{"numero_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "articles": [{"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-001", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "P r e m iè r e A nnée Stella, N°s 3 - 4", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 78, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 4, "fin_caractere_exclue": 583, "texte": "P r e m iè r e   A nnée      Stella,\nN°s 3 - 4 — A o û t-sep tb r e\n\n            1894.\n                                 Revue mensuelle d’A r t et de Littérature.\n\nCe n u m é ro : U n fr a n c .\n\n                                              D i r e c t i o n : R u e V a u t i e r , 38, B r u x e ll e s .\n\n\n\n\n                                      scin tille e t m onte plus a v a n t\n                                      d an s l’É th e r, bien au d elà\n                                      d es brum es et des ém anations\n                                      d e la fange.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-002", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Charles De Coster (portrait)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "C h a r le s D e C o s te r.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 96, "texte": "C h a r le s D e C o s te r.\n\n\n\nC roquis à la plum e de M. 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A lors ceux qui se so uviennent avoir\nvu, ne fû t-ce q u ’une fois, ce que la terre conserve de\nrestes hideux d ’un hom m e, après quelques années de\nrepos d ans « son sein », se recueillent dans une farouche\ntristesse et se d em an d en t si ce n'est pas la pire des\nvanités hum aines, celle qui nous fait espérer d ’échapper\nà la tom be, les u ns p ar l’im m ortalité d ’une â me « pure »,\nles autres p ar la durée des œ uvres du génie.\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1929, "texte": "   68                  Charles Decoster.\n\n    M ais, tout n ’étant que vanité, la p lu s noble de toutes,\nla plus utile, la p lu s sû re, n ’est-ce pas encore celle qui\nconsiste à léguer aux générations futures, à sa patrie, à\nl'esprit hu m ain , des œ uvres qui soient com m e le pain\ndes forts, le vin des âm es, et où l’hom m e se reconnaisse,\nse relève et progresse p a r l’éducation p u issante du beau ?\nE t quelles sublim es nourrices p o u r les nations que la\npoésie, la m usique et toutes les ivresses de l’a rt !\n   A ce poin t de vue, le seul vrai m algré tous les pessi­\nm ism es, il n ’est pas de plus gran d spectacle que de voir\nsurgir de ces horribles désagrégations de la tom be, une\nespérance de réveil, u n accroissem ent de renom , un\nrayonnem ent d’im m ortalité, une apothéose de gloire.\n    Ce spectacle vient de nous être donné, au B as-Ixelles,\nau bord de l’étang, p ar l’inauguration d’un groupe en\nbronze et en pierre élevé à u n artiste de la plum e.\n    P eu de nous o n t pu suivre l’œ uvre de renaissance du\npoète, depuis les discours su r sa tom be ju sq u ’aux fêtes\n devant son m o n u m en t. C’était u n e sorte d’incubation dans\nles lim bes de l’esprit public, quelque chose com m e\nle travail de la larve sous terre, ju sq u ’à ce que l’insecte\ndoré éclose et s’envole au soleil.\n    N ous avons p u assister à l’envolem ent de cette renom ­\nm ée littéraire, p ar une superbe jo u rn ée de juillet.\n    A utrefois c’eût été u n e cérém onie religieuse, im posant\n à la foule p ar la présence d ’un em pereur et la pom pe d ’un\n culte. D e nos jo u rs, c’est l’o p in io n qui règne et c’est à\nelle q u ’on dem ande ces consécrations libres. Aussi,\nl’attente était ém ue, on se sentait com me su r le seuil d ’un\n avenir, douteux peut-être, on cherchait la conviction\n dans l’accent d’un orateur, on dem andait à la foule un\n frém issem ent au tre que d evant u n spectacle, et n ’y eût-il,\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1661, "texte": "                       Charles Decoster.                   69\n\nau m ilieu des survivants de sa génération et parm i la je u ­\nnesse nouvelle, q u ’u n souvenir sym pathique, une parole\nvibrante, u n regard échangé d ans la foule, u n em presse­\nm ent vers la sœ ur du poète, u n bouquet anonym e, on\np ren d rait confiance, on se sentirait satisfait, o n se tro u ­\nverait devant quelque chose d ’étranger à l’esprit de\nparti et au x vanités m esquines, de su p érieu r à l’in sta b i­\nlité des choses hum aines ; j e veux dire : l’am o ur de l’art\net une prem ière u n an im ité en faveur d ’un poète.\n   E h bien ! Sans nous d issum uler ce q u ’il y a toujours de\nl’hom m e d ans les choses h u m a in e s, sans être restés aveu­\ngles devant des tiraillem ents d ’am our-propre q u ’a dom i­\nnés la situation, plu s forte que ces petitesses, nous som ­\nmes dem eurés deux heures attentifs com m e u n e harpe\néolienne prête à v ib rer à tous les échos, ou com m e u n\nsoldat l’oreille collée à la terre p o u r saisir le tressaille­\nm ent du prem ier coup de canon, e t, en conscience, nous\navons p u nous relever satisfaits, nous avons quitté la\nfoule sans ap p réh en sio n , nous avons em porté de ces\nalternatives allant de la crainte à la satisfactio n , de l’igno­\nrance naïve à l’ap p ro b atio n réfléchie, une bonne im pres­\nsion qui nous sem ble v raie, définitive : un poète vient\nde renaître.\n    C’est à son œ uvre de faire le reste. P o u r que sa gloire\ndure, il faut q u ’on connaisse sa vie, q u ’on lise ses\nœuvres.\n    C’est un nouveau devoir à rem p lir ; nous tâcherons\nd’être au poste.\n                                    STÉPH A N O .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-004", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 70, "page_fin": 70, "titre_corps": "Vers", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Paul LECLERCQ", "ancre_debut": "Vers.                               Vers.          Voici l'Ile où la bri", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 85, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 27, "fin_caractere_exclue": 823, "texte": "Vers.\n\n\n\n\n                          Vers.\n\n\n       Voici l'Ile où la brise a conduit noire yole\n       Selon l'essor de tes cheveux.\n\n     L a colombe a suivi comme un sentier de fiancées\n        Le sillage ondoyant de la jonque sans voiles\n        E t mourut parmi les plumes courroucées\n        Des paons rouant les flots et les étoiles.\n\n     Le vieux seuil où le Temps s'incruste sous les fleurs\n       E t l'incarnat léger des tulipes d'Avril\n       A mis en diadème sur tes cheveux d'exil\n       Les égtantines de scs pleurs.\n\n     N u l terrestre parfum ne rampe plus en tes cheveux,\n        Seul celui du Rêve imprégne les corolles,\n        E t fous de butiner parmi des roses folles\n        Les papillons sont morts en tes cheveux.\n\n                               Paul L E C L E R C Q .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-005", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 71, "page_fin": 72, "titre_corps": "Notes sur les rêves", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Victor REMOUCHAMPS", "ancre_debut": "Notes sur les Rêves.                 71                    N otes sur les ftfucs.       J", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1394, "texte": "Notes sur les Rêves.                 71\n\n\n\n\n               N otes sur les ftfucs.\n\n\n\n   Je ne pense pas que les rêves soient 1'éclosion in d o ­\nlente d u h asard et que toute âme d an s le songe puisse\nêtre u n e âm e de S h a k sp e a re ...\n   Certes, l’âm e alors em plit de ciel les prunelles les plus\nterrestres ; et c’est profondém ent étrange ces m ondes\nsouverains qui éclatent dans les ténèbres de nos yeux,\ncar les yeux éteints so n t extatiques plus que les yeux\nvivants, et qui sait quelles visions absolues atten d en t\nl’âm e dans la m o rt corporelle ?\n   Je crois que nous avons d ro it à nos rêves, que nos\nrêves nous a p p artien n en t com m e nos actes, com m e\nnotre ch air, com m e notre conscience, com m e toute notre\nâm e, et q u ’ils sont la fleur — logique — de nos fièvres.\n   M ais le germ e est à nous, à nous seuls.\n   Je crois q u ’ils so n t la quintessence de notre m oi, et\nqu’u n cerveau suprêm e de volonté, de souffrance et de\nchim ère féconderait les som m eils selon sa g u is e ...\n   S eulem ent, l’om bre héroïse le rêve, fait flam boyer en\nfresque le songe désiré.\n   L ’In co n scien t donne au tableau une atm osphère défi­\nnitive de m iracle.\n   O ui, l’orgueil qui s’exaspère en besoin de beauté tend\nl’âm e sans doute vers les h au ts rêves, et la vision ne\nsera sentie divine que si la m e avait déjà du ciel en e lle ...\n"}, {"page_pdf": 87, "page_imprimee": 72, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1112, "texte": "   72               Notes sur les Rêves.\n\n   M ais il faut des yeux de poète p o u r com prendre toute\ncette sp len d eu r nocturne. Il faut des yeux capables d’en ­\ntrevoir les au-delà. ..\n   L es rêves vraim ent lointains sont le lot des seules\nâm es lointaines, et la m agnificence d ’un rêve nous\ndonne droit à la fierté com m e u n prestigieux poèm e qui\nserait nôtre.\n   O les nuits de P lato n et de D ante, où surgissaient de\nsi altières m erveilles q u ’ils se réveillaient, sans doute,\navec des orgueils de d ie u x ...\n   N ous som m es les rivaux de la n atu re. Celle-ci offre,\nle plus souvent, les m atériaux, m ais notre âm e qui songe\nles id é a lise ...\n   L ’âm e qui songe est la sœ ur de la n ature, une sœ ur\naînée peut-être, et p lu s im périeusem ent artiste, car elle\ncontinue d ’aspirer, quand la n atu re se confine en les\nm êm es éclosions m onotones.\n   L a n atu re fonctionne, inconsciente. L a natu re ne rêve\npas ou p lutôt n'aspire plus, car les phénom ènes sont peut-\nêtre le rêve perpétuel — infirm e — de la m atière.\n\n                         V ic t o r   REM O U CH A M PS.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-006", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 74, "titre_corps": "Fanfare mauvaise", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond DE BRUYN", "ancre_debut": "Fanfare mauvaise.                         73                 F anfare mauvaise,       Ce s", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": 73, "debut_caractere": 17, "fin_caractere_exclue": 819, "texte": "Fanfare mauvaise.                         73\n\n\n\n\n            F anfare mauvaise,\n\n\n\n\n  Ce soir les cors mornes, les cors ce soir cornent ;\n  les cors de chasse, les cors de la chasse se lassent ;\n                les cors sont mornes\n                et la chasse très lasse.\n\n          A u carrefour du Christ en croix\n          les saintes femmes ont grand m oi.\n\n                Les petites vierges\n               y brûlent des cierges\n          en souvenir de l'autrefois.\n\n— Les cors au loin cornent, la chasse au loin passe —\n                Les petites vierges\n                brûlent des cierges\n          et pleurent de ne savoir pourquoi\n          ce tintement de leurs lèvres\n          et ce délire, et ces fièvres,\n          ces hallalis et ces voix\n          à leurs oreilles et sur le bois,\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 74, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 751, "texte": "  74                   Fanfare mauvaise.\n\n\n       — Les cors au loin cornent, la chasse au loin passe —\n\n                 E t dans leur délire elles voient\ndes corps d’or et de vermeil, comme des cors d'or tordus vers le\n                                                    [soleil!\n\n\n\n\n                      Les petites vierges,\n                      les petites vieilles\n                      brûlent des cierges\n                      et font la veille\n                dejadis, hélas ! . . . et d'autrefois,\n                au carrefour du Christ en croix,\n                au carrefour des abois\n                tant que les cors de chasse\n                blasphèment au loin dans l'espace.\n\n                                   Edmond D E B R U Y N .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-007", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 75, "page_fin": 83, "titre_corps": "Colloque entre deux Purs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. LEVÊQUE", "ancre_debut": "Colloque entre deux Purs.                    75                Colloque entre deux P", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 90, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 868, "texte": "Colloque entre deux Purs.                    75\n\n\n\n\n           Colloque entre deux P urs.\n\n                   — FRAGM ENT —\n\n\n\n                                          à A rthur Toisoul.\n\n\n\n                       LE VIEILLARD\n\n   J ’ai ouï vagir ton âme.\n   H élas ! je vois en tes yeux les décevants reflets — ô\nmicrocosmes de hideur plus grande, ainsi perçus, debout, en le\nPronaos de ton âme d'èphèbe — les reflets profanateurs qui\ns’y m irèren t de ce nouveau v ain périple p a r le m onde.\n   O m on bel A rgonaute ! fils des Irrad ian tes C him ères\nignivom es ! p ourquoi ce sacrilège désir de côtoyer les\npays de l 'âme h u m aine dam née ?\n   E n fa n t ! es-tu aptère ?\n   L a souvenance des E m pyrées est-elle m orte en\ntoi ?\n\n\n                         l ’e p h è b e\n\n\n  L e seul espoir de consoler me fait ainsi m ’expatrier,\nparfois,\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1113, "texte": "   76              Colloque entre deux Purs.\n\n   O M aitre ! p ard o n p our n ’aim er point, toujours, les\nsublim ités ésotériques où ton suprêm e d édain de H ié ro ­\np h an te t’enferm e ; hélas ! il est là-bas tan t d ’arènes où\ndes P u rs sont livrés aux bêtes.\n\n\n                        LE VIEILLARD\n\n   L es dents de boue peuvent-elles d onc déchirer les\nE tres adam antins ?\n   O enfant ! reste désorm ais au S inaï, dans la séré­\nnité.\n\n\n\n                           l ’e p h è b e\n\n\n   O le pourrai-je ?\n   M aitre ! en cette Vie edénique, près de toi, m ’arri­\nvèrent soudain de trop attractifs m irages ; et, lors, la\nterre dam née m e sem bla, p ar le V erbe, consolée.\n\n\n\n                        LE VIEILLARD\n\n    M on pauvre cher E p h èb e !\n    O ! l ’exem ple du tan t P u issan t M age O rphée, du\nta n t P u r N azaréen ne te suffit ?\n   L aisse, enfant, la gran d e Bête cro u p ir en ses im m on­\ndices porcines, o u , à l’in star de S igurd — ainsi qu'une saga\nde l'Edda de Sœmund, le savant scalde, raconte — ne pense\npas à policer F afn ir.\n\n\n                                            t\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1332, "texte": "                    Colloque entre deux Purs.                77\n\n\n\n\n           L E S L A M E N T A T IO N S D E L ’E P H È B E\n\n\n\n                                  I\n\n\n   Com m e u n qui — impubère presque encore, et n'ayant à\npeine plus la puérile empreinte, aux lèvres, des lactescentes\nmamelles de sa nourrice, de sa nourrice aux suaves onomatopées\nberceuses — tém érairem ent, ayant érigé son front fragile\nd’enfançon, du heaum e éssoré q u ad ru p lem ent d ’ailes\nparaboliques, — du terrifiant casque, diploptère d'or — b o n ­\nd irait dans la mêlée h u rlan te, je reviens des conflits terres­\ntres, toute l’âm e p leine d’éch ard es, le cœ ur couvert d’écchy ­\nm oses et de calus, et, les phalanges de mes illusions —\nsi richement revêtues d’armures incises de runes magiques et\nmultifiories de coruscations orfèvries si bellement — mes res­\nplendissantes phalanges, toutes lacérées et éventrées.\n\n\n\n                                 II\n\n   H élas ! ...\n   H élas ! tous ceux qui soudain em en t s’envolent, leur­\nrés, vers les illusoires m irages de la G loire ou de l’am our,\ndu B ien, du V rai, du Juste! ces charm eresse proies éter­\nnellem ent tendues vers le D ésir h u m ain , m oqueusem ent\ns’éloignent à reculons, toujours, et co nduisent la p o u r­\nsuite hypn o tiq u e et haletante, vers des ja rd in s d'épines,\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 78, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1221, "texte": "   78              Colloque entre deux purs.\n\ndes m arais aux vipères noires et des abîm es où la M ort\nrit.\n\n\n\n                               III\n\n   L eu rs pauvres âm es aux sm aragdins yeux d ’elfes, s’en\nvont heurter du front les insoupçonnées acuités des\nnuages arc-en-ciellés, et retom bent m ortes, su r le m onde\nm orne et dam né ; ou encore — tels Phaéton et le fils de\nGlaucus — sont précipités aux pandém onium s d’ici-bas,\ndes O lym pes presque atteints.\n\n\n                               IV\n\n   L eurs pauvres cœ urs — ne sachant — se donnent en\nu n sublim e élan de consolation, en u n élan fou de fol\ndésir ! E t les hom m es chus de leurs rêves et les femmes\naux chaudes lèvres floridées — tendues comme une coupe de\nnéphenthes, mais où fu t versée l'acqua-toffana et où, embusquées,\nguettent de félines félonies — font de leurs pauvres cœ urs\ncom m e de cordiform es pelotes, où tan t d ’ignées épingles\nà la fin sont p iq u ées, qu’ils tom bent en cendres, torréfiés.\n\n\n\n                                V\n\n    O pau v re m onde où les douleurs trônent depuis to u ­\njo u rs !\n    H élas ! c’est en vain que l’hom m e cherche sur toi les\nvivantes icônes de ses rêves et les in carnations de ses\ndésirs !\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 79, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1242, "texte": "                   Colloque entre deux Purs.              79\n\n  O terre dam née ! les Rêves et les D ésirs ne te furent\ndonnés que com m e source des tortu res de ton dam .\n\n\n\n                              VI\n\n   O terre dam née ! m alh eu r à ceux de tes fils dotés par\nl’In n o m ab le, d ’âm es où s’agitent et y frap p ent du pied\ndes ressouvenances redésirées de B onté, de Justice, de\nB eauté, d ’A m our, de B ien, de D ouceur, de G rande\nP aix , en des arom atisations de la lum ière et des harm o ­\nnies ! ils sont voués — O pour quels effroyables crimes commis\nen les autrefois — aux pleurs ici, in term in ab lem en t.,\n\n\n\n                             V II\n\n  M alheur, ô terre dam née !\n  M alheur à celui de tes fils de qui un afflux de douceur,\nde tendresse, d ’am our, fl uera en suaves ruisselets frais,\nvers les stériles landes désolées !\n  C ar cette source divine sera dévastée ! O n y jettera\ndes o rdures et du poison.\n\n\n\n                            V III\n\n   M alheur, ici-bas, à qui a u ra une â me !\n  M alheur à qui au ra u n cœ ur !\n  L e seul terrestre b o n h eu r est à ceux qui, ainsi que les\nplantes, vivent selon la loi des jo u rs changeants, ou\nbien, ainsi que les bêtes stercoraires, selon leurs\ninstincts.\n"}, {"page_pdf": 95, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 949, "texte": "   80             Colloque entre deux Purs.\n\n\n\n\n                              IX\n\n   E n cette vaste clayère, seuls les acéphales sont heu­\nreux : encoquillés en leurs bonnes ataraxies, près de\nleurs femelles que des irrigateurs ornent.\n\n\n\n\n                      L E V IE IL L A R D\n\n\n                               I\n\n    M on pauvre enfant !\n   V oilà ton âme endeuillée com m e une H écube !\n   T a n t de m orts sont-ils entassés en ton cœ ur, déjà ?\n   Je viens de te voir — ô archétype digne d'Apelle, le divin\niconographe — sem blable à des fleurs splendides jetées\nsu r une crapaudière nauséeuse ou jo n ch an t un hypo­\ngée rem ugle.\n\n\n\n                              II\n\n  T u as approché de trop près les hom m es et leurs\nm aux endém iques !\n  Ceux, com m e toi, en ont l 'âme à jam ais désenchantée\nde la vision de leurs anam orphoses.\n  A ttends ici l’oubli.\n  Q ue mes paroles soient lénitives p our les m eurtris­\nsures de ton cœ ur.\n"}, {"page_pdf": 96, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1214, "texte": "                    Colloque entre deux Purs.                  81\n\n\n                                III\n\n   P o u r être le L a m an eu r divin que tu rêvas être, ô\nm on cher tém éraire, as-tu pensé q u ’il faut p ouvoir tuer\nles rém ores ?\n   P o u r drag u er le m onde, il faut les rouages d'acier des\nm em bres géants d u m icrocéphale H ercule.\n\n\n\n                                IV\n\n   Il faut, su rto u t, savoir s’oublier soi-m êm e.\n  U n e œ uvre n ’est g ran d e q u ’en p ro p o rtio n de l’a ltru ­\nism e q u ’elle contient.\n\n\n\n                                 V\n\n   L e m artyre de l’hom m e p o u r u n e idée prom ue au\nsublim e p ar l’altruism e, est ce q u ’il y a de plus noble\nd’accordé à l’hom m e dam né ; et j ’ai pensé que, sans\ndoute, c’était p o u r lui le seul cas de com plet pardon\nécrit aux L ois de l’in ex p licab le : de Celui qui enchaîne\nles m ondes en leurs to urnoiem ents ép erdus et les dirige\net les crée et les détruit, selon son om niscience im péné­\ntrable.\n\n\n\n                                VI\n\n  Mais p ourquoi vivre p arm i les déicides, m on enfant ?\n  Ici, au S inaï, im m arcesciblem ent fructifère, proche\nde D ieu, la terre dam née s’éten d an t synoptiquem ent\n"}, {"page_pdf": 97, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 888, "texte": "   82               Colloque entre deux purs.\n\nsous nous, au loin — ainsi q u ’un m yriapode ou un\ncéphalopode palustre, qui glapit, b âve et se dévore —\nnous pouvons œ uvrer, sinon heureux, au m oins à l’abri\ndes coups d ’épingles des pygm éennes races d ’an aé­\nrobies.\n   T oi, p o u r ton travail de rédem ption et de transsubs­\ntan tiatio n h u m ain es : tes p a r trop vaines chim ères, mais\nque je ne puis ne pas aim er, à cause de leur sublim e\nfolie.\n   M oi, réfugié en m on psychism e théosophique, cette\nforteresse d ’airain, inn accessible.\n\n\n\n                             Ils rêvent.\n\n\n\n\n                           LE   V IEILLA R D\n\n\n   M ais d evant l’E tern el, to u t n ’est-il pas vain ?\n\n\n\n   H o rs la p r iè r e ... p e u t-ê tre ... et l’im m uable contem ­\np lation.\n\n\n\n  U n e hum an ité n ’est q u ’un andain p our le tem ps, et le\nm onde un palim pseste ! ...\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 351, "texte": "                   Colloque entre deux Purs.             83\n\nL e souverain b ien serait le n éan t !\n\n\n\nR ien ne vaut la peine de lien.\n\n\n\n\n                          LEPHÈBE\n\n\n\n\nO ui          le souverain bien serait le néan t ! ...\n\n\n\nR ien ne vaut la peine de rien.\n\n\n\n\n                                    A. L E V Ê Q U E .\n       N ivelles, 1894.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-008", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 86, "page_fin": 89, "titre_corps": "Leconte de Lisle", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arthur TOISOUL", "ancre_debut": "Leconte de Lisle.                        L econtede L i s l e .        M ainte", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": 86, "debut_caractere": 24, "fin_caractere_exclue": 1494, "texte": "Leconte de Lisle.\n\n\n\n\n                   L econtede L i s l e .\n\n\n\n    M aintenant que dort dans la m ort, depuis quelque\ntem ps, le célèbre poète d o n t nous p ublions au jo u rd ’hui\nle portrait, n ’est-il pas ju ste que nous p arlions un peu\nde son œ uvre et de sa vie, encore que, toutefois,\n— avouons-le bien vite — nous nous exposions à répéter\nce que d’autres ont déjà d it à ce sujet ?\n   B ien que L econte de L isle fit partie du P arn asse et\nq ue toujours il se m ontrât hostile aux tendances n o u ­\nvelles des Jeu n es, pouvons-nous n ier q u ’il fut un des\npenseurs les plus rem arquables du siècle ? O serions-nous\nm êm e lui faire u n reproche d ’avoir observé, ju sq u ’à la\nsécheresse et la m onotonie, l’austère form e du vers\nhéroïque? P ouv ait-il ne pas aim er cette forme que V ictor\nH u g o et C harles B aud elaire avaient adoptée et que lui-\nm êm e choya et em bellit avec tant de soin? N ous nous\nexpliquons donc aisém ent son souverain m épris po u r les\nam ateurs d ’a rt neuf. D ’au tan t plus que l’époque où\nfleurirent l’A cadém ie et le P arn asse ôtait encore vautrée\ndans le p a rti-p ris et l’exclusivism e. A u jo u rd ’hui, h eu ­\nreusem ent, l’esprit d’exclusion est conspué p a r tous les\nvrais artistes et poètes; la P ensée est libre, elle p e u t\nfranchem ent s’élever dans les azurées nues de la S in cé­\nrité. Il nous im porte peu que la form e d’une œ uvre so it\nselon telle ou telle école, du m om ent q u ’elle contient\n"}, {"page_pdf": 102, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1928, "texte": "                        Leconte de Lisle.                    87\n\nu n e idée fougueusem ent virile, subtile ou originale.\n   G rand, la face glabre, la lèvre dédaigneuse, le front\nh au t et nim bé d ’une iro n iq u e et m arm oréenne fierté,\nL econte de L isle sem b lait avoir été forgé p ar Z eus lu i-\nm êm e, — p a r le sublim e Zeus q u ’il chan ta d an s ses vers\nd’a ira in , délicieusem ent m ajestueux et ru tilan ts comme\nces m étéores qui, parfois, em brasent la sérénité du ciel.\n   L ’ile tropicale où il v it le jo u r et les voyages q u ’il fit\naux In d es et en S candinavie co n trib u èren t beaucoup,\npensons-nous, à le d o ter de cette n atu re inquiète, énig­\nm atique, sauvage, h au tain e q u ’il p o rtait en soi comme\nu n trésor, et du goût intense q u ’il m anifesta to u jo u rs\np o u r la philosophie et l’art des peuples d isp arus dans le\nn éan t des siècles, ou b ien des régions lointaines où la\ncivilisation n ’a pas encore prom ené le cortège écœ urant\nde ses m isères et de ses douleurs.\n    L es sujets d o n t quasi toujours il s’in sp ira dans la\ncom position de ses poèm es, so n t d ’u n e olym pienne\nsp len d eu r. T a n tô t sa h arp e célèbre l’antiq u e et superbe\nH ellas avec ses héros et ses aèdes im m ortels, ses dieux,\nses m ystères, ses Jeux, ses tem ples de m arb re et ses\nrivages en chantés; tantôt elle chante les brum euses\ncontrées du N o rd avec leurs m ythes et leurs divins\nscaldes, ou bien encore l’In d e m ystérieuse avec ses\nbrahm anes superstitieux et ses V édas pleins de jeune et\ndouce poésie !\n    Q uelques critiques m échants traitèren t d ’im passible\nl’au teu r des Poèmes tragiques. Il ne nous sem ble pas\nc ep en d an t q u ’il doive être aussi in d ig n em ent qualifié.\nS'il avait été im passible, se fû t-il tan t inquiété de la\ndestinée des êtres en l’A u-delà, eû t-il porté le pessim ism e\nà son p lu s h a u t période, e û t-il mis dans la bouche\n"}, {"page_pdf": 103, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1718, "texte": "   88                     Leconte de Lisle.\n\nd ’A ngira (B hagavat, p. 17, Poèmes Antiques) ces paroles\nde tristesse et d 'inespoir :\n\n           O D éesse! le doute infini m e tourm ente.\n           P a re il au voyageur dans les bois égaré,\n           M on cœ ur d a n s la n u it som bre erre désespéré.\n           O Vierge, qui d ira ce que je veux connaître :\n           L ’origine et la fin e t les form es de l ’Ê tre?\n\n\n    L econte de L isle, p ar ses conceptions philosophiques,\n était sincèrem ent athée; aussi avoua-t-il toujours avec\n calm e et h au teu r sa haine vigoureuse p our le catho­\n licism e.\n    Il m altraita furieusem ent le naturalism e et M. Zola ;\n celui-ci, cependant, avait une g ran d e estim e po u r lui et\n le reconnut toujours p o u r l’un des m eilleurs et des plus\ninfluents poètes contem porains.\n    M. de L isle fit la traduction en prose de l'Iliade, de\n l'Odyssée, de la Batrachomyomachie, des Hymnes homériques,\ndes Hymnes orphiques et des Odes anacréontiqûes. Il traduisit\négalem ent H ésiode, T héocrite, M oschus, B ion, T yrtée,\n Eschyle, Sophocle, E u rip id e et H orace. P a rm i ses\nœ uvres originales, qui furent su rto u t rem arquées, l’on\ndoit citer Caïn et le Cœur de Hialmar (Poèmes barbares),\nL 'E piphanie (Poèmes tragiques), Vénus de Milo, « Déesse\nirrésistible au port victorieux, P u re com m e un éclair et\ncom me une harm onie » ; M idi et Dies irœ ( Poèmes\nantiques).\n    Com m e d ram aturge, L econte de L isle ne fut guère\nfécond. 11 ne com posa que deux pièces : Les Erinnyes,\ndram e en deux parties, et l’Apollonide, poèm e lyrique en\ntrois parties. Les Erinnyes, d o n t M. M assenet fit les\ninterm èdes, furent représentées avec un vif succès à\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1683, "texte": "                       Leconte de Lisle.                    89\n\n  l’O déon et, p lu s tard , reprises p ar le m êm e théâtre.\n  L 'Apollonide sera jouée sous peu à l’O péra.\n     Ce qui explique l’infécondité de M. de L isle en ce\n genre, c’est l’h o rreu r excessive q u ’il avait po u r l’art\n conventionnel de la m ise en scène. Il n ’adm ettait pas,\n et avec raison, que la littérature d û t se ployer sous les\n règles banales du théâtre. E n poésie, cependant, il\n préconisait l’em ploi de l’hexam ètre classique et se riait\n des tentatives d’art nouveau !\n     E n fait de critique, l’au teu r des Poèmes barbares ne\n laisse rien, ou p lu tô t presque rien, car il p u b lia, un\njo u r, dans une jeu n e revue, un article su r B a u ­\n delaire et, dans la prem ière édition des Poèmes antiques,\n une préface acerbe et prétentieuse dans laquelle il\n déclare que « le cycle chrétien tout entier est barbare.\n D ante, S hakespeare et M ilton n ’ont prouvé que la force\n et la h au teu r de leu r génie individuel ; leu r langue et\nleurs conceptions sont barbares. L a . scu lpture s’est\narrêtée à P h id ia s et à L ysip p e; M ichel-A nge n ’a rien\nfécondé ; son œ uvre, ad m ira b le en elle-m êm e, a ouvert\nune voie désastreuse. »\n    E t cette indifférence de se m êler aux luttes d ’écoles\nnous étonne, d’a u ta n t plus que, sous l’E m p ire, il entra\ndans le cham p de la politique — q u ’il déserta bientôt, il\nest vrai — et, lors de la dernière guerre franco-alle­\nm ande, il fit p araître deux brochures sociales : Soir d'une\nbataille et le Sacre de Paris, tandis que V ictor H ugo\nlançait son Année terrible.\n\n                                 Arth ur   T O IS O U L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-009", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Leconte de Lisle (portrait)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L e c o n te d e L is le .", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 100, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 84, "texte": "L e c o n te d e L is le .\n\n\n\n     C roquis à la plum e d e M . Ju le s P o tv in .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-010", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 90, "page_fin": 91, "titre_corps": "Stances", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. S. de NEVERMORE", "ancre_debut": "Stances.                            S tan c es.     Mer du matin aux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 105, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 800, "texte": "Stances.\n\n\n\n\n                       S tan c es.\n\n\n\n\nMer du matin aux flots pareils à de bondissants troupeaux\n      de nymphes ;\n\nMer du midi aux vagues diaprées, mer de nacre et de dia­\n      mant, mer sidérale aux lointains de lumière ;\n\nMer du soir que le soleil embrase, mer de pourpre, mer de\n      cuivre, mer de sang, mer de feu, mer d'or\n      et de rubis, mer d'incendie et d'apothéose,\n      mer où Phébé exhale son soupir d'argent ;\n\nMer des nuits sans étoiles et sans lune, abhorrée des marins\n      loin du Port ; berceuse des plaintes du\n      triste, confidente discrète de ses rancœurs ;\n\nHaute mer vierge dé voilés, image de l'infini.\n\nO mer ! Je rêve de m'abandonner à tes flots menteurs aux\n       couleurs changeantes, aux clameurs innom­\n       brables.\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1276, "texte": "                      Stances.                         91\n\n\n\n Tu exaltes mon cime et me mélancolises tout ensemble.\n Ton infini me pénétré et me grandit.\n Devant Toi j ' ai envie de pleurer et de chanter tout à la\nfois, je me sens heureux et malheureux.\n\nDevant Toi je rêve aux légendaires conquistadors, je\nvois leurs caravelles cingler vers les Eldorados et les\nTerres promises. Le soleil auréole lefront des conquérants\net fa it leurs voiles d'argent. Je rêve au Révélateur du\nGlobe, à Pissaro, à Cortes, et l'âme de ces grands\nmorts envahit la mienne.\n\n Devant Toi je me sens devenir plus audacieux et plus\nfo rt. De téméraires départs me tentent. Je rêve de\npartir vers d'incertains rivages : à la Mort ou à la Gloire,\n à l’Espoir ou à l'Oubli ou à de fabuleuses conquêtes de\n Toisons d’or. Je songe au Vaisseau Fantôme et je rêve\nf a ire un voyage sans fin , vers un soleil toujours fugace,\n vers d’inaccessibles Etoiles, sur un navire sans nom qui\nne trouverait jam ais son Port.\n\nHélas ! il fa u t rester à terre et voir les nefs brunes s'en\naller vers des rives peut-être hospitalières.\n\nTa rumeur couvre celle de mon cœur et le chant éternel\nde les vagues anéantit ma plainte, ô mer aux bruits sans\nnombre !\n\n                          A . S . de N E V E R M O R E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-011", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 92, "page_fin": 96, "titre_corps": "Méditation sur Hamlet", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de CLASSANT", "ancre_debut": "Méditation sur H am let.                  M éditation su r Hamlet.          H", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 107, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 1308, "texte": "Méditation sur H am let.\n\n\n\n\n             M éditation su r Hamlet.\n\n\n\n\n     H am let se dresse devant la philosophie m entale ainsi\n q u ’un sphynx aux yeux m ystérieux dont les gouffres\n creusent les âm es tentatrices de révélation ; il suggère\n l’idée d ’une im m ensité sans contours que les horizons\n irréels forgés p ar l’intellect ab o rd an t aux abîm es du\n non-savoir et à l’anéantissem ent.\n    L a rhéto riq u e accum ulée et toujours constante des\n penseurs au sujet de l’insondable problèm e q u ’il évoque,\nn’est-elle pas la preuve, au reste, q u ’il renferm e en ses\ninextricables théories, le m axim um de tous les états p sy ­\nchiques? P roblèm e d ’éternité rou lan t à travers les âges et\njam ais affaibli parce q u ’il charrie avec lui l’universelle\npensée, passée et future, il ém ergera, to u t de virilité et\nde jeunesse ju sq u ’à la com préhension définitive et illi­\nm itée de la connaissance hum aine. Car ne sont réelle­\nm ent éternelles que les choses de la pensée, surtout\ncelles qui ont trait aux m anifestations de la vie pour\nlaquelle nous luttons sans savoir, avec l'aveugle volonté\nde notre chétive créature dégringolée au fatalism e.\n    Shakespeare nous le fait voir au m ilieu des tracas\nd’une cour de corru p tio n et d ’orgie, pénétré de savoir et\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1868, "texte": "                    Méditation sur H am let.                 93\n\nd ’ém ulation vers le bien, revêtu bientôt de la pourpre\nroyale, chéri de ses sujets et appelé aux g ran d s h o n ­\nneurs. M ais il lui a donné une âm e vierge de la m oindre\nsouillure, im perm éable au vice qui la guette et tout\nentier à l ’am our m aternel qui oblige à l’intégrité de la\nvie.\n   Il serait dangereux de croira avec Schlegel que sans la\nm ort tragique du père, sans l’insouciance de la mère\net l’ap p aritio n du fantôm e su r la plate-form e d ’E lsen eu r,\nle je u n e prince de D anem arck eû t été u n individu\nm odèle, quintessenciant la pureté, la joie et l’am our ;\ncar les om bres de la tristesse ont présidé à sa naissance.\nIl est en lui-m êm e une sorte de fruit de m a lh e u r; il\ntraîne avec lui l’atavism e des cruels ancêtres et grandit\np our être l’esclave du pessim ism e de son époque. N é\ng uerrier, il n ’eût jam ais été dans l’action q u ’un chevalier\nde m élancolie, et précisém ent parce que chez lui la\npensée est m aitresse en face de l’insondable. Il veut\nsavoir et n ’en a pas l’énergie, et, in itialem ent penché\nvers le rêve, la révélation qui lui est faite alim ente\nd’au tan t m ieux son âm e, au point q u ’elle établit un but\nà sa vie de m artyr.\n   D ’aucuns ont accusé H am let de joie m alicieuse ; et\ncertainem ent si l’on ne p ren ait pas en considération les\nerrem ents de la m entalité du prince que les affres de la\ndou leu r rongent, ne p o u rrait-o n l’accuser de perversité :\n«but one part wisdom and ever three parts coward», et encore :\n«there is nothing either good or bad, but thinking makes it so ».\nM ais dans ses réponses et ses soliloques, il mêle la p en ­\nsée des autres à la sienne et sa personnalité disparait si\nadroitem ent d ans les flots de paroles am ères, ou déce­\nvantes, ou ironiques de son verbe aciéreux, qu'il paraît\n"}, {"page_pdf": 109, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1902, "texte": "   94               Méditation sur H am let.\n\n lui-m êm e ne pas être dans la réalité. Au fait, il ne croit\n  pas en lui, encore m oins dans les autres.\n    Dès que le spectre lui ap p arait : « Si le sentim ent de\n la natu re vit en t o i ... que la couche royale du D an e­\n m arck ne soit pas le lit de la débauche et de l’affreux\n inceste. » Il est devenu l’esclave et l’in stru m en t de la\n vengeance. Il s’est p our ainsi dire transform é et retrem pé\n dans le m al, car, âm e de m élancolie, désorm ais, n ’y\n a-t-il pas un b u t à sa vie de m isère : « L a n a ture est\n déplacée de sa sphère. O désordre m audit, faut-il que je\nsois né p o u r te réform er ! N ’es t-ce pas la protestation de\nl’hum anité en face du m alheur d o n t il est u n si éclatant\nreflet ? E t de là lui v ien n en t toutes nos sym pathies,\nsu rto u t lorsqu’il entre to u t vivant dans l’éternité, consi­\nd éran t les choses extérieures com m e illusoires ; et nous\nle suivons de pensée et de cœ ur parce que nos souffran­\nces sont identiques aux siennes.\n    L e problèm e de la vie n ’est-il pas l’o bjet des efforts de\n la pensée, celle-ci ne fû t-elle m êm e pas in d ép en d an te ?\n « E tre ou ne pas être » dit H am let, et cela signifie bien :\nQ u ’est-ce être et q u ’est-ce que la vie ? « M ourir, dorm ir?\nR êver, peut-être ?» E t la m o rt lui ap p araît avec son\nabîm e insondable. Il entrevoit la lande aim ée et jam ais,\nconnue où nous allons tous et d’où nous ne reviendrons\njam ais ; m ais il préfère supporter les m aux ordinaires et\ncourants, il lui convient, en une sorte de jouissance\nm aladive, de résister aux tourm ents de la vie plutôt que\nd ’aller à la m ort, et peut-être m oins parce q u ’il a une\nm ission divine à rem p lir que parce q u ’il ne peut pas\nvouloir.\n    L e prince est han té p a r le souvenir du père m ort, et\nles préoccupations de la cour ne peuvent l’en d éto u rn er.\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1920, "texte": "                    Méditation sur H am let.                95\n\n Il y p araît som bre et m aladif, désintéressé et rêvasseur,\n sans doute penché vers les m ystères de l’Au-delà, et\n résigné à souffrir en une solitude créée au m ilieu du\n b ruit p ar lui-même. L ’u nion récente de son oncle à la\n reine avive la plaie davantage ; le spectacle de l’adultère\n ne le révolte pas, m ais l’attriste. « N e t’obstine pas à\n chercher toujours, avec ces paupières baissées, ton noble\n père dans la poussière du tom beau ; tu sais que c’est\n une loi com m une que to u t ce qui vit, m eurt, et, traver­\n sant ce m onde, passe à l’éternité ».\n    « O ui m adam e, c’est u n e loi com m une » répond\n H am let.\n    L ’am our m aternel ne l’ab an d o n n e pas, m ais le con­\nsole. Il p arlera à sa m ère en parfaite sincérité, il lui\ndép ein d ra les états de son â me : « M ais j ’ai ici, au\ndedans de m oi ce qui est plus que l’a p p a re n c e ... »\nSolitaire, il ne tarde pas à retom ber à la tristesse. Il\nsouffre, q u an d , seul, se reg ard an t de la tête aux pieds il\ns’écrie : « O h ! p ourquoi cette m asse de terre trop\nendurcie ne peut-elle s’am ollir p a r la douleur, se\nfo n d re .. . » P o u rta n t, dans la vie com m une, et ceci lui\nsuppose u n e force de volonté redoutable, qui du reste,\nle m ène à poursu iv re ju sq u ’au bout la vengeance, il\nparaît com m ander à son c œ u r et se transform e ju sq u ’à\nl’insensibilité. Il p eu t encore rire, et p o u r dissim uler sa\nm élancolie, il rép o n d ’ à H o ratio qui lui dit être venu\np our les obsèques de son père : « Je crois plutôt que\nc’était p o u r voir les noces de m a m ère. » E t cette in sen ­\nsibilité est encore plus flagrante lo rsq u ’il tue P o lo n iu s\nen croyant tu er le roi. Il dit en découvrant son cadavre :\n« J e t’ai pris p o u r q u elq u ’un de plus g ran d que toi ;\nsubis ton sort ; tu vois q u ’il y a du d an g er à être trop\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1079, "texte": "   96               Méditation sur H am let.\n\n curieux. »\n    L ’a ttitu d e d ’H am let, équivoque et ténébreuse, génie\n et folie mêlés tient en suspens le problèm e m ystérieux\n de l’être lu tta n t p o u r la vie, profondém ent pénétré de la\nconnaissance, entam é p ar le rêve et vaincu par l’étalage\ndes m esquinités terrestres. S ’il fallait disséquer ce soli­\nloque m agistral où tan t de philosophie s’entasse, en\nextraire la psychologie déco urageante, il faudrait m algré\nto u t se heu rter à la lim ite ésotérique éclairée par la\nlum ière du sym bole. A ussi bien l ’apocalypse couverte\nde la tram e invisible et im pénétrable de ce qui touche à\nD ieu ne révèle-t-il aux sim ples que les form es saisies par\nnos yeux et les sens dérobés p ar notre effort d ’â me, aussi\nbien le langage d ’H am let in terd it à une solution défini­\ntive et reste ouvert aux conjectures. Il nous attire, il\nnous subjugue, com m e la m er, p ar ses accalm ies et ses\nfuries, m ais en face il reste toujours là, l’éternel abîm e.\n                              H enri   de   CLA SSA N T. .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-012", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 97, "page_fin": 99, "titre_corps": "Âmes de couleur", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henry MAUBEL", "ancre_debut": "Am es de couleur.                          97                          Ames de Couleur. (1)                                          A F e r", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 112, "page_imprimee": 97, "debut_caractere": 29, "fin_caractere_exclue": 1112, "texte": "Am es de couleur.                          97\n\n\n\n\n                     Ames de Couleur. (1)\n\n                                        A F e rn a n d R oussel.\n\n\n   L e visage dans les m ains, l’esprit noyé au fond du\nlac de songe, M ad regardait m onter de derrière son\ncœ ur à travers l’eau, l’im age voilée d ’une femme qui\nl’ap p elait :\n   — M ad !\n   L ’a p p el b attit l’eau et retom ba com m e u n son de\ncloche, en d éro u lan t des ondes.\n   M ad frissonna.\n   Cette voix lui étreignait l’âm e d ’une ém otion essen­\ntielle.\n   C’était la voix des pensées vives, la voix de la vie\ninnée dans les fleurs colorées de sang sous la rosée.\n   E lle écoutait le son désenflé s’éteindre dans la m ousse\ndes rives ; elle guettait l’afflux d’une nouvelle vague par\ndessus celle qui descendait l’escalier sonore : l’appel se\nrépéta.\n   L a voix se posait mieux à m esure q u ’elle approchait\ndu h au t de l’eau.\n   L ’im age avait le corps incliné, le bras replié, les yeux\n  (1) d ’u n e série qui p a ra îtra p ro ch ain em en t sous ce titre d a n s\nla collection d u R É V E IL .\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1627, "texte": "   98                   Ames de couleur.\n\n troubles d ’une qui dem eure dans le rêve d’un som m eil\n dissipé. M ad s’éveillait souvent ainsi.\n    D es vêtem ents blancs affleurèrent puis l ’épaule et le\n visage. L e corps d éteignait en ém ergeant. C’était l’eau\n qui était diaprée.\n    E t l’im age su rg it avec une voix de ch air :\n    — M ad, c’est m oi, me veux-tu ?\n    — Je n e com prends pas, M a d a m e ...\n    — R egarde-toi dans mes yeux et sois une femme !\n    — Dites-m oi où j ’ai entendu votre voix.\n    — Au ja rd in , un m atin d’été où ton cœ ur était triste\nde sen tir voltiger tout le b o n h eu r en arôm es au to u r de\nlui. D ans la cendre des crépuscules d ’autom ne au che­\nm in du village. D ans les saules, au passage des m orts\ninco n n u s qui allaient à travers ton â me ju sq u ’au cim e­\ntière. D ans la voix des cloches ; et p arto u t où tu as eu\ndes souvenirs à b e rc e r... S ouvent le soir, au bord de\nl’eau.\n    A lors les yeux qui lui p arlaient se dévoilèrent douce­\nm ent et elle en vit la clarté.\n    L ’haleine p u re des paroles avait rafraîchi son front.\nS on visage se d ilatait à une sérénité pénétrante. E lle\ncom prit que ces yeux lui a p p o rtaien t un autre regard et\nelle fut étonnée de la g ran d eu r de son cœ ur en le sen­\nta n t s’épanouir.\n   E lle m archa vers l’im age sœ ur, les m ains tendues.\nL ’im age se déto u rn ait d istra ite m e n t, com m e po u r\npasser.\n   M ad eu t p eu r et dem anda anxieuse :\n   — Vous n ’allez pas p artir, n ’est-ce pas ?\n   P u is, voyant ce fidèle sourire silencieux :\n   — C’est fou, dit-elle, est-ce que je peux vous perdre\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 414, "texte": "                      Ames de couleur\n\nm ain ten an t ? ...\n   E lle redressa la tête, souleva les p aupières po u r lais­\nser sortir, vers le couchant, l’im age, u n m anteau gris\naux épaules, la traîn e alo u rd ie d’om bre.\n   L ’om bre co n to u rn ait la haie. L a voix chanta. M ad,\nles yeux dans le soleil, écoutait, d’une âm e nouvelle, la\nvoix aim ée.\n\n                                  H enry   M AUBEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-013", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 100, "page_fin": 100, "titre_corps": "Quelques rimes : D’anciens rêves fraternels", "titre_sommaire": "D’anciens rêves fraternels", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "D 'anciens         Rêves fraternels...                       A José Hennebicq, cordia", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 115, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 46, "fin_caractere_exclue": 1039, "texte": "D 'anciens         Rêves fraternels...\n                      A José Hennebicq, cordialement.\n\n            E n la source de ma mémoire,\n            azurée ainsi que le ciel,\n            d'anciens rêves fraternels\n            viennent mirer leur aime gloire.\n\n            Tels d'entre eux portent dans leurs mains\n            les cierges éteints du Passé,\n            tels autres s'essayent à lire\n            le livre d'or de l'A ven ir...\n\n            D'autres encore ont le front ceint\n            des épines sanglantes du Remords,\n            et les yeux irisés de désirs morts\n            et de mollesses d'impuissance...\n\n            I l y en a comme des Vierges\n            chantant des psaumes de silence !\n            I l y en a comme des folles\n            qui, pour leurs péchés, se désolent !\n\n            E t tous, sourires de topazes,\n            astres magiques en extase,\n            regardent frissonner leur ombre\n            en la source de ma mémoire...\n\n        août, 1894.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-014", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 101, "page_fin": 101, "titre_corps": "Quelques rimes : Alme voix", "titre_sommaire": "Alme voix", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A lm e      voix.                        A une morte.   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Seulem ent, p o u r p arler de Lourdes, je\n devrais avoir certains docum ents. O r, me les p rocurer,\nles m ettre en regard du livre, exam iner la valeur des\nobjections, après avo ir parlé de celle de l’œ uvre, tout\ncela m e p re n d ra it u n tem ps d o n t je ne dispose pas actuel­\nlem ent. Ce sera p o u r u n e autre fois.\n    D ’au tre p art, p arler de l’auteur, d’une façon générale,\nm e m et, u n peu, dans la position d’u n hom m e qui serait\ndestiné à en p arler toujours. C ependant, il y au rait\nbeaucoup à ajo u ter à ce que j ’en ai d it ailleurs et puis,\nje com prends bien q ue, de ce beaucoup, vous vouliez\np u b lier quelque chose, dès à p résent : il faut encadrer le\np o rtrait.\n    E t c’est une excellente idée que de placer, dans le\nm êm e num éro de votre R evue, Z ola, L econte de Lisle,\nD e Coster.\n    Idée logique, d ’ailleurs, chez vous, qui avez, si sage­\nm ent et si h a rd im e n t, affirmé votre m épris p o u r l’exclusi­\nvism e, en tête de Stella.\n    E t perm ettez-m oi de vous le dire, p o u r réaliser cette\nidée, vous ne pouviez m ieux faire que de penser à Zola.\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1769, "texte": "   104                    E m ile Zola.\n\nCar, il est l’artiste de très large com préhension et l’esprit\nd’universel accès. T enez, chacun dira, avec vous, qu’il\nest bien différent de De Coster et, surtout, de L econte\nde L isle.\n    C ependant, ne peut-on lui ap p liq u er ce q u ’il a dit de\n M aupassant : N ’est-il pas, lui aussi, un d escendant litté­\nraire de R abelais, M olière, L a F o n tain e ? E t dès lors,\nn ’y a-t-il pas entre lui et notre D e Coster une parenté\nindéniable ?\n    E t L econte de Lisle n ’eut-il pas pu signer certaines\npages de L a Fortune des Rougon, de L a Faute de l’Abbé\nMouret, de Une Page d'Amour, de Germinal, du Rêve, de\nL a Débâcle ? Est-ce que, dans ce livre où le naturalism e\n(ce m ot com pris d’une façon étroite) est le p lu s intense\nPot-Bouille, il n ’y a pas cette prière de l’abbé M auduit,\nsi élevée et si p oignante ?\n    Il n ’y a là rien d é to n n a n t. Z ola cru t devoir, à p lu ­\nsieurs reprises, défendre son œ uvre et ses idées. D e là,\nses livres de critique, si lum ineux ; m ais, il est surtout\ninstructif, à ce point de vue, lorsque, dans ses rom ans\neux-m êm es, il explique to u t sim plem ent, le b u t qu’il se\npropose. Voyez donc la préface de La Fortune des Rou­\ngon celle d 'Une Page d'Amour et ce passage de L'Œ uvre,\noù S andoz expose ses vues littéraires et qui se term ine\nainsi :\n    « A h ! bonne terre, prends-m oi, toi qui es la mère\ncom m une, l’unique source de la vie ! toi l’éternelle,\nl’im m ortelle, où circule l’âm e du m onde, cette sève\népandue ju sq u e dans les pierres et qui fait des arbres\nnos g rands frères im m obiles ! ... O ui, je veux me perdre\nen toi, c’est toi que je sens là, sous mes m em bres, m ’é­\ntreig n an t et m ’enflam m ant, c’est toi seule qui seras dans\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1090, "texte": "                           E m ile Zola.                   107\n\nm on œ uvre com m e la force prem ière, le m oyen et le\nb u t, l’arche im m ense, où toutes les choses s’anim ent du\nsouffle de tous les êtres ! »\n    Sandoz c’est Zola.\n    Com m e l’on com prend q u ’il affirme être symboliste! Il\nn ’a jam ais rien repoussé que ce qui est faux. Il a to u ­\njo u rs adm is tout ce qui est la vie, sous quelque aspect\nq u ’elle se présente. E t c’est parce q u ’il a com pris et péné­\ntré la vie, toute la vie q u ’il est éclectique et tolérant.\nC’est, logiquem ent, parce que d ’autres sont trop concen­\ntrés, trop systém atiques q u ’ils lui en veulent, à cause de\nses rom ans et q u ’ils ont vu, naguère, dans son célèbre\ndiscours aux é tu d ia n ts, la rép u d iatio n du naturalism e.\n    N o u s avons besoin de nous débarrasser des form ules,\ndes m ots, des étiquettes et de voir au fond des\nchoses.\n    E t si nous y voulons réussir, nous ne pou rrions tro u ­\nver u n m eilleur guide, ni u n plus éloquent exem ple que\nZola.\n                                         D ésy É L IA S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-017", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Émile Zola (portrait)", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "E m ile   Zola.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 120, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 68, "texte": "E m ile   Zola.\n\n\n\n\n C roquis à la plum e de M. 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P a ysage du Dakota du N or", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 123, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 14, "fin_caractere_exclue": 1417, "texte": "Paysage du Dakota du N ord.\n\n\n\n\n           P a ysage du Dakota du N or d.\n\n                                 A Jean Delville.\n\n\n\n      C'est l'hiver avec son soleil rouge à l'aubée,\n      L'hiver, sans oiseaux que les corbeaux affamés\n      Dessinant sur la neige épaisse des landes,\n      Des ombres bleues. L a Mort, de par la vallée\n      Va chanter de longs jours ses couplets de rafale\n      Jusqu'à l'heure ou les fleurs primevales revivent.\n      L 'E nnui rêve. 0 les dévastations blanches !\n      L'arche d'azur à l'infinitude des brumes\n      D'où les astres volants s'échappent en fusées,\n      A u dessus des vieux loups maigres, anxieux d'ombre.\n      Les blaireaux sont partis sous les couches sableuses ;\n      Les meules de foin, par les blizzards emportées,\n      Vont nourrir les hordes des cavales sauvages.\n      Le vent souffle, craque les masures et rage.\n      C'est la nuit des météores en leurs folies,\n      Où l'on songe, sous les laines, aux trèsjolies\n      Filles des prés dormants, qui susurrent l'amour\n      Parmi les oiseaux moqueurs et les vignes vierges.\n      Les petites fleurs des bois s'essaient à rire.\n      Les enfants rêvent aux cierges sur des eaux claires\n      allumés. Les vieux sont à l'affût de l'aube.\n      Mais demain, c’est encor le soleil hivernal\n      Qui donne avec regret sa chaleur pâle et nulle\n      Sur les planes solitudes très lamentables\n"}, {"page_pdf": 124, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 882, "texte": "                 Paysage du Dakota du N ord.            109\n\n      Où les oiseaux de Poë, tristes, s'immobilisent.\n      E t l'âme glisse à la tristesse et vous tourmente.\n      On pense aux désœuvrés qui grelottent, aux pauvres\n      Qui n'ont point de bois, aux frêles enfants sans mères,\n      A tous ceux qui guettent le soleil des avrils\n      Sonores où les fleurs prim evales revivent.\n      L'homme crée à son insu toutes les hantises :\n      Les filles nues qui courent sur les prairies\n      Mortes, brûlant leurs maturités sous les bises ;\n      E t les phantasmes qui vont aux maisons perdues\n      E t se cachent derrière les portes où l'on chante,\n      Silencieux, guettant le soleil des avrils\n      Sonores où les fleurs primevales revivent.\n\n\n                                                                K\n\nD evils'Lake, N o rth D acota, 16 feb ru a ry , 1894.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-019", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 110, "page_fin": 111, "titre_corps": "Au rossignol", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Au rossignol.                     A u R ossignol.                                  A J éf Lempo", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1286, "texte": "A u rossignol.\n\n\n\n\n                A u R ossignol.\n\n                                A J éf Lempoels.\n\n\n\n      J 'a i pour témoin de ma solitude les chênes\n      Vieux dont la lune blanchit les mousses ;\n      Aussi, les très coquettes romances des sources\n      Qui semblent éveiller les délices prochaines\n      Parmi les lierres bleus de la mélancolie\n      E t les pâmoisons des champignes odorantes.\n      O Rossignol, trille ! L'heure de la féerie\n      S'éveille. Voici les visions enivrantes !\n      Dans les halliers touffus les biches sont couchées\n      Rêvant d'aube. E t par les saturnales allées,\n      Les caribous songeurs, aux cornes spiralées\n      H ûment les senteurs des mares, en vain cherchées.\n      O Rossignol, trille ! Les glaïeuls se lamentent.\n      Te plait-il que je raconte mes amertumes\n      A ux échos vides des vastitudes qui mentent\n      Avant que le matin émerge dans les brumes ?\n      Mais non, tu vas chanter, à vieux roi du silence,\n      Peupler la belle nuit des ombres constellées\n      E t dire au poète la divine vaillance.\n      Regarde ! Les virgines se sont en allées\n      Des horizons pervers où gisait la luxure.\n      Elles viennent boire an calice de tes larmes,\n      Sachant que Philomèle guérit la blessure\n"}, {"page_pdf": 126, "page_imprimee": 111, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 481, "texte": "               A u rossignol.                 1i l\n\nDu cœur. Oh ! trille donc, apaise leurs alarmes ;\nVous, mes songes, volez aux poussières, des âges,\nA l lez aux sources primitives, par les grèves ;\nE t grise-toi, mon âme, en forgeant les images\nDes siècles perdus dans le chaos de nos rêves,\nOù les êtres chantaient les hymnes fraternels\nE t s’enguirlandaient de mêmes fleurs rayonnantes.\nCar il trille à présent, le sylphe des amantes\nE t lit le livre des sagesses éternelles.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-020", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 112, "page_fin": 114, "titre_corps": "Rêverie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri de CLASSANT", "ancre_debut": "Rêverie.                           R ê v e rie .                                   A José Hennebicq", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 127, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1250, "texte": "Rêverie.\n\n\n\n\n                      R ê v e rie .\n\n\n\n                               A José Hennebicq.\n\n\n\n\n      Celui-là seul qui dans la haute solitude\n      Des forêts, à l'heure où le soleil roule à l'ombre,\n      A senti pénétrer en soi la souciance\n      De l'au-delà et le mystère impénétrable\n      De la vie, à l 'instant d'un doute qui console,\n      Celui là seul désespère de son étoile.\n      Pardonne-moi ! Ce soir, reposé sous l'érable,\n      J'attendais anxieux la consolante amie,\n      L'Illusion, aux ailes blondes de l'enfance,\n      L a virgine qui m'avait prouvé ses tendresses\n      A u x jours tant regrettés de ma prime-innocence.\n      Mais je vois quelle aussi elle était irréelle,\n      E t j ’ai pleuré... J e souriais à la nature.\n      E t j'étais au milieu des bois aux senteurs rares ;\n      Les fleurs se balançaient sur leurs tiges songeuses ;\n      Les robins, tendrement disaient an crépuscule\n      Que la nuit chanterait jusqu'à l’heure aurorale\n      Les somptuosités des arches incréées.\n      Qui dira pour qui j 'a i versé ces folles larmes,\n      Puisque tout sera grand encore, et le silence,\n      Peuplé des apparitions belles et lentes\n      Où je verrai les béatitudes des âmes\n"}, {"page_pdf": 128, "page_imprimee": 113, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1605, "texte": "                 Rêverie.                     113\n\n\nS'épanouir et marier les vaux des rêves !\nPourtant, je suis triste comme une âme déchue.\nSerait-ce un mal que le souvenir éternise,\nCelui dont je souffre, 6 reine qui me console ?\nO Mort ! toi qui m'attends dans la morne vallée\nDu désespoir ? Ecoute un peu ma voix sincère :\nMon crime est d ’avoir vu la sphère radieuse\nDu bonheur sans aller loin de moi dans l'abime.\nMaintenant j ’ai pour témoins les étoiles pâles,\nE t parfois les oiseaux cruels, crépusculaires,\nMêlent à mes sanglots leurs froids battements d’ailes.\nOn dirait que la nuit se comptait à me nuire,\nE t que des tombes, depuis longtemps disparues\nS'entr'ouvrent pour jamais où mes songes chevauchent.\nOh ! je te sais, o toi que j'aime et que j'ignore,\nJe te sais, âme d’or, errant sur quelque grève\nA l'affût des soleils de minuit, où les vagues\nCaressent les secrets de la mort saltatrice.\nE t je suis venu là te regarder sourire ;\n Mais je n’ai vu ni ton visage ni ton ombre,\nJe desirais ouïr ta voix mystérieuse\n E t seul, voir resplendir ta prunelle câline\n E n face des nappes d'écume couronnées.\n Hélas ! ce trop beau rêve a croulé dans le vide ;\n E t je n'ai souvenir que des oiseaux des plages\n Dont les cris de mourants montaient au ciel de glace.\n Où donc es-tu, vierge impalpable et décevante ?\n Erres-tu sur les cimes blanches où les aigles\n Sont prostrés, anxieux de fixer les macules\n De l'Astre-Dieu qui dore les moissons nouvelles ?\n Ou bien vis-tu là-bas dans quelque sphère errante\n Loin du monde maudit où je me désespère ?\n Oh ! dis-moi le chemin béni de ton refuge,\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 477, "texte": " 114                         Rêverie.\n\n\n         E t je l'irai chercher pour t'y donner via vie !\n         Que cette nuit devienne noire et sépulcrale.\n         Que mes souvenirs se dissolvent dans l'espace,\n         Pour que fa ille adorer ta belle Déitude.\n\n         Car icije n'ai rien trouvé qui me soulage,\n         A près avoir vidé le calice des larmes.\n\n\n                                     Henri de C L A S S A N T .\n\n\n\nD evils'L ake, N o rth D acota, 20 m ay, 1894.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-021", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 115, "page_fin": 117, "titre_corps": "Un peu d’archéologie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edgar BAES", "ancre_debut": "Un peu d'Archéologie.                 115                   Un peu d 'A r chéol o          gie", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 130, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 21, "fin_caractere_exclue": 1673, "texte": "Un peu d'Archéologie.                 115\n\n\n\n\n              Un peu d 'A r chéol o          gie.\n\n    P eu t-o n se souvenir encore des anciens à notre\népoque de rénovation, alors que to u t s’évertue à faire\nsurgir du n eu f et à dém olir, à d étruire le vieux, le\nsu ran n é ? O ui certes, car c’est l’im m ense tort des dém o­\nlisseurs, des apporteu rs de neuf, de chercher à faire\nd isp araître sans discernem ent ce qui devrait rester\ncom m e tém oins et jalons p our le nivellem ent futur, ce\nqui p o u rrait servir de fondem ents p o u r une édification\nnouvelle.\n    D ’ailleu rs, pourquoi se lancer dans l’inconnu, en\navant, avec une hâte fébrile, au lieu d'é p uiser d ’abord\nles ressources que l’on possède à pleines m ains, pour­\nquoi fru strer la g énération future de docum ents dont\nelle pou rrait tirer un parti ingénieux peut-être, original\nà coup sû r ? M ais il y a une façon saine et une autre,\nd’envisager l’a rt archéologique. A utant nous intéresse\nun m onum ent retrouvé d’une époque peu connue ou\nmêm e u n détail reconstitué de la vie des an cêtres, autant\nnous écœ ure u n archaïsm e faux, u n essai m aladroit ou\ndéloyal de nous p résen ter une chose d ’invention m isé­\nrable p o u r la vérité d’autrefois.\n   A ussi l’art historique, qui ne p érira ja m a is, quoi q u ’on\nfasse, ne peut-il plus nous m o n trer des m annequins en\ncollerettes, des hom m es en bois couverts d’arm ures mal\najustées, des oripeaux de théâtre donnés pour a u th e n ­\ntiques, et de m êm e que les truqueurs sont la terreu r des\nam ateurs de bibelots, la fausse archéologie doit in spirer\nune salutaire épouvante aux vrais artistes com m e aux\n"}, {"page_pdf": 131, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1993, "texte": "     116               Un peu d'Archéologie.\n\n  savants. Cette vérité com m ence à p ren d re corps et à\n  gagner force de loi, et il n ’est que tem ps.\n      A nvers sem ble vouloir o uvrir la m arche, en s’inspi­\n  ra n t quelque peu des résultats m agnifiques obtenus en\n  A llem agne et en A utriche où l’on revit littéralem ent à\n  quelques siècles en arrière, quand on visite les donjons\n  de N urem berg, les m usées d ’antiquités ou d ’arm ures de\n  M unich et de V ienne, les suggestifs intérieurs anciens\n  de Salzburg ou des collections d’art industriel rétrospec­\n  tif, de la Salle de Justice de Soleure, etc., etc., et toute\n  m odernité à part, il faut reconnaître que le prem ier\n  essai tenté p ar M. A. de V riendt qui a eu l’idée heureuse\n  d’en confier l’exécution à u n spécialiste, sans doute\n u n iq u e en B elgique, M. H erm an V an D uyse, conserva­\n teu r du M usée archéologique de G and, réclam e haute-\n une continuation p our constituer une des grandes a ttrac ­\n tions artistiques de la cité anversoise. Il s’agit ici du\n Musée de costum es anciens. O n sait la p art léonine q u ’a\n prise M. V an D uyse à la conservation et au déblayem ent\n du château des Com tes de F lan d re, ce m orceau sans\n pareil, qui, peut-être, sans d’énergiques efforts serait\n au jo u rd ’hui rasé et converti en m aisons de commerce.\n     Il suffit de le rap p eler p our se figurer ce q u ’u n hom m e\n de valeur absolum ent épris de l’art et du caractère des\nsiècles écoulés a pu p ro d u ire dans les six prem ières\nfigures m ilitaires qui o rn en t au jo u rd ’hui l’une des salles\nde la direction de l’A cadém ie d’A nvers.\n    B roignes, gorgerins, cottes de m ailles, bordures\nd’étoffes, tout, ju sq u ’aux boucles est d ’une exactitude\nabsolue et souvent mêm e auth en tiq u e, et (ce que l’artiste\nappréciera plus que tout le reste, car la collection est\nentreprise dans le b u t de perm ettre aux artistes l’étude\nd'après nature de ces pittoresques ancêtres que nous ne\n"}, {"page_pdf": 132, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1560, "texte": "                     Un peu d'Archéologie.                 117\n\nconnaissons que si vaguem ent par les m iniatures et les\ntriptyques) tous ces détails sont harm onisés avec une\nscience parfaite, et l’hom m e exposé tout arm é pourrait\nêtre déshabillé ju sq u ’à la chem ise, en d o n n an t toujours\nl’aspect caractéristique et vivant de celui d ’autrefois.\n R edisons-le : C’est une belle œ uvre entreprise. P ourvu\nque la m isérable question d ’argent, la seule qui émeuve\n nos com patriotes ultra-positifs, ne vienne pas écraser\nd ans l’œ uf le germ e de cette institution qui nous fera\nh o n n e u r à l’étranger et qui sera certainem ent développée\np ar P a ris, l’hydre perpétuellem ent en quête de pâture\nintellectuelle.\n    Il est certain que notre sifflet d’ébène actuel, notre\ntuyau de poêle et notre cravate blanche sont d ’une\nbeauté ineffable ; q u ’en présence de ces anciêns rêtres\net lansquenets, de ces com m uniers, de ces seigneurs\nL o u is X I I I , nos gardes civiques au T rois-F rançois,\nnos m ilitaires à l’ordonnance et nos bourgeois en m anne­\nquins de tailleurs sont idéalem ent esthétiques ; d ’ailleurs\nto u t p eut insp irer u n artiste, tém oins G ervex, H erm ans,\nVon U h d e B érau d e t, s’il faut descendre ju sq u ’au chiffon,\nRafaëlli et d’autres qui ont nos com plètes sym pathies.\nL ’hom m e du peuple d ’ailleurs sera toujours suggestif,\ném ouvant parce que vrai. Q u an t à la femme qui puise\nson charm e dans la contre-vérité, elle est de tous les\nte m p s ...\n     (A suivre.)                          E dgar   BAES.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-022", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 118, "page_fin": 119, "titre_corps": "Contes et légendes", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edgar BAES", "ancre_debut": "Contes et Légendes.                     C ontes et L é gendes,              par P", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 133, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 23, "fin_caractere_exclue": 1975, "texte": "Contes et Légendes.\n\n\n\n                 C ontes et L é gendes,\n             par Paul Germain (M ons, A . P rin c elle.)\n\n\n\n    L e croirait-on, dans la critique littéraire il y a parfois\n de bons m om ents : pouvoir sym pathiser avec un am i\n ignoré, lui dire rudem ent quelles sont ses faiblesses,\ndans l’espoir de le fortifier et parce q u ’on lui reconnaît\nun e âm e, u n e intelligence et un avenir; c’est une jo u is­\nsance v ra ie ... et rare ! — Voici un joli recueil fragm en­\ntaire qui serait un g ran d et beau livre si les petits poèm es\ndont il se com pose tendaient à l’U n ité : que ne peut-on\ncondenser en quelques vers chacune de ces proses\nvivantes et variées, ou m ieux encore, les voir transfor­\nmées en chapitres d ’une œ uvre synthétique, au lieu de\ndevoir analyser des im pressions éparses d ’où surgissent\nun sens littéraire, u n goût délicat, une science trop com ­\nplète de la technique nouvelle dont les défauts : expres­\nsions clichées, répétitions, tristesse farouche propre à\nM aeterlinck, résultent d’une lecture incessante et trop\nétendue. Si l’auteur secouait soigneusem ent toute pous­\nsière étrangère de ses ailes pleines de souplessse et de\nvie, fraîches, à peine ternies p ar ces involontaires con­\ntacts, il resterait de lui un style clair, sim ple et élégant,\nun peu m êlé de tendances diverses, m oyenâgeuses,\nm ystiques sans conviction, poétiques et m atérialistes à\nla fois, naïves et savantes ; des phrases qui ne sont pas\nde sim ples groupem ents de m ots, en som m e, un beau\ntalen t h â tif qui s’ignore et s’éparpille. « L a chair », dit-\nil, « a traitreusem ent assassiné en lui le rêve et l’idéal ! »\nC ’est vrai, car nous ne le trouvons plus au naturel dans\nses visions de l’Au-delà, de l'Arbre ; m ais, p our nous ras­\nsu rer, nous avons la Légende du baiser, la Saint-Nicolas, et\nun sentim ent de g ran d eu r dans Jèsus Christ, dans Sapho,\ndans Suicide d'artiste et Funérailles, ce qui dém ontre une\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 630, "texte": "                       Contes et Légendes.                    119\n\ncrise qui doit se term in er p a r u n reto u r absolu à la f o i ...\ndans l’art, s’en ten d , la seule, celle qui se caractérise p a r\nle vouloir persévérant, éternel. P o u rq u o i recu ler, comme\nson Jésus, vaincu devant l’œ uvre que le S eigneur lui a\nd it d’accom plir ?\n\n                                      E dgar    BAES.\n\n\n\n\n   A ux prochains : L'apologie de l'homme (H o rs commerce),\np ar M aurice L eblond ; Vers la Vie, par R ich ard L e d e n t;\nLe Bonheur irréel, p a r F e rn a n d Roussel ; Scherzo, par\nM Ile E rn estin e V an H asselt, etc.,\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-023", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 120, "page_fin": 126, "titre_corps": "Propos de littérature", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles BRONNE", "ancre_debut": "Propos de littérature.                       P ropos de Littérature.     I", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 135, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 25, "fin_caractere_exclue": 1904, "texte": "Propos de littérature.\n\n\n\n\n                  P ropos de Littérature.\n\n\n  Il n'y a pas bien longtem ps qu'en cette m êm e R evue, consacrant\nune chronique à la C ritiq u e littéraire, j ’y déplorais le p a rti-p ris des\nuns, le m anque d'études préalab les des au tre s p a rm i la pleiad e de\nceux qui font m étier d 'an aly ser et de faire connaître les œ uvres de\nle u r contem porains, p rosateurs ou poètes.\n  Je d isais p o u rtan t que d ’en tre tant de peu consciencieux il en\nétait h eureusem ent q uelques-uns qui, a y an t beaucoup lu et b e au ­\ncoup réfléchi, s’étant en tre au tre s choses, re n d u com pte de l’adm i­\nra b le m éthode scientifique de T ain e et de H e n n eq u in , l’a p p li­\nq u a ie n t avec certaines m odifications à le u r talent d ’a rtiste et de\npenseur, en se créant m êm e u n e v éritable originalité. E t j ’ajoutais :\n« J'e n connais q uelques-uns ainsi en notre Belgique, que j'ad m ire\nsincèrem ent p o u r leurs travaux et leu r loyauté. Chez eux, si le\nliv re n 'est pas conform e ab solum ent à leurs préférences secrètes,\nau m oins ont-ils la conscience d ’avoir m ontré intégralem ent les p a r­\ncelles de b eauté enchâssée d a n s l ’œ uvre et l'effort sincère de l’écri­\nvain qui sut faire fleurir l ’idée a p rès l’avoir choyée en son â m e . »\n  Q ue l’on m e pard o n n e cette répétition en faveur de sa raison\nd'être p our l'in stan t. L orsque j'écrivis ces lignes, je ne connaissais\npas encore le nouveau livre de M . A lbert Mockel : Propos de Litté­\nrature (*), ou p lu tô t le ha sa rd ne m ’avait perm is que d ’en lire\nquelques fragm ents d ont j ’avais bien présagé cependant, puis-je\nd ire au jo u rd 'h u i. C ar l'au te u r des Propos est de ceux que j'ap p e lais\nsavants, sincères et loyaux. O r, voici que je n ’ai rien à changer\ndans cette figure synthétique d ’un critique littéra ire à qui je n ’avais\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2154, "texte": "                               Propos de littérature.                 121\n\np as donné de nom , m ais q u ’a u jo u rd ’hui M . M ockel personnifie\nexcellem m ent ; q u ’il m e soit en outre p erm is d ’envisager cette\nface de son talent qui forcém ent m ’était inconnu ju s q u ’à présent,\nson o riginalité.\n  M . Mockel est bien celui q u ’il fa llait p o u r an aly se r aussi su b ti­\nlem ent ces deux m aîtres de l’école sym boliste : F ra n c is V ielé\nGriffin et H e n ri de Régnier.\n  Com m e eux n ’est-il pas ce poète a y an t dans l’â m e m ille choses\npuériles, ten d res et délicates, avec parfois des accents de trio m ­\np h e et b ro d a n t d ’une exquise façon su r une philosophie qui\nd ’ab o rd p o u rra it ne p a ra ître que naïve, m ais qui au fond est\nbien p lutôt savante. Chantefable, ce p rem ier poèm e de M . M ockel\nen fait foi.\n  M ais il ne s'agit pas ici de p a rle r du poète, et si j ’ai rappelé ce\nliv re , vieux d éjà de tro is ans, c'est afin de m o n trer que les préfé­\nrences de l'a u te u r étaient toutes acquises à M M . V ielé-G riffin et\nde R égnier, et que deux talents sim ilaires au sien devaient tenter\nsa p é n étratio n d ’analyste.\n  D u reste, je pu is bien vous l’avouer, chez A lbert M ockel, le cri­\ntiq u e é ta n t su p é rieu r au poète, — p eu t-être p arce q u'alors il est\nl ’u n et l’a u tre à la fois — je pense que, selon cette loi très v raie qui\nd it que le c ritiq u e absorbe le poète, il se consacrera définitivem ent\nau p rem ier genre, et c'est une ra iso n de plu s p o u r p a rle r de ses\np rem iers pas en cette voie.\n  V oyons donc l'analyste q u ’est M . M ockel. L o rsq u 'il résolut\nd 'é ta b lir un parallèle en tre les deux m aîtres sym bolistes chez qui\nil avait découvert, avec justesse, des sim ilitudes — ou p lu tô t un\nensem ble de q u a lités et de défauts qu i, jo in ts exactem ent, se ren­\nforçaient ou s’an n ib ilaien t po u r en faire u n idéal p o è te — M . M oc­\nkel trouva une scène su p e rb e, où tout à son aise et dans une royal\ndécors, avec des personnages le secondant m erveilleusem ent, il\n\n  (*) A la lib rairie de l’A rt in d épendant, P a ris.\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2341, "texte": "   122                   Propos de littérature.\n\np ouvait exposer des idées qui lui sont chères.\n  Ces idées, il les a vait longuem ent m éditées, les fortifiant avec\nles rém iniscences de longues études, de savantes conversations\navec les m aîtres de l’école française, ses am is, et aussi avec les pro­\nfondes notions que je lui sais posséder su r tous le s a rts. Q ue p o u ­\nvait-il n a ître de cet ensem ble a rtistiq u em en t et pru d em m en t agen­\ncé, sinon un beau livre.\n  Il serait fastidieux et tém éraire de suivre pas à pas l'analyse de\nM. Mockel et de d isc u te r la justesse de ses vues, ce serait refaire ce\nlong travail auquel il a consacré de nom breuses heures et il fa u ­\nd ra it dans l’occurence co n n aître ses a u te u rs com m e il les possède ;\nbornons-nous donc, av an t que d 'a b o rd er les quelques théories en\na rt que ces deux poètes lui ont perm is d'avancer, à résu m er b riè ­\nvem ent le parallèle des talen ts de M M . V ielé-G riffin et H e n ri de\nRégnier.\n  M. de R égnier d ont la m atu rité fut p lu s précoce est réellem ent\npoète dès le d é b u t ; son âm e, pétrie de m élancolie et de p itié, était\nfaite p our la m éditation et la contem plation ; aussi d evant la d o u ­\nleur s’inclina-t-elle avec      résignation.    D ’où la p hilosophie de\nl ’œ uvre entière que dom ina le doux fatalism e d ont il se vêt\ncom m e d'un voile, p o u r atté n u er les rayons tro p vifs de la vérité.\n  M. V ielé-G riffin au c o n tra ire , sen tit au d ébut son c œ u r se gon­\nfler de   larges désirs      qui   lui   firent jete r des clam eurs vers\nle ciel, sans grand souci de l’harm onie des c ris q u ’il proférait, ce\nn ’est que plu s ta rd qu'il trouva la form e adéquate à son tale n t.\nE b lo u i p a r la joie de vivre, il s'exalta en des c h an ts fiévreux, vou­\nlant la lutte qui seule convenait à l’activité q u ’il sentait b o u illo n ­\nn e r en lui ; aussi, sa philosophie peut-elle se résum er a in s i :\nA im ons. . . E t s’il faut une au tre c om paraison p our les défin ir tous\ndeux : l ’un, H e n ri de R égnier, fut l ’H a m le t du grand S hakespeare\nqui n ’agissait pas p arce qu'il pen sait trop, -et l'au tre, le don Q u i­\nchotte du non m oins g ra n d C ervantès qui, n'ayant pas le tem ps de\np e n se r p arce qu'il agissait tro p vite, fut l'ap ô tre — ra illé, m ais\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2155, "texte": "                           Propos de littérature.                        123\n\nq u ’im porte — de toutes les choses belles et nobles.\n   Q uant à la m éthode qu'em ployèrent les deux poètes,                    bien\nq u 'é tan t sym bolistes l’un et l'autre, M . de R égnier p ré fé ra souvent\nl'allégorie tan d is que son am i, p a r suite logique de la subjectivité\nde son â m e , choisissait l ’expression directe, procédé délicat, m ais\nnéfaste parfois lo rsq u ’il n'est pas traité com m e ici p a r une m ain de\nm a ître .\n   O r cette philosophie et cette m éthode différente influèrent fata­\nlem ent su r la form e de chacun.\n   L e second, M . V ielé-Griffin, m oins subtil, ne connait pas aussi\npleinem ent la m usique du vers ; le m ouvem ent qu'il lui donna\nl’em pêcha de sa isir la fluidité de l ’harm onie qui est plu s que le\nrythm e en q u i il réside.\n   L e p re m ier, au c o n tra ire , p lu s stable, p resq u e im m obile, saisit\nd'im p ercep tib les cadences d 'u n c h arm e e n ch a n te u r et qui ravit\nl'au d iteu r.\n   D 'u n a u tre côté, s’il faut considérer la p lastiq u e de la ph rase,\na lo rs q u e l'u n b rille p a r le coloris, l'au tre n'est que lum ineux,\nm ais avec quelle douce cla rté , et tan d is que V ielé-G rifîin à l'élé ­\ngan ce du geste, d e R égnier a la noblesse de l’attitude.\n   Bref, celui-ci a su rto u t saisi la m usique du vers et l'au tre sa\nb e au té pictu rale. L ’un est m usicien, l'a u tre peintre, m ais tous\ndeux sont poètes.\n   L e grand m érite de M. M ockel est d 'a v o ir su, p a r une m éthode\nrationnelle et scientifique, q uoique très a rtistiq u e, déterm in er\nl'ap p o rt du talent de l’un et de l’a u tre ; to u t au plu s pouvons-nous\nlui re p ro c h e r d'avoir peut-être négligé en son d e rn ie r chap itre,\na lors q u ’un m agistral résum é s’im posait, de do n n er su rto u t les\ng randes lignes des tale n ts q u ’il co n sid érait au lieu de s'a tta rd er\nencore à d éfinir les su b tilités de chacune de leurs personnalités.\n   L a p a rt étant faite aux deux poètes, prétexte aux affirm ations de\nM. M ockel su r la litté ra tu re sym boliste contem poraine et son\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2243, "texte": "   124                        Propos de littérature.\n\navenir, je ne m ’occuperai plus m ain ten an t que de quelques-unes\ndes théories, parm i les plus im portantes, q u ’il avance.\n  E t d ’abord, il faut c ite r ce c h ap itre des Propos où, avec une\nex trao rd in aire perspicacié et une belle clarté, il définit le sym bole\net l ’allégorie, m o n tran t non seulem ent les points d ’attach e de ces\ndeux genres p arallèles, m ais aussi les différences profondes qui\nles séparent. P u is, M. M ockel, s'occupant plus p articu lière m en t de\nla nouvelle école et sen tan t le besoin qu'elle a d ’une base solide\nsu r laquelle on puisse édifier son av en ir, rap p elle q u ’en les siècles\npassés la poésie sym boliste in sp ira de grands poètes et procréa de\nbelles œ uvres. M ais il se trom pe, pensons-nous, lo rsq u ’il croit pou­\nvoir déduire des exem ples du passé, une période future qui en ca d re ­\nra it une école nouvelle et p uissante. P a r cela m êm e q u ’en tous tem ps,\ndepuis la B ib le ju sq u 'au Faust de G oethe en passant p a r le D ante,\nil s’est trouvé des âm es chez qui u n savant m ysticism e et les grandes\nleçons de l'histoire ont fait s’é p an o u ir des œ uvres sym bolistes, il\ns'ensuit que le sym bole est la légende ou du m oins que celle-ci est\nla form e la plus p u re du sym bole.\n  M ais la légende est hors le siècle, hors le tem ps donc, et jam ais\nne form era école.\n  C ertes les légendes, à cause des ab strac tio n s qu'elles contiennent,\nsub sisten t ; m ais elles ne peuvent form er u n to u t com pacte q u ’au\njo u r où le m ouvem ent é ta n t supprim é, le passé ne s’érigera plus\nq u ’en dehors du tem ps et de l’espace, p a r conséquent p o u r des êtres\nsp iritu e ls seu lem en t.\n   C’est pourquoi je d is encore : non, il n ’y a u ra pas d ’école sym bo­\nliste, com m e il y eut une période ro m antique et un P a rn a sse ,\nil n ’y a u ra pas un m aître sym boliste com m e il y a eu un H ugo.\nN ous som m es seulem ent à une période tran sito ire où l ’on est plu s\nsym boliste q u ’à u n e au tre, p arce que après une phase rationnaliste\nil se fait un revirem ent spiritualiste, m ais il a rriv e ra un m om ent\noù de ce m alaise qui vous étrein t so rtira une idée nouvelle. C ar\n"}, {"page_pdf": 140, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2174, "texte": "                           Propos de littérature.                       125\n\n\ncela devait être ainsi logiquem ent, et cela m e condu it à p a rle r de\nla façon d ont M . M ockel conçoit la poésie.\n  « L a Poésie, dit-il, n ’est ni la m usique, ni la scu lp tu re, ni la\np e in tu re, ni l'arc h ite ctu re , ni la m orale. . . M ais elle est en m êm e\ntem ps to u t cela, c a r elle se n o u rrit de tous les a rts et de toute la\npensée, com m e elle les pénètre elle-m êm e de son vivant effluve. »\n  C ertes il en est ainsi, m ais il ne faut pas q u e lle dépasse une\ncertain e lim ite et q u e lle em p ru n te à la m usique, p a r exem ple, des\nélém ents qui doivent re ster exclusivem ent dans le dom aine de la\nm usique.\n  L es a rts sont plus que parallèles, ils sont connexes ; ils p rocèdent\nd ’un m êm e prin cip e : l’idéale B eauté, m ais ils ne sont pas autre\nchose que frères, et une union trop étroite en tre eux d ev iendrait\ncontre natu re.\n  O r, à c e rta in e s époques, M . M ockel le reco n n aît lui-m êm e, l’un\nou l’a u tre p a rm i les a rts eut toujours une tendance à em piéter\nsu r le dom aine du voisin ; il s’en suivit u n désarroi qui ne cessa\nq u ’au jo u r où les a u tre s p a rv in re n t à se rem ettre à niveau. Ainsi,\navec l ’époque P a rn a ssie n n e il y eut un a rrê t dans la poésie tandis\nque la m usique c o n tin u a it régulièrem ent son évolution et devenait\nla reine des a rts . D e plus.il est souvent arriv é q u ’un a rt développant\no utre-m esure l’un de ses prin cip es, s'y a tta rd a it longuem ent aux\nd ép en s de autres.\n  « L a Poésie fut a rch ite c tu ra le au x v i i e siècle, pictu rale chez les\nR om an tiq u es » dit M . F . B ru n etière, et M . M ockel ajoute « L es\nP a rn a ssie n s ont p êché p a r exclusivism e ; chez eux, le poèm e\np a ra ît avoir eu p o u r objectif la p lastiq u e en soi plutôt que la\npoésie. »\n  O r, q u ’est il a rriv é ? C hacune de ces écoles s'est consacrée à\nchoyer ce côté de la forme m ais au bout de quelque tem ps un\nrevirem ent se p ro d u isa it. Il en fut ainsi d a n s la litté ra tu re con­\ntem poraine, on avait négligé la m usique du vers. M a in te n an t on\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1103, "texte": "                          Propos de littérature.\n\ndépasse le but : l'école p arn assien n e n'avait q u e la form e, l’école\nactuelle est philo so p h iq u e ; au lieu de l’im peccable vers d e B au d e ­\nlaire ou de L econte de Lisle, nous avons le vers lib re . . . L e m al­\nh e u r est que, p o u r quelques-uns q u i, com m e H e n ri de R égnier et\nV ielé-Griffin, savent s'en s’en servir, il en est tan t d ’a u tre s qui,\nn ’ay an t pas le ju ste sens de la m usique, s’im aginent q u e le vers\nlib re n ’a pas de règles. A ceux-là je conseillerai le livre d e\nM . M ockel qui en explique la logique.\n  Q ue l ’on m e pardonne de m ’être oublié à d iscu ter des affirm a­\ntions to u ch an t à des idées qui m e sont chères. J e veux en term i­\nnant, d ire encore toute m on ad m iratio n p o u r les Propos de Littéra­\nture de M . M ockel et assu re r le profit que l'on retire de sa lecture.\nJ e pense q u e de pareils d ébuts classent dès ce jo u r M . M ockel\nparm i les savants analystes de notre litté ra tu re contem poraine.\n\n                                         C harles     BRONNE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-024", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 127, "page_fin": 128, "titre_corps": "Broutilles", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "***", "ancre_debut": "Broutilles.                              127                             B R O U T IL L E S .     E r r a t a . — L", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 142, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 2999, "texte": "Broutilles.                              127\n\n                           B R O U T IL L E S .\n\n   E r r a t a . — L ire :                   P a ra îtro n t p r o c h a i n e ­\npage 82, ligne I I , inacces­             m ent :\nsible; p . 94. l. I I , réformer ! \"         Les Rédemptions, un vo­\np . 9 5, 1. I e , désintéressé et         lum e de proses, p a r Jos.\nrêvasseur ; p . 1 0 1 , !. 5 , Sou­       D esgenêts. chez L . et\nvenir ; p. 101, 1. 6, j'ai.               A. G odenne, im prim eurs-\n                                          éditeurs, G ra n d 'P la c e , M a­\n                                          tin e s, au p. de 2 fr.l'ex. (On\n   L e m ois d e rn ie r ont été\n                                          souscrit chez les éditeurs\ncélébrées à B ruges les noces\n                                          on chez l'au te u r, rue L ed e ­\nde n o tre excellent collabo­\n                                          ganck, 6, G and.)\nra te u r A rth u r D axhelet\n                                             La Vierge à la Fontaine,\navec M lle P a u lin e T o u rn ie r.\n                                          rom an sentim ental p a r M.\n    N ous prions les jeunes\n                                          Saint-G eorges de B ouhélier\né poux d ’acc ep te r les vœ ux\n                                          (On peut dès m aintenant\nsincères q u e nous form ons\n                                          souscrire chez l'au te u r, 5o,\np o u r leu r bonheur.\n                                          rue R odier, P a ris.) T irage\n                                          à 35o exem pl ., au p rix de\n   Revue-Journal,(Dire c te u r,\n                                          fr. 2.5o.\nE ug. M onseur) la vaillante\n                                             L'Union des trois aristo­\nfeuille hebdom adaire qui\n                                          craties, p a r H ugues R ebell.\ncessa de p a ra ître il y a\n                                             Ames de couleur, proses\nquelque tem ps, re n aîtra\n                                          p a r H . M aubel.\nle 1er octo b re pro ch ain . A\n                                             Les villages illusoires, vers\nson prem ier num éro seront\n                                          p a r E m . V erhaeren.\ntrès p robablem ent jointes\nPages d'hier, supplém ent                    Avons reçu :\nlitté ra ire in d ép e n d an t qui          L'Ermitage, P a ris, n os 8,9;\nre p ro d u ira les pages les             Le Mercure de France,P aris,\np lu s belles p aru es ju s q u 'ic i     57; La Plume, P a ris, 129 ;\nd ans les revues jeunes,                  L ’A rt littéraire, ru e d e S e i­\nainsi que certains fragm ents\n                                          n e , 56, P a ris, 5 , 6, 7, 8;\nde nos m eilleurs auteurs.\n                                          L'Idée moderne, P a ris , 1, 2 , 3;\n                                          L'Annonciation, P a r i s , 3,4;\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1800, "texte": "128                         Broutilles.\n\n\nPages d’A r t , T oulouse, 7,8;         N otre am i et collabora­\nPages littéraires, Genève,           teu r Levêque nous prie\n2,3; Le Réveil, G and, n° de         d'in sérer ces q u e l q u e s\nSeptem bre; Magasin litté­           lignes d a n s la R . :\nraire, G a n d , id.; La Revue        «U ne petite revue d 'a rt et\nwallonne, L iège, 4; Dürendal,       de litté ra tu re catholiques,\nB ruxelles, 6; L 'A r t moder­       com m e il y a dans les vil­\nne, B ruxelles, 37. L a Revue        lages une fanfare cath o li­\nde Belgique, 6, 7 , 8, 9; Le         que et une h arm onie lib é ­\nMouvement intellectuel, B ru ­       ra le , me signale à la police\nxelles, 10, 11, 12, 13 ; La          com m e fou dangereux p o u r\nLibre Critique, B ruxelles;          la sécu rité m entale. R oland\nL a Nervie, L a L ouvière, 3         furieux pourfend en m êm e\net 4.                                tem ps de sa Durendal et\n                                     L éon Bloy et Zola. — L a\n                                     com pagnie n 'est pas à d é­\n                                     daigner com m e v aleu r litté ­\n   R em arqué à L'Ermitage :\n                                     raire. — M erci, p a la d in du\nS t-G illes, p a r H . M azel.\n                                     goupillon ! A. L evêque.»\nAu Mercure : L ettres à T h .\nV an G oth et Q uestions de             N .D .L .R . — N ous ne\nlib ra irie . A la Plume : des       som m es n u lle m en t resp o n ­\nvers de V erlaine. E n L 'A rt       sables des opinions de nos\nlittéraire, des vers        de       co llab o rateu rs. Stella n'a\nS téphane M allarm é, K lin ­        p our b u t que l’Art, rien\ngsor, K ahn, et des pro­             que l'A rt.\nses de E . P i lon et R ené\nG hil.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-025", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis aux collaborateurs", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Stella, R E V U E M E N S U E L L E D ’A R T & D E L I T T É R A T U R E", "ancre_fin": "n o n in s é r é s n e s o n t p a s r e n d u s .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "S O M M A I R E", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 145, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 36, "fin_caractere_exclue": 847, "texte": "Stella,\n        R E V U E M E N S U E L L E D ’A R T & D E L I T T É R A T U R E\n                            paraissant du 25 au 3o.\n\n\n\n                                ABONNEMENTS :\n                 B E L G I Q U E : U n a n ...............5 f r a n c s .\n                 U N IO N P O S T A L E ...............6 f r a n c s .\n\n\n\n          S ecrétaire de R é d a c tio n : A r th u r T o iso u l.\n                    A d m i n i s t r a t e u r : A. B O U R G O M .\n       C o m ité de R éd actio n : H e n r i d e C LA SSA N T,\n          E dgar B A E S , R obert S A IN T E - E S T E L L E ,\n          G eorges B A L A T , A lbert d e S T A S S A R T ,\n         G e o r g e s RA N CY .\n\n\n\n         L e s m a n u s c r i t s n o n in s é r é s n e s o n t p a s r e n d u s .\n\n\n\n                                "}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-026", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "S O M M A I R E Stephano.", "ancre_fin": "B routilles.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Stella ne publie que de l’i n é d i t", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 145, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 847, "fin_caractere_exclue": 1926, "texte": "S O M M A I R E\n             Stephano.        — C harles D e Coster.\n             P a u l L e c l e r c q . — V ers.\n             V i c t o r R e m o u c h a m p s . — N otes su r les Rêves.\n             E d m o n d D e B r ü y n . — F a n fa re m auvaise.\n             A u g u s t e L e v ê q u e . — C olloque en tre deux P u rs.\n             A r t h u r T o i s o u l . — L econte de L isle, D ’anciens rêves\n                                                 fraternels, Alme voix, Souvenir.\n             A . -S. d e N e v e r m o r e . —- Stances.\n             H e n r i d e C l a s s a n t . — M éditation su r Hamlet, Paysage\n                                                 du D akota du N ord, Au R os­\n                                                 signol, Rêverie.\n             H e n r y M a u b e l . — Ames de couleur.\n             D é s y E l i a s . — L ettre su r E m ile Zola.\n             E d g a r B a e s . — U n peu d'archéologie, Contes et légendes.\n             C h a r l e s B r o n n e . — P ropos de L ittératu re.\n             * * * — B routilles.\n\n\n  "}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-08-n3-4-027", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis et imprimerie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Stella ne publie que de l’i n é d i t", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 145, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1926, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "Stella ne publie que de l’i n é d i t et laisse à chacun de ses collabora­\nteurs la responsabilité de ses articles et de ses opinions.\n\n\n   Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire parviendra\nà la Rédaction.\n\n        Im prim erie G. 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Ju le s P o tv in .\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": ""}, {"page_pdf": 82, "texte": "                       Charles Décoster.\n\n\n\n\n                 C h a rles De C o ster.\n\n\n\n\n    C’est u n grave et captivant phénom ène que le passage\nde la m ort, loi de la n atu re, à la résurrection dans la\nrenom m ée, loi du génie, — u n phénom ène qui fait rêver\nle p enseur, va au cœ ur des am is qui survivent, exalté\nd’espoir les générations nouvelles. — L es m orts prém a­\nturées des enfants adorés, des vierges fiancées, des\njeunes époux séparés en plein b o nheur, qui ont arraché\nde si g ran d s cris de protestation et d ’espérance aux\nentrailles des poètes, peuvent servir de com paraison au\nsentim ent de justice offensée et de sourde révolte que\nnous insp ire cette sorte de conspiration du silence qui\nse fait parfois su r un écrivain p o u r qui la tom be sem ble\ndevoir être l’oubli. A lors ceux qui se so uviennent avoir\nvu, ne fû t-ce q u ’une fois, ce que la terre conserve de\nrestes hideux d ’un hom m e, après quelques années de\nrepos d ans « son sein », se recueillent dans une farouche\ntristesse et se d em an d en t si ce n'est pas la pire des\nvanités hum aines, celle qui nous fait espérer d ’échapper\nà la tom be, les u ns p ar l’im m ortalité d ’une â me « pure »,\nles autres p ar la durée des œ uvres du génie.\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "   68                  Charles Decoster.\n\n    M ais, tout n ’étant que vanité, la p lu s noble de toutes,\nla plus utile, la p lu s sû re, n ’est-ce pas encore celle qui\nconsiste à léguer aux générations futures, à sa patrie, à\nl'esprit hu m ain , des œ uvres qui soient com m e le pain\ndes forts, le vin des âm es, et où l’hom m e se reconnaisse,\nse relève et progresse p a r l’éducation p u issante du beau ?\nE t quelles sublim es nourrices p o u r les nations que la\npoésie, la m usique et toutes les ivresses de l’a rt !\n   A ce poin t de vue, le seul vrai m algré tous les pessi­\nm ism es, il n ’est pas de plus gran d spectacle que de voir\nsurgir de ces horribles désagrégations de la tom be, une\nespérance de réveil, u n accroissem ent de renom , un\nrayonnem ent d’im m ortalité, une apothéose de gloire.\n    Ce spectacle vient de nous être donné, au B as-Ixelles,\nau bord de l’étang, p ar l’inauguration d’un groupe en\nbronze et en pierre élevé à u n artiste de la plum e.\n    P eu de nous o n t pu suivre l’œ uvre de renaissance du\npoète, depuis les discours su r sa tom be ju sq u ’aux fêtes\n devant son m o n u m en t. C’était u n e sorte d’incubation dans\nles lim bes de l’esprit public, quelque chose com m e\nle travail de la larve sous terre, ju sq u ’à ce que l’insecte\ndoré éclose et s’envole au soleil.\n    N ous avons p u assister à l’envolem ent de cette renom ­\nm ée littéraire, p ar une superbe jo u rn ée de juillet.\n    A utrefois c’eût été u n e cérém onie religieuse, im posant\n à la foule p ar la présence d ’un em pereur et la pom pe d ’un\n culte. D e nos jo u rs, c’est l’o p in io n qui règne et c’est à\nelle q u ’on dem ande ces consécrations libres. Aussi,\nl’attente était ém ue, on se sentait com me su r le seuil d ’un\n avenir, douteux peut-être, on cherchait la conviction\n dans l’accent d’un orateur, on dem andait à la foule un\n frém issem ent au tre que d evant u n spectacle, et n ’y eût-il,\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "                       Charles Decoster.                   69\n\nau m ilieu des survivants de sa génération et parm i la je u ­\nnesse nouvelle, q u ’u n souvenir sym pathique, une parole\nvibrante, u n regard échangé d ans la foule, u n em presse­\nm ent vers la sœ ur du poète, u n bouquet anonym e, on\np ren d rait confiance, on se sentirait satisfait, o n se tro u ­\nverait devant quelque chose d ’étranger à l’esprit de\nparti et au x vanités m esquines, de su p érieu r à l’in sta b i­\nlité des choses hum aines ; j e veux dire : l’am o ur de l’art\net une prem ière u n an im ité en faveur d ’un poète.\n   E h bien ! Sans nous d issum uler ce q u ’il y a toujours de\nl’hom m e d ans les choses h u m a in e s, sans être restés aveu­\ngles devant des tiraillem ents d ’am our-propre q u ’a dom i­\nnés la situation, plu s forte que ces petitesses, nous som ­\nmes dem eurés deux heures attentifs com m e u n e harpe\néolienne prête à v ib rer à tous les échos, ou com m e u n\nsoldat l’oreille collée à la terre p o u r saisir le tressaille­\nm ent du prem ier coup de canon, e t, en conscience, nous\navons p u nous relever satisfaits, nous avons quitté la\nfoule sans ap p réh en sio n , nous avons em porté de ces\nalternatives allant de la crainte à la satisfactio n , de l’igno­\nrance naïve à l’ap p ro b atio n réfléchie, une bonne im pres­\nsion qui nous sem ble v raie, définitive : un poète vient\nde renaître.\n    C’est à son œ uvre de faire le reste. P o u r que sa gloire\ndure, il faut q u ’on connaisse sa vie, q u ’on lise ses\nœuvres.\n    C’est un nouveau devoir à rem p lir ; nous tâcherons\nd’être au poste.\n                                    STÉPH A N O .\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "70                         Vers.\n\n\n\n\n                          Vers.\n\n\n       Voici l'Ile où la brise a conduit noire yole\n       Selon l'essor de tes cheveux.\n\n     L a colombe a suivi comme un sentier de fiancées\n        Le sillage ondoyant de la jonque sans voiles\n        E t mourut parmi les plumes courroucées\n        Des paons rouant les flots et les étoiles.\n\n     Le vieux seuil où le Temps s'incruste sous les fleurs\n       E t l'incarnat léger des tulipes d'Avril\n       A mis en diadème sur tes cheveux d'exil\n       Les égtantines de scs pleurs.\n\n     N u l terrestre parfum ne rampe plus en tes cheveux,\n        Seul celui du Rêve imprégne les corolles,\n        E t fous de butiner parmi des roses folles\n        Les papillons sont morts en tes cheveux.\n\n                               Paul L E C L E R C Q .\n"}, {"page_pdf": 86, "texte": "                     Notes sur les Rêves.                 71\n\n\n\n\n               N otes sur les ftfucs.\n\n\n\n   Je ne pense pas que les rêves soient 1'éclosion in d o ­\nlente d u h asard et que toute âme d an s le songe puisse\nêtre u n e âm e de S h a k sp e a re ...\n   Certes, l’âm e alors em plit de ciel les prunelles les plus\nterrestres ; et c’est profondém ent étrange ces m ondes\nsouverains qui éclatent dans les ténèbres de nos yeux,\ncar les yeux éteints so n t extatiques plus que les yeux\nvivants, et qui sait quelles visions absolues atten d en t\nl’âm e dans la m o rt corporelle ?\n   Je crois que nous avons d ro it à nos rêves, que nos\nrêves nous a p p artien n en t com m e nos actes, com m e\nnotre ch air, com m e notre conscience, com m e toute notre\nâm e, et q u ’ils sont la fleur — logique — de nos fièvres.\n   M ais le germ e est à nous, à nous seuls.\n   Je crois q u ’ils so n t la quintessence de notre m oi, et\nqu’u n cerveau suprêm e de volonté, de souffrance et de\nchim ère féconderait les som m eils selon sa g u is e ...\n   S eulem ent, l’om bre héroïse le rêve, fait flam boyer en\nfresque le songe désiré.\n   L ’In co n scien t donne au tableau une atm osphère défi­\nnitive de m iracle.\n   O ui, l’orgueil qui s’exaspère en besoin de beauté tend\nl’âm e sans doute vers les h au ts rêves, et la vision ne\nsera sentie divine que si la m e avait déjà du ciel en e lle ...\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "   72               Notes sur les Rêves.\n\n   M ais il faut des yeux de poète p o u r com prendre toute\ncette sp len d eu r nocturne. Il faut des yeux capables d’en ­\ntrevoir les au-delà. ..\n   L es rêves vraim ent lointains sont le lot des seules\nâm es lointaines, et la m agnificence d ’un rêve nous\ndonne droit à la fierté com m e u n prestigieux poèm e qui\nserait nôtre.\n   O les nuits de P lato n et de D ante, où surgissaient de\nsi altières m erveilles q u ’ils se réveillaient, sans doute,\navec des orgueils de d ie u x ...\n   N ous som m es les rivaux de la n atu re. Celle-ci offre,\nle plus souvent, les m atériaux, m ais notre âm e qui songe\nles id é a lise ...\n   L ’âm e qui songe est la sœ ur de la n ature, une sœ ur\naînée peut-être, et p lu s im périeusem ent artiste, car elle\ncontinue d ’aspirer, quand la n atu re se confine en les\nm êm es éclosions m onotones.\n   L a n atu re fonctionne, inconsciente. L a natu re ne rêve\npas ou p lutôt n'aspire plus, car les phénom ènes sont peut-\nêtre le rêve perpétuel — infirm e — de la m atière.\n\n                         V ic t o r   REM O U CH A M PS.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                 Fanfare mauvaise.                         73\n\n\n\n\n            F anfare mauvaise,\n\n\n\n\n  Ce soir les cors mornes, les cors ce soir cornent ;\n  les cors de chasse, les cors de la chasse se lassent ;\n                les cors sont mornes\n                et la chasse très lasse.\n\n          A u carrefour du Christ en croix\n          les saintes femmes ont grand m oi.\n\n                Les petites vierges\n               y brûlent des cierges\n          en souvenir de l'autrefois.\n\n— Les cors au loin cornent, la chasse au loin passe —\n                Les petites vierges\n                brûlent des cierges\n          et pleurent de ne savoir pourquoi\n          ce tintement de leurs lèvres\n          et ce délire, et ces fièvres,\n          ces hallalis et ces voix\n          à leurs oreilles et sur le bois,\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "  74                   Fanfare mauvaise.\n\n\n       — Les cors au loin cornent, la chasse au loin passe —\n\n                 E t dans leur délire elles voient\ndes corps d’or et de vermeil, comme des cors d'or tordus vers le\n                                                    [soleil!\n\n\n\n\n                      Les petites vierges,\n                      les petites vieilles\n                      brûlent des cierges\n                      et font la veille\n                dejadis, hélas ! . . . et d'autrefois,\n                au carrefour du Christ en croix,\n                au carrefour des abois\n                tant que les cors de chasse\n                blasphèment au loin dans l'espace.\n\n                                   Edmond D E B R U Y N .\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                  Colloque entre deux Purs.                    75\n\n\n\n\n           Colloque entre deux P urs.\n\n                   — FRAGM ENT —\n\n\n\n                                          à A rthur Toisoul.\n\n\n\n                       LE VIEILLARD\n\n   J ’ai ouï vagir ton âme.\n   H élas ! je vois en tes yeux les décevants reflets — ô\nmicrocosmes de hideur plus grande, ainsi perçus, debout, en le\nPronaos de ton âme d'èphèbe — les reflets profanateurs qui\ns’y m irèren t de ce nouveau v ain périple p a r le m onde.\n   O m on bel A rgonaute ! fils des Irrad ian tes C him ères\nignivom es ! p ourquoi ce sacrilège désir de côtoyer les\npays de l 'âme h u m aine dam née ?\n   E n fa n t ! es-tu aptère ?\n   L a souvenance des E m pyrées est-elle m orte en\ntoi ?\n\n\n                         l ’e p h è b e\n\n\n  L e seul espoir de consoler me fait ainsi m ’expatrier,\nparfois,\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "   76              Colloque entre deux Purs.\n\n   O M aitre ! p ard o n p our n ’aim er point, toujours, les\nsublim ités ésotériques où ton suprêm e d édain de H ié ro ­\np h an te t’enferm e ; hélas ! il est là-bas tan t d ’arènes où\ndes P u rs sont livrés aux bêtes.\n\n\n                        LE VIEILLARD\n\n   L es dents de boue peuvent-elles d onc déchirer les\nE tres adam antins ?\n   O enfant ! reste désorm ais au S inaï, dans la séré­\nnité.\n\n\n\n                           l ’e p h è b e\n\n\n   O le pourrai-je ?\n   M aitre ! en cette Vie edénique, près de toi, m ’arri­\nvèrent soudain de trop attractifs m irages ; et, lors, la\nterre dam née m e sem bla, p ar le V erbe, consolée.\n\n\n\n                        LE VIEILLARD\n\n    M on pauvre cher E p h èb e !\n    O ! l ’exem ple du tan t P u issan t M age O rphée, du\nta n t P u r N azaréen ne te suffit ?\n   L aisse, enfant, la gran d e Bête cro u p ir en ses im m on­\ndices porcines, o u , à l’in star de S igurd — ainsi qu'une saga\nde l'Edda de Sœmund, le savant scalde, raconte — ne pense\npas à policer F afn ir.\n\n\n                                            t\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                    Colloque entre deux Purs.                77\n\n\n\n\n           L E S L A M E N T A T IO N S D E L ’E P H È B E\n\n\n\n                                  I\n\n\n   Com m e u n qui — impubère presque encore, et n'ayant à\npeine plus la puérile empreinte, aux lèvres, des lactescentes\nmamelles de sa nourrice, de sa nourrice aux suaves onomatopées\nberceuses — tém érairem ent, ayant érigé son front fragile\nd’enfançon, du heaum e éssoré q u ad ru p lem ent d ’ailes\nparaboliques, — du terrifiant casque, diploptère d'or — b o n ­\nd irait dans la mêlée h u rlan te, je reviens des conflits terres­\ntres, toute l’âm e p leine d’éch ard es, le cœ ur couvert d’écchy ­\nm oses et de calus, et, les phalanges de mes illusions —\nsi richement revêtues d’armures incises de runes magiques et\nmultifiories de coruscations orfèvries si bellement — mes res­\nplendissantes phalanges, toutes lacérées et éventrées.\n\n\n\n                                 II\n\n   H élas ! ...\n   H élas ! tous ceux qui soudain em en t s’envolent, leur­\nrés, vers les illusoires m irages de la G loire ou de l’am our,\ndu B ien, du V rai, du Juste! ces charm eresse proies éter­\nnellem ent tendues vers le D ésir h u m ain , m oqueusem ent\ns’éloignent à reculons, toujours, et co nduisent la p o u r­\nsuite hypn o tiq u e et haletante, vers des ja rd in s d'épines,\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "   78              Colloque entre deux purs.\n\ndes m arais aux vipères noires et des abîm es où la M ort\nrit.\n\n\n\n                               III\n\n   L eu rs pauvres âm es aux sm aragdins yeux d ’elfes, s’en\nvont heurter du front les insoupçonnées acuités des\nnuages arc-en-ciellés, et retom bent m ortes, su r le m onde\nm orne et dam né ; ou encore — tels Phaéton et le fils de\nGlaucus — sont précipités aux pandém onium s d’ici-bas,\ndes O lym pes presque atteints.\n\n\n                               IV\n\n   L eurs pauvres cœ urs — ne sachant — se donnent en\nu n sublim e élan de consolation, en u n élan fou de fol\ndésir ! E t les hom m es chus de leurs rêves et les femmes\naux chaudes lèvres floridées — tendues comme une coupe de\nnéphenthes, mais où fu t versée l'acqua-toffana et où, embusquées,\nguettent de félines félonies — font de leurs pauvres cœ urs\ncom m e de cordiform es pelotes, où tan t d ’ignées épingles\nà la fin sont p iq u ées, qu’ils tom bent en cendres, torréfiés.\n\n\n\n                                V\n\n    O pau v re m onde où les douleurs trônent depuis to u ­\njo u rs !\n    H élas ! c’est en vain que l’hom m e cherche sur toi les\nvivantes icônes de ses rêves et les in carnations de ses\ndésirs !\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                   Colloque entre deux Purs.              79\n\n  O terre dam née ! les Rêves et les D ésirs ne te furent\ndonnés que com m e source des tortu res de ton dam .\n\n\n\n                              VI\n\n   O terre dam née ! m alh eu r à ceux de tes fils dotés par\nl’In n o m ab le, d ’âm es où s’agitent et y frap p ent du pied\ndes ressouvenances redésirées de B onté, de Justice, de\nB eauté, d ’A m our, de B ien, de D ouceur, de G rande\nP aix , en des arom atisations de la lum ière et des harm o ­\nnies ! ils sont voués — O pour quels effroyables crimes commis\nen les autrefois — aux pleurs ici, in term in ab lem en t.,\n\n\n\n                             V II\n\n  M alheur, ô terre dam née !\n  M alheur à celui de tes fils de qui un afflux de douceur,\nde tendresse, d ’am our, fl uera en suaves ruisselets frais,\nvers les stériles landes désolées !\n  C ar cette source divine sera dévastée ! O n y jettera\ndes o rdures et du poison.\n\n\n\n                            V III\n\n   M alheur, ici-bas, à qui a u ra une â me !\n  M alheur à qui au ra u n cœ ur !\n  L e seul terrestre b o n h eu r est à ceux qui, ainsi que les\nplantes, vivent selon la loi des jo u rs changeants, ou\nbien, ainsi que les bêtes stercoraires, selon leurs\ninstincts.\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "   80             Colloque entre deux Purs.\n\n\n\n\n                              IX\n\n   E n cette vaste clayère, seuls les acéphales sont heu­\nreux : encoquillés en leurs bonnes ataraxies, près de\nleurs femelles que des irrigateurs ornent.\n\n\n\n\n                      L E V IE IL L A R D\n\n\n                               I\n\n    M on pauvre enfant !\n   V oilà ton âme endeuillée com m e une H écube !\n   T a n t de m orts sont-ils entassés en ton cœ ur, déjà ?\n   Je viens de te voir — ô archétype digne d'Apelle, le divin\niconographe — sem blable à des fleurs splendides jetées\nsu r une crapaudière nauséeuse ou jo n ch an t un hypo­\ngée rem ugle.\n\n\n\n                              II\n\n  T u as approché de trop près les hom m es et leurs\nm aux endém iques !\n  Ceux, com m e toi, en ont l 'âme à jam ais désenchantée\nde la vision de leurs anam orphoses.\n  A ttends ici l’oubli.\n  Q ue mes paroles soient lénitives p our les m eurtris­\nsures de ton cœ ur.\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                    Colloque entre deux Purs.                  81\n\n\n                                III\n\n   P o u r être le L a m an eu r divin que tu rêvas être, ô\nm on cher tém éraire, as-tu pensé q u ’il faut p ouvoir tuer\nles rém ores ?\n   P o u r drag u er le m onde, il faut les rouages d'acier des\nm em bres géants d u m icrocéphale H ercule.\n\n\n\n                                IV\n\n   Il faut, su rto u t, savoir s’oublier soi-m êm e.\n  U n e œ uvre n ’est g ran d e q u ’en p ro p o rtio n de l’a ltru ­\nism e q u ’elle contient.\n\n\n\n                                 V\n\n   L e m artyre de l’hom m e p o u r u n e idée prom ue au\nsublim e p ar l’altruism e, est ce q u ’il y a de plus noble\nd’accordé à l’hom m e dam né ; et j ’ai pensé que, sans\ndoute, c’était p o u r lui le seul cas de com plet pardon\nécrit aux L ois de l’in ex p licab le : de Celui qui enchaîne\nles m ondes en leurs to urnoiem ents ép erdus et les dirige\net les crée et les détruit, selon son om niscience im péné­\ntrable.\n\n\n\n                                VI\n\n  Mais p ourquoi vivre p arm i les déicides, m on enfant ?\n  Ici, au S inaï, im m arcesciblem ent fructifère, proche\nde D ieu, la terre dam née s’éten d an t synoptiquem ent\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "   82               Colloque entre deux purs.\n\nsous nous, au loin — ainsi q u ’un m yriapode ou un\ncéphalopode palustre, qui glapit, b âve et se dévore —\nnous pouvons œ uvrer, sinon heureux, au m oins à l’abri\ndes coups d ’épingles des pygm éennes races d ’an aé­\nrobies.\n   T oi, p o u r ton travail de rédem ption et de transsubs­\ntan tiatio n h u m ain es : tes p a r trop vaines chim ères, mais\nque je ne puis ne pas aim er, à cause de leur sublim e\nfolie.\n   M oi, réfugié en m on psychism e théosophique, cette\nforteresse d ’airain, inn accessible.\n\n\n\n                             Ils rêvent.\n\n\n\n\n                           LE   V IEILLA R D\n\n\n   M ais d evant l’E tern el, to u t n ’est-il pas vain ?\n\n\n\n   H o rs la p r iè r e ... p e u t-ê tre ... et l’im m uable contem ­\np lation.\n\n\n\n  U n e hum an ité n ’est q u ’un andain p our le tem ps, et le\nm onde un palim pseste ! ...\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                   Colloque entre deux Purs.             83\n\nL e souverain b ien serait le n éan t !\n\n\n\nR ien ne vaut la peine de lien.\n\n\n\n\n                          LEPHÈBE\n\n\n\n\nO ui          le souverain bien serait le néan t ! ...\n\n\n\nR ien ne vaut la peine de rien.\n\n\n\n\n                                    A. L E V Ê Q U E .\n       N ivelles, 1894.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "   86                   Leconte de Lisle.\n\n\n\n\n                   L econtede L i s l e .\n\n\n\n    M aintenant que dort dans la m ort, depuis quelque\ntem ps, le célèbre poète d o n t nous p ublions au jo u rd ’hui\nle portrait, n ’est-il pas ju ste que nous p arlions un peu\nde son œ uvre et de sa vie, encore que, toutefois,\n— avouons-le bien vite — nous nous exposions à répéter\nce que d’autres ont déjà d it à ce sujet ?\n   B ien que L econte de L isle fit partie du P arn asse et\nq ue toujours il se m ontrât hostile aux tendances n o u ­\nvelles des Jeu n es, pouvons-nous n ier q u ’il fut un des\npenseurs les plus rem arquables du siècle ? O serions-nous\nm êm e lui faire u n reproche d ’avoir observé, ju sq u ’à la\nsécheresse et la m onotonie, l’austère form e du vers\nhéroïque? P ouv ait-il ne pas aim er cette forme que V ictor\nH u g o et C harles B aud elaire avaient adoptée et que lui-\nm êm e choya et em bellit avec tant de soin? N ous nous\nexpliquons donc aisém ent son souverain m épris po u r les\nam ateurs d ’a rt neuf. D ’au tan t plus que l’époque où\nfleurirent l’A cadém ie et le P arn asse ôtait encore vautrée\ndans le p a rti-p ris et l’exclusivism e. A u jo u rd ’hui, h eu ­\nreusem ent, l’esprit d’exclusion est conspué p a r tous les\nvrais artistes et poètes; la P ensée est libre, elle p e u t\nfranchem ent s’élever dans les azurées nues de la S in cé­\nrité. Il nous im porte peu que la form e d’une œ uvre so it\nselon telle ou telle école, du m om ent q u ’elle contient\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "L e c o n te d e L is le .\n\n\n\n     C roquis à la plum e d e M . Ju le s P o tv in .\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": ""}, {"page_pdf": 102, "texte": "                        Leconte de Lisle.                    87\n\nu n e idée fougueusem ent virile, subtile ou originale.\n   G rand, la face glabre, la lèvre dédaigneuse, le front\nh au t et nim bé d ’une iro n iq u e et m arm oréenne fierté,\nL econte de L isle sem b lait avoir été forgé p ar Z eus lu i-\nm êm e, — p a r le sublim e Zeus q u ’il chan ta d an s ses vers\nd’a ira in , délicieusem ent m ajestueux et ru tilan ts comme\nces m étéores qui, parfois, em brasent la sérénité du ciel.\n   L ’ile tropicale où il v it le jo u r et les voyages q u ’il fit\naux In d es et en S candinavie co n trib u èren t beaucoup,\npensons-nous, à le d o ter de cette n atu re inquiète, énig­\nm atique, sauvage, h au tain e q u ’il p o rtait en soi comme\nu n trésor, et du goût intense q u ’il m anifesta to u jo u rs\np o u r la philosophie et l’art des peuples d isp arus dans le\nn éan t des siècles, ou b ien des régions lointaines où la\ncivilisation n ’a pas encore prom ené le cortège écœ urant\nde ses m isères et de ses douleurs.\n    L es sujets d o n t quasi toujours il s’in sp ira dans la\ncom position de ses poèm es, so n t d ’u n e olym pienne\nsp len d eu r. T a n tô t sa h arp e célèbre l’antiq u e et superbe\nH ellas avec ses héros et ses aèdes im m ortels, ses dieux,\nses m ystères, ses Jeux, ses tem ples de m arb re et ses\nrivages en chantés; tantôt elle chante les brum euses\ncontrées du N o rd avec leurs m ythes et leurs divins\nscaldes, ou bien encore l’In d e m ystérieuse avec ses\nbrahm anes superstitieux et ses V édas pleins de jeune et\ndouce poésie !\n    Q uelques critiques m échants traitèren t d ’im passible\nl’au teu r des Poèmes tragiques. Il ne nous sem ble pas\nc ep en d an t q u ’il doive être aussi in d ig n em ent qualifié.\nS'il avait été im passible, se fû t-il tan t inquiété de la\ndestinée des êtres en l’A u-delà, eû t-il porté le pessim ism e\nà son p lu s h a u t période, e û t-il mis dans la bouche\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "   88                     Leconte de Lisle.\n\nd ’A ngira (B hagavat, p. 17, Poèmes Antiques) ces paroles\nde tristesse et d 'inespoir :\n\n           O D éesse! le doute infini m e tourm ente.\n           P a re il au voyageur dans les bois égaré,\n           M on cœ ur d a n s la n u it som bre erre désespéré.\n           O Vierge, qui d ira ce que je veux connaître :\n           L ’origine et la fin e t les form es de l ’Ê tre?\n\n\n    L econte de L isle, p ar ses conceptions philosophiques,\n était sincèrem ent athée; aussi avoua-t-il toujours avec\n calm e et h au teu r sa haine vigoureuse p our le catho­\n licism e.\n    Il m altraita furieusem ent le naturalism e et M. Zola ;\n celui-ci, cependant, avait une g ran d e estim e po u r lui et\n le reconnut toujours p o u r l’un des m eilleurs et des plus\ninfluents poètes contem porains.\n    M. de L isle fit la traduction en prose de l'Iliade, de\n l'Odyssée, de la Batrachomyomachie, des Hymnes homériques,\ndes Hymnes orphiques et des Odes anacréontiqûes. Il traduisit\négalem ent H ésiode, T héocrite, M oschus, B ion, T yrtée,\n Eschyle, Sophocle, E u rip id e et H orace. P a rm i ses\nœ uvres originales, qui furent su rto u t rem arquées, l’on\ndoit citer Caïn et le Cœur de Hialmar (Poèmes barbares),\nL 'E piphanie (Poèmes tragiques), Vénus de Milo, « Déesse\nirrésistible au port victorieux, P u re com m e un éclair et\ncom me une harm onie » ; M idi et Dies irœ ( Poèmes\nantiques).\n    Com m e d ram aturge, L econte de L isle ne fut guère\nfécond. 11 ne com posa que deux pièces : Les Erinnyes,\ndram e en deux parties, et l’Apollonide, poèm e lyrique en\ntrois parties. Les Erinnyes, d o n t M. M assenet fit les\ninterm èdes, furent représentées avec un vif succès à\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                       Leconte de Lisle.                    89\n\n  l’O déon et, p lu s tard , reprises p ar le m êm e théâtre.\n  L 'Apollonide sera jouée sous peu à l’O péra.\n     Ce qui explique l’infécondité de M. de L isle en ce\n genre, c’est l’h o rreu r excessive q u ’il avait po u r l’art\n conventionnel de la m ise en scène. Il n ’adm ettait pas,\n et avec raison, que la littérature d û t se ployer sous les\n règles banales du théâtre. E n poésie, cependant, il\n préconisait l’em ploi de l’hexam ètre classique et se riait\n des tentatives d’art nouveau !\n     E n fait de critique, l’au teu r des Poèmes barbares ne\n laisse rien, ou p lu tô t presque rien, car il p u b lia, un\njo u r, dans une jeu n e revue, un article su r B a u ­\n delaire et, dans la prem ière édition des Poèmes antiques,\n une préface acerbe et prétentieuse dans laquelle il\n déclare que « le cycle chrétien tout entier est barbare.\n D ante, S hakespeare et M ilton n ’ont prouvé que la force\n et la h au teu r de leu r génie individuel ; leu r langue et\nleurs conceptions sont barbares. L a . scu lpture s’est\narrêtée à P h id ia s et à L ysip p e; M ichel-A nge n ’a rien\nfécondé ; son œ uvre, ad m ira b le en elle-m êm e, a ouvert\nune voie désastreuse. »\n    E t cette indifférence de se m êler aux luttes d ’écoles\nnous étonne, d’a u ta n t plus que, sous l’E m p ire, il entra\ndans le cham p de la politique — q u ’il déserta bientôt, il\nest vrai — et, lors de la dernière guerre franco-alle­\nm ande, il fit p araître deux brochures sociales : Soir d'une\nbataille et le Sacre de Paris, tandis que V ictor H ugo\nlançait son Année terrible.\n\n                                 Arth ur   T O IS O U L .\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "90                       Stances.\n\n\n\n\n                       S tan c es.\n\n\n\n\nMer du matin aux flots pareils à de bondissants troupeaux\n      de nymphes ;\n\nMer du midi aux vagues diaprées, mer de nacre et de dia­\n      mant, mer sidérale aux lointains de lumière ;\n\nMer du soir que le soleil embrase, mer de pourpre, mer de\n      cuivre, mer de sang, mer de feu, mer d'or\n      et de rubis, mer d'incendie et d'apothéose,\n      mer où Phébé exhale son soupir d'argent ;\n\nMer des nuits sans étoiles et sans lune, abhorrée des marins\n      loin du Port ; berceuse des plaintes du\n      triste, confidente discrète de ses rancœurs ;\n\nHaute mer vierge dé voilés, image de l'infini.\n\nO mer ! Je rêve de m'abandonner à tes flots menteurs aux\n       couleurs changeantes, aux clameurs innom­\n       brables.\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                      Stances.                         91\n\n\n\n Tu exaltes mon cime et me mélancolises tout ensemble.\n Ton infini me pénétré et me grandit.\n Devant Toi j ' ai envie de pleurer et de chanter tout à la\nfois, je me sens heureux et malheureux.\n\nDevant Toi je rêve aux légendaires conquistadors, je\nvois leurs caravelles cingler vers les Eldorados et les\nTerres promises. Le soleil auréole lefront des conquérants\net fa it leurs voiles d'argent. Je rêve au Révélateur du\nGlobe, à Pissaro, à Cortes, et l'âme de ces grands\nmorts envahit la mienne.\n\n Devant Toi je me sens devenir plus audacieux et plus\nfo rt. De téméraires départs me tentent. Je rêve de\npartir vers d'incertains rivages : à la Mort ou à la Gloire,\n à l’Espoir ou à l'Oubli ou à de fabuleuses conquêtes de\n Toisons d’or. Je songe au Vaisseau Fantôme et je rêve\nf a ire un voyage sans fin , vers un soleil toujours fugace,\n vers d’inaccessibles Etoiles, sur un navire sans nom qui\nne trouverait jam ais son Port.\n\nHélas ! il fa u t rester à terre et voir les nefs brunes s'en\naller vers des rives peut-être hospitalières.\n\nTa rumeur couvre celle de mon cœur et le chant éternel\nde les vagues anéantit ma plainte, ô mer aux bruits sans\nnombre !\n\n                          A . S . de N E V E R M O R E .\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": "    92              Méditation sur H am let.\n\n\n\n\n             M éditation su r Hamlet.\n\n\n\n\n     H am let se dresse devant la philosophie m entale ainsi\n q u ’un sphynx aux yeux m ystérieux dont les gouffres\n creusent les âm es tentatrices de révélation ; il suggère\n l’idée d ’une im m ensité sans contours que les horizons\n irréels forgés p ar l’intellect ab o rd an t aux abîm es du\n non-savoir et à l’anéantissem ent.\n    L a rhéto riq u e accum ulée et toujours constante des\n penseurs au sujet de l’insondable problèm e q u ’il évoque,\nn’est-elle pas la preuve, au reste, q u ’il renferm e en ses\ninextricables théories, le m axim um de tous les états p sy ­\nchiques? P roblèm e d ’éternité rou lan t à travers les âges et\njam ais affaibli parce q u ’il charrie avec lui l’universelle\npensée, passée et future, il ém ergera, to u t de virilité et\nde jeunesse ju sq u ’à la com préhension définitive et illi­\nm itée de la connaissance hum aine. Car ne sont réelle­\nm ent éternelles que les choses de la pensée, surtout\ncelles qui ont trait aux m anifestations de la vie pour\nlaquelle nous luttons sans savoir, avec l'aveugle volonté\nde notre chétive créature dégringolée au fatalism e.\n    Shakespeare nous le fait voir au m ilieu des tracas\nd’une cour de corru p tio n et d ’orgie, pénétré de savoir et\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                    Méditation sur H am let.                 93\n\nd ’ém ulation vers le bien, revêtu bientôt de la pourpre\nroyale, chéri de ses sujets et appelé aux g ran d s h o n ­\nneurs. M ais il lui a donné une âm e vierge de la m oindre\nsouillure, im perm éable au vice qui la guette et tout\nentier à l ’am our m aternel qui oblige à l’intégrité de la\nvie.\n   Il serait dangereux de croira avec Schlegel que sans la\nm ort tragique du père, sans l’insouciance de la mère\net l’ap p aritio n du fantôm e su r la plate-form e d ’E lsen eu r,\nle je u n e prince de D anem arck eû t été u n individu\nm odèle, quintessenciant la pureté, la joie et l’am our ;\ncar les om bres de la tristesse ont présidé à sa naissance.\nIl est en lui-m êm e une sorte de fruit de m a lh e u r; il\ntraîne avec lui l’atavism e des cruels ancêtres et grandit\np our être l’esclave du pessim ism e de son époque. N é\ng uerrier, il n ’eût jam ais été dans l’action q u ’un chevalier\nde m élancolie, et précisém ent parce que chez lui la\npensée est m aitresse en face de l’insondable. Il veut\nsavoir et n ’en a pas l’énergie, et, in itialem ent penché\nvers le rêve, la révélation qui lui est faite alim ente\nd’au tan t m ieux son âm e, au point q u ’elle établit un but\nà sa vie de m artyr.\n   D ’aucuns ont accusé H am let de joie m alicieuse ; et\ncertainem ent si l’on ne p ren ait pas en considération les\nerrem ents de la m entalité du prince que les affres de la\ndou leu r rongent, ne p o u rrait-o n l’accuser de perversité :\n«but one part wisdom and ever three parts coward», et encore :\n«there is nothing either good or bad, but thinking makes it so ».\nM ais dans ses réponses et ses soliloques, il mêle la p en ­\nsée des autres à la sienne et sa personnalité disparait si\nadroitem ent d ans les flots de paroles am ères, ou déce­\nvantes, ou ironiques de son verbe aciéreux, qu'il paraît\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "   94               Méditation sur H am let.\n\n lui-m êm e ne pas être dans la réalité. Au fait, il ne croit\n  pas en lui, encore m oins dans les autres.\n    Dès que le spectre lui ap p arait : « Si le sentim ent de\n la natu re vit en t o i ... que la couche royale du D an e­\n m arck ne soit pas le lit de la débauche et de l’affreux\n inceste. » Il est devenu l’esclave et l’in stru m en t de la\n vengeance. Il s’est p our ainsi dire transform é et retrem pé\n dans le m al, car, âm e de m élancolie, désorm ais, n ’y\n a-t-il pas un b u t à sa vie de m isère : « L a n a ture est\n déplacée de sa sphère. O désordre m audit, faut-il que je\nsois né p o u r te réform er ! N ’es t-ce pas la protestation de\nl’hum anité en face du m alheur d o n t il est u n si éclatant\nreflet ? E t de là lui v ien n en t toutes nos sym pathies,\nsu rto u t lorsqu’il entre to u t vivant dans l’éternité, consi­\nd éran t les choses extérieures com m e illusoires ; et nous\nle suivons de pensée et de cœ ur parce que nos souffran­\nces sont identiques aux siennes.\n    L e problèm e de la vie n ’est-il pas l’o bjet des efforts de\n la pensée, celle-ci ne fû t-elle m êm e pas in d ép en d an te ?\n « E tre ou ne pas être » dit H am let, et cela signifie bien :\nQ u ’est-ce être et q u ’est-ce que la vie ? « M ourir, dorm ir?\nR êver, peut-être ?» E t la m o rt lui ap p araît avec son\nabîm e insondable. Il entrevoit la lande aim ée et jam ais,\nconnue où nous allons tous et d’où nous ne reviendrons\njam ais ; m ais il préfère supporter les m aux ordinaires et\ncourants, il lui convient, en une sorte de jouissance\nm aladive, de résister aux tourm ents de la vie plutôt que\nd ’aller à la m ort, et peut-être m oins parce q u ’il a une\nm ission divine à rem p lir que parce q u ’il ne peut pas\nvouloir.\n    L e prince est han té p a r le souvenir du père m ort, et\nles préoccupations de la cour ne peuvent l’en d éto u rn er.\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                    Méditation sur H am let.                95\n\n Il y p araît som bre et m aladif, désintéressé et rêvasseur,\n sans doute penché vers les m ystères de l’Au-delà, et\n résigné à souffrir en une solitude créée au m ilieu du\n b ruit p ar lui-même. L ’u nion récente de son oncle à la\n reine avive la plaie davantage ; le spectacle de l’adultère\n ne le révolte pas, m ais l’attriste. « N e t’obstine pas à\n chercher toujours, avec ces paupières baissées, ton noble\n père dans la poussière du tom beau ; tu sais que c’est\n une loi com m une que to u t ce qui vit, m eurt, et, traver­\n sant ce m onde, passe à l’éternité ».\n    « O ui m adam e, c’est u n e loi com m une » répond\n H am let.\n    L ’am our m aternel ne l’ab an d o n n e pas, m ais le con­\nsole. Il p arlera à sa m ère en parfaite sincérité, il lui\ndép ein d ra les états de son â me : « M ais j ’ai ici, au\ndedans de m oi ce qui est plus que l’a p p a re n c e ... »\nSolitaire, il ne tarde pas à retom ber à la tristesse. Il\nsouffre, q u an d , seul, se reg ard an t de la tête aux pieds il\ns’écrie : « O h ! p ourquoi cette m asse de terre trop\nendurcie ne peut-elle s’am ollir p a r la douleur, se\nfo n d re .. . » P o u rta n t, dans la vie com m une, et ceci lui\nsuppose u n e force de volonté redoutable, qui du reste,\nle m ène à poursu iv re ju sq u ’au bout la vengeance, il\nparaît com m ander à son c œ u r et se transform e ju sq u ’à\nl’insensibilité. Il p eu t encore rire, et p o u r dissim uler sa\nm élancolie, il rép o n d ’ à H o ratio qui lui dit être venu\np our les obsèques de son père : « Je crois plutôt que\nc’était p o u r voir les noces de m a m ère. » E t cette in sen ­\nsibilité est encore plus flagrante lo rsq u ’il tue P o lo n iu s\nen croyant tu er le roi. Il dit en découvrant son cadavre :\n« J e t’ai pris p o u r q u elq u ’un de plus g ran d que toi ;\nsubis ton sort ; tu vois q u ’il y a du d an g er à être trop\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": "   96               Méditation sur H am let.\n\n curieux. »\n    L ’a ttitu d e d ’H am let, équivoque et ténébreuse, génie\n et folie mêlés tient en suspens le problèm e m ystérieux\n de l’être lu tta n t p o u r la vie, profondém ent pénétré de la\nconnaissance, entam é p ar le rêve et vaincu par l’étalage\ndes m esquinités terrestres. S ’il fallait disséquer ce soli­\nloque m agistral où tan t de philosophie s’entasse, en\nextraire la psychologie déco urageante, il faudrait m algré\nto u t se heu rter à la lim ite ésotérique éclairée par la\nlum ière du sym bole. A ussi bien l ’apocalypse couverte\nde la tram e invisible et im pénétrable de ce qui touche à\nD ieu ne révèle-t-il aux sim ples que les form es saisies par\nnos yeux et les sens dérobés p ar notre effort d ’â me, aussi\nbien le langage d ’H am let in terd it à une solution défini­\ntive et reste ouvert aux conjectures. Il nous attire, il\nnous subjugue, com m e la m er, p ar ses accalm ies et ses\nfuries, m ais en face il reste toujours là, l’éternel abîm e.\n                              H enri   de   CLA SSA N T. .\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                             Am es de couleur.                          97\n\n\n\n\n                     Ames de Couleur. (1)\n\n                                        A F e rn a n d R oussel.\n\n\n   L e visage dans les m ains, l’esprit noyé au fond du\nlac de songe, M ad regardait m onter de derrière son\ncœ ur à travers l’eau, l’im age voilée d ’une femme qui\nl’ap p elait :\n   — M ad !\n   L ’a p p el b attit l’eau et retom ba com m e u n son de\ncloche, en d éro u lan t des ondes.\n   M ad frissonna.\n   Cette voix lui étreignait l’âm e d ’une ém otion essen­\ntielle.\n   C’était la voix des pensées vives, la voix de la vie\ninnée dans les fleurs colorées de sang sous la rosée.\n   E lle écoutait le son désenflé s’éteindre dans la m ousse\ndes rives ; elle guettait l’afflux d’une nouvelle vague par\ndessus celle qui descendait l’escalier sonore : l’appel se\nrépéta.\n   L a voix se posait mieux à m esure q u ’elle approchait\ndu h au t de l’eau.\n   L ’im age avait le corps incliné, le bras replié, les yeux\n  (1) d ’u n e série qui p a ra îtra p ro ch ain em en t sous ce titre d a n s\nla collection d u R É V E IL .\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "   98                   Ames de couleur.\n\n troubles d ’une qui dem eure dans le rêve d’un som m eil\n dissipé. M ad s’éveillait souvent ainsi.\n    D es vêtem ents blancs affleurèrent puis l ’épaule et le\n visage. L e corps d éteignait en ém ergeant. C’était l’eau\n qui était diaprée.\n    E t l’im age su rg it avec une voix de ch air :\n    — M ad, c’est m oi, me veux-tu ?\n    — Je n e com prends pas, M a d a m e ...\n    — R egarde-toi dans mes yeux et sois une femme !\n    — Dites-m oi où j ’ai entendu votre voix.\n    — Au ja rd in , un m atin d’été où ton cœ ur était triste\nde sen tir voltiger tout le b o n h eu r en arôm es au to u r de\nlui. D ans la cendre des crépuscules d ’autom ne au che­\nm in du village. D ans les saules, au passage des m orts\ninco n n u s qui allaient à travers ton â me ju sq u ’au cim e­\ntière. D ans la voix des cloches ; et p arto u t où tu as eu\ndes souvenirs à b e rc e r... S ouvent le soir, au bord de\nl’eau.\n    A lors les yeux qui lui p arlaient se dévoilèrent douce­\nm ent et elle en vit la clarté.\n    L ’haleine p u re des paroles avait rafraîchi son front.\nS on visage se d ilatait à une sérénité pénétrante. E lle\ncom prit que ces yeux lui a p p o rtaien t un autre regard et\nelle fut étonnée de la g ran d eu r de son cœ ur en le sen­\nta n t s’épanouir.\n   E lle m archa vers l’im age sœ ur, les m ains tendues.\nL ’im age se déto u rn ait d istra ite m e n t, com m e po u r\npasser.\n   M ad eu t p eu r et dem anda anxieuse :\n   — Vous n ’allez pas p artir, n ’est-ce pas ?\n   P u is, voyant ce fidèle sourire silencieux :\n   — C’est fou, dit-elle, est-ce que je peux vous perdre\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                      Ames de couleur\n\nm ain ten an t ? ...\n   E lle redressa la tête, souleva les p aupières po u r lais­\nser sortir, vers le couchant, l’im age, u n m anteau gris\naux épaules, la traîn e alo u rd ie d’om bre.\n   L ’om bre co n to u rn ait la haie. L a voix chanta. M ad,\nles yeux dans le soleil, écoutait, d’une âm e nouvelle, la\nvoix aim ée.\n\n                                  H enry   M AUBEL.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": "100                   Quelques rimes.\n\n\n      D 'anciens         Rêves fraternels...\n                      A José Hennebicq, cordialement.\n\n            E n la source de ma mémoire,\n            azurée ainsi que le ciel,\n            d'anciens rêves fraternels\n            viennent mirer leur aime gloire.\n\n            Tels d'entre eux portent dans leurs mains\n            les cierges éteints du Passé,\n            tels autres s'essayent à lire\n            le livre d'or de l'A ven ir...\n\n            D'autres encore ont le front ceint\n            des épines sanglantes du Remords,\n            et les yeux irisés de désirs morts\n            et de mollesses d'impuissance...\n\n            I l y en a comme des Vierges\n            chantant des psaumes de silence !\n            I l y en a comme des folles\n            qui, pour leurs péchés, se désolent !\n\n            E t tous, sourires de topazes,\n            astres magiques en extase,\n            regardent frissonner leur ombre\n            en la source de ma mémoire...\n\n        août, 1894.\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "     Quelques rimes.                  101\n\n\n\n    A lm e      voix.\n                       A une morte.\n\n\nJe t'ai vue en l’étreinte\nDe mes bras sonneurs,\nE t mes baisers songeurs\nOnt laissé leur empreinte\n\nSur les très pitiés fleurs\nDe tes lèvres de sainte,\nOù donnent les langueurs\nDe ta voix d'or éteinte.\n\nJ 'a i vu naître des rêves\nE t se mirer les cieux\nEn l'amour de tes yeux.\n\nJ ’ai vu tes mains prier\nE t se sanctifier\nE n des extases brèves !\n\n\n\n\n       Souvenir,\n   Hier je suis allé\n   répandre des pleurs d'or\n   sur la froide piété\n   du marbre de sa tombe,\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "102              Quelques rimes.\n\n            et mon cœur a blêmi,\n            pétale étiolé,\n            triste et f r êle colombe,\n            sous l'étrange baiser\n            du souvenir ami :\n\n      J 'a i entendu pleurer tout bas\n      la harpe de sa voix songeuse,\n      par delà les plaines brumeuses\n      où les démons narguent la M o rt...\n\n      0 ! j'ai revu l'enchantement\n      de ses gestes souples et lents,\n      courbé sur mon Rêve pieux,\n      comme un saule sur une eau bleue...\n\n       O ! mes regards ont rencontré\n      les reflets de ses yeux éteints,\n      p élerinant tout éplorés\n      vers le val sombre du Destin,\n             f\n      et, dans un nimbe d'ors fleuri,\n      les énigmatiques corolles\n      aux senteurs subtiles et folles\n      de ses étés ensevelis !\n\n                        Arthur T O IS O U L .\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                            E m ile Zola.                     103\n\n\n\n\n                  M essieurs,\n\n\n\n\n    Je vous rem ercie de l’appel que vous voulez bien\n m ’adresser. Seulem ent, p o u r p arler de Lourdes, je\n devrais avoir certains docum ents. O r, me les p rocurer,\nles m ettre en regard du livre, exam iner la valeur des\nobjections, après avo ir parlé de celle de l’œ uvre, tout\ncela m e p re n d ra it u n tem ps d o n t je ne dispose pas actuel­\nlem ent. Ce sera p o u r u n e autre fois.\n    D ’au tre p art, p arler de l’auteur, d’une façon générale,\nm e m et, u n peu, dans la position d’u n hom m e qui serait\ndestiné à en p arler toujours. C ependant, il y au rait\nbeaucoup à ajo u ter à ce que j ’en ai d it ailleurs et puis,\nje com prends bien q ue, de ce beaucoup, vous vouliez\np u b lier quelque chose, dès à p résent : il faut encadrer le\np o rtrait.\n    E t c’est une excellente idée que de placer, dans le\nm êm e num éro de votre R evue, Z ola, L econte de Lisle,\nD e Coster.\n    Idée logique, d ’ailleurs, chez vous, qui avez, si sage­\nm ent et si h a rd im e n t, affirmé votre m épris p o u r l’exclusi­\nvism e, en tête de Stella.\n    E t perm ettez-m oi de vous le dire, p o u r réaliser cette\nidée, vous ne pouviez m ieux faire que de penser à Zola.\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": "   104                    E m ile Zola.\n\nCar, il est l’artiste de très large com préhension et l’esprit\nd’universel accès. T enez, chacun dira, avec vous, qu’il\nest bien différent de De Coster et, surtout, de L econte\nde L isle.\n    C ependant, ne peut-on lui ap p liq u er ce q u ’il a dit de\n M aupassant : N ’est-il pas, lui aussi, un d escendant litté­\nraire de R abelais, M olière, L a F o n tain e ? E t dès lors,\nn ’y a-t-il pas entre lui et notre D e Coster une parenté\nindéniable ?\n    E t L econte de Lisle n ’eut-il pas pu signer certaines\npages de L a Fortune des Rougon, de L a Faute de l’Abbé\nMouret, de Une Page d'Amour, de Germinal, du Rêve, de\nL a Débâcle ? Est-ce que, dans ce livre où le naturalism e\n(ce m ot com pris d’une façon étroite) est le p lu s intense\nPot-Bouille, il n ’y a pas cette prière de l’abbé M auduit,\nsi élevée et si p oignante ?\n    Il n ’y a là rien d é to n n a n t. Z ola cru t devoir, à p lu ­\nsieurs reprises, défendre son œ uvre et ses idées. D e là,\nses livres de critique, si lum ineux ; m ais, il est surtout\ninstructif, à ce point de vue, lorsque, dans ses rom ans\neux-m êm es, il explique to u t sim plem ent, le b u t qu’il se\npropose. Voyez donc la préface de La Fortune des Rou­\ngon celle d 'Une Page d'Amour et ce passage de L'Œ uvre,\noù S andoz expose ses vues littéraires et qui se term ine\nainsi :\n    « A h ! bonne terre, prends-m oi, toi qui es la mère\ncom m une, l’unique source de la vie ! toi l’éternelle,\nl’im m ortelle, où circule l’âm e du m onde, cette sève\népandue ju sq u e dans les pierres et qui fait des arbres\nnos g rands frères im m obiles ! ... O ui, je veux me perdre\nen toi, c’est toi que je sens là, sous mes m em bres, m ’é­\ntreig n an t et m ’enflam m ant, c’est toi seule qui seras dans\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "E m ile   Zola.\n\n\n\n\n C roquis à la plum e de M. Ju le s P o tv in .\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": ""}, {"page_pdf": 122, "texte": "                           E m ile Zola.                   107\n\nm on œ uvre com m e la force prem ière, le m oyen et le\nb u t, l’arche im m ense, où toutes les choses s’anim ent du\nsouffle de tous les êtres ! »\n    Sandoz c’est Zola.\n    Com m e l’on com prend q u ’il affirme être symboliste! Il\nn ’a jam ais rien repoussé que ce qui est faux. Il a to u ­\njo u rs adm is tout ce qui est la vie, sous quelque aspect\nq u ’elle se présente. E t c’est parce q u ’il a com pris et péné­\ntré la vie, toute la vie q u ’il est éclectique et tolérant.\nC’est, logiquem ent, parce que d ’autres sont trop concen­\ntrés, trop systém atiques q u ’ils lui en veulent, à cause de\nses rom ans et q u ’ils ont vu, naguère, dans son célèbre\ndiscours aux é tu d ia n ts, la rép u d iatio n du naturalism e.\n    N o u s avons besoin de nous débarrasser des form ules,\ndes m ots, des étiquettes et de voir au fond des\nchoses.\n    E t si nous y voulons réussir, nous ne pou rrions tro u ­\nver u n m eilleur guide, ni u n plus éloquent exem ple que\nZola.\n                                         D ésy É L IA S .\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "108           Paysage du Dakota du N ord.\n\n\n\n\n           P a ysage du Dakota du N or d.\n\n                                 A Jean Delville.\n\n\n\n      C'est l'hiver avec son soleil rouge à l'aubée,\n      L'hiver, sans oiseaux que les corbeaux affamés\n      Dessinant sur la neige épaisse des landes,\n      Des ombres bleues. L a Mort, de par la vallée\n      Va chanter de longs jours ses couplets de rafale\n      Jusqu'à l'heure ou les fleurs primevales revivent.\n      L 'E nnui rêve. 0 les dévastations blanches !\n      L'arche d'azur à l'infinitude des brumes\n      D'où les astres volants s'échappent en fusées,\n      A u dessus des vieux loups maigres, anxieux d'ombre.\n      Les blaireaux sont partis sous les couches sableuses ;\n      Les meules de foin, par les blizzards emportées,\n      Vont nourrir les hordes des cavales sauvages.\n      Le vent souffle, craque les masures et rage.\n      C'est la nuit des météores en leurs folies,\n      Où l'on songe, sous les laines, aux trèsjolies\n      Filles des prés dormants, qui susurrent l'amour\n      Parmi les oiseaux moqueurs et les vignes vierges.\n      Les petites fleurs des bois s'essaient à rire.\n      Les enfants rêvent aux cierges sur des eaux claires\n      allumés. Les vieux sont à l'affût de l'aube.\n      Mais demain, c’est encor le soleil hivernal\n      Qui donne avec regret sa chaleur pâle et nulle\n      Sur les planes solitudes très lamentables\n"}, {"page_pdf": 124, "texte": "                 Paysage du Dakota du N ord.            109\n\n      Où les oiseaux de Poë, tristes, s'immobilisent.\n      E t l'âme glisse à la tristesse et vous tourmente.\n      On pense aux désœuvrés qui grelottent, aux pauvres\n      Qui n'ont point de bois, aux frêles enfants sans mères,\n      A tous ceux qui guettent le soleil des avrils\n      Sonores où les fleurs prim evales revivent.\n      L'homme crée à son insu toutes les hantises :\n      Les filles nues qui courent sur les prairies\n      Mortes, brûlant leurs maturités sous les bises ;\n      E t les phantasmes qui vont aux maisons perdues\n      E t se cachent derrière les portes où l'on chante,\n      Silencieux, guettant le soleil des avrils\n      Sonores où les fleurs primevales revivent.\n\n\n                                                                K\n\nD evils'Lake, N o rth D acota, 16 feb ru a ry , 1894.\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "110                  A u rossignol.\n\n\n\n\n                A u R ossignol.\n\n                                A J éf Lempoels.\n\n\n\n      J 'a i pour témoin de ma solitude les chênes\n      Vieux dont la lune blanchit les mousses ;\n      Aussi, les très coquettes romances des sources\n      Qui semblent éveiller les délices prochaines\n      Parmi les lierres bleus de la mélancolie\n      E t les pâmoisons des champignes odorantes.\n      O Rossignol, trille ! L'heure de la féerie\n      S'éveille. Voici les visions enivrantes !\n      Dans les halliers touffus les biches sont couchées\n      Rêvant d'aube. E t par les saturnales allées,\n      Les caribous songeurs, aux cornes spiralées\n      H ûment les senteurs des mares, en vain cherchées.\n      O Rossignol, trille ! Les glaïeuls se lamentent.\n      Te plait-il que je raconte mes amertumes\n      A ux échos vides des vastitudes qui mentent\n      Avant que le matin émerge dans les brumes ?\n      Mais non, tu vas chanter, à vieux roi du silence,\n      Peupler la belle nuit des ombres constellées\n      E t dire au poète la divine vaillance.\n      Regarde ! Les virgines se sont en allées\n      Des horizons pervers où gisait la luxure.\n      Elles viennent boire an calice de tes larmes,\n      Sachant que Philomèle guérit la blessure\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "               A u rossignol.                 1i l\n\nDu cœur. Oh ! trille donc, apaise leurs alarmes ;\nVous, mes songes, volez aux poussières, des âges,\nA l lez aux sources primitives, par les grèves ;\nE t grise-toi, mon âme, en forgeant les images\nDes siècles perdus dans le chaos de nos rêves,\nOù les êtres chantaient les hymnes fraternels\nE t s’enguirlandaient de mêmes fleurs rayonnantes.\nCar il trille à présent, le sylphe des amantes\nE t lit le livre des sagesses éternelles.\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "112                      Rêverie.\n\n\n\n\n                      R ê v e rie .\n\n\n\n                               A José Hennebicq.\n\n\n\n\n      Celui-là seul qui dans la haute solitude\n      Des forêts, à l'heure où le soleil roule à l'ombre,\n      A senti pénétrer en soi la souciance\n      De l'au-delà et le mystère impénétrable\n      De la vie, à l 'instant d'un doute qui console,\n      Celui là seul désespère de son étoile.\n      Pardonne-moi ! Ce soir, reposé sous l'érable,\n      J'attendais anxieux la consolante amie,\n      L'Illusion, aux ailes blondes de l'enfance,\n      L a virgine qui m'avait prouvé ses tendresses\n      A u x jours tant regrettés de ma prime-innocence.\n      Mais je vois quelle aussi elle était irréelle,\n      E t j ’ai pleuré... J e souriais à la nature.\n      E t j'étais au milieu des bois aux senteurs rares ;\n      Les fleurs se balançaient sur leurs tiges songeuses ;\n      Les robins, tendrement disaient an crépuscule\n      Que la nuit chanterait jusqu'à l’heure aurorale\n      Les somptuosités des arches incréées.\n      Qui dira pour qui j 'a i versé ces folles larmes,\n      Puisque tout sera grand encore, et le silence,\n      Peuplé des apparitions belles et lentes\n      Où je verrai les béatitudes des âmes\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                 Rêverie.                     113\n\n\nS'épanouir et marier les vaux des rêves !\nPourtant, je suis triste comme une âme déchue.\nSerait-ce un mal que le souvenir éternise,\nCelui dont je souffre, 6 reine qui me console ?\nO Mort ! toi qui m'attends dans la morne vallée\nDu désespoir ? Ecoute un peu ma voix sincère :\nMon crime est d ’avoir vu la sphère radieuse\nDu bonheur sans aller loin de moi dans l'abime.\nMaintenant j ’ai pour témoins les étoiles pâles,\nE t parfois les oiseaux cruels, crépusculaires,\nMêlent à mes sanglots leurs froids battements d’ailes.\nOn dirait que la nuit se comptait à me nuire,\nE t que des tombes, depuis longtemps disparues\nS'entr'ouvrent pour jamais où mes songes chevauchent.\nOh ! je te sais, o toi que j'aime et que j'ignore,\nJe te sais, âme d’or, errant sur quelque grève\nA l'affût des soleils de minuit, où les vagues\nCaressent les secrets de la mort saltatrice.\nE t je suis venu là te regarder sourire ;\n Mais je n’ai vu ni ton visage ni ton ombre,\nJe desirais ouïr ta voix mystérieuse\n E t seul, voir resplendir ta prunelle câline\n E n face des nappes d'écume couronnées.\n Hélas ! ce trop beau rêve a croulé dans le vide ;\n E t je n'ai souvenir que des oiseaux des plages\n Dont les cris de mourants montaient au ciel de glace.\n Où donc es-tu, vierge impalpable et décevante ?\n Erres-tu sur les cimes blanches où les aigles\n Sont prostrés, anxieux de fixer les macules\n De l'Astre-Dieu qui dore les moissons nouvelles ?\n Ou bien vis-tu là-bas dans quelque sphère errante\n Loin du monde maudit où je me désespère ?\n Oh ! dis-moi le chemin béni de ton refuge,\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": " 114                         Rêverie.\n\n\n         E t je l'irai chercher pour t'y donner via vie !\n         Que cette nuit devienne noire et sépulcrale.\n         Que mes souvenirs se dissolvent dans l'espace,\n         Pour que fa ille adorer ta belle Déitude.\n\n         Car icije n'ai rien trouvé qui me soulage,\n         A près avoir vidé le calice des larmes.\n\n\n                                     Henri de C L A S S A N T .\n\n\n\nD evils'L ake, N o rth D acota, 20 m ay, 1894.\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                     Un peu d'Archéologie.                 115\n\n\n\n\n              Un peu d 'A r chéol o          gie.\n\n    P eu t-o n se souvenir encore des anciens à notre\népoque de rénovation, alors que to u t s’évertue à faire\nsurgir du n eu f et à dém olir, à d étruire le vieux, le\nsu ran n é ? O ui certes, car c’est l’im m ense tort des dém o­\nlisseurs, des apporteu rs de neuf, de chercher à faire\nd isp araître sans discernem ent ce qui devrait rester\ncom m e tém oins et jalons p our le nivellem ent futur, ce\nqui p o u rrait servir de fondem ents p o u r une édification\nnouvelle.\n    D ’ailleu rs, pourquoi se lancer dans l’inconnu, en\navant, avec une hâte fébrile, au lieu d'é p uiser d ’abord\nles ressources que l’on possède à pleines m ains, pour­\nquoi fru strer la g énération future de docum ents dont\nelle pou rrait tirer un parti ingénieux peut-être, original\nà coup sû r ? M ais il y a une façon saine et une autre,\nd’envisager l’a rt archéologique. A utant nous intéresse\nun m onum ent retrouvé d’une époque peu connue ou\nmêm e u n détail reconstitué de la vie des an cêtres, autant\nnous écœ ure u n archaïsm e faux, u n essai m aladroit ou\ndéloyal de nous p résen ter une chose d ’invention m isé­\nrable p o u r la vérité d’autrefois.\n   A ussi l’art historique, qui ne p érira ja m a is, quoi q u ’on\nfasse, ne peut-il plus nous m o n trer des m annequins en\ncollerettes, des hom m es en bois couverts d’arm ures mal\najustées, des oripeaux de théâtre donnés pour a u th e n ­\ntiques, et de m êm e que les truqueurs sont la terreu r des\nam ateurs de bibelots, la fausse archéologie doit in spirer\nune salutaire épouvante aux vrais artistes com m e aux\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "     116               Un peu d'Archéologie.\n\n  savants. Cette vérité com m ence à p ren d re corps et à\n  gagner force de loi, et il n ’est que tem ps.\n      A nvers sem ble vouloir o uvrir la m arche, en s’inspi­\n  ra n t quelque peu des résultats m agnifiques obtenus en\n  A llem agne et en A utriche où l’on revit littéralem ent à\n  quelques siècles en arrière, quand on visite les donjons\n  de N urem berg, les m usées d ’antiquités ou d ’arm ures de\n  M unich et de V ienne, les suggestifs intérieurs anciens\n  de Salzburg ou des collections d’art industriel rétrospec­\n  tif, de la Salle de Justice de Soleure, etc., etc., et toute\n  m odernité à part, il faut reconnaître que le prem ier\n  essai tenté p ar M. A. de V riendt qui a eu l’idée heureuse\n  d’en confier l’exécution à u n spécialiste, sans doute\n u n iq u e en B elgique, M. H erm an V an D uyse, conserva­\n teu r du M usée archéologique de G and, réclam e haute-\n une continuation p our constituer une des grandes a ttrac ­\n tions artistiques de la cité anversoise. Il s’agit ici du\n Musée de costum es anciens. O n sait la p art léonine q u ’a\n prise M. V an D uyse à la conservation et au déblayem ent\n du château des Com tes de F lan d re, ce m orceau sans\n pareil, qui, peut-être, sans d’énergiques efforts serait\n au jo u rd ’hui rasé et converti en m aisons de commerce.\n     Il suffit de le rap p eler p our se figurer ce q u ’u n hom m e\n de valeur absolum ent épris de l’art et du caractère des\nsiècles écoulés a pu p ro d u ire dans les six prem ières\nfigures m ilitaires qui o rn en t au jo u rd ’hui l’une des salles\nde la direction de l’A cadém ie d’A nvers.\n    B roignes, gorgerins, cottes de m ailles, bordures\nd’étoffes, tout, ju sq u ’aux boucles est d ’une exactitude\nabsolue et souvent mêm e auth en tiq u e, et (ce que l’artiste\nappréciera plus que tout le reste, car la collection est\nentreprise dans le b u t de perm ettre aux artistes l’étude\nd'après nature de ces pittoresques ancêtres que nous ne\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                     Un peu d'Archéologie.                 117\n\nconnaissons que si vaguem ent par les m iniatures et les\ntriptyques) tous ces détails sont harm onisés avec une\nscience parfaite, et l’hom m e exposé tout arm é pourrait\nêtre déshabillé ju sq u ’à la chem ise, en d o n n an t toujours\nl’aspect caractéristique et vivant de celui d ’autrefois.\n R edisons-le : C’est une belle œ uvre entreprise. P ourvu\nque la m isérable question d ’argent, la seule qui émeuve\n nos com patriotes ultra-positifs, ne vienne pas écraser\nd ans l’œ uf le germ e de cette institution qui nous fera\nh o n n e u r à l’étranger et qui sera certainem ent développée\np ar P a ris, l’hydre perpétuellem ent en quête de pâture\nintellectuelle.\n    Il est certain que notre sifflet d’ébène actuel, notre\ntuyau de poêle et notre cravate blanche sont d ’une\nbeauté ineffable ; q u ’en présence de ces anciêns rêtres\net lansquenets, de ces com m uniers, de ces seigneurs\nL o u is X I I I , nos gardes civiques au T rois-F rançois,\nnos m ilitaires à l’ordonnance et nos bourgeois en m anne­\nquins de tailleurs sont idéalem ent esthétiques ; d ’ailleurs\nto u t p eut insp irer u n artiste, tém oins G ervex, H erm ans,\nVon U h d e B érau d e t, s’il faut descendre ju sq u ’au chiffon,\nRafaëlli et d’autres qui ont nos com plètes sym pathies.\nL ’hom m e du peuple d ’ailleurs sera toujours suggestif,\ném ouvant parce que vrai. Q u an t à la femme qui puise\nson charm e dans la contre-vérité, elle est de tous les\nte m p s ...\n     (A suivre.)                          E dgar   BAES.\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "   118                 Contes et Légendes.\n\n\n\n                 C ontes et L é gendes,\n             par Paul Germain (M ons, A . P rin c elle.)\n\n\n\n    L e croirait-on, dans la critique littéraire il y a parfois\n de bons m om ents : pouvoir sym pathiser avec un am i\n ignoré, lui dire rudem ent quelles sont ses faiblesses,\ndans l’espoir de le fortifier et parce q u ’on lui reconnaît\nun e âm e, u n e intelligence et un avenir; c’est une jo u is­\nsance v ra ie ... et rare ! — Voici un joli recueil fragm en­\ntaire qui serait un g ran d et beau livre si les petits poèm es\ndont il se com pose tendaient à l’U n ité : que ne peut-on\ncondenser en quelques vers chacune de ces proses\nvivantes et variées, ou m ieux encore, les voir transfor­\nmées en chapitres d ’une œ uvre synthétique, au lieu de\ndevoir analyser des im pressions éparses d ’où surgissent\nun sens littéraire, u n goût délicat, une science trop com ­\nplète de la technique nouvelle dont les défauts : expres­\nsions clichées, répétitions, tristesse farouche propre à\nM aeterlinck, résultent d’une lecture incessante et trop\nétendue. Si l’auteur secouait soigneusem ent toute pous­\nsière étrangère de ses ailes pleines de souplessse et de\nvie, fraîches, à peine ternies p ar ces involontaires con­\ntacts, il resterait de lui un style clair, sim ple et élégant,\nun peu m êlé de tendances diverses, m oyenâgeuses,\nm ystiques sans conviction, poétiques et m atérialistes à\nla fois, naïves et savantes ; des phrases qui ne sont pas\nde sim ples groupem ents de m ots, en som m e, un beau\ntalen t h â tif qui s’ignore et s’éparpille. « L a chair », dit-\nil, « a traitreusem ent assassiné en lui le rêve et l’idéal ! »\nC ’est vrai, car nous ne le trouvons plus au naturel dans\nses visions de l’Au-delà, de l'Arbre ; m ais, p our nous ras­\nsu rer, nous avons la Légende du baiser, la Saint-Nicolas, et\nun sentim ent de g ran d eu r dans Jèsus Christ, dans Sapho,\ndans Suicide d'artiste et Funérailles, ce qui dém ontre une\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                       Contes et Légendes.                    119\n\ncrise qui doit se term in er p a r u n reto u r absolu à la f o i ...\ndans l’art, s’en ten d , la seule, celle qui se caractérise p a r\nle vouloir persévérant, éternel. P o u rq u o i recu ler, comme\nson Jésus, vaincu devant l’œ uvre que le S eigneur lui a\nd it d’accom plir ?\n\n                                      E dgar    BAES.\n\n\n\n\n   A ux prochains : L'apologie de l'homme (H o rs commerce),\np ar M aurice L eblond ; Vers la Vie, par R ich ard L e d e n t;\nLe Bonheur irréel, p a r F e rn a n d Roussel ; Scherzo, par\nM Ile E rn estin e V an H asselt, etc.,\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "   120                   Propos de littérature.\n\n\n\n\n                  P ropos de Littérature.\n\n\n  Il n'y a pas bien longtem ps qu'en cette m êm e R evue, consacrant\nune chronique à la C ritiq u e littéraire, j ’y déplorais le p a rti-p ris des\nuns, le m anque d'études préalab les des au tre s p a rm i la pleiad e de\nceux qui font m étier d 'an aly ser et de faire connaître les œ uvres de\nle u r contem porains, p rosateurs ou poètes.\n  Je d isais p o u rtan t que d ’en tre tant de peu consciencieux il en\nétait h eureusem ent q uelques-uns qui, a y an t beaucoup lu et b e au ­\ncoup réfléchi, s’étant en tre au tre s choses, re n d u com pte de l’adm i­\nra b le m éthode scientifique de T ain e et de H e n n eq u in , l’a p p li­\nq u a ie n t avec certaines m odifications à le u r talent d ’a rtiste et de\npenseur, en se créant m êm e u n e v éritable originalité. E t j ’ajoutais :\n« J'e n connais q uelques-uns ainsi en notre Belgique, que j'ad m ire\nsincèrem ent p o u r leurs travaux et leu r loyauté. Chez eux, si le\nliv re n 'est pas conform e ab solum ent à leurs préférences secrètes,\nau m oins ont-ils la conscience d ’avoir m ontré intégralem ent les p a r­\ncelles de b eauté enchâssée d a n s l ’œ uvre et l'effort sincère de l’écri­\nvain qui sut faire fleurir l ’idée a p rès l’avoir choyée en son â m e . »\n  Q ue l’on m e pard o n n e cette répétition en faveur de sa raison\nd'être p our l'in stan t. L orsque j'écrivis ces lignes, je ne connaissais\npas encore le nouveau livre de M . A lbert Mockel : Propos de Litté­\nrature (*), ou p lu tô t le ha sa rd ne m ’avait perm is que d ’en lire\nquelques fragm ents d ont j ’avais bien présagé cependant, puis-je\nd ire au jo u rd 'h u i. C ar l'au te u r des Propos est de ceux que j'ap p e lais\nsavants, sincères et loyaux. O r, voici que je n ’ai rien à changer\ndans cette figure synthétique d ’un critique littéra ire à qui je n ’avais\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                               Propos de littérature.                 121\n\np as donné de nom , m ais q u ’a u jo u rd ’hui M . M ockel personnifie\nexcellem m ent ; q u ’il m e soit en outre p erm is d ’envisager cette\nface de son talent qui forcém ent m ’était inconnu ju s q u ’à présent,\nson o riginalité.\n  M . Mockel est bien celui q u ’il fa llait p o u r an aly se r aussi su b ti­\nlem ent ces deux m aîtres de l’école sym boliste : F ra n c is V ielé\nGriffin et H e n ri de Régnier.\n  Com m e eux n ’est-il pas ce poète a y an t dans l’â m e m ille choses\npuériles, ten d res et délicates, avec parfois des accents de trio m ­\np h e et b ro d a n t d ’une exquise façon su r une philosophie qui\nd ’ab o rd p o u rra it ne p a ra ître que naïve, m ais qui au fond est\nbien p lutôt savante. Chantefable, ce p rem ier poèm e de M . M ockel\nen fait foi.\n  M ais il ne s'agit pas ici de p a rle r du poète, et si j ’ai rappelé ce\nliv re , vieux d éjà de tro is ans, c'est afin de m o n trer que les préfé­\nrences de l'a u te u r étaient toutes acquises à M M . V ielé-G riffin et\nde R égnier, et que deux talents sim ilaires au sien devaient tenter\nsa p é n étratio n d ’analyste.\n  D u reste, je pu is bien vous l’avouer, chez A lbert M ockel, le cri­\ntiq u e é ta n t su p é rieu r au poète, — p eu t-être p arce q u'alors il est\nl ’u n et l’a u tre à la fois — je pense que, selon cette loi très v raie qui\nd it que le c ritiq u e absorbe le poète, il se consacrera définitivem ent\nau p rem ier genre, et c'est une ra iso n de plu s p o u r p a rle r de ses\np rem iers pas en cette voie.\n  V oyons donc l'analyste q u ’est M . M ockel. L o rsq u 'il résolut\nd 'é ta b lir un parallèle en tre les deux m aîtres sym bolistes chez qui\nil avait découvert, avec justesse, des sim ilitudes — ou p lu tô t un\nensem ble de q u a lités et de défauts qu i, jo in ts exactem ent, se ren­\nforçaient ou s’an n ib ilaien t po u r en faire u n idéal p o è te — M . M oc­\nkel trouva une scène su p e rb e, où tout à son aise et dans une royal\ndécors, avec des personnages le secondant m erveilleusem ent, il\n\n  (*) A la lib rairie de l’A rt in d épendant, P a ris.\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": "   122                   Propos de littérature.\n\np ouvait exposer des idées qui lui sont chères.\n  Ces idées, il les a vait longuem ent m éditées, les fortifiant avec\nles rém iniscences de longues études, de savantes conversations\navec les m aîtres de l’école française, ses am is, et aussi avec les pro­\nfondes notions que je lui sais posséder su r tous le s a rts. Q ue p o u ­\nvait-il n a ître de cet ensem ble a rtistiq u em en t et pru d em m en t agen­\ncé, sinon un beau livre.\n  Il serait fastidieux et tém éraire de suivre pas à pas l'analyse de\nM. Mockel et de d isc u te r la justesse de ses vues, ce serait refaire ce\nlong travail auquel il a consacré de nom breuses heures et il fa u ­\nd ra it dans l’occurence co n n aître ses a u te u rs com m e il les possède ;\nbornons-nous donc, av an t que d 'a b o rd er les quelques théories en\na rt que ces deux poètes lui ont perm is d'avancer, à résu m er b riè ­\nvem ent le parallèle des talen ts de M M . V ielé-G riffin et H e n ri de\nRégnier.\n  M. de R égnier d ont la m atu rité fut p lu s précoce est réellem ent\npoète dès le d é b u t ; son âm e, pétrie de m élancolie et de p itié, était\nfaite p our la m éditation et la contem plation ; aussi d evant la d o u ­\nleur s’inclina-t-elle avec      résignation.    D ’où la p hilosophie de\nl ’œ uvre entière que dom ina le doux fatalism e d ont il se vêt\ncom m e d'un voile, p o u r atté n u er les rayons tro p vifs de la vérité.\n  M. V ielé-G riffin au c o n tra ire , sen tit au d ébut son c œ u r se gon­\nfler de   larges désirs      qui   lui   firent jete r des clam eurs vers\nle ciel, sans grand souci de l’harm onie des c ris q u ’il proférait, ce\nn ’est que plu s ta rd qu'il trouva la form e adéquate à son tale n t.\nE b lo u i p a r la joie de vivre, il s'exalta en des c h an ts fiévreux, vou­\nlant la lutte qui seule convenait à l’activité q u ’il sentait b o u illo n ­\nn e r en lui ; aussi, sa philosophie peut-elle se résum er a in s i :\nA im ons. . . E t s’il faut une au tre c om paraison p our les défin ir tous\ndeux : l ’un, H e n ri de R égnier, fut l ’H a m le t du grand S hakespeare\nqui n ’agissait pas p arce qu'il pen sait trop, -et l'au tre, le don Q u i­\nchotte du non m oins g ra n d C ervantès qui, n'ayant pas le tem ps de\np e n se r p arce qu'il agissait tro p vite, fut l'ap ô tre — ra illé, m ais\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                           Propos de littérature.                        123\n\nq u ’im porte — de toutes les choses belles et nobles.\n   Q uant à la m éthode qu'em ployèrent les deux poètes,                    bien\nq u 'é tan t sym bolistes l’un et l'autre, M . de R égnier p ré fé ra souvent\nl'allégorie tan d is que son am i, p a r suite logique de la subjectivité\nde son â m e , choisissait l ’expression directe, procédé délicat, m ais\nnéfaste parfois lo rsq u ’il n'est pas traité com m e ici p a r une m ain de\nm a ître .\n   O r cette philosophie et cette m éthode différente influèrent fata­\nlem ent su r la form e de chacun.\n   L e second, M . V ielé-Griffin, m oins subtil, ne connait pas aussi\npleinem ent la m usique du vers ; le m ouvem ent qu'il lui donna\nl’em pêcha de sa isir la fluidité de l ’harm onie qui est plu s que le\nrythm e en q u i il réside.\n   L e p re m ier, au c o n tra ire , p lu s stable, p resq u e im m obile, saisit\nd'im p ercep tib les cadences d 'u n c h arm e e n ch a n te u r et qui ravit\nl'au d iteu r.\n   D 'u n a u tre côté, s’il faut considérer la p lastiq u e de la ph rase,\na lo rs q u e l'u n b rille p a r le coloris, l'au tre n'est que lum ineux,\nm ais avec quelle douce cla rté , et tan d is que V ielé-G rifîin à l'élé ­\ngan ce du geste, d e R égnier a la noblesse de l’attitude.\n   Bref, celui-ci a su rto u t saisi la m usique du vers et l'au tre sa\nb e au té pictu rale. L ’un est m usicien, l'a u tre peintre, m ais tous\ndeux sont poètes.\n   L e grand m érite de M. M ockel est d 'a v o ir su, p a r une m éthode\nrationnelle et scientifique, q uoique très a rtistiq u e, déterm in er\nl'ap p o rt du talent de l’un et de l’a u tre ; to u t au plu s pouvons-nous\nlui re p ro c h e r d'avoir peut-être négligé en son d e rn ie r chap itre,\na lors q u ’un m agistral résum é s’im posait, de do n n er su rto u t les\ng randes lignes des tale n ts q u ’il co n sid érait au lieu de s'a tta rd er\nencore à d éfinir les su b tilités de chacune de leurs personnalités.\n   L a p a rt étant faite aux deux poètes, prétexte aux affirm ations de\nM. M ockel su r la litté ra tu re sym boliste contem poraine et son\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "   124                        Propos de littérature.\n\navenir, je ne m ’occuperai plus m ain ten an t que de quelques-unes\ndes théories, parm i les plus im portantes, q u ’il avance.\n  E t d ’abord, il faut c ite r ce c h ap itre des Propos où, avec une\nex trao rd in aire perspicacié et une belle clarté, il définit le sym bole\net l ’allégorie, m o n tran t non seulem ent les points d ’attach e de ces\ndeux genres p arallèles, m ais aussi les différences profondes qui\nles séparent. P u is, M. M ockel, s'occupant plus p articu lière m en t de\nla nouvelle école et sen tan t le besoin qu'elle a d ’une base solide\nsu r laquelle on puisse édifier son av en ir, rap p elle q u ’en les siècles\npassés la poésie sym boliste in sp ira de grands poètes et procréa de\nbelles œ uvres. M ais il se trom pe, pensons-nous, lo rsq u ’il croit pou­\nvoir déduire des exem ples du passé, une période future qui en ca d re ­\nra it une école nouvelle et p uissante. P a r cela m êm e q u ’en tous tem ps,\ndepuis la B ib le ju sq u 'au Faust de G oethe en passant p a r le D ante,\nil s’est trouvé des âm es chez qui u n savant m ysticism e et les grandes\nleçons de l'histoire ont fait s’é p an o u ir des œ uvres sym bolistes, il\ns'ensuit que le sym bole est la légende ou du m oins que celle-ci est\nla form e la plus p u re du sym bole.\n  M ais la légende est hors le siècle, hors le tem ps donc, et jam ais\nne form era école.\n  C ertes les légendes, à cause des ab strac tio n s qu'elles contiennent,\nsub sisten t ; m ais elles ne peuvent form er u n to u t com pacte q u ’au\njo u r où le m ouvem ent é ta n t supprim é, le passé ne s’érigera plus\nq u ’en dehors du tem ps et de l’espace, p a r conséquent p o u r des êtres\nsp iritu e ls seu lem en t.\n   C’est pourquoi je d is encore : non, il n ’y a u ra pas d ’école sym bo­\nliste, com m e il y eut une période ro m antique et un P a rn a sse ,\nil n ’y a u ra pas un m aître sym boliste com m e il y a eu un H ugo.\nN ous som m es seulem ent à une période tran sito ire où l ’on est plu s\nsym boliste q u ’à u n e au tre, p arce que après une phase rationnaliste\nil se fait un revirem ent spiritualiste, m ais il a rriv e ra un m om ent\noù de ce m alaise qui vous étrein t so rtira une idée nouvelle. C ar\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                           Propos de littérature.                       125\n\n\ncela devait être ainsi logiquem ent, et cela m e condu it à p a rle r de\nla façon d ont M . M ockel conçoit la poésie.\n  « L a Poésie, dit-il, n ’est ni la m usique, ni la scu lp tu re, ni la\np e in tu re, ni l'arc h ite ctu re , ni la m orale. . . M ais elle est en m êm e\ntem ps to u t cela, c a r elle se n o u rrit de tous les a rts et de toute la\npensée, com m e elle les pénètre elle-m êm e de son vivant effluve. »\n  C ertes il en est ainsi, m ais il ne faut pas q u e lle dépasse une\ncertain e lim ite et q u e lle em p ru n te à la m usique, p a r exem ple, des\nélém ents qui doivent re ster exclusivem ent dans le dom aine de la\nm usique.\n  L es a rts sont plus que parallèles, ils sont connexes ; ils p rocèdent\nd ’un m êm e prin cip e : l’idéale B eauté, m ais ils ne sont pas autre\nchose que frères, et une union trop étroite en tre eux d ev iendrait\ncontre natu re.\n  O r, à c e rta in e s époques, M . M ockel le reco n n aît lui-m êm e, l’un\nou l’a u tre p a rm i les a rts eut toujours une tendance à em piéter\nsu r le dom aine du voisin ; il s’en suivit u n désarroi qui ne cessa\nq u ’au jo u r où les a u tre s p a rv in re n t à se rem ettre à niveau. Ainsi,\navec l ’époque P a rn a ssie n n e il y eut un a rrê t dans la poésie tandis\nque la m usique c o n tin u a it régulièrem ent son évolution et devenait\nla reine des a rts . D e plus.il est souvent arriv é q u ’un a rt développant\no utre-m esure l’un de ses prin cip es, s'y a tta rd a it longuem ent aux\nd ép en s de autres.\n  « L a Poésie fut a rch ite c tu ra le au x v i i e siècle, pictu rale chez les\nR om an tiq u es » dit M . F . B ru n etière, et M . M ockel ajoute « L es\nP a rn a ssie n s ont p êché p a r exclusivism e ; chez eux, le poèm e\np a ra ît avoir eu p o u r objectif la p lastiq u e en soi plutôt que la\npoésie. »\n  O r, q u ’est il a rriv é ? C hacune de ces écoles s'est consacrée à\nchoyer ce côté de la forme m ais au bout de quelque tem ps un\nrevirem ent se p ro d u isa it. Il en fut ainsi d a n s la litté ra tu re con­\ntem poraine, on avait négligé la m usique du vers. M a in te n an t on\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "                          Propos de littérature.\n\ndépasse le but : l'école p arn assien n e n'avait q u e la form e, l’école\nactuelle est philo so p h iq u e ; au lieu de l’im peccable vers d e B au d e ­\nlaire ou de L econte de Lisle, nous avons le vers lib re . . . L e m al­\nh e u r est que, p o u r quelques-uns q u i, com m e H e n ri de R égnier et\nV ielé-Griffin, savent s'en s’en servir, il en est tan t d ’a u tre s qui,\nn ’ay an t pas le ju ste sens de la m usique, s’im aginent q u e le vers\nlib re n ’a pas de règles. A ceux-là je conseillerai le livre d e\nM . M ockel qui en explique la logique.\n  Q ue l ’on m e pardonne de m ’être oublié à d iscu ter des affirm a­\ntions to u ch an t à des idées qui m e sont chères. J e veux en term i­\nnant, d ire encore toute m on ad m iratio n p o u r les Propos de Littéra­\nture de M . M ockel et assu re r le profit que l'on retire de sa lecture.\nJ e pense q u e de pareils d ébuts classent dès ce jo u r M . M ockel\nparm i les savants analystes de notre litté ra tu re contem poraine.\n\n                                         C harles     BRONNE.\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                                  Broutilles.                              127\n\n                           B R O U T IL L E S .\n\n   E r r a t a . — L ire :                   P a ra îtro n t p r o c h a i n e ­\npage 82, ligne I I , inacces­             m ent :\nsible; p . 94. l. I I , réformer ! \"         Les Rédemptions, un vo­\np . 9 5, 1. I e , désintéressé et         lum e de proses, p a r Jos.\nrêvasseur ; p . 1 0 1 , !. 5 , Sou­       D esgenêts. chez L . et\nvenir ; p. 101, 1. 6, j'ai.               A. G odenne, im prim eurs-\n                                          éditeurs, G ra n d 'P la c e , M a­\n                                          tin e s, au p. de 2 fr.l'ex. (On\n   L e m ois d e rn ie r ont été\n                                          souscrit chez les éditeurs\ncélébrées à B ruges les noces\n                                          on chez l'au te u r, rue L ed e ­\nde n o tre excellent collabo­\n                                          ganck, 6, G and.)\nra te u r A rth u r D axhelet\n                                             La Vierge à la Fontaine,\navec M lle P a u lin e T o u rn ie r.\n                                          rom an sentim ental p a r M.\n    N ous prions les jeunes\n                                          Saint-G eorges de B ouhélier\né poux d ’acc ep te r les vœ ux\n                                          (On peut dès m aintenant\nsincères q u e nous form ons\n                                          souscrire chez l'au te u r, 5o,\np o u r leu r bonheur.\n                                          rue R odier, P a ris.) T irage\n                                          à 35o exem pl ., au p rix de\n   Revue-Journal,(Dire c te u r,\n                                          fr. 2.5o.\nE ug. M onseur) la vaillante\n                                             L'Union des trois aristo­\nfeuille hebdom adaire qui\n                                          craties, p a r H ugues R ebell.\ncessa de p a ra ître il y a\n                                             Ames de couleur, proses\nquelque tem ps, re n aîtra\n                                          p a r H . M aubel.\nle 1er octo b re pro ch ain . A\n                                             Les villages illusoires, vers\nson prem ier num éro seront\n                                          p a r E m . V erhaeren.\ntrès p robablem ent jointes\nPages d'hier, supplém ent                    Avons reçu :\nlitté ra ire in d ép e n d an t qui          L'Ermitage, P a ris, n os 8,9;\nre p ro d u ira les pages les             Le Mercure de France,P aris,\np lu s belles p aru es ju s q u 'ic i     57; La Plume, P a ris, 129 ;\nd ans les revues jeunes,                  L ’A rt littéraire, ru e d e S e i­\nainsi que certains fragm ents\n                                          n e , 56, P a ris, 5 , 6, 7, 8;\nde nos m eilleurs auteurs.\n                                          L'Idée moderne, P a ris , 1, 2 , 3;\n                                          L'Annonciation, P a r i s , 3,4;\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "128                         Broutilles.\n\n\nPages d’A r t , T oulouse, 7,8;         N otre am i et collabora­\nPages littéraires, Genève,           teu r Levêque nous prie\n2,3; Le Réveil, G and, n° de         d'in sérer ces q u e l q u e s\nSeptem bre; Magasin litté­           lignes d a n s la R . :\nraire, G a n d , id.; La Revue        «U ne petite revue d 'a rt et\nwallonne, L iège, 4; Dürendal,       de litté ra tu re catholiques,\nB ruxelles, 6; L 'A r t moder­       com m e il y a dans les vil­\nne, B ruxelles, 37. L a Revue        lages une fanfare cath o li­\nde Belgique, 6, 7 , 8, 9; Le         que et une h arm onie lib é ­\nMouvement intellectuel, B ru ­       ra le , me signale à la police\nxelles, 10, 11, 12, 13 ; La          com m e fou dangereux p o u r\nLibre Critique, B ruxelles;          la sécu rité m entale. R oland\nL a Nervie, L a L ouvière, 3         furieux pourfend en m êm e\net 4.                                tem ps de sa Durendal et\n                                     L éon Bloy et Zola. — L a\n                                     com pagnie n 'est pas à d é­\n                                     daigner com m e v aleu r litté ­\n   R em arqué à L'Ermitage :\n                                     raire. — M erci, p a la d in du\nS t-G illes, p a r H . M azel.\n                                     goupillon ! A. L evêque.»\nAu Mercure : L ettres à T h .\nV an G oth et Q uestions de             N .D .L .R . — N ous ne\nlib ra irie . A la Plume : des       som m es n u lle m en t resp o n ­\nvers de V erlaine. E n L 'A rt       sables des opinions de nos\nlittéraire, des vers        de       co llab o rateu rs. Stella n'a\nS téphane M allarm é, K lin ­        p our b u t que l’Art, rien\ngsor, K ahn, et des pro­             que l'A rt.\nses de E . P i lon et R ené\nG hil.\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": ""}, {"page_pdf": 145, "texte": "                                    Stella,\n        R E V U E M E N S U E L L E D ’A R T & D E L I T T É R A T U R E\n                            paraissant du 25 au 3o.\n\n\n\n                                ABONNEMENTS :\n                 B E L G I Q U E : U n a n ...............5 f r a n c s .\n                 U N IO N P O S T A L E ...............6 f r a n c s .\n\n\n\n          S ecrétaire de R é d a c tio n : A r th u r T o iso u l.\n                    A d m i n i s t r a t e u r : A. B O U R G O M .\n       C o m ité de R éd actio n : H e n r i d e C LA SSA N T,\n          E dgar B A E S , R obert S A IN T E - E S T E L L E ,\n          G eorges B A L A T , A lbert d e S T A S S A R T ,\n         G e o r g e s RA N CY .\n\n\n\n         L e s m a n u s c r i t s n o n in s é r é s n e s o n t p a s r e n d u s .\n\n\n\n                                S O M M A I R E\n             Stephano.        — C harles D e Coster.\n             P a u l L e c l e r c q . — V ers.\n             V i c t o r R e m o u c h a m p s . — N otes su r les Rêves.\n             E d m o n d D e B r ü y n . — F a n fa re m auvaise.\n             A u g u s t e L e v ê q u e . — C olloque en tre deux P u rs.\n             A r t h u r T o i s o u l . — L econte de L isle, D ’anciens rêves\n                                                 fraternels, Alme voix, Souvenir.\n             A . -S. d e N e v e r m o r e . —- Stances.\n             H e n r i d e C l a s s a n t . — M éditation su r Hamlet, Paysage\n                                                 du D akota du N ord, Au R os­\n                                                 signol, Rêverie.\n             H e n r y M a u b e l . — Ames de couleur.\n             D é s y E l i a s . — L ettre su r E m ile Zola.\n             E d g a r B a e s . — U n peu d'archéologie, Contes et légendes.\n             C h a r l e s B r o n n e . — P ropos de L ittératu re.\n             * * * — B routilles.\n\n\n  Stella ne publie que de l’i n é d i t et laisse à chacun de ses collabora­\nteurs la responsabilité de ses articles et de ses opinions.\n\n\n   Il sera rendu compte de tout ouvrage dont un exemplaire parviendra\nà la Rédaction.\n\n        Im prim erie G. B A L A T , rue Potagère, 57 , Bruxelles.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 3, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1894-08", "signet_source": "Première année - N°3-4 - Août-Septembre 1894", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 78", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}