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L a l i v r a i s o n 5 0 c e n tim e s\n\n\n\n\n    LA\n      WALLONIE\n                                                                  15 Septembre 1886\n\n\n\n                                                 "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-202", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Sommaire", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "SOMMAIRE :", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 124, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 260, "fin_caractere_exclue": 1303, "texte": "SOMMAIRE :\n\n        J U L ES    D E S IR E E        .         .   .    Lettres à Jeanne.\n                                                           L'inaccessible.\n         F e r n a n d S e v e r in .\n                                                           Litanies.\n         F r it z   d e i .’A l i . n a i       : .   .    Piccolo.\n         R ENÉ D 'Y         .     .     .\n                                                      LesaFemRmesi de\n                                                      L            vL aettres\n                                                                         le .\n         F e r n a n d S e v e r in .\n                                                      C h ant de cor.\n         A l b e r t M o c k e l.           .     .   .    Fee papillonne.\n         F r it z E l i. .        .     .         .   .    Louis Lacombe.\n         R ené      d ’Y    .     .         .         .     Petite Chronique.\n\n\n\n\n                                      Des p re sse s de H . V aillant -C a rm a n n e , à Lé ge.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-203", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Comité de rédaction", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "1re ANNÉE, No 4. LA W ALLONIE REVUE MENS", "ancre_fin": "dans la Revue.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "A V IS. L’abonne", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 125, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 3, "fin_caractere_exclue": 1532, "texte": "1re ANNÉE, No 4.\n\n                LA W ALLONIE\n REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D ’ART\n     A b o n n e m e n t : 5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 5 0 .\n                          C o m ité d e R é d a c t i o n :\nAlbert M o c k e l, Gustave R a h l e n b e c k , Maurice S i y i l l e .\n                   Bureaux : rue St-Adalbert, 8, L iége.\n\n                         P rincipaux collaborateurs :\nG. A n d e l b r o u CK, F ritz de L’AULNAIE, Je a n D’A v r il , H ecto r\n  C h a in a y e , Célestin D e m b l o n , Ju le s D e s t r é e , E ritz E l l ,\n  R. E l l u m , Je a n F o n t a in e , M aurice F r is o n , G. G ir r a n ,\n  A rnold GOFFIN, Aug. JOTTRAND, Camille LEMONNIER, W .-A.\n  M a c é d o n sk i , Alex.-A. M a c é d o n sk i , Ch. M a g n e t t e , E r n .\n  M a h a im , L uc M a l p e r , G. MASSET, Octave MAUS, A. MOCKEL,\n  X. N e u j e a n , P.-M. Ol in , Georges P ic a r d , P etru s P ir u s ,\n  G. R a h l e n b e c k , F . Se y e r in , M aurice S i y i l l e , Aug. V ie r s e t .\n\n   LA WALLONIE s’efforce de grouper autour d’elle les élém ents vivants de la\n eunesse littéraire de nos provinces wallonnes. Elle rejette rigoureusem ent la\npolitique de scs colonnes et reste indépendante de toute école et de toute\ncoterie.\n   LA WALLONIE parait le quinze de chaque m ois, en livraisons d’au m oins 32\npages.\n   P araîtro n t dans le cours do l’année plusieurs dessins hors texte, s u r\nHollande, se rap p o rtan t à des articles publiés dans la Revue.\n\n                                      "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-204", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Avis", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "A V IS. 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Dans cette route pénible et sombre de l’existence\n  où j ’errais seul, attristé, indécis même à poursuivre et où bien des\n  pierres m’avaient m eurtri, bien des épines déchiré, ton amour a\n  rayonné comme un soleil chaud et bienfaisant qui m ’a mis du\n bonheur en l’âme et du courage au cœur...\n     D ’un pas plus ferme, j ’ai marché; les épreuves m’ont semblé\n moins dures maintenant qu’une dévouée était là pour me soutenir ;\n j ’ai dédaigné les Imbéciles qui affligent et les Méchants qui\n envient et qui blessent; plus vivement mon être épanoui a perçu\n la Beauté; plus intimement m ’ont impressionné les harmonies\n douces et terribles de la Nature. Ton image mutine et charmeresse\n s’est fixée en mon esprit et a flotté dans mes rêves ; ta pensée, de\nplus en plus, s’est mêlée à mes actions, à mes lectures, à mes\nsongeries; c’est Toi que j ’ai retrouvée dans les chimériques\ncréations des poètes et dans celles que j ’eusse voulu animer !\n     E t lentement, insensiblement, tu es entrée en ma vie, en moi,\n chaque jour davantage; maintenant tu y es, tu y règnes irrévo­\ncablement, et pour t ’arracher de moi, il faudrait me briser le cœur\nen rouges éclats, qui pleureraient du sang. Une passion calme,\nmais profonde, ancrée aux plus intimes fibres, nous lie; et sa sur­\nface n ’est ainsi tranquille que parce qu’elle est heureuse, comme\nune eau dormante que ne troublerait point le souffle des tempêtes!\nMais viennent les jours adverses : elle pourra alors tragiquement\nse plaindre et sangloter, peut-être rugir et gronder dans une rage\nfolle, elle saura toujours et certainement se dévouer !\n    Aussi je t ’aime, Jeanne ! J e t ’aime pour toi, pour la grâce ondu­\nlante et voluptueuse de ta taille svelte et souple, pour le sourire\ncharmeur de tes lèvres rouges, pour l’éclair provoquant de tes\ngrands yeux bruns ! car tu étais bien, ô Mienne, la maîtresse\n                                                                 7\n"}, {"page_pdf": 127, "page_imprimee": 98, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2034, "texte": "98\n\n attendue, longtemps espérée ; et tu réalises cet étonnant prodige,\n cherché vainement, de n’être ni vulgaire ni vicieuse et de pouvoir\n à la fois te montrer spirituelle et bonne, aimante et chaste !\n   Enfin, mérite suprême qui délicieusement me trouble, comme\nun grisant parfum, très capiteux : tu m’aimes ! E t cet amour\nflatteur me fascine et m’enchante aussi. C’est si bon de se sentir\ncomme enveloppé de tendresse; d’être à deux au milieu des\ncombats et des blessures de chaque jour; d’avoir un cœur ami\npour vous bercer et vous comprendre, rire de vos joies et pleurer\n de vos peines ! Les mères seules savent aimer ainsi. E t quand elles\nne sont plus, quand on a grandi, comme moi, parm i des vieux qui\nne répondent point à l’incompressible expansion d’une âme jeune,\non a si besoin de baisers, de caresses et d’amour. De l’affection\nmaternelle, si complète, absolue, toujours prête au sacrifice, j ’ai\nretrouvé quelque chose en toi et à l’ineffable charme de ce\ndévouement protecteur s’était encore ajouté un attrait sensuel\nexquis...\n   Aussi je taime, ma Jeanne. J e t ’aime pour avoir sauvé ma\njeunesse de la souillure des débauches communes, ou j ’ai vu des\namis rouler ; pour m’avoir préservé de toutes les vénalités et des\ncompromis qui salissent l’Amour, l’Amour saint dont le nom\nauguste couvre ces infamies. Je t ’aime pour le long bonheur que\ntu m’as donné, pour les souvenirs précieux que j ’ai en la mémoire\net qui me viennent de Toi ! E t si j ’ose à présent parler à tous de\nmon amour, garde-toi de voir dans ces confidences une profa­\nnation d’intimes et inviolables secrets. De ces fables et de ces\nvérités où seuls nous saurons démêler le réel, les autres n’appren­\ndront rien; qui sait même si la plupart ne te penseront point une\ncréation de mon esprit fantasque, une chimère idéale et vague née\nde mes espérances et de mes jeunes désirs, en sorte que tu serais,\nà la fois, mon Amante et ma Fille !...\n   Aussi je t ’aime, ma Jeanne !...\n                                             J u l e s DESTRÉE.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-002", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 99, "page_fin": 101, "titre_corps": "L’Inaccessible", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "L ’INA C CESSIB LE.   NAISMES.   EPENDANT que ployés", "ancre_fin": "Nous te refuserons nos lèvres parfumées.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Litanies", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 128, "page_imprimee": 99, "debut_caractere": 74, "fin_caractere_exclue": 1414, "texte": "L ’INA C CESSIB LE.\n                        NAISMES.\n\nEPENDANT que ployés vers les sillons rebelles,\nC\nEn des poses d’amants transis aux pieds des belles,\nMes frères abdiquaient l’ancêtrale fierté,\nEsseulé pour mes bras débiles et hanté\nD’un songe où flamboyait à neuf la rouge braise\nDe mes pères, je vis par l’âme la genèse\nD ’une splendeur au sein des ombres du levant\nQu’illumina d’amour Jésus doux et fervent.\nAussi j ’ose, sevré du soutien de mes frères,\nEndosser le harnais d’azur des téméraires\nE t Dieu guide mes pieds d’enfant vers le lointain\nOù rayonne le Saint-Graal clair et hautain !\n                      LES FRÈRES.\nF rêle oiseau voyageur ailé de neige vierge,\nVoyage insoucieux du nid et de l’auberge ;\nNous sourions de tes mépris, fougueux enfant,\nTu reviendras le cœur vide et moins triomphant.\n                        NAISMES.\n Donc je pars aguerri, frères, par vos menaces.\n O mon désir ancré dans les parois tenaces\n De mon âme, attisé d’illustres visions,\n Envolons-nous vers de sereines régions\n Où ne m’atteignent plus les doléances vaines.\n                        HONORIA.\n Ephèbe dont un sang de foi gonfle les veines,\n Naismes, blond pélerin, je t ’aime et je te veux.\n Le soleil me regarde et baise mes cheveux\n Glorieux comme un fleuve où le couchant se baigne ;\n Mes lèvres ont l’éclat d’une rose qui saigne\n"}, {"page_pdf": 129, "page_imprimee": 100, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1685, "texte": "100\n\n      E t mes yeux des bleuets fléuris parmi des lys.\n      Quand tombera pour toi ma robe aux vastes plis,\n      A l’aspect aveuglant de ma chair pâle et nue,\n      Tu diras voir un astre émerger de la nue.\n      Naismes, j ’ai des senteurs douces aux cœurs brisés,\n      On goûte l’infini dans un de mes baisers\n      E t ma bouche et mon sein distillent pour ta joie\n      Une ivresse animale et fauve où l’on se noie.\n                              NAISMES.\n      O Saint-Graal caché derrière l’horizon !\n                               GISÈLE.\n      Beau fils à qui l’orgueil tient lieu de tout blason,\n      Arrête-toi parmi la fraîcheur des feuillées,\n      Où s’éplorent l’écho des chasses en allées\n      E t le doux bramement des grands cerfs altérés.\n      Tu verras luire à l’ombre auguste des fourrés,\n      Dans le vierge cristal des fontaines frileuses,\n      Comme un soleil voilé, mes blancheurs onduleuses.\n      Mes eaux te chanteront la musique d’oubli\n      E t je t ’enlacerai moelleusement du pli\n      Serpentin de mes bras, sous les ténèbres vertes,\n      E t tu sera guéri des misères souffertes.\n                              NAISMES.\n      O la splendeur d’airain des dômes triomphaux,\n      E t des croissants fendant le ciel comme des faulx !\n                               BONNE.\n      Naismes, aventurier intrépide et farouche,\n      Combien me charmeraient les baisers de ta bouche !\n      Joliesse de vierge en bouton, et de fleur\n      Près d’éclore, cheveux magiques dont l’ampleur\n      Evoque la chanson molle des vagues lasses,\n      Grands yeux flambants d’espoir et chargés de menaces,\n      Chair neigeuse aux reflets de corail et de sang,\n"}, {"page_pdf": 130, "page_imprimee": 101, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 646, "texte": "                                                            101\n\nCorps héroïque, frêle, indécis et puissant,\nAndrogyne de mes rêves pervers, ô Naismes,\nJ e t ’adore et je veux en retour que tu m’aimes,\nE t que ton front repose un soir entre mes seins.\n                        NAISMES.\nJe marche inviolé sous la garde des saints,\nMais l’aurore espérée est à venir encore....\n                 CHŒUR DES FEMMES.\nNaismes, tu ne verras jamais poindre d’aurore;\nE t quand tu reviendras, ton rêve évanoui,\nMendier nos baisers dédaignés aujourd’hui,\nRancunières et par d’autres héros aimées,\nNous te refuserons nos lèvres parfumées.\n\n\n                   "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-003", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 101, "page_fin": 102, "titre_corps": "Litanies", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "LITAN IES. Pour Georges Garnir. 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O Toi qui traversas", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 131, "page_imprimee": 102, "debut_caractere": 1119, "fin_caractere_exclue": 1498, "texte": "P r iè r e .\n      O Toi qui traversas comme un torrent ma vie,\n      E t t ’en vas promenant une âme inassouvie\n      P ar un pâle désert semé de cœurs flétris,\n      Détourne de mon front tes sévères yeux gris,\n      E t fais que dans mon cœur endolori de rêves\n      Ton amour n’aille pas enfoncer ses sept glaives.\n  12 Juin 1886.                            FERNAND SEVERIN.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-005", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 103, "page_fin": 106, "titre_corps": "Piccolo", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fritz de l’Aulnaie", "ancre_debut": "PICCOLO. I . O HÉ le chien maudit", "ancre_fin": "Fritz de l’Aulnaie.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "Les Femmes de lettres", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 132, "page_imprimee": 103, "debut_caractere": 101, "fin_caractere_exclue": 2058, "texte": "PICCOLO.\n                                   I .\n\n\n\n\n      O\n      HÉ le chien maudit, le gueux, le béquillard!... Hé! vois donc\n       son fardeau!... Le puant, le galeux!... — V a, pousse, encore\n       un coup!... Pour lui cette taloche!... Aïe! Merci... Prends\n garde, femme, ça mord!... Gare là-dessous... pour lui... pan ! Sur la\n tête!...Va donc, tape dru! Ça le redressera, le bancal, le pouillard!..\n    Ainsi hurlait, se bousculant, ivre et déchaînée, une foule\n compacte, étrange, de rouliers, d’histrions, de rôdeurs et de filles,\n qui se pressait délirante et furieuse autour d’un pauvre enfant\n porteur d’un pauvre chien.\n    Là-haut le beau ciel d’Italie étendait sa nappe azurée et les\n rayons du midi tombaient droit, éclaboussant les vieux pignons\n de la cité du Dante et fouillant sans merci ce monceau de\n guenilles, ce ramassis hideux d’êtres suant le vice et exhalant\nla honte.\n   E t l’enfant se traînait, boitant, gémissant, cherchant à gagner\nle Ponte-Vecchio.\n    Ses jambes maigres, en fuseau, ployaient sous le poids d’un\ncorps démesuré, énorme ; par un caprice cruel et bizarre, la nature\nsemblait avoir ramassé toutes -les chairs pour en former une\nexcroissance insensée, absurde, qui partait des épaules, enfouissant\nla tête, annihilant la poitrine et absorbant les organes dans un\ntout effrayant, hideux et difforme. — Les contractions de sa\npauvre face blême disaient assez l’épouvante et l’angoisse qui lui\nmordaient le cœur et sous la touffe épaisse de crins mêlés d’un\nbrun roux qui lui couvraient le sommet de la tète et achevaient de\ndonner à toute sa personne un caractère étrange et sauvage, deux\ngrands yeux ronds et glauques, ouverts démesurément et d’une\nfixité saisissante, reflétaient parfois comme des lueurs d’une\nintelligence précoce et surhumaine.\n   Il se traînait effaré, esquivant les coups qui pleuvaient drus\ncomme grêle et serrant dans ses bras un chien maigre, dénudé,\ntrem blant de peur et de fièvre.\n"}, {"page_pdf": 133, "page_imprimee": 104, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2019, "texte": "104\n\n   — C’est quelque nobillon — disait l’un — descendant des\n Strozzi !... — F i donc! un Ciompi pour le moins — disait l’autre.\n— Ou bien — fit un troisième en riant — un seigneur échappé de\nla Casa di Lavoro ! —\n   E t le tum ulte allait sans cesse grossissant et l’enfant aux\nbéquilles poursuivait son calvaire....\n   Mais, comme il allait toucher au pont, son pied buta soudain\ncontre une dalle brisée et sa jambe pliant aussitôt, il roula par\nterre....\n   Alors, ce fut comme un déchaînement de cris et de huées....\nL ’enfant, couché sur le dos, serrant toujours le chien contre lui,\nse débattait, essayant vainement de se relever.\n   — Hé, donnons-lui donc un coup de main!... — s’écria un jeune\ngars aux yeux louches, à l’expression mauvaise, et, se frayant un\nchemin à coups d’épaule, il saisit l’enfant par la jambe, et le\nbalançant au-dessus du parapet : “ Vie ou m ort ? „ demanda-t-il...\nUn seul cri s’élevant de toutes parts répondit : “A mort, à mort !„—\n   Un instant l’enfant tourbillonna dans l’air, puis un bruit sourd\nse fit entendre e t l’Arno qui venait d’entr’ouvrir sa robe verdâtre,\nla referma aussitôt donnant asile au déshérité que cette foule\nivre et stupide poursuivait de sa haine aveugle et cruelle.\n   Alors, comme si toute cette effervescence était tombée d’un\ncoup, mendiants et drôles, filles et gueux restèrent immobiles,\npressés sur le pont, scrutant anxieux la profondeur des eaux....\n   Là-bas, une masse noire glissait, rapide, laissant sur la rivière\nune traînée d’écume, pour disparaître soudain dans un creux\nsombre que présentait la muraille.\n                                 II.\n\n   Sur l’escalier de pierre qui conduit à la vieille masure, Piccolo,\nsauvé du naufrage, est assis et caresse son chien... Il songe à\nl’aventure de la veille et se demande pourquoi cette foule bruyante\nles a traqués de la sorte... Il attend que les heures les plus\nchaudes soient passées pour se rendre comme d’habitude sur la\nplace où se dresse la Campanile et là, seul, isolé parmi tout ce\n"}, {"page_pdf": 134, "page_imprimee": 105, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2186, "texte": "                                                                  105\n\n monde qui court aux affaires ou aux plaisirs, tendre la main dans\n l’espoir d’une aumône.\n    Mendier est pour lui chose naturelle : orphelin depuis sa nais­\n sance — sa mère étant morte en lui donnant le jour — incapable\n de fournir un travail quelconque, il n’a point d’autre ressource.\nAussi chaque après-midi le voit-on se traîner à travers le dédale\n des rues de la vieille cité toscane, éveillant la pitié des uns, la\nrépugnance des autres et récoltant souvent les sarcasmes, les\ninjures et les coups de tout ce que la ville contient de bas, de\nvicieux et de lâche....\n    Mais soudain un refrain jeune et joyeux a frappé son oreille.\nC’est là-haut sous les combles, derrière ces vieilles fenêtres à\nplombs étroits, Annetta, la jolie marchande de violettes. Cette\nvoix, Piccolo la connaît et tandis qu’il écoute, un sourire de\nbonheur éclaire son visage. Il la revoit, idéalisée, la belle enfant\naux regards si doux et si troublants, il se souvient de cette soirée\noù rentrant désespéré, sans un quattrino, harassé de fatigue,\nmourant de faim, il avait vu A nnetta lui apporter une part du\nsouper qu’elle avait préparé pour elle-même....\n   E t son cœur bat plus vite, et c’est presqu’en chantant qu’il\nramasse sa béquille et entreprend son pénible pèlerinage de\nchaque jour.\n                                 m.\n   L a foule passait se rendant aux vêpres et c’était plaisir de voir\nles jeunes florentines allant, les yeux baissés, sous l’escorte des\n duègnes, où les appelait la voix grave du bourdon de la cathédrale.\nLes couleurs éclatantes se mariaient au soleil en un chatoiement\nbizarre et les robes les plus simples, les plus modestes se cou­\nvraient de tons riches et somptueux. C’était un va-et-vient de\ngens de toutes classes, de toutes espèces; on parlait haut, on\nmarchait vite, on souriait en rougissant aux œillades....\n   E t Piccolo, immobile dans ce mouvement, indifférent à ce\nspectacle, sans même se demander pourquoi lui seul était là,\nrelégué, abandonné comme un paria de cette société animée,\nluxueuse et bruyante, regardait passer et repasser cette foule qui\nsouvent s’écartait de lui.\n"}, {"page_pdf": 135, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 995, "texte": "106\n\n   Mais soudain il tressaillit : là-bas au milieu de la place, une\npetite marchande de fleurs causait avec un jeune et beau soldat.\nAnnetta, car c’était bien elle, riait comme une folle aux discours\ndu jeune homme, puis tout à coup elle lui prit le bras et ils\ns’éloignèrent.\n   Piccolo, affreusement pâle, sentit deux grosses larmes rouler le\nlong de ses joues. Il venait seulement de comprendre et dans\nl’instant il se représentait toute sa laideur et sa difformité.\n\n   A la vesprée, un paysan s’éloignant de Florence passait près\nd’un étang bordé de quelques arbres lorsqu’il entendit un chien\nhurler sourdement. En s’avançant il vit pendu par le cou à une\nbranche, un pauvre enfant que le vent du soir balançait sur l’eau.\n   Le corps se reflétait dans l ’onde où quelques nénuphars\nouvraient encore leurs grands yeux étonnés tandis que d’autres\nclignaient déjà des paupières au soleil couchant.\n                                          F r it z   de   l ’A U L N A I E .\n\n\n\n\n        "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-006", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 106, "page_fin": 110, "titre_corps": "Les Femmes de lettres", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "René d’Y", "ancre_debut": "L E S F E M M E S DE L E T T R E S . P aris 20 Juillet.", "ancre_fin": "René D’Y.", "fin_page_complete": false, "fin_avant": "La Rivale", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 135, "page_imprimee": 106, "debut_caractere": 995, "fin_caractere_exclue": 1865, "texte": "L E S F E M M E S DE L E T T R E S .\n                          P aris 20 Juillet.\n                                                     A monsieur F. M.\n\n\n        O\n        nen a parlé beaucoup et on en parlera beaucoup encore,\n       pourquoi ? Pas au point de vue littéraire, certainement. Je\n      crois plutôt pouvoir, sans être téméraire, supposer que, si\nles chroniqueurs ont aimé de tout temps à discuter les mérites\ndes bas-bleus, c’est poussés par une curiosité instinctive et aussi\npar le plaisir que les mâles ont de tout temps éprouvé à parler\nfemmes. Parm i les biographes des petites Scudéry de toutes\nles époques, certains ont bien voulu reconnaître que la femme\npouvait parfois être artiste; d’autres, comme Barbey d’Aurevilly,\nse sont distingués par leur fureur mysogyne et ce ne sont pas les\nplus dédaignés. Peut-être est-ce l’amour de la femme qui est\n"}, {"page_pdf": 136, "page_imprimee": 107, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2315, "texte": "                                                                   107\n\nfemme et n’est que cela qui a poussé ces peu galants contempteurs\nde la gent plumitive à tournure à ridiculiser celles qui voulaient\nêtre plus ou moins que la nature les avait faites; ce ne serait alors\nque demi-mal, et si je ne savais pas M. d’Aurevilly si modeste, je\ndirais que l’auteur de Brummel n’a pas eu trop à se plaindre de\nson bruyant antagonisme contre la partie de nous la plus agréable\nquand elle veut bien n ’en être pas la plus insipide.\n   Au reste, les fureurs des uns et les ricanements des autres\nn’ont pas empêché et n ’empêcheront jamais la femme de tacher\nses doigts d’encre. L a plume a parfois pour elle d’impérieuses\nséductions. Je connais des gens que cette manie écœure.\n   Donc les femmes de lettres existent encore et il est à croire\nqu’il y en aura toujours. L ’E ternel en confiant à nos bons soins\nune chose- parfois jolie et qui est généralement sensée l’être,\nsemble avoir pris à plaisir de nous faire payer en monnaie très\nprécieuse les courts instants de délices qu’elle nous procure, et ce\nsont les cuisinières qui servent de palliatif aux écriveuses. Toute\nmédaille a son revers; l’endroit ici est particulièrement délectable,\npour certains l’envers a des charmes ; en fait de goûts point de\ndisputes : et si je hausse les épaules quand je vois quelque malin\nqui se prétend raffiné savourer avec des airs d’aise un roman\nécrit sur un guéridon, c’est avec une envie de rire plutôt qu’avec\nune envie de me fâcher.\n   Notre siècle a vu s’épanouir pas mal de gloires corsetées; en\nfaire l’historique serait trop long, et je serais certainement fort\nembarrassé de juger au point de vue anecdotique des œuvres\n — œuvres si l’on veut — dont je n’ai pas eu l’heur de voir l’arti­\nsan. Je prends la femme de nos jours, et constate avec une terreur\nprofonde que la manie d’écrire s’introduit avec un entrain déses­\npérant dans les chambres à coucher de nos amies. C’est une ava­\nlanche de prose poudrederizée, de vers qui puent la confection et\nlarmoyent avec effort, quand ce ne sont pas de petites cochonne­\nries à l’usage des vieux messieurs pour qui la main des femmes a\ntoujours de pervers attraits. Si c’est banal on dit : Elle débute;\nsi c’est malpropre on dit : Elle était catin, et voir une catin écrire,\n"}, {"page_pdf": 137, "page_imprimee": 108, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2213, "texte": " 108\n\n  c’est drôle, le propre du métier étant de se montrer nulle; si c’est\n  sérieux grotesquement on dit : Elle se trompe peut-être, mais le\n  livre dénote chez une femme une profondeur d’esprit peu com­\n  mune, de sorte que, par une suite de fort naïves déductions, on\n  en arrive à se servir de l’infériorité évidente de la femme pour\n  la déclarer supérieure à l’homme.\n     E t c’est ce qui me fâche un peu à la fin. Prenez le gratin de\n  tout ce qui griffonne en jupon, ici, elles sont sept — les sept\n  plaies d’Egypte, — qui ont à peu près autant d’esprit qu’un\n  reporter, je ne les nomme pas pour ne pas faire une réclame\n même menue à l’écoulement de leurs produits. Mais les sept sont\n faciles à trouver, et la galanterie coûtant peu de chose à ma\n franchise me fait sans effort garder le silence. Il y en a quatre\n qui sont vieilles, deux jeunes, et une, pas la moins drôle, qui\n n’est ni vieille ni jeune, ni rien du tout. A elles sept, elles rem­\n plissent les gazettes de leurs prouesses littéraires; pas de mois\n qu’elles n ’éjaculent quelque nouveau livre ou quelque brochure,\n pondant leurs ouvrages avec la sérénité de poules qui savent que\n le cocorico de leur coq ne leur manquera pas. Les coqs — oh ! au\n figuré — sont les chroniqueurs à l’âme chevaleresque et quelque­\n fois aussi les éditeurs qui les paient. Cet alphonsisme littéraire\n s’affiche avec une gaucherie impudente et un cynisme qui est de\nla bêtise; l’indulgence affectée des rédacteurs d’annonces deve­\nnant à la longue une protection reconnue, on en vient à se\ndemander pour quel motif ces femmes qui, quoique écrivains,\npeuvent être honnêtes et le sont, je le crois, acceptent de pareils\nservices. Il vient à l’esprit des gens malintentionnés ou même des\nindifférents instruits par hasard de ces bizarres compromis,\nqu’une femme écrivain, portée de par son état à avoir besoin de\ntout le monde, n ’abuse de quelques privilégiés que parce qu’il lui\nest très facile de lui payer son travail et ses ennuis. Supposition\npurement gratuite et fausse, c’est évident, mais qui prouve sura­\nbondamment que par la passion écrivassière la femme en arrive\nforcément à perdre la notion exacte de ce qui est et peut la com­\npromettre.\n"}, {"page_pdf": 138, "page_imprimee": 109, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2362, "texte": "                                                                   109\n\n    L a passion des lettres démoralise la femme, ce qui m’est égal;\n elle l’abêtit et l’enlaidit, ce qui m’importe beaucoup. Tout ce qui\n est féminin en elle disparaît à la longue ; à force de s’user les\n coudes sur les tables, les coudes se percent et la peau se ternit, les\n yeux se gonflent, les joues pâlissent et se rident, la voix se casse\n et les seins s’avachissent, débarrassés nécessairement de l’étreinte\n du corset aux heures longues du travail. E n le perpétuel contact\n des hommes, nos amies se fripent comme un satin sur lequel un\n goujat se serait vautré; non contentes d’y perdre leurs charmes\n physiques, elles y laissent les seules qualités de sensibilité exquise\n qui les distinguent de l’animalité jouisseuse; entrées dans le taber­\n nacle duvetées comme de belles pêches, elles en sortent rancies,\n noircies comme des poires d’hiver, — des poires tapées. Une vieil­\n lesse prématurée les courbe ; la vieillesse des sens et la vieillesse\n du cœur accompagnent la décrépitude morale ; frottées au rude\n contact de la lutte artistique, elles en reviennent meurtries et\npresque toujours, chose bizarre, plus enragées. Elles ont pris les\n défauts des mâles, elles conservent les travers de la femelle.\nR ésultat prévu que cet androgynat. Qu’on en prenne cent, qu’on\n en prenne mille, elles en arrivent toutes à ce hideux résultat, et\ncependant le nombre des dévoyées augmente sans cesse, et elles\nécrivent, les malheureuses, souvent pour écrire. D ’aucunes cepen­\ndant y puisent des ressources nécessaires ; elles en vivent et ne\npeuvent vivre que de cela, disent-elles. J e les plains bien sincère­\nment, car la vie qu’on est convenu d’appeler la vie artiste, cette\nexistence affreuse, tuante et salissante qui se traîne dans les\nbureaux noirs des rédactions et dans les officines des éditeurs,\ndoit leur infliger à chaque instant de bien dures souffrances, doit\nles m artyriser et les amoindrir. J ’ai pour celles-là de la commisé­\nration, non de la rage, car il leur faut oublier bien des suscepti­\nbilités, cacher bien des effarouchements, si elles sont pures, et\nbien des colères.\n   Pour me résumer, la femme n’est point faite pour le combat\nacharné des lettres, entre hommes. Il y a des malpropretés de\ncuisine, des outrances de paroles, des excentricités de vie en\n"}, {"page_pdf": 139, "page_imprimee": 110, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 936, "texte": "110\n\ndessous qu’elle ne doit point connaître et qu’on ne peut lui cacher\nsi elle vient à se mêler à la bande des pondeurs de prose ; elle doit\nêtre exclue des lettres par nécessité. Car, de deux choses l’une,\nou elle est mariée, mère de famille et se doit aux siens de ne point\ns’exhiber comme une chose curieuse, de ne point laisser voir le\ntréfond de ses pensées, de ne point donner les vibrations de son\nêtre au premier venu ; ou bien elle est libre et seule et la difficulté\nprimitive se double de l’impossibilité absolue de sortir saine du\ncoudoiement interlope d’un milieu complexe.\n   E t pour l’une comme pour l’autre, à cette considération\nfondamentale, irrécusable, viennent s’en ajouter des tas d’autres,\nspirituelles et impertinentes, mais probantes que je crois avoir\nsuffisamment indiquées pour ne point être obligé d’y revenir\n— par galanterie, toujours.                            R en é D’Y.\n\n\n\n                        "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-007", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 110, "page_fin": 112, "titre_corps": "La Rivale", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "LA R IV A L E . 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L a chair passionnément pâle et saturée de fluide\nérotique recélait une puissance quasi démoniaque. Béatrice\npalpitait d’une rare et menaçante animalité, aussi femme qu’il est\npossible de l ’être, c’est-à-dire perverse au délire, cachant Sodome\net Ninive dans le moindre pli ambré de sa chair blanche et les\nruses de Satan sous les oripeaux de la niaiserie sentimentale.\n   E t ce soir, elle me possédait plus que jamais, jusqu’aux moelles,\nsans qu’une seule onde de sa robe sombre et vermeille se fut\nencore dérangée pour le plaisir.\n   Mais cette maîtresse invulnérée jusqu’alors et à qui je ne\nconnaissais pas d’ennemie capable de desserrer seulement l’étreinte\nde ses bras, Béatrice avait une rivale et ne tarda pas à la sentir.\n   Au cours de ses dissolvantes caresses, le soleil était couché\nrefermant, sur le ponent écarlate, des voiles de crépuscule, puis\ndes rideaux de nuit. Dans la plaine défilèrent les rustres, amants\ndes glèbes, brisés de ru t et muets, les femmes orgueilleuses et\nsereines sous les gerbes glanées, les chevaux et les bœufs traînant\nd’un pas grave les chariots aux essieux criards, les enfants épar ­\nsemés au bord des champs ou pendus aux mamelles des mères, et\ncette foule s’en allait et regagnait les villages proches avec une\ngrandeur primitive et biblique.\n   E t quand l’ombre fut close, par l’espace hanté des mélancolies\ncrépusculaires, une plainte courut, grossie en rumeur, magnifiée\nen hymne et la terre frémit. Les ormes, les saules, les frênes, les\nhêtres et les chênes agitèrent leurs chevelures, les moissons heur­\ntèrent leurs surfaces ondulées en vagues, moirées en tapis\nfastueux. E t ce fut un tu tti grandiose accordant le soupir des\ngrands marais, le friselis des sources, la clameur des hautes\nfeuillées, la chanson des bosquets, le roulis des blés et d’autres\nvoix pleines d’infini, d’autres voix pleines de mystère.\n"}, {"page_pdf": 141, "page_imprimee": 112, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 888, "texte": "112\n\n    Je m’étais dressé, repoussant du geste Béatrice qui restait\n étendue sur le sol, souriante et moqueuse, et j ’écoutais, le front\n haut, haletant, dans l’extase.\n   E t les voix me semblèrent chanter : “ homme, mon fils, je suis\nla mère et l’amante, je suis la Nature, couche-toi dans la plaine à\nl’ombre de mes mamelles comme un nouveau-né, endors-toi sur\nmes lèvres comme un amant. „ E t je crus la voir étalant sous les\nétoiles naissantes son immense et fauve nudité, les bras ouverts\npour l’étreinte, glorifiée des bois, des moissons et des prés....\n   Puis la nuit se fit dans la plaine et les voix se turent.\n   Béatrice, la femme, me reconquit avec un sourire d’orgueil\nmais un instant je m’étais évadé de son charme au spectacle de ce\nsoir magique plus doux que toutes les voluptés de l’amour — mais\nsi court !\n   E t la Femme triompha de la Nature.\n\n\n                    "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-008", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 112, "page_fin": 113, "titre_corps": "Chant de cor", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fernand Severin", "ancre_debut": "CHA NT DE COR. 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FERNAND       SEVERIN.\n\n\n\n\n                 "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-009", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 113, "page_fin": 118, "titre_corps": "Fée Papillonne !", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Albert Mockel", "ancre_debut": "FÉE PAPILLONNE ! 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Je courus au soleil ce jour-là comme un enfant court à la\nvie, sans savoir, pour apprendre ce qu’elle contient et deviner ce\nqu’elle promet. Le soleil me lança un splendide sourire et nous\npartîmes ensemble en promenade par les bois, à l’aventure.\n                                                                8\n"}, {"page_pdf": 143, "page_imprimee": 114, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2103, "texte": "114\n\n                                  II\n   Je marchais dans l’étincellement de gemmes d’une fraîche\nmatinée d’été, parmi les larmes de rosée et les soupirs de brise\nque répandent les taillis frustes et rudes dans la mollesse pâmée\ndu réveil. Les arbres dont la force n ’avait pas encore décru, mon­\ntraient des airs solides de braves guerriers, sous leur cuirasse\nhumide où ruisselaient les reflets de lumière; et d’autres, chenus,\nmoussus, barbus de parasites, semblaient l’antique et mélancoli­\nsante génération des premiers nés contemplant, l’œil voilé par la\ntristesse d’une ombre, la grande forêt envahie par les jeunes. Ils\navaient, ces jeunes, des mines de combat, une moustache de fron­\ndaisons hostiles, les regards pointus comme des épées, avec des\nallures redressées de bravaches et des gestes de branches qui\nleur donnaient une attitude crâne d’arbres bien découplés.\n   E t là dessus le grand Soleil, l’ancêtre de tous, laissait planer la\ndouceur chaude de son regard indulgent.\n   Des mousses étincelaient en un fourmillement d’étoiles humides,\net mes pieds froissaient avec peine ce firmament de rosée, comme\nsi de petites âmes eussent palpité sous ces brins mignons de matière\nanimée; comme si, du grand cœur de la mère Nature, des pléiades\nde petits cœurs fussent nés pour se loger dans les yeux de perles\nqui brillent sur les herbes et dans les chevelures céruléennes qui\nappendent aux ramures dentelées.\n   E t soudain, comme cette pensée m’était venue que j ’écrasais\ndes vies, que je blessais des âmes, que je torturais des cœurs\nsaignant de cuisantes douleurs, il me sembla que de la Forêt\ntout entière une voix s’élevait, avec un souffle de vent tiède et\nparfumé, pour me chuchoter en un accord de mille petits cris\nconfus :\n   “ Oui nous vivons, oui nous sentons, oui nous pensons ! E t nous\nsommes vies, cœurs et âmes, car nous sommes matière : et la\nmatière anime la matière par la Force qui vibre en elle. „\n                                  III\n  Alors, de partout surgirent des silhouettes parlantes de vieux\narbres bavards qui me contaient l’histoire ancienne; de jeunes\n"}, {"page_pdf": 144, "page_imprimee": 115, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2197, "texte": "                                                                  115\n\nplantes coquettes, glorieuses dans un éblouissement de pétales et\nqui voulaient m ’intéresser à leur sort; des mousses insinuantes\nqui cherchaient à me retenir par les pieds.\n   E t les plantes fleuries disaient :\n   “ Viens promener ta solitude parmi nous, seules nous saurons\ncharmer la détresse spleenétique qui ronge ton existence. Nous\navons les effluves capiteux qui donnent l’oubli, ceux qui inspirent\nla foi dans l’énigme de l’A-Venir.\n   Viens, nous sommes les félicités immortelles, les délices qui\nbrisent les muscles dans l ’infinie mollesse de la Volupté, les désirs\nqui mordent la chair et la lèchent avec des langues de feu, les\nyeux troublés longuement reposés sur les yeux après les extases\ndes sens ; nous sommes la vie active, la vie bouillonnante, viens !\nnous sommes le bonheur, viens, viens, nous sommes les joies\npaïennes, nous sommes le Soleil ! „\n   Mais le Soleil m ontra brutalement sa face irritée de Dieu dont\non profane le nom. Ses yeux indignés lancèrent de radieux éclairs\noù s’échevelaient des flammes cuisantes de mépris. E t ces dards\natteignirent les fleurs pauvrettes qui pâlirent soudain de douleur,\npuis rougirent de honte et enfin jaunirent, fanées, dans la révolte\nde leurs membres ardés et desséchés par une puissance infran­\ngible. Je remerciai le Soleil de m ’avoir délivré des fées perverses.\nD’autres me tendirent les bras : les petites mousses, humbles et\ndiscrètes sous l’égide des hautes plantes.\n                                 IV\n  Des envolées d’appels suppliants s’élevèrent de la terre verdie\net les voix des odeurs silvaines du thym et du serpolet entre­\nlaçaient leurs paroles en cris âpres et désespérés. Les yeux de\nchat ingénus et parleurs que la rosée égrène sur le sol, ces yeux\nsemblables à des pierres précieuses enchâssées dans l’agathe\nresplendissaient sur le gazon dans un miroitement splendide.\n   E t ces regards de l’herbe me lançaient des œillades naïves,\ndes instances enfiévrées, mais inconscientes dans leur tyrannie.\n   “ Viens ! priaient les mousses, viens, couche-toi parmi nous et\nreste ici, garde-nous pour toi. Nous t’aimons, nous te parfumerons\n"}, {"page_pdf": 145, "page_imprimee": 116, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2147, "texte": " 116\n\n d’essences forestières et de senteurs rafraîchissantes. Nos\n prunelles de rosée — car la rosée est la vue des mousses —\n n’auront pour toi que des regards voilés de tendresse. Reste, nous\n t ’aimons ! Reste pour nous protéger contre les plantes mal inten­\n tionnées, nos voisines.\n     Elles nous veulent du mal parce qu’elles nous savent pures, et\n pour nous m ettre à l’abri de leurs machinations perverses nous\n avons dû nous placer à l’ombre de cette haute fougère immobile :\n c’est notre abri. Mais il nous condamne à une vie casanière ; reste-\n nous, avec toi nous serons libres et toutes les petites âmes que la\nN ature a faites en nous, toutes ces petites âmes feront un cortège\n de sympathies ailées autour de ton âme à toi ; et nous garderons\nton corps si ton esprit divague. Vois, ne sommes-nous pas assez\nbelles pour cet office, nous les chastes, nous les candides, les\nnon souillées, ingénues au cœur tissu d’or, nous, chrétiennes,\ndont les pensers même ont la limpidité bleue du lapis lazuli. „\n    Mais le Soleil veillait, l’ami Soleil ! Il cacha sa large face\nderrière la cîme opaque d’un noyer et l’ombre se fit. Aussitôt\nmousses perdirent regards, éclat, parfums : et je laissai les\ningénues avec leur charme faux de toilette empruntée et la noire eur\ncachée — peut-être non-voulue — de leurs triomphants cœurs de\nvierges.\n    E t les fleurs impures n’osaient plus m’attarder en appels con­\nvulsifs, et l’étreinte humide des herbes avait molli sous mes pas.\nJ ’arrivai bien vite à la lisière de la Forêt.\n                                 V\n   Dans l’ensoleillement de joie brûlante qui bouillonnait par les\n champs, surgit la masse rose d’un énorme jardin. Des assemblées\n piaillantes d’oiseaux chanteurs, perchés dans les arbres en un\n chœur bruyant de gazouillis, lançaient du haut des épaisses\nramées un concert vague où trillaient par échappées des soli\négosillés. Une vapeur de parfums s’élevait de l’étendue fleurie du\njardin, et aussi des ondes attiédies d’air caressant qui se bouscu­\nlaient par moments jusqu’à l’orée du bois. Au loin, parmi les flots\nde tendre verdure qu’apportaient les feuilles printannières,\n"}, {"page_pdf": 146, "page_imprimee": 117, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2158, "texte": "                                                                   117\n\n  s’amoncelait vers le ciel l’énorme écroulement d’un temple\n  antique. Ce temple, jadis édifice imposant, se voyait aujourd’hui\n  débordé, bouleversé par la puissante poussée des nouvelles géné­\n  rations de plantes. Autrefois IL les avait maintenues hautainement\n  sous son ombre, m aintenant ELLES l’ombragaient. E t la vieille\n  carcasse du temple, — ancien colosse, — n ’était plus qu’une ruine\n  bizarre et vacillante d’où se détachaient sans cesse des pierres\n vermoulues tombant en poussière sur le sol. Doucement j ’avançai,\n  à petits pas d’oseur indiscret, et pénétrai dans le jardin.\n     J ’entrevis sous un effeuillement très doux de pétales que\n laissaient palpiter au soleil un groupe de roses-thé, marchant avec\n de gentils bonds de caprice juvénile, j ’entrevis l’élégance d’un\n corps divin de femme. Oui j ’entrevis, effleurée par l’ombre d’un\n nuagelet, perdue dans les effluves des subtiles haleines évaporées\n des fleurs, j ’entrevis la fée Papillonne papillonnant sous les roses-\n thé.\n    Elle dirigea vers moi ses pas mignons ; et ses pas, la vue de ses\n pieds minuscules sautillant dans l’air sans froisser les parfums, sa\n vue chassait bien loin le souvenir des fleurs perverses et des herbes\n ingénues.\n    Elle parla.\n    “ Viens courir dans ce jardin, dit-elle, il est peuplé de souvenirs\n vibrants et d’étincelantes promesses. C’est ici que gît l’oubli des\n malheurs sans que la douleur du m atin rallume les blessures\n qu’avaient éteintes les joies de la nuit; c’est ici que circule le\nplaisir dans les tièdes ondulations de la brise.\n    Comme moi, je le sais, tu veux du neuf, du non-vu, de l’autre-\nchose. Cheminons de compagnie ; ton caprice vaut ma papillon ­\nnerie. „\n    — “ f ée Papillonne, tu es légère et tu es suave ! et comme si\nton désir changeait le cours des choses, tu sais acquérir la force\npaysanne ou devenir gracilement transparente et pâle, délicate de\nnervosité comme les roses-thé qu’effeuillent tes doigts rêveurs.\n    Oh que tu es loin de la frigide Raison ! que tes bonds de cabri\nfont basculer le Prévu, le Deviné, l’Arrangé !\n"}, {"page_pdf": 147, "page_imprimee": 118, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1374, "texte": "118\n\n   Fée Papillonne, je t ’aime! Tu as la spontanéité enfantine et\ngamine qui subjugue mes adorations; et tes caprices sont mes\ndominateurs. Tu trottines ou tu galopes au hasard par les sentiers\nde la fantaisie, à la chance de l’aventure, et tes désirs sont vagues\ncomme le souvenir des êtres disparus. Tu as l’a ttrait énigma­\ntique du non-connu, le charme de l’imprévu et la fluidité trompeuse\ndes nuances chatoyantes. Fée variable à toi mes élancements de\npassion, en attendant que passe le prochain P e u t - E t r e . „\n   Mais Papillonne déjà fuyait à sauts rapides et mignonnets. Elle\nme lançait des baisers en tournant la tête et de ses lèvres sem­\nblaient s’envoler des fleurs dans un nuage de pétales soyeux.\n   “ Adieu, adieu, cria-t-elle. Je ne puis m ’arrêter, je ne puis! „\n   Elle s’effaça dans le retrait d ’un massif d’arbres et de nouveau,\n— dans le très loin, vague, là-bas, au bout du jardin, —j ’entrevis,\neffleurée par l’ombre d’un nuagelet, radieusement chevelue de\nlumière, sous un effeuillement très doux de parfums qui palpitaient\n au soleil, j ’entrevis la Fée Papillonne papillonnant sous les roses-\nthé.\n   E t je partis, promenant mon caprice vers un nouvel Ailleurs,\ntandis que mon ami le grand Soleil regardait, regardait avec de\ngros yeux d’or satisfaits.\n                                            Albert M OCKEL.\n\n\n\n\n                  "}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-010", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 118, "page_fin": 126, "titre_corps": "Louis Lacombe", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "Fritz Ell", "ancre_debut": "LOUIS LACOMBE. 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Qu’ils soient admirés et glorifiés, ou\nbien attaqués et conspués, du moins ils surnagent, du moins ils\n"}, {"page_pdf": 148, "page_imprimee": 119, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2215, "texte": "                                                                          119\n\ndominent superbement la foule. Ils ont les encensements\npuissants qui élèvent ou l’ardente lutte, qui vivifie ; en un mot ils\nvivent; Voltaire, Hugo, Wagner, ont été de ces heureux!... Il en\nest d’autres qui passent inaperçus, coudoyés par la cohue\ncontemporaine, bêtement étouffés dans la foule : Ceux-là n ’ont\njamais connu les bravos enthousiastes. Ils n ’ont guère d’ennemis,\nguère de détracteurs, pour leur faire un piédestal de leurs sar­\ncasmes, de leurs attaques haineuses et viles. Ils n’ont qu’un petit\ncercle d’admirateurs fervents, qui les apprécient, qui les adorent\nde toute la force de leurs âmes d’élite — mais pieusement, silen­\ncieusement, sans éclats. — E t pauvres, ils meurent, et tristes, et\ndégoûtés de la vie et du monde qui les empêche de saillir. Tels\nfurent Bizet, Flaubert et tant d’autres. Tel aussi est mort Louis\nLacombe.\n   L a gloire, à présent qu’il n ’est plus, auréole enfin ses œuvres. —\nOn commence à le connaître ; on l’apprécie, on l’acclame. — On\ns’étonne de cette indifférence de tombe, qui assombrit sa vie, on\nle discute enfin, on le nie, la sanction de tout talent. Mais cette\nréparation artistique vient trop tard. L ’artiste est mort, mort de\nchagrin, d’ennui de vivre ; et sa veuve seule, sa noble et chère\nfemme, jouira de ses succès.\n                                     *\n                                   * *\n   Louis Lacombe (*) est né à Bourges en 1818. A sept ans, après\ndeux années d’études au piano, il obtint un grand succès dans un\nconcert donné au bénéfice des inondés de Salins. Les applaudisse­\nments, les félicitations qu’on lui prodigua, décident ses parents\nà l’emmener à Paris, où bientôt, à l’âge de 10 ans, il entre au\nConservatoire, dans la classe de Laurent. Trois ans plus tard, on\n1831, il en sortait avec le premier prix de piano. L a famille tout\nentière quitta alors Paris et la France, pour aller donner des\nconcerts à l’étranger. E t là, d’après les conseils des meilleurs\nmusiciens du temps, le jeune pianiste perfectionna son instruction\n\n   (1) Voir l'excellente petite brochure de M. Bourdin : La Musique et les Mu­\nsiciens. Louis Lacombe, P aris, 1882.\n"}, {"page_pdf": 149, "page_imprimee": 120, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2156, "texte": "120\n\nmusicale, apprit la composition, tout en obtenant comme virtuose\nle succès le plus éclatant. Ce fut avec cette réputation brillante\nqu’il regagna Paris, en 1839, et “ alors, se croyant apte à quelque\n„ chose de plus qu’à bien jouer du piano, il ne tarda pas à\n „ s’adonner complètement à la haute composition. „\n    Ses débuts furent très heureux. Manfred, son premier poème\n symphonique, obtint en 1847, dans la salle du Conservatoire, un\n succès unanime. A cette œuvre succédèrent : Le Trio célèbre en\n ré mineur (op. 42), pour piano, violon et violoncelle; cette jolie\n série d’études pour le piano : Les Harmonies de la nature, vrais\n bijoux de finesse, de grâce ou de force, et où déjà se révèlent\n clairement ses tendances rénovatrices. Déjà avaient paru : L a\n Sonate fantastique (op. 1) ; les Adieux à la patrie (op. 2) ; La valse\n artistique (op. 3); Les grandes études (op. 19), toujours célèbres.\n E t la superjolie fantaisie L ’Ondine et le Pêcheur, un de ses\n chefs-d’œuvre.\n    Vers 1850, et presque simultanément, le conservatoire jouait\n Arva, le second des poèmes symphoniques . L a Société Ste-Cécile\n exécutait les fragments d’une Épopée lyrique ; les Orphéonistes,\n réunis au Palais de l ’Industrie, chantaient Cimbres et Teutons\n (op. 63), avec un succès qui contre-balançait le fameux septuor\n des Huguenots, exécuté le même jour, et dans les mêmes condi­\n tions, sous la direction — je crois — de Berlioz.\n    Ce fut son dernier succès.\n    En effet, la “ Madone „ opéra représenté au Théâtre lyrique en\njanvier 1861, n ’obtint pas le succès qu’il m éritait; et comme si\n cette amertume n’eut pas suffi pour accabler l’âme sensible de\n l’ar tiste, il fallut qu’un deuil terrible — la mort de sa mère —vînt\n le frapper à cette époque.\n    L a douleur aiguë que lui causa cette perte, l’éloigna du monde\n  pendant sept longues années. Or, — comme le dit si bien M. E.\n Bourdin — “ Or, Paris a la mémoire courte; sept ans, pour lui,\n équivalent a sept siècles.... Quand Lacombe se représenta dans le\n monde artistique, on' s’étonna de le revoir. Qu’était-il devenu,\n n’était-il pas mort ? „ .... Le malheureux ne rencontra partout\n"}, {"page_pdf": 150, "page_imprimee": 121, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1974, "texte": "                                                                  121\n\nqu’oubli et qu’indifférence. Cependant, il rapportait des chefs-\nd’œuvre: “ Sapho, „ le meilleur de ses trois poèmes symphoniques,\n— 3 opéras (La Reine des Eaux-W inkelried), et cette incompa­\nrable série de “ Lieder „ écrits pour la plupart sur des poésies de\nVictor Hugo “ L a Chanson du Fou (55) :\n                               Au soleil couchant\n                                Toi qui vas cherchant\n                                    F ortune.......\n\n L 'Attente, la Ville prise, les Nuits de Juin, Clair de Lune,\nGuitare :\n                     » Le vent qui passe à travers la m ontagne\n                               Me rendra fou ! »\n\n  “ Si vous n’avez rien à me dire, „ Vieille chanson du jeune temps,\netc., etc.\n  Ajoutons à cette énumération — déjà longue — , la liste\ndes productions qu’il édita plus tard, et qui n’eurent guère plus\nde succès que les précédentes.\n   Les Sonnets. Les Fables de la Fontaine (écrites spécialement\npour sa jeune femme) : les Légendes antiques. Les Ouvertures à\ngrand orchestre. Des Chœurs pour Orphéons. — Un total de 88\nœuvres, dont pas une seule n ’est mauvaise, dont quelques-unes, à\npeine—sont médiocres. — Que voulez-vous ! “ C’est surtout (*)\n„ en matière musicale que la critique fait et défait les réputations :\n„ la critique musicale est composée des fruits secs des conserva ­\n  toires, lesquels ont établi des relations amicales aux jours\n„ d’études communes; là, on se donne facilement le mot, et il est\n„ décerné à chacun un laisser passer pour la gloire, ou un refus\n„ absolu d’y prétendre         Gounod peut entasser Cinq Mars\n„ sur Polyeucte, et Polyeucte sur Zamora, c’est-à-dire chute sur\n„ chute, l’opéra lui sera longtemps encore accessible, moins parce\n„ qu’il a écrit Faust — qui est sinon un chef-d’œ uvre, du moins\n„ une œuvre maîtresse —, que parce qu’il tient la presse par ses\n„ nombreux camarades et amis. „\n\n  (*) E . Bourdin.\n"}, {"page_pdf": 151, "page_imprimee": 122, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2193, "texte": "122\n\n   E t comme pour donner une démonstration bien évidente à ces\nparoles vraies et justes, ne venons-nous pas de voir — à propos\nde l’incident Lohengrin, tous ces rapins de la musique prostituer\nleur plume — qui devrait être la sanction de l’art — jusqu’à se\nfaire les complices de la haine bête et sotte d’un bas-bleu !\nVoilà la petite critique musicale. Elle est à la merci de toutes les\npuissances du jour; elle sert toutes les rancunes, toutes les\njalousies; elle s’encanaille à aboyer aux talons du génie, pourvu\nqu’on lui jette quelques vieux os.\n                                   *\n                                  **\n   Louis Lacombe, dont le long exil avait affaibli, sinon détruit,\nles relations d’autrefois, fut à peine reconnu lorsqu’il rentra dans\nl’arène musicale. Vainement il essaya de saillir de nouveau.\nL ’attention était ailleurs. Ce fut presque obscurément qu’il vécut\ndurant les années qui suivirent ; courageux cependant ! souriant\nde son sourire de brave homme, et cachant au fond de son cœur\ncette âpre souffrance que suscitaient dans son âme d’élite, le\ndédain et l’oubli.\n   M. Zacharie Astruc, dans l’admirable allocution qu’il a pro­\nnoncée sur la tombe du grand musicien, disait :\n   “ Dialogues d’âmes, gazouillements d’oiseaux un peu sauvages,\ncantilènes de bergers, cris d’hommes d’armes assemblés pour\nfêter la gloire ou quelque ivresse patriotique: ce fut là son génie,à\nce rêveur si doux, si fort, à cet exilé de Paris, qui, ayant tout pour\néblouir, vivait avec les sentiments d’un enfant, avec l’allure d’un\nsage dans nos époques tourmentées. Il ne poussait personne du\ncoude, se contentant de sourire, quelquefois de pleurer, car il\nétait tout âme : exquise tendresse, aimable indulgence : un ami\nvéritable, pour dire d’un mot ses vertus ; heureux des gloires\nmême rivales ; ne jalousant personne, parce qu’il sentait qu’il\navait assez de fruits à son arbre. Son foyer, sa chère et noble\nfemme, la compagne dévouée de son existence militante, son plus\nferme soutien dans les épreuves supportées : Voilà la vie de son\ncœur. D ’autres ont retenti davantage ; il resta beaucoup isolé,\nméconnu : ce fut sa souffrance. Je ne dirai pas qu’il en est mort ;\n"}, {"page_pdf": 152, "page_imprimee": 123, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 2211, "texte": "                                                                   123\n\nmais le chagrin silencieusement dévoré n’a pas peu contribué au\ndernier soupir      „\n   “ Il me disait souvent : ceux qui m’aiment, quand je ne serai\nplus, se souviendront de mes efforts pour faire le bien,'pour\narriver au vrai, pour laisser l’impression du beau. „\n   Nobles et belles paroles, et qui honorent l’homme autant que\nl’artiste! C’était du reste,’ comme on l’a vu,’ un caractère doux t\nsensible, confiant. E t ce fut dans l’essence même de ses qualités\nqu’il puisa les consolations dont il avait besoin, comme aussi dans\nl’amour profond, admirable, qu’il éprouva pour sa femme, et dont\nil nous a laissé l’histoire —- toute simple et touchante, dans un\nunique volume de poésies que nous avons sous les yeux. —\n   Le livre de M. Lacombe est une œuvre posthume.\n   “ Ces différentes pièces m’ont été offertes par mon mari, avant\net après notre union, „ — nous dit Mme Lacombe, l’admirable\ncantatrice connue jadis sous le nom d’Andréa F avel, dans la\npréface du volume. — “ Il ne les a pas revues ; elles n ’étaient pas\ndestinées à être connues; mais je me sens bien fatiguée. Après\nmoi, que deviendront-elles ? Je ne veux pas qu’elles périssent „\n   E t plus loin.\n   “ Ce ne sera pas sans profit, peut-être, qu’on lira ce livre où il a\népanché son cœur. Le spectacle de ses vertus purifiait ceux qui\ncôtoyaient sa vie, et donnait du courage aux déshérités comme\nlui. Après sa mort, il sera encore un exemple. „\n   Le Dernier Amour a dû être pour tous ceux qui l’ont lu, une\n véritable révélation. L à où l’on s’attendait à trouver quelques\nvers d’amateur, on rencontre des pièces d’une vérité saisissante,\n d’un charme sans pareil. Le livre tout entier est d’un vrai poète.\n Poète par l’esprit, qui est élevé, par l’intelligence, qui se révèle\n vive et superbe, par les sentiments délicieux de délicatesse et\n d’émotion ; poète encore par la manière, qui est neuve, souvent\n originale, quoique très arrêtée. L ’auteur manie le vers français de\n main de maître. Sa prosodie est toujours correcte, toujours\n sévère, même dans le genre essentiellement léger. Pour la\n forme, une préoccupation un peu obsédante, parfois de Ronsard,\n"}, {"page_pdf": 153, "page_imprimee": 124, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1851, "texte": "124\n\ndans certains cas, de Hugo dans d’autres. Légers archaïsmes\nheureux toujours d’expression et de pensée. Antithèses hardies,\nhauteur de vues, qui font penser au grand lyrique.\n   Toujours soi-même, cependant. Pas d’imitation ; une légère\nteinte, un parfum ténu ; c’est tout.\n   Le livre pourrait se diviser en trois parties. Dans la première,\nnous rangerions les poésies que Lacombe offrit à Andréa Favel\navant son mariage. Le Retour inespéré, d’abord, les deux Confi­\ndences, deux bijoux de grâce et de délicatesse. A une maison, la\nPromenade, le Billet, le Conseil enfin, où je pointe ces vers\nmagnifiques :\n                    La Société vile attaque\n                    Tout ce qu’elle ne comprend pas.\n                   Hélas ! du seuil de son cloaque\n                   Elle étend sur nous son compas.\n\n                    I 1 lui faut quelque chose à tordre\n                    Dans ses serres, entre ses dents ;\n                    I 1 lui faut le génie à m ordre,\n                    Il lui faut des rires stridents.\n\n   Je voudrais citer le recueil tout entier, ta n t il est difficile de\nfaire un choix parmi ces pièces d’égale valeur. Mais il me faut\nforcément sauter quelques feuillets pour en arriver au Désir\nInsatiable, morceau vraiment supérieur, mais où l’influence de\nVictor Hugo s’est fait sentir un peu trop clairement peut-être.\n  L ’invitation, et les pièces qui suivent, nous ramènent au genre\nléger, celui de Ronsard:\n                    Sais-tu ? L’aurore se pose\n                            T oute rose\n                   S ur la crête des grands m onts ;\n                   Le papillon ému vole\n                   Tourne autour d’une corolle\n                   E t lui dit bien bas : Aimons.\n\n  Le 30 novembre 1870 a une allure plus triste, provoquée du\nreste par les malheurs de la France, dont le poète parlera plu­\n"}, {"page_pdf": 154, "page_imprimee": 125, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1919, "texte": "                                                                 125\n\nsieurs fois encore dans le courant du livre. Certaines strophes de\nce morceau sont absolument parfaites :\n                   Pour la seconde fois ta fête,\n                   Comme une aube sur les buissons,\n                   Mignonne, passe sur ta tête\n                   Depuis que nous nous connaissons.\n\n                   P our la seconde fois Novembre\n                   Jaloux d'Avril et des am ours,\n                   Dit, en nous m ontrant à Décembre,\n                   Ces gens-là s’adorent toujours !\n\n  E t celle-ci, où Novembre :\n                   Quoiqu'il fasse bleuir les bouches,\n                   Grelotter les membres tordus\n                   Tressaillir les lèvres farouches\n\n                   Des m isérables éperdus !\n                   Je l’aim e!... son couchant ram ène\n                   La date qui porte ton n o m ....\n\n   J ’arrive, après une nouvelle série de poésies légères, à ce petit\nchef-d’œuvre de rythm e et d’harmonie qui a nom “ Le vent „ et\nauquel succèdent quelques pièces d’une allure nouvelle, très\nheureuses aussi : Le Cimetière abandonné, la superbe Méditation\nde janvier 1871, en regardant les montagnes, à Andrée, etc., etc.\n   Les “ triolets à Andrée „ m ettent un rayon de soleil sur\nl’horizon grisâtre des poésies précédentes ; et cette impression va\ns’accentuant dans les Rondeaux redoublés, très originaux comme\ncontexture et comme rythme. E t à ce propos, je citerai encore\nune pièce bien remarquable, et bien neuve: “ Temps orageux „ qui\nest un véritable tour de force de prosodie.\n   Nous touchons aux derniers morceaux du recueil, aux derniers\nvers que l’artiste ait écrits. L a mort est proche, il la sent venir,\net sa poésie en revêt une gravité, une émotion intense, qui la\nrend inimitable.\n   D ’abord trois pièces “ à Andrée „, puis l'Anniversaire, la plus\nbelle pièce du recueil :\n"}, {"page_pdf": 155, "page_imprimee": 126, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1677, "texte": "126\n\n        On se lasse bientôt de contem pler le vide :\n        C’est de l’idéal seul que le monde est avide.\n        Quand le temps a passé sur n otre œuvre et sur nous\n        On compare, on choisit : tout retrouve sa place,\n        On m éprise les sots, indigne populace,\n        Et la sublim ité fait ployer les genoux.\n\n        Nous n’avons dans le cœ ur aucun sentim ent lâche.\n        Oublions les m échants, travaillons sans relâche,\n        Notre œuvre est commencée, il faut la bien finir,\n        La conscience calme, allons où Dieu nous mène :\n        Sans nous préoccuper de l’injustice humaine\n        Léguons tranquillem ent notre œ uvre à l’avenir.\n\n  Le 30 septembre 1884, Louis Lacombe mourait douloureuse­\nment, à St-Vaast, sa maison de campagne, d’une congestion pul­\nmonaire. Il fut inhumé à Paris, au Père-Lachaise, le 4 octobre\nsuivant.\n   “ Louis Lacombe, dit à cette occasion monsieur Zacharie\nAstruc, Louis Lacombe, aussi merveilleux instrumentiste que\nmerveilleux compositeur, a souvent atteint la sublimité. Les\ninitiés, les profonds critiques l’ont dit et le savent. Il reste au\npublic à connaître sa figure pour lui faire une part d’admiration.\nOuvrons son livre d’harmonie, nous resterons effrayés des lueurs\nqui s’en dégagent. Nous verrons une sorte d’Olympe où se tient\nassis un homme triste, aux yeux mélancoliques, bien cruellement\nabreuvé de dégoûts, et les supportant avec un stoïcisme rare, la\ntête dans les mains et le visage pâli de douleur.\n   „ C’est l’image de notre regretté Lacombe, de notre ami bien-\naimé.\n   „ Ne l’oublions plus. Répandons ses chants ! „\n                                                        F r it z   ELL.\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-011", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": 127, "page_fin": 128, "titre_corps": "Petite chronique", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "René d’Y", "ancre_debut": "P E T I T E CH RONIQ UE. M . S t a n i s l a s d e G u a i t a", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 156, "page_imprimee": 127, "debut_caractere": 95, "fin_caractere_exclue": 2110, "texte": "P E T I T E CH RONIQ UE.\n\n\nM . S t a n i s l a s d e G u a i t a . —E s s a is\n                                          de s c ie n c e s m a u d ite s.\n   — A u s e u il du m y s tè r e . — Paris, Georges Carré, éditeur,\n   boulevard St-Germain.\n\n   M. Stanislas de Guaita, le poète de Rosa mystica, publie chez\nl’éditeur Georges Carré une très curieuse introduction à des\nEssais de sciences maudites. Au seuil du mystère est l’historique\nprécis de la haute magie et de la kabbale à travers les âges, c’est\nl’œuvre d’un consciencieux et d’un savant qui est un initié. L a foi\nde M. de Guaita est partagée par de hautes intelligences et repose\nsur de grandes et acceptables idées scientifiques ; qu’on ne la\nconfonde pas avec le spiritisme farceur qui se produit dans les\nantichambres et se donne en spectacle à point nommé. D ’une\nphilosophie très subtile, l’habile et fervente exposition de prin­\ncipes et de doctines peu connus, entourés comme à plaisir de\nridicules superstitions et salis par la spéculation honteuse de\nquelques gredins, déconcerte et trouble, et on en pénètre difficile­\nment le sens ; il faut pour ne pas se perdre dans ce dédale de\ndéfinitions et de données étranges, y être préparé par des études\nspéciales, ardues, absorbantes et captivantes aussi, puisque les\nprédestinés qui ont effleuré les divins mystères sont pris d e la\nfolie de les pénétrer. M. de Guaita me pardonnera, pour ce motif,\nde ne point discuter comme il conviendrait un ouvrage dont je ne\npuis apprécier l’exacte portée. Du reste, il a, je le crois, entrepris\ncette résurrection de sciences maudites, qui voudrait être une\nrenaissance, plutôt par enthousiasme de poète et d’initié que\npar ambition d’évangéliseur ; il prend soin de nous le dire, la\nscience de sa religion mystique est et restera le monopole de\nquelques élus. Espérer qu’elle se propage serait vouloir la prosti­\ntuer. A tous ceux pris du désir de la connaître, il dira : “ Approche,\nsi tu es pur ; touche et contemple la pomme à loisir ; si tu l’oses,\n"}, {"page_pdf": 157, "page_imprimee": 128, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 1536, "texte": "128\n\nnourris-toi même de sa chair en respectant son pépin ; mais ne la\ncueille pas pour le vulgaire ; le fruit de la science en ses mains\ndeviendrait un fruit de Mort. „\n  Si la divine science m’est difficile à pénétrer, je reprends\ntous mes droits de juge en parlant du style et déclare purement\nexquises dans leur forme mystique les pages où M. de Guaita\nrêve et prophétise au lieu d’analyser et de définir.\n                                                    R ené   d ’Y .\n\n\n\n\n   Voici le résultat des insomnies fiévreuses et pénibles médita­\ntions du jury, au salon de Grand :\n     M. Montald, de l’Académie de Gand : premier.\n     M. Middeleer, d’aucune académie : second.\n     M. Rosier, classé grand homme et professeur : troisième.\n\n\n\n  Quelques coquilles, fruit des vacances et des villégiatures.\n  Les voyages sont fatals aux correcteurs d’épreuves; et puis les\ntypos, lutins fripons, sont toujours à l’affût des occasions de\nnuire. Que sur ces maudits sorciers se déversent toutes les\ncolères !\n  Addenda et corrigenda. Dans la Chronique Musicale : clarinette\nen la au lieu de clarinette en fa (! !!) etc.\n  Puis deux lignes oubliées p ar une erreur de copie, les voici :\n  Même désolation — que les mamans nous pardonnent — aux\nconcours de piano, etc.\n  Ensuite, dans la Petite Chronique : fatigue de vivre pour fatigue\nde vibre; les flancs lourd-musclés du bœuf de Mignon, qu’on avait\nmuselé par erreur. E t encore, et encore !\n  Oh, les typos !\n\n\n\n\n                                                                      ?\n"}]}, {"article_id": "ulb-wallonie-1886-09-15-n4-205", "volume": "ELB-ULB-o12105205-1886-000", "pdf_url": "https://digistore.bib.ulb.ac.be/2013/ELB-ULB-o12105205-1886-000.pdf", "ocr_sha256": "691c07c8b701d306a7b4d6d3cfd27c1331ddb143248051d33be0da858660d834", "ocr_source": "pdftotext -layout", "texte_sans_correction": true, "page_debut": null, "page_fin": null, "titre_corps": "Annonces", "titre_sommaire": "", "rubrique": "", "signature_source": "", "ancre_debut": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE H. Z E Y E N .", "ancre_fin": "", "fin_page_complete": true, "fin_avant": "", "segments_controles": false, "controle": "limites et attributions contrôlées sur les images", "pages": [{"page_pdf": 158, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 1, "fin_caractere_exclue": 1710, "texte": "PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                           H. Z E Y E N .\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                 L I E G E .\n\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n    FABRIQU E DE PIPES DE HENRI Z U B R O D T ,\n                   P la c e du T h é â tr e , 11, L iè g e .\n Porte-cigares en écume de mer, am bre et racine de bruyère.\n   — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n   exécutés en 24 heures.\n                           RACCOMMODAGES.\n\n          R a sse n fo sse -B ro u e t,\n                 2 6 , r u e V in â v e -d ’I le, 2 6 , L iè g e .\n   Spécialité d’Objets d’Art — Bronzes — Terre-cuite —\nVerres et Lustres de Venise — Fers forgés — Objets\noriginaux — Meubles Bambou, genre japonais.\n\n             H.       F O N D E R -B U R N E T ,\n                        48, rue du Pont-d’Ile, Liège,\n      AGENT GÉNÉRAL POUR LA BELG IQ U E DE LA\n                 PE IN TU R E FRANÇAISE.\n                                  o\n  Cette P einture, préparée à base de céruse et d’huile de lin, est toute prête à\nem ployer; elle est brillante et siccative. Sa qualité ne laisse rien à désirer, son\nmélange étant absolument composé comme celui fait par les peintres les plus\nexpérim entés. Son emploi sur boiseries, m urs, meubles de fer ou bois, grosses\nvoitures, e tc ., la place à la portée de toutes les personnes désireuses de conser ­\nver .en bon état leur m atériel agricole, industriel ou autres.\n  L ’assortiment se compose de 42 nuances, en boîtes de 1, 2 et\n5 kilog., à fr. 1-10.\nA llu m e tte s S u é d o is e s (K aiser-Holzer), 20 fr. les 1000 boîtes.\n       »        N ils o n , bout noir,          fr. 9-50 les 1000 boîtes.\n"}, {"page_pdf": 159, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 468, "texte": "    Pour paraître le 20 octobre prochain\n\n\n\nLETTRES A JEANNE         PA R\n\n\n           Ju les    DE STRÉE\n       Prix en souscription 4     francs\n\nchez Ve MONNOM, 26, rue de l’Industrie\n\n            BRUXELLES.\n\n\n\nINDE\n             1 SERRURIER-BOvl\n               RUE D E L ’ U N IV E R S IT É , 38\nPERSE\n                                LIEGE\n\nCHINE\n            AR TIC LES              ORFÈVRERIE\n                    DE\n\n\nJAPON         MÉNAGE                 ARGENTEE\n"}, {"page_pdf": 160, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 828, "texte": "             L ’A R T         MODERNE\n  Revue critique des Arts & de la Littérature\n                    Paraissant le Dimanche\n             Abonnement : 10 francs par an\n    Administration : 26, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n                              LA\n\n\n   J E U N E BELGIQUE\nParaissant le 1er de chaque mois en livraison de 32 pages\n           P r ix «l’abonnement 7 Francs\n\n\n   Administration : 20, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n\n                              LA\n\nREVUE DE DEMAIN\n       PARAISSANT LE 20 DE CHAQUE MOIS\n                A b o n n e m e n t 15 fr a n c s\n   Administration     : 41 , rue       des   Écoles , Paris.\n\n\n  LA                PLEIADE\n      BEVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n                A b o n n e m e n t 12 fr a n c s\n    Administration     : 99,     rue    Richelieu , Paris\n"}, {"page_pdf": 161, "page_imprimee": null, "debut_caractere": 0, "fin_caractere_exclue": 765, "texte": "              RENSEIGNEZ-VOUS\n                     A U X G RA NDS M A G A SIN S D U\n\n\n\n\n PO N T-D E S-A R C H E S\n                        Pour tous vos achats en\n\n Vêtements confectionnés pour Hommes,\nDames & Enfants, Robes, Mérinos, Soieries,\nDraperies anglaises pour Vêtements sur\nmesure.\n    Le fini des objets joint à l’élégance de la coupe\net à la modicité des prix, justifient la vogue dont jouit\ncet établissement.\n\n                La grande Spécialité de la Maison\n\n\n   F. THIÉRY & Cie\n                           D E        L IÈ G E\n\n    est la belle confection sur mesure pour\n                 Hommes et pour Dames.\n\nEnvoi franco d’éch antillon s e t de toutes com m andes au-dessus de 2 0 francs.\n\n\n\n      D E U I L C O M P L E T EN N E U F H E U R E S .\n"}]}], "pages_ocr_originales": [{"page_pdf": 124, "texte": "1re Année. — N° 4.                                        L a l i v r a i s o n 5 0 c e n tim e s\n\n\n\n\n    LA\n      WALLONIE\n                                                                  15 Septembre 1886\n\n\n\n                                                 SOMMAIRE :\n\n        J U L ES    D E S IR E E        .         .   .    Lettres à Jeanne.\n                                                           L'inaccessible.\n         F e r n a n d S e v e r in .\n                                                           Litanies.\n         F r it z   d e i .’A l i . n a i       : .   .    Piccolo.\n         R ENÉ D 'Y         .     .     .\n                                                      LesaFemRmesi de\n                                                      L            vL aettres\n                                                                         le .\n         F e r n a n d S e v e r in .\n                                                      C h ant de cor.\n         A l b e r t M o c k e l.           .     .   .    Fee papillonne.\n         F r it z E l i. .        .     .         .   .    Louis Lacombe.\n         R ené      d ’Y    .     .         .         .     Petite Chronique.\n\n\n\n\n                                      Des p re sse s de H . V aillant -C a rm a n n e , à Lé ge.\n"}, {"page_pdf": 125, "texte": "   1re ANNÉE, No 4.\n\n                LA W ALLONIE\n REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D ’ART\n     A b o n n e m e n t : 5 fr. par an. Union postale : 6 fr. 5 0 .\n                          C o m ité d e R é d a c t i o n :\nAlbert M o c k e l, Gustave R a h l e n b e c k , Maurice S i y i l l e .\n                   Bureaux : rue St-Adalbert, 8, L iége.\n\n                         P rincipaux collaborateurs :\nG. A n d e l b r o u CK, F ritz de L’AULNAIE, Je a n D’A v r il , H ecto r\n  C h a in a y e , Célestin D e m b l o n , Ju le s D e s t r é e , E ritz E l l ,\n  R. E l l u m , Je a n F o n t a in e , M aurice F r is o n , G. G ir r a n ,\n  A rnold GOFFIN, Aug. JOTTRAND, Camille LEMONNIER, W .-A.\n  M a c é d o n sk i , Alex.-A. M a c é d o n sk i , Ch. M a g n e t t e , E r n .\n  M a h a im , L uc M a l p e r , G. MASSET, Octave MAUS, A. MOCKEL,\n  X. N e u j e a n , P.-M. Ol in , Georges P ic a r d , P etru s P ir u s ,\n  G. R a h l e n b e c k , F . Se y e r in , M aurice S i y i l l e , Aug. V ie r s e t .\n\n   LA WALLONIE s’efforce de grouper autour d’elle les élém ents vivants de la\n eunesse littéraire de nos provinces wallonnes. Elle rejette rigoureusem ent la\npolitique de scs colonnes et reste indépendante de toute école et de toute\ncoterie.\n   LA WALLONIE parait le quinze de chaque m ois, en livraisons d’au m oins 32\npages.\n   P araîtro n t dans le cours do l’année plusieurs dessins hors texte, s u r\nHollande, se rap p o rtan t à des articles publiés dans la Revue.\n\n                                      A V IS.\n   L’abonnem ent ju sq u ’à la fin de l’année ( 15 janvier 1887) reste fixé à 3 francs.\n   Nous tenons à la disposition des personnes qui nous en feront la demande les\nexem plaires 1, 2 et 4 de l’Elan Littéraire, au prix de 50 centimes l’exem plaire,\nainsi que la collection de la prem ière année de l’Élan Littéraire (sauf les nos 1\net 2 ) au prix de 5 francs.\n\n\n   L'abondance de copie nous force à rem ettre au prochain num éro plusieurs-\narticles bibliographiques, entre autres la critique de Pro A rte, l’im portante\nétude de M. Edmond Picard.\n"}, {"page_pdf": 126, "texte": "                                                                     97\n\n\n                L E T T R E S A JE A N N E .\n                            DÉCLARATION.\n\n D   EPUIS ce soir, lointain déjà, où je t ’ai rencontrée, ô Mienne,\n         irrésistiblement tu es entrée en ma vie, en moi, chaque jour\n         davantage... Dans cette route pénible et sombre de l’existence\n  où j ’errais seul, attristé, indécis même à poursuivre et où bien des\n  pierres m’avaient m eurtri, bien des épines déchiré, ton amour a\n  rayonné comme un soleil chaud et bienfaisant qui m ’a mis du\n bonheur en l’âme et du courage au cœur...\n     D ’un pas plus ferme, j ’ai marché; les épreuves m’ont semblé\n moins dures maintenant qu’une dévouée était là pour me soutenir ;\n j ’ai dédaigné les Imbéciles qui affligent et les Méchants qui\n envient et qui blessent; plus vivement mon être épanoui a perçu\n la Beauté; plus intimement m ’ont impressionné les harmonies\n douces et terribles de la Nature. Ton image mutine et charmeresse\n s’est fixée en mon esprit et a flotté dans mes rêves ; ta pensée, de\nplus en plus, s’est mêlée à mes actions, à mes lectures, à mes\nsongeries; c’est Toi que j ’ai retrouvée dans les chimériques\ncréations des poètes et dans celles que j ’eusse voulu animer !\n     E t lentement, insensiblement, tu es entrée en ma vie, en moi,\n chaque jour davantage; maintenant tu y es, tu y règnes irrévo­\ncablement, et pour t ’arracher de moi, il faudrait me briser le cœur\nen rouges éclats, qui pleureraient du sang. Une passion calme,\nmais profonde, ancrée aux plus intimes fibres, nous lie; et sa sur­\nface n ’est ainsi tranquille que parce qu’elle est heureuse, comme\nune eau dormante que ne troublerait point le souffle des tempêtes!\nMais viennent les jours adverses : elle pourra alors tragiquement\nse plaindre et sangloter, peut-être rugir et gronder dans une rage\nfolle, elle saura toujours et certainement se dévouer !\n    Aussi je t ’aime, Jeanne ! J e t ’aime pour toi, pour la grâce ondu­\nlante et voluptueuse de ta taille svelte et souple, pour le sourire\ncharmeur de tes lèvres rouges, pour l’éclair provoquant de tes\ngrands yeux bruns ! car tu étais bien, ô Mienne, la maîtresse\n                                                                 7\n"}, {"page_pdf": 127, "texte": "98\n\n attendue, longtemps espérée ; et tu réalises cet étonnant prodige,\n cherché vainement, de n’être ni vulgaire ni vicieuse et de pouvoir\n à la fois te montrer spirituelle et bonne, aimante et chaste !\n   Enfin, mérite suprême qui délicieusement me trouble, comme\nun grisant parfum, très capiteux : tu m’aimes ! E t cet amour\nflatteur me fascine et m’enchante aussi. C’est si bon de se sentir\ncomme enveloppé de tendresse; d’être à deux au milieu des\ncombats et des blessures de chaque jour; d’avoir un cœur ami\npour vous bercer et vous comprendre, rire de vos joies et pleurer\n de vos peines ! Les mères seules savent aimer ainsi. E t quand elles\nne sont plus, quand on a grandi, comme moi, parm i des vieux qui\nne répondent point à l’incompressible expansion d’une âme jeune,\non a si besoin de baisers, de caresses et d’amour. De l’affection\nmaternelle, si complète, absolue, toujours prête au sacrifice, j ’ai\nretrouvé quelque chose en toi et à l’ineffable charme de ce\ndévouement protecteur s’était encore ajouté un attrait sensuel\nexquis...\n   Aussi je taime, ma Jeanne. J e t ’aime pour avoir sauvé ma\njeunesse de la souillure des débauches communes, ou j ’ai vu des\namis rouler ; pour m’avoir préservé de toutes les vénalités et des\ncompromis qui salissent l’Amour, l’Amour saint dont le nom\nauguste couvre ces infamies. Je t ’aime pour le long bonheur que\ntu m’as donné, pour les souvenirs précieux que j ’ai en la mémoire\net qui me viennent de Toi ! E t si j ’ose à présent parler à tous de\nmon amour, garde-toi de voir dans ces confidences une profa­\nnation d’intimes et inviolables secrets. De ces fables et de ces\nvérités où seuls nous saurons démêler le réel, les autres n’appren­\ndront rien; qui sait même si la plupart ne te penseront point une\ncréation de mon esprit fantasque, une chimère idéale et vague née\nde mes espérances et de mes jeunes désirs, en sorte que tu serais,\nà la fois, mon Amante et ma Fille !...\n   Aussi je t ’aime, ma Jeanne !...\n                                             J u l e s DESTRÉE.\n"}, {"page_pdf": 128, "texte": "                                                       99\n\n\n              L ’INA C CESSIB LE.\n                        NAISMES.\n\nEPENDANT que ployés vers les sillons rebelles,\nC\nEn des poses d’amants transis aux pieds des belles,\nMes frères abdiquaient l’ancêtrale fierté,\nEsseulé pour mes bras débiles et hanté\nD’un songe où flamboyait à neuf la rouge braise\nDe mes pères, je vis par l’âme la genèse\nD ’une splendeur au sein des ombres du levant\nQu’illumina d’amour Jésus doux et fervent.\nAussi j ’ose, sevré du soutien de mes frères,\nEndosser le harnais d’azur des téméraires\nE t Dieu guide mes pieds d’enfant vers le lointain\nOù rayonne le Saint-Graal clair et hautain !\n                      LES FRÈRES.\nF rêle oiseau voyageur ailé de neige vierge,\nVoyage insoucieux du nid et de l’auberge ;\nNous sourions de tes mépris, fougueux enfant,\nTu reviendras le cœur vide et moins triomphant.\n                        NAISMES.\n Donc je pars aguerri, frères, par vos menaces.\n O mon désir ancré dans les parois tenaces\n De mon âme, attisé d’illustres visions,\n Envolons-nous vers de sereines régions\n Où ne m’atteignent plus les doléances vaines.\n                        HONORIA.\n Ephèbe dont un sang de foi gonfle les veines,\n Naismes, blond pélerin, je t ’aime et je te veux.\n Le soleil me regarde et baise mes cheveux\n Glorieux comme un fleuve où le couchant se baigne ;\n Mes lèvres ont l’éclat d’une rose qui saigne\n"}, {"page_pdf": 129, "texte": "100\n\n      E t mes yeux des bleuets fléuris parmi des lys.\n      Quand tombera pour toi ma robe aux vastes plis,\n      A l’aspect aveuglant de ma chair pâle et nue,\n      Tu diras voir un astre émerger de la nue.\n      Naismes, j ’ai des senteurs douces aux cœurs brisés,\n      On goûte l’infini dans un de mes baisers\n      E t ma bouche et mon sein distillent pour ta joie\n      Une ivresse animale et fauve où l’on se noie.\n                              NAISMES.\n      O Saint-Graal caché derrière l’horizon !\n                               GISÈLE.\n      Beau fils à qui l’orgueil tient lieu de tout blason,\n      Arrête-toi parmi la fraîcheur des feuillées,\n      Où s’éplorent l’écho des chasses en allées\n      E t le doux bramement des grands cerfs altérés.\n      Tu verras luire à l’ombre auguste des fourrés,\n      Dans le vierge cristal des fontaines frileuses,\n      Comme un soleil voilé, mes blancheurs onduleuses.\n      Mes eaux te chanteront la musique d’oubli\n      E t je t ’enlacerai moelleusement du pli\n      Serpentin de mes bras, sous les ténèbres vertes,\n      E t tu sera guéri des misères souffertes.\n                              NAISMES.\n      O la splendeur d’airain des dômes triomphaux,\n      E t des croissants fendant le ciel comme des faulx !\n                               BONNE.\n      Naismes, aventurier intrépide et farouche,\n      Combien me charmeraient les baisers de ta bouche !\n      Joliesse de vierge en bouton, et de fleur\n      Près d’éclore, cheveux magiques dont l’ampleur\n      Evoque la chanson molle des vagues lasses,\n      Grands yeux flambants d’espoir et chargés de menaces,\n      Chair neigeuse aux reflets de corail et de sang,\n"}, {"page_pdf": 130, "texte": "                                                            101\n\nCorps héroïque, frêle, indécis et puissant,\nAndrogyne de mes rêves pervers, ô Naismes,\nJ e t ’adore et je veux en retour que tu m’aimes,\nE t que ton front repose un soir entre mes seins.\n                        NAISMES.\nJe marche inviolé sous la garde des saints,\nMais l’aurore espérée est à venir encore....\n                 CHŒUR DES FEMMES.\nNaismes, tu ne verras jamais poindre d’aurore;\nE t quand tu reviendras, ton rêve évanoui,\nMendier nos baisers dédaignés aujourd’hui,\nRancunières et par d’autres héros aimées,\nNous te refuserons nos lèvres parfumées.\n\n\n                   LITAN IES.\n                                         Pour Georges Garnir.\n\n\n Toi qui trônes dans ta dédaigneuse beauté,\n  Plus belle qu’une sainte et qu’une déité,\n               Epargne-moi !\n Toi dont les yeux sont pleins d’horreur et de ténèbres\n Comme les étangs morts sous les halliers funèbres,\n            Epargne-moi !\n Toi dont le noble front est plus froid et plus clair\n Que la neige qui dort sous la lune, en hiver,\n             Epargne-moi !\n Toi qui souris avec la grâce de l’aurore\n Eveillant les ramiers sous le chêne sonore,\n             Epargne-moi !\n Toi dont vibre la voix comme un écho lointain\n De psaumes entonnés par un orgue hautain,\n            Epargne-moi !\n"}, {"page_pdf": 131, "texte": "102\n\n      Toi dont le col a la sveltesse des beaux vases\n      E t la chaude lueur des antiques topazes,\n                  Epargne-moi !\n      Toi qui sur la candeur de ton sein vierge encor\n      Déroules tes cheveux comme une guimpe d’or,\n                 Epargne-moi !\n      Toi dont les bras d’ivoire ont l ’étreinte languide\n      Des serpents accouplés sous la feuillée humide,\n                 Epargne-moi !\n      Toi qui marches avec la rythmique lenteur\n      Des blancs cygnes voguant sur un lac enchanteur,\n                 Epargne-moi !\n      Toi dont la vaste jupe a les murmures vagues\n      D’une plage déserte où s’éplorent les vagues,\n                  Epargne-moi !\n      Toi qui sondes les coeurs d’un seul de tes regards\n      E t devines l’ennui des poètes hagards,\n                  Epargne-moi !\n      Toi dont les longues mains aux savantes caresses\n      En glissant sur les fronts endorment les détresses,\n                 Epargne-moi !\n      Toi dont l’haleine plus suave que l’encens\n      Affole les cerveaux et tisonne les sens,\n                  Epargne-moi.\n                            P r iè r e .\n      O Toi qui traversas comme un torrent ma vie,\n      E t t ’en vas promenant une âme inassouvie\n      P ar un pâle désert semé de cœurs flétris,\n      Détourne de mon front tes sévères yeux gris,\n      E t fais que dans mon cœur endolori de rêves\n      Ton amour n’aille pas enfoncer ses sept glaives.\n  12 Juin 1886.                            FERNAND SEVERIN.\n"}, {"page_pdf": 132, "texte": "                                                                    103\n\n\n                           PICCOLO.\n                                   I .\n\n\n\n\n      O\n      HÉ le chien maudit, le gueux, le béquillard!... Hé! vois donc\n       son fardeau!... Le puant, le galeux!... — V a, pousse, encore\n       un coup!... Pour lui cette taloche!... Aïe! Merci... Prends\n garde, femme, ça mord!... Gare là-dessous... pour lui... pan ! Sur la\n tête!...Va donc, tape dru! Ça le redressera, le bancal, le pouillard!..\n    Ainsi hurlait, se bousculant, ivre et déchaînée, une foule\n compacte, étrange, de rouliers, d’histrions, de rôdeurs et de filles,\n qui se pressait délirante et furieuse autour d’un pauvre enfant\n porteur d’un pauvre chien.\n    Là-haut le beau ciel d’Italie étendait sa nappe azurée et les\n rayons du midi tombaient droit, éclaboussant les vieux pignons\n de la cité du Dante et fouillant sans merci ce monceau de\n guenilles, ce ramassis hideux d’êtres suant le vice et exhalant\nla honte.\n   E t l’enfant se traînait, boitant, gémissant, cherchant à gagner\nle Ponte-Vecchio.\n    Ses jambes maigres, en fuseau, ployaient sous le poids d’un\ncorps démesuré, énorme ; par un caprice cruel et bizarre, la nature\nsemblait avoir ramassé toutes -les chairs pour en former une\nexcroissance insensée, absurde, qui partait des épaules, enfouissant\nla tête, annihilant la poitrine et absorbant les organes dans un\ntout effrayant, hideux et difforme. — Les contractions de sa\npauvre face blême disaient assez l’épouvante et l’angoisse qui lui\nmordaient le cœur et sous la touffe épaisse de crins mêlés d’un\nbrun roux qui lui couvraient le sommet de la tète et achevaient de\ndonner à toute sa personne un caractère étrange et sauvage, deux\ngrands yeux ronds et glauques, ouverts démesurément et d’une\nfixité saisissante, reflétaient parfois comme des lueurs d’une\nintelligence précoce et surhumaine.\n   Il se traînait effaré, esquivant les coups qui pleuvaient drus\ncomme grêle et serrant dans ses bras un chien maigre, dénudé,\ntrem blant de peur et de fièvre.\n"}, {"page_pdf": 133, "texte": "104\n\n   — C’est quelque nobillon — disait l’un — descendant des\n Strozzi !... — F i donc! un Ciompi pour le moins — disait l’autre.\n— Ou bien — fit un troisième en riant — un seigneur échappé de\nla Casa di Lavoro ! —\n   E t le tum ulte allait sans cesse grossissant et l’enfant aux\nbéquilles poursuivait son calvaire....\n   Mais, comme il allait toucher au pont, son pied buta soudain\ncontre une dalle brisée et sa jambe pliant aussitôt, il roula par\nterre....\n   Alors, ce fut comme un déchaînement de cris et de huées....\nL ’enfant, couché sur le dos, serrant toujours le chien contre lui,\nse débattait, essayant vainement de se relever.\n   — Hé, donnons-lui donc un coup de main!... — s’écria un jeune\ngars aux yeux louches, à l’expression mauvaise, et, se frayant un\nchemin à coups d’épaule, il saisit l’enfant par la jambe, et le\nbalançant au-dessus du parapet : “ Vie ou m ort ? „ demanda-t-il...\nUn seul cri s’élevant de toutes parts répondit : “A mort, à mort !„—\n   Un instant l’enfant tourbillonna dans l’air, puis un bruit sourd\nse fit entendre e t l’Arno qui venait d’entr’ouvrir sa robe verdâtre,\nla referma aussitôt donnant asile au déshérité que cette foule\nivre et stupide poursuivait de sa haine aveugle et cruelle.\n   Alors, comme si toute cette effervescence était tombée d’un\ncoup, mendiants et drôles, filles et gueux restèrent immobiles,\npressés sur le pont, scrutant anxieux la profondeur des eaux....\n   Là-bas, une masse noire glissait, rapide, laissant sur la rivière\nune traînée d’écume, pour disparaître soudain dans un creux\nsombre que présentait la muraille.\n                                 II.\n\n   Sur l’escalier de pierre qui conduit à la vieille masure, Piccolo,\nsauvé du naufrage, est assis et caresse son chien... Il songe à\nl’aventure de la veille et se demande pourquoi cette foule bruyante\nles a traqués de la sorte... Il attend que les heures les plus\nchaudes soient passées pour se rendre comme d’habitude sur la\nplace où se dresse la Campanile et là, seul, isolé parmi tout ce\n"}, {"page_pdf": 134, "texte": "                                                                  105\n\n monde qui court aux affaires ou aux plaisirs, tendre la main dans\n l’espoir d’une aumône.\n    Mendier est pour lui chose naturelle : orphelin depuis sa nais­\n sance — sa mère étant morte en lui donnant le jour — incapable\n de fournir un travail quelconque, il n’a point d’autre ressource.\nAussi chaque après-midi le voit-on se traîner à travers le dédale\n des rues de la vieille cité toscane, éveillant la pitié des uns, la\nrépugnance des autres et récoltant souvent les sarcasmes, les\ninjures et les coups de tout ce que la ville contient de bas, de\nvicieux et de lâche....\n    Mais soudain un refrain jeune et joyeux a frappé son oreille.\nC’est là-haut sous les combles, derrière ces vieilles fenêtres à\nplombs étroits, Annetta, la jolie marchande de violettes. Cette\nvoix, Piccolo la connaît et tandis qu’il écoute, un sourire de\nbonheur éclaire son visage. Il la revoit, idéalisée, la belle enfant\naux regards si doux et si troublants, il se souvient de cette soirée\noù rentrant désespéré, sans un quattrino, harassé de fatigue,\nmourant de faim, il avait vu A nnetta lui apporter une part du\nsouper qu’elle avait préparé pour elle-même....\n   E t son cœur bat plus vite, et c’est presqu’en chantant qu’il\nramasse sa béquille et entreprend son pénible pèlerinage de\nchaque jour.\n                                 m.\n   L a foule passait se rendant aux vêpres et c’était plaisir de voir\nles jeunes florentines allant, les yeux baissés, sous l’escorte des\n duègnes, où les appelait la voix grave du bourdon de la cathédrale.\nLes couleurs éclatantes se mariaient au soleil en un chatoiement\nbizarre et les robes les plus simples, les plus modestes se cou­\nvraient de tons riches et somptueux. C’était un va-et-vient de\ngens de toutes classes, de toutes espèces; on parlait haut, on\nmarchait vite, on souriait en rougissant aux œillades....\n   E t Piccolo, immobile dans ce mouvement, indifférent à ce\nspectacle, sans même se demander pourquoi lui seul était là,\nrelégué, abandonné comme un paria de cette société animée,\nluxueuse et bruyante, regardait passer et repasser cette foule qui\nsouvent s’écartait de lui.\n"}, {"page_pdf": 135, "texte": "106\n\n   Mais soudain il tressaillit : là-bas au milieu de la place, une\npetite marchande de fleurs causait avec un jeune et beau soldat.\nAnnetta, car c’était bien elle, riait comme une folle aux discours\ndu jeune homme, puis tout à coup elle lui prit le bras et ils\ns’éloignèrent.\n   Piccolo, affreusement pâle, sentit deux grosses larmes rouler le\nlong de ses joues. Il venait seulement de comprendre et dans\nl’instant il se représentait toute sa laideur et sa difformité.\n\n   A la vesprée, un paysan s’éloignant de Florence passait près\nd’un étang bordé de quelques arbres lorsqu’il entendit un chien\nhurler sourdement. En s’avançant il vit pendu par le cou à une\nbranche, un pauvre enfant que le vent du soir balançait sur l’eau.\n   Le corps se reflétait dans l ’onde où quelques nénuphars\nouvraient encore leurs grands yeux étonnés tandis que d’autres\nclignaient déjà des paupières au soleil couchant.\n                                          F r it z   de   l ’A U L N A I E .\n\n\n\n\n        L E S F E M M E S DE L E T T R E S .\n                          P aris 20 Juillet.\n                                                     A monsieur F. M.\n\n\n        O\n        nen a parlé beaucoup et on en parlera beaucoup encore,\n       pourquoi ? Pas au point de vue littéraire, certainement. Je\n      crois plutôt pouvoir, sans être téméraire, supposer que, si\nles chroniqueurs ont aimé de tout temps à discuter les mérites\ndes bas-bleus, c’est poussés par une curiosité instinctive et aussi\npar le plaisir que les mâles ont de tout temps éprouvé à parler\nfemmes. Parm i les biographes des petites Scudéry de toutes\nles époques, certains ont bien voulu reconnaître que la femme\npouvait parfois être artiste; d’autres, comme Barbey d’Aurevilly,\nse sont distingués par leur fureur mysogyne et ce ne sont pas les\nplus dédaignés. Peut-être est-ce l’amour de la femme qui est\n"}, {"page_pdf": 136, "texte": "                                                                   107\n\nfemme et n’est que cela qui a poussé ces peu galants contempteurs\nde la gent plumitive à tournure à ridiculiser celles qui voulaient\nêtre plus ou moins que la nature les avait faites; ce ne serait alors\nque demi-mal, et si je ne savais pas M. d’Aurevilly si modeste, je\ndirais que l’auteur de Brummel n’a pas eu trop à se plaindre de\nson bruyant antagonisme contre la partie de nous la plus agréable\nquand elle veut bien n ’en être pas la plus insipide.\n   Au reste, les fureurs des uns et les ricanements des autres\nn’ont pas empêché et n ’empêcheront jamais la femme de tacher\nses doigts d’encre. L a plume a parfois pour elle d’impérieuses\nséductions. Je connais des gens que cette manie écœure.\n   Donc les femmes de lettres existent encore et il est à croire\nqu’il y en aura toujours. L ’E ternel en confiant à nos bons soins\nune chose- parfois jolie et qui est généralement sensée l’être,\nsemble avoir pris à plaisir de nous faire payer en monnaie très\nprécieuse les courts instants de délices qu’elle nous procure, et ce\nsont les cuisinières qui servent de palliatif aux écriveuses. Toute\nmédaille a son revers; l’endroit ici est particulièrement délectable,\npour certains l’envers a des charmes ; en fait de goûts point de\ndisputes : et si je hausse les épaules quand je vois quelque malin\nqui se prétend raffiné savourer avec des airs d’aise un roman\nécrit sur un guéridon, c’est avec une envie de rire plutôt qu’avec\nune envie de me fâcher.\n   Notre siècle a vu s’épanouir pas mal de gloires corsetées; en\nfaire l’historique serait trop long, et je serais certainement fort\nembarrassé de juger au point de vue anecdotique des œuvres\n — œuvres si l’on veut — dont je n’ai pas eu l’heur de voir l’arti­\nsan. Je prends la femme de nos jours, et constate avec une terreur\nprofonde que la manie d’écrire s’introduit avec un entrain déses­\npérant dans les chambres à coucher de nos amies. C’est une ava­\nlanche de prose poudrederizée, de vers qui puent la confection et\nlarmoyent avec effort, quand ce ne sont pas de petites cochonne­\nries à l’usage des vieux messieurs pour qui la main des femmes a\ntoujours de pervers attraits. Si c’est banal on dit : Elle débute;\nsi c’est malpropre on dit : Elle était catin, et voir une catin écrire,\n"}, {"page_pdf": 137, "texte": " 108\n\n  c’est drôle, le propre du métier étant de se montrer nulle; si c’est\n  sérieux grotesquement on dit : Elle se trompe peut-être, mais le\n  livre dénote chez une femme une profondeur d’esprit peu com­\n  mune, de sorte que, par une suite de fort naïves déductions, on\n  en arrive à se servir de l’infériorité évidente de la femme pour\n  la déclarer supérieure à l’homme.\n     E t c’est ce qui me fâche un peu à la fin. Prenez le gratin de\n  tout ce qui griffonne en jupon, ici, elles sont sept — les sept\n  plaies d’Egypte, — qui ont à peu près autant d’esprit qu’un\n  reporter, je ne les nomme pas pour ne pas faire une réclame\n même menue à l’écoulement de leurs produits. Mais les sept sont\n faciles à trouver, et la galanterie coûtant peu de chose à ma\n franchise me fait sans effort garder le silence. Il y en a quatre\n qui sont vieilles, deux jeunes, et une, pas la moins drôle, qui\n n’est ni vieille ni jeune, ni rien du tout. A elles sept, elles rem­\n plissent les gazettes de leurs prouesses littéraires; pas de mois\n qu’elles n ’éjaculent quelque nouveau livre ou quelque brochure,\n pondant leurs ouvrages avec la sérénité de poules qui savent que\n le cocorico de leur coq ne leur manquera pas. Les coqs — oh ! au\n figuré — sont les chroniqueurs à l’âme chevaleresque et quelque­\n fois aussi les éditeurs qui les paient. Cet alphonsisme littéraire\n s’affiche avec une gaucherie impudente et un cynisme qui est de\nla bêtise; l’indulgence affectée des rédacteurs d’annonces deve­\nnant à la longue une protection reconnue, on en vient à se\ndemander pour quel motif ces femmes qui, quoique écrivains,\npeuvent être honnêtes et le sont, je le crois, acceptent de pareils\nservices. Il vient à l’esprit des gens malintentionnés ou même des\nindifférents instruits par hasard de ces bizarres compromis,\nqu’une femme écrivain, portée de par son état à avoir besoin de\ntout le monde, n ’abuse de quelques privilégiés que parce qu’il lui\nest très facile de lui payer son travail et ses ennuis. Supposition\npurement gratuite et fausse, c’est évident, mais qui prouve sura­\nbondamment que par la passion écrivassière la femme en arrive\nforcément à perdre la notion exacte de ce qui est et peut la com­\npromettre.\n"}, {"page_pdf": 138, "texte": "                                                                   109\n\n    L a passion des lettres démoralise la femme, ce qui m’est égal;\n elle l’abêtit et l’enlaidit, ce qui m’importe beaucoup. Tout ce qui\n est féminin en elle disparaît à la longue ; à force de s’user les\n coudes sur les tables, les coudes se percent et la peau se ternit, les\n yeux se gonflent, les joues pâlissent et se rident, la voix se casse\n et les seins s’avachissent, débarrassés nécessairement de l’étreinte\n du corset aux heures longues du travail. E n le perpétuel contact\n des hommes, nos amies se fripent comme un satin sur lequel un\n goujat se serait vautré; non contentes d’y perdre leurs charmes\n physiques, elles y laissent les seules qualités de sensibilité exquise\n qui les distinguent de l’animalité jouisseuse; entrées dans le taber­\n nacle duvetées comme de belles pêches, elles en sortent rancies,\n noircies comme des poires d’hiver, — des poires tapées. Une vieil­\n lesse prématurée les courbe ; la vieillesse des sens et la vieillesse\n du cœur accompagnent la décrépitude morale ; frottées au rude\n contact de la lutte artistique, elles en reviennent meurtries et\npresque toujours, chose bizarre, plus enragées. Elles ont pris les\n défauts des mâles, elles conservent les travers de la femelle.\nR ésultat prévu que cet androgynat. Qu’on en prenne cent, qu’on\n en prenne mille, elles en arrivent toutes à ce hideux résultat, et\ncependant le nombre des dévoyées augmente sans cesse, et elles\nécrivent, les malheureuses, souvent pour écrire. D ’aucunes cepen­\ndant y puisent des ressources nécessaires ; elles en vivent et ne\npeuvent vivre que de cela, disent-elles. J e les plains bien sincère­\nment, car la vie qu’on est convenu d’appeler la vie artiste, cette\nexistence affreuse, tuante et salissante qui se traîne dans les\nbureaux noirs des rédactions et dans les officines des éditeurs,\ndoit leur infliger à chaque instant de bien dures souffrances, doit\nles m artyriser et les amoindrir. J ’ai pour celles-là de la commisé­\nration, non de la rage, car il leur faut oublier bien des suscepti­\nbilités, cacher bien des effarouchements, si elles sont pures, et\nbien des colères.\n   Pour me résumer, la femme n’est point faite pour le combat\nacharné des lettres, entre hommes. Il y a des malpropretés de\ncuisine, des outrances de paroles, des excentricités de vie en\n"}, {"page_pdf": 139, "texte": "110\n\ndessous qu’elle ne doit point connaître et qu’on ne peut lui cacher\nsi elle vient à se mêler à la bande des pondeurs de prose ; elle doit\nêtre exclue des lettres par nécessité. Car, de deux choses l’une,\nou elle est mariée, mère de famille et se doit aux siens de ne point\ns’exhiber comme une chose curieuse, de ne point laisser voir le\ntréfond de ses pensées, de ne point donner les vibrations de son\nêtre au premier venu ; ou bien elle est libre et seule et la difficulté\nprimitive se double de l’impossibilité absolue de sortir saine du\ncoudoiement interlope d’un milieu complexe.\n   E t pour l’une comme pour l’autre, à cette considération\nfondamentale, irrécusable, viennent s’en ajouter des tas d’autres,\nspirituelles et impertinentes, mais probantes que je crois avoir\nsuffisamment indiquées pour ne point être obligé d’y revenir\n— par galanterie, toujours.                            R en é D’Y.\n\n\n\n                        LA R IV A L E .\n\n     E\n     J sais des vesprées blêmes de navrure et d’épouvante, des\n      soirs plus roses que la joue des fiancées, des crépuscules,\n      hélas! où se meurt le soleil, tandis que roule vers les\nhorizons, comme mie mer, l’ineffable miserere des choses.\n   Mais un soir me fut donné dont à jamais mon cœur gardera\ndans ses fibres l’étrange et indéfinissable parfum : tel un coffret\nsuranné enserre et affine de vétusté la mièvre senteur des roses\nd’amour que lui confièrent les pieuses mains d’antan.\n   L a Béatrice dont ma pensée est obsédée et qui s’angélise dans\nl’azur appâli de mes songes, était auprès de moi sur la berge\ndéserte, à l’heure où le jour vacille, et mes mains jalouses\nd’attouchements moelleux erraient dans ses cheveux épars , sur\nses joues, sur ses mains, tour à tour et avec un égal délire.\n   Etendue dans l’herbe rose de thym en fleur, la tête renversée\nsur mes genoux qu’elle inondait des boucles fauves de sa toison\nd’or brûlé, les lèvres belles et avides, les mains longues nouées à\nmon cou dans une étreinte où j ’avais souvent trouvé l’infini, elle\n"}, {"page_pdf": 140, "texte": "                                                                 111\n\n me souriait, l’étrange amante, et ses yeux me regardaient à\n travers des larmes.\n    Nulle p art ailleurs je n ’ai retrouvé ces yeux-là, plus naïfs et\nplus rêveurs que des prunelles enfantines, en apparence, et pour­\nta n t armés d’une féline clairvoyance et plus chargés de pensée\nque les vertigineux et à jamais insondés regards des grands\nsp h in x . L a chair passionnément pâle et saturée de fluide\nérotique recélait une puissance quasi démoniaque. Béatrice\npalpitait d’une rare et menaçante animalité, aussi femme qu’il est\npossible de l ’être, c’est-à-dire perverse au délire, cachant Sodome\net Ninive dans le moindre pli ambré de sa chair blanche et les\nruses de Satan sous les oripeaux de la niaiserie sentimentale.\n   E t ce soir, elle me possédait plus que jamais, jusqu’aux moelles,\nsans qu’une seule onde de sa robe sombre et vermeille se fut\nencore dérangée pour le plaisir.\n   Mais cette maîtresse invulnérée jusqu’alors et à qui je ne\nconnaissais pas d’ennemie capable de desserrer seulement l’étreinte\nde ses bras, Béatrice avait une rivale et ne tarda pas à la sentir.\n   Au cours de ses dissolvantes caresses, le soleil était couché\nrefermant, sur le ponent écarlate, des voiles de crépuscule, puis\ndes rideaux de nuit. Dans la plaine défilèrent les rustres, amants\ndes glèbes, brisés de ru t et muets, les femmes orgueilleuses et\nsereines sous les gerbes glanées, les chevaux et les bœufs traînant\nd’un pas grave les chariots aux essieux criards, les enfants épar ­\nsemés au bord des champs ou pendus aux mamelles des mères, et\ncette foule s’en allait et regagnait les villages proches avec une\ngrandeur primitive et biblique.\n   E t quand l’ombre fut close, par l’espace hanté des mélancolies\ncrépusculaires, une plainte courut, grossie en rumeur, magnifiée\nen hymne et la terre frémit. Les ormes, les saules, les frênes, les\nhêtres et les chênes agitèrent leurs chevelures, les moissons heur­\ntèrent leurs surfaces ondulées en vagues, moirées en tapis\nfastueux. E t ce fut un tu tti grandiose accordant le soupir des\ngrands marais, le friselis des sources, la clameur des hautes\nfeuillées, la chanson des bosquets, le roulis des blés et d’autres\nvoix pleines d’infini, d’autres voix pleines de mystère.\n"}, {"page_pdf": 141, "texte": "112\n\n    Je m’étais dressé, repoussant du geste Béatrice qui restait\n étendue sur le sol, souriante et moqueuse, et j ’écoutais, le front\n haut, haletant, dans l’extase.\n   E t les voix me semblèrent chanter : “ homme, mon fils, je suis\nla mère et l’amante, je suis la Nature, couche-toi dans la plaine à\nl’ombre de mes mamelles comme un nouveau-né, endors-toi sur\nmes lèvres comme un amant. „ E t je crus la voir étalant sous les\nétoiles naissantes son immense et fauve nudité, les bras ouverts\npour l’étreinte, glorifiée des bois, des moissons et des prés....\n   Puis la nuit se fit dans la plaine et les voix se turent.\n   Béatrice, la femme, me reconquit avec un sourire d’orgueil\nmais un instant je m’étais évadé de son charme au spectacle de ce\nsoir magique plus doux que toutes les voluptés de l’amour — mais\nsi court !\n   E t la Femme triompha de la Nature.\n\n\n                    CHA NT DE COR.\n\n      AR monts et vaux, au loin, sous la forêt sonore,\n      P\n                   L ’airain s’éplore.\n      Plus lugubre et plus doux qu’un sanglot de mourant\n                   Le chant reprend.\n      L ’éch o s’enfle et sur la sauvage ardeur des foules\n                      Boule ses houles.\n      E t s’en vont chevauchant d’écumeux palefrois\n                     Moines et rois,\n    Barons aventureux, fauves marquis, burgraves\n                Muets et graves;\n    E t soufflent les veneurs leur souffle triomphant\n                    Dans l’olifant!\n    E t courent, langue au vent, jappants, la gueule en flamme,\n                   Au daim qui brame,\n"}, {"page_pdf": 142, "texte": "                                                                     113\n\n    Les dogues et, battan t au trot les destriers,\n                 Les lévriers.\n    E t passent veneurs et limiers, liesse et rage\n                  Comme un orage.\n    Et, les bruits expirés, voici vibrer encor\n                   Le chant du cor!\n    Vibrer si tendrem ent dans la molle vesprée\n                  Rouge et dorée,\n    Que mon âme, s’ouvrant aux tristesses des glas,\n               Pleure tout bas.\n\n  10 Mai 1886.                          FERNAND       SEVERIN.\n\n\n\n\n                 FÉE PAPILLONNE !\n\n                               A    G., mon espiègle et jolie camarade\n\n\n\n\n U N éclair de soleil illuminait de chaude joie le parquet de mon\n       appartement; des bandes de feu balancées entre mes rideaux\n       se déroulaient sur les meubles, allumant un brillant foyer de\ngaîté dans la quiétude de la petite chambre où je m’éveillais sous\nle baiser bienveillant des glorieux rayons d’or.\n   — Salut, royal Soleil, mon brave ami !\n   E t je me levai rapidement, je descendis au jardin, j ’allai voir\nde plus près le soleil, ce bon vieux soleil, le joyeux camarade des\njours heureux, le philosophe consolateur des époques noyées de\nlarmes. Je courus au soleil ce jour-là comme un enfant court à la\nvie, sans savoir, pour apprendre ce qu’elle contient et deviner ce\nqu’elle promet. Le soleil me lança un splendide sourire et nous\npartîmes ensemble en promenade par les bois, à l’aventure.\n                                                                8\n"}, {"page_pdf": 143, "texte": "114\n\n                                  II\n   Je marchais dans l’étincellement de gemmes d’une fraîche\nmatinée d’été, parmi les larmes de rosée et les soupirs de brise\nque répandent les taillis frustes et rudes dans la mollesse pâmée\ndu réveil. Les arbres dont la force n ’avait pas encore décru, mon­\ntraient des airs solides de braves guerriers, sous leur cuirasse\nhumide où ruisselaient les reflets de lumière; et d’autres, chenus,\nmoussus, barbus de parasites, semblaient l’antique et mélancoli­\nsante génération des premiers nés contemplant, l’œil voilé par la\ntristesse d’une ombre, la grande forêt envahie par les jeunes. Ils\navaient, ces jeunes, des mines de combat, une moustache de fron­\ndaisons hostiles, les regards pointus comme des épées, avec des\nallures redressées de bravaches et des gestes de branches qui\nleur donnaient une attitude crâne d’arbres bien découplés.\n   E t là dessus le grand Soleil, l’ancêtre de tous, laissait planer la\ndouceur chaude de son regard indulgent.\n   Des mousses étincelaient en un fourmillement d’étoiles humides,\net mes pieds froissaient avec peine ce firmament de rosée, comme\nsi de petites âmes eussent palpité sous ces brins mignons de matière\nanimée; comme si, du grand cœur de la mère Nature, des pléiades\nde petits cœurs fussent nés pour se loger dans les yeux de perles\nqui brillent sur les herbes et dans les chevelures céruléennes qui\nappendent aux ramures dentelées.\n   E t soudain, comme cette pensée m’était venue que j ’écrasais\ndes vies, que je blessais des âmes, que je torturais des cœurs\nsaignant de cuisantes douleurs, il me sembla que de la Forêt\ntout entière une voix s’élevait, avec un souffle de vent tiède et\nparfumé, pour me chuchoter en un accord de mille petits cris\nconfus :\n   “ Oui nous vivons, oui nous sentons, oui nous pensons ! E t nous\nsommes vies, cœurs et âmes, car nous sommes matière : et la\nmatière anime la matière par la Force qui vibre en elle. „\n                                  III\n  Alors, de partout surgirent des silhouettes parlantes de vieux\narbres bavards qui me contaient l’histoire ancienne; de jeunes\n"}, {"page_pdf": 144, "texte": "                                                                  115\n\nplantes coquettes, glorieuses dans un éblouissement de pétales et\nqui voulaient m ’intéresser à leur sort; des mousses insinuantes\nqui cherchaient à me retenir par les pieds.\n   E t les plantes fleuries disaient :\n   “ Viens promener ta solitude parmi nous, seules nous saurons\ncharmer la détresse spleenétique qui ronge ton existence. Nous\navons les effluves capiteux qui donnent l’oubli, ceux qui inspirent\nla foi dans l’énigme de l’A-Venir.\n   Viens, nous sommes les félicités immortelles, les délices qui\nbrisent les muscles dans l ’infinie mollesse de la Volupté, les désirs\nqui mordent la chair et la lèchent avec des langues de feu, les\nyeux troublés longuement reposés sur les yeux après les extases\ndes sens ; nous sommes la vie active, la vie bouillonnante, viens !\nnous sommes le bonheur, viens, viens, nous sommes les joies\npaïennes, nous sommes le Soleil ! „\n   Mais le Soleil m ontra brutalement sa face irritée de Dieu dont\non profane le nom. Ses yeux indignés lancèrent de radieux éclairs\noù s’échevelaient des flammes cuisantes de mépris. E t ces dards\natteignirent les fleurs pauvrettes qui pâlirent soudain de douleur,\npuis rougirent de honte et enfin jaunirent, fanées, dans la révolte\nde leurs membres ardés et desséchés par une puissance infran­\ngible. Je remerciai le Soleil de m ’avoir délivré des fées perverses.\nD’autres me tendirent les bras : les petites mousses, humbles et\ndiscrètes sous l’égide des hautes plantes.\n                                 IV\n  Des envolées d’appels suppliants s’élevèrent de la terre verdie\net les voix des odeurs silvaines du thym et du serpolet entre­\nlaçaient leurs paroles en cris âpres et désespérés. Les yeux de\nchat ingénus et parleurs que la rosée égrène sur le sol, ces yeux\nsemblables à des pierres précieuses enchâssées dans l’agathe\nresplendissaient sur le gazon dans un miroitement splendide.\n   E t ces regards de l’herbe me lançaient des œillades naïves,\ndes instances enfiévrées, mais inconscientes dans leur tyrannie.\n   “ Viens ! priaient les mousses, viens, couche-toi parmi nous et\nreste ici, garde-nous pour toi. Nous t’aimons, nous te parfumerons\n"}, {"page_pdf": 145, "texte": " 116\n\n d’essences forestières et de senteurs rafraîchissantes. Nos\n prunelles de rosée — car la rosée est la vue des mousses —\n n’auront pour toi que des regards voilés de tendresse. Reste, nous\n t ’aimons ! Reste pour nous protéger contre les plantes mal inten­\n tionnées, nos voisines.\n     Elles nous veulent du mal parce qu’elles nous savent pures, et\n pour nous m ettre à l’abri de leurs machinations perverses nous\n avons dû nous placer à l’ombre de cette haute fougère immobile :\n c’est notre abri. Mais il nous condamne à une vie casanière ; reste-\n nous, avec toi nous serons libres et toutes les petites âmes que la\nN ature a faites en nous, toutes ces petites âmes feront un cortège\n de sympathies ailées autour de ton âme à toi ; et nous garderons\nton corps si ton esprit divague. Vois, ne sommes-nous pas assez\nbelles pour cet office, nous les chastes, nous les candides, les\nnon souillées, ingénues au cœur tissu d’or, nous, chrétiennes,\ndont les pensers même ont la limpidité bleue du lapis lazuli. „\n    Mais le Soleil veillait, l’ami Soleil ! Il cacha sa large face\nderrière la cîme opaque d’un noyer et l’ombre se fit. Aussitôt\nmousses perdirent regards, éclat, parfums : et je laissai les\ningénues avec leur charme faux de toilette empruntée et la noire eur\ncachée — peut-être non-voulue — de leurs triomphants cœurs de\nvierges.\n    E t les fleurs impures n’osaient plus m’attarder en appels con­\nvulsifs, et l’étreinte humide des herbes avait molli sous mes pas.\nJ ’arrivai bien vite à la lisière de la Forêt.\n                                 V\n   Dans l’ensoleillement de joie brûlante qui bouillonnait par les\n champs, surgit la masse rose d’un énorme jardin. Des assemblées\n piaillantes d’oiseaux chanteurs, perchés dans les arbres en un\n chœur bruyant de gazouillis, lançaient du haut des épaisses\nramées un concert vague où trillaient par échappées des soli\négosillés. Une vapeur de parfums s’élevait de l’étendue fleurie du\njardin, et aussi des ondes attiédies d’air caressant qui se bouscu­\nlaient par moments jusqu’à l’orée du bois. Au loin, parmi les flots\nde tendre verdure qu’apportaient les feuilles printannières,\n"}, {"page_pdf": 146, "texte": "                                                                   117\n\n  s’amoncelait vers le ciel l’énorme écroulement d’un temple\n  antique. Ce temple, jadis édifice imposant, se voyait aujourd’hui\n  débordé, bouleversé par la puissante poussée des nouvelles géné­\n  rations de plantes. Autrefois IL les avait maintenues hautainement\n  sous son ombre, m aintenant ELLES l’ombragaient. E t la vieille\n  carcasse du temple, — ancien colosse, — n ’était plus qu’une ruine\n  bizarre et vacillante d’où se détachaient sans cesse des pierres\n vermoulues tombant en poussière sur le sol. Doucement j ’avançai,\n  à petits pas d’oseur indiscret, et pénétrai dans le jardin.\n     J ’entrevis sous un effeuillement très doux de pétales que\n laissaient palpiter au soleil un groupe de roses-thé, marchant avec\n de gentils bonds de caprice juvénile, j ’entrevis l’élégance d’un\n corps divin de femme. Oui j ’entrevis, effleurée par l’ombre d’un\n nuagelet, perdue dans les effluves des subtiles haleines évaporées\n des fleurs, j ’entrevis la fée Papillonne papillonnant sous les roses-\n thé.\n    Elle dirigea vers moi ses pas mignons ; et ses pas, la vue de ses\n pieds minuscules sautillant dans l’air sans froisser les parfums, sa\n vue chassait bien loin le souvenir des fleurs perverses et des herbes\n ingénues.\n    Elle parla.\n    “ Viens courir dans ce jardin, dit-elle, il est peuplé de souvenirs\n vibrants et d’étincelantes promesses. C’est ici que gît l’oubli des\n malheurs sans que la douleur du m atin rallume les blessures\n qu’avaient éteintes les joies de la nuit; c’est ici que circule le\nplaisir dans les tièdes ondulations de la brise.\n    Comme moi, je le sais, tu veux du neuf, du non-vu, de l’autre-\nchose. Cheminons de compagnie ; ton caprice vaut ma papillon ­\nnerie. „\n    — “ f ée Papillonne, tu es légère et tu es suave ! et comme si\nton désir changeait le cours des choses, tu sais acquérir la force\npaysanne ou devenir gracilement transparente et pâle, délicate de\nnervosité comme les roses-thé qu’effeuillent tes doigts rêveurs.\n    Oh que tu es loin de la frigide Raison ! que tes bonds de cabri\nfont basculer le Prévu, le Deviné, l’Arrangé !\n"}, {"page_pdf": 147, "texte": "118\n\n   Fée Papillonne, je t ’aime! Tu as la spontanéité enfantine et\ngamine qui subjugue mes adorations; et tes caprices sont mes\ndominateurs. Tu trottines ou tu galopes au hasard par les sentiers\nde la fantaisie, à la chance de l’aventure, et tes désirs sont vagues\ncomme le souvenir des êtres disparus. Tu as l’a ttrait énigma­\ntique du non-connu, le charme de l’imprévu et la fluidité trompeuse\ndes nuances chatoyantes. Fée variable à toi mes élancements de\npassion, en attendant que passe le prochain P e u t - E t r e . „\n   Mais Papillonne déjà fuyait à sauts rapides et mignonnets. Elle\nme lançait des baisers en tournant la tête et de ses lèvres sem­\nblaient s’envoler des fleurs dans un nuage de pétales soyeux.\n   “ Adieu, adieu, cria-t-elle. Je ne puis m ’arrêter, je ne puis! „\n   Elle s’effaça dans le retrait d ’un massif d’arbres et de nouveau,\n— dans le très loin, vague, là-bas, au bout du jardin, —j ’entrevis,\neffleurée par l’ombre d’un nuagelet, radieusement chevelue de\nlumière, sous un effeuillement très doux de parfums qui palpitaient\n au soleil, j ’entrevis la Fée Papillonne papillonnant sous les roses-\nthé.\n   E t je partis, promenant mon caprice vers un nouvel Ailleurs,\ntandis que mon ami le grand Soleil regardait, regardait avec de\ngros yeux d’or satisfaits.\n                                            Albert M OCKEL.\n\n\n\n\n                  LOUIS LACOMBE.\n                       MUSICIEN ET POÈTE.\n\n                                          Je m 'étais fait un cœ ur de\n                                        Christ plein d’ainour el de pardon.\n                                        Dés lors, j ’étais sans défense el le\n                                        monde m’a vaincu. La bonté n 'est\n                                        pas une arm e.      (L. Lacombe.)\n\n\n                             mérite supérieur se révèlent, dès\nfCl l’abord, par un de ces coups d’éclat qui fixent sur eux\n     l’attention du monde. Qu’ils soient admirés et glorifiés, ou\nbien attaqués et conspués, du moins ils surnagent, du moins ils\n"}, {"page_pdf": 148, "texte": "                                                                          119\n\ndominent superbement la foule. Ils ont les encensements\npuissants qui élèvent ou l’ardente lutte, qui vivifie ; en un mot ils\nvivent; Voltaire, Hugo, Wagner, ont été de ces heureux!... Il en\nest d’autres qui passent inaperçus, coudoyés par la cohue\ncontemporaine, bêtement étouffés dans la foule : Ceux-là n ’ont\njamais connu les bravos enthousiastes. Ils n ’ont guère d’ennemis,\nguère de détracteurs, pour leur faire un piédestal de leurs sar­\ncasmes, de leurs attaques haineuses et viles. Ils n’ont qu’un petit\ncercle d’admirateurs fervents, qui les apprécient, qui les adorent\nde toute la force de leurs âmes d’élite — mais pieusement, silen­\ncieusement, sans éclats. — E t pauvres, ils meurent, et tristes, et\ndégoûtés de la vie et du monde qui les empêche de saillir. Tels\nfurent Bizet, Flaubert et tant d’autres. Tel aussi est mort Louis\nLacombe.\n   L a gloire, à présent qu’il n ’est plus, auréole enfin ses œuvres. —\nOn commence à le connaître ; on l’apprécie, on l’acclame. — On\ns’étonne de cette indifférence de tombe, qui assombrit sa vie, on\nle discute enfin, on le nie, la sanction de tout talent. Mais cette\nréparation artistique vient trop tard. L ’artiste est mort, mort de\nchagrin, d’ennui de vivre ; et sa veuve seule, sa noble et chère\nfemme, jouira de ses succès.\n                                     *\n                                   * *\n   Louis Lacombe (*) est né à Bourges en 1818. A sept ans, après\ndeux années d’études au piano, il obtint un grand succès dans un\nconcert donné au bénéfice des inondés de Salins. Les applaudisse­\nments, les félicitations qu’on lui prodigua, décident ses parents\nà l’emmener à Paris, où bientôt, à l’âge de 10 ans, il entre au\nConservatoire, dans la classe de Laurent. Trois ans plus tard, on\n1831, il en sortait avec le premier prix de piano. L a famille tout\nentière quitta alors Paris et la France, pour aller donner des\nconcerts à l’étranger. E t là, d’après les conseils des meilleurs\nmusiciens du temps, le jeune pianiste perfectionna son instruction\n\n   (1) Voir l'excellente petite brochure de M. Bourdin : La Musique et les Mu­\nsiciens. Louis Lacombe, P aris, 1882.\n"}, {"page_pdf": 149, "texte": "120\n\nmusicale, apprit la composition, tout en obtenant comme virtuose\nle succès le plus éclatant. Ce fut avec cette réputation brillante\nqu’il regagna Paris, en 1839, et “ alors, se croyant apte à quelque\n„ chose de plus qu’à bien jouer du piano, il ne tarda pas à\n „ s’adonner complètement à la haute composition. „\n    Ses débuts furent très heureux. Manfred, son premier poème\n symphonique, obtint en 1847, dans la salle du Conservatoire, un\n succès unanime. A cette œuvre succédèrent : Le Trio célèbre en\n ré mineur (op. 42), pour piano, violon et violoncelle; cette jolie\n série d’études pour le piano : Les Harmonies de la nature, vrais\n bijoux de finesse, de grâce ou de force, et où déjà se révèlent\n clairement ses tendances rénovatrices. Déjà avaient paru : L a\n Sonate fantastique (op. 1) ; les Adieux à la patrie (op. 2) ; La valse\n artistique (op. 3); Les grandes études (op. 19), toujours célèbres.\n E t la superjolie fantaisie L ’Ondine et le Pêcheur, un de ses\n chefs-d’œuvre.\n    Vers 1850, et presque simultanément, le conservatoire jouait\n Arva, le second des poèmes symphoniques . L a Société Ste-Cécile\n exécutait les fragments d’une Épopée lyrique ; les Orphéonistes,\n réunis au Palais de l ’Industrie, chantaient Cimbres et Teutons\n (op. 63), avec un succès qui contre-balançait le fameux septuor\n des Huguenots, exécuté le même jour, et dans les mêmes condi­\n tions, sous la direction — je crois — de Berlioz.\n    Ce fut son dernier succès.\n    En effet, la “ Madone „ opéra représenté au Théâtre lyrique en\njanvier 1861, n ’obtint pas le succès qu’il m éritait; et comme si\n cette amertume n’eut pas suffi pour accabler l’âme sensible de\n l’ar tiste, il fallut qu’un deuil terrible — la mort de sa mère —vînt\n le frapper à cette époque.\n    L a douleur aiguë que lui causa cette perte, l’éloigna du monde\n  pendant sept longues années. Or, — comme le dit si bien M. E.\n Bourdin — “ Or, Paris a la mémoire courte; sept ans, pour lui,\n équivalent a sept siècles.... Quand Lacombe se représenta dans le\n monde artistique, on' s’étonna de le revoir. Qu’était-il devenu,\n n’était-il pas mort ? „ .... Le malheureux ne rencontra partout\n"}, {"page_pdf": 150, "texte": "                                                                  121\n\nqu’oubli et qu’indifférence. Cependant, il rapportait des chefs-\nd’œuvre: “ Sapho, „ le meilleur de ses trois poèmes symphoniques,\n— 3 opéras (La Reine des Eaux-W inkelried), et cette incompa­\nrable série de “ Lieder „ écrits pour la plupart sur des poésies de\nVictor Hugo “ L a Chanson du Fou (55) :\n                               Au soleil couchant\n                                Toi qui vas cherchant\n                                    F ortune.......\n\n L 'Attente, la Ville prise, les Nuits de Juin, Clair de Lune,\nGuitare :\n                     » Le vent qui passe à travers la m ontagne\n                               Me rendra fou ! »\n\n  “ Si vous n’avez rien à me dire, „ Vieille chanson du jeune temps,\netc., etc.\n  Ajoutons à cette énumération — déjà longue — , la liste\ndes productions qu’il édita plus tard, et qui n’eurent guère plus\nde succès que les précédentes.\n   Les Sonnets. Les Fables de la Fontaine (écrites spécialement\npour sa jeune femme) : les Légendes antiques. Les Ouvertures à\ngrand orchestre. Des Chœurs pour Orphéons. — Un total de 88\nœuvres, dont pas une seule n ’est mauvaise, dont quelques-unes, à\npeine—sont médiocres. — Que voulez-vous ! “ C’est surtout (*)\n„ en matière musicale que la critique fait et défait les réputations :\n„ la critique musicale est composée des fruits secs des conserva ­\n  toires, lesquels ont établi des relations amicales aux jours\n„ d’études communes; là, on se donne facilement le mot, et il est\n„ décerné à chacun un laisser passer pour la gloire, ou un refus\n„ absolu d’y prétendre         Gounod peut entasser Cinq Mars\n„ sur Polyeucte, et Polyeucte sur Zamora, c’est-à-dire chute sur\n„ chute, l’opéra lui sera longtemps encore accessible, moins parce\n„ qu’il a écrit Faust — qui est sinon un chef-d’œ uvre, du moins\n„ une œuvre maîtresse —, que parce qu’il tient la presse par ses\n„ nombreux camarades et amis. „\n\n  (*) E . Bourdin.\n"}, {"page_pdf": 151, "texte": "122\n\n   E t comme pour donner une démonstration bien évidente à ces\nparoles vraies et justes, ne venons-nous pas de voir — à propos\nde l’incident Lohengrin, tous ces rapins de la musique prostituer\nleur plume — qui devrait être la sanction de l’art — jusqu’à se\nfaire les complices de la haine bête et sotte d’un bas-bleu !\nVoilà la petite critique musicale. Elle est à la merci de toutes les\npuissances du jour; elle sert toutes les rancunes, toutes les\njalousies; elle s’encanaille à aboyer aux talons du génie, pourvu\nqu’on lui jette quelques vieux os.\n                                   *\n                                  **\n   Louis Lacombe, dont le long exil avait affaibli, sinon détruit,\nles relations d’autrefois, fut à peine reconnu lorsqu’il rentra dans\nl’arène musicale. Vainement il essaya de saillir de nouveau.\nL ’attention était ailleurs. Ce fut presque obscurément qu’il vécut\ndurant les années qui suivirent ; courageux cependant ! souriant\nde son sourire de brave homme, et cachant au fond de son cœur\ncette âpre souffrance que suscitaient dans son âme d’élite, le\ndédain et l’oubli.\n   M. Zacharie Astruc, dans l’admirable allocution qu’il a pro­\nnoncée sur la tombe du grand musicien, disait :\n   “ Dialogues d’âmes, gazouillements d’oiseaux un peu sauvages,\ncantilènes de bergers, cris d’hommes d’armes assemblés pour\nfêter la gloire ou quelque ivresse patriotique: ce fut là son génie,à\nce rêveur si doux, si fort, à cet exilé de Paris, qui, ayant tout pour\néblouir, vivait avec les sentiments d’un enfant, avec l’allure d’un\nsage dans nos époques tourmentées. Il ne poussait personne du\ncoude, se contentant de sourire, quelquefois de pleurer, car il\nétait tout âme : exquise tendresse, aimable indulgence : un ami\nvéritable, pour dire d’un mot ses vertus ; heureux des gloires\nmême rivales ; ne jalousant personne, parce qu’il sentait qu’il\navait assez de fruits à son arbre. Son foyer, sa chère et noble\nfemme, la compagne dévouée de son existence militante, son plus\nferme soutien dans les épreuves supportées : Voilà la vie de son\ncœur. D ’autres ont retenti davantage ; il resta beaucoup isolé,\nméconnu : ce fut sa souffrance. Je ne dirai pas qu’il en est mort ;\n"}, {"page_pdf": 152, "texte": "                                                                   123\n\nmais le chagrin silencieusement dévoré n’a pas peu contribué au\ndernier soupir      „\n   “ Il me disait souvent : ceux qui m’aiment, quand je ne serai\nplus, se souviendront de mes efforts pour faire le bien,'pour\narriver au vrai, pour laisser l’impression du beau. „\n   Nobles et belles paroles, et qui honorent l’homme autant que\nl’artiste! C’était du reste,’ comme on l’a vu,’ un caractère doux t\nsensible, confiant. E t ce fut dans l’essence même de ses qualités\nqu’il puisa les consolations dont il avait besoin, comme aussi dans\nl’amour profond, admirable, qu’il éprouva pour sa femme, et dont\nil nous a laissé l’histoire —- toute simple et touchante, dans un\nunique volume de poésies que nous avons sous les yeux. —\n   Le livre de M. Lacombe est une œuvre posthume.\n   “ Ces différentes pièces m’ont été offertes par mon mari, avant\net après notre union, „ — nous dit Mme Lacombe, l’admirable\ncantatrice connue jadis sous le nom d’Andréa F avel, dans la\npréface du volume. — “ Il ne les a pas revues ; elles n ’étaient pas\ndestinées à être connues; mais je me sens bien fatiguée. Après\nmoi, que deviendront-elles ? Je ne veux pas qu’elles périssent „\n   E t plus loin.\n   “ Ce ne sera pas sans profit, peut-être, qu’on lira ce livre où il a\népanché son cœur. Le spectacle de ses vertus purifiait ceux qui\ncôtoyaient sa vie, et donnait du courage aux déshérités comme\nlui. Après sa mort, il sera encore un exemple. „\n   Le Dernier Amour a dû être pour tous ceux qui l’ont lu, une\n véritable révélation. L à où l’on s’attendait à trouver quelques\nvers d’amateur, on rencontre des pièces d’une vérité saisissante,\n d’un charme sans pareil. Le livre tout entier est d’un vrai poète.\n Poète par l’esprit, qui est élevé, par l’intelligence, qui se révèle\n vive et superbe, par les sentiments délicieux de délicatesse et\n d’émotion ; poète encore par la manière, qui est neuve, souvent\n originale, quoique très arrêtée. L ’auteur manie le vers français de\n main de maître. Sa prosodie est toujours correcte, toujours\n sévère, même dans le genre essentiellement léger. Pour la\n forme, une préoccupation un peu obsédante, parfois de Ronsard,\n"}, {"page_pdf": 153, "texte": "124\n\ndans certains cas, de Hugo dans d’autres. Légers archaïsmes\nheureux toujours d’expression et de pensée. Antithèses hardies,\nhauteur de vues, qui font penser au grand lyrique.\n   Toujours soi-même, cependant. Pas d’imitation ; une légère\nteinte, un parfum ténu ; c’est tout.\n   Le livre pourrait se diviser en trois parties. Dans la première,\nnous rangerions les poésies que Lacombe offrit à Andréa Favel\navant son mariage. Le Retour inespéré, d’abord, les deux Confi­\ndences, deux bijoux de grâce et de délicatesse. A une maison, la\nPromenade, le Billet, le Conseil enfin, où je pointe ces vers\nmagnifiques :\n                    La Société vile attaque\n                    Tout ce qu’elle ne comprend pas.\n                   Hélas ! du seuil de son cloaque\n                   Elle étend sur nous son compas.\n\n                    I 1 lui faut quelque chose à tordre\n                    Dans ses serres, entre ses dents ;\n                    I 1 lui faut le génie à m ordre,\n                    Il lui faut des rires stridents.\n\n   Je voudrais citer le recueil tout entier, ta n t il est difficile de\nfaire un choix parmi ces pièces d’égale valeur. Mais il me faut\nforcément sauter quelques feuillets pour en arriver au Désir\nInsatiable, morceau vraiment supérieur, mais où l’influence de\nVictor Hugo s’est fait sentir un peu trop clairement peut-être.\n  L ’invitation, et les pièces qui suivent, nous ramènent au genre\nléger, celui de Ronsard:\n                    Sais-tu ? L’aurore se pose\n                            T oute rose\n                   S ur la crête des grands m onts ;\n                   Le papillon ému vole\n                   Tourne autour d’une corolle\n                   E t lui dit bien bas : Aimons.\n\n  Le 30 novembre 1870 a une allure plus triste, provoquée du\nreste par les malheurs de la France, dont le poète parlera plu­\n"}, {"page_pdf": 154, "texte": "                                                                 125\n\nsieurs fois encore dans le courant du livre. Certaines strophes de\nce morceau sont absolument parfaites :\n                   Pour la seconde fois ta fête,\n                   Comme une aube sur les buissons,\n                   Mignonne, passe sur ta tête\n                   Depuis que nous nous connaissons.\n\n                   P our la seconde fois Novembre\n                   Jaloux d'Avril et des am ours,\n                   Dit, en nous m ontrant à Décembre,\n                   Ces gens-là s’adorent toujours !\n\n  E t celle-ci, où Novembre :\n                   Quoiqu'il fasse bleuir les bouches,\n                   Grelotter les membres tordus\n                   Tressaillir les lèvres farouches\n\n                   Des m isérables éperdus !\n                   Je l’aim e!... son couchant ram ène\n                   La date qui porte ton n o m ....\n\n   J ’arrive, après une nouvelle série de poésies légères, à ce petit\nchef-d’œuvre de rythm e et d’harmonie qui a nom “ Le vent „ et\nauquel succèdent quelques pièces d’une allure nouvelle, très\nheureuses aussi : Le Cimetière abandonné, la superbe Méditation\nde janvier 1871, en regardant les montagnes, à Andrée, etc., etc.\n   Les “ triolets à Andrée „ m ettent un rayon de soleil sur\nl’horizon grisâtre des poésies précédentes ; et cette impression va\ns’accentuant dans les Rondeaux redoublés, très originaux comme\ncontexture et comme rythme. E t à ce propos, je citerai encore\nune pièce bien remarquable, et bien neuve: “ Temps orageux „ qui\nest un véritable tour de force de prosodie.\n   Nous touchons aux derniers morceaux du recueil, aux derniers\nvers que l’artiste ait écrits. L a mort est proche, il la sent venir,\net sa poésie en revêt une gravité, une émotion intense, qui la\nrend inimitable.\n   D ’abord trois pièces “ à Andrée „, puis l'Anniversaire, la plus\nbelle pièce du recueil :\n"}, {"page_pdf": 155, "texte": "126\n\n        On se lasse bientôt de contem pler le vide :\n        C’est de l’idéal seul que le monde est avide.\n        Quand le temps a passé sur n otre œuvre et sur nous\n        On compare, on choisit : tout retrouve sa place,\n        On m éprise les sots, indigne populace,\n        Et la sublim ité fait ployer les genoux.\n\n        Nous n’avons dans le cœ ur aucun sentim ent lâche.\n        Oublions les m échants, travaillons sans relâche,\n        Notre œuvre est commencée, il faut la bien finir,\n        La conscience calme, allons où Dieu nous mène :\n        Sans nous préoccuper de l’injustice humaine\n        Léguons tranquillem ent notre œ uvre à l’avenir.\n\n  Le 30 septembre 1884, Louis Lacombe mourait douloureuse­\nment, à St-Vaast, sa maison de campagne, d’une congestion pul­\nmonaire. Il fut inhumé à Paris, au Père-Lachaise, le 4 octobre\nsuivant.\n   “ Louis Lacombe, dit à cette occasion monsieur Zacharie\nAstruc, Louis Lacombe, aussi merveilleux instrumentiste que\nmerveilleux compositeur, a souvent atteint la sublimité. Les\ninitiés, les profonds critiques l’ont dit et le savent. Il reste au\npublic à connaître sa figure pour lui faire une part d’admiration.\nOuvrons son livre d’harmonie, nous resterons effrayés des lueurs\nqui s’en dégagent. Nous verrons une sorte d’Olympe où se tient\nassis un homme triste, aux yeux mélancoliques, bien cruellement\nabreuvé de dégoûts, et les supportant avec un stoïcisme rare, la\ntête dans les mains et le visage pâli de douleur.\n   „ C’est l’image de notre regretté Lacombe, de notre ami bien-\naimé.\n   „ Ne l’oublions plus. Répandons ses chants ! „\n                                                        F r it z   ELL.\n"}, {"page_pdf": 156, "texte": "                                                                      127\n\n\n                   P E T I T E CH RONIQ UE.\n\n\nM . S t a n i s l a s d e G u a i t a . —E s s a is\n                                          de s c ie n c e s m a u d ite s.\n   — A u s e u il du m y s tè r e . — Paris, Georges Carré, éditeur,\n   boulevard St-Germain.\n\n   M. Stanislas de Guaita, le poète de Rosa mystica, publie chez\nl’éditeur Georges Carré une très curieuse introduction à des\nEssais de sciences maudites. Au seuil du mystère est l’historique\nprécis de la haute magie et de la kabbale à travers les âges, c’est\nl’œuvre d’un consciencieux et d’un savant qui est un initié. L a foi\nde M. de Guaita est partagée par de hautes intelligences et repose\nsur de grandes et acceptables idées scientifiques ; qu’on ne la\nconfonde pas avec le spiritisme farceur qui se produit dans les\nantichambres et se donne en spectacle à point nommé. D ’une\nphilosophie très subtile, l’habile et fervente exposition de prin­\ncipes et de doctines peu connus, entourés comme à plaisir de\nridicules superstitions et salis par la spéculation honteuse de\nquelques gredins, déconcerte et trouble, et on en pénètre difficile­\nment le sens ; il faut pour ne pas se perdre dans ce dédale de\ndéfinitions et de données étranges, y être préparé par des études\nspéciales, ardues, absorbantes et captivantes aussi, puisque les\nprédestinés qui ont effleuré les divins mystères sont pris d e la\nfolie de les pénétrer. M. de Guaita me pardonnera, pour ce motif,\nde ne point discuter comme il conviendrait un ouvrage dont je ne\npuis apprécier l’exacte portée. Du reste, il a, je le crois, entrepris\ncette résurrection de sciences maudites, qui voudrait être une\nrenaissance, plutôt par enthousiasme de poète et d’initié que\npar ambition d’évangéliseur ; il prend soin de nous le dire, la\nscience de sa religion mystique est et restera le monopole de\nquelques élus. Espérer qu’elle se propage serait vouloir la prosti­\ntuer. A tous ceux pris du désir de la connaître, il dira : “ Approche,\nsi tu es pur ; touche et contemple la pomme à loisir ; si tu l’oses,\n"}, {"page_pdf": 157, "texte": "128\n\nnourris-toi même de sa chair en respectant son pépin ; mais ne la\ncueille pas pour le vulgaire ; le fruit de la science en ses mains\ndeviendrait un fruit de Mort. „\n  Si la divine science m’est difficile à pénétrer, je reprends\ntous mes droits de juge en parlant du style et déclare purement\nexquises dans leur forme mystique les pages où M. de Guaita\nrêve et prophétise au lieu d’analyser et de définir.\n                                                    R ené   d ’Y .\n\n\n\n\n   Voici le résultat des insomnies fiévreuses et pénibles médita­\ntions du jury, au salon de Grand :\n     M. Montald, de l’Académie de Gand : premier.\n     M. Middeleer, d’aucune académie : second.\n     M. Rosier, classé grand homme et professeur : troisième.\n\n\n\n  Quelques coquilles, fruit des vacances et des villégiatures.\n  Les voyages sont fatals aux correcteurs d’épreuves; et puis les\ntypos, lutins fripons, sont toujours à l’affût des occasions de\nnuire. Que sur ces maudits sorciers se déversent toutes les\ncolères !\n  Addenda et corrigenda. Dans la Chronique Musicale : clarinette\nen la au lieu de clarinette en fa (! !!) etc.\n  Puis deux lignes oubliées p ar une erreur de copie, les voici :\n  Même désolation — que les mamans nous pardonnent — aux\nconcours de piano, etc.\n  Ensuite, dans la Petite Chronique : fatigue de vivre pour fatigue\nde vibre; les flancs lourd-musclés du bœuf de Mignon, qu’on avait\nmuselé par erreur. E t encore, et encore !\n  Oh, les typos !\n\n\n\n\n                                                                      ?\n"}, {"page_pdf": 158, "texte": " PHOTOGRAPHIE INSTANTANÉE\n                           H. Z E Y E N .\n            137, boulevard de la Sauvenière, 137\n                                 L I E G E .\n\n     Spécialité d’agrandissement à la lumière électrique.\n\n    FABRIQU E DE PIPES DE HENRI Z U B R O D T ,\n                   P la c e du T h é â tr e , 11, L iè g e .\n Porte-cigares en écume de mer, am bre et racine de bruyère.\n   — Pièces de commande, Écussons, Initiales, Portraits,\n   exécutés en 24 heures.\n                           RACCOMMODAGES.\n\n          R a sse n fo sse -B ro u e t,\n                 2 6 , r u e V in â v e -d ’I le, 2 6 , L iè g e .\n   Spécialité d’Objets d’Art — Bronzes — Terre-cuite —\nVerres et Lustres de Venise — Fers forgés — Objets\noriginaux — Meubles Bambou, genre japonais.\n\n             H.       F O N D E R -B U R N E T ,\n                        48, rue du Pont-d’Ile, Liège,\n      AGENT GÉNÉRAL POUR LA BELG IQ U E DE LA\n                 PE IN TU R E FRANÇAISE.\n                                  o\n  Cette P einture, préparée à base de céruse et d’huile de lin, est toute prête à\nem ployer; elle est brillante et siccative. Sa qualité ne laisse rien à désirer, son\nmélange étant absolument composé comme celui fait par les peintres les plus\nexpérim entés. Son emploi sur boiseries, m urs, meubles de fer ou bois, grosses\nvoitures, e tc ., la place à la portée de toutes les personnes désireuses de conser ­\nver .en bon état leur m atériel agricole, industriel ou autres.\n  L ’assortiment se compose de 42 nuances, en boîtes de 1, 2 et\n5 kilog., à fr. 1-10.\nA llu m e tte s S u é d o is e s (K aiser-Holzer), 20 fr. les 1000 boîtes.\n       »        N ils o n , bout noir,          fr. 9-50 les 1000 boîtes.\n"}, {"page_pdf": 159, "texte": "    Pour paraître le 20 octobre prochain\n\n\n\nLETTRES A JEANNE         PA R\n\n\n           Ju les    DE STRÉE\n       Prix en souscription 4     francs\n\nchez Ve MONNOM, 26, rue de l’Industrie\n\n            BRUXELLES.\n\n\n\nINDE\n             1 SERRURIER-BOvl\n               RUE D E L ’ U N IV E R S IT É , 38\nPERSE\n                                LIEGE\n\nCHINE\n            AR TIC LES              ORFÈVRERIE\n                    DE\n\n\nJAPON         MÉNAGE                 ARGENTEE\n"}, {"page_pdf": 160, "texte": "             L ’A R T         MODERNE\n  Revue critique des Arts & de la Littérature\n                    Paraissant le Dimanche\n             Abonnement : 10 francs par an\n    Administration : 26, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n                              LA\n\n\n   J E U N E BELGIQUE\nParaissant le 1er de chaque mois en livraison de 32 pages\n           P r ix «l’abonnement 7 Francs\n\n\n   Administration : 20, rue de l’Industrie, Bruxelles.\n\n\n\n                              LA\n\nREVUE DE DEMAIN\n       PARAISSANT LE 20 DE CHAQUE MOIS\n                A b o n n e m e n t 15 fr a n c s\n   Administration     : 41 , rue       des   Écoles , Paris.\n\n\n  LA                PLEIADE\n      BEVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET D’ART\n                A b o n n e m e n t 12 fr a n c s\n    Administration     : 99,     rue    Richelieu , Paris\n"}, {"page_pdf": 161, "texte": "              RENSEIGNEZ-VOUS\n                     A U X G RA NDS M A G A SIN S D U\n\n\n\n\n PO N T-D E S-A R C H E S\n                        Pour tous vos achats en\n\n Vêtements confectionnés pour Hommes,\nDames & Enfants, Robes, Mérinos, Soieries,\nDraperies anglaises pour Vêtements sur\nmesure.\n    Le fini des objets joint à l’élégance de la coupe\net à la modicité des prix, justifient la vogue dont jouit\ncet établissement.\n\n                La grande Spécialité de la Maison\n\n\n   F. THIÉRY & Cie\n                           D E        L IÈ G E\n\n    est la belle confection sur mesure pour\n                 Hommes et pour Dames.\n\nEnvoi franco d’éch antillon s e t de toutes com m andes au-dessus de 2 0 francs.\n\n\n\n      D E U I L C O M P L E T EN N E U F H E U R E S .\n"}], "calendrier": {"precision": "jour", "ordre_dans_volume": 4, "mois_verifie": true, "numero_verifie": true, "mois_reconstitue": false, "numero_reconstitue": false, "date_tri": "1886-09-15", "signet_source": "1ère année - N°4 - 15 septembre 1886", "preuve": "Couverture (PDF 124, OCR) : « 1re Année. — N° 4. L a l i v r a i s o n 5 0 c e n tim e s LA WALLONIE 15 Septembre 1886 S ».", "methode_reconstitution": "Date et numéro du signet de l’ULB, contrôlés sur la couverture de la livraison quand elle est conservée."}}