{"numero_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "articles": [{"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-201", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Couverture", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "l re Année. — N° 3.", "ancre_fin": "15 Août 1886", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "SOMMAIRE :", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 238, "texte": "l re Année. — N° 3.                                L a liv r a is o n 5 0 c e n tim e s\n\n\n\n\n    LA\n      WALLONIE\n                                                                      15 Août 1886\n\n\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE :", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 86, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 238, "fin_caractere_exclue": 1556, "texte": "SOMMAIRE :\n        C é l e s t in D e m b lo n    .       .               Au Hameau.\n       A l e x . M acédon ski          .   .                   Suggestion.\n                                                               Haine.\n       F . S e v e r i n ...................................   Chimère.\n       G . G ir r a n           .        .        .       |    Poème en prose.\n                                                             . En terre wallonne.\n       M a u R Ic e S i v i l l e .               .            Simple prière.\n                                                               Rondeau.\n       A u g u s t e V ie r s e t .               .\n                                                               Clair de lune.\n                                                               L’amour virtuose.\n                                                               Villanelle de bal.\n       G u stave R ahlen beck.                            .    Mademoiselle Cendrillon.\n       E dmond H a n to n                .        .       .    Obsession.\n       L . H e m m a ...................................       Chronique musicale.\n               C h r o n i q u e l i t t é r a i r e . — Petite chronique.\n\n\n\n\n                              Des p resses de H. V a illa n t-C an n a n n e , à Liège.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "1re ANNÉE, No 3. LA W ALLONIE REVUE MENS", "ancre_fin": "dans la Revue.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A V IS . 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M a g n e t t e , E r n .\n  M a h a im , L uc M a l p e r , G . M a s s e t , Octave M a u s , A. M o c k e l ,\n  X . N e u j e a n , P.-M. Ol in , Georges P ic a r d , P etru s P ir u s ,\n  G. R a h l e n b e c k , F . Se v e r in , M aurice Si v i l l e , Aug. V i e r s e t .\n\n   LA WALLONIE s’efforce de grouper autour d’elle les élém ents vivants de la\njeunesse littéraire de nos provinces w allonnes. Elle rejette rigoureusem ent la\npolitique de ses colonnes e t reste indépendante de to u te école et de toute\ncoterie.\n   LA WALLONIE paraît le quinze de chaque mois, en livraisons d’au moins 32\npages.\n   P araîtront dans le cours de l’année plusieurs dessins hors texte, sur\n Hollande, se rapportant à des articles publiés dans la Revue.\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A V IS . 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D E joie et de soleil le ve", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 88, "page_imprimee": 65, "debut_caractere": 103, "fin_caractere_exclue": 2112, "texte": "AU H A M E A U (*).\n                                            A mon cher H enri-J.-A . Bury.\n\n\nQ UAND Stanislas Charlier aperçut tout à coup les pignons des\n      Avillettes, il était quatre heures après-midi.\n         Violemment ému, Stanislas s’arrêta.\n   Au bout de la grand’route qui disparaissait poudreuse dans le\nhameau, émergeaient çà là des maisons derrière une débandade de\njeunes peupliers. Une paix ensommeillée et comme révoltante\nassoupissait ce petit coin, ce groupe d’habitations submergées\ndans la verdure non loin de la Meuse, au pied des collines, sous\nl’aveuglante fournaise d’un soleil vaste épanoui dans l’azur pâle\net doux du ciel. Fenêtres et lucarnes fixaient sur Stanislas de\nlointains regards affectueux et surpris. A part une femme venant\nlà-bas, un sac de farine sur sa brouette, la route était déserte.\nUn sac de farine : le grand moulin vola dans un éclair de vision\navec ses prairies veinées de bleu par les ruisseaux, son tic-tac, sa\ngaîté blanche, son jardin, le camarade Paul et ta n t de souvenirs!\n    “ O retraite ignorée et chérie, salut, salut ! Hameau de mes\ndix ans, mon vieil ami, ne vois-tu pas, je te reviens... „\n    Non, le hameau ne voyait pas, hélas! Sous la pesante chaleur\ncaniculaire de juillet, il demeurait inerte, ses yeux étranges sou­\ndain indifférents.\n    Cette insensibilité navra Stanislas.\n    Depuis longtemps, d’ailleurs, il étouffait, un bloc écrasant dans\n la poitrine.\n    Un vieux mur s’allongeait à côté de lui. C’était un de ces vieux\n murs décrépits comme une face d’octogénaire et sourdement en\n vie. Sous une crinière aérienne de fétuques qui s’agitaient comme\n prises de compassion, des plaques mordorées d’orpins s’étalaient\n sur les pierres blanchâtres ou couleur sang séché. P ar les fentes\n s’élançaient, vibrés à pleine gorge, le concert de cri-cri des gril-\n\n  (*) Roman naturaliste-romantique en préparation. Nous publions un fragment\ndu premier chapitre.\n                                                                    5\n"}, {"page_pdf": 89, "page_imprimee": 66, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2225, "texte": "66\n\nIons, ces mystérieux musiciens que Stanislas s’imaginait, au fond\ndu mur, dans une petite contrée de merveilles et de clartés, avec\ndes chaumines d’or et des cimetières violets. Oui, comme toutes\nles choses anciennes, ce vieux m ur avait une âme. Il savait des\nhistoires de la Wallonie; il avait vu passer des amoureux et des\ncercueils ; il se souvenait des jours d’enfance du jeune homme qui\ns’appuya brusquement contre : et une fillette qui paisait sa vache\ndans la campagne aperçut avec étonnement un grand jeune homme\nrobuste qui pleurait comme un enfant, tout secoué par le hoquet\ndes sanglots.\n    “ Je te reviens! je te reviens!... „\n   Un vaste silence frémissait douloureusement sur la campagne.\nDes haies seulement jaillissait le grésillement onctueux de quel­\nques oiseaux ; et les blés, masses d’or mouvantes, se renversaient\nsous la molle brise avec le froissis d’une robe de satin. A gauche,\napparaissaient des pans aciérés de la Meuse où dansaient d’éblouis­\nsantes pierreries blanches.\n    Cependant approchait la femme à la brouette. Stanislas se\nremit lentement en marche, les yeux rouges. Bientôt, de distancé\nen distance, il rencontra des hommes au blême visage marbré de\nbleu, portant de gros chapeaux de cuir et de courts sarraux déteints.\n C’étaient les houilleurs qui s’en allaient vers les villages enfumés.\nLa plupart, jetés enfants dans l’horreur noire des bures, avaient\nles jambes arquées et le corps déformé. Ils s’avançaient un à un,\nquelquefois par groupes de trois ou quatre, mais silencieux. Ceux\nqui connaissaient Stanislas lui adressaient un morne bonjour sans\nremuer la tête. Ils souffrent tan t et sans relâche ! Stanislas en vit\nplusieurs qu’il avait connus quinze ans auparavant, bambins rieurs\n et illusionnés sur les bancs de l’école communale. A peine savaient-\nils un peu lire, vers neuf ou dix ans, qu’ils s’en allaient... Ah! les\nretrouver tels !\n    En les voyant, quelque chose d’héroïque et de tendre envahissait\nla poitrine et la tête du jeune homme. Son émotion acheva de\n prendre une enivrante intensité, délicieusement poignante. E t\n comme il approchait de son hameau, toutes ses facultés, merveil­\n leusement intuitives, et impressionnables, étaient en plein éveil.\n"}, {"page_pdf": 90, "page_imprimee": 67, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2165, "texte": "                                                                   67\n\n    “ Je te reviens!... „\n    A mesure qu’il avançait, son agitation grandissait. D ’exquis\nfrémissements nerveux le chatouillaient des pieds à la tête, comme\ns’il eût reçu dans la nuque un baiser de femme. Devant ce hameau\nqu’après une absence de six années, il s’était imaginé moins petit\net plus charm ant encore, il se sentait grandir sans cesse avec une\nvertigineuse rapidité : il se sentait grandir de toute la fierté de\nson attendrissement devant ces lieux chers où, enfin, il revenait,\ntête haute, cœur fort, comme dans un asile qui le défendrait pour\nla deuxième fois contre les atteintes de la vie, ce bourreau raffiné.\n    Avait-il souffert loin de ses Avillettes ! Avec quelle vaillance\nenthousiaste il en était sorti ! Il y rentrait avec quelle doulou­\nreuse lassitude !\n    “ Salut! salut ! Je te reviens... „\n    Jam ais sans la tyrannie du besoin, il n ’aurait quitté les\nAvillettes.\n    Il avait perdu sa mère à douze ans. A peine achevait-il ses\nhumanités à l’Athénée de Liège que son père mourait à son tour.\n    Nature orageusement passionnée, souvent extrême d’abord,\nStanislas reçut de cette perte une telle atteinte qu’il résolut de\nse tuer.\n    L e voilà dans le cabinet sombre, ouvrant le tiroir d’une chif­\nfonnière noire à sculptures, vieux meuble où sa mère serrait avec\nle linge ces mille riens, reliques qui dans les vraies familles se\n transm ettent de père en fils, religieusement. Comme Stanislas\n avait déjà introduit le canon du pistolet dans sa bouche, un\n regard jeté sur la chiffonnière l’arrêta soudain. Des chuchotteries\n semblaient s’échapper, lamentables, du vieux souvenir familial.\n Homme 'du Nord, resté visionnaire malgré ses études scienti­\n fiques, il s’imagina que sa mère gisait dans le meuble noir et\n qu’elle venait de s’éveiller affolée pour le supplier de s’arrêter. Il\n l’avait ta n t aimée ! Presque jam ais il ne revoyait rien d’elle dans\n la maison qu’avec les yeux humides. Il retira le pistolet de sa\n bouche et réfléchit. Puis, longtemps, il examina de près la chif­\n  fonnière, y cherchant des traces de la chère morte et se deman­\n"}, {"page_pdf": 91, "page_imprimee": 68, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2273, "texte": "68\n\ndant s’il ne la verrait jam ais plus accroupie devant la porte qu’elle\nouvrait jadis de temps en temps, comme un sanctuaire. Soudain,\nil crut percevoir dans la pièce voisine le frôlement de sa robe !\nIl y courut : la pièce était vide, il ne vit que la tabatière de son\npère sur la cheminée. Rentré dans le cabinet, il n’osa reprendre\nle pistolet. “ Ma mère souffrirait trop, „ pensa-t-il. Etait-ce une\nillusion sincère et pieuse ? ou bien déguisait-il sous ce prétexte\nd'halluciné de tendresse son épouvante de la m ort qui avait tou­\njours terrifié son imaginaire sensibilité ?... Il est probable que la\n deuxième raison était la vraie, mais que, de bonne foi, l’ado­\n lescent crut n ’avoir cédé qu’à la première.\n     Résigné à vivre, qu’allait-il faire ?\n     Son père, géomètre du cadastre pensionné, type accompli\n d’épicurien imprévoyant, lui laissait à peine de quoi payer ses\n frais d’héritage, sur le mobilier. Situation embarrassante pour un\n jeune homme de dix-huit ans du caractère de Stanislas. Ses\n  habitudes de liberté fortifiées par l’externat durant le cours de\n  ses études et plus encore sa fauve indépendance d’esprit supé­\n  rieur, contemplatif et studieux, lui inspiraient une invincible\n  répulsion pour les lisières, si légères fussent-elles.\n      Au fond du cœur, il choyait depuis longtemps des rêves litté­\n  raires. Lesquels, il ne savait trop. Seulement, d’un père émerveillé\n  de la précoce et vigoureuse intelligence de son fils, il avait sans\n  peine obtenu qu’en sortant de l’Athénée, au lieu de prendre un\n  état, il disposerait de son temps pour étudier à sa guise. Il\n  comptait, tout en achevant de parcourir le vaste cercle des\n  connaissances indispensables à un artiste, scruter à l’aise et\n  déguster en gourmet les chefs-d’œuvre de l ’esprit humain, se\n  familiariser avec le mécanisme, les secrets, les finesses de la\n  langue française et vivre, oh ! surtout vivre d’une vie intense\n   afin d’assouplir ses facultés natives, afin d’apprendre à voir, à\n   analyser, afin de donner à ses sensations et à ses sentiments\n   l’extrême énergie et l’extrême acuité dont il les sentait suscep­\n   tibles. De ces examens, de ces observations, de ces enthousiasmes\n   et de ces souffrances devait naître, dans sa plénitude, après un\n"}, {"page_pdf": 92, "page_imprimee": 69, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2251, "texte": "                                                                   69\n\nlong et douloureux enfantement, l’originalité dont il sentait, le\nfœtus déjà puissant mystérieusement tressaillir en son âme. Car,\nchez lui, comme chez les éternels victorieux de l’art,, le génie\nprocédait de l ’âme, dont l’intelligence ne doit être que le serviteur\nhabile. Sans savoir exactement ce qu’il ferait, sans vouloir\nhasarder une ligne avant d’être sûr de ne pas broncher, il se\nsentait pourtant une inclination pour les œuvres humaines et\nlyriques. Des épopées d’amour s’agitaient, vagues, en lui : des\nvisions gigantesques, simples, éclatantes et pensives défilaient\nconfusément dans la chambre noire de son esprit. Il avait une\nintuition très subtile de son époque qu’il espérait peindre lin jour\n avec l’adorable naturel familier, la cordialité profonde, la vivacité\nfourmillante et la crânerie frondeuse du W allon, — mais en\njetan t sur tout cela la gaze de sa tendresse effrénée, épique et\n triste.\n    D ’abord son père lui avait conseillé l’étude du droit; mais,\n inséduit par les inepties de la chicane, Stanislas l’avait sans peine\n détourné de ce projet: ébloui par ce grand mot de gloire que son\n fils faisait resplendir à ses yeux, énivré à la pensée d’avoir donné\n naissance à un grand homme, le père s’était écrié avec feu :\n     “ Tu as raison, si tu te sens de force.: après la gloire, il n’y a\n plus rien. Vois le grand Dumas ! Ta rhétorique finie, tu seras\n libre, Stanislas, et, si tu veux, nous commencerons par relire\n  ensemble Les trois Mousquetaires. „\n     Stanislas réprima sans répondre un sourire.\n     L e père Charlier était un fanatique d’Alexandre Dumas\n qu’il avait vu dans un des somptueux dîners, offerts jadis à\n  Liège au populaire conteur en échange de sa conversation super­\n ficielle, mais intarissable et pétillante. Amateur de bonne chère,\n  le père Charlier admirait aussi la science culinaire du romancier ;\n  et non moins la vigueur de sa poigne. Dumas lui avait serré la\n  main. “ Une tenaille, mon cher... Porthos lui-même... Oui, cette\n  main a tenu la main qui a écrit Les trois Mousquetaires. Ces\n  choses-là, Stanislas, on ne les oublie pas !... „\n     E t savourant avec une tranche de jambon, des cornichons qu’il\n"}, {"page_pdf": 93, "page_imprimee": 70, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2200, "texte": "70\n\n\n avait soigneusement fait m ariner lui-même ou fumant sa longue\n pipe, étendu dans son fauteuil au coin du feu, pendant que le\n serin faisait rage, le brave homme souriait seul au souvenir des\nbons passages de son romancier favori, le début d'Ange Pitou, par\n exemple ; ou bien il relisait pour la millième fois, quoiqu’il les\n connût à moitié par cœur, les longs dialogues endiablés de verve\n du Comte de Monte-Christo et l’épisode de l’abbé Faria.\n   L e voir était le suprême bonheur de Stanislas qui haletait après\nles délicieuses heures de travail qu’il allait couler, libre du servage\nintellectuel des collèges, sous le toit familial, auprès de la bonne\n humeur affectueuse de son père et de la présence invisible de sa\n mère.\n   Alors vint l’écroulement d’une mort inopinée, foudroyante !\n   Plus tard, soupçonnant qu’il n’était pas fait pour le bonheur\n calme et durable, que sa nature outrancière exigeait de fortes\npassions toujours inapaisées et de hautaines espérances toujours\nfuyantes, Stanislas se demanda souvent si cette m ort n ’était pas\n dans la logique de sa propre destinée : il ne pouvait être heureux!\nE t s’il n ’eût été fataliste, il aurait éprouvé le remords d’avoir\ninconsciemment tué son père.\n   Orphelin sans fortune, il ne pouvait rester aux Avillettes.\n   Bien qu’il ne fût guère l’homme des promptes résolutions, il\nn'hésita point, un seul parti étant possible : après avoir réalisé le\npeu qu’il possédait, confié son mobilier à une vieille voisine qui\nfaisait le ménage de son père, il partit tristem ent pour Liège avec\nses livres et les quelques souvenirs précieux qui devaient lui\nrappeler, dans le tumultueux exil de la ville, la paix évanouie des\nannées familiales et les charmes du hameau chéri.\n   A Liège, il loua, au penchant d’un des faubourgs qui escaladent\nles collines de la rive gauche, un petit appartement de deux\npièces. De sa table de travail, fenêtre ouverte, il découvrait la\nville entière. Durant les six années qu’il vécut là, insensiblement,\nen fanatique de son pays, il s’éprit de cette vieille mère de la\nWallonie, toujours jeune et joyeuse au bord de son beau fleuve,\navec l’animation de ses industries, les intarissables refrains de\n"}, {"page_pdf": 94, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 540, "texte": "                                                                71\n\nses rues le soir et les étincelantes sonneries de ses clochers. E t\nsons la physionomie actuelle de Liège non moins que dans les\névénements et les épaves de son héroïque et lucide passé, Stanislas\ndécouvrait une poésie intensément originale dont il extrayait le\nsuc, afin d’en imprégner, comme d’un parfum local exquis, les\nfrondaisons fleurissantes de son individualité artistique.\n\n\n                                      Cé l e s t i n DEMBLON.\n\n\n\n\n                     "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 71, "page_fin": 71, "titre_corps": "Suggestion", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SUGGESTION .  D E joie et de soleil le ve", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 94, "page_imprimee": 71, "debut_caractere": 540, "fin_caractere_exclue": 1354, "texte": "SUGGESTION .\n\nD E joie et de soleil le verger est rempli :\n   Le printemps cette fois est loin d’être une amorce,\n   Vois, le-terrain mouillé cache dans chaque pli\n   Les germes de la vie impudiques de force.\n\n\n    Dans le bleu matinal, chargé de blanches fleurs\n    Le pommier amoureux du noisetier sauvage\n    Abandonne sa taille aux rameaux enjôleurs,\n    Regarde : Pas un arbre, un brin d’herbe n’est sage !\n\n\n    Viens : J e sais une haie où fleure ce parfum\n    Qu’on ne respire pas sans oublier la vie,\n    Là, dans un rayon d’or, adolescent à jeun,\n    Je te prendrai brutal, éperdue et ravie.\n\n\n    Vierge, ne tremble point de crainte à mon côté,\n    Penche-toi sur mon b ra s, donne-moi tout ton être,\n    J e suis le seul bonheur, je suis la Volupté,\n    Le mâle accouplement, — et tu vas me connaître.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 72, "page_fin": 72, "titre_corps": "Haine", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Alexandre Macédonski", "ancre_debut": "H A IN E.              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Ainsi soit-il.\n\n     10 Avril 1886.                              P. SEVERIN.\n\n\n\n                "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 73, "page_fin": 75, "titre_corps": "Poème en prose", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "P O È M E EN P R O S E . JR «r     A nuit monta douceme", "ancre_fin": "voix qui chantaient un hosannah d’amour.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "EN T E R R E W A L L O N N E .                                  I.    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Alors, sous son regard de vierge dont il devinait\nla caresse sur ses y eux, la tête presque sur ses genoux, il com­\nmença, d’une voix douce comme un souffle, s’animant par degrés\n dans une pénétrante chaleur où sonnaient les mots comme une\nmusique vibrante :\n   — P a r toi, je sens; par toi, je vis; par toi, j ’aime. L ’amour est\nchose de Dieu, Dieu c’est toi. Ton souvenir dort au fond de mon\ncœur, l’enveloppe de cette brume délicieusement douce et bleutée\nqui flotte dans le silence des cathédrales à l’heure des sacrifices...\nTon sourire est le rayon de soleil illuminant mon âme. Je t ’aime.\n   Il disait ces choses d’une voix douce, mordu à l’âme par la\npuissante émotion des amants. Il reprit :\n   Depuis des ans, je t ’adore. J e t ’adore à l’égal de ce grand ciel\nbleu où dorment des rêves d’amour. Cette nuit, je t ’ai vue à mon\nchevet; je te vois toujours; je t ’ai vue sereine, endormie sur mon\népaule dans la profondeur mystique du grand bois verdi et je t ’ai\nregardée dans l’extase de ceux qui, dans la pénombre mystique des\nchapelles saintes, adorent les bras crucifiés du Christ. Pendant\nune heure, j ’ai été d’un autre monde, de ce monde éthéré où,\ncomme des songes, planent des âmes blanches, blanches comme\nla pureté immaculée des ailes des grands cygnes. E t je garde en\nmon cœur, jalousement, comme on cache les trésors fauves des\nvieux monastères dans le mystère des cassettes d’or massif, le\nsouvenir de tes grands yeux auxquels tes cheveux faisaient une\nombre douce dans l’envolée du vent d’été.\n   Il lui enlaça l ’épaule de son bras et, dans l’air serein sa voix\ns’éleva vibrante, comme un frémissement d’airain.\n   Je me sens pour t ’aimer un cœur qui, pour toi, a gardé toute sa\njeunesse, toutes ses illusions, qui n’a point tressailli au regard des\nautres femmes et qui pour toi seule a rêvé des rêves de gloire et\n chanté des hymnes d’amour. Pour te défendre, je me sens un\nbras de géant et des muscles de bronze. Je t ’abriterai en mon\ncœur et quand tu seras blessée, je t ’aimerai si fort que tes blessures\nse fermeront.\n"}, {"page_pdf": 98, "page_imprimee": 75, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 844, "texte": "                                                                 75\n\n   Elle se sentait pénétrer, envahir par cette passion ardente,\ndébordant de son cœur. Il dit encore : Quant tu mourras, je\nmourrai. Alors elle lui prit les mains. Ils eurent un de ces regards\nqui détachent du monde et font entrevoir l’infini par de là les\nétoiles et, muets, ils s’abîmèrent dans une contemplation.\n   Brusquement un ricanement monta de la terre, grossit et se\nhaussa jusqu’à eux. E t l’on entendit cette ironie grimacée par des\nlèvres blêmes : Mensonge ! Alors il sembla que du ciel agrandi et\nlumineux tombait un mot surnaturel que faisait vibrer dans l’azur\nla voix d’or d’un archange et qui fit taire les sarcasmes d’en bas.\n   E t dans les hauteurs s’éteignirent, lointaines, comme en un\nréve, des voix qui chantaient un hosannah d’amour.\n\n\n\n           "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 75, "page_fin": 76, "titre_corps": "En terre wallonne", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "G. Girran", "ancre_debut": "EN T E R R E W A L L O N N E .                                  I.    S OUS la brume, grisâtre", "ancre_fin": "bœufs aux flancs roux. G. 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GIRRAN.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 76, "page_fin": 77, "titre_corps": "Simple prière", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Maurice Siville", "ancre_debut": "SIM PLE P R IE R E .       IDE était son cœur. Les jou", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 99, "page_imprimee": 76, "debut_caractere": 1102, "fin_caractere_exclue": 1641, "texte": "SIM PLE P R IE R E .\n\n     IDE était son cœur. Les jours fuyaient uniformes, éter ­\n     V\n     nellement les mêmes en leur désespérante platitude.\n       Elle lui apparut enfin. De chevelure très noire, les sourcils\nfortement arqués, avec, au coin des lèvres, un sourire d’une\nmystique attirance, en elle il retrouva la fée gracieuse de ses\nrêves d’adolescent, alors que, les yeux voilés de pleurs, incon­\nsciemment, il tendait les bras dans un instinctif besoin d’aimer.\n  Intense vit en lui l’inoubliable souvenir du jour où elle avait\n"}, {"page_pdf": 100, "page_imprimee": 77, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1766, "texte": "                                                                     77\n\nmurmuré bien bas, entre deux baisers, le oui qui devait les unir\nl’un à l’autre.\n   Depuis, les semaines avaient passé; au quinze août, la main\ndans la main, ils vinrent dire à la Vierge leurs espérances, leurs\njoies et aussi leur amour :\n   O Marie, consolatrice des affligés, pareille à l’étoile qui, dans un\nciel gros de nuages, brillerait radieuse pour les marins battus par\nl’entreh eurt des vents, bénie sois-tu.\n   En un plaintif balancement de branches, les arbres redisent tes\n douleurs endurées sur le chemin du Calvaire, ô Marie, et, de leurs\nvoix cristallines, les ruisselets roulant la pureté de leurs eaux\n sous l’inclinaison des saules, susurrent tes louanges.\n   O Marie, Reine des fleurs dont l’haleine monte vers toi comme\nun pieux encens, épands l’infini de ton pardon sur ceux qui ont\n semé notre route de multiples désespérances.\n   Aux enfants qui chaque soir t ’adressent de naïves prières\n épargne les rancoeurs, tendre mère du Nazaréen, et fais douce la\n mort de ceux qui abandonnent cette terre pour les pures régions.\n   Aux vierges qui croient aux dévouements sublimes et aux\n insondables tendresses, laisse intactes leurs illusions.\n   O Marie, si pure entre toutes, éternise le bonheur de ceux qui\n passent leur vie dans un esseulement à deux loin des grossières\n brutalités du monde....\n   L eur voix s’éteignit et tout fut silence dans la petite chapelle\n qu’éclairait, tremblottante, la flamme d’une veilleuse suspendue à\n la voûte semée d’étoiles. Au fond, émergeant d’un fouillis de\n verdure, une Vierge gracile souriait, entourée de blondes têtes\n d’anges Avait-elle entendu leur prière ?\n\n                                           M a u r ic e   SIVILLE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 78, "page_fin": 78, "titre_corps": "Rondeau", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "RO N DEAU.                                                  P o u r Maria !          .                                              *      D ’UN cheveu, fr", "ancre_fin": "jeune Eve ! D ’un cheveu.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "C L A IR DE LUNE.                   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Pour sonner le tocsin\n           Des désespoirs, ce sombre essaim,\n           Il suffit parfois, ô jeune Eve !\n                  D ’un cheveu.\n\n\n\n            "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 78, "page_fin": 79, "titre_corps": "Clair de lune", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "C L A IR DE LUNE.                   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OUT rayonnant d’une m uette gloire", "ancre_fin": "enfin ton vibrant archet rose ?", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "V I L L A N E L L E DE BAL.                                                   Pour Elle !         S   OUVENIR dont", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 15, "fin_caractere_exclue": 657, "texte": "L ’AM O U R V IR T U O S E .\n\n     OUT rayonnant d’une m uette gloire,\n     T\n     Dans un coquet étui de velours vert,\n     — Comme un joyau sur un coussin de moire —\n     Un Amati repose, découvert.\n\n     Silence morne ! Aucune main ne guide\n     Le crin mordant sur le doux violon;\n     Seule peut-être, une brise languide\n     Parfois éveille un soupir triste et long,\n\n     Râle étouffé de sa lente agonie.\n     — De l’âme, hélas ! une plainte infinie\n     Monte et se perd au vent de la douleur.\n\n     Amour, amour ! sublime virtuose !\n     Quand sentirai-je aux cordes de mon cœur,\n     Glisser enfin ton vibrant archet rose ?\n\n\n      "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 80, "page_fin": 81, "titre_corps": "Villanelle de bal", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Auguste Vierset", "ancre_debut": "V I L L A N E L L E DE BAL.                                                   Pour Elle !         S   OUVENIR dont", "ancre_fin": "ug u ste V IE RSET.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "M A D E M O I S E L L E C E N D R IL L O N                                                         P o u r A . M ...   E   T  vite, elle pass", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 103, "page_imprimee": 80, "debut_caractere": 657, "fin_caractere_exclue": 1127, "texte": "V I L L A N E L L E DE BAL.\n                                                  Pour Elle !\n\n\n      S   OUVENIR dont l’âme est pleine!\n           Bal aux enchantements doux!\n           Ce soir fûtes-vous pas reine?\n\n           Dans une grâce hautaine,\n           Tresse éparse en frisons fous,\n           — Souvenir dont l’âme est pleine ! —\n\n           Vous valsiez, blanche et sereine,\n           Sous l’éclair des yeux jaloux.\n           Ce soir fûtes-vous pas reine ?\n"}, {"page_pdf": 104, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 955, "texte": "                                                                            81\n\n                   Votre robe pâle à traîne\n                   Glissait en soyeux froufrous.\n                   — Souvenir dont l ’âme est pleine ! —\n\n                   E t vos cils bruns, ô Sirène,\n                   Cachaient mal deux clairs bijoux,\n                   Ce soir fûtes-vous pas reine ?\n\n                   Dès que la danse eut à peine\n                   Calmé ses bruyants remous,\n                   — Souvenir dont l ’âme est pleine ! —\n\n                   Je pus, faveur souveraine,\n                   Vivre un instant près de vous.\n                   Ce soir fûtes-vous pas reine ?\n\n                  Caressé par votre baleine,\n                  Je m’étais mis à genoux...\n                  — Souvenir dont l’âme est pleine ! —\n                  Ce soir fûtes-vous pas reine ?\n\n                                         A ug u ste   V IE RSET.\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-012", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 81, "page_fin": 85, "titre_corps": "Mademoiselle Cendrillon", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Gust. Rahlenbeck", "ancre_debut": "M A D E M O I S E L L E C E N D R IL L O N                                                         P o u r A . M ...   E   T  vite, elle pass", "ancre_fin": "joli, sais-tu ! „ GUST. RAHLENBECK.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "OBSESSION.                 EVANT moi, ton buste camb", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 104, "page_imprimee": 81, "debut_caractere": 955, "fin_caractere_exclue": 1585, "texte": "M A D E M O I S E L L E C E N D R IL L O N\n                                                        P o u r A . M ...\n\n\nE   T  vite, elle passait le long des vitrines des magasins, trottant\n      menu comme une grise sœurette de la gent souricière, car\n      déjà onze heures avaient sonné au carillon de la cathédrale\net la grand’messe commençait à Saint-Denis.\n   C’était une fine et pâle figure de fillette à la carnation ivoirine\nrappelant les saintes aux robes de brocart et d’or des anciens\nmissels de l’école de Bruges, une paire de grands yeux gris bleuté\n                                                                 6\n"}, {"page_pdf": 105, "page_imprimee": 82, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2063, "texte": "82\n\nd’un charme intense et des cheveux si blonds qu’ils semblaient\nun nimbe d’or fluide.\n   L a main droite, strictem ent gantée, relevait la jupe, tout juste\nà la hauteur de la cheville, tandis que l’autre, distraitement,\ntourm entait le manche bizarrement contourné en clef de fa d’une\nombrelle de soie noire. E t pressant le pas, d’une allure nerveuse\nqui rem uait ses hanches en une très particulière ondulation, la\njeune fille allait, courant presque, fendant la foule qui mouton­\nnait à perte de vue le long des trottoirs. Sur son passage, on se\nretournait pour la voir, tan t elle était gracieuse, tout le monde\njusqu’au bon papa revenant de la messe où il est allé conduire\n“ Madame et ses demoiselles „ et qui, mâchonnant son cigare\nqu’il a dû laisser éteindre pour entrer dans l’église, marmonne\nentre ses dents, avec un demi-soupir de regret : “ Est-elle jolie,\nc’te crapaude-là, saperlotte ! „\n   Un moment, cependant, sa course s’arrêta: c’était une étoffe\nnouvelle pour toilette d’été, à fines rayures blanches et bleues\nqu’un étalagiste “ ayant de l’œil „ venait d’exposer à une vitrine,\npuis ce fut un bijou, broche ou boucles d’oreilles, dont le scintille­\nment clair de diamant l’avait fascinée au passage ; mais au bout\nd’un instant, la conscience revenant, elle s’arrachait brusque­\nment à son admirative contemplation et continuait sa route avec\nun soupir qui disait à la fois l’envie toute féminine de posséder\net la résignation de ne pas pouvoir.\n   E t sourdement, tandis qu’elle marchait, les prunelles vagues,\nle désir travaillait en elle et tout à coup, comme une fleur magique,\nun rêve jaillit en son âme, un rêve impossible, un rêve fou qui\nd’un seul coup de ses ailes de chimère la transporta dans un\nmonde idéal, monde d’éblouissements inconnus, dont une divi­\nnation presciente, sorte de double vue merveilleuse, lui déchirait\nle voile.\n   Elle était dame, grande dame, princesse ou duchesse pour le\nmoins.\n   Lentement, au milieu du décor luxueux de boulevard ou d’ave­\nnue aux architectures somptueuses, son grand landau armorié\n"}, {"page_pdf": 106, "page_imprimee": 83, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2172, "texte": "                                                                     83\n\navançait. Elle se pelottonnait tout au fond de la voiture, dans la\n douceur soyeuse d’un boumous arabe aux fines broderies d’argent\net, par une bizarrerie de rêve, s’étonnait en son âme passée de\nfillette humble, des éclatantes livrées écarlates des valets assis\n devant elle, sur le siège, et de la splendeur calme des coussins de\nmaroquin m at tandis que devant elle s’allongeait, interminable­\nment. la file des attelages dans un lointain perdu dans la\npoussière.....\n   Puis, brusquement, comme on change les images dans l’objectif\n d’une lanterne magique, la vision disparut, la voiture, les grandes\nlivrées rouges, les arbres et les hôtels des avenues;, tout se brouilla,\ns’enchevêtra, s’effaça. Puis de rechef les traits se condensèrent,\nse fixèrent et une vision nouvelle, plus radieuse que la première,\nsurgit.\n   Sous les lourdes tentures de Bouckhara et de Samarkand, de\nfrêles palmiers s’élançaient du milieu de divans circulaires aux\ncoussins épais de velours relevés de torsades d’or.\n   Sous l’éblouissement des lustres se pressait une foule compacte\nde danseurs et de danseuses, tandis qu’un orchestre hongrois\ncaché derrière un massif d’orangers alternait des czàrdas endia­\nblées et des valses de Strauss.\n   Elle, la princesse, se tenait debout, toute blanche dans une robe\nde soie brochée d’or et qui faisait frou-frou quand elle marchait;\nune superbe rivière de diamants ruisselait à son corsage et des\nbrillants, disséminés partout, mettaient comme des lucioles ardentes\ndans l’épaisseur de sa chevelure de reine. E t devant elle s’inclinait\nen une muette admiration, toute une foule d’adorateurs dont les\nhabits noirs de soirée se piquaient du rouge des rubans et de l’or\ndes plaques.\n   Tout à coup, au moment où d’un mouvement plein d’abandon\net de grâce, elle tendait, souriante, aux lèvres d’un jeune officier\ntout chamarré d’or, le bout de ses ongles à baiser, elle s’aperçut\navec épouvante qu’elle avait aux mains d’horribles gants noirs,\nses gants de tous les jours, de pauvres gants, à deux boutons, et\nqui couvraient à peine le poignet. En même temps qu’elle faisait\n"}, {"page_pdf": 107, "page_imprimee": 84, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2209, "texte": " 84\n\n  cette terrible découverte, elle sentit à une main comme un froid\n   de glace et la terreur chassant le rêve, elle se retrouva debout\n  devant une colonne de l ’église, la main droite trem pant tout\n  entière dans un bénitier rempli. Brusquement, elle retira sa main\n  et se reprochant comme un péché grave ses songes hallu­\n  cinants de gloire et de grandeurs, elle se mouilla le front d’eau\n  bénite une fois, deux fois, au point que de grosses gouttes scintil­\n  laient sur son front et ses tempes et puis lentement descendaient,\n  comme de grandes larmes, tout le long de ses joues.\n     Alors elle chercha un prie-Dieu et s’installa tout au fond de\n  l’église, près de la porte d’entrée et, baissant la tête, fixant sans\n le voir le marbre usé des dalles, elle se mit à prier, tout bas, avec\n d’imperceptibles remuements des lèvres.\n     Puis, relevant les yeux, elle suivit la messe avec une attention\n pieuse et pour se punir de ses mauvaises pensées frisant le péché\n de tout à l’heure, elle s’imposa de fixer des yeux le saint autel\n sans voir ni les chapeaux, ni les robes des dames agenouillées\n dans les rangées de chaises qui s’alignaient devant elle.\n    Mais pour atteindre à l’autel, son regard frôlait nécessairement\n ce qui lui était si sévèrement défendu de voir, un moment même\n un chapeau rose délicieusement relevé de petits nœuds de soie\nblanche, le retint accroché mais aussitôt, comme un naufragé qui\n se cramponne à une épave, il se rem it à fixer exaspérément\nl’étole scintillante du prêtre tandis qu’elle, pour triompher de sa\ndéfaillance, s’efforçait dans un effort qui fronçait ses sourcils de\npénétrer le sens obscur des paroles liturgiques que prononçait le\nprêtre.\n    “ Ite missa est.. „\n    Elle se leva, effaça d’une main distraite les plis sur le devant\nde sa robe, s’assura du geste qu’a toute femme même la moins\ncoquette, si son chapeau était toujours bien mis et, son livre de\nmesse sous le bras, elle s’efforça de rem ettre son gant droit dont\nla peau trempée se collait aux doigts sans vouloir avancer.\n    Au dehors, le gai soleil irradiait tout un côté de la rue, réfléchi\npar les blancheurs des façades et m ettant des étincelles aux\ndorures des enseignes.\n"}, {"page_pdf": 108, "page_imprimee": 85, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 500, "texte": "                                                                 85\n\n\n  Au seuil de l’église, une nuée de fillettes de dix à onze ans,\nse faufilant dans les groupes, présentaient de grandes corbeilles\ntoutes remplies de petits bouquets de muguets et de pensées.\nAlors l’Altesse, en pinçant dans les joues la plus mignonne des\npetites fleuristes : “ Un p’tit bouquet, feïe ! demanda-t-elle, mais\nun joli, sais-tu ! „\n                                        GUST. RAHLENBECK.\n\n\n\n                       "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-013", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 85, "page_fin": 85, "titre_corps": "Obsession", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Edmond Hanton", "ancre_debut": "OBSESSION.                 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C’est\nmême beaucoup trop suivant certaines personnes, et d’ailleurs —\nnous dit-on —pourquoi faut-il de la musique l’hiver puisqu’on s’en\npasse l ’été ?\n   Cependant on nous annonce une bonne nouvelle. Nos édiles —\nainsi que jargonnent nos plus sérieux confrères — nos édiles\ns’occupent d’organiser un orchestre convenable dont les éléments\nseraient fournis par les musiciens du Théâtre R oyal. Ainsi plu­\nsieurs fois par semaine auraient lieu des concerts dans le genre de\nceux qui florissent au W aux-hall à Bruxelles, et nous jouirions\nenfin de temps en temps de quelques bribes de bonne musique ;\ncar, nous voulons le croire, l’excellent orchestre du Théâtre saurait\nrompre avec les vieilles traditions et ne pas nous servir chaque\nfois une hotte de fleurs fanées, comme des arrangements de\nMignon, la Fille du régiment, etc.\n   D’ailleurs, il est nécessaire qu’enfin Liège sorte du trou boueux\noù elle croupit. Il y a chez nous moins de jouissances artistiques\nque dans mainte ville de second ordre comme Namur, Bruges ou\nSpa. On se contente, en fait d’art, de lire son journal chaque\nmatin ; puis, si l’on est dillettante, on se rend au “ concert „ qui\nfonflonne au boulevard ou à la Trinck-Hall, et l’on entend mugir\nde gros tu tti de cuivre avec énormément de tambours et cimbales,\non écoute religieusement une “ marche des volontaires „ qui rage\net tempête dans les arbres, puis on applaudit avec transport un\n"}, {"page_pdf": 110, "page_imprimee": 87, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2217, "texte": "                                                                   87\n\n  solo de clarinette sur un pot-pourri de la Traviata. C’est superbe !\n    Et, par contre, on a joué à Liège, cette année ; une seule fois du\n  W agner, une seule fois du Bach, une seule fois du Schumann, une\n  seule fois du Beethoven, tandis que le “ tribut de Zaraora „ (!!)'\n  obtenait un grand nombre de représentations.\n    Un seul pauvre petit concert est venu nous éjoyer depuis quatre\n  mois. Ce n ’était qu’une harmonie, mais au moins une harmonie\n  excellente, et nous avons entendu de vraie musique : le concert\n des guides.\n    L ’allegro de la symphonie héroïque de Beethoven, d’abord,\n assez lourdement interprétée au commencement, mais enlevée\n ensuite avec beaucoup de nerf. Une fantaisie sur Gwendoline,\n très colorée; du Mendelsohn, du Haydn, du Plottow (un pot-\n pourri sur M artha, avec solo de flûte applaudi à tout rompre !) et\n enfin du W agner : la Trauermarsch de Siegfried et une fantaisie\n sur les Maîtres Chanteurs.\n    La marche funèbre de Siegfried a remué majestueusement les\n cœurs ; et ses ondes sonores, austères et pourtant subtiles, s’épan ­\n daient sous les vieux arbres comme un fleuve vivifiant, une eau\n lustrale qui devait purifier Liège de ses anciens préjugés, tandis\n que les flots d’harmonie, comme une théorie d’âmes plaintives\n m archant royalement par les airs, se mouvaient avec des gestes\n larges de dominer; et aussi parfois, lorsque s’assombrit la bataille\n des sons évocant les macabres, un frisson traversait les poitrines,\net, de la lune, semblait alors descendre, dans un effarouchement\nlugubre, un vol éperdu et haletant de chauves-souris.\n    Quant aux Maîtres Chanteurs, on en a fait, — ce nous semble —\nune bizarre salade. L a leçon, la sérénade, les chœurs des sociétés,\nla chanson du chevalier, tout cela formait un salmigondis assez\ndéconcertant. A la musique de W agner il faut la scène, ou du\nmoins faut-il connaître la signification de chaque développement.\nDe même, que deviendraient un symbole dont on enlèverait le\nsens, un Odilon Bedon sans légende ! L ’œuvre de W agner ne\nse prête point aux pots-pourris comme les petites choses d’Offen­\nbach, de Flottow et autres Tartini.\n"}, {"page_pdf": 111, "page_imprimee": 88, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1979, "texte": " 88\n\n\n\n\n    Que dire des concours du Conservatoire ?\n    Une opposition frappante. Us ont commencé déplorablement,\n pour m ettre en saillie, à la fin, un artiste remarquable.\n    D ’abord des concours de chant pour femmes : miaulements de\n chats malades et raclements de gosiers très amygdaliteux.\n    Concours hommes : Très médiocres. A signaler M. Delvoye :\n un tonnerre qui se ferait chanteur des rues.\n    Mais on s’est rattrapé plus tard. Ainsi, Mlle Bodson a montré\n quelques sérieuses qualités.\n    Superbes, les concours de trios, ou du moins, un peu de très\n bon à côté de beaucoup de médiocre. Il faut y signaler deux\n artistes de talent : Mlle Cousin, une pianiste, et M. Maris,\n violoniste.\n   M. Maris a la science de son art ; les cordes vibrent avec force\n sous l’babileté de son archet, et, à travers le mêlé des phrases\n musicales, laissent parler la voix du cœur. M. Maris a beaucoup\n d’avenir, car il est avant tout lui-même.\n   Mlle Cousin possède le style, cette qualité maîtresse; et, bien\n qu’un peu froid par moments, son jeu s’anime d’une émotion sou­\nveraine, le clavier a sa vie et sous ses doigts exhale de longs\nsanglots ou des rires de joie détachés avec finesse. Mlle Cousin a\nle sentiment de l’art et n’exécute pas un trio de Haydn\ncomme un exercice de Czerny — cet idéal atteint par ta n t de\nmenottes expertes obéissant à des têtes godiches. E t puis, s’il\nfaut parler franc, Mlle Cousin resplendit d’une beauté non com­\nparable. A Bruxelles, on s’amuse à des concours de callisthénie.\nLes Liégeois, moins amoureux des formes, sont plus indifférents\npour la perfection plastique. Mais c’était une jouissance artistique\ninfiniment délicate et d’une force poignante, écouter les sons purs\nd’une harmonie berceuse, sur laquelle planait l’âme du vieux\nmaître mort ; et voir onduler les lignes souples de ce corps de\nvierge, dominé par la majesté royale du col et de la chevelure qui\ns’enlevaient avec fierté sur la courbe des épaules, pour encadrer\n"}, {"page_pdf": 112, "page_imprimee": 89, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2139, "texte": "                                                                      89\n\n la hautaine finesse d’un visage d’archange. E t, malgré soi, l’on\n pensait au chœur admirable des filles du Rhin, les Rêveuses,\n matérialisées dans un lied, on pensait aux orgues vagues, les\n plaintives, entrevues dans les lointains du songe, et que tou­\n chaient les doigts bizarres d’une fée incertaine.\n                                    *\n\n     L a dernière journée des concours a été la plus intéressante : la\n journée des concours supérieurs.\n    D’abord deux altistes, bien stylés et rendant avec conscience\n l’interprétation qu’on leur avait apprise. Beaucoup de dextérité,\n  des nuances devinées dix mesures d’avance, une correction par­\n faite dans les traits. Le triomphe du Conservatoire. De couleur,\n aucune. L ’émotion ? Oh ! monsieur !\n    Quant à Mlle Coulon, une pianiste aux doigts déliés, c’est une\n gentille petite machine remontée soigneusement, et qui débobine\n les gammes, les arpèges, parle du cor en la et de la clarinette en\n fa , saute gaîment les obstacles, et se dépêche, se dépêche en se\njouant des difficultés, — mais sans se douter qu’elle fait de la\nmusique.\n    M. Smulders, lui, n ’est pas un pianiste ordinaire, c’est un artiste.\nIl sent vivement et il trad u it avec énergie, sans brutalité, avec\ndélicatesse, sans mignardise. Sous son clavier une âme s’éveille à\nla vie, les sons parlent comme s’ils connaissaient leur puissance.\n    Lorsque joue M. Smulders, le piano, est instrument ingrat,\ndevient une personne dont l’intelligence s’agite, un être dont le\ncœur s’émeut. M. Smulders sait donner des œuvres, une interpré­\ntation vigoureuse et personnelle. Nous l’avons vu dans une\nromantique fugue de Mendelsohn, dans les austères fugues de\nBach. Plus encore dans un concerto de sa composition.\n   Nous nous attendions à une petite chose banale, du vide et des\nboursoufflures, à l’imitation servile de quelque maître ancien. Loin\nde là, le concerto de M. Smulders est une œuvre forte, et origi­\nnale. L ’allegro marche avec un brio fougueux, soutenu par une\norchestration finement travaillée et nullement banale. L ’andante\n"}, {"page_pdf": 113, "page_imprimee": 90, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 718, "texte": "90\n\nest une page émue qui éveille vaguement l’idée de Schumann, et\nenfin la finale marche grand train, rappelant les effets de vigueur\ndu premier mouvement. Peut-être reprocherons-nous un peu de\nSchumann à l’andante, un peu de Rubinstein à l’allegro. Mais il\nn’en reste pas moins une œuvre personnelle d’une réelle valeur.\n  C’est quelque chose. Voir au conservatoire surgir quelqu’un, un\ncompositeur qui est lui-même et non tout le monde ou tel de ses\nprofesseurs, c’est un résultat inespéré. Nous l’enregistrons avec\nbonheur, nous nous réjouissons de voir chez M. Smulders la force\nqui fait les artistes, et, chaudement, nous le félicitons.\n                                                     L. HEMMA.\n\n\n          "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-015", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 90, "page_fin": 96, "titre_corps": "Chronique littéraire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "C H R O N IQ U E L I T T É R A I R E . 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Un être, perfection\nabsolue, au moral, beauté idéale, au physique; andréide, être\ncréé par un génie qui s’appelle Edison — épique grandissement de\nl’illustre Américain — être artificiel, fabriqué pièce par pièce, en\nor, en fer, puis en chair, vivante et palpitante comme la chair\nréelle, machine merveilleuse douée de voix, de regard, de pensée!\n    Comment ? Ici nous touchons au côté faible de l’œuvre. Que\ndire d’autre en effet de ces longs chapitres — indispensables à\nl’affabulation et l’idée-mère du livre — où un Jules Verne pour\n"}, {"page_pdf": 114, "page_imprimee": 91, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1982, "texte": "                                                                   01\n\ngrandes personnes cherche à nous expliquer par de minutieuses\ndescriptions l’imaginaire mécanisme, inducteurs, moteur électro­\nmagnétique, disques d’or montés sur tiges incluses dans l’or\nfémoral (p. 234), inintelligible grimoire qui fait regretter presque\n une autre andréide, la Cornélia d’Hoffmann.\n   Là, point de magnétisme, de mécanique et de physiologie, un\n simple rouage d’horlogerie. L ’intérêt en est-il moindre et l’œuvre\nesthétiquement inférieure ?\n   Mais il n ’y a pas qu’une description de mécanisme dans le livre,\nquoique celle-ci en soit matériellement, en quelque sorte, le nœud,\nla partie saillante, il est d’autres pages, belles celles-là et qui\nnous rappellent que c’est l’auteur des Contes cruels que nous\nlisons.\n   Ainsi la description, la délinéation, devrais-je dire, d’Alicia\nClary, le modèle plastique de l’andréide, la non-correspondance\nde l’intellectuel désespérement banal et du physique idéalement\nbeau, cette non-correspondance notée, prouvée par des dialogues\net des réflexions d’une psychologie raffinée, l’épisode d’Anderson,\ntoutes choses qu’on lit curieusement, avidement — et qu’on relit\nquelquefois.\n   L 'Eve future n ’est pas un chef-d’œuvre, certes, mais malgré —\npeut-être même à cause de ses défauts, c’est un livre d’une intense\nmodernité, car l’âme contemporaine s’y reflète dans ses hantises\ntroublantes et ses inquiètes aspirations.\n                                            G. R a h l e n b e c k .\n\n\n\nL 'A m our su p r ê m e , par Villiers de l’Isle-Adam; de B runhoff ,\n                               éditeur.\n\n  Un livre d’or et de lueurs douces. E ntre Lysiane d’Aubelleyne,\nla mystique, et Akëdysséril, la femme de virile poésie, comme\nentre deux colonnes de pur cristal, roule dans l’œuvre le torrent\ndes vies, avec ces deux idéals sublimes : l’anéantissement de l’être\ndans l’union de la divinité, l’anéantissement de l’être dans un\namour surhumain.\n"}, {"page_pdf": 115, "page_imprimee": 92, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2207, "texte": " 92\n\n    Ouvrage d’art intense et de forme si belle qu’à peine y sent-on\n l’existence du matériel. Mais aussi, hélas, par moments, des\n lambeaux souillés de taches qui froissent les regards. Avouons-le,\n il ne faut point tout admirer dans l’Amour suprême. Plusieurs\n contes déparent l’ensemble superbe, et l’on s’étonne que la plume\n aristocratique du comte de Villiers de l’Isle-Adam ait condescendu\n à les écrire. Parmi ceux-ci, le Secret de l’échafaud, d’une étrangeté\n saisissante, e t l'Instant de Dieu, plaidoyer scientifico-chrétien, sont\n encore admissibles. Mais devant ces autres nouvelles : “ l’agence\n du chandelier d’or, la légende de l’éléphant blanc, une profession\n nouvelle „, nous nous redressons et interrogeons avec stupeur.\n Est-il possible qu’elles soient de cette main, de cet esprit qui a\n conçu, qui a signé les contes cruels ? Pas davantage ne nous\n conviennent les “ expériences du docteur Croohes                dont la\n conclusion nous paraît quasi puérile. E t, franchement, nous le\n déclarons, ce n’est point là de l ’art.\n   Mais, en revanche, combien attachantes et suggestives sont les\n autres parties !\n   L e droit du passé, l’amour suprême, le tzar et les grands ducs,\n — vision inquiétante, — et enfin ces deux larges et profondes\n échappées sur l’inconnu des Indes : Tsé-i-la et Akëdysséril, s’en­\ntassent dans la mémoire en souvenirs dominateurs, comme des\nmontagnes de diamants et de perles que soutiennent des blocs\nd’or massif, et qui réfléchissent doucement les onctueuses lueur-\nde pâles lampes symboliques.\n   Alors, comme une éclatante porte d’airain qu’éclairent de féerie\ndes incrustations d’émeraudes, comme un morceau de ciel étince­\nlant d’étoiles, comme un large panneau de Puvis de Chavannes,\nAkëdysséril clôt le livre, Akëdysséril-Salambô. Salambô, de\nGustave Flaubert, c’est une rutilante étoffe de pourpre où\nruissellent les m étaux et les pierreries. Akëdysséril, c’est en plus,\nune gaze impalpable qui peuple de nuances très douces l’horizon\nque veut scruter la vue ; c’est la pourpre éclatante et les pierreries\naux reflets métalliques des radieux soleils couchants, mais c’est\naussi la pâle et grisâtre candeur, l’innocence des esprits profonds,\n"}, {"page_pdf": 116, "page_imprimee": 93, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2136, "texte": "                                                                     93\n\n le bleu songeur intense du lapis lazuli, et les teintes indéfinis­\n sables, la clarté si fluide de l’Inde rêvée.\n                                                       Al b . M.\n\n\n                 K a tia , par le comte Léon Tolstoï.\n    Il nous faut la nuance encore, rien que la nuance... Le Tolstoï\n  de K atia n ’est pas le grand Tolstoï de la guerre et la p a ix , pas\n  non plus le Tolstoï des Cosaques, sardonique rieur, observateur\n  cruel mais saisissant. C’est un autre Tolstoï, de teinte fine et pâle,\n  qui de la pointe de sa plume aristocratique, s’amuse à fouiller\n  dans l’existence d’une jeune femme, effleurant d’un regard, cares­\n  sant d’une demi-réflexion ses pensers, ses désirs, ses regrets; c’est\n une étude très délicate et subtile d’un cœur vierge et frais-ouvert\n à la vie, mais peut-être lassé d’avance des choses des hommes.\n Tout, dans Katia, est affaire de sentiment, et de sentiment raffiné,\n vague, incertain, issu presque toujours de voûtions inconscientes,\n non devinées.\n    A côté de cette jeune femme, K atia la mélancolique et nerveuse,\n se dresse la vigoureuse silhouette de Serge, l’homme au cœur d’or\n mais à la volonté rigide; et en ces deux personnages se résume le\n roman, drame sourd, profond, où l’action la plus rude est un fron­\n cement de sourcils, la plus passionnée un baiser sur les ongles, —\n et qui cependant émeut, inspire une tristesse rêveuse.\n    Chose étrange, K atia se termine par une vision de bonheur\ntranquille, une bonne fin comme disent les pensionnaires. E t\n cependant de ce livre intense jaillit une impression mordante et\ncruelle, un noir pessimisme.\n    Le bonheur serait-il la quiétude des apparences, avec le frois­\nsement, l’irritation de l’intimité de l’être ? le sourire de gaîté sur\nles lèvres — et un grand froid au cœur.\n                                                           A. M.\n\n       L 'In s u r g é , par Jules Vallès. Paris, Charpentier.\n  Phrases mordantes, taillées à coups de sabre et gardant à leurs\nangles vifs comme des pointes hostiles, clameurs révoltées et cris\n"}, {"page_pdf": 117, "page_imprimee": 94, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1845, "texte": "94\n\npassionnés, récriminations ardentes et superbes indignations, tout\ncela sous une forme semi-rude mais d’autant frappante, des idées de\ncolère roulant sous des mots colorés, voilà le livre de Jules Vallès.\n   Sans doute, à ce propos, vont surgir d’énormes polémiques : l'A rt\nmoderne reprenant en Vallès mineur son vieux thème de l’art\nsocial; la Jeune Belgique y répond par une marche funèbre de\nKropotkine, ce qui était indiqué. Elle revendique hautement pour\nl’artiste le droit et le devoir d’avoir comme objectif non point une\nidée quelconque inévitablement issue de la République de Platon,\nmais seulement l’art, l’art pur.\n   Nous allons peut-être avoir l’air bien curieux, mais nous vou­\ndrions savoir quelle portée morale ont les fugues de Bach, par\nexemple, et s’il faut faire une différence quant à la portée sociale\ndes opéras de Lully et de l’anneau de Niebelung, des têtes ner­\nveuses d’Alfred Stevens et de la châsse de Ste-Ursule de Memling,\nde la Vénus de Médicis ou du dompteur de taureau de Mignon ?\n\n\n\n               P E T I T E CHRO NIQU E.\n\n     NT paru les Essais de critique de Charles Fuster. M. Fuster\n     O\n     ayant négligé de nous envoyer son œuvre, les abonnés de La\n     Wallonie continueront à ne point savoir ce qu’il faut penser\nde M. Charles Fuster et des Essais de critique. Ils ne s’en conso­\nleront pas.\n\n   L a Basoche vient de mourir. C’est une perte sensible pour le\njeune mouvement littéraire bruxellois. E t nous regrettons d’autant\nplus notre vaillante sœur-aînée, que la Basoche et l’Elan Littéraire\nsont nés presque en même temps.\n   Depuis quelques mois, la Basoche représentait en Belgique\nl’avant-garde des symbolistes; publiant mainte étude délicate et\n de nerfs affaiblis aux sentiments émoussés et affadis, mais aussi\n affinés et rendus plus subtils par cette fatigue de vibre issue d’une\n"}, {"page_pdf": 118, "page_imprimee": 95, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2088, "texte": "                                                                  95\n\n activité long-séculaire II nous souvient encore des tempêtes de\nrailleries que souleva tel sonnet “ décadent „, ou telle fantaisie\n de verbe ahurissante d’imprévu signée René Ghil. D ’autres\nsuivaient, lançant des haros contre les couleurs vives, les reliefs\nsaillants et tranchés, mais composant, très délicate et de teinte\ntrès douces, comme un écho lointain et sourd, bruissant à peine des\npages fines et d’idées condensées, où semblait flotter la plaintive\nrumeur d’une brise très vague caressant des ramures de trembles.\n   Arnold Goffin donnait ses visions, essences amères, mais de\nparfum pénétrant ; Hector Chainaye, son plein air ou sa lune\n assassine si suggestive ! E t suivaient Luc Malper, élégant conteur\nde fantastique, Maurice Frison, plus réaliste, Charles de Tombeur,\nE rnest Mahain, “p uis les poètes André Fontainas, m aintenant\njeune Belgique, Albert Mennel de la Pléiade, Darzens et Quillard\nde la Pléiade aussi, Auguste Yierset. Enfin, en dehors du groupe,\nla Basoche a publié des pages superbes de Camille Lemonnier, une\nfantaisie de J.-K. Huysmans, des contes mélancoliques de Célestin\nDemblon, des vers de S. Mallarmé, Catulle Mendès, Edmond\nPicard, Jean Rameau, Jean Lorrain.\n   Les clercs de la Basoche étaient de nos amis, les noms le\nprouvent, et ce nous est un vrai chagrin de voir, au moment où\nsonnent les clairons de la gaie bataille, un de nos plus chers com­\npagnons d’armes succomber.\n   Pourquoi pas ?\n   Le service de la défunte revue est fait par la Société nouvelle.\n\n\n   Sur la terrasse de l’avenue Rogier restée nue jusqu’ici, s’est\nenfin dressé le “ pendant „ du dompteur de taureau. Le bœuf au\nrepos qu’a créé le ciseau puissant de Mignon, pèse lourdement sur\nson socle, avec sa quiétude harassée d’aumaille ayant fini son dur\nlabeur. Superbe est l’attitude de force tranquille, superbe la “ vie\nlatente „ du groupe. Et, tels qu’on se figure ces rudes fermiers les\nhéros d’Homère, le bouvier détache sur les flancs lourds muselés\ndu bœuf, sa large carrure de mâle paysan.\n"}, {"page_pdf": 119, "page_imprimee": 96, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1785, "texte": " 96\n\n   Vis-à-vis du bœuf au repos, le dompteur de taureau lutte\ntoujours avec son indomptable énergie, tordant ses muscles dans\nl'effort et broyant sa chair d’homme sur la chair stupide de la\nbête. E t, comme se défiant, les deux œuvres se dressent face à\nface, sans que l’énergie de l’un diminue l’ampleur de l’autre,\nsplendides toutes deux de vie et d’action, également magistrales.\n\n\n   L ’Essai historique sur l'établissement du régime censitaire en\nBelgique, que nous envoie M. G-. de Trois Etoiles est, son titre\nl’indique, exclusivement politique et par là même absolument en\ndehors de notre cadre. Nous n ’avons pas à nous occuper ici de\nM. Paul Janson ni de la Bataille, M. Paul Janson et madame la\nBataille considèrent sans doute la littérature comme une bulle de\nsavon et les artistes comme des songes creux ; qu’il nous soit\npermis de voir à notre tour dans la politique, ta n t cléricale que\ndoctrinaire ou radicale, une bonne grosse vessie qui fait grand\nbruit sans avoir grand but : much noise about nothing.\n   Il nous est donc impossible d’analyser ici la brochure de\nM. G. de Trois Étoiles ; mais bien volontiers nous y constatons\ndes qualités sérieuses d’énergie et de clarté.\n\n\n   Ont paru :\n   Krotkaïa, de Dostoïevsky, l’étrange et suggestif romancier,\ntraduit par Halpérine.\n   Cancans de plage, par Inauth.\n   Physiologies parisiennes, par Albert Millaud, illustré par Caran\nd’Ache.\n   La maison Plantin à Anvers, p a r L. Degeorge, nouvelle édition.\n  L ’amour suprême, par ce raffiné talon rouge qui a nom Villiers\nde l’Isle-Adam.\n  A la recherche du bonheur, par le comte Léon Tolstoï, le Eusse\nau génie surplombant; traduction de H alpérine, chez Perrin et Cie.\n  Zo-Har, par Catulle-Mendès. Charpentier éditeur.\n  Les Faiseurs, par Pissemsky, chez P lon.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-08-15-n3-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE H. 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Z E Y E N .\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                  L I E G E .\n\n      Spécialité d ’agrandissement à la lumière électrique,\n\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI Z U B R O D T ,\n                    P la c e du T h é â tr e , 11, L iè g e .\n Porte-cigares en écume de mer, am bre et racine de bruyère.\n   — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n   exécutés en 24 heures!\n                            RACCOMMODAGES.\n\n          R a sse n fo sse -B ro u e t,\n                  2 6 , r u e V in â v e -d ’I le , 2 6 , L iè g e .\n  Spécialité d’Objets d’Art — Bronzes — Terre-cuite —\nVerres et Lustres de Venise — Fers forgés — Objets\noriginaux — Meubles Bambou, genre japonais.\n\n              II.      FON D E R -B U R H E T ,\n                        48, rue du Pont-d’Ile, Liège,\n      AGENT GÉNÉRAL POUR LA BELG IQ U E DE LA\n                 PE IN T U R E FRANÇAISE.\n   Colle Pointure, préparée à base de céruse e t d’huile de lin, est toute prête à\nem ployer; elle est brillante et siccative. Sa qualité ne laisse rien à désirer, son\nm élange étant absolum ent composé comme celui fait par les peintres les plus\nexpérim entés. Son emploi su r boiseries, m urs, meubles de fer ou bois, grosses\nv oitures, e tc ., la place à la portée de toutes les personnes désireuses de conser­\nv er en bon état leur m atériel agricole, industriel ou autres.\n  L ’assortiment se compose de 42 nuances, en boîtes de 1. 2 et\n5 kilog-, à fr. 1-10.\nA llu m e tte s S u é d o is e s (Kaiser-H olzer), 20 fr. les 1000 boîtes.\n       »        N ils o n , bout noir,          fr. 9-50 les 1000 boîtes.\n"}, {"page_pdf": 121, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 501, "texte": "   Pour paraître le 20 octobre prochain\n\n\n\n\nL ET T R E S A J EANNE\n                     PAR\n\n\n\n          J ules DESTREE\n\n      Prix en souscription 4 francs\n\nchez Ve MONNOM, 26, rue de l’Industrie\n\n           BRUXELLES.\n\n\n\nINDE\n            MA SERRUEIER-BOVY\n              RUE DE L ’U N IV E R S IT É , 38\nPERSE\n                           LIÈGE\n\nCHINE\n           ARTIC LES\n                                  ORFÈVRERIE\n                DE\n\n                                   ARGENTÉE\nJAPON        MÉNAGE\n"}, {"page_pdf": 122, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 806, "texte": "          L ’A R T M O D E R N E\n  Revue critique des Arts & de la Littérature\n                  Paraissant le Dimanche\n             Abonnement : 10 francs par an\n    Administration : 26, rue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n\n                              LA\n\n\n\n    JEUNE BELGIQUE\nParaissant le 1ER de chaque mois eu livraison de 32 pages\n           P r ix d’abonnemen t 7 f r ancs\n\n\n   Administration : 26, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n\n                              LA\n\nREVUE DE DEMAIN\n      PARAISSANT LE 20 DE CHAQUE MOIS\n               A b o n n e m e n t 15 f r a n c s\n   Administration : 41 , rue des Écoles , Paris.\n\n\n  LA              PLEIADE\n      REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n               A b o n n e m e n t 12 f r a n c s\n    Administration    : 99,     rue     Richelieu , Paris\n"}, {"page_pdf": 123, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 753, "texte": "              RENSEIGNEZ - VOUS\n                      AUX GRANDS MAGASINS DU\n\n\n\n PO N T-D ES-AR C H ES\n                        Pour tous vos achats en\n\n Vêtements confectionnés pour Hommes,\nDames & Enfants, Robes, Mérinos, Soieries,\nDraperies anglaises pour Vêtements sur\nmesure.\n    Le fini des objets joint, à l’élégance de la coupe\net à la modicité des prix, justifient la vogue dont jouit\ncet établissement.\n\n                 La grande Spécialité de la Maison\n\n\n   F . THIÉRY & G -\n                           DE          L IÈ G E\n    est la belle confection sur mesure pour\n           Hommes et pour Dames.\n\nEnvoi franco d 'éch an tillon s e t de toutes com m andes au-dessus de 2 0 francs.\n\n\n\n      D E U I L C O M P L E T EN N E U F H E U R E S .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 86, "texte": "l re Année. — N° 3.                                L a liv r a is o n 5 0 c e n tim e s\n\n\n\n\n    LA\n      WALLONIE\n                                                                      15 Août 1886\n\n\n\n                                      SOMMAIRE :\n        C é l e s t in D e m b lo n    .       .               Au Hameau.\n       A l e x . M acédon ski          .   .                   Suggestion.\n                                                               Haine.\n       F . S e v e r i n ...................................   Chimère.\n       G . G ir r a n           .        .        .       |    Poème en prose.\n                                                             . En terre wallonne.\n       M a u R Ic e S i v i l l e .               .            Simple prière.\n                                                               Rondeau.\n       A u g u s t e V ie r s e t .               .\n                                                               Clair de lune.\n                                                               L’amour virtuose.\n                                                               Villanelle de bal.\n       G u stave R ahlen beck.                            .    Mademoiselle Cendrillon.\n       E dmond H a n to n                .        .       .    Obsession.\n       L . H e m m a ...................................       Chronique musicale.\n               C h r o n i q u e l i t t é r a i r e . — Petite chronique.\n\n\n\n\n                              Des p resses de H. V a illa n t-C an n a n n e , à Liège.\n"}, {"page_pdf": 87, "texte": "  1re ANNÉE, No 3.\n\n                 LA W ALLONIE\n REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n   A b o n n e m e n t : 5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 5 0 .\n                         C o m it é d e R é d a c t io n :\nAlbert M o c k e l , Gustave R a h l e n b e c k , Maurice Si v i l l e .\n              Bureaux : rue St-Adalbert, 8, Liège.\n\n                         Principaux collaborateurs :\nG. A n d e l b r o u CK, F ritz de l ’A u l n a ie , Je a n d ’A v r il , H ector\n  Ch a in a y e , Célestin D e m b l o n , Ju le s D e s t r é e , F ritz E l l ,\n  R . E l l u m , J e a n F o n t a in e , M aurice F r is o n , G. Gir r a n ,\n  A rnold GOFFIN, Aug. J OTTRAND, Camille LEMONNIER, W .-A.\n  M a c é d o n sk i , Alex.-A. M a c é d o n s k i , Ch. M a g n e t t e , E r n .\n  M a h a im , L uc M a l p e r , G . M a s s e t , Octave M a u s , A. M o c k e l ,\n  X . N e u j e a n , P.-M. Ol in , Georges P ic a r d , P etru s P ir u s ,\n  G. R a h l e n b e c k , F . Se v e r in , M aurice Si v i l l e , Aug. V i e r s e t .\n\n   LA WALLONIE s’efforce de grouper autour d’elle les élém ents vivants de la\njeunesse littéraire de nos provinces w allonnes. Elle rejette rigoureusem ent la\npolitique de ses colonnes e t reste indépendante de to u te école et de toute\ncoterie.\n   LA WALLONIE paraît le quinze de chaque mois, en livraisons d’au moins 32\npages.\n   P araîtront dans le cours de l’année plusieurs dessins hors texte, sur\n Hollande, se rapportant à des articles publiés dans la Revue.\n\n                                      A V IS .\n    L'abonnem ent ju sq u ’à la fin de l’année (15 janvier 1887) reste fixé à 3 francs.\n    Nous tenons à la disposition des personnes qui nous en feront la dem ande\nles exem plaires 1 et 4 de l'Élan Littéraire, au prix de 50 centim es l’exem plaire,\nainsi que la collection de la prem ière année de l'Élan L ittéraire (sauf les n 0s -1\ne t 2) au prix de 5 francs.\n\n  Nous publierons dans n otre prochain n° une étude sur n Le quai de la Batte »\nde n o tre collaborateur Hector Chainaye, prem ier fragm ent des « Promenades\ndans Liège. »\n\n\n   L'abondance de copie nous force à rem ettre au prochain num éro plusieurs\narticles bibliographiques, entre autres la critique de P ro-Arte, l’im portante\nétude de M. Edmond Picard.\n"}, {"page_pdf": 88, "texte": "                                                                             G5\n\n\n                     AU H A M E A U (*).\n                                            A mon cher H enri-J.-A . Bury.\n\n\nQ UAND Stanislas Charlier aperçut tout à coup les pignons des\n      Avillettes, il était quatre heures après-midi.\n         Violemment ému, Stanislas s’arrêta.\n   Au bout de la grand’route qui disparaissait poudreuse dans le\nhameau, émergeaient çà là des maisons derrière une débandade de\njeunes peupliers. Une paix ensommeillée et comme révoltante\nassoupissait ce petit coin, ce groupe d’habitations submergées\ndans la verdure non loin de la Meuse, au pied des collines, sous\nl’aveuglante fournaise d’un soleil vaste épanoui dans l’azur pâle\net doux du ciel. Fenêtres et lucarnes fixaient sur Stanislas de\nlointains regards affectueux et surpris. A part une femme venant\nlà-bas, un sac de farine sur sa brouette, la route était déserte.\nUn sac de farine : le grand moulin vola dans un éclair de vision\navec ses prairies veinées de bleu par les ruisseaux, son tic-tac, sa\ngaîté blanche, son jardin, le camarade Paul et ta n t de souvenirs!\n    “ O retraite ignorée et chérie, salut, salut ! Hameau de mes\ndix ans, mon vieil ami, ne vois-tu pas, je te reviens... „\n    Non, le hameau ne voyait pas, hélas! Sous la pesante chaleur\ncaniculaire de juillet, il demeurait inerte, ses yeux étranges sou­\ndain indifférents.\n    Cette insensibilité navra Stanislas.\n    Depuis longtemps, d’ailleurs, il étouffait, un bloc écrasant dans\n la poitrine.\n    Un vieux mur s’allongeait à côté de lui. C’était un de ces vieux\n murs décrépits comme une face d’octogénaire et sourdement en\n vie. Sous une crinière aérienne de fétuques qui s’agitaient comme\n prises de compassion, des plaques mordorées d’orpins s’étalaient\n sur les pierres blanchâtres ou couleur sang séché. P ar les fentes\n s’élançaient, vibrés à pleine gorge, le concert de cri-cri des gril-\n\n  (*) Roman naturaliste-romantique en préparation. Nous publions un fragment\ndu premier chapitre.\n                                                                    5\n"}, {"page_pdf": 89, "texte": "66\n\nIons, ces mystérieux musiciens que Stanislas s’imaginait, au fond\ndu mur, dans une petite contrée de merveilles et de clartés, avec\ndes chaumines d’or et des cimetières violets. Oui, comme toutes\nles choses anciennes, ce vieux m ur avait une âme. Il savait des\nhistoires de la Wallonie; il avait vu passer des amoureux et des\ncercueils ; il se souvenait des jours d’enfance du jeune homme qui\ns’appuya brusquement contre : et une fillette qui paisait sa vache\ndans la campagne aperçut avec étonnement un grand jeune homme\nrobuste qui pleurait comme un enfant, tout secoué par le hoquet\ndes sanglots.\n    “ Je te reviens! je te reviens!... „\n   Un vaste silence frémissait douloureusement sur la campagne.\nDes haies seulement jaillissait le grésillement onctueux de quel­\nques oiseaux ; et les blés, masses d’or mouvantes, se renversaient\nsous la molle brise avec le froissis d’une robe de satin. A gauche,\napparaissaient des pans aciérés de la Meuse où dansaient d’éblouis­\nsantes pierreries blanches.\n    Cependant approchait la femme à la brouette. Stanislas se\nremit lentement en marche, les yeux rouges. Bientôt, de distancé\nen distance, il rencontra des hommes au blême visage marbré de\nbleu, portant de gros chapeaux de cuir et de courts sarraux déteints.\n C’étaient les houilleurs qui s’en allaient vers les villages enfumés.\nLa plupart, jetés enfants dans l’horreur noire des bures, avaient\nles jambes arquées et le corps déformé. Ils s’avançaient un à un,\nquelquefois par groupes de trois ou quatre, mais silencieux. Ceux\nqui connaissaient Stanislas lui adressaient un morne bonjour sans\nremuer la tête. Ils souffrent tan t et sans relâche ! Stanislas en vit\nplusieurs qu’il avait connus quinze ans auparavant, bambins rieurs\n et illusionnés sur les bancs de l’école communale. A peine savaient-\nils un peu lire, vers neuf ou dix ans, qu’ils s’en allaient... Ah! les\nretrouver tels !\n    En les voyant, quelque chose d’héroïque et de tendre envahissait\nla poitrine et la tête du jeune homme. Son émotion acheva de\n prendre une enivrante intensité, délicieusement poignante. E t\n comme il approchait de son hameau, toutes ses facultés, merveil­\n leusement intuitives, et impressionnables, étaient en plein éveil.\n"}, {"page_pdf": 90, "texte": "                                                                   67\n\n    “ Je te reviens!... „\n    A mesure qu’il avançait, son agitation grandissait. D ’exquis\nfrémissements nerveux le chatouillaient des pieds à la tête, comme\ns’il eût reçu dans la nuque un baiser de femme. Devant ce hameau\nqu’après une absence de six années, il s’était imaginé moins petit\net plus charm ant encore, il se sentait grandir sans cesse avec une\nvertigineuse rapidité : il se sentait grandir de toute la fierté de\nson attendrissement devant ces lieux chers où, enfin, il revenait,\ntête haute, cœur fort, comme dans un asile qui le défendrait pour\nla deuxième fois contre les atteintes de la vie, ce bourreau raffiné.\n    Avait-il souffert loin de ses Avillettes ! Avec quelle vaillance\nenthousiaste il en était sorti ! Il y rentrait avec quelle doulou­\nreuse lassitude !\n    “ Salut! salut ! Je te reviens... „\n    Jam ais sans la tyrannie du besoin, il n ’aurait quitté les\nAvillettes.\n    Il avait perdu sa mère à douze ans. A peine achevait-il ses\nhumanités à l’Athénée de Liège que son père mourait à son tour.\n    Nature orageusement passionnée, souvent extrême d’abord,\nStanislas reçut de cette perte une telle atteinte qu’il résolut de\nse tuer.\n    L e voilà dans le cabinet sombre, ouvrant le tiroir d’une chif­\nfonnière noire à sculptures, vieux meuble où sa mère serrait avec\nle linge ces mille riens, reliques qui dans les vraies familles se\n transm ettent de père en fils, religieusement. Comme Stanislas\n avait déjà introduit le canon du pistolet dans sa bouche, un\n regard jeté sur la chiffonnière l’arrêta soudain. Des chuchotteries\n semblaient s’échapper, lamentables, du vieux souvenir familial.\n Homme 'du Nord, resté visionnaire malgré ses études scienti­\n fiques, il s’imagina que sa mère gisait dans le meuble noir et\n qu’elle venait de s’éveiller affolée pour le supplier de s’arrêter. Il\n l’avait ta n t aimée ! Presque jam ais il ne revoyait rien d’elle dans\n la maison qu’avec les yeux humides. Il retira le pistolet de sa\n bouche et réfléchit. Puis, longtemps, il examina de près la chif­\n  fonnière, y cherchant des traces de la chère morte et se deman­\n"}, {"page_pdf": 91, "texte": "68\n\ndant s’il ne la verrait jam ais plus accroupie devant la porte qu’elle\nouvrait jadis de temps en temps, comme un sanctuaire. Soudain,\nil crut percevoir dans la pièce voisine le frôlement de sa robe !\nIl y courut : la pièce était vide, il ne vit que la tabatière de son\npère sur la cheminée. Rentré dans le cabinet, il n’osa reprendre\nle pistolet. “ Ma mère souffrirait trop, „ pensa-t-il. Etait-ce une\nillusion sincère et pieuse ? ou bien déguisait-il sous ce prétexte\nd'halluciné de tendresse son épouvante de la m ort qui avait tou­\njours terrifié son imaginaire sensibilité ?... Il est probable que la\n deuxième raison était la vraie, mais que, de bonne foi, l’ado­\n lescent crut n ’avoir cédé qu’à la première.\n     Résigné à vivre, qu’allait-il faire ?\n     Son père, géomètre du cadastre pensionné, type accompli\n d’épicurien imprévoyant, lui laissait à peine de quoi payer ses\n frais d’héritage, sur le mobilier. Situation embarrassante pour un\n jeune homme de dix-huit ans du caractère de Stanislas. Ses\n  habitudes de liberté fortifiées par l’externat durant le cours de\n  ses études et plus encore sa fauve indépendance d’esprit supé­\n  rieur, contemplatif et studieux, lui inspiraient une invincible\n  répulsion pour les lisières, si légères fussent-elles.\n      Au fond du cœur, il choyait depuis longtemps des rêves litté­\n  raires. Lesquels, il ne savait trop. Seulement, d’un père émerveillé\n  de la précoce et vigoureuse intelligence de son fils, il avait sans\n  peine obtenu qu’en sortant de l’Athénée, au lieu de prendre un\n  état, il disposerait de son temps pour étudier à sa guise. Il\n  comptait, tout en achevant de parcourir le vaste cercle des\n  connaissances indispensables à un artiste, scruter à l’aise et\n  déguster en gourmet les chefs-d’œuvre de l ’esprit humain, se\n  familiariser avec le mécanisme, les secrets, les finesses de la\n  langue française et vivre, oh ! surtout vivre d’une vie intense\n   afin d’assouplir ses facultés natives, afin d’apprendre à voir, à\n   analyser, afin de donner à ses sensations et à ses sentiments\n   l’extrême énergie et l’extrême acuité dont il les sentait suscep­\n   tibles. De ces examens, de ces observations, de ces enthousiasmes\n   et de ces souffrances devait naître, dans sa plénitude, après un\n"}, {"page_pdf": 92, "texte": "                                                                   69\n\nlong et douloureux enfantement, l’originalité dont il sentait, le\nfœtus déjà puissant mystérieusement tressaillir en son âme. Car,\nchez lui, comme chez les éternels victorieux de l’art,, le génie\nprocédait de l ’âme, dont l’intelligence ne doit être que le serviteur\nhabile. Sans savoir exactement ce qu’il ferait, sans vouloir\nhasarder une ligne avant d’être sûr de ne pas broncher, il se\nsentait pourtant une inclination pour les œuvres humaines et\nlyriques. Des épopées d’amour s’agitaient, vagues, en lui : des\nvisions gigantesques, simples, éclatantes et pensives défilaient\nconfusément dans la chambre noire de son esprit. Il avait une\nintuition très subtile de son époque qu’il espérait peindre lin jour\n avec l’adorable naturel familier, la cordialité profonde, la vivacité\nfourmillante et la crânerie frondeuse du W allon, — mais en\njetan t sur tout cela la gaze de sa tendresse effrénée, épique et\n triste.\n    D ’abord son père lui avait conseillé l’étude du droit; mais,\n inséduit par les inepties de la chicane, Stanislas l’avait sans peine\n détourné de ce projet: ébloui par ce grand mot de gloire que son\n fils faisait resplendir à ses yeux, énivré à la pensée d’avoir donné\n naissance à un grand homme, le père s’était écrié avec feu :\n     “ Tu as raison, si tu te sens de force.: après la gloire, il n’y a\n plus rien. Vois le grand Dumas ! Ta rhétorique finie, tu seras\n libre, Stanislas, et, si tu veux, nous commencerons par relire\n  ensemble Les trois Mousquetaires. „\n     Stanislas réprima sans répondre un sourire.\n     L e père Charlier était un fanatique d’Alexandre Dumas\n qu’il avait vu dans un des somptueux dîners, offerts jadis à\n  Liège au populaire conteur en échange de sa conversation super­\n ficielle, mais intarissable et pétillante. Amateur de bonne chère,\n  le père Charlier admirait aussi la science culinaire du romancier ;\n  et non moins la vigueur de sa poigne. Dumas lui avait serré la\n  main. “ Une tenaille, mon cher... Porthos lui-même... Oui, cette\n  main a tenu la main qui a écrit Les trois Mousquetaires. Ces\n  choses-là, Stanislas, on ne les oublie pas !... „\n     E t savourant avec une tranche de jambon, des cornichons qu’il\n"}, {"page_pdf": 93, "texte": "70\n\n\n avait soigneusement fait m ariner lui-même ou fumant sa longue\n pipe, étendu dans son fauteuil au coin du feu, pendant que le\n serin faisait rage, le brave homme souriait seul au souvenir des\nbons passages de son romancier favori, le début d'Ange Pitou, par\n exemple ; ou bien il relisait pour la millième fois, quoiqu’il les\n connût à moitié par cœur, les longs dialogues endiablés de verve\n du Comte de Monte-Christo et l’épisode de l’abbé Faria.\n   L e voir était le suprême bonheur de Stanislas qui haletait après\nles délicieuses heures de travail qu’il allait couler, libre du servage\nintellectuel des collèges, sous le toit familial, auprès de la bonne\n humeur affectueuse de son père et de la présence invisible de sa\n mère.\n   Alors vint l’écroulement d’une mort inopinée, foudroyante !\n   Plus tard, soupçonnant qu’il n’était pas fait pour le bonheur\n calme et durable, que sa nature outrancière exigeait de fortes\npassions toujours inapaisées et de hautaines espérances toujours\nfuyantes, Stanislas se demanda souvent si cette m ort n ’était pas\n dans la logique de sa propre destinée : il ne pouvait être heureux!\nE t s’il n ’eût été fataliste, il aurait éprouvé le remords d’avoir\ninconsciemment tué son père.\n   Orphelin sans fortune, il ne pouvait rester aux Avillettes.\n   Bien qu’il ne fût guère l’homme des promptes résolutions, il\nn'hésita point, un seul parti étant possible : après avoir réalisé le\npeu qu’il possédait, confié son mobilier à une vieille voisine qui\nfaisait le ménage de son père, il partit tristem ent pour Liège avec\nses livres et les quelques souvenirs précieux qui devaient lui\nrappeler, dans le tumultueux exil de la ville, la paix évanouie des\nannées familiales et les charmes du hameau chéri.\n   A Liège, il loua, au penchant d’un des faubourgs qui escaladent\nles collines de la rive gauche, un petit appartement de deux\npièces. De sa table de travail, fenêtre ouverte, il découvrait la\nville entière. Durant les six années qu’il vécut là, insensiblement,\nen fanatique de son pays, il s’éprit de cette vieille mère de la\nWallonie, toujours jeune et joyeuse au bord de son beau fleuve,\navec l’animation de ses industries, les intarissables refrains de\n"}, {"page_pdf": 94, "texte": "                                                                71\n\nses rues le soir et les étincelantes sonneries de ses clochers. E t\nsons la physionomie actuelle de Liège non moins que dans les\névénements et les épaves de son héroïque et lucide passé, Stanislas\ndécouvrait une poésie intensément originale dont il extrayait le\nsuc, afin d’en imprégner, comme d’un parfum local exquis, les\nfrondaisons fleurissantes de son individualité artistique.\n\n\n                                      Cé l e s t i n DEMBLON.\n\n\n\n\n                     SUGGESTION .\n\nD E joie et de soleil le verger est rempli :\n   Le printemps cette fois est loin d’être une amorce,\n   Vois, le-terrain mouillé cache dans chaque pli\n   Les germes de la vie impudiques de force.\n\n\n    Dans le bleu matinal, chargé de blanches fleurs\n    Le pommier amoureux du noisetier sauvage\n    Abandonne sa taille aux rameaux enjôleurs,\n    Regarde : Pas un arbre, un brin d’herbe n’est sage !\n\n\n    Viens : J e sais une haie où fleure ce parfum\n    Qu’on ne respire pas sans oublier la vie,\n    Là, dans un rayon d’or, adolescent à jeun,\n    Je te prendrai brutal, éperdue et ravie.\n\n\n    Vierge, ne tremble point de crainte à mon côté,\n    Penche-toi sur mon b ra s, donne-moi tout ton être,\n    J e suis le seul bonheur, je suis la Volupté,\n    Le mâle accouplement, — et tu vas me connaître.\n"}, {"page_pdf": 95, "texte": "72\n\n\n                            H A IN E.\n\n            S\n            ij ’étais chanvre en écheveau,\n            Lors, je voudrais devenir corde\n             Afin qu’à vos cous je me torde\n              En les broyant dans mon étau.\n\n             Si j ’étais plomb, dans ma rancœur\n             J e saurais bien devenir balle\n             E t me passer cette fringalle\n             De vous atteindre droit au cœur.\n\n             Si j ’étais pioche, un trou béant\n             Serait ma vengeance suprême\n             E t morts ou vifs, poussés à même,\n             Vous entreriez dans le néant.\n\n             Mais quoique n’étant qu’os et chair,\n             Tremblez au fiel dont je me grise,\n             L a haine est dans mon cœur assise\n             Comme Satan dans son enfer.\n                                  A lex a n d re   MACÉDONSKI.\n     Bucarest 1886.\n\n\n\n\n                          CHIM ERE .\n\n         JE rêve de retraits d’ombre silencieuse,\n           Où tremble la lueur frêle d’une veilleuse,\n           Où chuchote un ave'sur des lèvres d’enfant.\n\n           J ’ai la chimère d’un temple où prie une vierge,\n           Qui serrant de ses mains jointes un pâle cierge,\n           N’ose fixer des yeux l’ostensoir triomphant.\n"}, {"page_pdf": 96, "texte": "                                                                   73\n\n         J e rêve de pécheurs sanglants sous leurs cilices,\n         Buvant à fond la lie amère des calices,\n         E t m eurtrissant leur chair du faix des repentirs.\n\n         J ’ai la chimère des mourants que réconforte\n         Le saint chrême et pour qui s’ouvre au large la porte\n         Du paradis, maison des saints et des m artyrs.\n\n         Je rêve des moûtiers sonores de cantiques,\n         Où vont psalmodiant les moines extatiques\n         P ar le cloître ogival aux vents du ciel ouvert.\n\n         J ’ai la chimère des grands bois peuplés d’ermites,\n         Goûtant dans l’indigence un bonheur sans limites\n         E t ployés devant Dieu, face à face, au désert.\n\n         Je rêve l’univers se frappant la poitrine,\n         Seigneur Christ, imposant au monde sa doctrine,\n         Les hommes revenus de leur lointain exil.\n\n         J ’ai la chimère de trépasser l’âme pure,\n         Le cœur humble, m eurtri par les crins et la bure,\n         E t Dieu prenne en merci mon âme. Ainsi soit-il.\n\n     10 Avril 1886.                              P. SEVERIN.\n\n\n\n                P O È M E EN P R O S E .\nJR\n«r\n    A nuit monta doucement dans un ciel pur d’été et lentement,\n ÿ y avec ce geste de statue qui m ettait l’émoi dans le cœur de\n 0% l’amant, elle lui indiqua une place sur le gazon humide.\n   Bs s’assirent.\n   Un coup de vent sanglotta dans les feuilles, un dernier éclair\nmourut à l’horizon ; puis, tout s’endormit dans le calme des nuitées ;\nà peine un léger remous de feuillage agita-t-il encore les chênes\n"}, {"page_pdf": 97, "texte": "74\n\n orgueilleusement impassibles. Il lui prit les mains doucement,\ns’attardant dans une chaste sensation d’amour, la regarda et\nbaissa les yeux. Alors, sous son regard de vierge dont il devinait\nla caresse sur ses y eux, la tête presque sur ses genoux, il com­\nmença, d’une voix douce comme un souffle, s’animant par degrés\n dans une pénétrante chaleur où sonnaient les mots comme une\nmusique vibrante :\n   — P a r toi, je sens; par toi, je vis; par toi, j ’aime. L ’amour est\nchose de Dieu, Dieu c’est toi. Ton souvenir dort au fond de mon\ncœur, l’enveloppe de cette brume délicieusement douce et bleutée\nqui flotte dans le silence des cathédrales à l’heure des sacrifices...\nTon sourire est le rayon de soleil illuminant mon âme. Je t ’aime.\n   Il disait ces choses d’une voix douce, mordu à l’âme par la\npuissante émotion des amants. Il reprit :\n   Depuis des ans, je t ’adore. J e t ’adore à l’égal de ce grand ciel\nbleu où dorment des rêves d’amour. Cette nuit, je t ’ai vue à mon\nchevet; je te vois toujours; je t ’ai vue sereine, endormie sur mon\népaule dans la profondeur mystique du grand bois verdi et je t ’ai\nregardée dans l’extase de ceux qui, dans la pénombre mystique des\nchapelles saintes, adorent les bras crucifiés du Christ. Pendant\nune heure, j ’ai été d’un autre monde, de ce monde éthéré où,\ncomme des songes, planent des âmes blanches, blanches comme\nla pureté immaculée des ailes des grands cygnes. E t je garde en\nmon cœur, jalousement, comme on cache les trésors fauves des\nvieux monastères dans le mystère des cassettes d’or massif, le\nsouvenir de tes grands yeux auxquels tes cheveux faisaient une\nombre douce dans l’envolée du vent d’été.\n   Il lui enlaça l ’épaule de son bras et, dans l’air serein sa voix\ns’éleva vibrante, comme un frémissement d’airain.\n   Je me sens pour t ’aimer un cœur qui, pour toi, a gardé toute sa\njeunesse, toutes ses illusions, qui n’a point tressailli au regard des\nautres femmes et qui pour toi seule a rêvé des rêves de gloire et\n chanté des hymnes d’amour. Pour te défendre, je me sens un\nbras de géant et des muscles de bronze. Je t ’abriterai en mon\ncœur et quand tu seras blessée, je t ’aimerai si fort que tes blessures\nse fermeront.\n"}, {"page_pdf": 98, "texte": "                                                                 75\n\n   Elle se sentait pénétrer, envahir par cette passion ardente,\ndébordant de son cœur. Il dit encore : Quant tu mourras, je\nmourrai. Alors elle lui prit les mains. Ils eurent un de ces regards\nqui détachent du monde et font entrevoir l’infini par de là les\nétoiles et, muets, ils s’abîmèrent dans une contemplation.\n   Brusquement un ricanement monta de la terre, grossit et se\nhaussa jusqu’à eux. E t l’on entendit cette ironie grimacée par des\nlèvres blêmes : Mensonge ! Alors il sembla que du ciel agrandi et\nlumineux tombait un mot surnaturel que faisait vibrer dans l’azur\nla voix d’or d’un archange et qui fit taire les sarcasmes d’en bas.\n   E t dans les hauteurs s’éteignirent, lointaines, comme en un\nréve, des voix qui chantaient un hosannah d’amour.\n\n\n\n           EN T E R R E W A L L O N N E .\n                                 I.\n\n\n S OUS la brume, grisâtre et lourde des vesprées\n    S’épand le ruisselet dans un frémissement.\n    L à bas sont les forêts au soleil empourprées ;\n    Soudain dans le sentier s’entend un meuglement,\n    M ontant dans le soir calme et dans la paix sereine\n    Eveillant l’écho sourd qui s’étend sur la plaine.\n    E t voilà les taureaux robustes, à l’œil roux\n    Farouches et pesants, imprimant dans la terre\n    Leur pied dur, émiettant la largeur des cailloux\n    Qui passent mugissant, enflés comme un tonnerre.\n    Lors les rudes bouviers, baissant leurs bras noueux\n    Muets, font largement ployer leur front osseux.\n\n    E t tandis que les cieux se braisent de leur lave\n    Leur majesté se courbe et s’agenouille esclave.\n"}, {"page_pdf": 99, "texte": "70\n\n                                 II.\n\n     J ’aime l’immensité de ton grand ciel serein\n     Qu’attache au firmament le clou d’or des étoiles.\n     Loin des clairons sonnant leurs rudes chants d’airain,\n     Loin des bruits des combats ou quand tombent les voiles\n     Des grands soirs enflammés se couchent glorieux\n     Les héros fils de l’homme et plus grands que des dieux ;\n     J ’aime les derniers bruits de tes bourgs qui s’endorment\n     Dans la paresse énorme où s’écrasent le soir\n     Tes robustes bouviers sous les toits que déforment\n     Avril venteux, l ’été brûlant, décembre noir.\n     E t tandis que gaîment dans les vallons s’attardent\n     Les clapotis joyeux des sources qui bavardent,\n     J ’écoute se bercer les peupliers géants\n     Comme en une rumeur lointaine d’océans,\n     Les galops attardés du chariot qui passe\n     E t les cris du roulier sonores dans l’espace,\n     L a lente et frêle voix des cloches tintant doux\n     E t les grands meuglements de tes bœufs aux flancs roux.\n\n                                                   G. GIRRAN.\n\n\n\n\n                  SIM PLE P R IE R E .\n\n     IDE était son cœur. Les jours fuyaient uniformes, éter ­\n     V\n     nellement les mêmes en leur désespérante platitude.\n       Elle lui apparut enfin. De chevelure très noire, les sourcils\nfortement arqués, avec, au coin des lèvres, un sourire d’une\nmystique attirance, en elle il retrouva la fée gracieuse de ses\nrêves d’adolescent, alors que, les yeux voilés de pleurs, incon­\nsciemment, il tendait les bras dans un instinctif besoin d’aimer.\n  Intense vit en lui l’inoubliable souvenir du jour où elle avait\n"}, {"page_pdf": 100, "texte": "                                                                     77\n\nmurmuré bien bas, entre deux baisers, le oui qui devait les unir\nl’un à l’autre.\n   Depuis, les semaines avaient passé; au quinze août, la main\ndans la main, ils vinrent dire à la Vierge leurs espérances, leurs\njoies et aussi leur amour :\n   O Marie, consolatrice des affligés, pareille à l’étoile qui, dans un\nciel gros de nuages, brillerait radieuse pour les marins battus par\nl’entreh eurt des vents, bénie sois-tu.\n   En un plaintif balancement de branches, les arbres redisent tes\n douleurs endurées sur le chemin du Calvaire, ô Marie, et, de leurs\nvoix cristallines, les ruisselets roulant la pureté de leurs eaux\n sous l’inclinaison des saules, susurrent tes louanges.\n   O Marie, Reine des fleurs dont l’haleine monte vers toi comme\nun pieux encens, épands l’infini de ton pardon sur ceux qui ont\n semé notre route de multiples désespérances.\n   Aux enfants qui chaque soir t ’adressent de naïves prières\n épargne les rancoeurs, tendre mère du Nazaréen, et fais douce la\n mort de ceux qui abandonnent cette terre pour les pures régions.\n   Aux vierges qui croient aux dévouements sublimes et aux\n insondables tendresses, laisse intactes leurs illusions.\n   O Marie, si pure entre toutes, éternise le bonheur de ceux qui\n passent leur vie dans un esseulement à deux loin des grossières\n brutalités du monde....\n   L eur voix s’éteignit et tout fut silence dans la petite chapelle\n qu’éclairait, tremblottante, la flamme d’une veilleuse suspendue à\n la voûte semée d’étoiles. Au fond, émergeant d’un fouillis de\n verdure, une Vierge gracile souriait, entourée de blondes têtes\n d’anges Avait-elle entendu leur prière ?\n\n                                           M a u r ic e   SIVILLE.\n"}, {"page_pdf": 101, "texte": "78\n\n\n                 RO N DEAU.\n                                                 P o u r Maria !\n\n\n       .                                              *\n     D ’UN cheveu, frêle comme un rêve,\n        L a molle spirale, sans trêve,\n        E n un capricieux dessin\n        S’allongeait, brune, sur ton sein\n        Qu’un léger battem ent soulève.\n\n\n           Mon hésitation fut brève.\n           Ce soir-là, faut-il que j ’achève?\n           Je commis ce discret larcin\n                 D’un cheveu.\n\n\n           Mais l’amour est si vite en grève !\n           Le bonheur, cette bulle, crève\n           Sitôt ! Pour sonner le tocsin\n           Des désespoirs, ce sombre essaim,\n           Il suffit parfois, ô jeune Eve !\n                  D ’un cheveu.\n\n\n\n            C L A IR DE LUNE.\n\n\n\n               A brune\n               la\n               Qand la lune\n     Courbe son neigeux croissant,\n               Dans mon âme,\n               Folle gamme,\n     S’éveille un divin accent.\n"}, {"page_pdf": 102, "texte": "                                      79\n\nJe rêve une ardente maîtresse\nPrise au charme des rendez-vous,\nAux yeux noirs, à la blonde tresse,\nAux seins roses, aux baisers fous.\n\n           A la brune\n           Quand la lune\nCourbe son neigeux croissant,\n           Dans mon âme,\n           Folle gamme,\nS’éveille un divin accent.\n\nJe rêve aux amoureuses fièvres,\nAux splendeurs de son corps vanté,\nAux désirs puisés à ses lèvres\nAu bonheur près d’elle goûté.\n\n            A la brune\n            Quand la lune\n\"Courbe son neigeux croissant,\n            Dans mon âme,\n           Folle gamme,\n S’éveille un divin accent.\n\nVain songe! à ma voix solitaire\nAucune voix n’a répondu ;\nLe cruel archer de Cythère\nSe rit de mon cœur éperdu.\n\n         A la la brune,\n         Quand la lune\nCourbe son neigeux croissant,\n         Dans mon âme\n         Qui se pâme,\nVibre un douloureux accent.\n"}, {"page_pdf": 103, "texte": "80\n\n\n          L ’AM O U R V IR T U O S E .\n\n     OUT rayonnant d’une m uette gloire,\n     T\n     Dans un coquet étui de velours vert,\n     — Comme un joyau sur un coussin de moire —\n     Un Amati repose, découvert.\n\n     Silence morne ! Aucune main ne guide\n     Le crin mordant sur le doux violon;\n     Seule peut-être, une brise languide\n     Parfois éveille un soupir triste et long,\n\n     Râle étouffé de sa lente agonie.\n     — De l’âme, hélas ! une plainte infinie\n     Monte et se perd au vent de la douleur.\n\n     Amour, amour ! sublime virtuose !\n     Quand sentirai-je aux cordes de mon cœur,\n     Glisser enfin ton vibrant archet rose ?\n\n\n      V I L L A N E L L E DE BAL.\n                                                  Pour Elle !\n\n\n      S   OUVENIR dont l’âme est pleine!\n           Bal aux enchantements doux!\n           Ce soir fûtes-vous pas reine?\n\n           Dans une grâce hautaine,\n           Tresse éparse en frisons fous,\n           — Souvenir dont l’âme est pleine ! —\n\n           Vous valsiez, blanche et sereine,\n           Sous l’éclair des yeux jaloux.\n           Ce soir fûtes-vous pas reine ?\n"}, {"page_pdf": 104, "texte": "                                                                            81\n\n                   Votre robe pâle à traîne\n                   Glissait en soyeux froufrous.\n                   — Souvenir dont l ’âme est pleine ! —\n\n                   E t vos cils bruns, ô Sirène,\n                   Cachaient mal deux clairs bijoux,\n                   Ce soir fûtes-vous pas reine ?\n\n                   Dès que la danse eut à peine\n                   Calmé ses bruyants remous,\n                   — Souvenir dont l ’âme est pleine ! —\n\n                   Je pus, faveur souveraine,\n                   Vivre un instant près de vous.\n                   Ce soir fûtes-vous pas reine ?\n\n                  Caressé par votre baleine,\n                  Je m’étais mis à genoux...\n                  — Souvenir dont l’âme est pleine ! —\n                  Ce soir fûtes-vous pas reine ?\n\n                                         A ug u ste   V IE RSET.\n\n\n\n\n        M A D E M O I S E L L E C E N D R IL L O N\n                                                        P o u r A . M ...\n\n\nE   T  vite, elle passait le long des vitrines des magasins, trottant\n      menu comme une grise sœurette de la gent souricière, car\n      déjà onze heures avaient sonné au carillon de la cathédrale\net la grand’messe commençait à Saint-Denis.\n   C’était une fine et pâle figure de fillette à la carnation ivoirine\nrappelant les saintes aux robes de brocart et d’or des anciens\nmissels de l’école de Bruges, une paire de grands yeux gris bleuté\n                                                                 6\n"}, {"page_pdf": 105, "texte": "82\n\nd’un charme intense et des cheveux si blonds qu’ils semblaient\nun nimbe d’or fluide.\n   L a main droite, strictem ent gantée, relevait la jupe, tout juste\nà la hauteur de la cheville, tandis que l’autre, distraitement,\ntourm entait le manche bizarrement contourné en clef de fa d’une\nombrelle de soie noire. E t pressant le pas, d’une allure nerveuse\nqui rem uait ses hanches en une très particulière ondulation, la\njeune fille allait, courant presque, fendant la foule qui mouton­\nnait à perte de vue le long des trottoirs. Sur son passage, on se\nretournait pour la voir, tan t elle était gracieuse, tout le monde\njusqu’au bon papa revenant de la messe où il est allé conduire\n“ Madame et ses demoiselles „ et qui, mâchonnant son cigare\nqu’il a dû laisser éteindre pour entrer dans l’église, marmonne\nentre ses dents, avec un demi-soupir de regret : “ Est-elle jolie,\nc’te crapaude-là, saperlotte ! „\n   Un moment, cependant, sa course s’arrêta: c’était une étoffe\nnouvelle pour toilette d’été, à fines rayures blanches et bleues\nqu’un étalagiste “ ayant de l’œil „ venait d’exposer à une vitrine,\npuis ce fut un bijou, broche ou boucles d’oreilles, dont le scintille­\nment clair de diamant l’avait fascinée au passage ; mais au bout\nd’un instant, la conscience revenant, elle s’arrachait brusque­\nment à son admirative contemplation et continuait sa route avec\nun soupir qui disait à la fois l’envie toute féminine de posséder\net la résignation de ne pas pouvoir.\n   E t sourdement, tandis qu’elle marchait, les prunelles vagues,\nle désir travaillait en elle et tout à coup, comme une fleur magique,\nun rêve jaillit en son âme, un rêve impossible, un rêve fou qui\nd’un seul coup de ses ailes de chimère la transporta dans un\nmonde idéal, monde d’éblouissements inconnus, dont une divi­\nnation presciente, sorte de double vue merveilleuse, lui déchirait\nle voile.\n   Elle était dame, grande dame, princesse ou duchesse pour le\nmoins.\n   Lentement, au milieu du décor luxueux de boulevard ou d’ave­\nnue aux architectures somptueuses, son grand landau armorié\n"}, {"page_pdf": 106, "texte": "                                                                     83\n\navançait. Elle se pelottonnait tout au fond de la voiture, dans la\n douceur soyeuse d’un boumous arabe aux fines broderies d’argent\net, par une bizarrerie de rêve, s’étonnait en son âme passée de\nfillette humble, des éclatantes livrées écarlates des valets assis\n devant elle, sur le siège, et de la splendeur calme des coussins de\nmaroquin m at tandis que devant elle s’allongeait, interminable­\nment. la file des attelages dans un lointain perdu dans la\npoussière.....\n   Puis, brusquement, comme on change les images dans l’objectif\n d’une lanterne magique, la vision disparut, la voiture, les grandes\nlivrées rouges, les arbres et les hôtels des avenues;, tout se brouilla,\ns’enchevêtra, s’effaça. Puis de rechef les traits se condensèrent,\nse fixèrent et une vision nouvelle, plus radieuse que la première,\nsurgit.\n   Sous les lourdes tentures de Bouckhara et de Samarkand, de\nfrêles palmiers s’élançaient du milieu de divans circulaires aux\ncoussins épais de velours relevés de torsades d’or.\n   Sous l’éblouissement des lustres se pressait une foule compacte\nde danseurs et de danseuses, tandis qu’un orchestre hongrois\ncaché derrière un massif d’orangers alternait des czàrdas endia­\nblées et des valses de Strauss.\n   Elle, la princesse, se tenait debout, toute blanche dans une robe\nde soie brochée d’or et qui faisait frou-frou quand elle marchait;\nune superbe rivière de diamants ruisselait à son corsage et des\nbrillants, disséminés partout, mettaient comme des lucioles ardentes\ndans l’épaisseur de sa chevelure de reine. E t devant elle s’inclinait\nen une muette admiration, toute une foule d’adorateurs dont les\nhabits noirs de soirée se piquaient du rouge des rubans et de l’or\ndes plaques.\n   Tout à coup, au moment où d’un mouvement plein d’abandon\net de grâce, elle tendait, souriante, aux lèvres d’un jeune officier\ntout chamarré d’or, le bout de ses ongles à baiser, elle s’aperçut\navec épouvante qu’elle avait aux mains d’horribles gants noirs,\nses gants de tous les jours, de pauvres gants, à deux boutons, et\nqui couvraient à peine le poignet. En même temps qu’elle faisait\n"}, {"page_pdf": 107, "texte": " 84\n\n  cette terrible découverte, elle sentit à une main comme un froid\n   de glace et la terreur chassant le rêve, elle se retrouva debout\n  devant une colonne de l ’église, la main droite trem pant tout\n  entière dans un bénitier rempli. Brusquement, elle retira sa main\n  et se reprochant comme un péché grave ses songes hallu­\n  cinants de gloire et de grandeurs, elle se mouilla le front d’eau\n  bénite une fois, deux fois, au point que de grosses gouttes scintil­\n  laient sur son front et ses tempes et puis lentement descendaient,\n  comme de grandes larmes, tout le long de ses joues.\n     Alors elle chercha un prie-Dieu et s’installa tout au fond de\n  l’église, près de la porte d’entrée et, baissant la tête, fixant sans\n le voir le marbre usé des dalles, elle se mit à prier, tout bas, avec\n d’imperceptibles remuements des lèvres.\n     Puis, relevant les yeux, elle suivit la messe avec une attention\n pieuse et pour se punir de ses mauvaises pensées frisant le péché\n de tout à l’heure, elle s’imposa de fixer des yeux le saint autel\n sans voir ni les chapeaux, ni les robes des dames agenouillées\n dans les rangées de chaises qui s’alignaient devant elle.\n    Mais pour atteindre à l’autel, son regard frôlait nécessairement\n ce qui lui était si sévèrement défendu de voir, un moment même\n un chapeau rose délicieusement relevé de petits nœuds de soie\nblanche, le retint accroché mais aussitôt, comme un naufragé qui\n se cramponne à une épave, il se rem it à fixer exaspérément\nl’étole scintillante du prêtre tandis qu’elle, pour triompher de sa\ndéfaillance, s’efforçait dans un effort qui fronçait ses sourcils de\npénétrer le sens obscur des paroles liturgiques que prononçait le\nprêtre.\n    “ Ite missa est.. „\n    Elle se leva, effaça d’une main distraite les plis sur le devant\nde sa robe, s’assura du geste qu’a toute femme même la moins\ncoquette, si son chapeau était toujours bien mis et, son livre de\nmesse sous le bras, elle s’efforça de rem ettre son gant droit dont\nla peau trempée se collait aux doigts sans vouloir avancer.\n    Au dehors, le gai soleil irradiait tout un côté de la rue, réfléchi\npar les blancheurs des façades et m ettant des étincelles aux\ndorures des enseignes.\n"}, {"page_pdf": 108, "texte": "                                                                 85\n\n\n  Au seuil de l’église, une nuée de fillettes de dix à onze ans,\nse faufilant dans les groupes, présentaient de grandes corbeilles\ntoutes remplies de petits bouquets de muguets et de pensées.\nAlors l’Altesse, en pinçant dans les joues la plus mignonne des\npetites fleuristes : “ Un p’tit bouquet, feïe ! demanda-t-elle, mais\nun joli, sais-tu ! „\n                                        GUST. RAHLENBECK.\n\n\n\n                       OBSESSION.\n\n               EVANT moi, ton buste cambré\n               D\n                A chaque instant se représente,\n                E t sa beauté toute puissante\n                Embrase mon cœur torturé.\n\n\n                Oh ! combien de fois j ’ai serré,\n                Après une anxieuse attente,\n                Cette poitrine haletante,\n                Lorsque tes bras m ’ont attiré!\n\n\n                Maintenant que dans ma mémoire\n                Je refais la touchante histoire\n                De notre passé qui m’est cher,\n\n\n               Plus que jamais, ma bouche encore\n               Désire la tienne et t ’implore :\n               Car ton amour brûle ma chair !\n\n                                         E dmond HANTON.\n"}, {"page_pdf": 109, "texte": "86\n\n\n\n\n             CHRONIQUE M U S I C A L E .\n\n       D musique, de la musique ! Il nous faut de la musique.\n       ela\n          Liège, — le paradis des mélomanes — a sommeillé depuis\n       quatre mois, enchantée. Pas une soirée artistique, pas un\nconcert !\n   Il y a quatre mois, nous disions : “ le troisième concert du con­\nservatoire clôture la saison de la musique. „ E t en effet, à Liège\nc’est admis : trois concerts au conservatoire, quelques amusettes\nd’harmonie ou de symphonie à l’Émulation, et c’est tout. C’est\nmême beaucoup trop suivant certaines personnes, et d’ailleurs —\nnous dit-on —pourquoi faut-il de la musique l’hiver puisqu’on s’en\npasse l ’été ?\n   Cependant on nous annonce une bonne nouvelle. Nos édiles —\nainsi que jargonnent nos plus sérieux confrères — nos édiles\ns’occupent d’organiser un orchestre convenable dont les éléments\nseraient fournis par les musiciens du Théâtre R oyal. Ainsi plu­\nsieurs fois par semaine auraient lieu des concerts dans le genre de\nceux qui florissent au W aux-hall à Bruxelles, et nous jouirions\nenfin de temps en temps de quelques bribes de bonne musique ;\ncar, nous voulons le croire, l’excellent orchestre du Théâtre saurait\nrompre avec les vieilles traditions et ne pas nous servir chaque\nfois une hotte de fleurs fanées, comme des arrangements de\nMignon, la Fille du régiment, etc.\n   D’ailleurs, il est nécessaire qu’enfin Liège sorte du trou boueux\noù elle croupit. Il y a chez nous moins de jouissances artistiques\nque dans mainte ville de second ordre comme Namur, Bruges ou\nSpa. On se contente, en fait d’art, de lire son journal chaque\nmatin ; puis, si l’on est dillettante, on se rend au “ concert „ qui\nfonflonne au boulevard ou à la Trinck-Hall, et l’on entend mugir\nde gros tu tti de cuivre avec énormément de tambours et cimbales,\non écoute religieusement une “ marche des volontaires „ qui rage\net tempête dans les arbres, puis on applaudit avec transport un\n"}, {"page_pdf": 110, "texte": "                                                                   87\n\n  solo de clarinette sur un pot-pourri de la Traviata. C’est superbe !\n    Et, par contre, on a joué à Liège, cette année ; une seule fois du\n  W agner, une seule fois du Bach, une seule fois du Schumann, une\n  seule fois du Beethoven, tandis que le “ tribut de Zaraora „ (!!)'\n  obtenait un grand nombre de représentations.\n    Un seul pauvre petit concert est venu nous éjoyer depuis quatre\n  mois. Ce n ’était qu’une harmonie, mais au moins une harmonie\n  excellente, et nous avons entendu de vraie musique : le concert\n des guides.\n    L ’allegro de la symphonie héroïque de Beethoven, d’abord,\n assez lourdement interprétée au commencement, mais enlevée\n ensuite avec beaucoup de nerf. Une fantaisie sur Gwendoline,\n très colorée; du Mendelsohn, du Haydn, du Plottow (un pot-\n pourri sur M artha, avec solo de flûte applaudi à tout rompre !) et\n enfin du W agner : la Trauermarsch de Siegfried et une fantaisie\n sur les Maîtres Chanteurs.\n    La marche funèbre de Siegfried a remué majestueusement les\n cœurs ; et ses ondes sonores, austères et pourtant subtiles, s’épan ­\n daient sous les vieux arbres comme un fleuve vivifiant, une eau\n lustrale qui devait purifier Liège de ses anciens préjugés, tandis\n que les flots d’harmonie, comme une théorie d’âmes plaintives\n m archant royalement par les airs, se mouvaient avec des gestes\n larges de dominer; et aussi parfois, lorsque s’assombrit la bataille\n des sons évocant les macabres, un frisson traversait les poitrines,\net, de la lune, semblait alors descendre, dans un effarouchement\nlugubre, un vol éperdu et haletant de chauves-souris.\n    Quant aux Maîtres Chanteurs, on en a fait, — ce nous semble —\nune bizarre salade. L a leçon, la sérénade, les chœurs des sociétés,\nla chanson du chevalier, tout cela formait un salmigondis assez\ndéconcertant. A la musique de W agner il faut la scène, ou du\nmoins faut-il connaître la signification de chaque développement.\nDe même, que deviendraient un symbole dont on enlèverait le\nsens, un Odilon Bedon sans légende ! L ’œuvre de W agner ne\nse prête point aux pots-pourris comme les petites choses d’Offen­\nbach, de Flottow et autres Tartini.\n"}, {"page_pdf": 111, "texte": " 88\n\n\n\n\n    Que dire des concours du Conservatoire ?\n    Une opposition frappante. Us ont commencé déplorablement,\n pour m ettre en saillie, à la fin, un artiste remarquable.\n    D ’abord des concours de chant pour femmes : miaulements de\n chats malades et raclements de gosiers très amygdaliteux.\n    Concours hommes : Très médiocres. A signaler M. Delvoye :\n un tonnerre qui se ferait chanteur des rues.\n    Mais on s’est rattrapé plus tard. Ainsi, Mlle Bodson a montré\n quelques sérieuses qualités.\n    Superbes, les concours de trios, ou du moins, un peu de très\n bon à côté de beaucoup de médiocre. Il faut y signaler deux\n artistes de talent : Mlle Cousin, une pianiste, et M. Maris,\n violoniste.\n   M. Maris a la science de son art ; les cordes vibrent avec force\n sous l’babileté de son archet, et, à travers le mêlé des phrases\n musicales, laissent parler la voix du cœur. M. Maris a beaucoup\n d’avenir, car il est avant tout lui-même.\n   Mlle Cousin possède le style, cette qualité maîtresse; et, bien\n qu’un peu froid par moments, son jeu s’anime d’une émotion sou­\nveraine, le clavier a sa vie et sous ses doigts exhale de longs\nsanglots ou des rires de joie détachés avec finesse. Mlle Cousin a\nle sentiment de l’art et n’exécute pas un trio de Haydn\ncomme un exercice de Czerny — cet idéal atteint par ta n t de\nmenottes expertes obéissant à des têtes godiches. E t puis, s’il\nfaut parler franc, Mlle Cousin resplendit d’une beauté non com­\nparable. A Bruxelles, on s’amuse à des concours de callisthénie.\nLes Liégeois, moins amoureux des formes, sont plus indifférents\npour la perfection plastique. Mais c’était une jouissance artistique\ninfiniment délicate et d’une force poignante, écouter les sons purs\nd’une harmonie berceuse, sur laquelle planait l’âme du vieux\nmaître mort ; et voir onduler les lignes souples de ce corps de\nvierge, dominé par la majesté royale du col et de la chevelure qui\ns’enlevaient avec fierté sur la courbe des épaules, pour encadrer\n"}, {"page_pdf": 112, "texte": "                                                                      89\n\n la hautaine finesse d’un visage d’archange. E t, malgré soi, l’on\n pensait au chœur admirable des filles du Rhin, les Rêveuses,\n matérialisées dans un lied, on pensait aux orgues vagues, les\n plaintives, entrevues dans les lointains du songe, et que tou­\n chaient les doigts bizarres d’une fée incertaine.\n                                    *\n\n     L a dernière journée des concours a été la plus intéressante : la\n journée des concours supérieurs.\n    D’abord deux altistes, bien stylés et rendant avec conscience\n l’interprétation qu’on leur avait apprise. Beaucoup de dextérité,\n  des nuances devinées dix mesures d’avance, une correction par­\n faite dans les traits. Le triomphe du Conservatoire. De couleur,\n aucune. L ’émotion ? Oh ! monsieur !\n    Quant à Mlle Coulon, une pianiste aux doigts déliés, c’est une\n gentille petite machine remontée soigneusement, et qui débobine\n les gammes, les arpèges, parle du cor en la et de la clarinette en\n fa , saute gaîment les obstacles, et se dépêche, se dépêche en se\njouant des difficultés, — mais sans se douter qu’elle fait de la\nmusique.\n    M. Smulders, lui, n ’est pas un pianiste ordinaire, c’est un artiste.\nIl sent vivement et il trad u it avec énergie, sans brutalité, avec\ndélicatesse, sans mignardise. Sous son clavier une âme s’éveille à\nla vie, les sons parlent comme s’ils connaissaient leur puissance.\n    Lorsque joue M. Smulders, le piano, est instrument ingrat,\ndevient une personne dont l’intelligence s’agite, un être dont le\ncœur s’émeut. M. Smulders sait donner des œuvres, une interpré­\ntation vigoureuse et personnelle. Nous l’avons vu dans une\nromantique fugue de Mendelsohn, dans les austères fugues de\nBach. Plus encore dans un concerto de sa composition.\n   Nous nous attendions à une petite chose banale, du vide et des\nboursoufflures, à l’imitation servile de quelque maître ancien. Loin\nde là, le concerto de M. Smulders est une œuvre forte, et origi­\nnale. L ’allegro marche avec un brio fougueux, soutenu par une\norchestration finement travaillée et nullement banale. L ’andante\n"}, {"page_pdf": 113, "texte": "90\n\nest une page émue qui éveille vaguement l’idée de Schumann, et\nenfin la finale marche grand train, rappelant les effets de vigueur\ndu premier mouvement. Peut-être reprocherons-nous un peu de\nSchumann à l’andante, un peu de Rubinstein à l’allegro. Mais il\nn’en reste pas moins une œuvre personnelle d’une réelle valeur.\n  C’est quelque chose. Voir au conservatoire surgir quelqu’un, un\ncompositeur qui est lui-même et non tout le monde ou tel de ses\nprofesseurs, c’est un résultat inespéré. Nous l’enregistrons avec\nbonheur, nous nous réjouissons de voir chez M. Smulders la force\nqui fait les artistes, et, chaudement, nous le félicitons.\n                                                     L. HEMMA.\n\n\n          C H R O N IQ U E L I T T É R A I R E .\nL 'È v e f u t u r e , par le comte de Villiers de l ’Isle-Adam, chez\n                    de Brunhoff, à Paris, le vol. fr. 3-50.\n\n F    OLIE, folie absolue et complète ou mystification énorme,\n        d’un Yankee inouï, gigantesque. Dilemme, inexorable\n        dilemme, disent la plupart.\n   A notre sens, il y a autre chose.\n   Villiers de l’Isle-Adam n ’est ni un fou — Baudelaire ou Wagner\nle furent-ils ? — ni un mystificateur; Villiers de l’Isle-Adam est un\nartiste, artiste étonnant, prestigieux, absurde, mais artiste.\n   Tel est l’homme — tel est le livre.\n   Mais maintenant, qu’est-ce l'È ve future ? Un être, perfection\nabsolue, au moral, beauté idéale, au physique; andréide, être\ncréé par un génie qui s’appelle Edison — épique grandissement de\nl’illustre Américain — être artificiel, fabriqué pièce par pièce, en\nor, en fer, puis en chair, vivante et palpitante comme la chair\nréelle, machine merveilleuse douée de voix, de regard, de pensée!\n    Comment ? Ici nous touchons au côté faible de l’œuvre. Que\ndire d’autre en effet de ces longs chapitres — indispensables à\nl’affabulation et l’idée-mère du livre — où un Jules Verne pour\n"}, {"page_pdf": 114, "texte": "                                                                   01\n\ngrandes personnes cherche à nous expliquer par de minutieuses\ndescriptions l’imaginaire mécanisme, inducteurs, moteur électro­\nmagnétique, disques d’or montés sur tiges incluses dans l’or\nfémoral (p. 234), inintelligible grimoire qui fait regretter presque\n une autre andréide, la Cornélia d’Hoffmann.\n   Là, point de magnétisme, de mécanique et de physiologie, un\n simple rouage d’horlogerie. L ’intérêt en est-il moindre et l’œuvre\nesthétiquement inférieure ?\n   Mais il n ’y a pas qu’une description de mécanisme dans le livre,\nquoique celle-ci en soit matériellement, en quelque sorte, le nœud,\nla partie saillante, il est d’autres pages, belles celles-là et qui\nnous rappellent que c’est l’auteur des Contes cruels que nous\nlisons.\n   Ainsi la description, la délinéation, devrais-je dire, d’Alicia\nClary, le modèle plastique de l’andréide, la non-correspondance\nde l’intellectuel désespérement banal et du physique idéalement\nbeau, cette non-correspondance notée, prouvée par des dialogues\net des réflexions d’une psychologie raffinée, l’épisode d’Anderson,\ntoutes choses qu’on lit curieusement, avidement — et qu’on relit\nquelquefois.\n   L 'Eve future n ’est pas un chef-d’œuvre, certes, mais malgré —\npeut-être même à cause de ses défauts, c’est un livre d’une intense\nmodernité, car l’âme contemporaine s’y reflète dans ses hantises\ntroublantes et ses inquiètes aspirations.\n                                            G. R a h l e n b e c k .\n\n\n\nL 'A m our su p r ê m e , par Villiers de l’Isle-Adam; de B runhoff ,\n                               éditeur.\n\n  Un livre d’or et de lueurs douces. E ntre Lysiane d’Aubelleyne,\nla mystique, et Akëdysséril, la femme de virile poésie, comme\nentre deux colonnes de pur cristal, roule dans l’œuvre le torrent\ndes vies, avec ces deux idéals sublimes : l’anéantissement de l’être\ndans l’union de la divinité, l’anéantissement de l’être dans un\namour surhumain.\n"}, {"page_pdf": 115, "texte": " 92\n\n    Ouvrage d’art intense et de forme si belle qu’à peine y sent-on\n l’existence du matériel. Mais aussi, hélas, par moments, des\n lambeaux souillés de taches qui froissent les regards. Avouons-le,\n il ne faut point tout admirer dans l’Amour suprême. Plusieurs\n contes déparent l’ensemble superbe, et l’on s’étonne que la plume\n aristocratique du comte de Villiers de l’Isle-Adam ait condescendu\n à les écrire. Parmi ceux-ci, le Secret de l’échafaud, d’une étrangeté\n saisissante, e t l'Instant de Dieu, plaidoyer scientifico-chrétien, sont\n encore admissibles. Mais devant ces autres nouvelles : “ l’agence\n du chandelier d’or, la légende de l’éléphant blanc, une profession\n nouvelle „, nous nous redressons et interrogeons avec stupeur.\n Est-il possible qu’elles soient de cette main, de cet esprit qui a\n conçu, qui a signé les contes cruels ? Pas davantage ne nous\n conviennent les “ expériences du docteur Croohes                dont la\n conclusion nous paraît quasi puérile. E t, franchement, nous le\n déclarons, ce n’est point là de l ’art.\n   Mais, en revanche, combien attachantes et suggestives sont les\n autres parties !\n   L e droit du passé, l’amour suprême, le tzar et les grands ducs,\n — vision inquiétante, — et enfin ces deux larges et profondes\n échappées sur l’inconnu des Indes : Tsé-i-la et Akëdysséril, s’en­\ntassent dans la mémoire en souvenirs dominateurs, comme des\nmontagnes de diamants et de perles que soutiennent des blocs\nd’or massif, et qui réfléchissent doucement les onctueuses lueur-\nde pâles lampes symboliques.\n   Alors, comme une éclatante porte d’airain qu’éclairent de féerie\ndes incrustations d’émeraudes, comme un morceau de ciel étince­\nlant d’étoiles, comme un large panneau de Puvis de Chavannes,\nAkëdysséril clôt le livre, Akëdysséril-Salambô. Salambô, de\nGustave Flaubert, c’est une rutilante étoffe de pourpre où\nruissellent les m étaux et les pierreries. Akëdysséril, c’est en plus,\nune gaze impalpable qui peuple de nuances très douces l’horizon\nque veut scruter la vue ; c’est la pourpre éclatante et les pierreries\naux reflets métalliques des radieux soleils couchants, mais c’est\naussi la pâle et grisâtre candeur, l’innocence des esprits profonds,\n"}, {"page_pdf": 116, "texte": "                                                                     93\n\n le bleu songeur intense du lapis lazuli, et les teintes indéfinis­\n sables, la clarté si fluide de l’Inde rêvée.\n                                                       Al b . M.\n\n\n                 K a tia , par le comte Léon Tolstoï.\n    Il nous faut la nuance encore, rien que la nuance... Le Tolstoï\n  de K atia n ’est pas le grand Tolstoï de la guerre et la p a ix , pas\n  non plus le Tolstoï des Cosaques, sardonique rieur, observateur\n  cruel mais saisissant. C’est un autre Tolstoï, de teinte fine et pâle,\n  qui de la pointe de sa plume aristocratique, s’amuse à fouiller\n  dans l’existence d’une jeune femme, effleurant d’un regard, cares­\n  sant d’une demi-réflexion ses pensers, ses désirs, ses regrets; c’est\n une étude très délicate et subtile d’un cœur vierge et frais-ouvert\n à la vie, mais peut-être lassé d’avance des choses des hommes.\n Tout, dans Katia, est affaire de sentiment, et de sentiment raffiné,\n vague, incertain, issu presque toujours de voûtions inconscientes,\n non devinées.\n    A côté de cette jeune femme, K atia la mélancolique et nerveuse,\n se dresse la vigoureuse silhouette de Serge, l’homme au cœur d’or\n mais à la volonté rigide; et en ces deux personnages se résume le\n roman, drame sourd, profond, où l’action la plus rude est un fron­\n cement de sourcils, la plus passionnée un baiser sur les ongles, —\n et qui cependant émeut, inspire une tristesse rêveuse.\n    Chose étrange, K atia se termine par une vision de bonheur\ntranquille, une bonne fin comme disent les pensionnaires. E t\n cependant de ce livre intense jaillit une impression mordante et\ncruelle, un noir pessimisme.\n    Le bonheur serait-il la quiétude des apparences, avec le frois­\nsement, l’irritation de l’intimité de l’être ? le sourire de gaîté sur\nles lèvres — et un grand froid au cœur.\n                                                           A. M.\n\n       L 'In s u r g é , par Jules Vallès. Paris, Charpentier.\n  Phrases mordantes, taillées à coups de sabre et gardant à leurs\nangles vifs comme des pointes hostiles, clameurs révoltées et cris\n"}, {"page_pdf": 117, "texte": "94\n\npassionnés, récriminations ardentes et superbes indignations, tout\ncela sous une forme semi-rude mais d’autant frappante, des idées de\ncolère roulant sous des mots colorés, voilà le livre de Jules Vallès.\n   Sans doute, à ce propos, vont surgir d’énormes polémiques : l'A rt\nmoderne reprenant en Vallès mineur son vieux thème de l’art\nsocial; la Jeune Belgique y répond par une marche funèbre de\nKropotkine, ce qui était indiqué. Elle revendique hautement pour\nl’artiste le droit et le devoir d’avoir comme objectif non point une\nidée quelconque inévitablement issue de la République de Platon,\nmais seulement l’art, l’art pur.\n   Nous allons peut-être avoir l’air bien curieux, mais nous vou­\ndrions savoir quelle portée morale ont les fugues de Bach, par\nexemple, et s’il faut faire une différence quant à la portée sociale\ndes opéras de Lully et de l’anneau de Niebelung, des têtes ner­\nveuses d’Alfred Stevens et de la châsse de Ste-Ursule de Memling,\nde la Vénus de Médicis ou du dompteur de taureau de Mignon ?\n\n\n\n               P E T I T E CHRO NIQU E.\n\n     NT paru les Essais de critique de Charles Fuster. M. Fuster\n     O\n     ayant négligé de nous envoyer son œuvre, les abonnés de La\n     Wallonie continueront à ne point savoir ce qu’il faut penser\nde M. Charles Fuster et des Essais de critique. Ils ne s’en conso­\nleront pas.\n\n   L a Basoche vient de mourir. C’est une perte sensible pour le\njeune mouvement littéraire bruxellois. E t nous regrettons d’autant\nplus notre vaillante sœur-aînée, que la Basoche et l’Elan Littéraire\nsont nés presque en même temps.\n   Depuis quelques mois, la Basoche représentait en Belgique\nl’avant-garde des symbolistes; publiant mainte étude délicate et\n de nerfs affaiblis aux sentiments émoussés et affadis, mais aussi\n affinés et rendus plus subtils par cette fatigue de vibre issue d’une\n"}, {"page_pdf": 118, "texte": "                                                                  95\n\n activité long-séculaire II nous souvient encore des tempêtes de\nrailleries que souleva tel sonnet “ décadent „, ou telle fantaisie\n de verbe ahurissante d’imprévu signée René Ghil. D ’autres\nsuivaient, lançant des haros contre les couleurs vives, les reliefs\nsaillants et tranchés, mais composant, très délicate et de teinte\ntrès douces, comme un écho lointain et sourd, bruissant à peine des\npages fines et d’idées condensées, où semblait flotter la plaintive\nrumeur d’une brise très vague caressant des ramures de trembles.\n   Arnold Goffin donnait ses visions, essences amères, mais de\nparfum pénétrant ; Hector Chainaye, son plein air ou sa lune\n assassine si suggestive ! E t suivaient Luc Malper, élégant conteur\nde fantastique, Maurice Frison, plus réaliste, Charles de Tombeur,\nE rnest Mahain, “p uis les poètes André Fontainas, m aintenant\njeune Belgique, Albert Mennel de la Pléiade, Darzens et Quillard\nde la Pléiade aussi, Auguste Yierset. Enfin, en dehors du groupe,\nla Basoche a publié des pages superbes de Camille Lemonnier, une\nfantaisie de J.-K. Huysmans, des contes mélancoliques de Célestin\nDemblon, des vers de S. Mallarmé, Catulle Mendès, Edmond\nPicard, Jean Rameau, Jean Lorrain.\n   Les clercs de la Basoche étaient de nos amis, les noms le\nprouvent, et ce nous est un vrai chagrin de voir, au moment où\nsonnent les clairons de la gaie bataille, un de nos plus chers com­\npagnons d’armes succomber.\n   Pourquoi pas ?\n   Le service de la défunte revue est fait par la Société nouvelle.\n\n\n   Sur la terrasse de l’avenue Rogier restée nue jusqu’ici, s’est\nenfin dressé le “ pendant „ du dompteur de taureau. Le bœuf au\nrepos qu’a créé le ciseau puissant de Mignon, pèse lourdement sur\nson socle, avec sa quiétude harassée d’aumaille ayant fini son dur\nlabeur. Superbe est l’attitude de force tranquille, superbe la “ vie\nlatente „ du groupe. Et, tels qu’on se figure ces rudes fermiers les\nhéros d’Homère, le bouvier détache sur les flancs lourds muselés\ndu bœuf, sa large carrure de mâle paysan.\n"}, {"page_pdf": 119, "texte": " 96\n\n   Vis-à-vis du bœuf au repos, le dompteur de taureau lutte\ntoujours avec son indomptable énergie, tordant ses muscles dans\nl'effort et broyant sa chair d’homme sur la chair stupide de la\nbête. E t, comme se défiant, les deux œuvres se dressent face à\nface, sans que l’énergie de l’un diminue l’ampleur de l’autre,\nsplendides toutes deux de vie et d’action, également magistrales.\n\n\n   L ’Essai historique sur l'établissement du régime censitaire en\nBelgique, que nous envoie M. G-. de Trois Etoiles est, son titre\nl’indique, exclusivement politique et par là même absolument en\ndehors de notre cadre. Nous n ’avons pas à nous occuper ici de\nM. Paul Janson ni de la Bataille, M. Paul Janson et madame la\nBataille considèrent sans doute la littérature comme une bulle de\nsavon et les artistes comme des songes creux ; qu’il nous soit\npermis de voir à notre tour dans la politique, ta n t cléricale que\ndoctrinaire ou radicale, une bonne grosse vessie qui fait grand\nbruit sans avoir grand but : much noise about nothing.\n   Il nous est donc impossible d’analyser ici la brochure de\nM. G. de Trois Étoiles ; mais bien volontiers nous y constatons\ndes qualités sérieuses d’énergie et de clarté.\n\n\n   Ont paru :\n   Krotkaïa, de Dostoïevsky, l’étrange et suggestif romancier,\ntraduit par Halpérine.\n   Cancans de plage, par Inauth.\n   Physiologies parisiennes, par Albert Millaud, illustré par Caran\nd’Ache.\n   La maison Plantin à Anvers, p a r L. Degeorge, nouvelle édition.\n  L ’amour suprême, par ce raffiné talon rouge qui a nom Villiers\nde l’Isle-Adam.\n  A la recherche du bonheur, par le comte Léon Tolstoï, le Eusse\nau génie surplombant; traduction de H alpérine, chez Perrin et Cie.\n  Zo-Har, par Catulle-Mendès. Charpentier éditeur.\n  Les Faiseurs, par Pissemsky, chez P lon.\n"}, {"page_pdf": 120, "texte": "  PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                           H. Z E Y E N .\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                  L I E G E .\n\n      Spécialité d ’agrandissement à la lumière électrique,\n\n     FABRIQUE DE PIPES DE HENRI Z U B R O D T ,\n                    P la c e du T h é â tr e , 11, L iè g e .\n Porte-cigares en écume de mer, am bre et racine de bruyère.\n   — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n   exécutés en 24 heures!\n                            RACCOMMODAGES.\n\n          R a sse n fo sse -B ro u e t,\n                  2 6 , r u e V in â v e -d ’I le , 2 6 , L iè g e .\n  Spécialité d’Objets d’Art — Bronzes — Terre-cuite —\nVerres et Lustres de Venise — Fers forgés — Objets\noriginaux — Meubles Bambou, genre japonais.\n\n              II.      FON D E R -B U R H E T ,\n                        48, rue du Pont-d’Ile, Liège,\n      AGENT GÉNÉRAL POUR LA BELG IQ U E DE LA\n                 PE IN T U R E FRANÇAISE.\n   Colle Pointure, préparée à base de céruse e t d’huile de lin, est toute prête à\nem ployer; elle est brillante et siccative. Sa qualité ne laisse rien à désirer, son\nm élange étant absolum ent composé comme celui fait par les peintres les plus\nexpérim entés. Son emploi su r boiseries, m urs, meubles de fer ou bois, grosses\nv oitures, e tc ., la place à la portée de toutes les personnes désireuses de conser­\nv er en bon état leur m atériel agricole, industriel ou autres.\n  L ’assortiment se compose de 42 nuances, en boîtes de 1. 2 et\n5 kilog-, à fr. 1-10.\nA llu m e tte s S u é d o is e s (Kaiser-H olzer), 20 fr. les 1000 boîtes.\n       »        N ils o n , bout noir,          fr. 9-50 les 1000 boîtes.\n"}, {"page_pdf": 121, "texte": "   Pour paraître le 20 octobre prochain\n\n\n\n\nL ET T R E S A J EANNE\n                     PAR\n\n\n\n          J ules DESTREE\n\n      Prix en souscription 4 francs\n\nchez Ve MONNOM, 26, rue de l’Industrie\n\n           BRUXELLES.\n\n\n\nINDE\n            MA SERRUEIER-BOVY\n              RUE DE L ’U N IV E R S IT É , 38\nPERSE\n                           LIÈGE\n\nCHINE\n           ARTIC LES\n                                  ORFÈVRERIE\n                DE\n\n                                   ARGENTÉE\nJAPON        MÉNAGE\n"}, {"page_pdf": 122, "texte": "          L ’A R T M O D E R N E\n  Revue critique des Arts & de la Littérature\n                  Paraissant le Dimanche\n             Abonnement : 10 francs par an\n    Administration : 26, rue de l'Industrie, Bruxelles.\n\n\n                              LA\n\n\n\n    JEUNE BELGIQUE\nParaissant le 1ER de chaque mois eu livraison de 32 pages\n           P r ix d’abonnemen t 7 f r ancs\n\n\n   Administration : 26, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n\n                              LA\n\nREVUE DE DEMAIN\n      PARAISSANT LE 20 DE CHAQUE MOIS\n               A b o n n e m e n t 15 f r a n c s\n   Administration : 41 , rue des Écoles , Paris.\n\n\n  LA              PLEIADE\n      REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n               A b o n n e m e n t 12 f r a n c s\n    Administration    : 99,     rue     Richelieu , Paris\n"}, {"page_pdf": 123, "texte": "              RENSEIGNEZ - VOUS\n                      AUX GRANDS MAGASINS DU\n\n\n\n PO N T-D ES-AR C H ES\n                        Pour tous vos achats en\n\n Vêtements confectionnés pour Hommes,\nDames & Enfants, Robes, Mérinos, Soieries,\nDraperies anglaises pour Vêtements sur\nmesure.\n    Le fini des objets joint, à l’élégance de la coupe\net à la modicité des prix, justifient la vogue dont jouit\ncet établissement.\n\n                 La grande Spécialité de la Maison\n\n\n   F . THIÉRY & G -\n                           DE          L IÈ G E\n    est la belle confection sur mesure pour\n           Hommes et pour Dames.\n\nEnvoi franco d 'éch an tillon s e t de toutes com m andes au-dessus de 2 0 francs.\n\n\n\n      D E U I L C O M P L E T EN N E U F H E U R E S .\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 3, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1886-08-15", "signet_source": "1ère année - N°3 - 15 août 1886", "preuve": "Couverture (PDF 86, OCR) : « l re Année. — N° 3. L a liv r a is o n 5 0 c e n tim e s LA WALLONIE 15 Août 1886 SOMMAIRE ».", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}