{"numero_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "1re Année. N° 2.", "ancre_fin": "15 Juillet 1886", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE :", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 264, "texte": "1re Année.         N° 2.                                       La livraison 50 centimes\n\n\n\n\n    LA\n      WALLONIE\n                                                                                 15 Juillet 1886\n\n\n\n                                                  "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE :", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 48, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 264, "fin_caractere_exclue": 1217, "texte": "SOMMAIRE :\n\n        P ie r r e -M . O l in            .       .       .    Fou.\n        A u g u ste V ie r s e t .                .       .    L’Elfe des forêts.\n        H e c t o r C h a in a y e                .       .    L’infatigable pêcheur.\n        A lbert M ockel                   .       .       .    La Vierge w allonne,\n        F r i t z E l i ..       .        .       .       .    Lia.\n        C É LESTIN D EM BLON                       .       .   Chockier.\n        R ÉDAC .             .   .        .       .       ,    M iette.\n        F . S e v e r in             .        .   .       .    F leur funèbre.\n        O ctave Ma u s.                   .       .       .    Le théâtre de Bayreuth.\n        F r it z   d e l ’A u l n a i e               .   .    Scènes d ’Antan.\n                   Chronique artistique, le salon de Namur.\n\n\n\n\n                                         Des p re sse s de H. 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Union postale : 6 fr. 5 0 .\n                       C o m it é d e R é d a c t io n :\nA lb ert M o c k e l , G ustave R a h l e n b e c k , M aurice S i y i l l e .\n                    Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.\n\n                         Principaux collaborateurs :\nG. A n d e l b r o u c k , F ritz de l ’A u l n a ie , Je a n d ’A v r il , H ector\n  C h a in a y e , Célestin D e m b l o n , Ju le s D e s t r é e , F ritz E l l ,\n  R . E l l um , J e a n F o n t a in e , M aurice F r is o n , G. G ir r a n ,\n  A rnold G o f f i n , Aug. J o t t r a n d , Camille L e m o n n ie r , W .-A.\n  M a c e d o n sk y , Alex.-A. M a c e d o n sk y , Ch. M a g n e t t e , E r n .\n  M a h a im , L uc M a l p e r , G . M a s s e t , Octave M a u s , A. M o c k e l ,\n  X. N e u j e a n , P.-M. Ol in , Georges PICARD, P etru s P ir u s ,\n  G. R a h l e n b e c k , F . Se v e r in , M aurice Si y i l l e , Aug. V i e r s e t .\n\n  LA WALLONIE s’efforce de grouper autour d’elle les élém ents vivants de la\njeu n esse littéraire de nos provinces wallonnes. Elle rejette rigoureusem ent la\npolitique de ses colonnes et reste indépendante de toute école et de toute\ncoterie.\n  LA WALLONIE parait le quinze de chaque mois, on livraisons d'au moins 32\npages.                                                            *\n  P araîtront dans le cours de l’année plusieurs dessins hors texte, sur\nHollande, se rapp o rtan t à d es articles publiés dans la Revue.\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A V IS . 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Aucune\nsupériorité ne s’affirme sans que le cortège aboyant des dénigrants\ns’y attache et assourdisse de ses envieuses clameurs ceux qui\nn’ayant pas assez de valeur personnelle pour reconnaître seuls, la\ngrandeur ainsi assaillie, se seraient pourtant inclinés sans ce\ndéconcertant et infime tapage.\n    Tout ce qui touche à l’a rt est particulièrement l’objet des\nricanements satisfaits de ces ignares qui s’imaginent monopoliser\ntoute intelligence, et qui considèrent toute atteinte au vulgaire bon\nsens comme l’attaque injustifiable d’un esprit déséquilibré. P a r\nesprit déséquilibré, ils entendent absence de sens moral bour­\ngeois, comme si l’équilibre parfait n’était contraire à la puissance\n des impressions esthétiques. Cet équilibre n’existe d’ailleurs\njam ais et chez eux moins qu’autre p art : leur esprit est tourné vers\nles choses basses et viles, vers une ignominieuse matérialité. E t\n leur grande injure, le définitif jugement qu’ils portent contre ceux\n qu’autrement ils ne savent atteindre : Fou !\n    Louis I I de Wittelsbach, roi de Bavière, fut donc un Fou.\n     F o u pour avoir compris la royauté : Un symbole qui n ’est\n admissible qu’à la condition de voir celui qui le représente s’en­\n foncer dans une semi-divinité et une réclusion hiératique ; elle ne\n peut se passer de la Toute Puissance et son absolutisme ne peut\n rencontrer aucune borne. Le roi est le chef, le juge, le prêtre, il\n est infaillible et impeccable, ses fantaisies sont des lois, des\n désirs, des ordres. Pareille conception n’est plus réalisable dans\n les temps modernes ; aussi, en fait, la Royauté a-t-elle disparu.\n Louis II, quoiqu’ayant cette notion de sa dignité, ne se souciant\n  que médiocrement du pouvoir effectif qu’elle lui concédait, se livra\n  rarem ent à des actes réprouvés par le Parlementarisme actuel. Il\n  s’est, dès l’origine, désintéressé des affaires, les abandonnant à\n                                                              3\n"}, {"page_pdf": 51, "page_imprimee": 34, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2294, "texte": "34\n\n  son ministère, et il profita de la puissance, de la richesse et de la\n liberté qui lui restaient pour se créer de toutes pièces un Royaume\n inaltérable et splendide, à l’abri des révolutions politiques et des\n investigations de la curiosité banale.\n    F o u pour s’être soustrait à la flétrissure du contact sexuel,\n avoir, en la femme, méprisé la bête et avoir assez respecté l’Amour\n pour ne plus croire à l’amour dont la conception psychologique\n n’est réalisable qu’une fois, et combien rarement se trouve-t-il un\n objet réel qui permette de lui donner essor. Le reste n’est que le\n rêve poétisé de la sensualité, une sorte de comparaison faite avec\n ce qu’on est convenu d’appeler l’Idéal et qui au fond n ’est que\n le Désir. Louis voulut rester vierge en son rêve inaltérable, se\n conserver digne de ses sublimes et spirituelles amours et la\nvacuité des désirs entourant les divines vierges de son imagi­\nnation et de ses souvenirs en augmentait la force et la persis­\ntance. Le Rêve, voilà la vie qui fut la sienne; Rêve prodigieux et\nsans pareil. Délivré de toute inquiétude matérielle, livrant sans\ntémoin son âme ravie aux sensations rares qu’il lui faisait éprou­\nver sans aucun repos de banalité, son esprit devait logiquement\narriver à cet état permanent d’exaltation qui fait le poète... Fou ?\nSa haine contre les femmes ne provenait que de son amour pour\nla Femme, entité immatérielle, que nulle ne pouvait réaliser,\ntoutes étant matière; Elle, esprit. Ainsi on lui reproche amèrement\nce fait, d’avoir jeté à l’eau une actrice qu’il avait prise en son\nbateau traîné de cygnes. Oh, triples idiots et merveilleux cuistres!\nLe roi, trouvant dans les traits de cette femme quelque chose de\nl’une de ses amantes, la prend avec lui. Il ne lui demanda rien,\nsinon de se taire et de se laisser regarder. Lui, sans dire mot,\nparlera pour les deux et sa rêverie créera un dialogue infiniment\nsupérieur à tous les discours du langage humain. Plongé dans la\ndivine extase de son amour immatériel, il sent une caresse\ngrossière qui le ramène à une infâme réalité. Brutalisé dans la\npureté de sa pensée, exaspéré de se voir arraché de sa sauvage\nintimité, pris de cette subite colère des énervés, il précipite loin\nde lui celle qui osa porter atteinte à l’inviolabilité de sa solitude.\n"}, {"page_pdf": 52, "page_imprimee": 35, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2285, "texte": "                                                                  3S\n\n   F o u parce qu’il faisait construire des palais immenses, d’un\nluxe bizarre et féerique, pour y promener l’égoïste ennui de sa\nsolitaire personne !\n   Nul palais au monde n’é ta it si peuplé et pourtant rien ne pou­\nvait y froisser la sensibilité suraiguë du Roi, car seuls ceux-là que\nson rêve aimait y circulaient. Les héros fabuleux de l’Edda ren­\ncontraient les dieux Germains, fraternisaient avec les chevaliers\nchrétiens et les bourgeois-poètes du moyen âge. Cette cour mer­\nveilleuse et sans égale faisait à Louis l’entourage qu’il voulait\net combien supérieur à celui de tous ses cousins en pouvoir. Les\nhéroïnes, les walkyries et les divines créatures que dans un unique\net immense amour il adorait, toutes ensemble, toutes également\net chacune autant que toutes, de leurs chants alternes, berçaient\nson cœur et son âme désenchantés.\n   L a solitude est la grande consolatrice des coeurs blessés, elle\nest aussi l’exaltatrice des esprits nerveux. Tout jeune, isolé conti­\nnuellement, il semblait fuir tout contact qui pût le distraire de la\npensée austère en laquelle il s’absorbait et qu’il n ’avait pas\nencore su bien définir. Cette haine de la banalité et de la bassesse\nprofonde des entourages, lui faisait poser des actes qu’alors déjà\non disait inconsidérés, malgré l’évidente préméditation qui y\navait présidé. Vivre sans vivre, être esprit sans corps, la vie intel­\nlectuelle sans borne, la m atérialité supprimée! Cette chimère,\ntoujours il la poursuivait, et c’est ce qui, dans ses goûts artis­\ntiques, explique sa préférence si marquée pour la musique, le plus\nimmatériel et le plus indéterminé des arts. Son grand-père, vio­\nlent tempérament de viveur, s’était vivement épris de la peinture\n en sa puissance matérielle, ses colorations et ses évocations\n charnelles. E sprit plus subtil, ne l’adm ettant que pour glorifier\n ses héros chers, Louis y voyait réapparaître la matérialité qu’il\n fuyait et il se réfugiait dans la musique : Encore, seule, celle\n de W agner avec sa prodigieuse spiritualité et sa psychologie\n profonde, pouvait lui donner les impressions, les émotions qu’il\n cherchait de toute l’avidité de son désir et qui seule lui sem­\n blait donner à la vie sa raison d’être.\n"}, {"page_pdf": 53, "page_imprimee": 36, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2311, "texte": " 36\n\n     FOU, quand seul au théâtre il se faisait jouer les pièces qui lui\n  plaisaient! Pour arriver à l ’exacte représentation artistique de la\n  vérité, il parvenait à vivifier les poèmes et, de chanteurs, de co­\n  médiens, de cabotins enfin, il faisait des héros. Il vivait dans le\n  drame vivant qui se déroulait devant lui. Les aveux d’artistes\n  qui jouèrent dans ces conditions sont saisissants : Jam ais ils ne\n  s’étaient sentis saisis par leurs personnages à ce point, et jamais\n ne rendirent leurs rôles de pareille manière : “Nous les vivions! „\n     Voudra-t-on comprendre qu’au lieu d’être de l’aberration d’un\n maniaque ce n’était qu’une plus parfaite compréhension des né­\n  cessités artistiques de la scène, nécessités que W agner a essayé\n de réaliser aussi complètement que possible, tout en admettant\n un grand nombre de spectateurs : les isoler en plongeant la salle\n dans une obscurité absolue et en cachant l’orchestre.\n     FOU parce qu’il a mis sa caisse à sec. Oui, en effet, attentat\n inexcusable contre le sens commun, se ruiner pour produire des\n œuvres d’art et aider à l’épanouissement de prodigieux artistes !\n Peut-on concevoir une folie pareille. Mais que le prince un tel\n s’endette pour des filles, qu’il paye les faveurs des courtisanes au\n moyen de pierreries fausses, que les autres princes ses contem­\n porains trouvent tous les encouragements pour satisfaire leurs\n vices les plus honteux, parfait ! et nul d’entre eux n’est déclaré\n indigne, alors que leur place serait au pilori de l’humanité et non\nsur les marches des trônes qu’ils souillent de leurs viles personnes\n et de leur prodigieuse incapacité.\n    FOU parce qu’à l’infamie d’une séquestration ignominieuse il a\npréféré la mort ? E t cette mort ? Nous n’entrerons pas dans de\nfutiles discussions pour savoir s’il s’est tué ou si on l’a suicidé.\n    Il nous plaît plus de nous le représenter, le pauvre détrôné, se\npromenant triste et sombre le soir de la funeste journée où on l’a\ndéclaré fou, implorant le secours de ses héros chers et leur\nattestation divine. Le parc de Hohenschwangau noir et calme\navec ses allées feuillues, dans le bruissement superbe et monotone\nde ses cîmes élevées, lui répondait et essayait de ramener ce cœur\nmalade à la tranquillité. Il longeait le lac où maintes fois il avait\n"}, {"page_pdf": 54, "page_imprimee": 37, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1304, "texte": "                                                                    37\n\n\n promené ses adorables rêveries et tout à coup, plus loin, plus\n profond qu’aucun horizon terrestre, il entendit un chœur de lui\n bien connu. Son médecin, ne se doutant de rien et voyant le roi si\n attentif, se dirigeant à grand pas silencieux vers un but invisible,\n sentit un vague effroi l’envahir ; et le chœur des filles du Rhin,\nde ces nymphes des eaux qui si souvent déjà lui avaient adouci\nles amertumes de la vie, résonnaient de plus en plus haut dans\nl’esprit frappé de Louis. Enfin dans le clair rayonnement de la\nlune, vêtues de leurs seuls longs cheveux verts, il les vit lui tendant\nles bras et chantant : “ O toi, Roi ! notre amant et notre maître,\ndésolé et seul sur terre, m aintenant tu te trouves ! L ’unique conso­\nlation que notre cœur sûr et aimant puisse t ’offrir est le repos\néternel avec l’oubli, dans notre sein profond.Viens, ta vie humaine\nest finie et rejoins pour jam ais les seuls qui t ’aimèrent; les seuls\nque tu aimas. Ils nous ont envoyées vers toi. Ils t ’attendent,\nréunis et pacifiques. Viens. „ E t le lac s’entrouvrit pour recevoir\nla sublime offrande de cet artiste qui mourait pour son rêve et\ndans son rêve.\n  L iége, juillet 1886.                       P IERRE-M. OLIN.\n\n\n              "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 37, "page_fin": 38, "titre_corps": "L’elfe des forêts", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Auguste Vierset", "ancre_debut": "L ’E L F E D ES F O R Ê T S .                UAND aux floraisons pro", "ancre_fin": "g u s t e VIERSET.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "L ’I N F A T I G A B L E P E C H E U R .   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Il\ntraversa des roseaux, et ses coups de rame semblèrent être des\ncoups de faux, puis il s’approcha des grands cygnes qui glissaient\nsur le mystère du lac.\n"}, {"page_pdf": 56, "page_imprimee": 39, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1496, "texte": "                                                                       39\n\n    “ Beaux seigneurs, leur dit-il, ayez pitié de moi. Je suis un\n pauvre homme. Il m’est resté, après la mort, assez de mon âme\n pour animer mon vilain squelette. E t volontiers je quitterais cette\n hideuse carcasse, si l’un d’entre vous me perm ettait de me loger\n en lui. Je me suis adressé aux êtres qui vivent sur terre et dans\n les airs. J ’ai même supplié les plantes. Tous m’ont repoussé. Vous,\n cygnes majestueux, me paraissez charitables. Vous êtes les\n maîtres du lac; et cependant celui d’entre vous qui accepterait\nmon âme deviendrait le chef de ses frères et le roi de ces parages,\n car je possède la science. „\n   Les cygnes dédaigneusement s’écartèrent de lui.\n   Le pauvre squelette reprit ses rames avec résignation, et se\ndirigea vers les fleurs. Mais les nénuphars lui fermèrent leur\ncorolle, et les belles de nuit se cachèrent sous l’eau.\n   Il pleura de lumineuses larmes, et plus désespéré regagna le\nbord. Il s’éloignait du lac, lorsqu’il vit pendus devant la chau­\nmière d’un pêcheur, des lignes et des filets.\n   “ Si je m ’adressais aux poissons, se dit-il. „ Il p rit une ligne, et\nse mit à pêcher.\n   Chaque fois qu’il lève un poisson, le squelette lui demande :\n“ veux-tu de mon âme ? „ le poisson refuse et, charitable, il le\nrejette à l’eau. Mais il ne se décourage plus, toutes les nuits il\nrevient pêcher.\n                                            H e c t o r CHAINAYE.\n\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-004", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 39, "page_fin": 43, "titre_corps": "La vierge wallonne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "LA      VIERGE           WALLONNE.                                                      Pour Fritz Ell.   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Sa démarche avait la grâce\nsouveraine et la majesté sans raideur des gothiques génies du\nvieux Rhin, et les ondes soyeuses de sa royale chevelure faisaient\n"}, {"page_pdf": 57, "page_imprimee": 40, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2161, "texte": "40\n\npenser aux nymphes qu’abritent les profondes forêts de la\n Germanie.\n   L a Vierge de la Meuse promenait ses rêveries sous l’ombre des\nchênes qui dressaient leur masse obscure sur les collines étagées\ndes deux côtés de la vallée. E t, aussi, le long des bords du puissant\nfleuve, passait comme une adorable vision la forme grâcieusement\nfrêle de la Vierge, errant sous les grands peupliers du parc de\n Cerfontaine, ou promenant la blancheur exquise de son corps\nd’enfant sous le couvert des géants forestiers qui verdissaient sur\nles deux îles d’Ougrée : l’île aux Corbeaux et l’île de Rénory.\n   Mais le domaine de la Vierge de la Meuse s’était restreint petit\nà petit; vers Seraing trois monstres crachant flammes, fumée et\ncharbon, trois usines établies par la malignité des hommes,\ninspiraient à la nymphe timide le dégoût- et l’horreur de ces sites\njadis adorés. E t, vers Liège, ses promenades s’arrêtaient à\nAngleur, car un pont de pierre hideux et solidement bourgeois, et\naussi les trains empanachés de vapeur, soufflant, suant et tinta ­\nm arrant sur le pont, effrayaient son innocence de vierge gothique.\nIl lui restait comme patrie les solitudes presque inviolées du grand\nparc de Cerfontaine, les coins poétiques des bois environnants, et\nles deux îles ombreuses des Corbeaux et de Rénory où venait\ns’éteindre dans un léger bruissement, doux comme un son très\néloigné de harpes, le colossal effort du fleuve se hâtant vers la\nmer.\n   Mais ce domaine était étroit, et déjà la Vierge blanche s’épuisait\nde mélancolie lorsque, par les belles nuits claires, elle voyait\néclater la violence des feux de hauts-foumeaux, comme les bouches\nterrifiantes de l’enfer empourprées de hautes flammes, qui\nlançaient au ciel le gigantesque essor de leurs lueurs sanglantes-\nElle songeait alors aux nuits anciennes, à la poésie palpitante de\nla venue des ténèbres, dans l’assombrissement graduel des\nnuances éparpillées dans la vallée ; elle songeait aux ténèbres\ntranspercées par les rayons triomphants de la lune qui promenait\nsa pâleur poétique sur l’argent du fleuve et les rameaux des arbres\nblanchis sous ses caresses, tandis que, de la Meuse, une vapeur\n"}, {"page_pdf": 58, "page_imprimee": 41, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2216, "texte": "                                                                  41\n\ns’élevait avec des légèretés de dentelle et s’envolait vers l’astre\nresplendissant au zénith.\n   Peu à peu les solitudes se peuplèrent; d’âcres fumées jaillirent\nde nouvelles rangées de maisons symétriques, des cris d’enfants\net des chamailleries de femmes remplacèrent les gazouillements\nconfus des ramures peuplées de rossignols et la chanson suave\ndes ruisselets qui lançaient des rires étouffés en bondissant de la\nmontagne. Alors, à côté de l’île si jolie, à côté de cette île de\nRénory endormie au milieu de la Meuse, un peuple de travailleurs\nse débattit; il y eut durant des mois un fourmillement d’êtres\nactifs qui allaient, venaient, couraient, se remuaient ; et bientôt\ns’éleva la carcasse d’un nouveau monstre : l’usine d’Angleur.\n   Désormais la molle quiétude de l’île solitaire fut troublée de\nfracas de m arteaux tapants, de locomotives rugissantes et de\nmachines hurlantes dans un tintam arre infernal. L a poésie\ndruidique de Rénory n ’était plus qu’un souvenir.\n   Sur l’autre rive aussi des constructions se dressèrent : des\ncharbonnages salis d’un envolement de noire poussière, des ateliers\nbruyants d’où suintaient des odeurs de graisse chauffée.\n   A la Vierge de la Meuse ne restaient plus que le parc de\nCerfontaine, et les deux îles non déflorées où s’éploraient les\noiseaux chanteurs parmi les échos des fabriques soufflant et\ncriant au loin.\n   Sous l’ombrage vénérable des chênes du parc, la Vierge long-\nchevelue errait encore à l’aventure, mais sa mélancolie s’assom­\nbrissait ; à voir déchirer et tenailler la patrie à laquelle était lié\nson cœur, il lui semblait que des portions de sa chair blanche\nétaient peu à peu livrées aux mains grossières des bourreaux, et\ndes frissons la faisaient frémir d’une secrète horreur.\n   Un jour, de gros blocs de nuages passèrent; non pas ce glisse­\nment doux des mois flocons d’ouate blanche qui semblent peupler\nl’azur d’une procession de cygnes, mais la course grondante et\nagitée des masses noires de vapeurs, roulant, opaques, par les airs,\ncomme la colossale débâcle des grands glaçons bousculés pesam­\nment, roulés invinciblement et rués avec furie dans le courant de\n"}, {"page_pdf": 59, "page_imprimee": 42, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2113, "texte": "42\n\nce fleuve immense qui est le ciel. Puis la grande voûte fut déblayée\nde ces lourds décombres, et la clarté resplendit. Mais un ouragan\npassa avec une force indomptable. Les eaux du fleuve se soule­\nvèrent en larges nappes bientôt tamisées en fine poussière, des\nvagues affolées s’abattirent sur lès rives et le vent fouetta l’air\navec une brutalité irrésistible. Alors sous ses poussées prodigieuses\nla nature céda, et le dévastateur promena sa colère sur toute la\nMeuse.\n   L a Vierge aux cheveux blonds assistait, atterrée, à cette ruine\nimmense. Elle vit les plantes arrachées voler en troupes vagabondes\net se noyer dans la Meuse, les mousses froissées se crisper sous la\npesanteur des branches qui les écrasaient. E t les vieux chênes, et\nles hauts peupliers, les tilleuls touffus qui faisaient la joie de la\nVierge, ces géants furent terrassés par la tempête. Lentement,\ntrès lentement, avec la majesté austère des vieux sages qui\nmeurent, la Nymphe de la Meuse les vit s’incliner, courbés sous\nun effort inexorable, et enfin toucher de leur front d’ancêtre la\nterre, qui trembla sous leur chute.\n   Alors, voyant le massacre des colosses qu’elle aimait, la Vierge\nde la Meuse cacha sa tête désolée sous ses longues boucles d’or ;\net, — silencieusement, elle pleura.\n   L ’ouragan prit fin. L ’Homme arriva. L a cognée abattit les\nrestes des splendides allées de Cerfontaine, et, lorsque le parc\nfut dépouillé, une usine y jeta ses ordures qui s’amoncelèrent\nrapidement et bientôt formèrent une montagne énorme de cendres\net de laitier, stérile et affreuse, qui s’étendit comme un gros\nmonstre noir et dévora tout, tout, les sentes cachées, les recoins\nombreux et les dernières solitudes où résidait un peu de poésie.\nPuis la cognée avança; les plus beaux arbres de Rénory s’affais­\nsèrent sous ses coups et l’île des Corbeaux elle-même ne fut pas\npréservée.\n   L a Nymphe wallonne assistait en frissonnant à l’agonie de cette\nTerre où s’étaient répandues ses tendresses. Elle vit l’île de\nRénory dépouillée de sa haute chevelure forestière, les Corbeaux\nobligés de quitter leur île ravagée et scalpée.\n"}, {"page_pdf": 60, "page_imprimee": 43, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1935, "texte": "                                                                 43\n\n   Puis des bateaux dragueurs arrivèrent pour saper Rénory, et\nl’île fut réunie à la terre, sous un encombrement hideux de cail­\nloux, parmi les cris des travailleurs et les hurlements des\nmachines. Et- ces mêmes dragueurs se dirigèrent vers l’île des\nCorbeaux, suivis par une armée fouillante de pics et de pioches ;\nainsi, peu à peu les morceaux palpitants de la terre chérie furent\ndévorés par les impitoyables rongeurs.\n   Enfin, au milieu de la tristesse abandonnée des choses, la Vierge\nde la Meuse quitta ses retraites dévastées ; par les bois elle gagna\nla vallée de l’Ourthe et frémit à la vue des carrières qui, comme\nun ulcère, rongent aussi, rongent les belles roches blanches tant\nadmirées; puis elle se réfugia dans l’Amblève, la rivière de la\ngrâce sauvage, cette vierge candide aujourd’hui déflorée, cette\nantique solitude que poétisaient jadis les taïauts des preux de\nCharlemagne, et qu’aujourd’hui les cris rauques des locomotives\nbrutalisent sans la rendre vulgaire.\n   Et, toujours plus désolée, la Nymphe de la Meuse s’enfuit par la\nSalm jusqu’en Ardenne, dernier refuge des affamés de poésie, castel\ninexpugnable des amants de la nature.\n   Alors, songeant aux sites aimés que baignait le grand fleuve,\naux collines verdoyantes d’Ougrée et de Kinkempois, aux déli­\ncieuses prairies de l’île de Rénory, aux élancées superbes des\narbres de Cerfontaine et des Corbeaux, elle s’arrêta, pensive. Sa\nchevelure lumineuse où dansaient des étincelles de clarté se\nrépandit sur son col gracile à la peau transparente, et ses cheveux\nformaient comme une rivière d’or où reposait sa tête, avec la\ngrâce de sa virginité et sa hautaine beauté de déesse. De nouveau\nla Nymphe du fleuve wallon pleura, et ses larmes tombèrent sur\nla bruyère fleurie où elles scintillèrent comme une rosée de feu.\n\n                                          A l b e r t MOCKEL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 44, "page_fin": 44, "titre_corps": "Lia", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fritz Ell", "ancre_debut": "Sous les branches qu’un lierre enroule,                                 Heva, la blonde, rêve en", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 61, "page_imprimee": 44, "debut_caractere": 72, "fin_caractere_exclue": 1545, "texte": "Sous les branches qu’un lierre enroule,\n                                Heva, la blonde, rêve en paix.\n                                                     (A . V ie r s e t .)\n\n\n\n    Sur, le bord du ruisseau qui rit d’un air mutin,\n     L ia chante. — Le temps est si beau, ce matin,\n     L ’air est si doux, si frais, sous les branches, à l’ombre\n     Des vieux arbres géants dont le feuillage sombre\n     Cache des nids d’amour, et des berceaux d’espoir !\n     — E t rieuse, une flamme allumant son œil noir,\n     G uettant le blond chasseur dont un regard l’enchante,\n     Sur le bord du ruisseau qui passe, L ia chante.\n\n    Sous les rayons dorés qui descendent du ciel,\n    Lia songe, inquiète. Où donc est Ariel,\n    Le brave guerrier à la fauve chevelure,\n    Aux yeux bleus et rêveurs, à la haute stature ?\n    — Vainement depuis le matin, elle l’attend,\n    Sur le bord du ruisseau qui scintille, éclatant,\n    Au soleil du midi. Une terreur la ronge\n    E t sous les rayons d’or qui tombent, L ia songe. —\n\n    Le jour passe. Le soir va venir, épeurant.\n    Lia pleure. — Au fond du bois, Ariel mourant,\n    Le crâne fracassé contre la roche dure,\n    L ’appelle en vain. — L a nuit énigmatique est pure,\n    L a lune donne au bois des airs mystérieux.\n                                             F r it z ELL.\n    Sur le bord du ruisseau qui dort silencieux,\n    L ia sent le baiser d’une âme qui l’effleure.\n    L a nuit passe, le jour va venir, L ia pleure.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 45, "page_fin": 52, "titre_corps": "Chockier", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Célestin Demblon", "ancre_debut": "Chockier, visible dès Flémalle.    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Le j", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 62, "page_imprimee": 45, "debut_caractere": 958, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "Chockier, visible dès Flémalle.\n   Les bords du Rhin eux-mêmes n ’ont rien de comparable, voyez !\n   Des maisons cossues et coquettes, aigretées de verdures, ser­\npentent légèrement avec les tilleuls arrondis et suaves le long de\ngracieux coteaux; ces coteaux étalent de belles prairies déchirées\nde rochers blancs, fantastiques et fleuris, dont le plus haut, qui\nsurplombe, jette en plein ciel, dans un désordre pendant de\nvégétations, le manoir mi-féodal et mi-moderne; les eaux de la\nMeuse, alenties toutes crépitantes d’orfèvreries argentées devant\nce délicieux séjour, s’en éloignent à regret; dans la vallée, intime\nbien qu’épanouie à perte de vue, Engis avance là-bas sa jolie\nvision vaguement orientale comme pour contempler le village\nincomparable ; et sur la rive gauche qui serait ravissante, s’il ne\nl’éclipsait, à Yvoz, Ramet et Ramioulle, les toits noyés de feuil­\nlage, les bouquets d’arbres pittoresquement pressés parmi le\ndamier multicolore des campagnes et les châteaux dont les parcs\nviennent mirer dans le fleuve leur luxe exotique, semblent une\ndébandade accourue des sommets boisés,immobilisée d’admiration\nà l’aspect de Chockier triomphateur et souriant. Quelle magnifi­\ncence exquise, cet ensemble ! E t, partout, les infinies et délectables\n"}, {"page_pdf": 63, "page_imprimee": 46, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2267, "texte": "46\n\n dégradations de teintes, même dans les arbres, tellement nuancés\n qu’ils paraissent un émail immense de fleurs vertes ! Le serein et\n splendide Albert Cuyp qui peignit si amoureusement la Meuse\n hollandaise eût fait son chef-d’œuvre d'un tel site dégageant à\n ravir la noblesse pastorale qu’il exprima avec ce charme suprême\n et rare qu’ont aussi les chants d’Homère : la puissance qui s’ignore\n ingénument ; mais la magie dorée de sa lumière elle-même n ’eût\n pas révélé l’éther ébloui, limpide et pourtant mystérieux qui\n avive le paysage sous l’azur pâle où s’amoncèlent féeriques, dans\nles horizons, des flots neigeux d’immatériel satin : il faudrait\npour cela ce prodige, chimérique, je le confesse : la frémissante\nclarté italienne du Lorrain noyant les ciels de Jacques Ruysdael,\nsouverain m aître des nuages !\n    Tout mon culte de la belle nature lumineuse et panthéistique\ns’enivre à ce spectacle e t — fréquent souci! — je me demande,\npris d’une mélancolie de vocation brisée, si je n’aurais pas dû\ndevenir un grand peintre du pinceau... D urant une chaude saison\non deux, dix s’il l’avait fallu, j ’aurais enfoui mon chevalet dans\nl’île, en face de cette fête ; et tant m’eût affolé sa pénétration, je\nl’aurais transposée, m’illusionné-je, avec la science de Vinci, le\ncoloris du Titien et la minutie suggestive de Durer. Bien de plus\nardent que ma passion, si ce n ’eût été mon respect. Je n’aurais\nvoulu sur ma toile, comme Poussin, ni philosophes méditatifs, ni\nruines antiques, proclamant la majesté absente des dieux; je n ’y\naurais pas exhumé, comme W alter Scott, maintes légendes bleues\net noires adorablement agonisantes là ; aimée pour elle-même,\nla nature y serait apparue simple et calme dans sa béatitude de\nvivre ; mais, prestige ! les âmes intuitives y auraient goûté de\nsecrètes et vertigineuses émotions et, bientôt, prises par son ma­\ngnétisme lyrique, se seraient écriées : “ Que d’ivresses inconnues\nfourmille cette toile dont l’œil charnel ne voit pas la moitié!\nPuissance d’attendrissement pareille n ’avait pas encore jailli des\nmystérieuses alchimies de l’univers. L ’artiste a dû travailler en\nsanglotant à genoux, le cœur envolé de douleur et de joie. Ses\nadorations chantent émerveillées parmi ces retraites et les cieux ;\n"}, {"page_pdf": 64, "page_imprimee": 47, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2377, "texte": "                                                                   47\n\n  et, pudeur solennelle! par crainte des regards grossiers, sa maî­\n  tresse est cachée, mais les regards internes la découvrent partout.\n  Car eût-il enchanté, sans elle, si fiévreusement les choses ? „ Oui,\n  saisis par l’intérieur et l’atmosphère de mon œuvre, les compré­\n  hensifs eussent savouré, dans la mienne, l’âme indicible et ravis­\n  sante particulière au moindre rien. Cette misérable charrette\n  de bohèmes eût frémi et ranimé ce mur caduc d’émanations\n recueillies en traversant mes souvenirs. L a blanche fillette qui\n contemple mon passage fût apparue si transfigurée qu’elle eût\n dégagé couleur pensers d’enfance une auréole, et ses petits doigts\n roses paru tenir d’anciennes marguerites invisibles; et chacun eût\n compris mes efforts pour recréer — dans “ mon vieux Chockier...,,\n comme tu dis souriante le soir toute pensive à mon bras, ô mater­\n nelle ! ô charmante adorée! — ce visage que je n’ai pas connu\n petit, chagrin jaloux éternel! Qu’a donc d’étrange et de céleste\n cet agreste passage d’eau? C’est que j ’y vins écolier allant là-\n haut, derrière les bois, cacher mes vacances à la ferme aïeule du\n Sart-le-Diable, dans les coins vermoulus et les vastes moissons\n allumées d’or d’où j ’entrevoyais entre les chênes accablés de cha­\n leur, troublante et chaste apparition, un bout interdit de ma\n Gervagne, déjà chuchotteuse : “H ier était pur et gai...,, Mais\n voici, morose, une grande façade : l’eussé-je enveloppée de roman­\n tiques voiles ! A peine adolescent, enflammé d’ignorances ravies\n et timides dont le regret me délectera toujours, perdu de confu­\n sion, de reconnaissance et de délire quand daignait une femme\n me jeter un regard doux, moi qui me croyais indigne et délaissé\n d’elles, il en fut une (nul ne saura jamais son nom) que je rencon­\n trai parfois, semblable aux héroïnes de George Sand. Sans vouloir\n-l’approcher par un respect superstitieux, j ’y songeais souvent, lui\n esquissant une noble vie poétique pleine de succès mondains ;\nle parfum de sa personnalité imprégnait mystiquement le village,\n et sa demeure — celle à grande façade morose — que j ’avais\nseulement entrevue au loin, jamais dépassée, gardait un vague\ndélicieux au fond d’une ombre-sanctuaire, si spéciale ! Depuis,\nChockier s’est bien modifié dans mon cœur : il fleure une autre\n"}, {"page_pdf": 65, "page_imprimee": 48, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2289, "texte": "48\n\npassion; néanmoins, l’aspect seul de la maison,dans mon tableau,\neût traduit toute l’ancienne. Mais le plus infime détail du reste\nrévélé l’actuelle ! Car, quelque chose de la chérie éclaire pensive­\nment ces lieux arcadiens qui la célèbrent. Les poules jaunes,\nparmi les graminées de la berge, gardent dans l’œil une tendre\nlueur de son passage et s’incorporent étroitement à l’harmonie\ngénérale. Ces vieilles habitations verdies et soucieuses sortent du\nsiècle passé pour la voir et nous rappeler qu’on aima jadis aussi.\nLes eaux fourmillent de splendeurs ressuscitées ; quel malheur\nprophétise cette criarde corneille sous son voussoir? que lui\nrépond ce grisolis joyeux d’alouette perdue dans l’éblouissement ?\nChapelle, tu es encore émue de son teint de dix ans ! E t ces nuages !\nces nuages, en vain je les reproduirais tels, montagnes de ouate\nembrasée, blancs archipels frangés d’écumes brillantes errant par\nl ’azur, mille nuances révéleraient combien a tremblé ma main\nau rappel des soirs d’automne où l’horizon se changeait, sous une\ngaze raffinée, en parterre compacte d’hortensias et de géraniums;\non eût senti que les bois des collines prochaines, à droite, atten­\ndent encore les caresses empourprées d’alors et mes promenades\ndans les bouleaux et les soleils couchants ; et sans les avoir\nconnues, on aurait évoqué les vesprées magnifiques du village où\nle bruit de l’écluse là-bas, les dernières charrettes et les vaches\nqu’on ramène, animent encore un peu l’agonie du jour dans l’im­\nmensité paisiblement orangée. Ah! plus j ’avance et me souviens,\nplus m’exalte et me ronge le rêve de cette œuvre qui ne sera pas.\nElle s’électrise et s’embellit sans cesse dans mon imagination. Ma\nrace entière s’y fût mirée; et l’univers! — et l’avenir! On l’eût\n citée comme La Cène et L a Ronde. Imbéciles et froids, volupté !\nn’y eussent vu qu’un paysage. Mais bien des foyers de Wallonie\nposséderaient sa reproduction ; et grâce au penchant à l’intimité\n cordiale qui fait une grande famille de notre petit pays, chacun\nà peu près connaissant maint habitant de l’endroit représenté,\n elle eût défrayé souvent la causerie au bien-être paresseux du\n dîner fini, quand les rideaux rayonnent et que le café fume ; et\n cette syllabe magique de gloire qui m’envoyait enfant déjà san­\n"}, {"page_pdf": 66, "page_imprimee": 49, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2351, "texte": "                                                                   49\n\n gloter à l’écart, aurait volé trem blante de lèvres en lèvres comme\n un oiseau éblouissant... Ma bien-aimée, toi devenue ainsi la sœur\n  de B éatrix et de Laure, je serais volontiers mort, pour ne laisser\n que l’arôme intense et vierge de ma flamme et — ob! pardonne,\n cœur mûri trop facile à briser, tu sais mes folies de tendresses !\n — pour t ’épargner, hélas ! de probables blessures plus horribles\n encore que l’horreur du veuvage ! Comme la sublime Transfigu­\n ration devant le convoi de Baphaël Sanzio, on eût porté le poème\n de notre jeunesse à mes funérailles champêtres, puis tu l’eusses\n gardé jusqu’à tes cheveux blancs, mon ange, avec toutes les\n reliques de nos beaux jours !\n    Cependant, la tour carrée paraît, Chockier est derrière moi.\n Salut, doux vallonet riant ! Chockier lui-même est oublié. Là-bas,\n mon hameau me regarde parles échancrures des jeunes peupliers;\n il ne m’arrête pas. Les foins grisonnants violacés de scabieuses\n embaument déjà ; je les respire à peine. Salut, doux vallonet ! Tu\n vas m ’apparaître, je marche, te voilà, rêve réel! Pris d’une défail­\n lance voluptueuse alors, souvent je m’appuie à la haie et quoique\nje sourie, je sens venir des larmes. Elle est simple, gracieuse et\n tranquille, cette retraite que je traversai deux fois à neuf ans\n comme une humble féerie où mon bonheur respirait. L a campa­\nnule y paraît à travers le coudrier ; le chemin bordé d’un filet\n d’eau herbeux et clair sépare deux coteaux où descendent des\nvergers et quatre angles de bois ourlés de genêts qui blêmissent au\nsoleil, des bois charmants où la fraise succède au muguet et la\nnoisette à la fraise, tandis que six rossignols y charment la pureté\nsilencieuse des belles nuits d’été. Deux maisons en pierres grises\nsont près du chemin dans les potagers fleuris de roses, de pois de\nsenteur et de lis écarlates ; et trois autres groupes élèvent à\nmi-côte leurs pignons timides dans la finesse élégante des frênes.\nLe monde a disparu! E t ses indignités! Je me sens rajeuni, je\nn ’ai jam ais souffert. Mes rides se relèvent, mes épaules s’élar­\ngissent, je suis herculéen et ma gaîté renaît et cabriole. Pourquoi\ntes pleurs redoublent-ils, puisque tu es si gai ? Je l’ignore ou\ncrains peut-être de le savoir trop. Pas d’importunes réflexions ! La\n"}, {"page_pdf": 67, "page_imprimee": 50, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "50\n\nbrise insinue en mon âme des pensera plus doux et plus vagues\nque ces ombres de nues qui fuient sur les feuilles sans en remuer\nune.\n   E t voici venir, mêlés, des souvenirs à sacrer vingt amours.\n   Comme je me revois, descendu des fourrés ces soirées de mai\nmystérieusement tièdes où les arbres noircissent dans le ciel\ntoujours bleu, contemplant au seuil son pur profil aimant angélisé\nd’un souris rose et le lilas à la blancheur fleurie de son corsage,\n— j ’entends soudain l’ivresse de la valse, le bal paraît, nous\npassons seuls au milieu des autres qui l’admirent, nous chantons\navec les amis en levant nos verres de piquette, mais qu’elle nous\noppresse délicieusement cette adorable nuit de lune et de parfums,\nm uette à la fenêtre ouverte, et qui va nous étreindre au retour et\nrythm er dans notre extase le froissis soyeux des blés pour nous\nfaire parler aussi bas, si nous avons la force de parler ! Ici, elle\nm’apparaît, seize ans, pour la première fois, émotionnante de\ngrâce affectueuse, et son idéal visage encadré de bandeaux bruns\ns’arrête sur moi paisiblement et me trouble, ô moment ineffable !\ncomme si la vierge du vitrail fût descendue devant ma prière au\ntemps où je croyais. C’est avec la robe de ce soir qu’elle est assise\nl’année d’après dans la prairie penchante, en pleines richesses\nmélancoliques de l’automne, ses yeux levés vers ma cueillette des\npommes vermeilles, tandis que la futaie voisine envoie, au vent\nqui semble un souffle de lait, planer sur notre joie et sur la chèvre\nqui danse, une mosaïque de feuilles mortes ! E t comme je détourne\nun peu triste mes regards, nos veillées d’hiver se m ettent à défiler\n au chant des pommes qui cuisent maintenant dans le four du\npoêle et des bises qui mordent dehors, interminables elles défilent,\n nous deux blottis au fond de chacune, tailles enlacées, répétant\nsans cesse que nous n’avions pas encore été si heureux, ou pensant\n à la fugacité de ces belles heures dont on ne peut seulement\n arrêter les souvenirs qui pâlissent confondus dans nos misérables\n mémoires, heures sans nom au fond desquelles néanmoins finissent\n par se lever, infinies, douloureuses, magnétiques, d’indéfinissables\n béatitudes qui roulent aux genoux idolâtrés notre angoisse de ne\n pouvoir aimer davantage !\n"}, {"page_pdf": 68, "page_imprimee": 51, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2336, "texte": "                                                                   51\n\n    O h !je te vois, petite tache souriante qui viens blanchir le\ncarreau; mais attends, je savoure si fort cette fraîcheur odorante\n et recueillie, je savoure ce soleil fécondant les orges et les fruits\nsous ses baisers de topaze, et de cet abri cher qui révèle, suave\nmiracle! l’attendrissante sérénité de ton âme et de ton front, il\nmonte musical un silence débordant de notre idylle, un silence où\nje sens éternisées ensemble toutes nos heures bénies, un silence\noù j ’étouffe enivré — comme ces convives qu’Héliogabale fit\nensevelir sous des pétales de roses! Je n’ai ni force ni désir\nd’avancer. E n vain, tu m’appelles gentiment, en vain tu me\nmontres gentiment le doigt, je veux rester encore un peu. Que\nt ’importe d’ailleurs de m’avoir puisque je pense à toi ? Clos les\nvolets plutôt, l’ombre grise l’amour ; rafraîchis résédas et la­\nvandes, que ces senteurs affinent nos défaillances ; ouvre déjà\nMusset, moi j ’ai Ronsard en poche; et veille bien au café, les\npauvres olympiens n ’avaient que le nectar. Oui, nous irons battre\nchamps et clairières, oui pour me venger d’avoir dû rester grave\ntoute la semaine et de n ’avoir pu chiffonner la place Saint-Lam ­\nbert, je défilerai des chapelets de culbutes, je répondrai au\ncoucou, je mâcherai des pissenlits, je sauterai par dessus les\nbuissons. Oui, nous rirons à scandaliser les merles moqueurs et\nmême un m agistrat, si nous en trouvons un, ce qui ne nous est\njamais arrivé. Nous n’avons pas encore cent ans! Oui, nous\nreviendrons joyeux et las nous asseoir au jardin, examiner les\nlaitues et les choux, piller les groseillers. soigner Finette, puis,\nle crépuscule proche, enfouis en nos coins, mêler nos mains, nos\n soupirs et nos songes, et nos yeux où nous contemplerons chacun\nnos deux transports ! Mais n’ayons point hâte de quitter la\nfenêtre et la haie : malgré l’arôme ravissant des lavandes et\n l’odeur de tes cheveux; malgré la grâce de Ronsard et le charme\n des promenades ; si souveraines que soient les langueurs enlacées ;\nsi divins les seins émus, les sourires pâmés qui balbutient, les\nbéatitudes en fièvre qui n ’ont plus que le sanglot, quelle que soit\nl’insondable saveur des purs et longs baisers de velours chaud\n qui seraient la plus généreuse des voluptés s’il n’existait celle\n"}, {"page_pdf": 69, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 377, "texte": " 52\n\n de voir la volupté de l’être adoré : ceux-là le diront qui surent\n  vivre, qui se vouèrent à cet éternel amour sans lequel est stérile\n toute ambition, tout idéal , ô mon trésor ! ils te le diront tous,\n le plus profond et le plus délicat des bonheurs, c’en est encore\n l’attente !\n                                         CÉLESTIN DEMBLON.\n\n\n\n                           "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 52, "page_fin": 53, "titre_corps": "Miette", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Rédac.", "ancre_debut": "M I E T TE .                                                      Pour Liicy.         E juillet. Le j", "ancre_fin": "à regarder les cieux ! RÉDAC.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "FL E U R FUNÈBRE.        M       es rêves, amoureux de me", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 69, "page_imprimee": 52, "debut_caractere": 377, "fin_caractere_exclue": 1868, "texte": "M I E T TE .\n                                                     Pour Liicy.\n\n\n      E juillet. Le jour ne pénètre qu’à demi dans le boudoir où\n      N\n       Miette sommeille, rêveuse.\n          Au fond de l’alcôve abritée par d’épais rideaux, une\n glace réfléchit les lignes gracieuses de son beau corps. De son\n corsage émerge, dans un glissement de dentelles, la roseur d’un\n sein nu, fleur à peine ouverte.\n   Au plafond — un ciel d’un blanc laiteux avec des trouées\n d’azur — une hirondelle s’encourt en rapides envolées. P ar la\n vénitienne donnant sur un jardin planté d’acacias épineux, la\n brise entre imprégnée de grisants parfums, soulève les boucles\n qui ondulent sur le front de la belle enfant.\n   Jolie avec ses cheveux dont le fauve écroulement entoure sa\ntête comme d’une auréole, sa peau, si fine, qu’elle laisse transpa­\nraître le bleuté des veines, elle aspire lentement, les paupières\nmi-closes, la tiède fumée d’une cigarette qui s’élève en volutes\ncapricieuses.\n   D ’entendre seul le balancier tictacquant d’une mignonne pen­\ndule de Sèvres, sa pensée erre dans l’enténèbrement des lointaines\nressouvenances. Un à un se déroulent les événements qui ont\nrompu la banale réalité de sa vie : la rencontre de Maurice ; les\nconsentements rétractés, les torturantes délices du jour où elle\nest devenue sienne ; la naissance de Georges — le Roi de Rome — ;\nleur installation définitive dans cette riante maisonnette cachée\nsous la feuillaison de grimpants chèvrefeuilles.\n"}, {"page_pdf": 70, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1256, "texte": "                                                                    53\n\n   Elle adore se retirer ainsi chaque jour, vers les trois heures, au\nmilieu des bibelots réunis par sa féminine originalité.\n   Sous la peluche d’un cadre posé devant elle, le Roi de Rome\nétale ses fossettes en virgules, sa bouche petite, ses dents pareilles\nà des grains de riz sous l’ensanglantement des lèvres. Pendue à\nla toilette voilée de mousseline, une chemise de gaze noire redit,\nen ses plis qui se souviennent, les folles étreintes d’une longue\nnuitée d’amour. Jeté en hâte sur un minuscule bureau de santal\nrepose, mélancolique, Pitch, le polichinelle préféré de l’espiègle\nbambino dont le rire perlé arrive aux oreilles de l’heureuse jeune\nmère. Oh oui ! Miette est heureuse, délicieusement heureuse, et\ncette existence d’une réconfortante uniformité, emplie par les\ncaresses de Georges et de son jeune amant, lui semble le plus\ndoux des rêves.\n            Oh ! comme, ensevelis en leur amour profonde,\n            Ils oubliaient la vie, et le jour, et le monde.\n            C’est ainsi qu’un nocher, sur les flols écumeux,\n            Prend l’oubli de la terre à regarder les cieux !\n                                                           RÉDAC.\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 53, "page_fin": 54, "titre_corps": "Fleur funèbre", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "FL E U R FUNÈBRE.        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D ans une plaine qu’arros", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 70, "page_imprimee": 53, "debut_caractere": 1256, "fin_caractere_exclue": 1905, "texte": "FL E U R FUNÈBRE.\n\n      M\n      es rêves, amoureux de menthe et de cytise,\n       Vagabondent au loin par les bois et les prés,\n      E t je m’enquiers pour eux de jardins diaprés\n       Où rayonne la fleur de trouble et de hantise.\n\n       Fleur funèbre et si belle en son étrangeté\n       Qu’elle fera mes yeux vaciller et s’éteindre,\n       E t mon âme sans un regret et sans se plaindre\n       Se noyer dans l’azur d’un bienfaisant Léthé.\n       Sans doute, elle m’attend, cette fleur de mystère,\n       Ce céleste Lotos, ce sanglant nelumbo\n       Parm i l’herbe vivace et noire d’un tombeau\n       Où la glace de ses baisers la lune austère.\n"}, {"page_pdf": 71, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 522, "texte": "54\n\n        Son parfum chantera le soir à mon chevet\n        Des berceuses, combien douces et langoureuses !\n        Telles que n’en ont pas les mères bienheureuses\n        Pour l’enfançon rebelle aux neiges du duvet.\n\n         Mais c’est en vain, hélas ! jusqu’ici, que mon âme\n         S’est enquise du parc où croît la fleur d’oubli,\n         E t voici : j ’ai rêvé ce rêve et tressailli,\n         Que la fleur de mystère est peut-être une femme.\n     8 Mai 1886.                           FERNAND SEVERIN.\n\n\n\n         "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 54, "page_fin": 58, "titre_corps": "Le théâtre de Bayreuth", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Octave Maus", "ancre_debut": "LE T H É Â T R E DE B A Y R E U T H .  D ans une plaine qu’arros", "ancre_fin": "estime et respect. OCTAVE MAUS.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SCÈNES D’AN TA N. (Suite et fin.) II La M a n o l a.", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 71, "page_imprimee": 54, "debut_caractere": 522, "fin_caractere_exclue": 1899, "texte": "LE T H É Â T R E DE B A Y R E U T H .\n\nD ans une plaine qu’arrose une eau vive, au centre d’un\n       amphithéâtre de collines dont les croupes, couronnées de\n       pins, moutonnent à l’horizon, se dresse la petite ville. Les\nflèches géminées de l’église et une vieille tour romane rompent\nseules la monotonie des toitures de tuiles, qu’enveloppent des\nbouquets de verdure. Le long des rues, trop larges pour la circu­\nlation actuelle, sur des places où l’herbe croît, s’alignent les\nfaçades monumentales des palais qu’emplissait jadis le bruit des\ncours, aujourd’hui endormis dans le rêve des splendeurs passées.\n   Bayreuth a la mélancolie des villes bâties pour la vie fastueuse\net dont le caprice des événements a fait des bourgades. L a\nRésidence est vide. Les carrosses des ducs de Franconie s’en sont\nallés, depuis combien d’années ! sur la route poudreuse. Ils ont\nemporté le cœur de la petite capitale, expirée au carillon des\ngrelots, aux claquements de fouet des postillons.\n    Il y a une dizaine d’années, les promeneurs de la cité silen­\n cieuse assistèrent à un spectacle étrange. Ils virent un matin,\n obéissant à l’ordre tombé de la bouche d’un très haut et très\n mystérieux personnage, une armée d’ouvriers occupant les pre­\n mières assises d’une colline voisine, dresser des charpentes,\n empiler des briques. Puis vinrent des peintres, et des tapissiers et\n"}, {"page_pdf": 72, "page_imprimee": 55, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2318, "texte": "                                                                   55\n\ndes menuisiers. E t à ceux qui interrogeaient les architectes\naffairés ou les contre-maîtres, on répondait : “ C’est un théâtre. —\nUn théâtre ? Pourquoi faire ? N’avons-nous pas le joli théâtre de\nla Résidence, si coquet, si mignon, où jadis, au retour des chasses,\non offrait au duc et à la Cour le régal d’une comédie de choix ?\nUn théâtre ? Quelle folie! Aucun directeur ne consentira jam ais\nà risquer à B ayreuth une seule campagne ! „\n   Cependant, le vaste monument s’élevait, portant fièrement son\npignon hérissé de hampes de drapeaux et de paratonnerres.\n   E t le 13 août 1876, à i heures du soir, des fanfares retentis­\nsantes appelèrent \" là-h aut, „ sur la colline où l’A rt nouveau\nvenait de bâtir sa citadelle, des gens venus de loin, de Prusse, de\nFrance, de Belgique, d’Angleterre même. E t les bourgeois, ravis,\ncontemplaient avec attendrissement le défilé des voitures roulant\nvers le théâtre, aux acclamations de la populace, dans les rues\npavoisées aux couleurs de la Bavière et de l’Empire.\n   Bayreuth s’était réveillé de son long sommeil, et le prince, digne\ndes contes de fées, qui lui avait ouvert les yeux, le très haut et\ntrès mystérieux personnage qui avait envoyé sur la colline, au\nlieu d’un régiment de soldats pour faire une parade, une troupe\nd’ouvriers pour bâtir un temple à la musique, c’était Louis II, par­\nla grâce de Dieu, roi de Bavière, duc de Eranconie et de Souabe,\nle même qui, lassé de l’ingratitude de ses contemporains, vient de\nchercher la paix dans les eaux claires du lac de Starnberg.\n                                  *\n                                 * *\n   Cet été de 1876, qui vit cette chose unique : une foule immense,\naccourue de toutes les contrées de l’Europe, dans une ville ignorée,\npour saluer un artiste sur qui se levait le soleil de gloire, ne s’ef­\nfacera jamais de mon esprit.\n   A la veille du jour qui ramènera le dixième anniversaire de ces\nfêtes mémorables, je ne puis me souvenir sans une émotion pro­\nfonde de ce premier pèlerinage et de l’impression que nous res­\nsentîmes, mes compagnons de route et moi, quand nous apparut,\nquelques instants avant que le train s’arrêtât à Bayreuth, le\nthéâtre de Richard Wagner, dressé sur sa colline, dans les\npourpres du couchant.\n"}, {"page_pdf": 73, "page_imprimee": 56, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2277, "texte": " 56\n\n     Brassin était à la gare. “ Vite, nous dit-il, au théâtre. J ’ai là\n  une voiture. On répète à quatre heures. „ E t sans nous laisser le\n  temps de respirer, il nous entraîna. Au moment où nous pénétrâmes\n  dans la salle, plongée dans l'obscurité la plus complète, l’orchestre,\n  masqué par la voûte destinée à adoucir et à fondre les sons,\n  entonnait les premières mesures du prologue de la Götterdämme­\n  rung. Sur la scène, les Nornes dévidaient silencieusement le fil\n  des destinées humaines. Telle était la majesté du spectacle, le\n  recueillement de l’auditoire, l’admirable sonorité qui s’échappait,\n  en flots d’harmonie, des mystérieux dessous où se tiennent les\n  instrumentistes, qu’un trouble inconnu, à la fois doux et poignant,\n nous envahit, avec une force impérieuse à laquelle aucun de nous\n ne résista. Pourquoi ne pas l’avouer ? Des larmes coulèrent de\n nos yeux, non contenues. Pour la première fois, je compris la\n puissance de l’Art, je ressentis la jouissance aiguë qu’il est\n capable de provoquer.\n    W agner était dans la salle, et nous eûmes fréquemment, au\n cours des répétitions qui suivirent, l’occasion de le voir. P etit de\n taille, dans une perpétuelle et fébrile agitation, il semblait être\n partout à la fois, dans la salle, sur la scène, dans la loge, veillant\n aux plus minimes détails de la mise en scène, dépensant une\n activité prodigieuse pour tout surveiller, tout régler, tout diriger.\n Détail curieux : jamais il ne fit une observation à l’orchestre.\n Hans R ichter s’était si complètement assimilé les moindres inten­\n tions du m aître que celui-ci n ’eut pas à modifier un mouvement,\n à corriger une nuance d’interprétation. Mais aux machinistes, aux\ndécorateurs, au m aître de figuration, quelles bordées quand\nsurvenait un accroc ! Combien de fois nous entendîmes ce cri\ntraverser brusquement le silence attentif de l’auditoire : Heller !\n(plus de lumière) ou Dunkler! (plus d’obscurité). Tantôt l’ordre\npartait du premier rang des stalles, tantôt, des derniers degrés\ndu vaste amphithéâtre. On croyait le Maître dans les coulisses, on\nl’avait à côté de soi. E t tous, nous restions stupéfaits de ce rôle\nde régisseur que remplissait, avec une ardeur toute juvénile, l’au­\nteur de Tristan et de l'Anneau du Niebelung.\n"}, {"page_pdf": 74, "page_imprimee": 57, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2166, "texte": "                                                                    57\n\n\n\n     Combien se mêlent, dans ces souvenirs dont il m’est doux de\n  remuer les cendres, les épisodes gais, les scènes caractéristiques,\n  aux grandes et fortes sensations d’art !\n     C’était l’époque des discussions à perte de vue, des batailles\n  épiques dont ne sortaient pas toujours les belligérants le chapeau,\n  les vêtements et le visage intacts. Tous ceux qui assistèrent à\n l’inauguration du théâtre ont gardé le souvenir de la petite bras­\n  serie voûtée et sombre qui se cache, à l’entrée de la Canzle\n  Strasse, derrière un rideau de sapins plantés dans les pavés.\n    Là, chez Angermann, se réunissaient, tous les soirs, après le\n spectacle, Allemands et Français, wagnéristes et anti-wagnéristés.\n L a politique et l’art échauffaient à la fois les cerveaux. E t tandis\n que la bière mousseuse coulait à flots dans les grandes chopes,\n que la fumée des saucisses rissolant dans la poêle à frire, em­\n plissait les deux salles basses, les discussions éclataient autour\n des tables de chêne en un brouhaha indescriptible. A plusieurs\n reprises, on alla jusqu’aux brocs jetés à la tête de l’adversaire\n récalcitrant.\n    Parfois, au fort de la mêlée, un grand silence tendait brusque­\nment les cous : c’était la M aterna ou Lili Lehmann, l’adorable\n créature, qui entrait, majestueuse, avec d’altiers mouvements de\ntête, et tous contemplaient avec surprise l’orgueilleuse Brunehilde\nou l’idéale Fille du Rhin distribuant des poignées de mains aux\nAbsalons en chapeau mou attablés dans la fumée des pipes de\nporcelaine.\n    Sur la berge du Mein rouge, aux portes de la ville, s’élevait un\npetit établissement de bains en planches. Une simple cloison\nséparait l’espace réservé aux baigneuses du bassin de natation\ndestiné aux baigneurs. E t c’était merveille d’entendre par delà\ncette cloison, dans le clapotement de l’eau ruisselante, les trois\nFilles du Rhin, Vellgunde, Flosshilde. Vogelinde, jeter à la fraî­\ncheur du matin, comme un joyeux salut, le rythme caressant des\nchants par lesquels elles exercent dans les abîmes du fleuve leur\nséduction sur Alberich, le roi des Nains.\n"}, {"page_pdf": 75, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1310, "texte": "58\n\n\n\n   Aux réceptions de la villa Wahnfried, hospitalièrement ouverte\naux étrangers, a succédé le silence de la tombe. E t voici qu’un\nnouveau deuil obscurcit le tableau que j ’évoquais.\n   Quoiqu’on ne le vît jamais, qu’il n ’entrât dans sa loge qu’après\nque le gaz fût baissé, pour en sortir quelques instants avant\nqu’on le rallumât, on sentait en Louis I I le génie bienfaisant dont\nla puissance avait créé cette merveille : le théâtre de Bayreuth.\nN’avait-il pas, à peine sorti de l’adolescence, offert à l’exilé une\nretraite dans ses É tats, allant spontanément au banni de 1848,\ndont l’un des premiers il pressentit le génie ? N’est-ce pas lui\ndont l’amitié fidèle soutint, rasséréna, réconforta le courage du\nm aître dans ses luttes ? N’a-t-il pas généreusement parfait de ses\ndeniers la somme énorme nécessitée par la construction du\nthéâtre ?\n   Ceux qui iront, le mois prochain, entendre à Bayreuth Tristan\net Parsifal, après avoir fleuri de couronnes fraîches la dalle de\nmarbre qui recouvre, à l’ombre des arbres du parc, la tombe du\nmaître, n ’oublieront pas de saluer le buste en bronze qui émerge,\nà deux pas de là, d’un buisson de roses. C’est celui du roi. Il\nmérite reconnaissance, estime et respect.\n                                                  O c t a v e MAUS.\n\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 58, "page_fin": 63, "titre_corps": "Scènes d’antan", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fritz de l’Aulnaie", "ancre_debut": "SCÈNES D’AN TA N. (Suite et fin.) II La M a n o l a.", "ancre_fin": "r it z de l ’AULNAIE.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "C H R O N IQ U E A R T I S T I Q U E .                L ’E x p o s itio n tr ie n n a le", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 75, "page_imprimee": 58, "debut_caractere": 1310, "fin_caractere_exclue": 1793, "texte": "SCÈNES             D’AN TA N.\n                          (Suite et fin.)\n                                  II\n                           La M a n o l a .\n\nC       un rayon, c’est un sourire, c’est une femme...\n     ’e s t\n       Le soleil qui tombe, oblique, sur le vieux balcon de pierre,\n     met un nimbe à la tresse de jais et caresse en passant le\nmanteau de fourrures. Elle rêve et son regard voilé sous de longs\ncils ombreux, va se perdre au lointain par dessus les murailles.\n"}, {"page_pdf": 76, "page_imprimee": 59, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2089, "texte": "                                                                     59\n\n   Là-h aut, c’est un beau ciel de décembre aux larges trouées\nd’azur, et sur le dédale bizarre et tortueux des rues qui longent\nle vieux château des comtes, les toits neigeux scintillent avec des\nreflets roses....\n   A quoi songe la Manola, tandis que sa lèvre se plisse en un\nsourire? Où vont ces longs regards si profonds et si vagues ? En\nquels deux plane sa pensée?....\n                                  III\n                            R encontre.\n\n\n   L a garde espagnole veillait et par ordre du Bailli les potences\ns’élevaient lugubres ; la cloche du beffroi tintait comme un glas\net les femmes se signaient en tremblant.\n   Seul, Jehan restait joyeux compère : “ Le ciel est pur et tout\nsemé d’étoiles „ dit-il un soir au vieux Mathias, son serviteur,\n“ prends ta hallebarde, ma dague et ma guitare ! „ — “ Maître,\nle sol est blanc de neige.... „ — “ Qu’importe ! „ — “ Le vent\nsouffle, glacé! „ — “ Il te réveillera! „ — “ Les chaînes sont ten­\ndues, les rues gardées. „ — “ Nous les déferons et nous passerons ! „\n“ Le prévôt même a dû... „ — “ Tudieu! le raisonneur! Prends ta\nhallebarde, Mathias, prends ta hallebarde ! „\n    Ils sortirent... L a lune n’éclairait guère non plus que les étoiles\net à voir ces deux hommes aux prises avec les ténèbres, dans ce3\nruelles étroites, luttant contre le vent qui tordait leurs m anteaux,\nl’on eût dit deux damnés errant dans les enfers.\n    Soudain, là, devant eux, une ombre se dresse. “ Jehan ! „ —\n“ Qui va là ? „ — “ Arrête, il en est temps encore ! „ — “ E h quoi,\nla Boussotte, ma mie?... „ — “ Où vas-tu ? „— “ Que t ’importe ? „\n— “ Je connais ton secret, je viens de chez la vieille... „ —\n    Malgré lui, Jehan frissonna.\n  . “ Tu vas chez Manola, l’Espagnole aux yeux noirs! „ — “ Tu\ndis vrai, pourquoi m’en cacherais-je ? „ — “ Pourquoi ? „ — La\nRoussotte hésita, son cœur se contractait dans un spasme affreux,\nun éclair passa dans ses yeux, puis le sang refoulé vint empourprer\n ses joues... “ Ecoute, dit-elle, tu sais que les bandits rôdent par\n"}, {"page_pdf": 77, "page_imprimee": 60, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2018, "texte": "60\n\nles rues. „ — “ J e le sais „ — “ Qu’on arrête et qu’on vole et qu’on\npille et qu’on tue ? „ — “ Après ? „ — “ Que cette femme est Espa­\ngnole, ennemie, et que... „ — “ Trêve à l’insulte et place !... „ —\n“ Un mot encore ! „ — “ Place, te dis-je! „ Il la repoussa, elle pa­\nru t céder, mais soudain, s’élançant sur lui d’un bond de tigresse et\nl’enlaçant de ses bras : “ Je h an, je sais, j ’ai vu, crois-moi... „ —\n“ Il lui prit les poignets et les serra si fort qu’elle lâcha prise ;\nalors, à genoux, suppliante, d’une voix brisée : “ Songe aux amis,\nsonge à toi-même, tu n’iras pas, Je han, tu n’iras pas ! „ —\n   \" Bien fol, en vérité, qui t ’écoute, la belle ! Allons Mathias ! „\n   Ils reprirent leur route à travers les ténèbres, tandis que la\nR oussotte, disparaissant sous un porche voûté, dégringolait des\nescaliers de pierre et, traversant une cour bordée de hautes mu­\nrailles, s’élançait dans la direction du château.\n                                  IV.\n                            R é f l e x io n .\n   A notre avis, Jehan fit mal. Conseil de femme n’est pas évan­\ngile, mais femme ennemie est le pire des maux. C’est là ce que\npensait Mathias, ainsi qu’il sera dit plus loin.\n                                   V.\n                             D u Sang .\n  Ils arrivèrent... Sur la porte, trois petits coups bien espacés,\nc’était là le signal.\n  L ’on n’ouvrit point. Pourquoi ?... Jehan, des yeux, interrogeait\nMathias, et Mathias murmurait tout bas : “ Maître, songeons à la\nR oussotte, l’air paraît lourd en cet endroit. „ Jehan cogna de\nrechef. “ Maître, j ’entends des pas au bout de la ruelle ! „ Us se\npenchèrent, tendant l’oreille... Les pas se rapprochaient : “ Holà,\nqui donc e3-tu, mystérieux noctambule ? „ — “ Jehan ? „ — “ R i-\ngobert! „ — “ Que fais-tu sous ces murs à une heure pareille ? „ —\n“ E t que fais-tu dehors par une telle froidure ? „ —\n  Tandis que tous deux interrogeaient pour n’avoir pas à répondre,\nun nouveau personnage paraissait, c’était Sulpice ; puis un autre :\n"}, {"page_pdf": 78, "page_imprimee": 61, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2040, "texte": "                                                                      61\n\n Adalbert; puis encore: Huges, Gautier, Mesmin et bien d’autres\n de la joyeuse compagnie de St-Sébastien.\n   Jehan, stupide, ne se rem ettait point de son étonnement.\nHugues parla : “ Compagnons, je crains fort que nous ne soyons\nvictimes de quelque ruse, à moins... „\n   Il n ’acheva pas. Les volets s’ouvrirent avec fracas et un rais de\nlumière s’échappa, frappant de feu la rue et les murailles. Une\nclameur s’éleva, des ombres surgirent de toutes parts, les lames\nbrillèrent et le cliquetis des armes se joignit aux cris de fureur,\naux trépignements du combat...\n   Souriante, la Manola, appuyée au balcon dans une attitude non­\nchalante, suivait les péripéties de la lutte. Mais soudain, derrière\nelle, semblable à quelque furie vengeresse, la R oussotte, pâle,\néchevelée, se campa dans l’encadrement de la porte : “ Mort aux\ntraîtres ! „ cria-t-elle, et comme l ’Espagnole se retournait effarée,\nglacée d’épouvante, la fille au teint de lait lui plongea son couteau\ndans le sein.\n   Une seconde après, les combattants avaient disparu, la rue était\ndéserte.\n                                  VI.\n                          C e q u ’i l a d v i n t .\n   L a Roussotte était maîtresse femme, aussi le lendemain de\ngrand matin, Messire Jehan, sous bonne escorte, paraissait devant\nle Bailli :\n                         Tu as tué, tu mourras !\n   Il voulut répliquer, les gardes l’entraînèrent. E n chemin, Jehan\n pensa que c’était bien sommaire et qu’il aurait volontiers vécu\n davantage. P uis, comme son refrain favori lui passait par la tête :\n “ Tudieu, s’écria-t-il, pourquoi l’ai-je reniée? L a bière, vive la\nbière et maudite soit la femme ! „ Le repentir était tardif, il le\ncomprit et, voyant s'évanouir tous ses rêves, il s’accrocha au der­\nnier espoir qui lui restait : celui d’avoir la corde plutôt que les\nfagots.\n   Au cabaret, la R oussotte, satisfaite et lasse, s’était assise, comme\njadis, devant le grand foyer et songeait aux scènes passées. Dans\n"}, {"page_pdf": 79, "page_imprimee": 62, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2135, "texte": "62\n\nnn coin sombre, quelques buveurs, les visages rapprochés, cau­\nsaient à voix basse des événements de la nuit. Un homme entra :\n“ Mauvaise nouvelle, fit-il, Jehan est arrêté et dans une heure\npeut-être... „\n   Les archers bondirent, ce fut un cri : “ Jehan arrêté ! „ puis\nsoudain les voix redevinrent sourdes. L a Roussotte eut un méchant-\nsourire. L ’étrange fille s’abandonnait tout entière à l’intime con­\ntentem ent qu’elle éprouvait. Passionnée, jalouse à l’excès, son\nâme avait été torturée lorsqu’elle s’était vue repousser pour une\nautre. Elle comprenait que jam ais Jehan n ’aurait répondu à cet\namour, immense qui la possédait et ce désir, ce trouble des sens,\ns’étaient transformés soudain en une haine violente et farouche.\nSur son accusation, Jehan suivait la Manola dans la tombe. P ar\nelle, disparaissaient ces deux êtres en qui' se personnifiaient toutes\nses passions, toutes ses souffrances, et à cette idée, une joie pro­\nfonde, immense, l’envahissait. Les coudes sur les genoux, la tête\n entre les mains, les paupières mi-closes, elle se laissait bercer par\nson rêve et suivait, en souriant, sa pensée.\n    Tout à coup retentit la cloche du beffroi,... la Roussotte tres­\n saillit. “ Allons vers la place, dit l’un des buveurs, c’est l’heure\ndes supplices. „\n   A ces mots, elle se leva, toute droite, tremblante, blanche comme\nun suaire. Plusieurs fois, elle passa la main sur ses yeux comme\npour en chasser une vision pénible, puis soudain, avec un cri sau­\nvage, elle franchit d’un bond le seuil du cabaret et disparut dans\nla rue...\n    Lorsque Jehan entendit grincer à nouveau la lourde grille qui\n s’était refermée derrière lui et qu’il vit donner des ordres aux\n gardes, il eut un frisson et, rajustant son pourpoint : “ Corde ou\n fagots, dit-il, qu’importe ! „\n    Une voix répondit : \" Vous êtes libre, bénissez Dieu ! „\n    Jehan, machinalement, sans comprendre, fit quelques pas et se\n trouva dans la rue. “ Libre, dit-il enfin, libre ! Tudieu, vive la\n bière et qu’on m’y prenne encore ! „ E t ayant dans un soupir\n énorme exhalé tout son m artyre, il tourna le coin et déboucha sur\n la grand’place.\n"}, {"page_pdf": 80, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 998, "texte": " ' Là, le peuple se pressait, quelques cavaliers, la lancé au poing,\ndominaient la foule, et du milieu de cette masse humaine, bruyante,\nagitée, s’élevait une épaisse et noire colonne de fumée. Jehan\njoua des coudes. \" Dieu me damne, s’écria-t-il, on rô tit un chré­\ntien ! „ E t songeant à cette m ort à laquelle il venait d’échapper si\nmiraculeusement, il eut la chair de poule. Le peuple repoussé par\nles gardes fit un mouvement et Jehan parvint près du bûcher....\n   Alors, au milieu des flammes, il v it se tordre une fille aux yeux\nbleus, aux boucles folles et cuivrées, et, sans savoir pourquoi,\ncomme ployé par quelque main de fer, il s’inclina, se découvrit et\nm it un genou en terre. E t là, à quelques pas, il aperçut Rigober t,\nHugues, Sulpice et les autres qui, agenouillés comme lui, unis­\nsaient leurs âmes en une commune et solennelle prière...\n   L ’image de la R oussotte est encore au vieux cabaret.\n                                          F r it z de l ’AULNAIE.\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 63, "page_fin": 64, "titre_corps": "Chronique artistique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. V.", "ancre_debut": "C H R O N IQ U E A R T I S T I Q U E .                L ’E x p o s itio n tr ie n n a le", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 80, "page_imprimee": 63, "debut_caractere": 998, "fin_caractere_exclue": 1842, "texte": "C H R O N IQ U E A R T I S T I Q U E .\n\n              L ’E x p o s itio n tr ie n n a le à N am u r.\n\n     O\n     VICI un salon d’amateurs ou plutôt d'amatrices car les femmes-\n      peintres y prédominent.\n        L a Femme-Peintre ! Quel chapitre Molière eût ajouté à\nsa comédie, si ce fléau avait sévi de son temps ! Armande ne\npeignait pas. Si elle vivait de nos jours, elle ne manquerait pas\nde le faire, car il n’est pas un pensionnat où la peinture ne\ns’enseigne avec la cuisine et les mathématiques. Toute jeune fille\nqui a reçu une éducation passable est plus ou moins apte à bâtir\nun bouquet quelconque. Les plus fortes savent même inventer un\npaysage.\n   Cependant on ne peut dire que ces tableaux soient toujours\nmauvais ; souvent un coquet assemblage de fleurs, un choix\nagréable de nuances attire un instant la vue. Arrêtez-vous,\n"}, {"page_pdf": 81, "page_imprimee": 64, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1960, "texte": "64\n\n\n l’illusion s’évanouit. Cet “ art „ est essentiellement fugace et'\n superficiel. L ’âme de l’artiste n ’y vibre point. Les Anna Boch sont\n rares !\n    Passons aux vrais peintres. Le succès du salon va à Th. Baron,\n pour son Site de la province de Namur, une toile ample, large,\n forte, où passe à larges bouffées l’air vif et sain des plateaux\n ardennais. Presqu’aussi bonne nous paraît sa “ Campine „ avec\n sa mélancolie tiède et reposée.\n    Presque en face est Bouvier avec son :l Orage „ une de ses\nmeilleures marines : Une barque fuit sur la mer houleuse dans\nl’anxiété d’une tempête imminente sous un ciel lourd.\n    Nous ne dirons rien des envois de M. Herbo.\n    M. Herman expose deux portraits. M. Montigny répète ses\nroutes boueuses, d’une facture large mais d’un e invariabilité\nmonotone ; même observation pour les soubrettes de M. Serrure.\n    Avec Constantin Meunier nous rentrons dans l’art sain, robuste\net personnel ; une toile superbe : des mineurs se rendant au travail,\nles traits durcis par un abrutissement, l’attitude harassée. Un peu\nd’exagération peut-être dans l’avachissement de leur démarche.\nMais une oeuvre forte.\n    Citons encore les toiles de Haguemans, une marine d’Artan,\nun Van Leemputten, une œuvre très fine de F. Khnopff, un Van\nder Hecht, deux tableaux de Heimans, dont l’un est superbe, etc.\n    Enfin M. Fichefet, un jeune, marche à la maîtrise par son grand\ntableau “ Travaux d’octobre. „ C’est un adolescent qui traîne une\nhotte, et une femme ployée vers la glèbe. L a fatigue du jeune\nrustre est remarquablement rendue. C’est le soir, il y a de la\ntristesse dans l’air ; réalisme saisissant.\n    E t voilà tout, mathématiquement tout. Ah, oui ! encore, toujours\nde petits arrangements atténués, des œuvrettes bénignes de jeunes\nfilles qui de partout surgissent avec des menaces d’obsession...\n    Peinture à la crême et pensionnatisme for ever !\n                                                          G. V.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-07-15-n2-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE H. Z E Y E N .", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 82, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1715, "texte": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                           H. Z E Y E N .\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                 L I E G E.\n\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n ^ F A B R I Q U E DE PIPES DE HENRI Z U B R O D T ,\n                   P la c e d u T h é â t r e , 11, L iè g e .\nPorte-cigares en écume de mer, am bre et racine de bruyère.\n  — Pièces décom m andé, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n                           RACCOMMODAGES.\n\n          R a s s e n fo s s e -B rou et,\n                 2 6 , r u e V in â v e -d ’I le , 2 6 , L iè g e .\n   Spécialité d’Objets d’Art — Bronzes — Terre-cuite —\nVerres et Lustres de Venise — F ers forgés — Objets\noriginaux — Meubles Bambou, genre japonais.\n\n             H.       FO N D E R - BU R N ET,\n                        48, rue du Pont-d’Ile, Liége,\n      AGENT       GÉNÉRAL         PO U R    LA     B E L G IQ U E     D E. LA\n\n                 PE IN T U R E FRANÇAISE.\n   Celte Pointure, préparée à base de céruse et d’huile de lin, est toute prête à\nem ployer; elle est brillante et siccative. Sa qualité ne laisse rien à désirer, son\nm élange étant absolum ent composé comme celui fait par les peintres les plus\nexpérim entés. Son emploi sur boiseries, m urs, meubles de fer ou bois, grosses\nvoitures, e tc ., la place à la portée de toutes les personnes désireuses de conser­\nver en bon é ta t leur m atériel agricole, industriel ou autres.\n  L ’assortiment se compose de 42 nuances, en boîtes de 1, 2 et\n5 kilog., à fr.1-10.\nA llu m e tte s S u é d o is e s (Kaiser-Holzer),;20 t'r. les 1000 boîtes.\n                N ils o n , bout noir,:          fr. 9-50 les 1000 boîtes.\n"}, {"page_pdf": 83, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 504, "texte": "    Pour paraître le 20 octobre prochain\n\n\n\nLETTR ES A JEANNE     P AR\n\n\n           J ules     DESTRÉE\n       P rix en souscription 4   francs\n\nchez V e MONNOM, 26, rue de l’Industrie\n\n            BRUXELLES.\n\n\n\nINDE\n             M SERRURER-BOVY\n               RUE DE L ’ U N IV E R S IT É , 38\nPERSE\n                             LIEGE\n\nCHINE\n            AR TIC LES\n                                    ORFEVRERIE\n                 DE\n\n                                     ARGENTEE\nJAPON         M E NA G E\n"}, {"page_pdf": 84, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 815, "texte": "          L ’A R T    MODERNE\n  Revue critique des Arts & de la Littérature\n                    Paraissant le Dimanche\n             Abonnement : 10 francs par an\n    Administration : ‘29, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n                              LA\n\n\n   JEUNE BELGIQUE\nParaissant le 1er de chaque mois en livraison de 32 pages\n            P r ix «l’abonnement 7 franc»\n\n\n   Administration : 26, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n\n                              LA\n\nREVUE DE DEMAIN\n       PARAISSANT LE 20 DE CHAQUE MOIS\n                A b o n n e m e n t 15 fr a n c s\n   Administration    : 41 , rue        des Écoles , Paris.\n\n\n  LA                PLEIADE\n     REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE S D’ART\n                A b o n n e m e n t 12 fr a n c s\n    Administration    : 99,      rue    Richelieu , Paris.\n"}, {"page_pdf": 85, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 834, "texte": "              RENSEIGNEZ-VOUS\n                     A U X G RA NDS M A GASINS DU\n\n\n\n\n PO N T-D E S-A R C H E S\n                        Pour tous vos achats en\n\n Vêtements confectionnés pour Hommes,\nDames & Enfants, Robes, Mérinos, Soieries,\nDraperies anglaises pour Vêtements sur\nmesure.\n    Le fini des objets joint à l’élégance de la coupe\net à la modicité des prix, justifient la vogue dont jouit\ncet établissement.\n\n                La grande Spécialité de la Maison\n\n                                                                           ie\n   F. THIÉRY & C\n                          DE          L IE G E\n    est la belle confection sur mesure pour\n                 Hommes et pour Dames.\n\nEnvoi franco d’éch antillons e t de toutes com m andes au-dessus de 2 0 francs.\n\n\n\n      D E U I L C O M P L E T EN N E U F H E U R E S .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 48, "texte": "1re Année.         N° 2.                                       La livraison 50 centimes\n\n\n\n\n    LA\n      WALLONIE\n                                                                                 15 Juillet 1886\n\n\n\n                                                  SOMMAIRE :\n\n        P ie r r e -M . O l in            .       .       .    Fou.\n        A u g u ste V ie r s e t .                .       .    L’Elfe des forêts.\n        H e c t o r C h a in a y e                .       .    L’infatigable pêcheur.\n        A lbert M ockel                   .       .       .    La Vierge w allonne,\n        F r i t z E l i ..       .        .       .       .    Lia.\n        C É LESTIN D EM BLON                       .       .   Chockier.\n        R ÉDAC .             .   .        .       .       ,    M iette.\n        F . S e v e r in             .        .   .       .    F leur funèbre.\n        O ctave Ma u s.                   .       .       .    Le théâtre de Bayreuth.\n        F r it z   d e l ’A u l n a i e               .   .    Scènes d ’Antan.\n                   Chronique artistique, le salon de Namur.\n\n\n\n\n                                         Des p re sse s de H. V aillan t-C arm an n a, à Liég e .\n"}, {"page_pdf": 49, "texte": "   l re ANNÉE, No 2.\n\n                LA W ALLONIE\n  REVUE MENSUELLE D E LITTÉRATURE ET D’ART\n    A b o n n e m e n t : 5 fr. p ar an. Union postale : 6 fr. 5 0 .\n                       C o m it é d e R é d a c t io n :\nA lb ert M o c k e l , G ustave R a h l e n b e c k , M aurice S i y i l l e .\n                    Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.\n\n                         Principaux collaborateurs :\nG. A n d e l b r o u c k , F ritz de l ’A u l n a ie , Je a n d ’A v r il , H ector\n  C h a in a y e , Célestin D e m b l o n , Ju le s D e s t r é e , F ritz E l l ,\n  R . E l l um , J e a n F o n t a in e , M aurice F r is o n , G. G ir r a n ,\n  A rnold G o f f i n , Aug. J o t t r a n d , Camille L e m o n n ie r , W .-A.\n  M a c e d o n sk y , Alex.-A. M a c e d o n sk y , Ch. M a g n e t t e , E r n .\n  M a h a im , L uc M a l p e r , G . M a s s e t , Octave M a u s , A. M o c k e l ,\n  X. N e u j e a n , P.-M. Ol in , Georges PICARD, P etru s P ir u s ,\n  G. R a h l e n b e c k , F . Se v e r in , M aurice Si y i l l e , Aug. V i e r s e t .\n\n  LA WALLONIE s’efforce de grouper autour d’elle les élém ents vivants de la\njeu n esse littéraire de nos provinces wallonnes. Elle rejette rigoureusem ent la\npolitique de ses colonnes et reste indépendante de toute école et de toute\ncoterie.\n  LA WALLONIE parait le quinze de chaque mois, on livraisons d'au moins 32\npages.                                                            *\n  P araîtront dans le cours de l’année plusieurs dessins hors texte, sur\nHollande, se rapp o rtan t à d es articles publiés dans la Revue.\n\n                                      A V IS .\n   L'abonnem ent ju sq u ’à la fin de l'année (13 janvier 1887) reste fixé à 3 francs.\n  Nous tenons à la disposition des personnes qui nous en feront la demande\nles exem plaires 1 et 4 de l'Élan Littéraire, au prix de 50 centim es l’exem plaire,\nainsi que la collection de la prem ière année de l’Êlan Littéraire (sauf les n 01 1\net 2 ) au prix de 5 francs.\n\n  Nous publierons dans n otre prochain n° une étude sur « Le quai de la Datte »\nde notre collaborateur Hector Chainaye, prem ier fragm ent des « Promenades\ndans Liège. »\n\n   Paraîtra dans le même n° un chapitre inédit du rom an « Le Hameau », de\nnoire collaborateur Célestin Demblon.\n"}, {"page_pdf": 50, "texte": "                                                                  33\n\n\n                             FO U !\n\n L A haine et l'incompréhension du vulgaire toujours pour­\n r i , suivent ceux-là qui, par un effort de leur esprit puissant,\n        s’élèvent au-dessus de la foule hurlante et banale. Aucune\nsupériorité ne s’affirme sans que le cortège aboyant des dénigrants\ns’y attache et assourdisse de ses envieuses clameurs ceux qui\nn’ayant pas assez de valeur personnelle pour reconnaître seuls, la\ngrandeur ainsi assaillie, se seraient pourtant inclinés sans ce\ndéconcertant et infime tapage.\n    Tout ce qui touche à l’a rt est particulièrement l’objet des\nricanements satisfaits de ces ignares qui s’imaginent monopoliser\ntoute intelligence, et qui considèrent toute atteinte au vulgaire bon\nsens comme l’attaque injustifiable d’un esprit déséquilibré. P a r\nesprit déséquilibré, ils entendent absence de sens moral bour­\ngeois, comme si l’équilibre parfait n’était contraire à la puissance\n des impressions esthétiques. Cet équilibre n’existe d’ailleurs\njam ais et chez eux moins qu’autre p art : leur esprit est tourné vers\nles choses basses et viles, vers une ignominieuse matérialité. E t\n leur grande injure, le définitif jugement qu’ils portent contre ceux\n qu’autrement ils ne savent atteindre : Fou !\n    Louis I I de Wittelsbach, roi de Bavière, fut donc un Fou.\n     F o u pour avoir compris la royauté : Un symbole qui n ’est\n admissible qu’à la condition de voir celui qui le représente s’en­\n foncer dans une semi-divinité et une réclusion hiératique ; elle ne\n peut se passer de la Toute Puissance et son absolutisme ne peut\n rencontrer aucune borne. Le roi est le chef, le juge, le prêtre, il\n est infaillible et impeccable, ses fantaisies sont des lois, des\n désirs, des ordres. Pareille conception n’est plus réalisable dans\n les temps modernes ; aussi, en fait, la Royauté a-t-elle disparu.\n Louis II, quoiqu’ayant cette notion de sa dignité, ne se souciant\n  que médiocrement du pouvoir effectif qu’elle lui concédait, se livra\n  rarem ent à des actes réprouvés par le Parlementarisme actuel. Il\n  s’est, dès l’origine, désintéressé des affaires, les abandonnant à\n                                                              3\n"}, {"page_pdf": 51, "texte": "34\n\n  son ministère, et il profita de la puissance, de la richesse et de la\n liberté qui lui restaient pour se créer de toutes pièces un Royaume\n inaltérable et splendide, à l’abri des révolutions politiques et des\n investigations de la curiosité banale.\n    F o u pour s’être soustrait à la flétrissure du contact sexuel,\n avoir, en la femme, méprisé la bête et avoir assez respecté l’Amour\n pour ne plus croire à l’amour dont la conception psychologique\n n’est réalisable qu’une fois, et combien rarement se trouve-t-il un\n objet réel qui permette de lui donner essor. Le reste n’est que le\n rêve poétisé de la sensualité, une sorte de comparaison faite avec\n ce qu’on est convenu d’appeler l’Idéal et qui au fond n ’est que\n le Désir. Louis voulut rester vierge en son rêve inaltérable, se\n conserver digne de ses sublimes et spirituelles amours et la\nvacuité des désirs entourant les divines vierges de son imagi­\nnation et de ses souvenirs en augmentait la force et la persis­\ntance. Le Rêve, voilà la vie qui fut la sienne; Rêve prodigieux et\nsans pareil. Délivré de toute inquiétude matérielle, livrant sans\ntémoin son âme ravie aux sensations rares qu’il lui faisait éprou­\nver sans aucun repos de banalité, son esprit devait logiquement\narriver à cet état permanent d’exaltation qui fait le poète... Fou ?\nSa haine contre les femmes ne provenait que de son amour pour\nla Femme, entité immatérielle, que nulle ne pouvait réaliser,\ntoutes étant matière; Elle, esprit. Ainsi on lui reproche amèrement\nce fait, d’avoir jeté à l’eau une actrice qu’il avait prise en son\nbateau traîné de cygnes. Oh, triples idiots et merveilleux cuistres!\nLe roi, trouvant dans les traits de cette femme quelque chose de\nl’une de ses amantes, la prend avec lui. Il ne lui demanda rien,\nsinon de se taire et de se laisser regarder. Lui, sans dire mot,\nparlera pour les deux et sa rêverie créera un dialogue infiniment\nsupérieur à tous les discours du langage humain. Plongé dans la\ndivine extase de son amour immatériel, il sent une caresse\ngrossière qui le ramène à une infâme réalité. Brutalisé dans la\npureté de sa pensée, exaspéré de se voir arraché de sa sauvage\nintimité, pris de cette subite colère des énervés, il précipite loin\nde lui celle qui osa porter atteinte à l’inviolabilité de sa solitude.\n"}, {"page_pdf": 52, "texte": "                                                                  3S\n\n   F o u parce qu’il faisait construire des palais immenses, d’un\nluxe bizarre et féerique, pour y promener l’égoïste ennui de sa\nsolitaire personne !\n   Nul palais au monde n’é ta it si peuplé et pourtant rien ne pou­\nvait y froisser la sensibilité suraiguë du Roi, car seuls ceux-là que\nson rêve aimait y circulaient. Les héros fabuleux de l’Edda ren­\ncontraient les dieux Germains, fraternisaient avec les chevaliers\nchrétiens et les bourgeois-poètes du moyen âge. Cette cour mer­\nveilleuse et sans égale faisait à Louis l’entourage qu’il voulait\net combien supérieur à celui de tous ses cousins en pouvoir. Les\nhéroïnes, les walkyries et les divines créatures que dans un unique\net immense amour il adorait, toutes ensemble, toutes également\net chacune autant que toutes, de leurs chants alternes, berçaient\nson cœur et son âme désenchantés.\n   L a solitude est la grande consolatrice des coeurs blessés, elle\nest aussi l’exaltatrice des esprits nerveux. Tout jeune, isolé conti­\nnuellement, il semblait fuir tout contact qui pût le distraire de la\npensée austère en laquelle il s’absorbait et qu’il n ’avait pas\nencore su bien définir. Cette haine de la banalité et de la bassesse\nprofonde des entourages, lui faisait poser des actes qu’alors déjà\non disait inconsidérés, malgré l’évidente préméditation qui y\navait présidé. Vivre sans vivre, être esprit sans corps, la vie intel­\nlectuelle sans borne, la m atérialité supprimée! Cette chimère,\ntoujours il la poursuivait, et c’est ce qui, dans ses goûts artis­\ntiques, explique sa préférence si marquée pour la musique, le plus\nimmatériel et le plus indéterminé des arts. Son grand-père, vio­\nlent tempérament de viveur, s’était vivement épris de la peinture\n en sa puissance matérielle, ses colorations et ses évocations\n charnelles. E sprit plus subtil, ne l’adm ettant que pour glorifier\n ses héros chers, Louis y voyait réapparaître la matérialité qu’il\n fuyait et il se réfugiait dans la musique : Encore, seule, celle\n de W agner avec sa prodigieuse spiritualité et sa psychologie\n profonde, pouvait lui donner les impressions, les émotions qu’il\n cherchait de toute l’avidité de son désir et qui seule lui sem­\n blait donner à la vie sa raison d’être.\n"}, {"page_pdf": 53, "texte": " 36\n\n     FOU, quand seul au théâtre il se faisait jouer les pièces qui lui\n  plaisaient! Pour arriver à l ’exacte représentation artistique de la\n  vérité, il parvenait à vivifier les poèmes et, de chanteurs, de co­\n  médiens, de cabotins enfin, il faisait des héros. Il vivait dans le\n  drame vivant qui se déroulait devant lui. Les aveux d’artistes\n  qui jouèrent dans ces conditions sont saisissants : Jam ais ils ne\n  s’étaient sentis saisis par leurs personnages à ce point, et jamais\n ne rendirent leurs rôles de pareille manière : “Nous les vivions! „\n     Voudra-t-on comprendre qu’au lieu d’être de l’aberration d’un\n maniaque ce n’était qu’une plus parfaite compréhension des né­\n  cessités artistiques de la scène, nécessités que W agner a essayé\n de réaliser aussi complètement que possible, tout en admettant\n un grand nombre de spectateurs : les isoler en plongeant la salle\n dans une obscurité absolue et en cachant l’orchestre.\n     FOU parce qu’il a mis sa caisse à sec. Oui, en effet, attentat\n inexcusable contre le sens commun, se ruiner pour produire des\n œuvres d’art et aider à l’épanouissement de prodigieux artistes !\n Peut-on concevoir une folie pareille. Mais que le prince un tel\n s’endette pour des filles, qu’il paye les faveurs des courtisanes au\n moyen de pierreries fausses, que les autres princes ses contem­\n porains trouvent tous les encouragements pour satisfaire leurs\n vices les plus honteux, parfait ! et nul d’entre eux n’est déclaré\n indigne, alors que leur place serait au pilori de l’humanité et non\nsur les marches des trônes qu’ils souillent de leurs viles personnes\n et de leur prodigieuse incapacité.\n    FOU parce qu’à l’infamie d’une séquestration ignominieuse il a\npréféré la mort ? E t cette mort ? Nous n’entrerons pas dans de\nfutiles discussions pour savoir s’il s’est tué ou si on l’a suicidé.\n    Il nous plaît plus de nous le représenter, le pauvre détrôné, se\npromenant triste et sombre le soir de la funeste journée où on l’a\ndéclaré fou, implorant le secours de ses héros chers et leur\nattestation divine. Le parc de Hohenschwangau noir et calme\navec ses allées feuillues, dans le bruissement superbe et monotone\nde ses cîmes élevées, lui répondait et essayait de ramener ce cœur\nmalade à la tranquillité. Il longeait le lac où maintes fois il avait\n"}, {"page_pdf": 54, "texte": "                                                                    37\n\n\n promené ses adorables rêveries et tout à coup, plus loin, plus\n profond qu’aucun horizon terrestre, il entendit un chœur de lui\n bien connu. Son médecin, ne se doutant de rien et voyant le roi si\n attentif, se dirigeant à grand pas silencieux vers un but invisible,\n sentit un vague effroi l’envahir ; et le chœur des filles du Rhin,\nde ces nymphes des eaux qui si souvent déjà lui avaient adouci\nles amertumes de la vie, résonnaient de plus en plus haut dans\nl’esprit frappé de Louis. Enfin dans le clair rayonnement de la\nlune, vêtues de leurs seuls longs cheveux verts, il les vit lui tendant\nles bras et chantant : “ O toi, Roi ! notre amant et notre maître,\ndésolé et seul sur terre, m aintenant tu te trouves ! L ’unique conso­\nlation que notre cœur sûr et aimant puisse t ’offrir est le repos\néternel avec l’oubli, dans notre sein profond.Viens, ta vie humaine\nest finie et rejoins pour jam ais les seuls qui t ’aimèrent; les seuls\nque tu aimas. Ils nous ont envoyées vers toi. Ils t ’attendent,\nréunis et pacifiques. Viens. „ E t le lac s’entrouvrit pour recevoir\nla sublime offrande de cet artiste qui mourait pour son rêve et\ndans son rêve.\n  L iége, juillet 1886.                       P IERRE-M. OLIN.\n\n\n              L ’E L F E D ES F O R Ê T S .\n\n              UAND aux floraisons prochaines,\n\n\n\n\n         Q    Vous enlacerez vos chaînes\n              Sous l’ombrage des vieux chênes,\n              Si vous entendez au bois,\n              — Comme un bruit d’herbe qui pousse —\n              Dans les branches, sous la mousse,\n              Résonner une voix douce,\n              Douce comme le hautbois,\n\n              Fuyez, fuyez au plus vite,\n              Que chacun de vous évite\n              Les lieux fleuris où l’invite\n"}, {"page_pdf": 55, "texte": "38\n\n             L ’Elfe noir, roi des forêts.\n             On raconte à la veillée,\n             Que jadis sous la feuillée,\n             Une enfant s’en est allée\n             Pour surprendre ses secrets.\n\n             Mais l’Elfe maudit l’a prise;\n             E t depuis lorsque la brise\n             E n un sourd sanglot se brise\n             Au milieu des rameaux verts,\n             On dit tout bas que c’est l’heure\n             Où l’âme errante qui pleure\n             De son aile lasse effleure\n             Les calices entr’ouverts.\n\n             Quand aux floraisons prochaines,\n             Vous enlacerez vos chaînes\n             Sous l’ombrage des vieux chênes,\n             N’écoutez jamais au bois\n             — Comme un bruit d’herbe qui pousse —\n             Dans les branches, sous la mousse,\n             Résonner une voix douce,\n             Douce comme le hautbois.\n                                        A u g u s t e VIERSET.\n\n\n\n         L ’I N F A T I G A B L E P E C H E U R .\n\n L E lac chantait au vent du soir.\n        Sur une yole faite d’un tronc de bouleau, un squelette\n     s’avança. Il ram ait doucement, et cependant ses os cra­\nquaient. Son crâne était coiffé d’une toque de satin noir, au fond\nde ses orbites phosphoresçaient de clignotantes prunelles. Il\ntraversa des roseaux, et ses coups de rame semblèrent être des\ncoups de faux, puis il s’approcha des grands cygnes qui glissaient\nsur le mystère du lac.\n"}, {"page_pdf": 56, "texte": "                                                                       39\n\n    “ Beaux seigneurs, leur dit-il, ayez pitié de moi. Je suis un\n pauvre homme. Il m’est resté, après la mort, assez de mon âme\n pour animer mon vilain squelette. E t volontiers je quitterais cette\n hideuse carcasse, si l’un d’entre vous me perm ettait de me loger\n en lui. Je me suis adressé aux êtres qui vivent sur terre et dans\n les airs. J ’ai même supplié les plantes. Tous m’ont repoussé. Vous,\n cygnes majestueux, me paraissez charitables. Vous êtes les\n maîtres du lac; et cependant celui d’entre vous qui accepterait\nmon âme deviendrait le chef de ses frères et le roi de ces parages,\n car je possède la science. „\n   Les cygnes dédaigneusement s’écartèrent de lui.\n   Le pauvre squelette reprit ses rames avec résignation, et se\ndirigea vers les fleurs. Mais les nénuphars lui fermèrent leur\ncorolle, et les belles de nuit se cachèrent sous l’eau.\n   Il pleura de lumineuses larmes, et plus désespéré regagna le\nbord. Il s’éloignait du lac, lorsqu’il vit pendus devant la chau­\nmière d’un pêcheur, des lignes et des filets.\n   “ Si je m ’adressais aux poissons, se dit-il. „ Il p rit une ligne, et\nse mit à pêcher.\n   Chaque fois qu’il lève un poisson, le squelette lui demande :\n“ veux-tu de mon âme ? „ le poisson refuse et, charitable, il le\nrejette à l’eau. Mais il ne se décourage plus, toutes les nuits il\nrevient pêcher.\n                                            H e c t o r CHAINAYE.\n\n\n\n\n           LA      VIERGE           WALLONNE.\n                                                     Pour Fritz Ell.\n\n\nD ANS les solitudes tapissées de mousse, et par les romanesques\n     allées de grands arbres baignées de mélancolie, vaguait à\n    l’aventure la Vierge de la Meuse. Sa démarche avait la grâce\nsouveraine et la majesté sans raideur des gothiques génies du\nvieux Rhin, et les ondes soyeuses de sa royale chevelure faisaient\n"}, {"page_pdf": 57, "texte": "40\n\npenser aux nymphes qu’abritent les profondes forêts de la\n Germanie.\n   L a Vierge de la Meuse promenait ses rêveries sous l’ombre des\nchênes qui dressaient leur masse obscure sur les collines étagées\ndes deux côtés de la vallée. E t, aussi, le long des bords du puissant\nfleuve, passait comme une adorable vision la forme grâcieusement\nfrêle de la Vierge, errant sous les grands peupliers du parc de\n Cerfontaine, ou promenant la blancheur exquise de son corps\nd’enfant sous le couvert des géants forestiers qui verdissaient sur\nles deux îles d’Ougrée : l’île aux Corbeaux et l’île de Rénory.\n   Mais le domaine de la Vierge de la Meuse s’était restreint petit\nà petit; vers Seraing trois monstres crachant flammes, fumée et\ncharbon, trois usines établies par la malignité des hommes,\ninspiraient à la nymphe timide le dégoût- et l’horreur de ces sites\njadis adorés. E t, vers Liège, ses promenades s’arrêtaient à\nAngleur, car un pont de pierre hideux et solidement bourgeois, et\naussi les trains empanachés de vapeur, soufflant, suant et tinta ­\nm arrant sur le pont, effrayaient son innocence de vierge gothique.\nIl lui restait comme patrie les solitudes presque inviolées du grand\nparc de Cerfontaine, les coins poétiques des bois environnants, et\nles deux îles ombreuses des Corbeaux et de Rénory où venait\ns’éteindre dans un léger bruissement, doux comme un son très\néloigné de harpes, le colossal effort du fleuve se hâtant vers la\nmer.\n   Mais ce domaine était étroit, et déjà la Vierge blanche s’épuisait\nde mélancolie lorsque, par les belles nuits claires, elle voyait\néclater la violence des feux de hauts-foumeaux, comme les bouches\nterrifiantes de l’enfer empourprées de hautes flammes, qui\nlançaient au ciel le gigantesque essor de leurs lueurs sanglantes-\nElle songeait alors aux nuits anciennes, à la poésie palpitante de\nla venue des ténèbres, dans l’assombrissement graduel des\nnuances éparpillées dans la vallée ; elle songeait aux ténèbres\ntranspercées par les rayons triomphants de la lune qui promenait\nsa pâleur poétique sur l’argent du fleuve et les rameaux des arbres\nblanchis sous ses caresses, tandis que, de la Meuse, une vapeur\n"}, {"page_pdf": 58, "texte": "                                                                  41\n\ns’élevait avec des légèretés de dentelle et s’envolait vers l’astre\nresplendissant au zénith.\n   Peu à peu les solitudes se peuplèrent; d’âcres fumées jaillirent\nde nouvelles rangées de maisons symétriques, des cris d’enfants\net des chamailleries de femmes remplacèrent les gazouillements\nconfus des ramures peuplées de rossignols et la chanson suave\ndes ruisselets qui lançaient des rires étouffés en bondissant de la\nmontagne. Alors, à côté de l’île si jolie, à côté de cette île de\nRénory endormie au milieu de la Meuse, un peuple de travailleurs\nse débattit; il y eut durant des mois un fourmillement d’êtres\nactifs qui allaient, venaient, couraient, se remuaient ; et bientôt\ns’éleva la carcasse d’un nouveau monstre : l’usine d’Angleur.\n   Désormais la molle quiétude de l’île solitaire fut troublée de\nfracas de m arteaux tapants, de locomotives rugissantes et de\nmachines hurlantes dans un tintam arre infernal. L a poésie\ndruidique de Rénory n ’était plus qu’un souvenir.\n   Sur l’autre rive aussi des constructions se dressèrent : des\ncharbonnages salis d’un envolement de noire poussière, des ateliers\nbruyants d’où suintaient des odeurs de graisse chauffée.\n   A la Vierge de la Meuse ne restaient plus que le parc de\nCerfontaine, et les deux îles non déflorées où s’éploraient les\noiseaux chanteurs parmi les échos des fabriques soufflant et\ncriant au loin.\n   Sous l’ombrage vénérable des chênes du parc, la Vierge long-\nchevelue errait encore à l’aventure, mais sa mélancolie s’assom­\nbrissait ; à voir déchirer et tenailler la patrie à laquelle était lié\nson cœur, il lui semblait que des portions de sa chair blanche\nétaient peu à peu livrées aux mains grossières des bourreaux, et\ndes frissons la faisaient frémir d’une secrète horreur.\n   Un jour, de gros blocs de nuages passèrent; non pas ce glisse­\nment doux des mois flocons d’ouate blanche qui semblent peupler\nl’azur d’une procession de cygnes, mais la course grondante et\nagitée des masses noires de vapeurs, roulant, opaques, par les airs,\ncomme la colossale débâcle des grands glaçons bousculés pesam­\nment, roulés invinciblement et rués avec furie dans le courant de\n"}, {"page_pdf": 59, "texte": "42\n\nce fleuve immense qui est le ciel. Puis la grande voûte fut déblayée\nde ces lourds décombres, et la clarté resplendit. Mais un ouragan\npassa avec une force indomptable. Les eaux du fleuve se soule­\nvèrent en larges nappes bientôt tamisées en fine poussière, des\nvagues affolées s’abattirent sur lès rives et le vent fouetta l’air\navec une brutalité irrésistible. Alors sous ses poussées prodigieuses\nla nature céda, et le dévastateur promena sa colère sur toute la\nMeuse.\n   L a Vierge aux cheveux blonds assistait, atterrée, à cette ruine\nimmense. Elle vit les plantes arrachées voler en troupes vagabondes\net se noyer dans la Meuse, les mousses froissées se crisper sous la\npesanteur des branches qui les écrasaient. E t les vieux chênes, et\nles hauts peupliers, les tilleuls touffus qui faisaient la joie de la\nVierge, ces géants furent terrassés par la tempête. Lentement,\ntrès lentement, avec la majesté austère des vieux sages qui\nmeurent, la Nymphe de la Meuse les vit s’incliner, courbés sous\nun effort inexorable, et enfin toucher de leur front d’ancêtre la\nterre, qui trembla sous leur chute.\n   Alors, voyant le massacre des colosses qu’elle aimait, la Vierge\nde la Meuse cacha sa tête désolée sous ses longues boucles d’or ;\net, — silencieusement, elle pleura.\n   L ’ouragan prit fin. L ’Homme arriva. L a cognée abattit les\nrestes des splendides allées de Cerfontaine, et, lorsque le parc\nfut dépouillé, une usine y jeta ses ordures qui s’amoncelèrent\nrapidement et bientôt formèrent une montagne énorme de cendres\net de laitier, stérile et affreuse, qui s’étendit comme un gros\nmonstre noir et dévora tout, tout, les sentes cachées, les recoins\nombreux et les dernières solitudes où résidait un peu de poésie.\nPuis la cognée avança; les plus beaux arbres de Rénory s’affais­\nsèrent sous ses coups et l’île des Corbeaux elle-même ne fut pas\npréservée.\n   L a Nymphe wallonne assistait en frissonnant à l’agonie de cette\nTerre où s’étaient répandues ses tendresses. Elle vit l’île de\nRénory dépouillée de sa haute chevelure forestière, les Corbeaux\nobligés de quitter leur île ravagée et scalpée.\n"}, {"page_pdf": 60, "texte": "                                                                 43\n\n   Puis des bateaux dragueurs arrivèrent pour saper Rénory, et\nl’île fut réunie à la terre, sous un encombrement hideux de cail­\nloux, parmi les cris des travailleurs et les hurlements des\nmachines. Et- ces mêmes dragueurs se dirigèrent vers l’île des\nCorbeaux, suivis par une armée fouillante de pics et de pioches ;\nainsi, peu à peu les morceaux palpitants de la terre chérie furent\ndévorés par les impitoyables rongeurs.\n   Enfin, au milieu de la tristesse abandonnée des choses, la Vierge\nde la Meuse quitta ses retraites dévastées ; par les bois elle gagna\nla vallée de l’Ourthe et frémit à la vue des carrières qui, comme\nun ulcère, rongent aussi, rongent les belles roches blanches tant\nadmirées; puis elle se réfugia dans l’Amblève, la rivière de la\ngrâce sauvage, cette vierge candide aujourd’hui déflorée, cette\nantique solitude que poétisaient jadis les taïauts des preux de\nCharlemagne, et qu’aujourd’hui les cris rauques des locomotives\nbrutalisent sans la rendre vulgaire.\n   Et, toujours plus désolée, la Nymphe de la Meuse s’enfuit par la\nSalm jusqu’en Ardenne, dernier refuge des affamés de poésie, castel\ninexpugnable des amants de la nature.\n   Alors, songeant aux sites aimés que baignait le grand fleuve,\naux collines verdoyantes d’Ougrée et de Kinkempois, aux déli­\ncieuses prairies de l’île de Rénory, aux élancées superbes des\narbres de Cerfontaine et des Corbeaux, elle s’arrêta, pensive. Sa\nchevelure lumineuse où dansaient des étincelles de clarté se\nrépandit sur son col gracile à la peau transparente, et ses cheveux\nformaient comme une rivière d’or où reposait sa tête, avec la\ngrâce de sa virginité et sa hautaine beauté de déesse. De nouveau\nla Nymphe du fleuve wallon pleura, et ses larmes tombèrent sur\nla bruyère fleurie où elles scintillèrent comme une rosée de feu.\n\n                                          A l b e r t MOCKEL.\n"}, {"page_pdf": 61, "texte": "4\n\n\n\n\n                             LIA.\n                                Sous les branches qu’un lierre enroule,\n                                Heva, la blonde, rêve en paix.\n                                                     (A . V ie r s e t .)\n\n\n\n    Sur, le bord du ruisseau qui rit d’un air mutin,\n     L ia chante. — Le temps est si beau, ce matin,\n     L ’air est si doux, si frais, sous les branches, à l’ombre\n     Des vieux arbres géants dont le feuillage sombre\n     Cache des nids d’amour, et des berceaux d’espoir !\n     — E t rieuse, une flamme allumant son œil noir,\n     G uettant le blond chasseur dont un regard l’enchante,\n     Sur le bord du ruisseau qui passe, L ia chante.\n\n    Sous les rayons dorés qui descendent du ciel,\n    Lia songe, inquiète. Où donc est Ariel,\n    Le brave guerrier à la fauve chevelure,\n    Aux yeux bleus et rêveurs, à la haute stature ?\n    — Vainement depuis le matin, elle l’attend,\n    Sur le bord du ruisseau qui scintille, éclatant,\n    Au soleil du midi. Une terreur la ronge\n    E t sous les rayons d’or qui tombent, L ia songe. —\n\n    Le jour passe. Le soir va venir, épeurant.\n    Lia pleure. — Au fond du bois, Ariel mourant,\n    Le crâne fracassé contre la roche dure,\n    L ’appelle en vain. — L a nuit énigmatique est pure,\n    L a lune donne au bois des airs mystérieux.\n                                             F r it z ELL.\n    Sur le bord du ruisseau qui dort silencieux,\n    L ia sent le baiser d’une âme qui l’effleure.\n    L a nuit passe, le jour va venir, L ia pleure.\n"}, {"page_pdf": 62, "texte": "                                                                       45\n\n                        CHO GKIER.\n         (Chapitre inédit de “ NOËL D’UN DÉMOCRATE. „)\n                                     A u sculpteur Achille Chainaye.\n\n\n     ALUT, doux vallonet riant ! Tu ne devrais pas émouvoir tant\n\n\nS     mon âme pour rester ignoré. \"Vénus veut être connue, dit le\n      poète ancien : de même tout profond amour. Salut, refuge\n     et baume de mes cicatrices, coin inconnu, virginal, enchanteur,\n où l’hiver est tiède et l’été si frais ! Que signifie cette commotion\n dans ma poitrine à ta vue ? et pourquoi soudain suis-je si fort et si\nfaible ?... Tu sais que je te chéris surtout les silencieux dimanches\n désœuvrés pleins de printemps et de tendresse où, ayant fui Liège\nbruyant et gai, travaux, luttes, soucis, souffrances, j ’arrive seul et\n empressé.\n   Empressé. Pourtant, qu’ai-je vu chemin faisant? J ’ai traversé\nl’apparition merveilleuse de Chockier, visible dès Flémalle.\n   Les bords du Rhin eux-mêmes n ’ont rien de comparable, voyez !\n   Des maisons cossues et coquettes, aigretées de verdures, ser­\npentent légèrement avec les tilleuls arrondis et suaves le long de\ngracieux coteaux; ces coteaux étalent de belles prairies déchirées\nde rochers blancs, fantastiques et fleuris, dont le plus haut, qui\nsurplombe, jette en plein ciel, dans un désordre pendant de\nvégétations, le manoir mi-féodal et mi-moderne; les eaux de la\nMeuse, alenties toutes crépitantes d’orfèvreries argentées devant\nce délicieux séjour, s’en éloignent à regret; dans la vallée, intime\nbien qu’épanouie à perte de vue, Engis avance là-bas sa jolie\nvision vaguement orientale comme pour contempler le village\nincomparable ; et sur la rive gauche qui serait ravissante, s’il ne\nl’éclipsait, à Yvoz, Ramet et Ramioulle, les toits noyés de feuil­\nlage, les bouquets d’arbres pittoresquement pressés parmi le\ndamier multicolore des campagnes et les châteaux dont les parcs\nviennent mirer dans le fleuve leur luxe exotique, semblent une\ndébandade accourue des sommets boisés,immobilisée d’admiration\nà l’aspect de Chockier triomphateur et souriant. Quelle magnifi­\ncence exquise, cet ensemble ! E t, partout, les infinies et délectables\n"}, {"page_pdf": 63, "texte": "46\n\n dégradations de teintes, même dans les arbres, tellement nuancés\n qu’ils paraissent un émail immense de fleurs vertes ! Le serein et\n splendide Albert Cuyp qui peignit si amoureusement la Meuse\n hollandaise eût fait son chef-d’œuvre d'un tel site dégageant à\n ravir la noblesse pastorale qu’il exprima avec ce charme suprême\n et rare qu’ont aussi les chants d’Homère : la puissance qui s’ignore\n ingénument ; mais la magie dorée de sa lumière elle-même n ’eût\n pas révélé l’éther ébloui, limpide et pourtant mystérieux qui\n avive le paysage sous l’azur pâle où s’amoncèlent féeriques, dans\nles horizons, des flots neigeux d’immatériel satin : il faudrait\npour cela ce prodige, chimérique, je le confesse : la frémissante\nclarté italienne du Lorrain noyant les ciels de Jacques Ruysdael,\nsouverain m aître des nuages !\n    Tout mon culte de la belle nature lumineuse et panthéistique\ns’enivre à ce spectacle e t — fréquent souci! — je me demande,\npris d’une mélancolie de vocation brisée, si je n’aurais pas dû\ndevenir un grand peintre du pinceau... D urant une chaude saison\non deux, dix s’il l’avait fallu, j ’aurais enfoui mon chevalet dans\nl’île, en face de cette fête ; et tant m’eût affolé sa pénétration, je\nl’aurais transposée, m’illusionné-je, avec la science de Vinci, le\ncoloris du Titien et la minutie suggestive de Durer. Bien de plus\nardent que ma passion, si ce n ’eût été mon respect. Je n’aurais\nvoulu sur ma toile, comme Poussin, ni philosophes méditatifs, ni\nruines antiques, proclamant la majesté absente des dieux; je n ’y\naurais pas exhumé, comme W alter Scott, maintes légendes bleues\net noires adorablement agonisantes là ; aimée pour elle-même,\nla nature y serait apparue simple et calme dans sa béatitude de\nvivre ; mais, prestige ! les âmes intuitives y auraient goûté de\nsecrètes et vertigineuses émotions et, bientôt, prises par son ma­\ngnétisme lyrique, se seraient écriées : “ Que d’ivresses inconnues\nfourmille cette toile dont l’œil charnel ne voit pas la moitié!\nPuissance d’attendrissement pareille n ’avait pas encore jailli des\nmystérieuses alchimies de l’univers. L ’artiste a dû travailler en\nsanglotant à genoux, le cœur envolé de douleur et de joie. Ses\nadorations chantent émerveillées parmi ces retraites et les cieux ;\n"}, {"page_pdf": 64, "texte": "                                                                   47\n\n  et, pudeur solennelle! par crainte des regards grossiers, sa maî­\n  tresse est cachée, mais les regards internes la découvrent partout.\n  Car eût-il enchanté, sans elle, si fiévreusement les choses ? „ Oui,\n  saisis par l’intérieur et l’atmosphère de mon œuvre, les compré­\n  hensifs eussent savouré, dans la mienne, l’âme indicible et ravis­\n  sante particulière au moindre rien. Cette misérable charrette\n  de bohèmes eût frémi et ranimé ce mur caduc d’émanations\n recueillies en traversant mes souvenirs. L a blanche fillette qui\n contemple mon passage fût apparue si transfigurée qu’elle eût\n dégagé couleur pensers d’enfance une auréole, et ses petits doigts\n roses paru tenir d’anciennes marguerites invisibles; et chacun eût\n compris mes efforts pour recréer — dans “ mon vieux Chockier...,,\n comme tu dis souriante le soir toute pensive à mon bras, ô mater­\n nelle ! ô charmante adorée! — ce visage que je n’ai pas connu\n petit, chagrin jaloux éternel! Qu’a donc d’étrange et de céleste\n cet agreste passage d’eau? C’est que j ’y vins écolier allant là-\n haut, derrière les bois, cacher mes vacances à la ferme aïeule du\n Sart-le-Diable, dans les coins vermoulus et les vastes moissons\n allumées d’or d’où j ’entrevoyais entre les chênes accablés de cha­\n leur, troublante et chaste apparition, un bout interdit de ma\n Gervagne, déjà chuchotteuse : “H ier était pur et gai...,, Mais\n voici, morose, une grande façade : l’eussé-je enveloppée de roman­\n tiques voiles ! A peine adolescent, enflammé d’ignorances ravies\n et timides dont le regret me délectera toujours, perdu de confu­\n sion, de reconnaissance et de délire quand daignait une femme\n me jeter un regard doux, moi qui me croyais indigne et délaissé\n d’elles, il en fut une (nul ne saura jamais son nom) que je rencon­\n trai parfois, semblable aux héroïnes de George Sand. Sans vouloir\n-l’approcher par un respect superstitieux, j ’y songeais souvent, lui\n esquissant une noble vie poétique pleine de succès mondains ;\nle parfum de sa personnalité imprégnait mystiquement le village,\n et sa demeure — celle à grande façade morose — que j ’avais\nseulement entrevue au loin, jamais dépassée, gardait un vague\ndélicieux au fond d’une ombre-sanctuaire, si spéciale ! Depuis,\nChockier s’est bien modifié dans mon cœur : il fleure une autre\n"}, {"page_pdf": 65, "texte": "48\n\npassion; néanmoins, l’aspect seul de la maison,dans mon tableau,\neût traduit toute l’ancienne. Mais le plus infime détail du reste\nrévélé l’actuelle ! Car, quelque chose de la chérie éclaire pensive­\nment ces lieux arcadiens qui la célèbrent. Les poules jaunes,\nparmi les graminées de la berge, gardent dans l’œil une tendre\nlueur de son passage et s’incorporent étroitement à l’harmonie\ngénérale. Ces vieilles habitations verdies et soucieuses sortent du\nsiècle passé pour la voir et nous rappeler qu’on aima jadis aussi.\nLes eaux fourmillent de splendeurs ressuscitées ; quel malheur\nprophétise cette criarde corneille sous son voussoir? que lui\nrépond ce grisolis joyeux d’alouette perdue dans l’éblouissement ?\nChapelle, tu es encore émue de son teint de dix ans ! E t ces nuages !\nces nuages, en vain je les reproduirais tels, montagnes de ouate\nembrasée, blancs archipels frangés d’écumes brillantes errant par\nl ’azur, mille nuances révéleraient combien a tremblé ma main\nau rappel des soirs d’automne où l’horizon se changeait, sous une\ngaze raffinée, en parterre compacte d’hortensias et de géraniums;\non eût senti que les bois des collines prochaines, à droite, atten­\ndent encore les caresses empourprées d’alors et mes promenades\ndans les bouleaux et les soleils couchants ; et sans les avoir\nconnues, on aurait évoqué les vesprées magnifiques du village où\nle bruit de l’écluse là-bas, les dernières charrettes et les vaches\nqu’on ramène, animent encore un peu l’agonie du jour dans l’im­\nmensité paisiblement orangée. Ah! plus j ’avance et me souviens,\nplus m’exalte et me ronge le rêve de cette œuvre qui ne sera pas.\nElle s’électrise et s’embellit sans cesse dans mon imagination. Ma\nrace entière s’y fût mirée; et l’univers! — et l’avenir! On l’eût\n citée comme La Cène et L a Ronde. Imbéciles et froids, volupté !\nn’y eussent vu qu’un paysage. Mais bien des foyers de Wallonie\nposséderaient sa reproduction ; et grâce au penchant à l’intimité\n cordiale qui fait une grande famille de notre petit pays, chacun\nà peu près connaissant maint habitant de l’endroit représenté,\n elle eût défrayé souvent la causerie au bien-être paresseux du\n dîner fini, quand les rideaux rayonnent et que le café fume ; et\n cette syllabe magique de gloire qui m’envoyait enfant déjà san­\n"}, {"page_pdf": 66, "texte": "                                                                   49\n\n gloter à l’écart, aurait volé trem blante de lèvres en lèvres comme\n un oiseau éblouissant... Ma bien-aimée, toi devenue ainsi la sœur\n  de B éatrix et de Laure, je serais volontiers mort, pour ne laisser\n que l’arôme intense et vierge de ma flamme et — ob! pardonne,\n cœur mûri trop facile à briser, tu sais mes folies de tendresses !\n — pour t ’épargner, hélas ! de probables blessures plus horribles\n encore que l’horreur du veuvage ! Comme la sublime Transfigu­\n ration devant le convoi de Baphaël Sanzio, on eût porté le poème\n de notre jeunesse à mes funérailles champêtres, puis tu l’eusses\n gardé jusqu’à tes cheveux blancs, mon ange, avec toutes les\n reliques de nos beaux jours !\n    Cependant, la tour carrée paraît, Chockier est derrière moi.\n Salut, doux vallonet riant ! Chockier lui-même est oublié. Là-bas,\n mon hameau me regarde parles échancrures des jeunes peupliers;\n il ne m’arrête pas. Les foins grisonnants violacés de scabieuses\n embaument déjà ; je les respire à peine. Salut, doux vallonet ! Tu\n vas m ’apparaître, je marche, te voilà, rêve réel! Pris d’une défail­\n lance voluptueuse alors, souvent je m’appuie à la haie et quoique\nje sourie, je sens venir des larmes. Elle est simple, gracieuse et\n tranquille, cette retraite que je traversai deux fois à neuf ans\n comme une humble féerie où mon bonheur respirait. L a campa­\nnule y paraît à travers le coudrier ; le chemin bordé d’un filet\n d’eau herbeux et clair sépare deux coteaux où descendent des\nvergers et quatre angles de bois ourlés de genêts qui blêmissent au\nsoleil, des bois charmants où la fraise succède au muguet et la\nnoisette à la fraise, tandis que six rossignols y charment la pureté\nsilencieuse des belles nuits d’été. Deux maisons en pierres grises\nsont près du chemin dans les potagers fleuris de roses, de pois de\nsenteur et de lis écarlates ; et trois autres groupes élèvent à\nmi-côte leurs pignons timides dans la finesse élégante des frênes.\nLe monde a disparu! E t ses indignités! Je me sens rajeuni, je\nn ’ai jam ais souffert. Mes rides se relèvent, mes épaules s’élar­\ngissent, je suis herculéen et ma gaîté renaît et cabriole. Pourquoi\ntes pleurs redoublent-ils, puisque tu es si gai ? Je l’ignore ou\ncrains peut-être de le savoir trop. Pas d’importunes réflexions ! La\n"}, {"page_pdf": 67, "texte": "50\n\nbrise insinue en mon âme des pensera plus doux et plus vagues\nque ces ombres de nues qui fuient sur les feuilles sans en remuer\nune.\n   E t voici venir, mêlés, des souvenirs à sacrer vingt amours.\n   Comme je me revois, descendu des fourrés ces soirées de mai\nmystérieusement tièdes où les arbres noircissent dans le ciel\ntoujours bleu, contemplant au seuil son pur profil aimant angélisé\nd’un souris rose et le lilas à la blancheur fleurie de son corsage,\n— j ’entends soudain l’ivresse de la valse, le bal paraît, nous\npassons seuls au milieu des autres qui l’admirent, nous chantons\navec les amis en levant nos verres de piquette, mais qu’elle nous\noppresse délicieusement cette adorable nuit de lune et de parfums,\nm uette à la fenêtre ouverte, et qui va nous étreindre au retour et\nrythm er dans notre extase le froissis soyeux des blés pour nous\nfaire parler aussi bas, si nous avons la force de parler ! Ici, elle\nm’apparaît, seize ans, pour la première fois, émotionnante de\ngrâce affectueuse, et son idéal visage encadré de bandeaux bruns\ns’arrête sur moi paisiblement et me trouble, ô moment ineffable !\ncomme si la vierge du vitrail fût descendue devant ma prière au\ntemps où je croyais. C’est avec la robe de ce soir qu’elle est assise\nl’année d’après dans la prairie penchante, en pleines richesses\nmélancoliques de l’automne, ses yeux levés vers ma cueillette des\npommes vermeilles, tandis que la futaie voisine envoie, au vent\nqui semble un souffle de lait, planer sur notre joie et sur la chèvre\nqui danse, une mosaïque de feuilles mortes ! E t comme je détourne\nun peu triste mes regards, nos veillées d’hiver se m ettent à défiler\n au chant des pommes qui cuisent maintenant dans le four du\npoêle et des bises qui mordent dehors, interminables elles défilent,\n nous deux blottis au fond de chacune, tailles enlacées, répétant\nsans cesse que nous n’avions pas encore été si heureux, ou pensant\n à la fugacité de ces belles heures dont on ne peut seulement\n arrêter les souvenirs qui pâlissent confondus dans nos misérables\n mémoires, heures sans nom au fond desquelles néanmoins finissent\n par se lever, infinies, douloureuses, magnétiques, d’indéfinissables\n béatitudes qui roulent aux genoux idolâtrés notre angoisse de ne\n pouvoir aimer davantage !\n"}, {"page_pdf": 68, "texte": "                                                                   51\n\n    O h !je te vois, petite tache souriante qui viens blanchir le\ncarreau; mais attends, je savoure si fort cette fraîcheur odorante\n et recueillie, je savoure ce soleil fécondant les orges et les fruits\nsous ses baisers de topaze, et de cet abri cher qui révèle, suave\nmiracle! l’attendrissante sérénité de ton âme et de ton front, il\nmonte musical un silence débordant de notre idylle, un silence où\nje sens éternisées ensemble toutes nos heures bénies, un silence\noù j ’étouffe enivré — comme ces convives qu’Héliogabale fit\nensevelir sous des pétales de roses! Je n’ai ni force ni désir\nd’avancer. E n vain, tu m’appelles gentiment, en vain tu me\nmontres gentiment le doigt, je veux rester encore un peu. Que\nt ’importe d’ailleurs de m’avoir puisque je pense à toi ? Clos les\nvolets plutôt, l’ombre grise l’amour ; rafraîchis résédas et la­\nvandes, que ces senteurs affinent nos défaillances ; ouvre déjà\nMusset, moi j ’ai Ronsard en poche; et veille bien au café, les\npauvres olympiens n ’avaient que le nectar. Oui, nous irons battre\nchamps et clairières, oui pour me venger d’avoir dû rester grave\ntoute la semaine et de n ’avoir pu chiffonner la place Saint-Lam ­\nbert, je défilerai des chapelets de culbutes, je répondrai au\ncoucou, je mâcherai des pissenlits, je sauterai par dessus les\nbuissons. Oui, nous rirons à scandaliser les merles moqueurs et\nmême un m agistrat, si nous en trouvons un, ce qui ne nous est\njamais arrivé. Nous n’avons pas encore cent ans! Oui, nous\nreviendrons joyeux et las nous asseoir au jardin, examiner les\nlaitues et les choux, piller les groseillers. soigner Finette, puis,\nle crépuscule proche, enfouis en nos coins, mêler nos mains, nos\n soupirs et nos songes, et nos yeux où nous contemplerons chacun\nnos deux transports ! Mais n’ayons point hâte de quitter la\nfenêtre et la haie : malgré l’arôme ravissant des lavandes et\n l’odeur de tes cheveux; malgré la grâce de Ronsard et le charme\n des promenades ; si souveraines que soient les langueurs enlacées ;\nsi divins les seins émus, les sourires pâmés qui balbutient, les\nbéatitudes en fièvre qui n ’ont plus que le sanglot, quelle que soit\nl’insondable saveur des purs et longs baisers de velours chaud\n qui seraient la plus généreuse des voluptés s’il n’existait celle\n"}, {"page_pdf": 69, "texte": " 52\n\n de voir la volupté de l’être adoré : ceux-là le diront qui surent\n  vivre, qui se vouèrent à cet éternel amour sans lequel est stérile\n toute ambition, tout idéal , ô mon trésor ! ils te le diront tous,\n le plus profond et le plus délicat des bonheurs, c’en est encore\n l’attente !\n                                         CÉLESTIN DEMBLON.\n\n\n\n                           M I E T TE .\n                                                     Pour Liicy.\n\n\n      E juillet. Le jour ne pénètre qu’à demi dans le boudoir où\n      N\n       Miette sommeille, rêveuse.\n          Au fond de l’alcôve abritée par d’épais rideaux, une\n glace réfléchit les lignes gracieuses de son beau corps. De son\n corsage émerge, dans un glissement de dentelles, la roseur d’un\n sein nu, fleur à peine ouverte.\n   Au plafond — un ciel d’un blanc laiteux avec des trouées\n d’azur — une hirondelle s’encourt en rapides envolées. P ar la\n vénitienne donnant sur un jardin planté d’acacias épineux, la\n brise entre imprégnée de grisants parfums, soulève les boucles\n qui ondulent sur le front de la belle enfant.\n   Jolie avec ses cheveux dont le fauve écroulement entoure sa\ntête comme d’une auréole, sa peau, si fine, qu’elle laisse transpa­\nraître le bleuté des veines, elle aspire lentement, les paupières\nmi-closes, la tiède fumée d’une cigarette qui s’élève en volutes\ncapricieuses.\n   D ’entendre seul le balancier tictacquant d’une mignonne pen­\ndule de Sèvres, sa pensée erre dans l’enténèbrement des lointaines\nressouvenances. Un à un se déroulent les événements qui ont\nrompu la banale réalité de sa vie : la rencontre de Maurice ; les\nconsentements rétractés, les torturantes délices du jour où elle\nest devenue sienne ; la naissance de Georges — le Roi de Rome — ;\nleur installation définitive dans cette riante maisonnette cachée\nsous la feuillaison de grimpants chèvrefeuilles.\n"}, {"page_pdf": 70, "texte": "                                                                    53\n\n   Elle adore se retirer ainsi chaque jour, vers les trois heures, au\nmilieu des bibelots réunis par sa féminine originalité.\n   Sous la peluche d’un cadre posé devant elle, le Roi de Rome\nétale ses fossettes en virgules, sa bouche petite, ses dents pareilles\nà des grains de riz sous l’ensanglantement des lèvres. Pendue à\nla toilette voilée de mousseline, une chemise de gaze noire redit,\nen ses plis qui se souviennent, les folles étreintes d’une longue\nnuitée d’amour. Jeté en hâte sur un minuscule bureau de santal\nrepose, mélancolique, Pitch, le polichinelle préféré de l’espiègle\nbambino dont le rire perlé arrive aux oreilles de l’heureuse jeune\nmère. Oh oui ! Miette est heureuse, délicieusement heureuse, et\ncette existence d’une réconfortante uniformité, emplie par les\ncaresses de Georges et de son jeune amant, lui semble le plus\ndoux des rêves.\n            Oh ! comme, ensevelis en leur amour profonde,\n            Ils oubliaient la vie, et le jour, et le monde.\n            C’est ainsi qu’un nocher, sur les flols écumeux,\n            Prend l’oubli de la terre à regarder les cieux !\n                                                           RÉDAC.\n\n\n                 FL E U R FUNÈBRE.\n\n      M\n      es rêves, amoureux de menthe et de cytise,\n       Vagabondent au loin par les bois et les prés,\n      E t je m’enquiers pour eux de jardins diaprés\n       Où rayonne la fleur de trouble et de hantise.\n\n       Fleur funèbre et si belle en son étrangeté\n       Qu’elle fera mes yeux vaciller et s’éteindre,\n       E t mon âme sans un regret et sans se plaindre\n       Se noyer dans l’azur d’un bienfaisant Léthé.\n       Sans doute, elle m’attend, cette fleur de mystère,\n       Ce céleste Lotos, ce sanglant nelumbo\n       Parm i l’herbe vivace et noire d’un tombeau\n       Où la glace de ses baisers la lune austère.\n"}, {"page_pdf": 71, "texte": "54\n\n        Son parfum chantera le soir à mon chevet\n        Des berceuses, combien douces et langoureuses !\n        Telles que n’en ont pas les mères bienheureuses\n        Pour l’enfançon rebelle aux neiges du duvet.\n\n         Mais c’est en vain, hélas ! jusqu’ici, que mon âme\n         S’est enquise du parc où croît la fleur d’oubli,\n         E t voici : j ’ai rêvé ce rêve et tressailli,\n         Que la fleur de mystère est peut-être une femme.\n     8 Mai 1886.                           FERNAND SEVERIN.\n\n\n\n         LE T H É Â T R E DE B A Y R E U T H .\n\nD ans une plaine qu’arrose une eau vive, au centre d’un\n       amphithéâtre de collines dont les croupes, couronnées de\n       pins, moutonnent à l’horizon, se dresse la petite ville. Les\nflèches géminées de l’église et une vieille tour romane rompent\nseules la monotonie des toitures de tuiles, qu’enveloppent des\nbouquets de verdure. Le long des rues, trop larges pour la circu­\nlation actuelle, sur des places où l’herbe croît, s’alignent les\nfaçades monumentales des palais qu’emplissait jadis le bruit des\ncours, aujourd’hui endormis dans le rêve des splendeurs passées.\n   Bayreuth a la mélancolie des villes bâties pour la vie fastueuse\net dont le caprice des événements a fait des bourgades. L a\nRésidence est vide. Les carrosses des ducs de Franconie s’en sont\nallés, depuis combien d’années ! sur la route poudreuse. Ils ont\nemporté le cœur de la petite capitale, expirée au carillon des\ngrelots, aux claquements de fouet des postillons.\n    Il y a une dizaine d’années, les promeneurs de la cité silen­\n cieuse assistèrent à un spectacle étrange. Ils virent un matin,\n obéissant à l’ordre tombé de la bouche d’un très haut et très\n mystérieux personnage, une armée d’ouvriers occupant les pre­\n mières assises d’une colline voisine, dresser des charpentes,\n empiler des briques. Puis vinrent des peintres, et des tapissiers et\n"}, {"page_pdf": 72, "texte": "                                                                   55\n\ndes menuisiers. E t à ceux qui interrogeaient les architectes\naffairés ou les contre-maîtres, on répondait : “ C’est un théâtre. —\nUn théâtre ? Pourquoi faire ? N’avons-nous pas le joli théâtre de\nla Résidence, si coquet, si mignon, où jadis, au retour des chasses,\non offrait au duc et à la Cour le régal d’une comédie de choix ?\nUn théâtre ? Quelle folie! Aucun directeur ne consentira jam ais\nà risquer à B ayreuth une seule campagne ! „\n   Cependant, le vaste monument s’élevait, portant fièrement son\npignon hérissé de hampes de drapeaux et de paratonnerres.\n   E t le 13 août 1876, à i heures du soir, des fanfares retentis­\nsantes appelèrent \" là-h aut, „ sur la colline où l’A rt nouveau\nvenait de bâtir sa citadelle, des gens venus de loin, de Prusse, de\nFrance, de Belgique, d’Angleterre même. E t les bourgeois, ravis,\ncontemplaient avec attendrissement le défilé des voitures roulant\nvers le théâtre, aux acclamations de la populace, dans les rues\npavoisées aux couleurs de la Bavière et de l’Empire.\n   Bayreuth s’était réveillé de son long sommeil, et le prince, digne\ndes contes de fées, qui lui avait ouvert les yeux, le très haut et\ntrès mystérieux personnage qui avait envoyé sur la colline, au\nlieu d’un régiment de soldats pour faire une parade, une troupe\nd’ouvriers pour bâtir un temple à la musique, c’était Louis II, par­\nla grâce de Dieu, roi de Bavière, duc de Eranconie et de Souabe,\nle même qui, lassé de l’ingratitude de ses contemporains, vient de\nchercher la paix dans les eaux claires du lac de Starnberg.\n                                  *\n                                 * *\n   Cet été de 1876, qui vit cette chose unique : une foule immense,\naccourue de toutes les contrées de l’Europe, dans une ville ignorée,\npour saluer un artiste sur qui se levait le soleil de gloire, ne s’ef­\nfacera jamais de mon esprit.\n   A la veille du jour qui ramènera le dixième anniversaire de ces\nfêtes mémorables, je ne puis me souvenir sans une émotion pro­\nfonde de ce premier pèlerinage et de l’impression que nous res­\nsentîmes, mes compagnons de route et moi, quand nous apparut,\nquelques instants avant que le train s’arrêtât à Bayreuth, le\nthéâtre de Richard Wagner, dressé sur sa colline, dans les\npourpres du couchant.\n"}, {"page_pdf": 73, "texte": " 56\n\n     Brassin était à la gare. “ Vite, nous dit-il, au théâtre. J ’ai là\n  une voiture. On répète à quatre heures. „ E t sans nous laisser le\n  temps de respirer, il nous entraîna. Au moment où nous pénétrâmes\n  dans la salle, plongée dans l'obscurité la plus complète, l’orchestre,\n  masqué par la voûte destinée à adoucir et à fondre les sons,\n  entonnait les premières mesures du prologue de la Götterdämme­\n  rung. Sur la scène, les Nornes dévidaient silencieusement le fil\n  des destinées humaines. Telle était la majesté du spectacle, le\n  recueillement de l’auditoire, l’admirable sonorité qui s’échappait,\n  en flots d’harmonie, des mystérieux dessous où se tiennent les\n  instrumentistes, qu’un trouble inconnu, à la fois doux et poignant,\n nous envahit, avec une force impérieuse à laquelle aucun de nous\n ne résista. Pourquoi ne pas l’avouer ? Des larmes coulèrent de\n nos yeux, non contenues. Pour la première fois, je compris la\n puissance de l’Art, je ressentis la jouissance aiguë qu’il est\n capable de provoquer.\n    W agner était dans la salle, et nous eûmes fréquemment, au\n cours des répétitions qui suivirent, l’occasion de le voir. P etit de\n taille, dans une perpétuelle et fébrile agitation, il semblait être\n partout à la fois, dans la salle, sur la scène, dans la loge, veillant\n aux plus minimes détails de la mise en scène, dépensant une\n activité prodigieuse pour tout surveiller, tout régler, tout diriger.\n Détail curieux : jamais il ne fit une observation à l’orchestre.\n Hans R ichter s’était si complètement assimilé les moindres inten­\n tions du m aître que celui-ci n ’eut pas à modifier un mouvement,\n à corriger une nuance d’interprétation. Mais aux machinistes, aux\ndécorateurs, au m aître de figuration, quelles bordées quand\nsurvenait un accroc ! Combien de fois nous entendîmes ce cri\ntraverser brusquement le silence attentif de l’auditoire : Heller !\n(plus de lumière) ou Dunkler! (plus d’obscurité). Tantôt l’ordre\npartait du premier rang des stalles, tantôt, des derniers degrés\ndu vaste amphithéâtre. On croyait le Maître dans les coulisses, on\nl’avait à côté de soi. E t tous, nous restions stupéfaits de ce rôle\nde régisseur que remplissait, avec une ardeur toute juvénile, l’au­\nteur de Tristan et de l'Anneau du Niebelung.\n"}, {"page_pdf": 74, "texte": "                                                                    57\n\n\n\n     Combien se mêlent, dans ces souvenirs dont il m’est doux de\n  remuer les cendres, les épisodes gais, les scènes caractéristiques,\n  aux grandes et fortes sensations d’art !\n     C’était l’époque des discussions à perte de vue, des batailles\n  épiques dont ne sortaient pas toujours les belligérants le chapeau,\n  les vêtements et le visage intacts. Tous ceux qui assistèrent à\n l’inauguration du théâtre ont gardé le souvenir de la petite bras­\n  serie voûtée et sombre qui se cache, à l’entrée de la Canzle\n  Strasse, derrière un rideau de sapins plantés dans les pavés.\n    Là, chez Angermann, se réunissaient, tous les soirs, après le\n spectacle, Allemands et Français, wagnéristes et anti-wagnéristés.\n L a politique et l’art échauffaient à la fois les cerveaux. E t tandis\n que la bière mousseuse coulait à flots dans les grandes chopes,\n que la fumée des saucisses rissolant dans la poêle à frire, em­\n plissait les deux salles basses, les discussions éclataient autour\n des tables de chêne en un brouhaha indescriptible. A plusieurs\n reprises, on alla jusqu’aux brocs jetés à la tête de l’adversaire\n récalcitrant.\n    Parfois, au fort de la mêlée, un grand silence tendait brusque­\nment les cous : c’était la M aterna ou Lili Lehmann, l’adorable\n créature, qui entrait, majestueuse, avec d’altiers mouvements de\ntête, et tous contemplaient avec surprise l’orgueilleuse Brunehilde\nou l’idéale Fille du Rhin distribuant des poignées de mains aux\nAbsalons en chapeau mou attablés dans la fumée des pipes de\nporcelaine.\n    Sur la berge du Mein rouge, aux portes de la ville, s’élevait un\npetit établissement de bains en planches. Une simple cloison\nséparait l’espace réservé aux baigneuses du bassin de natation\ndestiné aux baigneurs. E t c’était merveille d’entendre par delà\ncette cloison, dans le clapotement de l’eau ruisselante, les trois\nFilles du Rhin, Vellgunde, Flosshilde. Vogelinde, jeter à la fraî­\ncheur du matin, comme un joyeux salut, le rythme caressant des\nchants par lesquels elles exercent dans les abîmes du fleuve leur\nséduction sur Alberich, le roi des Nains.\n"}, {"page_pdf": 75, "texte": "58\n\n\n\n   Aux réceptions de la villa Wahnfried, hospitalièrement ouverte\naux étrangers, a succédé le silence de la tombe. E t voici qu’un\nnouveau deuil obscurcit le tableau que j ’évoquais.\n   Quoiqu’on ne le vît jamais, qu’il n ’entrât dans sa loge qu’après\nque le gaz fût baissé, pour en sortir quelques instants avant\nqu’on le rallumât, on sentait en Louis I I le génie bienfaisant dont\nla puissance avait créé cette merveille : le théâtre de Bayreuth.\nN’avait-il pas, à peine sorti de l’adolescence, offert à l’exilé une\nretraite dans ses É tats, allant spontanément au banni de 1848,\ndont l’un des premiers il pressentit le génie ? N’est-ce pas lui\ndont l’amitié fidèle soutint, rasséréna, réconforta le courage du\nm aître dans ses luttes ? N’a-t-il pas généreusement parfait de ses\ndeniers la somme énorme nécessitée par la construction du\nthéâtre ?\n   Ceux qui iront, le mois prochain, entendre à Bayreuth Tristan\net Parsifal, après avoir fleuri de couronnes fraîches la dalle de\nmarbre qui recouvre, à l’ombre des arbres du parc, la tombe du\nmaître, n ’oublieront pas de saluer le buste en bronze qui émerge,\nà deux pas de là, d’un buisson de roses. C’est celui du roi. Il\nmérite reconnaissance, estime et respect.\n                                                  O c t a v e MAUS.\n\n\n\n\n                SCÈNES             D’AN TA N.\n                          (Suite et fin.)\n                                  II\n                           La M a n o l a .\n\nC       un rayon, c’est un sourire, c’est une femme...\n     ’e s t\n       Le soleil qui tombe, oblique, sur le vieux balcon de pierre,\n     met un nimbe à la tresse de jais et caresse en passant le\nmanteau de fourrures. Elle rêve et son regard voilé sous de longs\ncils ombreux, va se perdre au lointain par dessus les murailles.\n"}, {"page_pdf": 76, "texte": "                                                                     59\n\n   Là-h aut, c’est un beau ciel de décembre aux larges trouées\nd’azur, et sur le dédale bizarre et tortueux des rues qui longent\nle vieux château des comtes, les toits neigeux scintillent avec des\nreflets roses....\n   A quoi songe la Manola, tandis que sa lèvre se plisse en un\nsourire? Où vont ces longs regards si profonds et si vagues ? En\nquels deux plane sa pensée?....\n                                  III\n                            R encontre.\n\n\n   L a garde espagnole veillait et par ordre du Bailli les potences\ns’élevaient lugubres ; la cloche du beffroi tintait comme un glas\net les femmes se signaient en tremblant.\n   Seul, Jehan restait joyeux compère : “ Le ciel est pur et tout\nsemé d’étoiles „ dit-il un soir au vieux Mathias, son serviteur,\n“ prends ta hallebarde, ma dague et ma guitare ! „ — “ Maître,\nle sol est blanc de neige.... „ — “ Qu’importe ! „ — “ Le vent\nsouffle, glacé! „ — “ Il te réveillera! „ — “ Les chaînes sont ten­\ndues, les rues gardées. „ — “ Nous les déferons et nous passerons ! „\n“ Le prévôt même a dû... „ — “ Tudieu! le raisonneur! Prends ta\nhallebarde, Mathias, prends ta hallebarde ! „\n    Ils sortirent... L a lune n’éclairait guère non plus que les étoiles\net à voir ces deux hommes aux prises avec les ténèbres, dans ce3\nruelles étroites, luttant contre le vent qui tordait leurs m anteaux,\nl’on eût dit deux damnés errant dans les enfers.\n    Soudain, là, devant eux, une ombre se dresse. “ Jehan ! „ —\n“ Qui va là ? „ — “ Arrête, il en est temps encore ! „ — “ E h quoi,\nla Boussotte, ma mie?... „ — “ Où vas-tu ? „— “ Que t ’importe ? „\n— “ Je connais ton secret, je viens de chez la vieille... „ —\n    Malgré lui, Jehan frissonna.\n  . “ Tu vas chez Manola, l’Espagnole aux yeux noirs! „ — “ Tu\ndis vrai, pourquoi m’en cacherais-je ? „ — “ Pourquoi ? „ — La\nRoussotte hésita, son cœur se contractait dans un spasme affreux,\nun éclair passa dans ses yeux, puis le sang refoulé vint empourprer\n ses joues... “ Ecoute, dit-elle, tu sais que les bandits rôdent par\n"}, {"page_pdf": 77, "texte": "60\n\nles rues. „ — “ J e le sais „ — “ Qu’on arrête et qu’on vole et qu’on\npille et qu’on tue ? „ — “ Après ? „ — “ Que cette femme est Espa­\ngnole, ennemie, et que... „ — “ Trêve à l’insulte et place !... „ —\n“ Un mot encore ! „ — “ Place, te dis-je! „ Il la repoussa, elle pa­\nru t céder, mais soudain, s’élançant sur lui d’un bond de tigresse et\nl’enlaçant de ses bras : “ Je h an, je sais, j ’ai vu, crois-moi... „ —\n“ Il lui prit les poignets et les serra si fort qu’elle lâcha prise ;\nalors, à genoux, suppliante, d’une voix brisée : “ Songe aux amis,\nsonge à toi-même, tu n’iras pas, Je han, tu n’iras pas ! „ —\n   \" Bien fol, en vérité, qui t ’écoute, la belle ! Allons Mathias ! „\n   Ils reprirent leur route à travers les ténèbres, tandis que la\nR oussotte, disparaissant sous un porche voûté, dégringolait des\nescaliers de pierre et, traversant une cour bordée de hautes mu­\nrailles, s’élançait dans la direction du château.\n                                  IV.\n                            R é f l e x io n .\n   A notre avis, Jehan fit mal. Conseil de femme n’est pas évan­\ngile, mais femme ennemie est le pire des maux. C’est là ce que\npensait Mathias, ainsi qu’il sera dit plus loin.\n                                   V.\n                             D u Sang .\n  Ils arrivèrent... Sur la porte, trois petits coups bien espacés,\nc’était là le signal.\n  L ’on n’ouvrit point. Pourquoi ?... Jehan, des yeux, interrogeait\nMathias, et Mathias murmurait tout bas : “ Maître, songeons à la\nR oussotte, l’air paraît lourd en cet endroit. „ Jehan cogna de\nrechef. “ Maître, j ’entends des pas au bout de la ruelle ! „ Us se\npenchèrent, tendant l’oreille... Les pas se rapprochaient : “ Holà,\nqui donc e3-tu, mystérieux noctambule ? „ — “ Jehan ? „ — “ R i-\ngobert! „ — “ Que fais-tu sous ces murs à une heure pareille ? „ —\n“ E t que fais-tu dehors par une telle froidure ? „ —\n  Tandis que tous deux interrogeaient pour n’avoir pas à répondre,\nun nouveau personnage paraissait, c’était Sulpice ; puis un autre :\n"}, {"page_pdf": 78, "texte": "                                                                      61\n\n Adalbert; puis encore: Huges, Gautier, Mesmin et bien d’autres\n de la joyeuse compagnie de St-Sébastien.\n   Jehan, stupide, ne se rem ettait point de son étonnement.\nHugues parla : “ Compagnons, je crains fort que nous ne soyons\nvictimes de quelque ruse, à moins... „\n   Il n ’acheva pas. Les volets s’ouvrirent avec fracas et un rais de\nlumière s’échappa, frappant de feu la rue et les murailles. Une\nclameur s’éleva, des ombres surgirent de toutes parts, les lames\nbrillèrent et le cliquetis des armes se joignit aux cris de fureur,\naux trépignements du combat...\n   Souriante, la Manola, appuyée au balcon dans une attitude non­\nchalante, suivait les péripéties de la lutte. Mais soudain, derrière\nelle, semblable à quelque furie vengeresse, la R oussotte, pâle,\néchevelée, se campa dans l’encadrement de la porte : “ Mort aux\ntraîtres ! „ cria-t-elle, et comme l ’Espagnole se retournait effarée,\nglacée d’épouvante, la fille au teint de lait lui plongea son couteau\ndans le sein.\n   Une seconde après, les combattants avaient disparu, la rue était\ndéserte.\n                                  VI.\n                          C e q u ’i l a d v i n t .\n   L a Roussotte était maîtresse femme, aussi le lendemain de\ngrand matin, Messire Jehan, sous bonne escorte, paraissait devant\nle Bailli :\n                         Tu as tué, tu mourras !\n   Il voulut répliquer, les gardes l’entraînèrent. E n chemin, Jehan\n pensa que c’était bien sommaire et qu’il aurait volontiers vécu\n davantage. P uis, comme son refrain favori lui passait par la tête :\n “ Tudieu, s’écria-t-il, pourquoi l’ai-je reniée? L a bière, vive la\nbière et maudite soit la femme ! „ Le repentir était tardif, il le\ncomprit et, voyant s'évanouir tous ses rêves, il s’accrocha au der­\nnier espoir qui lui restait : celui d’avoir la corde plutôt que les\nfagots.\n   Au cabaret, la R oussotte, satisfaite et lasse, s’était assise, comme\njadis, devant le grand foyer et songeait aux scènes passées. Dans\n"}, {"page_pdf": 79, "texte": "62\n\nnn coin sombre, quelques buveurs, les visages rapprochés, cau­\nsaient à voix basse des événements de la nuit. Un homme entra :\n“ Mauvaise nouvelle, fit-il, Jehan est arrêté et dans une heure\npeut-être... „\n   Les archers bondirent, ce fut un cri : “ Jehan arrêté ! „ puis\nsoudain les voix redevinrent sourdes. L a Roussotte eut un méchant-\nsourire. L ’étrange fille s’abandonnait tout entière à l’intime con­\ntentem ent qu’elle éprouvait. Passionnée, jalouse à l’excès, son\nâme avait été torturée lorsqu’elle s’était vue repousser pour une\nautre. Elle comprenait que jam ais Jehan n ’aurait répondu à cet\namour, immense qui la possédait et ce désir, ce trouble des sens,\ns’étaient transformés soudain en une haine violente et farouche.\nSur son accusation, Jehan suivait la Manola dans la tombe. P ar\nelle, disparaissaient ces deux êtres en qui' se personnifiaient toutes\nses passions, toutes ses souffrances, et à cette idée, une joie pro­\nfonde, immense, l’envahissait. Les coudes sur les genoux, la tête\n entre les mains, les paupières mi-closes, elle se laissait bercer par\nson rêve et suivait, en souriant, sa pensée.\n    Tout à coup retentit la cloche du beffroi,... la Roussotte tres­\n saillit. “ Allons vers la place, dit l’un des buveurs, c’est l’heure\ndes supplices. „\n   A ces mots, elle se leva, toute droite, tremblante, blanche comme\nun suaire. Plusieurs fois, elle passa la main sur ses yeux comme\npour en chasser une vision pénible, puis soudain, avec un cri sau­\nvage, elle franchit d’un bond le seuil du cabaret et disparut dans\nla rue...\n    Lorsque Jehan entendit grincer à nouveau la lourde grille qui\n s’était refermée derrière lui et qu’il vit donner des ordres aux\n gardes, il eut un frisson et, rajustant son pourpoint : “ Corde ou\n fagots, dit-il, qu’importe ! „\n    Une voix répondit : \" Vous êtes libre, bénissez Dieu ! „\n    Jehan, machinalement, sans comprendre, fit quelques pas et se\n trouva dans la rue. “ Libre, dit-il enfin, libre ! Tudieu, vive la\n bière et qu’on m’y prenne encore ! „ E t ayant dans un soupir\n énorme exhalé tout son m artyre, il tourna le coin et déboucha sur\n la grand’place.\n"}, {"page_pdf": 80, "texte": " ' Là, le peuple se pressait, quelques cavaliers, la lancé au poing,\ndominaient la foule, et du milieu de cette masse humaine, bruyante,\nagitée, s’élevait une épaisse et noire colonne de fumée. Jehan\njoua des coudes. \" Dieu me damne, s’écria-t-il, on rô tit un chré­\ntien ! „ E t songeant à cette m ort à laquelle il venait d’échapper si\nmiraculeusement, il eut la chair de poule. Le peuple repoussé par\nles gardes fit un mouvement et Jehan parvint près du bûcher....\n   Alors, au milieu des flammes, il v it se tordre une fille aux yeux\nbleus, aux boucles folles et cuivrées, et, sans savoir pourquoi,\ncomme ployé par quelque main de fer, il s’inclina, se découvrit et\nm it un genou en terre. E t là, à quelques pas, il aperçut Rigober t,\nHugues, Sulpice et les autres qui, agenouillés comme lui, unis­\nsaient leurs âmes en une commune et solennelle prière...\n   L ’image de la R oussotte est encore au vieux cabaret.\n                                          F r it z de l ’AULNAIE.\n\n\n           C H R O N IQ U E A R T I S T I Q U E .\n\n              L ’E x p o s itio n tr ie n n a le à N am u r.\n\n     O\n     VICI un salon d’amateurs ou plutôt d'amatrices car les femmes-\n      peintres y prédominent.\n        L a Femme-Peintre ! Quel chapitre Molière eût ajouté à\nsa comédie, si ce fléau avait sévi de son temps ! Armande ne\npeignait pas. Si elle vivait de nos jours, elle ne manquerait pas\nde le faire, car il n’est pas un pensionnat où la peinture ne\ns’enseigne avec la cuisine et les mathématiques. Toute jeune fille\nqui a reçu une éducation passable est plus ou moins apte à bâtir\nun bouquet quelconque. Les plus fortes savent même inventer un\npaysage.\n   Cependant on ne peut dire que ces tableaux soient toujours\nmauvais ; souvent un coquet assemblage de fleurs, un choix\nagréable de nuances attire un instant la vue. Arrêtez-vous,\n"}, {"page_pdf": 81, "texte": "64\n\n\n l’illusion s’évanouit. Cet “ art „ est essentiellement fugace et'\n superficiel. L ’âme de l’artiste n ’y vibre point. Les Anna Boch sont\n rares !\n    Passons aux vrais peintres. Le succès du salon va à Th. Baron,\n pour son Site de la province de Namur, une toile ample, large,\n forte, où passe à larges bouffées l’air vif et sain des plateaux\n ardennais. Presqu’aussi bonne nous paraît sa “ Campine „ avec\n sa mélancolie tiède et reposée.\n    Presque en face est Bouvier avec son :l Orage „ une de ses\nmeilleures marines : Une barque fuit sur la mer houleuse dans\nl’anxiété d’une tempête imminente sous un ciel lourd.\n    Nous ne dirons rien des envois de M. Herbo.\n    M. Herman expose deux portraits. M. Montigny répète ses\nroutes boueuses, d’une facture large mais d’un e invariabilité\nmonotone ; même observation pour les soubrettes de M. Serrure.\n    Avec Constantin Meunier nous rentrons dans l’art sain, robuste\net personnel ; une toile superbe : des mineurs se rendant au travail,\nles traits durcis par un abrutissement, l’attitude harassée. Un peu\nd’exagération peut-être dans l’avachissement de leur démarche.\nMais une oeuvre forte.\n    Citons encore les toiles de Haguemans, une marine d’Artan,\nun Van Leemputten, une œuvre très fine de F. Khnopff, un Van\nder Hecht, deux tableaux de Heimans, dont l’un est superbe, etc.\n    Enfin M. Fichefet, un jeune, marche à la maîtrise par son grand\ntableau “ Travaux d’octobre. „ C’est un adolescent qui traîne une\nhotte, et une femme ployée vers la glèbe. L a fatigue du jeune\nrustre est remarquablement rendue. C’est le soir, il y a de la\ntristesse dans l’air ; réalisme saisissant.\n    E t voilà tout, mathématiquement tout. Ah, oui ! encore, toujours\nde petits arrangements atténués, des œuvrettes bénignes de jeunes\nfilles qui de partout surgissent avec des menaces d’obsession...\n    Peinture à la crême et pensionnatisme for ever !\n                                                          G. V.\n"}, {"page_pdf": 82, "texte": " PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                           H. Z E Y E N .\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                 L I E G E.\n\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n ^ F A B R I Q U E DE PIPES DE HENRI Z U B R O D T ,\n                   P la c e d u T h é â t r e , 11, L iè g e .\nPorte-cigares en écume de mer, am bre et racine de bruyère.\n  — Pièces décom m andé, Écussons, Initiales, Portraits,\n  exécutés en 24 heures.\n                           RACCOMMODAGES.\n\n          R a s s e n fo s s e -B rou et,\n                 2 6 , r u e V in â v e -d ’I le , 2 6 , L iè g e .\n   Spécialité d’Objets d’Art — Bronzes — Terre-cuite —\nVerres et Lustres de Venise — F ers forgés — Objets\noriginaux — Meubles Bambou, genre japonais.\n\n             H.       FO N D E R - BU R N ET,\n                        48, rue du Pont-d’Ile, Liége,\n      AGENT       GÉNÉRAL         PO U R    LA     B E L G IQ U E     D E. LA\n\n                 PE IN T U R E FRANÇAISE.\n   Celte Pointure, préparée à base de céruse et d’huile de lin, est toute prête à\nem ployer; elle est brillante et siccative. Sa qualité ne laisse rien à désirer, son\nm élange étant absolum ent composé comme celui fait par les peintres les plus\nexpérim entés. Son emploi sur boiseries, m urs, meubles de fer ou bois, grosses\nvoitures, e tc ., la place à la portée de toutes les personnes désireuses de conser­\nver en bon é ta t leur m atériel agricole, industriel ou autres.\n  L ’assortiment se compose de 42 nuances, en boîtes de 1, 2 et\n5 kilog., à fr.1-10.\nA llu m e tte s S u é d o is e s (Kaiser-Holzer),;20 t'r. les 1000 boîtes.\n                N ils o n , bout noir,:          fr. 9-50 les 1000 boîtes.\n"}, {"page_pdf": 83, "texte": "    Pour paraître le 20 octobre prochain\n\n\n\nLETTR ES A JEANNE     P AR\n\n\n           J ules     DESTRÉE\n       P rix en souscription 4   francs\n\nchez V e MONNOM, 26, rue de l’Industrie\n\n            BRUXELLES.\n\n\n\nINDE\n             M SERRURER-BOVY\n               RUE DE L ’ U N IV E R S IT É , 38\nPERSE\n                             LIEGE\n\nCHINE\n            AR TIC LES\n                                    ORFEVRERIE\n                 DE\n\n                                     ARGENTEE\nJAPON         M E NA G E\n"}, {"page_pdf": 84, "texte": "          L ’A R T    MODERNE\n  Revue critique des Arts & de la Littérature\n                    Paraissant le Dimanche\n             Abonnement : 10 francs par an\n    Administration : ‘29, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n                              LA\n\n\n   JEUNE BELGIQUE\nParaissant le 1er de chaque mois en livraison de 32 pages\n            P r ix «l’abonnement 7 franc»\n\n\n   Administration : 26, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n\n                              LA\n\nREVUE DE DEMAIN\n       PARAISSANT LE 20 DE CHAQUE MOIS\n                A b o n n e m e n t 15 fr a n c s\n   Administration    : 41 , rue        des Écoles , Paris.\n\n\n  LA                PLEIADE\n     REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE S D’ART\n                A b o n n e m e n t 12 fr a n c s\n    Administration    : 99,      rue    Richelieu , Paris.\n"}, {"page_pdf": 85, "texte": "              RENSEIGNEZ-VOUS\n                     A U X G RA NDS M A GASINS DU\n\n\n\n\n PO N T-D E S-A R C H E S\n                        Pour tous vos achats en\n\n Vêtements confectionnés pour Hommes,\nDames & Enfants, Robes, Mérinos, Soieries,\nDraperies anglaises pour Vêtements sur\nmesure.\n    Le fini des objets joint à l’élégance de la coupe\net à la modicité des prix, justifient la vogue dont jouit\ncet établissement.\n\n                La grande Spécialité de la Maison\n\n                                                                           ie\n   F. THIÉRY & C\n                          DE          L IE G E\n    est la belle confection sur mesure pour\n                 Hommes et pour Dames.\n\nEnvoi franco d’éch antillons e t de toutes com m andes au-dessus de 2 0 francs.\n\n\n\n      D E U I L C O M P L E T EN N E U F H E U R E S .\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 2, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1886-07-15", "signet_source": "1ère année - N°2 - 15 juillet 1886", "preuve": "Couverture (PDF 48, OCR) : « 1re Année. N° 2. La livraison 50 centimes LA WALLONIE 15 Juillet 1886 SOMMAIRE : P ie r r  ».", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}