ici inconnues, qui n’a pas craint de livrer aux pages d’un\nro m an ses tendresses, ses joies, ses nostalgies et ses désespoirs, o u v ran t au\nlarge son âm e généreuse, et d onnant à tous son g ran d cœ u r aim an t et\nm eurtri.\n    T oute cette am ativité troublante et subversive, épan d u e dans les diffé­\nren ts chapitres de l’ouvrage, E ekhoud l ’a concentrée sur un seul ty p e :\nL au ren t P arid ael. Il suit p as à pas son existence, il note ch aq u e m anifes­\ntation violente de ses ém otions m ultiples. — U ne entrée en plein sujet,\ndans l’atm osphère com plète du rom an entier, nous m ontre l’enfance déjà\npitoyable et am ère du héros, les froissem ents inaccoutum és infligés à son\nextrêm e sensibilité, et la n atu re lle éclosion d ’une passion d ’adolescent\np o ur sa cousine G ina, la jeu n e p atricienne b rillan te et n arquoise ; et ses\nrêveries devant l'in terlo p e qu artier du M oulin de P ierre font clairem ent\np ressen tir le « b arb are affiné, la b ru te vib ran te et com plexe » qu’il devient\nplus tard. — C’est ensuite l’accum ulation successive des cru au tés de sa\nfam ille d’adoption, le livre lu en secret q u ’on lui arrach e, les coquetteries\nrailleuses de la perverse G ina, la d ureté despotique d’u ne dom esticité\ncom plice des m aîtres; et en m êm e tem ps q u ’il souffre ces am ertum es, le\npauvre et m élancolique déclassé, sa m ém oire s’em plit d ’inoubliables im ­\npressions, le frappant tab leau des pauvresses p ro stern ées devant la m a­\ndone pour les cholériques m oribonds, le p an o ram a d’A nvers, contem plé\nau cours d’une excursion sur l’E scaut. — L ’enfant devient je u n e hom m e;\nson caractère se précisé, nous m ontrant « une com plexion im pressionnable\nà l’excès, un intense besoin de tendresse, une im agination exaltée, un tem ­\np éram ent passionné, u n cœ ur altéré de justice. » Il est assiégé b ien tô t p ar\n"}, {"page_pdf": 304, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3853, "texte": "                                   LA REVUE RO UGE                                      49\n\n\n\n toutes les sen su alités d’une tro u b la n te p u b erté ; et ces angoisses sép aren t\n dav antage en lui l’intérieu r et l’extérieur, affinant l’un en ab ê tissan t l’au tre,\n au g m entant peu à peu cette im puissance, lourde com m e u n e destinée,\n d ’exprim er l’intensité de ses sentim ents, « tels la pantom im e et les v ag is­\n sem ents du sourd-m uet sur le point de p arler. » — U n év énem ent décisif\n le ren d libre soudain. D ans une folie d ’allégresse, il v a courir à ceux qu’il\n aim e d’instinct, qu’il lie connaît point encore, les p lu s écrasés, les plus\n l'avalés des classes sociales : il s’a rrête à tem ps. « Il a lla it se m êler aux\n p aria s subversifs, lorsq u ’il av ait ren co n tré les prolétaires résignés. » M ais\n le trav ail régulier lui p èse; son âm e a d’autres volontés confuses, d ’autres\n asp iratio n s inexprim ables ; et au jo u r de sa m ajorité, q u an d son tu te u r lui\n rem et le cap ital légué p a r son père, il s’est affranchi de to u te liaison, il est\n m aître de lui, libre de nouveau, m ais seul! — S on existence, g rad u elle­\nm ent, devient plus am ère et som bre et triste. Il s’ém eut do u lo u reu sem en t\n au d ép a rt des ém igrants; il s’étourdit en débauches, en traîn é p a r son in sa­\ntiab le am our vers « les plus ravalés, les plus honnis, les plus socialem ent\n d éch us des m isérables. » C ette obsession de tend resse le poursuit avec\nach arn em en t, tandis qu’il prom ène p a r la cam pagne anversoise ses rêveries\n u to p istes de libertés anarchiques. C ’est dans le ch ap itre Contumace, à la\npsychologie profonde et passionnée, q u ’il a p p a raît com plètem ent, le p au v re\n L a u re n t P arid ae l, le g rand poète to rtu ré, l’artiste follem ent épris de b eauté\np u re , et son m alheureux esprit s’affole encore, au m ilieu des horizons\nrep o sants d’une natu re féconde et p aisible; ca r « le tin tem en t d’une cloche\nde village, la pâm oison des m ouches dans le coup de soleil, les grillons\ng rin çan t des ailes, lui reprochent toujours l ’image de gens qu’il aurait pic plaindre\net aimer. » T outes ses im aginations subversives et pernicieuses s’exaspèrent\ndans le désœ uvrem ent; bouleversé de sentim ents contraires, il prodigue\ndes aum ônes inouïes, m ultiplie ses visites aux m isérables avec de frén é­\ntiques ch arités; et dev an t la ca tastro p h e finale, l’explosion de la C arto u ­\ncherie qui lui lan ce à la face les débris inform es de ceux q u ’il a aim és é p e r­\nduem ent, il se jette lui aussi dans la rouge fournaise p ar un e v olontaire et\nsublim e im m olation, enfin devenu « pur, à force d’avoir p urgé tous les\ndégoûts. »\n    Si L a u re n t P a rid a e l est la figure dom inante et in sp iratrice d e l’œ uvre\nentière, on ne p eut dire q u ’il en est la seule. S on entourage, les diverses\nsociétés q u ’il traverse depuis le m onde gourm é des agioteurs hypocrites\nju s q u ’aux « ru n n ers » félins et vils, tous les types sont étudiés avec le\nm êm e soin attac h an t, la m êm e personnalité vib ran te et fougueuse. C’est\nd’ab o rd D obouziez, le g rand com m erçant à l’honn êteté rigide, au cœ u r sec\ne t ferm é; c’est su rto u t B éjard, l’im m onde roi de la B ourse, le p ersécu teu r\ndes laborieux pauvres, dont les lâches fourberies sont dévoilées et fustigées\navec u n fier m épris et un ach arn em en t indigné; c’est encore l’arro g an te et\nséd u isan te R egina, la jeu n e fille triom phatrice et ironique, qui paie toutes\nses conquêtes et ses joies de jeu n esse p a r les désillusions et les ran cœ u rs\nde son m ariage avec le m onstrueux B éjard.\n    D ’autres individualités plus consolantes et douces éclairen t cet am as de\nm ercantilism e pourri et de p erversité dédaigneuse ; le b o n e t m odeste\n"}, {"page_pdf": 305, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3708, "texte": "50                              LA REVUE ROUGE\n\n\n\nD aelm ans, aux nobles g én éro sités; B erg m an s, le trib u n p o p u laire, d o n t\nle brav e cœ ur s’est épris inconsciem m ent de la sp iritu elle G in a; enfin les\nsim ples T ilb a k , tém oins de la prem ière éducatio n de P a r id a e l, du p etit\nLorki, et qu’une d étresse poignante force à ém igrer vers l’inconnu. — D es\ngroupes se généralisent, des catégories entières de trav ailleu rs ou de dés­\nœ uvrés se dessinent, a th lè te s m usclés que le la b eu r em bellit et divinise, —\nm atelots grisés p a r les séductions de la m étropole, s’y p erd an t en quelques\nheures, au reto u r des longues traversées solitaires et continentes, — voyous\net déclassés, aux innom m ables voluptés, fam iliers des réduits louches, toute\nla lie vicieuse aux souples consciences des parasites sociaux.\n   Com m e cadre à son action, E ek h o u d a choisi A nvers, la rich e cité com ­\nm erciale, q u ’il d épeint m oralem ent en une virulente ap o stro p h e : « A h !\nville superbe, ville riche, m ais ville égoïste. V ille de loups si âp res à la\ncurée, q u ’ils se dévorent entre eux lorsqu’il n ’y a plus de m outons à to n d re\nju sq u ’au x os. V ille selon le cœ ur de la loi de D arw in. V ille féconde, m ais\nm arâtre. A vec ta corruption hypocrite, ton tape-à-l’œil, ta licence, ton\n opulence criarde, tes instincts cupides, t a haine du pauvre, ta p eu r des\nm ercenaires, tu m 'évoques C arthage... » P o u rtan t, il l’aim e, cette m arâtre\nq u ’il voudrait accab ler de sa haine vengeresse; il l’aim e « com m e un e\ncourtisane bestiale et adorable, qui s ’est donnée à u ne engeance de p lo u to­\ncrates. » Ce sentim ent profond du foyer n atal se retro u v e dans les nom ­\nbreuses descriptions partielles qui parsèm ent le rom an, celle du Port, l’une\ndes plus caractéristiques et g randem ent poétiques, celle de la Bourse, si\noriginale en son anim ation bruyante, son su p erb e coloris, celle du Riei-\nD ijck accom plie avec application e t vérité. J ’aim e m oins le récit des\ntroubles de l’élection, qui est plus hâtif, plus lâché, et que l’on p o u rrait\nqualifier de rep o rtag e journalistique, — très littéraire et vivant, à coup sûr\ninusité.\n   G eorges E ekhoud est sans doute un esprit profondém ent original e t\nnouveau: m ais les études littéraires qui ont fécondé son ta le n t et parfait\nson esthétique, ont eu sur lui une influence parfois sensible, toujours\nheureuse. Il sem ble, ainsi,. qu’on retrouve dans cette Nouvelle Carthage très\ng erm anique de tem péram ent, un peu de l’atm osphère des rom ans anglais\nde notre siècle et surtout du génial observateu r D ickens. O n p eu t en outre\nrap p ro ch e r de notre rom ancier national le som bre et ten d re D ostoïevsky,\n égalem ent épris des opprim és et des hum b les; m ais ce n ’est qu’une\nsim ilitude. — J ’aperçois une plus vive ressem b lan ce avec D ickens dans\ncette ém otion parfois m ordante et sarcastique, plus souvent m élancolique\n et p én étran te qui distingue si bien ses œ uvres des productions m éridio­\nnales ou la tin e s; je rem arq u e le m êm e systèm e d e p rête r aux choses u n e\n sorte de vie, de p ensée v olontaire qui anim e et m obilise les objets les plus\ninertes, le u r donne, ironiquem ent parfois, des sentim ents hum ains et\nm ystérieux de bonté, de douceur, de m enace, de férocité : c’est le F o ssé,\n aux p u trides ém anations, qui accueille P arid ae l avec m an su étu d e ou\n co lère; c’est le M oulin de P ie rre qui l’attire p a r ses séductions en so rce­\nla n te s, c’est la sinistre C artoucherie qui dit à son contem p lateu r halluciné\nle secret du p rochain m assacre. — C ette sensibilité b ritan n iq u e, je la\n"}, {"page_pdf": 306, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1542, "texte": "                                    LA REVUE RO UGE                                          51\n\n\nretro uve enfin d ans le chapitre Daehnaus-Deynze, qui sem ble pensé et écrit\np a r l’au teu r m êm e de D avid Copperfield et de Nicolas Nickleby.\n   L e style, lui, est tout entier à G eorges E ekhoud . N o u s connaissions\ndéjà, p a r ses Kermesses, ses Milices, son Cycle Patibulaire, cette langue\nab ondante, surnourrie, savoureuse et colorée, qui ne s’attard e pas aux\nélégances m ièvres, aux délicatesses de boudoir, m ais ro u le en pleine\nfougue ses épithètes frap p an tes aux vigoureuses sonorités ; si un e ex p res­\nsion p eu t ren d re uniquem ent sa pensée véritable, le styliste ne recule\np as devant sa vulgarité, son origine argotique ou p opulacière. Il oublie\nparfois le bon goût, qui est une q u alité; m ais q u ’im porte, si la form e est\nrobuste, si elle donne au récit l’entrain vivant, la p u issan te couleur! —\nE t d e ces v ibrantes qualités, la langue de la Nouvelle Cartilage ne m anque\npoint.\n   L ’œ uvre d ernière de G eorges E ek h o u d est belle, p arc e q u ’elle est\np u issante et p arce q u ’elle est sin cère; et dans l’histoire des L ettres\nn atio nales, la Nouvelle Cartilage com ptera p arm i les créations les plus\nhum aines et les plus élevées, com m e expression com plète et en tière d 'u n e\nâm e de m iséricorde e t de pitié, com m e p aroles de no b le affection d’un\ng ran d cœ ur aim ant et m eurtri.\n                                                               H en ry L e B œ u f .\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-11-n11-010", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 51, "page_fin": 52, "titre_corps": "Liste des Souscripteurs au Banquet Eekhoud", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L iste des Souscripteurs au Banquet E ekhoud             organisé par la Revue R o", "ancre_fin": "te rs, E . Z ande.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "G rappillages    A u m om ent où la Revue Rou", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 306, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 1542, "fin_caractere_exclue": 3355, "texte": "L iste des Souscripteurs au Banquet E ekhoud\n            organisé par la Revue R ouge — 18 octobre 1893\n\n   T h éo p h ile A ntoni, H e n ry A rden, V ictor A rnould, L éo n A bry, G ustave\nA ndelbrouck, A m ante, Ja n Blockx, A lbert B aertsoen, L éo n Baize, P a u l\nB uezo, C. B ender, B eekm an, C harles B u ls, B rokm an, P e te r B enoit, F .\nB ernier, B onnevie, B raeke, A uguste B iernaux, A. B raun, F ra n z Binjé,\nF e rn a n d B rouez, F e rn a n d Baudoux, E . B auw ens, C ourouble, A. Cornelis-\nL eb ègue, H ec to r C hainaye, A rm and Ç oorem ans, F élix C ardon, C alabresi,\nC h .-L éon C ardon, E m ile C ossira, E d o u ard C hansay, A lbéric Colson, J.-B .\nColyns, C outeaux, A chille C hainaye, H en ry C arton de W ia rt, A lbert\nC hapeaux, O m er C oppens, W illem D elsaux, F ra n s D elcoigne, E u g èn e\nD em older, Alf. D esm et, A . D eppe, D ekeukelaar, J. des C ressonnières,\nA . des C ressonnières, Julien D illens, L éo n d ’A oust, D ésiré D em est, M.\nD esom biaux, D e G ouve de N uncques, L éo n D ard en n e, Ju les D estrée,\nL o u is D elattre, Jo se p h D esgenêts, L u cien D ebusscher, C onstantin D e\nBom , P a u l D evigne, D erscheid, L . D elm er, Jules de B urlet, K. de B u r­\nlet, P o l. D em ade, D evreesse, G eorges D w elshauw ers, N esto r de T iére,\nE d m o n d D em an, Jo sep h D upont, P ierre D ustin, M ax E lsk am p , A ndré\nF o n tain a s, F ra n z F o n so n , P h ilip p e F lo n , M aurice F riso n , L éo n F u rn é ­\nm ont, G eorges F lé, F ré d éric F ric h e, F ichefet, E m ile F a b ry , A lexandre\nF lam en t, V ictor G ilsoul, E m ile G reyson, A rnould Goffin, P a u l G erm ain,\nP a u l G erardy, A. G ossen, F ra n s G ittens, A rthur G oem aere, C harles\nG ouw eloos, Cam ille G urickx, G evaert, O scar G ysbrecht, R ao u l G uillery,\n"}, {"page_pdf": 307, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2532, "texte": "  52                              LA REV U E ROU GE\n\n\n\n A lbert G iraud, Je an G ouw eloos, Ivan G ilkin, A lex. H an n o tiau , G ustave\n H ub erty , G eorges H uberty, V ictor H allaux, V. H o rta, Max. H allet,\n Chs H ouben, L éo n H ennebicq, A lphonse H irsclie, H ec to r H a rd y , T héo\n H an n o n , E m m anuel H iel, Ju liu s H oste, G ustave Jacoby, P a u l Jan so n ,\n L éo n Jacque, G. Jorissenne, M aurice K afferath, F ern . K noppf, K aiser,\n H u b e rt K rains, L em aire, G régoire L e Roy H en ry L e Bœ uf, L éo n\n L equim e, E u g èn e L aerm an s, L ebègue, D r L oin, J u le s L e R oy, Je f\n L eem poels, C am ille L em onnier, Ju les L ebleu , E m ile L ecom te, C am ille\n L a u re n t, R ichard L edent, P iëtro L anciani, Ju l. L ag ae, L ouis L en ain ,\n L utens, E d d y L evis, P au l L acom blez, G eorges L o ran d , F erd in an d\n L ab a rre, Jef. L am beaux, H e n ry L afontaine, Jules L ejeu n e, A lber t M ockel,\nO ctave M aus, A lph. M ailly, L ouis M aes, N esto r M assart, X avier M ellery,\nA lfred M oreau, C onstantin M eunier, M adoux, fils, E m ile M athieu, M aurice\nM aeterlinck, A lexandre M arcette, A ntonio M arques, A lb ert M élot, F ra n s\nM ahutte, E d. M uller, H en ry M aubel, F ra n cis N au tet, C harles N oulard,\nJo se p h N ève, F . N inauve, P a u l O tlet, P ie rre Olin, H en ri O ttevaere,\nS an d er P ierro n , G eorges P icard , E dm ond P icard , P an te n s, E . P u tzey s,\nW illiam P ica rd , P a u l P astu r, A ug. P uttem an s, H erm a n n Pergam ini,\nE . P atrice, P rin s, F ritz R otiers, V ictor R em oucham ps, Th. Radoux,\nCh. R osez, E ugène R obert, L éo n R otthier, V ictor Reding, E m ile R oyer,\nP a u l S ainte B rigitte, C harles Sam uel, G eorges S choenfeld, H . S tiernet,\nF ritz S ennew ald, C harles S ainctelette, O. Stoum on, H en ri S eguin, R odrigue\nS erasquier, G eorges S erigiers, S icard, Max. S ulsberger, E m ile Sigogne,\nE . T assel, H e c to r T hys, P a u l T iberghien, E m ile V erh aeren , E m ile\nV andervelde, A lfred V erhaeren, H ec to r V and o o rslaer, M aurice V an d e r­\nm eylen, V erlant, Jam es V andrunen, E m ile V an M ons, V an aeren b erg h ,\nT héodore V erstraete, V anderw alle, V an E lew y ck , L . V andam , Je an\nV olders, G eorges V erdavainne, V anderbeken, M. V an M eenen, G eorges\nV anderm eylen, C harles V and erstap p en , G u stav e V anzype, T hom as\nV inçotte, T h éo V an R ysselbergh, H e n ry W y ers, L . W a lln e r, A.-J.\nW a u te rs, E . Z ande.\n\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-11-n11-011", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 52, "page_fin": 53, "titre_corps": "Grappillages", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "La Rédaction", "ancre_debut": "G rappillages    A u m om ent où la Revue Rou", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 307, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 2532, "fin_caractere_exclue": 3342, "texte": "G rappillages\n   A u m om ent où la Revue Rouge com m ence, sous d’excellents auspices, sa\nseconde année de publication, nous tenons à ex p rim er h au tem en t n o tre\nm eilleure g ratitude pour tous ceux qui de le u r plum e en co u rag ean te et de\nleu r ferm e autorité ont généreusem ent favorisé son jeu n e essor. A u reste,\nl’accueil fait à notre publication p en d a n t cette p rem ière année, no u s in ­\ndique désorm ais no tre conduite future : sans vouloir ren d re ses nom breux\ncollaborateurs solidaires de ses polém iques et de ses luttes, la Revue Rouge,\nfidèle à ses principes d’intellectuelle liberté, reste ra sp ectatrice attentive\ndes diverses m anifestations de l ’a rt nouveau, et, loin de s’étiq u eter d’un\nprogram m e étroit et absolu, elle espère aider l’extension p u issan te du\n"}, {"page_pdf": 308, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2405, "texte": "                                    LA REVUE ROUGE                               53\n\n        Mouvement artistique belg-e, et collaborer pour sa part à l'œmTe féconde\n        d'éducation populaire dnnt les heureuses tentatives ont été unanimement\n        remarqu~es et souvent applaudies.\n\n\n\n          M. Lugné Poé, le trés habile impressario et consciencieux artiste, nons a\n        donné le z5 noYembre, avec ses camarades elu théàtr-e de l'ŒuvRE, une\n        représentation de Ros~IERsHour, d'Henrik Ibsen. La place et le temps\n        nous manquent pour analyser en détail cette cenne splendide; nous le\n        regrettons, car la jeune critique, devant les dédains de l'ancienne, reven-\n        dique pour elle seule l'étude de ce génie si complexe et si étrange, aux\n        œuvres puissamment intellectuelles et riches.\n\n           Il vient de se fonder à Bruxelles, un théàtre littéraire. Ce théâtre sera\n        consacré à l'œuvre dramatique d'écrivains de quelqu'époque et de quel-\n        que nationalité qu'ils soient. Il y a;tra quatre spectacles dans le courant\n        de l'hiver; le premier Décembre. Le programme de cette soirée, qui aura        •'\n        lieu à l'Alhambra, sera composé de L'ETOILE, un acte de Jean Richepin,\n        et LE Ror Go;-~z~\\GUE, trois actt's d'Henri Sig·noret.\n\n        · Une superbe traduction de Kees Doorik, le premier roman de Georges\n        Eekhoud, due à M. Tony Kellen. vient de paraître à Stuttgart, à la Deutsclzc\n        Verlags-A ustalt. Cette firme possède une admirable coll.ection où nous re-\n        marquons des œuvres de Tolstoï, de Zola, de Bourget, de Daudet, etc. La\n        même maison, le même trachwteur plut6t, annonce. pour clans quelques\n        semaines, une édition allemaucle de la Now<>·dl;; Carthage.\n\n          Par suite du retard forcé de. notre n° de no\\·embre et de la fermeture elu\n        salon depuis le commencement elu mols, notre collaborateur anonyme, qui\n        avait commencé clans le dernier numéro une étude sur l'Expo3ition des\n        Beaux-Arts, nous prie d'interrompre cette publication. Nous déférons ù\n        son désir, en nous rendant à ses raisons; au surplus, la Revue Rouge possède\n        en réserve de nombreux manuscrits présentant plus d'intérêt pour ses\n        lecteurs, mais qui ne peuvent espérer une publication immédiate, par suite\n        de l'étroitesse relative de son format.\n\n\n\n\n1   '\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-11-n11-012", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "I1npriinerie A:çtistique L. & A. GODENNE", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 309, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 13, "fin_caractere_exclue": 423, "texte": "I1npriinerie A:çtistique ·\n\n\n L. & A. GODENNE\n             Grand' Place, 28, à Malines\n\n\n\n\n                                                            ,\n\n\n\n\n Typographie, Lithographie, Autographie, Gravure\n\n          Spécialité ~·gmpresstons ~e hl!C\n\nJournaux, 13rochures, 7\\_evues, Prix-com·cnts, Catalogues, etc.\n\n                  FABRIQUE DE REGISTRES\n\n\n Imprimés Industriels, Administratifs & Commerciaux\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 282, "texte": "Deuxième Année -     No n\n                                                 NOVEMBRE 1893\n\n\n\n\n                                         MENSUELLE\n                                   ~'tlrt & ~e     l-ittérature\n\n\n\n\n              Le Numéro : 2S Centimes\n\n\n\n\n                   1.\\.édaction él .Administration :\n       Rue Gendebien, 18, Bruxelles\n\n      • 1\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "                 :La Revue Rouge\n\n\n                       Secrétaires de Rédaction :\n\n         Paul SAINTE BRIGITTE           él: Sander PIERRON\n\n\n                          ABONNEMENTS\n\n      , -\" Belgique     Un an, 3 francs; six mois, fr. 1.75\n          - Etranger       ))\n                              4      ))          ))         )) 2.25\n                       Le numero : . 25' ' centimes\n\n\n\n                  COLL.A7307\\_.ATEU7\\.S:\n\n   Pierre Armen - Lucien de Busscher - Louis Delattre - Frans\n Delbastée - Eugène Der.1older __: Joseph Desgenêts - Georges\n Eekhoud- J.·F. Elslander -Max Elskamp ·- Charles Frapp!\\rt -\n  Frédéric Friche - Paul Janssens -~ Lucien Jottrand - Hubert\n Krains - Jean Laenen - Henry Le Bœuf - Emile Lecomte -\n Maurice Maeterlinck -_ Henry Maubel - Géo Mauvère - Francis\n  Nautet -Raymond Nyst - Sander Pierron - Mathias Robert -\n· Paul Sainte Brigitte - Rodrigue Serasquier - Hubert Stiernet -\n Emile Vandervelde - Charles Van Lerberghe - Emile Verhaeren.\n\n\n\n\n                                SOMMAIRE\n\nLe Banquet Eekhoud .                                  LA REVUE RouGE.\n\nTh. Thore-Bürger (sui té)                             LUCIEN jOTTRAND.\n\nPâques noires (fragment)                              j.-F. ELSLANDER.\n\nAmour.                                                JEAN LAENEN     0\n\n\n\n\nChronique Litteraire                                  HE).;RY LE BœuF.\n\nGrappillages .                                        ***\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "     Le Banquet Eekhoud\n   La grande fête triom phale se fit le 28 octobre.\n   T o u tes les amitiés, toutes les sym pathies, toutes les adm irations,\n— tous les coeurs s’unirent en un im mense et glorieux cri de vic­\ntoire pour celui qui si longtem ps lutta et qui toujours fut raillé,\nvilipendé et m éconnu.\n   Il fallait dire à Georges Eekhoud la suprême joie de l’acclamer à\nl’heure de sa vie où toutes les résistances s’inclinaient, où tous les\ndétracteurs capitulaient devant son œuvre, devant son génie.\n   Cette grande parole tut dite.\n\n   Les luttes d’Ecoles et dé Coteries s’effacèrent à l’im périeux désir\n d’acclamer le M aître et de fêter-sa victoire.\n   La Société Nouvelle, l'A rt Moderne, le Mouvement Littéraire, la Jeune\n Belgique, le Réveil, la Nervie, Floréal, le Libre Journal, la Revue Rouge,\ntous fraternisaient. A la table d’honneur voisinaient, Georges Eek­\nhoud, Camille Lem onnier, Jules Le Jeune, Edm ond Picard, Constantin\nMeunier, Charles Buls, X avier Mellery, Eugène R obert et Victor\nArnould.\n   E t aux diverses tables, s’accordaient en une franche et loyale cor­\ndialité : littérateurs de branche aînée et de branche cadette, peintres,\nsculpteurs, musiciens, avocats, journalistes, hom m es politiques. A\nl’heure des toasts, notre ami H enry Le B œ uf s’est levé et a prononcé\nau nom de la Revue Rouge, quelques paroles de sympathie, d’admira­\ntion et de reconnaissance. Puis Emile V erhaeren a lu un superbe\npoème, m agnifiant Georges Eekhoud.\n   N ous le transcrivons com plètem ent :\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "30                         LA REVUE ROU GE\n\n\n\n         D ans cet œ uvre que tous, avec toute n o tre âm e,\n         Au long des jo u rs ingrats, rayés parfois de flam me,\n         Im patients d ’éveil, graves de souvenir,\n         N ous bâtissons — depuis quinze ans — vers l’avenir,\n         T o n a rt à toi, to n a rt séditieux de force,\n         T o n a rt rude et crispé se d resse com m e un torse,\n         N o n p as d’onyx parfait, n on p as de m arb re pur,\n         N o n p a s correct et b lanc sur fond b an a l d’azur,\n         M ais de sève angoissée et de chair énergique\n         O ù s’ouvre — entaille au clair — la pourpre, fleur tragique.\n\n\n         E n ce to rse large et vivant, tu l’as plan té\n         Ce cœ ur, le tien, où tout am our a ferm enté :\n         L a passio n elle est vissée en toi; tu l’aim es\n         E n ces cris to rtu rés et ses gestes suprêm es.\n         T u choisis tiens parm i les coins de to n pays\n         L es bourgs les plus lointains, les sols les plus tran sis;\n         A u fond des yeux de ceux que repousse le m onde,\n         T u recueilles, pieux, l ’affre la plus profonde.\n         L e plus h a u t de nous tous, tu l ’es, p a r cette foi\n         Q ue les b attus et les chassés ont m ise en toi;\n         T es vœ ux, depuis longtem ps, font la croisière h um aine\n         P a r à travers les m ers des p leurs et de la peine,\n         N ’ay a n t crainte jam ais que les vents arro g an ts\n         N ’accro ch en t à ton m ât l’aile des ouragans,\n         N i que s’égare au loin to n courage erratiq u e\n         P a rti pour u n g ran d p o rt de pitié frénétique.\n\n\n         A ussi, chaque fois q u ’un de tes livres s’en vient\n         T e prouver tel : fiévreux de l’art, fiévreux du bien,\n         U niquem ent m ordu p a r ton travail, vorace\n         D ’ém otion extrêm e et r ouge où b out ta race,\n         L o y al â tous et bon et de zèle affermi\n         Q uand la bêtise au to u r de nos bouquins aboie,\n         T e m agnifions-nous avec ferveur et joie\n         Com m e m aître écrivain et com m e m aître am i.\n\n\n  Ensuite s’est levé Camille Lem onnier qui a fait l’historique du\nm ouvem ent d’art en Belgique.\n  Il a remercié le m inistre Lejeune de sa présence; « honorant avec\néclat un simple et intègre écrivain. » Le Maître a term iné son discours\npar une m agistrale et étonnante étude de l’œ uvre de Georges Eek­\nhoud.\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": ""}, {"page_pdf": 287, "texte": ""}, {"page_pdf": 288, "texte": "                             L a RE VUE ROUGE                              33\n\n\n\n\n     N ous en donnons le passage le plus caractéristique :\n     « J ’atteste l’Œ u v re entier de Georges Eekhoud : j’en évoque les\n am ertumes, les révoltes, les sombres splendeurs. Il n ’en est point qui\n soit m ieux selon notre évangile social, selon notre espoir et notre\n besoin d’une répartition meilleure de la vie. Cet Œ u v re ne com bat pas\n avec les armes habituelles; il ne discute ni ne prom ulgue, mais il\n dégage les fluides, il aim ante à la clémence, à la fin des séculaires\n divisions, à la bonne affection fraternelle. Vous y verrez cette sym ­\n pathie, ce don d’effusion, cette faculté presque eucharistique d’être\n toute l’affliction des âmes qui ne peuvent s’exprim er et de leur\n donner une voix, car Eekhoud, par excellence, se dénonce le poète et\n l’ami des taciturnes. Il les confesse, il les console, il les attire à lui de\n to u t le m agnétism e de son cœ ur miséricordieux. Les âmes m uettes\n sont entre ses mains comme des malades de ne savoir de quoi elles\n souffrent et pour quelles fautes elles sont punies. Il se couche auprès\nd’elles sur les lits de douleur, il baigne ses yeux en leurs nostalgies,\nil lave leurs plaies et y appuie le grand baiser que saint Julien l’H os­\npitalier m et à la bouche du lépreux. C’est aux simples, aux humbles,\naux déchus qu’il voue scs ferveurs; il brûle pour eux d’un am our\nom brageux et m orbide, de cet am our qui est une souffrance et\nvoudrait racheter la détresse sociale en l'assum ant toute, en se trans­\nperçant jusqu’au sacrifice corporel des épées retirées vives de la\nblessure des âmes. »\n    Lorsque Camille Lem onnier eût prononcé les derniers m ots et\nqu’il étreignit dans ses bras l’auteur de la Nouvelle, Cartbage, qui\nest un peu son cadet, se fut dans la salle des acclamations enthou­\nsiastes de joie délirante. O n acclamait Eekhoud, le vainqueur des\nâpres luttes et des combats gigantesques, et Camille Lem onnier, le\nMaitre et l’initiateur qui avait conduit jadis à la croisade, les pre­\nmières recrues littéraires et qui aujourd’hui sortait d’une cour\nd’assises où un parquet, ignorant et servil, l’avait traîné au siège\nd’infamie des forbans assassins.\n    Georges Eekhoud a remercié par une allocution très simple, dite\nd’une voix superlativem ent émue. Il a constallé l’évolution qui se\nproduit en Belgique pour les A rts; et après avoir évoqué l’âme de\nMax W aller et dit son espoir ferme en les derniers venus, Eekhoud\na reporté to u t l’honneur de la victoire sur ses frères d’armes de la\nJeune-Belgique :\n    « C ’est l’avènem ent, a-t-il dit, du règne de la poésie et de la litté­\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "34                                                   LA REVUE ROU GE\n\n\n\nrature que nous célébrons ici. Et c’est au nom de mes frères d’armes,\nc’est au nom de la pleïade des écrivains de la Jeune-Belgique, honorés\nen ma personne, par vos sym pathies et vos applaudissements, que je\nvous remercie du fond de l’âme. »\n   Ensuite Jean Volders a prononcé quelques paroles au nom du\nparti ouvrier et du Peuple. Et des groupes se sont formés, aux\ncordiales conversations, aux présentations d’usage et aux discussions\naffectueuses.\n\n  (S ’étaient fait excuser par lettre ou dépêche de ne pouvoir assister\nau banquet : Félicien Rops, Peter Benoit, Paul Janson, Jean Blockx,\net MM. Jules De Burlet, m inistre des Beaux Arts, Frans Gittens,\nGeorges Garnir, André Fontainas, A rthur Goemaer, C onstantin de\nBoni, Gustave Andelbrouck, Fernand Baudoux, T h. Radoux, Lucien\nSolvay, Emile Agniez, Henri Nizet, Massart, Gevaert, Emile R oyer et\nMaurice Frison).\n\n   Les organisateurs du banquet rem ercient cordialement tous ceux\nqui ont contribué à l’entière réussite de la fête, par leur aide attentive\net loyale.\n\n\n\n                 T h é o p h ile T h o ré -B ü rg e r\n                                                            (Suite) ( 1)\n\n                                                                     IV\n\n   « Le propre du caractère de M. Delacroix fut toujours une inquié­\ntude qui ne lui laissait pas de relâche. V oir et exprimer la vie et ses\nimages, dans tous les temps et dans tous les pays, sous toutes les\nformes, tel était son tourm ent. Il n ’y a pas un peintre, dans aucune\nécole dont l’œ uvre soit plus variée que l’œ uvre d’Eugène Delacroix.\nLa haute antiquité asiatique, la Bible et la m ythologie, l’histoire grecque\net rom aine, l’Evangile, le m oyen-âge, les philosophes, les poètes,\nles rom anciers, les faits contem porains, les scènes de m œ urs, tout\n\n\n ( 1)   V o ir le s n09 d e la R evue Rouge de J u in -J u ille t-A o û t- S e p te m b r e - O c to b r e 1893.\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "                                                       LA REVUE RO UGE                                                                           35\n\n\nlui a fourni des sujets. » ( 1) Il suffirait de citer les titres de ses prin­\ncipaux tableaux pour s’en convaincre.\n    ... « Sa curiosité fut prodigieuse, il voulut que rien de l’idéal émané\n de l’univers n ’échappât à son investigation, et il entreprit de s’inté­\nresser à la Religion, à l’Histoire. Le livre, — le poème, le rom an, le\ndrame, l’histoire, — c’est ce qui prit, pour Delacroix, la place du\nm onde animé, ou plutôt, c’est ce qui se présenta, de par la loi naturelle\nde son intelligence raffinée, comme le résumé du m onde vivant. Les\ncréations des écrivains, les personnages ressuscités par les historiens\ns’im posèrent. Faust et Hamlet lui apparurent plus nettem ent que les\nhom m es de son temps, parce qu’ils sont de tous les tem ps. » — « Il\ns’échauffa à la fréquentation des écrivains et, si la vie de Dante, celle\nde M ichel-Ange l’ont soutenu et hanté (2), il s’est complu au milieu\ndes sujets que lui soum ettaient plus im m édiatem ent les génies de la\nlittérature contem poraine : Goethe, Byron et Châteaubriand.\n    « La prédilection de M. Delacroix, écrit T horé, le porte sans cesse\nvers les grands drames du cœ ur humain. U n jour, en compagnie de\nG oethe, il évoqua cette immortelle figure du docteur Faust, le don\nJuan intellectuel, et il se m it à vivre avec l’esprit de Faust entre les\nfioles poudreuses, les crânes vides et les livres rongés de vers; il\najusta une physionom ie et un pourpoint à M éphistophélès et il l’in­\ntroduisit chez M arthe et M arguerite. Puis il les prom ena Faust et\nM éphistophélès, tantôt dans le caveau d’Auerbach, à Leipzig, tantôt\ndans les m ontagnes du Harz, au milieu du sabbat et des apparitions\nm agiques, tan tô t dans le cachot où M arguerite est en délire. O poète\nde l’Allemagne, ô Goethe! le peintre français a complété ta création.\nDésormais vos deux nom s sont inséparables comme la pensée et\nl’im age se m êlant au sein de Dieu, comme l’âme et le corps unis\nensemble dans l’hom m e! » Goethe lui-m êm e, n ’a-t-il pas dit à\npropos des dix-sept planches composées et exécutées pour la traduc­\ntion de Faust, par M. Albert Stapfer (1828) : « Je retrouve dans ces\nimages toutes les impressions de ma jeunesse. » Vraiment, comme\nle fait rem arquer M. Eugène V éron (3), cette reconnaissance par\nG oethe de la supériorité dramatique de la traduction de Faust par\n\n\n\n  (1) T h . T h o r é . Indépendance Belge, 28 A o û t 186 4.\n  (2) P h ilo so p h ie g é n é ra le de l’ œ u v r e d 'E u g è n e D e la c r o ix , par M . G u s t a v e G eoffroy. F la n d re L ib é ra le du 6\nN o v e m b re 1893. — P a u l F l at d a n s l'é tu d e su r le m a ître p récéd an t le J ou rn a l.\n  (3) Eu gène D ela cro ix, c o lle c tio n des « A rtis te s C é lè b re s » p u b liée par la lib r a ir ie d e l ’ A r t.\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": "36                                                      LA REVUE R O UGE\n\n\n\nDelacroix, est des plus curieuses; car, bien que cela s’explique par le\n caractère complexe du génie de Goethe, qui fut autant un hom m e de\n science qu’un poète, il est rare que les artistes se rendent compte\n des différences radicales des génies créateurs et des esprits critiques.\n    « Déjà R etsch, en Allemagne, avait traduit l’œ uvre de Goethe dans\nune suite de dessins au trait; mais M. Delacroix et Retsch sont deux\ntalents assez originaux pour pouvoir traiter un m ême sujet sous des\naspects différents. Retsch est calme, sobre et serré; il cherche la ligne\net la grandeur des effets. Retsch a surtout un talent de sculpteur.\nM. Delacroix a plutôt les facultés qui font les poètes, sa perception\nest rapide, ardente, son im agination pittoresque, son expression\nn ’hésite jamais et réfléchit juste la physionom ie vivante des êtres.\nAussi s’est-il mieux im prégné du génie m ystique et panthéiste de\nGoethe. N ous ne craignons pas de dire que les lithographies de Faust\nseront un des plus glorieux titres de M. Delacroix aux yeux de la\npostérité. » ( 1).\n    A lord Byron, Delacroix a em prunté « une scène déchirante qui se\npasse dans un cachot. Le Prisonnier de Chillon, enfermé avec son\njeune frère, le voit m ourir lentem ent sous ses yeux. Il s’élance\ncom m e un frénétique vers le point obscur ou gît sur la paille un\ncorps amaigri. O h ! qui pourrait briser cette lourde chaîne qui coupe\nses flancs, afin que le frère aille embrasser son frère à sa dernière\nheure! Mais la chaine est rivée à la colonne, et trop courte, hélas!\npour que le prisonnier puisse atteindre au m ourant. Com me ses pieds\npressent le sol humide! comme sa poitrine se raidit contre le fer!\ncomme ses bras s’allongent et saisissent le vide! comme ses doigts se\ncrispent! comme ses cheveux sont hérissés et sa bouche écumante!\ncomme ses vêtem ents sont en lambeaux! Le Tantale antique est un\nmagnifique symbole de l ' mpuissance, mais T antale n ’aspire qu’à la\nsatisfaction de la matière. Le prisonnier de Chillon, c’est T antale\nspiritualisé; son désir est un sentim ent et un amour. O Byron! que\nn ’as-tu vu ta poésie traduite dans cette énergique peinture ! La sym ­\npathie d’un grand cœ ur inspiré par le tien aurait guéri ton orgueilleux\nmépris de la race humaine et de tes amères dérisions... » (2).\n   « La Mort de Lara est terrible et m ystérieuse comme le poème de\nByron. Le guerrier, couvert de son armure, repose sur le sol :\n\n\n (2) T h . T h o r é . Siècle. 2 5 F é v r ie r 1837.\n (3) T h . T h o r é . S iècle, 25 F é v rie r 1837.\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "                                                         LA REVUE R O U G E   37\n\n\n quoique la figure n ’ait pas plus d’un pied de long, il paraît gigan­\ntesque, com m e une statue de M ichel-Ange, à cause du caractère des\nformes. Sur lui se penche son page aux cheveux dénoués — sa\nm aîtresse — un ange désolé dont l’âme traverse déjà la m atière\nvisible pour s’envoler vers le ciel. Le paysage est d’une grandeur\nsublime et le ciel en parfaite harm onie avec cette tem pête morale. » (1)\n   E t après Hamlet, après Faust, après Bonnivard et L ara, c’est l’Atala\nde M. de Châteaubriand qui séduisit Delacroix. Il en reproduisit un\ntouchant épisode qu’il intitula les Natchez . « Deux sauvages fuyant\nle massacre de leur tribu, rem ontent le Meschacébé;... et pendant\ncette course pénible, la jeune femme a été prise des douleurs de\nl’enfantem ent. Elle a mis au m onde un fils. Ils sont là, tous trois\nm aintenant, la jeune mère étendue sur le gazon et le père qui tient\ndans ses bras le nouveau-né. Affaissée par la souffrance, le corps plié\nen deux, elle regarde son enfant avec am our, elle ne songe point à la\nvie errante et proscrite qui attend le fils des Natchez. Les forêts sont\nsi vertes ! le ciel est si bleu ! Dieu protégera l’enfant, et l’enfant croîtra\ncomme ces plantes vivaces qui s’épanouissent au soleil... » (2).\n   Comme on le voit, « partout où brillent les éclairs du feu divin,\nM. Delacroix se sent attiré par une sorte de m agnétism e. Il vit dans\nla flamme comme la salamandre, et du sein de la flamme, il prend ces\ncréations déjà animées; il les illumine à son tour du reflet de son\npropre génie et il les pare de m agnifiques couleurs. — Il n ’y eût point\npour lui de sentiers arides ou de déserts sans ém otions; car ces deux\ncom pagnes de voyage, la poésie et l’inquiétude lui font voir mille acci­\ndents variés. S’il traverse le désert, il s’extasiera sur ces horizons\nperdus dans le ciel, et il les dépassera par la pensée, il admirera les\neffets de la lumière qui change le sable en grains d’or et en pierreries\néclatantes, il saisira dans l’im mensité tout un m onde animé qui\néchappe au sens du vulgaire. Il com prenait tout par les im ages; il ne\ncom prenait rien par les idées. Son intelligence était un im agination...\n« On nous juge toujours avec des idées de littérateurs, écrit Delacroix\ndans un lettre au critique, et ce sont celles qu’on a la sottise de nous\ndemander. Je voudrais bien qu’il soit aussi vrai que vous le dites que je\nn’ai que des idées de peintre : je n’en demande pas davantage » — (3).\n« ... Il voyait l’histoire, continue T horé, pour ainsi dire com m e un\n\n (1) Id e m . C onstitu tionnel 1848.\n ( 2 ) T h . T h o r é . Siècle. 25 F é v r ie r 1837.\n ( 3)          Id e m .\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "38                                                  LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\nm irage, dont les causes mystérieuses ne l’inquiétaient pas. P our lui,\nles idées n ’existaient qu’à l’état de personnification. Une fois l’image\ncréée, il était satisfait et il trouve que c’est bien... Ça existe, donc ça\nsignifie tout ce qu’on voudra. » ( 1).\n   Ce que cela signifie, c’est qu’à côté de la beauté froide et immobile,\nil existe une beauté ayant sa source dans les agitations du cœ ur. S’il\nexiste une beauté m athém atique et positive, résultant d’un certain\nrapport dans les proportions, il en est une autre qui réside plutôt\ndans le sujet que dans l’objet pour em ployer la langue m étaphysique\ndes Allemands; elle dégage ce m agnétism e inexplicable qui vous\nattire et vous étourdit, en faisant vibrer vos sentim ents les plus in­\ntimes. L ’une est la beauté matérialiste, l’autre, la beauté idéale, et c’est\ncette beauté-là qui fut familière à M. Delacroix et dont il porta le\ntype en lui-même. Sans être réellement écrite dans la création qui\nnous charme, elle éveille au fond de notre âme ces rêves m ystérieux\nde l’infini par lesquels l’hom me communique avec le surnaturel (2).\n\n                                                                   *\n                                                                  * *\n\n    M. Paul Fiat, parlant de Baudelaire, note avec beaucoup de justesse\nqu’un esprit inventif éprouve toujours une jouissance particulière à\nconstater la vérification d’une hypothèse. Certes, si T h o ré avait connu\nl’existence du Journal qu’on publia, il y a quelques mois, et s’il lui\neut été donné d’en lire des passages, il y eut trouvé une confirmation\ncomplète de ses appréciations et de ses jugements. Il est vraim ent\nregrettable que les com m entateurs du Journal d’Eugène Delacroix\nn ’aient pas juxtaposé certains passages des articles du critique et\nquelques notes journalières du peintre.\n   Les quelques lignes suivantes le prouveront surabondam ment.\n   Dans le Journal Delacroix, à la date du 6 mars 1832, nous trouvons\nles indications que voici :\n   « A Garbia... courses de poudre dans la plaine avant la rivière, les\ndeux hom m es qui se sont choqués : celui dont le cheval a touché du\nciel par terre. Un surtout, à cafetan bleu noir et fourreau de fusil en\nsautoir, plus tard un hom m e à cafetan bleu ciel. La tribu nous suivant:\ndésordre, poussière ; précédé de la cavalerie. Courses de poudre : les\n\n (1) Idem . Indépendance Belge. 28 A o û t 1864.\n (2) T h . T h o r é . A p ro p o s d e la M édèe. R ev u e de P a ris, 1838.\n"}, {"page_pdf": 294, "texte": "                                   LA REVUE ROU GE                     39\n\n\nchevaux dans la poussière, le soleil derrière, les bras retroussés dans\nl’élan. »\n    T h o ré écrivait en 1847 (1 ) à propos des Exercices militaires des\nMarocains : « Ils offrent une douzaine de cavaliers lancés au milieu\nde 1’air et de la poussière. O n disait près de moi com m e une critique :\n« Aucun de ces chevaux ne touche la terre. » Je crois bien, ils volent.\nCes enragés de chevaux arabes ont des ailes au dos et aux pieds\ncom m e la figure de ce jeune hom m e de l'Héliodore de Raphaël, et\ndans leur course rapide, ils ont encore la coquetterie de risquer toute\nsorte de m ouvem ents imprévus. P our im iter le langage du X V IIIe\nsiècle, à propos des femmes, ils se donnent des airs de tête et de\ncroupe les plus capricieux du m onde. Chacun a déjà sa toilette parti­\nculière et ses couleurs, depuis l’opale jusqu’au fauve, depuis les vifs\nreflets de l’argent jusqu’aux tons sourds du café brûlé. La belle volée,\net comme les cavaliers suivent la cadence du galop em porté, comme\nils se penchent sur les crinières tenant au poing le fusil ciselé; comme\nles burnous et les draperies multicolores se m êlent harm onieusem ent\nà la robe éclatante des chevaux! C’est une furie échevelée qui se\ncom m unique à la nature et qui parait entraîner les nuages et les m on­\ntagnes avec la poussière.\n   Pouvait-on mieux amplifier les notes rapides prises au cours d’un\nvoyage? Cette description nette et colorée ne donne-t-elle pas une\nidée parfaite de ces fantasias qui inspirèrent tous les peintres qui\nvisitèrent l’O rient? N ’éprouve-t-on pas cette im pression de m ouve­\nm ent qui vous saisit devant ces personnages qui rem uent, gesticulent,\ncourent, se précipitent devant ces chevaux et ces hom m es que la\ntoile semble contenir avec peine ! « O n dirait qu’ils vont s’échapper\ndu cadre; ils ont sur leur contour comme un flamboiement perpétuel,\ncom m e un trem blem ent lumineux d ’atm osphère, une ligne inflexible\nne les attache pas à leurs fonds (2). »\n   Le 2 février de la même année 1832, Delacroix écrivait, après une\nséance de dessin d’après une femme maure... « Sortie vers quatre\nheure. Un Maure à tête remarquable qui avait un turban blanc par­\ndessus le haïjck. Tête des Maures de Rubens, narines et lèvres un peu\ngrosses, yeux hardis... Le vieux juif dans sa boutique en redescen­\ndant à la maison... ( Gérard Dow) ».\n\n\n (1 ) C onstitutionnel.\n (2)   Théophile G a u t i e r .\n"}, {"page_pdf": 295, "texte": "  40                                                 LA R E V UE ROUGE\n\n\n\n\n       Delacroix ressentait la plus vive adm iration pour les maîtres hol­\n   landais, disent les annotateurs, le souvenir de Gérard Dow, évoqué\n   par une scène marocaine, est curieux à noter ici.\n       Il n ’est pas moins curieux, dans un autre ordre d’idées, de citer les\n   passages suivants extraits du Salon du Constitutionnel de 1847, Par\n   T h o ré :\n      D ’abord, à propos de l 'Odalisque, il remarque que les « petits vases\n   à parfums sont exécutés avec la touche spirituelle de Teniers. »\n      Ensuite, parlant des Musiciens ju ifs de Mogador, il dit : « T rois\n   figures qui se dessinent sur un lambris de perles, sans aucun acces­\n   soire, il n ’y a rien autour d’elles que le vide, mais ce vide est rempli\n  par je ne sais quel air impondérable dont on a pourtant la sensation\n  comme dans les sobres intérieurs hollandais de Pieter de Hoch. »\n      Les maîtres auxquels pensait Delacroix au Maroc, sont ceux que\n  T h o ré invoque, ou à peu près : Teniers, Gérard Dow et Pieter de\n  Hoch, n ’appartiennent-ils pas, l’un en Flandre, les autres en Hol­\n  lande, au même groupe de peintres du X V IIe siècle?\n      La lettre suivante, qui term inera cette partie de notre article, sera\n  une preuve encore de la sym pathie qui n ’avait pas tardé à rapprocher\n  ces deux hommes, si bien faits pour se com prendre et s’apprécier,\n  Eugène Delacroix et Théophile T horé.\n      Mon cher ami, rappelez-vous donc que, quand vous avez vu le tableau\n  en question (1), je n’en étais pas le maître; que depuis j ’ai fa it auprès de\n  l’obstiné propriétaire tous les efforts possibles pour qu’il me rendit ma\n parole, et que c’est avec beaucoup de chagrin que je vous ai dit qu’il\n n’en voulait pas démordre. J’aurais mille fo is préféré, au contraire, le\n voir entre vos mains. Vous avez fa it sur Ingres un article parfait. Vous\n avez touché la vraie corde, et personne, jusqu’à présent, n’avait signalé\n ce vice radical, cette absence de cœur, d’âme, de raison, enfin de tout ce\n qui touche « mortalia corda », ce défaut capital qui ne mène qu’à satis­\nfa ire une saine curiosité et à produire des ouvrages chinois, ce qu’il fa it\n moins la naïveté, laquelle est encore plus absente :que tout le reste.\n     Recevez mes amitiés dévouées et aussi l’expression de mon regret bien\n sincère au sujet du tableau.\n                                                       Eug. Delacroix.\n     le lundi (16.1846?)\n                                                      Lucien J o t t r a n d .\n            (A suivre).\n\n  (1) N o te d e T h . T h o r é . C e s t la Rébccca enlevée p ar les ordres du tem plier Boisguilberl, e x p o sé e so u s le n*\n129, en 1864, et q ui ap p a rtien t à M . B o rru et.\n"}, {"page_pdf": 296, "texte": "                           LA REVUE ROU GE                            41\n\n\n\n\n                      P â q u e s noires (1\n                                          )\n                                     I\n\n  Lorsque les brumes vespérales, m ontant à l’horizon, voilent l’écla­\ntan t halo des lueurs crépusculaires,\n  les masses énormes du Tem ple surgissent lentem ent sous la cou­\npole som ptueuse du ciel.\n\n  Il dresse dans la nuit les rudes tronçons de ses stèles brisées, les\npans granitiques de ses murailles séculaires, les arcs indestructibles de\nses porches béants, les quartiers de ses gradins escaladant les rampes\nde pyramides colossales foudroyées dans leur élan.\n\n  Il apparaît comme l’œ uvre vertigineuse de surnaturelles puissances\nexhaussant, des entrailles de la terre, les vestiges gigantesques d’un\nm onde disparu, englouti dans l’ouragan de feu des cataclysmes\nbibliques.\n\n   Les roches de ses cavernes surplom bent de grondants abîmes où\nflotte un vague reflet de brasier m al éteint.\n   Ses avenues enserrent, des longues files orbiculaires de leurs piliers\ncubiques, des arènes funèbres où rôde l’Eftroi de la Malemort...\n\n  ... Et la sourde frénésie d’une rage agressive s’exhale des décombres,\n  lançant, par la paix nocturne, vers les constellations radieuses,\n  le grincem ent de la révolte invaincue, l’anathèm e des fureurs\nenchaînées, l’invective contem ptrice du Mal qui veut une nouvelle\ndamnation... plus implacable...\n\n   La plaine, endeuillie, se prosterne devant ses entassem ents tum ul­\ntueux,\n   subissant la domination de sa force souveraine, le prestige de son\naudace-héroïque et superbe.\n   Une trem blante imploration rayonne, de toutes parts, vers la soli­\ntude maudite,\n   où va se célébrer la Pâque terrible,\n   le cruel et tragique drame de haine dont les rites se déroulent sous\nla menace suspendue de l’exterm ination vengeresse.\n\n (1)   E x tra its.\n"}, {"page_pdf": 297, "texte": "42                         LA REVUE ROU GE\n\n\n\n\n  U n lourd silence s’amoncelle au-dessus de la chaotique étendue\ncouverte des blocs calcinés d’éruptions anciennes,\n  silence où halète l’angoisse...\n  L ’ombre y descend en une im mense colonne noire, l’ensevelissant\nsous un m ystérieux sépulcre qui s’érige jusqu’au ciel.\n\n  A utour d’elle, les rum eurs s’éteignent, les énergies s’affaissent,\n  dans l’attente du funeste événem ent qui se prépare.\n  La vie, se repliant, écoute les souterrains échos d’une agitation\ngrandissante issant des inscrutables profondeurs de la nécropole...\n\n   Pçu à peu, au-dessus des crêtes basaltiques aux dures lignes heur­\ntées,\n   s’élève une étrange nuée rouge\n   qui plane et s’éploye dans l’espace, comme dans l’en-haut des nefs,\nle rayonnem ent des larmes vibrantes des cierges...\n\n  O n dirait la réfraction intense du fond incandescent d’un vaste\ncratère où soufflent des rafales dévastatrices, où déferlent des houles\nde lave, et dont les flancs déchirés vont projeter des gerbes de cendres\nbrûlantes.\n\n  Le ciel devient plus opaque,\n  la plaine plus désolée,\n  ... tandis que s’embrase l’antre formidable où s’essore le Choral\nsacrilège...\n\n                                   II\n\n  Aux inacessibles retraits du cirque cyclopéen,\n  une m ultitude médusée se traîne devant les autels d’une divinité san­\nguinaire, plus féroce, plus avide que les Molochs des antiques religions,\n  et qui écrase sur sa poitrine ardente des brassées de victimes,\n  les laissant retom ber ensuite, tordues, inertes, dans une boue de\nchairs pantelantes.\n\n  Pareille à un fléau, la tourbe fanatique parcourt une route immuable.\n  Les rum eurs confuses de sa marche étouffent les heurts saccadés de\nson remous enveloppeur\n  et les râles de ceux qu’on égorge.\n"}, {"page_pdf": 298, "texte": "                           LA REVUE RO UGE                            43\n\n\n\n   Chacun va droit devant soi, las, désespéré, taciturne, une flamme\nlivide dans les yeux, abattant tout ce qu’il rencontre, du même coup\naveugle, enjambant les m oribonds, traversant les mares de sang,\n   vers un but qu’il sait pourtant jamais ne pouvoir atteindre\n   ... jusqu’à ce que, frappé à son tour, il tom be enfin, et que le flot\nle couvre, impassible.\n\n  Le dieu, l’horrible dieu contem ple la mêlée d’un regard froid,\n  plus dur, plus despotique, plus farouche, m aintenant qu’il triom phe.\n  Sa gueule se convulse de mépris et de dégoût, rugissante encore\ndes blasphèmes qu’elle a proférés.\n  Il exige de honteuses m utilations des misérables qui l’implorent.\n  Ils sait que nulle persécution ne pourra désormais ébranler leur\napathie, nul enthousiasm e vivifier leur mollesse cynique, nulle infamie\ném ouvoir leur criminelle indifférence.\n\n   Culte stoïque et grandiose, dont la foi est bannie, où rien ne sub­\nsiste des fervents holocaustes d’autrefois!..\n   Léthargique et blême foule en m arche dans la nuit d’un dédale\nlugubre, sur lequel pèse la crypte inexorable d’une destinée fatale !..\n\n  L’accom plissement de la N orm e fatidique a étranglé la peur, le\nregret, le rêve. .\n  Rien ne tressaille plus.\n  La silencieuse hécatom be continue, et son horreur se noie dans les\nfanges fétides.\n  Le long m artyre des suppliciés est solitaire.\n  Pas un regard ne s’abaisse, pas une pitié ne se penche sur leur\nagonie.\n  Après le m onstrueux em brassem ent de l’idole effroyable, ils ram ­\npent, démembrés, hagards, cherchant une fosse où ils puissent trépas­\nser enfin...\n\n                                   III\n\n  La fatigue de l’éternel m ensonge les accable.\n\n  Autrefois ils furent les Gémissants :\n  Un prodigieux effort les avait soulevés, les avait arrachés à leur\nabject vautrem ent de bête,\n  em portés en plein ciel...\n"}, {"page_pdf": 299, "texte": "44                            LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n  Dès ce m om ent ils ont souffert,\n  surhum ainem ent,\n  ... mais résignés.\n  Leur espoir m ontait en une flamme rigide vers la rédem ption\npromise.\n\n  Ils se sont laissé attacher au poteau de torture, ils on t senti se nouer\nautour de leurs flancs des chaines rougies, s’enfoncer dans leur chair\ndes dards barbelés, se rom pre leurs os sous la m orsure des tenailles.\n\n     Et les affres de la passion leur semblaient douces,\n     car elles annonçaient l’instant suprême...\n\n   Mais ils étaient livrés à la sauvage barbarie de victimaires implaca­\nbles, charognes plaintives dont les entrailles balayaient le sol, dont les\nplaies se gangrenaient, qu’une nuée de rapaces déchiquetaient, lam ­\nbeau par lambeau.\n\n     Longtem ps ils ont été les Rebelles.\n\n   Ils se sont cabrés dans les liens, élargissant leurs blessures affreuses,\nvom issant un sang noir.\n   Ils se sont écharpé la poitrine, pour y tuer les germes vivaces de\nl’abominable espoir.\n   Ils ont brandi leurs poings crispés vers le ciel.\n   Ils ont proféré d’horribles im précations, reniant leurs anciennes\ncroyances, réclam ant le châtim ent de leurs outrages.\n   ... bégayant de terreur, à la fin,\n   de n’entendre retentir jamais que leur propre voix...\n\n     Les ténèbres les ont enveloppés,\n     d’impénétrables ténèbres au fond desquelles ils s’usaient les yeux,\n     encore !\n     à chercher les naissantes lueurs de l’apothéose attendue\n\n     M aintenant ils sont devenus les Mornes.\n\n  Ils se traînent dans un im monde cloaque, laissant après eux des\ndébris putrides, respirant la pestilentielle buée d’une infection délétère,\n  fuyant toujours la nuit\n  ... et la trouvant partout, glacée, hallucinante.\n"}, {"page_pdf": 300, "texte": "                            LA RE V U E RO UGE                             45\n\n\n\n  Ils n ’im plorent plus, ils ne vocifèrent plus.\n\n  La vorace divinité à laquelle ils se donnent, pieuvre insatiable aux\nvisqueux tentacules, les étouffe, les broie, les vide de leur sang et de\nleurs moelles.\n\n  Mais leur dernier souffle, leur dernier regard sera pour l’aveugle\nidole.\n  Mais tan t de haine leur est restée dans le cœ ur, de leur foi trahie,\nqu’aucune expiation ne leur semble assez grande.\n\n  Culte magnifique, dans sa superbe hautaine, dans son am ertum e\nrenonciatrice !..\n\n  L’Inassouvi, plus fier que l’espoir méprisé, va intrépidem ent au\nnéant qu’il ose affronter, et où il tombe, sans même fermer les yeux.\n\n  Il a écarté de son chemin, d’un bras puissant, les fictions trom ­\npeuses.\n  Il a cessé de suivre le vol des Chimères ironiques.\n  Il marche seul,\n  seul!\n  ennemi de tout,\n  de tout exécré,\n  luttant jusqu’à ce qu’il sombre.\n\n  Et l’admirable grandeur de son courage,\n  ... c’est d’être debout encore\n  lorsque tan t d’écroulements se sont produits autour de lui,\n  c’est de rester muet\n  au milieu du silence qui l’étreint !..         J.-F. E l s l a n d e r .\n\n\n\n                              Amour\n                                                    A P aul Sainte Brigitte.\n\n  Ils s’étaient vus pour la première fois, à l’église, vers l’heure cré­\npusculaire.\n  Des vitraux, où s’ébattaient les derniers rayons solaires, coulait une\nlueur rouge, em pourprant d ’une façon étrange, son pâle visage. Les\nvolutes d’encens tournoyaient, se tordaient capricieusement, allaient\n"}, {"page_pdf": 301, "texte": "46                          LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n se confondre dans le haut des nefs en une vapeur bleuâtre. L’air sta­\ngnant distillait un arôme m ystique, inondant l’âme de je ne sais quelle\naspiration vers l’au-delà...\n   Longtem ps, il avait épié cette insolite étrangère, qui, agenouillée,\nimmobile, la figure cachée dans ses mains fluettes, semblait em por­\ntée par quelque songe surnaturel...\n   A présent, une obscurité opaque envahissait l’église entière; to u ­\njours, la songeuse méditait... Et ce fut seulem ent quand sur les figures\nsaintes des vitraux se réflétait l’irradiance verte de la première étoile,\nqu’elle se leva. Semblable à une om bre, altière, elle se dirigea vers la\nsortie.\n   Sous le porche humide, éclairé parcim onieusem ent par la lumière\nvacillante d’une lanterne, elle le rencontra... Ils échangèrent un regard.\nAu fond de leurs yeux, brilla la flamme d’un m ystique amour.\n   Ils s’étaient compris.\n   T ous les jours, au tem ple de D ieu,plongé dans la mélancolie vespé­\nrale, ils se voyaient. Seuls — en présence des esprits ambiants —\nleurs âmes, illuminées de lueurs divines, voguaient à pleine voile dans\nles régions de là-haut.\n   Bientôt, plus intim em ent ils se connûrent.\n   Elle avait vécu seule avec sa vieille mère, im potente, et morte il y a\nquelques jours. M aintenant, l’argent gagné en donnant des leçons de\nmusique, devait subvenir à ses besoins... Mais, cette pauvreté lui plai­\nsait mieux qu’une aisance m alhonnêtem ent acquise. D ’ailleurs, elle\nfuyait ce troupeau foncièrem ent infect — l’hum anité ignoble — la\nchaste fille savait aussi que, sur cette terre, son âme impeccable,\nemplie d’idéal, ne goûterait jamais un m om ent de félicité.\n   Lui, issu d’une famille riche, ne savait supporter la compagnie de\nses semblables, riches cupides, esprits terre-à-terre, bannissant de\nl’âme aux sentim ents lascifs, toute envolée vers l’irréel.\n   L’original toqué — ainsi on le surnom m ait — éprouvait pour eux,\nune haine qu’il aurait voulu assouvir par l’indifférence; mais une lan­\ngueur le prenait et une lassitude m orne com prim ait son cœur.\n   Ce fut donc la destinée de ces deux êtres surhum ains de lier leurs\nâmes indissolublement.\n   Seule, la vie com m une dans quelque lieu isolé, m itigerait leurs souf­\nfrances m orales; les am ours spirituelles — esprits unis, planant dans\nles régions du rêve — dissiperaient la morbidesse de leur âme endo­\nlorie...\n"}, {"page_pdf": 302, "texte": "                           LA REVUE ROU GE                               47\n\n\n\n   Ils se firent donc construire une bâtisse, — très bizarre, — concep­\ntion de leurs idées exorbitantes.\n   Elle se massait, sombre, avec ses murs embrunis, au som m et d ’une\ncolline.\n   Avec ses fenêtres basses, la brum e constante qui l’enveloppait,\nelle évoquait un refuge des sorciers-alchim istes du m oyen-âge...\n   E t la mélancolie du paysage environnant, semblait encore endueil ­\nlir son aspect...\n   Du nord au sud, une haute futaie noyée dans une brume\népaisse, barrait l’horizon; et des autres côtés, s’élevaient des m on­\ntagnes aux flancs arides, où poussaient péniblem ent quelques herbes\nsèches; au milieu, s’étendait, im mense, la vallée, vaste — m arécage —\noù surgissaient les tiges émaciées de joncs noirâtres; le soir, quand les\nfeux-follets se prom enaient et qu’au fond des flaques bourbeuses, se\nm irait la lune, les crapauds, aux grands yeux stupides, braqués sur la\nblême T an it, m êlaient leurs coassem ents aux ululements lugubres\ndes hiboux...\n   Alors, l’œ il indiscret de la lune pénétra par les croisées ternes,\ndans l’habitacle des m ystiques amoureux.\n   Sous cette pénom bre bleue, la pièce s’épanouit, fantasmagorique...\nUne femme, idéalement belle, est assise devant un harm onium . Un\ncorps svelte, aux contours gracieux; une figure d’une beauté raphaé ­\nlesque, un front large, pensif; la ligne exquise d’un nez légèrem ent\naquilin; des joues liliales, rivalisant avec les plus purs reflets du\nnacre; une bouche exquise, déchaussant dans un irréprochable m ou­\nvem ent labial, deux rangées de dents irisées; des prunelles violettes,\nd’une surprenante expression m ystique, plus profondes qu’un ciel\nd’O rient, et surtout une opulente chevelure, couleur d’ambre, lustrée,\nondoyante, faisant ressortir la perfection de ce glorieux visage... O h !\ncette beauté mirifique, revêtue de ce blouissement lunaire!....\n   Des mélodies où semble vibrer toute l’ardeur juvénile de son âme\nchaste, s’élèv en t, suscitent des idées supraterrestres. O n dirait des\ncantiques, exécutés là-haut, dans l'Empyrée, en la gloire du Seigneur,\npar des chérubins sublimes, par des archanges aux figures radiantes.\n   Ces harm onies divines ravissent l’élu de son âme, le transportent\ndans les régions éthérées du rêve. Alors, leur âme, sous une étreinte\néperdue, s’essore, là-haut, en les profondeurs azurées, pour se réjouir\naux lueurs sidérales.\n  O ctobre 93.                                          Jean L a e n e n .\n"}, {"page_pdf": 303, "texte": "48                                LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\n                       Revue L itté raire\n               La N ou velle C arth age, de G eorges Eekhoud\n\n                                                                ch ez L a c o m b le z , B ru xe lles.\n\n\n\n    L a Nouvelle Carthage est une œ uvre, et une œ uvre de cœ ur. On l’a dit ;\non le rép é tera sans doute. M ais n’est-ce point l’intense et suprêm e im­\npression que dégagent par-dessus tout ces cris de passion folle, ces étreintes\nto rtu ran tes d ’im m ense a m o u r? — L ’histoire de L a u re n t P arid ae l n 'est pas\nu n conte distrayant, une intrigue attach an te et dram atique, un prétexte à\ndescriptions accum ulées : c’est un chant som bre, atro cem en t douloureux,\nl ’expression effrénée d ’une tend resse surhum aine, aux divines charités,\ndont les vœ ux éperdus d ’universel bon h eu r sont tro p larges p o u r la m es­\nquine enveloppe corporelle qui les contient et les com prim e; — ce n’est\npas davantage un poèm e d’anarchism e an tiso cial, un essai p ratiq u e de\nthéories réform atrices : c ’est une plainte ardente et continue devant de\nfraternelles souffrances, l'âm e com patissante p leu ran t d ’ép ouvantables\nsanglots sur les m isères des hum bles, subies avec résignation ou repoussées\navec révolte; et ce sont ces accents d’exceptionnelle m iséricorde q u ’il nous\nfaut adm irer surtout en G eorges E ekhoud, le pu issan t écrivain aux te n ­\ndances ju sq u ’ici inconnues, qui n’a pas craint de livrer aux pages d’un\nro m an ses tendresses, ses joies, ses nostalgies et ses désespoirs, o u v ran t au\nlarge son âm e généreuse, et d onnant à tous son g ran d cœ u r aim an t et\nm eurtri.\n    T oute cette am ativité troublante et subversive, épan d u e dans les diffé­\nren ts chapitres de l’ouvrage, E ekhoud l ’a concentrée sur un seul ty p e :\nL au ren t P arid ael. Il suit p as à pas son existence, il note ch aq u e m anifes­\ntation violente de ses ém otions m ultiples. — U ne entrée en plein sujet,\ndans l’atm osphère com plète du rom an entier, nous m ontre l’enfance déjà\npitoyable et am ère du héros, les froissem ents inaccoutum és infligés à son\nextrêm e sensibilité, et la n atu re lle éclosion d ’une passion d ’adolescent\np o ur sa cousine G ina, la jeu n e p atricienne b rillan te et n arquoise ; et ses\nrêveries devant l'in terlo p e qu artier du M oulin de P ierre font clairem ent\np ressen tir le « b arb are affiné, la b ru te vib ran te et com plexe » qu’il devient\nplus tard. — C’est ensuite l’accum ulation successive des cru au tés de sa\nfam ille d’adoption, le livre lu en secret q u ’on lui arrach e, les coquetteries\nrailleuses de la perverse G ina, la d ureté despotique d’u ne dom esticité\ncom plice des m aîtres; et en m êm e tem ps q u ’il souffre ces am ertum es, le\npauvre et m élancolique déclassé, sa m ém oire s’em plit d ’inoubliables im ­\npressions, le frappant tab leau des pauvresses p ro stern ées devant la m a­\ndone pour les cholériques m oribonds, le p an o ram a d’A nvers, contem plé\nau cours d’une excursion sur l’E scaut. — L ’enfant devient je u n e hom m e;\nson caractère se précisé, nous m ontrant « une com plexion im pressionnable\nà l’excès, un intense besoin de tendresse, une im agination exaltée, un tem ­\np éram ent passionné, u n cœ ur altéré de justice. » Il est assiégé b ien tô t p ar\n"}, {"page_pdf": 304, "texte": "                                   LA REVUE RO UGE                                      49\n\n\n\n toutes les sen su alités d’une tro u b la n te p u b erté ; et ces angoisses sép aren t\n dav antage en lui l’intérieu r et l’extérieur, affinant l’un en ab ê tissan t l’au tre,\n au g m entant peu à peu cette im puissance, lourde com m e u n e destinée,\n d ’exprim er l’intensité de ses sentim ents, « tels la pantom im e et les v ag is­\n sem ents du sourd-m uet sur le point de p arler. » — U n év énem ent décisif\n le ren d libre soudain. D ans une folie d ’allégresse, il v a courir à ceux qu’il\n aim e d’instinct, qu’il lie connaît point encore, les p lu s écrasés, les plus\n l'avalés des classes sociales : il s’a rrête à tem ps. « Il a lla it se m êler aux\n p aria s subversifs, lorsq u ’il av ait ren co n tré les prolétaires résignés. » M ais\n le trav ail régulier lui p èse; son âm e a d’autres volontés confuses, d ’autres\n asp iratio n s inexprim ables ; et au jo u r de sa m ajorité, q u an d son tu te u r lui\n rem et le cap ital légué p a r son père, il s’est affranchi de to u te liaison, il est\n m aître de lui, libre de nouveau, m ais seul! — S on existence, g rad u elle­\nm ent, devient plus am ère et som bre et triste. Il s’ém eut do u lo u reu sem en t\n au d ép a rt des ém igrants; il s’étourdit en débauches, en traîn é p a r son in sa­\ntiab le am our vers « les plus ravalés, les plus honnis, les plus socialem ent\n d éch us des m isérables. » C ette obsession de tend resse le poursuit avec\nach arn em en t, tandis qu’il prom ène p a r la cam pagne anversoise ses rêveries\n u to p istes de libertés anarchiques. C ’est dans le ch ap itre Contumace, à la\npsychologie profonde et passionnée, q u ’il a p p a raît com plètem ent, le p au v re\n L a u re n t P arid ae l, le g rand poète to rtu ré, l’artiste follem ent épris de b eauté\np u re , et son m alheureux esprit s’affole encore, au m ilieu des horizons\nrep o sants d’une natu re féconde et p aisible; ca r « le tin tem en t d’une cloche\nde village, la pâm oison des m ouches dans le coup de soleil, les grillons\ng rin çan t des ailes, lui reprochent toujours l ’image de gens qu’il aurait pic plaindre\net aimer. » T outes ses im aginations subversives et pernicieuses s’exaspèrent\ndans le désœ uvrem ent; bouleversé de sentim ents contraires, il prodigue\ndes aum ônes inouïes, m ultiplie ses visites aux m isérables avec de frén é­\ntiques ch arités; et dev an t la ca tastro p h e finale, l’explosion de la C arto u ­\ncherie qui lui lan ce à la face les débris inform es de ceux q u ’il a aim és é p e r­\nduem ent, il se jette lui aussi dans la rouge fournaise p ar un e v olontaire et\nsublim e im m olation, enfin devenu « pur, à force d’avoir p urgé tous les\ndégoûts. »\n    Si L a u re n t P a rid a e l est la figure dom inante et in sp iratrice d e l’œ uvre\nentière, on ne p eut dire q u ’il en est la seule. S on entourage, les diverses\nsociétés q u ’il traverse depuis le m onde gourm é des agioteurs hypocrites\nju s q u ’aux « ru n n ers » félins et vils, tous les types sont étudiés avec le\nm êm e soin attac h an t, la m êm e personnalité vib ran te et fougueuse. C’est\nd’ab o rd D obouziez, le g rand com m erçant à l’honn êteté rigide, au cœ u r sec\ne t ferm é; c’est su rto u t B éjard, l’im m onde roi de la B ourse, le p ersécu teu r\ndes laborieux pauvres, dont les lâches fourberies sont dévoilées et fustigées\navec u n fier m épris et un ach arn em en t indigné; c’est encore l’arro g an te et\nséd u isan te R egina, la jeu n e fille triom phatrice et ironique, qui paie toutes\nses conquêtes et ses joies de jeu n esse p a r les désillusions et les ran cœ u rs\nde son m ariage avec le m onstrueux B éjard.\n    D ’autres individualités plus consolantes et douces éclairen t cet am as de\nm ercantilism e pourri et de p erversité dédaigneuse ; le b o n e t m odeste\n"}, {"page_pdf": 305, "texte": "50                              LA REVUE ROUGE\n\n\n\nD aelm ans, aux nobles g én éro sités; B erg m an s, le trib u n p o p u laire, d o n t\nle brav e cœ ur s’est épris inconsciem m ent de la sp iritu elle G in a; enfin les\nsim ples T ilb a k , tém oins de la prem ière éducatio n de P a r id a e l, du p etit\nLorki, et qu’une d étresse poignante force à ém igrer vers l’inconnu. — D es\ngroupes se généralisent, des catégories entières de trav ailleu rs ou de dés­\nœ uvrés se dessinent, a th lè te s m usclés que le la b eu r em bellit et divinise, —\nm atelots grisés p a r les séductions de la m étropole, s’y p erd an t en quelques\nheures, au reto u r des longues traversées solitaires et continentes, — voyous\net déclassés, aux innom m ables voluptés, fam iliers des réduits louches, toute\nla lie vicieuse aux souples consciences des parasites sociaux.\n   Com m e cadre à son action, E ek h o u d a choisi A nvers, la rich e cité com ­\nm erciale, q u ’il d épeint m oralem ent en une virulente ap o stro p h e : « A h !\nville superbe, ville riche, m ais ville égoïste. V ille de loups si âp res à la\ncurée, q u ’ils se dévorent entre eux lorsqu’il n ’y a plus de m outons à to n d re\nju sq u ’au x os. V ille selon le cœ ur de la loi de D arw in. V ille féconde, m ais\nm arâtre. A vec ta corruption hypocrite, ton tape-à-l’œil, ta licence, ton\n opulence criarde, tes instincts cupides, t a haine du pauvre, ta p eu r des\nm ercenaires, tu m 'évoques C arthage... » P o u rtan t, il l’aim e, cette m arâtre\nq u ’il voudrait accab ler de sa haine vengeresse; il l’aim e « com m e un e\ncourtisane bestiale et adorable, qui s ’est donnée à u ne engeance de p lo u to­\ncrates. » Ce sentim ent profond du foyer n atal se retro u v e dans les nom ­\nbreuses descriptions partielles qui parsèm ent le rom an, celle du Port, l’une\ndes plus caractéristiques et g randem ent poétiques, celle de la Bourse, si\noriginale en son anim ation bruyante, son su p erb e coloris, celle du Riei-\nD ijck accom plie avec application e t vérité. J ’aim e m oins le récit des\ntroubles de l’élection, qui est plus hâtif, plus lâché, et que l’on p o u rrait\nqualifier de rep o rtag e journalistique, — très littéraire et vivant, à coup sûr\ninusité.\n   G eorges E ekhoud est sans doute un esprit profondém ent original e t\nnouveau: m ais les études littéraires qui ont fécondé son ta le n t et parfait\nson esthétique, ont eu sur lui une influence parfois sensible, toujours\nheureuse. Il sem ble, ainsi,. qu’on retrouve dans cette Nouvelle Carthage très\ng erm anique de tem péram ent, un peu de l’atm osphère des rom ans anglais\nde notre siècle et surtout du génial observateu r D ickens. O n p eu t en outre\nrap p ro ch e r de notre rom ancier national le som bre et ten d re D ostoïevsky,\n égalem ent épris des opprim és et des hum b les; m ais ce n ’est qu’une\nsim ilitude. — J ’aperçois une plus vive ressem b lan ce avec D ickens dans\ncette ém otion parfois m ordante et sarcastique, plus souvent m élancolique\n et p én étran te qui distingue si bien ses œ uvres des productions m éridio­\nnales ou la tin e s; je rem arq u e le m êm e systèm e d e p rête r aux choses u n e\n sorte de vie, de p ensée v olontaire qui anim e et m obilise les objets les plus\ninertes, le u r donne, ironiquem ent parfois, des sentim ents hum ains et\nm ystérieux de bonté, de douceur, de m enace, de férocité : c’est le F o ssé,\n aux p u trides ém anations, qui accueille P arid ae l avec m an su étu d e ou\n co lère; c’est le M oulin de P ie rre qui l’attire p a r ses séductions en so rce­\nla n te s, c’est la sinistre C artoucherie qui dit à son contem p lateu r halluciné\nle secret du p rochain m assacre. — C ette sensibilité b ritan n iq u e, je la\n"}, {"page_pdf": 306, "texte": "                                    LA REVUE RO UGE                                          51\n\n\nretro uve enfin d ans le chapitre Daehnaus-Deynze, qui sem ble pensé et écrit\np a r l’au teu r m êm e de D avid Copperfield et de Nicolas Nickleby.\n   L e style, lui, est tout entier à G eorges E ekhoud . N o u s connaissions\ndéjà, p a r ses Kermesses, ses Milices, son Cycle Patibulaire, cette langue\nab ondante, surnourrie, savoureuse et colorée, qui ne s’attard e pas aux\nélégances m ièvres, aux délicatesses de boudoir, m ais ro u le en pleine\nfougue ses épithètes frap p an tes aux vigoureuses sonorités ; si un e ex p res­\nsion p eu t ren d re uniquem ent sa pensée véritable, le styliste ne recule\np as devant sa vulgarité, son origine argotique ou p opulacière. Il oublie\nparfois le bon goût, qui est une q u alité; m ais q u ’im porte, si la form e est\nrobuste, si elle donne au récit l’entrain vivant, la p u issan te couleur! —\nE t d e ces v ibrantes qualités, la langue de la Nouvelle Cartilage ne m anque\npoint.\n   L ’œ uvre d ernière de G eorges E ek h o u d est belle, p arc e q u ’elle est\np u issante et p arce q u ’elle est sin cère; et dans l’histoire des L ettres\nn atio nales, la Nouvelle Cartilage com ptera p arm i les créations les plus\nhum aines et les plus élevées, com m e expression com plète et en tière d 'u n e\nâm e de m iséricorde e t de pitié, com m e p aroles de no b le affection d’un\ng ran d cœ ur aim ant et m eurtri.\n                                                               H en ry L e B œ u f .\n\n\n  L iste des Souscripteurs au Banquet E ekhoud\n            organisé par la Revue R ouge — 18 octobre 1893\n\n   T h éo p h ile A ntoni, H e n ry A rden, V ictor A rnould, L éo n A bry, G ustave\nA ndelbrouck, A m ante, Ja n Blockx, A lbert B aertsoen, L éo n Baize, P a u l\nB uezo, C. B ender, B eekm an, C harles B u ls, B rokm an, P e te r B enoit, F .\nB ernier, B onnevie, B raeke, A uguste B iernaux, A. B raun, F ra n z Binjé,\nF e rn a n d B rouez, F e rn a n d Baudoux, E . B auw ens, C ourouble, A. Cornelis-\nL eb ègue, H ec to r C hainaye, A rm and Ç oorem ans, F élix C ardon, C alabresi,\nC h .-L éon C ardon, E m ile C ossira, E d o u ard C hansay, A lbéric Colson, J.-B .\nColyns, C outeaux, A chille C hainaye, H en ry C arton de W ia rt, A lbert\nC hapeaux, O m er C oppens, W illem D elsaux, F ra n s D elcoigne, E u g èn e\nD em older, Alf. D esm et, A . D eppe, D ekeukelaar, J. des C ressonnières,\nA . des C ressonnières, Julien D illens, L éo n d ’A oust, D ésiré D em est, M.\nD esom biaux, D e G ouve de N uncques, L éo n D ard en n e, Ju les D estrée,\nL o u is D elattre, Jo se p h D esgenêts, L u cien D ebusscher, C onstantin D e\nBom , P a u l D evigne, D erscheid, L . D elm er, Jules de B urlet, K. de B u r­\nlet, P o l. D em ade, D evreesse, G eorges D w elshauw ers, N esto r de T iére,\nE d m o n d D em an, Jo sep h D upont, P ierre D ustin, M ax E lsk am p , A ndré\nF o n tain a s, F ra n z F o n so n , P h ilip p e F lo n , M aurice F riso n , L éo n F u rn é ­\nm ont, G eorges F lé, F ré d éric F ric h e, F ichefet, E m ile F a b ry , A lexandre\nF lam en t, V ictor G ilsoul, E m ile G reyson, A rnould Goffin, P a u l G erm ain,\nP a u l G erardy, A. G ossen, F ra n s G ittens, A rthur G oem aere, C harles\nG ouw eloos, Cam ille G urickx, G evaert, O scar G ysbrecht, R ao u l G uillery,\n"}, {"page_pdf": 307, "texte": "  52                              LA REV U E ROU GE\n\n\n\n A lbert G iraud, Je an G ouw eloos, Ivan G ilkin, A lex. H an n o tiau , G ustave\n H ub erty , G eorges H uberty, V ictor H allaux, V. H o rta, Max. H allet,\n Chs H ouben, L éo n H ennebicq, A lphonse H irsclie, H ec to r H a rd y , T héo\n H an n o n , E m m anuel H iel, Ju liu s H oste, G ustave Jacoby, P a u l Jan so n ,\n L éo n Jacque, G. Jorissenne, M aurice K afferath, F ern . K noppf, K aiser,\n H u b e rt K rains, L em aire, G régoire L e Roy H en ry L e Bœ uf, L éo n\n L equim e, E u g èn e L aerm an s, L ebègue, D r L oin, J u le s L e R oy, Je f\n L eem poels, C am ille L em onnier, Ju les L ebleu , E m ile L ecom te, C am ille\n L a u re n t, R ichard L edent, P iëtro L anciani, Ju l. L ag ae, L ouis L en ain ,\n L utens, E d d y L evis, P au l L acom blez, G eorges L o ran d , F erd in an d\n L ab a rre, Jef. L am beaux, H e n ry L afontaine, Jules L ejeu n e, A lber t M ockel,\nO ctave M aus, A lph. M ailly, L ouis M aes, N esto r M assart, X avier M ellery,\nA lfred M oreau, C onstantin M eunier, M adoux, fils, E m ile M athieu, M aurice\nM aeterlinck, A lexandre M arcette, A ntonio M arques, A lb ert M élot, F ra n s\nM ahutte, E d. M uller, H en ry M aubel, F ra n cis N au tet, C harles N oulard,\nJo se p h N ève, F . N inauve, P a u l O tlet, P ie rre Olin, H en ri O ttevaere,\nS an d er P ierro n , G eorges P icard , E dm ond P icard , P an te n s, E . P u tzey s,\nW illiam P ica rd , P a u l P astu r, A ug. P uttem an s, H erm a n n Pergam ini,\nE . P atrice, P rin s, F ritz R otiers, V ictor R em oucham ps, Th. Radoux,\nCh. R osez, E ugène R obert, L éo n R otthier, V ictor Reding, E m ile R oyer,\nP a u l S ainte B rigitte, C harles Sam uel, G eorges S choenfeld, H . S tiernet,\nF ritz S ennew ald, C harles S ainctelette, O. Stoum on, H en ri S eguin, R odrigue\nS erasquier, G eorges S erigiers, S icard, Max. S ulsberger, E m ile Sigogne,\nE . T assel, H e c to r T hys, P a u l T iberghien, E m ile V erh aeren , E m ile\nV andervelde, A lfred V erhaeren, H ec to r V and o o rslaer, M aurice V an d e r­\nm eylen, V erlant, Jam es V andrunen, E m ile V an M ons, V an aeren b erg h ,\nT héodore V erstraete, V anderw alle, V an E lew y ck , L . V andam , Je an\nV olders, G eorges V erdavainne, V anderbeken, M. V an M eenen, G eorges\nV anderm eylen, C harles V and erstap p en , G u stav e V anzype, T hom as\nV inçotte, T h éo V an R ysselbergh, H e n ry W y ers, L . W a lln e r, A.-J.\nW a u te rs, E . Z ande.\n\n\n\n\n                           G rappillages\n   A u m om ent où la Revue Rouge com m ence, sous d’excellents auspices, sa\nseconde année de publication, nous tenons à ex p rim er h au tem en t n o tre\nm eilleure g ratitude pour tous ceux qui de le u r plum e en co u rag ean te et de\nleu r ferm e autorité ont généreusem ent favorisé son jeu n e essor. A u reste,\nl’accueil fait à notre publication p en d a n t cette p rem ière année, no u s in ­\ndique désorm ais no tre conduite future : sans vouloir ren d re ses nom breux\ncollaborateurs solidaires de ses polém iques et de ses luttes, la Revue Rouge,\nfidèle à ses principes d’intellectuelle liberté, reste ra sp ectatrice attentive\ndes diverses m anifestations de l ’a rt nouveau, et, loin de s’étiq u eter d’un\nprogram m e étroit et absolu, elle espère aider l’extension p u issan te du\n"}, {"page_pdf": 308, "texte": "                                    LA REVUE ROUGE                               53\n\n        Mouvement artistique belg-e, et collaborer pour sa part à l'œmTe féconde\n        d'éducation populaire dnnt les heureuses tentatives ont été unanimement\n        remarqu~es et souvent applaudies.\n\n\n\n          M. Lugné Poé, le trés habile impressario et consciencieux artiste, nons a\n        donné le z5 noYembre, avec ses camarades elu théàtr-e de l'ŒuvRE, une\n        représentation de Ros~IERsHour, d'Henrik Ibsen. La place et le temps\n        nous manquent pour analyser en détail cette cenne splendide; nous le\n        regrettons, car la jeune critique, devant les dédains de l'ancienne, reven-\n        dique pour elle seule l'étude de ce génie si complexe et si étrange, aux\n        œuvres puissamment intellectuelles et riches.\n\n           Il vient de se fonder à Bruxelles, un théàtre littéraire. Ce théâtre sera\n        consacré à l'œuvre dramatique d'écrivains de quelqu'époque et de quel-\n        que nationalité qu'ils soient. Il y a;tra quatre spectacles dans le courant\n        de l'hiver; le premier Décembre. Le programme de cette soirée, qui aura        •'\n        lieu à l'Alhambra, sera composé de L'ETOILE, un acte de Jean Richepin,\n        et LE Ror Go;-~z~\\GUE, trois actt's d'Henri Sig·noret.\n\n        · Une superbe traduction de Kees Doorik, le premier roman de Georges\n        Eekhoud, due à M. Tony Kellen. vient de paraître à Stuttgart, à la Deutsclzc\n        Verlags-A ustalt. Cette firme possède une admirable coll.ection où nous re-\n        marquons des œuvres de Tolstoï, de Zola, de Bourget, de Daudet, etc. La\n        même maison, le même trachwteur plut6t, annonce. pour clans quelques\n        semaines, une édition allemaucle de la Now<>·dl;; Carthage.\n\n          Par suite du retard forcé de. notre n° de no\\·embre et de la fermeture elu\n        salon depuis le commencement elu mols, notre collaborateur anonyme, qui\n        avait commencé clans le dernier numéro une étude sur l'Expo3ition des\n        Beaux-Arts, nous prie d'interrompre cette publication. Nous déférons ù\n        son désir, en nous rendant à ses raisons; au surplus, la Revue Rouge possède\n        en réserve de nombreux manuscrits présentant plus d'intérêt pour ses\n        lecteurs, mais qui ne peuvent espérer une publication immédiate, par suite\n        de l'étroitesse relative de son format.\n\n\n\n\n1   '\n"}, {"page_pdf": 309, "texte": "             I1npriinerie A:çtistique ·\n\n\n L. & A. GODENNE\n             Grand' Place, 28, à Malines\n\n\n\n\n                                                            ,\n\n\n\n\n Typographie, Lithographie, Autographie, Gravure\n\n          Spécialité ~·gmpresstons ~e hl!C\n\nJournaux, 13rochures, 7\\_evues, Prix-com·cnts, Catalogues, etc.\n\n                  FABRIQUE DE REGISTRES\n\n\n Imprimés Industriels, Administratifs & Commerciaux\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 12, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1893-11", "signet_source": "Deuxième année - N°11 - Novembre 1893", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 282", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}