{"numero_id": "ulb-stella-1894-12-n7", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "articles": [{"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-001", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "P re m iè re   A nnée", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 220, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1119, "texte": "P re m iè re   A nnée          N° 7. — D ÉC EM B R E.                                       1894.\n\n\n\n\n                                                                    Stella\n                                                               Revue mensuelle d’A rt et de\n                                                                                            ,\n                                                                           Littérature.\n                                                                    D ire c tio n : 38, ru e V a u tie r.\n                                                                       B ru x e lle s .\n\n\n\n\n                                                    s c in tille e t m o n te\n                                                    p lu s a v a n t dansl'E\n                                                                           ther,b ie n a u d e là\n                                                    d es b ru n e s e t d e s é m an atio n s\n                                                        de l a f a n g e !\n\n\n\n\n        CE N U M É R O : 5 0 C E N T IM E S\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-002", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 193, "page_fin": 199, "titre_corps": "Pages retrouvées : L’Annonciateur de l’hiver", "titre_sommaire": "Pages retrouvées", "rubrique": "", "signature_source": "Camille LEMONNIER.", "ancre_debut": "P a ges       r et r o u v ée s .         L ’A n n o n c i a t e u r d e l’h i v e", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 222, "page_imprimee": 193, "debut_caractere": 78, "fin_caractere_exclue": 1287, "texte": "P a ges       r et r o u v ée s .\n\n\n      L ’A n n o n c i a t e u r d e l’h i v e r .\n\n\n   A la tom bée du jo u r, vers la fin de novem bre\n(— il y avait toujours quelqu’u n à la fenêtre pour\nsig n aler l’événem ent — ), on pouvait voir s’avancer\ndu fond de la noue im m ense, su r la m ince route labourée\nd’ornières qui ray ait le déferlem ent des sables et des\nbruyères, une m achine soubresautante qui, à la longue\np ren ait la form e d ’un vague cabriolet. D ’abord,\nsous les am as de nuées chavirées à travers l’espace\net s’effilochant ju sq u ’à rez terre, on eût conjecturé\nla soufflure d ’un petit nuage détaché du vaste ciel\np an telan t p ar l’étendue. T o u t autre que nous au rait\np u s’y tro m p er, m ais nous savions que c’était le\nm om ent où g énéralem ent le brave hom m e apparaissait\ndans la contrée ; sa petite voiture nous était connue ;\nnous ne l’eussions confondue n i avec un n u age, ni avec\nle cab rio let du m édecin.\n   A lors, l’une des petites figures collées aux vitres et\nre g a rd a n t s’éployer, sous les cuivres déchiquetés du cou­\nch an t, l’infini et m élancolique paysage, s’écriait :\n   — V oilà Je a n Clou ! C’est sûrem ent Je a n Clou dont\nva là-bas la voiture.\n"}, {"page_pdf": 223, "page_imprimee": 194, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1830, "texte": "   194             L'Annonciateur de l'hiver.\n\n     Cahotée au x sablonneux rem ous, elle sem blait lutter\n péniblem ent contre les vents qui dès l’autom ne souf­\n flaient avec violence d ans la vaste arène tourm enteuse.\n E n fin la capote qui, com m e u n capelet de vieille\n fem me, coiffait le véhicule et à chaque tourde roues\n plongeait en avant avec un sim ulacre de salut ou de\n bénédiction, se rapprochait. O n com m ençait à distinguer\n les h auts essieux su r lesquels p erchait la caisse :\n cela ressem blait m ain ten an t à u n étrange échassier\n valseur ou à un furieux insecte fauchant des pattes\n entre terre et ciel.\n    T outefois il fallait encore u n assez long tem ps, en ce\n pays découvert où les distances déjouaient u n calcul\n précis, avant que le cabrouet de Jean Clou s’attestât ce\n q u ’il était authen tiq u em en t, — une sorte de com prom is\n entre la tapissière et l’ancien coucou, — et que le vieux\n poney chevelu, b ra n la n t aux brancards comme une\n m écanique m al huilée, récupérât ses p roportions nor­\n m ales. Ce bizarre équipage avait l’air de flotter à vau\nla bourrasque p lu tô t q u ’il ne foulait la terre ferm e.\n    L e château (à la vérité une antiq u e ferme féodale\naccostée de tourelles et bordée de douves) était la seule\nhabitation qui, à deux lieues de ronde, s’aperçut dans la\nsolitude de la lande. A utour de nous, rien que le d éro u ­\nlem ent de la fagne, d’illim itées et planes étendues qui\nse perd aien t dans l’horizon, l’été fleuries par le\ncône violet de la bruyère, l’autom ne teintées de laques\nsanguinolentes, l’hiver cristallisées en prism atiques\net givreux argents. Il sem blait que les villes se\np erd issen t p o u r nous derrière l’ourlet des dunes qui,\ntout là-bas, denticu laien t le désert.\n    U n grelottem ent de sonnailles enfin dépassait l’arche\n"}, {"page_pdf": 224, "page_imprimee": 195, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1841, "texte": "                   L ’Annonciateur de l'hiver.             195\n\n du fossé. T a n d is que les rênes s’ab attaien t sur le garrot\ndu vieux poney, u n « b o n jo u r, mes enfants » nous était\nlancé de la p ro fo n d eu r du cabriolet (car nous étions tous\naccourus). D eux jam bes ensuite s’extrayaient de la botte\nde paille qui garnissait le dessous du tab lier, et u n petit\nhom m e, blotti sous u n e lim ousine pileuse, les m ains\nenfoncées en de profondes moufles, le tapabor rabattu\nju sq u ’au nez, glissait su r le pavé. C’était le père Jean\n Clou.\n    A gilem ent il d ételait Coco, rem isait son cacolet dans\nle charril, pu is, après avoir changé ses lourds sabots\nrem bourrés de feurre contre de légers chaussons il\nm ontait présenter ses hom m ages à m on père qui, dans\nla grande cham bre du rez-de-chaussée, l’attendait sous\nle m anteau de la chem inée.\n    — S a lu t, H o n n ête m onsieur ! Je vous annonce l'hiver !\nA llez, je l’ai ren co n tré en passant p ar les villages. L es\np u rin s gelaient. Jean Clou, vous savez, ne se trom pe\npas. L a neige tom bera avant trois jo u rs.\n    L ’ap p aritio n du p etit Jean Clou, en effet, signalait\ntoujours les ap proches de la neige : il étatt po u r nous\ncom m e l’o u verture officielle de l’hiver. N ous savions\nq u ’à peine son cabriolet rep arti, les flocons se m et­\ntraien t à dan ser aux raquettes de l’air. L ’A nnonciateur\ndes frim as était l’uniq u e passager qui se risquât encore\nd an s la désolation de la brousse. C ’est p ourquoi nous\nl’aim ions, c’est p ourquoi il nous était devenu com m e\nu n e loin tain e connaissance chaque année ram enée à\nl’entrée de l’hiver. C’est pou rq u o i aussi, q uand il nous\narriv ait, m on père l’hébergeait la n u it et une p artie de la\njo u rn ée suivante.\n     D ep u is dix ans, il était l’hôte de la m aison ; jam ais il\n"}, {"page_pdf": 225, "page_imprimee": 196, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1887, "texte": "   196             L'Annonciateur de l'hiver.\n\nne transgressait le livide b ru m aire; ensuite on le voyait\nrem ettre son bidet au bran card ; ju sq u ’à l’an suivant sa\ncarriole cessait de voguer à travers le ressac des plaines.\nIl h ab itait vers la frontière de H o llan d e, l’été récoltant\nles herbes et les plan tes, d istillant les fleurs, pulvérisant\ndes racines, rem o n tan t sa ru stiq u e et erran te pharm acie.\nCar telle était l’ind u strie de Jean Clou : u ne fois l’an, il\npassait à travers les pays, vendant ses drogues dans les\nfermes et les châteaux. On refaisait alors sa provision\nde salsepareille, de guim auve, de cam om ille, de tilleul,\nde chèvre-feuille, de sureau et de pavots, en prévision\ndes fièvres et des langueurs q u ’am ènent les noirs\njours.\n   Jean Clou, p o u r les ham eaux perdus dans la lande,\nsans com m unication avec les gros villages pourvus\nd ’ap othicaireries, était une réelle providence. Il p ra ti­\nquait les prim itives th ériaq u es, excellait aux vulnéraires,\nétait rép u té po u r l’efficacité de ses électuaires. Il prom ul­\ng u ait le galanga p our les odontalgies, la quinine pour\nles quintes de fièvre, le q u assia p our les estomacs in d o ­\nlents. Il débitait aussi un onguent p our les cors, un p ec­\ntoral qui réduisait les plus violents catarrhes, une in fu ­\nsion secourable aux cachectiques. U n e de ses panacées,\n régulièrem ent utilisée, passait pour u n préservatif effi­\n cace contre les in nom brables avanies d o n t l’âge et les\n infirm ités reb u ten t l’organism e hum ain . Il possédait\n encore des recettes p o u r les convulsions et la chorée,\n guérissait des aném ies paludéennes, extirpait le farcin,\n la gale et le tournis, exterm inait blattes, cam pagnols,\n taupes, rats et souris.\n    — A h ! disait-il, je ne suis q u 'u n pauvre paysan.\n C’est à p eine si je sais lire dans les livres. J e n ’ai pas\n"}, {"page_pdf": 226, "page_imprimee": 197, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1904, "texte": "                  L'Annonciateur de l'hiver.              197\n\nfait mes classes : to u t petit, m on père m ’em ployait à\nram asser les herbes officinales dans les bois et les prai­\nries. M ais je vous assure bien que si tout le m onde\nvoulait m ’écouter, au lieu de se fo u rn ir chez les m ar­\nch ands de poisons, la terre ne s’en porterait que m ieux.\nV oyez-vous, honn ête m onsieur, le bon D ieu a fait les\nplantes p o u r les bêtes, mais aussi p our les hom m es. J ’en\nai sauvé, rien qu’avec mes petits paquets, des cent et des\nm ille, et qui vont à présent su r leu r n o n an te sans b é­\nquilles. L a terre ! la terre, honnête m onsieur, il n ’y a\nque cela ! M ais voilà, on d it que c’est bon po u r nous,\nles sim ples, les ignorants, les croyants ! Allez, honnête\nm onsieur, on ne fait pas de bonne guérison sans l’ac­\ncom pagner d’une bonne prière ! L e ph arm acien, c’est la\n terre et ce qui pousse dessus, m ais le bon D ieu, voilà le\n m édecin !\n    T an d is q u ’assis dans l’â tre, s es m ains su r ses sèches\n et noueuses rotules, Jean Clou ém ettait son frêle filet de\n voix, une conviction d ’apôtre anim ait son fruste profil\n de loup aux m âchoires en saillie, au nez acéré et rusé,\n aux clignotants yeux gris sans cils. Sa m ince bouche\n trem blait, secouée par le vent des paroles. Q uand il évo­\n q u ait le nom de D ieu, il inclinait légèrem ent la tête et\n levait sa m ain vers le ciel.\n     L a cloche ensuite sonnait p our le repas du soir. Jean\n Clou p ren ait place à la table, devant m on père. C’était\n la chaise réservée à l’étranger ; lorsque nous étions entre\n  nous, la chaise dem eurait vide: Je a n Clou, debout, réci­\n tait le bénédicité. Il se rasseyait ensuite, m angeait le\n  pain et les légum es, s’ab sten ait de viande, et le repas\n  term iné, de nouveau il p riait, debout, la tête inclinée et\n  les m ains jointes. P u is mon père lui-m êm e, le précé­\n"}, {"page_pdf": 227, "page_imprimee": 198, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1756, "texte": "   198             L'Annonciateur de l'hiver.\n\n  d an t avec une chandelle, le m enait coucher dans une\n des cham bres de la tourelle.\n     — M erci, hon n ête m onsieur, disait Je a n Clou au\n m om ent de ferm er sa porte, la bénédiction de D ieu soit\n su r vous et votre m aison !\n     L e lendem ain m atin com m ençait le déballage. Jean\n Clou m ontait dans son cacolet, enlevait des fonds deux\n coffres h erm étiquem ent clos q u ’il tran sp o rtait dans la\n gran d e cham bre et qui, en s’ouvrant, volatilisaient des\n arôm es de prés et de bois.\n     — Voici, honnête m onsieur, la rh u b arb e, la casse, le\n seneçon, cela vous tie n d ra l’estom ac libre. Vous faut il\n pas des tisanes? Allez, j’ai des récoltes toutes fraîches...\n U n e botte de tilleul, un p aquet de m auves, des réglisses...\n Laissez-m oi faire, je sais de quoi vous avez b eso in ...\nAh ! encore ceci ! Voyez un peu s’il allait vous m anquer\nquelque chose! L e bon D ieu est le bon D ieu, m ais il\nfaut com m encer p ar s’aider soi même.\n    L es petits paquets, les bottelées d ’herbes et de feuilles\nfinissaient p ar couvrir toute la table.\n    — C’est b ien , Jean Clou, disait mon père. N ous aurons,\nje crois, notre com pte ju sq u ’à l’an prochain.\n    — Je le crois, honnête m onsieur.\n    Il déployait un large signe crucial, dem eurait tout un\ntem ps en prière, étendait su r la table un geste de\nbénédiction.\n    — Ainsi soit-il ! m u rm u rait m on père.\n    — A insi le veuille D ieu ! A m en! rép o n d ait Jean Clou.\n    M ais au d ern ier m om ent, il p araissait se rem ém orer\nd ’utiles et nom breuses recettes, — u n capsicon p o u r les\nb rûlures, un collyre p o u r les yeux, u n baum e po u r les\nengelures. Il extrayait aussi des pom m ades capillaires,\n"}, {"page_pdf": 228, "page_imprimee": 199, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1347, "texte": "                    L'Annonciateur de l'hiver.             199\n\ndes cirages, divers oings p our essieux, outils et harnais.\n    — B on! bon! en voilà assez! disait m on père, débordé\np ar ces offres.\n    — Cette fois je le crois bien, honnête m onsieur.\n    Jean Clou se décidait enfin à referm er ses coffres, les\nhissait dans son cabriolet, puis nous faisait ses adieux.\n   — A l’an proch ain ! honnête m onsieur! E t que le bon\nD ieu vous assiste!\n    U n in stan t encore il fouillait dans les profondeurs de\nla caisse et en retirait des cornets de grains d ’anis, de\ncaram els au sureau et de pâtes de guim auve qu’il nous\nd istrib u ait, à nous, les cadets.\n    — H o n n êtes petits m essieurs et mam zelles, acceptez\nceci en souvenir de Jean Clou.\n    L à-dessus, ram assant les guides, il excitait Coco d ’un\nclaquem ent de langue, et pen d an t longtem ps, des fenê­\ntres de la grande cham bre nous apercevions décroître\nsous la bataille des nuées, à travers les ornières et les\nm ares d o n t s'écorchait la noue, — là-bas, vers les livides\nhorizons d’où quelquefois, com m e d’un apostum e qui\ncrève, se m ettaient à gicler les prem ières neiges — le\nh o u le u x cabriolet salu an t et bénissant les m ornes plaines,\nau sautillem ent saccadé du vieux petit poney rouge.\n\n                                C am ille   L E M O N N IE R .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-003", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 200, "page_fin": 200, "titre_corps": "Brumes languides", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Camille ROUSSEL.", "ancre_debut": "Brumes languides               Brumes languides.         Eau cl", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 229, "page_imprimee": 200, "debut_caractere": 20, "fin_caractere_exclue": 785, "texte": "Brumes languides\n\n\n\n\n          Brumes languides.\n\n\n      Eau clapotante dans l'Ame qui dort\n      A u x soirs sussurants de baisers ;\n      Molles voiles au gré des mers ;\n\n      Bruissements lointains de cloches invisibles\n      Par delà les arbres en dentelles de suie,\n      Sur des horizons noyés dans l'incertain ;\n\n      Cloches très tristes qui pleurent des sons\n      Comme des larmes impalpables,\n      E t dans le calme des distances, s'éploient.\n\n      Tandis qu'en l'atmosphère vitreuse\n      Du Vague des sonorités agonisantes,\n      Passent, diffusément, d'érotiques désirs,\n\n      E t qu'au ciel songeusement morne\n      Courent des opalités nuageuses :\n      Grands yeux éteints de vierges mortes !\n\n                         Camille R O U S S E L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-004", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 201, "page_fin": 203, "titre_corps": "La Femme parmi les roses", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André RUYTERS.", "ancre_debut": "La femme parmi les roses.             201                                  P o è m e e n pro se.           L a Fem", "ancre_fin": "A ndré R U Y T E R S .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L ’Idée.                                              A Albert Stassart.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 230, "page_imprimee": 201, "debut_caractere": 18, "fin_caractere_exclue": 1531, "texte": "La femme parmi les roses.             201\n\n\n\n\n                             P o è m e e n pro se.\n\n         L a Femme parm i les roses.\n\n\n   A h ! des roses, des roses et des roses p arto ut! Jaunes\ncom m e soufre, blanches com m e seins de femme, rouges\ncom m e blessures, larges, épanouies, vigoureuses et\nfortes elles éclatent au m ilieu de la haie, de la haie,\népaisse, que tresse et que dresse le feuillage touffu des\ng ran d s rosiers. A h! des roses, des roses et des r oses\npartout! P a s d ’horizon — pas de perspectives où s’al­\nlonge et ondule quelque cam pagne vaste. L e paysage\nfrais est barré p ar les fleurs, les fleurs violentes de la\nhaie. E t p ar terre, encore ram pent et grouillent,\ns’élancent et splendissent les roses, les roses luxueuses\nà l’â m e capiteuse !\n    E t là, dans l’odorant fouillis, couchée en robe blanche,\ncouchée et alang u ie, est une jeu n e fem m e. O h ! la folle\net l’étrange! Q ue fait-elle d o n c ? Ses cheveux dénoués\ns’épan d en t et s’accrochent aux épines subtiles, se lovent\nau to u r des tiges et, dans la couleur, jetten t la caresse\nsoyeuse de leur frisson. O h ! la folle et l’étran g e! Q ue\nfait-elle donc ! O n ne voit pas ses pieds. Ils sont cachés,\nperdus parm i les plantes. O n devine ses bras, allo n ­\ngés, ils font parfois luire leur ivoire m at au travers des\nfeuilles. E t son corps, son prestigieux corps, célé déjà\np a r les étoffes, se m asque au su rp lu s, de la luxuriance\nvégétale. — Oh ! la folle et l’étrange ! Seule la tête, la tête\n"}, {"page_pdf": 231, "page_imprimee": 202, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1729, "texte": "   202              La femme parmi les roses.\n\nsuggestive a p p araît, p â le , dans le vert som bre. — Oh ! ses\nyeux ! ses grands yeux de voyante éclairée : écoutent-ils,\nces yeux ? É co u ten t ils ard e r les parfum s ? O h ! sa bouche !\nsa bouche dévorante, mi ouverte, où brille l’éclat bref\ndes d en ts! A spire-t-elle la m e des fleurs! M ystérieuse et\nbelle cette tête a le charm e troublant, a le charm e puis­\nsant de l’Incom pris. V ierges sont-elles ces joues ? Ces\njoues si pures que frôlent des reflets, que caressent des\nom bres? V ierges sont elles ces lèvres adorables? O h! la\nfolle et l’étrange! Q ue fait-elle d o n c ? — Ce qu' elle fait?\n— C ouchée en les roses, elle écoute et respire et voit et\nvoit et v o it...\n    E lle écoute les parfum s, les parfum s harm oniques\n qui s’exhalent, psalm odiques, p ar haleines odorantes,elle\n respire l’â me épanchée, vagabonde et fluide, l’àm e frater­\n ternelle et bonne et douce, elle voit la vie, la vie o p u ­\n lente et forte, la vie id entique à la sienne, elle écoute et\n respire et voit les roses, les roses, les roses!\n    O r, au travers de la haie, l’apercevant soudain, un\n quelqu’un lui cria : « P ren ez garde! C’est m auvais po u r\n la santé ce que vous faites là. P renez garde cela porte\n à la tète. E t ça fait mal ! D es gens mêm e en sont\n m orts! » Indicible, une expression frissonna dans les\n yeux de la femme étendue.\n    E lle ne rép o n d it pas.\n    E t le q u elq u ’un cria encore, cria plus fort. <c P renez\n garde. V ous pourriez en m o u rir! »\n    « A h m o u rir! m ourir dans les roses! » pensa la\n femme.\n    E t un autre venu ajouta. — \" L evez vous, m alheu­\n reuse! Levez-vous tout de suite ! »\n    E lle ne rép o n d it pas.\n"}, {"page_pdf": 232, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 888, "texte": "                             L'Idée.                         203\n\n\n   E t lors, les deux s’en allèrent, grossiers, en l’insultant.\n   E t calm e, en le silence austère de sa solitude recon­\nquise elle re p rit sa v o lupté...\n   A h ! les b rutes qui l’in ju riaien t ne pouvaient pas\ndéduire le sym bole, ne pouvaient pas com prendre. Ils ne\npouvaient savoir ce qui la faisait là , dem eurer im m obile,\nils ne p ouvaient savoir que, plus tard, se levant après la\ngriserie et l’initiation, que p lu s tard se levant m agnifiée\net forte, ayant écouté, respiré et vu, son h aleine et son\ncorps fleuriraient les roses, parfum eraient com m e les\nroses, plus que les roses; ils ne pouvaient savoir, que\nplus tard se levant, elle vivrait doublem ent, sa vie à elle\nd ’abord, et la vie des roses après ! !\n\n                                       A ndré R U Y T E R S .\n\n\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-005", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 203, "page_fin": 204, "titre_corps": "L’Idée", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Henri VANDEPUTTE.", "ancre_debut": "L ’Idée.                                              A Albert Stassart.", "ancre_fin": "Henri V A N D E P U T T E .", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "P anneaux.                                       A Albert Petiau.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 232, "page_imprimee": 203, "debut_caractere": 888, "fin_caractere_exclue": 1290, "texte": "L ’Idée.\n                                              A Albert Stassart.\n\n\n        A h ! les fanfares d'or en mes prunelles sourdes !\n        Ayant erré longtemps par les ténèbres lourdess\n        J e vis enfin le but où tendit mon pas las.\n\n        O Belle ! etje te vis, éblouissante et mie,\n        enchâssée en l'azur de la nuit advenue !\n        E t là-bas, palpitait, sous toi, la mer, là-bas !\n"}, {"page_pdf": 233, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 435, "texte": "204                      Panneaux,\n\n      0 Belle ! tu parus, éblouissante et nue,\n      pharant la vierge mer et la nuit advenue\n      de tes yeux où vibraient des tourbillons d'enfer !\n\n      0 Belle ! j'adorais, oublieux des nuits lourdes,\n      — A h ! les fanfares d'or en mes prunelles sourdes ! —\n      Tes cheveux ocellés ruisselant sur la mer !\n                               Henri V A N D E P U T T E .\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-006", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 204, "page_fin": 204, "titre_corps": "Panneaux", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Richard LEDENT.", "ancre_debut": "P anneaux.                                       A Albert Petiau.", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 233, "page_imprimee": 204, "debut_caractere": 435, "fin_caractere_exclue": 1394, "texte": "P anneaux.\n                                       A Albert Petiau.\n                                       Bien amicalement.\n      Le printemps suspendait l'azur du ciel aux branches\n      et les oiseaux heureux ouvraient leurs ailes blanches\n      pour planer, mollement, sur la fraîcheur des eaux,\n      que ridait le zéphyr en courbant les roseaux.\n\n      Les nymphes ont fermé leurs yeux de lassitude,\n      le parfum seul desfleurs emplit la solitude,\n      et la forêt frissonne aux langueurs du midi,\n      comme un long chant d'amour, faible et indéfini...\n\n      Mais un bruit interrompt la chanson du feuillage\n      et des doigts, sur la mousse où l'ombre se propage,\n      s'allongent vers les corps, tremblants de volupté.\n\n      Des lèvres, brusquement, s'abattent sur les bouches,\n      la chair donne à la chair ses caresses farouches,\n      et les faunes vainqueurs terrassent la Beauté.\n                                 Richard L E D E N T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-007", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 205, "page_fin": 205, "titre_corps": "Elle chante !", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Arthur TOISOUL.", "ancre_debut": "Elle chante.                    205            Elle chante !   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E t du songe alourdit sa paupière,\net des doigts irréels caressent ses regards,\nvifs, reflets de soleil amoral en la mer.\n\nE t du désir fleurit sur l'ardeur de ses chairs,\net de l'amour s'élève en tiges dans son cœur !\nElle chante l'été d'azur de sa splendeur !\n\n                         Arthur T O IS O U L .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-008", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 206, "page_fin": 206, "titre_corps": "Agonie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert STASSART.", "ancre_debut": "Agonie.                            Agonie.       Le sommeil d’ines", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 235, "page_imprimee": 206, "debut_caractere": 28, "fin_caractere_exclue": 1028, "texte": "Agonie.\n\n\n\n\n                       Agonie.\n      Le sommeil d’inespoir où mon Rêve s'accroît\n      de tous mes désirs morts et de mes folles rages\n      est l’irréel pays des sublimes outrages.\n\n      — E t cette lune, douce et bonne, au front des toits ! . . .\n\n      Le divin de ma vie, et ses péchés, et ses rancunes,\n      les penser, les souffrir, les vivre en mes remords ;\n      penser jusqu’au sommeil, et rêver à la mort !\n\n      — 0 ce sommeil, paisible et calme, de la lune !.\n\n      E t n'avoir plus d'aurore, et voir des crépuscules\n      s'alanguir, éternels, dans l'horreur de mes songes,\n      et ne plus croire, ne plus aimer les doux mensonges !\n\n      — Fermez donc les rideaux, cette lune me brûle...\n\n      E t mes yeux vont mourir de ne pouvoir baiser\n      plus jamais le sanglant et l'aubal sacrifice,\n      et mon cœur va mourir de ne voir plus des ly s ...\n\n      — La lune ! Cachez-moi mieux de son baiser !, . .\n                                   Albert S T A S S A R T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-009", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 207, "page_fin": 208, "titre_corps": "Salon vide", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Charles-Louis PHILIPPE.", "ancre_debut": "Salon vide.                         207            Salon vide.                   —    ATTENTE—     H", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 236, "page_imprimee": 207, "debut_caractere": 16, "fin_caractere_exclue": 963, "texte": "Salon vide.                         207\n\n\n\n\n       Salon vide.\n                  —    ATTENTE—\n\n\n\n\nHoule et moindre à l'éclat... E n le salon nanti\nDe verts, dans l'ombre seule où se mirent des voix,\nLe deuil fourvoie de l’or, — en le salon blotti...\nDes frissons d'ailes se posent à blanches fois.\n\nDe vêpres et de soucis où le deuil se dressa,\nE t de soucis à lents pas doux de mon cœur grave,\nE t de vêpre couché dans le deuil qui passa,\nI l abonde des voix en d'airs que le ciel cave.\n\nUn chœur déploie des franges d'heur à demi-flots,\nE t tout se dresse au bois sûr de fleurs et d'alarmes...\nVêpres et ciboires à de longs lilas d'eaux...\nSoucis et chanteurs miels, et d'or à voix de larmes !\n\nMon dieu du M idi qui subtile, et midi bat ! —\nLe H aut du jour tant lève en autels et ciboires ! —\nMon Dieu qui ne m'endors du soin si pâle, là,\nO Toi l'absent du sol et de là, — en les moires\nS'épurent de toujours des seins vers les yeux aimes...\n"}, {"page_pdf": 237, "page_imprimee": 208, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 610, "texte": "208                  Salon vide.\n\n\n      E t je vois des pieds de chair à baiser la n u it...\n      Blond le salon se mielle d'encens en doigts calmes.\n      E t je me vais mourir bel, quand la Vierge lu it...\n      Je me vais de chant seul baiser ses mains d’ombrette.\n\n      Les Dames se ploient lenties à robes de jour. . .\n      Vide est le grave à flots de silence senti,\n      Triste de ce qui ment et se pleure à long tour :\n      Houle et moindre à l’éclat, en le salon nanti\n      E h bien, — très triste à Vous qu’un baiser ne s’apprête.\n\n                             Charles-Louis P H I L I P P E .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-010", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 209, "page_fin": 209, "titre_corps": "Nymphe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "A. 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A A rthur Tois", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 238, "page_imprimee": 209, "debut_caractere": 12, "fin_caractere_exclue": 771, "texte": "Nymphe.                                 209\n\n\n\n\nN ym phe.\n                             A A rthur Toisoul,\n                                         amicalement.\n\n  E lle est m ystérieuse !\n\n  S a v o ix a des accents\n  d iv in s d'enchantem ent\n  et des candeurs p ie u s e s .. .\n\n  E ll e est m ystérieuse !\n\n  O h ! p a rfo is je l'étreins\n  su r m a p o itrin e fiè re\n  et j e baise ses m a in s\n  fa ite s pour la p r iè r e . . .\n\n  O h ! p a rfo is mes regards\n  où naissent mes désirs\n  h u m e n t ses longs r e g a r d s .. .\n\n  O h ! p a r fo is mes lèvres\n  frisso n n e n t,\n   en extase d evant ses lèv re s. . .\n\n   S a v o ix a des accents\n   d ivin s d enchantem ent\n   et des candeurs p ie u s e s .. .\n\n\n                      A . BOURGOM .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-011", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 210, "page_fin": 210, "titre_corps": "Fragment", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "André VAN HASSELT.", "ancre_debut": "Fragment.        N ous devons à la gracieu", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 239, "page_imprimee": 210, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1014, "texte": "Fragment.\n\n\n\n\n   N ous devons à la gracieuseté d e M adem oiselle E rn e stin e V an\nH a sselt ces quelques vers inédits de son père, l’a u te u r des Quatre\nIncarnations du Christ. N os lecteurs a p p re n d ro n t avec un vif p laisir\nq u ’un com ité s’organise en vue de l'érection d ’une statue à la m é­\nm oire du célèbre poète.\n\n\n\n\n                     F rag m en t.\n\n         S u r le sein de la m er m ollem ent agitée\n         L a lune b alançant sa lum ière argentée,\n         P rê te un doux dem i-jour a u sombre a zu r des flo ts\n         E t lève dans les cieux le sceptre d u repos.\n         D a n s l'écume q u i do rt su r l'abîm e liq u id e,\n         L a mouette s'abat su r son a ile rapide,\n         T a n d is que le pécheur d u villa g e voisin\n         Cherche d ans le b ro u illa rd le clocher incertain\n         et s'incline en c h a n ta n t su r les ram es b ru y a n te s ...\n\n\n                                         A n d ré V A N H A S S E L T .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-013", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 213, "page_fin": 215, "titre_corps": "Chronique des expositions", "titre_sommaire": "Les expositions", "rubrique": "", "signature_source": "Désy ELIAS.", "ancre_debut": "CHRONIQUE DE S E X P O S I T I O N S       On est toujours heureux", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 242, "page_imprimee": 213, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 1668, "texte": "CHRONIQUE DE S E X P O S I T I O N S\n\n\n\n   On est toujours heureux de c o n stater que les choses ou les gens\np o rten t bien leurs nom s.\n   L e Cercle Artistique et Littéraire a bien m érité de l ’A rt en ces\nde rn iè res sem aines. Il nous a d o n n é des expositions rem arquables.\n   L 'u n des nôtres a signalé, le m ois d ernier, celle, si intéressante\nd e s ivoires.\n    D epuis, celle des œ uvres de M. G ilsoul a ju stem e n t appelé\nl ’attention.\n   O n a d it que cet a rtiste est le pein tre de la lum ière. C'est vrai,\nen ce sens q u 'il a bien m ontré les divers jeux de lum ière. Il se\ncom plaît, d'ailleurs, beaucoup, d a n s le côté m ystérieux de la\nlu m iè re assom brie. Les toiles exposées au Cercle le m ontrent s u r­\ntout le pein tre des crépuscules. A cet égard, le Souvenir de Hollande\nest fra p p a n t ; la Buée du Soir est d'un réalism e qui s'im pose. Il en\nest de m êm e de l 'Entrée du Village et Le Domaine évoque, p a r des\nressources très sim ples, la vision de choses a p erç u es ou rêvées.\nL'Escaut au crépuscule est une de ces œ uvres qui font d ire, du prem ier\ncoup : C’est bien cela !\n   La Banlieue anversoise est d ’une harm onie qui rattach e intim em ent\nles détails les uns aux au tre s et qui confond les êtres et les choses\nda n s le m êm e m ouvem ent paisible d 'u n e              n a tu re sauvage      et\ntran q u ille .\n   M ais, les personnages sont un peu raides dans la Ruelle et dans\nLa Gare et l'on v o u d ra it un a u tre titre à ce d e rn ie r tab le au , re p ré ­\nsentant un travail de m araîchers.\n"}, {"page_pdf": 243, "page_imprimee": 214, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2032, "texte": "   214                       Les Expositions.\n\n  L e Brouillard, au ssi, représente un lever d u jo u r,          d o n t le\nb ro u illa rd e st un peu absent.\n  Q u a n t aux lum ières éclatantes des Incendies elle est bien rendue,\nen deux toiles d ont la div ersité atteste la pu issa n c e et le travail\nconsciencieux de leu r auteur.\n  A M . G ilsoul, a succédé M. W alter Craene.\n  C'est to u t sim plem ent, une collection de chefs-d’œ uvre que ces\ndessins, à la plum e et au crayon.\n  Il y en a dont on d ira it des gravures.\n  C om m ent un a rtiste arrive aux effets que chacun a pu a d m irer\nd ans cette série d'œ uvres si diverses, c'est ce d ont le dessin ateu r\nanglais a le secret.\n  Ce secret, il est vrai, c’est, en grande p a rtie, le travail.\n  M . W alter C raene est un consciencieux, qui c ro it d evoir connaî­\ntre son m étier.\n   M . F e rn a n d Knopff a expliqué la succession de ces efforts. Il a\nm ontré, en ph rases b ien alignées, u n peu trop spirituelles, M . W al­\nte r C raene, à l’œ uvre, com m e d éco rateu r et com m e vulg arisateu r\net il a, rigoureusem ent, écarté le soi-disant a rt, d ont on dit q u ’il\nest déco ratif q u a n d il n ’y a rien d ’a u tre à en dire.\n  L e laborieux et fin a rtiste d ’outre-M anche est u n d éco rateu r\nsérieux. E t on le sent m êm e q u a n d il n ’em ploie pas de couleurs.\nS a plum e, en peignant (c’est le vrai mot) les figures, les plantés, les\neaux, les accessoires, p ro d u it de tels effets de lum ière et de relief\nqu'il est coloriste p a r une sorte de suggestion invincible pro d u ite\nen ceux que lui accordent l’a tten tio n voulue.\n   L ’œ uvre exposée est tro p considérable p o u r q u ’on la détaille.\n   L e Cercle Artistique a rendu u n service au pub lic, en lui m o n tran t\nles travaux d ’un hom m e a y an t tant fait p o u r ré p an d re le goût du\nbeau. Il faut signaler, aussi, a ce point de Vue, les im itatio n s de\ntapisseries de W a lte r C raene.\n   P u isq u e nous en som m es a u x expositions, nous p o u rrio n s bien\n"}, {"page_pdf": 244, "page_imprimee": 215, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1306, "texte": "                             Les Expositions.                          2 15\n\nd ire q u elq u e m ots de celle qui v ient de se clô tu rer au M usée\nM oderne : l’exposition des prix de Rom e.\n  M . D e H aen sait ce q u ’est un sujet im posé. C ’est un m érite,\na u ssi, que de s’im poser à soi-m êm e u n devoir à faire. Q u an d on\nest jeu n e , cela form e, ces choses-là. M ais, quand on est form é,\nc'est p eut-être dangereux que de trav a iller ainsi — au p o in t de vue\nd u succès, bien entendu.\n  E t cela do it avoir été d u r po u r l'artiste de vigoureuse et délicate\nin sp iratio n q u ’est M . V ic to r R ousseau. Ses personnages n ’en ont\npas m oins b e au c o u p de v ie de m ouvem ent; C réuse, notam m ent, est\nsu p e rb e d ’expression. Seulem ent il p a raît que. . . ça m an q u e de\ncasques. S érieusem ent.\n  D e plus, M . D e H aen est bien dans la note aca d ém iq u e. E née et\nA nchise sont m usclés dans sa scu lp tu re.        Œ u v re faisant belle\nim pression, d'ailleurs.\n  Q u a n t aux a u tre s con cu rren ts, ils ont du b o n , et je ne vois pas\np o urquoi j ’en d ira is du m al.\n  N . B. Le ju ry leu r a donné le second prix, ainsi q u 'à M . R ous­\nseau. — M. D e H aen obtien t le grand prix.\n\n                                                  D é s y E L IA S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-014", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 216, "page_fin": 216, "titre_corps": "Nécrologie", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Désy ÉLIAS.", "ancre_debut": "Nécrologie.      N écrologie. — N os lecteur", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 245, "page_imprimee": 216, "debut_caractere": 34, "fin_caractere_exclue": 1799, "texte": "Nécrologie.\n\n\n   N écrologie. — N os lecteurs savent, sans doute, cette triste n o u ­\nvelle : la m ort du p e in tre J e a n D e G reef. L e grand pein tre a suc­\ncom bé à une m aladie q u ’il a vait contractée en trav aillan t en plein\na ir, p a r de m auvais tem ps. Il est vrai q u e sa ro b u ste co nstitution\nétait ébranlée déjà. L a lutte avait été d u re p o u r lui. Sorti de la\nclasse ouvrière, il avait m anié les outils du rude trav a il prolétarien.\nD ’échelon en échelon, l’ouvrier intelligent, ayant conscience de sa\nforce, e n était arrivé aux conceptions a rtistiq u es. L a pein tu re\ndécorative, dont il s’était occupé en d e rn ie r lie u ,lui révéla sa voie,\net Jean D egreef s’affirma, un jo u r, com m e un pein tre de valeu r,\nsans avoir eu d 'a u tre m aître que lu i-m ême. Son talent ne fit que se\ndévelopper et il a c q u it, non seulem ent u n e intensité ex traordinaire,\nm ais encore une extension peu com m une. D e G reef peignait, tour\nà tour, les paysages, les figures et les anim aux, avec une souplesse\nextrêm e dans la diversité et une m aîtrise sû re d ’elle-m êm e d a n s le\nfini de chacune de ses œ uvres. O n n'a pas assez a p p réc ié ses q u a ­\nlités de prem ier o rd re : Sa c ouleur su p e rb e , son a rt de d istrib u e r\nla lum ière, sa science de la perspective.\n  L a place nous m anque, m alheureusem ent, p o u r d o n n e r à ce\nsujet qui nous tient au c œ u r tout le développem ent qu'il m érite.—\nN ous devons nous b o rn e r à a jo u te r q u ’une exposition des tableaux\ndu M aître va s'ouvrir : exposition qui sera une glorification et u n\nm oyen de v e n ir en aide à la fam ille de l’infortuné D e Greef. —\nN ous en reparlerons.\n\n\n                                                  D é s y É L IA S .\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-015", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 217, "page_fin": 223, "titre_corps": "Les livres", "titre_sommaire": "Les livres", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "Les livres.                                   217                       L ES LIVRES     AUTREFOI", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 246, "page_imprimee": 217, "debut_caractere": 40, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "Les livres.                                   217\n\n\n\n                   L ES LIVRES\n    AUTREFOIS, παλαι ( l ) tel e s t le titr e d u n o u v e a u 1iv re d e M . F r a n c is\nV ie lé -G riffin , e t c ’e s t en effet v e rs l'a u tre fo is m e rv e ille u x d e l 'H i s ­\nto ire g re c q u e q u e le p o è te n o u s re p o rte e n c h a n ta n t les a m o u rs de\nP in d a r e .\n   Il ne pouvait m ieux choisir, et déjà l’A ntiquité fabuleuse s 'était\nplu à je te r un reflet m ystérieux su r la gloire d u plus célèbre des\npoètes ly riq u es th éb a in s ; ne conte-t-elle pas du reste q u ’a lla n t en\nT h esp ie, le jeu n e P in d a re , fatigué de la route, s’endorm it au bord\nd u chem in et que, p en d an t son som m eil, des abeilles v in ren t d é ­\np oser su r ses lèvres un rayon de m iel, présage de sa future célébri­\nté. E n effet, peu de tem ps après, il rem porta le prix de la poésie\nsu r M ÿrtis, fem m e grecque; m ais m oins heureux avec C orine, une\nélève de M yrtis, il fut, ra p p o rte E lien, cin q ou six fois vaincu.\nP a u sa n ia s a ttrib u e le triom phe de C orine à la su p ério rité du d ia ­\nlecte éolien, plus gracieux et plu s com préhensible p our les juges ;\nm ais la légende conte que P in d a re fut v aincu bien plus p a r les\nyeux d e C orine que p a r son talen t. Celle-ci, du reste, m algré le\njugem ent qui lui a ssu rait la victoire, proclam a p a rto u t la supério­\nrité de son rival. Q u an t à M yrtis, elle se laissa v aincre p a r am our\np o u r P in d a re .\n   C ’est ce thèm e qui sert de sujet à M . V ielé-G riffin dans les trois\ndialogues de π α λ α ι.\n   D ans le c h an t p rem ier, P in d a re raconte à C orine de T an ag ra\ncom m ent il com m ença à c h a n te r et                    elle    lui reproche d ’ai­\nm er trop la richesse et de vendre son a rt ; cela l’a ttriste et la dé­\ngoûte de ten ir une lyre et elle v o u d ra it être encore à T an ag ra.\n                         P e tite fille com m e autrefois,\n                         A reg ard e r les vagues bleues\n\n  (1 ) E dition d u Mercure, de France, P a ris .\n"}, {"page_pdf": 247, "page_imprimee": 218, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1903, "texte": "   2l8                           Les livres.\n\n                      D ’e n tre les pam pres et les grappes\n                      Où l'om bre to u rn e et change.\n  M ais enfin il faut o u b lie r, et elle d onne à P in d a re de sages con­\nseils : il faut rire afin que le p euple qui raille vous pense heureux\net vous porte envie.\n           L a jo ie infâm e hésite où le bo n h eu r s’affiche ;\n           Sois gai, c ar la vengeance est de p a ra ître heureux. . .\n  D ans le ch an t second M yrtis d'A nthédon redoute la venue de\nl ’autom ne     de l ’am our,   m ais P in d a re   lui   dem ande pourquoi\nc rain d re ?\n           P a rc e q u ’un b aiser fut com m e une fleur\n           E t q u e l'année a passé com m e un c h ar\n           E t q u ’elle nous laisse sa poussière au m ains ?\n  M ais il ne voit que l'am our des corps, et M yrtis répond p a r ces\nvers m erveilleux :\n                 T u n ’as baisé su r m a bouche\n                 Q u ’un peu de c h a ir ?\n                 M a couche\n                 N e te fut q u ’u n orgueil ?\n                 M a fierté q u ’u n ap p ât qui tente ?\n                 B ien ;\n                 Moi j ’ai resp iré avec ton souffle\n                 L 'espace, le ciel clair, la m er et l'air\n                 T oute l’harm onie de tes lèvres chantantes\n                 Ainsi q u ’un jo u r d ’été. . .\n                 E t je vivais, im patiente — com m e on souffre —\n                 E t frém issante à ton toucher, j ’étais,\n                 J'é tais ta lyre, un peu\n                 T a lyre où frém it D ieu.\n   E t elle reproche à P in d a re d ’aim er en elle une au tre femme,\nC orine. m ais il se défend c a r il ne s’est laissé vaincre p a r elle que\np a r caprice ; sa m use à lui c ’est M yrtis. Celle-ci secoue la tête,\nil est hom m e, elle est l’au to m n e, et c’est la m ort de l ’am our ; avec\nun rire forcé elle prononce :\n"}, {"page_pdf": 248, "page_imprimee": 219, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1871, "texte": "                                  Les livres.                         219\n\n                V a ton chem in ; je m e re p re n d s aussi,\n                Je te regarde a lle r sans un souci.\n                Q ue de la h au te gloire de ta lyre\n                E t, vers cet avenir où j'a i su lire\n                E n lettres d 'or a u péristyle des tem ples\n                T o n nom , im périeux com m e un exem ple,\n                Je dis : P in d a re ! de la m êm e voix\n                Q ue ceux qui disent lentem ent : H o m ère !\n  E t P in d a re , ingrat, s'en va vers la gloire tan d is que M yrtis,\navec u n e d e rn iè re ironie, s'écrie :\n                      Je pleure, ce doit être de joie.\n  Au ch an t troisièm e, P in d a re revient vers son vieux m aître, le\npoète Lassos d 'H e rm io n e , a u jo u rd 'h u i aveugle :\n                L es heures me dépassent sans nom bre,\n                Je n ’e ntends plus le u r pas de fille.\n\n                 Je n'ai pas allum é de torche d epuis des ans.\n                 Il doit faire n o ir ?. . .\n   L ’enfant de re to u r se re p o rte vers le passé où L assos c h antait\navec des rim es d ’or.\n           L e rêve qui fut nous est tout ce qui dem eure.\n           L a vie to u rn e, liée avec sa ronde d'heures,\n           O n songe de vieux songes, on refait les chem ins. . .\n   E t Lassos aussi songe au passé et se souvient des form es fugaces\nqui p o u r lui dorm en t m ain ten a n t ; il les entend encore qui b a v a r­\nd e n t à dem i-voix,\n                         E t c’est un cri de joie,\n                         T an tô t\n                         E t tan tô t com m e un sanglot.\n  P in d a re raconte alors sa vie et son voyage p a r le m onde. Il\nnom m e celles q u 'il a im a it:\n                         C orine, la ria n te tristesse,\n                         M yrtis, la triste joie.\n"}, {"page_pdf": 249, "page_imprimee": 220, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2015, "texte": "  220                           Les livres.\n\n            J ’ai traversé des foules m urm urantes,\n            A pas lents, seul, com m e un nom qui passe\n            Avec un peu d'étonnem ent, en om bre, d e rriè re m oi ;\n            E t d ev an t m oi, ainsi q u'une épouvante,\n            L a gloire ! faisait signe qu'on fît place.\n  Lassos s'étonne de cette désespérance ; la c arrière du poète\ncom m ence seulem ent en effet; regarde, dit-il,\n                 E t levant tes yeux vers le soleil ébloui\n                 Aveugle-toi et tu verras la vie !\n  Q ue vois-tu ? re p re n d Lassos.\n  P in d a re v oit la m er.\n  E t L assos :\n                           L ’e sp rit déchoit.\n                           T u vois la chair,\n                            C 'est peu, regarde encore.\n  P in d a re , perplexe, voit les astres de la n u it p a r m yriades.\n  E t Lassos :\n                     E t m ain ten an t c'est tro p de choses\n                     E t tu n ’y vois plu s c la ir.\n  P in d a re souriant,\n                Je vois ce que tu vois, sans doute, m aître.\n  N on, pas encore, enfant, dit L assos très grave, c ar moi je vois,\nô m on enfant, ô m on poète, la ro u te où tout re to u rn e vers l'id en ti­\nté, l’am our, l'esp o ir, la gloire, la beauté.\n   E n fan t, je vois la nuit d ’éternité.\n  Ce n ’est plus l'in stan t de re d ire la c a ra cté ristiq u e du talent de\nM. V ielé Griffin, je l'ai fait déjà dans une précédente c hronique,\naussi ai-je pe nsé q u ’il était p référab le de d o n n e r en une courte p a ­\nra p h ra se les m eilleurs vers butin és ça et là dans π α λ α ι.\n   L e ch an t second m ’a su rto u t sollicité, c a r la vision du poète y\nest d ’une p u re té et d ’une délicatesse m erveilleuse.\n   D ans le c h an t d e rn ie r aussi, cette figure d u vieux poète aveugle\na un charm e pén étran t, et sa parole a u g u ste et h arm onieuse s'est\népanouie en discours d ’une haute philosophie.\n\n\n\n\n                                                                I\n"}, {"page_pdf": 250, "page_imprimee": 221, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1790, "texte": "                              Les Livres.                               221\n\n  L e c h an t p rem ier, d a n s une note différente, m ’a m oins plu,\nq uoique je doive y re co n n aître quelques b elles choses.\n  B re f ce livre de M . Vielé Griffin est une œ uvre de plu s qui vient\naffirm er le genre de talent du poète. Il y conserve l’élan poétique,\nla science profonde et la sincérité v ib ran te dont il a im prégné ju s­\nq u ’ici son œ uvre.\n\n\n                                                      C harles      BRONNE.\n\n\n\n\n        V E R S L A VIE, par Richard Ledent.\n                                            (B é n a rd , L ié g e .)\n  C 'est l'œ uvre de d ébut d ’un jeu n e et d 'u n sincère d ont la m e fut\nsouventes fois troublée p a r les heures tragiques de la vie. L e poète\nest venu vers la vie et a vu la joie lui so u rire à p ein e et les m alh eu rs\net les vices a b a ttre furieusem ent ses belles chim ères, une à une. E t\nil a d it ce qui s’est reflété dans la profo n d eu r de ses yeux...\n  Ce qui constitue le v éritable fond des trois dram es d ont se com ­\npose Vers la Vie, c'est la venue te rrib le du M alheur. E t en cela ces\npièces ont beaucoup d'affinité — ceci n'est pas un rep ro ch e — avec\ncelles de M a u rice M aeterlinck.     ,,\n  L e vers souvent lib re, parfois classique, de M . L ed e n t est facile\net sim ple, assez rarem ent e m phatique ou peu souple.\n          « On n'aim e pas la n u it q uand on a des rem ords. »\n\n          « Sois b on! D e ta b onté p e u t n a ître le b o n h e u r. »\n\n          « ... de p a r la ville\n          » la fête d u re to u r sera prê te sous peu,\n          » des guirlandes d ’avril festonneront leurs jeux\n          » le long des ponts, le long des to u rs,\n          » et des villages et des bourgs\n"}, {"page_pdf": 251, "page_imprimee": 222, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1976, "texte": "    222                           Les Livres.\n\n           » vien d ro n t les fem m es et les enfants\n           » avec leurs petits cœ urs a im a n ts... »\n   E t q u an d L utgold exhorte son fils à tu e r l’am ant de sa m ère\ninfidèle, le fils répond :\n           « P è re , venez! L aisso n s la vie à leurs re m o rd s ! »\n   Q ue puis-je donc d ire de ce livre, sinon du bien?\n                                                          G eorges R A N C Y .\n\n\n\n\n   Paul Germain ; — L A NONNE, monographie en un\nacte, — L ’ INEXAUCÉ, drame en deux actes.\n          (d es p re s s e s d ’A. P r in c e lle , ru e d e H o u d a in , M o n s.)\n   D eux dram es à m onologues dont le p re m ier sem ble avoir enfanté\nl ’au tre c ’est d ire que l'un a p our lui l ’invention, le second p lutôt la\nfacture c a r il p a raît dès l'abord plus com plet, m ieux frappé, une\nœ uvre plus expérim entée.\n  L ’a u te u r n ’est pas u n p re m ier venu littéraire, L a Nonne a donc\ndes qualités indéniables : elle com m ence p a r une profession de foi\nphilosophique très haute et bien ch arp e n té e ; la scène est tragique\nsans fausse sentim entalité. M ais on y rencontre avec regret, d a n s\nla form e, la rém iniscence in u tile d'un procédé récent m ais q u i a\ndéjà cessé de p laire. J ’entends ces p hrases faites, telles q u e : Avez-\nvous vu déjà les yeux des m orts?\n  L'Inexaucé est m oins scénique, m ais à peu près exem pt de ce défaut\net m êm e de tâtonnem ents, c a r il y a là des pages suivies q u i tra ­\nhissent un énergique effort de volonté.\n  C ertes, elles ne d a te n t pas d ’a u jo u rd ’hui, les to rtu re s m orales du\np rê tre défaillant en tre le respect de sa foi religieuse et u n d é lire\nc harnel aiguisé de m ysticism e, m ais le u r exposition est agencée\navec u n a rt to u t m oderne et p lein de tac t.\n  Il y a là u n e thèse nette et h ard ie : dans les p rem ières scènes,\nq u elq u e passage d ’une réalité p rise su r le vif, succédant à une\n"}, {"page_pdf": 252, "page_imprimee": 223, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1708, "texte": "                              Les Livres.                            223\n\n\ncitation ou u n e idée a b straite, laisse parfois un peu de trouble,\nm ais dès le m om ent où la crise se déclare chez le p rê tre , to u t s’e n ­\nc h aîn e logiquem ent et m arche au dénouem ent à trav ers des phases\nréellem ent belles : une restrictio n seulem ent q u a n t à la scène de\nl ’opium qui p a raît tro p c o n tra ire a u c aractère et aux principes\nreligieux et qui p o u rra it bien n 'ê tre là que com m e explication.\n  D ’a illeu rs faut-il tout dire? Ce n'est pas tant l'enchaînem ent des\nidées exprim ées sans em phase qui nous charm e dans l'Inexaucé :\nC 'est la sin cérité de l’inspiration, une vraisem blance p u isa n t sa\nforce dans là sim plicité d 'u n thèm e h um ain qui n ’est pas loin de\ndevenir u n v éritab le plaidoyer.\n                                                        E dgard    BA ES.\n\n\n\n\n        Album de croquis Zeelandais\n                  texte et dessins par IV. Delseaux, avec cartes et plans.\n  T rès a rtistiq u e publication, a rriv a n t à point, à la fin de l'année,\np o u r p re n d re une place rem arq u ab le su r les tables de salons, sou­\nvent privées du v éritable luxe, celui du sentim ent de l'art. L 'a r­\ntiste a versé en effet dans ce cah ier, le plus intim e de son â m e, ses\nsensations d u ra n t de longs séjours su r la terre n é erlan d a ise , ses\nim pressions jeunes et sincères. Q uoi de plus sy m p ath iq u e ?\n                                                       E dgar   B A ES.\n\n  R eçu aussi : L 'Ironique Amour, p a r Cam ille L em o n n ier ; Chansons\net Sonnets, p a r P au l-A rm an d H irsc h ; Eveils, p a r A ndré et M aurice\nM agre, etc.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-016", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 224, "page_fin": 224, "titre_corps": "Broutilles", "titre_sommaire": "Broutilles", "rubrique": "", "signature_source": "***", "ancre_debut": "Broutilles.                             B R O U T IL L E S .   L es frontis", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 253, "page_imprimee": 224, "debut_caractere": 33, "fin_caractere_exclue": 1840, "texte": "Broutilles.\n\n\n                          B R O U T IL L E S .\n  L es frontispice et cul-de-lam pe de ce fascicule sont d û s à notre\nam i E d g ard B aes.\n\n  A B ruxelles,le 15 de ce m ois, M . A rth . D etry a conférencié su r\nA ndré V an H asselt.\n\n   N ouveaux confrères :\n   L 'A r t jeune. — C 'est sous ce titre q u e n a îtra en 1895 une nouvelle\nrevue litté ra ire et a rtistiq u e, ouverte p a rticu lièrem en t aux jeu n es\net aux inédits. L a R evue s’é ta n t acquis le concours des p rin cip au x\nécrivains et artiste s belges, en p u b lie ra et re p ro d u ira des œ uvres.\nN ous dem andons à nos lecteurs de rép o n d re largem ent à leu r\nappel : l'abonnem ent annuel sera de 5 francs.\n\n  Essais de Jeunes : D ire c te u r M aurice M agre, ru e des P u its-creu ­\nsés, 8, T oulouse.\n  (T ous nos souhaits.)\n\n   M . M onseur consacre un long a rticle , en le récent num éro de\nRevue-Journal, à l'idée d ’une coopérative intellectuelle, où l'on p o u r­\nra it se fournir, à m eilleu r com pte que chez les lib ra ires, de livres\net de jou rn au x , et qui a u ra it en outre l'avantage de lie r p u issa m ­\nm ent les intellectuels belges. In u tile de d ire que Stella ad h ère\ncom plètem ent à ce program m e, qui réalise un de ses rêves les plus\nch ers. N ous en reparlerons.\n   R em arq u é aussi à la Justice et au Journal de Bruges : Coup d'èpée\ndans l’eau, u n très intéressant a rticle de M . Joseph D esgenêts.\nM . D esgenêts ém et u n projet : L ’érection aux frais de l’E ta t d ’un\ntem ple d 'a rt, accessible a u pub lic, où les artistes et lettrés p o u r­\nraient y exposer g ratuitem ent leurs œ uvres, y donner des conféren­\nces, etc.\n\n  L ire en notre p ro c h ain num éro : Q uelques notes de n o tre excel­\nlent collab o rateu r C harles B ro n n e, su r le Salon de Liége.\n"}]}, {"article_id": "ulb-stella-1894-12-n7-017", "volume": "ELB-ULB-a085-1894-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-a085-1894-000.pdf", "ocr_sha256": "66699e144cf6db5760c93d11e0eb490343c7741564db771aaea0f68034fc2d53", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "S O M M A I R E", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 255, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 860, "fin_caractere_exclue": 2407, "texte": "S O M M A I R E\n\n         C a m il l e    L e m o n n ie r . — P a g e s retro u v ées.\n         C a m il l e    R oussel.         B rum es         lan g u id e s.\n         A ndré     R uyters. —          L a femm e p a rm i les roses.\n         H enri V andeputte. —               L ’I d é e ,\n         R ic h a r d    L edent. —        P an n e au x .\n         A rthur        T o i s o u l . — E lle chan te.\n         A lbert        S ta ssa rt. — A g o n ie.\n         C h a r l e s L o u is P h il ip p e . —    S a lo n v i d e\n         A.   B ourgom. —          N ym phe.\n         A n d r é V an      H a s s e l t . — Fragm ent.\n         D É sy   E l ia s . —    L e s ex p o sitio n s.\n         C harles        B r on ne, G eorges R ancy, E dgar                   B aes —   L es livres.\n         * * * — B routilles.\n\n\n\n  Stella ne publie que de l’in é d it et laisse à chacun de ses collabora ­\nteurs la responsabilité de ses articles et de ses opinions.\n\n\n            Stella est en vente :\n          A B r u x e lle s, chez Istace; chez Wattiau, rue de Longue-\n            Vie ; chez Lacomblez, rue des Paroissiens,\n          A M o n s, chez Magerman, 15 rue de l’Athénée.\n          A G and, chez A d. Hoste, rue des Champs.\n          A A n v ers, chez Forst, place de Meir.\n          A L iè g e , chez Gnusez, rue du Pont-d’Ile.\n          A V e r v ie r s, chez Gilon, Pont St. Laurent,\n          A P a r is, chez Chérie, rue Hallè, chez Chamuel, rue de\n            Trévise.\n        Imprimerie G. B A L A T , rue Potagère, 5y, Bruxelles.\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 220, "texte": "P re m iè re   A nnée          N° 7. — D ÉC EM B R E.                                       1894.\n\n\n\n\n                                                                    Stella\n                                                               Revue mensuelle d’A rt et de\n                                                                                            ,\n                                                                           Littérature.\n                                                                    D ire c tio n : 38, ru e V a u tie r.\n                                                                       B ru x e lle s .\n\n\n\n\n                                                    s c in tille e t m o n te\n                                                    p lu s a v a n t dansl'E\n                                                                           ther,b ie n a u d e là\n                                                    d es b ru n e s e t d e s é m an atio n s\n                                                        de l a f a n g e !\n\n\n\n\n        CE N U M É R O : 5 0 C E N T IM E S\n"}, {"page_pdf": 221, "texte": "- f.   '   •\n"}, {"page_pdf": 222, "texte": "                  L'Annonciateur de l'hiver.            ig 3\n\n\n\n\n             P a ges       r et r o u v ée s .\n\n\n      L ’A n n o n c i a t e u r d e l’h i v e r .\n\n\n   A la tom bée du jo u r, vers la fin de novem bre\n(— il y avait toujours quelqu’u n à la fenêtre pour\nsig n aler l’événem ent — ), on pouvait voir s’avancer\ndu fond de la noue im m ense, su r la m ince route labourée\nd’ornières qui ray ait le déferlem ent des sables et des\nbruyères, une m achine soubresautante qui, à la longue\np ren ait la form e d ’un vague cabriolet. D ’abord,\nsous les am as de nuées chavirées à travers l’espace\net s’effilochant ju sq u ’à rez terre, on eût conjecturé\nla soufflure d ’un petit nuage détaché du vaste ciel\np an telan t p ar l’étendue. T o u t autre que nous au rait\np u s’y tro m p er, m ais nous savions que c’était le\nm om ent où g énéralem ent le brave hom m e apparaissait\ndans la contrée ; sa petite voiture nous était connue ;\nnous ne l’eussions confondue n i avec un n u age, ni avec\nle cab rio let du m édecin.\n   A lors, l’une des petites figures collées aux vitres et\nre g a rd a n t s’éployer, sous les cuivres déchiquetés du cou­\nch an t, l’infini et m élancolique paysage, s’écriait :\n   — V oilà Je a n Clou ! C’est sûrem ent Je a n Clou dont\nva là-bas la voiture.\n"}, {"page_pdf": 223, "texte": "   194             L'Annonciateur de l'hiver.\n\n     Cahotée au x sablonneux rem ous, elle sem blait lutter\n péniblem ent contre les vents qui dès l’autom ne souf­\n flaient avec violence d ans la vaste arène tourm enteuse.\n E n fin la capote qui, com m e u n capelet de vieille\n fem me, coiffait le véhicule et à chaque tourde roues\n plongeait en avant avec un sim ulacre de salut ou de\n bénédiction, se rapprochait. O n com m ençait à distinguer\n les h auts essieux su r lesquels p erchait la caisse :\n cela ressem blait m ain ten an t à u n étrange échassier\n valseur ou à un furieux insecte fauchant des pattes\n entre terre et ciel.\n    T outefois il fallait encore u n assez long tem ps, en ce\n pays découvert où les distances déjouaient u n calcul\n précis, avant que le cabrouet de Jean Clou s’attestât ce\n q u ’il était authen tiq u em en t, — une sorte de com prom is\n entre la tapissière et l’ancien coucou, — et que le vieux\n poney chevelu, b ra n la n t aux brancards comme une\n m écanique m al huilée, récupérât ses p roportions nor­\n m ales. Ce bizarre équipage avait l’air de flotter à vau\nla bourrasque p lu tô t q u ’il ne foulait la terre ferm e.\n    L e château (à la vérité une antiq u e ferme féodale\naccostée de tourelles et bordée de douves) était la seule\nhabitation qui, à deux lieues de ronde, s’aperçut dans la\nsolitude de la lande. A utour de nous, rien que le d éro u ­\nlem ent de la fagne, d’illim itées et planes étendues qui\nse perd aien t dans l’horizon, l’été fleuries par le\ncône violet de la bruyère, l’autom ne teintées de laques\nsanguinolentes, l’hiver cristallisées en prism atiques\net givreux argents. Il sem blait que les villes se\np erd issen t p o u r nous derrière l’ourlet des dunes qui,\ntout là-bas, denticu laien t le désert.\n    U n grelottem ent de sonnailles enfin dépassait l’arche\n"}, {"page_pdf": 224, "texte": "                   L ’Annonciateur de l'hiver.             195\n\n du fossé. T a n d is que les rênes s’ab attaien t sur le garrot\ndu vieux poney, u n « b o n jo u r, mes enfants » nous était\nlancé de la p ro fo n d eu r du cabriolet (car nous étions tous\naccourus). D eux jam bes ensuite s’extrayaient de la botte\nde paille qui garnissait le dessous du tab lier, et u n petit\nhom m e, blotti sous u n e lim ousine pileuse, les m ains\nenfoncées en de profondes moufles, le tapabor rabattu\nju sq u ’au nez, glissait su r le pavé. C’était le père Jean\n Clou.\n    A gilem ent il d ételait Coco, rem isait son cacolet dans\nle charril, pu is, après avoir changé ses lourds sabots\nrem bourrés de feurre contre de légers chaussons il\nm ontait présenter ses hom m ages à m on père qui, dans\nla grande cham bre du rez-de-chaussée, l’attendait sous\nle m anteau de la chem inée.\n    — S a lu t, H o n n ête m onsieur ! Je vous annonce l'hiver !\nA llez, je l’ai ren co n tré en passant p ar les villages. L es\np u rin s gelaient. Jean Clou, vous savez, ne se trom pe\npas. L a neige tom bera avant trois jo u rs.\n    L ’ap p aritio n du p etit Jean Clou, en effet, signalait\ntoujours les ap proches de la neige : il étatt po u r nous\ncom m e l’o u verture officielle de l’hiver. N ous savions\nq u ’à peine son cabriolet rep arti, les flocons se m et­\ntraien t à dan ser aux raquettes de l’air. L ’A nnonciateur\ndes frim as était l’uniq u e passager qui se risquât encore\nd an s la désolation de la brousse. C ’est p ourquoi nous\nl’aim ions, c’est p ourquoi il nous était devenu com m e\nu n e loin tain e connaissance chaque année ram enée à\nl’entrée de l’hiver. C’est pou rq u o i aussi, q uand il nous\narriv ait, m on père l’hébergeait la n u it et une p artie de la\njo u rn ée suivante.\n     D ep u is dix ans, il était l’hôte de la m aison ; jam ais il\n"}, {"page_pdf": 225, "texte": "   196             L'Annonciateur de l'hiver.\n\nne transgressait le livide b ru m aire; ensuite on le voyait\nrem ettre son bidet au bran card ; ju sq u ’à l’an suivant sa\ncarriole cessait de voguer à travers le ressac des plaines.\nIl h ab itait vers la frontière de H o llan d e, l’été récoltant\nles herbes et les plan tes, d istillant les fleurs, pulvérisant\ndes racines, rem o n tan t sa ru stiq u e et erran te pharm acie.\nCar telle était l’ind u strie de Jean Clou : u ne fois l’an, il\npassait à travers les pays, vendant ses drogues dans les\nfermes et les châteaux. On refaisait alors sa provision\nde salsepareille, de guim auve, de cam om ille, de tilleul,\nde chèvre-feuille, de sureau et de pavots, en prévision\ndes fièvres et des langueurs q u ’am ènent les noirs\njours.\n   Jean Clou, p o u r les ham eaux perdus dans la lande,\nsans com m unication avec les gros villages pourvus\nd ’ap othicaireries, était une réelle providence. Il p ra ti­\nquait les prim itives th ériaq u es, excellait aux vulnéraires,\nétait rép u té po u r l’efficacité de ses électuaires. Il prom ul­\ng u ait le galanga p our les odontalgies, la quinine pour\nles quintes de fièvre, le q u assia p our les estomacs in d o ­\nlents. Il débitait aussi un onguent p our les cors, un p ec­\ntoral qui réduisait les plus violents catarrhes, une in fu ­\nsion secourable aux cachectiques. U n e de ses panacées,\n régulièrem ent utilisée, passait pour u n préservatif effi­\n cace contre les in nom brables avanies d o n t l’âge et les\n infirm ités reb u ten t l’organism e hum ain . Il possédait\n encore des recettes p o u r les convulsions et la chorée,\n guérissait des aném ies paludéennes, extirpait le farcin,\n la gale et le tournis, exterm inait blattes, cam pagnols,\n taupes, rats et souris.\n    — A h ! disait-il, je ne suis q u 'u n pauvre paysan.\n C’est à p eine si je sais lire dans les livres. J e n ’ai pas\n"}, {"page_pdf": 226, "texte": "                  L'Annonciateur de l'hiver.              197\n\nfait mes classes : to u t petit, m on père m ’em ployait à\nram asser les herbes officinales dans les bois et les prai­\nries. M ais je vous assure bien que si tout le m onde\nvoulait m ’écouter, au lieu de se fo u rn ir chez les m ar­\nch ands de poisons, la terre ne s’en porterait que m ieux.\nV oyez-vous, honn ête m onsieur, le bon D ieu a fait les\nplantes p o u r les bêtes, mais aussi p our les hom m es. J ’en\nai sauvé, rien qu’avec mes petits paquets, des cent et des\nm ille, et qui vont à présent su r leu r n o n an te sans b é­\nquilles. L a terre ! la terre, honnête m onsieur, il n ’y a\nque cela ! M ais voilà, on d it que c’est bon po u r nous,\nles sim ples, les ignorants, les croyants ! Allez, honnête\nm onsieur, on ne fait pas de bonne guérison sans l’ac­\ncom pagner d’une bonne prière ! L e ph arm acien, c’est la\n terre et ce qui pousse dessus, m ais le bon D ieu, voilà le\n m édecin !\n    T an d is q u ’assis dans l’â tre, s es m ains su r ses sèches\n et noueuses rotules, Jean Clou ém ettait son frêle filet de\n voix, une conviction d ’apôtre anim ait son fruste profil\n de loup aux m âchoires en saillie, au nez acéré et rusé,\n aux clignotants yeux gris sans cils. Sa m ince bouche\n trem blait, secouée par le vent des paroles. Q uand il évo­\n q u ait le nom de D ieu, il inclinait légèrem ent la tête et\n levait sa m ain vers le ciel.\n     L a cloche ensuite sonnait p our le repas du soir. Jean\n Clou p ren ait place à la table, devant m on père. C’était\n la chaise réservée à l’étranger ; lorsque nous étions entre\n  nous, la chaise dem eurait vide: Je a n Clou, debout, réci­\n tait le bénédicité. Il se rasseyait ensuite, m angeait le\n  pain et les légum es, s’ab sten ait de viande, et le repas\n  term iné, de nouveau il p riait, debout, la tête inclinée et\n  les m ains jointes. P u is mon père lui-m êm e, le précé­\n"}, {"page_pdf": 227, "texte": "   198             L'Annonciateur de l'hiver.\n\n  d an t avec une chandelle, le m enait coucher dans une\n des cham bres de la tourelle.\n     — M erci, hon n ête m onsieur, disait Je a n Clou au\n m om ent de ferm er sa porte, la bénédiction de D ieu soit\n su r vous et votre m aison !\n     L e lendem ain m atin com m ençait le déballage. Jean\n Clou m ontait dans son cacolet, enlevait des fonds deux\n coffres h erm étiquem ent clos q u ’il tran sp o rtait dans la\n gran d e cham bre et qui, en s’ouvrant, volatilisaient des\n arôm es de prés et de bois.\n     — Voici, honnête m onsieur, la rh u b arb e, la casse, le\n seneçon, cela vous tie n d ra l’estom ac libre. Vous faut il\n pas des tisanes? Allez, j’ai des récoltes toutes fraîches...\n U n e botte de tilleul, un p aquet de m auves, des réglisses...\n Laissez-m oi faire, je sais de quoi vous avez b eso in ...\nAh ! encore ceci ! Voyez un peu s’il allait vous m anquer\nquelque chose! L e bon D ieu est le bon D ieu, m ais il\nfaut com m encer p ar s’aider soi même.\n    L es petits paquets, les bottelées d ’herbes et de feuilles\nfinissaient p ar couvrir toute la table.\n    — C’est b ien , Jean Clou, disait mon père. N ous aurons,\nje crois, notre com pte ju sq u ’à l’an prochain.\n    — Je le crois, honnête m onsieur.\n    Il déployait un large signe crucial, dem eurait tout un\ntem ps en prière, étendait su r la table un geste de\nbénédiction.\n    — Ainsi soit-il ! m u rm u rait m on père.\n    — A insi le veuille D ieu ! A m en! rép o n d ait Jean Clou.\n    M ais au d ern ier m om ent, il p araissait se rem ém orer\nd ’utiles et nom breuses recettes, — u n capsicon p o u r les\nb rûlures, un collyre p o u r les yeux, u n baum e po u r les\nengelures. Il extrayait aussi des pom m ades capillaires,\n"}, {"page_pdf": 228, "texte": "                    L'Annonciateur de l'hiver.             199\n\ndes cirages, divers oings p our essieux, outils et harnais.\n    — B on! bon! en voilà assez! disait m on père, débordé\np ar ces offres.\n    — Cette fois je le crois bien, honnête m onsieur.\n    Jean Clou se décidait enfin à referm er ses coffres, les\nhissait dans son cabriolet, puis nous faisait ses adieux.\n   — A l’an proch ain ! honnête m onsieur! E t que le bon\nD ieu vous assiste!\n    U n in stan t encore il fouillait dans les profondeurs de\nla caisse et en retirait des cornets de grains d ’anis, de\ncaram els au sureau et de pâtes de guim auve qu’il nous\nd istrib u ait, à nous, les cadets.\n    — H o n n êtes petits m essieurs et mam zelles, acceptez\nceci en souvenir de Jean Clou.\n    L à-dessus, ram assant les guides, il excitait Coco d ’un\nclaquem ent de langue, et pen d an t longtem ps, des fenê­\ntres de la grande cham bre nous apercevions décroître\nsous la bataille des nuées, à travers les ornières et les\nm ares d o n t s'écorchait la noue, — là-bas, vers les livides\nhorizons d’où quelquefois, com m e d’un apostum e qui\ncrève, se m ettaient à gicler les prem ières neiges — le\nh o u le u x cabriolet salu an t et bénissant les m ornes plaines,\nau sautillem ent saccadé du vieux petit poney rouge.\n\n                                C am ille   L E M O N N IE R .\n"}, {"page_pdf": 229, "texte": "200                 Brumes languides\n\n\n\n\n          Brumes languides.\n\n\n      Eau clapotante dans l'Ame qui dort\n      A u x soirs sussurants de baisers ;\n      Molles voiles au gré des mers ;\n\n      Bruissements lointains de cloches invisibles\n      Par delà les arbres en dentelles de suie,\n      Sur des horizons noyés dans l'incertain ;\n\n      Cloches très tristes qui pleurent des sons\n      Comme des larmes impalpables,\n      E t dans le calme des distances, s'éploient.\n\n      Tandis qu'en l'atmosphère vitreuse\n      Du Vague des sonorités agonisantes,\n      Passent, diffusément, d'érotiques désirs,\n\n      E t qu'au ciel songeusement morne\n      Courent des opalités nuageuses :\n      Grands yeux éteints de vierges mortes !\n\n                         Camille R O U S S E L .\n"}, {"page_pdf": 230, "texte": "                  La femme parmi les roses.             201\n\n\n\n\n                             P o è m e e n pro se.\n\n         L a Femme parm i les roses.\n\n\n   A h ! des roses, des roses et des roses p arto ut! Jaunes\ncom m e soufre, blanches com m e seins de femme, rouges\ncom m e blessures, larges, épanouies, vigoureuses et\nfortes elles éclatent au m ilieu de la haie, de la haie,\népaisse, que tresse et que dresse le feuillage touffu des\ng ran d s rosiers. A h! des roses, des roses et des r oses\npartout! P a s d ’horizon — pas de perspectives où s’al­\nlonge et ondule quelque cam pagne vaste. L e paysage\nfrais est barré p ar les fleurs, les fleurs violentes de la\nhaie. E t p ar terre, encore ram pent et grouillent,\ns’élancent et splendissent les roses, les roses luxueuses\nà l’â m e capiteuse !\n    E t là, dans l’odorant fouillis, couchée en robe blanche,\ncouchée et alang u ie, est une jeu n e fem m e. O h ! la folle\net l’étrange! Q ue fait-elle d o n c ? Ses cheveux dénoués\ns’épan d en t et s’accrochent aux épines subtiles, se lovent\nau to u r des tiges et, dans la couleur, jetten t la caresse\nsoyeuse de leur frisson. O h ! la folle et l’étran g e! Q ue\nfait-elle donc ! O n ne voit pas ses pieds. Ils sont cachés,\nperdus parm i les plantes. O n devine ses bras, allo n ­\ngés, ils font parfois luire leur ivoire m at au travers des\nfeuilles. E t son corps, son prestigieux corps, célé déjà\np a r les étoffes, se m asque au su rp lu s, de la luxuriance\nvégétale. — Oh ! la folle et l’étrange ! Seule la tête, la tête\n"}, {"page_pdf": 231, "texte": "   202              La femme parmi les roses.\n\nsuggestive a p p araît, p â le , dans le vert som bre. — Oh ! ses\nyeux ! ses grands yeux de voyante éclairée : écoutent-ils,\nces yeux ? É co u ten t ils ard e r les parfum s ? O h ! sa bouche !\nsa bouche dévorante, mi ouverte, où brille l’éclat bref\ndes d en ts! A spire-t-elle la m e des fleurs! M ystérieuse et\nbelle cette tête a le charm e troublant, a le charm e puis­\nsant de l’Incom pris. V ierges sont-elles ces joues ? Ces\njoues si pures que frôlent des reflets, que caressent des\nom bres? V ierges sont elles ces lèvres adorables? O h! la\nfolle et l’étrange! Q ue fait-elle d o n c ? — Ce qu' elle fait?\n— C ouchée en les roses, elle écoute et respire et voit et\nvoit et v o it...\n    E lle écoute les parfum s, les parfum s harm oniques\n qui s’exhalent, psalm odiques, p ar haleines odorantes,elle\n respire l’â me épanchée, vagabonde et fluide, l’àm e frater­\n ternelle et bonne et douce, elle voit la vie, la vie o p u ­\n lente et forte, la vie id entique à la sienne, elle écoute et\n respire et voit les roses, les roses, les roses!\n    O r, au travers de la haie, l’apercevant soudain, un\n quelqu’un lui cria : « P ren ez garde! C’est m auvais po u r\n la santé ce que vous faites là. P renez garde cela porte\n à la tète. E t ça fait mal ! D es gens mêm e en sont\n m orts! » Indicible, une expression frissonna dans les\n yeux de la femme étendue.\n    E lle ne rép o n d it pas.\n    E t le q u elq u ’un cria encore, cria plus fort. <c P renez\n garde. V ous pourriez en m o u rir! »\n    « A h m o u rir! m ourir dans les roses! » pensa la\n femme.\n    E t un autre venu ajouta. — \" L evez vous, m alheu­\n reuse! Levez-vous tout de suite ! »\n    E lle ne rép o n d it pas.\n"}, {"page_pdf": 232, "texte": "                             L'Idée.                         203\n\n\n   E t lors, les deux s’en allèrent, grossiers, en l’insultant.\n   E t calm e, en le silence austère de sa solitude recon­\nquise elle re p rit sa v o lupté...\n   A h ! les b rutes qui l’in ju riaien t ne pouvaient pas\ndéduire le sym bole, ne pouvaient pas com prendre. Ils ne\npouvaient savoir ce qui la faisait là , dem eurer im m obile,\nils ne p ouvaient savoir que, plus tard, se levant après la\ngriserie et l’initiation, que p lu s tard se levant m agnifiée\net forte, ayant écouté, respiré et vu, son h aleine et son\ncorps fleuriraient les roses, parfum eraient com m e les\nroses, plus que les roses; ils ne pouvaient savoir, que\nplus tard se levant, elle vivrait doublem ent, sa vie à elle\nd ’abord, et la vie des roses après ! !\n\n                                       A ndré R U Y T E R S .\n\n\n\n\n                    L ’Idée.\n                                              A Albert Stassart.\n\n\n        A h ! les fanfares d'or en mes prunelles sourdes !\n        Ayant erré longtemps par les ténèbres lourdess\n        J e vis enfin le but où tendit mon pas las.\n\n        O Belle ! etje te vis, éblouissante et mie,\n        enchâssée en l'azur de la nuit advenue !\n        E t là-bas, palpitait, sous toi, la mer, là-bas !\n"}, {"page_pdf": 233, "texte": "204                      Panneaux,\n\n      0 Belle ! tu parus, éblouissante et nue,\n      pharant la vierge mer et la nuit advenue\n      de tes yeux où vibraient des tourbillons d'enfer !\n\n      0 Belle ! j'adorais, oublieux des nuits lourdes,\n      — A h ! les fanfares d'or en mes prunelles sourdes ! —\n      Tes cheveux ocellés ruisselant sur la mer !\n                               Henri V A N D E P U T T E .\n\n\n\n\n                  P anneaux.\n                                       A Albert Petiau.\n                                       Bien amicalement.\n      Le printemps suspendait l'azur du ciel aux branches\n      et les oiseaux heureux ouvraient leurs ailes blanches\n      pour planer, mollement, sur la fraîcheur des eaux,\n      que ridait le zéphyr en courbant les roseaux.\n\n      Les nymphes ont fermé leurs yeux de lassitude,\n      le parfum seul desfleurs emplit la solitude,\n      et la forêt frissonne aux langueurs du midi,\n      comme un long chant d'amour, faible et indéfini...\n\n      Mais un bruit interrompt la chanson du feuillage\n      et des doigts, sur la mousse où l'ombre se propage,\n      s'allongent vers les corps, tremblants de volupté.\n\n      Des lèvres, brusquement, s'abattent sur les bouches,\n      la chair donne à la chair ses caresses farouches,\n      et les faunes vainqueurs terrassent la Beauté.\n                                 Richard L E D E N T .\n"}, {"page_pdf": 234, "texte": "                   Elle chante.                    205\n\n\n\n\n       Elle chante !\n\n\nElle chante ! Sa voix sème l'enchantement\nberceur et triomphal de ses rhythmes sonores.\nElle chante, elle chante ! E t sa lèvre se tend\nvers une aube d'espoir que ses chimères dorent.\n\nElle chante ! A h ! sa lèvre où nuls regrets ne pleurent,\noù nuls remords n'éveillent l'ombre de leur ombre !\nElle chante ! A h ! sa lèvre où son âme de fleur\nrépand l'extase-pâle et douce de son ombre !\n\nElle chante ! E t du songe alourdit sa paupière,\net des doigts irréels caressent ses regards,\nvifs, reflets de soleil amoral en la mer.\n\nE t du désir fleurit sur l'ardeur de ses chairs,\net de l'amour s'élève en tiges dans son cœur !\nElle chante l'été d'azur de sa splendeur !\n\n                         Arthur T O IS O U L .\n"}, {"page_pdf": 235, "texte": "206                         Agonie.\n\n\n\n\n                       Agonie.\n      Le sommeil d’inespoir où mon Rêve s'accroît\n      de tous mes désirs morts et de mes folles rages\n      est l’irréel pays des sublimes outrages.\n\n      — E t cette lune, douce et bonne, au front des toits ! . . .\n\n      Le divin de ma vie, et ses péchés, et ses rancunes,\n      les penser, les souffrir, les vivre en mes remords ;\n      penser jusqu’au sommeil, et rêver à la mort !\n\n      — 0 ce sommeil, paisible et calme, de la lune !.\n\n      E t n'avoir plus d'aurore, et voir des crépuscules\n      s'alanguir, éternels, dans l'horreur de mes songes,\n      et ne plus croire, ne plus aimer les doux mensonges !\n\n      — Fermez donc les rideaux, cette lune me brûle...\n\n      E t mes yeux vont mourir de ne pouvoir baiser\n      plus jamais le sanglant et l'aubal sacrifice,\n      et mon cœur va mourir de ne voir plus des ly s ...\n\n      — La lune ! Cachez-moi mieux de son baiser !, . .\n                                   Albert S T A S S A R T .\n"}, {"page_pdf": 236, "texte": "                Salon vide.                         207\n\n\n\n\n       Salon vide.\n                  —    ATTENTE—\n\n\n\n\nHoule et moindre à l'éclat... E n le salon nanti\nDe verts, dans l'ombre seule où se mirent des voix,\nLe deuil fourvoie de l’or, — en le salon blotti...\nDes frissons d'ailes se posent à blanches fois.\n\nDe vêpres et de soucis où le deuil se dressa,\nE t de soucis à lents pas doux de mon cœur grave,\nE t de vêpre couché dans le deuil qui passa,\nI l abonde des voix en d'airs que le ciel cave.\n\nUn chœur déploie des franges d'heur à demi-flots,\nE t tout se dresse au bois sûr de fleurs et d'alarmes...\nVêpres et ciboires à de longs lilas d'eaux...\nSoucis et chanteurs miels, et d'or à voix de larmes !\n\nMon dieu du M idi qui subtile, et midi bat ! —\nLe H aut du jour tant lève en autels et ciboires ! —\nMon Dieu qui ne m'endors du soin si pâle, là,\nO Toi l'absent du sol et de là, — en les moires\nS'épurent de toujours des seins vers les yeux aimes...\n"}, {"page_pdf": 237, "texte": "208                  Salon vide.\n\n\n      E t je vois des pieds de chair à baiser la n u it...\n      Blond le salon se mielle d'encens en doigts calmes.\n      E t je me vais mourir bel, quand la Vierge lu it...\n      Je me vais de chant seul baiser ses mains d’ombrette.\n\n      Les Dames se ploient lenties à robes de jour. . .\n      Vide est le grave à flots de silence senti,\n      Triste de ce qui ment et se pleure à long tour :\n      Houle et moindre à l’éclat, en le salon nanti\n      E h bien, — très triste à Vous qu’un baiser ne s’apprête.\n\n                             Charles-Louis P H I L I P P E .\n"}, {"page_pdf": 238, "texte": "            Nymphe.                                 209\n\n\n\n\nN ym phe.\n                             A A rthur Toisoul,\n                                         amicalement.\n\n  E lle est m ystérieuse !\n\n  S a v o ix a des accents\n  d iv in s d'enchantem ent\n  et des candeurs p ie u s e s .. .\n\n  E ll e est m ystérieuse !\n\n  O h ! p a rfo is je l'étreins\n  su r m a p o itrin e fiè re\n  et j e baise ses m a in s\n  fa ite s pour la p r iè r e . . .\n\n  O h ! p a rfo is mes regards\n  où naissent mes désirs\n  h u m e n t ses longs r e g a r d s .. .\n\n  O h ! p a r fo is mes lèvres\n  frisso n n e n t,\n   en extase d evant ses lèv re s. . .\n\n   S a v o ix a des accents\n   d ivin s d enchantem ent\n   et des candeurs p ie u s e s .. .\n\n\n                      A . BOURGOM .\n"}, {"page_pdf": 239, "texte": "   208                            Fragment.\n\n\n\n\n   N ous devons à la gracieuseté d e M adem oiselle E rn e stin e V an\nH a sselt ces quelques vers inédits de son père, l’a u te u r des Quatre\nIncarnations du Christ. N os lecteurs a p p re n d ro n t avec un vif p laisir\nq u ’un com ité s’organise en vue de l'érection d ’une statue à la m é­\nm oire du célèbre poète.\n\n\n\n\n                     F rag m en t.\n\n         S u r le sein de la m er m ollem ent agitée\n         L a lune b alançant sa lum ière argentée,\n         P rê te un doux dem i-jour a u sombre a zu r des flo ts\n         E t lève dans les cieux le sceptre d u repos.\n         D a n s l'écume q u i do rt su r l'abîm e liq u id e,\n         L a mouette s'abat su r son a ile rapide,\n         T a n d is que le pécheur d u villa g e voisin\n         Cherche d ans le b ro u illa rd le clocher incertain\n         et s'incline en c h a n ta n t su r les ram es b ru y a n te s ...\n\n\n                                         A n d ré V A N H A S S E L T .\n"}, {"page_pdf": 240, "texte": "     A n d ré V a n H a s s e lt.\n\nC roquis à la plum e de M . Auguste T oisoul.\n"}, {"page_pdf": 241, "texte": ""}, {"page_pdf": 242, "texte": "                               Les Expositions.                             2 13\n\n\n\n\n                  CHRONIQUE DE S E X P O S I T I O N S\n\n\n\n   On est toujours heureux de c o n stater que les choses ou les gens\np o rten t bien leurs nom s.\n   L e Cercle Artistique et Littéraire a bien m érité de l ’A rt en ces\nde rn iè res sem aines. Il nous a d o n n é des expositions rem arquables.\n   L 'u n des nôtres a signalé, le m ois d ernier, celle, si intéressante\nd e s ivoires.\n    D epuis, celle des œ uvres de M. G ilsoul a ju stem e n t appelé\nl ’attention.\n   O n a d it que cet a rtiste est le pein tre de la lum ière. C'est vrai,\nen ce sens q u 'il a bien m ontré les divers jeux de lum ière. Il se\ncom plaît, d'ailleurs, beaucoup, d a n s le côté m ystérieux de la\nlu m iè re assom brie. Les toiles exposées au Cercle le m ontrent s u r­\ntout le pein tre des crépuscules. A cet égard, le Souvenir de Hollande\nest fra p p a n t ; la Buée du Soir est d'un réalism e qui s'im pose. Il en\nest de m êm e de l 'Entrée du Village et Le Domaine évoque, p a r des\nressources très sim ples, la vision de choses a p erç u es ou rêvées.\nL'Escaut au crépuscule est une de ces œ uvres qui font d ire, du prem ier\ncoup : C’est bien cela !\n   La Banlieue anversoise est d ’une harm onie qui rattach e intim em ent\nles détails les uns aux au tre s et qui confond les êtres et les choses\nda n s le m êm e m ouvem ent paisible d 'u n e              n a tu re sauvage      et\ntran q u ille .\n   M ais, les personnages sont un peu raides dans la Ruelle et dans\nLa Gare et l'on v o u d ra it un a u tre titre à ce d e rn ie r tab le au , re p ré ­\nsentant un travail de m araîchers.\n"}, {"page_pdf": 243, "texte": "   214                       Les Expositions.\n\n  L e Brouillard, au ssi, représente un lever d u jo u r,          d o n t le\nb ro u illa rd e st un peu absent.\n  Q u a n t aux lum ières éclatantes des Incendies elle est bien rendue,\nen deux toiles d ont la div ersité atteste la pu issa n c e et le travail\nconsciencieux de leu r auteur.\n  A M . G ilsoul, a succédé M. W alter Craene.\n  C'est to u t sim plem ent, une collection de chefs-d’œ uvre que ces\ndessins, à la plum e et au crayon.\n  Il y en a dont on d ira it des gravures.\n  C om m ent un a rtiste arrive aux effets que chacun a pu a d m irer\nd ans cette série d'œ uvres si diverses, c'est ce d ont le dessin ateu r\nanglais a le secret.\n  Ce secret, il est vrai, c’est, en grande p a rtie, le travail.\n  M . W alter C raene est un consciencieux, qui c ro it d evoir connaî­\ntre son m étier.\n   M . F e rn a n d Knopff a expliqué la succession de ces efforts. Il a\nm ontré, en ph rases b ien alignées, u n peu trop spirituelles, M . W al­\nte r C raene, à l’œ uvre, com m e d éco rateu r et com m e vulg arisateu r\net il a, rigoureusem ent, écarté le soi-disant a rt, d ont on dit q u ’il\nest déco ratif q u a n d il n ’y a rien d ’a u tre à en dire.\n  L e laborieux et fin a rtiste d ’outre-M anche est u n d éco rateu r\nsérieux. E t on le sent m êm e q u a n d il n ’em ploie pas de couleurs.\nS a plum e, en peignant (c’est le vrai mot) les figures, les plantés, les\neaux, les accessoires, p ro d u it de tels effets de lum ière et de relief\nqu'il est coloriste p a r une sorte de suggestion invincible pro d u ite\nen ceux que lui accordent l’a tten tio n voulue.\n   L ’œ uvre exposée est tro p considérable p o u r q u ’on la détaille.\n   L e Cercle Artistique a rendu u n service au pub lic, en lui m o n tran t\nles travaux d ’un hom m e a y an t tant fait p o u r ré p an d re le goût du\nbeau. Il faut signaler, aussi, a ce point de Vue, les im itatio n s de\ntapisseries de W a lte r C raene.\n   P u isq u e nous en som m es a u x expositions, nous p o u rrio n s bien\n"}, {"page_pdf": 244, "texte": "                             Les Expositions.                          2 15\n\nd ire q u elq u e m ots de celle qui v ient de se clô tu rer au M usée\nM oderne : l’exposition des prix de Rom e.\n  M . D e H aen sait ce q u ’est un sujet im posé. C ’est un m érite,\na u ssi, que de s’im poser à soi-m êm e u n devoir à faire. Q u an d on\nest jeu n e , cela form e, ces choses-là. M ais, quand on est form é,\nc'est p eut-être dangereux que de trav a iller ainsi — au p o in t de vue\nd u succès, bien entendu.\n  E t cela do it avoir été d u r po u r l'artiste de vigoureuse et délicate\nin sp iratio n q u ’est M . V ic to r R ousseau. Ses personnages n ’en ont\npas m oins b e au c o u p de v ie de m ouvem ent; C réuse, notam m ent, est\nsu p e rb e d ’expression. Seulem ent il p a raît que. . . ça m an q u e de\ncasques. S érieusem ent.\n  D e plus, M . D e H aen est bien dans la note aca d ém iq u e. E née et\nA nchise sont m usclés dans sa scu lp tu re.        Œ u v re faisant belle\nim pression, d'ailleurs.\n  Q u a n t aux a u tre s con cu rren ts, ils ont du b o n , et je ne vois pas\np o urquoi j ’en d ira is du m al.\n  N . B. Le ju ry leu r a donné le second prix, ainsi q u 'à M . R ous­\nseau. — M. D e H aen obtien t le grand prix.\n\n                                                  D é s y E L IA S .\n"}, {"page_pdf": 245, "texte": "    2l6                           Nécrologie.\n\n\n   N écrologie. — N os lecteurs savent, sans doute, cette triste n o u ­\nvelle : la m ort du p e in tre J e a n D e G reef. L e grand pein tre a suc­\ncom bé à une m aladie q u ’il a vait contractée en trav aillan t en plein\na ir, p a r de m auvais tem ps. Il est vrai q u e sa ro b u ste co nstitution\nétait ébranlée déjà. L a lutte avait été d u re p o u r lui. Sorti de la\nclasse ouvrière, il avait m anié les outils du rude trav a il prolétarien.\nD ’échelon en échelon, l’ouvrier intelligent, ayant conscience de sa\nforce, e n était arrivé aux conceptions a rtistiq u es. L a pein tu re\ndécorative, dont il s’était occupé en d e rn ie r lie u ,lui révéla sa voie,\net Jean D egreef s’affirma, un jo u r, com m e un pein tre de valeu r,\nsans avoir eu d 'a u tre m aître que lu i-m ême. Son talent ne fit que se\ndévelopper et il a c q u it, non seulem ent u n e intensité ex traordinaire,\nm ais encore une extension peu com m une. D e G reef peignait, tour\nà tour, les paysages, les figures et les anim aux, avec une souplesse\nextrêm e dans la diversité et une m aîtrise sû re d ’elle-m êm e d a n s le\nfini de chacune de ses œ uvres. O n n'a pas assez a p p réc ié ses q u a ­\nlités de prem ier o rd re : Sa c ouleur su p e rb e , son a rt de d istrib u e r\nla lum ière, sa science de la perspective.\n  L a place nous m anque, m alheureusem ent, p o u r d o n n e r à ce\nsujet qui nous tient au c œ u r tout le développem ent qu'il m érite.—\nN ous devons nous b o rn e r à a jo u te r q u ’une exposition des tableaux\ndu M aître va s'ouvrir : exposition qui sera une glorification et u n\nm oyen de v e n ir en aide à la fam ille de l’infortuné D e Greef. —\nN ous en reparlerons.\n\n\n                                                  D é s y É L IA S .\n"}, {"page_pdf": 246, "texte": "                                        Les livres.                                   217\n\n\n\n                   L ES LIVRES\n    AUTREFOIS, παλαι ( l ) tel e s t le titr e d u n o u v e a u 1iv re d e M . F r a n c is\nV ie lé -G riffin , e t c ’e s t en effet v e rs l'a u tre fo is m e rv e ille u x d e l 'H i s ­\nto ire g re c q u e q u e le p o è te n o u s re p o rte e n c h a n ta n t les a m o u rs de\nP in d a r e .\n   Il ne pouvait m ieux choisir, et déjà l’A ntiquité fabuleuse s 'était\nplu à je te r un reflet m ystérieux su r la gloire d u plus célèbre des\npoètes ly riq u es th éb a in s ; ne conte-t-elle pas du reste q u ’a lla n t en\nT h esp ie, le jeu n e P in d a re , fatigué de la route, s’endorm it au bord\nd u chem in et que, p en d an t son som m eil, des abeilles v in ren t d é ­\np oser su r ses lèvres un rayon de m iel, présage de sa future célébri­\nté. E n effet, peu de tem ps après, il rem porta le prix de la poésie\nsu r M ÿrtis, fem m e grecque; m ais m oins heureux avec C orine, une\nélève de M yrtis, il fut, ra p p o rte E lien, cin q ou six fois vaincu.\nP a u sa n ia s a ttrib u e le triom phe de C orine à la su p ério rité du d ia ­\nlecte éolien, plus gracieux et plu s com préhensible p our les juges ;\nm ais la légende conte que P in d a re fut v aincu bien plus p a r les\nyeux d e C orine que p a r son talen t. Celle-ci, du reste, m algré le\njugem ent qui lui a ssu rait la victoire, proclam a p a rto u t la supério­\nrité de son rival. Q u an t à M yrtis, elle se laissa v aincre p a r am our\np o u r P in d a re .\n   C ’est ce thèm e qui sert de sujet à M . V ielé-G riffin dans les trois\ndialogues de π α λ α ι.\n   D ans le c h an t p rem ier, P in d a re raconte à C orine de T an ag ra\ncom m ent il com m ença à c h a n te r et                    elle    lui reproche d ’ai­\nm er trop la richesse et de vendre son a rt ; cela l’a ttriste et la dé­\ngoûte de ten ir une lyre et elle v o u d ra it être encore à T an ag ra.\n                         P e tite fille com m e autrefois,\n                         A reg ard e r les vagues bleues\n\n  (1 ) E dition d u Mercure, de France, P a ris .\n"}, {"page_pdf": 247, "texte": "   2l8                           Les livres.\n\n                      D ’e n tre les pam pres et les grappes\n                      Où l'om bre to u rn e et change.\n  M ais enfin il faut o u b lie r, et elle d onne à P in d a re de sages con­\nseils : il faut rire afin que le p euple qui raille vous pense heureux\net vous porte envie.\n           L a jo ie infâm e hésite où le bo n h eu r s’affiche ;\n           Sois gai, c ar la vengeance est de p a ra ître heureux. . .\n  D ans le ch an t second M yrtis d'A nthédon redoute la venue de\nl ’autom ne     de l ’am our,   m ais P in d a re   lui   dem ande pourquoi\nc rain d re ?\n           P a rc e q u ’un b aiser fut com m e une fleur\n           E t q u e l'année a passé com m e un c h ar\n           E t q u ’elle nous laisse sa poussière au m ains ?\n  M ais il ne voit que l'am our des corps, et M yrtis répond p a r ces\nvers m erveilleux :\n                 T u n ’as baisé su r m a bouche\n                 Q u ’un peu de c h a ir ?\n                 M a couche\n                 N e te fut q u ’u n orgueil ?\n                 M a fierté q u ’u n ap p ât qui tente ?\n                 B ien ;\n                 Moi j ’ai resp iré avec ton souffle\n                 L 'espace, le ciel clair, la m er et l'air\n                 T oute l’harm onie de tes lèvres chantantes\n                 Ainsi q u ’un jo u r d ’été. . .\n                 E t je vivais, im patiente — com m e on souffre —\n                 E t frém issante à ton toucher, j ’étais,\n                 J'é tais ta lyre, un peu\n                 T a lyre où frém it D ieu.\n   E t elle reproche à P in d a re d ’aim er en elle une au tre femme,\nC orine. m ais il se défend c a r il ne s’est laissé vaincre p a r elle que\np a r caprice ; sa m use à lui c ’est M yrtis. Celle-ci secoue la tête,\nil est hom m e, elle est l’au to m n e, et c’est la m ort de l ’am our ; avec\nun rire forcé elle prononce :\n"}, {"page_pdf": 248, "texte": "                                  Les livres.                         219\n\n                V a ton chem in ; je m e re p re n d s aussi,\n                Je te regarde a lle r sans un souci.\n                Q ue de la h au te gloire de ta lyre\n                E t, vers cet avenir où j'a i su lire\n                E n lettres d 'or a u péristyle des tem ples\n                T o n nom , im périeux com m e un exem ple,\n                Je dis : P in d a re ! de la m êm e voix\n                Q ue ceux qui disent lentem ent : H o m ère !\n  E t P in d a re , ingrat, s'en va vers la gloire tan d is que M yrtis,\navec u n e d e rn iè re ironie, s'écrie :\n                      Je pleure, ce doit être de joie.\n  Au ch an t troisièm e, P in d a re revient vers son vieux m aître, le\npoète Lassos d 'H e rm io n e , a u jo u rd 'h u i aveugle :\n                L es heures me dépassent sans nom bre,\n                Je n ’e ntends plus le u r pas de fille.\n\n                 Je n'ai pas allum é de torche d epuis des ans.\n                 Il doit faire n o ir ?. . .\n   L ’enfant de re to u r se re p o rte vers le passé où L assos c h antait\navec des rim es d ’or.\n           L e rêve qui fut nous est tout ce qui dem eure.\n           L a vie to u rn e, liée avec sa ronde d'heures,\n           O n songe de vieux songes, on refait les chem ins. . .\n   E t Lassos aussi songe au passé et se souvient des form es fugaces\nqui p o u r lui dorm en t m ain ten a n t ; il les entend encore qui b a v a r­\nd e n t à dem i-voix,\n                         E t c’est un cri de joie,\n                         T an tô t\n                         E t tan tô t com m e un sanglot.\n  P in d a re raconte alors sa vie et son voyage p a r le m onde. Il\nnom m e celles q u 'il a im a it:\n                         C orine, la ria n te tristesse,\n                         M yrtis, la triste joie.\n"}, {"page_pdf": 249, "texte": "  220                           Les livres.\n\n            J ’ai traversé des foules m urm urantes,\n            A pas lents, seul, com m e un nom qui passe\n            Avec un peu d'étonnem ent, en om bre, d e rriè re m oi ;\n            E t d ev an t m oi, ainsi q u'une épouvante,\n            L a gloire ! faisait signe qu'on fît place.\n  Lassos s'étonne de cette désespérance ; la c arrière du poète\ncom m ence seulem ent en effet; regarde, dit-il,\n                 E t levant tes yeux vers le soleil ébloui\n                 Aveugle-toi et tu verras la vie !\n  Q ue vois-tu ? re p re n d Lassos.\n  P in d a re v oit la m er.\n  E t L assos :\n                           L ’e sp rit déchoit.\n                           T u vois la chair,\n                            C 'est peu, regarde encore.\n  P in d a re , perplexe, voit les astres de la n u it p a r m yriades.\n  E t Lassos :\n                     E t m ain ten an t c'est tro p de choses\n                     E t tu n ’y vois plu s c la ir.\n  P in d a re souriant,\n                Je vois ce que tu vois, sans doute, m aître.\n  N on, pas encore, enfant, dit L assos très grave, c ar moi je vois,\nô m on enfant, ô m on poète, la ro u te où tout re to u rn e vers l'id en ti­\nté, l’am our, l'esp o ir, la gloire, la beauté.\n   E n fan t, je vois la nuit d ’éternité.\n  Ce n ’est plus l'in stan t de re d ire la c a ra cté ristiq u e du talent de\nM. V ielé Griffin, je l'ai fait déjà dans une précédente c hronique,\naussi ai-je pe nsé q u ’il était p référab le de d o n n e r en une courte p a ­\nra p h ra se les m eilleurs vers butin és ça et là dans π α λ α ι.\n   L e ch an t second m ’a su rto u t sollicité, c a r la vision du poète y\nest d ’une p u re té et d ’une délicatesse m erveilleuse.\n   D ans le c h an t d e rn ie r aussi, cette figure d u vieux poète aveugle\na un charm e pén étran t, et sa parole a u g u ste et h arm onieuse s'est\népanouie en discours d ’une haute philosophie.\n\n\n\n\n                                                                I\n"}, {"page_pdf": 250, "texte": "                              Les Livres.                               221\n\n  L e c h an t p rem ier, d a n s une note différente, m ’a m oins plu,\nq uoique je doive y re co n n aître quelques b elles choses.\n  B re f ce livre de M . Vielé Griffin est une œ uvre de plu s qui vient\naffirm er le genre de talent du poète. Il y conserve l’élan poétique,\nla science profonde et la sincérité v ib ran te dont il a im prégné ju s­\nq u ’ici son œ uvre.\n\n\n                                                      C harles      BRONNE.\n\n\n\n\n        V E R S L A VIE, par Richard Ledent.\n                                            (B é n a rd , L ié g e .)\n  C 'est l'œ uvre de d ébut d ’un jeu n e et d 'u n sincère d ont la m e fut\nsouventes fois troublée p a r les heures tragiques de la vie. L e poète\nest venu vers la vie et a vu la joie lui so u rire à p ein e et les m alh eu rs\net les vices a b a ttre furieusem ent ses belles chim ères, une à une. E t\nil a d it ce qui s’est reflété dans la profo n d eu r de ses yeux...\n  Ce qui constitue le v éritable fond des trois dram es d ont se com ­\npose Vers la Vie, c'est la venue te rrib le du M alheur. E t en cela ces\npièces ont beaucoup d'affinité — ceci n'est pas un rep ro ch e — avec\ncelles de M a u rice M aeterlinck.     ,,\n  L e vers souvent lib re, parfois classique, de M . L ed e n t est facile\net sim ple, assez rarem ent e m phatique ou peu souple.\n          « On n'aim e pas la n u it q uand on a des rem ords. »\n\n          « Sois b on! D e ta b onté p e u t n a ître le b o n h e u r. »\n\n          « ... de p a r la ville\n          » la fête d u re to u r sera prê te sous peu,\n          » des guirlandes d ’avril festonneront leurs jeux\n          » le long des ponts, le long des to u rs,\n          » et des villages et des bourgs\n"}, {"page_pdf": 251, "texte": "    222                           Les Livres.\n\n           » vien d ro n t les fem m es et les enfants\n           » avec leurs petits cœ urs a im a n ts... »\n   E t q u an d L utgold exhorte son fils à tu e r l’am ant de sa m ère\ninfidèle, le fils répond :\n           « P è re , venez! L aisso n s la vie à leurs re m o rd s ! »\n   Q ue puis-je donc d ire de ce livre, sinon du bien?\n                                                          G eorges R A N C Y .\n\n\n\n\n   Paul Germain ; — L A NONNE, monographie en un\nacte, — L ’ INEXAUCÉ, drame en deux actes.\n          (d es p re s s e s d ’A. P r in c e lle , ru e d e H o u d a in , M o n s.)\n   D eux dram es à m onologues dont le p re m ier sem ble avoir enfanté\nl ’au tre c ’est d ire que l'un a p our lui l ’invention, le second p lutôt la\nfacture c a r il p a raît dès l'abord plus com plet, m ieux frappé, une\nœ uvre plus expérim entée.\n  L ’a u te u r n ’est pas u n p re m ier venu littéraire, L a Nonne a donc\ndes qualités indéniables : elle com m ence p a r une profession de foi\nphilosophique très haute et bien ch arp e n té e ; la scène est tragique\nsans fausse sentim entalité. M ais on y rencontre avec regret, d a n s\nla form e, la rém iniscence in u tile d'un procédé récent m ais q u i a\ndéjà cessé de p laire. J ’entends ces p hrases faites, telles q u e : Avez-\nvous vu déjà les yeux des m orts?\n  L'Inexaucé est m oins scénique, m ais à peu près exem pt de ce défaut\net m êm e de tâtonnem ents, c a r il y a là des pages suivies q u i tra ­\nhissent un énergique effort de volonté.\n  C ertes, elles ne d a te n t pas d ’a u jo u rd ’hui, les to rtu re s m orales du\np rê tre défaillant en tre le respect de sa foi religieuse et u n d é lire\nc harnel aiguisé de m ysticism e, m ais le u r exposition est agencée\navec u n a rt to u t m oderne et p lein de tac t.\n  Il y a là u n e thèse nette et h ard ie : dans les p rem ières scènes,\nq u elq u e passage d ’une réalité p rise su r le vif, succédant à une\n"}, {"page_pdf": 252, "texte": "                              Les Livres.                            223\n\n\ncitation ou u n e idée a b straite, laisse parfois un peu de trouble,\nm ais dès le m om ent où la crise se déclare chez le p rê tre , to u t s’e n ­\nc h aîn e logiquem ent et m arche au dénouem ent à trav ers des phases\nréellem ent belles : une restrictio n seulem ent q u a n t à la scène de\nl ’opium qui p a raît tro p c o n tra ire a u c aractère et aux principes\nreligieux et qui p o u rra it bien n 'ê tre là que com m e explication.\n  D ’a illeu rs faut-il tout dire? Ce n'est pas tant l'enchaînem ent des\nidées exprim ées sans em phase qui nous charm e dans l'Inexaucé :\nC 'est la sin cérité de l’inspiration, une vraisem blance p u isa n t sa\nforce dans là sim plicité d 'u n thèm e h um ain qui n ’est pas loin de\ndevenir u n v éritab le plaidoyer.\n                                                        E dgard    BA ES.\n\n\n\n\n        Album de croquis Zeelandais\n                  texte et dessins par IV. Delseaux, avec cartes et plans.\n  T rès a rtistiq u e publication, a rriv a n t à point, à la fin de l'année,\np o u r p re n d re une place rem arq u ab le su r les tables de salons, sou­\nvent privées du v éritable luxe, celui du sentim ent de l'art. L 'a r­\ntiste a versé en effet dans ce cah ier, le plus intim e de son â m e, ses\nsensations d u ra n t de longs séjours su r la terre n é erlan d a ise , ses\nim pressions jeunes et sincères. Q uoi de plus sy m p ath iq u e ?\n                                                       E dgar   B A ES.\n\n  R eçu aussi : L 'Ironique Amour, p a r Cam ille L em o n n ier ; Chansons\net Sonnets, p a r P au l-A rm an d H irsc h ; Eveils, p a r A ndré et M aurice\nM agre, etc.\n"}, {"page_pdf": 253, "texte": "    224                          Broutilles.\n\n\n                          B R O U T IL L E S .\n  L es frontispice et cul-de-lam pe de ce fascicule sont d û s à notre\nam i E d g ard B aes.\n\n  A B ruxelles,le 15 de ce m ois, M . A rth . D etry a conférencié su r\nA ndré V an H asselt.\n\n   N ouveaux confrères :\n   L 'A r t jeune. — C 'est sous ce titre q u e n a îtra en 1895 une nouvelle\nrevue litté ra ire et a rtistiq u e, ouverte p a rticu lièrem en t aux jeu n es\net aux inédits. L a R evue s’é ta n t acquis le concours des p rin cip au x\nécrivains et artiste s belges, en p u b lie ra et re p ro d u ira des œ uvres.\nN ous dem andons à nos lecteurs de rép o n d re largem ent à leu r\nappel : l'abonnem ent annuel sera de 5 francs.\n\n  Essais de Jeunes : D ire c te u r M aurice M agre, ru e des P u its-creu ­\nsés, 8, T oulouse.\n  (T ous nos souhaits.)\n\n   M . M onseur consacre un long a rticle , en le récent num éro de\nRevue-Journal, à l'idée d ’une coopérative intellectuelle, où l'on p o u r­\nra it se fournir, à m eilleu r com pte que chez les lib ra ires, de livres\net de jou rn au x , et qui a u ra it en outre l'avantage de lie r p u issa m ­\nm ent les intellectuels belges. In u tile de d ire que Stella ad h ère\ncom plètem ent à ce program m e, qui réalise un de ses rêves les plus\nch ers. N ous en reparlerons.\n   R em arq u é aussi à la Justice et au Journal de Bruges : Coup d'èpée\ndans l’eau, u n très intéressant a rticle de M . Joseph D esgenêts.\nM . D esgenêts ém et u n projet : L ’érection aux frais de l’E ta t d ’un\ntem ple d 'a rt, accessible a u pub lic, où les artistes et lettrés p o u r­\nraient y exposer g ratuitem ent leurs œ uvres, y donner des conféren­\nces, etc.\n\n  L ire en notre p ro c h ain num éro : Q uelques notes de n o tre excel­\nlent collab o rateu r C harles B ro n n e, su r le Salon de Liége.\n"}, {"page_pdf": 254, "texte": ""}, {"page_pdf": 255, "texte": "                                         Stella,\n        R E V U E M E N S U E L L E D ’A RT & D E L I T T É R A T U R E\n                            paraissant du 25 au 30.\n\n\n                              ABONNEMENTS :\n                  B E L G I Q U E : U n a n ..................5 fra n cs.\n                  U N IO N P O S T A L E ..................6 fra n cs.\n\n\n          S ecréta ire de R é d a c tio n : A rth u r T o is o u l,\n                        A d m in istr a te u r : A. B O U R G O M .\n       C o m ité de R éd a ctio n : H e n r i d e C L A S S A N T ,\n          E dgar BAES, R o b er t S A IN T E - E S T E L L E ,\n         G eorges       B A L A T , A lbert      STASSART,\n         G e o r g e s RANCY, D ésy E L IA S .\n\n\n         L e s m a n u sc r its n on in sé r é s n e so n t p as ren d u s,\n\n\n\n                                        S O M M A I R E\n\n         C a m il l e    L e m o n n ie r . — P a g e s retro u v ées.\n         C a m il l e    R oussel.         B rum es         lan g u id e s.\n         A ndré     R uyters. —          L a femm e p a rm i les roses.\n         H enri V andeputte. —               L ’I d é e ,\n         R ic h a r d    L edent. —        P an n e au x .\n         A rthur        T o i s o u l . — E lle chan te.\n         A lbert        S ta ssa rt. — A g o n ie.\n         C h a r l e s L o u is P h il ip p e . —    S a lo n v i d e\n         A.   B ourgom. —          N ym phe.\n         A n d r é V an      H a s s e l t . — Fragm ent.\n         D É sy   E l ia s . —    L e s ex p o sitio n s.\n         C harles        B r on ne, G eorges R ancy, E dgar                   B aes —   L es livres.\n         * * * — B routilles.\n\n\n\n  Stella ne publie que de l’in é d it et laisse à chacun de ses collabora ­\nteurs la responsabilité de ses articles et de ses opinions.\n\n\n            Stella est en vente :\n          A B r u x e lle s, chez Istace; chez Wattiau, rue de Longue-\n            Vie ; chez Lacomblez, rue des Paroissiens,\n          A M o n s, chez Magerman, 15 rue de l’Athénée.\n          A G and, chez A d. Hoste, rue des Champs.\n          A A n v ers, chez Forst, place de Meir.\n          A L iè g e , chez Gnusez, rue du Pont-d’Ile.\n          A V e r v ie r s, chez Gilon, Pont St. Laurent,\n          A P a r is, chez Chérie, rue Hallè, chez Chamuel, rue de\n            Trévise.\n        Imprimerie G. B A L A T , rue Potagère, 5y, Bruxelles.\n"}], "calendrier": {"precision": "mois", "ordre_dans_volume": 6, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1894-12", "signet_source": "Première année - N°7 - Décembre 1894", "preuve": "Date et numéro lus sur la couverture, PDF 220", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}