{"numero_id": "ulb-revue-rouge-1893-12-n12", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "articles": [{"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-12-n12-001", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Deuxième Année - No 12 DÉCEMBRE 1893", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 310, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 322, "texte": "Deuxième Année -    No 12\n                                                 DÉCEMBRE 1893\n\n\n\n\n        LA\n\n\n\n                                         MENSUELLE\n\n                                   ~'tlrt   & ~e 'JLtttérature\n\n\n\n\n              Le Numéro : 2S Centimes\n\n\n\n\n                   '1\\.édaction El ..Administration :\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-12-n12-002", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Note de la rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La Revue Rouge Secrétaires de Rédaction", "ancre_fin": "Charles Van Lerberghe - Emile Verhaeren.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 311, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "La Revue Rouge\n\n\n                      Secrétaires de Rédaction :\n\n          Paul SAINTE BRIGITTE       a Sander PIERRON\n                        ABONNEMENTS:\n\n           Belgique : Un an, 3 francs; six mois, fr. 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G ainsborough, John Crome, Constable, furent\nles premiers qui, depuis les hollandais du X V IIme siècle, se rem irent à\npeindre honnêtem ent la belle et bonne nature telle qu’elle est. Ils trou­\nvèrent que les collines boisées d’où l’on aperçoit la Stour qui sépare\nle com té de Suffolk du com té d’Essex, qu’un cottage caché parmi de\nbeaux arbres, valaient bien la campagne de Rom e et des temples\nruinés.\n   « Lorsque parurent aux Salons de Paris, en 1824 et en 1827, quel­\nques tableaux de Constable, écrit T horé, les paysagistes français en\nétaient encore au paysage antique et solennel, m ythologique, et\nhiéroglyphique, composé avec des ruines grecques et des personnages\nde la Fable. Il n’y avait jamais eu en France que ce paysage classique\ndans le style du Poussin et des Bolonais, ou le paysage féerique et\nimpossible de W atteau et de Boucher, des trum eaux, des paravents et\ndes éventails. Grande fut la surprise des artistes parisiens en voyant la\nvraie campagne peinte par Constable, de vraies prairies baignées de\nrosée, un vrai ruisseau faisant tourner un m oulin, de vrais arbres copiés\nsur nature. O n a raconté qu’Eugène Delacroix-en fut si im pression­\nné, qu’il rentra chez lui pour donner un nouvel accent à ses tableaux\nen train. A la même époque, Bonington en France, et d’autres paysa­\ngistes en Angleterre, par exemple T urner, dans certains m om ents de\nses caprices, s’étaient remis, comme Constable, — comm e Gainsbo­\nrough, dès la fin du X V IIIme siècle, — à étudier la réalité naturelle et à\nla rendre sincèrem ent. — Bientôt, quelques jeunes artistes français\neurent le même instinct : P a u l Huet, Camille Fiers, Louis Cabat, Jules\nDupré, T héodore Rousseau, alors presque enfants » (2).\n\n\n  (1) V o ir les n ° s de La Revue Rouge de J u in -J u ille t-A o û t-S e p te m b r e - O c to b r e - N o v e m b r e\n1893.\n  (2) T .- T . B ü rg e r. Salon de 18 6 1 .\n"}, {"page_pdf": 315, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2694, "texte": "56                           LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\n    Cette réaction rom antique qu’illustrèrent aussi Delacroix, Decamps,\n Ary Scheffer, Diaz, et autour de laquelle se groupèrent encore\n T ray o n , Corot, Marilhat, ne fut pas appréciée tout d’abord comme\nelle le méritait. MM. Flandrin, Desgoffe, Aligny lui opposaient l’an­\ncienne m anière académique qu’ils avaient apprise à l’école de Rome.\n    Il fallut près d’une quinzaine d’années pour que les novateurs for­\nçassent les portes du Salon. A im ant le précepte de Sterne, ils ne se\npréoccupèrent point des doctrines ni des systèm es; ils allèrent droit\ndevant eux et suivirent leur nature.\n    « Croyez que ce qui est vrai pour vous dans votre propre cœ ur est\nvrai pour tous les autres, disait Em erson, exprimez votre conviction\nintime, vous la trouverez bientôt semblable au sens universel et vous\naurez du génie ». Ils le crurent et, à force de travail, aidés par une cri­\ntique intelligente autant que passionnée, ils atteignirent leur but.\n   Comme il avait défendu Delacroix, T horé défendit Rousseau et\nDupré : « ... leurs œuvres se classent à la hauteur de celles des an­\nciens maîtres du paysage — écrivait-il en 1861 — ; ils ont restitué la\nnature telle que l’avaient comprise et exprimée Rem brandt et Philip\nConinck, Van Goien et W ynants, Salomon et Jacob Van Ruisdael,\nHobbema et Van der Meer, de Delft, Aalbert Cuyp et Aart Van der\nNeer.\n    » C ontrairem ent à l’école du Guaspre, ils ne com posèrent pas la na­\nture par des procédés réfléchis, m ettant çà et là quelques fabriques\nm onotones sur un ciel terne, agençant des lignes comme de simples\ngéom ètres à la recherche d’un problème scientifique.\n    » Sachant que l’art est toute spontanéité, que la réflexion n ’est que la\nseconde vue qui perfectionne l'im pression libre et subite, ils n ’employè­\nrent pas les procédés de la science pour résoudre le problème de la\npoésie. Et ce sentim ent poétique est dans tous les arts la qualité à la\nfois suprême et rare. C’est grâce à lui que des artistes comme R ous­\nseau et Dupré voient dans la nature ce que les esprits communs n ’y\nvoient pas; la nature est comme l’hom m e : elle a ses inquiétudes et\nses passions, ses folies et ses tristesses, l’agitation ou la sérénité. R ous­\nseau partageait en quelque sorte toutes ces passions de la nature, il\nlisait dans ses yeux, il s’inquiétait de la pâleur de la lumière, de la\nfièvre du vent, de la santé des arbres. Il frissonnait avec la tem pête, ou\nil resplendissait avec le soleil. Personne n ’a jamais exprimé aussi par­\nfaitement les caractères du paysage, cette vie des choses si différente\n au printemps de ce qu’elle est en automne. Les aspects les plus diffi­\n"}, {"page_pdf": 316, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2617, "texte": "                                             LA REVUE ROU GE                                           57\n\n\n\n ciles, l’orage et la pluie, le soir et même la nuit, Rousseau et Dupré\nles ont rendus avec une égale puissance. Et n ’est-ce pas dans le paysage\n surtout que le sentim ent de la vie est un don rare et délicat ? « Peu\n d’hommes voient le paysage parce qu’ils ne regardent point dans les\ncampagnes ce qui est impalpable et presque invisible — quoique réel\npourtant et de première im portance, ce qui est l’harmonie et le tout :\n— le ciel et Pair, sim plement ( 1).\n    » La nature entière est baignée dans le ciel. En paysage, le ciel com ­\n mence à l’épiderme de la terre. Il joue entre les forêts du gazon. Une\npetite fleur au rez du sol, un brin d’herbe, sont dans le ciel tout comme\nle clocher sublime dont la pointe semble percer l’azur. Le ciel, c’est\nl’air infini et la lumière infinie. Il y a du ciel dans l’intérieur d’un buis­\nson, entre les mille finesses de l’architecture de ses petites branches\nmêlées et de ses feuilles innombrables. Le ciel caresse éternellem ent\ntous les reliefs les plus délicats de la forme universelle; il s’étend à\nperte de vue et jusqu’aux m ondes dispersés dans l’immensité. L’indivi­\ndualité des arbres, des terrains, des m onum ents, des personnages est\npresque toujours noy ée dans l a l umière ou dans l’octobre, c’est-à-dire\ndans l’air » (2).\n    R approchons ce passage intéressant d’une lettre de Constable à M.\nFisher, datée du 23 octobre 1820 : « ... Il serait difficile de citer un\npaysage quelconque dans lequel le ciel ne soit pas le diapason, l’indi­\ncateur de la gamme, le principal organe du sentim ent... Le ciel est la\nsource de lumière et il gouverne toute chose ».\n   Rousseau s’est acharné souvent à exprim er cette harm onie du\nciel et de la terre, du soleil et de la nature, à la ligne extrêm e de\nl’horizon (3).\n   « Le véritable artiste, dit encore T horé, est un composé indissoluble\nde la nature et de l’hum anité, un voyant et un pensant à la fois. J ’ai\nvécu avec eux dans les bois, par exemple avec Rousseau, et l’hom m e\nm ’intéressait autant que le peintre : son cœ ur en était toujours; l’œil\naussi et la main suivait. Rousseau, ayant eu le m alheur de perdre sa\nm ère, peignit longtem ps les aspects désolés ou sévères de la nature.\nQ uand l’homme tout entier s’absorbe ainsi dans son œ uvre, vit en\n\n\n   (1) L ettre à l'ir m in B a rrion . P ré fa c e du Salon de 18 4 7 . T - T . B ü rg e r. Salons de 1844\ne t 18 45.\n   (2) L ettre à F irm ïn B a rrion . Salon de 1847. T .- T . B ü rg er.\n   ( 3) T . T . B u rg e r. Salon de 1844.\n"}, {"page_pdf": 317, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2422, "texte": "58                                    LA REVUE ROUGE\n\n\n\nelle et la fait vivre en soi, il n ’est pas étonnant qu’elle ait des vertus\ncommunicatives. Devant un paysage de Ruisdael — et peut-être de\nRousseau — on éprouve juste ce qu’on éprouverait devant la nature,\nce que l’auteur a éprouvé lui-même. »\n   T h o ré et Rousseau habitèrent longtem ps ensemble, « te rappelles-\ntu le tem ps où, dans nos mansardes de la rue T aitbout, assis sur nos\nfenêtres étroites, les pieds pendants au bord du toit, nous regardions\nles angles des m aisons et les tuyaux de cheminée, que tu comparais\nen clignant de l’œil, à des. m ontagnes et à de grands arbres épars sur\nles accidents du terrain? » ( 1) Ils parcoururent souvent l’Ile-de-\nFrance, s’égarant au plus épais de la forêt de Fontainebleau.\n\n   « Cher ami, écrivait T horé en mai 1860, je suis rentré a Paris; j ’ai\nété te chercher à ton atelier, passage Malesherbes, supposant bien que tu\ndevais être quelque part à regarder la couleur du temps; à Barbison ?\n Où pourrait-on être mieux ? J’ai donc l’idée d’aller chez maître Garnie,\nmardi prochain, 29 mai. Ecris-moi si je te rencontrerai ce jour-la et si\ntu seras libre, le lendemain, de venir avec moi passer une journée en\nforêt. Si tu aimes mieux quelque autre jour, tout m ’est bon. J’aurai grand\nplaisir à te revoir et à causer d’autrefois! »\n\n     Rousseau lui répondit :\n\n    « Cher ami, tu penses si ta lettre m ’a fa it plaisir. Nous allons donc\n enfin nous revoir; que de temps passé et que cette lacune serait triste si la\nvie n’était que dans les faits. Mais heureusement, nous avons bien souvent\n ensemble lancé nos ballons dans l'Infini, et nous pourrions nous retrouver\n comme deux enfants de la vie éternelle, reprenant nos jouets impérissables\n et sans autre âge que l’heure suivante, en dépit du vide immense de\n l’autrefois et du temps présent.\n    A mardi donc, prends le plus de temps que lu pourras, ma fem m e se\nfa it une fête de te recevoir, laisse Garnie de côté, nous pouvons t’héberger\n aussi longtemps que tu voudras.\n    Hélas! tu trouveras la forêt bien changée, c’est un parc qui n’attend\nplus que des caisses d’oranrgers en remplacement des vieux chênes.\n\n                                                                    A toi de cœur,\n                                                                       Th. Rousseau. »\n\n  ( l ) L ettre à Théodore Rousseau. Préface , Salon de 1 8 4 4 ,\n"}, {"page_pdf": 318, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2871, "texte": "                              LA REVUE ROU GE                                59\n\n\n   De Jules Dupré, qu’il estim ait à l’égal de T héodore Rousseau et sur\nlequel il voulait écrire une notice biographique — qui parut dans le\nDictionnaire de la conversation — T h o ré reçut la réponse suivante,\ninédite, pensons-nous, et certainem ent des plus curieuses :\n   « Si j ’ai tant tardé à vous écrire, mon cher Thoré, c’était dans l’espoir de\nvous voir venir prendre vous-même les détails que vous m e demandez; je\nl’aurais préféré de toute façon, car il n’est pas agréable de parler de soi,\net avant de l’avoir lu dans Labruyère ou Larochefoucault, je sentais que\nle m o i était odieux. Cependant, cher ami, vous ne pouvez douter que je\nme regarde comme trop heureux qu’on vous ait, vous, chargé d’écrire\nl’article en question qui pouvait être fa it par quelqu’un qui ne f u t sympa­\nthique ni à mes tableaux ni à leur auteur, et auquel j ’aurais été fo rt\nembarrassé d’écrire. Si nous étions de plus vieux amis, vous sauriez que\nje n’ai jamais regardé le peu que j ’ai fa it jusqu’à présent, que comme de\ncontinuels essais, qui n’auraient jamais vu le jour si je n’eusse été forcé\nde me servir de la peinture comme d’un état qui devait me fa ire vivre et\nje n’étais pas seul. N ’ayant jamais été enseigné, n’ayant jamais mis le\npied dans aucun atelier, j ’ai subi nécessairement en ce temps de défriche­\n ment, mille influences diverses avant d’avoir des idées à peu près arrêtées\nsur mon métier. C’est pourquoi il me semble qu’on ne devrait s’occuper de\nceux qui aiment vraiment leur art, que quand ils ont fo u rn i leur carrière;\ncar pour mon compte, je puis me tromper, mais ne cherchez p as à détruire\ncelte illusion qui est mon courage, il me semble que je ne fa is que com­\nmencer à comprendre ce que peut la peinture et ce que doit être un\ntableau. Si, comme je l’espère, il me reste encore quelques années à être\nde ce monde, le diable ne m’ôterait pas de l’esprit que j ’en fe ra i un meil­\nleur emploi que du temps passé.\n    » Pour un homme qui ne veut pas parler de lui, il me semble, mon cher\n Thoré, que cette lettre est un gros péché, mais comme vous en êtes cause,\nil est trop juste que vous en subissiez les conséquences.\n    » Je dois donc vous dire qu’étant jeune, mon père qui fesait fabriquer de\nla porcelaine, me fit apprendre à la peindre; il rattachait cette idée à des\naffaires commerciales qu’il espérait me voir entreprendre plus tard; mais\n un jour allant chez un       ses amis M . Diebolt, qui s’occupait de peinture\nà l’huile, je fis quelques essais, le goût m’en prit alors; mais depuis que de\ntourments! Ce serait toute une triste histoire qui n’intéresse que moi que\n ces 16 à 17 années de luttes constantes, car ce dont je viens de vous parler\nse passait en 1827. J’étais fo rt jeune alors, puisque je n’ai eu que 55 ans\n en avril dernier.\n"}, {"page_pdf": 319, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2714, "texte": "60                           LA RE V U E RO UGE\n\n\n\n\n    » Je dois vous dire aussi que j ’ai reçu les premiers encouragements du\n Baron d ’Ivry et dans le temps, en 1833 et 34, le duc de Nemours\n m’acheta un assez grand tableau peint entièrement d ’après nature, comme\n tous ceux que je fesais à cette époque. Le duc de Nemours vint me voir\n souvent depuis, malheureusement je ne me sentais pas dans le caractère\n ce qu’il faut pour tirer parti de cet appui. c’est à ce point, que lui\n montrant quelquesf ois des tableaux en train m ’appartenant encore, je\n lui disais qu’ils étaient retenus, afin de le bien convaincre que je ne\nvoulais pas exploiter ses visites. L ’a-t-il compris, je l ’ignore... Je vis\n maintenant plus seul que jamais ayant rompu avec toutes les personnes\nhaut placées que j ’avais pu connaître et mes goûts de retraite et de\ntranquillité ne feront que s’accroître; je suis poussé à cette vie de\nsacrifices par l ’espoir de fa ire des progrès : l ’avenir prouvera si j ’ai\n bien fa it.\n    » Enfin, cher ami, pour finir ce long bavardage, je dois vous apprendre\nque j ’ai deux assez grands tableaux chez M. Margueritte, plusieurs\nchez M. Bayard, ceux que vous connaissez chez M . P. Périer, quelques-\nuns aussi chez un anglais, M . Wilson, qui a maintenant la pochade\nque vous connaissez représentant des chevaux-dans un herbage d ’Angle­\nterre où j ’ai passé 4 mois; joignez a cela 20 ou 25 dessins et aquarelles\néparpillés chez des personnes que je ne connais pas; autant de petits\ntableaux, puis quelques-uns encore chez les marchands et vous aurez un\njuste aperçu de mes tentatives en peinture. J ’oubliais de vous dire que le\nduc d'O rléans, un an avant sa mort, m ’a fait commande d ’un tableau\nde 6 pieds à moitié fa it et que j ’espère achever au printemps prochain;\npuis j ’ai aussi à mon atelier et en train une quinzaine de tableaux de\ntoutes grandeurs que j ’aurais été heureux de vous montrer si j ’en avais\neu l ’occasion.\n    » Pardon encore de ce trop long griffonnage.\n    » Adieu, cher ami, Rousseau et moi, sériait s bien heureux devons faire\nles honneurs des ravissantes promenades dont nous sommes entourés;\nvenez donc nous donner cette joie, vous qui parlez de la nature en homme\nqui a le sens de toutes ses harmonies. Nous devons aller à Paris cette\nsemaine, et nous ferons en sorte de vous enlever. D ’ici là et toujours,\ncroyez-nous vous bien sincèrement affectionnés.\n                                                            » J. Dupré.\n   » J ’avais oublié de vous dire que j ’étais breton né à Nantes. Du reste\nsi vous pouvez attendre encore quelques jours, je répondrai aux questions\nque vous pourriez me faire. J ’ai eu à l ’exposition de 18 33, je crois, une\n"}, {"page_pdf": 320, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 715, "texte": "                             LA REVUE ROU GE                                         6l\n\n\n\nmédaille d ’or de seconde classe, comme peintre de genre, pour un tableau\nd ’intérieur rustique qui est en ce moment chez le Baron de Villars.\nDimanche 10 août 1845. »\n   A yant term iné notre rôle de publicateur, il ne nous reste plus qu’à\nrem ercier les amis de T . T . Bürger d’avoir bien voulu nous confier\nles docum ents qui ont fait le sujet de nos articles. Nous espérons que\nles quelques m odestes comm entaires que nous y avons joints n’auront\npoint nuit à leur éloquence à la fois simple et forte.\n                                                       Lucien J o t t r a n d .\n\n\n                                  "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-12-n12-006", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 61, "page_fin": 63, "titre_corps": "Noël", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Jean Laenen", "ancre_debut": "N oël                                         Quiconque perdra sa vie", "ancre_fin": "n e n . 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Inspiré par les paroles sublimes de\nl’Evangile, nostalgiaque, il attendait l’éternelle vie, l’existence future,\nemplie de suprême félicité.\n   Mais, petit à petit, sa croyance s’affaiblissait, et cela, par les plaisirs\nmondains, en com pagnie de ses amis — hom m es modernes, à l’esprit\npositif, profanateurs de toute idée religieuse.\n   L ’ingénuité de son âme fut engloutie par les décevantes réalités;\net la lecture des écrits impies, — au style caramélique, où est relaté,\nen toutes ses horreurs, le raffinement de l’ignoble perversité des êtres\nhum ains, vicieux, — accéléra la chute dans les gouffres ténébreux de\nl’incroyance.\n   A présent — vrai fils du siècle de Lumières — en continuel souci\npour le Progrès, il ne croyait qu’aux choses palpables.\n   Cependant, un jour, rejaillit soudain une étincelle de cette flamme\nd’am our divin.\n   En vain il voulut l’éteindre. Elle s’aviva. Et, le soir, au milieu des\nplus grandes festivités m odernes — extravagances ordurières, où\nl’Hum anité bestiale déploie ses vils instincts — il était travaillé par\nun désespoir mêlé d’un sentim ent d’antipathie pour ses semblables\nen liesse.\n   Exaspéré, les soi-disantes réalités se présentaient à son esprit, sous\nun aspect horrible. (P eut-être l’aspect véritable, qui sait?)\n"}, {"page_pdf": 321, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1968, "texte": "62                          LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n   Les femmes, à la chair poudrerizée, étaient hideuses; les hom m es\navec leurs prunelles sanguinolentes, hagardes, sanglés dans leurs\nhabits noirs, avaient des allures simiesques.\n   Ces visions l’obsédaient toute la nuit, engendraient des hallucina­\ntions; et les battem ents im pétueux de son cœ ur angoissé, étaient\nscandés par les derniers accords d ’une valse, opiniâtres, résonnant\nlugubres, comme le glas.\n   Le lendemain, un vif rem ords l’accablait.\n\n   Il aurait voulu s’éclipser de c^tte vie, pleine de débauches; s’isoler\nloin, bien loin de ces plaisirs opprobres.\n   Vivre saintement!..\n   Mais, d’un caractère faible, versatile, il se laissa, derechef, entrainer\npar les astuces d’un sien ami, séduire par le baiser perfide d’une\ncourtisane, peu rêveuse, mais très pratique.\n\n   C’est la nuit de Noël!\n   Une nuit étoilée, superbe!\n   Un ciel en fête.\n   Ces innombrables astres invitent irrésistiblement à la prière, aux\nrêves célestes!\n   Quelle réjouissance ineffable pour l’âme chaste, de gravir là-haut,\ntoujours plus-haut, en l’irradiation sidérale.\n   Le pécheur abandonne les salons fastueux pour venir contem pler ce\nciel en fête. Terrifié par sa magnificence m ystique, il implore la misé­\nricorde divine. Et, dans un recueillement profond, il détourne, à tout\njamais, ses regards de ces vaines opulences — demain som brées dans\nle N éant — pour les lever là-haut, là-haut vers les choses éternelles.\n   Il prie, adjure la miséricorde divine.\n   Le Ciel ne reste point sourd aux implorations ferventes d’une âme\nen peine.\n   Noël! Noël!\n   Du ciel en fête, descend une lignée d’archanges sublimes, de chéru­\nbins radiants. Ils bénissent l’âme de l’Enfant prodigue, revenu sous le\ntoit paternel.\n   Noël! N oël!\n   Et au rythm e ravissant des cantiques célestes, tout ce m onde surna­\nturel s’envole avec cette âme, purifiée, en la glorification mirifique de\nl'Hom m e-Dieu, qui vient de naître.\n"}, {"page_pdf": 322, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 294, "texte": "                            LA REVUE R O U G E                                    63\n\n\n\n  Noël! Noël!\n  Et aux deu x retentissent, continues, les clameurs d’allégresse.\n  Noël! Noël!\n                                                       Jean L a e n e n .\n  Décembre 93.\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-12-n12-007", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 63, "titre_corps": "Remembrances", "titre_sommaire": "Remembrances (sonnet)", "rubrique": "", "signature_source": "Emile Lecomte", "ancre_debut": "R e m e m b ra n c e s                                  SONNET                                                             p o u r Elle.         J ’ai rêv", "ancre_fin": "c o m t e .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Revue L itté ra ire        H. 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Carton de W iart, et nous\n"}, {"page_pdf": 323, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2620, "texte": "64                          LA REVUE R O U G E\n\n\n\n\n assurons, en pleine conviction de conscience, que ce principe juste,\n sanctionné par un passé de productions géniales, doit être celui de\n tout lettré soucieux et épris d ’Art vrai.\n    « Le domaine de la Littérature et le domaine de la Science sont\n deux districts aux frontières naturellem ent définies. » L ’affirmation\n de cette théorie est presqu’un axiome. M. C arton de W iart a voulu\n en renouveler l’expression, s’inquiétant du danger des tendances\n actuelles, et construisant sa dém onstration contradictoire sur trois\n exemples récem m ent fournis : l’Essai de Darwinism e littéraire tenté\n par M. F. Brunetière, l’erreur théorique de Zola systém atisant des\n faits trop spéciaux, enfin l’érudition som m aire et décorative de cer­\n tains symbolistes, « qui puisent dans le désordre de leurs lectures\n scientifiques non seulement la forme, mais m êm e l’inspiration. »\n Cette allusion s’applique, croyons-nous, aux essais d’audition m usi­\n cale et de coloration alphabétique de René Ghil.\n    Le développement, bien qu’un peu-restreint, est logiquem ent con­\n duit, et s’appuie de justes citations. L ’auteur attribue au seul souci\n d’originalité le travail paradoxal de M. Brunetière, encore qu’il lui\n conteste cette unique qualité. La critique de nos jours s’est déve­\nloppée avec outrance; et il faut com battre avec absolutisme toute\ntendance à l'a priori dans un jugem ent littéraire. M. Brunetière a\nl’ingéniosité habile plus que sincère; et lorsqu’il prétend « vérifier sur\ngenre littéraire — tragédie ou poésie lyrique — la vérité des lois\ngénérales de l’évolution organique des espèces naturelles, » il nous\nprend une singulière méfiance pour l’im partialité et l’équité de ses\nadaptations.\n   Emile Zola, — et nous ne répéterons point ce qui s’est dit maintes\nfois, — est sauvé des égarem ents de son système par sa robustesse\nintellectuelle, et il conserve une beauté par la grandeur de son lyrism e;\nquant à René Ghil, cet esprit hésitant particulier, chercheur par\nessence, nous nous réservons d’en parler spécialement dans une pro­\nchaine chronique.\n   M. C arton de W iart sépare avec une netteté franche la Science,\ndomaine du Vrai, et la Littérature, domaine du Beau; et les lignes\nqu’il consacre au positivisme scientifique et littéraire, le dévoilent par­\ntisan de la contem poraine réaction idéaliste : « le poète, dit-il, est un\nhom m e pour lequel le monde invisible existe. « Il est besoin, croyons-\nnous, d’une prudence plus grande quant au positivisme en critique;\non hésiterait même à le condam ner rigoureusem ent quand on voit\n"}, {"page_pdf": 324, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2226, "texte": "                            LA REVUE RO UGE                              65\n\n\nl’admirable étude sur la Littérature anglaise de Taine, édifiée tout\nentière d’après la seule « philosophie du fait ».\n   Cette attachante brochure présente dans le détail, certaines subtili­\ntés discutables; mais il faut pleinem ent louer M. C arton de W iart,\nlorsqu’il veut éloigner de la Littérature les oeuvres vulgarisatrices\ndont le but ne peut être « d’exercer et de relever par le beau nos intelli­\ngences, que la vie quotidienne atrophie et rabaisse sur la terre, et de\nnous com m uniquer cette exultation et cette exaltation intimes qui sont\nles plus exquises des jouissances humaines ».\n   C’est faire un trop grand honneur à Flammarion et Jules Verne de\nles citer, dans un essai littéraire; il est vrai que ce sont « des littéra­\nteurs comme les accordeurs de pianos sont des musiciens ».\n   U n aphorism e dom ine : « Le vrai domaine de la Littérature, c’est\nl’Em otion ». Et son développement constitue la conclusion très pré­\ncise, très élevée : « L’éternel pays des Littérateurs, c’est le pays de la\nsensibilité humaine, celui où naissent les exaltations intim es du Beau\net du Bien, ces larmes souvent fugitives mais inappréciables de l’am our\net de la pitié ».\n   L’étude de M. Carton de W iart est écrite en un langage sobre,\nsimple et aisé, facilitant la com préhension des idées ém ises; et au mi­\nlieu des productions multiples qui accentuent chaque jour notre m ou­\nvem ent littéraire national, il est à souhaiter que ce genre de travail ap­\nprofondi et profitable trouve de plus nom breux im itateurs. Jeunes, qui\nnous essayons, nous rêvons plus que nous étudions. « O n ignore,\nécrivit en octobre une revue bruxelloise, et cette ignorance nous lasse\ntous, elle est cause que le m onde est surchargé du recom m encem ent\nbanal et tâto n n an t de toutes œuvres, au lieu que tout m ot, toute page,\ntout effort, s’appuyant sur l’acquis, tentent d’en être la continuation. »\n— C ’est parfaitem ent dit; et, entre autres m érites, M. C arton de W iart,\npar son intéressant opuscule, échappe désormais à ce reproche.\n                                                        H enry L e B œ u f .\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-12-n12-009", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 65, "page_fin": 67, "titre_corps": "L’Art : À la Maison du Peuple", "titre_sommaire": "L’Art", "rubrique": "", "signature_source": "P. Ste B.", "ancre_debut": "L ’A rt                        A la Maison du Peuple    La s", "ancre_fin": "section d ’art. P. 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C’est là une erreur, — c’est quelque peu un\nm ensonge. La section d’art com pte du reste parmi ses membres,\nplusieurs hommes qui ne partagent pas les idées socialistes, qui n ’ont\njamais appartenu et n’appartiendront jamais au Parti ouvrier, de ceux\nqui n ’acceptent pas son program me, ni sa tendance.\n   Q ue prouve ceci?\n   Q ue l’œ uvre de la section d’art est absolument désintéressée, abso­\nlum ent sincère et qu’il est puéril de voir certains esprits, partisans de\nl’extension artistique aux classes populaires, s’arrêter au seuil, retenu\npar je ne sais quel scrupule.\n   Il faudrait un peu plus de franchise et un peu plus d’audace — un\npeu plus d’indépendance.\n   Pour tous, l’œ uvre de la section d’art est intéressante, pour les\navant-coureurs comme pour les timorés, pour les croyants comme\npour les incrédules.\n                                      *\n                                    * *\n  M. Fernand Khnopff a ouvert la série des conférences, cette année,\npar une causerie sur Van Eijck, M emling et Metsijs. au musée de\nBruxelles.\n  M. Khnopff avait conçu sa causerie en un style très simple, à la\ncom préhension facile, et si pour les initiés il n ’a par apporté de nou­\nvelles paroles, il a fortem ent intéressé le public, — ce qui était son but.\n"}, {"page_pdf": 326, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 586, "texte": "                               La   r evue   rouge\n                                                                                67\n\n\n\n  La séance s’est term inée par une série de projections lumineuses,\nreprésentant les chefs-d’œ uvre des vieux maîtres, Raphaël, Velasquez,\nRubens, Léonard de Vinci, etc....\n  En de prochaines soirées, nous entendrons V erhaeren, Eekhoud,\nPicard, Lem onnier et probablement d’autres encore.\n  N ous adressons tous nos vœ ux à la section d ’art.\n                                                                  P. Ste B.\n\n\n\n                         "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-12-n12-010", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 67, "page_fin": 68, "titre_corps": "Grappillages", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "***", "ancre_debut": "G rappillages   N ous envoyons à l’an arch", "ancre_fin": "F eu ne p araîtra plus.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "P etite C orrespondance      M . Levêque, à Nivelles. — M er", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 326, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 586, "fin_caractere_exclue": 2706, "texte": "G rappillages\n  N ous envoyons à l’an arch iste, A lexandre Cohen, le trad u c teu r des âmes\nsolitaires et de Multatuli, l’expression de nos plus cordiales sym pathies.\n  L a Nouvelle revue internationale de P aris vient de m ettre, sous la ru brique\nBelgique, une p artie de son num éro bi-m ensuel, à la disposition des écri­\nvains belges.\n  L e salon du cercle Pour l ’A r t s’ouvrira en janvier.\n  L ’éditeur L acom blez vient de livrer au public un e nouvelle édition des\nLégendes flamandes de D e Coster.\n  U n Com ité belge s’est formé. E n font p artie : MM. E u g èn e D em older,\nIw an G ilkin, E m ile V erh aeren , L é o n H ennebicq, E dm ond P ica rd , J. de\nT allenay et V urgey. T ous les je u n es feront bon accueil à cette en trep rise\net nous som m es certains que nos collaborateurs s’y in téressero n t vivem ent.\n  N ous faisons ap p el au dévouem ent et à l’activité de tous p o u r so u ten ir\nl’œ uvre du C om ité belge.\n  L es m anuscrits doivent être envoyés à M. L . H en n eb icq , rue de L a u ­\nzanne, 1, à B ruxelles.\n  U n critique autrem en t original que ce brav e F ra n cisq u e ou son frère\ncadet, M. G ustave, est M. M ax N ordau, un allem and, qui vient de liv rer au\nm onde littéraire ses im pressions des plus gran d s talen ts de l ’époque.\n  Tolstoï, M oréas, K ahn, R ené G h il, M aeterlin ck , M allarm é, V erlaine,\nP elad an sont tout sim plem ent des d égénérés; m êm e R ich ard W a g n e r « qui\nest chargé à lui seul d’une plus grande quantité de d égénérescence que\ntous les dégénérés ensem ble ».\n   F lau b ert était un dégénéré aussi, — évidem m ent, et encore W a lt W ith ­\nm an et d’autres.\n   Le sym pathique critique — influent — s’ach arn e su rto u t su r ce pau v re\nM aurice M aeterlinck, q u ’il traite d 'idiot et autres beaux vocables pareils.\n   L e m ot idiot se retrouve du reste à chaque ligne de l'œuvre de M. N ordau.\n   On a beaucoup p arlé de ce fam eux critique à propos de ses opinions su r\nles jeunes auteurs. L es abonnés de la Revue des Deux Mondes ont ap p laudi,\nmais les autres, le Vulgum pécus, se sont dem andé qui est le dégénéré\n"}, {"page_pdf": 327, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2298, "texte": "68                              LA REVUE RO UGE\n\n\n\nd ans toute cette histoire de dégénérescence et d’idiosie; tous ont répondu\nque c’est M. N ordau.\n   Q uoi d e plus n a tu re l ?\n  L e théâtre littéraire a fait le 16 décem bre, u n assez m auvais déb u t à l'A l­\nham bra. N ous n ’en dirons rien, m ais nous espéro n s m ieux pour l’avenir.\n   L ' Œ uvre a donné plusieurs représentations au th éâtre du P arc. L e choix\ndes pièces était évidem m ent supérieur : Rosmersolm et l' Ennemi du Peuple de\nIbsen et les Ames Solitaires d ’H au p tm an (traducteur A lex. Cohen.)\n   L ’in terprétation a été excellente et il nous a été donné une fois de plus\nd’ap p lau d ir le réel talen t de L ugné P oé et de ses cam arades.\n   M. L ouis de G ra m ont, dans un article sur le Mensonge social, p aru dans\nl'Eclair, dit :\n   « Ce q u ’on nom m e les convenances, c’est un ensem ble de choses conve­\n» nues, basées sur le m ensonge; ce sont des façons de p arle r et d’agir,\n» parfaitem ent fausses, que tout le m onde sait être fausses et auxquelles\n» chacun néanm oins se conform e.\n\n  » L a respectabilité, l’autorité, les prérogatives sont attach ées à des titres,\n» à des costum es, à des insignes, et c’est l’habit qui fait le moine. S ur quoi\n» est basée la famille? S ur la puissance paternelle. L es m aris m entent à\n» leurs fem m es et les fem m es à leurs m aris; les p aren ts m entent à leurs\n» enfants et les enfants à leurs parents.\n   » L ’éd u c a tio n , l’instruction q u ’on donne sont m ensongères. L e juge\n» trom pe l’accusé pour lui arrac h er des aveux, com m e l'accu sé trom pe le\n» juge pour se soustraire à la peine qui le m enace. »\n   Q ue pensent de ces douces vérités MM. les chevaliers du Bel-A ir et de\nla conform ité?\n   L a Revue anarchiste, p ar suite des récents événem ents de P aris, vient de\nd isparaître, m ais une nouvelle revue s’est form ée sous le nom de Revue-\nLibertaire.\n  P arm i les collaborateurs, nous relevons les nom s de P a u l R eclus, C ar­\nrère, A dolphe R etté, R oland de M arès, S ébastien F au re, L au ren t T ail­\nhade, etc.\n  N ous disons un souhait de longue vie à la Revue Libertaire.\n  N ous croyons devoir ad resser à M. A rthur D etry, nos plus ch aleureuses\ncondoléances : L e Coin du F eu ne p araîtra plus.\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-12-n12-011", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 68, "page_fin": 68, "titre_corps": "Petite Correspondance", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "***", "ancre_debut": "P etite C orrespondance      M . Levêque, à Nivelles. — M er", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 327, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 2298, "fin_caractere_exclue": 2525, "texte": "P etite C orrespondance\n     M . Levêque, à Nivelles. — M erci, acceptons de gran d e joie votre co llab o ­\nration.\n     M . J . Desgenêts, à Gand. — P o u r l’u n des prochains num éros, attendons\nprose de vous, c h e r ami.\n"}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-12-n12-012", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Note de la rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La Revue Rouge Secrétaires de Rédaction", "ancre_fin": "Charles Van Lerberghe - Emile Verhaeren.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 328, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 966, "texte": "La Revue Rouge\n\n\n                      Secrétaires de Rédaction :\n\n          Paul SAINTE BRIGITTE       a Sander PIERRON\n                        ABONNEMENTS:\n\n           Belgique : Un an, 3 francs; six mois, fr. 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Elslander- Max Elskamp- Charles Frappart-\nFrédéric Friche - Paul Janssens -- Lucien Jottrand - Hubert\nKrains - Jean Laenen - Henry Le Bœuf - Emile Lecomte -\nMaurice Maeterlinck - Henry Maubel - Géo Mauvère - -Francis\nNautet - Raymond Nyst - Sander Pierron - Mathias Robert -\nPaul Sainte Brigitte - Rodrigue Serasquier - Hubert Stiernet -\nEmile Vandervelde - Charles Van Lerberghe - Emile Verhaeren.\n\n\n\n                          "}]}, {"article_id": "ulb-revue-rouge-1893-12-n12-013", "volume": "ELB-KBR-a098-1892-1893-001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-KBR-a098-1892-1893-001.pdf", "ocr_sha256": "45283282f29285f31e8b2fbe6d787c23797e165e07f8d821ec8641dcc552d062", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE L'Ange des Trois Douleurs", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 328, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 966, "fin_caractere_exclue": 1488, "texte": "SOMMAIRE\nL'Ange des Trois Douleurs (fragment)               PAUL STE BRIGITTE.\n\nThéophile Thoré-Bürger (suite et fin).             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I.7J               ,-\n           Etranger     »    4    >>       »      >l 2.25\n\n                      Le numéro    25 centimes\n\n\n                    COLL.A7307.(.ATEU'l(S:\n\n  Pierre Armen - Lucien de Busscher - Louis Delattre - Frans\nDelbastée - Eugène Der.1older - Joseph Desgenêts - Georges\nEekhoud- J.·F. Elslander- Max Elskamp- Charles Frappart-\nFrédéric Friche - Paul Janssens -- Lucien Jottrand - Hubert\nKrains - Jean Laenen - Henry Le Bœuf - Emile Lecomte -\nMaurice Maeterlinck - Henry Maubel - Géo Mauvère - -Francis\nNautet - Raymond Nyst - Sander Pierron - Mathias Robert -\nPaul Sainte Brigitte - Rodrigue Serasquier - Hubert Stiernet -\nEmile Vandervelde - Charles Van Lerberghe - Emile Verhaeren.\n\n\n\n                          SOMMAIRE\nL'Ange des Trois Douleurs (fragment)               PAUL STE BRIGITTE.\n\nThéophile Thoré-Bürger (suite et fin).             LuciEN joTTRAND.\nNoël.                                              ]!::AN LAENEN.\n\nRemembrances (sonnet) .                            EMILE LECOMTE:\n\nRevue Littéraire.                                  HENRY LE BœuF.\n\nL'Art.   . .                                       P . STE B.\n\nGrappillages                                       ***\nPetite Correspondance                              ***\n"}, {"page_pdf": 312, "texte": "L ’Ange des T ro is D o u le u rs\n                   ( fragm ent)\n\n                                           A M adam e W ...\n\n       Un ange passa près de moi\n      avec un peu d’amour au cœur\n      et des cris fo ls dedans la voix.\n\n      Un ange passa près de moi,\n      Si près de moi passa\n      que j ’entendis pleurer son cœur!\n\n      Il s ’en allait, fleur de trépas,\n      quand il s ’en vint auprès de moi\n      vers Notre Dame des Trois Douleurs.\n\n      Et je lui dis :\n     Mon ange, pourquoi crie-t-elle, ta voix ?\n     pourquoi pleure-t-il, ton cœur,\n      pourquoi vas tu tout seul, là-bas?\n\n      El l ’ange dit :\n      A h ! tu ne sais pas pourquoi,\n     pourquoi pleure mon cœur\n     et crie ma voix ?\n\n      Tu ne sais pas pourquoi\n      depuis des jours, je marche,\n      seul, devant moi?\n"}, {"page_pdf": 313, "texte": "54                       L A R E V U E RO UGE\n\n\n\n\n                Tu ne. sais pas pourquoi\n               mon cœur d ’enfant se meurt\n               dedans ma voix?\n\n                Tu ne sais pas pourquoi\n               je suis pâle et défait\n               comme un descendu de la croix?\n\n                Tu ne sais pas pourquoi?\n\n                C’est que, vois-tu, mon frère,\n               toujours j ’ai pleuré pour sourire\n               et que je veux mourir\n               très loin de la terre!\n\n               J ’avais un peu d ’amour au cœur,\n               un peu d ’amour et de joie,\n               mais un méchant ensorceleur\n               m ’en a ravi, autrefois!\n\n               Et pourquoi vivre alors,\n               s ’il n ’est plus rien pour moi,\n               si mon cœur est mort\n               dedans ma voix?\n\n               Je m ’en irai tout seul\n               prier les grands calvaires,\n               pour ton âme, mon frère,\n               et pour ton cœur aussi.\n\n               Et quand je tomberai sur la route,\n               tu diras au divin seigneur:\n                Ton ange est mort sur la route\n               pour Notre Dame des Trois Douleurs!\n\n                                                Paul S a i n t e   B r ig it t e .\n     28 Septembre 93.\n"}, {"page_pdf": 314, "texte": "                                             LA REVUE ROU GE                                                         55\n\n\n\n\n                T h é o p h ile T h o ré -B ü rg e r\n                                             (Suite et fin) ( 1)\n\n                        T h éo d o re R o u sse a u — Ju le s D upré\n                                                          V\n\n   C ’est en Angleterre qu’il faut rechercher les origines de l’école\nm oderne de paysage. G ainsborough, John Crome, Constable, furent\nles premiers qui, depuis les hollandais du X V IIme siècle, se rem irent à\npeindre honnêtem ent la belle et bonne nature telle qu’elle est. Ils trou­\nvèrent que les collines boisées d’où l’on aperçoit la Stour qui sépare\nle com té de Suffolk du com té d’Essex, qu’un cottage caché parmi de\nbeaux arbres, valaient bien la campagne de Rom e et des temples\nruinés.\n   « Lorsque parurent aux Salons de Paris, en 1824 et en 1827, quel­\nques tableaux de Constable, écrit T horé, les paysagistes français en\nétaient encore au paysage antique et solennel, m ythologique, et\nhiéroglyphique, composé avec des ruines grecques et des personnages\nde la Fable. Il n’y avait jamais eu en France que ce paysage classique\ndans le style du Poussin et des Bolonais, ou le paysage féerique et\nimpossible de W atteau et de Boucher, des trum eaux, des paravents et\ndes éventails. Grande fut la surprise des artistes parisiens en voyant la\nvraie campagne peinte par Constable, de vraies prairies baignées de\nrosée, un vrai ruisseau faisant tourner un m oulin, de vrais arbres copiés\nsur nature. O n a raconté qu’Eugène Delacroix-en fut si im pression­\nné, qu’il rentra chez lui pour donner un nouvel accent à ses tableaux\nen train. A la même époque, Bonington en France, et d’autres paysa­\ngistes en Angleterre, par exemple T urner, dans certains m om ents de\nses caprices, s’étaient remis, comme Constable, — comm e Gainsbo­\nrough, dès la fin du X V IIIme siècle, — à étudier la réalité naturelle et à\nla rendre sincèrem ent. — Bientôt, quelques jeunes artistes français\neurent le même instinct : P a u l Huet, Camille Fiers, Louis Cabat, Jules\nDupré, T héodore Rousseau, alors presque enfants » (2).\n\n\n  (1) V o ir les n ° s de La Revue Rouge de J u in -J u ille t-A o û t-S e p te m b r e - O c to b r e - N o v e m b r e\n1893.\n  (2) T .- T . B ü rg e r. Salon de 18 6 1 .\n"}, {"page_pdf": 315, "texte": "56                           LA REVUE RO UGE\n\n\n\n\n    Cette réaction rom antique qu’illustrèrent aussi Delacroix, Decamps,\n Ary Scheffer, Diaz, et autour de laquelle se groupèrent encore\n T ray o n , Corot, Marilhat, ne fut pas appréciée tout d’abord comme\nelle le méritait. MM. Flandrin, Desgoffe, Aligny lui opposaient l’an­\ncienne m anière académique qu’ils avaient apprise à l’école de Rome.\n    Il fallut près d’une quinzaine d’années pour que les novateurs for­\nçassent les portes du Salon. A im ant le précepte de Sterne, ils ne se\npréoccupèrent point des doctrines ni des systèm es; ils allèrent droit\ndevant eux et suivirent leur nature.\n    « Croyez que ce qui est vrai pour vous dans votre propre cœ ur est\nvrai pour tous les autres, disait Em erson, exprimez votre conviction\nintime, vous la trouverez bientôt semblable au sens universel et vous\naurez du génie ». Ils le crurent et, à force de travail, aidés par une cri­\ntique intelligente autant que passionnée, ils atteignirent leur but.\n   Comme il avait défendu Delacroix, T horé défendit Rousseau et\nDupré : « ... leurs œuvres se classent à la hauteur de celles des an­\nciens maîtres du paysage — écrivait-il en 1861 — ; ils ont restitué la\nnature telle que l’avaient comprise et exprimée Rem brandt et Philip\nConinck, Van Goien et W ynants, Salomon et Jacob Van Ruisdael,\nHobbema et Van der Meer, de Delft, Aalbert Cuyp et Aart Van der\nNeer.\n    » C ontrairem ent à l’école du Guaspre, ils ne com posèrent pas la na­\nture par des procédés réfléchis, m ettant çà et là quelques fabriques\nm onotones sur un ciel terne, agençant des lignes comme de simples\ngéom ètres à la recherche d’un problème scientifique.\n    » Sachant que l’art est toute spontanéité, que la réflexion n ’est que la\nseconde vue qui perfectionne l'im pression libre et subite, ils n ’employè­\nrent pas les procédés de la science pour résoudre le problème de la\npoésie. Et ce sentim ent poétique est dans tous les arts la qualité à la\nfois suprême et rare. C’est grâce à lui que des artistes comme R ous­\nseau et Dupré voient dans la nature ce que les esprits communs n ’y\nvoient pas; la nature est comme l’hom m e : elle a ses inquiétudes et\nses passions, ses folies et ses tristesses, l’agitation ou la sérénité. R ous­\nseau partageait en quelque sorte toutes ces passions de la nature, il\nlisait dans ses yeux, il s’inquiétait de la pâleur de la lumière, de la\nfièvre du vent, de la santé des arbres. Il frissonnait avec la tem pête, ou\nil resplendissait avec le soleil. Personne n ’a jamais exprimé aussi par­\nfaitement les caractères du paysage, cette vie des choses si différente\n au printemps de ce qu’elle est en automne. Les aspects les plus diffi­\n"}, {"page_pdf": 316, "texte": "                                             LA REVUE ROU GE                                           57\n\n\n\n ciles, l’orage et la pluie, le soir et même la nuit, Rousseau et Dupré\nles ont rendus avec une égale puissance. Et n ’est-ce pas dans le paysage\n surtout que le sentim ent de la vie est un don rare et délicat ? « Peu\n d’hommes voient le paysage parce qu’ils ne regardent point dans les\ncampagnes ce qui est impalpable et presque invisible — quoique réel\npourtant et de première im portance, ce qui est l’harmonie et le tout :\n— le ciel et Pair, sim plement ( 1).\n    » La nature entière est baignée dans le ciel. En paysage, le ciel com ­\n mence à l’épiderme de la terre. Il joue entre les forêts du gazon. Une\npetite fleur au rez du sol, un brin d’herbe, sont dans le ciel tout comme\nle clocher sublime dont la pointe semble percer l’azur. Le ciel, c’est\nl’air infini et la lumière infinie. Il y a du ciel dans l’intérieur d’un buis­\nson, entre les mille finesses de l’architecture de ses petites branches\nmêlées et de ses feuilles innombrables. Le ciel caresse éternellem ent\ntous les reliefs les plus délicats de la forme universelle; il s’étend à\nperte de vue et jusqu’aux m ondes dispersés dans l’immensité. L’indivi­\ndualité des arbres, des terrains, des m onum ents, des personnages est\npresque toujours noy ée dans l a l umière ou dans l’octobre, c’est-à-dire\ndans l’air » (2).\n    R approchons ce passage intéressant d’une lettre de Constable à M.\nFisher, datée du 23 octobre 1820 : « ... Il serait difficile de citer un\npaysage quelconque dans lequel le ciel ne soit pas le diapason, l’indi­\ncateur de la gamme, le principal organe du sentim ent... Le ciel est la\nsource de lumière et il gouverne toute chose ».\n   Rousseau s’est acharné souvent à exprim er cette harm onie du\nciel et de la terre, du soleil et de la nature, à la ligne extrêm e de\nl’horizon (3).\n   « Le véritable artiste, dit encore T horé, est un composé indissoluble\nde la nature et de l’hum anité, un voyant et un pensant à la fois. J ’ai\nvécu avec eux dans les bois, par exemple avec Rousseau, et l’hom m e\nm ’intéressait autant que le peintre : son cœ ur en était toujours; l’œil\naussi et la main suivait. Rousseau, ayant eu le m alheur de perdre sa\nm ère, peignit longtem ps les aspects désolés ou sévères de la nature.\nQ uand l’homme tout entier s’absorbe ainsi dans son œ uvre, vit en\n\n\n   (1) L ettre à l'ir m in B a rrion . P ré fa c e du Salon de 18 4 7 . T - T . B ü rg e r. Salons de 1844\ne t 18 45.\n   (2) L ettre à F irm ïn B a rrion . Salon de 1847. T .- T . B ü rg er.\n   ( 3) T . T . B u rg e r. Salon de 1844.\n"}, {"page_pdf": 317, "texte": "58                                    LA REVUE ROUGE\n\n\n\nelle et la fait vivre en soi, il n ’est pas étonnant qu’elle ait des vertus\ncommunicatives. Devant un paysage de Ruisdael — et peut-être de\nRousseau — on éprouve juste ce qu’on éprouverait devant la nature,\nce que l’auteur a éprouvé lui-même. »\n   T h o ré et Rousseau habitèrent longtem ps ensemble, « te rappelles-\ntu le tem ps où, dans nos mansardes de la rue T aitbout, assis sur nos\nfenêtres étroites, les pieds pendants au bord du toit, nous regardions\nles angles des m aisons et les tuyaux de cheminée, que tu comparais\nen clignant de l’œil, à des. m ontagnes et à de grands arbres épars sur\nles accidents du terrain? » ( 1) Ils parcoururent souvent l’Ile-de-\nFrance, s’égarant au plus épais de la forêt de Fontainebleau.\n\n   « Cher ami, écrivait T horé en mai 1860, je suis rentré a Paris; j ’ai\nété te chercher à ton atelier, passage Malesherbes, supposant bien que tu\ndevais être quelque part à regarder la couleur du temps; à Barbison ?\n Où pourrait-on être mieux ? J’ai donc l’idée d’aller chez maître Garnie,\nmardi prochain, 29 mai. Ecris-moi si je te rencontrerai ce jour-la et si\ntu seras libre, le lendemain, de venir avec moi passer une journée en\nforêt. Si tu aimes mieux quelque autre jour, tout m ’est bon. J’aurai grand\nplaisir à te revoir et à causer d’autrefois! »\n\n     Rousseau lui répondit :\n\n    « Cher ami, tu penses si ta lettre m ’a fa it plaisir. Nous allons donc\n enfin nous revoir; que de temps passé et que cette lacune serait triste si la\nvie n’était que dans les faits. Mais heureusement, nous avons bien souvent\n ensemble lancé nos ballons dans l'Infini, et nous pourrions nous retrouver\n comme deux enfants de la vie éternelle, reprenant nos jouets impérissables\n et sans autre âge que l’heure suivante, en dépit du vide immense de\n l’autrefois et du temps présent.\n    A mardi donc, prends le plus de temps que lu pourras, ma fem m e se\nfa it une fête de te recevoir, laisse Garnie de côté, nous pouvons t’héberger\n aussi longtemps que tu voudras.\n    Hélas! tu trouveras la forêt bien changée, c’est un parc qui n’attend\nplus que des caisses d’oranrgers en remplacement des vieux chênes.\n\n                                                                    A toi de cœur,\n                                                                       Th. Rousseau. »\n\n  ( l ) L ettre à Théodore Rousseau. Préface , Salon de 1 8 4 4 ,\n"}, {"page_pdf": 318, "texte": "                              LA REVUE ROU GE                                59\n\n\n   De Jules Dupré, qu’il estim ait à l’égal de T héodore Rousseau et sur\nlequel il voulait écrire une notice biographique — qui parut dans le\nDictionnaire de la conversation — T h o ré reçut la réponse suivante,\ninédite, pensons-nous, et certainem ent des plus curieuses :\n   « Si j ’ai tant tardé à vous écrire, mon cher Thoré, c’était dans l’espoir de\nvous voir venir prendre vous-même les détails que vous m e demandez; je\nl’aurais préféré de toute façon, car il n’est pas agréable de parler de soi,\net avant de l’avoir lu dans Labruyère ou Larochefoucault, je sentais que\nle m o i était odieux. Cependant, cher ami, vous ne pouvez douter que je\nme regarde comme trop heureux qu’on vous ait, vous, chargé d’écrire\nl’article en question qui pouvait être fa it par quelqu’un qui ne f u t sympa­\nthique ni à mes tableaux ni à leur auteur, et auquel j ’aurais été fo rt\nembarrassé d’écrire. Si nous étions de plus vieux amis, vous sauriez que\nje n’ai jamais regardé le peu que j ’ai fa it jusqu’à présent, que comme de\ncontinuels essais, qui n’auraient jamais vu le jour si je n’eusse été forcé\nde me servir de la peinture comme d’un état qui devait me fa ire vivre et\nje n’étais pas seul. N ’ayant jamais été enseigné, n’ayant jamais mis le\npied dans aucun atelier, j ’ai subi nécessairement en ce temps de défriche­\n ment, mille influences diverses avant d’avoir des idées à peu près arrêtées\nsur mon métier. C’est pourquoi il me semble qu’on ne devrait s’occuper de\nceux qui aiment vraiment leur art, que quand ils ont fo u rn i leur carrière;\ncar pour mon compte, je puis me tromper, mais ne cherchez p as à détruire\ncelte illusion qui est mon courage, il me semble que je ne fa is que com­\nmencer à comprendre ce que peut la peinture et ce que doit être un\ntableau. Si, comme je l’espère, il me reste encore quelques années à être\nde ce monde, le diable ne m’ôterait pas de l’esprit que j ’en fe ra i un meil­\nleur emploi que du temps passé.\n    » Pour un homme qui ne veut pas parler de lui, il me semble, mon cher\n Thoré, que cette lettre est un gros péché, mais comme vous en êtes cause,\nil est trop juste que vous en subissiez les conséquences.\n    » Je dois donc vous dire qu’étant jeune, mon père qui fesait fabriquer de\nla porcelaine, me fit apprendre à la peindre; il rattachait cette idée à des\naffaires commerciales qu’il espérait me voir entreprendre plus tard; mais\n un jour allant chez un       ses amis M . Diebolt, qui s’occupait de peinture\nà l’huile, je fis quelques essais, le goût m’en prit alors; mais depuis que de\ntourments! Ce serait toute une triste histoire qui n’intéresse que moi que\n ces 16 à 17 années de luttes constantes, car ce dont je viens de vous parler\nse passait en 1827. J’étais fo rt jeune alors, puisque je n’ai eu que 55 ans\n en avril dernier.\n"}, {"page_pdf": 319, "texte": "60                           LA RE V U E RO UGE\n\n\n\n\n    » Je dois vous dire aussi que j ’ai reçu les premiers encouragements du\n Baron d ’Ivry et dans le temps, en 1833 et 34, le duc de Nemours\n m’acheta un assez grand tableau peint entièrement d ’après nature, comme\n tous ceux que je fesais à cette époque. Le duc de Nemours vint me voir\n souvent depuis, malheureusement je ne me sentais pas dans le caractère\n ce qu’il faut pour tirer parti de cet appui. c’est à ce point, que lui\n montrant quelquesf ois des tableaux en train m ’appartenant encore, je\n lui disais qu’ils étaient retenus, afin de le bien convaincre que je ne\nvoulais pas exploiter ses visites. L ’a-t-il compris, je l ’ignore... Je vis\n maintenant plus seul que jamais ayant rompu avec toutes les personnes\nhaut placées que j ’avais pu connaître et mes goûts de retraite et de\ntranquillité ne feront que s’accroître; je suis poussé à cette vie de\nsacrifices par l ’espoir de fa ire des progrès : l ’avenir prouvera si j ’ai\n bien fa it.\n    » Enfin, cher ami, pour finir ce long bavardage, je dois vous apprendre\nque j ’ai deux assez grands tableaux chez M. Margueritte, plusieurs\nchez M. Bayard, ceux que vous connaissez chez M . P. Périer, quelques-\nuns aussi chez un anglais, M . Wilson, qui a maintenant la pochade\nque vous connaissez représentant des chevaux-dans un herbage d ’Angle­\nterre où j ’ai passé 4 mois; joignez a cela 20 ou 25 dessins et aquarelles\néparpillés chez des personnes que je ne connais pas; autant de petits\ntableaux, puis quelques-uns encore chez les marchands et vous aurez un\njuste aperçu de mes tentatives en peinture. J ’oubliais de vous dire que le\nduc d'O rléans, un an avant sa mort, m ’a fait commande d ’un tableau\nde 6 pieds à moitié fa it et que j ’espère achever au printemps prochain;\npuis j ’ai aussi à mon atelier et en train une quinzaine de tableaux de\ntoutes grandeurs que j ’aurais été heureux de vous montrer si j ’en avais\neu l ’occasion.\n    » Pardon encore de ce trop long griffonnage.\n    » Adieu, cher ami, Rousseau et moi, sériait s bien heureux devons faire\nles honneurs des ravissantes promenades dont nous sommes entourés;\nvenez donc nous donner cette joie, vous qui parlez de la nature en homme\nqui a le sens de toutes ses harmonies. Nous devons aller à Paris cette\nsemaine, et nous ferons en sorte de vous enlever. D ’ici là et toujours,\ncroyez-nous vous bien sincèrement affectionnés.\n                                                            » J. Dupré.\n   » J ’avais oublié de vous dire que j ’étais breton né à Nantes. Du reste\nsi vous pouvez attendre encore quelques jours, je répondrai aux questions\nque vous pourriez me faire. J ’ai eu à l ’exposition de 18 33, je crois, une\n"}, {"page_pdf": 320, "texte": "                             LA REVUE ROU GE                                         6l\n\n\n\nmédaille d ’or de seconde classe, comme peintre de genre, pour un tableau\nd ’intérieur rustique qui est en ce moment chez le Baron de Villars.\nDimanche 10 août 1845. »\n   A yant term iné notre rôle de publicateur, il ne nous reste plus qu’à\nrem ercier les amis de T . T . Bürger d’avoir bien voulu nous confier\nles docum ents qui ont fait le sujet de nos articles. Nous espérons que\nles quelques m odestes comm entaires que nous y avons joints n’auront\npoint nuit à leur éloquence à la fois simple et forte.\n                                                       Lucien J o t t r a n d .\n\n\n                                  N oël\n                                        Quiconque perdra sa vie, pour l'amour\n                                      de moi et de l ’Evangile, il la sauvera.\n                                               (E v. se lo n M a r c , ch. V III.)\n   Il avait de la foi.\n   Il élevait ses pensées vers Dieu. Inspiré par les paroles sublimes de\nl’Evangile, nostalgiaque, il attendait l’éternelle vie, l’existence future,\nemplie de suprême félicité.\n   Mais, petit à petit, sa croyance s’affaiblissait, et cela, par les plaisirs\nmondains, en com pagnie de ses amis — hom m es modernes, à l’esprit\npositif, profanateurs de toute idée religieuse.\n   L ’ingénuité de son âme fut engloutie par les décevantes réalités;\net la lecture des écrits impies, — au style caramélique, où est relaté,\nen toutes ses horreurs, le raffinement de l’ignoble perversité des êtres\nhum ains, vicieux, — accéléra la chute dans les gouffres ténébreux de\nl’incroyance.\n   A présent — vrai fils du siècle de Lumières — en continuel souci\npour le Progrès, il ne croyait qu’aux choses palpables.\n   Cependant, un jour, rejaillit soudain une étincelle de cette flamme\nd’am our divin.\n   En vain il voulut l’éteindre. Elle s’aviva. Et, le soir, au milieu des\nplus grandes festivités m odernes — extravagances ordurières, où\nl’Hum anité bestiale déploie ses vils instincts — il était travaillé par\nun désespoir mêlé d’un sentim ent d’antipathie pour ses semblables\nen liesse.\n   Exaspéré, les soi-disantes réalités se présentaient à son esprit, sous\nun aspect horrible. (P eut-être l’aspect véritable, qui sait?)\n"}, {"page_pdf": 321, "texte": "62                          LA REVUE ROUGE\n\n\n\n\n   Les femmes, à la chair poudrerizée, étaient hideuses; les hom m es\navec leurs prunelles sanguinolentes, hagardes, sanglés dans leurs\nhabits noirs, avaient des allures simiesques.\n   Ces visions l’obsédaient toute la nuit, engendraient des hallucina­\ntions; et les battem ents im pétueux de son cœ ur angoissé, étaient\nscandés par les derniers accords d ’une valse, opiniâtres, résonnant\nlugubres, comme le glas.\n   Le lendemain, un vif rem ords l’accablait.\n\n   Il aurait voulu s’éclipser de c^tte vie, pleine de débauches; s’isoler\nloin, bien loin de ces plaisirs opprobres.\n   Vivre saintement!..\n   Mais, d’un caractère faible, versatile, il se laissa, derechef, entrainer\npar les astuces d’un sien ami, séduire par le baiser perfide d’une\ncourtisane, peu rêveuse, mais très pratique.\n\n   C’est la nuit de Noël!\n   Une nuit étoilée, superbe!\n   Un ciel en fête.\n   Ces innombrables astres invitent irrésistiblement à la prière, aux\nrêves célestes!\n   Quelle réjouissance ineffable pour l’âme chaste, de gravir là-haut,\ntoujours plus-haut, en l’irradiation sidérale.\n   Le pécheur abandonne les salons fastueux pour venir contem pler ce\nciel en fête. Terrifié par sa magnificence m ystique, il implore la misé­\nricorde divine. Et, dans un recueillement profond, il détourne, à tout\njamais, ses regards de ces vaines opulences — demain som brées dans\nle N éant — pour les lever là-haut, là-haut vers les choses éternelles.\n   Il prie, adjure la miséricorde divine.\n   Le Ciel ne reste point sourd aux implorations ferventes d’une âme\nen peine.\n   Noël! Noël!\n   Du ciel en fête, descend une lignée d’archanges sublimes, de chéru­\nbins radiants. Ils bénissent l’âme de l’Enfant prodigue, revenu sous le\ntoit paternel.\n   Noël! N oël!\n   Et au rythm e ravissant des cantiques célestes, tout ce m onde surna­\nturel s’envole avec cette âme, purifiée, en la glorification mirifique de\nl'Hom m e-Dieu, qui vient de naître.\n"}, {"page_pdf": 322, "texte": "                            LA REVUE R O U G E                                    63\n\n\n\n  Noël! Noël!\n  Et aux deu x retentissent, continues, les clameurs d’allégresse.\n  Noël! Noël!\n                                                       Jean L a e n e n .\n  Décembre 93.\n\n\n                    R e m e m b ra n c e s\n                                 SONNET\n                                                            p o u r Elle.\n\n       J ’ai rêvé bien des f ois, durant mes tristes nuits,\n       A u x soleils qui, pour nous, brillaient de rayons roses,\n       Quand nous marchions à deux, loin de tous les fa u x bruits,\n       Dans un sentier de fleurs, en nous contant des choses...\n       Mais ces jours tant heureux se sont bientôt enfuis,\n       N e laissant en mon cœur que souvenirs moroses.\n       Dans un lointain passé, tous nos espoirs détruits\n       Gisent, eux, souriants jadis comme des roses...\n       H élas! le sombre Hiver succède à Messidor,\n       Et son voile jaloux éteint le beau ciel d ’or\n       Où flottent les rayons dont la terre s ’avive.\n       Mais l ’aquilon calmé, revient le doux z éphir\n       Semant partout topaze, émeraude et z aphir\n       ... Et ne penses-tu pas que notre amour revive?\n                                                   Emile L e c o m t e .\n\n\n                  Revue L itté ra ire\n       H. C arton De W ia rt. — L es C onfins de la L ittéra tu re\n                          e t de la S cien ce.\n                                                                  G a n d , S iffer.\n\n\n   L’étude d’un ouvrage critique se présente parfois sous forme\nd ’une paisible controverse d’oppositions parfois intéressantes; mais\nquand les idées présentées par l’auteur dans son œ uvre spéciale con­\ncordent pour la plupart avec celles de celui qui l’analyse, la discussion\npossible entre esprits divergents se résoud à une simple relation\napprobative. — C’est annoncer que nous souscrivons en toute sincé­\nrité à l’idée fondamentale qui a guidé M. Carton de W iart, et nous\n"}, {"page_pdf": 323, "texte": "64                          LA REVUE R O U G E\n\n\n\n\n assurons, en pleine conviction de conscience, que ce principe juste,\n sanctionné par un passé de productions géniales, doit être celui de\n tout lettré soucieux et épris d ’Art vrai.\n    « Le domaine de la Littérature et le domaine de la Science sont\n deux districts aux frontières naturellem ent définies. » L ’affirmation\n de cette théorie est presqu’un axiome. M. C arton de W iart a voulu\n en renouveler l’expression, s’inquiétant du danger des tendances\n actuelles, et construisant sa dém onstration contradictoire sur trois\n exemples récem m ent fournis : l’Essai de Darwinism e littéraire tenté\n par M. F. Brunetière, l’erreur théorique de Zola systém atisant des\n faits trop spéciaux, enfin l’érudition som m aire et décorative de cer­\n tains symbolistes, « qui puisent dans le désordre de leurs lectures\n scientifiques non seulement la forme, mais m êm e l’inspiration. »\n Cette allusion s’applique, croyons-nous, aux essais d’audition m usi­\n cale et de coloration alphabétique de René Ghil.\n    Le développement, bien qu’un peu-restreint, est logiquem ent con­\n duit, et s’appuie de justes citations. L ’auteur attribue au seul souci\n d’originalité le travail paradoxal de M. Brunetière, encore qu’il lui\n conteste cette unique qualité. La critique de nos jours s’est déve­\nloppée avec outrance; et il faut com battre avec absolutisme toute\ntendance à l'a priori dans un jugem ent littéraire. M. Brunetière a\nl’ingéniosité habile plus que sincère; et lorsqu’il prétend « vérifier sur\ngenre littéraire — tragédie ou poésie lyrique — la vérité des lois\ngénérales de l’évolution organique des espèces naturelles, » il nous\nprend une singulière méfiance pour l’im partialité et l’équité de ses\nadaptations.\n   Emile Zola, — et nous ne répéterons point ce qui s’est dit maintes\nfois, — est sauvé des égarem ents de son système par sa robustesse\nintellectuelle, et il conserve une beauté par la grandeur de son lyrism e;\nquant à René Ghil, cet esprit hésitant particulier, chercheur par\nessence, nous nous réservons d’en parler spécialement dans une pro­\nchaine chronique.\n   M. C arton de W iart sépare avec une netteté franche la Science,\ndomaine du Vrai, et la Littérature, domaine du Beau; et les lignes\nqu’il consacre au positivisme scientifique et littéraire, le dévoilent par­\ntisan de la contem poraine réaction idéaliste : « le poète, dit-il, est un\nhom m e pour lequel le monde invisible existe. « Il est besoin, croyons-\nnous, d’une prudence plus grande quant au positivisme en critique;\non hésiterait même à le condam ner rigoureusem ent quand on voit\n"}, {"page_pdf": 324, "texte": "                            LA REVUE RO UGE                              65\n\n\nl’admirable étude sur la Littérature anglaise de Taine, édifiée tout\nentière d’après la seule « philosophie du fait ».\n   Cette attachante brochure présente dans le détail, certaines subtili­\ntés discutables; mais il faut pleinem ent louer M. C arton de W iart,\nlorsqu’il veut éloigner de la Littérature les oeuvres vulgarisatrices\ndont le but ne peut être « d’exercer et de relever par le beau nos intelli­\ngences, que la vie quotidienne atrophie et rabaisse sur la terre, et de\nnous com m uniquer cette exultation et cette exaltation intimes qui sont\nles plus exquises des jouissances humaines ».\n   C’est faire un trop grand honneur à Flammarion et Jules Verne de\nles citer, dans un essai littéraire; il est vrai que ce sont « des littéra­\nteurs comme les accordeurs de pianos sont des musiciens ».\n   U n aphorism e dom ine : « Le vrai domaine de la Littérature, c’est\nl’Em otion ». Et son développement constitue la conclusion très pré­\ncise, très élevée : « L’éternel pays des Littérateurs, c’est le pays de la\nsensibilité humaine, celui où naissent les exaltations intim es du Beau\net du Bien, ces larmes souvent fugitives mais inappréciables de l’am our\net de la pitié ».\n   L’étude de M. Carton de W iart est écrite en un langage sobre,\nsimple et aisé, facilitant la com préhension des idées ém ises; et au mi­\nlieu des productions multiples qui accentuent chaque jour notre m ou­\nvem ent littéraire national, il est à souhaiter que ce genre de travail ap­\nprofondi et profitable trouve de plus nom breux im itateurs. Jeunes, qui\nnous essayons, nous rêvons plus que nous étudions. « O n ignore,\nécrivit en octobre une revue bruxelloise, et cette ignorance nous lasse\ntous, elle est cause que le m onde est surchargé du recom m encem ent\nbanal et tâto n n an t de toutes œuvres, au lieu que tout m ot, toute page,\ntout effort, s’appuyant sur l’acquis, tentent d’en être la continuation. »\n— C ’est parfaitem ent dit; et, entre autres m érites, M. C arton de W iart,\npar son intéressant opuscule, échappe désormais à ce reproche.\n                                                        H enry L e B œ u f .\n\n\n                                L ’A rt\n                       A la Maison du Peuple\n   La section d’art de la m aison du Peuple fut formée il y a quelques\nannées, par divers esthètes unis aux membres les plus intelligents et\nles plus actifs du Parti ouvrier, dans le but de faciliter l’initiation des\ntravailleurs manuels au développem ent de l’art.\n"}, {"page_pdf": 325, "texte": "66                           La   revue   rouge\n\n\n\n\n   La section d’art organise des conférences, des soirées musicales et\n à chaque séance, à chaque réunion, les auditeurs arrivent nom breux\n de toutes les souches sociales.\n   L ’ouvrier assiste régulièrem ent à ces séances et s’y intéresse, et si\nl’œ uvre de com préhension s’accomplit parfois avec peine, elle n ’en\ndonne pas m oins à ce travailleur manuel la faculté de penser, de réflé­\nchir et de se créer en le cerveau un m onde d’idées jusqu’alors inconnu.\n   Q ue l’on soit socialiste ou non, l’on doit adm ettre qu’il y a de la part\ndes organisateurs de la section d’art, un bel effort de générosité\nenvers les ignorants et les simples qu’ils rêvent de tirer de leur apa­\nthie intellectuelle.\n   O h! nous savons de quelles considérations malvaillantes certains\nont couvert les vaillants artistes qui s’unirent pour étendre aux classes\npopulaires les diverses manifestations de l’art.\n   O n a même dit que ces artistes s’adonnaient à cette dure et pénible\ntâche d’initiation — dans un vulgaire but politique : dans un but de\npropagande socialiste! C’est là une erreur, — c’est quelque peu un\nm ensonge. La section d’art com pte du reste parmi ses membres,\nplusieurs hommes qui ne partagent pas les idées socialistes, qui n ’ont\njamais appartenu et n’appartiendront jamais au Parti ouvrier, de ceux\nqui n ’acceptent pas son program me, ni sa tendance.\n   Q ue prouve ceci?\n   Q ue l’œ uvre de la section d’art est absolument désintéressée, abso­\nlum ent sincère et qu’il est puéril de voir certains esprits, partisans de\nl’extension artistique aux classes populaires, s’arrêter au seuil, retenu\npar je ne sais quel scrupule.\n   Il faudrait un peu plus de franchise et un peu plus d’audace — un\npeu plus d’indépendance.\n   Pour tous, l’œ uvre de la section d’art est intéressante, pour les\navant-coureurs comme pour les timorés, pour les croyants comme\npour les incrédules.\n                                      *\n                                    * *\n  M. Fernand Khnopff a ouvert la série des conférences, cette année,\npar une causerie sur Van Eijck, M emling et Metsijs. au musée de\nBruxelles.\n  M. Khnopff avait conçu sa causerie en un style très simple, à la\ncom préhension facile, et si pour les initiés il n ’a par apporté de nou­\nvelles paroles, il a fortem ent intéressé le public, — ce qui était son but.\n"}, {"page_pdf": 326, "texte": "                               La   r evue   rouge\n                                                                                67\n\n\n\n  La séance s’est term inée par une série de projections lumineuses,\nreprésentant les chefs-d’œ uvre des vieux maîtres, Raphaël, Velasquez,\nRubens, Léonard de Vinci, etc....\n  En de prochaines soirées, nous entendrons V erhaeren, Eekhoud,\nPicard, Lem onnier et probablement d’autres encore.\n  N ous adressons tous nos vœ ux à la section d ’art.\n                                                                  P. Ste B.\n\n\n\n                         G rappillages\n  N ous envoyons à l’an arch iste, A lexandre Cohen, le trad u c teu r des âmes\nsolitaires et de Multatuli, l’expression de nos plus cordiales sym pathies.\n  L a Nouvelle revue internationale de P aris vient de m ettre, sous la ru brique\nBelgique, une p artie de son num éro bi-m ensuel, à la disposition des écri­\nvains belges.\n  L e salon du cercle Pour l ’A r t s’ouvrira en janvier.\n  L ’éditeur L acom blez vient de livrer au public un e nouvelle édition des\nLégendes flamandes de D e Coster.\n  U n Com ité belge s’est formé. E n font p artie : MM. E u g èn e D em older,\nIw an G ilkin, E m ile V erh aeren , L é o n H ennebicq, E dm ond P ica rd , J. de\nT allenay et V urgey. T ous les je u n es feront bon accueil à cette en trep rise\net nous som m es certains que nos collaborateurs s’y in téressero n t vivem ent.\n  N ous faisons ap p el au dévouem ent et à l’activité de tous p o u r so u ten ir\nl’œ uvre du C om ité belge.\n  L es m anuscrits doivent être envoyés à M. L . H en n eb icq , rue de L a u ­\nzanne, 1, à B ruxelles.\n  U n critique autrem en t original que ce brav e F ra n cisq u e ou son frère\ncadet, M. G ustave, est M. M ax N ordau, un allem and, qui vient de liv rer au\nm onde littéraire ses im pressions des plus gran d s talen ts de l ’époque.\n  Tolstoï, M oréas, K ahn, R ené G h il, M aeterlin ck , M allarm é, V erlaine,\nP elad an sont tout sim plem ent des d égénérés; m êm e R ich ard W a g n e r « qui\nest chargé à lui seul d’une plus grande quantité de d égénérescence que\ntous les dégénérés ensem ble ».\n   F lau b ert était un dégénéré aussi, — évidem m ent, et encore W a lt W ith ­\nm an et d’autres.\n   Le sym pathique critique — influent — s’ach arn e su rto u t su r ce pau v re\nM aurice M aeterlinck, q u ’il traite d 'idiot et autres beaux vocables pareils.\n   L e m ot idiot se retrouve du reste à chaque ligne de l'œuvre de M. N ordau.\n   On a beaucoup p arlé de ce fam eux critique à propos de ses opinions su r\nles jeunes auteurs. L es abonnés de la Revue des Deux Mondes ont ap p laudi,\nmais les autres, le Vulgum pécus, se sont dem andé qui est le dégénéré\n"}, {"page_pdf": 327, "texte": "68                              LA REVUE RO UGE\n\n\n\nd ans toute cette histoire de dégénérescence et d’idiosie; tous ont répondu\nque c’est M. N ordau.\n   Q uoi d e plus n a tu re l ?\n  L e théâtre littéraire a fait le 16 décem bre, u n assez m auvais déb u t à l'A l­\nham bra. N ous n ’en dirons rien, m ais nous espéro n s m ieux pour l’avenir.\n   L ' Œ uvre a donné plusieurs représentations au th éâtre du P arc. L e choix\ndes pièces était évidem m ent supérieur : Rosmersolm et l' Ennemi du Peuple de\nIbsen et les Ames Solitaires d ’H au p tm an (traducteur A lex. Cohen.)\n   L ’in terprétation a été excellente et il nous a été donné une fois de plus\nd’ap p lau d ir le réel talen t de L ugné P oé et de ses cam arades.\n   M. L ouis de G ra m ont, dans un article sur le Mensonge social, p aru dans\nl'Eclair, dit :\n   « Ce q u ’on nom m e les convenances, c’est un ensem ble de choses conve­\n» nues, basées sur le m ensonge; ce sont des façons de p arle r et d’agir,\n» parfaitem ent fausses, que tout le m onde sait être fausses et auxquelles\n» chacun néanm oins se conform e.\n\n  » L a respectabilité, l’autorité, les prérogatives sont attach ées à des titres,\n» à des costum es, à des insignes, et c’est l’habit qui fait le moine. S ur quoi\n» est basée la famille? S ur la puissance paternelle. L es m aris m entent à\n» leurs fem m es et les fem m es à leurs m aris; les p aren ts m entent à leurs\n» enfants et les enfants à leurs parents.\n   » L ’éd u c a tio n , l’instruction q u ’on donne sont m ensongères. L e juge\n» trom pe l’accusé pour lui arrac h er des aveux, com m e l'accu sé trom pe le\n» juge pour se soustraire à la peine qui le m enace. »\n   Q ue pensent de ces douces vérités MM. les chevaliers du Bel-A ir et de\nla conform ité?\n   L a Revue anarchiste, p ar suite des récents événem ents de P aris, vient de\nd isparaître, m ais une nouvelle revue s’est form ée sous le nom de Revue-\nLibertaire.\n  P arm i les collaborateurs, nous relevons les nom s de P a u l R eclus, C ar­\nrère, A dolphe R etté, R oland de M arès, S ébastien F au re, L au ren t T ail­\nhade, etc.\n  N ous disons un souhait de longue vie à la Revue Libertaire.\n  N ous croyons devoir ad resser à M. A rthur D etry, nos plus ch aleureuses\ncondoléances : L e Coin du F eu ne p araîtra plus.\n\n\n\n                P etite C orrespondance\n     M . Levêque, à Nivelles. — M erci, acceptons de gran d e joie votre co llab o ­\nration.\n     M . J . Desgenêts, à Gand. — P o u r l’u n des prochains num éros, attendons\nprose de vous, c h e r ami.\n"}, {"page_pdf": 328, "texte": "                 La Revue Rouge\n\n\n                      Secrétaires de Rédaction :\n\n          Paul SAINTE BRIGITTE       a Sander PIERRON\n                        ABONNEMENTS:\n\n           Belgique : Un an, 3 francs; six mois, fr. I.7J               ,-\n           Etranger     »    4    >>       »      >l 2.25\n\n                      Le numéro    25 centimes\n\n\n                    COLL.A7307.(.ATEU'l(S:\n\n  Pierre Armen - Lucien de Busscher - Louis Delattre - Frans\nDelbastée - Eugène Der.1older - Joseph Desgenêts - Georges\nEekhoud- J.·F. Elslander- Max Elskamp- Charles Frappart-\nFrédéric Friche - Paul Janssens -- Lucien Jottrand - Hubert\nKrains - Jean Laenen - Henry Le Bœuf - Emile Lecomte -\nMaurice Maeterlinck - Henry Maubel - Géo Mauvère - -Francis\nNautet - Raymond Nyst - Sander Pierron - Mathias Robert -\nPaul Sainte Brigitte - Rodrigue Serasquier - Hubert Stiernet -\nEmile Vandervelde - Charles Van Lerberghe - Emile Verhaeren.\n\n\n\n                          SOMMAIRE\nL'Ange des Trois Douleurs (fragment)               PAUL STE BRIGITTE.\n\nThéophile Thoré-Bürger (suite et fin).             LuciEN joTTRAND.\nNoël.                                              ]!::AN LAENEN.\n\nRemembrances (sonnet) .                            EMILE LECOMTE:\n\nRevue Littéraire.                                  HENRY LE BœuF.\n\nL'Art.   . .                                       P . STE B.\n\nGrappillages                                       ***\nPetite Correspondance                              ***\n"}, {"page_pdf": 329, "texte": "             Imprimerie Artistique\n\n L. & A. GODENNE\n              Grand' Place, 28, à Malinetil\n\n\n\n\n Typographie, Lithographie, Autographie, Gravure\n\n          Spécialité ~·3-mpresstons ~e lu~e\n\nJournaux, 73rochures, 'l{evues, Prix-cou?'ants, Catalogues, etc.\n\n                  FABRIQUE DE REGISTRES\n\n\n Imprimés Industriels, Administratifs & Commerciaux\n"}, {"page_pdf": 330, "texte": ""}, {"page_pdf": 331, "texte": ""}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 13, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1893-12", "signet_source": "Deuxième année - N°12 - Décembre 1893", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 310", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}