{"numero_id": "ulb-spectateur-catholique-1897-05-n5", "volume": "ELB-ULB-a0105-1897-001-0001", "ocr_sha256": "927a836c0aedcbe8b042863115a41c0c2d1f0a8b7c80ac65d6f4568a111343c3", "articles": [{"article_id": "ulb-spectateur-catholique-1897-05-n5-002", "volume": "ELB-ULB-a0105-1897-001-0001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0105-1897-001-0001.pdf", "ocr_sha256": "927a836c0aedcbe8b042863115a41c0c2d1f0a8b7c80ac65d6f4568a111343c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Propre du Mois", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 249, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 199, "fin_caractere_exclue": 1972, "texte": "Propre du Mois : !\n  Raymond Lulle (trad.\n    M . M . André) :                 L e L iv re de l ’Am i et l ’A im é V .\nArt religieux :\n  M . Aug. Edm. Joly :                L e s Tom beaux de Jésus.\n  M . Max Elskam p :                  P etit C alvaire d’ici (bois inédit).\n  M . Thomas Braun :                  L a Bénédiction du C ierge P ascal,\n\n                          E N M É M O IR E\n\n\n             PAUL VERLAINE\n  M . Charles Morice :                A la L ib re Esthétique.\n  M . Henry Carton de\n       W iart :                       Sur « Sagesse ».\n  M . Adrien Mithouard :              L es P oètes mystiques. III. : P au l\n                                         V erlaine ou le Scrupule de la\n                                          Beauté.\n  M . Maurice Denis :                 Suite de dessins originaux commen­\n                                          tant « Sagesse ».\n                                        a) V ous êtes calm es...\n                                        b) L ’âme antique était rude et\n                                          vaine...\n                                        c) Sagesse d'un L ouis R acin e je\n                                          t’envie !...\nJugement religieux :\n  M. Raoul N arsy :                   Théâtre : L a C loch e engloutie.\n\n\n\n\n         F ID E S                                                   F ID E M\n\n      QUAERENS                                                    QUAERENS\n\n   IN T E L L E C T U M                                        IN T E L L E C T U S\n\n\n\n\n                B u r e a u x d u S p e c t a t e u r C a t h o l iq u e\n\n       BRUXELLES                                              PARIS\n   40, ru e H y d rau liq u e.                        44, a ve n u e d u M aine.\n"}]}, {"article_id": "ulb-spectateur-catholique-1897-05-n5-003", "volume": "ELB-ULB-a0105-1897-001-0001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0105-1897-001-0001.pdf", "ocr_sha256": "927a836c0aedcbe8b042863115a41c0c2d1f0a8b7c80ac65d6f4568a111343c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de direction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Spectateur Catholique M ensuel", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 250, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 55, "fin_caractere_exclue": 2718, "texte": "Spectateur Catholique\n                                      M ensuel\n     de Science, d ’A r t e t de J u g e m e n t religieux\n\n\n                                    D IR E C T E U R\n                           M. E D M O N D D E B R U IJ N\n\n\n                      S E C R É T A I R E S D E R É D A C T IO N\nM. R A O U L NARSY             M. V IC T O R K IN O N          M. W I L L IA M R I T T E R\n\nJe Vendredi de 5 à 6hres) au Siège de la Revue                     (pays germaniques,\n                                                                 balkaniques et Suisse)\n 44, avenue du Maine          40, rue H ydraulique                I Johannesgasse, ix,\n        P A R IS                  B R U X E LLE S                      VIENNE\n\n\n               M. M A R IU S A N D R E            M. R A F A Ë L M IT J A N A\n\n                   11, rue O lozaga                  P alazzo Barberini\n                       MADRID                                R OM E\n\n\n                   S E C R É T A I R E D ’A D M IN IS T R A T IO N\n                     M. J O S E P H van L I D T H de J E U D E\n\n\n\n                            C O M IT E P R O T E C T E U R\n M. M a r i u s A n d r é , à Madrid.             M . A r n . G o f f in , à   Bruxelles.\n M . T h o m a s B r a u n , à Bruxelles.         M . V ic t o r K in o n , à    Bruxelles.\n M. L . C o e n e n , à Weerde-Malines.           D r F o r t u n é M a z e l , à N im es.\n M. E d m . D e B r u i j n , à A nvers.          M . H e n r i M a z e l , à Paris.\n Mgr C . d e H a r l e z , à Louvain.             M . A d r . M i t h o u a r d , à Paris.\n M. E r n s t D e l t e n r e , à Malines.        M . R a o u l N a r s y , à Paris.\n M. Louis D e n i s e , à Paris.                  M . A d h . S c h e i j s , à Vertrijck-louvain.\n M. V i c t o r D e n i j n , à Tum hout.         M . F i r m . V a n d e n B o s c h , à Courtrai.\n M. A r i s t . D u p o n t , à Bruxelles.        M . J . v a n L i d t h d e J e u d e , à Anvers.\n M. L a u r . F i e r e n s , à A nvers.          M . C l . V o l i o , à Paris.\n M . A l p h . G e r m a i n , à Paris.\n\n\n\n\n Le Spectateur Catholique laisse à ses rédacteurs liberté de tout\n    style, et, avec l ’honneur de leur responsabilité, liberté de toute\n    pensée, en les limites de l ’orthodoxie définie ou traditionnelle.\n               — L e s m a n u s c r its n e s o n t p a s r e n d u s . -\n\n\n\n\nABONNEM ENT AN N U EL :\n\n               (Édition de luxe sur papier de hollande V a n G elder : 20 frs.)\n\n\n   L e S p e c t a t e u r C a t h o li q u e p araît en fa scicu les m en su els et\n                     fo rm era I I T o m es d e 3oo p a g e s p a r an.\n"}]}, {"article_id": "ulb-spectateur-catholique-1897-05-n5-005", "volume": "ELB-ULB-a0105-1897-001-0001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0105-1897-001-0001.pdf", "ocr_sha256": "927a836c0aedcbe8b042863115a41c0c2d1f0a8b7c80ac65d6f4568a111343c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 223, "page_fin": 227, "titre_corps": "Le Livre de l’Ami et de l’Aimé V", "titre_sommaire": "Le Livre de l’Ami et l’Aimé V", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Ici continue le libre de l'Ami et de l'Aimé", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 252, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 2173, "texte": "Ici continue le libre de l 'A mi et de\n                l 'A imé, lequel livre traite des dialogues\n                 et cantiques d’amour qui sont entre\n                 eux deux, et qui sont des exemples\n                 abrégés et des paraboles [nécessitant\n                 une exposition] par lesquels l’Entende­\n                ment s’élève plus haut en la contem­\n            plation, la dévotion et l’amour de son\n          Aimé. E t pour ce motif, ils sont en nombre\n     égal aux jours de l’année et chacun d’eux suffit\n     pour contempler tout un jour selon l’Art de Con­\n     templation. L 'A im é est Notre Seigneur Dieu\n     comme créateur, recréateur et fin dernière de\n     tout ce qui existe ; l'A m i est tout dévot et fidèle\n     chrétien qui se met en la contemplation et au\n     service de Dieu. L'Amour est la charité et la\n     bienveillance avec l esquelles s’aiment l’Ami et\n     l’Aimé ; et les trois (parlant en Dieu simpliciter)\n     sont une seule et même chose ; en autre manière\n     ils se distinguent entre eux.\n        121. L ’Ami croyait suivre son Aimé et il mar­\n     chait en un chemin où il y avait un lion très\n     féroce qui dévorait tous ceux qui passaient là\n     paresseusement et sans dévotion. E t l’Ami\n     disait : « Celui qui ne craint pas mon Aimé doit\n     craindre toutes choses, et celui qui craint mon\n     Aimé peut avoir de l’audace et de la hardiesse\n     en tout. »\n        122. On questionna l’Aimé sur l’occasion, et\n     il dit que l’occasion est le plaisir par la péni­\n     tence, l’entendement par la conscience, l’espé­\n     rance par la patience, la santé par l’abstinence,\n     la consolation par le souvenir, l’amour par la\n     diligence, la loyauté par la pudeur, la richesse\n     par la pauvreté et la guerre par la malveillance.\n        123. L ’Amour illumina le nuage qui était entre\n     l’Ami et l’Aimé et le fit ainsi lumineux et res­\n     plendissant comme la lune dans la nuit, l’aurore\n     dans le matin, le soleil dans le jour. E t dans ce\n     nuage resplendissant et clair l’Ami et l’Aimé se\n     parlaient.\n\n\n\n\n15                                                       223\n"}, {"page_pdf": 253, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2123, "texte": "     124. On demanda à l’Ami : « Quelle est la\n  plus grande ténèbre ? » Il répondit : « L ’absence\n  de mon Aimé ». On lui demanda encore :\n  « Quelle est la plus grande clarté ? » Il répondit :\n  « L a présence de mon Aimé. »\n    125. L ’Ami apprend les symboles de l’Aimé,\n  et l’amour l’accable de tribulations, de pleurs,\n  de soupirs et de pensées. E t il est méprisé du\n  monde.\n     126. L ’Ami écrivait ces paroles : « Mon Aimé\n  se réjouit parce que j ’élève mes pensées vers lui\n  et que pour lui mes yeux pleurent et sont en\n  larmes, et que j ’éprouve des langueurs. E t sans\n  lui je ne vis, ni ne sens, ni ne vois, ni n’entends,\n  ni ne respire. »\n     127. « Oh ! entendement et volonté, criez et\n  éveillez les grands chiens qui dorment et oublient\n  mon Aimé ! Oh ! yeux, pleurez ! Oh ! cœur, sou­\n  pire ! Oh ! mémoire, rappelle-toi la grande offense\n  que font à mon Aimé ceux qu’il a tant favorisés\n  en ce monde ! »\n     128. « L ’inimitié qui est entre les hommes et\n  mon Aimé augmente ; et pourtant l’Aimé ne\n  cesse de leur promettre dons et récompenses ; il\n  menace, avec justice et sagesse, la mémoire et\n  la volonté, et on méprise ses promesses, et on\n  ne fait aucun cas de ses menaces. Aussi, si la\n  misère et les maux assaillent les hommes, c’est\n  leur coulpe et non celle de mon Aimé. »\n    129. L ’Aimé s’approchait de l’Ami pour le\n consoler et le réconforter au milieu de ses peines\n et de ses pleurs ; et plus l’Aimé s’approchait de\n l’Ami, plus l’Ami pleurait et plus il souffrait des\n offenses qu’on faisait à son Aimé.\n    1 30. Avec une plume d’amour, de l’encre de\n larmes et sur un papier de passion, l’Ami écri­\n vait à son Aimé une lettre dans laquelle il lui\n disait que la dévotion tardait à venir, que l’amour\n se mourait, et que la fausseté et l’erreur, ses\n ennemies, se multipliaient dans le monde.\n    1 3 1. Les amours de l’Aimé et de l’Ami étaient\n unies par la mémoire, l’entendement et la volonté\n pour que l’Ami et l’Aimé ne se séparassent pas ;\n et la corde qui attachait ces deux amours était\n faite de pensées, de soupirs, de langueurs et de\n pleurs.\n\n\n\n\n224\n"}, {"page_pdf": 254, "page_imprimee": 225, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2066, "texte": "   1 32 . L ’Ami gisait sur un lit d’amour ; les lin­\nceuls étaient de plaisirs, la couverture de lan­\ngueurs. E t il était question de savoir si le coussin\nétait fait du même drap que les linceuls ou que\nla couverture.\n   1 33 . L ’Aimé vêtait son Ami d’un manteau,\nd’une cotte et d’un sarrau, et il lui faisait un\npourpoint d’amour, une chemise de pensées,\ndes chausses de tribulations et une guirlande\nde pleurs et de soupirs.\n   134. L ’Aimé priait son Ami de ne pas l’oublier,\net l’Ami disait qu’il ne pouvait l’oublier puisqu’il\nne pouvait l’ignorer.\n   1 35 . L ’Aimé disait à l’Ami de le louer et de\nle défendre dans les lieux mêmes où on ose le\nmoins le louer. L ’Ami dit : « Donne-moi assez\nd’amour pour cela. » L ’Aimé répondit que par\namour pour lui il s’était incarné, qu’il avait été\ncrucifié et qu’il était mort.\n   1 36 . L ’Ami priait son cher Aimé de lui ap­\nprendre la manière de le faire connaître, aimer\net glorifier par les hommes.\n   L ’Aimé emplit son Ami de dévotion, de pa­\ntience, de charité, de tribulations, de pensées,\nde soupirs et de pleurs ; et le cœur de l’Ami eut\nassez d’audace pour glorifier son Aimé, les\nlouanges sortirent de sa bouche, et sa volonté\nsut mépriser le blâme des gens qui jugent faus­\nsement.\n  137. L'Ami criait et disait ces paroles aux\nhommes : « L a mémoire de celui qui se souvient\nvraiment de mon Aimé oublie toutes les autres\nchoses et reçoit de lui sa part de tout. »\n   1 38 . On demanda à l’Ami d’où naît l’amour,\nde quoi il vit, de quoi il meurt. L ’Ami répondit\nque l’amour naît de souvenirs, vit d’intelligence,\net meurt par l’oubli.\n   139 . L ’Ami oublia tout ce qui est sous le ciel\nsouverain pour que son entendement pût s’élever\nplus haut vers la connaissance de l’Aimé que sa\nvolonté désirait comprendre, contempler, louer\net célébrer.\n   140.     L ’Ami allait combattre pour la gloire de\nson Aimé, et il emmenait en sa compagnie la\nfoi, l’espérance, la charité, la justice, la prudence,\nla force et la tempérance, pour vaincre avec\n\n\n\n\n                                                    225\n"}, {"page_pdf": 255, "page_imprimee": 226, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2752, "texte": "  elles les ennemis de son Aimé. E t il aurait été\n  vaincu si l’Aimé ne l’avait pas réconforté en lui\n  montrant ses noblesses et en lui signifiant sa\n  volonté.\n    141. L ’Ami voulait parvenir à la fin dernière\n  de son amour, et les autres fins s’opposaient à\n  son passage; aussi, les longs désirs et les pensées\n  donnaient à l’Ami tristesse et langueur.\n     142. L ’Ami se consolait et se réjouissait à la\n  vue des noblesses de son Aimé. Mais peu après,\n  il se mit à songer aux désordres de ce monde,\n  et ses yeux s’emplirent de larmes par excès de\n  douleur et de tristesse.\n     143. L ’Ami languissait par excès de pensées\n  et de désirs, et on lui posa cette question : « Que\n  ressens-tu le plus vivement : les tourments ou\n  les plaisirs ? »\n     144. L ’Ami était le messager de son Aimé\n  auprès des princes chrétiens et des infidèles\n  pour leur enseigner l’Art et ses principes, afin\n  qu’ils pussent connaître et aimer les dignités de\n  l’Aimé. (1).\n     (1) A van t de quitter sa solitude du mont Randa et de\n partir à la conquête des âmes infidèles, Raym ond L u lle\n  composa l'A r t Général dans lequel il développait sa\n méthode pour découvrir la vérité, convaincre d’erreur les\n hérétiques, et donnait des règles applicables à toutes les\n sciences.\n     Dans son poème de la Désolation et dans le préambule\n de l'Arbre de la Science le docteur illuminé déplore le\n peu de succès de ce livre que le Saint-Esprit lui avait\n inspiré, disait-il, pour la gloire de la religion chrétienne :\n « Je vous dis que j ’apporte un A rt G énéral — qui m’a été\n nouvellem ent révélé par don spirituel — pour que chacun\n puisse savoir toute chose naturelle — selon la compré­\n hension de l’entendement par les sens. — Il sert pour le\n droit, la m édecine et toutes les sciences — et aussi pour\n la théologie        N u l art ne vaut autant pour résoudre les\n questions — et détruire les erreurs par raison naturelle ; —\n et je le tiens pour perdu, car personne ne l ’entend ni ne\n l ’apprécie; — je m’en plains, et je pleure et j ’en ai ire\n m ortelle.. »\n     A près avoir écrit l 'A rt Général, il était retourné passer\n quelque temps encore à Randa pour y prier et méditer.\n Or, un matin il vit venir vers lui un adolescent parfaite\n ment beau de visage, vêtu comme un pasteur de brebis,\n qui d’une voix harmonieuse se mit à lui parler de Dieu et\n des anges, de Jésus et de la V ierge M arie; puis ayant\n aperçu les livres de Raym ond L u lle, il se mit à genoux\n pour les prendre, il les baisa et les mouilla de ses larmes\n et il dit que par ces livres beaucoup de bien serait fait à\n l ’E glise du Christ ; et ensuite il bénit L u lle en faisant\n le signe de la Sainte Croix sur sa tête et sur tout son\n corps, et il disparut.\n\n\n\n\n226\n"}, {"page_pdf": 256, "page_imprimee": 227, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1843, "texte": "   145. Si tu vois un amant paré de riches habits,\nmettant son honneur à rechercher la vaine gloire,\ngros pour avoir trop mangé, trop bu et trop\ndormi, sache qu’en celui-là tu vois damnation et\ntourments. Mais si tu vois un amant pauvre­\nment vêtu, méprisé des gens, pâle, amaigri par\nle jeûne et les veilles, sache qu’en celui-là tu\nvois le salut et la bénédiction éternelle.\n   146. L ’Ami gémit, et son cœur se plaignit du\nfeu de l’amour, et il crut qu’il allait mourir.\nL ’Aimé eut pitié de lui, et l’Ami lui demanda\nconsolation, patience et espérance.\n  147. L ’Ami dit : \" A celui qui est toujours\ncaptif on ne doit pas donner de salaire ni de\nprix pour ses labeurs, et encore moins à celui\nqui doit plus qu’il ne peut payer. \" C ’est pour­\nquoi il blâma les amants indiscrets qui ne font\npas de différence entre une grâce et un salaire.\n   148. L ’Ami considéra le temps passé, et il\npleura ce qu’il avait perdu ; et il n’y avait per­\nsonne qui pût le consoler car ses pertes étaient\nirréparables.\n   149. Dieu a créé la nuit pour que l’Ami veille\net qu’il songe aux noblesses de son Aimé ; et\nl’Ami croyait qu’elle avait été créée pour le\nrepos et le sommeil de ceux qui sont tourmentés\nd’amour.\n   1 50. Les hommes faisaient des reproches à\nl’Ami et l’insultaient parce qu’il allait comme\nfou d’amour ; et l’Ami méprisait leurs insultes,\net il reprochait aux hommes de ne pas aimer\nson Aimé.\n   1 5 1. L ’Ami disait : « Je suis vêtu d’un drap\nvil, mais l’amour vêt mon cœur de plaisantes\npensées et mon corps d’un vêtement de pleurs,\nde larmes et de passions. »\n                          C es 31 motifs suffiront à la\n                      contemplation pendant le mois\n                      de Mai ; les suivants suffiront\n                      pendant les mois suivants.\n\n\n\n\n                                                     227\n"}]}, {"article_id": "ulb-spectateur-catholique-1897-05-n5-006", "volume": "ELB-ULB-a0105-1897-001-0001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0105-1897-001-0001.pdf", "ocr_sha256": "927a836c0aedcbe8b042863115a41c0c2d1f0a8b7c80ac65d6f4568a111343c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 228, "page_fin": 229, "titre_corps": "Les tombeaux de Jésus", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. E. Joly", "ancre_debut": "Les tombeaux de Jésus Vendredi-Saint. Dans l’ég", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 257, "page_imprimee": 228, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "Les tombeaux de Jésus\n   Vendredi-Saint. Dans l’église, les fidèles passent\ndevant le chœur sans les coutumières génuflexions.\nL a porte du tabernacle vide bée en un abandon de\nstupeur. L a lampe perpétuelle est éteinte, l’autel\ndépouillé pleure de ses pierres nues.\n   Tout le monde se groupe devant le « Tombeau ».\nLes tentures noires encadrent des reflets du soir\nla nuit veloutée qu’elles gardent pour la pâleur du\ncorps divin. Il y est allongé sur une pierre d’autel,\nque dominent des constellations de cristaux ; croix\nfleurie, guirlandes, bouquets lumineux.\n   L ’impression est étrangement enfantine et gran­\ndiose : Elle émeut vite, comme la prière des vieilles\ngens. L e décor nous vient d’Allemagne, et l’on y\ntrouve bien l’âme germanique, l’âme de Dürer qui vêt\nde réalité rigoureuse ses mystiques symboles.\n   Jésus est la lumière vivante et personnelle. L a\nmort lui fut comme la nuit au soleil. Il repose en\nl’abîme d’ombre, comme le héros endormi prêt à\nreparaître en vainqueur. E t pour glorifier son repos,\npour pleurer son absence, pour parer sa nuit, des\nconstellations inconnues, âmes d’anges, bijoux\ncélestes, en fleurissent le noir. Nulle flamme n’ose\nparaître : leur invisibilité répond à la lampe perpé­\ntuelle éteinte, à l’éternelle lumière éclipsée. E t ces\nconstellations en paraissent très étranges, leur\nprécise fixité les fait différentes de toute flamme,\nleur donne l’air de « signes dans le ciel » seulement\nécrits avec de la substance d’astre.\n   On sent une équivalence idéale aux précieux\n« repos de Jésus » enfant. Pour le sommeil divine­\nment enfantin, le moyen-âge « énorme et délicat »\nciselait de petits berceaux tout fleuronnés d’orfèvre­\nries aux douillettes garnitures de dentelles et de\ndraps d’or. Tour-à-tour, les fidèles venaient les\nbalancer, priant le symbole du geste berceur.\n\n\n\n\n228\n"}, {"page_pdf": 258, "page_imprimee": 229, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1382, "texte": "    C ’est la funèbre équivalence des « repos de Jésus»\n ce grand tombeau, sorte de décor passager comme\n est passager le trépas divin. Mais ce provisoire est\n aux armes du roi éternel, et la croix régit le deuil.\n    L a foule, la vie passagère, contingente, douce­\nment apeurée en la consolation du Rachat, stationne,\n renouvelée sans cesse, devant cette nuit crucifère.\n Par devant, des tètes enfantines ont encore l’inhar-\nmonique remous de curiosité ; sur le moutonnement\n des têtes plus hautes, le reflet des constellations\nmystiques est divers : mêlé d’ombre ou des lueurs du\njour mourant.\n    Accompagnant la psalmodie savante des « Ténè­\nbres » un murmure sort de la foule, le murmure du\nchapelet : rare exquisité d’âme populaire. Ainsi,\nc ’est le bercement, encore, du repos de Jésus avec la\nmême voix maternelle : la voix de Marie aussi\nmiraculeuse, maintenant, de sanglots qu’elle le fut,\nautrefois, d’extase ; toujours inexprimablement sur­\nhumaine, divine. Cette mère ne fut-elle pas le ciel\npenché sur la crèche radieuse comme un ciel d’aube\nsur le jeune orient ? Ne vient-elle pas d’être ensan­\nglantée en l’agonie du couchant terrible ? Maintenant\nelle est le ciel noir qui pleure et encore garde ; le\nciel immense à contenir le deuil du soleil divin.\n\n                                       A. E. J oly .\n\n\n\n\n                                                   229\n"}]}, {"article_id": "ulb-spectateur-catholique-1897-05-n5-007", "volume": "ELB-ULB-a0105-1897-001-0001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0105-1897-001-0001.pdf", "ocr_sha256": "927a836c0aedcbe8b042863115a41c0c2d1f0a8b7c80ac65d6f4568a111343c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 230, "page_fin": 232, "titre_corps": "La Bénédiction du Cierge Pascal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Thomas Braun", "ancre_debut": "La Bénédiction du Cierge               Pascal                                        Selon la liturgie.                  Sous l", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 259, "page_imprimee": 230, "debut_caractere": 6, "fin_caractere_exclue": 1556, "texte": "La Bénédiction du Cierge\n              Pascal\n                                       Selon la liturgie.\n                 Sous le porche gothique a retenti trois fois\n                 D es prêtres rapportant le feu, la nette voix.\n\n                 E t dressé dans le chœur, le C ierge P ascal\n                 S ’élève solennel, rigide et virginal.\n\n« R éjouis toi, troupe des anges séraphiques,\nH ab itan te des cieux vastes et pacifiques !\nE n cette allégresse des m ystères divin s,\nCh antez, harpe légère, sonnez, trom pes d ’airain !\nD ans la ju b ila tio n éclate et parle, T e rre ,\nV o ici que t ’illu m in e un lustre involontaire.\nC ette sp lend eur te vien t du M onarque éternel,\nL e s rayons d ’un tel or n ’ont leurs sources q u ’au\n                                              [C iel !\nSous la m erveilleuse clarté qui te caresse,\nE n tre, E g lise , dans une ineffable allégresse !\nE t q u ’en ce saint parvis retentisse la voix\nD es peuples accourus pour adorer la C ro ix !\n\nE t vous que l ’attente de la sainte lum ière\nR assem ble en cette n e f ardente et coutum ière,\n\nInvoquez avec moi le secours tout-puissant\nD u V erb e, obtenez moi de louer dignem ent\nC e lu i que ce cierge à nos y e u x représente\nE t que sym b o lise la cire édifiante.\nC a r les P âq u es sont là ! L a nuit est advenue\nO ù les rayons de D ieu déchireront la nue.\n\nE t l ’on im m olera, puéril, innocent,\nL ’A gneau véritab le et sans tâche dont le sang\nConsacrera les dem eures des vrais fidèles\nIden tiques sous le flux rouge qui ruisselle.\n\n\n\n\n230\n"}, {"page_pdf": 260, "page_imprimee": 231, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1738, "texte": "L a nuit est advenue où les fils d ’ Israël\nG u id és par le feu droit, phare ou colonne au C ie l,\n\nF u ren t par V ous, Seign eur, retirés de l ’E g y p te\nE t traversant la m er à sec, prirent la fuite ;\n\nL a nuit est advenue où dans la grâce sainte\nS o n t rétablis tous les fils du C h rist que l ’atteinte\n\nD es vices du siècle ou des péchés hasardeux\nA va ien t privés des M érites acquis pour eux ;\n\nL a nu it est advenue où brisant de vains fers\nL e C h rist victorieu x rem onta des enfers.\n\nP éch é d ’A d a m , péché nécessaire et propice\nQ u ’effaça, P ère Sain t, le sang du sacrifice,\n\nO ! faute heureuse, qui nous vaut un tel Sauveur,\nE t q u ’un D ieu souverain lave par sa ferveur !\n\nO N u it, dont écrivit le P oëte Sacré :\n« L a N u it sera com m e un jo u r lim pid e et doré ;\n\nL a N u it pour éclairer les élans de m a jo ie\nS era claire et tissée en aurore de soie ;\n\nE t sa pureté bannira les crim es noirs,\nL e s fautes, les péchés q u ’élabore le soir,\n\nR en d an t l ’A m ou r à ceux que couvre un vo ile\n                                                [épais,\nA u x affligés la jo ie , aux ennem is la paix,\n\nA u V erb e tout-puissant les em pires du m onde\nS u r lesquels b rillera l ’or des lum ières blondes ! »\n\n              A yan t levé l ’encens et mis en croix cinq grains,\n              L e D iacre prononce en rejoignant les mains :\n\n« A ccep te, M aître de notre adoration,\nE n cette tièd e nuit d ’avril, l ’oblation\n\nQ u e l ’ É g lise te fait, fervente et solennelle,\nP a r les m ains de ses m inistres priant pour E lle .\n\nC e cierge em baum é, ja u n e et gris, sans m acule,\nE s t le fru it du labeur m atinal et créd u le\n\n\n\n\n                                                             231\n"}, {"page_pdf": 261, "page_imprimee": 232, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1658, "texte": "Q ue, vives, dans l ’a ir frais, poursuivent les\n                                              [abeilles\nA u x calices des fleurs q u ’enclosent tes corbeilles.\n\nL e u r m iel a la douceur des suaves corolles.\n— N otre ruche retient les divin es paroles. —\n\nL e u r cire a la candeur des aubes ravissantes.\n— N ous T e voyon s passer, lum ineux, par les\n                                           [sentes\n\nD e G a lilé e, allan t aux m isères hum aines,\nE t, des fleurs dans les m ains, ranim ant les\n                                        [haleines. —\n\nL e u r œ uvre éternisa le printem ps et les roses.\n— N ’es-tu pas le Sem eur des verbes et des\n                                     [choses ? — »\n\n                     L e triangle baissé par le diacre, un cierge\n                     Allum e du flambeau pascal la m èche vierge.\n\n« B ie n q u ’il soit d ivisé, ce feu sacré dem eure,\nN on m oins intense et v i f q u ’à sa prem ière heure ;\n\nIl a pour alim en t la cire transparente\nE t le parfum subtil des plaines odorantes.\n\nF a ite s que ce cierge, éblouissant, Seign eu r,\nC onserve flam m e claire et brûle en votre honneur\n\nP en d an t cette nuit calm e où le sort ténébreux\nE n rich it à ja m a is la troupe des H éb reu x !\n\nF a ite s que sa lueur, com m e un parfum suave,\nS e m êle à vos flam beaux in flexibles et graves ;\n\nQ u e l ’astre du m atin le trouve encore brûlant,\nC e t astre qui n ’aura ni couchant ni levant,\n\nE t répandra sans fin sur les races hum aines\nL ’éclat resplendissant de sa clarté sereine ! »\n\n                                         T hom as B r a u n .\n      Samedi Saint,\nA bbaye   de   M ar ed so u s.\n\n\n\n\n232\n"}]}, {"article_id": "ulb-spectateur-catholique-1897-05-n5-008", "volume": "ELB-ULB-a0105-1897-001-0001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0105-1897-001-0001.pdf", "ocr_sha256": "927a836c0aedcbe8b042863115a41c0c2d1f0a8b7c80ac65d6f4568a111343c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 233, "page_fin": 233, "titre_corps": "Pour Paul Verlaine", "titre_sommaire": "A la Libre Esthétique", "rubrique": "", "signature_source": "Charles Morice", "ancre_debut": "Pour Paul Verlaine                    (A la Libre Esthétique)      E n", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 262, "page_imprimee": 233, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3179, "texte": "Pour Paul Verlaine\n                   (A la Libre Esthétique)\n     E n l ’honneur d’un grand poëte et pour hâter l ’érection du\n  Monument que notre piété désire, B ruxelles a noblement\n marqué d’une fête un jour. On me demande de la dire : en\n  effet, j ’y étais ; mais j ’en étais, et, outre que, de l ’ombre d’une\n coulisse im provisée entre deux rideaux, je n’ai tout vu ni tout\n entendu... On veut bien insister, et, gracieusem ent requis :\n     L e 25 mars, à trois heures, dans le grand salon de la L ib re\n Esthétique, s’ouvrait, consacrée au nom de P au l V erlaine,\n une séance à m erveille organisée par MM. O ctave M aus et\n  Em ile Verhaeren.\n    U ne très nombreuse et très élégante assistance, recueillie,\n où plus d’un songeait qu’ici s’accom plissait une œ uvre de\n justice et de réparation, sans oublier l’inévitable ironie du\n contraste éclatant de ces publics hommages, de ces couronnes\n de mots et de fleurs et de ce bronze tout à l ’heure dressé,\n avec la vie m isérable du poëte...\n    E m ile Verhaeren, avec un accent très haut et très pur, a\n proclam é : Depuis H ugo, la mort de V erlaine est celle qui\n met le plus profondément et le plus justem ent en deuil les\n lettres françaises. E t il a dit pourquoi V erlaine est, en effet,\n un grand poëte, pourquoi Sagesse est, incontestable, le plus\n admirable chef-d’œ uvre de la littérature mystique moderne.\n V erhaeren a été digne de lui-même, — je ne crois pas qu’on\n  puisse le mieux louer.\n    M. Carton de W iart, en une abondante et facile im provi­\n sation, a commenté Sagesse, étudié la psychologie douloureuse\n du poëte, exprimé la sym pathie et la pitié d’un chrétien pour\n le poëte chrétien (1).\n    A mon tour, j ’ai tâché de dire quel fut le rôle de Verlaine\n dans l ’histoire contemporaine de la poësie, comment il fit, au\n lendemain des restrictions excessives du Parnasse, le geste\n qui libère, comment aussi, m algré la goût de notre génie latin\n pour la logique immédiate et la plus rigoureuse précision, il\n doua notre langue poétique de ces qualités de vague, de\n fluidité, de m ystère, qui sont, au fond, toute la poësie.\n    Cam ille Lem onnier, retenu chez lui par l ’ophthalmie dont\nil souffre, a vait confié au vicom te de C olleville le soin de lire\n de belles pages sur l ’œ uvre en prose de V erlaine. L e public\ntout entier a reconnu avec jo ie les rares et puissantes qualités\nqui font de Cam ille Lem onnier un maître-coloriste si aigu\nd’intuition, si ardent d’expression. — A ce m orceau M. de\nC olleville a joint des souvenirs personnels, des lettres inédites\nde V erlaine et montré, dans la simplicité de sa vérité, cet\nhomme si réellem ent bon, si naïvem ent génial, tel que, pour\nma part, je l’ai tant connu et tant aimé.\n    Une fête, entre celles que nul témoin n’oubliera. U n hom­\nm age, tel qu’un grand poëte pouvait — par le noble merci\nde cet autre grand poëte, très aimé, Stéphane M allarm é —\nl ’accepter.                                        C h a r le s M o r ic e .\n\n  (1) Reconstitué et dicté, on pourra lire ce discours, la présente page tournée.\n\n\n\n\n                                                                                    233\n"}]}, {"article_id": "ulb-spectateur-catholique-1897-05-n5-009", "volume": "ELB-ULB-a0105-1897-001-0001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0105-1897-001-0001.pdf", "ocr_sha256": "927a836c0aedcbe8b042863115a41c0c2d1f0a8b7c80ac65d6f4568a111343c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 234, "page_fin": 246, "titre_corps": "Discours sur « Sagesse »", "titre_sommaire": "Sur « Sagesse »", "rubrique": "", "signature_source": "Henry Carton de Wiart", "ancre_debut": "Discours sur « Sagesse ». Dans cette fête commémo", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 263, "page_imprimee": 234, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1737, "texte": "Discours sur « Sagesse ».\n    Dans cette fête commémorative, presque pieuse,\nje ne veux point faire autre chose que de laisser\nvoguer un instant mon souvenir vers celui que\nj ’aime comme vous et que, comme vous, j ’admire.\n    L e Verlaine dont je vous parlerai, non sans quel­\n que complaisance mais en toute simplicité, n’est pas\nle poète subtil et troublant de « Jadis et naguère »,\nni des « Romances sans paroles » ; ce n’est point le\n poète charnel et désordonné de « Parallèlement »,\n c’est le poète candide et apaisé de « Sagesse »,\n d’ « Amour » et de « Bonheur ».\n    C ’est un autre homme et c ’est presque une autre\n œuvre.\n    L ’homme n’est plus celui qui vantait l’impassibi­\n lité parnassienne :\nLibre à nos inspirés, cœurs qu’une œillade enflamme\nD ’abandonner leur être au vent comme un bouleau\nPauvres gens : L ’art n’est pas d’éparpiller son âme.\nEst-elle en marbre ou non la Vénus de Milo ?\n   L ’homme n’est plus celui qui se résignait aux\nfatalités saturniennes et mettait « ses instincts de\nbouc à charge des étoiles ». Il n’est plus celui qui\névoquait, avec quelle profondeur d’accent, par les\nsoirs équivoques d’automne, les fausses ingénues de\nWatteau.\n   Il n’est plus l’amoureux naïf de la Bonne Chanson ;\nil n’est plus « le vieux faune de terre cuite », ou, si\nc’est le même, il est bien changé !...\n   Ce décadent est devenu un primitif.\n   E t combien l’œuvre apparaît dissemblable...\n   Ailleurs, c ’est la palette où il a essayé toutes ses\n couleurs, c ’est le kaléidoscope de son cœur frivole,\n ce sont des livres de sensations et de rythmes, des\nlivres tourmentés, désemparés, aventureux, faits,\n les uns pour être recouverts d’un satin rose un peu\n fané, les autres d’un velours sanglant.\n\n\n\n\n 234\n"}, {"page_pdf": 264, "page_imprimee": 235, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1996, "texte": "   Voici le livre, tout de recueillement, tout de\ndouceur, insouciant des choses extérieures, qui doit\nêtre revêtu de soie blanche.\n   L e seul poème catholique ! a dit Jules Lemaître,\net en vérité, à moins de remonter à saint Ambroise\net à Adam de St Victor, à moins d’évoquer les\népopées chenues de la chanson de Roland et du Saint\nGraal, où retrouver, sauf dans l’œuvre de Dante,\nles sentiments chrétiens plus poétiquement exprimés ?\n   Est-ce au X V IIe siècle ?\n   Un ingénieux critique qui s’amusa plus d’une fois\nà caricaturer Verlaine, Anatole France, écrivait\n dans la « Vie Littéraire » :\n   « Dans tout ce X V IIe siècle vanté comme un\ngrand âge chrétien, où sont les poètes qui prient ?\nCeux qui laissèrent des poésies spirituelles écri­\nvaient dans le goût Louis X III, qui était un goût\ntrop fier et même quelque peu capitan et matamore.\nComme Polyeucte au temps du Cardinal, leurs\npoètes pénitents avaient un chapeau à plumes, des\ngants à manchettes et une longue cape que la rapière\n relevait en queue de coq ».\n    Ils chantèrent, selon Léon Bloy, le Dieu des\n architectes et des tapissiers de la monarchie et leur\n poésie d’étiquette ou de catafalque avait juste le prix\n marchand de l’aumône royale qu’on laissait tomber\n dans leur sébile.\n    Voici Verlaine : « Un homme se présente au seuil\n de l’Eglise éternelle du Christ, je ne dis pas le plus\n grand, ni le meilleur, mais l’unique, absolument,\n celui qu’on était las d’espérer ou de rêver depuis\n des siècles, un poète chrétien.\n    Ce minable claquedent, dénué même des tessons\n de Job, porte son fumier sur son esprit et sa besace\n autour de son cœur. Il s’agenouille à l’entrée du\n viel habitacle de l’Espérance, de l’antique vaisseau\n  des Extases, et, du fond de sa conscience, invoque\n le Dieu flagellé pour qu’il soit le témoin de son\n holocauste.\n     Il arrive des lointains cloaques, apportant l’iné­\n  galable trésor des puanteurs, des nudités, des\n\n\n\n\n                                                     235\n"}, {"page_pdf": 265, "page_imprimee": 236, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1913, "texte": "dérélictions, des blasphèmes et des désespoirs du\nsiècle, puisque l’épouse indéfectible du Rédempteur\na reçu le pouvoir de transfigurer tout cela. Il a\nchoisi d’être le bouc propitiatoire et le sacrifice qu’il\noffre est cousin germain de l’effroyable désolation\nqu’il assume ». (x)\n    Un autre critique, M. Charles Morice, définit\n Sagesse le plus beau poème écrit en France depuis\nles Fleurs du Mal.\n   Ce livre apparaît tout à coup dans l’ensemble de\nl’œuvre de Verlaine comme une surprise : Il fut une\nsurprise pour l’auteur lui-même : un éclair l’avait\nilluminé sur sa voie tandis qu’il revenait lassé, de\nplus loin que le chevalier Tannhäuser fuyant les\nensorcellements du Venusberg.\n   Ce fut un salutaire catastrophe qui le terrassa en\nchemin.\n   Dans « Mes Prisons » auto-biographie sincère, il\nraconte la genèse du livre : Certain jour de Juillet\n73 , il se prit de querelle à Bruxelles avec son com­\npagnon d’aventures, Arthur Rimbaud, et l’égratigna\nd’une balle. Après une brève détention préventive\naux Petits-Carmes, il fut condamné pour coups et\nblessures à deux ans de prison qu’il alla purger à\nMons.\n   C ’est là que naquit Sagesse.\n   Un livre, le Catéchisme de Persévérance de Mon­\nseigneur Gaume, fut l’occasion de sa conversion.\n   « En dépit d’un art déplorable en fait d’écriture,\ndit-il, et d’une syntaxe à peine en vie, Monseigneur\nGaume fut pour moi — pourri d’orgueil, de syntaxe\net de parisienne sottise — l’apôtre.\n   Je lus la centaine de pages consacrées par le bon\nprélat au sacrement de l’Eucharistie.\n   Je ne sais si ces pages constituent un chef-\nd’œuvre. Mais, dans la situation d’esprit où je me\ntrouvais, l’ennui profond où je plongeais en dépit de\ntous bons égards et de la vie relativement heureuse\nque ces bons égards me faisaient, et le désespoir de\nn’être pas libre et comme, aussi, de la honte de me\n  (x) L éon B loy. — U n Brelan d’Excom m uniés, page 100.\n\n\n\n\n236\n"}, {"page_pdf": 266, "page_imprimee": 237, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1884, "texte": "trouver là, déterminèrent, un certain petit matin de\njuin, après quelle nuit douce-amère passée à méditer\nsur la présence réelle et la multiplicité sans nombre\ndes hosties figurée aux saints évangiles par la mul­\ntiplication des pains et des poissons — tout cela,\ndis-je, détermina en moi une extraordinaire révolu­\ntion — vraiment !\n   Il y avait depuis quelques jours, pendu au mur de\nma cellule, au-dessous du petit crucifix de cuivre\nsemblable à celui dont il a été précédemment parlé,\nune image lithographique assez affreuse, aussi bien,\ndu Sacré-Cœur ; une longue tête de Christ, un\ngrand buste émacié sous de larges plis de vêtement,\nles mains effilées montrant le cœur\n                  Qui rayonne et qui saigne,\ncomme je devais l’écrire un peu plus tard dans le\nlivre Sagesse.\n   Je ne sais quoi ou qui me souleva soudain, me\njeta hors de mon lit, sans que je pusse prendre le\ntemps de m’habiller et me prosterna en larmes, en\n sanglots, aux pieds du Crucifix et de l’image suré­\n rogatoire.\n    Priant, à travers mes larmes, à travers les sourires,\n comme d’enfant, de comme un criminel racheté,\n priant, ô, à deux genoux, à deux mains, de tout mon\n cœur, de toute mon âme, de toutes mes forces,\n selon mon catéchisme ressuscité !\n    Combien est-ce que je réfléchissais sur l’essence\n et l’évolution même de la chose qui s’opérait en\n moi ! Pourquoi, comment !\n    E t j ’avais de ces ardeurs, de ces, comme on dirait\n en nos odieux temps, dispositions ! Comme j’étais\n bon, simple, petit !\n    E t ignorant !\n    « Domine, noverim te ! »\n    Quelle candeur d’enfant de chœur, quelle gentil­\nlesse de vieux- et jeune ! alors, pécheur converti,\n d’orgueilleux s’humiliant, d’homme violent devenu\nun agneau ! »\n   Ce fut ainsi que la douleur, cette mystérieuse\npassante qui fend les âmes pour les briser ou pour\n\n\n\n\n                                                      237\n"}, {"page_pdf": 267, "page_imprimee": 238, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1723, "texte": "les élargir suivant le degré de force qu’elles lui\nopposent, fut pour Verlaine rédemptrice et inspira­\ntrice. Son rude contact fit renaître en lui, à la place\ndu cœur flétri, un cœur fort et candide :\n\nBon chevalier masqué qui chevauche en silence,\nLe malheur a percé mon vieux cœur de sa lance.\nLe sang de mon vieux cœur n’a fait qu’un jet vermeil\nPuis s’est évaporé sur les fleurs, au soleil.\nL ’ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma bouche\nE t mon vieux cœur est mort dans un frisson farouche.\nA lors le chevalier Malheur s’est rapproché,\nI l a mis pied à terre et sa main m’a touché.\nSon doigt ganté de fer entra dans ma blessure\nTandis qu’il attestait sa loi d’une voix dure.\nE t voici qu’au contact glacé du doigt de fer\nUn cœur me renaissait, tout un cœur pur et fier.\n\nE t voici que, fervent d’une candeur divine,\nTout un cœur jeune et bon battit dans ma poitrine.\n\nOr, je restais tremblant, ivre, incrédule un peu,\nComme un homme qui voit des visions de Dieu.\nMais le bon chevalier, remonté sur sa bête,\nEn s’éloignant me fit un signe de la tête\nE t me cria (j’entends encor cette voix) :\n« A u moins, prudence! Car c’est bon pour une fois. »\n\n   En 1880, en plein tohu-bohu, en pleine foire\nnaturaliste, « dans ces jours d’esprit charnel et de\nchair triste », à l’heure même où la vogue acclamait\nl'Assommoir e t Nana, brutales épopées de l’animalité\nhumaine, à l’heure où triomphait « cette doctrine\nde marcassins et de glands tombés » — ainsi que\nl’appelait Barbey d’Aurevilly — Sagesse parut comme\nun doux tintement d’angelus au milieu de l’orgie.\n                              ★\n                          *       *\n\n  Sagesse est un triptyque.\n  Dans le premier volet, s’offre le néophyte, ardent\n\n\n\n\n238\n"}, {"page_pdf": 268, "page_imprimee": 239, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1985, "texte": "de connaître, désireux d’aimer ; ses yeux, bien que\ndessillés, clignotent encore à la vraie lumière ; les\nincertitudes et les angoisses disputent encore son\nâme à la paix ; le vieil homme ne se résigne pas\nvolontiers à être sacrifié.\n\nA lors un grand désir, un seul, vient investir\nLe pénitent, après les premières alarmes,\nE t c’est d’humilier son front devant les larmes\nDe naguère, sans rien qui pourrait amortir\nLe coup droit pour l’orgueil, et de rendre les armes\nComme un soldat vaincu, triste, de bonne foi.\n\n  Dans les transes de la lutte, il s’apitoie, puis il\ngourmande sa lâcheté et s’encourage à bien faire.\n\nSi ces hiers allaient manger nos beaux demains ?\nSi la vieille folie était encore en route ?\nCes souvenirs, va-t-il falloir les retuer ?\nUn assaut furieux, le suprême, sans doute !\nO, va prier contre l’orage, va prier.\n\n    Mais le triomphe est proche : les tentations s’éloi­\ngnent pour mourir enfin. Toutes les voix : les voix\nde l’orgueil, les voix de la haine, les voix de la\nchair, les voix d’autrui, les colères, les soupirs\nnoirs, les regrets, les tentations meurent une à une,\nmeurent toutes parmi la voix que la prière emporte au\nCiel, elles meurent parmi la voix terrible de l’amour.\n C ’est le sujet de cet admirable poème des Voix, un\ndes plus beaux qui jaillirent d’un cœur d’homme.\n    Pendant cette période, le passé lui réapparaît\nsouvent, des réminiscences surgissent à tous les\ntournants. L e souvenir de la femme s’obstine et il\nest curieux de voir comment sa conception se\nmodifie petit à petit pour lui. Ce n’est plus la con­\nception baudelairienne à laquelle il a sacrifié dans\nles Poèmes Saturniens et dans les Fêtes Galantes ; ce\nn’est plus le joli monstre, la sirène dont la voix\nfuneste attire les matelots au fond des abîmes, ni la\nCircé magicienne qui change l’homme en bête\nimmonde. Cette conception qui allie le mépris à\nl’adoration, qui n’exalte la femme que pour mieux\n\n\n\n\n16                                                     239\n"}, {"page_pdf": 269, "page_imprimee": 240, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1933, "texte": " la déshonorer est bien loin. A cette conception là,\n la Bonne Chanson en avait déjà substitué une autre\nplus humaine. Dans ce frais poème, comme l’écrit\n M. Maurice Dullaert : « les fantômes lugubres qui\nle hantaient se sont évanouis ; les désenchantements,\nles ironies et les pensées amères font silence ; il\nsemble évadé d’un cauchemar et tout un printemps\nde foi pure et naïve refleurit dans son âme meilleure.\n   Que s’est-il passé ? Presque rien : Paul Verlaine\nest fiancé. Il a suffi, pour le séduire et le captiver,\nd’une candide enfant apparue. Elle, ce n’est plus la\ntant maudite créature de ruse et de ténèbres, c’est\nla Fée, l’Ange, l’être d’aurore et de clarté dont la\nvenue illumine tout à l’entour, la compagne rêvée\net l’âme que son âme depuis toujours pleure et\nréclame, et c ’est à ses genoux, comme un page\nsuppliant aux genoux d’un princesse de légende,\nqu’il chante, dans la Bonne Chanson, le « doux mal\nqu’on souffre en aimant. » Disparu, l’ennui morose ;\nchassées, les prévisions funestes ; fuie, la vie dis­\nsipée du poète bohème et noctambule noyant ses\nchagrins « en des breuvages exécrés » L e voici tout\nrajeuni, le cœur allègre, riche d’espoirs et plein de\nbons propos :\n\nOui, je veux marcher droit et calme dans la vie,\nVers le but où le sort dirigera mes pas,\nSans violence, sans remords et sans envie ;\nCe sera le devoir heureux aux gais combats.\n\nE t comme, pour bercer les lenteurs de la route,\nJe chanterai des airs ingénus, je me dis\nQu’elle m’écoutera sans déplaisir sans doute :\nE t vraiment je ne veux pas d’autre paradis.\n\n   L a nature entière participe à son ravissement ;\nl’aube, l’azur, le soleil sont les confidents de son\nivresse ; il charge l’étoile du matin de messages\npour sa mie. Puis il se plaint des mélancolies de\nl’absence, évoque en son œil la voix, le regard, le\ngeste de la promise, et de subites inquiétudes le\nchagrinent à la pensée qu’elle est rieuse peut-être et\n\n\n\n\n240\n"}, {"page_pdf": 270, "page_imprimee": 241, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1829, "texte": "oublieuse, tandis qu’il songe loin d’elle. L e devoir\nsera si facile, égayé par la féale tendresse de\nl’épouse, et qu’elles seront profondes les joies inti­\nmes du foyer entrevues et douces les longues soirées\nde tête-à-tête sous la lampe, « les yeux se perdant\nparmi les yeux aimés ! » Oh ! qu’elle sonne vite\npour l’impatient l’heure nuptiale ! Les délicieux\népithalames qu’il compose en l’attendant ! (1)\nDonc, ce sera par un clair jour d’été ;\nLe grand soleil, complice de ma joie,\nFera, parmi le satin et la soie,\nPlus belle encor votre chère beauté ;\nLe ciel tout bleu, comme une haute tente,\nFrissonnera somptueux à longs plis\nSur nos deux fronts heureux qu’auront pâlis\nL ’émotion du bonheur et l’attente ;\nEt, quand le soir viendra, l’air sera doux\nQni se jouera, caressant, dans vos voiles,\nE t les regards paisibles des étoiles\nBienveillamment souriront aux époux.\n\n   Dans Sagesse la femme apparaît comme une com­\npagne apaisante et c’est la conception que nous\nretrouvons formulée dans le livre Bonheur qui est\nla suite de Sagesse.\n\nJe voudrais, si ma vie était encore à faire,\nQu’une femme très calme habitât avec moi,\nPlus jeune de dix ans, qui portât sans émoi\nLa moitié d’une vie au fond plutôt sévère.\nNotre cœur à tous deux dans ce château de verre,\nNotre regard commun ! franchise et bonne foi,\nUn et double dirait comme en soi-même : Voi !\nE t répondrait comme à soi-même : persévère !\nElle se tiendrait à sa place, mienne aussi,\nNous serions en ceci le couple réussi\nQue l’inégalité, parbleu ! des caractères\nNe saurait empêcher l’équilibre qu’il faut,\nCe point étant compris d’esprits en somme austères\nQu’au fond et qu’en tout cas l'indulgence prévaut.\n (1) Verlaine, par M a u r i c e D u l l a e r t . (Gand. Siffer, 1896).\n\n\n\n\n                                                                       241\n"}, {"page_pdf": 271, "page_imprimee": 242, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1802, "texte": "  Voici le volet central du triptyque.\n   Nous entrons dans une période d’exaltation et\nd’extase. L e poète est devant l’autel, il prie et sa\nprière a toutes les belles effusions mystérieuses qui\ncaractérisaient les élans d’un Saint-Augustin ou\nd’une Cathérine de Sienne. C ’est la série de ces\nstances et de ces sonnets célèbres où l’âme con­\nverse avec le Créateur dans un dialogue intime qui\nrappelle les plus beaux passages de l’Imitation.\nJamais peut-être la poésie n’a pu s’enrouler sur de\nplus ardentes tiges et n’est montée plus haut hors\ndu monde, dans le ravissement infini. Vaincu par\nla prière, il s’abandonne à la grâce et reçoit les\nconseils et les promesses.\n\nE t pour récompenser ton zèle en ces devoirs\nSi doux qu’ils sont encore d’ineffables délices,\nJe te ferai goûter sur terre mes prémices,\nLa paix du cœur, l’amour d’être pauvre, et mes soirs\nMystiques, quand l’esprit s’ouvre aux calmes espoirs\nE t croit boire, suivant ma promesse., au Calice\nEternel, et qu’au ciel pieux la lune glisse,\nE t que sonnent les angélus roses et noirs,\nEn attendant l’assomption dans ma lumière,\nL ’éveil sans fin dans ma charité coutumière,\nLa musique de mes louanges à jamais,\nEt l'extase perpétuelle et la science,\nE t d’être en moi parmi l’aimable irradiance\nDe tes souffrances, enfin miennes, que j ’aimais !\n\n   On a contesté, à Verlaine, jusqu’au titre de poète\ncatholique. De tels vers répondent à de telles criti­\nques. Elles font justice de la suspicion que certains\nécrivains préposés aux admirations orthodoxes,\nlaissèrent planer sur la sincérité de l’auteur de\nSagesse.\n   Qu’on reproche à Verlaine ses erreurs, ses fautes,\nles lits d’aventure où il échoua, soit ! mais sincère\ndans le péché, il est sincère dans la contrition et\nl’on ne comprend pas que la même anthologie qui\n\n\n\n\n242\n"}, {"page_pdf": 272, "page_imprimee": 243, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1914, "texte": " accueille généreusement J.-B. Rousseau et Delille\n prétende ostraciser Verlaine. Rubens sera-t-il exclu\n du maître-autel à cause de ses conceptions charnel­\n les et voluptueuses ? D ’ailleurs la mort est peut-être\n une circonstance atténuante du génie. Tant qu’un\n grand écrivain de croyance catholique est en vie,\n on le tient à quelque distance, on se garde bien de\n le couvrir d’un patronage, qui pourrait devenir\n dangereux. Mais quand il est mort, quand on est\n sûr qu’il est bien mort, les chacals de la gloire\n s’approchent avec prudence de son cadavre. Em­\n baumé, couvert de fleurs, il bénéficie parfois d’une\n adoption posthume. C ’est que ces hommes circons­\n pects savent très bien que la gloire littéraire n’est\npas une quantité négligeable, que le génie peut\nréfléter sur une cause, si grande qu’elle soit par\nelle-même, des rayons qui la font plus belle. Et\n c’est pourquoi, avant qu’il soit longtemps, l’éduca­\ntion littéraire des collèges catholiques sera initiée\nà des œuvres telles que Sagesse.\n    On veut bien recueillir les fruits du labeur du\npoète, non être solidaire de sa lutte. C ’est pourquoi\non le suit du coin de l’œil avec circonspection, tou­\njours prêt à le désavouer, mais bien disposé, le jour\noù il mourra dans un nimbe de gloire dont il sera le\nseul artisan, à revendiquer ce nimbe et à s’habiller\nde cette gloire.\n                         *   *\n   L ’exaltation fait place à l’apaisement. Revenu\ndans le monde, le poète y apporte une philosophie\nnouvelle. L e voici sage, il passera indifférent, il a\ntrouvé sa boussole, il accepte l’impératif catégorique\nqui s’est révélé à lui.\n\nDésormais le Sage, puni\nPour avoir trop aimé les choses,\nRendu prudent à l’infini,\nMais franc de scrupules moroses,\nLe Sage peut dorénavant,\nAssister aux scènes du monde,\nE t suivre la chanson du vent,\nE t contempler la mer profonde.\n\n\n\n\n                                                    243\n"}, {"page_pdf": 273, "page_imprimee": 244, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1666, "texte": "I l aimera les deux, les champs,\nLa bonté, l’ordre et l’harmonie,\nE t sera doux, même aux méchants,\nAfin que leur mort soit bénie.\n\nDélicat et non exclusif,\nI l sera du jour où nous sommes :\nSon cœur, plutôt contemplatif,\nPourtant saura l’œuvre des hommes.\n\nMais revenu des passions,\nUn peu méfiant des « usages »,\nA vos civilisations\nPréférera les paysages.\n\n   Les tempêtes, s’il en survient, trouveront l’huile\nqui les calmera. L ’apaisement d’une conscience\nenfin saine se répand sur les choses extérieures.\nRien de plus doux que cette confusion du dedans et\ndu dehors.\n   L a nature se mêle à son âme et l’on songe en\nlisant tel poème La Prière du Matin dans Amour,\nLe Bon Pauvre dans Bonheur et surtout La Fête dit\nB lé qui clôt admirablement le livre de Sagesse, on\nsonge aux Fioretti de S t François d’Assise.\n   On trouve aussi dans les primitifs flamands et\nitaliens cette spiritualisation de la matière et si la\nthéorie naturaliste est vraie, que « la nature doit\nêtre vue à travers un tempérament » on comprend\ncette fusion des sensations et des sentiments.\n   Toute la devise des mystiques n’est-elle pas : « ab\nexterioribus ad interiora, ab interioribus ad supe ­\nriora. »\n   « L e monde sensible, dit Jules Lemaître, dans\nses Contemporains, la rue ou le ciel vous entre dans\nles yeux. Il cesse de vous être extérieur, vous perdez\nle pouvoir de l’objectiver, vous éprouvez qu’un\npaysage n’est qu’un état de conscience. Dès lors,\nvous n’avez qu’à dire vos perceptions pour traduire\nvos sentiments ; vous n’avez plus besoin de préciser\nle rapport entre la cause et l’effet, entre le signe et\nla chose signifiée, puisque les deux se confondent. »\n\n\n\n\n244\n"}, {"page_pdf": 274, "page_imprimee": 245, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1907, "texte": "   Nulle part, je le répète, cette compénétration\nn’apparaît plus visible que dans La Fête du Blé.\n\nC’est la fête du blé, c’est la fête du pain\nA u x chers lieux d’autrefois revus après ces choses !\nTout bruit, la nature et l’homme, dans un bain\nDe lumière si blanc que les ombres sont roses.\n\nL ’or des pailles s’effondre au vol siffleur des faux\nDont l’éclair plonge, et va luire, et se réverbère.\nLa plaine, tout au loin couverte de travaux,\nChange de face à chaque instant, gaie et sévère.\nTout halète, tout n’est qu’effort et mouvement\nSous le soleil, tranquille autour des moisson mûres,\nE t qui travaille encor imperturbablement\nA gonfler, à sucrer là-bas les grappes sures.\nTravaille, vieux soleil, pour le pain et le vin,\nNourris l’homme du lait de la terre, et lui donne\nL ’honnête verre où rit un peu d’oubli divin.\nMoissonneurs, vendangeurs là-bas ! votre heure est bonne !\nCar sur la fleur des pains et sur la fleur des vins,\nFruit de la force humaine en tous lieux répartie,\nDieu moissonne, et vendange, et dispose à ses fins\nLa Chair et le Sang pour le calice et l’hostie !\n                             ★\n\n\n\n\n   Verlaine est dans Sagesse le plus chrétien des\npoètes de ce siècle, comme il est dans toute son\nœuvre un des plus humains d’entre eux ; il est,\ncomme on l’a dit « l’homme frisson ». L a vie toute\nentière tressaille dans ses poèmes.\n   Avant lui, la poésie française avait connu — et\nelle connaît encore — d’admirables poètes. Mais ne\npeut-on pas reprocher à plusieurs d’entre eux\nd’avoir été trop volontiers des rhéteurs ? Leur poé­\nsie n’est-elle pas souvent une belle prose où la raison\nl’emporte sur l’impression.\n   Dans sa réponse à Monsieur Jules Huret lors\nd’une enquête fameuse, Verlaine s’exprimait ainsi :\n« On doit voir tout de même sous mes vers le gulf­\nstream de mon existence, où il y a des courants\n\n\n\n\n                                                         245\n"}, {"page_pdf": 275, "page_imprimee": 246, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1631, "texte": "d’eau glacée et des courants d’eau bouillante. Des\ndébris, oui. Des sables, bien sûr. Des fleurs, peut-\nêtre. »\n   C ’est son existence et c ’est l’humanité. E t c ’est\npourquoi Verlaine demeurera, car toute la joie que\nnous éprouvons à lire les poètes se résume dans le\nportrait de nous-mêmes qu’ils nous tracent. Une\nimpression écrite ne nous paraît vraie que pour\nautant que nous l’ayons, si peu que ce soit, éprouvée\nnous-mêmes. Bossuet n’a-t-il pas dit : « L e plaisir\nde l’homme c’est l’homme ». Aussi les générations\nà venir frémiront comme la nôtre à lire ces poèmes\nvrais comme la vie elle-même. Aussi le buste qui\ns’élèvera bientôt au Jardin du Luxembourg et qui\nrira « au centre d’un boulingrin » sera un but de\npèlerinage pour quiconque aime la vie. Verlaine est\net restera comme Musset, le poète de la vie, c’est-\nà-dire le poète de l’amour.\n                            H en ry Carton                     de   W ia r t .\n\n\n\n\n            Vous êtes calme, vous voulez un vœu discret,\n            Des secrets à mi-voix dans l’ombre et le silence,\n            Le cœur qui se répand plutôt qu’il ne s’élance,\n            Et ces timides, moins transis qu’il ne parait.\n\n            Vous accueillez d’un geste exquis telles pensées\n            Qui ne marchent qu’en ordre et font le moins de bruit..\n\n\n            Donnez leur le silence et l’amour du mystère,\n            O Dieu glorifleur du bien fait en secret,\n            A ces timides moins transis qu’il ne parait,\n            Et l’horreur et le pli dos choses de la terre...\n\n                                                                (Sa g esse, II, 3.)\n\n\n\n\n246\n"}]}, {"article_id": "ulb-spectateur-catholique-1897-05-n5-010", "volume": "ELB-ULB-a0105-1897-001-0001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0105-1897-001-0001.pdf", "ocr_sha256": "927a836c0aedcbe8b042863115a41c0c2d1f0a8b7c80ac65d6f4568a111343c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 247, "page_fin": 259, "titre_corps": "Les Poètes mystiques III : Verlaine, ou le scrupule de la Beauté", "titre_sommaire": "Les Poètes mystiques III : Paul Verlaine ou le Scrupule de la Beauté", "rubrique": "", "signature_source": "Adrien Mithouard", "ancre_debut": "Les Poètes mystiques I                    Verlaine, ou le scrupul", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 276, "page_imprimee": 247, "debut_caractere": 7, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "Les Poètes mystiques\nI\n\n\n\n\n               Verlaine, ou le scrupule de la Beauté.\n\n    Si la beauté est essentiellement religieuse, elle\n devient profane en cessant d’être essentielle.\n    Ouvrer une œuvre, c’est dans tous les cas, grou­\n per des éléments d’expression qui s’adressent aux\n sens, c’est dresser d’abord quelque architecture de\n sons et d’images. Ainsi l’eurythmie de la Beauté\n participe de notre physiologie : nulle œuvre d’art\n n’existe que selon les lois de notre organisme. E t si\n les formes de la beauté ne peuvent jamais s’ordonner\n que selon la loi de l’homme, l’harmonie en consiste\n à nous procurer de quelque façon le libre jeu de\n nos organes et à les imiter. Partant la beauté for­\n melle a pour signe le plaisir qu’elle nous donne, car\n il consiste dans l’exercice normal de notre activité.\n Rien donc, parmi une œuvre, ne s’exprime qu’agréa­\n blement : toute forme est joyeuse. Point d’art qui\n ne marque quelque souci d’une forme expressive.\n Nulle forme qui ne sollicite de nous le frisson païen\n de l’intelligence, la béatitude physique de l’évidence.\n L ’attrait des œuvres d’art en est la parole, et la\n volupté l’idiome de l’art.\n    De là quelque paganisme de la Beauté.\n    Voilà pourquoi de hauts artistes se sont si admi­\n rablement obstinés à tenir d’obscurs langages.\n Eussent-ils été de clairs parleurs ? Leur clarté même\nnous eût fermé l’accès des pensées essentielles par\nun réseau d’agréments extérieurs. L e sens de\nl’œuvre nous eût été interdit par un cercle de char­\nmes ensorceleurs. Deux harmonies leur ont semblé\ninconciliables, l’harmonie intime et l’harmonie ex­\npressive. C ’eut été un désordre de s’exprimer. Aussi\nne puis-je songer sans grand pitié aux si jolis, si\njolis vers que Gabriel Vicaire consacra à Jésus et à\n Madeleine.\n    E t voilà pourquoi encore d’autres ont crié sur\nl’art la parole d’anathème. Outre qu’ils virent dans 247\n"}, {"page_pdf": 277, "page_imprimee": 248, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "la beauté des formes une magie par quoi l’esprit est\ninutilement captivé, il leur semblait aussi que le\ndivertissement où elle arrête notre sensualité n’est\nrien qu’amollissant et voluptueux, et ces vains jeux\ndes lumières et des musiques leur apparurent de\ndétestables fêtes de nos sens, plutôt qu’un langage\nque l’homme puisse parler à Dieu. Il ne pouvait\nêtre d’art religieux, puisque l’art flatte d’abord nos\npassions. E t comme Platon avait chassé Homère,\nle dominicain Savonarole se fit iconoclaste et brûla\nles écrits de Dante et de Pétrarque.\n   L ’ombre de Savonarole est sur Verlaine.\n   Je voudrais dire en lui l’artiste et l’homme, et\ncomment, dans un drame littéraire exquis et dou­\nloureux, le poète mystique fut consommé par le corps\nà corps de ces deux frères ennemis qu’il fut.\n                             ★\n                         *       *\n\n   On ne trouverait pas dans toute notre poésie fran­\nçaise de virtuose tel que Verlaine. Il a débuté par\nêtre un pur parnassien, ce qui est dire un ciseleur\nde verbes rares, et l’on a pu désigner ses Fêtes\nGalantes comme le chef-d’œuvre du Parnasse. Il se\nplia aux plastiques les plus diverses. L ’on sait de\nlui, dans les Poèmes Saturniens, des pièces védiques\net helléniques où est jouée de main de maître la\nmaîtrise de Leconte de Lisle, d’étincelants feux\nd’artifices de rimes, folles et mélancoliques ensem­\nble, et chatoyantes de plus de grâces spirituelles\nque n’en a la gaîté banvillesque, si brusque parfois\net comme si colérique, des pages qui pourraient\naussi bien être de Théophile Gautier, d’imprécis\ntableaux que lui eût enviés Sainte-Beuve, des truan ­\nderies à la Richepin, et surtout des pièces A la\nmanière de Paul Verlaine. Il n’est peut-être de si\ndivers en cette génération et de si aisément protéi­\nforme qu’un autre ouvrier, Saint-Saëns. C ’est volon­\ntiers donc d’un mot artiste qu’il s’exprime. Il dira :\n« un Watteau rêvé par Raffet. »\n   Qu’il a évoqué de paysages ! Sa vision est ondo­\nyante et informée. Ce sont des grotesques à la Callot,\n\n\n\n\n248\n"}, {"page_pdf": 278, "page_imprimee": 249, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2052, "texte": "des eaux-fortes, des gravures à la manière noire,\ndes Tony Johannot, des natures que Watteau eût\nchiffonnées, des buées mythologiques où le rêve de\nCorot s’évapore. Mais pour moi, tant se soutient en\nlui l’intelligence de la modernité, je le lirais volen ­\ntiers au Luxembourg parmi les tableaux légués par\nle peintre Caillebotte, à moins que ce ne soit en\nquelque banlieue par-dessus l’agglomération des toits\nde tuile. Il sent en effet toutes choses en peintre\nimpressionniste. Il rappelle Monet pour la curiosité,\nManet pour l’amertume sobre de la vision. Ses\npaysages sont concis et simples, teintés d’humeur,\nrésignés, vus sur le vif. L ’aspect en trahit un raffiné\navec un peu des hallucinations de la fatigue. Ils\nsont d’un œil exercé à solliciter de toutes parts des\nfinesses et des nuances de tons qu’au besoin il\nréalise en regardant. Les paysages de ville l’ont\nfasciné et il fut des artistes de cet âge qui se prirent\nd’une prédilection nostalgique pour Londres et\nBruxelles. Il a inventé le gris Verlaine.\n    Mais ce paysagiste fut surtout un musicien. L ’âge\nde la sculpture ayant été, dans la poësie française,\nrévolu par les poèmes marmoréens de Leconte de\nLisle, beaux de lignes et d’attitudes, Verlaine parut\nqui délia le régulier et sinueux assemblement des\nformes, morcela l’alexandrin, cassa la statue et en\nfit tinter les morceaux comme du cristal. L a rime\ntantôt s’étouffa dans la rapidité des enjambements\net tantôt vibra éclatante, soutenue, timbrée par les\néchos intérieurs du vers. Tant d’éléments qui étaient\nassociés pour des sinuosités, il les réunit selon de\nla musique :\n\n       « D e la musique encore et toujours !\n         Que ton vers soit la chose envolée\n         Q u’on sent qui fuit d’une âme en allée\n         V ers d’autres cieux à d’autres am ours.... »\n\n\n   Celui qui se complaisait aux paysages de cendre\net aux ciels de perle, se berçait plus volontiers aux\nrythmes impairs, de musique ténue et troublante,\net désolée encore, mais si peu.\n\n\n\n\n                                                         249\n"}, {"page_pdf": 279, "page_imprimee": 250, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1810, "texte": "       « D e la musique avant toute chose\n         E t pour cela préfère l ’Impair,\n         Plus vague et plus soluble dans l ’air\n         Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.\n\n         Il faut aussi que tu n’ailles point\n         Choisir tes mots sans quelque m éprise :\n         Rien de plus cher que la chanson grise\n         Où l’Indécis au Précis se joint.\n\n\n         Car nous voulons la N uance encor,\n         P a s la couleur, rien que la nuance !\n         Oh ! la nuance seule fiance\n         L e rêve au rêve et la flûte au cor !\n\n   Il a joué des morceaux étonnants. Qu’il exaspère\navec un art, avec une délicatesse infinie les mètres\ndifférents les uns par les autres ! Volontiers il use\nde l’ancien dix pieds (4+6) dont les deux inégales\nmoitiés s’efforcent l’une vers l’autre, haletant par\nlà et inquiet comme les impairs, et il en rehausse\nau besoin l’emploi du voisinage paradoxal et lanci­\nnant des pentamètres. Ecoutez plutôt :\n\n       Comme la voix d’un mort qui chanterait\n                Du fond de sa fosse,\n       M aîtresse, entends monter vers ton retrait\n                Ma voix aigre et fausse.\n\n       Ouvre ton âme et ton oreille au son\n                D e ma mandoline.\n       Pour toi j ’ai fait, pour toi cette chanson\n                C ruelle et câline.\n\n   Il sait encore le charme des syntaxes évocatrices\net la chanson des mots câlins. Des paroles légères\net aériennes ainsi, de mélodieusement simples, de\nfrêles et de frissonnantes, de pleureuses si délicieu­\nsement, de qui en avons-nous entendu ? De Musset\npeut-être. Aucune pourtant que je n’oubliasse volon­\ntiers pour ceci :\n\n         E coutez la chanson bien douce\n         Qui ne pleure que pour vous plaire.\n         E lle est discrète, elle est légère :\n         U n frisson d’eau sur de la m ousse...\n\n\n\n\n250\n"}, {"page_pdf": 280, "page_imprimee": 251, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1991, "texte": "          A ccu eillez la voix qui persiste\n          E n son naïf épithalame.\n          A llez, rien n’est m eilleur à l ’âme\n          Que de faire une âme moins triste.\n\n          E lle est en peine et de passage\n          L ’âme qui souffre sans colère,\n          E t comme sa m orale est claire !...\n          E coutez la chanson bien sage.\n\n  A toute page s’accusent des formules sveltes et\nnerveuses, des ellipses, des raccourcis et des fuites\nde mots, des barbarismes où se trahit le forgeron-né\nde bonne langue française.\n   Un artiste prodigieux enfin, un fin voyeur, un\nvioloniste inquiétant. Par-dessus tout un poète mali­\ncieux qui craint les voies battues, les couleurs bruy­\nantes, les musiques pompeuses, et de rêver langou­\nreusement au bord des lacs.\n                               *\n                              * *\n\n   L ’homme en effet que chante ce musicien de soi-\nmême est profondément sincère, et jusque presqu’au\ncynisme. Qui ne le sait? Nous eûmes pourtant à\ndéfendre sa mémoire l’autre année, dans la presse\ncatholique hélas ! (1) où la publication de Parallèle­\nment avait fait douter de la probité parallèle d’une\nœuvre telle que Sagesse. Qui ne voit qu’un converti\nsuspect se fût soigneusement gardé de tant de mal­\nadresse ? L a naïveté éclate, et la bonne foi, garante\nde la foi. En vérité on l’eût trouvé sincère, s’il l’eût\nété moins.\n   Il fut surtout un vieil enfant, prompt à l’enthousi­\nasme, à la plaisanterie et à la colère, un « don Qui­\nchotte », terrible et comique à la fois, de volonté\nfaible et de mœurs abandonnées, bavard, un peu\nivrogne, très maniaque, criant pour se faire peur,\nun matamore qui se serait rossé lui même, έαυτόν\nτιμωρούμενος, s’accusant, s’il est possible, de plus de\nvices qu’il n’en avait et capable en effet d’en inventer,\n\n  (1) D ans le journal le Monde, où M. d’A zam buja avait eu le\nmauvais goût de parodier l’un des plus beaux poèmes de\nSagesse.\n\n\n\n\n                                                            251\n"}, {"page_pdf": 281, "page_imprimee": 252, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": " assez candide toutefois pour faire dans le même\ntemps l’hommage d’un cœur pur à la Vierge Marie,\n suprêmement touchant ! « L ’âme d’un immortel\nenfant, écrivait Charles Morice, c’est en effet l’âme\nmême de Verlaine, avec tous les bénéfices et tous\nles dangers d’être cela : avec les prompts désespoirs\nfacilement distraits, les grandes gaîtés sans grands\nmotifs, les défiances et les confiances excessives,\nles volontés tôt lasses et les sourds et aveugles\nentêtements, — surtout, avec le perpétuel renouveau\ndes impressions dans l’incorruptible intégrité de la\nvision, de la sensation personnelle ».\n   A propos de lui, quelqu’un a pu nommer Villon.\nIl fut certes incapable de « composer » sa vie, le\nmême qui répugna toujours à « arranger » ses\npoèmes. Car lisez par exemple certaine Ariette\noubliée : les idées s’y enfilent au petit bonheur des\nrimes heureuses, amusantes, fantaisistes, herma­\nphrodites :\n\n         C ’est le chien de Jean de N ivelle\n         Qui mord sous l ’œil même du guet\n         L e chat de la mère M ichel ;\n         François-les-bas-bleus s’en égaie...\n\n\n   Il aime ainsi à parler devant lui, sans apprêt,\nselon lui-même. Dix autres pièces, même de fort\ngraves, se rapprocheraient de celle-ci pour le dé­\ncousu et l’incomposition. « Divagations », c’eût\nété aussi le titre de quelque florilège verlainien.\n   Je déchiffre encore sa sincérité dans ce ton de\nbon garçon méticuleux dont il nous conte sa vie,\ndans l’insistance gênante avec laquelle il nous en\nrécite l’histoire, sans omettre sa femme, ni son fils.\nCela est capital pour lui, je veux dire la confidence\nde sa misère, parce que rimer c’est agir, et il écrit\nfiévreusement, ayant vécu anxieux. — Je suis frappé\ndu sérieux avec lequel, parmi cette délicieuse mas­\ncarade de mots et cette fête de la parole, il prononce,\nil pose certains vocables atones, pédants, vulgaires,\nmais lourds de sens : il a le respect de la pensée et\ninconsciemment il apporte, en même temps que de\n\n\n\n\n252\n"}, {"page_pdf": 282, "page_imprimee": 253, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1996, "texte": "la musique, une poésie d’idée. E t c’est surtout dans\nSagesse, Amour et Bonheur que ceci veut être vérifié.\n   On sait le chauvinisme de Verlaine, Messin,\npatriote exalté :\n\n             U ne chanson folle et légère\n             Comme le drapeau tricolore\n             Court furieusement dans l ’air\n             Fifrant une F ran ce âpre encor.\n\n   Oui, il pense à la revanche, et il en parle avec\ncolère. Un si subtil et si insoucieux esprit s’em­\nporter ainsi tout bonnement et à ce sujet, au risque\nd’encourir le reproche de jobardise et de mériter\ncelui de banalité, quelle sincérité et quelle justifi­\ncation !\n   L e caractéristique de cet enfant perdu, c’est bien\nle sourire d’une sincérité suprême, sincérité cons­\nciente qui sait le poids et la vertu des mots où elle\ns’exprime, s’en joue, regarde comme elle s’en joue\net à plaisir en mésuse, de peur de ne plus être sin­\ncère, mais en mésuse si adroitement. Aussi quand\nla souffrance, et quand la fureur d’aimer tordirent\ncet être et qu’il vibra, quand Dieu lui prit celui qu’il\navait élu pour son enfant et quand Jésus terrible le\nterrassa, tout le sang de son cœur jaillit en vers\nrouges et le verbe d’airain du vieil Hugo, sonnant\ncomme une cloche éperdue, fit pleuvoir des larmes.\nE t il en est resté à jamais « le Chevalier qui saigne\nsur Azur ! »\n                            *\n                           * *\n\n   Un tel artiste, un tel homme, quelle contradiction\net que voici impérieusement posé le problème d’une\npoésie mystique.\n   L es sentiers d’un art catholique sont embarrassés\nde scrupules inextricables. C ’est un terrible A rt\npoétique que l’Imitation : « .... Oportet te stultum fieri\npropter Christum.... Non enim in sermone est regnum\nDei, sed in virtute.... Apparebit Christus.... cunctorum\nauditurus lectiones, hoc est singulorum examinaturus\nconscientias....! » Disputé à lui-même par les sorcel­\nleries de l’art et les monitions de l’ascétisme, Ver­\n\n\n\n\n                                                      253\n"}, {"page_pdf": 283, "page_imprimee": 254, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2002, "texte": "laine a trébuché que de fois ! Mais c’est là même\nqu’il commence d’être mystique et c’est à partir de\nces faux pas qu’il s’élève.\n   D ’ailleurs l’artiste était en lui de telle souplesse\nque de soi-même son vers était capable de se plier\nà toute pensée, et, par modernisme, de se faire\nexact jusqu’à de l’austérité. Une certaine veulerie\nde la forme, si curieusement déliée, se prêta natu­\nrellement au ton résigné des paroles du sacrifice et\ndu renoncement, à la sérénité aussi du détachement.\nE t enfin ces rythmes impairs où il était un maître\npouvaient excellemment traduire la boîterie de son\nâme malade et l’essoufflement des luttes intérieures.\nAinsi préexistaient de naturelles correspondances\nentre l’art complexe de Verlaine et sa ferveur de\nnéophyte.\n   Mais si l’art est prestesse, la foi est inflexible.\nElle ne permet de métaphores que symboliques,\npour l’honneur de la pensée, et non pour la réjouis­\nsance de l’imagination, elle ne tolère point que le\nmot porte atteinte par jeu à la savante composition\ndes sentiments chrétiens, ni qu’il diminue rien des\nenseignements traditionnels, ni qu’il s’embellisse\nambitieusement, et elle impose parfois jusqu’au déli­\ncieux mauvais goût de ses allégories. Verlaine\n croyait avec tremblement, il avait la religion de la\npeur. Il a imnolé sa chair et son sang : l’artiste qu’il\n était.\n    Des exaltations pompeuses et des formes trop\n pleines qui sont le luxe insolent de l’oreille, il s’est\n gardé. L a phrase soigneusement orthodoxe se\n traîne, humble et pénitente, comme un rampement\n devant le Seigneur. Cette langue fluide et ductile,\n est tout à coup lourde d’un adverbe consciencieux,\n voulu, mais qui s’allège miraculeusement et se\n détaille, comme de Verlaine :\n\n          Sainte-Thérèse veut que la P auvreté soit\n          L a reine d’ici-bas, et littéralem ent !\n\n C ’est à une simplicité prosaïque qu’il remet l’ex­\n pression de cette foi « très douce, » qu’il ne faut\n point qu’un vocabulaire menteur travestisse. Si une\n\n\n\n\n 254\n"}, {"page_pdf": 284, "page_imprimee": 255, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1747, "texte": "harmonie de beauté ne se réalisait rien qu’à fleur\ndes paroles et que la pensée chrétienne n’apparût\nplus qu’un prétexte à ces ornements, ce serait un\ndésordre et, dans l’ensemble, une laideur. E t si, le\nvoilà « blessé d’amour », il dit purement son émo­\ntion, sans plus même de rimes :\n\n           Seigneur, j ’adore vos desseins,\n           Mais comme ils sont im pénétrables !\n           Je les adore, vos desseins,\n           Mais comme ils sont impénétrables !...\n\n\n\n           V o ici mon sang que je n’ai pas versé,\n           V o ici ma chair indigne de souffrance,\n           V oici mon sang que je n’ai pas versé....\n\n\n           V o ici mes yeux, luminaires d’erreur,\n           P our être éteints aux pleurs de la prière,\n           V o ici mes yeux, luminaires d’erreur.\n\n\n  Il est excellement un poète gémissant, et il a\nsenti le prix non pas tant encore de la tristesse\nque de la douleur, passion intimement chrétienne.\nIl sait en parler avec une souveraine sérénité :\n\n            L ’âme antique était rude et vaine\n            E t ne voyait dans la douleur\n            Q ue l ’acuité de la peine\n            Ou l’étonnement du malheur.\n\n\n            L ’art, sa figure la plus claire,\n            Traduit ce double sentiment\n            P a r deux grands types de la Mère\n            En proie au suprême tourment.\n\n            C ’est la vieille reine de T roie :\n            T ous ses fils sont morts par le fer\n            A lors ce deuil brutal aboie\n            E t glapit au bord de la mer.\n\n            E lle court le long du rivage,\n            B avan t vers le flot écumant,\n            H irsute, criarde, sauvage,\n            L a chienne littéralement !...\n\n\n\n\n 17                                                      255\n"}, {"page_pdf": 285, "page_imprimee": 256, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1201, "texte": "                                         S a g e s s e I , 24.\n\n\n            L a douleur chrétienne est immense,\n            E lle, comme le cœur humain,\n            E lle souffre, puis elle pense,\n            E t calm e poursuit son chemin.\n\n            E lle est debout sur le C alvaire,\n            P leine de larm es et sans cris.\n            C ’est égalem ent une mère,\n            Mais quelle m ère de quel fils !...\n\n   S ’il a si bien entendu la douleur, c'est qu’ainsi\nqu’elle son âme avait deux faces, la païenne et\nl’autre, la toute sage et toute pénitente.\n   Homo duplex, en effet. Ce dualisme de l’homme\nsincère et de l’artiste menteur (si ténu soit-il, l’art\nn’est-il pas toujours un peu mensonge?), ce dialogue\nintérieur qu’on croit entendre du croyant et du\nsceptique (la virtuosité n’est-elle pas un scepti­\ncisme?), cet équilibre dans une souffrance, se grandit\nd’être selon le cœur du poète écartelé par le vice et\nle bon propos, d’en être le symbole. Une âme tour­\nmentée, une forme inquiète : une lutte qui en évoque\nune autre. On dirait du combat de Jacob avec\nl’Éternel. Mais de toutes parts l’artiste resurgit\ntoujours plus fort de sa défaite, plus fort contre\nDieu !\n\n\n\n\n256\n"}, {"page_pdf": 286, "page_imprimee": 257, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2161, "texte": "     Il est à remarquer que Verlaine ne se grandit que\n par cette lutte contre soi-même et dans les heures\n d’extase qu’elle lui valut. Son Dieu sans doute ne\n l’avait pas élu séraphique, et quand il ne s’attacha\n qu’à célébrer les pompes de l’Église, il fut parfois\n médiocre, comme on s’en peut convaincre à lire\n certaines pages des Liturgies intimes.\n     L e meilleur bénéfice de cette antithèse de l’artiste\n toujours renaissant de lui-même et du chrétien\n tremblant fut l’accroissement, comme d’une grâce,\n de la simplicité. L ’art n’y perdit rien. Que des mots\n harmonieux ou pittoresques soient rejetés d’une\n langue qui se purifie, il n’importe. L e propre en\n était de nous émouvoir. D ’autres paroles moins\nchantantes, mais plus exactes dans leur surdité vont\nnous émouvoir, et plus profondément, par le sens\nqu’elles apportent, et cette émotion recommuniquera\naux paroles la musique et tous les charmes qui en\navaient été retranchés. Ainsi une union plus forte de\ndeux éléments plus divers, s’il est permis d’opposer\nainsi une forme très humble et une pensée très\nhaute, réalise une harmonie plus belle. Chez Verlaine\nla pensée religieuse s’est assimilée le vers au point\nd’avoir neutralisé ce paganisme dont toute forme\nd’art s’entache. Un feu purificateur a embrasé le\nverbe et y a tué les germes nuisibles. Ce qu’il en\npeut rester, l’amour de Dieu le justifie. N ’est-il\npoint admirable et permis d’aimer Jésus en des\ntransports où frémisse la chair et d’exulter par tout\nsoi-même sous un baiser divin ? L a poésie reli­\ngieuse de Verlaine ne v a pas sans quelque volupté\nmystique. Il fut en effet le poète des Sacrements et\nde la Présence Réelle, le poète du Jeudi saint.\nE t c ’est sa gloire d’avoir pu le premier s’y élever\nsans être odieux ni ridicule, par le double miracle\nd’un art affiné et d’une absolue candeur.\n    Il semble qu’en cette bataille contre soi, les deux\nVerlaine que nous avons évoqués grandissant l’un\npar l’autre aient élevé les élans contraires de leurs\ndeux âmes jusqu’aux audaces des voûtes gothiques\ndont les plans et les nervures s’arcboutent nerveuse­\n\n\n\n\n                                                      257\n"}, {"page_pdf": 287, "page_imprimee": 258, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2301, "texte": "ment les uns contre les autres, et que Jésus soit\npassé sous cette douloureuse et folle ogive de la\nlutte intérieure, entrant pour la première fois dans\nla poésie française, comme en son héritage.\n                                   *\n                               *       *\n\n   J’ai écrit ces lignes près de la belle lithographie\nque fit Carrière du poète de Sagesse, sous la béné­\ndiction de son regard saignant. Une immense douleur\nen descend. L a tête inclinée émerge des ténèbres\ncomme d’un néant qu’elle regretterait et elle ne se\nfait lumineuse que dans une tristesse : sa lueur la\nmeurtrit. L e front haut cependant et le crâne chauve\nse mouvementent, des méplats s’accusent. Les\npommettes saillissent et les joues se creusent. L e\nnez s’enlève et les arcades sombres s’ouvrent comme\ndes abîmes. L e menton s’éclaire dans la barbe rejetée\nviolemment et la moustache déferle sur les lèvres\nqu’elle cache. Tout cela s’agite et rebondit, monte\net s’abaisse, se convulse, ondule et se tourmente\nainsi que sous un souffle et comme une vague\nde la mer. Une âme jaillit de cette surface expres­\nsive : c’est la face même de la Souffrance ! Mais\nelle est splendide et belle de l’humilité endolorie\ndont elle est criante. Elle est la face de celui qui\na écrit le plus beau livre religieux que nous ayons\nlu depuis l’Imitation de Jésus-Christ.\n                                           A d r ie n M it h o u a r d .\n\nNotes.\n    M. R ené Doum ic avait fait une excursion de Scribe à Ibsen;\nle R . P . P acheu vient d’accom plir le vo yag e de Dante à Ver­\nlaine (librairie P lon). On regrette qu’il se soit si peu arrêté sur\nune si longue route et qu’il n’ait en chemin rencontré que\nSpenser, Bunyan et Shelley. A u x pages consacrées à Verlaine,\nj ’y préfère un plaidoyer vigoureux en faveur de Huijsmans.\n L es premières, en effet, me semblent un peu bénignes, d’un\nenthousiasme prudent et qui s’excuse, d’une pensée un peu\nmolle. C e n ’est pas que l’auteur ait eu tort de négliger une\ncertaine part de l ’œuvre de V erlaine : on ne lui eût pas\ndemandé d’admirer autre chose que ce qu’il admire, mais de\nl’admirer avec quelque chaleur. Il semble au contraire plaider\ndes circonstances atténuantes, et par souci de gagner sa cause\n auprès d’un public injuste, il se résigne à la diminuer. A u\n\n\n\n\n258\n"}, {"page_pdf": 288, "page_imprimee": 259, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1720, "texte": "milieu de tant de belles citations, dont est vanté le sentiment\nchrétien, on voudrait un peu d’émotion, un accent. Pourquoi\ntant s’attarder à défendre ce pauvre enfant de poète contre le\ncroque-mitaine germ anique qui s’appelle M ax N ordau ?\n    C e livre est toutefois écrit avec courage, car il en faut pour\ndonner à entendre à des catholiques que V erlaine est un de\nleurs grands poètes. L a plupart, quand ils jugent des vers, se\nmontrent si fort attachés à une tradition toute païenne de la\nforme, que, pour les satisfaire, les poètes devraient renoncer\nà l ’expression des sentiments de l'humilité m ystique et à la\nsimplicité de leur cœur, plutôt qu’à l’usage d’un type métri­\nque, consacré par des siècles de poésie profane. U n e certaine\nhétérodoxie littéraire, dirait-on, leur semble incom patible avec\nl ’orthodoxie religieuse.\n                                                         A . M.\n\n\n\n\n                                   Sagesse d’un Louis Racine, je t’envie !\n                                   O n’avoir pas suivi les leçons de Rollin,\n                                   N’être pas né dans le grand siècle à son déclin,\n                                   Quand le soleil couchant, si beau, dorait la vie.\n\n                                   Quand Maintenon jetait sur la France ravie,\n                                   L’ombre douce et la paix de ses coiffes de lin,\n                                   Et royale abritait la veuvs et l’orphelin,\n                                   Quand l’étude de la prière était suivie,...\n\n                                                                (S a g esse, I, 9.)\n\n\n\n\n                                                                             259\n"}]}, {"article_id": "ulb-spectateur-catholique-1897-05-n5-011", "volume": "ELB-ULB-a0105-1897-001-0001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0105-1897-001-0001.pdf", "ocr_sha256": "927a836c0aedcbe8b042863115a41c0c2d1f0a8b7c80ac65d6f4568a111343c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 260, "page_fin": 262, "titre_corps": "Courrier théâtral", "titre_sommaire": "Théâtre : La Cloche engloutie", "rubrique": "", "signature_source": "Raoul Narsy", "ancre_debut": "Courrier théâtral    T h é â t r e d e l ’ Œ u v r e . (Paris, 5", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 289, "page_imprimee": 260, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 3110, "texte": "Courrier théâtral\n   T h é â t r e d e l ’ Œ u v r e . (Paris, 5 Mars). —         L a Cloche\nengloutie, conte dramatique en cinq actes, de M. G é r a r d\nH a u p t m a n n ; traduction de M. A . F e r d i n a n d H é r o l d .\n   Je pense qu’un b el avenir dramatique s’offre à qui voudra\nrajeunir ou plutôt renouveler la féerie. Il est odieux de penser\nque cette souple et délicieuse forme scénique, la plus adéquate\nà la fantaisie du poëte, la plus apte à vivifier ses rêves, à nous\ndonner, comme dit G oethe : « l ’illusion d’une réalité supérieure»,\na dévié jusqu’à n’être plus entre les mains des Robert-Houdin\nde lettres que le m oyen d’une basse fantasm agorie. D e\nCymbeline, ou de The Tempest, à la Biche au Bois, quelle dé­\nchéance ! B eaucoup de nous pourtant ont la persuasion\nobscure que c’est par la féerie que le symbolisme trouvera sa\nforme théâtrale, qu’il faut bien convenir qu’il n’a point encore\nréalisée. E t donc, sachant vaguem ent — par l’enthousiasme\nqu’elle déchaîne outre-Rhin — que l’œuvre nouvelle de\nG érard Hauptm ann s’inspirait de cette tendance, nous appor­\ntions à entendre la Cloche engloutie, une âme d’avance séduite,\net prête à l ’émotion. Mais que nous fûmes donc déçus !\n   Tantôt, nous voici dans le domaine de la pure m ythologie,\nparmi les elfes, les ondins et les nixes, tantôt nous retombons\nau monde m atériel ; et capricieusement, le drame que nous\nentrevoyons, passe de l ’un à l ’autre, se noue ici, se dénoue là,\nemprunte au hasard à l’un ou à l ’autre son émotion,, sa dialec­\ntique, ses péripéties. Et, ni nous n’y prenons la notion d’une\n« réalité supérieure », ni nous ne nous y sentons en pleine\nvérité humaine. Q uelle sorte de jugem ent, dès lors, en pour­\nrions-nous porter et de quelle esthétique, comme de quelle\nlogique ce chaos est-il tributaire ?\n    Mais je ne puis m’attarder aux considérations de cet ordre.\nJ’ai fait pressentir que la Cloche engloutie sym bolisait un drame\nmoral.\n   Autant qu’on peut se hasarder à donner un sens précis, à\nune œuvre d’une indétermination telle, qu’on la peut supposer\naussi bien voulue qu’involontaire, je dirai donc mon inter­\n prétation.\n    M aître Henri, le fondeur, a coulé une cloche qu’on devait\nhisser là haut, dans la montagne. Mais les génies du lieu ont\n arrêté l ’escalade de l’homme : « le faune de la forêt » a fait\nbasculer le chariot, et l’orgueilleux m étal a dévalé jusqu’au\nfond du lac, blessant grièvem ent dans sa chute le tém éraire\n fondeur. Agonisant presque, il est secouru par la « nixe »\n Rautendelein, puis ram ené dans sa demeure par « le curé »,\n « le barbier », « le maître d’école ». C hez lui, maître H enri ne\n retrouve qu’à peine comme un songe fiévreux, son aventure\n avec la «fille de la forêt» , mais par contre il s’est fait dans\n ses idées une transformation profonde. T out son labeur passé\n lui apparaît comme une œ uvre m auvaise. Cette cloche même,\n qui l ’a entraîné dans sa chute, elle devait tomber, étant faite\n « pour sonner dans la vallée et non sur la montagne », et\n  pareil à elle « qui n’élevera plus jam ais, suspendue entre les\n\n\n\n\n 260\n"}, {"page_pdf": 290, "page_imprimee": 261, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3361, "texte": "arbres, sa voix solennelle », lui aussi, plus jamais ne créera ;\net il est heureux qu’il meure, car l’existence lui serait désor­\nmais odieuse : «je ne la comprends plus ainsi. Le service des\nvallées ne me séduit plus.... ce qui est en moi, depuis que je\nme suis tenu là haut, cela veut monter sur la montagne, errer\ndans la clarté, au dessus de la mer des nuages, et œuvrer des\nœuvres à la mesure des sommets ! Et parce que, si, à grand’\npeine, je parvenais encore à monter, je ne ferais que retomber,\nj’aime mieux mourir ». Et pour cette tâche qui s’offre, impos­\nsible, «il faudrait que je me rajeunisse, pour vivre où je\ndevrais il faudrait que je sentisse une force saine dans le\ncœur, et pour le jet d’une œuvre nouvelle, imprévue, la\njoie folle du vainqueur ». Cette force, c ’est Rautendelein qui\nvient la lui verser. U ne incantation m agique guérit, rajeunit,\nrenouvelle Maître Henri, et sans un regret, laissant là femme\net enfants, il suit, « là haut » la porteuse d’idéal. D ans sa\nforge m erveilleuse, où gnomes et lutins lui servent d’ou­\nvriers, Henri revit d’abord une existence nouvelle d’amour\nexaltant, d enthousiasme, de force et de fécondité créatrices.\nMais s’il a rompu avec le passé, le passé cherche bientôt à le\nreprendre. L e maître résiste d’abord victorieusem ent à ses\nattaques. Il a repoussé celle du « curé », rien qu’à s’hypnotiser\nen la vision de son œuvre future : car il fonde une cloche\n« telle que jam ais n’en a enfermé le clocher d’une cathédrale »,\nun cloche, qui, « sonore comme les trompettes de l ’orage,\nforcera toutes les cloches d’église à se taire ». L e « curé » est\nredescendu ; mais voici d’autres assaillants. C e sont les\nhommes, les gens de son village qui le viennent poursuivre ;\net il les repousse aussi ; mais c ’est maintenant deux petits\nenfants, ses petits enfants qui lui viennent apporter « de la\npart de leur mère » une cruche pleine de « quelque chose de\nsalé » : « les larm es » de l’abandonnée. Et, tout à coup, « la\ncloche » — engloutie — se met à sonner lentement, lugubre­\nment, désespérement. A lors, c ’est comme un voile qui se\ndéchire devant M aître Henri. L e passé l’a ressaisi. Rautende­\nlein lui apparaît comme le m auvais esprit qui l ’a ensorcelé ;\nviolemm ent il s’arrache au charme et s’enfuit. N ous le retrou­\nvons maintenant, tel qu’au début, moribond près de la hutte\nde « Mère-grand des broussailles » la sorcière. L e m alheur\ndes siens est consommé. S a femme M agda s’est noyée de\ndésespoir, et « l ’ondin » nous a appris que ce sont ses gém is­\nsements et ses sursauts d’agonisante qui ont tout à l’heure\nanimé la cloche au fond du lac. Pour Maître Henri, il v a\nmourir. C ’est la sorcière qui le lui apprend. Il a voulu soulever\nun poids trop lourd pour lui « car il est comme les autres » :\nceux de la vallée ! U ne fois encore, il reverra pourtant Rauten­\ndelein, qui, chassée par lui, s’est donnée à « l ’Ondin » ; courte\net m élancolique extase par quoi s’achève la vanité de sa vie.\n   Allégorie ou symbole, ce conte veut sans doute signifier\nsurtout l’inanité de l’effort humain pour s’affranchir du réel.\nLa matière s’oppose à l’émancipation de l’esprit. Chimérique\ntentative que celle d’étreindre l’idéal ; on ascend un peu vers\nles sommets inaccessibles, mais nous portons avec nous « des\n\n\n\n                                                              26 1\n"}, {"page_pdf": 291, "page_imprimee": 262, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 3039, "texte": " poids de plomb », l ’art pur de là h aut est irrespirable pour\n nos poumons, et quelque chose, irrésistiblement nous attire\n en bas, au fond de la vallée pour laquelle nous sommes faits.\n L a chute irrém édiable est le châtiment de nos orgueilleuses\n escalades.\n    Il y aurait là-dessus beaucoup à dire. E t d’abord quelle\n équivoque position du problèm e ! Certes il y a, en chacun de\nnous, une lutte permanente entre « l ’ange » et la « bête » ; et\n « qui veut faire l’ange fait la bête », comme dit P asca l des\ntéméraires qui se croient d’abord affranchis de l ’entrave char­\nnelle. M ais quel rapport entre cet état de guerre qui est notre\ncondition à tous, la beauté de la vie humaine et le cas de\n Maître H enri ? C ’est de lui, que le mot de P asca l est vrai !\nM ais alors, combien peu son odyssée devient intéressante !\nF allait-il tant de lyrism e et d’effets de scène, pour affirmer\nune truisme que la sagesse des nations a figé en proverbe ?\nE t si le problèm e est plus haut, si M. Hauptm ann nous veut\nfaire entendre que la recherche de notre propre élévation et\nperfection est vaine, comment n’a-t-il pas vu la puérilité de\ncette conclusion, si toute sa pièce n’établit pas autre chose\nque la douloureuse stérilité de notre orgueil. C e n’est point\nd’avoir cherché à se hausser vers plus de noblesse, de pureté,\nde vérité, que son héros nous apparaît châtie, mais d’avoir\nméconnu ce que sont pour l ’homme, la noblesse, la pureté,\nla vérité. E t c’était une belle leçon de sagesse et d’humilité à\ndonner à ce temps où le délire d’orgueil fait tant de victimes.\nA ces formules hypocrites et insidieuses : individualisme,\nculte de soi, que sais-je, qui drapent m al le plus intolérable\négoïsm e, le plus total asservissem ent à nos appétits déréglés,\nil fallait opposer l ’im périeuse beauté de cette méthode de\nperfection qu’est le renoncement et l ’ascétism e chrétiens.\nM. Hauptm ann ne l’a pas osé. Même, il sem ble éprouver\nquelque com plaisance à laisser son héros s’établir « hors de\nl ’humanité », à le montrer comme au-dessus des lois et des\ndevoirs qui règlent la m oralité commune. On ne voit pas que\ncette superbe le choque, et en dépit du dénouement, on peut\ndouter si l’auteur a pour son protagoniste, et pour ses doctrines\ndécevantes autant de sévérité qu'il leur marque de sym pathie.\nOn pressent qu’il manque de fermeté philosophique. L e sym ­\nbolisme, ici, n ’avait point le droit d’être obscur. L ’équivoque,\nvoilà le défaut fondamental de cette Cloche engloutie, qu’aussi\nbien on peut reprendre à d’autres titres. On a assez dit que\nc ’était le Faust et la Coupe et les lèvres et deux ou trois thèmes\nd’Ibsen : Solness, le Petit Eyolf, Peer Gynt ; et M aître H enri\nn ’est-ce pas une façon de la N ora de Maison de Poupée ? Mais\nvoilà qui importerait peu si le conte d’Hauptmann était un\nchef-d’œuvre. C e n’est qu’une pièce manquée, qui nous a\n charmés, au surplus, par de gracieux détails, et de jolies\ntrouvailles lyriques.\n                                                 R aoul N a r sy .\n\n\n\n\n262\n"}]}, {"article_id": "ulb-spectateur-catholique-1897-05-n5-012", "volume": "ELB-ULB-a0105-1897-001-0001", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a0105-1897-001-0001.pdf", "ocr_sha256": "927a836c0aedcbe8b042863115a41c0c2d1f0a8b7c80ac65d6f4568a111343c3", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "La Librairie De Deman", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 292, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 4545, "texte": "La Librairie                                                                De\n       Deman                                                              Nederlandsche\n     86, rue de la Montagne\n         BRUX ELLES\n                                                  Aux                       Boekhandel\nffre en vente des Heures M S -                   intelli­                   5o, M arché St-Jacques\nrites et enluminées, d’anciennes\n                                                g e nc e s                       ANVERS\nroductions a s c é t i q u e s , des\necueils (documentaires, sati-                  catholiques              procure absolument tous\nIques, etc.) de costumes reli­                                          les livres, revues et jour­\n                         gieux, des          soucieuses des             naux néerlandais ou fla­\n                         éditio n s\n                         luxueuses         récents mouve­               mands. Les catholiques y\n                         ou origi­                                      achèteront les      œuvres\n                                           ments de pensée\n                         nales des                                      philosophiques du P. de\n                         écrivain s       s’imposent, à titre           Groot, les œuvres poé­\n                          apologéti­\n                         ques d’au-      documentaire, cer­             tiques ou critiques de\n                        joürd’hui.                                      l’abbé Schaepman etc.\n                                        taines revues d’esprit\n                                       indépendant. Telles :\n\nLe Mercure de France                                         La Revue Blanche\n Mensuel de littérature et d’art                                     Bi=mensuelle\n    15, rue de l’Echaudê, PARIS                                 1, rue Laffitte, PARIS\nFr a n e e : 1 5 fr.; É t r a n g e r : 1 8 fr           F ra n c e : 2 0 fr.; É tra n g er : 2 5 fr.\n                            où l’on put dernièrement lire p. ex.\nLe pénible revirement de conscience                      deux essais de MM. P. L . Burthe et\n hilosophique et morale de M. André\n p                                                       Chr. Cherfils sur le messianiste Hoëné\nGide, exposé par M. Henri Ghéon.                         Wronski, rêveur, quoique mathémati­\n                                                         cien, d’un syncrétisme des religions.\n\n\n        Le Courrier                            |                              L’Argus\n                                         de la Presse\n         21, Boulevard Montmartre                    I                  14, rue Drouot\n                                              P A R IS\n                                       dont le Spectateur Catho­\n\n                                                                         La Librairie\n                                        liqve apprécie le service,\nLa                                       fournit sur tous sujets\nSociété Belge\n   de Librairie\n                                           et personnalités, au\n                                            prix de fr. o. 3o par\n                                             coupure, celles des\n                                                                         A. SIFFER\n                                              6ooo journaux et                Place St-Bavon\n     Treurenberg\n                                               revues qu’il lit                    GAND\n    BRUXELLES\n                                                au jour le jour.\nédite ou procure les                            (Tarif réduit\n                                                                       édite les p u b l i c a t i o n s de\n\nouvrages catholiques de                                                l’Académie flamande. Mystè­\n\nphilosophie, sociologie,                         pr 100 cou­           res, épopées ou chansons du\n                                                                       pays flamand, ce sont des\n  histoire et les ouvrages                         pures et\n                                                                       contributions savoureuses et\nlitéraires réputés hon­                              plus.)\n                                                                       importantes à la littérature\n  nêtes.                                                               religieuse médiévale.\n"}, {"page_pdf": 293, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2005, "texte": "        CENTRES D’ETUDES\nl’A b b a ye bén édictin e de M aredsous (province\n   de Namur) publie :\nLa Revue bénédictine (mensuel de science religieuse\n   et chronique de l’ordre (14e année).\nLe Monasticon belge, par Dom Ursmer Berlière.\n    I e livraison : province de Nam ur. (in-40, 1 52 p.) 1890. .\n    2e      »           »             » (suppl.) ; province de H ai­\n          naut (in-40, 4 2° P-) *897.\nMélanges d'histoire bénédictine, du même auteur.\n    (in-8°, 2x5 p.). Sous presse.\nAnecdota Maredsolana, éditeur Dom G. Morin.\n    V o l. I. L ib er comicus, sive Lectionarius Missæ. 462 p.\n      » II. Sancti Clementjs Romani ad Corinthios epistulæ.\n                      75 p.\n      » III. a . Sancti H ieronym i Commentarioli in Psalm os.\n                      114 p.\n      »      »  b . Sancti H ieronym i Tractus sive Hom iliæ in F s.\n                       etc. 424 p.\n(præpar.) » c. Sancti Hieronym i Tractatuum in p s. sériés altéra.\n                           II\nl’In s titu t Supérieur de philosophie de Lou»\n   v a in publie :\nLa Revue Néo-Scolastique (trimestriel : 4e année).\n   Bibliothèque de l’Institut :\nMgr. Mercier : Cours, discours et leçons philosophiques. 8 vol.\n        et plaq.\nM. L. De Lantsheere : D u bien au point de vue ontologique\n        et moral.\nM. G. V an den Gheyn : L a Religion, son origine et sa défini­\n        tion.\nM. M. De W u lf : L a valeur esthétique de la moralité dans l’art.\nM. l’abbé A. T h iéry : D e la Bonté et de la Beauté.\n                      L e s beaux arts et la philosophie d’Aristote\n                         et de Saint Thomas.\n                      Lourdes (discours prononcé à Rome).\nM. G. De Craene : D e la Spiritualité de l ’Am e et des œ uvres\n    diverses de M M . D eploige, Maus, H alleux, Crahay, N ys.\n\n\n\n\n     T ir é   pour                               S ur     le s pr esses\n\n \" le Spectateur                               de   J .- E . B u sc h m a n n\n\n   C a t h o l iq u e ”                               a    A nvers\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 249, "texte": "                                                                      M a i 1897\n                                                                           N°   5\n\nle Spectateur\n          Catholique\nPropre du Mois : !\n  Raymond Lulle (trad.\n    M . M . André) :                 L e L iv re de l ’Am i et l ’A im é V .\nArt religieux :\n  M . Aug. Edm. Joly :                L e s Tom beaux de Jésus.\n  M . Max Elskam p :                  P etit C alvaire d’ici (bois inédit).\n  M . Thomas Braun :                  L a Bénédiction du C ierge P ascal,\n\n                          E N M É M O IR E\n\n\n             PAUL VERLAINE\n  M . Charles Morice :                A la L ib re Esthétique.\n  M . Henry Carton de\n       W iart :                       Sur « Sagesse ».\n  M . Adrien Mithouard :              L es P oètes mystiques. III. : P au l\n                                         V erlaine ou le Scrupule de la\n                                          Beauté.\n  M . Maurice Denis :                 Suite de dessins originaux commen­\n                                          tant « Sagesse ».\n                                        a) V ous êtes calm es...\n                                        b) L ’âme antique était rude et\n                                          vaine...\n                                        c) Sagesse d'un L ouis R acin e je\n                                          t’envie !...\nJugement religieux :\n  M. Raoul N arsy :                   Théâtre : L a C loch e engloutie.\n\n\n\n\n         F ID E S                                                   F ID E M\n\n      QUAERENS                                                    QUAERENS\n\n   IN T E L L E C T U M                                        IN T E L L E C T U S\n\n\n\n\n                B u r e a u x d u S p e c t a t e u r C a t h o l iq u e\n\n       BRUXELLES                                              PARIS\n   40, ru e H y d rau liq u e.                        44, a ve n u e d u M aine.\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                                             Le\n       Spectateur Catholique\n                                      M ensuel\n     de Science, d ’A r t e t de J u g e m e n t religieux\n\n\n                                    D IR E C T E U R\n                           M. E D M O N D D E B R U IJ N\n\n\n                      S E C R É T A I R E S D E R É D A C T IO N\nM. R A O U L NARSY             M. V IC T O R K IN O N          M. W I L L IA M R I T T E R\n\nJe Vendredi de 5 à 6hres) au Siège de la Revue                     (pays germaniques,\n                                                                 balkaniques et Suisse)\n 44, avenue du Maine          40, rue H ydraulique                I Johannesgasse, ix,\n        P A R IS                  B R U X E LLE S                      VIENNE\n\n\n               M. M A R IU S A N D R E            M. R A F A Ë L M IT J A N A\n\n                   11, rue O lozaga                  P alazzo Barberini\n                       MADRID                                R OM E\n\n\n                   S E C R É T A I R E D ’A D M IN IS T R A T IO N\n                     M. J O S E P H van L I D T H de J E U D E\n\n\n\n                            C O M IT E P R O T E C T E U R\n M. M a r i u s A n d r é , à Madrid.             M . A r n . G o f f in , à   Bruxelles.\n M . T h o m a s B r a u n , à Bruxelles.         M . V ic t o r K in o n , à    Bruxelles.\n M. L . C o e n e n , à Weerde-Malines.           D r F o r t u n é M a z e l , à N im es.\n M. E d m . D e B r u i j n , à A nvers.          M . H e n r i M a z e l , à Paris.\n Mgr C . d e H a r l e z , à Louvain.             M . A d r . M i t h o u a r d , à Paris.\n M. E r n s t D e l t e n r e , à Malines.        M . R a o u l N a r s y , à Paris.\n M. Louis D e n i s e , à Paris.                  M . A d h . S c h e i j s , à Vertrijck-louvain.\n M. V i c t o r D e n i j n , à Tum hout.         M . F i r m . V a n d e n B o s c h , à Courtrai.\n M. A r i s t . D u p o n t , à Bruxelles.        M . J . v a n L i d t h d e J e u d e , à Anvers.\n M. L a u r . F i e r e n s , à A nvers.          M . C l . V o l i o , à Paris.\n M . A l p h . G e r m a i n , à Paris.\n\n\n\n\n Le Spectateur Catholique laisse à ses rédacteurs liberté de tout\n    style, et, avec l ’honneur de leur responsabilité, liberté de toute\n    pensée, en les limites de l ’orthodoxie définie ou traditionnelle.\n               — L e s m a n u s c r its n e s o n t p a s r e n d u s . -\n\n\n\n\nABONNEM ENT AN N U EL :\n\n               (Édition de luxe sur papier de hollande V a n G elder : 20 frs.)\n\n\n   L e S p e c t a t e u r C a t h o li q u e p araît en fa scicu les m en su els et\n                     fo rm era I I T o m es d e 3oo p a g e s p a r an.\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "222\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                Ici continue le libre de l 'A mi et de\n                l 'A imé, lequel livre traite des dialogues\n                 et cantiques d’amour qui sont entre\n                 eux deux, et qui sont des exemples\n                 abrégés et des paraboles [nécessitant\n                 une exposition] par lesquels l’Entende­\n                ment s’élève plus haut en la contem­\n            plation, la dévotion et l’amour de son\n          Aimé. E t pour ce motif, ils sont en nombre\n     égal aux jours de l’année et chacun d’eux suffit\n     pour contempler tout un jour selon l’Art de Con­\n     templation. L 'A im é est Notre Seigneur Dieu\n     comme créateur, recréateur et fin dernière de\n     tout ce qui existe ; l'A m i est tout dévot et fidèle\n     chrétien qui se met en la contemplation et au\n     service de Dieu. L'Amour est la charité et la\n     bienveillance avec l esquelles s’aiment l’Ami et\n     l’Aimé ; et les trois (parlant en Dieu simpliciter)\n     sont une seule et même chose ; en autre manière\n     ils se distinguent entre eux.\n        121. L ’Ami croyait suivre son Aimé et il mar­\n     chait en un chemin où il y avait un lion très\n     féroce qui dévorait tous ceux qui passaient là\n     paresseusement et sans dévotion. E t l’Ami\n     disait : « Celui qui ne craint pas mon Aimé doit\n     craindre toutes choses, et celui qui craint mon\n     Aimé peut avoir de l’audace et de la hardiesse\n     en tout. »\n        122. On questionna l’Aimé sur l’occasion, et\n     il dit que l’occasion est le plaisir par la péni­\n     tence, l’entendement par la conscience, l’espé­\n     rance par la patience, la santé par l’abstinence,\n     la consolation par le souvenir, l’amour par la\n     diligence, la loyauté par la pudeur, la richesse\n     par la pauvreté et la guerre par la malveillance.\n        123. L ’Amour illumina le nuage qui était entre\n     l’Ami et l’Aimé et le fit ainsi lumineux et res­\n     plendissant comme la lune dans la nuit, l’aurore\n     dans le matin, le soleil dans le jour. E t dans ce\n     nuage resplendissant et clair l’Ami et l’Aimé se\n     parlaient.\n\n\n\n\n15                                                       223\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "     124. On demanda à l’Ami : « Quelle est la\n  plus grande ténèbre ? » Il répondit : « L ’absence\n  de mon Aimé ». On lui demanda encore :\n  « Quelle est la plus grande clarté ? » Il répondit :\n  « L a présence de mon Aimé. »\n    125. L ’Ami apprend les symboles de l’Aimé,\n  et l’amour l’accable de tribulations, de pleurs,\n  de soupirs et de pensées. E t il est méprisé du\n  monde.\n     126. L ’Ami écrivait ces paroles : « Mon Aimé\n  se réjouit parce que j ’élève mes pensées vers lui\n  et que pour lui mes yeux pleurent et sont en\n  larmes, et que j ’éprouve des langueurs. E t sans\n  lui je ne vis, ni ne sens, ni ne vois, ni n’entends,\n  ni ne respire. »\n     127. « Oh ! entendement et volonté, criez et\n  éveillez les grands chiens qui dorment et oublient\n  mon Aimé ! Oh ! yeux, pleurez ! Oh ! cœur, sou­\n  pire ! Oh ! mémoire, rappelle-toi la grande offense\n  que font à mon Aimé ceux qu’il a tant favorisés\n  en ce monde ! »\n     128. « L ’inimitié qui est entre les hommes et\n  mon Aimé augmente ; et pourtant l’Aimé ne\n  cesse de leur promettre dons et récompenses ; il\n  menace, avec justice et sagesse, la mémoire et\n  la volonté, et on méprise ses promesses, et on\n  ne fait aucun cas de ses menaces. Aussi, si la\n  misère et les maux assaillent les hommes, c’est\n  leur coulpe et non celle de mon Aimé. »\n    129. L ’Aimé s’approchait de l’Ami pour le\n consoler et le réconforter au milieu de ses peines\n et de ses pleurs ; et plus l’Aimé s’approchait de\n l’Ami, plus l’Ami pleurait et plus il souffrait des\n offenses qu’on faisait à son Aimé.\n    1 30. Avec une plume d’amour, de l’encre de\n larmes et sur un papier de passion, l’Ami écri­\n vait à son Aimé une lettre dans laquelle il lui\n disait que la dévotion tardait à venir, que l’amour\n se mourait, et que la fausseté et l’erreur, ses\n ennemies, se multipliaient dans le monde.\n    1 3 1. Les amours de l’Aimé et de l’Ami étaient\n unies par la mémoire, l’entendement et la volonté\n pour que l’Ami et l’Aimé ne se séparassent pas ;\n et la corde qui attachait ces deux amours était\n faite de pensées, de soupirs, de langueurs et de\n pleurs.\n\n\n\n\n224\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": "   1 32 . L ’Ami gisait sur un lit d’amour ; les lin­\nceuls étaient de plaisirs, la couverture de lan­\ngueurs. E t il était question de savoir si le coussin\nétait fait du même drap que les linceuls ou que\nla couverture.\n   1 33 . L ’Aimé vêtait son Ami d’un manteau,\nd’une cotte et d’un sarrau, et il lui faisait un\npourpoint d’amour, une chemise de pensées,\ndes chausses de tribulations et une guirlande\nde pleurs et de soupirs.\n   134. L ’Aimé priait son Ami de ne pas l’oublier,\net l’Ami disait qu’il ne pouvait l’oublier puisqu’il\nne pouvait l’ignorer.\n   1 35 . L ’Aimé disait à l’Ami de le louer et de\nle défendre dans les lieux mêmes où on ose le\nmoins le louer. L ’Ami dit : « Donne-moi assez\nd’amour pour cela. » L ’Aimé répondit que par\namour pour lui il s’était incarné, qu’il avait été\ncrucifié et qu’il était mort.\n   1 36 . L ’Ami priait son cher Aimé de lui ap­\nprendre la manière de le faire connaître, aimer\net glorifier par les hommes.\n   L ’Aimé emplit son Ami de dévotion, de pa­\ntience, de charité, de tribulations, de pensées,\nde soupirs et de pleurs ; et le cœur de l’Ami eut\nassez d’audace pour glorifier son Aimé, les\nlouanges sortirent de sa bouche, et sa volonté\nsut mépriser le blâme des gens qui jugent faus­\nsement.\n  137. L'Ami criait et disait ces paroles aux\nhommes : « L a mémoire de celui qui se souvient\nvraiment de mon Aimé oublie toutes les autres\nchoses et reçoit de lui sa part de tout. »\n   1 38 . On demanda à l’Ami d’où naît l’amour,\nde quoi il vit, de quoi il meurt. L ’Ami répondit\nque l’amour naît de souvenirs, vit d’intelligence,\net meurt par l’oubli.\n   139 . L ’Ami oublia tout ce qui est sous le ciel\nsouverain pour que son entendement pût s’élever\nplus haut vers la connaissance de l’Aimé que sa\nvolonté désirait comprendre, contempler, louer\net célébrer.\n   140.     L ’Ami allait combattre pour la gloire de\nson Aimé, et il emmenait en sa compagnie la\nfoi, l’espérance, la charité, la justice, la prudence,\nla force et la tempérance, pour vaincre avec\n\n\n\n\n                                                    225\n"}, {"page_pdf": 255, "texte": "  elles les ennemis de son Aimé. E t il aurait été\n  vaincu si l’Aimé ne l’avait pas réconforté en lui\n  montrant ses noblesses et en lui signifiant sa\n  volonté.\n    141. L ’Ami voulait parvenir à la fin dernière\n  de son amour, et les autres fins s’opposaient à\n  son passage; aussi, les longs désirs et les pensées\n  donnaient à l’Ami tristesse et langueur.\n     142. L ’Ami se consolait et se réjouissait à la\n  vue des noblesses de son Aimé. Mais peu après,\n  il se mit à songer aux désordres de ce monde,\n  et ses yeux s’emplirent de larmes par excès de\n  douleur et de tristesse.\n     143. L ’Ami languissait par excès de pensées\n  et de désirs, et on lui posa cette question : « Que\n  ressens-tu le plus vivement : les tourments ou\n  les plaisirs ? »\n     144. L ’Ami était le messager de son Aimé\n  auprès des princes chrétiens et des infidèles\n  pour leur enseigner l’Art et ses principes, afin\n  qu’ils pussent connaître et aimer les dignités de\n  l’Aimé. (1).\n     (1) A van t de quitter sa solitude du mont Randa et de\n partir à la conquête des âmes infidèles, Raym ond L u lle\n  composa l'A r t Général dans lequel il développait sa\n méthode pour découvrir la vérité, convaincre d’erreur les\n hérétiques, et donnait des règles applicables à toutes les\n sciences.\n     Dans son poème de la Désolation et dans le préambule\n de l'Arbre de la Science le docteur illuminé déplore le\n peu de succès de ce livre que le Saint-Esprit lui avait\n inspiré, disait-il, pour la gloire de la religion chrétienne :\n « Je vous dis que j ’apporte un A rt G énéral — qui m’a été\n nouvellem ent révélé par don spirituel — pour que chacun\n puisse savoir toute chose naturelle — selon la compré­\n hension de l’entendement par les sens. — Il sert pour le\n droit, la m édecine et toutes les sciences — et aussi pour\n la théologie        N u l art ne vaut autant pour résoudre les\n questions — et détruire les erreurs par raison naturelle ; —\n et je le tiens pour perdu, car personne ne l ’entend ni ne\n l ’apprécie; — je m’en plains, et je pleure et j ’en ai ire\n m ortelle.. »\n     A près avoir écrit l 'A rt Général, il était retourné passer\n quelque temps encore à Randa pour y prier et méditer.\n Or, un matin il vit venir vers lui un adolescent parfaite\n ment beau de visage, vêtu comme un pasteur de brebis,\n qui d’une voix harmonieuse se mit à lui parler de Dieu et\n des anges, de Jésus et de la V ierge M arie; puis ayant\n aperçu les livres de Raym ond L u lle, il se mit à genoux\n pour les prendre, il les baisa et les mouilla de ses larmes\n et il dit que par ces livres beaucoup de bien serait fait à\n l ’E glise du Christ ; et ensuite il bénit L u lle en faisant\n le signe de la Sainte Croix sur sa tête et sur tout son\n corps, et il disparut.\n\n\n\n\n226\n"}, {"page_pdf": 256, "texte": "   145. Si tu vois un amant paré de riches habits,\nmettant son honneur à rechercher la vaine gloire,\ngros pour avoir trop mangé, trop bu et trop\ndormi, sache qu’en celui-là tu vois damnation et\ntourments. Mais si tu vois un amant pauvre­\nment vêtu, méprisé des gens, pâle, amaigri par\nle jeûne et les veilles, sache qu’en celui-là tu\nvois le salut et la bénédiction éternelle.\n   146. L ’Ami gémit, et son cœur se plaignit du\nfeu de l’amour, et il crut qu’il allait mourir.\nL ’Aimé eut pitié de lui, et l’Ami lui demanda\nconsolation, patience et espérance.\n  147. L ’Ami dit : \" A celui qui est toujours\ncaptif on ne doit pas donner de salaire ni de\nprix pour ses labeurs, et encore moins à celui\nqui doit plus qu’il ne peut payer. \" C ’est pour­\nquoi il blâma les amants indiscrets qui ne font\npas de différence entre une grâce et un salaire.\n   148. L ’Ami considéra le temps passé, et il\npleura ce qu’il avait perdu ; et il n’y avait per­\nsonne qui pût le consoler car ses pertes étaient\nirréparables.\n   149. Dieu a créé la nuit pour que l’Ami veille\net qu’il songe aux noblesses de son Aimé ; et\nl’Ami croyait qu’elle avait été créée pour le\nrepos et le sommeil de ceux qui sont tourmentés\nd’amour.\n   1 50. Les hommes faisaient des reproches à\nl’Ami et l’insultaient parce qu’il allait comme\nfou d’amour ; et l’Ami méprisait leurs insultes,\net il reprochait aux hommes de ne pas aimer\nson Aimé.\n   1 5 1. L ’Ami disait : « Je suis vêtu d’un drap\nvil, mais l’amour vêt mon cœur de plaisantes\npensées et mon corps d’un vêtement de pleurs,\nde larmes et de passions. »\n                          C es 31 motifs suffiront à la\n                      contemplation pendant le mois\n                      de Mai ; les suivants suffiront\n                      pendant les mois suivants.\n\n\n\n\n                                                     227\n"}, {"page_pdf": 257, "texte": "      Les tombeaux de Jésus\n   Vendredi-Saint. Dans l’église, les fidèles passent\ndevant le chœur sans les coutumières génuflexions.\nL a porte du tabernacle vide bée en un abandon de\nstupeur. L a lampe perpétuelle est éteinte, l’autel\ndépouillé pleure de ses pierres nues.\n   Tout le monde se groupe devant le « Tombeau ».\nLes tentures noires encadrent des reflets du soir\nla nuit veloutée qu’elles gardent pour la pâleur du\ncorps divin. Il y est allongé sur une pierre d’autel,\nque dominent des constellations de cristaux ; croix\nfleurie, guirlandes, bouquets lumineux.\n   L ’impression est étrangement enfantine et gran­\ndiose : Elle émeut vite, comme la prière des vieilles\ngens. L e décor nous vient d’Allemagne, et l’on y\ntrouve bien l’âme germanique, l’âme de Dürer qui vêt\nde réalité rigoureuse ses mystiques symboles.\n   Jésus est la lumière vivante et personnelle. L a\nmort lui fut comme la nuit au soleil. Il repose en\nl’abîme d’ombre, comme le héros endormi prêt à\nreparaître en vainqueur. E t pour glorifier son repos,\npour pleurer son absence, pour parer sa nuit, des\nconstellations inconnues, âmes d’anges, bijoux\ncélestes, en fleurissent le noir. Nulle flamme n’ose\nparaître : leur invisibilité répond à la lampe perpé­\ntuelle éteinte, à l’éternelle lumière éclipsée. E t ces\nconstellations en paraissent très étranges, leur\nprécise fixité les fait différentes de toute flamme,\nleur donne l’air de « signes dans le ciel » seulement\nécrits avec de la substance d’astre.\n   On sent une équivalence idéale aux précieux\n« repos de Jésus » enfant. Pour le sommeil divine­\nment enfantin, le moyen-âge « énorme et délicat »\nciselait de petits berceaux tout fleuronnés d’orfèvre­\nries aux douillettes garnitures de dentelles et de\ndraps d’or. Tour-à-tour, les fidèles venaient les\nbalancer, priant le symbole du geste berceur.\n\n\n\n\n228\n"}, {"page_pdf": 258, "texte": "    C ’est la funèbre équivalence des « repos de Jésus»\n ce grand tombeau, sorte de décor passager comme\n est passager le trépas divin. Mais ce provisoire est\n aux armes du roi éternel, et la croix régit le deuil.\n    L a foule, la vie passagère, contingente, douce­\nment apeurée en la consolation du Rachat, stationne,\n renouvelée sans cesse, devant cette nuit crucifère.\n Par devant, des tètes enfantines ont encore l’inhar-\nmonique remous de curiosité ; sur le moutonnement\n des têtes plus hautes, le reflet des constellations\nmystiques est divers : mêlé d’ombre ou des lueurs du\njour mourant.\n    Accompagnant la psalmodie savante des « Ténè­\nbres » un murmure sort de la foule, le murmure du\nchapelet : rare exquisité d’âme populaire. Ainsi,\nc ’est le bercement, encore, du repos de Jésus avec la\nmême voix maternelle : la voix de Marie aussi\nmiraculeuse, maintenant, de sanglots qu’elle le fut,\nautrefois, d’extase ; toujours inexprimablement sur­\nhumaine, divine. Cette mère ne fut-elle pas le ciel\npenché sur la crèche radieuse comme un ciel d’aube\nsur le jeune orient ? Ne vient-elle pas d’être ensan­\nglantée en l’agonie du couchant terrible ? Maintenant\nelle est le ciel noir qui pleure et encore garde ; le\nciel immense à contenir le deuil du soleil divin.\n\n                                       A. E. J oly .\n\n\n\n\n                                                   229\n"}, {"page_pdf": 259, "texte": "      La Bénédiction du Cierge\n              Pascal\n                                       Selon la liturgie.\n                 Sous le porche gothique a retenti trois fois\n                 D es prêtres rapportant le feu, la nette voix.\n\n                 E t dressé dans le chœur, le C ierge P ascal\n                 S ’élève solennel, rigide et virginal.\n\n« R éjouis toi, troupe des anges séraphiques,\nH ab itan te des cieux vastes et pacifiques !\nE n cette allégresse des m ystères divin s,\nCh antez, harpe légère, sonnez, trom pes d ’airain !\nD ans la ju b ila tio n éclate et parle, T e rre ,\nV o ici que t ’illu m in e un lustre involontaire.\nC ette sp lend eur te vien t du M onarque éternel,\nL e s rayons d ’un tel or n ’ont leurs sources q u ’au\n                                              [C iel !\nSous la m erveilleuse clarté qui te caresse,\nE n tre, E g lise , dans une ineffable allégresse !\nE t q u ’en ce saint parvis retentisse la voix\nD es peuples accourus pour adorer la C ro ix !\n\nE t vous que l ’attente de la sainte lum ière\nR assem ble en cette n e f ardente et coutum ière,\n\nInvoquez avec moi le secours tout-puissant\nD u V erb e, obtenez moi de louer dignem ent\nC e lu i que ce cierge à nos y e u x représente\nE t que sym b o lise la cire édifiante.\nC a r les P âq u es sont là ! L a nuit est advenue\nO ù les rayons de D ieu déchireront la nue.\n\nE t l ’on im m olera, puéril, innocent,\nL ’A gneau véritab le et sans tâche dont le sang\nConsacrera les dem eures des vrais fidèles\nIden tiques sous le flux rouge qui ruisselle.\n\n\n\n\n230\n"}, {"page_pdf": 260, "texte": "L a nuit est advenue où les fils d ’ Israël\nG u id és par le feu droit, phare ou colonne au C ie l,\n\nF u ren t par V ous, Seign eur, retirés de l ’E g y p te\nE t traversant la m er à sec, prirent la fuite ;\n\nL a nuit est advenue où dans la grâce sainte\nS o n t rétablis tous les fils du C h rist que l ’atteinte\n\nD es vices du siècle ou des péchés hasardeux\nA va ien t privés des M érites acquis pour eux ;\n\nL a nu it est advenue où brisant de vains fers\nL e C h rist victorieu x rem onta des enfers.\n\nP éch é d ’A d a m , péché nécessaire et propice\nQ u ’effaça, P ère Sain t, le sang du sacrifice,\n\nO ! faute heureuse, qui nous vaut un tel Sauveur,\nE t q u ’un D ieu souverain lave par sa ferveur !\n\nO N u it, dont écrivit le P oëte Sacré :\n« L a N u it sera com m e un jo u r lim pid e et doré ;\n\nL a N u it pour éclairer les élans de m a jo ie\nS era claire et tissée en aurore de soie ;\n\nE t sa pureté bannira les crim es noirs,\nL e s fautes, les péchés q u ’élabore le soir,\n\nR en d an t l ’A m ou r à ceux que couvre un vo ile\n                                                [épais,\nA u x affligés la jo ie , aux ennem is la paix,\n\nA u V erb e tout-puissant les em pires du m onde\nS u r lesquels b rillera l ’or des lum ières blondes ! »\n\n              A yan t levé l ’encens et mis en croix cinq grains,\n              L e D iacre prononce en rejoignant les mains :\n\n« A ccep te, M aître de notre adoration,\nE n cette tièd e nuit d ’avril, l ’oblation\n\nQ u e l ’ É g lise te fait, fervente et solennelle,\nP a r les m ains de ses m inistres priant pour E lle .\n\nC e cierge em baum é, ja u n e et gris, sans m acule,\nE s t le fru it du labeur m atinal et créd u le\n\n\n\n\n                                                             231\n"}, {"page_pdf": 261, "texte": "Q ue, vives, dans l ’a ir frais, poursuivent les\n                                              [abeilles\nA u x calices des fleurs q u ’enclosent tes corbeilles.\n\nL e u r m iel a la douceur des suaves corolles.\n— N otre ruche retient les divin es paroles. —\n\nL e u r cire a la candeur des aubes ravissantes.\n— N ous T e voyon s passer, lum ineux, par les\n                                           [sentes\n\nD e G a lilé e, allan t aux m isères hum aines,\nE t, des fleurs dans les m ains, ranim ant les\n                                        [haleines. —\n\nL e u r œ uvre éternisa le printem ps et les roses.\n— N ’es-tu pas le Sem eur des verbes et des\n                                     [choses ? — »\n\n                     L e triangle baissé par le diacre, un cierge\n                     Allum e du flambeau pascal la m èche vierge.\n\n« B ie n q u ’il soit d ivisé, ce feu sacré dem eure,\nN on m oins intense et v i f q u ’à sa prem ière heure ;\n\nIl a pour alim en t la cire transparente\nE t le parfum subtil des plaines odorantes.\n\nF a ite s que ce cierge, éblouissant, Seign eu r,\nC onserve flam m e claire et brûle en votre honneur\n\nP en d an t cette nuit calm e où le sort ténébreux\nE n rich it à ja m a is la troupe des H éb reu x !\n\nF a ite s que sa lueur, com m e un parfum suave,\nS e m êle à vos flam beaux in flexibles et graves ;\n\nQ u e l ’astre du m atin le trouve encore brûlant,\nC e t astre qui n ’aura ni couchant ni levant,\n\nE t répandra sans fin sur les races hum aines\nL ’éclat resplendissant de sa clarté sereine ! »\n\n                                         T hom as B r a u n .\n      Samedi Saint,\nA bbaye   de   M ar ed so u s.\n\n\n\n\n232\n"}, {"page_pdf": 262, "texte": "              Pour Paul Verlaine\n                   (A la Libre Esthétique)\n     E n l ’honneur d’un grand poëte et pour hâter l ’érection du\n  Monument que notre piété désire, B ruxelles a noblement\n marqué d’une fête un jour. On me demande de la dire : en\n  effet, j ’y étais ; mais j ’en étais, et, outre que, de l ’ombre d’une\n coulisse im provisée entre deux rideaux, je n’ai tout vu ni tout\n entendu... On veut bien insister, et, gracieusem ent requis :\n     L e 25 mars, à trois heures, dans le grand salon de la L ib re\n Esthétique, s’ouvrait, consacrée au nom de P au l V erlaine,\n une séance à m erveille organisée par MM. O ctave M aus et\n  Em ile Verhaeren.\n    U ne très nombreuse et très élégante assistance, recueillie,\n où plus d’un songeait qu’ici s’accom plissait une œ uvre de\n justice et de réparation, sans oublier l’inévitable ironie du\n contraste éclatant de ces publics hommages, de ces couronnes\n de mots et de fleurs et de ce bronze tout à l ’heure dressé,\n avec la vie m isérable du poëte...\n    E m ile Verhaeren, avec un accent très haut et très pur, a\n proclam é : Depuis H ugo, la mort de V erlaine est celle qui\n met le plus profondément et le plus justem ent en deuil les\n lettres françaises. E t il a dit pourquoi V erlaine est, en effet,\n un grand poëte, pourquoi Sagesse est, incontestable, le plus\n admirable chef-d’œ uvre de la littérature mystique moderne.\n V erhaeren a été digne de lui-même, — je ne crois pas qu’on\n  puisse le mieux louer.\n    M. Carton de W iart, en une abondante et facile im provi­\n sation, a commenté Sagesse, étudié la psychologie douloureuse\n du poëte, exprimé la sym pathie et la pitié d’un chrétien pour\n le poëte chrétien (1).\n    A mon tour, j ’ai tâché de dire quel fut le rôle de Verlaine\n dans l ’histoire contemporaine de la poësie, comment il fit, au\n lendemain des restrictions excessives du Parnasse, le geste\n qui libère, comment aussi, m algré la goût de notre génie latin\n pour la logique immédiate et la plus rigoureuse précision, il\n doua notre langue poétique de ces qualités de vague, de\n fluidité, de m ystère, qui sont, au fond, toute la poësie.\n    Cam ille Lem onnier, retenu chez lui par l ’ophthalmie dont\nil souffre, a vait confié au vicom te de C olleville le soin de lire\n de belles pages sur l ’œ uvre en prose de V erlaine. L e public\ntout entier a reconnu avec jo ie les rares et puissantes qualités\nqui font de Cam ille Lem onnier un maître-coloriste si aigu\nd’intuition, si ardent d’expression. — A ce m orceau M. de\nC olleville a joint des souvenirs personnels, des lettres inédites\nde V erlaine et montré, dans la simplicité de sa vérité, cet\nhomme si réellem ent bon, si naïvem ent génial, tel que, pour\nma part, je l’ai tant connu et tant aimé.\n    Une fête, entre celles que nul témoin n’oubliera. U n hom­\nm age, tel qu’un grand poëte pouvait — par le noble merci\nde cet autre grand poëte, très aimé, Stéphane M allarm é —\nl ’accepter.                                        C h a r le s M o r ic e .\n\n  (1) Reconstitué et dicté, on pourra lire ce discours, la présente page tournée.\n\n\n\n\n                                                                                    233\n"}, {"page_pdf": 263, "texte": "   Discours sur « Sagesse ».\n    Dans cette fête commémorative, presque pieuse,\nje ne veux point faire autre chose que de laisser\nvoguer un instant mon souvenir vers celui que\nj ’aime comme vous et que, comme vous, j ’admire.\n    L e Verlaine dont je vous parlerai, non sans quel­\n que complaisance mais en toute simplicité, n’est pas\nle poète subtil et troublant de « Jadis et naguère »,\nni des « Romances sans paroles » ; ce n’est point le\n poète charnel et désordonné de « Parallèlement »,\n c’est le poète candide et apaisé de « Sagesse »,\n d’ « Amour » et de « Bonheur ».\n    C ’est un autre homme et c ’est presque une autre\n œuvre.\n    L ’homme n’est plus celui qui vantait l’impassibi­\n lité parnassienne :\nLibre à nos inspirés, cœurs qu’une œillade enflamme\nD ’abandonner leur être au vent comme un bouleau\nPauvres gens : L ’art n’est pas d’éparpiller son âme.\nEst-elle en marbre ou non la Vénus de Milo ?\n   L ’homme n’est plus celui qui se résignait aux\nfatalités saturniennes et mettait « ses instincts de\nbouc à charge des étoiles ». Il n’est plus celui qui\névoquait, avec quelle profondeur d’accent, par les\nsoirs équivoques d’automne, les fausses ingénues de\nWatteau.\n   Il n’est plus l’amoureux naïf de la Bonne Chanson ;\nil n’est plus « le vieux faune de terre cuite », ou, si\nc’est le même, il est bien changé !...\n   Ce décadent est devenu un primitif.\n   E t combien l’œuvre apparaît dissemblable...\n   Ailleurs, c ’est la palette où il a essayé toutes ses\n couleurs, c ’est le kaléidoscope de son cœur frivole,\n ce sont des livres de sensations et de rythmes, des\nlivres tourmentés, désemparés, aventureux, faits,\n les uns pour être recouverts d’un satin rose un peu\n fané, les autres d’un velours sanglant.\n\n\n\n\n 234\n"}, {"page_pdf": 264, "texte": "   Voici le livre, tout de recueillement, tout de\ndouceur, insouciant des choses extérieures, qui doit\nêtre revêtu de soie blanche.\n   L e seul poème catholique ! a dit Jules Lemaître,\net en vérité, à moins de remonter à saint Ambroise\net à Adam de St Victor, à moins d’évoquer les\népopées chenues de la chanson de Roland et du Saint\nGraal, où retrouver, sauf dans l’œuvre de Dante,\nles sentiments chrétiens plus poétiquement exprimés ?\n   Est-ce au X V IIe siècle ?\n   Un ingénieux critique qui s’amusa plus d’une fois\nà caricaturer Verlaine, Anatole France, écrivait\n dans la « Vie Littéraire » :\n   « Dans tout ce X V IIe siècle vanté comme un\ngrand âge chrétien, où sont les poètes qui prient ?\nCeux qui laissèrent des poésies spirituelles écri­\nvaient dans le goût Louis X III, qui était un goût\ntrop fier et même quelque peu capitan et matamore.\nComme Polyeucte au temps du Cardinal, leurs\npoètes pénitents avaient un chapeau à plumes, des\ngants à manchettes et une longue cape que la rapière\n relevait en queue de coq ».\n    Ils chantèrent, selon Léon Bloy, le Dieu des\n architectes et des tapissiers de la monarchie et leur\n poésie d’étiquette ou de catafalque avait juste le prix\n marchand de l’aumône royale qu’on laissait tomber\n dans leur sébile.\n    Voici Verlaine : « Un homme se présente au seuil\n de l’Eglise éternelle du Christ, je ne dis pas le plus\n grand, ni le meilleur, mais l’unique, absolument,\n celui qu’on était las d’espérer ou de rêver depuis\n des siècles, un poète chrétien.\n    Ce minable claquedent, dénué même des tessons\n de Job, porte son fumier sur son esprit et sa besace\n autour de son cœur. Il s’agenouille à l’entrée du\n viel habitacle de l’Espérance, de l’antique vaisseau\n  des Extases, et, du fond de sa conscience, invoque\n le Dieu flagellé pour qu’il soit le témoin de son\n holocauste.\n     Il arrive des lointains cloaques, apportant l’iné­\n  galable trésor des puanteurs, des nudités, des\n\n\n\n\n                                                     235\n"}, {"page_pdf": 265, "texte": "dérélictions, des blasphèmes et des désespoirs du\nsiècle, puisque l’épouse indéfectible du Rédempteur\na reçu le pouvoir de transfigurer tout cela. Il a\nchoisi d’être le bouc propitiatoire et le sacrifice qu’il\noffre est cousin germain de l’effroyable désolation\nqu’il assume ». (x)\n    Un autre critique, M. Charles Morice, définit\n Sagesse le plus beau poème écrit en France depuis\nles Fleurs du Mal.\n   Ce livre apparaît tout à coup dans l’ensemble de\nl’œuvre de Verlaine comme une surprise : Il fut une\nsurprise pour l’auteur lui-même : un éclair l’avait\nilluminé sur sa voie tandis qu’il revenait lassé, de\nplus loin que le chevalier Tannhäuser fuyant les\nensorcellements du Venusberg.\n   Ce fut un salutaire catastrophe qui le terrassa en\nchemin.\n   Dans « Mes Prisons » auto-biographie sincère, il\nraconte la genèse du livre : Certain jour de Juillet\n73 , il se prit de querelle à Bruxelles avec son com­\npagnon d’aventures, Arthur Rimbaud, et l’égratigna\nd’une balle. Après une brève détention préventive\naux Petits-Carmes, il fut condamné pour coups et\nblessures à deux ans de prison qu’il alla purger à\nMons.\n   C ’est là que naquit Sagesse.\n   Un livre, le Catéchisme de Persévérance de Mon­\nseigneur Gaume, fut l’occasion de sa conversion.\n   « En dépit d’un art déplorable en fait d’écriture,\ndit-il, et d’une syntaxe à peine en vie, Monseigneur\nGaume fut pour moi — pourri d’orgueil, de syntaxe\net de parisienne sottise — l’apôtre.\n   Je lus la centaine de pages consacrées par le bon\nprélat au sacrement de l’Eucharistie.\n   Je ne sais si ces pages constituent un chef-\nd’œuvre. Mais, dans la situation d’esprit où je me\ntrouvais, l’ennui profond où je plongeais en dépit de\ntous bons égards et de la vie relativement heureuse\nque ces bons égards me faisaient, et le désespoir de\nn’être pas libre et comme, aussi, de la honte de me\n  (x) L éon B loy. — U n Brelan d’Excom m uniés, page 100.\n\n\n\n\n236\n"}, {"page_pdf": 266, "texte": "trouver là, déterminèrent, un certain petit matin de\njuin, après quelle nuit douce-amère passée à méditer\nsur la présence réelle et la multiplicité sans nombre\ndes hosties figurée aux saints évangiles par la mul­\ntiplication des pains et des poissons — tout cela,\ndis-je, détermina en moi une extraordinaire révolu­\ntion — vraiment !\n   Il y avait depuis quelques jours, pendu au mur de\nma cellule, au-dessous du petit crucifix de cuivre\nsemblable à celui dont il a été précédemment parlé,\nune image lithographique assez affreuse, aussi bien,\ndu Sacré-Cœur ; une longue tête de Christ, un\ngrand buste émacié sous de larges plis de vêtement,\nles mains effilées montrant le cœur\n                  Qui rayonne et qui saigne,\ncomme je devais l’écrire un peu plus tard dans le\nlivre Sagesse.\n   Je ne sais quoi ou qui me souleva soudain, me\njeta hors de mon lit, sans que je pusse prendre le\ntemps de m’habiller et me prosterna en larmes, en\n sanglots, aux pieds du Crucifix et de l’image suré­\n rogatoire.\n    Priant, à travers mes larmes, à travers les sourires,\n comme d’enfant, de comme un criminel racheté,\n priant, ô, à deux genoux, à deux mains, de tout mon\n cœur, de toute mon âme, de toutes mes forces,\n selon mon catéchisme ressuscité !\n    Combien est-ce que je réfléchissais sur l’essence\n et l’évolution même de la chose qui s’opérait en\n moi ! Pourquoi, comment !\n    E t j ’avais de ces ardeurs, de ces, comme on dirait\n en nos odieux temps, dispositions ! Comme j’étais\n bon, simple, petit !\n    E t ignorant !\n    « Domine, noverim te ! »\n    Quelle candeur d’enfant de chœur, quelle gentil­\nlesse de vieux- et jeune ! alors, pécheur converti,\n d’orgueilleux s’humiliant, d’homme violent devenu\nun agneau ! »\n   Ce fut ainsi que la douleur, cette mystérieuse\npassante qui fend les âmes pour les briser ou pour\n\n\n\n\n                                                      237\n"}, {"page_pdf": 267, "texte": "les élargir suivant le degré de force qu’elles lui\nopposent, fut pour Verlaine rédemptrice et inspira­\ntrice. Son rude contact fit renaître en lui, à la place\ndu cœur flétri, un cœur fort et candide :\n\nBon chevalier masqué qui chevauche en silence,\nLe malheur a percé mon vieux cœur de sa lance.\nLe sang de mon vieux cœur n’a fait qu’un jet vermeil\nPuis s’est évaporé sur les fleurs, au soleil.\nL ’ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma bouche\nE t mon vieux cœur est mort dans un frisson farouche.\nA lors le chevalier Malheur s’est rapproché,\nI l a mis pied à terre et sa main m’a touché.\nSon doigt ganté de fer entra dans ma blessure\nTandis qu’il attestait sa loi d’une voix dure.\nE t voici qu’au contact glacé du doigt de fer\nUn cœur me renaissait, tout un cœur pur et fier.\n\nE t voici que, fervent d’une candeur divine,\nTout un cœur jeune et bon battit dans ma poitrine.\n\nOr, je restais tremblant, ivre, incrédule un peu,\nComme un homme qui voit des visions de Dieu.\nMais le bon chevalier, remonté sur sa bête,\nEn s’éloignant me fit un signe de la tête\nE t me cria (j’entends encor cette voix) :\n« A u moins, prudence! Car c’est bon pour une fois. »\n\n   En 1880, en plein tohu-bohu, en pleine foire\nnaturaliste, « dans ces jours d’esprit charnel et de\nchair triste », à l’heure même où la vogue acclamait\nl'Assommoir e t Nana, brutales épopées de l’animalité\nhumaine, à l’heure où triomphait « cette doctrine\nde marcassins et de glands tombés » — ainsi que\nl’appelait Barbey d’Aurevilly — Sagesse parut comme\nun doux tintement d’angelus au milieu de l’orgie.\n                              ★\n                          *       *\n\n  Sagesse est un triptyque.\n  Dans le premier volet, s’offre le néophyte, ardent\n\n\n\n\n238\n"}, {"page_pdf": 268, "texte": "de connaître, désireux d’aimer ; ses yeux, bien que\ndessillés, clignotent encore à la vraie lumière ; les\nincertitudes et les angoisses disputent encore son\nâme à la paix ; le vieil homme ne se résigne pas\nvolontiers à être sacrifié.\n\nA lors un grand désir, un seul, vient investir\nLe pénitent, après les premières alarmes,\nE t c’est d’humilier son front devant les larmes\nDe naguère, sans rien qui pourrait amortir\nLe coup droit pour l’orgueil, et de rendre les armes\nComme un soldat vaincu, triste, de bonne foi.\n\n  Dans les transes de la lutte, il s’apitoie, puis il\ngourmande sa lâcheté et s’encourage à bien faire.\n\nSi ces hiers allaient manger nos beaux demains ?\nSi la vieille folie était encore en route ?\nCes souvenirs, va-t-il falloir les retuer ?\nUn assaut furieux, le suprême, sans doute !\nO, va prier contre l’orage, va prier.\n\n    Mais le triomphe est proche : les tentations s’éloi­\ngnent pour mourir enfin. Toutes les voix : les voix\nde l’orgueil, les voix de la haine, les voix de la\nchair, les voix d’autrui, les colères, les soupirs\nnoirs, les regrets, les tentations meurent une à une,\nmeurent toutes parmi la voix que la prière emporte au\nCiel, elles meurent parmi la voix terrible de l’amour.\n C ’est le sujet de cet admirable poème des Voix, un\ndes plus beaux qui jaillirent d’un cœur d’homme.\n    Pendant cette période, le passé lui réapparaît\nsouvent, des réminiscences surgissent à tous les\ntournants. L e souvenir de la femme s’obstine et il\nest curieux de voir comment sa conception se\nmodifie petit à petit pour lui. Ce n’est plus la con­\nception baudelairienne à laquelle il a sacrifié dans\nles Poèmes Saturniens et dans les Fêtes Galantes ; ce\nn’est plus le joli monstre, la sirène dont la voix\nfuneste attire les matelots au fond des abîmes, ni la\nCircé magicienne qui change l’homme en bête\nimmonde. Cette conception qui allie le mépris à\nl’adoration, qui n’exalte la femme que pour mieux\n\n\n\n\n16                                                     239\n"}, {"page_pdf": 269, "texte": " la déshonorer est bien loin. A cette conception là,\n la Bonne Chanson en avait déjà substitué une autre\nplus humaine. Dans ce frais poème, comme l’écrit\n M. Maurice Dullaert : « les fantômes lugubres qui\nle hantaient se sont évanouis ; les désenchantements,\nles ironies et les pensées amères font silence ; il\nsemble évadé d’un cauchemar et tout un printemps\nde foi pure et naïve refleurit dans son âme meilleure.\n   Que s’est-il passé ? Presque rien : Paul Verlaine\nest fiancé. Il a suffi, pour le séduire et le captiver,\nd’une candide enfant apparue. Elle, ce n’est plus la\ntant maudite créature de ruse et de ténèbres, c’est\nla Fée, l’Ange, l’être d’aurore et de clarté dont la\nvenue illumine tout à l’entour, la compagne rêvée\net l’âme que son âme depuis toujours pleure et\nréclame, et c ’est à ses genoux, comme un page\nsuppliant aux genoux d’un princesse de légende,\nqu’il chante, dans la Bonne Chanson, le « doux mal\nqu’on souffre en aimant. » Disparu, l’ennui morose ;\nchassées, les prévisions funestes ; fuie, la vie dis­\nsipée du poète bohème et noctambule noyant ses\nchagrins « en des breuvages exécrés » L e voici tout\nrajeuni, le cœur allègre, riche d’espoirs et plein de\nbons propos :\n\nOui, je veux marcher droit et calme dans la vie,\nVers le but où le sort dirigera mes pas,\nSans violence, sans remords et sans envie ;\nCe sera le devoir heureux aux gais combats.\n\nE t comme, pour bercer les lenteurs de la route,\nJe chanterai des airs ingénus, je me dis\nQu’elle m’écoutera sans déplaisir sans doute :\nE t vraiment je ne veux pas d’autre paradis.\n\n   L a nature entière participe à son ravissement ;\nl’aube, l’azur, le soleil sont les confidents de son\nivresse ; il charge l’étoile du matin de messages\npour sa mie. Puis il se plaint des mélancolies de\nl’absence, évoque en son œil la voix, le regard, le\ngeste de la promise, et de subites inquiétudes le\nchagrinent à la pensée qu’elle est rieuse peut-être et\n\n\n\n\n240\n"}, {"page_pdf": 270, "texte": "oublieuse, tandis qu’il songe loin d’elle. L e devoir\nsera si facile, égayé par la féale tendresse de\nl’épouse, et qu’elles seront profondes les joies inti­\nmes du foyer entrevues et douces les longues soirées\nde tête-à-tête sous la lampe, « les yeux se perdant\nparmi les yeux aimés ! » Oh ! qu’elle sonne vite\npour l’impatient l’heure nuptiale ! Les délicieux\népithalames qu’il compose en l’attendant ! (1)\nDonc, ce sera par un clair jour d’été ;\nLe grand soleil, complice de ma joie,\nFera, parmi le satin et la soie,\nPlus belle encor votre chère beauté ;\nLe ciel tout bleu, comme une haute tente,\nFrissonnera somptueux à longs plis\nSur nos deux fronts heureux qu’auront pâlis\nL ’émotion du bonheur et l’attente ;\nEt, quand le soir viendra, l’air sera doux\nQni se jouera, caressant, dans vos voiles,\nE t les regards paisibles des étoiles\nBienveillamment souriront aux époux.\n\n   Dans Sagesse la femme apparaît comme une com­\npagne apaisante et c’est la conception que nous\nretrouvons formulée dans le livre Bonheur qui est\nla suite de Sagesse.\n\nJe voudrais, si ma vie était encore à faire,\nQu’une femme très calme habitât avec moi,\nPlus jeune de dix ans, qui portât sans émoi\nLa moitié d’une vie au fond plutôt sévère.\nNotre cœur à tous deux dans ce château de verre,\nNotre regard commun ! franchise et bonne foi,\nUn et double dirait comme en soi-même : Voi !\nE t répondrait comme à soi-même : persévère !\nElle se tiendrait à sa place, mienne aussi,\nNous serions en ceci le couple réussi\nQue l’inégalité, parbleu ! des caractères\nNe saurait empêcher l’équilibre qu’il faut,\nCe point étant compris d’esprits en somme austères\nQu’au fond et qu’en tout cas l'indulgence prévaut.\n (1) Verlaine, par M a u r i c e D u l l a e r t . (Gand. Siffer, 1896).\n\n\n\n\n                                                                       241\n"}, {"page_pdf": 271, "texte": "  Voici le volet central du triptyque.\n   Nous entrons dans une période d’exaltation et\nd’extase. L e poète est devant l’autel, il prie et sa\nprière a toutes les belles effusions mystérieuses qui\ncaractérisaient les élans d’un Saint-Augustin ou\nd’une Cathérine de Sienne. C ’est la série de ces\nstances et de ces sonnets célèbres où l’âme con­\nverse avec le Créateur dans un dialogue intime qui\nrappelle les plus beaux passages de l’Imitation.\nJamais peut-être la poésie n’a pu s’enrouler sur de\nplus ardentes tiges et n’est montée plus haut hors\ndu monde, dans le ravissement infini. Vaincu par\nla prière, il s’abandonne à la grâce et reçoit les\nconseils et les promesses.\n\nE t pour récompenser ton zèle en ces devoirs\nSi doux qu’ils sont encore d’ineffables délices,\nJe te ferai goûter sur terre mes prémices,\nLa paix du cœur, l’amour d’être pauvre, et mes soirs\nMystiques, quand l’esprit s’ouvre aux calmes espoirs\nE t croit boire, suivant ma promesse., au Calice\nEternel, et qu’au ciel pieux la lune glisse,\nE t que sonnent les angélus roses et noirs,\nEn attendant l’assomption dans ma lumière,\nL ’éveil sans fin dans ma charité coutumière,\nLa musique de mes louanges à jamais,\nEt l'extase perpétuelle et la science,\nE t d’être en moi parmi l’aimable irradiance\nDe tes souffrances, enfin miennes, que j ’aimais !\n\n   On a contesté, à Verlaine, jusqu’au titre de poète\ncatholique. De tels vers répondent à de telles criti­\nques. Elles font justice de la suspicion que certains\nécrivains préposés aux admirations orthodoxes,\nlaissèrent planer sur la sincérité de l’auteur de\nSagesse.\n   Qu’on reproche à Verlaine ses erreurs, ses fautes,\nles lits d’aventure où il échoua, soit ! mais sincère\ndans le péché, il est sincère dans la contrition et\nl’on ne comprend pas que la même anthologie qui\n\n\n\n\n242\n"}, {"page_pdf": 272, "texte": " accueille généreusement J.-B. Rousseau et Delille\n prétende ostraciser Verlaine. Rubens sera-t-il exclu\n du maître-autel à cause de ses conceptions charnel­\n les et voluptueuses ? D ’ailleurs la mort est peut-être\n une circonstance atténuante du génie. Tant qu’un\n grand écrivain de croyance catholique est en vie,\n on le tient à quelque distance, on se garde bien de\n le couvrir d’un patronage, qui pourrait devenir\n dangereux. Mais quand il est mort, quand on est\n sûr qu’il est bien mort, les chacals de la gloire\n s’approchent avec prudence de son cadavre. Em­\n baumé, couvert de fleurs, il bénéficie parfois d’une\n adoption posthume. C ’est que ces hommes circons­\n pects savent très bien que la gloire littéraire n’est\npas une quantité négligeable, que le génie peut\nréfléter sur une cause, si grande qu’elle soit par\nelle-même, des rayons qui la font plus belle. Et\n c’est pourquoi, avant qu’il soit longtemps, l’éduca­\ntion littéraire des collèges catholiques sera initiée\nà des œuvres telles que Sagesse.\n    On veut bien recueillir les fruits du labeur du\npoète, non être solidaire de sa lutte. C ’est pourquoi\non le suit du coin de l’œil avec circonspection, tou­\njours prêt à le désavouer, mais bien disposé, le jour\noù il mourra dans un nimbe de gloire dont il sera le\nseul artisan, à revendiquer ce nimbe et à s’habiller\nde cette gloire.\n                         *   *\n   L ’exaltation fait place à l’apaisement. Revenu\ndans le monde, le poète y apporte une philosophie\nnouvelle. L e voici sage, il passera indifférent, il a\ntrouvé sa boussole, il accepte l’impératif catégorique\nqui s’est révélé à lui.\n\nDésormais le Sage, puni\nPour avoir trop aimé les choses,\nRendu prudent à l’infini,\nMais franc de scrupules moroses,\nLe Sage peut dorénavant,\nAssister aux scènes du monde,\nE t suivre la chanson du vent,\nE t contempler la mer profonde.\n\n\n\n\n                                                    243\n"}, {"page_pdf": 273, "texte": "I l aimera les deux, les champs,\nLa bonté, l’ordre et l’harmonie,\nE t sera doux, même aux méchants,\nAfin que leur mort soit bénie.\n\nDélicat et non exclusif,\nI l sera du jour où nous sommes :\nSon cœur, plutôt contemplatif,\nPourtant saura l’œuvre des hommes.\n\nMais revenu des passions,\nUn peu méfiant des « usages »,\nA vos civilisations\nPréférera les paysages.\n\n   Les tempêtes, s’il en survient, trouveront l’huile\nqui les calmera. L ’apaisement d’une conscience\nenfin saine se répand sur les choses extérieures.\nRien de plus doux que cette confusion du dedans et\ndu dehors.\n   L a nature se mêle à son âme et l’on songe en\nlisant tel poème La Prière du Matin dans Amour,\nLe Bon Pauvre dans Bonheur et surtout La Fête dit\nB lé qui clôt admirablement le livre de Sagesse, on\nsonge aux Fioretti de S t François d’Assise.\n   On trouve aussi dans les primitifs flamands et\nitaliens cette spiritualisation de la matière et si la\nthéorie naturaliste est vraie, que « la nature doit\nêtre vue à travers un tempérament » on comprend\ncette fusion des sensations et des sentiments.\n   Toute la devise des mystiques n’est-elle pas : « ab\nexterioribus ad interiora, ab interioribus ad supe ­\nriora. »\n   « L e monde sensible, dit Jules Lemaître, dans\nses Contemporains, la rue ou le ciel vous entre dans\nles yeux. Il cesse de vous être extérieur, vous perdez\nle pouvoir de l’objectiver, vous éprouvez qu’un\npaysage n’est qu’un état de conscience. Dès lors,\nvous n’avez qu’à dire vos perceptions pour traduire\nvos sentiments ; vous n’avez plus besoin de préciser\nle rapport entre la cause et l’effet, entre le signe et\nla chose signifiée, puisque les deux se confondent. »\n\n\n\n\n244\n"}, {"page_pdf": 274, "texte": "   Nulle part, je le répète, cette compénétration\nn’apparaît plus visible que dans La Fête du Blé.\n\nC’est la fête du blé, c’est la fête du pain\nA u x chers lieux d’autrefois revus après ces choses !\nTout bruit, la nature et l’homme, dans un bain\nDe lumière si blanc que les ombres sont roses.\n\nL ’or des pailles s’effondre au vol siffleur des faux\nDont l’éclair plonge, et va luire, et se réverbère.\nLa plaine, tout au loin couverte de travaux,\nChange de face à chaque instant, gaie et sévère.\nTout halète, tout n’est qu’effort et mouvement\nSous le soleil, tranquille autour des moisson mûres,\nE t qui travaille encor imperturbablement\nA gonfler, à sucrer là-bas les grappes sures.\nTravaille, vieux soleil, pour le pain et le vin,\nNourris l’homme du lait de la terre, et lui donne\nL ’honnête verre où rit un peu d’oubli divin.\nMoissonneurs, vendangeurs là-bas ! votre heure est bonne !\nCar sur la fleur des pains et sur la fleur des vins,\nFruit de la force humaine en tous lieux répartie,\nDieu moissonne, et vendange, et dispose à ses fins\nLa Chair et le Sang pour le calice et l’hostie !\n                             ★\n\n\n\n\n   Verlaine est dans Sagesse le plus chrétien des\npoètes de ce siècle, comme il est dans toute son\nœuvre un des plus humains d’entre eux ; il est,\ncomme on l’a dit « l’homme frisson ». L a vie toute\nentière tressaille dans ses poèmes.\n   Avant lui, la poésie française avait connu — et\nelle connaît encore — d’admirables poètes. Mais ne\npeut-on pas reprocher à plusieurs d’entre eux\nd’avoir été trop volontiers des rhéteurs ? Leur poé­\nsie n’est-elle pas souvent une belle prose où la raison\nl’emporte sur l’impression.\n   Dans sa réponse à Monsieur Jules Huret lors\nd’une enquête fameuse, Verlaine s’exprimait ainsi :\n« On doit voir tout de même sous mes vers le gulf­\nstream de mon existence, où il y a des courants\n\n\n\n\n                                                         245\n"}, {"page_pdf": 275, "texte": "d’eau glacée et des courants d’eau bouillante. Des\ndébris, oui. Des sables, bien sûr. Des fleurs, peut-\nêtre. »\n   C ’est son existence et c ’est l’humanité. E t c ’est\npourquoi Verlaine demeurera, car toute la joie que\nnous éprouvons à lire les poètes se résume dans le\nportrait de nous-mêmes qu’ils nous tracent. Une\nimpression écrite ne nous paraît vraie que pour\nautant que nous l’ayons, si peu que ce soit, éprouvée\nnous-mêmes. Bossuet n’a-t-il pas dit : « L e plaisir\nde l’homme c’est l’homme ». Aussi les générations\nà venir frémiront comme la nôtre à lire ces poèmes\nvrais comme la vie elle-même. Aussi le buste qui\ns’élèvera bientôt au Jardin du Luxembourg et qui\nrira « au centre d’un boulingrin » sera un but de\npèlerinage pour quiconque aime la vie. Verlaine est\net restera comme Musset, le poète de la vie, c’est-\nà-dire le poète de l’amour.\n                            H en ry Carton                     de   W ia r t .\n\n\n\n\n            Vous êtes calme, vous voulez un vœu discret,\n            Des secrets à mi-voix dans l’ombre et le silence,\n            Le cœur qui se répand plutôt qu’il ne s’élance,\n            Et ces timides, moins transis qu’il ne parait.\n\n            Vous accueillez d’un geste exquis telles pensées\n            Qui ne marchent qu’en ordre et font le moins de bruit..\n\n\n            Donnez leur le silence et l’amour du mystère,\n            O Dieu glorifleur du bien fait en secret,\n            A ces timides moins transis qu’il ne parait,\n            Et l’horreur et le pli dos choses de la terre...\n\n                                                                (Sa g esse, II, 3.)\n\n\n\n\n246\n"}, {"page_pdf": 276, "texte": "       Les Poètes mystiques\nI\n\n\n\n\n               Verlaine, ou le scrupule de la Beauté.\n\n    Si la beauté est essentiellement religieuse, elle\n devient profane en cessant d’être essentielle.\n    Ouvrer une œuvre, c’est dans tous les cas, grou­\n per des éléments d’expression qui s’adressent aux\n sens, c’est dresser d’abord quelque architecture de\n sons et d’images. Ainsi l’eurythmie de la Beauté\n participe de notre physiologie : nulle œuvre d’art\n n’existe que selon les lois de notre organisme. E t si\n les formes de la beauté ne peuvent jamais s’ordonner\n que selon la loi de l’homme, l’harmonie en consiste\n à nous procurer de quelque façon le libre jeu de\n nos organes et à les imiter. Partant la beauté for­\n melle a pour signe le plaisir qu’elle nous donne, car\n il consiste dans l’exercice normal de notre activité.\n Rien donc, parmi une œuvre, ne s’exprime qu’agréa­\n blement : toute forme est joyeuse. Point d’art qui\n ne marque quelque souci d’une forme expressive.\n Nulle forme qui ne sollicite de nous le frisson païen\n de l’intelligence, la béatitude physique de l’évidence.\n L ’attrait des œuvres d’art en est la parole, et la\n volupté l’idiome de l’art.\n    De là quelque paganisme de la Beauté.\n    Voilà pourquoi de hauts artistes se sont si admi­\n rablement obstinés à tenir d’obscurs langages.\n Eussent-ils été de clairs parleurs ? Leur clarté même\nnous eût fermé l’accès des pensées essentielles par\nun réseau d’agréments extérieurs. L e sens de\nl’œuvre nous eût été interdit par un cercle de char­\nmes ensorceleurs. Deux harmonies leur ont semblé\ninconciliables, l’harmonie intime et l’harmonie ex­\npressive. C ’eut été un désordre de s’exprimer. Aussi\nne puis-je songer sans grand pitié aux si jolis, si\njolis vers que Gabriel Vicaire consacra à Jésus et à\n Madeleine.\n    E t voilà pourquoi encore d’autres ont crié sur\nl’art la parole d’anathème. Outre qu’ils virent dans 247\n"}, {"page_pdf": 277, "texte": "la beauté des formes une magie par quoi l’esprit est\ninutilement captivé, il leur semblait aussi que le\ndivertissement où elle arrête notre sensualité n’est\nrien qu’amollissant et voluptueux, et ces vains jeux\ndes lumières et des musiques leur apparurent de\ndétestables fêtes de nos sens, plutôt qu’un langage\nque l’homme puisse parler à Dieu. Il ne pouvait\nêtre d’art religieux, puisque l’art flatte d’abord nos\npassions. E t comme Platon avait chassé Homère,\nle dominicain Savonarole se fit iconoclaste et brûla\nles écrits de Dante et de Pétrarque.\n   L ’ombre de Savonarole est sur Verlaine.\n   Je voudrais dire en lui l’artiste et l’homme, et\ncomment, dans un drame littéraire exquis et dou­\nloureux, le poète mystique fut consommé par le corps\nà corps de ces deux frères ennemis qu’il fut.\n                             ★\n                         *       *\n\n   On ne trouverait pas dans toute notre poésie fran­\nçaise de virtuose tel que Verlaine. Il a débuté par\nêtre un pur parnassien, ce qui est dire un ciseleur\nde verbes rares, et l’on a pu désigner ses Fêtes\nGalantes comme le chef-d’œuvre du Parnasse. Il se\nplia aux plastiques les plus diverses. L ’on sait de\nlui, dans les Poèmes Saturniens, des pièces védiques\net helléniques où est jouée de main de maître la\nmaîtrise de Leconte de Lisle, d’étincelants feux\nd’artifices de rimes, folles et mélancoliques ensem­\nble, et chatoyantes de plus de grâces spirituelles\nque n’en a la gaîté banvillesque, si brusque parfois\net comme si colérique, des pages qui pourraient\naussi bien être de Théophile Gautier, d’imprécis\ntableaux que lui eût enviés Sainte-Beuve, des truan ­\nderies à la Richepin, et surtout des pièces A la\nmanière de Paul Verlaine. Il n’est peut-être de si\ndivers en cette génération et de si aisément protéi­\nforme qu’un autre ouvrier, Saint-Saëns. C ’est volon­\ntiers donc d’un mot artiste qu’il s’exprime. Il dira :\n« un Watteau rêvé par Raffet. »\n   Qu’il a évoqué de paysages ! Sa vision est ondo­\nyante et informée. Ce sont des grotesques à la Callot,\n\n\n\n\n248\n"}, {"page_pdf": 278, "texte": "des eaux-fortes, des gravures à la manière noire,\ndes Tony Johannot, des natures que Watteau eût\nchiffonnées, des buées mythologiques où le rêve de\nCorot s’évapore. Mais pour moi, tant se soutient en\nlui l’intelligence de la modernité, je le lirais volen ­\ntiers au Luxembourg parmi les tableaux légués par\nle peintre Caillebotte, à moins que ce ne soit en\nquelque banlieue par-dessus l’agglomération des toits\nde tuile. Il sent en effet toutes choses en peintre\nimpressionniste. Il rappelle Monet pour la curiosité,\nManet pour l’amertume sobre de la vision. Ses\npaysages sont concis et simples, teintés d’humeur,\nrésignés, vus sur le vif. L ’aspect en trahit un raffiné\navec un peu des hallucinations de la fatigue. Ils\nsont d’un œil exercé à solliciter de toutes parts des\nfinesses et des nuances de tons qu’au besoin il\nréalise en regardant. Les paysages de ville l’ont\nfasciné et il fut des artistes de cet âge qui se prirent\nd’une prédilection nostalgique pour Londres et\nBruxelles. Il a inventé le gris Verlaine.\n    Mais ce paysagiste fut surtout un musicien. L ’âge\nde la sculpture ayant été, dans la poësie française,\nrévolu par les poèmes marmoréens de Leconte de\nLisle, beaux de lignes et d’attitudes, Verlaine parut\nqui délia le régulier et sinueux assemblement des\nformes, morcela l’alexandrin, cassa la statue et en\nfit tinter les morceaux comme du cristal. L a rime\ntantôt s’étouffa dans la rapidité des enjambements\net tantôt vibra éclatante, soutenue, timbrée par les\néchos intérieurs du vers. Tant d’éléments qui étaient\nassociés pour des sinuosités, il les réunit selon de\nla musique :\n\n       « D e la musique encore et toujours !\n         Que ton vers soit la chose envolée\n         Q u’on sent qui fuit d’une âme en allée\n         V ers d’autres cieux à d’autres am ours.... »\n\n\n   Celui qui se complaisait aux paysages de cendre\net aux ciels de perle, se berçait plus volontiers aux\nrythmes impairs, de musique ténue et troublante,\net désolée encore, mais si peu.\n\n\n\n\n                                                         249\n"}, {"page_pdf": 279, "texte": "       « D e la musique avant toute chose\n         E t pour cela préfère l ’Impair,\n         Plus vague et plus soluble dans l ’air\n         Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.\n\n         Il faut aussi que tu n’ailles point\n         Choisir tes mots sans quelque m éprise :\n         Rien de plus cher que la chanson grise\n         Où l’Indécis au Précis se joint.\n\n\n         Car nous voulons la N uance encor,\n         P a s la couleur, rien que la nuance !\n         Oh ! la nuance seule fiance\n         L e rêve au rêve et la flûte au cor !\n\n   Il a joué des morceaux étonnants. Qu’il exaspère\navec un art, avec une délicatesse infinie les mètres\ndifférents les uns par les autres ! Volontiers il use\nde l’ancien dix pieds (4+6) dont les deux inégales\nmoitiés s’efforcent l’une vers l’autre, haletant par\nlà et inquiet comme les impairs, et il en rehausse\nau besoin l’emploi du voisinage paradoxal et lanci­\nnant des pentamètres. Ecoutez plutôt :\n\n       Comme la voix d’un mort qui chanterait\n                Du fond de sa fosse,\n       M aîtresse, entends monter vers ton retrait\n                Ma voix aigre et fausse.\n\n       Ouvre ton âme et ton oreille au son\n                D e ma mandoline.\n       Pour toi j ’ai fait, pour toi cette chanson\n                C ruelle et câline.\n\n   Il sait encore le charme des syntaxes évocatrices\net la chanson des mots câlins. Des paroles légères\net aériennes ainsi, de mélodieusement simples, de\nfrêles et de frissonnantes, de pleureuses si délicieu­\nsement, de qui en avons-nous entendu ? De Musset\npeut-être. Aucune pourtant que je n’oubliasse volon­\ntiers pour ceci :\n\n         E coutez la chanson bien douce\n         Qui ne pleure que pour vous plaire.\n         E lle est discrète, elle est légère :\n         U n frisson d’eau sur de la m ousse...\n\n\n\n\n250\n"}, {"page_pdf": 280, "texte": "          A ccu eillez la voix qui persiste\n          E n son naïf épithalame.\n          A llez, rien n’est m eilleur à l ’âme\n          Que de faire une âme moins triste.\n\n          E lle est en peine et de passage\n          L ’âme qui souffre sans colère,\n          E t comme sa m orale est claire !...\n          E coutez la chanson bien sage.\n\n  A toute page s’accusent des formules sveltes et\nnerveuses, des ellipses, des raccourcis et des fuites\nde mots, des barbarismes où se trahit le forgeron-né\nde bonne langue française.\n   Un artiste prodigieux enfin, un fin voyeur, un\nvioloniste inquiétant. Par-dessus tout un poète mali­\ncieux qui craint les voies battues, les couleurs bruy­\nantes, les musiques pompeuses, et de rêver langou­\nreusement au bord des lacs.\n                               *\n                              * *\n\n   L ’homme en effet que chante ce musicien de soi-\nmême est profondément sincère, et jusque presqu’au\ncynisme. Qui ne le sait? Nous eûmes pourtant à\ndéfendre sa mémoire l’autre année, dans la presse\ncatholique hélas ! (1) où la publication de Parallèle­\nment avait fait douter de la probité parallèle d’une\nœuvre telle que Sagesse. Qui ne voit qu’un converti\nsuspect se fût soigneusement gardé de tant de mal­\nadresse ? L a naïveté éclate, et la bonne foi, garante\nde la foi. En vérité on l’eût trouvé sincère, s’il l’eût\nété moins.\n   Il fut surtout un vieil enfant, prompt à l’enthousi­\nasme, à la plaisanterie et à la colère, un « don Qui­\nchotte », terrible et comique à la fois, de volonté\nfaible et de mœurs abandonnées, bavard, un peu\nivrogne, très maniaque, criant pour se faire peur,\nun matamore qui se serait rossé lui même, έαυτόν\nτιμωρούμενος, s’accusant, s’il est possible, de plus de\nvices qu’il n’en avait et capable en effet d’en inventer,\n\n  (1) D ans le journal le Monde, où M. d’A zam buja avait eu le\nmauvais goût de parodier l’un des plus beaux poèmes de\nSagesse.\n\n\n\n\n                                                            251\n"}, {"page_pdf": 281, "texte": " assez candide toutefois pour faire dans le même\ntemps l’hommage d’un cœur pur à la Vierge Marie,\n suprêmement touchant ! « L ’âme d’un immortel\nenfant, écrivait Charles Morice, c’est en effet l’âme\nmême de Verlaine, avec tous les bénéfices et tous\nles dangers d’être cela : avec les prompts désespoirs\nfacilement distraits, les grandes gaîtés sans grands\nmotifs, les défiances et les confiances excessives,\nles volontés tôt lasses et les sourds et aveugles\nentêtements, — surtout, avec le perpétuel renouveau\ndes impressions dans l’incorruptible intégrité de la\nvision, de la sensation personnelle ».\n   A propos de lui, quelqu’un a pu nommer Villon.\nIl fut certes incapable de « composer » sa vie, le\nmême qui répugna toujours à « arranger » ses\npoèmes. Car lisez par exemple certaine Ariette\noubliée : les idées s’y enfilent au petit bonheur des\nrimes heureuses, amusantes, fantaisistes, herma­\nphrodites :\n\n         C ’est le chien de Jean de N ivelle\n         Qui mord sous l ’œil même du guet\n         L e chat de la mère M ichel ;\n         François-les-bas-bleus s’en égaie...\n\n\n   Il aime ainsi à parler devant lui, sans apprêt,\nselon lui-même. Dix autres pièces, même de fort\ngraves, se rapprocheraient de celle-ci pour le dé­\ncousu et l’incomposition. « Divagations », c’eût\nété aussi le titre de quelque florilège verlainien.\n   Je déchiffre encore sa sincérité dans ce ton de\nbon garçon méticuleux dont il nous conte sa vie,\ndans l’insistance gênante avec laquelle il nous en\nrécite l’histoire, sans omettre sa femme, ni son fils.\nCela est capital pour lui, je veux dire la confidence\nde sa misère, parce que rimer c’est agir, et il écrit\nfiévreusement, ayant vécu anxieux. — Je suis frappé\ndu sérieux avec lequel, parmi cette délicieuse mas­\ncarade de mots et cette fête de la parole, il prononce,\nil pose certains vocables atones, pédants, vulgaires,\nmais lourds de sens : il a le respect de la pensée et\ninconsciemment il apporte, en même temps que de\n\n\n\n\n252\n"}, {"page_pdf": 282, "texte": "la musique, une poésie d’idée. E t c’est surtout dans\nSagesse, Amour et Bonheur que ceci veut être vérifié.\n   On sait le chauvinisme de Verlaine, Messin,\npatriote exalté :\n\n             U ne chanson folle et légère\n             Comme le drapeau tricolore\n             Court furieusement dans l ’air\n             Fifrant une F ran ce âpre encor.\n\n   Oui, il pense à la revanche, et il en parle avec\ncolère. Un si subtil et si insoucieux esprit s’em­\nporter ainsi tout bonnement et à ce sujet, au risque\nd’encourir le reproche de jobardise et de mériter\ncelui de banalité, quelle sincérité et quelle justifi­\ncation !\n   L e caractéristique de cet enfant perdu, c’est bien\nle sourire d’une sincérité suprême, sincérité cons­\nciente qui sait le poids et la vertu des mots où elle\ns’exprime, s’en joue, regarde comme elle s’en joue\net à plaisir en mésuse, de peur de ne plus être sin­\ncère, mais en mésuse si adroitement. Aussi quand\nla souffrance, et quand la fureur d’aimer tordirent\ncet être et qu’il vibra, quand Dieu lui prit celui qu’il\navait élu pour son enfant et quand Jésus terrible le\nterrassa, tout le sang de son cœur jaillit en vers\nrouges et le verbe d’airain du vieil Hugo, sonnant\ncomme une cloche éperdue, fit pleuvoir des larmes.\nE t il en est resté à jamais « le Chevalier qui saigne\nsur Azur ! »\n                            *\n                           * *\n\n   Un tel artiste, un tel homme, quelle contradiction\net que voici impérieusement posé le problème d’une\npoésie mystique.\n   L es sentiers d’un art catholique sont embarrassés\nde scrupules inextricables. C ’est un terrible A rt\npoétique que l’Imitation : « .... Oportet te stultum fieri\npropter Christum.... Non enim in sermone est regnum\nDei, sed in virtute.... Apparebit Christus.... cunctorum\nauditurus lectiones, hoc est singulorum examinaturus\nconscientias....! » Disputé à lui-même par les sorcel­\nleries de l’art et les monitions de l’ascétisme, Ver­\n\n\n\n\n                                                      253\n"}, {"page_pdf": 283, "texte": "laine a trébuché que de fois ! Mais c’est là même\nqu’il commence d’être mystique et c’est à partir de\nces faux pas qu’il s’élève.\n   D ’ailleurs l’artiste était en lui de telle souplesse\nque de soi-même son vers était capable de se plier\nà toute pensée, et, par modernisme, de se faire\nexact jusqu’à de l’austérité. Une certaine veulerie\nde la forme, si curieusement déliée, se prêta natu­\nrellement au ton résigné des paroles du sacrifice et\ndu renoncement, à la sérénité aussi du détachement.\nE t enfin ces rythmes impairs où il était un maître\npouvaient excellemment traduire la boîterie de son\nâme malade et l’essoufflement des luttes intérieures.\nAinsi préexistaient de naturelles correspondances\nentre l’art complexe de Verlaine et sa ferveur de\nnéophyte.\n   Mais si l’art est prestesse, la foi est inflexible.\nElle ne permet de métaphores que symboliques,\npour l’honneur de la pensée, et non pour la réjouis­\nsance de l’imagination, elle ne tolère point que le\nmot porte atteinte par jeu à la savante composition\ndes sentiments chrétiens, ni qu’il diminue rien des\nenseignements traditionnels, ni qu’il s’embellisse\nambitieusement, et elle impose parfois jusqu’au déli­\ncieux mauvais goût de ses allégories. Verlaine\n croyait avec tremblement, il avait la religion de la\npeur. Il a imnolé sa chair et son sang : l’artiste qu’il\n était.\n    Des exaltations pompeuses et des formes trop\n pleines qui sont le luxe insolent de l’oreille, il s’est\n gardé. L a phrase soigneusement orthodoxe se\n traîne, humble et pénitente, comme un rampement\n devant le Seigneur. Cette langue fluide et ductile,\n est tout à coup lourde d’un adverbe consciencieux,\n voulu, mais qui s’allège miraculeusement et se\n détaille, comme de Verlaine :\n\n          Sainte-Thérèse veut que la P auvreté soit\n          L a reine d’ici-bas, et littéralem ent !\n\n C ’est à une simplicité prosaïque qu’il remet l’ex­\n pression de cette foi « très douce, » qu’il ne faut\n point qu’un vocabulaire menteur travestisse. Si une\n\n\n\n\n 254\n"}, {"page_pdf": 284, "texte": "harmonie de beauté ne se réalisait rien qu’à fleur\ndes paroles et que la pensée chrétienne n’apparût\nplus qu’un prétexte à ces ornements, ce serait un\ndésordre et, dans l’ensemble, une laideur. E t si, le\nvoilà « blessé d’amour », il dit purement son émo­\ntion, sans plus même de rimes :\n\n           Seigneur, j ’adore vos desseins,\n           Mais comme ils sont im pénétrables !\n           Je les adore, vos desseins,\n           Mais comme ils sont impénétrables !...\n\n\n\n           V o ici mon sang que je n’ai pas versé,\n           V o ici ma chair indigne de souffrance,\n           V oici mon sang que je n’ai pas versé....\n\n\n           V o ici mes yeux, luminaires d’erreur,\n           P our être éteints aux pleurs de la prière,\n           V o ici mes yeux, luminaires d’erreur.\n\n\n  Il est excellement un poète gémissant, et il a\nsenti le prix non pas tant encore de la tristesse\nque de la douleur, passion intimement chrétienne.\nIl sait en parler avec une souveraine sérénité :\n\n            L ’âme antique était rude et vaine\n            E t ne voyait dans la douleur\n            Q ue l ’acuité de la peine\n            Ou l’étonnement du malheur.\n\n\n            L ’art, sa figure la plus claire,\n            Traduit ce double sentiment\n            P a r deux grands types de la Mère\n            En proie au suprême tourment.\n\n            C ’est la vieille reine de T roie :\n            T ous ses fils sont morts par le fer\n            A lors ce deuil brutal aboie\n            E t glapit au bord de la mer.\n\n            E lle court le long du rivage,\n            B avan t vers le flot écumant,\n            H irsute, criarde, sauvage,\n            L a chienne littéralement !...\n\n\n\n\n 17                                                      255\n"}, {"page_pdf": 285, "texte": "                                         S a g e s s e I , 24.\n\n\n            L a douleur chrétienne est immense,\n            E lle, comme le cœur humain,\n            E lle souffre, puis elle pense,\n            E t calm e poursuit son chemin.\n\n            E lle est debout sur le C alvaire,\n            P leine de larm es et sans cris.\n            C ’est égalem ent une mère,\n            Mais quelle m ère de quel fils !...\n\n   S ’il a si bien entendu la douleur, c'est qu’ainsi\nqu’elle son âme avait deux faces, la païenne et\nl’autre, la toute sage et toute pénitente.\n   Homo duplex, en effet. Ce dualisme de l’homme\nsincère et de l’artiste menteur (si ténu soit-il, l’art\nn’est-il pas toujours un peu mensonge?), ce dialogue\nintérieur qu’on croit entendre du croyant et du\nsceptique (la virtuosité n’est-elle pas un scepti­\ncisme?), cet équilibre dans une souffrance, se grandit\nd’être selon le cœur du poète écartelé par le vice et\nle bon propos, d’en être le symbole. Une âme tour­\nmentée, une forme inquiète : une lutte qui en évoque\nune autre. On dirait du combat de Jacob avec\nl’Éternel. Mais de toutes parts l’artiste resurgit\ntoujours plus fort de sa défaite, plus fort contre\nDieu !\n\n\n\n\n256\n"}, {"page_pdf": 286, "texte": "     Il est à remarquer que Verlaine ne se grandit que\n par cette lutte contre soi-même et dans les heures\n d’extase qu’elle lui valut. Son Dieu sans doute ne\n l’avait pas élu séraphique, et quand il ne s’attacha\n qu’à célébrer les pompes de l’Église, il fut parfois\n médiocre, comme on s’en peut convaincre à lire\n certaines pages des Liturgies intimes.\n     L e meilleur bénéfice de cette antithèse de l’artiste\n toujours renaissant de lui-même et du chrétien\n tremblant fut l’accroissement, comme d’une grâce,\n de la simplicité. L ’art n’y perdit rien. Que des mots\n harmonieux ou pittoresques soient rejetés d’une\n langue qui se purifie, il n’importe. L e propre en\n était de nous émouvoir. D ’autres paroles moins\nchantantes, mais plus exactes dans leur surdité vont\nnous émouvoir, et plus profondément, par le sens\nqu’elles apportent, et cette émotion recommuniquera\naux paroles la musique et tous les charmes qui en\navaient été retranchés. Ainsi une union plus forte de\ndeux éléments plus divers, s’il est permis d’opposer\nainsi une forme très humble et une pensée très\nhaute, réalise une harmonie plus belle. Chez Verlaine\nla pensée religieuse s’est assimilée le vers au point\nd’avoir neutralisé ce paganisme dont toute forme\nd’art s’entache. Un feu purificateur a embrasé le\nverbe et y a tué les germes nuisibles. Ce qu’il en\npeut rester, l’amour de Dieu le justifie. N ’est-il\npoint admirable et permis d’aimer Jésus en des\ntransports où frémisse la chair et d’exulter par tout\nsoi-même sous un baiser divin ? L a poésie reli­\ngieuse de Verlaine ne v a pas sans quelque volupté\nmystique. Il fut en effet le poète des Sacrements et\nde la Présence Réelle, le poète du Jeudi saint.\nE t c ’est sa gloire d’avoir pu le premier s’y élever\nsans être odieux ni ridicule, par le double miracle\nd’un art affiné et d’une absolue candeur.\n    Il semble qu’en cette bataille contre soi, les deux\nVerlaine que nous avons évoqués grandissant l’un\npar l’autre aient élevé les élans contraires de leurs\ndeux âmes jusqu’aux audaces des voûtes gothiques\ndont les plans et les nervures s’arcboutent nerveuse­\n\n\n\n\n                                                      257\n"}, {"page_pdf": 287, "texte": "ment les uns contre les autres, et que Jésus soit\npassé sous cette douloureuse et folle ogive de la\nlutte intérieure, entrant pour la première fois dans\nla poésie française, comme en son héritage.\n                                   *\n                               *       *\n\n   J’ai écrit ces lignes près de la belle lithographie\nque fit Carrière du poète de Sagesse, sous la béné­\ndiction de son regard saignant. Une immense douleur\nen descend. L a tête inclinée émerge des ténèbres\ncomme d’un néant qu’elle regretterait et elle ne se\nfait lumineuse que dans une tristesse : sa lueur la\nmeurtrit. L e front haut cependant et le crâne chauve\nse mouvementent, des méplats s’accusent. Les\npommettes saillissent et les joues se creusent. L e\nnez s’enlève et les arcades sombres s’ouvrent comme\ndes abîmes. L e menton s’éclaire dans la barbe rejetée\nviolemment et la moustache déferle sur les lèvres\nqu’elle cache. Tout cela s’agite et rebondit, monte\net s’abaisse, se convulse, ondule et se tourmente\nainsi que sous un souffle et comme une vague\nde la mer. Une âme jaillit de cette surface expres­\nsive : c’est la face même de la Souffrance ! Mais\nelle est splendide et belle de l’humilité endolorie\ndont elle est criante. Elle est la face de celui qui\na écrit le plus beau livre religieux que nous ayons\nlu depuis l’Imitation de Jésus-Christ.\n                                           A d r ie n M it h o u a r d .\n\nNotes.\n    M. R ené Doum ic avait fait une excursion de Scribe à Ibsen;\nle R . P . P acheu vient d’accom plir le vo yag e de Dante à Ver­\nlaine (librairie P lon). On regrette qu’il se soit si peu arrêté sur\nune si longue route et qu’il n’ait en chemin rencontré que\nSpenser, Bunyan et Shelley. A u x pages consacrées à Verlaine,\nj ’y préfère un plaidoyer vigoureux en faveur de Huijsmans.\n L es premières, en effet, me semblent un peu bénignes, d’un\nenthousiasme prudent et qui s’excuse, d’une pensée un peu\nmolle. C e n ’est pas que l’auteur ait eu tort de négliger une\ncertaine part de l ’œuvre de V erlaine : on ne lui eût pas\ndemandé d’admirer autre chose que ce qu’il admire, mais de\nl’admirer avec quelque chaleur. Il semble au contraire plaider\ndes circonstances atténuantes, et par souci de gagner sa cause\n auprès d’un public injuste, il se résigne à la diminuer. A u\n\n\n\n\n258\n"}, {"page_pdf": 288, "texte": "milieu de tant de belles citations, dont est vanté le sentiment\nchrétien, on voudrait un peu d’émotion, un accent. Pourquoi\ntant s’attarder à défendre ce pauvre enfant de poète contre le\ncroque-mitaine germ anique qui s’appelle M ax N ordau ?\n    C e livre est toutefois écrit avec courage, car il en faut pour\ndonner à entendre à des catholiques que V erlaine est un de\nleurs grands poètes. L a plupart, quand ils jugent des vers, se\nmontrent si fort attachés à une tradition toute païenne de la\nforme, que, pour les satisfaire, les poètes devraient renoncer\nà l ’expression des sentiments de l'humilité m ystique et à la\nsimplicité de leur cœur, plutôt qu’à l’usage d’un type métri­\nque, consacré par des siècles de poésie profane. U n e certaine\nhétérodoxie littéraire, dirait-on, leur semble incom patible avec\nl ’orthodoxie religieuse.\n                                                         A . M.\n\n\n\n\n                                   Sagesse d’un Louis Racine, je t’envie !\n                                   O n’avoir pas suivi les leçons de Rollin,\n                                   N’être pas né dans le grand siècle à son déclin,\n                                   Quand le soleil couchant, si beau, dorait la vie.\n\n                                   Quand Maintenon jetait sur la France ravie,\n                                   L’ombre douce et la paix de ses coiffes de lin,\n                                   Et royale abritait la veuvs et l’orphelin,\n                                   Quand l’étude de la prière était suivie,...\n\n                                                                (S a g esse, I, 9.)\n\n\n\n\n                                                                             259\n"}, {"page_pdf": 289, "texte": "              Courrier théâtral\n   T h é â t r e d e l ’ Œ u v r e . (Paris, 5 Mars). —         L a Cloche\nengloutie, conte dramatique en cinq actes, de M. G é r a r d\nH a u p t m a n n ; traduction de M. A . F e r d i n a n d H é r o l d .\n   Je pense qu’un b el avenir dramatique s’offre à qui voudra\nrajeunir ou plutôt renouveler la féerie. Il est odieux de penser\nque cette souple et délicieuse forme scénique, la plus adéquate\nà la fantaisie du poëte, la plus apte à vivifier ses rêves, à nous\ndonner, comme dit G oethe : « l ’illusion d’une réalité supérieure»,\na dévié jusqu’à n’être plus entre les mains des Robert-Houdin\nde lettres que le m oyen d’une basse fantasm agorie. D e\nCymbeline, ou de The Tempest, à la Biche au Bois, quelle dé­\nchéance ! B eaucoup de nous pourtant ont la persuasion\nobscure que c’est par la féerie que le symbolisme trouvera sa\nforme théâtrale, qu’il faut bien convenir qu’il n’a point encore\nréalisée. E t donc, sachant vaguem ent — par l’enthousiasme\nqu’elle déchaîne outre-Rhin — que l’œuvre nouvelle de\nG érard Hauptm ann s’inspirait de cette tendance, nous appor­\ntions à entendre la Cloche engloutie, une âme d’avance séduite,\net prête à l ’émotion. Mais que nous fûmes donc déçus !\n   Tantôt, nous voici dans le domaine de la pure m ythologie,\nparmi les elfes, les ondins et les nixes, tantôt nous retombons\nau monde m atériel ; et capricieusement, le drame que nous\nentrevoyons, passe de l ’un à l ’autre, se noue ici, se dénoue là,\nemprunte au hasard à l’un ou à l ’autre son émotion,, sa dialec­\ntique, ses péripéties. Et, ni nous n’y prenons la notion d’une\n« réalité supérieure », ni nous ne nous y sentons en pleine\nvérité humaine. Q uelle sorte de jugem ent, dès lors, en pour­\nrions-nous porter et de quelle esthétique, comme de quelle\nlogique ce chaos est-il tributaire ?\n    Mais je ne puis m’attarder aux considérations de cet ordre.\nJ’ai fait pressentir que la Cloche engloutie sym bolisait un drame\nmoral.\n   Autant qu’on peut se hasarder à donner un sens précis, à\nune œuvre d’une indétermination telle, qu’on la peut supposer\naussi bien voulue qu’involontaire, je dirai donc mon inter­\n prétation.\n    M aître Henri, le fondeur, a coulé une cloche qu’on devait\nhisser là haut, dans la montagne. Mais les génies du lieu ont\n arrêté l ’escalade de l’homme : « le faune de la forêt » a fait\nbasculer le chariot, et l’orgueilleux m étal a dévalé jusqu’au\nfond du lac, blessant grièvem ent dans sa chute le tém éraire\n fondeur. Agonisant presque, il est secouru par la « nixe »\n Rautendelein, puis ram ené dans sa demeure par « le curé »,\n « le barbier », « le maître d’école ». C hez lui, maître H enri ne\n retrouve qu’à peine comme un songe fiévreux, son aventure\n avec la «fille de la forêt» , mais par contre il s’est fait dans\n ses idées une transformation profonde. T out son labeur passé\n lui apparaît comme une œ uvre m auvaise. Cette cloche même,\n qui l ’a entraîné dans sa chute, elle devait tomber, étant faite\n « pour sonner dans la vallée et non sur la montagne », et\n  pareil à elle « qui n’élevera plus jam ais, suspendue entre les\n\n\n\n\n 260\n"}, {"page_pdf": 290, "texte": "arbres, sa voix solennelle », lui aussi, plus jamais ne créera ;\net il est heureux qu’il meure, car l’existence lui serait désor­\nmais odieuse : «je ne la comprends plus ainsi. Le service des\nvallées ne me séduit plus.... ce qui est en moi, depuis que je\nme suis tenu là haut, cela veut monter sur la montagne, errer\ndans la clarté, au dessus de la mer des nuages, et œuvrer des\nœuvres à la mesure des sommets ! Et parce que, si, à grand’\npeine, je parvenais encore à monter, je ne ferais que retomber,\nj’aime mieux mourir ». Et pour cette tâche qui s’offre, impos­\nsible, «il faudrait que je me rajeunisse, pour vivre où je\ndevrais il faudrait que je sentisse une force saine dans le\ncœur, et pour le jet d’une œuvre nouvelle, imprévue, la\njoie folle du vainqueur ». Cette force, c ’est Rautendelein qui\nvient la lui verser. U ne incantation m agique guérit, rajeunit,\nrenouvelle Maître Henri, et sans un regret, laissant là femme\net enfants, il suit, « là haut » la porteuse d’idéal. D ans sa\nforge m erveilleuse, où gnomes et lutins lui servent d’ou­\nvriers, Henri revit d’abord une existence nouvelle d’amour\nexaltant, d enthousiasme, de force et de fécondité créatrices.\nMais s’il a rompu avec le passé, le passé cherche bientôt à le\nreprendre. L e maître résiste d’abord victorieusem ent à ses\nattaques. Il a repoussé celle du « curé », rien qu’à s’hypnotiser\nen la vision de son œuvre future : car il fonde une cloche\n« telle que jam ais n’en a enfermé le clocher d’une cathédrale »,\nun cloche, qui, « sonore comme les trompettes de l ’orage,\nforcera toutes les cloches d’église à se taire ». L e « curé » est\nredescendu ; mais voici d’autres assaillants. C e sont les\nhommes, les gens de son village qui le viennent poursuivre ;\net il les repousse aussi ; mais c ’est maintenant deux petits\nenfants, ses petits enfants qui lui viennent apporter « de la\npart de leur mère » une cruche pleine de « quelque chose de\nsalé » : « les larm es » de l’abandonnée. Et, tout à coup, « la\ncloche » — engloutie — se met à sonner lentement, lugubre­\nment, désespérement. A lors, c ’est comme un voile qui se\ndéchire devant M aître Henri. L e passé l’a ressaisi. Rautende­\nlein lui apparaît comme le m auvais esprit qui l ’a ensorcelé ;\nviolemm ent il s’arrache au charme et s’enfuit. N ous le retrou­\nvons maintenant, tel qu’au début, moribond près de la hutte\nde « Mère-grand des broussailles » la sorcière. L e m alheur\ndes siens est consommé. S a femme M agda s’est noyée de\ndésespoir, et « l ’ondin » nous a appris que ce sont ses gém is­\nsements et ses sursauts d’agonisante qui ont tout à l’heure\nanimé la cloche au fond du lac. Pour Maître Henri, il v a\nmourir. C ’est la sorcière qui le lui apprend. Il a voulu soulever\nun poids trop lourd pour lui « car il est comme les autres » :\nceux de la vallée ! U ne fois encore, il reverra pourtant Rauten­\ndelein, qui, chassée par lui, s’est donnée à « l ’Ondin » ; courte\net m élancolique extase par quoi s’achève la vanité de sa vie.\n   Allégorie ou symbole, ce conte veut sans doute signifier\nsurtout l’inanité de l’effort humain pour s’affranchir du réel.\nLa matière s’oppose à l’émancipation de l’esprit. Chimérique\ntentative que celle d’étreindre l’idéal ; on ascend un peu vers\nles sommets inaccessibles, mais nous portons avec nous « des\n\n\n\n                                                              26 1\n"}, {"page_pdf": 291, "texte": " poids de plomb », l ’art pur de là h aut est irrespirable pour\n nos poumons, et quelque chose, irrésistiblement nous attire\n en bas, au fond de la vallée pour laquelle nous sommes faits.\n L a chute irrém édiable est le châtiment de nos orgueilleuses\n escalades.\n    Il y aurait là-dessus beaucoup à dire. E t d’abord quelle\n équivoque position du problèm e ! Certes il y a, en chacun de\nnous, une lutte permanente entre « l ’ange » et la « bête » ; et\n « qui veut faire l’ange fait la bête », comme dit P asca l des\ntéméraires qui se croient d’abord affranchis de l ’entrave char­\nnelle. M ais quel rapport entre cet état de guerre qui est notre\ncondition à tous, la beauté de la vie humaine et le cas de\n Maître H enri ? C ’est de lui, que le mot de P asca l est vrai !\nM ais alors, combien peu son odyssée devient intéressante !\nF allait-il tant de lyrism e et d’effets de scène, pour affirmer\nune truisme que la sagesse des nations a figé en proverbe ?\nE t si le problèm e est plus haut, si M. Hauptm ann nous veut\nfaire entendre que la recherche de notre propre élévation et\nperfection est vaine, comment n’a-t-il pas vu la puérilité de\ncette conclusion, si toute sa pièce n’établit pas autre chose\nque la douloureuse stérilité de notre orgueil. C e n’est point\nd’avoir cherché à se hausser vers plus de noblesse, de pureté,\nde vérité, que son héros nous apparaît châtie, mais d’avoir\nméconnu ce que sont pour l ’homme, la noblesse, la pureté,\nla vérité. E t c’était une belle leçon de sagesse et d’humilité à\ndonner à ce temps où le délire d’orgueil fait tant de victimes.\nA ces formules hypocrites et insidieuses : individualisme,\nculte de soi, que sais-je, qui drapent m al le plus intolérable\négoïsm e, le plus total asservissem ent à nos appétits déréglés,\nil fallait opposer l ’im périeuse beauté de cette méthode de\nperfection qu’est le renoncement et l ’ascétism e chrétiens.\nM. Hauptm ann ne l’a pas osé. Même, il sem ble éprouver\nquelque com plaisance à laisser son héros s’établir « hors de\nl ’humanité », à le montrer comme au-dessus des lois et des\ndevoirs qui règlent la m oralité commune. On ne voit pas que\ncette superbe le choque, et en dépit du dénouement, on peut\ndouter si l’auteur a pour son protagoniste, et pour ses doctrines\ndécevantes autant de sévérité qu'il leur marque de sym pathie.\nOn pressent qu’il manque de fermeté philosophique. L e sym ­\nbolisme, ici, n ’avait point le droit d’être obscur. L ’équivoque,\nvoilà le défaut fondamental de cette Cloche engloutie, qu’aussi\nbien on peut reprendre à d’autres titres. On a assez dit que\nc ’était le Faust et la Coupe et les lèvres et deux ou trois thèmes\nd’Ibsen : Solness, le Petit Eyolf, Peer Gynt ; et M aître H enri\nn ’est-ce pas une façon de la N ora de Maison de Poupée ? Mais\nvoilà qui importerait peu si le conte d’Hauptmann était un\nchef-d’œuvre. C e n’est qu’une pièce manquée, qui nous a\n charmés, au surplus, par de gracieux détails, et de jolies\ntrouvailles lyriques.\n                                                 R aoul N a r sy .\n\n\n\n\n262\n"}, {"page_pdf": 292, "texte": "La Librairie                                                                De\n       Deman                                                              Nederlandsche\n     86, rue de la Montagne\n         BRUX ELLES\n                                                  Aux                       Boekhandel\nffre en vente des Heures M S -                   intelli­                   5o, M arché St-Jacques\nrites et enluminées, d’anciennes\n                                                g e nc e s                       ANVERS\nroductions a s c é t i q u e s , des\necueils (documentaires, sati-                  catholiques              procure absolument tous\nIques, etc.) de costumes reli­                                          les livres, revues et jour­\n                         gieux, des          soucieuses des             naux néerlandais ou fla­\n                         éditio n s\n                         luxueuses         récents mouve­               mands. Les catholiques y\n                         ou origi­                                      achèteront les      œuvres\n                                           ments de pensée\n                         nales des                                      philosophiques du P. de\n                         écrivain s       s’imposent, à titre           Groot, les œuvres poé­\n                          apologéti­\n                         ques d’au-      documentaire, cer­             tiques ou critiques de\n                        joürd’hui.                                      l’abbé Schaepman etc.\n                                        taines revues d’esprit\n                                       indépendant. Telles :\n\nLe Mercure de France                                         La Revue Blanche\n Mensuel de littérature et d’art                                     Bi=mensuelle\n    15, rue de l’Echaudê, PARIS                                 1, rue Laffitte, PARIS\nFr a n e e : 1 5 fr.; É t r a n g e r : 1 8 fr           F ra n c e : 2 0 fr.; É tra n g er : 2 5 fr.\n                            où l’on put dernièrement lire p. ex.\nLe pénible revirement de conscience                      deux essais de MM. P. L . Burthe et\n hilosophique et morale de M. André\n p                                                       Chr. Cherfils sur le messianiste Hoëné\nGide, exposé par M. Henri Ghéon.                         Wronski, rêveur, quoique mathémati­\n                                                         cien, d’un syncrétisme des religions.\n\n\n        Le Courrier                            |                              L’Argus\n                                         de la Presse\n         21, Boulevard Montmartre                    I                  14, rue Drouot\n                                              P A R IS\n                                       dont le Spectateur Catho­\n\n                                                                         La Librairie\n                                        liqve apprécie le service,\nLa                                       fournit sur tous sujets\nSociété Belge\n   de Librairie\n                                           et personnalités, au\n                                            prix de fr. o. 3o par\n                                             coupure, celles des\n                                                                         A. SIFFER\n                                              6ooo journaux et                Place St-Bavon\n     Treurenberg\n                                               revues qu’il lit                    GAND\n    BRUXELLES\n                                                au jour le jour.\nédite ou procure les                            (Tarif réduit\n                                                                       édite les p u b l i c a t i o n s de\n\nouvrages catholiques de                                                l’Académie flamande. Mystè­\n\nphilosophie, sociologie,                         pr 100 cou­           res, épopées ou chansons du\n                                                                       pays flamand, ce sont des\n  histoire et les ouvrages                         pures et\n                                                                       contributions savoureuses et\nlitéraires réputés hon­                              plus.)\n                                                                       importantes à la littérature\n  nêtes.                                                               religieuse médiévale.\n"}, {"page_pdf": 293, "texte": "        CENTRES D’ETUDES\nl’A b b a ye bén édictin e de M aredsous (province\n   de Namur) publie :\nLa Revue bénédictine (mensuel de science religieuse\n   et chronique de l’ordre (14e année).\nLe Monasticon belge, par Dom Ursmer Berlière.\n    I e livraison : province de Nam ur. (in-40, 1 52 p.) 1890. .\n    2e      »           »             » (suppl.) ; province de H ai­\n          naut (in-40, 4 2° P-) *897.\nMélanges d'histoire bénédictine, du même auteur.\n    (in-8°, 2x5 p.). Sous presse.\nAnecdota Maredsolana, éditeur Dom G. Morin.\n    V o l. I. L ib er comicus, sive Lectionarius Missæ. 462 p.\n      » II. Sancti Clementjs Romani ad Corinthios epistulæ.\n                      75 p.\n      » III. a . Sancti H ieronym i Commentarioli in Psalm os.\n                      114 p.\n      »      »  b . Sancti H ieronym i Tractus sive Hom iliæ in F s.\n                       etc. 424 p.\n(præpar.) » c. Sancti Hieronym i Tractatuum in p s. sériés altéra.\n                           II\nl’In s titu t Supérieur de philosophie de Lou»\n   v a in publie :\nLa Revue Néo-Scolastique (trimestriel : 4e année).\n   Bibliothèque de l’Institut :\nMgr. Mercier : Cours, discours et leçons philosophiques. 8 vol.\n        et plaq.\nM. L. De Lantsheere : D u bien au point de vue ontologique\n        et moral.\nM. G. V an den Gheyn : L a Religion, son origine et sa défini­\n        tion.\nM. M. De W u lf : L a valeur esthétique de la moralité dans l’art.\nM. l’abbé A. T h iéry : D e la Bonté et de la Beauté.\n                      L e s beaux arts et la philosophie d’Aristote\n                         et de Saint Thomas.\n                      Lourdes (discours prononcé à Rome).\nM. G. De Craene : D e la Spiritualité de l ’Am e et des œ uvres\n    diverses de M M . D eploige, Maus, H alleux, Crahay, N ys.\n\n\n\n\n     T ir é   pour                               S ur     le s pr esses\n\n \" le Spectateur                               de   J .- E . B u sc h m a n n\n\n   C a t h o l iq u e ”                               a    A nvers\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 5, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1897-05", "signet_source": "Tome I - N°5 - Mai 1897", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 249", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}